Publié dans : AFRIQUE SUBSAHARIENNE
FALAISE DE TAMBAOURA
PÂQUES 1975
Samedi 29 mars : Pour une fois, pas de départ précipité. Grasse matinée, bain, avant d’aller chercher la VW chez le mécano, équipée « brousse ». Panique ensuite pour la charger, acheter du pain et aller retrouver Suzanne et Jean Paul chez Jean avec qui nous déjeunons. Puis une vidange et nous finissons de charger les voitures. Adieu à Suzanne qui rentre en France. Enfin départ à 15 heures 30. Autoroute, Rufisque et encore la route de Kaolack, repeinte de neuf pour la prochaine visite de Senghor. Plein d’essence. Nous passons Kaffrine. Fin du goudron, mauvaise tôle ondulée que nous prenons doucement, la nuit étant tombée. Nous suivons une petite piste jusqu’à une clairière où nous nous installons. Jean, dans sa 2cv fourgonnette, a emporté sa glacière ce qui nous permet d’avoir un bon pastis glacé.
Dimanche 30 mars : Quand Jean a fini de ranger tout son
barda, nous reprenons la piste, finalement pas si mauvaise qu’on le dit. Toujours beaucoup de trous sablonneux. La végétation est dense pleine de calaos à bec jaune. Nous traversons quelques
villages.
Soudain Jean a la surprise de voir débouler trois phacochères qui
lui passent sous le nez, un quatrième derrière. Qui est le plus étonné ? Nous arrivons avant midi à Tambacounda. Plein d’essence et bière à l’hôtel où nous discutons avec un couple de Dakar
qui se rend dans le Niokolo. Nous pique niquons quelques kilomètres plus loin à l’
ombre d’un manguier. Jean Paul en éteignant sa cigarette provoque un début de feu de brousse vite maîtrisé. La piste encore roulante mais moins bonne, longe la voie ferrée. Elle est
plus étroite et devient de plus en plus sablonneuse après Goudiry. Distrait par de gros oiseaux, je m’engage dans des ornières et, bien entendu, je
me plante. Tôles, cric et pelle sont nécessaires pour m’en sortir. Le temps a passé et nous renonçons à atteindre Kidira ce soir. Nous campons au pied d’un baobab hanté par une colonie de
chauve-souris. Passage de la première voiture depuis Tambacounda.
Lundi 31 mars : Pendant le petit déjeuner, passe un
cycliste qui pense qu’il y a trop d’eau pour traverser la Falémé à gué. Le moral baisse. Nous envisageons des solutions de rechange, en passant par la Mauritanie. Le mieux est d’y aller voir.
Quelques kilomètres angoissés pour découvrir un filet d’eau, pas de quoi mouiller le mollet ! Je me lance et passe sans difficultés. La 2cv suit sur la pointe des pneus. Quelques femmes
lavent leur
linge dans la rivière dont une jeune, les seins à l’air. Nous
remontons de l’autre côté, au Mali. Nous traversons un joli village, les gens sont accueillants. Nous filons sur la piste. Des cynocéphales la traversent en aboyant. Nous retrouvons la voie
ferrée qu’il faut traverser. La 2cv crève juste avant. Tout le village, chef de gare en tête, vient nous voir. Nous réparons, traversons et continuons. Nous passons un autre village aux cases
décorées. Nous rejoignons le fleuve Sénégal à Ambidédi où nous avons la mauvaise idée de nous arrêter pour jeter un coup d’œil aux berges du fleuve. Les berges escarpées abritent des cultures en
escalier. L’instituteur, chef du village, nous réclame les passeports et nous sermonne de n’être pas passés à la police à Kidira. Qu’est-ce que cela peut bien lui faire ? Je commence à
chauffer. Après nous avoir bien montré son autorité, il nous laisse repartir. Nous pique niquons quelques
kilomètres plus loin, au bord du fleuve, à l’ombre d’un arbre. Il fait très chaud et, avachis dans les fauteuils, nous apprécions le pastis glacé. Pas un bruit si
ce n’est les cris des innombrables oiseaux qui nichent dans l’arbre et celui de la fuite de gros lézards
tricolores. La vue du fleuve où un piroguier pêche à l’épervier, est reposante. Nous réparons des pneus de la 2cv qui n’arrête pas de crever. Arrivée d’un troupeau de chèvres. Passage de quelques
pirogues à ombrelles… Nous repartons pour Kayes, plus importante que je ne le pensais. Nous laissons nos passeports au commissariat pour être visés. Plein d’essence et de bière. Le marché est
mort à cette heure. Nous récupérons nos passeports et allons faire un tour au bord du fleuve. Jean craint que nous soyons surpris en train de faire des photos. Quantité incroyable de femmes, les
seins à l’air, qui lavent, se lavent, lavent leurs mioches, tout heureuses d’être prises en photo. Pour nous mettre
dans l’ambiance, nous nous
baignons nous aussi. Tant pis pour la bilharziose et
autres diphtéries. Nous suivons le fleuve jusqu’aux rapides du Félou, au milieu d’éboulis rocheux en passant le joli village de Médine. Nous allons à la centrale antédiluvienne. Nous nous
promenons dans un paysage fantastique de marmites de géants. Nous admirons la beauté des pirogues qui glissent sur une eau verte. Nous allons nous planter quelques kilomètres plus en avant, sur
les bords du fleuve.
