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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 01:04

Samedi 4 juillet : Réveil tardif. Nous passons au Visitor’s Center nous informer sur les restrictions à l’importation de nourriture aux Etats-Unis. Rassurés, nous allons faire des emplettes à l’épicerie et prenons la route ou plutôt nous traversons le village et attendons à l’embarcadère du bac qui fait traverser le Yukon. Un seul bac, pas très rapide, pour rejoindre l’ouest. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route ou plutôt la piste, large, excellente, appelée « Top of the World », grimpe dans la montagne et continue sur des dizaines de kilomètres en suivant une ligne de crête. Nous dominons les montagnes et les forêts mais nous n’en voyons que très peu. Le soleil est présent mais une brume nous cache les détails et uniformise les reliefs et les couleurs. Un gentil goupil, carnassier tout de même, sur le bord de la route, hésite entre nous regarder et se sauver dans les buissons, cette dernière alternative est retenue… Nous déjeunons avant le poste frontière pour finir les cerises et le cole slow au chou. Derniers virages et nous voici à la barrière. Pas de formalités de sortie du Canada, rapide contrôle des passeports, une fois de plus nos empreintes des dix doigts sont relevées et une photo d’identité (en souriant !) est prise. Aucun document n’est demandé et encore moins rempli pour le camion, aucune question sur nos provisions… Nous retardons pour la dernière fois nos montres, dix heures d’écart avec Paris. Nous sommes aux Etats-Unis, en Alaska ! Un mois, comme prévu, après être partis de Halifax, à plus de 10000 kilomètres de là.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une très bonne route nous fait redescendre, vite remplacée par une piste, plus étroite et moins bonne qu’au Canada. Nous nous arrêtons à Chicken, un ancien village de mineurs. Une drague abandonnée domine le site, face à un poulet gigantesque en bois et à des poteaux qui indiquent les directions et les distances des villes du monde (Australie, Israël, Belgique…) qui portent le nom d’une volaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les pentes des montagnes sont presque toutes déboisées par des coupes ou par des incendies. Nous pouvons ainsi admirer les boucles de la rivière mais la vision des troncs noircis, désormais une forêt de pieux, est sinistre. Néanmoins dans certaines zones, ces troncs recommencent à se régénérer et des pousses vertes apparaissent. Après des kilomètres ou plutôt des miles qui nous paraissent bien plus longs, nous rejoignons la grande route dans la vallée. Nous roulons jusqu’à Tok où le Visitor’s Center est ouvert bien que nous soyons le 4 juillet, jour de la Fête Nationale aux Etats-Unis. Plans, brochures, nous repartons les bras chargés. Nous allons nous installer dans un camping tenu par une petite dame chenue qui vend aussi des armes, belle collection de kalachnikov et autres jouets du même genre dans son dos… Nous tentons de dresser un programme pour les jours suivants. Marie voudrait bien monter dans le Nord mais n’ose le dire et ne cesse de me tarabuster pour que je le déclare à sa place… Nous prenons un pastis pour arroser l’arrivée en Alaska.

Dimanche 5 juillet : Je suis réveillé très tôt dans la nuit, il fait déjà jour mais il n’y a peut-être pas eu de nuit ! Je refais un plein de gasoil, ici le prix est indiqué en gallons, ce qui ne facilite pas la conversion et l’estimation du prix. Pour régler, beaucoup de pompes ne fonctionnent qu’avec des cartes de crédit, il faut trouver la station qui fait aussi épicerie et donc avec une personne derrière la caisse. Nous repartons fatigués en suivant ou traversant le large lit de rivières boueuses, peu profondes. Nous suivons une chaîne de montagnes qui, dans le lointain, a des sommets enneigés. Nous croisons de nombreuses voitures attelées d’un canot à moteur, tout le monde va à la pêche ce dimanche. A Delta Junction, nous retrouvons des routes qui viennent du sud et nous nous prenons en photo devant le panneau indiquant la fin de la route de l’Alaska. Les miles défilent trop lentement. Nous n’arrivons à Fairbanks qu’en début d’après-midi. Depuis quelques kilomètres, nous étions dans un brouillard épais, peut-être dû à des incendies de forêt, qui se dissipe lentement à la fin de la journée. Nous contournons la ville dont nous ne verrons rien aujourd’hui et cherchons un camping avec des douches chaudes et le wifi. Un premier géré par le gouvernement ne remplit aucune de nos conditions. Nous en trouvons un second dans une forêt où nous pouvons nous installer. Nous retenons un emplacement et repartons aussitôt pour aller visiter le Musée du Nord sur le campus de l’université. Bâtiment tout neuf, formes audacieuses, qui ressemble à tous ces musées et fondations récents dont on admire parfois plus le contenant que le contenu. Ici aussi, l’espace consacré aux collections est réduit par rapport au volume disponible. Dans une salle, partagée en sections géographiques, sont exposés des objets, des photos, des documents qui racontent l’Alaska des deux derniers siècles. Délicates vanneries, harpons sculptés en ivoire avant que cet art ne dégénère pour une production commerciale. Ours empaillés, squelettes de caribous, os de baleines etc… A l’étage, la section « Galerie d’Art » tente une confrontation, à priori intéressante, entre art traditionnel et art contemporain. Les toiles sont rarement intéressantes et, encore une fois, les œuvres anciennes, traditionnelles, sont incomparables de qualité. Retour au camping où nous tentons vainement de nous connecter avec l’ordinateur. Cependant nous parvenons à lire notre courrier sur le smartphone et à envoyer un message.

Lundi 6 juillet : Nous avons dormi avec l’ouverture du toit ouverte, sans avoir froid. C’est la canicule en Alaska ! Nous ne sommes réveillés que par le bruit des engins de travaux publics qui travaillent à la route derrière le camping. Nous nous rendons au Visitor’s Center pour nous renseigner sur la route qui monte au nord jusqu’à Prudhoe Bay, la Dalton Highway. Elle ne paraît pas impossible et la météo est favorable, nous décidons donc de la parcourir du moins en partie, nous aviserons en cours de route. Nous allons refaire un plein de provisions pour plusieurs jours, nous n’aurons aucun ravitaillement sur la route. Le supermarché Safeway est très bien achalandé mais tous les produits sont dispersés dans les rayons et nous paraissent plus chers qu’au Canada. Plein de gasoil à la sortie de Fairbanks, y compris les jerrycans. Nous roulons donc plein nord dans un paysage de collines boisées qui correspond tout à fait à l’idée que j’avais de l’intérieur de l’Alaska. Ces forêts doivent pulluler d’animaux, d’orignaux, de caribous et d’ours qu’on ne voit que dans les brochures touristiques et jamais sur la route… Plus loin, une fumée s’étend sur tout le paysage, un incendie achève de brûler des hectares, le vert est devenu rouille ! 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le Yukon sur un pont en béton puis passons au Visitor’s Center nous faire confirmer les informations. Nous longeons le pipeline qui amène le précieux or noir de Prudhoe Bay à Valdez sur la côte Pacifique. L’énorme tuyau est posé à quelques mètres du sol sur des étais enfoncés dans le sol pour éviter le réchauffement du permafrost sous la couche de terre. Les épilobes, ces belles fleurs mauves qui nous accompagnent depuis l’Alberta, sont particulièrement nombreuses et forment des taches colorées sur les flancs des collines.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route goudronnée dans les premiers kilomètres est vite devenue une piste qui m’avait paru glissante dans les premières descentes puis j’ai dû m’habituer et je roule souvent au-dessus des 80 km/h imposés. La circulation est faible, quelques audacieux en camping-cars et des camions qui ne freinent jamais… Le ciel qui s’était dégagé, de nouveau est plongé dans une épaisse fumée d’incendies, le paysage devient lugubre, à peine distinguons-nous de gros rochers de part et d’autre de la route. Nous parvenons au site, en retrait de la route, où une pancarte indique que nous franchissons le cercle Polaire. Photos obligatoires, l’un puis l’autre, avec le camion etc…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous bivouaquons dans la colline au-dessus sur un terrain prévu à cet effet et gratuit.

