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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:15

Samedi 27 mars : Je suis réveillé à quatre heures. Une demi heure plus tard, nous nous levons. Jean-Claude nous a préparé un thé vite avalé. Lou se lève pour nous offrir des colliers de coquillages et un tableau au feutre noir représentant Wallis et Futuna, trop grand pour entrer dans le plus grand sac, qu’il faut emporter à part dans un sac plastique ! Nous partons pour l’aéroport, il fait encore nuit. Une foule accompagne les partants, la plupart pour la Nouvelle-Calédonie. Tous ont des colliers de coquillages et de graines, quelques-uns sont en manu. Les opérations d’enregistrement sont longues, les contrôles de sécurité tout à fait symboliques… Nous décollons avec un léger retard, à l’aube, sans voir grand-chose du lagon. Une heure et demie plus tard, nous apercevons les montagnes de Viti Levu, la grande île des Fidji. Pas de barrière de corail donc pas de lagon. Nous apercevons des champs, des cultures dans la plaine, au pied des montagnes. Nous sommes dans les rares qui débarquent aux Fidji. Les employés de l’immigration et de la douane sont représentatifs de la population locale, certains sont incontestablement de type indien et d’autres, mélanésien. L’aérogare est moderne, propre, tous les employés sont en uniforme, restes de la colonisation britannique. J’abandonne Marie avec les bagages et vais me renseigner sur les croisières. Une première agence me donne des prix qui atteignent 1300 euros. Je me laisse démarcher par une corpulente dame qui téléphone, se renseigne, et m’annonce la même somme mais se trompe dans le taux de change, incapable de faire une règle de trois. Elle retéléphone, obtient un sur classement puis enfin un rabais et finalement je l’emporte pour juste 1000 euros. Je ne suis pas ravi à l’idée de cette croisière dont je crains le pire mais Marie semble y tenir. Je reviens l’informer, nous attendons dans le hall, déjeunons dans un snack de l’aéroport de poulet en sauce ou d’un curry de poulet, épicé comme en Inde, avec une bonne portion de riz. Nous patientons encore un peu puis nous commençons à trouver le temps long, le bus qui doit venir nous chercher tardant. « Fidji time » nous assurent les employés ! Enfin le bus arrive et nous rejoignons nos compagnons de croisière, tous anglo-saxons, Américains, Australiens ou Néo-zélandais. Un australopithèque velu et tatoué est une vraie caricature : marcel, bagouzes et bracelet, gros comme une chaîne de doberman, en or, inséparable d’une bouteille de bière aussi vite vidée que remplacée… Nous traversons la campagne, champs de canne à sucre qui laissent augurer une production locale de rhum. Les maisons et les enseignes sont celles d’une (ex-) colonie anglaise, nous pourrions être en Gambie… Nous rejoignons le port de Lautoka et embarquons sur notre bateau : trois ponts de cabines, pas trop long. Il n’est pas complet, nous sommes une cinquantaine de passagers. L’équipage fidjien nous accueille en musique avec un jus de fruit et un collier de coquillages. Nous avons une belle cabine confortable donnant sur une coursive. Nous appareillons presque aussitôt. Une réunion d’information se tient dans le salon. Je comprends à peu près le capitaine qui parle des mesures de sécurité et presque rien de ce que peut raconter le responsable des distractions. On nous présente le programme de la journée et on distribue à ceux qui le souhaitent un équipement masque, tuba, palmes, j’en fais partie. Nous nous mettons en tenue de plage. Le bateau a fait route en direction des Mamanucas, un archipel d’îlots dispersés sur l’océan, éloignés les uns des autres. Il met en panne à quelque distance d’un de ces îlots et nous embarquons sur une chaloupe à fond de verre qui assure le transfert sur la plage. Marie s’y installe, on nous a distribué d228-NOULEA-Aquarium.jpges serviettes et des nattes. Je repars avec ceux qui vont plonger, nous nous éloignons de quelques centaines de mètres pour nous mettre à l’eau. Nous revenons vers la plage à la nage. Au début, dans une profondeur de quelques mètres, malgré une visibilité réduite et une luminosité médiocre, faute de soleil, je distingue de beaux massifs de coraux puis quelques groupes de poissons, rien d’exceptionnel. La seule nouveauté est la présence de belles étoiles de mer bleues. Plus je me rapproche de l’îlot et plus l’intérêt faiblit, champs de coraux brisés puis sable parsemé d’algues. Je retrouve Marie, nous nous baignons et attendons le rembarquement. Avant dîner, nous nous offrons deux cocktails, les canapés (avec des sambos) sont offerts. Nous descendons dîner. Les officiers, capitaine en tête, en grande tenue, nous attendent su pied de l’escalier. Il faut serrer toutes les mains tendues une à une. Puis on nous conduit à une table où nous serons en compagnie de deux Néo-Zélandaises, la mère et la fille. Nous sommes rejoints par un des officiers, un Australien âgé dont je ne comprends pas un traître mot mais à qui nous pardonnons l’accent peu oxfordien dès qu’il nous offre une très honnête bouteille de vin rouge australien, que la Néo-Zélandaise sifflera jusqu’à la dernière goutte. Beaucoup de cinéma : trois couteaux quatre fourchettes, cinq cuillères, six verres, une serviette qu’on nous déplie et place sur les genoux. On nous offre une flûte de champagne, bien venue mais le repas n’est pas fameux, crêpe aux légumes, poulet ou poisson avec des sauces ratées mais colorées. A la fin du repas, on nous présente le très nombreux personnel, tous Fidjiens sauf les officiers. Ils chantent un air en semblant convaincus puis invitent les passagers à se joindre à eux pour une variante de la danse des canards, à laquelle nous échappons… Nous allons enfin nous coucher. L’ordinateur étant résolument bloqué, j’écris ces lignes au stylo mais je fais un scan de l’ordinateur qui va durer toute la nuit.


Dimanche 28 mars : Le petit déjeuner est servi à sept heures trente. Nous nous précipitons, en retard, et trouvons la salle vide. Problème d’heure, elle a changé ! Depuis hier, nous ne parvenons pas à savoir l’heure précise aux Fidji… Nous sommes donc en avance pour un petit déjeuner qui, anglomania oblige, est très copieux mais nous en restons aux habitudes continentales. Nous n’avons pas navigué dans la nuit et nous ne repartons qu’à ce moment, sous un ciel encore nuageux. L’ordinateur semble cette fois vouloir rep009-MAMANUCAS-Plage.jpgrendre du service et, avec l’aide de Marie, je recopie une partie du texte. Nous n’avons pas le temps de digérer qu’il faut nous précipiter dans la chaloupe à fond de verre qui nous dépose sur une plage de l’Île Sacrée. Nous sommes alors entourés d’îlots montagneux avec des plages, des cocotiers et des rochers. Nous débarquons. Ceux qui veulent plonger repartent avec une autre chaloupe et ceux qui, comme Marie, veulent voir les coraux restent sur la chaloupe. Je plonge dans quelques mètres d’eau, la luminosP1010533.JPGité n’est pas parfaite mais les fonds sont très beaux : des coraux de toutes formes et couleurs, parcourus par ces petits poissons qui nous sont maintenant familiers. Pas de houle, pas besoin de trop palmer, je me déplace lentement en ménageant des moments d’observation de la faune marine, sans bouger, pour laisser les craintifs, mais curieux, ressortir de leur cachette. Nous remontons sur la chaloupe et je retrouve Marie sur la plage moyennement satisfaite de sa vision depuis le bateau à fond de verre. Le vent se lève alors que nous revenons à bord. Le temps de se changer et il faut aller déjeuner sur le pont supérieur au moment où un grain s’abat sur le navire. Cuisine indienne : viandes en curry et poisson coco. Le temps d’une très courte sieste et nous repartons pour une nouvelle plage et une nouvelle exploration sous-marine. Nous sommes nettement moins nombreux. Le repas, la fatigue de la matinée ont retenu la plupart dans les cabines ou les salons. Nous débarquons sur la plage d’une autre île, plus grande, couronnée de noirs pitons basaltiques surgis des013-YASAWAS-Drapeau.jpg pentes couvertes d’un tapis de verdure. Nous plongeons au-dessus de beaux coraux en forme de galettes plates, étendues, aux allures de champignons, d’autres sont nervurés comme un crâne et enfin certains, plus colorés, plus phosphorescents, forment des doigts. Ils sont parcourus par les poissons de toutes couleurs, je tente de suivre un banc de carangues mais elles me laissent sur place. Je suis des gorges sous-marines qui sont bordées de massifs de coraux disposés en strates, je survole des étendues très colorées et pour finir, je suis noyé sous une multitude de minuscules poissons bleutés qui m’entourent, me fuient, reviennent. Je rentre à la plage à la nage, nous rembarquons aussitôt et le bateau repart. Nous nous approchons d’un village où nous aurions dû débarquer pour assister à la messe avec des chœurs mais le capitaine juge les vagues trop fortes pour le faire sans danger et la promenade est annulée au grand mécontentement de Marie qui comptait dessus. Nous appareillons pour aller nous mettre à l‘abri dans une baie entre plusieurs îles. Je lis dans la cabine, Marie descend dans le salon, je la rejoins. A mon grand étonnement et pour m’apprendre à ne pas avoir de jugement hâtif, c’est la compagne du « Popeye » décrit hier qui se met au piano et nous joue des airs traditionnels que certains reprennent en chœur. « Popeye » lui-même, bière en main, pousse la chansonnette d’une voix éraillée mais pas sans émotion. Nous nous offrons quand même un autre cocktail avant de dîner en compagnie d’un couple d’Autrichiens et d’Australiens de Sidney sympathiques. Le repas est incomparablement meilleur que la veille avec notamment un sirloin steak saignant et très goûteux. La soirée se termine par un petit spectacle présenté par le personnel, plus intéressant pour les réactions du reste de l’équipage que pour ce qui est présenté. Il est presque dix heures quand nous pouvons enfin regagner la cabine.


