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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 18:59

MAURITANIE - SENEGAL 

 

AUTOMNE 2008

 

Jeudi 16 octobre : Nous nous sommes réveillés sur l’aire d’autoroute, à la station service entre Marseille et Martigues où nous nous sommes  arrêtés à deux heures du matin, en sortant de chez les Fantino. Nous avons quitté Toulon hier à midi, après avoir fini de charger notre tout nouveau, tout beau camping car, une cellule sur une Land Rover ! Réglisse nous a regardés partir, sans savoir combien de temps elle allait nous attendre… Nous sommes d’abord allés à Martigues, chez le constructeur du camping car pour qu’il nous change une serrure défaillante. Nous y avons constaté des flaques d’eau dans les coffres qui ont imbibé tous les emballages cartonnés de riz, pâtes etc… Ils ont cherché des fuites, remastiqué des joints, resserré des colliers et nous sommes repartis à Marseille pour dîner chez les Fantino avec un couple de leurs amis. Nous constatons encore la présence de grosses gouttes d’eau mais je suis de plus en plus persuadé qu’il s’agit d’eau de condensation. Nous ne retournons pas à l’atelier, nous verrons par la suite ce qu’il en est. Cette fois, les choses sérieuses commencent et nous allons devoir avaler des kilomètres pour atteindre la Mauritanie ! Nous roulons donc, enveloppés dans un épais brouillard autour de Arles puis le soleil revient. Je commence à me sentir en confiance au volant de la Land mais je ne dépasse pas le 110 km/h. Nous arrêtons à Narbonne pour déjeuner, il était temps, je commençais à fermer les yeux ! Nous appelons Julie pour un dernier coucou avant la frontière espagnole. Je me fais peur dans l’après midi en m’apercevant brusquement que je viens de fermer les yeux une fraction de seconde ! J’arrête à la hauteur de Barcelone pour un plein de gasoil, un peu moins cher qu’en France. Nous traversons la Catalogne, en échappant aux hijackers annoncés par Giraud, effrayant ainsi Marie…Nous arrêtons pour la nuit sur une aire d’autoroute, peu avant Zaragoza.

 

Vendredi 17 octobre : Une bonne nuit réparatrice, (Dix heures de sommeil !), et nous continuons notre descente vers Algéciras. Peu avant Zaragoza, nous payons cher un péage (le dernier de la journée), le préposé me pose une question qu’à ma grande honte, dans l’immédiat, je ne comprends pas. Plus tard je devine qu’il s’est étonné que nous ayons passé la nuit sur l’autoroute, raison possible de ce tarif. Après Zaragoza nous traversons un inquiétant champ d’éoliennes dont les pales brassent sans conviction un air qui ne demandait rien. Les grandes silhouettes noires découpées à la forme de taureaux pourvus de tous les attributs d’un honnête taureau, perchées sur des tertres, qui se découpent sur un ciel immuablement gris, et la toujours surprenante aridité de la meseta aragonaise, nous assurent que nous sommes bien en Espagne ! Nous arrêtons à l’entrée de l’agglomération madrilène, le long d’une rue, faute de parking, pour déjeuner. Ensuite le contournement se fait sans trop de difficultés bien que la densité du trafic provoque quelques ralentissements. Personne ne respecte les limitations de vitesse et la maréchaussée est des plus discrètes. Nous poursuivons en direction de Cordoue sur l’autoroute gratuite. Premiers oliviers puis nous entrons en Andalousie. Encore un plein de gasoil et nous commençons à chercher un parking pour la nuit, sur une aire de service. Nous trouvons l’oiseau rare peu avant Cordoue. Repos et étude de la suite du trajet pour aller embarquer vers le Maroc. Je dois organiser une grande chasse aux mouches qui ont eu l’outrecuidance de s’engouffrer dans la cellule, le temps d’en ouvrir la porte. Un camion tout proche fait tourner son moteur tous les quarts d’heure pour faire fonctionner la réfrigération. Son départ alors que nous nous couchons et l’hécatombe des mouches nous permettent de passer une nuit tranquille.

 

