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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 15:10




 

Vendredi 8 mai : Beau soleil au réveil. Nous trouvons, un peu par hasard, la route du Kazakhstan, en traversant un quartier de maisons anciennes en bois. Beaucoup ont des cadres de fenêtres très joliment ouvragés, représentation d’oiseaux stylisés, peints en blanc sur un fond bleu. Nous traversons ensuite d’autres villages avec encore de belles maisons du même type. Nous sommes dans le delta de la Volga, des bras d’eau se ramifient, se dispersent, ne se distinguent plus des lacs formés par les récentes inondations. Des villages sont à la limite des eaux, les chevaux et les vaches prennent des bains de pieds, les pêcheurs sont à la fête. Nous empruntons un long pont de bateaux métalliques pour traverser une de ces rivières, avant de parvenir à la frontière russe. Nous devons patienter pour entrer dans l’enceinte des formalités puis, sans trop attendre, nous pouvons en sortir, prendre un dernier pont et nous retrouver au Kazakhstan. Là les formalités vont être plus longues, surtout à cause des documents à établir pour la voiture, qu’il faut comprendre et expliquer à des employés qui parlent à peine plus l’anglais que moi le russe ! Cette fois nous sommes bien proches de l’Asie, tous sont de type mongol. Un dernier contrôle, où j’ai bien failli ne pas m’arrêter à la grande fureur des policiers en charge du poste, et nous voilà au pays des steppes. Le vent de la steppe n’est pas une simple image, il souffle une continuelle bourrasque, qui décourage toute tentative de sortie. Les maisons sont désormais en pisé mais le plus remarquable ce sont les cimetières. A l’écart des villages, les tombes sont des mausolées de plan carré, en parpaings ou en briques, les angles en pointe, les plus riches sont en forme de tour étagée. Ils sont surmontés d’une aiguille sur laquelle est enfilée une grosse  boule métallique. Les plus beaux sont les anciens, en bois, patinés par le vent, très travaillés, aux flèches audacieuses. Sur le bord de la route : notre premier chameau, un vrai, à deux bosses, laineux, deux fois la masse d’un dromadaire qui, à côté, paraît élégant mais tout aussi dédaigneux. Avec la mue, ils semblent tous galeux, perdant leur toison par plaques, nous finissons par nous y habituer et ne plus les remarquer. D’immenses troupeaux de bovins, de chevaux et de moutons maraudent dans la plaine. Des pompes et des derricks marquent l’entrée dans la zone pétrolifère. Le revêtement n’est pas fameux, des portions sont meilleures que d’autres et nous dansons en essayant d’éviter les trous non rebouchés. Les rares traversées de bourgades ne sont pas enthousiasmantes, les tuyaux d’eau, aériens,  délimitent des quartiers de maisons identiques, sans caractère, dans des rues boueuses. Nous suivons le nord de la mer Caspienne, sans rien en voir. Il suffirait, sans doute, de monter sur une butte pour l’apercevoir, mais où en trouver une ? Nous roulons tard pour arriver à Atyrau. La ville doit sa richesse aux champs pétrolifères voisins et l’arrivée se fait dans une zone industrielle peu engageante. La ville se développe vite et les immeubles en constructions sont nombreux. Nous apercevons la place centrale avec un monument à un quelconque libérateur, une mosquée moderne mais respectant les canons classiques, plutôt réussie avec ses faïences bleues. La place ne manque pas… Nous franchissons le fleuve Oural et sommes alors en Asie (il nous semblait bien y être depuis quelque temps !). Nous nous garons devant un grand hôtel, sachant qu’il y a le wifi gratuit. Je réussis à me connecter depuis la voiture, nous trouvons un message de Julie et nous lui répondons. Nous allons nous installer dans les salons de l’hôtel pour continuer de profiter du wifi mais la connexion est capricieuse et si nous réussissons à mettre une carte pour l’anniversaire de la petite Marie, nous échouons à envoyer une photo à Nicole malgré plusieurs tentatives. Découragé, je renonce à mettre des photos sur le blog. Nous dînons au gril de l’hôtel, sans prétention, lieu de rendez-vous de la jeunesse fortunée. Nous nous régalons d’un(e ?) pide, une sorte de fougasse turque, à la viande hachée et à l’œuf puis de shish de porc, trop sec et d’agneau au bon goût turc. Nous voilà maintenant en Turquie ! Il est vrai que de nombreux peuples dans la région sont ethniquement et linguistiquement proches des Turcs. Nous allons ensuite nous garer derrière l’hôtel, au calme mais les pluies récentes ont ramolli la terre et nous enfonçons dedans au moment de regagner notre home !


 

Samedi 9 mai : Avant de quitter Atyrau, nous repassons par le centre de la ville moderne pour admirer (?) les immeubles tout frais terminés, béton, verre et acier, ceux bâtis sur les bords de l’Oural ont belle allure. Je dois attendre pour le plein de gasoil, les employés ne sont pas encore arrivés. Le prix du litre continue de baisser, environ 33 centimes d’euro ! Nous prenons la route d’Aqtöbe, six cents kilomètres… Les cent premiers, jusqu’à Dossor, sont excellents et sont vite avalés puis le goudron se dégrade ; il est plissé, veiné, j’ai l’impression de rouler sur la peau d’un éléphant variqueux ! A Maqat, nous commettons l’erreur d’entrer dans la bourgade. Je m’arrête pour prendre une photo des ornières de boue, la voiture ne repart pas ! Après une courte attente, elle daigne se mettre en marche. Ouf ! Nous cherchons la sortie de la ville, les indications sont contradictoires, finalement on nous fait un plan, il faut contourner l’usine de gaz. Nous y parvenons et derrière, nous sommes face à des traces de roues qui se perdent à l’infini dans la gadoue… Il faut effectivement traverser cette zone d’ornières profondes pour retrouver la bonne piste. Nous nous lançons et je me plante en traversant une ravine. Petites vitesses, différentiel bloqué, rien à faire. Je dois sortir les plaques, les glisser sous les roues, pour que nous nous en sortions. Je remonte dans la voiture avec un ballon de football de boue à chaque pied… Nous trouvons, soulagés, la bonne piste. Nous déjeunons avant de l’attaquer. Elle n’est pas fameuse et offre un échantillon de tous les types de mauvaise route : la tôle ondulée, les nids de poule (ceux du Sénégal étaient des enfantillages à côté de certains passages !), les ornières plus ou moins grasses et le pire : le goudron pilonné de trous d’obus ! Heureusement, nous pouvons souvent emprunter des pistes parallèles sur lesquelles je roule plus vite, en chassant devant nous les juments et leurs poulains de l’année. De temps en temps, des pompes aspirent le précieux pétrole. Dommage que ses revenus ne soient pas affectés à la réfection des routes. Nous arrêtons en fin de journée, à côté de la route, dans le gazon, au milieu des moutons et des chevaux.


