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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 23:32

Mercredi 3 décembre : Marie a remis le chauffage dans la nuit mais la batterie ne tient pas jusqu’au matin et nous avons hâte que le soleil se lève pour nous réchauffer. Nous passons au souq, marché traditionnel avec des bouchers et des épiciers dans la structure en dur et une répartition à l’extérieur par produits : l’allée des marchands de légumes, des menuisiers, des marchands d’épices, des vêtements etc… Les bestiaux sont à part, une cour pour les bovins, une autre pour les moutons. Les maquignons sont à l’œuvre, on tâte, soupèse les bêtes, palpe les toisons et discute longuement. Nous essayons de nous renseigner sur la valeur des bêtes, les prix paraissent faramineux jusqu’à ce que je comprenne qu’on me parle en rials ; il en faut vingt pour faire un dirham, comme autrefois nos « sous ». L’approche de l’Aïd fait monter les prix… Nous repartons après que Marie a acheté un châle noir brodé de fils de laine colorés, du type de ceux portés par les femmes bédouines de la région. Nous quittons Zagora et entamons la remontée de la vallée du Draa. Je photographie la première belle kasbah ancienne que nous voyons, en me disant que j’aurai bien le temps d’en prendre d’autres… Mais nous allons vite constater qu’elles sont toutes abandonnées et donc tombent en ruines. Seules, celles qui ont été transformées en hôtels, en « riads » comme le prétendent certaines pour faire plus « chic », ont été sauvées du massacre. Les constructions modernes les enserrent, les étouffent, plus de recul pour les apercevoir dans toute leur splendeur passée ; les tours disparaissent derrière les crépis des tristes maisons d’aujourd’hui, les murs d’enceinte sont percés. Nous apercevons de la route un joli marabout en pisé, dans un village. Nous arrêtons et l’approchons, nous sommes aussitôt circonscrits par un autochtone auto-proclamé gardien des lieux, qui, après des patenôtres, nous réclame vingt dirhams pour faire une photo ! Marie explose, folle de colère, je ne suis pas en reste et demande à voir le chef du village, parle d’aller à la gendarmerie. Une déception supplémentaire dans cette vallée du Draa dont nous avions gardé un trop bon souvenir. Plus loin, nous voulons nous promener dans une ancienne kasbah, nous sommes aussitôt entourés de quelques jeunes qui ne parlent pas trois mots de français, ne savent que répéter les trois mêmes mots et ne nous lâchent que lorsque nous revenons à la voiture, après n’avoir aperçu que des restes de ksar et de tours. Le temps s’y met, l’air est chargé de poussière à tel point qu’on ne distingue plus la montagne et qu’il n’est plus question de faire des photos. Nous déjeunons dans la voiture, à l’écart de la route pour ne pas être importunés puis nous repartons. Un détour sur l’autre rive, toujours à la recherche de belles kasbah, confirme nos impressions de la matinée. Nous atteignons Agdz, grimpons avec la voiture sur un piton d’où nous avons une belle vue sur les palmeraies et les ksour dans le lointain. Nous approchons l’un d’eux, sans le visiter puis continuons. La route s’élève, quitte la vallée, remonte des pentes de roches noires qui brillent dans le soleil à contre-jour. Nous longeons ensuite des montagnes qui semblent griffées ; celles de forme tronconique, paraissent avoir été découpées en rondelles… Nous passons un col, de l’autre côté, l’air est pur et nous avons devant nous la ligne de crête de l’Atlas enneigé ! Nous arrivons à Ouarzazate qui s’est bien étendue. Nous nous rendons aussitôt à la kasbah de Taourirt, pour profiter de l’ensoleillement. L’entrée au ksar est payante désormais mais il a été restauré et la vindicte qui s’était abattue sur l’ancien Glaoui de Marrakech dont les biens, donc les kasbahs, avaient été confisqués par Hassan II, n’a pas été poursuivie. Nous nous promenons dans un véritable labyrinthe de corridors, de pièces, d’étages, sans plus trop savoir où nous sommes. Les marches des escaliers sont dignes des maisons yéménites auxquelles ces kasbah ressemblent fort avec leurs tours, leur construction en pisé et leur décoration. Quelques pièces ont conservé leur superbe décoration d’origine : plafonds peints, stucs géométriques, carreaux de faïence etc… La vue de l’extérieur, au soleil couchant, est splendide. Dommage que les autres kasbah ne bénéficient pas de ces efforts de restauration. Nous nous promenons dans les rues de l’ancien village ; les maisons sont maintenant des boutiques de souvenirs, sauf les dernières, en vis-à-vis, aux fenêtres desquelles apparaissent des femmes, fardées comme des actrices d’opéra chinois, qui ne font pas beaucoup d’efforts pour se cacher aux regards des hommes ! J’ai l’impression de traverser une scène de théâtre tant la situation paraît outrée, factice ! Nous reprenons la voiture et allons faire des achats au supermarché Dimitri. L’ancien légionnaire chez qui nous avions mangé et dormi a su faire son chemin… Nous trouvons ensuite le camping où nous prenons le branchement électrique pour avoir le chauffage toute la nuit.

