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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 15:41

 

carte-Armenie-Georgie-copie-1.png

 

Mardi 31 août : Nous n’avons pas entendu les cloches et le soleil tarde à passer au-dessus de la montagne. Il n’éclaire les deux églises qu’au moment de partir. Nous redescendons dans Kutaisi, le musée est toujours fermé. Nous sortons de la ville par une mauvaise route déformée avant de rejoindre la grand-route. Peut-être que je m’habitue mais la circulation me paraît plus aisée. Il est vrai aussi que je m’adapte… Les lignes continues ne me semblent plus infranchissables… puisque la police n’en a cure ! Nous traversons une région montagneuse, couverte de forêts, nous suivons des gorges, passons un col avant de redescendre dans la plaine. Nous achetons une spatule en bois sur le bord de la route puis un pain dans un village dont c’est la spécialité, chaque maison en fabrique et en propose sur le bord de la route. Il est chaud, sucré et parfumé aux épices, bien pour le petit déjeuner mais pas pour les rillettes ! Nous retrouvons dans les agglomérations le réseau d’alimentation en gaz typique des pays de l’ancienne Union Soviétique, des tuyaux qui courent le long des rues, les traversent, à plus de deux mètres de haut. Nous atteignons Gori, à l’écart de l’axe principal. Nous cherchons dans le Georgie-3713.jpgcentre ville la statue du plus célèbre enfant du pays : Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Staline… La statue a disparu, elle est en « restauration », nul ne sait quand elle sera remise en place. Une plus modeste, presque honteuse, trône entre sa maison natale que l’on peut visiter et qui a été placée sous un portique à l’antique, et le musée, un bâtiment de style géorgien, mélange de mauresque et de manuélin, que nous évitons. Nous repartons et remontons une jolie vallée verdoyante. Jardins et vergers débordent de fruits. Des espaliers dépassent au-dessus de la route, il en pend de lourdes grappes de raisin. Les maisons quand elles étaient en bois devaient former de beaux villages, aujourd’hui, elles ont toutes des toits de tôle et les antennes paraboliques y fleurissent. Nous arrivons à l’église d’Ateni, trGeorgie 3717ès classique, elle domine la vallée sur un promontoire. Le gardien nous ouvre la porte mais la jupe de Marie est jugée trop courte, elle doit en emprunter une et se couvrir la tête d’un foulard. A l’intérieur, de prime abord, nous sommes très déçus. Tout est sombre, les fresques très abîmées mais la lumière surgit et nous sommes autorisés à pénétrer dans l’abside en pleine restauration et même à grimper sur les échafaudages. Marie ne monte pas, je trouve de belles fresques  aux couleurs passées mais encore lisibles. Je peux prendre des photos, le bakchich y est sans doute pour quelque chose ! Nous déjeunons rapidement sur le bord de la route puis nous cherchons le village troglodyte d’Uplistsikhe. Il est au-dessus d’une rivière qui fait le bonheur des enfants que j’envie… Le site est en plein travaux d’aménagement. Décidemment la Géorgie fait de gros investissements pour mettre en valeur son patrimoine et attirer des touristes. Une fois le droit d’entrée acquitté, nous nous tordons les pieds sur une ancienne voie d’accès creusée d’ornières puis en escaladant la pente où Marie peine. Des escaliers sont en construction mais non terminés. Enfin nous accédons à l’ensemble de grottes naturelles ou taillées dans la falaise qui a perduré Georgie-3723.JPGplusieurs millénaires. Nous y voyons des citernes, des bassins, de vastes salles, des églises ou des palais, creusés de niches, aux plafonds en caisson sculptés dans le tuf. Nous dominons le cours de la rivière mais tout cela nous paraît bien décevant. La réalité est trop souvent décevante par rapport aux descriptions enthousiastes des guides. Nous redescendons, prenons un soda avant de repartir, de retraverser Gori et de retrouver la grand-route. Elle devient alors autoroute, donc plus rapide et plus sûre. Nous en sortons à Igoeti, non sans mal pour trouver notre chemin et aller y voir les sculptures extérieures de son église Samtavisi, un décor floral ou deGeorgie-3735.JPG rinceaux autour des fenêtres, principalement au chevet, hélas dans l’ombre. Nous reprenons l’autoroute et la quittons à Mtskheta. Nous longeons la rivière puis entrons dans cette petite ville calme. Nous approchons de sa grande église mais les abords en travaux ne sont guère propices à y passer la nuit. Nous décidons de nous rendre à l’église de Dzhvari que nous apercevons au sommet d’une colline. En trouver la route d’accès n’est pas une mi nce affaire et notre connaissance du russe bien insuffisante pGeorgie-3731.JPGour comprendre les explications. Nous nous trompons, reprenons l’autoroute dans le mauvais sens, en sortons, revenons et e nfin accédons au site. Nous n’y sommes pas seuls. C’est un lieu de rendez-vous, on vient y profiter de la vue, faire un vœu etc… Et cela ne cesse pas à la nuit tombée ! Marie reste au camion pendant que je monte jusqu’à l’église admirer le confluent des rivières et la vue sur Mtskheta, à contre-jour. Pas question d’entrer dans l’église, mon short tahitien est jugé trop court, mes « belles jambes » (dixit Nicole) effraient la mère tourière… Je redescends au camion où nous nous désaltérons avec de grands verres de rosé.

 

Mercredi 1er septembre : Toute la nuit des visiteurs bruyants sont montés sur la colline se prendre en photo, admirer la vue nocturne sans oublier de claquer les portières, s’interpeller à voix haute et mettre de la musique… J’ai peu dormi ! Le moral s’en ressent, je suis déjà las de ces églises, toutes identiques, de ces fresques et ce sera la même chose en Arménie… Nous montons de nouveau à l’église, revoir la vue puis constater que l’intérieur Georgie-3736.jpgde l’église est sans le moindre intérêt. Nous retournons dans Mtskheta et nous nous garons près d’une ouverture dans le mur d’enceinte de la cathédrale, la plus grande, la plus importante église de Géorgie, le Notre-Dame local. Il est vrai que son tambour, dans une pierre verte, et ses façades ornées de belles sculptures en bas-relief lui donnent du cachet. Fenêtres ornées, grandes croix de pierre sur les murs, les artistes n’ont pas lésiné. L’intérieur est immense, une cérémonie s’y tient. Pas de bancs, on se tient debout ou on s’agenouille. De souffreteuses jeunes filles brunes se pâment devant les icônes, embrassent  toutes les représentations de saints. Des popes barbus vont, viennent, couverts d’atours chatoyants. Un chœur éthéré de femmes chante des louanges, nous sommes presque sous le charme ! De belles fresquesGeorgie-3745.JPG, un Christ bizarrement entre des représentations des signes du Zodiaque, un autre, immense, sévère, dans l’abside ! Nous finissons de faire le tour par l’extérieur avant de nous rendre à une autre église. Samtavro est le lieu de vénération d’un saint homme, fleurs, images religieuses sont déposées sur sa tombe. Nous repartons sur une route qui longe le cimetière, les tombes sont dans des enclos délimités par une barrière métallique, chacun pourvu d’une table et de deux bancs. La route se dégrade vite  avant de monter rudement vers une falaise, creusée de troglodytes. Nous atteignons le monastère de Shio Mighvime. Notre arrivée fait surgir des moines, tout en noir, portant barbe et calotte qui me demandent de me garer à l’extérieur, en bas de la côte. Je peine dans la montée à pied pour rejoindre Marie. Les deux églises sont sans le moindre intérêt. Les fresques sont du XIX° siècle et d’un goût saint-sulpicien très assuré, seul le site justifie le détour. Nous déjeunons dansGeorgie-3755.JPG le camion, à l’ombre puis échangeons quelques mots avec des rugbymen qui ont joué dans des équipes en France. Retour à Mtskheta puis nous suivons la route « militaire » construite au XIX° siècle par les Russes pour contrôler le Caucase. Nous la remontons jusqu’à un important barrage dont nous longeons le grand lac de retenue. A son extrémité, nous découvrons dans un virage la forteresse d’Ananuri qui commandait la vallée. Ses murailles crénelées, ses meurtrières, ont encore belle allure. A l’intérieur, deux Georgie-3753.JPGéglises occupent presque tout l’espace. L’une d’elles a une façade très richement ornée : croix, vigne, aigle et lion de pierre sculptés. Nous décidons de continuer de remonter en suivant les gorges d’un torrent. La route s’élève rapidement entre les flancs veloutés de montagnes entaillées par les torrents. Les meules de Georgie-3757.jpgfoin ponctuent les champs fauchés. Nous atteignons une station de ski mais nous ne poursuivons pas vers la toute proche frontière russe. Nous n’avons presque plus de gasoil et nous devons retourner en chercher. Nous descendons presque constamment au point mort jusqu’à un village où je trouve un bidon de dix litres. Nous revenons vers Tbilissi et enfin y entrons. La ville s’allonge en suivant le cours de la Kura. J’essaie de me faire tout petit dans le flot de voitures qui nous emporte. Nous parvenons dans le centre où nous devons trouver un endroit pour stationner cette nuit et le lendemain. Je me fais indiquer un parc, rate la ruelle qui y mène, cherche ailleurs, me retrouve à faire de bien compliqués demi-tours dans des impasses encombrées et finis par retrouver le parc. Nous y trouvons une place dans la verdure, à l’écart de l’agitation. Nous allons en promenade explorer les environs. Marie se plaint vite des distances. Nous ne trouvons pas de restaurant géorgien, aussi revenons-nous à l’entrée du parc dîner en terrasse au « Kazbegui » fort honnêtement de brochettes de porc, des shashlik bien sûr, et Marie d’un kababi, un hachis de mouton, oignons et œuf, pimenté dans une crêpe roulée. La bière est glacée et glisse toute seule. Marie est fascinée par une fontaine de jets d’eau espacés, verticaux, d’intensité variable, qui fait la joie des enfants. Retour au camion, toujours une étuve pour écrire et étudier le programme du lendemain.

