Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 15:07

ASIE CENTRALE

 

PRINTEMPS 2009



 

 «  MM. Les voyageurs rarement quittent le ton emphatique et décrivent ce qu’ils ont vu quand même les choses seraient médiocres ; je crois qu’il pensent  qu’il n’est pas de la bienséance pour eux d’avoir vu autre chose que du beau. » (Lettres d’Italie, Charles de Brosses)




 

 

Dimanche 19 avril : Enfin, après deux mois de laborieuses et très énervantes démarches administratives pour obtenir l’indispensable carnet de passage en douane et quelques-uns des tout aussi indispensables visas, nous mettons le cap à l’Est. Le départ n’a pas lieu avant onze heures, le cœur toujours lourd d’abandonner Réglisse aux bons soins de sa nouvelle tutrice. Dernier coup de fil à Julie que nous n’aurons pas revue depuis son retour de Mayotte… Autoroute monotone et bien connue. Au beau point de vue avant la frontière, rapide pique-nique dans le camion qui ne permet pas de désencombrer le réfrigérateur, bourré  de crèmes, charcuterie et fromages. C’est ensuite la pénible succession de tunnels et de viaducs jusqu’à Gênes. Le ciel, qui nous avait épargné jusque là, nous distribue généreusement des averses pour le reste de la journée. La circulation devient très dense dès que nous rejoignons l’axe Milan - Venise. Je commence à fatiguer, j’ai la nette impression de ne plus avoir la résistance d’antan ! Nous arrêtons pour la nuit sur une aire à la hauteur de Padoue.

 

Lundi 20 avril : Pas d’insomnie ! Nous n’émergeons qu’à huit heures et demie. La pluie, après une nuit bien arrosée, a cessé. Nous continuons, passons Venise (je me fais la promesse d’y revenir en train et à l’hôtel…). Moins de monde en direction de Trieste puis de l’Autriche. La route s’élève, longe ou traverse d’étroites vallées aux  lits de galets parcourus par de glaciales eaux sales. Serait-ce là le « Désert des Tartares » de ma lointaine jeunesse ? Au col, nous trouvons encore de la neige. Je dois acheter une vignette, pas trop chère, pour rouler sur les autoroutes autrichiennes. Quelques gouttes de pluie. Entre deux remarquablement longs tunnels, nous avons des vues sur la montagne couverte de forêts qui semblent fumer, ce sont des nuages qui refusent obstinément de nous laisser apercevoir les sommets. Nous déjeunons rapidement et continuons dans la plaine. Nous quittons l’autoroute pour passer au plus court en direction du lac Balaton. Evidemment la moyenne chute… Nous voilà en Hongrie, change et enregistrement pour pouvoir rouler sur les autoroutes. Premiers policiers en embuscade avec un radar, ils regardent de l’autre côté et de toute façon je respecte rigoureusement les limitations même si cela déplait aux autochtones qui roulent le pied au plancher. Un petit soleil fait éclater les bourgeons des arbres fruitiers, il caresse les glycines et les lilas devant les maisons. Les clochers à bulbe pointent au-dessus d’anciennes maisons patriciennes, pas aussi bien entretenues que celles aperçues en Autriche. Nous rejoignons le lac, aperçu dans le lointain sous un ciel redevenu gris. Nous récupérons l’autoroute en direction de Budapest et nous arrêtons sur une aire, une centaine de kilomètres avant la capitale.

 

Mardi 21 avril : Départ comme hier à neuf heures et demie mais sous un soleil de plus en plus affirmé au long de la journée. Nous traversons ou passons depuis trois jours des lieux qui m’évoquent des souvenirs, souvenirs vécus ou souvenirs de lectures ! Nous continuons en direction de Budapest que nous contournons sans rien apercevoir de la ville, avant de continuer en direction du nord-est. La Hongrie est bien entrée dans la société de consommation, Auchan, Décathlon et autres super, hyper-marchés phagocytent les banlieues de toutes les villes. Nous déjeunons rapidement et poursuivons en direction de l’Ukraine. Les derniers kilomètres se font sur une route ordinaire. Plein d’essence pour dépenser les derniers forint. Sortie de Hongrie presque sans contrôle, traversée d’une rivière sur un pont et nous voici en Ukraine. Je redoute le passage de la frontière, il se fait en vingt minutes, le temps de remplir des feuillets, de tamponner les passeports et de déclarer la voiture ! Nous abandonnons aussitôt la belle route pour une en triste état qui traverse de jolis villages d’un autre temps. Les maisons basses sont alignées le long de la rue principale, précédées d’une charmille que le printemps commence à fleurir. Sur les bancs adossés aux palissades des maisons les vieux papotent, les babouchkas en bas noirs, foulard sur la tête surveillent les étals de radis, de fleurs ou de balais, posés sur un tabouret en bordure de route. Qui peut bien en acheter puisque tous en vendent ? Des carrioles tirées par des chevaux cagneux croisent des Lada en fin de vie et des tracteurs de l’ère soviétique. Les gens déambulent sans se soucier des rares véhicules qui, eux aussi, se traînent d’un nid de poule à un autre. Je tire de l’argent à un distributeur en faisant appel à l’aide d’un employé de la banque. J’essaie de m’expliquer dans un mélange d’allemand et de russe, Marie exploite, aux carrefours où nous demandons notre chemin, les heures passées sur la méthode Assimil, avec plus de bonheur. Nous cahotons encore dans des rues ou sur des routes qui ne dépareraient pas en Afrique avant de retrouver une bonne route, plus fréquentée, qui suit, dans les derniers contreforts des Carpates, le cours d’une jolie rivière. Nous arrêtons sur une esplanade devant un motel, en espérant que la circulation sera plus réduite dans la nuit. Un couple de franco-ukrainien qui nous avait déjà doublé sur l’autoroute en Hongrie, vient nous dire bonsoir. Ils logent au motel et nous incitent à stationner sur le parking gardé. Nous obtempérons… Nous allons boire une bière sans mousse, avec eux, tandis qu’ils dînent. Nous en faisons autant peu après, mais au camion.

 