 

Jeudi 4 décembre : Heureusement que nous avons chauffé, le thermomètre est descendu à 3°c ! Une douleur, sans doute due aux marches de la kasbah de Taourirt, m’élance dès que je fais un mouvement et me tient éveillé une bonne partie de la nuit. Un Italien, propriétaire d’une Land Rover, avec une cellule, vient m’entreprendre sur les mérites comparés des différents moteurs, je ne sais même pas quel est le nôtre ! Curieux, ces inconditionnels d’une marque… Nous repassons chez Dimitri, compléter les achats puis nous sortons de la ville. Nous passons devant les studios de cinéma, hésitons à les visiter et je me contente de prendre en photo le mur d’enceinte et ses statues égyptiennes, plus vraies que nature. Nous faisons le détour pour voir de près la kasbah de Tifoultoute, sans la visiter. Elle domine un oued, sa vision est gâchée par la construction en contrebas d’un restaurant fonctionnel, par la présence de paraboles pour la télévision et l’érection d’un minaret rose. Ces deux derniers éléments de décor ( ! ) sont caractéristiques de tous les villages et nous allons les retrouver toute la journée. Nous quittons la route de Marrakech pour aller revoir la kasbah des Aït ben Haddou. L’arrivée est étonnante, encore que nous nous y attendions. Une petite ville a surgi de terre, là où il n’y avait absolument rien, hôtels et restaurants bien entendu. Mais au moins, ils ne se sont pas installés sur l’autre rive, dans la  kasbah et ils ne gâchent pas la vision de cette petite merveille. L’utilisation du site pour tourner des films, l’a sans doute sauvé. Il nous semble que des ksour ont été restaurés, l’ensemble est parfait d’équilibre, d’unité dans la construction. Nous ne traversons pas l’oued, cela nous évitera peut-être d’être déçus de près… Nous allons voir la kasbah de Tamdarght, en ruine mais dans un beau site et même ses restes ne manquent pas de grandeur. Au point où nous en sommes, nous décidons de continuer sur la piste pour rejoindre Telouet. On nous avait dit que le 4x4 était nécessaire, ce que nous avions jugé exagéré… Au début, la piste est tracée dans la roche, pas très bonne mais nous roulons doucement. Nous prenons en stop deux instituteurs qui regagnent leur école. Quand nous les y déposons, ils nous disent qu’une côte est un peu difficile mais qu’il n’y a pas de problème… Ce sera sans doute la piste la plus dure du voyage. Non contents de rouler en corniche, au-dessus d’un à-pic impressionnant, d’être ballottés à chaque marche qu’il faut franchir au pas, nous allons devoir grimper, à flanc de falaise, une interminable montée qui va exiger de passer les petites vitesses ; je vais devoir m’y reprendre en deux temps pour franchir le virage en épingle à cheveux. Je ne suis pas fier, refuse obstinément de regarder en bas et espère qu’il y a au moins la largeur des roues entre la falaise et le vide… Quand nous parvenons au sommet, je pousse un gros ouf de soulagement ! Je vais enfin pouvoir contempler le paysage ! Magnifique ! Des montagnes érodées aux strates mises à nu par le vent, des villages perdus, sans aucune construction moderne (sauf les mosquées !) et dans le fond, des lopins de terre cultivés avec des araires en bois, tirées par des ânes ; les femmes sont de corvée de bois et portent sur le dos des charges invraisemblables. Pourtant il y a un réel début de développement, l’électricité a été amenée, des bouteilles de gaz sont disponibles, des écoles existent et des taxis-brousse (pas sur la portion de la côte !) relient les villages à la grande route. Nous ne sommes pas mécontents de retrouver le goudron, même s’il a beaucoup de trous, à Anemiter. Le temps se gâte, le soleil est caché par des nuages et il tombe quelques gouttes. Des plaques de neige, de plus en plus larges et nombreuses, couvrent les montagnes. Nous arrivons trop tard à Telouet pour le souq, les paysans s’en retournent dans leurs villages. Nous allons revoir, de loin, la kasbah, ancienne résidence du Glaoui, pas entretenue et de plus en plus en ruine. Nous déjeunons rapidement puis continuons en direction du col du Tizi n Tichka. Il commence à tomber de la neige fondue, de grandes flaques d’eau terreuse remplissent les creux. Nous montons dans le brouillard de plus en plus épais. Nous ne voyons rien de la plaine en dessous de nous et la visibilité est encore pire sur le versant de Marrakech. La route n’a pas changé, pas plus large alors que le trafic est plus important. Enfin, nous sortons du brouillard puis des montagnes et retrouvons la riche terre rouge de la plaine du Haouz. Nous entrons dans Marrakech, nous ne savons trop par où, apercevons le minaret de la Koutoubia et longeons la palmeraie avant de trouver un camping au calme.

