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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:41

 

NAMIBIE

 

  OCTOBRE 2011 

 

Prologue : Le 29 août, après être passé chez Azalaï pour la pose d’une fixation d’une deuxième roue de secours dans la capucine du camion, je roule jusqu’au port des conteneurs de Fos. Les autres participants au voyage sont presque tous là. Je me gare 002 Mise en boitederrière l’un d’eux et je suis tout de suite pris en charge par un employé du transitaire SDV. Les papiers sont vite réglés et à notre grand désappointement nous ne pouvons pas assister à la mise en boîte de nos véhicules deux à deux dans les conteneurs. Nous allons déjeuner ensemble à Port St-Louis, occasion de faire un peu mieux connaissance. Guy et Marie-Jo me ramènent à la gare Saint-Charles d’où j’attrape au vol un train pour Toulon.

Les jours suivants, je surveille sur un site internet la progression de notre cargo, son arrivée puis son départ du port de Fos. Une semaine plus tard nos « boîtes à sardines » sont débarquées du Clonmore à Algésiras et attendent le Macuba, pas au 003 CLONMORErendez-vous et qui semble perdu dans l’océan Atlantique.

Le 21 septembre, le Macuba réapparaît pour accoster à Algésiras, puis il redisparaît...

Vendredi 7 octobre, Le lendemain, comme pour nous narguer, le Macuba réapparaît, prêt à accoster à Durban.

Nous montons à Paris, comme prévu le 11 octobre.

 

Jeudi 13 octobre : Julie revient, à demi satisfaite, de son entrevue à Toulouse avant que nous ne partions, ce qui nous permet d'encore la câliner... La navette réservée a quelques minutes de retard mais nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour arriver à Roissy. Nous évitons la longue queue de l'enregistrement grâce à la carte de Marie et nous allons attendre en lisant dans la salle d'embarquement. Le premier avion pour Dubai est plein et nous sommes à l'avant-dernier rang ! Un dîner, sans apéritif (!), nous est servi, un bon carry de poulet avant que nous n'entamions une nuit pénible, coincés sur nos sièges.


Carte-Namibie.jpg

   

Vendredi 14 octobre: Après une trop courte nuit, nous atterrissons au petit matin à Dubai. Nous devons, encore une fois, traverser ce luxueux centre commercial qu'est l'aérogare pour atteindre la porte d'embarquement du vol suivant. Heureusement des trottoirs roulants successifs nous épargnent une marche pénible. Nous repartons dans un autre Boeing, pas dans le fond mais au beau milieu d'une. Le temps passe entre somnolence et visionnage de comédies françaises oubliables. Le ciel est couvert au-dessus du Cap et à peine devinons-nous la montagne. Encore d'interminables couloirs pour passer les formalités, récupérer les bagages et sortir. Le chauffeur envoyé par l'hôtel nous attend et nous y emmène. Nous n'avons pas l'impression d'être en Afrique, du moins  celle que nous connaissions. Pas de pagaille, de cris ou de musique, les Noirs ne sont pas nombreux. Les voies de communication sont dignes d'un pays développé. Mais l'image se brouille quand nous longeons des bidonvilles, cubes de parpaings couverts de bâches, de planches, de part et d'autre de l'autoroute mais sans grande animation et avec un éclairage public. Il a plu et il va retomber encore des averses. Nous rejoignons la ville, au pied de la Table dont le sommet est perdu dans les nuages. Nous avons une chambre agréable dans une maison particulière tenue par une Française aimable et serviable. Je pensais pouvoir appeler Julie avec le portable mais je n'ai pas de réseau ! Nous ressortons pour aller dîner à proximité dans un patio moderne. Je parviens à me connecter sur internet et à mettre des messages à Marie-Cécile et à Julie. Nous prenons deux plats roboratifs, très anglo-saxons, saucisse de veau et escalope de poulet en sauce, servis avec des salades et des légumes variés, la bière est glacée. Clientèle en très grande majorité blanche. Quand nous rentrons à la chambre, la patronne nous apprend que Julie a appelé. Elle la rappelle et nous pouvons prendre de ses nouvelles, sans grand changement... Nous nous couchons en regardant TV5.

