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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:33

PACIFIQUE

 

HIVER 2010

 

Samedi 10 février : Après deux jours à grelotter à Paris sous la neige, à nous régaler aux restaurants chinois (Ah, la soupe de raviolis de crevettes !) et péruviens (Ah, le pisco sour !), à broyer du noir à l’exposition Soulages, à tomber sous le charme du noir et du blanc superbes aux photos d’Izis que nous ne connaissions pas et qui mérite sa place à côté de Ronis, Doisneau, à revoir des Fritz Lang (La 5° victime pour la troisième fois !!), nous avons pris le chemin de Roissy, emmenés par Julie, jalouse (…) et Jean-François, à qui nous remettons pulls et blousons chauds dans l’aérogare. Nous enregistrons, passons des contrôles, pas spécialement rigoureux, avant d’embarquer. Nous ne décollons qu’avec une heure de retard qui sera rattrapée dans les douze heures suivantes de vol. Après avoir survolé la Grande-Bretagne puis l’Irlande, nous nous lançons à la poursuite du soleil couchant. Deux repas avec champagne et liqueur, quelques films avec Steve Mc Queen visionnés sur un écran grand comme une carte postale, plus tard, à l’approche des Rocheuses, notre Boeing est distancé et la nuit commence. Changement d’appareil et pour l’occasion, contrôle de l’immigration U.S. puis fouille des bagages plus poussée, à Los Angeles.

 

Dimanche 11 février : Nous repartons pour encore quelques heures de vol. Dans les passagers quelques tahitiennes avec une fleur dans les cheveux annoncent la destination. Nous arrivons, toujours de nuit, à Tahiti, légèrement en avance. Dans le hall, trois Tahitiens, en paréo et chemise à fleurs, couronne de fleurs sur la tête, chantent et jouent de l’ukulélé pour les touristes. Les contrôles sont expédiés rapidement et nous nous retrouvons dans l’aérogare. Nous tombons chemise, chaussettes, foulards, ce qui ne nous empêche pas de transpirer dans la moiteur tropicale, 30° C et humidité maximale ! Cette moiteur qui justifie la sympathique langueur qui m’envahit dans ces destinations tropicales. Les Polynésiennes, jeunes ou vieilles, boudins ou canons, souvent plantureuses, ont toutes la fleur de tiaré piquée derrière l’oreille ou dans le chignon. Nous attendons Emmanuelle qui, comme prévu, arrive à 001-TARAVAO-Marie.jpg6h30, alors que le soleil commence à percer derrière les montagnes. Elle nous accueille avec des colliers de fleurs blanches de tiaré, son parfum est proche de celui du jasmin Nous prenons l’autoroute, à la sortie de Papeete. Elle traverse les quartiers commerciaux, supermarchés comme en métropole. Nous apercevons la barrière de corail sur laquelle sbrise une faible houle. Seule la bande côtière est habitée, en arrière les montagnes s’élèvent trop brutalement pour permettre les constructions. La végétation qui couvre les montagnes est splendide, nous retrouvons toutes les essences habituelles : cocotiers, manguiers, arbres à pain, rares flamboyants aux fleurs écarlates. Nous parvenons à Taravao, sur l’isthme qui sépare Tahiti en deux parties. Emmanuelle, toujours très gaie, et son compagnon Thomas, pas du tout gay, nous logent dans leur bien agréable bungalow, au milieu d’un grand terrain entouré de cocotiers et autres beaux arbres. Ils nous présentent leur nurserie d’oiseaux, des nodis, et leur chatte. Après un petit déjeuner aux beignets de coco, un long échange de considérations sur la Poly005-TARAVAO-Marie.jpgnésie et autres destinations, ils nous emmènent dans leur petit bateau à coque aluminium, amarré en bordure du terrain, en promenade sur le lagon. Nous découvrons avec un peu de recul toute l’île dominée par des montagnes ennuagées. Nous nous baignons dans une eau à la température parfaite. De temps en temps, un grain pique l’eau mais il ne dure pas. Nous rentrons déjeuner, occasion de découvrir la recette du « chaud-froid » : un pavé de 1,5 kilo de thon rouge, roulé dans des épices puis rapidement doré sur toutes ses faces et dégusté avec une sauce à base de mayonnaise, sauce soja et sauce d’huître, un régal ! La chair est d’une tendresse incompar006-TARAVAO-Nuages.jpgable. Je m’octroie une sieste avant que nous ne repartions avec le bateau dans le lagon. Nous jetons l’ancre et nageons quelques instants. La remontée à bord n’est pas évidente… Nous revenons dans le fond de la baie boire une bière fraîche au milieu des eaux tandis que le soleil disparaît. Nous allons dîner « Chez Myriam », seul restaurant ouvert. Bonne cuisine chinoise, très copieuse, je ne viens pas à bout de mon porc sauce d’huître ni Marie de son mai-mai, une variété de dorade, au curry. Deux Tahitiennes, couronnées de fleurs, dansent sur des airs pas toujours purement locaux. Retour au bungalow pour, enfin, une nuit de sommeil.

 

Lundi 15 février : Je suis réveillé tôt. Il y a eu du vent dans la nuit ainsi qu’une bonne averse, il n’a donc pas fait trop chaud. J’attends l’apparition du soleil pour lire puis à 7 heures et demie, je rejoins Emmanuelle et Thomas qui partent travailler. Ils me déposent à l‘agence de location de voiture Avis. L’employé, un Tahitien bon teint, d’emblée me tutoie. Je repars au volant d’une petite coréenne. Je vais retrouver Marie. Nous petit déjeunons et partons en balade. Nous hésitons entre la presqu’île et le tour de la partie principale. Nous nous décidons, puisque la matinée est avancée et que le ciel y semble plus clément pour la presqu’île. Nous suivons le lagon délimité par la frange blanche de la mer écumant sur les brisants, à quelque distance.015-TEAHUPOO-Vue.jpg Des pirogues à balancier sont abritées sous des faré, ces abris couverts de palmes. De l’autre côté de la route, la montagne et une végétation très dense. Les maisons sont coquettes, plantées sur des gazons dignes d’Anglais. Des haies de splendides massifs fleuris, hibiscus, frangipaniers, délimitent les parcelles. Nous poursuivons jusqu’au bout de la route, à Teahupoo. Il n’est pas possible de faire le tour de la presqu’île. Nous continuons à pied en empruntant une passerelle au-dessus d’un ruisseau descendu de la montagne et traversons le village. Les maisons sont récentes et n’ont pas le cachet de celles de La Réunion mais elles ne manquent pas d’attraits, leurs vérandas doivent être agréables à l’heure de l’apéritif… Beaucoup se sont installés un faré en bord de mer, à l’ombre des badamiers. Nous marchons le long de la plage. Le temps se gâte, les nuages sont de plus en plus présents et quelques gouttes tombent. Nous revenons sur nos pas et reprenons la voiture. Nous trouvons le marae 018-VAIRAO-Marae.jpgNuutere au bout de quelques centaines de mètres de piste à l’écart de la route principale. Il s’agit d’une vaste esplanade culturelle, une plateforme constituée de blocs de roches volcaniques, débroussaillée et entretenue, autour d’un figuier. Identifier les différents espaces n’est pas évident d’autant que notre connaissance de ce type de lieu est des plus sommaire ! La situation du marae, au pied de la montagne, entre des cocotiers élancés, parsemé de buissons fleuris, est enchanteresse. Nous revenons à Taravao. Nous achetons au supermarché du pain, de la charcuterie et des oranges puis prenons la route qui monte sur le plateau. Nous nous élevons au milieu de prairies vertes que broutent de blondes charolaises, déplacées entre palmiers et arbres à pain. La route se termine, nous continuons à pied sur un sentier glissant pour parvenir à un point de vue sur l’île de Tahiti, perdue dans les nuages,023-TAHITI-Recifs.jpg l’isthme qui l’en sépare de la presqu’île et les barrières de corail qui l’entourent. Je peste contre les nuages qui nous gâchent le panorama. Nous redescendons sur la côte et repartons en direction de Tautira. Nous pensions trouver une côte sauvage mais les constructions en bord de mer se succèdent sans discontinuer et il n’est pas évident de trouver un bout de plage accessible. Les bouts de pistes qui y mènent sont souvent barrés d’un péremptoire « TABU ». Tautira est un joli village calme. Nous le dépassons et empruntons une mauvaise piste sur laquelle les Tahitiens roulent au pas même avec des pick up ou des 4x4. La végétation dégringole des 032 TAUTIRA Forêtfalaises, des cascades ont marqué leur empreinte sur les roches verticales mais le soleil demeure absent. Nous revenons sur nos pas, suivons une vallée qui remonte le cours de la Vaitepea qui roule des flots bruns. Entre les bouquets de cocotiers nous apercevons dans la grisaille, les pics volcaniques du centre de l’île. Nous ne pouvons pas aller bien loin. Ce sont les travaux de constructions de maisons, de plus en plus éloignées de la côte qui font progresser la pénétration vers l’intérieur. Nous reprenons le goudron et retrouvons Taravao. Nous visitons les supermarchés, en examinant les étiquettes (à notre grand étonnement, la viande de bœuf, importée de Nouvelle-Zélande, est bon marché). Nous rentrons au bungalow pour y retrouver nos hôtes. Je prépare une salade (sans salade) de crevettes à la mangue. Après un apéritif à la bière, nous dînons, sous l’œil concupiscent de moustiques fort intéressés. Emmanuelle débouche une étonnante bouteille de vin blanc local, la vigne pousse sur un atoll ! Nous discutons encore tard avant d’aller nous coucher.

