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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 13:01































Mercredi 1er juillet : Nuit très calme que nul n’est venu troubler. La forteresse est toujours là… Nous repartons vers les cultures, et prenons la direction de Nukus. Une première forteresse, Toprak Qala, est visible de la route, nous en approchons sur un tronçon de piste. Extérieurement elle est moins intéressante que les autres, ses murailles sont effondrées et les bastions ne sont plus que des masses informes. A l’intérieur, par contre, on discerne bien les cours et les pièces, certaines ont encore des niches circulaires nettement visibles. A peu de distance, une autre forteresse est visible mais nous ne pouvons nous en approcher, des travaux sur le réseau des canaux qui l‘entourent l’ont, provisoirement (?), transformée en île. Elle est de plus petite dimension mais ses tours de défense semblent en très bon état. La route et la voie ferrée tracent, de concert, la limite entre les cultures du Khorezm et le désert. Nous parvenons à midi à Nukus, capitale de la République autonome de Karakalpakie. Il nous reste trois jours et demi à attendre d’entrer au Turkmenistan… Nous trouvons le musée mais nous le gardons pour un autre jour. Nous cherchons un hôtel bon marché pour passer les heures chaudes en climatisé mais soit ils sont délabrés soit les prix sont trop élevés. Nous renonçons et déjeunons dans le camion de notre dernière boîte de sardines. Nous passons ensuite à la poste expédier les dernières cartes postales. Marie fait toute une histoire de celle pour Marie-Cécile égarée, elle ne sait où… Nous trouvons un cybercafé envahi par des gosses le nez sur l’écran qui passent leur temps à tuer virtuellement des monstres ou des soldats ennemis… Toujours pas de message de Julie, Marie s’inquiète aussitôt, moi aussi je dois dire… Nous mettons le blog à jour puis nous cherchons un endroit ombragé pour attendre l’heure de dîner. J’envoie un sms à Julie qui répond par un mail. Nous repassons au cybercafé pour le lire mais il n’y a plus de connexion. Nous dînons dans la cour du restaurant prévu. Marie, d’un pot contenant des légumes et un morceau de viande, surtout de l’os, cuisinés en ragoût, pour moi, une brochette de porc, rien de remarquable. Encore une fois nous remarquons que les plats sont peu copieux et relativement chers, rien de comparable avec le Kazakhstan ou le Kyrghizstan. Nous allons nous garer pour la nuit sur un vaste parking, à l’écart de la rue. A peine déshabillés, deux policiers viennent cogner à la porte. Je comprends bien qu’ils souhaitent que nous déguerpissions mais mon incompréhension feinte les lasse et nous ne bougeons pas. Le temps de cet échange fructueux, une armada de moustiques a profité de ma distraction pour s’introduire subrepticement. Ils vont vite se manifester et nous gâcher la nuit. Le copieux étalage de citronnelle se révèle sans effet (peut-être les moustiques locaux n’ont-ils jamais lu la notice), les tortillons guère plus.

 

Jeudi 2 juillet : Le ciel est couvert, le vent se lève et il tombe trois gouttes d’eau. Nous achevons les survivants ailés et plions bagages dès que possible sous l‘œil des policiers interloqués. Nous tentons en vain de lire le message de Julie, toujours pas de connexion internet. Nous allons au musée Savitsky, le plus beau musée d’Asie centrale et de loin ! Ce monsieur replié pendant la guerre en Asie centrale s’est intéressé à la région et a constitué une collection ethnographique d’une extraordinaire richesse. Nous nous régalons à la contemplation des costumes, tapis, bijoux, clairement présentés, avec des explications en anglais, le personnel polyglotte est aimable. Au second étage est présentée une partie de la collection de peinture russe des années 20 à 40, constituée par la même personne, qui s’est aussi intéressée aux peintres qui n’étaient pas forcément dans la « ligne ». Peu sont connus, beaucoup sont remarquables, nous retenons les noms de Volkov, Lysenko, Nikritin, Falk et bien d’autres aux noms difficiles à retenir faute d’un catalogue. Nous n’avions pas eu l’occasion de nous régaler de belle peinture depuis plus de deux mois et découvrir ces merveilles ici, au bout du monde est une chance presque inattendue. Nous n’en sortons qu’à l’heure du déjeuner que nous prenons dans la voiture. Nous repassons au cybercafé, miracle ! nous pouvons lire le message de Julie de retour de Toulon, tout va bien, nous sommes rassurés. Je vais changer des dollars au marché et faire quelques emplettes puis nous quittons Nukus. Nous mettons le cap à l’ouest sur une centaine de kilomètres puis au nord sur une autre centaine de kilomètres, dans un paysage monotone où le désert le dispute aux cultures et finit par gagner. Je ne suis pas ravi de devoir encore tant rouler pour simplement approcher les sables d’Aral. Nous parvenons à Moynaq, dernière ville, à demi ensablée, autrefois sur le rivage de la mer d’Aral. La ville est morte, plus aucune activité liée à la pêche ou à la mer. Les maisons se sont enfouies sous la terre qui recouvre les toits, derrière des palissades assiégées par le sable. Nous montons sur une butte où a été dressé un monument. De là, on domine le bassin de l’ancienne mer, pas une goutte d’eau n’est perceptible, des carcasses de bateaux rouillent à nos pieds. Nous avons tout vu ! Marie voudrait en voir plus mais ne sait pas quoi ! Nous parcourons les rues inanimées de la ville puis retournons nous garer sur la butte, dans le vent mais au calme.

 

Vendredi 3 juillet : La mer est toujours absente et le vent soulève des nuages de sable et de sel qui accentuent la désertification. Nous visitons le musée installé dans l’hôtel de ville. Il devrait emporter sans contestation la palme du plus minable de toute l’Asie ! Une salle avec des photos de bateaux, des peintures d’un artiste inconnu, des bijoux ternis, des vêtements déchirés et des bocaux dont le formol s’est évaporé et qui ne renferment plus que les arêtes des poissons qu’ils contenaient. Nous reprenons la route de Nukus où nous sommes à midi. Nous prenons une chambre climatisée pour trente dollars et y déjeunons avant d’entamer une sieste. Nous en sortons pour aller au musée de la nature qui a une section annexe du musée Savitsky. Un étage est consacré à cette peinture russe et nous y retrouvons les noms de Volkov, Chevtenchko, Mazel et autres. L’accrochage n’est pas fameux, l’éclairage douteux mais la sélection reste de qualité et le contraste avec les jeunes peintres ouzbeks flagrant ! Nous revenons à l’hôtel et prenons place sur une banquette pour lire au frais, le vent ayant calmé les ardeurs du soleil. Nous examinons les guides touristiques et parvenons à la conclusion que les pays du Caucase méritent plus de temps que nous ne pourrions leur consacrer si nous voulons être rentrés fin juillet et que ce sera donc pour un autre voyage. Nous dînons sous les canisses, surpris par les plats. Les pelmeni, des raviolis, sont servis dans une sauce-soupe, la même qui accompagne mes pâtes lagman et qui a servi à faire cuire le pseudo-bœuf strogonov de Marie. Ce n’est pas franchement mauvais mais ce n’est pas de la gastronomie non plus.

