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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 00:21

TRANSAMERICA

 

Emmène-moi au bout du monde !... s’écria-t-elle épouvantée, et elle protestait : Aïe !... Aïe !... Tu me fais mal, salaud !... Aïe…

C’était une intellectuelle (…)

Blaise Cendrars (Emmène-moi au bout du monde !...)

 

3.- de San José (Costa Rica) à Zorritos (Pérou)

Automne 2016

 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

 

Dimanche 4 septembre : Les biscuits apéritif à finir ont servi de prétexte à un dernier pastis d’autant plus apprécié que nous sommes toujours en pleine canicule. Courte sieste puis nous bouclons les sacs et les chargeons dans la voiture. Nous filons, en appréciant la climatisation (comme on change !) en direction de Marignane. Il y a affluence et l’accès au dépose-minute n’est pas possible. Je laisse Marie avec le chariot et les sacs dans l’aérogare puis je vais abandonner la voiture tout au fond du « chèque parking ». Une navette me ramène à l’aérogare. Nous devons marcher jusqu’au hall d’enregistrement. Un employé avec un fauteuil roulant vient chercher Marie pour lui éviter une autre marche. Nous embarquons puis décollons avec trois quarts d’heure de retard. Une boisson, très appréciée, nous est servie, avant notre arrivée à Paris, La température a bien baissé. Marie n’apprécie pas qu’on vienne la chercher en fauteuil roulant à la porte de l’avion mais quand elle découvre la longueur des couloirs à parcourir, elle ne dit plus rien… Nous n’avons pas le temps d’attendre et montons à bord d’un avion d’Aéromexico. Les annonces sont en espagnol et en anglais, rien en français… Pas d’apéritif (nous étions mal habitués !) et un des pires repas en vol. Nous sommes dans le fond et quand le service arrive à nous, il n’y a plus de plat de poulet ! Marie se contente de pâtes à peine tièdes. Deux feuilles de salade verte et une de fruits complètent ce festin. Pour nous distraire nous pourrions regarder un film mais ce ne sont que monstres, guerriers débiles (pléonasme ?) ou comédies niaises… Nous éviterons désormais Aéromexico… La nuit est tombée, reste à essayer de dormir…

Lundi 5 septembre : Nous somnolons avant d’être réveillés pour un petit déjeuner avec du thé servi sur demande spéciale. Nous nous posons à Mexico, toujours en pleine nuit, il n’est que quatre heures du matin ! Nouveau fauteuil roulant qui, cette fois, nous évite les queues aux contrôles d’immigration. Car, comme aux Etats-Unis, bien qu’en transit, il faut passer l’immigration en simulant un débarquement, suivi d’un départ immédiat. De plus, il faut récupérer les sacs et les porter à l’enregistrement… Nous sommes abandonnés dans un immense hall, climatisé au maximum, dans l’attente de l’avion pour San José. Je tente de me connecter au wifi pour donner des nouvelles à Julie, sans succès. Dernière étape avec un retard au décollage, notre avion doit longuement patienter avant d’y être autorisé. Un sandwich nous est servi en guise de second petit déjeuner, nous le considérons comme un déjeuner et le faisons passer avec une bière… Nous nous perdons en conjectures sur l’heure d’arrivée à San José qui, plus à l’est, devrait être à une heure plus tard que Mexico et qui est à une heure plus tôt ! Quoi qu’il en soit, nous atterrissons à l’heure prévue à San Jose après avoir très brièvement survolé le terrain où est parqué le camion, sans avoir le temps de l’apercevoir. Nous sommes attendus par Pablo, responsable de l’hôtel Villas Colibri où nous avons réservé une chambre. Nous sommes vite sur les lieux, un très agréable ensemble de bungalows, certes défraîchis, dans un beau jardin fleuri. Je repars aussitôt en taxi pour les douanes proches de l’aéroport. J’y retrouve la jeune femme qui s’était occupée de moi quatre mois plus tôt. Mais les choses se compliquent car elle exige que je rapporte une des plaques d’immatriculation et que je présente le certificat d’assurance. Mon taxi me conduit à l’almacen fiscal El Coco où on m’aide à détacher une des plaques d’immatriculation. J’en profite pour constater avec plaisir que le camion démarre au quart de tour ! Mais il n’y a pas de temps à perdre, je repars pour le bureau d’assurance dans le centre d’Alajuela. Mon taxi m’y abandonne, il a fini son service. Je dois en affréter un autre pour me ramener aux douanes. J’ai affaire à une autre employée qui se satisfait de mes documents mais me demande de patienter car le « jefe » qui doit signer le permis d’importation temporaire n’est pas encore là… Je dois patienter une heure tandis que le compteur du taxi tourne… Enfin muni du précieux document, je me fais déposer au bureau de l’entrepôt où je règle le montant dû pour le stationnement, après un marchandage serré. On me dégage les véhicules qui gênent la sortie et me voilà sur la route. Le ciel déjà gris laisse s’échapper quelques gouttes de pluie mais les orages ne sont pas pour aujourd’hui. Je finis par retrouver notre hôtel et me garer, soulagé, devant notre bungalow. Je suis à peine arrivé que Marie exige que j’envoie un sms à Nicole pour l’avertir de notre bonne arrivée. Pour en faire autant avec Julie, nous allons au bar, une paillotte qui pourrait être un endroit de délassement des plus agréables au milieu de la verdure mais il n’y a rien à boire ou à manger… Je peux tout de même me connecter et envoyer un message à Julie. Après une rapide inspection de la cellule dont un des coffres dégage une forte odeur de moisi, je vais à proximité acheter du jambon, des chips, de la bière et des manchons de poulet frit, que du diététique, mais c’est local ! De retour au bungalow, nous buvons une des bières et n’attendons pas longtemps après le coucher du soleil, à six heures, pour festoyer et gagner notre lit.

Mardi 6 septembre : Difficile de dormir d’une traite, le décalage horaire auquel je suis de plus en plus sensible et la fatigue du voyage font que je suis vite réveillé et que je passe une partie de la nuit à me demander comment l’occuper. Une tentative de me connecter pour écrire aux Azalaïens en partance est un échec, le wifi doit être bien fatigué, comme le reste de l’hôtel. J’attends six heures pour commencer à m’occuper du camion. Je refixe la plaque d’immatriculation, remplace le feu cassé, repose un détendeur de gaz et range petit à petit une bonne partie des trop nombreuses affaires rapportées. Nous allons prendre le petit déjeuner sous la pseudo paillotte. Fruits tropicaux et gallo negro, riz et haricots noirs, le petit déjeuner local… Marie s’attelle à la rude tâche de faire tenir dans des coffres bien trop petits, une somme de vêtement bien trop importante. Incorrigible… Qu’en sera-t-il à la dernière étape ? Je fais un plein des réservoirs d’eau et nous quittons ce jardin qui pourrait être enchanteur. Nous trouvons après quelques demi-tours le supermarché Walmart, digne de ses frères nord-américains. Nous retrouvons les produits connus, saucisses de poulet, crèmes insipides et grandes quantités. Nous remplissons le réfrigérateur et prenons l’autopista qui n’est pas une autoroute et sur laquelle nous nous traînons derrière les camions. Le soleil qui avait dominé dans la matinée est désormais remplacé par un ciel gris et bientôt des averses diminuent la visibilité. Nous ratons la bifurcation pour Puntarenas, nous devons faire demi-tour, occasion d’acheter des ramboutans à des marchands ambulants. La ville s’étend le long d’une étroite bande de terre que nous avions aperçue d’avion hier, entre lagune et mer. A son extrémité un phare et l’embarcadère des ferries qui emmènent sur la presqu’île de Nicoya. Nous devons attendre une heure le départ du prochain. Peu de monde à bord, nous ne sommes plus en saison touristique. Nous attendons d’appareiller en observant les pélicans gris qui font du rase-vagues derrière les bateaux de pêche qui rentrent au port. Nous approchons de la presqu’île derrière laquelle le soleil se couche en mettant en valeur les gros nuages noirs qui la couvrent. 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Nous arrivons de nuit mais impossible de démarrer ! Comme à Santa Fé, le moteur tourne sans démarrer ! Les employés du bateau nous poussent bien que je n’y croie pas, le moteur daigne démarrer. Gros soupir de soulagement. Nous suivons une route étroite en virages serrés derrière un très lent camion avant de trouver la piste qui conduit à Playa Organos. Nous savons que nous y sommes quand nous sommes entourés de cocotiers et que le bruit des vagues devient incontournable. Nous nous installons près de la plage en espérant que le camion démarrera demain… Je m’offre une vodka-tonic pour inaugurer cette nouvelle étape, Marie me regarde… Nous reprenons nos habitudes du soir : photos à transférer et à corriger, texte à rédiger. 

Mercredi 7 septembre : Je suis encore souvent à demi réveillé dans la nuit et définitivement au lever du soleil quand des pêcheurs mettent une barque à l’eau. Nous découvrons la charmante crique où nous avons passé la nuit. La plage est couverte de branches et de troncs rejetés par l’océan et le sable est gris. Des îles ferment la baie, couvertes de la même végétation que celle qui nous entoure, cocotiers, badamiers et tout ce qui peut pousser sur un sol chaud et humide. 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Quelques cases rustiques sont en retrait, leurs habitants vaquent à leurs occupations. Nous repartons par le bout de piste dans la forêt à peine entrevue hier dans la nuit. Nous atteignons Paquera, gros bourg qui, à l’image des autres traversés par la suite, regorge de magasins, de supermercados. Un policier nous assure que nous devrions pouvoir passer le rio plus loin. Nous continuons sur une route étroite qui, après être passée entre une succession de resorts luxueux,  s’éloigne de la côte, traverse des prairies gagnées sur la forêt où des bovidés brahma aux grandes oreilles se régalent d’une herbe bien verte. Nous retrouvons les plages et les rochers noirs à Montezuma. Tous les villages vivent du tourisme et bien que nous soyons en saison creuse, on ne peut ignorer les activités proposées aux vacanciers. Nous longeons, désormais sur une piste peu roulante, les criques de très près, classiques images de mers tropicales… Après Cabuya, une plus mauvaise piste, étroite, conduit à l’entrée du parc de Cabo Blanco. Nous le traversons, accueillis par les hurlements, toujours impressionnants, des singes que nous ne verrons pas. En atteignant la plage nous devons acquitter un droit d’entrée que nous jugeons bien élevé, 12 $ par personne. Nous parvenons à négocier, une entrée pour deux… Nous partons sur un sentier tracé dans les amas de lianes, entre de beaux arbres, souvent couverts de lichens. La promenade se termine au milieu de massifs d’héliconias où nous apercevons une biche vite disparue dans les fourrés. Des papillons multicolores seront les seuls êtres vivants que nous admirerons, les oiseaux chantent mais restent invisibles.