 

Jeudi 2 septembre : Nuit au calme malgré le bruit assourdi et distant de la circulation. Nous sommes seuls sur le parking au réveil. Nous prenons un taxi après en avoir négocié le prix, Georgie-3759.JPGil nous dépose près du pont de Metekhi. Nous sommes dans le vieux Tbilissi. La rivière Kura partage la ville en deux et crée un axe agréable, presque paisible malgré la circulation sur ses berges. En face de nous, sur l’autre rive, une statue équestre prétentieuse, l’église de Metekhi et un ensemble de belles maisons avec vérandas, colonnes, décorées d’une dentelle de bois ajourée, à la fois Nouvelle-Orléans et La Réunion ! Nous allons en trouver beaucoup dans ce quartier. Nous remontons la rue des bains sulfureux. Des établissements, nous ne voyons que les dômes de briques, pas question d’y tâter, l’eau est à 45°c ! De l’autre côté Georgie-3760.JPGde la rue, une suite de belles maisons restaurées. Face à nous, un autre établissement de bain que l’on pourrait prendre avec son décor de faïences bleues pour une mosquée iranienne. Nous suivons des ruelles entre des maisons anciennes en plus ou moins mauvais état. Nous dépassons une mosquée de briques rouges  qui ne paraît pas en être une, puis suivons un sentier qui nous amène au sommet de la colline, à l’entrée de la citadelle de Narikala qui la couronne. Il n’en reste que des murailles de briques à décor géométrique et une fois sa porte franchie, il ne s’y trouve plus qu’une église récente. Une cérémonie s’y déroule, à laquelle quelques personnes assistent et trois jeunes femmes forment un chœur qui répond Georgie-3768.JPGau pope. Des remparts, nous avons une vue sur toute la ville, l’ancienne à nos pieds et la récente plus éloignée. Nous redescendons au pont, le franchissons pour monter à l’église de Metekhi qui n’a rien d’exceptionnel mais d’où nous avons une belle vue sur la ville ancienne, ses maisons traditionnelles, les tambours des églises et la muraille de la citadelle au-dessus. Nous repassons sur la rive droite et suivons la rue Leselidze. Nous la quittons pour aller traîner dans le vieux quartier de Betlemi. Encore de belles maisons, certaines superbes comme celle, cachée derrière des arbres, avec une longue véranda à l’étage décorée d’une Georgie-3769.JPGmerveilleuse dentelle de bois ajouré et un petit pavillon couvert de vitraux colorés. J’imagine un roman de Kessel, du temps où la ville s’appelait Tiflis, qui se passerait dans ces ruelles, au milieu de ces maisons alors dans toute leur splendeur. Beaucoup sont en piteux état et il est peu probable que leurs occupants aient le souci et les moyens de les restaurer. Une synagogue voisine avec des églises géorgiennes ou arméniennes. Nous continuons de parcourir des rues bordées de maisons anciennes avant de déboucher sur une grande avenue où les superbes maisons adossées à la muraille ont été restaurées depuis quelque temps et ont donc pris une certaine patine. Dommage que les antennes paraboliques les déparent. Marie commence à être fatiguée, nous décidons de Georgie-3780.JPGdéjeuner dans le jardin du restaurant « Prestige » de la rue Leselidze. Nous goûtons d’autres spécialités : le khatchapouri, une galette œuf et fromage, des aubergines aux noix et pour moi un mélange de pommes de terre, d’oignons et de viande rissolés ensemble que j’accompagne d’une sauce tkemali à base de fruits et de piment. Tout est bon dans l’ensemble mais nous apprécions surtout les grands demis (des vrais !) de bière glacée, trois nous suffisent à peine !!! Nous remontons jusqu’à la place de la Liberté. Dans le bâtiment de style mauresque qui héberge l’Hôtel de ville, nous découvrons l’Office du tourisme. Marie fait une razzia de prospectus. Nous traversons la place sans presque un coup d’œil pour le Saint-Georges doré (il y en a partout !) au sommet de la colonne plantée au beau milieu. Nous nous rendons à la Galerie d’art pour, espérons-nous, voir une belle collection d’icônes. Nous devons payer un supplément pour visiter le « Trésor », puis déposer sacs et appareil photo ce qui ne manque pas d’énerver Marie déjà bien fatiguée, avant d’être promenés par une guide qui parle français devant des icônes en argent, en or, couvertes de pierres précieuses, très rarement peintes. Il faut subir devant chacune un discours formaté, rapidement débité, saoulant ! Les autres salles sont fermées et le musée doit être rénové l’an prochain… Ouf ! Nous suivons la grande avenue Roustavéli, une succession de pompeux bâtiments officiels, théâtre et opéra dans le style architectural géorgien. Nous sommes du mauvais côté, au soleil, mais impossible de traverser l’avenue et le flot de voitures. Les passages souterrains ne sont pas en vue. Marie peine, râle parce que fatiguée mais veut trouver internet, la poste, une terrasse de café… Je l’abandonne pour chercher la poste qui a déménagé de l’autre côté, ce que tout le monde ne semble pas savoir et qui m’oblige à des allers et retours inutiles. Je rejoins Marie, nous empruntons un passage souterrain et trouvons une terrasse de café. Un Coca Cola plus tard, je l’abandonne de nouveau pour repartir en quête de la poste, encore difficile à découvrir au fond d’une cour, un minuscule bureau ! Je me connecte au cybercafé voisin, le temps de trouver un message de Julie et un de Marie-Cécile. Je retrouve Marie après avoir acheté et vidé une bouteille d’eau gazeuse. Nous repartons lentement en nous arrêtant souvent, jusqu’au camion. En plus des vieilles femmes qui tendent la main à la porte des églises, un bon nombre de personnes âgées, correctement vêtues, mendient. Les Roms, surtout des femmes avec des enfants, sont aussi nombreux. Les passants donnent facilement des piécettes. Nous retournons dîner au même endroit, des mêmes plats, avec la même quantité de bière et Marie toujours fascinée par les jets d’eau…

 

Vendredi 3 septembre : Notre cerbère à la voix cassée a pour compagnons de misère deux ou trois marginaux qui, comme la veille, tiennent une conférence sans grande discrétion au milieu de la nuit. Quand les débats plus ou moins houleux cessent, nous pouvons nous endormir… Au matin, il fait enfin frais et je ne transpire plus. Pendant que Marie se prépare, je vais à la proche supérette acheter de l’eau et quelques produits. Nous quittons Tbilissi en suivant des avenues, à l’estime quant à la direction. Par chance, nous nous retrouvons sur la bonne route en direction de Telavi. Nous roulons dans une plaine Georgie-3782.JPGmonotone avant de bifurquer, cap au sud, en direction de l’Azerbaïdjan. Les cultures disparaissent, nous entrons dans une steppe vallonnée avec encore quelques champs et des troupeaux gardés par des bergers à cheval. Nous franchissons un col puis descendons vers un village de colonisation pratiquement abandonné. Encore un bout de piste et nous atteignons, dans un décor de montagnes striées de strates rouges et blanches, le monastère de David Garedzha. Nous pensions arriver à un site de troglodytes mais s’il y a bien encore quelques grottes occupées par des moines, c’est un monastère de briques, avec vérandas, coursives en bois, que nous pouvons visiter. L’intérêt est limité même si dans ce Georgie-3789.JPGcadre il ne manque pas d’attrait. J’abandonne Marie à la boutique du monastère et pars seul pour l’ascension de la falaise qui le surplombe. L’escalade est difficile, pénible sous le soleil de midi et bientôt je crache mes deux litres de bière de la veille, hésite à continuer, espère toujours avoir fait le plus dur et continue… La vue sur les toits du monastère et sur les montagnes colorées alentour est superbe même si l’heure est peu propice. Enfin je parviens sur la ligne de crête. De ce côté-ci la vue porte sur le désert incandescent. Je suis l’arête sans remarquer d’autres troglodytes, j’aperçois une chapelle mais le sentier redevient difficile et je renonce. Par crainte de l’insolation, je me suis mis le mouchoir noué aux quatre coins sur la tête et c’est ainsi, rouge, suant, que je retrouve Marie après une rapide descente. Nous regagnons le camion où je récupère lentement tout en absorbant une bonne quantité d’eau gazeuse fraîche pour remplacer toute l’eau perdue. Nous repartons, retrouvons la route monotone. Je commence à somnoler, un Coca dans Georgie-3792.JPGune épicerie me réveille. Nous faisons un détour pour passer par la jolie quoiqu’un peu trop « belle » petite ville de Sighnaghi. Le long de sa rue principale, de belles maisons avec vérandas en encorbellement, repeintes de couleurs pimpantes. Un effort est fait pour la préserver et y attirer des touristes mais ils ne sont pas encore au courant et la ville est bien calme. En faisant demi-tour, je touche un pilier avec la porte de la cellule, encore un gnon ! Nous repartons, retrouvons la route de Telavi. Nous entrons dans la région des vignobles. Les villages se succèdent et je commence à fatiguer. Peu avant Telavi, Nous nous arrêtons et nous nous garons sur l’esplanade, devant le musée Tchavtchavadzé, un poète du XIX° siècle, « le » grand poète géorgien. Ce n’est pas tellement lui qui nous intéresse mais la production vinicole du domaine ! Néanmoins nous devons subir la visite de sa belle demeure, avec mobilier, peintures, portraits de toute la famille et ses descendants, sous la conduite d’une jeune guide anglophone avant de parvenir à ce qui nous y a attiré : la dégustation ! Nous goûtons un blanc et un rouge de bonne facture et faisons l’emplette d’une bouteille de rouge, cépage « saparavi » local, tout de même cher, surtout pour le niveau de vie du pays. Nous nous installons devant le domaine pour la nuit. Une fois de plus, nous avons choisi le lieu de rendez-vous des jeunes de la ville. Musique, cris, guitare. Cela ne dure pas et le calme revient vite.

