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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 15:04

























Jeudi 11 juin
 : Aussitôt le petit déjeuner avalé et la douche, froide, prise, je pars en taxi, en fait un véhicule particulier qui s’est arrêté sans même que je lui fasse signe, pour l’ambassade d’Iran. J’attends, en compagnie d’un étudiant japonais, l’ouverture du consulat puis nous patientons dans des divans moelleux devant les informations, à la gloire de la « démocratie » iranienne, diffusées par une chaîne officielle. Je dépose ma demande de visa de transit puis le consul vient me faire préciser quelques détails et me déclare que le visa sera prêt lundi ! Ce point favorablement acquis, je repars dans un autre « taxi » de fortune pour l’ambassade du Turkmenistan. Là, le succès est nettement moins assuré… Je dois m’inscrire sur une liste des visiteurs, en vingt sixième position. Et j’attends, à l’extérieur, sous un soleil de plus en plus chaud, en compagnie d’un Italien qui vient, deux semaines après sa demande, récupérer son visa. Il est arrivé à huit heures du matin. Le service ne commence qu’à onze heures et demie, les impétrants sont admis au compte goutte, les gens commencent à s’énerver. A une heure de l’après-midi, fin de la journée pour le consulat, l’Italien n’est toujours pas passé, beaucoup se sont découragés et je repars, très dubitatif sur nos chances d’obtenir cet indispensable tampon, dans un délai correct. Je rentre en métro, bien loin d’être aussi beau que ceux de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kiev. Sur chaque quai, des policiers veillent… Je retrouve Marie au camion et lui fais part des nouvelles. Je suis assoiffé (encore plus que dans la normale…), fatigué et découragé. Nous allons déjeuner à la même cafétéria qu’hier soir, toujours sans alcool ! Un gros camping-car de Vaudois, un jeune couple avec trois enfants en bas âge, vient d’arriver, nous allons leur causer et parlons surtout visas ! Je pars ensuite à la recherche de la laverie indiquée par l’ambassade, avec deux gros sacs de linge sale. Je ne la trouve pas là où elle était indiquée, je contourne les rues, remonte les avenues et réussis à me la faire indiquer avec précision. Ce n’est pas une laverie mais un pressing, les tarifs sont à la pièce et élevés, je n’y dépose que les grosses pièces et rapporte le reste au camion. Je commence à avoir mal aux pieds, et toujours le moral en berne. Un gros orage éclate, il rafraîchit l’atmosphère. Je lave du petit linge puis nous allons nous ravitailler dans un supermarché, à un pâté de maisons. Comme les autres capitales, Tachkent est une ville verte, les immeubles sont enfouis sous les arbres et les espaces verts abondent. Agréable mais les distances s’en trouvent allongées. Nous revoyons les Suisses et convenons de nous tenir au courant de nos démarches pour l’obtention des visas. Nous allons nous installer dans les salons de l’hôtel, je peux brancher l’ordinateur et nous avons le wifi. Une connexion suffisamment bonne pour nous permettre de mettre à jour la partie du blog au Kazakhstan. Nous rentrons dîner au camion avec une bière fraîche achetée au kiosque proche.

 

Vendredi 12 juin : Dès que je suis prêt, je pars en métro jusqu’à la gare où se trouve une agence de voyage susceptible de nous obtenir les visas. Trajet presque trop long, vu le peu de stations et la rareté des trains. Les types humains sont très variés : Russes blondes, fardées et en toilettes à frou-frou, Ouzbekes brunes à l‘élégant port de tête, avec beaucoup d’allure, quand elles n’ont pas les dents aurifiées, et faciès asiatiques plus ou moins marqués, avec des paillettes dans les cheveux et sur les chaussures, les hommes sont en général plus communs. Pas de service des visas à l’agence, ils me donnent une autre adresse… Je rentre bredouille mais le Suisse, Sylvain, a contacté une agence qui se fait fort de nous obtenir rapidement le visa turkmène. Je m’y rends aussitôt pour apprendre que le tarif de la prestation est faramineux : cent quatre-vingt dollars, plus les cinquante dollars du visa, par personne ! J’éclate de rire et retourne doucher les espoirs de Marie et des Suisses… Nous revoilà au point de départ. Nous décidons d’abandonner le projet de retour par l’Iran et de revenir par le Kazakhstan, la Russie et l’Ukraine. Je repars donc aussitôt, toujours en métro pour l’ambassade du Kazakhstan. Je suis mal informé, je me perds et je n’arrive au consulat que pour m’inscrire en quarante et unième position ! Aucune chance d’accéder au Saint des Saints avant l’heure fatidique de fermeture ! Retour une fois de plus bredouille et sans plus d’espoir de résoudre le problème avant lundi. Nous discutons de nouveau avec les Suisses et le couple d’Allemands, Annette et Sébastien. Je remplis les réservoirs d’eau puis nous prenons un « taxi » pour nous conduire au magasin Tsoum où nous espérons trouver un réfrigérateur ou une glacière. Nous déjeunons à proximité, encore de la cuisine turque, pide et döner, sans bière. Nous ne trouvons rien au magasin si ce n’est un curieux sac à brancher sur l’allume-cigare, hors de prix. Nous passons devant l’opéra consulter le programme car nous avons convenu avec les Allemands de nous y retrouver en soirée. Nous nous rendons ensuite au Musée historique, bâtiment prétentieux, destiné à exalter le nationalisme local, sur le même modèle que ses égaux kirghize, kazakh ou tadjik : des salles avec des vitrines remplies d’objets de fouilles, des photos, des plans et les dernières salles consacrées à la conquête russe, puis la guerre avec ses héros et enfin la glorification des grandioses réalisations du régime. Je passe très vite, épuisé, je me traîne d’une banquette à une autre. Nous ressortons pour aller attendre nos Allemands à une terrasse sur la place devant le théâtre. Ils nous rejoignent avec la fille aînée des Suisses. Nous prenons nos places un quart d’heure avant la représentation et sommes placés au milieu du cinquième rang du parterre ! La salle est décorée de stucs dans le style orientalisant. Nous assistons donc au ballet Les mille et une nuits du parfait inconnu Arimov. Musique peu élégante, avec des accents stravinskien dans les meilleurs passages, décors frais dans le style Klimt revu par Hollywood. Chorégraphie des plus classiques, applaudie à la moindre pirouette, les scènes d’ensemble pourraient être produites à Broadway, un danseur étoile bon technicien et une inoubliable danseuse orientale dans un rôle secondaire. Le passage d’Ali Baba est le plus enlevé. Nous revenons au camion en taxi et retrouvons le Suisse, Sylvain qui est retourné à l’agence mais la situation ne semble pas avoir évolué. Nous dînons tous ensemble de pâtes aux œufs relevées avec notre boîte de confit de canard et deux bouteilles de bière.

 

Samedi 13 juin : Dès que nous sommes prêts, nous allons nous garer à côté des autres camping-cars, dans l’attente de la visite de Sébastien, le technicien allemand ! Il examine le réfrigérateur et trouve rapidement la panne : non pas le compresseur, comme diagnostiqué hâtivement par le frigoriste de Bishkek mais tout simplement un condensateur coupé net aux soudures. Il peut réparer et nous retrouvons un réfrigérateur qui fait du froid ! Nous sommes bien entendu ravis et promettons de payer le champagne, lundi soir, quand Annette et Sébastien seront rentrés de leur week-end. Nous échangeons adresses et prenons des photos de nous tous réunis. Nous allons prendre le métro et descendons à la station du bazar Chorsu. A peine sortis, nous sommes démarchés pour changer des dollars au noir, j’en profite pour me débarrasser des somoni tadjiks. Le marché est immense, la partie fruits et légumes est rassemblée sous une vaste halle, sous un dôme turquoise. Les étals sont disposés en cercles concentriques et proposent les fruits habituels : cerises, abricots, petites pommes, quelques grappes de raisin. A l’étage, ce sont les fruits secs qui sont présentés. Le marché déborde dans la rue sous des parasols, les marchandes ont toutes des visières et des chapeaux pour se protéger du soleil, impitoyable. Nous cherchons où déjeuner, la gargote qui arbore le panonceau ПИВО a tout de suite notre faveur, quoiqu’on y serve ! De bonnes brochettes citronnées, pimentées et à goût de cumin, avec des mantis font passer la bière glacée… Nous repartons dans le marché. Marie a trop chaud et ne se sent pas bien, nous faisons des haltes fréquentes à l’ombre. Nous allons voir et visiter la madrasa Koukeldach, une belle bâtisse avec un fronton décoré de faïences formant des dessins en écriture kufique,  à l’image de ce que nous nous attendons à voir à Samarkand. Elle est en cours de restauration mais nous payons néanmoins l’entrée. Sa cour carrée est plantée d’arbres fruitiers, l’iwan du fond est peu décoré, les cellules sont en travaux. Nous prenons un taxi de fortune pour nous emmener au Khast Imam. Un vaste ensemble de bâtiments religieux, au milieu de jardins arrosés en permanence, les coupoles turquoise sont nombreuses et l’ensemble est harmonieux mais manque de vie. Ne s’y rencontrent que des touristes assommés de chaleur, cherchant des yeux le plus proche estaminet… Comme nous… Nous y visitons une autre madrasa, celle de Barak Khan, elle a été transformée en piège à touristes, chaque cellule est occupée par un artisan ou un marchand de souvenirs. Nous continuons par un joli mausolée mais l’ensoleillement n’est pas favorable à sa façade décorée de tuiles vernissées. Nous revenons vers le clou du lieu, un édifice construit dans le style traditionnel, conserve un Coran du VII° siècle, exposé à l’admiration des fidèles et à la contemplation dubitative des infidèles, moyennant finance… Nous arrêtons une autre voiture pour nous conduire près de trois mausolées, modestes mais pas sans charme, dans leurs jardins de roses. Nous devons implorer le droit de voir le dernier auprès des gardes qui nous accompagnent pour le cas où… Nouveau taxi pour revenir au camion. Nous savourons une bouteille d’eau fraîche sortie de notre réfrigérateur ! Nous allons donc acheter des provisions au supermarché voisin et revenons nous garer à notre place habituelle. Nous allons profiter des salons de l‘hôtel Ouzbekistan pour, grâce au wifi, lire notre courrier, répondre à Julie et rajouter quelques photos sur le blog. La climatisation exagérée nous en chasse et nous dînons au camion d’un bon steak haché avec des champignons en conserve et une bière fraîche. La musique en provenance des salons de l’hôtel « Le Grande Plaza » promet en ce samedi soir de nous tenir éveillés tard !  Je déplace le camion pour nous éloigner de la source musicale mais je le rapproche alors d’une autre