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Nous terminons en sueur la promenade. Une piste en montagne coupe quelques ruisseaux et nous amène à Malpais puis nous longeons la succession de villages d’accueil de surfeurs, de plages et de rochers. A Manzanillo nous remontons dans la montagne avant de redescendre vers le rio que la piste oblige à traverser. Un pêcheur au beau milieu nous prouve que le niveau de l’eau n’est pas profond. Je ne laisse pas à Marie le temps d’exprimer ses craintes et différentiel bloqué, je nous lance dans le courant. Nous atteignons sans difficulté le banc de gravier de l’autre côté mais encore faut-il trouver la sortie ! Un second gué se passe sans s’arrêter mais, plus loin, une autre rivière est plus impressionnante. La piste est boueuse, je m’avance jusqu’au bord de l’eau sans distinguer la sortie sur l’autre rive. Je vais sonder la profondeur, j’ai de l’eau jusqu’à l’aine et le courant est fort.

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Un autre 4x4 sur l’autre rive renonce. Sagement, nous en faisons autant. Nous avons repéré sur la carte un autre trajet pour rejoindre la côte plus au nord. Nous devons de nouveau traverser une rivière peu large et peu profonde. Elle fait des méandres, nous la franchissons sans hésiter une première fois, une seconde, la troisième paraît sans surprise mais je passe trop à droite et tombe dans un trou profond dont le fond de gravier se creuse sous les roues. Petites vitesses, blocage du différentiel, rien n’y fait. Je me résous à sortir les tôles, peine à les glisser sous les roues submergées par l’eau. Dans le camion le niveau a monté, atteint les sièges. Nous n’avons pas eu le réflexe de sauver l’appareil photo ni les jumelles ! Je fais encore quelques tentatives inutiles, le camion reste collé dans son trou ! 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Complètement trempé, je pars à pied à la recherche de secours. Je croise une voiture qui ne peut rien pour nous mais on téléphone et nous assure que, pour 40000 colones, 80 $, on viendra à notre aide… Effectivement une demi-heure plus tard, arrive un tracteur, avec sa remorque. Une chaîne est attachée au parechoc arrière et nous finissons par sortir de ce mauvais pas. Nous réglons nos sauveteurs et remontons dans le camion mais quelques centaines de mètres plus loin, la puissance diminue puis il cale. Les tentatives de redémarrer sont vaines, provoquent au mieux quelques hoquets, des couinements dans le système électrique et l’immobilisation définitive quand la batterie est vidée… Je me décide à partir chercher du secours alors que le jour baisse. Je longe des pâturages occupés par de grasses vaches que ma visite intéresse au plus haut point. Puis c’est un cimetière mais pas un seul vivant ! Je fais demi-tour et entends les pétarades de motos qui ont dû croiser le camion. Je leur explique, dans mon espagnol bien rudimentaire quand il sort des cas simples, notre problème. Ils me ramènent au camion, l’un va se renseigner mais revient sans avoir trouvé personne. La batterie de leur téléphone ne leur permet pas de joindre un mécanicien mais ils promettent de s’en occuper ce soir et de nous envoyer quelqu’un demain. Ils m’aident à garer le camion sur le bord de la piste puis nous laissent. Nous devons alors tenter d’évacuer l’eau restée dans les coffres, sécher ce qui peut encore l’être. Je continue de transpirer à grosses gouttes avant de retrouver un peu de fraîcheur. Nous nous attelons au récit de cette dure journée avant de dîner.

Jeudi 8 septembre : Mauvaise nuit. Des singes hurleurs se manifestent par leurs cris inquiétants dans la nuit noire. Nous sommes réveillés avec le jour, avant six heures. Je me douche à l’extérieur du camion sans crainte des regards indiscrets. Nos motocyclistes de la veille repassent, ils nous annoncent que le mécanicien de Coyote demande 200 $ pour se déplacer sans garantie de résultat et peut-être devrons nous être remorqués à son atelier… Faute d’une autre solution nous acceptons. L’un d’eux repart le prévenir. Nous patientons alors que le soleil commence à chauffer, ce qui nous fait espérer un début de séchage de tous les vêtements, coussins et chaussures mouillés. Retour de notre envoyé sans le mécanicien qui ne veut plus se déplacer mais avec la camionnette de fermiers qui espèrent sans doute mettre du beurre dans leurs épinards. Je ne comprends pas exactement ce qui est prévu mais ils nous prennent en remorque. Pas longtemps ! Leur véhicule, pas 4x4, peu puissant, capitule dans la première montée. Il tente à plusieurs reprises d’améliorer son adhérence en chargeant son plateau de pierres mais sans résultat. Ils abandonnent et promettent de nous envoyer un tracteur. Il nous faut encore faire preuve de patience… Déboule à toute vitesse une Jeep fatiguée mais puissante, menée par un vrai macho au débit verbal impressionnant. Il nous propose une autre solution imparfaitement comprise pour cause de traduction qui ne suit pas… Il nous emmène et nous abandonnons le camion. Nous retraversons à plein régime les gués at parvenons à la maison de béton et de bois qu’il se fait construire. Nous attendons, croyons-nous, l’arrivée d’un mécanicien. Au bout d’une heure passée dans un rocking-chair en fers à béton, il nous invite à remonter en voiture, avec des ouvriers dans une remorque. Il nous ramène au camion sur lequel s’active les employés d’une dépanneuse sous le regard courroucé de notre motocycliste revenu avec un tracteur en notre absence et dépité de ne pas nous y avoir trouvé. Il nous réclame 100 $ pour services non rendus. Nous transigeons à 70 ! Nous voilà repartis, le nez en l’air derrière la dépanneuse qui tombe en panne ! Elle recule, nous nous mettons en travers, il redémarre. Nous montons, descendons des pentes raides sur une piste de plus en plus boueuse. Se présente une pente plus rude et plus ravinée que les autres. Alors que nous sommes presqu’au sommet, il patine, glisse de droite à gauche et ne va pas plus haut. Quelques tentatives restent vaines, il recule, nous nous retrouvons en biais, à demi dans le fossé. Changement de tactique, le treuil est abandonné au profit d’une longue chaîne avec laquelle ils espèrent nous tirer depuis le sommet et même le début de la descente. De violentes secousses ne parviennent pas à nous sortir de la gangue de boue rouge qui nous englue. Il faut l’arrivée d’un camion qui tire la dépanneuse qui nous tire pour parvenir au sommet. Nous repartons, continuons de gravir des pentes et dévaler à vitesse réduite des descentes glissantes. Nouvelle côte qui ne paraît pas particulièrement difficile mais notre remorqueur capitule ! Il fait appel à une autre dépanneuse qui tarde à venir. C’est un camion avec plateau inclinable sur lequel nous sommes hissés. Nous repartons en travelling arrière, bizarre sensation de voir le film à l’envers… Nous finissons par atteindre Cobano où nous sommes débarqués dans un garage. Le jovial patron, cigarette au bec, téléphone vissé à l’oreille prend les choses en main. Mise en charge de la batterie, remplacement de relais, nettoyage et séchage de divers éléments dont le filtre à air mouillé ! Les choses ne vont pas vite et à la nuit tombée, quand, le moteur tournant mais calant aussitôt, on découvre qu’il y a de l’eau dans le gasoil, il faut se résoudre à dormir sur place et repousser à demain la suite de la remise en état… Je vais acheter des bières fraîches dans une épicerie proche puis nous nous préparons pour une soirée dans l’atelier en plein air.

Vendredi 9 septembre : Nous étions au calme et ce n’est qu’à sept heures que le bébé commence à pleurer, les gosses à se chamailler et le patron mal réveillé à se gratter le crâne dégarni. Marie aurait bien continué de dormir mais il faut quitter la camion alors que des ouvriers commencent à s’activer pour extraire le réservoir de gasoil, sans utiliser le pont élévateur ou une fosse qui d’ailleurs n’existe pas. Ils vidangent le gasoil, nettoient la cuve et la remontent. Remplacement du filtre à gasoil, celui que j’avais acheté juste avant de partir. On envoie chercher un jerrycan de gasoil que je verse dans le réservoir et, moment crucial, on fait tourner le moteur, il tousse, crache et cale. Vérification, il sort encore un mélange d’eau et de gasoil ! Tout le circuit d’injection est contaminé ! Tout cela a pris bien du temps, le patron travaille ou plutôt supervise trois ou quatre réparations dans le même temps, discute avec les clients, téléphone, etc… Il installe une pompe pour aspirer tout le mélange dans le circuit et enfin, le bébé bien purgé consent à ronronner ! Nous allons faire un essai sur route puis je vais tirer de l’argent, refaire un plein et enfin régler la note : 600 $ tout de même ! Nous voilà repartis, nous filons en direction de l’embarcadère du ferry pour attraper celui de quatorze heures. Nous y sommes à temps, nous embarquons et déjeunons dans le camion juste avant le départ. Nous gagnons le pont des passagers et nous nous installons sur des bancs du côté rafraîchi par la brise. Une musique tropicale diffusée par les haut-parleurs fait se trémousser discrètement quelques grassouillettes commères, vêtues juste de ce que la décence exige. La côte est perdue dans la grisaille. A peine débarqués à Punta Arenas, les orages qui menaçaient, éclatent et nous voilà plongé à quatre heures de l’après-midi dans une lumière crépusculaire au milieu d’une circulation abrutissante. Quand nous quittons la route de San José, la densité automobile diminue et la pluie cesse. Nous roulons jusqu’à la plage d’Herradura. Trois ou quatre restaurants en bord de plage, guère d’habitations. Nous allons prendre un pot dans l’un des établissements pour consulter les cartes, les prix sont élevés, parfois plus qu’en France ! En général, nous sommes surpris par les prix, comparables à ceux de pays occidentaux. Nous allons nous installer sur la bande côtière, sous les cocotiers. Le soir tombe, Marie s’installe sur un fauteuil pour goutter le coucher du soleil, je vais me baigner dans une eau à la température idéale. Nous allons dîner au restaurant Juanita, ceviche très honnête et calamars insipides, non grillés comme demandés. Rien de mémorable mais l’addition est tout de même bien élevée pour si peu. Retour au camion, nous sommes seuls, pas de voisins amateurs de musique, que le bruit des vagues à deux pas.

