Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 20:30

Lundi 27 juillet : Une journée de route nous attend mais nous ne partons pas à la première heure. De nouveau les épicéas, souvent rabougris, parfois brûlés, les lacs et les rivières aux larges lits. Nous arrivons à la frontière, aucun contrôle côté Etats-Unis, une petite attente chez les Canadiens, trente kilomètres plus loin. Il n’y a que des camping-cars au poste frontière ! Nous arrêtons un peu plus loin pour déjeuner. Pour une fois, les moustiques qui nous ont fichu une paix royale en Alaska, nous obligent à allumer un tortillon. Nous nous rapprochons doucement de la chaîne de montagnes des Kluane enneigées mais dont les sommets ont accroché les nuages et le ciel, ensoleillé jusqu’alors, devient tout gris. Nous longeons le lac du même nom, ses eaux sont d’un bleu de lagon polynésien. Nous y trouvons des emplacements de bivouac superbes mais il est tout de même trop tôt. Le revêtement de la route depuis la frontière canadienne est mauvais, des bosses, des dos d’âne et des portions de pistes poussiéreuses sur lesquelles les gros RV’s se traînent au pas. Nous avons avancé les montres d’une heure mais nous continuons d’utiliser l’heure de l’Alaska puisque nous devrions la retrouver demain. Nous arrêtons pour la nuit dans un camping pas trop cher, à l’entrée de Haines Junction. Nous y avons le wifi, j’en profite pour mettre le blog à jour, composer une carte électronique que nous envoyons aux parents et amis. Pour dîner, nous comptions sur les beefsteaks hachés que nous avions achetés à Tok mais s’il s’agit bien de bœuf, il n’est pas du tout haché bien qu’il en ait l’aspect, c’est un paquet de nerfs entouré de viande bien rouge, absolument immangeable !

Mardi 28 juillet : Nous avons confirmation au Visitor’s Center d’une météo exécrable pour le reste de la semaine aussi bien à Skagway qu’à Haines où nous comptons nous rendre. Nous faisons un détour au lac Kathleen, à l’orée du Parc National de Kluane. Nous partons pour une courte promenade dans l’espoir d’en voir le bout. Pas de soleil, ciel gris, tout à fait oubliable… Nous revenons à Haines Junction et prenons la route de Whitehorse, paysage inchangé et averses à intervalles réguliers… Nous retrouvons Whitehorse sous un soleil timide mais pas chaud. Marie me traîne dans les magasins de souvenirs et produits artisanaux des « First Nations », à la recherche de mocassins qui ne conviennent jamais, ils ont de la fourrure, les perles sont trop brillantes, la taille n’est pas la bonne et 200 $ une paire de chaussons, même exotiques, c’est cher ! Nous ne trouvons que des dessins qui évoquent les représentations traditionnelles des Tlingit, celui acheté à Whitehorse, bien moins cher que celui de Haines Junction… Nous repartons en direction de Skagway, le soleil semble plus présent dans cette direction mais nous avons encore de la pluie. Nous longeons un joli lac qui aurait pu faire un bon bivouac mais, une fois de plus, il est trop tôt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous arrêtons peu avant Carcross pour jeter un œil au « désert de Carcross ». Une belle étendue de dunes inattendues, plantées de résineux.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au village de Carcross, halte touristique obligatoire. Une maison ancienne a sa façade peinte d’une grande représentation traditionnelle. Devant, deux poteaux avec des sculptures totémiques et plus en avant de vilaines baraques récentes à toits de tôle, elles aussi couvertes de dessins noirs et rouges, représentations de baleines, ours, corbeaux stylisés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout cela bien artificiel et passablement attrape-touriste. Quelques maisons anciennes ont été retapées, la gare, un general store, deux églises etc… Les cars de touristes partis, le village est désert, nous décidons d’y passer la nuit et nous allons nous installer sur l’aire de mise à l’eau des bateaux. Après dîner, nous regardons le dvd « Jules et Jim » dont nous n’avions tous deux retenu que les épisodes joyeux. Nous devons nous y reprendre à trois fois en rechargeant la batterie de l’ordinateur.

Mercredi 29 juillet : Le soleil n’est pas tout à fait absent et nous pouvons avoir une idée du paysage. De beaux lacs piquetés d’îlots s’allongent le long de la route, entre des montagnes sans végétation à leurs sommets et couvertes de lichens ocre et de mousses d’un vert tendre, et de quelques résineux à notre altitude.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous franchissons le col White Pass, un des lieux de passage de ceux qui en 1898 se précipitèrent sur les terres du Klondike après avoir débarqué à Skagway. La frontière est au col, pas de contrôle à la sortie du Canada, un rapide à l’entrée en Alaska. Nous devons remettre les pendules à l’heure dite du Pacifique. La descente sur Skagway est vertigineuse, nous plongeons vers les eaux du fjord. Une mince bande de terre, coincée entre les montagnes, est occupée par cette petite ville qui ne vit plus que du souvenir de la brève Ruée vers l’Or. Deux énormes bateaux de croisière occupent les quais à l’extrémité de la langue de terre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous précipitons au bureau de la compagnie des ferries pour réserver. Nous devrons patienter quelques jours à Haines et à Juneau pour avoir de la place sur celui de Juneau à Prince-Rupert. Nous allons nous garer devant le seul et unique supermarché de la ville, rien de bien extraordinaire, nous espérons trouver mieux à Juneau. Le soleil étant présent, nous décidons d’en profiter pour aller dans la rue principale appelée Broadway. C’est un véritable décor de cinéma, toutes les maisons, bien plus nombreuses qu’à Dawson City, sont en bois, reconstruites ou restaurées à l’identique, les trottoirs sont bien entendu en bois et peu de véhicules circulent dans cette rue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ce sont principalement des commerces pour touristes qui attirent les passagers déversés par centaines, peut-être milliers, des bateaux de croisière. Nous repartons, contournons le fjord sur une piste en corniche jusqu’au site de Dyea, l’ancien port où débarquèrent les premiers chercheurs d’or, avant le déplacement du port à Skagway. Il n’en reste quasiment rien. Le cimetière, à l’écart, abrite quelques tombes très simples, une planche de bois, un nom, une origine et une date, qui seraient tombées dans l’oubli si elles n’étaient pas devenues une attraction touristique. Une magnifique forêt d’épicéas majestueux, surgis du sol riche entre des couches épaisses de mousse, a repris ses droits et a tout absorbé. Un sentier balisé circule sur le site de l’ancienne ville mais il est impossible de retrouver les traces d’une rue ou même de bâtiments. Nous espérons apercevoir quelque animal mais pas l’ombre d’un wapiti, ni même d’un grand… Quelques planches qui achèvent de pourrir sont tout ce que l’on peut deviner d’un ancien entrepôt et plus loin, une façade avec encadrement de porte et de fenêtre, maintenue debout avec des étais, s’ouvre sur la forêt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous allons nous poser à la limite des zones marécageuse où des cavaliers se promènent au pas. Je fais une courte sieste. Marie préfère regarder les bonus du film d’hier soir plutôt que de sortir se promener.

Jeudi 30 juillet : Nous avons bien dormi et comme nous ne sommes pas pressés aujourd’hui, nous traînons et ne nous levons qu’à neuf heures. Je constate que le liquide de refroidissement dans le vase d’expansion a bien baissé, je refais le niveau et ne trouve pas trace de fuite. Nous approchons du ruisseau où des pêcheurs s’escriment avec des saumons qui, là aussi pullulent. Ils semblent épuisés et ne parviennent plus à nager. Ce sont des vieux poissons qui viennent finir leur vie dans leur ruisseau natal et quand on les attrape, ils sont relachés nous explique un Québécois installé au Yukon. Nous reprenons le camion pour traverser la zone sablonneuse qui s’avance dans le fjord et à l’extrémité de laquelle on découvre, à marée basse, les restes en putréfaction des poteaux du quai de l’ancien port. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Puis nous revenons à Skagway, le soleil est présent mais il reste beaucoup de gris dans le ciel. Nous cherchons et finissons par trouver, sur une colline boisée, l’ancien cimetière datant des premiers temps de la ville. Des plaques de bois, toutes simples ne portent qu’un nom, parfois une origine, et une date. On ne vivait pas vieux en ce temps ! S’y trouvent aussi les deux tombes d’un « méchant » et d’un « shériff » qui se mesurèrent en un duel qui fut mortel pour les deux. Un vrai western ! Un sentier mène en quelques enjambées au-dessus du cimetière à une chute d’eau de belle hauteur où des touristes ramassent du sable dans l’espoir d’y trouver quelques paillettes… Nous déjeunons sur le parking dans le camion, en pensant y bivouaquer ce soir. Devant nous, des trains, avec l’allure des wagons de l’époque, emmènent des touristes jusqu’au col ou à Carcross. Nous allons ensuite nous garer dans le centre-ville puis allons arpenter la rue Broadway. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes de toutes origines se pressent dans les bijouteries. Nous suivons consciencieusement l’itinéraire décrit par la brochure de l’Office du Tourisme. Chaque maison ancienne est décrite, datée et nommée d’après son ancien propriétaire. Nous découvrons alors que beaucoup d’entre elles ont été non seulement restaurées mais aussi déplacées, expliquant ainsi la continuité et l’unité architecturale de cette ville-décor.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Marie visite quelques boutiques, à la recherche de cartes postales maintenant. La ville se vide à partir de dix-sept heures, les bateaux de croisière repartent et nous allons nous installer sur le parking près du cimetière.

