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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 08:27

LAOS

 

Hiver 2015

 
LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Lundi 19 janvier : Réveil à sept heures. Mon horloge interne a, comme à chaque départ, bien fonctionné et j’étais réveillé avant. Petit déjeuner, derniers préparatifs. Je vais tirer des euros au distributeur et constate au retour qu’une inquiétante marque humide sort de dessous un meuble de la cuisine. Je découvre alors une petite fuite au robinet d’arrêt de la machine à laver. Une heure avant de partir ! Le robinet fermé, l’eau continue de suinter… Je vais avertir notre bonne fée de l’immeuble, la toujours secourable madame M. Elle s’en occupera, surveillera et éventuellement fera venir un plombier. Peu après neuf heures nous descendons nos deux sacs et guettons le minibus de Supershuttle qui arrive presqu’aussitôt. Nous partons pour l’aéroport Charles de Gaulle en compagnie d’un Asiatique, très certainement chinois vu son manque de politesse et sa faculté à s’endormir dès que nous roulons. A la porte de Vincennes, avant de prendre le périphérique, mon regard se pose sur ce que je crois être, un très bref instant, des congères de neige sale et que je réalise être un alignement de bouquets de fleurs flétries dans des emballages plastiques. En levant les yeux, je réalise que nous passons devant l’Hyper kacher ! Nous sommes en avance pour enregistrer puis passer les contrôles, sans attendre. Nous patientons en salle d’embarquement et montons à bord une heure avant le décollage. Les passagers sont presque tous des retraités en goguette, les Asiatiques sont rares. Nous attendons impatiemment le moment du repas dans un appareil ancien aux équipements datés. Les hôtesses, bien qu’en ao daï, ne correspondent pas à mon idéal féminin  vietnamien, elles sont peu aimables et ne parlent pas un mot de français. Nous avons tout de même droit à un verre de mauvais champagne puis nous jouons à la dînette, coudes au corps pour des plats déjà exotiques : salade et crevettes légèrement pimentées. La nuit tombe vite à nous déplacer vers l’Est. Somnolence, lecture, surveillance de la rotation des aiguilles de la montre…

 

Mardi 20 janvier : Marie s’inquiète, elle a oublié ses bas de contention et dit s’ankyloser. Elle s’agite, s’énerve jusqu’à ce qu’elle puisse se lever et faire quelques pas dans le couloir. En guise de petit déjeuner, mais à l’heure de Paris ce serait le dîner, nous choisissons le menu local avec des nouilles et quelques lamelles de porc dans une sauce épicée. Une heure plus tard nous nous posons à Hanoi alors que le jour peine à se lever dans une épaisse brume. Nous passons dans une salle d’embarquement et attendons l’heure de l’avion de Vientiane. Nous embarquons puis décollons avec une demi-heure de retard sans rien voir de Hanoi, plongée dans une boule de brume que le soleil rend éblouissante. Nous commençons à accuser la fatigue et les paupières sont lourdes. Une heure plus tard nous atterrissons à Vientiane, également dans la brume moins dense néanmoins. Nous ne sommes pas les seuls visiteurs, un avion s’est posé en même temps que le nôtre et a débarqué une cargaison de Chinois. Nous devons remplir des documents et faire la queue pour obtenir un visa. Nous récupérons les sacs et nous revoilà au Laos ! L’ancienne aérogare, un simple hangar de la période coloniale a été remplacé par une plus moderne, aérée, respectant le style de l’architecture des temples avec des toits gigognes. Je change des dollars, à raison de 8000 kips pour un dollar, on est vite millionnaire ! Puis nous prenons un taxi au prix fixé. Nous traversons rapidement les faubourgs où les enseignes des entreprises témoignent de l’implantation de la Chine puis ce sont les bords du Mékong, derrière une haute digue, un vat à peine aperçu et nous sommes déposés à la pharmacie Palamy, en face d’un hôpital. La patronne parle français, elle nous installe dans une grande chambre, très propre, à l’étage. Il ne fait pas trop chaud et nous n’avons besoin ni de la climatisation ni même du ventilateur aux pâles de géant qui nous guettent du plafond. Nous nous couchons pour essayer de récupérer. Nous nous réveillons mollement, je consulte la messagerie, une réponse de Nicole à notre message de bonne arrivée, rien de Julie qui ne doit pas avoir d’accès internet. Je laisse Marie émerger à son rythme et part visiter les environs. Nous sommes en face d’un hôpital et les gargotes abondent aux alentours. Toutes proposent des grillades et des fruits, les seuls exotiques sont les pithayas suavement rosés. Je pars en longeant de très loin le lit du Mékong puis rejoins une rue qui passe devant deux beaux vat auxquels nous accorderons ultérieurement toute l’attention qu’ils semblent mériter

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Ce doit être l’heure de sortie des bureaux, les rues sont encombrées et l’air est empuanti par les gaz d’échappement. Je parviens au centre ancien où je retrouve avec un plaisir mitigé l’atmosphère des villes touristiques de l’Asie du Sud Est. Les loueurs de vélos et motos voisinent avec les agences de voyage et les restaurants « mondialisés ». Pizza, fast food et autres boulangeries abondent. Je rejoins les bords du fleuve où, dans un parc aux plantations rabougries, désert lors de notre arrivée, se sont installés des tentes qui abritent des marchands de vêtements, colifichets, jouets etc… Sur la digue les familles et les amoureux se promènent au soleil couchant. Je retrouve Marie, nous étudions le programme des jours à venir puis allons dîner. Pas question de marcher, nous allons au plus proche, une gargote dépendant d’une épicerie. Nous devons choisir entre divers plats en sauce, peu appétissants. Après avoir renvoyé un plat de morceaux de foie pris pour du bœuf et un autre d’œufs durs confondu avec du porc à la sauce soja, nous nous décidons pour une tranche de poisson et du ragout de bœuf. Les plats sont parfumés mais froids, seul le riz est chaud. Heureusement il y a de la bière ! Pas rassasiés, je vais commander des brochettes de poulet et de cailles ainsi qu’une salade de papaye verte, bien pimentée, de l’autre côté de la rue. Nous nous régalons et suçons les os comme des chiens galeux… Retour à la chambre pour une nuit réparatrice.

 

