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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:52

CAUCASE

 

ÉTÉ 2010

 

Jeudi 12 août : Nouveau départ avec le camping-car bien rempli. Plus de place pour une rondelle de saucisson ! Je finis le chargement pendant que Marie prend la peine de doucement se réveiller et peu après dix heures, nous entamons la trop connue traversée de l’Italie du Nord en direction de Venise. Soleil en France puis ciel couvert en Italie. Nous déjeunons rapidement dans le camion et continuons la pénible série des tunnels-viaducs jusqu’après Gênes. Nous quittons la côte ligure pour la montée sur le Piémont sous un ciel bien noir. En Lombardie, le soleil revient et je retrouve dans la plaine ces belles fermes autrefois cossues, massives, aux épais murs de briques, aux galeries soutenues par des piliers carrés. Elles parlent de Verdi, évoquent le « 1900 » de Bertolucci. Après un plein de gasoil bien plus cher qu’en France, nous rejoignons l’autoroute en provenance de Milan. La circulation devient nettement plus dense, rapide, sans le moindre respect des limitations imposées. Déjà l’Orient ? Images du lac de Garde : Alice peinant à prononcer les noms italiens, elle et ma mère en bustier, grassement ointes de lotion solaire, étalées à l’arrière de cette superbe Salmson que je ne pardonnerai jamais à mon père d’avoir revendue ! Nous passons Venise et nous arrêtons sur une aire encombrée de camions. Nous sommes garés à côté d’un sympathique Lituanien mais son camion est un frigorifique et son moteur tourne en continu. J’aide les occupants d’un camping-car espagnol à refaire un plein d’eau puis je dois admettre que mon ordinateur est définitivement hors-service, alors qu’il fonctionnait encore à Toulon ! Je me vois contraint de rédiger ces lignes à la main…

 

Vendredi 13 août : Un violent orage éclate en pleine nuit. Je me lève pour fermer les rideaux tandis que notre frigoriste lituanien appareille. Je peux alors retirer les boules Quiès ! La pluie continue de tomber toute la nuit. Nous nous levons tôt, les camions sont presque tous partis. Nous reprenons la route, les essuie-glaces fonctionnent en continu. Nous contournons Trieste et trouvons la route qui traverse en ligne droite la Slovénie, simple deux voies, très fréquentée. Tout un chacun doit régler son allure sur le véhicule le plus lent, dépasser est inenvisageable. Des grands-mères en fichu et bas noirs assistent de leurs balcons de bois fleuris au défilé incessant des touristes qui s’en reviennent des plages dalmates. Pas sûr qu’elles ne regrettent pas le temps où (pseudo) démocratie et libéralisme économique ne faisaient pas partie des discours des hommes politiques… Dans les auberges, d’appétissants cochons rôtissent à la broche au vu des passants. Les tonnelles croulent sous les grappes de raisin. Nous arrivons à la frontière croate. Nos passeports européens nous évitent tout contrôle superflu. Je change des euros en kunas puis nous rejoignons l’autoroute. Premier péage, pas cher mais pour une courte distance, l’autostrada ne continue pas au-delà de Rijeka, l’ex-Fiume de D’Annunzio… Il faut alors rejoindre la route nationale à deux voies qui suit la côte. Un véhicule sur deux est un touriste, principalement des Italiens mais aussi de nombreux ressortissants des ex « Pays Frères », Polonais, Tchèques qui croient que la Croatie est moins chère que la France ou l’Italie. Nous suivons donc la côte enfin débarrassés de la pluie. A faible distance, l’île de Krk (la pénurie de voyelles est toujours aussi flagrante !) s’étire entre ciel laiteux et mer grise. Plein de gasoil, au prix de France. Nous continuons de cheminer avant de grimper dans la forêt sur le plateau qui domine la côte, pour retrouver l’autoroute, moderne, peu fréquentée, avec des panneaux de limitation de vitesse qui ne semblent être là que pour faire « européen », vu comme ils sont négligés. La côte nous a paru de plus en plus bétonnée, les lotissements sont nombreux, l’économie est tournée vers le tourisme. A l’intérieur, rien de tel, nous traversons sur plusieurs centaines de kilomètres une garrigue sans la moindre exploitation agricole, sans villages en vue. Au loin, les montagnes montent la garde. Nous avançons bien sous un soleil retrouvé, laissant Zadar puis Split sur la côte, sans les apercevoir. Je commence à fatiguer et nous décidons en fin d’après-midi de quitter l’autoroute pour rejoindre le bord de mer par une belle série de lacets. Nous retrouvons la succession de stations balnéaires, envahies de touristes, autochtones ou étrangers. Nous roulons en Croatie 3484corniche, surplombant de jolis villages au clocher pointu, le long d’une mer calme, à peine ridée par les ferries qui acheminent les voyageurs vers les îles. Nous cherchons un camping. Les premiers sont minables, surpeuplés et chers. A chaque fois, il faut quitter la route principale, descendre par un étroit chemin jusque dans le village et découvrir une cour, un terrain déjà envahis. Tous les cent mètres, des propositions de chambres… Nous commençons à désespérer et ce n’est qu’à sept heures et demie passées que nous trouvons à nicher dans une pinède. Nous nous récompensons de nos efforts par un pastis glacé (une bonne idée de Marie en dernière minute…) avant de dîner.

 

Samedi 14 août : La nuit a été bonne, calme. Adossés à la colline, sans proches voisins, en contrebas de la route, nous avons dormi tout notre saoul. Nous profitons des installations du camping, sans doute le dernier avant la Grèce. Les toilettes sont plus propres que nos préjugés ne nous le laissaient supposer. Grand décrassage du gros orteil à la pointe des cheveux. Nous continuons de suivre la côte dans un superbe paysage méditerranéen : cyprès sur fond de mer à peine rayée par le sillage des bateaux. Les îles s’allongent, se superposent tant et si bien que nous ne savons plus ce qui est continent, ce qui est insulaire. Nous traversons puis dominons une zone de cultures maraîchères dans le deltaCroatie 3487 du Neretva, une plaine irriguée par des canaux, partagée en parcelles rectangulaires qui forment des damiers. Les paysans vendent leurs fruits et légumes sur le bord de la route. Nous nous traînons derrière le plus lent, traversons les huit kilomètres de la riviera bosniaque, bétonnée de frais avant de retrouver la Croatie et bientôt Dubrovnik. De gigantesques paquebots, ancrés dans la baie, signalent la ville et ôtent toute envie d’y retourner en cette saison ! Nous évitons la ville par la route en Croatie 3490corniche d’où nous avons une vue superbe sur la vieille ville, ses remparts, tours et maisons à toits de tuile, reconstruites après la guerre… Nous nous arrêtons plus loin pour acheter des cahiers, un pour Marie, un pour moi pour remplacer ce maudit ordinateur, et du pain dans un supermarché qui semble très bien achalandé mais où on ne trouve ni peigne, ni brosse à cheveux. J’écoule les derniers kunas en achetant cinq litres de gasoil puis nous déjeunons rapidement, à côté de malodorantes poubelles mais à l’ombre. Peu après, nous atteignons la frontière du Monténégro, rapidement passée, ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens où la queue s’allonge sur des kilomètres. Je refais un plein de gasoil et découvre, heureusement surpris, que la monnaie est l’euro, Donc pas de problème de change. Le développement économique du Monténégro, du moins sur la côte dalmate, est étonnant. Le tourisme en semble le moteur et son dynamisme ne fait pas de doute. Nous traversons Herceg-Novi, agréable station balnéaire qui aurait pu servir de cadre à une pièce de Tchékhov, brutalement réveillée par l’afflux de touristes, surtout italiens qui déambulent en maillot de bain en ville. Nous allons y visiter le monastère orthodoxe de Savina, occasion de retrouver l’écriture cyrillique. Un pope barbu monte la garde à l’entrée, prêt à réprimander les tenues trop légères. Deux églises côte à côte, grande iconostase dans la première et fresques très dégradées dans la seconde. Plus loin, nous aboMontenegro 3499rdons les Bouches de Kotor, une vaste baie entourée de hautes montagnes grises, abruptes, fermée par une passe étroite. La route en fait le tour en découvrant des bourgades aux beaux bâtiments de pierres blanches d’où pointent les clochers séparés des églises. T out le site est évidemment très touristique. Nous parvenons à Perast, sans doute la plu s jolie bourgade. Ses palais  restaurés s’alignent au bord de l’eau, certains portent encore en écusson le lion de Saint-Marc. Une route qui devrait être interdite à la circulation passe entre palais et quai. Nous nous garons, marchons jusqu’à l’église devant laquelle des barques proposent Montenegro 3500l’excursion jusqu’à un îlot proche où se dresse l’église Notre-Dame du Rocher. Nous embarquons et visitons cette petite chapelle devenue musée. Elle renferme des tableaux d’un élève local de Palma le Jeune, sans doute pas le meilleur de la classe, mais le plafond à caissons décorés, les fresques et les milliers de plaques d’argent déposées en ex-voto lui confèrent beaucoup de charme. Nous récupérons la voiture en commençant à souffrir de la chaleur, la climatisation s’impose… Nous atteignons Kotor, la ville la plus importante. Des remparts impressionnants la ceinturent mais une muraille grimpe également dans la montagne. Un paquebot y a accosté. La porte ancienne franchie, nous retrouvons une ville médiévale là aussi restaurée et dédiée au tourisme. Il y règne une ambiance de Venise : ruelles étroites entre les murs gris des anciens palais, Montenegro-3508.JPGsuccession de places et quelques églises orthodoxes. La plus importante, Saint-Tryphon est un curieux mélange de styles : de gros piliers formés de colonnes en brique accolées, des chapiteaux corinthiens, des fenêtres trilobées et un joli dais sculpté au-dessus de l’autel. L’entrée est payante, ce qui est justifié par un petit musée religieux à l’étage qui manque d’explications. Nous repartons et nous nous lançons à l’assaut de la montagne Lovčen par une succession de lacets en épingles à cheveux, nous nous élevons au-dessus de Kotor et découvrons le lacis de baies, fjords, îles sous un soleil très déclinant. Nous parvenons enfin à un carrefour mais là, il nous reste encore une douzaine de kilomètres sur un plateau, toujours en montée, avec une route de plus en plus étroite pour Montenegro-3512.JPGarriver au cul-de-sac, à un mausolée. Je m’astreins sans plaisir (Marie a renoncé) à l’escalade des quatre cents marches d’un escalier, dans un tunnel qui se veut majestueux et qui n’est qu’épuisant et ridicule, pour déboucher devant le mausolée. Deux cariatides géantes gardent l’entrée du tombeau d’un poète local, une statue d’un moustachu, l’air féroce ou résolu, couvé par un aigle de marbre noir. Seule la vue sur 360°, sur les montagnes, maintenant dans une semi obscurité, légitime l’effort. Nous ne pouvons dormir là, le garde s’y oppose. Nous redescendons rapidement nous installer pour la nuit derrière un restaurant fermé.

