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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:51

Mercredi 16 novembre : Pour la seconde nuit, nous avons dormi avec le toit baissé pour ne pas avoir froid. Nous nous réveillons avec un soleil qui réchauffe le camion et ses occupants. Nous traversons Ipiales et quelques kilomètres plus loin, nous sommes à la frontière. Nous devons faire une longue queue pour atteindre l’un des deux seuls guichets ouverts sur les huit prévus, dont un pour handicapés et femmes enceintes, fermé lui aussi. Quand c’est notre tour, le passeport est tamponné en quelques secondes puis je donne la feuille d’importation temporaire sans qu’elle soit vérifiée ni même que le camion soit visité ! Nous aurions pu sortir du pays sans le moindre contrôle ! De l’autre côté du pont sur le ruisseau qui marque la frontière, côté équatorien, c’est tout aussi peu sérieux : nous pourrions entrer sans la moindre formalité… Le contrôle d’immigration est plus rapide, la délivrance d’un document d’importation temporaire pour le camion demande plus de temps. J’avais changé mes derniers pesos contre des dollars au poste colombien, je m’aperçois qu’il manque trente dollars au total. Je retourne au poste colombien, retraversant la frontière, sans qu’aucun policier n’en soit perturbé… Je récupère mes trente dollars sans discussion et nous pouvons partir. Nous voici en Equateur, je suis soulagé que tout se soit passé sans anicroche. Nous allons au centre de la première ville, Tulcan, tout de suite après la frontière. Son cimetière est une curiosité : les tombes, classiques ou enfeux, sont réparties en quartiers, séparés par des rangées de cyprès taillés en forme de personnages, d’animaux, d’oiseaux etc… 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous apprécions de rouler sur une bonne route, large, souvent à deux voies séparées, peu de camions et pas de motos dans les agglomérations, quelle différence ! Nous sommes dans un paysage andin classique avec des collines couvertes d’un patchwork de champs avant de descendre dans une vallée tropicale où nous retrouvons cactus et champs de canne à sucre qui ondoient sous le vent. Nous remontons à plus de 2000 mètres dans des montagnes pelées avant de parvenir à Ibarra. Nous nous rendons aussitôt au campement Sommerwind, au bord d’un lac, tenu par des Allemands, point de passage obligé pour tous les voyageurs. Une meute de chiens nous accueille puis une Américaine nous fait les honneurs du lieu. Nous pouvons nous installer sur une pelouse, profiter de sanitaires impeccables, d’un wifi performant qui nous permet de téléphoner à Julie avant qu’elle ne parte au Mexique et faire un brin de toilette au camion. Nous faisons une lessive puis nous tentons d’établir un programme pour visiter l’Equateur et être le 5 décembre au Pérou.

Jeudi 17 novembre : Bonne nuit, au calme, à part quelques chiens qui tiennent à se manifester. Nous ne sommes pas pressés, sans grand programme pour la journée. Nous procédons à un nettoyage de l’intérieur du camion qui en avait bien besoin puis à des rangements et à quelques bricolages. Un Allemand, avec un énorme camion, qui connaît bien le pays, nous confirme qu’il est tout à fait possible de laisser le camion plusieurs mois en gardiennage, cela remet en question notre intention de continuer jusqu’au Pérou. Nous nous rendons en ville et commençons par rendre visite à un supermarché. Nous retrouvons les mêmes marchandises qu’en Colombie avec peut-être plus de choix. Il semble qu’il y ait une importante colonie d’étrangers installés en Equateur d’où certains produits en rayon. Nous allons ensuite nous garer dans le centre et allons déjeuner dans une parillada argentine. En écoutant Carlos Gardel qui nous donne la nostalgie des milongas de Buenos Aires, nous dégustons d’excellentes viandes : un énorme steak saignant, des côtes de porc dont une fumée, et un assortiment de saucisses et de boudins. Nous en ressortons l’estomac bien plein… Nous passons dans une agence de voyage nous renseigner sur les Galapagos, le prix est intéressant mais ce ne serait pas une croisière. Nous allons voir la peu intéressante cathédrale sur une belle place, puis sur une autre, l’Eglise de la Merced dont nous nous contenterons d’apercevoir le retable doré depuis le porche, pour cause d’enterrement… Nous allons ensuite poursuivre notre journée gastronomique par une visite à un glacier où nous nous régalons avec des sorbets au corossol que nous n’avions plus dégustés depuis Dakar, et aux fruits de la passion. Nous reprenons le camion pour monter à un mirador d’où nous avons une vue, d’un côté sur Ibarra, décidément une ville sans charme, et de l’autre sur le lac.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous terminons le tour du lac et regagnons le camping. Le patron est rentré. Il nous confirme que nous pouvons légalement laisser plusieurs mois le camion chez lui mais je dois prendre un visa de 180 jours qui coûte 450 $ ! Cela demande réflexion et remet à l’ordre du jour la possibilité de nous rendre aux Galapagos. Je tente de joindre des agences de voyage mais le wifi est très faible. Avant de dîner, je m’aperçois, pour la seconde fois dans la journée, que l’un des placards est plein d’eau. Je découvre que la vidange de l’évier est cassée au niveau du tuyau d’évacuation. Je tente de réparer en utilisant le collier de serrage mais la longueur disponible est insuffisante et après plusieurs vaines tentatives, je renonce et pense alors coller les éléments, mais la colle a disparu. Je vais demander à l’ « Allemand » qui vient voir le problème, constate que le pvc est très usé et qu’un collage ne servira à rien mais il promet de m’aider à trouver une solution demain. Pour me réconforter, nous prenons un apéritif mérité avant de dîner.

Vendredi 18 novembre : Mal dormi, celui qui draguait une Colombienne est resté causer avec elle tard dans la nuit puis quelques brefs airs de musique ont retenti. Nous commençons à nous préparer à partir quand l’ « Allemand » vient me dire qu’il a la solution et qu’il va s’en occuper. Effectivement je le retrouve en train de tailler un filetage dans un raccord de tuyaux puis de le chauffer pour l’écraser afin de réaliser une collerette mais cette dernière, trop grossière, mal placée, en dépit d’un joint plat, ne permet pas d’assurer l’étanchéité et, semble-t-il vexé, notre « intervenant » se résout  à coller le raccord sur l’évier, ce que je voulais faire hier soir… Entretemps j’ai modifié le branchement du gonfleur, la prise allume-cigare ne fonctionnant plus, et je peux rétablir la pression dans le pneu arrière gauche qui perd toujours un peu. Je retrouve les cartes-mémoire qui étaient dans la sacoche de l’appareil photo et que notre voleur a eu la délicate attention de retirer pour nous les laisser, qu’il en soit ici remercié… Il est presque midi quand nous en avons terminé de nous préparer et après avoir vainement tenté d’offrir une bière fraîche à notre dépanneur et à sa femme, nous décidons de déjeuner avant de partir. Nous traversons longuement Ibarra et au terme d’une montée, nous passons sans le village de La Esperanza, au pied du volcan Imbabura perdu dans les nuages. Nous le contournons sur une route à très faible circulation, au milieu des alpages. Nous allons trop loin et revenons au carrefour non signalé, en emmenant une dame replète. La route secondaire, en très bon état mais étroite et avec des courbes serrées nous amène au lac San Pablo que nous contournons avant de retrouver la Panamericana, au sud d’Otavalo. Moment historique : nous achevons de traverser l’Amérique du nord au sud puisqu’en 2007 nous avions relié Ushuaïa à Otavalo et que nous arrivons d’Alaska ! Nous traversons Otavalo, cherchons un emplacement de bivouac, un grand parking est bien éloigné du centre, un autre où nous nous installons, est tout près du marché artisanal où nous allons traîner en fin d’après-midi. Nous revoyons les Indiennes avec des corsages brodés colorés, un châle bleu ou blanc jeté sur l’épaule par-dessus une jupe longue indigo, un tissu plié sur la tête et un collier de perles dorées autour du cou.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les hommes ont de beaux cheveux noirs tressés en queue de cheval et un chapeau dessus. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les marchands plient leurs étals mais nous avons encore le temps de chercher des idées de cadeaux à rapporter. Nous revenons au camion pour une nuit que nous espérons point trop bruyante…

