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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 21:04

Jeudi 4 mai : Nous ne nous étions pas aperçus hier soir en nous garant que nous étions à côté d’une grande scie circulaire. A sept heures des ouvriers viennent couper des poutres de bois. Nous devons nous déplacer pour être plus au calme. Nous repartons dans une brume qui ne laisse rien deviner du paysage. Nous atteignons peu après Chimbote, ville portuaire à la sortie de laquelle nous trouvons un supermarché où nous nous ravitaillons. Nous quittons définitivement le Pacifique dont la dernière vision sera celle de la multitude de bateaux de pêche dans le port. Nous revenons sur nos pas, quelques kilomètres, pour prendre la route de Caraz. Elle remonte le cours d’une large rivière et les traces des inondations du mois de mars sont évidentes. Ponts et radiers ont été emportés ou endommagés, des maisons d’adobe se sont effondrées. Plus nous avançons dans l’intérieur, plus la brume se dissipe et nous distinguons de mieux en mieux les montagnes arides dans lesquelles nous nous enfonçons. Les cactus sont les seuls végétaux sur les flancs alors que, dans le bassin de la rivière, quelques cultures sont visibles. La route, en dehors des passages endommagés, est bonne et nous parvenons assez rapidement à Chuquicara où nous commençons la remontée du cañon del Pato. Des gorges entre deux falaises, de plus de mille mètres de haut, que nous suivons sur une route qui ne laisse souvent que la place pour un seul véhicule, avec des tunnels primitifs qu’il vaut mieux aborder avec prudence pour les plus longs.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Le soleil éclaire les montagnes et les coulées de pierres sur leurs flancs. Nous en sortons par une longue montée avant de redescendre suivre de nouveau le cours du Pato dans de nouvelles gorges encore plus étroites où les tunnels sont encore plus nombreux, 39 en 29 kilomètres ! Enfin nous débouchons sur une vallée élargie où nous retrouvons des cultures avant d’arriver à Caraz. Nous cherchons le garage où Guy avait fait réparer son camion l’an passé et dont il était content. Je m’adresse au jeune mécano, lui explique ce que j’attends de lui, vidange, remplacement de la vanne EGR et surtout remplacement des synchros de 2° et 3° vitesse. Il se met aussitôt au travail, monte le camion sur le pont et commence à démonter.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Marie s’est installée dans le salon d’attente, je vais au bureau d’information touristique sur la place centrale demander des renseignements sur les environs puis je retrouve Marie et, bénéficiant d’un bon wifi, nous pouvons recevoir notre courrier et apprendre les derniers rebondissements de la lamentable campagne présidentielle. A sept heures les employés cessent le travail, nous pouvons monter dans le camion qui reste sur le pont. Nous constatons alors que nous n’avons plus d’eau au robinet, la pompe à eau ne fonctionne pas et je ne comprends pas pourquoi. Nous devons nous ravitailler à un robinet du garage.

Vendredi 5 mai : A huit heures les ouvriers sont là, nous devons leur abandonner le camion. Nous faisons la connaissance de Ruben, le patron qui se souvient bien de Guy et Marie-Jo. Le démontage de la boîte de vitesse continue, nous n’avons rien à faire, nous envisageons donc de nous rendre à la laguna Paron en affrétant un taxi. Nous en parlons à Ruben qui va nous chercher une voiture au prix convenu de 100 soles. Arrive une antiquité, un de ces taxis qui ont parcouru toutes les pistes des Andes, un de ces engins qui devraient être mis en retraite mais sans doute existe-t-il au Pérou une adepte de madame El Khomri… Nous partons donc, vite mis dans l’ambiance par le passage dans des rues étroites et en mauvais état de la ville. Nous continuons sur une mauvaise piste de terre sèche, marquée par les dernières intempéries, sur laquelle notre carrosse tangue, danse, gémit, grince sans que cela émeuve le chauffeur. Nous avons un accompagnement musical des plus intéressants : un chanteur (?) loue le Seigneur en s’accompagnant pendant une heure et demie sur les trois mêmes accords de guitare. A souhaiter que Dieu existe pour qu’il l’expédie aux Enfers… La piste grimpe sans discontinuer par de multiples épingles à cheveux rapidement négociées, les roues toujours au ras du bord. Nous devons pénétrer dans le Parc de Huascaran en franchissant une faille entre deux hautes falaises, avec à chaque instant l’impression que nous allons droit dans la falaise, mais au dernier moment un virage nous en éloigne jusqu’au prochain.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous atteignons l’entrée du parc et continuons non plus sur une piste mais sur un chemin d’à peine la largeur d’une voiture, taillé dans la rocaille qui contraint tout de même à ralentir. Et l’autre qui continue de chanter la gloire de Jésus ! Enfin après une heure et demie de montée, pour parcourir 30 kilomètres, nous atteignons le terminus, à 4200 mètres d’altitude, et découvrons le superbe lac glacière d’un bleu extraordinaire, entouré de pics enneigés et de glaciers à plus de 5000 mètres et même à 6300 mètres d’altitude.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Il commence à être un peu tard et leurs sommets accrochent les nuages. Nous suivons sur quelques centaines de mètres un sentier qui longe le lac en corniche pour avoir d’autres points de vue sur ce cirque, avant de revenir et entamer la descente. Le fond musical a changé, un chœur chante « Halleluyah » pendant tout le trajet… Notre chauffeur aurait voté Fillon… Il se lance aussi vite que possible mais une crevaison, très vite réparée, le ralentit. Je découvre alors que nous avions au moins un pneu usé jusqu’à la toile et que la roue de secours n’est en fait qu’une enveloppe de caoutchouc composée de plusieurs couches qui forment patchwork… Nous repartons de plus belle et arrivons sains et saufs (peut-être grâce au choix musical…). Nous nous faisons déposer sur la Plaza de Armas et allons déjeuner au restaurant La Terrazza, pas exceptionnel et même oubliable. Nous passons à l’Office du Tourisme nous renseigner sur les lieux où nous pourrions voir des puyas raimondi, des arbres (plantes ?) très particuliers, propres à la région. Nous revenons au garage. La boîte de vitesse a été démontée mais les ressorts du disque d’embrayage doivent être changés et cela ne peut se faire qu’à Lima. Dans le meilleur des cas nous ne récupérerons le camion que mardi ou mercredi. Nous nous demandons bien comment occuper ces journées… Je commence à démonter la pompe à eau, elle est alimentée, pas obstruée par des saletés, mais refuse de fonctionner. Les mécanos appelés à la rescousse ne comprennent pas plus. Je reste dans leurs pattes jusqu’à ce que Ruben se décide d’essayer de la brancher sur une batterie, sans résultat immédiat mais, quand je la rebranche, elle tourne ! Je m’occupe ensuite de changer le joint de la boîte des wc puis après l’avoir descendu du pont élévateur, nous regagnons notre camion. Les ouvriers s’en vont, la nuit est tombée, nous sommes les gardiens des lieux…

Samedi 6 mai : Marie tombe du lit ! En voulant s’extraire du duvet, elle a perdu l’équilibre et se retrouve au sol, sa tête a cogné mais il y a plus de peur que de mal. Ouf ! Nous ne sommes pas prêts quand les ouvriers arrivent mais ils ne s’intéressent pas au camion. Nous nous rendons en tuk tuk au marché. Trois grandes halles sans grande animation mais nous sommes ici surtout pour prendre en photos les Indiennes en costume traditionnel. Une jupe qui peut être très bariolée sur des jupons, un corsage brodé, 