 

Vendredi 5 décembre : La nuit a été moins froide qu’à Ouarzazate, néanmoins, nous avons apprécié le chauffage. Nous partons avec la voiture, l’Atlas enneigé et le minaret de la Koutoubia, images classiques, sont en toile de fond. Nous cherchons l’avenue Mohamed V, l’artère principale du Guéliz, le quartier moderne. Nous avons du mal à nous reconnaître dans les avenues nouvelles ou élargies, les récentes constructions et, après nous être trompés, nous débouchons dans notre ancienne avenue, passons devant notre immeuble. Se garer n’est pas évident, le conducteur marrakchi n’est pas très discipliné et les mobylettes et scooters conduits à toute vitesse ne facilitent pas la vie du conducteur peu sûr de ses droits… Nous parvenons à nous garer dans la grand avenue. Nous achetons « Le Monde » de la veille puis allons voir notre ancien immeuble : la porte est close, pas de gardien en vue. Nous allons au cybercafé, juste en dessous, envoyer des messages à Julie, Nicole, aux Fantino et à Michèle. Nous essayons de retrouver des lieux connus mais tout a disparu : plus de « Petit Poucet », ni d’autres restaurants ou librairies que nous fréquentions alors. Le marché a été rasé récemment et un projet immobilier avec hôtel 5 étoiles, galerie marchande etc… doit lui succéder. Nous rendons visite à une boutique avec de magnifiques bijoux anciens, très chers et toujours pas de fibule taouka. Nous déjeunons dans un bouge, un café où on sert de la bière, donc fréquenté par tous les alcooliques du quartier. Mais, pas question de boire une bière à l’extérieur, aussi devons-nous nous attabler à l’intérieur enfumé. Merguez et kefta avec des frites. Nous reprenons la voiture et allons nous garer à l’entrée des jardins Majorelle. Entrée chère pour un beau jardin d’essences tropicales, principalement des bambous et des cactus en plantations très denses. Des poteries sont peintes dans le bleu « Majorelle » mais aussi dans d’autres couleurs qui tranchent sur le vert des plantes. Au fond, le pavillon, lui aussi bleu « Majorelle », que devaient occuper Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé qui restaurèrent le jardin. De leur balcon, ils avaient vue sur une forêt de cactus dressés qui devaient les inspirer…  Dans le musée, payant en plus, très belle collection de bijoux (dont une paire de fibules taouka qui ferait notre bonheur), de faïences, de portes, de tissus de qualité exceptionnelle et pour terminer, une salle dédiée aux peuples nomades, pour ceux qui auraient oublié que le Sahara est marocain… Nous prenons un thé à la menthe (un pour deux mais la théière est suffisante pour deux) avec des gâteaux au miel que nous avons achetés ce matin. Nous reprenons la voiture pour aller à Bab Agnaou, à proximité des palais. Nous longeons les magnifiques remparts roses, avec en ligne de mire, les sommets de l’Atlas, en partie cachés derrière les palmes. Je dois faire plusieurs demi-tours avant de trouver la porte et faute de pouvoir me garer, je dois franchir les remparts, ce que je voulais éviter, pour trouver une place devant la mosquée El Mansour. Nous partons à pied dans ce quartier populaire, pour le palais de la Bahia, un peu éloigné. Nous passons devant des boutiques d’herboristes et de marchands d’épices ou de parfums qui embaument toute la rue. Nous pénétrons dans cette ancienne résidence d’un vizir. Une splendeur que j’avais oubliée. Une merveille, dissimulée derrière d’anonymes hauts murs. Une succession de pièces, autour de cours qui forment des riads ; l’une d’elles est remarquable avec des bananiers, palmiers et autres arbres. Elles sont toutes superbement décorées : bois peints pour les plafonds et les portes, stucs autour des fenêtres, zéliges sur les murs, marbre au sol, une richesse et une beauté inouïe. Nous en ressortons éblouis, ravis de l’avoir revu. Nous revenons par des ruelles récupérer la voiture et allons au supermarché Marjane, le « Carrefour » local. Rien à envier à son concurrent français, on y trouve de l’alcool (caisses spéciales pour ce produit, les plus fréquentées par une clientèle exclusivement masculine) et charcuterie. Nous nous réapprovisionnons puis rentrons au camping. Nous y dînons, au restaurant, tajine au poulet pour Marie, honnête mais sans valoir celui de Zagora et tajine de kefta pour moi. Un Guerrouane rouge facilite le transit.