 

Mardi 16 février : Nous nous levons tôt pour partir de bonne heure. Nous faisons nos adieux à Emmanuelle et Thomas qui, invités, ne reviendront pas ce soir. Le ciel est très menaçant sur l’île, de gros nuages noirs enveloppent les sommets. Nous hésitons à faire le tour par l’est ou par l’ouest. Nous commençons par l’ouest , moins couvert, mais au bout de quelques kilomètres, rattrapés par la pluie, nous faisons demi-tour. La c038-PUEU-Eglise.jpgôte est étant aussi sous la pluie, nous ne distinguons pas grand-chose du paysage ! Les villages se succèdent, tous pourvus de plusieurs grandes églises ou temples surmontés de flèches pointues. Chacune correspond à une congrégation, ce n’est pas le choix qui manque ! Catholique, toutes les variantes du protestantisme mais aussi témoins de Jéhovah, Mormons, Sanitos (Eglise réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ouf !), sans oublier les Evangélistes de tout poil… Nous nous arrêtons à plusieurs reprises dans l’espoir que la pluie se calme. Ce qui finit par 041 Souffleurarriver alors que nous sommes arrêtés au Trou du Souffleur où la houle crache bruyamment à travers une ouverture dans les roches. Nous pouvons distinguer la côte, de grandes roches noires balayées par les vagues, les plages sont rares à Tahiti et sont alors d’un sable noir de jais. Derrière la végétation est des plus luxuriantes, les tulipiers du Gabon mettent des touches de rouge dans les variétés de vert des frondaisons. Nous suivons une courte portion de route qui s’enfonce dans l’intérieur jusqu’à un parking. De là deux sentiers dans la forêt mènent à trois impressionnantes cascades. La première toute proche est l‘occasion de nous faire doucher par les embruns provoqués par la chute, de plusieurs centaines de mètres de hauteur, des eaux chargées de limon rouge, gonflées des pluies de la matinée. Les deux autres s’atteignent après quelques minutes de marche sur un sentier heureusement aménagé dans la montagne. Elles aussi s’abattent avec fracas de part046 VAIMAHUTA Cascade et d’autre d’un pan de falaise. Nous repartons le long de la côte, les eaux ne sont pas turquoises mais bien rouges, de la couleur de la terre entraînée par les torrents. Nous suivons ensuite la route dite « traversière » mais qui ne traverse pas ! Après quelques kilomètres de goudron, nous continuons sur une piste creusée de nids de poule remplis d’eau dans lesquels la voiture, pas vraiment prévue pour, cahote. Nous remontons le lit de la rivière Papenoo. Nous sommes déçus par le paysage, ce n’est plus la luxuriance à laquelle nous étions habitués, peu de grands arbres mais plutôt des arbustes qui semblent brûlés ou en manque d’eau ! La route s’élève, parfois très abruptement, mais alors des plaques de béton évitent les problèmes qui ne manqueraient pas de survenir en temps de pluie. Nous franchissons à plusieurs reprises des torrents sur des radiers. Nous entrons dans un cirque de montagnes découpées et de pics acérés, infranchissable suite à des éboulements. Nous arrêtons à l’auberge de la Maroto. Nous y aurions bien déjeuné ou à tout le moins pris un verre en contemplant la vue de la terrasse mais tout est fermé bien qu’une pancarte annonce : « Ouvert tous les jours »… Nous poussons un peu plus loin, il faut traverser un petit torrent, la voiture racle, cale, repart. Nous allons voir à proximité un maraé. Le chemin d’accès est envahi de branchages, des arbres déracinés jonchent le terrain. Des ouvriers nous expliquent que le dernier cyclone en est le responsable et que si les dégâts ont été minimes sur la côte, il n’en a pas été de même en altitude. Nous retrouvons la côte, la circulation à l’approche de Papeete s’intensifie055-MOOREA-Vue.jpg. Un court détour nous amène à la Pointe Vénus, une plage de sable noir d’où nous apercevons l’île de Moorea empanachée de nuages. Pas une seule gargote pour nous sustenter ! Les policiers municipaux doivent regarder trop de films américains, sur leur fourgon est écrit non pas Police mais Shérif !!! Nous traversons Papeete sans en voir grand-chose. A peine apercevons-nous un paquebot ancré devant la ville avant de revenir par la côte dite ouest vers Taravao, sur la portion d’autoroute où la vitesse est tout de même limitée à 90 km/h. Quelques kilomètres plus loin, nous allons visiter le musée de Tahiti et des Iles. Dans un beau parc en bord de mer, ombragé par des manguiers et des cocotiers, se tiennent les bâtiments qui abritent une intéressante collection d’objets collectés dans toute la Polynésie.058-ARAHUARU-Marae.jpg Les plus remarquables viennent incontestablement des Marquises où semble-t-il subsistent des traces de la culture traditionnelle. Tout ce qui touche aux ïles y est évoqué : géologie, zoologie et bien sûr anthropologie. Des panneaux, peu lisibles, voire complètement effacés, devraient apporter des explications… L’éloge des missionnaires, de toutes confessions, y est dressé, sans le moindre recul… Nous allons encore faire quelques détours pour approcher deux maraé, le dernier dans un beau parc. Mais il commence à faire tard, nous allons faire quelques emplettes au supermarché de Taravao et nous rentrons au bungalow. Il faut nourrir les chiens qui s’affolent, gueulent, réclament leur gamelle, la chatte cherche à se rendre intéressante. Une fois tout ce petit monde rassasié, nous nous occupons de nous. Traitement des photos, rédaction du journal, consultation de la messagerie puis nous dînons en puisant dans les stocks d’avocats et de fruits tropicaux d’Emmanuelle et Thomas. Il faut ensuite refaire le sac et enfin nous pouvons nous reposer.

 

Mercredi 17 février : Encore un réveil matinal, nous nous mettons au rythme polynésien… Nous chargeons la voiture, rapide ménage du bungalow et nous partons. Un beau soleil nous fait presque regretter de quitter Tahiti. La côte sous cette lumière est très belle, le bleu de la mer et du ciel ponctué de quelques petits nuages blancs, le vert des palmes et le vermillon des fleurs, toute une palette de couleurs pour nous dire au revoir… A l’approche de Papeete, nous découvrons les encombrements locaux. Nous nous traînons jusqu’à l’autoroute et à neuf heures nous garons la voiture au parking de l’aéroport. Nous rendons les clés, déposons les sacs à la consigne, pas bon marché… Nous travers062-PAPEETE-Musiciens.jpgons la route pour aller prendre un bus. En l’attendant, nous discutons avec une Polynésienne des Tuamotu qui nous conte son émerveillement devant les champs de blé, en France ! Nous descendons dans le centre ville. Une demi-douzaine de Tahitiens jouent du ukulélé et chantent pour le plaisir des passants. Nous nous rendons au marché, une structure métallique récente mais qui respecte le style ancien. Au rez de chaussée les étals de fruits et légumes, taro, bananes à cuire, ananas, avocats et papayes, voisinent avec les marchandes d’artisanat, chapeaux tressés en pandanus et horreurs habituelles pour les touristes. Nous marchons jusqu’à la mairie une grande bâtisse récente mais traditionnelle, plus intéressante de loin que de près. Pas de belles maisons coloniales, béton et architecture récente sont le lot075-PAPEETE-Vahine.jpg des immeubles du centre ville. Nous revenons sur l’avenue du front de mer, la circulation est intense mais les passages cloutés sont scrupuleusement respectés. Nous jetons un œil à la cathédrale, nom pompeux pour une modeste église de campagne. Marie trouve et achète un roman (policier) polynésien. L’apport de la culture française se manifeste ici, comme à Saïgon, à Dakar, ou naguère à Tunis, par des cafés en terrasse, ombragés où il est possible de se faire servir un demi-pression glacé. Nous déjeunons dans l’un d’eux, tartare de thon rouge et poisson cru au lait de coco nous régalent. Un violent orage éclate et nous cloue dans ce café. Quand la pluie cesse, nous n’avons que le temps d’aller reprendre un bus qui nous dépose à l’aéroport. Je récupère les sacs et nous les enregistrons. Nous devons patienter une heure, un autre orage éclate alors 090-BORA-BORA-D-avion.jpgque nous attendons sur le tarmac de monter à bord d’un ATR. Nous décollons et survolons Moorea, également couverte de gros nuages mais on distingue la barrière de corail. Plus tard nous survolons Huahiné qui, avec ses cumulus au-dessus de l’île entourée des eaux vertes du lagon, ressemble à un gros chou-fleur. C’est ensuite Bora Bora, ensoleillée, aux pics qui émergent des eaux turquoise du lagon. Nous apercevons d’autres atolls éloignés puis nous contournons Maupiti, sa falaise surgie du lagon, ses cocoteraies sur les motu, îlots de l’anneau corallien. Nous nous posons  dans ce nouveau bout du monde. Pas de voitures à l’aérogare, un simple faré, la piste est construite sur un motu qui n’est accessible qu’en bateau ! Notre aubergiste arrive104-MAUPITI-Fare.jpg légèrement en retard, décontracté, tutoiement d’office, il nous offre des colliers de fleurs de tiaré. Quelques pas et nous montons dans sa grande barque. Nous longeons le cordon de cocotiers quelques centaines de mètres avant de nous laisser glisser sur le sable, dans une eau très peu profonde, pour accoster devant notre bungalow. Il n’y en a qu’un, entre deux cocotiers, directement sur le lagon. Nous allons pouvoir jouer les Robinson ! Nous allons nous tremper, pas question de nager dans si peu d’eau, en contemplant, d’un côté l’île et ses pics, de l’autre côté la palissade de cocotiers. L’idée que l’on pouvait avoir de la Polynésie ! Nous sommes avec une Belge, voyageuse solitaire, les seuls clients. Nous dînons ensemble dès que le soleil est couché, heure à laquelle moustiques et nono partent à la chasse au popaa. Les darnes de thazard sont accompagnées d’un excellent curry de fruits de l’arbre à pain. Le repas avalé, il ne reste plus qu’à aller se coucher…

