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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 17:07
ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Préliminaires…

Juin 2015

 

Samedi 16 mai : Après avoir emmené Julie chez le docteur Baralla vérifier qu’un myxome n’est pas héréditaire, nous rentrons rapidement déjeuner dans le jardin avant que je ne prenne la route. Marie très tendre, Julie amusée… Plein de gasoil puis l’autoroute pour une longue étape de 1200 kilomètres. Pas trop de circulation, peu de camions, des touristes qui rentrent, d’autres, plus nombreux qui descendent vers le soleil. Un arrêt à la hauteur d’Orange pour me dérouiller les jambes, boire un Coca. Plus de circulation avant Lyon, un tunnel à peine encombré, nouveau plein de gasoil à la sortie. Je suis abordé par un Kabyle étonné et content de voir des inscriptions en tifinagh sur la cellule. Peu de voitures ensuite mais plus de camions. Je sors de l’autoroute à Nuit-Saint-Georges, roule au milieu des vignobles dont l’hectare doit coûter une fortune et traverse des villages aux noms évocateurs : Gevray-Chambertin, Vougeot, Musigny etc… J’arrête à un Courte-Paille avant Dijon, perdu dans la campagne. J’appelle Marie qui n’écoute pas ce que je lui dis… Dîner  avec un rosé bien agréable puis je reprends l’autoroute, Il brouillasse et je m’arrête à onze heures sur une aire, avant Nancy. Nouveau coup de fil à Marie sur le point de se coucher, ce que je ne tarde pas à faire.

Dimanche 17 mai : Je dors jusqu’à sept heures, pelotonné dans le duvet car il ne fait pas chaud. Je reprends aussitôt la route dans une épaisse brume et ne petit-déjeune qu’à la station-service suivante, d’un thé et d’un croissant. Je continue d’avancer vers la frontière. Peu avant, je téléphone à Marie tout juste réveillée. Je traverse le Luxembourg et profite d’un gasoil bon marché pour un dernier plein. Entrée en Belgique et contournement de Bruxelles. Je fais une dernière halte pour avaler un sandwich et une bière. Enfin Anvers, je trouve le « truck stop » là où il était indiqué mais tout est fermé le dimanche, pas de lavage, pas de restauration ! Je préviens Marie de mon arrivée à bon port, terme exact puis je décide, puisque j’ai largement le temps, d’aller repérer les lieux pour demain. Je trouve sur les bords d’un large canal les bureaux et le parking des véhicules qui doivent embarquer sur le Roro, quelques camping-cars y sont déjà. Pour passer le temps je m’arrête à Lillo, un ancien fort qui devait commander l’entrée du port d’Anvers. C’est un lieu de promenade fréquenté, d’anciennes maisons en brique, une église ont été préservées, transformées en cafés ou en boutiques d’antiquités, presque toutes fermées. Je me promène dans les environs, une tache de verdure avec des étangs, des arbres qui s’y reflètent et des oies qui caquètent. Je suis très étonné de constater qu’au royaume de Belgique, le bilinguisme ne semble exister que sur les timbres-poste. Nous sommes ici en Flandre, tout est indiqué en flamand, aucune information n’est traduite dans une autre langue, même sur les menus ! Sans doute les Flamands feraient-ils la même remarque en Wallonie… Je décide de revenir au truck stop. Je passe par le village de Stabroek, pas un papier gras, pas un brin d’herbe plus haut que les autres et tout est fermé, je ne sais où je dînerai ce soir ! Je reviens me garer au parking, au milieu des camions et tape ce début de journal. Je tue le temps qui a la vie dure en lisant, consultant ma montre. Arrive un camping-car de Suisses eux-aussi en partance pour Halifax. Nous échangeons quelques remarques puis je retourne à mes lectures. Je retourne à Stabroek à la recherche d’un restaurant, je ne trouve qu’une pizzeria avec un menu en flamand et un fast-food tenu par un Chinois. Une brochette archi-frite, des frites et une bière me feront patienter jusqu’à demain. Retour au parking. Quand la nuit tombe et que je n’ai plus rien à lire, je me décide à essayer de dormir. Les Suisses, Anna et Cédric, reviennent, cognent à la fenêtre et m’informent de l’existence d’un autre truck wash ouvert plus tôt demain et qu’ils vont essayer de trouver. Je ne les suis pas et le regrette ensuite.

Lundi 18 mai : Je suis réveillé avec le jour, peu avant six heures. Je rumine à propos du bien court délai entre le lavage du camion et l’heure limite de livraison, midi, au port. Je décide de partir à la recherche de cet autre truck wash. Je tourne, vire, fais des demi-tours, pas toujours corrects, dans une circulation de camions pressés et qui savent, eux, où ils vont. Je me perds, retourne au parking, dépité. J’attends l’ouverture du café, y bois un thé qui me réchauffe, dehors il fait un froid auquel je n’étais plus habitué. Je vide ma vessie, prête à déborder puis hésite et décide de retourner à la recherche du truck wash en utilisant cette fois le GPS. Il ne tient pas en place, tombe, se bloque et m’énerve rapidement. Retour, queue basse, au parking… L’arrivée d’un gros camping-car italien va débloquer la situation. Je vais les informer dans un effroyable sabir italo-espagnol que lui, Argentin d’origine, me fait la politesse de comprendre… Ils trouvent sur internet un autre truck wash ainsi que sa position. Je les suis et après une dizaine de kilomètres, nous trouvons ce lieu tant désiré, un immense hangar avec des lances sous pression. Pour 50 euros, nos deux camions ressortent comme neufs, ou presque. Nous filons ensuite aux bureaux du transitaire, un formulaire à remplir et un kilomètre plus tard, nous sommes à l’entrée du parc gardé.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

On nous y accompagne et nous nous garons à côté de deux autres camping-cars, les Suisses de la veille et des Français de Nouvelle-Calédonie à qui nous apprenons qu’un véhicule ne peut pas rester plus d’un an dans les pays, Canada, Etats-Unis et Mexique, de l’Alena. Nous discutons jusqu’à ce que des taxis viennent nous chercher. Je pars avec les Italiens dans un taxi conduit par un Pakistanais nerveux. Ils se font déposer à la gare et moi à proximité de la place Grote Markt. Je suis un peu déçu, l’Hôtel de ville au centre, vaguement Renaissance dépare l’exceptionnel ensemble des maisons aux beaux pignons triangulaires. 

 

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Le temps gris et quelques vilaines cabanes de chantier n’arrangent rien. Je cherche un restaurant pour faire un repas un peu plus goûteux que ceux de la veille. Presque tous sont des italiens ou des exotiques ! J’ai envie de manger belge mais les cartes sont toutes en flamand, quasi incompréhensibles ! Je trouve tout de même un petit établissement où je commande une croquette de crevettes et une carbonade flamande, copieuse et bonne. Je refais un tour de la place puis marche jusqu’aux bords de la Schelde avant de repasser devant la cathédrale dont la tour particulièrement haute domine toute la ville. Un concert de carillons s’en échappe. Il ne faut pas marcher loin pour se trouver au milieu d’immeubles récents… Je reviens à pied par une avenue bordée de loin en loin par de très bourgeois immeubles du XIX° siècle. Je passe par l’église Saint-Jacques, construction gothique meublée baroque. Délire de statues et de tableaux qui mène au tombeau de Rubens dans l’abside, avec une de ses œuvres, mal mise en valeur. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Je continue, très en avance, passablement fatigué jusqu’aux bureaux d’Eurolines. Je m’y pose et repose en tapant ce journal. J’attends mon bus qui n’arrive qu’avec une demi-heure de retard, après que l’agence ait fermé ses bureaux et ait mis les voyageurs à la porte, dans le froid. L’arrêt suivant est Bruxelles où les jeunes touristes de retour d’Amsterdam sont remplacés par des matrones congolaises en robes très colorées. Nous repartons après une halte de 30 minutes que je tente de mettre à profit pour trouver un sandwich mais tous les établissements de la gare sont déjà fermés. Nous repartons en direction de Paris. Notre bus double, sous la pluie des files ininterrompues de camions.