 

Samedi 15 octobre : Bonne nuit réparatrice dans le grand lit confortable. Je me réveille avec le jour et le soleil chauffe la chambre. Les nuages sont encore là mais ils vont disparaître progressivement et la montagne de la Table et sa barrière verticale émerge au-dessus de la ville. Nous avons commandé UN petit déjeuner, bien suffisant pour nous deux, pris dans le petit jardin. Je laisse Marie à la chambre et pars à la recherche du transitaire. Nous sommes dans un quartier résidentiel de petites villas, cachées derrière de hauts murs surmontés de barbelés ou de clôtures électrifiées. Des panneaux apposés sur toutes les maisons préviennent d'une éventuelle intervention de vigiles armés... Ambiance !!! Je trouve Kloof street et le transitaire mais comme je le craignais les bureaux sont fermés. Je reviens en passant par un centre commercial qui n'a rien à envier à ses cousins européens. J'achète quelques provisions pour dîner ce soir à la chambre puis je rentre à temps à la chambre pour assister à la fin du match de rugby au cours duquel la France parvient laborieusement à vaincre le Pays de Galles. Nous prévenons que nous  resterons une nuit de plus, peu sûrs d'être sur la route lundi. Nous partons à pied en direction du centre. Peu d'animation dans les rues en ce samedi après-midi. Nous sommes tout de même étonnés de trouver tant de traces d'une présence française dans cette ville. Ecole maternelle française, coq gaulois sur un mur, jogueur qui nous renseigne et qui du premier coup d'oeil a reconnu des compatriotes ! Nous rejoignons le Parlement, belle maison ancienne et parvenons dans le centre, à peine plus animé. Les Noirs sont plus nombreux et occupent toutes les tâches subalternes, gardiens de stationnement, tenanciers de petites échoppes, vigiles etc... Nous n'avons aucune perspective ouverte sur le port, l'océan, qui sont à quelques centaines de mètres mais toujours cachés derrière des immeubles ou de petits gratte-ciel. Nous déjeunons au café Mozart, en terrasse dans une allée piétonne, portions copieuses, un classique fish and chips pour moi et des calamars pour Marie. Nous sommes sollicités par des vendeurs à la sauvette qui nous remémorent ceux de Dakar ou d'Abidjan. Nos souvenirs africains sont aussi ravivés par la rencontre, dans un immeuble du centre ville occupé par des boutiques d'artisanat africain, de commerçants sénégalais, ivoiriens ou congolais qui proposent des objets en provenance de toute l'Afrique mais à l'authenticité des plus douteuses. Nous revenons par Long street, l'artère dévolue aux boutiques de souvenirs, restaurants, bars et autres lieux de perdition. Il reste quelques belles maisons victoriennes avec, au-dessus d'une galerie soutenue par des colonnes rondes, des balcons de fer forgé, transformés en terrasses de bars. Nous traversons les jardins du Parlement et ses frondaisons tropicales, terrain de jeu d'écureuils peu farouches. Nous nous rendons à la Galerie nationale Iziko, dans une belle maison ancienne mais aucun objet ni tableau ancien n'est exposé. Ce ne sont que des oeuvres contemporaines, peintures, vidéos, sculptures, peu intéressantes. Heureusement une rétrospective du photographe ghanéen James Barnor, nous intéresse par ses clichés de Ghanéens qui reproduisent les schémas des conventions occidentales dans les années 50, 60, pris à Accra. Nous revenons ensuite à la chambre par les rues toujours aussi désertes. Je retourne au café de la veille me connecter, vérifier l'absence de message de Julie ou de Marie-Cécile et en envoyer un à l'un des participants au voyage. La patronne et sa petite fille viennent nous faire la causette et nous raconter leur vie au Cap puis nous passons la soirée, après avoir envisagé la journée de demain, devant la télévision et en lisant.

 

Dimanche 16 octobre : Encore une bonne nuit. De violentes bourrasques de vent balaient la ville et nos envies de monter au sommet de la Table en téléphérique s'envolent ! Nous hésitons sur le programme de la journée. Nous finissons par nous rendre au Pick n Pay, le supermarché proche. Nous reprenons quelques provisions que je rapporte à la chambre puis nous sautons dans le bus stationné devant le centre commercial qui démarre aussitôt. Nous rejoignons le centre des affaires de la ville, des buildings récents, séparés par des espaces verts et enfin nous apercevons la mer et le port. J'essaie de deviner le Macuba et 004 LE CAP Waterfrontles conteneurs... Nous descendons au terminus au Waterfront. D'anciens (?) docks ont été reconvertis en centres commerciaux, boutiques de souvenirs et en restaurants avec terrasses devant les quais. Les bassins sont encore occupés par des bateaux de pêche et quelques chalutiers chinois en triste état. Mais en ce dimanche ce sont surtout les divers types de bateaux de promenade, voiliers, vedettes, faux galion, qui animent le port. Une grande roue, des musiciens de rue, des attractions, mimes, contorsionnistes, distraient les badauds. Nous pourrions être en Floride ou en Californie, mais peut-être y aurait-il plus de Noirs ? La foule est en grande majorité blanche mais nous croisons aussi des types indiens, des métis, des descendants des populations d'origine ancienne au faciès presque asiatique et à la peau claire et des musulmans appelés Malais bien que peu soient originaires de Malaisie. Nous déjeunons en bord de mer d'un plat de fruits de mer, crevettes,010 LE CAP Brasserie moules, calamars avec frites et riz qu'une bouteille d'un honnête Sauvignon glacé fait descendre. A côté de nous un Bier garten, célèbre l'Oktober Fest. Les bières sont servies par d'accortes fausses Bavaroises africaines, en chemisier brodé, gilet rouge et jupe longue verte tandis qu'un orchestre joue des airs traditionnels allemands que nos jeunes voisins touristes fredonnent... Nous ne savons pas trop quoi faire, traînons de banc en banc, prenons un soda puis Marie se trouve un irrésistible ensemble de débardeur-teeshirt... Nous revenons en bus et regagnons la chambre. Je vais me connecter, message des autres « Azalaïens » qui assurent avoir vu notre cargo et les conteneurs sur le port. Nous devrions nous rencontrer demain... Retour à la chambre pour traiter les photos du jour et taper la journée. Nous dînons de nos provisions. Nous devons attendre dix heures du soir pour connaître sur TV5 les résultats de la primaire socialiste et nous réjouir de la victoire de François Hollande.