 

Dimanche 14 juin : Il fait bon au matin, seul moment où je ne transpire pas. Nous traînons, pas pressés, puis partons tranquillement en métro. Nous descendons à la place Mustaqillik, une de ces vastes esplanades pour défilés martiaux comme les aiment les régimes totalitaires, mais aujourd’hui, c’est calme plat ! Presque pas de voitures au grand désespoir des policiers en manque de victimes. Nous suivons une large avenue, passons devant le palais Romanov, ancienne résidence des tsars, fermé aux visites puis nous longeons le Musée historique déjà parcouru. Nous continuons, heureusement souvent à l’ombre, avant de trouver, dans un quartier en pleine construction de résidences tape à l’œil pour oligarques de fraîche extraction, le Musée des arts appliqués. Dans une ancienne demeure restaurée, délire de stucs, de plâtres colorés, de plafonds peints, de niches occupées par des flacons, sont présents de superbes suzani, ces tissus colorés, brodés de fleurs, de symboles solaires et d’autres tissus obtenus par l’impression de tampons encrés. Nous sommes moins intéressés par la poterie, les cuivres. Les bijoux anciens en argent sont souvent trop travaillés, ceux d’origine turkmène, plus sobres nous plaisent beaucoup. Les boutiques du musée ont de belles choses mais à des prix qui les mettent hors de portée de notre bourse. Nous revenons prendre le métro et rentrons au camion. Nous y déjeunons puis, après un court répit, nous allons profiter de la climatisation et du moelleux des fauteuils de l’hôtel pour mettre à jour le blog et insérer les photos jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes à jour mais nous ne savons pas quand nous retrouverons le wifi. En fin de soirée, un grand mariage rassemble dans les salons, toute la bonne société. Un quatuor classique joue Mozart, tandis que des trompes sonnent pour l’arrivée de la mariée, cacophonie surprenante ! Nous retournons dîner au camion. Sébastien de retour de week-end vient nous dire bonsoir avant que nous ne nous couchions.

 

Lundi 15 juin : Nous sommes prêts avant l’heure de nous rendre au consulat d’Iran. Nous y sommes donc en avance, les premiers et les seuls. Nous devons apposer nos empreintes digitales sur une feuille de papier, tous les doigts des deux mains ! Le visa de sept jours, nous est délivré sans difficulté. Ce bon point acquis, nous revenons au camion, toujours en taxi. J’en repars pour l’agence de voyage. Celui qui s’occupe de nos visas n’est pas là, je l’attends une demi-heure, il est allé à l’ambassade du Turkménistan où il a laissé son assistant, chargé de se renseigner, en soudoyant les gardes pour entrer ! Il téléphone et on m’annonce un prix de cent vingt dollars avec un délai d’une semaine, ce qui est acceptable. Je paye et remets des photos d’identité. Je retourne au camion où l’employé est censé nous apporter les papiers à remplir, dans l’après-midi. Nous prenons la voiture ce qui va permettre de recharger la batterie, et allons manger un plov au Central Asia Plov Center, nom bien prétentieux pour un restaurant ordinaire mais où effectivement le plov, du riz, des carottes, des fruits secs et frais sautés avec de la viande tendre et goûteuse est délicieux. Les mantis par contre sont moins réussis. Nous passons chercher le linge lavé, repassé et présenté sur des cintres… Nous revenons nous garer à côté des Allemands. Je donne un coup de propre à la voiture et nous attendons la venue de Nisor, l’employé de l’agence. A cinq heures toujours personne. Je retourne à son bureau, Nisor n’y est pas, les employés lui téléphonent, il passera à la voiture dans une ou deux heures ! Je passe au supermarché racheter des provisions puis retrouve Marie, Annette et Sébastien aux voitures. Nous prenons le thé ensemble puis nous ouvrons la bouteille de champagne ouzbèk prévue pour remercier Sébastien de son intervention sur le réfrigérateur. Ce n’est pas une réussite ! Les chips et les cacahouètes non plus ! Et toujours pas de Nisor, il n’arrive qu’à huit heures et demie et parle d’une augmentation du tarif, trente dollars de plus par personne qu’il ramène à vingt. Il promet que les visas seront prêts lundi prochain, sinon il nous rembourse… Nous allons dîner avec nos amis allemands à la cafétéria, encore avec de l’eau gazeuse. Je retourne profiter du wifi avant de me faire chasser par l’extinction des feux.

 

Mardi 16 juin : Nous disons au revoir à Annette et Sébastien et sortons de Tashkent, sans nous perdre mais la traversée de la ville est longue, les banlieues, toujours dans la verdure, s’allongent sur des kilomètres. Nous roulons sur une autoroute, deux chaussées séparées par une haie de roses trémières, parcourue (pas forcément dans le même sens),  traversée, par tout ce qui roule, se pousse ou se tire. Les moissons sont en cours, les lourds épis font la sieste appuyés les uns sur les autres en attendant d’être fauchés. L’autoroute est interrompue par le tracé de la frontière kazakh que nous devons contourner. La route se dégrade avec des nids de poule acceptables ! Je suis en excès de vitesse mais le policier renonce à verbaliser à l’énoncé de nos qualités, pendant que des bolides passent en très net excès de vitesse… Nous retrouvons une portion de route à deux voies séparées jusqu’à Samarcande. Nous cherchons notre chemin, aucune indication n’indiquant le centre ville. Enfin nous apercevons les coupoles couvertes de faïences du Registan. Nous trouvons derrière ce fameux ensemble de monuments un parking désert où nous nous installons à l’ombre. Nous partons à pied en longeant l’une des trois madrasa qui constituent le Registan mais nous ne pouvons accéder au parvis sur lequel elles s’ouvrent, l’ensemble est clos et l’entrée est payante. Nous contournons le monument en admirant les décors de faïences et de briques crues, tous sur le même motif, répétant les noms de Allah et de Mohammed. Depuis l’esplanade qui fait face aux trois masses imposantes, nous découvrons la façade de celle qui est éclairée par le soleil, son iwan s’orne d’une curieuse représentation de tigres. Les minarets tronqués, inachevés ou tombés lors de tremblements de terre ne sont pas tous droits et forment un ensemble de (fausses) verticales esthétiquement séduisante. Quelques visiteurs locaux donnent un semblant de vie au lieu mais ce n’est tout de même pas l’ambiance d’Ispahan. Nous visiterons demain, en prenant notre temps. Nous continuons jusqu’à une place, une suite de pelouses, sans ombre, un quartier rasé mais qui fait un vide désolant dans la ville. Nous nous dirigeons vers un mausolée couvert d’une coupole turquoise. Nous allons voir une auberge où nous envisageons de dormir demain soir, pour l’anniversaire de Marie. Dans une maison ancienne, des chambres disposées autour d’une cour plantée d’arbres fruitiers, ont été joliment décorées avec des suzani. Nous réservons la plus belle chambre, avec un balcon et vue sur le mausolée. Nous revenons par un autre mausolée sans décor notable, qui s’ouvre sur une cour occupée par des marchands de souvenirs que nous ne visitons pas. Marie m’attend dans un grand hôtel pendant que je vais rechercher la voiture. Je prends encore des photos des murs et des tours dans la douce lumière du couchant. Pas de wifi à cet hôtel, envahi par des 4x4 de Français en convoi. Nous cherchons un cybercafé, nous avons un message de Annette : Nosir, l’employé de l’agence est venu, juste après notre départ, chercher les originaux des passeports ! Je rappelle Annette, Sylvain me dit qu’il verra Nosir demain. Nous ne savons plus quoi faire, retourner à Tashkent, attendre ici... Je réussis à téléphoner à Nosir avec notre portable, il me demande de le rappeler dans une heure. Nous retournons nous garer au parking, je tape la journée, m’occupe des photos puis j’essaie de rappeler Nosir, son portable est coupé, je lui envoie un sms. Arrivée du « Directeur » du parking qui exige que nous nous garions en quinconce et en plein milieu, donc sans aucune chance d’avoir de l’ombre au matin. Je refuse, l’insulte, le traite de « fasciste » ! Nous sommes envahis de mouches à cause du tas d’immondices qui occupe un coin du parking. Nous allons nous garer près d’une clinique, le temps de dîner de côtelettes d’agneau pas assez cuites pour cause de dégagement de fumée trop intense. L’énervement monte !!! L’endroit est bruyant et je sens que Marie commence elle aussi à être sous pression. Je décide donc de repartir pour un coin plus calme. 
 

