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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:03

Mardi 12 août : Dans la nuit, je suis réveillé par la musique puis je me rendors. Marie, avec ses boules Quies ne s’est rendu compte de rien… Ce matin, les montagnes du Caucase sont bien visibles, des pics dentelés, partiellement couverts de neige. Nous remplissons les jerrycans avec les derniers roubles. Comme ses collègues ex-soviétiques, la revêche caissière a le visage peu amène des femmes qui, de l’amour, n’ont pas connu toutes les joies... Puis nous sortons rapidement de la ville. La route s’enfile dans de belles et spectaculaires gorges, entre deux falaises presque verticales où les traces des éboulis sont bien évidentes. Quelques kilomètres et nous sommes à la frontière. Un peu d’attente puis nous sommes admis au poste de contrôle et aussitôt mis à l’écart avec tous les possesseurs d’une importation temporaire de véhicule. Il faut attendre le responsable qui se contente de collecter les documents. Un gros officier en tenue camouflée vient rôder autour du camion et ne trouve pas à son goût la plaque d’immatriculation, il est vrai en grande partie décollée et maintenue par des bouts de ficelle, et semble vouloir que nous retournions les changer en ville. Je ne lui réponds qu’en français qu’il ne comprend pas et il finit par aller passer sa mauvaise humeur sur d’autres. Puis ce sont nos jerrycans de gasoil qui posent problème, on nous assure que les Géorgiens ne nous laisseront pas entrer avec. Je cache les deux métalliques dans la capucine et nous nous présentons au poste géorgien. Les formalités se font simplement et rapidement et nous revoilà en Géorgie et donc de nouveau en Asie puisque nous franchissons le Caucase ! La route continue dans les gorges, traverse des villages totalement différents de ceux de Russie. Finies les maisons en bois avec fenêtres et volets décorés. Ici, elles ne sont pas très belles, des cubes avec un toit à quatre pentes, semblables à celles de Turquie, mais toujours avec un bout de jardin fleuri et quelques arbres fruitiers. Dans le village de Gergeti, nous bifurquons pour aller voir l’église de la Trinité que nous n’avions pas vue lors de notre voyage en 2010. Nous l’apercevons au sommet d’une montagne, détachant ses tours sur le ciel bleu.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une piste étroite de quelques kilomètres part du village, nous nous y engageons. Elle est peut-être la plus dure de tout ce voyage, presqu’intégralement gravie en première, avec des échantillons de tous les types de piste possibles, sauf le sable. Nous ne sommes pas les seuls dessus, nous croisons non sans difficultés, d’autres 4x4 qui peinent comme nous. Beaucoup, plus sages, ont choisi de grimper à pied… Mais nous sommes récompensés quand nous débouchons sur un plateau verdoyant où paissent des vaches et que nous découvrons devant nous cette très belle église, typiquement géorgienne avec, au-dessus du cube rehaussé dans la partie centrale de chaque côté des absides, le tambour de la tour et son toit conique.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une seconde tour, plus petite, lui tient compagnie. Nous sommes très surpris par le grand nombre de visiteurs locaux et étrangers qui s’y pressent. Il n’y avait pas tant de monde en 2010 ! Le tourisme a dû se développer… Nous gravissons à pied la dernière rampe et pouvons alors admirer de près les beaux décors sculptés dans la pierre en forme de croix ou d’entrelacs autour des étroites fenêtres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Marie doit, à sa grande fureur, revêtir une jupe par-dessus son pantalon et se coiffer d’un châle pour pouvoir entrer dans le sanctuaire. Des icônes, anciennes ou récentes, sont offertes aux fidèles qui les baisent ou s’agenouillent devant. Le ciel se couvre, je dois patienter pour prendre des photos avec le soleil. Nous redescendons puis continuons la traversée des gorges, sur une route difficile soit à cause des travaux, soit à cause de la circulation. Nous avançons lentement, revoyons les paysages de montagnes ravinées puis à Ananuri, le lac et le château que nous ne revisitons pas. Nous rejoignons enfin l’autoroute, laissons Tbilissi et filons en direction de Kutaisi. Mais cela ne dure pas et nous devons continuer sur une route ordinaire très fréquentée où il est difficile de doubler. Nous nous arrêtons à six heures sur une colline au milieu des pruniers, derrière un restaurant où nous avons l’intention de dîner. Nous commandons des chachliks, sans doute les plus mauvais de ce voyage ! Des morceaux de porc frits et pas même présentés sur une brochette !!!
 