Samedi 18 octobre : Nous repartons sous un crachin qui ne nous quittera pas en Espagne. Nous passons Séville, la proximité de Cadix m’évoque bien des souvenirs du voyage avec Julie. Encore des éoliennes très paresseuses, elles semblent manquer d’énergie, un comble pour des éoliennes ! Une portion d’autoroute payante puis une dernière portion gratuite pour traverser les collines d’Andalousie et nous sommes à Algéciras. Suivant les conseils d’autres voyageurs piochés sur Internet, nous nous rendons dans une agence de voyage qui nous vend des billets pour Ceuta à un prix qui me paraît honnête. Nous devons nous précipiter au port et embarquons aussitôt sur un ferry presque vide. Nous quittons la vieille Europe, en longeant le rocher de Gibraltar couronné par les nuages. Une demi-heure plus tard la côte africaine nous accueille. Nous débarquons, tentons de nous garer près d’un supermarché; faute d’emplacement libre, nous allons stationner le temps de déjeuner, à l’heure espagnole cette fois, dans une avenue. Le passage de la frontière, un rébarbatif ensemble de barbelés et de corridors encagés pour les piétons, se fait sans trop de perte de temps, les inscriptions en tifinagh sur la coque de la cellule amusent le douanier. Nous changeons aussitôt de monde. Des taxis très fatigués attendent les passagers, un petit souq rassemble les badauds, gendarmes et douaniers font semblant de réguler les trafics. Nous prenons la route directe pour Tanger, au tracé vertigineux mais large, trop pour les conducteurs qui préfèrent couper les virages dans la file la plus à gauche. Le paysage de montagnes et la vue sur la mer, le détroit et la côte espagnole si proche ne manquent pas de grandeur. Les contrôles de gendarmerie sont nombreux mais nous y échappons. Des « parvenus » se font construire sur les collines, des « palais », en béton, vaguement mauresque, très colorés… Nous retrouvons les Rifaines et leurs grands chapeaux de paille, accroupies, telles des poules sur le bord de la route pour vendre quelques légumes. Nous traversons les faubourgs de Tanger, des successions d’immeubles puis nous suivons le bord de mer jusqu’au port. Je vais changer quelques euros puis nous nous lançons dans la traversée de la vieille ville avec la voiture. Nous débouchons sur la place du Grand Socco, continuons le long de la Kasbah et trouvons le camping. Une descente impressionnante nous amène au terrain. Peu de monde, des camping-cars, beaucoup de Français. Les sanitaires du camping sont sommaires. Nous nous installons, remettons les montres à l’heure, deux heures de moins et étudions le programme des visites de demain. Je m’installe sur une table dehors pour taper ce journal, visité par des chatons. La nuit tombe bien tôt et la fraîcheur nous chasse dans le camion.

 

Dimanche 19 octobre : Tous les chiens des alentours ont, toute la nuit, donné aubade à leurs belles… Agréable réveil, plus tôt que nous en avions l’habitude mais tout est question de fuseau horaire… Après les inévitables ablutions, nous pouvons nous mettre en route. Pour éviter la pénible remontée, nous sortons du terrain par le bas, nous devons marcher dans les immondices et des terrains en construction pour rejoindre la route d’où un « Petit Taxi » nous charge jusqu’au Grand Socco, une des places principales de la ville ancienne. C’est jour de marché, je prends des photos des Rifaines venues vendre radis et oignons, vêtues de leur jupe à rayures rouges, la fouta et bien sûr coiffées de leurs beaux chapeaux à pompons noirs. Nous passons ensuite sous une porte pour pénétrer dans la médina. Il est encore tôt et peu de commerces sont déjà ouverts. Les bijoutiers ne proposent que de l’or. Seuls quelques marchands de souvenirs ont des bijoux en argent de piètre qualité, certains ont des bracelets indiens, l’un d’eux ne sait pas ce qu’est une fibule ! Nous traînons dans les ruelles, quelques maisons anciennes ont eu de l’allure… Il y aurait beaucoup à restaurer… Après la place du Petit Socco, peu animée à cette heure mais qui doit être agréable avec ses terrasses de café, en soirée, nous passons devant la grande mosquée, interdite aux infidèles avant de sortir de la vieille cité et remonter la rue du Portugal en suivant ses remparts, dans lesquels des demeures cossues se sont incrustées. Nous traversons le marché dit des Pauvres, le classique bazar du tiers monde : chaussures et ferblanterie en plastique, quincaillerie chinoise. A l’étage, des tisserands s’obstinent à continuer de travailler sur d’antiques métiers pour la réalisation de jellabas en laine. Nous gravissons un escalier qui nous amène dans la ville moderne, immeubles de la période coloniale qui tentent de continuer à respirer l’opulence mais qui commencent à dater. La terrasse dite des Paresseux n’offre pas une aussi belle vue qu’annoncée : infrastructures portuaires et hangars. Nous allons déjeuner, pastilla et méchoui dans un de ces restaurants que nous aurions pu fréquenter il y a trente cinq ans : nappes à carreaux et décor de tableaux « typiques », pas de télévision. C’est correct à tout point de vue. Nous revenons vers le Grand Socco, traversons le beau jardin de la Mendoubia, planté de splendides et vénérables figuiers et remontons la rue pentue qui mène à la kasbah. Nous franchissons une porte pour longer les murs du palais du sultan, juste percés de petites fenêtres et  chaulé, comme presque toutes les maisons du quartier. Nous le contournons en longeant la muraille, une ouverture offre une vue sur le port et la côte espagnole. La place du mechouar est entourée de palais, hélas fermés et de remparts. Une porte permet tout de même d’accéder au musée de Dar el Makhzen, installé dans une aile du palais du sultan. Plus intéressant pour voir un ancien palais, patio avec colonnes de marbre, mosaïques de faïence, plafonds superbement ouvragés, que pour les objets présentés. Un petit jardin fleuri donne une idée du paradis musulman. Nous revenons à la porte en parcourant d’autres venelles bordées de maisons parfois en encorbellement. Un taxi nous ramène au camping et dans la descente nous allons voir la vue sur la petite plage voisine. Nous nous installons dehors mais nous regagnons vite, dès que la nuit tombe, notre intérieur douillet, enfin presque…

 