 

Lundi 17 octobre : A neuf heures, je suis chez le transitaire, bientôt rejoint par les autres « Azalaïens ». Un responsable nous promet de faire son possible pour sortir les véhicules du port dans la journée. J'accompagne les autres à leur hôtel. Je retourne retrouver Marie à la chambre. Nous déjeunons au soleil, sans un brin de vent. Je fais tomber le téléphone mobile. En le remontant, je m'aperçois qu'il est maintenant connecté au réseau sud-africain. J'en profite aussitôt pour appeler brièvement Julie. Je retourne chez le transitaire, les autres me rejoignent. Nous apprenons alors que les voitures ne pourront sortir que demain ! Je suis les autres, déçu, à leur hôtel mais je m'esquive vite. Je descends la longue Long street jusqu'au quartier d'affaires. Je vais changer des euros à l'American Express sans obtenir un taux réellement meilleur. Je reviens par l'allée piétonne puis les jardins du Parlement. Je m'offre un Coca glacé sur une place avant de retrouver Marie. Le reste de l'après-midi se passe à essayer de retrouver le fonctionnement du GPS et à étudier la carte pour la suite. Nous allons dîner, excellemment, sous la verrière du patio proche, de plats, toujours copieux, de nouilles de style thaï. Nous rentrons préparer les sacs pour le départ de demain.

 

Mardi 18 octobre : Après un très succinct petit déjeuner (nos restes de rôti de porc et une tasse de thé !), je repars, persuadé de revenir avec la voiture... Je passe retrouver nos compagnons à leur hôtel et ensemble nous nous rendons chez le transitaire. D'entrée, l'armoire à glace qui est notre interlocuteur nous annonce que suite à une grosse prise de cigarettes de contrebande, tous les douaniers sont occupés pour la journée ! Mais nous pouvons nous rendre aux douanes pour essayer de faire bouger les choses. Aussitôt dit, aussitôt fait. Enfin presque puisque les autres sont venus sans leur carnet de passage en douane... Nous devons donc retourner ensemble à leur hôtel et de là, repartir en taxi aux douanes. On nous y ôte tout espoir, le rendez-vous est prévu pour demain et à moins d'un désistement de dernière minute on ne pourra pas effectuer les formalités aujourd'hui et il n'est pas question de tamponner les dits carnets sans une visite douanière... Très dépités, nous allons tous les quatre prendre un café ou un thé puis nous revenons à pied. Mais j'ai l'idée de passer à l'Office du tourisme chercher une liste des campings, ce qui nous oblige à revenir sur nos pas. Nous retournons chez le transitaire en taxi et lui demandons de nous prévenir en cas d'appel de la douane. Je reviens avec eux à leur hôtel puis rentre à la chambre. Je retrouve Marie en plein brunch de la colonie française : tartes, gâteaux et papotages mais personne n'a de relations avec les douanes... Nous décidons de retrouver les autres à leur hôtel où nous nous rendons à pied. Nous allons déjeuner tous ensemble dans un restaurant voisin du transitaire, l'Ocean basket. Nous nous régalons de langoustes, crevettes et calamars pour le même prix qu'à Waterfront. Le repas est joyeux en dépit du moral bas. Deux de nos compagnons sont d'aimables plaisantins... En ressortant du restaurant, nous apprenons que notre transitaire préféré s'est foulé le poignet, qu'il s'est rendu dans une clinique et que donc tout espoir de solution est définitivement envolé pour aujourd'hui. Les deux derniers couples sont arrivés et nous prévoyons de tous nous retrouver ce soir au restaurant proche de notre guest house. Nous rentrons donc redéballer nos sacs pour une nuit supplémentaire. Nos compagnons, renforcés par les derniers couples arrivés, nous rejoignent et nous allons tous dîner, plus légèrement, au restaurant du premier soir. L'ambiance est sympathique, les réparties fusent, les deux amuseurs font de leur mieux et nous passons une bonne soirée. Nous nous donnons rendez-vous chez le transitaire demain matin...

