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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 21:47

TRANSAMERICA

 

4.- de Zorritos (Pérou) à Jaureguiberry (Uruguay)

Printemps 2017

 

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Mardi 11 avril : Le réveil sonne à 6 h 45, bien inutilement puisque nous n’avons dormi que d’un œil. Après avoir terminé de remplir nos deux sacs habituels, nous les chargeons dans la coffre de l’Alfa et prenons la route de Marseille. La circulation est fluide et nous sommes à 10 h à Vitrolles devant la Française des Jeux où nous retrouvons Julie. Nous filons à l’aéroport. Brèves effusions, Julie repart avec la voiture et nous allons enregistrer. Marie bénéficie d’un fauteuil roulant qui lui évite une longue marche dans l’aéroport. Nous décollons avec un léger retard. Pas de repas dans l’avion, sandwichs et boissons sont payants. Nous nous offrons une bière pour faire passer nos restes de jambon et de pain de mie. A Madrid, un camion avec hayon élévateur attend Marie, transférée dans une camionnette qui emprunte des tunnels pour rejoindre un autre terminal. Nous évitons les contrôles de sécurité et après une longue et (trop) rapide (pour moi qui peine à suivre à pied !) course dans l’aérogare, nous parvenons en salle d’attente. L’avion n’est pas plein, les hôtesses sont fardées comme des geishas un soir de pleine lune, pressées de terminer leur service. Un repas est servi peu après le décollage (déjeuner, dîner ?), pas d’apéritif, ni de hors d’œuvre, un plat de pâtes au fromage ! Je parviens à l’échanger contre un blanc de poulet et du riz. Ouf ! Somnolence, tentative de visionner des films, en anglais ou en espagnol, histoire de me prouver que je ne comprends pas plus l’une ou l’autre langue… Je parviens à dormir une ou deux heures puis on nous réveille pour nous servir un infâme petit déjeuner (à 3 h du matin, heure de Paris ou à 20 h heure de l’Equateur !), une tranche de pain imbibée de fromage et un morceau de brownie… Nous survolons Guayaquil illuminée et nous nous posons. Marie est attendue, passage rapide de l’immigration puis récupération des bagages sans passer au scanner. La température à l’extérieur est bien tropicale, environs 30°c. Nous ne sommes pas attendus. Nous prenons un taxi qui rapidement nous dépose à l’hôtel où on ne trouve pas trace de notre réservation… Nous prenons une chambre tristounette, mal éclairée mais climatisée. Nous pouvons nous déshabiller, boire frais et envoyer des messages à Julie et Nicole avant de nous coucher.

Mercredi 12 avril : Les effets du décalage horaire (sept heures !) se font sentir. Malgré la mauvaise nuit dans l’avion, nous ne parvenons pas à dormir ou à peine une ou deux heures. La nuit a été calme et nous avons même arrêté le climatiseur qui faisait un bruit de Boeing au décollage. Au matin, quand la ville s’éveille tardivement et que les bus pétaradent sous nos fenêtres, nous le remettons en marche. Je vais faire le tour du pâté de maisons : des immeubles en béton et des échoppes, souvent des gargotes au rez-de-chaussée.  Nous changeons de chambre pour une plus grande, avec une fenêtre sur la cour mais guère plus gaie. Nous hésitons sur le programme des jours à venir. Je cherche sur internet à réserver le bus pour Tumbès mais il n’y a pas de place avant dimanche ce qui remet à jour la possibilité de nous rendre aux Galapagos. Nous demandons à rencontrer le Chris avec qui nous avions échangé des messages. En attendant qu’il vienne nous allons petit déjeuner à la cafeteria au coin de la rue. Le ciel est couvert  mais il fait déjà chaud et la moiteur me fait vite suinter comme beurre au soleil ! Nous marchons jusqu’à la Place du Centenaire, de beaux arbres et une colonne avec des statues de Pères de la Nation…

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous descendons la grande avenue en direction du Malecon. Commerces d’électro-ménager et supermarchés. Nous retrouvons le bruit permanent et qui ne semble déranger que nous : klaxons d’impatients, musique tropicale ou reggae, dégorgée de tous les magasins, vendeurs à la sauvette qui s’époumonent à essayer de vendre des bouteilles d’eau fraîche. Marie qui les a oubliées cherche des boules Quiès mais ce n’est pas un article connu dans les pharmacies ni dans les supermarchés. Nous revenons à la chambre, patientons dans l’attente de Chris qui n’a pas de croisière à nous proposer à un prix acceptable avant lundi prochain. Nous n’avons pas envie de patienter plusieurs jours à Guayaquil, aussi y renonçons-nous. Nous devons maintenant trouver un bus pour nous rendre au Pérou. Un taxi nous dépose à l’immense gare routière, à proximité de l’aéroport. Le hall est à la fois un mall, une salle d’attente et une suite de billetteries de compagnies de transport. Je réussis à obtenir des places en semi-cama, des sièges plus inclinables que ceux de l’avion, pour le trajet de nuit qui part vendredi soir. J’envoie un message à Melba pour la prévenir. Nous revenons en taxi dans le centre, sur la place San Francisco. Nous déjeunons tardivement au restaurant Cocolon, plus chic que les gargotes : fruits de mer en sauce au lait de coco et riz pour moi, et pour Marie un plat appelé la ultima cena, une fine tranche de bœuf, tendre avec des haricots, deux œufs frits, et les inévitables patacones, riz et tranche d’avocat. Rien de gastronomique mais il y a tout de même un effort d’invention mais la bière est absente et c’est à l’eau que nous déjeunons ! La Place Bolivar est un petit parc avec de grands arbres et des pelouses habitées par de placides iguanes. Les jeunes sont verts, leur couleur disparaît avec l’âge, les plus âgés sont pourvus de fanons de notaires balzaciens.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les pigeons leur manifestent le plus complet mépris en s’ébrouant sur leur dos. Quelques commerçantes opportunistes vendent des graines pour les pigeons et des feuilles de salade pour nourrir les iguanes. Un bassin est peuplé de nombre de tortues qui peinent à sortir de l’eau pour se hisser sur les rebords en béton pour des siestes réparatrices. Je changerais bien avec elles… Nous continuons jusqu’au Malecon, la longue promenade le long du large estuaire du rio Guayas. Quelques bâtiments boursouflés, exemples typique du mauvais goût architectural de la fin du XIX° siècle, importé aux colonies espagnoles nouvellement indépendantes, abritent des édifices municipaux ou gouvernementaux. Nous suivons la promenade en direction du nord sous un soleil qui a fini par percer, contemplant le courant qui charrie vers l’océan des touffes de jacinthes d’eau avant de les voir refluer avec la marée montante. Nous allons prendre un pot au café Resaca d’où nous dominons les jeux pour enfants et dans le lointain les collines et la berge opposée.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les familles déambulent, semblent en vacances, les copieux petits déjeuners servis dans toutes les gargotes expliquent les formes plantureuses des dames… Nous revenons en sueur et fatigués à la chambre pour profiter de la climatisation. Nous ressortons pour aller dîner. Il commence à pleuvoir. Nous trouvons un chifa, un restaurant dit chinois où nous prenons deux plats trop copieux et vaguement d’inspiration asiatique. Quand nous en repartons, l’orage a éclaté, les rues sont inondées mais heureusement tout le trajet est à l’abri sous les arcades de la rue. Nous trouvons un message de Melba, toujours à Lima mais qui charge son frère de nous réceptionner.

Jeudi 13 avril : Je me suis vite endormi mais je me suis réveillé tôt. Je me résous à me connecter sur internet une petite heure pour connaître les nouvelles du monde et surtout de notre très spéciale campagne présidentielle. Recouché, je somnole et dors pour me réveiller passé neuf heures ! Le temps de nous préparer, il est plus de dix heures quand nous allons prendre le petit déjeuner à la cafeteria. Je vais acheter des pansements pour les pieds de Marie qui n’avait pas prévu leur probable nécessité avec le port de chaussures inhabituelles. Un taxi négocié à 2 dollars nous dépose au pied du cerro de Santa Anna qui, comme son nom l’indique, est une colline à l’extrémité du Malecon, couverte de constructions sommaires mais très colorées. L’effet doit être pittoresque sous le soleil mais ce dernier, étant absent toute la journée, la pauvreté de la plupart des constructions n’en est que plus évidente.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous commençons par nous rendre au nouveau Museo d’Antropologia que peu connaissent, aucun taxi n’avait la moindre idée de sa situation. L’entrée est gratuite, le lieu désert mais l’accueil très aimable. Nous circulons dans des salles qui évoquent, uniquement en espagnol, les différents milieux physiques et leur formation, la faune est montrée par des céramiques précolombiennes sur lesquelles elle apparaît. Puis des salles richement dotées exposent d’autres céramiques des différentes cultures pré-incas en insistant sur les relations et la communauté de cultures des peuples mésoaméricains. Nous devons éviter les seaux stratégiquement disposés sous les fuites de pluie du plafond de ce bâtiment neuf… Nous continuons par des salles consacrées aux peintres équatoriens du groupe Artefactoria de Guayaquil. Deux nous paraissent intéressants : Marcos Restrepo pour des œuvres surréalistes et Flavio Alava pour des collages. Nous commençons à fatiguer et à être affamés. Nous contournons la colline par une rue bordée de maisons patriciennes anciennes restaurées et qui aboutit à un quartier, au bord du rio, d’immeubles modernes dont une tour vrillée mais sans l’amplitude de celle de Panama. Nous cherchons un restaurant. Ils ne manquent pas sur la promenade mais les prix sont ceux d’Europe. Nous nous décidons pour celui d’une ancienne brasserie, La bière est aussi chère et les plats très quelconques, mes deux côtes de porc (fines comme il se doit) ont un curieux goût qui me fait douter de leur fraîcheur. Nous entamons ensuite l’escalade de la colline par de raides volées de marches qui passent entre les maisons parfois suspendues au-dessus du vide. Des carrés de plantations et de fleurs en agrémentent le parcours et des vigiles surveillent les lieux. En sueur, nous parvenons à la terrasse : un phare et une chapelle entourés de canons pointés vers le fleuve et une vue sur toute la ville et sur le cerro del Carmen lui aussi coloré mais surmonté de vilaines antennes.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Je monte au sommet du phare, la vue est à 360° mais toute grise ! Nous redescendons les 444 marches (elles sont numérotées) sans trouver le café providentiel avec une agréable terrasse où nous pourrions réimbiber nos muqueuses asséchées. Tous les bars sont intérieurs et ne doivent s’animer que le soir. Nous retrouvons le Malecon que nous suivons en passant devant la grande roue, peu pressée d’accomplir sa révolution, et dénichons sous un pont un café au bord d’une mare à canards. Une première tournée de Coca Cola et de thé glacé ne suffit pas, une seconde la suit… Nous rentrons à l’hôtel en taxi. Je m’occupe des photos et commence à raconter la journée avant de me rendre à la proche église San Agustin. L’animation dans les rues est grande et malgré un début de pluie, les marchands de jus de fruits, de glaces et autres friandises se sont installés devant le porche, les battants grands ouverts.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les familles occupent tous les bancs, les allées sont bondées et des fidèles se pressent devant les chapelles latérales. Je reviens à la chambre me reposer et continuer d’écrire puis nous sortons et retournons à l’église. La messe est commencée. Les bruits de la rue, bus aux démarrages rageurs, marchands racoleurs, ne troublent pas le prêtre qui, lui, ne gêne pas beaucoup ceux qui continuent des conversations sans doute peu ecclésiastiques… En revenant vers l’hôtel, nous passons devant une gargote qui paraît sympathique. Nous nous retrouvons dans une cour avec des tables tout autour d’une scène surélevée. Nous commandons un plat de poulet frit avec des patacones bourratives et des bières. Des couples peu distincts dans le faible éclairage se déhanchent au rythme des airs diffusés par des haut-parleurs agressifs. Ce ne sont pas des canons de la beauté occidentale mais ce sont tous des danseurs que j’envie !