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

une couverture colorée roulée qui sert aussi de de sac ou de porte-bébé, portée en bandoulière, et surtout un très beau feutre décoré d’un gros nœud de ruban, disposé en éventail sur le côté et agrémenté de perles dorées, constituent la tenue des paysannes aux longues nattes noires tressées, surtout des femmes âgées, ridées et parcheminées, plus rares sont les jeunes ainsi vêtues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous parcourons toutes les allées les unes après les autres en mitraillant les Indiennes les plus photogéniques tout en faisant nos courses, avant de nous rendre à la Plaza de Armas. Nous nous asseyons sur un banc à l’ombre et guettons le passage de trop rares belles tenues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous passons à l’agence de voyage du café de Rat pour nous renseigner sur les possibilités de nous rendre là où poussent les puyas raimondi puis nous retournons au garage pour le reste de la journée. Je recopie les photos, nous déjeunons puis une petite sieste nous amène au milieu de l’après-midi. Les ouvriers s‘acharnent sur le démontage de la boîte de vitesse, des voitures, des camions viennent pour une réparation, nous nous réfugions dans la salle d’attente plus calme pour examiner la carte et envisager la suite du parcours. Je retourne peu avant sept heures au café de Rat pour confirmer notre excursion de demain. D’autres Français seraient intéressés, je les attends jusqu’à plus de sept heures et demie, en vain. Néanmoins je confirme notre accord pour demain. Retour au camion, les lumières sont grandes allumées, j’ai bien des difficultés à trouver l’interrupteur mais alors le chargeur de batterie n’est plus alimenté, je dois tirer la rallonge jusqu’au bureau. Cuisine ensuite de cuisses de poulet grillées et de tomates pas vraiment provençales, pas une bonne idée dans le peu d’espace dont nous jouissons. Nous nous couchons alors que la pluie tombe sur la ville.

Dimanche 7 mai : Le soleil est au rendez-vous, nous aussi. Nous nous sommes levés comme d’habitude pour ne pas rater notre voiture et quand Alberto arrive, c’est pour nous annoncer que, faute de chauffeur disponible, l’excursion est reportée au lendemain… Nous sommes déçus et fâchés de nous être levés tôt alors qu’aujourd’hui nous aurions pu dormir tout notre saoul. Nous décidons de retourner au marché, plus important le dimanche. Un tuk tuk, ici il faut dire moto-taxi, nous y dépose. Tout de suite, nous comprenons que toutes les paysannes des environs sont descendues de leurs villages, revêtues de leurs plus beaux atours.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Les jupes aux couleurs vives que nous recherchions hier sont nombreuses et nous pouvons les photographier sans provoquer trop d’émois chez ces braves dames. Nous provoquons même le rire chez un marchand quand il comprend que nous cherchons à saisir les coquins jupons qui apparaissent quand l’une d’elles se penche.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous découvrons aussi de nouvelles coiffes, quelques rares marchandes arborent un feutre noir couvert de rubans multicolores auxquels elles ont ajouté des fleurs.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

C’est partout une débauche de corsages brodés de fils d’argent, de jupes aux motifs floraux, de chapeaux, feutres ou de paille très finement tressés, fièrement portés. Quand nous sommes fatigués d’arpenter les allées et surtout les rues extérieures où se sont installées les paysannes des environs, nous retournons, une fois de plus, à la Plaza de Armas, nous asseoir sur un banc. Les autorités endimanchées sont rassemblées sur les marches du porche de la cathédrale, face à une fanfare. Discours, airs martiaux et défilé de jeunes filles au pas de l’oie puis dispersion, nous ne saurons pas en quel honneur se tenait cette cérémonie. Nous hésitons à déjeuner au camion ou au restaurant mais auquel ? Je pars à la recherche du Venezia, indiqué dans un « Routard » mais il a disparu. Nous revenons donc au camion et déjeunons en écoutant France Info ce qui nous permet d’apprendre les résultats de l’élection présidentielle qui nous rassure, sans nous réjouir, même si l’ampleur de la différence de voix entre le candidat de la Finance et celui du F. Haine nous fait plaisir. Si la Marine ne s’était pas sabordée (vieille habitude…) quel aurait été cet écart ? L’avenir ne sera certainement pas joyeux… Nous recevons un sms de Julie nous annonçant ce résultat. Nous l’appelons au téléphone, re-souhaitons son anniversaire à Alex, devisons, contents de les entendre. Courte et inconfortable sieste dans le camion, puis je lave les cheveux de Marie et je reprends mes travaux d’écriture. Nous envoyons des messages puis joignons Jean-Claude à Wallis et enfin après un temps de lecture, et comme nous sommes dimanche soir et que certaines traditions (franco-belges ?) se doivent de perdurer, nous arrosons l’anniversaire d’Alex, la défaite de la Marine et la veille de l’Armistice, avec un pisco sour maison.

Lundi 8 mai : Nous sommes prêts en temps. Alberto est presque ponctuel et nous emmène en compagnie d’une Italienne, qui parle parfaitement espagnol, dans une voiture confortable et en bon état. Nous quittons presque aussitôt la grande route pour commencer à nous élever sur les flancs de la Cordillera Negra d’où nous apercevons les sommets enneigés de la Cordillera Blanca, qui lui est parallèle mais dont les sommets sont plus élevés et donc couverts de neige et de glaciers. Alberto nous dispense un cours, ininterrompu pendant toute l’excursion, de géographie, de botanique et même d’ethnologie. Puits de sciences, il nous abreuve de ses connaissances mais en espagnol et à un débit souvent trop rapide… Nous grimpons rapidement sur une route étroite et asphaltée, sensée relier Caraz à la panamericana mais bien peu fréquentée, si ce n’est par de rares collectivos et quelques camions qui viennent chercher le charbon extrait de dangereuses mines primitives dont on aperçoit l’entrée noircie, à flanc de montagne. Les sommets de la Cordillera Blanca sont de plus en plus cachés dans les nuages, à peine devine-t-on la faille qui mène à la laguna Paron et les pointes des plus hauts pics. Nous atteignons au bout d’une heure et demie un col à plus de 4300 mètres d’altitude, au milieu de prairies où poussent ces fameux puya raimondi. Des plantes de la famille de l’ananas qui peuvent atteindre dix, douze mètres de haut. Un ananas de dix mètres, ça existe monsieur Robert Desnos ! Le nombre des plus vieux, 70, 80 ans (dix ans pour un mètre de haut), est plutôt réduit, quelques-uns sont éparpillés autour de nous, de plus jeunes, grosses touffes de feuilles garnies de dangereuses épines, les entourent. Leur bois est convoité comme combustible par les paysans des environs et leurs troncs sont brûlés à la base pour éviter que les moutons ne restent prisonniers des feuilles crochues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Après les avoir approchés, nous faisons demi-tour et redescendons à Caraz, à temps pour déjeuner dans le camion. Personne ne travaille dessus. Il faut que je demande à plusieurs reprises à Ruben où en est l’avancée des travaux. Faute d’avoir trouvé un disque neuf, on va réparer (mais quand ?) l’ancien et ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’un des mécaniciens reprend le démontage de la boîte de vitesse. Nous passons une partie de l’après-midi à relire mon texte et à mettre le blog à jour. A six heures, un moto-taxi nous dépose à la Plaza de Armas car nous avons l’intention de demander des renseignements à Alberto mais il n’est pas de retour. Nous devons donc patienter, une fois de plus, sur un banc de la place, pour attendre l’heure de dîner au restaurant Entre Panes qui tente Marie. Comme tous les soirs, la pluie survient et nous chasse sous l’odéon où nous attendons. La carte écrite sur un tableau noir n’est pas très longue, celle qu’on nous présente est encore plus courte et il manque la plupart des produits. Marie se contente d’un lomo saltado dont elle se déclare satisfaite et moi d’un vulgaire blanc de poulet aplati et passé à la plancha, rien de gastronomique. Retour dans notre garage plongé dans le noir…