 

Mercredi 19 octobre : Il a plu toute la nuit et au réveil il ne fait pas bien chaud. Je pars avec mon K-way, directement chez le transitaire où je suis le premier, à huit heures et demie. Le responsable me demande aussitôt le carnet de passage en douane ainsi qu'aux autres quand ils arrivent. Nous prenons tous un taxi et nous nous faisons conduire à l'entrepôt où les conteneurs ont été déchargés. Le premier ouvert est le nôtre. Le camion de Guy, mal arrimé est venu buter contre le nôtre mais sans faire de dégâts. Nous les sortons et je constate alors une grande entaille dans la plaque d'immatriculation sans doute provoquée par la lame d'un chariot transporteur lors de l'embarquement. Mais nous sommes tous contents, les voitures sont là et nous allons pouvoir partir ! Nous devons encore attendre que les carnets de passage en douane nous soient rapportés tamponnés pour pouvoir quitter la forêt de conteneurs au milieu de laquelle nous avons patienté. Nous filons les uns derrière les autres jusqu'au Cap. Je refais un plein de gasoil à temps pour ne pas tomber en panne. Comme très souvent ici, les employés sont des Congolais, immigrés auxquels sont dévolus les petits boulots. Plaisir de parler français et de retrouver un peu de l'ambiance que nous connaissons, les Sud-Africains noirs nous paraissent moins exubérants que ceux de l'Ouest... Je file à la chambre annoncer à Marie que nous pouvons partir. Nous faisons nos adieux à notre hôtesse, chargeons les sacs at allons retrouver les autres à leur hôtel. Nous prenons l'autoroute de l'aéroport, en convoi, six véhicules identiques qui se suivent et cherchent leur route, se perdent, s'attendent, se retrouvent... Heureusement ce n'est que pour un jour ! Après l'aéroport, les bidonvilles semblent les seules types d'habitations visibles. Des bidonvilles qui semblent aménagés, les masures paraissent réparties sur des lots viabilisés et l'éclairage est fourni aux sommets de pylônes. Nous trouvons au bout de quelques dizaines de kilomètres le terrain où nous allons passer la nuit et où il sera possible de laisser la voiture lors de notre retour en France. Nous sommes accueillis par un jeune couple anglo-espagnol, Duncan, Eli et leur bébé Chloé, tout droit sortis d'un film de Ken Loach, contents de nous voir. Nous sommes au pied de la falaise qui limite la baie de Gordon's bay. Nous repartons pour le supermarché faire des achats pour les deux jours suivants. Le magasin est bien achalandé et nous n'avons pas de problèmes de ravitaillement. Nous achetons aussi pour faire un braai, un barbecue. Nous revenons au terrain nous installer et finir le rangement dans les coffres avant d'allumer le feu avec des branches d'eucalyptus. Enfin, dans la salle commune, nous prenons l'apéritif ensemble, pastis ou gin-tonic avec du biltong, de la viande séchée et des achards. Le repas de saucisses et de côtes d'agneaux arrosé de bouteilles d'excellents rouges locaux, merlot et cabernet fait le bonheur de tous avant que nous n'allions nous coucher enfin dans nos camions.     

 