 

Samedi 4 juillet : Mal dormi, problèmes d’estomac, cela s’arrange au réveil. Petit déjeuner avec des crêpes puis nous partons avec le sentiment que le caractère dominant des Karakalpaks n’est pas l’amabilité ! Nous passons à la poste envoyer la carte postale de Marie-Cécile, une ridicule image du Kirghizstan ! Un quart d’heure après l’heure d’ouverture, les employés ne sont pas encore tous arrivés. Ils sont plus nombreux que les clients et ne commencent la journée qu’après s’être tous salués. Celle en charge des timbres déballe d’un sac plastique un fouillis de vignettes, elle y cherche la bonne et la colle avec un tube… Au marché nous nous réapprovisionnons pour plusieurs jours puis nous partons. Peu après, nous quittons la route pour entrer dans la nécropole de Mizdakhkan. Nous pouvons grimper avec la voiture au sommet de la colline sur laquelle se trouvent les mausolées les plus anciens. L’un est souterrain, très restauré, il abrite la tombe d’un saint vénéré, un autre serait celui d’un géant de plus de vingt mètres de long ! Les tombes récentes, certaines avec des plaques de marbre, d’autres de simples tumulus, sont mélangées aux sépultures anciennes. Des bières, quelques planches, pour le transport des corps, sont abandonnés sur les tombes, des grilles de fer délimitent des enclos, des trous attendent leur client. Nous apercevons à proximité sur une colline, une citadelle très ruinée. Nous nous garons au milieu des champs, à l’ombre pour passer l’après-midi. Après déjeuner, sieste, somnolence puis nous faisons une toilette du camion avant d’aller jusqu’au poste frontière. Pas question de sortir d’Ouzbékistan sans entrer au Turkménistan, nous devons donc attendre demain ! Nous nous garons à proximité. Nous fly-toxons la cabine après dîner pour nous débarrasser des mouches importunes. Le temps qu’elles trépassent nous allons écouter les grenouilles coasser dans la mare voisine et regarder les lapins se régaler des buissons alentours.


Dimanche 5 juillet : Nous sommes réveillés tôt, levés tôt et avant l’heure à la barrière. A huit heures un militaire nous ouvre et nous entrons. Mais le douanier nous indique que la douane n’ouvre qu’à neuf heures ! Néanmoins il nous remet les documents à remplir. Le service commence avant l’heure, celui qui nous a en charge se bat avec l’ordinateur, le matériel ne lui paraît pas familier puis il me dit qu’il y a un problème : le sympathique douanier à l’entrée (voir la journée du 10 juin !) a indiqué que nous devions sortir par le poste de Boukhara ! D’où la nécessité de remplir de nouveaux papiers… Enfin nous en terminons. Le poste turkmène est aussitôt là. Nous devons attendre l’arrivée d’un employé revêtu d’une blouse blanche, botté, calot sur la tête et masque sur le nez, muni d’un appareil avec lequel il asperge les roues de la voiture. C’est la désinfection ! Puis c’est une longue suite de formalités, de déclarations à remplir, de savants calculs pour déterminer le montant des droits à payer, mais tout cela avec bonne humeur et même gentillesse, on en redemanderait presque ! Nous voici au Turkménistan, soulagés de cent vingt dollars tout de même… Nous entrons peu après dans Konyé Ourguentch. La ville est endormie, les voitures roulent au pas, personne ne klaxonne !!! Je vais changer des dollars au bazar, la monnaie a changé et je ne sais trop le cours actuel. Nous nous rendons au site du mausolée de Nejameddin Koubra, sans guère d’intérêt si ce n’est un joli fronton de céramiques à thème floral. A sa sortie, nous sommes abordés par une jeune fille qui, en anglais, nous réclame les passeports ! Je lui en demande la raison : les étrangers doivent être enregistrés pour visiter un site ! Le Turkménistan emportera sans doute la palme au concours du pays le plus fliqué et pourtant la concurrence était sévère… Nous repartons pour nous arrêter à la sortie de la ville aux ruines de la cité ancienne. Nous payons le droit de visite et là aussi, on nous réclame les passeports ! Nous visitons un monument assez majestueux, peu restauré, avec une très belle coupole intérieure qui représenterait un calendrier. Puis il faut marcher sous un soleil impitoyable pour approcher des mausolées peu intéressants et un minaret élevé mais sans grâce. Marie m’attend à l’ombre tandis que j’ascensionne une colline où des femmes en manque de descendance sont venues déposer des ex-voto en forme de berceaux contenant des poupées. Un dernier mausolée, le plus intéressant avec une très belle façade à décor d’entrelacs réalisés au moyen de briques et nous revenons péniblement à la voiture. Nous apprécions la bière glacée et faisons fi de la curiosité souvent déplacée des passants, en déjeunant. Nous prenons la route d’Ashkhabad. Les premières dizaines de kilomètres, au milieu de cultures écrasées sous le soleil, se font sur une mauvaise route qui augure mal du temps nécessaire pour arriver à la capitale mais après un carrefour où se dressent des immeubles neufs, construits au milieu de nulle part, la route devient excellente. Nous traversons ainsi le désert du Karakoum. Du sable, des dunes piquetées de broussailles, pas un hameau, de rares dromadaires, quelques yourtes sur des centaines de kilomètres. Nous ne trouvons pas les cratères de gaz qui ne devraient pourtant pas être loin de la route et en être visibles. Nous roulons jusqu’à sept heures et nous arrêtons dans le premier village, dans les sables. Hétéroclite mélange de maisons en dur et de yourtes en paille entre lesquels divaguent, en mâchant leur chewing gum, des chameaux placides. Nous avons la visite d’un gamin qui fait craquer Marie !

 

Lundi 6 juillet : Il a fait plus chaud que les jours précédents, à peine avons-nous senti la fraîcheur au petit matin alors que la veille nous avions eu froid. Marie voudrait être sur le site de Nicée avant que le soleil ne soit insupportable, aussi me presse-t-elle. Nous sommes sur la route avant huit heures… Le ciel est plombé par le sable en suspension et la visibilité est réduite. Les dunes disparaissent, nous retrouvons une steppe sablonneuse, presque jusque dans les faubourgs d’Ashkhabad. Nous n’entrons pas dans la ville mais partons sur une autoroute à huit voies séparées, presque déserte, à la recherche de la cité parthe. Nul n’en a entendu parler, les recherches sont difficiles, nous nous rapprochons des montagnes qui forment frontière avec l’Iran  et après des tours et détours sur des pistes et des routes en bien moins bon état que les grands axes, nous aboutissons à un tertre, entouré de restes de remparts. Nous ne savons pas même où nous sommes, aucune indication. Il commence à faire un soleil d’enfer, les heures passent, nous abandonnons et retournons sur la capitale. Le réseau d’autoroutes est éblouissant, dommage qu’il ne soit emprunté par personne ! Les approches de la ville se font au milieu d’immeubles revêtus de marbre qui semblent inhabités, pourtant ils sont neufs, d’autres sont en construction, pour qui ? Nous trouvons le centre ville, tout y est neuf, les avenues sont immensément larges, des jets d’eau coulent partout, des réverbères en tôle essaient de donner un petit air ancien, tout fait toc, nouveau riche, prétentieux. Les palais, bâtiments administratifs donnent la mesure de cette démence, des colonnes, des coupoles, des dorures et de la verdure soigneusement entretenue. Le summum est atteint en plein centre où se dresse, sur une tour au-dessus d’une espèce de tripode, une statue du dictateur défunt, Niazov, en or, qui tourne en restant face au soleil ! D’autres statues dorées du même satrape, ou de son successeur, se dressent un peu partout, à chaque carrefour, dans les parcs etc… Nous cherchons l’hôtel Nissa où nous espérons pouvoir nous garer pour la nuit, il est en reconstruction. Bouyghes est passé par là, des chantiers immenses sont en cours. Nous nous garons sur un parking ombragé pour déjeuner, je n’en puis plus  et n’ai qu’une envie désormais, tracer la route vers Toulon… Bien sûr Marie ne l’entend pas de cette oreille ! Après déjeuner, je vais explorer les environs, je dois marcher sur les trottoirs autorisés, pas ceux des bâtiments importants ! Je vais changer des dollars puis je me mets en quête de cet hôtel Nissa qui, je le constate, est en plein chantier, je reviens à la voiture. Nous sortons, d’abord pour nous rendre au musée du tapis. L’entrée en est honteusement chère et nous refusons de payer. Nous revenons en transpirant à grosses gouttes au monument à Niazov. Un élévateur puis un ascenseur nous emmènent au sommet d’où nous découvrons la ville-chantier et les constructions pharaoniques du démagogue. Nous revenons au camion, ne savons trop quoi faire, nous allons demander au grand hôtel Turkmenistan le prix d’une heure Internet : sept dollars ! Nous passons dans un centre commercial comme il en existe plusieurs : des boutiques de luxe et pas de client. Nous reprenons la voiture pour aller nous asseoir dans un café en plein air où on sert des bières pression et des chachlik appétissants. Nous y passons une heure, sans manger, retournons au camion où nous attendons l’heure de dîner, je tape mon journal. Nous avons trouvé un restaurant chinois, plus cher que d’habitude mais cela change. Les plats sont copieux mais sans grande saveur. Le personnel, de jeunes Russes, n’a jamais appris à esquisser un sourire… Nous voulons retourner nous garer au parking de cet après-midi mais toutes les rues d’accès au centre ville administratif sont interdites à la circulation. Des policiers sont postés à chaque carrefour. Nous errons et trouvons une cour d’immeuble. Deux policiers y montent la garde, ils ne semblent pas étonnés de nous voir là et ne nous disent rien.