Vendredi 31 juillet : Les premiers trains de touristes ne nous réveillent pas avant huit heures, peu de temps après les bus amènent des visiteurs au cimetière. Les K-ways et les parapluies sont de rigueur… Nous ne nous pressons pas, le ferry ne part qu’à 15 heures. Nous passons à la bibliothèque constater que nous n’avons pas de nouveaux messages, puis je vais nous réapprovisionner en bières et vin, en prévision du week-end. Nous allons nous garer à proximité de la passerelle au-dessus de la rivière qui traverse Skagway. Marie ne veut pas se mouiller. Je l’emprunte seul mais je ne peux observer le plus petit frétillement, aucun saumon ne tente la remontée à contre-courant donc pas de phoques dans l’eau ni d’ours à terre. Nous patientons en observant le ballet des hélicoptères au bout du terrain d’aviation. De nouveaux bateaux de croisière ont débarqué une nouvelle cargaison de touristes qui, pour fuir la colère des éléments, se réfugient dans les boutiques. Nous avons décidé de nous payer un grand gueuleton ce midi avec des spécialités locales. Nous avons choisi la Skagway Brewing Co, une mini-brasserie où on sert le midi quelques plats. La salle est pleine, tout le monde boit de la bière, bonne d’ailleurs. Nous avons choisi un fish and chips et un plat de porc mariné à la bière. Le fish and chips est bon, poisson frais, servi avec une bonne sauce tartare mais ce n’est pas trop copieux et les frites sont très honorables mais ce n’est qu’un fish and chips, vendu 22 $ (taxes et service en sus) ! Quant au plat de porc, il est servi comme un hamburger, la viande est coupée menue et pas trop copieuse non plus. Au grand étonnement du garçon, le bun, le pain reste dans l’assiette. Nous nous rendons au port faire la queue en attendant l’embarquement. Le ferry arrive, le déchargement des véhicules est long et nous n’embarquons que vingt minutes avant l’heure théorique du départ. Ce n’est pas un bâtiment luxueux mais nous n’allons y passer qu’une heure, le temps de descendre, entre deux falaises abruptes, le fjord, d’apercevoir, encadré par deux bandes de nuages, un glacier haut perché dans les montagnes et nous discernons le port de Haines. Nous accostons à quelques kilomètres de la ville, en remontant le fjord. Aussitôt débarqués, nous nous rendons au fond de ce fjord, remontons le cours de la rivière qui le relie à un lac. De nombreux pêcheurs, plantés dans le courant, tentent eux aussi de prendre des saumons. Les ours qui devraient les leur disputer sont absents. Nous allons occuper le dernier emplacement vacant d’un camping provincial, dans les arbres au-dessus du lac. Nous retournons sur les bords de la rivière essayer de voir des ours mais ce n’est pas la bonne heure, ni peut-être le bon jour… Retour au camping où, pour une fois, nous profitons de l’air pur, assis dans nos fauteuils neufs. Avant de dîner, nous retournons voir si, par hasard, quelques ours ne seraient pas en train d’attraper des saumons. Eh oui ! Une brune oursonne et ses deux petits sont dans la rivière à la recherche de nourriture. Les oursons sont peu audacieux, espiègles mais prudents, la mère patauge dans le courant et le descend à bonne allure, suivie sur la berge par ses rejetons plus noirs de poil. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les photographes, nous en sommes, la suivent depuis la route, à pied ou en voiture. Nous retournons au camping quand elle s’éloigne. Pour dîner, nous avons acheté du saumon fumé dans un emballage qui ne permet pas de deviner ce qu’il contient. J’en extrais des filets gros comme des doigts, durs comme une viande séchée, très bruns. Ils ont mariné avec de la sauce soja et du sucre puis ont été fumés. Le résultat est déroutant, le goût de poisson est faible, le sucré domine et nous ne savons trop à quel moment ce plat pourrait être consommé. Quoi qu’il en soit, aucune ressemblance avec ce que nous appelons du saumon fumé !

Samedi 1er août : Nous prenons goût aux grasses matinées… Dans notre forêt, les bruits et la lumière sont très assourdis et ne nous incitent pas à nous lever. Nous longeons le fjord jusqu’à la ville de Haines, à quelques kilomètres. Les pêcheurs sont déjà immergés dans le courant froid, les ours sont donc absents. La ville est bien assoupie, nous arrivons en pleine foire de la région. Après un passage au Visitor’s Center où nous ne sommes guère rassurés par les prévisions météorologiques des jours à venir, nous allons nous garer derrière le supermarché local. Avant de faire nos emplettes, nous assistons à un défilé dans la grande rue. Nous n’aurions pas cru qu’aux Etats-Unis on puisse assister à quelque chose d’aussi minable ! Après une voiture de police et des voitures de pompiers qui distribuent des bonbons à pleines poignées, viennent des groupes restreints de danseurs locaux qui ne donnent pas envie d’aller les voir sur une scène, d’amis des chiens avec leur animal préféré en laisse, de marionnettistes avec leurs figurines géantes, une moto avec drapeaux américains déployés et c’est fini ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir refait les pleins de provisions, nous nous rendons au terrain d’aviation pour tenter de trouver un survol de glaciers. Un premier pilote n’aurait pas d’autres clients que nous et ses prix sont élevés, un autre propose une excursion demain si les conditions météorologiques sont bonnes. Nous prenons rendez-vous. Après avoir déjeuné dans le camion devant le terrain d’aviation, nous retournons en ville et allons nous garer sur l’ancien champ de manœuvres de la caserne désaffectée. Au milieu se dresse une belle maison traditionnelle tlingit avec un décor peint en façade et quelques totems debout ou couchés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout autour de la place, de jolies maisons, celles des officiers, transformées en résidences ou en hôtels, forment un cadre agréable. Nous allons jusqu’à l’extrémité de la route, à la recherche d’un éventuel lieu de bivouac pour ce soir, puis nous nous rendons à la foire. Des stands de toutes sortes ont été dressés, on y présente des articles de fabrication familiale, des confiseries, des nourritures de toutes origines, des jeux pour les enfants, un petit train minable fait le tour des installations. Sous une halle, un podium a été installé et des groupes s’y produisent, tous les genres de musique se succèdent. Nous allons assister à un duel entre deux candidats qui doivent essayer de rester debout sur un gros tronc d’arbre flottant dans un bassin, les deux se retrouvent à l’eau au grand amusement du public. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Applaudissements, sifflets d’encouragement, les spectateurs sont bon enfants, contents, chaleureux, tout le monde se connaît, s’interpelle. Les maquillages fluorescents et colorés sont à la mode. Sous un hangar sont exposés les productions les plus remarquables de la région et leurs récompenses : les quilts les plus clinquants, tissés avec des fils fluorescents (un ancien des années 1920 fait cruellement ressortir la déchéance de cet art traditionnel), les plus gros choux, concombres et autres légumes, travaux de couture et de tricot que personne ne voudrait porter… Dans un ensemble de maisons qui recrée une ville western, nous assistons à une sorte de course en sac entre deux équipes, avec des pantalons de pêcheurs à enfiler et des bouées à transporter à toute vitesse. Intervilles !!! Dans la cour d’une brasserie, se déroule une compétition de lancers de fer à cheval, joueurs et spectateurs ont tous le gobelet de bière à la main. Pour ne pas nous distinguer, nous en faisons autant… Un orchestre country, violon, banjo, guitare, trombone et batterie jouent ces airs que j’aime et qui font taper des pieds et bouger les corps. Le guitariste et le violoniste, sosie de Buffalo Bill, pas de première jeunesse, sont tous deux excellents... 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous repartons nous installer au bord du fjord pour la nuit.

Dimanche 2 août : A deux heures du matin, des musiciens qui n’ont pas envie d’aller se coucher viennent se garer à côté de nous et vont faire une jam session sur la plage. Heureusement, le toit est baissé et nous ne les entendons pas fort. Nous nous rendormons après leur départ… Il pleut, encore ! Notre vol au-dessus des glaciers est bien compromis. Mais le ciel petit à petit s’améliore, la pluie cesse et quand nous sommes sur le point de nous rendre en ville, du ciel bleu apparaît. Météorologue doit être un métier bien ingrat sous ces latitudes… Au Visitor’s Center, le bulletin météo nous promet de la pluie aujourd’hui et du soleil les jours suivants, ce qui ne manque pas de nous inquiéter vu le manque de fiabilité de ces pronostics. Nous allons au camping en bord de mer nous réserver une place pour ce soir. Le patron ne craint pas d’exposer ses opinions « Républicaines » et sa haine des Démocrates. De grasses plaisanteries sur les femmes sont également affichées sur le panneau d’informations… Nous passons au bureau de l’agence d’aviation, Mountain Flying Service. La responsable, Amy, jeune femme sympathique qui fait des efforts pour nous parler lentement et nous abreuve avec de grands sourires de « Bonjour, Merci, Au Revoir… », tout ce qu’elle a retenu de ses cours de français, arrive avec un couple d’Australiens intéressés par la même excursion que nous. Rendez-vous est pris pour midi au terrain d’aviation. D’après elle le temps est superbe, ensoleillé au-dessus des glaciers. Marie est sceptique… Peu avant midi, l’avion se pose, un De Havilland de six places, les Australiens arrivent et nous montons à bord. Décollage, survol de la large rivière Chilkat puis nous commençons à passer au-dessus des montagnes. Des nuages s’effilochent à leurs sommets mais le soleil éclaire les premiers glaciers que nous longeons, tant sur notre droite que sur notre gauche. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

De magnifiques toboggans blancs rayés de noir dévalent des pics sombres, traçant des coulées vers les vallées grisâtres. Nous traversons un large fjord qui va se jeter dans l’océan Pacifique avant de survoler d’autres montagnes sur les flancs desquelles des chèvres sauvages trouvent leur pitance. Puis ce sont d’autres glaciers, plus impressionnants, plus larges qui courent sur des kilomètres. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Deux, trois, quatre, une multitude se rejoignent pour former d’immenses champs de glace rainurés de crevasses où parfois dorment des eaux d’un bleu irréel. Nous passons au ras des séracs, cubes gigantesques aux arêtes tranchantes et bleutées. Notre pilote, Paul, affirme pouvoir se poser sur les champs de glace. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Mais nous devons faire demi-tour, dommage ! Le soleil se fait rare, le gris commence à dominer. Nous ne revenons pas exactement par le même chemin, survolant à la fin, à basse altitude une dernière coulée ponctuée de mares azurées, sur des kilomètres, avant de retrouver Haines et son aérodrome.  Nous allons nous poser au terrain de camping pour un déjeuner tardif, puis nous nous rendons en voiture à la bibliothèque pour profiter du wifi. Pas de messages, nous commençons à faire des recherches pour le vol de retour de Las Vegas. Nous revenons nous installer au camping, adossés au fjord. Nous ressortons à pied pour aller traîner dans les rares boutiques de souvenirs ouvertes aujourd’hui. La pluie revenant, nous rentrons au camion relire mon texte. Nous le corrigeons ensemble avant de sacrifier à l’apéritif traditionnel désormais du dimanche !!! Le camping n’est pas bien grand mais il n’y a qu’une salle de bain pour tout le monde. Des citations des Evangiles et des dictons sont collés sur les murs de la pièce. Sans doute pour ressortir plus propre moralement.

Lundi 3 août : Quel soleil aujourd’hui ! Le vol doit être superbe par un tel temps ! Nous prenons la route de Haines Junction pour découvrir le paysage à l’arrivée sur Haines. Nous longeons de près le large cours de la rivière, en quête des bald eagles, les pygargues ou aigles pêcheurs, à tête blanche, censés être en nombre, eux aussi à la recherche de saumons. Aucun n’est en vue ! Nous poursuivons sur quelques dizaines de kilomètres, continuons par une petite route qui se termine sur les bords d’un lac, agréable, sans plus. Nous revenons sur nos pas et arrêtons au village de Klukwan. Quelques totems récents sont posés devant une maison, l’un d’eux montre un homme tenant dans ses mains une Bible ! D’autres sont disposés devant le mémorial aux vétérans des guerres passées. Ce village indien n’a pas encore de musée, l’année prochaine nous assure-t-on. Devant les maisons pas bien riches rouillent des véhicules de toute époque ainsi qu’un ramassis d’objets divers.  Nous finissons par apercevoir, posés sur un tronc d’arbre, deux aigles peu disposés à prendre leur envol.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir déjeuné dans le camion avec vue, de l’autre côté de la rivière, sur la chaîne de montagnes enneigées et découpées, nous revenons à Haines. Marie me traîne dans les boutiques qu’elle n’avait pas encore visitées. Elle trouve tout de même des cartes postales et un bracelet. Nous rencontrons un couple de voyageurs français, en camping-car, avec qui nous discutons un moment. Nous nous rendons ensuite au musée Sheldon. Décevant, toujours le même bric-à-brac d’objets plus ou moins anciens, collectés de-ci, de-là, mis sous cloche et étiquetés. Nous repartons pour la pointe sud de la péninsule. La route longe encore la rivière ou plutôt le fjord désormais et nous jouissons d’une superbe vue sur les montagnes et les glaciers de la rive opposée. Nous réservons un emplacement au camping provincial et allons découvrir dans les environs d’autres vues, sous le soleil, des pics et pitons. En face de nous, les eaux de fonte d’un glacier se transforment en une cascade avant de plonger dans le fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous restons une heure face à ce paysage, assis sur un banc, au bord de l’eau, seuls. Marie me trouve tout de même une occupation : écrire les cartes postales… Retour au camping sous les grands arbres.