Lundi 20 octobre : Réveil un peu plus matinal. Pas d’eau chaude, la charge de la batterie n’a tenu que vingt-quatre heures ! Je suis de plus en plus déçu par cette cellule, trop de défauts qui ont déjà dû être signalés mais que Giraud a ignoré… Le remplissage des réservoirs d’eau est difficile, le tuyau a un trop gros diamètre pour l’ouverture et plus de la moitié coule à côté ! Enfin nous quittons le camping, un plein de gasoil à un prix à peine inférieur à celui de l’Espagne et nous empruntons la toute belle, toute neuve autoroute à péage pour Rabat que traversent d’imprudents piétons. La Gendarmerie Royale ne chôme pas et les radars sont tous de sortie mais je respecte scrupuleusement les limitations. Le ciel est clair mais brumeux, chargé d’humidité. Les couleurs du drapeau marocain se retrouvent dans la terre rouge et les cultures d’un vert profond. Des serres en plastique cachent des plantations dont nous ne saurons rien. Nous sortons de l’autoroute, longeons les haras royaux puis, nous nous perdons et contournons Rabat avant de retrouver une grande route qui nous amène dans le centre. Une fois les remparts et le Bou Regreg repérés, nous cherchons l’ambassade de Mauritanie. Après bien des demi-tours nous la demandons à l’entrée du Ministère des Affaires Etrangères. Un chaouch enfourne sa mobylette  et nous y conduit, loin du côté du quartier de l’Agdal. Le service des visas est encore ouvert, je peux déposer nos demandes, nous devrions récupérer les passeports demain. Nous déjeunons dans la rue, au calme puis Marie veut passer à l’Office du tourisme. Le trouver n’est pas une mince affaire, nous sommes embarqués à plusieurs reprises dans de longues avenues et quand nous y parvenons c’est pour découvrir des bureaux incapables de nous renseigner, ne sachant même pas si les campings existent et sont ouverts. Mais Marie a ses prospectus… Nous revenons dans le centre ville, retrouvons les remparts que je ne quitte plus jusqu’à ce que nous découvrions la superbe Kasbah des Oudaïa, enfermée dans ses remparts, séparée de la médina. Nous nous garons à l’entrée, aussitôt sollicités par le gardien puis par un guide auto-proclamé. Nous entrons dans la kasbah, une superbe petite ville préservée, en dehors de l’agitation et du bruit. Des Français, des Américains y ont acheté ou y louent des riads discrets, derrière de lourdes portes décorées, les murs extérieurs sont chaulés et leur partie inférieure est peinte dans un bleu plus proche du bleu Yves Klein que de celui de Sidi Bou Saïd. Nous parvenons à une esplanade qui surplombe une ancienne batterie et d’où nous apercevons la ville jumelle de Salé, de l’autre côté de l’embouchure ensablée du Bou Regreg. Hélas des travaux urbains sur l’autre rive détruisent une bonne partie du charme. Par des ruelles tortueuses et étroites, nous atteignons le musée installé dans un ancien pavillon royal, au fond d’un jardin fréquenté par de sages amoureux. Pas grand-chose dans ce musée qui se veut consacré aux bijoux mais n’en expose que peu et des bien ternis. Encore une fois, l’intérêt est surtout dans le lieu, le patio avec son bassin entouré de hautes arcades soutenant des poutres en bois de cèdre. Nous allons nous offrir le thé à la menthe et les indispensables cornes de gazelle au café maure qui domine l’embouchure du fleuve. Nous allons ensuite à la recherche des trésors que nous trouvions autrefois, chez un antiquaire à l’entrée de la médina. Plusieurs ébénistes-restaurateurs sévissent désormais dans ces antres du faux et du vernis. Nous suivons ensuite la rue des Consuls, la rue principale de la médina, nous pourrions être à Tunis, Istanbul ou au Caire, on y vend les mêmes horreurs internationales, des bijoux indiens ou ouzbeks, des portes dogons, etc.. Nous cherchons toujours cette fibule taouka qui manque à notre collection. Des marchands en ont transformé en broches ou en garde-pages ! Nous en trouvons tout de même mais elles valent une petite fortune. J’en ferai une jaunisse si nous ne pouvons pas en rapporter une ! Les personnes âgées parlent bien français mais les jeunes n’en ont plus que des bribes et peinent à s’exprimer. Nous sommes étonnés par le nombre de jeunes filles qui même lorsqu’elles sont habillées à l’occidentale, portent un foulard. Nous achevons, à la nuit tombée, notre tour dans la médina en revenant par des ruelles désertes que n’éclairent que de rares lampadaires, renforçant ainsi l’impression d’intemporalité. Nous retrouvons la voiture et décidons de dormir là, à l’entrée de la Kasbah des Oudaïa. Un gardien de nuit ne manque pas de venir nous imposer ses prestations. Après dîner, nous retournons nous promener dans la kasbah endormie. D’aimables personnes nous souhaitent le bonsoir ou la bienvenue. De la terrasse nous apercevons la tour Hassan et le mausolée de feu Mohamed V illuminés. Le café maure étant fermé nous rentrons nous coucher.