Mercredi 17 juin : Je suis réveillé tôt et je ne sais comment la journée va se passer. Nous sommes au soleil, je déplace la voiture à l’ombre, nous sommes en face du mausolée Gour Emir. Je téléphone de nouveau à Nosir : les passeports ne seront nécessaires que lundi matin… Jusqu’à nouvel avis ? Nous allons nous garer face au Registan et sommes dans les premiers visiteurs. L’entrée est à sept mille trois cents sum, plus trois mille pour le droit de prendre des photos, cochons de touristes ! Le soleil éclaire la façade de la madrasa Ulug Beg et commence à effleurer celle de la madrasa Tilla Kari. Placé entre les trois façades des madrasa, on se sent écrasé par leurs masses imposantes et les minarets, à demi penchés sur l’imprudent, semblent le guetter pour s’abattre sur lui. Les défauts de verticalité, tant des minarets que des arêtes des iwan, (certains penchent en avant, d’autres en arrière), donnent une sympathique illusion d’inachevé ou plutôt de construit à la hâte. Comme nous l’avions remarqué hier, les murs, décorés de briques crues ou de faïence bleue outremer, turquoise, jaunes, sont loin d’avoir la grâce, l’élégance de celles d’Ispahan ou de Shiraz, plus récentes il est vrai. Derrière ces façades, sont disposées, autour d’une cour carrée, les cellules des étudiants en théologie, du moins quand il y avait des étudiants, désormais remplacées par des salles de musée ou des boutiques de souvenirs. Ces cellules sont disposées sur un ou deux étages, avec des iwan au milieu des côtés, creusés de niches. C’est ici que je retrouve le plus l’atmosphère des établissements similaires d’Iran. Les murs sont revêtus de faïences qui forment des décors souvent géométriques, rarement floraux. La mosquée de la madrasa Tilla Kari est à l’intérieur très lourdement restaurée, dorures et stucs ont été plus que rafraîchis, cela brille presque autant que la dentition d’un Ouzbek d’âge moyen ! Une partie est transformée en musée et montre principalement d’anciennes photos du Registan en ruine, mais alors carrefour de routes et donc animé car fréquenté par la population. La dernière madrasa, celle de Chir Dor est incomplètement restaurée, son pavage intérieur est resté grossier, ses carreaux de faïence n’ont pas tous été remplacés, des banquettes semblent attendre les pèlerins, des hirondelles volent sous les voûtes, c’est la plus sympathique ! Nous reprenons la voiture et retournons à un cybercafé pour avoir de nouvelles de nos visas. Un message de Sylvain, le Suisse, nous attend mais impossible de le lire. Je téléphone à Annette qui nous confirme que pour Nosir, tout est OK ! Nous allons prendre possession de notre chambre de luxe, avec du balcon, une vue sur les coupoles du Gour Emir et surtout sur les toits de tôle. La patronne nous offre un thé de bienvenue avec du pain et une excellente confiture. Une Française vient nous faire la causette, elle nous apprend que le mur qui sépare ce quartier de la route qui mène aux lieux touristiques a été récemment bâti, sur ordre du président, pour « cacher la laideur de ces maisons » aux touristes. Un autre quartier a été rasé, remplacé par une pelouse sans ombre ! Nous déjeunons à la chambre avec nos dernières provisions puis, après m’être occupé des photos, je m’octroie une sieste. Nous repartons pour visiter le Gour Emir, une jolie construction, précédée d’un tout aussi joli portique, un pishtaq. Il sert de tombeau à Timour, ce sanguinaire conquérant, spécialiste de l’éradication des villes, digne ancêtre de l’actuel président et dont les Ouzbeks sont très fiers. Si l’extérieur, bien que restauré sans finesse, est agréable à l’œil, l’intérieur est navrant. Les dorures et les stucs repeints semblent et sont neufs, brillants comme chez un nouveau riche ! Les tombes de Timour et de quelques-uns de ses ancêtres et descendants, de simples dalles de marbre ou de jade, couvertes de versets coraniques, paraissent bien modestes à côté. Nous repartons pour le Registan. Marie veut approcher de la mosquée de Bibi Khanoun, nous nous retrouvons dans le fouillis du bazar, roulons sur des tas d’ordures avant de revenir par des ruelles de la vieille ville où il faut faire attention de ne pas mettre une roue dans le caniveau central, incomplètement recouvert de grilles. Nous retournons dans le Registan pour une rapide revisite des cours et des façades sous un éclairage différent. Nous partons ensuite en repérage d’un restaurant puis nous nous rendons dans un cybercafé, lire le message de Sylvain qui ne m’apprend rien de nouveau. J’ai envoyé un sms à Julie pour lui signaler qu’elle peut nous appeler sur le portable, en particulier demain pour l’anniversaire de Marie. Inquiète, elle nous rappelle aussitôt, l’effet de surprise est gâché. Nous allons dîner de chachlik, deux cailles fermes pour Marie, et que nous découvrirons farcies de köfté, à la fin et pour moi de morceaux de porc, également ferme. Les prix n’étaient pas indiqués sur la carte et l’addition est plus élevée que d’habitude pour un repas très quelconque. Dommage, le cadre, en terrasse, au frais, était plaisant. Nous rentrons à notre auberge en jetant un dernier coup d’œil au Gour Emir illuminé. La coupole bleue électrique a des allures de station spatiale entre les deux fusées-minarets !

 

Jeudi 18 juin : Je resterais bien au lit, pour une fois que nous avons de la place, et dans le lit, et dans la pièce ! Je profite de la douche puis nous allons prendre le petit déjeuner dans le jardin, en compagnie de la Française rencontrée hier. Très copieux, des fruits, des confitures délicieuses, des mini crêpes, des omelettes aux légumes et bien sûr du thé. La collation nous servira presque de déjeuner. Nous prenons la voiture pour nous rendre à la mosquée de Bibi Khanoum. La première impression est d’émerveillement ! Nous la découvrons, en perspective, alignée avec son portail d’accès et une coupole des iwan latéraux. Ensemble extrêmement séduisant, presque à l’égal des monuments iraniens. Et puis, en approchant, je suis plus stupéfait par le gigantisme du bâtiment que par sa finesse. Les surfaces sont planes, sans aspérités sur lesquelles l’œil se reposerait, sans ces stalactites qui font respirer une voûte. La restauration y est peut-être pour quelque chose, on n’a pas lésiné sur le béton et néanmoins, les édifices menacent ruines. Des tuiles sont tombées, des fissures apparaissent à l‘intérieur de la salle de prière laissée à l’abandon, les parties anciennes des faïences des minarets, plus ternes, mettent en évidence les zones  reconstruites, de couleurs plus vives. Nous refusons de payer de nouveau dix fois le tarif des locaux pour voir le mausolée de la même Bibi Khanoum et nous allons au bazar voisin. Encore une immense halle occupée par les marchands de fruits secs et frais, de légumes, les quincailliers sont installés à l’extérieur. Le marché s’étire le long de la mosquée. Je regrette que ce ne soit pas un vrai souk ou un bazar comme en Inde qui se mêlerait aux abords de la mosquée et lui donnerait vie. Nous achetons un melon et des cerises pour notre déjeuner. Nous reprenons la voiture pour nous rendre à l’observatoire d’Ulug Beg. Il n’en reste rien mais on nous fait tout de même payer une entrée pour visiter une pièce où sont exposés des portraits d’astronomes anciens, puis nous pouvons contempler une rampe en arc de cercle d’un sextant géant, sous un tunnel… Nous repartons pour le musée d’Afrosiab, consacré aux fouilles menées sur le site de l’ancienne Samarcande sogdienne. Quelques salles évoquent avec des maquettes, des reconstitutions de tombes, de murailles, de ces temps anciens mais le plus intéressant est la salle des fresques. Sur trois murs sont présentés des panneaux de grandes scènes, très détériorées, partiellement colorées : présentation d’ambassadeurs, scènes de chasse au léopard, dames chinoises de la cour en barque. Le peu que l’on en voit fait regretter leur aspect fragmentaire. Nous revenons déjeuner à la chambre en profitant de la climatisation. Julie nous appelle en ce 18 juin ! Sieste après avoir recopié les photos dans l’ordinateur. Martine m’en tire en téléphonant à son tour pour souhaiter son anniversaire à Marie. Nous allons demander à la patronne de nous montrer sa fabuleuse collection de suzani. Elle nous en montre deux ou trois dont nous aimerions faire l’acquisition, ils proviennent du Tadjikistan ! Un manteau, un tchapan, en tissu ikat, dans des tons de bleu, est aux dimensions exactes de Marie… Impossible de se décider… Nous repartons pour poster des cartes puis consulter les messages : vœux de Nicole et d’Yvette. Nous revenons à l‘auberge et à ses trésors. La patronne nous propose d’emporter les pièces qui nous tentent et d’y réfléchir… Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous accrochons le tchapan à un cintre devant une fenêtre et le suzani à côté de celui pendu au mur et qui me plairait bien… Nous allons dîner en compagnie d’anglophones, deux Ecossaises qui parlent un peu français, un couple d’Allemands peu sympathiques et un individu bavard et tonitruant qui nous gâche la soirée. La table est dressée dans la cour d’une ancienne demeure de toute beauté, en cours de restauration, à quelque distance de l’auberge. Une pièce surélevée est décorée de stucs très fins, colorés, les poutres au plafond sont peintes, des inscriptions en arabe et en farsi courent au-dessus des niches en albâtre. Le repas est très quelconque : petites salades, puis une soupe avec des légumes et des boulettes de viande et un plov très décevant, riz trop cuit, pas de fruits et très peu de viande. Quant à la bière, en supplément, elle est tiède ! Retour dans la nuit et début d’une nuit de réflexion en contemplant tissu et manteau ! Je laisse la décision à Marie, ce sera son cadeau d’anniversaire même si ma conviction est faite…