Mercredi 21 janvier : Je suis réveillé tôt dans la nuit, avant que le jour ne se lève à six heures et demie. Je lis en attendant que Marie daigne ouvrir les yeux… Elle ne se sent pas bien mais après le petit déjeuner pris dans le jardin où les orchidées couvrent les troncs des arbres, elle se sent assez forte pour que nous partions pour une longue journée consacrée au Bouddha… Nous suivons l’avenue Setthathirath en passant devant l’ambassade de France et divers autres grands bâtiments coloniaux. De même que l’indication des rues, les dénominations des édifices publics sont en français pour les plus anciens et en anglais pour les administrations modernes. Nous longeons le premier vat, le Ha Pha Keo, un grand temple classique, très haut avec des toits étagés. Il n’est plus en activité, transformé en musée, il renferme dans son sim, la salle unique, un ensemble de statues et de stèles, entassées en désordre ou dans des vitrines poussiéreuses, avec des étiquettes jaunies, en français. Difficile de les apprécier dans la pénombre ou à contre-jour. D’autres Bouddhas altiers au nez en bec d’aigle sont alignés à l’extérieur dans la galerie. Le jardin qui l’entoure est mieux entretenu… Nous traversons la rue pour aller visiter un autre vat, le Vat Si Saket, devenu lui aussi un musée.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les tarifs des entrées des monuments sont plus chers pour les étrangers que pour les Laotiens mais restent dérisoires. Celui-ci est entouré d’un cloître dont le mur intérieur est tapissé, dans des niches, de milliers de petits bouddhas, des statues plus importantes s’alignent devant. Dans le sim, un grand Bouddha domine une multitude d’autres plus modestes, presque toujours dorés et sujets à l’adoration des fidèles. Ceux-ci, après avoir déposé des offrandes, fleurs oranges, fruits, noix de coco aux pieds des statues, s’agenouillent joignent les mains au-dessus de la tête puis se prosternent. Les murs intérieurs sont couverts de belles fresques représentant des temples, des personnages richement vêtus, hélas très dégradées, qui doivent être restaurées. Après être passés devant le Palais Présidentiel, ancienne résidence du gouverneur français, une belle bâtisse aux allures de meringue aux tons pastel, nous parvenons dans la ville ancienne et consacrée au tourisme. Ce ne sont que bureaux de change, locations de vélos, de motos, agences de voyages, hôtels récents, guest houses, restaurants pour tous les palais occidentaux, le dernier terme à la mode, cuisine « fusion » est répété à profusion… Nous cherchons à manger lao, ce qui ne manque pas non plus. Nous nous installons à une table du jardin du Makphet et nous nous faisons servir une salade de fleurs de bananier avec du porc émincé, excellent mais aussi bien pimenté, un laap, une salade de buffle grillé servie avec de la menthe, du basilic et d’autres herbes et un plat de poulet à la citronnelle au goût de curry. Tout est très parfumé mais nous allons devoir désormais commander « not spicy » si nous ne voulons pas pleurer, moucher et avaler des litres d’eau ou de bière… Nous repartons, rendons visite à deux autres vat, le Vat In Paen et le Vat Ong Teu, déjà vus en 1998, de même que ceux de ce matin. Ils sont plusieurs, semblables, alignés, le long d’une avenue parallèle au Mékong. Ce sont des constructions massives, surélevées sur une base rectangulaire, que les toitures étagées en belles tuiles vernissées, élégamment incurvées, l’arête faîtière surmontée de pointes symbolisant le mont Meru, rendent étonnamment hauts.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Autrefois, quand ils n’étaient pas noyés dans les constructions modernes, ils devaient offrir une vison féérique au voyageur, depuis le Mékong. Ils sont entourés d’une galerie et la salle de dimensions réduites est précédée d’un hall au fronton très décoré, agressivement coloré. La salle, le sim, est toujours occupée par un ou plusieurs Bouddha qui reçoivent les offrandes de fleurs et de fruits des fidèles. Ils sont toujours aussi clinquants, ripolinés de frais disais-je alors. Dans le dernier, la salle est ouverte et nous y apercevons un grand Bouddha devant lequel médite avec beaucoup de conviction une touriste occidentale… Un jeune moine noue des bracelets de laine aux poignets de jeunes filles. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Je vais changer des dollars et réserver deux places dans le bus VIP pour Thakhaek, après demain. Nous prenons un tuk tuk après un âpre marchandage pour nous faire conduire au Pha That Luang, le monument le plus connu de la ville, à l’extrémité d’une longue avenue. Son intérêt architectural est des plus limité, c’est un vulgaire stupa doré dont la flèche s’élance, sans grâce, d’une coupole placée au-dessus de plusieurs plateformes. Chaque détail a sa justification symbolique mais l’ensemble avec sa couche de peinture uniformément dorée, n’a pas l’élégance des stupas de Birmanie. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Après en avoir fait le tour nous reprenons un tuk tuk qui nous dépose près de notre guest house, à l’entrée du temple Vat Si Muang. La salle est partagée en deux et renferme divers statues de Bouddhas devant lesquelles viennent se prosterner des fidèles plus nombreux que dans les autres temples, les noix de coco, les bananes et les fleurs s’entassent. On peut aussi faire résonner de grands gongs circulaires suspendus à des portiques ou découvrir son futur en agitant une boîte remplie de baguettes numérotées, celle qui s’en échappe renvoie à un texte d’horoscope. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Derrière le temple, un stupa ruiné est couvert d’une multitude de statuettes de Bouddhas ou d’animaux et de bougies. Dans tous les temples les statues d’animaux sont nombreuses, si celles d’éléphants ou de biches peuvent s’expliquer par des évènements de la vie du Bouddha, la profusion de zèbres me laisse perplexe ! Nous revenons à pied à la chambre, bien fatigués par cette première journée et nous somnolons avant que je ne me remette à la rédaction de ce texte. Faute de restaurant à proximité nous décidons de confier de nouveau la satisfaction de nos estomacs à la « rôtisserie » de la veille. Nous nous installons à la table du petit déjeuner puis je vais commander des brochettes, acheter un paquet de chips et une bière. Nous pique-niquons ainsi de saucisses très grasses, d’une autre plus appétissante au goût proche de celles que nous achetons à Toulon, des lap cheong. La brochette de porc est également très grasse, une nourriture de Mongol ! Nous regagnons ensuite la chambre.

 

Jeudi 22 janvier : Encore réveillé dans la nuit, je me connecte et trouve des messages de personnes intéressées par le transport de véhicules à Montevideo mais les dates ne sont pas les mêmes. Je me rendors et peine ensuite à me lever, Marie aussi… Nous ne sommes pas prêts avant dix heures. Notre tenancière a téléphoné à Thakhaek et nous avons une chambre réservée pour demain. Marie ne se sent pas bien, comme la veille, de plus la prise de l’antipaludéen, Doxy, ne passe pas bien. Nous partons tout de même à pied par des avenues sans grand intérêt, la circulation n’est pas trop dense, formée par un mélange de tuk tuk, camionnettes « jumbo » et gros 4x4, double cabine et vitres fumées. Nous aboutissons au Talat Sao, le marché central de Vientiane mais le sympathique bazar que nous avions connu et où on pouvait encore trouver des trésors a été transformé en un Mall moderne avec parking, escalators et camelote d’importation. Marie doit faire une pause sur une chaise qui n’attendait qu’elle. Occasion d’observer les gens, constater que les filles sont rarement mignonnes, apprécier qu’elles portent encore, mêlées à des vestes ou chemisiers modernes, des jupes longues identiques aux longyi des Birmanes ou des Thaïlandaises, en soie ou en coton avec une large bande brodée dans le bas. Nous achetons des mangoustans pour améliorer l’ordinaire de ce soir puis nous remontons les Champs Elysées locaux, une large avenue où s’implantent banques, administrations et un lycée où je reprendrais bien du service… Nous parvenons au Patuxai, l’arc de triomphe qui trône à son extrémité.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Il a une allure de Porte de l’Inde avec ses clochetons tarabiscotés. Nous nous reposons à l’ombre de ses arches puis je grimpe à son sommet en soufflant fort. Je ne suis pas le seul, des litres de sueur occidentale imprègnent sous-vêtements et tee shirts des malheureux retraités qui auraient sans doute préféré rester devant TF1… D’autant qu’avec la brume, la vue sur la ville limitée à la proximité est sans grand intérêt. Nous prenons un tuk tuk qui a bien du mal à nous trouver le restaurant où nous voulons nous rendre. Le Vieng Sawan, c’est son nom, n’a pas une carte très étoffée, sa spécialité ce sont les nem nuong et accessoirement des nems plus classiques. Nous avions découvert les nem nuong à Vientiane et nous en avons souvent commandé dans les restaurants vietnamiens de France qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux-ci. Au lieu de vulgaires boulettes grillées de chair à saucisse servies avec trois feuilles de laitue et de menthe, on nous sert de délicieux rouleaux d’un hachis très fin de porc roulé dans une galette de riz, servi avec des crêpes de riz, d’abondantes feuilles de salade, de menthe, de coriandre, d’autres feuilles inconnues et une excellente sauce. Un délice ! Nous nous mettons en quête d’un hôtel pour notre retour à Vientiane, celui que nous avions envisagé, l’auberge Sala Inpeng, dans d’agréables bungalows, en plein centre, est déjà complet pour la fin février. Nous en repérons d’autres puis allons passer les heures chaudes dans un café à regarder baisser le niveau de nos consommations dans le verre. Nous revenons par les bords du Mékong, les camelots ne sont pas encore installés. Retour à la chambre pour trouver un message de Julie, contente de son début de séjour au Mexique puis nous réservons le train pour le retour de Paris en avril et aussi une chambre à Vientiane au Khamvongsa. Nous dînons à la chambre avec des grillades, cailles et demi-poulet délicieux et nos mangoustans, tous parfaits, en dessert.