Mardi 7 juillet : Trompé par la lumière du « jour », je me suis fréquemment réveillé dans la « nuit », pour constater à chaque fois qu’il faisait très clair, à toute heure. Quand nous nous levons, nous sommes toujours enveloppés par des fumées rousses et l’odeur de bois brûlé est bien présente. Il commence à pleuvoir et nous prenons la route sans voir grand-chose. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je suis tout de même ennuyé de ne pas avoir mes phares qui sont obligatoires sur cette route. Nous roulons sur un ancien goudron avec de nombreux passages de pistes plus ou moins bons. A peine devinons-nous des massifs montagneux de chaque côté… Nous roulons ainsi une centaine de kilomètres jusqu’à Coldfoot et son Visitor’s Center. Les renseignements concernant la météo ne sont pas encourageants, poursuivre paraît inutile. Le ranger de service nous propose gentiment de nous  projeter un film sur la région. Durant une vingtaine de minutes nous avons droit à un survol en avion, en automne, des montagnes que nous ne verrons probablement pas. Il pleut toujours quand nous allons déjeuner dans le camion. Nous décidons de repousser à demain la décision et de nous arrêter, attendre en espérant que les météorologues se sont trompés… Je refais un plein de gasoil à la station de cette ville pionnière, gadoue et baraques pour abriter les conducteurs de camions en mal d’un café chaud et de musique country. Nous allons nous installer au camping des plus simples à cinq kilomètres et passons l’après-midi à trier brochures et documents divers, lire et regarder des dvd : un film de Scorcese et un épisode d’Apostrophes sur l’argot. Aucune amélioration du côté des cieux…

Mercredi 8 juillet : Il a plu toute la nuit, un inquiétant déluge avant l’heure de se lever. La pluie a eu au moins le mérite de dissiper la fumée et nous distinguons maintenant les bases des montagnes que nous ne devinions même pas hier, les sommets, eux, sont perdus dans les nuages et la visibilité n’est pas très bonne non plus. Devant cette mauvaise humeur météorologique, nous renonçons à poursuivre sur cette route et prenons le chemin du retour. Je roule au début très précautionneusement sur la route mouillée, glissante puis je m’enhardis et tient un honnête 60 à 70 km/h, à l’égal des autres véhicules. Nous repassons au Cercle Polaire sans nous arrêter pour une nouvelle photo. Avant-hier nous y transpirions, aujourd’hui on y grelotterait presque. L’intensité de la pluie diminue et nous percevons mieux l’environnement, une taïga inhospitalière et toujours déserte ! Nous arrêtons pour une courte promenade au milieu de blocs de basalte dressés comme des doigts d’honneur adressés au ciel, le vent nous glace, nous repartons vite. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

 

La pluie cesse et le soleil fait de courtes et timides apparitions mais vers le nord, le ciel est noir. Nous retrouvons le bon goudron et parvenons à Fairbanks. Nous nous rendons aussitôt au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur le Parc national Denali. La réservation dans les campings est recommandée mais en utilisant un ordinateur mis à la disposition des touristes, je constate que tout est complet pour plusieurs jours et que la météo n’est pas très optimiste… Nous voici démoralisés, il en sera sans doute de même pour toutes les activités envisagées, et surtout pour le ferry le long de la côte. La mise à jour du blog attendra… Nous allons nous garer devant le Walmart où nous complétons nos provisions. Enervé, je dénigre tous les produits : la mayonnaise est sucrée, la sauce salade est sucrée, la moutarde est sucrée, les saucisses sont sucrées, les différents jambons sont sucrés, les viandes préparées en sauce sont sucrées, tout est sucré ! Comment ne seraient-ils pas obèses ? Le nombre de personnes difformes est stupéfiant, fessiers d’hottentotes, bras, ventres et cuisses boursouflés et exhibés ! Nous nous installons en compagnie des autres camping-cars qui passeront la nuit ici, un motard a déplié une tente contenue dans sa petite remorque...

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Jeudi 9 juillet : Marie a utilisé ses boules Quies, je n’en ai pas eu besoin pour m’endormir mais au matin, et ici le matin est tôt, je suis réveillé par les voitures et camions qui passent sur la voie rapide devant le Walmart. Marie a bien du mal à émerger… Les enfants donnent bien du souci, Phébus n’a pas pris ses vitamines et Eole est resté couché… Nous prenons la route d’Anchorage, inquiets à propos du temps que nous allons trouver dans le Parc National Denali où nous nous rendons. Parfois le soleil semble percer puis des nuages inquiétants reviennent, des fumées d’incendies cachent l’horizon. Notre moral fluctue au gré des nuances de gris des cieux. Nous sommes dans une région où le bouleau et le tremble dominent avant de nous rapprocher du parc, de ses montagnes et de retrouver les épicéas. Des travaux routiers nous ralentissent, il faut attendre le pilot car que nous suivons à la queue leu-leu quand la circulation est ouverte dans notre sens. Nous savons qu’il n’y a plus de places aux campings du parc, aussi allons-nous devoir trouver une place à l’extérieur. Nous tentons notre chance au Denali Rainbow RV Park, il reste une place entre une table en bois et un tas de gravier, 26 $ et les douches en plus… Nous sommes entassés comme dans un parking, les uns à côté des autres, petits et grands, campers et bus à extensions avec berline attachée derrière… Nous déjeunons dans le camion puis repartons aussitôt pour le Parc. Nous nous rendons au Visitor’s Center où nous achetons un pass annuel, valable pour Marie et moi, un an, 80 $, moins cher qu’au Canada. Nous devons aussi réserver pour demain, une excursion en bus pour traverser le parc sur l’unique route interdite aux véhicules privés. Nous avons tout de même le droit de l’emprunter sur environs 25 kilomètres ce que nous faisons illico. La météo est très variable, les passages ensoleillés alternent avec des averses désespérantes. Nous roulons doucement en espérant apercevoir un caribou, un élan, et pourquoi pas un ours dans la taïga qui recouvre les collines et les vallées. Dans le lointain, nous devinons des montagnes perdues dans les nuages et bien entendu le mont Mac Kinley, le plus haut sommet des Etats-Unis, est absolument invisible. Nous approchons de l’extrémité de la route autorisée quand des véhicules arrêtés nous alertent et effectivement, nous devinons dans le lit de la rivière que nous suivions un gros animal qu’aux jumelles je prends tout d’abord pour un orignal et qui se révèle être un caribou avec un beau trophée. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous nous garons au départ d’un sentier de randonnée mais il pleut trop pour que nous ne nous y lancions. Nous attendons une vaine éclaircie avant de faire demi-tour. Je revois, aux jumelles, le caribou, bien loin désormais. Nous arrêtons encore à plusieurs reprises, fouillant la végétation mais nous ne voyons plus rien. Nous nous arrêtons pour deux courtes promenades qui nous emmènent, l’une, voir une cabane en rondin encore utilisée par les rangers en hiver et l’autre, parcourir un sentier entre arbres et maquis. Nous revenons ensuite, toujours en cherchant une trace de vie dans les collines, au camping où nous faisons une lessive puis je prends une douche, temps limité, presque échu quand j’ai réussi à obtenir une eau tiède…

Vendredi 10 juillet : L’activité de la station-service voisine qui fait aussi débit de boissons alcoolisées nous a contraints à baisser le toit cette nuit. Je suis réveillé vers les trois heures et peine à me rendormir, cette clarté continuelle m’agace… Nous nous levons tôt et nous nous rendons dans le Parc pour prendre le bus d’excursion. Sur le parking, une femelle orignal et son veau se promènent entre les voitures… Une inquiétante brume qui recouvrait toute la vallée se lève progressivement et un vaillant soleil nous réchauffe physiquement et moralement. Nous partons à l’heure dite, 9h15, en compagnie de quelques touristes américains, avec un chauffeur qui cherche à mettre de l’entrain. Tout en conduisant, il fournit, avec un micro, des informations sur la faune, la flore, les glaciers, sa femme, ses états de service etc… Il ne cesse de parler et bien vite nous saoule ! Nous suivons la route de la veille (il n’y en a qu’une !), jusqu’au pont qui marque la limite de ce qui est autorisé aux véhicules privés puis continue sur une piste qui peut être étroite. Pas question de dépasser les vitesses limites, et croiser un autre bus ou tout autre véhicule demande de longues minutes et force précautions… Nous sommes toujours à l’affût de la faune, une heure, deux heures et toujours rien ! La beauté du paysage, de hautes montagnes découpées et de larges vallées où des rivières coulent en une multitude de ruisseaux sur un large lit de galets, nous console quelque temps mais nous aimerions tout de même apercevoir des cornes ou un plantigrade… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Des passagers équipés de jumelles puissantes aperçoivent un orignal, un caribou mais si loin que nous ne les apercevons pas toujours aux jumelles. La piste continue en corniche sur des flancs de montagnes aux roches rougeâtres, dans les montagnes apparaissent des champs de neige, de lointains glaciers se devinent en amont des rivières. Enfin nous apercevons un caribou et peu après un grizzly qui sommeillait puis qui se roule sur le dos, les quatre fers en l’air avant de s’éloigner, de marquer une pause assis comme un nounours en peluche et enfin de repartir. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous voici enfin rassurés. Nous déjeunons à Eielson, devant le Visitor’s Center avec une vue qui devrait être imprenable sur le massif du Mont Mac Kinley mais les nuages qui le dissimulent en ont décidé autrement… Franchissement d’un nouveau col, toujours en suivant le lit d’une rivière qui se partage en rubans brillants à contre-jour. La piste redescend dans la vallée, passe au milieu d’étangs fleuris et se termine au bord du Wonder Lake, après 84 miles. Le ciel s’est couvert et les couleurs sont absentes. Nous tentons de deviner les abords du Mont Mac Kinley mais bien inutilement. Nous prenons le chemin du retour. Le chauffeur nous annonce qu’il ne dira plus rien. Ouf ! Nous revoyons les animaux aperçus à l’aller, presque aux mêmes endroits mais aussi de nombreux caribous, dont une horde d’une douzaine de bêtes couchées, loin dans la prairie. Un couple de caribous se détache sur une crête, le mâle a un superbe trophée, plus loin c’est un orignal qui nous montre, toujours d’un peu trop loin (je maudis mon appareil photo qui ne me permet pas de saisir avec netteté ces moments…), de magnifiques cornes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Certains aperçoivent encore des ours ou d’autres grandes bêtes mais bien trop loin. Nous sommes de retour à huit heures du soir au parking, conquis par la beauté de ce Parc mais déçus par sa faune bien rare. Nous retournons au camping, dînons et toujours pas moyen de nous connecter à internet, donc toujours sans nouvelles de Julie.