 

Dimanche 15 août : Nous nous réveillons au frais. Je souhaite sa fête à Marie qui ne s’attendait pas à recevoir un autre livre de Kadaré et un de Dumas. Nous repartons dans la descente vers Kotor mais le ciel est couvert et la vue panoramique est très décevante, les Montenegro-3513.JPGeaux ne miroitent pas et les plis des montagnes sont insoupçonnables. Nous bifurquons vers Budva. La route, très fréquentée, traverse des zones industrielles. Peu de panneaux sont en cyrillique, l’alphabet romain semble désormais bien établi. Nous arrivons à la cité balnéaire de Budva, très animée avec sa foule de minettes exhibant un maximum de chairs dorées. Nous nous garons près de la vieille ville enserrée dans ses remparts. Une promenade arborée sépare le bord de mer de la ville moderne. Des yachts de m’as-tu-vu ancrés à touche-touche cachent la vue sur la baie. Nous nous promenons dans les ruelles. Chaque maison est une boutique, presque toujours Montenegro-3518.JPGdédiée aux vêtements. Nous débouchons sur une placette, déjà trempés de sueur. Une église catholique et une autre orthodoxe, avec une belle iconostase, se font fraternellement face. Le long des remparts, la forteresse, un simple bâtiment devant la mer, renferme une bibliothèque bien fournie en livres sur la région en diverses langues. Du sommet des remparts, nous avons une vue sur les toits de tuiles des maisons, les hôtels tape-à-l’œil mais avec des piscines dans lesquelles j’irais bien diluer ma sueur… Nous revenons par une autre ruelle, récupérons la voiture et continuons de passer par une succession de plages de galets ou, parfois, avec une coulée de béton sur laquelle s’alignent des rangées de parasols multicolores. Peu après, de la route en corniche,Montenegro-3519.JPG nous apercevons l’îlot de Sveti Stefan, relié à la terre ferme par un petit pont. Il est couvert de maisons cubiques, toutes restaurées et semble-t-il transformées en hôtels de luxe. L’accès en est interdit au « vulgaire » qui peut tout de même contempler cet Eden de son coin de plage. Nous déjeunons sur le parking qui domine l’îlot. Le ciel se couvre encore et nous avons droit à quelques gouttes. Le soleil revient plus tard. Nous passons Novi Bar, un détour de quelques kilomètres nous amène à l’ancienne cité, Stari Bar dont il ne reste que des ruines derrière les fortifications, sur une éminence entourée de hautes montagnes. Nous y apercevons les premières mosquées, de type turc, la salle de prière Montenegro-3521.JPGcouverte d’un large dôme et de fins minarets pointus. Elles vont désormais faire partie du paysage à côté des églises orthodoxes et catholiques. L’ancien village, au pied des ruines, est interdit aux voitures, il a gardé son aspect traditionnel et sa rue principale, bien pentue, est pavée de gros galets. Nous peinons dans l’ascension jusqu’à l’entrée des murailles. La restauration de quelques palais et églises justifie le versement d’une modeste dîme. Nous suivons, écrasés par la chaleur, un itinéraire fléché au milieu des ruines. La descente est d’autant plus rapide que nous avons la perspective de boissons fraîches dans un bistrot. Nous nous en offrons une double tournée… Nous continuons en suivant le bord de mer jusqu’à Ulcinj. Les collines qui descendent vers la plage sont Montenegro-3525.JPGcouvertes de cubes en béton colorés d’où s’écoule un flot de vacanciers. Nous y cherchons la vieille ville et trouvons la forteresse. Nous acquittons un parking trop cher à notre goût puis traînons au milieu des ruines  peu intéressantes, derrière les imposants remparts. Quelques maisons, les plus en contrebas, sont devenues des restaurants avec des terrasses sur la mer. Nous quittons la côte et par une route très étroite, pénétrons dans la campagne. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes au poste frontière. Nous n’y sommes pas les seuls et si les formalités sont vite réglées, l’attente pour parvenir au poste a duré plus de trois quarts d’heure sous un soleil implacable. Nous voici en Albanie ! La campagne n’est pas aussi riche, pas de maisons récentes en béton, un paysan chemine sur la route avec son âne. Nous sommes vite à Shkodër mais il faut encore patienter car le pont qui traverse la rivière Buene est à voie unique et la circulation est alternée. Nous attendons au milieu d’un bidonville de Roms. Les gosses s’accrochent à la voiture, frappent aux vitres et réclament de l’argent. Des mères essaient d’attendrir, cigarette au bec, les passagers des véhicules mal à l’aise, contraints de patienter, en exhibant des marmots crasseux et morveux. Nous n’empruntons pas le pont et suivons les bords du lac Shkodrës sur quelques kilomètres jusqu’au village de Shirokë. Nous décidons de dormir en bordure du lac et jetons notre dévolu sur l’un des nombreux restaurants. Nous allons écrire en buvant une bière sur sa terrasse du premier étage puis, à l’aide d’un lexique et de quelques mots d’allemand, nous commandons à dîner. Les plats de poisson, un assortiment de calamars, poulpe en salade et poissons grillés, sont copieux mais l’apprêt culinaire minimal et les arêtes difficiles à éviter dans la quasi obscurité où nous sommes plongés. Pour accompagner, nous commandons une bouteille de vin blanc. Le seul qui soit frais est d’origine indéterminée mais balkanique. Sans être une merveille et vu le prix, il nous satisfait. Après avoir fait rectifier la conversion du montant de l’addition en euros, nous regagnons le camion, bercés par la musique orientale diffusée dans un autre établissement. Il fait une chaleur moite à l’intérieur et je transpire abondamment. Les boules Quiès ne suffisent pas à nous épargner les bruits de la fête proche. Un feu d’artifice est tiré au-dessus du lac et chaque heure, le niveau des décibels augmente… A deux heures du matin, je n’y tiens plus, j’ouvre une des fenêtres, de l’air frais pénètre et sèche mes exsudations puis la fête s’achève et nous pouvons enfin dormir.carte-albanie.png

 