Mercredi 13 août : Il a fort plu dans la nuit et je ne pense pas possible de nous rendre en Svanétie pour voir les maisons-tours mais au moment de démarrer, le ciel se dégage. Nous décidons d’aller jusqu’à Kutaisi puis d’aviser. La route passe dans une étroite vallée boisée mais je n’ai guère le loisir de l’admirer. La circulation est infernale, les Géorgiens, les Méridionaux des Russes, sont d’abominables machos au volant. Pas question de rester derrière un camion ou un véhicule plus lent et ils sont tous plus lents bien sûr ! Alors ils dépassent sans se soucier des limitations ou des interdictions, obligeant ceux qui arrivent en face à se rabattre ou bien se rabattent eux-mêmes en abusant des queues de poisson. De la conduite sportive ! Nous parvenons sains et saufs à Kutaisi et en demandant notre chemin, nous trouvons l’église Bagrati. Nous l’avions vue il y a cinq ans, en travaux de restauration. L’extérieur est terminé, l’intérieur est en cours. Tout a été reconstruit en copie conforme à l’original et le résultat est sinistre. Plus d’âme, plus de charme, une pierre grattée pour la rendre identique aux pierres neuves utilisées, une toiture en cuivre teint en vert émeraude.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

A l’intérieur ce qui correspondrait au balcon de l’orgue et les colonnes sur lesquelles il repose sont en acier bruni, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée mais paraît tout de même bizarre ici. Nous sommes très déçus, nous aurions pu éviter d’y venir.  Nous sommes d’accord pour mettre le cap sur la Turquie et en passant par le petit poste frontière de Posof. Nous trouvons la route de Baghdati, qui continue ensuite en longeant dans un vallon encaissé un joli torrent. Nous nous arrêtons sur ses bords pour déjeuner puis nous continuons. La route commence à s’élever et atteint l’inattendue station thermale de Sairme avec des installations modernes pour curistes. Nous fuyons vite cette ville d’eau… Surprise : la route goudronnée s’arrête à la sortie de la station, une piste lui succède ! Au début elle est correcte puis elle commence à se dégrader, toujours en montée… Nous traversons un massif boisé très dense. Des lichens s’accrochent aux branches des arbres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Elle devient franchement sportive, du genre pour dingue du 4x4… Plus haut, nous entrons dans les nuages, la visibilité est réduite à quelques mètres, nous ne progressons qu’au pas. J’ai des hallucinations : des monstres surgissent devant le camion ! Ils se révèlent être de vulgaires vaches effarées ! Nous parvenons à un plateau à plus de deux mille mètres. Une autre piste y aboutit. La piste va commencer à redescendre, le soleil revient mais elle reste très difficile, flaques, marches, buttes glissantes. Nous aurons mis trois heures pour faire quarante kilomètres… Nous parvenons ainsi à une autre station thermale, Abastumani, plus ancienne. Les maisons ou plutôt les vastes demeures familiales vitrées, décorées de dentelles de bois, pourvues de superbes loggias sur des colonnes, tombent hélas en ruine. Nous sommes heureux de retrouver le goudron et de filer vers la frontière turque. Dernier plein de gasoil et nous arrivons au poste. Personne n’attend ! La sortie de Géorgie prend moins de cinq minutes, l’entrée en Turquie à peine dix minutes. Nous roulons quelques kilomètres puis nous arrêtons sur une piste entre des champs. Nous aurons bien mérité la vodka-tonic de ce soir ! L’appel à la prière du muezzin au coucher du soleil nous rappelle que nous sommes en terre d’Islam.
 