Mercredi 22 avril : Nous prenons la route sans avoir revu nos compagnons de la veille. La route continue dans un beau paysage de basses montagnes, au milieu des alpages. Les bulbes trapus des églises, fraîchement recouverts de tôles, étincellent, parfois avec beaucoup de mauvais goût, et signalent de loin la présence de beaux villages aux maisons de bois traditionnelles. Certaines sont crépies de couleurs pastel et décorées d’un tondo peint sur la façade. Nous débouchons dans la plaine, les nombreuses traversées de villages interdisent une bonne moyenne. Enfin Lviv. La chaussée, correcte sur la route, devient franchement exécrable en ville. Il faut surveiller tramways, bus et voitures qui ont tendance à ignorer les autres véhicules. Nous parvenons dans le centre, très animé. Nous apercevons d’anciennes demeures, mais pour l’instant, notre souci est de trouver un parking gardé pour la nuit. Nous demandons, les réponses sont incompréhensibles… Nous finissons, après plusieurs traversées du centre, par tenter notre chance au parking de l’hôtel Lviv, un survivant de l’époque soviétique, gai comme une maison d’arrêt. Le gardien ne fait pas de difficultés pour nous accepter, moyennant finance. Nous déjeunons puis nous partons en visite. Nous traversons un quartier dont les anciennes synagogues ont été rasées par les nazis. Les pavés disjoints, les trottoirs mal entretenus, ne facilitent pas la progression en montée. Nous sommes à la limite de la ville, presque à la campagne, dans les arbres et les bosquets d’aubépines, ne manque plus que Gilberte… Marie tient à monter jusqu’au château dont il ne reste rien. Le sentier est rude et se poursuit par un escalier de fer puis un sentier pavé en colimaçon jusqu’au sommet d’une butte surmontée du drapeau ukrainien. La vue est sans intérêt, dégagée sur la ville nouvelle et ses alignements de HLM, à contre-jour vers la ville ancienne. Des jeunes sont venus y passer l’après-midi. Les garçons, comme tout mâle entre quinze et vingt-cinq ans et plus si affinités, sifflent une canette de bière Les filles, souvent des blondes fadasses, pas les beautés annoncées, ne sont pas en reste. La mini-jupe et le jean moulant ne sont pas désagréables… De plus âgés ont apporté une bouteille de whisky qu’ils font passer avec des canapés. La descente est plus facile mais nous sommes d’ores et déjà épuisés. Nous approchons le centre ancien, passons devant des églises plus imposantes que belles. Il est vrai qu’il faut en imposer, les variantes locales, orthodoxe, catholique, gréco-catholique, uniate, se disputant les ouailles à grand renfort d’excommunications réciproques… Des bus déversent des pèlerins polonais, peut-être des nostalgiques de l’ancienne Lvov polonaise. L’église des Bernardins est d’un baroque assuré mais sans finesse, le plafond peint en trompe-l’œil, récemment restauré mérite seul la visite. Les passants se signent tous devant les églises, ceux qui en sortent se retournent pour le faire. Nous revenons dans le centre par une belle rue dans laquelle ferraillent d’antiques tramways et débouchons sur une place quasi parfaite. Carrée, elle est entièrement bordée d’anciennes maisons sur deux étages, toutes colorées, toutes différentes, sans fausse note. La perspective serait plus forte si ne se dressait au beau milieu un Hôtel de ville qui interdit une vue d’ensemble. Nous en faisons le tour, en détaillant chaque façade et en nous promettant de la revoir demain sous un autre éclairage. Nous tentons de prendre un verre à différentes terrasses de cafés mais le service est d’une telle lenteur que nous renonçons et regagnons notre cour de caserne en passant devant l’opéra qui affiche Tosca mais dans trois jours.

 

Jeudi 23 avril : Il ne fait encore pas chaud au réveil et plus tard nous rechercherons le soleil. Nous repartons en promenade. D’abord nous visitons le Musée national, dans un palais de la grande avenue. Il héberge une belle collection d’icônes ukrainiennes et polonaises des XIV° et XV° siècles, dans des salles glaciales, mal éclairées, que nous sommes les seuls, avec des scolaires, à contempler. Formes raides, schématisation des architectures et des paysages, la courbe n’est pas encore arrivée ! Nous remontons ensuite la rue Virmenska, supposée être la plus belle mais ce n’est pas notre avis. Des travaux de restauration seraient les bien venus. Nous passons devant la cathédrale arménienne, cadenassée, puis entrons dans la vaste église des Dominicains au baroque léger, la coupole est de belles proportions, des jeunes femmes que nous n’aurions pas supposées très portées sur la religion, viennent y réciter une prière et faire une longue suite de signes de croix. Nous parvenons de nouveau sur la place Rynok, l’éclairage est différent, et nous jouissons de la charmante vision des façades du XVII° siècle à travers le feuillage encore peu dense. Nous nous hissons au sommet de la tour plantée dans l’hôtel de ville, d’abord par un ascenseur capricieux puis par trois cents marches de bois de plus en plus difficiles en montant. De là-haut nous avons la vue que nous aurions aimé trouver hier de la colline du château. Nous dominons tous les toits de zinc, le lacis des rues anciennes, les rails des tramways, les flèches et les dômes des églises et les quatre côtés de la place avec ses maisons aux tons pastel. Nous redescendons plus facilement et allons déjeuner dans un restaurant d’un standing inhabituel pour nous. Nous goûtons aux vareniki, des raviolis farcis à la purée de pommes de terre, arrosés de vraie crème fraîche. On nous apporte différents pains délicieux, servis avec du beurre parfumé aux herbes et à l’ail. Ensuite Marie essaie un chachlik, une brochette de porc, bonne mais sans plus et moi un excellent ragoût de porc à la bière, la sauce, relevée, est à se lécher les doigts ! Deux demis, des vrais, des 0,5 l, de bière à la pression font glisser les bouchées. L’addition est des plus honnêtes ! Nous visitons un tombeau d’une famille polonaise du XVII° siècle, l’extérieur est richement décoré de sculptures (classique vie de Jésus), la pierre noircie a une teinte lugubre qui convient parfaitement à sa fonction. L’intérieur est étonnamment coloré, le dôme est d’inspiration Renaissance avec des portraits de membres de la famille sur un fond bleu. Je vais changer des dollars puis nous nous rendons dans un central téléphonique où nous pouvons nous connecter à Internet. Nous envoyons des messages pour rassurer Julie et Nicole et lisons ceux de quelques amis. Nous marchons en revenant vers le centre. Ici, pas de Lada mais les derniers modèles de berlines noires aux vitres teintées, deux mondes !!! Nous nous rendons au palais Pototsky pour visiter la Galerie d’Art de Lviv. Un rez-de-chaussée redécoré dans le style du XIX° siècle et à l’étage des tableaux des écoles européennes des XVII° et XVIII° siècles, peu intéressants, mal présentés, mal éclairés, derrière des vitres aux reflets gênants. Nous rentrons par la grande avenue, agréable promenade en son centre, plantée d’arbre, avec en perspective le théâtre-opéra. Marie achète des œufs peints, ils sont de saison, arriveront-ils intacts ? Retour au camion pour nous reposer et examiner la carte pour demain.

 

Vendredi 24 avril : Nous étions fatigués et nous ne nous réveillons et donc ne partons qu’une heure plus tard que d’habitude. Sortie de la ville sans nous tromper, par une rocade jusqu’à la route de Kiev. A ma grande surprise, ce n’est qu’une route ordinaire, à deux voies pendant plusieurs dizaines de kilomètres. Nous roulons dans la plaine ukrainienne, verdoyante et sans grand attrait. La chanson des Gadz’Arts de Châlons me trotte dans la tête, les paroles sont choisies, la rime est riche :