 

Vendredi 23 janvier : Ce matin, rien ne presse. Nous nous préparons, refaisons les sacs puis attendons le tuk tuk qui doit nous conduire à la gare routière, à midi. A midi et dix minutes, alors que nous guettons, arrive un « jumbo » qui nous hèle. Je lui demande s’il est chargé de nous conduire à la gare routière, il opine du bonnet… Et nous voilà partis à plusieurs kilomètres jusqu’aux bus à destination du sud. Arrivés et débarqués, notre chauffeur nous réclame de lui payer sa course. Il n’avait rien à voir avec l’agence de voyage et nous a racolés par hasard ! Je refuse de payer deux fois d’autant que nous avons réglé 110000 kips à l’agence alors que le prix du billet de bus est de 80000 kips ! Le ton monte, il fait mine d’emporter un de nos sacs, je le rattrape, nous allons dans le bureau où sommeillent des policiers hébétés qui ne parlent pas un mot d’anglais et ne font pas mine d’intervenir. Nous mettons les sacs dans le bus et allons nous installer aux deux places qui restent dans le fond, le bus part… Nous avons choisi le luxe avec un bus VIP, ce qui signifie une climatisation heureusement poussive et de jolis rideaux roses, avec des pompons aux fenêtres. Rideaux que les occupants, toujours effrayés par le moindre rayon de soleil, s’empressent de tirer. Nous ne voyons pas grand-chose du paysage, une brousse sans guère de cultures, les rizières sont asséchées et les buffles toujours aussi amorphes. Forte impression d’être revenus un an en arrière, en Birmanie. Nous suivons de plus ou moins près le cours du Mékong sur une route étroite et au mauvais revêtement à en croire les sauts que nous faisons sur nos sièges. Nous revoyons les maisons en bois sur pilotis, parfois (très) branlantes, certaines ont des murs de bambou tressé. De temps en temps un temple coloré distrait de cette monotone uniformité. A l’heure théorique d’arrivée nous sommes encore à une centaine de kilomètres de Thakhaek. Le soleil se couche, nous terminons de nuit. Dès que nous avons récupéré les sacs, nous sautons avec d’autres touristes dans un tuk tuk, direction le centre-ville et l’hôtel, le Sooksomboon,  où nous avons réservé une chambre. Il se trouve sur les bords du Mékong, au calme semble-t-il. C’est une ancienne demeure coloniale, l’intérieur est aussi accueillant qu’un poste de police, son ancienne raison d’être… La chambre est vaste, haute de plafond et sinistre ; l’ameublement disparate doit provenir d’un marché aux puces et le lit d’une largeur inquiétante, à se perdre dans la nuit… Nous ressortons, affamés, pour dîner. Nous n’avons pas eu le temps à la gare routière d’acheter quelque chose pour déjeuner. Un restaurant en plein air jouxte l’hôtel, ce n’est pas le Coréen attendu mais nous ne voulons pas chercher plus loin. Les lumières sont tamisées, déchiffrer la carte en blanc sur fond vert est une épreuve, nous commandons tout de même trois plats ce qui paraît bizarre au serveur qui nous redemande à plusieurs reprises ce que nous avons choisi. La musique de plus en plus forte interdit toute conversation, on ne s’entend même pas mastiquer ! La salade laap au poulpe est trop pimentée pour Marie, le riz frit est ordinaire et le poisson du Mékong un peu trop cuit. Pas un dîner mémorable. Courte promenade le long du Mékong avant de regagner notre vaste cellule.

 

Samedi 24 janvier : D’abominables moustiques ont osé s’introduire dans la chambre et sont venus troubler notre sommeil. Occasion de nous rappeler que nous devons prendre des précautions… Je laisse Marie terminer sa nuit et à neuf heures je vais à pied à l’office du tourisme, à un bon kilomètre, par des rues larges et peu fréquentées. On m’y donne l’adresse d’un possible loueur de voitures, dans le centre. Je m’y rends en découvrant la rue principale de ce qui était autrefois le centre de la ville. Il en reste quelques maisons très classiques avec le commerce au rez-de-chaussée et à l’étage les pièces d’habitation sous un toit de tuile, d’allure bien française. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Je suis tout de même un peu déçu par leur faible quantité mais la « ville » coloniale ne devait pas être très étendue non plus. Je trouve un minibus à louer pour 85 $ par jour mais avec chauffeur dont j’aurais préféré me passer. Je reviens à la chambre faire un compte-rendu à Marie qui finit de se préparer. Nous longeons les berges du Mékong, atteignons la croquignolette place entourée d’anciennes maisons de commerce mais dont la fontaine est cachée par d’immondes bâches sous lesquelles des étals proposent des vêtements, des chaussures et divers objets en plastique, encore aucun artisanat frelaté pour les touristes, patience ! Un beau banian plonge ses racines dans les berges du fleuve en contrebas et étend son ombre sur la route. Nous commandons un thé et des toasts grillés avec de la confiture dans une gargote au bord de l’eau. Nous avons droit à une tasse de thé vert insipide et à des tranches de baguette grillées avec une coupelle de lait concentré sucré en guise de confiture. Il est difficile de se faire comprendre par les gamines qui servent et qui ne parlent pas un mot d’une langue étrangère. Nous longeons les rives agréables et calmes puis revenons sur la place par des petites rues entre des maisons de bois dans la verdure. Nous confirmons la location du minibus et rencontrons un autre couple de Français, intéressés à partager cette location. Nous réservons une chambre pour le retour au bel hôtel Inthira puis allons déjeuner sur les bords du fleuve dans une autre gargote.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Ce n’est pas cher et ce n’est pas bon… Les berges sont couvertes de détritus, la crue se chargera du nettoyage… Nous affrétons un tuk tuk pour nous rendre à la grotte du Bouddha. Nous sortons de la ville alors que tous font la sieste, la route se dirige vers les massifs karstiques qui sortent lentement de la brume. Nous continuons par une bonne piste mais nous devons terminer à pied sous un soleil pénible jusqu’au site de la grotte. Elle est au-dessus d’un lac entouré de pitons, un escalier de béton conduit à son entrée. Il faut se glisser péniblement dans la cavité pour découvrir une vaste salle au milieu des stalactites où plus de deux cents effigies de Bouddha ont été récemment découvertes. Le lieu est fréquenté par des dévots qui viennent se faire bonimenter le futur. Pas question de prendre des photos, Bouddha serait fâché… Nous rentrons à Thakhaek et cherchons, dans les petites rues autour de la place, les boulodromes. Le Laos, et d’autres pays à travers le monde, ont au moins conservé deux acquis de notre culture : la baguette de pain et la pétanque.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous nous reposons avec des boissons devant deux terrains de « petang » où quelques jeunes hommes pointent, tirent avec beaucoup d’habileté entre deux verres de bière. D’autres hommes, plus fortement imbibés les rejoignent, s’intéressent vite à nous et tentent de se faire payer des bières, pour « le sport »… Nous revenons à l’hôtel en longeant une fois de plus le Mékong, alors que le soleil nous joue une « impression, soleil couchant » derrière un temple de la rive thaïlandaise.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Je me connecte pour réserver une chambre à Savannakhet. Nous ressortons pour aller dîner en traversant la cour d’un temple où semble se dérouler une cérémonie funéraire, des femmes sont accroupies devant une grande urne blanche avec le portrait du supposé défunt, des proches banquettes sur des tables dans la cour et d’autres jouent aux cartes. Nous dînons au restaurant de l’hôtel Inthira, les plats ne sont pas très copieux, salade de crevettes crues, saucisse locale et poulet en feuille de bananier, la sauce fort pimentée est servie à part, je quitte la table une fois de plus au bord des larmes… Retour à la chambre par des rues guère animées pour un samedi soir.

 