Mardi 19 mai : Halte au sinistre centre routier Gallieni où nous changeons de chauffeur et moi de place. J’abandonne la proximité de la radio qu’écoutait le chauffeur, trop fort pour me permettre de dormir, pour un siège dans le fond devant un passager grand fumeur qui empeste le mégot refroidi. Sans voisin, je peux m’installer plus confortablement pour dormir par à-coups. Nous arrêterons deux fois sur des aires d’autoroute, ce qui me donne l’occasion d’acheter un sandwich et une bouteille de Badoit, avant d’arriver à Lyon, au lever du jour. Nous descendons la vallée du Rhône avec des arrêts à Valence, Avignon puis Aix. Je somnole ou contemple le paysage sous la grisaille. Enfin Marseille, légèrement en avance, ce qui me permet d’attraper presque sans attendre un train omnibus pour Toulon. Les contrôleurs ont reçu des consignes pour faire la chasse aux resquilleurs, des jeunes qui montent à chaque arrêt sans billet, étonnés d’en être refoulés… Et enfin Toulon où Julie m’attend pour me ramener fatigué à la maison, accueilli par Marie !

 

 

 Les jours suivants, nous guettons la progression de l’Atlantic Concert qui, après une escale à Liverpool, entame la traversée de l’océan avec notre camion à bord. Si aucun Fletcher Christian ne se mutine (mais nous sommes loin des Mers du Sud…), si aucun iceberg dérivant ou quelque U=Boot survivant ne croisent sa route, il devrait accoster dimanche à Halifax et y débarquer notre camion.

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Dimanche 31 mai : L’Atlantic Concert qui avait disparu dans l’Atlantique Nord réapparaît au large de la Nouvelle Ecosse. Nous suivons sa progression, son accostage puis son appareillage pour New York, en supposant qu’il n’a pas oublié de débarquer notre camion…

Sur la route

Été 2015

 

Lundi 1er juin : La maison bien fermée, tout bien rangé, nous nous traînons, moi avec les sacs à dos et celui sans roulette, en fin d’après-midi, à l’arrêt des bus sur la corniche. Trajet avec des jeunes de retour des plages jusqu’à la gare. Le TER est presque vide et à 19 heures nous descendons à la gare de Cassis où René nous attend. Michèle nous a préparé un bon repas, bien arrosé que nous honorons avant de regagner notre chambre.

Mardi 2 juin : L’alarme sonne alors que les oiseaux commencent à pépier dans l’aube naissante. Rapide petit déjeuner puis René nous emmène à Marignane, bien dans les temps malgré des bouchons sur l’autoroute. Nous enregistrons et passons en salle d’embarquement. Pas de nouvelles de Julie, en route pour Java. Décollage avec un peu de retard, un sandwich et une (excellente) bière plus tard, nous nous posons à Francfort. Un message de Julie nous rassure. Nous devons longuement cheminer dans l’aérogare, heureusement pourvue de trottoirs roulants, jusqu’à la salle d’embarquement pour Halifax. Nous retrouvons Anna et Cédric, les Suisses rencontrés à Anvers, accompagnés de leurs trois enfants. Nous décollons avec une demi-heure de retard que nous ne rattraperons pas. Condor est une compagnie low coast, ce qui signifie que les écouteurs, un meilleur repas et les boissons alcoolisées sont en supplément. Nous nous contenterons du repas basique, très basique, des pâtes sauce bolognaise et d’une bière. Nous lisons, somnolons, guettons sur une carte le déplacement de notre aéronef. Au sol, il fait froid, 6°c, il pleut et le ciel est bien couvert. Nous devons patienter pour passer les contrôles d’immigration, récupérer les bagages et sauter dans un taxi qui pour 60 dollars (canadiens !) nous emmène à notre motel. La chambre est confortable, pas très moderne mais propre et nous avons même une kitchenette. Nous ne traînons pas pour nous coucher.

Mercredi 3 juin : Je suis encore réveillé tôt dans la nuit. Je me décide à me lever à sept heures. J’obtiens un thé bien chaud, gratuit, à la réception et, laissant Marie endormie à la chambre, je vais prendre le bus devant l’hôtel. Il faut introduire le montant exact de pièces dans une machine, heureusement j’avais pris la précaution de me renseigner sur les tarifs et j’avais prévu de la monnaie. C’est l’heure de pointe des travailleurs et la circulation est ralentie. Nous traversons des quartiers de belles maisons en bois, colorées, toujours entourées d’un gazon, évidemment bien vert, sans barrière entre elles. Dans le centre, les immeubles plus récents, fonctionnels, alternent avec des bâtiments imposants du XIX° siècle. Mon bus ne suit pas la route prévue, ce qui m’alarme quelque peu mais tant qu’il se rapproche de mon objectif je ne cherche pas à en descendre et finalement, il me dépose à quelques mètres des bureaux du transitaire où je devais me rendre. Les Suisses et des Allemands sont déjà là, pour les mêmes raisons. Après quelques papiers à signer et un dernier versement en dollars, nous repartons tous, les uns après les autres, vers les bureaux de la douane, peu éloignés. Tampons, signatures, nous pouvons nous rendre au port. Un taxi nous emmène, les Suisses, un Allemand et moi jusqu’à l’entrée où nous devons montrer patte blanche et endosser des gilets fluorescents. Et nous retrouvons nos véhicules, tous en bon état sauf celui des Suisses balafré sur toute sa longueur. Nous nous quittons tous là. Le camion démarre sans problème, je quitte le port et retrouve la route qui longe la baie en direction de notre motel. Je fais un plein de gasoil en constatant que la goulotte de remplissage fuit toujours quand je remplis à ras bord. Je retrouve Marie à la chambre et commence à réinstaller tout dans le camion. Nous allons déjeuner au restaurant chinois de l’autre côté de la route, au bord de l’eau, mais il ne fait pas assez chaud pour profiter de sa situation. Il ne pleut pas et il fait quelques degrés de plus qu’hier mais ce n’est pas encore la canicule. Loin de là… Nous nous faisons servir des plats copieux, tous très sucrés, pas chers le midi mais les taxes (15 %) et le service (15 autre %) sont à rajouter… La coutume du doggy bag est parfaitement admise, nos voisines de table se font toutes remettre leurs restes dans des boîtes de polystyrène prévues à cet effet. Nous retournons finir de ranger le camion puis nous nous rendons dans le centre-ville, sur les quais où les quelques bâtiments anciens de pierre ou de bois ont été transformés en boutiques de souvenirs ou en restaurants.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Derrière eux les gratte-ciel de verre affichent agressivement le nom des sociétés qui les occupent. Après nous être promenés entre ces maisons nous repassons par la Hollis street  bordée d’immeubles de la fin du XIX° ou du début du XX° siècle, souvenirs (?) du capitalisme triomphant dans le Nouveau Monde. Nous n’avons plus assez de temps pour rendre visite à la National Gallery mais nous montons avec le camion sur la colline et nous nous garons devant l’entrée de la citadelle. On nous propose d’y entrer gratuitement pour la dernière demi-heure avant la fermeture. Nous passons les impressionnants fossés, franchissons les épais murs d’une casemate et débouchons sur une vaste cour en étoile où des cadets en uniformes du XIX°siècle jouent à recréer l’ambiance d’une caserne avec beaux uniformes, cornemuses et bonnets à poils… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

La vue sur la ville est très décevante, il est vrai qu’elle manque de charme et les constructions récentes aggravent les choses ! Nous reprenons le camion qui a des réactions bizarres et trouvons en limite de la ville une zone commerciale avec une grande surface Walmart où nous nous ravitaillons. Peu de choix et toujours dans des conditionnements pour familles nombreuses. Pour la bière et les alcools il faut s’adresser à un magasin spécialisé. Les prix sont au moins le double de ceux de France. Pas une bouteille de vin à moins de 10 dollars ! Nous rentrons à la chambre où nous dînons en utilisant la kitchenette. Nous nous penchons ensuite sur les cartes pour essayer de définir l’itinéraire des jours suivants. 

Jeudi 4 juin : Encore réveillé tôt et bien entendu je rumine…Le soleil semble un peu plus soucieux de percer mais il ne se décide pas vite. Nous quittons le motel, traversons Halifax et suivons la route qui longe de plus ou moins près la côte. Nous traversons une forêt d’arbres rabougris qui, sous un ciel encore gris, n’incite pas à la joie… La forêt s’éclaircit, remplacée par des roches sphériques, en approchant de Peggy’s Cove, un croquignolet village de pêcheurs posé sur des dalles de granit. Des hangars à bateaux, sur pilotis, sont plantés sur les berges du minuscule port. Un peu plus loin, un phare tout blanc est le point de ralliement des touristes en peine de photos souvenirs.