            Dans les plaines de l’Ukraine

            Un cosaque

            L’air comak

            S’en allait un jour

            A Saint-Pétersbourg

            Voir sa Petrouchka

            Pour lui faire l’amour

            J’ai les couillanski

            Qui m’gratouillanska

            Et si on m’les coupanski

            Finie la gratouillanska…

Passons… Nous avons des portions de route à deux fois deux voies avec un bon revêtement mais nous quittons le grand axe pour une route secondaire bien moins bonne. Dessus ne circulent que des Lada antiques et des carrioles, des télègues (?) constituées de quelques madriers, avec des roues à pneus tout de même, tirées par des chevaux. Dans les champs, ce sont encore des chevaux qui tractent l’araire. Nous apercevons sur une colline, au milieu de la plaine, le monastère de Potchaiev, poste avancé de l’orthodoxie en terre catholique. Ses dômes et ses bulbes dorés le signalent de loin. Nous nous garons près de l’entrée et déjeunons dans le camion avant d’aller en visite. Nous sommes accueillis, comme Alexandre Nevski à Novgorod, par un concert de carillons qui nous rappelle la Sainte Russie. Comme là-bas, les abords sont occupés par des marchands de bondieuseries et de foulards car les femmes doivent avoir une jupe longue et la tête couverte. Marie se voit affublée d’une jupe portefeuille par-dessus son pantalon et utilise un de ses foulards pour le chef. Déjà prête pour l’Iran ! Des femmes nourrissent les pigeons qui s’envolent en bande bruyante avant de revenir à la pitance. Dans l’enceinte, plusieurs bâtiments de la fin du XVIII° siècle ont été repeints trop à neuf, les bulbes étincellent sous un soleil de plus en plus capricieux et quelques-uns sont peints en bleu vif. La cathédrale qui domine l’ensemble est du plus mauvais goût, presque une saint-sulpicerie, avec des fresques sans le moindre attrait. Des femmes sont occupées à laver à grande eau le sol, cela ressemble à un rite, il en est de même dans une autre église plus intéressante, plus trapue, en briques chaulées utilisées extérieurement pour décorer les murs, comme à Vladimir. Des pèlerins viennent chercher de l’eau miraculeuse, sortant d’une source, là où la Vierge aurait posé le pied et donc sensée guérir… Le soleil s’est caché, il ne fait plus chaud et nous repartons à travers la campagne, jusqu’à Kamenets. Là, nous suivons une mauvaise route pour monter au sommet d’une colline où subsistent les ruines d’une porte et des fortifications avec une vue sur les églises colorées en contrebas. Nous rejoignons la route principale de Kiev sur laquelle nous nous traînons. Succession de portions à une ou deux voies, parfois au revêtement correct, le plus souvent mauvais et avec des interdictions de vitesse fatigantes. Je commence à ne plus bien distinguer les détails, signe d’une halte urgente. Nous arrêtons dans un parc gardé pour camions internationaux.

 

Samedi 25 avril : Il a fait assez froid au matin pour que je mette le chauffage en marche. Les camions ont été relativement discrets au démarrage, nous sommes presque les derniers à nous mettre en route. Nous avançons sur cette pénible route, souvent à deux voies maintenant mais généralement en très mauvais état ou en travaux. Les choses s’arrangent en approchant de Kiev, la vigilance policière aussi… Nous plongeons dans le centre ville par de larges avenues, au milieu d’immeubles très « soviétiques ». Nous cherchons un hôtel qui nous accepterait sur son parking. Un premier nous refuse et nous poussons jusqu’en plein centre ville. La grande avenue est fermée à la circulation pour le week-end, ce qui n’arrange pas nous affaires pour nous diriger. Au passage nous apercevons deux belles églises aux dômes dorés. Enfin, suivant les indications d’un chauffeur de taxi, le parking de l’hôtel Rous ne fait pas de difficultés pour nous voir y stationner. Nous déjeunons, soulagés, et dès que Marie a fini de se plonger dans le plan et le guide, nous partons découvrir Kiev. Nous cherchons la plus proche station de métro, un peu trop éloignée à notre goût. Nous retrouvons les escalators qui précipitent le passager, à grande vitesse, sous terre. Les wagons des trains sont anciens, fatigués et insuffisamment éclairés alors que les stations sont vastes mais sans le luxe de celles de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Nous nous trompons de ligne, devons rechanger, les indications sont toutes en cyrillique et donc longues à déchiffrer. Nous débouchons dans l’avenue Khretshichatyk, celle qui est fermée à la circulation automobile. Elle est envahie par les Kiéviens en goguette, en costume du dimanche, les amoureux ont offert une rose à leur dulcinée et se font photographier devant la colonne de la place Maidan Nezalejnosti, celle de la révolution orange. Des bâtiments « soviétiques » l’encadrent, construits après les destructions de la guerre. Nous remontons en direction de l’église Sainte Sophie, une de celles aperçues  en arrivant. Elle se dresse sur une jolie et spacieuse place, bordée de belles maisons anciennes ou peut-être reconstruites. Nous visitons Sainte Sophie, toute pimpante dans des tons bleu pastel et crème. Les bulbes surmontés de croix éparpillent les rayons du soleil dans toutes les directions. L’intérieur est une petite merveille : des fresques, ternies mais encore lisibles du XI° siècle, couvrent tous les murs, les voûtes, les arcades, sauf dans le chœur où de superbes mosaïques tapissent l’abside et le dôme. Une gigantesque Vierge surmonte une scène d’Eucharistie, les couleurs sont celles d’origine, quasi intactes. Nous montons ensuite au clocher, une tour séparée de l’église, un peu trop haute pour nos cuisses… La vue va des bulbes et des dômes de Sainte Sophie que nous surplombons, au Dniepr que nous apercevons, perdu dans la brume, derrière l’église Saint-Michel qui se distingue par ses murs bleus et ses dômes dorés, au bout d’une large avenue. Nous nous dirigeons alors vers elle. En approchant, l’aspect neuf devient évident, elle a été reconstruite tout récemment après sa destruction en 1934. Néanmoins, même sans le charme de Sainte Sophie, elle ne manque pas d’allure. Nous y pénétrons pour nous trouver mêlés à quelques fidèles venus écouter la messe. Des chœurs, cachés ou enregistrés (?) chantent le Seigneur et dans ce cadre, ils ne manquent pas d’efficacité émotive. Les femmes sont en jupe longue, un fichu sur la tête et se signent en s’inclinant. Des popes jeunes, barbus, vêtus de chasubles or et sang officient, un long voile noir sur la tête. Nous descendons sur les bords du Dniepr en empruntant un funiculaire qui permet de dévaler la berge abrupte. Nous reprenons le métro et trouvons un raccourci pour rejoindre notre parking. Je tente de me connecter sur le réseau wifi de l’hôtel mais la connexion est payante, plus chère que dans un cyber

Dimanche 26 avril
 :
La musique venue de l’hôtel et qui nous inquiétait n’a pas duré. Réveil agréable pour une journée de marche. Nous avons prévu de nous rendre à la Laure, un ensemble monastique d’églises et de couvents, sur les bords du Dniepr. Nous repartons donc en métro, par le raccourci cette fois, et descendons à la station Arsenal. De là, nous suivons un long boulevard ombragé puis entrons dans un parc avec monument à la gloire des soldats morts pendant la dernière guerre. Nous avons alors une vue sur le très large lit du Dniepr et la ville moderne de l’autre côté. Nous commençons à apercevoir les croix et les toits, dorés bien entendu, des églises de la Laure. Encore quelques centaines de mètres et nous y sommes. Entrée payante, chère pour les photographes. Nous franchissons l’enceinte par une très jolie porte surmontée d’une tour couverte de médaillons peints à fresque et représentant de saints hommes. A l’intérieur, le cadre est enchanteur, les arbres en pleine floraison égaient les murs chaulés des bâtiments conventuels et la cathédrale se révèle dans toute son éblouissante blancheur sous les dômes, les bulbes, les croix et des symboles solaires aux rayons d’or. Dans le haut beffroi, le carillonneur s’en donne à coeur joie. Peu de touristes, beaucoup de familles et de dévots venus passer un dimanche de printemps en ce lieu. Nous visitons la très jolie église de la Trinité, petite mais les murs couverts de superbes fresques du XVIII° siècle, les artistes ont inclus des scènes de leur temps dans des épisodes bibliques ! La cathédrale ne se visite pas, elle n’est pas finie, encore une reconstruction depuis l’indépendance… L’église Saints-Antoine-et-Théodose est plus intéressante par la foule qui s’y presse que par ses fresques récentes et déjà très enfumées. Marie commence à fatiguer, son orthèse de l’orteil ne lui donne plus satisfaction. Nous allons déjeuner dans un café, saucisses et filet de hareng aux oignons avec de l’eau gazeuse faute de bière. Nous visitons, dans un bâtiment de la Laure, le Musée des Trésors historiques consacré aux peuples de la steppe. Les Cimmériens puis (et surtout) les Scythes, au IV° siècle avant notre ère, au contact des Grecs du Pont-Euxin, ensuite les Sarmates, ont élaboré une époustouflante orfèvrerie d’or d’une extraordinaire finesse. Les objets trouvés dans des tumulus où étaient enterrés des hauts dignitaires étaient destinés à orner les coiffures, les vêtements et les harnais des chevaux. Un pectoral est particulièrement raffiné : de fines feuilles d’or roulées représentent des scènes de la vie nomade avec un très grand réalisme (cheval se grattant avec le postérieur gauche en tournant l’encolure) ou des combats d’animaux fantastiques. Nous contournons l’ensemble de la Laure haute pour accéder à la Laure basse, encore des églises étincelantes mais sans intérêt. La foule est plus nombreuse et on se presse pour acheter et brûler de petits cierges devant les saintes icônes. J’en « emprunte » un pour descendre dans le réseau des catacombes mal éclairées. Chacun tient entre deux doigts de la paume de la main ouverte son cierge et éclaire les sarcophages de moines enterrés dans des cercueils de verre, couverts d’habits brodés, les visages masqués par un tissu mais parfois, une main perce et se devine aux doigts racornis et noircis. Les plus dévots embrassent les cercueils et toutes les images saintes à leur portée. Le clergé est nombreux, jeune et ce ne sont pas des personnes âgées qui se pressent pour se signer, s’incliner, réciter une prière ou former un vњu. Nous suivons une allée couverte pour accéder à une dernière église d’où part un autre réseau de catacombes. Nous enfilons un boyau encombré, distinguant à peine dans la pénombre les cercueils de verre. Un dernier coup d’њil sur l’ensemble des églises et le Dniepr et nous quittons les lieux en descendant sur l’avenue qui en suit la berge. Des Kiéviens repartent chargés de litres d’eau récoltée dans les fontaines de la Laure. Longue marche, pénible pour Marie très fatiguée mais qui demain sera prête pour de nouvelles aventures. Retour en métro puis à la voiture que nous retrouvons avec plaisir. Mise à jour du texte et classification des photos m’occupent jusqu’au dîner