Lundi 29 mars : Nous petit déjeunons en compagnie d’un Grec et d’un couple à la nationalité non précisée, australienne ou néo-zélandaise,la jeune femme a un physique agréable mais elle aurait pu servir de doublure voix à Donald Duck. Nous avons fait route au petit matin et accosté à une autre île. Nous embarquons de nouveau pour aborder une nouvelle plage. Marie reste à bord du bateau à fond de verre et je reviens en plongée vers la plage. Je reste en bordure d’un tombant, à la limite des coraux. Ces derniers ne sont pas aussi spectaculaires 018-YASAWAS-Bateau.jpgque la veille mais les poissons sont plus nombreux, des bancs colorés m’entourent ou fuient devant moi. Nous restons encore une heure sur la plage avant de rembarquer. La mer étant basse, notre chaloupe ne peut accoster et nous devons nous rendre sur une autre plage plus accessible, en traversant l’île. Nous sommes de nouveau avec les Allemands à table, Marie parle avec la jeune femme dans leur langue ; un couple d’Australiens s’est joint à nous et tente de nous faire la conversation….Nous avons le choix entre une quiche aux crevettes, avec du fromage, ou du poulet frit avec du riz… et des légumes et en dessert un cheese cake ! A peine le temps de revenir m’allonger sur le lit, il faut repartir. La chaloupe nous dépose sur la plage frangée de cocotiers d’un village, dans un beau cadre de montagnes veloutées de vert mais déboisées, surmontées de pitons. Le responsable de l’animation nous024-YASAWAS-Ecoliers.jpg fait une trop longue présentation de l’école et du système scolaire fidjien puis nous allons nous asseoir sur des chaises devant une classe. Les élèves se massent devant nous sur la pelouse et interprètent des chants, pas toujours en chœur… Ils semblent bien s’amuser… Ensuite de plus grands, déguisés en sauvages (nous sommes aux Fidji !!) miment des actes guerriers avec le même manque de conviction que s’ils épluchaient des patates… Une petite contribution nous est demandée pour l’école puis les élèves nous entraînent dans leurs salles de classe et nous lisent des phrases en anglais sorties d’un livre de lecture où les femmes sont en sari ! Un petit marché de souvenirs est installé à la sortie, 019-YASAWAS-Village.jpgnous y achetons un pagne et un bracelet de pied en coquillages. Retour au bateau. Le temps de se changer et il faut repartir ! On nous débarque tous, habillés pour la dernière soirée, certains ont revêtu le pagne, le sulu. Nous sommes dans un des villages de l’île de Waya. Une quarantaine d’Occidentaux bien nourris, bien habillés, caméra au poing, venus vois comment vivent les « primitifs » ! Après quelques explications sur la vie, les ressources, la construction des maisons, le troupeau se met en marche, s’arrête devant le moindre bambin pleurnichouillard exhibé par sa mère. Nous passons au milieu des concessions au centre desquelles des abris de tôle forment cuisine en plein air ou coin douche. Les maisons sont assez coquettes, en bois, rectangulaires et derrière des ha039 YASAWAS Fleursies de buissons 040 YASAWAS Fleurscolorés, d’autres sont en chaume, quelques-unes de bric et de broc. Un alignement d’enfants nous attend, chacun offre à la vente de très jolis colliers de fleurs, A de rares exceptions près, dont je suis, tout le monde se retrouve fleuri… Nous nous installons ensuite sous un falé pour la cérémonie du kava. Le capitaine, son adjoint et deux autres passagers, offrent à celui que l’on peut supposer être le chef du village et qui a cru bon de revêtir un pagne en raphia et des bracelets de bras en feuilles (sans doute pour faire plu042YASAWAS-Ceremonie.jpgs « authentique »…), des racines de kava qui seront broyées pour en faire une décoction. Après un discours en langue locale, quelques battements de mains, on leur présente des bols du breuvage qu’ils avalent sans sourciller… Ensuite nous dînons de différents plats préparés au four traditionnel, chaque mets a été enrobé dans des feuilles de bananiers et y a été mis à cuire. Nous nous servons dans des assiettes en carton, sans trop voir ce que nous mangeons, assis sur des bancs. J’identifie un excellent riz au lait de coco, épicé à souhait, du poisson et du poulet ainsi que du porc, tendre mais gras. La soirée se termine par une représentation musicale des villageois, chansons et danses mimées amusent surtout les participants. Je commence à avoir hâte de regagner le bord. A huit heures nous sommes de retour pour goûter quelques desserts très britanniques, avant de préparer les sacs pour demain.


Mardi 30 mars : Je suis réveillé avant l’aube. J’attends en somnolant que le jour se lève. Marie se réveille et dissipe ma mauvaise humeur… Le bateau a fait route au matin et est ancré à faible distance de Viti Levu. je descends régler notre note de consommations et glisse un billet, sur l’insistance de Marie, dans la cagnotte pour le personnel. Nous fermons les sacs et les abandonnons devant la cabine, ils seront transportés à terre. Dernier petit déjeuner avec les Autrichiens et un Grec qui vit à Londres et nasille lentement en anglais. L’équipage nous honore d’une dernière prestation chantée. Nous défilons serrer la main de chacun d’eux et passons sur un plus petit navire qui nous amène à quai à Port Denarau, la marina d’où partent toutes les croisières. Le bus tarde. Il emmène les passagers et leurs bagages dans leurs hôtels respectifs. Occasion de découvrir le monde des vacances des (très) fortunés. Nous faisons le tour des resorts qui occupent entièrement l’île Denarau. Les routes sont bordées d’hibiscus taillés et soigneusement alignés devant une double rangée de flamboyants et de cocotiers. La dépose continue dans des hôtels moins luxueux de Nadi puis c’est à notre tour de descendre à l’aéroport. Nous y retrouvons notre banquette préférée. Marie m’attend pendant que je fais le tour des loueurs de voitures. Les moins chers ne m’inspirent qu’une confiance relative et je finis par accepter de payer un peu plus cher mais bien moins qu’en Polynésie ou en Nouvelle Calédonie, pour une petite Suzuki. Le crédit de ma carte Visa étant épuisé, je dois régler en liquide la location et la caution. Me voilà au volant d’un véhicule où les Anglais ont pris un malin plaisir à tout monter à l’envers ! Je vais passer la journée à déclencher les essuie-glaces à la place des clignotants et chercher le levier de vitesses dans le vide-poches. Encore heureux que les pédales ne soient pas inversées ! Je me lance. Nous prenons la route de Suva. D’abord prudent, je m’enhardis à doubler. Nadi dépassé, la circulation est plus calme. La route n’est qu’à deux voies et pas en très bon état. Nous sommes au milieu des champs de canne à sucre, bananiers et cocotiers forment un paysage tropical classique où l’insolite, dans cette partie du monde, est la présence le long des routes de temples hindous colorés même les plus modestes. Nous quittons la route principale pour rejoindre la côte en traversant de vertes collines déboisées. Dans les creux on trouve encore 055-SUVA-Cote.jpgdes traces de la forêt primaire. La route devient piste et je m’aperçois vite que la Suzuki a une très faible garde au sol. Au bout de la piste, nous nous retrouvons dans un resort. Le gardien m’explique qu’il vaut mieux revenir à la route principale et que les routes secondaires sont trop mauvaises pour cette voiture. Il nous permet d’aller jeter un œil à la baie de Momi. La marée est basse et découvre une vase parsemée de rochers sous un ciel qui a tendance à virer au gris. Nous faisons demi-tour et revenons à la grande route. Nous continuons, passons des barrages de police ou militaires, avec des chicanes en quinconce. Notre qualité de touristes semble nous épargner les tracasseries. Peu avant Sigatoka, nous prenons une chambre dans un modeste resort, (il se présente ainsi !) où nous sommes seuls. Une grande chambre avec réfrigérateur, climatisation, télévision, pour quarante euros, 4800 CFP ! Le prix d’une cabane en planches en Polynésie ! Nous repartons aussitôt, comprenons047-SIGATOKA-Riviere.jpg alors, mais trop tard, que Sigatoka est à plus de dix kilomètres. Nous continuons le long de la rivière qui a donné son nom à la ville. La route puis bientôt la piste suit son cours de plus ou moins près, souvent caché par les hautes herbes des bas-côtés non entretenus. La végétation est plus dense. Beaucoup de villageois nous font signe ou crient « Bula ! », Hello en langue locale. La population semble entièrement indienne : port du sari, type, prononciation, écoles, temples… Nous roulons une trentaine de kilomètres, la route rétrécit et perd de son intérêt. Nous faisons demi-tour et passons sur l’autre rive. Malgré le ciel de nouveau plombé, nous goûtons le paysage serein, calme. L’heure de fermeture du site de Taveuni n’est pas encore passée mais le cadenas est mis. Peut- être reviendrons-nous demain si le temps est plus clément. Nous retournons à Sigatoka, je vais acheter de l’eau et des biscuits pour le petit déjeuner puis nous rentrons à l’hôtel. Nous cherchons un restaurant à proximité. Un resort occupe une île privatisée, reliée par un pont à la terre ferme. Nous y allons voir. Il faut montrer patte blanche, s’enregistrer pour avoir droit de pénétrer dans le sanctuaire ! Des pavillons dans une végétation tropicale artificielle, reliés par des sentiers sous une galerie. Ils abritent les chambres mais aussi tout ce dont un Australien peut avoir besoin sans sortir du « paradis », agences de voyages, salle de jeux pour enfants, grands et petits, restaurants, piscines etc… Je m’y perds presque et il est évident que ce n’est pas ici que nous viendrons dîner. A la chambre, Marie corrige le blog et nous allons nous connecter à internet, mis à la disposition de la clientèle. Plusieurs messages de Nicole nous apprennent ce qui était à craindre : le décès de Paulette. Marie s’effondre en larmes. Le gérant s’étonne, comprend et met à notre disposition son bureau pour téléphoner à Nicole. Nous y parvenons avec notre ordinateur. Nicole nous donne des détails puis nous appelons Julie qui va aux obsèques et nous représentera. Marie pleure et ne sait plus que décider. Nous n’avons rien mangé de la journée et même si Marie avait pris un petit déjeuner consistant ce matin, nous avons faim. Nous reprenons la voiture, revenons sur nos pas au village proche et y trouvons un restaurant chinois. Marie tétanise, défaille, ne peut rester assise. Je la décide à rentrer à la chambre en emportant les plats commandés que nous y mangerons. Elle se couche. L’ordinateur plante à nouveau, je relance un scan et je me vois contraint de nouveau d’écrire le récit de la journée à la main. Si nous avions le cœur à rire, il y aurait de quoi avec notre lit dont le sommier est monté sur roulettes et qui se déplace jusqu’au milieu de la chambre au moindre mouvement. Je dois le caler avec un des sacs. Marie s’est endormie.