 

Samedi 6 décembre : Je me réveille plus tard que d’habitude, le temps est toujours au soleil. Nous repartons en ville avec la voiture. Nous remontons l’avenue Mohamed V avec vue sur la Koutoubia mais nous devinons à peine l’Atlas. Nous parvenons à nous garer dans une petite rue proche de la Jemaa el Fna. Nous traversons la place encore peu animée. Plus de poussière, elle a été carrelée et de nouveaux stands, tous identiques et bien alignés, ont été installés. Nous enfilons la venelle principale des souq, le souq Semmarine, couvert d’un treillis de tiges de palmes, elle est bordée de boutiques de marchands de souvenirs, babouches, foulards, herboristes, poufs, épices. Tous nous interpellent et je suis systématiquement appelé « Ali Baba », manque d’imagination… Les vélos et vélomoteurs sont la plaie des piétons, ils circulent à toute vitesse, klaxon bloqué et l’on a intérêt à se garer. Je cherche toujours ma fibule et visite les uns après les autres les antiquaires. Quelques-uns ont de très beaux objets mais à des prix complètement ahurissants et je ne marchande même pas. Marie, elle, est à la recherche d’une paire de babouches ; le racolage des vendeurs l’exaspère ainsi que les prix fantaisistes. Nous traversons la kissaria, inchangée, on y vend toujours les étoffes, les tissus, les vêtements dans de minuscules échoppes, dans des ruelles sombres et peu fréquentées par les touristes. Nous débouchons à proximité de la médersa Ben Youssef que nous visitons. Encore un magnifique exemple des réalisations de l’art arabe. Cette ancienne école coranique comporte de nombreuses cellules d’étudiants, au rez-de-chaussée ou à l’étage, plus ou moins spacieuses, avec ou sans fenêtre sur la rue ou la cour principale mais toujours spartiates. Les quatre côtés de la cour, couverts de stucs et de bois de cèdre sculpté, sont une merveille. Nous déambulons dans les pièces, émerveillés mais l’ensemble reste froid, il ne se veut pas aussi agréable à vivre que le palais de la Bahia. Nous jetons un œil à la koubba almoravide, bel exemple de cet art mais sans plus, du moins pour des non spécialistes. Nous déjeunons dans une gargote, assis dans la rue, de bonnes brochettes, merguez, kefta, côtes d’agneau, œuf aux saucisses et une petite salade, pour le prix d’un sandwich dans la cour du musée de Marrakech. Nous allons voir une vieille fontaine, toujours utilisée, surmontée d’un auvent de bois sculpté avec stalactites. Nous revenons par les ruelles de ce quartier populaire, inchangé depuis des lustres, peuplé d’artisans aux techniques immuables, rétifs aux innovations technologiques. Le musée de Marrakech est installé dans un ancien palais rénové par un mécène et expose des objets traditionnels anciens : bijoux, poteries, poignards, etc… à côté d’œuvres graphiques d’artistes marocains ou étrangers. Les objets dans les vitrines sont couverts de poussière, les cartons pas toujours lisibles et, reproche majeur, la très vaste cour agrémentée de trois vasques, couverte de