Mardi 4 août : Encore une journée ensoleillée et même chaude… Il fait si beau que nous n’attendons pas d’avoir petit déjeuné pour nous rendre au bord de l’eau, avec la vue sur le glacier de l’autre côté qui alimente une belle cascade. Je discute avec un couple de randonneurs français, enthousiasmés par l’Alaska. Nous retournons dans le centre-ville et nous nous garons autour de l’ancien champ de manœuvre. Aujourd’hui la boutique d’ « Art » est ouverte, Marie s’y précipite. Le marchand est aussi l’artiste qui signe des dessins inspirés par la tradition tlingit mais ses œuvres ne me plaisent pas. Par contre un collier avec d’anciennes perles d’échange commercial, en verre avec une dent de morse, convient à Marie… De l’autre côté de la place, un atelier de sculpture sur bois est ouvert mais personne n’y travaille… Nous pouvons y voir des totems, des boîtes et autres objets traditionnels en cours de fabrication. Une dame nous explique les légendes liées aux diverses représentations mais je ne comprends que des bribes. Une gravure, un ours finement tracé dans le style de ces Indiens de la côte Nord-Ouest, me tente et je me laisse me la faire offrir par Marie. Nous faisons ensuite le tour d’autres galeries en compagnie des croisiéristes qui viennent de débarquer sans rien trouver d’intéressant. Nous allons nous garer sur les bords du fjord pour déjeuner avant de rouler jusqu’au bout de la route, vers le lac, mais les pêcheurs sont à l’œuvre et les ours sont absents. Nous revenons attendre l’embarquement sur le ferry. C’est le même que pour venir de Skagway. Nous y reprenons des places dans le salon à l’avant, au premier rang. Nous appareillons avec un quart d’heure de retard, dû au débarquement difficile des gros camping-cars. Nous continuons de descendre le fjord qui s’élargit, toujours entre deux chaînes de montagnes, des pics très acérés à peine enneigés. Des glaciers se nichent dans tous les cirques de montagne et se déversent en de multiples torrents qui ont creusé leur chemin dans les forêts qui couvrent les zones inférieures. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’apparition de roches dénudées entre la forêt et la glace est probablement due, à mon avis, au retrait des glaciers depuis des décennies. Un croquignolet phare, posé sur un îlot a un gros succès esthétique de la part des passagers. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous ne distinguons toujours pas Juneau alors que les heures passent. Quelques dauphins nous croisent mais les baleines ne sont pas de sortie. Le fjord se termine nous sommes entre îles et terre ferme, l’apparition de maisons sur le rivage et de bateaux de pêche nous annonce tout de même l’arrivée. Il faut encore contourner une île   avant d’apercevoir, dans le soleil couchant, le glacier Mendenhall et d’accoster à la nuit tombée. Pas question de nous garer sur le parking du port, « No overnight parking » ! Nous prenons la route de Juneau et trouvons presqu’aussitôt un emplacement à l’orée de la forêt. Vite nous faisons réchauffer une boîte de lentilles aux saucisses qui a presque fait le tour de la terre puisqu’elle était dans nos réserves en Mongolie !

Mercredi 5 août : Nous n’avons pas été dérangés de la nuit mais au matin la circulation intense sur la route à quelques mètres est gênante. Nous nous sommes réveillés tard et ce n’est pas avant dix heures que nous repartons. Nous trouvons aussitôt un supermarché Safeway avec un choix de produits bien plus large. Nous achetons des escalpes de veau et de l’agneau. Le poisson nous tente, nous prenons un filet bien rouge de saumon sockeye, une des cinq catégories de saumon d’Alaska. Nous longeons le canal Gastineau, celui de Juneau avant d’arriver dans le centre de la ville. La capitale de l’Alaska est une curieuse cité qui, faute de pouvoir s’agrandir en grimpant dans la montagne à laquelle elle est adossée, s’est étendue sur des kilomètres le long de l’eau. Le centre-ville ancien est réduit à quelques pâtés de maisons qui descendent sur les quais où sont amarrés les bateaux de croisière. Le manque de place a réduit les possibilités de parking et ceux à étages nous sont interdits. Nous nous garons en payant une heure sur le seul parking autorisé sur le front de mer. Comme d’habitude, nous allons nous renseigner au Visitor’s Center puis nous cherchons un endroit plus agréable que ce bout de quai, dominé par les rangées de cabines des paquebots et envahi par des centaines de croisiéristes qui me rendent cette ville déplaisante. Nous grimpons dans les ruelles très pentues de la vieille ville aux pimpantes et coquettes maisons en bois. Nous trouvons un parc bien au calme où nous pouvons déjeuner loin de la fureur de la basse ville. Nous y retournons néanmoins. Je dépose Marie puis cherche à me garer le plus près possible, dans une rue du port industriel. Je retrouve Marie pour prendre le téléphérique qui emmène au sommet du mont Roberts, droit au-dessus de nous. L’ascension est rapide, et coûteuse… De la plateforme supérieure nous avons une vue superbe sur le canal Gastineau qui se perd dans le lointain d’un côté, et de l’autre rejoint le fjord par lequel nous sommes arrivés hier soir. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Un sentier, ponctué d’arbustes aux petits fruits rouges vif, part dans la montagne, nous le suivons en compagnie de nombreux croisiéristes. Un aigle vient se poser au sommet d’un pin et reste sagement en attente des hommages des photographes. Nous continuons jusqu’à un point de vue avant de redescendre dans une forêt de pins et d’épicéas. Nous allons prendre un soda sur une terrasse avant d’assister à la projection d’un film niais sur la culture tlingit. Nous redescendons. Marie m’attend en traînant dans une boutique et je vais rechercher le camion. Nous cherchons un emplacement pour la nuit. La traversée du canal sur un pont nous amène à l’île Douglas où j’avais repéré, avec les jumelles, un parc tranquille au bord d’une plage mais pas question d’y passer la nuit. Là encore les interdictions sont légion : « No camping, No overnight parking ». Pour le pays de la Liberté, les interdictions imbéciles ne manquent pas… Nous repassons donc le pont et finissons par nous arrêter en compagnie de deux autres camping-cars sur le parking du Walmart bien que là aussi il y ait une interdiction d’y passer la nuit… Nous dînons de notre filet de saumon, simplement grillé, ce n’est pas mon poisson préféré mais il est bien meilleur que celui d’élevage vendu dans les supermarchés en France, plus cher aussi mais tout de même moins que leur halibut, ce flétan qui coûte autant que la langouste. Une bouteille de Chardonnay, achat de dernière minute, transforme ce simple repas en une presque fête…

Jeudi 6 août : Mal dormi. Trois gros camping-cars de Québécois sont venus se coller à moins d’un mètre de nous alors que l’immense parking est vide. Et ils font marcher de bruyants générateurs. Nous déménageons… Nous partons à la recherche d’un camping patenté, homologué, un vrai avec des machines à laver, à sécher, une vraie douche et le wifi. Un premier est trop cher, le second nous convient. Nous y restons le temps de faire une lessive et de lire le dernier message de Julie, de retour à Buenos Aires. Nous repartons pour nous rapprocher du glacier Mendenhall et du lac dans lequel il se déverse. Un superbe camping dépendant des National Forest est disséminé dans la forêt mais les conditions de réservation sont trop compliquées, il faut passer par internet ou téléphoner et payer par carte de crédit ! Dommage… Nous contournons le lac et allons nous garer devant le Visitor’s Center du parc du glacier. La vue sur le glacier, très impressionnant serait extraordinaire si le soleil remplaçait la pluie. Nous espérons bien avoir une journée ensoleillée pour y revenir et emprunter les sentiers qui approchent cascade et langue de glace. Nous déjeunons dans le camion avec toujours autant de succès de la part des touristes et des locaux qui affirment tous que Land Rover est leur marque préférée mais se gardent bien d’en posséder… Nous repartons dans le centre-ville pour une visite du centre ancien, prétexte à explorer les boutiques. Je n’en ai pas très envie, la pluie, le froid et traîner des pieds en faisant des sourires forcés aux vendeuses ne m’enchante pas… Mais l’acharnement de Marie est payant, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait : l’ours en peluche (made in China) et une paire de mocassins (made in Dominican Republic) pour elle… Nous pouvons rentrer au camping et dîner de nos escalopes de veau avec des champignons ! Grande toilette ensuite et tentative à demi réussie de mettre le blog à jour.