 

 

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous continuons de longer le bord de mer en contournant les baies. Cette fois le soleil est plus franchement présent et tout change ! Les couleurs, de fades deviennent éclatantes, les tristes gazons se couvrent de petites fleurs jaunes du plus bel effet et les maisons deviennent de belles demeures opulentes, souvent de style colonial américain, avec véranda. En particulier à Chester où de superbes résidences, toutes en bois, de couleur pastel, amoureusement entretenues, sont dispersées sur une colline au-dessus d’un petit port. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les retraités au volant de mini-tracteurs jouent à tailler leur gazon à la même hauteur que celui de leurs voisins. Après avoir déjeuné dans le camion, au bord d’une baie, nous atteignons Mahone et son amusant alignement d’églises des diverses congrégations. Les maisons, ici aussi, sont superbes, joliment décorées autour des fenêtres et des portes. Encore quelques kilomètres et c’est Lunenbourg, ancien centre important de la pêche à la morue. Il en reste un musée que nous visitons. Un ensemble d’aquariums où quelques homards, inquiets, à juste raison, sur leur sort, se terrent sous des pierres, des saumons et une morue constituent l’essentiel de la faune marine. Une salle est consacrée à l’évocation du dur métier des terre-neuvas, une autre rassemble un bric-à-brac collecté dans les maisons des pêcheurs. Un chalutier et une goélette font également partie du musée. Nous visitons rapidement le chalutier et plus longuement la goélette où est reconstituée la vie à bord, étroites couchettes, table commune, promiscuité, cambuse où ne devaient pas s’élaborer des repas variés. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous reprenons le camion pour faire le tour de la baie et apercevoir la petite ville de loin. Nous la retraversons pour aller chercher un coin de bivouac dans le village de Blue Rocks, à quelques kilomètres. Après avoir hésité, nous nous installons au bord de la baie, devant son minuscule port.

Vendredi 5 juin : Il a fait froid cette nuit mais au réveil un beau soleil éclaire l’océan et les rochers. Nous retournons à Lunenbourg, sillonnons sur la colline ses rues calmes, tracées au cordeau, parallèles ou perpendiculaires au rivage, en passant devant églises aux fiers clochers et demeures patriciennes. Au carrefour de King et Pelham, trois maisons côte à côte jettent une note de vulgarité par leurs agressives couleurs… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous quittons la petite ville et suivons toujours les baies très découpées, en traversant d’autres villages de pêcheurs. La vitesse est souvent limitée, 50, 60, 70 ou 80 km/h et nous n’avançons pas vite. Je constate que la fuite d’huile, au bout de l’arbre de roue arrière, constatée hier avec la disparition du couvercle de tôle, continue. Je suis en colère, avoir payé deux révisions et avoir des problèmes dès le début, sans parler du capot moteur qui ne ferme toujours pas ! Nous rejoignons la route plus rapide de Halifax à Liverpool où nous quittons la côte pour traverser la presqu’île en direction du Nord. Nous sommes au milieu de lacs et d’une végétation plus dense. Nous entrons dans le Parc National de Kejimkujik où, au Visitor’s Center, nous retrouvons avec plaisir comme en 1986, la gentillesse des gardes, leur bonne volonté à informer le visiteur (en français !). Nous achetons un Pass annuel qui sera vite rentabilisé. On nous propose la projection d’un film qui décrit la flore et la faune du parc. Nous pensons à Guy et Marie-Jo qui seraient bien capables de rester trois jours ici… Nous pénétrons dans le parc, grimpons à une tour d’observation d’où nous n’observons rien, le lac est trop loin, nous ne pouvons contempler que la canopée à notre hauteur mais des panneaux didactiques décrivent toute la géologie de ces lieux et la vie des indiens Micmac qui peuplaient cette région. Nous allons déjeuner plus loin, garés au bord du lac sans y voir rien de particulier. Nous continuons la route puis une bonne piste qui s’enfonce dans la forêt, les yeux grands ouverts à la recherche d’un chevreuil, d’une bestiole, un écureuil, n’importe quoi de vivant… Mais rien ! Nous revenons sur nos pas et partons pour une courte promenade à pied au milieu des érables rouges et des pruches (!). Les panneaux explicatifs nous promettent tortues, couleuvres et grenouilles, sans doute en grève aujourd’hui ! 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous reprenons la route et parvenons à Annapolis Royal, sur les bords d’une lagune. Nous y retrouvons les maintenant habituelles maisons élégantes d’où nous verrions bien sortir Faye Dunaway au bras de Robert Redford dans un film adapté d’une nouvelle de Fitzgerald… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous nous rendons au Visitor’s Center installé dans une usine marémotrice (les amplitudes des marées sont exceptionnelles dans la baie de Fundy) pour obtenir quelques informations sur le ferry (très cher !) qui traverse la baie, ainsi que sur les campings et les curiosités locales. Nous hésitons, Marie est fatiguée, et décidons de visiter la ville, du moins la rue en bordure des anciens quais, où quelques maison anciennes en bois ou en brique, ont été mises en valeur. Elles n’ont cependant rien d’exceptionnel, comme partout en Amérique du Nord, la moindre construction de plus d’un siècle est sacralisée. Nous poussons jusqu’au fort Anne dont il ne subsiste qu’un bâtiment au milieu des anciens remparts en étoile couverts d’un gazon sur lequel sont posés quelques canons pointés vers le large. La visite du bâtiment est peu intéressante mais gratuite avec notre pass

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous reprenons le camion, traversons la lagune et après quelques kilomètres nous trouvons un camping, le Fundy Trail, où nous nous installons pour plus de 33 dollars la nuit ! Je refais le plein d’eau puis je vais à la découverte des installations. Un seul ensemble de douches et toilettes, celles de la piscine. Les camping-caristes locaux n’en ont guère besoin, ils en disposent de plus confortables dans leurs énormes camions ! Le wifi ne fonctionne pas…

Samedi 6 juin : Le ciel, comme moi, fait la gueule ! Il pleut et quand il ne pleut pas tout est gris. Il s’avère que la douche ne fonctionne peut-être qu’avec des pièces et nous y renonçons. Nous nous rendons au site de Port Royal, un ancien fort français reconstruit. Nous y sommes accueillis par un garde du parc en costume de l’époque, braies, chemise et sabots. Il parle français avec un bon gros accent local et nous fait une présentation des lieux. Autour d’une cour carrée ont été rebâtis des quartiers d’habitation, des ateliers et des magasins pour la traite des fourrures. La reconstitution est remarquable, tout semble exact, pas apprêté, encore habité.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous retournons à Annapolis Royal nous réapprovisionner dans un supermarché où nous sommes toujours effarés par les prix mais aussi surpris par l’importance des poids ou volumes proposés : jus d’orange en pack de 1,75 litres, paquets de lard en tranches d’une livre etc… Nous reprenons la route après un nouveau plein de gasoil, heureusement un produit (relativement) bon marché, environ 0,90 euros. Nous suivons la vallée d’Annapolis, d’abord sur une route rapide, autorisée à 100 km/h, vitesse limite que je suis le seul à respecter puis nous revenons sur la route secondaire qui traverse tous les villages, plus lente mais qui permet de voir toutes les belles maisons fièrement plantées sur leurs gazons pour réclame de jardinerie. Toutes ces routes secondaires ont des revêtements en triste état,  nids de poule, patchwork, la rigueur des hivers en est sans doute la raison mais elles ne semblent pas très bien entretenues non plus. Inquiet pour la fuite d’huile, j’envisage de retourner à Halifax et me rendre chez Land Rover lundi matin. Difficile de trouver un endroit pour s’arrêter déjeuner, tout est privatisé, pas d’emplacement de parking sur les routes, nous devons quitter la route et nous arrêter sur un chemin. Le samedi après-midi, comme en France, les gens vont faire leurs courses au supermarché, la traversée des zones de concentration de ces temples de la consommation est pénible, j’en oublie de m’arrêter aux passages cloutés… Nous allons ensuite visiter le site de Grand-Pré, ancien établissement acadien, rasé par les Anglais et d’où furent exilés les habitants vers d’autres colonies de la Nouvelle-Angleterre, la Louisiane ou la France, évènement connu sous le nom de Grand Dérangement et que nous connaissions par le poème de Longfellow, Evangéline, dont nous avions acheté une traduction quand nous étions passés en Louisiane. Un film retrace cet épisode, ainsi que quelques panneaux illustrés, dans le Visitor’s Center. Une église a été construite et abrite quelques dessins et tableaux qui racontent cette histoire, importante pour les Acadiens. Nous hésitons encore puis décidons de ne pas retourner à Halifax et d’attendre Québec pour réparer la fuite… Nous continuons donc notre chemin, empruntant un raccourci pour rejoindre la route du Nouveau-Brunswick. Nous cherchons un camping pas trop cher. Un premier peu engageant demande 40 dollars. Nous faisons des détours pour en trouver un autre, sans succès. Nouveau détour pour un… encore à plus de 40 dollars ! Parvenus à Milford et las de perdre du temps, nous décidons de nous arrêter sur un parking en bordure de route.