Samedi 19 novembre : Nous ne pouvions pas espérer, garés à proximité du marché artisanal, avoir une nuit sans bruit, néanmoins ils étaient assourdis et très supportables jusqu’à cinq heures du matin quand un camion est venu décharger des marchandises à côté de nous en laissant sa radio, dix minutes seulement, mais nous étions réveillés. Nous commençons la journée sous un ciel gris mais le soleil va s’installer tout doucement. Le marché artisanal est beaucoup plus fourni que la veille, les camelots ont envahi les rues et proposent tissus, ponchos, bibelots, etc… pour les touristes. Marie, toujours en quête de cadeaux à rapporter, commence à s’y intéresser de près. Nous enfilons une rue en direction du marché aux produits d’alimentation, les étals pour touristes disparaissent, remplacés par des articles de confection ou des chaussures pour les locaux. Indiennes et Indiens dans leurs tenues traditionnelles flânent, discutent et se moquent d’être pris en photo. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les touristes sont encore peu nombreux, ils arriveront quand nous partirons, amenés en bus de Quito. Le marché aux fruits et aux légumes est plus coloré, beaucoup de marchandes ont adopté un tablier peu exotique. Sous la halle, des gargotes servent à manger et des porcs entiers, rôtis, dorés, la peau craquante, la gueule béante, attendent l’amateur. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Je commence à avoir faim… Des petites Indiennes, beaucoup sont vraiment de très petite taille, la peau cuivrée, parcheminée, sans âge, vendent des herbes, des bottes d’oignons, à même le trottoir. Plus loin, ce sont les échoppes de corsages brodés qui tentent jeunes filles et jeunes femmes à la natte serrée dans un ruban tissé.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Puis vient le moment des achats, toujours long et pénible devoir. Marie hésite, ne sait pas se décider et encore moins discuter mais finit par obtenir ce qu’elle veut. C’est donc chargés de sacs que nous reprenons le camion. Nous passons au marché aux bestiaux mais il est bien trop tard, nous aurions dû nous y rendre au début et il n’y a plus que quelques cochons qui font la tête… Nous repartons sur la Panamericana jusqu’au site de la ligne équatoriale. En fait, il y en a deux à quelques mètres l’un de l’autre. Au premier, une mappemonde en ciment coloré (celle de la photo avec Jacques Cornet et Henri Lochon ?) marque le franchissement d’un hémisphère à l’autre mais le GPS indique l’autre comme la position réelle de la Ligne. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Là, il faut acquitter un droit de 2 dollars par personne pour avoir le droit de poser pour la photo devant une obélisque ridicule ! Nous déjeunons sur le parking puis, après quelques kilomètres en montagne, nous atteignons Quito... Nous suivons une large avenue qui nous amène droit dans le centre de la ville nouvelle. Nous trouvons l’Hostal Zentrum, tenu par Gerd un Allemand hors d’âge, avec qui je communique dans un mélange d’allemand, d’anglais et d’espagnol. Nous pouvons nous garer dans le petit jardin, profiter des installations et du wifi. Nous sommes rejoints par la suite par deux autres véhicules de voyageurs. Après un temps de repos, après avoir lu le sms de Julie, bien arrivée à Guadalajara, nous allons faire un tour à pied dans le voisinage. La Place Foch est le centre de l’activité nocturne avec une multitude de bars, de cafés avec terrasse et de restaurants. Il est encore un peu tôt mais le volume sonore promet une nuit agitée au voisinage. Marie découvre des écharpes qui ne peuvent lui échapper et pour obtenir un rabais, en achète deux ! Nous rentrons au camion et essayons de décider le programme des deux jours à venir à Quito.

Dimanche 20 novembre : Le toit baissé, nous n’avons pas entendu trop le bruit de la circulation mais dès que nous le soulevons, le trafic des bus est pénible. Notre hôte, Gerd, ne semble plus pressé de nous appeler un taxi, alors que la veille il était prêt à le faire. Nous insistons et il nous en hèle un dans la rue. Après une course dans les avenues désertes, le taxi nous dépose à deux pâtés de maisons de la Plaza Grande. Les rues du centre sont piétonnisées le dimanche et elles ont envahies par les badauds, des familles venues se promener ou se rendre à la messe dans l’une des églises historiques du centre. Nous retrouvons cette place qui dans mon souvenir se mélangeait avec celle de San Francisco. Des retraités se réchauffent au soleil, assis sur les bancs, sous les arbres et les palmiers. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous visitons la cathédrale. Superbe plafond de bois et belle collection de tableaux de l’école de Quito dont de nombreux de Bernardo Rodriguez, aux couleurs vives et fraîches. Quelques-uns sont curieux : une Nativité avec un Enfant Jésus veillé par un cheval et un lama, une Cène avec un Christ s’apprêtant à souper d’un cuy (pour 13 !).

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous nous rendons ensuite à l’Eglise de la Compañia, ouverte pour la messe qui débute dans un quart d’heure. On nous laisse entrer mais à l’intérieur un garde-chiourme veut à tout prix que nous ressortions. Nous parvenons tout de même à remonter une travée, en prenant même quelques photos (interdites !) à la sauvette, avant de nous faire expulser de cette magnifique église aux dorures qui couvrent murs, piliers et plafonds, avec des confessionnaux superbes qui doivent inciter à révéler des péchés imaginaires, simplement pour y passer plus de temps… 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

A l’intérieur du portail, un trompe-l’œil rétablit la symétrie avec un véritable escalier en colimaçon. Une église digne des plus belles du Mexique. Mécontents d’en avoir été chassés, nous marchons trop loin et devons revenir sur nos pas pour retrouver la belle place de San Francisco qu’hélas, nous découvrons à demi saccagée par la construction du métro ! L’église et le couvent en forment toujours un des beaux côtés mais la perspective avec les autres maisons anciennes des autres côtés est pour le moment masquée.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

La messe se déroule dans San Francisco mais nul ne nous interdit de remonter les allées latérales et d’admirer l’extraordinaire richesse de sa décoration, toujours des dorures et des angelots éparpillés un peu partout sur les parois du chœur. La messe se termine, nous pouvons plus aisément vaquer entre les nefs, nous étonner de l’affluence et de voir quelques fidèles poser la paume de leur main sur un portrait du Christ. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

De très nombreux fidèles restent après la messe pour continuer de chanter ! Du musée du convent adjacent, nous pouvons accéder à la tribune qui domine la nef et ainsi découvrir, derrière un grand Christ en croix, le plafond très ouvragé et l’autel principal. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Dans le musée est réunie une belle collection de tableaux de l’école de Quito dont nous ne retrouvons pas toujours dans les tableaux exposés, principalement de Bernardo Rodriguez et de Manuel Samaniego, les supposées caractéristiques : personnages métisses, fruits et animaux de l’Equateur. Les sculptures de Manuel Chili, dit Caspicara, des Vierges et des Archanges, sont étonnantes de réalisme et de somptuosité.

