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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 22:49

Jeudi 29 septembre : Debout peu après six heures, nous partons après le petit déjeuner dans un minibus de l’hôtel pour l’aéroport. Il est situé plus loin que nous ne le pensions, au-delà des derniers gratte-ciel que nous revoyons une dernière fois sous un soleil inespéré. Nous avons du temps à perdre avant l’heure du décollage et je le mets à profit en trouvant un appareil photo Nikon, un des modèles de ceux que j’avais envisagé d’acheter avant de repartir de Toulon. Il est vendu moins cher qu’en France. Je mets aussitôt sa batterie en charge mais nous embarquons avant qu’elle ne soit pleinement chargée. Nous décollons peu après onze heures trente, pour une heure de vol, une des heures de vol les plus chères de tous nos voyages. Nous avons tout juste le temps de nous voir servi un minuscule sandwich (j’en obtiens un second) dont je dois retirer le bout de fromage… Nous nous posons à Carthagène sous un soleil inattendu. La petite aérogare est au milieu des fleurs et des plantes tropicales, agréable arrivée dans cette ville dont nous avons tant rêvé. Formalités rapides effectuées par des agents aimables et pas tatillons. Nous sautons dans un taxi dont les tarifs sont affichés à la sortie et, après avoir suivi le bord de mer et sa plage, nous atteignons les fortifications de la vieille ville. La circulation est intense, des immeubles récents se dressent à l’intérieur des remparts, nous sommes un peu déroutés. Nous sommes déposés dans une ruelle peu engageante devant notre hôtel, le Villa Colonial. On nous alloue une chambre, climatisée, sans vue sur la vieille ville comme prévu mais sur l’escalier… Nous ne sommes pas ravis… Nous nous reposons un peu, mettons en charge les appareils électroniques. Nous avons un message de Guy et Marie-Jo que nous devons retrouver ce soir. Je vais faire le tour du pâté de maisons, beaucoup de boutiques se sont reconverties en mini hôtels ou gargotes à touristes. Nous partons nous promener en suivant une ruelle bordée de ces maisons basses coloniales aux murs colorés, les fenêtres cachées derrière des grilles en fer forgé ou en bois d’où s’échappent de gros buissons de bougainvillées. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Les maisons à étage ont des balcons en encorbellement qui procurent une ombre bienvenue aux passants. Les perspectives des rues avec leurs maisons plus ou moins anciennes (beaucoup de fenêtres semblent bien avoir été restaurées récemment), donne envie d’en découvrir plus tout en me laissant dubitatif. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Il fait plus chaud qu’à Panama mais le taux d’humidité est plus bas et nous ne transpirons pas autant. Nous passons sur une place, devant l’église du Saint-Sacrement où les vendeurs ambulants proposent toutes sortes de boissons fraîches à des jeunes en uniformes scolaires. Nous examinons la carte des restaurants, les prix sont relativement élevés, la clientèle touristique y est pour quelque chose. Nous sommes à peine de retour à la chambre que nos amis s’annoncent. Nous restons ensemble dans le hall d’accueil à nous raconter nos aventures puis nous allons dîner ensemble au « Bohemiane ». Nous nous y offrons un mojito pour fêter nos retrouvailles puis commandons des plats de riz supposés être garnis de diverses viandes que nous aurons du mal à trouver dans l’assiette… Retour à la chambre après cette première journée colombienne.

Vendredi 30 septembre : Nous ne nous réveillons pas de bonne heure, les motards belges sur le départ sont un peu bruyants et l’hôtel commence à résonner des bruits de ses occupants. Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse avec vue sur des toits et des parkings dans des terrains vagues. Ce n’est pas tout à fait le vue espérée et décrite sur le site de booking.com ! Je vais demander et obtiens de changer pour la chambre à l’étage supérieur, mieux agencée et plus claire. Nous partons pour la visite du quartier ancien central. Après avoir emprunté une ruelle où les vendeurs de jus de fruits, de beignets attendent les clients derrière leur boutique ambulante, nous longeons un parc dont toutes les entrées ne sont pas ouvertes, ce qui nous interdit de le traverser. Nous arrivons alors à une porte dans la muraille surmontée d’une tour blanche et jaune avec une horloge. Nous la franchissons et aboutissons à une jolie place entourée de ces maisons coloniales colorées avec de belles fenêtres et des balcons en encorbellement qui doivent beaucoup à l’architecture arabe, des moucharabiehs à l’espagnole.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Toute la ville ancienne n’est qu’une succession, dans toutes les rues, de ce type de maisons. Beaucoup ont été restaurées et font un peu trop neuves mais l’ensemble est exceptionnel. Nous découvrons une seconde place encore plus spectaculaire avec son ancienne douane, un long bâtiment à arcades et ses anciennes demeures devenues des banques. Nous allons nous renseigner à l’Office du Tourisme puis je vais essayer de tirer des pesos à des distributeurs automatiques avec un succès mitigé. Je n’obtiens rien à la BBVA mais je réussis à obtenir avec ma carte 600000 pesos à la Banque de Colombie ! Il ne faut pas hésiter une seconde sinon la transaction est interrompue ! Guy et Marie-Jo nous annoncent qu’ils sont dans les parages. Nous partons à la découverte de la vieille ville, émerveillés à la vue de chaque perspective de maisons dans les ruelles. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Je me rattrape, frustré des dernières semaines, avec mon nouvel appareil photo mais le soleil n’est pas vraiment de la partie. Ne nous plaignons pas, il ne pleut pas… Dommage que les automobiles soient autorisées à y circuler. Un peu trop de commerces se sont emparés de l’opportunité d’exploiter le filon touristique. De belles Noires (Antillaises ?) ont revêtu des robes très colorées, un madras sur la tête, elles vendent des fruits, ananas, papayes et autres fruits tropicaux devant les églises. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Ces dernières sont soit fermées, soit sans grand intérêt, sans l’exubérance baroque que nous avions connue auparavant. Nous allons dîner à El Bistro ( ! ). Filets de poisson frits avec une purée ou morceau de porc très gras. La présentation est soignée mais ce n’est pas l’abondance dans l’assiette et les saveurs sont très quelconques. Nos amis ont envie d’un café, occasion pour moi de goûter le café colombien mais je ne suis pas assez connaisseur pour porter un jugement. Nous continuons notre déambulation dans les rues colorées et fleuries que des fiacres, en quête de touristes, sillonnent.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le ciel s’est couvert, nous commençons à fatiguer. Nous allons prendre une boisson dans une gargote à l’extérieur des remparts puis nous nous séparons et rentrons à l’hôtel sans trouver une épicerie où nous aurions pu acheter du jambon pour dîner à la chambre ce soir. Nous nous reposons ou vaquons à nos activités de fin de journée puis je ressors acheter deux brochettes et des bières. La rue est animée, on danse dans un café, des pétards explosent. Nous essaierons de voir cela demain… Nous pique-niquons rapidement à la chambre puis je redescends à la réception pour essayer, inutilement, d’avoir un meilleur wifi et répondre au courrier.

 

Samedi 1er octobre : A 2h45, nous voisins rentrent et mettent la télévision assez fort pour que de l’autre côté du couloir, je puisse suivre le feuilleton. Marie dort et ne s’aperçoit de rien. Je ne dis rien pour ne pas la réveiller… Ils ont dû s’endormir sans l’éteindre car à 9 heures, elle fonctionne toujours… Nous attendons, comme prévu, l’arrivée de Guy et Marie-Jo. Un message nous avertit de leur retard. Nous décidons de leur donner rendez-vous au restaurant La Cervicheria et de nous y rendre. Une dépression tropicale baptisée Matthew est annoncée pour la nuit suivante et le ciel est gris. Nous suivons notre rue et repassons devant les murs peints, aperçus la veille. L’un des murales est intéressant, un visage démultiplié.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous avons juste le temps d’atteindre une avenue, bordée de boutiques avec un auvent de béton qui court tout au long du pâté, avant qu’un gros orage éclate. Nous progressons entre deux ondées jusqu’au moment où les cieux se déchaînent. Les gouttières crachent des cascades directement sur les trottoirs, les évacuations sont vite engorgées et le niveau d’eau monte sur la chaussée. Aucune voiture ne circule, le temps s’est arrêté. Quand la pluie cesse, nous nous remettons en route mais les ruelles sont transformées en ruisseaux qu’osent à peine emprunter les taxis. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le niveau baisse rapidement et nous pouvons recommencer à admirer les maisons dont les couleurs ont été avivées par la pluie. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Guy et Marie-Jo sont déjà au restaurant, nous sommes les premiers arrivés mais les derniers dont on prend la commande. Nous attendons une heure et demie avant d’être servis ! Les plats sont excellents, un copieux ceviche péruvien de poisson et de crevettes et pour Marie un assortiment de fruits de mer dans une sauce au lait de coco et au curry, délicieux, mais les prix sont beaucoup plus élevés aussi. Nous partons nous promener, d’abord dans des rues peu intéressantes, avant d’atteindre les remparts où des boutiques d’artisanat ont été installées dans d’anciens cantonnements. Nous allons prendre un café dans un bar-restaurant argentin, le Marzola, décoré avec de vieux objets mais aussi où murs et planchers sont couverts de capsules de bières. La photo de Carlos Gardel y est omniprésente. Nous revenons vers le centre, sans pouvoir visiter l’église de Santo Toribio pour cause de mariage. Tout juste pouvons-nous apercevoir son autel baroque. Le ciel est de plus en plus gris et il tombe quelques gouttes. Nous allons visiter le Musée de l’Or, principalement consacré aux peuples anciens de la région. Dans les quelques petites salles sont exposées des poteries et surtout des objets en or, des boucles d’oreilles, des bijoux et notamment des ornements de narine, très semblables à ceux déjà vus au musée de San José et qui sont communs à toutes les cultures précolombiennes du Pérou au Costa Rica.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous commençons à être fatigués, nous aimerions bien avoir une idée de l’ambiance d’un samedi soir mais nous décidons de rentrer nous reposer et de ressortir après. Nous quittons Guy et Marie-Jo, revenons vers la Tour de l’horloge. Je retrouve une épicerie relativement bien achalandée et y achète du jambon et des tomates puis nous rentrons en taxi à l’hôtel. Nous dînons dans la chambre alors que la pluie se déchaîne dehors. Nous hésitons à ressortir. Marie est persuadée qu’en dépit du mauvais temps, il y aura du monde dans les rues et que l’on dansera sur les places… Nous partons sous une petite pluie par des rues désertes jusqu’à la place Trinidad où quelques groupes de noctambules s’attardent autour des marchands ambulants de sandwichs ou s’abritent sous des porches. Nous revenons à l’hôtel où nous tombons nez à nez avec Michel et Valentine tout juste arrivés d’une traversée épique en voilier depuis Panama. Nous discutons puis les laissons aller dîner.

 

Dimanche 2 octobre : Dans la nuit la pluie se déchaîne. Je me lève et me semble-t-il marche dans de l’eau. J’allume et ne vois rien. Nous entendons des gouttes d’eau tomber, à l’extérieur croyons-nous…Plus tard, c’est Marie qui marche dans de l’eau. Nous constatons alors que des gouttes perlent du plafond. Nous disposons une serviette puis la poubelle et finissons la nuit. Au réveil, il pleut toujours. Nous retrouvons Michel et Valentine qui ont été eux aussi inondés ! Nous petit déjeunons sur la terrasse, balayée à intervalles réguliers par de violentes ondées avant de descendre à la réception attendre que le temps passe… Nous nous décidons à mettre le nez dehors pour aller déjeuner dans une gargote proche, le Coconcoro, ambiance populaire et plats simples, un poisson cuisiné avec oignons et tomates pour moi et un grand steak mince et donc trop cuit pour Marie, le tout avalé avec de l’eau, les alcools sont interdits en ce jour de vote pour le référendum d’approbation de l’accord avec les FARC. Nous revenons en sautant de flaque en flaque pour une sieste à la chambre. Nous ressortons en profitant d’une accalmie pour aller voir une peinture murale que nous avait signalée Guy. 