 

Jeudi 18 février : Le soleil inonde le faré à travers le rideau. Le ciel est dégagé des nuages, le lagon resplendit. Nous petit déjeunons en compagnie de la Belge, Florence. Puis Marc, 107-MAUPITI-Cocotiers.jpgnotre hôte, sa femme Melissa et leurs deux chiens nous emmènent, avec Florence qui repart, sur l’île. La traversée est rapide. Le village s’allonge et forme la seule et unique rue. Les maisons, des bungalows, sont posées sur de courts pilotis et sont censées résister à des vents de 360 km/h ! Ui, un ancien de 73 ans, va nous emmener dans son minibus pour un tour de l’île, commenté. A mon grand étonnement et déception (légère) les véhicules ne sont pas rares et quelques 4x4 circulent sur les dix kilomètres de l’étroite route qui fait le tour de l’île. Notre guide est un curieux personnage, féru d’ésotérisme et d’astronomie. D’après lui, et ce serait dans la Bible216-NOULEA-Aquarium.jpg (!), les Polynésiens seraient une des douze tribus d’Israël, leur langue dériverait de l’hébreu ! Il nous dépose à la seule plage de l’île, à une pointe, face aux motu qui forment l’anneau corallien. L’eau est transparente, le fond de sable est parsemé de quelques « patates » fréquentées par de jolis poissons de coraux, des noirs et blancs à larges ou fines rayures noires, des bleus, des oranges. Peu effarouchés, ils continuent de vaquer à leurs occupations tandis que nous les observons à travers le masque, tout en ayant pied. Nous dorons, rougissons, devenons de vrais popaa, des « brûlés », selon l’expression utilisée par les Polynésiens pour désigner les Européens. Ui vient nous rechercher avec un autre couple qui vient d’arriver. Nous achevons le tour de l’île pour retourner au village. La route franchit un 117 MAUPITI Lagoncol, modeste, mais d’où la vue sur le lagon et le cordon lagunaire est éblouissante ! Des variations de bleus, du turquoise à l’outremer qui dessinent des arabesques dans le lagon. Nous déjeunons dans un « snack », en terrasse sur le lagon, en compagnie d’autres Français, des enseignants de français – latin ( !!! ) en poste à Bora Bora. Nous nous régalons de poisson cru et de sashimi servi avec une sauce proche de celle préparée par Emmanuelle. Nous repartons pour un second tour de l’île avec de nouvelles « informations » dispensées par Ui, témoignages de la confusion engendrée dans les esprits par les missionnaires, mélange de légendes locales et 122-MAUPITI-Petroglyphe.jpgd’autres extraites et réinterprétées de la Bible. Il détaille longuement les restes d’un marae puis, sans grand enthousiasme, nous conduit au site des pétroglyphes, des pierres dans un ruisseau couvertes de gravures que les archéologues pensent être des représentations de tortues mais qui pour Ui sont une représentation de l’Union de la France et de l’Angleterre protégeant la Polynésie… Nous retrouvons Marc dans le village et nous rentrons en fendant les eaux turquoise au bungalow. La douche est la bienvenue. Nous nous installons dans le jardin mais nous devons nous couvrir pour échapper aux moustiques et aux nono. Nous dînons en tête à tête, encore du thazard, servi avec des champignons à la crème et des macaronis. C’est Marc qui est aux fourneaux et il a des nostalgies culinaires…

 

Vendredi 19 février : Réveil plus tardif, le ciel est serein, l’orage de la nuit est oublié. Nous attendons l’arrivée de la barque d’un autre hôtelier pour partir avec lui faire le tour complet du 129-MAUPITI-Ile-et-patate.jpglagon. Nous naviguons sur des eaux de carte postale, l’intensité des couleurs variant avec la profondeur. Nous nous approchons, entre deux motu, de deux fausses passes, ouvertures dans l’anneau corallien mais néanmoins infranchissables. Nous nous mettons à l‘eau pour aller voir des patates, plus belles que celles de la veille mais sans plus de poissons. Nous repartons jusqu’à la plage de la veille où sur les conseils du pilote de la barque, je nage jusqu’à une autre patate, aux coraux plus variés et nettement plus peuplée. Des anémones s’agitent dans le courant et hébergent de jolis poissons colorés. Je regrette de ne pas avoir de tuba car je dois sortir la tête de l’eau pour respirer alors que les poissons craintifs ne ressortent de leurs abris qu’une fois rassurés par mon immobilité. Nous embarquons un groupe de touristes qui renoncent à faire le tour de l’île à133 MAUPITI Lagon pied. Nous poursuivons à faible allure dans une étendue d’eau de peu de fond jusqu’à la vraie passe, étroite ouverture entre les vagues qui se brisent sur la barrière de corail. Les effets du cyclone Oli sont visibles : sable disparu, grève de brisures de coraux, cocotiers déracinés. Nous continuons en cherchant dans l’eau des raies qui fuient devant nous. Un petit requin, aux dires de notre capitaine, n’est pour nous qu’une ombre dans l’eau. Nous achevons le tour en regagnant le bungalow. Marc nous a préparé des sandwichs, jambon, concombre et mayonnaise… Marie insiste pour avoir une bière… Nous faisons ensuite une petite sieste avant de ressortir pour traverser à pied la cocoteraie qui couvre le motu et débouchons sur le rivage uniquement constitué de débris de coraux. Pas de sable, pas de baignade possible, les rouleaux des vagues s’écrasent sur les madrépores. Pas d’ombre non plus ! Marie reste sur le bord, je marche le long du rivage puis reviens en recherchant l’ombre. Là aussi le cyclone a laissé des traces. Nous revenons au bungalow. Marc a reçu son poste de radio, parti en réparation et qui lui manquait. Nous avons droit à une musique pas forcément de notre goût, qui vient troubler notre quiétude. Seule la musique polynésienne est d’ambiance. Le dîner prouve aussi qu’il est temps de repartir. Après deux soirs au thazard, nous avons droit ce soir à un plat de bœuf aux légumes qui s’avère être préparé avec du corned beef. Les Polynésiens en sont friands paraît-il, pas nous. Une expérience ! Les crabes, les holothuries abondent, le poisson cru est facile à préparer mais pourquoi se compliquer la vie ? Dommage que Marc semble gagné par l’indolence locale…

 