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous rentrons à l’hôtel écrire ces dernières lignes, souhaiter l’anniversaire de Martine et aussi échanger quelques mots sur Skype avec Jean-Claude.

Vendredi 14 avril : Nous refaisons les sacs et les laissons à la garde de l’hôtel. Nous sortons dans des rues désertes, magasins fermés, y compris notre cafeteria ! C’est Vendredi Saint… Marie a de plus en plus mal aux pieds et ne se ressent pas de marcher beaucoup. Nous prenons un taxi qui nous dépose devant la cathédrale. Une procession doit en partir à 10 h. En attendant nous allons nous asseoir dans le Parc Bolivar, celui peuplé d’iguanes et de tortues. Les marchands de sucreries, de pistolets à eau, de bouteilles d’eau glacée sont presque aussi nombreux que les familles venues elles aussi pour la procession. Je vais acheter deux parts de gâteaux qui nous servirons de petit déjeuner avec un reste de bouteille d’eau. Des motos de la police et une camionnette de sonorisation stationnent devant la cathédrale, des airs joyeux et des discours à la gloire du Christ sont diffusés. Le temps passe, je vais faire un tour à l’intérieur. Devant le chœur, des personnages costumés, soldats romains, femmes du peuple avec de longs voiles, Barabbas, Pilate, le Christ, jouent les scènes de la Passion.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Je vais rechercher Marie et nous assistons au Jugement et à la Flagellation avant que tous ne sortent, suivis des membres d’une congrégation vêtus de longues robes violettes et, pour quelques-uns, d’un sinistre chapeau pointu de sorcière percé de deux orifices pour les yeux.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous nous précipitons sur le parvis, à temps pour prendre quelques photos avant que la procession ne s’ébranle pour un tour en ville. Nous retournons nous asseoir sur un banc dans le parc, à côté d’une de ces Indiennes qui portent une jupe longue en satin de couleur et une ceinture brodée. Nous voulons nous rendre au Musée Nahim Isaias mais il est fermé de même que toutes les administrations. Il fait d’autant plus chaud que le ciel se dégage et que le soleil est aujourd’hui bien présent. Nous allons nous asseoir sur un autre banc à l’ombre sur le Malecon. Nous ne savons que faire de la journée et il n’est pas question de marcher. Nous attendons l’heure de déjeuner puis nous nous rendons dans une des rares gargotes ouvertes. Elle est plutôt agréable et des ventilateurs essaient de brasser l’air tiède. Nous commandons des ceviches de poisson. Nous sommes surpris qu’ils soient constitués de morceaux de poisson cuits et chauds ! Marie se traîne jusqu’à la Place San Francisco, domaine réservé des cireurs de chaussures et des pigeons qui, perchés dans les arbres, ne se privent pas de fienter sur les innocents qui ont cru pouvoir s’asseoir sur les bancs. Une fois ainsi baptisés à tour de rôle, nous ne nous attardons pas et reprenons notre lente avancée le long de l’avenue 9 de Octubre, la grande artère de la ville. Les magasins ont ouvert et diffusent de la musique à des volumes réglés pour sourds profonds. Nous passons au supermarché faire quelques provisions en prévision du voyage et de notre arrivée à Swiss Wassi. Nous retrouvons les produits oubliés : jambon reconstitué, salami anémique et fromage-carton pour Marie. Nous nous traînons jusqu’à l’hôtel où nous attendons 4 heures dans la minuscule réception, avec pour seule distraction un téléviseur sur lequel nous pouvons suivre une Vie du Christ, tournée dans les décors du Maroc (version Zeffirelli ?). A 4h, nous récupérons nos sacs et aidés par le réceptionniste, nous les descendons puis hélons un taxi qui nous emmène à la gare routière. Nous traversons le hall et arrivés devant le bureau de la compagnie Civa, je m’aperçois que je n’ai plus l’appareil photo ! Je pense l’avoir laissé à l’hôtel et vite je saute dans un taxi, retourne à l’hôtel où il n’y a pas trace de l’appareil. Désespéré, déjà las de ce voyage qui me coûte un appareil par pays, envisageant tous les scénarios, oubli dans le taxi, dépose sur le sol avant de charger un sac à dos, j’ai des accents sarkoziens pour me dire : « Si c’est comme ça, j’arrête tout, photos, blog etc… ». Je retourne dans le hall, retrouver Marie et lui avouer ma vaine quête. Au moment d’ouvrir la bouche, j’aperçois la sacoche de l’appareil sous son siège… Soulagé, je vais m’offrir un Coca Cola et repérer d’où part notre bus. Nous allons nous asseoir sur des fauteuils, je reporte les photos et rédige mon texte. Nous dînons à la cafeteria voisine de trop copieux plats de riz plus ou moins garnis. Nous nous rendons ensuite sur le quai d’embarquement. Le bus n’est pas encore arrivé et nous devons attendre debout. Marie fatigue vite et se plaint de ses plaies aux pieds. Le bus tarde, elle ne tient plus debout… Enfin il arrive, nous nous installons sur de larges fauteuils, inclinables et confortables. Nous partons sans voir grand-chose dans la nuit. On nous sert un en-cas, des boulettes avec des pâtes servies froides ! Nous nous endormons.

Samedi 15 avril : Après minuit, les lumières se rallument, de la musique sort des haut-parleurs, le bus ralentit, s’arrête, nous sommes à la frontière ! Nous ne pensions pas y être avant le matin… Les indications horaires trouvées sur le site de la compagnie Civa étaient fausses… Nous passons rapidement, mal réveillés, les formalités de sortie d’Equateur et d’entrée au Pérou, aidés par le personnel de bord. Nous repartons et peu après, à deux heures du matin, nous arrivons à Tumbes où nous sommes les seuls à descendre. Nous pouvons nous réfugier dans le centre de la compagnie de bus où nous nous allongeons sur les fauteuils ou les banquettes et parvenons à dormir en dépit des moustiques et de la chaleur étouffante. D’autres voyageurs arrivent dans la nuit et à six heures, le responsable sonne le réveil en musique en allumant toutes les lumières. Nous émergeons, tout de même un peu groggy. Nous faisons appeler un taxi avec qui nous négocions le tarif et nous voilà partis à toute allure dans le petit jour, traversant Zorritos et les villages encore endormis. A sept heures nous sonnons à la porte de Swiss Wassi. Dante, le frère de Melba (que nous avions pris pour le gardien !) vient nous ouvrir et nous installe dans le bungalow que nous avions quitté en décembre. Je n’attends pas et vais au camion qui semble ne pas avoir souffert. Je rebranche la batterie et… le moteur démarre au quart de tour ! Soulagé et content, j’ouvre toutes les fenêtres, regonfle un pneu à plat et je vais me garer à l’ombre, sur la plage. Nous faisons la connaissance de Catherine et Pierre qui, en Toyota aménagé, sillonne l’Amérique du Sud. Nous déballons nos sacs et commençons le rangement et la remise en état de notre casa rodante. Nous déjeunons avec nos provisions judicieusement achetées à Guayaquil et une bière fraîche. Une sieste s’impose… J’en sors pour aller me tremper dans l’océan puis m’installer pour écrire en regardant baisser le soleil. Dès qu’il a disparu, les moustiques attaquent. Pierre et Catherine nous proposent de prendre l’apéritif en leur compagnie et de celle d’autres Français, Jean et Babette, arrivés entre temps. Nous aurons donc notre pisco sour, hélas sans glaçons mais nous passons un moment agréable en leur compagnie avant de dîner puis de nous coucher dans le bungalow.

Dimanche 16 avril : Une très bonne nuit, sans nous réveiller jusqu’à sept heures. Le frère de Melba, Dante, qui « gère » en son absence le camping, ne s’est pas préoccupé de nous servir le petit déjeuner, en principe inclus dans le prix de la chambre… Nous nous le préparons puis libérons la chambre en achevant de porter, à défaut de ranger, nos dernières affaires dans le camion. Impossible de faire tenir dans les coffres tous les vêtements, Marie en rapporte à chaque étape plus qu’elle n’en a emporté… Nous allons avec Pierre et Catherine guetter un taxi pour aller au marché de Zorritos. Ces derniers nous prêtent des soles puisque nous n’avons pas encore pu tirer des sous d’un distributeur automatique. Nous retournons à l’épicerie que nous avait indiquée Jacques, pas bien achalandée mais c’est là que l’on trouve des saucisses de poulet, des œufs de poules anémiques et des biscuits ramollis. Nous n’oublions pas la bouteille de pisco pour l’apéritif commun du soir… Nous revenons avec le même taxi que nous préssentons pour nous emmener demain à la douane. Déjeuner avec heureusement une bière glacée qui fait supporter la forte chaleur. Carte routière à l’appui, nous dressons l’itinéraire au Pérou, en espérant que les routes seront praticables après les inondations du mois dernier. Nous nous installons ensuite dans nos fauteuils pour lire. Le soleil, comme hier, se voile. Je vais me baigner sans trop avancer, des cailloux tapissent vite le fond de l’eau. Je prépare ensuite un pisco sour puis un saladier de fraises et de mûres pour le dîner collectif du soir. Les autres se sont chargés de faire cuire du riz et des filets de poisson. Après l’apéritif, nous dînons tous ensemble, Pierre, Catherine, Jean et Babette en discutant voyage et politique à l’approche des élections. Nous allons dormir ce soir dans le camion.