Samedi 10 septembre : Le ciel est toujours gris. Comme d’habitude je suis réveillé avec le jour, je patiente en attendant Marie. Un vol d’aras au gros bec crochu mais pas aussi beaux que ceux de Copan, passe au-dessus de nous. Nous allons refaire un plein de victuailles au supermarché de Herradura. Nous profitons du wifi pour trouver un message d’Alex puis un de Julie, bien rentrés de Grèce. La présence de nombreux résidents et touristes nord-américains, explique la variété des produits proposés mais aussi leurs prix, parfois faramineux, du steak à 80 $ le kilo ! Quand nous en ressortons, un gros orage nous contraint d’attendre pour tout charger dans le camion. Nous continuons et allons jeter un œil rapide à la plage de Jaco, les collines se perdent dans la brume. Nous faisons le détour pour le centre-ville de Quépos à la recherche d’un improbable bureau d’information touristique sans le trouver. Nous passons au milieu de grandes plantations de palmiers à huile. Nous roulons jusqu’à Matapalo où nous déjeunons en bordure de l’immense plage. Nous repartons sous la pluie qui ne cessera qu’en fin d’après-midi. Nous ne longeons plus l’océan et la route dans la grisaille n’a plus guère de charme. Marie s’énerve de ne pas pouvoir visiter tout ce qu’elle a repéré dans le « Petit Fûté » et inévitablement tente de m’en faire porter la responsabilité… Nous décidons de nous rendre à la péninsule d’Osa. La route après Palmar Norte est plus mauvaise bien que ce soit la Panamericana ! Npus la quittons pour une traversée de collines d’où nous aurions de belles vues sur le golfe si le ciel était dégagé. Nous atteignons la côte  et nous nous arrêtons à Playa Blanca, en toute bordure de la plage, entre palétuviers et cocotiers, le plus loin possible du bar-restaurant et de sa musique qui risque de durer tard dans la nuit ce samedi soir… La soirée traîne, pas grand-chose à raconter, pas de photos à traiter et mes yeux me jouant des tours, j’ai bien des difficultés à lire. De minuscules moucherons parviennent à passer les mailles des moustiquaires et nous chatouillent désagréablement.

Dimanche 11 septembre : Pas le moindre bruit cette nuit, pas de fêtard au bar. Une nuit noire et un silence de tombeau. Le soleil brille et chauffe rapidement l’intérieur du camion, toutes ouvertures dirigées à l’est. Le démarrage du moteur est aussi angoissant que la veille mais il tourne… Nous continuons de suivre le littoral du golfe jusqu’à Puerto Jimenez, un gros bourg, la capitale de la péninsule. Le bureau d’information du Parc Corcovado est fermé, je me renseigne sur l’état de la piste jusqu’à Carate puis nous allons compléter nos provisions au supermarché local, presqu’aussi bien fourni que le précédent. Nous nous lançons sur la piste, plutôt bonne qui traverse des prairies et des bosquets. Des campements et des lodges attendent les touristes. La piste s’éloigne de la mer, grimpe dans une magnifique forêt inchangée depuis des siècles. Des coatis peu farouches nous regardent passer, indifférents. Des montées boueuses succèdent à de glissantes descentes. Nous devons franchir quelques ruisseaux peu profonds sur des lits de gravier. Dans la dernière descente, à un gué, un 4x4 Toyota occupé par des naturalistes partis à la chasse aux papillons ( ! ) qui a voulu s’aventurer dans le lit d’une rivière, s’est planté. Un pick-up de passage ne veut pas s’aventurer sur les berges peu sûres. Nous sommes les bienvenus ! Et pas mécontents de permuter les rôles… Je tente de le tirer mais sa sangle casse, une fois, deux fois. Je sors les tôles pour ne pas patiner et suggère que le pick-up se joigne à nous. Aussitôt dit, aussitôt fait, et le Toyota est sorti d’affaire. 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

Nous ne manquons pas de prendre la photo pour Jean-Mi… Nous retrouvons le bord de mer à Carate et allons nous garer à la fin de la piste sur les bords d’une rivière. Plus de piste, de là il faut continuer à pied dans le parc. Nous déjeunons à l’ombre des badamiers puis nous décidons de suivre le sentier dans la forêt. De superbes aras rouge, bleu et jaune jacassent dans les arbres et nous exposent leurs ailes aux brillantes couleurs quand ils s’envolent. Le sentier est boueux, glissant, traversé de racines traîtresses et nous devons vite renoncer. 

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Nous revenons par la plage en continuant d’observer les vols des aras, une douzaine d’entre eux s’échappe du feuillage d’un arbre près du camion. Nous revenons sur nos pas quelques kilomètres et allons nous installer sur le terrain herbeux de l’ISEAMI où nous bénéficions du wifi et ainsi trouvons un message de Julie. Un bel orage nous contraint à rester dans le camion pour nos occupations de fin de journée et relire le texte pour le blog. La connexion n’est pas fameuse et si nous avons pu envoyer deux messages avec le smartphone, pas question de mettre le blog à jour ou d’avoir le courrier avec l’ordinateur. C’est dimanche, pour fêter le jour du Seigneur, vodka-orange ou tonic avec des chicharrones pimentés.

Lundi 12 septembre : Déjà une semaine sans télévision, sans les gesticulations de S…, l’agité du bocal, les atermoiements de Prudence H… ni les monstruosités de la P… irrespectueuse !  Il a plu une partie de la nuit mais un sympathique soleil remonte le moral. Après une douche, froide, qui apaise les pustules rouges apparues depuis deux jours sur ma poitrine et mes bras, un plein d’eau et une dernière tentative, vaine, de se connecter, nous quittons le terrain de camping, survolés par quelques aras qui grincent des becs. La piste n’est pas plus mouillée qu’à l’aller et la partie en montagne se refait sans problème. Nous suivons une très mauvaise piste, cailloux, rochers, trous d’eau, sur deux kilomètres pour atteindre le Cap Matapalo. Le bord de mer, privatisé, est une succession de résidences secondaires et de logements de vacances, surtout pour une clientèle de surfeurs. Parvenus à l’extrémité du cap, il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour, sans admirer les exploits de deux surfeurs qui attendent sur leur planche la bonne vague. Il recommence à pleuvoir par intermittence. Nous nous arrêtons pour regarder passer sur un pont un engin plus large que le tablier… Des singes hurleurs s’agitent dans un arbre au-dessus de nous.

 

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A Puerto Jimenez, je refais un plein de gasoil puis nous passons à l’office du Parc Corcovado pour nous procurer une brochure et vérifier qu’on ne peut s’y aventurer qu’à pied et pour de longues randonnées de plusieurs heures. Nous retrouvons avec plaisir le goudron mais Marie a envie de se rendre à Drake, à 30 kilomètres, sur une piste qui serait correcte sans les nids de poule. Après avoir traversé des prairies, passé des gués peu profonds, franchi des ponts étroits et sans garde-fou, nous entamons le franchissement d’une montagne. De nouveau, ce sont montées et descentes bien pentues dans une forêt très dense. A cinq kilomètres de notre but un gué que deux véhicules, un van et un petit 4x4, ont renoncé à franchir. Le niveau de l’eau n’est qu’au-dessus du genou mais le courant est fort. Marie refuse catégoriquement que nous tentions de traverser, je dois avouer que je ne suis pas très enthousiaste malgré la présence d’un tracteur sur l’autre rive. Nous déjeunons dans le camion puis faisons demi-tour. Il pleut de nouveau… Nous retrouvons la Panamericana que nous quittons ensuite, alors que la pluie redouble, en direction de Golfito. Nous ne voyons pas grand-chose de la route et encore moins du paysage ; à quatre heures de l’après-midi, il fait presque nuit ! Nous traversons la petite ville, à la recherche d’un endroit pour la nuit. A l’hôtel Sierra, on nous autorise à nous garer sur leur parking. Ce qui n’est pas du goût de Marie que des percussions proches énervent… Je vais au bar dans l‘espoir d’une bonne connexion internet mais là encore sans résultat. Retour au camion où Marie est de plus en plus énervée, un bruit de moteur que je ne remarque pas la gêne…

Mardi 13 septembre : La pluie a cessé dans la soirée et au matin un grand soleil brille. Nous retraversons Golfito, cet ancien poste de traite de la banane a conservé quelques maisons coloniales en bois et semble bien assoupi. Le bord de mer est presqu’inaccessible et nous repartons. Dernier plein de gasoil pour dépenser nos derniers colones. Nous sommes bientôt à Paso Canoas, la ville frontière. Elle ne fait pas exception à l’ambiance bordélique de ces villes où tous les trafics semblent possibles mais elle est sans doute en tête de liste… Aucune indication de direction, pas de barrière, pas de drapeaux, des camions, des voitures dans tous les sens, arrêtés, en marche, en travers des carrefours.  Nous essayons de suivre une route, demandons le chemin du Panama, tant et si bien que nous nous retrouvons sur une belle route qui s’avère être au Panama. Un peu étonnés et confus, nous faisons demi-tour, suivons une autre route, pas longtemps, un barrage de l’armée panaméenne nous fait comprendre que nous devons retourner en ville… Nous parvenons à trouver le poste d’immigration et la douane costaricaine où les formalités ne prennent pas trop de temps. Cent mètres plus loin, une sorte de hangar en tôle se révèle être le poste panaméen. Formalités d’immigration, de douane, fumigation et nous sommes enfin au Panama en toute légalité ! Ce que ne manque pas de nous faire remarquer le soldat du poste de contrôle à la sortie de la ville. Très bonne route à doubles voies séparées sur laquelle tout le monde roule vite mais les bas-côtés sont des dépotoirs. Quelle différence avec le Costa Rica ! Nous nous arrêtons pour déjeuner, nous avons avancé nos montres d’une heure. Nous sommes peu après à David. A l’entrée de la ville, un Mall où nous trouvons un supermarché, assez pauvre, et nous devrons nous contenter du minimum. Nous repartons, traversons la ville entre concessions automobiles et magasins dignes des banlieues américaines, sans trouver le centre. Nous poussons jusqu’à l’usine de gaz, difficile à atteindre avec des travaux sur la route. On nous y remplit notre bouteille canadienne mais aussi nos deux bouteilles Camping Gaz ! Nous devrions être tranquilles jusqu’à la fin du voyage. Nous revenons en ville, trouvons le centre à la circulation anarchique, comme il se doit, à la recherche d’une lavomatica. Après quelques détours, nous en trouvons une où nous pouvons tenter de redonner quelque allure de fraîcheur aux vêtements qui ont subi le passage du gué… Le séchage prend plus de temps que prévu et quand nous repartons avec notre linge, il fait nuit. Retrouver la Panamericana n’est pas évident et les indications fournies sont contradictoires. Nous retournons au Mall et nous nous garons sous des abris en tôle. Je vais demander l’autorisation de passer la nuit mais un premier vigile n’est pas d’accord. Le chef, prévenu, se fait tirer l’oreille et finit par acquiescer. Nous dînons tard alors que la pluie a repris.

