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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 04:43

 

                               BIRMANIE

                          Janvier 2014

 
Birmanie 2014
Vendredi 3 janvier : Après une mauvaise nuit sans vraiment dormir, de crainte que le réveil ne sonne pas, nous nous levons avant cinq heures pour être prêts à  l'arrivée de la navette, à six heures. Nous partons dans la nuit noire, après avoir embrassé Julie, à peine réveillée. Nous devons encore aller chercher trois autres passagers du côté de la porte de Clignancourt avant d'arriver à Roissy, au terminal 1, mon préféré, celui construit à l'origine, avec ses tapis roulants qui se croisent dans l'atrium. Nous attendons ensuite l'embarquement, à demi ensommeillés. Je me sens vaseux et légèrement fiévreux, les visites au successeur du docteur Auboux n'ont pas eu grand effet, je tousse toujours, avec un mal de gorge diffus et un nez qui coule ! Nous embarquons puis décollons après dix heures. Le repas est presque aussitôt servi après un verre de champagne ! La compagnie Qatar Airways essaie de faire les choses bien mais ils ne sont pas à la hauteur d'Emirates, ils lésinent sur les boissons, vins ordinaires servis au verre et bière tiède. Je regarde sur le minuscule écran individuel "12 hommes en colère", pas revu depuis très longtemps. Du bon théâtre mais un mauvais film... J'essaie de dormir mais sans grand succès, je me sens de plus en plus cotonneux. Dans la descente sur Doha, mes tympans trop sollicités par la dépressurisation et les circuits nasaux bouchés, me font presque hurler de douleur. Il fait déjà nuit, la température extérieure est plus agréable bien que nous ne puissions guère l'apprécier dans le terminal climatisé. Nous n'avons presque pas à marcher pour aller attendre le vol suivant. La zone marchande rassemble tous les commerces de luxe de la planète, les prix du matériel électronique sont très intéressants. Les peuples du monde se croisent, Afghans avec leur galette sur la tête, Arabes en robe et voile pour les deux sexes, pas les mêmes toutefois, Indiennes en sari et bien sûr touristes en bermudas, polaires et sacs à dos de baroudeurs... Nous embarquons dans un appareil plus petit, pas tout à fait plein. Nouveau repas servi par des hôtesses dépassées par les évènements... 
 
Samedi 4 janvier : Une comédie française insipide m'occupe quelque temps puis je tente de dormir, sans vraiment y parvenir. L'aube éclaircit les rizières qui sortent d'une brume photogénique avant que nous ne nous posions à Rangoon, Yangon comme il faut dire désormais. L'aérogare est déserte, pas franchement accueillante mais il n'est que six heures et demie du matin, avec un original décalage horaire de cinq heures et demie ! Le préposé à l'immigration ne nous adresse pas la parole, se contente de nous indiquer par gestes de nous placer devant l'objectif de sa caméra. Nous sommes arrivés le Jour de l'Indépendance, donc tout est fermé y compris les bureaux de change ! Nous sommes pris en charge par un taxi, notre premier Birman en longyi, le pagne à carreaux traditionnel, sans que nous discutions le prix mais je ne suis pas d'humeur, trop fatigué, ne rêvant que d'un lit. Nous partons en direction du centre ville par des avenues déjà parcourues par de nombreuses voitures plutôt récentes. Le volant est à droite, elles sont importées du Japon, mais la circulation est à droite aussi... Succession d'immeubles lépreux dont les balcons sont protégés par des grilles rouillées. D'autres plus récents sont d'un luxe tapageur. Les grands groupes internationaux y sont représentés. Nous apercevons les aiguilles dorées de la pagode Shwedagon, avant de longer le lac Kamdawgyi embrumé et d'atteindre le vieux centre ville, pas très animé, aux maisons décaties, couvertes de grappes de fils électriques comme des toiles d'araignées. Le taxi ne peut nous déposer devant l'hôtel, le Beautyland II, la rue est barrée. Nous devons attendre que la chambre se libère, dans une pièce où un ventilateur brasse un air tiède. En insistant quelque peu, nous obtenons vers neuf heures une pas bien grande chambre au deuxième étage, au bout de deux escaliers raides. Climatisation, ventilateur et télévision qui diffuse TV5 en version tempête de neige... Nous nous allongeons et nous endormons rapidement. Au réveil, je tousse à fendre l'âme. Marie s'inquiète et recommence à me harceler pour que je consulte un médecin... Je n'ai presque pas de fièvre, je ressors les médicaments et avale tout ce qui est susceptible d'améliorer les choses. Pendant qu'elle se prépare, je vais faire un tour dans Rangoon. Notre rue et les voisines sont envahies par des jeunes qui les ont barrées avec des filets ou des poteaux de buts et disputent des matchs. 
Birmanie 2014

Les immeubles coloniaux sont bien décrépits mais ils donnent une bonne idée de ce à quoi devait ressembler Rangoon à cette époque. Parfois un immeuble dresse son arrogante façade de verre fumé entre deux anciens bâtiments coloniaux. Au rond-point la pagode, ici on dit la paya, Sulé, entourée de boutiques profanes de vendeurs de téléphones, d'agences de voyage, de bureautique, jette vers le ciel ses flèches dorées sur fond d'anciens bâtiments administratifs anglais. Des marchands, sur une minuscule table, vendent des feuilles de bétel et confectionnent à la demande les chiques qui, une fois recrachées, tacheront de rouge les trottoirs. Je trouve à changer des dollars dans l'une des échoppes avant de rentrer à la chambre. Je tente de me connecter à internet mais la lenteur est telle que je ne parviens qu'à obtenir la liste des correspondants qui nous ont écrit. Nous ressortons avec Marie, allons à la paya Sulé, achetons des billets de bus pour nous rendre lundi à Mandalay. 

Birmanie 2014
Nous traversons le parc du centre ville envahi par les familles et les amoureux qui se sont installés sur le gazon. En continuant par des rues désertes, entre des immeubles administratifs anciens, à peine rénovés, nous arrivons sur les bords du fleuve. Un ferry de passagers va partir, des cargos sont arrimés à quai. Nous allons nous offrir, Marie un jus de fruit et moi un demi pression dans les salons de l'hôtel Strand, une survivance de la colonie, boiseries sous de hauts plafonds, ventilateurs mais aussi climatisation moderne. Plus beaucoup d'âme non plus. Nous rentrons en taxi à l'hôtel. Je réussis cette fois à lire le courrier et envoyer un message à Nicole et Julie. Nous dînons dans la petite salle de l'hôtel des plats que nous avions commandés : de l'anguille sautée, du porc aux noix de cajous, sans cajous, et d'une salade de feuilles de thé fermentées. Les épices de manquent pas, le piment non plus. Ce que j'avais pris pour des prunes s'avère être de redoutables piments... Ce serait excellent si les plats étaient servis chauds. Après dîner, attirés par les cris, nous allons voir dans la rue leur raison d'être. Des enfants s'amusent, les yeux bandés, guidés par leurs camarades, à frapper avec un long bâton un bidon plastique placé en hauteur. D'autres s'essaient à envoyer un ballon au travers d'un vieux pneu. Après ces réjouissances populaires simples, nous allons nous coucher pour une vraie nuit... 
 
Dimanche 5 janvier : Réveillé passé une heure, je somnole le reste de la nuit en toussant parfois ce qui ne manque pas d'irriter Marie au réveil, prête à une nouvelle crise de nerfs pour d'autres raisons. Nous ne descendons qu'à neuf heures pour le petit déjeuner. Il serait copieux si les divers plats proposés étaient moins sucrés, une sorte de crêpe à la banane (?) recouverte de noix de coco râpée ne soulève pas notre enthousiasme, le beurre n'en est pas et la confiture, bien que colorée est sans goût. Nous nous faisons conduire en taxi au marché Bogyoke, dans une ancienne halle couverte. Peu d'animation, les seuls clients sont des touristes, européens ou asiatiques. Ce ne sont que des échoppes de tissus pour pagnes, marchands de pierres précieuses et boutiques de souvenirs. Rien de bien intéressant. Nous hésitons sur la suite des visites de la journée. Nous nous décidons pour suivre l'itinéraire pédestre indiqué dans un de nos guides. Nous devons traverser l'avenue, coupée, comme en Inde, en deux par une barrière métallique médiane, ce qui n'est possible qu'en de rares points qui obligent à des détours. Nous suivons une étroite rue entre des immeubles lépreux, sous un soleil impitoyable et surtout dans une moiteur pénible. Nous débouchons dans une autre artère, Anawratha Road, du quartier indien. Quelques rares individus ont au front la marque rouge du tikka. Mais la plupart sont des musulmans, les femmes sont enfouies sous des voiles sinistres, les hommes âgés ont laissé pousser une barbe teinte au henné. Mais tous les Birmans sont vêtus de longyi à carreaux pour les hommes, plus colorés pour les femmes.  
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Une autre étroite rue traverse un marché plus populaire. On y vend des fruits, des légumes de la viande sur des étals à même le sol. Nous visitons ensuite une ancienne synagogue, encore bien entretenue par un des rares survivants. Nous revenons vers la pagode Sulé, en slalomant sur des trottoirs défoncés, entre les familles, les badauds que tous les étals tentent. Les femmes ont très souvent les joues et de front passés à une pâte ocre, le thanakha, parfois en formant des dessins. Nous déjeunons dans un snack trop climatisé. La nourriture est correcte. Ensuite, un taxi nous dépose au lac Kandawgyi. L'entrée en est payante pour les étrangers, gratuite pour les locaux... 

Birmanie 2014

Nous approchons du bord, comprenons que nous allons devoir  emprunter de longues passerelles de bois, au-dessus des eaux mais en plein soleil. Je transpire à grosses gouttes, Marie veut toujours aller plus loin. Nous finissons par trouver la courbe d'où nous apercevons la flèche de Shwedagon et quelques-uns de ses pagodons qui se mirent dans les eaux mais tout de même à bonne distance. Les passerelles de bois, qui serpentent sur les eaux calmes, la vision d'une belle végétation tropicale et les nombreux couples de sages amoureux cachés derrière une ombrelle font oublier la fatigue de la promenade. Nous nous faisons conduire par un autre taxi difficile à négocier à l'entrée sud de la fameuse pagode Shwedagon. Une entrée spéciale est réservée aux honorables visiteurs étrangers. Un tarif aussi, passé, ces derniers temps, de cinq à huit dollars ! Mais pour ce prix, nous avons un joli ticket, un plan en anglais et le droit d'utiliser un ascenseur qui évite aux hôtes distingués de s'épuiser dans la montée d'un escalier couvert, en gradins, bordé d'animaux fabuleux et de marchands d'offrandes. 

Birmanie 2014

Parvenus au sommet, nous découvrons, soufflés, l'extraordinaire ensemble de stûpas, appelés ici Zedi, qui entourent la flèche centrale de la pagode. D'autres pagodes, des pavillons aux toits superposés en escalier, des temples qui abritent des statues du Bouddha, assis ou couché, de supposées empreintes de ses pieds, des cloches de cérémonies, occupent tout l'espace autour du zedi central. Tous sont un délire de tôles ou de bois finement découpés, presque toujours dorés. Nous en faisons lentement le tour en compagnie d'autres touristes et de familles locales, derniers nés et aïeuls compris, venues faire un voeu ou s'incliner devant l'autel du jour de la semaine de leur naissance. Peu d'indications en anglais, l'écriture birmane, surtout les chiffres, est une succession de cerises croquées par d'espiègles asticots qui se tortillent autour.

Birmanie 2014

Beaucoup de femmes ont les joues et le front couverts de dessins tracés avec cette pâte ocre censée les protéger du soleil. Nous tournons lentement, dans le sens des aiguilles d'une montre, en visitant chaque pavillon, scrutant les yeux des Bouddhas, admirant la ferveur des fidèles venus offrir quelques fleurs, un fruit, à leur Bouddha ou à leur nat, génie local, préféré. 

Birmanie 2014

Des moines, crâne rasé, tatoués de signes cabalistiques, en robes couleur rouge safran, sont parfois accompagnés de bonzesses, elles aussi crâne rasé, en robes roses, plus sûr moyen de reconnaître leur sexe. 

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Des rangées successives de fidèles, bien en ligne, armés de balais rustiques, chassent le moindre grain de poussière, à moins qu'il ne s'agisse d'écarter d'éventuelles fourmis pour leur éviter d'être malencontreusement écrasées, ce qui serait dommageable pour qui veut acquérir des mérites. Le soleil est couché quand nous achevons, épuisés, cette circumnavigation. 

Birmanie 2014
Nous attendons que la nuit soit bien installée pour refaire un tour plus rapide et revoir sous les lumières des projecteurs les milliers de pointes, de pinacles de tôles dorées qui se dressent vers le ciel. Enfin nous quittons les lieux en taxi. Nous nous faisons déposer dans un restaurant japonais proche de notre hôtel mais les plats ne sont pas fameux et nous mangeons la plus mauvaise cuisine japonaise qui soit. Nous rentrons à pied à l'hôtel, enfin nous reposer.
 
Lundi 6 janvier : Pas trop toussé dans la nuit, j'espère que cela va continuer de s'améliorer. Nous nous levons avec le jour à six heures pour prendre, une heure plus tard, le petit déjeuner avec des oeufs frits. Un taxi commandé par l'hôtel nous emmène à la gare routière, encore plus éloignée du centre que l'aéroport. C'est un ensemble de hangars occupés par les nombreuses sociétés de transport sommairement installées, un hall avec des fauteuils en plastique pour les voyageurs qui attendent leur bus et un amoncellement de bagages. Un oiseleur propose, sans succès, des moineaux en cage à libérer pour "acquérir des mérites". Notre bus arrive, moderne, pas aussi bien customisé que ceux du Soudan... Nous nous installons sur des sièges inclinables, bien plus confortables que ceux des avions. Une accorte hôtesse aux belles joues d'enfant rieur nous distribue bouteilles d'eau et couvertures rendues nécessaires par une climatisation excessive. Nous partons à l'heure et rejoignons l'autoroute à péage, très peu fréquenté. Il est vrai que la vitesse n'y est pas très élevée, le mauvais état du revêtement rend le trajet peu agréable, dans un tremblement continuel ! Le paysage est monotone, plat, une brousse sans arbres et parfois des champs (ou des rizières ?) desséchés. Pause avant midi pour déjeuner, nous nous contentons d'un paquet de chips artisanales, pas salées et au goût d'huile rance, pour accompagner une bière. Les miles défilent, lecture, somnolence. La vidéo ne diffuse qure des clips ou des films de violence (l'un se passe à Paris, on y voit s'écrouler la tour Eiffel !) ou de gags enfantins. Dernière halte dans l'après-midi pour nous permettre de soulager les vessies. La végétation devient plus tropicale et nous avons l'heureuse surprise d'arriver plus tôt que nous ne l'espérions à Mandalay. Nous traversons rapidement un faubourg de la ville avant d'arriver à la gare routière. Nous sommes aussitôt sollicités par des taxis. L'un d'eux nous conduit au Rich Queen Hotel où nous avions réservé une chambre. Vaste, avec trois fenêtres, sans pouvoir admirer la vue car il fait déjà nuit, avec climatiseur. La taille des rouleaux de papier toilette me laisse penser que la population locale, capable d'utiliser de tels confettis doit être étrangement conformée. Marie se lance dans l'étude de la suite du programme puis nous allons dîner dans un restaurant populaire chinois indiqué par l'hôtel. Les tables et les tabourets en plastique sont en plein air. Les toiles cirées sont fatiguées et du papier toilette sert de serviettes, à jeter dans une corbeille au pied de chaque table. Nous commandons du porc aux noix de cajous (cette fois il y en a mais c'est le porc qui manque !) et du crabe en sauce piquante. Ce sont de petits crabes peu pratiques à décortiquer, propices aux taches. Nous regagnons notre chambre par des rues mal éclairées et pas toujours goudronnées.
 
Mardi 7 janvier : Au beau milieu de la nuit, une dégoulinante musique de gongs me tire du sommeil. Elle précède un interminable discours monocorde tenu par un moine peu charismatique. Des dévots lui apportent leur soutien en reprenant ses mots d'ordre. Je retrouve cette peur des fanatismes religieux, entendus un peu partout. "Mort aux Juifs, aux Infidèles, aux Impurs, aux Autres" pourraient-ils être tous prêts à entonner... A sept heures, une musique tonitruante réveille ceux qui se seraient assoupis entre temps; et nous par la même occasion ! Ce sont les bonzes du temple (trop) proche qui se manifestent, peut-être pour activer les ménagères à leurs fourneaux avant qu'ils ne partent quêter leur pitance. Qu'ils se réincarnent en crapauds ! Marie aurait bien aimé dormir encore. Nous allons prendre le petit déjeuner dans une pièce toute en longueur, entre garage et magasin, à l'extérieur de l'hôtel. Rien de fameux, oeufs et beignets froids, thé sans goût. Nous partons avec un trishaw, une bicyclette à laquelle a été accolé un side-car acceptant deux passagers dos-à-dos. Les rues principales sont animées mais sans la furia de la capitale, les rues secondaires sont calmes, les boutiques s'ouvrent largement sur la rue, la verdure est partout. Nous longeons sur deux côtés l'ancien palais royal dont il ne reste pas grand chose derrière une muraille crénelée, percée de portes surmontées de tours au goût local, en forme de pavillon carré à toits gigognes, sur des pilotis. Devant, des douves larges isolent cet insolite carré de la ville. 
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Nous nous faisons déposer au pied de l'escalier, encadré par deux immenses chinthes, divinités protectrices mi-lion, mi-dragon, qui grimpe au sommet d'une colline. Nous préférons monter au sommet en utilisant les services d'une camionnette qui nous amène au pied de la pagode construite au point culminant. La vue est très décevante, la brume dissimule la ville et on ne distingue le carré du palais royal qu'à grand peine. Une volée de marches conduit à la pagode où il faudrait acquitter un droit de photographier, ce que je refuse. Peu de visiteurs, quelques amoureux venus s'isoler et des touristes courageux.