 

Mardi 21 octobre : La nuit a été calme jusqu’au matin où la circulation a commencé à se manifester. L’humidité dans l’air est très importante, on ne distingue plus la ville que dans un brouillard désagréable. Nous allons nous garer devant la tour Hassan, entourée des restes des colonnes de la gigantesque mosquée inachevée. Elle est plus belle que dans mon souvenir avec ses décorations sur les trois faces visibles. Nous rendons visite au mausolée, exubérance des arts traditionnels marocains sans la patine des ans. Nous nous trompons à plusieurs reprises dans notre recherche de la nécropole de Chellah, partant pour d’interminables trajets sur des avenues sans fin, avant de pouvoir faire demi-tour. Entourée de remparts ocre rouge, comme la médina ou la Kasbah des Oudaïa, elle enferme dans un jardin peu entretenu des marabouts, les ruines d’une mosquée mérinide avec un joli minaret et les restes d’une cité romaine. Nous nous promenons sur les sentiers entre hibiscus, bougainvillées et autres fleurs inconnues à larges clochettes blanches pendantes, très odorantes. Nous essayons d’identifier, au moyen de notre vieux guide Bleu, les édifices romains dont il reste bien peu. Nous repartons en direction de l’Agdal. Nous effectuons quelques courses dans un supermarché plus riche en produits manufacturés que frais puis nous nous garons devant l’ambassade de Mauritanie dans l’attente de la délivrance des visas. J’en profite pour mettre à jour mon journal et les photos. J’attends ensuite l’ouverture des bureaux du consulat en compagnie d’un « vieux » Français d’Afrique, d’une vénérable Hollandaise en route pour Le Cap par les moyens locaux de transport et de jeunes trafiquants marocains de voitures. Après plus dune demi-heure de retard, je récupère les passeports et nous quittons Rabat. Nous retrouvons l’autoroute, ce qui nous permet d’avancer à bonne moyenne. Nous passons Casablanca et continuons ainsi jusqu’à El Jadida. L’autoroute est balisée de policiers en grande tenue, tous les cinq cents mètres. Renseignement pris, Sa Majesté le Roi est attendu ce soir à El Jadida pour présider un festival du cheval. Nous apercevons un bon nombre de tentes caïdales dans l’enceinte de l’hippodrome et l’effervescence est à son paroxysme dans la ville. Les drapeaux sont partout sortis, les uniformes tous plus chamarrés les uns que les autres, l’excitation est grande. Nous traversons la ville et continuons alors que la nuit tombe en direction de Oualidia. Les vélos, mobylettes, piétons et même tracteurs sans le moindre éclairage ne facilitent pas la conduite… Je regrette un peu de rouler de nuit alors que nous longeons la mer mais j’ai aussi très envie de dîner de fruits de mer ce soir ! Arrivés à destination, nous retrouvons un Oualidia quelque peu différent… Des constructions nouvelles nous accueillent, des résidences sont sorties de terre, il s’y trouve même un piano–bar ! Nous trouvons le camping, des plus sommaires puis, je vais repérer les lieux. Le restaurant de L’Araignée Gourmande est proche. J’y reconnais le patron du restaurant dont j’avais gardé le souvenir lors de notre dernier passage avec Julie en 1989 ! Le début est satisfaisant : plats « cadeaux » de délicieuses clovisses, de crevettes et une salade, mais les oursins pas tous pleins, la langouste jugée trop cuite, la difficulté de dépiauter langouste et araignée de mer et le voisinage de Français « vulgaires » gâchent ainsi un repas de fruits de mer attendu, pourtant très copieux et bon marché. Nous revenons nous coucher.


 

Mercredi 22 octobre : Nous allons jeter un œil à l’extrémité de la route, désormais bordée de restaurants, de bars, d’agences de tourisme, on y trouve même des courts de tennis ! Nous ne retrouvons le paysage d’autrefois que là où la lagune communique avec la mer. La plage a conservé ses étendues de sable et de rochers déchiquetés, les barques des pêcheurs ajoutent une touche d’authenticité, la seule… Avant de repartir, nous retournons à « l’Hippocampe », le seul restaurant à l’époque, devenu chic et donc cher… Nous longeons la côte mais bientôt nous ne distinguons plus rien, la pluie et le brouillard nous dissimulent les falaises et les vagues. Nous traversons Safi dont la médina derrière des remparts que j’avais oubliés, est en réhabilitation et la ville semble plus intéressante que dans mon souvenir mais le temps ne nous incite pas à nous y promener. Que le Maroc est triste sous la pluie ! Les fermes semblent encore plus misérables et les jeunes hommes désoeuvrés n’ont, comme les gosses qui reviennent de l’école, que des morceaux de plastique pour s’abriter de la pluie, assis au précaire abri des murets des champs. Nous poursuivons par la route côtière après avoir traversé une zone d’abord de conserveries de poisson puis d’industries chimiques. Nous trouvons le camping d’Essaouira et nous y déjeunons. Je constate, dans la cellule, de nouvelles inondations dues incontestablement, cette fois, à la pluie. Je discute avec un camping-cariste et ne lui fais pas la réclame pour l’Azalaï. Je remplis les réservoirs d’eau puis après avoir mis à jour ce récit, nous allons nous garer le long des remparts. Les gardiens guettent le touriste et nous devons en passer par leurs exigences ! Nous entrons dans la vieille ville qui a encore beaucoup de charme mais elle est envahie de touristes et donc de boutiques pour… J’avais emporté le sac de linge sale, les délais et les tarifs de la laverie me le font rapporter à la voiture. Je change des dollars puis nous rendons visite à une boutique qui vend de beaux vieux bijoux en argent et l’inévitable se produit : nous en ressortons avec une nouvelle fibule… Ici aussi, je remarque un nombre inquiétant d’hommes barbus, en longue camisa, portant turban ou calotte. Nous continuons de nous balader dans les rues commerçantes, achetons « Le Monde », moins cher qu’en France ! Nous débouchons sur une vaste esplanade devant la mer, nous apercevons le bastion portugais mais la nuit est tombée et nous n’en voyons plus grand-chose. Nous retournons à la voiture et rentrons au camping après nous être acheté des « cornes de gazelle » pour le petit déjeuner.