Jeudi 14 août : Réveil à l’heure habituelle et départ pour une longue journée de route. D’autant plus longue que nous aurons confirmation d’un nouveau changement de fuseau horaire, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Nous traversons encore des montagnes couvertes de prairies où paissent de nombreux bovins. Les minarets taillés comme des crayons se distinguent à peine des rangs de peupliers. Des nappes de brume envahissent les creux, nous sommes au-dessus, dominant les vallées, avant de descendre sur Kars. Nous retrouvons les bonnes routes turques, larges et pas trop fréquentées par des conducteurs plus respectueux des règles que les Géorgiens ou les Russes. A Kars, nous changeons des dollars chez un bijoutier et nous trouvons ensuite un supermarché Migros, avec même des alcools. Plus de porc mais du bœuf et de l’agneau bien découpés, de la charcuterie de bœuf et en particulier du pasterma. Et nous continuons notre course vers l’Ouest. Nous avons quitté les montagnes et sommes désormais sur un plateau où les moissons battent leur plein. Les exploitations sont de petite taille, avec des tracteurs mais on aperçoit encore des paysans qui coupent à la faux sur leur lopin et des herses tirées par des chevaux. Apres déjeuner, nous contournons Erzurum. La chaleur est forte, la température dépasse les 40°. Le ciel, les nuages, les terres, les montagnes disparaissent dans la même pâleur laiteuse. Passage à Erzincan en évitant le centre. Nous longeons de nouveau une rivière puis dans un col le camion recommence à hoqueter puis repart. Nous arrêtons pour boire un soda dans un café avec une terrasse sur la rue. Que des hommes ! Jeunes, vieux tuent le temps devant un thé ou un café, les vieux portent la casquette et quelques-uns tripotent à longueur de temps un chapelet. Autre col et à nouveau le camion tousse, je dois rétrograder en première avant qu’il ne reparte, l’incident se répète. Je ne sais que penser, cochonneries dans le gasoil, injecteur défectueux, contact électrique occasionnel… Nous arrêtons à six heures dans une jolie prairie en contrebas de la route.
 
Vendredi 15 août : Nous roulons en direction de Sivas puis de Kayseri sur des routes toujours aussi larges, reposantes, presqu’ennuyeuses. Marie reçoit un message de Julie pour sa fête puis un de Nicole. Nous sommes sur le plateau anatolien, toujours au-dessus de 1000 mètres. Les monts sont pelés, les moissons faites, la terre est aride sous un soleil implacable. Peu avant Kayseri, nous allons revoir le très beau caravansérail de Sultan Hani, restauré depuis notre dernière visite. Le portail en est cadenassé. Je vais frapper à une porte, c’est une école, l’institutrice, foulard, manteau qui descend jusqu’aux chevilles, m’ouvre. Elle ne parle aucune langue étrangère mais deux de ses élèves sont des petites Turques de France en vacances. Elles nous signalent qu’il faut téléphoner pour faire venir le gardien. Celui-ci, alerte, arrive sur sa mobylette et nous ouvre grand les portes. Il parle allemand et nous donne quelques informations. Un beau décor sculpté dans la pierre orne le petit kiosque central qui était une mosquée. 
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

L’intérieur avec ses voûtes et ses bat-flancs donne une bonne idée de ce que devait être une halte caravanière au XIII° siècle.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant le site de Kültepe dont nous ignorons tout mais qui a l’honneur de deux étoiles sur notre carte. Peu d’ombre pour déjeuner. Courageusement, sous un soleil de plomb, quelle température peut-il faire ? 43°C, 44°C ?, nous nous lançons à l’assaut de la colline sur un sentier fléché. Nous apprenons qu’il s’agit du palais et de bâtiments d’un roi anatolien du XIX° siècle avant notre ère. Nous ne pouvons distinguer qu’une aire réalisée en pierres plates et les bases de murs. Rien d’inoubliable… Marie veut passer à l’office du tourisme de Kayseri. La ville a plus d’un million d’habitants et s’est étendue sur des kilomètres. Un service de tramway, des passerelles au-dessus des avenues, des escalators pour sortir des souterrains, sont les marques d’un pays en plein développement. Nous nous garons juste le temps de nous renseigner. La ville aurait peut-être mérité une plus longue visite mais faute de livre-guide nous ne savons où aller. Nous apercevons en roulant, quelques tekke et une ancienne mosquée. La sortie de la ville est à l’échelle de sa démesure, interminable. Nous reprenons un bout de route puis nous nous dirigeons vers la Cappadoce. Nous y entrons par Ürgûp dont nous reconnaissons difficilement les maisons troglodytes, désormais cachées derrière des constructions standardisées modernes. C’est désormais une route à quatre voies qui relie Ürgüp à Göreme ! Nous revoyons tout de même avec plaisir et même éblouissement ces cheminées des fées, ces pitons creusés d’habitations et d’églises rupestres. Nous ne visitons rien mais je ne résiste pas au désir de les prendre en photos sous une belle lumière.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
L’idée principale, est de trouver un camping et d’enfin, nous reposer. Ils ne sont pas nombreux, les pensyons les ont remplacés ainsi que les boutiques d’ « Art Shop ». Nous en trouvons un dans la descente sur Göreme. Un emplacement ombragé par deux arbrisseaux qui n’empêcheraient pas une limace de bronzer, une piscine coincée derrière le bloc sanitaire à l’eau parcimonieuse et à l’éclairage chiche, le tout pour vingt euros que nous faisons ramener à treize ! Nous allons prendre un pot, cher, à la terrasse qui domine la vallée, les pitons et… la route ! Connexion internet très faible, je réussis tout de même à lire les messages et en particulier celui avec les projets de Julie pour l’année prochaine. Je vais profiter de la piscine très agréable néanmoins. Retour au camion, je sors la table et les fauteuils, je suis sec avant même de m’asseoir. Pour dîner, nous allons pour la Sainte-Marie dans un restaurant repéré lors de l’un de nos arrêts-points de vue. La vue sur la Vallée des Pigeons depuis la terrasse est superbe de nuit, dans les assiettes c’est moins bien… Les köftes tant attendues n’en sont pas et Marie doit attendre son plat longtemps.
 
