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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 14:23

Mardi 23 juin :  Nous quittons notre parking, suffisamment calme cette nuit pour que nous ayons pu dormir à poings fermés. Je me jette une fois de plus dans la circulation, toujours rapide. Nous trouvons vite le centre et ses gratte-ciel, témoins du développement économique de l’Alberta, grâce au pétrole. Nous nous garons le long d’une rue. Dans les autres parkings, on ne peut payer qu’avec une carte de crédit ! Nous nous rendons, en marchant le nez en l’air pour admirer les tours de verre, jusqu’à celle qui fut la plus haute de la ville, à 197 mètres, maintenant détrônée.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Un ascenseur, pour 16 dollars, tarif « senior », nous expédie au sommet ou presque. De là-haut, nous pouvons contempler nos misérables fourmis de semblables, les toits des immeubles, les avenues qui se croisent à angle droit et les autres gratte-ciel à notre niveau, du moins d’un côté. Une avancée au sol de verre permet de se croire au-dessus du vide et de photographier le vertige ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Calgary ne paraît pas si étendu de cette hauteur, le stade du Stampede, le fameux rodéo, s’étend à quelque distance et la campagne n’est pas loin. Nous redescendons et allons arpenter quelques rues et avenues proches ainsi que la rue piétonne où les anciens bâtiments de la fin du XIX° siècle ont tous été transformés en restaurants avec terrasses. Nous reprenons le « camion », expression bien prétentieuse quand on voit la taille des autres Recreation Vehicules. Nous traversons la rivière et trouvons une corniche d’où l’on jouit d’une belle vue sur toute la ville moderne. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

C’est aussi le lieu de détente et de défoulement des citadins qui, à l’heure du déjeuner, viennent y transpirer en pratiquant toutes sortes d’exercices épuisants, à les entendre souffler et peiner… Nous déjeunons là, avant de repartir en direction de Banff. Nous nous approchons des montagnes puis l’autoroute se faufile au milieu, et nous atteignons la petite ville envahie de vacanciers de toutes sortes. Les camping-cars de toutes tailles, souvent en location, encombrent les rues, les marcheurs et les cyclistes se ravitaillent. Nous allons nous garer près du Visitor’s Center et allons aux renseignements. Il est encore tôt mais nous remettons à demain la poursuite de la route. Nous décidons d’aller nous installer dans un camping géré par les Parcs nationaux. En chemin, nous nous arrêtons pour aller voir des hoodoos. Si la vue sur la rivière aux eaux turquoise, la forêt et la montagne derrière, est superbe, les hooddos,  eux, sont plutôt minables ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous allons repérer notre emplacement dans un immense camping en pleine forêt, très calme puis nous allons nous promener au lac Minnewanka. Nous le longeons en contemplant les montagnes à peine tachetées de neige à leurs sommets, image classique du Canada, lac turquoise, montagne enneigée et forêt de conifères. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Des chèvres de montagne, pelées, pas du tout effarouchées, broutent sur le bord de la route. Nous revenons nous installer au camping et étudier la suite du voyage. Je suis content d’être enfin là, dans ces parcs si bien conçus et de retrouver ces images du Canada que j’avais gardées en tête, même si l’afflux de touristes est déplaisant.