Vendredi 7 août : Le soleil réapparaît et va devenir de plus en plus présent au long de la journée. Nous réservons, par l’intermédiaire de la responsable du camping, une excursion en bateau pour aller voir les baleines dimanche après-midi. La journée s’annonçant belle, nous décidons de retourner au glacier. Nous nous garons sous le regard suspicieux et admiratif des rangers qui tous viennent nous dire, pouces levés pour appuyer leurs dires, combien notre camion est formidable ! Le glacier s’étale sous le soleil, ses séracs viennent mourir dans le lac et quelques icebergs dérivent lentement en achevant de fondre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Du Visitor’s Center, la vue panoramique est tout aussi belle. Le glacier a des rides de plus en plus marquées avec l’âge. Ces crevasses génèrent des séracs qui, en fin de vie, paraissent, soit se bousculer à la sortie, pressés de passer de la phase solide à la phase liquide en s’anéantissant dans les eaux stagnantes du lac, soit, freinent inutilement, effrayés devant leur imminente disparition. C’est selon qu’ils sont Croyants ou pas… Un film nous est projeté sur le glacier, belles photos et, pour une fois, point trop de niaiseries. Nous allons, bien couverts tout de même, le soleil ne suffit pas à nous réchauffer, jusqu’à un point de vue sur une presqu’île du lac, le front du glacier est plus près, nous apercevons aussi sur sa droite une puissante cascade qui dégringole et aliment le lac. Nous suivons un sentier qui nous y mène en une demi-heure. Nous aboutissons sur une plage de gravier, au pied de la cascade. Le front du glacier et la cascade se répondent dans la même blancheur et les mêmes courbes.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après nous être bien rassasiés de la vue de ce magnifique glacier que nous aimerions bien survoler (nous ne pouvons qu’imaginer l’immensité immaculée du champ de glace d’où s’échappent trente-huit glaciers importants), nous revenons au Visitor’s Center nous instruire grâce aux dispositifs didactiques mis en œuvre. Nous regagnons le camion et allons nous garer sur un parking proche pour déjeuner tranquillement. Nous voulions faire une courte promenade le long d’un ruisseau à saumons mais pour ne pas déranger les ours, elle est interdite ! Nous ne pouvons qu’observer, depuis une terrasse aménagée du parking,  de très gros saumons à la peau d’un étonnant rouge vif, sauf le museau. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’après-midi est avancée, Marie voudrait retourner en ville voir deux ou trois maisons et sans l’avouer, me traîner dans d’autres boutiques. Je résiste et réussis à la convaincre de nous rendre, en profitant du ciel bleu persistant, tout au bout de la route, à une soixantaine de kilomètres. La route, de plus en plus déserte, suit le bord de mer et ménage quelques belles vues sur les îlots et les îles qui peuplent le fjord ainsi que sur la chaîne de montagnes que nous avions suivie en venant de Haines. Au bout de la route, nous trouvons une vaste aire de mise à l’eau des bateaux. Nous nous y garons avec l’intention d’y passer la nuit. Beaucoup de pêcheurs sont venus tenter d’attraper quelque poisson suicidaire, nous n’en verrons aucun ne pas repartir bredouille. Des familles pique-niquent, des feux de bois ont été allumés, la mer forme une anse qui serait calme et reposante si un jeune crétin ne s’amusait à faire pétarader un quad, à virer en dérapant sur le gravier du parking et à slalomer aussi vite que possible entre les arbres. Je lui dis, en français, qu’ « il nous emmerde ». Faute de traduction, il continue de plus belle… Certains jeunes Alaskans sont, hélas, cons ! Nous sortons tout de même les fauteuils et allons contempler l’eau, la forêt et les jeux et activités de nos voisins, les mises à l’eau des bateaux de retour de la pêche avec des crabes. Nous revenons au camion, hésitants à repartir. Le conducteur du quad semble calmé, nous restons. Quand nous commençons à préparer le dîner, le(s) quad(s) se manifestent de nouveau. Trop tard pour partir ! Nous devons encore subir ses bruyants vrombissements jusqu’à la nuit tombée. Plus tard, ce sont des tirs de feux d’artifice qui nous réveillent. Je n’ai pas le courage de me lever pour les voir…

Samedi 8 août : Le matin est très calme, quelques pêcheurs matinaux mais discrets se sont lancés dans les eaux. Nous revenons lentement vers Juneau en appréciant les vues sur la baie et les îlots boisés. Nous nous arrêtons souvent pour sortir les jumelles et explorer les étendues marines mais nous n’y voyons que des mouettes. Nous allons refaire quelques courses au Safeway en prévision de la traversée en ferry, puis nous allons nous garer dans le centre-ville, désert aujourd’hui. Nous allons déjeuner dans une gargote de luxe sur les quais, Tracy’s King Crab Shack, qui, comme son nom l’indique, est spécialisée dans le crabe royal. Assis sur des bancs à une table en plein-air, nous partageons une patte de crabe géante, un cocktail de crabe et des sortes d’accras au crabe bien entendu. Tout est bon mais la patte, servie tiède, avec les énormes morceaux de chair que nous en extrayons, est un régal. Un régal onéreux tout de même, nous en avons avec deux bières pour presque 80 $ ! En guise de digestion, Marie me traîne dans la ville ancienne à la découverte d’un centre culturel tlingit où ne sont présentés que des objets neufs, et de quelques bâtiments officiels fermés. Nous reprenons le camion pour aller à un Art Center où en guise d’exposition se déroule un mariage… Nous sortons de la ville en direction de l’est, à la recherche d’un bivouac pour la nuit. La route se termine vite. Nous nous garons à son extrémité, sous les arbres, avec vue sur le Canal.

Dimanche 9 août : Au matin, j’ai bien du mal à me réveiller. Nous n’avons rien au programme, aussi tardons-nous à nous mettre en route. Nous revenons à petite vitesse à Juneau. Une fois de plus, nous nous garons dans la rue, peu de monde le dimanche. Nous allons faire une dernière promenade sur les quais. Je contemple avec une certaine envie les gros hydravions qui emmènent des touristes dans un lodge au glacier Taku, superbe semble-t-il. Nous allons nous garer au petit port d’où nous devons partir pour l’excursion aux baleines. Après déjeuner, nous attendons l’arrivée des autres participants, une bonne vingtaine. Le bateau est piloté par un vieux loup de mer qui cultive le look avec une longue barbe blanche clairsemée. L’animatrice, inévitable, essaie de mettre tout le monde en joie pour cette extraordinaire sortie… Nous filons à toute vitesse dès que nous sommes sortis du port et, au bout d’une demi-heure, nous rejoignons la demi-douzaine d’autres bateaux de touristes qui forment un cercle au centre duquel une baleine souffle, montre son dos, son aileron puis disparaît de longues minutes. Nous en sommes loin et nous n’apercevons pas grand-chose de l’animal. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous en poursuivons une autre pour le même résultat. Une fois ou deux la queue apparaît, concert d’exclamations des passagers ravis. Au bout d’une heure et demie, le capitaine remet ses moteurs à pleine puissance et nous mettons le cap sur le port. Pas question d’aller voir des phoques ou des lions de mer. Nous rentrons très déçus, surtout Marie qui avait sans doute trop rêvé de voir surgir les baleines dressées hors de l’eau. Nous remplissons en français un commentaire vengeur… Nous reprenons le camion et allons stationner au port des ferries en attendant l’heure du départ, dans la nuit. Nous préparons le sac pour la journée à bord puis relisons mon texte. Après dîner, nous nous couchons à demi-deshabillés.

Lundi 10 août : A une heure, je me lève et retourne au bureau des ferries. Il devait ouvrir à ce moment, je dois, avec d’autres passagers, patienter encore une demi-heure. Les documents en règle, je retourne au camion et vais le ranger dans la bonne file puis je me recouche. A deux heures et demie je me relève pour surveiller le déroulement des opérations qui s’avère nul ! La pluie se déchaîne. Enfin, passé trois heures, arrive notre ferry. Marie se lève et me rejoint. Nous assistons au laborieux débarquement des véhicules avant de monter à bord, à notre tour. Le ferry est pratiquement vide ! Nous récupérons rapidement la clé de la cabine, simple, et après avoir assisté à la sortie du port avec trois quarts d’heure de retard, nous nous couchons. J’émerge à huit heures et demie, nous montons à la cafétéria petit déjeuner avec nos biscuits et un thé. Nous nous installons ensuite dans les fauteuils du salon à l’avant, surveillant les cieux, plus cléments en direction du sud, et les eaux où nous apercevons de lointains jets des évents des baleines. La pluie a cessé mais nous sommes dans la grisaille. Les montagnes couvertes de cette forêt humide qui couvre toutes les îles et la côte Pacifique disparaissent dans les brumes et les nuages. Nous naviguons à allure réduite entre la terre ferme, des îles inhabitées et des îlots aux contours romantiques.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les rives sont barrées par des troncs rejetés par la mer. Nous arrivons à Petersburg alors que nous déjeunons avec nos provisions, sans bière, régime sec à bord ! Sur les bouées à l’entrée du port, des lions de mer paressent. De nombreux petits bateaux de pêche (saumon, halibut, crevettes et crabes) sont amarrés sur les pontons. Après une courte escale, peu de gens et encore moins de véhicules sont montés ou descendus, nous repartons en longeant quelques hangars sur pilotis, à demi au-dessus de l’eau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Je retourne profiter de la cabine pour une sieste dont j’avais presqu’oublié le bonheur. Marie qui tambourine à la porte depuis une demi-heure (dit-elle !) vient m’en tirer et me succéder. Nous avançons dans un chenal étroit, toujours hélas sans soleil. Je vais rechercher Marie à l’approche de Wrangell. Petit port sans charme et sans attrait où nous ne faisons qu’une courte escale avant de continuer dans un nouveau canal entre deux îles. Quand nous en sortons, que le ciel s’assombrit encore et que les berges s’éloignent, nous allons dîner à la cafétéria. Fish and chips, honnête, et rôti de porc servi avec une sauce sans nom ni goût. A l’escale de Wrangell, je suis allé chercher dans notre camion une bière que nous avons conservée dans des glaçons, ce qui permet de faire un repas digne de ce nom… A côté de nous, des adolescents se régalent avec des frites trempées dans le ketchup en plat principal puis dans du yaourt à la fraise en dessert. Une idée quand nous inviterons des amis à Toulon… Nous regagnons la cabine pour une nuit, bercés par le ronronnement des moteurs.

Mardi 11 août : Je suis réveillé bien avant que le réveil ne sonne. Nous nous levons à six heures et demie, Prince Rupert est en vue et nous entrons dans sa rade. Le ciel fait toujours mauvaise figure, il ne pleut guère mais tout est uniformément gris ! Marie a juste le temps de se doucher et de s’habiller. Nous avalons quelques biscuits avec un thé alors que le ferry accoste. Nous sommes encore dans les premiers à sortir, contrôle rapide de l’immigration canadienne et remise à l’heure des montres, nous perdons une heure. Nous traversons la petite ville, sans aucun caractère et allons nous garer devant le Visitor’Center. La ville est carrément tournée vers l’ouest et met en valeur sa proximité avec la Chine, les expositions ne montrent que cela mais nous avons le wifi. Nous allons nous garer sur le parking du Safeway pour refaire des courses puis nous nous rendons au Northern Museum. Il est logé dans un bâtiment récent mais qui a conservé la forme des longues maisons traditionnelles des Tlingit, Tsimshian et Haida. A l’intérieur, nous sommes tout d’abord très agréablement surpris par la qualité des objets présentés, tabliers et capes de danse, masques, boîtes cubiques, cuillères, sonnailles de toute beauté, avec une belle patine. Puis, inévitablement, l’exposition continue avec des objets récents réalisés par des artistes inspirés par l’esthétique des Indiens du Nord-Ouest. C’est autre chose, sans plus aucun caractère religieux, sans âme. La dernière partie évoque, avec l’habituelle collecte d’objets des XIX° et XX° siècles, le développement des relations commerciales, industrielles et la vie de tous les jours des nouveaux arrivants. Nous faisons ensuite un tour en voiture en ville, pour y voir de plus près quelques copies de totems, dressées en divers endroits. La pluie, fréquente, le vent, leur ont donné  l’aspect d’une respectable ancienneté. Nous quittons la ville, roulons dans un paysage classiquement canadien, forêts, lacs et montagnes, tout cela à demi dans la brume. A Terrace, nous décidons de rallonger le parcours et de passer par la vallée de la Nass. La route est plus étroite, elle serpente aussi dans la forêt mais sur les montagnes, les zones en cours de déboisement sont importantes. Nous atteignons un immense champ de lave dû à une éruption volcanique ancienne. Les blocs de lave sont couverts d’une couche de mousse qui leur confère un aspect étrange. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Plus loin, des résurgences ont formé des mares saisonnières d’un étonnant vert émeraude, bien visible malgré l’absence de soleil. Nous nous arrêtons pour une courte promenade. Nous traversons une étendue de lave puis pénétrons dans la magnifique forêt humide. De très grands arbres surgissent du velours vert du terrain. Les troncs morts, couchés, disparaissent sous les mousses, leurs formes s’estompent dans un doux moutonnement. Nous aboutissons à la petite cascade d’un ruisseau qui s’est frayé un lit entre deux berges dont les formes de tous les arbres, debout ou couchés, sont enveloppées de mousse.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au camping du Parc Provincial créé pour mettre en valeur le champ de lave. Nous y trouvons un emplacement entre les arbres qui grincent, couinent, pleurent dans le vent.