zéliges et de marbre, entourée de salons richement restaurés, est couverte d’un dôme qui assombrit l’endroit et ne laisse diffuser qu’une déprimante lumière jaunâtre. Nous retournons dans les souqs et Marie, après bien des essayages, parvient à trouver une paire de babouches ! Nous passons par le souq des teinturiers où, désormais, on teint surtout des chèches pour les touristes, les gros écheveaux de laine, qui séchaient sur des cannes en travers des ruelles, ont presque complètement disparu. Presque par hasard, nous retrouvons la boutique de Jilali, un modeste antiquaire que nous avions connu à ses débuts. Il nous montre ses merveilles dont un extraordinaire pectoral, dans un état parfait. Il a une paire de fibules qui, sans être exactement ce que je recherche, pourraient convenir, qu’il céderait à un prix tout à fait raisonnable mais il ne vend que la paire et nous ne concluons pas ! Je n’aurai pas ma fibule taouka ! Nous ressortons des souqs et allons voir l’animation sur la Jemaa el Fna. Ils sont tous là, les porteurs d’eau vêtus de rouge, avec leur large chapeau, les charmeurs de serpents, les dresseurs de singes ou de tourterelles, les conteurs, les bonimenteurs, les musiciens, accompagnés de tambourins au rythme lancinant, guettant le photographe, le badaud distrait, le naïf. Les stands de nourriture commencent à s’installer, les cuisiniers et serveurs sont tenus d’arborer une blouse blanche, l’alignement impeccable des tables et des bancs est regrettable, j’aurai souhaité, de la part de l’urbaniste responsable de cette rénovation, l’organisation d’un sympathique bordel… Nous retournons à la voiture enfiler des pulls car il commence à faire frais puis nous allons revoir les attractions proposées, d’abord d’en bas puis de la terrasse de l’un des cafés qui entourent la place. La fumée s’élève des cuisines, les lampes, électriques maintenant se sont allumées dans chaque stand et la féerie est recréée, les calèches passent au pas lent de leur haridelles, les badauds écoutent religieusement les conteurs, dodelinent de la tête en écoutant le bendir. Les minarets sont illuminés, les muezzins appellent à la prière dans l’indifférence totale. Après avoir hésité, nous décidons, Marie en a très envie, d’aller dîner dans un riad. Nous ne nous perdons pas et sonnons à la porte d’une ancienne maison, transformée en restaurant. Le patio et les salons, joliment décorés, accueillent une clientèle de touristes, pas de Marocains (ils n’imagineraient pas de payer aussi cher pour manger leur ordinaire !). La cuisine est excellente, même si les tajines, l’un de bœuf aux poires, l’autre d’agneau aux amandes et raisins, nous paraissent trop sucrés et manquant d’épices. Quant à la bastilla au lait en dessert, elle ne tient pas ses promesses, le vin lui, si ! Nous devons encore arpenter les ruelles peu éclairées pour retourner à la voiture et enfin au camping. Un problème de connexion électrique m’oblige à changer de place avant de pouvoir me mettre au travail…

 