Mercredi 24 juin : Nous allons reprendre brièvement l’autoroute, toujours la même, la N° 1, la transcanadienne qui va jusqu’à Vancouver Mais nous l’abandonnons très vite pour une route secondaire qui lui est parallèle mais bien plus calme, la vitesse est limitée à 50 km/h. Le paysage est magnifique sous le soleil, montagnes à peine enneigées, forêts très denses de sapins, mélèzes et bouleaux et serpentant à nos pieds, une rivière aux eaux turquoise laiteuses. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous n’y sommes donc pas seuls. Le sentier, bien aménagé, suit en surplomb, le torrent qui mugit dans le ravin encombré de troncs. Nous parvenons au bout d’une demi-heure à une cascade, pas très haute mais rugissante. Nous ne poussons pas plus loin et revenons au camion. Nous allons nous garer à l’écart du monde pour déjeuner. Plus loin, une belle barrière rocheuse se dresse au-dessus de la forêt. Nous parvenons à Lake Louise, d’abord au village où je ne parviens pas à me connecter à internet. Nous nous rendons à quatre kilomètres au lac Louise. Le parking, immense, est bondé ! Une foule de touristes se presse sur les bords du lac et me gâche le plaisir de revoir ce lac que nous avions vu gelé et sans autre visiteur que nous. Il demeure, en faisant abstraction de l’environnement proche et des plaisanciers qui canotent sur les eaux, une superbe vue, mais sans soleil, sur les glaciers bien diminués qui ferment le lac. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous nous rendons au grand hôtel Fairmont dont le hall est ouvert au « vulgaire » mais pas question de bénéficier du wifi… Nous repartons en direction du lac Moraine, la route grimpe dans la montagne et se termine sur un parking, lui aussi envahi. La carte de priorité de Marie, nous permet heureusement de nous garer au plus près des départs de sentier. Le lac est bleu. Un beau bleu qui, quand le soleil veut bien l’éclairer, devient brillant, presque phosphorescent. Des troncs d’arbres se sont entassés depuis la dernière fonte des neiges à l’une de ses extrémités. Quelques-uns se risquent à traverser le ruisseau en sautant de l’un à l’autre, en les faisant rouler sous leurs pieds. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous faisons une courte promenade en suivant la rive puis revenons à Lake Louise. Nous avions projeté d’aller nous installer au camping du parc Yoho mais l’abondance de camping-cars croisés nous fait craindre de ne pas trouver de place. Nous décidons de tenter notre chance à celui de Lake Louise. Effectivement, celui réservé aux camping-cars est déjà plein, mais nous trouvons une place dans celui réservé aux tentes, donc sans branchements mais cela nous convient parfaitement. Le camping est entouré d’une clôture électrifiée pour nous protéger d’une intrusion des ours ! Je doute que ces malheureuses bêtes s’approchent de la multitude bruyante que nous formons…

Jeudi 25 juin : Nous émergeons plus tard que nous ne l’avions prévu. Aussi, après avoir procédé à nos ablutions respectives, il est presque dix heures quand nous nous mettons en route. Un beau soleil nous incite à retourner voir le lac Louise bien éclairé. Il n’y a pas autant de monde que la veille et le site est encore plus exceptionnel, la forêt est d’un beau vert, le glacier brille et le bleu du lac resplendit. Nous reprenons l’autoroute en direction de l’ouest et allons faire une brève intrusion en Colombie Britannique, dans le Parc national de Yoho. Le premier arrêt est pour une curiosité ferroviaire, un tunnel en spirale, qui permet aux trains de grimper une rude côte, tel que l’on peut apercevoir les locomotives et la queue du train, respectivement sortir et entrer dans le tunnel si le convoi est assez long.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous avons la chance de voir un train faire cette boucle. Nous arrêtons au Visitor’s Center du parc pour obtenir quelques informations et surtout bénéficier du wifi. Nous continuons encore quelques kilomètres puis bifurquons pour une route qui pénètre dans la montagne. Un pont naturel où les eaux laiteuses d’un torrent s’engouffrent sous de gros blocs de roche, est une première halte puis nous atteignons un autre beau lac, le lac Emeraude, encore un cadre enchanteur et bien canadien ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous revenons sur nos pas puis un nouveau détour, après une très rude montée qui doit poser problème aux gros camping-cars et une belle traversée d’une forêt de pins plantés serrés et bien droits, nous amène à une belle cascade qui tombe de 254 mètres derrière un écran de pins. Nous déjeunons sur le parking, après avoir satisfait la curiosité de Québécois à propos de notre modeste camion. Les questions les plus fréquentes concernent le schnorkel et ma réponse au sujet du franchissement de gué, plonge les curieux dans des abîmes de réflexion… Nous revenons à Lake Louise où nous prenons la route de Jasper dite « des champs de glace ». Nous roulons entre deux chaînes de montagnes partiellement enneigées, en suivant souvent le cours de rivières. Des glaciers sont visibles de la route, des lacs se succèdent. Nous faisons de nombreuses haltes pour admirer le paysage. Il faut parfois attendre que le soleil, capricieux, viennent mettre en valeur les couleurs. Soudain, des voitures arrêtées sur le bord de la route nous alertent. Tout le monde regarde dans la même direction. Nous nous garons et aux jumelles, je distingue un bel ours au pelage miel couché dans l’herbe, un grizzly ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Il nous tourne le dos mais il a la délicatesse de se lever et de s’en aller nonchalamment, nous laissant le temps de l’admirer. L’arrêt au lac Peyto est un enchantement. En contrebas, on découvre d’un point de vue ce superbe lac turquoise dû à un glacier et, en aval, toute une vallée piquetée de lacs entre les massifs boisés. Dans le lointain, d’autres montagnes et d’autres glaciers… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nouvelle halte pour, après un court sentier, approcher et passer au-dessus d’un cañon où un torrent mugissant s’est frayé un chemin en creusant dans la roche des marmites de géants. Au carrefour des routes de Jasper et de Red Deer, je reprends du gasoil par précaution, le litre y est le plus cher, jusqu’à présent, du Canada ! Nous nous arrêtons peu après dans un camping rustique, en pleine forêt, juste un emplacement et un foyer pour faire flamber des bûches. Personne ne surveille, nous y sommes en auto-enregistrement, des enveloppes sont à la disposition des campeurs pour y verser la somme due.