Mardi 1er avril : On nous apporte des mangues
non greffées que nous refusons. Nous retournons à Méd
ine visiter, sous la
docte conduite de Jean, le vieux fort, souvenir de la colonisation française. Il a été en partie transformé en école. Les sièges sont de grosses pierres. Maximes sur les murs et au tableau. Nous
revenons acheter, à Kayes, deux pains de glace puis visitons le marché. Quel bordel ! Et surtout quelle
pauvreté. Nombre
uses échoppes de marchands de tissus pagnes. Nous en achetons un
pour Adèle. Il n’est que dix heures mais le soleil tape déjà fort. Nous quittons la ville par une excellente piste sur laquelle nous pourrions rouler vite. Des « montagnes » approchent
et sont traversées. Le paysage est cependant vert. Nous pique niquons à l’ombre d’un manguier qui, pour faire plaisir à Jean, a bien voulu pousser loin d’un village. Nous transpirons abondamment
et nous faisons la sieste. Encore quelques bons kilomètres puis la piste devient très sablonneuse, avec les inévitables ornières, heureusement jamais trop longues. A un croisement,
après avoir perdu la 2cv, je ralentis et me plante. Tout un village vient nous aider mais rien à faire. La 2cv qui avait pris
l’autre piste réapparaît. Il faut sortir le grand jeu, cric, tôles et pelles pour nous en sortir. Il semble que nous nous sommes trompés de piste mais celle-ci est meilleure ! Marie manque
s’évanouir. Jean lui tient compagnie à l’ombre… Un villageois nous guide sur quelques kilomètres pour nous éviter
les ornières. La piste est ensuite meilleure, serpente au milieu des arbres et rejoint le pied
de la falaise de Tambaoura que nous longeons désormais. Nous traversons de très jolis villages dont les cases sont décorées d’un liseré géométrique aux couleurs vives. Les gens sont très gentils
et nous apportent dès que nous nous arrêtons une calebasse d’une eau grise et fort peuplée… Il y aurait possibilité d’une étude comparative de la forme des seins en fonction de l’âge… Curieuse
coiffure en forme de cornes des jeunes filles. Nous perdons la 2cv qui s’est ensablée puis crève. Jean se déclare à bout. Nous roulons tout de même encore un peu avant de nous arrêter dans un
champ où cela sent fort la vache. Impossible de dormir. Nous nous retrouvons dehors à boire des litres d’eau.
Mercredi 2 avril : Nous continuons de longer la falaise.