Dimanche 25 janvier : Réveillés à temps, nous refaisons les sacs puis nous allons prendre un vrai petit déjeuner avec thé, toasts et confiture de fraise dans un petit café tout proche. Le chauffeur nous attend, il ne parle pas anglais, encore moins français et n’est pas très porté sur les sourires… Nous allons chercher Floriane et Gilles qui nous accompagnent dans cette virée. Nous avons de la place dans ce minibus pour 15 ! Nous prenons la route, celle de la veille, qui se rapproche des massifs karstiques, toujours perdus dans la brume. Nous arrêtons bientôt et partons à pied dans une rizière à sec pour approcher de la falaise, longer un calme ruisseau aux eaux vertes qui surgit d’une grotte. Nous nous y enfonçons en enjambant des rochers, nous faufilant entre des blocs rugueux, glissant dans le sable. Marie renonce à poursuivre, le sentier n’est pas du tout aménagé. Je continue, traverse le ruisseau sur des troncs d’arbre, crapahutant dans les éboulis vers le fond de la grotte, bientôt dans l’obscurité mais j’aperçois bientôt une lueur, celle d’un débouché sur un autre versant du piton. Je découvre un beau plan d’eau entouré d’une épaisse végétation.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Le ruisseau s’enfonce sous la roche et disparaît dans le noir. Je reviens retrouver Marie, retour au minibus et nous continuons. Nos compagnons sont de bonne composition et bien entendu nous parlons vite d’autres destinations… Nous arrêtons ensuite dans le village de Mahaxai, à l’écart de la route, au bord d’une rivière. Nous nous promenons entre les maisons en bois sur pilotis, de plus en plus souvent en béton, visitons le joli temple, sa pagode à toits superposés et ses représentations toujours aussi kitsch de personnages et d’animaux. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Derrière la belle et imposante maison qui héberge les moines, deux longues pirogues dont une décorée attendent les jours de cérémonie sous un hangar. Nouvelle étape jusqu’au lac de barrage de Nam Theun. Les troncs des arbres morts forment de sinistres pieux sur lesquels nous ne voyons aucun oiseau perché ! La route devient piste et passe sur des digues entre les zones inondées. Parfois la forêt primaire vient buter sur son tracé mais alors la poussière soulevée par les véhicules recouvre les branches et les maisons des villages que nous traversons. Je n’apprécie que modestement le paysage et faute de tenir le volant je ne puis régler la vitesse, ralentir ou accélérer quand je le souhaiterais et même m’arrêter. Comme toujours avec un véhicule de location avec chauffeur, c’est ce dernier qui décide du rythme… Nous sommes tôt à Lak Sao et décidons de continuer. Le chauffeur s’envole sur la route retrouvée, Marie tente de le modérer mais il continue sans se poser la question de savoir pourquoi nous avons voulu passer sur cette route, le paysage doit lui paraître sans intérêt. Nous arrêtons au pont de Tha Bak pour contempler dans l’eau de la rivière les curieuses pirogues taillées dans d’énormes obus américains datant de la guerre du Vietnam.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous arrivons à Ban Khoun Kham où nous avons décidé de passer la nuit. Nous nous faisons déposer au Sainamhai Resort où nous avons les deux derniers jolis bungalows en bois sur pilotis. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant, un grand pavillon au-dessus de la rivière et y attendons l’heure de dîner. Nous dînons copieusement de plats dignes d’un restaurant asiatique de France, sans originalité, pour une clientèle occidentale.

 

Lundi 26 janvier : Il n’a pas fait très chaud cette nuit sous la mince couette et faute d’un grand lit, nous n’avons pu nous tenir chaud. Nous allons prendre le petit déjeuner, sur la très agréable terrasse au-dessus de la rivière. Un tel lodge en Afrique coûterait beaucoup plus cher surtout avec quelques hippopotames dans l’eau et autres animaux venus se désaltérer au marigot… Nous repartons et arrivons bientôt à Kong Lo. Nous payons le très modique droit d’entrée dans le parc, au pied des montagnes, et nous nous garons au bord d’une jolie rivière. Nous louons une pirogue pour nous deux, Floriane et Gilles font de même. On nous affuble de gilets de sauvetage et nous suivons notre jeune piroguier. Nous devons d’abord marcher dans le sable et le gravier de la rivière, découvrir l’entrée de la grotte d’où sourd l’eau au pied de l’impressionnante falaise et y pénétrer.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous montons à bord d’une étroite pirogue en bois mue, non pas à la pagaie comme je le pensais naïvement, mais au moyen d’un moteur et d’une hélice « longue queue ». Nous nous enfonçons dans l’obscurité la plus totale, avec pour seul éclairage les lampes frontales de notre piroguier et celles qu’on nous a prêtées. Nous avançons sous une voûte presque parfaite d’où se sont détachés des rochers entre lesquels il faut louvoyer. Nous parvenons à une zone éclairée pour mettre en valeur quelques stalactites et stalagmites. Nous débarquons pour suivre un sentier aménagé qui nous fait passer entre les concrétions. Nous ne sommes pas très amateurs de ces fantaisies de la nature et Marie peste, souffle râle, regrette d’être venue là… Nous remontons dans notre pirogue après avoir pataugé dans l’eau et continuons d’avancer en essayant de deviner les parois du tunnel. Nous devons encore une fois quitter notre embarcation, glisser sur les roches et avancer de quelques mètres pendant que notre batelier fait franchir, en le hissant, une zone de rapides à son esquif. Dernière étape pour parvenir à la sortie, retrouver une belle lumière et une épaisse végétation sous les falaises à pic. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous arrêtons peu après et avons le droit d’aller nous dégourdir les jambes devant les étals de quelques marchandes de tissus. Nous revenons plus rapidement par le même chemin, sans nous arrêter aux stalactites. La promenade nous a pris trois heures, agréables mais sans plus. Il y manque les Bouddhas qu’en Birmanie nous y aurions vus inévitablement. Nous déjeunons dans une gargote indiquée par le chauffeur en compagnie d’une famille de Français sur les routes depuis plusieurs mois et qui font la classe à leurs enfants. Plats basiques, pas chers. Nous sommes au milieu de champs de tabac, heureuses taches de verdure que nous apprécions au milieu de ces rizières sèches et de ces falaises où s’accrochent des buissons roussis. Je regrette vivement que nous n’ayons pas retenu la leçon de la Birmanie et que nous n’ayons pas choisi une autre saison pour venir. Nous prenons la route du retour avec une dernière halte à un col pour une vue magnifique, bien que dans la brume, sur des roches déchiquetées qui se détachent, en plans successifs, les unes sur les autres. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous sommes de retour peu avant la nuit à Thakhaek. Nous devons régler le plein d’essence. Nous laissons Gilles et Floriane à leur hôtel et le chauffeur nous dépose à l’Inthira hôtel où nous avions réservé une chambre. Nous lui donnons un pourboire et nous nous installons dans une chambre décevante, très bien aménagée mais avec des lits séparés et une vue sur les toits… Je repars aussitôt pour aller régler la location de la voiture et croise dans l’escalier de l’hôtel le chauffeur et le loueur, affolé, venu se faire payer… Je réserve le bus pour demain pour Savanakhet et sur internet une chambre à Paksé. Puis je découvre que la fête à Champassak a lieu plus tôt que prévu et qu’il nous faudrait donc modifier nos dates de réservation. Nous ressortons pour dîner et finissons par revenir, contre mon gré, nous installer au restaurant de l’Inthira. Nous commandons des plats qui se révèlent meilleurs que je ne le craignais et notamment des nems que je juge délicieux. Mais nous avons eu bien raison d’y dîner car l’un des responsables de l’hôtel vient nous faire la conversation. Il parle parfaitement français, nous lui expliquons notre problème de date à Champassak, qu’il règle en un coup de téléphone ! Nous regagnons la chambre puis je redescends écrire à une table sur la rue.

 

Mardi 27 janvier : Nous sommes réveillés par les gargouillis intempestifs de la plomberie puis par les travaux en cours pour l’agrandissement de l’hôtel. Un copieux petit-déjeuner nous fait pardonner ces désagréments. Peu avant dix heures un tuk tuk, cette fois-ci je m’assure qu’il s’agit bien de celui attendu, vient nous prendre et nous dépose à la gare routière, presqu’à la campagne. Nous montons aussitôt, seuls touristes à bord d’un bus ordinaire mais dont les rideaux, toujours festonnés, sont bleus… Je vais acheter quelques fruits, des longanes et de petites bananes, pour le voyage. Nous partons à l’heure pile. La route continue de suivre le Mékong sans que nous ne l’apercevions jamais. Le paysage est toujours aussi désespérant, rizières asséchées, villages sans charme et détritus tout au long de la route. Les sacs plastiques et les emballages en polystyrène jonchent les rues, les routes, les champs, les bords des rivières. Au grand prix du pays le plus pollué par ses déchets, le Laos serait très bien placé… Nous avançons à bonne allure et après trois heures de route pour 125 kilomètres, nous sommes rendus à la gare routière de Savanakhet. Aussitôt un tuk tuk nous propose un tarif honnête pour nous déposer à l’hôtel de notre choix. Nous avions réservé au Leena guest house mais le trouvant un peu éloigné du centre, nous nous faisons déposer au Souannavong guest house. Mais les chambres y sont si minables que je pars à pied, laissant Marie à la garde des bagages. Il fait très chaud, beaucoup plus qu’à Thakhaek et je commence à transpirer dans les rues désertes à cette heure. L’hôtel que nous aurions aimé occuper est en travaux. Dommage, dans une belle maison coloniale refaite à neuf et à proximité de la place centrale occupée par des maisons anciennes, rénovées pour certaines, nous y aurions été bien placés. Ma première impression de Savanakhet est plus positive qu’à Thakhaek, le nombre de maisons coloniales y est plus important et des ensembles dans quelques rues ont beaucoup de charme.

