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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 08:45
TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Mardi 11 juillet : Nous sommes réveillés par les agaceries de perroquets dans les arbres. Nous quittons tardivement le balneario et passons à la poste envoyer les cartes postales. L’interoceanica file dans l’immuable savane. Peu de ranchs d’élevage mais le papayer doit se plaire dans ces terres car il est planté dans d’immenses vergers. Les fruits sont collectés et préparés en caisse pour des camions garés sur la route. Les villages, nombreux à proximité de Puerto Maldonado, protègent leurs citoyens de la fureur des automobilistes par un grand nombre de topes, des « gendarmes couchés » qui obligent à rouler au pas tous les cent mètres. Ils sont parfois disposés pour une maison isolée. Difficile de trouver un emplacement pour s’arrêter dans cette immensité et surtout pas à l’ombre ! Nous déjeunons dans le camion à l’entrée d’Iñapari, à l’ombre chiche d’un arbrisseau puis nous allons nous présenter au poste frontière. Notre permis de circuler suspendu puis prolongé jusqu’au 14 juillet ne plaît pas. On nous concède que nous sommes en règle mais nous devrions rédiger une autre demande de suspension de prolongation de permis, et en espagnol, et en termes choisis… Le « responsable » de la douane, la rédige pour nous, l’imprime, me la fait signer puis la conserve… Il finit par la présenter à celui que je comprends être le chef qui valide les documents et nous laisse partir. Les passeports sont rapidement tamponnés et nous pouvons enfin sortir du Pérou. Je refais un plein de diesel puis je change nos derniers soles avec un commerçant qui accepte sans vérifier notre faux billet de 20 soles, ce dont je ne suis pas mécontent, tant de taxis, commerçants s’étaient montrés très méfiants, pas lui, professionnel du change ! Nous empruntons un grand pont au-dessus de la rivière-frontière et nous voici au Brésil. Personne au poste, des Brésiliens entraient au Pérou mais les candidats pour le Brésil sont rares. Nos passeports sont tamponnés par de joyeux employés avec qui nous découvrons les difficultés de se comprendre en portugais. On me délivre un document d’importation temporaire du camion alors que tous les autres voyageurs disaient être rentrés au Brésil sans document douanier. Nous roulons en direction de Brasileia sur une très mauvaise route, déformée, trouée, creusée, rien de ce que nous pensions trouver dans ce pays ! Les ranchs sont beaucoup plus nombreux de ce côté de la frontière mais avec les mêmes bovins, ces vaches de race Brahma, blanches aux oreilles tombantes. Le soleil allonge notre ombre sur la route. Nous devons trouver un emplacement pour la nuit. Repéré sur ioverlander, un balneario, encore un, nous accepte pour la nuit. Nous ne nous comprenons pas avec le patron. Faute d’être autorisés à cuisiner dans le camion, nous lui confions nos morceaux de lomo fino  pour qu’il nous les prépare. Nous allons prendre une bière fraîche et écrire nos journaux. Le patron tient à nous faire goûter la bière avec du jus de citron et du sel autour du bord  du verre. Je trouve ça infect et ne le finis pas ! Un ami du patron tient à nous montrer ses vidéos de chasse au jacaré et de pêche aux raies venimeuses en Bolivie puis nous tient de grands discours avec force éclats de rire. On nous apporte le dîner, nos morceaux de lomo fino ont été amincis pour mieux les cuire… mais les frites sont bonnes et la bière glacée. La soirée se termine par des interrogations sur nos âges. Nous acceptons les 62 ans qui nous sont généreusement accordés.

 

Mercredi 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon anniversaire pour nos 48 ans de mariage… Pas grande animation au campement quand nous partons avant huit heures,. Nous sommes peu après à Brasiléia pour l’ouverture de la banque où je retire des reais. Nous continuons dans la pampa, cette immense plaine défrichée où ne survivent que quelques palmiers ou de grands arbres morts qui tendent leurs branches blanchies, perchoirs pour les charognards. Les ranchs succèdent aux ranchs, tous plus étendus les uns que les autres. A Rio Branco nous cherchons le supermarché Carrefour indiqué sur OsmAnd. Nous devons longuement contourner la ville pour constater qu’il n’existe plus, remplacé par un Atacadão. Nous allons au supermarché Macro mais nous en ressortons aussitôt, les produits sont en grande quantité et les options sont très limitées. Nous espérons trouver mieux au successeur de Carrefour mais là aussi, pauvre choix ! Toutes les viandes sont congelées, pas de coupe et grandes quantités… Nous peinons à nous ravitailler mais nous trouvons tout de même une bouteille d’un mousseux local, brut ! Nous reprenons la route, cherchons à la sortie de la ville un arbre pour déjeuner à son ombre. Nous nous faisons chasser comme des malpropres par les premiers Brésiliens à qui nous avons affaire ! Nous trouvons une belle ombre à l’entrée d’une usine et la curiosité satisfaite d’ouvriers en pause déjeuner, nous pouvons très rapidement avaler notre tranche de jambon reconstitué… Nous ne pourrons pas faire trop de kilomètres dans l’après-midi, nous avons perdu du temps dans l’épisode ravitaillement et la route dont le revêtement n’était déjà pas fameux ce matin, ne s’améliore pas. Je dois rester vigilant, pas question de mettre le pilote automatique comme m’y inciteraient la chaleur, la digestion et les longues lignes droites. Nous utilisons la climatisation, bien appréciée… Nous changeons d’Etat, abandonnant l’Acre pour le Rondonia et récupérons, de ce fait, une heure du décalage avec la France. Il ne fera plus nuit peu après 17 heures mais après18 heures. Nous arrêtons à une station-service simple et avec beaucoup de place. Nous allons prendre un pot à la cafeteria en plein air pour constater que le wifi ne fonctionne pas et que le menu proposé n’est pas digne de nous en ce jour exceptionnel et que nous allons devoir cuisiner dans le camion, soit des petits pois au lard, soit des raviolis, soit du porc à décongeler et faire griller avec pommes de terre sautées… C’est ce dernier qui est choisi pour festoyer en ce grand jour. Du travers de porc que nous badigeonnons de moutarde et faisons griller. Chaque jour, je remercie le Seigneur de ne pas être musulman et de pouvoir manger du cochon ! Le dessert est une crème Danone, au chocolat, un régal qu’en 48 ans, je n’avais pas su apprécier à sa juste valeur. La bouteille de « champagne brésilien » terminée, celle de Malbec péruvien, bien entamée, il ne nous reste qu’à nous coucher, heureusement nous n’avons pas un grand parcours pour ce faire…

 

Jeudi 13 juillet : Pas trop de camions dans la nuit. Nous reprenons la route, quelques dizaines de kilomètres et nous arrivons au fleuve Mamoré que nous devons traverser sur un bac. Nous sommes les premiers à monter dessus puis quelques voitures dont deux des conducteurs viennent nous faire la conversation.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

L’un avec un peu d’anglais nous interroge sur notre voyage, l’autre, grosse chaîne en or au cou, montre dans le même métal, en portugais mâtiné d’espagnol, nous conte son voyage au Pérou, en Equateur et en Colombie poursuivi par une croisière dans les Caraïbes dont il ne s’est pas remis puis il nous exprime toute l’aversion qu’il a pour Lula… La traversée, sans intérêt, n’est pas longue et tout juste apercevons-nous les remous provoqués par des dauphins. Nous traversons une large cuvette inondée (un barrage ?) où les arbres, les pieds dans l’eau, sont morts, dressant leurs branches dénudées en guise de perchoirs à urubus. Le revêtement de la route est toujours aussi mauvais. Le paysage plus morne, moins de ranchs dans cette partie plus vallonnée. Nous sommes à Porto Velho à une heure. La grande ville que nous ne verrons pas puisque nous continuons aussitôt en direction de Cuiaba, à encore plus de 1400 kilomètres. La circulation est beaucoup plus dense avec de très nombreux camions qui roulent très vite et qu’il devient difficile de dépasser. La chaussée est toujours en triste état avec des passages encore pire ! Nous sommes toujours dans une région d’élevage. J’aurais vu aujourd’hui plus de vaches qu’un sadhu dans ses rêves les plus fous ! Nous arrêtons à une station-service en nous garant tout au fond pour essayer d’échapper au bruit.