 

Dimanche 10 mai : Au réveil, un berger vient nous proposer du lait frais, nous déclinons ! Nous passons la matinée à nous propulser entre la route mitée et les fondrières des bas-côtés. A midi, nous avons la bonne surprise de trouver un bon goudron et même excellent par portions, d’autres moins bonnes… Le paysage se vallonne et des arbustes au tronc noir, sans feuilles, forment d’inattendus bosquets. De petits rongeurs traversent la piste avant de plonger dans leur terrier. A Qandyaghash, nous décidons de tenter une route directe pour Aral qui nous raccourcirait le trajet de deux cent cinquante kilomètres. Nos tentatives de renseignements sur l’état de la route ne sont pas très fructueuses. Pour les employés de la station-service, elle est « нормал » ! Nous nous risquons… Au début du goudron correct… Un policier, surgi de sa voiture personnelle, garée sur le bas-côté, nous arrête, il semble soucieux de m’impliquer dans une quelconque infraction mais ma totale incompréhension, surtout face aux forces de l’ordre, le décourage et il nous abandonne, reprend sa voiture et repart… La route se gâte et bientôt nous retrouvons ce à quoi nous sommes habitués depuis deux jours. Ce n’est pas dans les plus violents cahots que notre glace décide de nous quitter. Lasse de nous voir, matin et soir, nous mirer (surtout Marie !), elle profite lâchement du dévissage d’un de ses supports pour s’abattre avec fracas sur le sol de la cellule. Quelques kilomètres de piste suffisent pour transformer les plus gros morceaux en une Voie Lactée… Nous traversons une région de collines qui culminent à plus de six cents mètres, avant de retrouver la « pampa ». Nous nous traînons jusqu’au soir, croisons des Ukrainiens en Jeep, qui reviennent d’Aral et qui nous renseignent sur l’état des routes, rien à espérer ! Nous nous arrêtons à hauteur d’un village. Marie s’aperçoit alors qu’il faut absolument faire une lessive ce soir… Au moment de préparer le dîner, nous découvrons, dans les placards, les noces obscènes du sucre et de la sauce vinaigrette qui, non contents de s’unir pour le pire, se sont répandus sur le meilleur de nos réserves. Tri, nettoyage, linge à essorer, étendre, etc… Dure la soirée !

 

Lundi 11 mai : Des veaux ont adopté nos pare-chocs en guise de grattoirs… Nous continuons sur des pistes dont nous ne savons plus dire si elles sont bonnes ou mauvaises, tout est relatif, l’important est de maintenir une honnête moyenne autour de 35, 40 km/h. Les bergers à cheval surveillent leurs troupeaux de moutons ou de chameaux. Des chevaux s’ébrouent au sortir des mares et se roulent dans le sable. Nous parvenons ainsi à Shalkar. De là, une piste rejoint directement Aral, les Ukrainiens rencontrés la veille nous ont dit qu’elle n’existe pas. On nous la confirme mais nous croyons comprendre qu’elle est réellement difficile. La sagesse nous incite à rejoindre la route principale, soit cent vingt kilomètres de plus. Encore du goudron dégradé et des pistes latérales plus roulantes. Nous déjeunons au carrefour, la route est en travaux au début et de toute façon mauvaise ensuite. La piste étant très sablonneuse, nous laissons derrière nous une traînée visible de loin. A mi-chemin nous retrouvons du goudron correct sur lequel nous nous envolons ! Les cimetières, toujours très importants signalent l’arrivée dans une bourgade, bien avant de la deviner. Les mausolées sont maintenant de briques couleur de la terre, surmontés d’une coupole et d’un croissant. Nous ne sommes à Aral qu’à six heures du soir. La ville est perdue dans les sables, impression de déjà-vu, à Madagascar, sur la côte Ouest. Nous cherchons le centre et la Militsia pour nous faire enregistrer. Nous devons attendre l’arrivée de l’officier d’immigration, mais pas dans les locaux, dans la voiture ! Les formalités ne pourront se faire que demain matin et nous sommes invités à stationner pour la nuit devant le poste… Nous allons voir le port, l’ancien, celui du temps où il y avait de l’eau ! Des bateaux ont été posés sur des blocs de béton, en rappel des beaux jours, les bras des grues rouillées qui pendent au dessus du sable, sont plus tristement évocateurs. Nous revenons nous garer devant la police. Je vais me dégourdir les jambes au parc municipal. D’horribles statues en plâtre, peintes, évoquent la nation kazakh avec les portraits, gravés dans le marbre noir, d’inconnus. Des placards à la gloire du président Nazarbaev promettent un avenir radieux pour la nation kazakh, la date en est même fixée : 2030 ! Un mariage anime la salle des fêtes et la musique nous parvient mais ne durera pas toute la nuit. Nous réchauffons un coq au vin en conserve (une vulgaire poule !), tout à fait de saison, vu la température extérieure…