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Nous remontons ensuite une rue sur laquelle débouchent d’autres rues en pente, bordées de belles maisons aux façades dans des tons pastel, qui vont se perdre dans les hauteurs de la ville. Nous atteignons l’Eglise de la Merced, elle aussi pleine de fidèles en attente de la messe qui va commencer. Peut-être certains jouent-ils sur le décalage horaire des messes et accomplissent-ils un parcours religieux… Là aussi, la richesse de la décoration est stupéfiante, la chaire avec ses atlantes, les orgues de part et d’autre de la nef, le revers des portes entièrement peint d’une scène où des fidèles agenouillés reçoivent un dais (?) descendu du ciel par des anges porteurs de trompettes. Un tableau à l’entrée représente une éruption volcanique au-dessus de Quito et une procession expiatoire. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous revenons déjeuner au restaurant Tianguez, en-dessous du parvis de San Francisco, une terrasse agréable s’il y avait moins de vent. Nous commandons un seco de chiva, un ragoût de cabri, la viande a mariné dans le jus de fruit de la passion, ce serait parfait si la quantité servie, malgré un prix modeste, ne plaçait pas le cabri dans les espèces protégées… Les crevettes au coco de Marie sont servies quasiment froides… Je commence à fatiguer, mon talon gauche me rappelle qu’il serait temps de s’arrêter mais nous ne sommes pas tous les jours à Quito… Dans une belle maison restaurée, la Casa Alabada, a été ouvert un superbe musée consacré à l’art des peuples équatoriens précolombiens. Le rez-de-chaussée est parfait ! Des objets soigneusement sélectionnés, placés dans la pénombre, éclairés discrètement, parlent de civilisations inconnues, Chorrera, Valdivia, La Tolita etc… dont nous ne savons pas grand-chose mais qui ont laissé des traces à l’égal des plus grandes œuvres d’art.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous continuons un circuit qui nous fait passer par la petite rue de La Ronda, des maisons restaurées sans grand intérêt, toutes transformées en bars bruyants. Nous aboutissons à la Place Santo Domingo dont l’église est fermée et nous ne pouvons qu’apercevoir les dômes en céramique de son couvent. Il commence à faire froid et nous abrégeons le parcours prévu en ne nous rendant qu’au Théâtre Sucre. Nous allons prendre un pot à la terrasse d’un bar dont la patronne parle français. Elle a fait toutes ses études au lycée français et y a passé son bac, très surprise par notre mode de voyage qui lui paraît une véritable aventure. Nous lui donnons l’adresse de mon blog avec promesses de s’écrire… Nous y apprenons les résultats de la primaire de la droite, avec la défaite de Sarkozy et le résultat surprise de Fillon… Nous reprenons un taxi qui nous vante les charmes de Guayaquil, une seconde Miami, la ville de ses rêves. Nous retrouvons le camion et nous y enfermons pour essayer de nous réchauffer. Après nos devoirs accomplis, nous fêtons l’élimination de Sarkozy, sans pour autant nous réjouir du score de Fillon… Nous dînons rapidement, pressés de nous coucher et d’être au chaud…

Lundi 21 novembre : Beaucoup plus de circulation ce matin, assourdissante quand nous relevons le toit. Nous traînons, des infiltrations d’eau m’obligent à vérifier le fond du coffre droit, donc à tout en sortir. Comme je m’y attendais, il est rempli d’eau et le trou que j’avais percé pour l’évacuer s’est bouché. Nous partons en laissant couler le filet d’eau. Un taxi nous emmène à la station de teleferico qui doit nous amener à plus de 4000 mètres. L’Amérique du Sud est le pays des téléphériques, toute ville digne de ce nom se doit d’en avoir un ! Celui-ci est rapide, nous accomplissons l’ascension en compagnie d’un couple de sympathiques Allemands qui parlent tous deux français et ne manquent pas d’humour. Au cours de la montée, apparaissent, dans un ciel bleu trois volcans aux dômes enneigés, le Cotopaxi, l’Antisana et le Cayambe. Du sommet, nous dominons toute la vallée de Quito mais de si loin que nous sommes incapables de discerner la vieille ville dans l’enchevêtrement des quartiers. Un voile de brume brouille la vision des montagnes et bientôt les nuages viennent s’accrocher aux sommets des volcans, les dissimulant ou laissant croire qu’ils fument. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous redescendons, reprenons un taxi qui nous fait traverser la vallée dans sa largeur et nous dépose sur une colline à l’entrée de la Fondation Guyasamin. Nous devons intégrer une visite guidée, soit en espagnol, soit en anglais, pour déambuler dans la maison-musée de cet artiste qui fut aussi un très grand collectionneur d’art précolombien et d’art colonial. Le guide s’apercevant que nous ne l’écoutons pas et ne le comprenons pas, va chercher une dame qui parle français avec un très fort accent russe, ce qu’elle est ! Nous avons droit à une visite privée, assortie des commentaires personnels de cette dame, très cultivée et qui le montre un peu trop. C’est aussi une fervente de Poutine… Nous pouvons entrer dans l’atelier du peintre et jouir seuls de l’exposition en cours de montage. Nous sommes ébahis par la richesse des objets collectés, tous superbes, mis en valeur dans les pièces de la maison, mêlés à ses œuvres. Un raffinement inouï, pas une seule faute de goût, nous pourrions l’habiter aussitôt cette superbe demeure ! En contrebas a été construit la Capilla del Hombre. Une construction carrée surmontée d’une tour tronconique qui renferme les œuvres de grande taille du Maître, comme il est présenté. Nous apprécions ses œuvres peu colorées, sur des thèmes de la souffrance humaine,

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

difficile tout de même de ne pas penser à Guernica. Nous nous laissons tenter à la boutique par une eau-forte, Reposo, pour quelques centaines de dollars, soigneusement emballée en vue de son futur voyage. Marie tient à ce que nous nous rendions à l’ancien musée, visité lors de notre première venue, mais il a disparu, tout a été transféré à la fondation, elle a du mal à en accepter l’idée… Nous n’avons pas encore déjeuné mais l’après-midi est avancée et nous avons du temps devant nous. Un taxi à l’entrée de la fondation nous assure que le Musée National est ouvert, contrairement à ce que nous avaient affirmé Guy et Marie-Jo. Il nous y dépose, il est fermé ! Marie n’est pas contente, nous n’avons plus d’idée de visite pour le temps qui reste. Nous décidons de rentrer à pied en passant par la place Foch. Nous trouvons un restaurant chinois, el Arbol de Oro, sans doute un des plus mauvais du genre. Nos plats de chaulafan, du riz frit, au porc pour Marie, aux crevettes pour moi, sont secs, peu garnis. Nous repartons, les assiettes aux trois quarts pleines… Nous passons à la place puis retrouvons le camion. Nous corrigeons le texte du blog.

Mardi 22 novembre : Nous nous réveillons un peu plus tôt car nous devons sortir de Quito, trouver un supermarché et être à l’entrée du Parc Cotopaxi avant 14 h. Nous quittons l’hostal sans avoir revu Gerd et cherchons notre chemin dans les avenues. Après un faux départ en direction du nord, nous nous dirigeons bien vers le sud en traversant tout le centre-ville puis les interminables banlieues, avant de retrouver la Panamericana que nous quittons à Machachi. Une route empierrée, étroite et bosselée, grimpe sur les contreforts du volcan qui apparaît bientôt. Son cône bien enneigé n’est pas dans les nuages mais ils commencent à s’amonceler autour. Nous parvenons à l’entrée du parc où on relève nos passeports sans nous demander de payer un droit d’entrée. Nous faisons encore quelques kilomètres dans cette lande qui couvre le piémont du Cotopaxi, avant de nous arrêter pour déjeuner. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Des chevaux, bien qu’à plus de 3800 mètres d’altitude, semblent s’être accommodés de la végétation particulière et paissent paisiblement sur les bords d’un ruisseau. Plus loin, sur la piste de tôle ondulée plutôt dure, un embranchement mène à la laguna Limpiopungo, une grande mare censée être une étape pour des oiseaux migrateurs. Un trottoir en bois, qui nous rappelle ceux des parcs des Etats-Unis, conduit à un petit mirador. Nous n’apercevrons que trois canards, continuellement le cul en l’air, la tête dans l’eau, et deux prétentieux petits échassiers qui font bien des manières pour marcher… Les nuages sont de plus en plus denses autour du volcan mais il reste encore éclairé par le soleil. Nous allons repérer les emplacements de campings autorisés puis poussons jusqu’au Centro de Visitantes, déjà fermé. De là, part un sentier qui longe le rebord d’un profond ravin. Nous en parcourons quelques centaines de mètres, au milieu de touffes de tiges aux vagues allures de canne à sucre, avec en toile de fond les pentes de plus en plus colorées du Cotopaxi.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous revenons nous installer dans un petit bois en prévoyant une nuit fraîche, alors que le volcan disparaît de plus en plus dans les nuages. Un dernier rayon de soleil rougeoit ses flancs encore visibles