Samedi 16 août : Nous sommes réveillés par le bruit des brûleurs des montgolfières qui, à six heures du matin, emmènent des touristes survoler la Cappadoce. Nous ne nous levons pas aussitôt, c’est une journée de repos et nous traînons au lit avant de nous décider à sortir de notre léthargie. Pendant que Marie se prépare, je vais laver du linge puis le mettre à sécher. Nous ne nous rendons à l’Open Air Museum de Göreme qu’à onze heures quand il commence à faire très chaud… Il s’agit d’un ensemble d’églises troglodytes des X° et XI° siècles, taillées dans le tuf de ces cônes qui ont rendu célèbre la région. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes déversés par des norias de bus y sont nombreux et nous devons parfois faire la queue au pied des escaliers qui permettent d’y accéder. Elles sont minuscules, leurs parois sont couvertes de magnifiques fresques aux couleurs admirablement préservées par la sècheresse de l’air et l’obscurité.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

La première, Tokalı, est une merveille : deux salles décorées à des époques différentes. La première est toute dans des tons vert et ocre rouge, dans la seconde le bleu, un bleu outremer profond, domine pour raconter la vie de Jésus et presque toujours un Christ Pantocrator à la voûte. Les autres églises, une dizaine, reprennent le même thème et y ajoutent parfois celui de la vie de saints tels Basile. Plusieurs couches de fresques sont parfois discernables sur la même paroi, des dessins en rouge très simples à des œuvres très élaborées. Nous en ressortons épuisés, assoiffés. De retour au camping, nous avalons de grands verres de citronnade pour Marie, de rakı pour moi. Après déjeuner, je vais me connecter, mettre à jour le blog et constater qu’aux dates possibles, il n’y aurait pas de places sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise… Nous repartons en emmenant Jean-Pierre pour un tour dans les environs. Nous arrêtons d’abord à Çavusin où les maisons troglodytes en ruine forment une falaise percée d’ouvertures dans un long mur qui me fait penser à Matera.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Plus loin, à Zelve, un exceptionnel ensemble de cheminées des fées attend les touristes. Nous nous promenons au pied de ces grandes aiguilles à l’abri d’une roche qui leur donne un aspect de champignon ou de maison des Schtroumpfs.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Après un dernier point de vue décevant, nous revenons par le même itinéraire que la veille. Nous déposons Jean-Pierre au camping et allons nous garer dans le centre de Göreme pour une visite fructueuse, du point de vue de Marie, des boutiques de souvenirs. Nous remontons au camping prendre l’apéritif avec Jean-Pierre mais nous n’avons plus de glaçons, le réfrigérateur n’a pas tourné. Dîner au restaurant le Sedef, plats bons et copieux, excellents pide et adana kebab pour ma part et retour pour la nuit au camping. 

