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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 17:20

 

Jeudi 17 février : « Altogether » est de bonne humeur ( il est vrai qu'il l'est toujours ! ) et n'insiste pas trop pour nous faire faire des détours. Comme nous, il sent l'écurie. Avant de330-KANDY-COLOMBO-Marie-et-Sharith.JPG démarrer il joint les mains, récite quelques formules propitiatoires et pour faire bonne mesure, termine par un signe de croix. La route est toujours pénible et il nous faut trois heures pour parcourir les cent dix kilomètres jusqu'à Colombo. Les derniers sans plus aucune échappée sur la campagne et dans les vapeurs de gaz d'échappement crachées par les véhicules asthmatiques et antédiluviens. Les grands discours en faveur de l'écologie ne doivent pas s'appliquer aux transports... Je rêve d'une soudaine disparition du moteur à explosion et de tous les dérivés induits ! Nous parvenons à la capitale aux larges artères pas trop encombrées, nous allons bientôt savoir pourquoi... Le chauffeur n'a pas grande difficulté à trouver notre hôtel, dans un quartier cossu. Nous nous quittons presque avec émotion, promesses de nous écrire et si nous passons par Negombo, de nous revoir. Accessoirement, Sharith, car tel est son prénom que nous n'avons découvert qu'hier soir, semble satisfait de son pourboire... Nous faisons connaissance avec la propriétaire, une vieille dame de la bonne société qui a appris le français à l'Alliance française. Son intérieur est plaisant, multitude de bibelots de bon goût et d'objets, tissus, coussins. Nous apprenons alors que le jour de la fête de la Navam Perahera pour laquelle nous sommes revenus exprès à Colombo est aujourd'hui et non pas demain comme nous le pensions ! Mais le grand défilé a lieu ce soir, nous sommes arrivés à temps ! Nous posons les bagages dans la chambre, au cinquième étage, avec ascenseur, de l'immeuble voisin. Les peintures sont fatiguées, toutes les ampoules ne fonctionnent pas mais la décoration est plaisante et le salon attenant décoré avec goût, enfin le nôtre ! Dessins, tableaux, tissus que nous verrions bien chez nous pour certains... Nous repartons aussitôt pour aller déjeuner dans un restaurant chinois pas trop éloigné. Toutes les maisons du quartier sont des villas cachées derrière des murs et c'est ici que l'on a la plus forte concentration de 4x4 de luxe... Le restaurant chinois est authentique et bien que chic, nous déjeunons pour pas plus cher que dans les restaurants imposés par Sharith. Prix majorés ici par un bon nombre de taxes tout de même... Pas de bière, c'est un jour de fête religieuse ! Je vais rechercher d'autres chaussures pour Marie à la chambre, en 336-COLOMBO-Elephants.JPGme perdant dans les impasses où ma présence semble incongrue. Nous nous rendons ensuite au parc Viharamahadevi où nous trouvons les éléphants qui doivent participer au défilé, en train de se nourrir. Ils sont entravés et leurs mahout les surveillent, leur préparent des écorces d'arbres quand ils ne se chargent pas eux-mêmes, les éléphants, d'écraser ou de donner des coups de pieds dans les troncs pour les rendre comestibles. Certains sont impressionnants en taille, quelques-uns ont de superbes défenses. Ils se laissent arroser, laver, gratter le cuir avec, semble-t-il, grand plaisir. Nous sommes frappés parc le nombre de musulmans et 339-COLOMBO-Elephants-bain.JPGsurtout de femmes entièrement voilées, gantées, toutes en noir, sinistres... Il fait chaud et nous apprécions, quand le soleil descend, les souffles d'air qui nous raniment. Peu avant la tombée de la nuit, les animaux sont harnachés. Un caparaçon, deux grands gants de toilette dans lesquels on glisse les oreilles et un dernier élément qui couvre la tête et la trompe avec deux ouvertures 349--COLOMBO-Elephants-preparation.JPGpour les yeux, leur donne une allure fantomatique ou de grand maître du Ku Klux Klan... Les tenues ne sont pas toutes belles, beaucoup sont uniformes, souvent dorées ou argentées mais quelques-unes, pourpre, rouge ou rose avec des dessins de fleurs de lotus ou des plaques argentées gravées d'un Bouddha, sont superbes. Quand tous sont prêts, le convoi d'au moins une quarantaine de pachydermes, grands et petits, s'ébranle dans les avenues en semant de belles crottes... Nous les suivons, presque seuls car les Sri Lankais en ont une peur inattendue ! La nuit est tombée, le convoi s'est arrêté à proximité du lac Beira et du temple Gangaramaya. Une foule est déjà massée sur le parcours que doit emprunter le défilé, nous arrivons à temps pour que Marie se trouve une chaise et moi une parcelle de trottoir qui nous permettent d'être au premier rang. Mais je vais vitre comprendre les problèmes des péripatéticiennes qui doivent défendre leur bout de trottoir avec acharnement... Nous attendons une bonne 368-COLOMBO-Defile.JPGheure avant que la circulation soit interrompue et que la parade commence. Des groupes de musiciens et de danseurs vont défiler, chacun précède un éléphant. Les premiers ont disposé des guirlandes de lumières électriques sur leur caparaçon, leurs mahout ont revêtu des costumes d'apparat et sont montés dessus. Les musiciens et les danseurs portent le sarong blanc, un justaucorps rouge et une sorte de turban roulé autour de la tête, parfois des boucles d'oreilles. Nous revoyons toutes les danses auxquelles nous avons eu droit à Kandy dans la salle pour 371-COLOMBO-Defile.JPGtouristes... Des bonzes sont installés sur des estrades avec d'autres personnalités. Le défilé se poursuit ainsi pendant trois heures, spectacle qui a lui seul vaut le voyage au Sri Lanka, une procession que nous n'avions jamais vue en Inde ou au Cambodge. Armés d'une pelle, des ramasseurs de belles merdes fumantes les ôtent de la chaussée et les déposent en dehors du parcours, aux pieds des spectateurs ravis ! Chaque groupe présente des chorégraphies ou des acrobaties différentes mais à la fête religieuse s'ajoute une sorte de carnaval avec des groupes de grotesques à trois jambes ou des personnages déguisés en vieilles ou vieux, des jongleurs et autres bateleurs se produisent également. Curieux mélange de 374-COLOMBO-Defile.JPGreligieux et de profane qui ressemble beaucoup au carnaval de Cochabamba, les éléphants en plus. En fin de défilé se présentent trois éléphants magnifiquement harnachés et illuminés, montés chacun par trois personnes en costume immaculé devant lesquels toute la foule se lève, moi aussi pour soulager mon fessier endolori, joint les mains et s'incline avec ferveur. Suivent des dignitaires en costumes rutilants, habillés d'un sarong et d'une veste aux épaules renforcées, sous des dais frangés. Ils ont dans leurs mains des statuettes du Bouddha. Viennent ensuite des chars qui transportent des statues blanches de 356-COLOMBO-Defile.JPGbouddhas assis et tout le monde de se relever et joindre les mains. Ce n'est pas fini ! La moitié de Colombo est venue voir défiler l'autre moitié ! Viennent encore des groupes plus pauvrement mis, sans costume uniforme ni chorégraphie au point. Et de nouveaux danseurs, danseuses très jeunes, qui ne manquent pas d'énergie et des percussionnistes, des échassiers. Leur succèdent des jongleurs avec des roues enflammées etc... Nous n'en pouvons plus mais c'est fini ! La foule se disperse, un chauffeur de tuk tuk nous racole, nous nous faisons emmener dans un restaurant qui s'avère être fermé, nous rentrons à l'hôtel en nous arrêtant dans une gargote pour acheter une bouteille d'eau et deux samossas épicés. Les ampoules ont été changées, nous sommes contents de pouvoir enfin nous reposer...