Mardi 9 mai : Nous n’avons rien au programme de la journée, aussi à peine sommes-nous debout quand arrivent les ouvriers. Ils s’activent sur le camion. Faute de pouvoir démonter l’un des deux synchros, sans doute monté à l’azote, ils commencent à remonter la boîte de vitesse. D’autres s’occupent du moteur, vidange, remplacement de la vanne EGR alors que nous sommes encore à bord. Nous les abandonnons après qu’ils ont remonté le camion sur le pont, et nous partons en moto-taxi au supermarché. De l’extérieur, il paraît vaste et important. A l’intérieur c’est différent : pas de fruits et légumes, pas de viande, juste un petit rayon de charcuterie, surtout de volaille, sous cellophane. Le choix est vite fait… Nous revenons au camion mettre nos achats au frais puis, après avoir contrôlé l’avancement des travaux, je repars au marché acheter des fruits et des légumes et même quelques morceaux de cabri, tranchés à la hache sur un billot et présentés comme des côtelettes. La découpe aurait méritée d’être filmée… Je passe à une lavanderia me faire préciser les heures d’ouverture et je retrouve Marie dans la salle d’attente du garage. Elle appelle sa sœur au téléphone, rien de nouveau au Val. Nous hésitons, déjeuner au camion ou au restaurant ! Nous nous décidons pour cette dernière solution. Un moto-taxi nous dépose à la Plaza de Armas et nous retournons à La Terrazza où nous prenons le menu ejecutivo, le menu du jour. Pour une somme dérisoire (2,5 euros !), nous avons droit à des beignets au fromage (Marie a double part…) avec une purée d’avocat, une copieuse soupe avec des bribes de poulet (pour moi les sot-l’y-laisse !) puis un plat garni, poulet en sauce avec riz et haricots pour moi, chicharrones de pollo avec frites, salade et riz pour Marie et de la chicha morada, une boisson à base de maïs, à volonté. Nous nous sommes distingués en commandant une bière fraîche. Nous allons ensuite nous asseoir sur un banc de la place en dégustant deux glaces aux fruits de la passion, corosol et tucuma.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous y restons, Marie en lisant, moi en somnolant, jusqu’à près de quatre heures et rentrons au camion. Les travaux sur le moteur sont terminés, les plaquettes de frein ont été changées mais nous attendons toujours le retour du disque d’embrayage. Nous passons le reste de l’après-midi dans la salle d’attente, à consulter les informations sur Internet. Je rappelle à Ruben qu’il faudrait changer les garnitures du frein à main, il part aussitôt avec les mâchoires. Comme tous les soirs, nous sommes abandonnés dans le noir après 19 h. Dîner sans enthousiasme en nous demandant si nous serons encore ici demain…

Mercredi 10 mai : A huit heures, seuls les mécaniciens qui travaillent sur le remontage de la boîte de vitesse sont présents. Le ciel est devenu tout gris. Qu’en sera-t-il en montagne ? Je vais porter du linge à laver puis nous attendons en lisant dans la salle d’attente. Nous allons déjeuner dans une gargote près du marché, un bon ceviche avec même des pinces (petites !) de crabe et un arroz de mariscos, moins réussi, pour Marie. Nous revenons attendre sur nos canapés, en surveillant la progression du remontage. Je vais rechercher le linge. Les heures passent et il devient de plus en plus évident que le camion ne sera pas prêt ce soir. 19h et c’est le départ des mécaniciens, la plongée dans le noir et une nouvelle soirée dans le garage commence…

Jeudi 11 mai : J’angoisse à l’idée de ces pistes vertigineuses et souhaiterais presque un temps abominable qui nous contraindrait à renoncer et aller directement à Chavin. Huit heures, nous sommes prêts et attendons l’arrivée des mécaniciens. Ils se mettent au travail mais vite nous comprenons que tout ne sera pas terminé à dix heures comme promis par Ruben, le patron. Les heures passent, ils semblent avoir un problème de purge du circuit hydraulique de l’embrayage mais aussi du côté du frein à main dont les nouvelles garnitures doivent être trop épaisses. Je vais surveiller de temps à autre l’état du ciel qui se dégage lentement de la grisaille de l’aube et le manège des nombreux chiens errants qui se chamaillent avec les vilains roquets revêtus d’un manteau ridicule. Nous allons déjeuner dans une gargote proche de chicharrones de porc puis nous revenons attendre, le moral bien bas… Les heures continuent de passer, je surveille le remontage de la transmission, la purge du circuit hydraulique de l’embrayage, la remonte de l’échappement et enfin, peu avant dix-sept heures, je démarre le moteur. Mais un bruit anormal alarme notre jeune mécanicien qui détecte vite un roulement défectueux sur un galet de la courroie. Démontage, remplacement et je sors le camion du garage pour un essai avec Ruben. Le passage de la troisième vitesse est toujours bruyant et les freins neufs ne sont pas encore équilibrés mais nous sommes trop contents d’en avoir fini ! Je règle la facture à Ruben, moins de 1000 euros ! Nous lui faisons nos adieux ainsi qu’à ses enfants aux prénoms bibliques : Abraham, Isaac, Sinaï et Elysée. Je laisse une propina au mécanicien et nous allons aussitôt au camping « Guadalupe » à la sortie de la ville, déjà occupé par une Land Rover d’Allemands. Bonnes installations dont je vais profiter. Nous nous offrons un pisco sour en utilisant la bouteille de jarabe de goma, à la place du sucre, résultat très satisfaisant… Nous dînons de nos patates farineuses (les plus chères !) et de nos supposées côtelettes de cabri dont nous comprenons mieux l’usage de la hache pour les débiter…

