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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 18:34
TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mercredi 26 août : Nous sommes prêts à huit et demie et donnons les clés à notre responsable, puis patientons dans le salon. Je mets le blog à jour et envoie des messages pour trouver un parking longue durée à Las Vegas. Le mécanicien québécois me montre l’origine de la fuite d’huile : encore un joint qui a été changé avant le départ sur l’arbre de roue… Nous allons déjeuner dans un petit restaurant japonais proche, pas trop cher et très correct, puis nous revenons continuer de patienter en regardant TV5… Les heures passent, le camion est toujours sur le pont et le mécanicien s’active. Ce n’est que peu avant six heures que nous le récupérons. La facture a été réduite au minimum, les pièces et la main d’œuvre concernant la fuite sont prises en charge par la garantie de la réparation à Québec ! Un nouveau voyage commence. Après 20000 kilomètres  de route, nous en avons cette fois bien fini avec l’Alaska et la Côte Nord-Ouest du Canada, nous entamons la traversée du nord au sud du continent, objectif Montevideo et dans un premier temps Las Vegas. Nous traversons tout Vancouver et prenons l’autoroute qui nous fait sortir en une heure du Grand Vancouver. Nous roulons jusqu’à Abbotsford. Le Walmart n’ayant pas de parking extérieur, nous allons nous garer devant le centre de réparation Grampa’s chez qui je compte demander demain de m’installer une bouteille de gaz américaine.

Jeudi 27 août : Nous aurions bien dormi encore mais le magasin ouvre à huit heures ! Je m’adresse à la personne à l’accueil, peu aimable, il n’a pas les pièces et je devrais prendre un rendez-vous, mais il faut attendre le patron. Celui-ci, plus commerçant, assure que la pose d’une bouteille américaine en remplacement de notre Camping Gaz, ne pose pas de problème et il envoie en chercher une. Pendant ce temps je démonte la nôtre, fait du rangement pour pouvoir caser la nouvelle et attends… Retour de l’employée avec deux bouteilles qui manifestement ne peuvent pas rentrer dans le logement prévu pour ! L’employé avait bien pris les mesures en hauteur mais pas en largeur… Et il n’y en a pas de plus petite en ce moment ! Nous repartons avec une heure de perdue. Nous continuons sur l’autoroute dans un paysage très quelconque, cultures, fermes, une végétation confuse d’essences variées. A Hope, je refais un plein de gasoil et trouve une bouteille de propane qui rentre parfaitement à la place prévue. Je l’achète mais nous n’avons ni détendeur ni tuyau. Ce sera pour plus tard… Nous continuons sur une route toujours deux fois deux voies mais nettement moins chargée en circulation. Nous passons à proximité d’un spectaculaire glissement de terrain, une montagne qui s’est brutalement disloquée et dont les roches forment un amoncellement gigantesque.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous nous rapprochons de montagnes à peine discernables dans la brume. La route s’engage dans des gorges boisées, les résineux dominent alors. Au débouché des gorges, les collines et les basses montagnes sont de plus en plus dénudées. L’exploitation forestière continue à en croire les grumiers que nous rencontrons et les exploitations où des milliers de troncs attendent d’être débités. Des ranchs avec peu de bestiaux, surtout des moutons, occupent la vallée alors que les sommets deviennent carrément arides. Curieusement, à Keremeos, nous traversons des vergers et des vignobles. La route continue de monter, descendre sur des pentes souvent rudes, elle n’est plus qu’à une seule voie, dans chaque sens quand même… Osoyoos est une petite ville aux allures de station balnéaire au bord d’un lac. Il fait une chaleur étouffante qui justifie les baignades. L’air est de plus en plus opaque, la visibilité réduite, ce sont les fumées des incendies dans l’Etat de Washington que nous longeons, qui sont responsables de cet obscurcissement. Etrange sensation d’entrer dans un autre monde où toutes les perceptions sont atténuées. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous continuons d’avancer, je commence à fatiguer et nous cherchons un camping, de préférence dans un Parc Provincial, assurance de ne pas être entassés les uns à côté des autres, mais je voudrais bien aussi avoir une douche chaude. Cette rareté existe, nous la trouvons à proximité de Fruitvale. Nous nous arrêtons à presque sept heures du soir avec le sentiment du devoir accompli…

Vendredi 28 août : Nous quittons presque à regret ce camping qui à notre hit-parade des campings du Canada l’emporterait haut la main vu le rapport qualité-prix ! 15 $ pour un emplacement au calme, isolé, dans les arbres et une douche chaude de durée illimitée, nous sommes preneurs à toutes les étapes. La brume ne s’est pas dissipée et nous ne pouvons guère apprécier le paysage bien « canadien », montagnes, forêts, lacs et torrents. Nous grimpons un col au milieu d’une forêt de sapins extrêmement dense, les branches de l’un s’enfoncent entre celles du voisin et j’imagine facilement que, si l’on parvenait à s’y frayer un chemin, on serait perdu au bout de quelques mètres. Au sortir du col nous sommes au milieu des ranchs, toujours aussi peu de bétail, mais les chevaux dont des poneys pie sont nombreux. Nous nous arrêtons pour une dernière visite aux supermarchés canadiens, ravitaillement pour deux jours, bières pour six et une bouteille de ce vin blanc, Two Ocean, que nous avions apprécié en Afrique du Sud. L’après-midi se passe à avaler des kilomètres et surveiller l’épaisseur de la couche de brume qui semble diminuer vers l’est. Nous quittons la Colombie Britannique pour l’Alberta. Dès que nous sommes en Alberta, le paysage change radicalement : plus de forêt, peu de ranchs mais avec beaucoup de bétail et surtout des plaines à blé à perte de vue. Et un vent particulièrement fort. Maintenant nous piquons au sud et parvenons à la limite du Parc National de Waterton Lakes. Nous trouvons un camping où notre camion nous vaut un rabais !

Samedi 29 août : Dans la nuit, un oiseau est venu pleurer autour du camion et même se poser dessus ! Le soleil semble vouloir percer et des portions de ciel d’un bleu encore pâle apparaissent, le vent s’est calmé. Nous repartons et entrons dans le Parc National de Waterton Lakes, contigu à celui de Glacier National Park aux USA. Nous commençons par suivre une mauvaise route dans un enclos où un petit troupeau de bisons joue à cache-cache avec les touristes. Nous ne les apercevons que de loin et aux jumelles. Nous suivons ensuite une route en scrutant les pentes des montagnes, en surveillant les fourrés, toujours en quête de wapitis, loups etc… Mais seuls de charmants écureuils à la queue annelée viennent nous voir. Nous nous approchons des montagnes, nous avons retrouvé les Rocheuses, suivons un torrent, et la route se termine sur un parking. De là, un sentier pas bien long suit un cañon peu profond où un maigre ruisseau coule sur des roches rouges veinées de blanc.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le soleil qui avait brièvement éclairé les falaises des montagnes se recache derrière les fumées des incendies qui ne se décident pas à s’éteindre et le vent revient. Nous replongeons dans la brume ! Nous revenons sur nos pas, passons au Visitor’s Center qui ne nous laisse guère d’espoir d’une amélioration de la visibilité. Nous traversons la petite station touristique encore très active, trop à notre goût, en cette fin de saison. Nous repartons sur une autre route en forêt qui nous amène à un lac dont on ne peut que deviner la rive opposée, aux USA. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Retour à Waterton, nous passons à l’hôtel d’où nous devrions avoir une belle vue sur le lac et les montagnes mais nous n’observons qu’un éblouissant contre-jour cotonneux. L’hôtel a conservé les traditions d’un temps peut-être pas tout à fait révolu : les serveurs portent le kilt, une harpiste joue de son instrument pour délasser les hôtes avachis dans de profonds fauteuils sous les boiseries séculaires. Nous reprenons la route, sortons du parc et filons en direction de la frontière, vite arrivée. Pas de contrôle à la sortie du Canada, les Américains sont plus tatillons, surtout avec leurs propres ressortissants. Faute de déclarer des armes, de la drogue, des alcools (?), des pamplemousses et autres agrumes, nous ne traînons pas. La route est étroite et curieusement, dans ce pays policé, des bovins ont adopté le goudron pour se promener. Nous parvenons à l’entrée du Glacier National Parc et décidons d’arrêter au camping à l’entrée, dans l’espoir d’avoir un meilleur temps demain. Le vent continue de souffler avec une violence dont nous ne savons si nous devons nous en réjouir ou nous en inquiéter. Nous passons la soirée à regarder un autre Truffaut : « Vivement Dimanche », régal de film noir avec une éblouissante Fanny Ardent (et ses jambes !) à damner un séminariste !