 

Vendredi 19 juin : Marie a donc choisi le manteau, tant pis pour le suzani, peut-être en trouverons-nous d’autres à Boukhara… Nous prenons notre dernier petit déjeuner dans le jardin nettement moins bien que la veille mais toujours copieux. Je fais les comptes avec la patronne qui me fait royalement un rabais de cinq dollars sur le manteau ! Nous chargeons la voiture mais avant de partir, nous allons jeter un œil à l’autre mausolée, caché derrière le Gur Emir. Il faudrait encore payer pour admirer les restaurations récentes, nous nous en dispensons… Alors que nous revenons à la voiture, une délégation de « gens importants » vient visiter le Gour Emir, la circulation est arrêtée et la population fermement invitée à rester cachée derrière son mur de la honte ! Nous allons nous garer près du musée, mais avant de le visiter, nous allons voir une mosquée toute proche, celle de Makhdoumi Khorezm. Elle aussi vient d’être restaurée, les plafonds de bois de la salle de prière et du péristyle, supportés par de belles colonnes sculptées et renflées à la base, sont peints de couleurs qui n’ont pas encore eu le temps de se patiner. Nous réservons au bed and breakfast proche une chambre pour dimanche soir, le patron nous offre le thé dans le jardin ombragé. Ce n’est plus la même classe mais c’est nettement moins cher. Nous nous rendons au musée et comprenons vite qu’il est en cours de réinstallation. Des travaux ont lieu, le bruit et la poussière nous accompagnent dans la visite des rares salles ouvertes. Une exposition de photo sur le thème de la femme ouzbek est intéressante, une autre salle présente une collection de calligraphies arabes. Les objets présentés à l’étage sont hors de vue et les gardiennes sont plus occupées à siroter leur thé ou à essayer de nous vendre des souvenirs qu’à surveiller les rares visiteurs. Nous retournons dans le centre de la ville moderne. Dans un cybercafé nous envoyons un message à Nicole puis nous achetons des provisions dans un petit supermarché et nous nous garons à l’ombre pour déjeuner et faire une sieste dans le camion. Il fait chaud et l’absence d’air nous fait presque suffoquer. Nous devons retrouver à quatre heures deux jeunes étudiants rencontrés au cybercafé. Ils parlent français et souhaitent se perfectionner. Mais ils ne sont pas au rendez-vous. Nous attendons puis allons au Shah i Zinde, en contrebas de la mosquée de Bibi Khanoum. Au pied du cimetière qui couvre la colline, une allée de mausolées anciens, couverts de coupoles vernissées pour certaines, s’offre au visiteur. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, couverts de faïences bleues, jaunes ou même vertes pour les derniers. Les restaurations s’oublient devant la beauté du site et l’on chemine en allant d’émerveillement en émerveillement. Nous sommes surpris de retrouver un de nos étudiants qui nous fait presque le reproche de ne pas les avoir attendus ! Il nous accompagne et nous demande de le corriger et de lui indiquer des conjugaisons. Le soleil décline, les touristes sont repartis, remplacés par les Ouzbeks venus se recueillir sur les tombeaux. Nous emmenons notre élève jusqu’à la mosquée Khazrat Khizr, récemment restaurée, sur une éminence, du même type que celle de ce matin : péristyle et salle de prière aux plafonds peints et colonnes sculptées. Son entrée est scandaleusement élevée alors que l’on peut presque tout voir de l’extérieur. Nous le faisons remarquer à la gardienne qui parle un peu français. Pour se faire pardonner, elle nous offre le thé et nous autorise à monter au sommet du petit minaret d’où on aperçoit les ruines d’Afrasiab. Nous quittons notre peu agréable élève et revenons nous garer près du Gour Emir.

 

Samedi 20 juin : Si l’appel à la prière ne nous avait pas réveillé au point du jour, la nuit aurait été parfaite. Nous avions le Gour Emir dans l’axe de notre ouverture, illuminé hier soir et éclairé par le soleil ce matin. Nous quittons Samarcande en direction du Sud. A la sortie de la ville nous trouvons une belle madrasa, inconnue, pas signalée dans les livres ! Beau portail à décor floral en faïences outremer et jaunes et une cour classiquement entourée de cellules, elles aussi joliment décorées. Un arbre planté au beau milieu de la cour apporte une touche de vert sur le fond de bleu des carreaux. La salle de prière est surmontée d’un dôme, posé sur un tambour, avec des inscriptions coufiques. Les imperfections dans les revêtements, les briques non remplacées, les irrégularités dans les alignements laissent croire à une construction qui a traversé les siècles sans dommages. Il n’en est sans doute rien mais c’est une exquise surprise pour ce début de journée. Nous continuons dans la plaine, vergers et cultures, en direction des montagnes qui se précisent et sortent de la brume de chaleur, au fur et à mesure que nous nous en approchons. Nous devons franchir leur barrière par un col sur une mauvaise route, entre des pentes arides. La descente est plus impressionnante, la plaine et une autre chaîne de montagnes se perdent dans un lointain imprécis. Nous parvenons à Chakrisabz et nous nous garons le long d’un parc d’où surgit la masse des restes du palais de Timour, l’Ak Saray, en fait, deux massives tours du portail, en partie revêtues de faïences très dégradées. Nous en faisons le tour puis je grimpe l’escalier en colimaçon qui permet d’accéder à une terrasse avec une vue sur toute la ville et ses toits de tôles. Devant les ruines du portail, se dresse une statue du grand homme : Timur, dans une pose martiale. Les jeunes mariés avec leurs amis viennent s’y faire prendre en photo. Nous nous mêlons aux cortèges pour admirer les tenues, les robes à volants, les costumes des mariés et leur mine renfrognée, sourire interdit ! Nous reprenons la voiture et allons stationner devant un ensemble de monuments, une mosquée avec une jolie salle de prière décorée de fresques à sujets de palmiers et autres arbres vaguement fantastiques, presque chinois. Deux mausolées, surmontés de coupoles turquoise complètent le complexe. A quelques dizaines de mètres, un autre ensemble n’a pas grand intérêt, un mausolée d’un fils de Timour et une petite mosquée avec des colonnes de bois. Marie fait l’emplette d’un chapeau pour le soleil et moi d’un Coca Cola… J’ai envie de déjeuner au restaurant, je vais repérer un tchaïkhane avec de la bière, près du bazar. Nous nous y reposons mais la bière pas fraîche nous fait regretter de ne pas avoir déjeuné au camion. Nous repartons en début d’après-midi, je ne roule pas vite, nous avons le temps. Nous repassons le col puis prenons la route d’Urgut. Nous nous renseignons sur le lieu du marché, très important le dimanche matin. Nous nous y rendons pour repérer les lieux. Il est immense, s’étire le long d’une rue très encombrée mais il est tard et les marchands plient bagages. Nous cherchons un endroit calme pour la nuit et ombragé pour le réveil. Nous remontons la rue principale, partagée en deux par un ruisseau, tournons dans les rues latérales mais sans trouver de place. Nous allons prendre un soda ou une bière dans un café, entre les deux voies de la grande rue puis repartons en quête de calme. Nous finissons par trouver une rue bordée d’arbres, sans trop de maisons d’habitation. A peine installés, une babouchka, autoritaire, vient nous tenir un grand discours en russe. Devant notre incompréhension, elle rameute le voisinage puis nous traîne chez un voisin qui étudie et travaille à Londres. Il parle suffisamment anglais pour que nous puissions échanger quelques mots. La grand-mère nous ramène chez elle, dans son jardin où elle nous sert le thé, accompagné de noix, de raisins secs, d’amandes, de biscuits, de lipiochka, le pain rond qu’il faut émietter et tremper dans le thé. La parentèle est conviée à venir contempler les franzouski ! Peu après avoir regagné le camion, la grand-mère nous amène la mère du garçon qui parle anglais pour qu’elle voit de près notre installation. Puis, plus tard, c’est une autre femme qui vient nous réclamer nos passeports ! Nous refusons, des conversations animées se tiennent à proximité, nous ne doutons pas d’en être le sujet. Enfin le calme revient.