 

Vendredi 14 juillet : Nous devons rouler au moins 600 kilomètres aujourd’hui si nous voulons être à l’entrée du Pantanal demain soir. Le revêtement est toujours détérioré et la circulation intense mais, après Ji-Paraná, la chaussée est un peu meilleure et la circulation moins dense. Le paysage par contre ne s’améliore pas, une savane dégradée, sans arbres et sans cultures ni prairies d’élevage. Plus tard nous retrouverons des fazendas immenses où broutent des centaines de vaches, puis apparaissent, un peu avant mais surtout après Vilhena, d’immenses étendues plantées en maïs. La route s’améliore nettement et les camions deviennent rares, conduire devient presque reposant… Doubler ces monstres à double-remorque annonçant des longueurs de 30 mètres reste néanmoins un moment de tension nerveuse, surtout quand arrive en sens inverse un camion qui roule à plus de cent kilomètres à l’heure ! Nous avons quitté l’Etat du Rondonia pour le Mato Grosso. Quelques beaux et trop courts passages en forêt laissent imaginer ce que devait être cette terre avant le rush de déforestation dans les années 80 ! Que sont devenus les Nambikwaras, chers à Lévy-Strauss, qui peuplaient cette région ? L’on aperçoit, depuis les ponts qui les enjambent, des rivières, qu’il faudrait descendre en pirogue, entre des berges qui disparaissent sous la végétation. Un vol d’aras traverse la route au-dessus de nous, pressés de rejoindre un bosquet. En fin de journée, nous roulons à travers des collines encore couvertes de beaux palmiers. Nous nous arrêtons pour la nuit à un relais presque désert.

 

Samedi 15 juillet : Le wifi de la lanchonete était faible mais réveillé dans la nuit, je peux mettre à jour le blog. Nuit très calme, très peu de camions se sont arrêtés. Nous poursuivons notre route avec un trafic faible qui nous permet de bien rouler. Nous arrêtons à Pontes e Lacerda, un gros bourg agricole où je peux tirer des reais au Banco do Brasil puis nous faisons des courses au petit supermarché, mieux achalandé que celui de Rio Branco. Je suis surpris de ne pas entendre de klaxons, personne ne s’énerve, ne cherche à passer devant aux carrefours (enfin, pas trop !)… La population, du moins dans cette région, est blanche, d’origine européenne, quelques-uns métissés de Noirs mais aucune trace d’Indiens. Sur la route, nous verrons des indications de « réserve indigène » sans apercevoir personne. Toujours des fazendas d’élevage, des terres en culture, maïs surtout, plus beaucoup d’arbres, divers palmiers, ceux qu’à cause de leur forme j’appelle les palmiers-plumeaux, et des cocotiers. Après Cáceres, la route, excellente, monte dans des collines boisées, le paysage devient plus agréable, les exploitations ne sont plus de taille démesurée. De basses montagnes se profilent puis nous quittons la route de Cuiabá pour une en direction de Poconé. Nous abordons la région du Pantanal qui, pour le moment, ne diffère guère du paysage traversé jusque-là mais chaque ferme est entourée de superbes manguiers parfaitement hémisphériques, d’une densité telle qu’aucun rayon du soleil ne pourrait les traverser et qui doivent procurer une fraîcheur bienvenue. Nous traversons Poconé, la dernière petite ville avant la route sur la digue qui s’enfonce dans le Pantanal. Elle devient vite une piste, large et de tôle ondulée, que nous prenons à bonne allure. Nous nous arrêtons au début, à la Pousada Paraiso. Une fazenda qui fait aussi lodge. Un employé à cheval rentre son troupeau quand nous arrivons. Le patron nous indique où nous installer, après les bungalows pour visiteurs, mais près d’une petite piscine avec fauteuils, hamacs, cuisine, toilettes, bref le grand confort !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Des oiseaux pépient autour de nous, le soleil se couche dans la prairie. Nous allons prendre notre première caïpirinha depuis le Mozambique dont nous avions presqu’oublié le goût, installés à une table sous les manguiers. Nous sommes enfin au Pantanal ! Nous revenons au camion dans la nuit noire mais sous un magnifique ciel étoilé, une voie lactée digne d’un cours d’astronomie.

 

Dimanche 16 juillet : Pas de course aux kilomètres aujourd’hui. Nous nous réveillons avec les criailleries des petits perroquets verts qui nichent dans les arbres autour de nous.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Après le petit-déjeuner, pendant que Marie se prépare, je vais jusqu’à une mare où je découvre le museau à fleur d’eau de mon premier jacaré, un caïman qui ne semble pas inquiéter les oiseaux, surtout des ibis blancs, posés à proximité. Les vaqueros à cheval, de la fazenda, poussent un troupeau de vaches vers une prairie. Nous montons à la tour construite à côté de la piscine, de là, nous avons vue sur toute la pampa. En repartant, nous découvrons deux magnifiques aras bleus, à demi apprivoisés.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous roulons à faible allure sur la piste, croisant un bon nombre de véhicules qui s’en reviennent. Dans les mares, couvertes de jacinthes d’eau des colonies d’ibis se posent, s’envolent, jacassent. Parmi eux quelques jabirus, un bel échassier blanc, la tête et le bec noirs et avec un col rouge. Plus loin, nous trouvons dans des mares de nombreux jacarés qui somnolent sur les berges, immobiles sauf pour, d’un coup de mâchoire, attraper un malheureux poisson qui frétillait dans trop peu d’eau.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

D’autres restent quasi immobiles dans l’eau. Nous pouvons les observer de haut en franchissant un des très nombreux ponts qui enjambent mares et marigots. Des broussailles nous dissimulent les marais et je roule plus vite, soulevant un grand nuage de poussière rouge. La piste devient monotone, sans grande circulation dans la seconde partie où les ponts en bois auxquels il manque parfois des planches n’ont pas encore été remplacés par des ponts en béton comme au début. Les fazendas se succèdent en retrait de la route et nous apercevons des troupeaux au loin. Des oiseaux, échassiers ou rapaces aux noms inconnus sont perchés sur les arbres, certains ont des allures de cigogne. Au point indiqué sur ioverlander, un capivara, énorme rongeur, dix fois, vingt fois la taille d’un castor, attend le photographe de passage !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous parvenons à Porto Joffre, bout de la route qui vient buter sur la rivière Cuiabá. Nous allons nous renseigner au Jaguar Camp  sur les possibilités d’y bivouaquer et surtout sur les possibilités d’excursion demain matin en bateau. Avant de nous décider, nous allons voir les autres établissements. Au grand hôtel, on nous refuse même l’entrée et à un autre campement, il n’est pas organisé de sorties en bateau. Nous revenons nous installer au Jaguar Camp, sous les arbres. Des singes capucins font du grabuge dans les palmiers au-dessus de nous. Arrivent d’autres touristes Suisses avec un camper, un Américain et une Mexicaine qui seront de la promenade demain. Nous allons prendre une caïpirinha au restaurant du campement, plus corsée que celle de la veille mais moins fournie… Nous revenons dîner au camion.