Samedi 11 juillet : Nous quittons sans regrets ce camping peu agréable et reprenons la route dans la grisaille et sous quelques averses. Les montagnes se devinent, leurs sommets sont perdus dans les nuages. Nous sommes, comme les jours précédents, ralentis par des travaux sur la route. Ces travaux ne peuvent être effectués qu’entre mai et octobre, période où la circulation est maximale… Nous tentons encore, de la route, d’apercevoir le Mont Mac Kinley depuis deux points de vue aménagés, toilettes, panneaux didactiques et dessins ou photographies qui montrent la montagne enneigée et sa direction mais nous avons beau fixer consciencieusement l’horizon, il est uniformément gris…. Dans l’après-midi, nous faisons un détour par Talkeetna, un village animé le week-end par un marché artisanal. Après avoir jeté un œil aux flots gonflés par les dernières pluies de la rivière, nous arpentons la rue principale en quête de souvenirs… Les productions locales des « artistes » comme ils se désignent pompeusement eux-mêmes, n’ont rien à envier, sauf les prix, aux productions d’autres pays touristiques. Marie trouve tout de même à acheter une paire de socquettes en bambou, production locale, la chaussette, pas le bambou… Quelques courses dans un petit supermarché et achat d’une bouteille de champagne californien pour fêter demain nos 46 années de bagne commun…  Nous continuons en direction d’Anchorage, je somnole au volant à tel point que je ne vois pas l’orignal qui broute sur le bord de la route. Les nuages se sont dissipés en quittant les montagnes mais nous avons droit à une averse en approchant de la ville. Des montagnes enneigées se distinguent alors que nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres du Pacifique. Nous entrons dans Anchorage, nous nous garons en plein centre-ville et je vais à la recherche d’informations sur les campings au Visitor’s Center. Nous cherchons ensuite le Walmart, assez éloigné, où nous nous installons pour la nuit, seuls au grand désespoir de Marie. Nous prenons un pastis pour arroser mon quarante sixième anniversaire d’enterrement de vie de garçon et aussi notre traversée de l’Amérique de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Et au dîner un hachis suédois, comme à la maison !

Dimanche 12 juillet : A une heure et demie du matin, s’opère le nettoyage du parking de la grande surface. Pas avec une armée de balayeurs discrets, non ! C’est une sorte d’engin de chantier avec une énorme brosse qui sillonne les allées méthodiquement, l’une après l’autre, avec un bruit d’engin spatial en phase d’attaque nucléaire, un bruit à réveiller un sourd. Pas Marie qui grâce à ses boules Quies dort du sommeil du juste. Pas moi. Je guette l’approche puis le retrait du monstre, rassuré quand les décibels diminuent et je parviens à me rendormir. Un automobiliste s’arrête à notre hauteur, il me sort les photos de son 4x4 équipé d’une cellule ressemblant à la nôtre et me tient un grand discours, nous félicite pour notre « camion » puis s’éclipse, après nous avoir fait don de deux de ses photos, sans doute déçu de mon manque d’intérêt. Nous nous rendons au camping municipal, dans une forêt, le long de la voie rapide par laquelle nous sommes arrivés hier. Nous y prenons un emplacement, les toilettes ne sont pas très bien tenues et le bruit des voitures qui roulent vite est gênant. Nous avons le wifi mais encore une fois impossible de se connecter aussi bien avec l’ordinateur qu’avec le smartphone. Problème que je ne sais pas résoudre et qui m’ennuie. Nous repartons nous garer dans le centre-ville peu fréquenté aujourd’hui. La ville sans immeubles est très étendue et sans le moindre charme. Nous faisons le tour de deux ou trois restaurants susceptibles d’avoir notre clientèle ce soir pour fêter le 12 juillet. Nous ne pouvons réserver de table, il est encore trop tôt. Nous nous rendons sur les bords d’un ruisseau, le Ship creek où une passerelle permet d’apercevoir des saumons dans le filet d’eau. Nous pensions les voir frétiller, nager vigoureusement, remonter le courant à grand peine mais non, ils sont là, presque immobiles, dans l’ombre de la passerelle, pas bien vifs. Après avoir visité une boutique de souvenirs, toujours aussi nuls et chers, nous allons nous garer à côté d’une maison de 1915, très quelconque et dont le seul intérêt est son âge. Nous avons une belle vue sur le Cook Inlet, le détroit par lequel Anchorage communique avec l’océan Pacifique. Nous déjeunons là puis nous nous rendons à l’Anchorage Museum. Un grand immeuble moderne qui, comme les précédents, propose une exposition relatant les modes de vie des peuples primitifs, Indiens athabascans, Inuits auxquels s’ajoutent les Aléoutiens puis l’arrivée des Européens, Russes, baleiniers, missionnaires américains et la Ruée vers l’or, les changements opérés dans les modes de vie traditionnels et le développement économique après la seconde guerre mondiale avec la découverte du pétrole. Nombreux objets, photos, documents, reconstitutions derrière des vitres de divers habitats. Dans une autre aile, nous sommes plus conquis par une série de superbes photos prises sur la banquise et surtout par des vitrines dans la pénombre qui exposent de magnifiques objets des peuples premiers. Là, la muséographie prend tout son sens ! Nous ressortons pour aller réserver une table au restaurant Orso puis, en attendant l’heure de ces agapes, nous retournons près de la passerelle des saumons, peut-être plus nombreux mais toujours aussi endormis. Alors que nous étions sur le point de déboucher la bouteille de champagne californien surgit un Québécois qui nous interpelle en français et nous parle des Migati connus par leur blog. Nous discutons ensemble quelques minutes puis nous pouvons goûter ce mousseux américain, convenable sans plus. Nous allons au restaurant, commandons des plats de fruits de mer et de poisson, rien de mémorable, les sauces sont correctes mais je suis très déçu par le saumon sauvage du Pacifique, du moins annoncé comme tel, sans saveur particulière. Les soi-disant scampi de Marie n’en sont pas et le plat est complété avec des artichauts et des morceaux de pain trempés dans la sauce. Le vin, un Chenin blanc de Californie est pétillant et trop fruité à notre goût. Le garçon nous rapporte les 15% de service que nous lui avions octroyés, je les empoche, mécontent.Nous retournons au camping

Lundi 13 juillet : Réveillé dans la nuit par des brûlures d'estomac probablement dues aux mauvais vin et champagne de la veille, je dois prendre un comprimé. Nous sommes réveillés par un employé du campingqui nous fait remarquer que nous ne sommes pas au bon emplacement. Les toilettes et les douches sont lamentables pour un pays comme les Etas-Unis, sales et mal équipées. Nous partons à la recherche du garage Land Rover. Il faut parcourir des kilomètres dans cette ville sans immeubles pour trouver une adresse. Celle que j'avais n'est pas la bonne mais on m'y indique un autre garage. Nous le trouvons loin du centre-ville. Il ne paie pas de mine mais Land Rover semble bien leur spécialité. Pas question de s'occuper de la voiture aujourd'hui, je prends rendez-vous pour demain matin. Nous décidons vu le temps maussade de nous rendre au musée couplé avec celui d'hier. Nous devons retourner à la hauteur du camping, de l'autre côté de la voie rapide. Ce "Alaska Native Heritage Center" est comme son nom l'indique, dédié aux peuples premiers de l'Alaska. Dans le bâtiment principalune scène est prévue pour des chants et des danses des divers peuples, ainsi qu'une salle de spectacleoù sont présentés deds films. Des photos et des vitrines sous-éclairées, renfermant des objets traditionnelsneufs, sont disposées dans le fond du bâtiment. A l'extérieur, autour d'un étang, sont reconstitués les habitats des diverses ethnies. L'exposition est sans intérêt après ce que nous avons vu dans les précédents musées et notamment hier. Nous assistons à un spectacle de danses inuit, quatre jeunes filles en costumes simples agitent des éventails de plumes en suivant avec plus ou moins d'enthousiasme le rythme des tambours et des chanteurs.