Dimanche 30 août : Le vent a soufflé toute la nuit, avec des bourrasques à renverser un camping-car aurait-on cru ! Et au matin, grand ciel bleu et air pur, dégagé des fumées. Nous partons tardivement et reprenons la route d’arrivée pour entrer de nouveau dans le parc en direction de Many Glacier. La route s’infiltre entre les versants de montagnes séparées par une étroite vallée. Au-dessus des flancs boisés, ce sont d’abruptes falaises, de vrais murs, qui dominent. Le ciel est bleu mais les nuages s’accumulent sur les sommets et si le versant que nous suivons est ensoleillé, de l’autre côté, l’ombre l’emporte. La route se termine sur un vaste parking pour tous les amateurs de randonnées, nous n’y avons presqu’aucune vue sur les montagnes et surtout pas sur les glaciers supposés être le clou de ce parc. Nous revenons de quelques centaines de mètres sur nos pas et allons au grand hôtel, bien situé au bord du lac entouré de montagnes impressionnantes. Pour ce qui est des glaciers, heureusement que nous en avons vu d’autres ! Il ne reste que quelques taches grisâtres, tombées du pinceau céleste mal rincé. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Rien de remarquable, rien que nous aurions pris la peine de regarder en Alaska ou au Canada. Heureusement que le cadre de montagnes est majestueux. Le vent est si violent que nous ne pouvons guère sortir en plein air, ce à quoi l’hôtel, avec sa haute cheminée centrale et ses baies vitrées, n’incite guère. Nous revenons à notre point de départ et entamons la route appelée Going-to-the-Sun Road, une scenic road qualifiée, l’une des plus remarquables des Etats-Unis. Les Américains ne sont généralement pas avares de superlatifs et s’il s’agit en effet d’une très belle route de montagne, elle n’est pas exceptionnelle et nous en avons parcouru beaucoup d’autres tout aussi spectaculaires. Très récemment un incendie a ravagé les bords de la route et les troncs noircis des arbres encore debout forment un décor macabre. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le manque de soleil, l’accumulation de nuages qui assombrissent le ciel, y sont pour beaucoup mais nous ne sommes pas fortement impressionnés. Là aussi les glaciers promis sont ridicules, quelques plaques de neige s’essaient à jouer dans la cour des grands. Nous passons un col, commence une longue descente en contrebas de falaises. La route est très étroite et manifestement, les conducteurs locaux n’aiment pas et roulent très précautionneusement. Un orage nous attend quand nous roulons dans la vallée, il ne suffit pas à laver le camion. Nous passons au Visitor’s Center d’Apgar où nous avons le wifi, pas de nouvelles… Marie a envie de tenter une dernière fois de voir des ours sur une route qui continue dans le parc. Quelques kilomètres inutiles dans une forêt en cours de régénération après un incendie douze ans plus tôt. Nous revenons par une piste plus intéressante le long d’un torrent mais sans y trouver la moindre faune. Nous roulons sur des routes plus larges en nous dirigeant sur Missoula, abandonnant les montagnes désormais perdues dans de gros nuages bien noirs. Nous longeons les berges du lac Flat Head et commençons la recherche d’un emplacement pour la nuit. Les bivouacs semblent difficiles, les maisons occupent non seulement toutes les rives mais aussi les collines autour. Un Parc Provincial aurait pu convenir mais nous le jugeons trop cher. Nous reviendrons sur notre appréciation quand nous apprennons qu’un RV Park demande plus de 50 $ ! Le prochain State Park, pour 28 $ sera notre lieu de repos pour la nuit. Nous découvrirons plus tard que les douches sont en sus, 3 $ ! Marie réclame sa vodka-orange, j’achève la bouteille de pastis, qui aura tenu presque trois mois. Exceptionnel ! A la santé d’Agnès pour qu’il n’y ait pas de jaloux…

Lundi 31 août : Nous continuons notre route, passons à Polson, dans la réserve indienne des Flatheads que rien ne distingue du reste puis entre des ranchs de taille moyenne, sur des terres encore boisées. Nous roulons sur une autoroute rapide. Nous sommes bien au pays des « plus ». Les camions sont les plus puissants, tirent des remorques plus longues que partout ailleurs, les convois ferroviaires que nous croisons sont les plus longs, formés de dizaines de wagons de minerai, les pick-up qui nous dépassent ont des moteurs V8 qui ronflent comme des Boeing au décolage. Nous parvenons en fin de matinée à Missoula. Petite ville calme aux larges artères peu encombrées où nous finissons par trouver le Visitor’s Center. Je me renseigne : pas de Bank of America, la banque partenaire de la BNP, au Montana ! C’est ensuite à moi de téléphoner à Las Vegas pour réserver un emplacement dans un storage de la ville. Encore un échange verbal ardu mais je réussis tout de même à me faire comprendre et à obtenir un numéro de réservation que je dois confirmer par un second coup de téléphone plus pénible. Je dois rappeler dans une semaine… Je vais tirer des dollars à un distributeur en me demandant combien cette banque inconnue va me faire payer cette transaction. Pour changer les 100 $ canadiens qui nous restent je dois aller dans une autre banque qui me prendrait 50 $ US pour le faire ! Je leur dis que ce n’est pas sérieux et garde mes billets ! Nous allons ensuite refaire un plein de provisions et déjeuner tardivement sur le parking du supermarché. Nous repartons sur une route plus classique, au milieu de collines de plus en plus déboisées. Des troupeaux de vaches paissent dans les prés une herbe jaunie mais les cow-boys sont absents. A  Helena, minuscule capitale de l’Etat, nous circulons en voiture pour trouver les quelques monuments remarquables d’après les guides touristiques : la cathédrale, néo-gothique, facilement oubliable mais bien située sur une colline occupée par de jolies maisons surannées et fièrement entretenues, le Capitole, semblable à ses cousins dans les autres états (quel manque d’imagination chez les architectes du XIX° siècle !). Nous poursuivons notre route en traversant des espaces immenses, des ranchs sans bétail à l’horizon ou rarement. Des terres sont irriguées, ce sont les seuls espaces verts du paysage. Tout est clôturé, pas question de bivouaquer, nous roulons jusqu’à Bozeman où nous allons nous garer sur le parking du Walmart, en compagnie d’autres camping-cars.

Mardi 1er septembre : Ciel pur et calme sur le parking. Nous passons par Main Street, à la demande de Marie, pour y voir les maisons de briques rouges de la fin du XIX° siècle, comme on en trouve dans toutes les petites villes des Etats-Unis. Nous reprenons brièvement l’autoroute que nous quittons à Livingston pour prendre la route du Parc de Yellowstone. Nous suivons le cours de la jolie rivière éponyme qui traverse des ranchs dont la taille varie en fonction de la largeur de la vallée. Dès que nous sommes dans le parc, nous filons au premier camping, ne jetant rapidement qu’un œil distrait aux concrétions de Mammoth Hot Spring. Nous sommes pressés car bien que le flot des vacanciers ait diminué avec la rentrée scolaire, nous ne sommes pas les seuls à visiter Yellowstone. Nous choisissons un emplacement à Indian Creek et revenons sur nos pas plus calmement. Premier détour pour aller voir des orgues basaltiques au bord d’une rivière, bien régulièrement dressées et formant une falaise à la régularité géométrique. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Puis nous entamons une boucle qui circule au milieu des arbres et des concrétions blanchâtres, parfois couvertes d’une couche de couleur rouille. D’un parking, nous partons nous promener sur des trottoirs de bois au-dessus des bassins d’un blanc éblouissant, couverts d’une eau qui ruisselle de l’un à l’autre, certains sont colorés en rouille en nappes aux plissures pétrifiées. Du plus haut des bassins, l’eau s’écoule en petites cascades étagées. Chargées de calcaire, elles forment des stalactites à chaque étage. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous repassons au Visitor’s Center pour le wifi mais pas de nouvelles de Julie dont c’était le premier jour de la Rentrée ! Nous partons pour une boucle dans ce magnifique parc, traversant des collines verdoyantes et partiellement boisées. Nous sommes à la recherche des troupeaux de bisons et de wapitis mais ils se font désirer. Nous nous arrêtons pour voir des cascades, toujours aussi spectaculaires, dans des gorges boisées mais ce ne sont que des cascades… Plus loin, des points de vue plongent dans une gorge dont un des versants est formé par une longue falaise d’orgues basaltiques alignées sur plus d’un kilomètre. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Une section est même à deux niveaux, deux buffets ! Dans le fond coule un torrent aux fraîches eaux bleues écumantes. Nous suivons une piste parallèle à la route goudronnée mais passant plus haut dans les collines. Nous espérions y avoir plus de chance avec la faune mais il n’en est rien. Nous devons rouler au pas derrière des conducteurs plus timorés sur les pistes, malgré leurs gros 4x4, que sur le goudron. Détour pour aller voir un tronc d’arbre fossilisé enfermé derrière des grilles ! Nous apercevons un troupeau de bisons, trop éloigné. Nous verrons plusieurs solitaires sur le bord de la route, grosses masses stupides et peu sympathiques. Nous traversons ensuite une zone qui a dû souffrir de tempêtes exceptionnelles à en croire le nombre de troncs dénudés ou tombés à terre. Et puis c’est un des autres clous de ce parc, le cañon de la rivière Yellowstone. Nous en suivons le rebord nord en faisant de fréquentes haltes à des points de vue, tous plus époustouflants les uns que les autres. Les flancs de la gorge forment un V dont les pentes sont des coulées colorées, jaunes, ocre, rouges, grises suivant les roches, de géantes cheminées des fées sont en formation, quelques arbres s’y accrochent. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le torrent franchit une belle cascade au débit encore impressionnant et continue en bouillonnant. Le soleil décline, nous devons encore revenir au camping. Nous prenons le chemin du retour. Dernier détour pour une cascade qui s’écoule sur des plans inclinés dans la forêt. Nous ne résistons pas à l’envie d’aller rapidement contempler les fumerolles et les geysers de Norris Basin. Nous retrouvons là des souvenirs de notre premier passage, ces passerelles de bois jetées au-dessus des eaux claires mais dangereuses, acides ou brûlantes, qui sourdent dans des bassins. Des fumées s’élèvent de-ci, de-là, tourbillonnantes au gré du vent, échappées des profondeurs insondables de ce sol volcanique, dantesque. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Marie se réserve le circuit pour demain, je le fais rapidement, pressé d’être de retour au camping. Nous prenons deux autostoppeurs en charge jusqu’au camping où nous ne parvenons qu’à neuf heures du soir. Nous finissons la bouteille de vin blanc en guise d’apéritif puis dînons.

