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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:39

Lundi 16 juin : J'ai voulu ôter les protections des disques de frein, ceux déjà changés à Dar es Salam. Hier un incessant bruit de tôles m'avait alerté et j'avais réussi à extraire celui de l'arrière droit, complètement découpé et j'avais constaté que celui de gauche allait faire de même. Tandis que Marie se prépare, je me glisse sous la voiture pour ce faire. Un violent orage crève à ce moment et je ressors trempé et couvert de boue ! Nous devons attendre dix heures pour visiter la Grotte de Glace. Nous avons essayé de nous couvrir chaudement, d'abord parce qu'il ne fait que 14° C à l'extérieur mais aussi parce que la température avoisine les 0°C à l'intérieur. Après avoir franchi trois portes de sas, nous pénétrons dans cette grotte, sous une colline. Nous découvrons aussitôt quelques concrétions gelées, deux ou trois stalactites (ou mites), quelques cristaux sur la paroi dus à la condensation de l'air venu de l'extérieur. Pour renforcer l'effet, les responsables du site ont prévu des éclairages colorés, des lampes rouges, bleues, vertes, illuminent les parois qui ne sont pas de glace comme annoncé mais de vulgaires blocs de roches sans le moindre intérêt.

 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous progressons ainsi plus d'une heure sous la conduite d'un guide qui ne s'adresse aux visiteurs qu'en russe bien entendu. Le lac attendu, une simple mare, a des eaux d'une très grande pureté dans lesquelles se reflète la voûte. Pour terminer nous avons droit à un air du Prince Igor tandis que des lumières multicolores dansent sur une paroi... Nous ressortons furieux d'avoir perdu du temps pour cet attrape-nigauds. Nous repartons sur la route d'Ekaterinbourg, les orages se succèdent et lavent les voitures du plus gros de la boue qui les recouvre depuis hier. Nous traversons les monts Oural, de simples collines boisées peu élevées. Nous faisons un détour pour aller nous prendre en photo devant un monument marquant symboliquement le partage Europe-Asie.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous arrivons à Ekaterinbourg, à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés à la police. Guidés par Marie, nous traversons le centre-ville. Nous jetons notre dévolu sur l'un des moins chers, le Bolchoï-Oural, un survivant de l'ère soviétique, immense et désert. Nous avons une chambre bien simple, Jean-Pierre une autre et partageons la même salle de bain. Nous pouvons garer les voitures dans un parking sécurisé, gardé par un immense chien furieux. Je vais avec Jean-Pierre à la recherche d'une laverie automatique mais sans rien trouver. Je retourne changer des dollars puis j'utilise le wifi de l'hôtel pour lire les derniers messages et mettre le blog en ligne. Nous allons dîner tous les trois dans un Steak House à proximité. Notre connaissance du russe contraint un garçon à se remémorer ses leçons d'anglais du lycée. Marie et Jean-Pierre se régalent de pelmeni, des raviolis à la viande couverts de fromage puis d'une sorte de hachis Parmentier, Jean-Pierre affamé finit les plats. Pour ma part, je me satisfais d'un excellent tournedos grillé, saignant, servi avec une sauce excellente et accompagné de frites, un repas français ! Retour à l'hôtel sous le crachin. Grande toilette et petite lessive... Je ne suis pas couché, épuisé, avant minuit.
 
Mardi 17 juin : J'aurais bien dormi encore une heure ou deux de plus mais... Je suis courbatu et pas suffisamment reposé mais il faut partir visiter Ekaterinbourg et ses merveilles cachées qu'a devinées Marie... Avant, nous allons prendre le petit déjeuner dans une salle digne d'un relais de bas étage sur l'autoroute, modèle russe bien entendu. Très copieux le petit déjeuner, sous forme de buffet : pain, cake, charcuterie, soupe, fromage, macaroni, poisson frit, salades diverses et autres préparations inconnues. Le thé n'en est pas, la confiture infâme, le poisson plein d'arêtes, la charcuterie a goût de carton, rien de gastronomique donc. Il ne pleut plus, le ciel est bleu, à peine voilé et il fait un froid sibérien. Nous partons à la recherche de la ville historique par des avenues aux constructions modernes. Nous traversons un parc puis aboutissons à la place centrale sillonnée par des trolleybus antiques, sans doute mis en service à l'ère brejnévienne voire plus avant !
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Marie nous fait faire un long tour d'un pâté de maisons sans trouver l'ombre d'une maison ancienne. Nous enchaînons par le quartier dit des écrivains, passons devant la demeure de l'un d'eux du XIX° siècle, totalement inconnu de nos services... Le quartier est plus calme mais sans guère d'attrait. Nous apercevons les bulbes de l'église "Par le Sang Versé" récemment construite sur les lieux de l'assassinat de la famille impériale en 1918. Nous en approchons, elle est tout à fait quelconque et je refuse de la visiter, comme pour le Sacré Cœur de Paris : deux églises bâties en expiation de crimes imputés au peuple supposé égaré ! J'y abandonne Marie, Jean-Pierre et moi revenons à l'hôtel, passons acheter du pain et de l'eau et reprenons les voitures. Nous récupérons Marie et cherchons la sortie de la ville. En nous dirigeant au sud nous finissons par trouver une avenue puis des échangeurs qui nous amènent à la route de Tyoumen. Il est déjà tard, nous déjeunons rapidement dans le camion puis avançons toujours vers l'Est. Les ralentissements ne sont pas rares, généralement à cause de travaux. Je commence à désespérer d'arriver un jour en Mongolie et frémis à l'idée de devoir retraverser la Russie ! Occasion pour certains conducteurs de montrer leur manque de civisme, ils roulent sur le bas-côté pour passer devant les autres, passent quand le feu régulant la circulation alternée est rouge, etc... Etonnant comme ils sont respectueux des feux et des passages cloutés en ville ! Paysage de champs et d'arbres alignés en files coupe-vent. Nous décidons d'arrêter peu avant Tyoumen, en lisière d'un champ, derrière un rideau d'arbres. Nous tendons un fil pour mettre à sécher dans le vent les vêtements encore mouillés.
 