 

 

Vendredi 18 février : La chambre est étouffante et malgré le ventilateur qui fait tout ce qu'il peut au-dessus de nous, je suffoque. Ouvrir la fenêtre n'y change rien, elle donne sur une courette sans air. Nous allons petit déjeuner dans le jardin de la propriétaire, contente de pouvoir parler français. Elle ne fait aucune difficulté pour téléphoner à Galle et réserver une chambre. Nous donnons du linge à laver à son employée. Elle nous apprend que nous pouvons nous connecter à Internet de la chambre. Nous y remontons et effectivement je parviens à me connecter mais à la première tentative d'accéder à la messagerie, le compte est bloqué ! Je suis une fois de plus obligé de recourir à Julie pour résoudre le problème. Nous partons en tuk tuk, après une négociation pas trop difficile. Nous suivons une des grandes artères de la ville qui passe entre de hauts immeubles modernes récents en nous rapprochant du quartier du Fort. Nous longeons ensuite le bord de mer, rafraîchissant, avant d'affronter la fureur du centre ville. Je change rapidement des euros puis nous allons nous renseigner sur les tarifs d'un hôtel pour une éventuelle nuit en fin de séjour. Les prix ne sont plus ceux annoncés dans le guide et même depuis la fin de 2010, il y a eu une forte inflation. Nous sommes assommés par la chaleur, abrutis par le bruit et nous allons nous réfugier dans le lobby, délicieusement climatisé, de l'hôtel Hilton.  Nous y achetons des 387-COLOMBO-Arcades.JPGcartes postales, les rédigeons et les postons avant de retourner dans la chaleur et le bruit. Nous suivons la rue principale de cet ancien quartier des affaires dont les bâtiments coloniaux mal entretenus, cèdent la place à des immeubles de  verre fumé et de béton. L'extrémité de la rue, près du port, est une zone hautement sécurisée pour cause de quartier général de la police, des chicanes barrent les rues, les contrôles sont partout... L'église Saint-Peter est désaffectée et en travaux et de toute manière sans charme. Nous continuons en direction d'un grand 389-COLOMBO-Dagoba.JPGdagoba blanc curieusement posé en l'air sur des arches de béton. Nous cherchons un autre tuk tuk pour nous emmener au quartier du bazar de Pettah, à faible distance mais nous n'avons pas la force de marcher dans cette étuve et les conducteurs de tuk tuk nous guettent... Nous voici à l'entrée d'une des allées du marché, on y vend surtout de la bimbeloterie et le chaland est assommé par les discours des vendeurs, relayés par des haut-parleurs qui se défient à coups de décibels. Nous nous contentons d'acheter des oranges. Nous passons ensuite par des rues étroites dévolues au commerce. D'antiques camions à caisse en bois déversent des marchandises qui sont ensuite distribuées dans les magasins par de pauvres 302-KANDY-Camions.JPGdiables attelés à des carrioles brinquebalantes sur une chaussée en ruine. Nous cherchons un restaurant, une gargote mais nous ne trouvons rien, même dans des rues plus fréquentées. Un autre tuk tuk nous conduit au temple de Gangaramala que nous n'avions pas vu hier dans la nuit. C'est un haut-lieu du bouddhisme cinghalais et il est en partie un musée, caverne d'Ali Baba, un ensemble de collections d'objets offerts et disposés dans des vitrines poussiéreuses, réveil-matins, montres, stylos et bien évidemment des bouddhas de toutes tailles, matières, origines. Autour du dagoba, sèchent les caparaçons des éléphants du défilé de la veille. Nous ne jetons qu'un œil distrait au sanctuaire et à ses bouddhas 393-COLOMBO-Temple-Gangaramaya.JPGcouchés, assis, aux couleurs vives, blasés que nous sommes ! Nous faisons le tour du lac Beira, à l'ombre, avec des vues sur les quelques gratte-ciel du centre moderne avant de rejoindre le bord de mer. Marie récupère des prospectus à l'Office du tourisme et nous profitons de la climatisation du lieu avant de nous propulser jusqu'à l'hôtel Galle Face. Un palace au bord de l'océan avec des fauteuils sur une pelouse. Nous y prenons un verre en attendant le coucher du soleil et en appréciant l'air frais venu de la mer. Nous rentrons encore une fois en tuk tuk à la chambre. Nous parvenons à nous connecter à Internet grâce à l'intervention de Julie et donc à lire son message et celui de Nicole. Nous prenons connaissance des nouvelles du monde et apprenons les manifestations en Libye ! Nous allons dîner dans un restaurant plutôt branché mais il donne sur la rue et le vacarme des voitures est pénible, la nourriture est bonne, des pâtes pour tous les deux puis retour à la chambre, toujours aussi tiède. 

 