Dimanche 7 décembre : Pour un réveil matinal, c’est raté ! Nous nous pressons, écourtons la discussion avec les Belges rencontrés à Zagora mais nous ne démarrons qu’à neuf heures et demie. La sortie de Marrakech est pénible, la route n’est qu’à deux voies et les nombreuses mobylettes qui circulent, rendent tout dépassement difficile et cela se reproduira dans les autres villes traversées. Nous roulons dans la vaste plaine fertile, en longeant le Moyen Atlas. Les routes qui se dirigent vers la montagne, vont dans des localités qui ne nous sont pas inconnues et où nous retournerions avec grand plaisir : Azilal, Demnate, Ksiba et même Imilchil ! Une autre fois… A Beni Mellal, mais aussi dans toutes les bourgades traversées, grande agitation : les rues sont envahies par les retardataires qui n’ont pas encore acheté leur mouton. Des camions, sont déversés des troupeaux de futurs sacrifiés et des minibus et autres taxis, surgissent les clients, parfois en famille ; des bottes de fourrage qui constitueront le dernier repas du condamné sont déchargées sur le bas-côté. Des béliers récalcitrants sont traînés par leur nouveau propriétaire, qui ne manquera pas de leur faire payer leur manque d’enthousiasme. A partir de Kasba Tadla le paysage devient plus vallonné. Beaucoup de paysans, y compris les femmes, se déplacent à dos de mulets mais je ne revois pas ces belles couvertures blanches décorées de paillettes que les femmes portaient autrefois. A partir d’Azrou, nous roulons au milieu de la neige ; la route est dégagée mais il y en a une bonne couche dans les champs. Nous nous élevons dans une forêt qu’on peut supposer de cèdres, avant de traverser l’immensité blanche d’un plateau jusqu’à Ifrane. Cette station hivernale ne déparerait pas dans les Vosges. Nous redescendons alors sur Fès mais nous n’avons pas fait une bonne moyenne et la nuit tombe de plus en plus tôt, nous n’y sommes qu’à la nuit. Il faut alors se livrer à un exercice que j’abhorre : trouver de nuit un camping dans une ville inconnue ! Nous avons de la chance, je me renseigne juste à la station service où il fallait tourner et un policier nous indique ensuite où passer. Nous nous installons pour la nuit, soulagés d’être arrivés.

 

Lundi 8 décembre : Agréable et tardif réveil, le chauffage a bien fonctionné et je resterais bien encore au lit mais le devoir nous appelle. Nous partons d’abord pour la ville dite nouvelle, en fait des quartiers qui datent de la colonisation. Nous trouvons sans trop de difficulté la place Mohamed V et nous nous garons à proximité. Elle est caractéristique de l’époque coloniale, non seulement par le type d’immeubles mais aussi par ses grands cafés à terrasse qui l’entourent, où l’on ne sert plus ni Picon-bière, ni pastis. Malgré l’aspect glacial du bureau, Marie obtient à l’Office du tourisme des prospectus sur Fès mais aussi sur le reste du Maroc, qui la ravissent… Un cybercafé nous accueille, le temps de lire les messages de Julie qui nous annonce que nous sommes invités chez DDE pour le réveillon de Noël, de Nicole qui ne se verrait pas à notre place, d’Yvette, et des Portier en travaux à Vallet. Nous achetons un roman de Tahar Ben Jelloun dans une librairie et nous repartons nous garer à l’entrée de la medina. Nous franchissons la jolie porte Bab Boujeloud, couverte de faïences à motifs floraux, bleus d’un côté, verts de l’autre. Nous déjeunons dans un restaurant, avec vue sur la porte et les passants. Marie a enfin le couscous dont elle rêvait et je reprends un bon tajine de kefta aux œufs. Nous commençons ensuite la lente descente par les rues en pente de la vieille ville. Premier arrêt pour visiter la medersa Bou Inania. Epoustouflante ! Pas un pouce des surfaces de la cour intérieure n’est couvert de zéliges, de stucs ouvragés ou de poutres en cèdre avec des motifs floraux ou des versets du Coran sculptés. Peu de touristes, beaucoup d’Espagnols. La médina est très différente de celle de Marrakech, nous ne sommes pas harcelés par les vendeurs et le nombre de magasins de souvenirs est moindre, il reste encore beaucoup d’échoppes traditionnelles où les habitants viennent s’approvisionner. Je trouve une jolie khamsa, une main de Fatma, et je la marchande pour me consoler de la fibule. Nous passons devant d’autres établissements religieux, admirons des minarets polychromes, rentrons dans des cours de fondouks, transformées en ateliers ; celui des peaussiers où on gratte les peaux pour les débarrasser des poils, risque de connaître un regain d’activité les jours suivants… Nous atteignons la place Nejjarine avec sa jolie fontaine, Fès est la ville des fontaines, il y en a dans toutes les rues, décorées de faïences. L’ancien fondouk a été restauré et transformé en musée du bois. L’intérieur, lui aussi couvert d’un dais qui assombrit et modifie les couleurs, est, sur plusieurs étages, uniquement décoré de bois dorés et chauds. Les salles d’exposition sont consacrées aux utilisations du bois dans la tradition marocaine et nous y voyons notamment de beaux meubles peints. Nous sommes contents  d’y trouver des coffres et étagères semblables aux nôtres. Nous allons jeter un œil à la mosquée El Qaraouiyyin dont l’entrée est interdite aux non-musulmans. Le temps s’est gâté, les boutiques commencent à fermer, les marchands et les clients sont pressés de rentrer chez eux en cette veille de fête. Nous renonçons à l’idée d’aller voir les tanneurs, ils ne seront sans doute plus nombreux dans les fosses, à cette heure. Nous remontons la rue principale, en nous gardant des carrioles chargées de moutons bêlants qui dévalent la rue, en se frayant un chemin à grands cris de balek, balek, gare aux piétons ! Marie achète deux plats, à peine marchandés, nous voici tranquilles pour les achats… Retour à la voiture et au camping, en nous frayant un chemin dans une circulation de plus en plus folle.