 

Samedi 4 septembre : Il fait un agréable 25°c dans le camion que nous aimerions conserver toute la journée. Nous peinons à nous lever, la fatigue commence à se faire sentir. J’envisage une journée de repos au lac Sevan en Arménie. Nous parvenons presqu’aussitôt à Telavi. Nous cherchons le centre qui, en ce samedi, n’est pas l’endroit le plus animé. Rien n’est encore ouvert, à dix heures nous dit-on. Je poste deux cartes dans la boîte devant la poste, pas sûr qu’elles partent… Un cybercafé est ouvert. Pas de nouveaux messages, les copains nous ont oubliés… Nous répondons à Julie, à Marie-Cécile et au message de Simone. Nous allons voir la place proche, déserte, devant les murailles de la citadelle. Nous reprenons la voiture pour approcher la statue équestre d’un obscur roi puis nous sortons de la ville. Un policier que nous emmenons nous met sur la bonne route. Nous traversons la plaine. Des camions s’en vont, chargés de grappes de raisin noir. Nous Georgie-3798.jpgapercevons sur une éminence l’église et la tour derrière l’enceinte de Gremi. Muraille et tour sont en pierre, l’église, classique est en brique, peu décorée à l’intérieur. On distingue mal des fresques qui ont souffert des infiltrations d’eau. Nous reconnaissons néanmoins une Dormition de la Vierge. A côté, dans la tour, un musée bien cher pour ce qu’il a à montrer : quelques objets en bronze d’époques variées, des cruches cassées, d’anciens traîneaux pour écraser le grain. On peut monter au sommet de la tour, Les marches sont hautes, Marie renonce, elle fait bien, la vue sur la plaine et les montagnes embrumées est quelconque. Nous revenons sur nos pas et bifurquons vers Alaverdi. Marie aurait bien aimé suivre la route qui monte vers la frontière tchétchène, sans oser l’imposer, mais nous ne savons rien de son état ni de la possibilité d’y voir de belles tours de défense. Dans les campagnes, sur les pistes, les antiques Lada sont fréquentes, ce n’est qu’en ville qu’on voit des 4x4 rutilants, vitres fumées, noires, qui sur les mauvaises routes roulent au pas ! A Alaverdi, nous trouvons sur le bord de la route la cathédrale du même nom. Elle est en pleine restauration, l’extérieur disparaît sous les Georgie-3805.JPGéchafaudages et l’intérieur est presque nu, à peine distingue-t-on quelques traces de fresques. Une famille présente un coq et un bélier à un prêtre, à l’entrée, pour les bénir, puis les emporte. Nous les retrouvons sous les arbres où nous déjeunons, en train de les égorger ! Nous retournons sur Telavi. Encore un détour pour les églises d’Ikalto, sans grand intérêt, là aussi les travaux de remise en état vont bon train. A Telavi, nous décidons de prendre la route directe par le col de Gombori quoique les renseignements sur l’état de la piste soient mauvais. En cours de route, nous allons voir dans un beau sous-bois, encore trois églises, sans aucune décoration, tant intérieure qu’extérieure. Je commence à avoir ma dose d’églises mais ce n’est, hélas, pas fini… La route du col est en travaux, sans véritables difficultés, des portions sont d’excellent goudron, d’autres en construction. C’est après le col proprement dit que la piste est la moins bonne mais toutes les voitures passent. Le croisement et la rencontre avec les engins de chantier sont les seuls problèmes. Nous retrouvons la route de Tbilissi que nous évitons par un contournement pas toujours bien indiqué. Marie manifeste le désir d’un dernier détour, encore pour une église. Nous filons sur Bolnisi puis continuons sur une route étroite jusqu’à l’église de Bolnisi Sioni. Précédée d’un campanile trapu, elle est rectangulaire, sans décor extérieur, dans une belle pierre verte. L’intérêt est à l’intérieur mais une cérémonie nous interdit d’y pénétrer. L’endroit ne se prête guère à y passer la nuit, en pleine rue du village. Nous continuons donc quelques kilomètres, trouvons au bout d’une piste, la jolie église de Tsughrughachen qui domine la plaine. Les popes nous accueillent mais nous demandent de nous garer à l’extérieur. Nous admirons la vue, le décor du tambour et de l’encadrement des fenêtres. L’intérieur est nu. Nous nous installons, on nous apporte du thé, du miel, des bonbons et du melon. En échange, nous offrons une tournée générale de rosé italien que tous avalent sans vergogne et qu’ils ont la politesse de trouver bon. En retour, nous avons droit à un demi-litre de rouge, « production familiale » dont heureusement nous n’avons pas à vanter les qualités… Disons que pour accompagner notre repas du soir, confit et pommes de terre, ce n’est pas l’idéal. Marie se défile vite et se rabat sur le rosé italien.

 

Dimanche 5 septembre : Une nuit sans bruit ! Des ricanements (?), des glapissements (?) que j’avais cru poussés par des gosses hier soir, se répètent à l’aube, peut-être des renards… Nous faisons nos adieux aux popes. Celui qui avait offert thé, miel et melon hier soir, nous apporte encore du thé parfumé à la menthe poivrée et du miel qui va compléter nos stocks, ainsi que du pain. Nous ne pouvons refuser et aurons donc pris deux petits déjeuners… Nous quittons notre ermitage et retournons à l’église de la veille. Mais, à nouveau, une cérémonie se prépare. Un pope et ses assistants, tous chamarrés d’or et de pourpre, accueillent des dignitaires, tout vêtus de noir, avec de grandes barbes d’ayatollahs. Nous ne pouvons examiner l’intérieur de l’église et repartons. Nous filons vers la frontière arménienne dans un paysage qui pourrait être saharien, des pics volcaniques surgissent d’un sol aride. La sortie de Géorgie se fait très rapidement avec un responsable souriant et anglophone. Le pont sur le Debed franchi, nous sommes en Arménie. Les formalités sont un peu plus longues mais il n’y a presque pas de trafic. Nous devons prendre des visas de vingt et un jours pour six euros cinquante chacun et payer quinze jours  d’importation temporaire de la voiture pour cinquante euros. La route est nettement moins bonne, les seuls véhicules sont d’antiques Lada et de même qu’en Géorgie, les charrettes tirées par des ânes ou des chevaux sont fréquentes. Nous roulons dans des gorges qui seraient belles si une succession d’usines en activité, mais pas du tout dernier cri, n’en ternissaient la vision. Amas de ferrailles rouillées, béton grisâtre fatigué et fumées inquiétantes font partie du paysage. Ce n’est plus l’alphabet géorgien mais arménien, tout aussi peu déchiffrable. Les pancartes sont en arménien et en cyrillique et, sur les routes, en caractères latins. Nous empruntons une route étroite qui grimpe sur le plateau, jusqu’au village d’Haghpat. Nous y découvrons l’un des plus beaux monastères du pays. La premièreArmenie 3811 vision est décevante. La pierre, du basalte, est noire et l’ensemble est entouré de maisons, rien de bien spectaculaire. L’ensemble des bâtiments comprend une église, un réfectoire, un campanile et un hamazasp, une salle d’étude ou de réunion. Tous construits dans des blocs de pierre de belle taille et couverts de plaques du même matériau. Pas de toits de tôle mais l’exubérance baroque, les décors ouvragés des fenêtres et des tambours, sont inconnus ici. Tout y est plus sévère. Nous faisons connaissance avec les gavit, le narthex de l’église, une vaste salle dallée de pierres tombales, caractéristique des monastères arméniens. Les salles sont Armenie-3814.JPGbelles, vastes, réalisées au moyen de paires d’arcs parallèles qui se croisent Nous déjeunons dans le camion, au-dessus des bâtiments puis repartons. Dans la descente, je trouve une fontaine où je peux adapter mon tuyau pour remplir les réservoirs d’eau mais je n’ai pas trop des deux mains pour boucher les fuites du robinet ! De retour dans la vallée, nous atteignons la bien vilaine ville d’Alaverdi, une vision du paradis socialiste des années cinquante. Immeubles lépreux, usines, fonderies et mines de cuivre. A fuir ! Nous remontons jusqu’au monastère de Sanahin, au milieu d’une extension de la ville, derrière des HLM piquetés de paraboles. Même impression de tristesse dans ce monastère malgré les deux Armenie-3822.JPGbelles salles voûtées des gavit, ouvertes sur l’extérieur, tristesse renforcée par la désagréable vision d’un lamentable abandon du site. L’herbe pousse entre les pierres, des arbustes grandissent sur les toits et pourtant ces monastères sont classés par l’Unesco au patrimoine mondial. Autre caractéristique locale : les khatchkar, des croix de pierre très ouvragées disposées un peu partout et qui me rappellent les croix celtiques mais en plus travaillées. Nous continuons de suivre la vallée sans trop savoir où nous allons pouvoir nous arrêter pour la nuit quand nous remarquons un panneau « Kamp ». A tout hasard, je suis le bout de piste qui nous amène à un centre avec des terrains de sport. Je demande s’il serait possible de camper. Le personnel est un peu étonné mais ne fait aucune difficulté pour que nous nous garions à l’intérieur de ce qui s’avère être une colonie de vacances en période estivale.