Samedi 19 février : Nous faisons remarquer à notre hôtesse, au petit déjeuner, que sa chambre est trop mal ventilée. Nous aurions dû prendre la climatisation d'après elle... Le linge, à moitié lavé (les traces de terre sur mon pantalon sont toujours apparentes), est récupéré et nous partons en tuk tuk pour la gare. Nous prenons des billets de seconde classe pour Galle à un prix dérisoire (à peine plus chers que le trajet en tuk tuk), et passons sur le quai. Rien n'a dû changer depuis l'époque britannique, ni les passerelles ni la gare elle-même en structures métalliques rivetées. Les wagons des trains stationnés sont fatigués et ceux de troisième classe bondés. Un train plus confortable, avec un wagon panoramique de première classe part pour le Nord. Après une heure d'attente, le nôtre, pas de première jeunesse, arrive, déjà occupé. Il est pris d'assaut, ceux qui voulaient en descendre ont toutes les peines du monde à se frayer un chemin alors que certains se glissent pas les fenêtres. Inutile dans ces conditions avec nos gros sacs d'espérer avoir des places assises. Néanmoins, Marie parvient à s'asseoir, je reste debout, entre deux wagons, avec massage gratuit des membres inférieurs ! Nous ne sommes pas les seuls touristes, beaucoup sont aussi debout. J'ai une vue plongeante sur les épaules et la gorge d'une fraîche donzelle. Son compagnon, peu amène ( sa maman lui manque-t-elle ? Est-il dans les affres d'une dysenterie foudroyante ? ), sait-il apprécier le grain de la peau, le galbe du cou, la finesse de l'ourlet d'une oreille de celle qui n'a d'yeux que pour lui et lui caresse les poils des mollets ? Peut-être faut-il être un vieux barbon  pour goûter ces charmes... Nous traversons d'abord les faubourgs de Colombo, les maisons sont construites en divers matériaux, bois, briques, parpaings, un mélange. Des villas coquettes voisinent des baraques en planches. Puis la voie suit le bord de mer, révélant des plages qui invitent à la baignade, une végétation de pandanus au bord de l'eau et des cocotiers plus en retrait. Nous passons au-dessus de lagunes paisibles qui dispensent un air frais. Au fur et à mesure de l'avancée, des voyageurs descendent et presque tout le monde parvient à s'asseoir. Je reste à l'extrémité du wagon, assis sur les sacs, entre les deux portes ouvertes en permanence de chaque côté. Enfin Galle, terminus de la ligne. Un tuk tuk nous emmène à l'hôtel, nous avons une première vision du quartier du Fort, passons une porte dans les murailles et entrons dans la vieille ville. Ce pourrait être Gorée ou n'importe quelle autre ville 395-GALLE-Chambre.JPGcoloniale qui aurait gardé son caractère ancien avec des maisons restaurées, transformées en hébergements pour le plus grand bénéfice des touristes occidentaux. Notre hôtel n'échappe pas à la règle, nous avons une chambre avec un balcon sur la rue, un lit dont les montants chantournés maintiennent une grande moustiquaire ornée de galons de dentelle virginale, lui donnant une allure de lit nuptial à baldaquin, un ventilateur pulse un air qui vient s'écraser sur le tulle et peine à le traverser. Nous devons marchander pour avoir le petit déjeuner inclus dans le prix. Nous allons avaler des sandwichs dans le jardin de l'hôtel avec une bière qui réchauffe trop vite. Nous regagnons la chambre puis nous nous installons sur le balcon pour étudier la suite de notre itinéraire et nous apercevoir que nous n'avons pas de jours en trop. Il fait encore chaud et nous retournons dans la chambre pour profiter du ventilateur. Une 399-GALLE-Remparts.JPGdouche est la bienvenue. Nous sortons pour nous promener dans les rues du Fort. Nous sommes bientôt le long des remparts qui le ceinturent et lui ont évité d'être ravagé lors du tsunami de 2004. De l'autre côté, nous apercevons la côte et un dagoba blanc dans les arbres. Nous parvenons au phare, celui dont parlait Nicolas Bouvier mais je ne sais trop où était sa pension. Reconnaîtrait-il quelque chose ? Nous montons sur les remparts et commençons à en faire le tour alors que le soleil décline en dorant les toits des maisons à toits de tuiles, les temples de toutes les confessions et les mosquées. C'est la promenade des 401-GALLE-Femmes.JPGhabitants, les familles promènent les enfants, les amoureux flirtent timidement. Une fois de plus nous sommes étonnés par le nombre de familles musulmanes que nous croisons, les femmes très souvent complètement enfouies sous leurs voiles noirs et les hommes, barbus, en blanc. Les jeunes s'entraînent au cricket, sport national dont les retransmissions sont sur tous les écrans de télévision, à toute heure. Marie a envie de faire tout le tour, j'aurais préféré siroter une boisson gazeuse à une terrasse en étage repérée... Nous marchons jusqu'à la porte d'entrée de la ville et revenons par une rue du centre en admirant les maisons traditionnelles, toutes pourvues d'une véranda sur toute la417-GALLE-Maison.JPG longueur de la façade, peu profonde, avec une avancée du toit soutenue par de gros piliers ronds à chapiteaux doriques. Des moucharabieh de bois ou de briques ajourés masquent les activités de la maisonnée depuis la rue, des ouvertures closes par des panneaux de bois sculptés laissent passer un filet d'air. Marie fatigue et traîne la jambe. Nous allons prendre un soda dans un café avant de retourner à la chambre. Nous allons dîner sur le toit en plein air d'une maison, nous y sommes bien, au frais, sous une lune encore pleine qui éclaire faiblement la mosquée voisine que l'on pourrait prendre pour une église anglicane et les façades des maisons endormies. Pas de crevettes bien qu'elles soient au menu, ce sera encore du poulet, soi-disant teriyaki, ce qui ne manquerait pas d'étonner un Japonais et une tranche de poisson effectivement grillée avec des frites et surtout avec une bière, ce qui ne semble pas évident ici ! En sortant, un petit bout de femme nous aborde, elle est professeur de français à l'Alliance française de Galle. Je lui demande où est l'ancienne Indigo street, elle ne 412-GALLE-Maison-N.-Bouvier.JPGconnaît pas. Je cite Nicolas Bouvier, tout s'éclaire, elle sait où se trouve l'ancienne auberge où il avait séjourné et connaît sa propriétaire, la bru du petit-fils de l'ancien aubergiste. Elle nous y conduit aussitôt. La maison n'a pas changé à les en croire, ce qui n'est pas bien difficile vu l'état de décrépitude, dans tous les sens du terme, de la maison. Au milieu un jardin à ciel ouvert et tout autour des chambres, celle de Nicolas Bouvier était à l'étage. On nous y mène : des murs nus d'où pointent des racines d'un figuier audacieux, une paillasse avec une moustiquaire trouée et un balcon qui entoure le jardin. Une âcre fumée de feu de bois monte de l'atrium. L'endroit où on ne pouvait qu'écrire ce livre ! Je rêve de retaper cette maison qui pourrait avoir un charme fou, de lui retrouver sa fonction ancienne et bien sûr l'appeler « Au poisson-scorpion ». Notre « collègue » nous abandonne ensuite et nous rentrons à la chambre.

