Partager l'article ! Inde du Sud 02 (2.- Tamil Nadu, Kerala): Vendredi 2 août : Je suis réveillé tôt dans la nuit, petite déprime et pas moyen de ...
Vendredi 2 août : Je suis réveillé tôt dans la nuit, petite déprime et pas moyen de me rafraîchir. Je réveille Marie et nous libérons
la chambre. Nous avons droit à un petit déjeuner frugal. Nous récupérons le linge donné à laver et partons en rickshaw à la gare routière. Un bus express pour Kanchipuram nous attend. Il
charge des passagers tant que nous sommes à Madras mais ne s’arrête plus après. Nous découvrons l’existence de triporteurs semi-remorque. Les cyclo-pousse, nombreux à Madras sont décorés de
fleurs, les bus affichent des sentences, parfois des psaumes, peints à l’arrière. Des motocyclistes portent une visière, quelques uns un vrai casque, les autres se sont collés un mouchoir sur le
visage, tant l’air est pollué. Partout des ordures, les rivières sont des égouts. Dans le bus, nous avons de la musique, enfin du bruit, la sono est plus que défaillante, les chansons,
inaudibles, ne passent pas à la bonne vitesse mais cela ne semble gêner personne, surtout pas le chauffeur qui conduit son bolide, klaxon, assourdissant, bloqué… Les alentours de Madras sont
industrialisés, forges, usines de montage automobile, lignes à haute tension.
Une heure et demie plus tard, nous apercevons les tours et gopuram du temple Ekambareshwara
qui domine Kanchipuram. Nous trouvons une chambre climatisée et spacieuse à l’hôtel Jaybala International. Nous nous y reposons avant d’aller déjeuner. Le restaurant est un grand hall où on ne
sert que des thalis, repas végétariens servis dans une feuille de bananier. Heureusement, il existe une salle climatisée, tout aussi végétarienne… Je me contente d’un riz aux champignons
et Marie d’une salade, les autres plats nous paraissent trop épicés, au grand étonnement des serveurs. Sieste mais la climatisation ne fonctionnant plus, nous devons changer de chambre. Nous
sortons plus tard, il fait encore chaud. Un rickshaw nous dépose à l’entrée du temple Ekambareshwara. Son entrée est surmontée d’un, maintenant classique, gopuram. Nous devons
nous déchausser avant de nous mêler aux pèlerins qui pénètrent dans le temple. Très étendu, le mandapa est soutenu par des piliers carrés, tout autour du sanctuaire qui nous est
interdit, intérêt esthétique limité… Derrière, un manguier, que l’on dit trois fois millénaire, et sur le côté, un bassin entouré de ghats dans lequel viennent se
purifier
les pèlerins. Des femmes se sont rasé le crâne pour l’occasion, les brahmanes, le front barré de barres blanches, torse nu, en pagne, le cordon en
bandoulière, se couchent, embrassent le sol, récitent des Véda. Nous repartons pour le temple Kailashanatha, à l’extérieur, plus ancien, bien moins grand, patiné par les ans et déserté.
De petites chapelles entourent la cour intérieure, toutes sculptées de scènes de la mythologie hindoue, certaines portent encore des traces de peinture. Le gopuram et les
murs du temple sont couverts de sculptures stuquées. Le sanctuaire est fermé. De jolis perroquets verts s’envolent en sifflant du charmant temple perdu dans la
campagne mais nous en avons tant vu et il fait si chaud ! Un dernier, celui de
Varadaraja est à l‘autre bout de la ville. Nous ne pouvons franchir que la première des enceintes
successives dont les portes sont surmontées de gopuram. Néanmoins, nous pouvons examiner le beau mandapa, pavillon semblable à celui d’Hampi dont les chapiteaux des colonnes
carrées, en basalte noir, sont sculptés de cavaliers sur des montures cabrées et de scènes du Ramaya na. Les touristes sont friands de ceux avec des scènes du Kamasoutra, nous affirme en
souriant, un vieux petit brahmane qui s’est déclaré notre guide, intéressé… Encore un bassin avec un pavillon au milieu, des mats dressés dans la cour, des dévots avec leurs offrandes et des
brahmanes couverts de peintures de guerre ! Marcher pieds nus sur les dalles brûlantes est une épreuve et nous sommes contents de retrouver notre chambre climatisée. Nous trouvons un
restaurant, au TN Hotel, non végétarien avec de la bière. Les plats de cuisine continentale n’existent que sur la carte cependant nous mangeons correctement.
Samedi 3 août : Nous nous faisons servir le petit déjeuner dans la chambre avant de rejoindre la gare routière. Nous devons
attendre une heure en plein soleil, harcelés par les mendiants avant de monter dans le bus. Dans les villages, les maisons tamoules ont des toits de palmes, quelques unes de tuiles romaines, en
plusieurs couches superposées, et devant, une véranda supportée par des piliers massifs. Elles semblent basses de plafond. Deux heures plus tard, nous sommes à Mahabalipuram. Nous trouvons une
chambre climatisée au Mamalla Bhavan Annexe, un bon hôtel, à côté du bus stand. Quel embourgeoisement ! Nous déjeunons à proximité, au Gazebo, le poisson et les crevettes, au lieu
d’être grillés, sont frits et couverts d’une sauce rouge qui se veut aigre douce, pas mauvaise mais ce n’est pas ce que nous espérions. Nous revenons à la chambre profiter de la climatisation. Je
vais explorer les alentours et repérer des boutiques de bijoux. Le nombre de restaurants et de boutiques pour touristes prouve leur concentration ici. La rue aboutit à une plage encombrée de
barques de pêcheurs ou plutôt de radeaux. Ce sont des embarcations très primitives, des troncs à peine équarris, liés entre eux par des cordes, sans
plat-bord et sur lesquels on adapte des moteurs « longue-queue ». J’aperçois les deux
tours du temple du Rivage. Je découvre, en revenant, un restaurant, le Plein Ciel, tenu par des Français et qui
me paraît bien sympathique. Après un court temps de repos rafraîchissant, nous sortons. Marie n’a pas très envie de marcher, un rickshaw nous emmène au temple du Rivage, à la pointe
rocheuse. Il semble joli mais une clôture destinée à rendre l’entrée payante, gâche la vue sur la mer. Le billet étant valable pour un autre site, le même jour, nous en remettons à un autre jour
la visite et décidons de profiter de la plage. Nous devons contourner un espace clos, marcher dans le sable, traverser un campement misérable au milieu des ordures pour enfin nous y retrouver.
Des touristes se baignent, Marie chahutée par les vagues ne goûte guère. L’eau est chaude, les vagues pas trop fortes, j’apprécie… Des vendeurs et vendeuses tentent en vain de nous caser quelques
pacotilles. Nous prenons un verre, pour nous désaltérer, dans l’une des nombreuses gargotes de la plage. Nous revenons par la rue des bijoutiers. Nous y trouvons aussitôt de beaux bracelets que
nous marchandons ferme, sans conclure. Nous nous changeons à l’hôtel et retournons comparer les bijoux, toujours sans nous décider. Nous dînons au Plein Ciel, sur la terrasse très aérée, sous un
toit de palmes. La patronne a un joli petit perroquet vert qui ne la quitte pas, passant de l’une de ses épaules à l’autre ou se juchant sur sa tête en guise de chapeau « à plumes ».
Marie retrouve son appétit avec un filet de bœuf saignant, des patates à l’ail et un gâteau à l’ananas. Nous y prendrions bien pension huit jours ! Des jeunes et des Belges sont attablés. La
pluie s’abat et nous oblige à rentrer en rickshaw.
Dimanche 4 août : J’ai mal dormi. Malgré la climatisation et une plaquette insecticide, des moustiques ont sévi toute la nuit. Nous
prenons le petit déjeuner sur le balcon alors qu’il commence à faire chaud. Nous partons visiter quelques petits temples et édifices éparpillés
derrière le village, dans un amoncellement de gros rochers arrondis. L’un
d’eux, presque sphérique, de belle taille, semble posé en équilibre. Nous en redescendons pour aller admirer une fresque rupestre, la Descente du Gange. Eléphants, yogis, chat en prière
(!), singes qui s’épouillent, Shiva et autres, sont sculptés sur une grande dalle. A côté, dans un petit temple, une autre fresque rupestre représente Shiva en train de traire une vache qui léche
son veau. Nous sommes déjà épuisés, la sueur nous coule dans le dos. Une bouteille
d’eau est vite avalée. Nous revenons nous rafraîchir à l’hôtel puis je vais chez l’un des bijoutiers de la veille concrétiser l’achat de deux beaux bracelets, en cachant le second à
Marie. Nous allons déjeuner au Nautilus, un restaurant tenu par un expatrié heureux de son sort. Cuisine simple : salades et frites ! Nous appelons Julie, rentrée de Mer Rouge et ravie
de son séjour ce qui nous fait bien plaisir. Nous rentrons faire une sieste. Il nous faut ressortir, affréter un rickshaw pour nous rendre aux Ratha du Sud, cinq petits
temples inachevés, tous différents, taillés
dans la roche. Ils reproduisent les huttes de bois de l’époque, carrées ou à toit en forme de carène de navire ainsi que des éléphants et
vaches en pierre, de grandeur nature. Nous sommes dimanche et beaucoup d’Indiens sont venus s’y faire photographier. Nous retournons visiter le temple du Rivage, plus beau de loin que de près,
toutes ses sculptures ont été rongées par les embruns et les pluies. Nous rentrons à la chambre. Ecriture, cartes postales et énième consultation des guides touristiques, nous occupent jusqu’à
l‘heure de dîner au même restaurant que la veille. Bonne cuisine française mais sans plus. Les patrons nous proposent gentiment de nous emmener à Pondichéry demain.