Dimanche 21 juin
 : Pas d’autres curieux dans la nuit ! Nous ne sommes pas encore prêts que Tamara, notre babouchka vient toquer à la porte pour nous inviter à prendre le thé. Nous nous excusons et lui donnons des bonbons pour les enfants, elle s’en satisfait. Nous retournons près du marché, bien plus populeux que la veille. Les marchands ont copieusement arrosé l’allée pour coller la poussière mais l’abondance d’eau l’a transformée en une gadoue grasse… Nous retrouvons le coin des « affaires » pour touristes : suzani et bijoux. Peu de vraiment beaux objets, néanmoins quelques-uns nous intéressent, en particulier une paire de jolies boucles d’oreilles en argent incrustées de minuscules turquoises (?) et ornées de boules de corail (?). Le marchandage est difficile, nous devons faire plusieurs passages avant de repartir avec. Dans des allées, est vendu tout le nécessaire pour les mariages : toques avec des pendeloques argentées ou dorées, chapan matelassés, lourdes robes brodées de fils d’or. Les fiancées et leurs mères viennent en délégation essayer, comparer. Nous repartons et retournons à Samarcande. Nous allons nous installer dans la chambre réservée que nous découvrons, surprise agréable, climatisée. Nous donnons du linge à laver puis déjeunons dans la chambre avant de faire une bonne sieste. Nous ressortons pour aller acheter quelques provisions, fromage et fruits, pour Marie, demain midi, puis nous nous rendons dans un café-restaurant qui a le wifi. Nous pouvons lire nos messages mais le blog n’est pas accessible et nous ne pouvons donc pas le mettre à jour. Marie s’avise alors qu’aujourd’hui c’est la fête des Pères… Julie semble l’avoir aussi oublié ! Nous restons devant l’ordinateur jusqu’à l’heure de dîner. Nous mangeons sur la terrasse à l’extérieur. Bonne cuisine, un peu grasse mais nos plats : agneau aux abricots et porc sauce « strong » ont des accents exotiques tout à fait plaisants. Nous rentrons et nous arrêtons à la hauteur du Registan. Le spectacle « Son et Lumière » s’y tient. Nous ne pouvons pas approcher jusqu’aux bancs réservés à ceux qui ont payé mais, dix mètres en arrière, nous en voyons autant. Les façades éclairées me paraissent plus spectaculaires, sans doute parce que les masses des madrasa restent dans l’ombre. Nous rentrons à la chambre où je tape mon journal avant de repartir en taxi jusqu’à la gare routière où je suis aussitôt embarqué dans un autre taxi avec trois autres personnes, une femme avec un bébé qui aura la délicatesse de ne pas trop pleurer, d’un garçon et d’un autre qui va vite ressentir une grande affection pour moi, au point de passer presque tout le voyage sur mon épaule ! Et nous voilà partis à toute vitesse sur l’autoroute…

 

Lundi 22 juin : Les heures passent, trop vite car je ne suis pas pressé… Nous sommes à Tachkent à une heure et demie du matin. Je suis débarqué du taxi, personne ne m’aura adressé la parole… Je me retrouve sur un terrain vague, dans un environnement glauque, face à deux ou trois énergumènes qui se disent chauffeurs de taxi et qui veulent à tout prix m’emmener dans le centre en m’assurant que le métro n’ouvre qu’à sept heures (en réalité à cinq heures) et qu’il n’y a pas de café ouvert à proximité. Je m’éloigne d’eux, m’assieds sur une borne en ciment et je me demande bien ce que je vais faire aussi tôt ici ! L’un des taxis vient me proposer de m’emmener à un café. Je le suis, méfiant. Effectivement, à quelques centaines de mètres, la cafétéria d’une station-service est ouverte. Je m’installe sur un banc et commande un thé. Au début, je le sirote avec une certaine décontraction puis je finis, comme un saoulard, la tête dans les bras en croix sur la table… A quatre heures et demie, le jour se lève, moi aussi et à cinq heures je suis sur le quai du métro, pour une fois avec les travailleurs matinaux… Je descends à la station près de l’hôtel Ouzbékistan. Pas de camping-cars garés derrière. Je suis déçu, je comptais sur eux pour un fauteuil, un petit déjeuner et un bout de conversation. Je me rends à l’agence de voyage, bien entendu encore fermée. J’attends assis à un arrêt d’autobus puis je vais profiter des toilettes de l’hôtel avant de m’assoupir dans un fauteuil trop moelleux. Je retourne à l’agence, Nosir y est, je lui remets les passeports, il me dit de revenir les chercher entre trois et quatre heures. Je me rends dans un cybercafé où je lis le courrier, vœux de Laurence et Agnès pour Marie, rien de Julie ! Je mets à jour le blog, sans les images. Je retourne sur la place Amir Timour et continue de faire la tournée des bancs publics des parcs du centre ville. Je me déplace toutes les heures de l’un à l’autre… Je pousse jusqu’au Tsoum, découvre l’étage consacré aux vêtements que nous avions ignoré, une plongée dans le monde de la mode des années cinquante, version soviétique… Je repère des troquets avec bière fraîche pour déjeuner, avant de recevoir un puis plusieurs sms de Nosir qui veut des précisions sur les dates d’entrée, de sortie, m’avertit que les dates accordées par l’ambassade ne correspondent pas. Je comprends qu’il est à l‘ambassade, je l’y rejoins. Il en sort et m’annonce tout content : « Tomorrow passports ». Il ne saurait en être question, je ne vais pas rester un jour de plus à Tachkent ! Je l’oblige à retourner dans l’ambassade où je le suis. J’obtiens que les visas soient prêts cet après-midi. Et je repars dans mon errance… Je vais déjeuner d’un chawarma avec un demi de bière à la température parfaite avant de continuer ma tournée des bancs. A trois heures, je suis devant l’ambassade qui ouvre à cinq heures moins le quart. On me remet les passeports mais je dois payer les droits, cinquante-cinq dollars chacun, non réglés par Nosir, pour un visa de transit de trois jours seulement ! Je dois attendre l’arrivée de ce cher incompétent de Nosir qui me rembourse les droits et que je plante là. Je cours reprendre le métro et trouve aussitôt un taxi à la gare routière, dix minutes plus tard, je repars pour Samarcande. Une jeune femme élégante et un jeune couple de fiancés de la bonne société, très préoccupés par le coût des biens de consommation en France, sans savoir grand-chose de la société occidentale, faisant preuve d’une candeur irritante… Après avoir refusé une gorgée d’un Coca Cola tiède puis une bouteille d’eau glacée, je me sens obligé d’accepter un chewing gum qu’ils m’offrent. Me voilà à mâchouiller un bout de caoutchouc, parfumé à la fraise, pétillant, piquant sous la langue. Une horreur ! Exemple type de la décadence des goûts dans la future classe dirigeante ou de la dépravation des mœurs chez la jeunesse dorée… Impossible de prévenir Marie de mon retour, les numéros de téléphone fournis par le B & B ne sont pas bons. Nous filons aussi vite que le permet le moteur. Le chauffeur, comme celui de cette nuit, avale quelques pilules pour se stimuler… Enfin, à neuf heures et demie, me revoilà à la gare routière de Samarcande, un dernier taxi me dépose à l’auberge où je retrouve Marie en compagnie de cyclistes français masochistes. Je raconte mes aventures puis nous allons nous coucher.

 

Mardi 23 juin : Nous avons dormi plus tard, j’avais arrêté la climatisation dans la nuit. Nous petit déjeunons avec le couple de cyclistes et un autre Français, parti pour un tour du Monde en trois mois ! Nous discutons longuement et nous quittons l’auberge tard. Nous passons à « notre » supermarché acheter quelques produits puis nous sortons de Samarcande. Pas par la route qui rejoindrait l’autoroute mais nous la retrouverons plus loin. Paysage monotone de plaine en cultures, principalement du blé. Le revêtement est variable, parfois patchwork, parfois très correct. Nous déjeunons à l’ombre et continuons en direction de Boukhara. Deux contrôles, à demi par curiosité, se passent bien, dès que nous exhibons notre « lettre de protection » de l’ambassade. Nous roulons en climatisé mais peu avant Boukhara, une averse nous surprend, elle permet de rafraîchir l’atmosphère, de coller les poussières et de laver le pare-brise. Nous entrons dans Boukhara et trouvons rapidement le centre ancien. Nous sommes surpris par le calme, le silence. Peu de voitures, des rues étroites et non rectilignes qui interdisent les vitesses élevées donc les accélérations et les coups de freins brutaux. Nous nous garons près d’une belle porte en briques crues, surmontée d’une coupole et je vais à pied à la recherche de l’endroit que nous avait indiqué Joëlle pour stationner. Je suis entouré de monuments, medersa, mosquées, murs, portes, toujours en briques crues, presque sans faïences, dorés par le soleil. Au centre de cet espace, un bassin entouré de tchaïkhane, à l’ombre de mûriers, apporte une note de fraîcheur et d’authenticité au quartier. Ici, pas de monuments-musées dégagés au milieu de grands espaces déserts, comme à Samarcande. Première impression donc très favorable. L’allée repérée, je vais rechercher le camion, et Marie qui fond en sueur… Nous allons nous installer puis nous allons prendre un verre dans un des tchaïkhane autour du bassin. Des Ouzbeks, hommes et femmes, viennent se faire prendre en photo devant la statue de Nasreddin Hodja, le personnage des contes de tout le monde musulman. D’autres jouent aux dominos, à demi couchés sur des tapchan, ces banquettes recouvertes d’un épais tapis. Nous allons nous promener autour du bassin, entrons dans les cours des deux madrasa. Les cellules sont occupées par des boutiques d’artisanat pour touristes, leurs étals couvrent les murs. Nous fouillons dans les boutiques de textiles, sans rien trouver d’intéressant. Dans les rues, les boutiques à touristes débordent sur les trottoirs et couvrent les murs des maisons. Dommage ! Nous passons devant une belle mosquée, de petit format, comme les autres monuments, pas de gigantisme, du moins dans ce quartier mais une unité de construction en briques crues et une certaine animation populaire. Nous revenons au camion préparer les visites de demain.