Mercredi 12 août : Il a plu toute la nuit et la pluie redouble au matin ! Nous nous levons très tardivement, désespérés par ce mauvais temps. Nous traversons de nouveau le champ de lave puis la route continue dans la forêt jusqu’au village des Nisga’a, un sous-groupe des Tsimshian, où un nouveau musée qui leur est consacré a été ouvert. Depuis qu’ils ont, à la suite d’une action devant la Cour Suprême canadienne, obtenu la restitution et la gestion de leurs terres ancestrales, ils ont aussi récupéré les objets traditionnels qui étaient dans divers musées canadiens. Un beau bâtiment, plutôt modeste, présente une belle exposition de ces objets, tous de premier choix. La présentation est originale, les masques sont portés par des mannequins comme lors d’une représentation théâtrale. Les objets sont mis en regard de photos anciennes sur lesquelles on retrouve les sonnailles, les coiffes ornées, les capes tissées. Une section est consacrée aux chamans, tenues, coiffes, sacoches contenant les remèdes, superbes « attrapeurs d’âmes » en ivoire. Seules les petites pièces sont dans des vitrines, les autres, boîtes, capes, tabliers de cérémonies sont à portée de main, protégées tout de même par des rayons lasers. Les explications restent des généralités, aucune indication sur chaque objet, pas de nom, date. On ne cherche pas des informations après tout inutile, on se contente d’admirer la beauté de ces pièces. Nous déjeunons sur le parking du musée puis continuons jusqu’au bout de la route. Plus étroite, presque sans accotements, elle traverse une forêt pluviale sombre, inquiétante, les très grands arbres nous dominent, avant de longer la rivière Nass au pied d’une falaise boisée. Le lit est très large, on ne distingue pas toujours l’eau de la brume et la rive opposée est quasiment indiscernable. Nous parvenons à Gingolx, bout du monde inanimé, village de maisons de bois récentes, seule une maison traditionnelle, reconstruite, encadrée par deux totems, témoigne de son passé autochtone.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous revenons sur nos pas, toujours sous la pluie. Nous allons voir d’autres totems, récents, à l’imprononçable village de Gitwinksihikw. Encore quelques arrêts dans le champ de lave mais nous n’avons pas très envie de marcher sous la pluie. Après un plein d’essence à New Aiyansh, devant quatre totems qui symbolisent les quatre clans des Nisga’a, nous prenons un raccourci, une piste qui file dans la forêt. Bien que mouillée et pleine de nids de poules, elle est correcte. Elle est signalée comme non entretenue et empruntée aux risques des voyageurs. En Afrique, ce serait une piste entretenue… Alors que nous n’y croyions plus, le soleil fait son apparition et le bleu se répand dans le ciel ! Nous retrouvons le goudron après une cinquantaine de kilomètres et portés par l’espoir d’une belle amélioration du temps demain, nous prenons la direction de Stewart. Bonne route, toujours dans la forêt sur laquelle nous pouvons rouler vite. Nous nous arrêtons sur une aire de repos peu avant Meziadin Junction.

Jeudi 13 août : Nous reprenons la route et bifurquons peu après en direction de Stewart, en suivant le lit fougueux d’un torrent, alimenté par les ruisseaux qui galopent des deux côtés de la route pour se précipiter en écumant dans le fond de la vallée. L’inattendu glacier de l’Ours dont nous ne voyons pas le sommet aboutit à la rivière. Stewart est une de ces petites villes perdues auxquelles le tourisme donne une seconde chance. Visitor’s Center sans wifi mais on nous assure que le beau temps va continuer aujourd’hui et demain. Pour nous connecter nous devons aller à l’épicerie en face. Nous n’y achetons qu’une boîte de thon et du pain et en échange, nous pouvons bénéficier d’un accès internet. Nous repartons en direction du glacier Salmon, la route s’enfonce dans une vallée que les nuages nous dissimulent. Presque aussitôt nous atteignons Hyder, à peine un hameau, que la frontière avec les Etats-Unis partage en deux. Pas de contrôle frontalier pour une courte incursion en Alaska ! Nous arrêtons à Fish Creek où une passerelle d’observation a été aménagée pour y observer les ours attraper des saumons, l’accès est payant et on nous prévient que ce n’est pas l’heure de visite des ours, nous remettons à plus tard… Nous revoilà en Colombie Britannique. La route devient piste à nids de poules et commence à s’élever à flanc de montagne, passe devant d’anciennes installations minières puis se glisse dans des gorges. Les premiers glaciers en fin de vie apparaissent, en partie dissimulés par des bancs de nuages. Et nous commençons à apercevoir la longue langue de glace du Salmon Glacier que nous allons dominer en continuant de nous élever. A chaque virage, nous poussons des oh d’émerveillement ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Presque plus de nuages, le glacier se découvre en entier, coulant de loin entre des pics acérés, Les courbes de la langue de glace suivent les flancs des montagnes, les traces des moraines soulignent ces ondulations. Les fissures craquèlent entre les séracs, mettant en évidence des profondeurs bleutées. Le champ de glace est immense, s’étendant de part de d’autre d’un point de vue au sommet de la route. Nous avons alors une vue quasiment aérienne du glacier. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous déjeunons là puis discutons avec un couple de Français en camping-car, sur les routes d’Amérique depuis des années. Nous ne nous rassasions pas de cette vue absolument extraordinaire du plus beau glacier d’Alaska atteignable en voiture. Nous continuons quelques kilomètres sur la route, découvrant de nouveaux points de vue, notamment un front de séracs alignés comme des soldats à la revue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

D’autres glaciers moins spectaculaires se révèlent au sommet des montagnes. Nous hésitons puis, bien qu’il soit encore tôt, décidons de bivouaquer dans cet exceptionnel lieu. Nous nous installons en retrait de la piste avec vue sur le glacier bien entendu. Nous sortons les fauteuils et restons, béats, à contempler l’immensité glacée avant de regagner, chassés par des moustiques voraces, la cellule.

Vendredi 14 août : Nous ne parvenons pas à nous réveiller à l’heure prévue et devons donc renoncer à tenter d’apercevoir les ours se rassasiant de saumons dans la Fish Creek, puisque ceux-ci ont des horaires de fonctionnaires, 06 h / 10 h et 18 h / 22 h nous a assuré le ranger ! Mais nous nous consolons avec l’inoubliable vision du glacier, étalé dans toute sa magnificence pour nous seuls sous un ciel sans le moindre nuage. Je ne peux m’empêcher de reprendre des photos, y compris au point de vue du sommet. Nous nous résignons à redescendre sur terre et dans la vallée. Nous nous faisons confirmer que les ours sont au repos et invisible à l’heure où nous passons. Au poste frontière, les Canadiens contrôlent nos identités et posent les habituelles questions sur les armes, les drogues, les alcools et autres denrées que nous aurions bien pu acquérir à Hyder… Nous reprenons la route dans la forêt en sortant progressivement des montagnes et repassons devant le glacier Bear complètement sorti des nuages aujourd’hui. Sur le bord de la route, une ourse noire et son petit se gavent gloutonnement, indifférents aux véhicules qui les frôlent mais ils s’enfuient dans les taillis si on stationne à leur hauteur. Nous roulons à bonne allure, retrouvons la route de Kitwanga. Des travaux nous retardent. Du gravier a été réparti sur le macadam et pour éviter des dépassements ou des croisements préjudiciables aux pare-brise, nous devons rouler lentement en convoi sur une dizaine de kilomètres… Nous déjeunons tardivement peu avant d’arriver à un village, Gytaniow, peuplé de Gitxsan, des Amérindiens (puisqu’il faut dire ainsi pour être « correct »). Sur un pré sont plantés une vingtaine de totems, certains du XIX° siècle, d’autres plus récents. Les couleurs sont effacées et selon l’âge, le bois est fendu, marqué par les intempéries. Difficile d’identifier les diverses représentations, la baleine tueuse avec son aileron, l’aigle avec ses serres et son bec, le corbeau avec les ailes, sont vite repérés mais loup, ours souvent avec des formes humaines restent obscurs.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ils sont alignés, pas bien droits, se détachant sur la forêt, derrière des maisons entourées d’un incroyable foutoir de voitures et autres appareils inutilisés et qui rouillent consciencieusement… Nous atteignons ensuite Kitwanga où, là aussi, nous trouvons dans le vieux village, sur les bords de la rivière Skeena, un bel alignement de totems. Certains ne portent aucune sculpture, un tronc équarri de section quadrangulaire, dressé vers le ciel comme une aiguille. D’autres n’ont qu’une représentation, à la base, de l’un des personnages mythiques du clan puis sont lisses jusqu’au sommet, couronné d’un corbeau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

A côté, souvenir des missions chrétiennes, une vieille église anglicane, en bois et son clocher indépendant, joliment construit, semblent abandonnés. Nous récupérons la route de Prince-Rupert à Prince-George, passons au village de Kitseguecla où quelques totems se dressent dans les jardins de quelques maisons, ils sont, ici, couronnés d’un personnage portant un chapeau conique traditionnel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous roulons vite pour parvenir à Hazelton avant la fermeture du musée ‘Ksan mais nous devrons attendre demain pour la visite. Nous réservons un emplacement au camping devant le musée et repartons aussitôt pour le village de Kispiox, à une vingtaine de kilomètres. Nous y trouvons, là aussi, un bel alignement de totems dans un pré, des anciens et des récents.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’un, couché, est en cours de fabrication. Retour au camping. Nos voisins, une famille élargie d’Indiens rit à gorge déployée tard dans la nuit, de joyeuses natures… Mais quand je ressors de la douche, le feu crépite, un tambour marque le rythme et une voix de jeune fille s’élève dans la nuit. Magique !