Mercredi 2 septembre : Le réveil est frais, il est vrai que nous sommes à 2000 mètres d’altitude. Il y avait longtemps que nous n’avions pas mis le chauffage le matin. Le soleil arrive vite et réchauffe l’atmosphère. A la sortie du camping, un bison solitaire, sur le bas-côté, nous souhaite une bonne journée. Plus loin, c’est un coyote qui, dans les herbes roussies, cherche une proie. Nous allons réserver un emplacement au camping de Norris puis nous retournons au bassin des sources et geysers où nous étions déjà hier soir. Nous partons pour une longue promenade, la plupart du temps sur des trottoirs de bois, entre les bassins où des eaux étranges laissent échapper des nuages de vapeur qu’un vent fort disperse. Les friselis à leur surface ne permettent pas de deviner les profondeurs abyssales d’où proviennent gaz et minéraux qui donnent à ces piscines des colorations parfois inattendues. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

De quelques bouches humides, boueuses, surgissent des flots de vapeurs et parfois des jets d’eau  à des intervalles irréguliers. Mais nous sommes tout de même légèrement déçus par le manque de vivacité des couleurs, le bleu pâle et le gris dominent, parfois des coulées ferrugineuses apportent une touche différente. De retour au point de départ, nous enchaînons avec une autre promenade, bien plus courte mais nettement plus intéressante. Des bassins verts ou bleus, des geysers qui crachent hargneusement, en permanence, de larges coulures ocre, perçues depuis le sentier qui les domine nous font presque regretter d’avoir passé tant de temps au précédent ensemble.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous repartons et déjeunons sur le bord de la route. Nous décidons de nous rendre directement au point le plus éloigné de notre parcours prévu pour la journée puis de remonter lentement vers le camping. Nous suivons le cours de la rivière Gibbon dans une jolie vallée que colorent des herbes rousses et des fleurs jaunes. Après le carrefour de Madison, nous prenons une route secondaire, interdite aux camping-cars. Nous suivons alors le cours de la Firehole coupé par une belle cascade, avant de passer dans un cañon. Nous revenons sur la route principale. Un grand troupeau de bisons provoque un encombrement, tous les touristes voulant les prendre en photos depuis la route. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous laissons des points de vue sur d’autres bassins de sources et de geysers que nous réservons pour le retour et nous nous rendons directement au site de Old Faithful, le plus fameux geyser de Yellowstone. La concentration de touristes atteint ici son maximum. Tous les services sont disponibles, hébergements, ravitaillement, etc… Nous cherchons où se trouve le phénomène, le déterminons par la concentration de visiteurs. Je dépose Marie à proximité puis cherche à me garer. Je l’aperçois alors en pleine éruption, crachant son jet d’eau et de vapeur au-dessus des badauds. Le temps que je trouve une place et rejoigne Marie, c’est terminé. Elle n’a rien vu ! Nous sommes dans les premiers à aller nous asseoir sur les bancs disposés en cercle autour de l’éminence où trône l’orifice du geyser, disposés à bonne distance pour ne pas risquer d’être touchés par des gouttes… Je vais me renseigner. Pas de wifi au Visitor’s Center, la prochaine manifestation de Old Faithful est dans plus d’une heure ! Une visite à Yellowstone ne pouvant se concevoir sans avoir assisté à cette éruption, nous prenons notre mal en patience et attendons… Enfin, passé quatre heures, après quelques crachotis annonciateurs, une colonne de plusieurs dizaines de mètres s’élève et se disperse dans le vent.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le phénomène dure quelques minutes puis il se calme et tout le monde s’en va. J’imagine très bien Dali, pas rancunier, le nommer le « Sublime Ejaculateur »… Nous allons reprendre du gasoil et apercevoir au passage le cône imposant d’un autre geyser, le Castle. Nous prenons la route du retour. Nous arrêtons au site de Black Sand, où nous retrouvons des bassins colorés, plus variés que ceux de ce matin. Plus loin, c’est le site de Midway où nous allons nous promener sur un trottoir de planches qui passe le long d’un ruisseau étroit mais vif dont les bords sont colorés en rouille et en jaune. Une piscine d’un bleu céleste est le berceau de vapeurs qui, au gré des rafales de vent, la dévoilent ou la cachent. Marie fatiguée ne va pas plus loin, je continue et traverse une zone où de grandes coulées d’un rouge vif semblent surgir d’un autre bassin bleuté. 

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Nous continuons ensuite de rouler et faisons encore un petit détour qui nous amène à un geyser, Great Fontain, semblable à celui de Castle et qui nous fait la grâce d’entrer en activité au moment où nous le contemplons. Peu après, au Lower Geyser Basin, nous faisons une dernière promenade pour un ensemble de geysers plus ou moins actifs. L’un d’eux est un véritable paysage lunaire avec des bulles qui viennent crever à la surface d’un bassin de boue, entouré de cratères minuscules. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous rencontrons un Français, très décontracté, pieds nus et dread locks, accompagné de sa jolie compagne australienne, qui se sont fait un joli magot au Canada en ramassant des morilles après les incendies de forêt. Nous leur faisons les yeux doux pour en obtenir de quoi faire une omelette… Nous roulons sans presque plus nous arrêter jusqu’au camping où nous parvenons ce soir encore à huit heures ! Dîner tardif après une bière désaltérante.

Jeudi 3 septembre : Le ciel est légèrement couvert et, toute la journée, les nuages vont passer, s’accumuler, se disperser au-dessus de nous. Nous reprenons la route du Cañon et commençons par nous rendre à un point de vue sur les chutes supérieures de la rivière Yellowstone. Nous surplombons la masse d’eau qui crache son écume avant de se précipiter quelques dizaines de mètres plus bas. Nous traversons la rivière sur un pont et nous nous rendons à un autre point de vue, cette fois sur les chutes inférieures, encore plus impressionnantes mais vues de plus loin et puis c’est, quelques kilomètres plus loin, le plus beau site du cañon, celui justement appelé Artist Point. D’un mirador, nous avons une vue sur toutes les gorges : d’un côté, tout au fond, les chutes, et de l’autre sur le cours apaisé au sortir du ravin.

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Les flancs en pente sont une véritable palette avec toutes les couleurs chaudes du jaune au violet en plaques qui dévalent du vert des forêts vers le bleu tacheté de blanc du torrent. Nous ne savons plus où regarder, nous nous extasions sur ces couleurs qui paraissent presque celles d’un décor trop chargé. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

En repartant, nous croisons les Français que nous avions rencontrés au Salmon Glacier qui nous expliquent ne pas avoir compris nos intentions le jour où nous les avions dépassés sur la route. Nous reprenons la route du sud et nous nous arrêtons pour deux vues sur des bassins où des eaux, sorties des enfers, fument, bouillonnent, dégagent des odeurs méphitiques, colorées en jaune, en bleu, plus souvent en gris. A Lake Village, nous nous rendons au Visitor’s Center pour s’enquérir d’un éventuel wifi. On nous rit presqu’au nez, le seul wifi possible est dans les hôtels, en payant, cher ! Nous longeons ensuite le très grand lac, à demi dans l’ombre, sans grand intérêt semble-t-il. Dernier arrêt pour le West Thumb Geyser Basin. Une grande boucle, la plupart du temps sur des trottoirs de planches, nous fait passer entre des bassins aux eaux transparentes qui laissent deviner des conduits souterrains angoissants. L’un d’eux, d’un beau bleu, est frangé d’ocre et de jaune. Le vent génère des friselis à la surface et chasse les vapeurs qui s’en échappent.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Plus loin, des geysers sur le bord ou dans le lac sont entourés d’eaux vertes et crachent leur rage par intermittence, deux d’entre eux semblent se relayer. Des panneaux préviennent du danger de wapitis dans cette zone. Ces wapitis doivent être si « pitis » que nous ne les voyons pas ! Nous roulons sans plus trouver trace de la faune. Nous nous arrêtons pour jeter un œil sur les gorges de la rivière Lewis, qui sont un exemple parfait des dégâts occasionnés par le formidable incendie de 1988 dont nous avons vu des traces dans tout le parc. Troncs d’arbres dénudés et encore debout, entourés d’une multitude d’autres, couchés.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Des jeunes pousses commencent à redonner un aspect boisé aux collines. Nous sortons du parc et cherchons un emplacement de bivouac dont nous avions relevé la position sur un blog. C’est devenu un camping très cher ! Nous continuons, entrons dans le parc de Grand Téton et trouvons aussitôt un camping encore bien cher pour ce qu’il offre mais on ne peut camper ailleurs. Il est encore tôt, ce qui fera une moyenne avec les jours précédents. Nous relisons mon texte puis étudions le programme de demain dans ce parc. Je m’aperçois que notre téléphone portable est connecté, j’envoie un message à Julie pour savoir comment s’est passé son retour au travail.