Vendredi 12 mai : Nous échangeons quelques mots avec nos voisins allemands puis Jaime, le patron du camping, décidément très sympathique, nous aide à refaire le plein des réservoirs d’eau et nous montre son livre d’or dans lequel nous retrouvons trace du passage de Pierre et Catherine ainsi que des Milav. Par précaution, je refais un plein de gasoil puis, à Yungay, nous prenons la piste du Parc Huascaran. Le soleil est présent, le ciel est bleu et les nuages ne sont pas trop abondants. La piste s’élève et domine rapidement la ville de Yungay, reconstruite après avoir été rasée par un torrent de boue, de glace et d’eau suite à un séisme en 1970. Rien de vertigineux, la piste est suffisamment large et ne pose pas de problème. Bientôt nous découvrons les sommets des pics et des glaciers qui nous paraissent tout près avant de disparaître derrière d’autres montagnes moins hautes mais plus proches. Nous parvenons au poste d’entrée où nous déclarons nous rendre à Yanama, ce qui nous dispense de payer le droit d’entrée. Nous nous enfilons dans une large faille entre deux falaises avant de parvenir à la première des deux lagunas de Llanganuco, deux lacs aux eaux émeraude. Nous nous arrêtons à la première et suivons un court sentier qui nous permet de découvrir, depuis le lac, les falaises qui en gardent l’entrée et qui s’y reflètent.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Un peu plus loin, j’approche le goulet qui fait communiquer les deux lacs, le sable y a des couleurs ferrugineuses. Nous longeons le second lac, au pied des montagnes et arrivons à son extrémité par une digue en mauvais état, construite sur l’eau. Le cadre est nettement moins spectaculaire qu’à la laguna Paron, les pics enneigés ne sont pas aussi proches. Nous continuons sans nous arrêter et attaquons la montée du col que je redoute mais elle n’est pas aussi dure que je ne le craignais, Une piste relativement bonne et suffisamment large pour ôter tout souci de croisement même si le problème se pose dans un virage avec deux camions. Le précipice n’est pas vertigineux et les arbustes qui bordent la piste le cachent. A chaque épingle à cheveux, nous avons une vue de plus en plus aériennes sur les lacs qui s’éloignent dans le cirque de montagne. Nous sommes entourés de glaciers et de montagnes enneigées qui culminent à plus de 6000 mètres, et dont nous approchons sans jamais trouver de neige ou de glace sur le bord de la route.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Les tout derniers kilomètres sont une suite d’épingles à cheveux qui nécessitent parfois de repasser la 1ère vitesse avant qu’une coupure dans la crête de la montagne, à 4760 mètres d’altitude, notre record, nous fasse passer sur l’autre versant. La descente est moins dure, quelques petits lacs l’agrémentent, nous nous arrêtons au bord de l’un d’eux, encore à 4420 mètres, pour déjeuner dans le camion. Nous continuons de perdre de l’altitude, retrouvons des cultures, des champs étagés sur des pentes redoutables, quelques hameaux pas très riches avant d’atteindre Yanama. Nous nous garons sur la place centrale où, devant la mairie, se tient une cérémonie en l’honneur des Mères. Toutes les Indiennes sont rassemblées avec leurs tenues habituelles et leurs chapeaux, pas tous très beaux, un chanteur, accompagné d’une harpe électrique, donne un concert et quelques couples, surtout des vieilles femmes, dansent tandis qu’on distribue des jus de fruits et des roses en plastique à toutes les dames.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Je me renseigne sur l’état des pistes pour rejoindre Chacas. Celle que nous avait indiquée Guy paraît plus difficile même si elle est plus courte. Nous nous décidons pour le tour par San Luis. La sortie de la ville est rapide, la piste paraît bonne. Elle suit le cours d’un torrent, nous passons dans des villages et croisons des bergers qui rentrent leurs troupeaux, vaches, ânes, chèvres. Puis la piste devient plus étroite, en corniche bien au-dessus du torrent mais en descente. Je commence à ne plus trop apprécier… De nombreux passages sont coupés par des ruisseaux et des ornières, creusées par les rares camions, ont durci. Encore un passage en corniche avec juste la place pour nous et nous parvenons au carrefour de la route de San Luis. La piste s’améliore, plus large et moins vertigineuse. Le soleil décline, il nous faut trouver un emplacement de bivouac. L’un indiqué dans ioverlander se révèle impraticable, à se demander qui a bien pu trouver ce bout de piste abandonné assez plat pour y dormir ! Nous arrêtons un peu plus loin, sur le bord de la route, sur le terre-plein pavé devant une chapelle.

Samedi 13 mai : J’ai mal dormi, réveillé très tôt j’ai surveillé le passage des véhicules dans la nuit, peu nombreux puis c’est la pluie qui tombe longtemps et en abondance mais cesse au matin. Nous repartons, le moteur a des ratés, plus que d’habitude, qui cessent quand il est chaud. La piste est devenue boueuse avec la pluie de la nuit. Nous traversons des villages de maisons et de fermes anciennes, pauvres mais qui ont du caractère, avec une étable et une grange ouverte entre les deux corps de l’habitation.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous avons l’heureuse surprise au carrefour de la route de Chacas de trouver une très bonne route asphaltée. Nous l’attendions plus loin et n’osions l’espérer aussi bonne, large, au revêtement sans défaut. La montée vers le gros bourg de Chacas se fait tranquillement, sans cahots, sans vibrations, un vrai bonheur ! Nous nous garons sur la vaste place centrale de ce joli village colonial. Toutes les maisons qui l’entourent sont anciennes ou construites dans le style traditionnel, à un étage, chaulées, à toit de tuiles romaines, portes et fenêtres peintes en bleu ou en vert.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Mais ce sont surtout les balcons qui sont remarquablement ouvragés, finement sculptés avec des représentations florales et des chevaux sur quelques cartouches.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous faisons le tour de la place, visitons l’église, récente mais dont le buffet d’orgues est lui aussi un exceptionnel travail d’ébénisterie. Sur une grande fresque religieuse, je crois reconnaître le portrait deTrotsky. Marie m’assure que je me trompe…

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous repartons et entamons la montée du col Punto Olimpico. La route reste en parfait état et c’est un jeu d’enfant de monter en surveillant l’altimètre qui rapidement indique plus de 4000 Mètres. Nous nous rapprochons de la barrière blanche du glacier Huascaran qui culmine à plus de 6700 mètres. Une dernière série de lacets dont nous nous jouons avec une facilité inhabituelle et nous aboutissons au tunnel qui traverse la cordillère à plus de 4700 mètres mais sans battre notre record de la veille. Nous l’aurions pu si, au lieu d’emprunter le tunnel, nous avions choisi de passer le col à 4900 mètres par l’ancienne route mais nous ne sommes ni masochistes, ni inconscients… Au sortir du tunnel, nous découvrons les glaciers du Huascaran sous un autre angle de même que les autres pics qui nous entourent mais qui, hélas, accrochent les nuages et donc dont les sommets se confondent avec eux.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Parfois nous guettons une éclaircie, un sommet qui se dégage, un bout de ciel bleu derrière un sommet mais l’instant est si bref que nous ne parvenons pas à le saisir sur les photos. Nous descendons en perdant rapidement de l’altitude, ce que j’apprécie pour mieux respirer. La route n’est pas entretenue de ce côté. Elle reste bonne mais à de nombreuses reprises des éboulis, des arbres se sont abattus, des roches obstruent les caniveaux et ils n’ont pas été dégagés. Nous arrêtons à un mirador accessible par quelques marches mais qui obligent à passer au-dessus du caniveau. En l’enjambant, Marie tombe, m’entraîne dans sa chute et je me froisse un muscle de la cuisse. Nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous avons rejoint les prairies fleuries où serpente un ruisseau et où paissent des vaches. Je repense aux bofedal, ces prairies d’altitude que nous avions rencontrées au Chili mais où les troupeaux étaient plus variés avec notamment des lamas et des alpacas, jamais rencontrés ici.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Encore une descente où nous avons la surprise dans la traversée de Shilla de voir le goudron remplacé par une très mauvaise piste. Le maire ne doit pas être dans les petits papiers du ministre des transports… Nous atteignons Carhuaz, trouvons la Plaza de Armas où nous nous garons. Le parc est fleuri, des roses poussent sous les palmiers mais aucune des maisons qui l’entourent n’a le moindre cachet. Nous repartons pour Huaraz, peu de kilomètres sur une route normale, en plaine mais ils me coûtent, je commence à fatiguer sérieusement et je ne vois plus très bien. Nous trouvons le Real Huascaran Hotel où nous pourrions passer la nuit sur le parking pour 30 soles mais pour se doucher il faudrait payer 50 soles de plus ! Je me suis fait indiquer où se trouve le plus grand supermarché de la ville. Nous passons devant, en plein centre-ville, pas de parking. Nous allons nous renseigner à l’office du tourisme qui confirme qu’il n’y a pas de grand supermarché et que ceux qui existent ne vendent ni fruits, ni légumes ni viande ! Nous allons nous garer à proximité et vérifions qu’effectivement il n’y a pas grand ravitaillement… Nous achetons une boîte de conserve, des lentilles au lard, de la bière, du jus de fruit. Marie reste au camion pendant que je vais à pied à un autre supermarché tout aussi mal achalandé. En désespoir de cause et en claudiquant, je vais au marché où je me résous à acheter à l’étal d’une bouchère, une épaisse côte de porc puis des œufs et je retrouve Marie. Nous allons nous garer derrière le commissariat de police qui devrait être tranquille, un emplacement déjà indiqué par les Milav…