Lundi 17 avril : Pour notre première nuit dans le camion, nous n’avons pas eu trop chaud. Je pars à huit heures et demie avec Pierre et Catherine dans le taxi, ponctuel, que nous avions réservé hier. Il roule aussi vite qu’il peut, double parfois audacieusement… Nous nous arrêtons à Tumbès pour aller retirer des soles à un distributeur automatique. Il y a de longues queues devant les guichets des banques après le week-end pascal. Nous en trouvons un sans queue (?) et repartons les poches remplies. Nous filons jusqu’aux douanes du poste frontière. Nous suivons les démarches indiquées, longues car encore entachées de paperasseries, qui pourraient être écourtée avec une bonne utilisation de l’informatique. Je me fais délivrer une attestation d’assurance qui, comme en Colombie, ne couvre pas grand-chose. Nous devons attendre une heure, sans doute pour donner de l’importance au responsable des douanes avec qui je discute péniblement en espagnol. Enfin, nous voici nantis des précieux sésames administratifs et nous pouvons prendre la route du retour. Les traversées de Tumbès puis de Zorritos sont plus longues avec la circulation et la sortie des écoles. A une heure et demie, je retrouve Marie, avale des tranches de jambon et des chips en guise de déjeuner. Nous procédons à une lessive puis à la relecture de mon texte avant de le mettre sur le blog. Nous proposons à nos compagnons d’aller dîner au restaurant à Zorritos en nous y rendant dans notre camion. Les deux restaurants que nous connaissions sont fermés, nous nous décidons pour une gargote en bord de route. Nous partageons des ceviche et des arroz de mariscos tout en égrenant nos souvenirs de déboires sur les pistes. Retour au camping pour une dernière nuit avant le départ.

Mardi 18 avril : Encore une nuit à transpirer… Derniers rangements, je dois jeter quelques vieux vêtements pour faire de la place au « petit linge » de Marie. Je règle le gardiennage de la voiture et nos consommations à Dante qui nous aurait bien laissés partir sans rien demander… Nous faisons nos adieux à nos dernières connaissances, avec promesses de se revoir et de tout se raconter. Et nous revoilà sur la panamericana en direction du sud ! Pas trop de monde sur la route qui suit le bord de mer, succession de « lodges » sans prétention et de restaurants qui promettent tous des ceviches et autres mariscos… Le paysage de collines est beaucoup plus vert que dans mon souvenir, sans doute à cause des pluies diluviennes du mois passé. Des plantes grimpantes étouffent les arbres et les recouvrent d’une toison de fleurs jaunes Nous devons passer un contrôle de l’immigration et de la douane avant d’arriver à Mancora, une station balnéaire que nous ne faisons que traverser. Tous les restaurants promettent des ceviches et je les essaierais bien tous ! Puis la route s’éloigne du bord de mer, la végétation se raréfie, un gazon jaunissant couvre la plaine. Des pompes à pétrole shadokisent le paysage. Les villages traversées sont misérables, des constructions sans étage en parpaings ou en nattes. Nous aimerions passer par Colan mais c’est un long détour sur le goudron, une piste semble permettre de rejoindre ce vieux village colonial. Nous quittons la Panamericana pour rejoindre Talara, une très vilaine ville portuaire industrielle où les tuk-tuk remplacent les motos de Colombie dans une circulation démentielle et d’où nous continuons sur Negritos. Une autre petite ville en bord de mer sans le moindre charme mais où un arbre compatissant nous permet de déjeuner à son ombre. Des plaques de fleurs blanches parsèment les collines et les flancs des falaises érodées. La route devient piste et se lance, à quelque distance de la mer, dans la traversée d’une lagune salée sur une digue avec de profondes et glissantes ornières. Pas question de tenter de passer à droite ou à gauche. Je dois éviter un énorme bloc de béton (une borne ? car cette très mauvaise piste est bornée !). J’essaie de l’éviter, dérape et me crois planté, mais non ! Différentiel bloqué, je nous en sors… La traversée de cette zone qui continue par celle d’un cours d’eau me rappelant des souvenirs douloureux, j’effectue un demi-tour acrobatique et nous revenons au carrefour de la route de Piura. L’état de la chaussée est ensuite particulièrement mauvais, des trous dans la chaussée qui contraignent les véhicules à slalomer sur toute la largeur de la route, dans un sens comme dans l’autre. Vu du ciel, cet étrange ballet a dû nous éviter la visite de Martiens ébahis… Nous parvenons à Sullana, en nous traînant derrière bus et camions qui me contraignent à des dépassements osés. Sullana, après la traversée de ce semi-désert, a des allures d’oasis avec ses cocotiers, ses plantations de bananiers, de cannes à sucre. L’arrivée à Piura est pénible, circulation difficile, feux de croisement peu visibles (j’en brûle deux !). Nous cherchons et finissons par trouver à l’extérieur de la ville un camping, Porta Verde, heureusement ouvert, avec une belle pelouse, une piscine et un établissement, bar et restaurant, désert. Le patron nous accueille aimablement, me tient de grands discours en espagnol auxquels je tente de faire écho… Il me raconte les terribles journées du mois dernier quand il y avait un mètre et demi d’eau dans le centre commercial. Nous avons vu des traces de la chaussée effondrée quand les voitures doivent rouler sur le trottoir. Nous retournons dans le pueblo voisin nous ravitailler en pain et eau gazeuse avant de nous installer pour la nuit. La nuit tombée, à l’heure où le moustique m’apprécie (comme ils disaient dans Charlie : «C’est dur d’être aimé par des cons »), nous allons nous asseoir sur les chaises du bar pour écrire notre journée, qui sur son cahier, qui sur l’ordinateur (tout en entretenant une conversation transpacifique avec Jean-Claude à Wallis !), en achevant la bouteille de pisco, qui avec citrons verts et reste de sucre nous permet d’atteindre la transcendance… Hic ! Nous regagnons le camion pour dîner et récupérer de cette dure journée.

Mercredi 19 avril : Je suis réveillé encore tôt et transpire dans le fond de la cellule qui porte bien son nom… Il a plu et il continue de tomber des gouttes. Nous sommes prêts à partir quand arrive le propriétaire, à temps pour constater avec nous que le moteur refuse obstinément de tourner. Il y a bien un peu d’eau dans le filtre à gasoil mais surtout le débit aux injecteurs est insuffisant. Nous faisons appeler le mécanicien ami du patron, il doit venir dans une heure et demie, ce sera deux heures… Il débarque avec deux aides inutiles, fait les mêmes constations que moi mais il débranche la batterie, la rebranche, réinitialisant les données électroniques et le moteur tourne ! Il nous conseille tout de même de passer à son atelier pour tester le moteur au banc de son ordinateur. Il est tard, nous filons nous garer en ville devant un supermarché où nous refaisons les pleins de nourriture et de boissons. Il a encore plu pendant que nous faisions les courses. Nous déjeunons rapidement d’un bien petit poulet rôti qui ne sera sans doute pas le dernier puis nous passons à l’atelier tout proche. Le mécanicien branche son ordinateur et ne semble pas découvrir grand-chose, ou je ne comprends pas ce qu’il m’explique… Nous repartons dans la cohue de la circulation en slalomant entre les tuk tuks, jusqu’à la Plaza de Armas qui ne nous donne pas envie de nous y promener. Nous décidons alors de continuer sur la route de Chiclayo. Plein de gasoil et nous nous lançons dans la traversée du désert de Sechura. Curieux désert verdoyant où de grandes mares et même des lacs ne correspondent pas à ce qu’on était en droit de trouver. Encore une preuve des inondations catastrophiques du mois dernier. Quelques masures, relais-gargotes, ont été emportées par les eaux. La route est bonne, la circulation faible, nous faisons une bonne moyenne mais je ne veux absolument pas rouler de nuit et nous décidons de nous arrêter derrière les misérables constructions d’une halte sur la route. 

Jeudi 20 avril : Nuit fraîche avec le vent venu de la côte et passant sur les étendues d’eau. Nous continuons dans le désert inondé, des passages de la chaussée emportée ont été aménagés mais sont abordés lentement. Quelques modestes dunes apparaissent à quelque distance de la route, derrière les étendues sableuses couvertes d’eau. Nous parvenons à Lambayeque et trouvons sans mal la Plaza de Armas et sa cathédrale San Pedro, avec quelques retables dorés et des peintures à la voûte, assez laides.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Sur le côté, à l’extérieur, des chapelles étaient dévolues à diverses castes sociales, bourgeois, métis, Noirs. Nous allons ensuite nous garer dans l’enceinte du Musée des Tombes Royales de Sipan. Nous y sommes seuls ! Un bâtiment moderne, déjà visité en 2007, abrite les découvertes des fouilles effectuées dans les pyramides de Sipan à proximité de Chiclayo. Plusieurs tombes intactes furent fouillées et révélèrent une multitude d’objets mais aussi les restes des épouses, des enfants, des chiens et des lamas qui accompagnaient des dignitaires et leur seigneur dans leurs tombes. L’intérêt de ce superbe musée est double : mettre en valeur les trésors de la civilisation Mochica et montrer le travail des archéologues en dévoilant strate par strate les diverses étapes des fouilles et l’avancement des découvertes. Très logiquement nous commençons par l’étage supérieur, des photos montrent l’état des sépultures lors de leur ouverture puis les objets nettoyés, remis en état. Les parures, boucles d’oreilles de belle taille, pectoraux, tiares, sceptres en cuivre doré, bracelets, colliers en minuscules perles de coquillages, oxydés pour les uns, éparpillés pour les autres, ont été patiemment reconstitués. Les salles sont plongées dans le noir et la déambulation fait presque perdre la notion de l’espace. Les explications sont uniquement en espagnol mais nous parvenons à comprendre le principal. Nous y passons trois heures avant de reprendre notre souffle au camion… Nous repartons pour Chiclayo à quelques kilomètres et nous nous retrouvons dans la circulation démente des villes. Nous nous garons devant le Mercado Modelo pour revoir le coin des guérisseurs et herboristes. De petites échoppes proposent des remèdes pour guérir presque toutes les maladies, notamment les « sexuelles » et les « honteuses », présentés dans des emballages suggestifs.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les herboristes offrent des plantes et des bouquets de fleurs aux vertus assurées. Nous passons à la Police Touristique obtenir un dépliant simpliste sur Chiclayo, puis nous faisons un inutile tour de la Plaza de Armas avant de sortir de la ville en direction de Pimentel au bord de l’océan. Une station balnéaire qui ne donne pas envie de se baigner. Aucun charme, aucun bâtiment ancien, que des cubes de béton, le degré zéro de l’architecture ! Nous demandons à nous garer pour la nuit sur le parking de l’hôtel Garuda, ce qui nous est accordé. Avant de nous installer, nous décidons de découvrir les plages en direction du sud. Nous longeons le Malecon de Pimentel et sa suite de petits restaurants où nous aurions pu dîner si nos beefsteaks ne devaient être consommés aujourd’hui… Nous continuons de longer au plus près la plage déserte, ce n’est plus la saison touristique. Nous y trouvons des caballitos, sorte de pirogues en roseaux très effilées, autrefois utilisées par les pêcheurs, aujourd’hui sans doute par les touristes en mal de sensation.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

La piste devient sablonneuse, escalade des dunes et nous amène à Santa Rosa, autre petit village de pêcheurs, aussi laid que tous les précédents. Nous revenons par la route et allons nous garer dans le parking. Nous traversons la rue et découvrons la longue jetée qui autrefois servait à charger les bateaux qui ne pouvaient accoster, à partir de wagons d’une ligne de chemin de fer qui roulait dessus. Nous l’empruntons en marchant sur des madriers posés sur une structure métallique rouillée. Il doit y avoir une grande forêt sous nos pieds !