Vendredi 4 septembre : Il a tonné et plu dans la nuit mais le ciel est en partie bleu au matin. J’attendais une réponse de Julie mais je suppose qu’elle attend une heure décente pour nous. En nous rendant au Visitor’s Center de Colter Bay, nous longeons un lac au pied de la chaîne du Grand Téton, une succession de pics bien pointus dont j’avais gardé le souvenir, mais la neige n’est plus là, ou si peu ! 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Au Visitor’s Center, nous avons la chance d’avoir à faire avec une jeune Américaine qui parle un excellent français, sans accent. Elle nous indique où nous avons le plus de chance de voir ces maudits wapitis et accessoirement des orignals et des ours. Nous pouvons nous connecter au wifi du restaurant et lisons ainsi le dernier message de Julie. Nous décidons de rester dans le parc et nous nous rendons aussitôt au camping de Signal Mountain, retenir un emplacement. Ils ne sont pas nombreux et pour cause, nous avons appris que ce week-end est celui du Labour Day et les Américains vont profiter de ce dernier long week-end pour se promener. Nous repartons et empruntons une route qui grimpe dans la forêt au sommet d’une montagne d’où nous avons une vue très étendue sur le parc et ses environs, mais dans les prairies, pourtant dégagées, aucune présence animale… Nous continuons en faisant une boucle qui traverse les étendues dénudées, toujours avec vue sur la ligne des montagnes. Des ranchs occupent des terres en limite du parc et proposent des promenades à cheval, au pas, rien de bien excitant. Nous apercevons un troupeau de bisons, très éloigné, sur les terres de l’un de ces ranchs et, plus près, un pronghorn, une antilope qui s’obstine à ne nous montrer que ses fesses blanches. Nous arrêtons souvent à des points de vue qui donnent sur la Snake River, sur les herbes dont les couleurs annoncent l’automne, et sur les bosquets d’arbres disséminés. A l’un d’eux, une cabane en rondins, devenue site historique, comme tout ce qui a plus de cinquante ans dans ce pays, s’intègre fort bien dans le paysage, peut-être celle que nous avions vue lors de notre passage à la fin de l’hiver 1986… 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous sommes fatigués tous les deux et n’avons plus très envie de marcher pour aller découvrir ce que nous avons déjà vu un kilomètre auparavant. Je commence aussi à saturer des vues sur le Grand Téton et un témoin de mauvais fonctionnement du moteur qui s’allume me mettent de mauvaise humeur. Nous arrêtons à l’une des boutiques très pauvrement achalandées du parc pour acheter des œufs et des pommes, faute de mieux. Nous terminons la boucle en longeant de près les montagnes alors qu’un ciel menaçant les éclaire d’une lumière irréelle. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous revenons au camping et profitons des installations pour faire un lavage. Je trouve à la boutique toute proche des bouteilles de tonic qui vont un peu me consoler de cette journée. Une vodka-tonic précède donc le repas puis nous ressortons du camping pour une virée nocturne sur les routes dans l’espoir, encore une fois déçu, de rencontrer quelques spécimens de la faune locale. Il est sans doute encore trop tôt et les voitures sont trop nombreuses sur les routes.

Samedi 5 septembre : Il a beaucoup plu cette nuit et cela continue au matin. Nous nous sommes réveillés tard et nous quittons le camping à plus de dix heures. Les montagnes sont invisibles derrière le rideau de la pluie, de même que le Jenny Lake que nous avons tenté d’approcher par une route secondaire. Mais en avançant vers le sud les nuages disparaissent et nous retrouvons le soleil. Nous nous lançons sur une route étroite qui s’enfonce dans les contreforts des montagnes. Nous n’y sommes pas les seuls, des colonnes de voitures se croisent lentement. Des attroupements et des voitures arrêtées sur le bas-côté nous alertent. Une première fois, nous apercevons un ours qui grimpe très haut dans un arbre mais nous ne pouvons pas nous arrêter. Une seconde fois, près d’une aire de stationnement, un ours brun dévore à belles dents des baies qu’il va jusqu’à chercher dans les arbustes, en se dressant sur ses postérieures. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Tous les téléobjectifs sont de sortie ! Nous prenons ensuite une piste en cul-de-sac, crevée de trous inondés et qui serait sans aucun intérêt si elle ne nous avait permis d’apercevoir trois biches aux grandes oreilles, mule deer, vite effrayées et qui disparaissent dans les fourrés. Nous sortons du parc, ce sont alors de grands ranchs qui semblent vivre plus du tourisme que de l’élevage. Nous apercevons dans une prairie de nombreuses oies (?) que semblent intéresser deux coyotes tandis que trois cavaliers passent au pas…

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Nous arrêtons dans le lit de la Snake River pour déjeuner dans le camion puis nous parvenons à Jackson. La petite ville où j’avais acheté mes belles bottes est devenue une attraction touristique qui cultive le genre « western », du moins autour de sa place centrale. Les trottoirs sont en planches et toutes les boutiques proposent des articles pour se déguiser en authentique cowboy : bottes, ceinturons, chemises, chapeaux, vestes etc… D’ailleurs, je ne résiste pas au plaisir de m’offrir une chemise à carreaux que je découvrirai, plus tard, fabriquée en Chine… Ô Tempora, Ô mores… On peut faire le tour du centre dans une presqu’authentique diligence et les policiers sont à cheval, gros succès populaire… 

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Après un plein de gasoil (toujours aussi peu cher, de l’ordre de 0,65 euros le litre !) puis d’alcools (vins californiens, bière et gin) et de provisions, nous prenons la route de Salt Lake City. Nous avons découvert ce matin que le Labour Day est lundi, donc que les Américains ont un dernier week-end prolongé avant les premiers froids et qu’ils sont tous de sortie, notamment dans les parcs nationaux. Nous craignons de retrouver les foules à Arches et attendrons donc une meilleure époque pour nous y rendre. Nous traversons un Wyoming qui correspond à l’idée que j’en avais : des ranchs et dans des corrals des troupeaux de chevaux (qu’en font-ils ?). Nous passons brièvement dans l’Idaho où nous trouvons un camping presque gratuit (8 $) des National Forest mais sans aucune commodité.

Dimanche 6 septembre : J’ai eu froid cette nuit. Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Nous repartons en direction de Salt Lake City. Nous quittons l’Idaho pour l’Utah, le pays des Mormons. Le pays est accidenté dans cette région, les ranchs sont toujours nombreux mais aujourd’hui personne ne travaille, tout le monde est à l’église comme en témoignent tous les véhicules garés devant. Nous traversons le petit village de Montpelier, avec un seul L, quelques kilomètres plus loin, c’est Paris, 476 habitants, en pleine campagne ! Photos obligatoires, ce qui amuse quelques habitants.

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Nous rejoignons les plaines qui entourent le lac que nous entrapercevons. A Brigham, nous apercevons le premier des grands temples mormons, aux allures de mosquée indo-pakistanaise avec ses quatre tours aux sommets arrondis. Nous roulons vite sur une autoroute qui nous amène à la ville. Nous trouvons facilement le centre-ville et le carré des bâtiments religieux. Toutes les artères sont très larges, de plus elles sont désertes aujourd’hui. Avant d’y jeter un œil, nous nous rendons au Visitor’s Center nous ravitailler en documents. Le wifi ne fonctionne pas, nous ne pouvons utiliser l’ordinateur du centre que brièvement. Nous déjeunons dans le camion, garé dans la rue puis nous nous rendons à l’ensemble religieux. Nous évitons soigneusement le centre d’accueil, peu désireux de nous retrouver cornaqués par quelque francophone plein de bonne volonté et désarmant de gentillesse. Les constructions sont assez laides, sans âme, ce qui pour des bâtiments religieux est un comble ! Le Tabernacle est une vaste salle qui peut servir de concert ou de cérémonie.