Dimanche 14 mai : La nuit a été très calme, ces messieurs de la police ne se sont pas manifestés. Nous nous réveillons sous un beau ciel bleu et dès que nous prenons la route, nous apercevons les sommets de la Cordillera Blanca d’une éclatante blancheur, dégagés des masses nuageuses, qui se profilent sur le bleu. Le camion a encore été bien difficile à démarrer ce matin, toussant, calant, avant de se décider à tourner rond. Nous quittons la grande route pour nous enfoncer en direction des montagnes, roulant sur cet altiplano bien vert, arrosé par des ruisseaux qui descendent des sommets. Toujours que des vaches dans les prés et aucun camélidé. Sommes-nous au Pérou ? La route, excellente, s’élève petit à petit puis plus franchement et quelques lacets nous amènent à l’entrée d’un tunnel à 4500 mètres d’altitude qui nous fait passer sur l’autre versant, dans la vallée du rio Mosna. Nous dominons les villages et les petits champs qui s’étagent au flanc des montagnes.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

La route est désormais une piste de gravillons, sans trous, que je dévale prudemment surtout dans les virages en épingle à cheveux. Les mines de charbon primitives que nous avions remarquées en 2007 ont été murées. Il n’en reste que des traces noirâtres sur le bord de la route. Nous rejoignons le fond de la vallée et peu après nous sommes à Chavin. C’est dimanche et il y a foule de paysannes autour du marché. Pas de costumes ni de chapeaux différents mais beaucoup ont ajouté quelques fleurs au ruban de leur coiffe. Nous ne nous arrêtons pas et allons nous garer à l’entrée du site archéologique. Nous devons contourner l’énorme tumulus sous lequel se dissimulent les restes de la pyramide étagée construite par la civilisation chavin entre 900 et 600 av JC. Nous découvrons l’ensemble, une vaste cour carrée et derrière, les escaliers qui menaient au centre cérémoniel. Des toitures végétales ont été construites pour protéger les fouilles des intempéries, elles ne participent pas à la mise en valeur du site mais sont évidemment nécessaires.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous pouvons apercevoir quelques gravures sur deux colonnes et supposer qu’il y a bien des faucons gravés sur le linteau mais nous ne pouvons approcher, de même que pour les dalles d’une cour circulaire, elles aussi gravées. Un second temple offre la possibilité de descendre dans un souterrain pour y apercevoir derrière une vitre un pilier sculpté en forme d’être humain à tête de félin. Ses extrémités sont fichées dans le plafond et le sol, comme un poignard, sur lequel devait couler, depuis une rigole de la plateforme supérieure, le sang des sacrifiés. Nous pouvons explorer d’autres souterrains, vidés de leurs objets, sans grand intérêt, si ce n’est celui de comprendre le réseau de couloirs qui couraient sous la pyramide. Dernière vision, celle de l’unique tête-clou, restée en place, une tête sculptée dans la pierre et munie d’un tenon qui était enfoncé dans le mur.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous décidons de déjeuner à l’agréable restaurant Buongiorno, dans un jardin, au bord de la rivière. Je me régale d’un picante de cuy, du cochon d’Inde, à la peau croustillante sur une chair tendre et Marie d’un lomo a la pimienta, un steak au poivre et à la crème servi saignant ! Nous nous rendons ensuite au musée, tout neuf, dû à la coopération japonaise. L’entrée n’est pas engageante, un vaste hall vide dont la moitié est dissimulée derrière des panneaux. Les premières salles, la situation géographique, les premiers peuples, sont plus riches en textes qu’en objets. Il faut attendre les salles suivantes où sont présentées des têtes-clous, des dalles gravées, pour apprécier leur mise en situation et les explications (en espagnol).

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Dans les dernières salles sont exposées trois stèles trouvées sur le site, une copie de celle restée en place dans le souterrain, une copie de celle partie à Lima et l’original de la troisième. Pour toutes, des explications, des dessins, des vidéos tentent de nous les déchiffrer mais même avec le dessin, nous avons bien du mal à identifier les divers personnages et leurs attributs. Nous revenons nous garer sur la Plaza de Armas dans l’espoir de revoir des paysannes mais il est trop tard, il n’y a plus guère de monde.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Je tente de m’acheter un Coca frais, aucune des boutiques n’a de réfrigérateur, ils sont à température ambiante. Nous revenons stationner pour la nuit devant le restaurant de ce midi. Nous allons y prendre qui une limonade, qui un Coca avant de regagner le camion quand le soleil baisse, ainsi que la température, et qu’il commence à pleuvoir. Un apéritif est de rigueur ce dimanche soir.

Lundi 15 mai : Le calme de la nuit n’a été troublé que par le murmure du ruisseau et, sur les pavés, par le clopinement des sabots des caravanes d’ânes et de mulets qui assurent encore le transport vers les hameaux de la montagne. Nous repartons au moment où arrivent les Allemands rencontrés à Caraz. Nous reprenons la route de la veille mais cette fois sous un ciel gris et sans aucun rayon de soleil. Nous repassons le tunnel, l’autre versant est tout aussi sinistre, les montagnes disparaissent à l’horizon dans d’épaisses masses de nuages d’orage. Nous abandonnons l’idée de suivre la piste, qui pourrait nous raccourcir le trajet en kilomètres mais peut-être pas en temps, passant près du glacier Pastoruri, car il est probable que nous n’en verrions rien. Nous continuons donc sur la bonne route goudronnée jusqu’à la lagune de Conococha que la lumière ne met pas en valeur alors qu’elle est au milieu de prairies qui ne demandent qu’à voir éclater leurs verts tendres. Nous nous dirigeons ensuite, toujours sur une bonne route, de nouveau vers la cordillère, en traversant ces prairies. La route, au fond de la vallée, commence à monter, s’élève sur les flancs de la montagne, nous offrant des vues époustouflantes sur le damier des parcelles cultivées sur les pentes raides de l’autre versant.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Des paysans ont même établi des terrasses minuscules de part et d’autres d’un torrent, à des hauteurs inimaginables. Je pense à mon grand-père qui a quitté, il y a bien plus d’un siècle, son Quaranteplane pour offrir une vie plus décente à Paris à sa famille. Dans combien de temps ces cultures seront-elles abandonnées ? La montée du col Yanashalla, encore un à plus de 4700 mètres d’altitude, est facile, sans trop rude montée. Nouvelles pâtures de l’autre côté près desquelles nous nous arrêtons pour déjeuner. Je débouche le réservoir des eaux usées qui, trop plein, avait débordé jusque dans la cellule. La route, bonne jusqu’ici, devient bien moins large et les redoutables caniveaux rendent les croisements délicats, la chaussée reste néanmoins correcte mais à Huallanca les infrastructures d’une mine gâchent les abords des gorges dans lesquelles nous nous engageons. Elles deviennent très étroites, valent presque celles du Todgha. Nous atteignons La Union sous la pluie qui nous dissuade de nous rendre au site archéologique de Huanuco Viejo où nous aurions pu passer la nuit. Nous nous avançons en direction de Huanuco, toujours en suivant une étroite vallée jusqu’à Tingo Chico, où un pont nous fait franchir le fleuve en furie et nous le remontons sur l’autre rive. La route devient mauvaise, on ne sait plus s’il s’agit d’une mauvaise route ou d’une piste pas fameuse… Nous devons attendre une demi-heure que des engins de terrassement dament un kilomètre de piste, pourquoi celui-ci, c’est toute la route, la piste, qui devrait être refaite ! Nous continuons sur une corniche étroite, roulant sur un patchwork de goudron et de cailloux, rebondissant dans les trous et avec l’angoisse de se trouver nez à nez avec un camion à chaque virage. Nous nous arrêtons pour la nuit sur la place du village de Chavinillo. Au moment de faire cuire le dîner, plus de gaz ! Je dois changer la bouteille et la remplacer par celle achetée au Canada, mais elle est vide ! Pourtant elle avait été remplie avec les autres au Panama. Je dois ressortir des tréfonds des coffres le gaz de camping acheté au Mexique et sa dernière cartouche. Toutes ces péripéties ne m’ont pas mis de bonne humeur, notamment la perspective de devoir trouver où remplir nos bouteilles françaises mais le comble arrive quand je veux faire tourner le moteur du camion qui refuse de démarrer ! Toujours ce problème de démarrage à froid, arrivée du gasoil, présence d’air ou d’eau dans le circuit ? Je ne sais mais demain matin il va me falloir trouver un mécanicien dans ce gros village… Une bonne nuit en perspective…