Birmanie 2014

La construction est récente, très kitsch, des carreaux de verre colorés, dans des tons chauds, couvrent parois et plafonds, des statues peinturlurées agrémentent les lieux. Nous redescendons avec l'ascenseur et rejoignons la route en dévalant les marches, entre les échoppes des marchands du temple. Marie a remis ses chaussures alors qu'elle n'en a pas le droit. Rares sont ceux qui nous en font la remarque, que nous ignorons de toute façon. Enfin nous retrouvons la route. En face de l'escalier s'ouvre un couloir occupé par des astrologues que nous ne consultons pas. Nous accédons ainsi à la pagode Kyauktawgyi qui renferme un bouddha de bien belle taille en marbre. Les murs des pièces voisines sont recouverts de milliers de petits carreaux de glace, on se croirait dans un lupanar turc, mais de luxe ! Nous déjeunons dans une gargote. Marie trouve quelques traces de poulet dans son plat de riz frit, Je n'en ai guère plus dans mon ragoût aigre-doux, la bière fraîche nous fait tout pardonner. 

Birmanie 2014

Nous repartons à pied jusqu'à un carrefour où nous apercevons une forêt dense de stûpas, tous identiques, d'un blanc étincelant, posés sur des cubes qui abritent des stèles avec un texte religieux en birman. Nous contournons cet ensemble qui entoure le stûpa doré de la pagode Sandamuni pour pénétrer dans cet alignement rigoureux et le contempler de la terrasse du stûpa avec, en fond, la colline et l'étincelante pagode à son sommet. Une allée qui longe un étang rafraichissant conduit à une autre pagode reconstruite récemment, trop moderne, sans charme mais à côté, nous découvrons le magnifique monastère Shwe Nandaw qui a survécu à la destruction du palais royal.

Birmanie 2014
Une construction toute en teck noir, un bâtiment rectangulaire sur pilotis à quatre toits superposés. Toutes les surfaces sont très finement sculptées de scènes mythologiques, des milliers de personnages ornent portes, murs, rebords de toits. L'intérieur est doré, sols et parois patinés par les pieds et les mains des visiteurs. Les femmes ne sont pas autorisées à approcher de trop près la statue du bouddha... Il est encore relativement tôt mais nous avons rempli notre contrat de la journée et nous commençons à être fatigués, sans parler d'une pépie persistante. Nous retournons sur les bords de l'étang et nous nous offrons des sodas avant de négocier un taxi pour nous ramener à l'hôtel. J'en repars pour aller changer des dollars chez un Chinois dans sa boutique de bijoux en or. Je traîne un peu plus loin, m'offre un Coca chez un glacier puis rentre à la chambre. Je parviens à me connecter et mettre un message à Julie. Nous ressortons pour aller dîner dans un restaurant, Mann, repéré précédemment. Il ne paye pas de mine, une vaste salle ouverte sur la rue. Quelques tables sont occupées par des Birmans qui boivent bières et whisky local, les autres par des touristes qui mangent et boivent (bières et whiskies aussi)... Dommage que mon plat d'anguille soit décevant, trop frit, le reste était très correct. Retour à la chambre par les rues presque désertes et mal éclairées.
 
Mercredi 8 janvier : Notre copain Big Brother Bouddah remet ça ce matin ! gongs, discours, choeur et après un court répit, musique à fond les décibels. Qu'il se réincarne en cafard ! Nous demandons à changer de chambre. Pendant que Marie va s'installer pour le petit déjeuner, je déménage nos sacs dans une autre chambre  plus claire mais un étage plus haut... A peine le temps de boire une tasse de thé, avaler deux beignets et nous nous dépêchons de trouver un trishaw, pour nous rendre à l'embarquement pour Mingun. Nous ne sommes pas les seuls. Une cinquantaine de touristes attendent aussi.
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Les berges de l'Irrawaddy sont très animées, de grosses barges sont amarrées et attendent des chargements qu'apportent des camionnettes mues par des moteurs de tracteurs comme celui que nous avions emprunté lors de notre périple dans les rizières chinoises... Le signal de monter à bord de l'une de ces grosses barges ventrues, construites entièrement en bois, est donné. Seuls les premiers embarqués peuvent s'installer dans des fauteuils sur le pont supérieur, les autres, dont nous, doivent s'asseoir sur des fauteuils en plastique dans la cale, au niveau de l'eau. Nous appareillons et naviguons entre les deux rives sableuses du fleuve. Nous apercevons des huttes plantées sur les plages et des pêcheurs sur des barques manoeuvrées à la perche ou avec des moteurs "longue-queue". Une heure plus tard nous accostons à Mingun, accueillis par les conducteurs de charrettes antiques couvertes d'une natte et tirées par une paire de zébus. Ce sont les taxis locaux ! Nous préférons marcher.

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D'ailleurs la première pagode, la paya Satowiya est au bord du fleuve, au sortir du bateau. Chaulée de frais, de plan carré, avec une façade joliment décorée de paons et de dragons, elle se dresse au sommet d'un escalier gardé par des chinthes et une collection de nats, ces génies sagement assimilés par le bouddhisme birman. Plus loin et visible du fleuve vu sa masse, les restes d'une pagode inachevée et qui avait la prétention d'être la plus grande du monde. Ce n'est plus qu'une énorme masse de briques sans grand intérêt si ce n'est d'être la preuve de la mégalomanie d'un de ces dirigeants qui se prennent pour des surhommes. Nous devons acquitter un nouveau droit de visite alors qu'il n'y a rien à visiter. Une grosse cloche est installée sous un pavillon construit à cet effet, chacun peut la faire sonner en la frappant. Enfin, à la sortie du village, une dernière pagode, la paya Hsinbyume se révèle fort intéressante et très jolie.

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Elle éclate de blancheur, un cône de crème chantilly au sommet d'une éminence, entourée par sept vagues successives de terrasses tout aussi immaculées. Du sommet on découvre la campagne environnante et le fleuve alangui entre ses bancs de sable. Nous revenons en suivant la berge du fleuve, au calme, à peine troublé par les toussotements des trains de péniches qui remontent ou descendent le fleuve. Il n'y plus grand monde dans la rue, les touristes battent en retraite, il faudrait arriver maintenant pour avoir les sites sans trublions. Nous tentons de déjeuner dans le restaurant proche de l'embarcadère. Nous avons presque fini la bière fraîche avant que les plats n'arrivent, trop tardivement pour que ayons le temps de les finir aussi emportons-nous les restes dans des sacs plastiques. Nous nous dépêchons de remonter à bord et trouvons des places sur le pont supérieur mais les fauteuils sont très inconfortables et je suis en plein soleil. J'abandonne Marie et regagne la cale, au frais. Nous attendons les derniers retardataires et revenons à Mandalay. A peine débarqués, nous faisons une halte dans la première brasserie en plein air que nous trouvons pour goûter au bonheur d'une bière pression glacée... Nous avons décidé de revenir à l'hôtel à pied par des quartiers populaires.

Birmanie 2014

Après une portion d'avenue où des potiers vendent de très grosses jarres vernissées, nous traversons un lac sur un pont en teck, en apercevant sur l'autre rive le zedi doré de la paya Chantaya qui se reflète dans l'eau. Nous admirons la dextérité de manipulateurs de cerfs-volants qui, depuis le pont, à l'aide de gros moulinets, font voler haut dans l'azur des taches colorées. Cette vision serait idyllique si elle n'était pas troublée par la vue de l'amoncellement des ordures que nul service de voirie ne vient enlever. Le lac sert de dépotoir, ses berges disparaissent sous les sacs plastiques, tout le monde vit dans l'attente de la venue de pluies qui se chargeront de leur évacuation. Nous contournons la pagode et allons boire un thé, gracieusement offert, dans une maison de thé du quartier, aucune architecture remarquable, le rez de chaussée d'une grande maison qui, comme ses voisines, est utilisé à des fins commerciales. Nous poursuivons par des ruelles entre des établissements monastiques. Les anciennes maisons de bois, sur pilotis, avec des murs en nattes de bambous, noircies par les fumées, voisinent avec de massives constructions coloniales. Nous aboutissons à la paya Eindawya, celle à qui nous devons nos réveils matinaux ! Nous la traversons, une fois de plus les chaussures à la main. Combien de fois nous serons-nous déchaussé-rechaussé aujourd'hui ? Encore quelques mètres et nous voici à l'hôtel ! Repos puis je descends trouver un message de Julie sur internet. Marie a envie d'assister à un spectacle de marionnettes donné pour les touristes, pas moi. Je crains désormais le pire dans ces représentations pour touristes. Nous ne trouvons qu'un trishaw pour nous y conduire. le trajet est long, en légère montée et notre malheureux conducteur souffre. Nous le dédommageons au-delà de la somme convenue, mauvais exemple ! Nous avons à peine le temps d'avaler deux plats dans un restaurant tout proche avant d'assister à la représentation dans une salle minuscule, loin d'être pleine.

Birmanie 2014
Marionnettes classiques avec des manipulateurs à ficelle, placés au-dessus d'elles et qu'un rideau parfois soulevé permet de voir à l'oeuvre. Un orchestre de tambours, gongs et d'une flute nasillarde accompagne et souligne les mouvements souvent voltigeants des marionnettes. La présentation en anglais, avec une mauvaise sonorisation, ne me permet pas de comprendre les scènes représentées et je ne m'intéresse guère au spectacle, terminé une heure plus tard. Cher pour si peu ! Nous nous inquiétions de savoir comment rentrer mais notre conducteur de trishaw, alléché par notre générosité nous a attendu et nous ramène donc, plus rapidement puisqu'en descente. A peine à la chambre, nous sommes avisés que Christian F. nous appelle de son hôtel. Nous convenons de nous rencontrer demain.
 
Jeudi 9 janvier : Nous avons eu froid dans la nuit. Nous transpirons dans la journée mais les nuits sont fraîches. Notre nouvelle chambre nous a épargné un réveil bouddhiste ! La salle de bain est folklorique. Comme souvent la douche, sans bac, arrose toilettes et murs, le lavabo coule directement sur le carrelage et l'évacuation est très lente. Nouveauté inconnue jusqu'alors et certainement chinoise : la pomme de douche incorpore des lumières qui colorient le jet d'eau... Je vais petit déjeuner seul, Marie préférant traîner dans la chambre. Nous décidons de rallier directement Bagan, faute de temps pour "tout" faire. Nous faisons réserver le bus et un hôtel par le réceptionniste et lui confirmons notre souhait de visiter demain les sites extérieurs avec un taxi pour la journée. Nous partons une fois de plus avec un trishaw en repassant par les ruelles de l'agréable quartier traversé à pied hier. Il nous dépose presque devant le monastère Shwe in Bin où dans un grand jardin, au calme, se tient un magnifique bâtiment sur pilotis, tout en teck.
Birmanie 2014

Tous les panneaux ne le sont pas mais les toits, leurs rebords, les portes sont finement sculptés notamment de personnages, mains jointes ou humant un lotus, de danseuses déhanchées. Les bâtiments accolés offrent plus de variété de forme et de taille que le parallélépipède du monastère de Shwe Nandaw. Nous repartons avec un autre trishaw jusqu'à proximité d'un restaurant que nous comptions essayer mais il a disparu. Nous nous fions à notre guide pour nous rassasier dans une gargote chinoise mais personne ne comprend ce que nous souhaitons et je ne parviens qu'à me faire servir un gros poisson-chat frit, une pelote d'épingles avec un peu de chair autour ! Je renonce à en venir à bout... Nous sommes dans un quartier plus récent ou plutôt dont les petits immeubles récents, sans caractère, ont remplacé les anciennes maisons. Les rues sont plus larges, bruyantes, parcourues par de pétaradantes escadrilles de mobylettes ou motos chinoises.

Birmanie 2014
Nous allons visiter deux boutiques-ateliers où des forçats frappent à coup de masse des feuilles d'or placées entre de fines feuilles de bambou, pour les amincir encore avant de les commercialiser sous forme de carrés d'un micron d'épaisseur que les fervents bouddhistes colleront sur leur statue préférée. Il est encore tôt pour rejoindre l'hôtel d'Annie et Christian où nous devons les rencontrer, nous traînons lentement; marquons une pause pour boire un soda avant d'aller les retrouver. Nous allons ensemble sur le toit terrasse de leur hôtel d'un standing nettement supérieur au nôtre. Nous papotons, échangeons nos premiers sentiments sur la Birmanie avant qu'ils ne rejoignent leur groupe, puis, bien qu'ils nous aient proposé de les accompagner à leur restaurant, nous nous séparons. Nous dînons dans un BBQ coréen que nous avions aperçu en passant mais la viande n'a pas mariné dans le soja et nous sommes très déçus. Retour encore en trishaw, sans éclairage dans les rues plongées dans le noir... Le malheureux transpire à pédaler et je suis soulagé pour lui, comme pour moi, quand nous arrivons. Nous nous faisons remettre des couvertures supplémentaires pour la nuit.
 
Vendredi 10 janvier : Nous partons ce matin avec une voiture et un chauffeur pour une longue journée d'excursion dans les environs de Mandalay. Les tarifs ont sensiblement augmenté depuis l'année dernière, la location d'une voiture avec chauffeur passant de 25000 à 35000 kyats. Grosse inflation dans le tourisme ! Nous traversons le quartier des tailleurs de pierre, des centaines de Bouddhas de toutes tailles émergent de diverses pierres sous les meuleuses des artisans. Nous commençons par la visite de la pagode Mahamuni. Comme les autres on y accède par l'un des quatre couloirs aux points cardinaux qu'occupent les marchands d'offrandes et les astrologues.
Birmanie 2014

Les plafonds des porches sont peints à fresques et montrent des paysages, des trains du temps de l'occupation britannique, des personnes de la bonne société endimanchées. Je retrouve les peintures murales du Shikawati !

Birmanie 2014

Au bout du couloir nous débouchons dans une cour où de petits enfants maquillés et habillés de tissus chatoyants vont en procession accomplir quelque cérémonie. Les parents ne sont pas peu fiers que leurs rejetons soient pris en photos par les touristes... Mais le but de la visite n'est pas là.

Birmanie 2014

Au centre du bâtiment se tient sur un socle une statue de Bouddha que les fidèles, du moins les hommes, les femmes n'ont pas le droit de l'approcher, couvrent de ces très fines feuilles d'or que nous avons vu fabriquer hier. Il y en a tant qu'il en devient bouffi, des photos anciennes montrent l'évolution de ce cas d'éléphantiasis ! Le visage qui échappe à cette furie sédimentaire est resté lisse. Nous faisons le tour de la pagode, des salles sont consacrées à des peintures expliquant la venue de cette statue en ces lieux, d'autres enserrent les offrandes précieuses. Des statues en bronze provenant d'Angkor aux vertus curatives supposées quand on en frotte la partie du corps source de maladie, des gongs gigantesques, une tour d'horloge complètent l'ensemble. Nous nous rendons ensuite à Amarapura, au monastère Mahagandhayon pour assister au repas des moines et moinillons.

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Nous n'y sommes pas seuls, là non plus. Le nombre de touristes, appareils photos ou caméras à bouts de bras, est indécent ! Le monastère accueille plusieurs milliers d'élèves qui suivent un enseignement. Le seul repas consistant de leur journée est à dix heures et quart. Grands et petits, élèves et professeurs se sont alignés dans une allée et, avant de pénétrer dans le réfectoire, passent devant de bonnes âmes qui, puisant à grandes louches dans des bassines de riz, vont remplir leur bol à offrande. C'est aussi la ruée des photographes amateurs à laquelle, à ma grande honte, je me mêle...

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Nous repartons pour Sagaing. Nous traversons l'Irrawaddy sur un long pont métallique à plusieurs arches. Sur l'autre rive les collines sont couronnées de dizaines de stûpas, presque toujours dorés, que nous distinguons mal dans la brume.