Lundi 5 août : Nous nous levons tôt pour ne pas avoir à faire attendre nos compagnons de voyage. Une Ambassador avec chauffeur
nous attend. Un de leurs amis, un architecte français vient aussi ainsi que le perroquet, content du voyage, qui siffle, sans quitter sa maîtresse. Nous traversons un paysage qui est celui de la
Petite Côte au Sénégal, rizières, rôniers, manguiers et salines. Pour une fois la route est excellente. Les encombrements commencent à l’entrée de Pondichéry. Nous apercevons des brocanteurs qui
vendent de vieux meubles et des encadrements de portes, de quoi aménager une maison traditionnelle… Premier contact décevant, le bord de mer est désert, sans un arbre. Nous longeons la
« ville blanche » sans y voir de belles maisons. Nous arrêtons chez un Français qui tient un restaurant, le Satsanga. Pour nous remettre du voyage, nous nous faisons servir des
rillettes, du pâté de campagne avec des baguettes de pain, le tout arrosé de bière, de l’inattendu !! Nos compagnons sifflent les canettes de bière sans discontinuer. Le voyage nous coûte
finalement assez cher car en plus de leur avoir offert une tournée, nous participons aux frais de location du taxi, y compris le retour ! Marie m’attend pendant que je pars à la recherche
d’un hôtel. Ceux que je visite sont chers ou trop éloignés ou, encore, introuvables. Après avoir beaucoup marché et transpiré, je reviens au Satsanga où, d’autorité, on me sert une bière… Marie
est d’accord pour faire un extra, aussi, je repars réserver une chambre à l’hôtel Indochine, une vieille maison coloniale, au fond d’une cour-jardin. Nous déjeunons au Satsanga, quelque peu
fâchés avec nos compagnons qui continuent d’avaler des bières. Pour le prix, l’Ambassador nous dépose à l’hôtel. Nous nous installons dans une chambre spacieuse mais sombre, beaux meubles
anciens, bibelots locaux, photos sur les murs et grande hauteur de plafond. Je ressors, suis plusieurs rues tranquilles, vers le centre ville. Quelques belles maisons sont cachées dans des
jardins, derrière de trop hauts murs. Je débouche sur la place principale, très sous-préfecture du
temps des Colonies, gazon, arbres et un kiosque blanc au beau milieu… Les Indiens y font la sieste, couchés
dans l’herbe. Je passe à la poste expédier des cartes postales. Je quitte la ville coloniale pour la ville indienne, plus animée et commerçante. Je tente d’envoyer un message à Julie mais j’y
renonce au bout de trois quarts d’heure. Je change ensuite des dollars, à la banque, paperasserie et indolence… Je vais rechercher Marie et nous ressortons ensemble. Nous visitons quelques
boutiques de curios, vieux meubles, lourds d’aspect, peintures sous-verre hindoues, laques de Birmanie, tissus. Beaucoup de belles choses pour se meubler mais tout est plutôt cher. J’ai
très soif, peu de débits de boissons dans cette partie de la ville. Heureusement, nous trouvons de quoi nous désaltérer mais ce n’est pas glacé. Sur la grande place, nous parvenons à nous
connecter rapidement. Nous traversons la place et rentrons à la chambre enrickshaw. Nous dînons
encore au Satsanga, bonne cuisine, rillettes, steaks et tarte au citron, un repas de rêve même si la bière est vite tiède ! Nous rentrons en cyclo-pousse sans discuter le prix.
Mardi 6 août : Bonne nuit, fraîche, reposante. Nous nous offrons le petit déjeuner dans le jardin, sous la paillote puis un
rickshaw nous dépose au marché central. Comme les précédents, il présente de longues allées spécialisées par produits : fruits, légumes,
guirlandes de fleurs, poissons. Nous devons marcher sur des couches d’épluchures, d’ordures, de fruits et légumes avariés. Nous en
ressortons dans la rue commerçante Jawaharlal Nehru, très animée. Marie y cherche et s’achète un ensemble tunique-pantalon et écharpe, indien que je trouve passablement « déguisement ».
Nous marchons jusqu’à une église de la période coloniale, à la belle façade claire, vaguement brésilienne. Nous revenons vers la place centrale. Nous prenons un cyclo-pousse pour aller
déjeuner de salade et bière bien fraîche sur le terrasse, sous la paillote du restaurant français Rendez-Vous. Nous r
evenons à pied pour une longue sieste. Je ressors en fin d’après midi, longe le bord de
mer, laid, succession de murs d’entrepôts ou de blocs informes. Manifestement, la ville tourne le dos à la mer. Je poste encore des cartes, traverse la place, je cherche à prendre des photos mais
je manque de lumière et l’air est brumeux. Je reviens en découvrant la belle maison qui abritait les Travaux Publics de la période française et quelques boutiques d’objets d’artisanat. Je retrouve Marie et nous ressortons sur le tard, Marie habillée à l’indienne… Nous retournons dans les boutiques et, en particulier, à celle où j’avais vu une
statuette double, en plâtre peint, de Krishna sous un parasol. Ell e est déjà vendue ainsi que les plus belles à des Européens qui doivent avoir une boutique. Nous en marchandons quand même deux autres. Je
suis toujours de mauvaise humeur, la perspective de reprendre la course aux temples ? Le fait de ne pas habiter Pondichéry et pouvoir y décorer une maison ? Un peu tout cela sans
doute… Nous revenons profiter de la climatisation à l’hôtel. Nous pensions dîner au sélect Club de l’Alliance française mais il n’y a ni bière ni charcuterie et le barbecue est éteint
aussi retournons-nous une fois de plus au Satsanga pour les derniers rillettes et steaks saignants avant la France !
Mercredi 7 août : Je suis réveillé tôt, sans grande envie de continuer la tournée des temples. Je voudrais tant que Julie nous
raconte ses aventures ! Nous plions bagages, prenons un dernier petit déjeuner dans le jardin puis je règle la « douloureuse ». Un rickshaw nous dépose à la gare routière
où nous montons dans un bus qui part aussitôt et ne va pratiquement plus s’arrêter jusqu’à Chidambaram. Au début, la route traverse ou longe de belles cocoteraies et des villages aux maisons à
toits de palmes. Des drapeaux rouges, avec faucille et marteau, flottent sur certains villages ! Des ponts enjambent des rivières que j’aimerais descendre, au milieu des palétuviers,
cocotiers, manguiers dans lesquels quelques flamboyants jettent des taches rouges. Ensuite, la végétation s’estompe. Nous trouvons une chambre climatisée à l’hôtel Rajarajan, en face de la gare
routière. Après un bref repos et l’envoi d’un message à Julie, toujours sans pouvoir lire les siens, nous descendons déjeuner au restaurant de l’hôtel, vaguement climatisé, en compagnie de
quelques touristes, salade et brochette peu copieuse. Nous ne ressortons qu’après quatre heures pour aller voir le grand temple, sanctuaire de Shiva Nataraja. Nous devons de
nouveau nous déchausser, franchir une première enceinte puis une seconde sous un gopuram sur lequel
subsistent des restes de couleurs, avant de parvenir à une cour que nous traversons sous un auvent de béton pour pénétrer dans la troisième enceinte, plus obscure. Partout des piliers carrés et
de petits sanctuaires. Nous distinguons d’énormes cordages qui doivent servir à tirer les chars de procession aperçus à l’entrée. Le sanctuaire de Shiva est à l’intérieur de la
quatriè
me enceinte, sur une plateforme, sous deux toits dorés. Les
brahmanes ont le crâne en partie rasé et les cheveux ramenés en chignons sur le sommet de la tête. Les dévots attendent l’ouverture des portes en argent pour que leur soit dévoilé le Saint des
Saints qui abrite une statue de Shiva dansant. Faute de pouvoir approcher, nous ne pouvons que la deviner. Comme dans les autres temples, les adorateurs font des offrandes et se purifient par le
feu les mains et le visage. Dans les cours, sur les marches, sont dessinées de grandes rosaces blanches, parfois colorées. La visite est plus intéressante pour l’ambiance que pour les lieux,
enlaidis par le béton et les grilles imbéciles qui entourent tous les halls. Nous en faisons le tour, toujours pieds nus, découvrons le grand bassin que nul ne peut approcher et d’autres temples
secondaires, certains couverts de dessins naïfs peints de couleurs vives. L’un des gopuram est mieux
décoré que les autres mais l’absence de soleil m’interdit toute bonne photo. Dans l’un des temples, de belles fresques sont peintes au plafond, narrant, nous ne savons trop quelle histoire. Elles
sont plus récentes et très kitsch, dans
un autre temple. A six heures, se déroule une cérémonie, les pèlerins en sont avertis par les cloches qui se mettent toutes à sonner, mises en branle par des officiants. Les fidèles se
rassemblent devant le sanctuaire, mains jointes au dessus de la tête, certains agitent des clochettes. Trois brahmanes, un d’âge mûr, un jeune puis un vieillard, récitent successivement des
litanies puis cloches, sonnailles et tambours font retentir de plus belle, une assourdissante cacophonie. Vient ensuite la distribution de poignées de riz aux personnes présentes avant que la
foule ne se disperse. Quelques uns se couchent de tout leur long, tournés vers le sanctuaire, et embrassent le sol. Nous rentrons, Marie est fatiguée, nous reposer à l’hôtel. Nous y dînons,
tandoori et riz frit, de nouveau. Nous avons un message de Julie, ravie de la mer Rouge, moins de ses copains.