Dimanche 17 août : Je compte au moins vingt-huit montgolfières de toutes tailles et couleurs qui, ce matin, nous survolent, grosses bulles molles que pousse le vent. Il est encore tôt mais comme je suis réveillé, j’écris pour la seconde fois mon journal de la veille. Hier soir, l’ordinateur qui commence à avoir ses humeurs m’avait soudainement planté et refusé de continuer d’assurer son emploi, j’avais donc perdu tout ce que j’avais écrit. Depuis plusieurs jours j’ai aussi perdu l’usage de plusieurs touches des chiffres, le 1, le 2, le 5, le 7, le 9, le ° et donc les voyelles accentuées qui vont avec… Nous plions bagages, quittons le camping, pris en photo par son sympathique propriétaire. Nous entamons une journée de route pour nous rapprocher de la Grèce. Après Nevşehir, nous traversons, jusqu’à Konya, une étendue rigoureusement plate et quasi désertique malgré l’implantation de quelques industries et des tentatives de culture irriguées. Après Konya le paysage n’est pas beaucoup plus engageant mais il y a tout de même quelques bosquets… La route, toujours excellente et à quatre voies se poursuit par Afyon puis Kütahya. Ensuite, en cours d’élargissement, elle traverse une belle région de collines boisées, peu de monde y passe, aucun camion. Nous nous arrêtons pour la nuit en bordure d’une piste, dans un vallon. Jean-Pierre vient prendre l’apéritif puis reste dîner. Marie a prévu de faire cuire des pâtes dont elle pensait qu’il avait envie. Il apporte des côtes d’agneau que nous partageons, les pâtes n’ont pas de succès et finissent à la poubelle. 

Lundi 18 août : Le ciel est couvert et bientôt il pleut. La route est en travaux, nous passons dans les nuages avant de retrouver, au sortir des montagnes dont nous n’aurons pas vu grand-chose, la plaine et un ciel bleu. Après Balıkesir, nous suivons la direction des Dardanelles. La nouvelle route ne passe plus par les montagnes mais se dirige droit sur la côte. C’est alors la lente et énervante traversée d’une succession de stations balnéaires fréquentées par la bourgeoisie turque en vacances. La route quitte le bord de mer, grimpe dans la montagne avant de redescendre vers Çanakkale que nous traversons pour arriver au port d’embarquement des ferries. Nous n’attendons pas et montons à bord de l’un d’eux aussitôt.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Nous revoici en Europe. Une fois débarqués à Eceabat, nous allons manger des köftes dans l’un des restaurants pour touristes devant le port. Ils ne sont pas mauvais, mais les portions sont minimales. Nous longeons jusqu’à Gallipoli le détroit des Dardanelles avant de traverser le bras de terre et retrouver la mer à notre gauche. Parvenus à Keşan et toujours affamés, nous allons nous offrir une tournée de köftes, nettement meilleures et avec une bière glacée cette fois. Ce sera notre « quatre heures » ! Derniers kilomètres en Turquie, la frontière est vite franchie et nous retrouvons la Grèce. Quelques kilomètres d’autoroute, puis traversée d’Alexandroupoli pour parvenir à notre camping habituel. L'ouzo s'impose au restaurant du camping suivi de souvlaki et de fioles de retsina​...
 
Mardi 19 août : De plus en plus à l’ouest, le soleil se lève de plus en plus tard et nous aussi… Nous nous attaquons à la traversée de la Grèce sur l’autoroute de Salonique. Les péages qui n’étaient pas en activité lors de notre dernier passage le sont maintenant et tous les trente kilomètres nous devons verser notre obole : 6 euros, comme les camions car mesurant plus de 2, 20 métres de haut ! Nous longeons de loin la mer, une mer digne de la Grèce, d’un beau bleu qui inciterait à la baignade. Nous sommes à Salonique que nous contournons à la mi-journée. Marie et Jean-Pierre ont envie d’aller aux Météores. Nous continuons donc sur la route d’Athènes jusqu’à Larissa où nous abandonnons l’autoroute pour une simple route. Passage dans un grand supermarché, tout neuf. Le peu de choix des produits m’étonne. Peu de variétés, on se croirait en Mongolie… La route serpente puis le massif des Météores, sorte de gros doigts rocheux se profile à l’horizon. Nous nous en approchons, Marie ne reconnaît rien ! Kalampaka, la petite ville sise à ses pieds ne vit que du tourisme, ce ne sont que guest-house, campings, hôtels, tavernes, restaurants et boutiques de souvenirs ou fabriques d’icônes. Nous cherchons un camping, en trouvons un dans la cité voisine, Kastraki, et je crois bien qu’il s’agit du même camping qu’en 1992 . Il est encore tôt mais nous ne bougeons plus. D’autres Français possesseurs de camping-cars 4x4 viennent discuter avec Jean-Pierre, les comparaisons de modèles, de performances m’ennuient prodigieusement, nous préférons nous rendre à la terrasse du restaurant du camping boire un soda, nous connecter à internet, relire le blog. Jean-Pierre nous y rejoint et cherche lui aussi les éventuels passages sur un ferry au départ d’Igoumenitsa mais sans succès. Nous prenons l’apéritif au camion, il faut bien finir les bouteilles, nous n’y parvenons pas ce soir, puis dînons au restaurant, au frais, sur accompagnement de bouzouki. Grillades et bouteilles de restina. Je reste effectuer toutes les corrections sur mon texte et mettre le blog à jour, en fumant un havane acheté en détaxe à la frontière.
 