Mercredi 18 juin : Nuit sans surprise, mais au réveil nous ne sommes pas seuls. Pas question de mettre le nez dehors, moustiques, moucherons, taons, frelons, guêpes et autres bestioles bourdonnantes et urticantes nous attendent de dard ferme. Regagner l'habitacle une fois prêts se fait en moulinant des deux bras, en pestant fort et en crachant avec hargne. Nous sommes bientôt à Tyoumen. Nous cherchons un supermarché pour acheter un gâteau afin de fêter dignement l'anniversaire de Marie qui a eu la surprise de se voir offrir à cette occasion le tableau (du moins la photo...) de Lepri qui lui plaisait tant. Nous nous perdons dans la ville sans trouver de grande surface. Nous allions renoncer et reprendre la route de Tobolsk quand nous en trouvons une. Rapides emplettes dont un splendide gâteau au chocolat ! Nous repartons sur la bonne route, peu fréquentée de Tobolsk. Nous y sommes peu après le déjeuner et avoir traversé un, ici l'Irtych, de ces larges fleuves dont la Russie a la spécialité. Nous devons demander notre chemin, faute d'indications en ville, pour trouver le kremlin. Nous le découvrons, superbement éclairé par le soleil, dominant la vieille ville et le fleuve qui coule à ses pieds. Derrière la muraille chaulée, flanquée de tours rondes, s'échappent les bulbes dorés ou bleus de la cathédrale Sainte-Sophie et la haute tour du clocher.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Les abords sont calmes et agréables, nous pouvons nous garer le long de la muraille. Nous devons contourner la cathédrale pour en trouver l'entrée. Vaste, elle est entièrement, murs, piliers et voûte, couverte de fresques, récemment repeintes à la manière des restaurations russes, c'est-à-dire pour donner l'aspect du neuf. Dommage mais l'ensemble est tout de même impressionnant. Un jeune pope officie, tout le monde se signe, se frappe du signe de croix à la mode orthodoxe, brûle des cierges.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous marchons jusqu'au rebord de la falaise pour contempler la ville basse. Hélas les maisons anciennes ont presque toutes disparues, remplacées par des immeubles laids pour la nouvelle bourgeoisie. Nous apercevons les deux églises de l'Archange Mikhaïl et surtout de Saint Zacharie et Elizabeth. Nous achevons le tour à pied du kremlin et reprenons les voitures pour aller voir de plus près ces deux églises et ce qui reste du Tobolsk d'autrefois. Saint Zacharie et Elizabeth a belle allure, une grande construction de briques aux fenêtres décorées, chaulée de frais, et ses toits, bulbes, gouttières, dessus de fenêtres d'un beau noir, forment un contraste remarquable.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Mais pas question de visiter, elle est en restauration, comme l'autre église du kremlin. Nous circulons dans les rues très calmes qui donnent l'impression d'un village, la verdure est partout mais les maisons sont presque toutes abandonnées, les fenêtres des maisons en rondins sont condamnées, celles en pierre ou en brique tombent en ruine, envahies par la végétation. L'église de l'Archange Mikhaïl aux toits verts, avec un bel escalier extérieur n'a pas grand-chose à montrer au visiteur mais son extérieur est intéressant. Nous nous rendons sur les bords du fleuve assister au débarquement dans le sable des voitures qui traversent sur un bac. De là, la vue sur le kremlin et les tours de Saint Zacharie et Elizabeth, est superbe.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous retournons nous installer au parking le long des murs du kremlin pour fêter les 68 ans de Marie. Le champagne est au frais et grâce au foie gras de Vettou, ce sera presque comme à la maison ! Nous sommes en pleine euphorie quand surgit un individu psychiquement perturbé. Il nous apostrophe, cogne aux fenêtres puis tape du poing sur la carrosserie. Nous sortons, Jean-Pierre et moi, tentons de l'éloigner mais le malheureux ne comprend rien et nous non plus à ses discours. Ne parvenant pas à l'éloigner et celui-ci continuant de vouloir ouvrir les portes du camion, je parle d'aller chercher la police. Je guette un véhicule  de patrouille au bord de l'avenue, bientôt rejoint par l'énergumène que chasse devant lui Jean-Pierre mais notre ami ne semble pas décidé à nous lâcher, se montre vaguement menaçant. Nous avons l'idée d'aller demander à l'auberge qui nous fait face de téléphoner à la police. Il nous y suit, tente à plusieurs reprises d'y pénétrer. Arrive la milice appelée par la réceptionniste. Une jeune fille qui parle trois mots d'anglais nous accompagne au commissariat avec le "perturbé" dans une jeep de la police. Nous ne voulons pas porter plainte, nous sommes ramenés à l'auberge, notre individu lui part pour une destination indéterminée... Jean-Pierre parle d'aller s'installer ailleurs, certain d'avoir d'autres problèmes dans la nuit. Nous finissons le repas, confit et patates sautées puis gâteau au chocolat acceptable. Jean-Pierre n'a plus très faim... Nous terminons la soirée par une courte promenade sous les murs du kremlin alors qu'à onze heures du soir il ne fait pas encore nuit.
 