Mercredi 23 novembre : Il n’a pas fait chaud mais ce fut supportable. Nous nous réveillons tôt, le volcan disparaît complètement dans les nuages, nous ne le reverrons plus. Nous passons au Centro de Visitantes qui ouvre pour nous. Rien de bien intéressant, quelques textes de généralités sur les volcans, pas d’exposition, un grand bâtiment pour rien ! A la boutique, Marie est ravie de trouver des cartes postales… Je dois regonfler le pneu qui perd, il va falloir le faire réparer. Nous retrouvons une route toute neuve pour sortir du parc, sans oublier de passer au poste d’entrée vérifier qu’ils ne disposent d’aucun prospectus sur Cotopaxi et que les marchandes d’artisanat vendent les mêmes horreurs qu’ailleurs. Un court trajet sur la Panamericana et nous repartons dans les montagnes sur une route pleine de nids de poule qui nous fait rapidement perdre de l’altitude en s’enfonçant dans des gorges avant de remonter, bien évidemment. Après Sigchos, la route est en travaux, elle l’était déjà, il y a six mois, quand Guy et Marie-Jo sont passés. Il faut parfois circuler dans le chantier, attendre que les engins libèrent le passage. La route continue au milieu de collines ( à plus de 3000 mètres d’altitude ! ), véritables alpages avec des vaches dans les prés. Nous parvenons à Quilotoa. Les indigènes du bourg se sont très intelligemment emparés du site pour en tirer un revenu qui doit être substantiel à en croire les installations qui n’existaient pas lors de notre premier passage. Nous devons payer 2 dollars pour pouvoir approcher du rebord du cratère. Un mirador et son chemin d’accès ont été construits pour permettre aux touristes de contempler les eaux vertes du lac au fond de cet entonnoir presque parfait. Les nuages ont eu la bonté de se tenir à bonne distance et de laisser le soleil mettre en valeur le vert profond des eaux. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Certains descendent, à pied ou à cheval, jusqu’au bord du lac et peuvent alors louer une barque, d’autres se lancent dans le tour complet du cratère. Pas nous ! Déjeuner après le passage à la boutique de l’artisanat où les jeunes Indiennes semblent avoir choisi de se vêtir parfaitement à la mode traditionnelle : petite jupe plissée, aux genoux, sur des bas de laine, corsage et couverture jetée sur l’épaule, cheveux nattés et chapeau rond, parfois agrémenté d’une plume de paon. Elles sont mignonnes, fraîches, avec de bonnes couleurs sur les joues et avec leurs boucles d’oreilles dorées. Les flancs des montagnes sont couverts de champs en damier de formes irrégulières, ceux qui sont le plus en altitude et donc les plus pentus semblent abandonnés. D’autres rayonnent à partir des sommets des collines.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Zambahua est un village laid, le béton a remplacé depuis belle lurette les maisons de paille et de terre, mais il est entouré de pitons partiellement couverts de parcelles cultivées,  du plus bel effet sous le soleil. Des ravins aux parois dénudées ont été creusés par les torrents et serpentent au milieu des cultures. 

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Nous faisons une courte halte à Tigua, où, depuis le succès remporté par un peintre autodidacte local, tous se sont mis à produire, sur des peaux de mouton, des tableaux de scènes naïves, très colorées, inspirées des légendes et de la vie locale. Peu nous plaisent et ils sont beaucoup plus chers que ceux que nous avions vus sur le marché à Otavalo. Nous découvrons nos premiers lamas en train de faire leurs délices d’un tas d’ordures. Nous passons à Pujili qui possède un centre-ville ancien autour d’une jolie place avec de beaux arbres puis reprenons un bout de la Panamericana pour revenir sur nos pas et nous rendre au village de Saquisili où, demain, doit se tenir un marché. Nous demandons et obtenons l’autorisation de nous installer au fond d’une station-service. Faute de wifi, je vais dans un cybercafé consulter notre courrier, il n’y a qu’un message de Nicole. Au dîner, nous avons des steaks marinés, ils se révèlent aussi durs sous la dent que n’importe quelle viande de supermarché !

Jeudi 24 novembre : Pas trop de bruit pour une station-service ! Nous démarrons de bonne heure et cherchons à nous rendre au marché aux bestiaux, situés de l’autre côté de la petite ville. Beaucoup de rues sont barrées à proximité des places sur lesquelles divers marchés se tiennent. Peu de couleurs, le ciel gris y est aussi pour quelque chose, et pas de costumes particuliers en vue. Nous contournons les zones difficiles et parvenons, à l’extérieur du village, au marché des animaux. Des parcs métalliques permettent de répartir les animaux par catégories. Nous commençons, à l’entrée, par les cochons, les plus braillards, récalcitrants à être embarqués dans des camionnettes, poussés, tirés, ils clament leur désaccord ! 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Dans le parc voisin, cousinent moutons laineux et lamas bien fiers. Plus loin, ce sont les vaches amorphes qui pissent et chient à volonté… Les chevaux sont rares, trois seulement ! Nous y sommes à huit heures et demie et déjà des bétaillères repartent chargées. Nous nous enquérons des prix, 85 à 120 $ les moutons, les cochons, grognons ou  pas, sont entre 200 et 400 $, un beau cheval gris de quatre ans est à 400 $, je n’ai pas osé en proposer 300, de peur de repartir avec, et sans selle… Les maquignons sont sexuellement spécialisés : les femmes vendent (ou achètent) les ovins, les porcins, aux hommes les bovins. Pas de costumes particuliers pour les hommes, les femmes sont en tenue classique des Indiennes des plateaux équatoriens : bas de laine, jupe plissée, châle brodé et chapeau  de feutre. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Des camions viennent culer près des parcs pour charger les bêtes puis s’en repartent vers des destinations inconnues… Nous repartons aussi, sans aller traîner aux marchés plus traditionnels. Nous rejoignons, une fois de plus, la Panamericana, jusqu’à Latacunga. Marie  veut passer à la Poste pour envoyer ses cartes postales et passer à l’Office du Tourisme pour sa collection de prospectus… Le Bureau du Tourisme à la gare routière a disparu et quand je réussis à me garer, près de la Poste, j’y apprends que le timbre pour la France est à un coût prohibitif ! Pas question de payer ce prix ! Nous continuons donc, passons Ambato et bifurquons en direction de Baños, en contournant le volcan Toungarahua dont nous ne devinons pas même les pentes, perdues dans les nuages… A Salasaca, les femmes, dans des tenues différentes des précédentes, se promènent quenouille à la main tout en devisant. Nous commençons à dévaler en suivant le cours de la rivière Pastaza dans des gorges, jusqu’au bourg de Baños qui, comme son nom l’indique, est le site de bains thermaux qui ne nous intéressent guère. Par chance, les Offices du Tourisme sont fermés et il ne nous reste, comme curiosité locale, que la Basilique de Nuestra Señora de Agua Santa dont les ex-voto sont à voir dixit les guides touristiques. La basilique est assez laide extérieurement mais aussi intérieurement et les ex-voto sont de grands chromos qui racontent les supposés miracles de la Vierge : habitants épargnés par une éruption, chute d’un pont, incendie, etc…