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Des pêcheurs ont lancé des lignes, des amoureux se bécotent et surtout se prennent en photo et des surfeurs se jettent dans les vagues en attendant celle qui les ramènera à la plage. Le soleil décline, il ne fait plus très chaud, nous regagnons le camion, une tentative de nous offrir un pisco sour dans un bar avec wifi, avorte pour cause de fermeture avant l’heure… Nous regagnons le camion et nous nous consolons en finissant la bouteille de vin blanc chilien.

Vendredi 21 avril : Nuit calme et fraîche. Nous repartons dans la classique brume péruvienne qui nous cache la côte et les montagnes à l’horizon. Nous retraversons Santa Rosa puis piquons dans les terres avant de revenir vers Puerto Eten, autre station balnéaire déserte, son Malecon, bien que récent, est sinistre. Autour de la Plaza de Armas, subsistent quelques maisons anciennes avec véranda où plus aucun rocking chair ne grince. Nous rejoignons la panamericana que nous quittons une vingtaine de kilomètres plus loin pour nous diriger sur Zaña, encore un village endormi qui fut une ville coloniale florissante avant d’être mise à sac par un pirate britannique au XVII° siècle et achevée quelques décennies plus tard par de violentes inondations. Il en reste quelques ruines des plus grandes constructions de ce temps : des églises et des couvents. Nous visitons, sans payer faute de monnaie, le couvent San Agustin, des arcades, des voûtes vaguement gothiques…

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

D’autres bâtiments sont éparpillés dans les environs, nous tentons d’en approcher un puis renonçons, peu motivés. Nous repartons en traversons de véritables champs d’ordures. Nous avions bien trouvé les bas-côtés des routes particulièrement sales mais ici ce sont des étendues entières couvertes de plastiques, d’ordures, de débris de construction, des sacs plastiques se sont accrochés à toutes les branches et à tous les barbelés. Nous devons suivre une mauvaise piste après Cayalti pour atteindre le site de Sipan, dominé par les pyramides tronquées, très érodées, du site archéologique. Nous nous garons devant le musée et en effectuons la visite. Moins riche que celui de Lambayeque, il présente tout de même les restes et les objets trouvés plus récemment dans deux tombes. Deux personnages de la noblesse enterrés avec épouse(s), chien, lama. Nous retrouvons les mêmes objets qu’au Musée des Tombes Royales mais (choix archéologique, manque de moyens ?), ceux en cuivre doré ou argenté sont présentés telles qu’ils ont été trouvés, oxydés, sans chercher à les restaurer et les faire revivre dans l’éclat de l’or ou de l’argent. Visite intéressante mais longue et nous commençons à nous lasser des répétitions et surtout de traduire de l’espagnol. Nous déjeunons au camion et saluons une jeune famille de Français, partie sur les routes d’Amérique pour quatre ans (en nous demandant d’où peut bien provenir leur financement !). Nous allons ensuite sur le site de la huaca, la pyramide funéraire où les tombes ont été reconstituées dans l’état de leur découverte. Un sentier très abimés par les pluies permet d’accéder à un mirador entre les deux huacas, le religieuse et l’administrative, mais Marie renonce de peur de glisser. Je grimpe pour ne pas trouver grand-chose à voir… Nous repartons en direction de Ferreñafe. Le logiciel de navigation m’indique une route directe que je suis mais qui, au grand déplaisir de Marie, s’avère être une mauvaise piste qui suit un large canal d’irrigation. Nous y trouvons le Musée National Sican, bâtiment récent consacré à la culture sican qui a succédé à la culture mochica. Nous nous garons devant le musée avec l’intention d’y passer la nuit. Nous en effectuons la visite, très décevante. Des vitrines vides et beaucoup de généralités sur des panneaux pour meubler… La reconstitution de tombe est à la limite du grotesque, des vitrines sont si peu éclairées qu’on ne peut lire les textes quand ils existent…Nous en ressortons très déçus. Seul point positif, nous disposons du wifi, ce qui nous permet d’avoir des nouvelles de Julie et de lui répondre mais aussi d’apprendre l’attentat de Paris sur les Champs Elysées ! Nous stationnons presque sur la route et ce n’est pas le calme des jours précédents. Mauvaise soirée, nous n’avons pas pris garde à l’heure et les moustiques ont profité de notre distraction pour s’introduire sournoisement dans nos appartements et ensuite se livrer à une débauche de chair fraîche, la mienne bien sûr… Nous organisons une grande battue mais il y a toujours des sournois qui se cachent et interviennent ensuite. Les parois du camion conserveront les traces de leur hécatombe et nos chairs celles de leurs piqûres… Ensuite nous devons nous nourrir de saucisses de poulet absolument infâmes, une bouillie de viande de gallinacées broyée et enfilée dans un préservatif increvable, impossible à avaler…

Samedi 22 avril : La soirée fut mauvaise, la nuit aussi… Pas moyen de fermer l’œil. Problème de digestion ? Mais aussi les passages de mobylettes et de tuk tuks, rares mais en général programmés au moment où nous allions nous endormir. Et à six heures c’est le rush ! Tous se ruent, en camions, en taxis, en tuk tuks, en motos, klaxons bloqués et musique à fond la caisse pour les plus expansifs… Nous repartons en direction de Chiclayo. Une section de la route est en travaux et donc en circulation alternée. Quand arrive notre tour, c’est la Conquête de l’Ouest ! On se précipite, essaie de doubler à droite, à gauche, à grands coups de klaxons et la partie de la chaussée en principe interdite pour cause de travaux est utilisée pour dépasser… Nous trouvons le centre de Chiclayo et surtout le supermarché Metro qui, bien qu’en plein centre, offre à sa clientèle un parking. Pour le ravitaillement ce n‘est pas aussi performant et nous devons nous contenter des produits basiques mais la vodka n’est pas chère et il y a du tonic… Je cherche à tirer des soles, je dois retourner à pied à la Plaza de Armas pour trouver des distributeurs, beaucoup sont vides. Renfloué monétairement, je retourne retrouver Marie au camion et nous repartons en direction du nord pour prendre la route de Chachapoyas. Nous nous arrêtons peu après à Tucume pour aller nous garer devant l’entrée du musée consacré à la culture sican / lambayeque qui succéda à celle des Mochicas. Nous commençons par nous diriger sur un sentier vers la huaca Las Balsas. Il fait chaud, le sentier est plus long que nous ne le souhaiterions mais un tuk tuk vient à point nommé nous proposer ses services et pour un (1 ! environ 0,30 $) soles la course, nous emmène au site. La pyramide est bien tronquée mais elle nous réserve des surprises inattendues, non indiquées dans les guides ! Des murs de terre de la zone cérémonielle sont couverts de sculptures en argile lissée, représentant des scènes mythologiques du plus bel effet. Représentations de personnages-oiseaux, de vagues également en forme d’oiseaux, de radeaux, de marins et de pêcheurs de coquillages de grande valeur.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les yeux remplis de cet ensemble imprévu, nous revenons avec notre tuk tuk au camion nous désaltérer et déjeuner. Nous nous rendons ensuite au musée, peu riche en objets trouvés sur le site et dont les explications sont redondantes avec celles des précédents musées visités. Nous voulons ensuite atteindre le mirador qui permettrait d’avoir une vue d’ensemble du site et des nombreuses huacas déjà fouillées ou encore intactes, masses informes ravinées comme des joues de grands-mères. Le sentier est d’abord à l’ombre d’une forêt sèche, mais continue en plein soleil. Quand nous apercevons les escaliers qu’il faudrait gravir pour atteindre le point de vue, nous renonçons… Nous repartons, retrouvons la route plutôt mauvaise, surtout dans les traversées des agglomérations où les rues ne sont plus que des voies sur lesquelles nous dansons sur des rythmes inconnus, sans savoir exactement ce qu’il faut mettre au compte des inondations passées et ce qui revient au mauvais entretien des routes. Après avoir traversé des zones de rizières, les montagnes, perdues dans la brume, se rapprochent et bientôt la route commence à s’élever, mais aussi nous nous rapprochons des nuages et bientôt de la pluie. Il est un peu tôt pour nous arrêter aussi continuons-nous en abordant un col à plus de 2150 mètres mais nous sommes vite perdus dans la pluie et le brouillard. Je dois réduire la vitesse, la visibilité n’est que de quelques mètres. Les effets d’El Niño du mois dernier sont manifestes, glissements de terrain, chaussée disparue, coulées de boue incomplètement dégagées… Nous n’avançons plus qu’à vitesse très réduite, les yeux fixés sur les traces du marquage de la route et sur le bord de la chaussée dans les virages. Le temps passe, nous comptons les kilomètres un par un… Dans la descente du col, les nuages laissent place à un soleil couchant qui éclaire encore les montagnes et surtout la route, bien qu’encore coupée par des éboulis et des ruisseaux boueux. La nuit tombe avant que nous n’atteignions El Tumba où nous espérions trouver une station-service accueillante. Ce n’est qu’un village sans possibilités de bivouac. Nous continuons quelques kilomètres jusqu’à un hameau où nous nous arrêtons en retrait de la route. Nous sommes harassés et nous nous remettons de nos émotions en débouchant la bouteille de vodka…