 

Jeudi 23 octobre : Marie me réveille de bonne heure. Nous cherchons une autre laverie à Bab Doukkala mais là aussi, les délais sont trop longs et nous renonçons à nos projets de lavage à Essaouira. Avant de repartir, je retourne chez notre marchand de fibule pour échanger la nôtre dont j’ai remarqué un léger défaut, contre sa jumelle. Le marchand n’est pas là mais son remplaçant ne voit pas le tour de passe-passe et je repars avec la bonne. Je reviendrais avec plaisir passer quelques jours dans cette belle ville, à traîner dans ses ruelles et à goûter, le soir, un thé avec des pâtisseries, à la terrasse de l’un de ses nombreux et accueillants cafés. Nous prenons la route d’Agadir, la pluie est de nouveau au programme bien que moins forte. Nous sommes sur des collines couvertes d’arganiers et nous revoyons les chèvres qui les broutent en grimpant dans les branches. Leurs pâtres nous les indiquent dans l’espoir de nous voir nous arrêter pour les photographier. Des coopératives (?) féminines ou dites de commerce équitable (??) vendent des produits à base d’huile d’argan. Si dans les bourgs, des bâtiments administratifs ont été construits, les campagnes sont restées aussi pauvres. Les ânes continuent de constituer le moyen de transport le plus répandu avec les charrettes tirées par des chevaux étiques  et nous voyons encore des charrues primitives attelées à une paire d’ânes. Le temps s’améliore légèrement, les grains succèdent aux éclaircies, permettant de mieux distinguer les plages et les rouleaux de l’océan. Nous passons les inattendues et oubliées bananeraies le long de l’oued Aït Ameur. Nous quittons les arganiers pour une végétation de grosses touffes de buissons, au milieu des étendues sablonneuses. En approchant d’Agadir, nous découvrons des implantations de villas et des travaux d’infrastructures hôtelières ; des promenades en quad ou du matériel pour tous les sports d’eau, sont proposés et de nombreux surfeurs guettent la bonne vague. Nous traversons Agadir en passant par la plage, sans nous arrêter. La circulation à la sortie de la ville est intense et nous nous traînons jusqu’à ce que nous soyons sur la route de Tiznit. Nous déjeunons rapidement sur le bord de la route puis arrivons à la ville. Nous trouvons tout de suite le camping municipal, sous des remparts. Des murailles, il y en a partout et on ne sait jamais si on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la ville ancienne. Leur abondance confère à la cité un grand charme, même si désormais le goudron a remplacé les pistes de terre. Je vais aussitôt porter le linge à laver à une toute proche laverie. Nous écrivons des cartes postales puis repartons nous garer sur la place du méchouar. Nous attendons que la pluie se calme un peu pour aller au nouveau souq des bijoutiers. Quelques-uns ont des bijoux anciens et nous demandons à tous s’ils ont une fibule taouka mais nous ne trouvons pas notre bonheur même si d’autres me tenteraient assez… Nous attendons dans la voiture que la pluie se calme et quand le soleil revient, je pars à la recherche de la poste et de l’ancien souq aux bijoux. Un jeune dit connaître, m’entraîne du côté de la grande mosquée pour me montrer la coopérative de bijoux neufs avant de me dire que l’ancien souq est près du nouveau ! Je retourne à la voiture et j’emmène Marie voir de près la grande mosquée aux murs rouges, le minaret planté de longues perches de bois pour que les âmes des morts s’y accrochent, dit-on… A côté la Source Bleue est un infâme bassin d’eau croupie. Nous jetons un œil, par acquit de conscience, à la production de la coopérative, rien d’intéressant. Nous revenons dans le centre et rencontrons un couple de Français en Land Rover avec une cellule Azalaï. Nous discutons ensemble, ils n’ont pas nos problèmes de fuites d’eau puis nous rentrons au camping.

 