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Mais le spectacle est chez les visiteurs : garçons bien proprets, pantalon informe, chemise blanche et cravate, les femmes ont jupe ou robe longue et sont toutes enceintes ! Les familles sont nombreuses et tout le monde est bien poli. Un Mourillon puissance dix ! Nous ne traînons pas et après être passés tirer des dollars avec ma carte de crédit dans le seul distributeur de la ville d’une banque partenaire de la BNP, qui n’avait pas de succursale ni au Montana ni au Wyoming, nous prenons l’autoroute pour sortir de l’agglomération. La circulation est très rapide, le réseau des autoroutes très dense, le vacarme assourdissant. Nous en sortons trop tôt pour continuer sur une route moins fréquentée mais qui traverse de nombreuses agglomérations qui se suivent sur des dizaines de kilomètres. Nous apprécions ensuite de rouler dans la campagne mais bientôt nous devons nous mettre en quête d’un camping pour refaire les pleins d’eau, avoir le wifi et prendre une vraie douche. L’heure avance, rien en vue. Nous trouvons un terrain près d’un grand temple sur une colline mais il nous paraît trop cher. Plus loin, le State Park est complet. Nous nous arrêtons sur le bas-côté d’une piste qui mène dans un cañon. Des buggies passent continuellement à quelques mètres de nous mais dès la nuit tombée, nous avons la paix. Le voyant, qui s’était allumé dans le parc du Grand Téton puis éteint, se rallume et je trouve que le moteur manque de reprise. Encore un problème mécanique ! Nous n’oublions pas cependant de prendre un gin-tonic !

Lundi 7 septembre : Nuit au calme et réveil sous le soleil. Nous n’avons pas eu froid cette nuit, nous devions être plus bas. Nous repartons sur la petite route. Le voyant ne se rallume pas. Sur une des rares aires de repos, je peux vidanger la « boîte à caca » et vider vessie et intestins, moment de bonheur ineffable… Le paysage commence à ressembler à celui que nous attendions de l’Utah avec des formations rocheuses étranges, des blocs comme surgis du sol, les strates des montagnes sont marquées et des falaises sont d’un rouge violent. Les flancs des montagnes sont arides, la végétation proche d’une garrigue avec des buissons et des arbustes capables de résister à des amplitudes thermiques importantes au cours de l’année. Dans la plaine, ce sont soit des ranchs avec des bovins mais aussi des moutons, sur les terres non cultivées, soit des cultures sur des terrains arrosés au moyen de lignées d’araignées d’irrigation. Nous continuons par une portion d’autoroute peu fréquentée donc pas désagréable et qui nous fait avancer. Puis nous retrouvons une route étroite en suivant un cañon peu profond et trop étroit pour qu’il y ait les moindres cultures. Nous continuons sur un plateau où nous retrouvons des terres bien vertes. Nous parvenons à l’entrée du Parc National de Bryce Canyon. Des entreprises touristiques se sont installées juste avant l’entrée dans le parc, elles n’existaient pas dans mon souvenir ou n’étaient pas en activité. Nous pensions que le gros des vacanciers était sur le chemin du retour mais ils sont encore nombreux en promenade. Nous décidons aussitôt de réserver un emplacement de camping mais les prix pour un Parc National sont bien élevés : 30 $ sans commodités. Nous nous rendons ensuite au Visitor’s Center dont le personnel semble débordé par l’afflux de touristes. Nous vérifions que leur wifi ne fonctionne pas et sur leur conseil nous nous rendons au lodge où nous pouvons nous connecter. Nous en profitons pour appeler Julie sur Skype. Elle nous raconte ses espérances de mutation dans le sud et son retour au travail. Nous déjeunons dans le camion alors qu’une averse rafraîchit l’air et nos espoirs de voir le cañon sous le soleil. Nous nous rendons enfin au premier point de vue appelé Inspiration Point. Là, bien que l’effet de surprise ne joue plus, nous sommes tout de même suffoqués par la beauté du site, malgré le peu de soleil. 

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Devant et en-dessous de nous, s’étalent des multitudes de cheminées des fées, de pointes granuleuses, de pinacles gothiques, tous dans des strates d’un rouge vif, ocre ou blanches, alignés pour former des rues, des avenues. Nous patientons sous les nuages, attendons qu’ils aillent manifester leur mauvaise humeur plus loin, et bientôt, sous le soleil, les couleurs éclatent, Bryce Canyon est égal à notre souvenir ! 

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Nous changeons de point de vue mais c’est toujours un enchantement dans cette zone. Nous décidons de nous rendre à l’extrémité de la route qui longe la falaise dans laquelle ces étranges curiosités géologiques ont été taillées par la glace et le vent. Les autres points de vue sont moins intéressants, l’accumulation de pointes rocheuses moindre et les pins plus envahissants. Il faut à chaque fois faire quelques mètres ou centaines de mètres et Marie commence à fatiguer. Nous revenons en nous arrêtant à d’autres miradors. Certains ménagent des surprises, des falaises multicolores, un pont naturel, des doigts dressés, surmontés de roches d’une autre couleur, des perspectives nouvelles.

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Mais c’est encore près des premiers emplacements que nous sommes le plus enthousiastes. Le soleil baisse, une plus chaude lumière ravive les couleurs, fait briller les sommets des cheminées des fées. A Sunset Point, nous sommes presque dans le dédale des roches, un sentier y descend et circule entre les pitons. 

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J’ai bien envie de le prendre, de m’immerger dans ce labyrinthe. Il est trop tard et Marie a peur de s’engager sur un chemin trop difficile. Nous aviserons demain. Le voyant s’est rallumé ! Nous revenons nous renseigner sur les horaires et les tarifs des douches puis nous nous installons sur un terrain trop en pente à mon goût.

Mardi 8 septembre : Après une bonne douche prise au general store, seul endroit où ce type de service, normalement disponible dans tout camping digne de ce nom, est fourni contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous nous rendons au site proche de Sunrise Point. Le soleil bien en face nous interdit d’apprécier pleinement le paysage. En nous déplaçant notre vision s’améliore. Nous partons sur un sentier caillouteux, tout en descentes raides, avec des virages serrés mais aussi des vues sur les cheminées, les pitons de toutes les couleurs que nous approchons, contournons et bientôt contemplons en levant les yeux et non plus du haut de la falaise. 

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Au bout d’une heure, après avoir franchi des « portes » taillées dans les minces falaises, nous atteignons le lieu dit Queens Garden, un ensemble de pics multicolores. L’un a tout à fait le profil de la reine Victoria avec couronne et manteau d’apparat. 

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Nous entamons la remontée, en renonçant au grand tour qui nous aurait ramené à Sunset Point. Nous transpirons encore et n’avançons pas vite mais nous retrouvons le point de départ, en moins d’une heure. Retrouver le camion, des boissons fraîches et ôter les vestes inutiles est d’un grand plaisir. Nous retournons jeter un œil à Sunset Point qui ne nous fait plus le même effet que la veille, la lumière a changé, l’éclairage différent, trop cru à cette heure. Après être passés au lodge constater que nous n’avions pas de messages, puis essayer d’entrer en contact avec le storage de Las Vegas, sans rien comprendre aux messages enregistrés, nous quittons Bryce Canyon. La route offre encore quelques vues sur des montagnes rouges, striées sur des prairies bien vertes, elles. Deux heures plus tard nous atteignons l’entrée du Zion National Park. La route devient très étroite et circule entre des buttes tronconiques marquées de rayures horizontales ou verticales, elles semblent revêtues d’une peau d’éléphant tant pour la couleur que pour l’aspect.

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Les boules rocheuses, crottes, etc… semblent s’être solidifiées il y a peu et avoir été découpées en fines tranches à la machine à jambon !

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Après avoir franchi un long tunnel, qui bien qu’assez large pour deux véhicules, n’est traversé que dans un sens puis dans l’autre, la route dévale en virages en épingle à cheveux entre de très hautes falaises rouges jusqu’à rejoindre celle qui pénètre dans le cañon de Zion. Nous cherchons tout de suite un emplacement dans l’un des deux campings. Ils sont tous pleins ! Nous nous présentons tout de même à l’entrée et le ranger de service nous donne un emplacement dans le secteur réservé aux tentes… Soulagés, nous nous rendons au Visitor’s Center d’où partent les navettes gratuites, seules autorisées à circuler sur la route du cañon. Nous montons à bord de ce bus aux fenêtres peu pratiques qui ne laissent qu’une visibilité limitée. La route suit le cours du torrent, passe au ras des falaises vertigineuses, rouges bien entendu. Nous nous rendons au bout, dans un cirque où nous nous sentons écrasés par toutes ces murailles qui nous entourent. Il commence à se faire tard et seules quelques pans sont encore éclairés et profitent d’une belle lumière.

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Au retour nous faisons encore une halte pour contempler d’autres murs vertigineux puis nous revenons au Visitor’s Center. Nous retournons avec le camion au camping où, pour une fois, nous nous installons dehors, malgré des voisins affligés d’une progéniture pleurnicharde. Il fait beaucoup plus chaud dans ces fonds de vallée et la soif nous tenaille. Eau gazeuse et bière sont vite avalées.

