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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:31
MONGOLIE
ETE 2014
 
Mercredi 4 juinA dix-sept heures, enfin, après les dernières emplettes (saucissons et charcuteries principalement...), nous quittons le parking du Carrefour de Grand Var et prenons la route pour la frontière italienne. Les kilomètres d'autoroute défilent, nous passons Nice avec quelques ralentissements puis nous sortons à la Turbie pour suivre une étroite route en lacets avec des vues sans soleil sur Monaco, ses yachts prétentieux et la mer qui se perd au sud. Nous trouvons la maison de Jean-Pierre qui nous accueille très gentiment, avec Mireille. Leur maison jouit d'une vue superbe sur la mer mais elle est architecturalement décevante, loin de ce que nous avions imaginé. Dernier pastis français puis un dîner avec des lasagnes qui réjouissent Marie et qui me valent une omelette en remplacement. Conversation sur le thème des voyages. Nous regagnons notre camion pour la première nuit de ce voyage. Coup de fil de Julie qui nous fait ses derniers adieux.  
 
Jeudi 5 juin : Nous sommes réveillés et aussitôt debout avec le jour. Nous avons repris nos habitudes dans le camion, je ne manque pas de râler après les placards et le réfrigérateur insuffisamment grands pour accueillir toutes nos provisions et qui ne manquent pas de les dégueuler à chaque ouverture. Nous sommes prêts à partir à huit heures en abandonnant Mireille, triste à l'idée de se séparer trois mois de Jean-Pierre. Nous rejoignons vite l'autoroute et entrons presque aussitôt en Italie. Bien connue série de viaducs er de tunnels puis après Gênes nous entrons dans les terres. Après Brescia les panneaux indicateurs me remémorent des sites de mes premiers voyages avec les parents en Italie : Desenzano, Sirmione etc... Nous déjeunons rapidement sur une aire de station-service. Je dois reprendre du gasoil, 1,75 euros le litre ! Je prends le minimum pour atteindre l'Autriche. Nous passons Venise, la circulation pénible quand il n'y avait que deux voies, celle de droite occupée par les camions, s'améliore et devient très fluide en attaquant la remontée dans une belle vallée qui s'enfonce dans les Alpes, encore mon décor rêvé pour "Le désert des Tartares". Quand nous atteignons les montagnes, l'autoroute les traverse presque continument sous des tunnels. La fatigue commence à se faire sentir. Nous voici en Autriche, une étape de 800 kms ! Jean-Pierre qui roulait derrière moi depuis ce matin, passe en tête à la recherche d'un emplacement de bivouac. A un carrefour il prend la direction de la Slovénie, confondant avec la Slovaquie ! Il a tout de même des doutes en découvrant des panneaux indiquant Ljubljana... En faisant demi-tour nous trouvons un vaste parking avec une buvette et des toilettes. Nous goûtons les bières locales en appréciant la chaleur du soleil puis nous regagnons nos camions que nous avons garés à proximité d'une table et de bancs. Nous étions seuls à l'arrivée, cela ne dure pas et bien que la place ne manque pas, une caravane vient se coller derrière nous ! Nous nous installons sur la table pour écrire puis dîner mais la fraîcheur arrive vite. Je ne traîne pas pour m'endormir...
 