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Je cherche ensuite le Leena guest house, une bonne marche, plus que je ne le pensais, m’y amène. Pas trace de notre réservation, néanmoins nous pouvons avoir une chambre nettement plus agréable que celles du Souannavong. Je donne mon accord et reviens chercher les sacs et Marie. Je sue à grosses gouttes à trimbaler notre paquetage au rythme lent de Marie. Je ne suis pas très heureux de constater qu’on nous applique le tarif des chambres réservées alors que le tarif normal est inférieur mais le patron qui a retrouvé notre réservation ne veut pas en démordre et nous n’allons pas discuter pour quelques malheureux dollars. Nous nous octroyons une courte sieste en utilisant pour la première fois la climatisation. Nous repartons à pied dans le centre-ville en passant par le Vat Rattanalangsi, très coloré bien entendu, et fraîchement repeint. Le fronton du temple principal, pas encore ripoliné, surmonté de têtes de dragons de bois stylisées, nous paraît plus intéressant que le reste. Marie est pressée, elle voudrait passer à l’office du tourisme mais, à son grand désespoir, il vient de fermer. Nous allons contempler les berges du Mékong, occupées, comme à Thakhaek, par des gargotes, plus nombreuses mais avec moins de charme. Nous revenons vers la place et continuons par d’agréables petites rues que bordent des commerces, ouverts sur la rue, où la télévision fonctionne en permanence. Les plantes vertes dans des pots de toutes tailles débordent sur les trottoirs, l’orchidée est des plus communes.

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Nous allons prendre, épuisés, un pot dans un café, Lin’s, gentiment aménagé mais Marie casse un verre et on ne manque pas de nous le facturer… A l’étage une salle présente une petite exposition sur le passé de Savanakhet et toutes les maisons anciennes y sont recensées sur un plan. Nous n’avons plus trop le courage de marcher encore bien que le soleil décline et que l’air fraîchisse. Je pars à la recherche d’un restaurant coréen mais lui aussi a disparu, longue marche dont j’aurais pu faire l’économie. Beaucoup de maisons arborent fièrement le pavillon national. Quelques-unes, les plus  riches le plus souvent, y ont ajouté un drapeau rouge marqué d’une faucille et d’un marteau, sans doute une marque d’appartenance au Parti… Je reviens par les bords du Mékong, retrouve Marie qui m’attendait sagement sur un banc. Nous ne savons pas trop où dîner faute d’un établissement qui proposerait une authentique cuisine laotienne et non les éternels fried rice et fried noodles pour touristes sans imagination. L’absence de tuk tuk dans les rues à cette heure, nous contraint à rentrer à pied et finalement à dîner à l’hôtel de fried noodles et fried vegetables… 

 

Mercredi 28 janvier : Bonne nuit, au début en profitant de la climatisation puis nous nous en passons au petit matin. Nous prenons le petit déjeuner à la guest house puis après en avoir vainement marchandé un premier, nous partons avec un second tuk tuk pour le stupa de Vat Hin Hang à quelques kilomètres. A l’intérieur d’une grand enceinte dont les niches des murs sont intérieurement pourvues de Bouddhas tous identiques et dorés, se dresse un stupa, un peu trop cimenté mais il est l’objet de la ferveur des fidèles qui comme à l’habitude viennent déposer des offrandes de fleurs et de fruit.

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Ses quatre faces présentent sur plusieurs niveaux des figures plutôt laides de Bouddha et autres personnages. De vénérables moines se tiennent dans un pavillon ouvert à la disposition de ceux qui se posent des questions métaphysiques ou, plus sûrement, matérielles. A l’extérieur un long serpent de béton couronne un mur sur quelques dizaines de mètres

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Nous revenons et nous nous faisons déposer à proximité de l’office du tourisme mais il est encore fermé… Nous tournons dans les rues environnantes, examinant les anciennes maisons de marchands chinois puis rendons visite au Vat Sayamungkun, toujours beaucoup de dorures et de couleurs, surtout du rouge. Nous revenons vers la place centrale et jetons notre dévolu pour une gargote de plein air qui a installé des tables et des chaises de plastique sous une toiture de tôles ondulées. Nous nous faisons servir des demi-poulets grillés ainsi qu’une salade de papaye verte, pas trop pimentée mais Marie n’y touche pas. Pas de bière, nous devons nous contenter d’eau. Il fait trop chaud pour nous promener. Nous rassemblons nos dernières forces et au plus fort de notre courage nous parvenons à nous traîner une centaine de mètres jusque sur les bords du Mékong où nous nous affalons sur des chaises plastiques pour boire le lait d’une noix de coco ou un soda en regardant couler lentement les eaux brunes. Nous allons jusqu’au Vat Sainyaphum où de magnifiques arbres dispensent une ombre bien venue. Quelques pavillons et temples sont éparpillés dans la verdure. Des écureuils, des mainates et d’autres oiseaux sont enfermés dans des cages, ce qui nous paraît bien peu bouddhiste… 

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Nous repartons par les rues toujours aussi peu animées et après être allés consulter la carte d’un restaurant français, nous rentrons à pied à l’hôtel. En passant nous revoyons le Vat Rattanalangsi où nous trouvons le Bouddha couché, tout neuf semble-t-il, enfermé dans un pavillon derrière des vitres, pas très beau. Nous nous reposons à la chambre puis je ressors à la recherche d’un restaurant pour ce soir mais en vain. Je m’installe pour rédiger mon pensum journalier, pour le plus grand régal des moustiques qui s’en donnent à cœur joie. Marie est fatiguée, épuisée, à bout de force mais elle n’a pas envie de dîner encore à la guest house. Un couple Belgo-vietnamien nous a parlé d’un restau vietnamien dont la localisation est très imprécise mais elle a envie d’y aller. Nous voilà repartis. Le restaurant cherché n’est pas là où il devrait être, nous en trouvons un, fermé. Au point où nous en sommes nous continuons jusqu’au Lin’s Café, fermé ! En désespoir de cause nous dînons, un peu plus loin, sur la place centrale au Lisa’s Café. Marie se déclare contente, c’est le principal… Il faut encore revenir par des rues désertes à huit heures et demie.

Jeudi 29 janvier : Réveil perclus de douleurs, muscles et os se rebellent contre les tortures que je leur inflige depuis quelques jours. Après le petit-déjeuner, le même que la veille mais au lieu de nous faire servir un thé, obligatoirement vert, nous avons demandé des tasses d’eau chaude et avons utilisé un de nos sachets Lipton ! Un tuk tuk francophone nous conduit, très en avance, à la gare routière où nous attendons de prendre le bus pour Pakse. Nous descendons régulièrement et sûrement de catégorie à chaque voyage. Les deux précédents étaient des bus « VIP ». Pas celui-ci, passablement défraîchi, avec une climatisation naturelle obtenue en laissant la porte ouverte même en roulant. Le chauffeur est fou amoureux de son avertisseur sonore qui ne le lui rend pas et hurle à chaque fois qu’il tente une main baladeuse un peu trop appuyée, c’est-à-dire en permanence ! C’est un omnibus qui s’arrête à la demande pour charger ou débarquer des passagers. La circulation est très peu dense ce qui nous autorise une honnête moyenne de 50 km/h. A un arrêt, montent des vendeuses de brochettes, sans doute des Vietnamiennes à voir leur grand chapeau de paille coniques. Certaines sont emmitouflées, portent même des gants. Elles sont presque plus nombreuses que les passagers, gênant ceux d’entre eux qui veulent descendre et les empêchant de remonter quand, à l’impérieux coup de klaxon, elles essaient, à leur tour, de descendre… Quelques-unes feront avec nous quelques kilomètres avant d’y parvenir à l’arrêt suivant. Le paysage est inchangé, les bords de route et les champs proches couverts de sacs plastiques. Nous arrivons au bout de cinq heures de route à Pakse. Nous sautons du bus et continuons avec un tuk tuk qui pour justifier son prix, nous fait faire le tour de la ville avant de nous déposer au Phi Dao où nous avions réservé une chambre. Nous sommes bien attendus mais la chambre qu’on nous attribue a une climatisation défaillante, on tente de nous installer dans une autre sans fenêtre puis dans une troisième où le lit occupe toute la place. En colère, je demande le remboursement, ce qui ne pose aucun problème et je repars à la recherche d’une chambre. Vite trouvée à une cinquantaine de mètres, à peine moins confortable, au Langkam Hôtel. Je me connecte, non sans mal, dans le hall, pour ne pas trouver de message de Julie… Nous ressortons et allons nous renseigner sur les possibilités de location d’une voiture sans chauffeur. Yves, un très sympathique Belge, installé à Pakse et connu comme la providence des voyageurs nous informe sur les tarifs. Nous ne décidons rien sur le moment, nous aviserons demain. Nous allons prendre un pot à la terrasse, très agréable de l’hôtel que nous avons fui, discutons en échangeant quelques informations avec d’autres francophones. Le nombre de touristes est particulièrement important dans cette ville et de ce fait le nombre de restaurants aussi. Je vais en repérer quelques-uns, un vietnamien, un laotien et des indo-malais. Nous avons le choix. Marie a une petite préférence pour le Jasmin, juste en face de l’hôtel. On nous y sert un biriani de mouton et un ragoût de mouton tous deux très parfumés, avec un nan que je couvre de sauce à la menthe pimentée. Retour à la chambre, message à Nicole, toujours rien de Julie.