Dimanche 23 avril : Pas de bruit dans la nuit, peu de camions, juste les grognements des cochons qui ont choisi de creuser leurs bauges derrière le camion. Le soleil daigne faire une apparition. Nous découvrons le paysage, une étroite vallée entre deux murailles qui menace de s’écrouler à chaque instant, ce qui n’a pas manqué d’arriver puisque de nombreux éboulements sur la route obligent à rouler, sur une voie, dans la terre et les cailloux. Dans le fond le rio roule des eaux chargées de terre mais laisse la place sur d’étroites banquettes à des rizières d’un beau vert profond. A peine avons-nous parcouru quelques kilomètres que nous sommes arrêtés, derrière une impressionnante file de camions, de bus et de voitures, par un barrage. Des engins travaillent au déblaiement de la route et on nous annonce deux ou trois heures d’attente mais au bout d’une demi-heure, tous se précipitent pour être les premiers… Plus loin, le premier péage où nous devons payer alors que nous en avions passé bien d’autres sans devoir acquitter l’écot et sans explication! Nous sommes maintenant sur un plateau peu cultivé, quelques arpents de riz, des carrés de bananiers et des lignes de cocotiers. Nous suivons toujours le lit de rivières aux débits impressionnants. Le ciel se couvre, le soleil disparaît. Nous nous arrêtons pour déjeuner et recevons un sms de Julie nous donnant les premières estimations du 1er tour de la Présidentielle, sans surprise… Encore quelques kilomètres, toujours dans des gorges, et une dernière montée nous amène à Chachapoyas. Nous apercevons quelques fenêtres ouvragées sur des maisons de type colonial et la Plaza de Armas nous paraît charmante. Enfin une ville avec du caractère ! Nous trouvons l’hôtel Kuelap où nous pouvons stationner dans la cour mais au même prix que si nous avions pris une chambre ! Après avoir constaté que le wifi ne fonctionne pas, nous allons nous promener en ville et découvrir son attrait. Des rues piétonnes rayonnent de la belle Plaza de Armas, bordées d’élégantes maisons anciennes, sans étage et à balcons de bois.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous allons à la recherche d’un restaurant et allons aussi nous renseigner sur les possibilités de visites, notamment des sites funéraires, tous éloignés et nécessitant une plus ou moins longue marche, puis, Marie traînant la jambe, nous rentrons nous reposer au camion. Nous ressortons pour aller dîner au restaurant El Batan de Tayta où on propose une cuisine sortant de l’ordinaire, plus raffinée à en croire la carte. Clientèle de touristes avec leurs guides. Nous nous offrons deux pisco sour, pas assez frais à mon goût puis après une longue attente nous dégustons, pour moi un bon steak relativement tendre avec du riz et une sauce à base d’une liqueur de maïs, Marie est beaucoup moins ravie de son lomo saltado dont la viande est trop dure et les frites ramollies dans la sauce. Dommage !

Lundi 24 avril : Je suis persuadé que nous rendre aux divers sites des environs où il faut marcher, monter, descendre, demande plus d’efforts que je ne nous en croie capables… Je refais les pleins d’eau puis nous nous rendons à l’Office du tourisme qui nous rassure sur la durée de la visite à Karajia, aussi projetons-nous de nous y rendre. Auparavant et parce que le soleil éclaire cette décidément jolie ville, je fais un tour rapide pour prendre en photo les élégants balcons de bois. Nous quittons Chachapoyas sans avoir pu nous connecter à Internet, toujours en panne. Nous descendons sur la route principale, revenons quelques kilomètres sur nos pas pour prendre la piste de Luya. Elle grimpe en lacets serrés sur l’autre versant de la vallée, une de ces routes comme je ne les aime pas trop, le vide d’un côté, trop proche, et une falaise trop haute de l’autre… J’angoisse désormais à chaque fois que nous devons emprunter de telles pistes. Mais elle est plutôt bonne et presque toujours assez large pour que nous puissions croiser les minibus qui la dévalent à toute allure. Nous atteignons un plateau sur lequel nous apercevons de nombreux villages disséminés. Luya est un gros bourg qui a conservé son aspect colonial, on y aperçoit même quelques modestes fenêtres anciennes. Nous trouvons la piste, malgré des indications contradictoires, qui doit nous mener à Cruzpata, moins bonne mais roulante. Nous devons nous garer sur la place centrale en pleine rénovation et de là suivre un sentier qui descend vers le site, indiqué à un kilomètre. On nous a bien précisé que la remontée est épuisante, aussi je demande à louer un cheval pour Marie. On lui amène un robuste poney avec une selle recouverte de plusieurs épaisseurs de couvertures qui obligent à trop écarter les cuisses ce dont elle ne manque pas de se plaindre… Moi, je suis derrière, vite distancé sur ce sentier qui dégringole dans un ravin. Je retrouve au terminus Marie descendue et mécontente de sa chevauchée. Nous devons encore dévaler quelques mètres avant d’atteindre le point de vue. Nous découvrons alors les six sarcophages de bois, debout dans une anfractuosité de la falaise, contenant des momies. Des têtes stylisées les surmontent et ils sont couverts de dessins de couleur rouge passé. Deux crânes humains sont placés au-dessus des cercueils attribués à la civilisation chachapoyas.

 

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Nous ne pouvons que les observer aux jumelles, les photographier et il faut songer à revenir… Marie peine à remonter jusqu’à son cheval puis elle s’éloigne alors que je peine, transpire à escalader les mauvaises marches taillées dans la terre et à grimper sur les pierres déterrées par les sabots des chevaux. Je retrouve Marie au village en soufflant comme dans les forges de Mime. Une rasade d’eau fraîche et le siège du camion constitue mon repos du guerrier… Nous repartons et nous arrêtons sur la place du village suivant pour déjeuner, avant de refaire toute la piste, y compris la descente bien moins dure. Nous suivons le cours de l’Utcubamba, parfois à peine au-dessus de son niveau, entre deux falaises couvertes partiellement d’une végétation qui lui donne un aspect provençal. Nous atteignons Tingo où nous devons encore emprunter une piste pour parvenir à Nuevo Tingo, gros bourg endormi où nous nous arrêtons pour la nuit sur la place centrale, faute d’être autorisés à nous garer devant le téléphérique.

Mardi 25 avril : Nuit calme mais dès six heures le bourg s’éveille et à sept heures, il faut nous rendre à l’évidence, comme tous les jours, il est temps d’émerger… Quand nous sommes prêts, nous allons nous garer au parking du tout nouveau téléphérique. Nous devons attendre que les employées aient terminé de faire le ménage, briquant les extincteurs, dépoussiérant le moindre appareil tout nouvellement installé, pour pouvoir prendre nos billets. Nous sommes surpris, non pas de monter directement dans une cabine, mais de devoir accomplir une partie du trajet dans un bus. Nous sommes déposés au terminus des télécabines et aussitôt nous montons dans l’une d’elles. Nous commençons par descendre dans le fond de la vallée très étroite du rio Tingo avant de remonter à flanc de montagne, en survolant une riche végétation d’agaves, de cactus et d’arbres couverts d’orchidées. A l’arrivée, nous devons payer l’entrée au site. J’obtiens la gratuité pour Marie et, en tant que jubilado, paie demi-tarif. A l’entrée du sentier, un panneau annonce 2,5 kilomètres et il débute par des marches… Marie loue un cheval et part, derrière sa palefrenière, sur un sentier différent de celui des vulgaires piétons dont je suis. La montée, bien que sur un sentier empierré, avec des marches correctes, me fait cracher tous les cigares que je n’ai pas fumé depuis longtemps… Elle se termine par une plus facile marche sur du plat jusqu’à l’entrée du site. Je suis alors nez à nez avec une immense muraille qui enserre la forteresse de Kuelap, le second site le plus imposant du Pérou, après le Machu Pichu. Une citadelle construite à 3000 mètres d’altitude par les Chachapoyas puis occupée par les Incas. Je retrouve Marie qui a grimpé en « hors-piste » et se trouve bien aise de descendre de sa monture... Nous devons contourner à son pied l’imposante muraille jusqu’à l’une des trois seules ouvertures qui permettaient d’accéder à l’intérieur.

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Entrée particulièrement difficile à franchir, un escalier grossier entre deux murs et qui ne manque pas de poser problème à Marie, tout en subissant les remarques, réflexions, élucubrations d’un Français avec qui nous sympathisons. Bavard, grande gueule, dans nos âges et supporté par sa femme, une Marie, depuis bien des années. Nous parvenons donc à la plate-forme supérieure d’où nous dominons toutes les vallées environnantes, un de ces « nid d’aigle » imprenable qui a dû demander des années d’efforts à la population, à en croire les dimensions des murs d’enceinte. Les bases de maisons, circulaires, sont nombreuses, plus rares sont celles qui comportent extérieurement un décor de frises géométriques.

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La végétation a envahi le site et les très nombreuses orchidées phagocytent les arbres. Nous déambulons de la pointe nord à la pointe sud où se dresse un curieux bâtiment de forme tronconique inversée dont la fonction reste inconnue. Nous ressortons au moment où les groupes arrivent et regagnons sous une pluie fine le téléphérique. Nous redescendons, retrouvons le bus et regagnons le camion pour un déjeuner tardif bien mérité. Nous reprenons la route, toujours en suivant de très près le cours de l’Utcubamba. Nous prenons une piste, plus longue que je ne le pensais, qui grimpe en lacets et épingles à cheveux, sans, heureusement, croiser d’autres véhicules, dominant de plus en plus haut toute la vallée mais je ne quitte guère la piste des yeux, jusqu’au village de Jalca Grande, un supposé joli village de montagne. Nous devons marcher jusqu’à la place centrale, la route étant coupée par des travaux, pour trouver une église et son clocher séparé, construits en pierres sèches.