 

Mercredi 31 mars : Un violent orage a tambouriné sur le toit dans la nuit et la forte pluie qui continue au matin n’améliore pas le moral. Marie voudrait essayer d’être à l’enterrement de Paulette. Nous allons donc nous renseigner auprès d’une agence de voyage. Renseignement pris, il n’y en a pas à Sigatoka. Seule solution : retourner à l’aéroport ! Nous reprenons donc la route, sous la pluie et sans plus rien voir des montagnes. La pluie cesse avant Nadi, les barrages de police ne sont pas en place par ce temps. A l’aéroport, je vais me renseigner auprès d’Air Calin, l’employée de la compagnie calédonienne ne parle pas français mais un monsieur, sans doute un responsable de l’agence, s’offre à traduire et même à guider l’employée dans les recherches. Aucun vol ne nous permettrait d’être à Paris à temps, sauf à payer des sommes astronomiques pour voyager en première classe via Sidney. Nous renonçons donc mais nous ne savons pas pour autant quoi faire. Vu le temps et le peu d’intérêt semble-t-il de la route du nord, nous décidons de retourner sur Suva. Nous repartons donc, repassons à Sigatoka et continuons. Peu après la route rejoint le bord de mer et le suit pendant quelques kilomètres. Marie a repéré une galerie qui fait aussi café mais elle a disparu. Donc pas de sandwich et faute de ravitaillement en cours de route, nous ne déjeunerons encore pas ce midi. La marée basse montre des algues roussies entre les rochers. L’absence de soleil ne nous permet pas de juger du charme de cette côte. Elle doit en avoir puisque les resorts se succèdent, enfermant derrière leurs murs des paradis artificiels. Nous finissons par atteindre la capitale, Suva, un port animé surtout autour du marché. Nous cherchons notre chemin et parvenons à trouver l’hôtel Southern Cross avec une chambre presque aussi bien que celle de la veille. Nous repartons aussitôt à pied, le centre ville est à deux pas. Des magasins modernes attendent les visiteurs, les officines de change sont nombreuses ainsi que les boutiques de souvenirs. Les dernières maisons coloniales en bois sont cachées derrière l’avenue en bord de mer. Nous passons à l’Office du tourisme qui n’a pas grand chose à nous offrir. Le marché artisanal a fermé (tout est fermé à cinq heures !). Nous traversons la route qui longe le port pour contempler les nombreux bateaux de pêche chinois amarrés. Nous visitons une boutique de souvenirs, Marie y trouve une chemise pour Jean-François et un tapa pour Karine, toujours ça de moins à chercher… Nous revenons à l’hôtel constater l’absence de lampe de chevet. Je pars à la recherche d’un restaurant indien. Après l’avoir repéré, je retrouve Marie et cherche en vain à me connecter. Nous ressortons alors que la ville commence à s’agiter pour la nuit, de nombreux restaurants chinois guettent les marins de passage, une musique à plein tube sort de bouges infâmes encore déserts. Nous dînons dans un coquet restaurant. Plats classiques et de bonne qualité : samosas, poulet tandoori et agneau en sauce à la mode du Cachemire, plus trois bières.glacées. Retour à l’hôtel pour me battre avec l’ordinateur qui plante de nouveau.

 

Jeudi 1er avril : Grâce à la bouilloire et aux sachets de thé mis à la disposition des clients dans les hôtels fidjiens, nous avons pu prendre le petit déjeuner, sans bourse délier, avec nos biscuits restants. Nous commençons par nous rendre au musée. Il est à l’écart d la ville, au fond d’un beau parc où semble avoir été rassemblés les plus beaux spécimens des essences tropicales du pays : superbes banians, flamboyants majestueux et autres… Nous ne l’avons pas trouvé immédiatement mais les Fidjiens sont extrêmement serviables et toujours prêts à renseigner l’étranger de passage. Le musée ouvre à neuf heures (et non à huit comme assuré hier à l’Office du tourisme !), nous y sommes juste à l’ouverture et nous y serons les seuls. Une première salle rassemble des canoës ou d’impressionnants bateaux à balanciers de belle taille, permettant d’imaginer quels navigateurs furent les Polynésiens et les Mélanésiens. C’est ensuite une classique présentation du peuplement des îles, et des vitrines n’oublient pas les missionnaires occidentaux ni les travailleurs chinois ou indiens qui font désormais partie de la nation fidjienne. Très inattendue, à l’étage, une collection de robes de mariées, contemporaines en tapa ou plutôt en masi selon le terme local, c’est-à-dire en écorce d’arbre battue et décorées avec des pigments naturels ! Le soleil fait une timide apparition mais le ciel reste encore gris. Nous retraversons la ville, pas très étendue, pour nous rendre au marché à 051-SUVA-Kava.jpgla sortie de la ville. Une fois garés, nous traversons le coin des marchands de poissons avec de beaux perroquets (des poissons !) et surtout des crabes de palétuviers qui me font bien envie. C’est ensuite les classiques étals de fruits et légumes avec tous les produits tropicaux dont des ananas, plus chers que les pommes ! Autre surprise : l’étage est consacré au kava, une racine dont on tire un breuvage, ils en sont très friands. J’y goûte, c’est âcre, peu plaisant. Nous quittons Suva et reprenons la route de Nadi. Le soleil présent par moments améliore bien la perception du paysage surtout dans la partie où nous longeons la mer, d’autant que la marée est plus haute et que les zones découvertes à l’aller, ne le sont plus. Nous arrêtons dans une boutique où Marie cherche encore des souvenirs mais n’achète rien. Nous achetons un paquet de chips et une bouteille d’eau qui constitueront notre déjeuner. Nous repassons à Sigatoka, nous voulons remonter au Taveuni hill fort, la porte est ouverte cette fois, nous parvenons au Visitor Centre d’où nous avons une belle vue sur la rivière et les champs de canne à sucre, la préposée n’ayant pas la monnaie ne peut nous laisser entre063-SIGATOKA-Sand-Dunes.jpgr… Nous repartons, passons Sigatoka et arrêtons peu après au Parc des dunes de sable. Une garde nous indique les sentiers à suivre et nous partons à l’escalade d’une colline. De son sommet nous avons une vue sur la côte et une forêt en dessous de nous. De sable point ! Plus loin, effectivement nous allons peiner dans la montée ensablée de ce qui doit être une dune mais qui est entièrement recouverte d’un épais maquis, sauf sur le sentier ! Sur l’autre versant, nous descendons vers la plage et foulons alors vraiment du sable mais ce n’est ni le Sahara ni même le Pyla, plutôt la mer du Nord avec un sable gris mêlé de menus débris de 066 SIGATOKA Sand Dunes Arbrecoquillages. Sur la grève, des vagues mugissent et s’écrasent en déposant sur la plage des branches et troncs d’arbres blanchis. Le sentier revient par une forêt de mahoganny,beaux arbres qui procurent une fraîcheur appréciée mais qui hébergent aussi des moustiques. Aux branches de l’un d’eux sont accrochées de nombreuses paires de chaussures sans que nous en sachions la raison. Nous récupérons la voiture après une heure de marche épuisante dans la moiteur de l’air. Nous atteignons Nadi, traversons le centre à la recherche d’un hôtel qui s’avère fermé. Nous poursuivons en direction de l’aéroport et trouvons une chambre, pas chère et aussi bien que les précédentes, au Sky Lodge dans un grand parc avec piscine, bar etc… Nous utilisons les ordinateurs du lodge pour nous connecter, lire ou relire le courrier, envoyer des messages à Tanna et mettre le blog à jour. Nous dînons sur place, grossière erreur ! Il n’y a qu’un snack avec des burgers, la côte de porc de Marie sent le poisson et mon poisson ressemble à du carton… Toujours aussi fantaisiste, l’ordinateur m’autorise à taper mon texte, merci le P.C…