Vendredi 24 octobre : Le soleil est au rendez-vous ! Nous ne sommes pas pressés puisque nous ne devons récupérer le linge qu’à dix heures, en principe… Les occupants du camping me dépriment, que des retraités, dans de gros camping-cars, installés quasi à demeure, ils vont faire leurs emplettes au supermarché voisin, font leur popote et regardent la télévision française grâce à leur antenne parabolique… Une dame vient me parler des prothèses de genoux de son mari ! Nous nous sauvons… Nous aussi allons au supermarché, identique à celui de Rabat. Nous postons les cartes postales puis nous retournons nous garer au méchouar. Le marchand de fibules que nous devions voir est toujours fermé. Nous sommes sur le point de repartir quand surgit celui qui hier avait tenu à m’entraîner à sa coopérative de bijoutier. Il nous emmène voir un autre bijoutier, à l’ancien souq des bijoutiers, qui a des fibules taouka mais elles ne sont pas très belles, mal ressoudées. Nous passons récupérer le linge, repassé (!), et quittons Tiznit. Il ne pleuvra pas mais le ciel est en partie couvert. Les nouvelles agglomérations ne sont pas laides, les constructions respectent le style et la couleur rouge orangé de l’habitat traditionnel. La route est étroite, à peine deux voies, doubler les camions qui se traînent dans les montées, n’est pas toujours facile. Plus de cultures, plus de masures, pas un être vivant visible, nous roulons sur le plateau, dans un désert de sable et de cailloux. Nous traversons Bou Izakarn puis Goulimine, sans, bien entendu, rien reconnaître. Comme toutes ces villes qui se sont développées, on y entre par de larges avenues désertes, entre des rangées de bâtiments d’habitation identiques, avant d’atteindre un centre administratif moderne, plus animé. La route descend vers la plaine, les arganiers cèdent la place à des touffes d’épineux qui vont se faire de plus en plus rares en descendant vers le Sud. Le vent souffle de travers et ne nous quitte plus. Peu avant Tan Tan, je me fais arrêter par la Gendarmerie parce que je n’ai pas marqué l’arrêt à cent mètres avant le poste de gendarmerie, là où se trouvait le panneau ! Menacé d’une amende de quatre cents dirhams, j’y échappe grâce à ma qualité de touriste et à l’intervention d’un autre gendarme moins borné... Nous atteignons peu après Tan Tan Plage. Il ne reste rien de notre mythe, c’est devenu une station balnéaire en développement avec des restaurants (aucun ne propose de tagin au poisson…), des hôtels et plusieurs campings. J’y prends quelques photos à l’intention des Fantino et de Michèle. Nous rencontrons alors une famille avec deux filles en bas âge, partie pour trois ans dans une grande cellule sur une Land Rover. Nous causons voyage, bientôt rejoints par un autre couple de retraités. Nous les quittons pour avancer en direction de Tarfaya. La route longe les falaises impressionnantes qui tombent dans l’océan agité. Le ciel est menaçant mais il ne pleut pas, des flaques sur le bas-côté attestent de l’abondance des pluies récentes. Nous avons le soleil de face, la route est de plus en plus étroite et les camions sont encore relativement nombreux. J’aurais finalement préféré rester à Tan Tan Plage et repartir demain avec le soleil derrière nous, pour profiter des vues lors des traversés d’oued. L’oued Chebika avec sa lagune entre les falaises et sur fond de belles dunes aurait mérité plus de temps pour en approcher… Je ne vois plus rien avec le soleil couchant et je décide d’arrêter à la hauteur d’un contrôle de gendarmerie. Deux camping-cars de pêcheurs sont déjà installés là. Nous les rejoignons au bord de la falaise, sans trop en approcher… Je discute avec l’un d’eux, habitué des lieux, un vrai passionné de la gaule !

 

Samedi 25 octobre : Un vent furieux a, toute la nuit, tenté de nous chasser. Ses hurlements et le ressac nous ont dissimulé le bruit des camions. Je cause au matin avec le pêcheur et un de ses amis puis nous repartons, en luttant contre les bourrasques. La route reste au sommet des falaises, pas trop près du bord, dangereux surtout quand elle est en surplomb de l’océan. Peu après nous arrêtons entre la falaise et un très large trou dans le sol qui communique avec la mer. Nous y étions déjà passé, autrefois mais alors il n’y avait pas cette barrière, très laide, installée autour pour « la mise en valeur du site » dixit une pancarte ! Nous poursuivons, le pare-brise vite recouvert d’une pellicule de sel porté par les embruns et de sable, mélangés que les essuie-glaces ont bien du mal à nettoyer. Nous évitons Tarfaya, sans intérêt si ce n’est un musée Saint-Exupéry. Nous commençons à apercevoir de grandes et belles dunes à quelque distance, de plus petites tentent de recouvrir la route. Nous arrivons ainsi à El Aïoun, l’ancienne capitale du Sahara espagnol. Laide ville de garnison qui se développe mais sans le moindre attrait. Nous trouvons un cybercafé, pas de messages, personne ne nous a accusé réception de l’adresse du blog ! Nous achetons une kesra et des fruits et sortons de la ville. Encore un contrôle ! Il y en a à l’entrée et à la sortie de chaque agglomération, et à chaque fois, il faut remplir une fiche détaillée. Heureusement, prévenu, je les avais imprimées avant le départ et je les distribue généreusement… Nous déjeunons, toujours dans le vent, à tel point que nous ne soulevons pas le toit ! La route continue, s’éloigne de l’océan, dans un paysage rigoureusement plat, sans arbres, des cailloux et du sable !. Dakhla constituerait une trop longue étape, aussi je choisis d’arrêter à Boujdour, dans un camping récent, encore en bon état, avec des douches chaudes ! Nous arrosons cela avec un pastis glacé.