Samedi 20 février : Je laisse Marie dormir et vais lire sur le rivage, sous un ciel sans nuages, dans la lumière naissante. Après le petit déjeuner, nous voulons faire un tour en kayak. Nous montons tous les deux sur un kayak individuel. Je peine à le diriger et, trop chargé, il se remplit d’eau. Marie peu rassurée, bien que nous soyons dans très peu d’eau, descend sur une plage et je continue seul dans un engin nettement plus maniable mais plus fatigant qu’il n’y paraît. Brûlé par le soleil, las de pagayer et sans la moindre raie ni l’ombre d’un aileron en vue, je fais demi-tour et rejoins Marie. Nous rentrons à la pension et préparons les sacs. Le ciel se couvre et devient vite gris. Marc, Melissa et leurs deux chiens nous ramènent sur l’île. Nous 138-MAUPITI-Orage.jpgabandonnons les deux sacs à leur maison et allons déjeuner sous le faré du snack de l’avant-veille. Plats bons et copieux de cette cuisine métissée sino-polynésienne. Nous sommes à la table d’un intendant de collège d’une île des Australes ravagée par le cyclone Oli. Il y a perdu sa maison et ce qu’il nous en raconte est plutôt cauchemardesque ! Un violent orage éclate, on ne distingue plus les motu. Et puis cela passe mais le ciel reste couvert. J’accompagne Marie à l’embarcadère, beaucoup plus éloigné qu’il ne m’avait semblé. C’est l’occasion de voir de près les maisons du village et leurs tombes de la famille installées devant. Il n’y a pas de cimetière à Maupiti et il en139 MAUPITI Nous est souvent de même dans les autres îles. Je reviens en transpirant à la maison de Marc. Mélissa nous a tressé des couronnes de feuilles et de fleurs de tiaré ! Il me ramène avec les sacs dans le débris qui lui sert de véhicule au port. Nous posons pour la photo avec nos couronnes, que nous conservons sur la tête ! Nous appareillons, assis sur le petit pont supérieur de la vedette, ponctuellement à seize heures. Le franchissement de la passe est une expérience de roulis qui ne dure heureusement pas. Nous distinguons dans le lointain, le cône de la montagne de Bora Bora. Elle tarde à se rapprocher, la traversée va durer plus de deux heures, plus que prévu alors que 142-BORA-BORA-de-Maupiti.jpgla houle ne nous paraissait pas trop forte. Des poissons volants  passent en rase-mottes. Bora Bora grossit, Maupiti rapetisse. Nous entrons dans le lagon, sans distinguer grand-chose, la lumière décline et le ciel est toujours gris. Nous accostons et montons dans un truck, un de ces bus à l’ancienne, une caisse en bois, ouverte à tous les vents, munie de bancs, posée sur un châssis de camionnette, qui assure le transport des passagers et des bagages. Nous avons le temps d’apercevoir un tronçon de la côte, peu143-BORA-BORA-Marie-et-truck.jpg différente de Tahiti avec sa succession de maisons. La nuit tombe quand nous arrivons « Chez Nono », l’auberge où nous avions réservé. D’emblée, l’ambiance me déplaît ! Nous longeons dans une soupente à l’étage, mal isolée, les autres locataires sont bruyants, que des mâles bronzés et musclés… Nous y retrouvons Florence, objet de toutes les attentions masculines et qui nous permet d’obtenir un verre de punch inattendu et bien venu. Nous l’abandonnons à son aréopage d’admirateurs énamourés et allons dîner à proximité dans une « roulotte », des tables en plein air et quelques plats préparés par un « demi », métis indo-polynésien. Il nous conte la saga de sa famille, son grand-père de Pondichéry, gaulliste de la première heure, sa grand-mère venue des Australes, leur rencontre en Nouvelle Calédonie. Il nous fait part de son dégoût des politiciens locaux et de son désir de retourner en Inde pour y monter quelque chose. Nous lui promettons de revenir dîner demain soir et rentrons en suivant la route, succession de boutiques, de restaurants dans une ambiance de vacances sous les tropiques que nous verrons mieux au jour. Le ventilateur permet de masquer les rires peu discrets et la musique de nos colocataires.

 

Dimanche 21 février : Le ciel est bien gris ce matin, le vent souffle. Pourrons-nous partir en promenade en bateau ? Je vais acheter du thé, du sucre et des firifiri, des beignets à la noix de coco pour le petit déjeuner, à la boutique sur la route principale. Elle est assez éloignée, cela me donne l’occasion de comparer les établissements touristiques, tous à toits de chaume dans un environnement de verdure et les maisons des habitants, à toits de tôle. Nous partons 145-BORA-BORA-du-lagon.jpgà neuf heures et demie, le ciel semble s’améliorer. Nous embarquons dans une grande pirogue à balancier, équipée d’un moteur hors-bord. Nous sommes six touristes, le pilote et une accompagnatrice sympathique. Nous commençons le tour du lagon avec une première vision de la montagne encore bien perdue dans les nuages et des installations hôtelières de la côte. Premier arrêt sur un banc de corail. Je descends dans l’eau et découvre un superbe aquarium, des centaines de poissons multicolores, pas effarouchés, vaquent à leurs occupations sur un m235-NOULEA-Aquarium.jpgassif de corail non dégradé, occupé par quelques bénitiers aux lèvres ourlées phosphorescentes. Enthousiaste, je reviens décider Marie à partager mon plaisir. Comme il n’y a pas pied, elle enfile une bouée de sauvetage et descend dans l’eau. Je retourne au milieu des poissons, me laisse flotter à observer les « demoiselles » bleues, les « bagnards » blancs et gris, les « papillons » noirs à queue jaune etc… Nous repartons en direction des motu. Nouvel arrêt dans peu d’eau mais Marie préfère rester à bord… Je descends m’accrocher à une corde pour contempler le ballet des raies et des requins attirés par la 153-BORA-BORA-Requins.jpgnourriture, des déchets de poisson que leur distribue le pilote. Des petits requins, accompagnés de leur poisson pilote, passent sous mon nez, je tente d’en caresser quelques-uns. Les raies, de bonne taille, ondoient, s’empilent en mille-feuilles, passent sous les jambes. D’autres poissons colorés sont aussi présents mais je n’ai d’yeux que pour les squales et les raies. Une pensée pour Julie… Nous arrêtons ensuite sur un motu pour déjeuner sous un faré. Un somptueux repas ! Un buffet présenté sur des feuilles, décoré de fleurs d’hibiscus, propose du poisson cru au lait de coco, de l’espadon grillé avec164-BORA-BORA-Pique-nique.jpg une sauce délicieuse, du taro (bof !), de la banane cuite, très sucrée, du gâteau coco et des tranches de fruits. Et pour égayer le repas, le pilote joue de l’ukulélé et l’accompagnatrice chante… Nous essuyons un grain pendant ce pique-nique mémorable avant de repartir. Nous longeons les villages lacustres que sont les luxueux hôtels composés de paillotes sur pilotis distribuées en Y sur les eaux du lagon. Les tarifs y sont astronomiques mais il ne me déplairait pas de passer la nuit au-dessus de l’eau et de me réveiller avec un horizon d’eaux turquoise. Peu sont occupés, quelques-uns ont souffert du 179-BORA-BORA-Raies.jpgcyclone. Nouvel arrêt pour une courte baignade et enfin dernière attraction et pas la moins époustouflante. Une dizaine de  raies de grande taille accourent (?), des habituées sans doute à la façon dont elles se précipitent sur l’animatrice, se propulsent sur ses épaules. Les touristes se mettent à l’eau, Marie aussi. Nous pouvons caresser le dos de ces sympathiques tapis nageant qui nous regardent de leurs gros yeux globuleux sans aucune idée de mes envies de beurre noir et de câpres… Nous achevons le tour de l’île sous un nouvel orage. Mes coups de soleil commencent à me faire souffrir. Je suis rouge homard mais je grelotte ! Nous retrouvons l’auberge, regagnons la chambre, procédons à des ablutions bienvenues avant de marcher jusqu’à la pointe Matira, sans grand intérêt, ce ne sont qu’hôtels et restaurants, bien serrés les uns contre les autres. Nous revenons guetter le coucher de soleil depuis notre plage mais il disparaît traîtreusement derrière les nuages sans crier gare ! Nous allons dîner au snack de la veille d’un unique steak frites, assez consistant pour deux, une viande tendre de Nouvelle Zélande. Nous rentrons en essayant d’éviter les flaques d’eau sur le chemin non éclairé.