Vendredi 26 juin : Marie me réveille à sept heures. Je me suis réveillé dans la nuit et ce matin j’aurais bien poursuivi mon somme. Nous sommes bientôt sur la route qui suit une rivière laiteuse, des montagnes couvertes de pins et des pics acérés. Le soleil brille et le ciel, bleu, va le rester toute la journée. Une courte montée nous amène à deux mille mètres d’altitude et nous longeons une succession de glaciers dont les langues paraissent arrêtées, en équilibre au rebord de précipices. Peu après nous parvenons au site le plus fameux de cette route où le glacier Athabasca venait, cinquante ans plus tôt, mourir sur la route. Il a reculé depuis de deux kilomètres. La première vision est très décevante. Pas de glace, pas même une mince couche de neige pour cacher les moraines terreuses, le champ grisâtre de gravier et de roches pilées. Nous tentons d’approcher la langue de glace en escaladant un sentier qui s’en approche, en marchant sur des roches que les avancées et reculs du glacier a striées au cours des millénaires. Nous nous rendons ensuite au Visitor’s Center où nous ne parvenons pas à nous connecter. Maintenant, le soleil est plus haut dans le ciel, il dissipe les ombres et éclaire mieux le champ de glace et nous jouissons alors d’une vue extraordinaire sur le glacier si on fait abstraction de ses alentours. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous suivons le cours de la rivière Athabasca dont le large cours se divise en une multitude de ruisseaux qui se regroupent, se reséparent dans un lit de gravier, formant des îlots parfois recouverts par des pins.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Plus loin nous atteignons les chutes Sunwapta qu’une courte marche nous permet de découvrir. Les eaux rugissantes se sont creusé un cañon dans lequel elles s’engouffrent en soulevant des nuages d’écume. D’énormes marmites ont été creusées par les tourbillons. Les abords en sont protégés par des grillages peu élégants. Quelques kilomètres plus loin et ce sont de nouvelles chutes dites de l’Athabasca où, là aussi, la rivière se précipite dans une étroite passe que de vilains ponts en béton franchissent. Comme sur les autres sites, de nombreux panneaux didactiques expliquent le pourquoi et le comment aux grands enfants que nous semblons être. Les touristes sont toujours nombreux, principalement des Asiatiques, Chinois, Indiens, locaux ou venus de l’extérieur ? Plus étrange, une famille élargie de Mennonites ou supposés tels. Les hommes portent la barbe en collier, un chapeau à larges bords, un pantalon tenu par des bretelles et une chemise de paysan bleue. Les femmes ont une robe longue avec un tablier blanc et dans les cheveux un bonnet blanc noué sous le menton. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Une gamine est totalement attardée et un garçon est sourd. Problèmes de consanguinité ? Nous déjeunons sur le parking, en cherchant l’ombre, puis nous repartons en roulant plus vite, sans plus chercher à apercevoir une faune bien cachée. Nous avons pris une route secondaire puis une autre qui monte en lacets parfois serrés jusqu’à un parking. De là un sentier mène à un glacier. Fatigués, nous hésitons à le prendre mais des Français qui en reviennent nous convainquent de faire l’effort. Le sentier, goudronné tout de même, est rude mais nous sommes récompensés par la vision au pied du glacier d’un petit lac dominé par une paroi de glace veinée, vaguement bleutée, mais l’éclairage n’est pas favorable. Sur le lac, bien bleu lui, quelques glaçons jouent aux icebergs mais ce n’est quand même pas Perito Moreno… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous redescendons en apercevant un autre beau lac caché derrière les pins. Nous allons nous réserver un emplacement au camping proche de Jasper puis nous nous rendons en ville. Nous réussissons à bénéficier du wifi au Visitor’s Center mais nous n’avons que très peu de courrier. Nous répondons à quelques-uns puis nous faisons le tour des restaurants possibles, Marie a des envies de sortie ! Ceux qui proposent une carte « canadienne » sont chers et peu engageants, les pizzas, les pâtes et les burgers mis à part, ce ne sont que steaks avec des sauces étranges… Après nous être réapprovisionnés dans un supermarché où nous trouvons des litchis verts que nous avait recommandés Duyen, nous optons pour un restaurant chinois, canard laqué et bœuf, crevettes, poulet, coquilles Saint-Jacques sautés ensemble avec des légumes. C’est bon, très copieux et bien moins cher que les plus chics. Nous rentrons nous installer au camping et digérer…