Jeudi 19 juin : Grand beau ciel bleu au lever. Je laisse Marie finir de se préparer et retourne faire des photos en contournant le kremlin.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Jean-Pierre qui a des problèmes avec sa barre de stabilisation arrière, un silentbloc a disparu, n'a pas très envie de prendre la route directe d'Omsk dont nous ne connaissons pas l'état. Nous reprenons donc la route de Tyoumen où nous parvenons avant midi. Nous contournons la ville et continuons sur la route d'Omsk, encore plus de 600 kms ! Toujours des files de camions qu'il faut doubler sur une route très mauvaise, un de ces revêtements "Orangina" comme les appelle, sous d'autres cieux et à propos de pistes, ce cher monsieur Gandini. Les ponts sont très souvent en réfection ou incapables de supporter la charge de deux files de poids lourds, on les emprunte alternativement dans un sens puis dans l'autre. Le paysage est un mélange de Picardie pour les champs et de Vosges pour les forêts. La constante est la présence de moucherons et de moustiques qui interdisent de trop mettre le nez à l'extérieur. Ils sont si nombreux qu'il faut constamment nettoyer le pare-brise. Le ciel se voile mais la température reste douce. En approchant d'Omsk, nous devons une fois de plus avancer les montres d'une heure. Nous avons maintenant cinq heures de différence avec la France. Nous traversons une zone inondée et arrêtons peu après pour bivouaquer dans un champ en retrait de la route.
 
Vendredi 20 juin : Nous avions réussi à éliminer tous les importuns moustiques hier soir. Et au petit matin, entrés, nous ne saurons jamais par où, ils sont de retour. Nouveau massacre ! Le ciel est gris, il tombe quelques gouttes mais cela va aller en s'améliorant toute la journée. Nous voici repartis pour une nouvelle journée de route, à avaler des kilomètres, d'abord sur une très mauvaise route, jusqu'à Omsk. L'entrée de la ville est sinistre, rues défoncées, bâtiments industriels peu engageants mais nous ne faisons que contourner la ville. Le revêtement est bien meilleur ensuite et la densité du trafic n'interdit pas une bonne moyenne. Paysage de plus en plus picard et de moins en moins vosgien. En fin d'après-midi, nous traversons des étendues marécageuses dorées par une douce lumière, plantées de touffes de bouleaux. Nous avons l'idée de passer la nuit dans une bourgade où passe le transsibérien. Nous nous rendons à la gare pour nous informer mais, incapables de formuler notre souhait et regardés comme des débiles légers, nous allons bivouaquer dans les bois à la sortie de la petite ville, pour le plus grand plaisir de moustiques de compétition, les plus dodus rencontrés de mémoire d'Africain ! Jean-Pierre vient prendre le pastis dans notre camion, il reste dîner.
 
Samedi 21 juin : Nous nous réveillons de nouveau lutinés par de coquines anophèles, sans doute produites par génération spontanée... Il fait beau et vite chaud. Difficile de croire que nous avions froid à Ekaterinbourg ! Nous nous sauvons dès que possible après une nouvelle hécatombe. Nous continuons en direction de Novossibirsk dont nous ne verrons rien, la contournant avant de retrouver la classique route à deux voies, pas trop encombrée mais toujours coupée par des travaux. Nous nous arrêtons pour refaire un plein de gasoil et découvrons qu'il existe un poste de lavage des véhicules. Nous y faisons décrasser nos camions qui abandonnent leur croûte de terre. Nous en profitons aussi pour remplir partiellement nos réservoirs d'eau. Trouver de l'eau est un problème en Russie. Les stations-services ne sont pourvues ni de poste pour air comprimé ni pour l'eau. Toutes n'ont pas de toilettes et quand il y en a... La caissière est invisible derrière une étroite lucarne juste à la taille d'un billet. Nous déjeunons avant Tomsk où nous arrivons en début d'après-midi. Nous traversons le fameux Ob, ses plages sont occupées par les citadins qui, en ce temps de canicule, vont se rafraîchir dans l'eau. La première impression est très favorable, une belle avenue bordée de bâtiments en pierre du XIX° siècle restaurés, derrière des parterres de verdure. Nous voulons essayer de trouver un parking d'hôtel qui nous accepterait. Nous faisons le tour des trois principaux établissements, tous refusent ! Pour passer de l'un à l'autre nous avons traversé les quartiers du centre-ville, apercevant au passage de belles maisons en bois ou en pierre que nous nous promettons de voir de plus près. Nous nous garons dans le centre et partons à pied, le nez en l'air. Aussitôt nous sommes séduits par ces maisons en bois, rondins ou planches, à un étage dont les fenêtres ont des encadrements très ouvragés, des frises et les piliers sont également sculptés.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Les plus cossues sont pourvues de balcons supportés par des piliers. Hélas les fenêtres sont très souvent en PVC et les interstices entre les rondins, comblés avec des mousses isolantes. Toutes les maisons ne sont pas restaurées et beaucoup tombent en ruine mais le quartier est encore préservé de constructions modernes.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous continuons notre promenade par la place Lénine, un reste de l'ère soviétique avec un Hôtel de Ville aussi hideux que ceux des autres villes (ou de Toulon !). Derrière le bâtiment nous allons prendre un pot au restaurant le plus chic de la ville, les prix nous dissuadent d'y dîner ce soir. Faute de Coca ou de tonic nous prenons une bière pression vite avalée et laissant la soif identique cinq minutes plus tard... Nous revenons aux camions par la Perspective (comme on dit ici...) Lénine, plus étroite dans cette portion mais toujours bordée par des édifices du XIX° siècle, devenus des magasins aux vitrines peu alléchantes. La chaleur, comme pour les jolies fleurs, a fait sortir toutes les jeunes filles, court vêtues et chaussées de talons hauts qui mettent en valeur le galbe de leurs jambes. Nous montons au sommet d'une petite colline, continuons par un escalier pour accéder à la terrasse du musée historique. La vue embrasse la place Lénine et ses abords mais il faut grimper au sommet d'une tour pour une vue sur toute la ville. Vue que j'aurais préféré ne pas avoir car mon illusion d'une ville sortie d'un roman de Gogol ou d'une histoire de Tchekhov ne résiste pas à la vision des toits colorés des immeubles modernes, les anciennes maisons étant noyées dans la masse et indiscernables. Nous décidons de chercher un restaurant pour ce soir. Le premier est un self-service amélioré mais ne correspond pas à l'idée que nous nous faisions d'une soirée au restaurant. Un second, le Obzhorni Ryad, conviendrait mieux mais il est encore tôt. Nous repartons voir d'autres maisons à quelques pâtés de là. Trois d'entre elles, la germano-russe, la maison des paons et celle des dragons sont, surtout les deux premières, fort bien restaurées et entretenues, particulièrement tarabiscotées dans la décoration à base de frises, de pignons, de cadres de fenêtres, de loggias, de bois découpé et peint.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous revenons dîner russe : harengs pour moi, roulés au crabe (surimi !) et caviar (œufs de lompe !) suivis de bœuf Stroganov pour Marie, d'un hachis d'ours (!) ou de chevreuil ( deer ?) pour Jean-Pierre et moi. Le tout arrosé de vrais demis de bières pression; L'addition est tout de même bien élevée pour si peu. Nous hésitons sur le lieu où nous garer pour la nuit, le parking derrière l'hôtel de ville qui avait ma préférence n'a pas l'heur de convenir, aussi revenons-nous nous garer dans le centre.
 