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous rencontrons Michel et Valentine qui nous accompagnent devant ce beau mural  puis qui nous font les honneurs de leur nouvel hôtel. Nous retournons au nôtre, bientôt rejoints par Guy et Marie-Jo puis par Michel et Valentine. Longue discussion sur les voyages et surtout les aspects techniques de leurs véhicules, ordinateurs, GPS etc… Je ne participe guère à la conversation… Nous allons dîner alors que la pluie a cessé avec Guy et Marie-Jo dans une pizzeria, I Balconi,avec des pâtes aux fruits de mer pour moi puis retour à la chambre.

Lundi 3 octobre : La musique a commencé à 6 heures hier soir dans la maison voisine, avec les amplificateurs au maximum auxquels se joignaient les voix avinées de quelques participants de la fête. Les derniers feux de cette fiesta se sont éteints au matin… Les boules Quiès ont permis à Marie de dormir… Nous prenons un petit déjeuner plus copieux avec des œufs brouillés au jambon en prévoyant de nous passer de déjeuner. Je vais faire faire quelques photocopies, jamais inutiles, puis nous retournons nous reposer à la chambre. Je repars peu avant une heure retrouver les Suisses et les Allemands à leur hôtel, proche du parc du Centenaire. Nous nous répartissons dans deux taxis et filons à la compagnie maritime. Nous devons attendre l’ouverture à deux heures pour nous voir remettre des documents que nous signons puis récupérons. J’y ai retrouvé Jorge Eduardo avec qui je partage le conteneur, un Chilien qui ramène une voiture des Etats-Unis et qui, lui, parle parfaitement espagnol. En sa compagnie, je repars en taxi pour le service des douanes. On nous remet un document de demande d’importation temporaire que nous devons remplir puis en faire une photocopie à l’extérieur du bâtiment avant de revenir attendre la venue de l’inspecteur chargé de contrôler les véhicules ! Nous attendons une heure sa venue. Il nous précise quels documents nous devons avoir dans le dossier, d’où la nécessité de retourner faire de nouvelles photocopies avant de revenir le voir. Il nous indique que nous devrons nous présenter demain à huit heures au port et, en attendant, nous pouvons aller acheter l’assurance automobile obligatoire, à un bureau sis à deux cuadras de la douane… Nous nous y rendons, payons et la journée est terminée ! Nous reprenons un taxi pour revenir à l’hôtel des Suisses puis je repars à pied retrouver Marie, Guy et Marie-Jo près du Musée Naval. Je leur raconte ma journée et, pour les imiter, je m’offre une glace. Marie en ayant très envie et moi rien vraiment contre, nous allons prendre un cocktail en terrasse, devant les remparts. Agréable soirée, nous avons eu du soleil aujourd’hui, le cyclone n’est plus qu’un souvenir, les touristes sont de sortie et les marchands de babioles ont étalé leurs trésors dans les allées. Le mojito et la margarita sont bien légers en alcool et nous devons faire rectifier l’addition… Nous cherchons où dîner et nous jetons notre dévolu sur un restaurant tout ce qu’il y a de chic, avec des tables en plein air devant l’église San Pedro Clavier. Plats de poulet, surtout du blanc, toujours trop sec, bien cuisinés et présentés, au citron ou en sauce Hoi Sin. Un peu cher tout de même. Nous traînons la jambe pour revenir en faisant un dernier tour dans les ruelles. La musique a envahi la place devant la Tour de l’Horloge et quelques couples dansent. Je cherche la Citi Bank pour tirer des pesos, sans la trouver. Nous peinons pour rentrer et retrouvons avec plaisir climatisation et boissons fraîches.

Mardi 4 octobre : Réveillé à six heures, je me lève peu après et quitte Marie pour, espérons-nous, la dernière journée de paperasserie et récupérer aujourd’hui le camion. Je monte sur la terrasse prendre le petit-déjeuner. Un gros orage éclate, je passe prendre le parapluie et pars dans les rues qui commencent à se transformer en ruisseaux. Je passe à la Citi Bank tirer des pesos, il semble qu’elle soit la plus généreuse de toutes. Je retrouve Allemands et Suisses à leur hôtel et nous partons tous en taxi pour le port. Nous montrons patte blanche avec nos passeports et obtenons un badge qui nous permet d’accéder aux bureaux. Nous avons affaire à un jeune employé sympathique qui parle un peu anglais. Il commence par me dire qu’il faut que mon partenaire Jorge soit là car tous les papiers sont à son nom. Il m’avait promis hier d’être présent à huit heures. Neuf heures, neuf heures et demie, pas de Jorge. Je commence à m’inquiéter, trouve le nom de son hôtel et fait téléphoner par l’employé. Il n’est pas encore parti ! Il arrive peu après, bouleversé, il a perdu tous ses papiers ! Son dernier espoir est que ce soit moi qui les ai… Je n’y crois guère mais effectivement, en vérifiant dans mon dossier, je retrouve tous ses documents, sans doute emportés par erreur hier lors de l’entrevue avec le douanier. Gros soulagement, de part et d’autre… On peut alors nous délivrer la facture des frais de déchargement du conteneur. Nous devons régler en pesos mais nous l’avions prévu. Pas les Allemands et le DAB est en panne, ils doivent ressortir du port pour en chercher un. Nous ne pouvons plus rien faire ce matin et on nous fait patienter pour nous dire à quelle heure revenir cet après-midi… Je rentre à l’hôtel en taxi, y retrouve Marie en train de faire les sacs. Nous les descendons à la réception puis nous allons déjeuner dans le restaurant qui m’avait tenté hier. Cassolette de fruits de mer et tranche de poisson, trop frit, en sauce. Pas mauvais mais un peu décevant. J’abandonne Marie à l’hôtel et repars, toujours en taxi, au port. Nouveaux papiers pour nous permettre d’accéder dans l’enceinte du port. Notre visite douanière est programmée à 15 h. Jorge décide qu’il doit aller chercher des pesos et m’abandonne. Je vois arriver Guy et son « coach » qui vient charger son Azalaï. Peu après on m’indique que je dois me rendre là où se trouve le conteneur, sans plus de précision… Je pénètre donc dans le port, cherche où aller, demande, reviens en boitant, sur mes pas, sous un soleil cruel. Je prends la navette qui fait le tour des môles et qui me dépose presqu’au bout des installations. Rien en vue, des conteneurs par centaines qui forment des montagnes, des canyons, des avenues… Un conducteur d’engin m’indique où se trouvent les Allemands et les Suisses dont les véhicules, chargés sur des flat-racks sont plus faciles à repérer. Ils me disent avoir vu le camion dans un hangar, c’est celui de Guy en train de passer l’inspection douanière et que l’on a contraint à vider complètement son camion ! Là, dans ce hangar, on peut me renseigner sur le nôtre mais il faut attendre Jorge pour ouvrir le conteneur. Il ne tarde pas, les scellés sont brisés, notre camion apparaît ! Difficulté pour le démarrer, la batterie est vide ! Je la recharge avec celle de Jorge. L’inspecteur des douanes se contente de vérifier le numéro de châssis. Nous devons récupérer des papiers, garer les véhicules ailleurs, puis retourner dans les bureaux pour de nouvelles formalités qui durent, durent… Nous devons de nouveau régler des frais inattendus et imprécis. Le temps passe, nous commençons à nous demander si nous aurons les véhicules ce soir. A six heures, notre employé plie bagage et nous renvoie à un autre employé. Nous n’y croyons plus quand enfin on nous délivre le précieux Sésame. Nous nous précipitons dans l’enceinte du port. Il faut encore montrer patte blanche, exhiber passeport et documents. Je démarre le camion, passe voir si Guy est encore là et apprend fortuitement que les formalités ne sont pas finies. Il faut encore passer par un dernier bureau qui nous délivre le bon de sortie. Il est sept heures quand je me présente au contrôle de sortie. Pesée et affichage des résultats sur un écran hors de portée de l’employé trop petit… Dernière barrière, le bon de sortie n’est pas satisfaisant, il doit être complété…Et puis ça y est, je suis dehors !!! Vite je prends la route pour revenir à l’hôtel. J’ai repéré le trajet et j’y suis rapidement. Je retrouve Marie qui se posait des questions, en compagnie de Michel et Valentine qui lui ont tenu compagnie. Nous récupérons nos bagages et repartons pour l’hôtel qui fait aussi camping, le Bellavista, où nous retrouvons Guy et Marie-Jo. Un dédale de cours et de couloirs nous paraît sympathique bien qu’un peu à l’abandon. Nous dînons ensemble, rien de fameux puis nous allons ranger dans le camion. Je ressors écrire dans un patio.

Mercredi 5 octobre : J’ai de nouveau cuit dans mon jus toute la nuit. Nous avons retrouvé les températures et surtout le taux d’humidité du début de ce voyage. J’apprécie la douche au matin même si ce n’est que d’un tuyau qui sort du mur que sourd un jet d’eau froide. Nous avons la flemme de préparer le petit déjeuner et puis nous n’avons rien à manger, aussi allons-nous le prendre au restaurant. Nous devons apporter notre sachet de thé, ils ne servent que du café ou des infusions aux fruits. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo à qui nous proposons de les emmener à l’aéroport. Je refais les pleins d’eau des réservoirs. Nous traversons l’avenue devant l’hôtel et allons voir la plage de plus près. Des toiles ont été installées pour procurer de l’ombre aux amateurs de plage. Les derniers occupants, sans complexes, ont abandonné bouteilles et détritus derrière eux. Nous attendons que nos amis soient prêts et nous les emmenons à l’aéroport. Nous décidons de commencer par des courses dans un supermarché. Celui que nous trouvons, loin sur la route qui sort de Carthagène, est très décevant. La viande congelée est débitée à la scie, les morceaux sont tranchés grossièrement, pas question d’avoir un vrai steak. Nous nous contenterons de viande hachée. Pas grand-chose d’appétissant dans les autres rayons… Nous revenons sur nos pas et trouvons la route d’accès au monastère de la Popa. Un des haut-lieux touristique de la ville. Perché sur une haute colline, il domine la ville de tous côtés mais la vieille ville est loin et se distingue à peine. Ce sont les gratte-ciel qui sont les plus spectaculaires mais sans égaler ceux de Panama.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

L’intérieur du monastère est sans grand intérêt sauf pour son joli cloître noyé dans la verdure. Dans les salles une collection de billets de banque du monde entier et quelques objets qui ne retiennent pas notre attention. Nous en redescendons et allons nous garer au pied de l’impressionnante forteresse, le castillo San Felipe, qui protégeait la ville. Nous n’y accédons pas, trop à marcher sous le soleil mais nous admirons le glacis défensif, ses murailles inclinées qui devaient décourager les assaillants. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous repartons et quittons Carthagène, ce qui ne se fait pas rapidement… Sur les deux voies, les bus locaux s’arrêtent, repartent sans prévenir, les motos presqu’aussi nombreuses qu’à Saïgon virevoltent autour des voitures, se frayant un passage à grand coups de klaxon. Il nous faut une heure pour sortir vraiment de l’agglomération, juste avant d’arriver à Turbaco où nous trouvons, grâce à ioverlander, l’application indispensable des voyageurs, une finca qui accepte les campeurs. Nous sommes très aimablement accueillis par les propriétaires, leurs chiens et leurs chats, qui mettent à notre disposition des toilettes et une douche. Nous sommes à l’écart du bruit, sur une belle pelouse. Nous repérons sur la carte les sites où nous voulons nous rendre avant Bogota.