 

Mercredi 24 juin : L’animation populaire a ses limites ! Surtout horaires… Nous apprécierions que, tard et tôt, les passants se montrent plus discrets ! Nous partons en promenade alors que la masse des touristes n’est pas encore opérationnelle, donc alors que les boutiques ne font que commencer à ouvrir. Nous passons de l’une à l’autre sans trouver d’aussi beaux suzani qu’au B & B de Samarcande. Quand nous demandons un prix, il est toujours élevé et les vendeurs ne nous courent pas après. Boukhara risque d’être une déception sur le plan des achats. Mais sur le plan architectural, c’est un régal ! Deux regrets toutefois : la trop grande abondance de marchands de souvenirs qui phagocytent toutes les cours de madrasa et même les salles de prière, et les constructions d’hôtels modernes, pas toujours du meilleur goût ! Le centre est presque piétonnier, nous passons d’une rue à une autre en traversant des bazar, des galeries couvertes, surmontées de coupoles, dans lesquelles s’ouvrent des pièces vastes et voûtées. Les deux madrasa, celle d’Ulug Beg et celle d’Abdul Aziz Khan qui se font face, ne sont pas gigantesques, n’ont pas été restaurées mais sont de toute beauté, partiellement couvertes de faïences à motifs de vases et de fleurs. Puis par un autre bazar, nous accédons à la plus belle place de la ville ancienne, celle sur laquelle se dressent l’élégant minaret Kalon, très haut, légèrement conique et décoré de bandeaux à décor géométrique ou épigraphique, la vaste mosquée du même nom et la superbe madrasa Mir i arab, digne des plus belles d’Iran. Deux étages de cellules aux façades couvertes de magnifiques faïences sont encore en activité. Nous ne pouvons que jeter un œil à la cour mais la façade extérieure, à elle seule, récompense du voyage à Boukhara. La mosquée qui lui fait face est immense, déserte et froide mais sa très large galerie est couverte de plusieurs centaines de coupoles qui, avec celles des autres édifices proches donnent à la vieille ville un petit air d’El Oued. Nous commençons à sérieusement transpirer. Le soleil bientôt au zénith est sans pitié. Nous allons voir une dernière mosquée, cachée dans une ruelle de la vieille ville, la mosquée Khodja Zaïniddin, elle n’a pas été restaurée, ses plafonds peints à fresque et ses stalactites ont conservé leur authenticité. Marie m’attend pendant que je vais chercher la voiture. Je reviens en me dirigeant au hasard dans les ruelles en terre et me gare sous un arbre. Nous déjeunons en appréciant la bière glacée ! Nous laissons passer les heures chaudes puis nous traversons l’esplanade sans ombre, devant les murailles de l’Ark, l’ancienne forteresse du Khan de Boukhara, encore en activité dans les années 20. Les murs épais sont renforcés par des tours coniques et trapues. L’entrée est commandée par deux hautes tours et un portail blanc. Après avoir essayé de nous adjoindre d’autorité un guide, on nous laisse entrer moyennant un prix d’entrée digne de Samarcande, alors que la plupart des monuments de la ville étaient gratuits. Nous montons une rampe et débouchons sur une esplanade occupée par une mosquée dont nous ne pouvons contempler que l’extérieur avec ses piliers sculptés. Un couloir mène ensuite à une salle du trône en plein air, déserte, en restauration et puis c’est tout ! Les salles du musée sont fermées, nous n’avons accès à aucune autre salle. Nous ressortons furieux, demandons et obtenons le remboursement des billets. Nous traversons l’avenue qui passe devant l’Ark et allons voir la jolie mosquée Bolo Haouz, son péristyle est très décoré, les piliers sont sculptés, étranglés à leur base mais elle est fermée. Après avoir contemplé la perspective sur la vieille ville, depuis les remparts, nous reprenons la voiture et partons en quête d’un supermarché. Nous n’en trouvons qu’un mini mais avec l’essentiel : de la bière et de l’eau gazeuse ! Nous voulons revenir nous garer près du bassin, comme hier soir. Je tente de trouver un chemin dans les ruelles de la vieille ville et me retrouve dans une ruelle trop étroite, impossible de tourner. Je dois revenir en marche arrière. Une seconde tentative n’est pas plus heureuse ! Je dois faire un grand tour pour y parvenir. Enfin, nous partons à pied à la recherche d’un hôtel agréable pour la prochaine nuit, dans nos tarifs… Après deux essais, nous en trouvons un dans un ancien caravansérail où nous promettons de venir demain. Nous revenons près du bassin, passons nous renseigner sur les spectacles de marionnettes puis nous retournons au cybercafé où je trouve un message de Julie et une carte de vœux pour moi. Nous lui répondons ainsi qu’à d’autres. Nous dînons d’excellentes brochettes au tchaïkhana, autour du bassin, sous des mûriers plus que centenaires. Des jets d’eau assurent un rafraîchissement bienvenu. Après un eskimo au chocolat, nous retrouvons la fournaise du camion.

 

Jeudi 25 juin : Nous commençons la journée en allant nous installer dans notre petit caravansérail. La chambre est climatisée, décorée de tapis et suzani et tout à fait confortable, pour seulement vingt-cinq dollars avec le petit déjeuner ! Nous repartons avec la voiture et retournons à la mosquée Bolo Haouz, bien éclairée : une douce lumière illumine ses fins piliers et met en valeur sa façade et ses boiseries au plafond. L’intérieur est plus quelconque malgré quelques peintures décoratives. Nous allons ensuite nous garer à proximité du mausolée Chachma i Ayyüb, plus joli à l’extérieur avec ses coupoles et son dôme conique en briques qu’à l’intérieur, vaguement devenu un musée sur l’hydrographie dans la région. Plus loin, dans le parc aux ombrages insuffisants, un autre mausolée, celui des Samanides, est un superbe exemple de l’ingéniosité des artisans pour tirer tout le profit décoratif possible de simples briques, en les disposant de toutes les façons imaginables, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nous approchons des restes de la muraille, semblables à celle proche de l’Ark mais ici, les poutres de bois qui ont servi à la construction, ont été laissées en place et lui donnent une allure de mosquée malienne. Dans le même quartier, deux autres madrasa qui se font face, semblent abandonnées ; leurs façades, pourtant couvertes de faïences bleues, nous paraissent plus ordinaires, serions-nous déjà blasés ? Nous revenons dans le centre pour acheter des fruits au bazar. Nous découvrons qu’il s’agit d’un marché presque uniquement consacré aux bijoux, les marchandes proposent des bagues, colliers et boucles d’oreilles en or rouge, avec des pierres de peu de valeur. Nous allons visiter la jolie mosquée ancienne de Magog e Attari, à la belle façade de briques. L’intérieur est un faux musée du tapis et une vraie boutique de souvenirs. Je vais ensuite acheter des somsa, chaussons à la viande, chez le boucher. Sa boutique ne doit pas tout à fait correspondre aux normes sanitaires occidentales… Je ne résiste pas à la vue d’un débit de bière pression et nous partageons un vrai demi glacé avant de rentrer à la chambre. Nous déjeunons d’un melon et de nos somsa avant une longue sieste en climatisé. Marie m’en tire pour aller à la recherche de suzani. Nous allons toquer à la porte d’une auberge non signalée et nous pénétrons alors dans une véritable caverne d’Ali Baba ! Un palais insoupçonné de l’extérieur, une haute galerie soutenue par de fines colonnes, comme celles des mosquées déjà visitées, les murs sont décorés de fresques et l’intérieur est encore plus époustouflant ! Le patron est un collectionneur qui a amassé une extraordinaire collection d’objets et notamment des textiles. Il nous en présente dans une grande pièce, entièrement peinte à fresques, des murs entiers sont pourvus de ghanch, ces parois découpées aux formes des bols ou flacons qu’elles abritent, des inscriptions en hébreu, voisinent avec des représentations de vases qui débordent de fleurs. Il nous fait visiter les chambres de son auberge. Elles sont désertes et peu confortables mais magnifiquement décorées de tissus qui en font un véritable musée. Les pièces qu’il nous montre et vendraient sont de toute beauté mais tout de même difficiles à intégrer dans notre budget ! Nous repartons un peu déçus et de plus en plus persuadés que nous ne trouverons pas de suzani à un prix correct, aussi beaux que ceux de Samarcande. Toujours acheter ce qui fait envie quand on le trouve !!! Nous allons voir un restaurant où nous prévoyons de dîner ce soir, puis nous attendons à l’ombre, près du bassin de Liab i Havuz, l’heure du spectacle de marionnettes donné dans une salle. Nous assistons avec deux autres touristes à une représentation d’un mariage traditionnel, dix minutes de marionnettes et trente minutes jouées par des jeunes filles en costumes colorés, vite lassante, d’autant que l’environnement ne facilite pas l’attention : mise en place de décors, personnes peu discrètes etc… Après la visite stérile de boutiques encore ouvertes, nous allons dîner sur une terrasse en hauteur, au-dessus des coupoles d’un caravansérail. Bonne cuisine mais avec un goût de trop peu. Nous rentrons à l’auberge et je peux rentrer la voiture dans la cour. On nous offre un thé avant de monter nous coucher. Et pour la première fois, nous avons la télé avec Arte et TV5 Monde !