 

Mardi 12 mai : Akhmata frappe à la porte alors que nous sommes à peine réveillés. C’est une jeune femme, professeur d’anglais, sollicitée par l’officier d’immigration pour nous aider dans les opérations de régularisation. D’emblée, elle annonce la couleur : dix dollars pour elle et vingt pour l’officier, par passeport. Je ne sais trop quelle est la légalité de ces tarifs… Nous devons aller devant les bureaux et attendre l’arrivée de la responsable. L’opération terminée, en règle pour le reste de notre séjour au Kazakhstan, je vais changer des dollars à la banque. Longue queue, les Kazakhs resquillent avec un aplomb exceptionnel. Nous allons ensuite faire quelques achats, complétés pour les fruits par un passage au marché. Nous tentons d’avoir une connexion internet aux Télécom  mais le seul ordinateur ne fonctionne pas. Il nous permet de nous apercevoir, cependant, que nous avons encore avancé d’une heure hier, nous ne savons où… Nous refaisons un plein de gasoil et quittons Aral sans avoir trouvé le moyen de refaire les pleins d’eau. Nous remplissons les réservoirs d’eau dans un hameau de trois bicoques en ruine, perdues dans les sables, entre des carcasses rouillées d’engins et de voitures. Au sortir d’un forage sourd un filet d’eau. L’opération est longue mais elle est agrémentée par une conversation en franco-russe, chacun dans sa langue respective, avec un brave monsieur, venu lui aussi, remplir ses bouteilles ! Sans doute la première fois qu’il voit une Land Rover, moteur à eau… « Good asphalt » m’avait promis Akhmata ! Nous ne devons pas avoir la même définition du « Bon »… Dans ce pays extra plat, l’idéal des courbes doit être la double bosse des chameaux… D’ailleurs, je commence à penser que les panneaux routiers « cassis » ne sont là que pour indiquer le risque de divagations de camélidés mal tondus… Néanmoins, nous avançons à bonne allure. A Baïkonour, le site de lancement spatial qu’aucun panneau ne signale, nous n’apercevons qu’une centrale (atomique ?) électrique et à l’horizon un centre de radars ? La route s’améliore et devient plus fréquentée. Les bourgs se rapprochent, des immeubles de plusieurs étages apparaissent, des buissons et des arbres se multiplient. Des tracteurs soulèvent de la poussière dans des champs (de quoi ? coton ?), des étendues en eau ressemblent à des rizières. Des résurgences de sel sont omniprésentes dans la région. Nous atteignons Kyzyl-Orda en fin de journée. Je me fais arrêter à l’entrée pour un supposé excès de vitesse, le policier me demande de l’argent, je refuse et il finit par nous laisser repartir. Moins d’un kilomètre plus loin, nouveau coup de sifflet mais ce n’est que par curiosité… La ville nous surprend, moderne, très étendue, je regrette presque le provincialisme d’Aral ! Nous embarquons un passant pour nous indiquer un hôtel à côté duquel se trouve un cybercafé. Des nouvelles de Nicole, difficilement lisible avec leur « papier à lettre », rien de Julie. Nous  rajoutons quelques jours au blog. Nous nous faisons indiquer un restaurant où nous dînons en terrasse, mais la fumée des voisins qui font un concours de consommation de cigarettes, nous incommode. Les mantis, les brochettes de poisson sont très bons mais le ragoût de mouton de Marie est trop ferme. Le litre de bière passe sans difficulté avec la chaleur… Nous allons nous garer près de la gare. Nous allons y jeter un œil, elle date des années 20 mais ce qui me fait le plus rêver ce sont les trains annoncés : de Moscou à Taschkent, d’Almaty à Moscou, etc… presque la « Prose du Transsibérien »… Nous nous apercevons vite que l’endroit est trop bruyant. Nous en repartons et je me gare le long du Syr Daria, l’un des deux fleuves qui aliment(ai)ent la mer d’Aral.

 

Mercedi 13 mai : Le toit baissé, les bruits sont atténués mais il fait plus chaud et cela commence à se sentir. Nous n’avions pas bien intégré le changement d’horaire et nous nous réveillons avec une heure de retard sur nos habitudes. Nous trouvons à la sortie de la ville un supermarché tout récent, gai comme la cantine de Fresnes, assez achalandé pour proposer de la viande à la coupe. Par une porte nous apercevons le boucher en train de débiter des quartiers de bœuf à la hache sur un billot. Il se taillerait un beau succès chez Carrefour ! A la sortie de la ville, second contrôle de la journée. Désormais, je ne cherche plus à utiliser les trois mots de russe en ma possession, j’abreuve le malheureux d’un discours en français, avec un franc sourire, jusqu’à ce que, dégoûté, il abandonne la partie. Cela ne marche pas toujours et au troisième, il faut que j’aille me faire « enregistrer » au poste de police, formalité ridicule et inutile vu ce qui est transcrit sur leurs livres… J’ai procédé à une ébauche de nettoyage de la voiture et principalement des plaques et des phares. Repérés comme étrangers et peut-être comme Français, nous avons droit, de la part des automobilistes qui nous doublent, à des marques de sympathie : coups de klaxon, pouce levé. Nous déjeunons dans la voiture à l’ombre d’eucalyptus bien venus. Puis nous retrouvons la steppe, la vraie, sans le moindre arbuste ou buisson, rougeoyante sous les coquelicots en fleurs. A l’horizon nous devinons une chaîne de montagnes qui seront vite appréciées quand y nous entrerons car il commence à faire chaud. Nous quittons la route pour un petit détour aux ruines de Sauran, ancienne ville caravanière. Nous y croisons un couple de jeunes routards français, venus en train de Moscou. Il ne reste des remparts en banco, très ruinés, que des pans de murs entre lesquels nous nous faufilons. La porte de la ville, en briques, est en cours de restauration. Je me plais à imaginer une caravane chargée de ballots de soie et d’épices, la traversant au coucher du soleil. Au centre du vaste espace défini par les murs d’enceinte, des ouvriers travaillent à dégager les restes d’une madrasa et d’une mosquée. Nous repartons et atteignons Turkistan. Tout de suite nous trouvons le mausolée, raison de la visite de la ville. Nous nous en approchons à pied. Sa belle façade de briques de terre, creusée d’un iwan, est recouverte de tuiles émaillées turquoise, formant des dessins géométriques. Il s’agit de l’arrière ! La façade avant, inachevée, n’est pas décorée, la brique est restée crue. Elle est elle également creusée et les madriers des échafaudages anciens servent de perchoir aux tourterelles. L’intérieur, tout blanc est sans grand intérêt : une haute coupole, des salles vides, dans l’une le tombeau, recouvert d’une dalle de marbre vert, d’un sage soufi vénéré. Nous allons jeter un œil à une autre mosquée, en cours de transformation en musée. Les travaux d’agencement ne sont pas terminés et surtout, la billetterie n’est pas encore opérationnelle…Nous revenons en traversant un jardin de roses qui serait plus plaisant si elles étaient écloses. La bouche est devenue trop sèche pour une langue qui a doublé de volume, il est urgent d’arroser des amygdales atrophiées. Un thé froid-citron et un Pepsi, dans des boutiques de souvenirs, y pourvoient. Je vais rechercher la voiture et nous nous installons à côté du jardin des roses. Après dîner, nous ressortons pour aller revoir le mausolée illuminé sur ses deux façades.