Jeudi 20 octobre :  Marie peine à se réveiller. Nous retrouvons nos marques dans le camion en prenant le petit déjeuner. Je vais me doucher dans la maison, nos compagnons commencent à se préparer. Deux équipages prennent la route pour le Botswana. Je demande à Duncan s'il connaît un bon mécanicien pour régler le problème de vibrations dans le volant à 80 km/h. Nous suivons sa moto et traversons des quartiers de Strand entièrement consacrés à la voiture. Là aussi les consignes de sécurité sont strictes, pas question de rentrer dans un magasin, un atelier, sans montrer patte blanche en sonnant pour obtenir l'ouverture. Nous devons faire plusieurs ateliers avant de trouver un spécialiste du pneu qui réalise un réglage de l'équilibrage. Je suis étonné de voir; en Afrique, des Blancs occupés à des tâches sans doute mal rémunérées, comme hier au supermarché, celui qui emballait les achats dans des sacs. L'égalité par le bas ? La note n'est pas salée et je repars rassuré mais au bout de quelques kilomètres, je constate que les vibrations se produisent maintenant à 90 km/h et encore plus fort ! Pas question de revenir sur nos pas... Nous passons à Stellenbosch, ancienne cité hollandaise dont nous apercevons quelques maisons à pignon et églises, chaulées et à toit de chaume. Nous ne nous arrêtons pas, réservant sa visite pour notre retour. Nous continuons dans la campagne, au milieu des 016 GYDO Passvignobles puis des élevages. Quelques haras aux pâtures de rêve sont le royaume de superbes chevaux. Nous approchons d'une chaîne de montagnes que nous longeons avant de la traverser et plonger dans une vallée de vergers, piquée de lacs, mares et étangs. Nous arrêtons sur le bord de la route pour déjeuner, en cédant à la paranoïa locale : nous fermons nos portes le temps du repas. A Cérès, nous retrouvons les trois autres « Azalaïens » arrêtés pour des courses. Nous échangeons des informations sur les pistes qui mènent au parc du Cederberge et repartons. Je m'arrête à la sortie de la petite ville chez un spécialiste des pneus de la même enseigne que celui de ce matin. J'explique au responsable que je ne suis pas satisfait du travail réalisé. Il fait démonter et rééquilibrer les deux roues avant. Le résultat est très satisfaisant. Nous continuons sur des routes de moins en moins fréquentées, entre barrières montagneuses et vallées verdoyantes. Nous ne trouvons pas la 021 CEDERBERGE Colroute sur laquelle nous devons nous engager et comme souvent Marie s'en inquiète... Personne en vue, je m'arrête et dois attendre longtemps avant que passent des voitures. Elles ne semblent pas vouloir s'arrêter... L'une revient sur ses pas et nous rassure, nous sommes sur la bonne route... A la route succède une excellente piste sur laquelle je roule à vive allure, heureux, enfin, d'être en Afrique, sur une piste ! Nous traversons des roches étranges, des cubes, des parallélépipèdes, des tranches minces de grès, posés les uns sur les autres en équilibre que l'on pourrait croire instable, prêts à s'écrouler sous la moindre poussée. Nous rejoignons les autres véhicules et roulons de conserve mais à bonne distance pour éviter les nuages de poussière soulevés. Nous pénétrons dans des vallées encaissées, sauvages, couvertes d'un maquis encore vert. Nous décidons de bivouaquer tous ensemble en suivant un tronçon d'une piste à peine tracée, à l'écart de la route. Nous avons foulé des broussailles d'où s'exhalent des parfums inconnus.  Chacun s'installe, va explorer les environs, à la découverte d'une végétation étrange ou simplement inconnue, des plantes, des crassula, aux allures de baobab bonzaï et de vulgaires genêts. Le coucher du soleil nous rassemble devant une bouteille de pastis, en plein air. Quand la fraîcheur devient trop grande nous regagnons chacun notre cellule pour dîner puis veiller.

 