 

Vendredi 26 juin : Je n’ai pas trop bien dormi, la faute à la sieste ? Nous sommes réveillés tôt. Nous prenons le petit déjeuner, non pas dans la cour comme nous l’aurions souhaité, mais dans une salle… Nous partons avec la voiture pour le mausolée de Bakhaoutdine Naqchband, à quelques kilomètres de la ville. Il s’agit d’un complexe religieux, lieu de pèlerinage important. Nous y rencontrons un couple de jeunes cyclistes belges à qui nous recommandons notre B & B. Le mausolée se compose de plusieurs bâtiments, mosquée, bassins, nécropole en briques, sans faïences, sans grand intérêt architectural mais il est intéressant pour l’atmosphère. Des familles, les hommes avec la calotte traditionnelle, les bottes et le tchapan pour les plus âgés, les bien-nommés « barbes blanches », les femmes en robes colorées, viennent se recueillir sur la tombe d’un saint homme. Ils s’assoient à l’ombre d’un arbre, l’un d’eux récite une sourate qu’ils écoutent les mains ouvertes devant eux, avant de se les passer sur le visage puis ils font trois fois le tour du tombeau. Ensuite ils se rendent sur un tronc d’arbre couché qu’ils frottent, le tronc en est devenu brillant, et passent dessous. Nous revenons en ville puis cherchons le palais d’été de l’ancien émir. Nous avons quelques difficultés à le localiser mais nous y parvenons au terme de plusieurs allers-retours… Dans un parc fréquenté par des paons, plusieurs pavillons accueillaient le souverain. Le principal, construit au début du XX° siècle, est de style rococo oriental, surprenant mais pas disgracieux. Les pièces sont décorées de carreaux colorés et de stucs travaillés. Un autre pavillon est, dans sa décoration intérieure, plus proche des riches maisons des marchands du XIX° siècle avec ses fresques colorées et ses ghanch. Enfin dans le pavillon du harem est présentée une collection de suzani tous plus beaux les uns que les autres, nous en bavons d’envie ! En face, un kiosque, près d’un bassin, d’où l’émir surveillait les ébats de ses femmes. Nous rentrons en ville, et déjeunons à la chambre avant une sieste très appréciée. Au sortir, nous trouvons les vélos des Belges dans le hall. La jeune fille de l’accueil nous annonce que le prix annoncé est non pour la chambre mais par personne ! Je rassemble nos affaires pour partir aussitôt mais nous pourrons rester sans augmentation ! Nous allons nous garer près du Liab i Haouz et partons à pied dans la vieille ville. Il fait encore très chaud et nous cherchons l’ombre. Nous passons devant le mausolée de Turki Jandi, très délabré et fermé aux visiteurs. Nous continuons jusqu’à la maison-musée de Faïzoullah Khodjaïev. Derrière de hauts murs qui ne laissent rien deviner, nous découvrons une de ces merveilleuses maisons de la fin du XIX° siècle, résidences de riches marchands avec quelques pièces très richement décorées. La galerie est, comme dans la maison visitée hier, soutenue par de beaux piliers en sycomore, sculptés, et des poutres peintes. Toutes les pièces n’ont pas été restaurées mais celles qui l’ont été donnent une bonne idée de ce que devait être la vie dans une telle maison. D’ailleurs on nous propose de revêtir des costumes de l’époque pour nous prendre en photo et un thé, pour une fois à la menthe, nous est offert. Nous revenons très assoiffés, dans le centre, passons encore devant plusieurs caravansérails et madrasa qui ne demandent qu’à revivre du tourisme. Elles ne sont pas décorées de carreaux de faïence mais le plan des uns et des autres reste le même : une cour carrée et des pièces couvertes de coupoles. Nous retournons à la course aux cadeaux. Marie désespère de trouver ce qu’elle cherche, d’autant que les prix, contrairement à ce qu’on nous avait annoncé à Samarcande, sont élevés, parfois ridicules et le marchandage difficile. Nous finissons par acheter, pour nous, un joli tapis de prière, pas très ancien, un peu lot de consolation pour remplacer le suzani de Samarcande… Nous passons au cybercafé, nouvelles de Duyen et d’Yvette, j’envoie un message à Giraud pour lui signaler nos problèmes avec la cellule. Nous allons dîner au même tchaïkhana que l’avant-veille, au bord du bassin, la bière y est toujours glacée et les brochettes copieuses. Je me sens tout amolli, cet interlude en chambre climatisée et ce climat m’épuisent, j’ai mal aux genoux et j’ai hâte de retrouver mon lit !

 

Samedi 27 Juin : Meilleure nuit malgré l’arrêt de la climatisation pour cause de panne de courant au petit matin. Nous petit déjeunons avec les Belges qui ont obtenu le même tarif que nous ! Nous quittons Boukhara mais d’abord nous allons voir la nécropole de Char Bakr à quelques kilomètres. Le Père Lachaise local ! Des centaines de tombes regroupées autour de deux grands édifices, une mosquée  et une khanakah dont nous ne voyons pas bien la différence avec une mosquée, et d’autres bâtiments plus modestes mais tous en forme d’iwan, en briques crues. Leur amoncellement finit par créer un décor plutôt macabre. Le lieu est désert, seule s’élève parfois une mélopée quand un chantre a été loué pour la circonstance, mais il n’y a pas l’affluence de la veille au mausolée de Bakhaoutdine Naqchband. Nous prenons la route de Khiva. Après quelques kilomètres de cultures, nous entrons dans les sables du désert de Kyzylkoum, des dunes parsemées de buissons dont le volume et la densité vont aller en diminuant. La chaussée, de bonne, va devenir plus cahoteuse à partir du point où nous allons rejoindre les rives de l’Amou Daria qui s’étale, indolent entre le Turkménistan et l’Ouzbékistan. Nous quittons la route principale pour une, plus directe, qui longe, coupe les canaux puisant dans l’Amou Daria l’eau nécessaire à l’irrigation de la région du Khorezm. Les contrôles policiers très débonnaires, se multiplient. Nous franchissons un des bras du fleuve sur un pont mixte, train-voitures et roulons au milieu des cultures. Approche un peu décevante de Khiva que j’imaginais ville perdue dans le désert et que nous découvrons après la traversée d’une immense zone de poteaux électriques et un quartier industriel où les cheminées d’usine sont plus hautes que les minarets. Nous peinons à trouver les remparts. Nous sommes alors au pied de la cité ancienne, nous hésitons à stationner sous la muraille. Je vais repérer un hôtel devant lequel nous pourrions stationner. J’ai un premier aperçu de la ville qui me fait l’effet d’un formidable décor des Mille et Une Nuits avec ses minarets, ses dômes et une sorte de tour conique vernissée, brillante. Le soleil dore les murs de terre, à revoir demain ! Un des employés revient avec moi pour m’indiquer le chemin en voiture. Nous nous garons sous les murs d’une madrasa sous des arbres. Nous allons prendre une bière à l’hôtel puis revenons nous installer. Je constate que l’alimentation de l’ordinateur ne fonctionne plus ! Nous dînons au camion, incommodés par l’odeur du gaz qui fuit au brûleur…

 