 

Lundi 17 juillet : Réveil à cinq heures et demie ! Une heure plus tard nous sommes prêts à partir en compagnie des deux Suisses. Le sympathique et anglophone patron du campement nous emmène sur quelques centaines de mètres dans la remorque (avec des sièges) de son quad jusqu’au bord du fleuve. Le ciel est gris, il fait froid et nous ne nous sommes pas assez couverts. Nous appareillons en remontant face au vent et tout de suite nous avons très froid. Nous embarquons le couple d’Américains et repartons, le vent dans le dos, plus supportable. Nous apercevons quelques loutres géantes, des animaux carnivores, capables de s’attaquer à un jaguar, nettement moins sympathiques que celles d’Alaska qui faisaient la planche dans l’eau.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Après un parcours rapide sur le fleuve, nous remontons à vitesse réduite des bras plus étroits, à la recherche du jaguar… Mais les jaguars ne doivent pas aimer le froid non plus et restent dans leur tanière en attendant le retour du soleil, alors que les touristes paient cher pour se glacer les os à leur recherche ! Nous apercevons bon nombre d’oiseaux, déjà vus hier, sous le soleil, élégants et hautains hérons, las d’être épiés et qui s’envolent paresseusement, vieux marabouts grelottants comme des voyageurs en mal d’exotisme, jolis martin-pêcheur mais ni toucans ni aras !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Le temps passe et nous nous sommes de plus en plus frigorifiés. Nous ne sommes pas les seuls à errer dans les bras d’eau, à la recherche d’un gros chat plein de taches, sans même la force de sortir nos mains de nos poches pour nous saluer. Nous aimerions bien abréger mais notre guide tient à nous trouver un jaguar et nous mène à plusieurs reprises dans les lieux où, nous assure-t-il, rôdent les jaguars. Sur le retour, nous approcherons une famille de capibaras, lot de consolation avant une course à grande vitesse, fouettés par le vent et la bruine. Nous avons toutes les peines du monde à débarquer, les muscles tétanisés par le froid. Nous nous précipitons dans le camion pour nous changer avant d’aller profiter du déjeuner offert  par le patron. Du riz, des haricots et du poulet en sauce mais tout à peine tiède… Je ne peux m’empêcher de trembler, une réaction après être demeuré prostré dans le froid. Le patron nous propose de repartir cet après-midi, gratuitement, mais nous  n’avons absolument pas envie de recommencer cette pénible expérience et nous restons au campement. Nous passons l’après-midi dans le camion à relire le blog, sans pouvoir le mettre en ligne, le wifi ne fonctionnant pas non plus… Au retour des excursionnistes de l’après-midi, j’interroge le patron qui me dit qu’ils ont vu deux jaguars !

 

Mardi 18 juillet : Beau soleil au réveil. Nous rageons ! Nous envisageons de retourner sur le fleuve mais le patron est déjà parti et nous ne savons quelles conditions il nous ferait. Nous repartons donc en roulant doucement au début dans l’espoir insensé d’apercevoir un jaguar sur la piste mais il n’en sera rien. Pas beaucoup d’oiseaux non plus et ni toucans ni aras… Nous allons quitter frustrés ce Pantanal dont nous attendions tant, trop sans doute. Et puis après avoir visité les grands parcs africains… Je roule plus vite sur la piste jusqu’à ce que nous retrouvions les mares fréquentées par les jacarés épuisés et les sombres jabirus qui semblent faire bon ménage.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous croisons un couple de Français avec un gros camper américain, pas très rassurés avec leurs 7 tonnes de passer sur les inquiétants ponts en bois au-dessus des caïmans. Nous déjeunons sur le bord de la piste avant de rejoindre Poconé où je tire des reais au Banco do Brasil. Adieu le Pantanal ! Nous rejoignons la grande route et bientôt nous sommes à Cuiabá, la capitale du Mato Grosso qui profile ses immeubles modernes au milieu de la pampa, images d’un Brésil moderne, développé et que je n’ai pas très envie de connaître… Mais Marie, en quête de cadeaux, a repéré l’existence, en plein centre-ville, de deux boutiques d’objets en plumes d’Amazonie… Nous devons donc d’abord contourner la ville, y entrer, parvenir au centre, trouver la rue et constater qu’il est impossible de se garer, que les numéros dans les rues ne sont  pas indiqués et que cette recherche risque de nous prendre beaucoup de temps. Or, nous devons trouver un lieu où passer la nuit avant que le soleil ne soit couché puisque nous n’avons plus de phares… Nous ressortons donc de la ville et prenons la direction de Rondonópolis. La route hors de l’agglomération est étroite, une simple deux voies, très fréquentée. Les camions y sont très nombreux, les dépasser relève de l’exploit… Le temps passe, nous nous traînons, le soleil se couche, nous devons absolument nous arrêter. Nous traversons un village, mais pas de station-service, la prochaine est à plus de vingt kilomètres. Nous nous engageons sur une piste du village, trouvons une église « Assemblée de Dieu » dont le terrain nous conviendrait… Je vais cogner à la porte du presbytère et l’autorisation nous est tout de suite accordée. Nous ne reverrons pas l’officiant, le pasteur (?). Nous célébrons cette réconciliation œcuménique avec une vodka-orange ou tonic… Nous dînons de nos restes, de rondelles d’un très honnête salami supposé italien, suivies des quelques raviolis que nous arrosons généreusement d’une crème que nous croyons fraîche et qui est une préparation pour une Chantilly, sucrée et parfumée à la vanille. Curieux résultat… 

 

Mercredi 19 juillet : Heureusement que nous avions baissé le toit. Même ainsi nous avons eu froid cette nuit. Le Brésil n’est pas ce que l’on croyait ! Nous reprenons la route, à double voie, mais pas longtemps. Le moteur soudain manque de puissance, repart, ralentit. Nous devons nous arrêter sur le bas-côté dans une côte. Je découvre une grande mare sous le moteur, le liquide de refroidissement s’est répandu ! Je pense au radiateur qui nous avait déjà posé problème en Alaska. Que faire ? Je pose un triangle de signalisation puis j’arrête un camion dont le chauffeur me dit qu’il va prévenir et qu’une assistance va venir. Effectivement, une demi-heure plus tard une dépanneuse arrive et une fois de plus le camion est emporté. Quelques kilomètres plus loin, nous débarquons à un relais routier où se trouve un mécanicien qui se penche aussitôt sur le problème. Ce n’est pas le radiateur mais une durite qui en frottant a fini par se couper. Mais en plus, le mécanicien découvre que le roulement du ventilateur, qui ne peut se démonter, a beaucoup de jeu. Il faut remplacer l’ensemble et aller à Rondonópolis chez Ford le chercher. Avant qu’il ne parte, je lui demande de s’intéresser à mon problème de phares et comme je le pensais, c’est le commutateur qui est en défaut. Nous allons déjeuner à la cafeteria du relais, un buffet dont je n’ai pas le temps de découvrir toutes les saveurs car le mécanicien vient me chercher pour que je l’accompagne à Rondonópolis. J’abandonne Marie devant son assiette et nous voilà partis. A l’exemple des cordonniers, les mécaniciens n’ont pas les voitures les mieux réglées. Celui-ci doit s’arrêter à plusieurs reprises pour tenter de mettre au point la carburation. Ce qui nous met en retard, retard qu’il  rattrape en roulant bien au-delà des limitations permises. Arrivé à Rondonópolis, il demande son chemin… Chez Ford, il y a bien un ventilateur mais il coûte 1600 reais et je n’ai pas emporté ma carte de crédit ! De toute façon, la pièce est déjà réservée. Nous en cherchons un, ainsi que la durite, chez des casseurs, en vain. Après avoir visité la moitié des revendeurs de pièces automobiles, nous prenons le chemin du retour avec une durite « compatible », du liquide de refroidissement et des ampoules pour les phares. Retour encore plus rapide que l’aller. Il fait nuit quand il se met au remontage. Marie a fini son repas et m’attendait sagement, sans s’inquiéter. Les phares, après une épissure, refonctionnent et le moteur tourne. Jusqu’à ce que le mécanicien s’aperçoive que la durite de remplacement commence à fuir ! En dernière extrémité, il reprend l’ancienne, la coupe là où elle était entaillée et réussit à la raccorder ! Vient le moment difficile, l’annonce du prix ! Il me demande 750 reais dont 400 pour le voyage express à Rondonópolis qui n’a finalement servi qu’à rapporter une ampoule… Une fois que je l’ai payé, il me reste 2 reais ! Il est très content, joyeux même bien que nous lui fassions la gueule, et généreusement il me donne 5 reais pour payer le péage ! Je le lui rends, furieux. Je n’ai même plus de quoi acheter du diesel. Un camionneur de ses amis m’en propose 2O litres payables en dollars. La transaction terminée, nous allons nous garer dans le fond du parking pour la nuit.