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Bien que nous ayons posé la question, nous ne parvenons pas à dénicher une maison originale du style chachapoyas. Je ne veux pas m’attarder, pour être sûr de retrouver le goudron avant la nuit, d’autant plus qu’il commence à pleuvoir et que la piste pourrait vite devenir glissante. Nous roulons encore quelques kilomètres dans le fond de la vallée et nous arrêtons au village, à l’entrée de la piste qui mène à San Bartolo. Nous nous posons dans un champ, à côté du terrain de football. Nous nous remettons de nos émotions de la journée avec un apéritif mérité avant de goûter au cassoulet péruvien en boîte…

Mercredi 26 avril : Nuit tranquille mais réveil avec les premiers camions qui passent de bonne heure. Après avoir hésité, le soleil semblant vouloir se manifester, nous décidons de nous rendre au site de Revash, d’autant que nous sommes sur la piste. Et nous voilà repartis sur une piste qui pourrait être meilleure mais qui, du moins au début, n’est pas vertigineuse… Cela se gâte plus loin mais nous ne pouvons plus que continuer… Au bout de dix-sept kilomètres parcourus en quarante minutes, nous atteignons le village de San Bartolo. Nous devons régler un droit de visite au « Bureau du Tourisme ». Nous tentons de nous y renseigner sur l’état du sentier qui mène au site, les réponses, hésitantes, sont variables, de trente à soixante minutes voire plus… Nous décidons de louer un cheval pour Marie qui y a presque pris goût… Au début nous cheminons sur une large allée empierrée, par une succession de marches en montée ou en descente. Marie ne manque pas de pousser des petits cris à chacune d’elles… Nous approchons d’une haute falaise mais nous devons abandonner le cheval et continuer à pied sur un sentier étroit, glissant avec la pluie de la nuit. Le palefrenier qui s’est rendu compte des difficultés de Marie nous accompagne et l’aide. Glissant de roche en marches, nous atteignons un petit mirador d’où nous découvrons les chullpas, ces cimetières chachapoyas, petites maisons de terre construites dans des anfractuosités de la falaise et décorées de peintures rouges, avec des représentation de lamas, des cercles concentriques qui pourraient représenter une éclipse, le soleil, la lune, les hypothèses ne manquent pas.

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Deux groupes de ces constructions sont à quelques mètres au-dessus de nous, au milieu de la végétation. D’autres touristes péruviens nous ont rejoint ainsi qu’un guide d’origine hollandaise déjà rencontré sur les sites précédents. La pluie arrive, sans durer mais elle a rendu le sentier encore plus périlleux et le retour à la monture de Marie ne manque pas de glissades… Nous retournons au village en admirant les solides maisons construites avec des troncs juste équarris et de la terre entre eux, comme toute bonne maison de pionniers de l’Ouest américain.

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Dans ce village perdu au fin fond du Pérou, la politique n’est pas absente. Des murs de quelques maisons sont recouverts de grandes inscriptions pour les candidats aux élections présidentielles de 2016 et n’ont jamais été effacées. Elles me rappellent les « Viva il Duce » qui étaient encore visibles en Italie sur les murs des maisons, dans les années 50. Nos « petits » candidats à notre Présidentielle doivent regretter de ne pas rester ainsi pour quelques années dans la mémoire des maisons. Contents de retrouver notre camion, de pouvoir changer de chaussures et de boire une bière fraîche, nous reprenons la piste, toujours plus facile au retour et en descente. Nous nous arrêtons brièvement pour déjeuner, avant de retrouver le goudron et de filer jusqu’à Leymebamba. Nous traversons la petite ville sans nous arrêter pour nous rendre au Musée des Momies à l’extérieur de la ville alors que la pluie redouble quand nous y arrivons. La bâtiment est agréable au milieu de plantes et de fleurs. Le musée lui-même est très décevant. Il est en principe constitué autour d’un ensemble de momies retrouvées dans les chullpas des environs. Quelques dizaines sont effectivement présentées dans une pièce climatisée que nous ne pouvons apercevoir que derrière une vitre, le temps qu’on allume la lumière. Elles sont enveloppées dans des gazes qui ne laissent apercevoir les os et les rictus que pour quelques-unes.

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Le reste est du remplissage avec des objets chachapoyas-incas, provenant de ces sites et surtout de grands panneaux didactiques dont on ne voit pas toujours le rapport avec les momies. Pas question de passer la nuit sur le parking du musée ni même de profiter du wifi réservé au personnel… Nous retournons en ville à la recherche d’une station-service, un grifo. Pas de grifo ! Ou plutôt une boutique fermée qui en tient lieu. Nous cherchons le propriétaire, nous trouvons un local où on pourrait nous vendre de l’essence, pas du diesel, mot inconnu, non compris, il faut parler de petrolio. Retour sur la place centrale où je vais demander à la police où trouver du diesel. Le policier de garde, téléphone puis va chercher le propriétaire du grifo qui veut bien nous vendre quelques gallons. Nouveau demi-tour qui me permet de m’apercevoir que pour la troisième ou quatrième fois j’emprunte un sens interdit sans avoir jamais croisé le moindre véhicule ou mettre attiré quelque remarque… On me délivre enfin six gallons du précieux liquide, vendu cher, à l’aide d’un entonnoir et d’un bidon. Nous retournons nous garer sur la place et partons à la recherche d’un restaurant. En chemin, nous trouvons une boutique indiquant wifi. Le responsable connecte notre smartphone gracieusement ce qui nous permet de recevoir notre courrier, très limité : Duyen et Melba seulement. Nous prenons connaissance des nouvelles du monde et notamment du chapitre suivant du feuilleton présidentiel. Nous trouvons le restaurant souhaité qui ne paye guère de mine. Nous nous mettons en quête de magasins d’alimentation pour le jour suivant. Des œufs dans l’un, du lard et du jambon de poulet peu ragoûtant dans un autre et du pain dans un dernier. Nous passons par des rues tranquilles bordées de vieilles maisons décrépites avec de beaux balcons. Retour au camion pour écrire, nous reposer, avant d’aller dîner au restaurant repéré. Dans une cour quelques tables, et dans les assiettes des truites grillées ou en beignets avec riz, frites pas cuites et tout de même une bière fraîche. Nous reprenons le camion pour aller nous installer près d’un terrain de football et croisons en chemin une fanfare suivie d’un cortège avec des lampions. Nous n’avons pas le courage de retourner en ville pour cette fête et allons nous garer au lieu prévu. La pluie se déchaîne, ce qui nous inquiète pour la route demain.

Jeudi 27 avril : La pluie a cessé mais le ciel reste bouché. Les jeunes amateurs de football sont déjà sur le terrain quand nous nous éveillons. Nous reprenons la route, très étroite, souvent juste la place d’un véhicule, qui monte, monte en virages incessants. Jamais une ligne, une portion de ligne droite ! Heureusement la circulation est rare et tous roulent lentement. Croiser une autre voiture, un camion ou un bus peut demander des manœuvres délicates. Pas de garde-fous, visibilité quasi nulle, je ne suis pas trop fier… Nous sommes en montagne mais toujours habitée, des alpages, des vaches et des fermes. Une camionnette fait le ramassage des bidons de lait. Nous continuons de monter, nous approchons des nuages et bientôt nous sommes dedans, je suis continuellement en seconde vitesse, prêt à freiner. Au bout d’une heure de route, presque trente kilomètres au compteur, nous passons un col à 3675mètres d’altitude. Le soleil fait quelques apparitions mais les nuages ont vite fait de dissimuler des pans entiers de la montagne.

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Mes yeux fatiguent à scruter les bords de la route, à essayer de repérer à temps les éboulis, les portions tombées dans le ravin et les kilomètres passent bien lentement. La descente, pendant deux heures, est à peine plus rapide, et nous découvrons tout en dessous de nous le cours du Marañon, ce large fleuve qui coule vers Iquitos pour former l’Amazone, et le bourg de Balsas qui n’est qu’à 975 mètres d’altitude.

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Nous y arrivons par la traversée d’une oasis, palmiers, cocotiers, superbes manguiers, bananiers alors que sur les parois des montagnes ce ne sont que cactus et végétation sèche. Je m’offre un Coca Cola bien frais avant que nous n’attaquions, après avoir traversé le fleuve sur un pont bien fatigué, la seconde étape, plus courte et sur une chaussée meilleure, plus rapide (j’accroche la troisième !), du moins dans la première partie de la montée vers un autre col à 3200 mètres. Nous retrouvons les nuages dans la dernière partie, alors que la route est redevenue très étroite, juste la largeur du camion et peu de zone de croisement. Nous ne voyons pas l’arrivée de cette interminable montée. Au col, le soleil nous attend, nous découvrons plus bas Celendin, petite ville, la première avec des feux rouges depuis Chachapoyas. La dernière partie est facile, la route est large et une dernière montée se fait sans peine avant de retrouver de vraies lignes droites jusqu’à Cajamarca. Une dernière descente et à la hauteur de Baños del Inca, nous nous rendons à l’Hacienda San Antonio où nous pouvons camper. Un emplacement est prévu et nous avons la possibilité d’utiliser la salle de bain d’une chambre inoccupée (elles le sont toutes !) ce dont je ne me prive pas. Nous sommes au calme, pas de tuk tuks, pas de joueurs de football, personne ne crie, aucun chien n’aboie… Hélas le wifi n’est pas très performant mais à défaut de mettre le blog à jour, nous pouvons relever notre courrier et répondre à quelques-uns. Nous avons décidé de dîner à l’auberge et nous avons commandé les plats pour 19 h 30 mais la cuisinière est pressée d’abandonner ses fourneaux. Nous sommes les seuls clients, perdus dans une salle à manger qui pourrait être très agréable avec un feu dans la cheminée. Mon steak, bien que mince, est tendre et saignant et Marie qui a repris un lomo saltado se déclare satisfaite. A huit heures nous en avons terminé… Marie regagne le camion, je tente de mettre le blog à jour à la réception mais le wifi est bien trop lent et je rentre au camion écrire ma journée.