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Pas des œuvres d’art et aucune trace de cette spontanée naïveté qui fait le charme de ceux des chapelles de Provence. Nous cherchons où nous garer pour déjeuner et après une tentative sans issue sur une route vers un mirador perdu, nous ne savons où, nous trouvons au pied d’une cascade, une parcelle de terrain pouvant convenir. Nous continuons de perdre de l’altitude, quittant les montagnes, toujours dans les gorges de la Pastaza. Les montagnes sont couvertes d’une belle forêt épaisse dont les essences vont changer au cours de la descente. Des cascades, parfois peu fournies, alimentent le torrent et sont l’occasion de proposer aux aventureux des activités sportives casse-cous… Les fougères géantes font leur apparition, la température extérieure regagne des valeurs plus acceptables et nous finissons par rejoindre la province amazonienne de l’Equateur. Puyo, le chef-lieu de la province de Pastaza, supposée être en Amazonie, n’est pas vraiment l’idée que l’on peut se faire de la jungle… Une ville en plein développement, la construction y bat son plein et on a oublié d’indiquer le nom des rues. La carte que je me suis procurée à un soi-disant bureau d’information touristique, ne nous est pas d’un grand secours. Après nous être perdus dans des rues sans issue, nous finissons par trouver la place d’où un sentier conduit, en traversant un rio sur des passerelles, dans la forêt au Parque Omaere, un parc écologique aménagé par un Américain à la longue barbe grise qui nous fait une rapide visite des lieux et surtout de ses productions pharmaceutiques à partir de plantes. En bon Américain, il n’oublie pas à chaque fiole exhibée de nous en préciser, non seulement l’indication thérapeutique, mais aussi le prix… Nous lui promettons de revenir demain et après avoir admiré de jolis pistils roses, fleuris d’aujourd’hui, 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

nous reprenons le camion et revenons sur nos pas jusqu’au camping Paraiso, où nous passerons la nuit après avoir profité du wifi et de la douche chaude.

Vendredi 25 novembre : Il a plu dans la nuit et cela reprend quand nous partons. Je roule doucement : il pleut, la route est mouillée et la visibilité est parfois réduite quand quelque banc de nuage est trop bas descendu. Nous prenons une nouvelle route directe pour Riobamaba, construite en corniche mais à chaque pluie, des glissements de terrain viennent la couper, ce qui ne manque pas de nous arriver et il nous faut patienter pour que les camions soient remplis de terre et libèrent le passage. A l’entrée de la ville, je fais réparer mon pneu arrière droit que je devais regonfler tous les matins. La cause : une vis à bois ! Le travail est rapidement effectué pour 3 $ ! Nous allons nous garer dans une rue du centre. Je vais vérifier les heures d’ouverture du Musée d’Art Religieux. Nous devrons attendre 3 heures de l’après-midi. Nous décidons d’aller déjeuner au restaurant. Nous choisissons le Delirio, sis dans une belle maison ancienne et un très agréable feu de bois nous accueille dans une salle bien décorée. Nous mangeons très correctement, une truite à l’ail et du poulet à l’orange, le tout à des prix imbattables ! Nous nous promenons ensuite dans cette ville qui n’a pas grand-chose à offrir, passant de place en place, toutes plantées d’arbres. Celle de Maldonaldo est la plus plaisante avec, sur un de ses côtés, la façade de style baroque métisse de la cathédrale. 

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Nous croisons des Indiennes qui portent des chapeaux de paille, tout rond. Leurs jupes sont plus longues et de couleur rouge garance. Je dis garance parce que j’aime ce mot. Garance, c’est aussi ma chère Arletty, la Parisienne gouailleuse dont les bons mots sont inoubliables (« j’ai qu’une ride et je suis assise dessus ! » ou « Mon cœur est français mais mon cul est international !). Nous revenons vers le musée et patientons dans le camion que je suis allé rechercher. Nous entrapercevons le sommet enneigé du Chimborazo quand les masses de nuages oublient de le cacher, mais cela ne dure guère. Nous visitons le musée, très intéressant, quatorze petites salles, d’anciennes cellules de nonnes, dans lesquelles des objets ont été regroupés par thèmes. Les premières consacrées aux anges, à la Nativité (crèches naïves avec une foultitude de minuscules objets très divers, disposés autour de l’Enfant-Jésus), la crucifixion, etc… sont les plus intéressantes. 

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Dans la dernière, notre livre-guide de 2012, signalait un ostensoir en or et argent, incrusté de pierres précieuses, précisant que vu son poids, 360 kilos, il était difficile de le voler. Il l’avait été en 2007 ! Nous repartons, quittons Riobamba sur une route qui, bien que Panamericana, n’est plus à deux fois deux voies mais une route ordinaire avec des camions lents, difficiles à dépasser dans les côtes. Je commence à désespérer d’être à Cuenca demain. Mais au bout de quelques kilomètres, la route se libère et nous roulons à meilleure allure. Nous parvenons à Alausi, peu avant la nuit et allons nous garer sur la place centrale, calme. Calme jusque vers onze heures. Alors que nous avions éteint et baissé le toit, des jeunes, avec un guitariste au talent limité, viennent s’installer au-dessus de nous sous un auvent et chantent en chœur. Je réussis tout de même à m’endormir…

Samedi 26 novembre : Le reste de la nuit a été tranquille… Nous allons nous promener dans la ville, toute en rues escarpées et pourtant pourvue d’une gare où ne circule plus qu’une micheline touristique aux allures de gros bus américain des années 40 ! La voie ferrée devant la gare longe quelques maisons colorées sur une galerie à colonnes.

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Nous récupérons le camion et repartons sous un ciel bien gris. Le plafond nuageux est plus haut mais ne laisse pas passer le soleil. Dommage car le paysage est beau, des montagnes couvertes d’un patchwork de champs ou de prés délimités par des rangées d’arbustes, un véritable manteau de mendiant ou encore des montagnes à rides, comme une peau de rhinocéros. Montagnes arides aussi car les champs sont secs, les couleurs ternes alors que quelques kilomètres plus loin, la montagne reverdit. Dans les traversées de villages, des cochons rôtis entiers, la gueule ouverte, guettent l’amateur, à l’étal des gargotes.  Après le passage d’un col, nous plongeons sur Cuenca sous un ciel de plus en plus menaçant et bientôt la pluie arrive. Nous nous arrêtons au site archéologique d’Ingapirca. Il pleut. J’attendrais bien une éclaircie mais Marie craint que le temps n’empire. La visite est obligatoirement guidée. Nous nous retrouvons en compagnie d’adolescents qui préféreraient assister à la course de motocross qui se déroule en contrebas et d’adolescentes qui ne pensent qu’à se prendre en photo en faisant des mines de starlettes, copiées dans les romans photos. Il s’agit du seul site important Inca d’Equateur. Il se résume à peu : des traces de murs supposés être ceux de boutiques, de bains ou de logement de personnel administratif ou religieux et surtout à une tour ovale au sommet d’une éminence où l’on revoit les ouvertures trapézoïdales et les murs cyclopéens assemblés sans mortier. 

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Nous sommes contents de retrouver le camion et de nous sécher… Après déjeuner, nous allons jeter un œil au modeste musée, plus riche en photos du site qu’en objets, des céramiques, des aiguilles d’os et quelques bijoux, sans date ni provenance. La pluie concède quelques répits avant de cesser. Nous traversons Azogues dont il ne reste que de rares maisons anciennes pourvues d’un balcon. Encore quelques kilomètres et nous parvenons à Gualaceo où se tient un marché couru le dimanche matin. Nous repérons un lieu de bivouac au bord de la rivière, peu avant le village. Nous allons faire un tour pour savoir où se tient le marché puis nous revenons nous installer au bord de l’eau, en essayant de ne pas voir les ordures laissées par quelques fêtards peu scrupuleux.