Lundi 16 août : Le village est plus calme ce matin, un petit vent souffle du large mais la température dans la cellule reste élevée et je recommence à transpirer. Passe une procession catholique, prêtre en tête suivi d’une image de la Vierge portée par des enfants puis viennent quelques personnes âgées. A se demander si même pour l’Assomption, les Albanais ont du retard… Nous repartons, passons le pont de bois à voie unique. Le feu rouge qui régule le sens d’écoulement des véhicules est plus ou moins respecté. De l’autre côté, nous plongeons dans la circulation anarchique et les encombrements que l’irrespect des règles élémentaires de circulation ne fait qu’amplifier. Pas de feux rouges, des policiers agitent leurs sceptres, s’époumonent dans leurs sifflets. Ils font partie du décor et ne recherchent bien évidemment pas l’efficacité… Nous atteignons le centre ville et ses immeubles récents, principalement des hôtels et une mosquée moderne, laide, couverte de feuilles métalliques argentées. Nous désespérons de parvenir à nous garer. Les policiers veillent, infligent des contraventions et surtout posent des sabots. Nous profitons d’une place qui se libère. Nous nous rendons, sous un soleil trop lourd pour nos frêles épaules, au kiosque de l’Office du tourisme où, en anglais, une jeune fille nous renseigne mais ne peut nous fournir le moindre prospectus. Je vais changer des euros pour des lekë dans une officine plus avantageuse que la banque. Nous passons ensuite par des rues défoncées, en travaux, sur des trottoirs incertains, les yeux rivés au sol pour ne pas buter sur quelque obstacle, jusqu’au Musée d’Histoire. Nous visitons, passé un portail, une belle maison ottomane du XVIII° siècle, sous la conduite d’un jeune homme qui parle français. Il nous fournit des explications sur les objets de la collection archéologique et notamment de la civilisation illyrienne. A l’étage, une pièce avec de beaux meubles décorés, une cheminée ornée de stucs et quelques mannequins avec des costumes de la fin du XIX° siècle, reconstitue le salon de réception de cette riche demeure. Les autres maisons anciennes ont disparu, victimes de la frénésie immobilière. Nous trouvons un cybercafé pour envoyer des messages. Nous décidons de déjeuner, et surtout boire des bières, dans un jardin à côté de la mosquée. On nous sert des qofta, version locale des şiş köfte turques, Albanie 3527en plus aplaties et des grillades de mouton, des paidhaqe. Le personnel n’est ni trop rapide ni très aimable… C’est à la plus mauvaise heure de la journée que nous allons arpenter la seule rue piétonne de la ville, alors déserte. Des terrasses de café laissent supposer une belle animation en soirée. Les maisons à un étage, repeintes dans des tons pastel font très Europe centrale. Nous continuons la promenade dans une autre rue bordée d’anciennes demeures bourgeoises en très piteux état dont on peut se demander si elles attendent d’être restaurées ou rasées… Nous nous traînons jusqu’à une épicerie où nous achetons une bouteille d’eau gazeuse, tout juste fraîche, qui fait notre bonheur pendant un Albanie-3594.JPGbref quart d’heure. Beaucoup de femmes se protègent du soleil avec de fines ombrelles chinoises en papier peint. Souvenir de l’indéfectible amitié entre les peuples chinois et albanais ? Je retourne changer des euros, le taux s’est amélioré. Nous reprenons la voiture, la circulation est beaucoup plus calme. Nous montons à la forteresse de Rozafa mais nous renonçons à l’escalade du dernier raidillon et préférons rester dans l’air climatisé… Plein de gasoil à un tarif à peine meilleur qu’en France puis nous prenons la route de Tirana. Des étendues d’eau, des rivières, permettent l’irrigation de cultures. Nous quittons bientôt cette route pour une moins importante qui se dirige vers l’intérieur et les montagnes. De bonne au début, elle va progressivement devenir médiocre puis carrément mauvaise. Le revêtement n’est plus qu’un souvenir, les nids de poules sont en partie rebouchés et la route se gondole, pas nous ! Nous longeons un premier lac de barrage puis remontons des gorges où stagne une eau d’un beau vert profond. Nous atteignons Koman, au pied d’un second barrage. Un long tunnel taillé dans la montagne, sans éclairage, sans revêtement, nous fait déboucher sur une aire bétonnée où quelques voitures sont déjà Albanie-3528.JPGstationnées et qui constitue le quai d’embarquement du ferry. Nous nous installons, l’arrière tourné vers le lac de retenue, à côté du barrage. Nous allons prendre un soda sur la minuscule terrasse du café-bar-restaurant-hôtel qui vit des quelques touristes de passage. Des Italiens et des Allemands arrivent. Nous regagnons le camion, je sauve les photos sur l’ordinateur et écris ce journal en profitant de l’air qui souffle sur le lac. J’adhère à la suggestion de Marie de faire baisser le niveau dans la bouteille de pastis. Après dîner, nous goûtons la fraîcheur de la nuit dans ce cadre aquatique et montagnard. Dommage que ce ne soit pas la pleine lune. Quand nous nous couchons, il ne fait plus que 30°c à l’intérieur.

 

Mardi 17 août : J’ai presque froid ! 21°c au matin ! Des minibus arrivent, déchargent des passagers, en remmènent d’autres débarqués de vedettes en tôle bien fatiguées. Une plus grande barque emporte une cargaison de touristes randonneurs, son alAlbanie-3530.JPGlure penchée paraît bien inquiétante… Enfin, à dix heures, nous apercevons le bac, pas en trop mauvais état. Il en sort une file de camions et de voitures, nous pouvons ensuite monter à bord en marche arrière. Nous sommes les premiers, placés sur la rampe de débarquement ! Arrive une série de camions et de voitures, très précisément guidés pour occuper le minimum d’espace. Nous grimpons sur le pont supérieur et occupons l’un des rares bancs de bois. Il est presque onze heures quand nous commençons à remonter ce fjord créé par le barrage, entre des montagnes abruptes, couvertes d’une végétation clairsemée. Albanie-3536.JPGDes éboulis en dégringolent, quelques fermes isolées se repèrent à leurs maisons basses derrière des meules de foin, au milieu de lopins plantés de maïs. Nous nous glissons dans des défilés sur des eaux calmes, peu fréquentées. Le soleil tape et nous commençons à trouver la promenade monotone. Enfin nous accostons. Un bout de piste poussiéreuse nous amène à une bonne route goudronnée. Nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner puis repartons pour Bajram Curri, d’où nous suivons une route qui devient vite une piste, d’abord bonne puis correcte, qui va s’enfoncer dans la vallée de la Valbonne, au cœur des Alpes albanaises. Des constructions modernes remplacent les anciennes maisons-tours, celles qui subsistent n’ont plus que rarement des toitures de tuiles de bois, elles sont désormais à toits de tôle. Nous atteignons le fond de la vallée, dans un Albanie-3547.JPGbeau cirque de montagne qui pourrait être n’importe où dans les Alpes, en France, en Italie etc… Nous allons prendre un pot au café-hôtel qui y est installé puis décidons de passer là la fin de l’après-midi et la nuit. Nous nous installons à l’orée des bois, avec vue sur la barrière rocheuse, en essayant de ne pas voir les bouteilles en plastique et autres déchets abandonnés par les peu scrupuleux pique-niqueurs. Au début de la nuit, de chaque campement (nous ne sommes pas les seuls), viennent des musiques. Elles  font une cacophonie qui heureusement ne dure pas.

 

Mercredi 18 août : Journée de route fatigante ! Nous nous réveillons et partons tôt dans ce beau cadre alpin. Nous reprenons la piste de Bajram Curri en essayant de trouver dans les Albanie-3548.jpghameaux les restes des maisons-tours, toutes transformées depuis longtemps. Je vais acheter du pain dans la bourgade, occasion de remonter à pied la rue principale, bien ombragée. Les marchands de fruits et de légumes ont disposé leurs étals sur le trottoir, les hommes, et eux seulement, sont attablés devant un café servi avec un verre d’eau fraîche. Nous continuons après Fierzë sur une route étroite mais bien revêtue en nous élevant par des lacets serrés bien au-dessus du troisième barrage. Nous dominons pendant des kilomètres le lac de barrage qui s’allonge entre les montagnes couvertes de pins. La route est longue, toute en virages, la moyenne est faible et le kilométrage très supérieur à celui affiché sur notre carte. Nous ne croisons que très peu de véhicules. Enfin nous rejoignons la route qui vient de Shkodër que nous suivons pour Kukës. Elle est à peine plus large et fréquentée. Et les virages de continuer… Toujours en montagne, une vallée après l’autre. Le paysage est agrémenté par la présence de gros champignons en béton armé. Ils Albanie-3551.JPGfurent occupés pendant des années par de malheureux conscrits qui y grelottèrent, transpirèrent, supposés repousser de ces bunkers l’invasion des révisionnistes titistes, suivant les instructions d’un dictateur névrosé, paranoïaque. Nous désespérons d’arriver à Kukës. Peu avant la ville, nous avons la surprise d’aboutir à une autoroute qui n’est indiquée sur aucune carte. Nous commettons l’erreur de la prendre dans la mauvaise direction et devons parcourir plusieurs kilomètres avant de pouvoir, sur un chantier, faire demi-tour. L’autoroute continue vers le Kosovo. Nous devons nous contenter d’une route correcte après Kukës mais qui va vite se transformer en une infernale portion totalement dégradée, les traces de macadam ne faisant qu’empirer l’état de la chaussée. Nous traversons au pas dans des fondrières des villages, avant, à notre grande surprise, de trouver un beau goudron. Une longue expérience nous a appris à ne pas nous réjouir trop vite. Et effectivement, après une dizaine de kilomètres sur cette excellente route, où je peux quitter des yeux la chaussée et jeter un œil au paysage de montagne, la route redevient piste mais bonne, préparée pour recevoir sa pellicule d’asphalte. Les vallées sont moins encaissées que ce matin et donc les cultures plus importantes. Puis elle se détériore, redevient une piste étroite, poussiéreuse, creusée par les camions. Se croiser n’est pas toujours facile, dépasser encore moins. Nous n’apercevons toujours pas Peshkopi, les avis recueillis indiquent toujours plus loin alors que le kilométrage prévu est dépassé depuis longtemps. Enfin du goudron nous l’annonce et nous y voici. Une ville assez laide, avec des immeubles fonctionnels que des pans colorés ne parviennent pas à égayer. Nous peinons à trouver le centre. Marie s’énerve de ne pas se repérer et de voir que les descriptions enthousiastes de notre livre-guide ne correspondent pas à la réalité. Après avoir tourné, viré, essayé de me renseigner en italien dans un hôtel sans trouver d’endroit pour passer la nuit, je décide de sortir de la ville, en direction de Tirana. Peu après, un restaurant-pizzeria avec un grand parking adjacent, nous paraît convenir pour la halte. Nous y prenons un pot, les contenances des bouteilles de soda, 25 et même 15 centilitres, sont certainement les plus faibles d’Europe. Nous avons bien du mal à nous faire comprendre des patrons qui ne parlent que deux ou trois mots d’anglais. La présence de baffles nous inquiète… Je vais écrire dans le camion. Nous dînons, seuls clients, Marie d’une pizza, moi encore de paidhaqe, ces morceaux d’agneau grillé, débités au couperet et donc plein d’esquilles. Plats copieux mais sans originalité !