 

Dimanche 7 juin : Le ciel est tout bleu et le soleil nous réchauffe ! Nous reprenons tardivement la route. En fait une autoroute qui traverse les forêts d’épinettes qui nous entourent à perte de vue. Une section est à péage, pas cher, 4 dollars, comme les voitures ordinaires. Nous quittons la Nouvelle-Ecosse pour le Nouveau-Brunswick. Nous nous rendons au Visitor’s Center pour une documentation complète avec liste des terrains de camping et carte de la province. Nous profitons du wifi pour trouver un message rassurant de Julie et en envoyer un à Vettou. Ici, grâce à la minorité acadienne, tous les panneaux sont bilingues, ce n’est pas désagréable… Nous quittons l’autoroute et traversons la petite ville de Shediac, encombrée par les promeneurs du dimanche attirés par le marché. Nous trouvons à nous garer sur le terrain du Yacht club. Vite repérés, nous sommes néanmoins autorisés à y rester le temps de déjeuner. Nous suivons ensuite la route dite acadienne qui longe la baie du golfe du Saint-Laurent. Le conducteur canadien est, en ville, très respectueux des piétons, laisse s’insérer dans la file des véhicules qui sortent d’un parking ou d’une rue perpendiculaire mais sur la route il ignore superbement lignes continues et limitations de vitesse. Les maisons, toujours en bois, sont beaucoup plus modestes mais toujours impeccables. Trop ! Les anciennes manquent de patine et les plus récentes de discrétion. Pas un centimètre carré de peinture écaillée, pas un faux pli aux rideaux des fenêtres. La couleur blanche est quasiment de rigueur, notamment pour les églises aux clochers pointus. Toutes les enseignes sont en français. Devant bon nombre de maisons, sur un mât, flotte le drapeau acadien, notre drapeau tricolore auquel est ajoutée dans le bleu une étoile jaune qui symbolise la Vierge Marie, guide du peuple acadien… Des ponts modernes enjambent rivières et lagunes. Nous parvenons à Caraquet où nous trouvons un très sympathique camping tenu par un chaleureux monsieur francophone. Pas cher, douche chaude, peu de monde mais trop de moustiques qui ne connaissent pas les marques françaises de lotions qui, théoriquement, les concernent… Nous ressortons à la recherche d’un restaurant pour goûter les spécialités locales de fruits de mer. Nous jetons notre dévolu sur « le Crapet », restaurant sans prétention, une salle sur le port sans attrait avec une musique « tropicale » un peu trop envahissante. Nous nous régalons de moules, d’huîtres puis de pétoncles et de palourdes géantes arrosées par un soi-disant muscadet. L’addition est plus élevée qu’en France et il ne faut pas oublier les taxes et le service à rajouter, mais nous sommes contents, surtout Marie qui prouve, une fois de plus, qu’une imprégnation régulière est la meilleure parade à l’ivresse occasionnelle. Retour au camping.

Lundi 8 juin : Nous n’émergeons que tardivement (le muscadet ?). Le soleil fait une brève apparition puis le ciel redevient gris. Nous ne quittons le camping qu’à 10h30 pour retourner en ville. Nous commençons par acheter un homard cuit ainsi que des pattes de crabe des neiges dans une épicerie. Comme souvent, nous sommes repérés à notre accent comme étrangers et on ne manque pas de nous questionner et nous souhaiter un bon séjour. Je vais demander l’avis d’un garagiste sur la fuite d’huile et constate alors, que sur l’autre roue il y a un début de fuite ! Un mécanicien m’assure que je peux rouler jusqu’à Québec mais que la réparation a été mal effectuée ! Nous reprenons la route en continuant de longer la baie sans grand plaisir sous le ciel gris. A Grande-Anse on affirme avec force son identité acadienne. Le phare est peint tricolore, de même que le bas des poteaux électriques ! 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous dégustons notre homard sur un parking d’une plage mais je suis déçu par le peu de chair que nous retirons des pinces. Nous repartons sous la pluie de plus en plus forte, la baie disparaît dans la grisaille. Nous quittons le Nouveau-Brunswick par un grand pont métallique et entrons au Québec. Le Bureau d’information touristique est fermé ! Pas de brochure ni de carte donc. Nous suivons maintenant la rive nord de la bien mal nommée Baie des Chaleurs jusqu’au parc de Miguasha. Ce n’est pas un Parc National, notre pass n’est pas valable. Il faudrait en prendre un autre pour le Québec ! De toute façon, nous n’avons pas l’intention de marcher sous la pluie pour voir des fossiles ! Nous allons jusqu’à Carleton où nous trouvons de la documentation sur la Gaspésie. Les prévisions météo sont très mauvaises pour les jours à venir… Nous allons nous installer au camping municipal. Nous avons le temps puisque nous avons retardé nos montres d’une heure en entrant au Québec. Relecture de mon texte puis mise à jour du blog et étude des possibilités pour les jours suivants, nous occupent jusqu’au dîner en appréciant le chauffage de notre roulotte, expression locale de notre camion…

Mardi 9 juin : Il pleut toujours ! Grâce au wifi, j’envoie un message à Nicole et un autre à Franck pour l’avertir de notre venue. Je parviens à téléphoner avec Skype à Land Rover à Québec, ils sont peu ravis d’avoir à s’occuper de notre modèle, ils doivent me mettre un mail avant ce soir. Nous entamons la traversée de la Gaspésie par une belle route, peu fréquentée qui suit le cours de la Cascapedia au milieu des bouleaux et des résineux, les sommets des montagnes sont perdus dans les bancs de brume. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Le mauvais temps n’a pas découragé des pêcheurs qui taquinent le saumon dans leurs barques au milieu du courant. Nous nous arrêtons au Centre d’information du Parc National de la Gaspésie. Notre pass n’est pas valable ici non plus ! Nous nous contenterons de payer pour une seule journée. Nous suivons une bonne piste tracée en forêt sur une dizaine de kilomètres, jusqu’à un parking aménagé. Après le déjeuner, le ciel se montrant avare de pluie, nous partons à pied sur un sentier tracé dans la forêt, en montée sur plus d’un kilomètre. Marie harnachée, ceinture dorsale de soutien et chaussures orthopédiques, avance gaillardement. Nous scrutons les sous-bois dans l’espoir d’apercevoir un orignal ou des caribous. Des plaques de neige couvrent encore les souches ou les branches des arbres morts et même, sur la fin, le sentier. Un barrage et une maison de castors annoncent l’arrivée au lac, hélas tout gris. Nous revenons, plus facilement en descente mais les caribous boudent et pour l’orignal c’est peau-de-balle ! Nous revenons sur la route principale et reprenons une autre piste d’une bonne vingtaine de kilomètres dans le même paysage et avec la même attention, jusqu’à un lac où, d’un mirador installé sur ses bords, on devrait, d’après les indications affichées, apercevoir des orignaux. Nous patientons, muets, jumelles braquées sur la rive… Rien ! Déçus, nous repartons sans plus rouler lentement et dans un virage : un orignal ! 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Ses bois ne sont pas très développés mais nous ne faisons pas la fine bouche. L’animal quelque peu difforme, museau de dromadaire et garrot proéminent, nous examine, se rapproche puis nous abandonne et continue dans la forêt. Contents, nous reprenons la route et retrouvons la côte sur les rives du Saint-Laurent. La pluie est de retour et tout est perdu dans la grisaille. Nous arrêtons à Cap-Chat, dans un camping en bord de mer, 23 dollars et douches payantes… Je n’ai pas de message du garage Land Rover, nous allons essayer d’y être demain avant la fermeture.