Dimanche 27 novembre : Nous nous levons un peu plus tôt pour être de bonne heure au marché. Le marché central avec une halle métallique est désert, les rues voisines aussi. Nous nous rappelons que Guy et Marie-Jo nous avaient parlé d’un autre mercado nuevo, sur les hauteurs de la petite ville. En demandant, nous trouvons effectivement à quelques cuadras du centre un tout nouveau bâtiment à plusieurs étages où se tient le marché hebdomadaire. Nous nous garons en contrebas et allons nous perdre dans la foule qui arpente les allées sur plusieurs étages mais aussi dans les rues qui l’entourent. Rien de nouveau dans les produits proposés à la vente, si ce n’est des cerises et des abricots en provenance du Chili, vendus à des prix dignes de ceux de France en saison ! A se demander qui a les moyens en Equateur de s’offrir de tels fruits ! Seules les Indiennes en costume traditionnel : chaussettes montantes, amples jupes en velours rouge (garance ?) ou orange, brodées dans le bas, nattes d’écolières sages et chapeau de paille (panama ou tuyau de poêle), donnent une touche d’exotisme.

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Les hommes sont habillés comme tout le monde, avec un chapeau en plus. Les marchandes ne restent pas inoccupées dans l’attente du client. Toutes écossent petits pois ou haricots, font des bottes de fleurs ou d’oignons, guettant de l’œil l’éventuel acheteur. Nous n’y trouvons pas de tissus intéressants, pas de ces châles teints et brodés comme celui que nous avions acheté à Cuenca. Nous repartons pour quelques kilomètres jusqu’à Chordeleg où se tient aussi un marché le dimanche. Bien moins animé et avec les mêmes populations et donc les mêmes costumes. Dans la halle, on débite de ces cochons rôtis entiers dont la couenne craquante nous fait bien envie. 

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Nous en achetons (très cher !) un morceau que nous réservons pour l’apéritif du soir… Nous repartons pour le troisième bourg avec aussi un marché : Sigsig. L’animation y est bien plus importante, les rues autour de la halle centrale sont occupées par des marchandes qui tiennent boutique sur les trottoirs. Rien de bien nouveau aux étals et dans les costumes mais on y vend de la paja toquilla, ces fibres d’un palmier qui servent à tresser les fameux panamas ! Nous arrivons un peu tard, les Indiennes s’en retournent avec leurs liasses de paille pour confectionner chez elles ces magnifiques chapeaux d’une exceptionnelle qualité. 

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Nous cherchons les vendeurs, ils ne sont plus que deux sous les arcades de la Municipalité. Nous allons sur les bords aménagés de la rivière, tables de pique-nique et jeux pour les enfants, pour déjeuner, sans trop nous attarder car le vent est bien frais. Nous revenons sur nos pas quelques kilomètres pour prendre une route directe pour Cuenca. Elle traverse la montagne en offrant des vues sur les alentours et l’habitat très dense et à la fois très dispersé de cette région. Nous parvenons à Cuenca et, comme il est encore tôt, nous décidons de chercher un supermarché pour refaire un plein de provisions. Nous nous faisons indiquer un Mall, envahi en ce dimanche par une foule d’acheteurs, les parkings débordent, les emplacements libres sont rarissimes ! La société de consommation  a encore de beaux jours ! Dans le supermarché, c’est la folie, les articles pour Noël sont déjà en rayon, on se croirait une veille de rentrée scolaire ou de réveillon. Des gosses font de la trottinette entre les linéaires, d’autres se coursent, les parents papotent… Nous en repartons alors qu’éclate un gros orage. Nous trouvons le camping fréquenté par tous les voyageurs, les Cabañas Yanuncay. Un camion d’Italiens s’y trouve déjà, nous rassurant car rien n’indique qu’il s’agit d’un camping ! Un terrain vague où tout est aux quatre bouts du terrain : poubelles, électricité, eau. Quant aux toilettes et à la douche, elles sont dans la maison des propriétaires ! Seul endroit où on peut capter le wifi ! Un Kombi de Suisses vient se garer presque contre nous, à croire qu’il n’y a pas assez de place. Rien pour me rendre de meilleure humeur. Les Italiens viennent converser avec les Suisses (elle est Espagnole, grasse et a un rire con !). Nous faisons preuve de sociabilité en leur disant bonjour, puis nous discutons quelques instants avec les Italiens qui parlent français. Nous nous rendons ensuite dans la maison des propriétaires, après nous être déchaussés, pour bénéficier d’un wifi qui n’arrive pas au terrain vague. Retour au camion pour l’apéritif, histoire d’achever la bouteille de vodka en attendant le pisco sour du Pérou

Lundi 28 novembre : Le bus scolaire garé à côté de nous démarre son moteur à 4h30 et le laisse chauffer un moment… Pour nous doucher, nous devons nous rendre dans la maison, à l’étage, utiliser la salle de bain des propriétaires. Nous laissons du linge à laver et partons en ville avec le camion. Nous allons au garage recommandé par d’autres voyageurs et le laissons pour le remplacement du demi-arbre et de la main meneuse et afin de solutionner le problème récurrent des fuites d’huile en bout d’arbre. Nous marchons jusqu’au Musée Pumapungo, appartenant au Banco Central qui n’ose pas en faire payer l’entrée. Un beau musée, moderne, riche. Nous visitons l’étage consacré aux différentes ethnies du pays. Un panneau les présente puis quelques mannequins portent les costumes de la région et des objets de facture récente les accompagnent. Pas de pièces ou de tissus anciens. Nous restons sur notre faim. Une section présente les Shuars qu’il ne faut plus appeler Jivaros, terme péjoratif, explique leurs croyances, présente leurs rituels et explique la raison d’être des réductions de tête. Cinq sont présentées sous un faible éclairage, beaucoup plus petites que je ne les imaginais. Une salle est consacrée aux paños, ces superbes châles en partie tissés suivant la technique de l’ikat et en partie brodés, avec des franges. Nous en avions acheté un lors de notre précédent passage et nous aimerions bien en trouver d’autres. Nous nous faisons déposer en taxi sur la place Calderon, en plein centre-ville. Je reconnais cette place et me souviens y avoir dîné dans un restaurant où m’avait été donné le nom de la chanteuse mexicaine Maria-Dolores Pradera ! Nous cherchons le restaurant Raymipampa, le trouvons sur la place même et, à l’intérieur, je le reconnais comme étant celui dont je parlais. Nous commandons un plato tipico et un ceviche mixto. Le premier est un simple steak de porc, bon mais servi tiède avec un boudin farci au riz, très quelconque, et un accompagnement de maïs et de purée de pomme de terre. Le second serait un bon ceviche avec un autre poisson, celui servi est trop sec. Bref, nous sommes déçus… Il ne faut jamais revenir sur les mêmes lieux ! Nous passons au Bureau d’Information Touristique, peu de renseignements… Nous longeons la nouvelle cathédrale dont les dômes bleus sont très photogéniques sur le fond de pierres rouges des murs. 