 

Jeudi 19 août : Pas de clients bruyants, pas de clients du tout de toute la nuit. Au moment de démarrer, les patrons viennent nous réclamer de payer le parking, nous refusons, ils n’insistent pas. La route, comme la veille, est une suite de portions excellentes et d’autres abominables. L’infrastructure routière est en triste état mais les travaux de réfection des routes sont fréquents. Leur schéma directeur m’échappe. Pourquoi un tronçon de trente kilomètres impeccable entre deux absolument ignobles ? Tronçon qui sera détérioré avant que les autres n’aient été refaits ! Seuls, le ministre des transports, les potentats locaux, les entrepreneurs des travaux publics et les bailleurs de fonds pourraient répondre… Nous Albanie-3553.JPGsommes toujours dans les montagnes mais elles s’abaissent au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la côte. Nous longeons un nouveau lac de barrage puis suivons une vallée peu encaissée, couverte de damiers de cultures. Nous rejoignons la route en provenance de Shkodër, très large sur une portion, elle redevient « normale » en approchant de Tirana. Des policiers équipés de radars veillent au respect des limitations de vitesse. Peu avant Tirana, nous bifurquons  pour retourner dans les collines. Au bout de quelques kilomètres, après une courte halte pour déjeuner, nous arrivons au bourg de Krujë. De loin, c’est une ville moderne, le béton récent fait des ravages mais sur un éperon l’ancienne forteresse domine la plaine. Nous parvenons à nous garer à son entrée. Le chemin d’accès est pavé de galets ronds et glissants. Nous devons regarder où nous mettons les pieds, ce qui nous épargne la vision des horreurs des stands de « suvenirs », plantés de chaque côté. A l’intérieur des remparts, les restes d’une mosquée, quelques maisons ottomanes restaurées, pour certaines, par des fortunés à en croire le vernis brillant des portes neuves. L’une d’elles est transformée en musée ethnographique. Elle a gardé son aAlbanie-3557.JPGspect d’origine et montre au rez-de-chaussée une collection d’instruments agricoles ou de travail. A l’étage nous trouvons de beaux salons et des pièces à vivre avec de magnifiques boiseries peintes ainsi qu’une cheminée décorée, semblable à celle du musée de Shkodër. On a voulu exposer trop d’objets, les murs en sont couverts, dans les vitrines les belles étoffes brodées sont trop entassées. Dommage ! Nous suivons une ruelle en glissant sur les pavés entre lesquels pousse de l’herbe et descendons jusqu’au hammam face auquel se dresse un joli tekké que nous fait visiter un Albanie-3558.jpgmonsieur charmant qui ne parle qu’albanais. Il nous montre les tombeaux de saints derviches, des adeptes du bektashisme, une secte syncrétiste. Des restes de fresque ornent la coupole et les murs. Nous visitons avec lui le hammam, en compagnie d’un jeune couple franco-albanais, ce qui nous permet d’avoir la traduction. Nous faisons le tour du site. D’autres propriétaires de maisons ont compris leur intérêt à les transformer en bar-restaurants fréquentés  par les gens de Tirana en quête de fraîcheur et de fierté nationaliste. On ne peut échapper à la vision  de la reconstitution d’un pseudo château en pierres jaunes, aux formes anguleuses, trop neuves, consacré à Skanderberg, le grand héros du passé ! Nous repartons, récupérons la route et entrons dans Tirana. Banlieue industrielle et immeubles d’habitation grisâtres en constituent l’approche. La circulation est toujours aussi furieuse, totalement anarchique. Le centre est à peine plus calme. Nous débouchons sur la place centrale, place Skanderberg bien sûr, en travaux. Nous en faisons le tour  pour essayer  d’accéder au parking de l’hôtel Tirana International. On n’y veut pas de nous mais on nous indique un emplacement possible tout proche, derrière l’opéra. Nous nous y rendons en empruntant un sens interdit mais nous ne sommes pas les seuls… Un gardien de l’opéra, moyennant une honnête rétribution, promet de veiller  sur le camion nuit et jour. Nous partons aussitôt à la recherche d’un cybercafé que nous trouvons à l’extrémité d’un boulevard ombragé et calme. Rassurés par les nouvelles que Marie-Cécile nous donne d’André, nous revenons en faisant halte à une terrasse de café pour nos sodas de fin d’après midi… Retour au camion d’où nous entendons les vocalises d’un baryton qui répète la prochaine création à la gloire de Mère Térésa… Un pastis bien mérité clos la journée. Le lieu s’anime à la nuit  mais cela reste supportable et je m’endors sans difficulté.

 

Vendredi 20 août : Il fait jour tôt. L’absence de décalage horaire avec la France se fait sentir. Nous partons pour la visite pédestre de la ville. Nous remontons une avenue jusqu’au marché central. Plutôt décevant, rien d’exceptionnel, des amoncellements de fruits, Albanie-3565.JPGlégumes, olives, pastèques, rien de comparable avec les marchés d’Afrique du nord. Seule originalité : les tas d’œufs classés par taille et donc par prix. Nous suivons ensuite la rue George Bush (!). L’Albanie doit être le seul pays au monde resté fidèle à « Deubeuliou », le philoaméricanisme est partout : drapeaux américains sur les bureaux, devant les boutiques, tee shirts etc… Nous arrivons au bord de la Lana, la rivière ou plus exactement le ruisseau qui traverse la ville. Un antique pont ottoman tente de survivre à côté de celui en béton traversé par des flots de véhicules. Sur l’autre rive, les immeubles sont très colorés, presque Albanie-3575.JPGgais. Un ancien maire a eu l’idée de repeindre toutes les façades grises des immeubles ainsi que les bancs et autre mobilier urbain. Le résultat est plaisant même si aujourd’hui les couleurs s’estompent. Cela a aussi permis tous les délires de mauvais goût… Nous longeons la rive, passons devant la pyramide décatie qui aurait dû être dédiée à Enver Hoxha (impossible de ne pas penser au livre éponyme de Kadaré) puis nous atteignons le quartier autrefois réservé de lAlbanie-3573.jpg’ancienne nomenklatura communiste. Il est devenu le quartier branché de Tirana ! Des immeubles de verre occupés par des banques et autres sociétés s’y dressent. Des bistrots, nombreux partout dans le pays, ont inst allé des parasols, des fauteuils et même des divans dans les rues piétonnes et les nantis viennent, à cette heure, y prendre un petit déjeuner avec des croissants. Nous cherchons et trouvons des immeubles peints, l’un couvert d’une résille verte, l’autre de vagues aux couleurs de l’arc-en-ciel. Nous retournons sur les bords de la Lana pour y apercevoir les beaux immeubles anciens des apparatchiks, égayés de damiers colorés. Nous revenons vers la place centrale et allons perdre une heure dans la Galerie d’Art. Elle présente une collection de peintures albanaises depuis la fin du XIX° siècle. Pas grand chose de remarquable, le plus intéressant, Vangjush Mio, avait cinquante ans de retard sur les mouvements contemporains… Par contre, les salles consacrées au réalisme socialiste  Albanie-3580.JPGsont édifiantes ! Fiers et virils ouvriers, courageuses et fraîches paysannes œuvrent dans la joie pour l’édification du paradis des travailleurs et des travailleuses, comme dirait cette chère Arlette… Nous allons déjeuner dans la cour d’une auberge installée dans une ancienne maison ottomane restaurée, une des rares à ne pas avoir été rasée. Marie se régale tant de son plat de viandes et fromage dans une sauce au yaourt qu’elle en emporte les restes ! Nous allons visiter ensuite la très jolie petite mosquée sur la place Skanderberg. L’intérieur de la salle de prière mais aussi le porche et même l’extérieur sont couverts de belles fresques, des entrelacs de végétaux encadrent des représentations de villes imaginaires aux tons délicats comme des aquarelles de jeunes Albanie-3583.JPGfilles… Quelques vieux lisent ou somnolent devant leur Coran. Personne ne s’offusque de notre venue en dehors des heures de visite. On n’impose à Marie que le port d’un foulard sans demander la moindre contrepartie. La place est en plein travaux. C’est dommage car les immeubles de style italien, ocre et rouges, la mosquée, le Palais de la Culture et le musée, forment un intéressant ensemble architectural varié. Nous nous rendons au Musée historique. Sa fresque de mosaïque à la gloire de l’édification du socialisme est en restauration. Les salles sont vastes, mal ventilées. Passé celles consacrées aux périodes grecques et romaines, notre attention se relâche dans celles dévolues aux temps médiévaux puis aux combats nationalistes. Heureusement une petite salle, spécialement ouverte, expose de très belles icônes dont une remarquable du XVI° siècle où des chevaux semblent vivants, pas du tout stylisés. Le grand artiste local est un certain Onufre du XVI° ou XVII° siècle. Trois de ses icônes ont de beaux bleus. Nous abrégeons la visite des salles sur la lutte des partisans et, l’heure étant peu avancée, nous décidons de repartir. Nous trouvons facilement la route d’Elbasan. Elle semble être celle des week-ends à en croire le nombre d’auberges, parcs avec piscines qui se suivent sur des kilomètres. La route retourne dans les collines. Nous avons vue sur les montagnes de part et d’autre. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une station-service qui accepte, moyennant une obole, que nous nous installions derrière le bâtiment avec vue sur les montagnes. La propreté du lieu n’est pas son point fort mais tout le pays est ainsi. Les bords des routes sont des dépotoirs, nul n’imagine jeter ses ordures dans des poubelles qui d’ailleurs n’existent pas ou rarement.