Mercredi 9 septembre : 25000 kilomètres depuis Halifax et nous voici ce soir à Las Vegas ! Il a beaucoup venté cette nuit mais il n’y en a pas trace au réveil. Nous allons nous garer près du départ de la navette. Nous la reprenons jusqu’à l’arrêt de Weeping Rock. Nous longeons les falaises qui hier étaient dans l’ombre, leur éclairage change toute la perception que nous en avions. Elles sont réellement impressionnantes, parfaitement lisses et verticales, certaines rouges, d’autres blanchâtres. Un court sentier nous amène à un abri sous roche d’où perlent des gouttes d’eau qui ont permis à toute une végétation d’apparaître, à des arbres de pousser en contrebas et à des animaux de survivre, une mule deer se repose dans leur ombre. Nous reprenons la navette qui nous dépose au lodge. De là, un nouveau sentier, lui aussi aménagé pour les fauteuils roulants, nous permet de remonter le cours d’un ruisseau jusqu’à un autre abri sous roche, plus grand que le précédent, où la modeste cascade tombe dans un bassin qui n’a d’émeraude que le nom. En continuant le sentier quelques dizaines de mètres, on découvre les falaises qui dominent l’abri.

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Nous revenons au lodge et y déjeunons rapidement, moi d’un hot dog, Marie d’une pizza et tous deux avec une bière glacée très appréciée. Dernier arrêt à la « Cour des Patriarches », simplement pour admirer trois pitons baptisés par les Mormons (c’est une manie chez eux) de noms bibliques : Abraham, Isaac et Jacob. Nous descendons au musée du parc. Un film d’une vingtaine de minutes, y est projeté. Le support du film a vieilli, le commentaire aussi… Le musée est pauvre, vite parcouru. Retour au camion, nous quittons le parc et filons en direction de Las Vegas. Un peu de route et bientôt l’autoroute. Après un court passage en Arizona, dans des gorges, nous entrons au Nevada et retardons les montres d’une heure. Nous sommes dans le désert, un désert très « sud-marocain » avec des touffes et des buissons desséchés pour seule végétation, des montagnes tabulaires ravinées par les eaux de ruissellement et aux strates soulignées par les couleurs des roches différentes. Plus loin, ces montagnes vont disparaître, nous rencontrons les premiers palmiers, comme hier nous avions découvert les premiers cactus. Nous roulons vite et nous avons, pour la première fois, branché la climatisation. Las Vegas se profile dans la brume, nous entrons dans le centre en restant sur l’autoroute. Des noms connus de casinos apparaissent. Nous n’avons pas de plan, pas de GPS, utile pour une fois. Nous nous dirigeons à l’estime, sans trop d’erreurs et trouvons le Public Storage où nous avons réservé une place pour le camion. Notre réservation est confirmée, on nous attend la semaine prochaine. Nous avons aperçu un Walmart en passant, nous nous y rendons avec l’intention d’y passer la nuit. Nous allons y faire quelques courses, ravis de le trouver climatisé, il fait une chaleur épouvantable à l’extérieur et nous ne faisons que penser à boire. La clientèle de ces supermarchés de bas de gamme est principalement hispanique. Les produits sont étiquetés en anglais et en espagnol. Vérification : à sept heures du soir, il fait 38° C dans le camion !

Jeudi 10 septembre : Comme à Anchorage, sur le parking du Walmart, nous sommes, enfin, je suis, réveillé en pleine nuit par les engins de nettoyage qui passent et repassent au ras du camion, vrombissent dans un vacarme de fin du monde, puis qui s’éloignent. Nous avons perdu une dizaine de degrés dans la nuit mais ils reviennent vite. Je parviens à me connecter au Mac Donald du Walmart et trouve quelques messages de Nicole et d’amis. Nous nous mettons en quête du Visitor’s Center. Nous avons une carte succincte qui nous permet tout de même de nous retrouver dans cette ville immense, aux avenues outrageusement larges. Il faut parcourir des kilomètres pour passer d’une avenue à une autre. On nous donne plein de renseignements, des cartes, des brochures etc… Nous commençons par nous rendre à l’aéroport où je veux vérifier que nous sommes bien sur le vol de la semaine prochaine. Nous sommes à la limite du désert. L’aérogare est immense et déserte. Pas de bureau de la compagnie Condor, d’autres compagnies non plus ! Renseignement pris, je dois appeler grâce à un téléphone gratuit, le bureau qui se révèle être à Chicago… Je ne comprends pas tout mais nous sommes bien prévus sur ce vol. Nous cherchons ensuite un bureau de poste. Encore des kilomètres pour en trouver un et expédier la carte postale indispensable pour la famille Petitcolin. Encore des kilomètres pour trouver un Camping World, société qui assure l’entretien des RV et chez qui je veux finaliser notre installation de gaz avec la bouteille américaine. Ils ne disent pas non mais nous devons patienter près de deux heures pour qu’ils coupent un tuyau, y fixent un nouvel embout sur la bouteille, tout cela lourdement facturé ! Nous cherchons un camping KOA qui, d’après mes recherches sur Internet, serait bien moins cher que celui conseillé au Visitor’s Center. Nous ne comprenons pas très bien la numérotation des rues mais nous le trouvons tout de même. Moins cher que bien d’autres mais éloigné du centre, il nous offre le wifi, une piscine et une navette gratuite pour le Strip, l’avenue des casinos. Nous nous installons, profitons des branchements pour mettre les batteries auxiliaires en charge ; le réfrigérateur qui tourne en permanence les vide rapidement… Après avoir tardivement déjeuné, nous allons faire un tour à la piscine qui, comme d’habitude, ne plaît pas à Marie. Je serais bien resté toute la journée au camping entre piscine et wifi pour mettre le blog à jour mais Marie ne l’entend pas ainsi et nous nous dépêchons d’aller prendre la navette, assez éloignée du camping. Elle nous dépose à l’arrière du casino Harras’s. Nous devons le traverser, passer entre les rangées de machines à sous, clignotantes, bruyantes et ses usagers avachis devant leur engin, le gobelet à la main, ensuite ce sont les tables de poker, de Black Jack, les roulettes, avant de nous retrouver abasourdis et déjà épuisés sur le Strip.

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Bien d’autres casinos nous attendent mais je suis fatigué et peu tenté de les visiter tous. D’ailleurs le temps nous manquerait. Après avoir aperçu la Tour Eiffel du Paris, nous entrons dans le fameux Caesar’s Palace. Un monument, un summum du Toc ! Partout des références à la Rome antique, fresques, statues d’empereurs, fontaines avec des chevaux qui crachent l’eau, répliques des monuments, Forum, Colisée, dans lesquels cliquettent les bandits-manchots et que plus personne ne remarque.

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Les visiteurs sont très variés, touristes en quête d’éblouissements, frimeurs en tenue clinquante, flambeurs plantés des heures devant un écran. Tous profitent de la climatisation bien venue et transpirent dès qu’ils sortent d’un casino avant de se précipiter dans un autre. C’est le royaume de la démesure, du faux, de Hollywood transplanté en plein désert et mis à la portée de tous. La nuit tombe, les néons s’allument, une autre vision s’impose, colorée, visible de loin, peut-être de la Lune ? Nous nous rendons dans un dernier casino, le « The Mirage ». L’attraction en est, à l’extérieur, devant l’entrée, un volcan qui entre en éruption à chaque heure. Spectacle pyrotechnique qui attire les foules, nous en premier. D’un amas de (faux) rochers soudain surgissent des vapeurs rouges, des jets de vapeur incandescents, des boules de feu brûlent dans l’étang en-dessous. 

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Tout le monde applaudit… Nous revenons prendre notre navette qui nous ramène à neuf heures et demie au camping. Nous devons encore dîner, en transpirant, puis mettre à jour mon texte et réussir à envoyer enfin la carte pour Laurence.