 

Dimanche 26 octobre : Le ciel est tout bleu, de rares flocons se hâtent de rattraper leurs congénères, partis pour le Nord . Nous continuons sur le plateau caillouteux qui vient se briser sur la falaise que la mer assaille et rogne. La route, toujours aussi étroite, suit de plus ou moins près le rebord, au gré de la fantaisie du géomètre qui l’a tracée… Une côte bien inhospitalière que découvrirent les premiers navigateurs, en dépit de portions de grèves de sable au pied des falaises, en de rares endroits. A mi-chemin, un café sert d’unique halte routière, une simple masure chaulée, avec un goût certain pour la décoration : pour faire « oasis » ; son propriétaire a peint sur le mur un palmier, bleu, seule couleur disponible… La monotonie du paysage est troublée par la traversée sur quelques brefs kilomètres d’une zone de montagnes, petites, tabulaires, avec traversée d’oueds sablonneux, évidemment à sec mais identifiables aux buissons reverdis et même à la présence d’une herbe rase. Parfois une suave odeur de charogne, sur une centaine de mètres, nous atteste la présence d’une invisible vie animale. Peu avant Dakhla, je respecte la limitation à soixante kilomètres /heure dans la traversée d’une « agglomération », des immeubles de deux étages inoccupés apparemment, puis je reprends de la vitesse. Les gendarmes m’attendent à la sortie d’un virage… Contravention de quatre cents dirhams qui se ramène à cent, en modifiant le motif qui devient « défaut de port de la ceinture de sécurité », en faisant valoir nos bons et loyaux services passés au service du royaume chérifien. Marie rage ! Nous atteignons Dakhla, la ville est construite à l’extrémité d’une presqu’île, nous longeons, sur les derniers kilomètres, un golfe entouré d’étendues de sable qui lui donnent une allure de Mont Saint-Michel. Impression démentie en entrant dans la ville. Cinq kilomètres avant, la vitesse est limitée à quarante kilomètres/heure, on se traîne jusqu’au centre… Rien à voir, un front de mer qui pourrait être agréable s’il n’y avait pas en permanence un trop fort vent, des casernes et des bâtiments administratifs récents. Nous trouvons un cybercafé pour occuper le temps, messages de Julie, de Nicole et d’Yvette, la vitesse étant particulièrement lente, nous n’envoyons pas de message. Nous achetons du pain puis revenons nous installer au camping, en travaux, à la sortie de la ville. Nous avons encore arrêté de bonne heure, dans l’espoir de rencontrer d’autres voyageurs pour faire route ensemble entre Atar et Oualata mais il n’y a pas grand monde, uniquement des mordus de la pêche ou des gens qui descendent rapidement au Sénégal.

 

Lundi 27 octobre : Réveillé dans la nuit, je contemple le ciel étoilé à travers la moustiquaire. Douche froide pour Marie, la batterie est déchargée, elle n’a pas tenu vingt-quatre heures ! Nous revenons sur nos pas, je refais un dernier plein de gasoil détaxé avant la Mauritanie puis nous entamons la dernière longue étape jusqu’à la frontière. La route est toujours aussi peu variée quoique les falaises aient tendance à s’abaisser et même à disparaître. Parfois il y a plus de sable que de cailloux, parfois à l’inverse, nous roulons dans des éboulis rocheux qui évoquent des régions volcaniques. La circulation est de moins en moins dense. Nous croisons un Noir qui marche dans le désert avec une unique bouteille d’eau à la main, d’où vient-il ? Où va-t-il ? Je me demande si je n’aurais pas du lui proposer de l’eau, de la nourriture ? Plus loin, nous croisons un homme qui lui aussi, marche en direction du Nord  avec un sac à dos, aucun d’eux ne semblait attendre une quelconque aide. Je déjoue le dernier piège des gendarmes en roulant sagement ! Des panneaux mettant en garde contre les mines nous dissuadent de nous arrêter pour nous promener et nous font apprécier les toilettes du camping-car… Nous déjeunons dans le camion, porte fermée, toujours à cause du vent puis nous cachons les restes de charcuterie et les dernières boîtes de bière en prévision de la fouille mauritanienne. Au poste frontière marocain, il faut déposer les passeports et des fiches puis attendre d’être appelé, ce que j’effectue en discutant avec un motard Suisse que nous avons doublé à plusieurs reprises depuis hier, et en compagnie de Mauritaniens en beaux et amples boubous brodés et de Mauritaniennes, drapées dans leurs mehlafas colorées, tous bijoux en or exhibés. Puis le douanier, après avoir tenté d’obtenir une bouteille d’alcool, nous laisse partir. Des carcasses de voitures abandonnées jalonnent la zone frontalière. Le kilomètre entre les deux postes frontières n’est pas goudronné, je suis le motard qui choisit le tronçon le plus ensablé, se plante, tombe à plusieurs reprises. Je l’aide à redresser sa moto et j'apprécie les quatre roues motrices de la Land Rover qui passe sans difficulté. Je me fais rabrouer par les gendarmes mauritaniens pour ne pas m’être garé bien à droite de la piste, au stop ! Le formalisme de façade de ces représentants de l’autorité m’agace déjà, Marie encore plus, prête à batailler ! Après la gendarmerie, ce sont les formalités de police où les personnes « introduites » passent avant les autres, puis la douane que tiennent de jeunes Noirs, en uniforme militaire, très décontractés, l’un affecte de parler américain, un autre porte sa casquette de côté, comme un rapeur ! Celui qui visite le camping-car me réclame, sans conviction, un pourboire de cent dirhams, que je lui refuse sans qu’il insiste. Je dois ensuite acheter une assurance, dans une maison en construction, auprès du représentant de la compagnie d’assurance, en beau boubou, qui sirote son thé, nonchalamment assis sur une natte. Deux Sénégalais, fort sympathiques bien qu’intéressés, m’ont accompagné pour ces dernières formalités. Nous voici en Mauritanie ! Nous retrouvons le goudron et longeons la voie ferrée où nous apercevons l’interminable train minéralier, tiré par quatre locomotives. Encore quelques contrôles de routine et les derniers kilomètres pour Nouadhibou se font sur une route qui semble fumer, un léger vent chasse le sable devant nos roues. Nous entrons dans la ville, déjà l’Afrique Noire ! Sans doute a-t-elle peu changée ces dernières années. C’est la confusion totale dans la circulation, les véhicules sont pour beaucoup antédiluviens, les règles de conduite sont des plus primitives, le plus gros ou le plus assuré, passe de force ! La majorité de la population est noire, peut être des Sénégalais, en attente de rejoindre le Maroc puis l’Espagne. Nous parvenons à trouver le camping, désert lui aussi et pas trop bien équipé, toilettes sommaires, à la turque. Ce n’est pas encore ici que nous trouverons des compagnons de route. Je vais voir, à pied, si un autre camping serait mieux, il n’en est rien. Petite promenade qui me fait découvrir les alentours, peu développés. Nous allons dîner au restaurant chinois voisin, bon et copieux, et avec de la bière des Canaries, bière que les douaniers recherchaient à l’entrée ! En retournant au camping, nous discutons avec un employé qui était à la frontière et qui se propose de nous guider demain…