Mercredi 13 septembre : La pluie cesse, les galeries du Mall puis le supermarché ferment et nous sommes au calme jusqu’à sept heures du matin quand l’agitation recommence. Le soleil revenu tape fort et nous devons changer de place. Je profite d’une connexion avec le smartphone pour écrire à Tea et confirmer notre arrivée. Nous nous glissons dans un embouteillage pour traverser la ville mais ce n’était que provisoire et bientôt nous roulons à bonne allure sur la Panamericana. C’est une autoroute à doubles voies séparées encore en construction, ce qui nous oblige à fréquemment changer de voie et parfois à attendre notre tour pour passer. Nous la quittons pour une route en direction de la côte. Nous apercevons de rares Indiennes en robe longue et ample (merci les missionnaires !), de couleurs vives, brodées aux manches et autour du cou. Quelques hommes sont coiffés d’un petit chapeau de paille rond, avec un ou deux bords relevés, devant ou derrière.

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

La route traverse un joli village aux villas perdues dans les fleurs et les plantes avant de se terminer, en passant sur des collines déboisées, au minuscule port de Boca Chica, au bord d’une baie dans la mangrove. De là, rien à voir. Nous nous rendons dans un premier lodge sur une colline pour découvrir la vue sur l’archipel couvert de cette végétation tropicale qui fait tant rêver dans nos contrées tempérées.

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Nous nous rendons ensuite à un second lodge, avec certainement beaucoup plus d’étoiles, mais si les installations, piscine, pelouse, restaurant avec vue, font envie, la situation moins élevée n’est pas aussi intéressante. Nous y prenons un rafraîchissement, très apprécié dans cette fournaise, surtout pour bénéficier du wifi mais je ne parviens toujours pas à me connecter avec l’ordinateur ! Nous repartons, pas question de s’arrêter pour déjeuner, Marie tient à arriver à la plage de Las Lajas pour se sustenter… Nous n’y sommes qu’à plus de treize heures trente et j’ai faim ! Nous nous installons entre deux cocotiers, d’autres véhicules ont amené des baigneurs. Je débouche l’évacuation du réservoir des eaux usées, obstrué depuis quelques jours. Marie voudrait repartir mais nous avons le temps d’arriver à Panama City et j’ai bien envie de rester là pour la nuit. Nous suivons la piste défoncée d’un côté puis de l’autre avant de reprendre la route puis nous décidons de rester, donc nouveau demi-tour. Nous allons nous renseigner sur les tarifs pour camper sur le terrain d’un ensemble de bungalows. Le premier n’est pas très accueillant et refuse de baisser son prix, le second aligne une rangée de palapas, ces auvents de palmes, trop bas pour que nous puissions nous glisser dessous. Nous revenons nous garer là où nous avions déjeuné malgré la musique, tropicale comme il se doit, diffusée depuis un van. Je vais me baigner, la plage s’étend sur des kilomètres, les vagues viennent s’y écraser mollement.

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En fin de journée, nous nous déplaçons pour un autre emplacement pas plus propre que le précédent mais qui convient mieux à Marie… Le tonnerre, les éclairs et la pluie se déchaînent au-dessus de nos têtes. Nous devons fermer toutes les ouvertures mais alors il fait trop chaud ! Nous faisons un des pires repas de notre vie de voyageurs. Nous avions acheté des « nuggets » de crevettes et de calamars à faire frire dans la poêle. Mais inutile de chercher crevettes ou calamars, ils étaient réduits en purée ! Digne de « Soleil vert ».

Jeudi 15 septembre : Le soleil n’est pas revenu ce matin et toute la journée sera dans la grisaille et la pluie. Nous récupérons la Panamericana, toujours sur une autoroute inachevée, serpentant d’une voie à une autre. Nous traversons une région plus accidentée, mais les sommets se perdent dans les nuages. Toujours aucune indication de direction dans les villes : nous traversons la zone commerciale de Santiago sans trouver le centre-ville. Nous faisons demi-tour pour nous garer près d’un Mac Donald et essayer de bénéficier de son wifi. Nous parvenons à envoyer les messages préparés hier dont celui à Tea. Nous cherchons le centre de Santiago pour essayer de dénicher un bureau d’information touristique qui n’existe plus… Nous prenons la route de San Francisco, déjeunons dans le camion et peu après, nous y sommes. Une église coloniale a été restaurée. L’extérieur est sans grand charme, sans décor, mais l’intérieur est superbe : l’autel et neuf retables en bois ont été sculptés par des artisans indigènes dans ce style simple et naïf que nous avons apprécié du Mexique à la Bolivie. Dommage que je ne puisse pas prendre plus de photos avec l’appareil de Marie. 

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Nous revenons à Santiago, continuons sur l’autoroute désormais à deux voies séparées mais dont la chaussée constituée de plaques de béton implique un rythme pénible. Nous sommes alors dans une plaine plantée en canne à sucre à perte de vue. Nous bifurquons en direction de Chitré. Presque par hasard nous trouvons l’église dont la façade toute blanche mérite une pause et la visite de l’intérieur, ample et accueillant. Nous cherchons ensuite la plage en demandant à tous les carrefours. On y accède après la traversée d’une zone de marécages, envahie par les palétuviers. 

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La marée est basse, l’eau s’est retirée loin. Des glaneurs de coquillages se sont aventurés sur la plage envasée, des oiseaux plantent leur bec dans le sable. Nous nous installons cul à la mer, profitons de ces  moments bucoliques, entre coassements des grenouilles et pépiements des oiseaux. Instants brutalement troublés par une sonorisation surpuissante en provenance d’un véhicule à quelques centaines de mètres. Les airs s’arrêtent, reprennent encore plus forts. Intrigué, je vais m’informer. Des baffles installés sur le plateau d’un pick up diffusent avec une insoutenable violence des rythmes qui font trembler gens et machines. Je me renseigne, il s’agirait de réglages effectués par des organisateurs de concerts… Le bruit ( il n’y a pas d’autre mot !) cesse puis reprend briévement ) à plusieurs reprises jusqu’au moment où nous nous couchons.

Vendredi 16 septembre : Mauvaise nuit, impression de vivre dans un sauna… Le soleil va rapidement chasser les nuages et bientôt nous transpirons de nouveau. Vite nous repartons en ville et parvenons à nous garer près du musée. Pas bien riche, des photos jaunies, des copies de bijoux en or ou de la tombe d’un cacique, quelques masques de carnaval et une robe brodée  de motifs de paon pour la section ethnographique. Sur la place, un cireur de chaussures fait office de cordonnier, je lui fais réparer un de mes mocassins. Nous nous rendons, avec désormais la climatisation, à Villa de Los Santos, charmant village à l’écart de la route, figé dans une autre époque, maisons basses à toit de tuile avec une véranda, toutes presqu’identiques mais peintes de couleurs différentes. Sur un des côtés du Parque, la classique place centrale de toute agglomération de la conquête espagnole, une église, toute blanche, au vaste intérieur, où le plafond très ouvragé amène à un beau retable coloré et doré.

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Nous continuons jusqu’à Guéraré, autre beau village où doit se tenir une fête, mais pas avant une semaine. Dommage ! C’est ensuite Las Tablas, petite ville animée dont l’église Santa Librada a été reconstruite à l’identique après tremblement de terre et incendie mais malgré un retable doré à la feuille, l’esprit n’y souffle pas ! Nous déjeunons à l’ombre d’un arbre sans avoir l’impression d’être à l’ombre… Nous poussons jusqu’à Pedasi où l’inattendue présence d’un office du tourisme transporte Marie de bonheur. La petite ville est aussi bien préservée et semble vivre, à en croire le nombre de pensions et restaurants, de touristes que nous n’apercevons pas. Dans une boutique tenue par une Française installée au Panama depuis vingt ans, nous découvrons nos premiers molas, des carrés de tissus en plusieurs couches, découpés et assemblés et qui ornaient la poitrine et le dos des robes des indiennes Kunas. Nous ne manquons pas de faire l’achat de l’un d’eux. Après avoir bien transpiré sous le soleil à faire le tour du village, nous prenons le chemin du retour. Nous arrêtons au village de Parita pour une dernière église du XVII° siècle, grande et toute blanche, elle a un curieux clocher orné de coquillages. Elle est fermée mais on m’indique où réside la femme qui dispose de la clé. Elle nous ouvre la porte : quelques beaux retables baroques aux colonnes torsadées mais le retable principal est en restauration, caché derrière des bâches. 