Jeudi 8 août : Dans la nuit, le climatiseur s’arrête et ne redémarre pas, le ventilateur le remplace mais la température remonte
tout doucement. A six heures, je fais venir un employé qui le redémarre. Nous prenons le petit déjeuner dans la chambre. Le thé est exécrable, trop fort et la confiture sent le chewing gum !
Nous quittons l’hôtel, traversons la rue pour prendre un bus sur le départ. L’employé fait libérer deux places à l‘avant pour nous. Il n’est pas direct et il s’arrête pour prendre des passagers,
notamment dans deux gares routières où nous devons attendre à chaque fois un quart d’heure, au grand énervement de Marie. Des champs de coton sont de chaque côté. Nous remarquons aussi de
nombreux cimetières chrétiens et sur la fin du parcours, d’importantes mosquées dans les villages. Les hommes sont vêtus de blanc, barbus, calotte sur la tête. Toutes les femmes portent un
voile, certaines dissimulent
le bas de leur visage. Nous descendons à Tanjore. Un rickshaw nous dépose au
Tamil Nadu Hotel, dans un bâtiment colonial, autour d’un jardin, mais les installations sont fatiguées et auraient bien besoin d’un coup de neuf. Nous y déjeunons, pas très bien mais la bière est
fr aîche. Sieste au frais. Au
sortir de cette sieste, en me retournant, je cas se mes lunettes ! Je vais à la gare, toute proche, me renseigner sur les trains pour Trichy. Nous allons ensuite en rickshaw v
isiter le temple de Brihadishvara. Il est, heureusement, beau ! Les enceintes, les gopuram, le temple lui-même, sont dans une
belle pierre ocre, chaude, juste patinée par le temps.Do mm a ge que le soleil, très voilé, ne la révèle pas plus. L’intérieur de la dernière enceinte
forme des arcades qui protègent une collection de lingams posés sur des yoni. Sur chacun d’ eux est posée au
moins une pétale de fleur. Les murs sont couverts de fresques, pas très anciennes mais colorées, plus ou moins effacées, contant la saga des dieux et de leurs avatars. Les gopuram ne
so nt pas très élevés
mais le vimana, la pyramide du temple, est haut et joliment décoré. L’ensemble est du meilleur effet et offre de belles perspectives
de tours avec celles des temples secondaires. A la sortie, un éléphant peinturluré, béni les fidèles en posant sa trompe sur leur tête, à condition de lui donner une banane ou une friandise.
Retour à l’hôtel, nous allons voir ce qu’il y a à l’emporium voisin. Le temple du toc ! Que des horreurs ! Nous dînons au Sathars, spécialisé dans les tandoori,
clientèle de touristes mais pas de bière !
Vendredi 9 août : Nuit fraîche et presque sans moustiques. Le petit déjeuner est aussi mauvais que d’habitude. Je vais à la gare prendre les billets mais il est trop tôt. Peu d’animation en ville, je me croirais presque un jour férié mais il n’en est rien. Un rickshaw nous conduit au palais du Maharaja, sans aucun intérêt architectural. Des cours, des portes, des bâtiments par ci, par là. Je monte dans une tour, la vue est intéressante. Dans un coin, un squelette de baleine s’ennuie. Une partie du palais, autour d’une cour, est transformée en musée. Collection de pierres sculptées que nous contemplons d’un œil distrait, puis, dans des salles tièdes et mal éclairées par des néons défaillants, sous des vitrines sales, une très belle collection de bronzes anciens, Shiva, Parvati, etc…Bien mal mis en valeur ! Nous attendrons une grande exposition à Paris, catalogue à l’appui, pour nous y intéresser. Nous retournons à l’hôtel. Sans plus rien à voir, nous décidons de ne pas attendre et de prendre le bus pour Tiruchirapalli, Trichy en abrégé. La gare routière est en dehors de la ville, il faut encore négocier âprement pour y aller en rickshaw. A peine arrivés, nous montons dans un bus qui part aussitôt. Il roule vite, s’arrête peu et une heure plus tard, nous sommes à Trichy. Marie attend à la gare routière, à la garde des sacs, tandis que je fais le tour des hôtels proches. Nous nous décidons pour le Ramyas, propre, correct et bon marché mais bruyant à cause de la proximité de la gare routière. Nous en repartons aussitôt pour aller déjeuner dans un restaurant sombre, climatisé, avec une bonne cuisine moghole, pas épicée et de la bière fraîche. Nous consultons le dernier message de Julie et y répondons. Retour à la chambre, Marie se repose. Je pars à la recherche d’une banque, assez éloignée, pour changer des dollars. Je fais des aller et retour avant de trouver un bureau de change puis je passe à la gare réserver, mais en liste d’attente, le train pour Madurai avant de rentrer, fatigué, à la chambre. Nous nous reposons, je regarde la télévision, pas de chaîne française et je ne comprends rien à la BBC. Nous dînons chinois au TAB, sombre lui aussi, chic, bonne cuisine bien qu’un peu épicée, avec de l’eau minérale faute de bière. Les serveurs, coincés, servent l’eau minérale comme un grand cru !
Samedi 10 août : Le petit déjeuner n’est pas meilleur qu’ailleurs. Nous louons un taxi pour aller voir à quelques kilomètres les
deux temples de Srirangam, la ville jumelle de Trichy dont nous ne sortons pas vraiment. Les temples et la petite ville sont au milieu des cocotiers et des bananiers. Le premier, celui de
Ranganatha Swami, est visible de loin, grâce à son
très haut gopuram. Nous devons
traverser le bazar qui entoure et envahit le temple. Nous franchissons plusieurs enceintes, toutes surmontées de tours décorées, sauf la première, peintes de couleurs vives qu’attise un
soleil enfin revenu. Nous devons continuer pieds nus pour entrer dans la dernière autorisée aux non Hindous. Contre une modeste obole, il nous est permis de monter sur le toit de cette enceinte
et découvrir de là, les autres gopuram qui s’élèvent au dessus du temple, de la ville et des cocotiers. Alignés, de hauteurs différentes, ils forment une belle perspective. En
redescendant, nous admirons de lascives personnes de pierre, un peu trop cimentées, qui n’intéressent pas les Hindous, trop occupés à faire le tour des piliers sur lesquels sont sculptés leur
idole favorite et à lui coller des pétales de fleurs. Un peu partout, des temples secondaires avec des
brahmanes, des offrandes et des purifications par le feu. Faute de pouvoir aller plus avant, nous contournons le temple pour visiter la Cour
des chevaux, un hall aux beaux piliers sculptés de cavaliers sur des chevaux cabrés, transperçant de leur lance des fauves. D’autres scènes plus coquines sont discrètes. Le Vellai gopuram, au
dessus d’une porte latérale, tout blanc, se détache sur les cocotiers et le mur extérieurement peint de larges bandes, alternativement rouges et blanches, très « Buren ». Nous revenons
sur nos pas, ressortons et reprenons le taxi qui nous conduit à travers cocoteraies et maisons du village, au second temple, celui de Tiruvanalkaval. Pas de bazar, enfin pas beaucoup… Là
aussi, pas question d’avancer très loin, nous ne pouvons visiter qu’une vaste et haute salle soutenue par des piliers aux corniches travaillées en pointe, dans laquelle un éléphant de belle
taille, maquillé, bénit avec sa trompe les fidèles. Une petite procession sort d’un sanctuaire, précédée de l’éléphant et de quelques musiciens, pour se rendre dans un autre sanctuaire
du même temple. Après les
avoir suivi, nous repartons et rentrons à l’hôtel. Nous allons déjeuner au Gajapriya Chinese Restaurant, pas plus chinois qu’un quelconque restaurant multi cuisines mais avec de la bière fraîche,
nous y mangeons des fish and chips ! En en sortant, je trouve à acheter des lunettes, pour trois fois rien. Nous rentrons pour une longue sieste. Je m’ennuie tant, que je me décide
à occuper l’après midi en allant à la recherche d’un fabricant de cigares. Je me mets d’accord avec un rickshaw, qui affiche fièrement son affiliation au Parti Communiste. Au premier
étage d’une maison ordinaire d’un quartier populaire, je découvre quelques homme accroupis, qui roulent des cigares avec du tabac en provenance du Bengale. J’achète une boîte, en espérant que les
cigares seront meilleurs que ne l’augure celle-ci. De retour à l’hôtel je tente de téléphoner à Madurai pour réserver une chambre mais le numéro a changé et personne ne peut m’indiquer le
nouveau. Nous voulions dîner dans un restaurant « de luxe » mais ils ne servent pas de bière aussi nous retournons dans celui de la veille, à midi. Marie se fait servir un poulet aux
champignons, goût anglo-américain et moi un bien classique tandoori chicken. Je finis la journée en fumant un cigare léger, sans grand corps, sur le balcon.