Mercredi 20 août : Ce matin encore nous ne nous réveillons qu’à sept heures. Le camping est bien endormi. Nous sommes dans les premiers à monter les lacets de la route qui mène aux différents monastères perchés sur les pitons. A chaque virage, une nouvelle vision s’offre à nous, bâtiments monastiques en équilibre au-dessus du vide, balcons en encorbellement, églises byzantines minuscules.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous atteignons le parking du plus grand des monastères, Metamorphosis, Il ouvre ses portes aux visiteurs à neuf heures et une file d’attente s’est déjà formée sur les escaliers qui y conduisent. Nous n’avons pas très envie de nous mêler aux groupes et préférons redescendre à celui en contrebas, Varlam, plus modeste et tout aussi intéressant. Marie a prévu un châle pour se couvrir la tête mais ce sont ses jambes de pantalon qu’elle doit cacher sous une jupe d’emprunt, pas la tête ! Des chats font la sieste et la font très bien, au pied de la jolie petite église, inévitablement byzantine. A mon grand étonnement, tout l’intérieur est couvert de belles fresques dont la vision est malheureusement gâchée par  la lumière que filtrent des carreaux de couleurs jaune ou bleue. Quelques très belles scènes, une Dormition de la Vierge, qui semble très honorée ici, un Jugement Dernier avec un terrifiant monstre rouge qui, comme sur les murs des églises de Bucovine, ouvre grand une gueule pour engloutir les damnés, les Elus semblent un peu s’emmerder au Paradis…

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous allons jeter un œil au mécanisme de ravitaillement qui, autrefois, se faisait au moyen d’un treuil qui remontait un filet, aujourd’hui modernisé grâce à un palan électrique. Nous continuons le circuit, découvrant de nouveaux points de vue sur les quatre ou cinq monastères les plus connus. 

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous découvrirons trop tard qu’il en existe d’autres, logés dans les falaises et probablement accessibles à pied uniquement. Nous rejoignons la route de Ioannina, étroite, toute en lacets serrés qui traverse les montagnes avant de rejoindre l’autoroute, et ses péages ! Apres un rapide déjeuner, nous arrivons à Igoumenitsa où nous nous précipitons dans la première agence de voyage. Et là, alors que nous n’y croyions pas, nous trouvons un passage en open deck sur le ferry de Venise, vendredi matin. Nous devons tout de même débourser plus de cinq cents euros… Soulagés, dans tous les sens du terme, et contents de l’être, nous nous rendons dans un supermarché, aussi peu achalandé que celui d’hier, pour prévoir les repas jusqu’à Toulon. Nous nous rendons ensuite à la plage où nous avions passé la nuit et dîné en mars 2013. Il y a beaucoup plus de monde, la plage est envahie par les vacanciers. Nous allons prendre un pot dans le jardin du restaurant en contemplant les naïades locales. Retour au camion pour écrire mon journal et bouquiner. Apres une petite sieste, nous allons dîner au restaurant. Les amateurs de plage se raréfient, la plage se vide, le soleil descend, nous sommes bien sur la terrasse devant la mer. Ouzo puis nous nous régalons de calamars et de poulpes avec une puis deux bouteilles de Malamatina, ce vin blanc résiné que nous ne boirions pas en France... Jean-Pierre, toujours affamé s’est commandé un souvlaki de poulet puis une grosse daurade grillée. Nous regagnons à la nuit nos camions, seuls sous les eucalyptus.
 