Jeudi 6 octobre : Réveil musical. Des voisins fêtent (à partir de 6 heures du matin !) un anniversaire ! Nos hôtes, charmants, s’en excusent, nous prennent en photo devant le camion et nous souhaitent un bon voyage. Nous repartons sur la route de Medellin, route ordinaire mais à péage ! Toutes les routes sont à péage, fréquent et donc plutôt cher, 15000 COP, soit 5 euros pour un peu plus de cent kilomètres. Nous traversons une région de marécages, des étendues gorgées d’eau, sans cultures ni traces d’élevages avant d’aborder des collines. La route serpente et nous nous traînons derrière des camions. Les topes réapparaissent dans les villages mais sans avoir la brutalité de ceux du Mexique. Nous bifurquons et suivons une route presque rectiligne qui, maintenant, court au milieu de fincas d’élevage. J’essaie de rouler vite pour attraper le bac de 13 h qui doit nous faire traverser le fleuve Magdalena. Nous parvenons à Magangue dont la traversée dans le flot des motos, s’avère plus longue qu’espérée. Nous atteignons les bords du fleuve que nous suivons sur une piste à la recherche du débarcadère. Nous parvenons aux travaux de construction du futur pont et découvrons que nous l’avons dépassé. Nous revenons sur nos pas et trouvons quelques camions arrêtés sur le bord de la route. Nous apprenons que c’est ici que nous devons attendre le prochain bac de 16 h. Nous déjeunons dans le camion, garés en plein soleil, nous transpirons à TRES grosses gouttes. La dernière gorgée de bière avalée, nous allons nous asseoir à l’ombre de l’auvent de l’une des deux gargotes qui rassasient les camionneurs. Trois hamacs, deux tables et des chaises en plastique constituent l’équipement de ces lieux de plaisir. On y sert de copieux plats de poisson, riz et salade dont les restes sont directement jetés sur les berges du fleuve. Bientôt nous voyons, arriver puis aborder, le bac.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Un bon nombre de camions s’en extraient, parfois à l’issue de longues et pénibles manœuvres. Puis commence le chargement, des camions montent à bord, leur nombre inquiète Marie. Quand arrive notre tour, impossible de démarrer ! Comme sur le ferry au Costa Rica et au sortir du conteneur, la batterie est à plat. On nous pousse et je parviens à démarrer pour monter à bord. Nous montons sur le pont de cet antique ferry, tout est rouillé, les rambardes, les escaliers sont de la dentelle qui semble ne plus tenir que grâce à l’ultime couche de peinture appliquée il y a quelques lustres. De rares bouées de sauvetage, datant sans doute du Titanic, traînent de-ci de-là. Nous assistons à l’embarquement des derniers camions de transport de vaches affolées et mugissantes et quelques voitures. Tout le monde commande et dirige les opérations, des camions ressortent pour en laisser d’autres se mettre à leur place puis remontent. L’heure du départ est largement passée que l’on discute encore pour savoir qui va monter, se mettre où et comment. Un dernier tente de forcer et se hisse sur le pont relevable. Longue et très véhémente discussion pour le faire redescendre. Avec trois quarts d’heure de retard nous appareillons. Nous descendons, avec le courant qui charrie des branchages, le fleuve, très large puis contournons une île avant d’aborder. Je ne démarre encore pas, je me raccorde à la batterie de la voiture garée devant nous pour démarrer. Nous avons encore une quarantaine de kilomètres à parcourir pour arriver à Mompox. La nuit est tombée, je reste prudemment derrière une autre voiture qui me signale ainsi les vélos, motos, carrioles de toutes sortes, tricycles de transport de marchandises ou de personnes qui roulent sans le moindre éclairage. L’hacienda où nous comptions passer la nuit est fermée, nous entrons dans la petite ville et avec le GPS nous trouvons l’hôtel Santa Cruz où des voyageurs ont déjà passé la nuit sur le parking. On commence par me dire non puis le patron m’indique un grand terrain de l’autre côté de la rue. Nous nous arrêtons entre deux arbres et découvrons que nous sommes dans une cour d’école où des jeunes en uniforme répètent pour former une fanfare, trompettes et tambours s’en donnent à cœur joie. Les uns soufflent à plein poumons dans leur cuivre, les autres frappent à en casser les baguettes de malheureuses caisses qui ne demandaient rien à personne. Naïvement, je demande s’il faut payer quelque chose… Bien sûr : 40000 COP, 13 euros, sous prétexte que nous avons des toilettes non éclairées à la propreté très douteuse et une douche, un tuyau qui sort du mur. Pas très content d’être là, je vais à pied explorer les environs. Beaucoup d’animation dans les rues, d’autres fanfares sont rassemblées sur une place, l’église déborde de fidèles devant des gargotes de nuit où grillent des tranches de bœuf sur les braises. Plus loin, en me rapprochant du fleuve, je découvre les maisons de l’ancienne ville coloniale qui semblent former un bel ensemble mais nous en verrons plus demain. J’atteins une place calme où nous pourrions nous installer pour la nuit. Je reviens en faire part à Marie. Nous hésitons mais avant d’aller prévenir que nous repartons, je vérifie que le moteur démarre. Et non ! Nous sommes donc condamnés à passer la nuit ici, payer le prix demandé et je devrai me mettre en quête d’une batterie demain… Il nous reste encore à raconter la journée et cuisiner… Des éclairs zèbrent la nuit et des coups de tonnerre déchirent le ciel comme on dit dans les meilleurs romans… Et bientôt la pluie s’abat.

 

Vendredi 7 octobre : Une journée qui commence mal. Il pleut presque toute la nuit et le ciel est tout gris. Une nuit de plus passée à transpirer, à se tourner, retourner en quête d’un peu de fraîcheur. Nous dormons avec une des fenêtres ouvertes pour essayer de capter le moindre filet d’air. Je recommence à avoir le dos et les flancs couverts de minuscules boutons rouges, une sorte de bourbouille manifestement due à la sudation. A cinq heures et demie, un sinistre hurluberlu frappe, faute de cloches, une caisse métallique puis recommence tous les quarts d’heure. Dans tous les pays où une religion est en position dominante, il se trouve des religieux imbus de leur magistère pour appeler les honnêtes citoyens à la prière dès potron-minet ! Le moteur refuse de démarrer, je démonte donc la batterie et pars en tricycle-taxi en acheter une. Je la remonte, le moteur tourne mais aucune des indications du tableau de bord ne fonctionne. Je pense aux fusibles mais ne les vérifie pas. Nous nous mettons en quête d’un électricien automobile, on nous en indique un en train de réparer un démarreur sur le pas de sa maison. Il vérifie les fusibles, tout refonctionne ! Soulagés, nous allons nous garer là où j’avais envisagé de passer la nuit, sur les bords du fleuve. Nous nous promenons en longeant les berges, passant devant les anciennes maisons, toutes alignées les unes à côté des autres. 

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Rares sont celles à un étage, elles sont alors pourvues d’un balcon en surplomb, souvent fleuri. Pas de constructions récentes, la circulation des automobiles sur les berges est interdite mais les motos, la plaie de la Colombie, se moquent bien de l’interdiction qui leur est faite et pétaradent à tout va, klaxonnent furieusement. Nous regrettons l’absence de soleil, la ville est exceptionnellement belle mais les couleurs restent ternes. Nous faisons la connaissance d’un Québécois, propriétaire d’une auberge sur les bords du fleuve. Il est, comme presque tous les habitants de la ville, occupé à repeindre ses murs extérieurs à l’occasion du festival de jazz qui commence dans une semaine (ce qui explique aussi les fanfares de la veille). Il nous donne quelques informations et nous trouve quelqu’un pour laver notre linge, faute d’avoir trouvé une lavanderia. Nous passons devant de belles maisons, quelques-unes sont précédées d’une galerie soutenue par des piliers de couleurs vives.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous aboutissons devant l’église Santa Barbara peinte en jaune souligné de blanc, qui semble la couleur des églises de la ville et dont le portail et surtout le curieux clocher pourvu d’un balcon, sont décorés de palmes, de têtes de lions tristes, de griffons couronnés qui tirent la langue.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous revenons par une rue parallèle au fleuve, examinant chaque maison, admirant le travail de ferronnerie des grilles des fenêtres. A travers ces dernières, nous découvrons des intérieurs témoins d’un art de vivre : des patios fleuris et sur la rue une pièce occupée par des rocking-chairs en bois sombre et l’inévitable télévision. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous revenons déjeuner dans le camion puis repartons alors que le soleil tente une percée peu couronnée de succès mais qui s’accompagne d’une élévation de température et surtout de l’humidité, et nous voilà repartis à transpirer à gros bouillons. Nous suivons les berges dans l’autre sens, trouvons des gargotes sympathiques installées en surplomb des berges et qui pourraient bien avoir notre clientèle ce soir. Nous passons devant l’église San Francisco qui se distingue par sa couleur rouge foncé. Comme la plupart des églises, elle est fermée, n’ouvrant que pour les offices mais les intérieurs sont presque toujours décevants, bien loin du délire mexicain. Nous allons voir la jolie cour de la Municipalité, l’ancien cloître des Jésuites. Nous nous dirigeons ensuite vers le cimetière où reposent dans de pompeux mausolées quelques illustres personnages de l’histoire de la Colombie. Les gens du « commun » se contentent, comme en Italie ou à Nice, de niches superposées, parfois fleuries. Nous revenons vers le camion que nous reprenons pour aller nous garer sur les bords du fleuve, là où le Québécois nous a assuré que nous serions au calme, ce dont nous doutons vite à en croire le nombre de motos qui passent… Après nous être reposés, nous ressortons à la nuit tombée et allons examiner les menus des restaurants le long du fleuve ou sur la place entre le bâtiment de la douane et l’église de la Conception. Nous attendons sur un banc que l’animation attendue se produise mais le calme règne… Nous nous rendons alors devant l’église de Santo Domingo. Sur la place les familles sont venues prendre le frais, les gamines en robes de poupée grimpent dans un toboggan gonflable, les parents discutent ou se prennent en photo. Les gargotes commencent à faire griller des viandes, frire des patates, préparer des jus de fruits exotiques. Dans l’église, grosse ambiance, tout le monde chante en agitant les bras, brandit des drapeaux, les gosses jouent dans l’allée et le curé bat la mesure et invite ses ouailles à chanter plus fort. On est loin du ton compassé de nos paroisses désertes. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous revenons dîner de grillades, trop sèches, au restaurant « La Nonna Beatrice » avant de retrouver notre camion à côté duquel une famille a sorti les rocking-chairs pour discuter… Nous sommes à peine couchés que la musique jaillit, un de nos voisins tient à mettre de l’ambiance dans la sympathique réunion tenue sous les étoiles. Tous reprennent en chœur, crient… Marie avec ses boules Quiès n’en perçoit qu’une rumeur assourdie. J’aime bien cette musique mais pas toute la nuit et pas si fort ! Nous décidons de chercher un endroit plus paisible. Plus facile à dire qu’à trouver… Devant Santa Barbara, la bière coule à flot et on chante, pas toujours juste. A côté de la Douane, un pub a mis sa sono au maximum et tout le quartier en profite. Nous finissons par stationner dans une rue que nous espérons plus calme.

Samedi 9 octobre :minuit, plus un bruit ! Plus de musique, plus de motos mais je ne parviens pas pour autant à m’endormir. Au matin, nous retournons stationner sur les bords du fleuve, les noceurs de la veille sont allés se coucher. Il fait un grand beau soleil et je vais en profiter pour retourner faire des photos pendant que Marie se prépare. Nous trouvons un café où nous pouvons nous connecter au wifi et donc appeler Julie qui nous fait un rapport sur les dégâts dans l’appartement. Je vais récupérer le linge donné à laver puis nous partons. La route continue de traverser les immenses étendues, traversées de larges fleuves et parsemées de mares et d’étangs. Pas de cultures, que de l’élevage. La route est en principe asphaltée mais des passages sont très dégradés et obligent à rouler au pas. C’est ensuite une piste large et parfois roulante avant de retrouver un bon goudron. Nous approchons des montagnes où le soleil ne semble pas régner. Nous retrouvons les péages sur le grand axe de Baranquilla à Bogota, parcouru par de nombreux camions. De longues portions sont à deux voies séparées. Nous bifurquons sur une route beaucoup plus étroite mais encore bien fréquentée et qui tout de suite grimpe en lacets serrés dans la montagne. Nous passons un col quasiment dans le brouillard avant de redescendre dans une vallée et arriver à Ocaña, ville bruyante, fatigante avec ses motos affolées qui courent dans tous les sens, surgissent de partout, cherchent à se faufiler au mépris des règles élémentaires de conduite, avec le plus complet mépris du danger. Nous continuons en direction de Cucuta et tournons sur une route encore plus étroite qui s’enfile dans une vallée à plus de 1400 mètres d’altitude. Il y fait frais et nous apprécions ! Beaucoup de cultures et en particulier du tabac dont les feuilles pendent dans des séchoirs. Nous apercevons des massifs ruiniformes qui nous en rappellent bien d’autres avant d’atteindre La Playa de Belen, un joli village colonial. Il aligne deux ou trois rues parallèles de maisons blanches et fleuries qui aboutissent, au sommet de la colline, à l’église.