Samedi 27 juin : Nous sommes un peu plus matinaux aujourd’hui et à neuf heures et demie nous sommes sur la route. Nous contournons Jasper et prenons la route en cul-de-sac de Maligne. Nous roulons doucement dans l’espoir d’apercevoir un ours noir fréquent en ces parages. Un grand rassemblement de véhicules arrêtés nous fait croire quelques instants que notre souhait va être réalisé mais, après avoir interrogé plusieurs conducteurs et passagers qui tous n’ont pas vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours, nous nous résignons à continuer. Premier arrêt pour aller voir un cañon si étroit et profond que nous avons les plus grandes difficultés, en nous déhanchant au-dessus de garde-fous, à apercevoir le torrent qui mugit dans les marmites de géant. Et, plus loin, notre vœu se réalise, alertés par les occupants d’une voiture arrêtée, nous voyons débouler du versant de la montagne, en forêt, un bel ours noir au poil luisant qui s’approche de la route pour se goinfrer de baies avant de disparaître dans les fourrés. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Contents, nous continuons jusqu’au très beau lac Medicine qui a la propriété de disparaître à l’automne. En ce moment il est bien rempli et nous pouvons même apercevoir dans son nid, tout au sommet d’un grand pin, une femelle pygargue à tête blanche qui nous toise de haut. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

La route se termine au lac Maligne, décevant, ses eaux n’ont pas une belle couleur, sans doute à cause de l’heure, et ses abords sont trop occupés par des activités nautiques et notamment une promenade en vedette d’une heure et demie sur le lac, vendue 67 dollars !  Nous revenons sur nos pas, déjeunons sur la rive d’un torrent puis repassons à Jasper pour un plein de gasoil et une rapide connexion à internet pour trouver un message de Julie qui semble se régaler dans ses plongées à Bali, de Nicole et un long message de Vettou. Nous quittons l’Alberta et le Parc National du même nom pour entrer en Colombie Britannique où nous retardons de nouveau les montres d’une heure. La route est bonne, rapide, nous traversons le Parc provincial du Mont Robson, une belle montagne enneigée, passage au Visitor’s Center puis achat de boissons gazeuses glacées pour nous rafraîchir, il fait une température caniculaire ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

ANous avançons à bonne allure, quittons le parc, retrouvons des prairies cultivées ou occupées par des élevages. Encore quelques kilomètres, après le carrefour de la route de Vancouver, la circulation devient rare, nous avons quitté les montagnes, seules quelques collines donnent encore une impression de relief. Nous décidons de nous arrêter avant Prince Georges, d’ailleurs je commence à fatiguer. Un premier RV Park nous demande 32 dollars sans branchements ! 2 kilomètres plus loin, le camping d’un parc provincial, 18 dollars, serait tout à fait acceptable s’il y avait de la place… Sur les conseils d’un campeur qui lui a une place, nous allons bivouaquer sur une aire de repos, en retrait de la route, au bord d’une rivière, bientôt rejoints par une caravane et une motarde qui monte sa tente sur le gazon. Pour fêter, nous ne savons pas trop quoi, la sortie des Rocheuses, le début de la route de l’Alaska, nous nous offrons le troisième pastis du voyage… L’arrivée d’un fourgon venu s’installer en bordure de la rivière irrite Marie au plus haut point…