 

Vendredi 2 avril : Marie se réveille, l’esprit à Vailly… Nous commençons par consulter la messagerie, pas de nouvelles réponses de Tanna, nous envoyons des demandes de réservation pour Port-Vila. Nous prenons la route de Lautoka sous un ciel mitigé, des éclaircies et un ciel encore trop souvent gris. Nous y parvenons rapidement, la circulation est très fluide et en ville ce n’est pas la bousculade. Les boutiques sont toutes fermées et le marché, raison de notre venue, a ses grilles cadenassées. Nous réalisons et nous en avons la confirmation en posant la question, que nous sommes le Vendredi saint ! Jour férié chez les anglophones… Seuls des supermarchés sont ouverts. Nous essayons de trouver de quoi déjeuner pour ce midi mais le jambon y est inconnu et les boîtes de corned beef ou de mouton salé d’Australie ne nous tentent pas. Nous nous rabattons sur deux morceaux de poulet frit et un paquet de chips que nous rentrons déguster à la chambre. Nous consultons de nouveau la messagerie, une réponse de Port-Vila, pas celle que nous aurions préféré, nous attendons pour confirmer. Un rayon de soleil nous donne presque envie de profiter de la piscine. Le temps d’aller chercher les maillots le ciel s’est couvert et il tombe quelques gouttes. Nous nous installons à lire à l’abri à côté de la piscine et quand le soleil revient plus franchement nous nous baignons. Nous nous séchons au soleil puis nous repartons pour Nadi. Je contourne la069b-NADI-Temple.jpg ville pour aller voir un temple indien, dans le style de ceux du sud : des tours très décorées avec tous les dieux du panthéon hindou, Siva, Ganesh, Lakshhmi etc, peints ou sculptés et toujours avec des couleurs vives. Des Indo-Fidjiens viennent en famille faire leurs dévotions, ce qui ne les empêche pas de nous proposer d’aller faire un tour dans leur boutique de souvenirs, proposition désintéressée que nous déclinons…Et pourtant, si nous allons nous garer dans la rue principale de Nadi, c’est bien dans ce but. Malheureusement (?), les boutiques sont presque toutes fermées et Marie ne trouve rien à son goût, ou à celui supposé des destinataires de ses emplettes. Nous revenons à l’hôtel, plein d’essence, recherche d’un restaurant pour ce soir. Je donne un coup de chiffon à la voiture et nous refaisons les sacs en prévoyant d’en laisser un à Port-Vila. Nous allons dîner dans un restaurant de fruits de mer et de steaks. La cuisine est bonne mais nous avons quelque surprises : la carte indique 8 noix de Saint-Jacques poêlées, on nous en sert 4, nous réclamons, on nous les rapporte coupées en deux ! Le kokoda, variété locale du poisson tahitien est un régal, bien relevé et le steak servi avec une bonne sauce au poivre. Nous tentons de nous connecter une dernière fois à l’hôtel mais nous n’avons plus de crédit. Les chambres étaient bon marché mais la cuisine déplorable et le service internet bien plus cher qu’en ville.

 

Samedi 3 avril : Je suis réveillé avant l’aube. Encore de violents orages avec des coups de tonnerre et la pluie redouble quand nous nous levons. Nous partons à huit  heures et demie et peu après nous sommes à l’aéroport. Je rends la voiture sans mauvaise surprise. Nous enregistrons les bagages puis Marie trouve la chemise qu’elle cherchait dans une boutique mais pas le sulu qu’elle convoitait. En salle d’embarquement, elle continue vainement sa quête… Une odeur de graillon règne dans le vaste salon et les boutiques proposent des articles très variés depuis des jouets jusqu’à des manuels pour écolier. Nous décollons avec un léger retard. Adieu les Fidji qui ne nous laisseront pas un souvenir impérissable… On nous sert un sandwich, nous ne savons trop au titre de quoi : petit déjeuner ou déjeuner ? Nous nous002-PORT-VILA-D-avion.jpg posons à Port Vila, capitale du Vanuatu, anciennement Nouvelles–Hébrides, nom que je préfère et qui résonnait à mes oreilles de géographe en culottes courtes. Une île qui ressemble à Viti Levu c’est-à-dire déboisée en grande partie. L’aéroport est petit, juste de quoi accueillir quelques passagers mais les formalités sont plus tatillonnes qu’ailleurs et nous devons produire le billet de retour pour être admis. Je trouve une consigne qui m’évite de me rendre en ville déposer le sac superflu. Je cherche à acheter une carte téléphonique mais le bureau qui les vend est fermé le samedi, le dimanche et les jours fériés… Je trouve un ordinateur que je peux utiliser en achetant quinze minutes de connexion et qui va fonctionner plus d’une heure. Cela nous permet de lire les messages, notamment celui de l’hôtel à Port Vila où nous pensons rester au retour de Tanna. Rien de Nicole ni de Julie, ce qui ne va pas manquer d’inquiéter Marie ! Nous téléphonons à Tanna et réservons dans un lodge à Port Résolution qui ne semble pas plaire à Marie… Nous attendons l’heure d’embarquer pour Tanna. Je tente de me renseigner sur les packages pour se rendre à la fête du Gaul, samedi prochain à l’île de Pentecôte mais là aussi il nous faudra attendre mardi que les bureaux rouvrent. Nous embarquons avec bon nombre d’autres touristes et décollons. Nous survolons l’île d’Erromango où il n044-TANNA-Banian.jpge semble y avoir de vie que sur la côte. Nous nous posons sur l’île montagneuse de Tanna, sans barrière de corail. Des trucks 4x4 double cabine, bien fatigués, conduits par des Mélanésiens bien typés, attendent les voyageurs. L’un d’eux a été chargé par notre lodge de nous amener. Nous montons dans la cabine et démarrons sur une piste bombée, pas de goudron sur l’île et pas d’autre type de véhicules, nous allons vite comprendre pourquoi… Notre chauffeur et son acolyte ont tous deux un téléphone portable, peut-être leur seul bien, qu’ils ne cessent d’utiliser. Nous longeons la mer, sans la voir, en traversant une belle forêt où les cocotiers se mêlent aux manguiers et aux bananiers mais les plus beaux arbres sont les banians aux troncs énormes et qui, dans les villages, semblent constituer la place principale. Nous traversons la « capitale », un simple village de maisons aux murs de bambous aplatis et à toits de chaume. 132-TCHAMBA-Fougere.jpgQuelques maisons nouvelles sont en construction avec des parpaings, ce sont en général des boutiques. La piste va devenir très difficile dans la traversée de l’île, les montées sont spectaculaires, assez pour nécessiter le passage de la première vitesse lente ! Elle est complètement ravinée, étroite, croiser un autre véhicule oblige l’un des deux à pénétrer dans la brousse. Les villages dans les basses terres sont beaux, perdus dans les arbres, des espaces dégagés sont les terrains de jeu des écoles. Officiellement le pays est bilingue mais l’anglais domine largement et seules quelques personnes parlent français, dont notre gentil chauffeur. Dans les hauteurs, les villages disparaissent, les grands arbres laissent la place à des fougères arborescentes de grande taille. J’ai enfin la sensation de pénétrer dans des terres inconnues, une Papouasie des premiers temps. Je me crois dans le film de Barbet Schröder, « More », tout en espérant une fin différente… Du sommet du col nou008-TANNA-Volcan-Yasur.jpgs avons enfin une vue sur la raison de notre venue dans cette île : le volcan Yasur. Il est surmonté d’un grand panache de fumée et nous l’entendons tonner de loin. La piste dans la descente, très rapide, est tout aussi difficile, je ne sais trop si j’aurais osé m’y lancer avec la Land ! Aux abords du volcan, nous quittons la terre grasse, rouge, de la piste pour la cendre noire du volcan. A son pied, nous roulons très vite sur une plaine de cendres où les traces se partagent comme en plein désert. Sur les côtés, des boursouflures080-TANNA-Volcan-Yasur.jpg rougeâtres semblent éclater sous la pression souterraine. Le soleil est alors presque couché et les fumées qui s’échappent sont de plus en plus noires dans le ciel. Nous déposons des touristes à un autre lodge et entamons la dernière partie du trajet. Le chauffeur est de bonne composition. A Marie qui s’enquiert du temps pour arriver, il annonce : « quarante cinq minutes ». Comme elle se récrie, il descend à trente et jugeant qu’il ne la satisfait pas encore, il transige à vingt ! En insistant nous aurions sans doute pu lui faire dire que nous serions arrivés dans dix minutes alors qu’il nous reste presque une heure de route… La nuit est alors tombée et la vision de la piste ou plutôt des fondrières dans lesquelles se précipite la voiture est apocalyptique, nous sommes vraiment au bout du monde cette fois ! Nous voici au lodge. L’éclairage est chiche, nous ne voyons pas grand-chose, les femmes ne  parlent qu’anglais. On nous mène à notre bungalow. Un quadrilatère en parpaing avec une demi-douzaine de lits peu engageants, une lumière au plafond qu’on ne peut éteindre et qui a attiré toute la gente moustique et papillon des environs. Marie tire la gueule ! Il est vrai que ce n’est pas merveilleux mais la situation doit être superbe, nous semblons surplomber la mer que nous entendons et nous devinons le volcan derrière la baie. Nous descendons dîner. Cela ne s’améliore pas : un minuscule bout de poisson trop cuit, rien que des arêtes, un bol de riz, un morceau d’igname et des légumes non identifiés, la bière n’est pas fraîche ! Je tape le journal, piqué par les moustiques dans le bureau foutoir du  patron… Nous rejoignons notre bungalow, la vue de nuit sur le volcan qui fait rougeoyer les nuages au-dessus de lui, par intermittence, et un ciel étoilé, est superbe. Les moustiquaires chinoises en plastique ne sont pas accrochées à la verticale du mitan du lit et si Marie est à peu près à l’aise, je l’ai sur le nez ! Je préfère déménager et dormir dans un lit simple avec une moustiquaire pour moi seul et avec vue sur le volcan.