 

Lundi 6 septembre : Grand calme, même pas de renards ! Il fait frais au matin. Dans la journée, la chaleur était supportable, en partie à cause de l’altitude et sans doute n’aurons nous plus de canicule. Nous repartons vers Vanadzor. L’arrivée dans la ville est démoralisante : des usines, des tuyaux, des barres d’immeubles d’une tristesse à pleurer. Nous désespérons presque de trouver un centre ville avec une quelconque activité. A un carrefour règne une animation sur quelques centaines de mètres, des étals et de minuscules boutiques de bric-à-brac. C’est un marché aux puces où on vend, et peut-être achète,  des brouettes sans roue, des fers à repasser sans poignée et des roulements auxquels il manque deux ou trois billes… Je trouve à changer des euros à un taux moindre qu’à la frontière puis nous complétons nos provisions dans une supérette où il faut payer à chaque comptoir. Bon choix de salaisons et nous trouvons tout ce dont nous avions besoin. Pour un cybercafé il faut aller dans le « centre », une artère, un peu moins déprimante, où des commerces « modernes » mettent un semblant de vie. Nous trouvons un message de Marie-Cécile qui nous rassure sur l’état de santé d’André. Nous quittons (non sans devoir demander notre chemin à chaque carrefour, faute de panneaux indicateurs), cette vallée de larmes pour suivre de nouvelles gorges dans la montagne couverte de forêt, jusqu’à Dilijan. Ici, pas question de dépasser la limitation de vitesse, l’état de la chaussée ne le permet pas. Cloquée, boursouflée par les plaques de bitume apposées à diverses époques pour boucher les trous, elle secoue plus sûrement et à moindre coût qu’un manège à la Foire du Trône ! Les vieux bus que nous rencontrons ont tous sur leur galerie des bouteilles de gaz, Armenie-3828.JPGleur carburant. Nous y trouvons un petit espace où des maisons ont été restaurées dans le style traditionnel mais elles sont trop neuves, toutes avec les mêmes balustrades, les mêmes décors. Des artisans y sont installés mais les boutiques sont fermées et l’on n’y voit pas l’ombre d’un touriste. Nous repartons, grimpons sur une petite route en forêt jusqu’au monastère de Haghartsin. Encore une très grosse déception mais cette fois pour la raison inverse de Sanahin. Ici la reconstruction (et non plus la restauration !) va bon train. On s’agite sur le chantier, les pierres sont grattées, blanchies et si trop usées, remplacées par de toutes neuves. A cette vision désolante s’ajoute le bruit des compresseurs et des tronçonneuses, les particules Armenie-3831.JPGd’abrasifs dans l’air ! Nous nous arrêtons à quelque distance pour déjeuner, nous avons alors une belle vue sur le monastère dont on ne distingue plus trop les travaux. Marie a envie d’aller au monastère de Makaravank, ce qui nous oblige à remonter en direction de la Géorgie par la route qui longe la frontière azérie, dans une zone contestée. Pour une fois, la route est bonne, celle qu’il faut suivre ensuite jusqu’au site, l’est moins. Nous trouvons le monastère dans les bois, en pleine montagne. Et Armenie-3836.jpgpour une fois, nous estimons qu’il méritait le détour. Nous y sommes seuls. Le portail est fermé mais il n’est que symbolique, il suffit de contourner le mur d’enceinte pour se retrouver devant la belle façade du gavit. Des bas-reliefs ont été sculptés, animaux, lions, oiseaux, et le décor autour des fenêtres et au-dessus des portes est digne des églises géorgiennes. Des pierres vertes, roses, rouges, noires ont été utilisées et Armenie-3837.JPGilluminent la façade. A l’intérieur, le devant de l’autel a été très finement sculpté. Nous revenons sur nos pas pour un dernier détour au monastère de Gashavank. Ici, les visiteurs ne sont pas rares et des échoppes de souvenirs les attendent dans les maisons du village que dominent les bâtiments monastiques. Encore un bel ensemble, avec de belles croix, les khatchkar, et un Armenie-3846.jpgdécor d’une grande délicatesse. Nous serions presque réconciliés avec les églises arméniennes ! Nous n’avons pas encore vu de religieux dans ces monastères, au contraire de la Géorgie où les lieux de culte étaient réutilisés. Les règles ne semblent pas aussi strictes, les femmes sont en jupe et ne portent pas de foulard. Nous retournons à Dilijan et poursuivons en direction du lac Sevan. La route s’élève dans de belles montagnes puis un long tunnel nous fait passer sur l’autre versant, presque sans végétation, et nous descendons vers le lac. Proche d’Erevan, c’est un lieu de villégiature  très fréquenté. Des restaurants alignent des tables et des bancs, protégés du soleil par de vilains plastiques bleus que nous avions pris de prime abord pour des tentes ! On peut aussi louer des bungalows, des domik. Nous cherchons à camper. Après avoir essuyé un refus puis nous être vu demander trop cher en échange d’un simple droit de stationner, nous trouvons un terrain sous les arbres, au calme semble-t-il. Nous dînons au restaurant du terrain, seuls, les estivants venus pour la journée sont repartis. Au menu : un lavaret grillé, un poisson du lac à la chair ferme et fine et des kababi qui sont, comme en Géorgie, des brochettes de viande hachée. La bière est à la température ambiante…

 

Mardi 7 septembre : Réveil tardif et au frais. Nous sommes presque à deux mille mètres d’altitude et nous avons dormi toutes fenêtres fermées. Nous avons décidé de nous octroyer une journée de repos. Grand nettoyage, lessive puis lecture, mots croisés nous occupent jusqu’à l’arrivée d’un bus (à gazogène !) de gens venus faire la fête. Ils installent une sono, allument un grand barbecue, tuent un mouton et s’affairent en cuisine. Aucun d’entre eux n’a la bonne idée de nous proposer une de ces splendides brochettes  qui nous font saliver. Pas même un bonjour, tout juste un regard curieux, vite détourné, dans notre direction. Nous déjeunons dehors, sur la table avec le poulet fumé acheté hier, très salé. Courte sieste tandis que les barbecues s’allument autour de nous et que des musiques diverses font assaut de décibels. Nous allons ensuite faire un tour sur la presqu’île. Sur le promontoire,Armenie-3849.JPG deux églises sans particularité et quelques khatchkar, toujours aussi délicatement ouvragés. Au bord de l’eau, des guinguettes attendent le client mais ils commencent à se faire rares. Le lieu est touristique, des marchands de souvenirs sont installés et sur les escaliers qui mènent aux églises, des peintres du dimanche transforment Sevan en un Montmartre local. De l’extrémité de la presqu’île, nous avons une vue sur toute l’étendue calme du lac qui se perd à l’horizon. Nous allons prendre un verre à la terrasse  d’un restaurant puis, la carte ne nous inspirant pas, nous rentrons au « camping » attendre l’heure de dîner tout en guettant les départs de nos trop bruyants voisins. Nous allons voir évoluer les jet-skis sous le nez des baigneurs, le sable est noir, nous ne tentons même pas de nous tremper le bout des pieds, l’eau doit être trop froide. On vient nous vendre des écrevisses, nous les gardons pour demain. Au dîner nous goûtons le sudjuk, un très appréciable saucisson de bœuf épicé. Les derniers fêtards partis, nous pouvons dormir.

 

Mercredi 8 septembre : Le vent a soufflé fort dans la nuit, j’ai même cru entendre des vagues (?) sur le lac. Nous quittons le camping sans voir personne. Nous laissons l’« autoroute », une deux fois deux voies pour Erevan et suivons les bords du lac Sevan, toujours aussi peu attrayant. Nous parvenons à Noratus dont Marie déchiffre le nom en arménien, nous suivons une mauvaise piste jusqu’au centre du village pour trouver le cimetière. Si nous avions continué, un panneau en caractères latins nous en aurait indiqué Armenie-3855.JPGle chemin sur une meilleure piste. Dans ce cimetière, toujours utilisé, se trouvent un grand nombre de pierres tombales gravées avec des scènes très réalistes : laboureur derrière sa charrue et ses bœufs, scènes de banquets et de musiciens. Le nombre de khatchkar de toutes les époques est encore plus important, ils sont alignés en rangées mais hélas tous orientés à l’ouest donc leur face est à l’ombre. Nous nous promenons avec une brochure en français mise à notre disposition. La venue de touristes a incité quelques vieilles à venir y filer la quenouille pour essayer d’y vendre bonnets et chaussettes de laine.  Nous faisons un Armenie-3857.JPGdétour pour aller voir le monastère de Dzoraguiough. Nous devons demander notre chemin à plusieurs reprises, occasion d’admirer les râteliers aurifiés de quelques vieilles en fichus colorés. Le monastère se réduit à une simple église entourée de khatchkar, également mal orientés. La route quitte le lac et s’élève au milieu de montagnes arides, désertiques, couvertes d’une herbe jaunie où les traînées vertes indiquent les méandres des ruisseaux. Nous passons un col à deux mille quatre cents mètres et aussitôt, dans la descente, nous nous arrêtons devant un caravansérail de la route de la soie. A cette altitude, il n’a pas de cour intérieure. Armenie-3869.JPGC’est une très grande salle voûtée à trois nefs, entièrement dallée, en bon état. On imagine facilement les animaux parqués au centre, de part et d’autre de la rigole recevant leurs déjections, les ballots déchargés sur les bas-côtés et les caravaniers réfugiés autour d’un feu dans les petites salles du fond. Il est richement décoré de stalactites de pierre dans les ouvertures du plafond et dans les niches. Nous déjeunons devant d’un repas inhabituel : les écrevisses de la veille, une fois décortiquées, il n’en reste guère, et du pasterma, ce jambon de bœuf séché, enrobé de paprika, particulièrement épicé. Une fois dans la vallée, nous retrouvons des oasis, de la végétation autour de torrents. Nous décidons de faire une boucle dans la vallée de Yegheghis. Nous sommes dans un cadre de montagnes qui ne dépareraient pas au Maroc et puis soudain, apparaît un piton d’où semblent couler des colonnes de section carrée, des orgues de basalte. Au virage suivant, c’est toute la falaiseArmenie-3871.jpg qui est ainsi couverte de ces « bordures de trottoirs » comme nous avions appelé les premières rencontrées dans le Hoggar. Elles sont presque toutes verticales, certaines font des ondulations et des grottes sont visibles. Nous remontons vers un village d’où nous avons une belle vue d’ensemble. La route, devenue piste, se dégrade mais elle va devenir cauchemardesque. Le village suivant de notre boucle est sur l’autre versant de la haute montagne qui domine l’endroit où nous nous trouvons. Nous demandons notre chemin à plusieurs villageois, mais il faut bien l’admettre, la piste défoncée, aux ornières profondes, sans beaucoup de traces de véhicules, est bien celle que nous devons emprunter. Nous nous y lançons, presque toujours en seconde vitesse, si ce n’est en première, notamment dans les virages en épingle à cheveux, et le niveau de gasoil est au minimum. Ma tentative de couper par un raccourci pour économiser le carburant avorte, nous calons au moment de rejoindre la piste. Trop lourd et manque de puissance ! Enfin nous parvenons au col sans avoir rencontré âme qui vive ni même le moindre animal. J’effectue une partie de la descente en roue libre, cela devient une habitude ! Nous apercevons des campements d’éleveurs puis des maisons et enfin un village, mais toujours pas de gasoil. Il faut encore descendre longtemps sur une ancienne route mitée pour retrouver la « grande » route. Je trouve des bidons de gasoil, moins chers que dans une station. On m’affirme qu’il provient de Russie mais le passage de camions Armenie-3885.JPGiraniens m’inciterait plutôt à en voir l’origine de ce côté… Nous repartons peu après sur une ancienne route, donc défoncée, pour suivre des gorges dominées encore par des orgues de basalte qui brillent dans le soleil. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous franchissons un pont et remontons jusqu’à l’entrée du monastère de Gndèvank. Nous nous garons sous sa muraille entourée de montagnes désolées. Juste devant l’église, toute une famille est venue fêter les dix ans d’un gamin. Nous sommes conviés à la table… On nous tient de grands discours auxquels nous ne comprenons rien. Le gamin Armenie-3877.JPGsouffle ses bougies sur un énorme gâteau dont on nous sert de généreuses portions accompagnées de rasades d’un vin rouge local, un vin doux qui passe avec les sucreries. Mais on nous sert aussi tout ce que nous avons raté et en particulier du mouton qui a été sacrifié et qui a été bouilli. La viande est dure, sans goût, nous n’y faisons honneur que du bout des dents. Les toasts se succèdent, cul sec, heureusement les verres sont petits et j’ai évité les tournées de vodka… Nous nous éclipsons, prétextant notre souhait de visiter l’église. Elle est sans grand intérêt à l’exception de quelques pierres tombales à l’extérieur. Nous nous gardons Armenie-3878.JPGbien de revenir à table. Et après échange de vœux, cadeau d’une carte postale de Toulon avec nos souhaits de bon anniversaire qui semble presque émouvoir la mère, relevé de l’adresse en arménien pour envoi des photos, nous parvenons à partir. Dommage, je serais bien resté devant le monastère pour la nuit… Nous retournons à la route principale, roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans une gargote, le long du ruisseau. Nous demandons la permission, accordée, de dormir là et nous y dînons au-dessus du ru, d’une excellente truite grillée et d’une superbe brochette de porc. Hélas, là non plus, la bière n’est pas fraîche.