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Le chauffeur nous amène à une construction récente, en béton, un temple circulaire dédié semble-t-il à l'enseignement du pali. Intéressant pour découvrir le mariage du kitsch et du béton mais sans plus. Nous grimpons ensuite au sommet d'une colline, jusqu'au temple Umin Tounzeh, un autre sommet du kitsch, en plus coloré, les dorures pourraient décorer un restaurant chinois en France. Il s'y trouve une galerie où une quarantaine de statues de Bouddha s'alignent, toutes identiques. Ici rien d'ancien et s'il y en a, il a été ripoliné sans la moindre hésitation. La vue s'étend sur les plaines dans lesquelles serpente mollement le fleuve et sur les dizaines de pagodes avec leurs pointes dorées éparpillées dans la campagne mais tout est diffus dans cette brume de fin de saison sèche. Nous montons ensuite à la plus haute colline sur laquelle se tient la paya Soon U Ponya Shin. Toujours des dorures plastiques, une grande statue de Bouddha qui rayonne de belles lumières électriques colorées. Les sols sont recouverts de carreaux de salles de bains du plus bel effet. Quelques peintures tentent de mettre en garde contre les turpitudes du monde moderne. peine perdue certainement... Nous allons ensuite déjeuner dans un restaurant où se retrouvent tous les touristes, sous des paillotes dans un jardin. Nourriture correcte à des prix nettement plus élevés. Nous poursuivons en allant prendre une barque à moteur, abandonnant voiture et chauffeur, le temps de nous rendre à Inwa. Sur l'autre rive, d'anciennes carrioles en bois bâchées, tirées par de vaillants poneys attendent les touristes pour la visite des monuments de cette ancienne et très éphémère capitale. Au moment de partir, je m'aperçois que j'ai oublié les tickets dans la voiture. Je me dépêche de retraverser, récupérer les billets et revenir.

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Nous voici partis pour une promenade bucolique dans la campagne, belles maisons anciennes en bois à un étage et multitude de stûpas blanchis. Nous arrêtons pour les restes de trois zedi de brique dont il reste de belles traces du revêtement de stucs et quelques Bouddhas délavés. Nous empruntons ensuite une digue au milieu des rizières pour arriver au monastère de Bagaya. Encore une de ces constructions toute en bois de teck, reposant sur d'impressionnants piliers du même arbre.

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Les façades extérieures, à l'exception des encadrements des portes et des fenêtres très ouvragés, ne sont pas décorés, l'intérieur guère plus. Nous repartons pour une dernière et rapide visite du monastère Maha Aung Mye Bonzan, lourde structure abandonnée à plusieurs niveaux en brique et maçonnerie, très décorée néanmoins. Nous retournons à l'embarcadère, retrouvons notre chauffeur qui nous emmène au dernier site, le pont U Bein à Amarapura.

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Il y a foule là aussi, tous les touristes sont venus guetter le coucher du soleil, des Birmans en font autant et des moines s'offrent un moment de récréation. Ce très long pont piétonnier enjambe le lac de Mandalay et évite un long détour. Il repose sur des piliers de teck qu'il est préférable de ne pas examiner de près.

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Des barques emmènent les touristes sur le lac, des pêcheurs immergés à mi-corps font de belles prises. Le soleil couchant éclaire les piles qui se reflètent dans le miroir du lacs. Nous le longeons jusqu'à la limite des eaux, basses en cette saison. Le sol est couvert de détritus. Nous en parcourons aussi une section en montant dessus mais alors on ne le voit plus. Le soleil couché sans effet spectaculaire nous rentrons à l'hôtel dans la circulation confuse, peu de véhicules ont des lumières et c'est la loi du plus fort qui prédomine. Après un court repos à la chambre, nous ressortons pour aller dîner chez Mann. Longue attente que trompe une bière avant d'avoir nos plats pas bien fameux. Un trishaw en maraude nous cueille à la sortie du restaurant et nous ramène à l'hôtel.
 
Samedi 11 janvier : Encore un réveil matinal, debout à cinq heures pour prendre le petit déjeuner alors que le jour se lève puis partir en taxi à la gare routière. Nous montons dans un bus au standing très nettement inférieur à celui pris à Rangoon. Les sièges sont très étroits et peu inclinables. Les moines occupent les sièges de devant, privilège qui leur est dû ainsi que la gratuité... Nous ne partons pas plein mais l'apprenti racole et nous nous arrêtons à chaque village pour ramasser ou déposer des passagers. Paysage verdoyant, rizières et palmiers à sucre quand nous sommes proches du fleuve, brousse déserte en dehors. Nous traversons des villages où les maisons traditionnelles sont fréquentes.
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Les charrettes tirées par des attelages de zébus parcourent la campagne, indifférentes aux klaxons rageurs des bus. Nous faisons une halte pour déjeuner dans un relais tenu par une tonitruante mégère. Nous nous contentons d'un paquet de pommes chips et d'une bière avant de repartir. Nous sommes rapidement à Nyaung Oo, plus tôt, encore une fois, que prévu. Une carriole à cheval a été envoyée par l'hôtel New Park où nous avions réservé une chambre  et nous y sommes peu après débarqués. Nous disposons d'une grande chambre avec tout ce qui nous avait manqué jusqu'alors : des cintres, une table et des fauteuils et même une petite terrasse privative devant le bungalow. Nous faisons le point, essayons d'envisager la suite. Je ressors tenter de changer des dollars et me renseigner sur les possibilités de nous rendre à Mrauk U. De retour à la chambre, je parviens à me connecter et envoyer des messages. Marie relit mon texte que nous amendons ainsi ensemble. Nous ressortons pour dîner au restaurant, le Black Bamboo. tenu par une Française et, de ce fait, fréquenté par tous les touristes en mal d'expériences gustatives... Nous nous offrons des cocktails avant de passer aux choses sérieuses : un plat thaï pour Marie, inodore et sans saveur et un curry local, loin d'être épicé pour moi. Nous regagnons la chambre. Je parviens à mettre le blog en ligne puis nous nous couchons et je m'endors très vite.
 
Dimanche 12 janvier : Le petit déjeuner est succinct, mais tout de même avec des oeufs, des toasts et des fruits. La carriole à cheval que j'avais réservée hier nous attend. Ce n'est pas très confortable, Marie ne se trouve bien ni à l'avant ni à l'arrière. Nous partons en direction de Old Bagan, des stûpas de brique apparaissent, dispersés dans la campagne, des grands, des petits, les plus importants reposent sur des socles cubiques et sont recouverts de stucs.
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Premier arrêt pour le temple de Htilominlo, une grande structure de plan carré à plusieurs niveaux, très décorée, renfermant, comme d'habitude, aux quatre points cardinaux des statues géantes du Bouddha, entourées de parasols de cérémonie.

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Presque en face, le petit temple de Thein Upali renferme de belles fresques qu'un gardien nous permet de voir. Derrière, des champs où s'activent à lier des bottes de tiges de maïs des paysans, indifférents à la beauté de leur cadre de travail. Nous franchissons la porte de l'ancienne cité de Bagan. Ne s'y trouvent plus que des pagodes et quelques établissements hôteliers de luxe, construits dans le style local mais jurant par leur éclat du neuf avec la patine des temples. Nous arrêtons au temple Mahabodi, de style indien, surmonté d'une tour sikhara en pain de sucre.

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Plus loin, le temple Bupaya avec son stûpa doré paraît récent, il est très fréquenté en ce jour de repos par les habitants qui viennent se prendre en photo sur la terrasse surplombant l'Irrawaddy et les bateaux de promenade qui les ont amenés. Encore un temple, Gawpawlin, massif, avec les inévitables Bouddhas dorés dans leur niche. Je commence à saturer, nous enfilons les pagodes les unes après les autres, ce soir je les mélangerai toutes et demain je les aurai oubliées.

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De la terrasse de la pagode Mimalaungkyaung, nous avons une belle vue sur la campagne et les stûpas qui en émergent, vision proche de celle que j'attendais ici.

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Au temple de Patothamya, le plus ancien, nous découvrons les murs intérieurs entièrement couverts de superbes fresques. Elles ne sont pas éclairées, la gardienne a une meilleure lampe torche que nous et nous parvenons à distinguer des Bouddhas en très grand nombre ainsi que des scènes profanes (?), des bateaux, des défilés de chevaux, d'éléphants. Une restauration s'impose et rapidement ! Notre carriole suit un chemin dans la campagne avant de parvenir à la grande pagode Thatbyinnyu sans grand décor intérieur.

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Une dernière, Shwegûgyi se révèle très intéressante non pour son décor, ses Bouddhas, mais pour la vue depuis sa terrasse. J'y trouve enfin ce que j'attendais, comme à Tikkal, des sommets de temples qui surgissent dans le lointain de la végétation. Dommage que s'y ajoutent les constructions modernes d'un resort ! Nous ressortons de Old Bagan et nous nous arrêtons aussitôt pour aller déjeuner chez Sarabha II, sous une agréable paillote. Bonne cuisine mais chère pour les portions servies, en particulier ma salade de poulet. Il existe un Sarabha I, aussi bien installé et moins cher... Après le déjeuner, nous retournons à notre calèche mais le conducteur n'est pas là. Nous patientons puis l'envoyons chercher. Il nous fait dire de nous rendre à pied à la pagode Ananda. Je vais le voir, il mastique sa chique de bétel qui ne facilite pas son élocution, la bière (le whisky local ?) avalée non plus... Nous partons à pied en traversant le marché, couvert de bâches entre deux échoppes de marchands de tissus. Marie peste contre le conducteur de la carriole. Le saint des saints est entouré de couloirs concentriques percés d'une multitude de niches qui, vous l'avez deviné, abritent des Bouddhas. Il faut ressortir d'un autre côté pour aller visiter un petit bâtiment entièrement couvert de fresques à l'intérieur. Certaines ont été restaurées et un faible éclairage permet de distinguer de superbes scènes de banquets, de processions. Nous revenons sur nos pas et devons retraverser la pagode. De retour à la carriole, nous trouvons notre conducteur en train de ferrer son cheval ! Il veut changer un fer mais tord les clous faute de marteau... Nous trouvons une autre carriole pour retourner à l'hôtel, plus question de pagodes ni de coucher de soleil. En chemin, nous sommes doublés par notre carriole de ce matin dont le cheval semble avoir retrouvé fière allure. Fin d'après midi sur la terrasse de la chambre à mettre à jour blog, texte et photos. Nous allons dîner dans la gargote en face de l'hôtel (Christiane en avait parlé...). Nous sommes seuls, ce n'est pas très gai... Nourriture quelconque, toujours du porc ou du poulet cuisiné avec des légumes et une vague sauce, vite avalée. Retour à la chambre.

Lundi  13 janvier : Nous nous réveillons un peu tard mais nous sommes prêts pour partir à neuf heures avec un nouveau conducteur de carriole.

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Nous quittons bientôt la route de Old Bagan pour emprunter des chemins sablonneux au milieu des cultures, haricots, soja, que des paysans sont venus sarcler avec leurs belles charrettes traditionnelles au timon décoré, attelées d'une paire de sages zébus blancs. Première halte pour le temple de Dhammayangyi, une des plus grandes constructions du site, sur plusieurs terrasses superposées. De grandes statues dorées de Bouddha occupent les ouvertures dans trois directions cardinales.

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A leurs pieds, des tapis chinois avec des dessins de gros nounours... Des couloirs sombres et très hauts de plafond en font le tour. Nous arrêtons ensuite à une petite pagode, la Lawkahteikpan dont l'intérieur est couvert de très belles fresques difficilement visibles sans éclairage mais le gardien a tout prévu et prête aux visiteurs des lampes, plus performantes que la nôtre. Nous atteignons l'incontournable pagode Shwesandaw en forme de pyramide, plusieurs gradins que l'on peut atteindre par de raides escaliers sur chacune des quatre faces. Je décide Marie à grimper au second niveau mais, effrayée par la descente, elle ne veut pas continuer. Je poursuis donc l'ascension seul.

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A chaque niveau c'est l'émerveillement, je suis entouré de stûpas en brique que la lumière point encore trop crue éclaire et dore. Les pointes des zedi s'échappent des arbres et des buissons et plus on monte et plus j'en vois, à perte de vue. C'est la vision de Bagan que j'avais ! Je récupère Marie à la descente puis nous allons contempler dans un bâtiment voisin, un long Bouddha couché, la tête reposant sur des coussins de pierre. Nous repartons pour, au milieu des palmiers à sucre, le temple Gubyaukgyi. Sous la tour sikhara, les encadrements sculptés de fenêtres et de portes sont remarquables mais ce sont surtout ses fresques intérieures qui justifient le détour. Le gardien qui baragouine un peu toutes les langues a eu la riche idée de mettre à la disposition des visiteurs une lampe électrique et un très long fil qui la relie au courant. Les peintures sont alors bien apparentes. Elles décrivent des scènes de la vie de Bouddha mais nous sommes bien trop ignares pour savoir les déchiffrer. Nous atteignons le village de Myinkaba et nous y déjeunons dans une gargote, classiques riz ou nouilles sautés avec des légumes et quelques morceaux de viande ou de crevettes. Le service est lent, il ne doit y avoir qu'une seule marmite sur un feu unique... Nous visitons un atelier de fabrication d'objets en laque. On nous montre les différents étapes de la fabrication avant de nous faire voir en détail le magasin. Nous y trouvons de belles boîtes anciennes au décor floral, mais les prix sont dissuasifs. Je trouve une autre belle boîte ancienne mais au prix bien trop élevé pour démarrer un honnête marchandage. Marie inaugure la période des achats de cadeaux avant que nous ne repartions pour, à quelques centaines de mètres, l'ensemble des temples Manuha et Nanpaya. Nous commençons par ce dernier, un modeste bâtiment, joliment décoré extérieurement et renfermant encore des fresques.

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Les quatre piliers de la nef sont curieusement sculptés de représentations de Brahma avec ses trois têtes et d'ogres qui recrachent des fleurs. La décoration extérieure n'est pas en reste et les encadrements de fenêtres montrent des monstres et des dragons sculptés.

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La pagode voisine, Manuha, paraît moderne, elle est très fréquentée pour ses gigantesques Bouddhas, assis et couché recouverts d'or, installés dans des espaces confinés où il est difficile de les considérer avec un peu de recul. Nous marchandons une paire de marionnettes articulées mais nues. Plus loin, à la pagode Ape Yadana, nous peinons à distinguer d'autres fresques en moins bon état, sans autre éclairage que notre lampe de camping. Le dernier temple, Nagayon est joliment décoré à l'extérieur avec des pinacles dorés. L'après midi est bien avancée, le soleil commence à darder des rayons moins ardents, les couleurs sont plus chaudes, il est temps de nous acheminer au pas lent de notre cheval, en traversant la campagne, vers une pagode d'où nous pourrons guetter le coucher du soleil.

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Cette dernière promenade au milieu des stûpas est superbe. Nous en découvrons de nouveaux à chaque virage, des ensembles tous plus photogéniques les uns que les autres. Nous arrêtons au pied de la pagode Bulethi. Nous n'y sommes pas les premiers, ni les derniers. Il faut escalader des escaliers trop raides au goût de Marie mais, une fois parvenus à la terrasse supérieure, on est entouré de pagodes, stûpas, zedi, en brique, dorés ou blancs, dans toutes les directions, piquetant la campagne.

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Nous attendons la disparition de l'astre à peine rougeoyant, coloriant d'une nuance orangée les quelques pointes à l'occident. La descente n'est pas aussi difficile que le craignait Marie et un dernier coup de collier de notre vaillant coursier nous ramène de nuit à l'hôtel. Nous voulons réserver le bus pour l'étape suivante, au lac Inle, mais celui d'après-demain est déjà complet, nous allons devoir rester un jour de plus à Bagan. Nous allons dîner dans un restaurant indien, bonne cuisine, poulet tandoori trop sec et portions de viandes limites  mais, malgré mes craintes, tout est bon. Retour à la chambre pour une nuit bien méritée.

Mardi 14 janvier : Nous ne nous pressons pas d'autant que nous devons commencer par changer de l'argent et la banque n'ouvre qu'à neuf heures et demie. Je règle le bus pour le lac Inle et demande à téléphoner à Nyaungshwe pour réserver un hôtel. Les prix ont considérablement augmenté et beaucoup sont pleins. Nous devons accepter de payer 50 dollars pour être sûr d'avoir une chambre à l'arrivée. Nous partons avec une carriole tirée par un malheureux poney boiteux, son antérieur droit a un boulet enflé. J'ai mal pour lui et hâte d'arriver au marché.

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Sous une halle, les échoppes de tissus, de longyi, de vêtements et de bimbeloterie chinoise disputent la place à d'autres qui ont compris que les touristes étaient d'un meilleur rapport... J'y trouve de belles boîtes en laque que j'ose croire, à leurs craquelures,  anciennes. Négociation, hésitation et finalement achat. Me voilà encombré d'un sac plastique volumineux qu'il va falloir caser dans les bagages. Je vais jeter un oeil au restaurant Bagan Beach, très agréablement installé en hauteur sur la berge ensablée de l'Irrawaddy. Nous hésitons mais les prix sont tout de même nettement plus élevés et nous préférons prendre un trishaw pour nous ramener à proximité de la pagode Shwezigon. J'ai beau avoir un peu moins de scrupules à faire transpirer un homme qu'un cheval, je ne suis pas fier de ma position... Nous allons déjeuner dans une gargote, rien de fameux, il faut chercher les minuscules morceaux de viande au milieu des légumes et la bière est tout juste fraîche. Puis nous traversons l'esplanade qui nous sépare de l'entrée de la pagode Shwezigon, abandonnons nos chaussures et pénétrons dans la cour. De l'extérieur, nous n'apercevions qu'un grand stûpa doré qui paraissait toc.