Dimanche 11 août : Je suis réveillé par les klaxons et l’animation de la rue. Nous ne penons qu’un thé auquel nous ajoutons des
biscuits. Un rickshaw nous dépose au collège Saint Joseph créé par des Jésuites de Toulouse à la fin du XIX°siècle. Nous y visitons l’église Notre Dame de Lourdes ! L’extérieur est
du pur gothique sulpicien, fort vilain, une grotte avec une Vierge est à l’entrée. L’intérieur est étonnant, couleur rose bonbon, vitraux et statues de saints d’aussi vives couleurs que dans un
temple hindou. Pas de bancs, on prie assis par terre en tailleur. Nous suivons la rue commerçante de Chinna Bazar, heureusement peu animée en ce dimanche, car Marie, toujours à la recherche d’un
ensemble tunique-pantalon, rentre dans toutes les rares boutiques ouvertes. Nous passons sous un portail kitsch, empruntons une courte ruelle encombrée de boutiques de
bondieuseries locales jusqu’à un escalier qui permet d’accéder au Rock Fort, une forteresse haut perchée sur un rocher. Du
fort il ne reste rien, juste quelques petits sanctuaires. Nous commençons la montée, couverte donc peu éclairée, parsemée de mendiants et parvenons à une terrasse à l’air libre. Encore quelques
marches et nous atteignons au sommet, un petit temple. Le panorama est très étendu sur les toits plats des maisons sans caractère, un vaste bassin, plus loin les sables de la très large rivière
Kaveri asséchée et encore plus loin, la cocoteraie d’où s’échappent les tours du grand temple. Nous rentrons en rickshaw. Je vais ensuite à la gare vérifier que nous ne sommes plus en
liste d’attente. Toujours des problèmes de diarrhée… Nous retournons déjeuner au même restaurant, assurés d’une nourriture correcte, peu chère et d’une bière fraîche ! Nous revenons attendre
dans le hall de l’hôtel. Je somnole, m’ennuie, que d’heures ainsi perdues ! Enfin nous nous rendons à la gare, le train est à l’heure. Nous occupons nos sièges dans un wagon climatisé,
beaucoup de sièges, fatigués, encore libres. Nous ne distinguons guère le paysage, aride semble-t-il, derrière des vitres teintées et sales. La nuit tombe et nous arrivons à Madurai à 20 heures
10. Bousculade pour sortir de la gare en empruntant une passerelle. Un rickshaw kamikaze nous emmène au proche Padman Hotel, bien de l’extérieur mais les chambres sont petites et
lépreuses. Nous en prenons une non climatisée puis dînons, pas très bien, solitaires sur la terrasse. Nous distinguons à peine les quatre tours du grand temple. Je vais y faire un tour, le
quartier est calme car les commerces ont fermé. Le gopuram que j’atteins me semble bien décoré, à vérifier demain…Retour à la chambre pour une nuit tiède.
Lundi 12 août : Nuit tiède, impression que le ventilateur brasse toujours le même volume d’air, que l’air extérieur, plus frais, ne
pénètre pas. Ce matin, c’est Marie qui déprime. Nous petit déjeunons sur la terrasse, en compagnie d’autres Français. Marie regagne la chambre tandis que je vais à la gare prendre des billets
pour Rameshwaram. Ensuite, je change des dollars, opération toujours paperassièrement fastidieuse ou fastidieusement paperassière… Je reviens à la chambre par des rues commerçantes. Nous
déjeunons à proximité, au restaurant Mahal, climatisé, la cuisine est bonne mais sans bière. Ensuite sieste avant d’aller à pied au Minakshi Sundareshvara Temple, le grand temple. Marie veut à
tout prix chercher ses cadeaux et tient à trouver le bon magasin dans lequel on vend des châles en
pashmina, une étoffe douce, en poils de chèvre, chère. Elle le trouve à l’un des angles du temple mais les couleurs ne lui
plaisent pas et la qualité semble inférieure à celles des châles vus à Madras. Pendant ce temps, le soleil a tourné et quand nous montons sur le toit en terrasse du magasin, je ne peux plus
prendre des photos des quatre belles tours multicolores et d’autres plus petites et des toits dorés du temple ! Nous n’achetons finalement qu’une bague et une boîte en papier mâché. Nous
longeons l’enceinte extérieure
peinte de grandes raies
verticales rouges et blanches. Nous contournons le temple jusqu’à l’entrée surmontée d’un très beau gopuram décoré d’une multitude de personnages, animaux fabuleux, monstres, tous
colorés. En face, un ancien pavillon, le Pudhu mandapa, dont les plus belles colonnes sont invisibles derrière des grilles, abrite une multitude de tailleurs qui, chacun derrière sa
machine, attendent les commandes et sollicitent les touristes pour leur tailler une chemise, une jupe, un pantalon, le temps de la visite. Nous nous déchaussons, traversons, sous le
gopuram, un hall envahi par des commerces d’images pieuses kitsch, d’encens, de poudres, etc… Du joli Bassin du lotus d’or, presque à sec, nous avons une belle vue sur les tours. Nous ne
pouvons accéder aux sanctuaires, seulement en faire le tour. Partout des sanctuaires secondaires sont l’objet de
la ferveur populaire, enfarinés de poudres rouges ou ocre, aspergés d’huile, de lait de coco, ou encore soumis à des projections de
boulettes de beurre, vendues à cet effet. Les dévots s’allongent à plat ventre pour baiser le sol, les mains jointes tournent sur eux-mêmes ou plusieurs fois autour du pilier sur lequel est
sculpté leur divinité d’élection. Le Mandapa des mille colonnes a été transformé en petit musée et abrite quelques bronzes et sculptures. Peu sont visibles en l’absence d’éclairage, de
même que les belles fresques décollées du mur du corridor qui entoure le bassin et stockées là. Nous rentrons en cyclopousse, notre mauvaise
conscience nous rend plus généreux qu’avec les rickshaw. Nous changeons de chambre pour une aux murs moins lépreux. Assoiffés, nous avalons une bière fraîche sur la terrasse, à la nuit
tombée. Nous dînons au même restaurant et retournons en cyclopousse au
temple. Une procession doit y avoir lieu. Une petite foule de touristes, majoritairement français,
est là, massée devant l’entrée du temple, appareils photos et flashs en batterie. Peu d’Indiens ! A l’heure dite, un palanquin, porté par des brahmanes pressés, sort d’un sanctuaire, précédé de musiciens et suivi de quelques fidèles, se dirige vers l’entrée d’un autre sanctuaire où il est déposé. Un brahmane, muni
d’un éventail en plumes de paon, fait de l’air devant la caisse peinte portée sur le palanquin. Les fidèles en ont le tour, se couchent et, après quelques aspersions et offrandes, tous
s’engouffrent dans le second sanctuaire, interdit aux non Hindous. C’est fini, tout le monde rentre à son hôtel, nous aussi, en cyclopousse. Dernières
boissons fraîches avant de nous coucher.
Mardi 13 août : Réveil encore plus matinal mais nous ne sommes pas pressés. Je vais à pied me renseigner sur les horaires des bus
pour Periyar puis, toujours à pied, je retourne
faire des photos des tours du
temple, bien éclairées par le soleil, en particulier des gros plans des figures grimaçantes. Encore peu de monde dans les rues mais des dévots, mains jointes, jouent déjà les derviches tourneurs.