 

Samedi 21 août : Le vent agite les branches des eucalyptus qui raclent le toit du camion. Nous sommes réveillés tôt, le vent et l’altitude nous ont épargné les excès de chaleur. Je profite des « commodités » de la station-service pour vidanger les toilettes et refaire un plein d’eau, ce qui n’est pas du goût du préposé d’aujourd’hui. Je dois lui expliquer que j’ai déjà versé mon écot à son prédécesseur de la veille. La descente sur Elbasan est déprimante : un immense complexe sidérurgique occupe la plaine. Nous l’évitons et pénétrons dans la ville. Nous nous garons sous les remparts puis franchissons une des portes de la muraille pour entrer dans l’ancienne citadelle. Presque toutes les maisons ont été reconstruites dans le style « moderne » et consacrées à des commerces parfois surprenants tels des bingo ou des casinos avec machines à sous. Nous trouvons l’ancienne mosquée sans charme particulier. Dans une ruelle, nous entendons parler français dans une maison. La femme Albanie-3589.jpgnous invite à entrer. Elle, albanaise, et son mari français, sont architectes et vivent ici depuis douze ans. Ils nous offrent le thé, nous nous informons sur la vie locale puis prenons congé. Plus loin, nous visitons une ancienne église orthodoxe, en activité. Le pope nous ouvre la porte, nous laisse admirer l’iconostase qui a perdu ses portes puis nous offre une carte postale et nous fait allumer deux cierges… Un dernier tour  dans le quartier nous permet de deviner quelques maisons anciennes, pas en très bon état. Nous ressortons sur l’esplanade ensoleillée, beaucoup trop… Nous jetons un œil à la belle maison traditionnelle qui héberge le musée ethnographique, fermé… puis nous repartons. Nous sommes désormais dans la plaine et le paysage est tout à fait quelconque. Nous suivons le grand axe nord-sud, une bonne route mais seulement à deux voies. Nous l’abandonnons pour filer sur Berat. Nous y sommes peu avant treize heures. J’ai hâte d’y parvenir pour boire une bière fraîche ! Boire devient une obsession avec cette chaleur. Une fois les quartiers d’immeubles récents traversés, nous trouvons les deux quartiers de la ville ancienne, le musulman et le chrétien, séparés par une rivière et reliés par une passerelle. Je suis d’emblée séduit par la perspective des belles maisons, étagées sur les flancs des Albanie-3601.JPGmontagnes, toutes chaulées de frais, pourvues d’innombrables fenêtres. Aucune construction moderne ne vient déparer cet exceptionnel ensemble. Un site mémorable en Albanie ! Nous déjeunons dans le camion, parqués dans une avenue interdite à la circulation. Quand nous repartons, deux policiers montent la garde à l’entrée… L’un manifeste l’intention de nous demander des explications mais l’autre, jovial, content de nous dire « bonzour » nous évite des désagréments. Nous grimpons avec la voiture une ruelle pavée, en très forte pente, pour parvenir à la citadelle. Elle est encore habitée et nous y trouvons de belles maisons anciennes à colombages restaurées. Elles sont en encorbellement, murs blancs mis en valeur par des poutres et toits en surplomb. Les petites églises orthodoxes couvertes de Albanie-3603.JPGfresques sont toutes fermées. L’une d’elles peut se visiter, elle possède une belle iconostase avec une Vierge peinte par le fameux Onufre. Une partie de l’église est transformée en musée et des icônes, certaines d’Onufre, y sont exposées. Nous nous promenons dans la citadelle, admirons de l’extérieur les jolies églises byzantines en briques puis reprenons la voiture. Dans la descente, nous nous arrêtons pour voir de plus près une vieille maison ottomane pourvue à l‘étage d’une superbe véranda et transformée en un musée ethnographique que nous ne visitons pas. Puis c’est un ensemble de bâtiments, mosquée, tekké et autres, tous fermés ou utilisés pour la prière. Nous nous garons le long de la rivière et allons faire le tour de la petite mosquée dite des « Célibataires ». Semblable à celle de Tirana, elle est décorée de fresques, en moins bon état sur son pourtour extérieur, abritées par le toit. Elle est fermée et son rez-de-chaussée est devenu un magasin de souvenirs ! Nous empruntons la passerelle pour aller nous promener dans le quartier chrétien de Gorica. Les maisons y sont identiques mais avec plus de verdure. Partout, au-dessus des portes, des treilles d’où pendent des grappes de raisins. Ici ce sont les Albanie-3611.JPGéglises qui sont à visiter. Aucune n’est remarquable mais elles ne se privent pas de carillonner à toute volée en réponse aux appels à la prière des muezzin. Nous revenons en passant par un pont en dos d’âne sur l’autre rive que nous suivons en contemplant les harmonieux ensembles d’habitations des deux berges. Une bouteille d’eau gazeuse glacée achève de me détraquer les intestins. Nous remontons à la citadelle par une route moins raide et nous nous installons pour la nuit sous les pins, en contrebas d’un camion 4x4 d’Allemands. Nous pensions être au calme mais le samedi soir, les Albanais font la fête et il n’y a pas de vraie fête sans une puissante sono ! Nous aurons droit une bonne partie de la nuit au répertoire traditionnel avec clarinettes, rythmes et chants puis aux grands classiques américains de ces dernières années. Si la musique locale ne me déplaît pas, elle a un petit côté exotique, je n’ai pas du tout envie d’entendre James Brown, aussi j’ai vite recours aux boules Quiès !

 

Dimanche 22 août : Au matin, le calme est revenu et à sept heures, nous nous réveillons. Deux heures plus tard, temps nécessaire à Marie pour une « grande » toilette, avec shampoing et astiquage, récurage complet, nous reprenons la route en direction de Fier. Nous allons nous traîner sur une mauvaise route étroite et sinueuse, très fréquentée, en particulier par des cortèges de mariés, encore plus nombreux que les jours de semaine. Les traversées de villages quasi incessantes sont épiques. L’indiscipline du conducteur albanais est difficilement imaginable. On s’arrête au milieu de la chaussée, quitte à bloquer la circulation pour aller faire une course ou dire bonjour à un ami et il ne faut pas s’en offusquer. Nous devons traverser Fier de part en part pour trouver la route du site d’Apollonia. Sur une colline, les jeunes mariés viennent s’y faire filmer dans les ruines, ce Albanie-3617.jpgpourrait être charmant, champêtre, s’ils étaient moins nombreux. Nous leur emboitons le pas pour approcher les restes d’un bouleutérion dont une façade et ses colonnes ont été grossièrement restaurées. En face, un petit odéon fait encore bonne figure. Lui succède une série de dix-sept niches que nous longeons sous le regard narquois de Phoebus. Marie tient à monter sur la colline d’où l’évacuation de quelques litres de sueur, sans résultat, car la vue est cachée par les arbres. Nous revenons visiter la jolie église byzantine avec un porche élégant. Elle renferme une iconostase en bois sculptée, de grande qualité, mais les icônes ont été remplacées par des images ! Je n’ai pas du tout envie de marcher jusqu’au théâtre et apprécie d’en repousser l’échéance à l’après déjeuner. Rillettes et bière(s) fraîche(s), les meilleurs remontants ! Nous tentons de trouver le théâtre avec la voiture, en vain. De la route en repartant, nous en apercevrons des restes. Nous revenons à Fier, plus calme à cette heure et prenons la route de Tirana sur quelques kilomètres, pour aller voir, non sans nous perdre pour cause de panneaux indicateurs fantaisistes, le monastère orthodoxe d’Ardenica. Nous devons encore gravir des marches pour trouver le portail clos. Je fais résonner le lourd heurtoir, sans grand succès. Enfin, au bout de quelques minutes, le bedeau vient nous ouvrir. Nous avons le droit d’entrer dans l’église, plantée au beau milieu du monastère. Les cellules occupent les murs d’enceinte mais nous ne pourrons en voir plus. Quant à l’église, elle est magnifique, entièrement Albanie-3620.JPGcouverte de fresques, assez peu dégradées. Une belle Dormition de la Vierge occupe le mur du fond et des scènes de la vie du Christ courent sur les murs. L’iconostase est là aussi très finement sculptée, de même que la chaire. L’éclairage est chiche et le bedeau peu souriant. Puis nous prenons la route de Vlorë, rapidement atteinte. Une ville moderne avec des immeubles récents, le long d’une large avenue qui conduit à la mer, au port. Nous faisons une courte halte pour arpenter la rue Justin Godart du nom d’un radical-socialiste français, défenseur des Albanais, oublié chez nous. L’intérêt est non pas dans le nom mais dans les maisons de pierre qui la bordent et lui donne une allure de petite ville grecque. Nous longeons alors la côte. D’abord des plages de sable, aussi peuplées qu’en Croatie. Puis la route, très encombrée, avec des voitures garées qui réduisent la largeur de la chaussée, passe de crique en crique, longe des plages de galets avant de s’élever dans les pins pour franchir un col. La descente vers la mer, sur le versant abrupte et aride de la montagne est vertigineuse. Au village de Albanie-3625.JPGDhërm, nous suivons une ruelle qui ne laisse passer qu’un véhicule, toute en montée, pour arriver à l’église qui domine le village. Les quatre roues motrices et la petite vitesse sont nécessaires pour franchir la dernière épingle à cheveux, négociée en deux temps. Nous devons encore grimper des marches pour atteindre l’église. Le cadenas et sa clé sont sur la porte, nous pouvons découvrir un ensemble de fresques superbes avec un classique Jugement Dernier, les damnés toujours avalés par le Léviathan. Une amusante frise conte les suAlbanie-3629.JPG pplices infligés par des diables aux humains. Nous repartons pour le village suivant, Vuno. Là encore, une église plus facile à atteindre nous attend. Un jeune Albanais qui gère une association et une auberge de jeunesse voisine, nous ouvre les portes de l’église Saint-Spiridon. Encore des fresques, toutes dans les tons ocre, les autres couleurs ont passé. L’originalité est dans l’iconostase, sans icônes, uniquement constituée de scènes directement peintes sur le mur de pierre. Une petite chapelle voisine a elle aussi une modeste iconostase peinte à fresque. Nous décidons de camper là, entre les deux églises. Nous sortons table et fauteuils en guettant le coucher du soleil. Nous espérons que les jeunes à l’auberge, des Grecs et des anglophones, seront discrets…