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A l'intérieur, la débauche de pavillons aux toits en escalier, de zedi, de stûpas, tous  dorés, confère à l'ensemble un cachet digne de la Shwedagon de Rangoon

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Ce temple est très fréquenté, des cohortes de paysans s'y rendent en pèlerinage, s'agenouillent devant des statues, joignent les mains haut au-dessus du front, puis s'installent à l'ombre d'un pavillon pour deviser, papoter, grignoter quelques graines, cracher un jet rougeâtre de bétel et regarder passer les fort exotiques touristes. Dans une salle sont exposés des figurines habillées de mousselines, ce sont les 37 nats admis dans le bouddhisme local. Nous retraversons l'esplanade jusqu'à la route où Marie trouve un trishaw pour la ramener à l'hôtel. Je reviens à pied et me renseigne au passage sur une éventuelle excursion en bateau demain après midi sur l'Irrawaddy. Je mets une petite annonce dans le hall de l'hôtel dans l'espoir de trouver des compagnons pour en partager les frais. Nous avions envisagé de nous rendre avec une carriole à la tour d'observation moderne mais il commence à être tard et aucune carriole n'est en vue. Nous restons donc sagement sur notre terrasse à écrire les cartes postales et attendre l'heure du dîner. Nous allons dans un restaurant qui se prétend mi-italien, mi-gril. Erreur funeste ! Si la salade avocat-tomate-thon est très honnête, le pseudo gril est en fait une plaque sur laquelle grésillent de rares morceaux de viande cuits, bouillis dans le jus des (beaucoup) plus nombreux légumes. Quant au riz, il est, comme d'habitude dans ce pays, servi froid...

Mercredi 15 janvier : Nous hésitons sur le déroulement de la journée. Notre annonce n'a eu aucun succès et nous avons aussi envie de retourner dans la campagne en carriole, nous promener entre les temples, les stûpas et autres zedi. Je vais à la poste envoyer quelques cartes. Puis je rencontre notre conducteur de horse cart de l'avant veille. Nous convenons avec lui d'une balade dans l'après-midi. Je tente encore une fois de me connecter et finis par y parvenir laborieusement. Messages aux F. et à Julie. La matinée se passe ainsi. Pas rancuniers, nous retournons déjeuner au restaurant d'hier soir. Marie se contente d'une crêpe et je me régale avec des nouilles sautées, pas cher du tout. Notre conducteur est ponctuel et nous repartons derrière notre brave petit poney. Nous sortons de la ville par une bien longue portion de route goudronnée avant de retrouver les petits chemins étroits et sablonneux.

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Il nous amène au temple de Iza Gawna, non indiqué dans les guides qui pourtant renferme une multitude d'images du Bouddha de très petite taille, fresques qui entourent, sur les murs et plafonds, une statue du même Bouddha. Beaucoup sont très effacées et la relation de sa vie sur des vignettes peintes presque illisibles surtout pour nous incapables de "lire" ces récits mais l'ensemble, inattendu, est séduisant. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour un groupe de deux autres temples. Le premier, Thambula, avec une sikhara de type indien, laisse deviner, derrière des grilles, des fresques intéressantes mais la porte est verrouillée. Arrive une guide et un couple d'Italiens. Je lui demande si elle a la clé, elle s'en retourne la quérir et nous permet ensuite de visiter l'intérieur.

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Nous y découvrons, ravis, ce qui sera pour nous, peut-être, le plus bel ensemble de peintures, très fines, dans des tons ocre et jaune. Habituelles représentations du Bouddha mais aussi scènes profanes (?), enchevêtrements de personnages dans des mêlées confuses, amoureuses ou guerrières (n'est-ce pas la même chose ?). L'autre temple, Payathonzu, en fait, est triple. Trois modestes constructions accolées et communicantes qui n'ont pour intérêt que leurs fresques intérieures mais que l'on ne peut photographier. Des représentations d'une très grande finesse de danseuses, de dieux hindous, Brahma et ses quatre têtes, Vishnu et ses huit bras,  et d'épisodes de la vie du Bouddha. Tout autour de nous des temples grands et petits qu'il faudrait des jours pour visiter, détailler, comprendre, apprécier. Nous arrêtons ensuite au village de Minnanthu. un village traditionnel qui se transforme tout doucement en village-musée.

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Le touriste, à peine arrivé, est pris en charge par une femme qui le mène entre les maisons, lui montre les récoltes, noix de jujube répandues sur le sol, branches de sésame en train de sécher, les métiers à tisser, l'épicerie où on vend des cheeroots, ces cigares à base de tabac, de tiges de palmier et de jus de tamarin enroulés dans une feuille de maïs qui font un de ces barreaux de chaise digne de Groucho Marx. Des antiques charrettes tirées par des zébus sont en activité, certaines ont de superbes timons sculptés. Mais le temps presse, nous devons nous rendre au petit trot au temple Pyathada, une massive construction guère élégante mais pourvue d'une large terrasse ouverte aux visiteurs. L'escalier, en partie intérieur, n'est pas trop raide et la place ne manque pas.

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Comme aux autres sites en hauteur, nous découvrons à plus ou moins courte distance des dizaines de stûpas de toutes tailles et en fond d'horizon une chaîne de montagnes. Le soleil décline et dore les briques qui lui font face. De nombreux Birmans viennent admirer la vue, se prennent en photo, parfois avec nous et s'en retournent sans attendre le coucher du soleil.

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Comme l'avant-veille, l'absence de nuages interdit au ciel de rougir et seul le contre-jour révèle les silhouettes des temples dans l'axe des derniers rayons.

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Nous nous en revenons à l'hôtel en passant entre les derniers temples qui se détachent en ombre chinoise sur le ciel à peine orangé. Nous commençons à préparer les bagages pour demain puis nous allons dîner dans un restaurant que j'avais repéré en allant à la poste, le Red Pepper. Nous choisissons un menu thaï et nous nous régalons d'une excellente cuisine pimentée au goût de chacun (j'en pleure, mouche !). Poulet au basilic, porc au lait de coco, tout est bon ! Retour à la chambre pour notre dernière nuit à Bagan.
 
Jeudi 16 janvier : Nous devons nous lever avant six heures pour être prêts à sept heures, heure à laquelle on doit venir nous chercher pour nous emmener à la gare routière. Nous patientons puis une jeep arrive et nous emmène directement au bus. Cette fois, nous sommes en compagnie de nombreux touristes et quelques autochtones. Nous démarrons à l'heure mais le bus n'est pas plein. Il continue son ramassage le long de la route et quand tous les sièges sont occupés, les Birmans, qu'il continue d'embarquer tout au long de la route, s'assoient dans le couloir sur des tabourets en plastique très bas.
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Il est encore assez tôt pour que nous puissions assister au défilé des bonzes et moinillons qui tendent leur bol à offrande que de braves ménagères remplissent de louches de riz. Après avoir longé quelques rizières, nous retrouvons la brousse sans cultures ni villages. Je somnole, lit quelques pages du livre de Malcolm Lewis, "Terre d'or". Nous passons la jolie bourgade de Meiktila, alanguie à l'ombre généreuse de grands arbres, au bord d'un lac sur lequel fait semblant de flotter un bateau en béton en forme de gigantesque oiseau, accolé à un temple. Le temps passe, l'heure de s'arrêter pour déjeuner aussi. Nous commençons à désespérer de pouvoir vider nos vessies quand enfin on nous accorde une halte de trente minutes dans un relais routier. Nous prenons deux plats vite avalés et une bière avant de repartir.

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Après Kalaw où descendent de nombreux touristes qui vont continuer en trekking, la route commence à s'élever, les villages sont plus fréquents et l'on y voit de belles maisons sur pilotis aux murs de bambou tressé formant des dessins géométriques. Nous entrons dans le pays Shan, la végétation devient plus luxuriante, la vue s'étend sur la vallée et les montagnes couvertes d'une belle forêt. Dès que nous avons passé un col, nous continuons sur un plateau dénudé, tout en cultures. Puis c'est la descente sur le bassin du lac Inle. Nous ne voyons pas encore le lac mais ses eaux remplissent des canaux au milieu des terres. Le bus nous dépose à l'entrée de Nyaungshwe où nous attend une sorte de tuk tuk avec un grand plateau et deux bancs pour les passagers. Il nous amène à l'hôtel Taekwood, pas désagréable, mais la patronne a un côté "avidadollars" déplaisant. Je pars presqu'aussitôt me renseigner dans une agence de voyage sur les tarifs des excursions sur le lac. A mon retour, Marie est au téléphone avec Christian qui nous propose de nous joindre à eux pour une grande promenade en bateau samedi jusqu'à Sankar. Nous allons dans une agence nous renseigner et leur communiquons les renseignements et les tarifs, heureusement bien moins élevés que ceux qu'ils envisageaient. Je vais ensuite me renseigner dans une troisième agence recommandée pour avoir confirmation des conditions. Nous dînons dans un petit restaurant coquet de bonnes grillades avec des frites mais les portions sont vraiment trop réduites. Dommage ! De retour à la chambre, je parviens à me connecter, message aux F., à Vettou et Michelle.

Vendredi 17 janvier : Nous commençons par retourner à l'agence de voyage où je m'étais rendu la veille et nous finalisons les réservations pour les promenades sur le lac les deux jours suivants. Nous réservons également le retour en bus de nuit à Yangon.

Birmanie 2014

 

Nous allons faire un tour au marché, rien d'original, marchandes de fleurs photogéniques et quelques femmes avec une serviette nouée en turban sur la tête. Des marchands de souvenirs sont installés, nous trouvons des copies de livres dont les pages sont des feuilles de bambou, avec d'un côté un texte en pali et de l'autre des peintures représentant la vie du Bouddha. Marie achète une jolie paire de marionnettes pour Julie. Nous nous rendons ensuite à la pagode Yadanarmanaung, une de celles que les touristes n'ont aucune raison de visiter et pour cause il ne s'y trouve rien d'intéressant, si ce n'est, dans des vitrines poussiéreuses, divers objets sans doute offerts à la pagode, des bols, des carillons Westminster, de la verroterie, des objets recouverts de pierres peut-être précieuses et de dorures, des personnages miniatures, des sculptures pas toujours très anciennes, un ensemble très hétéroclite et étrange. Nous déjeunons dans un restaurant proche, spécialisé dans les pâtes, les gnocchi et les crêpes, comme bien d'autres gargotes qui ont vite compris que les touristes, las de la cuisine locale, seraient ravis de retrouver une "bouffe internationale" insipide. Presque tous les plats étant au fromage, je me contente de très honnêtes frites et de "guacamole". Nous revenons à l'hôtel pour un court repos puis nous repartons en quête d'un tuk tuk pour nous rendre à Mang Thawk. Nous faisons le tour des agences de voyage dont les tarifs nous paraissent bien élevés. J'abandonne Marie dans l'une et vais à la gare des tuk tuks où j'en négocie un pour 12000 kyats. Nous partons dans cet étrange camionnette mue par une moto. La suspension est des plus raides et nous sautons sur la mauvaise route, sans voisins pour amortir les chocs. Des passages de piste sont particulièrement éprouvants. Marie n'y tient plus, cognée de partout, des poussières plein les yeux,  et nous décidons de faire demi-tour. Nous retournons directement à la chambre. Nous écrivons quelques cartes postales puis allons les mettre à la poste. Nous marchons ensuite jusqu'au bord du canal qui relie la ville au lac. Impression d'une Venise orientale avec une multitude de pirogues "longue queue" qui sillonnent à grand bruit et en soulevant une gerbe d'eau le canal en transportant des sacs ou des ballots et plus souvent des touristes (des ballots ?). Des adolescents jouent avec une balle en osier, le chinion, qu'il faut relancer en ne la frappant qu'avec les pieds, jeu que nous avions déjà vu en Thaïlande. Les gens que nous croisons, ici comme ailleurs, sont toujours très gentils, sourires, salutations, sans arrière pensées mercantiles, quelquefois on nous propose un tour en bateau ou un moyen de transport mais toujours aimablement et sans insister. Un peuple décidément sociable, d'une grande douceur. Le soleil couché nous revenons à l'hôtel attendre le coup de fil de Christian à qui je confirme le départ demain. Il souhaite un guide et repousser l'heure de départ d'une demi-heure, ce qui convient à Marie Je retourne à l'agence les prévenir. Nous allons dîner dans une gargote de la rue principale, Min Min, clientèle exclusivement étrangère, rassemblement de touristes occidentaux pour une cuisine semblable à celle de ce midi, je sacrifie aux gnocchi, je suis calé pour quelques heures...

Samedi 18 janvier : Nous devons encore nous lever avant six heures pour prendre un petit déjeuner juste avant sept heures, et être au rendez-vous avec la guide qui va nous accompagner sur le lac Inle. Marche inattendue jusqu'au canal pour trouver notre pirogue et enfin partir à toute vitesse sur le chenal qui relie Nyaung Shwe au lac.

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Nous filons entre les roseaux avant d'atteindre la vaste étendue d'eau déjà parcourue en tous sens par d'autres pirogues chargées de colis et pour quelques-une de passagers. Nous devons prendre les F. au passage, à leur resort. Mais ni la guide, ni le conducteur du bateau ne semblent très bien savoir où se trouve cet hôtel. Nous apercevons bien un ensemble de bungalows sur pilotis qui pourrait correspondre à la description de Christian mais ils se dirigent dans un canal qui nous amènent dans un cul-de-sac. Demi-tour puis renseignement pris auprès d'un pêcheur, nous enfilons un autre canal qui nous amène à un resort mais ce n'est pas le bon ! La guide et moi le traversons à pied, rejoignons la route et marchons jusqu'à celui recherché. Les F. ne sont pas à leur chambre mais, logiquement, nous attendent à la jetée, ce qui semble dérouter notre guide... Enfin je les retrouve, une autre pirogue affrétée par notre guide nous ramène à notre pirogue et nous pouvons enfin nous lancer dans la traversée du lac avec trois quarts d'heure de retard...

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Au passage nous admirons l'habileté avec laquelle les pêcheurs manient, avec une jambe l'aviron, debout sur l'autre à la poupe de leur esquif, tout en lançant leur filet ou en remontant de grandes nasses ! Les collines se rapprochent, nous sommes à l'extrémité sud du lac, nous continuons sur un large chenal.

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Nous traversons de beaux villages lacustres, les maisons sur pilotis ont très souvent deux étages, certaines sont imposantes.

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Même les pagodes sont sur pilotis ! Les collines qui entourent le lac sont perdues dans la brume, nous y distinguons néanmoins des stûpas, la moindre éminence en est pourvue. Vue du ciel, la Birmanie doit ressembler à un crocodile hérissé de pointes. Nous empruntons ensuite un canal secondaire encombré de jacinthes d'eau envahissantes pour aboutir au village de Hmawbe où se tient le marché. Celui-ci a lieu tous les cinq jours dans certains des villages du lac. Nous y parvenons tard, les commerçants commencent à remballer leurs ballots.

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Tout juste avons-nous le temps d'y voir quelques femmes de l'ethnie Pa-O, vêtues de noir et la tête ceinte d'un turban rose ou orange. Quelques hommes d'une autre ethnie portent un turban ocre. Malgré la venue de plus en plus fréquente de touristes, aucun ne s'offusque d'être le sujet de clichés pris sous leur nez.. Peu de choses intéressantes sur les étals, quelques fruits et légumes, des produits manufacturés indispensables, allumettes, bougies, piles, savon etc... Nous repartons sur le canal, les villages disparaissent, l'intérêt s'émousse, nous somnolons tous jusqu'à ce que nous atteignions le lac Sankar presqu'entièrement couvert de ces jacinthes dont ils ne semblent pas tirer profit. Après avoir aperçu la pagode Tharkaung et ses stûpas, nous abordons la rive orientale au village éponyme. Contrairement à nos espoirs, nous n'y sommes pas les seuls, bien d'autres touristes foulent en ce jour le même sol que nous !

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Avant même d'accoster, nous découvrons des stûpas ruinés en brique, les pieds dans l'eau. La construction d'un barrage a fait monter le niveau des eaux et le village paraît abandonné.Une courte marche nous amène à la pagode entourée elle aussi de stûpas ruinés.

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A l'intérieur un Bouddha taillé dans du bois de frangipanier, doré comme il se doit, ainsi que des représentations des nats qui l'entourent. Après avoir exploré la zone des stûpas au bord de l'eau, surveillés par la guide qui veille à ce que nous retirions nos chaussures dans les lieux consacrés, nous reprenons notre bateau pour traverser le lac, aborder la rive occidentale et ainsi pouvoir nous sustenter au même restaurant que tous les autres touristes, ce qui représente déjà quelques tables... Plats classiques que j'aurais bien accompagnés d'une bouteille du rosé local mais personne ne semble intéressé.

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Nous visitons ensuite, très rapidement une distillerie très artisanale d'alcool de riz, sans dégustation... Nous repartons pour une brève traversée de ce qui, de loin, pourrait sembler être une prairie traversée de bras de rivière et qui est, en fait, un lac couvert d'herbes flottantes en couches suffisamment épaisses pour former par endroit des jardins cultivés.

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Nous débarquons et sommes alors sous les centaines de stûpas en cours de restauration qui entourent la pagode Tharkaung. De riches Chinois de Singapour, de Malaisie ou d'autres contrées, ont financé la réhabilitation inachevée du lieu, le béton et le ciment ont été fortement mis à contribution. Examiné de près le résultat paraît consternant mais l'ensemble, sous un soleil bienveillant, ne manque pas de charme et les clochettes des thi, les coiffes métalliques des pointes des stûpas, tintinnabulent dans l'air qui les agitent.