 

Jeudi 14 mai : Nous tenons compte de la température d’hier pour nous habiller léger aujourd’hui : le ciel est couvert ! Nous repartons de Turkistan et continuons entre steppe et cultures, en traversant des villages qui doivent être ouzbeks à en juger par les calottes brodées que portent les hommes. Les femmes ont de longues robes à fleurs et un fichu noué derrière la tête. Au contrôle policier auquel nous n’échappons pas, j’adopte ma nouvelle méthode : le malheureux policier, au demeurant à tête sympathique, abreuvé d’une logorrhée incompréhensible pour lui, renonce et s’en va vers d’autres victimes plus intelligibles… Nous sommes avant midi à Chymkent, très grande ville. Nous ne sommes qu’à cent vingt kilomètres de Taschkent mais ce sera pour plus tard. Nous traversons la ville pour aller nous garer à proximité du bazar. Rien de traditionnel, un immense marché sous des hangars fonctionnels. Nous y trouvons des radis énormes, de la ciboulette, des fruits et notamment des cerises. Les nan, galettes rondes de pain doré nous font envie, nous achetons du pain brioché pour le petit déjeuner. Nous déjeunons dans la voiture puis nous repartons pour aller à quelques kilomètres, à Sayran, voir des mausolées anciens. Nous apercevons une chaîne de montagnes enneigées, à l’horizon. Nous n’avons pas dû prendre la bonne route car nous nous retrouvons au milieu d’une zone industrielle ruinée, sur une piste digne des plus mauvais passages des jours précédents. Nous retrouvons le goudron et un automobiliste obligeant nous indique le premier des mausolées. Rien de bien remarquable : un cube de briques surmonté d’une coupole, un cercueil couvert de tissus avec des sourates en arabe. Nous allons en voir d’autres tout aussi peu remarquables, du moins pour des non-musulmans. L’un d’eux, en travaux de restauration, est couvert de belles faïences bleues. Un peu déçus, nous hésitons entre poursuivre la route et rester à Chymkent. Marie a envie de voir une place de la ville, nous y retournons donc alors qu’éclate un orage. Je me gare devant un café qui annonce Wifi ! Je réussis à me connecter, lire un message de Julie, compléter le blog mais je renonce à insérer des photos vu la lenteur de la connexion. Nous cherchons un endroit où rester la nuit mais en vain ! Après des tours et détours, perdus, nous renonçons et cherchons la sortie de la ville. Les bourgs se suivent sans que nous ne trouvions où stationner. Nous finissons par nous arrêter en bordure de route, entre deux stations-service alors qu’un autre orage tente de laver la voiture.

 