 

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Nous trouvons l’Office du Tourisme où on nous renseigne sur les promenades possibles demain au milieu de ces formations de grès. Nous allons nous garer pour la nuit à côté du terrain de football. Pas besoin ce soir d’ouvrir toutes les ouvertures, il fait frais.

Dimanche 10 octobre : J'asupporté un pyjama et même avec la veste ! Pas de bruit, pas de motos… Et un grand soleil pour éclairer le village. Pendant que Marie se prépare, je vais arpenter ses trois rues. Toutes les maisons sont identiques mais différentes de celles des villes cossues. Les grilles des fenêtres sont de petite taille et en bois tourné. De chaque côté des portes et des fenêtres, des pots de terre sont incrustés dans le mur et ce sont toujours ces plantes, évoquant pour nous Madagascar, qui les occupent. 

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Je reviens en passant par la place de l’église. Cette dernière n’a rien de remarquable, blanche et froide, elle est pleine de paroissiens venus assister à la messe. Je retrouve Marie et comme nous sommes en avance sur le rendez-vous pris hier soir avec notre jeune guide, nous allons parcourir les rues jusqu’à l’église. Notre guide est ponctuel. Nous partons à pied mais vite, comprenant que nous devons pouvoir faire une partie du chemin en voiture, je vais rechercher le camion. Quelques centaines de mètres plus loin nous nous garons au milieu d’un cirque de falaises érodées, Los Estoraques. De là, nous continuons à pied, passant devant tours, massifs, pitons, cheminées des fées, creusés par l’eau dans une roche tendre. Comme au Cathedral Park, près de Las Vegas, les parois rigoureusement verticales ont été striées par les eaux, formant des dédales, des labyrinthes. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous devons gravir des marches puis continuer sur un chemin difficile où Marie peine mais continue vaillamment. Nous revenons par le même chemin. Puis nous montons, sur une mauvaise piste étroite, à un mirador dans les pins. Le soleil est maintenant voilé et la vue sur le village, trop éloigné, ou sur les massifs perdus dans les collines, n’est pas remarquable. Nous retournons sur la route de Cucuta, et nous nous enfonçons dans la Cordillère Orientale des Andes. La route monte résolument pendant des kilomètres. Nous croisons fréquemment des camions qui, très longs, occupent toute la largeur de la route dans les virages serrés, ce qui m’oblige parfois à piler ! Nous passons un col à plus de 2400 mètres avant de redescendre dans la plaine où se trouve la frontière avec le Venezuela. Nous sommes étonnés par des arbres aux larges feuilles argentées.  Le temps passe et avec notre faible moyenne, nous désespérons d’être à Cucuta ce soir et encore moins d’avoir le temps de passer dans un supermarché. Les soixante derniers kilomètres sont plus rectilignes et l’espoir renaît d’arriver à temps. La présence militaire est constante, des postes sont disséminés tout au long de la route mais sans effectuer de contrôle, ils se contentent de se montrer. Nous sommes quand même arrêtés à un contrôle de police. On nous serre la main au début et à la fin, quelques questions par curiosité. Peu avant Cucuta, nous devons emprunter un pont qui, sans doute en trop mauvais état, bien qu’à deux voies, ne laisse passer les véhicules qu’alternativement dans chaque sens. Occasion pour le conducteur (macho ?) de montrer qu’il peut passer avant les autres… Sur les berges du fleuve, les citadins sont venus se baigner, beaucoup se trempent tout habillés, assis sur les galets. La traversée de la ville, alors que le soleil baisse et que des grands axes sont en travaux, n’est pas aisée et ce n’est qu’à la nuit que nous sortons de la ville. Nous nous arrêtons à une station-service, le plus en retrait possible de la route.

Lundi 10 octobre : Soleil au réveil mais vite le ciel se couvre. Nous repartons en direction de Pamplona. La route en quelques dizaines de kilomètres doit nous faire remonter à plus de 2200 mètres d’altitude. Elle est en travaux et nous sommes fréquemment arrêtés, soit pour laisser passer les véhicules en sens inverse, soit pour attendre une pause dans les travaux. Nous découvrons cette ville universitaire importante où tout le monde est plus chaudement habillé que sur la côte et où nous apercevrons nos premiers ponchos de laine épaisse. Alors que nous cherchons à nous garer à proximité de la place centrale, nous sommes hélés par Philippe, un bien sympathique Français marié à une Colombienne et qui a monté un petit hôtel, le Normandie, Il nous aide à faire quelques courses en ville puis nous invite chez lui. Nous l’assistons pour sérieusement entamer la bouteille de Ricard dont il était l’heureux propriétaire, avant de passer à table. Il est plein d’enseignements sur la vie en Colombie et point avare d’informations. Nous retournons nous garer dans le centre-ville et cherchons les centres d’intérêt de cette ville ancienne qui n’a pas conservé grand-chose de son passé. Les constructions modernes enlaidissent la place principale, les musées sont fermés et les quelques églises indiquées dans les guide sont tout à fait quelconques. Nous retournons nous garer devant chez Philippe que nous convions à finir la bouteille de vodka, avec du jus d’orange tout de même ! La soirée s’éternise, nous lui posons des questions sur la situation en Colombie après le référendum raté à propos de l’accord avec les FARC. Nous dînons rapidement puis, ayant réussi à nous connecter à internet, nous répondons au courrier.

Mardi 11 octobre : Nous faisons nos adieux à Philippe en promettant de lui envoyer des visiteurs. Nous lui avons acheté quelques produits de sa fabrication : confitures de pêche, truite fumée, pain. Nous quittons Pamplona avec une vue panoramique sur la ville, aussi peu attrayante de loin que de près. Je suis étonné du peu de circulation sur la route et pour cause : nous ne sommes pas sur la bonne ! Demi-tour, traversée de la ville et nous repartons dans les lacets qui nous font monter, monter, presque rejoindre les nuages… Nous passons un premier col puis remontons, toujours plus haut, atteignons 3300 mètres d’altitude et continuons sur un haut plateau où on cultive les oignons, vendus en bottes sur le bord de la route. Les montagnes, bien que creusées de failles profondes, ne sont pas abruptes et sont couvertes d’une végétation peu épaisse.

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Après le village de Berlin, nous entamons la descente sur Bucaramanga. Nous sommes aussitôt plongés dans le brouillard et il pleut. Je descends très précautionneusement, la route est glissante, la visibilité nulle et les camions que nous voyons surgir du néant, pas toujours éclairés ! Nous nous arrêtons pour déjeuner dès que nous sommes sortis du brouillard et de la pluie. Les derniers kilomètres sont plus faciles et nous dégringolons dans cette ville importante où les gratte-ciel ont aussi poussé. Marie tient à passer à l’Office du Tourisme pour obtenir ses précieuses brochures. Nous nous repérons assez facilement grâce aux rues et avenues numérotées, en damier, mais des travaux nous obligent à faire des détours avant de nous garer sur la place où se trouve le bureau recherché. J’y obtiens un plan et quelques brochures et nous repartons pour nous rendre à Gijon, un village colonial, tout proche. Mais il faut compter avec les encombrements, les absences d’indication et il est plus de quatre heures quand nous parvenons à trouver un stationnement sur la place centrale. Beaucoup d’animation, des marchandes de friandises ont envahi les allées de la place et nombreux sont les visiteurs. Nous nous promenons dans les rues de ce trop beau village aux maisons toutes chaulées de frais, aux portes et fenêtres soigneusement entretenues et récompensées par des prix affichés sur les murs. Les rues sont de gros pavés mais, malgré l’interdiction d’y stationner, des voitures ont envahi les rues et gâchent les perspectives.

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Nous repartons, cherchons la route de San Gil. Bientôt le GPS nous confirme que nous nous sommes trompés de route, une fois de plus aujourd’hui ! Nous devons revenir sur nos pas, je commence à m’énerver, à douter d’apprécier ce pays autant que Joëlle ou Guy et Marie-Jo. Trop fatigant, trop de gens qui n’en font qu’à leur tête… Nous sommes cette fois sur la bonne route mais le soleil a bien baissé et nous décidons de nous arrêter à la sortie de la ville à un club de parapente qui accepte les camping-cars. Nous avons une verdoyante pelouse pour nous seuls avec une vue sur toute la ville, bientôt illuminée, et des toilettes rustiques.

Mercredi 12 octobre : Nuit fraîche, calme malgré le passage de voitures sur la route proche. Je vais utiliser le bon wifi à la réception pour mettre à jour le blog. Nous reprenons la route dans la grisaille, toujours en montagne donc virages et camions lents, difficiles à dépasser. Nous trouvons un supermarché Exito où nous allons nous ravitailler. Les rayons ne sont pas mieux fournis qu’à celui de Carthagène et nous ne savons plus trop quoi prendre, les crèmes dessert sont toujours très sucrées, le jus d’orange rarement non chimique, alors que des marchands proposent dans les rues des jus de fruits frais, mais c’est au rayon viande que nous hésitons le plus, du moins pour le bœuf. Nous achetons néanmoins quatre morceaux de steak qui paraissent sympathiques… Je veux tirer des pesos à un distributeur automatique. Le premier m’alloue généreusement un billet de 10000 pesos, soit environ 3 euros ! Les frais de la banque seront sans doute plus élevés… Nous quittons la route principale pour une autre qui grimpe brutalement sur le plateau de l’autre côté de la rivière que nous suivions. Une multitude d’installations touristiques, restaurants, hôtels, attractions, promenades à cheval attendent les vacanciers, surtout le week-end. Nous voulons avoir une vue sur le canyon de Chicamocha, plus profond paraît-il que celui du Colorado. Une Auberge de Jeunesse est supposée être l’un des meilleurs endroits pour la vue. Nous nous y rendons, l’accueil n’est pas délirant mais on nous permet d’accéder au point de vue d’où nous pouvons voir qu’on ne peut rien voir ! Tout le canyon est perdu dans la brume… Après déjeuner, nous retournons sur la route principale et continuons dans des gorges. Le soleil fait son apparition, nous reprenons espoir de voir le canyon depuis le point de vue de ce côté. Le site a été transformé en un parc d’attraction avec activités diverses pour grands et petits, parapente, cheval, aquaparc etc… Les prix de chaque activité sont indiqués dès l’entrée et même le parking est payant. Nous jetons un œil à la vue, ce n’est pas le Colorado, ni même les gorges du Verdon mais une profonde vallée entre deux parois inclinées couvertes d’une végétation tropicale. Au fond les eaux limoneuses de la Chicamocha courent vers l’océan.

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Un téléphérique relie les deux rebords du canyon, nous ne sommes qu’à demi tentés mais un tarif réduit pour les « vieux » nous décide. Pas de tarif spécial « étranger » en Colombie. Nous voilà partis dans une petite cabine qui dévale le long de la pente au-dessus de cactus inattendus, des aloès, des raquettes et des bouquets de candélabres. D’autres épineux aussi en font une région peu hospitalière où pourtant des bergeries sont installées et des chèvres ne s’y trouvent pas mal. Parvenus au fond, notre cabine remonte l’autre versant qui s’achève par des falaises rocheuses. Nous descendons à la station, allons voir la vue qui n’a rien de bien extraordinaire. Bien qu’il ne soit pas quatre heures, les ombres s’étendent et le fond n’est plus éclairé.

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Peut-être que, plus tôt et avec du soleil, nous aurions mieux apprécié… Nous revenons à notre point de départ, reprenons le camion et décidons d’aller jusqu’à San Gil, 40 kms. Nous avons encore une heure de jour mais c’est sans compter avec les virages et les camions qui se traînent. Ils nous laissent le temps d’admirer les montagnes rainurées et creusées, délicatement éclairées par les derniers rayons du soleil. Un dernier péage et nous arrivons juste à la nuit à San Gil. Encore quelques kilomètres le long d’une rivière et nous trouvons le camping Fogata. Nous y sommes seuls, nous pouvons nous installer sur les bords de la rivière, sur un gazon bien vert et bénéficier d’un branchement électrique qui nous permet de recharger toutes les batteries de nos divers instruments… Nous dînons avec nos steaks achetés ce matin, amoureusement poivrés puis grillés mais à la découpe, nous comprenons vite que nous n’en viendrons pas à bout. Effectivement nos beaux faux (absolument faux !)-filets finissent à la poubelle. Je me rattrape sur le saucisson à l’ail (mais aussi au poulet et au bœuf, accessoirement au porc…)

Jeudi 13 octobre : Seul le mugissement des eaux a troublé notre sommeil et au matin un soleil éblouissant nous réveille. Nous prenons notre temps, peu pressés et envisageant même de ne pas bouger de la journée, notre camping étant presque paradisiaque ! Une belle prairie, une large rivière pressée d’arriver à son terme, des kapokiers d’où pendent ce que j'avais d'abord appelé des lichens et que de distingués botanistes (dont je ne citerai pas le nom par égard pour leur modestie...) m'ont précisé être des tilandsias, appelés aussi « mousse espagnole » qui donnent un air féérique à notre bivouac et bientôt, nous découvrons sur une branche, jacassant et criaillant, Laura, une jolie femelle ara aux longues plumes bleues et jaunes.