Bien sûr, je suis sollicité par tous les mendiants et les gosses que je croise. Retour à l’hôtel pour le petit déjeuner sur la terrasse. Le thé, pas trop fort, avec du citron, nous paraît
délicieux. Un rickshaw nous dépose au Tirumalay Nayak Palace, l’ancien palais royal dont on ne visite qu’une cour entourée de colonnes massives avec des arcades polylobées, très indo
musulmanes, le trône est encore en place. Une salle, le Natakashala, est devenue musée, l’absence d’éclairage rend l’identification des sculptures et bronzes quasi impossible. L’ensemble est très
décevant, quasiment à l’abandon et d’un très mince intérêt. Retour à la chambre, la plupart des commerces sont fermés pour cause de grève contre les taxes. Je vais à la gare. Beaucoup de monde,
je dois voir le « Supervisor » pour réserver, en liste d’attente, des places dans le train Cochin-Bombay. Je passe ensuite à la poste, plus éloignée que je ne pensais, avant de rentrer
en sueur et assoiffé, à l’hôtel. Nous déjeunons sur la terrasse, peu copieusement mais avec de la bière fraîche. Sieste tiède, le ventilateur ne rafraîchit pas. Nous nous rendons, en cyclopousse,
dans un grand magasin de souvenirs. La photo depuis la terrasse est décevante. Marie y achète deux écharpes en pashmina, supposées en poils de chèvre, chères, avant de le regretter, peu
sûre de la qualité. Nous trouvons de beaux bijoux, chers. Ils sont encore plus chers dans un autre magasin, à tel point que je me fâche presque. Dans le troisième, le patron sympathique, nous
explique à notre grand désappointement q’on ne trouve plus de vieux bijoux mais des récents plus ou moins oxydés et que certains pashmina sont en fourrures de lapin ! Pas
rancuniers, nous lui marchandons des miniatures ou plutôt des pages illustrées de vieux livres écrits en persan. Nous rentrons à l’hôtel avant d’aller dîner sur la terrasse du Taj Garden Retreat,
un hôtel chic, bons plats, assortiment de tandoori, avant de rentrer préparer les sacs.
Mercredi 14 août : Peut être par peur de ne pas me réveiller, je n’ai guère dormi. A cinq heures, je réveille Marie. Il fait encore
nuit quand nous sommes prêts, le réceptionniste nous sonne avec vingt bonnes minutes de retard… Nous quittons l’hôtel alors que les employés dorment encore, à même le sol de la réception où
nous laissons un sac. Rickshaw jusqu’à la gare. Il n’est pas six heures mais des hauts parleurs diffusent de la musique à plein volume ! Nous partageons avec un autre couple de
touristes les deux seuls compartiments de 1ère classe, guère mieux que ceux de seconde mais dont le prix nous tient à l‘écart de la foule… Nous quittons Madurai en traversant de
sordides bidonvilles en végétaux au milieu des immondices et des eaux stagnantes, malodorantes. Les gosses, et les hommes (!), font leurs besoins le long de la voie ferrée, devant leurs cases.
Nous disposons chacun d’une banquette et nous en profitons pour finir la nuit. Nous traversons de belles cocoteraies, les palmiers rôniers délimitent des champs qui n’en peuvent plus d’attendre
la mousson, des paons s’envolent ou font la roue. Eglises, temples, mosquées se succèdent, dans les villages. Chaque station où s’arrête le train se signale par la quantité d’ordures et de sacs
plastiques qui bordent la voie. Les femmes balaient leur pas de porte, à quelques mètres de montagnes d’ordures. La fin du trajet s’effectue sur une étroite bande de terre, entre la mer d’Oman et
l’Océan Indien. Un long pont nous fait passer dans une île, cocotiers et villages de pêcheurs, avant d’arriver à Rameshwaram. Un rickshaw nous emmène à l’hôtel Tamil Nadu, extérieurement
très bien, au bord de la mer, un peu à l’écart du bourg. Nous prenons une chambre climatisée à la plomberie fatiguée. Pas question de laisser les fenêtres ouvertes à cause des corbeaux trop
familiers. La vaste salle du restaurant pourrait être agréable, elle est en complète déconfiture mais on y sert de la bière. Ensuite courte sieste reposante. Nous louons un rickshaw pour
nous rendre à la pointe extrême de l’île qui s’avance vers Ceylan. La route file au milieu des filaos, entre de petites dunes, au loin des voiles de pêcheurs. Nous traversons de misérables
hameaux de pêcheurs aux cases de palmes. Impressions d’Afrique que nous retrouvons également dans les odeurs de poisson séché. La route se termine avant la pointe. Pour continuer, il faudrait monter dans un camion
, 4x4, qui emprunte une piste dans le sable mais il ne part qu’avec 25 passagers et les touristes Indiens,
venus en pèlerinage, ne semblent pas intéressés. Nous attendons sur la plage puis décidons de rentrer, déçus. Nous nous faisons déposer à l’entrée du grand temple de Ramanatha Swami. Là aussi,
déception, les longs corridors annoncés me paraissent quelconques, pas différents d’autres précédemment vus. Seule originalité, il s’y trouve 22 puits, numérotés, chaque pèlerin va de l’un à
l’autre, tout habillé, se faire verser sur la tête un seau d’eau ! L’effet est assez cocasse ! Nous en ressortons, suivons la rue, royaume des
marchands de souvenirs en coquillages et à son extrémité, des sadhus, torse nu, cheveux longs, en
pagne safran, toutes peintures de guerre arborées, un coquillage devant eux en guise de sébile. Au bord de la mer, d’autres pèlerins se
trempent entièrement, tout habillés, dans les vagues. Nous retournons au temple mais il ne s’y passe rien de remarquable et il n’y a pas affluence. J’en fais le tour extérieur, à la vaine
recherche d’un restaurant non végétarien. Nous rentrons bénéficier de la climatisation avant de dîner, poulet rôti en portions congrues.
Jeudi 15 août : Au réveil j’offre à Marie, pour sa fête, le second bracelet acheté à Mahabalipuram. Elle est surprise et contente.
Nous nous faisons servir un pot de thé pas trop fort, avec du citron, pour faire passer les biscuits achetés la veille. Nous bouclons les sacs et les descendons à la réception puis nous allons
voir les pèlerins se tremper dans la
mer. Il y a foule, des bus ont amené, en ce jour férié pour cause d’anniversaire de l’indépendance, des familles entières. Tous se baignent habillés, les femmes en sari, les hommes
en pantalon et chemise ou, plus souvent, en simple dhoti. Nous assistons sur les ghat à une puja, cérémonie tenue par un brahmane pour une famille. Il leur indique que
faire, rouler des boulettes de pâte, les aligner, verser dessus
une poudre ocre puis rouge, ajouter des
bananes, des pétales de fleurs, constituer un petit cône de sable, le mouiller, le recouvrir lui aussi, de poudres, distribuer des grains de riz. Après lui, ils récitent des litanies et vont
jeter le tout à la mer. D’autres brahmanes officient tout au long des ghat. Les mendiants et les sadhu sont alignés, assis, le long de la rue qui mène au temple. Certains jouent
le rôle de changeurs, convertissent les billets en piles de menue monnaie. Nous retournons au temple, il y a plus d’affluence que la veille mais on nous
interdit l’accès aux puits vus hier. Nous ne pouvons que
faire le tour des longs
corridors, à la belle perspective. Nous y rencontrons un couple de jeunes routards sympathiques avec lesquels nous discutons. Nous retournons déjeuner à l’hôtel et passons les heures chaudes de
l’après midi à somnoler dans des fauteuils, à l’ombre, en admirant les vols des corbeaux et, surtout, des rapaces (des aigles ?) qui planent au dessus de nous. Enfin nous nous rendons à la
gare et nous nous installons, seuls, dans un compartiment de 1ère classe. Nous reprenons, en sens inverse, le trajet de la veille qui devient vite monotone. Les heures ne passent pas
vite, la nuit tombe, les moustiques attaquent… Peu avant Madurai, le train s’arrête pour charger des ballots si bien que nous arrivons en gare à 9 heures 30, avec un quart d’heure de retard.
Vite, un rickshaw nous conduit à l’hôtel. Nous y retrouvons le sac et la chambre tiède. Nous parvenons à dîner sur la terrasse.