Vendredi 15 mai : Il a encore tonné et plu dans la nuit. Au matin, le soleil est présent, la voiture n’est pas propre mais elle n’est plus crottée. Des policiers ont installé un contrôle juste à côté de nous mais ils ne nous demandent rien et s’en vont avant nous. La route est, contrairement à ce que j’espérais, de plus en plus mauvaise quand nous nous rapprochons d’Almaty. Nous roulons dans un paysage de cultures et de prairies verdoyantes sur fond de montagnes enneigées de plus en plus proches. Nous arrêtons à Aïsha Bibi pour aller voir des mausolées. Le plus beau est celui d’une femme aimée d’un prince, refusée à lui par son père, morte après une piqûre de serpent. Etrange comme les mythes sont universels ! Dans la verdure, après un jardin de roses, le plus beau des deux mausolées est d’une extrême finesse, des carreaux de brique, couleur terre, aux motifs très variés, couvrent les quatre faces du monument et il est surmonté d’un élégant toit conique. La façade arrière conserve des carreaux d’origine, usés, patinés, dommage que tout le bâtiment ne soit pas ainsi ! Nous repartons pour quelques kilomètres. Nouveau contrôle de police, on tente de m’accuser de vitesse excessive, contrôlée par radar, mais je ne me départis pas de ma totale incompréhension et je peux repartir… Entrée dans Taraz, dernière grande ville avant Almaty, larges avenues, bâtiments modernes, verdure, moins déplaisante que Chymkent. La place centrale est occupée par une manifestation militaire. Nous devons la contourner. Nous allons nous garer devant le bazar. Rien d’intéressant : des vêtements (jeans en quantité !) et des tissus plutôt tape-à-l’œil, brillants. Nous repartons et allons nous garer près d’un parc pour y voir deux autres mausolées, plutôt quelconques, sans grande décoration. Derrière le second, les ruines d’une mosquée se visitent, rien de remarquable mais l’imam, très sympathique, nous incite à entrer, à prendre des photos et nous fait remplir son livre d’or. Pas trace de Français depuis longtemps… Nous déjeunons dans le camion puis nous retournons dans le centre. Les exercices guerriers ne sont pas terminés sur la place… Nous visitons le musée, au grand déplaisir des employés que nous sortons d’une longue sieste. Aucune explication en d’autres langues que le kazakh et le russe. Nous passons assez vite devant les vitrines, en n’admirant que des tentures style souzani ou des tapis de feutre. Les dernières salles pourraient être intéressantes car elles présentent le Kazakhstan depuis la révolution soviétique et je serais curieux de savoir ce qui en est dit. La visite se termine par une présentation des produits régionaux : vodka, confitures, produit pour les vitres, et ustensiles divers ! Le seul intérêt de ce musée réside dans l’exposition, dans une rotonde séparée, de pierres levées totémiques, trouvées dans la steppe et datant des VI°-IX° siècles, sculptées en forme de personnages, hommes moustachus, bras et parfois pieds croisés et quelques femmes. Quelques lignes dans un anglais folklorique (même pour moi !) donnent des informations. Nous nous rendons aux Télékom où nous avons accès à Internet. Nous répondons à Julie et lisons les informations. Nous décidons de rester à Taraz, l’endroit où nous avons déjeuné nous paraît idéal pour nous accueillir cette nuit. Nous allons consulter les cartes de deux restaurants susceptibles de recevoir notre clientèle ce soir et reprenons la voiture pour nous garer au calme, entre une banque et une faculté. Il semble que la banque soit aussi propriétaire de la rue car on nous demande de nous déplacer ! Nous allons dîner au restaurant d’un hôtel. Nous sommes les seuls clients, l’ambiance n’est pas extraordinaire. Mais la nourriture est bonne : nous avons dû attendre pour qu’on nous prépare des manti, du boeuf strogonov et des kotelet, en fait un steak de viande de mouton, hachée, avec des oignons. Nous retournons nous garer près des mausolées, au calme.

 

Samedi 16 mai : A part un car qui a laissé tourner son moteur, la nuit a été calme. Nous repartons sur une très mauvaise route, encore de la tôle ondulée mais goudronnée, difficile de tenir le 80 km/h ! Nous devons quitter la route directe d’Almaty, elle passe par Bishkek au Kirghizstan et nous devons contourner la portion de territoire de ce pays qui s’avance dans le Kazakhstan. La route est meilleure mais inexplicablement la vitesse est limitée à 50 km/h, ce que personne ne respecte… Et c’est là que les policiers kazakhs vicieux (pléonasme ?) sont en embuscade. Méfiant et rendu prudent, prévenu aussi par des appels de phares, je leur échappe… Mao avait raison ! L’Orient est rouge !!! La steppe flamboie sous les coquelicots, sur fond de belles montagnes trop enneigées à mon goût, je crains de ne pas pouvoir passer les cols au Kazakhstan et au Tadjikistan. Quand nous retrouvons la route directe, nous sommes dans un autre pays, plus de steppe, des pâtures verdoyantes, des cultures et de douces collines. La route est alors excellente, je n’avais pas roulé aussi vite depuis… et nous terminons par un tronçon d’autoroute. L’arrivée à Almaty est aussi quelque chose que nous n’avions plus connu : des embouteillages dignes d’un retour de vacances ! Nous prenons notre mal en patience, cherchons le centre, trouvons la rue Furmanova où se situe l’ambassade de France. Bien sûr, elle est fermée mais j’espérais la présence d’un garde qui aurait pu nous donner des informations. Les rues sont inondées et la pluie recommence à tomber. Je repère une rue calme, toute proche, nous nous y garons. Je vais à pied explorer les environs. Nous sommes dans les beaux quartiers : boutiques de luxe, cafeterias branchées, restaurants chics etc… Je trouve la pâtisserie avec wifi et la laverie mais les prix sont à la pièce, nous risquons d’en avoir pour cher ! Nous aviserons demain. 

 

Dimanche 17 mai : Nuit au calme, pas un bruit. Soleil au réveil. Nous ne sommes pas pressés et sans grand programme prévu. Après le petit déjeuner, nous nous rendons à un café-pâtisserie, fréquenté par les jeunes fortunés d’Almaty. Les prix sont presque ceux de France. Nous nous contentons de deux thés, prétexte pour pouvoir profiter du Wifi gratuit. Je m’attaque à la mise à jour du blog, avec les photos. Je vais y passer quatre heures ! Distrait, il est vrai, par une Française Joëlle et son mari, Allemand, Klaus. Ils sont là pour les mêmes raisons et en camping-car, en route pour la Mongolie. Nous échangeons des renseignements et bavardons, surtout Marie. Elles glosent sur les retraités en camping-car, les « Tamalou ». Nous passons le reste de la journée avec eux. Après avoir, tardivement, déjeuné au camion, nous allons nous garer près de la rue piétonne que nous arpentons. Elle se veut l’équivalent de la rue de l’Arbat à Moscou mais à part des animations de rue et des expositions de croûtes, elle n’en a pas grand-chose. Pas de maisons vénérables, pas d’atmosphère, seules les jolies filles sont attrayantes, longues et belles jambes, sous des mini-jupes… Almaty est une ville verte, larges avenues, toutes ombragées, parcs avec des écureuils, presque un rêve écologique ! Nous sommes abordés par un Belge flamand, que nous avons pris, de prime abord, pour un Russe, et sa jeune épouse chinoise. En réponse à ma question sur l’existence de laverie, ils finissent par nous proposer d’utiliser leur machine. Nous sautons tous sur l’occasion ! Joëlle et Klaus vont rechercher leur camion, nous retournons au nôtre quérir trois grands sacs de linge sale et nous nous retrouvons devant chez Jon, le Belge. Il nous conduit chez eux et nous démarrons une lessive. Nous bavardons ensemble du Kazakhstan et de la Chine, en prenant le thé. Sa femme qui est sur le point d’accoucher d’une fille, parle un excellent français. Nous laissons notre linge pour une seconde lessive et nous les quittons après leur avoir fait visiter nos installations. Nous allons, toujours ensemble, nous garer, côte à côte, dans une rue à l’écart de la circulation et allons dîner dans un restaurant chinois. Je retrouve le poulet au piment, à la mode du Setchuan et des raviolis frits au bon goût de basilic. Nous discutons encore de voyages avant de regagner nos véhicules.