Dimanche 22 juin : Quelques bruits dans la nuit mais nous avons tout de même dormi. Jean-Pierre se décide à utiliser son logiciel de cartographie et la sortie de la ville est rapide. Nous prenons la route de Mariinsk où nous devons rejoindre la route venant de Novossibirsk, prenant ainsi un raccourci qui, si la route est bonne, nous économisera du temps et des kilomètres. Le revêtement est un joli patchwork au début puis va bien s'améliorer. Nous sommes contents même si le ciel a tendance à se voiler. Des fleurs ont envahi la steppe, les cultures sont plus rares, la taïga nous environne. Nouvelle dégradation de la route qui devient piste défoncée, très poussiéreuse, Jean-Pierre devant soulève un nuage de terre sur plusieurs centaines de mètres. Nous retrouvons un goudron médiocre avant Mariinsk. Un gros bourg sinistre qui baigne dans une odeur de merde et de produits chimiques crachés par l'usine qui rouille au milieu des habitations. D'énormes tuyaux aux allures de monstre du Loch Ness courent le long des rues en formant des portiques à chaque entrée ou croisement de rue. La circulation presque nulle jusque-là redevient plus importante, principalement de camions, mais ce n'est pas trop un problème. Rapide halte pour déjeuner puis nous convenons de nous arrêter si possible sur le parking d'un hôtel à Krasnoïarsk. Evidemment aucune indication dès que nous sommes en ville, je ne sais où me diriger mais Jean-Pierre active, à ma demande, son logiciel et nous trouvons ainsi le centre et l'hôtel Krasnoïarsk. Un jeune employé s'empresse de nous ouvrir la barrière et de nous trouver deux places sur le parking de l'hôtel. A la réception, l'accueil est d'abord plus frais, pas question d'être sur leur parking si nous ne résidons pas à l'hôtel ! Puis la charmante réceptionniste nous autorise à nous installer sur un autre parking gardé, devant l'hôtel. Soulagés d'être garés pour la nuit, nous allons à la découverte des lieux. Nous surplombons une place, devant le théâtre-opéra, où les parents peuvent faire faire à leurs gamins ou gamines des tours en mini voiture électrique ou sur des poneys (l'un d'eux est déguisé au moyen d'une combinaison en zèbre !). Une fontaine et quelques marches à descendre et nous voici sur une autre place où des guinguettes ont installé des tables, des chaises et même des canapés qui ont connu des temps meilleurs. Des haut-parleurs diffusent des airs de danse et quelques couples se déhanchent, parfois en cadence...
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous sommes plus intéressés par l'odeur des chachliks qui s'échappe des braises. Nous nous offrons des bières et des brochettes mixtes, porc et poulet, délicieuses avant de continuer de descendre pour rejoindre les bords du très large Ienisseï. Là aussi des guinguettes attendent le client. Beaucoup de Russes sont venus à la recherche d'air plus frais, en famille, les filles sont souvent très court vêtues, ni Jean-Pierre ni moi ne nous en plaignons. Nous remontons aux camions puis allons profiter du wifi dans le salon de l'hôtel et lire les messages reçus depuis Cracovie. En guise de dîner nous redescendons sur les bords de l'Ienisseï nous offrir une seconde tournée de chachliks et de bière mais nous étions plus satisfaits au premier établissement. Retour au camion et longue soirée sur l'ordinateur à répondre aux parents et amis.
 