 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les numéros sont entrecoupés d’exposés sur la vie de leur peuple auxquels je ne comprends pas grand-chose mais je n’ai pas très envie de suivre et le spectacle devient vite lassant. Après avoir déjeuné au camion, nous faisons le tour des maisons traditionnelles. Ce sont encore les Indiens de la côte Nord-Ouest, Tlingit, Tsimchian et Haïda, qui sont les plus intéressants par leurs dessins stylisés appliqués à tous les objets, maisons, vêtements etc… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les maisons des Aléoutiennes et des Inuit sont semi-enterrées, recouvertes de terre et d’herbe, accessibles par des couloirs. J’ai réussi, à force de toucher à tout, à recevoir les messages sur le smartphone, j’essaie de trouver une solution identique sur l’ordinateur, tente une restauration tandis que Marie assiste à un nouveau spectacle des Inuit sur scène. Nous quittons le musée presqu’à l’heure de la fermeture et nous allons nous garer dans le centre-ville redevenu calme à cette heure. Marie tente de trouver des cadeaux mais les prix sont faramineux, le moindre artisan est considéré comme un artiste et demande pour de très simples objets des sommes inimaginables. Marie qui aurait bien aimé voir une aurore boréale va assister à une projection d’un film tandis que je reste au camion continuer de me battre avec l’ordinateur. Nous allons nous garer pour la nuit derrière le garage Land Rover, le long d’une avenue qui risque d’être passante demain matin…

Mardi 14 juillet : Marie peine à se réveiller. A huit heures, le camion est pris en charge et nous nous asseyons dans le bureau du garage. Miracle ! Mes interventions de la veille sur l’ordinateur ont réussi, nous avons de nouveau internet. Nous prenons connaissance de notre courrier et je mets le blog à jour avec les photos. Nous corrigeons ensuite mon texte tandis qu’un beau chien boxer vient faire des mamours à Marie que cela n’enchante pas… Arrive un Suisse avec une Land Rover, à la recherche de pièces, difficiles à trouver. Nous le comprenons difficilement, le français n’est pas sa langue maternelle. Enfin le camion est prêt, la commande d’interrupteur a été changée et nous en sommes de 350 $... Nous repartons et arrêtons à la sortie de la ville dans un Walmart pour refaire un plein de provisions. Nous ne savons plus très bien quoi acheter pour varier les plats, toujours du jambon et soit du porc, soit du bœuf, soit du poulet. Jamais d’agneau ou de poisson frais et faute de four, nous sommes limités dans les cuissons. Nous sortons d’Anchorage, la route longe le bord du Cook Inlet, en suivant de près la voie ferrée. Entre la montagne et la mer, des zones de marais sont couvertes de joncs et les oiseaux y trouvent à nicher. De l’autre côté, des montagnes en partie couvertes de neige. La marée est basse, des bancs de sable sont dégagés et les étendues d’eau miroitent sous un soleil qui joue avec les nuages. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Plus nous avançons et plus les montagnes sont proches. Des chèvres de montagne sont vertigineusement perchées dans les falaises qui dominent la route. Nous pénétrons dans une vallée à Girdwood, station de sports d’hiver, cul-de-sac entre des glaciers. Très nombreux, mais de petite taille, ils se sont creusé un lit entre les plis des montagnes et il s’en échappe une multitude de ruisseaux qui dévalent les pentes. Nous hésitons entre plusieurs destinations, un passage dans un Visitor’s Center ne nous a pas rassuré sur les prévisions météorologiques. Nous décidons de commencer l’exploration de la région sud-ouest par Whittier en passant par Portage. Nous quittons donc la route principale pour en suivre une le long d’un torrent alimenté par les eaux d’un glacier haut perché dans une montagne au-dessus de nous. Je propose de réserver un emplacement dans un camping provincial pour être sûrs de notre nuit. Nous y rencontrons un jeune couple de Fréjus à qui nous proposons de venir prendre l’apéritif avec nous ce soir. En attendant nous avançons vers les glaciers de Portage que nous découvrons derrière un lac. Sur une aire de stationnement nous trouvons une Land Rover avec une vieille cellule Clémenson. Ce sont des Savoyards, Martine et Jean-Jacques, sur les routes depuis quatre ans. Nous discutons et échangeons des informations, évoquons les pays traversés et prévoyons de nous retrouver demain pour continuer… Nous allons sur les bords du lac d’où nous pouvons distinguer une bonne demi-douzaine de glaciers dont les sommets sont hélas perdus dans les nuages. Aux jumelles, on distingue bien les masses bleutées des champs de glace mais aucun n’atteint les eaux du lac.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous retournons au camping, à huit heures les Fréjusiens viennent prendre le pastis sur une table du camping. Sympathique discussion mais il fait vite frais et nous sommes contents de rentrer dans la cellule pour dîner.

Mercredi 15 juillet : Il fait froid ce matin, 6°c dehors ! Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Le ciel est bleu et le glacier au-dessus de nous est bien éclairé. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques, encore plus tardifs que nous, toujours stationnés sur un parking. Nous discutons encore longuement, échangeons adresses et informations avant que nous ne les quittions, alors que le ciel commence à se couvrir. Nous allons emprunter le tunnel ferroviaire, creusé sous la montagne qui permet d’accéder au port de Whittier. Il est long de plus de quatre kilomètres, étroit et mal éclairé, pas recommandé aux claustrophobes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous débouchons sur le port encombré de bateaux de promenade et d’un gigantesque navire de croisière. On aperçoit les immeubles désormais abandonnés de l’ancienne base militaire. Pas grand-chose à faire, jeter un œil sur les montagnes qui entourent le port, rêver à la vue que l’on doit avoir sous le soleil, traîner dans les quelques boutiques de souvenirs avant de repartir. Nous devons attendre le passage d’un train pour, à notre tour, repasser le tunnel. Nous prenons la route de Seward qui longe des marais et traverse la péninsule de Kenaï. Occupé à regarder le paysage, je ne vois pas une bande de volatiles traverser la route, quelques-uns passent sous les roues, ce qui me vaut des regards courroucés de la part d’automobilistes qui nous dépassent ensuite. Nous nous arrêtons pour déjeuner sur les bords d’un torrent mais le soleil se fait de plus en plus rare. Peu avant Seward, nous suivons la route qui emmène au glacier Exit. Nous apercevons sa langue veinée qui s’écoule vers le torrent que nous suivons. La route se termine sur un parking d’où nous partons pour une promenade qui va nous rapprocher du glacier. Sentier facile au début puis plus difficile pour Marie lorsqu’il grimpe dans la moraine. Peu avant que nous ne parvenions à un point de vue qui domine l’extrémité de la langue, il commence à pleuvoir. La glace est sale, couverte de graviers et les lueurs bleutées des crevasses ont bien des difficultés à se voir dans la grisaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous revenons par un autre sentier qui procure des vues sur le lit du torrent où nous apercevons une femelle orignal et son veau. Un touriste qui s’était aventuré dans le lit du torrent a les plus grandes difficultés à le retraverser en se mouillant jusqu’à la taille. Nous reprenons le camion et filons à Seward, envahie par les touristes. Nous traversons la petite ville, suivons la côte dans l’espoir de trouver un lieu de bivouac au bord du fjord mais tout est déjà occupé par des maisons, des campings ou des auberges. Nous revenons en ville. D’immenses terrains sont réservés aux camping-cars, moyennant 15 $, sans commodités. Nous allons nous garer au port voir le retour triomphal des pêcheurs qui se font prendre en photo sous leurs prises, des flétans de belle taille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

A côté des professionnels jouent du couteau et découpent les filets à une cadence étonnante. Nous retournons sur la route du glacier Exit et trouvons un emplacement en bord de rivière, dissimulé de la route.