Vendredi 28 avril : Réveillé dans la nuit, je m’aperçois que la réception internet n’est pas mauvaise et j’en profite pour mettre le blog à jour. Nous avions prévu de ne pas nous presser aujourd’hui mais à six heures du matin, un employé décide de casser du bois… Néanmoins nous traînons, profitons d’une vraie salle de bain et ne quittons les lieux qu’à dix heures, en prévoyant de revenir dormir à l’hacienda ce soir. Nous rejoignons la grande avenue qui nous amène à Cajamarca où, une fois de plus nous plongeons dans une circulation pénible. Nous trouvons le vieux centre colonial et parvenons à la Plaza de Armas mais pas question de s’y garer. Je tourne dans les rues voisines et parviens à trouver une place près de la lavanderia où nous voulons porter un gros sac de linge sale. Je cherche ensuite un distributeur de billets, constatant une fois de plus que la Scotia Bank, en principe associée à la BNP, n’est d’aucune aide. Nous repartons en passant par des rues très encombrées autour du marché central. Nombreuses sont les Indiennes, plus rares les hommes, à porter le chapeau traditionnel, un énorme couvre-chef en paille, très haut avec de larges bords roulés.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous finissons par trouver le centre commercial où nous nous ravitaillons pour les jours à venir. Nous déjeunons dans le camion sur le parking puis retournons dans le centre, nous garer dans une rue proche de la place centrale sans trop savoir si nous en avons le droit mais nous ne sommes pas les seuls. De là nous passons au bureau de iPeru dont l’employée se démène pour nous fournir toutes les informations demandées avec force documents. Nous suivons des rues dont toutes les maisons sont de l’époque coloniale, pourvues de beaux balcons de bois sur des murs chaulés et sous des avant-toits qui protègent les passants du soleil comme en ce moment, ou de la pluie comme plus tard. Nous parvenons à la petite place fleurie de Belen où se tiennent deux édifices du XVII°/XVIII° siècle, une église et un ancien hôpital de femmes. Ce dernier derrière un beau portail où des femmes à quatre seins tiennent lieu d’atlantes, est devenu un modeste musée où, une fois de plus, sont présentés des céramiques pré-incas (à croire qu’il suffit de creuser un trou dans ce pays pour en trouver…) et quelques objets ethnographiques récents.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Des restes de fresques sont encore visibles sur des arches ou des plafonds. De l’autre côté de la rue, l’église de Belen présente une belle façade plateresque très sculptée avec torsades, guirlandes de feuilles et de fruits, anges aux ailes déployées et statues de saints. Nous pouvons en visiter l’intérieur en passant par le patio voisin. La décoration n’est pas surchargée en dorures mais des statues de bois sont intéressantes, notamment un Christ dubitatif qui semble se demander ce qu’il a bien pu venir faire là… Le dôme est étonnant, en son centre une représentation du Paradis très fleuri, supportée par des archanges dodus, quasiment difformes. 

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Une salle adjacente montre des œuvres d’un certain Andrès Zevallos qui ne nous plaisent guère mais nous apprécions l’humour de l’une de ses peintures où des touristes apparaissent dans un cortège.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous nous rendons ensuite au musée de l’église San Francisco qui expose un bric-à-brac de brocanteur avec des toiles noircies ou déchirées, difficilement appréciables… Nous terminons les visites par le lieu où le dernier empereur inca Atahualpa fut emprisonné puis assassiné, une maison de pierre, supposée inca mais très restaurée et sans provoquer le moindre émoi chez nous. Quand nous y étions entrés le soleil éclairait la façade de l’église San Francisco, il pleut quand nous en ressortons. Quand elle se calme, nous traversons la place pour approcher de la cathédrale à la belle façade inachevée (ce qui permettait d’éviter de payer les impôts à la Couronne !). L’intérieur sans le moindre éclairage ne nous permet pas d’apprécier les dorures du maître-autel. Nous retournons nous asseoir dans le camion puis je vais rechercher le linge à la lavanderia et nous rentrons à l’hacienda retrouver notre place. Le wifi fonctionne plus ou moins mal, je parviens avec du temps à mettre quelques messages. Un pisco sour conclut la journée.

Samedi 29 avril : Réveil tardif, la fatigue et le calme de la campagne sans doute. Plein d’eau, vidange de la « boîte à caca » (bonjour Jean-Pierre), nettoyage du camion et quelques petites réparations nous empêchent de partir avant dix heures et demie. Nous nous rendons aussitôt aux Ventanillas de Otuzco, toutes proches. Ce sont des niches dans une falaise formant une nécropole du VII° au XIII° siècle, pillée depuis belle lurette. Un sentier avec des marches taillées dans la roche permet d’approcher de cet ensemble de cavités rectangulaires qui n’ont plus grand chose à montrer sauf leur composition aux allures des premières œuvres de Kandinsky.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Problème de serrure de portière, impossible de fermer celle de Marie, le pêne reste coincé (j’ai graissé les serrures ce matin !), en insistant je le ramène à de meilleurs sentiments. Nous repartons pour une nouvelle traversée de la ville par les quartiers du marché donc, embouteillage, klaxons bloqués, slalom entre minibus, taxis et tuk tuks puis sortie par les quartiers de la haute ville, pas les plus riches. La rue suivie est en pente de plus en plus raide et quant au sommet il faut tourner à gauche, le moteur cale ! Déchaînement de klaxons, je blêmis, tente de redémarrer, le frein à main est toujours aussi peu efficace, je me revois à Manizales, je dois passer les petites vitesses pour me sortir de ce mauvais pas. La piste est mauvaise, défoncée, durcie, nids de poule, surtout dans la partie en agglomération, elle monte résolument au-dessus de Cajamarca. Une fois de plus je compte les kilomètres, sans trop apprécier le paysage pourtant non dénué d’intérêt avec ses champs sur les collines et ses forêts. Nous découvrons sur la fin les aiguilles rocheuses qui surgissent au sommet de buttes, formant un étrange castillo.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

La piste se termine à un parking privé donc payant. Nous sommes un peu étonnés de voir que d’autres touristes ont bravé les inconvénients de cette piste mais il est vrai à bord de minibus ou de taxis de location. Nous déjeunons dans le camion puis cherchons à nous renseigner dans les bâtiments du « parador turistico ». Tout est fermé, le tarif d’entrée est affiché mais nul n’en encaisse le montant. Nous ne savons où nous diriger. Une piste semble se rapprocher des pitons, nous l’empruntons jusqu’à un autre parking sans âme qui vive. Nous prenons des photos des aiguilles quand le soleil, devenu capricieux, veut bien les éclairer. Deux chauffeurs de taxis viennent se garer pour attendre leurs clients, et nous indiquent le sentier que nous pouvons suivre sur une faible distance pour trouver, ce qui motive la venue sur ce site, un aqueduc de plusieurs kilomètres remontant au premier millénaire avant JC et des pétroglyphes. En fait il ne s’agit que d’un canal creusé dans la roche, zigzagant dans les collines et de quelques gravures énigmatiques sur la roche.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous repartons, retrouvons Cajamarca que nous traversons assez rapidement pour continuer en direction de Cajabamaba à une centaine de kilomètres. La route est bonne mais les nombreuses montées et descentes ne permettent pas une grosse moyenne. Nous avons repéré un lieu de bivouac sur ioverlander qui nous conviendrait, mais y arriver avant la nuit paraît de plus en plus compromis, et ce n’est pas la traversée du gros bourg de San Marcos, dont toutes les rues sont dans un tel état de délabrement qu’il faut le parcourir au pas, qui nous aide. Nous approchons de notre bivouac espéré mais la nuit tombe et trouver « La Chalarina » dans le noir n’est pas aisé. Nous y parvenons tout de même et c’est avec un grand soulagement que nous voyons s’ouvrir les portes d’un grand terrain herbeux où nous pouvons nous installer pour la nuit. Un grand verre de vin blanc nous réconforte.

Dimanche 30 avril : La nuit aurait été parfaite si, à six heures du matin, n’était passée sur la route une voiture avec une puissante sonorisation diffusant une musique, certes entraînante, mais quelque peu matinale… Le soleil brille de bonne heure, comme d’habitude, avant d’être caché par d’intempestifs nuages. Nous repartons, une dernière montée et nous parvenons à Cajabamba. Encore une de ces petites villes coloniales qui ont conservé ruelles étroites et maisons à balcons de bois, pas toujours pourvues du confort moderne. Nous parvenons à la Plaza de Armas où nous nous garons, non pas séduits par ses quelques maisons anciennes mais avec l’idée de prendre en photo ces Indiennes nattées, au grand chapeau de paille, avec une jupe aux genoux portée sur d’indiscrets et fripons jupons. Armés de nos appareils, nous suivons une des artères de la ville, essayant de mitrailler discrètement les si menues personnes sous de si grands couvre-chefs.

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Nous en repartons, non sans mal pour trouver la sortie de la ville. Huamachuco, notre prochaine destination n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres mais la route est mauvaise, étroite, toujours en virages. Le paysage est celui, classique, des montagnes, des cultures sur des collines et des villages de maisons en adobe, à un étage, couvertes de tuiles romaines, qui ne seraient pas laides si presque chaque maison ne faisait la publicité pour un candidat aux élections de 2016. Nous parvenons au site de Wiracochabamba, proche de Huamachuco, à temps pour déjeuner avant de le découvrir. Il s’agit d’une ancienne cité wari, une culture de l’ancien Pérou, entre 700 et 900 de notre ère. Un circuit balisé nous promène entre des pans de murs un peu trop restaurés. Nous pouvons identifier une grande place et des bâtiments pourvus de niches, d’autres, de cavités dont le rôle nous reste inconnu faute d’explications.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous en repartons, plutôt frustrés, pour retraverser la ville. Nous hésitons à nous rendre au site de Marcahuamachuco que nous avons aperçu aux jumelles sur une éminence, à 3600 mètres d’altitude, une ancienne forteresse pré-inca mais je commence à en avoir mon compte de ces sites sans grand intérêt, et je commence aussi à être vite essoufflé. Aussi, faute de trouver rapidement la route d’accès, continuons-nous en direction de Trujillo. Une eau abondante coule de la montagne. Des micro-entrepreneurs opportunistes en ont profité pour créer des stations de lavage de voitures et tentent d’attirer le client avec des publicités très suggestives…

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

La route est de nouveau étroite et en très mauvais état, nous n’avançons pas vite. La multitude de resaltos, ainsi nomme-t-on ici les topes mexicains, les ralentisseurs, à l’entrée, au milieu, à la sortie de chaque village, hameau, pont, contraint à continuellement rétrograder. Une montée sur une portion en meilleur état nous amène sur un plateau vallonné couvert d’une lande moirée et d’où nous apercevons à l’horizon des pics et des pitons sur un fond de ciel d’orage. Je commence à en avoir plus qu’assez des routes en lacets et des virages en épingles à cheveux… La pluie nous rattrape vite et nous poursuivons sur une route déformée, rendue glissante par la pluie. Nous nous arrêtons au bourg de Otuzco où les Milav ont signalé une possibilité de bivouac entre cimetière et stade. Une esplanade pourrait convenir mais les pluies ont dilué les bouses de vache et leur odeur nous contraint à chercher un autre emplacement moins plat et plus proche des enthousiasmes d’une jeunesse sportive… Nous arrosons le dernier dimanche du règne de François H avant de gagner un repos bien mérité.