Dimanche 28 juin : Nous continuons l’abattage des moustiques commencé hier soir. Ils ne nous ont pas trop ennuyés dans la nuit, peut-être avaient-ils trop bien profité de nos globules. Nos voisins discutent, prennent le petit déjeuner sur la table à côté de nous, font tourner le moteur de leur fourgon, bref Marie soupire… Nous repartons pour une grosse étape de route. Des lacs et de la forêt mais plus de montagnes. A la station-service où je veux reprendre du gasoil, toutes les pompes sont occupées par les mêmes équipages : un gros pick up, un bateau à moteur sur une remorque, un chien sur le siège avant et une épouse grassouillette, court vêtue, peu sexy… Nous avançons à bonne allure, déjeunons à l’ombre, il fait chaud mais pas autant qu’hier. La route grimpe, traverse des bosquets de bouleaux, passe entre prairies et champs moissonnés. Nous nous arrêtons à Chetwynd que tous les amateurs d’art connaissent. C’est la capitale mondiale de la sculpture à la tronçonneuse ! Les œuvres réalisées par les artistes lors des rencontres annuelles sont exposées dans la rue principale et les rues adjacentes. Elles ne sont pas très variées, semblent toutes réalisées par la même personne, des personnages de l’Ouest, des monstres, des pêcheurs. Toutes les sculptures ont été vernies pour un plus bel effet… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Après avoir longé sur des collines le cours de la Peace river nous bifurquons en direction de Fort Nelson. La station-service sur laquelle je comptais pour refaire un plein est fermée, la suivante aussi. Panique à bord, Marie récrimine, j’aurais dû remplir les jerrycans… Nous sommes sauvés à Wonowon où je trouve le gasoil le plus cher du voyage. Ce qui s’explique peut-être par le fait que nous sommes en plein milieu des champs gaziers et pétrolifères… On n’en voit rien sinon des pistes qui partent dans la forêt et d’énormes pick up boueux qui roulent à toute allure. Nous trouvons un camping avec ce que nous cherchions : machine à laver et wifi. La soirée se passe à relire mon texte, essayer vainement de le mettre en ligne puis en aller et venues aux machines à laver et à sécher. Coucher à onze heures, fatigué !

Lundi 29 juin : A six heures, la connexion étant meilleure, je parviens à mettre en ligne une partie du blog avec les photos mais je dois attendre pour que chaque photo soit prise en compte, aussi je ne poursuis pas. Nous expédions plus tard quelques messages. Le camp se réveille plus tôt que nous, nombre des résidents sont des ouvriers qui travaillent pour des compagnies de forage. Nous nous levons bien tardivement et le temps de nous préparer, il est presque dix heures et demie quand nous reprenons la route, ce qui n’est pas bien sérieux quand on sait le kilométrage que nous devons encore faire… La route est taillée en ligne droite dans une forêt très épaisse, impénétrable, qui couvre le pays et les collines à perte de vue. Nouveau plein de gasoil à Fort Nelson, au même tarif que la veille soit 40% de plus qu’avant Calgary ! Nous nous rapprochons ensuite des Rocheuses, pas celles de Jasper ou Banff, de basses montagnes, sans neige et entre lesquelles nous nous glissons en montées et virages. Après déjeuner, le ciel se couvre et bientôt nous essuyons quelques orages. Dommage car nous longeons un très joli lac, le Muncho Lake dont on devine que les eaux doivent être d’un beau turquoise. Des panneaux nous mettent en garde contre la présence de bisons et effectivement, nous en apercevons un, broutant l’herbe tendre du bas-côté de la route, mais que nous devons déranger puisqu’à peine sommes-nous arrêtés, il disparaît dans la futaie avant qu’une photo immortalise cette rencontre. Nous roulons un peu plus tard que d’habitude pour compenser le départ tardif de ce matin et trouvons un bel endroit de bivouac, en retrait de la route, près de rapides. Marie, plongée dans ses brochures, ne se préoccupe pas de mettre la table, je bouscule tout ce qui se trouve dessus, provoquant sa colère et une crise…

Mardi 30 juin : Les cieux ne sont plus courroucés et le soleil revient en début de journée pour que nous puissions apprécier la beauté des immensités couvertes de forêt. La route franchit la « frontière » du Yukon mais va la tutoyer de telle sorte que sur plusieurs dizaines de kilomètres nous allons passer et repasser cette limite qui correspond au 60° parallèle. Les bords de la route ont été dégagés, sans doute afin de prévenir les collisions entre animaux et véhicules. Il y pousse une herbe tendre que les bisons apprécient puisque sur quelques kilomètres nous allons en voir un, puis deux, et enfin tout un troupeau avec les veaux de l’année. Nous nous arrêtons pour les photographier, ralentissant à peine pour les suivants… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