Mercredi 10 juin : Il a plu dans la nuit et cela continue ce matin. Nous démarrons peu après neuf heures, quand j’ai réussi à téléphoner à Land Rover. On nous y attend cet après-midi avant cinq heures. La route disparaît sous la pluie et le brouillard, nous ne pouvons pas dire que nous apprécions le paysage de bord de mer… Je roule vite, largement au-dessus des limites mais tout le monde le fait et même les énormes poids lourds me doublent. Devant de nombreuses maisons stationnent des roulottes, de toutes tailles : des petites (des grandes en Europe), des semi-remorques que tirent des pick-up, et des monstres, de véritables autobus, avec déploiement d’extensions latérales à l’arrêt. Ceux qui possèdent une ancienne voiture de collection ou un 4x4 avec des pneus surdimensionnés, les mettent en valeur, exposés sur leur pelouse, à la vue de tous. Quand elle existe, nous empruntons l’ « autoroute », une simple route à deux voies mais plus droite et plus rapide qui évite les agglomérations. Nous déjeunons rapidement puis reprenons l’autoroute qui devient alors une vraie, avec doubles voies séparées. La pluie cesse et plus nous approchons de Québec, plus le ciel devient bleu et il commence à faire chaud. Nous ne nous trompons presque pas dans la traversée de la ville et trouvons rapidement le garage Land Rover. Ateliers propres comme une salle d’opération, personnel impeccable, le grand standing ! On veut bien s’occuper de la voiture mais il faudrait la leur laisser pour demain. Nous convenons de la leur rapporter à neuf heures. Sur les indications du responsable des ateliers, nous trouvons le Walmart sur le parking duquel nous passerons la nuit. Nous allons nous y réapprovisionner mais il n’y a pas de produits frais, pas de fruits, légumes ou viande, tout est congelé ! Pour les alcools, je vais à pied dans un autre magasin, marchant sur les pelouses, faute de trottoirs… De retour au camion, nous avons la surprise de la visite de Franck et de ses enfants que nous avions prévenu de notre arrivée. Nous convenons de nous voir chez lui demain. Dès que le Walmart a fermé, les ouvriers qui travaillent à son agrandissement commencent à scier, cogner, marteler, bref à faire du bruit…

Jeudi 11 juin : Il a encore beaucoup plu dans la nuit et dès que le jour se lève, les travaux reprennent. Le soleil tente des apparitions puis laisse la place aux nuages et ce, tout au long de la journée. Nous nous rendons avant neuf heures au garage et y abandonnons le camion. Une voiture de la concession nous emmène et nous dépose à la porte Saint-Jean, à l’entrée de la vieille ville. La rue éponyme que nous suivons est à l’image de tout le reste de la cité ancienne : une succession de maisons parfois datant de deux ou trois siècles, transformées en attrape-touristes, boutiques de souvenirs, bistrots, restaurants etc… La pierre grise n’est pas très gaie non plus. Une minuscule artère évoque par ses peintres et leurs œuvres dérisoires, la Place du Tertre et fait le bonheur des touristes anglophones qui s’y pressent. Une basilique renferme un beau dais doré et le curé rôde… Nous passons chercher des informations à l’Office du Tourisme puis nous aboutissons à l’esplanade en bois qui domine les quartiers du port et qui est surplombée par la masse du Château Frontenac et sa tour.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

La vue s’étend sur le Saint-Laurent, le traversier qui relie l’autre rive et les ruelles du Petit Québec. Nous y descendons avec un funiculaire. Les rues piétonnes concentrent encore plus la foule des touristes et des écoliers en goguette. Un mural représente les personnages célèbres du Québec, nous ne connaissons que Jacques Cartier, Champlain et Felix Leclerc, les autres fondateurs ou fondatrices de congrégations nous sont inconnus et le resteront… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous remontons à pied et débouchons sur la place devant le Château Frontenac, à temps pour une nouvelle averse. Nous allons y vérifier que ce type de palace à la lourde atmosphère qui voudrait lui supposer quelques siècles, n’est pas notre genre. Nous allons déjeuner aux « Anciens Canadiens », restaurant qui avait eu l’honneur de notre visite la dernière fois. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Un menu à un prix très honnête, dépendant du plat de résistance choisi, est proposé : rillettes de wapiti et bison, tourte au gibier, boulettes, fèves au lard, lard salé grillé et pour finir l’incontournable tarte au sirop d’érable. Marie ne manque pas de faire remarquer au garçon que la sienne, adaptée de la recette qu’on nous y avait donnée, est aussi bonne ! Cuisine paysanne qui nous déçoit par son manque de saveur. Le verre de vin offert n’est pas non plus sorti d’une des bouteilles des grands crus présentées, vides, sur une étagère. Je téléphone au garage, il leur manque des morceaux pour notre char  qui ne pourra être prêt que demain. Nous sortons de la vieille ville en longeant les fortifications et allons acheter des chocolats pour Franck et sa famille puis revenons attendre la voiture qui nous ramène au garage. La facture pour changer des joints est dispendieuse… Nous prévenons Franck qui vient nous chercher et nous ramène chez lui. Sa femme Catherine, médecin, travaille ce soir tard. Nous pouvons faire une lessive dans le sous-sol où nous dormirons. Nous  passons à table, Catherine aura déjà dîné à son lieu de travail… Au menu des lasagnes que je dois décliner. Qu’à cela ne tienne, trois feuilles de salade puis quelques rondelles de saucisson français, me feront un repas. Catherine arrive, sympathique jeune femme. Nous allons nous coucher après avoir bu ensemble une bonne bière.

Vendredi 12 juin : Nous ne nous levons que lorsque Catherine est partie et que les enfants commencent à s’agiter. Petit déjeuner avec Franck puis toilette. Le soleil est de retour et nous allons profiter du jardin. Nous téléphonons au garage, le camion sera prêt pour midi. Franck nous y ramène. En passant, nous achetons une bonne baguette de pain française et quelques bières issues de micro-brasseries qui pullulent au Québec. Elles sont chères mais excellentes. Nous disons au revoir à Franck en le remerciant pour son accueil. Après avoir réglé la note (presque 1000 dollars !), nous récupérons le camion qui a été lavé. Nous sortons aussitôt de Québec par l’autoroute et filons en direction de Montréal. Paysage plat entre épinettes et érables. Nous devons sortir de l’autoroute pour déjeuner dans le camion, nous en profitons pour ranger le linge que nous avons lavé hier soir. Plus nous avançons vers l’ouest, plus le ciel se couvre et bientôt nous retrouvons cette pluie qui manquerait presque si elle n’était pas là ! Nous parvenons dans les faubourgs de Montréal. La circulation se densifie et bientôt nous sommes dans une congestion qui se prolonge d’une autoroute à une autre. Le réseau de voies rapides (!) est fantastique, les chaussées se croisent, se coupent sur plusieurs niveaux. Heureusement que le conducteur canadien est d’une grande correction et plein de compréhension pour les erreurs des autres… Nous sortons de la ville en direction du sud et trouvons un camping, l’Américan Montréal, à une bonne vingtaine de kilomètres de la ville. Nous allons faire quelques courses dans une épicerie puis nous nous installons en espérant que demain sera plus ensoleillé.

Samedi 13 juin : La pluie s’est tout de même arrêtée dans la nuit et la journée sera ensoleillée. Une vraie canicule pour les Québécois qui ont sorti leurs tenues d’été et, pour certains, n’hésitent pas à se promener en ville torse nu. Nous nous rendons dans le centre de Montréal où, suivant les conseils du propriétaire du camping, nous trouvons un parking, pardon un stationnement, au pied de la vieille ville, sur un môle du port. La promenade qui longe les rives du Saint-Laurent est très fréquentée et des foules d’activités sont proposées aux badauds. Nous allons nous promener dans les rues, à demi piétonnes, de ce quartier envahi de touristes avec les conséquences que leur afflux provoque sur les commerces..