Lundi 18 mai : Joëlle et Klaus viennent nous dire au revoir alors que nous prenons le petit déjeuner, ils sont en route pour la Mongolie… Nous ne sommes pas pressés, pour une fois. Nous nous rendons à une agence de voyage pour obtenir le visa tadjike, en passant par le parc Panfilov, le calme en plein centre ville, alors que la ville est nettement plus animée en ce début de semaine. Nous y trouvons la cathédrale orthodoxe Zenkov, tout en bois mais cela ne se voit pas. Elle date du début du siècle précédent, ses dômes multicolores sont partiellement rouillés mais elle fait son effet au milieu du parc. L’agence de voyage cherchée a fait faillite, le gardien nous en indique une autre, voisine mais il faut attendre l’après-midi pour les problèmes de visa. Nous revenons sur nos pas en passant devant le monument aux morts de la Grande Guerre patriotique. Devant une flamme qui se dit éternelle, un monstrueux soldat de bronze, tout en angles, semble surgir d’une gigantesque carte de l’Union soviétique, une apparition à ne pas découvrir la nuit, au détour du bois ! Nous jetons un œil à l’intérieur de la cathédrale, Une cérémonie se déroule, des femmes en foulard chantent tandis que des prêtres les aspergent avec conviction d’eau bénite. Marie reste à la voiture tandis que je pars en quête d’une autre agence. Une première me demande de repasser dans une demi-heure, une seconde m’assure qu’une lettre d’invitation n’est pas nécessaire et téléphone à l’ambassade pour s’en assurer. Une simple lettre d’ « assistance » devrait suffire. Elle est aussitôt rédigée et payée vingt dollars. Je retourne à la voiture. Nous hésitons à nous rendre aussitôt à l’ambassade car nous devons récupérer notre linge à quatorze heures. Nous déjeunons au camion et peu de temps avant de nous rendre au rendez-vous, une Coréenne qui vient d’ouvrir une guest house, juste derrière la voiture, passe, très étonnée. Elle nous invite chez elle, nous y rencontrons des voyageurs, un Hollandais et un Néo-Zélandais mais nous repartons presque aussitôt. Tandis que Marie m’attend, je vais acheter de la lessive pour dédommager notre couple. Nous ne voyons que lui, le temps de récupérer le linge, sec et presque plié. Un problème de réglé ! Nous revenons à la voiture, impossible de partir, une autre nous bloque. Je fais appel à la Coréenne pour téléphoner au propriétaire et nous pouvons nous rendre, en périphérie sud, à l’ambassade du Tadjikistan. Je remplis des formulaires et je m’acquitte de cent dollars par personne pour avoir les visas en urgence, c’est-à-dire mercredi après-midi. Nous revenons nous garer devant le Musée national. Il abrite sous un vaste dôme de béton, récent, une intéressante collection d’objets ethnographiques. Une yourte a été montée et montre son riche ameublement : tapis, tentures, coffres, lit sculpté etc… Des bijoux et des tissus où l’on sent les influences indiennes, turkmènes, nous donnent l’espoir d’enrichir (?) nos collections… Nous avons payé cher le droit de voir un ensemble d’objets en or, trouvés dans des sépultures, semblables à ceux vus à Kiev. Les dernières salles sont, là aussi, consacrées aux héros de la dernière guerre, photos, décorations, exaltation du patriotisme et aux réalisations du Kazakhstan depuis son indépendance. Nous regrettons qu’il n’y ait des explications en anglais que dans cette dernière salle qui ne nous passionne guère. Nous avons traversé rapidement les salles consacrées aux époques antérieures, faute d’informations compréhensibles. Au moment de sortir du musée, nous sommes attirés dans la boutique et ce qui devait arriver, arriva : nous en repartons avec un beau tissus tus-kiiz qui ornait autrefois une yourte ! Nous décidons de rester devant le musée pour la nuit. Nous rangeons le linge propre et je tape mon récit mais nous manquons déjà d’électricité, je dois faire tourner le moteur pour recharger les batteries. 