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Pas sûrs de revenir, nous faisons un plein d’eau et réglons la nuit. Nous allons dans le centre-ville. Les rues sont étroites, pas question de se garer, je dépose Marie au Parque et retourne sur les bords de la rivière pour stationner. Je la retrouve sur la place centrale. De grands arbres, des plantes, en font le lieu de rencontre des amoureux et des retraités. La cathédrale qui occupe un des côtés est vaste mais on ne peut en dire plus. Quelques maisons anciennes à un étage donnent un certain cachet à cette petite ville. Nous descendons sur les bords de la rivière et la longeons en suivant le Malecon. Un gros iguane paresse sur une branche, avant, effrayé, de se perdre dans la ramure. Nous parvenons au Parc Gallineral, un jardin botanique. Des allées passent entre les kapokiers d’où coulent des tilandsias en rubans et dentelles qui jouent avec les rayons solaires.

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Des massifs de roses de porcelaine, d’héliconias et d’autres plantes non identifiées contribuent à en faire un Jardin des Délices.

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Des orchidées sont accrochées aux branches ou disposées dans des pots sur un pont. Ravis du lieu, nous y déjeunons en contemplant les ébats d’un autre bel ara, bavard et acrobate. Plats trop copieux de cabri au four et de viande de bœuf séchée au soleil. Je vais rechercher le camion et y trouve un message de Betty qui a reconnu notre camion, s’est aperçu que j’avais laissé ma fenêtre grande ouverte et le surveillait avec Beat, tout en déjeunant dans une gargote. Nous convenons de nous retrouver au camping où nous nous rendons aussitôt. Nous retrouvons notre place au bord de la rivière sous les barbes végétales qui pendent des arbres, comme les cotillons d’un lustre après la fête. Nous sortons table et fauteuils pour lire ou traiter les photos. Nous sommes bientôt rejoints par les Suisses avec qui nous racontons nos aventures des derniers jours. Laura vient se mêler à la conversation, cherche à se rendre intéressante, déchiquète tous les bouts de plastique qu’elle découvre et se régale des sandales de Betty.

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Nous prenons une bière tous ensemble puis quand la nuit tombe et qu’il commence à fraîchir, nous regagnons nos camions respectifs. Nous dînons avec la truite fumée achetée à Philippe, la bouteille de vin blanc chilien, pas fameuse, l’accompagne…

Vendredi 14 octobre : Nous faisons nos adieux à Betty et Beat qui restent régler leurs problèmes de lessive, sans profiter du soleil pour aller à Barichara, tout en promettant de nous revoir sur la route. Nous nous y rendons par une route en lacets pour changer… A l’entrée du village, nous découvrons que nous arrivons le premier jour d’une fête qui dure trois jours. Les rues, pavées de grosses dalles, sont trop étroites et il n’est pas question de s’y garer, ni sur la place centrale interdite à la circulation pour cause de festivités. Nous parvenons à stationner à quelques cuadras. De là nous revenons vers le Parque en suivant les rues bordées de maisons toutes blanchies, rarement à un étage sauf sur la place et dont portes et fenêtres sont peintes de couleurs variées. Ici, pas de grilles aux fenêtres mais une sorte de mini-balcon en bois à mi-hauteur.

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Nous allons voir la chapelle San Antonio. Un autel latéral en pierre est sculpté de représentations de chevaliers et de lions. Son plafond, avec des poutres et des chevrons apparents sur le crépi, est intéressant.

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Nous parvenons au Parque, dominé par sa cathédrale disproportionnée pour ce gros bourg, en pierres rouge orangé. Quelques belles maisons plus cossues bordent la place ombragée. Une petite fanfare joue sans doute pour mettre de l’ambiance. L’intérieur de la cathédrale est quelconque à l’exception d’une toiture en bois et bambous et nous ne nous y attardons pas. Nous continuons notre quête des perspectives de maisons dans les rues en pente, souvent gâchées par la présence de motos, de voitures ou de tuk tuks garés malgré l’interdiction. La Chapelle de Jésus a, elle, un clocher-mur et un beau retable baroque étonnamment  sobre, en acajou sombre sans peinture ni fioritures. Je vais rechercher le smartphone dans l’espoir de trouver un wifi en ville. Nous retournons, par d’autres rues, sur la place, en passant par un mirador qui offre une vue sur les gorges en contrebas et les montagnes, mais pas de wifi. Nous reprenons le camion et tentons d’accéder à la Chapelle Santa Barbara, sur une colline. L’accès en est interdit par des barrières. Je parviens à les contourner et nous découvrons que la petite place devant la chapelle, ainsi que le vaste parking derrière, où nous comptions bivouaquer, sont occupés par des stands de fête et un podium musical ! Nous allons néanmoins visiter cette jolie chapelle avec, là aussi, un beau plafond et un retable ancien. Nous trouvons une esplanade avec une belle vue sur les montagnes où nous devrions pouvoir nous installer ce soir. Nous déjeunons à l’ombre chiche d’un arbre puis retournons nous garer plus près du centre, devant la Chapelle de Jésus. Nous allons attendre sur la place le début des festivités qui doivent commencer à 15 h. Avec un léger retard, commencent les discours de remerciement et de congratulation. Nous allons nous asseoir sur les marches de la cathédrale pour avoir une vue sur les groupes musicaux qui doivent se produire devant les autorités. Nous comprenons vite qu’en fait il s’agit d’un concours de fanfares ! Des écoles en uniforme se présentent et jouent des airs connus mais sur un ton tout de même martial ! Toutes ont, non seulement des cuivres et des caisses ou des tambours variés mais aussi des glockenspiels ! Je me remémore la fanfare vue et entendue à Quito qui en était aussi pourvue. Le dernier groupe à se produire a aussi des casques à pointe dorée ! Nous sommes peu intéressés par ces prestations mais un groupe, celui qui a le plus de succès d’ailleurs, est accompagné par un petit orchestre plus typique et des groupes de jolies filles, en robes à volant, virevoltent avec beaucoup de plaisir, pour elles et pour les spectateurs.

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La nuit tombe quand se termine le défilé des diverses bandas et nous repartons. En chemin nous trouvons un cybercafé et nous nous connectons pour trouver un message de Julie, prise en photo avec Vincent R. ! Des nouvelles de Nicole aussi et de Guy et Marie-Jo qui semblent avoir encore plus de pluie au Panama que nous. Nous restons au camion le temps de nous mettre à jour dans nos occupations journalières puis repassons dans les rues en quête d’une animation folklorique mais il ne se passe rien si ce n’est la musique diffusée dans tous les bars et restaurants. Nous allons donc nous garer sur le terrain repéré, deux camping-cars d’Espagnols s’y trouvent déjà. Le calme n’est que très relatif car, bien que nous en soyons éloignés, nous percevons la musique très nettement.

Samedi 15 octobre : A quatre heures du matin je pouvais encore écouter une de ces chansons accompagnées à la guitare et à l’accordéon et qui parle de corazon et de caballos… Le silence est tombé ensuite, jusqu’à 6 heures… Nos Suisses arrivent à leur tour. Nous descendons à la place centrale dans l’espoir d’y assister à quelque activité mais tout est calme, quelques artisans installent des stands et proposent leur production de papier à partir de fibres d’un agave local, des tissages, des abat-jours en bambou etc… Nous décidons de ne pas attendre et de nous rendre à Guane, un village colonial proche. La route d’une dizaine de kilomètres descend à flanc de montagne et aboutit sur la place de ce bien tranquille village, Quatre rues en damiers, une grande église sur la place et des maisons toutes simples dans leur blancheur immaculée. Nous jetons un œil à l’intérieur de l’église, beau plafond avec les chevrons qui ressortent sur le blanc du crépi. Nous visitons ensuite le musée, à la fois « archéologique et anthropologique » sous la conduite indispensable d’une dame qui nous fournit moult explications en espagnol sur les fossiles, petits et grands, d’ammonites et d’autres animaux marins qui s’entassent dans une salle, puis sur divers objets du temps passé qui recueillent religieusement la poussière dans une autre salle. Nous terminons par une courte promenade dans les rues.

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Marie explore les boutiques de souvenirs, d’artisanat local, mais doit convenir qu’elle n’y trouve pas son bonheur. Au moment de repartir, Betty et Beat qui sont venus de Barichara à pied, arrivent. Nous les laissons faire le tour de la place puis nous les ramenons à Barichara. Nous allons voir s’il y a quelque animation. Sur la place où nous avions déjà stationné, nous voyons passer une cavalcade d’une vingtaine de chevaux qui, renseignement pris, s’en vont à Guane ! Nous ne voulons pas rester plus longtemps et repartons aussitôt. De retour à San Gil, nous hésitons sur la route à prendre, l’autopista, plus rapide mais plus longue, ou la route (piste ?), deux fois plus courte d’après la carte. Malgré les avis négatifs sur l’état de cette route, recueillis auprès de chauffeurs de taxi et de bus, je décide de passer par là… La route est en travaux. Nous perdons du temps à attendre notre tour de passage, nous devons ralentir dans les zones non goudronnées, bref nous démarrons mal… Après déjeuner, nous continuons entre champs de canne à sucre et paysage de Normandie jusqu’à Charala où le goudron n’est déjà plus qu’un lointain souvenir même si, curieusement, il se trouve des portions de quelques kilomètres en bon bitume. La piste devient plus étroite et peu fréquentée. On ne nous indique pas les distances jusqu’à Duitama en kilomètres mais en heures ! Trois et demie dit l’un, quatre dit l’autre… A un carrefour, on nous conseille de passer par une autre piste via Encino qui paraît proche sur la carte mais qui se fait désirer, puis la piste s’élève, toujours plus haut. Nous grimpons, grimpons, dominons les montagnes alentour, traversons des gorges plongées dans l’obscurité, les ruisseaux deviennent de plus en plus minuscules au fur et à mesure que nous nous élevons. Il commence à faire frais, le soleil décline. La piste est maintenant en corniche, dominant de plus en plus le ravin, ce qui ne me ravit guère, surtout quand elle devient bombée et glissante. Je surveille les nuages noirs qui, heureusement, ne crèvent pas. Enfin nous atteignons un plateau. Par curiosité, nous branchons le GPS, nous sommes à 3900 mètres d’altitude quand nous entamons une longue descente. Nous découvrons des frailejones (espeletias en français), une variété d'asters jamais rencontrés ailleurs, une tige touffue et un artichaut au sommet !

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Joie, nous voici sur une excellente route récente, large, aux virages tout en douceur. Duitama n’est plus qu’à 20 kilomètres, nous avons l’espoir d’y arriver juste avant la nuit. Mais, mystères des Ponts et Chaussées colombiens, la bonne route s’arrête au bout de 10 kilomètres et il faut terminer par une mauvaise piste… Nous traversons Duitama et continuons en direction de Sogamoso bien que je me sois promis de ne plus conduire de nuit. A la sortie de la ville nous trouvons la finca San Pedro, une auberge de jeunesse (de luxe…) qui accueille aussi les campeurs. Nous pouvons nous installer sur une belle pelouse, utiliser douches et toilettes impeccables et avoir le wifi mais tout de même pour 20000 pesos par personne… Le courrier électronique relevé, nous procédons à nos devoirs avant de dîner et vite nous coucher, bien fatigués.