Vendredi 6 juin : De plus en plus à l'est, le soleil nous réveille de plus en plus tôt et ce matin nous sommes prêts à sept heures ! Les premiers kilomètres se font en compagnie des locaux qui vont travailler à Klagenfurt. La circulation est plus fluide ensuite, toujours dans un paysage alpestre, prairies, forêts et chalets. A mon grand étonnement, le revêtement de la route n'est pas toujours parfait mais nous l'envierons sans doute dans quelque temps... Nous quittons les montagnes pour des plaines monotones. Avec l'intention de nous reposer quelques minutes, nous accédons à vitesse très réduite à une aire de repos. J'ai la surprise de voir un véhicule stationné commencer à reculer devant moi, traverser la route et continuer en marche arrière. Je l'évite par la gauche, Jean-Pierre par la droite puis je l'aperçois dans le rétroviseur continuer son petit bonhomme de chemin, et, emporté par son élan, grimper le rebord du talus avant de glisser vers la chaussée de l'autoroute et heureusement s'arrêter dans le fossé qui la borde. Personne au volant ! Sa conductrice ressort des toilettes, étonnée de ne plus retrouver sa voiture là où elle l'avait abandonnée sans avoir serré le frein à main. Nous lui laissons le soin de téléphoner aux secours... Nous passons Graz puis nous approchons de Vienne que nous contournons sans quitter les autoroutes et sans nous tromper de direction. Entre Vienne et Bratislava des éoliennes à perte de vue font mine de s'agiter mollement. Nous voici en Slovaquie, nous devons acheter, comme en Autriche, une vignette de circulation, le parebrise se remplit... Ce que nous apercevons de Bratislava laisse imaginer une capitale en pleine modernisation, les mini gratte-ciel surgissent de tous les côtés.  Le paysage n'est pas très différent, sans charme. Il commence à faire chaud, nous pique-niquons sur une aire de repos, sans ombre, nous avions mis du temps à nous réchauffer ce matin. L'autoroute s'arrête à Zilina, une simple route à deux voies, très encombrée lui succède, nous ne roulons plus à la même allure ! Nous passons des villes aux noms imprononçables avec trop de consonnes, (certaines inconnues !) et pas assez de voyelles, tels Tvrdosin ou Trstena... Nous prenons un raccourci en suivant le cours d'une rivière au milieu de la forêt. Dans les villages subsistent quelques vénérables maisons aux murs noirs constitués de troncs assemblés, plusieurs forment parfois des corps de ferme. Nous voici en Pologne. Nous nous arrêtons pour changer des euros en zloty. Je roule prudemment, ne connaissant pas trop les limites de vitesse, les radars sont de sortie ainsi que les caméras de surveillance. Nous retrouvons un bout d'autoroute avant Cracovie. Nous cherchons un camping, nous en trouvons un, pas celui que nous avions repéré mais après cette grosse journée de conduite, nous n'avons pas envie d'aller à la recherche d'un autre. D'ailleurs celui-ci est en pleine nature, au calme bien qu'occupé par un effrayant convoi de retraités hollandais en caravanes, chacun avec son antenne de télévision plantée devant son emplacement... Nous nous installons, décidés à faire la grasse matinée demain.
 
Samedi 7 juin : Le réveil est nettement moins matinal et, après une bonne douche, ce n'est qu'à neuf heures que nous quittons le camping. Après moult hésitations, nous avons décidé de laisser les voitures et de nous rendre en ville en bus. J'emmène Marie avec la voiture au passage clouté, me gardant bien d'essayer de couper le flot des véhicules dans les deux sens qui se ruent sur la route, après l'expérience presque traumatisante de la veille. Un minibus arrive presqu'aussitôt et, à toute allure, nous fait traverser les quartiers périphériques avant d'atteindre le centre-ville repéré à la présence de trolleybus. Nous contournons par de larges avenues aux immeubles autrefois cossus, mais certains ont aujourd'hui des crépis tristement gris ou en partie disparus. Après avoir traversé la Vistule, nous contournons le centre ancien et nous descendons au terminus, à proximité d'une galerie marchande moderne. Renseignement pris, la place centrale est à quelques centaines de mètres. Nous contournons une ancienne et imposante barbacane de briques avant de franchir la porte Florianska et suivre la rue du même nom, heureusement piétonne.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Bienvenue à touristland ! Les Polonais sont rares, on y parle toutes les langues et les boutiques sont toutes consacrées à satisfaire les envies, besoins des visiteurs... On propose même, entre le tour en mini taxi de la vieille ville et celui aux mines de sel, d'obscènes promotions sur les visites à Auschwitz ! La shoah commercialisée, banalisée... Les maisons anciennes, de style renaissance ou baroque ont souvent de belles façades colorées  dans des tons pastel, décorées de stucs ou de sgraffites qui imitent des damiers ou des formes en pointes de diamant, toutes choses déjà rencontrées dans toute l'Europe centrale. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous atteignons rapidement l'ancienne place du marché dont nous avions gardé grand souvenir. Après une alerte de grisaille, le soleil est revenu et met en valeur les façades des maisons qui la bordent sur les quatre côtés réguliers de son carré. A l'un des angles, les deux hautes tours dépareillées de Notre-Dame dominent la place. En son centre la halle ancienne, grand bâtiment à étage, n'abrite plus aucun commerce de bouche mais dans une longue galerie éclairée par des réverbères, des stands de souvenirs, lui faisant perdre tout son charme. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous  sommes déçus, ne retrouvant pas cette place telle que dans notre souvenir. Sont installés sous des tentes, des stands d'information pour nous ne savons trop quels produits. Et pour couronner le tout, un podium avec écrans géants, haut-parleurs et projecteurs, est posé en son beau milieu ! Nous entrons à Notre-Dame, bien que nous soyons mis en garde de visiter quand s'y tient un service divin, ce qui semble être le cas en permanence... Nous ne pouvons qu'admirer de très loin un retable sculpté et doré qui semble magnifique.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