 

Jeudi 9 septembre : Le vent a encore soufflé toute la nuit. Les levers sont difficiles, le décalage horaire avec la Géorgie nous donne l’impression de partir à l’aube ! Nous continuons sur la route qui s’élève, passe un col dans un paysage de montagnes pelées. Des nuages coiffent les sommets alors qu’il y avait longtemps que nous n’avions que du ciel bleu. Nous refaisons un plein de gasoil et cette fois, je remplis un des jerrycans… Peu avant Sisian, un petit bout de piste nous amène à un site de mégalithes, des pierres dressées Armenie-3894.JPGdans un beau cadre de montagnes à perte de vue. Elles ont l’originalité pour nombre d’entre elles d’être percées d’un trou de la grosseur d’une prune. Des théories plus ou moins fumeuses ont été élaborées, certaines leur attribuent un rôle d’observatoire astronomique ( ?). Nous atteignons Sisian. La route d’accès à la ville est complètement défoncée, seul le centre ville est correct et encore… Nous trouvons l’église Saint-Jean d’un intérêt là encore limité, quelques têtes et les évangélistes sculptés sur le tambour mais il faut sortir les jumelles pour les distinguer ! Nous allons nous garer dans le centre ville, très réduit : une allée piétonne, des magasins de vêtements, de chaussures qui ne donnent pas envie d’y entrer et encore moins d’acheter, et un petit supermarché où, selon le même principe qu’à Vanadzor, on paie à chaque comptoir, viande, pain, boissons. Nous trouvons un cybercafé. Des nouvelles de Michèle, de Duyen, des Portier, de Giraud qui propose un rassemblement des Azalaï fin octobre (nous essaierons d’en être) et curieusement trois messages, un an après le voyage de Marocains qui m’insultent, blessés par mes dires ! J’en suis fâché mais cela ne peut que renforcer mon opinion sur les nationalismes imbéciles (pléonasme ?). Nous repartons, lentement, dans les rues en travaux et donc difficilement praticables de Sisian, obligés de demander notre chemin à Armenie-3898.JPGchaque intersection, puis sur une mauvaise route, elle aussi en travaux, jusqu’au monastère de Vorotnovank dans un très beau site, sur un éperon, au-dessus d’un torrent. Nous déjeunons tardivement, avant de faire le tour des lieux, sans intérêt particulier si ce n’est quelques pierres tombales dans le cimetière. Nous repartons, prenons un raccourci pour rejoindre la route principale que, suivant les indications de notre livre-guide, nous quittons pour un nouveau raccourci en direction de Tatev. La première partie de la route est correcte, les nids de poule viennent d’être rebouchés. Mais à partir du village d’Halidzor, ce n’est plus qu’une mauvaise piste étroite, à travers champs ou à flanc de collines, dont nous ne croirions pas qu’elle puisse être dans la bonne direction si des gardiens de troupeaux à cheval ne nous le confirmaient. Nous y sommes absolument seuls. Enfin nous retrouvons la route principale, elle aussi en travaux, et commence une longue et très raide descente dans les gorges du Vorotan. Hélas, le ciel s’est couvert et le soleil est Armenie-3907.JPGtotalement absent. Arrivés au torrent, Nous nous arrêtons pour aller voir le Pont du Diable, un pont naturel sur lequel passe la route. Nous suivons un sentier d’où nous avons une vue sur les stalactites de roches et les marmites creusées par le torrent. Des piscines naturelles ont été aménagées mais nul ne s’y trempe. L’endroit est particulièrement sale, des plastiques sont accrochés aux branches, des couches de bébé, des bouteilles plastiques, des débris de verre et des mégots souillent chaque mètre carré. Des panneaux en arménien et en anglais demandent : « Laissez cet endroit propre » !!! Nous repartons pour une longue montée sur une piste poussiéreuse, toujours en travaux, sur l’autre versant des gorges Armenie-3900.JPGjusqu’à atteindre le monastère de Tatev. Un de ceux dont j’attendais le plus mais… des travaux sont en cours sur un bâtiment à l’entrée du site et à une centaine de mètres, on construit la station du futur téléphérique qui évitera aux touristes la descente et la remontée des gorges ! Le temps y met du sien pour me gâcher la visite, ciel gris et vent froid ! Nous allons visiter les lieux mais je suis las de ces églises toutes semblables, de ces bâtiments conventuels déserts et ce ne sont pas quelques frises et bas-reliefs qui me redonneront le moral. Nous avançons de quelques centaines de mètres sur la route qui continue en montant. Nous jouissons alors d’une belle vue sur le monastère, malgré une vilaine bâche bleue que je promets d’effacer sur la photo. Un rayon de soleil transformerait la vue des bâtiments, juste au-dessus de la falaise, dans ce cadre de montagne, en un superbe chromo, et ce malgré les restes d’un clocher rajouté. Peut-être demain… Nous décidons de rester là pour la nuit avec la vue par la porte arrière.

 

Vendredi 10 septembre : Nous nous réveillons dans les nuages ! Nous ne voyons plus le monastère, ni les montagnes. Le temps de petit déjeuner et de nous préparer, la masse nuageuse s’allège et nous commençons à distinguer les bâtiments dans la grisaille, bien Armenie-3906.JPGque le soleil ne parvienne pas à percer. Nous repartons, redescendons dans le fond du cañon et sortons des nuages. Nous renonçons à marcher sur un étroit sentier et à franchir le torrent à gué pour aller voir le monastère de Tatev-du-Bas, perdu dans la brume. Nous remontons l’autre versant et plongeons dans un épais brouillard, je n’y vois pas à dix mètres ! Nous croisons d’autres véhicules qui n’ont pas jugé bon d’allumer leurs phares. Nous avançons au pas sur la route en travaux. Sur le plateau, le brouillard se dissipe légèrement et nous pouvons alors rouler plus vite. Nous retrouvons la route d’Erevan mais nous nous trompons de direction et devons faire demi-tour pour arriver à Goris, ville aussi gaie que ses consœurs… Nous traversons le centre, enfin ce qui en tient lieu : poste, mairie, magasins de vêtements. Je déniche un cybercafé au personnel aussi souriant que la cité, comme d’habitude… Nous répondons au courrier et trouvons un message des Fantino. Nous nous rendons à l’extrémité de la ville pour contempler la ville Armenie-3912.jpgancienne : des habitations troglodytes, creusées dans des cheminées des fées, comme en Cappadoce mais sans tapis devant chaque ouverture, sans cafés ni boutiques de souvenirs, sans touristes non plus… et sans soleil ! Nous repartons en direction du Karabakh et bifurquons bientôt sur une route à nids de poule pour le village de Khndzoresk où, bizarrement, la chaussée est en bon état ! Nous y cherchons l’ancien village, personne ne comprend ce que nous demandons. Nous finissons par le découvrir au détour d’une mauvaise piste. Encore un ensemble de troglodytes taillés dans un cirque de montagne et quelques cheminées truffées de grottes. Certaines sont toujours utilisées comme granges ou remises. Après avoir déjeuné avec une vue sur le site, nous y faisons une courte promenade. Pas de visiteurs donc pas de déchets. Nous sommes seuls  au milieu des roches érodées, au-dessus du vallon verdoyant. Nous reprenons la route, désormais sur le retour, en nous rapprochant d’Erevan et de la Géorgie. Nous roulons bien sur un trajet déjà en partie parcouru et sur une chaussée plus ou moins bonne. En reprenant de l’altitude, nous abandonnons les nuages et retrouvons le soleil ainsi que desArmenie-3941.JPG températures plus agréables. Nous repassons devant l’auberge où nous avions dormi avant-hier puis roulons dans des gorges entre deux hautes falaises. A leur sortie, nous prenons une route secondaire, toujours entre des falaises et débouchons dans un cirque de mo ntagnes aux roches rouges sur lesquelles se détachent les églises du monastère de Noravank. Nous nous garons devant. Je suis tout de suite séduit. Enfin des églises dignes de celle d’Ahtamar, suArmenie-3930.jpgr le lac de Van. La pierre blonde, éclairée par le soleil, fait oublier la triste grisaille des précédentes églises. L’église de la Vierge et celle  de Saint-Etienne présentent toutes deux leurs façades ouest avec des tympans sur deux niveaux superbement sculptés. Ils représentent de magnifiques Vierges à l’enfant et un Dieu barbu, avec la tête d’Adam pour la première, entre les archanges Gabriel et Michel pour la seconde. Un escalier extérieur sur la façade de l’église de la Vierge est d’une exquise élégance mais casse-gueule à la descente, vu son étroitesse ! Le gavit de Saint-Etienne est dallé de pierres tombales calligraphiées en arménien. Nous prenons notre temps, détaillons chaque motif. Enfin des églises qui ont tous les atouts : site, couleur de la pierre, qualité de la décoration, discrétion de la restauration. Même le café-restaurant dans un coin de parking parvient à se faire oublier ! Je vais faire une photo de l’extérieur du monastère en grimpant dans la montagne puis je rejoins Marie au café où nous prenons un pot sous les arbres avant de regagner le camion pour la nuit.