 

Mardi 7 juillet : Quelle nuit ! La température n’est jamais descendue au-dessous de 30°c dans le camion. Nous avions dû fermer deux des trois fenêtres pour ne pas être en vue des immeubles et je n’ai pas cessé d’être en sueur. Des bruits de voitures, des crissements de pneus, la musique des autoradios, des bavardages à voix haute jusque très tard dans la nuit et en plus un moustique, m’ont achevé ! Il ne fait pas vraiment plus frais au matin et j’apprécie une douche. Nous partons pour le marché Tolkuchka, à l’extérieur de la ville. Aucune activité, ce n’est pas le bon jour ! Tout au plus pouvons-nous constater que les boutiques sont constituées de containeurs alignés en allées sur une grande surface. Nous retraversons la ville, découvrons un autre quartier démentiel, des bâtiments gigantesques aux fonctions imprécises, en marbre évidemment, dans un vague style classico-stalinien. Ceaucescu l’a rêvé, Niazov l’a fait ! Et son successeur continue de bâtir avec la même fougue. Les contrats doivent être juteux, Bouyghes prospère. Nous sommes venus pour le musée national, autre réalisation éléphantesque avec dorures et coupoles bleues, fermé le mardi ! Nous prenons donc la route de l’Iran en grimpant à l’assaut du Kopet Dag, la montagne qui fait frontière entre les deux pays. Nous sommes bientôt au poste, les formalités sont expédiées rapidement, avec le sourire et presque sans fouille. Curieux Turkménistan où le taux de policiers par tête d’habitants est sans doute un des plus élevés au monde et où pourtant nous n’avons jamais été contrôlés ni même arrêtés ! Marie revêt sa tenue « islamique » avant que nous n’abordions les contrôles iraniens qui se passent le mieux du monde, sans la moindre fouille. Nous qui craignions d’avoir trop d’ « antiquités » et qui avions « oublié » une bière dans le réfrigérateur ! Nous la buvons presque aussitôt, en déjeunant. La brume recouvre tout le paysage depuis ce matin. Nous atteignons l’autoroute, dans la plaine. Une autoroute aux normes occidentales, bon revêtement, panneaux de signalisation, postes téléphoniques de secours. Les villages traversés ne me semblent pas très différents de ceux vus quarante-deux ans plus tôt ! Ils ne sont plus en pisé mais en briques, toujours couleur de terre et ne semblent pas plus riches. Nous sommes bientôt dans les faubourgs de Mashad, nous bifurquons pour nous rendre au tombeau de Ferdousi, le grand poète persan. Nous croyons être arrivés et visitons un supposé mausolée avant de nous apercevoir de notre erreur. Le tombeau est un kilomètre plus loin dans un jardin fleuri : une structure en marbre, copie du tombeau de Darius avec des vers gravés sur les faces. Dans la crypte des scènes du Shahnameh sculptées sur les parois et une pierre tombale simple. L’endroit est très fréquenté, beaucoup de familles, toutes les femmes en noir ! Sinistre ! Nous sommes objets de curiosité mais l’accueil est sympathique et on nous souhaite la bienvenue. Nous restons ensuite au camion, Marie retire son foulard, ce qui nous oblige à fermer les fenêtres… Nous allons dîner à proximité dans un restaurant simple. Au menu : chelo kebab, du riz safrané et des brochettes, poulet et bœuf, servis avec une salade et une grande bouteille d’eau. Au moment de l’addition, petit quiproquo : elle m’est présentée en toman et je la règle en rials, la monnaie légale. Le patron n’est pas d’accord puisqu’il faut dix rials pour un toman. Les prix sont souvent indiqués dans cette ancienne unité. Nous reprenons la voiture pour aller nous garer à côté du mausolée mais une fois déshabillés, nous avons la visite d’un gardien qui nous fait déguerpir. Nous retournons donc nous garer près du tombeau de Ferdousi en dépit du bruit des voitures et surtout des pétarades des vélomoteurs.

 