Vendredi 21 octobre : Réveillés presque avec le jour, nous tardons à nous lever alors que nos compagnons sont plus matinaux. Nous ne sommes néanmoins pas les derniers à être prêts au départ. Nous continuons sur cette excellente piste, au milieu des massifs qui ne manquent pas de nous faire penser à un Maroc plus verdoyant. Dans le fond des vallées des fermes où l'on cultive la vigne, des vergers et des prairies qu'apprécient de beaux chevaux. Nous pénétrons dans la réserve de Cederberge. Une piste mène à un site de peintures rupestres mais le portail est cadenassé. Nous envisageons bien de le forcer mais n'osons pas. Arrive, au volant d'un puissant 4x4, une ranger, une blonde plantureuse, intiguée par notre présence et qui bien que pressée par le temps, nous propose de revenir 026 CEDERBERGE Peintures éléphantssur ses pas pour nous délivrer à son bureau le permis de visite et, surtout, le code d'accès au site. Je monte avec elle. Elle conduit son engin avec aisance, silence et rapidité. Nous ne revenons que de quelques kilomètres sur nos pas. Le permis octroyé, elle me ramène au portail et continue sa route. Nous pénétrons alors sur une piste d'où nous ne pouvons sortir, et qui nous amène en moins d'un kilomètre, à un ensemble de roches, des grès rougeâtres, érodés, colorés par des lichens. Sur les parois d'un abri sous roche, nous pouvons admirer une superbe frise d'éléphants affrontés à des chasseurs. Ils ont été peints par les San, le plus ancien peuple de la région, quelques milliers d'années avant la venue034 CEDERBERGE Arche d'envahisseurs africains puis européens. Le site est splendide, le ciel est bleu, l'air est doux, le voyage commence ! La piste continue quelques centaines de mètres jusqu'à un massif ruiniforme dans lequel nous déambulons en évoquant le Tassili N'Ajjer. Le sentier passe sous des arches, des ponts naturels et une véritable cathédrale de roche dont la voûte est supportée par des piliers que le vent a creusés. Le ciel se couvre, nous continuons sur la piste. Les arrêts sont prétexte à herboriser savamment pour Guy et Marie-Jo ou à disserter sur la mésange royale (?) ou le passereau à queue jaune (?). Nous ne sommes pas vraiment passionnés par ces deux sujets... Mon niveau de gasoil commence à m'inquiéter sérieusement. Avec notre GPS bas de gamme, nos réserves d'eau et de gasoil au plus bas et notre absence de logiciels de positionnement sur des ordinateurs de bord, nous faisons figures d'amateurs en comparaison de nos compagnons équipés de tableau de bord dignes de Boeing 747... Nous arrêtons à la sortie nord du parc, en dehors de l'aire de camping où il aurait fallu payer pour stationner le temps d'un pique-nique, sur une pelouse  au bord de la rivière. Le temps d'avaler un rapide déjeuner, nous sommes invités à libérer les lieux, non  encore ouverts au public... On ne plaisante pas en Afrique du Sud avec les règlements... Un mélange de puritanisme protestant hollandais et de rigueur anglo-saxonne ? Nous repartons en tête, ce qui nous permet de rouler à notre allure (rapide...) et de ne pas avaler la poussière de ceux qui nous précédaient. Malgré mes craintes de plus en plus vives, nous parvenons à Clanwilliam, sans tomber en panne de carburant. Je refais un plein et même remplis un jerrycan de secours. Nous nous séparons  de nos compagnons. Ils continuent vers le nord. Nous cherchons à nous renseigner sur les possibilités de voir d'autres sites de peintures rupetres. Je vais changer des euros, ce qui demande un certain temps. Dans la première banque, l'ordinateur est en panne, dans la seconde c'est l'imprimante... Enfin nous obtenons un taux bien supérieur à celui du Cap. Toute la population, des Blancs et surtout des Métis, parle afrikaans, tout en comprenant et pouvant pratiquer l'anglais. Renseignement pris, nous décidons d'aller au site de Sevilla, à quelques dizaines de kilomètres sur la route de Calvinia. Nous franchissons un col aux pentes rudes et rapides, descendons dans une vallée et acquittons un droit d'entrée avant 058 CLANWILLIAM Peintures Sande nous lancer à la recherche des peintures sur un sentier bien indiqué mais difficile. Nous cheminons sur la roche crevassée, boursouflée, rarement sur terrain plat, au milieu de massifs ruiniformes déchiquetés. Marie fatigue, s'énerve, panique. Nous trouvons quelques traces de peintures sous des abris sous roche, des personnages, chasseurs, danseurs, un bel archer, des femmes manifestement pourvues de fessiers conséquents et des animaux, surtout des zèbres,. Rares sont les panneaux bien conservés et nous sommes plutôt déçus en regard de la difficulté d'accès. Nous n'avons pas le courage ni surtout le temps d'aller au bout du sentier et revenons juste avant le coucher du soleil. Nous retournons à Clanwilliam. Le soleil rougit le ciel et les flancs de la montagne qui semble en feu. Nous allons nous installer au camping municipal, au bord du lac de barrage. Nous ne sommes pas les seuls... Des jeunes ont aussi choisi de venir passer le week-end au même endroit. Les braai rougeoient, les odeurs de graisse emplissent l'air et aiguisent nos appétits mais il ne saurait y avoir de week-end réussi sans musique et bien entendu les décibels ne manquent pas... Nous sommes fatigués et assoiffés, la bouteille de Pastis connaît une nouvelle baisse de niveau...

 

Samedi 22 octobre : La nuit a été plus calme que je ne l'avais craint. Néanmoins, dès que le soleil est assez haut, les langoureuses Lolitas locales se font bronzer au bord de l'eau et la sono hurle des airs excités pas vraiment à notre goût. Nous quittons ce paradis et repassons en ville. Nous tentons de nous connecter à l'unique cybercafé du bourg. Les machines sont antédiluviennes et la connexion si lente qu'au bout d'une demi-heure, nous n'avons pas encore pu lire les messages. Nous renonçons et allons au supermarché refaire des provisions. La rue principale est très animée, les habitants déambulent, discutent. Nombreux sont les métis de Bushmen, ou Boshimans, de petite taille, les traits fins, presque asiatiques, la peau cuivrée. Les femmes sont corpulentes, parfois stéatopyges. Nous repartons sur la route de Springbok. Elle n'est pas large, deux simples voies, mais le trafic 060 STEINKOPF Vueest des plus réduits. Tant que nous roulons dans la vallée Oliphants, la terre ocre rouge contraste avec le vert des cultures, principalement de la vigne puis les cultures disparaissent, les terres sont couvertes de gros buissons et ne sont plus parcourues que par de rares troupeaux de chèvres à poil ras ou de moutons. Les villages sont inexistants, une bourgade tous les 40, 50 kilomètres dominée par la flèche de son église. La route est absolument rectiligne  et je commence à somnoler. Nous arrêtons pour déjeuner. A Springbok, complétement endormi, nous ne pouvons nous renseigner à l'Office du tourisme, fermé, mais le pompiste nous assure que la frontière est ouverte à Sendelingsdrift. Nous continuons vers la frontière namibienne puis bifurquons en direction de Port Nolloth sur l'océan. La désertification est de plus en plus marquée, la terre se mélange à un sable rouge et les buissons sont de moins en moins touffus. Quand nous sommes en vue de l'océan, des dunes se profilent à l'horizon et le sable devient blanc. Nous atteignons Port Nolloth, pas plus animé que les précédentes bourgades. Le cybercafé est fermé jusqu'à lundi, ainsi que la plupart des commerces. Des installations de la De Beers signalent que nous sommes dans une zone diamantifère. Nous trouvons un Caravan Park, agréablement installé sur la plage. Nous ne pouvons pas être plus près de la mer ! Il n'y a pas trop de monde et nous formons des voeux pour que la musique ne soit pas au programme de la soirée. Nous allons nous tremper les pieds, l'eau est fraîche, pas question de se baigner. Nous nous sommes installés avec nos sièges et la table, dans le sable pour lire et profiter du soleil tout juste tiède. A la fraîche, nous rentrons dans le camion corriger mon texte puis dîner.