Jeudi 21 août : Réveil très tardif, Marie reprend vite ses habitudes… Rien au programme de la journée si ce n’est repos ! Apres avoir traîné une bonne partie de la matinée, nous décidons d’aller nous promener avec la voiture. A la fois pour passer le temps mais aussi pour recharger les batteries auxiliaires qui semblent ne plus tenir la charge. Nous traversons les marais où nous faisons s’envoler des hérons cendrés puis nous suivons une piste le long de la plage qui grimpe ensuite sur une colline entourée par la mer et qui se termine à des élevages de poissons.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous revenons nous garer au même endroit, à l’ombre. Après déjeuner, sieste, lecture, ennui. Jean-Pierre parti se promener seul, nous retrouve. Nous allons ensemble nous garer dans le centre-ville et prendre un pot dans un des cafés encore peu fréquentés de l’allée centrale. Nous laissons passer le temps. Nous allons acheter un journal, repérer le restaurant à spécialités de grillades à la broche où nous avions diné l’an dernier puis nous revenons au camion mais il y fait trop chaud et nous allons nous asseoir sur un banc de la rue piétonne. Nous dînons dans notre gril, excellent gyros, je goûte aux kokoretsis dont je n’apprécie que l’extérieur grillé, la farce d’abats évidemment n’a pas de succès. Nous allons nous garer au parking de la gare maritime pour une courte nuit.
 
Vendredi 22 août : Des passagers en attente d’un bateau n’ont pas cessé de toute la nuit de venir se garer, discuter à côté de nous et je n’ai pas beaucoup dormi. Je suis debout à cinq heures, Marie finit sa nuit et reste couchée. Nous entrons dans le port. Pour savoir à quel quai nous devons attendre le ferry, nous retournons à la gare maritime nous renseigner. Les bureaux de la compagnie ne sont pas encore ouverts, nous devons attendre plus d’une demi-heure pour faire viser les billets. Nous attendons ensuite l’arrivée du bateau et montons rapidement à bord. Nous ne sommes pas placés comme nous l’espérions le long du bastingage mais en plein milieu, coincés entre un camion et des camping-cars. Nous petit-déjeunons, Marie procède à sa toilette, je monte visiter les salons. Ils sont, comme les couloirs et les ponts encombrés de tentes, de matelas de passagers qui se sont installés pour la traversée ! Nous montons nous asseoir à une table pour lire et taper mon journal. Nous dînons dans le camion d'une boîte de conserve tout à fait appropriée et de saison : une choucroute !
 
Samedi 23 août : Je transpire encore dans la nuit mais au matin des coups de tonnerre annonciateurs d'orage dans les parages amènent un vent frais. Nous nous réveillons à 6 heures, heure d'Italie donc de France. Nous approchons de Venise mais le bateau doit attendre une autorisation d'entrée. Le temps s'écoule sous un ciel gris peu engageant. Nous apprenons à notre très grand dépit que, contrairement aux précédents voyages, nous ne longerons pas le Grand Canal, n'apercevrons pas de haut la place Saint-Marc mais accosterons ailleurs ! Effectivement, après avoir franchi une des toutes récentes écluses mises en place pour éviter les marées hautes, emprunté un long canal balisé, nous jetons l'ancre dans la zone industrielle de Porto Margera. Sortir du ferry demande encore de la patience... Nous voilà sur le sol italien. Peu d'indications à la sortie du port, je prends la direction de Venise et à Mestre nous trouvons l'autoroute. Il commence à pleuvoir puis de plus en plus fort jusqu'à Brescia. La circulation est très intense, plus calme ensuite. Le soleil revient progressivement. L'autoroute de la côte est encombrée par les retours de vacances. Nous sommes à Vintimille à 6 heures mais un bouchon de 7 kilomètres avant le péage nous fait perdre une heure. A sa sortie, Jean-Pierre nous fait de rapides adieux... Nous ne pensions pas qu'un voyage de deux mois et demi se terminerait ainsi, sans même un dernier apéritif. Nous voici en France. Nous roulons sans nous arrêter et rentrons à Toulon.

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