 

Dimanche 20 février : Nous petit déjeunons en compagnie d'u414-GALLE-Armoieries.JPGn couple de Bordelais, habitués de l'Asie. Nous partons terminer le tour des remparts en partant du phare. Nous ne pouvons pas accéder aux fortifications auxquelles s'appuient les b âtiments d'un ancien hôpital puis des magasins de l'époque hollandaise. Nous passons par une grande place ombragée par des banians et des arbres aux ramures étendues, nous ne manquons pas d'évoquer Tamatave. Je téléphone à une guest house, recommandée par Christiane, mais il n'y a pas de place ! Nous poursuivons notre promenade, passons devant une poterne puis la résidence du gouverneur hollandais, toutes deux avec des armoiries datées. Il existe encore 415-GALLE-Eglise-hollandaise.JPGune église hollandaise réformée en activité, sa petite congrégation écoute le prêche d'un jeune diacre autochtone. Nous achevons le tour du quartier et revenons par les rues du centre en entamant la partie la plus difficile du voyage, la recherche de cadeaux  et de cartes postales... Nous visitons les boutiques d'artisanat et d'antiquités. Un lit de repos cané et des fauteuils du même style nous plairaient bien et conviendraient très bien à Toulon mais la présence de nombreux résidents étrangers à Galle ont fait grimper les prix à des valeurs occidentales... Après un repérage des incontournables achats, nous allons déjeuner dans un des restaurants proche de notre hôtel, sans bière ! Retour à la chambre pour une trop courte sieste puis un début de relecture du blog avant de sortir concrétiser les achats... Marie fait ses emplettes puis nous revenons nous doucher, boire un soda à l'hôtel et achever la mise au point du blog. Nous dînons au même restaurant que la veille, assurés d'y avoir de la bière. Non seulement de la bière mais le serveur, absent la veille, nous propose un gin-tonic. Honnête proposition qu'un honnête homme ne saurait refuser d'autant qu'elle est concrétisée en d'honnêtes quantités... Le reste du repas est des plus classiques, nouilles et riz frits...

 