Mardi 16 mai : Evidemment mal dormi. Bien entendu au réveil, le moteur ne démarre pas plus. J’abandonne Marie et vais demander à la police de m’indiquer un mécanicien. Il n’y en a pas à Chavinillo. Il faut se rendre au village suivant, à cinq kilomètres pour en trouver un. Les policiers ne peuvent pas le joindre par téléphone, il n’y a pas de réseau mais ils m’arrêtent une voiture et demande que l’on m’emmène trouver un certain Javier. Me voilà parti avec une famille sympathique mais dont le jeune garçon n’apprécie pas les virages et ne tarde pas à vomir, d’abord sur lui, puis par la fenêtre. Les papiers utilisés pour le nettoyer sont jetés dehors sans hésitation… Ils me déposent au village, le mécanicien (?), prévenu par téléphone, arrive dans sa voiture dont l’état me fait douter de ses capacités, mais ce sont les cordonniers les plus mal chaussés… Nous partons, je lui explique le problème, ce qui lui donne l’idée d’essayer de démarrer le moteur en injectant de l’essence directement dans le circuit. Nous revenons à la station-service, il fouille dans les ordures, trouve une bouteille en plastique, vide, de Coca Cola dans laquelle il fait verser un demi litre d’essence. Des voyageurs en quête d’un taxi lui demandent de les emmener. Nous repartons mais l’un d’eux a oublié son portefeuille. Arrêt pour attendre le distrait parti rechercher en courant son précieux bien. Arrivés à Chavinillo, les passagers descendent mais il en charge d’autres qui s’entassent derrière… Il va ensuite se garer devant notre camion, examine le moteur et décide d’essayer l’injection directe d’essence, mais il n’a pas de tournevis. Curieux mécanicien ! Ce sont les conducteurs d’engins de chantier garés derrière nous, qui attendent notre départ pour pouvoir manœuvrer, qui lui en prêtent un… Après plusieurs tentatives, le moteur démarre en toussant beaucoup, puis plus régulièrement en se réchauffant. Nous pouvons reprendre la route. Toujours aussi mauvaise et étroite, mi-goudron, mi-piste, où on frôle l’abime à chaque virage et à chaque croisement. Nous montons encore sur quelques kilomètres avant d’entamer la descente du col qui n’était qu’à 4000 mètres (nous avons dormi à 3500 mètres…). La piste, sans plus trace d’asphalte, est plus roulante et je m’enhardis sans bien sûr égaler la dextérité des chauffeurs locaux dont quelques croix marquent le passage… Nous revenons à des altitudes inconnues depuis longtemps, moins de 2000 mètres, qui nous contraignent à adopter des tenues plus légères. Nous nous arrêtons au site de Kotosh, très bien aménagé, là aussi grâce à la coopération japonaise. Une passerelle fait traverser le torrent puis un sentier de dalles conduit aux maigres restes de cette civilisation, datée entre 2000 av. JC et notre ère. Deux temples dont on n’aperçoit que des niches dans des murs et, à l’intérieur de l’un d’eux, des moulages (les originaux sont à Lima !) de mains croisées, sont tout ce qui en reste.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous repartons et atteignons enfin Huanuco, la grande ville ! Nous nous rendons aussitôt au Mall Plaza Real ultra-moderne, à l’américaine, où nous retrouvons (presque avec émotion !), un vrai supermarché ! Nous pouvons regarnir le réfrigérateur avec viande, poisson, yaourts etc… Nous déjeunons dans le camion devant le mall puis nous cherchons le garage Toyota recommandé par un voyageur. Ils ne peuvent s’occuper d’une Land Rover mais ils m’indiquent un autre garage proche où ce devrait être possible. Il s’agit du concessionnaire Suzuki-Nissan-Volkswagen-Great Wall, où on me demande de ramener le camion demain matin ou de le laisser. Nous décidons de bivouaquer devant. En attendant nous cherchons où remplir nos bouteilles de gaz. Après quelques allers-retours, nous trouvons une première usine de remplissage, mais ils n’ont pas les adaptateurs nécessaires, une seconde, sur la route de l’aéroport en est tout aussi démuni. Nous revenons nous garer devant le garage, trop près de la route pour pouvoir l’ignorer… Je demande le code du wifi mais personne ne le connaît… Nous relisons mon texte, sans pouvoir le mettre en ligne.

Mercredi 17 mai : Le bruit des camions sur la route est tel que nous devons baisser le toit pour l’assourdir. Nous nous réveillons sous un ciel bien gris, il ne fait plus la température de la veille. Peu après 8 heure 30, arrive le mécanicien avec son scanner. Il constate une trop faible pression de carburant. Le démarrage du moteur est aussi pénible que les jours précédents. Nous devons remplacer le filtre à gasoil et je préfère qu’on m’en trouve un plutôt qu’utiliser celui rapporté de France. Mais sa recherche s’éternise… Comme à Caraz, à côté d’un vrai mécanicien, traînent des « apprentis » désœuvrés qui passent le temps à se raconter des histoires, jouer avec leur smartphone ou faire la sieste dans un véhicule confortable. Après une heure et demie d’attente, on m’apporte un filtre Land Rover mais ce n’est pas le bon modèle… Je sors mon filtre et le leur fait monter. Le scanner s’en satisfait… Nous pouvons partir, il est plus de midi, trois heures pour changer un filtre à gasoil ! Je ne suis pas content… Nous partons aussitôt et nous nous rendons dans le centre. Faute de pouvoir se garer sur la Plaza de Armas, je stationne dans une rue proche, bien que cela soit interdit mais je ne suis pas le seul. Je laisse Marie au camion et me précipite, aussi vite que me le permet ma cuisse folle, à la poste pour envoyer LA carte postale à Nicole… Il faut montrer son passeport pour envoyer du courrier et en échange on reçoit un reçu détaillé. Nous quittons la ville, traversons les faubourgs et enfin trouvons un terrain vague pour nous arrêter déjeuner. La route vers le sud suit le cours d’une rivière et insensiblement commence à s’élever. La route est bonne mais les nombreux camions qui s’y traînent nous ralentissent. Nous passons dans des gorges, la vue est très quelconque, la grisaille n’arrange rien. Les villages sont laids, maisons de briques ou de parpaings nus, sans crépi ou alors couverts de publicités, anciennes pour des hommes politiques, ou récentes en faveur de réclames pour des réseaux téléphoniques. Nous approchons de Cerro de Pasco, la route grimpe sur les derniers kilomètres et aboutit à la plus laide ville du monde ! Des masures d’une infinie tristesse, sans couleur, groupées, agglutinées autour d’un gigantesque trou de plusieurs kilomètres de diamètre : la mine de zinc et de plomb !