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Nous en faisons, séduits, le tour, avant de reprendre le bateau et le chemin du retour.

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Le soleil décline et rosit les maisons lacustres du dernier village Nam Tan que nous traversons au ralenti. Nous filons sur le lac pour ramener les F. à leur resort. Le soleil se couche quand nous y sommes, il ne fait plus chaud, les embruns et une vague, soulevée par une autre pirogue croisée, m'ont suffisamment mouillé pour que j'ai hâte de rentrer. Nous débarquons enfin, fatigués, avec de bons coups de soleil en ce qui me concerne. Nous rentrons à l'hôtel puis allons dîner au plus proche restaurant où je peux me connecter, recevoir les messages de Michèle et Vettou mais toujours rien de Julie ! Nous nous offrons deux très honnêtes cocktails avant de dîner puis de rentrer nous coucher avec la perspective d'une seconde journée sur le lac.
 
Dimanche 19 janvier : Réveil un peu plus tardif ce matin d'autant que le réveil n'a pas sonné. Nous sommes à sept heures et demie au coin de la rue où bientôt apparaît notre boat driver de la veille. Nous devons retourner à pied jusqu'au canal puis embarquer et filer de nouveau vers le lac. Le ciel est couvert, tout gris, mais il va lentement se dégager partiellement.
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Les pêcheurs avec une grande nasse, l'incontournable photo du lac Inle, attendent les touristes sur leurs pirogues et aussi un petit billet en échange... Nous traversons le lac puis remontons une des rivières qui l'alimentent. Nous devons franchir, presque comme de très modestes rapides, des barrages de troncs et de terre qui régularisent le débit.

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En approchant d'In Dein, nous passons sous de jolis ponts, souvent couverts, en bambous. Nous accostons puis traversons à pied une petite bambouseraie avant d'entrer dans le village. Les méfaits du tourisme de masse se manifestent aussitôt. Succession de stands de "souvenirs" de la plus extrême laideur, vendeurs bien moins insistants qu'au Maroc mais qu'en sera-t-il dans peu d'années ? La place du marché, le vrai, est fréquentée par des gens des ethnies de la région descendus de leurs montagnes pour l'occasion.

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Les touristes, mes semblables, mitraillent sous leur nez, la moindre femme portant turban coloré, jupe et sarrau noir ou bleu marine. Ce sont celles qui fument des cigares de fabrication locale qui ont le plus de succès.

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Quelques-unes ne refusent pas, quand elles ne le sollicitent pas, un billet que d'ici peu elles exigeront, à raison, pour se voir immortalisées lors des soirées diapos entre amis, dans les foyers occidentaux. Entre les étals de fruits et légumes, les déballages de bijoux de pacotille, les ustensiles aratoires, on trouve des bijoux de fausses perles, des bracelets d'argent, une multitude de statuettes à prétention bouddhiste, des marionnettes etc... pour les touristes. Il y a nettement plus d'animation que dans le marché vu la veille, plus de touristes aussi... Nous montons à la pagode Shwe Inn Tain dont le couloir d'accès, couvert de vilaines tôles ondulées commence, une fois le pont sur la rivière franchi. Nous devons acquitter un droit de photographier... Tout au long de ce corridor, les vendeurs de souvenirs sont installés et guettent le bon client en tentant de l'attirer avec quelques mots d'italien, de français, quand ils parviennent à deviner notre nationalité. Ils n'en sont pas encore à ces formules entendues à Bagan : "Vas-y mollo mon Coco" dont on se demande qui a bien pu la leur apprendre !

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De part et d'autre de ce couloir, des stûpas de brique, ruinés, perdus dans la végétation confèrent au lieu un charme de cité perdue, dévorée par la jungle, dont nous pourrions presque nous croire les premiers visiteurs... En arrivant au sommet de la colline, ces stûpas sont en cours de rénovation, de généreux donateurs ont commandité leur ré-érection, les ont fait bétonner, cimenter puis dorer. ils ont acquis ainsi bien plus de mérites qu'en dotant des établissements charitables... 

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Si chacun de ces stûpas est individuellement plutôt laid, leur accumulation (ce qu'a bien compris Arman), comme en d'autres sites, crée un ensemble qui ne manque pas d'allure, sans oublier le cliquetis des clochettes agitées par le vent. La pagode n'a pas grand intérêt et après avoir rapidement contemplé la vue sur le lac dans le lointain, nous redescendons vers le marché qui se termine.

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De très rustiques camions remmènent vers leurs villages des femmes souriantes, rieuses, toutes avec de beaux turbans écarlates. Les hommes portent des pantalons courts et des vestes noires ou bleues de gros drap et en bandoulière de jolis sacs colorés. Ce sont ces petits hommes bruns qui ont constitué dans toute l'Indochine, les troupes de supplétifs de toutes les armées qui s'y sont battues, ne récoltant que méfiance des autorités issues des indépendances et des places dans les cimetières. Nous repartons pour la tournée des ateliers d'artisanat, bijoutiers d'argent, fabricants d'ombrelles, de cigares locaux etc... Je suis de mauvaise humeur face à ce dévoiement d'un authentique artisanat.

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Le pire est sans doute chez ce marchand de souvenirs qui pour attirer la clientèle étrangère a fait venir de leur contrée, là où elles étaient en voie de disparition, des femmes-girafes dont le cou est enserré d'anneaux de laiton qu'elles ne peuvent retirer sous peine de se briser la nuque. Des jeunes filles sont contraintes de se soumettre à cet esclavage qui ne dit pas son nom. A l'hôtel, j'ai entendu un couple, jeune, demander où on pouvait les voir, ils seraient sans doute étonnés de se voir assimilés à ceux qui, avec beaucoup de bonne conscience et avec plus d'excuses qu'aujourd'hui, allaient contempler les "sauvages" au bois de Vincennes lors de l'exposition coloniale de 1931 ! Nous déjeunons dans une gargote sur pilotis, moi, d'un poisson farci qui n'est pas farci, simplement frit et recouvert d'une sauce tomate... Marie a choisi une valeur sûre, les nouilles frites au porc ou au poulet. Nous allons visiter un atelier de tissage, on y traite la soie, le coton et les fibres de lotus, obtenues à partir des tiges en les brisant tous les cinq centimètres.

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Des métiers sont installés à l'étage, atmosphère du XIX° siècle !

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Nous nous rendons ensuite à la pagode Paung Daw U, pas particulièrement belle mais elle est fameuse dans le monde bouddhique pour avoir, sur un autel brillant de mille feux, trois représentations de Bouddha et deux de moines recouverts de feuilles d'or à tel point qu'elles sont devenues informes et que nul ne pourrait y reconnaître des formes humaines, tout juste distingue-t-on des boules superposées sur lesquelles des hommes, surtout pas des femmes ! continuent d'apposer de fines pellicules du précieux métal. Ces "statues" sont promenées en cortège, sur des barques abritées sous un hangar proche, lors d'une procession en octobre.

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Dernière visite pour le monastère Nga Phe Chaung. Il ne paie pas de mine en arrivant, ses toits de tôle sont rouillés et ses murs de bois ternes. Il faut y regarder de près pour s'apercevoir que ces derniers sont décorés. 

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En y pénétrant, on est saisi par l'atmosphère dégagée par des dizaines de piliers de teck qui le maintiennent sur pilotis, dorés dans la salle, et par la multitude de Bouddhas enchâssés dans des débauches de bois découpé en fines dentelles. Le parquet est en bois, les plafonds, les murs, tout est en bois, bien plus agréable à la plante des pieds que le béton...

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De sa véranda, nous apercevons les jardins flottants, des cultures réalisées sur ces terres artificielles, découpées en bandes sur lesquelles ont été dressés des espaliers où poussent principalement des plants de tomates. C'en est fini du lac Inle, nous faisons route vers Nyaung Shwe en laissant à leur occupation les pêcheurs qui godillent d'une jambe et jettent leurs filets les mains libres. Retour à pied à la chambre, la patronne ne nous a pas trouvé et n'a sans doute pas cherché de compagnons de route pour aller à Pindaya demain. Je vais marchander un taxi pour nous y rendre seuls, puis nous retournons dîner dans le plus proche restaurant, celui où nous pouvons nous connecter à internet avec le téléphone portable mais pas avec l'ordinateur (?). Nouvelles de personnes ! Marie a voulu goûter le vin produit dans la région, elle ne finit pas son verre de Pinot noir madérisé...  Retour à la chambre pour préparer les sacs.

Lundi 20 janvier : Nous nous levons de plus en plus tard puisque notre chauffeur ne vient nous chercher qu'à huit heures et demie. Nous rejoignons par la digue le carrefour de Shwenyaung. Le chauffeur, au demeurant fort sympathique, s'arrête peu après pour prendre son petit déjeuner et nous invite à partager son repas. Marie préfère rester dans la voiture à surveiller sa montre, persuadée que nous allons rater le bus de ce soir. J'avale donc quelques beignets aux oignons ou aux haricots, arrosés d'une bonne sauce au tamarin pimentée. Je goûte à son riz gluant saupoudré de farine de sésame, moins convaincant. Nous repartons, quittons la route goudronnée pour une piste dans la campagne, traversant champs de pommes de terre, haricots, blé ainsi que des villages classiques, maisons en bois sur pilotis et chars à boeufs. Notre chauffeur a la fibre écologiste, regrettant les temps passés, quand le plastique n'avait pas remplacé les objets d'artisanat local et que les arbres n'avaient pas été coupés pour en faire du charbon de bois.

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Mais la piste est en travaux, une armée de femmes travaillent à mains nues à l'empierrer. La voiture roule au pas, je dois même descendre pour l'alléger et Marie a des sueurs froides... Nous retrouvons une route correcte et bientôt nous apercevons à flanc de montagne le site de Pindaya. C'est jour de marché dans la ville, au bord du lac. Nous y faisons un tour, habituels légumes et fruits vendus à même le sol par les paysannes descendues de la montagne. Peu ont des foulards-turbans.

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Nous achetons ce que j'avais pris pour d'énormes cheeroots et qui se révèlent être des bambous remplis de riz gluant ! Nous approchons du site des grottes en traversant une aire plantée de superbes grands arbres. La voiture nous dépose à l'entrée même du temple (?), nous évitant une montée par l'un des escaliers d'accès.

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Nous abandonnons nos chaussures devant deux statues représentant une énorme araignée hollywoodienne et le prince-archer qui la tua, délivrant ainsi selon la légende, les princesses retenues prisonnières dans la grotte. Un ascenseur, très vilain, mais avec dorures, nous amène à l'entrée. Le droit d'entrée est relativement modeste mais nous avons dû acquitter à l'entrée de la ville, comme cela se pratique dans tous les lieux touristiques, un droit d'accès à la ville. Nous pénétrons dans ce réseau de grottes et sommes aussitôt saisis par la quantité de Bouddhas, serrés les uns contre les autres, tous dorés, qui nous entourent.

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Certains vont se nicher dans la moindre anfractuosité de la roche, on en oublie les stalactites, pourtant imposants. On ne voit que des Bouddhas ! D'étroits passages permettent de circuler entre eux, monter ou descendre vers de minuscules placettes d'où nous pouvons contempler une partie des 8000 Bouddhas offerts par les dévots. Nous cherchons celui qui porte la dédicace de Jean-Baptiste Botul, le philosophe inventé pour un canular visant Bernard-Henri Lévy et dont Christian nous avait montré la photo. Nous interrogeons tous les Français que nous croisons et bientôt toute la grotte bruisse de murmures : "BHL", "Botul", "canulars", les uns racontant aux autres l'histoire mais personne ne découvre le Bouddha en question.

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Au fond de la grotte, l'amoncellement est moins dense, les matériaux plus divers et les dimensions plus réduites. Nous ressortons à l'air libre et allons déjeuner à proximité, au Mémento. Nous y sommes seuls, les plats et la bière sont plus chers qu'ailleurs, la cuisine correcte. Nous prenons le chemin du retour, par une autre route goudronnée, pas plus spectaculaire que celle de ce matin malgré l'enthousiasme de notre chauffeur.

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Nous nous faisons arrêter, peu avant Nyaungshwe, au joli monastère de Shwe Yan Pyay, tout en bois et sur pilotis avec de belles dentelles sur les toits, malgré les tôles. La décoration tant intérieure qu'extérieure utilise des pâtes de verre multicolores aux teintes passées du plus bel effet sur les bois patinés. Après un dernier détour pour aller changer des dollars chez un Chinois qui adapte son taux de change aux heures d'ouverture de la banque (!), nous nous faisons déposer à l'hôtel et faisons nos adieux au chauffeur lesté, à l'initiative de Marie, d'un bon pourboire qui lui amène un grand sourire. Nous allons boire un jus d'avocat (beurk) pour Marie et moi un Coca à notre restaurant de la veille dans l'espoir de pouvoir nous connecter à internet, en vain. Un minibus vient nous chercher et nous remmène à Shwenyaung où nous attend un très confortable bus VIP, comme celui pris pour nous rendre à Mandalay. Sièges larges, dossier inclinable ainsi que le repose-pieds, On nous distribue un petit en-cas et un soda frais. La climatisation marche à fond mais nous avons droit à une couverture, nous aurions préféré moins d'air glacial. Peu après montent une demi-douzaine d'individus bruyants et grossiers qui s'interpellent, changent de place, dérèglent les fauteuils, des Chinois ! Ce ne sont pas ceux-là qui me rendront sympathiques les Hans ! Les lumières s'éteignent, la tonitruante vidéo cesse ensuite et après une halte que je mets à profit pour reporter les photos sur l'ordinateur, tout le monde plonge dans le sommeil, nous aussi, à demi.

Mardi 21 janvier : Nous traçons notre route dans la nuit, emmitouflés dans notre couverture et arrivons à cinq heures du matin à la gare routière. Nous négocions un taxi qui nous dépose au Beautyland I. Nous réveillons gardien et réceptionniste. Ce dernier est atteint d'une horrible déformation faciale qui ne manque pas de nous évoquer "Elephant Man". Nous pouvons aussitôt occuper la chambre. Je tape mon texte tandis que Marie s'endort. Nous dormons jusqu'à dix heures puis nous nous mettons en branle tout doucement. Je vais explorer les environs et en particulier le restaurant Dolphin, le plus proche de l'hôtel. Nous commençons à regretter d'avoir choisi cet hôtel, trop isolé et pas vraiment au calme avec les travaux dans la cour de l'immeuble voisin. Quand au jardin vanté dans le guide du Routard, il se réduit à une rangée de plantes grasses le long d'un mur. Nous attrapons un taxi qui nous dépose à la pagode Sule, en plein centre ville. Nous allons nous renseigner sur les prix des chambres de quelques hôtels, ils sont tous surfacturés ou glauques. Nous déjeunons au snack déjà essayé lors de notre arrivée, bonne cuisine, trop pimentée pour Marie mais surtout, nous avions oublié qu'ils n'y servent pas de bière ! Une bonne connexion internet nous permet d'envoyer les messages qui étaient en attente et constater que personne ne nous a répondu. J'y abandonne Marie et vais changer des dollars, explorer d'autres hôtels cage-à-poules et acheter les billets de bus pour Moulmein. Je vais rechercher Marie, nous passons dans une pharmacie où elle achète du sirop pour soigner sa toux puis nous allons réserver une chambre pour les deux dernières nuits. Nous reprenons un taxi pour nous rendre à la pagode Chaukhtagyi.

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Il ne s'agit pas vraiment d'une pagode mais d'un des plus grands Bouddha couché de Birmanie, sur une éminence, protégé désormais par une toiture et toute une structure métallique. Des moines et des fidèles viennent se recueillir et prier, la place ne manque pas. Ses pieds colossaux portent les 108 stigmates avec lesquels le pauvre était né ! Son visage est serein, ses oreilles pendent et les plis du cou bien marqués. Nous rentrons à l'hôtel, toujours en taxi et nous nous installons dans le soi-disant jardin pour relire mon texte et préparer le blog que nous mettrons en ligne quand nous aurons une connexion correcte... Nous ressortons pour dîner au Dolphin, restaurant chinois, une immense salle déserte et une carte où plus de la moitié des plats de fruits de mer ne sont pas servis. Quand on nous apporte la bouteille de bière en s'excusant qu'elle ne soit pas fraîche, nous jetons l'éponge et repartons. Seule alternative dans notre territoire isolé, un autre restaurant chinois, plus loin. Je vais à sa recherche et une fois repéré, reviens chercher Marie. Devant le restaurant, sur son parking, des véhicules neufs, des grosses cylindrées, des Mercedes dernier modèle. Un autre monde après les trishaw de Mandalay ou les carrioles de Bagan... Les prix sont aussi en conséquence... On y sert du sashimi de langouste vivante, sur commande ! Chacun découpe-t-il des dés dans l'animal décarcassé ? Nous prenons deux plats, de l'anguille en sauce pour moi et Marie du poulet au gingembre confit. Tous deux excellents et si l'addition est plus élevée que d'habitude, nous y reviendrions presque. Mais il faut encore rentrer...