Vendredi 16 août : Une douche en pleine nuit ne me rafraîchit pas longtemps, l’air chaud, brassé par le ventilateur, me sèche en deux minutes. Je suis réveillé au lever du jour, Marie quelques minutes plus tard. Nous prenons un copieux petit déjeuner, peu sûrs de déjeuner à midi… Un rickshaw nous emmène à la gare des bus qui s’avère vite ne pas être la bonne. Nous devons donc reprendre un autre rickshaw pour la nouvelle gare routière, à l’extérieur de la ville. Là, on essaie de nous vendre, très cher, des places de bus en nous conduisant à une troisième gare !!! Je me fâche, passablement énervé, crie des injures mais nous devons néanmoins prendre un troisième rickshaw pour nous y rendre. Je suis au bord de l’explosion quand, en y arrivant, les renseignements divergent de nouveau. Mais un bus part bien pour Kumili, il roule déjà quand nous parvenons à monter dedans. Il me faut un moment pour me calmer. Je contrôle, la direction est bonne. Nous avançons à bonne allure et ne perdons pas trop de temps dans les arrêts. La route s’élève doucement et se rapproche des montagnes dont les sommets accrochent les nuages. Belles plantations de cocotiers et de bananiers, toutes les rizières ne sont pas en eau par déficit de pluies de mousson. Sur la fin du parcours, nous entamons une rude montée dans une végétation sauvage et luxuriante. Au sommet, nous quittons le Tamil Nadu pour entrer au Kerala. La bruine devient pluie. Un rickshaw nous mène à l’agréable Ambadi Hotel. Nous y prenons une grande chambre dans un cottage, pas besoin de climatisation ni même de ventilateur. Il pleut de plus en plus… Nous déjeunons au restaurant, très bien, rôti de porc puis décidons de faire l’excursion proposée, bien que chère, pour la visite des plantations. Une petite voiture particulière dont le chauffeur ne peut s’empêcher de mettre la climatisation alors qu’il fait frais, et un volubile guide anglophone viennent nous chercher et nous emmènent sur la route de Munnar. Nous arrêtons dans un premier jardin, voir des caféiers et poivriers puis dans un second où, contre une obole, nous avons droit à un verre de thé aux épices et aussi, hélas, au lait… Quand la pluie se calme, nous allons herboriser avec le guide. Marie s’y refusant, je dois humer, mâcher, avaler toutes sortes de plantes, graines, feuilles, toutes aux merveilleuses vertus curatives. Nous découvrons la cardamome, le curcuma et retrouvons girofliers, canneliers, vanille, cacaoyers, etc… On nous emmène ensuite à un beau point de vue sur, en contrebas, la vallée et les rizières mais la rapide arrivée de nuages chargés de pluie, nous en chasse vite. A peine distinguons nous une cascade. Marie commence à s’énerver à cause du temps puis car il nous semble que le guide réclame un bonus et essaie de nous vendre d’autres services. Nous terminons, sous le déluge, par une plantation de thé et l’usine de séchage et de préparation. Retour à l’hôtel non sans être obligés de passer à la boutique d’épices du guide où nous achetons du thé. La prestation est réglée sans surprise. Nous nous séchons, changeons de vêtements. Pas d’eau chaude à la douche… Nous profitons d’une accalmie pour faire le tour des boutiques proches de l’hôtel sans trouver de beaux bijoux. Nous revenons dîner. On me promet de l’eau chaude pour après. Bon dîner, bien arrosé à la bière. Nous devrons probablement renoncer à la visite, demain, en bateau de la réserve. A la chambre, pas d’électricité ! Je dois aller, sous la pluie, réclamer. Enfin l’eau chaude coule. Je commence à me doucher et au beau milieu, plus d’eau ! Je retourne, furieux, une simple serviette autour des fesses, me plaindre avant de pouvoir terminer cette douche.
Samedi 17 août : Il a plu toute la nuit. Je me réveille à six heures, la pluie a cessé mais le ciel reste gris. Marie dort, je ne la
réveille pas. Plus tard, il recommence à pleuvoir, nous renonçons définitivement à la promenade en bateau. Après le petit déjeuner, nous allons en rickshaw, sous une pluie de plus en
plus forte, à la gare routière. Nous montons directement dans un bus, sans mettre pied à terre. La route est magnifique, bordée de jardins où poussent poivriers, cardamome, caféiers etc… Puis, ce
sont, à perte de vue, sur les pentes abruptes, les cultures en terrasse des plantations de théiers, petits arbustes ou, plutôt, gros buissons qui donnent aux collines un aspect marbré. La pluie
redouble. Les bus du Kerala sont dépourvus de vitres, on ne peut qu’abaisser un rideau en accordéon, ce que tous font. Seul, le pare-brise permet de voir l’extérieur, une masse cotonneuse dans
laquelle on ne discerne même plus la route, ce qui ne semble pas gêner le chauffeur. Je me sens portion d’un suppositoire qui pénètre un inconnu diarrhéique… Lors des, relatives, accalmies, nous
relevons le rideau et apercevons alors un torrent furieux et de grandes cas
cades. Les hévéas remplacent les théiers, ils sont en cravate bleue, une bande plastique qui protége
de la pluie leur saignée et la coupelle. Les villages sont proches les uns des autres, tous ont une église. Lors d’une halte dans une gare routière, une femme en robe safran, les cheveux nus, non
nattés, vient mendier. Elle ne peut parler, sa langue, sortie de sa bouche, est traversée par un long poignard en forme de trident !! Arrivés à Kottayam, nous hésitons puis décidons de
continuer sur Quilon, en train. Nous attendons à la gare en déjeunant de bananes et chips de bananes. Le train a du retard. Il y a foule mais, heureusement, nous trouvons des places assises en
2ème classe climatisée. La climatisation n’est ici que prétexte à discrimination par l’argent. Nous apercevons au travers des vitres teintées, un paysage essentiellement aquatique,
rivières et rizières inondées, lagunes, étendues recouvertes par les eaux. Parfois, la nappe d’eau disparaît sous les nénuphars et les lotus. Les cocotiers ont les pieds sous l’eau. La pluie
cesse, si cela pouvait durer ! A Quilon, un rickshaw nous emmène, dans la fureur retrouvée des villes, à un premier puis un second hôtel, tous complets. Le troisième, le Shah
International, est moins reluisant mais acceptable pour une nuit. Je ressors pour aller me renseigner sur les ferries pour Allepey et essayer de changer de l’argent. Les passages cloutés sont
constitués de débris de vaisselle blanche, coulés dans le bitume, pas besoin de les repeindre… J’envoie un message à Julie dans un centre commercial animé puis je rentre à l’hôtel. Nous y
dînons en cachant la bouteille de bière sous la table, les chopes sont pudiquement et hypocritement habillées d’une serviette en papier. Je dois retourner dans un autre hôtel pour pouvoir changer
des dollars et acheter des pommes en guise de dessert.
Dimanche 18 août : Du bruit toute la nuit, des Indiens s’interpellent et parlent fort, à deux heures du matin, dans le couloir. Nous
gelons avec le ventilateur dont on ne peut régler la vitesse et si nous l’arrêtons, l’air devient moite et les moustiques attaquent. Une fois le petit déjeuner avalé, nous nous rendons en
rickshaw au port. Miracle, il fait un grand et chaud soleil ! Nous embarquons sur un bateau de touristes, presque tous des Européens, la majorité s’est installée
dan
s des fauteuils en plastique sur le pont alors que les
Indiens sont dans une cabine bien fermée… Pendant huit heures, nous allons remonter vers le Nord, par des voies d’eau, des lagunes, des canaux, continuellement bordés de cocotiers. Peu de
villages mais une succession de maisons, la région est très peuplée. De jolies petites églises sont cachées dans la végétation, au bord de l’eau, des
carrelets, dits ici « filets chinois », s’alignent sur les berges. Après avoir traversé des lagunes, nous suivons un canal moins
large, les cocotiers penchés au dessus de l’eau, défilent de part et d’autre. Le ciel se couvre et bientôt nous essuyons un fort grain
puis la pluie cesse et, petit à petit, le soleil revient. Deux touristes français se font déposer dans un ashram. A notre grand étonnement, il s’agit d’un immeuble de type HLM, d’une
bonne dizaine d’étages, un autre est en construction, et émerge disgracieusement des cocotiers. On y trouve une banque et de la publicité pour la Western Union ! Nous croisons des house
boats, grosses péniches qu’une belle armature d’osier transforme en chambres pour touristes, et d’autres bateaux de transport, effilés, relevés à l’avant et à l‘arrière. Des pirogues
manœuvrées à la perche, font traverser les villageois et leurs vélos, certains se protégent du soleil avec un parapluie. Parfois, nous sommes très proches de la mer dont nous sépare une mince
digue sur laquelle les vagues se fracassent. Nous traversons
ensuite un vaste plan d’eau par une
avenue de carrelets dont les croix de Saint André se détachent comme de gigantesques araignées, sur le ciel. Suit la fastidieuse remontée d’un large canal avant de continuer par des voies plus
étroites. Moins de cocotiers, derrière leurs rangées, des rizières inondées par les fortes pluies de ces derniers jours. Les paysans ont tenté d’élever de petites digues pour préserver leurs
maisons des eaux du
canal, pas toujours
avec succès. Tous ne sont pas ravis de nous voir passer en soulevant des vagues, et nous le font savoir… La fin s’éternise et nous commençons à être pressés d’arriver. Une intensification du
trafic fluvial et la présence de nombreux house boats, presque comme à Srinagar, marquent l’arrivée à Allepey. Nous débarquons le long d’un petit canal, la ville semble plus importante
que Quilon et, bien sûr, bruyante. Un rickshaw nous dépose au peu reluisant Komala Hotel, néanmoins la chambre est correcte. Je vais lire puis nous dînons dans une salle bruyante à cause
de la présence du bar fréquenté par tous les alcooliques du coin et qui sent la pisse.