 

Lundi 22 février : La pluie violente débutée dans la nuit ne cesse pas. Nous apprenons qu’une dépression rôderait dans les parages… Nul ne sait en prédire la durée. Nous passons la matinée à la table commune de l’auberge, à discuter avec d’autres touristes. Le travail, les enfants, les voyages… Echange de quelques renseignements et banalités pour passer le temps. Nous avons parfois l’impression d’une légère amélioration mais vite, une nouvelle ondée ternit nos espoirs… A midi, un minibus vient nous chercher en compagnie d’un couple désoeuvré en quête d’activité et nous dépose au faré du port sous lequel nous attendons l’heure du départ de la navette maritime qui emmène sur le motu où se trouve l’aéroport. Je vais acheter des sandwichs et une bière. Nous traversons le lagon, toujours sous la pluie, et enregistrons nos bagages. Nous décollons en avance. L’avion est loin d’être plein. Nous186-TAHAA-d-avion.jpg survolons Bora Bora dans la grisaille et peu après Tahaa avant de descendre sur Huahiné. Le vol n’a duré qu’un quart d’heure ! Armelle, une Française de Polynésie, de la pension Té Nahé Toe Toe, nous attend. Elle nous emmène, nous montre l’auberge isolée et sans ressources comestibles où nous avions réservé. Nous décidons d’aller à son autre pension où nous pourrons dîner et aviserons ensuite. L’île est bien plus calme que Tahiti ou Bora Bora, Peu de maisons, guère de véhicules. La végétation est plus présente et couvre les montagnes qui dessinent des baies entre les deux îles séparées par un pont. Nous nous 201-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe.jpginstallons dans un bungalow de bois à toit de palmes et sol de brisures de corail, confortable avec une petite terrasse directement sur la mer. Nous nous installons, Marie relit mon texte puis, alors que la pluie a cessé, nous allons faire un petit tour à pied jusqu’à la pointe. Nous dînons en compagnie de nos hôtes, plus charmants que ne le laissait supposer l’attitude revêche de la dame. Ils ont préparé une fondue chinoise, crevettes, morceaux de poulet et boulettes de pâte de poisson que nous faisons cuire dans un bouillon, accompagnés de sauces parfumées. Nous nous régalons et calons avant épuisement des ingrédients. Marie se couche et lit, je regarde le film Walkyrie sur l’ordinateur avant de la rejoindre.

 

Mardi 23 février : Le ciel est toujours gris mais il ne pleut plus. Nous avons des espoirs d’amélioration… Nous petit déjeunons chez nos hôtes mais sans eux. Fruits et confitures locales. Nous leur louons une voiture qui nous est aussitôt amenée. Pas de formalités ! Nous partons pour la « capitale », Faré. En chemin, nous avons la confirmation que Huahiné est une249-HUAHINE-Vue.jpg très belle île, restée sauvage, peu d’habitations et guère de circulation, limitée à 60 km/h sur toute l’île. Les montées permettent d’avoir des perspectives sur les pics volcaniques qui surgissent de terre comme des dents et les baies découpées. L’île, ou plutôt les deux îles, au contraire des précédentes, n’est pas circulaire mais très découpée. Nous parvenons au petit centre urbain, deux rues, trois boutiques, un quai et pas de klaxon ni d’énervement. On peut se garer sans difficulté… Nous commençons par la poste où nous devons acheter une 189-HUAHINE-Femme.jpgcarte pour pouvoir nous connecter sur leur ordinateur. Lecture du courrier, message à Julie et Nicole et mise à jour du blog. Nous traînons ensuite dans les quelques boutiques à touristes, pareo, huile de monoï, colliers de coquillages. Marie est à son affaire… Nous inventorions les possibilités du supermarché local, plus importantes que nous n’aurions pu le croire et y vérifions une fois de plus que le prix des viandes importées de Nouvelle Zélande est loin d’être prohibitif. En repassant dans les boutiques, je finis par trouver un bermuda dont je ne sais si le port achèvera de me rendre ridiculement touriste ou marquera le premier pas vers l’assimilation au mode de vie local… Nous allons déjeuner dans un petit établissement idéalement situé en bordure de lagon, en face des voiliers de visiteurs venus de tout le Pacifique dont j’envie les possibilités de déplacement dans ces eaux. Repas divin, du poisson cru onctueux dans le lait de coco et une papillote de mahi mahi au gingembre, suivis d’un sorbet au corossol qui me ramène aux bons temps de Dakar… La radio diffuse des airs sirupeux qui auraient ravi nos (arrière ?) grands-mères. Je les imagine susurrés par un bellâtre gominé, mollement accompagné par des guitari196-HUAHINE-Vue.jpgstes épuisés. Il ne me manque qu’un hamac, un havane et, à portée de main, un verre de punch glacé… Nous retournons au supermarché acheter des provisions pour ce soir ainsi qu’un demi poulet avant de reprendre la route. Nous continuons le tour de l’île, le ciel se dégage lentement. Des hauteurs nous avons des vues sur le lagon aux couleurs inimaginables et dont je ne me lasse pas (ce qui signifie que je multiplie les prises de vues qui endormiront quelques invités au retour…).Nous contournons la pointe sud, passons au bungalow mettre nos achats au réfrigérateur et enfiler nos maillots de bain. Nous revenons sur nos pas pou199-HUAHINE-Marae.jpgr aller voir un beau maraé, en bordure de plage. De grandes plaques de corail ont été assemblées verticalement pour constituer une structure allongée à double mur où il se pratiquait des sacrifices humains… Nous allons nous allonger sur la plage, pas de sable mais du corail finement broyé. L’eau est peu profonde mais les poissons sont rares. Nous nous dorons sous un soleil pas trop ardent avant de revenir au bungalow. Je constate de nouveau le refus de fonctionner du chargeur de l’ordinateur. Je finis par le démonter et à force de manipulations, il daigne refonctionner mais pour combien de temps ? Les moustiques passent à l’action dès le soleil couché. Ils se moquent de toutes nos crèmes, lotions et autres spirales… Nous dînons au bungalow puis je commence à regarder le début d’un film mais je ne parviens pas à la moitié…

 

Mercredi 24 février : Contrairement à mes espérances, le soleil n’est pas de retour. Grosse déception ! Néanmoins il va revenir doucement mais ce ne sera jamais un franc et beau soleil et surtout pas celui que nous voudrions ici, dans cette île superbe. Nous libérons le b205-HUAHINE-Pitons.jpgungalow, réglons la propriétaire, entassons nos sacs dans la voiture et quittons l’auberge. Nous partons pour Faré par le chemin des écoliers, à toute petite allure. Nous repassons par le sud, longeons la côte, revoyons les pitons sortis du couvert forestier. Nous traversons une zone marécageuse, plantée de palétuviers aux racines arquées puis nous atteignons Faré. Nous y achetons quelques provisions pour ce midi puis nous donnons du linge à laver. Nous postons quelques cartes et repartons pour notre nouvelle adresse : un faré sur pilotis, modeste mais au-dessus au lagon, bien ventilé donc que nous pouvons espérer sans moustiques. Le cadre est des plus idylliques, nous y sommes 210-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe-sur-pilotis.jpgseuls, un salon confortable, un coin cuisine bien équipé, nous nous sentons chez nous… Les provisions rangées dans le réfrigérateur, nous repartons pour aller voir les maraé tout proches. Ils sont plusieurs, les uns à côté des autres, alignés en bordure du lagon, bien mis en valeur. Des panneaux explicatifs plantés dans le gazon, fournissent tous les renseignements nécessaires. Pendant que nous les lisons, une noix de coco décide de quitter son nid douillet et vient s’écraser à moins de trois mètres de nous ! Une belle case traditionnelle, sur pilotis, a été reconstruite et abrite un très modeste musée. Chaque maraé est constitué d’une esplanade de pierres, plantée de220-HUAHINE-Marae.jpg quelques « dossiers » pour les notables. En avant, côté lagon, l’ahu, un terme déjà rencontré à l’Île de Pâques, surélevé, entouré de plaques de corail de grande dimension était le saint des saints. Le soleil tape alors assez fort pour que nous ayons envie de rentrer déjeuner. En arrivant à l’auberge, nous retrouvons le Québécois rencontré à Bora Bora et dans l’avion. Il a décidé de s’installer ici, lui aussi mais sans se soucier de prévenir la propriétaire. Nous utilisons les ingrédients trouvés dans le réfrigérateur pour assaisonner les tomates et ajouter de la mayonnaise aux restes du poulet. Une excellente 226-HUAHINE-Pieges.jpgpapaye termine le repas. Nous repartons, passons au-dessus du pont d’où nous apercevons des pièges à poissons. Des pierres délimitent des chenaux en V qui conduisent les poissons vers un bassin surmonté de paillotes où les pêcheurs les attendent. Nous essayons d’atteindre une plage qui se révèle inaccessible. Nous revenons à l’embarcadère d’une ferme perlière. Une barque nous emmène, avec deux autres touristes sur une case sur pilotis, au milieu du lagon. On nous y explique la production de perles dites noires mais qui en fait sont grises, avec des reflets variables. En réalité, il s’agit de « plaqué » de nacre232-HUAHINE-Huitre.jpg. L’huître produisant une nacre qui recouvre un greffon introduit dans la chair. La pêche aux perles n’existe plus. Adieu Jack London, Steinbeck, Monfreid, et même Bizet, la technologie vous a remisés au placard… Marie qui en avait très envie, se laisse séduire par une perle grise toute simple, montée sur un fil d’argent. Nous allons ensuite voir les anguilles sacrées. Dans un ruisseau, ce qui me paraît plus être des congres que des anguilles, jouent les odalisques lascives, sans daigner montrer leurs 242-HUAHINE-Cocotiers.jpgyeux prétendument bleus… Le ciel est redevenu gris mais nous décidons de suivre quelques tronçons de route que nous n’avons pas encore parcourus. Occasion de découvrir d’autres vues de l’île qui sous le soleil seraient un régal. Nous revenons à l’auberge. Nous y faisons la connaissance d’un couple à moitié en vacances, à moitié au travail puisque lui est un pharmacien remplaçant qui va d’île en île au gré des postes libres.  Le Québécois revient d’une promenade en kayak à la passe. Je tente de faire fonctionner l’ordinateur qui, Ô Miracle, se charge ! Nous allons dîner avec le Québécois qui s’impose avec nous au restaurant de la veille, le New Temarara. Nous nous régalons encore de poisson cru à la chinoise et d’une tranche d’espadon à la vanille. Retour à notre faré sur pilotis. Nous sommes bercés par le clapotis du ressac sous la case.