 

Jeudi 20 juillet : Pendant que Marie se prépare, je vais à la cafeteria profiter du wifi, trop lent pour que je puisse mettre le blog à jour, envoyer un message à Rachida pour lui demander de s’occuper du retour du camion en conteneur. Nous avons pris la décision de ne pas revenir. Nous ne serons plus tranquilles et allons redouter chaque jour une nouvelle panne. Nous repartons pour Rondonópolis où nous allons dans le centre-ville, d’abord pour tirer de l’argent à un distributeur automatique, puis pour refaire un plein de provisions dans un supermarché, un Big Master, bien fourni en produits d’importation mais cher. Nos emplettes terminées, nous continuons en direction de Campo Grande, résolument au sud. La route est bonne, une deux fois deux voies pas trop chargées. Nous sommes au milieu d’une immensité sans limite, sans aucun accident du relief pour accrocher le regard. Des kilomètres de maïs, des kilomètres de canne à sucre, des kilomètres de ce que nous supposons être du soja que nous ne savons pas reconnaître. Nous changeons d’Etat, passons dans le Mato Grosso du Sud. Curieusement la route alterne fréquemment les portions à deux fois deux voies et les portions à deux voies simples. Quand le relief devient un peu plus vallonné, ce sont des fazendas d’élevage avec quelques restes de végétation qui succèdent aux champs. Ceux-ci reviennent dès que le plateau sur lequel nous roulons redevient bien plat. Des silos métalliques et des usines de traitement du soja se succèdent le long de la route. Il est cinq heures, il va bientôt faire nuit et pas de station-service en vue. Fréquentes avant Rondonópolis, elles sont devenues rares en dehors des agglomérations. Nous désespérons de devoir rouler de nuit quand une station-service abandonnée nous offre un vaste espace  où nous pouvons bivouaquer. La lanchonete a le wifi, pas fort mais il nous permet d’avoir un message de Julie.

 

Vendredi 21 juillet : Nous repartons mais le bruit d’oiseaux dans le moteur est de plus en plus net et commence à m’inquiéter sérieusement. La route est encore une succession de deux et trois voies, toujours avec beaucoup de camions. Le paysage inchangé, des champs de ce que nous sommes de plus en plus persuadés qu’il s’agit de soja et non pas de maïs desséché, à en croire le nombre de silos métalliques et d’usines de transformation qui s’alignent le long de la route, alimentés par des norias de camions. Après déjeuner, je me résous à consulter dans un garage. Le mécanicien est un Brésilien d’origine japonaise, ce qui ne facilite pas la communication… Il m’accompagne pour un bout d’essai et après examen de la transmission, il s’avère qu’un croisillon de cardan a une de ses portées anormalement usée. Démontage puis remplacement par un autre de marque Toyota ! Les oiseaux se sont envolés… Nous repartons soulagés mais nous ne pouvons rouler qu’une demi-heure avant que le soleil ne se couche et nous nous arrêtons une fois de plus dans une station-service. Je vais demander le code du wifi pour que nous puissions envoyer un message à Julie pour lui souhaiter son anniversaire. Nous lui envoyons un mail et un sms avec la photo des chatons du garage d’hier…

 

Samedi 22 juillet : Dès que nous sommes prêts nous appelons Julie, revenue d’une plongée et lui souhaitons son anniversaire. Nous continuons d’avaler des kilomètres. Des kilomètres de plantations de canne à sucre, des kilomètres de plantations de soja et des kilomètres de plantations de maïs, suffisamment pour que rien qu’à les voir, nous soyons diabétiques, que nous ayons les yeux bridés et le foie gras ! Paysage inchangé et monotone depuis des jours… Nous atteignons un poste frontière avec le Paraguay, annoncé par des panneaux publicitaires vantant les centres commerciaux de ce pays, bien avant la frontière. Nous sommes étonnés par la longueur de la file de voitures qui s’y rendent, sans doute pour le week-end. Un pont de plus de 3,5 kms de long enjambe le fleuve Paraná. Les fleuves sibériens n’ont qu’à bien se tenir devant une telle largeur… Nous changeons de nouveau d’Etat, pour celui du Paraná et par la même occasion, nous avançons les montres d’une heure, ce qui ne devrait plus changer jusqu’à Montevideo. Dans la première ville, Guaira, nous trouvons un marchand de hamacs et nous y achetons celui que nous voulions rapporter de Recife… Nous continuons, la route est moins bonne mais les radars et les caméras de surveillance, très nombreux dans les Mato Grosso, (chaque agglomération en avait en abondance et nous avons certainement été immortalisés, du moins au début, dans bon nombre d’entre eux), sont plus rares, remplacés par de plus classiques topes. Après Cascavel, la route, étroite, est en travaux, pas question de dépasser, tout le monde roule à la vitesse du plus lent, derrière lui. Le relief est plus accidenté, des palmiers sont les seuls éléments qui distinguent le paysage de celui de France. Je m’aperçois que les phares ne fonctionnent plus ! Et pas question de trouver un électricien un samedi soir… Le moral qui était un peu remonté, redescend dans les chaussettes ! Nous arrêtons peu après Barracão à un relais routier qui va se remplir de camions. Nous y avons un faible wifi, assez puissant tout de même pour constater que nous sommes oubliés en ce bas monde.

 

Dimanche 23 juillet : Nous sommes réveillés à deux heures du matin par deux camions qui passent au ras de notre Azalaï. Nous somnolons jusqu’à six heures et demie, heure à laquelle nous nous levons, avant que le soleil n’en fasse autant. La route est très mauvaise, déformée par les camions. Difficile de les doubler, nous nous traînons derrière eux dans une région plus accidentée. Les cultures extensives n’ont pas de place ici, ce ne sont que de petites exploitations. Nous parvenons avant midi à Frederico Westphalen, quel nom ! Les rues ne sont pas très animées mais nous y trouvons un petit supermarché avec de quoi nous ravitailler pour trois jours. Le magasin ferme à midi et nous sommes les derniers clients à la caisse. Les rues sont alors complètement désertes ! Nous roulons quelques kilomètres pour trouver deux arbres entre lesquels nous nous garons pour déjeuner. Et nous continuons, sur une route, toujours aussi étroite mais tout de même meilleure. Nous avons retrouvé les Grands Espaces (sans Gregory Peck ni Jean Simmons…), une immensité verte qui nous fait nous perdre en conjectures sur les cultures qui en sont la cause… Nous avançons plus vite que je ne le pensais et en fin d’après-midi nous contournons  la grande ville de Santa Maria dont nous apercevons les gratte-ciel. Nous poursuivons en direction de l’océan Atlantique dont nous ne sommes plus très éloignés. Le soleil décline, nous ne pouvons toujours pas rouler de nuit, faute de phares et aucune station-service ne s’annonce. Nous commençons à nous inquiéter quand enfin un relais nous sauve de l’angoisse qui nous guettait. Rien de bien reluisant mais de la place et semble-t-il peu de camions. Nous fêtons dimanche avec un pisco sour-maison. Nous décidons de laisser le camion à Montevideo et de revenir plus tard pour visiter plus longuement le Brésil et peut-être rentrer par la Guyane.