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Nous retrouvons la Panamericana jusqu’à Aguadulce d’où un bout de route nous amène, après avoir traversé des salines, à la plage dont nous ne pouvons approcher avec le camion. Nous décidons de nous poser pour la nuit derrière le restaurant Reina de Mar. Nous commençons par un Coca en faisant le bonheur des moustiques. Nous continuons avec des ceviche un de poisson et un autre mixte pour moi (plein de coquillages et de crevettes) puis des beignets de calamars et de langoustines avec une sauce un peu trop sucrée à notre goût. Nous ne nous ruinons pas… Retour au camion en espérant que la musique ne durera pas trop longtemps…

Samedi 17 septembre : La nuit et ses conséquences amoureuses, vues à la manière de Pérec (non, pas la sprinteuse…) : On dit d’un gigot : bon si cuit plus d’un quart de cadran. Moi, confit dans mon jus durant un tour du cadran, suis ainsi donc amolli, adouci, kilos partis, dixit qui m’a tant d’ans suivi, connu, pour lors au Paradis s’y croit ! Au réveil, les vautours, comme dans un « Lucky Luke », nous guettent d’un œil las et concupiscent. Ils entourent le camion et ne font pas même mine de s‘envoler quand nous en sortons. Nous allons jusqu’au minuscule port, au bout de la route, des barques sont posées sur la vase et au sommet de leurs mâts, des pélicans attendent le retour de celles qui sont parties en mer. 

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Nous retournons en ville, traversons la Panamericana pour aller jeter un œil à la ville jumelle de Pocri. Quelques maisons coloniales ordinaires près de la place de l’église, le Parque

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Nous roulons jusqu’à Nata, encore une de ces petites villes endormies sur le souvenir de leur passé colonial. Une grande et belle église blanche renferme de curieuses statues de Saint Pierre et d’un autre saint non identifié ainsi que quelques retables baroques aux belles colonnes torsadées, recouvertes d’une vigne grimpante. 

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Nous roulons sous un beau ciel bleu en suivant une cordillère qui a l’amabilité de retenir les nuages en provenance de la côte caraïbe. Nouvelle halte à Penonome, plus agitée. Nous nous rendons au marché, sous une halle, tous les légumes et les fruits, tropicaux ou non, sont exposés avec des odeurs d’herbes où domine celle de la coriandre. A l’étage, lamentable marché artisanal… A deux rues de distance, nous trouvons ce qui subsiste de la ville ancienne, quelques jolies maisons, certaines avec un étage, colorées et manifestement restaurées avec soin. 

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Dans l’une d’elle, devenue musée, nous sommes accueillis par deux sympathiques messieurs qui ont tout oublié du français autrefois appris à l’école, mais l’un d’eux peut encore nous réciter, avec fierté, La Marseillaise ! Ils tentent de faire revivre une manifestation folklorique à l’occasion de la célébration du Corpus Christi et nous fournissent des explications sur les mannequins de personnages exposés dans leur modeste musée. Nous rejoignons la côte, cherchons un soi-disant village authentique de pêcheurs, mais Farallon est devenu une station balnéaire pour nantis à l’abord du village, et plus loin, la plage accueille les estivants qui, en ce samedi, remplissent les parkings sauvages. Nous ne traînons pas, poussons jusqu’à Santa Clara dont nous ne verrons même pas la plage, là non plus. Les bords de mer sont tous privatisés et ce ne sont que belles demeures le long de ruelles défoncées. Nous repartons dans l’intérieur, la route s’élève jusqu’au gros village d’El Valle qui fait figure de station d’altitude avec ses 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous trouvons à nous installer à La Casa de Juan, une grande propriété, un peu foutraque mais où on peut camper. Hélas la prairie derrière la maison est inaccessible à cause de travaux. Nous devrons rester stationnés à l’entrée. Nous allons refaire un plein de provisions au supermarché tout proche puis nous passons la fin d’après-midi assis autour d’une table. Je parviens à récupérer un fonctionnement correct de l’ordinateur, recevoir le courrier et même à mettre le blog à jour.

Dimanche 18 septembre : Nous avons mieux dormi sans l’étouffante moiteur des basses terres. Je peux refaire les pleins d’eau avant de partir à la découverte d’El Valle. Nous commençons par le marché où, d’après le « Petit Futé », le marché artisanal et de primeurs est très fréquenté le dimanche par les Indiens de la région. Difficile de les identifier, ils s’habillent comme n’importe quel paysan panaméen… Les objets artisanaux, vannerie, sculpture sur bois ou sur pierre, sont d’un mauvais goût très sûr… Seules les plantes, fleurs et orchidées sont intéressantes mais il ne saurait être question d’en emporter. 

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Nous nous arrêtons ensuite à proximité de l’église, à l’heure de la sortie de la messe, très suivie semble-t-il. Le très modeste musée paroissial ne mérite pas vraiment le détour malgré une pierre gravée de pétroglyphes précolombiens représentant des orants, récupérés par le clergé local et présentés comme des adorateurs de Dieu ! Le temps se maintenant, nous décidons de nous rendre au mirador du Cerro de la Cruz. Rude montée mais sur du goudron, récompensée par une vision de toute la vallée nichée dans un ancien cratère mais le ciel est tout gris et continue de s’assombrir. 

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Nous y rencontrons un motard, un Français qui vit au Panama depuis plusieurs années, nous échangeons quelques considérations sur le pays puis nous redescendons la côte, debout sur les freins… Nous nous rendons à la Pintada, un des lieux touristiques fréquenté par les touristes locaux. Nous déjeunons puis nous allons faire la promenade proposée. L’entrée est payante, nous parvenons à négocier le tarif et payons celui des jubilados, les retraités. Un sentier bétonné monte en suivant un ruisseau et arrive rapidement à une grande roche plate, légèrement inclinée, sur la paroi de laquelle sont gravés des pétroglyphes mystérieux, soigneusement repassés à la peinture blanche ou noire pour être sûr de n’en manquer aucun détail… 

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Un peu plus haut, le sentier devenu plus difficile dans les racines et la gadoue conduit à une petite cascade, d’autres sont plus haut. Marie s’est arrêtée avant la première et il n’est pas question de poursuivre. Nous nous rendons ensuite à un centre de protection des orchidées. Dans un petit jardin, elles sont partout, sur toutes les branches des arbres, dans des pots, accrochées à d’autres plantes. Peu sont en fleurs, il nous faudrait Guy et Marie-Jo… 

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Nous ne visitons pas le « paradis des papillons », tenu par un Américain qui pratique les tarifs de son pays… Enfin dernière visite à la recherche d’arbres carrés ! Ils se trouvent sur le terrain d’un hôtel, à l’extérieur de la petite ville et à la lisière de la forêt. Après avoir versé notre contribution, nous partons sur un sentier dans la forêt, les yeux grands ouverts à la recherche de cette curiosité. Au bout de quelques centaines de mètres, j’abandonne Marie et continue seul sans rien voir. Je parviens à un pont suspendu au-dessus d’un torrent et m’apprête à faire demi-tour quand surgit un couple d’Américains qui m’encouragent à continuer quelques minutes. Et effectivement, je débouche dans une clairière où des panneaux indiquent « arbol cuadrado » avec une grande flèche désignant un arbre précis. En regardant bien, on découvre qu’à la base, la section du tronc est carrée !

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Après cette découverte végétale fondamentale, nous allons vite nous réapprovisionner en bière puis nous allons nous installer dans un campement découvert ce matin, dans un beau parc tenu par un célibataire très prévenant, grand connaisseur d’oiseaux à propos desquels il a écrit des livres. Nous nous installons sous une paillotte pour nous mettre à jour, relire le blog et, récompense dominicale, prendre l’apéritif. 

Lundi 19 septembre : Nous sommes réveillés par un violent orage qui dure jusqu’au matin. Quand nous regardons par les fenêtres, nous sommes entourés d’eau ! Je vais tout de même profiter de la douche froide avant que nous ne parvenions à nous extraire de notre bourbier. Nous reprenons la route de Panama dans la grisaille. Sur la Panamericana la circulation devient de plus en plus intense à l’approche de la capitale. Nous traversons le canal à son extrémité occidentale sur le pont Las Americas, bel ouvrage aérien d’où nous apercevons les infrastructures du port. Nous sortons en direction d’Amador, le quartier où nous avons l’intention de passer la nuit, avant de nous lancer dans la traversée de la ville. Nous trouvons facilement et rapidement le Yacht Club à proximité duquel nous pouvons stationner en toute sécurité. Nous nous installons sur un vaste parking désert, à la recherche d’un peu d’ombre car nous avons retrouvé les températures de la côte. Nous commençons à envisager l’occupation des jours suivants. Après déjeuner et une trop courte sieste, nous suivons le Causeway, la chaussée qui suit les bords du canal jusqu’à l’île Flamenco. Nous apercevons les bâtiments de l’administration américaine de l’ancienne zone qui paraissent à l’abandon. Des travaux routiers défigurent cette promenade, bien calme, peu fréquentée. Le Musée de la Biodiversité, dû à Gehry, est constitué de toits à pans coupés multicolores, fermé le lundi…

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Nous allons jusqu’à la marina, visitons ses boutiques duty free, sans grand choix et où les prix nous paraissent bien élevés. Nous revenons nous garer à proximité du Yacht Club et allons y prendre un verre pour profiter de son wifi et mettre le blog à jour. Nous surveillons le passage des cargos et bateaux de croisière qui sortent du canal. Alors que nous allions reprendre le camion, nous sommes abordés par Michel, un voyageur qui, avec sa femme, à bord d’un Ford avec cellule, est en route pour l’Amérique du Sud. Nous allons nous garer à côté d’eux et nous sommes invités à prendre l’apéritif, du Ricard avec du saucisson et du jambon cru ! Nous discutons voyages bien entendu… Nous nous promettons de nous revoir demain soir. Nous regagnons notre camion, complétons le festin de ce soir et enfin terminons la journée en mettant à jour nos récits.