Mercredi 8 juillet : Le matin est plus calme que la soirée. Il fait frais et le bruit du jet d’eau dans le jardin voisin m’a donné l’illusion de la pluie. Nous partons pour Mashad. La circulation devient démente, les voitures surgissent de partout sans aucun souci des règles de priorité, les mobylettes sont chevauchées par des apprentis toréadors qui font des véroniques avec les voitures, leur passant au ras du pare-choc, j’attends qu’ils posent des banderilles sur le capot ! Heureusement des poteaux indicateurs, en anglais, montrent le chemin. Nous parvenons ainsi tout près du sanctuaire de l’imam Reza, haut lieu de pèlerinage pour les Chiites. Des bus, des voitures surchargées de matelas, de coussins, de couvertures, ont acheminé les pèlerins qui campent sur des nattes, la bouilloire à portée de main. Je vais me renseigner. Pas de problème pour visiter mais pas de photos, guide obligatoire et tchador pour Marie. Je vais la rechercher, nous faisons connaissance avec Zohreh, une jeune fille qui va nous montrer le chemin et accessoirement nous confisquer les passeports le temps de la visite. Elle travaille bénévolement ! Marie endosse son drap qui heureusement n’est pas noir, elle sera une des rares à ne pas être revêtue de cette couleur. Des drapeaux d’un noir bien sinistre flottent à l‘entrée du complexe religieux. Les bâtiments sont anciens pour certains mais le sanctuaire ne cesse de s’agrandir, des portiques, des cours, des minarets, sont en construction. Nous suivons la foule qui se presse, entrons dans une cour immense que d’autres bénévoles recouvrent de tapis pour la prière. Des faïences partout bien entendu, des iwan couverts de feuilles d’or aux quatre coins du sanctuaire couronné par un dôme en or que nous ne pourrons pas approcher. Nous ne pouvons pas aller partout et nous ne pouvons qu’apercevoir des cours ou des salles entièrement recouvertes de miroirs qui réfléchissent les lumières de lustres vénitiens. Des minarets, partiellement dorés se dressent au-dessus d’une belle mosquée, fermée pour trois jours de retraite spirituelle. Une salle souterraine, en dessous de la grande cour, est elle aussi entièrement, murs et plafonds, plaquée de millions de très petits miroirs, des pélerins y sont assis sur les tapis et lisent leur Coran. Notre cicérone nous conduit au bureau des visiteurs étrangers où nous sommes accueillis, en anglais, par un individu qui se dit enchanté de voir des chrétiens, ses frères, nous le répète dix fois, devient vite pénible et nous fait cadeau de livres, en français, dont je ne suis pas sûr d’achever la lecture… Nous ramenons au camion notre guide pour lui faire visiter notre installation qui l’étonne. Je vais changer des dollars au bazar puis nous repartons, traversons la ville jusqu’au mausolée de Khajeh Rabi. Encore une tombe d’un saint vénéré, c’est la spécialité locale ! Au milieu d’une cour carrée, un bâtiment plus joli intérieurement qu’extérieurement, abrite le tombeau du saint. Entrées séparées pour les hommes et les femmes, chaque sexe a droit à une moitié du tombeau. Sous une très belle voûte couverte de peintures dans des tons passés et de décors en relief, les scènes habituelles de dévotion : on passe les mains sur les grilles, on embrasse tout ce que l’on peut toucher et on n’oublie pas de se lamenter à haute voix. Plus impressionnant, à l’extérieur, la cour est entièrement pavée de dalles avec le nom de soldats morts pendant la guerre contre l’Irak. Des photos montrent des jeunes garçons envoyés au massacre par des mollahs arriérés, avec la bénédiction des familles. Le culte des martyrs est un phénomène inséparable de la culture iranienne. Nous retraversons la ville, sans presque nous tromper, et trouvons l’autoroute. Nous mettons cette fois le cap à l’Ouest. Nous nous arrêtons pour rapidement déjeuner. Marie trouve toutes les occasions bonnes pour retirer son foulard qui l’insupporte plus que lors du voyage précédent. La visibilité est toujours très réduite avec la brume de sable qui enveloppe le pays. L’autoroute est excellente et nous roulons à bonne allure. Au péage, le préposé, la main sur le cœur, nous fait signe de passer avec un grand sourire, sans bourse délier. Plus loin, je fais un plein de gasoil. Je devrais avoir une carte de rationnement, qu’à cela ne tienne, un chauffeur de camion prête la sienne et je règle soixante litres de gasoil pour un dollar ! Nous quittons l’autoroute à Qadamgah pour aller voir un autre sanctuaire, au fond d’un jardin, sur une hauteur. Des ruisseaux courent au milieu des roses, des familles sont installées sur des tapis, certains dorment, des femmes préparent à manger. Comme à Mashad, deux entrées séparées pour approcher l’empreinte des pieds de l’imam Reza… Le décor avec une belle calligraphie est plus intéressant… Encore quelques kilomètres pour Nishapour. Nous y trouvons un cybercafé et nous consultons notre messagerie, toujours pas de message de Julie, Marie commence à se poser des questions… Il y en a cependant un de Jean-François qui nous rassure avec beaucoup d’humour. Nous sortons de la ville pour trouver le tombeau d’Omar Khayyam, une construction moderne dans un parc fréquenté par les familles. Attractions, bijouteries (la turquoise est la pierre locale), marchands de confiseries etc… Nous jetons un œil distrait au monument à Khayyam puis à un mausolée ancien mais ses faïences sont jaunâtres et nous allons ensuite, nous installer le long du centre culturel en travaux. Le bruit des véhicules qui passent et la musique en provenance du parc sont pénibles. Quand j’en ai terminé avec mon labeur quotidien, je jette un œil par la fenêtre. Nous ne sommes plus seuls, des dizaines de voitures se sont garées devant et derrière nous, des tentes de plage sont montées sur le trottoir, les nattes sont déroulées et sur les réchauds, les bouilloires fusent. Nous ne mettons pas le nez dehors, Marie n’a pas envie de remettre son foulard et nous dînons dans le camion. Repas encore particulier puisque nous nous faisons griller des tranches de porc (si nos voisins savaient cela !) achetées en Ouzbékistan et nous réchauffons des petits (pas vraiment) pois de la taille de grains de raisins et comme nous sommes déjà en manque, nous avions acheté deux bouteilles de bière sans alcool. Une ignominie, une horreur, une honte de vendre un tel produit ! La couleur, la mousse de la bière mais le goût d’un sirop chimique, qui plus est, parfumé à l’ananas ! Impossible de fermer l’œil avant une heure du matin avec le passage continuel de voitures et de mobylettes.

 

Jeudi 9 juillet : Quel calme au matin ! Ils dorment tous mais vite, ils plient bagages et repartent, toute la famille entassée dans des voitures déjà âgées, la galerie couverte de matelas, couvertures et oreillers, vers un autre mausolée. Je commence à comprendre l’hostilité (et parfois bien plus !) des Sunnites à l’encontre des Chiites. Une telle exaltation de la foi, une si systématique hystérie collective devant le moindre catafalque, une aussi grande propension pour le martyr et la mort qui semble accompagner chaque moment, font peur. Je n’ai jamais vu en un autre pays d’Islam de telles démonstrations, quasiment agressives, de ses croyances. Nous repartons, toujours dans la purée de pois. Après les terres à blé, que je ne pensais pas trouver ici, de la région de Mashad, nous entrons dans le désert, de la rocaille et des terres rouges, parfois une dépression avec des traces de sel. De temps à autre, une montagne surgit de la brume puis y retourne quand nous nous en éloignons. Les kilomètres défilent sur l’autoroute. Bientôt nous profitons de la climatisation qui nous épargne le dessèchement par le vent. Nous apercevons quelques villages qui ont conservé les constructions traditionnelles : maisons en pisé, sans étage, à toit voûté ou couvert de coupoles et, à intervalles réguliers, des caravansérails qui tombent en ruine. Nous roulons jusqu’à une centaine de kilomètres de Téhéran que je ne veux pas traverser ce soir et nous nous arrêtons sur une aire de l’autoroute, pas encore opérationnelle semble-t-il. Mais l’odeur de viande grillée me persuade du contraire et, dans une salle immense et déserte, nous pouvons dîner de brochettes, köfté et poulet, le riz attendu ne viendra pas… Nous changeons de place en voyant arriver des voitures en grand nombre. Nous déménageons encore deux fois avant de trouver un endroit calme. Il fait presque aussi chaud qu’à Ashkhabad et je transpire longtemps avant de m’endormir.