Mercredi 22 janvier : Nous ne sommes pas pressés ce matin aussi traînons-nous au lit avant d'aller nous faire servir un petit déjeuner pas bien fameux, dans le "jardin". Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose au Musée National, imposante bâtisse moderne de quatre étages. Nous devons déposer les sacs à l'entrée y compris celui de Marie bien que nous ayons tenté d'expliquer qu'elle en a besoin pour s'appuyer dessus. L'entrée de la première salle est calamiteuse, un couloir vide et des murs nus d'un vert d'hôpital ! Nous découvrons l'imposant trône des derniers rois de Mandalay et dans des salles adjacentes des objets de la cour royale : palanquins, lits de repos, chaises, et autres objets (crachoirs !) tous recouverts d'or et de pierres précieuses, notamment des rubis. Les pièces qui ont le plus de valeur sont présentées dans une salle, derrière des barreaux, en prison ! Les salles sont désertes, parfois nous croisons un touriste égaré, nous chuchotons de peur de réveiller les gardiennes endormies. Aux autres étages sont exposés des objets traditionnels variés, de belles boîtes en laque, de superbes charrettes parfois très ouvragées. Un étage, moins riche, est consacré aux différentes ethnies qui composent la Birmanie, des mannequins qui n'ont pas le type asiatique ont été habillés des costumes de ces peuples. Un très riche musée mais une présentation lamentable dans des vitrines aux vitres salles, et peu d'explications en anglais. A quand une belle exposition en France ? Je suis fatigué depuis ce matin, contrecoup du voyage ? Mes yeux font des leurs et je peine à lire les textes sur les cartons. Un taxi nous emmène au restaurant chinois Junior Duck sur les bords du fleuve. Encore une de ces salles immenses, caractéristique des restaurants chinois. Les prix sont honnêtes et nous commandons trois plats en demandant que les calamars frits soient servis en premier. On nous apporte d'abord le canard rôti puis les crevettes en sauce de haricots noirs et enfin les calamars... Aucun des plats n'est convaincant, calamars trop fermes, sauce des crevettes chargée en oignons, seul le canard, très copieux, est correct. J'abandonne encore une fois Marie au restaurant pour aller porter à l'hôtel Beautyland II où nous avons réservé une chambre pour le retour, le petit sac à dos rempli de tout ce que nous pouvons laisser pour nous alléger. Après cette un peu longue course, je retrouve Marie et nous partons en trishaw pour la pagode Botataung. Son stûpa central est creux comme tout stûpa qui se respecte mais celui-ci a la particularité de pouvoir être visité. Nous pénétrons donc entre des murs recouverts de plaques dorées, protégés des mains profanes par des vitres.

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Au centre nous pouvons contempler derrière vitres et barreaux, le très précieux reliquaire couvert d'or et de pierres précieuses qui renfermerait UN cheveu du Bouddha ! Où va se nicher l'idolâtrie ! Nous faisons le tour dans le déambulatoire intérieur en forme de dents de scie. Pour une fois, nous tournons dans le mauvais sens. Deux Françaises, sans doute touchées par la grâce du Bouddha, nous font gentiment remarquer que nous sommes dans l'erreur ! Quelques autochtones aussi mais elles ne leur disent pas... L'extérieur du stûpa est recouvert de nattes, sans doute pour des travaux, ce qui nous évite une énième photo d'un cône doré.

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Pas grand chose à voir dans l'enceinte du temple, un bassin avec des tortues gavées d'herbes vendues à cet effet et dans un pavillon un manège avec des bols à offrandes et des sanctuaires miniatures qui tournent et dans lesquels on peut essayer de jeter des billets pliés, vendus à cet effet, en faisant un voeu. Je m'y essaie, deux de mes voeux devraient alors être exaucés, j'ai quelques doutes... Nous allons nous asseoir au bord du fleuve, contemplant le trafic des navires de tout tonnage et les sampans qui font la traversée. Nous rentrons en taxi à l'hôtel, nous reposer avant d'aller dîner dans une gargote proche. Rien de bien fameux, ma salade de poulet est bonne mais fort épicée quant aux travers de porc de Marie ils sont archi-cuits, par contre les frites croquent. Au retour à l'hôtel, je constate qu'il y a une bonne réception internet. Je m'installe donc à proximité du modem et réussis à mettre à jour le blog, envoyer une carte aux amis et écrire à Julie et à Nicole. Retour à la chambre pour taper la journée.
 
Jeudi 23 janvier : Encore un réveil matinal, trop au goût de Marie qui n'en peut plus et se plaint de ne pouvoir faire une grasse matinée. Le chauffeur de taxi réservé hier soir nous attend déjà. Nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour rejoindre la gare routière d'Aung Min Galar, bien moins que ne l'envisageait le patron de l'hôtel qui n'a pas oublié de nous réclamer le paiement des deux bouteilles d'eau trouvées dans la chambre alors que dans les autres hôtels, elles étaient offertes... A peine le taxi reparti, Marie s'aperçoit qu'elle y a oublié son polaire ! Elle tousse déjà à fendre l'âme et elle n'a pas de vêtement chaud pour le trajet en bus climatisé ! Le bus n'est pas aussi confortable que ceux pour VIP mais nous ne sommes pas trop serrés et il ne s'arrête que rarement pour prendre ou déposer des passagers. Nous démarrons à neuf heures pour traverser des étendues de rizières qui ne sont pas toutes en eau. Des paysans repiquent du riz dans celles qui le sont, des buffles qu'on ne peut que qualifier de placides, pataugent dans la boue ou broutent les prairies. Nous passons à Bago ; maisons en tôles rouillées, noeud ferroviaire et pagodes à stûpas dorés, en veux-tu en voilà... La végétation devient par endroits plus dense, des plantations d'hévéas apparaissent, les maisons traditionnelles dans les villages paraissent plus belles (moins "modernisées" ?) que dans les autres régions. Nous arrêtons brièvement pour le déjeuner dans une gargote, personne ne parle anglais, on nous répond Yes à tout ce que nous demandons et on nous apporte un curry birman dont nous n'avons pas envie, sans doute le seul plat disponible et convenant à tous les autres passagers. Nous nous contentons donc de chips et de fruits que nous avions emportés. Nous continuons, rizières, cultures non identifiées, stûpas sur tous les monticules etc...
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Après Thaton, la végétation devient luxuriante, nous roulons entre une chaîne de montagnes et la mer dont nous séparent des rizières et des cocoteraies cachées derrière des villages éparpillés tout au long de la route. Nous apercevons des mosquées et des temples indiens, identiques à ceux que l'on voit dans le sud de l'Inde, très colorés, avec une multitude de statues de personnages, preuves de la diversité des populations de cette région côtière. Un long pont signale l'arrivée à Moulmein, encore une fois en avance. Nous nous faisons conduire ou plutôt brinquebaler en tuk tuk à l'hôtel Sea Breeze mais comme nous l'avions craint, il n'y a plus que des chambres sans fenêtres et avec douches en commun. Je vais vérifier qu'au Sandalwood hotel où j'avais téléphoné, il y a bien une chambre pour nous mais sans air conditionné. Nous avons toujours eu des chambres avec climatisation que nous n'utilisions pas vu la température extérieure et ici où nous l'apprécierions avec l'humidité ambiante, nous n'en avons pas. Mais nous faisons ainsi des économies, la chambre, spacieuse, très correcte est à 25 dollars ! Je vais rechercher Marie et nous nous installons. Nous essayons de faire un planning des jours à venir, nous n'en aurons pas assez pour TOUT voir ! Je vais au Sea Breeze réserver deux places sur le bateau pour Hpa An puis je marche le long de la promenade en bord de mer. D'anciens bâtiments coloniaux achèvent de tomber en complète décrépitude, une esplanade avec des bancs attend les promeneurs qui peuvent contempler le trafic quasi nul sur l'eau et l'île en face. Un marché de nuit avec d'appétissantes grillades est en train de s'installer. Je retourne retrouver Marie puis je vais porter du linge à laver, et faire réserver une chambre à Hpa An. Nous décidons d'affréter une voiture pour nous rendre au Bouddha couché, le trajet en tuk tuk risquant d'être trop éprouvant. Nous allons dîner au Chan Thar, à côté de notre hôtel. Une table en terrasse, nous sommes les seuls à nous régaler d'une salade de poisson épicée puis de porc aux noix de cajou et de calamars sautés en sauce, la bière glacée à la pression est un autre bonheur...
 
Vendredi 24 janvier : Nous nous réveillons plus tardivement. Pas de thé au petit déjeuner, une des jeunes filles qui officient en cuisine, mélange d'Indiennes, de Birmanes et de Chinoises, nous apporte une théière de thé "chinois" insipide !
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Nous partons à pied pour le marché en suivant la grande artère commerçante, succession de boutiques qui étalent jusque sur la chaussée des cartons de produits importés (légalement ?) de Chine ou de Thaïlande. Les maisons sont presque toutes récentes mais on peut encore trouver d'anciennes maisons de commerce avec des balcons ou des rebords de toit en bois, découpés, joliment ouvragés. Le marché, une immense construction moderne en béton ne présente que fort peu d'intérêt, quincaillerie, outillage, bimbeloterie en plastique et vêtements. Marie cherche un blouson pour remplacer son polaire mais ce n'est pas l'article le plus vendu dans la région. Nous revenons par le bord de mer, les berges sont immondes et les ruisseaux qui traversent la ville et s'y jettent sont des égouts à ciel ouvert, les grandes marées nettoieront... Marie m'attend pendant que je retourne à l'hôtel trouver le chauffeur de la voiture qui doit nous emmener au Bouddha couché. Nous récupérons Marie et nous nous mettons en route. Le chauffeur nous signale toutes les églises, temples, écoles etc... Mosquées (chiites, sunnites), temples hindous, pagodes (Petit Véhicule, Grand Véhicule), églises (catholiques, baptistes et autres), voisinent dans toute la ville, c'est Malraux qui serait content ! Nous longeons d'interminables casernes avant de traverser la campagne jusqu'à l'entrée de l'ensemble de constructions qui entourent le Bouddha couché de Win Sein.

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C'est l'un des plus grands du monde ! Win Sein reçut l'illumination et entreprit la construction d'un Bouddha couché de près de 200 mètres de long, en briques et béton, sur une colline.

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Pas tout seul le Bouddha, une armée de moines quêteurs de 4 mètres de haut défile le long de la route d'accès et on ne compte plus les statues géantes du fondateur, de monstres, et les stûpas qui saupoudrent les abords. Les travaux ne sont pas terminés et un second Bouddha, encore plus grand est en construction sur une autre colline. La démesure du lieu est renforcée par l'animation qui règne en ce jour anniversaire du moine visionnaire, il fête ses 94 ans, à croire que la mégalomanie conserve ! La voiture doit se frayer un chemin à grand renfort de coups de klaxon parmi la foule venue s'amuser et éventuellement se recueillir, ce qui paraît difficile dans cette atmosphère de kermesse. Des stands, des animations, des restaurants, des loteries, des bonimenteurs, ont dressé leurs tentes, rameutent les badauds avec des hauts-parleurs au volume maximum. Nous nous extrayons de la voiture et partons à la découverte du géant.

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Les plaques de béton sont bien marquées, les fers dépassent, certains ont été utilisés pour créer cils et sourcils. Un escalier, à gravir déchaussé, permet d'accéder à l'intérieur creux du monstre. Le ciment est souvent nu, le carrelage n'est pas posé partout, les rampes sont absentes, des sacs de ciment traînent partout et si la tête est à peu près achevée, les pieds ne sont que des tuyaux de béton en cours de finition. Les parties les plus anciennes, les murs de brique en arrière commencent à se déliter...

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A l'intérieur sont reconstituées sur plusieurs étages, grandeur nature, les scènes des Jataka, les épisode des vies antérieures du Bouddha. Un sommet du kitsch (mais combien de fois ai-je dit cela ?) ! Des éléphants, des chars à boeufs, des chevaux, des monstres qui font subir d'horribles outrages (pas les derniers !) à de malheureuses créatures sont là pour l'édification des foules. Ce sont principalement des jeunes venus s'amuser et que cela ne semble pas impressionner outre mesure. Sacrilège suprême, les plus jeunes jouent vavec des mitraillettes en plastique et font mine de tirer sur le malheureux Bouddha dépassé par les évènements.

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Après avoir bien erré dans les étages et les couloirs, nous ressortons par les escaliers qui surplombent les toboggans d'eau où s'amusent des gosses tout habillés. Nous récupérons la voiture et repartons. Nous aurions bien aimé rester toute la journée, assister au tournoi de kick-boxing, jouir de l'ambiance de fête foraine mais il n'en avait pas été question avec le loueur de voiture.

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Nous passons entre les deux pitons karstiques où sont implantés, sur l'un un temple hindou, sur l'autre une pagode. Retour à Moulmein où nous retournons déjeuner à notre restaurant de la veille, toujours aussi bien, avec de délicieuses bières pression glacées. Nous repassons rapidement à la chambre puis, sur les conseils du patron de l'hôtel, nous repartons à pied pour la colline où se trouvent les pagodes. Longue marche entre les anciens bâtiments administratifs de la colonie, perdus dans une belle verdure. Il faut ensuite grimper un escalier de plus de 200 marches de haute volée pour arriver, en sueur, à la pagode U Khanti. Pas très belle, repeinte de frais, une structure métallique avec un toit de tôle héberge un Bouddha assis dans une grande cage de verre. L'intérêt est dans les manèges votifs qu'on nous met en branle.

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Mes précédents voeux n'ayant pas encore été exaucés, je ne vois pas la nécessité d'essayer de lancer de nouveaux billets dans les bols à offrande qui tournent ou dans ceux qui ondulent sur une mer de carton-pâte. Le temps passe et si nous voulons être à la dernière pagode avant le coucher du soleil, nous devons nous hâter. Nous suivons la route sommitale qui, heureusement descend doucement, en passant devant toute une succession de stûpas, de temples qui semblent récents. Nous dominons la ville de Moulmein, le bras de mer qui la sépare des îles mais la brume et le contre-jour ne permettent guère de distinguer les détails.

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De jolis toits fins, étagés, de beaux pavillons en bois, patinés, couverts de délicates dentelles en rebord des toits, signalent le monastère Kyaung Seidon Mibaya. Nous pouvons visiter le pavillon central d'une extraordinaire richesse. Les piliers du déambulatoire ont des chapiteaux sculptés de toute beauté, reprenant les thèmes des Jataka.

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Quand à la salle intérieure, elle est superbement décorée de panneaux sculptés sur les murs et au plafond. Un bijou qui ne semble pas fasciner outre mesure les vieux moines qui l'habitent et ont négligemment jeté robes et oreillers sur un trône qui devrait être dans un musée ! Un escalier fait communiquer le monastère avec la pagode Kyaikthanlan d'où l'on domine la ville des deux côtés.

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Comme d'habitude, un énorme stûpa conique, doré, est au centre d'un ensemble de pagodons, stûpas, pavillons, autels des nat, etc... Je suis toujours gêné par l'aspect "toc" de ces constructions qu'on pourrait croire en plastique tant la couleur dorée qui recouvre le béton ou la pierre,  paraît fausse mais si on n'y regarde pas de près, l'ensemble a belle allure.

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Je lui préfère néanmoins la vision de l'enchevêtrement des toits étagés des monastères en contrebas ou les pointes des pagodes du monastère perdues dans la végétation sur la colline voisine. Là aussi, des jeux votifs avec des manèges attendent le badaud. mais ils ne sont guère nombreux. Ce sont principalement des touristes venus guetter un soleil couchant très décevant. Nous quittons les lieux avec l'ascenseur qui, bien que vaste, ne prend que 6 personnes pour une descente rapide. Nous continuons le retour vers le centre ville par un escalier couvert qui passe entre différents bâtiments religieux, pas de marchands du temple, une grande paix règne et certains pavillons sont manifestement anciens et conservent des panneaux de bois travaillés. Nous rejoignons le centre ville à la nuit et rentrons à l'hôtel nous reposer avant d'aller dîner. Fatigué, je me serais bien accommodé de notre nouvelle cantine mais Marie a envie de dîner au bord de l'eau. Nous cherchons un restaurant plus éloigné que nous ne le pensions et finissons par nous installer à l'un des établissements en plein air du marché de nuit. Des tables et des fauteuils en plastique et des étals où on peut choisir les brochettes qui seront grillées dans l'instant. Nous avons choisi des brochettes de crevettes et de pinces de crabe avec une bière. Cette dernière arrive tiède et crabes et crevettes s'avèrent être une forme de surimi. Furieux et toujours affamés, nous allons nous installer à une autre table et commandons deux plats de nouilles frites. On me sert un riz pas vraiment frit, gras. Marie obtient des pâtes et la bière est fraîche... Retour à la chambre.

Samedi 25 janvier : Après le petit déjeuner pour lequel, aujourd'hui, nous avons eu droit à un sachet de thé Lipton, nous nous rendons à pied au Sea Breeze guest house d'où l'on doit nous emmener au bateau qui va remonter la Salouen jusqu'à Hpa An. Nous sommes une quinzaine de touristes, Anglo-saxons, Allemands et cinq Français. Nous partons répartis dans deux tuk tuks, pour nous rendre à l'embarcadère. Mais il n'y a pas d'embarcadère ! Nous devons monter dans une grosse pinasse en passant sur une planche branlante qui ne plaît pas beaucoup à Marie. Pour l'aider, je rentre dans l'eau et mouille mes chaussures ce qui va me garantir des pieds au frais toute la matinée. 