 

Samedi 11 septembre : Les nuages nous ont rattrapés dans la nuit, le ciel est tout couvert. Le soleil tente quelques percées avec plus ou moins de succès. Cela augure mal pour la vision du mont Ararat qui culmine à plus de cinq mille mètres. Nous repartons jusqu’au village d’Areni. Nous allons y voir une église due au même architecte, un certain Momik, que le monastère de Noravank Nous y retrouvons logiquement la même pierre blonde et surtout le même style de tympan gravé d’une belle Vierge à l’enfant, au-dessus de la porte. Dans le cimetière, des pierres tombales reprennent les thèmes des chevaux avec leurs cavaliers et des banquets. A la sortie du village, nous repérons la cave vinicole. On nous emmène dans la salle dévolue aux dégustations et on nous aligne des bouteilles. Nous récusons les vins blancs et les demi-secs. Il ne nous reste plus que cinq bouteilles à tester à neuf heures du matin ! Elles sortent du réfrigérateur et ont été débouchées nous ne savons quand. Bref, aucune cuvée ne trouve grâce et même, plus elles sont âgées (96, 98), moins elles me plaisent… Nous achetons tout de même une bouteille pour boire à Toulon dans de meilleures conditions. Nous repartons dans la vallée plantée de vignobles. Les petits producteurs vendent leur vin sur le bord de la route, dans des bouteilles en plastique de Coca Cola ou autres sodas. Nous passons un col et devinons le mont Ararat perdu dans les nuages. Mais, le temps d’approcher d’Erevan, le ciel se dégage doucement et si la masse des nuages accrochés aux deux sommets du volcan reste importante, elle laisse deviner leArmenie-3943.JPG sommet enneigé. Nous bifurquons vers le monastère de Khor Virap qui, sur une éminence au-dessus des vignobles, se détache en ombre chinoise sur le mont Ararat. Nous patientons dans l’espoir que ses deux sommets se dégagent mais l’évolution est si lente que nous décidons d’abord de  visiter le monastère. Il ne présente guère d’intérêt si ce n’est par sa situation. Les visiteurs sont nombreux et se font photographier en lâchant des colombes en souvenir du même geste accompli par Noé, supposé être venu s’échouer là-haut… Nous espérons encore une amélioration mais si le soleil éclaire maintenant le monastère, le mont est de plus en plus dans la brume. Nous repartons donc pour Erevan. Nous ne trouvons pas l’autoroute de contournement indiqué sur notre carte et devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver la route de Garni. Elle grimpe durement sur une mauvaise chaussée où chacun roule comme il peut, où il veut. Nous apercevons Erevan en contrebas. Peu avant Garni, nous avons droit à une portion de route comme nous en avons rarement vu ! A croire qu’un dragon est enterré sous la couche de goudron et que de temps en temps, il bouge. Une pelletée de bitume est alors jetée dessus, obligeant le conducteur à rouleArmenie-3949.JPGr au pas sur son échine cabossée. Nous déjeunons tardivement avant de franchir l’enceinte de la citadelle. L’entrée est payante mais le préposé est absent, nous ne l’attendons pas… L a forteresse a été construite sur un éperon rocheux qui domine des gorges où l’on distingue des orgues basaltiques mais le clou du site est l’inattendu temple romain du Ier siècle. Il est le seul dans la région, a été remonté sans trop d’abus et présente ses colonnes ioniques au sommet d’une volée de marches. Les bains, cachés sous une structure plastique, sont fermés au public. Tout juste pouvons-nous apercevoir le soubassement où circulait la vapeur et une mosaïque assez décevanteArmenie-3963.JPG après ce qui était annoncé. Nous continuons quelques kilomètres jusqu’au monastère de Geghard, lui aussi situé dans un beau cadre de montagne, au fond d’une gorge. Comme à Garni, nous ne sommes pas seuls, les groupes de touristes sont nombreux de même que les citadins venus se faire prendre en photo devant les églises, sans y porter grande attention. L’église Saint-Sion est en partie rupestre, son gavit est somptueusement décoré de croix, de scènes de chasse. Les salles troglodytes le sont également avec de surprenantes sculptures et des khatchkar partout. Au niveau supérieur, un autre gavit possède une acoustique Armenie-3958.JPGexceptionnelle. Nous faisons le tour de l’église et allons jeter un œil sur l’extérieur. Des arbres sont couverts de foulards ou de tissus noués sur les branches pour marquer des vœux. Nous avions prévu de rester là pour la nuit mais l’affluence des gens venus pique-niquer, la musique qui s’élève un peu partout, les barbecues qui fument, laissent augurer un samedi soir animé ! Nous décidons donc d’aller dans le centre d’Erevan et de nous y garer. La descente sur la ville se fait rapidement. Nous ne savons pas trop où est le centre. Par chance, nous demandons notre chemin à une personne qui parle parfaitement français et qui nous indique l’avenue à suivre pour nous rendre sur la place de la République, le cœur de la ville. Nous y parvenons facilement et nous nous garons à proximité. La place ne manque pas mais la circulation risque d’être bruyante. Je pars en reconnaissance et trouve, derrière l’hôtel Marriott, des emplacements au calme. Je reviens au camion et nous allons nous y installer. Nous achevons la bouteille de pastis pour marquer notre arrivée à Erevan et établissons le programme des deux jours à venir. Nous ressortons après dîner pour faire le tour de la place de la République, toute proche. Les bâtiments officiels, poste, ministère des Affaires étrangères, Gouvernement, musée, sont tous illuminés et l’ensemble est assez réussi. Devant le musée, un spectacle de fontaines musicales laisse Marie coite ! Elle s’est découverte une passion pour les jets d’eau. Va-t-il falloir que j’installe une fontaine Wallace dans le jardin à Toulon ?

 

Dimanche 12 septembre : Nous nous levons un peu plus tard. La ville est calme en ce dimanche matin. Nous nous rendons d’abord à l’Office du tourisme chercher des informations  puis nous allons au « vernissage », terme russe qui désigne un marché aux puces. Effectivement, les premiers étals proposent toute la quincaillerie d’occasion imaginable : téléphones fixes sans fil, pommes de douche bouchées prises électriques sans fiches etc… puis les marchands de pacotille pour touristes  se font de plus en plus nombreux et commence alors la très pénible quête des cadeaux. Recherche d’autant plus difficile que les prix nous paraissent exorbitants et que, comme à l’accoutumée, Marie ne peut envisager que les autres aient des goûts différents des siens, sans compter que trouver quelque chose qui plaise à Julie relève de la gageure… Il est plus de midi quand Armenie-3964.JPGnous arrivons au musée. Marie m’y attend pendant que je rapporte nos trésors au camion puis je dois aller changer des euros pour renflouer le porte-monnaie. Nous visitons la Galerie d’art en commençant par le huitième étage : peinture européenne, des Vierges de Botticelli à Bernard Buffet ! Mais nous passons rapidement, déjà fatigués et peu motivés ; au septième, la peinture russe, nous retrouvons des peintres appréciés lors de notre voyage en Russie : Levitan, Repine et d’autres aux noms déjà oubliés. Puis ce sont trois étages de peintres arméniens qui commencent très fort avec une salle de portraits remarquables d’Hovnatanian puis une salle du plus connu, Savian, un coloriste. Nous ne pourrons pas voir les Jansem, la salle est fermée, tant pis pour les Basset ! Enfin nous ressortons affamés. Nous nous rassasions (sauf Marie qui a plus de petits pois  que de poulet dans sa salade) à la terrasse d’un café-restaurant branché, fréquenté par les touristes et les nantis. Nous sommes bien en Orient, des hommes, jeunes, fument le narguilé à la terrasse, d’autres plus âgés jouent avec leur chapelet à longueur de journée. Nous remontons l’avenue Abovian à la recherche de boutiques de souvenirs ou de tapis et d’un éventuel restaurant arménien pour dîner. Mais les bouleversements de la voierie dans la ville les ont fait disparaître et quand nous trouvons des tapis, ils sont fort chers. Parvenus à une minuscule église perdue dans un terrain vague entre des immeubles, nous nous dirigeons vers l’opéra, fatigués, assoiffés. Nous prenons un pot, affalés dans les fauteuils en plein air d’un bar au milieu d’un parc. Bien sûr le prix des consommations est en conséquence, inversement proportionnel au volume du flacon. Nous contournons l’opéra, disgracieuse masse grise, et revenons lentement en traversant une place très animée avec des jeux pour les enfants et un podium où se produisent des danseuses impubères et pas en phase. Nous descendons une rue piétonne, nouvellement ouverte, pas totalement finie, où commencent à ouvrir des commerces de luxe dans des immeubles d’un goût architectural douteux. Les voitures de police sont toutes en embuscade et il ne se passe pas de quart d’heure sans que nous ne voyions un automobiliste verbalisé. Nous retrouvons le camion et je repars aussitôt profiter des commodités du Marriott puis d’un salon désert pour recopier les photos sur l’ordinateur. Je parviens à me connecter mais sans accéder à la messagerie. Je crains avoir commis une erreur en demandant un nouveau mot de passe. J’ai tout de même réussi à créer une carte électronique à envoyer aux amis. Nous allons dîner dans l’allée des fontaines, nourriture digne d’un self-service mais les frites et la bière sont bonnes. Retour pour écrire des cartes postales et le récit de la journée.