 

Vendredi 10 juillet : Nous repartons pour une nouvelle étape de route. Peu après, nous sommes à Téhéran. Conformément à mes craintes, l’autoroute ne se poursuit pas sur un anneau qui contournerait la ville et nous éviterait de nous y perdre. Nous demandons notre chemin à plusieurs reprises, passons par des rues ordinaires avant de retrouver une voie rapide qui nous amène à l’autoroute de Tabriz. La capitale s’est très étendue à l’ouest et les agglomérations se succèdent sans interruption au-delà de Karaj. Des cités nouvelles sont apparues, c’est une vision d’un Iran en plein développement, avec des zones industrielles importantes, qui nous est offerte le long de la route. Le désert est en culture désormais, même si les montagnes restent désolées, pelées, veloutées et plissées comme cette race de chiens, les shar peï, qui semblent flotter dans leur peau. Nous arrêtons sur une autre aire d’autoroute pour déjeuner, encore des brochettes et du riz, servis par des jeunes femmes avec foulard islamique, sous les portraits géants des duettistes : Khomeini et Khamenei, le Père Fouettard et le Faux Jeton… Sur un écran géant de télévision est diffusé l’appel à la prière avec des images de La Mecque ! Même pendant les repas… Nous avalons des kilomètres sans toujours payer les péages, je suis prié de passer… Nous traversons une chaîne de montagnes dont la terre est de couleur verte et rouge, les deux nettement distincts. A un détour de la route un village (kurde ?), inattendu et presque invisible tant il se confond avec le montagne,. Nous quittons l’autoroute pour retourner à Soltanieh où nous avions vu le dôme géant du mausolée en travaux de conservation il y a huit ans. SI l’extérieur est aujourd’hui aménagé pour les visiteurs et ils s’y pressent, l’intérieur est encore un ensemble d’échafaudages que nous n’explorons pas. Nous roulons jusqu’à Tabriz, nous pensions nous installer au parc El Goli où nous avions campé en 2001. Tout le parc est devenu un camping ! Des centaines de Tabrizi se sont installés sur les pelouses, ont monté des tentes de plage colorées. Impossible  de se garer et quant au calme, inutile d’y compter. Nous cherchons un autre lieu, envisageons les bas-côtés d’une avenue. Je demande à des hommes en grande discussion où nous pourrions nous installer. L’un d’eux nous dit de le suivre en voiture, il nous conduit à un jardin avec des tentes déjà installées mais pas en surnombre. Nous pouvons nous garer au bord du gazon. Il fait frais, nous sortons la table et les fauteuils pour étudier la carte. Je refais les pleins d’eau puis je tape mon journal, à l’extérieur pour une fois !

 

Samedi 11 juillet : Il a plu dans la nuit ce qui a provoqué un certain émoi dans les tentes. La nuit a été calme et fraîche, j’ai apprécié… Nos voisins plient bagages, nous n’attendons pas que toutes les voitures soient parties pour pouvoir sortir la nôtre, nous allons en taxi dans le centre ville. Nous commençons par la visite de la Mosquée Bleue que nous n’avions pas pu visiter lors de notre dernier passage. Les travaux de restauration sont achevés et nous pouvons admirer les superbes faïences de la façade, du moins celles qui ont survécu à plusieurs tremblements de terre. Leur état n’est pas parfait, loin de là, mais elles sont si merveilleuses qu’on en oublie les injures du temps. L’intérieur a été également restauré mais d’une manière totalement différente de ce qui a été fait en Ouzbékistan. Au lieu de tout reconstruire et de tenter de faire oublier les dégâts, la différence entre les carreaux anciens et ce qui a été refait est nette : une peinture légère a été appliquée dans les zones détruites, sans chercher à égaler les tons des faïences et, dans les zones disparues, les dessins sont seulement ébauchés. On a ainsi une idée très nette de ce qu’était la décoration et aussi des exemples de son état d’origine. Nous trouvons un cybercafé mais il faut attendre l’ouverture. Une brave dame nous prend en pitié, nous fait entrer dans son magasin, nous offre le thé et fait téléphoner par son fils pour hâter l’arrivée de la responsable. Nous avons un message de Julie, sur le départ pour le Zimbabwe, et un autre moins gai de Jean-François qui nous apprend le décès du fils de Suzanne et Jean-Paul. Nous revenons par la rue piétonne, consacrée aux chaussures et aux vêtements féminins, vers le bazar. Nous suivons l’allée des bijoutiers (de l’or) puis passons dans diverses allées, sous des voûtes centenaires, devant des caravansérails, par des cours qui sont encore le lieu de transactions commerciales. Des portefaix acheminent des tonnes de colis avec les diables branlants sur le passage desquels il vaut mieux ne pas se trouver. Nous sommes abordés par un homme qui nous conduit à un autre bazar, voir des antiquités mais ce ne sont que des brocantes sans intérêt. Nous reprenons un taxi pour retourner à notre camping et repartons aussitôt. Nous trouvons presque sans nous tromper la route de la frontière. L’autoroute cesse bientôt. Nous quittons la route pour suivre une route de campagne au milieu des champs moissonnés. Les foins s’entassent en tours sur les toits des maisons en pise des villages qui se confondent avec la terre. Nous nous trompons devons revenir sur nos pas en suivant la voiture d’un avocat qui nous guide ainsi jusqu’à l’église arménienne de Ghara Kélisa dédiée à Saint Thadée. Nous la trouvons à l’écart d’un village kurde, les femmes de portent pas le voile noir, juste un foulard qui leur donne des allures de Kabyles et les hommes ont le sarouel noir. Elle est en deux parties très distinctes, une qui joue sur les contrastes de couleurs entre pierres noires et blanches et une autre, couleur sable. C’est sur cette dernière que la décoration est la plus remarquable : deux frises en font presque entièrement le tour, l’une florale, l’autre décrit des scènes que je suppose être la vie du saint. Des représentations de figures de saints ou d’évêques ornent les murs, classique Saint Georges et son compère dragon, Saint Michel et sa balance du Jugement Dernier. Nous serions bien restés dormir là mais nous avons envie de passer en Turquie, avec la perspective de bières fraîches… Sur la route nous croisons un Toyota de Français avec une cellule Azalaï. Nous discutons quelque temps, je leur revends mon excédent de rials puis nous filons vers le poste frontière. Vu la queue à la station-service, je renonce à refaire le plein. Tant pis, nous paierons le prix fort en Turquie. Le poste iranien est un bel exemple de bordel oriental ! Personne pour indiquer où aller, impossible de différencier un voyageur d’un employé, une foule hystérique et agressive qui se presse de tous côtés devant le seul guichet des passeports. Je désespère de jamais parvenir à bout des démarches. Je parviens à trouver quelqu’un qui m’indique où m’adresser pour les formalités de douane puis la queue ayant diminué, nous faisons tamponner nos passeports. Adieu l’Iran, Marie retire aussitôt son foulard. Côté turc, si cela commence bien, il faut attendre longtemps le retour du responsable de la douane parti dîner. Encore quelques tampons et enregistrements et nous voici en Turquie. Il est une heure et demie plus tôt mais il fait nuit. Nous filons vite sur Doğubayazit. Nous trouvons un camping, un simple terrain vague, dans la montée à Ishakpasha. Nous dînons au restaurant du camping, très animé en ce samedi soir. Un orchestre réduit mais efficace pour les décibels, met en émoi les mâles de l’assistance et plusieurs dansent en ligne en agitant des mouchoirs. Nous supposons que les dames sont restées garder les enfants… Nous apprécions la bière et le poulet, les côtes d’agneau se défendent bien… Il faut encore que je tape mon journal !