Lundi 21 février : Je me réveille enrhumé et avec le mollet gauche qui me donne l'impression d'être en bois ! Petit déjeuner, pas pressé bien entendu puis un tuk tuk nous emmène à la gare des bus en passant par la plage où les pêcheurs de retour vendent leurs poissons. Nous sommes à peine descendus du tuk tuk qu'un bus pour Tangalle démarre. Nous avons tout juste le temps de nous entasser sur une banquette étroite, avec les sacs qui occupent une place, que nous sortons de la ville en suivant le bord de mer. C'est un joli bus, qui a déjà dû faire un bon nombre de fois le tour de l'île, décoré de grappes de raisins, de guirlandes de fleurs, de fanfreluches et d'une image d'une divinité très kitsch, tout cela en plastique bien sûr ! Des haut-parleurs diffusent de la musique populaire, mélange de rythmes presque tropicaux avec force roucoulades de quelque crooner indien accompagné au tabla et à l'harmonium portatif. Je retrouve des airs qui, et pour cause, font penser au maloya réunionnais. Les plages sont belles mais avec les cocotiers elles nous en rappellent tant d'autres ! Nous apercevons dans l'eau les pieux plantés qui servent de perchoir aux pêcheurs à la ligne mais très peu sont occupés. Le bus est gros et il a donc la priorité et il ne se gêne pas. Il fonce aussi vite qu'il peut et oblige les autres véhicules à se ranger à grands coups de son puissant avertisseur. Mais il n'arrive pas à Tangalle ! Trop pressé, il heurte lors d'un arrêt un piéton qu'il doit alors emmener au dispensaire. Il s'arrête, les trois quarts des passagers sautent dans un autre bus. Sagement nous attendons, avec un autre couple de touristes et quelques personnes, que la solution se décante. Marie ne peut attendre plus longtemps pour réfréner un besoin pressant... Nous allons donc au dispensaire à la recherche de toilettes. Je me fais mal comprendre, ils veulent lui prendre sa tension ! Le quiproquo dissipé, on nous indique les lieux... Et quand, Marie soulagée, nous retournons au bus, il n'y a plus personne ! Nos deux sacs sont là, abandonnés... Nous devons arrêter un autre bus et donc repayer pour nous faire déposer quelq423-GOYAMBOKKA-Plage.JPGues kilomètres plus loin à Goyambokka. Je pars à la recherche d'une guest house. Passe un minibus, son chauffeur nous propose de nous emmener à celle que nous avait conseillée Christiane. Comme prévu, il n'y a pas de place aujourd'hui mais demain une chambre se libère. Notre chauffeur propose de nous héberger chez lui et nous y emmène, affaire conclue. Le temps de nous doucher et un tuk tuk nous ramène à la guest house. Nous faisons l'erreur de demander à y déjeuner, sans aller voir la plage toute proche sur  laquelle d'agréables paillotes servent des crevettes et du poisson grillé ! Nous commandons des sandwichs, laissons passer le plus gros de la chaleur avant d'aller rôtir nos chairs blanches au soleil. Les cocotiers encadrent une jolie crique, le sable est fin, le fond marin en pente douce et l'eau délicieuse. Nous y passons l'après-midi puis allons nous installer dans des fauteuils «gynécologiques» jusqu'au moment de regagner la salle du restaurant de la guest house, sous une paillote, au fond d'un beau jardin sauvage 419-GOYAMBOKKA-Cocotiers.JPGpeuplé d'oiseaux. Je vais seul suivre un sentier dans la colline avant de déboucher sur une piste qui traverse un village. Tous les gosses me crient « Hello ! » Aussitôt suivi de « bonbon » et/ou de « photo »... La piste se termine sur une belle plage occupée à une de ses extrémités par un hôtel de luxe. J'attends le coucher du soleil et rentre retrouver Marie. Corvée de cartes postales puis nous passons à table. Comme d'habitude, il faut attendre un temps infini pour être servi et la bière a le temps de réchauffer (Qui fera le compte du nombre de fois où j'aurai cité le mot « bière » ? A chacun ses obsessions... ). Marie se fait servir de bons beignets de calamar, mon poisson grillé a eu le temps de refroidir lors de l'opération de friture et il n'a guère de goût. Nous rentrons en tuk tuk. Notre hôte s'est proposé de nous conduire demain après-midi à quelques kilomètres voir des grottes avec des fresques et des bouddhas. Sa ravissante fille nous distribue des draps et nous nous installons dans cette curieuse chambre qui ouvre sur l'escalier d'accès...

 