 

Mardi 28 octobre : Ces maudits muezzin ont commencé à appeler à la prière avant que le jour ne se lève et faute d’un succès immédiat, ils ont persisté, se relayant à plusieurs jusqu’à ce que toute la ville soit réveillée et donc nous aussi. Nous retrouvons Brahim, notre démarcheur de la veille, il nous emmène au bureau du Parc du Banc d’Arguin pour nous renseigner. Le responsable n’a pas dû être nommé à ce poste pour ses connaissances ni ses capacités à manier la langue française. Nous ne comprenons rien à ses explications et lui non plus sans doute ! Il ne dispose même pas des horaires des marées. Nous convenons avec Brahim de le retrouver plus tard avec un éventuel guide et nous allons faire des emplettes au « supermarché » local. Un hangar où s’entassent des cartons de conserves et de boîtes de biscuits, importés des Canaries. Le choix est vite fait. Nous passons ensuite une demi-heure au cybercafé voisin pour envoyer un message à Julie et prendre les nouvelles du monde. Nous sortons de la ville et longeons la baie où achèvent de rouiller des bateaux de pêche, donnés à la Mauritanie et qui n’ont jamais pris la mer… Passée la zone industrielle et la raffinerie nous continuons sur une piste ensablée qui me rassure (provisoirement ?) sur les capacités de la Land Rover à affronter les zones de sable, jusqu’à la pointe de la presqu’île, le Cap Blanc. L’extrémité est un Parc National où nous sommes censés apercevoir une des rares colonies de phoques moines. Nous marchons péniblement sur un sentier mi-sable, mi-roche, agacés par des centaines de mouches, jusqu’au centre d’interprétation où un court film nous est projeté puis nous approchons du bord de la falaise mais aujourd’hui les phoques doivent se reposer dans les grottes invisibles car nous n’en verrons pas la queue ni même le museau d’un seul, seule la carcasse d’un bateau échoué, constitue une attraction. Nous revenons en ville et retrouvons Brahim avec le guide pressenti. Nous discutons tout en sirotant les trois tasses rituelles d’un thé à la menthe très sucré. Les prétentions financières du cicérone étant très éloignées de nos possibilités, nous ne donnons pas suite. Il semble que le nombre de touristes se soit considérablement réduit cette année, à cause des évènements politiques et en particulier du coup d’état militaire. Nous aurons sans doute peu de chances de trouver des compagnons de route et je désespère de jamais voir Tichit et encore plus de suivre cette piste d’Atar à Oualata… Nous quittons cette bien laide ville et arrêtons peu après au bord de la baie de l’Etoile. Là où le vent a curieusement creusé à leur base deux rochers, leur donnant une forme de table à unique pied central. Hélas, la beauté du lieu n’a pas été sans être remarquée par un « homme d’affaire » qui est en train de faire construire une auberge (?) en solides parpaings, juste entre les deux rochers, à les toucher ! Nous prenons la route de Nouakchott. Encore des contrôles, gendarmerie, police, douane, tous veulent voir passeports, attestation d’assurance, papiers de la voiture, les enregistrer, visiter notre curieuse case, les toilettes font alors notre fierté ! De nombreuses cabanes de planches ou de tôles déroulées, abris pour des bergers nous dit-on, sont éparpillées de part et d’autre de la voie ferrée que nous quittons ensuite pour une région rigoureusement plane et ce n’est plus alors que du sable de tous côtés. Premiers acacias, ceux que les dents voraces des chèvres et la hache des ramasseurs de bois ont épargnés et encore plus rares euphorbes dans les lits d’oueds. Nous roulons jusqu’à mi-chemin de Nouakchott, sans rencontrer de village, jusqu’à Bir Chami où se trouve un bureau d’entrée au Parc du Banc d’Arguin. Nous nous renseignons, il semble que la piste ne présente que peu de difficultés. Nous aviserons demain. Nous nous installons pour la nuit derrière le poste, dans le sable et profitons des derniers rayons du soleil pour prendre un pastis, assis dans les fauteuils de camping.

 

Suite dans Mauritanie- Sénégal 08 (2.- de Nouadhibou à Ziguinchor)

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