MEt, nouvel arrêt quelques kilomètres plus loin, pour un bel ours noir qui, sur le bord de la route, croque goulument des baies. Indifférent à notre présence, il se roule dans les herbes puis continue sa quête en longeant la route. Nous sommes souvent dépassés (tout le monde nous dépasse, camions, camping-cars, voitures, motos) par des motards qui nous font un petit signe d’amitié de la main. Ce sont toujours des gros cubes rutilants, chromés, qui semblent confortables comme un fauteuil Louis XV, parfois des Harley-Davidson où les pieds sont calés bien en avant. On trouve aussi des engins à trois roues, deux à l’avant, larges comme une petite voiture, qui tirent une remorque mignonne comme un jouet. Nous parvenons à Watson Lake, le gros bourg, stations-service, quelques stores, les hangars semi-circulaires des administrations et les modestes églises de quelques confessions en mal d’ouailles. Et, bien sûr, un Visitor’s Center d’où nous ressortons avec une abondante collecte de brochures, plans, informations et aussi, grâce au wifi, un message de Julie, rentrée de Bali. Je m’y fais la réflexion que les lieux d’aisance sont les marqueurs des civilisations qui ont le mieux résisté à la mondialisation. Les Japonais, toujours à la pointe de la modernité, n’ont pas imposé leurs toilettes perfectionnées, avec jet purificateur  orientable et réglable en température depuis un tableau de bord à portée de main, les Chinois n’ont pas renoncé et se plaisent dans leurs wc conviviaux, les Arabes continuent de s’accroupir et les anglo-saxons n’ont toujours pas descendu les cloisons séparatrices jusqu’au sol, laissant ainsi tout loisir à l’occupant d’un box de contempler les souliers de son voisin, lui permettant d’en déduire son âge et sa classe sociale. A côté de ce bâtiment, une « forêt » de mâts porte des panneaux-indicateurs, des plaques d’immatriculation et autres inscriptions diverses avec le nom de l’origine des dédicataires. Nombre proviennent, logiquement, du Canada et des Etats-Unis puis les Allemands sont bien représentés, à croire qu’ils sont tous venus avec un double de leurs plaques d’immatriculation ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous avons bien du mal à trouver deux misérables planches avec des origines gauloises… Le ciel se couvre mais nous pouvons quand même continuer d’apprécier la forêt boréale, ses essences majestueuses pour les grands pins drus, presque déprimantes pour les épinettes (?), toujours rachitiques, brûlées, malades (?). Nous nous arrêtons à Teslin, un ancien village de la communauté Tlingit. Un musée Georges Johnston du nom de celui qui, au début du 20° siècle, le premier de sa communauté, ouvrit un magasin de commerce, fit fortune et, surtout, prit des photos de sa famille, de son clan. Elles montrent la rapide assimilation des autochtones aux mœurs occidentales et l’adoption des églises missionnaires. Des objets et quelques scènes recréent la vie selon les saisons en ces contrées. Nous faisons le tour du village, les premières églises en rondins ont été conservées, ce sont des « antiquités » mais on vit aujourd’hui dans des maisons nettement plus confortables. Nous repartons, roulons puis décidons de nous arrêter avant Whitehorse dans un camping gouvernemental, sans installations, où nous occupons le dernier site libre. Pour 12 dollars, nous avons eu droit à un emplacement dans la forêt, au bord d’un lac, pourvu de rares latrines méphitiques. Ah, j’allais oublier nos charmants voisins qu’un trop bref soleil d’été a rendus euphoriques et qui jusqu’à plus de minuit, nous ont fait bénéficier de leurs rires gras, de leurs cris de matous énamourés, des aboiements de leurs roquets hargneux, sans oublier la radio…

Mercredi 1er juillet : Au réveil, ils sont beaucoup plus discrets, tout le camping aussi… Nous nous apercevons aussi que le 1er juillet est Fête Nationale… Nous partons discrètement, sur la pointe des roues, pour ne réveiller personne. Peu avant Whitehorse, nous faisons un détour pour approcher un cañon peu profond mais il y coule une belle eau verte entre des roches basaltiques en tuyaux d’orgue. Une passerelle permet de passer de l’autre côté et d’avoir un aperçu sur toute la longueur du défilé. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