Dimanche 28 juin : Je retrouve le plaisir d’écrire à la plume, dans un cahier, puisque l’alimentation de l’ordinateur est tombée en panne, même s’il faudra tout recopier plus tard. Ce matin, les rayons du soleil peinent à percer la couche d’air chargée de sable qui étouffe la ville. Les criquets, portés par le vent, colonisent les bâtiments. Les gens les délogent à grands coups de balais, les gosses leur font la chasse et les femmes s’en effraient. J’ai la vision de Khiva dans les sables que je cherchais hier ! Nous achetons le droit de visiter les musées et autres monuments ainsi que celui de les photographier alors qu’avec la brume ambiante je ne suis pas très enclin à en tirer des clichés. Nous commençons par le palais fortifié de l’Ark, le long de la muraille. C’est un dédale de cours et de pièces qui communiquent par des ombres couloirs. Deux cours sont remarquables par les galeries tapissées de superbes faïences, aux toits peints, soutenus par des piliers sculptés. L’une est la salle du trône, l’autre la mosquée d’été. Il faudrait payer un supplément pour monter au pavillon construit sur la muraille mais le temps ne se prêtant pas à la vision panoramique, nous repoussons à plus tard… Nous revenons en passant devant la massive tour conique, ébauche d’un minaret, couverte de carreaux turquoise, vers la grande madrasa Mohammed Amin Khan, transformée en hôtel de luxe. Son portail est très joliment décoré de faïences à motifs floraux. L’intérieur est aseptisé, climatisé… En face, dans une autre madrasa, plus modeste, un restaurant s’est installé en couvrant la cour intérieure, la décoration est lamentable. Derrière, le petit mausolée de Sayyid Alauddin abrite la tombe couverte de céramique en relief, à motif floral, du saint homme. C’est ensuite la mosquée Juma, plus classique, entièrement couverte, sans cour ni iwan. Son toit est supporté par des centaines de piliers sculptés, anciens, voire très anciens pour quelques-uns. Toujours pour des raisons de visibilité, nous repoussons ultérieurement l’escalade du minaret. Nous rendons visite à divers musées, plus minables les uns que les autres, consacrés à la musique ou à la médecine. L’éclairage parcimonieux ne permet pas de déchiffrer les cartels, les objets sont poussiéreux et invisibles dans des vitrines crasseuses. Le seul musée digne de ce nom est celui de la madrasa Islam Hoja où sont présentés, dans une enfilade de cellules, des collections de vêtements brodés (Marie y cherche son chapan !), de tapis, de besaces tissées, de porcelaines, de bois sculptés, de calligraphies. Le soleil tente de percer, des coins de ciel bleu apparaissent. Les marchands ont sorti leurs étals et proposent les pires horreurs possibles. Tout cet espace  n‘est composé que de mosquées, de caravansérails et de madrasa et si, à l’intérieur de l’enceinte, il existe quelques habitations, elles sont repoussées au pourtour. L’animation populaire est donc des plus réduites. Nous visitons ensuite le palais Tosh Khodi. Encore un puzzle de pièces et de cours. S’en distinguent deux, magnifiques, avec galeries, faïences et exceptionnels plafonds peints avec des motifs d’influence chinoise. Nous en terminons avec deux madrasa qui se font face, à la porte Est. Les ruelles, entre les murs de terre flanqués de tourelles, semblent sorties d’une illustration de contes orientaux. Nous revenons, sous le soleil, en admirant les perspectives offertes par les trois hauts minarets légèrement coniques, qui jouent avec les portails rectangulaires, creusés de niches, des madrasa. Le fil à plomb ne doit pas être une invention locale à en croire les défauts de verticalité des portails, tours, murs… Nous déjeunons au camion. En faisant tourner le moteur, je recharge assez les batteries pour que le réfrigérateur redémarre. J’ai acheté du vernis à ongle pour essayer de combler la fuite de gaz, sans y parvenir dans un premier temps puis avec succès en étant plus généreux… Petite sieste, au frais, grâce à l’ombre du mûrier et de l’acacia sous lesquels nous sommes garés et aussi en bénéficiant du vent qui a bien rafraîchi l’air. Nous repartons pour une visite  aux marchands de souvenirs. Je trouve un beau suzani dans les tons rouges pour lequel je serais prêt à craquer mais le passage de la douane turkmène m’inquiète. Marie est toujours en quête de suzani neufs pour offrir. Nous retournons à la citadelle, déserte à cette heure, grimpons sur les remparts et embrassons toute la ville ancienne dans une vue panoramique ainsi que la muraille avec ses bastions, qui semble serpenter sous nos pieds. Nous sortons de la vieille ville pour contempler la porte d’entrée et ses deux tourelles en terre, au milieu des remparts crénelés. Nous rentrons à l’hôtel, tentons d’y boire et discutons avec un couple de Français et un curieux bonhomme dont nous saurons vite qu’il est végétarien, repris de justice et « humanitaire » ! Il fait partie d’une équipée disparate : « l’Architecte, le Paysan et le Taulard », (La Fontaine ou Rohmer, au choix…) en 2cv et Traction avant !

 

Lundi 29 juin : La télévision de notre voisin qui s’est installé dehors une banquette  pour y passer la nuit, démarre à six heures et demie ! Nous n’attendons qu’une heure pour nous lever. Plus de vent et grand soleil. Je porte du linge à laver à l’hôtel puis, tandis que Marie se prépare, je vais faire un tour de la ville pour prendre des photos. Nous poursuivons ensuite notre visite par celle du harem du palais Tosh Khovli qui nous avait échappé hier, car séparé du reste des cours par un couloir mystérieusement fermé. Il a la forme d’une grande cour rectangulaire, creusée de niches sur deux niveaux, couvertes de faïences, avec de beaux plafonds peints. Un puits au centre de la cour est toujours en activité. Nous revoyons les deux autres cours, plus petites. Je monte ensuite, par un escalier en colimaçon aux hautes marches, au sommet du minaret de la mosquée Juma. D’en haut, la vue sur la vieille ville est féerique, c’est ainsi que l’on peut imaginer la Bagdad des contes. Le regard, tel un tapis volant, plonge dans les cours des madrasa, survole les coupoles à peine devinées de la rue, s’accroche aux pointes des minarets aux allures de phares vernissés, rebondit sur les courbes du Katba Minar, le minaret tronqué. Nous nous rendons ensuite au mausolée de Pahlavan Mahmoud. Après avoir franchi le portail et traversé une cour, nous pénétrons dans une salle surmontée d’un dôme entièrement couvert de majoliques bleues, digne des plus belles mosquées d’Iran. La salle adjacente, où est caché derrière un paravent de bois sculpté le tombeau du saint, est tout aussi décorée. C’est un lieu de pèlerinage, les familles, surtout des femmes et des enfants, viennent y faire chanter des sourates par l’imam agréé. Nous achevons la matinée par la tournée des boutiques. Marie trouve ses derniers cadeaux pour la famille. Retour au camion. Je repars à la recherche de bière puis de pain au bazar. Nous déjeunons puis entamons la sieste. Quand nous sommes prêts à partir, nous avons la visite de l’architecte et du paysan. Nous échangeons des informations et promettons de nous revoir en France. Je porte l’alimentation de l’ordinateur chez un photographe qui doit l’examiner, puis nous allons dans un cybercafé, rien de Julie, message des Français rencontrés au Kirghizstan et d’Annie Combet. Nous allons à pied, en longeant les remparts, jusqu’au palais d’été de l’émir. Une sinistre maison, intérieurement décorée de lustres massifs, des poêles en faïence, plus à leur place en Europe centrale et lourdement décorée, murs et plafonds, pas un centimètre carré sans fioritures. Il est encore tôt, nous allons prendre un pot au restaurant où nous avions envisagé de dîner, au bord d’un bassin, près de la porte nord. La musique tonitruante et les tarifs pratiqués nous dissuadent de revenir. Nous voulions nous promener sur les remparts mais pour y accéder, il faut monter une pente, Marie, inexplicablement s’affole, tremble et ne peut se hisser sur le chemin de ronde. Nous renonçons donc ! Retour dans le centre. Je récupère l’alimentation réparée et je dois en marchander le prix. Décidément, le touriste est considéré comme une source de dollars sur pattes, nous en aurons encore confirmation au dîner. Nous nous installons dans la cour de l’hôtel pour mettre au point le texte de la semaine passée, tout en prêtant une oreille aux propos du « taulard », personnage haut en couleur. Nous allons dîner avec lui et les Français dans un restaurant en plein air. Encore du plov, sans plus de viande et sans fruits secs. La bière est encore plus chère qu’ailleurs et l’addition est particulièrement élevée pour bien peu dans l’assiette. Nous en repartons tous mécontents. Retour au camion. Je vais faire quelques photos de nuit avant de me coucher.

 

Mardi 30 juin : Dernière journée à Khiva. Pour moi, le voyage pourrait s’arrêter là ! J’ai vu ce que j’attendais de l’Asie centrale, Mashad et le Caucase sont secondaires…Nous sommes prêts à neuf heures, nous allons chercher Roland et Sonia, les deux Français de la veille à qui nous avons proposé de les emmener à Urgench où ils prennent le train pour Tachkent. Dans la voiture, la conversation, inévitablement tourne autour du personnage de celui que j’ai appelé le « taulard » en raison de ses dix ans de centrale pour attaque à main armée de « l’Ecureuil » ! Nous faisons des courses au bazar et repartons en direction de Beruni que nous atteignons après avoir franchi l’Amou Daria sur un pont de barges, occasion de danser sur l’eau à chaque plongeon du camion qui nous précède d’un ponton au suivant. Nous cherchons ensuite la première des forteresses du désert, Guldursun Qala, que nous allons voir dans la journée. Nous y sommes pour déjeuner, à l’ombre, avant d’approcher et franchir la muraille en terre du XII° siècle, dont les murs se tiennent encore debout, renforcés par de grosses tours rondes. L’intérieur est nu, plus aucune trace de construction. L’environnement n’est pas celui que j’attendais, nous sommes au milieu des cultures ! Nous continuons et devons demander notre chemin à chaque carrefour, faute de panneaux. Nous trouvons la suivante, Djambas Qala sur une éminence qui autrefois dominait un bras du fleuve. Maintenant elle regarde de haut des champs dont la verdure vient mourir aux pieds des petites dunes de sable qui l’enserrent sur les côtés. Nous en faisons le tour en voiture. Et nous devons rouler longtemps avant de trouver la dernière, Ayas Qala. Nous approchons du lac qui s’allonge derrière sa butte puis je monte avec la voiture, à l’assaut de la colline sur laquelle se dresse la plus récente des deux forteresses. Marie m’attend dans la voiture climatisée pendant que j’escalade les éboulis avant d’y pénétrer par une fissure dans la muraille. Plus petite que les autres, elle a conservé ses salles dont je ne trouve pas l’entrée, me contentant de marcher sur les toits affaissés. Nous montons, toujours en voiture à la plus grande, encore en bon état, du moins la muraille avec ses meurtrières pour les archers et ses tours de défense. Nous nous installons pour la nuit dans le désert, en vue de la forteresse. Nous dînons de saucisses-purée. Saucisses halal (poulet, dinde ?). Nous ne savons pas trop mais ce qui est remarquable c’est leur enveloppe plastique dont nous ne savons toujours pas s’il faut les en extraire avant cuisson et alors elles se liquéfient ou les cuire avec et se battre ensuite avec un couteau pour parvenir à les percer… Quant à la purée, elle demandait pour sa préparation du lait. Nous n’avions pas prévu que celui que nous avions acheté en boîte serait sucré… Ajoutons que la moutarde, pourtant française (Amora !) était aux épices, plutôt de goût anglais et également sucrée. Ce fut un curieux repas…

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