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les maisons anciennes en pierre grise ne dépareraient pas à Saint-Malo mais qu’elles sont tristes ! Ce n’est pas Saint-Malo mais bien l’Amérique, des immeubles, des gratte-ciel, les ponts métalliques qui enjambent le Saint-Laurent le rappellent. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous traversons un ancien marché surmonté d’une haute coupole, devenu une galerie de boutiques de souvenirs… Après être passés devant quelques maisons du XVII° siècle que nous ne remarquerions pas en Europe, nous revenons vers la place d’Armes qu’encadrent deux gratte-ciel, l’un très modeste et très ancien en briques rouges, l’autre plus audacieux évoque l’Empire State building de New-York. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Sur un autre côté, une basilique quelconque extérieurement mais dont l’intérieur est très richement décoré dans ce style lourd qui se veut médiéval, vitraux à l’imitation de la Saint-Chapelle de Paris, voûte bleue couverte d’étoiles mais cette cathédrale ne date que du XIX°siècle... 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les flashs crépitent, tous les peuples du monde en visite à Montréal veulent leur selfie devant l’autel. Le clergé qui fait payer 5 dollars l’entrée s’en trouve fort bien… Nous nous rendons ensuite au tout petit quartier chinois. Les restaurants forment la quasi-totalité des commerces d’une rue piétonne. Nous en choisissons un au hasard, la presque totalité de la clientèle est asiatique, bon signe mais ici, curieusement, même les touristes sont asiatiques, les Occidentaux sont rares. La porte franchie, nous sommes accueillis par des brochettes de canards et autres volatiles ou travers de porc laqués qui pendent devant les cuisiniers. Pour une somme très modique, nous nous régalons copieusement de Ha Kao, Siu Mai et de diverses rôtisseries. L’estomac bien rempli, nous allons prendre le métro. Les billets sont chers, deux fois plus qu’à Paris, nous devons apprendre les us et coutumes locales en matière de tickets, ouverture des portes, correspondances, directions mais nous mettons vite au courant. Nous descendons dans un quartier très différent, moins touristique, plus de gratte-ciel, des banques, des hôtels de luxe et des commerces pour nantis. Nous y trouvons le Musée des Beaux-Arts. Notre guide indiquait une entrée gratuite pour les collections permanentes, il n’en est rien, les plus de 30 ans paient 12 dollars le droit d’entrée et les vieux itou ! Nous commençons par le sous-sol où nous pensions trouver des œuvres de Rebeyrolle mais rien ! L’exposition d’une certaine Marion Wagshall, une très intéressante figurative locale, les a reléguées dans les réserves ! Nous visitons les autres salles. Toutes les périodes de l’art occidental sont représentées par quelques tableaux, pas toujours de premier ordre. J’ai l’impression d’être chez un dépanneur, l’épicier arabe local, où on trouve un peu de tout mais jamais ce que l’on cherche ! Nous terminons par une collection d’art inuit, des œuvres récentes comme celles que l’on trouve chez les marchands de souvenirs, sans aucune authenticité. Nous en ressortons à l’heure de la fermeture. J’abandonne Marie et vais tirer des dollars à un distributeur puis nous revenons lentement à pied en passant entre les gratte-ciel, l’un d’eux en verre bleuté a belle allure. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous faisons un rapide passage dans les galeries souterraines qui s’étendent sur des kilomètres mais qui, en ces beaux jours, sont désertées. Nous revenons à la place d’Armes, Marie traîne les pieds. Des bouteilles de Perrier achetées chez un dépanneur nous désaltèrent avant de rejoindre les quais. Je vais rechercher le camion, je dois payer 20 dollars. L’appareil refuse mes billets, le préposé me demande de payer par carte de crédit, ce que je ne veux pas, il me laisse sortir sans payer… Nous traversons la ville en suivant la rue Saint-Denis où de belles maisons avec escaliers de fer forgé extérieur bordent la rue sur Le Plateau mais le soleil nous éblouit et nous les distinguons mal. Nous retrouvons l’autoroute, nous cherchons le plus proche camping… à 70 kilomètres. Je roule vite, rate une sortie, revient en marche arrière… Nous arrivons à neuf heures du soir, il y a encore un employé et nous pouvons nous installer à côté de monstres locaux… Repas froid rapide et rédaction de ce texte nous amènent à onze heures du soir !

Dimanche 14 juin : Marie n’entrouvre une paupière qu’après neuf heures et ce, grâce au bruyant générateur de notre voisin dont l’alimentation électrique des lave-linge et lave-vaisselle nécessite plus qu’un panneau solaire. Nous démarrons donc tardivement en reprenant l’autoroute qui traverse, entre lacs et rivières, une campagne bien verdoyante. Ce qui n’a rien d’étonnant avec la pluviométrie locale. Mais ne nous plaignons pas, déjà plus de 24 heures sans une goutte de pluie et si le ciel est parfois voilé, il ne laisse pas échapper des nuées ces désagréables ondées des jours précédents. Nous sommes toujours au Québec et les panneaux routiers signalent l’arrivée à Gatineau, jamais à Ottawa, sa ville jumelle, sise en Ontario ! Un pont sur la rivière de l’Outaouais nous y amène. Le dimanche la circulation est plus facile et je peux me garer à proximité de l’Office du Tourisme où, comme dans les autres provinces, on nous distribue carte routière, plan de la ville, guide des campings et autres brochures. J’aperçois le Parlement, bâtiment très anglais, tarabiscoté mais son toit n’est plus vert. Nous roulons en longeant la rivière et nous nous garons le long de la rivière Rideau pour déjeuner. Les pistes cyclables sont très fréquentées et toute la population est sortie pour profiter de cette belle journée. Après une halte pour contempler les plaisanciers sur l’eau, occasion d’avoir notre petit succès grâce au camion et même de Kabyles, intrigués par les quelques lettres en tifinagh, nous revenons nous garer près du Parlement dont nous nous approchons et faisons le tour. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous ne sommes pas les seuls, là aussi, tous les peuples du monde se prennent en photo avec un policier jovial. D’autres patrouillent sans cesse en voiture autour du bâtiment. Nous reprenons le camion pour aller nous installer à une quinzaine de kilomètres dans un camping cher, 35 dollars, pour être dans une forêt, le long d’une autoroute dont le grondement diffus nous empêchera d’entendre la venue des ours, qui doivent y traîner puisque les poubelles sont prévues pour qu’ils ne puissent pas les ouvrir. Nous mettons à jour texte, photos et le blog.

Lundi 15 juin : Il est bien tombé quelques gouttes dans la nuit, il ne pleuvra pas de la journée et il va même faire chaud. Les ours ne sont pas venus gratter à la porte du camion. Nous retournons à Ottawa et nous allons nous garer devant le Musée de l’Histoire, un grand bâtiment moderne au bord de la rivière. Nous devons acquitter, malgré notre âge vénérable une quinzaine de dollars (taxes comprises, en sus du tarif affiché), chacun, pour y accéder. Une salle immense présente un alignement de maisons remontées ou reconstruites à l’identique des divers ethnies de la Côte Nord-Ouest du Canada. Devant, des mâts-totems, anciens ou récents, sont plantés et montrent les figures traditionnelles de la mythologie de ces peuples : baleine, ours, corbeau…

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

A l’intérieur de ces maisons sont présentés divers objets, à la fois anciens (fin XIX° siècle) et récents pour affirmer une continuité culturelle mais, incontestablement, les anciens ont plus de force, leur patine leur confère une valeur bien supérieure. Les différentes étapes de la vie, les croyances, les fêtes, les relations commerciales sont ainsi évoquées. Nous y passons plus de temps que nous ne l’aurions voulu et je dois aller remettre des pièces (2 dollars de l’heure !) dans le parcmètre. La visite se continue par une exposition sur les divers peuples autochtones du Canada, à la fois par région et par thème. Trop à voir, à lire, nous devons abréger. Nous allons déjeuner sur un banc d’une aire de stationnement, le long de la rivière, au soleil, puis nous reprenons l’autoroute. Les rues bien tracées suivant les axes nord-sud et est-ouest facilitent le repérage en ville et nous n’avons pas trop à chercher notre route. Nous avançons cette fois résolument vers l’ouest, partis pour plusieurs jours de route en direction des Rocheuses. La circulation devient de moins en moins dense et nous faisons une bonne moyenne. Nous nous arrêtons dans une petite ville pour refaire des provisions dans un supermarché extraordinairement fourni en fruits et légumes, y compris exotiques. Nous continuons de rouler encore une heure, au milieu de la forêt, de lacs et de marais qui bordent la rivière des Outaouais. Nous bivouaquons sur une aire de stationnement, déjà occupée par une caravane avec un générateur bruyant. Mais ils repartent et nous serons seuls pour la nuit.