Mardi 20 septembre : Au réveil, un message de Tea : le voyageur qu’elle avait trouvé pour partager le conteneur a renoncé et sauf candidat de dernière minute, le camion sera seul et nous devrons payer 500 $ de plus ! Nous traînons pour nous lever, nos voisins sont encore plus tardifs. Nous nous rendons dans le Casco Viejo, la vieille ville de Panama. Je ne trouve pas le chemin direct et nous nous retrouvons à traverser des quartiers aux maisons de bois très délabrées. La population est majoritairement noire et manifestement peu fortunée. Des soldats en arme patrouillent à tous les carrefours, ce qui ne rassure pas vraiment. Nous atteignons le quartier ancien presque par hasard. Nous passons par des rues où certaines maisons ont été plus ou moins récemment rénovées, d’autres sont encore à l’abandon ou en chantier. Nous nous garons sur un parking payant et partons en visite. Pas de pluie, et même un semblant de soleil ! Nous commençons par longer des remparts d’où la vue s’étend sur tous les gratte-ciel du front de mer, hélas toujours un peu perdus dans la  brume. Des Indiennes Kunas en costume traditionnel : jupe colorée, molas cousus sur la poitrine et dans le dos d’un corsage, fichu sur la tête et bracelets de fines perles dorées aux bras et en guise de jambières et un labret d’or incrusté dans une narine, vendent des objets d’artisanat sans grand intérêt.

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En contrebas, la Place de France avec des colonnes et des bustes de Ferdinand de Lesseps et autres personnages français du XIX° siècle à l’origine du projet du canal. L’ambassade de France s’y trouve également dans une belle maison blanche, entourée d’autres, toutes aussi joliment restaurées. Nous partons dans les rues qui ont gardé leur cachet, les rails des tramways sont encore là, on peut facilement imaginer la ville de Panama avec un siècle de moins. 

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Un beau musée d’art religieux colonial occupe une chapelle d’un couvent en ruine. Y sont exposés des tableaux, intéressants, souvent de l’école de Quito, des objets en provenance des églises coloniales que nous avons visitées précédemment. Nous passons devant le théâtre, parvenons à la place Bolivar avec des palais et une église, San Francisco, trop repeints à neuf. Nous apprécions l’église San Felipe Neri, non pour les chants liturgiques qui y sont dispensés, ni pour son décor, bien que son plafond soit intéressant, mais pour sa climatisation ! Nous nous y refaisons une santé quelques minutes avant de retourner dans la fournaise. Faute de pouvoir approcher le Palais Présidentiel (tout le quartier est bouclé par l’armée), nous nous rendons sur la Place de l’Indépendance, la cathédrale est en travaux, les Indiennes vendent les mêmes objets que les précédentes mais elles sont plus nombreuses en costume traditionnel. Nous allons déjeuner au René Café, salle climatisée, menu original avec beaucoup de fruits dans le riz ou la salade, tortilla farcie à la banane et aux pommes de terre. Nous continuons pour les ruines de l’Eglise de la Compañia et surtout pour l’Eglise San José qui, en plus d’un bel autel doré à la feuille d’or, est climatisée… une dernière place, puis l’Eglise de la Merced plus intéressante pour sa façade baroque en brique, qui se détache sur le blanc de ses tours, que pour son intérieur. 

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Nous revenons au camion. Je vais chercher des boissons fraîches pour l’apéritif de ce soir puis nous repartons. J’essaie de trouver la très laide chaussée construite sur la mer et qui entoure le Casco Viejo mais d’où l’on a une belle vue d’un côté sur ce quartier et de l’autre sur les gratte-ciel. Je m’arrête pour une photo et retrouve nos voisins de la veille. Nous rentrons de concert à notre « campement ». Nous nous rendons au Yacht Club où, en me faisant discret, je parviens à faire une lessive en utilisant les machines réservées en principe aux navigateurs. Nous invitons Michel et Valentine à prendre l’apéritif dans notre camion. Soirée sympathique à échanger des informations et à mieux se connaître. Il faut encore accomplir notre devoir du soir et dîner.

Mercredi 21 septembre : Au moment où nNous démarrons, un gros orage éclate et la pluie ne cessera pas de la journée. Nous quittons Panama sans nous perdre grâce au GPS et trouvons les écluses de Miraflores rapidement. Nous nous garons au parking des visiteurs et allons prendre nos billets : 15 $ pour les étrangers, 3 $ pour les locaux… Nous avons la chance, au moment même où nous entrons dans le bâtiment d’accueil qu’un cargo entre dans l’écluse située sous nos yeux. Nous le voyons très lentement se glisser entre les parois, ne laissant que quelques dizaines de centimètres de chaque côté. Il est halé par des mulas, puissantes locomotives électriques. 

 

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Il s’immobilise et le niveau de l’eau monte doucement dans l’écluse. Il s’éloigne quand les lourdes portes s’ouvrent. Pour le prix du billet nous avons droit à la visite d’un musée sur plusieurs étages consacré à l’histoire du canal, à la flore et à la faune locale, au développement économique induit et pour finir aux derniers travaux d’agrandissement des écluses qui permet de quasi tripler le tonnage des bateaux acceptés. Pour finir, un film est projeté dans une salle climatisée comme la banquise, répétition de ce que nous avons appris au musée. Nous remontons sur la plate-forme supérieure mais aucun navire n’est en vue ! Je suis tout de même étonné par le faible trafic sur le canal, moi qui croyais voir des files de bâtiments passer dans les deux sens. Nous déjeunons rapidement dans le camion et nous prenons la route de Colón, toujours à l’aide du GPS qui nous indique la route à suivre pour éviter les péages. Non que nous voulions leur échapper mais il faut un badge, type télépéage, délivré nous ne savons où et avec des photocopies à fournir… A l’approche de Colón, le GPS nous trahit, veut nous ramener sur l’autoroute, nous devons continuer comme nous en avions l’habitude : en demandant notre chemin… Nous arrivons aux écluses de Gatún. Un énorme porte-conteneurs chinois nous y attend, nous traversons l’écluse sur un pont amovible, au ras de son impressionnante proue. Parvenue de l’autre côté et bien qu’il pleuve toujours, Marie a envie de se rendre au centre des visiteurs. Nous faisons donc demi-tour, repassons à la barbe des Chinois et roulons jusqu’au parking. Nous découvrons qu’il faudrait là aussi payer 15 $ pour revoir des écluses. Nous repartons mais, entre-temps, notre porte-conteneurs a fini d’entrer dans l’écluse, l’eau du bassin est évacuée et nous devons attendre une demi-heure qu’il s’éloigne avant de pouvoir traverser de nouveau. Nous pensions les problèmes de traversée d’écluses terminés. Mais non ! Nous cherchons notre chemin dans un dédale de routes qui vont se perdre dans des installations du canal, longeons d’autres écluses avec des navires en attente. Nous demandons notre chemin, nous devons de nouveau traverser des écluses ! Nous ne comprenons plus rien, avant de découvrir que ce sont les nouvelles écluses que nous devons franchir. Toujours sur des ponts métalliques, nous découvrons des écluses presque vides et d’autres parallèles remplies et occupées par des cargos qui nous dominent de tout leur gigantisme. 

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Enfin nous sommes sur la bonne route, étroite et taillée dans une forêt envahissante, ne laissant parfois plus que la place pour un véhicule. Nous arrivons à une marina où nous demandons l’autorisation de passer la nuit, garés sur le parking, devant les voiliers et catamarans de navigateurs en transit. Nous allons prendre une boisson sous l’agréable véranda  avec vue sur les embarcations ancrées.

Jeudi 22 septembre : Plus de pluie, le soleil revenu change les flaques en vapeur d’eau… Après avoir profité des installations sanitaires de la marina et notamment d’une douche chaude, nous repartons. Une route étroite, taillée dans la forêt, nous amène au Parc de San Lorenzo et quelques kilomètres plus loin aux ruines du fort qui commandait l’estuaire du Rio Chagres. Il n’y a plus que les sinistres urubus pour hanter les lieux, les ailes déployées comme des cormorans, prêts à s’envoler à notre approche. Nous faisons le tour des fortifications en admirant la vue sur la forêt, l’Atlantique et les eaux du rio qui s’y mêlent à nos pieds.

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Nous regrettons un peu de ne pas être venus bivouaquer ici hier soir. Nous rejoignons Colón et entrons dans la ville par son avenue principale. Tous les bâtiments semblent sur le point de s’effondrer, les murs sont lépreux, verdâtres, rongés par l’humidité. Des abris de fortune en planches sont installés sur les balcons des plus grands immeubles, les rues sont complètement défoncées, même les constructions plus récentes sont gagnées par cette déliquescence.

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Nous découvrons le plus grand hôtel de la ville, le Washington, fort bien situé à la pointe sur les bords de l’océan, mais là aussi la décadence est en marche, les traces du luxe passé, horloges, trophées en défenses d’éléphant, lustres, font ressortir la tristesse du lieu. Cahin-caha, nous nous traînons vers la sortie de la ville. Nous allons refaire des courses dans un supermarché et nous arrêtons à une station-service pour déjeuner avant de prendre la route de Portobelo. Après avoir traversé des quartiers peu engageants où les ordures couvrent les bas-côtés et s’amoncellent aux carrefours, nous suivons de près la côte, séparés de la mer par un rang de cocotiers. Nous croisons de nombreux bus locaux, couverts de décorations aux inspirations variées : Jésus, guerriers virils, blondes fessues et mamelues, personnages de Disney etc… 

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Les plus beaux ont ajouté, à l’arrière, des pots d’échappement chromés, grands comme des cheminées de paquebot. 

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Nous atteignons Portobelo, ancienne cité dotée de forts encore pourvus de leurs canons et d’une douane aux belles arcades. Nous nous y promenons, visitons l’église et son curieux Christ Noir qui donne lieu à un pèlerinage suivi dans toute l’Amérique Centrale. Nous repérons les restaurants où nous pourrions dîner ce soir mais il est encore tôt et nous décidons de continuer jusqu’à une marina que nous avait indiquée Michel et Valentine et où il y a aussi un restaurant. Nous roulons maintenant à l’intérieur des terres, passant entre pâturages et restes de forêt. Une piste entretenue conduit à la marina. De belles pelouses au bord d’une mer calme, ombragées par des cocotiers, nous paraissent un bivouac idéal. Nous cherchons le restaurant, le trouvons au bout d’une jetée, trois tables et une sono qui crache des décibels… Peu de plats, plus chers qu’à Portobelo mais il nous faut l’accord d’un responsable pour rester dormir. Je finis par le trouver, peu aimable, il refuse net ! Nous n’avons plus qu’à repartir alors que le soleil est bien bas. Nous décidons de continuer jusqu’à Palenque où se trouverait un restaurant. Nous y sommes à la nuit. Les rues sont en terre, peu d’éclairage. En demandant, nous finissons par trouver ce restaurant mais il est fermé… Nous ne pouvons plus que nous installer en bord de plage, devant la maison d’une dame très aimable. Marie est très mécontente et ne desserre pas les dents de la soirée.