Mardi 22 février : Mes coups de soleil m'ont cuit toute la nuit et j'ai toujours une fuite au pif. ! Nous prenons le petit déjeuner chez notre hôte qui essaie de se placer, sans trop insister, pour nous servir de chauffeur. Il a la gentillesse de nous emmener déposer les sacs à la guest house puis de nous laisser à la poste. Nous convenons de nous retrouver à quinze heures pour qu'il nous conduise aux temples rupestres de Mulkirigala. Nous postons les cartes puis marchons jusqu'à une banque où je change des euros après une longue attente et le remplissage de multiples documents qui doivent être paraphés par un supérieur. Nous trouvons un minuscule cybercafé, à la taille de la population locale... Nous lisons les messages et répondons à Nicole. Je ne parviens pas à mettre à jour le blog, la connexion étant perdue. Nous rentrons à la guest house occuper notre chambre puis nous nous rendons à la plage. L'eau est toujours aussi bonne bien qu'il souffle un bon vent du large. Je421-GOYAMBOKKA-Plage.JPG vais me promener en suivant le bord de l'eau. Je traverse la cocoteraie pour éviter les rochers et découvre une autre crique, plus sauvage. Parvenu à un promontoire, au-dessus de gros rochers je m'interroge sur l'importance du tsunami de 2004. La vague est-elle passée par-dessus ? Quels ont été les dégâts ? Nous n'en avons pas vu trace. Nouveau bain puis bronzage avant de déjeuner sous la paillote qui prête chaises longues et parasols à ses clients. Nous devons attendre que les noix de coco enflammées fassent des braises pour déguster d'excellentes crevettes de belle taille ainsi que des lamelles de calamar, servies avec une bonne sauce aigre-douce et des chips tout aussi délicieuses. Evidemment le prix est en conséquence mais nous nous sommes régalés. Nous revenons à la chambre et à trois heures, Ranjith vient nous chercher pour nous emmener à une vingtaine de kilomètres à l'intérieur des terres, dans le fief de l'actuel président que lui non plus ne semble pas 431--MULKIRIGALA-Bouddha.JPGporter dans son coeur. Nous atteignons le monastère de Mulkirigala où nous devons gravir quelques centaines de marches pour visiter sur deux niveaux les grottes de la falaise, fermées par des constructions à toit de tuile. Comme à Dambulla, elles renferment des bouddhas couchés, quelques-uns assis et surtout des peintures sur les murs et le plafond des abris sous roche. La plupart sont des représentations colorées de lotus mais deux fresques retiennent notre attention, sans être capables de les « lire ». Nous admirons des scènes de danses, de défilés d'éléphants, de banquets et aussi de démons qui 430--MULKIRIGALA-Fresque.JPGdévorent à belles dents des victimes. Elles semblent avoir été peintes récemment tant elles sont fraîches. Je monte jusqu'au sommet de la montagne. Il s'y dresse un petit dagoba et de là la vue s'étend sur les forêts à perte de vue à l'intérieur de l'île. Nous redescendons et rentrons. Ranjith aimerait bien rester notre chauffeur pour les deux jours suivants. Il est très gentil et prévenant mais ce sera Non ! Nous nous installons sur la petite véranda devant la chambre pour boire un soda et écrire. Arrivée de Christiane et Christine de retour de leur virée dans le centre et à Tricomalee. Nous dînons ensemble, un rice and curry pas plus convainquant que le premier et qui sera sans doute le dernier. Nous restons à discuter ensemble jusqu'à plus de dix heures !