Le paysage, rochers rouges qui émergent de la végétation, est très beau. Nous croisons une très nombreuse troupe de cynocéphales. Nous rejoignons la piste qui vient de Bafoulabé. Nous
l
’empruntons sur quelques kilomètres pour monter au col qui traverse la
falaise et d’où nous avons une belle vue. La piste est plus large mais creusée d’ornières. Des camions attestent de la proximité de Kéniéba. Nous pique niquons avant. Nous n’y échappons pas aux
formalités de police. Nous espérions boire quelque chose au campement mais il n’y a que du whisky. Nous repartons vers le Sénégal. La piste est infecte avec une succession de traversées de
marigots qui ne tardent pas à poser des problèmes à la 2cv qui commence par crever. Nous réparons pendant que Jean se met à l’ombre… Je suis obligé à plusieurs reprises de prendre le volant de la
2cv pour lui faire monter les côtes. Dans l’une, elle cale. Je passe devant avec la VW en m’y reprenant à plusieurs reprises et en cognant car la 2cv est arrêtée dans la portion la plus
carrossable. Parvenu au sommet de la montée, je découvre que j’ai tapé sur le carter de boîte et qu’il y a une fuite…Je suis en rage ! Nous attachons une corde et je tire la 2cv. Enfin la
Falémé ! Pas beaucoup d’eau mais le fond de gravier n’est pas ferme. La 2cv passe là où il y a le plus d’eau, ne peut remonter sur le banc de
gravier et cale. Je passe et parviens
en plusieurs tentatives à gravir la
berge. Arrivée d’un toubab, chasseur qui campe non loin et qui nous donne un coup de main. Pas moyen de déplacer la 2cv. Je dois redescendre la tirer avec la VW au
sec puis, aidé, je remonte. La 2cv repart et se noie dans 10 centimètres d’eau. Nous la poussons sur un banc, au sec. Nous en
resterons là pour aujourd’hui. La Land des chasseurs passe à l’heure de l’apéro et promet de revenir nous aider demain. Nous dînons donc au milieu de la rivière. Jean et Jean Paul y dormiront.
Nous plantons la tente à mi-pente.
Jeudi 3 avril : Jean attend que cela se passe. Je démarre
la 2cv qui daigne tourner. Arrivée de la Land qui, comme une fleur, hisse la 2cv. Je resserre les boulons de la boîte, sans grand résultat. Encore des marigots mais sans difficultés.
Une
famille de phacochère traverse la piste. A Saraya, nous retrouvons une
bonne piste. Les gens sont moins sympas. Nous traversons la Gambie sur un pont de rôniers. Nous en profitons pour, ravis, nous baigner. Nous en ressortons pour boire le dernier pastis frais, à
l’ombre. Nous pique niquons dans une gargote de Kédougou où l’on nous sert de la bière tiède. Premières femmes Koniagui ou Bassari (?) Un labret leur traverse la cloison nasale, elles portent de
nombreux colliers sur la poitrine dénudée. Une bonne piste puis moins bonne et enfin dégueulasse nous amène à un village à la frontière guinéenne. De là, après une marche d’une demi-heure, nous
atteignons un cirque de montagne au milieu d’une végétation exubérante et y découvrons une cascade, peu abondante mais très belle, le long de la falaise noire. Nous nous rafraîchissons et buvons
de son eau, tant pis pour les amibes. De retour à Kédougou, nous achetons de la bière et du pain et allons nous installer sur les bords de la Gambie.
Vendredi 4 avril : C’est la Fête Nationale. A Kédougou,
défilé des troupes. Seuls les gosses regardent. Les adultes sont au marché, animé. Impossible d’avoir des pains de glace, le préfet a tout raflé. Une bonne piste traverse des montagnes. La terre
est rouge. Des singes sont dans les arbres. Nous recroisons la Gambie et donc nous nous rebaignons. Nous entrons dans le parc et arrivons au campement de Niokolo Koba. Jean est tout heureux de
savoir qu’il pourra se raser, se laver et y dormir ce soir. Il s’offre même
le
déjeuner. Nous nous régalons d’une boîte de jambon que nous faisons passer avec force bières. Sieste, douche, puis sieste et douche. Je vide la voiture et nous emmenons Jean Paul faire un tour.
Tout de suite nous voyons un phacochère puis un guib et bientôt nous ne comptons plus les singes et les cobs. Près
d’une mare un troupeau de bubales et, tout proches de nous, à la grande frayeur de Marie, des buffles. Nous allons jusqu’au gué de Bangaré. J’aperçois en chemin deux élans de Derby et plein
d’antilopes. Rapide coup d’œil à la Gambie, nous devons être rentrés avant le coucher du soleil. Au dîner, Jean a le plaisir de remanger la même chose qu’à midi.