Lundi 27 avril
 :
Départ comme d’habitude à neuf heures trente et, comme d’habitude, en métro pour la station au pied du funiculaire qui nous élève au sommet de la berge. Les fonctionnaires et autres employés qui se rendent au travail sont en costume couleur de muraille et arborent des cravates des années 40 ! De là, nous contournons le curieux mais pas laid Ministère des Affaire étrangères, avec son fronton grec. Nous suivons la « Descente d’André », une rue mal pavée qui constitue le quartier touristique et vaguement artistique de la ville. Des étals de souvenirs, écharpes du Dynamo de Kiev, matriochka avec déjà Obama, chapkas et insignes de l’ancienne URSS, et autres horreurs habituelles de ces lieux. Peu d’animation en ce lundi matin. Une jolie église, Saint-André, due à Rastrelli, l’architecte du Palais d’hiver à Saint-Pétersbourg, dans les tons bleu et or à l’extérieur, nous attire. L’intérieur est d’un délicat baroque, l’iconostase d’un rouge soutenu met en valeur les boiseries et les icônes. Un pope officie en chantant, accompagné par une jeune femme à la belle voix de mezzo. Nous continuons la descente et aboutissons à la place Kontraktova. Nous sommes dans le quartier de Podil, ses maisons datent du tout début du XX° siècle, souvent très chargées en décoration et pourvues de loggias en encorbellement. Nous entrons dans le monastère Florisky, la Cour des Miracles est à l’entrée… Pas de bâtiment exceptionnel mais une ambiance reposante, parterres de tulipes dont s’occupent des nonnes, distribution d’eau bénite aux fidèles et matrones en grande discussion. Nous allons déjeuner, à proximité, de spécialités ukrainiennes, dans un restaurant sympathique, tables et bancs en bois et serveuses en costume traditionnel. Pas de touristes, que des gens du cru. Je me régale de salo, de la graisse de porc, au goût de blanc de jambon cru, accompagné de gousses d’ail et de baies de groseilles qu’il faut faire passer avec un petit verre de vodka. Marie a choisi des blinis, on lui sert de classiques crêpes farcies à la viande. Ensuite du chou farci et du porc aux légumes, sauce à la crème, plus un litre de bière (à deux) expliquent que la sortie du restaurant est peu assurée… Nous visitons la jolie église baroque Mykola Prytysko, l’intérieur est couvert de médaillons peints à fresque entre lesquels volettent des figures féminines ailées du plus élégant effet. Le musée Tchernobyl s’impose pour digérer le gras, la vodka, la crème et la bière... Trois salles exposent une multitude de photos et de documents mais pas une seule explication n’est fournie en anglais, à tout le moins, dommage ! Des lycéens visitent également, ils sont attentifs et bien habillés, les garçons en costume ! Nous revenons prendre le métro puis nous descendons dans le centre. Marie, malgré sa fatigue, veut se rendre dans un magasin pour y acheter des њufs de Pâques peints mais il a déménagé… Contrairement à ce que disait notre guide, les rues sont très propres, les papiers sont jetés dans les corbeilles, les marches du métro sont lavées à longueur de journée. Et si les conducteurs sont d’autant plus pressés que leur véhicule est puissant et les vitres sombres, ils s’arrêtent cependant devant les piétons, même en dehors des clous. Nous nous rendons sur le boulevard Khreshtchatyk, dans un cybercafé. Lecture des messages, réponse à Julie et début du blog sans les photos. Nous rentrons ensuite au camion

Mardi 28 avril
 :
Réveil plus tôt pour essayer d’être à Odessa ce soir. Nous quittons notre parking et, sans nous tromper, trouvons la route. Une autoroute plutôt, au revêtement correct et même excellent dans la majeure partie du trajet. Son statut d’autoroute n’empêche pas la circulation de tracteurs, ni de devoir ralentir dans les traversées d’agglomérations, ou de pouvoir faire demi-tour en stationnant sur la voie de gauche, mais au moins elle est gratuite… Paysage de plaine en cultures, monotone et lassant. Nous arrêtons pour des pleins de gasoil, déjeuner et refaire en partie le plein d’eau. A l’approche de la ville, la présence policière est de plus en plus fréquente mais nous y échappons. Nous atteignons Odessa dans l’après midi, nous avons bien roulé. Nous cherchons une supposée auberge de jeunesse où nous espérons pouvoir stationner. Nous parvenons à la trouver, dans un bel immeuble bourgeois, à la façade repeinte d’un grand boulevard du centre mais le propriétaire a plié bagages. Le gardien nous propose de nous garer dans la cour mais il faut attendre que la place de parking, entre les hauts murs gris, se libère. Nous ne pouvons prendre place qu’à six heures.