 

Dimanche 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon anniversaire de mariage. Quarante ans ! Nous envoyons un sms à Julie pour lui souhaiter bon voyage, elle nous souhaite un bon anniversaire. Nous retournons voir la forteresse d’Išakpaša, sans visiter, elle est désormais coiffée d’une lourde et peu esthétique structure en bois destinée à la protéger. Nous allons en ville changer des dollars, puis nous réapprovisionner au supermarché avant de prendre la route. Le prix du gasoil n’est plus le même, plus de un euro le litre ! Nous faisions le plein en Iran pour ce prix… Nous apercevons la belle masse couronnée de neige du mont Ararat. La route, contrairement à ce que je croyais, n’est pas fameuse. Elle est en travaux, parfois à une voie, parfois deux, le revêtement est variable, nids de poule et bon asphalte se succèdent. Nous passons des cols à deux mille mètres et plus, en traversant des collines d’un vert si vif qu’on le croirait artificiel. Nous avons acheté une bouteille de rakı et nous l’entamons pour ce grand jour mais nous aurions préféré du pastis ! Nous arrivons dans l’après-midi à Erzurum. Nous retrouvons le centre avec ses mosquées anciennes mais elles sont étouffées par des immeubles commerciaux qui les entourent et je n’en retire pas la même impression que précédemment. Je ne trouve aucune information sur la présence d’un éventuel camping. On nous en indique un sur la route d’Erzincan, nous ne le trouvons pas et nous continuons dans cette direction. Les kilomètres passent, les seuls endroits où nous pourrions stationner sont les stations-services bruyantes ou des endroits trop isolés. Nous roulons jusqu’à Erzincan. Je ne suis pas ravi, j’aurais voulu m’arrêter beaucoup plus tôt, alors qu’il est sept heures quand nous entrons dans la ville après une fin de parcours pénible dans le soleil de face. Un premier hôtel ne veut pas de nous sur son parking, le second sera le bon. Le parking en centre ville n’est pas agréable mais le restaurant en terrasse, au dernier étage l’est. Nous y fêtons donc nos quarante ans en commun, avec une vodka orange suivie de plats de viande très quelconques mais un bon dessert au chocolat chaud sauve le repas. Nous regagnons notre cellule pour la nuit…

 

Lundi 13 juillet : Le soleil chauffe vite et nous ne pouvons pas ouvrir toutes les ouvertures sans être en vue des fenêtres de l’hôtel. Nous reprenons notre progression sur le plateau anatolien. Paysage rude, montagnes pelées, champs de blé fraîchement moissonnés ou de pommes de terre. Les paysans sont occupés à a fenaison sans engins mécaniques. Nous roulons toujours entre mille cinq cents et deux mille mètres d’altitude et la température est supportable. Nous sommes à midi à Sivas, nous nous garons sur la place principale du centre ville, devant la mosquée et la medrese qui justifient notre venue. Nous commençons par nous rendre dans un cybercafé mais impossible de me connecter à notre messagerie. Nous déjeunons dans le camion puis partons en visite. Les portails de deux medrese (ici ce sont des medrese, pas des medersa, vous suivez ?) sont des oeuvres remarquables. Malheureusement, il en est des monuments comme des routes du centre de la Turquie, ils sont en rénovation. Un chantier, théoriquement interdit, dissimule sous des échafaudages, le plus beau des deux mais on nous autorise à y accéder. Des torsades, des entrelacs, des dentelles taillées dans la pierre ornent le portail d’une medrese, aujourd’hui disparue, entre deux élégants minarets, partiellement revêtus de briques vernissées. En face une autre medrese, Muzafer Bürüciye, est également pourvue d’un beau portail ouvragé, l’intérieur est transformé en café, on peut y fumer un narguilé ou simplement boire un thé, servi dans ces verres renflés, caractéristiques de la Turquie. Nous nous rendons dans un autre cybercafé. Même problème ! Je finis par comprendre qu’il y a confusion entre notre i et le ı turc sans point, plus de problème ensuite… Nous marchons jusqu’à la Gök medrese, elle aussi en grands travaux de restauration qui promettent de la remettre quasiment à neuf !  Là aussi, superbe portail sculpté et utilisation de différentes pierres pour composer un remarquable décor, entre deux très beaux minarets en partie couverts de tuiles vernissées bleues qui font transition avec ceux d’Iran. Nous revenons vers  la voiture. Nous laissons passer un orage, allons acheter des fruits et du pasterma, sorte de viande des Grisons, roulée dans le paprika. Marie m’attend à la voiture pendant que je vais changer des dollars puis nous quittons la ville, sans y avoir trouver de Tourist information ni de camping. Nous roulons une quarantaine de kilomètres en essuyant encore un orage qui avive les nuances des teintes des champs de blé dorés. Nous cherchons un caravansérail, il a disparu, nous nous arrêtons pour la nuit sous les murs d’un hôtel, à l’écart de la route. Nous consacrons la soirée à mettre à jour ce texte en buvant un rakı.

 

Mardi 14 juillet : Pas très bien dormi, brûlures d’estomac, joueurs de foot à une heure du matin et réveil à l’aurore par le haut-parleur de la mosquée qui nous hurle dans les oreilles que « Dieu est grand », mais il doit être sourd ! Nous repartons sous un ciel gris, il pleut, il tonne. Les aires d’autoroute ont toutes bien entendu une station-service, souvent un  restoroute, associé à une mosquée, comme en Iran. Je ne me souvenais pas en avoir vu avant. La route est toujours aussi variée, passages corrects et autres tronçons en travaux et ce, jusqu’à Ankara. Nous y sommes en début d’après-midi. Peu sûrs d’y trouver un camping, nous décidons de continuer en direction d’Istanbul et de nous arrêter dès qu’un panneau en signalera un. Après le contournement d’Ankara, nous hésitons à prendre ou non l’autoroute… Nous nous engageons sur l’autoroute, superbe et peu fréquentée. Pas un seul panneau de camping ! Nous sortons à Bolu, des informations anciennes en signalaient un près du lac de barrage. Nous y parvenons et nous nous installons sur les berges du lac mais pas l’ombre d’un camping ! Il fait assez froid pour que notre cassoulet en conserve paraisse de saison.

 