Dimanche 16 octobre : Pour nos 40000 pesos nous avons droit à une douche chaude, nous ne manquons pas d’en bénéficier ! Nous retournons dans Sogamoso et trouvons facilement le musée consacré à la culture Muisca, les occupants de la région à l’arrivée des Espagnols. Le musée proprement dit est complet et examine tous les aspects de cette riche culture, ses outils, ses réalisations plastiques, son mode de vie, pour autant que les chroniqueurs espagnols l’ont noté. On peut regretter l’absence de datation des objets exposés et aussi quelques traductions en anglais. L’abondance nuit là aussi, les vitrines sont trop nombreuses mais on y voit des céramiques de toute beauté et de superbes torteros noires, fusaïoles, gravés de dessins complexes. A l’extérieur, quelques cases ont été reconstituées et « meublées ». Le temple du soleil (pas celui de Tintin, encore que !), brûlé par les Conquistadores, a été reconstruit mais on ne peut y pénétrer. Nous repartons en direction de Mongui. La route se transforme vite en piste qui serpente sur les montagnes avant de plonger sur ce gros bourg. Nous y faisons une arrivée remarquée en empruntant sa rue principale, étroite, et pleine de vacanciers venus profiter d’un week-end prolongé (en Colombie quand un jour férié tombe un dimanche, il est reporté au lundi suivant, ce qui est le cas cette semaine !). Nous ne pouvons accéder à la place centrale et devons faire un demi-tour délicat. Nous grimpons par des ruelles fort pentues sur les hauteurs du village à la recherche d’un endroit tranquille et plat pour déjeuner. Faute de trouver ce lieu rare, nous ressortons du bourg et allons nous garer près du cimetière, plus calme. Nous revenons, une fois le ventre plein, nous garer à l’entrée du village et allons parcourir les rues à pied. Presque toutes les maisons ont un étage pourvu d’un balcon ou d’une loggia.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

La couleur des portes et fenêtres est le vert souligné de rouge. Les grilles des fenêtres sont en bois tourné et souvent forment un petit balcon. Les plantes décoratives, en plus des bougainvillées, sont les pétunias dont le rouge s’accorde avec celui des dessins des portes et fenêtres. Sur la place centrale, un podium est installé, des rangées de fauteuils en plastique attendent les auditeurs d’un futur concert. Nous apprenons que nous sommes venus le jour du nième festival international du ballon ! En effet la spécialité locale est le ballon de football cousu main et toutes les maisons autour de la place sont enlaidies par ces vilains objets colorés, grotesques. Le village est remarquable mais il ne fallait pas le voir aujourd’hui. Ici, nous avons enfin vraiment l’impression d’être dans les Andes, beaucoup portent le poncho de laine, pas seulement des personnes âgées. Les chapeaux de feutre aussi sont de mise et laissent échapper des cheveux nattés.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

L’église des Franciscains est, là aussi, bien trop grande pour ce village et n’a rien de bien remarquable. Nous ne visitons pas le couvent attenant mais nous pouvons admirer le superbe plafond peint du vestibule.

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Nous repartons, repassons à Sogamoso puis continuons sur une bonne route, mais encore en montée, avant de redescendre vers le lac Tota à 3000 mètres d’altitude. Nous le découvrons dans un cirque de montagnes, une grande étendue d’eau plantée de quelques îlots.

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Nous en commençons le tour. Nous faisons une courte halte à Aquitania, le temps de contempler une gigantesque statue du Christ perché dans une barque au-dessus du toit de l’église à laquelle répond une statue du même acabit mais profane sur la place devant l’église. Nous nous dépêchons pour arriver avant la nuit. Une fête est donnée dans un pré avec orchestre et danseurs en poncho mais nous ne nous arrêtons pas ! Nous trouvons l’entrée de la Playa Blanca, une plage sur le lac où on peut camper. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée, les tentes sont posées les unes à côté des autres sur le bout d’herbe verte et les voitures sont garées à touche-touche sur le parking. La foule déambule sur la petite plage ou se ravitaille dans les gargotes. Nous trouvons un emplacement à côté du parking des motos, pas franchement ravis d’être là. Une « tranche de vie colombienne » dit Marie… Après une courte promenade, nous regagnons le camion pour nous mettre au chaud.

Lundi 17 octobre : A notre grand étonnement la nuit a été très calme, un peu de musique le soir mais pas trop fort puis le silence ! Nous repartons, toujours en suivant le lac qu’éclaire encore un beau soleil. Nous arrêtons au village de Tota. Sa place centrale entourée de maisons anciennes est agrémentée de quelques scènes de la vie traditionnelle locale en terre cuite (?) de grande taille, dans le style des personnages aperçus hier à Aquitania. La place est déserte, aucune animation dans les rues (trop tôt ? jour férié ?). Par acquis de conscience et parce qu’elle est ouverte, nous allons jeter un œil à l’intérieur de l’église. Bonne idée ! Le plafond est magnifique avec ses poutres et ses chevrons peints en rouge brun qui tranchent sur le blanc du plafond. 

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Le retable baroque est (un peu trop !) doré et des éléments kitsch rajoutés en font une curieuse composition. Une belle Vierge à l’enfant est placée dans un cadre doré de toute beauté et une frise récente d’angelots accueille le visiteur. Très contents, nous continuons jusqu’à Cuitiva où nous espérons aussi une bonne surprise mais l’église est fermée, la place est laide et les quelques maisons coloniales ne méritent pas que nous nous y arrêtions. Plus loin Iza n’a guère plus d’attrait mais sa spécialité, les merengon, des meringues à la crème et aux fruits, nous intéresse. Nous trouvons un petit marché où des jeunes filles, tout en blanc, proposent des gâteaux très colorés et des merengon

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Nous en achetons une portion que nous entamons mais nous réservons cette honnête pâtisserie pour le dîner. Nous traversons un paysage qui pourrait être le Morvan, des collines et des vaches dans les prés mais nous sommes entre 2500 et 3000 mètres d’altitude ! Nous repassons à Sogamoso. Marie veut voir le village de Nobsa connu pour son artisanat mais ne demande pas le chemin. Je traverse la ville en ligne droite et, miracle ! nous sommes sur la bonne route. Nous nous arrêtons quelques minutes, le temps pour Marie de contempler quelques ponchos de laine, trop souvent tarabiscotés. Nous voulons voir Paipa, présentée comme une petite ville coloniale. Quand nous nous garons sur sa place centrale, nous n’en croyons pas nos yeux : que des immeubles et des constructions récentes, laides. A l’Office du Tourisme, ouvert ! on nous donne un prospectus sur les activités sportives que l’on peut pratiquer mais le vieux quartier a disparu. Nous en cherchons la trace, en vain ! Nous décidons de nous rendre sur les bords du lac pour y déjeuner mais presque tout le rivage est privatisé et nous ne pouvons nous garer que sur une prairie au bout du lac. Ensuite, nous atteignons Tunja et nous nous rendons à un supermarché pour refaire le plein de provisions. Les prix des produits importés sont, nous semble-t-il, plus élevés qu’auparavant. Pour sortir du parking, il faut montrer le ticket d’entrée tamponné dans le magasin avec le ticket de caisse… Nous peinons à trouver la sortie de la ville avec l’intention d’aller bivouaquer au pont de Bocaya mais nous tombons dans les embouteillages dus aux travaux routiers, au pont même, et au retour des gens de Bogota. La nuit tombe, nous ne trouvons pas la route qui devrait nous amener au bon endroit. Nous faisons demi-tour et sommes alors arrêtés une demi-heure pour laisser passer les retours de week-end ! Nous nous arrêtons en retrait de la route sur le parking d’une auberge fermée.

Mardi 18 octobre : Nous avons été bercés toute la nuit par le passage des camions… Nous retournons à Tunja, trouvons le centre-ville où il est interdit de se garer, interdiction qui ne gêne pas tout le monde… Je laisse le camion dans un parqueadero et retrouve Marie sur la place. Trois des côtés de cette vaste place sont occupés par de belles maisons coloniales. 

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Celui qui a autorisé la construction des bâtiments modernes, horribles sur le quatrième, devrait être pendu par les pieds jusqu’à ce qu’il rende les « propinas » perçues… Nous nous rendons à l’Office du Tourisme dans une belle maison ancienne dont certaines pièces ont des fresques renaissance mais aujourd’hui, premier jour de la semaine puisqu’hier était férié, on se remet de la veille et donc pas de visite ! Déjà mécontents, nous nous rendons au Couvent Santa Clara, les heures de visite sont bien indiquées sur la porte et nous sommes même invités à sonner, ce que nous ne manquons pas de faire à plusieurs reprises, sans aucun résultat… En revenant vers la place, nous passons à la Casa del Escribano. Le portail est ouvert mais pas le musée, c’est mardi ! Très mécontent, je retourne à l’Office du Tourisme dire à la réceptionniste dans mon espagnol maladroit mais qu’elle a bien compris, ce que je pense de leur accueil des touristes ! Nous nous rendons par des rues très animées à l’église Santo Domingo, ouverte ! Sans doute la plus belle église baroque de Colombie. L’or recouvre à profusion les sculptures de l’autel principal. Avec un arc où sont représentés des chevaliers portant des corbeilles de fruits, et surtout avec la Chapelle de la Vierge du Rosaire, on en prend plein les yeux : du brillant, des reflets, des tableaux édifiants en bas-relief et une Vierge dans un écrin de nacre et de céramique. 

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Nous marchons jusqu’à l’église Santa Barbara, fermée… Retour à la place où la cathédrale a ouvert mais elle est trop vaste, froide et son autel doré ne nous retient pas. Pas acquis de conscience, je retourne vérifier que les lieux qui étaient fermés le sont toujours. Alors nous reprenons le camion et partons pour Villa del Leyva. Nous traversons, sur les gros pavés des rues, cette petite ville coloniale conservée intacte ou presque et nous nous rendons à l’auberge de jeunesse qui accueille aussi les campeurs. L’espace dévolu aux camping-cars est des plus réduits. Je dois manœuvrer pour parvenir à nous coller contre un bâtiment. Nous déjeunons sur une des tables puis grâce au wifi nous appelons Julie pour avoir quelques nouvelles. Nous laissons du linge à laver puis retournons en ville. Je dépose Marie puis vais me garer à l’extérieur de la ville ancienne. La très belle place d’origine est encombrée par des exposants d’arbres et de plantes mais ils plient bagage. Nous commençons par visiter la maison-musée d’un artiste colombien, passé par Paris où il rencontra Picasso, un certain Alberto Acuña. Nous ne pouvons pas dire que ses peintures ou ses sculptures nous fassent regretter de ne pas l’avoir connu plus tôt… Mais la maison avec son patio, sa fontaine, ses colonnes et son balcon est intéressante. Plus loin, nous allons visiter une autre maison-musée, celle d’un certain Nariño, un intellectuel engagé du XIX° siècle. Là aussi, la visite vaut pour la maison, son balcon intérieur et son patio. Nous revenons en passant par d’autres rues où les maisons coloniales anciennes abondent, toujours fièrement entretenues. 

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D’autres maisons, plus récentes mais respectant le style traditionnel, sont apparues et abritent des auberges, des restaurants ou des boutiques d’artisanat. Villa de Leyva, pas très éloignée de Bogotá est une destination connue des touristes locaux ou étrangers. Nous revenons au camping. Les Australiens regardent (discrètement) leur télévision puis un gratteur de guitare nous régale de ses chants mais cela ne dure pas.

Mercredi 19 octobre : Nuit calme, sans camion ni musique. Nous commençons par retourner en ville. La grande place centrale est désormais débarrassée de ses exposants et nous pouvons la contempler dans toute son intégrité avec ses pavés et ses maisons coloniales sur tous les côtés. Nous passons à l’Office du Tourisme pour obtenir quelques brochures puis Marie commence une tournée des boutiques d’artisanat qui ouvrent sans se presser, à la recherche d’un type de sac originaire de la région de Carthagène et que Marie-Jo a eu le tort de lui vanter. Pendant qu’elle explore les boutiques, je vais faire des photos des rues, des maisons et des ponts jetés au-dessus du ruisseau qui traverse la ville. 