Mardi 19 mai : Il a plu toute la nuit mais le soleil va doucement revenir dans la journée. Nous ne le savons pas encore et nous hésitons sur le programme. Nous commençons par faire des courses dans un supermarché, à l’intérieur d’un centre commercial qui n’a rien à envier à ceux de l’Occident. Tous les quartiers d’Almaty que nous aurons fréquenté semblent riches ! Partout des boutiques de luxe, des marques internationales, des noms français pour les magasins, signe de « bon goût ». Rien ne manque dans ce supermarché, produits locaux ou importés, inutile de partir avec des provisions, quoique les prix… Nous retrouvons les impressions que nous avions en Côte d’Ivoire devant les étiquettes ! Nous traversons ensuite la ville pour aller chercher des brochures dans un centre d’information, avant d’aller nous garer devant le bazar. Nous arpentons les allées des étals de fruits et légumes. Cerises et abricots nous font envie, les prix sont élevés, nous nous offrons une livre d’abricots qui se révéleront, comme les cerises l’autre fois, moins goûteux que nous ne l’espérions. Nombreux étals de fruits secs, nous nous faisons offrir un abricot séché, avec le noyau, bien meilleur que ceux que nous avions mangés chez le couple sino-flamand. Nous allons nous garer le long du parc Panfilov pour regarder, sans visiter, le curieux musée des instruments de musique, en forme de pagode. Nous déjeunons dans le camion et avons la visite d’un garde de l’ambassade américaine, intrigué. Nouvelle traversée de la ville pour nous rendre à l’église orthodoxe Saint-Nicolas, très quelconque. Nous allons nous renseigner sur une éventuelle représentation à l’opéra, Eugène Onéguine est programmé dans deux jours, pas ce soir ! Nous décidons, devant l’amélioration du temps de nous rendre au lac de montagne Bolshoe Almatinskoe. Nous avons bien du mal à en trouver la route, à la sortie d’Almaty. Elle s’élève rapidement, passe devant de nombreux restaurants et établissements de loisir pour les week ends. Nous hésitons à assister à une démonstration de fauconnerie mais l’heure tardive, le cadre et aussi le prix nous font repousser à demain… Nous entrons dans un Parc national où se trouvent néanmoins des restaurants et des hébergements. La route est de plus en plus mauvaise, au fur et à mesure de notre avancée dans les montagnes. Nous n’en voyons pas les sommets, encore perdus dans les nuages. Après une centrale électrique, la route, devenue piste grimpe rudement sur des roches qui affleurent et forment des marches qui interdisent une progression rapide. Huit kilomètres ainsi, en première ou deuxième vitesse, à suivre la conduite forcée qui alimente la centrale. L’arrivée, à 2600 mètres d’altitude, dans un cirque de montagne, à la limite des neiges est décevante car nous débouchons sur le barrage qui nous dissimule le lac. Quelques maisons et deux ou trois voitures, sans oublier des tas d’immondices laissés par les pique-niqueurs du dimanche, nous ôtent l’illusion d’être au bout du monde. Nous faisons quelques pas jusqu’au sommet du barrage et là, enfin, nous avons le lac sous les yeux ! Les eaux sont très basses, il est encore en grande partie gelé mais d’une belle couleur turquoise, il a l’aspect d’un sorbet à la menthe ! Il ne fait pas chaud et nous retournons vite au camion. Nous nous garons devant les maisons et rangeons toutes les affaires qui ont glissé dans la cellule avant de pouvoir nous y installer.

Mercredi 20 mai : La nuit a été moins froide que je ne le craignais. Un beau soleil nous réchauffe et éclaire les montagnes. Nous retournons voir le lac et remarquons la curieuse baraque, tout droit sortie de La ruée vers l’or, plantée, en équilibre, au sommet d’un pylône, pour dominer les hautes eaux. Nous entamons la descente, prudemment, plus lentement que nous ne sommes montés car hier soir, des « bruits » suspects liés aux amortisseurs, m’ont inquiété. Nous rejoignons le fond de la vallée puis l’entrée du parc. Je refais les pleins d’eau à une conduite. Je ne suis pas le seul, des automobilistes viennent y remplir des quantités de récipients. Nous allons directement au café où nous avons le wifi (presque) gratuit pour y trouver un message des Fantino, contents de leur voyage au Japon ce qui ravit Marie et des nouvelles de Julie avec des photos du mariage de Claire. Je ne rajoute rien au blog, nous verrons à Karakul. Il est tard et j’ai faim ! Nous voulons monter sur la colline Kök-Töbé pour y déjeuner et avoir une vue sur Almaty. La route est interdite aux véhicules, nous déjeunons donc avant de prendre un des minibus qui emmènent au sommet. La vue n’est pas bien dégagée, la brume, peut-être de pollution, enveloppe toute la ville. A peine apercevons-nous les stupéfiants immeubles de verre en construction à la sortie de la ville. Les allées sont une succession d’attractions pour les enfants : jeux, mini-zoo, et de restaurants-grills. Des haut-parleurs dans les arbres diffusent en permanence de la musique insipide, impression d’être en Chine, plus très éloignée. Nous reprenons la voiture pour retourner à l’ambassade du Tadjikistan, récupérer nos passeports avec les visas. Nous sortons ensuite d’Almaty pour nous avancer sur la route. Quelques hésitations, faute de panneaux routiers, avant de rouler dans la bonne direction. La vitesse est limitée à 70 km/h en dehors des agglomérations, nombreuses et proches les unes des autres. Nous suivons toujours la même chaîne de montagnes. Nous arrêtons avant Shellek, à l’écart de la route, sur un « parking » pourvu de toilettes. Leur visite mérite une photo : deux trous, côte à côte, dans une planche en bois et pas de porte. Encore la Chine !