 

Dimanche 4 avril : Nous sommes réveillés tôt. Ma première vision est pour la baie : le panache de fumée qui continue de monter haut dans le ciel pur, les falaises éclairées par le 015-TANNA-Falaises.jpgsoleil sur la rive opposée et un voilier français qui entre lentement dans la baie. Nous prenons le petit déjeuner en compagnie de quatre Français, des retraités de l’Education nationale… Nous nous rendons ensuite au village tout proche pour assister au service religieux célébré pour Pâques, en compagnie de deux des Françaises. Cette fois nous sommes chez des protestants… L’église est des plus simples : un toit de palme, trois cloisons également en palmes qui ne montent pas jusqu’au plafond et des bancs en rondins de bambous. Les familles viennent avec sous le bras une lourde bible en bichlamar, la030--TANNA-Messe.jpg langue de communication du monde mélanésien, basée principalement sur l’anglais. Mon voisin, narines épatées, incisives taillées en pointe, me dévisage avec concupiscence me semble-t-il. Sa main posée sur une bible ne me rassure qu’à moitié.  La cérémonie commence par des hymnes que je me surprendrais presque à accompagner du pied, tout cela a un petit air Sud des Etats Unis ! Puis les diacres entrent en scène après s’être recueillis à l’extérieur, à côté de  femmes et d’enfants qui ont préféré rester à l’extérieur, assis à l’ombre d’un arbre. La séance de déclarations, salutations, commence à durer 032--TANNA-Maison.jpget nous quittons cette assemblée pour aller voir de plus près la grande plage. Nous traversons le village, toutes les cases sont en végétaux, très simples, des toits qui descendent presque à terre, souvent sur des pilotis bas. Elles semblent rassemblées en concessions, le sol en est soigneusement balayé. De grosses vagues roulent sur la plage et la baignade ne peut être qu’une trempette sur le bord dans une eau très limpide. Nous nous faisons sécher, je vais me promener au milieu des pandanus qui bordent le rivage puis nous retournons au village, repassons devant l’église où les chants ont repris et rentrons au bungalow. Le déjeuner036-TANNA-Plage.jpg est aussi peu copieux que le dîner de la veille, un pilon de poulet a remplacé la sardine… Nous rentrons faire une courte sieste. A trois heures et demie nous nous rendons à la salle du restaurant, attendre la voiture qui à quatre heures doit nous emmener au volcan. Elle est allée faire un transport et doit revenir dans une demi-heure… Quatre heures, quatre heures et demie passent, je fais des aller-retour au village, pour guetter l’arrivée de la voiture. Elle n’arrive qu’à cinq heures passées. Nous montons avec trois des Français, Marie devant dans la cabine, les autres dans la benne. Nous repassons dans la forêt que nous n’avions pu que deviner hier à l’arrivée. Les banians sont magnifiques. Ils ne forment pas comme en Inde une dentelle de racines  mais des troncs énormes et leurs ramures s’étendent très largement. L’exubérance tropicale s’allie à la fertilité du sol volcanique pour une débauche de verdure, les lianes, les lierres enlacent les troncs, les fougères se glissent entre eux et déploi042-TANNA-Piste.jpgent leurs ombrelles ajourées sous les rayons du soleil. Nous entrons dans le Parc du volcan où nous réglons un droit d’entrée dont nous allons être bientôt sûr qu’il ne sert pas à entretenir la piste. Il n’y en a plus d’ailleurs, on peut deviner qu’il fut un temps où… Il subsiste des traces de véhicules qui courent sur les flancs du volcan, entre les herbes hautes. Les pluies ont emporté la terre, creusé des ravines. Le vaillant 4x4 avance en cahotant, je me tiens debout derrière la cabine, découvrant effaré les côtes qu’il va devoir gravir, les ornières dans lesquelles il va se glisser. Une route parcourue tous les jours par des 4x4 de touristes et sur laquelle je ne me serais jamais risqué en Land Rover, Un tronçon digne du Camel Trophy ! La nuit est tombée, nous terminons à la lumière des phares jusqu’à une esplanade dans la cendre. Là, il 065-TANNA-Volcan-Yasur.jpgfaut encore monter quelques centaines de mètres en suivant, à la lumière des lampes torches, un vague sentier. Nous rejoignons d’autres touristes arrivés bien avant nous. Nous sommes à une centaine de mètres du rebord du cratère. Il en sort des gerbes d’étincelles, des grondements et une épaisse fumée rougie par ce que nous supposons être la lave invisible. Nous nous sentons tout de même frustrés malgré le spectacle impressionnant et mécontents d’être arrivés tard, dans l’impossibilité d’apprécier le paysage. Des lumières de touristes redescendant d’un pic qui doit dominer le cratère me mettent la puce à l’oreille. Je les questionne et je décide une des Françaises, Martine, à m’accompagner. Nous partons dans le noir, sans trop savoir où nous diriger. L’escalade de la pente, dans la cendre, est difficile maiP4090034-copie-1s soudain j’atteins le rebord du cratère et la vue plonge dans les entrailles de la bête. Une gerbe d’étincelles en feu d’artifice m’accueille, des bombes retombent derrière moi, ma compagne affolée s’éloigne, trouve le sentier balisé et me rejoint au sommet. Nos regards plongent dans le fond, nous apercevons des masses de lave en fusion soulevées par les explosions et les bombes incandescentes retombées qui tapissent les parois intérieures. Nous ne traînons pas et redescendons par le sentier bien tracé retrouver nos compagnons. Nous rageons de nouveau de ne pas être venus plus tôt, nous aurions mieux vu le terrain… Nous repartons, je fais tout le trajet du retour debout derrière la cabine, ne quittant des yeux la piste dans les lumières des phares que pour admirer le ciel étoilé, fier d’identifier le Croix du Sud ! Nous retrouvons le lodge. Au dîner l’omelette a remplacé le poulet mais il y a de la bière fraîche. Le repas à peine achevé, je me précipite pour taper avant que le générateur ne soit arrêté.

 

Lundi 5 avril : Nous sommes réveillés dès l’aube et nous ne traînons pas. Nous petit déjeunons tous ensemble et à huit heures, le pick up ponctuel est là. Nous faisons nos adieux, pas mécontents de partir car malgré le site exceptionnel, le confort et la nourriture n’étaient pas à la hauteur de ce que nous aurions aimé trouver. Toujours ce problème de campements073-TANNA-Volcan-Yasur--gue.jpg tenus par des gens qui n’ont aucune idée de ce que leur clientèle attend. Nous voici repartis pour le trajet inverse de l’aller mais cette fois nous voyons de jour les abords du volcan. Nous retraversons la plaine de cendres et distinguons mieux les coulées de lave solidifiée, rougeâtres. Le gué est traversé alors que des équipes de cantonniers s’activent à aménager les descentes. Plus loin, d’autres coupent, à la machette, les herbes des bas-côtés ou remplissent de palmes et de terre les ornières… jusqu’à la prochaine pluie qui pourrait bien ne pas tarder à en croire le ciel de plus en plus gris. Je fais encore une fois 088-TANNA-Piste.jpgle voyage debout dans la benne, ce qui ne m’épargne pas les chocs contre les ridelles. Nous retrouvons le côte est et abandonnons nos compagnons à l’aéroport avec promesse de s’envoyer des photos. Nous poursuivons notre route jusqu’au premier lodge, le Evergreen, où nous pouvons avoir un bungalow pour la nuit. Un autre standing… Dans un jardin entretenu, planté de banians et de  troncs enchevêtrés, des petits bungalows, très simples, du moins les moins chers, avec des toilettes à partager, mais tout est prévu, ici, on connaît les besoins de voyageurs occidentaux. Nous voulons aller à la plage mais il n’y en a pas, le rivage est rocheux, constitué de coraux désagréables à la plante des pieds. Nous attendons midi, Marie à se reposer à la chambre et moi à taper ces lignes sur la terrasse du restaurant, face à la mer. Nous déjeunons, œufs frits au bacon et steak pour Marie pendant qu’un grain passe. Nous décidons de commencer l’après midi par une sieste qui se prolonge, qui dure, qui n’en finit plus et qui ne s’achève qu’au déclin du jour quand nous allons prendre un cocktail dans le salon… Ils se font attendre ces cocktails, à tel point que je suis sur le point de les annuler au moment où on nous les sert et ils ne sont pas fameux ! Nous dînons indien, Marie d’un honnête poulet au curry et moi d’un bœuf vindaloo qui prouve que les Hindous ont bien raison de ne pas consommer la viande d’un animal aussi coriace… Coucher cette fois dans le même lit, ou presque puisque nous avons réuni nos deux lits simples sous la belle moustiquaire qui forme un dais royal au-dessus de nos têtes.