Lundi 19 août : Réveil à l’heure habituelle, petit déjeuner traditionnel et rickshaw jusqu’au port, un simple canal en
fait. Nous attendons puis embarquons sur un ferry publique. Peu de monde à bord, nous sommes les seuls touristes. Il n’est pas vraiment aménagé pour les
visites touristiques, les
sièges sont bas, la vision vers l’avant nulle et gênée sur les côtés par des montants de bois. Nous naviguons en zigzaguant d’un bord à l’autre d’un large canal, d’un embarcadère à l’autre, pour
prendre ou débarquer des passagers. J’ai l’impression d’être dans un vaporetto d’une Venise dont les palazzi seraient des cocotiers. Puis c’est la longue et lassante traversée
d’une vaste étendue d’eau parsemée de jacinthes d’eau. Ce n’est que sur la fin que nous empruntons un canal plus étroit, bordé de
bananiers et de cocotiers derrière lesquels nous apercevons terres et maisons inondées. Des passerelles relient les deux rives et sont
manuellement relevées à notre passage. Nous débarquons à Kottayam, les pieds dans l’eau. Aussitôt un rickshaw nous emmène au bus stand où, sans perdre de temps, nous sautons
dans un bus. Juste le temps d’acheter des samosas épicés et des puffs aux oignons sucrés et nous partons pour Cochin. Le chauffeur est encore un de ceux du genre furieux et
pressé mais ne manque pas de s’arrêter à chaque main levée. Les encombrements, l’étroitesse, le mauvais état de la route et la succession continuelle d’agglomérations ne facilitent pas une bonne
moyenne. A l’approche de Cochin, la fureur redouble et nous arrivons épuisés à la gare routière. Il faut encore marchander un rickshaw pour un bon nombre de kilomètres, traverser les
rues en folie d’Ernakulam, la ville « moderne », l’île de Willingdon et les quartiers plus campagnards de Fort Cochin pour nous faire déposer s
ur Parade Ground, la grand place de la vieille ville, au calme, dans la verdure. Nous trouvons une chambre au Chiramel, une vieille maison,
toute en bois sombre, agréablement aménagée. Je ressors aussitôt, à la découverte. Manifestement il y a des touristes dans le quartier, hôtels,
restaurants, boutiques de souvenirs abondent. Je trouve un livre en français dans une librairie. Je repère quelques boutiques et restaurants. Le quartier est paisible, verdure et vieilles
maisons, je retrouve l’atmosphère de Tamatave. Je finis par déboucher sur le bord de mer. Des filets chinois, des carrelets y sont en activité. Les
pêcheurs vendent leurs poissons à l’étal et on peut le faire griller à côté. La plage est ignoble de même que la promenade le long de la plage qui pourrait être si plaisante. Partout détritus et sacs plastiques dissuadent de toute balade sur la plage. Je reviens en admirant de
belles vieilles demeures transformées en hôtels. Après un court repos à la chambre, nous ressortons traîner dans les boutiques, à la recherche de bijoux .Nous dînons au Old Courtyard, dans la
cour d’une vieille maison bien restaurée mais nous ne nous régalons pas et la bière est tiède. Nous allons ensuite assister, dans une grande bâtisse en palmes, assis sur de vilains et peu
confortables fauteuils en plastique rouge, à un concert de musique classique du Sud. Une femme, fort sérieuse, joue de la veena, ce bel instrument ventru dont j’aime beaucoup le son,
accompagnée par deux percussionnistes, très physiques, l’un d’eux, amusant, se pâme presque. Quelques râga sont joués après avoir été brièvement présentés par un brahmane qui marque le
rythme en frappant dans ses mains devant six touristes occidentaux ! Nous rentrons par des rues désertes.
Mardi 20 août : Hier soir, après avoir écrit les dernières cartes postales et lavé du linge, j’ai lu tard, aussi ce matin je ne
suis pas pressé de me lever. Nous nous levons cependant de bonne heure et allons prendre notre petit déjeuner dans un café fréquenté par des routards, où on trouve des pâtisseries. Nous nous
promenons, entrons dans les boutiques, sans
intérêt, que nous n’avions pas visité hier et
continuons par le circuit des demeures de l’époque coloniale. Nous assistons à la manœuvre des filets chinois quand ils sont abaissés, de grosses pierres servent de contrepoids. Quelques vieilles
demeures ont beaucoup de charme mais peu sont entretenues. La végétation, le calme, les murs lépreux, nous transportent à Tamatave. Nous revenons passer le reste de la matinée à la chambre. Un
rickshaw nous dépose à un petit restaurant en plein air. Je vais acheter une boîte de cigares locaux, fabriqués avec du tabac cubain, plus petits et deux fois plus chers qu’à Trichy mais
encore très bon marché. Nous déjeunons de porc trop cuit, sans bière. Nous rentrons à la chambre, en nous renseignant, au passage, sur les balades en barque vers des villages. Après la sieste,
nous faisons le tour du pâté de maisons. Encore de belles demeures, beaucoup enlaidies par des grilles. Nous trouvons, dans une boutique, un joli bracelet de pied, difficile à marchander, nous
quittons la boutique puis j’y retou
rne conclure… Nous visitons
l’église Saint Francis, la plus ancienne de l’Inde, architecturalement sans intérêt, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, si ce n’est, au dessus des bancs, un système de ventilation à l’aide de
panka actionnés par des cordes, destiné à rafraîchir les fidèles. Nous nous dirigeons lentement vers le lieu où nous avons participé, la veille,
à un concert. Ce soir est
programmée une démonstration de kathakali, théâtre chanté, mimé, traditionnel. Nous pouvons assister au long maquillage des acteurs. L’un est particulièrement
sophist
iqué, le visage teint en vert, le tour des yeux
en noir, des dessins rouges, un aide découpe et lui colle des feuilles de carton sur les joues qui forment une corolle à son visage. Ensuite une courte démonstration des jeux d’yeux roulés en
tous sens et de mains en diverses attitudes et postures p
récède des extraits d’un conte. Les acteurs, costumés, portent des jupes à crinolines, l’un porte un cimier coloré, clinquant. Ils sont accompagnés par des percussionnistes, le brahmane chante en
s ’accompagnant d’un harmonium
portatif et de cymb ales. Les
interprètes du conte, tous des hommes, sont un prince, celui du masque vert, une jeune démone, toute en noir et son avatar, une jeune fille en ocre. Tous les gestes et attitudes, sont strictement
codifiés, nous n’en comprenons qu’une infime partie. Nous dînons, comme la veille, au restaurant voisin, toujours avec de l’eau…Avant de rentrer à pied à l’hôtel.
Mercredi 28 août : Nous avions commandé le petit déjeuner à l’hôtel, il nous est servi sur la grande table du salon. Les meubles,
individuellement examinés, ne sont pas beaux mais le bois, l’encaustique, ainsi que la plancher, dégagent une impression de confort, de chez-soi. Hélas, le thé est bien trop fort ! Un
rickshaw, étonnamment peu cher, accepte de nous emmener au Dutch Palace. Aujourd’hui, au Kerala, est le jour de la fête religieuse d’Onam,
les gens ont décoré le seuil de leur porte en composant avec des pétales de fleurs, des rosaces. Les magasins sont fermés et il y a peu
d’animation, les fidèles portent des vêtements très propres et se rendent dans les temples. Nous devons attendre l’heure d’ouverture du palais. Datant de la colonisation portugaise, il est
extérieurement sans intérêt. Nous trouvons à l’intérieur quelques objets dont de remarquables palanquins en bois peint ou en ivoire qui ne semblaient pas très confortables. Plusieurs pièces ont
leurs murs couverts de belles fresques contant le Ramayana ou représentant des dieux hindous, multitude de personnages, belles couleurs, quelques explications permettent de nous y retrouver, un
peu, dans le fouillis des scènes. Le même rickshaw nous conduit à la vieille synagogue, dernière trace d’une très ancienne communauté juive réduite aujourd’hui, à quelques personnes. Pas
grand-chose à y voir. En en ressortant, nous visitons consciencieusement les boutiques à touristes, toujours à la recherche de bijoux. Nous finissons par acheter un beau pendentif en argent. Nous rentrons à Fort Cochin, déjeunons
au même restaurant que la veille bien que pas fameux ni copieux mais pas cher. Nous consultons et envoyons un message à Julie, bien arrivée à Alicante. Sieste tardive à la chambre avant de
ressortir et acheter là où nous l’avions repéré, un bracelet pour Julie. Nous avons entendu parler d’un concert de musique traditionnelle, sur la place, près des filets chinois. Il s’y trouve
déjà beaucoup de monde, des familles endimanchées, des enfants sur les balançoires. Nous « ethnologisons », détaillons les tenues, saris trop vifs, clinquants, les robes
de poupées des gamines, le goût pour l’or, le brillant. Peu de femmes sont réellement belles, les hommes ont mis leur plus beau longi dont un pan repasse par devant, attaché à la
ceinture. Mais pas de concert ! Nous vérifierons plus tard qu’il doit avoir lieu demain. Déçus, Marie en colère d’avoir perdu une après-midi, nous rentrons à l’hôtel nous reposer et me
doucher. Nous dînons dans une de ces vieilles demeures restaurées et transformées en hôtels de luxe. La nourriture est très bonne mais la salle de restaurant n’est pas à
l’extérieur.