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L’église du Carmen à la façade blanche est joliment située devant un marché aux fleurs. A peine plus loin, l’église San Francisco, fermée (comme il y a neuf ans !), domine la place du même nom. Les anciennes maisons disparaissent, du moins au rez-de-chaussée, derrière les étals de marchands de vêtements. Nous nous rendons ensuite au Museo del Sombrero qui comme son nom l’indique est consacré au Panama, le chapeau de Cuenca. C’est surtout une boutique où Marie essaie divers modèles mais sa trop petite tête limite les choix ! Nous ne nous décidons pas et nous nous rendons à la boutique de Alberto Pulla chez qui j’avais acheté le mien. Le pauvre homme est mort depuis 2009, ce dont le Lonely Planet de 2012 ne s’est pas encore aperçu ! La boutique est tenue par un jeune homme qui n’a pas grand-chose à proposer, Les chapeaux sont poussiéreux, l’arrière-boutique est sale, nous fuyons… Nous revenons à la place San Francisco et visitons un bazar d’artisanat, les marchands de chapeaux sont nombreux mais ne se précipitent pas sur le client. Marie ne trouve rien à sa taille mais nous en achetons deux, pour Julie et Alex. Je me souviens alors ne pas avoir laissé la clé pour le démontage de la roue au garage. Nous y retournons en taxi, ils travaillent dessus mais n’ont pas eu besoin de la clé, ce qui me laisse un peu dubitatif. Le patron nous demande une heure de temps, nous nous rendons aux ruines incas quasiment sans intérêt, deux pans de mur que nous apercevons de la rue. J’ai soif, nous l’étanchons dans une pâtisserie, lieu de rendez-vous des écolos-babas cools… Une bière artisanale et une citronnade pour Marie nous revigorent assez pour retourner au garage voir l’arbre remonté et quelques coups de pointeau sur les cannelur remplacer un circlips… Nous rentrons au camping où nous récupérons notre linge qui a été repassé ! Nous relisons le texte du blog et après dîner, je vais dans la maison le mettre en ligne.

Mardi 29 novembre : Plein d’eau, adieux au propriétaire et nous allons en ville, nous installer pour la journée et la nuit sur un parqueadero, proche du centre, sur les bords de la rivière, avec wifi, toilettes pour 5 $ ! Nous partons aussitôt à pied, traversons la rivière sur un pont de pierre et remontons l’escalinata, un bel escalier qui nous amène au niveau de la calle Larga. Nous commençons les visites par le Musée de la sculpture aborigène, consacré aux objets des cultures précolombiennes. Dans des vitrines s’entassent des milliers d’objets succinctement désignés (vase à trois pieds, figure anthropomorphe, femmes assises, etc…), répartis par civilisation avec des dates qui couvrent plusieurs millénaires. Il faudrait se mettre à quatre pattes pour distinguer ceux qui sont dans le bas des vitrines. Bref, un musée très riche mais qui mériterait une remise à niveau avec une sélection de pièces mieux mises en valeur. A la sortie, dans la boutique, des paños, ces châles que nous n’osions pas espérer trouver mais ils sont très chers, 350 $ pour ceux qui nous plaisent ! Des aiguilles anciennes en argent nous tenteraient aussi mais pas à 300 $... Nous repartons, sous la pluie, déçus mais avec l’espoir d’en voir dans les boutiques. Nous atteignons l’ancienne cathédrale, transformée en musée religieux, que nous visitons sans en espérer grand-chose. Quelle bonne surprise ! La nef est superbe avec à ses deux extrémités, un bel orgue du XVII°siècle d’un côté et de l’autre, un autel précédé d’une Cène avec des personnages sculptés grandeur nature. Les murs sont couverts de trompe-l’œil, fausses colonnes et fausses draperies.

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Les couleurs tendres nous feraient presque croire être en Italie ! Et pourtant, il subsiste peu du décor des siècles anciens et presque toute la décoration est du XIX° siècle, sans tomber dans le travers du saint-sulpicisme… Nous cherchons où déjeuner. Il continue de pleuvoir plus ou moins fort et nous aimerions nous sécher le temps d’un repas. En chemin, nous trouvons une maison ancienne à la façade très ouvragée, avec au rez-de-chaussée, une boutique d’antiquaire. Nous sonnons comme nous y sommes invités, la porte s’ouvre et nous pénétrons dans un extraordinaire décor de théâtre, un intérieur inchangé depuis plus d’un siècle. Nous sommes priés de monter l’escalier intérieur pour venir saluer la maîtresse des lieux, une très vieille dame, sans doute  la plus ancienne antiquité de la maison ! Elle nous prie de prendre place sur des fauteuils puis s’enquiers de la raison de notre venue. Elle a des difficultés pour parler et je ne sais pas si elle d’adresse à nous en espagnol, en anglais ou en français ! Nous sommes à l’heure du repas, la boutique est fermée mais nous sommes priés de repasser plus tard et, quand nous descendons l’escalier en admirant les plafonds et les murs couverts de moulures et de peintures désuètes, elle nous adresse des baisers du bout des doigts ! 

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Nous finissons par essayer un petit restaurant, le Cositas, qui ne paie pas de mine mais gentiment décoré et où on nous sert une bonne cuisine, portions de poulet grillé ou de travers de porc avec salade, frites, riz et même lentilles, pour pas très cher. Nous en repartons le ventre plein ! Nous atteignons le Musée du Sombrero où nous étions passés hier, seul endroit où Marie avait trouvé un panama à sa taille. Cette fois, elle se décide… Nous continuons notre errance dans le quartier el Vado. Dans une boutique de bric à brac, nous trouvons un paño, pas aussi beau que celui qui nous plaisait au musée mais tout de même très bien et surtout à un premier prix très abordable (60 $) que nous marchandons à 40 $ ! Et de plus une petite épingle à 20 $ !! Nous repartons, sous la pluie revenue, contents cette fois. Nous passons par la place San Sebastian où nous rendons une rapide visite au Musée d’Art Moderne où se tient une exposition intitulée Impermanencia, sous-titrée : La mutación del arte en una sociedad materialista. Tout un programme ! Mais les « œuvres », souvent des installations ou des vidéos, ne nous paraissent pas à la hauteur de la prétention du titre… Nous revenons par la rue Colombia, en travaux de repavage avec l’installation d’un futur tramway. Elle est bordée de belles maisons aux balcons de fer forgé et aux fenêtres encadrées de moulures, des frises fleuries courent sous la toiture. 

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Nous en terminons en rentrant à pied au parking. Je déplace le camion pour être bien à plat et nous nous apprêtons pour la soirée. Un automobiliste en panne de batterie vient solliciter mon aide et surtout les câbles pour se relier à une autre batterie. Je commande deux mojitos, très honnêtes, même si servis avec trop de glaçons, au bar devant le parking et en fais la surprise à Marie.

Mercredi 30 novembre : La circulation trop proche nous réveille. La route qui conduit au Parc Cajas s’élève rapidement, grimpe dans des montagnes perdues dans les nuages. Quand nous atteignons les 4000 mètres, nous sommes au milieu d’une lande moussue et dorée qu’hélas, l’absence de soleil ne met pas en valeur. Depuis le refuge où nous devons décliner identité, numéro de passeport et âge, nous pouvons partir sur des sentiers de randonnée qui serpentent entre la multitude de lacs, de mares, de ce páramo glacial. Il fait bien trop froid et surtout le souffle manque à cette altitude pour que nous nous lancions sur ces terrains boueux. Nous nous contentons d’admirer le paysage depuis le mirador au-dessus du centre d’information. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Avec le camion, nous montons un peu plus haut (4200 m !) au col des Tres Cruzes d’où nous pourrions avoir une vue étendue sur les montagnes, la lande et les lacs mais les nuages et la grisaille nous font vite redescendre. Nous empruntons une étroite voie empierrée pour nous rendre à la laguna Llaviucu, un lac de montagne enserré entre de hautes montagnes. Un sentier nous amène au bord de l’eau, nous sommes seuls, quelle différence avec le lac Louise ! 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous déjeunons sur le parking puis retournons dans Cuenca que nous contournons pour prendre la route de Loja. Peu de circulation, route pas trop sinueuse, nous pouvons espérer être ce soir à Loja. Nous traversons une zone de montagnes arides, sans cultures, sans habitations, avant de retrouver la végétation. Comme d’habitude, nous jouons au yoyo, nous montons à plus de 3000 mètres, redescendons vers 2200/2500 mètres, atteignons un plus ou moins gros bourg et repartons vers une autre ascension. Une portion de la route est sur une ligne de crête, entre deux vallées, l’une dans la grisaille, l’autre en partie ensoleillée. Je somnole au volant… Nous arrêtons à Saraguro, les Indiens s’y vêtent différemment. Les hommes portent des pantalons noirs, larges, à mi-mollet et gardent leurs cheveux tressés en une natte dans le dos. Quelques rares vieilles femmes attachent leur poncho avec une épingle en argent, dite tupus. Certaines portent un chapeau de paille blanc à larges bords dont le dessous est décoré. Nous regrettons de ne pas nous y trouver le jour du marché ! Encore une heure de route pour parvenir à Loja, peu avant la tombée de la nuit. Nous allons nous garer devant une piscine municipale.