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Une abomination écologique dénoncée par des ONG mais les familles des mineurs se sont opposées à sa fermeture… Nous sommes à plus de 4300 mètres d’altitude, il y fait froid, des traces de neige sont visibles sur les couches du cratère et même en ville. La pluie vient ajouter une note supplémentaire désespérante à cette horreur, alors que nous tentons depuis le rebord d’apercevoir le fond de la mine. Nous nous sauvons, pas question de rester une minute de plus en ces lieux infâmes. Nous reprenons la route, toujours dans la grisaille et sous une pluie intermittente. Nous n’allons pas loin, quelques kilomètres jusqu’à une station-service où nous nous serrons entre deux camions pour la nuit, qui risque fort d’être des plus fraîches… Je tente de démarrer le moteur avant de nous coucher, il peine toujours, crache, tousse, le remplacement du filtre n’a bien sûr servi à rien… Pas de quoi me remonter le moral…

Jeudi 18 mai : Le thermomètre est descendu à 5°C dans le camion. En nous serrant l’un contre l’autre ce fut tout de même supportable. Dès que nous sommes prêts, je tente de démarrer le moteur. Après une vingtaine de tentative, il finit par commencer à tourner rond. Le soleil a chassé les nuages et c’est sous un beau ciel bleu que nous traversons l’altiplano sans arbres, couvert d’une herbe rase, jaunie, brillante sous les reflets du soleil. Les montagnes enneigées sont reléguées à l’horizon mais leur découpe sur le ciel est du plus bel effet. Nous apercevons de nombreux troupeaux, des vaches et des moutons mais aussi des élevages d’alpacas qui paissent en toute liberté dans ces vastes espaces. Nos premiers alpacas sont dans un enclos, ils viennent d’être tondus et font presque pitié pour les nuits fraîches qu’ils doivent endurer sans leur épaisse toison, et que j’aurais appréciée cette nuit.

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Au creux de la cuvette que nous traversons, nous découvrons le lac Junin au milieu de marécages. Nous parvenons à Huayre où nous tentons d’approcher le lac mais la piste aboutit à la voie ferrée sans la traverser. On nous indique une autre piste peu avant le village. Elle est barrée par une chaîne et un cadenas qu’on vient vite nous ouvrir. La piste en partie inondée se termine tout au bord du lac. Des troupeaux de moutons d’un côté, d’alpacas de l’autre, la chaîne de montagnes à l’horizon et les eaux bleues, immobiles, à peine froissées par l’envol d’oiseaux, en font un de ces lieux vite qualifiés de magiques où nous aurions aimé bivouaquer cette nuit.

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Nous repassons à Huayre pour apprécier les constructions dignes de Jérôme Bosch qui ornent la place centrale, une cornue géante, un champignon sans doute hallucinogène et autres décors sortis de l’imagination fatiguée du concepteur.

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Nous quittons les abords du lac en apercevant de petites bandes de graciles vigognes.

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Je fais réparer un pneu qui perdait lentement, sans rien dire à personne, quelques bouffées d’air chaque jour et ce depuis des semaines. Une vis en était responsable… Nous perdons doucement de l’altitude puis passons un col avant de redescendre sur Tarma. Nous y faisons une brève halte pour essayer de collecter des prospectus mais les responsables municipaux du tourisme ont mieux à faire… Nous trouvons à peu de kilomètres un campement à l’hacienda Florida, une très jolie exploitation agricole à en juger par ses bâtiments anciens, toujours en activité, et accueillant des hôtes. Nous y pique-niquons dans le camion puis, après avoir bénéficié du wifi pour prendre les dernières nouvelles du monde, le grand et le nôtre, nous repartons pour Acobamba, le prochain village où se dresse une chapelle moderne dans le goût de celle de Ronchamp du Corbusier, construite pour abriter une gravure miraculeuse du Christ dans une paroi rocheuse. Au mois de mai, il est censé s’ y tenir des pèlerinages accompagnés de musiques et de danses. Nous avons la chance de voir une fanfare faire danser des couples, sans doute d’une même famille. Ce sera la seule manifestation festive que nous y verrons.

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La chaussée qui monte à la chapelle est bordée d’échoppes qui vendent les habituelles bondieuseries, chapelets, chromos du Christ et de la Vierge mais on y trouve aussi, comme à Copacabana, en Bolivie, des faux billets de banque, des modèles réduits de maisons, de voitures, etc, supposés augmenter les chances de voir ses rêves se réaliser. On peut aussi acheter des talismans, des miniatures de ses désirs, passés au-dessus d’un brasero, tout en marmonnant des formules propitiatoires et qu’on emportera chez soi…

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Nous montons jusqu’à la chapelle, les pèlerins font la queue pour défiler devant une image du Christ en croix sur laquelle ils passent les mains ou frottent quelques fleurs… Le ciel se couvre, le temps fraîchit, nous retournons au camion attendre quelque évènement mais faute de danses et de musique, nous rentrons nous installer à l’hacienda. Nous avons une réponse intéressante de Gérard à propos de mes interrogations sur le problème du démarrage du camion. Je mets à jour le blog puis nous prenons connaissance des dernières informations avec un pisco sour maison. Après dîner, je démarre toujours aussi difficilement le camion, arrêté depuis à peine trois heures !

Vendredi 19 mai : Nous n’avions pas baissé le toit cette nuit et j’ai eu froid, surtout aux pieds. Nous sommes réveillés quand un tracteur vient déverser sa cargaison d’artichauts dans la cour de l’hacienda. Je passe au moins dix minutes à essayer de démarrer le moteur avant qu’il daigne commencer à tourner en hoquetant. Gérard et Guy ont répondu et donné des pistes pour la recherche d’une solution. Je voudrais refaire le plein des réservoirs d’eau mais il n’y a pas de point d’eau et encore moins de tuyau ! Nous repartons donc et prenons la route de Jauja. Elle monte dans la montagne, traverse des pampas verdoyantes avant de redescendre vers des zones cultivées, des champs en damiers de couleurs variées. Nous atteignons l’ancienne cité coloniale de Jauja et, pour garder les bonnes habitudes, nous allons nous garer sur la Plaza de Armas afin de jeter un œil à la cathédrale qui, de l’extérieur, n’a que deux tours anciennes. L’intérieur serait quelconque sans trois retables richement décorés, dont celui du maître-autel couvert d’or et d’argent à foison. A côté l’ancien cabildo, est une belle construction aux fenêtres travaillées et pourvu d’un beau balcon.