 

Lundi 13 septembre : Réveil sans courage ! Je commence par me rendre à la poste, sur la place de la République, acheter douze timbres, ce qui ne manque pas de poser problème à l’employé qui a bien du mal à les rassembler et qui aurait préféré que je lui confie les cartes, mais seraient-elles parties ? Ensuite je vais à l’Office du tourisme où j’apprends que la fête à laquelle nous voulions assister après-demain a été repoussée à dimanche prochain. Trop tard pour nous et notre visa de quinze jours. Puis, conformément à mes craintes, je constate, sur un des ordinateurs de l’Office du tourisme, gracieusement mis à la disposition des visiteurs, que je ne peux plus me connecter à ma messagerie mais là où l’histoire devient ubuesque est que pour connaître mon nouveau mot de passe, il faut que je me connecte à ma messagerie et pour cela posséder ce maudit mot de passe !!! Retour au camion, j’envoie un message à Julie pour qu’elle essaie de débrouiller ce problème de mot de passe puis nous partons en promenade, à la recherche d’une laverie qui s’avère être fermée le lundi ! Nous entrons ensuite dans le jardin de l’unique mosquée de type persan de la ville. Elle n’est pas laide mais la décoration de ses iwan est loin d’être aussi belle que celle des mosquées d’Ispahan ou Shiraz. De l’autre côté de l’avenue, s’ouvre le hall voûté Armenie-3968.JPGdu bazar. Fruits, légumes, tisanes, fruits séchés, il y a plus de marchands que de clients. Nous sommes sollicités par les marchands pour goûter les compositions de fruits séchés, certains fourrés avec des noisettes ou des amandes. Nous nous laissons séduire et achetons un petit plateau-assortiment, cadeau pour Julie. Nous cherchons ensuite le musée d’art moderne, caché derrière un bâtiment au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation digne de Sarcelles, et il est fermé ! Nous marchons pour rejoindre les bords du ruisseau, le Hrazdan, qui coule au fond d’un ravin. Le quartier est en pleine rénovation, mélange de baraques, de terrains vagues et de constructions nouvelles bétonnées. Des anciennes maisons bourgeoises en pierre avec un grand balcon à l’étage, il n’en reste que trois, perdues dans ce décor sauvage. Nous nous faisons indiquer le musée du cinéaste Paradjanov. Nous y découvrons un côté inconnu de ce grand réalisateur, un personnage hors-normes, auteur d’œuvres surréalistes, délirantes, surtout des collages utilisant papiers, mosaïques, bouts de verre, tissus etc… Tout ce qui lui tombait sous la main devenait partie d’une composition souvent drôle, toujours séduisante. Nous déjeunons d’une belle brochette d’agneau et de légumes grillés, poivrons et aubergines pour Marie, champignons pour moi. Nous sommes déjà épuisés, Marie n’en peut déjà plus et nous n’avons plus grande envie de traîner en ville. Nous revenons tout doucement au camping-car. Je repars aussitôt pour la boutique où nous avions vu, hier, un tapis qui nous plaisait. Je parviens à le marchander à 350 euros. Affaire  conclue, je reviens au camion et nous décidons de repartir. Marie tient à passer par le Monument au génocide. Nous le cherchons en longeant le ravin, plus sauvage en certains endroits, nous remontons sur le plateau mais pas moyen d’accéder au monument malgré plusieurs demi-tours et essais d’en approcher. Nous apprenons qu’il est en travaux et que la route est coupée. Nous sortons d’Erevan, sans suivre la bonne route mais nous nous retrouvons dans la bonne direction. A une vingtaine de kilomètres, le site du temple de Zvartnots est fermé mais on m’explique que moyennant un billet, négocié à mille drams,Armenie-3973.JPG nous pourrions tout de même entrer. Nous allons donc en visite privée voir cette ancienne église dont il ne reste que quelques colonnes et leurs chapiteaux remontés. Le mont Ararat se devine en toile de fond mais nous sommes à contre-jour et le volcan est perdu dans la brume de chaleur. Il recommence à faire chaud, je transpire de nouveau et cherche l’ombre. Nous parvenons à Echmiadzin où nous cherchons la cathédrale. Pas question de passer la nuit sur son parking. Nous allons nous installer à l’ombre, dans une rue que nous espérons calme.

 

Mardi 14 septembre : Nous commençons les visites par celle de l’église devant laquelle nous avons passé la nuit, Sainte-Gayané, d’un intérêt très limité. Trois prêtres y Armenie-3979.JPGconcélèbrent une messe (?) et nous ne les dérangeons pas. Nous allons ensuite nous garer près de la cathédrale, siège de l’épiscopat arménien et de son catholicos. Quelques décorations extérieures et à l’intérieur des fresques peu éclairées du XVIII° siècle. Le plus remarquable ce sont les têtes moulées d’anges peints sur les voûtes. Nous rachetons des boissons puis, par bonne conscience, nous allons voir, à la sortie de la ville, l’église Sainte-Hripsimé, classique, sans intérêt particulier non plus. Je commence à saturer de toutes ces églises, ces monastères aussi vite oubliés que visités, seuls deux ou trois me restent en mémoire mais Marie ne l’entend pas de cette oreille et il faut absolument aller voir tous les édifices répertoriés dans le guide… Nous ne trouvons pas facilement la route qui doit nous amener à deux autres monastères, il aurait été plus simple à vrai dire de demander la route de Vanadzor… Le premier, Hovhannavank, est au bord d’un cañon maisArmenie-3986.JPG au milieu d’un chantier. L’église est construite de blocs de pierres rouges et noires qui constituent un curieux damier sur son mur sud bien éclairé. Elle a un beau gavit avec un joli tympan représentant Jésus bénissant d’un côté, chassant de l’autre ce que certains veulent voir comme des vierges, les vertueuses et les folles, même si certaines semblent avoir de la barbe ! La coupole est soutenue par des colonnes entre lesquelles passe la lumière. Nous continuons par l’église de Saghmosavank  du même type mais le damier de ses pierres est moins évident. Sa situation au bord du même cañon est plus jolie. Nous en faisons le tour mais elle est fermée. Nous revenons déjeuner au camion. Nous avons à peine terminé qu’arrivent des touristes qui ont su trouver l’homme à la clé ! Nous en profitons pour visiter l’intérieur, une pièce est décorée et porte des traces de fresques mais comme toujours, nous sommes dans une demi-obscurité  et apercevoir un aigle sculpté sur un intrados de la voûte ne provoque pas chez moi un enthousiasme exagéré… Nous revenons sur nos pas et suivons la route d’Amberd, bien indiquée. Elle monte vite dans la montagne désertique aux herbes jaunies. Le ciel se couvre, il tombe même quelques Armenie-3999.JPGgouttes. Enfin nous apercevons les ruines du château et un peu plus loin, la petite église, simple mais avec un beau toit conique en forme de parapluie à demi replié. Nous attendons que le vent et la pluie se calment. Pendant ce temps, je remplis les réservoirs d’eau à la fontaine. Nous enfilons les K-ways et partons approcher d’abord le château. D’un côté il présente un front de tours rondes et de l’autre un mur percé de fenêtres et de portes qui maintenant ouvrent sur le ciel. Le matériau de grosses pierres noires donne une forte impression de puissance à l’ensemble. Au bout de l’éperon occupé par le site, au confluent de deux torrents, la modeste église semble posée là pour la photo ! Nous revenons au camion, la pluie cesse et le ciel se dégage lentement. Je patiente pour prendre une photo de l’ensemble avec le soleil qui daigne apparaître. Nous repartons quoique je serais bien resté passer la nuit là mais il est encore tôt et il ne ferait sans doute pas chaud la nuit. Dans Byurakan, Marie veut voir une église. Nous demandons notre chemin, tournons à droite, à gauche, montons et descendons des rues non pavées, traversées de rigoles ou de tuyaux. Certains nous expliquent en russe, nous pouvons alors repérer quelques mots : à droite, à gauche, tout droit, d’autres ne nous parlent qu’en arménien, seuls alors les gestes peuvent nous aider. Une fois que nous avons atterri dans une cour de ferme sans avoir aperçu la moindre église (il semble d’ailleurs qu’il en soit deux du même nom !), nous abandonnons. Je suis une voiture qui semble savoir où elle va, elle ! Et qui, effectivement, nous ramène à la bonne route. Nous reprenons la direction de Gyumri. Nous la quittons pour le village d’Aruch. Nous nous perdons, personne ne comprend nos questions. Je suis prêt à abandonner quand nous tombons sur l’église Saint-Grégoire, un grand édifice qui a perdu son dôme, sans le moindre intérêt, pas même les traces de fresques de l’abside. Nous restons devant l’église dans le village pour la nuit. Comme hier soir, un gosse vient nous demander money ! Il revient avec un copain et renouvelle sa demande et devant notre indifférence, s’éloigne avant de nous lancer un caillou… Nous dormons déjà quand un choc contre la voiture nous fait sursauter. J’aperçois en ombre chinoise quatre ou cinq gosses qui ramassent des pierres puis se rapprochent. L’une d’elles frappe de nouveau la voiture, je surgis avec la lampe torche en criant des injures, ils s’égaillent. Je baisse le toit, bondis au volant, et tente d’en apercevoir un dans les phares mais c’est peine perdue. Je sillonne les rues du village à la recherche d’une autorité mais à onze heures du soir… En faisant demi-tour devant une maison éclairée et devant laquelle stationnent plusieurs voitures, je vois sortir plusieurs hommes. Je leur explique les raisons de ma fureur. Ils s’apitoient, veulent que nous dormions dans la maison, quelques-uns partent en voiture voir les responsables du « comité », mais nous n’en aurons plus de nouvelles. Marie se rhabille, nous acceptons une tasse de thé et des petits gâteaux. Dans le salon, la grand-mère semble à demi inconsciente, la fille croit parler anglais et raconte aussitôt l’aventure sur Facebook, le petit frère fait faire ses devoirs par l’aîné, il était temps ! Nous refusons de dormir chez eux et retournons nous coucher dans le camion garé devant la maison.