Vendredi 23 septembre : Nous n’avons pas été dérangés, les gosses curieux de la veille après s’être fait rabroués par notre voisine, ne se sont plus manifestés. Nous repartons de très bonne heure, sous le soleil, avec l’intention d’aller jusqu’au bout de la route qui ne devient côtière que sur les tout derniers kilomètres. Une rivière, sans pont ni bac, interdit d’aller plus loin, nous revenons sur nos pas en traversant consciencieusement chaque village. Ils se ressemblent tous : un alignement de maisons colorées, en dur avec une petite véranda, une place minuscule pourvue d’un odéon et une église blanche avec des touches de peinture mauve. 

 

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Nous retrouvons Portobelo et décidons, faute d’y avoir dîné la veille, d’y déjeuner ce midi. En attendant l’heure propice, nous allons traîner au petit marché artisanal avec l’intention d’y acheter des molas. Nous allons ensuite visiter le fort Santiago qui donne une bonne idée, avec ses canons encore en place, de ce qu’était une place défensive pour se protéger des pirates. Des plateformes supérieures nous avons une belle vue sur la rade où mouillent de nombreux voiliers. 

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Nous nous rendons à la boutique de la Casa Congo où sont proposés des objets d’inspiration africaine, des colliers en boules d’ivoire végétal, des paniers très finement tressés mais aussi très chers. Nous déjeunons au restaurant de ce centre culturel, bien situé en bord de mer. Nous disposons du wifi et recevons ainsi les instructions de Tea qui nous a trouvé un partenaire pour le conteneur. Excellent repas, ceviche de poulpe, crevettes marinées dans le citron et autres épices puis grillées et poulpe en sauce coco, accompagnés de riz au coco et les bières sont glacées ! Quand nous repartons le temps se gâte et la pluie ne tarde pas. Nous retrouvons la route de Panama. A la suggestion de Tea, je fais laver la voiture mais cela nous a fait perdre du temps et quand nous arrivons dans la banlieue de Panama, nous tombons dans des embouteillages monstres. Nous roulons au pas, quand nous roulons ! La nuit tombe, plus question de passer réserver une chambre à l’hôtel avant de gagner notre point de bivouac. Nous ne trouvons pas de sortie pour Amador, le quartier où nous voulons nous rendre et nous sommes embarqués dans une traversée du Pont Las Americas sans possibilité de demi-tour. Nous devons rouler jusqu’à la première agglomération pour trouver une sortie et revenir sur nos pas. Cette fois nous parvenons à notre bivouac sans nous tromper. Il est 8 heures du soir, trois heures pour 8 kilomètres !!! Nous décompressons en envoyant quelques messages, à Nicole, Julie et Guy à qui nous répondons sur le ton déjà employé pour la fondation du club des 3A (Amicale des Azalaïens Amphibies). Dîner froid et au lit.

Samedi 24 septembre : Nous traînons ce matin. Nous avons décidé de nous rendre au site de la ville ancienne, Panama Vieja, à quelques kilomètres sur la côte mais toujours en ville. Nous avons repéré le trajet en utilisant le GPS et la circulation n’étant pas trop dense, cela ne pose aucun problème, nous en sommes presque étonnés… Nous suivons le front de mer, en passant devant l’alignement des gratte-ciel qui donnent à Panama un air de Miami. L’un d’eux est particulièrement étrange, en forme de vis, chaque étage est décalé du précédent et du suivant par une rotation de quelques degrés. 

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Dommage que le réseau de toboggans et de souterrains ne nous offre pas la possibilité de nous arrêter pour les photographier. Nous parvenons au site. Pour une fois le tarif est le même pour tous et nous pouvons bénéficier de celui réservé aux retraités ! Nous commençons la visite par le musée, contant les 150 ans de l’histoire de cette première ville au Panama, abandonnée après son pillage par des pirates et des incendies. Peu de pièces préhispaniques exposées et sans la moindre information, mais il y a beaucoup à lire, en espagnol ou en anglais. Pendant la visite un orage éclate mais il est calmé quand nous sortons. Un guide nous propose de profiter d’une voiturette électrique pour traverser le site, entre marais et ruines, et nous amener au pied du bâtiment le plus spectaculaire, la tour de la cathédrale.

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Il ne reste pas grand-chose de la cité, quelques pans de mur des églises et couvents, chaque congrégation avait les siens. A l’intérieur de la tour un escalier moderne a été construit et de son sommet on peut admirer la ligne des gratte-ciel, la chaussée construite sur la mer et le parc, bien entretenu, et où sont dispersées les ruines. Nous nous promenons au milieu. Des éclairs, des coups de tonnerre nous annoncent le retour de l’orage. Nous essayons de nous presser alors que la pluie, de plus en plus violente nous frappe. Nous nous réfugions à l’intérieur de l’une des églises, heureusement pourvue d’un toit de protection mais les embruns poussés par le vent pénètrent dedans. Quand la pluie cesse, nous revenons à pied, pataugeant dans les mares, Marie complètement trempée. Nous sommes contents de retrouver notre camion pour nous changer et déjeuner tardivement. Nous rendons visite au marché de l’artisanat installé dans un pavillon tout proche. Ces vendeurs agréés ne proposent, comme souvent, que des pièces moins intéressantes et plus chères. Néanmoins nous achetons encore trois molas. Nous reprenons le chemin du retour. Nous faisons un détour pour aller confirmer notre réservation à l’hôtel Marparaiso qui ne semble pas bien luxueux puis, après avoir trouvé un supermarché pour refaire un plein de bière et de pain, nous retournons nous garer selon notre habitude. Nous commençons à nous mettre à jour quand arrive un camper Toyota de Suisses que nous avions déjà rencontrés en Alaska ! Ils prennent le même bateau que nous. Nous discutons de nos voyages et projets puis nous allons au Yacht Club, sans eux qui doivent terminer leurs provisions avant le départ. Nous nous offrons un mojito pour compenser l’apéritif que nous ne pourrons sans doute pas prendre demain. Beaucoup d’eau gazeuse et de menthe… Nous dînons ensuite dans ce repaire américain, un steak saignant avec de bonnes frites pour moi. Marie a commandé des patacones, bananes plantain, farcies aux crevettes qui ne l’enthousiasment pas. Retour au camion.

Dimanche 25 septembre : Encore un jour où nous ne sommes pas pressés. Nous ne démarrons qu’à près de dix heures après avoir salué nos compagnons suisses. Sans presque nous tromper, en tout cas en nous rattrapant bien, et aussi grâce à une circulation rare, nous trouvons le musée d’Anthropologie. Fermé, en restauration ! Nous décidons alors de nous rendre au Cerro Ancon, cette colline couverte d’une forêt encore dense qui domine la ville. Toujours grâce au GPS nous trouvons la route d’accès. Très étroite, elle ne permet le passage que d’un seul véhicule et la circulation est réglementée. Le parking au sommet est très petit mais nous pouvons nous garer. De là, la vue s’étend d’un côté sur le canal, ses deux ponts

 

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et les écluses de Miraflores, de l’autre sur les gratte-ciel,

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la côte et le Casco Viejo. Mais tout est, comme toujours, perdu dans les brumes de chaleur. Nous montons, en transpirant à grosses gouttes, jusqu’au pied du mât sur lequel flotte un drapeau panaméen grand comme un terrain de basket. Les visiteurs panaméens ou autres sont tous atteints de la « selfite » et se prennent en photo, forçant un sourire de circonstance, avec leurs longues cannes. Nous y retrouvons nos Suisses, montés sportivement à pied. Nous nous rendons ensuite à « Mi Pueblito », un ensemble de bâtiments reconstruits au pied du cerro. Nous en faisons très rapidement le tour, très déçus par le peu d’intérêt de ce que nous voyons. Nous déjeunons dans le camion et comprenons en observant les autres visiteurs qu’il doit y avoir un autre lieu de l’autre côté de la route. Effectivement, un ensemble de belles maisons coloniales antillaises entoure une place avec son odéon. Toutes sont décorées avec des dentelles de bois aux pignons, sur les galeries, sous les rebords des toits, ce que nous avions déjà rencontré dans d’autres contrées coloniales tropicales. 

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Mais beaucoup de portes sont fermées et il n’y a guère d’animation, encore moins de panneaux explicatifs. Nous nous rendons à l’hôtel Marparaiso où nous avions réservé une chambre. Rien de bien merveilleux, un lit, une salle de bain, la climatisation et un réfrigérateur. Les prises de courant sont mal prévues, le mobilier peu commode et l’éclairage déficient mais ce n’est pas trop cher. Nous apprécions la sieste en climatisé. Nous trions ce que nous allons garder avec nous puis je vais explorer le quartier à la recherche d’un restaurant pour ce soir. Presque tout est fermé. Nous allons dîner au restaurant de l’Hôtel Roma. Comme dans tous les lieux conviviaux, la télévision est au maximum et chacun n’a d’yeux que pour elle. Les plats ne sont pas très raffinés mais très copieux, un aurait pu suffire pour nous deux. Retour à la chambre pour les ultimes préparatifs avant l’inspection prévue demain.