 

Mardi 6 avril : Après la sieste de la veille, je suis réveillé avant le jour, puis Marie s’éveille… Nous allons prendre le petit déjeuner avec une dernière vision de l’océan depuis la terrasse. Nous avons une belle assiette de fruits exotiques et du pain grillé à volonté. Nous ignorons la confiture qui, à la couleur près, ressemble fort à la jelly servie à Port Résolution. Le pick up de l’hôtel nous emmène avec un autre couple de Français à l’aéroport, enregistrement, taxe que nous n’avions pas payée à l’aller et nous partons à l’heure pour Port Vila. Nous décollons face à la mer sans une dernière vision de Tanna. Arrivé à Port Vila, je vais rechercher notre sac laissé en consigne, changer des euros puis nous sautons dans un minibus qui nous dépose, après être passé par les collines qui entourent la ville, à notre hôtel, le Vila Hibiscus. Nous y avons une chambre climatisée et avec un coin cuisine. Je repars aussitôt pour le centre ville. Je suis l’avenue en bord de mer d’où j’aperçois les fonds turquoise de l’océan. Je suis vite dans le centre ou de ce qui en tient lieu. Impression d’être à Ziguinchor pour la taille de la ville, mais pas de maisons coloniales, des petits immeubles de béton, cubiques. Je trouve Air Vanuatu où après une longue attente, je réserve deux places pour aller assister à la fête du gaul à l’île de Pentecôte samedi. Je vais changer des euros à un bien meilleur taux qu’à l’aéroport puis je fais des courses au supermarché, pas trop bien fourni en fruits et légumes mais le rayon des viandes est intéressant. Je rapporte du jambon et de la bière pour midi. Je transpire sur le chemin du retour, il fait chaud et humide. Je redémarre l’ordinateur qui semble, croisons les doigts, refonctionner après son accès de mauvaise humeur hier… Nous déjeunons à la chambre et commençons une sieste. Nous en émergeons pour nous rendre en ville. Marie traîne la patte… Nous trouvons l’office du tourisme où nous nous renseignons sur les tours opérateurs qui organisent l’excursion à Pentecôte. Ils sont tous plus chers… Nous retournons donc à Air Vanuatu où je règle avec la carte bleue, qui cette fois accepte le paiement puis je pars à la recherche d’un cybercafé, occasion de consulter les cartes des restaurants rencontrés (rien d’excitant), d’apercevoir le front de mer et le marché artisanal. Je retrouve Marie qui m’attendait sur un banc et nous trouvons notre bonheur au fond d’un passage. La connexion est très lente mais nous pouvons lire le bref message de Julie et d’autres… Il a plu pendant ce temps et quand nous sortons, à six heures, toutes les boutiques ferment ou ont déjà baissé leur rideau. Bientôt la nuit tombe et la ville devient déserte, l’éclairage rarissime n’arrange pas l’impression d’une ville sous le couvre-feu ! Le Centre culturel français est ouvert, il présente une exposition, nous entrons et arrivons en plein vernissage. Les personnes présentes se comptent sur les doigts d’une main ! Les aquarelles qui présentent des scènes de la vie en brousse ne manquent pas de talent mais celles qui se veulent plus « mystiques »sont d’un piètre intérêt. Nous traversons la rue, le seul établissement encore ouvert, le café-restaurant La terrasse nous tend les bras, Nous y sommes les seuls clients et plutôt que d’attendre l’heure du repas en marchant dans le noir, nous prenons un soda puis dînons. Rien qui fasse honneur à la cuisine française, c’est d’une honnête médiocrité… Nous prenons un minibus pour rentrer à l’hôtel déjà fermé, cadenassé.

 

Mercredi 7 avril : Pour avoir fait la sieste, je suis réveillé dans la nuit et je regarde l’excellent film québécois CRAZY, déjà vu à Toulon. Nous ne sommes pas pressés et nous consacrons le début de la matinée à faire du rangement dans notre chambre. Il semble bien que nous allons y rester jusqu’au départ. Nous partons en ville pour une de ces journées que j’exècre, consacrée à l’achat des derniers cadeaux ! Je passe d’abord me renseigner sur les tarifs de location de voiture et la possibilité de faire le tour de l’île puis commence les visites aux étals de marchands de souvenirs, regroupés le long de la promenade du bord de mer. Marie explore très consciencieusement chaque boutique, hésite, compare, réfléchit, me demande mon avis (ce que je redoute le plus ! Que faut-il répondre ? : « M’en fous » ? C’est la guerre ouverte ; « Le bleu est mieux », dans cinq minutes j’aurais dû choisir le jaune…) Après les échoppes du marché artisanal commence l’exploration des boutiques avec pignon sur rue… Les mêmes produits, plus chers mais mieux présentés… Nous avançons ainsi tout doucement dans la rue principale de Port Vila, celle qui est la plus moderne avec des098-PORT-VILA-Marche.jpg petits immeubles récents dévolus aux administrations et sièges de sociétés, alors que la rue parallèle est le royaume des commerçants chinois qui proposent dans des bazars sombres et peu engageants tous les produits manufacturés de l’Empire Céleste… Nous parvenons au marché, une halle moderne en béton, quasi entièrement consacrée aux fruits et légumes tropicaux, présentés en bottes ou en tas, sur les étals ou directement sur le sol carrelé. Les marchande099-PORT-VILA-Marche.jpgs tressent, tissent, somnolent, épouillent leur marmaille. Quel dommage que ce marché ne se tienne pas en plein air ! Les couleurs, les odeurs, l’animation en feraient un haut lieu du voyage… Nous commençons à nous intéresser aux cartes des restaurants, rien d’original et les prix tendent à se rapprocher de ceux des possessions françaises du Pacifique, ce ne sont plus ceux des Fidji ! Nous poursuivons notre chemin, grimpons une côte alors qu’il commence à bruiner. Nous déjeunons dans le dernier restaurant remarquablement situé en hauteur, au-dessus du port, avec vue sur toute la baie. Hélas le temps a définitivement viré au gris. Je goûte un excellent poulet au curry rouge, bien épicé et Marie retrouve dans sa croustade de fruits de mer des crevettes croquantes à souhait. Nous repartons alourdis et ensommeillés pour le Musée. Une courte marche nous y conduit. L’entrée est payante mais personne ne nous demande rien… Heureusement car j’aurais été furieux. Il y a certes quelques masques et des casse-tête intéressants bien que loin de valoir ceux de Papouasie, du moins sur le plan esthétique mais leur présentation est une catastrophe. Enfermés dans de trop étroites vitrines poussiéreuses et mal éclairées, ils sont explicités par des cartons en anglais, bichlamar et paraît-il français ! Mais quel français ! Sans doute ne s’agit-il que d’une traduction mais elle est souvent incompréhensible et en tout cas indigne d’un pays qui se veut bilingue. Nous repartons alors que la bruine se transforme en grain. Nous avançons d’abri en marquise jusqu’à la rue principale où des boutiques inexplicablement non encore explorées offrent d’incontournables refuges… Passage par la poste pour acheter des timbres et occasion de racheter d’autres cartes, puis au supermarché pour compléter nos emplettes en vue du dîner de ce soir à la chambre. Enfin nous prenons le chemin du retour et regagnons notre home, sweet home ! Je vais profiter du wifi à la réception pour mette à jour le blog et trouver un message de Nicole. La pluie se déchaîne pendant ce temps.