 Mercredi 23 février : Le ventilateur n'a pas arrangé mon début de rhume et maintenant j'ai une énervante toux sèche. Nous prenons un copieux petit déjeuner en subissant la conversation de celui que nous appelons « le Major », un Anglais tout droit sorti de Kipling, habitué des anciens pays de l'Empire. Tout y passe, y compris des considérations sur la famille royale, Margaret Thatcher et Sarkozy dont il ne sait si c'est un socialiste ou un conservateur ! Le patron de l'hôtel nous propose une jeep qui viendra nous chercher à l'hôtel à Embilipitiya et nous emmènera dans le parc d'Uda Walawe. Un tuk tuk nous 439-TANGALLE-Bus.JPGemmène à la gare routière et sans attendre nous montons dans un bus identique au précèdent mais sans musique. Nous avons des sièges et il démarre presque aussitôt. Nous suivons la côte sans voir la mer, au milieu des plantions de bananiers, des rizières et des cocotiers. Il s'arrête à la demande donc souvent mais néanmoins nous ne mettons qu'une heure et demie pour arriver à destination. Nous nous faisons déposer juste devant la porte de l'hôtel où nous avions réservé. La chambre est confortable et climatisée bien que cela ne soit pas nécessaire. Après un temps de repos nous allons déjeuner de plats à dénomination chinoise, un étrange shop suey sans riz entre autres. Marie retourne à la chambre et je me rends au cybercafé tout proche où je peux utiliser mon ordinateur. Je mets à jour le blog, envoie la carte électronique à tout le monde et consulte les nouvelles. Il semble que nous avons pris la bonne décision en ne nous rendant pas en Libye ! Je retrouve Marie puis nous attendons le 4x4 qui doit nous emmener dans le parc d'Uda Walawe. Il est ponctuel. C'est un pick-up avec des banquettes sur le plateau. Nous devons encore faire une vingtaine de kilomètres, longer le grand lac artificiel sur la crête du barrage po478--UDA-WALAWE-Elephant.JPGur parvenir à l'entrée du parc. Là nous acquittons un droit d'entrée qui avoisine les trente dollars et prenons à bord un pisteur qui nous donnera des indications succinctes et évidentes ( l'éléphant dont le membre traîne à terre est un mâle ! ). Nous roulons sur une piste sèche dans une savane clairsemée et bientôt nous trouvons les éléphants isolés ou en bande qui broutent avec le plus profond mépris dans leurs petits yeux porcins envers ces gogos qui paient si cher pour venir troubler leur digestion. Des mâles isolés, des femelles en bandes avec leurs éléphanteaux, du petit de deux mois aux adolescents pré-pubères, nous avons un échantillon de la famille pachyderme. Aucun n'a de défenses, problème de vitamines d'après notre expert. Un crocodile s'est endormi sur un banc de sable d'une mare, des oiseaux colorés s'envolent devant la voiture, un singe à la tête de sage 447--UDA-WALAWE-Crocodile.JPGafricain avec sa barbe blanche déguste des feuilles, c'est la seule faune que nous verrons... La piste s'enfonce dans un sous-bois touffu où il est impossible de voir un animal qui ne traverserait pas la route. Les mares sont trop nombreuses pour que les animaux se regroupent autour des lacs pérennes et nous sommes plutôt déçus. Sur le retour, nous nous arrêtons à la hauteur d'une famille élargie avec des éléphanteaux qui ne quittent pas de beaucoup les flancs de leurs mères, une belle lumière les éclaire, ce sera le meilleur souvenir de cette visite. De retour à l'entrée 4.JPGnotre « pisteur » réclame son pourboire... Nous avons de plus en plus l'impression que le Sri Lanka est en train de devenir une destination onéreuse, les prix ont doublé par rapport aux mois derniers et les locaux semblent croire que nous sommes prêts à payer n'importe quel prix. Essayer de leur expliquer que certains articles de fabrication locale sont plus chers qu'en Europe ne les convainc pas. Nous rentrons de nuit à l'hôtel, retrouvons notre chambre confortable avec plaisir avant d'aller dîner d'un classique fried rice et de saucisses devilled donc supposées être atrocement épicées, ce qui n'est pas le cas.