Vendredi 11 septembre : Il a fait très chaud cette nuit, plus que la veille. A trois heures du matin, toujours ruisselant de sueur, je vais prendre une douche et me recouche, sec peu après. Nous décidons de nous octroyer une vraie journée de repos. Nous nous traînons jusqu’à la piscine du camping et y passons la matinée. J’en profite pour rajouter une semaine sur le blog. Nous nous trempons à intervalles réguliers pour oublier la terrible chaleur qu’un soleil impitoyable nous octroie. Nous déjeunons dans le camion dans lequel il fait plus chaud que dehors. Tous les autres ont des bahuts climatisés… Nous relisons la dernière semaine puis nous retournons à la piscine où je mets le blog à jour, entre deux trempettes. Sur le soirée, je me rends à pied au Walmart, de l’autre côté de l’avenue, principalement pour acheter des bouteilles : du Perrier et des bières. Nous continuons de transpirer dans le camion avant de nous décider à aller au casino tout proche, le « Sam’s Town ». Alors que nous sommes en route, un employé du camping, en voiturette électrique, nous propose de nous y déposer. Extérieurement il a l’allure d’une ancienne gare et dès que nous y pénétrons, c’est le bruit des machines à sous qui retentit. Des dames, des messieurs aussi, très sérieux alimentent leur machine préférée, appuient sur des boutons et ne sourcillent pas à l’annonce de la perte de leurs mises. Qui a dit que l’homme vit d’espoir ? Nous traversons ces zones dévolues au plumage des pigeons et arrivons dans la cour intérieure de la partie « Hôtel ». Fermée de tous côtés et couverte d’une verrière, elle abrite une végétation tropicale autour d’un bar et dans un des coins, une cascade fréquentée par des reproductions animées d’un ours, d’un aigle et d’un puma. Tout autour des boutiques, des fast foods et des restaurants. Nous empruntons un des ascenseurs extérieurs qui desservent les chambres pour bénéficier d’une vue plongeante sur l’ensemble. Nous attendons ensuite huit heures pour le spectacle donné sur la cascade. A base de rayons laser et de jets d’eau colorés, il cherche à évoquer, plus ou moins adroitement le passé et la naissance des Etats-Unis et se termine par le drapeau, la statue de la Liberté et un hymne... inimaginable en Europe !… 

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Pour finir la soirée, nous dînons au restaurant. Plats de fruits de mer : huîtres Rockefeller avec des épinards, crémeuses mais leur goût est caché par les épinards, crevettes géantes trop pimentées et enfin un plat de ribs et de poulet servis avec la même sauce à base de ketchup, donc trop sucrée. Tous les plats sont copieux et les verres de vin sont très corrects aussi bien pour les quantités que pour les prix. Nous revenons au camping écouter depuis notre fournaise les climatiseurs des voisins.

Samedi 12 septembre : Dans la nuit, la concierge de Paris nous appelle ! Je coupe le téléphone mais inquiet qu’il puisse s’agir de Julie, je le rallume pour apprendre qu’un chat a été trouvé au sixième étage etc… Nous sommes réveillés au matin par les gros RV qui partent tôt et avec un bel ensemble… J’appelle Julie, dans le RER, qui me rassure à propos de cette ridicule histoire de chat ! Après avoir encore reçu les compliments, comme quasiment tous les jours, d’admirateurs de notre camion, nous quittons le camping et sortons facilement de Las Vegas. Nous repartons sur la route par laquelle nous sommes arrivés, en direction du Nord. Nous quittons l’autoroute et filons dans le désert vers le Valley of Fire Park. Nous découvrons soudain, au milieu des montagnes grisâtres, une masse de roches d’un rouge agressif. Des pistes s’enfoncent dans le dédale des pitons creusés de trous, d’alvéoles, de fenêtres qui leur donnent des allures étranges.

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Sur l’un d’eux, un escalier métallique permet d’approcher des pétroglyphes qui auraient plus de 4000 ans et dateraient des Anasazis, ces Indiens qui avaient développé une belle civilisation et ont complètement disparu au milieu du XII° siècle. Dessins classiques, cercles, zigzags, personnages, mouflons…

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Nous continuons de circuler dans l’enchevêtrement des roches puis passons au Visitor’s Center. La boutique a la bonne idée de vendre des sodas frais. Nous n’arrêterions pas de boire, la chaleur est étouffante, plus de 40°C ! Il est fortement déconseillé de partir en promenade sur les sentiers. Nous prenons une route qui va nous faire découvrir une partie du parc différente, caractérisée par des roches bicolores, rouge et jaune, la frontière entre les deux est nette, traverse les strates, semble avoir été tracée au pinceau. 

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Des falaises sont à demi rouges et à demi jaunes suivant une ligne nette et oblique. Des couches ondulent et forment des vagues qui se seraient instantanément figées. Décidemment ces régions des Etats-Unis recèlent des trésors géologiques même en dehors des parcs les plus connus. Je n’ai pas le courage, et même un peu peur, de marcher dans le sable sous ce soleil assassin pour approcher des roches particulièrement spectaculaires. Nous déjeunons rapidement dans le camion sans relever les rideaux et repartons. A la sortie du parc j’ose marcher deux cents mètres sur un sentier qui monte, descend dans des éboulis pour aller voir un éléphant de pierre… 

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qui s’avère être sur le bord de la route ! Mais il est interdit de marcher le long de la route… Nous remontons en direction de l’autoroute et arrêtons à Overdon pour acheter un soda et ensuite y visiter un modeste musée consacré aux Indiens Pueblo. Peu d’objets et beaucoup de texte à lire et à traduire. Les reconstitutions de cases enterrées ou en adobe ne sont pas très convaincantes. Nous récupérons l’autoroute pour une courte section et le quittons pour une route qui va vite se transformer en une piste qui s’enfonce dans le désert. Personne en vue, seul un lièvre traverse la piste devant nous, pas la moindre trace d’une quelconque exploitation, pas la moindre masure, cabane, rien. Nous ne croiserons ni ne rencontrerons aucun véhicule de toute la traversée de cette région inhospitalière. 

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Nous ne savons pas exactement combien de kilomètres nous avons à parcourir sur cette piste, moyennement bonne au début, puis qui va devenir de plus en plus étroite, coupée de ruisseaux à sec, jusqu’à un col, redevenir roulante, puis excellente jusqu’à ce que nous rejoignions une vallée plus verdoyante, mise en culture. Nous suivons alors la ligne de chemin de fer, passons dans des gorges boisées et retrouvons le goudron à Elgin. Nous nous arrêtons pour la nuit au camping d’un parc, Kershaw-Ryan, dans un cirque de montagnes venté mais à l’ombre, donc plus au frais qu’à Las Vegas. La nuit tombe vite.

Dimanche 13 septembre : Il a fait presque froid ! Nous nous sommes glissés dans nos duvets, ravis… Nous sommes dans les derniers à quitter cet agréable camping pourvu de douches. Nous arrivons presqu’aussitôt à Caliente, petit bourg endormi, surtout à l’heure du service divin, et qui porte bien son nom. Nous voulons nous ravitailler, au moins pour ce midi, le seul magasin ouvert est un Family-Dollar (tout un programme !), petit et sans grand choix. Nous poursuivons jusqu’au Cathedral Gorge Park. Au Visitor’s Center nous trouvons une nouvelle ranger passionnée par notre camion qu’elle avait aperçu au camping. Elle est ravie de le visiter… Un court tronçon de piste nous amène dans le parc, au pied de falaises d’argile ravinées par les pluies. Des plaques de roches plus dures les ont protégées par endroit, créant des cheminées des fées qui se détachent des falaises et formant une multitude de très étroits cañons dans lesquels nous nous glissons. Plus nous pénétrons profondément et plus hautes sont les parois quasiment verticales, lissées par les eaux de pluie. 

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Nous ne pouvons guère aller plus loin, il faudrait marcher et nous n’en avons pas très envie bien qu’il fasse nettement moins chaud que la veille grâce à un voile de nuages qui va s’étendre. Nous retournons sur la route pour suivre les falaises depuis leur sommet et d’un mirador aménagé, nous avons une vue sur ces cañons et les cheminées des fées. 

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Nous déjeunons là, à l’ombre, puis repartons. Nous nous dirigeons vers Las Vegas par une route dans le désert, sans grand intérêt. Je suis fatigué et je ferais bien une sieste. La route est absolument rectiligne, sans surprises, mes yeux se ferment. Je me réveille à temps pour me garer sur le bas-côté, boire, faire quelques pas et repartir mais cela ne suffit pas et je dois réitérer mes haltes. Enfin, nous rejoignons l’autoroute, contournons Las Vegas et poursuivons en direction des montagnes où nous voulons aller dormir. En traversant une banlieue neuve, composée de villas à peine visibles, enfermées derrière les murs des lotissements, nous passons devant un supermarché. Nous nous arrêtons, j’ai encore l’espoir de sauver ma soirée et trouver ce que j’ai cherché dans toutes les stations-service : des bouteilles de tonic ! Je n’en trouve toujours pas MAIS la dernière tentative dans un autre supermarché sera la bonne. Sauvés ! Ce n’est pas aujourd’hui que nous en serons réduits au Gin-Seven Up ou pire au Gin-Sprite…  Nous continuons sur une autoroute que nous quittons pour une route, elle aussi rectiligne, qui monte en direction des montagnes. La végétation change avec l’altitude, nous passons des arbres de Josué et des yuccas à moins de 1000 mètres d’altitude aux pins à plus de 2500 mètres d’altitude. Au sommet se trouve des installations de sports d’hiver et deux campings déjà fermés pour la saison ! Nous nous installons sur une aire de départ de randonnée et sacrifions à l’apéritif du dimanche soir…

Lundi 14 septembre : La nuit a été fraîche mais il va falloir redescendre et retrouver des températures caniculaires, encore que des nuages se profilent… Par une route qui surplombe de loin le désert et notamment cette zone où furent effectués les essais nucléaires, nous rejoignons une autre route qui pénètre dans ce massif montagneux et se termine dans un village de résidents. Nous retournons sur l’autoroute qui contourne Las Vegas dont nous n’apercevons que les tours de très loin puis en sortons pour une route qui entre dans le Red Rock Park. Un premier détour nous amène à un site où une source devrait couler au plus profond d’une anfractuosité. Un sentier de planches y conduit mais la source est tarie et les gravures rupestres que l’on peut apercevoir sur une roche ne sont pas très intéressantes. Marie trouve au Visitor’s Center un beau collier constitué de boules d’argent et de perles de turquoise. Je le lui offre, sans savoir si ce sera pour son anniversaire ou celui de Julie… La raison de la dénomination du parc apparaît vite : un massif rouge qui se distingue des autres montagnes. En en approchant nous distinguons les deux couleurs des roches, un rouge très prononcé et un jaune très clair. Comme à Valley of Fires, les limites sont très nettes et semblent dues aux eaux qui ont délavé la roche, du sable pétrifié. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Les rochers ressemblent à de gros boudins soudainement figés et formant cañons, défilés, éboulis dans lesquelles parviennent à pousser quelques arbustes et buissons. La route qui traverse le parc s’éloigne de cet ensemble, offre quelques vues dessus depuis des collines dans le désert puis se rapproche d’un autre massif plus confus, très « tachiste ».