 

Jeudi 8 avril : Le ciel est encore gris. Nous rageons et hésitons sur le programme de la journée. Nous commençons par envoyer un message à Julie pour sa fête, pas question de lui téléphoner à cette heure, il est une heure du matin en France, elle nous arracherait les yeux au retour ! Je vais chez le loueur de voitures. Les conditions ont changé depuis hier, pas question de faire le tour de l’île avec un petit modèle ni même de sortir de Port Vila et ils n’ont plus de 4x4… Je reviens en avertir Marie, nous ne savons trop quoi décider. Nous réservons un 4x4 chez Budget pour dimanche puis envisageons de nous rendre aux cascades Mélé en minibus dans l’après-midi. En attendant, nous retournons en ville et les visites des boutiques reprennent… Nous poussons jusqu’au marché et nous nous asseyons devant le port pour attendre l’heure de déjeuner. Le ciel de plus en plus noir commence à laisser tomber des gouttes. Nous allons nous installer à la terrasse du restaurant français Le Péché Mignon. La serveuse est gentille et parle bien français. Elle nous apporte des amuse-bouches, de la purée d’avocat pimentée, du pain du beurre puis les plats commandés : mignon de veau au gingembre et escalope de veau à la crème, aux champignons et au calvados (?). C’est bon, copieux et relativement bon marché. Après le repas, la serveuse nous apporte deux mignardises… Que demander de plus ? Le soleil ? Pour ça c’est raté… il pleut de plus en plus, à verse, à torrent ! Nous patientons puis essayons de revenir en nous abritant sous les auvents. Marie trouve le temps de s’offrir une chemise puis nous achetons de nouveau du jambon au supermarché et rentrons en minibus à la chambre. Nous attendons la soirée pour téléphoner à Julie et lui souhaiter sa fête. Je ne me couche pas avant d’avoir visionné sur l’ordinateur le film Zodiac, inhabituel thriller puisque l’enquête n’aboutit pas et qui s’intéresse plus au comportement des enquêteurs qu’à celui du coupable.

 

Vendredi 9 avril : Réveil sous le soleil, le moral remonte. Dès que nous sommes prêts, nous allons nous poster au bas de la côte et arrêtons des minibus jusqu’à ce que le tarif demandé103-MELE-Cascade.jpg pour nous rendre aux cascades de Mélé ne soit pas trop « touriste ». Une dizaine de kilomètres pour sortir de la ville, de sa petite zone industrielle et retrouver la végétation. Le minibus nous dépose à l’entrée du parc, car parc il y a avec une entrée payante, chère, justifiée par des aménagements touristiques. Un sentier s’enfonce dans la forêt en suivant le cours d’un torrent. Au début106-MELE-cascade.jpg des escaliers en bois, des marches en ciment et du gravier facilitent la marche, ils disparaîtront en fin de parcours, quand il y en aurait le plus besoin. Les abords ont été dégagés et des arbustes à feuilles rougissantes ou les fleurs habituelles des Tropiques, plantés. De petites chutes annoncent la grande cascade. Il faut traverser des bras du torrent à gué mais les pierres ne sont pas glissantes. Nous parvenons au terme de la promenade mais pour voir la cascade principale, il faut encore remonter quelques dizaines de mètres dans le lit du torrent. Marie n’est pas fière mais elle me suit jusqu’à un rocher d’où les chutes se perçoivent en leur totalité. Je continue encore quelques mètres jusqu’au pied de la cascade, abondante après les pluies et tombant d’une hauteur de plus de trente mètres dans un bassin moussant. Nous revenons, faisons un détour pour un point de vue d’où nous apercevons la110-PORT-VILA-Hideway.jpg côte et l’île de Hideway avec ses installations touristiques mais où je passerai bien le dernier jour à me dorer sur la plage ou plonger en apnée, juste avant de reprendre l’avion. A voir… Nous revenons à l’entrée et arrêtons un minibus qui pour le tarif de cent cinquante vatus nous ramène dans le centre ville, devant le supermarché. Le tarif est le même quelle que soit la course, cent mètres ou dix kilomètres ! Marie va faire changer la chemise achetée la veille qui s’est révélée trouée puis nous passons à Air Vanuatu nous faire délivrer les billets pour demain en nous faisant préciser les prestations. Nous allons ensuite déjeuner au Péché Mignon qui devient le nôtre… Excellent poisson tahitien et papillote de poisson qui me fait apprécier les petits légumes parfumés aux baies roses. Le programme de la journée est rempli, nous revenons, non sans que Marie poursuive son exploration des boutiques, revisitant certaines pour la énième fois, dans le cas où quelque article aurait échappé à sa vigilance ! Elle ne revient d’ailleurs pas les mains vides de cette expédition… Nous passons au supermarché faire des achats pour le dîner. Nous atteignons l’hôtel au moment où les premières gouttes d’un orage, d’autant plus furieux qu’il nous a ratés, explosent sur les tôles de la toiture. Sieste, lecture nous occupent jusqu’au dîner. Les extraits d’Euronews à la télévision nous donnent raison d’être allés au Kirghizstan l’an passé… Marie cale sur sa pie, très anglaise, trop.

 

Samedi 10 avril : Marie, anxieuse est réveillée de bonne heure, de crainte de rater le taxi. A sept heures moins le quart il est là. Nous passons prendre un Irlandais qui se rend aussi à l’île de Pentecôte et nous retrouvons d’autres passagers à l’aéroport. Parmi eux, j’ai la surprise de retrouver un ancien collègue du lycée Langevin de La Seyne, maintenant à Nouméa mais nous ne serons pas dans le même avion. Un Twin Otter emmène une première fournée, nous attendons huit heures passées pour partir en compagnie de cinq autres anglo-saxons dans un petit avion de huit places. Nous avons la chance d’être derrière le pilote avec des vitres, alors 121-AMBRYM-Volcan.jpgque les autres places ont une visibilité réduite. Nous décollons, survolons Efate à six mille pieds d’altitude puis après une demi-heure de survol de l’océan, nous passons l’île d’Epi cachée par les nuages. Nous approchons l’île d’Ambrym, pas de plage, la mer frappe une côte de lave noire. La forêt recouvre entièrement l’île, sauf sur les récentes coulées. Le pilote descend à trois mille cinq cents pieds, louvoie entre les cumulus et nous pouvons distinguer les deux volcans en activité. Nous rasons les falaises du cratère de l’un d’eux, sans en apercevoir le fond. Des fumées s’élèvent de ces deux chaudrons aux parois en strates noires et rouges. Nous distinguons ensuite Pentecôte et nous nous posons sur l’aérodrome en bordure de mer. L’aérogare est récente mais très simple. Nous sommes accueillis par deux jeunes125 PENTECÔTE Village femmes, une anglophone et une francophone qui restera à notre service exclusif. Nous comprenons qu’il faut attendre l’arrivée d’un autre avion-charter pour que les festivités commencent. On nous emmène voir la rivière, à une centaine de mètres de l’aérodrome. Rien de particulier si ce n’est des femmes qui vendent des crabes et des fruits, assises à l’ombre d’un beau banian. Un minuscule marché se tient près du terrain d’aviation, Marie y achète un panier tressé en fibres de pandanus. Nous nous dirigeons, toujours escortés de Marie-Jeanne dont nous saurons qu’elle est institutrice de maternelle, à vingt-deux ans, vers le lieu du « gaul ». Un court sentier dans la forêt débouche sur une clairière en 131-PENTECOTE-Gaul.jpgpente, dégagée pour y construire, à son sommet, une tour d’une trentaine de mètres de hauteur, assemblage de branches et de troncs, liés par des fibres végétales. L’ensemble me rappelle par son côté primitif, les échafaudages en bambou, élevés pour la construction des immeubles au Pakistan, quarante ans auparavant. Des lianes pendent du sommet et des plates-formes disposées aux divers étages. Ce sont ces lianes, accrochées aux pieds des hommes, qui vont les retenir dans leur saut dans le vide. La cérémonie se tient à la saison de la récolte des ignames et rappelle une légende, mais de nos jours, elle n’a plus lieu que dans un but touristique. Chaque touriste paie une « entrée » au chef de village qui encaisse donc une somme dont il ne distrait que quelques billets pour dédommager ceux qui vont sauter. Des bateaux de croisière, heureusement pas aujourd’hui, 158-PENTECOTE-Gaul.jpgdébarquent régulièrement des fournées d’excursionnistes en mal de sensations fortes. Nous attendons que tout le monde soit là, les « indigènes » comptent le nombre de visiteurs pour savoir combien ils vont faire d’ « entrées »… Ils vont alors se dévêtir et revenir en tenue d’Adam, simplement « habillés » d’un étui pénien, prétentieux pour quelques uns…Un groupe d’hommes en cette tenue, d’enfants et de femmes sim152-PENTECOTE-Gaul.jpgplement vêtues d’une jupe en raphia vont faire le chœur, chanter et danser d’un mouvement alternatif de droite à gauche tandis que des hommes escaladent l’échafaudage, se laissent lier des lianes aux chevilles puis après avoir frappé dans leurs mains, s’élancent dans le vide avant de s’écraser au sol, à plat ventre ou sur les épaules, dans la terre qui a été remuée pour la rendre meuble. Les162-PENTECOTE-Gaul.jpg sauts commencent de la plus basse plate-forme puis de plus en plus haut et c’est du sommet de cette tour que s’élance le dernier, très attendu et applaudi par l’assistance, pressée de regagner le bord de plage pour boire et manger. Nous restons dubitatifs, ce n’est plus qu’une attraction touristique de plus, spectaculaire, sauvage, dure et scandaleusement dépourvue de sa raison 159-PENTECOTE-Gaul.jpgd’être et ce depuis trente ans nous assure-t-on ! Nous nous sentons voyeurs d’autant que le saut n’est pas sans danger et que quelques-uns se relèvent à grand peine. Nous évoquons les fêtes au pays Bassari qui en leur temps correspondaient à un rite de passage important pour eux et qui maintenant sont peut-être aussi devenues des attractions à touristes… Je ne suis pas mécontent d’être à l’ombre et d’avaler, sur la plage de gros galets, un sandwich et un verre de jus d’orange frais. Presque rassasiés, nous allons nous installer là où le gravier se mêle au sable noir pour passer quelques instants. Je me baigne dans une eau tiède puis nous revenons lentement vers le terrain d’aviation. Nous repartons à deux heures de l’après-midi. J’ai demandé au pilote de monter à son côté, Marie a cédé sa bonne place à de grossiers Australiens qui ne lui en seront pas reconnaissants… Le pilote nous fait survoler d’autres tours170-PAAMA-d-avion.jpg utilisées pour le saut puis longe Ambrym à seulement deux mille pieds mais les nuages nous interdisent le survol des volcans. Nous rentrons donc à Port Vila où nous devons attendre presque une heure pour qu’un taxi nous ramène à l’hôtel, celui qui devait s’en charger tardant. Nous allons dîner dans un restaurant chic, le Chantilly’s, sur une terrasse surplombant la mer. Nous faisons un extra avec des huîtres chaudes, cuisinées avec du bacon et une sauce Worcestershire qui dissimule trop le parfum de l’huître. Les plats indiens que nous avons commandés ensuite sont parfumés mais j’hérite des crevettes de Marie, trop « hot ».