 

Dimanche 23 octobre : Encore une nuit tranquille. Le ciel est couvert mais dégagé au nord, là où nous allons. Nous suivons la côte, à quelque distance de la mer. Le rivage, zone d'exploitation minière, est interdit d'accès. Nous parvenons à Alexander bay où je refais un plein d'essence. Pas question d'aller en ville, c'est une enclave privée, on ne peut y entrer qu'avec un permis délivré par la société minière ! Nous continuons donc, sur une excellente piste qui autorise une vitesse élevée. Nous suivons le fleuve Orange qui fait frontière avec la 061 ALEXANDER BAY OrangeNamibie. Ses rives verdoyantes tracent un sillon rafraîchissant dans ce désert minéral de montagnes dénudées ocre rouge. Nous avons branché le GPS, inutilement car la direction est bien indiquée. Mal confiant dans mon GPS, je suis une mauvaise piste à un carrefour. J'arrête un véhicule pour me remettre dans le bon chemin. Son chauffeur nous invite à le suivre. Il prend un raccourci sur une piste de très mauvaise tôle ondulée puis continue en roulant doucement pour ne pas nous perdre et nous devons avaler le nuage de poussière qu'il soulève. Nous parvenons à Sendelingsdrift, poste frontière endormi. Nous sommes les seuls à passer, le contrôle des passeports est rapidement et aimablement effectué mais faute de poste de douane, nous ne pouvons faire tamponner le carnet de passage en douane... La frontière se franchit sur un bac très simple, mu par des moteurs de062 SENDELINSDRIFT Bac hors-bords, guidé par des câbles amarrés sur les deux rives. Le péage est onéreux pour une très courte traversée, moins d'une centaine de mètres ! Mais nous avons tout de même dû enfiler des gilets de sauvetage pour le cas où... De l'autre côté, nous accomplissons les formalités d'entrée en Namibie, papiers à remplir, une taxe à payer moyennant reçu et pas de contrôle douanier. Nous nous arrêtons peu après pour déjeuner dans le camion avec vue sur l'Orange. Il fait très chaud pour la première fois, un vent brûlant et desséchant nous assaille. Nous roulons ensuite à vive allure. (si toutes les pistes étaient comme celles-là !) en longeant le cours de la rivière au bleu incongru dans ce désert. Nous traversons des montagnes noires comme du goudron, aux chicots alignés comme des vertèbres de dragon puis nous retrouvons les roches rouges. Nous bifurquons en plein désert, seuls sur cette large piste. Pas un animal en vue... Nous parvenons à Ai Ais, à l'entrée sud du parc de Fish River Canyon. Il s'y trouve un complexe touristique bien équipé avec des bungalo003 AI AIS Fish riverws et un camping, un peu cher... Nous décidons d'y passer la nuit. Nous y trouvons trace de nos compagnons "azalaïens" passés la veille. Il n'est pas tard, nous allons nous promen er dans le lit sablonneux de la Fish River. La marche dans le sable brûlant est pénible, nous n'allons pas très loin, marquons une pose à observer des oiseaux puis rentrons, aucun léopard n'est venu boire à une mare... Nous nous installons sur la table et dans les fauteuils mis à disposition des campeurs pour lire ou taper ce texte. Les oiseaux, corneilles ou vulgaires piafs sont très familiers. Je leur donne de la mie de pain et pour me remercier, l'un d'eux se perche sur une branche au-dessus de nous et me chie sur le clavier ! Je passe une demi-heure à nettoyer les interstices du clavier... Nous nous offrons un gin tonic mais le vent nous fait regagner l 'intérieur du camion.