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Nous remontons le très large cours de la rivière en passant le long de l'île du "Shampooing" où nous apercevons quelques beaux monastères. Puis nous longeons des berges envahies de roseaux et distinguons vaguement des cultures en arrière. Nous longeons des villages où tous les enfants mais aussi les adultes nous font signe bonjour. Le temps ne passe pas vite et je commence à m'ennuyer entre deux somnolences. Les eaux limoneuses sont souillées par des emballages, des boîtes de pique-nique en polystyrène. Il en est de même dans les villages où tous les déchets sont jetés sur les berges du fleuve, mais ceux qui ne sont pas organiques ne disparaissent pas. Une halte "toilette" dans les roseaux est prévue à mi-parcours puis nous commençons à apercevoir des pitons karstiques perdus dans la brume.

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Quand le ciel est pur, bien dégagé, la promenade doit être belle mais en cette saison, on ne distingue guère les montagnes ni les stûpas sur les collines. Les berges se resserrent.

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Sur des rochers, au sommet de falaises qui tombent dans l'eau, des stûpas montent la garde. Nous passons sous un grand pont et enfin parvenons à Hpa An. Nous accostons au milieu des ordures collées dans la boue de la rive... Un tuk tuk emmène tous les passagers et nous dépose à notre hôtel, le Golden Sky. Pas tout à fait ce que j'avais imaginé, une solide bâtisse aux couloirs peints en bleu et une chambre avec tout le nécessaire mais peu agréable et sans eau chaude. Heureusement la vue, si on ne regarde pas trop près, sur la campagne, le fleuve et le piton de l'autre côté du fleuve rattrape le manque d'amabilité du patron. Le jeune qui baragouine l'anglais nous propose une excursion demain aux grottes et se charge de trouver d'autres personnes pour partager les frais. Nous déposons les sacs et ressortons pour aller tardivement déjeuner. Nous traversons le centre ville animé, passons devant des maisons, des boutiques, une imposante mosquée. Rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Il existe bien des maisons récentes en béton mais toutes croulent sous les marchandises que déchargent des portefaix de camions antédiluviens. Des porteurs transportent avec une balancelle des bidons d'eau puisée au puits ! Nous trouvons un restaurant, le Khit Thit, avec une carte en anglais et déjeunons honnêtement d'une bonne assiettée de nouilles sautées avec des calamars, à la "malaisienne" c'est-à-dire épicées. Nous rejoignent le couple d'Allemands qui étaient avec nous sur le bateau, grands voyageurs en Asie qu'ils parcourent depuis des années, avec un bon sens de l'humour. Nous les quittons pour aller prendre des billets de bus pour Kimpun et réserver un hôtel par la même occasion. Bien que nous soyons samedi, Marie veut que je me rende à la poste pour acheter des timbres. Bien entendu, elle est fermée... Nous revenons vers l'hôtel et poussons jusqu'à la pagode toute proche, au bord du fleuve, la Shweyinhmyaw. Une salle avec des Bouddhas et une décoration de carreaux de miroir sur les murs mais un petit pagodon sur un promontoire au dessus du fleuve, lui est relié par un couloir couvert.

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De là, la vue sur le fleuve, le trafic des barques qui ramènent de l'autre rive des passagers ou des produits maraîchers des jardins avoisinants, les pitons surmontés de stûpas, est reposante. L'impression d'être dans un bout du monde immuable, inchangé depuis des lustres. Nous nous installons sur la terrasse de l'hôtel avec la vue sur la campagne pour écrire les dernières cartes postales et commencer à relire mon texte mais la nuit tombe et des chants amplifiés par des hauts-parleurs, sans oublier les moustiques, nous font regagner la chambre où nous achevons la mise au point du blog. Nous décidons de dîner à la gargote en face de l'hôtel, la carte est courte, nouilles ou riz frit avec poulet ou porc, pour changer ! Les prix sont très bas et nous ne sommes pas volés. Je vais acheter des sambos pour compléter ce festin; occasion de découvrir qu'une fête se tient dans l'enceinte d'un autre temple. Nous nous y rendons ensuite.

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Un marché de nuit est installé dans l'allée qui mène au temple, brochettes, beignets, curries rassasient les fidèles. Viennent ensuite les manèges, toboggans gonflables, grande roue. Un orchestre semi-traditionnel égaie la foule assise sur le sol mais la sonorisation est épouvantable, musiques et paroles sortent recrachées, hachées, déformées en une inaudible bouillie qui ne semble pourtant pas déplaire.

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Derrière, enfin, le temple posé sur l'eau semble-t-il, en forme de sikhara, illuminé par des guirlandes électriques. Nous y entrons, des rangées de Bouddhas de toutes tailles courent sur les murs, les corniches, les plafonds. Nous rentrons enfin nous coucher.
 
Dimanche 26 janvier : Nous montons prendre le petit déjeuner sur la terrasse. La vue est très limitée par une brume opaque qui va se dissiper avec la montée du soleil. Notre premier petit déjeuner birman : une assiette de riz avec un oeuf frit, un pain aux raisins (un par pain !), une banane et soit du café, soit du thé tri-mix, c'est-à-dire des sachets où se trouvent déjà mélangés le thé ou le café avec du lait et du sucre. Le sachet de thé Lipton qui nous restait nous sauve la mise. Nous partons dans une camionnette avec des bancs à l'arrière, en compagnie de cinq jeunes Allemands. Marie a droit à la place à côté du chauffeur. Nous traversons de belles rizières au vert cru qui tranche sur le fond des montagnes embrumées. Des paysans s'activent à repiquer le riz et s'arrêtent pour nous faire de grands "bonjours". Une piste sur une digue passe entre des bassins et aboutit au pied d'une falaise. 
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La grotte de Yateak Pyan est signalée par quelques statues dorées du Bouddha et des stûpas. Quelques marches entre deux rangées de statues de moines quêteurs mènent à l'entrée de la grotte. A l'intérieur un grand stûpa, quelques Bouddhas alignés et, nouveauté, des plaquettes votives, c'est-à-dire de petites statuettes gravées de Bouddhas qui sont collées par plaques rouge brun sur les parois, et forment des dessins décoratifs. 

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De l'entrée de la grotte, nous avons une très belle vue sur les rizières parsemées de quelques palmiers à sucre, sur les deux bassins à nos pieds et au loin sur les massifs karstiques. Ces derniers sont de véritables gruyères, percés de grottes qui, très souvent, traversent les pitons. Nous repartons pour un autre site, celui de Kaw Gon.

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Nous sommes aussitôt séduits par l'abondance de plaquettes votives qui épousent la paroi rocheuse sur une grande hauteur, au dessus des habituels Bouddhas. Des statues, Bouddhas, najas, scènes des Jataka plus récentes, ont été colorées et commencent à pâlir. La grotte est peu profonde et également couverte sur ses parois de plaquettes votives parfois dorées. 

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On y trouve incorporées des représentations du Bouddha couché. Nous sommes très enthousiastes, nous n'avons pas vu cela ailleurs et ce sera notre meilleur souvenir de la journée. Marie m'attend tandis que j'escalade un escalier de marches en béton, pas toujours larges, avec une rampe branlante en bambou. Montée pénible, terminée en sueur mais du pagodon qui se trouve au sommet, je jouis d'une vue magnifique sur les rizières et tout le paysage à plus de 180°. Les Allemands qui nous accompagnent ne sont pas allés voir la grotte... Nous continuons par le site suivant, Kyaik Ka Lat. 

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Une dent, un piton jailli de terre, plus étroit à sa base, au milieu d'un petit lac et bien sûr couvert de stûpas dorés. On y accède par une passerelle en béton, en croisant des Birmans venus se prendre en photos en ce jour de repos dominical. Ils en profitent pour nous prendre aussi, quelques-uns osent nous demander de poser avec eux. Quelques marches à monter pour avoir une vue sur le petit lac, ses canards et les rizières autour. La halte suivante ne dure guère, il s'agit d'un ensemble de plus d'un millier de Bouddhas, certains dans un pavillon, alignés au cordeau, en rangées de part et d'autre de la route qui conduit à un sanctuaire que nous ne visitons pas. Nous nous arrêtons ensuite auprès d'un bassin qui sert de piscine, au pied d'une falaise. Des gargotes y sont installées. Nous déjeunons dans l'une d'elles, au choix : nouilles ou riz frits...

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Les jeunes venus passer la journée se baignent habillés et utilisent, en guise de bouée, des chambres à air. Nous reprenons la route pour un long parcours sur des pistes de latérite, passant entre de très belles maisons traditionnelles en bois très sombre. Elles sont si belles qu'elles seraient une raison suffisante pour me faire reprendre un service d'enseignement (pas trop chargé tout de même...) pour pouvoir en habiter une quelque temps, la meubler avec des objets chinés dans le pays. Nous finissons par aboutir au pied d'une autre grotte, celle de Saddar.

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Très grande, elle abrite comme on s'en doute, des statues de Bouddha, des stûpas. Des stalactites tombent des parois, la puissante lampe prêtée par le chauffeur éclaire des roches situées très haut. Nous avançons dans le noir complet sans trouver d'autres traces de bouddhieuseries et, faisant demi-tour, nous croisons un couple d'Allemands qui nous disent qu'il faut continuer, que nous devons aboutir à une sortie d'où on peut revenir en pirogue. Nous rebroussons de nouveau chemin et, Marie pestant, à demie perdue, persuadée que nous allons mettre tout le monde en retard, nous grimpons, descendons des marches, dérapons sur un sol rendu glissant par les déjections des chauves-souris que nous entendons couiner haut au-dessus de nos têtes.

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Enfin une lueur annonce un débouché et bientôt nous découvrons, derrière un écran de verdure, un paysage enchanteur, un lac aux eaux immobiles au milieu de montagnes couvertes d'une végétation luxuriante. Des piroguiers nous attendent et sûrs que nous n'allons pas faire demi-tour, pratiquent des tarifs presque prohibitifs pour nous embarquer sur des esquifs rustiques, taillés dans un tronc d'arbre, très bas sur l'eau. La traversée est un rêve, une eau à peine troublée par les coups de pagaie, le chant des oiseaux pour seul bruit, des canards qui plongent à notre approche, nous laissant contempler leurs derrières.

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Notre pirogue glisse ensuite dans une cavité naturelle qui traverse la montagne, l'eau est si pure que les parois sombres du défilé s'y reflètent comme dans un miroir. La promenade continue sur un étroit canal dans les rizières. Mais il nous faut débarquer et terminer à pied pour rejoindre l'entrée de la grotte et notre véhicule. Nous ne sommes pas les derniers ! Trois des Allemands qui s'étaient engagés bien avant nous, ne sont pas ressortis. Nous ne comprendrons jamais ce qui s'est passé, ils arrivent trois quarts d'heure plus tard, pas pressés !

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En les attendant, J'ai guetté la sortie de moines simplement vêtus de leur toge rouge safran et munis d'un bel éventail en bambou tressé. Il commence à se faire tard, je crains que le chauffeur ne nous ramène à l'hôtel sans aller voir le dernier site mais non ! Nous arrivons juste avant le coucher du soleil à Kaw Ka.

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Une rangée de statues de moines quêteurs nous y attend sagement. La grotte n'a rien de particulier à part les inévitables Bouddhas bien sûr. Il faudrait emprunter un passage dans la roche pour déboucher devant une piscine, nous nous y rendons avec la voiture. Nous allons attendre, pas longtemps, le coucher du soleil, dans l'une des gargotes qui entourent la piscine, en prenant une bière. Les Allemands qui n'en avaient pas bu ce midi se rattrapent et commandent aussi un nouveau riz frit ! Nous rentrons de nuit à Hpa An, le chauffeur semble pressé... A peine arrivés à l'hôtel, nos compagnons filent dans leurs chambres sans dire au revoir ni à nous ni au chauffeur ! Nous avons tout juste le temps de nous occuper des photos de la journée avant de ressortir pour aller dîner au Khit Thit, où nous étions allés hier midi. Nous partageons la table d'un sympathique couple de Français, croisés au cours de la journée, échangeant quelques informations et opinions. Je me régale une fois de plus d'un plat d'anguilles en sauce. Retour à la chambre après une journée bien remplie mais fatigante.

Lundi 27 janvier : Lever dans une brume encore plus épaisse que la veille. Nous descendons prendre le petit déjeuner sur les tables devant l'hôtel. Nous ne touchons ni au riz, ni à l'oeuf. Marie se risque à boire une demi tasse du tri mix au thé, je reste au pain sec (presque, le pain aux raisins de la veille et un bout de marbré au chocolat), et à l'eau. Le chauffeur, à qui nous avions été les seuls à laisser un pourboire hier soir, tente de nous arracher 2000 kyats pour nous faire faire 500 mètres jusqu'à l'arrêt du bus. Il transige pour la moitié. Nous sommes très en avance et nous guettons notre bus, assis dans des fauteuils en plastique. Il a un peu de retard, Marie commence à s'inquiéter. Il s'arrête à une centaine de mètres, nous devons les parcourir pour monter dedans. Il traîne en ville, ramasse des passagers et une heure après l'heure théorique de départ, nous sommes toujours en ville ! Enfin le vrai départ survient, nous traversons la Salouen sur le pont moderne et continuons dans la campagne. Nous repassons à Thaton et reprenons la route de l'aller. Que celui qui a eu l'idée d'implanter des téléviseurs dans les bus se réincarne en vermisseau ! Nous sommes abreuvés  de discours bouddhistes puis de clips musicaux en enfin de sketchs qui amusent beaucoup nos voisins... Nous sommes débarqués à ce que nous croyons être Kimpun, destination pour laquelle nous avions payé, sur la grand route. Aussitôt des moto-taxis se précipitent et se proposent pour nous emmener, nous expliquant que Kimpun est à une dizaine de kilomètres à l'intérieur des terres. On nous propose aussi un taxi pour une somme exorbitante. Je trouve un pick-up qui assure la liaison avec Kimpun, pour 500 kyats par personne ! Marie qui monte dans la cabine du conducteur paie le double. Nous partons peu après, le camion presque vide. Nous sommes finalement à midi et demi à Kimpun, devant notre hôtel, juste à l'heure prévue. Nous déposons les sacs dans la chambre, dans un petit bungalow et, après avoir réglé notre départ pour Bago demain ainsi que la réservation d'une chambre d'hôtel, nous allons rapidement déjeuner. Marie garde un oeil sur les camions qui partent et presse le repas. Pas de chance, ce ne sont pas les bons camions. Ceux qui montent au Rocher d'Or partent tout près de notre hôtel, quand ils sont pleins. Marie obtient, moyennant un léger supplément, une place en cabine. Je m'incruste sur une étroite banquette en bois disposée en travers dans la benne. Très peu de place pour les jambes, six par banquette, pas de place pour faire de la gymnastique ! Nous démarrons, bien secoués dans les cahots, il faut s'accrocher comme on peut. La route, des plaques de ciment, grimpe en lacets serrés, sur de fortes pentes, dans une belle végétation. Quelques arrêts permettent à des moinillons de venir quémander des billets pour des oeuvres pieuses, beaucoup donnent. Enfin nous atteignons le terminus. Des porteurs de palanquin ont vite repéré Marie et réclament des sommes inouïes pour parcourir la bien faible distance qui nous sépare encore du Rocher d'Or. Marie persuadée qu'elle ne pourra pas marcher jusque là, que nous n'aurons pas le temps de revenir à temps pour attraper le dernier camion ne sait plus quoi faire, ni dire. Nous commençons à marcher ensemble, les porteurs du palanquin nous suivent, leurs prétentions baissent. Nous finissons par nous mettre d'accord sur 6000 kyats pour l'aller-retour. J'acquitte les droits d'entrée au site et 100 mètres plus loin, les porteurs décident qu'ils sont allés assez loin ! Nous continuons à pied tous les deux en refusant de payer et en parlant de police... Le chemin passe entre les habituelles boutiques de souvenirs, de remèdes médicinaux étranges, racines, décoctions, animaux desséchés. Nous devons retirer nos chaussures à l'entrée de l'ensemble des bâtiments religieux et confier nos peu reluisantes chaussures à la garde de la préposée, moyennant finance. Une allée désormais dallée passe entre des gîtes pour pèlerins et atteint une vaste esplanade.

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Des terrasses offrent des points de vue sur le fameux rocher. Une grosse boule dorée qui ne paraît pas particulièrement en équilibre instable, vue de ce côté. Un petit stûpa, également doré, le surmonte, il contiendrait UN cheveu du Bouddha. Nous approchons, Marie pas de trop près, les femmes, créatures impures, doivent rester à bonne distance... 