 

Vendredi 30 janvier : Marie n’a pas très envie de se lever, moi non plus, nous tardons à nous mettre en route. Sur TV5, l’émission « C’est dans l’air » d’Yves Calvi, à propos des djihadistes en France et dans le monde ne nous donne pas très envie de rentrer… Nous nous décidons à aller prendre le petit déjeuner à la terrasse du Phi Dao qui ne nous aura jamais tant vus depuis que nous en sommes partis… Nous allons voir de près le temple vat Luang, trois bâtiments, les plus anciens, à toits de tuile ont plus fière allure que le plus récent. Dans l’un d’eux, un grand Bouddha et d’autres plus petits attendent les offrandes, les murs du sim sont couverts de fresques naïves et récentes contant la vie de Siddharta Bouddha avant et après l’Illumination.

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Nous marchons jusqu’à l’office du tourisme, il commence à faire chaud et les rues sont presque désertes. Nous revenons en passant par le Pakse Hotel qui propose le soir un restaurant en terrasse avec cuisine française. Nous réservons une table pour ce soir. Nous passons par la place où se tiennent deux belles maisons anciennes, l’une transformée en hôtel, l’autre est le siège de l’association des Chinois de Pakse. 

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Nous allons déjeuner en terrasse au Kuan Moi, un restaurant avec des plats vietnamiens et en particulier des nem nuong mais servis froid ! Heureusement la sauce est très bonne et nous sortons rassasiés, à défaut d’être totalement satisfaits. Un tuk tuk nous emmène au musée provincial. Nous y sommes dix minutes en avance puisqu’il est censé ouvrir à treize heures trente. Alors que nous désespérions, une employée survient à quatorze heures et nous ouvre les portes du bâtiment. Peu de choses à y voir, au rez-de-chaussée, quelques linteaux provenant du Vat Phu, le temple khmer de Champassak, trois tambours de bronze et divers objets étiquetés en laotien, parfois en anglais. Des photos anciennes jaunissant sur les murs et les vitrines attendent toujours la prochaine tornade blanche… L’étage est consacré à la lutte anticolonialiste, à l’amitié des peuples laotiens et vietnamien et aux glorieuses réalisations du Socialisme… La visite n’a pas excédé une demi-heure… Retour à l’hôtel pour une sieste méritée. Je descends dans le hall pour bénéficier du wifi et télécharger Skype, ce à quoi je n‘avais pas pensé avant de partir. Nous ressortons à la nuit tombante et allons confirmer notre réservation d’une voiture auprès d’Yves, en essayant d’établir un planning. Nous allons ensuite faire un tour au marché central. Les marchands de fruits n’ont ni mangoustans ni ramboutans et dans la partie « shopping center » ne se vendent que des vêtements ou des chaussures modernes, rien qui ne nous intéresse. Dans une boutique nous trouvons quelques tissus intéressants, des tabliers de l’ethnie Môn mais les prix ne baissent pas autant que nous le voudrions. 

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Nous nous rendons au Pakse Hotel où, au sixième étage, sur la terrasse dominant toute la ville et, croyons-nous deviner, le Mékong, nous nous attablons pour un repas inhabituel puisque nous commençons par commander deux cocktails puis enchaînons par des plats où se mélangent influences françaises et asiatiques : beignets de crevettes sauce tamarin et oignons confits, poulet farci au crabe et poisson farci au gingembre et champignons chinois, bonne cuisine, rien d’exceptionnel même si l’addition avec une bouteille de Côte du Rhône blanc dépasse les sommes habituelles… Retour à la chambre pour digérer…

 

Samedi 31 janvier : Lever à peine plus matinal. Toujours pas de nouvelles de Julie… Petit-déjeuner identique à celui de la veille, pris au même endroit. Nous commençons à avoir des habitudes… Nous nous rendons au grand marché de Daohuang en tuk tuk. D’immenses halles débordent sur la place, les marchandes à l’extérieur sont installées sur le sol pour vendre légumes et fruits connus et inconnus : bananes, noix de coco, mangues, papayes, pitayas, fruits de la passion, corossols, raisins, pommes, citrons verts, mandarines, jacques, oignons, tomates, persil, menthe, citronnelle, herbes et feuilles étranges et odorantes et bien d’autres encore.

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Plus loin ce sont canards, poulets, grenouilles minuscules et malheureux pigeons, poissons-chats, carpes dans des bassines oxygénées. Dans les viandes c’est le porc qui domine, leurs têtes posées sur les étals. Dans de grandes bassines, marinent des morceaux de poisson qui font une saumure odorante, le paa daek, le nuoc mam du Laos. Une halle est consacrée aux vêtements modernes : jeans, blousons, chaussures et plus classiques : jupes droites tissées de fils dorés et corsages ajustés aux couleurs vives. 

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Après en avoir arpenté les allées, nous nous rendons sur les bords du Mékong, peu animés. Le trafic routier passe sur le long pont dit « japonais » et va se perdre dans la brume sur l’autre rive. Quelques caboulots sont installés en surplomb des berges mais il est trop tôt pour déjeuner, nous nous contentons d’un soda en regardant glisser de rares barques. Nous retournons au marché, traînons entre les étals et décidons d’y déjeuner. Deux ping kaï, cuisses de poulet grillées, avec une bière fraîche font notre repas à une des longues tables communes des gargotes regroupées à l’entrée d’une des halles. Nous nous mettons en quête d’un tuk tuk pour nous rendre sur deux sites à quelques kilomètres. Le premier que nous arrêtons n’est pas intéressé mais il va chercher un de ses collègues avec qui nous mettons d’accord, pour un prix inférieur à celui indiqué par la redoutable Miss Noy, la patronne d’Yves le Belge, que je verrais bien dans un film de James Bond, non pour sa plastique mais pour son inflexible sens des affaires… Nous reprenons la route du Nord puis au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous tournons pour le village de Ban Saphai. Nous aboutissons sur les bords du Mékong, sous des arbres à l’ombre bien venue. Aussitôt nous embarquons sur une barque à moteur qui nous fait traverser jusqu’à l’île de Don Kho. Remonter sur la berge, sur un escalier branlant, aux marches étroites, est un exercice dont Marie se serait bien passé. Elle se remet de ses émotions puis nous suivons le chemin qui longe la rive et sert de rue principale au village endormi. Il n’est formé que d’une seule rangée de maisons traditionnelles, en bois, à un étage, sur pilotis. Au rez-de-chaussée, sous la maison proprement dite, des métiers à tisser sont installés, quelques femmes s’y activent. 

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Derrière, les rizières semblent abandonnées, écrasées de soleil. J’abandonne Marie et continue à la recherche du cimetière dans la forêt… Je dois traverser les rizières, bien entendu sans ombre, puis chercher mon chemin dans une forêt de bambous aux pieds desquels des termitières grandissent, puis de tecks. Je parviens à la pointe de l’île sans avoir vu de tombes. Il me faut encore revenir en traversant cette forêt dense sans avoir pu prendre de repères ni avoir joué au petit Poucet. Après m’être battu avec les broussailles, je trouve un sentier qui me ramène dans les rizières et bientôt à Marie. Nous jetons un œil au vat avec une belle collection de statues naïves en béton qui me rappellent celles du Ghana ! Nous reprenons la barque puis le tuk tuk, revenons vers Pakse. Nouveau détour pour le temple de Vat Chomphet. Un ensemble de bâtiments de style ancien ou carrément moderne et en arrière un gigantesque Bouddha aux pectoraux de béton, entouré de représentations du même mais de plus petite taille, tous bien dorés. 

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Nous pouvons pénétrer sous la construction, déambuler sous les fesses du divin Seigneur et nous y faire bénir par des nonnes au crâne rasé. L’une d’elle tient à attacher au poignet de Marie un bracelet de coton, tout en récitant des paroles propitiatoires, avant de lui faire glisser les mains sur un énorme gong jusqu’à le faire résonner.