 

Jeudi 25 février : Mes piqûres de moustiques, dans la nuit, me démangent furieusement. Je sors profiter du vent qui chasse les cousins et apaise mes pustules. Je lis quelque temps puis250-HUAHINE-Vue.jpg regagne la couche, sous la moustiquaire. Temps toujours aussi mitigé, les éclaircies alternent avec les périodes de ciel gris. Nous petit déjeunons en compagnie du couple de Niçois. Nous lézardons et quand nous sommes prêts, il pleut ! Une douche qui dure, Marie se console en regardant le patinage artistique des J.O. et moi en consultant une encyclopédie polynésienne. Les passages sur les querelles pendant la dernière guerre entre vychistes, gaullistes et crypto-gaullistes sont dignes de Corneville ! Nous partons quand la pluie cesse mais le ciel ne se dégagera pas. Nous retournons dans le sud, en empruntant les derniers bouts de route ou de piste que nous n’avions pas encore explorés. Nous avons souvent de belles vues sur le lagon et la forêt mais sans soleil… Nous arrêtons à l’auberge Mauarii où nous déjeunons dans le cadre plaisant d’un pavillon à toit de palmes, au bord de l’eau. Nous essayons le fafaru, poisson cru macéré dans de l’eau de mer, servi avec du lait de coco et du citron vert. L’odeur est forte, pas franchement à notre goût… Nous profitons d’une éclaircie pour nous tremper et nous laisser dorer par les timides rayons du soleil. Rien à voir sur les quelques « patates » proches du bord. Le fond de sable est parsemé d’holothuries. Nous repartons en achevant notre énième tour de l’île, sans pouvoir faire les photos que j’aurais souhaitées. Nous repassons à Faré. La poste étant fermée, nous ne pouvons nous connecter à internet. Je tire de l’argent à un distributeur pour ne pas être en manque à Tikehau. Plein d’essence puis courses au supermarché. Les œufs sont vendus par douzaine, ils feront le bonheur des Niçois, décidément peu intéressants, ils passent leurs journées devant la télévision à regarder les J.O. ! Nous préparons les sacs pour demain. Nous dînons d’une omelette, les Niçois ne quittent pas l’écran des yeux. Je finis de regarder le film Into the wild. Arrivée de notre Québécois, dont nous apprenons enfin le prénom, Luc. Parti avec des pêcheurs dès l’aube, pour Bora Bora, il était censé être rentré en début d’après midi. Nous commencions à être inquiets, ils ont eu des problèmes de moteur…

 

Vendredi 26 février : Nous nous levons avec le soleil. Il semble vouloir cesser de faire la mauvaise tête, le jour où nous partons… Rapide petit déjeuner sans revoir les Niçois ni Luc. Le neveu d’Armelle, la propriétaire, vient nous chercher et nous dépose à l’aéroport. Enregistrement puis embarquement et nous décollons. Une demi-heure plus tard, nous revoyons Tahiti dans la grisaille. Nous ne sommes pas pressés, l’avion pour Tikehau est dans plus de trois heures… Je vérifie que notre réservation de voiture pour Moorea est bien enregistrée, ce qui n’est pas le cas… J’enregistre les sacs puis je me connecte à internet mais personne ne nous a mis de message. Loin des yeux, loin du cœur…Nous lisons puis 260-TIKEHAU-D-avion.jpgavalons un sandwich avec une bière et enfin passons en salle d’embarquement. Nous nous installons chacun à un hublot. La masse nuageuse est étendue, avec quelques trouées qui permettent d’observer du ciel l’anneau corallien de Rangiroa sous le soleil. C’est un atoll frangé d’écume, sans île au milieu, comme les autres îles des Tuamotu. On croirait une fine rondelle d’oignon qui frit dans la poêle ! Les couleurs des eaux sont dans toutes les nuances du bleu, le turquoise en arrière des récifs invite à la baignade. Nous faisons escale une demi-heure. Temps suffisant pour que j’aille contempler les eaux du lagon, à quelques pas de l’aéroport, et même y tremper les jambes. Nous repartons pour un court vol jusqu’à Tikehau. Encore un bout du monde ! La patronne de la pension Hanariki où nous avions réservé nous accueille. Tutoiement de rigueur… Mais pas de collier de fleurs… Elle nous transporte dans son minibus déglingué. Nous traversons le village : des maisons éparpillées, une seule rue ( ? ), récemment goudronnée, quatre lieux de culte en concurrence272-TIKEHAU-Motu.jpg pour les quatre cents habitants. Nous arrivons au bout de la route devenue piste chez elle. Nous avons à notre disposition un petit appartement joliment aménagé et pour une fois, avec une salle de bain et des toilettes privées. Nous parlons excursion sur le lagon, ce qui ne semble pas évident puis repas. Le ravitaillement est tel que nous aurions dû prévenir pour qu’elle puisse nous préparer quelque chose. Tout le ravitaillement vient par bateau une fois par semaine et on ne trouve ni fruits ni légumes chez l’épicier chinois. Nous prenons possession des lieux puis allons nous baigner à la plage proche. L’eau est bien entendu à la bonne température, la plage de sable a des reflets roses en bordure de l’eau. Le ciel devient menaçant. Nous regagnons la chambre à temps. Un violent orage, désespérant, s’abat sur l’atoll et ne semble pas vouloir cesser… Pour dîner, la patronne, Marie-Françoise, nous dépose au seul snack ouvert, l’autre est fermé pour cause de « shabat » !!! Une longue table sous la véranda de la maison, une toile cirée, deux tabourets en plastique et deux plats au choix : steak frites ou chao men. Ce dernier emporte nos faveurs : des pâtes, du poulet, de la saucisse chinoise, des crevettes, des légumes sautés sur un lit de nouille. C’est bon, copieux et pas cher. Avec une bouteille d’eau, que demander de plus ? Et la patronne, « demie » blanche-polynésienne, pour nous épargner la pluie, le chemin dans le noir et les chiens, pousse la gentillesse jusqu’à nous ramener en voiture avec ses trois marmots aux traits fortement chinois. Pas de réponse des éventuels prestataires pour la promenade en bateau sur le lagon, raison de notre venue à Tikehau. La pluie redouble, Marie est furieuse !

 

Samedi 27 février : Une fois la spirale anti-moustiques consumée, nous subissons une attaque  qui nous réveille et me contraint à en allumer une autre. A trois heures, Marie-Françoise, affolée, nous réveille. Alerte au Tsunami !!! Un très violent tremblement de terre au Chili a généré une vague qui doit arriver sur les côtes polynésiennes dans les prochaines heures. Nous regroupons les affaires, n’emportons que les plus précieuses. La Land Rover des pompiers vient nous chercher et nous emmène au bâtiment de l’infirmerie, en béton et surélevé de deux mètres. Nous écoutons la radio qui diffuse des bulletins d’alerte et conseille de s’éloigner des côtes et de monter à plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Difficile sur un atoll ! Peu de gens nous rejoignent, quelques-uns sont à la mairie. Une jeune fille m’interroge sur notre présence ici. Elle me confirme que l’on continue de manger des chiens et que c’est un régal… Le jour se lève, pas de vague mais un déluge qui continue… Nous finissons par regagner la pension où il faut tout remettre en place. Marie se recouche, je petit déjeune avec les quatre jeunes kinésithérapeutes en vacances à la même pension qui se remettent de la peur de leur vie ! Les deux snacks sont fermés, Marie-Françoise ne nous propose pas de nous préparer un casse-croûte, aussi Marie réclame-t-elle son petit déjeuner et nous nous faisons des tartines de pain, beurre, confiture. Nous passons notre temps à nous battre contre les moustiques, de plus en plus nombreux, audacieux, de vrais « s’en fout la 273-TIKEHAU-Motu.jpgmort » ! La pluie cesse, nous partons en promenade, la pluie reprend par intermittence, un crachin breton que nous bravons. Nous marchons le long de la plage, côté récif. Nous apercevons deux petites raies qui glissent dans peu de fond. Nous nous baignons, je marche dans l’eau, sans perdre pied, jusqu’au petit motu de l’autre côté d’un chenal. Je reviens et y retourne avec Marie. Un très timide soleil perce et éclaire enfin les eaux du lagon. Nous revenons par le côté lagon à la pension. Nous y dînons. Marie-Françoise et son frère ont préparé un couscous ! Pas vraiment le plat que nous aurions souhaité mais nous lui faisons honneur. En attendant le cassoulet calédonien ou la choucroute fidjienne…