 

Lundi 24 juillet : La nuit a été calme mais au matin, un camion fait chauffer son moteur. Le soleil se lève de plus en plus tard en descendant dans le sud. Peu après être repartis, nous nous arrêtons dans un atelier d’électricité automobile, repéré en passant. En une heure, le commutateur est remplacé par un autre modèle et nous retrouvons les lumières. Le ciel est tout gris, il ne fait pas chaud, allons-nous devoir ressortir chaussettes et polaires ? Nous allons de l’un à l’autre des silos, modernes châteaux-forts aux tours métalliques rondes et pointues qui jalonnent toutes les routes. Après Pelotas, nous enjambons un canal qui relie les lagunes en retrait de la mer. Une autoroute fréquentée par des camions nous amène à Rio Grande que Marie tenait à voir avant que nous ne continuions en direction de Chui. La ville est industrielle et son centre n’a conservé de son passé que des maisons et demeures éparses, perdues au milieu d’édifices modernes. Nous en repartons en longeant le bord de l’Océan Atlantique que nous n’avions pas vu depuis longtemps. A défaut d’avoir traversé l’Amérique du Nord au Sud, nous l’aurons traversée d’Est en Ouest au Canada et d’Ouest en Est du Pérou au Brésil. Nous prenons la route qui passe entre mer et lagunes mais elle est trop éloignée de l’une comme des autres, et nous n’apercevrons que les champs et les prairies qui nous en séparent. Dans une zone de marais, nous apercevons des oiseaux, hérons, cigognes, cormorans et des capibaras dont nous découvrons les capacités natatoires !

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Nous nous arrêtons pour la nuit dans un camping à la ferme. Nous y sommes entourés de toute la basse-cour, y compris un prétentieux dindon qui glousse, émoustillé. Nous pouvons utiliser et nous ne nous en privons pas une machine à laver rudimentaire.

 

Mardi 25 juillet : Aujourd’hui, ce sont les couinements d’Américains asthmatiques des canards qui nous réveillent, plus agréablement tout de même que les moteurs des camions. Nous reprenons la route absolument rectiligne et très peu fréquentée, sous un ciel gris. Il a plu cette nuit et bien sûr rien n’est sec. Nous sommes bientôt à la frontière brésilienne, vite franchie puis à celle de l’Uruguay où un sympathique douanier nous accorde un an de séjour pour le camion. Nous nous rendons dans Chuy pour tirer des pesos à la banque puis nous continuons en direction de Montevideo. La route est bonne, peu fréquentée, toujours rectiligne, tracée entre des estancias qui paraissent sans limites. Dans les prairies paissent des machines à bifsteaks sur pattes, grasses, sans plus aucune ressemblance avec les brahma. Nous arrivons à Jaureguiberry dans l’après-midi et trouvons le campement Paraiso Suizo, terminus du voyage pour le camion. Un bon nombre de camping-cars et de camions s’y trouvent déjà dont celui des T…, sous la bonne garde de féroces molosses. Nous pouvons nous installer sur un terrain adjacent avec toutes les commodités mais elles ont leur prix, 25 $ la nuit ! Marie commence déjà le tri de ses affaires… Nous téléphonons à Julie et aux T… pour leur annoncer notre arrivée. Nous réservons un hôtel à Montevideo, celui où nous étions déjà allés en 2007.

 

Mercredi 26 juillet : Il a plu toute la nuit et le linge ne sèche pas. Nous ne sommes plus très pressés et nous attendons que le jour soit levé pour en faire autant. Le ciel reste gris mais Heinz, le patron, m’assure, en me donnant la clé du local de la machine à laver, qu’il ne pleuvra pas et que le temps va s’améliorer. Nous procédons à une première lessive puis à une seconde. Nous laissons sécher la première fournée sur le fil et nous nous rendons à Piriapolis. Le bruit d’oiseau réapparaît, ce qui tendrait à prouver que Land Rover n’apprécie pas Toyota… La petite ville, station balnéaire hors saison est très peu animée, les restaurants sont presque tous fermés. Nous laissons le camion dans une station-service pour un lavage bien nécessaire et partons à la recherche d’un restaurant… Nous passons dans un supermarché compléter nos victuailles pour les derniers repas puis nous déjeunons dans un des rares établissements ouverts. Nous partageons une escalope milanaise sèche et un chivito, sorte de hamburger uruguayen, une tranche de viande, une de jambon, un œuf à cheval et des frites, rien de bien génial dans tout cela, mais la bière, argentine, est bonne. Retour au campement. Nous profitons de très timides rayons de soleil pour mettre à sécher la dernière lessive puis nous commençons à préparer les sacs en triant vêtements, produits de beauté et médicaments. Nous réservons un hôtel à Colonia de Sacramento, dans le centre historique. Nous finissons la bouteille de pisco sour avant de dîner de nos dernières provisions.

Jeudi 27 juillet : Réveil de plus en plus tardif ! Le soleil est de retour. Aussitôt debout, je vais lancer une lessive d’un duvet. Toute la matinée nous faisons des lessives, trions nos affaires, rangeons le camion. Après déjeuner c’est le grand nettoyage de l’intérieur du camion, chacun son tour en alternance avec lecture dans les fauteuils au soleil. Quand nous en avons terminé, nous allons faire un tour à la plage toute proche. Une belle et longue plage où les pêcheurs ont planté leurs cannes.

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Retour au camion. Nous nous offrons un dernier apéritif sous le prétexte de finir le jus d’orange puis nous allons dîner en compagnie de Heinz et Silvia. Au menu : salade, puis petite portion de poulet (!) Stroganov et cake, arrosé d’une honnête bouteille cépage Tanat, uruguayen. Nous réglons nos comptes, y compris deux mois de gardiennage, passé à 55 $ par mois, belle inflation !

 

Vendredi 28 juillet : Nous nous levons avec le jour puis ce sont les derniers préparatifs, le bouclage des sacs et la fermeture du camion. Heinz nous emmène à l’arrêt du bus, au péage de la grande route. Un bus de la compagnie COT passe sans s’arrêter au grand émoi de Marie mais un second, le bon, arrive et s’arrête. Nos places sont bien réservées… Nous traversons des stations balnéaires et des villages qui laisseraient croire que l’Uruguay est un pays où tous appartiennent aux classes moyennes, pas de baraques, de bidonvilles mais des villas coquettes, soignées. L’impression se confirme dans la traversée de Montevideo, parcs, larges avenues, immeubles ou maisons récentes et une population européenne. Nous descendons au terminal des bus de Tres Cruces. Un grand hall très animé avec le siège de toutes les compagnies de transport. Je réserve pour Colonia dimanche puis je vais tirer des pesos. Nous allons prendre un taxi qui traverse la ville en nous laissant apercevoir la mer ou plutôt le Rio de la Plata et le port d’où aurait pu partir le camion… Nous coupons la place de l’Indépendance et nous sommes déposés devant l’Hôtel Palacio. Nous y avons une chambre au dernier étage pourvue d’une très agréable terrasse avec vue sur les toits de la ville et la mer. L’hôtel est ancien mais nous y avons tout le confort souhaité. Nous déjeunons avec les sandwichs préparés sur la terrasse puis nous nous octroyons une petite sieste. Nous ressortons pour une découverte de la ville. Nous allons voir la place avec ses palmiers, son demi (quart ?) Empire State Building et sa statue équestre d’un illustre inconnu.

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Nous suivons la rue piétonne qui me donne une bonne idée de Montevideo avec ses nombreuses librairies, ses étals de bijoux de pacotille, ses marchands de gravures d’artistes contemporains et ses musiciens de rue. Nombreux sont les hommes, plus rares les femmes, qui, la thermos d’eau chaude sous le bras, la paille métallique à la bouche, ne quittent pas leur « bol » à maté rempli d’une décoction verdâtre peu appétissante mais dont ils ont du mal à se passer.