 

Lundi 23 août : Cette nuit ce sont les chiens qui ont donné un concert d’aboiements, relayés par les braiments des ânes alertés. Quelques moustiques avaient réussi à s’introduire dans la cellule et au matin, ce sont d’énervantes mouches qui prennent le relais. Bref, une mauvaise nuit. Nous continuons de longer la côte. La route au bon revêtement depuis la descente du col de la veille continue de serpenter dans les montagnes, passant d’une crique à la suivante. Pas une qui n’ait son établissement balnéaire avec bar, musique et parasols sur la plage. Dans les villages, la construction de maisons particulières est à l’œuvre, briques et béton partout. Plus aucun village n’a de cachet. La grande ville, Sarandë, est un délire de Bouygues, on n’aperçoit plus la mer qu’entre deux immeubles, juste au-dessus des parasols et cela continue. Mais qui va venir passer ses vacances sur ces plages bondées, se tremper dans ces eaux polluées et pique-niquer au milieu des plastiques et papiers gras ? Ensuite la route est en construction, tout le monde roule au pas, Albanie-3631.JPGpour une fois, c’est nous qui doublons les autres. Nous passons entre mer et lagune. L’île de Corfou est presque à portée de main. Nous descendons dans une plaine inondée, traversée de canaux. Continuer en empruntant un très primitif bac nous amènerait en Grèce. Mais nous sommes là pour le site archéologique de Butrint. L’ancienne cité grecque puis romaine s’est édifiée sur une colline entourée d’eaux. La promenade entre les différents monuments est heureusement ombragée. Le théâtre avec son mur de scène, baigne Albanie-3635.JPGcurieusement dans les eaux. Plus loin, une très vaste et très haute basilique voisine avec une fontaine qui a perdu ses statues. Elles ont été dispersées dans des musées et les mosaïques dont une semble-t-il magnifique, sont dissimulées sous des bâches recouvertes de gravier. Nous montons à l’acropole couronnée par un château vénitien. J’abrège la visite du petit musée, non climatisé, non aéré. Nous regagnons le camion, discutons avec un couple de camping-caristes français et enfin mangeons et surtout buvons. Nous revenons sur nos pas puis prenons la route de Gjirokastër. Nous y sommes dans l’après midi. Nous nous garons sur la place principale de la ville ancienne. Ma première impression est médiocre. On aperçoit quelques belles maisons mais il n’y a pas l’unité architecturale de Berat. Nous prenons un pot sur la place puis je vais faire Albanie-3655.JPGun tour à pied. Les ruelles au-delà ne manquent pas de caractère, pavées de grosses pierres rectangulaires, elles montent, descendent, tournent en contrebas de la citadelle. Les maisons de pierres grises, quelquefois chaulées, sont couvertes de lauzes. La vision aérienne de l’ensemble est superbe. Je repère un cybercafé. Nous y retournons, avec Marie, message de Julie bien rentrée à Paris. Nous reprenons la voiture et montons à la citadelle. Il semble que nous pourrions nous garer à l’entrée pour la nuit. De là-haut, nous détaillons les belles maisons ottomanes avec les parties Albanie-3649.JPGhautes en encorbellement. Nous repartons à la recherche d’un restaurant, je m’embringue dans des montées vertigineuses, sur des ruelles étroites, pas certain de pouvoir faire demi-tour… Nous finissons par retourner nous garer sur la place. Je m’aperçois que le phare de recul n’est plus tenu que par les fils électriques. Son support était simplement collé ! Nous allons dîner, fort bien, dans une taverne en plein air de l’ancien bazar. Le garçon n’est pas souriant mais les portions de moules et de cuisses de grenouilles dodues excusent tout. Et si le vin blanc est infâme, la bière de Korçë est glacée. Nous remontons nous installer à l’entrée de la forteresse, dominant les lumières de la ville, au moment de l’appel à la prière du muezzin.

 

Mercredi 24 août : La nuit a été calme. Au matin nous sommes dans l’ombre, le gardien de la citadelle arrose le parking et le soleil éclaire les toits de lauze des maisons, modestes ou Albanie-3658.JPGcossues. Elles semblent ainsi recouvertes d’une résille grise. Les demeures les plus importantes sont généralement constituées de deux hautes tours carrées reliées par un bâtiment ; l’ensemble surmonté d’un toit dont l’avancée est supportée par des poutres inclinées. Toutes ne sont pas chaulées, la pierre, elle aussi grise, est à nu. Les rues sont toutes pavées de galets noirs, blancs ou roses qui forment des dessins géométriques, du moins dans le centre. Nous commençons par visiter la citadelle. Avant de déboucher  sur des terrasses, il faut traverser un couloir aux murs très épais et très hauts qui sert de garage à des canons italiens ou allemands de la dernière guerre. Des terrasses, nous avons une vue panoramique  sur toute la ville et à la pointe de la citadelle, sur les toits du quartier chrétien et de son église orthodoxe. Dommage que des constructions, murs colorés ou toits en ciment, fassent tâche. Nous prenons la voiture pour aller nous garer devant la maison Zekate, une superbe demeure patricienne que nous pouvons visiter. Le Albanie-3659.JPGrez-de-chaussée sert de communs, au premier étage des pièces d’habitation et au dernier étage une véranda pour l’été et un splendide salon d’apparat. Les murs chaulés sont couverts de fresques à motif floral, le plafond de bois est lui aussi peint et la cheminée est surmontée d’une grappe de raisin et d’une pastèque modelées en plâtre et peintes. Les boiseries sont finement travaillées, les portes des placards peintes. Pas de meubles, des matelas recouverts de couvertures et de jolis rideaux aux fenêtres. L’attention n’est pas détournée par une multitude d’objets comme dans un musée. Nous discutons avec un couple de Français et leur donnons des informations puis nous allons nous garer dans le centre ancien. Nous marchons jusqu’au musée ethnographique, l’ancienne maison natale d’Enver Hoxha, mal restaurée. Le musée est peu intéressant, les objets rassemblés, à l’exception de vêtements, ne sont pas de premier choix ni très anciens. Nous cherchons ensuite la maison d’Ismail Kadaré. On nous indique très aimablement le chemin, nous accompagnant pour nous mettre sur la voie. Il faut descendre d’étroites ruelles en pente, presque des sAlbanie-3664.JPGentiers herbeux, en glissant sur les pierres. Elle est en pleine reconstruction après avoir brûlé et donc sans le moindre intérêt. Nous revenons en peinant dans les montées vers le bazar. Je vais acheter des timbres et nous écrivons des cartes postales devant un soda glacé au cybercafé en panne d’électricité. Je vais changer des euros, poster les cartes. Nous reprenons la voiture pour remonter sur les flancs de la citadelle et nous garer près de l’église orthodoxe. Nous descendons une ruelle bien pentue jusqu’à l’église, fermée ! Nous ne pouvons qu’en faire le tour et distinguer quelques têtes sculptées à son chevet. Nous déjeunons dans le camion avec une dernière vision sur la ville. Nous prenons la route de Tirana avant de bifurquer pour suivre celle de Korçë, plus étroite, qui nous fait retourner dans les montagnes. Nous suivons des gorges dont la largeur varie puis nous nous élevons, admirons des montagnes qui coulent en crêtes acérées vers Albanie-3669.JPGla rivière, couvertes de végétation et qui, de ce fait, m’évoquent Tahiti ! La moyenne n’est pas fameuse sur cette route étroite et sinueuse. La proximité de la frontière grecque explique la présence d’une multitude de bunkers qui semblent avoir surgi tels des champignons après la pluie ! Enfin nous retrouvons la plaine, une dernière montagne à franchir et nous apercevons Korçë. Bien qu’il commence à se faire tard et que je sois fatigué, nous décidons de continuer jusqu’au village de Voskopojë où se trouvent des églises intéressantes. Après nous être trompés de route et avoir dû traverser une abominable décharge empuantie par les fumées, nous sommes mis sur la bonne route par un quidam que nous emmenons. La route n’est pas fameuse au début puis se poursuit par un excellent tronçon qui s’achève à l’entrée du village où les rues ne se parcourent qu’au pas tant elles sont défoncées. Nous cherchons l’église Saint-Albanie-3670.JPGNicolas, nous garons devant et à ce moment surgit le pope. Il nous en ouvre la porte. Au mur extérieur est accolé un portique à colonnes qui protège des fresques représentants des saints. L’intérieur, très vaste, est entièrement couvert de fresques des frères Zografi, très dégradées. Les scènes sont difficiles à identifier et le pope s’impatiente. D’après lui, il est impossible de visiter les autres églises mais il nous conseille d’aller dormir devant le monastère de Saint-Jean Prodhromi. Nous devons suivre une piste de plus en plus difficile qui monte dans les sapins et se termine à l’entrée du monastère. Nous nous garons, à peu près à plat, sous les arbres.