ERNous passons par l’aéroport nautique, des hydravions posés sur leurs gros flotteurs sont amarrés à quai. Nous entrons dans Whitehorse, la capitale du Yukon, moins de trente mille habitants… Je me gare dans la rue principale pour aller consulter le menu du restaurant Klondyke Rib & Salmon où nous avons l’intention de déjeuner puis je vais tirer des dollars à un distributeur. En ressortant de la banque, je m’aperçois que toute la population, habillée en rouge et blanc, agitant des drapeaux canadiens, est massée le long des deux rues du carrefour où nous sommes garés. Je vais chercher Marie restée au camion et nous assistons au défilé de la Fête Nationale. En tête, les drapeaux canadiens et anglais (!) puis les cornemuses, la Police Royale Montée mais démontée aujourd’hui, les pompiers et derrière, une suite de voitures anciennes, de chars montés par des chorus girls qui se produisent dans un spectacle de french cancan au casino, un débonnaire membre de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints du Dernier Jour, des représentants des communautés philippine puis chinoise, avec dragons et réclames pour leurs magasins, un club canin, les scouts et pour clore quelques voitures transformées en monstres avec énormes pneus et suspension spectaculaire.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous allons nous promener, voir l’ancienne gare en bois, un totem planté devant, puis quelques maisons en bois très restaurées. Nous allons nous garer devant le Visitor’s Center pour bénéficier du wifi et nous parvenons même à joindre et donc voir et parler avec Julie, rentrée de Bali agacée par les continuelles sollicitations des Balinais envers les touristes. Nous allons déjeuner au restaurant repéré, deux anciennes maisons en bois, les murs couverts de photos, d’affiches et de quelques objets de brocante. La serveuse est aguichante, la cuisine moins. Je prends un plat de travers de porc fumé couvert d’une sauce dite barbecue épicée et Marie un burger avec de la viande hachée de gros gibier, rien d’inoubliable mais copieux et le tout arrosé de deux bonnes pintes d’une bière ambrée. Nous repartons jusqu’au supermarché à la sortie de la ville où nous refaisons un plein de provisions. Le liquor store est fermé pour cause de Fête Nationale. Tristes ces pays où, les jours de fête, on ne peut acheter de quoi la faire ! Plein de gasoil et nous quittons cette dernière « grande ville » pour le nord et l’Alaska. Le ciel s’est couvert, tout est sombre mais le soleil va réussir à se glisser entre les nuages et redonner des couleurs à la forêt et aux inévitables rivières. Nous cherchons dans Carmack les restes de quelques maisons en rondins, l’une porte des trophées de chasse. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous continuons de rouler, Marie tient à voir les rapides Five Fingers avant qu’on s’arrête. Ils s’avèrent très décevants, quelques îlots qui ne troublent guère le cours de la rivière. Heureusement, un camping du gouvernement est situé à côté et nous y trouvons un emplacement mais comme hier, sans aucun aménagement. Je m’aperçois alors que mes phares n’éclairent pas, alors que c’est obligatoire. Je cherche la raison, fusibles, ampoules, tout est bon. Il va falloir trouver un électricien à Dawson City demain.

Jeudi 2 juillet : Les phares fonctionnent ! Le ciel est gris et bientôt il pleut. Dans la grisaille, on ne distingue pas grand-chose du paysage. Tout juste remarquons-nous que la belle forêt n’existe plus, les arbres sont tout rabougris, maigrichons, malades. Des troncs brûlés indiquent aussi des séquelles d’incendies qui ont dévasté des territoires immenses dont les dates sont parfois indiquées. Après avoir longé la large rivière Yukon, nous nous en éloignons. La route est souvent en travaux et nous roulons sur des portions de bonnes pistes de gravier. Avec la pluie, pas de poussière mais le camion est vite sale. Déjeuner sur l’une des rares aires de repos puis nous suivons le cours de la rivière Klondike, connue dans le monde entier pour ses gisements d’or. Je m’aperçois de nouveau que les phares ne fonctionnent pas ! Nous arrivons bientôt à Dawson City, la fameuse ville de la ruée vers l’or de 1898. Nous avons l’impression de débarquer dans une ville du Far West avec ses magasins de la rue principale construits en bois, mais un simple hangar derrière une façade qui se veut élégante. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

IQNous trouvons une place au camping du centre-ville, envahi par les touristes. Nous profitons du temps de wifi alloué (deux fois deux heures !) pour nous mettre à jour dans notre courrier alors qu’un orage passe. Je tente ensuite de mettre le blog à jour mais le chargement des images est trop long et nous préférons sortir pour profiter du soleil revenu. Nous arpentons quelques-unes des rues de l’ancienne « Paris du Nord ». Il n’en reste pas grand-chose, la fin de l’exploitation des filons aurifères a signé sa disparition. Elle tente de revivre avec le tourisme, quelques bâtiments, la poste, le théâtre, des boutiques, ont été restaurés ou reconstruits à l’identique, photos à l’appui, transformés en musée et ouvert au public. Des hôtels ont été bâtis dans le style de l’époque mais les couleurs sont vives, les enseignes trop fraîches. Il subsiste tout de même une certaine ambiance avec les rues non pavées et boueuses et surtout les trottoirs de bois en planches mal ajustées. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Sur les bords de la rivière, un ancien vapeur avec roue à aube à l’arrière, le Keno, a été échoué et attend les visiteurs. Nous revenons en passant devant le casino où tous les soirs un spectacle de french cancan est présenté ! Retour au camion.