L'impression dégagée par la hauteur des voûtes, les murs colorés est puissante mais frustrante faute de pouvoir détailler chapelles, fresques, dorures etc. Alors que nous nous apprêtons à en sortir, entre un cortège de porteurs de fanions, d'hommes chenus aux belles barbes blanches soigneusement entretenues, suivis de blondinettes et pâlottes enfants de Marie, de quelques officiers coiffés de la classique casquette carrée et d'une longue cohorte de messieurs costumés en tenue de nobliaux d'autrefois, bonnets de fourrure, bottes de cuir rouge, redingotes généralement rouge lie-de-vin, plus rarement vertes, large ceinture, sabre recourbé et toutes médailles au vent. Renseignement pris, il s'agit de l'intronisation annuelle d'un nouveau roi d'une confrérie de notables et d'artisans de la ville. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous faisons le tour de la place, découvrons le bâtiment du Collegium Maius. Un ensemble universitaire du XV° siècle, bâtiments de briques rouge sombre derrière de beaux pignons étagés. Sa cour est envahie de touristes qui troublent la sérénité de cet ancien lieu de sciences humaines. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

En face, l'église Sainte-Anne, dissimule derrière une façade quelconque un magnifique intérieur baroque, fresques au plafond, stucs, qui ne peuvent avoir été oubliés par Dominique Fernandez (à vérifier au retour !).

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous revenons assister à la cérémonie lorsque le cortège où se mêlent sabres et goupillons de haute volée, sort de Notre-Dame, fait le tour de la place et revient assister à l'atterrissage de parachutistes aux pieds des assistants. On tire quelques coups de bombardes miniatures, les plumes de paon des bonnets s'agitent, les dames ont sorti leurs plus belles robes, parfois très démodées et les bambins déguisés en petits Polonais d'autrefois geignent dans leurs trop belles tenues. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous allons déjeuner à la terrasse de l'un des cafés qui enserrent la place de leurs parasols. La bière pression, excellente, est glacée, les plats soi-disant de cuisine polonaise (bizarre la présence d'ananas dans les travers de porc !), peu copieux. Nous repartons en direction du Wavel, la colline où se dresse le château. Nous suivons une autre rue bordée de belles maisons. Au passage nous admirons la façade de l'église Saint-Pierre-et-Paul, précédée d'un bel alignement de statues des apôtres, même s'il ne s'agit que de copies.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

A côté, l'église romane de Saint-André, cache un splendide intérieur baroque, la chaire en forme de bateau à voile dégouline d'or et d'argent, des putti peints ou sculptés paressent dessus, dessous, partout... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous atteignons la colline du Wavel. Le château est une construction sans caractère que nous n'avons pas l'intention de visiter, nous nous contenterons de la cathédrale qui s'y dresse, accolée aux bâtiments royaux. L'intérieur foisonne de chapelles, toutes dédiées à de grandes familles. Nous croyons qu'il faut prendre un ticket pour la visite mais ce dernier donne principalement le droit d'accéder aux cryptes où se trouvent les sarcophages de rois, généraux ou personnages illustres dont peu nous sont connus. Mais nous pouvons escalader (Marie s'en dispense) un étroit et raide escalier de bois qui permet d'atteindre les cloches imposantes, enfermées dans un assemblage de poutres énormes, il doit y avoir une forêt entière dans ce clocher ! Du haut l'inévitable vue sur les toits de la vieille ville et les églises qui les surplombent. Nous achevons la visite par une belle chapelle aux murs couverts de fresques du XIV° siècles, peu intéressantes et dotée de deux beaux retables de la même époque, difficiles à détailler par une barrière mal placée. Nous revenons cahin-caha, Marie traîne la patte, nous tentons de voir encore quelques églises mais partout s'y déroulent des messes, très suivies. Nous revenons prendre un minibus et regagnons le camping. Je vais rechercher Marie à l'arrêt puis je vais m'installer au bar dans la verdure, boire une bière, encore une excellente, et commencer à reporter les photos sur l'ordinateur avant d'être chassé par les moustiques.
 