Mardi 16 juin : Cette nuit, ce fut Sisyphe comme l’hydre de Lerne ! Grand et incessant carnage de moustiques toute la nuit avant de comprendre que le renouvellement de nos adversaires était dû à des trous dans la moustiquaire… Nous repartons sur la route dans un paysage inchangé : épinettes, eaux dormantes, lacs calmes et rivières à peine troublées par des rapides qui ne le sont guère. Bref, le paysage classique du Canada en été. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous contournons Sudbury et avançons aussi vite que possible. Au moment du déjeuner, nous avons la visite de deux Indiens intéressés par notre camion. Ils sortent de leur réserve pour nous dire tout le bien qu’ils en pensent et ravis de nous découvrir français, ils nous apprennent être de Toulouse, le nom de leur réserve… Plus tard, nous croisons une carriole tirée par un cheval et conduite par une femme avec une robe et un bonnet noirs. Quelque Mennonite ou autre secte restée au XVIII° siècle ! Nous sommes maintenant dans la région des Grands Lacs. Le lac Huron est au sud, peu visible. Après Sault Sainte-Marie, nous nous rapprochons des rives de l’immense Lac Supérieur, une vraie mer intérieure, sur lequel moutonnent des vaguelettes. Il fait un beau soleil sous un ciel pommelé et le lac resplendit. Nous nous arrêtons pour la nuit sur les bords du lac, au bout d’une piste dans les arbres. Les moustiques nous y attendent…

Mercredi 16 juin : Nouvelle hécatombe au matin. Mais d’où peuvent-ils venir ? Nous nous sommes levés plus tôt pour être sur la route à huit heures. Nous continuons de longer le Lac Supérieur mais le ciel est gris, les couleurs sont ternes et il n’y a pas d’emplacements pour s’arrêter, contempler et photographier le paysage. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les seuls lieux aménagés sont des parcs provinciaux à l’entrée payante et où l’on trouve parkings, installations sanitaires, tables de pique-nique, sentiers balisés etc… Pas question de sortir du rang ! Brutalement, les nuages cessent, le ciel redevient bleu et nous retrouvons des couleurs pour éclairer les innombrables lacs sans rivage, la forêt vient buter au bord des eaux sombres. Jusqu’à Wawa, la route est vallonnée et permet d’avoir de belles vues. Nous trouvons une aire de stationnement (elles sont rares mais heureusement signalées sur notre carte) très agréablement située à côté d’une plage encombrée de troncs morts rejetés par les vagues. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Comme en Sibérie, les Travaux Publics profitent des beaux jours pour refaire routes et ponts, ce qui occasionne fréquemment des haltes et des attentes. Néanmoins les kilomètres défilent et en milieu d’après-midi nous contournons Thunder Bay, ce qui me contrarie car j’aurais voulu trouver un LCBO, cet établissement d’état seul autorisé à vendre des alcools avec les Beer Store qui, eux, ne peuvent vendre que des bières. Pour demain, 18 juin, il me faut une bouteille de champagne ! Je trouve, dans une petite agglomération, non pas de french champagn mais un crémant de Bourgogne qui, à défaut de trouver mieux demain, devra faire l’affaire. Nous arrêtons peu après pour aller voir les chutes de Kakabeka, dans un parc provincial bien entendu. Des sentiers et des points de vue ont été aménagés pour contempler en surplomb ces mini-Niagaras, impressionnantes tout de même et où des masses d’une eau très ferrugineuse se précipitent une quarantaine de mètres plus bas. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous roulons encore une petite heure, jusqu’à Upsala où nous pouvons nous installer dans un parc au bord d’un étang qui ne semble pas envahi par les immondes bestioles des jours précédents.

Jeudi 18 juin : Réveil plus tardif, contrairement à ce que nous avions prévu. Je profite des branchements pour refaire un plein d’eau, vider la fameuse « boîte à caca », dixit Jean-Pierre, et attacher le capot qui, malgré plusieurs interventions, continue de se soulever à la moindre sollicitation. Nous pouvons bénéficier du wifi du motel de l’autre côté de la route, ce qui permet à Marie de recevoir les messages de Julie, Vettou et autres pour son anniversaire. Ceux de Nicole et Michèle seront reçus plus tardivement… Nous reprenons la route, toujours des lacs et de rachitiques  épinettes avec des allures de goupillon déplumé. Faute d’aire de pique-nique, nous nous arrêtons en retrait de la route pour déjeuner avant d’atteindre Kerona, dernière ville importante d’Ontario, agréablement située sur les berges de plusieurs lacs mais nous n’y trouvons pas le supermarché ni le magasin de vente des alcools sur lesquels nous comptions pour nous ravitailler et trouver du vrai champagne. Peu après, nous entrons au Manitoba. Nous sommes alors à mi-chemin des deux océans, Atlantique et Pacifique, déjà 5000 kilomètres au compteur. Nous allons faire notre plein de plans et de brochures à l’Office du Tourisme, après la « frontière ». La route devient une autoroute rectiligne aux deux voies nettement séparées. La forêt qui s’éclaircissait disparaît, nous voici dans les Prairies. Nous avons avancé encore une fois nos montres, nous avons désormais sept heures de différence avec Paris et treize avec Julie qui, toujours à Bali, semble faire de belles plongées. Nous décidons de nous arrêter dans un camping proche de Winipeg, le Arrowhead, que nous trouvons facilement, en pleine campagne. La jeune femme à l’accueil, grosse des œuvres de son mari et sur le point de mettre bas, parle français mais j’ai bien du mal à la comprendre et, très gêné, je lui fais répéter tous les mots, surtout le tarif, presque 40 dollars, dont 3 pour le wifi ! Tous les branchements sont compris, l’eau (j’ai fait le plein ce matin), l’électricité (mais il nous faut un adaptateur et l’intervention du mari électricien pour en bénéficier) et la vidange… Marie s’est résolue à se contenter d’un repas d’anniversaire improvisé avec les moyens du bord mais nous n’avons pas de dessert. Nous allons au village à la recherche d’une pâtisserie. Nous ne trouverons qu’une supérette avec des bâtonnets glacés auxquels nous adjoignons une bouteille de Malbec argentin. Nous revenons nous installer au RV park (pas un camping, mais un terrain pour camping-car donc). Nous répondons au courrier puis dînons : foie gras offert par Vettou, avec le Crémant de Bourgogne puis confit et patates sautées arrosés avec le vin argentin, très honorable et enfin dessert en finissant le mousseux. Je vais prendre une douche et lancer une lessive avant de me coucher à minuit…

Vendredi 19 juin : Le ciel est redevenu tout gris, décidemment il paraît bien difficile d’avoir trois jours de soleil de suite… Le rangement du linge lavé la veille, l’utilisation des salles de bains confortables, nous amènent à dix heures quand nous quittons le camping. Nous nous rendons aussitôt au supermarché indiqué par la patronne du camping, un Sobey’s très bien fourni. Nous y trouvons un choix, décidément fréquent, de fruits et légumes très complet. Les sauces proposées sont aussi innombrables. Mais qu’en font-ils ? Beaucoup de produits nous font envie mais nous nous limitons à trois jours de ravitaillement, le réfrigérateur ne peut en contenir plus. Quand nous en sortons, il pleut ! Nous roulons jusqu’au centre-ville, des immeubles modernes et quelques bâtiments survivants de temps révolus, perdus entre les tours de verre et d’acier, mais rien qui nous paraisse remarquable. Nous nous garons le long du Musée du Manitoba que nous visitons après avoir déjeuné. Il présente tout ce que l’on peut désirer savoir sur la province : géologie, zoologie, histoire etc… Les différentes sections ne sont pas toutes bilingues, Marie fait la visite avec un audioguide, je ne lis que certains des textes en français. Encore une fois, un musée qui se veut exhaustif et qui finalement laisse sur sa faim. Quelques belles tenues, mocassins, gants, vestes de peau tannée et décorées de motifs floraux, brodés ou obtenus à l’aide de perles de couleurs. Certaines reconstitutions sont spectaculaires notamment celle d’un ketch montré ancré dans un port anglais (tavernes, boutiques, marchandises) avant son départ pour la baie d’Hudson. Les dernières salles reconstituent le Winipeg de 1920 avec boutiques, gare, cinéma où sont projetés des films de Charlot ou de Buster Keaton. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous en repartons à quatre heures, la pluie a cessé mais les cieux sont toujours aussi fâchés. Marie tient à passer par le quartier francophone puis devant l’ancienne cathédrale catholique et enfin devant le parlement, ce qui m’oblige à tourner, virer, dans une ville que je ne connais pas, pour apercevoir des monuments peu dignes d’intérêt. Nous allons nous joindre aux citadins qui s’en rentrent chez eux après une dure journée de labeur, tous en même temps ! De beaux bouchons jusqu’à ce que nous sortions de la ville. C’est la Prairie, la grande Prairie, verte, plate, cultures à perte de vue, parfois un rideau d’arbres pour couper le blizzard en hiver et premier silo à grains métalliques. Nous trouvons une aire de pique-nique à proximité d’un canal barré par une digue, à Portage La Prairie. Le courant est violent mais nous avons la surprise d’y voir une douzaine de pélicans. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Le coin doit être poissonneux car des Indiens pêcheurs y viennent tenter leur chance.