Jeudi 16 juillet : Il a plu toute la nuit et cela continue au matin. Nous nous réveillons tard et traînons si bien que nous avons la visite de Martine et de Jean-Jacques qui ont bivouaqué à quelques centaines de mètres sans savoir où nous étions. Nous discutons encore une bonne heure avant de nous séparer, en prévoyant de nous retrouver devant un poisson grillé ce soir. Nous nous rendons en ville, plongée dans la brume et la pluie, à la bibliothèque municipale où nous pouvons nous connecter gratuitement dans une salle avec tables, fauteuils et prises de courant. J’ai de nouveau des problèmes, la lecture des messages est possible (nous en avons un de Julie à Iguazu), mais pas l’envoi des réponses. Je dois, de nouveau, faire une restauration pour y parvenir. Cela nous a pris du temps, nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer devant une laverie pour faire une lessive. Nous retournons à la bibliothèque envoyer quelques messages et rajouter quelques pages au blog. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques devant le Visitor’s Center où on ne nous annonce pas de bonnes nouvelles météorologiques. Vu l’intensité de la pluie qui tombe, nous renonçons au projet de faire griller du poisson au barbecue. Nous allons acheter au supermarché du saumon fumé et du saumon séché ainsi qu’une bouteille de vin blanc puis nous allons nous installer dans le lit à sec du torrent, là où avaient bivouaqué Martine et Jean-jacques la veille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les Suisses rencontrés sur la route de Prudhoe Bay y sont aussi avec des Bâlois. Nous prenons l’apéritif puis dînons de nos emplettes tous ensemble et refaisons le monde jusqu’à minuit ! Il a plu sans discontinuer toute la soirée…

Vendredi 17 juillet : Pluie et brouillard dès le réveil, aucune amélioration ne semble à espérer. Nous nous sommes réveillés tard et avons dû mettre le chauffage dans le camion. Nous quittons nos nouveaux amis, avec promesse de se revoir, ce qui semble probable puisque nous sommes sur la même route. Nous nous rendons à la poste pour acheter des timbres et envoyer des cartes postales puis à la bibliothèque où je finis de mettre à jour le blog. Nous repartons, moral bas, et roulons sous la pluie entre marais et montagnes. Pour déjeuner, nous nous arrêtons sur une aire d’où nous devrions apercevoir des saumons dans le ruisseau mais ils ne sont pas au rendez-vous et donc les ours non plus. La pluie a cessé, le soleil fait une timide apparition qui va se confirmer dans l’après-midi. Nous quittons les montagnes pour une plaine monotone. Nous bifurquons en arrivant à Sterling, une de ces villes américaines que je ne pensais pas trouver sur la presqu’île de Kenaï, décidément l’Alaska ne fait plus rêver, la « Dernière Frontière » est à chercher ailleurs… Quelques miles plus loin, nous arrivons à Kenaï. Nous y visitons la vieille ville datant de la colonisation russe. Deux églises orthodoxes sont debout, l’une est très jolie avec ses dorures et ses bulbes miniatures peints dans un bleu ciel éclatant.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant d’anciennes maisons, certaines ne datent que de 1950, quelques-unes en rondins, ont été rassemblées dans un modeste parc et, guidés par un étudiant sympathique qui prend la peine de parler lentement, nous passons de l’école à celle du chef du village en passant par d’autres bien rustiques. Nous repartons en suivant une route qui longe le bord de mer. Les plages sont envahies par des pêcheurs, collés les uns aux autres, dans l’eau comme sur terre, leurs camping-cars ne laissent aucune place. Pas question de nous arrêter là, nous continuons en direction d’Homer. A six heures, nous sommes à Ninilchik et nous allons aussitôt y voir sa jolie église orthodoxe qui domine la petite baie. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Son cimetière est couvert de croix orthodoxes de grande taille, les noms sont bien américains, à côté, le cimetière militaire est une pelouse plantée de drapeaux américains devant ou sur les stèles. Nous descendons dans le village, sur le bord de mer, très petit, avec quelques maisons en bois. Nous remontons nous garer devant l’église en essayant de nous placer face au vent très violent.

Samedi 18 juillet : Beau soleil mais toujours du vent. Pendant que Marie se prépare, je vais refaire des photos de l’église entourée par les croix fleuries du cimetière et je découvre, de l’autre côté de l’inlet, le bras de mer, deux cônes enneigés qui nous étaient cachés hier soir. Ce sont les volcans Ilamna et Redoubt. Nous continuons de suivre le bord de mer, en ne quittant presque jamais de vue le volcan Ilamna. Nous descendons sur une plage de galet, bon endroit pour un bivouac, peu avant Anchor Point, pour le photographier.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

L’arrivée à Homer est superbe. Soudain, nous découvrons une chaîne de montagnes, succession de volcans et de glaciers, de l’autre côté du fjord. Les sommets sont encore couronnés de nuages mais ils vont lentement se dégager.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le centre-ville, moderne et sans intérêt et atteignons le Spit, une longue bande de terre qui s’avance droit dans la mer. A Hyères il est interdit d’y camper, parfois d’y rouler, aucune construction n’y est admise. Ici, les boutiques, restaurants, agences de voyage s’y succèdent et les plages sont transformées en campings rudimentaires mais payants ! Nous trouvons l’agence que nous cherchions qui assure des vols en hydravion sur la péninsule de Katmaï pour aller voir les ours attraper les saumons. Hélas tout est réservé pour les dix jours suivants. Ils nous indiquent d’autres compagnies et chez Homer Air Service, à l’aéroport, nous pouvons affréter un hydravion pour demain matin. Nous cassons la tirelire : 1400 $, notre cadeau d’anniversaire de mariage… Marie n’est qu’à moitié contente, elle redoute d’avoir trop à marcher et surtout ne tient pas à rencontrer un ours… Nous retournons sur le Spit, allons jusqu’à l’extrémité de la bande de terre et faisons quelques pas sur les galets pour admirer le splendide panorama. Marie explore quelques boutiques de souvenirs, confirmant ce qu’écrivait John Muir, un éminent naturaliste en 1890 : « Tout le monde se précipita à terre pour acheter des curiosités (...). Les magasins furent immédiatement envahis par une foule qui paya un prix élevé des objets sans valeur fabriqués tout exprès pour les touristes (…). La plupart des voyageurs ne regardent que ce qu’on leur indique, et les éditeurs de guides touristiques, quelle que puisse être leur ignorance, jouissent donc d’un bien grand pouvoir ». Nous allons nous garer loin des camping-cars, tous agglutinés les uns aux autres le long de la mer, pour déjeuner. Une loutre farceuse fait des cabrioles, se roule et finit par faire la planche en guise de longue sieste. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Un phoque pointe son museau puis disparaît. Marie retourne à ses recherches, en revient bredouille tandis que je vais faire des photos des maisons sur pilotis sur la grève. Nous tentons d’apercevoir des orignaux dans une plaine où ils devraient être, mais pas aujourd’hui… Nous passons au Safeway refaire des provisions puis nous montons au sommet de la colline qui surplombe la ville. Le panorama sur la ville, le plan d’eau d’où décollent les hydravions, le Spit, et en fond d’écran la chaîne des montagnes qui se dégage lentement des nuages, est magnifique, des pointes volcaniques émergent des champs de glace, les glaciers semblent glisser dans la mer.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous restons une heure à les contempler puis redescendons en ville. Nous arrêtons dans la vieille ville, trois ou quatre maisons plus anciennes, en bois, restaurées et transformées en commerces. L’une d’elle est une galerie d’art avec une exposition d’une artiste mi-surréaliste, mi-(fausse)naïve, les objets, poteries, bois, sont comparativement bien moins chers que les horreurs des marchands de souvenirs. Nous achevons la journée en allant nous garer pour la nuit dans le parking de la compagnie d’aviation avec laquelle nous partons demain.