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Nous passons au Couvent du Carmel dont le musée n’ouvre que les samedis et dimanches. Je vais rechercher le camion et nous partons en excursion dans les environs. Nous commençons par une curieuse maison construite entièrement en argile par un architecte, la Casa de Barro, une sorte de grosse crotte ocre rouge supposée être écologique mais son prix de visite ne l’étant pas, nous nous contentons de la photographier de l’extérieur. Nous repartons au milieu de la campagne et des serres où l’on doit produire de meilleurs fruits et légumes que ceux achetés au supermarché… Un bout de piste nous amène à un site archéologique. Un ensemble de pierres dressées, supposé être un observatoire astronomique des Miscas. Deux rangées, chacune d’une cinquantaine de pierres, sont alignées parallèlement, d’autres plus grandes, de forme phallique très évidente, sont dressées ou tombées au sol. 

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En repartant, j’ai le malheur de heurter avec l’arrière du camion un des poteaux de support du grillage. Aussitôt le gardien et un vigile accourent, me menacent d’appeler la police si je ne leur verse pas un petit cadeau… Je refuse, le vigile téléphone à la police et nous en restons là. Mais où sont ces gentils Colombiens vantés par les autres voyageurs ? Nous nous rendons ensuite au Monastère de l’Ecce Homo. Un lieu calme, retiré du temps où nous pouvons visiter les salles qui entourent le joli cloître fleuri. Beau retable avec des représentations d’Indiens (?), d’aigles et d’ananas dans l’église. Petit musée sur les populations locales d’autrefois qui ont eu le bonheur de connaître la vraie foi… Nous reprenons la route jusqu’au gros bourg de Raquiri dont la spécialité est la poterie. Le centre-ville n’est pas très beau, pas de maisons traditionnelles, mais des maisons-boutiques d’artisanat où l’on vend d’abominables poteries, des hamacs, des mobiles à accrocher au plafond et ces « attrapeurs de rêve » que nous avons découvert en Alaska ! Pour attirer le chaland, les façades de ces maisons disparaissent sous les articles exposés. 

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Nous revenons sur nos pas et nous nous rendons au Musée du Fossile. Un kronosaure, sorte de crocodile gigantesque du Crétacé inférieur, découvert quelques années auparavant, est exposé in situ. Ahurissant par sa taille, il était pourvu de mâchoires aux dents impressionnantes qui ne risquent pas de donner la nostalgie des temps anciens… D’autres fossiles plus classiques complètent l’exposition. Nous revenons à Villa de Leyva et profitons de la place vide, bien éclairée par le soleil, pour l’immortaliser.

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Marie repart à la recherche de son sac et visite, une à une, chaque boutique susceptible de posséder l’oiseau rare, celui exactement de la couleur voulue, donc introuvable. Mon talon gauche, toujours douloureux, que je ne peux poser au sol, me fait claudiquer… Nous abandonnons la quête impossible et allons prendre un soda à la terrasse de l’un des bistrots de la place en attendant le coucher du soleil. Nous avions envisagé de dîner au restaurant mais il faudrait encore attendre deux heures que nous ne savons comment occuper. Après avoir constaté que l’éclairage de la place de nuit n’a rien d’exceptionnel, nous retrouvons notre place au camping. Nous y dînons de plats simples, copieux et pas chers, pâtes à l’ « asiatique » et une crêpe au poulet et au fromage.

Jeudi 20 octobre : Nous faisons nos adieux à ce campement que nous ne recommanderions pas trop à cause de l’exiguïté du lieu (nous étions coincés entre les tables et le camping-car d’Australiens). Plein d’eau puis nous traversons une dernière fois Villa de Leyva mais nous sommes bloqués à la sortie par le défilé d’une école, fanfare en tête et quelques chars pour vanter ses débouchés scientifiques et techniques. Nous retournons à Tunja et allons nous garer presque au même endroit que mardi dernier. Le soleil ne réchauffe pas assez et il fait froid quand on est à l’ombre, d’autant qu’un petit vent souffle des montagnes. Nous arrivons juste à temps à l’Office du Tourisme pour la visite de la maison du Fondateur, sous la conduite de la dame que j’avais engueulée la dernière fois mais tout se passe bien, tout le monde s’excuse et nous sommes les meilleurs amis du monde désormais. Nous traversons le petit jardin avant de monter à l’étage pour découvrir dans une salle ce que nous voulions voir : dans une première salle, un plafond entièrement peint du XVII° siècle avec des représentations d’animaux et d’arbres, tous à caractère symbolique. Des éléphants, un rhinocéros, inconnus sur ces terres et peints à partir de gravures venues d’Europe. 

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Dans la seconde salle, ce sont des scènes de chasse qui occupent le plafond. Toutes ne sont pas d’une belle facture mais leur maladresse, surtout dans la représentation d’une faune inconnue, ne manque pas de charme. Nous nous précipitons ensuite à la Maison, dite du Greffier, où, après avoir eu la frayeur de la trouver fermée, nous avons droit à une visite détaillée sous la conduite d’une brave dame qui fait des efforts pour parler lentement. Après des salles où chaque meuble est ancien, chaque toile date du XVI° ou du XVII° siècle, nous découvrons les salles à l’étage dont les plafonds sont aussi couverts de fresques. Elles sont de meilleure qualité et la fraîcheur des couleurs est extraordinaire. Des personnages de la mythologie grecque ou latine, Jupiter, Diane, Minerve, sont représentés avec des cornes d’abondance d’où s’échappent des fruits tropicaux. 

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Les Sibylles ont des têtes d’Indiennes et leur coiffure comporte des plumes. Nous ne manquons pas de faire référence aux fresques vues à Puebla. Nos guides ne connaissent pas et sont persuadées que ce sont les seules du monde latino-américain. Pour achever les visites ratées de mardi dernier, nous retournons au Couvent de Santa Clara La Real mais là, nous trouvons porte close. Nous avons beau sonner, tambouriner, nul ne vient ! Nous allons donc reprendre le camion et quittons Tunja. Nous roulons sur l’autopista, traversée rapide de la campagne jusqu’à Bogotá. Nous entrons dans la ville, la circulation devient folle, tous roulent à la vitesse maximale et s’indignent que l’on puisse changer de file devant eux… Nous découvrons les joies des embouteillages de la capitale mais nous parvenons assez rapidement à trouver le garage d’Alejandro, spécialisé en Land Rover et recommandé par des voyageurs. Je lui explique les problèmes, boîte de vitesse, fuite à l’arbre de roue, vérification des freins et tous les bruits intempestifs… Bien entendu, il ne peut s’en occuper aussitôt et nous demande d’attendre demain matin. Nous lui expliquons que nous dormons dans le camion et le faisons visiter. Gros succès des baños, bien sûr… Nous devons attendre devant le garage, à respirer les odeurs de peinture, à subir les bruits des diverses machines. A sept heures, Alejandro vient nous dire qu’il n’y a pas de place pour le camion dans son trop petit atelier et nous emmène dans une concession de lavage de voitures où nous pouvons rester en sécurité. Mais on y travaille tard et le bruit de l’eau sous pression est pénible.

Vendredi 21 octobre : L’activité avait baissé au début de la nuit et nous nous étions endormis sans trop de peine, Marie avec ses boules Quiès. A trois heures du matin, un noctambule vient faire laver sa voiture et me réveille. Je baisse le toit pour atténuer le bruit et me rendors. Nous nous levons à six heures pour être un peu avant huit heures au garage, comme prévu avec Alejandro. Il commence à travailler en attendant ses ouvriers. Démontage du demi-arbre arrière droit et constatation d’un jeu important entre la main-meneuse et les cannelures du demi-arbre. Il commande les pièces de rechange et son ouvrier prend la relève. Il change un croisillon de cardan de l’arbre de transmission. La rue et le trottoir sont ses ateliers… Pas de problème avec les freins. Quand il faut remonter, on constate que le demi-arbre commandé n’est pas à la bonne longueur et que ce modèle étant inconnu en Amérique, il faudrait commander les pièces et les recevoir dans un délai de huit jours. Autre solution : les souder ! Je m’y résous mais le temps a passé et nous allons déjeuner dans un restaurant proche, fréquenté par les employés du quartier. De retour au camion, les pièces soudées sont de retour mais trop chaudes pour être montées, il faut encore attendre… Pour constater que le cordon de soudure trop épais empêche le remontage, il faut le meuler ! Nous décidons alors de passer la nuit dans un hôtel du centre-ville, dans le quartier ancien de la Candelaria. Nous faisons téléphoner par la secrétaire d’Alejandro, préparons un sac et un taxi nous y conduit. La ville est immense, très allongée, le long d’une montagne. Nous sommes déposés devant une porte close, peu engageante. On vient nous ouvrir, c’est une auberge de jeunesse avec des peintures violentes sur tous les murs, des dortoirs et quelques chambres. La nôtre a une salle de bain mais pas de fenêtres ni de meubles, juste un lit. Nous n’avons pas envie d’y séjourner plus d’une nuit… Nous ressortons pour avoir une première vision du centre. Beaucoup de monde dans les rues, surtout des étudiants semble-t-il, les trottoirs sont tous défoncés, des trous partout. Nous aboutissons à la place Bolivar, envahie par les pigeons et des jeunes rassemblés devant des haut-parleurs qui diffusent une musique qui n’a rien de traditionnelle et sur laquelle ils dansent. Quelques-uns, piercing, crête « iroquois », look destroy, pourraient être les jumeaux de ceux de Paris, Berlin ou New York. Un campamento réclame « La Paix ». Qui ne serait pas d’accord ? Les bâtiments autour de la place sont très disparates : une cathédrale fermée mais qu’on n’aurait pas eu envie de visiter, une construction moderne qui abrite des ministères, un palais du XIX° siècle ainsi que deux anciennes maisons coloniales. Une chapelle, dite du Sagrario, elle, est remarquable par ses plafonds et son paravent surmonté des statues de quatre saints mais interdiction de prendre des photos. Nous passons à l’Office du Tourisme collecter quelques prospectus inutiles avant de partir à la recherche d’un restaurant. Marie fatigue. moi, je suis de mauvaise humeur, mécontent de tout, las de ces villes et de leurs motards impolis, de leurs conducteurs sans respect pour les autres, de ce bruit incessant, partout, tout le temps. Nous revenons nous reposer à la chambre, découvrons qu’au rez-de-chaussée, on danse sur une musique trop forte… Nous ressortons et allons dîner, bien et pas cher, au Civitas, poisson en sauce coco et poulet à la crème. Retour à la chambre, bercés par la musique disco…

Samedi 22 octobre : La musique s’est arrêtée tard dans la nuit, je n’ai pas eu le courage de regarder l’heure. Les couvertures et le trop petit drap ne restent pas en place. Le petit déjeuner est frugal mais il nous suffit. Nous partons dans les rues encore désertes du vieux Bogotá, entre les dernières maisons coloniales debout. Nous devons attendre l’ouverture du Musée Botero, sis dans un bel ensemble de cours et de pavillons de la Casa de la Moneda. D’emblée je suis séduit. J’avais de Botero une image d’un peintre à « truc », avec ses personnages difformes, gonflés comme des outres, inexpressifs mais il y a plus, un art de suggérer les déformations par l’introduction d’éléments à une autre échelle : un couteau ridiculement petit, à côté d’un fruit énorme posé sur une table pourvue d’un tiroir minuscule.

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Sa grande connaissance de la peinture classique européenne est utilisée pour recréer un univers fantastique, une Mona Lisa ou une naine de Velasquez grotesques, même  si ce n’est pas ce que je préfère. Ses sculptures (il n’y a au musée que des petites dimensions) sont aussi fort intéressantes puisqu’il peut montrer les volumes en 3 dimensions. Et un homme qui a collectionné Delvaux, Soutine, Grosz, etc… ne peut manquer de talent ! Nous passons devant l’Eglise du Carmen, curieuse construction du début du XX°siècle, délirante de clochetons, de pinacles, édifiée dans des couches de pierres alternativement blanches et rouges, fermée ! nous n’en verrons donc pas l’intérieur. Je téléphone à Alejandro mais je ne comprends pas grand-chose à sa réponse si ce n’est qu’il va changer l’huile de la boîte de vitesse, faute de pouvoir se procurer les synchros. Nous visitons le Musée Archéologique dans une autre belle maison coloniale, celle du Marquès de San Jorge. Il reste des traces de fresques sur les murs dont un curieux trompe-l’œil avec un cadenas. Les vitrines renferment une belle collection de poteries précolombiennes des diverses ethnies de Colombie, encore une fois nous nous faisons la réflexion que certaines nous conviendraient parfaitement… Nous allons déjeuner dans un petit restaurant, les 3 Gatos, d’un menu « ejecutivo », le menu du midi pour les gens qui travaillent. Plusieurs plats : une tarte à la carotte ou une soupe puis un plat bien garni, une viande ou un poisson avec du riz, des rondelles de tomate, une salade de pommes de terre et un fruit sans compter une boisson à base de mélasse de jus de canne à sucre qui semble la boisson nationale, personne ne buvant de bière et encore moins de vin au déjeuner. C’est relativement bon si on fait abstraction de la « fermeté » de la viande, et peu cher. Nous continuons notre promenade en longeant le palais présidentiel. L’Eglise San Agustin qui ne paie pas de mine à l’extérieur est une splendeur à l’intérieur. Le plafond voûté et celui de la tribune d’orgue sont décorés de motifs dorés, quelques peintures d’archanges, malheureusement malaisées à détailler, occupent les murs. La pluie arrive, nous allons nous réfugier dans une autre merveille, l’Eglise Santa Clara, dont le plafond couvert de motifs floraux dorés est encore plus beau, et où les tribunes  à moucharabiehs sont remarquables. Pas un mètre carré sans un tableau ou une sculpture. Pas le plus petit carré vierge de tout décor où reposer les yeux !