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Depuis le sud du Brésil, nous avions retrouvé cette coutume argentine. Nous atteignons la Place de la Constitution où la cathédrale ne déparerait pas en Europe mais certainement au Pérou ou en Colombie ! Une autre place entre immeubles haussmanniens ou maisons basses du XIX° siècle identiques à celles de Santiago ou de toute autre ville du sud du cône sud-américain. Nous atteignons l’ancien marché du port devenu depuis belle lurette un lieu de la gastronomie uruguayenne et où nous avons bien l’intention de dîner. Nous commençons par nous reposer sur un banc puis nous pénétrons dans la halle. Des rôtisseries proposent des grillades sur des feux de bois mais nous sommes vite saisis d’un doute et, renseignement pris, nous découvrons que tous ferment à six heures ! Pas question de nous régaler d’une parillada ! Fatigués, nous revenons lentement vers l’hôtel, presque tous les commerces sont fermés et nous commençons à nous demander où nous allons bien pouvoir dîner ! Mais nous trouvons dans les environs proches de l’hôtel des bars et des restaurants qui devraient ouvrir plus tard. Nous rentrons à la chambre, réservons une chambre à Buenos Aires puis ressortons dîner au Solis, un restaurant où nous commandons, à des prix quasi français des portions, très généreuses, de viande. Une soi-disant entrecôte pour Marie, en réalité un énorme pavé de bœuf Angus qu’elle a demandé vuelta-vuelta, saignant et qui vue l’épaisseur arrive dans l’assiette presque cru à cœur. Je me régale d’un asado de tira, très goûteux, surtout autour des os. Marie est mécontente de son plat et le manifeste… Retour à la chambre profiter de TV5 Monde, toujours aussi peu intéressant !

 

Samedi 29 juillet : Nous n’avons aucune raison de nous presser, aussi ce n’est qu’après neuf heures et demie que nous quittons l’hôtel. Les rues sont désertes ! Nous trouvons un café où nous pouvons nous faire servir un thé et des pâtisseries en guise de petit déjeuner. Nous sommes les premiers visiteurs du Musée Torres Garcia, un peintre uruguayen que nous avions oublié. Ses œuvres sont exposées sur trois étages, le quatrième est réservé aux expositions temporaires, en ce moment deux artistes dont nous ne retiendrons pas les noms… Seule la salle avec des dessins et des toiles des années 1920/30 me paraît intéressante, notamment des portraits de ses enfants, pleins de sentiments.

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Théoricien de la peinture, il a appliqué ses idées, sa théorie constructiviste, à des œuvres sans émotion, la géométrie venant au secours de l’inspiration.

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Le nombre d’or lui offre la possibilité de réaliser des portraits de peintres célèbres, d’écrivains, etc… originaux par leurs déformations optiques. La visite a été rapide, la salle unique à chaque étage étant de dimensions réduites. Nous partons en promenade en direction de la ville nouvelle, de l’autre côté de la place de l’Indépendance. Quelques immeubles d’inspiration européenne du XIX° siècle, à la décoration surchargée, sont éparpillés de long de l’avenue du 18 Julio.

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Nous pourrions être dans n’importe quelle ville du monde occidental, nous y retrouvons les mêmes boutiques de mode, plus un grand nombre d’officines de change. Nous faisons halte sur des places, en espérant à chaque fois y voir quelques danseurs de tango mais la fraîcheur n’a pas incité les amateurs à s’y risquer. Nous allons déjeuner dans un café, le Rafael, aux portions toujours aussi généreuses. Si mes deux côtes de porc, trop sèches, ne m’enthousiasment guère, Marie se régale de son chivito à la viande tendre, avec salade, tomates, olives, bacon, jambon, œuf et fromage fondu ! Et toujours de la bière vendue en bouteilles d’un litre ! Nous revenons sur nos pas pour explorer les possibilités en termes de souvenirs, d’un magasin où nous ne trouvons qu’un bracelet pour Julie. Marie commence à peiner et se traîne à l’ancien marché de l’Abundancia où nous avions dîné et admiré des danseurs de tango, dix ans plus tôt. On peut toujours y dîner et une école de tango occupe un espace mais il n’y aura pas de tango ce samedi soir ! Très déçus, conscients que nous aurions dû permuter les deux programmes, et Marie trop fatiguée pour continuer de marcher, nous rentrons à l’hôtel en taxi. Nous avons un appel des Tardieu avec qui nous échangeons par video puis, je fais une sieste. Nous n’avons pas très envie de ressortir pour aller dîner, trop de viande et de frites ces derniers temps ! Après avoir envisagé de nous passer de repas, je vais tout de même à la superette du coin, remarquablement bien pourvue en charcuterie appétissante et en reviens avec de la mortadelle, du salami, une baguette et une bière. Nous pique-niquons en regardant un film de et avec Julie Delpy.

 

Dimanche 30 juillet : Marie dans de bonnes dispositions et moi d’en d’aussi bonnes, le réveil est des plus agréable ! Il fait à peine jour, le ciel est uniformément gris et la pluie est dans l’air. Nous réglons la chambre, abandonnons les sacs à la réception et allons à la recherche d’un petit déjeuner. On pourrait croire qu’une guerre nucléaire a anéanti Montevideo, tout, absolument tous les commerces sont fermés et toute trace de vie est absente. Nous récupérons nos bagages, sautons dans un taxi et filons à la gare routière. Là, nous pouvons nous faire servir un vrai desayuno avec thé, jus d’orange trop sucré, croissants trop sucrés, toasts pas sucrés, étonnant ! Je vais tirer des pesos puis acheter le billet de bateau pour la traversée de mardi à Buenos Aires. Nous patientons jusqu’à onze heures avant de passer sur le quai d’embarquement. Nous partons à l’heure. Le bus est plein mais continue de prendre des passagers qui vont devoir rester debout. Les vitres se couvrent vite de buée et c’est à peine si nous apercevons, dans la grisaille, une campagne triste. Nous mettons trois heures pour arriver à Colonia del Sacramento où nous débarquons dans le froid, cueillis par un vent glacial. Nous prenons le seul taxi présent qui, pour un petit parcours, nous demande presque aussi cher que celui de ce matin pour traverser Montevideo ! L’hôtel Los Pinos est à la limite du quartier ancien, nous y avons une chambre chaulée, confortable mais petite. Nous nous installons, hésitons à ressortir dans le froid et ne nous décidons que dans la perspective de nous trouver un restaurant pour ce soir. La venue de nombreux touristes argentins explique le nombre de boutiques d’artisanat, de bars et de restaurants. La ville ancienne aux rues pavées, ne doit pas manquer de charme mais dans le froid elle se parcourt le nez dans le col relevé de la veste et les mains dans les poches ! Nous repérons quelques restaurants appétissants mais sans grande originalité, parillada certes mais guère de poisson ou de fruits de mer. Nous rentrons nous remettre au chaud à la chambre. Nous relisons le blog et je commence à le mettre en ligne avant d’affronter le vent et le froid pour aller dîner au Pulperia de los Faroles, un sympathique restaurant qui a la bonne idée de proposer des demi portions de lomo, largement suffisantes. Après un assortiment de beignets de moules, crevettes, calamars et poisson où l’on sent plus l’enrobage que l’enrobé, nous nous régalons de demi lomos, l’un en stroganov l’autre censé être au poivre, d’une viande excellente comme nous aimerions en avoir plus souvent en France, le tout arrosé d’un tannat uruguayen.

 

Lundi 31 juillet : Curieuse nuit ! J’avais l’impression, de mon côté, d’être à la base d’une bosse qu’il me fallait escalader pour retrouver Marie de l’autre côté, sans jamais y parvenir, véritable Sisyphe alors qu’elle, elle se pensait dans un creux… La literie est à revoir à Los Pinos ! Il fait toujours aussi gris, froid, humide à Colonia et c’est sans grand espoir d’une amélioration climatique qu’après un copieux, et tardif, petit déjeuner, nous partons nous promener dans la vieille ville. Pas très étendue, quelques rues pavées et des maisons plus ou moins anciennes, simples constructions sans étage et sans beaucoup de caractère.