Samedi 15 août : Nous pensions le matin avoir un réveil au calme mais nos voisins rigolent déjà comme des baleines ! Je souhaite à Marie sa fête. Un message de Julie en fait autant. Nous hésitons à reprendre la route pour être ce soir à Prince-George et fêter la Sainte-Marie au restaurant mais la perspective, annoncée au camping, d’assister à une fête indienne, avec des danses et des chants nous incite à rester une nuit de plus. C’est en effet ces samedi et dimanche que se déroulent les Journées de la culture Gitxsan, un autre sous-groupe des Tsimshians. Nous nous rendons au Musée, tout proche puisque dans le même ensemble culturel que le camping. Nous choisissons une visite guidée qui nous permet d’entrer dans trois des maisons déplacées ou reconstruites de ce très intéressant musée en plein air. Il est constitué par une demi-douzaine de maisons traditionnelles aux murs en planches de bois de cèdre.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les poteaux massifs ont demandé l’utilisation de nombreux troncs de belle taille. La façade est décorée, en rouge et noir, de représentations symboliques des quatre principaux clans : l’ours, le loup, la grenouille et l’épilobe. Des totems sont dressés devant les maisons, on se croirait presque débarqués dans un village du XIX° siècle sur la côte Pacifique. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Chacune des trois maisons raconte une partie de l’histoire de ce peuple avec des objets collectés auprès des familles. Nous avons droit à un commentaire enregistré en français qui m’évite une pénible traduction. Le soleil étant de sortie, nous nous régalons ensuite à prendre des photos des ensembles de maisons et de totems. Le musée lui-même est modeste mais montre quelques beaux objets notamment ces boîtes cubiques en cèdre, pliées à la vapeur, décorées des habituels dessins. Nous cherchons ensuite un liquor store. Pas question de passer un 15 août sans champagne ! Bien que nous soyons samedi, ces établissements de salut public sont ouverts, une bouteille de champagne français, inconnu, et une de Sauvignon de Nouvelle- Zélande devraient nous permettre de correctement dîner puisqu’il semble exclu de le faire au restaurant. Après un passage au supermarché pour nous ravitailler et où nous achetons un homard congelé deux fois plus cher que ceux, canadiens, vendus en France et des brownies au chocolat, nous revenons au camping nous garer, puis nous allons assister au début des festivités. Avec un petit retard, après de brefs discours, des groupes de danseurs indiens font leur entrée. Ils ont tous revêtu une tenue copiée sur les anciens vêtements de fête, tablier, cape rouge décorée de boutons reproduisant les emblèmes claniques et, pour quelques-uns, port de masques animaliers.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Le seul instrument qui marque un rythme lancinant est un tambour frappé en cadence. Bien peu des chanteuses-danseuses ont le physique de la petite Indienne rêvé par Hollywood, aucune n’aurait pu tourner dans « La Captive aux yeux clairs » ou dans « La Flèche Brisée ». Les bourrelets tressautent en rythme, les fessiers équilibrent les poitrines et les métrages de tissus des robes feraient le bonheur d’un marchand du Cours Lafayette. Nous profitons d’une pause pour tardivement déjeuner au camion d’une salade de thon, avant de retourner nous installer dans nos fauteuils devant le terrain où se produisent les différents groupes. L’assistance, indienne dans sa grande majorité, est souvent parente des artistes qui se produisent, les autres ne paraissent pas spécialement motivés et quand un groupe demande aux spectateurs de participer, peu se déplacent. L’un de ces groupes, celui des Nisga’a remporte un succès mérité, renouvelant ses chorégraphies et surtout montrant un plaisir communicatif d’être présent. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous retournons au camion quand des chanteurs plus traditionnels se produisent sur le podium. En fin de soirée, quand les groupes de danse ont terminé leurs prestations, le public se clairsème, un chanteur reste tristement seul sur scène. Lâchement nous l’abandonnons à notre tour et regagnons le camion pour fêter la Sainte-Marie. Champagne donc en apéritif puis le homard, la boîte de confit de canard, providentiellement retrouvée avec des patates cuites dans la graisse de canard et enfin les brownies. Une courte promenade digestive s’impose avant de nous coucher, bercés par les rires de nos joyeux voisins qui se sont produits cet après-midi.

Dimanche 16 août :  Nous quittons le camping et ses Indiens déjà sur le sentier de la guerre… Nous entamons une journée de route en direction de Prince-George. Plus nous avançons et plus les montagnes s’éloignent. Un dernier glacier dans la grisaille et revoilà les prairies et les champs. Les moissons sont presque terminées, les vaches se reposent au milieu des pâquerettes et la route est monotone. Nous rattrapons les Français rencontrés au glacier Salmon, nous leur faisons signe, les doublons et les attendons sur une aire de repos mais ils passent sans s’arrêter ! Longue après-midi à somnoler au volant jusqu’à Prince-George où nous trouvons une laverie à côté d’une station-service. Nous faisons donc une lessive tandis qu’un violent orage se déchaîne puis passe. Nous avons perdu plus d’une heure et ne roulons plus beaucoup ensuite. Nous arrêtons pour la nuit en contrebas d’une aire de repos, en principe interdite de camping, près d’un étang. Marie propose de prendre l’apéritif, sa motion est votée au premier tour.

Lundi 17 août : Nous revoilà partis pour une nouvelle longue journée de route. Le paysage est toujours aussi monotone avec des prairies et des ranchs. Ceux-ci sont généralement constitués de bâtiments récents et d’autres anciens en planches noircies par les ans. On retrouve ces granges ventrues identiques à celles d’Europe Centrale au siècle dernier. Dans cette région d’élevage, les Cariboo, je suis étonné de ne voir dans les prés que de beaux chevaux et très peu de bovins !  En continuant de descendre en direction du sud, le paysage devient plus vallonné mais les fermes se font plus rares et la forêt reprend toute sa place. Nous passons d’un lac à une rivière puis d’une rivière à un torrent qui alimente un lac. Nous nous arrêtons dans un ancien relais de poste dont les bâtiments ont été restaurés : la jolie maison principale de style victorien dans laquelle s’arrêtaient les voyageurs, des granges, des écuries, la porcherie (toujours occupée), le poulailler (les poules sont en liberté). 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous promenons dans ce ranch où on pourrait s’attendre à voir descendre de la diligence qui nous promène brièvement dans le domaine (Diable que c’était mal suspendu !) une Angie Dickinson, accueillie par un Dean Martin éméché en sortant du bar où il ne manque même pas les crachoirs… Nous continuons en ayant abandonné tout espoir d’être à Vancouver ce soir. Après Lillooet, la route, étroite et tortueuse se glisse entre des montagnes réapparues, couvertes de neige, grimpe des cols inattendus puis redescend dans une affolante et interminable descente où les freins sont mis à dure épreuve. Parvenus à Pemberton nous allons nous ravitailler au supermarché puis nous cherchons un lieu pour la nuit. Le Provincial Park à la sortie de la ville pratiquant des tarifs honteux, nous continuons quelques kilomètres et nous arrêtons en retrait de la route. Il est tard, une vodka-tonic suggérée par Marie nous réconforte le temps de rédiger mon texte et de classer les photos du jour.

Mardi 18 août : Nous reprenons la route, rapide et de plus en plus fréquentée. A Whistler, nous faisons une courte incursion pour avoir un aperçu de cette station de sport d’hiver construite dans le style alpin grandiloquent déjà rencontré à Banff et à Jasper. Tout y est cher, même le gasoil ! Nous rejoignons à Squamish le bord d’un fjord que nous longeons rapidement jusqu’au golfe de Vancouver. Dans les derniers kilomètres nous roulons au pas puis ce sont les importants encombrements de la grande ville. Nous ne nous perdons pas trop et traversons la baie sur le pont métallique Lions Gate d’où nous avons enfin une vue sur les gratte-ciel de Vancouver, tout de même un peu perdus dans la brume. C’est ensuite la traversée au pas du Parc Stanley, cette oasis de verdure est un lieu de promenade aux portes de la ville où on peut respirer de bons gaz d’échappement… Nous traversons le cœur de la ville moderne entre deux rangées d’immeubles, repassons un pont et trouvons le garage Land Rover. On ne nous propose un rendez-vous pour la vidange que vendredi mais en insistant un peu nous convenons de revenir demain matin. Nous décidons d’occuper l’après-midi au Musée d’Anthropologie dont j’avais gardé un grand souvenir, trente ans plus tôt. Il est à priori facile à trouver, à l’extrémité d’une avenue. Nous atteignons le bord de mer et envisageons de nous garer sur l’un des nombreux parkings qui longent les plages mais le tarif est dissuasif, 3,5 dollars de l’heure et obligation de payer une heure au minimum. Quitte à payer, autant le faire sur le parking du musée. Le trouver n’est pas aussi évident que nous le pensions, situé sur le campus de l’Université, il est très mal indiqué. Nous nous garons sur un parking sans payer, le temps de déjeuner puis, presque par hasard, nous trouvons le musée et une place devant l’entrée. Coût pour quatre heures : 14 $, presque le prix de l’entrée au musée ! Nous retrouvons ce beau musée mais il ne me fait plus la même impression, nous avons vu des maisons, des totems et divers objets dans plusieurs autres musées ou sites et nous ne sommes plus étonnés. La grande salle derrière une claire verrière est occupée par des totems anciens ou copies d’anciens. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Certains sont entiers, d’autres découpés pour le transport sont présentés en plusieurs tronçons, ce qui permet de détailler chaque étage. Nous revoyons de beaux coffres cubiques, des plats de cérémonies en forme de barques. A l’extérieur est reconstituée une maison Haïda et des totems recréés par un artiste local, Bill Reid, dont le musée fait grand cas. Les réserves sont accessibles au public derrière des vitrines ou dans des tiroirs que l’on peut ouvrir. On y trouve une multitude d’objets, de masques, de vanneries locales mais aussi du monde entier, du caftan turkmen, au cimier Tiy Wara du Mali en passant par des masques mexicains. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous y avons passé les quatre heures accordées par le parking. Nous revenons nous garer dans la rue devant le garage Land Rover.