 

Jeudi 24 février : Je tousse toujours autant, par quintes. Nous petit déjeunons dans le jardin alors que les préparatifs d'un mariage s'activent. Je vais acheter une carte mémoire pour l'appareil photo puis nous nous rendons à la gare routière toute proche, à pied. Nous trouvons aussitôt un bus avec des places assises. Pas de musique à bord mais un joueur de tambour qui fait ensuite la quête, on pourrait se croire dans le métro parisien ! Les petites dames âgées, cinghalaises, élégantes dans leurs tenues, jupe longue et corsage, ont beaucoup de classe. Certaines ont noué leur longue chevelure en un chignon serré où les cheveux blancs se mêlent aux dernières mèches noires brillantes. Le chignon, qu'il soit sévère chez l'institutrice, très haut placé chez les élégantes ou les femmes du peuple à la fin du XIX° siècle, hypnotique chez Kim Novak dans Vertigo, incite à déposer un tendre baiser sur la nuque ainsi dégagée. Je craque pour les chignons ! Bas ou hauts, la plus élégante des coiffures féminines ! La route se rapproche des montagnes, commence à s'élever en virages abordés à la limite de l'adhérence mais tous à bord devaient avoir un bon karma puisque nous arrivons sains et saufs à Pelmadula où nous devons changer de bus. Petite attente en guettant l'express en provenance de Colombo. Il est déjà plein, Marie peut s'asseoir grâce à l'obligeance d'un gentleman. Je parviens à caser les sacs, en partie 435--MULKIRIGALA-Vue.JPGdans le couloir et reste debout. Plus tard, je parviendrai à m'asseoir puis à venir à côté de Marie. La montée dans les montagnes se fait plus sérieuse, les rizières ne sont plus les vastes étendues comme dans la plaine mais des lopins souvent étagés. Nous dominons de plus en plus les basses terres et la vue s'étend presque jusqu'à la mer perdue dans la brume. Nous décou484-HAPUTALE-Sambossa.JPGvrons les premières plantations de théiers, des arbustes régulièrement espacés qui couvrent les collines. Au cours d'un arrêt, je vais acheter des sambo s aux légumes, certains sont mangeables, les autres très épicés. Nous parvenons à Haputale, place forte des planteurs de thé. Ce n'est qu'un gros village animé, peuplé de Tamouls amenés par les Britanniques pour travailler dans les plantations. Nous trouvons notre hôtel, le Sri Lake View, en contrebas de la route. De la chambre nous avons une belle vue sur les collines et dans le lointain, des lacs dans la plaine. Nous nous reposons avant de sortir visiter Haputale, ce qui va être vite fait... Des commerces alignés le long de l'unique rue, poussière, détritus, musique indienne, rien de très «touristique». Nous allons nous renseigner à la gare sur les horaires des trains pour Ella puis nous revenons vers la petite église anglicane et son cimetière de tombes de planteurs ou coloniaux anglais qui ne revirent jamais la mère patrie. La vue depuis le cimetière est superbe mais les nuages grossissent et le soleil décline. Je trouve un sirop et des antibiotiques dans une pharmacie et nous rentrons à la chambre. L'éclairage y est vraiment insuffisant et lire va être difficile. Nous nous installons dans la salle du restaurant pour lire, écrire et attendre l'heure du dîner. Nous sommes en altitude, à plus de mille quatre cents mètres, et il y fait frais dans la journée, presque froid le soir. Plus question de dîner en plein air, nous rentrons frileusement dans la salle commune dîner en regardant sur Al-Jazeera les informations concernant la Libye ( Nous l'avons échappé belle ! ). Le repas n'est pas fameux, pour la première fois les portions sont congrues et les plats beaucoup trop salés. Nous profitons de l'ordinateur mis gratuitement à la disposition de la clientèle ( seul bon point de l'établissement ) pour lire notre maigre courrier et nous informer sur les évènements du Monde.

 

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