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Le quartier, coincé à l’extrémité de la péninsule, est une de ces cités qui voient affluer les touristes en mal de racines. Les commerçants ont, ici aussi, saisi l’opportunité d’ouvrir des boutiques réservées à une élite fortunée, boutiques de luxe où l’on vend, cher, des produits estampillés « fait main en Uruguay » et des restaurants à l’ambiance feutrée dans des murs laissés nus. Nous nous promenons donc entre boutiques et menus, tentant de saisir le charme de ces murs antiques, colorés pour certains ou couverts de bougainvillées, mais le froid et la grisaille ne nous facilitent pas la visite.

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Nous terminons par le marché artisanal particulièrement minable, ramassis de tricots de mauvaise qualité et de souvenirs mièvres. Nous déjeunons dans une brasserie proche de l’hôtel, saucisse grillée et salade russe mais avec un litre de bière ! Sieste à l’hôtel puis nous ressortons faire la tournée des boutiques pour les cadeaux… Nous revenons à la chambre quand il commence à pleuvoir et que la nuit tombe. Nous allons dîner au Barrio Viejo, un restaurant de la vieille ville, face à l’église, qui tentait Marie. Il faut encore marcher dans le froid, je me serais bien contenté du restaurant turc, plus proche ! Cela commence bien avec des crevettes panées, fermes et pas trop de panure mais le lomo, que nous avons bien précisé « vuelta vuelta », nous arrive partagé en deux, incisé et bien trop cuit ! Nous repartons nous coucher, mécontents !


Mardi 1er août : Je me réveille avec mal à la gorge, le nez qui coule ! Le temps est toujours aussi réjouissant et aucun espoir de voir un petit rayon de soleil améliorer les choses. Après le petit déjeuner, nous remontons à la chambre avant de l’abandonner à onze heures. Nous allons tout de même nous promener, une fois de plus dans la vieille ville puis nous cherchons où déjeuner mais aucun établissement ne nous tente et nous finissons par acheter du salami, de la bondiola (que nous appellerions coppa…), du pain et une bouteille d’eau qui vont constituer notre repas. Nous nous asseyons sur un banc du parc et dégustons cette excellente charcuterie comme un couple de SDF, en compagnie de perroquets verts qui ne cessent de se chamailler dans les palmiers. Je m’attends à ce qu’un passant, pris de compassion, nous donne quelques pièces mais ils doivent avoir des oursins dans les poches ! Retour à l’hôtel, frigorifiés, où nous restons assis sur une chaise jusqu’à deux heures passées. Le réceptionniste nous appelle un taxi et nous débarquons au moderne terminal maritime. Contrairement à mes craintes, je n’ai pas à porter les sacs, des chariots sont à notre disposition et les bagages sont ensuite enregistrés avant que nous ne passions rapidement les formalités de sortie de l’Uruguay, mais aussi d’entrée en Argentine. Courte attente en salle d’embarquement puis nous montons à bord d’un grand ferry, loin d’être entièrement occupé. La traversée du Rio de la Plata et l’arrivée à Buenos Aires prennent un peu plus d’une heure. Nous récupérons les sacs et après avoir tiré des pesos argentins, un taxi, aussi voleur que ceux de Colonia, nous dépose en plein centre de la ville. Nous avons juste eu le temps d’apercevoir l’obélisque et le Teatro Colon.

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Le El Cabildo, l’hôtel où nous avons réservé, se trouve dans la rue Lavalle qui est piétonne. La chambre est sans fenêtre et nous devons payer un supplément pour en avoir une autre donnant sur la rue piétonne. Pas de télévision avec TV5 Monde ! Une fois nos déménagements terminés nous ressortons à la recherche d’un restaurant. Ce n’est pas ce qui manque dans la rue piétonne. Tous proposent dans des salles immenses, des cartes identiques que des rabatteurs tentent de rendre alléchantes. Nous nous décidons pour El Gaucho à cause de sa salle plus sympathique et vaguement décorée « traditionnelle ». Nous commandons une parrillada à laquelle nous ajoutons une portion de bondiola de cerdo. Ce n’est pas une réussite ! L’asado de tira est dur, le poulet et le porc desséchés, le boudin avec trop d’oignons et les frites pas cuites… Seule la bouteille de Malbec nous console… En sortant, nous allons à la recherche de la Confiteria Ideal, une milonga, raison de notre choix de l’hôtel dans ce quartier. Nous ne la trouvons pas et en nous renseignant, nous apprenons qu’elle est fermée pour rénovation pour cinq mois !!! Nous sommes décidément maudits ! Retour à la  chambre.

 

Mercredi 2 août : Pas très bien dormi, trop mangé hier soir et la digestion est difficile. Pendant que Marie se prépare, je vais à la Confiteria Ideal pour m’assurer qu’elle est bien en rénovation, ce qui est le cas… Je continue en suivant la rue piétonne Florida, véritable cañon urbain entre les falaises des immeubles haussmanniens anciens, ou modernes en verre et béton.

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Je trouve un kiosque d’information touristique où on me donne un plan de la ville, ceux du Petit Futé étant décidément inutilisables, et on m’indique une milonga populaire. Je reviens à l’hôtel en m’étonnant du nombre de SDF qui dorment dans une couverture devant les vitrines des magasins. Nous allons prendre le petit déjeuner dans un café proche avec un bon de l’hôtel qui ne nous donne pas droit au beurre et à la confiture avec les croissants ! Nous suivons ensemble la rue Florida, le soleil est apparu et commence tout doucement à réchauffer les immeubles et les trottoirs à défaut des passants. Nous cherchions le marché d’artisanat, toujours pour les mêmes raisons, proche de la Manzana de Las Cruces, un ancien cloître. Il n’y a que quelques étals à même le sol de colifichets, de breloques et de bonnets tricotés main ! Nous allons voir le cloître, censé abriter des antiquaires, en fait quelques brocanteurs dignes d’un marché aux puces. Nous sommes près de la Plaza de Mayo où nous pensions nous rendre demain pour constater si les grands-mères des disparus du temps de la dictature y sont toujours présentes le jeudi. Des banderoles déployées et un grand nombre de manifestants nous incitent à y aller voir de plus près. Des tentes sont en train d’être montées, les chaînes de télévision sont présentes et le Palais du Gouvernement, la Casa Rosada, est protégé par des grilles derrière lesquelles des policiers en tenue anti-émeute montent la garde. La foule présente est bon enfant, beaucoup de femmes avec leurs bébés campent sur les pelouses.

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Puis nous allons prendre le métro pour nous rapprocher des Galerias Pacifico. Nous devons changer de ligne, et pour cela monter et descendre des escaliers, comme à Paris, dans ce métro pas très moderne. Au sortir, nous avons encore beaucoup à marcher et nous commençons à être fatigués. Nous allons déjeuner dans une pizzeria, sandwich et beignets de calamars, avant de reprendre notre chemin jusqu’à l’immeuble formé de galeries couvertes sur trois étages. Nous parcourons les quelques salles du Centre Culturel Borgès qui exposent des artistes divers, photographes ou peintres puis nous parcourons les allées marchandes, sous les verrières, où ne se trouvent que des commerces de luxe.

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Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose à la milonga « Nacional » sise dans l’ancien siège d’une association patriotique italienne. Des plaques de bronze de 1936 évoquent une Italie renaissante, forte, etc… Au premier étage, dans un grand salon, évoluent des couples du 3°, 4° et peut-être même 5° âge, sur des airs de tango. Nous nous installons à une des tables autour de la piste. Sur une musique enregistrée, dames fardées et messieurs chenus enchaînent les pas de danse sophistiqués. C’est à la fois beau et triste à pleurer. Beau de voir ces personnes encore possédées par l’envie de danser et triste de constater l’état de délabrement des corps. Il ne faut regarder que les pieds, admirer les heures de travail que représentent ces entrechats où les dames multiplient les ronds de jambe. Truffaut ne fait-il pas dire à Charles Denner : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie ». Le tango est une danse sensuelle mais ici la décence n’a rien à craindre, ce sont les estomacs qui s’épousent…

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Quelques femmes ont conservé une silhouette jeune, mince, mais les visages trahissent les années envolées. Quelques messieurs ont les cheveux teints, gominés, parfois un sonotone trop apparent leur permet de suivre le rythme. Beaucoup portent une chemise noire, ombre de Mussolini, de Péron ? Nous y restons deux bonnes heures puis nous nous éclipsons, remerciés pour notre venue par quelques-uns ! Retour à l’hôtel en taxi puis, après une heure de repos à la chambre, nous allons dîner dans l’immense salle froide d’un restaurant. Escalope au marsala et mini lomo avec l’inévitable litre de bière (ce midi, une bouteille de 650 ml a été juste !).