Mercredi 18 août : Le toit baissé, les bruits de la rue ont été très atténués et nous avons été plus discrets. A huit heures et demie nous sommes dans le hall du garage. Presqu’aussitôt, notre responsable arrive et s’occupe du camion. Je dois lui fournir les filtres, ils n’ont aucune pièce de rechange. C’est un Chinois, comme bon nombre des personnes qui travaillent à tous les niveaux dans ce garage. La clientèle est aussi en partie d’origine chinoise, des revues, des indications sont en anglais et en chinois… Nous patientons dans un salon en profitant du wifi pour mettre à jour le blog. Les heures passent, Marie commence à s’impatienter. Notre responsable revient nous dire que la vidange est faite mais qu’ils ont trouvé un problème. Pas sûr de bien comprendre, je fais venir un technicien qui parle français et qui me montre une nouvelle fuite d’huile sur l’arbre de roue arrière droit mais, cette fois, à l’intérieur. L’huile coule sur le disque de frein ! Nous convenons qu’ils commandent les pièces et que lundi je ramène le camion pour la réparation. Nous décidons de partir aussitôt pour l’île de Vancouver et d’aller prendre le ferry à Tsawwassen. Nous traversons les quartiers sud de Vancouver en direction de la frontière des Etats-Unis et parvenons à l’embarcadère. Nous avons tout juste le temps de déjeuner tardivement dans le camion avant de monter à bord d’un grand et confortable ferry. Nous traversons rapidement la baie, avec dans le lointain, le pic enneigé du Mont Baker, avant de nous faufiler entre des îles boisées où de belles villas se dissimulent. Nous sommes à l’avant du bateau et regrettons de ne pas avoir eu le même temps entre Juneau et Prince-Rupert. Nous croisons un train de grumes tiré par un remorqueur. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous accostons et filons sur la capitale de l’île, Victoria. Nous faisons une brève escale au Visitor’s Center pour nous faire indiquer la situation du Walmart où nous envisageons de passer la nuit. Nous parvenons dans le centre-ville et nous nous garons sur les quais. Nous sommes en plein cœur du Victoria, la bien-nommée, de l’empire britannique, bâtiments de l’époque victorienne, Parlement, Hôtel, clochers, identiques à ceux d’Ottawa ou des autres villes du Canada. Nous nous rendons au Fairmont Hôtel, très cossu, on y respire la bonne société, le luxe discret, du moins dans la décoration qui se veut imitation d’un passé glorieux. La clientèle, elle, est cosmopolite et pas toujours du dernier chic… Nous contournons sa façade de vieux château, couverte de lierre et revenons en longeant le port. Des parkings feraient bien notre affaire mais pas question de dormir dans le véhicule ! Nous repartons pour nous rendre à Fisherman’s Wharf. Un ponton, dans une marina, donne accès à des maisons flottantes alignées de part et d’autre de quais. Ce sont des constructions hétéroclites posées sur des pontons, souvent très kitsch, avec des couleurs criardes. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Certaines ont été transformées en boutiques ou en fast-foods. Les touristes s’y pressent, dégustent fruits de mer, fish and chips, sushi ou quesadillas. On vend même des sardines pour attirer une otarie gourmande… Nous reprenons le camion et allons au Walmart. Parking souterrain ! Pas question d’y passer la nuit, d’ailleurs nous sommes trop haut. Nous nous résignons, faute de trouver un endroit discret, à chercher un camping. Il est tard et nous ne savons pas où nous sommes. Nous suivons des indications, ne trouvons pas. Plus loin, un autre, surpeuplé, pratique des tarifs exorbitants. Enfin, un, sur une colline où montent tous les bruits de la grande route en contrebas, fera notre affaire. Dîner tardif et coucher encore plus.

Jeudi 20 août : Nous étions bien au milieu de nos pins, sur la colline, mais il faut retourner en ville. Je dépose Marie devant le Musée et vais me garer sur un parking plus éloigné mais (relativement) peu cher. Le hall d’entrée en verre et acier expose trois totems peu mis en valeur par les poutrelles métalliques avec lesquelles ils se confondent. Nous commençons notre visite par les salles consacrées aux peuples « premiers » et plus spécialement ici à ceux de l’île de Vancouver, les Kwakiutl en particulier. Une grande salle est plongée dans la pénombre, des totems de grand diamètre, tronçonnés sont placés en avant de la façade décorée d’une « grande maison » reconstituée avec les objets rituels, masques, tambour, fauteuil bas et écran de danse, insignes de la puissance du propriétaire de cette maison. Des vitrines présentent des masques superbes et ces autres objets, coffres, coiffes, sonnailles, manteaux, déjà vus dans d’autres musées mais que nous ne nous lassons pas de revoir. L’impression est encore renforcée par la demi-obscurité dans laquelle ils sont plongés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

A un autre étage nous retrouvons ces dioramas qui nous avaient déjà impressionnés avec la reconstitution des divers milieux de l’île. Végétation, animaux, atmosphère, tout est presque plus vrai que nature avec les bruits, pas les odeurs, petits détails qui laissent pantois ! Dans d’autres salles sont aussi recréées les diverses phases du développement de la province avec l’arrivée des commerçants européens, atmosphère restituée d’un port avec un navire dont on peut visiter la dunette, conserveries de poisson (l’eau coule au robinet, l’ouvrier ne va pas tarder à revenir), la mine, les villes avec l’hôtel et son escalier recouvert d’un tapis etc… Il faudrait des heures pour dire toute l’ingéniosité, la minutie, de ces reconstitutions. Peut-être le plus beau musée du Canada (ce qui n’était pas mon avis trente ans auparavant !). Nous sortons du musée et découvrons dans une verrière qui lui est accolée, des totems anciens, peu visibles derrière des vitres réfléchissantes. Des copies, pas très réussies, trônent dans un jardin devant une maison pas très belle non plus. Je vais rechercher le camion et nous repartons pour un tour de la côte et des quartiers cossus de la ville. Nous longeons la mer, en passant devant des villas de types très divers, moderne, colonial, avec ou sans véranda, en bois ou en béton, classique ou « Sam Suffit », témoignages des prétentions sociales de leurs propriétaires. Les pelouses ont toutes jauni, manque d’eau ? Il semble qu’il y ait des restrictions de consommation. Pas pour le golf, bien vert… La côte est peu intéressante, des rochers, des goélands et, dans le lointain, une ligne de montagnes aux Etats-Unis. Nous reprenons la route et quittons dans les embouteillages la capitale. Nous avançons plus vite quand nous avons dépassé les quartiers d’habitation de la banlieue. En fin d’après-midi, nous faisons un détour pour Chemainus, petite ville qui s’est fait une spécialité de murals dans les années 1980.. Une trentaine de murs ont été peints pour montrer des épisodes du développement de la région. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Marie ne s’en lasse pas… Il commence à se faire tard et nous devons encore refaire un plein de provisions. La recherche d’un lieu de bivouac est difficile, trop de maisons particulières partout et aucun chemin qui se perdrait sur une plage ou dans une forêt. Nous finissons par chercher un camping et en trouvons un en retrait de la route, dans une pinède. Cher mais je n’ai pas envie de rouler encore tard. En nous garant je casse un cabochon de clignotant ! Pas content du tout… Nous changeons ensuite d’emplacement pour un, plus plat. Pas de wifi depuis le camion et aucune nouvelle de Julie ni non plus de Nicole.

Vendredi 21 août : La journée commence mal. Toujours aucun nouvelles de Julie, donc de nos billets de retour de Las Vegas. Je l’appelle sur Skype, elle va s’en occuper… Marie revient de la douche, furieuse, comme souvent, à cause des installations. Elle appelle à son tour Nicole, conversation difficile, Nicole ne comprend rien et Marie s’énerve de ne pas être entendue… Tout cela me met de mauvaise humeur… Nous repartons sur l’autoroute, passons Nanaimo, important carrefour et continuons vers le nord avant de tourner en direction de la côte ouest. Nous nous arrêtons au Visitor’s Center de Port Alberni pour profiter du wifi et avoir un message de Julie qui nous a pris des places pour le 17 septembre, il ne nous reste que quatre semaines… Nous déjeunons sur le parking et continuons. La circulation demeure importante, rien à voir avec la route secondaire, déserte lors de notre premier passage. Nous traversons des forêts épaisses, nous nous glissons entre des chaînes de montagne que je ne pensais pas aussi hautes. Nous nous arrêtons aux chutes de la Little Qualicum. Un sentier suit le rebord des gorges profondes creusées par le torrent d’un côté, puis revenons de l’autre en traversant sur des ponts. Des troncs d’arbres barrent les gorges, coincés entre les falaises, d’autres se sont entassés en aval des marmites de géants, creusées dans la roche. Deux cascades, l’une à trois étages, justifient la promenade. Des lichens festonnent sur les branches des grands arbres de la forêt, la mousse recouvre les troncs tombés à terre mais leur couche n’est pas aussi épaisse qu’au champ de lave. Quelques kilomètres plus loin, nouvel arrêt pour une courte marche au milieu d’une splendide forêt de pins de Douglas et de cèdres rouges. Les plus beaux sont multi-séculaires, le plus grand aurait plus de huit cents ans et atteint 76 mètres de haut ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous ne sommes pas les seuls sur le sentier, le parking déborde sur la route, les vacanciers n’ont pas encore repris le chemin du retour et on se croirait au Mont-Saint-Michel un 15 août ! Nous longeons des lacs, toujours dans la forêt et atteignons la côte ouest. Au Visitor’s Center du Parc National de Pacific Rim, on nous avertit que tous les campings sont pleins sauf un, à Tofino. Nous longeons donc la côte sans voir la mer et nous nous arrêtons pour une nouvelle promenade, celle que j’attendais de refaire depuis si longtemps, dans la forêt pluviale de la côte Pacifique. Je retrouve ce sentier entièrement sur des planches posées à quelques dizaines de centimètres ou à quelques mètres au-dessus du sol ou de ce que l’on peut supposer être le sol. A y bien regarder, en dessous de nous un amas de troncs, gros ou petits, de branches cassées par le vent, recouverts de mousses, pourrit depuis des lustres et j’imagine qu’y laisser tomber un objet serait le perdre sans espoir de le retrouver ni savoir à quelle profondeur il se trouve. Nous franchissons d’obscurs ruisseaux où une vie aquatique se devine, sur des ponts, parfois sur un tronc à peine équarri.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous montons, descendons dans des vallées sous ces arbres gigantesques aux branches desquels pendent des larmes de lichens mais je ne retrouve pas la même impression, sans doute manque-t-il de l’humidité, un ciel plus couvert, une atmosphère plus trouble… Nous repartons, passons devant quelques campings qui affichent tous complet. A Tofino celui indiqué pratique des tarifs scandaleux pour laisser s’entasser des tentes sur la pelouse d’un rond-point. Nous n’insistons pas et retournons une trentaine de kilomètres en arrière pour nous installer dans un camping rudimentaire, difficile à trouver.

Samedi 22 août : Nous nous rendons au village d’Ucluelet, un petit port de pêche gagné au tourisme. Tout au bout de la route, un phare isolé et des îlots encore embrumés posés en ombre chinoise, à contre-jour, sur une mer trop calme. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous repartons en direction de Tofino et nous nous arrêtons pour une première promenade dans la forêt pluviale. Un sentier sous les grands arbres, d’abord sur le sol entre les fougères puis sur une passerelle qui aboutit à une longue plage à marée basse.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Sur un des îlots, on devine difficilement aux jumelles des lions de mer. Nous revenons et continuons jusqu’à la colline de Radar Hill. Une courte marche nous amène à un point de vue, d’un côté sur l’intérieur de l’île, forêt et lacs perdus dans une brume diffuse et de l’autre côté sur la mer et des îlots encore plus indistincts. Nous poursuivons jusqu’à Tofino. L’ancien port de pêche, reconverti dans l’exploitation du tourisme, est très animé. Tous les hôtels, motels, campings, B&B, affichent complet ! Nous y faisons une courte halte pour rendre visite à une galerie consacrée à un artiste dont une seule œuvre, un dessin inspiré de l’art indien, nous retient… Nous revenons sur nos pas et faisons de nouveau halte pour une plus longue promenade dans la forêt humide, sur un trottoir de planches, comme la veille mais la forêt semble plus dense, plus vivante, des corbeaux perchés sur les cèdres ou sur les pruches (traduction enfin trouvée du hemlock et nom tout à fait inconnu à ce jour pour moi, incapable de distinguer un hêtre d’un noyer…) se font la conversation avant de s’envoler. Nous montons, descendons là aussi dans des ravins entre les fûts rigoureusement droits, touffus au sommet, des cèdres.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous déjeunons dans le camion avant de reprendre la route pour retraverser l’île dans sa largeur puis de continuer en suivant la côte orientale, celle tournée vers le continent. La mer est rarement visible, les accès aux plages privatisés. Nous parvenons à Campbell River où au Visitor’s Center on nous assure que nous pouvons rester garés pour la nuit sur le grand parking devant. Nous allons au supermarché refaire un plein de provisions. On y trouve du veau et de l’agneau, ainsi que des cakes au crabe ! Marie a envie de dîner au restaurant, nous nous en étions fait indiquer un, le Quay West, très agréablement situé sur un quai, face aux bateaux de pêche. Nous commandons des huîtres et des plats à base de saumon et de crevettes. Mauvais début, la serveuse, agaçante avec sa bonne humeur forcée, nous apporte la bouteille de Chardonnay à la température ambiante, mais dans un seau avec trois glaçons. Elle en rapporte d’autres en voyant notre mine déconfite, le vin sera à bonne température en fin de repas. Les huîtres sont énormes, nous en avons trois chacun. Frites avec une sauce « cajun » pour Marie qui s’en trouve satisfaite, passées au four avec de la crème, du beurre et des lardons pour moi qui m’en régale, mais ces huîtres, comme les oursins au Chili, si elles ont de très belle taille, n’ont pas le parfum des petites de nos contrées. Les plats de crevettes et saumon, soi-disant en brochettes ou avec des pétoncles, sont fades, pas du tout cuisinés et je persiste à trouver ce saumon bien rouge tout à fait quelconque. Nous revenons nous garer devant le Visitor’s Center pour la nuit et terminons le repas avec un magnum au chocolat noir.