Lundi 23 juin : Les noctambules ont discuté tard puis, dans la nuit, des jeunes se sont livrés à un "rodéo" avec des motos et un quad, faisant rugir les moteurs. A six heures, je n'ai pas très envie de me lever... Nous trouvons un message de Julie qui a déjà réservé son vol pour les Seychelles. Marie veut voir la gare avant de partir. Je dois me débrouiller  pour y arriver. Tâche accomplie sans trop de mal, pour apercevoir un gros bâtiment à coupoles verdâtres, très XIX° siècle, rénové XXI°. Toujours selon les désirs de Marie, nous revenons par l'avenue Mir, la principale de la ville, bordée de bâtiments pompeux avec colonnes doriques engagées, que l'on peut voir dans toute ville de Russie ou de l'Europe de l'Est... Nous empruntons le pont sur l'Ienisseï et continuons par de larges avenues, à la recherche de la sortie de la ville, vers Irkoutsk. Je navigue à l'estime, nous perdons beaucoup de temps dans ces villes dont les chaussées sont en piteux état et sans la moindre indication de direction. Nous y voici enfin... Les cultures ont disparu, des parcours vallonnés distraient de la monotonie de la steppe. Peu de circulation. La route continue dans un paysage de taïga verte, où la forêt est de plus en plus présente bien que les arbres semblent souvent malades, branches mortes, troncs à nu, arbres étêtés. Nous suivons la voie ferrée, croisant ou dépassant des convois mais jamais le Transsibérien, au grand désespoir de Marie, ma petite Jehanne de France... Ce n’est pas encore demain qu'elle aura la version illustrée par Sonia Delaunay... Nous avons encore avancé les montres d'une heure, ce devrait être le maximum, 7 heures de différence avec la France. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une prairie couverte de petites fleurs orange, jaunes et blanches. Jean-Pierre s'invite à l'apéritif. Un gros orage éclate, il inquiète Marie et ne m'empêche pas de m'endormir.
 
Mardi 24 juin : La pluie d'hier soir a bien détrempé la terre et les quelques centaines de mètres parcourus pour rejoindre la route suffisent pour recouvrir le camion d'une nouvelle couche de boue qui le protégera des coups de soleil et des piqures de moustiques, le veinard ! Nous continuons sur une route alternativement bonne ou en travaux. Nous traversons quelques petites villes industrielles, rouille, grisaille et sinistrose. Nous approchons de la mythique Irkoutsk, comme Michel Strogoff, nous avons hâte d'y parvenir. Ma pratique du volant se "russifie" : non-respect des lignes continues, dépassements audacieux, vitesse excessive. A revoir ! Grâce au logiciel de Jean-Pierre nous trouvons facilement le centre-ville. Nous nous garons et partons, Jean-Pierre et moi à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés. Le premier, le Rus, nous paraît bien cher mais après avoir tenté notre chance à l'Angara, encore plus cher, nous y revenons. 4200 roubles soit 92 euros pour une chambre quelconque avec des lits jumeaux ! Nous allons rechercher les camions, pas de parking, ils devront dormir dans la rue. Après une toilette complète et une lessive mise à tremper dans la baignoire, nous allons faire le tour de la grande place centrale. A priori, je ne suis pas très séduit par la ville, mélange de maisons anciennes et d'immeubles soviétiques, à préciser demain. Je suis fatigué, coup de barre, près de 10000 kilomètres au compteur, un quart du tour de la terre, il est temps de marquer une pause. La pluie revient, nous rentrons boire une bière à l'hôtel faute de trouver une terrasse de café dans le centre. Nous relisons le texte du blog, vérifions le courrier puis allons dîner ensemble au restaurant de l'hôtel. Les prix sont honnêtes et nous goûtons au fameux omoul, le poisson du lac Baïkal, excellent servi légèrement fumé, moins intéressant frit. Retour à la chambre pour finir la relecture du blog, le mettre en ligne et écrire à Julie.
 
Mercredi 25 juin : Nous étions bien endormis quand notre téléphone sonne. Croyant qu'il s'agit de Nicole, je me précipite, c'est une publicité pour Alfa Roméo... Difficile de se rendormir ensuite. Nous ne nous réveillons cette fois qu'à huit heures et allons prendre le petit déjeuner, copieux et de bien meilleure qualité qu'à Ekaterinbourg. Nous retrouvons Jean-Pierre qui est allé faire une promenade et après avoir réglé la douloureuse, nous allons nous promener. Nous suivons un itinéraire qui nous permet de passer devant d'anciennes maisons en briques de riches marchands à la curieuse décoration baroque et colorée.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

En passant, nous découvrons d'autres maisons de briques ou de bois, mais presque toujours isolées au milieu de tristes bâtiments en béton fonctionnel. Nous nous dirigeons ensuite vers l'église du Saint-Sauveur, derrière le monument à la flamme éternelle en souvenir des soldats tombés pendant la guerre de 1941-1945. Ses murs de brique chaulés sont joliment décorés dans le style baroque russe et des fresques sombres ont été restaurées sur le mur extérieur de l'abside.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