 

Jeudi 3 août : Nous partons avec le Subte, le métro porteño jusqu’à la plus proche station du quartier San Telmo. Nous remontons une longue rue avant d’arriver au marché couvert. Si on y vend encore des fruits et des légumes, ce sont surtout des stands d’antiquaires qui y sont installés. Tout le quartier est celui des antiquaires, brocanteurs et autres puces. Tous ne sont pas ouverts, loin de là. C’est, comme à Saint Ouen, surtout le dimanche que la foule afflue pour chiner. Nous examinons quelques stands mais sans trouver rien d’intéressant, leurs antiquités ne remontent pas loin et sont évidemment européennes. Nous allons voir la plus petite maison, du moins en largeur, 2,4 mètres, de la place pour une porte au rez de chaussée et une fenêtre à l’étage ! Nous nous mettons en quête d’un restaurant mais tous affichent exactement les mêmes cartes et nous sommes las des steaks-patates même quand la viande est particulièrement tendre et les pizzas ne nous tentent pas. Nous aboutissons à la place où, le dimanche, se tient un marché artisanal et de brocante. Aujourd’hui les cafés des alentours ont installé des tables et des chaises et comme d’autres touristes, nous profitons, attablés, du soleil. Un couple de danseurs en grande tenue, costume trois pièces pour lui, jupe haut fendue sur la cuisse et chaussures à talons pour elle, danse des airs de tango à la terrasse du café en contrebas. Marie en oublie ses beignets de calamars et je dois renvoyer mes tranches de porc à la moutarde recouvertes de fromage ! Un autre couple, plus démonstratif se produit à son tour. De beaux danseurs, très professionnels mais infiniment plus agréables à regarder (et à envier !) que ceux de la veille.

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Nous continuons notre promenade pour d’autres cours et patios qu’occupent des échoppes de brocanteurs avant de revenir devant l’église du quartier avec ses deux tours en partie couvertes d’azulejos. Nous reprenons place sur un muret au soleil pour admirer les entrechats du premier couple, tout aussi élégant que l’autre mais moins acrobatique.

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Nous revenons prendre le métro et regagnons notre chambre. Je dois ressortir pour aller acheter deux CD de tango puis des alfajores, confiseries et de la charcuterie pour notre dîner de ce soir à la chambre. Marie s’aperçoit que la boîte d’alfajores est périmée, je dois la rapporter et l’échanger pour une plus récente.

 

Vendredi 4 août : Je me réveille toujours aussi ensuqué, le nez bouché et la tête lourde, mais en bougeant cela passe un peu dans la journée. Après le petit déjeuner avec les inévitables mais bons croissants, nous partons en taxi pour la Plaza Francia où d’après notre guide, se tient une foire artisanale que Marie, toujours en quête de « souvenirs » ne veut pas rater. Hélas, contrairement aux informations du Petit Futé, le marché n’a lieu qu’en fin de semaine et pas le vendredi ! Nous allons tout de même revoir la jolie petite église de Notre Dame du Pilar avec de beaux retables semblables mais pas tout à fait identiques sur les côtés.

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Nous reprenons un autre taxi conduit par une dame qui a étudié le français pendant cinq ans et qui n’en a rien retenu ! Nous nous faisons déposer à La Boca, le quartier du port autrefois habité par les immigrants italiens et haut-lieu du tango. C’était déjà un incontournable touristique il y a dix ans, c’est évidemment encore pire aujourd’hui. Des stands de babioles occupent la rue principale et les cafés où des démonstrations de tango ont lieu sont étouffés par les boutiques et les réclames. Le pape, argentin, est une idole que l’on retrouve en statue à tous les coins de rues ou aux balcons des maisons. L’autre grande attraction de la Boca ce sont ses maisons de bois aux murs couverts de tôles ondulées peintes de couleurs vives et variées car, dit-on, réalisées avec des fonds de pots. Il reste quelques beaux ensembles sans doute ripolinés à dates régulières.

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Nous faisons le tour du pâté de maisons, invités par les rabatteurs à déjeuner dans les gargotes qui pullulent, sans manquer de visiter chaque boutique… Cette quête qui aurait pu être terminée en moins d’une heure puisque des cadeaux possibles ont été rapidement repérés, va durer plusieurs heures, Marie ne parvenant pas à se décider… Nous déjeunons à la terrasse de l’un des deux cafés où se produisent des danseurs. Deux bons guitaristes qui auraient pu connaître Carlos Gardel accompagnent un couple qui n’a pas l’heur de plaire à Marie, elle a une robe noire et lui, sacrilège, un costume bleu !

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Les airs et donc les danses ne sont pas tous des tangos et pour plaire à la clientèle, préalablement questionnée sur ses origines, beaucoup de Brésiliens, des airs de leur pays sont joués. Ce côté « tourisme à l’américaine », nous déçoit, La Boca c’est la butte Montmartre avec Carlos Gardel en lieu et place de Toulouse-Lautrec !  Nous poursuivons notre recherche qui finit par aboutir ! Nous allons nous promener sur les bords de la darse envasée et puante. Nous nous approchons de l’ancien pont transbordeur qui a vu passer les bateaux d’immigrants puis, faute de taxi, nous revenons en chercher un à l’entrée de la zone touristique et nous nous faisons ramener à l’hôtel. Je ressors pour aller tirer les derniers pesos pour dîner ce soir et payer le taxi demain. Nous allons dîner à l’Acapulco le dernier des restaurants proches de l’hôtel. Nous commandons pour notre dernier soir une parrillada pour deux. Pas une réussite ! Uniquement des morceaux d’asado de tira comme viande, du poulet gardé au chaud depuis des lustres et si sec qu’il en est immangeable, une saucisse, un boudin (mon repas de midi !) et des quantités de rognons et d’intestins auxquels nous ne touchons pas. Seul le malbec trouve grâce à nos yeux.

 

Samedi 5 août : Nous nous levons un peu plus tard que prévu, néanmoins nous sommes prêts en temps et les sacs terminés, nous allons prendre le petit déjeuner. A peine de retour à la chambre, la navette de l’hôtel est là et nous emmène. Nous traversons une banlieue de Buenos Aires sans caractère et après un long parcours sur l’autoroute nous parvenons à l’aéroport. L’enregistrement est réalisé facilement et bien que notre demande se soit perdue, nous obtenons que Marie bénéficie d’un fauteuil roulant. Heureusement car il y a foule aux contrôles et de longs couloirs à parcourir avant d’arriver en salle d’embarquement. Nous patientons en mangeant nos rondelles de saucisson puis embarquons en temps. L’avion est rempli et après l’envol nous commençons à regarder des films : « la famille Bélier », « 4 mariages et un enterrement ». Un repas, sans apéritif, est servi, moins pire que nous ne le craignions… Encore un film au titre aussi vite oublié que le film lui-même puis la nuit étant tombée, je tente de dormir…

 

Dimanche 6 août : Pas question de dormir sur ces sièges trop inconfortables ! Les heures passent, un rapide et maigre petit déjeuner, avec un mini-sandwich au fromage, nous est servi et enfin nous nous posons à Madrid. Il est six heures et il fait encore nuit. Marie bénéficie d’un acheminement compliqué avec transfert dans des camions avec plate-forme élévatrice et fauteuils roulants. Nous accédons au dernier avion, plus petit et après une heure et demie de vol, nous nous posons à Marseille. Nous récupérons les bagages et René est venu nous chercher.

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