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Ainsi placés sous les meilleurs auspices, nous nous dirigeons vers le temple d’où sortent des litanies relayées par des haut-parleurs. Nous nous déchaussons et allons respectueusement nous glisser derrière une assemblée de braves dévotes, assises en tailleur, face à un moine qui, depuis une chaire, récite des mantras dans un micro. 

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Toutes ces gentilles petites vieilles aux chignons bien tirés qui ont mis leurs plus belles tenues, corsages brodés, écharpes de dentelle, se disputent nos poignets pour y attacher, en marmonnant des vœux, d’autres bracelets… 

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Dans le fond un vénérable, un instant distrait par notre venue, retourne à sa somnolence digestive. Nous allons regarder travailler des sculpteurs de pierre qui taillent des Bouddhas avant de les peindre. Il s’en trouve de toutes tailles et à toutes les étapes du processus. Enfin nous rentrons à Pakse, notre chauffeur nous dépose devant l’hôtel. Je vais réserver auprès d’Yves le bus pour nous rendre à Champassak demain. Une sieste en climatisé est bienvenue. Je l’interromps pour descendre me connecter et trouver enfin un court message de Julie qui nous rassure néanmoins. Je remonte me reposer avant que nous n’allions dîner dans le beer garden de l’hôtel Sala Champa. Nous sommes au frais et nous commandons un repas laotien avec un laab de poisson servi comme il se doit avec des feuilles de menthe, de coriandre, du jus de citron vert, du paa dek, et évidemment du piment. Les saucisses sont excellentes, bien parfumées et enfin nous avons trouvé ce plat qui fait le bonheur de Julie et que nous avions goûté à Paris : du riz croustillant, boulettes de riz soufflé mélangées avec de la saucisse et des arachides, servies avec des feuilles diverses et une sauce sucrée. Excellent repas d’autant que nous avons aussi eu droit à des bières pression. Retour à la chambre pour une nuit de repos mérité.

Dimanche 1er février : Nous nous levons à six heures trente pour être prêts avant huit heures, heure à laquelle le « bus touristique » doit venir nous chercher et nous emmener à Champassak. En finissant de refaire les sacs, je m’aperçois que j’ai oublié mon blouson dans l’armoire de la chambre du Phi Dao que nous avions quitté faute de climatisation. Je descends les sacs et me précipite au Phi Dao. Bien entendu pas trace de mon blouson et ceux qui occupent la chambre n’étant pas encore sortis, il n’est pas possible de vérifier s’il s’y trouve encore… Un minibus vient nous chercher, nous sommes presque les seuls passagers. Nous n’allons pas loin, au prochain carrefour. Là, nous devons monter dans un bus normal. Pas pour longtemps, on nous fait redescendre et diriger vers un autre minibus mais je n’ai pas de place, un jeu de chaises musicales s’installe et je finis par occuper un siège, à côté de Gilles et Floriane qui font le même parcours. Cette fois nous sommes partis ! Le trajet est court, une trentaine de kilomètres, les plus chers du voyage, mais les touristes sont prêts à payer… Nous sommes restés sur la rive orientale du Mékong et nous allons donc devoir passer sur l’autre rive dans une barque après une marche pénible dans le sable avec les sacs. De l’autre côté un tuk tuk nous emmène à Champassak même, la localité semble agréable, alanguie dans la verdure le long du Mékong. Nous avons bien une chambre réservée à l’hôtel Inthira, dans l’un des deux bâtiments coloniaux restaurés et transformés en hôtel de charme. C’est bien la première fois que nous pouvons fréquenter ce type d’hébergement, généralement interdit à notre porte-monnaie… La chambre, bien qu’en retrait, a vue sur le fleuve, le sol est de larges planches sombres et a été plutôt joliment aménagée même si des détails laissent à désirer. Je me connecte à la réception, le wifi ne fonctionne pas dans la chambre, contrairement à ce que m’a assuré le réceptionniste. Message de Julie plus détaillé et nouvelles de Mireille qui nous souhaite la Bonne Année juste à temps… Nous déjeunons en compagnie de Gilles et Floriane qui se régalent d’une pizza à la banane et aux ananas !!! Nous prenons des plats plus classiques pour le Laos, un pad thaï et un risotto. La cuisine se veut « fusion » ce qui semble signifier plats locaux édulcorés pour les accommoder au supposé palais occidental… Nous partons en tuk tuk pour le Vat Phu avec nos compagnons de rencontre. Ils nous abandonnent dès que nous sommes arrivés au parking. Y stationnent tous les véhicules qui ont amené les fidèles, curieux, jeunes en quête d’amusements pour cette fête à l’occasion de la pleine lune de février et qui doit durer trois jours. Nous remontons l’une des allées qui longent le baray, ce bassin en eau que l’on trouve dans tous les grands sites khmers. Nous ne savons pas exactement ce qui doit se passer aujourd’hui, on nous a parlé d’inauguration de la fête sans avoir pu en savoir plus. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner, il fait très chaud, le baray est très long… Tout au long sont installés des stands, principalement de nourriture mais aussi des marchands de jouets, de quincaillerie, de vêtements, etc… Nous apercevons des éléphants que leurs mahouts éloignent. A l’extrémité du bassin commence une chaussée couverte de dalles irrégulières, bordée de pierres dressées en forme de lotus. Nous devons acquitter un droit d’entrée au temple, 35000 kips pour les étrangers, 5000 pour les locaux… Encore une longue marche sous le soleil, sans ombre, jusqu’aux deux pavillons qui flanquent l’entrée des ruines du site. On me réclame un droit de photographier que les Laotiens ne doivent certainement pas régler alors qu’ils sont tous à se prendre en photo partout en prenant des poses stéréotypées. Je refuse de payer et éteint l’appareil pour le rallumer plus loin. Nous découvrons alors de superbes frontons et linteaux sculptés avec des représentations des divinités hindous, Shiva, Parvati, Vishnou, Nandi, etc… 

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Les deux grands pavillons rectangulaires de l’entrée ont des murs percés de fenêtres carrées fermées par des balustres identiques à ceux des temples du Cambodge. Le Vat Phu n’est pas aussi prestigieux qu’Angkor certes, mais j’aime retrouver ici, ces traces du rayonnement khmer. Nous nous promenons à l’intérieur des deux pavillons, franchissons les portes par de hautes marches. 

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Les promeneurs sont partout, les papiers gras aussi. Ce ne sont certainement pas les meilleurs jours pour visiter le site… Des offrandes et des cierges sont déposés devant des statues brisées ou un dvarapala de pierre, ceint d’une robe safran et protégé du soleil par une ombrelle, les gens se recueillent, mains jointes pour une courte prière. Nous achetons une bouteille d’eau à l’une de ces marchandes qui ont flairé la bonne occasion de gagner quelques milliers de kips en acheminant boissons, glacières, biscuits, quelques chaises et parasols, au sommet des escaliers aux marches inégales. La vue porte sur tout le site et le fourmillement humain qui grouille sous les tentes aux couleurs de marques commerciales. Quelques moines s’égarent dans les ruines, taches orangées facilement repérables. 

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Nous ne montons pas jusqu’au sommet et décidons de redescendre vers le lieu où m’assure-t-on, va être procédé à l’inauguration des festivités. Après avoir traversé une kermesse bruyante où l’on s’affronte à grands renforts de décibels, nous atteignons une vaste place où les curieux s’agglutinent. Heureusement les autochtones ne sont pas de grande taille et nous pouvons apercevoir, en nous en approchant, des jeunes femmes habillées de costumes dorés qui se déhanchent à la manière des danseuses des ballets royaux khmers. 

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Les éléphants caparaçonnés sont là mais à peine parvenons-nous à la place des cérémonies qu’ils s’éloignent, quittent les lieux à bonne allure. Nous nous glissons dans la tribune officielle, personne ne s’y oppose. Nous avons alors une vue parfaite sur le défilé de troupes de danseuses, pas toujours en phase, en costumes traditionnels, puis viennent des discours pompeux, mécaniquement applaudis par toutes ces personnalités importantes… Nous n’insistons pas et revenons vers l’entrée en passant entre les marchandes de riz gluant dans des rouleaux de bambous, les grillades de poulet, les vendeuses de soupes. Notre tuk tuk revient nous chercher, nous ne sommes pas les seuls à repartir. De retour à l’hôtel, nous allons prendre un pot sur les bords du Mékong puis nous nous installons à la réception pour profiter d’internet et réserver une chambre à Don Khon. Nous nous reposons à la chambre avant de dîner à une table sur la rue à l’hôtel, d’un curry fade, servi avec des carottes et des pommes de terre, à croire qu’il n’y a ni champignons ni pousses de bambou à Champassak ! Même remarque donc que ce midi à propos des plats proposés aux touristes dans les hôtels. Marie a plus de chance avec du poisson servi en feuilles de bananier.