Jeudi 1er décembre : Encore une fois, la circulation et les camions dans le chantier voisin nous tirent du lit avant sept heures du matin. Le temps est désespérément gris et il tombe des gouttes par moments. J’ai hâte de rejoindre la côte et surtout le campement de Zorritos, j’espère ne pas m’en faire une trop haute idée et ne pas être déçu en arrivant. Nous commençons par chercher un supermarché. Celui qu’on nous indique est à l’autre bout de la ville et n’ouvre que dans une heure, à dix heures. Nous repartons dans le centre-ville et je peux me garer sur la place centrale. Je ne retrouve rien de la petite ville calme dont j’avais gardé le souvenir. Loja est agitée, les constructions modernes ont défiguré la place. La cathédrale est ouverte, profitons-en ! Murs et piliers sont couverts de cette décoration lourde en imitation marbre et fausses dorures mais le spectacle est ailleurs. Une extraordinaire crèche  est installée dans une des nefs, sur toute sa longueur. Y sont recréés le Palais d’Hérode à Jérusalem et ses environs, une campagne où des artisans et des commerçants sont montrés dans leurs activités journalières.

 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les personnages sont animés et des effets de lumière laissent imaginer le passage des heures. Dans ce décor les grands moments de  l’histoire sainte : Nativité, Fuite en Egypte (Pharaon, le Nil), Massacre des Innocents, etc sont montrés. Nous nous rendons au Musée Religieux dans une partie du Couvent des Sœurs Concepcionistas. Une collection de croûtes du XVIII° siècle qui ne fait pas honneur au goût des malheureuses cloîtrées… Seuls des restes de retables baroques en bois doré présentent un intérêt. Deux cuadras plus loin, c’est Santo Domingo qui a l’honneur de notre visite. Là aussi, murs, piliers, plafonds sont entièrement peints en simili marbre et trompe-l’œil, mais leur profusion finit par, donner un style à l’ensemble. Des punaises de bénitier, regroupées dans une chapelle récitent en chœur des prières sous la conduite d’une meneuse de jeu… Nous atteignons la Place San Sebastian qui doit être celle dont j’avais gardé le souvenir. Elle est entourée de maisons anciennes à un étage, sur une galerie couverte soutenue par des colonnes, mais chacune d’elles est désormais une boutique avec enseignes et réclames et les balcons sont tous recouverts avec le drapeau équatorien à l’approche de Noël. Ici, fêtes nationales et religieuses se confondent…Nous explorons la rue Lourdes qui a conservé une série de maisons basses anciennes, toutes transformées en boutiques de souvenirs ou de tatouage, bref, pour touristes…

Nous revenons vers la Place Centrale et comme il nous reste un peu de temps, nous allons jeter un œil au Musée del Banco. L’entrée est gratuite mais la visite se fait sous la conduite d’une dame que cela ennuie autant que nous, qui se croit obligée de nous donner des explications que nous ne demandons pas et que nous n’écoutons pas… Peu d’intérêt à cette visite, les salles présentent quelques céramiques précolombiennes, des objets de la période coloniale et la tenue des paysans de Saraguro. Nous reprenons le camion et nous nous rendons dans le quartier excentré d’El Valle. Une jolie petite église qui aurait pu être dans une Mission jésuite de Bolivie et quelques maisons anciennes. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous allons déjeuner au Salon Lolita, dans une cour. Nous goûtons aux spécialités : un demi cuy pour moi, servi différemment des fois précédentes, avec une sauce, et un bon poulet cuisiné avec les ingrédients du cuy pour Marie. Nous nous rendons ensuite au supermarché, pas bien grand mais nous y trouvons à nous ravitailler pour les jours à venir. Nous quittons Loja et prenons la route de la Côte. Nous perdons de l’altitude rapidement et descendons dans une vallée à 1200 mètres où nous retrouvons le soleil et des températures dignes d’un pays équatorial ! Nous cherchons où bivouaquer, un premier hôtel ne veut de nous sur son parking que pour 20 $, nous trouvons un peu plus loin un parking en retrait de la route, celui d’un Centre récréatif, désert.

Vendredi 2 décembre : Nous repartons en montée dans des montagnes pelées, dont la seule végétation est constituée de grands agaves, de yucas en fleurs, de cactus et d’épineux sahéliens. Nous atteignons les 2200 mètres et suivons une ligne de crête entre une vallée dont les creux sont dans les nuages et un paysage de montagnes perdues dans la brume. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous descendons ensuite vers Cotacocha, cette fois dans un paysage tropical, un peu plus verdoyant. La petite ville occupe une éminence et sa place centrale est au sommet. Les maisons anciennes en adobe ont un crépi qui tombe en miettes et les balcons de bois sont branlants. Elles sont perdues au milieu de vilaines maisons en béton ou en briques et bien d’autres sont en construction. L’église sur la place est décorée comme celles de la région, abondance du décor et trompe l’œil. Quelque peu déçus, nous nous rendons à la petite église Lourdes qu’un moine a cru embellir en la dotant de copies d’œuvres célèbres de Titien, Raphaël, Botticelli et même Dali. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Mais le malheureux n’était pas un bon copiste et le résultat est grotesque mais moins que sa gigantesque représentation d’une Vierge, derrière l’autel, non pour ses traits indiens mais pour le rictus qui lui déforme le visage. Nous cherchons ensuite le mirador que tout le monde nous indique mais il faut monter des rues pentues et Marie fatigue. Je vais rechercher le camion et nous nous y rendons avec. Un point de vue sur les vallées d’où nous venons, rien de plus que ce que nous avions depuis la route. Nous revenons sur nos pas et reprenons la route de Machala. Nous cherchons les pistes indiquées sur notre carte qui devraient mener à Zaruma mais nous n’en trouvons aucune et sommes obligés de prendre la route principale. Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de faire 40 kms pour aller voir une ville qui n’a sans doute pas plus d’intérêt que Catacocha et j’aurais préféré rejoindre le Parc des Bois Pétrifiés… Zaruma, ancienne ville minière est, elle aussi, située sur une colline et l’on atteint le centre au terme d’une longue montée. Les rues, ruelles plutôt, du cœur de la ville historique sont très étroites et fort en pente. La circulation y est inexplicablement très dense et la seule épreuve au permis de conduire doit être le démarrage en côte ! Après avoir frôlé la crise de nerfs suite à un passage jusqu’à la minuscule place centrale, je redescends, trouve une place pour stationner, pas trop éloignée du centre. Nous y remontons à pied. L’atmosphère se prêterait à un film sur la ruée vers l’or et l’on peut imaginer ce que feraient les Américains d’une telle ville. Les maisons de bois ont une galerie avec des poteaux et un trottoir de planches. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Leurs façades sont décorées comme à la fin du XIX° siècle et il suffirait d’enlever quelques réclames modernes pour retrouver la ville des mineurs. Nous nous promenons dans les rues puis un passant nous indique un mirador, pas loin d’après lui, en oubliant de préciser que la rue qui y mène est très en pente… La vue est hélas, encore une fois, gâchée par les immondes constructions en béton et en brique. Nous récupérons le camion, redescendons la côte et nous arrêtons au fond d’une station-service pour la nuit.

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