Mercredi 15 juillet : Nous sommes réveillés une première fois par des fêtards qui se garent devant nous et mettent leur musique en marche. Un coup de gueule les fait déguerpir… A trois heures du matin, une seconde voiture, musique orientale au maximum et danseuses qui se trémoussent dans la lumière des phares, nous tire du sommeil. Nouveau coup de gueule et à mon grand étonnement suivi d’effet ! Nous ne sommes plus dérangés de la nuit. Au matin, le lac est perdu dans le brouillard et il continue de pleuvoir. Nous reprenons l’autoroute sous un temps exécrable, pluie, brouillard, qui nous inquiète pour Istanbul. A partir d’Izmit, la circulation devient intense, rapide, nerveuse, turque ! Nous longeons la mer de Marmara où nous apercevons de nombreux cargos. Toutes les collines sont maintenant couvertes d’immeubles récents, pas tous dessinés par des Premiers Prix de Rome… A l’approche d’Istanbul, nous essayons de ne pas nous perdre. Un premier pont nous fait passer en Europe en franchissant le Bosphore. Ensuite nous cafouillons, nous empruntons, en payant très cher une carte d’abonnement, un second pont que nous croyons sur la Corne d’Or mais qui nous a fait repasser en Asie ! Nous refaisons tout un circuit pour revenir de nouveau en Europe par le premier pont puis nous nous perdons, devons demander le chemin pour rejoindre les environs de l’aéroport où nous pensons  trouver un camping. Quand nous y parvenons c’est pour découvrir une étroite bande de gazon artificiel, collée à une piste de karting ! Il est hors de question de nous y installer, le bruit est infernal. Nous déjeunons au restaurant du camping-karting, pide et köfte que le patron envoie chercher ailleurs… Nous hésitons à repartir et décidons de tenter de trouver un parking près des mosquées. Nous nous lançons dans le trafic en essayant de suivre les indications de noms de quartier. Ce qui ne va pas sans quiproquo, le quartier de Topkapı n’a rien à voir avec le musée du même nom… Enfin, au bord de la crise de nerfs, nous approchons de la mosquée Sultanahmet et nous trouvons un parking, juste derrière. Un dernier orage et nous partons nous promener. Je ne reconnais plus rien ! Les espaces entre les deux mosquées ont été réaménagés avec jardins, jets d’eau, la circulation est détournée, des tramways modernes ont remplacé les antiques voitures américaines. Finies les gargotes et les échoppes, ce ne sont plus que restaurants à touristes et élégantes boutiques de tapis. J’avais oublié la dimension de la Mosquée Bleue, elle me paraît plus grande que dans le passé. Une foule très cosmopolite s’y presse, Arabes du Golfe voilées jusqu’aux yeux, Européennes en short, Russes un peu trop tape-à-l’oeil, Turques avec foulard et imperméable boutonné pour affronter les grand froids. On parle toutes les langues et deviner notre nationalité devient un casse-tête pour les candidats guides. Nous ne pouvons visiter Sultanahmet car c’est l’heure de la prière. Nous nous rendons à Sainte-Sophie, sa masse plus rouge est moins élégante extérieurement. Nous hésitons à y retourner et finissons par nous décider. L’entrée est chère, vingt livres turques, le prix est le même pour tous. Nous commençons par la galerie à laquelle nous accédons par une longue rampe. De là nous avons une vue sur tout l’intérieur de l’ancienne église, ses piliers massifs, ses fines colonnes aux chapiteaux très ouvragés et les cartouches calligraphiés aux noms d’Allah et Mahomet. Il y reste quelques belles mosaïques : Christ en majesté, Vierge, Empereurs et Impératrices représentés avec leurs tiares et leurs bijoux. L’art de la mosaïque atteint là des sommets. Nous détaillons ensuite les trésors de la nef, superbes carreaux de faïence d’Iznik, marbre et porphyre sur les murs, proportions admirables des voûtes et demi-voûtes sphériques qui semblent s’assembler parfaitement. Une dernière mosaïque et nous revoilà dehors. Nous trouvons Le Monde, sans doute venu par porteur spécial… Nous retournons à la Mosquée Bleue, nous pouvons y entrer en nous déchaussant et Marie en se couvrant la tête. J’y retrouve ces tapis sur lesquels j’aimais faire une petite sieste, toujours appréciés des visiteurs. Un gigantesque lustre circulaire continue de diffuser un éclairage parcimonieux mais suffisant pour admirer, là aussi, les proportions des voûtes qui reposent sur quatre énormes piliers. Le soleil semble revenu, espérons que cela se confirmera demain. Nous attendons l’heure de dîner et cherchons un restaurant. Ils s’alignent tous dans l’avenue Divan Yolu et dans une ruelle derrière ; on se croirait à la Huchette. Même chose pour les prix ! Nous nous décidons pour l’un d’eux, séduits par des demis de bière sympathiques. Si le döner est correct, les köfte sont infâmes ! Retour au camion en profitant de l’illumination des deux mosquées et d’un spectacle de derviche tourneur dans un café en plein air où les locaux viennent boire un thé, fumer un narguilé et jouer au tric trac.

 

Jeudi 16 juillet : Encore quelques gouttes de pluie au matin mais ce seront les dernières. Nous nous dirigeons vers le palais de Topkapı, nous ne sommes pas les seuls mais l’affluence est encore acceptable, plus tard ce sera la cohue. Nous franchissons un premier portail pour entrer dans la cour des janissaires puis un second pour accéder aux choses sérieuses. Je retrouve cet ensemble de pavillons disséminés dans des jardins que je me plais à imaginer arpentés par des Turcs en caftan et volumineux turban. C’est ici qu’il faudrait donner « L’enlèvement au sérail » ou « L’Italienne à Alger ». Des salles renferment les trésors amassés par les sultans, bijoux faramineux, couverts d’émeraudes, de diamants, de rubis et notamment le fameux poignard du film de Jules Dassin. D’une terrasse, nous avons une vue sur le Bosphore légèrement perdu dans la brume, sous un ciel encore terne. Dans la dernière cour, à la pointe de la Corne d’Or, plusieurs petits pavillons, coiffés de larges toits en forme de dômes aplatis, sont décorés de superbes faïences d’Iznik, à motifs floraux, dans des tons bleus ou verts pâles.. Des salles sont dédiées aux reliques du Prophète, une empreinte de son pied, taille 54 au moins, est vénérée par les musulmans, en particulier les Arabes du Golfe qui ne peuvent s’en détacher. On y trouve des objets qui auraient appartenu à des prophètes de second ordre et l’authentique bâton de Moïse ! La vénération frise ici le ridicule… Et puis c’est le Harem et les appartements privés du Sultan. On atteint là un summum et je retrouve mon émerveillement de jeune Français, ébloui, qui découvrait à vingt ans les chefs-d’œuvre d’une autre civilisation. Je comprends pourquoi j’ai toujours classé Istanbul avec Isfahan parmi les plus belles villes du Monde. Voilà une suite de pièces toutes décorées avec un goût exquis : faïences d’Iznik, niches colorées, portes de bois peintes, plafonds somptueux, calligraphies élégantes. Rien de ce que nous avons vu au cours de ce voyage n’atteignait une telle perfection. Nous décidons de déjeuner au restaurant du palais, la cuisine est correcte mais j’en avais gardé un meilleur souvenir, les bières par contre sont hors de prix ! Marie est fatiguée, nous envisageons de prendre un taxi pour nous rendre à la mosquée Sülemaniye. Les prix demandés sont de la plus haute fantaisie, l’un d’eux les justifie en parlant de douze kilomètres pour s’y rendre, il n’y en a pas deux ! Et j’apprends ensuite à l’Office du tourisme que la mosquée est fermée pour restauration ! Nous trouvons un cybercafé avec un message de Julie qui nous détaille son programme chargé au Zimbabwe et un de Jean-François Picaut qui nous détaille les circonstances du décès de François Benoit-Marand. Nous n’avons pas très envie de traîner dans le Bazar, probablement envahi de touristes et décidons de repartir maintenant. Je vais faire quelques courses dans un supermarché puis nous retournons à la voiture. Nous sortons d’Istanbul par le bord de mer, des dizaines de cargos sont ancrés au large, peut être dans l’attente de passer les détroits. Nous retrouvons l’autoroute et filons en direction d’Edirne. Nous la quittons pour suivre le littoral à la recherche d’un camping. C’est une succession de villégiatures regroupées et barricadées en bord de mer. Nous visitons deux campings plutôt minables et ne voyons pas de raison d’y passer la nuit puisque aucun d’eux ne propose de plats de poisson dont nous avons envie. Toutes les publicités concernent des köftesi salonu, à croire qu’il n’existe pas d’autres plats ! Nous atteignons ainsi Tekirdağ. Nous nous garons sur un grand parking du port, à côté de sympathiques cafés en bord de mer. La promenade semble sortie d’un film italien des années cinquante avec ses marchands de graines de pastèques en blouse blanche et ses consommateurs attablés devant un thé ou un café pendant des heures. Nous dînons de plats de fruits de mer et poisson : crevettes, calamars et poisson grillé, tout ce dont nous rêvions depuis quelque temps. Nous allons prendre un thé pour profiter de la fraîcheur marine puis regagnons le camion en craignant les bruits du voisinage…

 