Lundi 2 février : Nous faisons presque la grasse matinée puisque ce n’est pas avant neuf heures et demie que nous allons prendre le copieux petit-déjeuner. Nous allons ensuite à pied dans le « centre-ville », terme un peu prétentieux pour désigner un carrefour avec trois routes qui y aboutissent et une fontaine sans eau. Nous trouvons le petit théâtre où sont données, en alternance, une soirée de marionnettes traditionnelles et la projection du vieux film de Cooper et Schoedsack : « Chang » que nous voulons voir toutes les deux. Nous apprenons que pendant les trois jours du festival, les représentations sont données au Vat Phu. A l’office du tourisme nous tentons de savoir ce qui doit avoir lieu aujourd’hui mais les indications restent vagues, du sport, des concerts et semble-t-il une course de pirogues. Nous allons nous installer dans un de ces restaurants qui ont eu la bonne idée de construire des terrasses ombragées au-dessus du fleuve. Je retourne chercher et rapporter l’ordinateur pour que nous mettions à jour le texte du blog puis nous déjeunons à ce même restaurant,  plats classiques mais bien cuisinés et copieux. Nous nous faisons conduire, par le même tuk tuk que la veille au Vat Phu. Nous visitons le musée du site, une seule salle avec quelques beaux Bouddhas de toutes tailles et des linteaux du temple d’une belle facture... Les explications générales sont en anglais, les détaillées en français. Nous nous traînons ensuite le long du baray, à la même heure que la veille, sous un soleil féroce. Il n’y a pas grande animation sur le bassin. Une seule pirogue en vue mais l’amoncellement des détritus devient phénoménal ! 

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Nous allons patienter dans la tribune officielle déserte, mais à l’ombre, et légèrement ventilée. Le temps passe et toujours pas de course de pirogues. Je vais aux renseignements, toujours aussi vagues. Nous marchons jusqu’à l’extrémité du baray, et allons nous asseoir sur la première plate-forme du temple, à l’ombre. Nous sommes entourés de familles qui jettent tout autour d’eux… Nous apercevons sur l’eau DEUX pirogues qui semblent bien faire la course. Nous nous rapprochons, il s’agit bien de la course tant attendue… Deux et seulement deux pirogues ! Nous commençons à fatiguer de cette fête, cette foire, sans grand intérêt. Nous allons prendre un soda à une guinguette mieux équipée que les autres, on y sert de la bière avec des fontaines individuelles de cinq ou dix litres, tirée par les buveurs dans des verres remplis de glaçons. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Sur la scène du podium proche, commencent à répéter des jeunes filles pour un spectacle musical qui n’aura probablement pas lieu avant ce soir. Las, saouls de bruit et de soleil, nous nous en revenons vers la sortie alors que la foule de plus en plus nombreuse, arrive. Nous rentrons avec un saoung taw, une camionnette aménagée pour le transport des passagers. Nous nous installons à la réception de l’hôtel pour mettre en ligne le blog, ce qui ne va pas sans mal. Je reviens me reposer à la chambre puis nous dînons à la même table que la veille, à la grande fureur de Marie qui en avait réservé une autre. Sans enthousiasme excessif pour la carte du restaurant, nous prenons des rouleaux de printemps et le poisson en feuilles de bananier pour moi, celui qui avait tant plus à Marie hier. Elle, en manque, commande un steak frites, qui, contrairement à mes craintes, se révèlera plutôt tendre et servi saignant.

 

Mardi 3 février : Pas eu le courage de me lever à cinq heures pour retourner au temple assister à la distribution du riz aux moines… Après le petit-déjeuner nous allons voir sur la route principale, derrière l’hôtel le Vat Nyutthitham. Dans l’enceinte, trois bâtiments, deux ont un style mi-colonial, mi-bouddhiste. L’un comporte des colonnes extérieures sur tout son pourtour et un fronton en stuc aux couleurs passées, l’intérieur est abandonné et rempli d’étrons peu respectueux. Le second a un joli fronton, très ouvragé mais l’intérieur avec un Bouddha doré semble aussi abandonné.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Le troisième, plus récent, est en activité mais sans le moindre intérêt. Nous marchons jusqu’au carrefour central et allons écrire des cartes postales, attablés sur les bords du Mékong, dans un des restaurants. Nous y déjeunons, très peu copieusement avant de revenir à la chambre pour une sieste climatisée. Nous ressortons pour sauter dans un tuk tuk et retourner au Vat Phu. Il est alors cinq heures et le soleil est devenu supportable. Nous sommes très étonnés car en ce jour supposé être le plus important, les allées sont presque désertes, des commerçants plient bagages, laissant le terrain couvert d’immondices. Nous nous demandons combien de temps il faudra aux équipes de nettoyage pour rendre au lieu un aspect présentable. Nous repérons une toile d’écran entre les deux podiums. Je vais me renseigner, il s’agit bien du lieu des représentations du théâtre d’ombre et de la projection de « Chang » mais l’employé de la troupe qui me renseigne est incapable de me préciser l’heure de la représentation ni son contenu. Je laisse Marie assise à la tribune d’honneur inoccupée et vais voir si les évènements se précisent du côté du temple. Bonne nouvelle, plus de contrôle des billets, l’entrée est libre. Des lampes à mèche ont été installées sur les bâtiments du temple, aux portes et fenêtres, le long des murs et des allées mais ne sont pas encore allumées. Je repasse au théâtre d’ombre me faire préciser l’heure éventuelle de la représentation puis je vais retrouver Marie. Nous avançons en direction du temple, la nuit tombe quand nous y sommes et des employés commencent à allumer les petites lampes. Nous montons pour avoir une vue d’ensemble de l’allée centrale et des deux bâtiments balisés de milliers de points lumineux. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les fidèles y ont ajouté des bougies déposées sur les pierres, les fenêtres, les marches ainsi que des bâtonnets d’encens aux lourdes et âcres vapeurs.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Des lanternes chinoises commencent à apparaître, vendues à ceux qui, pour s’amuser ou se garantir une bonne fortune, vont les utiliser. Gros cylindres de papier de soie pourvues à la base d’une rondelle inflammable qui va chauffer l’air emprisonné et provoquer l’ascension de la lanterne. Elles s’élèvent en une pluie d’étoiles et s’éloignent lentement en un chapelet. Nous sacrifions au rituel et envoyons notre lampion dans les airs… 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

 

Nous retournons sur nos pas en croisant une procession de moines, suivis de fidèles mains jointes, apportant offrandes et bougies. Nous arrivons au théâtre d’ombre à temps pour assister au démontage de la structure. Le directeur, Yves Bernard, a renoncé aux représentations qui seraient inaudibles entre les deux podiums aux sonorisations surpuissantes et asphyxiantes dans la poussière des camionnettes qui passent et repassent. Nous faisons un brin de causette avec lui en espérant avoir le plaisir d’assister à une représentation un jour en France… Marie, jamais trop fatiguée quand elle en a envie, et qui a peur de rater quelque chose, tient à retourner dans le temple. Il ne s’y passe rien de particulier, la foule est de plus en plus nombreuse et l’envol des lanternes incessant, une vraie éphémère voie lactée…

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous revenons sur nos pas, achetons un poulet grillé, plutôt un coquelet à en croire sa taille, et allons le manger au bar près de la tribune officielle. La bière coule à flots, par cageots entiers ! Non sans effet sur les buveurs qui, éméchés, deviennent bruyants. Il ne se passe rien sur les podiums, nous nous acheminons lentement vers la sortie, foulant sacs plastiques et boîtes en polystyrène abandonnés. Nous trouvons rapidement un tuk tuk, vite rempli, et rentrons à l’hôtel. Nous achetons le DVD du film « Chang » avec l’accompagnement des musiciens de Champassak pour nous consoler.

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commentaires

Thierry 27/08/2015 18:45

Bonjour
Combien de jours avez vous passé au Laos ? Nous pensons partir en février prochain ..comment était la météo ? ?
Merci d avance pour vos informations
Thierry