 

Dimanche 11 avril : A huit heures, je suis devant la porte de l’hôtel à attendre la voiture qui arrive avec dix minutes de retard et m’emmène aux bureaux de Budget. Quelques minutes plus tard je repars au volant d’une Suzuki 4x4, à boîte automatique. Je retourne à l’hôtel prendre Marie et nous partons par la route de l’ouest. Nous repassons devant le parc des cascades et continuons par une rude côte pour gravir la falaise. La route est récente, en très bon état et la circulation est rare. Nous faisons des incursions sur des pistes, pour nous rapprocher de la 175-EFATE-Femmes.jpgmer et apercevoir les petites îles au large. Le soleil brille, les oiseaux chantent mais plus pour certains que pour d’autres. Les plages sont toutes dans des propriétés privées et nous ne pouvons accéder au bord de mer ! Les forêts sont belles, magnifiques banians, cocotiers prétentieux, lianes et feuillages lancés à l’assaut de tout ce qui s’élève. Dans quarante-huit heures nous n’aurons plus ces paysages maintenant familiers. Les kilomètres défilent même si je ne roule pas vite et nous sommes vite au Beachcomber, une auberge qui n’est pas le resort que je craignais. Il est encore tôt mais il ne me déplairait pas d’y attendre l’heure du déjeuner. Il y a une piscine devant la plage mais cette dernière est réduite à une bande de sable en retrait de plaques rocheuses et le fond de l’eau est constitué de scories de coraux. Marie, déjà mécontente d’avoir dû louer un 4x4 pour rouler sur du goudron, n’a pas envie de rester là et nous allons voir plus loin si les plages sont mieux. Nous trouvons bientôt deux autres plages avec plus de sable mais toujours des rochers dès que l’on entre dans l’eau et le service de restauration annoncé sur les182-ETON-Plage.jpg panneaux est en panne pour cause de sommeil prononcé du cuisinier… Nous continuons donc. Le goudron se termine et une bonne piste, probablement bientôt revêtue, lui succède. Nous parvenons à Eton Beach, plage beaucoup moins importante que je ne le pensais et néanmoins payante. Une simple crique presque fermée par des rochers mais avec du sable et surtout des fonds sableux également. Renseignement pris, pas de restaurant ! Je suis furieux, nous n’avons rien à manger à l’exception d’une mauvaise orange… C’est le Popenguine, le Foulpointe local. La petite colonie française vient y passer la journée. La marmaille braille, les parents s’extasient devant les prodiges de leur progéniture, le vin, la bière circulent, des sandwichs finissent panés dans le sable, et nul n’a un regard, une pensée pour les malheureux affamés… Je vais me baigner, l’eau est fraîche mais on s’habitue. Je tente de voir les fonds sous-marins mais, pour une raison inconnue, la vision à travers le masque n’est pas nette, un nettoyage n’y change rien. Dommage, il y a de beaux coraux et des poissons multicolores. Après quelques débuts de coups de soleil, nous repartons. La piste puis bientôt la route, traverse de belles cocoteraies, longe de vertes prairies gagnées sur la forêt, et qu’ombragent quelques grands arbres épargnés, où se produit 033--TANNA-Pandanus.jpgune des meilleurs viandes du monde. Nous empruntons une piste qui débouche, après avoir franchi la bande côtière des inévitables pandanus, sur un rivage où le sable s’allie aux rochers déchiquetés, creusés à leur base. Plus près de Port Vila, les plages sont occupées par les citadins venus passer le dimanche en famille. Nous retrouvons la capitale. Dans sa banlieue nous allons voir une galerie d’art océanien privée mais l’entrée le dimanche est sur rendez-vous et le tarif est plutôt dissuasif… Retour en ville, plein d’essence puis nous rentrons à la chambre. Nous reprenons la voiture pour aller dîner à l’Houstalet (sic) qui passe pour être la meilleure table française de Port Vila et ce depuis trente sept ans. Nous commençons par un bon crabe farci puis je me régale avec de la roussette en sauce au vin qui fait ressortir le goût sauvage, peut-être un peu trop, Marie est déçue par son nautou, un pigeon sauvage (pardon Emmanuelle, pardon Thomas !) dont la sauce aurait mieux convenu à des viandes blanches. Retour pour une dernière nuit dans le Pacifique…

 

Lundi 12 avril : Je suis chez Budget avant huit heures pour rendre la voiture puis je me fais déposer à l’hôtel. Nous bouclons les sacs en nous débarrassant de quelques affaires usées. Nous attendons dix heures, heure du check out, dans la chambre à lire ou profiter du lit avant Paris… Nous abandonnons les sacs à la réception et vérifions notre messagerie. Nous répondons à Julie et regardons les photos envoyées par nos compagnes du volcan à Tanna. Nous partons une dernière fois à pied en ville. Ultimes visites dans les boutiques et au marché artisanal. Un paquebot australien a débarqué des centaines (des milliers ?) de touristes blancs et gras en quête de « souvenirs ». Nous nous acheminons lentement vers notre cantine où l’arrivée d’un orage nous précipite. Il est temps que nous partions : si la cuisine reste bonne, les petites attentions, mise en bouche, gâteaux, ne sont plus d’actualité ! Nous revenons, toujours en passant de boutique en boutique. Je « tiens les murs » en m’adossant à chaque devanture de magasin, le temps que Marie le visite. J’explose quand je découvre qu’il faut encore chercher et acheter un collier pour Bonan dont je croyais le cas déjà réglé. Marie ne comprend pas ! Nous allons prendre un verre au Nambawan (Number One en bichlamar…), le café branché (dans tous les sens du terme puisqu’il y a le wifi) de Port Vila. Marie lit, je contemple le ballet des Australiens qui viennent manger des pizzas à toute heure ou qui s’offrent un tour de huit minutes en hélicoptère au-dessus de la baie. Enfin à quatre heures et demie, nous revenons lentement à l'hôtel. La dernière tentative de mise à jour de ce texte est un échec. L’ordinateur qui doit sentir sa prochaine mise au rancart, boude ! Je demande au patron chinois de l’hôtel de nous emmener à l’aéroport. Le Fils du Ciel me fait un grand sourire puis se retire dans sa Grande Muraille et n’a plus un regard ni une oreille pour l’impertinent « long nez ». La sympathique réceptionniste nous arrête un minibus qui nous dépose. Nous y sommes les premiers. Attente pour l’enregistrement puis pour les contrôles d’immigration et enfin nous décollons. Le temps de boire un gin-tonic et nous nous posons à Nouméa. Nous devons récupérer les bagages pour aussitôt les réenregistrer pour Paris. Les passagers sont principalement des Japonais qui rentrent à Osaka.

 

Mardi 13 avril : Nous décollons avec un léger retard. Une collation nous est servie. L’avion est peu rempli. Je trouve une rangée de trois sièges, à l’arrière, sur lesquels je peux m’allonger. Je parviens à dormir quelques heures, lové autour des accoudoirs. Un copieux petit déjeuner nous est servi avant Osaka. Je retrouve avec grand plaisir ces charmantes et désuètes jeunes japonaises, fragiles poupées de porcelaine, blafardes et fardées, chargées de nous accueillir et de nous diriger. Après un contrôle de sécurité, raccourci pour Marie, nous attendons notre dernier vol. Des ordinateurs gratuitement mis à la disposition des passagers me permettent d’envoyer un message à Julie. L’avion est presque plein. Un repas avec champagne et cognac est servi puis il faut passer le temps en lisant ou en regardant des films sur un minuscule écran. Nous sommes à Paris à seize heures, une heure plus tôt qu’annoncé. Un taxi nous ramène moyennant cinquante euros, au boulevard Diderot où nous précédons de peu Julie. Le Pacifique, ses 14 îles visitées grâce à 24 avions et parcourues dans 8 bateaux, c’est fini !

 

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