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Une piste, très dure, s’enfonce dans un cañon, passe au pied d’une montagne dont les ombres soulignent les amas de roche posés les uns sur les autres puis grimpe vers d’autres sites éloignés. Nous n’insistons pas et retournons vers le goudron. Nous ressortons du parc, vaguement déçus, seul le premier massif méritait une visite. Nous replongeons dans le réseau d’autoroutes pour retourner au camping KOA. Je cherche un car wash pour redonner au camion un aspect plus présentable et surtout en vue de sa longue hibernation. Nous trouvons un lavage manuel, les machines à rouleaux n’acceptant pas une telle hauteur. Nous traversons tout Las Vegas, facilement, une avenue vers le nord puis une vers l’est et nous retrouvons nos habitudes au camping, près de la piscine. Je ne tarde pas à y aller me tremper. Baignade d’autant plus appréciée qu’il règne une chaleur d’enfer avec un vent prometteur de tempête sous un ciel de plus en plus noir. Marie n’a que le temps de m’y rejoindre avant que nous en soyons chassés par crainte des éclairs. Du vent, des éclairs mais pas de pluie. Cependant la température est devenue nettement plus supportable.

Mardi 15 septembre : Nuit très agréable, fraîche. Ce matin, des nuages de plus en plus denses nous épargnent les rayons trop ardents du soleil. Je commence, tandis que Marie se prépare, par aller compléter nos dernières provisions au Walmart puis nous allons nous installer autour de la piscine désertée pour relire mon texte. Je tente de compléter le blog mais la connexion n’est pas fameuse aujourd’hui. Nous commençons à sortir les sacs de voyage et à faire le tri des affaires que nous laisserons et de celles que nous emporterons. Nous déjeunons dans le camion alors qu’il commence à pleuvoir. Nous allons prendre la navette, équipés pour les grandes pluies, Kways et parapluie… qui seront inutiles. Cette fois nous nous rendons dans le downtown, la partie de la ville où furent implantés les premiers casinos devenus mythiques comme le Golden Nugget ou le Frémont. Nous nous rendons tout d’abord au Musée MOB, consacré au crime organisé en Amérique. Sur trois étages sont présentés les origines, les développements, à partir de la prohibition, de Cosa Nostra et son influence sur la vie sociale, politique et même internationale. Pour rendre la visite distrayante, on n’a pas lésiné sur les reconstitutions : prise de photos d’identité judiciaire, murs du massacre de la Saint-Valentin, audience de la commission Keefauver, projections de films, témoignages etc…

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Il y a trop à lire et bien sûr en anglais. Las Vegas n’est pas oubliée et sa genèse rappelée ainsi que les liens des syndicats du crime avec les politiciens. Nous nous rendons ensuite dans la Fremont Street, celle dont j’avais gardé le souvenir avec ses casinos au look désuet et son cowboy en néons colorés. La rue a été couverte d’une sorte de verrière et si le Golden Nugget, le Four Queens et le Frémont sont toujours là, mon cowboy est presque caché derrière des installations de sonorisation. Des podiums sont implantés aux carrefours, des groupes s’y produiront dans la soirée. Des filles en tenue minimale dansent sur les comptoirs sans grand entrain. Tous les artistes de rue ou pseudo, tentent d’attirer l’attention des visiteurs par des tenues extravagantes, un rocker bedonnant n’a qu’un cache-sexe, une fausse Hawaïenne avachie s’exhibe avec une jupe de raphia et les seins à peine dissimulés, sosies de personnages de bandes dessinées, monstres, mendiants essaient de recueillir les miettes des sommes perdues dans les casinos. Une affligeante entraîneuse, à la chair triste, qui a dû faire les beaux jours de Saïgon en son temps, se déhanche sur des airs de rock. Dans les touristes, les Mexicains qui commémorent leur Indépendance, sont nombreux ainsi que les Asiatiques qui débarquent en groupes derrière leur guide. Nous traversons le Golden Nugget pour aller voir sa piscine au centre de laquelle, dans un aquarium, nagent des requins et autres poissons, un toboggan le traverse. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

La nuit tombe, les lumières s’allument et je retrouve l’ambiance clinquante, tape-à-l’œil des casinos des « Hommes de Las Vegas ». 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mon cowboy tarde à allumer ses néons mais il s’y décide tout de même. Sous la verrière a été installée un zipline, des câbles qui courent sur toute la longueur de la rue, bien au-dessus des têtes des touristes, et ceux qui s’y aventurent semblent voler d’un bout à l’autre, attachés à des harnais.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

A huit heures, un spectacle son et lumière est donné sur cette voûte, musique tonitruante et images laser plutôt gratuites mais spectaculaires. Nous reprenons notre navette et rentrons dîner au camion.

Mercredi 16 septembre : Aujourd’hui, le ciel est bleu mais le vent demeure. Nous allons consacrer la journée à un grand nettoyage du camion, à une dernière lessive et à la préparation des sacs. Ce n’est qu’à cinq heures que nous pouvons nous rendre à la piscine. Après un dernier gin-tonic américain, nous allons dîner au casino de Sam’s Town. Nous choisissons le restaurant mexicain, ceviche et carne asada avec des bières Dos Equis, nous sommes prêts pour la patrie de Pancho Villa, j’ai d’ailleurs tendance à répondre en espagnol aux questions des serveurs… Retour au camion pour une dernière nuit à Las Vegas.

Jeudi  17 septembre : Derniers rangements, nous quittons le KOA et filons au Storage où je remise le camion, je débranche la batterie en espérant qu’elle ne se vide pas trop d’ici quatre mois. Un taxi nous emmène à l’aéroport. Les caddies sont payants, 5 dollars ! Nous y sommes bien avant l’heure d’enregistrer. Nous patientons dans cette aérogare peu agréable, froide et sans animation. Nous achetons très cher des sandwichs et une bière. Une fois les sacs enregistrés, je rapporte le caddie et récupère royalement 25 cents ! Nous passons en salle d’embarquement et continuons de patienter. Notre avion est rempli et ne décolle qu’avec une heure de retard pour cause de passager du précèdent vol à évacuer puis pour un problème de portes signalées mal fermées… Et nous voilà partis pour un long vol inconfortable au cours duquel nous sera servi le plus infâme repas de toute l’histoire de l’aviation civile. Pas de choix des plats, une salade de pommes de terre suivie d’un plat de pâtes desséchées à la sauce tomate et gratinées, une sorte de pain d’épices sentant fort la cannelle achève ce festin certainement concocté par un diététicien diplômé… Nous avons pu avoir un dé à coudre de gin-tonic mais ensuite la bière est payante !  Pas question de dormir, quelle que soit la position tentée, le dossier du siège s’obstinant à interdire de s’assoupir…

Vendredi 18 septembre : La nuit est brève, on nous sert un petit déjeuner tardif ce qui permettra d’oublier le déjeuner. Un ridicule petit pain avec du beurre, de la confiture, une feuille de papier à cigarette de jambon et hop, nous avons le ventre plein. Nous nous posons à Francfort. Encore de longs couloirs à arpenter, un contrôle encore plus tatillon et deux nouvelles heures d’attente avant de repartir pour un vol rapide pour Marseille avec un petit sandwich et une bière gratuite avec Lufthansa… Nous survolons les Alpes, je crois apercevoir le Mont Blanc et bientôt la Méditerranée est en vue. Nous nous posons. Récupération des bagages. Personne ne nous a fait la bonne surprise de venir nous chercher, au contraire de tous les pèlerins qui s’en reviennent de La Mecque, tout de blanc vêtus. Je me renseigne sur le tarif de location d’une voiture qui m’éviterait le pénible portage des sacs mais c’est dissuasif… Nous partons donc en bus à la gare Saint-Charles. Nous attrapons aussitôt un train pour Toulon puis sautons dans un taxi qui nous dépose à la maison. La première étape de la Transamerica est achevée !  

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