Dimanche 19 juillet : Nous sommes prêts à l’heure dite. Nous allons au bureau nous signaler et nous devons nous rendre au bassin d’où décollent les hydravions. Notre pilote, Rod, nous attend, sympathique quadragénaire, il nous embarque, rien que nous deux dans son petit avion. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous décollons rapidement, je suis surpris par la faible distance nécessaire pour l’envol. Le ciel est bleu, peu de nuages sur les montagnes, conditions de vol presque idéales. Nous apercevons les volcans aperçus la veille puis nous passons devant le cône évasé à sa base du mont Augustine, à peine enneigé, marquant l’entrée dans le Cook Inlet. Nous traversons le bras de mer puis rejoignons la péninsule de Katmaï, région encore peu connue, sans villages ni population établie. Nous survolons les basses terres, zone de marais parcourues par d’innombrables rivières qui y tracent leurs méandres tortueux.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La masse nuageuse devient importante, nous prenons de l’altitude, passons au-dessus de montagnes encore parsemées de plaques de neige et de mini glaciers. Nous volons ensuite au-dessus de la mer de nuages que percent quelques rares sommets, avant de la traverser, ouate, coton, où les perceptions s’abolissent. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous sommes rassurés de retrouver une visibilité correcte au-dessus du lac Brooks, très vaste étendue d’eau sur laquelle nous nous posons. Nous n’y sommes pas les seuls, une noria d’hydravions dépose les touristes fortunés dont, pour une fois, nous faisons partie. Nous débarquons sur une plage, devant le Visitor’s Center du Parc National de Katmaï. Nous devons passer par une salle où un film vidéo nous enseigne les consignes à respecter en cas de rencontre avec les ours. Ceux-ci sont très nombreux dans cette aire et sont la raison de la venue des touristes. Les cabanes du lodge du parc accueillent ceux qui restent pour la nuit. Nous pouvons ensuite partir sur un sentier mais nous sommes vite arrêtés par un ranger, un ours a été aperçu dans les parages et il ne doit pas être dérangé… Ici, le protégé, n’est pas l’homme mais l’animal, pas grave si un touriste est dévoré, le principal est que l’ours n’ait pas de troubles de digestion… Quand le signal est donné, nous poursuivons jusqu’à un pont sur une rivière qui amène à un point de vue gardé par un autre ranger. C’est de là que nous apercevons nos premiers ours bruns. Ils sont tous en cette saison sur les bords des rivières à guetter la remontée des saumons dont ils font leur ordinaire. Nous les voyons se dresser sur leurs pattes arrières pour se repérer dans les hautes herbes, plonger dans l’eau glaciale pour tenter d’attraper quelques malheureux poissons. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous continuons de marcher sur le sentier qui devient plus étroit, traverse une forêt dense où de nombreux arbres sont cassés, leurs troncs couverts d’un épaisse couche de mousse végétale. Nous parlons en marchant comme on nous l’a bien recommandé pour prévenir de notre présence quelque plantigrade égaré. Nous parvenons à une plateforme, après une rampe à quelques mètres au-dessus du sol, installée pour éviter toute rencontre inopportune et surtout permettre aux ours de se rendre en toute liberté à la rivière,. Du mirador, nous avons une vue sur le torrent qu’occupent une douzaine d’ours, bêtement posés sur des rochers dans l’attente du saumon providentiel. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils sont très placides, bougent peu, mais de temps en temps ils plongent dans le courant et attrapent (pas toujours…) un poisson de bonne taille qu’ils déchiquètent à belles dents sans trop se préoccuper des arêtes. Une femelle, suivie de ses petits, passe en-dessous de nous, totalement indifférente comme les autres à notre présence, notre chair ne doit pas avoir une grande valeur nutritive. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous pouvons accéder à une seconde plateforme où nous n’avons le droit de rester qu’une heure, le nombre de visiteurs y est limité à quarante… Nous sommes alors au niveau d’une petite chute d’eau et c’est l’endroit le plus fréquenté par les amateurs de saumons. Ces derniers tentent de remonter le courant pour retourner à leur frayère natale. Ceux qui ont échappé aux pêcheurs humains sont guettés par les ours en mal de reconstitution de la masse de graisse nécessaire pour la prochaine hibernation. Quelques-uns attendent que leurs proies leur passent entre les pattes, d’autres, la gueule ouverte, adeptes du moindre effort, espèrent qu’un saumon va leur tomber directement entre les mâchoires.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils n’ont pas tort, ce n’est qu’une question de patience et aussi de vivacité dont les ours sont très capables. Le poisson à peine saisi est avalé en quelques bouchées sanglantes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Spectacle cruel (mais que les saumons sont bêtes !), dont nous ne nous lassons pas mais il faut songer à repartir. Alors que nous franchissons le pont au-dessus de la rivière, nous sommes invités par le ranger à nous presser, une femelle et ses deux petits traînent dans les parages et aimeraient bien aussi emprunter le pont qui leur est interdit.  Nous pique-niquons rapidement, dans un espace entouré d’une clôture électrifiée, avec les provisions que nous avions laissées dans une pièce sécurisée pour ne pas tenter les ours, puis nous repartons. La masse nuageuse est moindre et nous avons quelques rayons de soleil au-dessus du lac. Nous amerrissons à Homer et retrouvons le camion. Après être allés récupérer notre facture, nous quittons la ville avec un dernier coup d’œil sur la chaîne de montagnes. Nous roulons quelques miles puis descendons sur la plage que nous avions repérée à l’aller. Beaucoup de pêcheurs y sont installés mais nous ne sommes pas entassés. Nous y prenons un pastis pour fêter cette mémorable journée. Fin de la journée en relisant mon texte.

Lundi 20 juillet : Nous nous réveillons sous un agréable soleil, face aux volcans. Nous reprenons la route d’Anchorage, repassons par Ninilchik puis à Soldotna où nous pouvons reprendre des bières fraîches ; avec la fermeture des liquor shops le week-end nous avons frôlé la pénurie !  Nous suivons, comme à l’aller, la Russian River aux eaux turquoise qui nous paraît plus belle sous le soleil. Nous déjeunons sur les bords du lac Kenaï puis remontons vers le nord. Les travaux sur la route avec la circulation alternée nous font perdre beaucoup de temps. Nous faisons un détour pour le minuscule village de Hope, fier de ses cent ans d’existence. Nous y visitons une « Fine Art Gallery » tenue par un « artiste peintre » dont toute la famille, épouse, mère, est fière mais ce ne sont que des chromos de peintre du dimanche, vendus cher. Nous retrouvons les bords de l’Inlet, les chèvres de montagne sont toujours dans leurs éboulis et la marée est toujours basse ce qui provoque des miroitements de l’eau dans la baie sur fond de montagnes à contre-jour. Je pense à l’affiche, que nous avions achetée à notre premier voyage, d’un peintre canadien du groupe des Sept dont il faudra que je retrouve le nom. Nous traversons rapidement Anchorage, y trouvons un camping bondé, les véhicules serrés les uns contre les autres et dont la réception est fermée depuis 17 h ! Tant pis pour la douche chaude et le wifi, nous avançons sur la route de Palmer, sur l’autoroute. Un autre RV Park ne nous propose que des emplacements avec tous les branchements dont nous n’avons pas besoin. Nous suivons alors une route étroite en montagne qui nous amène au lac Eklutna, au bout de dix miles. Nous y trouvons un camping provincial dans une forêt mais pas de douches et encore moins de wifi. Nous nous installons et c’est alors que je découvre une fuite importante sous la voiture d’un liquide qui s’avère être le liquide de refroidissement ; le bol d’expansion est vide ! Il va donc falloir retourner au garage Land Rover demain… pas réjouissant.

Mardi 21 juillet : Nous sommes debout à six heures et après un retour l’œil rivé au thermomètre, nous arrivons au garage peu avant huit heures. Le patron fait tester le circuit pour trouver la fuite, il s’agit bien du radiateur qui est percé. Ils le démontent puis faute de trouver la pièce, l’envoient pour ce que je pense avoir compris être une soudure ou une brasure. Nous devons attendre dans le camion le retour de ce maudit radiateur. Les heures passent, il ne fait plus chaud, lecture, mise à jour du blog, déjeuner… L’après-midi s’étire, lecture de nouveau avant qu’enfin, passé seize heures, nous voyions réapparaître notre radiateur avec deux petites soudures de rien du tout. Il est vite remonté, testé. Il ne nous reste plus qu’à régler la note et filer de nouveau en direction de Palmer. Nous bivouaquons peu avant la ville en bordure d’une rivière, au milieu des galets.