L'intérieur est sans âme mais nous pouvons, sans Marie déjà bien fatiguée, grimper tout au sommet du clocher d'où la vue embrasse le fleuve, le centre-ville et la toute proche cathédrale de l'Epiphanie.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous nous y rendons, elle aussi a eu droit à un toilettage complet et brille de ses couleurs saumon, blanc et vert, toutes fraîches. L'intérieur, lui aussi repeint à neuf, avec ses fresques habituelles sur tous les murs, plafonds, coupoles, piliers, est néanmoins impressionnant.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous revenons sur la grande place Kirov déjeuner, assis sur un banc d'excellents chawarma, confectionnés par un Arménien qui aimerait discuter mais la conversation est brève ! Nous revenons vers les camions mais, avant de les récupérer, nous allons visiter le musée des Beaux-Arts. Nous sommes presque les uniques visiteurs. Seule la salle des icônes, dont deux ou trois me plairaient bien, et celle où sont présentés une vingtaine de thangka provenant de Mongolie ou de Bouriatie, que je verrais bien aussi sur un de nos murs, retiennent notre attention, les autres salles n'exposent que des peintures "pompiers" ou de vilaine facture, le seul Levitan est une petite marine peu représentative. Nous partons pour la gare, nous garons devant et allons y faire une rapide incursion. C'est un long bâtiment élégant du tout début du XX° siècle, lui aussi bien restauré et coloré, toujours dans ces tons pastel qu'affectionnent les Russes.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous reprenons les camions et allons dans le quartier des maisons des Décembristes. Nous y trouvons d'autres coquettes maisons de bois, bien entretenues. Nous visitons celle du prince Volkonsky, un noble exilé au fond de la Sibérie, rejoint, comme d'autres, par sa femme, qui menèrent à Irkoutsk une vie point trop pénible à en croire la grande demeure qu'ils occupaient. Peu de choses à voir, des photos, des copies de documents et quelques objets. Marie, très motivée par sa lecture de Danièle Sallenave, examine tout de près, je trouve cela d'un maigre intérêt... Nous nous rendons ensuite au monastère Zamensky, facilement repérable à son église monumentale, plutôt laide, débordante de tourelles et de bulbes, là aussi repeints de frais. 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
L'intérieur, couvert de fresques récentes, est néanmoins surprenant par son iconostase aux allures de baroque européen. Un pope officie avec un accompagnement chanté de trois voies prenantes. Cette fois nous en avons fini avec Irkoutsk, Jean-Pierre trouve sans peine la sortie de la ville en direction du lac Baïkal, nous nous arrêtons dans une prairie, à l'écart de la route pour la nuit. Nous allons boire le pastis puis dîner de pâtes au pistou dans son camion avant de nous coucher.
 
Jeudi 26 juin : Mal dormi et donc réveillé avec une heure de retard. Nous repartons en traversant une région très cultivée. A Ust-Ordynski, un gros bourg à l'écart de la route, nous trouvons un supermarché dont l'ouverture doit être récente au vu du manque d'expérience des employées. Tous ici ont le type asiatique. Ce sont des Bouriates, pas très souriants... A une fontaine dans la rue, nous refaisons les pleins d'eau, en faisant la queue avec les habitants qui viennent remplir de gros jerrycans, faute d'avoir l'eau courante chez eux ! Un plein de gasoil et nous poursuivons. Dans des enclos, parfois pourvus d'une table et de deux bancs, sous un petit toit sur le bord de la route, sont plantés des totems chamaniques sur lesquels sont accrochés ou enroulés des morceaux de tissus votifs. L'usage veut que le voyageur de passage dépose un petit don, une piécette, quelques kopecks, une cigarette, un bout de chocolat. Nous ne dérogeons pas à la règle, pour éviter les crevaisons... La moitié des véhicules que nous voyons depuis quelques jours, ont la conduite à droite. Ce sont des voitures japonaises d'occasion importées par Vladivostok. La forêt réapparait, j'aimerais voir une oursonne et ses petits traverser la route mais elles ne sont pas folles. Enfin nous apercevons le lac Baïkal, d'un beau bleu pur, enfin, un lac comme tout lac qui se respecte... Nous devons attendre quelques minutes l'arrivée d'un bac qui, avec d'autres touristes, tous russes, va nous faire passer sur l'île d'Olkhon. Nous débarquons sans avoir eu à payer la traversée. C'est désormais une bonne piste qui traverse l'île, peu large, sur les 70 kilomètres de sa longueur. Nous déjeunons avec une vue sur le lac puis continuons jusqu'à Khuzhir, la capitale. Juste avant d'y entrer, nous roulons jusqu'au bord de l'eau pour nous tremper les pieds dans le lac. Pas très chaude, comme il fallait s'y attendre. A Khuzhir, nous cherchons à acheter de l'omoul fumé mais ceux que nous trouvons sont entiers et nous ne nous ressentons pas de les préparer pour parfumer nos doigts. Nous traversons ce gros village qui vit aujourd'hui du tourisme. Des auberges, des pensions avec des bungalows, des locations de quads et des offres d'excursions abondent dans les rues. Les vacanciers sont sur la plage, un long ruban blanc qui fait suite aux falaises. Ils se font bronzer, peu se baignent. Nous nous approchons du rebord de la falaise derrière le village et découvrons deux gros rochers dans l'eau, devant une crique de galets. Des arbres votifs et des totems garnis de tissus sont disposés sur le rebord.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Après avoir réussi à trouver de l'omoul sous vide dans une supérette, nous repartons vers le nord. La piste se divise en plusieurs branches, circule sur les collines puis entre dans une forêt où elle zigzague entre les arbres. Dans cette portion, la piste très ravinée est particulièrement difficile et nous roulons au pas, désespérant d'arriver à la pointe de l'île à une heure décente. Mais les choses s'arrangent, la piste redevient roulante même si nous dansons sur les ondulations du terrain. Une erreur de piste nous amène dans une crique avec une plage de sable blanc. Nous continuons et parvenons enfin à l'extrémité nord mais il faut encore marcher et nous remettons la promenade à demain. Marie, est déçue de ne pas arriver avec la voiture au sommet des falaises. Nous nous installons à proximité, à côté de petits pavillons pourvus de tables et de bancs sous un toit.
 