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Nous repartons avec l’idée de nous rendre directement à Huancayo au garage repéré sur ioverlander. Les derniers kilomètres doivent avoir la plus forte concentration de ralentisseurs de toute l’Amérique Latine ! L’habituelle chaussée défoncée des villes nous oblige à nous traîner sans trop accélérer… Nous trouvons le garage mais ils ne traitent que les problèmes de direction et de suspension, ils nous emmènent chez un autre pour qui le problème serait lié aux bougies de préchauffage mais il ne peut s’en occuper et nous envoie chez un troisième qui veut voir le camion quand le moteur est froid. Nous convenons de revenir ce soir et d’y dormir. Nous repartons aussitôt, revenons sur nos pas pour aller visiter le couvent de Santa Rosa de Ocopa dont les guides disent des merveilles… Nous nous garons sur l’herbe du terrain en face de l’entrée des bâtiments conventuels. Nous déjeunons puis nous nous rendons à l’entrée des visites. Extérieurement les constructions et l’église sont sans intérêt. La visite est accompagnée et nous sommes les seuls. Notre chaperon débite son commentaire sans se préoccuper de savoir si nous y comprenons quelque chose. C’est d’ici que partaient les Frères franciscains missionnaires qui allaient porter la bonne parole et sauver de l’obscurantisme les malheureuses populations égarées, en particulier en Amazonie. Ces braves propagateurs de la vraie foi ont rapporté de leurs passages dans les contrées sauvages nombre d’objets qui constituent le fond du musée. Dans les couloirs sont accrochés des tableaux présentés comme de l’Ecole de Cuzco mais qui en donnent une bien piètre idée, seuls ceux qui ont pour sujet des archanges avec dentelles et élégants plissés retiennent notre attention mais pas question de prendre des photos… Les pièces consacrées aux animaux naturalisés renferment des armoires aux vitres sales, dans lesquelles des oiseaux, des singes, des loutres et autres espèces locales, empaillés, achèvent de perdre plumes et poils derrière des étiquettes cornées, jaunies, dont l’encre a depuis belle lurette blanchi. A l’étage, nous pouvons pénétrer dans la bibliothèque aux 30000 volumes, quelques incunables, des Bibles dans diverses langues, d’autres recouverts d’une couverture en peau de chèvre ou de mouton. Puis c’est le passage devant quelques cellules, le bâtiment d’origine et les ateliers reconstitués. Nous en sortons très déçus, nous qui espérions des merveilles, nous n’aurons eu qu’un bric à brac indigne et des croûtes indigestes. Nous avons juste le temps de reprendre le camion avant qu’il ne commence à pleuvoir. Nous retournons nous garer devant le garage. Je vais à la recherche d’une lavanderia que je finis par trouver alors que la nuit est tombée et j’y porte notre sac de linge sale. Ces villes sont abrutissantes, les racoleurs des minibus crient leur destination, tout le monde klaxonne sans toujours savoir pourquoi… Nous patientons dans le camion. Soudain Marie remarque que la porte a été fermée et elle s’affole. Je vais cogner à la porte, les ouvriers n’ont pas terminé de travailler sur un véhicule. Quand il sort, nous pouvons entrer et nous installer pour la nuit.

Samedi 20 mai : A minuit je suis réveillé par une rage de dents. Ma molaire, sensible au froid, que j’avais fait contrôler juste avant de partir, fait des siennes. Un Dafalgan n’y fait pas grand-chose, un second me permet de me rendormir. Le réveil dans ce sympathique environnement mécanique, plein de cambouis et d’outils crasseux, n’améliore pas le moral. Seules les photos des supposées compagnes des mécaniciens, fort dévêtues, et posant pour de suggestifs calendriers, apportent une note artistique au lieu, même si Marie, décidément contrariante ces derniers temps, m’assure qu’il ne s’agit pas des compagnes du personnel. Mais alors, qui sont ces jeunes filles à l’impeccable plastique ? Le thé trop chaud réveille la douleur. Je n’ai pas du tout envie de consulter un arracheur de dents local… Le patron qui avait promis d’être là à 8h30 arrive passé 9 heures… Il démonte les bougies de préchauffage, en trouve trois défectueuses, à remplacer… Pendant ce temps je découvre un cabinet dentaire de l’autre côté du carrefour. Pas bien convaincu, je m’y rends, explique mon problème, l’assistante appelle le dentiste qui arrive une demi-heure plus tard, m’examine et découvre à la radio une molaire fendue. Il peut réparer en une seule séance ! Je vais en avertir Marie puis vais récupérer le linge et le lui rapporte. Je retourne chez mon dentiste qui pendant une heure et demie va farfouiller dans ma dent, pratiquer toute une série de gestes techniques avant de me relâcher, passablement étourdi et délesté d’une centaine d’euros. Je retrouve Marie au garage, rien n’a bougé. Il semble que le patron m’attendait pour que nous allions, en taxi, à la recherche des bougies ! Comme je m’y attendais, ce modèle n’est pas en magasin ici. Il pourrait être obtenu demain matin en provenance de Lima, à confirmer… Retour au garage et, en attendant la confirmation, nous déjeunons, ma dent ne me fait plus mal et l’engourdissement dû à l’anesthésie disparaît. Le patron me confirme que les pièces ont été trouvées, seront livrées demain matin et qu’il viendra les poser. Mais je dois les régler par virement sur un compte. Opération possible à tout moment dans des boutiques agréées. La pharmacie du coin, une botica, en est une mais pour une raison que je ne comprends pas, elle ne peut le faire… On m’indique très vaguement une autre, qui est fermée… Je reviens à la première qui accepte d’effectuer l’opération… Nous partons en taxi, pas de tuk-tuk dans les grandes villes, pour non pas la Plaza de Armas mais pour la Plaza de la Constitución, la grande place centrale de Huancayo. Exceptionnellement il n’y a pas de Plaza de Armas ici ! Rien à voir, elle est en chantier et entièrement dissimulée derrière des bâches. La cathédrale est fermée et les rues sont sans aucun charme. Pas une ville où rester attendre… Nous marchons jusqu’au mall Plaza Vea. Je tire encore des soles et nous faisons nos courses de ravitaillement. Nous revenons à la tombée de la nuit en taxi nous réinstaller pour une nouvelle nuit dans un garage.

Dimanche 21 mai : Le mécanicien en chef n’ayant annoncé sa venue que pour dix heures, nous flemmardons au lit d’autant qu’un concert de klaxons nous a éveillés sur les deux heures du matin. Grosse déprime, une fois de plus, due à mes incompétences de plus en plus insupportables… Ne pas vieillir ou faire en sorte de disparaître avant… Notre mécanicien en chef arrive tout faraud, il est allé récupérer les bougies de préchauffage arrivées de Lima, mais il constate vite que ce ne sont pas les bonnes… Il nous en promet d’autres pour mardi mais je ne crois plus à ces promesses, lui non plus semble-t-il. Il remonte les anciennes bougies et a les plus grandes difficultés pour démarrer le moteur malgré l’injection directe d’essence ou d’un produit adéquat. Je me fais rembourser les bougies et nous partons sans nous saluer, furieux… Nous avons téléphoné à Guy et Marie-Jo pour avoir leur avis pour nous rendre, soit au garage Land Rover de Lima, soit à Cuzco, solution qu’ils nous déconseillent, ce qui est aussi mon avis. Nous prenons donc la route déjà parcourue de Jauja, puis de là, nous nous dirigeons vers La Oroya. La route, malgré la pluie intermittente est belle et peu fréquentée. A partir de La Oroya, nous allons suivre des gorges où se succèdent des mines, principalement de plomb, avec les cités de mineurs, aussi réjouissantes que Cerro de Pasco, et des lagunes polluées qui n’incitent guère à la baignade… La route serait bonne si elle n’était pas aussi fréquentée par des camions (des vrais !), bien trop lents à notre gré… Sans presque nous en apercevoir, nous avons continué de monter et nous avons la surprise de passer un col à 4818 mètres, notre record, plus haut que le Mont Blanc ! La descente commence dans les nuages, lente, derrière un camion, tous freins serrés. Il reste un peu plus d’une centaine de kilomètres pour revenir au niveau de la mer. Nous n’allons cesser de descendre jusqu’à Lima, donc une succession de virages, d’épingles à cheveux, parfois dans des gorges spectaculaires, étroites, mais dans la grisaille et même sous la grêle ! Un gros trafic de camions oblige à des dépassements et des croisements parfois audacieux. La nuit descend, nous aussi mais moins vite… Quand je ne vois plus grand-chose de la route, je me cale derrière une voiture que je suis aveuglément… jusqu’à ce qu’elle tourne… La traversée de Chosica est longue et pénible puis c’est l’arrivée dans les faubourgs éloignés de Lima. Tous s’en donnent à cœur-joie, à qui sera le plus rapide, sera devant, à grand renfort de klaxon, les minibus sont les plus furieux, trois fois le rétroviseur extérieur est accroché avant que nous ne parvenions, grâce à notre gps, devant le concessionnaire Land Rover, dans une avenue particulièrement bruyante. La sécurité alertée nous autorise à nous installer devant le garage. Nous fêtons notre arrivée avec un apéritif, bien mérité…

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