Samedi 5 avril : Avant d’aller au pays Bassari, nous
allons faire les pleins d’essence à Simenti. Nous prenons la piste de Vorouli. Moins d’animaux que la veille. La piste qui va aux monts Assirik est trop raide pour la 2cv et nous renonçons. Le
pont de Vorouli n’a pas été réparé. D’après le garde, Odile et Gabriel sont passés mais ne nous ont pas attendu. Nous allons voir les marmites de géants mais, ainsi que le dit Jean, ce ne sont
que des faitouts cassés. Beau paysage le long de la Gambie, bordée de cocotiers. Nous la longeons ce qui nous permet d’apercevoir des museaux d’hippopotames. Un feu de brousse nous inquiète, pas
Jean. Je roule vite, les flammes ne sont qu’à une centaine de mètres de la piste. A Bangaré nous rencontrons Jean, l’ami de Gabriel, venu en trois jours
au Niokolo. Pique nique, baignade et sieste à l’ombre. Nous faisons un très beau circuit autour
d’une mare. Sur fond de palmiers-raphias, sur un tapis d’un vert presque trop intense, se promènent singes, phacochères et gazelles. Une image du paradis. Nous passons à Malapa où le gué est bien
aménagé. Je resterais bien au campement mais nous avons envie de bières fraîches et nous filons donc en boire une à l’hôtel de Simenti. Nous profitons de l’obscurité pour nous plonger avec délice
dans la piscine. Nous ne pouvons ni repartir de nuit, ni planter la tente. Nous sommes obligés de prendre une case. Nous dînons dehors avec force bières. Toute la nuit, nous sommes dévorés par
des bestioles et nous allons régulièrement nous rafraîchir dans la piscine déserte.
Dimanche 6 avril : Le mécano local jette un œil à la boîte
de vitesses, il reste assez d’huile. Il répare les pneus de la 2cv. Nous nous trempons encore dans la piscine avant de renoncer, fatigués, au
pays Bassari et de rentrer un jour plus tôt. Un vent violent a soufflé, il y a du sable en
suspension dans l’air et la visibilité est réduite. Des touristes annoncent avoir vu des éléphants au gué de Damantan. Nous nous y précipitons, en vain. Nous pique niquons dans un mirador avec
vue sur la Gambie, tout en surveillant les ébats d’une famille hippopotame à demi sortie de l’eau. Au gué du lac Fourou, je ne parviens pas à grimper la côte, trop raide et sablonneuse. Nous
revenons boire une bière à Badi puis allons nous installer dans un mirador, près d’une mare où viennent boire des phacochères, des singes et un imposant troupeau de buffles très méfiants. C’est
un plaisir de pouvoir observer les animaux dans leur milieu naturel, pas effrayés par un véhicule. Nouvelle séance bière-piscine à Simenti que nous quittons à la tombée de la nuit en emportant
des bières…Nous campons au gué de Damantan dans l’espoir d’y voir des éléphants. Toute la nuit, nous entendrons les hippopotames mais pas d’éléphants…
Lundi 7 avril : Coup d’œil à la rivière mais toujours pas d’éléphants…Nous faisons le tour des mares de Sitandi et Sibiloulou. Toujours antilopes, singes et phacochères mais à part des empreintes de pas et d’énormes merdes fraîches, pas la queue du moindre éléphant. Nous allons au pont suspendu sur le Niokolo avant de revenir vers Simenti. A un carrefour, Jean part à gauche et nous à droite et nous nous perdons. Demi-tour, attente, fléchage de la piste. En désespoir de cause, nous allons à Bafoulabé où nous les retrouvons, tranquillement installés. Déjeuner à l’hôtel suivi d’une bonne sieste et plongée dans la piscine. Nous retournons au mirador de la veille, sur la route de Badi, mais il s’y trouve déjà quatre personnes. Nous observons le ballet de bubales qui se coursent les uns, les autres. Dernier coup d’œil au gué de Damantan. Nous achetons des bières à Simenti et allons les boire à Bafoulabé où nous nous installons pour la nuit.
Mardi 8 avril : Toujours pas de grosses bêtes. Dernier passage au gué de Damantan et à notre mirador puis, en désespoir de cause, nous prenons la route du retour. La piste de Tambacounda est large mais en tôle ondulée très dure. La voiture chauffe. Beau point de vue sur la galerie forestière de la Gambie. Bière à l’hôtel de Tambacounda où nous déjeunons par flemme d’ouvrir des boîtes de conserve, d’ailleurs bien chaudes. Dernier bout de piste, la voiture chauffe encore, nous aussi et enfin le goudron. La voiture a des ratés qui m’inquiètent. Un garagiste, à Kaolack où nous arrivons à la tombée de la nuit, parle d’une soupape grillée. Dernière bière et nous rentrons à Dakar en roulant doucement, 50/60 km/h. Nous perdons Jean que nous ne retrouverons qu’à Dakar.