Mercredi 29 avril
 :
Les habitants de l’immeuble ont été bavards hier soir mais ensuite le calme fut parfait. Nous avons bien dormi, du moins Marie qui a du retard… Nous ne partons en promenade qu’à dix heures, en suivant les belles avenues ombragées de la ville. Le quartier ancien a été restauré, les maisons, ou plutôt les palais, du début du siècle passé ont fière allure, peut-être un peu surchargés de décorations mais l’ensemble est harmonieux. Ces rues anciennes sont interdites à la circulation, ce qui participe à l’agrément de la promenade mais peu de piétons déambulent sous les tilleuls. Il manque des fiacres, des messieurs en canotier et de vaporeuses élégantes promenant quelque loulou de Poméranie. Je me plais à y situer La dame au petit chien dans ce film de Kheifets qui m’avait tant plu autrefois, ou encore Les yeux noirs de Mikhalkov avec un Mastroianni plus dérisoire, désespéré, italien ! Ce n’est pas fini pour les références cinématographiques puisque nous arrivons à LA gloire architecturale locale : l’escalier du Cuirassé Potemkine. Quelle déception ! Nous sommes en haut des marches et nous aurions pu nous attendre à une vue sur un quai de port, et à défaut d’un cuirassé rouillé, quelques vieux gréements… A la place nous avons, dans la perspective des escaliers, un terminal portuaire et un hôtel aussi laid que l’on peut en imaginer chez les barbares ! Personne n’a eu l’idée de louer un landau pour les amateurs de photos. Quelques poussettes, du dernier chic, avec mères inconscientes du drame auquel elles échappent et bambins insouciants passent sans s’approcher du rebord… Nous descendons jusqu’à l’avenue en contrebas puis remontons. La vue en contre-plongée est, malgré une désolante palissade bleue sur un côté, plus attrayante puisque les escaliers, dominés par l’insolite statue d’un duc de Richelieu en toge romaine, débouchent sur une très belle place en hémicycle. Nous continuons la promenade jusqu’à son extrémité, nous dominons les infrastructures portuaires, rien de romantique de ce côté… Sur les grilles de la passerelle que nous empruntons pour revenir dans le centre, les amoureux ont gravé ou écrit leur noms et une date sur des cadenas qu’ils ont scellés pour toujours (?). Nous regrettons de ne pas l’avoir su, nous en aurions apporté un… La rue Gogolya, est elle aussi bordée de belles vieilles maisons, peut-être les plus délirantes de la ville, comme si une compétition avait motivé les architectes. Des atlantes soutiennent des balcons, des mascarons grimacent au-dessus des fenêtres, des balcons triangulaires pointent dans le vide. Les cours intérieures, comme nous l’avons déjà remarqué là où nous avons dormi, sont moins reluisantes et les couloirs sont lépreux. Nous traversons un parc fleuri, passons devant la cathédrale reconstruite après avoir été, elle aussi, rasée sous Staline, entrons dans le hall d’un vieil hôtel décevant à l’intérieur. Une galerie, couverte d’une verrière, entièrement décorée de stucs sur deux ou trois étages, est digne de celle de Milan. Nous envisageons de déjeuner au restaurant mais ceux que nous avions prévus, soit n’existent plus, soit ne nous inspirent pas. Les prix, aussi, sont plus élevés. Les commerces de luxe abondent, toutes les grandes marques internationales sont représentées, les prix, ceux de Paris ou de New York, ne doivent pas concerner toute la population ! Nous nous rendons dans un centre commercial. A l’extérieur un ancien palais rehaussé d’un bâtiment de verre, du dernier cri, quant à l’intérieur il nous sidère : des étages de boutiques modernes rangées autour d’un atrium, desservies par des escalators et des ascenseurs. Nous ne visitons que le supermarché du sous-sol, bien achalandé, pour y faire provision de fruits, yaourts etc… Nous revenons au camion, déjeunons rapidement et repartons. Nous sortons d’Odessa et roulons sur une simple route à deux voies, parcourue par de nombreux camions. Très mal revêtue, une sorte de tôle ondulée recouverte de goudron, elle interdit les trop grandes vitesses. Nous passons Mikolaiev et arrêtons quand je commence à avoir des problèmes de netteté de vision, à la hauteur de Kherson, sur une halte pour camionneur. Une inespérée machine à laver, dans la maison où l’on peut aussi se doucher, va m’épargner la tâche prévue pour ce soir.

Jeudi 30 avril
 :
Nous nous réveillons plus tôt pour avancer en direction de Bakhtchissaraï. Nous avons la désagréable surprise de la pluie, qui noie tout. Je me douche dans la maison, pour le même tarif que la lessive d’hier soir : un euro ! Nous continuons donc dans la grisaille. Route émouvante ! A chaque tour de roue j’ai une pensée pour les générations d’humbles cantonniers anonymes qui, décennie après décennie, ont apposé leur mètre carré de bitume (presque) à côté de celui d’un de leurs compagnons, composant ainsi un inégal damier sur lequel nous tressautons. Nous rigodons d’un goudron l’autre… La pluie cesse quand nous entrons en Crimée. Désespérément plate mais bien verte, cette Crimée ! Des vignes font leur apparition. Dans les villages, l’adduction de gaz est réalisée avec des tuyaux qui courent le long des rues, les traversent, serpentent, à plus de deux mètres au-dessus du sol. Nous atteignons Yevpatoria, au bord de la mer. Nous nous garons à côté de la mosquée, très classiquement turque avec ses minarets pointus, la première après toutes ces églises. Je trouve même sympathique le chant du muezzin qui nous accompagne pendant que nous déjeunons dans le camion. Nous franchissons la porte de l’ancienne cité, une grosse tour carrée dans laquelle un café vend des friandises. Nous y achetons des pâtisseries turques ou plutôt tatares puisque c’est ainsi que se nomment les musulmans de Crimée puis nous partons nous promener. Nous devons marcher plus que prévu pour trouver dans la calme vieille ville, le kenissa Karaime, un lieu de prière d’une secte juive : les Karaïtes. Des plaques de marbre en russe et en hébreu tapissent une cour, la salle a été refaite récemment et l’ensemble manque d’atmosphère. Nous ne pouvons visiter un tekké turc pour cause d’inondation. Nous repartons et, peu avant d’arriver à Sébastopol, nous pénétrons dans des collines. Nous nous glissons entre elles jusqu’au village de Bakhtchissaraï. Nous passons devant l’ancien palais du khan turc que nous visiterons demain, poursuivons quelques centaines de mètres entre de gros blocs de rochers ronds, creusés de troglodytes, jusqu’à un monastère orthodoxe que nous gardons également pour demain. Nous cherchons un endroit pour la nuit, un Tatar qui parle espagnol nous aide dans notre recherche, tout heureux de parler et de rendre service. Nous nous installons tout à côté du khan dans une cour gardée puis allons faire une courte promenade à la recherche d’un restaurant. Nous dînons à proximité de spécialités tatares : manty, de gros raviolis à la viande d’agneau très parfumés, des brochettes de viande hachée, fades, servies avec du chou rouge épicé et d’autres légumes très vinaigrés et un plat de mouton trop cuit. Ce n’est donc pas une réussite mais la serveuse, sympathique, parle quelques mots de français et nous offre un excellent thé, parfumé au romarin me semble-t-il et tout cela, avec deux bières pour huit euros ! Nous réveillons les chiens qui se lancent dans un concert avec chњurs et répons…