Mercredi 22 juillet : Dans la nuit, un mal-élevé m’a réveillé avec quelques secondes de musique à plein décibels puis ce furent quelques pétarades mais au matin, quel calme ! Nous atteignons Palmer où nous nous ravitaillons dans un Fred Meyer, autre grande chaîne de supermarchés, où on trouve les mêmes produits que dans les autres ou plutôt la même absence (veau, agneau, eau gazeuse etc…). Nous prenons la route Glenn Highway pour nous rendre à Valdez. Elle suit le cours de la rivière Matanuska dans le lit de laquelle nous avons dormi cette nuit. Comme bien d’autres rivières du même type, alimentées par la fonte des glaciers, elle coule sur un large lit de galets en formant une multitude de bras. Nous sommes entre deux chaînes de belles montagnes déchiquetées et le paysage serait superbe et même grandiose si nous avions un peu de soleil !

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Encore une journée dans la grisaille ! A la sortie de Palmer nous allons visiter une ferme d’élevage de bœufs musqués. Après une salle d’information sur cet animal qui avait disparu d’Alaska depuis les années 1800 et qui a été réintroduit à partir d’animaux venus du Groenland, nous partons pour une visite guidée avec quelques autres touristes. Dans de grands enclos, quelques-unes de ces petites vaches à longs poils et à cornes recourbées, broutent ou somnolent, transpirant sous leur épaisse toison, huit fois plus chaude que celle du mouton, dans ce climat trop chaud pour elles en cette saison. C’est cette laine qui est le produit de cet élevage. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La boutique à la sortie vend des écharpes et des bonnets uniformément de couleur marron qui devraient avoir un gros succès dans les maisons de retraite… Nous continuons d’avancer sur cette route magnifique et apercevons bientôt la langue du glacier Matanuska qui vient mourir dans le lit de la rivière. Une piste privée, donc payante, permet de venir se garer face au glacier à quelques centaines de mètres de la langue blanche, nervurée, aux reflets bleutés. Le soleil est, hélas, toujours absent. Nous pouvons marcher jusqu’au champ de glace mais Marie renonce presque aussitôt. Je m’y rends seul. Il faut traverser une étendue d’un mélange de terre et de glace fondue en une bouillasse grise et désagréable avant de marcher sur le glacier proprement dit, mais sur une couche qui, en surface, est recouverte de gravier. C’est cette étendue grisâtre qui, de loin, donne un aspect terne et déplaisant à la langue glacière. Cette zone est fendue de crevasses de faible profondeur dans lesquelles ruissellent les eaux de fonte. On y voit aussi des roches de toutes tailles, coincées entre les parois. La marche sur ce tapis de graviers est aisée malgré les innombrables minuscules ruisseaux qui courent dessus. Je ne vais pas plus loin. Quand la glace est propre, je glisse dessus et je n’ai pas de crampons pour continuer. Je suis tout de même au pied de séracs de belle taille dont les strates sont soulignées par des lignes de graviers. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Retour au camion puis nous reprenons notre route. Les montagnes s’éloignent et le paysage redevient monotone, plat, en forêt peu dense. Nous roulons jusqu’à Glennallen où nous nous arrêtons dans un camping pour refaire les pleins d’eau.

Jeudi 23 juillet : Nous reprenons la route sous un ciel gris, peu encourageant. La route continue au milieu des épicéas avant de se rapprocher des montagnes qui accrochent les nuages. Nous retrouvons le pipeline que nous avions suivi en tentant d’aller à Prudhoe Bay. Lui aussi se rend à Valdez… Nous apercevons le glacier Worthington, étincelant malgré l’absence de soleil, ses deux langues de glace coulent en divergeant. La route s’en approche et, d’un point de vue, nous distinguons mieux les séracs et leurs reflets bleutés mais nous ne voyons plus qu’une des deux langues. Aux jumelles, nous apercevons très loin dans la montagne un ours noir qui se vautre dans l’herbe d’un pré. Nous passons un col entre de belles montagnes et quelques timides glaciers, perdus entre deux crêtes. Le ciel semble plus dégagé en direction de la mer. Nous retenons notre souffle, ferait-il soleil à Valdez ? Oui, nous avons le bonheur d’arriver dans cette petite ville éparpillée le long de la côte, dans une baie presque fermée et entourée de montagnes enneigées, sous un ciel presque entièrement bleu. Nous filons aussitôt au bureau de « Lulu Belle », le bateau de croisière, chaudement recommandé par plusieurs voyageurs, sur lequel nous comptons passer la journée demain. Il y a encore de la place et nous prenons nos billets. Nous nous rendons au Visitor’s Center qui nous confirme le beau temps pour demain et peut-être après-demain ! Nous revenons sur nos pas et trouvons le site de l’ancienne ville rasée après un tremblement de terre en 1964. Il ne reste rien si ce n’est des photos des maisons à leur emplacement, celles qui tenaient encore debout ont été déplacées mais nous pourrions y bivouaquer au bord de la mer ce soir, ne serait-ce que pour fuir l’entassement des RV Parks qui défigurent l’entrée de la ville.. Nous contournons la baie jusqu’à un parking à côté d’une écloserie-conserverie de saumon. Nous déjeunons là puis allons voir les poissons. Nés ici, ils sont allés vivre leur vie en mer et leur instinct les pousse à revenir en cette saison pondre leurs œufs et mourir là où ils sont nés. L’usine les attend et les couteaux des découpeurs aussi. Ils sont tous là à frétiller, pressés de remonter le courant. Celui-ci étant barré ils ne peuvent que remonter un canal qui les conduit directement à la découpe… Trop bêtes ces saumons…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Après être allés admirer depuis l’extrémité de la route, la vue sur toute la baie dans son cirque de montagnes sous un soleil de plus en plus présent, nous retournons en ville visiter le musée Whitney. Gratuit ! Il s’agit d’une collection d’amateurs qui, au XX° siècle, ont ramassé, acheté tout ce qui pouvait se trouver provenant des peuples locaux. Un ensemble hétéroclite, bien présenté et qui sait poser de bonnes questions notamment sur les places respectives des Arts dits Beaux et les Arts décoratifs, voire l’artisanat. Nous nous garons ensuite sur le port et nous faisons le tour des restaurants où nous pourrions dîner ce soir. Un chinois et deux plus classiques mais bien chers pour une cuisine dont nous nous méfions. Marie trouve une boutique capharnaüm et y déniche quelques souvenirs à rapporter. Nous allons nous garer à une pointe orientale de la ville et marchons quelques centaines de mètres. Nous revenons nous garer au port, je commence à écrire le récit de cette journée puis nous allons au restaurant chinois. Plats copieux, bon pour moi. Marie a voulu prendre des fruits de mer et n’a eu que des crevettes sans goût avec beaucoup de légumes. Nous allons bivouaquer là où nous avions repéré ce matin. Un autre camping-car s’y trouve déjà.