Vendredi 17 juillet : Difficile de dormir. Il a fait chaud, la musique a duré tard et ensuite ce sont des passants qui ont élu domicile derrière notre camion, discutant à haute voix. Quand je me décide à nous déplacer, je comprends qu’il s’agit de pêcheurs qui n’auraient pas bougé avant des heures… Nous ne nous endormons qu’au petit matin et nous ne sommes pas très vaillants quand il faut se lever. Nous repartons à l’intérieur des terres, au milieu des champs de tournesols, jusqu’à la frontière très rapidement passée, surtout côté grec. L’autoroute est excellente mais ne comporte pas d’aires de service, il faut en sortir pour reprendre du gasoil et rapidement déjeuner à l’ombre trop chiche d’un arbre. Dans l’après-midi j’ai tendance à somnoler et malgré un arrêt, je me fais peur en doublant un camion ! Nous entrons dans Salonique sans trop savoir où nous diriger. Larges avenues parallèles au bord de mer et circulation pas trop dense. Nous n’avons pas de plan ni de guide. Aucune indication d’un Office du tourisme ni de camping. Nous décidons de nous rendre à l’aéroport où je finis par trouver un bureau de renseignements touristiques qui m’indique un camping à une quinzaine de kilomètres. Nous nous y rendons et nous nous installons sur un terrain surtout occupé par des Grecs en bungalows et quelques touristes installés pour des semaines. Aussitôt installés, Marie reste au camion et je vais me baigner à la plage, de l’autre côté de la piste qui la sépare du camping. L’eau est bonne, la plage de sable dissimule quelques cailloux mais peu importe, il y avait si longtemps que j’en avais envie ! Marie a préparé le linge à laver, la dernière fournée… Nous allons dîner au restaurant en terrasse du camping. Nous commençons par un ouzo, loin de valoir un vrai pastis mais très supérieur au rakı, plus raide en alcool. Nous enchaînons avec des moules frites, du filet de perche fumé, des tentacules de calamar grillées en vinaigrette, surprenant mais tendre, puis des rougets frits, dommage un tel poisson mérite mieux. Une bouteille de retsina pour faire couleur locale arrose le tout. Promenade au bord de mer avant de regagner notre home. Je tape ces lignes sur la table, à l’extérieur.

 

Samedi 18 juillet : Gengis Khan et Tamerlan ne sont que de pâles empaleurs à côté de moi ! Jamais ils n’ont imaginé les supplices que mon cerveau fatigué concocte à l’égard des disk-jockeys et autres champions des décibels. De nouveau cette nuit, j’ai voué aux gémonies ceux qui, dans le club de l’autre côté de la piste, ont animé la soirée, ou plutôt la nuit, jusqu’à deux heures du matin. Impossible de fermer l’œil et la chaleur n’arrange rien. Je vais prendre une douche à une heure du matin qui me fait le plus grand bien. Nous dormons jusqu’à l’arrivée de vacanciers à sept heures et demie, manœuvres pour garer la voiture, portes qui claquent, ils nous gâchent le réveil… Nous prenons notre temps, je profite des installations du camping pour vidanger les toilettes et refaire le plein des réservoirs d’eau. Nous allons dans Salonique, nous pourrions être à Nice, mêmes immeubles avec de grands balcons le long d’avenues rectilignes, nous trouvons le port et parvenons à nous garer près d’une agence de voyage. Nous réservons le passage sur le ferry pour Ancône, en open deck, pour demain soir, à un tarif de basse saison ! Nous prévenons Nicole et madame de Lespinois par sms. Nous allons ensuite dans le centre, près de l’agora romaine. Nous y voyons aussi les restes du théâtre mais il fait une telle chaleur que nous n’avons pas très envie de les arpenter en plein soleil. L’église Agios Dimitrios est ouverte, nous jetons un œil distrait et fatigué sur quelques fresques tout aussi fatiguées et des traces de mosaïques.  Nous cherchons un restaurant, en trouvons un, avec une marquise et du personnel débonnaire, qui me fait penser à d’autres connus en Tunisie ou au Maroc, la Méditerranée sans doute ! Cuisine très quelconque mais bon marché. Marie n’a plus très envie de marcher sous le soleil… Nous allons tout de même approcher deux ou trois charmantes églises byzantines, déjà à demi enterrées et de plus dominées par de si hauts immeubles qu’elles en deviennent invisibles. Elles sont toutes fermées, nous renonçons à en voir d’autres et revenons au camion. Nous nous arrêtons dans un supermarché pour refaire des provisions d’eau et de bière principalement. Nous sortons de la ville et prenons l’autoroute en direction d’Igoumenitsa. Pour une raison inexpliquée, il est barré avant Véria puis reprend après. Nous montons dans les montagnes, il n’y fait guère moins chaud. Pas de stations-service sur l’autoroute, nous ne savons où trouver un camping pour la nuit. Nous sortons à Siátista et garons la voiture sur un parking, à l’entrée du village en espérant ne pas être dérangés…

 

Dimanche 19 juillet : Bonne nuit, calme, pas de voitures, de mobylettes, juste au réveil le bourdonnement des abeilles venues se régaler des frondaisons qui nous abritent. Nous reprenons l’autoroute, traversée de nombreux et longs tunnels dans la zone montagneuse que nous ne pouvons qu’apercevoir entre deux galeries. Nous sommes peu avant midi à Igoumenitsa. Nous nous garons le long du bord de mer, à l’ombre. Un vent venu de la mer nous rafraîchit. Je vais acheter Le Monde et réalise qu’aujourd’hui tous les commerces sont fermés. Nous déjeunons au camion puis entamons une longue après-midi de sieste, repos et lecture. Nous allons faire une rapide promenade, pas de commerces de souvenirs, il ne semble pas qu’Igoumenitsa vive du tourisme, peu d’indications sont en caractères latins. Le soleil a tourné, je déplace la voiture puis nous allons dîner dans une gargote de la rue piétonne, face à un café encore « typique » : de vieux messieurs jouent aux dominos devant une tasse de café. Repas classiquement grec avec salade de poulpe, feta, souvlaki, calamars, et une dernière bouteille de retsina, décidemment pas à mon goût. Nous allons au port attendre l’embarquement. Peu de véhicules attendent avec nous, quelques camping-cars, surtout italiens. Le ferry est à l’heure. Je suis étonné par la rapidité de la manœuvre d’embarquement, un carrousel de camions, voitures et camping-cars qui accèdent par des rampes parallèles aux différents ponts. En une demi-heure tout le monde est à bord. Nous sommes garés le long du bastingage, branché sur une prise électrique. Je vais rapidement explorer les salons puis nous nous couchons en fermant presque toutes les ouvertures, à cause de l’éclairage et du vent.

 

Lundi 20 juillet : Nous voguons au large des côtes italiennes, le vent du large nous dispense de transpirer. Nous occupons la matinée à relire ce texte puis nous faisons le tour des salons, presque déserts, passons sur le pont-bronzoir avec sa piscine de poche. Marie tergiverse avant de se décider à acheter un parfum à la boutique. Nous déjeunons dans le camion, juste à temps pour l’arrivée en vue d’Ancône. Les opérations d’accostage sont plus longues que je ne le souhaiterais et nous ne débarquons sur le sol de la péninsule qu’à deux heures et demie. La traversée de la ville est particulièrement lente, pas de liaison autoroutière rapide avec le port. De plus la bretelle d’accès à l’autoroute est fermée. Nous devons aller faire un demi-tour et revenir en prendre une en sens inverse. Nous pouvons alors nous lancer dans la remontée vers la frontière française. La circulation est intense, dangereuse. Le contournement de Bologne se fait au ralenti. Nous passons Modena puis Parme et enfin descendons sur la Méditerranée. C’est ensuite la longue série des tunnels, Marie s’amuse à les compter, presque cent cinquante jusqu’à Nice. Nous sommes en France à la nuit tombée et roulons jusqu’à Antibes où nous arrivons à temps pour dîner au Courte-Paille. Un repas bien français : pavé de rumsteck, frites et beaujolais ! Route de nuit, plus calme jusqu’à Toulon. Nous y sommes à une heure du matin, nous pouvons nous garer devant le garage. Réglisse se sauve…

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