 

Dimanche 28 février : Nous ne parvenons à bout des moustiques qu’en laissant brûler une partie de la nuit une spirale puis en nous glissant sous la moustiquaire. C’est à Tikehau que nous aurons le plus souffert de ces maudits insectes, peut-être parce que la pension n’est pas au bord de la mer. Nous petit déjeunons avec Marie-Françoise que nous réglons et qui nous dépose ensuite dans le village endormi, devant l’église des sanitos à neuf heures. Marie se279-TIKEHAU-Marie-et-gamine.jpg « polynésiannise », elle arbore sur l’oreille une délicate fleur écarlate de gloriosa… Le culte ne commence que plus tard, après le catéchisme. Nous décidons de tenter notre chance chez les catholiques. La messe vient de se terminer ! Nous retournons chez les sanitos, toujours le catéchisme. En attendant dix heures, nous allons jusqu’au port. Les rues du village sont toutes fleuries. Chaque haie est constituée de buissons de tiaré ou d’hibiscus et les frangipaniers embaument dans les jardins. Nous revenons au temple des « Compagnons du Christ ». Le service a commencé. Nous nous glissons dans l’assistance, à peine deux douzaines de personnes, les femmes ont toutes une fleur au-dessus 282-TIKEHAU-Sanitos.jpgde l’oreille. Face à nous, le pasteur secondé par une dizaine de diacres des deux sexes. Les hommes arborent sur des chemises fleuries de splendides cravates bariolées au goût très « américain ». Les psaumes chantés en tahitien font onduler lentement les corps. Nous ne comprenons rien à l’interminable sermon malgré l’effort du pasteur de prononcer à notre intention quelques mots en français. Les gosses sortent, rentrent au gré de leur humeur et cela papote ferme dans les rangs féminins. Seuls deux ou trois hommes semblent prêter attention à la parole divine. J’ai un peu l’impression de me voir en cours, il y a quelques années… Encore quelques chants et nous sortons serrer la main du pasteur et de ses deux assistants. Nous demandons quelques éclaircissements sur ce culte283-TIKEHAU-Marie-et-toulonnaise.jpg dissident des Mormons à l’un d’eux. Il nous apprend que les sanitos sont nombreux ( ? ) à Toulon ! Quand nous lui apprenons que nous en venons, il nous emmène chez une voisine, qui chantait dans le chœur et qui a vécu quarante ans à Toulon ! Une belle femme, avec beaucoup d’allure, nous accueille dans sa maison, au milieu d’un beau jardin. Elle est ravie de nous rencontrer et de pouvoir évoquer ses années varoises. Son expérience douloureuse, en bute au racisme, du milieu des officiers de la marine nationale nous conforte dans notre opinion à leur égard… Elle se découvre un autre point commun avec Marie, elle a eu un AVC et est restée bien handicapée. Elle regrette, nous aussi, que nous partions et nous offre des colliers de coquillages. Marie-Françoise vient nous chercher chez elle et nous emmène à l’aéroport. Nous nous quittons les meilleurs amis du monde, avec force promesses de nous écrire. Après une heure de vol, nous nous posons à Papeete, encore sous la pluie ! Nous avalons un mauvais sandwich puis j’achète une carte téléphonique pour appeler le camping Nelson à Moorea et confirmer notre arrivée. Je me connecte rapidement pour trouver un message de Julie à qui nous répondons. Nous nous transportons à l’autre aérogare et devons, pour nous y rendre, enfiler les K way ! Il n’est pas sûr que l’avion un petit bimoteur Twin Otter puisse décoller… Nous attendons puis montons à bord et dix minutes plus tard, nous nous posons à Moorea. Une employée d’Avis nous accueille et nous emmène dans une Fiat Panda au bureau remplir les papiers de location. Nous poursuivons le tour de l’île très aseptisée, route asphaltée avec pistes cyclables, ce n’est plus Maupiti ou Huahine, encore moins Tikehau… L’île semble très belle mais la grisaille, même s’il ne pleut plus, ne permet pas d’apprécier les couleurs. Nous trouvons le camping Nelson où nous occupons un très modeste bungalow, réduit à sa plus simple expression : un lit, une moustiquaire et tout de même deux fauteuils en plastique sur la petite véranda. Nous repartons aussitôt à la recherche d’un snack ou d’un restaurant ouvert. Nous sommes accueillis « Chez Vina » par le propriétaire qui d’autorité nous tutoie et s’assied à notre table pendant que nous mangeons un tartare de thon et du poisson pané au coco qui fait la fierté du patron. Il nous livre sa vision de la Polynésie et de ses habitants, que d’aucuns qualifieraient de « raciste » bien qu’il soit marié à une Tahitienne…Retour dans notre boîte en bois et linoléum…

 

Lundi 1er mars : Le ciel est toujours aussi gris, nos espoirs d’une belle journée ensoleillée s’envolent même si nous guettons les timides éclaircies. Nous petit déjeunons dans la salle commune avec nos provisions puis nous nous décidons à prendre la route. Nous allons jusqu’au bureau de poste le plus proche où, depuis la voiture, je peux me connecter à internet. Nous envoyons un message à Cyril pour annoncer notre arrivée et nous mettons le blog à jour. Mon crédit de connexion est alors épuisé. Nous revenons vers le « Petit village », un mini-centre commercial avec marchand de journaux et supermarché. Nous y achetons quelques provisions pour ce soir que nous rapportons dans le réfrigérateur du camping. Nous y retrouvons le Québécois Luc, sur le point de rentrer au Canada. Nous allons déjeuner au snack Mahana et profitant de l’apparition du soleil, nous nous installons en bordure du lagon. Bon repas (la consolation du voyageur frustré !), un « chaud-froid » qui ne vaut pas celui de Thomas 294-MOOREA-Pitons.jpg(et sans la sauce d’Emmanuelle) et du mahi mahi au poivre vert. Nous continuons notre tour de l’île, apercevons des pitons surgis des brumes, des baies profondes dans lesquelles viennent s’ancrer les voiliers. Le ciel semblant se dégager, nous caressons le projet de monter au belvédère dans l’intérieur des terres. Nous poursuivons jusqu’à l’aéroport puis revenons sur nos pas. Nous achetons un demi poulet rôti à un forain sceptique sur l’amélioration de la météo les jours prochains. L’orage nous surprend alors que nous visitons la galerie d’art édifiée à la gloire de son propriétaire, un peintre sans talent mais qui semble l’ignorer. Nous revenons sans plus rien voir des montagnes jusqu’au « Petit village ». Marie choisit des cartes postales, opération longue et mûrement réfléchie… Puis elle298-MOOREA-Anemones.jpg visite diverses boutiques de marchands de perles et de paréo. Aucune décision d’achat n’est alors prise… Nous rentrons à notre faré et comme il ne pleut plus nous allons nous tremper dans le lagon. Peu de poissons autour des « patates » mais nous découvrons un grand champ d’anémones qui agitent langoureusement leurs doigts entourés de corolles rose chair, tels des asticots sur du mou ! L’orage menace, le ciel devient noir et le déluge survient. Nous écrivons les cartes postales puis, profitant d’une accalmie, je vais chercher nos provisions dans le réfrigérateur et nous dînons sur la petite terrasse du faré.