Vendredi 1er mai :
Le rayon de soleil du matin est vite remplacé par une pluie persistante et fort déplaisante. Nous nous rendons au palais des Khan. Nous n’y sommes pas les seuls… Pour ce week end du 1er mai, il semble que tout ce que l’Ukraine et même une partie de la Russie, compte comme randonneurs, cyclistes et simples excursionnistes, ait décidé de visiter Bakhtchissaraï. Des cars déversent des hordes de visiteurs bardés d’appareils photos brandis à bout de bras, tous accompagnés d’un ou d’une guide pressée et à la voix forte. Bonne nouvelle, le prix des billets a doublé depuis hier… Nous nous glissons entre deux groupes et parcourons les divers pavillons de ce sérail, typiquement turc. Des fontaines couvertes de calligraphies arabes, des divans, des tapis, des fenêtres aux vitres colorées, des boiseries ouvragées, nous pourrions être à Topkapi ! Les pavillons, constructions ramassées en pierre et en bois, avec de larges escaliers de bois, sont éparpillés dans des jardins de roses, hélas pas encore en fleurs. Dans les salles du harem, ont été reconstituées des scènes de la vie au palais et dans les appartements sont présentées des collections d’objets anciens dont une série de tissus qui me font bien envie ! Et toujours la pluie qui ternit les couleurs, mouille les souliers et donne envie de se mettre au chaud. Nous nous promenons dans l’ancien cimetière avec ses tombes surmontées de deux piliers de pierre, celui de tête, souvent surmonté d’un turban d’opéra en pierre. Nous ressortons, en jetant des regards éperdus vers les cieux, voulant croire à une éclaircie dès que la pluie faiblit. Nous cherchons, enfin surtout Marie, un atelier d’artisan, mal indiqué, nous le dépassons, le cherchons trop loin, personne ne connaît et,quand enfin nous le trouvons, il est fermé ! Je vais rechercher la voiture, au grand plaisir du gardien qui va pouvoir faire payer l’emplacement, plus cher, à des visiteurs. Nous retournons au monastère, dans le fond de la vallée, en nous glissant derrière les cars de touristes. En payant, je suis autorisé à monter avec la voiture au parking le plus proche du couvent, en grimpant une côte empruntée par tous les piétons. Encore quelques mètres à parcourir sous la pluie, le long de la falaise avant d’atteindre les premières maisons à demi taillées dans la roche et à demi construites. La foule se presse, achète des cierges, gros comme des queues de rats et se lance à l’ascension des escaliers qui mènent à l’église troglodyte. Des mosaïques, Jésus, la Vierge et des saints, de grande dimension ont été composées directement dans la falaise. Nous atteignons la salle de prière, l’iconostase épouse la forme de la roche, des piliers ont été sculptés et des icônes, sous verre, attendent les baisers des dévots. Malgré l’interdiction de photographier, je parviens à voler quelques prises. En face, de l’autre côté du ravin, une autre falaise est percée de grottes, naturelles ou non, que nous aurions bien aimé explorer de plus près mais la pluie redouble et nous renonçons. Nous descendons avec le camion, déjeunons et le soleil revient, timidement… Mais les sentiers restent boueux et l’accalmie n’est sans doute que provisoire aussi nous repartons en direction de Sébastopol. Nous y sommes bientôt, trouvons le centre ville, le port. Nous nous garons sur une belle place et partons nous promener sur le bord de la rade. Des bonimenteurs racolent pour des excursions en mer : faire le tour de la rade et sans doute, comme à Toulon, apercevoir les bâtiments de la flotte russe ancrés ici. Nous entrons sur le territoire du club sportif russe pour nous approcher de l’eau. Nous traversons ensuite des jardins à l’atmosphère tchékovienne : les promeneurs endimanchés en ce jour de fête, les jardins aux parterres de fleurs et leurs jets d’eau, les marins russes en goguette, les constructions néoclassiques aux imposantes colonnes, la mer, les bateaux de promenade et les mouettes, sans oublier un soleil revenu, tout y participe. Nous repartons, grimpons sur une colline et entrons dans un bâtiment circulaire à l’intérieur duquel est présenté un panorama sur 360°, une représentation d’une défense par les Russes de la redoute Malakov, attaquée par les Français pendant la guerre de Crimée. L’impression réaliste est renforcée par un premier plan, à l’aide d’objets, de fascines, de terrain bouleversé, de charrettes démantibulées. Nous cherchons et réussissons à trouver les ruines grecques de Chersonèse. Nous nous promenons, au milieu des restes peu parlant, au bord de la mer, avec la ville dans le fond et quelques navires russes dans la baie. Des colonnes (trop) restaurées et une église, également refaite à neuf, perdues dans un vaste parc, sur la colline, donnent une illusion de paix. Nous allons jeter un oeil dans l’église, toute neuve. Un chantre accompagne une cérémonie de bénédiction, le pope trace avec une baguette une croix sur le front des fidèles qui lui baisent ensuite l’anneau. Nous retournons dans le centre, et décidons de nous installer sur le parking, non gardé, devant l’hôtel, ex-soviétique, « Crimée ». L’intérieur n’est pas engageant avec sa réceptionniste dissimulée derrière un guichet style métro parisien d’il y a trente ans, mais il y a un cybercafé, nous y lisons nos messages et y répondons. Dîner tardif, puis nous déménageons pour être plus au calme et je me mets au travail sur les photos et mon texte.

Samedi 2 mai :
Ciel gris au réveil et bientôt de nouveau la pluie ! Nous quittons Sébastopol et prenons la route de Balaklava, village supposé être un joli port méditerranéen, dans une crique. Comme très souvent, la vue est gâchée par des immeubles de HLM ou des friches industrielles. La pluie n’arrange rien. Nous nous garons sur le port, attendant une éclaircie, en contemplant les méduses dans l’eau, aussi glauques que le ciel… Nous renonçons et repartons en direction de Yalta. La route traverse de basses montagnes couvertes de forêts entre lesquelles sont plantées des vignes. Nous devinons des falaises dissimulées dans le brouillard qui enveloppe la côte. Nous descendons dans le village de Foros, lui aussi très décevant pour les mêmes motifs. Nous patientons en mettant à jour ce texte, avant de déjeuner. Faute d’amélioration, nous repartons sans avoir vu l’église sur son rocher, la curiosité du lieu mais nous avons pu faire des emplettes à un petit marché : radis, lard, fraises, rien d’industriel ! Nous roulons dans la pluie et parfois dans le brouillard jusqu’à Aloukpa où nous allons visiter le palais Vorontsov. Du parking, nous devons marcher encore un kilomètre avant de pénétrer dans le parc. Nous commençons par visiter des appartements meublés en style anglais, sans le moindre intérêt puis nous découvrons la façade « écossaise » du château, construit dans la première moitié du XIX° siècle par un richissime propriétaire. Il faudrait reprendre des tickets pour visiter l’intérieur mais nous ne sommes guère amateurs de mobilier anglais… Nous contournons le château, toujours sous la pluie, et découvrons la façade tournée vers la mer, elle, de style mauresque avec un iwan au sommet d’un grand escalier orné de lions de pierre. Ce qui tendrait à prouver que l’argent ne rime pas forcément avec bon goût… Je vais rechercher la voiture et après avoir récupéré Marie, nous continuons en direction de Yalta. Nous nous arrêtons de nouveau, peu avant la ville pour nous rendre au palais de Livadia où s’était tenue la conférence en 1945. La pluie a faibli et Marie croit déjà au retour du beau temps… Nous payons de plus en plus cher le parking et les visites. Nous devons suivre un groupe, derrière une guide qui ne parle que russe (ou ukrainien ?). Nous sommes les seuls touristes étrangers ! Le palais construit pour le tsar Nicolas II en 1911 est de style Renaissance et les pièces sont décorées à profusion de stucs avec des motifs floraux. Nous parcourons les salles où se tint la conférence. De nombreuses photos des trois « Grands » : Churchill, Roosevelt et Staline, et des documents, journaux de l’époque sont exposés. Des cartons en anglais nous permettent d’avoir quelques informations. La visite se poursuit à l’étage avec des souvenirs de la famille impériale, photos, objets, qui ne nous passionnent pas vraiment… Quand nous ressortons, la pluie nous attend ! Nous revenons aussi vite que possible au camion et nous nous mettons en quête d’un emplacement pour la nuit. Nous entrons dans Yalta, station balnéaire très courue et très encombrée. Nous comprenons vite que nous devons nous éloigner du centre pour trouver notre bonheur, ce qui est le cas avec un parking gardé.