 

Lundi 24 octobre : Nous essayons de partir un peu plus tôt, ce qui dépend beaucoup de Marie. En attendant qu'elle ait fini de se préparer, je lis, agréablement installé au soleil vite virulent. Nous repartons sur une piste toujours excellente et peu fréquentée. Des panneaux routiers mettent en garde contre la divagation des autruches ! Nous apercevons de graciles gazelles, des springboks, vives, avec de belles cornes et des rayures noires sur les flancs. 008 AI AIS KokerboomPuis nous arrivons à l'entrée du parc de Fish River Canyon. Après avoir acquitté le droit d'entrée, nous roulons sur un plateau à la terre rouge piquetée de pavés de basalte noir où les seuls et rares arbres sont des acacias aux épines redoutables pour les pneus et des kokerboom, le curieux arbre-carquois en forme de candélabre, les branches pointées vers le ciel. Puis soudain, alors que rien ne le laissait prévoir, nous atteignons le rebord du canyon. D'un mirador, nous découvrons les méandres de la rivière alanguie au fond des parois rougissantes et à double niveau de la faille. La vue porte loin sur les 015 FISH RIVER Canyonmontagnes érodées et le désert ch auffé depuis des millénaires. On n'y devine aucune vie animale et pourtant gazelles, antilopes et même  zèbres peuplent le parc. Nous suivons le rebord de la falaise et arrêtons à différents points de vue mais c'est au premier que nous avions la vue d'ensemble la plus grandiose même si chacun a son intérêt : aloès aux feuilles rouges qui forment des taches sanguinolentes sur les parois du canyon, roches boursouflées qui surgissent du gouffre, méandres paresseux dans lesquels je ne nous vois pas marcher des heures, des jours, sac au dos comme le font certains... Repus de roches et de sables, de ces visions des premiers âges, nous repartons. C'est à l'extérieur du parc que nous verrons le plus d'animaux. 030 FISH RIVER AutruchesD'abord d'autres gazelles, peu effarouchées tant que nous restons à bonne distance puis une famille d'autruches. Le mâle aux belles plumes noires, sa femelle plus petite et aux plumes mélangées et les petits oisillons qui courent, à peine visibles dans la brousse. Un véritable troupeau d'autruches obstrue presque, plus loin, la piste et peu effarouchées, elles se laissent prendre en photo sous l'oeil amusé des touristes sud-africains blasés. D'inespérées antilopes oryx surgissent 075 AUS Oryxdu désert, méfiantes elles restent à bonne distance. Nous pouvons tout de même apercevoir leurs belles cornes rectilignes et leur museau rayés de noir. Nous verrons d'autres gazelles, et autruches mais, déjà las, nous n'y prêterons presque plus attention ! Après une piste si bonne que l'on y roule facilement à plus de 100 km/h nous rejoignons la route goudronnée de Lüderitz. Elle est étroite mais aussi bien peu fréquentée. Je comptais refaire un plein de gasoil à Goageb mais en guise de bourg, il ne s'y trouve qu'une gare, une mission de Béthanie, seul bâtiment en bon état, et derrière des restes de clôtures destinées à protéger ces maigres biens, des masures achèvent de crouler et des carcasses de véhicules hors d'âge de rouiller, et pas âme qui vive. Je dois utiliser les vingt litres du jerrycan de secours pour atteindre Aus où entre deux bier garten, on trouve des pompes à essence ! Dans les dernières dizaines de kilomètres, le paysage change. La route descend dans une immense plaine couverte de graminées jaunâtres qui vont laisser la place à du sable de plus en plus envahissant. Un chacal nous regarde passer, des autruches suivent les rails de la voie ferrée et aucun des chevaux sauvages de la région n'est visible. Le vent latéral forcit, emporte des nuages de sable qui forment des barkanes contre lesquelles luttent les engins de déblaiement. Le ville est inerte, les rares habitants qui ne sont pas calfeutrés chez eux sont couverts comme pour affronter les intempéries. Nous trouvons le front de mer et à son extrémité, le phare, derrière lequel se cache un terrain de camping qui serait idéalement situé si le vent ne soufflait pas aussi fort. Alors que nous nous préparons à en repartir, arrivent les autres "Azalaïens". Après quelques échanges, nous allons nous garer en ville, près de l'unique cybercafé. Je peux me connecter en wifi, lire le message de Julie, lui répondre ainsi qu'à d'autres et même commencer le blog. Nous dînons tous ensemble dans le seul restaurant de fruits de mer de la localité, rien d'exceptionnel, un bon poisson, le kingklip, proche de la sole mais pas de cuisine sophistiquée ! L'abus de Chardonnay entraîne une exubérance excessive avant que nous ne regagnions notre presqu'île ventée.

 

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