Birmanie 2014

 

Les hommes seuls sont autorisés à s'approcher, s'agenouiller et lui coller de nouvelles feuilles d'or. Nous le contournons, je suis plutôt déçu. Le rocher en soi n'est pas réellement spectaculaire. Bien sûr, aperçu de l'ouest, il est en porte-à-faux et surplombe une falaise, mais pas un instant on ne doute de sa stabilité. L'intérêt est sur les manifestations de ferveur populaire qui doivent être plus marquées à la tombée de la nuit, alors que des centaines de pèlerins affluent et s'installent pour passer la nuit sur des nattes ou sous des campements de fortune réalisés avec des couvertures. Pour s'en rendre compte il aurait fallu dormir dans l'un des hôtels installés à l'entrée du site. Nous jetons un oeil aux montagnes couvertes de forêts que nous dominons de tous côtés  mais elles sont perdues dans la brume et à peine distinguons-nous leurs contours. En contrebas, tout un village s'est créé pour vivre des pèlerins, hébergement, gargotes, souvenirs pieux, etc... Nous revenons, prenons un soda en passant, deux fois le prix normal ! Le Rocher d'Or est sans doute le site de Birmanie le plus onéreux. L'exploitation des pèlerins et surtout des touristes étrangers est manifeste, tant dans les transports que dans les hébergements. Pour la descente, Marie n'obtient pas de place en cabine, réservées par de jeunes et riches Chinois. Le soleil décline vite et nous supportons une veste. Enfin nous retrouvons notre chambre et son éclairage mesuré : impossible de lire ! Les ampoules doivent être de la plus faible puissance disponible sur le marché ! Nous allons dîner au Mya Yeik Nyu, tout proche. Gros efforts pour se faire apprécier de la clientèle des touristes mais il en résulte une cuisine affadie, sans caractère. A la chambre, grand décrassage qui devenait urgent...
 
Mardi 28 janvier : Mal dormi. L'électricité est coupée, plus de ventilation et encore moins de climatisation. Marie va dans la salle de bain et glisse sur la mare d'eau permanente qui stagne à l'entrée et tombe. Nous ne nous levons pas de bonne heure, choisissant de prendre le petit déjeuner à l'heure limite théorique, neuf heures. Nous finissons de nous préparer puis nous allons attendre l'heure du bus dans ces confortables fauteuils en bambou que l'on voit partout. Ils comportent une astucieuse barre d'appui pour la tête. A dix heures et demie, nous nous rendons à la gare routière et attendons l'arrivée tardive du bus. Ce sera sans doute le plus mauvais de tous ceux que nous aurons emprunté. l'air conditionné ne fonctionne pas, il roule lentement et s'arrêtesouvent pour charger des passagers supplémentaires et quand tous les tabourets en plastique dans l'allée centrale sont occupés, il continue de d'en monter qui voyagent debout. L'assistant du chauffeur reçoit des coups de téléphone de personnes qui lui demandent de les attendre à tel endroit et nous les attendons, parfois un quart d'heure ! Les heures passent, nous désespérons d'arriver aujourd'hui à Bago. Alors que nous n'en sommes plus très loin, le bus s'arrête pour le déjeuner. Comme d'habitude, nous nous contentons de chips et d'une bière. Nous repartons et enfin nous voici, à trois heures à Bago. Descendus à la gare routière ou ce qui en tient lieu, nous repartons en tuk tuk pour essayer de nous trouver un hôtel dans le centre ville. L'emeror Hotel n'a que des chambres haut perchées et très petites. Après avoir essayé le Jade Garden, complet, nous nous résignons à nous rendre au Bago Star où nous avions réservé par téléphone. C'est plus cher et loin du centre mais la chambre est spacieuse et confortable. Nous nous reposons avant de nous rendre, à pied, à la pagode Kyaik Pun, à quelques centaines de mètres , au bout d'une route dont les bas-côtés, comme toutes les routes , sont des champs de sacs plastiques.
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De loin, nous apercevons un très grand Bouddha assis, adossé à une structure maçonnée carrée. Ses trois autres côtés comportent aussi des Bouddhas de même taille.

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Nous en faisons le tour par l'extérieur pour profiter de l'ensoleillement à l'ouest, puis nous nous rapprochons pour admirer leurs ongles et les broderies de leurs toges, réalisés avec des tesselles de miroir colorées. Retour à la chambre où nous apprécions cette fois la climatisation. Je parviens à me connecter pour lire les informations ainsi que le courrier. Nous dînons au restaurant de l'hôtel. Je commande un plat dit kabab, je suis étonné de me voir servi du porc avec une sauce hot and sour mais il s'agit bien de kabab m'assure le garçon !
 
Mercredi 29 janvier : Après le petit déjeuner, je pars à pied pour la poste, vite rattrapé par un employé de l'hôtel qui m'explique que la poste est très loin. Il nous trouve un tuk tuk, celui de la veille ! Nous nous mettons d'accord sur le tarif de la location pour toute la journée et nous partons. Nous retournons dans le centre ville, très animé, traversons le marché qui déborde sur la rue et arrivons à la gare ferroviaire. Je cherche le responsable des ventes de billets pour les étrangers dans un bureau qui n'a pas eu une couche de peinture depuis l'Indépendance, où traînent des dossiers d'une autre époque. Surgit un individu qui peu aimablement m'intime l'ordre de revenir demain puis met en doute que j'ai pu faire téléphoner la veille et prend son petit déjeuner sans plus rien savoir. Je m'indigne, le traite de tous les noms mais il s'en moque. Je repars furieux. Nous passons à la banque changer des dollars. Nous commençons la tournée des sites. Encore une de ces journées où l'on doit courir d'un endroit à un autre, sans presque le temps d'en profiter, respirer, apprécier le cadre, l'ambiance. Je me sens canard à l'approche des fêtes.
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La pagode Shwemawdaw a l'honneur de notre visite. Elle ressemble fort à la pagode Shwedagon de Rangoon, même énorme stûpa doré, encore plus haut qu'à Rangoon, entouré de pagodons, d'autels des nats, de pavillons et aussi des plus jolis manèges que nous aurons vus, les bols sont remplacés par des bateaux qui tournent ou plutôt qui devraient tourner mais ils ne sont pas animés. Nous en faisons consciencieusement le tour, déchaussés comme il se doit. Il n'y a pas l'ambiance, la ferveur de sa soeur de Rangoon.

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Nous continuons par la pagode Hinta Gone qui ne serait pas particulièrement intéressante, à part une vue sur les environs, les stûpas dorés qui émergent de la végétation et en particulier la pagode Shwemawdaw, si dans un petit pavillon à l'entrée, en léger contrebas, un orchestre traditionnel, gongs, tambours et flûte aigrelette, n'accompagnait les danses, gestes graciles, déhanchements, de transsexuel(le)s fardé(e)s, habillé(e)s en femmes. Des gens viennent leur coller des billets sur le cou, la poitrine et en lancent aux musiciens. Le conducteur du tuk tuk qui connaît son affaire nous emmène ensuite à un stûpa dont le seul intérêt est d'offrir une vue sur les autres pagodes de la ville et les bâtiments de l'ancien palais qui abrite un musée, fermé aux dires de notre cicérone. 

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C'est ensuite un temple, une très modeste construction, dont le seul et unique occupant est la réincarnation d'un moine, sous la forme d'un python de belle taille. Gavé, choyé, il dort à longueur de journée, parfois se glisse dans un bassin d'eau aménagé pour son bien-être... Là aussi, les visiteurs glissent des billets devant sa tête et font des voeux. Nous nous faisons conduire au restaurant Hanthawaddy, restaurant chic, à clientèle de touristes, dans une maison en teck. Contrairement à ce qu'avait dit le conducteur qui voulait nous emmener là où il avait décidé, ce n'est pas plus cher qu'ailleurs. Nous commandons des plats thaï, Marie un curry au lait de coco, excellent, et moi du poulet au gingembre, également très bon. Gavés, sans pouvoir faire une sieste digestive, nous enchaînons avec la pagode Sintalia où repose un vilain Bouddha couché, à côté d'un ancien stûpa en briques rouges, plus élégant. Nous rendons visite ensuite au monastère Kha Khat Wain Kyaung. Rien d'ancien ou cela ne se voit pas mais c'est l'un des monastères, en activité, les plus importants de Birmanie. Plusieurs centaines de moines y étudient.

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Nous pouvons les observer dans une salle, rédigeant un devoir avec beaucoup de sérieux, d'application, indifférents aux touristes qui viennent troubler leur concentration. Ils sont assis à même le sol et travaillent sur de petites tables qu'ils emportent avec eux, le devoir terminé. Il fait beaucoup plus chaud dans cette région que dans le nord. Dans les rues, les bonzes défilent avec un bel éventail en bambou, en forme d'as de pique. Leurs consoeurs, enveloppées dans un voile rose, protègent leur crâne rasé avec de charmantes ombrelles de fabrication artisanale. Un autre monastère, plus calme, perdu dans la végétation, est composé de plusieurs élégants pavillons anciens, en bois, quelques-uns avec des toits étagés. A proximité quatre Bouddhas de grande taille, s'épaulent pour surveiller les quatre points cardinaux.

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Dans une salle où repose un autre Bouddha, couché cette fois, des peintures illustrent les sévices qu'endureront les pêcheurs, on y retrouve la même imagination que dans les églises du Moyen Age pour décrire les enfers ! Nous n'allons pas voir, de l'autre côté de la rue, le tout neuf Bouddha couché, encore une réalisation de mégalomaniaque... C'est au tour de la pagode Mahazedi, de très grande taille, un stûpa au-dessus d'une base tronconique à plusieurs étages.

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Nous en faisons le tour, en nous brûlant la plante des pieds et sous un soleil qui donne soif ! Marie n'a pas le droit de monter sur la plus haute terrasse, elle a bien raison, la vue est fort étendue mais d'un intérêt limité, les autres stûpas apparaissent perdus dans le lointain et la brume. Nous attendons le retour du tuk tuk, parti faire un plein d'essence, en avalant une bouteille d'eau. A côté, la pagode Shwegugale de petite taille est plus colorée, on peut en faire le tour dans un déambulatoire où soixante quatre Bouddhas, tous identiques, nous regardent passer. Et enfin, pour en terminer, la pagode Shwethalyaug, sous un hangar, un de ces énormes Bouddhas couchés qui semblent avoir tant de succès dans ce pays, occasion de manifester un gigantisme de parvenu.

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Pas vraiment beau, ses lèvres roses l'affadissent mais les coussins sur lesquels il repose sa tête sont des coffres décorés de tesselles de verre colorées. Ses pieds aussi sont très décorés et pour une fois dans une position plus réaliste. C'en est terminé, nous allons maintenant pouvoir digérer toutes ces visites ! Nous rentrons à l'hôtel, je règle le tuk tuk qui voudrait aussi que je lui paie le droit d'entrée sur les sites, dix mille kyats par personne, que nul préposé ne nous a demandé de payer (j'apprendrais par la suite, par d'autres touristes, que ce droit est payé au musée, pas du tout fermé !). Je suis d'accord pour partager le bénéfice avec lui, finalement nous lui réglons quinze mille kyats ! Retour à la chambre. Je m'occupe des photos, me connecte à internet, vérifie que les horaires de nos vols n'ont pas changé puis nous dînons au restaurant de l'hôtel. Nous commandons des plats birmans, un kone baung gyi kyaw pour Marie, une bonne fricassée dans l'huile de légumes et de porc, pas pimenté et pour moi un tauk tauk kyaw, une galette épaisse, parfumée, de poulet haché revenu avec des légumes, pas pimenté non plus. Je n'aurai, de toute ma vie, jamais mangé autant de carottes et de choux-fleurs ! Très copieux, nous devons reprendre une bière pour en venir à bout.
 
Jeudi 30 janvier : Nous prenons le petit déjeuner le plus tard possible puis je pars en moto-taxi à la gare. Il semble que le port du casque soit obligatoire pour cette forme de transport de passagers. Je me vois affublé d'un casque type Whermacht du plus bel effet ! Je dois patienter dans le bureau de la veille, reçu par un employé mieux embouché que le précèdent. Je m'assieds à côté d'un fonctionnaire qui renforce des livres de compte de l'année passée au moyen de ruban adhésif. Un autre lit le journal, d'autres passent, échangent des nouvelles, commentent les photos du journal. La routine... Enfin, après un temps d'attente et la consultation de papiers échappés de dossiers, on me délivre un billet Upper class pour le train de Yangon de cet après-midi. Je passe consulter la carte du restaurant chinois Three Five, proche de la gare et rentre, toujours déguisé en Fritz, à l'hôtel. Nous patientons d'abord dans la chambre puis dans le hall de l'hôtel et nous nous faisons conduire à onze heures et demie en tuk tuk à la gare avec le sac. Je le laisse à la garde d'un employé et nous allons au restaurant chinois en traversant le marché, plus guère animé. Les abords en sont immondes, des mares d'eau stagnante dégagent une puanteur d'égout, des ruisseaux lévent le coeur. Et les sacs plastiques tapissent toutes les rues, tous les espaces libres. Le canard rôti est servi froid et les crevettes en beignets ont disparu dans la pâte. Nous sommes déçus mais amusés par le ballet des plats servis sur les tables du personnel. Ils vont, viennent, repartent, sans que nous nous en expliquions la raison... Nous retournons à la gare nous asseoir sur des sièges en plastique dans l'attente de notre express. Peu avant son arrivée, nous passons ainsi que les autres voyageurs sur le quai et quand il s'arrête nous avons trois minutes pour monter à bord et nous installer dans deux fauteuils fatigués d'un wagon épuisé. La climatisation annoncée est naturelle, des volets métalliques percés d'ouvertures et des ventilateurs au plafond qui ne tournent pas... Nous traversons des rizières au vert vif, des buffles broutent les herbes et des stûpas apparaissent de-ci, de-là. Nous filons (en exagérant un peu...) en sautant sur nos sièges comme sur un manège. Ce n'est pas du boogie woogie, plutôt du hip hop... Nous sommes plus tôt que prévu à Rangoon et nous nous rendons à pied au Beautyland II. Nous avons une chambre au premier étage, minuscule, comme à l'arrivée. Nous récupérons le sac à dos et nous nous reposons avant d'aller dîner à proximité dans un restaurant qui se veut thaï. Plats curieux, mais bons et pas chers. Retour à la chambre où je peux, (ah quel bonheur !) regarder "Envoyé spécial" sur TV5 Monde... Nous sommes presque rentrés !
 
 Vendredi 31 janvier : Encore une fois, nous attendons le dernier moment pour descendre prendre le petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à pied au marché Bogokié pour les derniers achats, ma journée préférée en voyage... Très vite Marie trouve une ombrelle pour Karin puis elle se met en quête de divers objets qu'elle a en tête mais il y a toujours quelque chose qui ne correspond pas à  l'idée de ce qu'elle veut. Nous errons, et nous nous perdons dans les travées de cet immense marché presqu'uniquement consacré aux touristes. je commence à saturer, las de passer et repasser aux mêmes endroits. Elle se trouve un longyi qui doit être cousu et ajusté à sa taille. Nous déjeunons, sans bière, dans la seule gargote du marché qui soit un peu agréable. Puis nous retournons à nos recherches, un pantalon, des tongs et des petits disques en jade complètent les achats et pour finir, Marie s'offre une très belle veste noire avec des broderies récentes Akha. Nous allons prendre un jus de fruit et un soda dans un café climatisé où les prix sont indiqués en dollars. Retour à l'hôtel. Nous réservons un taxi pour demain matin et je commence à refaire le sac de voyage. Nous allons nous installer au salon pour relire mon texte et mettre à jour le blog. Un Hollandais nous rejoint, il n'aime pas les pagodes et ne veut pas en voir. Il a dû se tromper de pays ! Nous ressortons pour aller dîner au même restaurant pseudo thaï que la veille. Les garçons sont plein de bonne volonté mais ne comprennent pas grand chose à nos exigences en matière d'ordre de succession des plats ou de leur force en piment. Dernière nuit en Birmanie.
 
Samedi 1er février : Marie se réveille ! Nous descendons rapidement petit déjeuner avant de prendre le taxi à cinq heures. Nous sommes rapidement à l'aéroport, sans avoir revu la pagode Shwedagon non éclairée à cette heure. Nous enregistrons sans avoir de problème de douane pour la boîte en laque ni pour le dépassement (d'une heure !) de la durée du visa. Nous attendons ensuite de pouvoir embarquer. Nous décollons à l'heure. Petit déjeuner puis j'occupe le temps avec trois films successifs, trois de ces films dont on se demande comment ils trouvent un financement ! Pas de repas, un sandwich sucré, fourré au thon (?). Nous nous posons à Doha et après un nouveau contrôle, nous allons attendre le second vol. Nouvel envol à l'heure. Nos craintes concernant un éventuel déjeuner disparaissent quand les hôtesses servent un apéritif, pour nous c'est champagne, suivi d'un repas arrosé au Côtes du Rhône. Je  regarde "Mystic River" avant que nous ne nous posions, à la nuit tombée, à Paris. Julie est venue nous chercher avec des vêtements chauds bien nécessaires. Nous rentrons en taxi et nous lui offrons nos cadeaux devant une Margarita !

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commentaires

Claudio 16/04/2015 12:30

Merci à vous d'avoir non seulement réalisé de superbes photos mais aussi d'avoir livré un texte d'accompagnement intéressant et vivant, ce qui est rare car aujourd'hui peu de personnes prennent le soin de rédiger leurs impressions de voyage. Votre site m'a été très utile pour documenter les diapositives que j'avais prises en 1999, diapos que je viens de numériser et auxquelles j'adjoins vie XnView des informations IPTC qui me permettent ensuite d'indexer et de rechercher par mots clefs les photos ayant trait à un thème donné: sujet, année, pays, ville...