Vendredi 24 juillet : Ciel bleu ! Soleil ! La météo idéale pour cette journée de croisière… Nous allons tout d’abord au Visitor’s Center vérifier que nous n’avons pas de nouveaux messages et aussi que le correspondant parisien qui nous appelle en pleine nuit ne nous est pas connu. Mystère donc… Après un rapide passage à la poste, nous allons nous garer devant le quai d’embarquement et à dix heures et demie nous allons patienter avec les autres passagers devant un joli petit bateau de promenade qui peut embarquer une cinquantaine de touristes. Le capitaine, Fred, un Popeye grand-père, nous accueille et nous souhaite la bienvenue. Nous nous installons, montés dans les derniers, sur un coffre de ceintures de sauvetage, garantie d’être, en cas de besoin, servis les premiers. Nous appareillons, sortons du port et Captain Fred commence à distiller ses informations, anecdotes, etc… Encore un qui a peur de laisser ses clients rêver, méditer devant les merveilles de la nature… Il n’arrête pas, à l’aller comme au retour… Presqu’aussitôt nous apercevons une bande de loutres sympathiques qui, à leur habitude, font la planche, se grattent le museau ou plongent quand elles sont dérangées. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant le terminal pétrolier où la production d’or noir en provenance de Prudhoe Bay est chargée sur les tankers. D’énormes réservoirs couvrent les collines en arrière-plan. Nous traversons la baie dans son cirque de montagnes puis par une étroite passe sortons en pleine mer. Une belle cascade dévale les pentes, les bateaux de pêche déploient leurs filets, tout nous est expliqué mais je n’écoute qu’à moitié, et ne comprend pas l’autre… Nous avançons plus vite, il ne fait plus très chaud dehors, nous nous trouvons des places assises à l’intérieur, dans le salon, boiseries et tapis orientaux. Nous prenons des hot-dogs (sauce moutarde sucrée !), des chips et une bouteille d’eau, c’est le menu « Captain Fred » proposé. Nous arrivons à l’île Glacier. Sur le mince ruban de plages de galets, des colonies de lions de mer allongés dans des siestes orageuses. Les énormes mâles tentent de préserver leur autorité sur des femelles qui se disputent les faveurs de leur seigneur. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une baleine humpback est signalée, j’aperçois un dos arrondi, noir et blanc, puis entends et vois un grand « splash », des jets d’air ensuite trop loin mais nous n’en verrons pas plus. Captain Fred a joué de ses machines pour accélérer, ralentir, patienter mais quand le cétacé dit : « ça suffit », il faut se résigner… Nous nous dirigeons à toute vitesse vers le glacier Columbia quand des dauphins farceurs viennent jouer avec le bateau, ils passent au ras de son étrave, nous suivent, plongent, bondissent hors de l’eau pour nous faire admirer le noir et le blanc de leur dos, puis disparaissent. Nous approchons du glacier, un des plus vastes de l’Alaska. La première impression est très décevante : nous traversons un champ d’icebergs qui ne sont que de gros glaçons pour approcher une langue qui descend de la montagne, presqu’entièrement noire ! Une glace laquée, goudronnée ou un terril transplanté ? Mais ce n’est pas le bon glacier, il va se découvrir lorsque nous pénétrons dans une baie. Non pas un, mais une multitude de glaciers qui déversent leurs amas de neige compactée pendant des siècles, des millénaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je reste tout à l’avant du bateau mais je suis frigorifié par le vent glacial quand nous avançons vite. Nous traversons alors un second champ d’icebergs nettement plus sérieux pour nous avancer jusqu’à toucher le front de glace. Une barrière sur des kilomètres, à une hauteur de plusieurs dizaines de mètres et nous restons là à admirer ces masses aux reflets rosés et bleutés. Tout autour de nous des langues de glace dévalent de leurs émissaires et nous sommes entourés d’une quantité d’icebergs si dense que nous pourrions presque nous croire sur une banquise. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Captain Fred n’est pas pressé, il s’arrête donne à chacun la possibilité d’immortaliser ce moment en se faisant photographier avec un bonnet de Père Noël et une pancarte Merry Christmas ou Hanouka, au choix… Des grondements, des craquements se font entendre. Nous guettons tous le moment où des blocs, des pans du mur, vont s’écrouler dans l’eau. Ce qui ne manque pas d’arriver, provoquant une vague impressionnante qui soulève le bateau et les icebergs. Nous repartons laissant derrière nous ce merveilleux ensemble, la vision que j’attendais d’un glacier tombant dans l’eau. Nous avions déjà vu des glaciers en Argentine et au Chili, peut-être plus impressionnants par leurs dimensions et par la taille des icebergs, mais ici, l’ensemble m’a paru plus sauvage, pas d’autres bateaux et des montagnes en arrière-plan aux pics acérés. Nous allons tenir compagnie à Captain Fred dans son poste de pilotage. Son babil ininterrompu ne m’empêche pas de somnoler jusqu’à ce que nous pénétrions dans le baie de Valdez. Nous accostons et débarquons à presque huit heures du soir avec un dépassement de deux heures sur l’horaire théorique…. Mais il en est toujours ainsi semble-t-il. Nous reprenons le camion et retournons bivouaquer au même endroit que la veille. Nous arrosons la fin de la journée avec des huîtres fumées et le fond de la bouteille de vin blanc. Dîner, écriture et au lit.

Samedi 25 juillet : Nous nous réveillons difficilement tous les deux. Le ciel est tout gris, nous nous félicitons d’avoir fait l’excursion hier. Nous reprenons la route de l’arrivée (il n’y en a pas d’autres !) et attaquons la montée du Thompson Pass. Au sommet nous sommes dans les nuages mais dès que nous redescendons, à la hauteur du glacier Worthington, le ciel se dégage et nous retrouvons le soleil et le ciel bleu. Nous quittons la grande route pour nous diriger vers le Parc National Wrangel-St Elias. Après une cinquantaine de kilomètres presque rectilignes, la route suit, alors en corniche, le cours de la Copper River avec les monts Wrangel et Blackburn couronnés de neige en arrière-plan.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous atteignons Chitina où la route devient piste. Nous traversons la rivière qui semble être aussi un paradis des pêcheurs à en croire le nombre d’amateurs de la gaule répartis au fil du courant. Après quelques kilomètres d’une piste à la tôle ondulée plutôt rude, nous avons le plaisir de retrouver un inattendu goudron. Il s’arrête à un grand pont métallique qui enjambe une très profonde gorge. La chaussée n’y est qu’à une voie, aussi je dois revenir à pied, pas très fier des parapets peu rassurants, pour prendre des photos du torrent. La piste est bonne, roulante malgré une tôle ondulée facilement absorbée en roulant à 70/80 km/h. C’est la seule portion de voie carrossable d’Amérique du Nord où j’aurai doublé tous les véhicules qui, en d’autres lieux, m’auraient dépassé. Nous passons sous un ancien pont du chemin de fer, en bois, tout droit sorti d’un western. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Passe une Land Rover dont le jeune conducteur ne cache pas son admiration pour la nôtre. Il s’avère qu’il connaît Jean-Marie et Chantal Ketona ! Le monde Land Rover est bien petit ! Nous continuons sur la piste, longeons des lacs, des zones de marais dans lesquelles nous espérons vainement apercevoir quelque animal mais nous roulons sans doute trop vite. Nous parvenons au bout de la piste, les véhicules privés ne sont pas autorisés au-delà de la Kennecott River. Deux beaux glaciers, le Kennecott et le Root l’alimentent. Nous achetons les billets pour la navette qui nous emmènera à l’ancienne usine d’enrichissement du cuivre devenue une ville fantôme. Après avoir déjeuné, nous allons nous garer à l’entrée de la passerelle qui franchit la rivière et montons à bord de la navette. Elle nous dépose quelques kilomètres plus loin à l’entrée des installations minières. Des bâtiments ont été restaurés, d’autres laissés en l’état, abandonnés depuis 1938. Toutes les constructions sont bien sûr en bois et de couleur marron-rouge. Le Visitor’s Center est installé dans l’ancienne épicerie et sur les rayons on y trouve conserves et instruments ménagers d’un autre temps. On nous projette un court métrage expliquant les différentes étapes de l’enrichissement du minerai depuis son extraction jusqu’à son chargement sur des wagons. Quelques pas et nous découvrons l’imposante structure dans laquelle toutes les opérations se déroulaient sur quatorze étages.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les fenêtres restent ouvertes, les volets battent, des planches se sont envolées mais l’ensemble est impressionnant, révèle des volumes cubiques spectaculaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous renonçons à marcher jusqu’au glacier, il est sans doute plus beau de loin, pas de moraine ou de zone couverte de gravier pour en ternir la pureté. Nous essayons de monter par un sentier à l’étage supérieur de l’usine, le sentier n’est pas évident et une fois en haut nous n’en voyons pas plus. Nous allons reprendre la navette et nous nous faisons déposer à Mac Carthy, le village proche qui vivait de l’exploitation des travailleurs et aujourd’hui de celle des touristes. Les rares maisons ont été retapées ou reconstruites dans le style « western » pour devenir (ou redevenir !) des hôtels, désormais bien famés. Nous récupérons le camion et reprenons la piste malgré l’heure déjà bien avancée. Nous roulons jusqu’au grand pont métallique où nous nous installons pour la nuit sur le parking de l’aire d’information.

Dimanche 26 juillet : La pluie ! Aujourd’hui, c’est pluie ! Moindre mal puisque nous devons rouler pour rejoindre Tok mais nous aurions préféré du soleil pour revoir les monts enneigés. Nous reprenons la route, repassons à Chitina puis empruntons un raccourci (?), une piste que la pluie a rendu glissante et boueuse, le camion n’en sort pas plus propre… Marie nous fait arrêter chez tous les marchands d’artisanat, heureusement certains sont fermés et chez les autres, les prix demandés pour la moindre bricole nous dissuade de tout achat. Nous avançons sur Tok, j’utilise un de mes jerrycans pour y arriver. Il n’est pas tard quand nous y sommes. Nous commençons par nous connecter dans une grande boutique d’artisanat, pas de messages… Nous allons nous installer au même camping qu’à l’aller, chez Mémé la pétroleuse… Nous nous rendons ensuite à la laundry faire une lessive et pendant ce temps nous refaisons un plein de provisions dans un petit supermarché pas trop riche en produits. Nous nous installons au camping, rangeons le linge et ressortons les guides et les cartes du Canada. Relecture de mon texte en prenant un pastis, c’est dimanche !

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