Vendredi 27 juin : Nous sommes seuls au réveil à ce bout du monde. Encore un ! La brume recouvre le lac et nous dissimule sa rive occidentale. Nous retournons nous garer au départ du sentier qui mène à l'extrême pointe nord de l'île. Marie ne sait pas trop si elle va pouvoir y aller. Nous descendons le chemin qui passe entre les arbres. L'un d'eux est couvert de rubans votifs, transformé en arbre de Noël scintillant. Tout au bout nous sommes entourés par la mer sur trois côtés, une mer calme, à peine ridée par les envols d'oiseaux. Du haut des falaises, nous apercevons, aux jumelles, des points noirs, les têtes des phoques d'eau douce, des nierpa. Jean-Pierre en s'approchant du bord en découvre qui se dorent sur un rocher, d'autres sont dans l'eau, trop loin pour bien les voir.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous revenons en suivant la crête des falaises, en passant d'un totem à un arbre votif. Nous reprenons les voitures et suivons une piste qui va bien au sud mais se termine dans un cul de sac, sur la côte orientale de l'île. Nous devons revenir sur nos pas. Nous repassons à la capitale, bref arrêt, le temps pour Marie d'acheter quelques "souvenirs" pour Julie ! Nous nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une lagune, séparée de la mer par un cordon de sable, des vaches broutent la prairie, un tableau de Meissonnier ! Nous sommes au bac en début d'après-midi mais nous devons attendre une heure la mise en service d'un second bac pour retrouver la terre ferme. Nous avançons en direction d'Irkoutsk à bonne allure quand le camion commence à manifester de la mauvaise humeur. Le moteur crachote puis cale, repart après un  temps d'arrêt. Les mêmes symptômes qu'en Afrique du  Sud ! Jean-Pierre m'emmène reprendre du gasoil à plus de 30 kilomètres. Le phénomène se répète. Je change le filtre à gasoil sans résultat. Jean-Pierre me prend alors en remorque. Merci Jean-Pierre, content qu'il soit là... il roule vite à mon goût mais nous parvenons à la grande route d'Irkoutsk. Au village du carrefour, pas de mécanicien ! Je décide d'essayer de continuer sans être remorqué et ça marche ! En restant à un régime moteur bas, je parviens à rouler à plus de 80 km/h. Je soupçonne les particules qui bouchaient partiellement la crépine du réservoir d'avoir été aspirées lors de la prise en remorque, moteur tournant. Mais il ne faut pas en demander trop, pas d'accélération, c'est du provisoire ! Nous arrêtons à l'orée d'un bois pour la nuit. Un pastis s'impose, Jean-Pierre vient partager les boulettes d'une viande non identifiée, congelées, achetées au dernier supermarché... Que nous réserve demain ? Un Bouriate éméché vient quémander un verre d'alcool, nous ne lui offrons que de l'eau, il s'enfuit...
 
Samedi 28 juin : Réveillés sous un ciel triste, nous prenons la route. A mon grand étonnement, la voiture tourne rond, le repos de la nuit lui a été profitable. Les prairies font le bonheur de troupeaux de beaux chevaux bien gras au poil brillant, les attendrissants poulains de l'année, craintifs et étonnés ne quittent pas leurs mères. Les vaches, quand elles ne sont pas gardées par un bouvier à cheval, divaguent sur la route, de préférence sur la ligne continue sans étonner personne. Mais au bout d'une quinzaine de kilomètres le moteur recommence à hoqueter. Nous avançons quand même, par à-coups, à la recherche d'un avto mohika, expression que je pense indiquer en russe un mécanicien auto avant de comprendre qu'il s'agit d'un lavage voiture... A une trentaine de kilomètres d'Irkoutsk, j'identifie un atelier de réparation et vais y tenter d'expliquer mon problème. L'employé n'y comprend goutte, il faut attendre le chef. Ali survient, il comprend tout de suite et dirige les opérations. Le filtre à gasoil changé hier est redémonté, nettoyé, de l'air comprimé est envoyé dans les durites et nous en faisons sortir des caillots noirs ! Il faut ensuite démonter le réservoir, le rincer, souffler, nettoyer avant de tout remonter et refaire les pleins. Tout cela a pris du temps qu'Ali, un Iranien envoyé au fond de la Sibérie pour avoir trucidé à l'arme blanche deux individus en Lettonie, il y a près de 30 ans, occupe en nous racontant plein d'histoires avec force gestes : ses parties de chasse, ses opinions sur les différentes marques de voitures etc... Brave Ali et son compatriote Akram, merci de nous avoir fait partager votre repas, (pain et fromage !) et permis de continuer, pour la modique somme de 3000 roubles. Nous repartons, parvenons à Irkoutsk traversée (merci Jean-Pierre) sans erreurs, mais la ville se vide pour le week end et les encombrements ralentissent le trafic. La route traverse une belle forêt avant de descendre sur les bords du lac Baïkal à Kultuk, on devine le lac derrière des installations industrielles. Après Slyoudianka, la route suit de près le tracé du Transsibérien et les bords du lac. Nous cherchons à nous arrêter pour la nuit mais la voie ferrée interdit tout accès à la plage. Au village de Tankhoy, nous pouvons accéder à la plage en passant sous la voie ferrée et nous nous installons à la limite des galets.
 