 

Mercredi 15 septembre : Pas d’autres problèmes dans la nuit. Nous donnons une carte postale de Toulon avec le récit en anglais des évènements à la mère de la famille qui n’insiste pas pour nous garder et repartons. Nous récupérons la grande route jusqu’à Talin que nous traversons. Vision d’une ville de l’ère soviétique avec ses HLM, tous identiques, ses magasins qui ne donnent pas envie d’acheter et sa chaussée complètement défoncée. A la limite de la ville, dans le cimetière, une grande église en pierres noires et rouges, formant damier comme à Hovhannavank et à Saghmosavank. Là aussi, le dôme a disparu, des pans de murs sont écroulés, nous avons l’impression de passer après un bombardement. Une autre église, plus petite, a été restaurée mais ne présente pas un grand intérêt. Nous continuons notre progression dans un paysage toujours aussi pelé. Nous prenons une route avec de beaux nids de poule qui oblige les véhicules à valser de droite à gauche et de gauche à droite entre les trous, sans réussir à les éviter tous. La route, en arrivant à Artik, devient carrément effroyable. La vision (la chaussée, véritable Chemin des Dames, les tuyaux de gaz qui courent le long des rues, formant des arches au-dessus des passages,  supportés par des béquilles  métalliques et les immeubles que personne en Armenie-4008.JPGOccident ne voudrait habiter) est dantesque, de quoi faire monter en flèche le taux des suicides ! Peu après, nous parvenons au monastère habité de Harichavank. Seule l’église, avec son gavit au beau plafond en caisson et sa décoration extérieure, est intéressante. Nous revenons par une meilleure route sur celle de Gyumri. Nous y sommes à temps pour la traverser, trouver la route d’accès au Fort Noir, une forteresse moderne abandonnée d’où l’on jouit d’une vue sur toute la ville, pour y déjeuner. Nous retournons dans le centre ville et allons visiter le musée de la ville installé dans une riche demeure de négociant du XIX° siècle. On retrouve l’utilisation du Armenie-4010.jpgtuf bicolore et un beau balcon en fer forgé. Le musée n’est que très moyennement intéressant, vitrines avec des photos et des outils d’artisans au rez-de-chaussée et des pièces meublées en fin XIX° siècle à l’étage. Nous traversons toute la ville pour aller dire bonjour à Aznavour, statufié sur une place à l’écart du centre. Est-ce le résultat du tremblement de terre de 1988, mais la deuxième ville du pays est moins laide que les autres ? Nous revenons nous garer sur la place centrale, Un gosse vient vers nous en réclamant money ! Mais qu’est-ce qu’ils ont tous dans cette région ? De là, nous allons traîner dans les rues du vieux Gyumri à la recherche des demeures bourgeoises de la grande époque, fin XIX°, début XX°Armenie-4014.JPG siècle. Nous ne savons s’il faut accuser le cataclysme ou l’incurie des autorités mais elles sont presque toutes dans un triste état d’abandon. De retour sur la place, nous trouvons dans la rue piétonne un cybercafé avec des messages d’Yvette et de Daniel Brunet. Nous envoyons la photo de Khor Virap avec le mont Ararat, non retouchée, à toutes nos connaissances. Nous revenons au camion et allons nous renseigner sur le menu du restaurant situé sous le musée puis nous allons nous garer près du Fort Noir en attendant l’heure de dîner. Peu avant huit heures nous repartons au restaurant. Les rues sont désertes, les magasins fermés. Couvre-feu ? Attaque des Turcs ? Le restaurant est fermé ! Nous en cherchons un autre : fermé ! Nous retournons nous installer là où nous étions, au pied du monument aux morts de la dernière guerre, et faisons réchauffer une boîte de petit salé aux lentilles en vouant aux gémonies l’Arménie, les Arméniens et en particulier les restaurateurs arméniens !!!

 

Jeudi 16 septembre : Ce n’est pas un caillou qui cette nuit frappe la carrosserie mais la main d’un trouffion d’une patrouille militaire qui s’enquiert de notre présence. Renseigné par nos mines ensommeillées et sur notre nationalité, il nous abandonne, lui rassuré, nous réveillés. Nous sommes sur le terrain de jogging de quelques retraités qui font semblant de s’agiter pour garder la forme et devisent en faisant des aller-retour le long du monument qui évoque les grandes batailles de la guerre, vue du côté russe bien entendu. Nous sortons de Armenie-4016.JPGGyumri, suivons une route secondaire en bon état puis quelques centaines de mètres d’une piste qui descend dans un vallon au fond duquel nous découvrons les églises du monastère de Marmashen. Les églises sont fermées et leur décoration n’est pas exceptionnelle mais la coupole est très belle et le site est enchanteur, des pommiers, un ruisseau au fond de la gorge et la belle pierre ocre rouge est bien éclairée par le soleil. Nous regrettons de ne pas être venus dormir là, hier soir. Un dernier plein de gasoil, réservoir et jerrycans, engloutit nos derniers drams. Nous revenons à la route principale qui se dirige franchement vers le nord. Paysage désormais classique de montagnes couvertes d’une herbe roussie, puis après un col, nous roulons sur un plateau, nous ne savons trop à quelle altitude mais le vent souffle et il ne fait pas chaud. Nous parvenons au poste frontière arménien. Les formalités de douane durent, j’ai affaire à un poussah trentenaire, grassouillet et suffisant, content de son incompétence. Il lui faut trois quarts d’heure pour renseigner un document sur son ordinateur, imprimer plusieurs feuilles, apposer des tampons noirs, rouges, verts, me faire signer tous les exemplaires, les faire contresigner par un subordonné et surtout me faire encore payer vingt dollars de frais de vacation avant de me libérer… Les autres formalités sont plus rapides, y compris côté géorgien. Dans le premier village, nous revoyons ces maisons, très russes, derrière une balustrade de bois, avec une véranda et un décor de bois ajouré. La route est en construction mais presque achevée. Des étangs parsèment le plateau, les couleurs sont douces. A Ninotsminda, nous achetons du pain et des chips avant de continuer le long d’uneGeorgie 4046 rivière, encore la Koura, qui entre dans des gorges. A la sortie, nous découvrons la forteresse de Khertvisi qui, vue ainsi, ressemble à des blocs de béton superposés au sommet d’une éminence, elle évoque aussi les ksour marocains. En approchant puis en la contournant, elle prend une allure pus allongée, plus classique. Nous suivons d’autres gorges, passons au pied d’une autre forteresse dont les ruines se distinguent à peine de la montagne. Nous apercevons de l’autre côté du torrent, des troglodytes sur la falaise de Vardzia. De prime abord, je suis un peu déçu, j’imaginais le site plus étendu. De Georgie-4028.JPGl’inconvénient d’être trop renseigné sur les curiosités touristiques ! Nous traversons la rivière et parvenons au parking. Arguant des difficultés de Marie pour marcher, nous sommes autorisés à grimper jusqu’au parking supérieur, ce qui nous évite une pénible montée sous le soleil. Nous commençons la visite de cette ville du XII° siècle qui aurait eu jusqu’à cinquante mille habitants, ce qui semble bien exagéré même si les habitations creusées dans la falaise se répartissent sur plusieurs niveaux. Nous passons d’un « logement » à l’autre, les plafonds sont noircis par la fumée des bougies, des bassins sont creusés dans le sol. Des salles plus vastes sont pourvues de niches, on y pénètre en passant sous des arcs Georgie-4036.JPGqui reposent sur des colonnes. Peut-être des églises… La plus grande est couverte de fresques à l’extérieur comme à l’intérieur, scènes habituelles, les couleurs sont encore vives même si la pénombre ne permet pas de distinguer tous les détails. Je me fais réprimander pour avoir osé poser le pied sur les marches de l’iconostase ! J’abandonne Marie pour escalader les marches inconfortables d’un tunnel étroit qui conduit aux étages supérieurs. Je ressors à l’air et redescends retrouver Marie. Nous allons jusqu’à l’autre extrémité du site puis retournons à la voiture. Nous hésitons sur la suite et tirons à pile ou face pour décider où nous allons passer la nuit. Le sort en a décidé, Nous revenons nous installer le long du torrent, sous les tours de la forteresse. Rangement, classement des documents, des photos de l’Arménie et examen de l’itinéraire en Turquie, nous occupent jusqu’à la nuit qui va tomber une heure plus tôt puisque nous avons retardé nos montres d’une heure.

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