 

Mardi 2 mars : Du ciel bleu au réveil ! Enfin quelques coins de ciel bleu… Qui se maintiennent… Plein d’espoir après le petit déjeuner, nous prenons la route qui monte au Belvédère. Elle pénètre dans une vallée qui s’enfonce entre les pitons et commence à s’élever dans la forêt. Nous nous arrêtons au lycée agricole où nous pouvons visiter les plantations. Un sentier avec des indications sur les différents arbres, arbustes et fleurs, serpente entre les 303-MOOREA-Pic-et-anans.jpgcultures d’ananas, de pamplemoussiers, de citronniers et autres espèces tropicales. Les terres sont situées entre les pitons volcaniques qui les entourent et qu’un timide puis plus vif soleil éclaire. La promenade est plus longue que nous ne le pensions et nous transpirons à grosses gouttes dans la moiteur ambiante. Nous rejoignons épuisés le stand où sont proposés, en dégustation et à l’achat, les produits commercialisés au lycée. Nous nous régalons de sorbets au corossol, décidemment le meilleur, et au tiaré très parfumé, entre la rose et le litchi. Le ciel commence à se recouvrir, nous nous dépêchons de poursuivre la montée sur une route étroite jusqu’au Belvédère. Un simple parking avec une vue sur le313-MOOREA-Foret.jpgs deux baies et la montagne qui les sépare. Le lagon est trop éloigné pour que nous puissions admirer ses couleurs et le ciel est tout gris maintenant. Point de vue finalement décevant. Peut-être qu’avec un ciel tout bleu… De là, nous suivons un sentier dans la montagne sous le couvert des arbres et des fougères géantes jusqu’à un autre panorama peu différent de celui du parking. Nous sommes de nouveau trempés de sueur et nous commençons à avoir faim. Nous redescendons alors que les nuages sont de plus en plus présents et couronnent les pics. Nous arrêtons au site archéologique où ont été restaurés des emplacements de tir à l’arc, une 319-MOOREA-Marae.jpgcompétition entre chefs, autrefois disputée sur des plateformes de pierres. Plus bas ce sont des maraé aux grosses pierres rondes et moussues, perdus dans une belle forêt de mapé qu’en d’autres lieux j’aurais appelé fromagers. L’ahu du plus éloigné est à trois étages. Sur le site, nous sommes seuls ou presque puisque un nuage de moustiques s’obstinent à opérer une transfusion sanguine à sens unique… Nous repartons vite, prenons en stop un Anglais dont la lubie est de marcher dans toutes les îles du monde. Un Anglais quoi ! Nous retrouvons la baie de Cook et arrêtons dans le premier restaurant ouvert, un chinois. Nous y déjeunons copieusement en bordure de la baie, d’un plat de poisson cru au lait de coco et d’un chao men qui ne vaut pas celui de Tikehau. Nous prenons la route du retour. Marie s’arrête dans toutes les boutiques de perles et de paréo… Après nous être renseignés sur les tarifs (prohibitifs) et horaires des spectacles de danses pour touristes au Tiki village, nous retournons chez le marchand de perles de la veille et Marie s’en offre une autre qu’elle choisit et fait monter sur un fil d’argent. Nous revenons au bungalow nous reposer. Nous y retrouvons Florence rencontrée à Maupiti puis croisée à Bora Bora et Tikehau, toujours surexcitée… Après dîner, dans la salle325-MOOREA-Danseuse.jpg commune, Marie ne trouve pas de compagnons pour l’accompagner au Tiki village assister aux danses, je dois donc y aller… L’entrée est très chère… Avant le spectacle nous assistons, en compagnie de touristes venus en car, et qui dînent au village, à une démonstration de façons de nouer un paréo. Nous prenons place dans les gradins. Après une démonstration328-MOOREA-Tatouage.jpg de tamouré appliquée aux touristes qui veulent bien se prêter à la chose, (et ils sont nombreux…), le spectacle peut commencer. Des scénettes tentent de reconstituer les cérémonies d’autrefois mais aucune explication n’est fournie. Les danseuses sont en uniforme, avec (merci les missionnaires !) des soutiens-gorge en demi-noix de coco noircies. Aucune ne correspond à l’idéal fantasmé de la vahiné, elles sont, au mieux, rondelettes et plus de prime jeunesse… Les danses sont brèves, seules deux, l’une en robes « missionnaires », l’autre avec de beaux paréos, me séduisent. Je me lasse vite des numéros de jongleurs avec des torches enflammées. Dans l’ensemble, le spectacle correspond à ce que je craignais. Retour au bungalow. Je regarde un film avec John Cage sur l’ordinateur, une ânerie de plus…

 

Mercredi 3 mars : Couleur préférée du ciel polynésien : le gris ! Mais il va y avoir une amélioration et du soleil dans la matinée ce qui, grands naïfs, va nous faire croire à une belle journée. Après avoir envisagé de revenir à Papeete un jour plus tôt, nous passons prévenir que nous garderons la voiture une journée de plus. Nous nous rendons au Tiki village où des artisans sont censés travailler sous nos yeux, dixit la publicité… Pas aujourd’hui… Nous effectuons une visite guidée sous la conduite d’un sympathique et polyglotte danseur de la veille. Quelques informations superficielles, une vue sur le lagon ensoleillé, des boutiques de336-MOOREA-Lagon.jpg perles, de paréo, un tatoueur qui n’a pas envie de faire une démonstration. Une visite inutile ! Nous revenons déjeuner avec nos restes de poulet et une bière fraîche au bungalow en discutant avec un jeune sympathique mais assez content de lui. Nous repartons en direction du sud. Entre-temps le ciel est redevenu bien gris et bientôt la pluie recouvre mer et montagnes. Nous roulons, désespérés, jusqu’à une piste qui doit nous rapprocher de cascades que nous apercevons dans la grisaille mais nous n’avons pas envie de marcher dans le crachin et nous faisons demi-tour. Marie va acheter le paréo dont elle avait envie puis nous allons consulter internet pour trouver le message de Cyril qui nous indique comment nous rendre chez lui. La météo sur la Nouvelle Calédonie semble correcte… Retour au bungalow. Attirés par de la musique polynésienne en provenance de l’hôtel voisin, nous allons voir, en passant par la plage un groupe, sans costume tapageur, qui répète pour un prochain spectacle. Nous restons les regarder en buvant une eau gazeuse puis nous nous baignons au coucher du soleil. Nous allons dîner dans un restaurant proche. Il ne paie pas de mine, nappes en toile cirée, fauteuils en plastique, les pieds dans le sable, carte variée mais il s’avère que la cuisine est une merveille. Nous partageons une salade de crevettes tièdes au citron vert et au basilic puis un carry de thon à la banane et pour terminer une omelette au coco (battre 3 œufs avec 50 grammes de coco râpé qui a trempé deux à trois heures dans du lait au réfrigérateur, ajouter du sucre et de l’arôme de vanille. Servir avec une boule de glace coco et un filet de chocolat chaud). Nous rentrons digérer ce festin…

 

Jeudi 4 mars : Les jours précédents, les averses succédaient aux orages, les grains aux ondées, les bruines au crachin, aujourd’hui c’est le déluge ! Il pleut dès le réveil et cela ne cessera pas. Nous libérons le bungalow et passons la matinée dans la salle commune à guetter les cieux… Peu avant midi, je profite d’une courte accalmie pour aller acheter à l’épicier chinois une bière et une tomate payée à prix d’or. Avec notre reste de palette fumée et notre baguette de trois jours, elle constituera notre déjeuner. Un bref rayon de soleil nous fait croire à la possibilité de retourner au Belvédère mais la pluie redouble et nous renonçons. 339-MOOREA-Lagon.jpgAprès une dernière vue sur le lagon aux eaux turquoise, depuis le point de vue au-dessus de l’hôtel Sofitel, nous rapportons la voiture chez Avis. On nous conduit à l’aéroport et nous attendons de pouvoir embarquer. La météo est telle que la venue d’un Twin depuis Papeete est très compromise. On nous suggère la possibilité de repartir avec le ferry, à nos frais ! Finalement le Twin arrive, se pose entre deux coups de vent et nous pouvons nous envoler alors qu’un autre grain s’annonce. Nous revoilà à Papeete. Je téléphone à la pension Damyr et un papy en short, torse nu, vient nous chercher. Nous avons une chambre confortable, parfaitement tenue, sur les hauteurs de Faa mais un peu éloignée de la route. Nous hésitons à nous rendre dans Papeete, la pluie nous en dissuade. La nuit tombe, nous attendons une accalmie pour aller dîner mais il n’y en a pas et le chemin, jusqu’à la route où se trouve un snack, est long. La patronne, très gentiment, nous propose de nous y déposer et de revenir nous chercher. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous prenons un dernier poisson cru au lait de coco et un filet d’un poisson inconnu avec une sauce au poivre. Retour à la chambre pour une dernière nuit tahitienne.

 

Vendredi 5 mars : Une des plus courtes journées de mon existence ! Levé à cinq heures du matin, grâce à Marie, réveillée par un besoin pressant et non par l’hôtelière qui n’a pas osé frapper trop fort pour nous réveiller… nous nous dépêchons de nous préparer. Quand nous le sommes, la voiture qui devait nous emmener à l’aéroport est partie… Mais elle revient nous chercher… Nous avons juste le temps d’enregistrer les bagages, de passer les contrôles, d’acheter des bouteilles pour Cyril, il faut monter à bord ! Nous décollons avec une demi heure de retard sans voir grand-chose de Tahiti, toujours dans les nuages… Adieu la Polynésie et son temps chagrin… Un petit déjeuner très attendu et déjà nous changeons de date !

 

 

                  

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