 

Mercredi 25 août : Réveil glacial à cause de la température, enfin fraîche. J’apporte ma contribution aux déchets qui nous environnent en vidangeant les toilettes mais au moins les « matières » sont biodégradables !!! La porte de l’enceinte du monastère étant ouverte, nous y montons. La petite église est entourée sur deux côtés de bâtiments très quelconques. Tout est fermé. D’autres visiteurs nous disent d’attendre, ce qu’ils font en se préparant un café sur un réchaud à gaz apporté pour la circonstance. Nous patientons puis, las, repartons. Nous commençons la descente quand arrive le bedeau. Nous remontons avec lui. Il nous ouvre les portes de l’église. Les murs du pronaos sont peints de fresques encore colorées mais bien dégradées. A l’intérieur, les fresques sont encore plus passées, seuls les tons ocre subsistent. Impossible d’avoir la moindre explication du bedeau qui ne bredouille aucune langue étrangère. Et les photos ne sont pas autorisées… Nous redescendons dans le village et approchons de l’église Saint-Athanase, au sommet de la colline qui sert de cimetière. En passant par celui-ci, nous pouvons atteindre l’église. Un de ses côtés est pourvu d’un porche à arcades peint de fresques des frères Zografi, encore bien colorées mais couvertes de scandaleux graffitis récents. Tous les popes ou imans rencontrés nous ont sorti le couplet anticommuniste mais les inscriptions postérieures àAlbanie-3672.JPG 1990 sont les plus nombreuses ! Des scènes de l’Apocalypse, en particulier une très réaliste scène de tremblement de terre, au-dessus de Saints en pied, couvrent les parois. Nous revenons sur Korçë et nous nous garons près de la récente cathédrale, immonde pâtisserie rose ! Derrière, dans des quartiers anciens aux rues défoncées, nous trouvons le musée du peintre Vangjush Moi que j’avais apprécié à Tirana mais la porte est close. Nous apprendrons que sa conservatrice est dépressive et rarement d’humeur à ouvrir ! Un peu plus loin, nous trouvons le Musée d’Art médiéval. Là aussi la porte est close mais une sonnette fait apparaître une femme qui parle Albanie-3678.JPGanglais. Elle soulève le rideau métallique et nous allume les lumières d’une grande salle où est exposée une superbe collection d’icônes, bien mises en valeur, avec des cartons en anglais. Nous y retrouvons des œuvres d’Onufre et des frères Zografi. Quelques-unes proviennent d’une église proche de Korçë, Vithkuq et sont remarquables de fraîcheur, tant dans les coloris que dans l’expression et l’environnement des personnages. Nous marchons dans la grande avenue moderne, jusqu’à une place où nous postons une dernière carte. Je suis surpris par le nombre d’officines de change. Nous allons faire un tour dans le bazar qui déborde sur les chaussées, les cours, y compris celle d’un han, un caravansérail qui aurait vu passer Lord Byron. Il serait sans doute surpris par l’ambiance d’aujourd’hui… Il est toujours en activité, on peut y louer des chambres mais le calme ne doit pas être assuré ! Les étals proposent des camelotes chinoises, des chaussures, des vêtements et autres articles de quincaillerie. Par une autre cour d’un ancien caravansérail où des oiseaux dans de bien trop petites cages pleurent leur liberté, nous parvenons au marché aux fruits et légumes. Nous y faisons provision de raisin et de brugnons puis de côtes de porc débitées à la hache sur un vrai billot. Nous nous mettons en quête d’un cybercafé car il faut prendre des nouvelles de Martine… Nous en trouvons un, surtout utilisé par des gosses pour des jeux guerriers. Après avoir envoyé un message à Isabelle, nous continuons la promenade. L’odeur de qofta qui grillent et la vision de chopes de bière me tentent mais il n’y a pas de places libres en terrasse. Nous rejoignons en transpirant la voiture et partons pour Morbja, un village proche. Nous y trouvons l’église croquignolette Saint-Risto que nous voulons voir. Des gosses, garçons et filles, se montrent très pénibles et ne cessent de me parler de payer pour visiter tout en m’accompagnant chez le détenteur de la clé. La visite est décevante. Albanie-3681.JPGEncore des fresques, une Dormition et un Jugement Dernier accompagné de supplices infligés par des diables aux humains, mais elles sont très noircies, mal éclairées et aucune explication n’est fournie. Nous retournons en ville nous garer à l’ombre devant la brasserie Korça, dernière occasion de boire un demi-pression de cette excellente bière mais non, ce sera une Kronenbourg en boîte, certes très appréciable ! Nous quittons Korçë et après un dernier plein pour épuiser nos lekë, l’Albanie. Le passage en Grèce est rapide. Nous retrouvons de bonnes routes, bien signalées, des villages aux maisons avec aussi peu de charme qu’en Albanie mais au moins, elles ne semblent pas en voie de tomber en ruine ou en cours d’inachèvement ! Derniers lacets avant Flórina où nous retrouvons la plaine et la chaleur, des routes droites avec des vitesses autorisées décentes. Nous cherchons en vain un camping. A Edessa, des policiers nous conseillent de descendre sur la côte, au-dessous de Salonique. Erreur ! Nous nous y rendons alors qu’il commence à se faire tard. Le premier camping est à Methóni. Il conviendrait s’il disposait de machines à laver, ce qui n’est pas le cas. Nous en cherchons vainement un autre. Nous envisageons d’aller à Salonique mais nous nous perdons, sans trouver d’accès à l’autoroute. Je décide de revenir sur une plage, sous des pins, nous installer pour la nuit. Le grand nettoyage est remis à demain… Un pastis nous console de cette rude soirée !

 

Jeudi 26 août : La nuit a été tranquille mais je recommence à souffrir de la moiteur, même dans la nuit. Nous repartons sans nous presser, décidés à arrêter tôt. Plein de gasoil nettement plus cher qu’en France. A combien sera-t-il en Turquie ? Nous repassons par les plages de la veille. Les établissements sont déserts, les touristes repartis. La saison se termine. Nous prenons l’autoroute qui nous permet d’éviter Salonique, ce nid d’espions comme aurait dit Jouvet et continuons en direction de Kavála. Nous sommes à la recherche d’un hypermarché et ne trouvons qu’un Lidl à la sortie de la ville après avoir dû en traverser le centre. Choix très réduit comme d’habitude ! Nous déjeunons à côté d’une plage qui me tente bien. Nous continuons en direction de la frontière turque et sortons à Alexandroúpoli, la dernière ville. Nous nous installons au camping municipal, bien équipé, emplacements délimités et ombragés. Nous procédons à une grande lessive, sans machine. Je dois tout laver un peu sommairement à la main, avant de nettoyer l’intérieur du camion. Puis je vais profiter de la plage. L’eau est bonne, du sable une fois une petite zone de galets passée et presque personne tandis que Marie récure lavabo et toilettes. Nous nous offrons au restaurant du camping une mignonnette d’ouzo que nous buvons, tels des Béotiens en Thessalie, c’est-à-dire comme un pastis, sans utiliser les deux verres proposés (un pour l’ouzo, l’autre pour l’eau glacée). Nos voisins nous font aimablement profiter gratuitement du son de leur télévision installée sur une table à l’extérieur de leur camping car… Cela ne dure pas trop…

 

Vendredi 27 août : Fin du grand nettoyage, rangement de la lessive, vidange, remplissage des réservoirs d’eau et nous prenons la route. Pour ne pas revenir sur nos pas, nous traversons Alexandroúpoli et ne retrouvons l’autoroute qu’à la frontière. Je cherche une station pour refaire le plein en Grèce mais les prix de plus en plus élevés ne me conviennent pas. Nous paierons le gasoil encore plus cher en Turquie… Toujours mon sens des affaires… Nous sommes très vite sortis de Grèce et presque aussi vite entrés en Turquie. Peu d’affluence, les touristes sont rentrés, nous ne croisons que quelques convois de camping-cars italiens, sans doute des retardataires ! Plein de gasoil qui atteint ici et même dépasse les 1,5 euros. J’ai envie de şiş köfte, elles semblent être la spécialité régionale à en croire le nombre de salonu qui en proposent. Nous nous en offrons deux portions, excellentes, juteuses, sous une paillotte en bord de mer. Nous cherchons à changer des euros à Tekirdağ, opération vite menée puis nous continuons en direction d’Istanbul. La ville s’est encore étendue. L’incroyable enchevêtrement d’autoroutes urbaines, saturées et de tours de béton en cours de construction ont transformé une des villes que j’ai le plus aimées en un cauchemar futuriste. L’addiction pour la bagnole est tel que quels que soient les prix pour stationner, circuler, les tarifs des péages et des carburants, nous continuerons de payer pour conduire notre jouet favori. Nous allons mettre presque deux heures à traverser la ville, sans emprunter le pont que nous voulions mais celui, éloigné, où, comme l’année dernière, nous devons acheter très cher, une carte magnétique dont nous ne comprenons pas exactement la validité. La circulation reste dense tant que nous longeons la côte, très industrialisée, de la mer de Marmara. Nous avançons jusqu’à Bolu et arrêtons sur une aire de station-service, à côté de camions.