Jeudi 21 mai : Un beau et franc soleil nous accompagne dès le réveil. Nous roulons en direction de la Chine, dommage de ne pas y aller… Nous nous rapprochons des contreforts des Tian Shan, les Montagnes Célestes dont nous franchissons, en nous élevant doucement, quelques langues qui s’avancent dans la steppe bien verdoyante. Nous retrouvons les abribus, communs à tout le Kazakhstan, joliment décorés de figures géométriques colorées. Ils sont fort appréciés des vaches qui, couchés, s’y reposent ou s’y abritent de la pluie ou du soleil. Elles y déposent artistiquement leurs bouses sur les bancs. Les passagers, même non-Hindous, attendent debout, sous le soleil… Nous quittons la route pour une piste correcte qui serpente dans la steppe sur une dizaine de kilomètres, jusqu’au poste d’entrée du Parc du cañon de Charyn. Un affluent, à sec, de la rivière du même nom l’a creusé dans des roches friables, découpant des tours, des « châteaux », fouillant la montagne sur deux ou trois kilomètres. Nous continuons à pied sur un éperon rocheux qui domine le cañon. Nous apercevons, dans le fond, une piste qui aboutit aux bords de la rivière ombragée. Nous cherchons à y accéder. Il faut descendre sur quelques centaines de mètres, un bout de piste extrêmement ravinée. Si la descente ne doit pas poser de problèmes, la remontée risque d’être acrobatique. Le garde à l’entrée nous a assuré de la possibilité mais le conducteur d’une Lada Niva qui en émerge nous en dissuade. Si, encore, nous n’étions pas seuls ! Nous pique-niquons, en sortant table et fauteuils, à l’ombre du camion, sur le rebord du ravin. Après déjeuner, sans attendre que le soleil baisse, nous empruntons un sentier pentu que des rampes de bois aident à descendre. Nous rejoignons la piste du fond du cañon. Le ciel s’est couvert et bientôt quelques gouttes tombent. Marie peu rassurée craint la remontée, la pluie, la fatigue. Nous cheminons entre les parois ravinées, découpées, creusées à la base qui forment des cheminées, des remparts de forteresses, des pitons aux allures de citadelles ruinées, des doigts pointés vers les cieux. Marie s’arrête, je continue alors que le soleil revient. Je passe dans un défilé, entre deux roches, tendrement appuyées l’une sur l’autre et en un quart d’heure je parviens au bout de la piste, sur les bords de l’impétueux torrent. Je suis dans un cirque de montagnes rouges, entouré de pitons, dans une oasis : quelques arbres et des buissons profitent de la présence de l’eau. Je reviens chercher Marie qui sur ma description, trouve le courage de poursuivre. Nous nous reposons en buvant une bouteille d’eau gazeuse sur les bords du torrent, assis dans des fauteuils de cinéma au campement ! Installation très modeste mais où nous aurions bien aimé passer la nuit. Voilà ce que c’est que d’être trop timoré ! Nous entamons le retour alors qu’un vent de sable se lève. De plus en plus violent et bien de face, il nous fouette, nous pique, nous fouaille, nous devons enfiler les K-Ways pour nous protéger ce qui ne nous empêche pas de tituber et d’avancer à grand peine. La remontée de la dernière côte est difficile et nous n’y serions pas parvenus sans la rampe. Une main crispée dessus, Marie à l’autre bras, arc-boutés dans le vent, nous progressons pas à pas. Nous retrouvons avec soulagement la voiture qui tremble elle aussi. La pluie commence à frapper alors que nous démarrons pour aller nous garer et essayant d’être un peu plus à l’abri et moins près du bord du ravin !!! Le vent finit par se lasser, la pluie cesse.

Vendredi 22 mai : Nuit calme, sans vent, sans pluie. Réveil sous le soleil qui va vite être voilé. Nous repartons, plus de gardes à l’entrée… Nous retrouvons le goudron et dix kilomètres plus loin, nous passons au-dessus de la rivière Charyn qui roule des flots limoneux, dans des gorges qui manquent de soleil. La route continue en s’élevant, dans la steppe entre troupeaux de moutons et troupeaux de chevaux. Nous laissons la route en direction de la Chine et poursuivons vers la frontière kirghize. Plus grand monde sur la route, devenue plus étroite. Nous passons un col avant de descendre dans la vallée de Karkara, une immense étendue de prairies bien vertes, traversées de ruisseaux. Nous sommes les seuls au poste frontière. Sortie du Kazakhstan et entrée au Kirghizstan se font dans la bonne humeur et aussi rapidement que le permet la rédaction des inévitables enregistrements des passagers et de la voiture, dans des rôles qui ne seront jamais consultés. Nous emmenons avec nous un couple de Kirghirzes qui attendent une occasion pour rejoindre Karakol. Après la frontière, la route ou plutôt la piste est mauvaise, creusée de nids de poules, sans échappatoires sur les côtés, elle se souvient, sur de courts tronçons, avoir été asphaltée. Nous roulons entre deux chaînes de montagnes enneigées, en direction de l’Ouest désormais, la route du retour ! Nous n’apercevons que deux yourtes, les remorques installées dans les alpages pour suivre les troupeaux en pâture, dans les beaux jours, sont plus nombreuses. Des apiculteurs ont amené leurs ruches colorées dans les prairies, les troupeaux broutent au milieu des fleurs jaunes, les poulains épuisés par leur premier printemps sont allongés de tout leur long dans l’herbe. A une barrière, je dois acquitter un péage pour traverser une « réserve de la biosphère », faute de soms, la monnaie locale, je dois payer en dollars à un taux de change catastrophique ! Ici, pas question de piquer un som, pas un pays pour moi ! Plus loin ce sont des cultures qui succèdent aux jailoo comme sont appelés ici les alpages. Les maisons ont toutes des toits de tôle, les rares voitures que nous croisons sont d’antiques véhicules russes, pas de 4x4 rutilants en vue… Nous retrouvons le goudron, d’abord mité puis meilleur, enfin un peu… Nous déposons nos passagers avant Karakol, ce qui nous permet de nous arrêter pour déjeuner. L’entrée dans Karakol est étrange, rues très larges mais défoncées, trous qui pourraient engloutir une moto, sémaphores fatigués mais clignotant faiblement, même le seul policier de la journée n’ose pas agiter son bâton. Peu de circulation mais nerveuse. Nous cherchons à nous repérer, ce qui est vite fait. Nous nous garons et partons en visite. Je change des dollars puis nous nous renseignons sur les restaurants, les cybercafés, tout cela va vite. Nous allons voir l’ancienne cathédrale orthodoxe, une jolie église en bois qu’enlaidissent des bulbes à la Walt Disney. Le quartier est constitué de maisons russes de l’époque coloniale, certaines à étages, cossues, sont pourvues de beaux balcons et de porches soutenus par des colonnes de bois, d’autres, plus simples, alignés sur la rue, ont beaucoup de charme. Je vais rechercher la voiture, reviens prendre Marie. Nous allons acheter quelques provisions dans un minimarket puis nous nous garons devant l’Université, sur une grande place déserte.

 

 

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