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Nous atteignons la Place Bolivar. Marie se réfugie à l’Office du Tourisme et je vais sous la pluie tirer des pesos pour régler Alejandro. Le ciel est maintenant tout gris, pas question de faire des photos de la place. Nous retournons à l’hôtel récupérer notre sac puis nous faisons appeler un taxi qui nous dépose au garage. Alejandro nous montre ce qu’il a sorti de la boîte de vitesse : 6 litres d’un mélange d’huile et d’eau ! Encore un souvenir du Costa Rica… Je fais un essai avec lui, les vitesses craquent encore… Je commande les pièces pour remplacer le bricolage de la soudure du demi-arbre, nous devrions les avoir vendredi prochain en revenant de Villavicencio. Je règle la facture, bien moins élevée que je ne le craignais. Nous partons, trouvons notre chemin sans nous tromper et malgré les embouteillages, parvenons avant la nuit au parking près du centre commercial Portal 80 que nous avait indiqué Guy. Peu de place, pas de commodités, cher mais nous avons le droit d’y dormir dans le camion ce qui est rare à Bogotá.

Dimanche 23 octobre : Quelques airs lointains de chansons n’ont pas troublé notre nuit. Nous abandonnons le camion et partons prendre le « TransMilenio », un service de bus avec ses voies propres, rapide donc. Nous devons traverser le Mall Portal 80, encore désert à cette heure mais les promeneurs ne sont pas rares dans le parc, de l’autre côté de la rue. Beaucoup s’adonnent à des activités sportives, accompagnent leurs enfants aux jeux ou prennent des cours de danse avec tout le sérieux qui s’impose dans ce cas. Nous accédons au terminus des bus. Guy et Marie-Jo nous avaient fait don de leurs cartes de transport, je dois simplement la créditer de quelques milliers de pesos pour pouvoir l’utiliser. Nous allons faire la queue sur la plate-forme de notre bus. A notre grand étonnement, les passagers sont sagement alignés en rangs devant la supposée ouverture des portes mais quand le bus arrive, c’est la ruée. Marie obtient tout de même une place assise. Nous voilà partis à vive allure, le chauffeur ne plaisante pas et il vaut mieux bien se tenir dans les virages. Nous suivons une large avenue entre deux rangées de murs couverts de tags puis de peintures murales. Les grands immeubles apparaissent dans le centre. Nous descendons au terminus et continuons à pied. Nous atteignons une place encore peu fréquentée puis suivons l’Avenue Jimenez. Nous arrivons au Musée de l’Or juste à l’heure de son ouverture. La gratuité du dimanche attire de nombreux visiteurs, venus en famille. L’exposition des objets se tient sur deux étages suivant quelques thèmes : la métallurgie, le traitement de l’or chez les divers peuples de Colombie puis sur les thèmes de la cosmologie et de la symbolique et enfin sur l’idée de l’offrande. Nous sommes stupéfaits par l’abondance des objets en or, pectoraux, masques, ornements de narines, boucles d’oreilles, pendentifs qui seraient mieux mis en valeur sur un fond noir, étonnante faute de présentation dans un musée aussi riche.

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Les informations en espagnol et en anglais sont suffisantes sans assommer le malheureux qui voudrait tout déchiffrer. Etonnement aussi devant la similitude des objets, non seulement chez les divers peuples de Colombie, mais aussi avec ceux du Pérou au Costa Rica et même au Mexique. Nous ne nous lassons pas d’admirer la finesse, la qualité des pièces exposées, le soin apporté à leur réalisation, sans oublier l’ingéniosité des solutions techniques apportées aux problèmes de fabrication. Nous en terminons avec une salle où nous sommes plongés dans le noir, les portes fermées et soudain un éclairage balaie les parois circulaires et fait apparaître derrière des vitres des milliers d’objets d’orfèvrerie, disposés par familles, puis un puits central est éclairé, montrant d’autres pièces disposées comme lors de la fouille d’une tombe, ainsi qu’une émeraude d’une grande pureté. 

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Nous sommes déjà bien fatigués et nous allons déjeuner au restaurant du musée. Plus chic que nos gargotes des jours passés mais un effort en cuisine se paie. Les plats ne sont pas aussi copieux mais c’est bon et tout à fait abordable. Nous achevons notre visite à  ce beau musée par l’exposition temporaire consacrée aux molas, ces tissus découverts au Panama. Nous en attendions beaucoup et nous sommes très déçus… La petite place devant le musée qui était déserte à dix heures s’est remplie, des bouquinistes s’y sont installés. Dans l’avenue qui la longe, rendue piétonne le dimanche, des badauds déambulent, des bonimenteurs rameutent les foules, toutes sortes de stands de tir, primitifs, proposent aux gogos de gagner le gros lot, des marchands de toutes sortes de friandises, de grillades, de jus de fruits, contentent les estomacs…

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La foule est immense et bouche l’horizon. Nous sommes étonnés par le grand nombre de clochards, non seulement ici mais dans toutes les artères de la ville. L’odeur d’urine est insupportable et les ordures traînent partout. Nous voulons visiter les églises en face du musée mais les plus intéressantes sont fermées, la seule ouverte ne nous intéresse guère. Nous retournons sur une place qui n’a aucun intérêt avant de reprendre le chemin du terminus des bus, en faisant un détour par l’église coloniale des Aguas, fermée… Nous rentrons rapidement avec notre bus et bien qu’épuisés, nous passons au centre commercial faire quelques emplettes. Toujours les mêmes produits qui ne nous font plus envie, Marie hésite de longues minutes dans ses choix alors que je n’ai qu’une envie, rentrer au camion et dormir ! Il faut encore rapporter tous les sacs au camion avant de pouvoir envisager de nous reposer. Nous hésitons sur la suite de l’itinéraire ! Dîner d’ailes de poulet désossées et farcies au poulet et à la carotte ! Et enfin nous pouvons nous coucher.

Lundi 24 octobre : Nous avions décidé de nous reposer aujourd’hui, aussi ne nous pressons pas ce matin. Nous ne partons qu’à dix heures. Nous devons suivre d’interminables et larges avenues pour sortir de la capitale, des kilomètres et des kilomètres avant d’avoir enfin l’impression d’être sortis de la zone urbaine. Après un long tunnel en descente, nous continuons de perdre de l’altitude pour quitter la Cordillère. Mais la route est en cours d’élargissement, ce qui signifie des travaux donc des ralentissements, quand ce ne sont pas les camions qui avancent en petite vitesse et qu’il faut suivre. La succession de viaducs et de tunnels, les nombreuses serres que l’on aperçoit, évoquent l’autoroute de la côte Ligure mais le paysage est tout différent, une belle forêt avec des arbres en fleurs couvre les flancs abrupts de la montagne. En descendant, nous retrouvons des températures « tropicales »… En début d’après-midi, nous parvenons à Villavicencio que nous contournons avant de trouver l’aéroport. Nous nous rendons à l’agence de voyage Ecoturism qui s’y trouve pour nous renseigner sur les conditions de l’excursion au Caño Cristales. Une jeune fille nous renseigne mais il faudrait attendre trois jours, le temps d’obtenir un permis, avant de nous y rendre. Elle doit nous recontacter s’il y a une possibilité pour mercredi. Le temps de marche inquiète Marie… Nous voulons camper à l’hôtel Los Caballos mais il n’y a pas le wifi. Nous tentons notre chance à l’hôtel voisin où l’on ne veut pas de nous. Nous retournons au Las Caballos. La douche est celle de la piscine, en plein air, les toilettes ne sont pas très propres, cela sent le début de la décadence… Nous nous installons sur une table branlante pour relire mon texte de blog jusqu’à la tombée de la nuit. Un orage avec éclairs et coups de tonnerre et surtout une forte pluie nous surprend au début de la nuit.

Mardi 25 octobre : Il a assez plu pour que nous trouvions le camion inondé, sans savoir d’où cette eau est venue. Nous repassons à l’agence de tourisme mais la jeune fille nous assure ne pas pouvoir obtenir un permis de visite avant vendredi. Nous renonçons donc aux eaux rougeoyantes du Caño Cristales et pour nous consoler, nous décidons de rouler jusqu’à San Martin du Llanos. Mais auparavant, nous cherchons le centre-ville de Villavicencio, non pas que ce soit indispensable mais Marie a envie de voir la place centrale et surtout trouver un cybercafé pour mettre un message à Nicole et souhaiter un Bon Anniversaire à Vettou… Nous parvenons à nous garer près de la place centrale, le cathédrale ne mérite pas une visite que nous ne lui consacrerons pas, mais nous trouvons un cyber café qui nous permet d’avoir le dernier message de Julie et d’écrire à Nicole. Nous trouvons la route de San Martin grâce à un policier à qui j’ai demandé de me l’indiquer et qui saute sur une  moto pour nous précéder et nous y mener ! La sortie de Villavicencio est difficile, ce n’est pas le petit village perdu dans les plaines que j’avais imaginé (mon imagination me trompe souvent !). La route qui traverse les Llanos, les immenses plaines qui s’étendent jusqu’au Venezuela, est parcourue par des norias de camions, du moins sur le tronçon que nous avons parcouru… Nous traversons (sur des ponts !) de nombreuses rivières qui charrient des eaux  grises, boueuses. Après Acacias, la route est moins fréquentée, elle traverse des régions d’élevage, vertes prairies  et bovins de tous côtés. Quelques ranchs laissent imaginer que le beefsteak nourrit l’éleveur… Nous parvenons à San Martin. Nous trouvons la place centrale, quelconque, son église dédiée à Saint Martin de Tours ! Mais fermée. Quelques maisons anciennes, rénovées, sans charme, justifient la  description du Guide Michelin en tant que ville coloniale… Ayant dûment constaté que le détour par cette bourgade était inutile, nous prenons le chemin du retour… Rapide déjeuner à l’ombre d’un manguier puis nous roulons. Une heure pour revenir à Villavicencio dont les faubourgs sont péniblement traversés, puis deux heures de remontée vers des contrées plus fraîches. Nous devons nous traîner derrière les camions qui peinent dans l’interminable côte pour nous amener de 400 à 3000 mètres d’altitude. Une partie de la route est désormais dans des tunnels à double voie où je suis un bus qui roule au double de la vitesse autorisée pour dépasser les camions. L’entrée de Bogotá n’est pas la fin des épreuves, bien au contraire ! Il va nous falloir encore deux heures pour traverser la ville dans les encombrements et bientôt dans la nuit. Nous ne nous perdons pas et retrouvons notre parking du Mall 80. A peine garés, je vais au supermarché acheter une bouteille de vodka et du tonic pour nous consoler d’avoir perdu deux jours… Apéritif de rattrapage, bien que nous ne soyons pas dimanche, puisque depuis Pamplona et l’assèchement de la bouteille de vodka, nous n’avions plus honoré, comme il se doit, la tradition, bien établie, de l’apéritif du dimanche… Nous n’avons pas pu nous garer comme précédemment, et comme nous sommes près de la route, nous en subissons tous les désagréments. Je vais demander à la responsable de changer de place, ce qui ne pose pas problème…

 

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