Samedi 20 juin : Bonne nuit au calme. Le toit baissé nous n’avons même pas entendu le bruit des flots. Nous continuons dans la vaste plaine avec pour balises, les silos élévateurs plantés tous les quinze kilomètres le long de la voie ferrée. Les anciens, de plan carré et en bois, ont presque tous disparu, remplacés par des tours circulaires métalliques. Les très rares qui subsistent tombent en ruine ou ont été préservés en les recouvrant de tôles. Nous sortons de l’autoroute pour en approcher un à Elkhorn, il a conservé ses beaux volumes cubiques mais il lui manque le charme des planches de bois…

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous sommes bientôt au Saskatchewan où, au Visitor’s Center, en plus de recevoir les habituelles informations, nous apprenons que nous devons une fois de plus retarder nos montres d’une heure. Le ciel, gris jusqu’ici, s’éclaircit et le soleil passe entre les nuages pommelés. Puisqu’il est encore tôt, nous continuons d’avancer, toujours sur une autoroute à deux voies séparées mais parfois coupée par des routes secondaires. La circulation est très calme, peu de véhicules, des camions, ces monstres chromés qui peuvent tirer deux remorques et qui nous paraissent interminables quand ils nous dépassent. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous déjeunons sur une aire de pique-nique. Elles sont rares et quand nous en trouvons une, nous ne la ratons pas. Nous décidons de prendre le chemin des écoliers pour arriver à Régina. Nous empruntons donc une route secondaire, mal revêtue, qui soudainement dévale dans la vallée de la Qu’appelle. Une rivière coule ses méandres tortueux entre deux lignes de collines, se glissant de lac en lac sur plusieurs kilomètres. C’est dans ce beau parcours que le ciel s’obscurcit et qu’un bel orage avec éclairs nous interdit d’apprécier pleinement cette vallée. Quand nous en remontons, nous retrouvons le soleil et les boules de coton des nuages. Soudain l’avertisseur de niveau de carburant sonne, je n’ai pas surveillé le niveau et nous sommes en rase campagne. Néanmoins nous trouvons, dans un village perdu, une épicerie-station-service qui a du diesel, à moins de un dollar depuis que nous sommes dans les Prairies… Nous retrouvons l’autoroute de la Transcanadienne et bientôt nous arrivons à Regina, la capitale de l’Etat. Par des avenues tranquilles, peu animées, qui traversent des parcs, longent des rivières, nous atteignons le centre-ville. Nous nous garons sur la place centrale, gratuitement le samedi, et en faisons le tour à pied. Deux ou trois immeubles de verre bleuté et d’acier qui se mirent les uns dans les autres, constituent le cœur moderne de la ville.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous repartons en passant devant le Palais du Parlement, grand machin pompeux, copié comme tous ses semblables sur celui de Washington. Son dôme en réfection est caché sous un échafaudage, des oies caquettent sur les bords du lac qui s’étire devant. Nous quittons la ville endormie, retrouvons l’autoroute et roulons encore jusqu’à Moose Jaw, sans trouver un endroit pour bivouaquer. Nous nous arrêtons à une station-service le long d’une rivière, en compagnie de camions.

Dimanche 23 juin : La nuit a été calme, les gros trucks n’ont pas bougé et aucun ne s’est arrêté dans la nuit. Un beau soleil nous fait espérer une belle journée. Pas longtemps, un orage soudain, nous douche… Mais le soleil va revenir et toute la journée, nous aurons des alternances de soleil dans un ciel moutonnant et d’averses. Nous allons voir les murals de la ville qui s’en est fait une spécialité depuis 1990. Ils sont tous concentrés sur les murs de brique des maisons du centre ancien. De taille et de qualité variables, presque tous évoquent Moose Jaw au début du XX° siècle, ou les péripéties de la prohibition quand la ville était un carrefour du trafic vers les Etats-Unis.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

En ce dimanche matin, il est facile de circuler et de se garer n’importe où. Nous reprenons l’autoroute, toujours vers l’ouest. Nous allons voir un autre silo, dont une bonne partie est en bois non recouvert comme les précédents, avec encore de beaux volumes, sur le bord de la voie ferrée. Rapide déjeuner sur une aire de pique-nique puis nous parvenons à la limite de la province et entrons en Alberta. Le personnel du Visitor’s Center est peu aimable et il faut payer une somme ridicule qui ne grèverait pas le budget communication du Ministère du Tourisme : 2 dollars pour une carte routière ! Grâce au wifi, je trouve un message de Julie pour la fête des Pères ! Nous sommes toujours dans la prairie, verdoyante comme il se doit, les moissons ont été rentrées et nous apercevons plus de bétail dans les prés. De grasses vaches broutent une herbe tendre et à foison, pas d’élevage intensif ici ! Nous apercevons même deux biches (chevreuils ?) égarées près de la route, derrière une clôture barbelée. Nous continuons en direction de Calgary mais nous arrêtons bien avant dans un camping très simple, à peine signalé, Poplar grove, à la hauteur de Bassano. Pour une fois ce n’est pas trop cher et nous pouvons bénéficier de l’électricité. Nous allons en profiter pour regarder un film sur l’ordinateur après avoir pris un pastis pour fêter ce jour.

 Lundi 22 juin : Nous quittons ce camping en espérant en trouver d’autres à ce tarif et aussi tranquilles. Nous quittons l’autoroute et prenons une route secondaire en direction du nord. De ci, de là, et ce depuis le Saskatchewan, nous apercevons dans les champs des Shaddocks qui pompent lentement le précieux élixir de vie de tous ces moteurs puissants et rugissants qui équipent les véhicules.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous continuons par une bonne piste qui se termine par une descente dans une vallée que nous suivons. Les falaises ont été érodées pendant des millénaires et les diverses strates sont parfaitement visibles, notamment celles de charbon, facilement reconnaissables. Des cheminées des fées sont l’attraction locale. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les plus spectaculaires ont été rendues accessibles par un ensemble de sentiers et d’escaliers métalliques qui les protègent des vandales mais n’améliorent pas la perception du site. Néanmoins, il n’y a rien là de bien extraordinaire, mais ici, la moindre curiosité est mise en valeur. Après être allés voir un pont suspendu métallique jeté au-dessus de la rivière, nous parvenons au centre de cette région touristique, à Drumheller, et passons, à notre habitude, au Visitor’s Center, à côté d’un gigantesque Tyrannosaur Rex car, dans les couches de sédiments de la vallée, on a découvert les restes de nombreux dinosaures et ils constituent l’attraction majeure de la région. Nous allons d’ailleurs, à quelques kilomètres, au grand musée Tyrrell consacré à toutes ces sympathiques bestioles que nous n’avons heureusement pas connues… La mise en scène est là aussi exceptionnelle ! Des squelettes de divers dinosaures ont été assemblés ou reproduits en grandeur réelle par des moulages. Difficile de ne pas être impressionné par le résultat. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Je n’en saurai pas beaucoup plus à la sortie, la flemme de lire et traduire tous les textes mais je ne me serais pas ennuyé ! J’aimerais aussi bien savoir ce qui est passé dans la tête des religieuses que nous avons côtoyées dans les salles… Nous en ressortons à plus de trois heures et j’ai faim ! Nous allons nous garer sur une aire de pique-nique et dévorons notre déjeuner. Nous repartons en suivant la vallée. Des belvédères offrent une vue sur les falaises érodées et leurs diverses couches colorées, la rivière et deux biches, celles qui donnent leur nom à la rivière : la Red Deer River. Un nonchalant bac à câble nous la fait traverser puis nous revenons à Drumheller. Nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché loin de valoir les précédents puis, bien qu’il soit déjà cinq heures et demie, nous prenons le chemin de Calgary. Un bref détour pour une dernière vue sur un cañon puis nous roulons. Et soudain, du sommet d’une côte, nous les découvrons, une barrière au fond de l’horizon, les Rocheuses ! Nous rejoignons une autoroute, passons devant l’aéroport et découvrons les gratte-ciel de Calgary. Nous nous mettons en quête d’un Walmart, nous nous en faisons indiquer un et nous allons nous garer sur son parking, il est sept heures et demie du soir ! Je vais faire une courte promenade dans la galerie du Mall pour me relaxer et m’offrir un Coca Cola.

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commentaires

Randy 16/08/2016 12:56

Belle article!!! Merci pour les infos et les astuces... C'est vraiment très intéressant!!! :-)