Vendredi 3 juillet : Nous commençons par aller prendre rendez-vous chez un mécanicien-électricien pour essayer de régler ce problème de phares. Nous nous rendons ensuite au bout d’une piste qui suit le cours de la Bonanza, rivière qui fut une authentique mine d’or puisque c’est sur son cours que fut découvert le premier site et qui a été fouillée d’abord artisanalement puis industriellement avec de puissantes dragues. Ces dernières ont rejeté des volumes de cailloux et de graviers qui forment des monticules tout au long du chemin. Il semble qu’aujourd’hui encore de petites exploitations cherchent à traiter ces déblais. Nous voulons visiter la dernière drague abandonnée sur le cours de la rivière et désormais transformée en musée mais les visites se font à heures fixes et bien que l’heure soit dépassée, aucun guide ne se présente. Des corbeaux sarcastiques croassent comme des « anars » sur le passage de séminaristes. Après avoir lu tous les panneaux explicatifs, patienté, nous retournons en ville et nous allons nous garer à proximité du « Keno ». Nous pouvons voir la salle des machines, les cabines avec des couchettes bien petites, la cuisine. Des photos racontent l’épopée du transport sur le Yukon et le Klondike et un film montre le dernier voyage du bateau, dans les années soixante.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

UDommage qu’il ne soit plus en service, la remontée de la rivière et les passages de rapides semblaient une aventure intéressante. Nous déjeunons ensuite à proximité du théâtre que nous visitons ensuite. Il a été reconstruit à l’identique, en bois, des chaises au parterre et des loges sur deux étages. Des drapeaux canadiens et anglais pour décoration… Ne manque plus qu’une représentation sur scène et pourquoi pas du french cancan ? Nous repassons devant d’anciennes maisons restaurées ou reconstruites, trop fraîchement repeintes. Nous accordons quelques minutes au musée Jack London en souvenir de romans lus dans ma lointaine jeunesse et qui ne donnaient qu’une version trop édulcorée de son talent. Pas grand-chose à y voir : une cabane de rondins reconstruite, quelques photos plus ou moins en rapport avec son passage ici. Nous retournons au garage à l’heure prévue mais les phares fonctionnent ! Impossible de trouver l’origine de la panne épisodique, un relais ? Nous convenons de revenir demain matin si le problème se renouvelle. Nous retournons en ville faire consciencieusement le tour des dernières bâtisses qui nous avaient échappées et même passons au musée, dans une belle et vaste maison en bois. Quelques scènes de commerces ou de la vie dans le Dawson du début du XX° siècle sont recréées avec des mannequins et tous les objets collectés. Enfin nous revenons au camping. Je vais au Visitor’s Center profiter de leur wifi, plus efficace que celui du camping pour mettre en ligne sur le blog quelques photos. J’y passe une heure avant de retrouver Marie au camion. Je décide que nous allons nous rendre au spectacle du casino Gertie. Nous entrons dans une salle qui essaie de reproduire l’ambiance des saloons d’autrefois. Tables de jeu, roulette, poker, machines à sous, long comptoir de bar et au milieu des tables devant une scène. Le spectacle doit commencer à dix heures. Je commande une bière à l’une des peu accortes soubrettes chargées de faire consommer et nous patientons jusqu’au début du show. Dès que les premiers accords résonnent, le public, touristes de passage et locaux qui tentent de se distraire, applaudit, siffle, conquis d’avance. La meneuse de revue a le physique d’une diva des années 50 et la gouaille d’une entraîneuse de bastringue. Les girls au nombre de quatre, essaient de danser un french cancan sur des airs de sirtaki puis enchaînent avec entrain quelques numéros en alternance avec le duo de chanteurs. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

EJe regarde ma montre, pressé d’en finir, content d’avoir échappé au numéro où il faut monter sur scène et se ridiculiser avec les danseuses. Le spectacle a un gros succès public… Nous rentrons au camping, à plus de onze heures du soir, il fait encore jour et nos voisins de tous côtés n’ont pas très envie de se coucher et discutent à voix forte.

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