Dimanche 23 août : Nous découvrons au réveil que le parking sur lequel nous avons dormi (avec la recommandation de l’employée du Visitor’s Center) est interdit aux campeurs… Nous ne sommes pas pressés, le musée de la ville n’ouvre qu’à dix heures. En attendant, je profite du wifi pour répondre à quelques amis et envoyer une demande de renseignement à un storage de Las Vegas. Puis nous nous rendons au musée, sur une colline. Les premières salles consacrées aux Indiens de la région sont très bien mises en scène avec des masques en deux parties qui peuvent s’ouvrir pour montrer la transformation d’un animal mythique en un être humain. Une salle est consacrée à des masques récents mais plongés dans la pénombre et avec un conte récité en langue vernaculaire puis en anglais ce qui est à peu près le même pour nous… Quelques très beaux objets anciens en petit nombre, compensé par des œuvres récentes réalisées dans la tradition. Puis ce sont des salles classiquement dédiées à l’arrivée des européens et au développement économique avec reconstitution d’intérieurs variés des XIX° et XX° siècles. Nous repartons et roulons jusqu’à Little River pour y prendre le ferry et revenir sur le continent. Nous sommes très en avance et devons attendre l’arrivée de l’employée. Nous sommes les premiers dans notre file. Nous déjeunons dans le camion et attendons de monter à bord. Nous appareillons avec une demi-heure de retard, un passager ayant eu la mauvaise idée de faire un malaise, à peine arrivé à bord. Il aurait pu attendre un peu ou le faire plus tôt ! Traversée du détroit puis débarquement et sans traîner, nous parcourons les trente kilomètres qui nous amènent à un second ferry pour franchir un fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous sommes étonnés par les tarifs pratiqués mais nous découvrirons ensuite que le dernier bac est gratuit. Nouvelle traversée en remontant le fjord, contournant une île et nouveau débarquement. Une bonne partie des véhicules débarqués se rue sur la route vers le dernier ferry. La nuit tombe et nous ne verrons pas grand-chose de la baie que nous longeons. Nous arrivons à temps pour attraper ce bateau mais avant d’embarquer, pour respecter les injonctions de Laurence et parce que c’est dimanche, nous prenons l’apéritif tout en restant sur nos sièges dans le camion ! Rapide traversée sans rien voir à l’extérieur et débarquement rapide. Nous filons vers Vancouver, nous connaissons le chemin. Mais la montée sur le pont Lions Gate est encore plus difficile que la semaine dernière. A cause de travaux, la circulation est ralentie et même arrêtée. Nous nous garons sur un parking pour dîner en espérant que cela roulera mieux ensuite mais il n’en est rien. Nous roulons au pas ou nous sommes à l’arrêt jusqu’à ce que nous passions ce pont. Ensuite nous traversons le centre-ville très rapidement et nous retrouvons une place dans la rue devant le garage Land Rover, à presque une heure du matin.

Lundi 24 août : Nous peinons à émerger à six heures après cette trop courte nuit. Les bruits de la rue nous sont vite insupportables. A huit heures et demie pile, nous sommes dans le bureau de notre responsable qui nous annonce ne pas avoir reçu les pièces et avoir essayé de les commander, sans réponse à ce jour. Il relance la recherche et finit par nous annoncer qu’il devrait avoir les joints, pas les plaquettes de frein, mardi et qu’il a besoin de toute la journée de mercredi pour les changer. Nous allons donc devoir passer encore deux et même trois jours dans Vancouver ce qui ne me réjouit pas du tout. Marie a tenu à relire la semaine écoulée de mon texte, nous en terminons et repartons. Je ne sais où me garer dans le centre. Nous nous rendons sur les quais, au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur les possibilités de stationnement. Le préposé nous parle d’un RV Park, nous lui répondons Walmart… Nous décidons de nous rendre à ce Walmart, d’y laisser le camion et de revenir en ville en bus. Nous trouvons ce centre commercial de l’autre côté du Burrard Inlet donc nous devons repasser le pont, plus rapidement cette fois… Le parking est tout petit, pas autorisé plus de trois heures. Les quelques camping-cars présents stationnent dans la rue. Nous en faisons autant mais le bruit incessant des véhicules qui nous frôlent nous fait revenir et chercher ce RV Park, situé, lui, sous le pont ! Le tarif, 47 $ + taxes, pour juste le droit d’occuper un emplacement, nous fait retourner dans la rue le long du centre commercial. Nous déjeunons dans le camion et allons prendre le bus, tarif senior ! Malgré les arrêts, il roule plus vite que les voitures et nous sommes rapidement dans le centre. Nous commençons par la visite de l’Art Gallery, le musée de Vancouver, dans un bâtiment fin XIX° siècle qui paraît perdu dans cet environnement de gratte-ciel modernes. Nous achetons des billets et cherchons la collection permanente. Pas de collection permanente ! Uniquement des expositions, surtout des « installations » qui, à une exception près, une foule de personnages étranges, déconstruits, reconstruits, en papiers, carton et autres matériaux, ne nous intéressent pas le moins du monde. Au dernier étage, une salle présente, dans le cadre d’une confrontation avec un vidéaste, quelques œuvres d’Emily Carr qui ne me plaît toujours pas avec ses grands coups de brosse rageurs. Au rez-de-chaussée, les collections de peinture italienne du musée de Glasgow sont exposées, peu de tableaux de premier choix. Nous ressortons vite, au grand étonnement de la femme au contrôle des billets. Nous nous promenons dans ce centre très animé, en passant entre ces gratte-ciel de verre et de béton qui se reflètent les uns dans les autres, nous découvrons la bibliothèque municipale, un vrai décor à la De Chirico, un bâtiment copié sur le Colisée de Rome et un second, qui l’enveloppe en partie. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les fast-food se suivent et proposent toutes les cuisines orientales et asiatiques pour une clientèle aux mêmes origines. La population chinoise est très nombreuse et au moins les jeunes filles correspondent à nos critères de beauté. Des familles indiennes, souvent des Sikhs, turbans et moustaches de compétition, déambulent dans les rues. Les Noirs sont beaucoup plus rares. Nous parvenons à la tour du Harbour Center. Un bâtiment cubique, laid, surmonté d’une tour panoramique. D’en haut, nous avons une vue sur tout Vancouver et sa lointaine banlieue, le port, le parc Stanley, tache de verdure à la limite du centre-ville et les montagnes en arrière-plan. Malheureusement nous ne pouvons voir et photographier qu’à travers des vitres fumées ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous rendons ensuite sur le quai où avaient été construits des pavillons pour l’Exposition Universelle de 1986. Nous longeons, sur une promenade, les voiles de fibres de verre qui rappellent le passé maritime de la ville. Nous revenons, toujours le nez en l’air pour ne pas rater la vision des reflets des anciens immeubles, de style art déco, dans les parois de verre planes ou, plus rarement, courbes, des gratte-ciel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous attrapons un bus et retrouvons notre camion. Nous changeons de place à la recherche de la portion de rue la moins passante…

Mardi 25 août : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint, nous avons bien dormi et nous nous réveillons tard. Nous faisons des courses au Walmart puisque nous sommes garés devant, bien que le choix et la qualité des produits soient très limités. Il est plus de midi quand nous nous décidons à nous rendre du côté de Chinatown, avec le camion. Nous trouvons un parking en plein air, donc sans problème de hauteur, pas trop loin de ce quartier. Nous devons marcher plus que nous ne le pensions pour atteindre la rue Keefer où nous avons une adresse de restaurant. Contrairement à d’autres quartiers chinois à Paris, à Montréal ou ailleurs, le Chinatown ne se réduit pas à quelques rues où les restaurants sont regroupés les uns à côté des autres. Ici, ils sont même plutôt rares, ce sont les épiceries, drogueries, ouvertes sur la rue, qui l’emportent. Sacs d’ingrédients inconnus et étranges, poissons séchés odorants, racines desséchées, tiroirs et pots aux contenus mystérieux. Nous déjeunons chez Hon. Salle quelconque, aucun effort de décoration, carte longue comme le « 1000 é 3 » de Don Giovanni. Nous commandons ha kao, siu mai, une soupe avec des raviolis de crevettes et de bœuf et des rôtisseries. Tout est honnête mais ne vaut pas notre « Impérial Choisy » ! Nous visitons ensuite les jardins dédiés à Sun Yat Sen, copiés sur ceux de Suzhou. Nous retrouvons l’ambiance sereine, reposante de ces arbres, pins, pruniers et bambous, amoureusement taillés et disposés parmi de beaux rochers toujours chargés de signification sous l’influence du taoïsme.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les pavillons, au-dessus d’une mare couverte de nénuphars et où paressent des carpes de concours agricole, sont des bijoux délicats de panneaux de bois ajourés. Nous passons sous la porte d’entrée de Chinatown puis nous nous rendons à Gastown, ancien quartier de Vancouver du siècle passé aux immeubles de brique. C’est devenu un lieu « branché » avec restaurants, galeries, bars en terrasse, boutiques de luxe. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir jeté un œil à l’horloge à vapeur, nous revenons au camion et retournons au garage. Nous avons confirmation de l’arrivée des pièces. Ouf ! Nous nous rendons dans une laverie puis revenons nous garer sur le parking de Land Rover. Ayant eu la bonne idée d’acheter pour nous désaltérer une bouteille de Tonic, Marie propose de l’achever avec de la vodka… 

Partager cet article

Repost 0

commentaires