Lundi 1er mai : Nous sommes réveillés à deux heures du matin quand monte du bourg une musique assourdie mais que tout le quartier d’où elle provient ne peut ignorer. Pour ne plus l’entendre nous baissons le toit et nous avons la paix jusqu’à sept heures du matin quand le stade ouvre ses portes… Un beau soleil éclaire les montagnes que nous quittons en dévalant ses pentes vertes. La ligne d’horizon absolument rectiligne nous signale l’océan. Les derniers kilomètres traversent les riches terres plantées en canne à sucre et, en plus petites parcelles, d’ananas. Nous contournons Trujillo, rejoignons le bord de mer, brumeux, et parvenons à la station balnéaire de Huanchaco où nous trouvons la Casa Amelia, en bord de mer. Nous pouvons nous y installer dans le petit jardin, en compagnie d’un couple d’Australiens. Les propriétaires sont sympathiques, ainsi que le perroquet Pépé et le chat roux Isidorio et, si c’est un peu foutraque, ce n’est pas bien grave. Nous tentons de nous connecter à internet, en vain. Nous déjeunons sur la table du jardin puis, les fauteuils étant trop inconfortables, nous faisons une courte sieste dans le camion avant d’aller nous promener le long de la plage. En ce premier mai, jour férié, les Péruviens sont venus profiter des joies de la mer. Peu se baignent, souvent habillés, l’eau est froide. Quelques-uns s’élancent sur les caballitos de totora, ces frêles esquifs en roseaux déjà vus à Pimentel. Quelques pêcheurs les utilisent encore plus traditionnellement.

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Des marchands de souvenirs se sont installés sur la promenade et tentent de vendre des reproductions en paille de ces pirogues ou des bijoux de pacotille. Nous accédons à la jetée, bien moins longue qu’à Pimentel, passons entre les pêcheurs du dimanche et les amoureux, en surveillant les surfeurs, toujours en attente. Nous revenons lentement, consultant les cartes des restaurants pour ce soir. Des cormorans, habitués des baigneurs, gloussent de la glotte, les ailes étendues. Les visiteurs commencent à repartir et nous regagnons notre camion. Le wifi est toujours aussi faible et je renonce à mettre le blog en ligne. Nous montons sur la terrasse au-dessus d’une chambre dont nous utilisons la salle de bain. L’Australienne nous entreprend, je ne peux pas taper ma journée et je dois essayer de baragouiner sur la situation politique en France et le problème des réfugiés dans le monde… Nous ressortons pour aller dîner. Presque tous les restaurants ont fermé et nous devons être contents que celui à côté de notre campement nous accepte. Un bon pisco sour est suivi d’un ceviche de mérou bien relevé mais, comme toujours au Pérou, accompagné de patates douces, de yuca et de maïs bouilli, qui ne sont pas franchement goûteux… Marie a commandé un picante de mariscos que j’apprécie aussi. Retour de bonne heure au camion pour la nuit.

Mardi 2 mai : Nous étions bien au calme, bercés par le bruit des vagues. Réveillé dans la nuit, j’ai, à deux reprises tenté de me connecter à internet, en vain… Nous sommes un peu tardifs ce matin et commençons par aller (re)visiter le site de Chan Chan. La zone des fouilles est très étendue et on ne peut en visiter qu’une petite partie, restaurée (trop). Nous devons, pour accéder au centre du palais, suivre un long chemin entre deux hauts murs en briques d’adobe. Nous aboutissons à une vaste place carrée dont les murs sont décorés, à leur base, d’une frise moulurée, représentant ce qui était jusqu’à présent supposé être des loutres marines mais une brave dame en charge du lieu, nous explique qu’il s’agirait plutôt d’écureuils !

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Un passage nous permet d’accéder à un couloir où sont figurés des vagues et des poissons, toujours en relief, moulés dans l’argile. La restauration est abusive et l’authenticité y perd ce que le réalisme y gagne. Puis nous atteignons un vaste ensemble de salles séparées par des murs épais, couverts également de frises représentant des pélicans en diverses postures.

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J’avais conservé de cet ensemble un souvenir ébloui, je suis déçu de les voir recouverts d’une toiture reposant sur de nombreux piliers en bambou, même si je comprends l’utilité de préserver ces constructions que de fortes pluies comme celles dues à El Niño pourraient définitivement endommager. Nous passons ensuite au petit musée du site qui n’a pas grand-chose à proposer à part quelques reconstitutions enfantines et des peintures murales suggestives. Nous reprenons la route pour nous rendre au site d’El Brujo en suivant l’itinéraire proposé par notre logiciel de navigation OsmAnd. Nous suivons la panamericana sur une quinzaine de kilomètres et, disciplinés, la quittons pour une piste de tôle ondulée qui s’enfonce dans le désert, suivant une ligne de montagnes en partie ensablées. Nous traversons un village et continuons au milieu d’immenses plantations de canne à sucre permises par des canaux d’irrigation. La piste ne s’améliore pas mais nous pensons approcher du but jusqu’à ce que la piste devienne très étroite puis boueuse, traversant des mares. Elle se termine dans le lit d’une rivière qu’il est hors de question de tenter de traverser. J’aperçois à quelque distance un pont, nous revenons sur nos pas, de nouveau dans l’eau et la boue puis trouvons une route, vaguement goudronnée, qui nous permet, grâce au très étroit pont, de passer de l’autre côté de la rivière. Nous poursuivons sur une piste, toujours au milieu des cannes à sucre, avant de rejoindre le bord de mer et d’apercevoir un tertre, la pyramide cherchée… En y parvenant, nous comprenons qu’une route goudronnée permettait d’y arriver plus facilement mais que ce n’est pas le chemin le plus court, celui proposé par notre gps… Nous déjeunons rapidement avant d’entamer la visite. Un grand velum recouvre, pour la protéger, la pyramide tronquée. Elle est étagée, chaque strate est la trace d’une nouvelle étape dans son édification, celle aussi d’une renaissance à la fin d’un règne. Les fouilles ont permis de découvrir des fresques colorées en relief à chaque étage, une succession de prisonniers attachés par une corde, des officiants main dans la main et, peu visibles, une frise représentant le Dieu Décapiteur à corps d’araignée, tenant dans une main un couteau sacrificiel et dans l’autre une tête décapitée.

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Un sentier bien aménagé permet d’accéder aux différents étages et de découvrir d’autres fresques qui ont conservé des traces de polychromie.

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Je ne regrette plus d’être venu d’autant qu’un modeste, mais bien conçu, musée nous montre la momie d’une femme qui dut régner et qui est présentée avec tous les objets, bijoux, tissus, trouvés dans sa tombe. Nous faisons presque la fermeture avant de reprendre le chemin du retour, cette fois en restant sur le goudron, beaucoup plus rapide. Nous retrouvons notre bivouac et nos sympathiques propriétaires. Je suggère la confection d’un pisco sour. Ce n’est pas pour déplaire… Alors que nous avons retrouvé un wifi, capricieux au début, qui me permet de mettre le blog en ligne, tout en devisant distraitement avec l’Australienne, bavarde et casse-pieds, les propriétaires apportent un litre de pisco sour, hélas sans glaçons mais qui font très agréablement passer un moment entre Péruviens, Australiens et Français tout en baragouinant en espagnol. Nous regagnons tardivement le camion pour dîner puis je vais taper mon journal tandis que Marie se couche.

Mercredi 3 mai : Nous quittons nos hôtes décidemment bien sympathiques. Nous nous rendons dans le centre et nous parvenons à nous garer sur la splendide Plaza de Armas. Nous retrouvons avec plaisir cet ensemble d’élégantes maisons aux portails majestueux, aux fenêtres immenses avec leurs grilles de fer forgé, leurs balcons de bois en encorbellement et leurs couleurs vives que le soleil fait claquer.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous allons jeter un oeil à la cathédrale dont l’intérieur, malgré quelques retables de bois doré, est dotée d’un plafond particulièrement laid. A l’extérieur, elle présente une belle façade jaune soulignée de stucs blancs. Nous suivons une rue piétonne en contemplant des façades d’églises fermées et des palais dont nous avons le droit de faire le tour du patio mais en prenant bien garde de ne pas franchir le seuil des pièces.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous remarquons surtout les fenêtres que nous voudrions toutes photographier.

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Nous revenons vers la place centrale, Marie se procure de la documentation à l’Office du Tourisme puis nous allons voir une dernière demeure avant de reprendre le camion. Un petit tour dans les rues du centre nous permet d’apercevoir d’autres demeures puis nous essayons de trouver la sortie de la ville en direction du sud. Bientôt nous quittons la panamericana pour nous rendre aux Huacas de la Lune et du Soleil. Deux immenses tumuli dans le désert, en partie recouverts de toitures, nous les signalent.

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Nous nous rendons au musée pour y acheter les billets, en remettant à plus tard sa visite. Nous déjeunons dans le camion, à l’ombre parcimonieuse du seul arbre du parking. Nous allons nous garer à l’entrée du site de la Huaca de la Lune où nous devons attendre 14h pour la visite obligatoirement guidée. Nous rencontrons de ces chiens noirs sans poils appelés biringos, aperçus sur presque tous les autres sites mais aussi dans les villes ou à la campagne (Melba en a un). Une jeune fille qui prend soin de parler lentement en espagnol nous conduit à la pyramide au sommet de laquelle nous montons. Elle remonte aux siècles I à VI de notre ère et nous découvrons les cinq étapes successives de sa construction. A chacune d’elles une autre pyramide venait recouvrir la précédente, s’emboîtant les unes dans les autres, sans évolution de la décoration, des frises en bas-relief colorées et dont les couleurs, protégées par les couches successives de briques d’adobe, ont assez bien conservé leur fraîcheur.

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Nous retrouvons, comme à El Brujo, celle des guerriers et de leurs prisonniers promis au sacrifice rituel, celle des danseurs se tenant par la main, celle du Dieu-araignée décapiteur, puis d’autres moins évidentes.

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Une grande fresque semblable à celle d’El Brujo (il s’agissait de la même civilisation moche ou mochica) est couverte de personnages, d’animaux, de scènes mythologiques encore colorées.

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Nous retournons au musée où sont remarquablement présentés des objets, surtout des faïences d’une qualité exceptionnelle, par thèmes, pour illustrer les divers aspects de cette brillante civilisation. Nous faisons la fermeture à seize heures, et décidons de continuer en direction de Chimbote. Nous avançons à bonne allure sur cette panamericana, souvent à deux doubles voies, sauf dans les agglomérations. Bien que dans le désert, nous traversons des cultures de canne à sucre dont les carrés sont séparés par les canaux d’irrigation. Nous ne savons où nous arrêter pour la nuit, les stations-service ne se trouvent que dans les villes bruyantes et nous ne trouvons aucun endroit alors que maintenant nous sommes en plein désert, entre dunes et montagnes ensablées. Le soleil décline, nous parvenons à marchander notre hébergement dans un centre touristique, Gemma, qui paraît à l’abandon au vu de ses sanitaires.

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