 

Mardi 9 décembre : Il a plu dans la nuit et ce matin le ciel ne présage rien de bon. Nous hésitons sur la route à prendre, l’espoir d’une amélioration sur le versant méditerranéen nous fait choisir de traverser le Rif par Ketama plutôt que de passer par Volubilis, ce que souhaitait Marie. Rapide traversée de Fès, les rares voitures qui circulent ne tiennent plus compte d’un quelconque code de la route. Sur les trottoirs, des braseros sont improvisés avec des débris de caisses en bois, dessus, rôtissent les têtes des moutons déjà sacrifiés. La route traverse de douces collines couvertes d’un joli gazon vert, un paysage qui pourrait être malgache. Puis ce sont des étendues de cultures à grande échelle, alignements d’oliviers sur les hauteurs, comme dans le sud de l’Espagne. Nous ne croisons que très peu de véhicules ; dans les villages, les seules personnes que nous apercevons sont occupées, sous un auvent ou dans un garage, à dépecer la victime. La route s’élève, suit une ligne de crête avec des panoramas étendus des deux côtés qui mériteraient un temps plus clément, car le ciel est de plus en plus sombre et il commence à pleuvoir. Après Taounate, nous ne distinguerons plus grand-chose du paysage, pour la deuxième fois, nous allons traverser le Rif dans le brouillard et la pluie ! Nous arrêtons peu avant Ketama pour déjeuner, au milieu des cèdres et de la neige qui a fait sa réapparition ! Ensuite, nous roulons à petite vitesse dans une vraie purée de poix, visibilité réduite à quelques mètres. La route redescend mais le brouillard persiste longtemps. Enfin, peu avant Chefchaouen, nous sortons du coton mais la grisaille est toujours de rigueur. Nous faisons le détour pour parvenir à Chefchaouen que nous découvrons d’en haut. Le bleuté de ses maisons anciennes aurait bien besoin d’un rayon de soleil... Espérons que demain les cieux nous seront plus favorables… Nous nous installons au camping, sur les hauteurs, parmi d’autres camping-caristes aux allures de baba-cools, peut-être à cause de la vétusté de leurs camions et de l’épaisseur de pulls qu’ils portent ! Nous mettons au point le dernier épisode du blog. Il fait si froid que nous mettons le chauffage en marche avant que la  nuit tombe. Nous dînons de notre dernière boîte de conserve : du confit de canard !