Dimanche 8 juin : Nouveau départ de bonne heure. Le dimanche, la circulation est faible, surtout à cette heure, et nous pouvons facilement couper la route pour nous diriger vers Cracovie que nous contournons sur des autoroutes avant de prendre la direction de Varsovie. Ce n'est plus une autoroute mais une simple nationale à deux voies, la chaussée déformée par les camions comme nous avions connu autrefois les routes de Pologne. Mais cela ne dure pas et si la route n'est pas plus large, le revêtement lui s'améliore. A mi-parcours nous retrouvons une portion d'autoroute mais nos espoirs d'arriver rapidement à Varsovie s'envolent au bout d'une cinquantaine de kilomètres quand nous devons nous résigner à continuer sur une simple route, heureusement pas trop fréquentée et sans camions. A l'approche de Varsovie la route devient à deux fois deux voies mais coupée de plus en plus souvent par des feux tricolores ou des passages pour piétons. La campagne est plate, monotone, des cultures à perte de vue, seuls des champs parsemés de coquelicots égaient l'uniforme verdure. La traversée ou plutôt le contournement de Varsovie se fait assez rapidement, nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous sommes sur la route de Bialystok. Toujours une route à deux voies mais bonne et roulante, le réseau routier polonais s'est bien amélioré depuis notre dernier passage même s'il n'est pas encore aux normes d'Europe occidentale... Nous traversons des forêts épaisses et des cueilleurs proposent sur le bord de la route des girolles et des fraises. Nous achetons des champignons pour l'omelette du dîner. Nous quittons la route de Bialystok pour suivre une autre route, plus courte et tout aussi bonne, qui nous amène à Augustów. Presque chaque poteau électrique est surmonté d'un énorme amas de brindilles dans lequel nichent des portées de cigogneaux que leurs mères surveillent fièrement. Encore quelques kilomètres pour Suwalky où nous empruntons une petite route en travaux pour gagner les bords d'un lac où nous nous installons dans un camping. Ce n'est pas le lieu sauvage et désert que j'avais imaginé... Nous ne sommes pas seuls quoique nous n'ayons pas à nous plaindre vu le nombre de voitures (et de motos !) que nous avons croisées regagnant Varsovie le dimanche soir. Nous sortons la table et les fauteuils mais Marie trouve qu'il y a trop de vent et préfère rester dans le camion ! Nous prenons le premier pastis du voyage, installés dans l'herbe de la prairie. 
 
Lundi 9 juin : Je suis réveillé à quatre heures, il fait déjà jour ! Nous ne nous levons qu'à six heures et reprenons la route de la Lituanie. Dernier plein de gasoil pour épuiser nos zlotys. Ce n'est plus dimanche, les camions sont sur les routes et nous ne pouvons que les suivre, sans aucun espoir de les dépasser, mais ils roulent à bonne allure. Passage en Lituanie avec juste un arrêt pour acheter la vignette automobile. Le pare-brise, grâce à notre collection, est décoré comme un maréchal soviétique. Nous commençons à rencontrer d'anciennes maisons en bois avec les cadres des fenêtres ouvragés, peints d'une couleur différente des murs. Nous traversons Kaunas sans nous arrêter mais en nous trompant plusieurs fois aux carrefours mal indiqués. Nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une mare, Jean-Pierre en profite pour casser son éclairage de plaque en reculant dans un arbre ! Nous continuons d'avancer mais nous avons avancé nos montres d'une heure à la frontière et le temps passe vite. Des travaux sur la route contraignent à une circulation alternée et bien que la signalisation ne soit pas toujours scrupuleusement respectée, nous perdons du temps. Nous quittons la Lituanie pour la Lettonie sans presque nous en apercevoir. A Daugavpils, nous cherchons un supermarché, occasion de nous remettre en mémoire nos quelques mots de russe... Nous en dénichons un comme nous aimerions en trouver par la suite... Nous rachetons des fruits et de la viande, pas de conserves, nous n'avons pas encore entamé notre stock. Encore des kilomètres sur une bonne route peu fréquentée jusqu'à Rēzekne. Le ciel, couvert toute la journée, se décide à crever et une averse lave le pare-brise et salit la carrosserie. Nous passons Rēzekne et finissons par trouver un camping au bord d'un lac. Nous y sommes les seuls. Jean-Pierre qui fête aujourd'hui ses 66 ans a mis le champagne au frais. Nous l'accompagnons avec des toasts grillés sur lesquels nous étalons des tranches d'un poisson inconnu fumé. Nous dînons ensemble dans le camion, encore un repas plus alcoolisé que prévu...
 
Mardi 10 juin : Dans la nuit, des pêcheurs sont venus mettre une barque à l'eau et malgré leur discrétion, ils nous réveillent. Nous profitons des installations sanitaires de ce camping/motel, tout récent mais mal fini. Nous sommes bientôt à la frontière. A notre grande surprise, la sortie de Lettonie ne se fait pas sans contrôle tatillon, passeports, carte grise, permis de conduire. Un groupe d'une quinzaine de camping-caristes français, des gens âgés, est dans la file d'attente. Puis nous commençons les formalités côté russe, relativement rapides pour la police, elles traînent à la douane. Le nombre de camping-cars perturbe le douanier très tatillon et il nous faut trois heures pour enfin rouler sur les routes russes. Nous avons encore avancé nos montres d'une heure et il est temps de déjeuner. Nous changeons des dollars avec un "biznessman" qui tient boutique sur une table de la cafeteria de la première station-service. Plein de gasoil enfin à un tarif intéressant, 0,70 euros ! Nous repartons sans espoir d'arriver à proximité de Moscou ce soir. Des orages éclatent et se succèdent tout l'après-midi. La chaussée n'est pas toujours bonne mais nous roulons bien, doubler les camions ne pose pas de problème, nous dépassons des éléments du convoi des camping-cars qui se traînent à 60 km/h. Je suis fatigué, pas assez dormi, Jean-Pierre trouve que nous roulons trop, aussi décidons-nous d'arrêter vers les 17h30 à Nelidovo, au "camping", en fait un de ces parking "staïanka" que nous avions fréquentés lors de notre premier voyage en Russie, un simple terrain sans commodités, entouré d'un haut mur surmonté de barbelés et surveillé par un gardien dans son mirador ! Pas très plaisant... Le groupe des camping-caristes français y arrive par groupes dans  la soirée.
 
Mercredi 11 juin : Nous avions fermé tous les rideaux et dans le noir complet nous avons bien dormi, sans nous réveiller, jusqu'à six heures. Quand nous sommes prêts à partir, Jean-Pierre, au grand plaisir de Marie qui en avait elle aussi envie et contrairement à ce qui avait été convenu avant le départ, nous demande si nous ne pourrions pas nous arrêter à Moscou et passer le reste de la journée sur la Place Rouge ! Je suis furieux, je n'ai aucune envie d'aller me fourrer dans la circulation de la ville et d'y trouver un emplacement pour la nuit... Nous repartons à bonne allure dans un paysage toujours aussi vert et monotone. Les derniers kilomètres se font sur une autoroute en travaux puis nous atteignons le périphérique dans les encombrements. Long contournement de la ville avant de nous diriger vers le centre pour trouver, grâce au GPS, un parking proche de la Cité du Cosmonaute, indiqué par un voyageur sur son blog. Le long d'une artère fréquentée, la nuit risque d'être peu agréable... La station de métro la plus proche est plus éloignée que nous ne le pensions, aussi un ami du gardien se propose, moyennant finance, de nous y déposer. Nous retrouvons les métros russes avec une descente en escalator vertigineuse. Les rames sont très bruyantes mais nous sommes rapidement dans le centre. J'ai mal examiné la carte et nous ressortons à l'air libre à une station encore éloignée de la Place Rouge. Nous marchons longtemps avant d'apercevoir les murs du kremlin et de nous retrouver sous la cathédrale Saint Basile, celle aux bulbes colorés, présente sur toute carte postale...
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Mais l'accès à la Place Rouge est interdit, nous devons contourner Saint-Basile, apprendre au passage que nous sommes à la veille de la fête nationale et que les tentes, le podium qui y ont été dressés sont destinés aux festivités du lendemain ! Néanmoins nous visitons la cathédrale, retrouvons avec plaisir le dédale des chapelles sur deux niveaux, aux murs repeints à fresque à décor floral. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Elles abritent de superbes iconostases et de magnifiques icônes, en particulier une Trinité de l'Ancien Testament. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Un quatuor d'hommes pour assurer la promotion et la vente de ses cd, s'est installé dans l’une des chapelles et régale les visiteurs d'airs religieux. Les voix résonnent magnifiquement sous les voûtes, en particulier la basse remarquable. Nous devons traverser le magasin Goum pour longer la Place Rouge, occasion de revoir ces temples du luxe, en face du mausolée de Lénine. Les galeries sont très belles mais la débauche de publicités tapageuses gâche la perspective.

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous débouchons sur l'entrée de la Place Rouge, seul endroit où nous pouvons avoir une vue sur les murs du kremlin, le mausolée de Lénine et Saint-Basile caché en partie derrière le podium érigé pour la plus grande gloire du despote moderne. Des tee shirts à son effigie sont vendus, certains le montrent avec des lunettes noires qui lui donnent des airs de mafioso du plus sûr effet. Nous ne savons plus trop que faire. Marie insiste pour montrer à Jean-Pierre des stations de métro. Nous repartons pour la station Komsomolskaïa où nous changeons de ligne et où nous revoyons les splendides mosaïques à la gloire de Lénine au plafond de la station. Nous rentrons ensuite. Je retourne à pied au parking avec Jean-Pierre puis vais rechercher Marie avec la voiture, sans me tromper dans les rues. Nous dînons chacun dans notre camion en nous demandant si la nuit ne sera pas trop bruyante.
 
Jeudi 12 juinQuelques motos dans la nuit ont fait rugir leurs moteurs mais nous avons tout de même bien dormi et nous sommes prêts à affronter l'abominable journée de route qui nous attend ! En ce jour de fête nationale, nous espérions peu de monde dans les rues, ce qui fut le cas dans Moscou dont nous sortons rapidement. Après m'être trompé de sens sur le périphérique, erreur vite corrigée, nous prenons le pseudo autoroute de Kazan. Pseudo car elle n'a d'autoroute que les deux voies (pas toujours) séparées mais elle est continuellement coupée par des passages piétons, des feux tricolores et les traversées d'agglomération se font à vitesse limitée (nous ne savons toujours pas quelles sont les normes en Russie !). Est-ce la fête nationale, amorce d'un long week-end, le début des vacances scolaires, qui a poussé les familles sur les routes ? Toujours est-il que tout Moscou semble avoir choisi la destination de Vladimir pour cette journée. Nous roulons au pas dans d'abominables bouchons sur plusieurs files. Le sens de la discipline pousse de nombreux conducteurs à rouler sur la bande d'arrêt d'urgence puis aussi sur les bas-côtés, quelques audacieux s'aventurent à contre sens sur la voie opposée ou sur l'autre bas-côté. Folklore garanti ! Nous commençons à connaître quelques compagnons d'infortune, la blonde qui lit le manuel de sa toute nouvelle Suzuki, ceux qui ont emmené un chat sur la lunette arrière, le gros, ventre à l'air etc... Nous avons le temps d'admirer de belles maisons en bois, aux couleurs passées mais toujours avec de beaux encadrements de fenêtres. Nous arrêtons tardivement pour déjeuner après quelques fausses joies quand nous avons cru que nous étions au bout de nos peines, mais au bout de quelques kilomètres, trop rapidement parcourus pour de nombreux amateurs de voitures tamponneuses, nous devions admettre que chi va piano, va sano... Beaucoup de voitures sont des modèles qui en "imposent", des marques occidentales ou japonaises, les Lada deviennent rares. A six heures du soir nous devons reconnaître, qu'après avoir parcouru moins de deux cents kilomètres dans la journée, nous ne passerons pas Vladimir aujourd'hui et nous nous arrêtons sur un vaste parking pour poids lourds. Un pastis s'impose après cette épreuve... Serons-nous à Kazan demain ? Rien n'est moins sûr !
 
Vendredi 13 juin : Nous réussissons à partir encore plus tôt, à sept heures nous sommes sur la route, dégagée ! La circulation est normale. Mais où sont-ils donc tous passés ? Nous roulons à bonne vitesse, même quand il n'y a qu'une voie dans chaque sens, les camions se laissent doubler et de temps en temps des voies de dépassement permettent de doubler les plus lents. La chaussée, sauf en de trop rares portions, est très dégradée, boursouflée, cloquée, rafistolée, les trous sont comblés au seau de goudron avec une pelletée de gravier... Nous traversons une forêt très touffue de bouleaux et de conifères, où il doit être facile de se perdre à moins de 5 minutes de la route. Arrêt pour vider ce que Jean-Pierre appelle les "boîtes à caca"... Nous avançons rapidement et commençons à croire à l'arrivée à Kazan ce soir. Après le déjeuner nous continuons d'avaler les kilomètres. Nous ne sommes plus qu'à 70 kilomètres de Kazan quand un ralentissement nous fait perdre près de trois quarts d'heure : un pont au revêtement complètement raviné, crevé, creusé par les roues des innombrables camions, est abordé et traversé par ces derniers à la plus faible allure possible. Bien entendu quelques malins roulent sur le bas-côté pour ne pas attendre comme tout le monde... Nous parvenons à Kazan dont nous découvrons le kremlin de l'autre côté de la Volga. Nous traversons ce très large fleuve sur un pont, passons au-dessus d'îles occupées par des maisons qui me semblent bien peu au-dessus de l'eau. Nous nous dirigeons vers la gare, trouvée sans trop de difficulté. A proximité, nous trouvons l'hôtel Volga où nous avions résolu de prendre une chambre mais la revêche hôtesse nous affirme qu'il est complet. Je pars avec Jean-Pierre à la recherche d'un autre. Le "Mirage", un cinq étoiles lui conviendrait, pas à nous, mais il est aussi complet. Les deux jeunes filles de l'accueil tentent en vain de nous trouver un hébergement. Nous nous résolvons à passer encore une nuit dans une staianka, un parking gardé, à proximité du stade, un terrain vague le long d'une voie passante. Jean-Pierre n'avait pas rêvé la Russie ainsi... 
 
Samedi 14 juin : Beaucoup de passage, camions, motos, trains et même hélicoptère mais j'ai tout de même très bien dormi. Le ciel était couvert hier et nous avions eu quelques averses, nous avions néanmoins pu apercevoir les murailles du kremlin, les bulbes de la cathédrale ainsi que les minarets de la nouvelle mosquée sous un petit rayon de soleil. Il n'en est plus question aujourd'hui, il pleut au réveil et il en sera ainsi toute la journée. A désespérer ! Nous commençons par aller nous ravitailler dans un supermarché très bien achalandé, avec profusion de charcuterie, très souvent fumée, poissons également fumés, laitages et yaourts. Nous avions espéré trouver une éclaircie en en ressortant, mais non ! Nous nous rendons ensuite au marché central, une grande halle bétonnée où dans plusieurs pavillons parallèles, on trouve ce que nous avons acheté au supermarché, avec un plus grand choix... Les abricots sont tout petits, les cerises appétissantes sans parler des pêches plates. Nous nous contentons d'un cornet de minuscules fraises des bois. Nous allons nous garer près de la porte du kremlin côté Kazenka, un affluent de la Volga. Nous franchissons une porte dans la muraille qui l'entoure au sommet de la colline. Peu de visiteurs, le site paraît abandonné, les bâtiments officiels de la présidence de la République Tatar sont désertés en ce samedi. A côté d'une tour en brique à sept étages, légèrement inclinée, se dresse la cathédrale de l'Ascension. 
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous sommes contents de nous y abriter et d'y trouver un peu de chaleur... La décoration récente est sans grand intérêt, fresques sulpiciennes, dorures, iconostase clinquante. Tout le monde se signe, se prosterne y compris les jeunes. Nous allons apercevoir les quais derrière le kremlin et de l'autre côté du fleuve les immeubles modernes, ceux de la Kazan du XXI° siècle. Nous passons entre deux rangées de bâtiments du XIX°siècle bien restaurés, dédaignons la mosquée Qolcharif dont les minarets bleus portent haut dans le ciel le croissant musulman. Nous ressortons du kremlin et débouchons sur une très belle avenue entièrement bordée des mêmes constructions du XIX° siècle.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous en parcourons une partie avant de nous décider à déjeuner, bien qu'il ne soit que midi, dans un restaurant sans prétention, dans une salle en sous-sol, décorée comme pourrait l'être un restaurant marocain et diffusant de la musique que l'on pourrait entendre dans le même lieu. Nous commandons des brochettes, celles au poulet sont très tendres, mon plov ne tient pas la comparaison avec ceux d'Asie centrale. La bière est fraîche et nous sommes à l'abri. Il pleut toujours à la sortie, j'ai froid, les pieds mouillés, j'ai hâte de retrouver le camion et de pouvoir me changer. Nous retraversons le kremlin, rendons visite à la mosquée, construction récente pour faire plaisir à la communauté musulmane tatare. Elle est digne d'un état du Golfe sans en avoir les moyens pour sa décoration, couleurs criardes et calligraphie chiche.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Enfin le camion ! J'enfile un tee shirt et mon blouson chaud. Nous partons pour une visite de la ville en voiture, le peu de circulation facilite la conduite. Nous nous rendons sur les bords du fleuve pour une vue dans la grisaille. Des constructions pour nouveaux nantis se développent en divers styles, certains évoquent les magasins du Printemps ou des immeubles haussmanniens surchargés de colonnettes, de statuettes dans des niches, d'autres, plus modernes, sont des assemblages de cubes sans couleurs. Désolante pseudo modernité pour "M'as-tu vu". Nous traversons quelques avenues qui nous confirment que Kazan est une belle ville, malgré les restaurations ou constructions récentes d'édifices religieux, qui ne doit pas manquer de charme quand elle est animée, sous le soleil... Nous quittons très déçus par le temps et cherchons le monastère de Raïfa, à une trentaine de kilomètres de la ville. Par un peu de hasard, l'aide de passants plus aimables que les préposés des divers guichets que nous avons dû fréquenter, nous trouvons ce monastère dans une belle forêt. L'enceinte renferme quelques églises et autres bâtiments reconstruits ou restaurés après l'effondrement de l'Union soviétique. Une fois franchie la traditionnelle tour-clocher, nous sommes au milieu d'un ensemble de constructions trop neuves, le vert trop vert, le bleu trop bleu et les dorures des bulbes trop brillantes. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Deux des églises sont ouvertes aux visiteurs, celle de la Mère de Dieu de Géorgie, fresques laides, dorures, icônes trop récentes. Dans la seconde, celle de la Sainte Trinité, un office se déroule, toute la gent ecclésiastique récite, chante, présente une icône au bon peuple qui ce manque pas de se signer et de se prosterner. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Je me fais repérer, (moi qui avais cru être discret !) et admonester pour avoir pris des photos, interdites à l'intérieur. Nous retournons aux camions et bien qu'il ne soit pas tard (mais se décider, prend du temps !), nous renonçons à reprendre la route et restons sur le parking du monastère pour la nuit. La pluie cesse en début de soirée.
 
Dimanche 15 juin : Nous sommes prêts à 7 heures. Première surprise de la journée, Marie m'offre, pour la Fête des Pères, de la part de Julie, une bande dessinée littéraire et le dernier Milan Kundera de sa part ! Le ciel est en grande partie dégagé mais nous n'envisageons pas sérieusement de retourner dans Kazan. Jean-Pierre a l'idée de prendre la route directe de Perm qui nous ferait gagner plus de 150 kilomètres, mais sur une route secondaire dont je crains le mauvais état. Il a un logiciel avec les routes de Russie et grâce à lui nous trouvons facilement cette route, meilleure que je ne le craignais, étroite mais peu fréquentée. Nous sommes dans une région de vastes plaines ensemencées en céréales, coupées par des alignements d'arbres coupe-vent. Nous traversons des villages qui, au fur et à mesure que nous nous éloignons des centres urbains, sont constitués de moins en moins de maisons en briques et de plus en plus de maisons en bois puis en rondins. De ces maisons de pionniers, multiséculaires, popularisées par les films américains de la conquête de l'Ouest. La maison principale en rondins équarris, est coquettement pourvue d'ouvertures : fenêtres, lucarnes, décorées, et entourée de bâtiments secondaires qui forment une cour fermée par un portail.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

La couverture des toits est souvent dans des matériaux plus modernes, mais pas toujours. La police est de sortie, nombreuses sont les voitures de patrouille embusquées mais nous leur échappons ! Nous roulons à bonne allure sur une route au revêtement acceptable, passant par Arks puis Malmyzh. Là, la route commence à se dégrader. Nous franchissons un large fleuve sur un pont de bateaux. Nous devons y acquitter un péage, sans ticket, exorbitant, 500 roubles, environ 11 euros ! De l'autre côté du fleuve, nous attend une portion de piste dans la boue. Une terre grasse, déjà ravinée, que nos larges pneus écrasent, malaxent, creusent de nouveaux sillons, tout en faisant gicler par-dessus ailes, capot et même toit, des torrents d'une eau limoneuse qui sèche vite et recouvre la voiture d'une croûte terreuse. Les essuie-glaces fonctionnent en permanence, dégageant une vision restreinte sur la piste. Il en est ainsi trente kilomètres avant de retrouver, soulagés, ébahis mais aussi rigolards, une portion de goudron, pas des plus parfaits mais au moins sans surprises... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Les cultures ont disparu, la forêt nous enserre, les villages ne semblent pas avoir changé depuis Dostoïevski ! Toujours pressé, je regrette de ne pas avoir pris le temps de m'arrêter pour prendre des photos des maisons, de la piste, de la forêt. Message, impatiemment attendu de Julie pour la fête des Pères. Nous retrouvons, à Igra, la route principale. La circulation est bien moins importante qu'avant Kazan, elle redevient dense à l'approche de Perm que nous contournons sur une belle autoroute, toute neuve, en direction d'Ekaterinbourg. Mais nous aurions dû nous douter qu'il ne pouvait en être ainsi très longtemps. Nous revoici sur une route étroite sans possibilité de doubler, les retours de week end dans l'autre sens interdisant toute audace. Néanmoins nous parvenons à Koungour où nous devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver le site des grottes de glace. Nous en avions l'intuition, nous en avons la confirmation. Depuis le temps que nous roulons cap à l'est, nous avons changé encore une fois de fuseau horaire, deux heures d'un coup, Il est plus de neuf heures quand nous pouvons nous installer sur le parking d'une auberge à côté du site. Jean-Pierre et moi avons droit, Marie aussi, à un pastis pour nous remettre des émotions de la journée et arroser la Fête des Pères. Dîner tardif, coucher encore plus.

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