Dimanche 29 juin : Marie a entendu siffler les trains toute la nuit et encore rêvé du Transsibérien... Ciel brumeux aujourd'hui, lourd, le lac et le ciel sont de la même pâleur métallique qui ne permet pas de les distinguer. Nous continuons de progresser vers Oulan-Oude sur une route parfois correcte, parfois en travaux, parfois parsemée de trous et de bosses qui feraient croire à la présence de taupes sous le goudron ! Nous longeons toujours la voie ferrée mais nous nous éloignons du lac Baïkal avant de suivre le cours de la Selenga jusqu'à Oulan-Oude. Nous nous garons dans le centre, à proximité de la grande place où, au milieu de parterres de fleurs, une gigantesque tête de Lénine (œuvre possible de Deibler ?), fixe l'horizon, sans le montrer du doigt comme d'habitude !
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Pas grand-chose d'autre à voir, une fontaine musicale, un opéra-théâtre rococo-soviétique matiné de bouriato-mongol, bref laid... Nous trouvons un supermarché, le Fauchon local avec des produits d'importation à des prix élevés. Nous allons déjeuner dans un restaurant mongol, Modern Nomads, histoire d'avoir un avant-goût... Très bons plats de viande de mouton ou de bœuf, copieux ainsi que des buzz, équivalents des pelmeni russes, plus gros. Nous ressortons le ventre plein... Nous cherchons le Musée Ethnographique, à la sortie de la ville. Nous nous trompons et nous arrêtons dans un datsan, un temple bouddhiste lamaïste. A l'intérieur du bâtiment principal, entouré de stûpa, nous assistons aux prières de quelques femmes qui se prosternent, se couchent sur le ventre de tout leur long, les mains jointes au-dessus de la tête devant une statue du Bouddha, derrière une vitre. Nous trouvons le musée de plein air un peu plus loin. Sur une grande prairie ont été disposés, dans un ordre chronologique, divers ensembles pour évoquer les civilisations qui se sont succédé en Sibérie, depuis l'âge de pierre jusqu'au début du XX° siècle. Les pétroglyphes ne sont pas identifiables, la reconstitution d'un habitat du néolithique trop soignée et les huttes des nomades de la toundra protégées par de très laids parasols métalliques. Les distances sont grandes, il fait une moiteur pénible et la digestion n'est pas terminée... Les familles sont venues pique-niquer sur les tables prévues à cet effet ou dans l'herbe et les enfants peuvent faire des tours de cheval ou de poney; Le zoo est aussi triste que tous les zoos, malheureux tigres et loups avachis, immobiles et ours grotesques dans des espaces insuffisants, traités comme des animaux de cirque auxquels on lance des rondelles de carottes. Nous revenons par les belles maisons et l'église du XIX° siècle, déplacées ici. On ne peut qu'apercevoir l'intérieur de l'église à travers une grille ainsi que l'intérieur meublé d'une maison dont les fenêtres sont encadrées d'une belle dentelle de bois.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

La dernière, toute blanche, celle d'un médecin cossu, se visite. Elle nous console avec ses pièces richement aménagées. Nous nous apercevons en sortant que nous avons négligé toute une partie du musée mais nous manquons du courage pour y retourner. Nous reprenons les camions et sans coup férir, retraversons Oulan-Oude et continuons sur la route de la Mongolie. Nous la quittons pour le village d'Ivolginsk où se trouve un datsan réputé. Nous en apercevons les toits aux coins relevés de loin. A tous les arbustes des routes qui y conduisent, sont accrochés des carrés d'étoffe couverts d'écritures en sanscrit.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Une prairie, derrière, nous accueille pour la nuit. Nous sommes rejoints par un couple de sympathiques Australiens en moto, en provenance du Japon. Nous leur offrons le pastis dans notre camion en parlant de voyages bien entendu. Nous dînons léger puis nous regagnons la couchette, certains de faire de beaux rêves sous l'influence bénéfique du Dalaï Lama...
 
Lundi 30 juin : A cinq heures et demie, des jeunes, nous ne savons où, à une centaine de mètres, mettent la radio, chantent, crient puis disparaissent à six heures... Nous nous levons plus tard que d'habitude pour être à neuf heures au datsan. Encore peu d'animation. Nous pénétrons dans l'enceinte carrée et suivons les premiers fidèles qui, dans le sens des aiguilles d'une montre, font le tour des édifices, des maisons en bois traditionnelles russes, en faisant tourner les moulins à prière de toutes tailles, peints en rouge et couverts d'inscriptions en sanscrit (?) qui doivent traduire le Om mane padmi houm (Oh le joyau dans le lotus !). Nous parvenons à un temple où quelques lamas commencent à officier. Des dévots remplissent des requêtes sur des bouts de papier remis ensuite à un lama qui les transmet à celui qui va les lire ou plutôt psalmodier en chantonnant, à toute vitesse.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous allons voir d'autres temples, toujours des bâtiments carrés à plusieurs toits empilés aux coins relevés, très colorés, intérieurement aussi. Des représentations sont peintes sur les murs et aux plafonds, des bouts de tissus de toutes les couleurs forment des patchworks, des statues, représentations d'êtres fabuleux à plusieurs têtes et bras, mais pas de Bouddha, sont enfermées derrière des vitrines. 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Quelques lamas en s'aidant de clochettes, de tambours semblent se livrer à un marathon de récitatifs. Le temple principal sur plusieurs terrasses superposées, très kitsch, est fermé mais il a beaucoup d'allure avec des peintures quasi neuves, aux couleurs vives.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous retrouvons les temples de la Chine et pas du tout ceux de Birmanie. Après avoir fait le tour complet du complexe, nous reprenons les camions et prenons la route de la Mongolie. La forêt disparaît de plus en plus et des paysages de steppe se font plus présents. Nous déjeunons sur le bord de la route à côté d'un arbre votif et je ne manque pas de déposer ma pièce de 10 kopecks pour m'éviter de nouveaux ennuis (je n'avais pas laissé d'offrande à Olkhon, avant d'avoir les problèmes d'alimentation en gasoil ! Les Esprits s'étaient vengés...). Nous continuons sur une route de plus en plus étroite, de moins en moins bonne et de moins en moins fréquentée. Nous arrivons à Kyakhta, la dernière ville de Russie. Les casernes, des deux côtés de la route, semblent sa raison d'être. Nous changeons quelques dollars pour pouvoir refaire les pleins complets de gasoil avant la Mongolie et avoir encore des roubles pour le retour. Dernière halte à un supermarché puis nous cherchons un lieu de bivouac pour la nuit, Jean-Pierre nous emmène loin de la ville, sur des hauteurs. Nous prenons le pastis dans son camion puis dînons avec lui des boulettes de viande russes et de pommes de terre sautées.

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