 

Samedi 28 août : Dans les caravansérails d’aujourd’hui, on ne renifle plus le suint des moutons mais le gasoil. On n’y est plus réveillé par les dromadaires qui blatèrent mais par les klaxons surpuissants des monstres à huit roues et le conducteur insomniaque ne rêve plus en contemplant les étoiles mais regarde un porno dans sa cabine. Le ballet des camions m’a réveillé au milieu de la nuit et je peine à me rendormir. Au matin nous sommes complètement entourés à moins d’un mètre par des poids lourds ! Nous pouvons tout de même démarrer, une fois les monstres partis. Nous quittons l’autoroute d’Ankara en utilisant notre carte au péage qui fonctionne donc comme une carte à crédit. Nous nous dirigeons vers Safranbolu. Chaque agglomération a ses immeubles récents qui n’ont de gai que leurs couleurs vives. Les maisons anciennes à colombage se font rares. Toutes, grandes ou petites, ont sur leur toit un fût métallique en guise de réservoir d’eau, souvent des panneaux solaires et les inévitables antennes paraboliques. Safranbolu est classée au patrimoine Turquie-3690.JPGmondial de l’Unesco pour son ensemble de maisons ottomanes. Nous allons nous promener dans les ruelles de ce que nous croyons être l’ancien village et où effectivement nous trouvons des maisons, pas toutes restaurées, avec les étages en encorbellement, identiques à celles vues en Albanie. Nous constatons avec regret que la propreté est tout aussi inconnue en Anatolie qu’en Albanie. Les papiers jonchent le sol avec les emballages de toutes sortes. Les jeunes filles et jeunes femmes ne sont plus aussi élégantes que les stambouliotes, le foulard et la jupe longue sont de rigueur. Nous reprenons la voiture, découvrons un autre ensemble de belles maisons. Celles qui sont restaurées sont toutesTurquie-3693.jpg transformées en hôtels. Nous y faisons une courte promenade, repartons, passons dans le centre ville avec mosquée et boutiques de souvenirs, sans nous arrêter. Une dernière vue sur la colline et les maisons qui y sont éparpillées et nous continuons en direction de Samsun. Les routes nationales en Turquie sont très souvent à deux fois deux voies séparées mais le revêtement laisse à désirer et des portions sont en travaux. Nous roulons sur le plateau anatolien à sept cents, huit cents mètres d’altitude, au milieu de basses montagnes couvertes de végétation. Il y fait une chaleur lourde. Les villages sont cachés sous les arbres, à peine visibles, tout juste devinés par le crayon bien taillé du minaret de la mosquée. Nous suivons de plus ou moins près un lac de retenue aux eaux basses. Nous rejoignons la route qui arrive d’Ankara. J’ai l’espoir d’être à Samsun avant la nuit mais à quinze kilomètres de la ville, nous crevons ! Toujours la même roue ! Le temps de réparer, il fait presque nuit quand nous arrivons à Samsun. Nous cherchons un camping sur la route de Sinop. Les policiers ne connaissent pas et même ne comprennent pas. Nous nous renseignons dans les stations-service. Encore une dizaine de kilomètres, à slalomer dans la nuit entre les minibus qui s’arrêtent et repartent sans se signaler, avant de trouver un camping plutôt minable mais au bord de la mer. Nous sommes les seuls à profiter de la douche sans pomme et des toilettes, à la turque évidemment ! Nous achevons la bouteille d’ouzo pour nous consoler.

 

Dimanche 29 août : Nous n’avons même pas entendu le bruit des vagues. Je vais jeter un œil au sable noir, de la mer, pas noire, avant de procéder aux ablutions rituelles. Nous repartons vers Samsun, les rues sont désertes. A une station-service, on m’indique un réparateur de pneus qui préfère remettre une valve que changer la chambre à air. Pourvu que le caoutchouc tienne ! Quelques centaines de mètres plus loin, nous trouvons un cybercafé qui ouvre. Message d’Isabelle qui nous rassure sur la santé de Martine, rien de Julie… Nous contournons Samsun sur l’autoroute puis longeons la mer. Je reprends du gasoil, pas trop cher, avec le dernier billet de cent livres turques. Cela devrait suffire jusqu’en Géorgie. La proximité de la mer tempère  la chaleur encore accablante. Nous passons d’une station balnéaire à l’autre. Toujours des immeubles neufs colorés. De longs tunnels permettent d’éviter les portions de l’ancienne route étroite et sinueuse dont j’avais gardé un mauvais souvenir. Les deux voies séparées qui traversent les villes ne doivent pas rendre le séjour agréable. Après Giresun, la route est excellente et nous avançons rapidement. Nous étions passés à Trébizonde il y a moins de dix ans, l’église Sainte-Sophie en marquait la limite à l’ouest, elle est maintenant plusieurs kilomètres après le panneau d’entrée dans la ville ! La Turquie se développe ! Et surtout loge de plus en plus d’habitants. Nous longeons toujours la mer, les villages se succèdent. En fin d’après-midi, nous arrivons au dernier avant la frontière, Hopa. Nous n’y trouvons pas un endroit agréable pour la nuit, aussi nous continuons encore quelques kilomètres  en doublant la file des camions arrêtés. Nous nous garons sur une place tranquille derrière une mosquée, à l’écart de la route. Nous dînons à la gargote logée sous un arbre magnifique. Au menu : du poisson, de la petite friture et un plus gros mais tout aussi frit, à tel point qu’on ne sent pas les arêtes ! Une salade de tomates, poivrons, oignons et concombres que je ne peux trier les accompagne. Pas question d’apporter notre bouteille de vin, nous sommes à l’eau. De retour au camion, nous nous consolons qui d’un bout de fromage, qui d’un morceau de saucisson, avec un verre de rosé. Le muezzin qui appelle alors à la prière s’en étranglerait !

 

Lundi 30 août : Le ciel est, pour la première fois depuis longtemps, couvert mais cela ne durera pas. Nous repartons pour quelques kilomètres. Une longue file de camions arrêtés, même sous les tunnels, annonce l’arrivée au poste frontière. Malgré le peu d’amabilité du policier, les formalités sont vite expédiées côté Turquie et presque aussi rapides côté géorgien, en dépit d’une panne informatique. Aucune fouille de la voiture ni déclaration de douane. Nous voici en Colchide ! La frontière à peine franchie, nous sommes surpris par le grand nombre de plaisanciers sur la plage. Les marchands de ballons et de bouées font des affaires ! Autre surprise : le mode de conduite des Géorgiens. Il effraierait le conducteur turc (ou le rendrait admiratif ?). Il faut à tout instant s’attendre à ce que le véhicule qui précède pile, qu’un autre surgisse en trombe de droite ou de gauche. Limitations de vitesse, interdictions de dépasserGeorgie 3697, priorités ne sont que délicatesses pour conducteurs occidentaux dépressifs ! Autre sujet d’étonnement : l’écriture géorgienne, des nouilles amollies, d’aspect très karnatique. Nous pourrions, avec les vaches couchées sur la route, nous croire du côté de Madras ! Nous parvenons sains et saufs à Batumi. Nous trouvons à changer des euros dans une officine puis allons nous garer près du marché. Rien d’exceptionnel : fruits et légumes, quincaillerie en plastique etc… Marie achète des figues et des pommes sans doute acides. Par curiosité nous jetons un œil au supermarché bien pourvu en produits importés. Nous parvenons à nous insérer dans la circulation et allons cahoter dans les rues défoncées, en travaux, de l’ancien centre ville. Impression d’une ville coloniale Georgie 3698d’Afrique ou d’Amérique du Sud avec des maisons délabrées à un seul étage et une véranda à l’étage qui surplombe la rue. Nous nous en échappons vite et retrouvons le bord de mer plus coquet avec des jardins, des demeures ou des palais restaurés. Marie trouve des brochures au bureau d’information touristique puis nous quittons la ville en continuant de suivre la côte, très fréquentée par les vacanciers. Plein de gasoil à un prix enfin intéressant. Nous déjeunons en bord de plage, rafraîchis par un bon air marin. Les maisons sont toutes des cubes : un toit à quatre pans, un étage avec une véranda, un escalier extérieur et, pour les plus coquettes, des colonnes en façade. Elles sont de bois ou de pierres, souvent couvertes de tôles ondulées. Elles sont plantées au milieu d’un jardin ou d’un petit verger, en retrait de la route, derrière une vilaine barrière métallique rouillée, en tôles ou grillages. La furia automobilistique reprend. La vision dans le rétroviseur fait se dresser les cheveux sur la tête ! Tous veulent nous doubler à toute allure, n’importe où. Je me sens lapin poursuivi par des lévriersGeorgie 3701… Nous traversons une plaine en nous éloignant de la côte puis nous parvenons à Kutaisi. Nous cherchons notre chemin, on nous répond en russe. Après un bout de chemin empierré et cahoteux, nous atteignons, sur une colline, l’église de Bagrati. Elle est en pleins travaux de restauration. Le ravalement de la pierre lui donne l’aspect du neuf après nettoyage. Le chantier est interdit, nous ne pouvons qu’apercevoir aux jumelles les chapiteaux sculptés de l’entrée. Nous nous rendons dans le centre ville plus paisible. Parcs et palais du siècle passé lui donnent une allure désuète. Le musée est fermé, nul ne sait quand il est ouvert… Nous repartons pour Gelati, à quelques kilomètres de la ville, dans laGeorgie 3712 montagne. Nous apercevons l’ensemble monastique sur une colline. Nous voici devant le premier d’une, sans doute longue, série de bâtiments religieux. Aspect caractéristique des églises géorgiennes et arméniennes, ramassées, plan en croix, surmontées d’un tambour et d’une toiture conique, dans une belle pierre ocre. Nous franchissons le portail. Sur la pelouse se dressent deux églises, une tour des cloches et un bâtiment rectangulaire. La plus grande église, dite de la Vierge, est entièrement couverte à l’intérieur de belles fresques et, dans l’abside, d’une mosaïque digne de Ravenne, représentant la Vierge et deux archanges. Des portraitsGeorgie 3705 en pied du roi Bagrat montrent un farouche moustachu, en plus riches costumes que son épouse Hélène ! Une restauration d’une partie des fresques semble bien abusive… La petite église Saint-Georges est en restauration, nous y revoyons des portraits du sire Bagrat, toujours aussi martial. A l’extérieur quelques décors sculptés, des entrelacs autour d’une fenêtre et un portail lui aussi sculpté. Nous revenons au camion que nous garons à l’ombre d’un arbre, derrière l’église Saint-Georges pour la nuit.

 

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