Dimanche 3 mai :
Réveil sous le soleil… qui disparaît derrière d’inquiétants nuages quand nous démarrons ! Nous nous rendons à la maison-musée de Tchékhov. La partie musée expose de nombreuses photos, des documents, des affiches et des objets personnels de l’auteur. Un livret en anglais et une vidéo également en anglais nous permettent d’en savoir un peu plus. Puis nous passons dans un très beau jardin exotique, fleuri, créé par Tchékhov lui-même, où se trouve la datcha qu’il s’était fait construire dans les dernières années de sa vie. Le lieu devait l’inspirer puisqu’il y écrivit La Cerisaie. Les pièces sont restées intactes, avec leur mobilier, des photos et des vêtements. Je regrette de ne pas avoir emporté notre Pléïade pour relire quelques pièces ou au moins des passages. Nous reprenons la voiture et tentons de nous garer près de la promenade du bord de mer, ce qui ne va pas sans mal, cul-de-sac dans lequel il faut faire demi-tour, rues trop étroites pour que deux véhicules se croisent etc… Je parviens à me glisser entre deux voitures et nous allons nous promener alors que le soleil pointe timidement. Pauvre Tchekhov ! Que penserait-il de sa promenade du bord de l’eau ? Les forains ont installé des manèges gonflables pour les enfants, les yachts des nouveaux riches sont ancrés dans le port, le Mac Donald est en face de la statue de Lénine, on loue des habits en strass vaguement XVIII° siècle pour se faire prendre en photo devant la mer… Nous déjeunons dans une gargote populaire de pelmeni, autre variété de raviolis, délicieux, farcis à la viande et servis avec de la crème, nous en prenons d’autres en dessert, aux cerises, également un régal ! Nous revenons à la voiture et repartons. Dès que nous montons en montagne, sur la corniche, nous entrons dans le brouillard. Nous retrouvons le soleil, enfin une esquisse de soleil, tamisé par les nuées, en redescendant sur la côte. Nous arrêtons plus loin à Gourzouf, dans une crique étroite. Nous descendons à pied dans les ruelles jusqu’au bord de la mer. Moins de monde qu’à Yalta et donc moins de boutiques, le village en est presque agréable. Des maisons de bois avec des balcons et des loggias en encorbellement lui donnent un certain cachet. Quelques audacieux (inconscients ou tout simplement pressés d’être en été ?) se baignent. Bien sûr, il ne faut pas lever trop les yeux, de crainte de découvrir au-dessus les horreurs bétonnées, anciennes ou nouvelles, car la construction marche encore bien ici. Des carcasses de futures résidences commencent à se dresser sur toutes les pointes de la côte et des panneaux-réclames vantent les charmes de ces affolantes constructions. Nous continuons vers l’Est. Après Alouchta où nous quittent toutes les voitures des citadins venus pour le week-end et qui repartent vers leurs villes du Nord, la route est plus calme, plus étroite aussi et surtout très tortueuse. Elle sinue dans la montagne, dans un maquis auquel des hectares de vignes et des ifs au garde-à-vous donnent un air de Toscane. Quand la route rejoint la côte, elle longe des plages de sable ou plutôt de gravier noir. Nous décidons de nous arrêter sur une de ces plages, fréquentée par des campeurs sans doute moins frileux.

Lundi 4 mai :
Il a encore plu dans la nuit et au réveil le ciel reste couvert. Nous repartons en direction de Soudak. La route serait belle entre les pitons et les vignes avec un rayon de soleil. Nous traversons Soudak pour aller voir, sans y pénétrer, les impressionnantes murailles de la forteresse génoise. Nous sommes à l’une des extrémités de la Route de la Soie, l’autre étant à Xian… Nous repartons, quelques kilomètres pour Feodosia, encore une station balnéaire, calme aujourd’hui. Nous n’y sommes pas pour la plage, peu engageante mais pour le musée Aïvazovski. Nous nous garons près du centre et allons à pied jusqu’au musée. Nous connaissions ce peintre de marines pour avoir vu quelques-unes de ses toiles dans les musées de Moscou et de Saint-Pétersbourg et une exposition récente au Musée de la Marine à Paris me l’avait remis en tête. Nous entrons dans une vaste salle décrépite qui sert aussi pour des concerts, un piano trône sur la scène et les fauteuils ont été rangés le long des murs, empêchant d’approcher les toiles. Les cadres sont lamentables, la mise en valeur inexistante et les informations uniquement en russe. Difficile d’apprécier dans ces conditions… La comparaison suggérée avec Turner est tout à fait exagérée, certes des ciels flamboient mais cela reste bien académique et seules deux ou trois toiles échapperaient à ma féroce critique… Nous allons ensuite faire une courte promenade sur le bord de mer, je change des dollars en roubles, nous envoyons une carte à Martine, il faut acheter une enveloppe pré-timbrée pour les cartes postales. Nous repartons, arrêtons à la sortie de la ville pour déjeuner dans le camion et nous continuons vers l’Est. Nous sommes de nouveau dans une riche plaine, qu’occupent des troupeaux de bovins et de beaux chevaux. Dans les traversées de villages, comme ailleurs en Ukraine, les maisons sont en retrait de la route et les pelouses devant les maisons font le régal des basses-cours, des oies, des chèvres et des moutons, Les poulets, ici, ne sont pas nourris à la farine de poisson ! Nous atteignons Kertch, nous devons continuer jusqu’au port pour nous informer des horaires et des tarifs du ferry. Je prends les billets pour demain puis nous revenons en ville mettre à jour le blog dans un cybercafé.

 

Mardi 5 mai : Nous nous réveillons tôt pour être à l’heure à l’embarquement. Le soleil brille ! Nous allons attendre, rangés derrière un camping-car d’Allemands qui se rendent à Sotchi et avec qui je discute en anglais. Les portes du port s’ouvrent, nous entrons pour les formalités. Il faut attendre le bon vouloir des préposés, peu pressés. Heureusement, il y a peu de voitures, sinon les derniers n’auraient pas eu le temps d’être en règle. Nous montons sur le ferry et partons pour la courte traversée du détroit de Kertch. Nous ne sommes pas trop secoués, ce que nous avions craint avec le vent qui avait soufflé dans la nuit. L’arrivée en Russie se fait dans une peu accueillante zone industrielle. Là, les formalités vont durer plus de deux heures ! Douaniers et policiers sont en nombre. Les éléments féminins, en uniforme, bottées, ont, grâce à leur jupe étroite, une démarche chaloupée intéressante mais le port du calot leur donne une déplaisante allure de kapo. Nous nous entraidons, l’Allemand et moi pour traduire les questionnaires, avec l’assistance de Russes (ou d’Ukrainiens, va savoir !). Une fois les passeports tamponnés, les documents pour la voiture et l’assurance délivrés, nous pouvons, après avoir avancé nos montres d’une heure, rouler ! Nous nous arrêtons presque aussitôt, sur la côte, pour rapidement déjeuner. A peine repartis, nouveau contrôle, le policier pousse la conscience professionnelle jusqu’à regarder sous le châssis… Le ciel se couvre au fur et à mesure que nous avançons à l’intérieur des terres et nous avons quelques gouttes de pluie. Heureusement la route est très bonne, quasiment aux standards européens, du moins les cent premiers kilomètres. Les villages, semblables à ceux d’Ukraine, me paraissent plus pimpants, plus colorés. Nous atteignons Krasnodar et voulons avancer encore mais nous nous perdons dans le contournement et ne retrouvons notre chemin qu’après un détour sur la route de Rostov. Nous nous arrêtons sur la place d’un village, devant la maison de la Culture. Nous dînons puis des chocs sur la carrosserie nous font comprendre que les jeunes qui s’ennuient dans ce trou et qui tournaient autour de la voiture l’ont prise pour cible. Nous repartons donc, dans la nuit. Difficile de trouver un emplacement dans les villages très peu éclairés. Nous rejoignons la route que nous aurions du suivre à Krasnodar. Une station-service pourrait convenir mais l’odeur du purin déversé dans le champ proche nous fait fuir… Nous entrons dans un bourg et décidons de stationner derrière une station-service, à l’écart de la route. A peine couchés, un haut-parleur puis un sifflet et enfin le grondement d’un train de marchandise nous font comprendre que nous sommes entre la route et la voie ferrée, à côté de la gare !