Jeudi 22 août : Les cloisons des murs n’atteignent pas le plafond. Bonjour l’intimité ! Nos voisines espagnoles, bavardes, ne s’en aperçoivent que quand nous leur demandons de se taire. Nous allons prendre le petit déjeuner au Kashi Art Café, tenu par deux Indiens mariés à des Anglaises très intégrées. Sur les murs sont exposées leurs œuvres, laides et chères. Leur cake au chocolat est si écoeurant que je préfère sortir pour ne plus le voir ! Je vais dans une agence de voyage pour reconfirmer nos vols de retour, je dois leur laisser nos billets et passeports. Pour le train, nous sommes toujours en liste d’attente. Inquiets, nous décidons de nous rendre à la gare. Un rickshaw nos emmène à l‘embarcadère où nous devons attendre en ruminant, l’arrivée d’une peu confortable vedette en bois qui joue le rôle de bateau-bus. Nous traversons le port et ses cargos venus de toute l’Asie et débarquons à Ernakulam. Un autre rickshaw nous conduit à la gare. Je demande à voir la responsable pour faire une demande en « quota d’urgence ». On m’assure que nous aurons une place dans le train mais peut être pas en 2nde climatisée. Nous rentrons avec le ferry et déjeunons sous une paillote, au bord de l’eau, au restaurant d’un hôtel agréable mais excentré. Nous rentrons à l’hôtel pour une sieste. Je laisse Marie dormir et retourne à l’agence de voyage changer des dollars, j’apprends que billets et passeports ne seront pas de retour avant midi ! Nouveau sujet d’inquiétude ! Je ne parviens pas non plus à téléphoner pour réserver une chambre à Bombay. Je reviens, quelque peu morose à la chambre. Nous ressortons pour assister au concert attendu la veille. Au bord de l’eau, sur une petite scène en plein air, une troupe de percussionnistes, torse nu, en pagne, s’escriment sur des tambours. Ni les autochtones, ni les touristes ne semblent très intéressés, nous non plus… Je parviens à téléphoner au Bentley’s Hotel, à Bombay, celui de l’aller, puis nous allons boire frais dans la cour du bel hôtel où nous avions mal mangé. La nuit tombée, nous allons dîner chez Addy’s, un petit restaurant dans une vieille maison, mal entretenue. Les cadres des portes et des fenêtres sont ornés de belles moulures anciennes. Pour, nous ne savons pas exactement la raison, quelque obscur problème familial, le service est perturbé, on sert à Marie du poisson au lieu de poulet qui, quand il arrive, n’est pas cuit et se révèle trop sec, pas de bière, que de l’eau pas fraîche et c’est cher !
Vendredi 23 août : J’ai mal dormi et beaucoup ruminé. Nous ne sommes pas pressés. Nous prenons le petit déjeuner à l’hôtel puis je vais répondre à un message de Julie. Le patron de l’hôtel a reçu un coup de fil de la gare, l’avertissant que nous ne sommes plus en liste d’attente, à notre grand soulagement. Ce problème réglé, il faut encore que je récupère billets d’avion et passeports. Ils ne sont pas encore de retour. Je fais quelques courses et réserve un rickshaw pour midi et demie. Je retrouve Marie dans le salon de l’hôtel, nous attendons onze heures pour descendre les bagages dans le hall et nous allons déjeuner. Je récupère billets et passeports et nous déjeunons au restaurant, sur le toit d’un hôtel. Nous dominons les toits de tuiles. Le repas n’est pas fameux mais il y a de la bière. Nous nous faisons préparer des sandwichs pour le voyage. Le rickshaw, le dernier (?), Nous emmène à la gare, ce n’est pas un fou du guidon, tant mieux ! Je vérifie que nous sommes bien inscrits avant d’acheter bananes et bouteilles d’eau. Le train a un peu de retard, nous nous installons dans un compartiment. Nous sommes trois, bientôt quatre, au grand soulagement du troisième qui a enfin quelqu’un à qui parler… Le paysage défile très lentement, le train s’arrête dans toutes les agglomérations. Toujours des cocoteraies, des bananeraies et des rizières ! Les maisons à toits de tuiles sont particulières, vaguement chinoises avec leurs toits très avancés et superposés. Nous avons froid avec l’air conditionné et nous devons ressortir gilets, blousons et chaussettes, les Indiens ne paraissent pas incommodés… Nous dînons avec nos sandwichs et nous nous installons pour la nuit. Des gosses chahutent quelque temps mais cela ne dure pas et tout le monde se couche sagement.
Samedi 24 août : La climatisation fonctionne si bien que, dans la nuit, nous sommes gelés. Marie vient me rejoindre pour se réchauffer. Heureusement l’air conditionné est arrêté avant que nous ne devenions des poulets dans un réfrigérateur… Dès cinq heures, grand remue-ménage alors qu’il fait encore nuit ! Les vendeurs de café ou de thé passent dans le couloir en criant : « Coffee, Chaïa » puis tout redevient calme. Le paysage a changé, toujours des rizières mais la végétation n’est plus aussi luxuriante, peut être parce que nous ne longeons plus la côte. Pas un kilomètre sans traverser ou suivre une large rivière, l’eau est partout. Nous comptons les heures qui défilent, elles aussi, lentement. Il pleut, le ciel est bouché. Apparaît la grande banlieue de Bombay, HLM pisseux, buildings lépreux, constructions inachevées et bidonvilles sordides. Nous arrêtons à un terminus éloigné du centre ville. Nous devons marchander un taxi pour, sous la pluie et dans les encombrements, rejoindre notre hôtel. Nous retrouvons la même chambre, ce qui ne plaît pas à Marie. Nous retournons dîner à notre restaurant favori, de délicieux biriani et tandoori, avec de la bière fraîche.
Dimanche 25 août : Je suis encore réveillé dans la nuit, il pleut sans arrêt. Au matin, la pluie cesse, je dors bien… Nous nous faisons servir le petit déjeuner. Des maçons travaillent à grands coups de marteau dans la chambre voisine. Nous traînons, préparons les sacs et libérons la chambre peu avant midi. Nous envoyons un dernier message à Julie avant de nous rendre à l’hôtel Taj Mahal, par le bord de mer. Nous nous installons dans les fauteuils d’un salon proche de la piscine. Impossible de nous faire servir un verre, il faut être client ! On y tourne un film interrompu par le retour de la pluie. Les jeunes vedettes masculines sont bedonnantes. Nous profitons d’une accalmie pour aller déjeuner au bon restaurant de cuisine punjabi Delhi Darbar. Les plats que nous prenons ne sont pas ceux que nous pensions mais sont aussi savoureux, hélas pas de bière… Nous retournons attendre au Taj Mahal 15 heures. Un taxi nous conduit à Chor Bazar, les Puces de Bombay. Partout de la quincaillerie, outils rouillés, roulements à billes, vieux meubles. Dans une des rues, de vagues antiquaires dans de minuscules boutiques qui se prolongent dans un labyrinthe de pièces petites, sombres et étouffantes, renferment un incroyable bric à brac, verres, porcelaines, fausses antiquités, boîtes, plaques métalliques, rien qui nous intéresse, pas de bijoux. Nous assistons au désossage d’une voiture. L’un est spécialisé dans les radiateurs, un autre, bruyant, dans les klaxons. Nous revenons déçus au Taj Mahal. Nous laissons s’écouler les heures en changeant de salons… Nous retournons dîner chez Léopold, les derniers tandoori et une bière australienne Foster. Nous récupérons les bagages à l’hôtel et partons en taxi à l’aéroport. Dernière vision nocturne de Marine Drive illuminée. La circulation n’est pas trop intense, nous traversons des quartiers populeux, éclairés, animés. Dernière image de ces malheureux gosses, certains atrocement mutilés, qui mendient une roupie aux feux rouges. J’ai envie de donner mes derniers billets mais je suis bien trop coincé pour le faire… Je les changerai en euros à l’aéroport. Courte attente pour les contrôles de sécurité, enregistrement, police et passage en salle d’embarquement.
Lundi 26 août : Nous montons à bord, encore une petite attente. Décollage enfin avec un léger retard. On nous sert une honteuse collation, un vague sandwich au thon et au fromage ! Seul le vin est correct. Marie s’endort, je n’y parviens pas. Au petit matin, petit déjeuner, mais les non végétariens n’ont pas droit au jus d’orange ! Nous nous posons à Milan où nous devons attendre quatre heures, avec pour seule lecture un journal féminin, l’embarquement pour Marseille. Enfin nous repartons. Un autre sandwich et un verre d’eau ! Décidemment, la gastronomie n’est pas le fort d’Alitalia ! Nous débarquons à Marseille sous une forte pluie. Nous ne récupérons qu’un sac, une fois de plus, le sac à dos s’est perdu… Il nous sera livré le surlendemain… Personne pour nous accueillir, nous prenons donc le bus pour la gare Saint Charles. Les dernières pluies ont perturbé le trafic des trains. Nous prenons un omnibus qui s’arrête dans toutes les gares et met une heure à nous ramener à Toulon. Là, un taxi nous dépose à la maison où Vanille, étonnée, nous attendait.