Lundi 26 septembre : Je guette la venue du jour pour enfin pouvoir me lever et partir. A six heures, après les derniers préparatifs, je quitte la chambre et Marie à peine réveillée. J’ai repéré l’itinéraire et la circulation point encore trop folle me font trouver le lieu de l’inspection sans difficulté. Je suis le premier des voyageurs, vite rejoint par les Suisses puis par d’autres Suisses et par deux couples d’Allemands, tous jeunes et assez fortunés pour se permettre ce genre de folie. Des Panaméens sont aussi présents pour un changement de plaques d’immatriculation, suite à un déménagement. Pour eux le contrôle sera plus strict que pour nous. Tout le monde a levé le capot moteur et nous sommes venus tôt afin que les moteurs soient refroidis ! Il faut attendre huit heures avant qu’un policier peu souriant commence la tournée. Cela ne lui prend qu’une minute pour vérifier que les indications sur le document de la douane correspondent à celles de la carte grise et j’en ai terminé. Retour au parking de l’hôtel. Nous petit-déjeunons dans la salle sinistre du restaurant de l’hôtel, pain, beurre et saucisses. Tea m’envoie les instructions pour les formalités à Colón et demande que je lui verse 850 $ sur son compte. Ce que je fais aussitôt à la banque toute proche de l’hôtel puis je vais au supermarché acheter un poulet rôti et du raisin pour pique-niquer ce midi à la chambre. Je commence à avoir mal à un talon mais je n’ai pas fini de marcher… Nous appelons Julie au téléphone, elle n’a toujours pas lu une seule ligne du blog ! Mais elle nous a traduit les instructions de Tea pour qu’il n’y ait pas de doutes. Je repars à pied au siège de la police, distribue encore des photocopies puis en compagnie des Suisses, nous attendons. Une demi-heure plus tard, on nous délivre le document nous autorisant à sortir le camion du pays. Nous convenons avec tous les Suisses de nous rendre ensemble au port. Rendez-vous est pris pour demain 6 heures. Je reviens à l’hôtel en boitant de plus en plus. Je dois encore faire imprimer le bill of loading envoyé par Tea et tirer un certain nombre de photocopies. Une affiche au siège de la police vantait : « Un Panama sans papier » ! De retour à la chambre dont Marie n’est pas sortie, nous cherchons puis réservons un vol pour Carthagène, jeudi, et dans la foulée, une chambre à l’Hôtel Villa Colonial. Nous corrigeons le texte du blog mais je n’ai pas le temps de l’envoyer. Je ne peux plus poser le pied par terre mais il faut ressortir pour aller dîner. Marie a très envie d’aller au Mercado de Mariscos, le marché aux fruits de mer. Nous négocions la course d’un taxi. Le marché couvert est fermé à cette heure mais des gargotes sont installées à côté. Toutes proposent ceviche, cocteles de camarones, de pescados, de poulpos etc… Nous en choisissons un au hasard, le moins bruyant. Nous sommes très déçus, ceviche trop pimenté, trop d’oignons et surtout servi avec du surimi ! Les beignets de calamars sont très quelconques… Retour en taxi à la chambre.

 

Mardi 27 septembre : Encore un réveil matinal, à six heures je suis debout et cinq minutes plus tard j’embrasse Marie qui va encore passer une journée seule, dans la chambre. Guère de monde dans les avenues et un quart d’heure plus tard je retrouve les Suisses là où nous avions dormi les nuits précédentes. Nous attendons les autres Suisses qui se font attendre et ce n’est qu’à 6 h 45 que nous prenons la route en convoi. Nous passons par les écluses de Miraflores pour sortir vite de la ville et à 8h15 nous sommes au port de Manzanillo à Colón. Nous nous garons devant la compagnie maritime et faisons tamponner en cinq exemplaires le bill of loading. Nous repartons pour le service des douanes à 2 kilomètres où nous sommes très gentiment accueillis, notamment par une jeune femme pourvue d’un cul à damner un évêque, ravie de rencontrer un Français et qui va chercher sur son téléphone portable une photo de la Tour Eiffel illuminée ! Le passeport est rapidement tamponné pour décharger l’importation du camion, d’autres documents (photocopies du passeport, du permis, de la carte grise, du papier délivré hier par la police, du document d’importation temporaire, en trois exemplaires…) sont également visés. Nous retournons au port où nous devons affronter d’autres services douaniers. Au premier guichet, on se contente de tamponner l’un des documents (deux exemplaires), au second on nous demande un troisième exemplaire du dossier constitué (il faut trouver un bureau où on veut bien nous faire des photocopies…) et au troisième nous réglons quelques frais pour les services du port, ce qui nous permet de récupérer deux nouveaux documents (en deux exemplaires). Entre temps les Allemands sont arrivés et se sont joints à nous. Nous repartons pour l’entrée du port sous douane en un convoi de plus en plus important. Un orage éclate et c’est sous la pluie que nous cherchons la bonne entrée. Bien entendu, il n’y a aucune indication de direction. Nous devons nous y reprendre à plusieurs fois, en tournant et retournant avant de comprendre que nous sommes bien devant la bonne porte mais que nous devons laisser les véhicules à l’extérieur, sur une route parcourue par d’énormes camions lancés à grande vitesse, toutes sirènes hurlantes. Je commencerais bien à m’énerver mais le calme de mes compagnons helvétiques et la discipline de mes compères teutons m’en dissuadent. Les conducteurs seuls sont autorisés à pénétrer dans l’enceinte où, après avoir déposé un nouveau dossier enrichi des derniers documents (ou sans, ou rien que les derniers, je ne sais plus…), nous sommes autorisés à amener les camions sous un auvent. Là, nous devons attendre l’inspection et notamment celle de la brigade canine. Ce doit être l’heure du déjeuner ou de la sieste des chiens car ils tardent à arriver. Un « inspecteur » nous est présenté. Il doit vérifier le contenu des véhicules et ne se contente pas d’un contrôle superficiel. Il fait déballer le contenu des camions des Allemands qui ont d’autant plus de choses qu’ils ont de la place : bateau gonflable, planches à voile, à roulettes, torches de jardin, caisses d’outillage, de hamacs, et tout un bric-à-brac dans lequel notre « inspecteur » plonge avec régal des mains baladeuses, toujours ressorties sans paquet suspect. La visite des deux campers est plus rapide, sans doute commence-t-il à fatiguer… Nouvelle attente puis arrivée de la brigade canine, un malheureux toutou, mouillé par la pluie qui se fait houspiller pour grimper dans les camions, la truffe lasse de tant de reniflements inutiles et qui n’a sans doute jamais humé le moindre plant de cannabis. Nous pensons en avoir terminé, le temps a passé, l’après-midi est bien entamée, je n’ai encore rien bu ni mangé... Un des Allemands me propose un fond de bouteille d’une sorte de bière de pastèque, ignoble ! Le Suisse, pris de pitié, m’offre une canette d’un soda à la fraise tiède. Au secours ! Arrivée d’un responsable pourvu d’un appareil photo, chargé de contrôler l’état de nos camions. Photos sous tous les angles, relevé des accrocs. Il faut attendre la mise au propre d’un document que nous signons et nous pouvons partir en abandonnant nos engins avec la clé sur la porte. Nous soufflons à la sortie. La Suissesse nous offre des gaufrettes au miel mais n’a rien à boire. Un taxi nous propose de nous ramener à Panama. Nous marchandons le prix puis partons, répartis dans deux voitures, mais avec la consigne, approuvée par un des Allemands, de s’arrêter au premier débit de boisson. Ce sera une station-service où j’ai la surprise de trouver des siu mai que je fais passer avec une bière délicieuse. Nous empruntons une portion de l’autoroute, repassons devant les écluses de Miraflores puis arrivons sur le front de mer. Le chauffeur de taxi ne veut pas s’arrêter pour me déposer à la hauteur de la 34° rue mais des policiers le stoppent pour un contrôle au cours duquel nous découvrons qu’il n’a pas le permis (de conduire ou de circuler à Panama ?). Nous l’abandonnons et nous nous séparons tous avec promesse de nous retrouver à Carthagène pour les formalités de débarquement… Je rentre à pied à l’hôtel, épuisé, affamé et surtout assoiffé. Je retrouve Marie qui a passé la journée à lire. Après avoir récupéré, nous allons dîner dans un restaurant à consonance italienne, le San Marina, mais dont la cuisine ne doit rien à la péninsule. Nous commandons un plat de poulpes en sauce, une épreuve pour les dents, puis une parrilla de fruits de mer et de viandes, très copieux, excellentes crevettes mais le poulpe est aussi dur et le boeuf aussi. Retour à la chambre pour trouver un message de Guy et Marie-Jo que nous devrions rencontrer à Carthagène.

 

Mercredi 28 septembre : Réveil plus tardi. Nous descendons petit-déjeuner dans la salle sinistre, toujours sur fond de télévision tonitruante puis nous remontons téléphoner sur Skype à Nicole. Nous partons en taxi pour le Casco Viejo, un orage éclate mais il est bref et ne se répétera pas, un beau soleil va nous permettre de pleinement profiter de cette dernière journée à Panama. Nous nous faisons déposer sur la place de l’Indépendance et nous nous rendons sans plus attendre au Musée du Canal Interocéanique logé dans l’ancien siège de la Compagnie française du Canal. 

 

 

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Encore un de ces musées à l’américaine avec abondance d’explications et rassemblement d’objets pour illustrer les textes. Nous apprenons tout sur les premières routes terrestres qui permettaient d’acheminer les richesses arrachées au Pérou, à la Bolivie, par voie maritime vers Panama puis sur la côte caraïbe, la construction d’une voie ferrée, puis du canal. Des sections décrivent la vie des différentes communautés, le développement de la région, les bouleversements politiques entraînés jusqu’à nos jours. Nous y passons beaucoup de temps et à l’heure de déjeuner nous n’en avons pas encore terminé. Nous allons dans un pub, le Red Lion, sur la place, après avoir vainement cherché un autre restaurant plus abordable. Bonne nourriture, toujours très, trop, copieuse mais que la bière y est chère ! Nous retournons finir la visite du musée avec une salle consacrée à une exposition de photos anciennes. Une autre propose une exposition de peintres mexicains modernes, de Rivera à nos jours, très intéressante, notamment par la découverte de surréalistes contemporains dont un certain Remedios Varo dont nous aimerions bien en savoir plus. Nous en sortons épuisés, mais nous nous dirigeons quand même vers les deux boutiques que Marie tient à visiter sans, ouf, rien y trouver… De là, nous continuons vers la Place de France puis grimpons sur les remparts pour jouir de la belle vue sur l’alignement des gratte-ciel mais cette fois avec une meilleure luminosité. 

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Un taxi nous ramène à l’hôtel. Nous prévenons pour notre transfert gratuit à l’aéroport demain et pouvons enfin nous reposer. Nous ne ressortons pas pour dîner et terminerons nos restes dans la chambre.

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