 

Mercredi 10 décembre : Il a plu dans la nuit mais au matin, le soleil fait une timide apparition puis il va s’affirmer de plus en plus. Il ne fera pas chaud pour autant ! Nous allons nous garer dans la vieille ville de Chefchaouen, puis nous partons dans les ruelles, ou plutôt dans les escaliers car, la ville est construite en amphithéâtre. Nous sommes dans le souq mais tout est fermé, ce qui nous permet d’admirer tout à loisir l’extraordinaire variété de bleus qui colorient les murs mais aussi le sol, les escaliers. Le rez-de-chaussée est au minimum peint en bleu, souvent toute la maison, et alors la base est dans un bleu plus soutenu. Les porches des maisons, en forme d’ogives, sont ornés de sculptures, les fontaines dispensent une eau aux promeneurs. Nous atteignons ainsi la place Uta el Hamam, très agréable, ombragée et bordée de cafés en terrasse. L’un de ses côtés est occupé par la Kasbah, seule construction qui ne soit pas bleue ! Nous la visitons, non pour son modeste musée mais pour monter à sa tour d’où nous jouissons d’une vue sur toute la ville,    avec les dégradés de bleus qui s’étagent à flanc de montagne. Nous continuons la promenade dans les ruelles de la medina, découvrant portes, escaliers, maisons aux fenêtres à grilles de fer forgé, très espagnoles ; tout est dans des tons différents mais toujours bleu ! A croire que l’on a déversé du ciel un stock de pots de peintures bleues ! Nous retournons à la voiture et repartons. Nous avons une idée de ce que nous aurions dû voir hier : montagnes et hameaux éparpillés, les maisons n’ont pas grand caractère, des cubes blancs ou crème. Sur le bord de la route, des hommes nous font signe de fumer une cigarette, ils veulent nous vendre du kif, la spécialité du Rif. Nous déjeunons rapidement au sommet d’un col, avant la dernière descente sur Tanger. Nous allons aussitôt au port. Je cherche un billet pour Sète mais il n’y a plus que des places en fauteuil, pas de cabines. Nous renonçons donc et prenons un billet pour Algéciras. Nous allons dans un cybercafé prévenir Julie et Nicole puis je fais un dernier plein d’essence, y compris des jerrycans et nous retournons au port. Les formalités n’ont jamais été aussi rapidement exécutées. Il ne nous reste plus qu’à attendre l’embarquement. Je mets le temps à profit pour taper ce journal et traiter les photos. Longue attente. Nous sommes les seuls sur ce quai et la ferry n’arrive pas. Marie s’inquiète, devient insupportable… La nuit tombe, je vais aux renseignements. Enfin, après trois quarts d’heure de retard, plusieurs changements de quai, nous embarquons sur un bateau presque désert et nous disons adieu à l’Afrique. La traversée est plus longue que nous ne le pensions, une heure et demie. Nous sortons du port d’Algéciras et nous nous garons sur un terrain vague, à côté d’une station service, devant de bruyantes et nauséabondes usines chimiques. Rapide dîner et au lit.

 

Jeudi 11 décembre : Nous sommes réveillés par les camions qui semblent s’être donnés le mot pour démarrer tous ensemble ; il est temps pour nous d’en faire autant. Il est une heure plus tard en Espagne. Nous allons prendre un thé et un croissant à la cafeteria de la station service et partons. Nous avons décidé de passer par Malaga et Grenade pour changer, nous ne verrons rien de ces villes depuis l’autoroute qui traverse une Andalousie pixellisée d’oliviers, sous un beau ciel bleu. Nous rejoignons l’autoroute au nord de Cordoue puis contournons Madrid sans ralentissement. Je roule beaucooup plus vite qu’à l’aller et dépasse parfois les 120 km/h, la consommation doit s’en ressentir. Nous arrêtons pour la nuit sur une aire d’autoroute, entre des camions, avant Saragosse. Il fait froid et nous ne traînons pas pour nous glisser dans les duvets.

 

Vendredi 12 décembre : La température a dû descendre à zéro ce matin et le chauffage n’a pas fonctionné toute la nuit. Nous repartons, il fait soleil. Les kilomètres défilent, bientôt Barcelone, contournée rapidement. Dernier plein de gasoil, moins cher qu’en France et achat de fouet et de jambon cru pour déjeuner, dès que nous avons passé la frontière française. Nous essayons de joindre Julie et Michèle, en vain. Julie nous rappelle plus tard. Nous continuons, traversons Montpellier puis Arles. Nous passons chez Giraud, lui faire part des problèmes rencontrés avec sa cellule, nous convenons d’un rendez-vous en février. Dernière étape, difficile traversée de Marseille, de nuit, à la plus mauvaise heure et enfin Toulon. Déchargement de la voiture et retrouvaille, dans la nuit, avec Réglisse, bien grasse.      

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