 

Mercredi 6 mai : Pas de trains dans la nuit, les premiers nous réveillent. Nous continuons dans un paysage aussi morose que les cieux sous lesquels s’étendent des hectares et des hectares de blé, de luzerne, de pommes de terre. A qui appartiennent aujourd’hui ces anciens kolkhozes ? Pas de ferme en vue, personne, un désert en culture ! Notre habituelle compagne, je veux parler de la pluie, ne tarde pas à se joindre à nous et nous escorte jusqu’en fin d’après-midi. Nous avalons des kilomètres… Pour la première fois, nous remarquons dans les villages des encadrements de fenêtres ouvragés et peints, généralement en bleu, comme ceux que nous avions vus en Russie du nord. La présence policière se manifeste, soit par des radars cachés sous des bâches ou embusqués dans les fossés, sur les tronçons à deux fois deux voies où la vitesse reste cependant limitée à 90 km/h, soit par des contrôles tous les cinquante kilomètres, parfois moins. Nous sommes arrêtés trois fois, sans suite. Le dernier policier, sympathique, a une bonne bouille poupine et grêlée de Mongol. Nous sommes en Kalmoukie, et nous n’avons pas pensé à nous informer sur cette république autonome, dommage ! Après la traversée de l’immensément large et totalement inconnu fleuve Manych, les cultures disparaissent. Nous sommes dans la steppe ; une herbe rase, des troupeaux de moutons noirs et leur berger en sont les seuls êtres vivants. Nous apercevons, très étonnés, des stupas, des maisons dont les coins des toits sont relevés. Nous arrivons à Elista où nous envisageons de nous arrêter pour essayer de nous faire enregistrer à la police comme nous y oblige la législation. Stupeur ! Serions-nous déjà en Chine, au Tibet ? La population est de type asiatique, des temples (?) colorés, en forme de pagode, s’élèvent dans les rues, des idéogrammes sont écrits sur les devantures. Nous cherchons un hôtel, je trouve le commissariat de police, je vais y demander à être enregistrés. Après avoir affronté un cerbère vociférant et pas du tout polyglotte, je suis dirigé vers des bureaux où deux dames prennent en considération mon cas, peu fréquent semble-t-il. Mais, après consultation des instances supérieures et encore plus supérieures, la seule solution est de passer par un hôtel pour être en règle ! Elles m’en indiquent un et la plus jeune qui connaît trois mots d’anglais nous y conduit et explique le cas à la revêche réceptionniste. Nous garons la voiture dans un parking payant puis je vais changer des dollars avant que nous ne revenions découvrir notre chambre. Probablement un ancien « palace » : hall haut de plafond, escalier pompeux, billard fatigué sur le palier mais sacs de ciment qui traînent dans les couloirs et, dans la chambre, deux lits, des draps pour nains, trente centimètres de papier hygiénique pour deux et une nuit… Nous dînons au restaurant de l’hôtel ; vaste salle, colonnes couvertes de glaces, musique d’ascenseur et écran géant sur lequel sont projetées des vues de lagons ou de sport d’hiver. Personnel stylé et ne parlant pas un mot d’anglais. La carte est en russe et les plats de cuisine kalmouk (?) ne sont pas disponibles. Nous nous contentons d’une salade, de chachliks trop cuits, durs, généreusement servis, l’addition est relativement élevée, la viande est vendue au poids et la serveuse a décidé de la quantité…
 

Jeudi 7 mai : Je suis réveillé par le jour, donc tôt. Marie continue de dormir. Nous n’avons pas droit au petit-déjeuner, il est trop tard ! Nous le prenons au camion. Je vais me garer près du parc central. Marie reste au camion pendant que je vais prendre des photos des monuments récents qui ont été construits dans la verdure. Un portique, un bouddha sous un dais et, sur une place entourée de bâtiments officiels tout ce qu’il y a de plus sérieux, une tour en forme de pagode qui abrite un gros moulin à prière que les passants font tourner. Encore un portique décoré de scènes peintes. Tous ces éléments, colorés principalement en rouge et jaune, m’apprennent donc que les Kalmouks sont bouddhistes et de rite tantrique me semble-t-il. Je trouve un petit supermarché et j’achète un peu de ravitaillement. En repartant, nous passons à côté du temple aperçu hier. Il est encore en construction, il a l’allure des temples tibétains : une construction carrée, étagée, massive. Sur une éminence, il est entouré de boddhisattvas abrités sous des pavillons, et des rangées de moulins à prière attendent les pèlerins. La République kalmouk paraît avoir le projet de se réapproprier sa culture, il faudra que je me renseigne sur cette république autonome. Sortis de la ville, nous avançons dans la steppe, rigoureusement plate, parcourue par d’infinis troupeaux de moutons ou de vaches. Ne la traverse que l’étroite et rectiligne bande de goudron qui suit les poteaux télégraphiques, à moins que ce ne soit l’inverse. Une étendue plate à l’herbe rase, des kilomètres sans toucher au volant, des troupeaux de moutons et un vent violent, serions-nous de retour dans la pampa ? Nous déjeunons dans le camion, en pleine steppe puis continuons. Nous quittons la Kalmoukie. Encore un contrôle où on ne plaisante pas, d’où venons-nous, où allons-nous ? Alors qu’il n’y a qu’une seule route… Des petites dunes de sable ocre, peu étendues, apparaissent quand la végétation est absente. Plus loin nous longeons des étangs d’eau saumâtre, frangés de sel en grandes nappes étincelantes sous un soleil encore timide. Nous arrivons à Astrakhan, dernière grande ville de Russie, et cherchons aussitôt le Kremlin. Après les Tatars de Crimée, musulmans et les Kalmouks bouddhistes, nous retrouvons les Slaves orthodoxes. En nous renseignant et en suivant un bus, nous y parvenons, nous nous garons le long des remparts. Pas de problème de stationnement par ici ! Nous franchissons l’enceinte en passant sous la très haute tour-clocher de la cathédrale. Nous sommes alors sur une vaste esplanade délimitée par la muraille, semblable à celles que nous avions vues en Russie du Nord. Elle enferme deux cathédrales. La première, carrée, haute, toute blanche, avec ses bulbes verts, n’est pas très élégante malgré des cadres de fenêtres stuqués, décorés, et ses arcades tout autour. A l’intérieur, les fresques et l’iconostase sont neufs mais de belles icônes, hélas sous verre, sont exposées. Nous faisons le tour du site. L’autre église, avec son abondance de bulbes noirs, surmontés de croix dorées, est plus charmante mais elle ne se visite pas. Nous reprenons la voiture pour quelques centaines de mètres et nous nous garons devant la poste. Je vais expédier une carte pour Paulette puis je pars à la recherche d’un cybercafé. Nous sommes dans la vieille ville. De beaux immeubles anciens, des rues piétonnes et peu de circulation rendent le quartier plaisant. Un cybercafé repéré, je vais rechercher Marie. Nous consultons nos mails, message de Julie, rien des copains, les Fantino sont-ils restés au Japon ? Nous revenons à la voiture en faisant des achats : poulet rôti, fruits, œufs. Nous reprenons la voiture et allons stationner le long d’une rivière, proche du centre ancien, pour la nuit.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires