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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 15:01

  Du Cap à Dar es Salam

Printemps 2012


Carte-Le-Cap---Dar-es-Salam-2.jpg

 

Vendredi 16 mars : Après une semaine passée à Paris et à Châlons, nous revoilà sur le départ. Julie nous réveille avant huit heures et bientôt nous quitte pour aller à sa nouvelle « mission » au GDF. Nous nous préparons puis c’est Hélène qui part. Nous finissons de remplir les sacs et attendons la navette que nous avons réservée. Elle est en retard mais nous avons le temps. Le chauffeur ne cesse de pester contre la pollution parisienne et met plus de temps à rallier la Porte de Charenton avec son GPS que je n’en aurais mis sans… Nous enregistrons au comptoir British Airways puis devons attendre dans une salle d’embarquement bondée. Premier vol de moins d’une heure pour rallier Londres avec juste le temps de grignoter un minuscule paquet de chips avec un verre d’eau. Nous devons repasser des contrôles avant d’attendre de nouveau pour le vol direct vers Le Cap. Nous avons faim, un sandwich, anglais (salade, tomates, amandes et sauce au curry sur du poulet), et une bière calment nos estomacs. Nous décollons avec une demi-heure de retard qui sera rattrapée. Les hôtesses sont anglaises, le gin-tonic et le repas aussi, servis presqu’aussitôt le décollage, à une heure de maison de retraite. La salade de haricots sucrée, goût curry garantit l’exotisme à moins d’une heure de vol de Paris… Il faut ensuite essayer d’occuper le temps. Nous prenons nos aises, l’avion n’est pas plein et nous occupons trois sièges à nous deux. Une comédie insipide alors que nous survolons l’Afrique puis une somnolence difficile font passer le temps.

 

Samedi 17 mars : Au matin Marie me souhaite ma fête et m’offre de la part de Julie un livre de Perec. J’aurai droit aussi à un survol en montgolfière (pour compléter le volume de Cinq semaines en ballon dans une édition de 1917, que j’ai enfin réussi à me faire offrir…). Nous nous posons au Cap après un plantureux (pour nous, peu habitués à ces délices gastronomiques au réveil…) petit déjeuner avec œufs brouillés, saucisse, bacon et Afrique-du-Sud-5531.JPGchampignons. Duncan nous attend et nous ramène au campement dans sa Coccinelle de 39 ans d’âge, fatiguée mais encore vaillante. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo, arrivés dans la nuit, déjà levés et avec qui nous échangeons quelques nouvelles. La voiture est en bon état. Plein d’eau et rangement nous occupent puis nous allons au Pick n’Pay refaire des provisions pour les jours à venir. Nous cherchons un restaurant pour ce soir. La Taverne semble convenir mais il faut venir au plus tard à sept heures ! Nous retournons pique-niquer au campement. Bien qu’il y ait du soleil, il ne fait pas très chaud dans le vent. Une sieste s’impose. Nous étudions ensuite l’itinéraire pour les trois semaines à venir, en prévision du rendez-vous du 11 avril à Ghanzi avec les deux autres équipages. Nous prenons l’apéritif, soi-disant en l’honneur à la Saint-Patrick, avec Guy et Marie-Jo puis ils nous emmènent à La Taverne. Pour la Saint-Patrick, toute la communauté d’origine irlandaise semble s’y être donné rendez-vous, les pintes de Guinness sont dans toutes les mains des amateurs de rugby rassemblés autour du bar. Dans la petite salle du restaurant l’ambiance est tout aussi chaude, des convives arborent des maillots verts, des femmes se sont teintes les cheveux dans la même couleur et tous suivent sur un écran géant le match qui oppose leurs compatriotes aux Anglais. Difficile de suivre une conversation mais nous participons vite à l’enthousiasme des supporters des Verts, vite tempéré quand s’affirme la domination anglaise… Dans l’assiette, les désormais classiques calamars à la romaine et le king klip (l’abadèche en français, nous apprend Marie-Jo !) frit. Nous retrouvons avec plaisir les bons vins blancs fruités et peu onéreux d’Afrique du Sud. La défaite de l’Irlande consommée, nous rentrons retrouver, pour une nouvelle période de trois mois, notre cellule (dans tous les sens du terme !).

 

Dimanche 18 mars : Le soleil brille au réveil, encore tardif… Nous prenons le petit déjeuner dehors. Guy et Marie-Jo sont debout depuis plus longtemps que nous et s’activent sur leur camion. Nous sommes prêts à partir vers les onze heures. Nous prenons la route de Stellenbosch où nous arrivons une demi-heure plus tard. Nous trouvons la place centrale, le Braak, où nous nous garons. Elle est entourée de belles maisons et églises anciennes, Afrique-du-Sud-5546.JPGchaulées et couvertes de chaume. Nous en faisons le tour, détaillons les pignons des maisons du type hollandais du Cap. Nous nous procurons une brochure en français à l’office du tourisme et revenons déjeuner dans le camion. Nous repartons à pied et sous un soleil qui nous contraint à ôter quelques vêtements. Nous parcourons les rues bordées d’édifices anciens. Nous avions gardé le souvenir d’une petite ville avec des maisons de l’époque hollandaise aux pignons à volutes, elles sont peu nombreuses. Ce sont celles de la période anglaise, de style victorien ou géorgien, moins remarquables, qui dominent. Elles sont toutes parfaitement restaurées et manifestent l’opulence d’une classe sociale bien évidemment « blanche ». Impossible de les visiter, tout est fermé, y compris les musées, le dimanche. Nous reprenons la voiture après avoir rétribué le gardien. Nous avons été plusieurs fois accostés sous des prétextes divers pour essayer de nous soutirer quelques rands. Nous repartons en direction de Paarl. Nous traversons des collines couvertes de vignes et de prairies où paissent de magnifiques chevaux. Paarl, haut lieu du monde afrikaner est une curieuse ville. Une seule rue, Main street, bien sûr, sur plusieurs kilomètres, bordée de quelques maisons anciennes entre des commerces modernes. Nous Afrique-du-Sud-5552.JPGrepartons aussitôt en direction de Franschoek. La petite ville, plus touristique, est encore animée et nous y prenons un verre après avoir jeté un œil à une église. Nous y rencontrons une dame croisée à la Gemini guest house en octobre. Dans la région, le souvenir des huguenots français venus s’installer ici, justifie le nom de la ville mais aussi celui de nombre de domaines viticoles et d’établissements touristiques. Nous rentrons en passant par le col de Franschoek qui nous offre une belle vue sur la région vinicole mais à contre-jour avec un soleil déjà bien bas. Nous contournons un lac de barrage et ses arbres morts avant de redescendre sur Gordon’s bay. Au soleil couché, il ne fait plus aussi chaud. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo dans le salon et nous ne pouvons échapper à un « dernier » apéritif. Des Belges qui attendent leur voiture animent la soirée. Je tape mon journal puis nous dînons dans le camion.

 

Lundi 19 mars : Nous réussissons à nous lever peu après huit heures. Bel effort… Guy et Marie-Jo nettement plus matinaux sont sur le départ, nous prévoyons de communiquer par SMS pour essayer de nous retrouver au Lesotho. Nous réglons les comptes avec Duncan puis arrive l’expert envoyé par l’assurance pour constater les dégâts occasionnés lors du chargement à Fos. Le temps de prendre les photos qu’il communiquera avec son rapport et nous pouvons à notre tour démarrer. Nous revenons en direction du Cap, rejoignons le bord de mer côté océan indien. La côte couverte de dunes n’est pas bâtie mais à quelques centaines de mètres s’étendent des townships à perte de vue. Il y en a pour toutes les bourses, des plus misérables aux presque coquets. Nous atteignons Muizenberg, une station balnéaire envahie par des scolaires. Sur la plage de jolies cabines de bain colorées Afrique-du-Sud-5556.JPGévoquent la mer du Nord. Je trouve à tirer de l’argent et à acheter du pain puis nous allons faire quelques pas sur la promenade qui domine la plage. Des surfeurs font semblant d’attendre la vague, les écoliers déchainés hurlent. Les touristes sont rares. Le soleil joue avec les nuages. Nous continuons en longeant la côte jusqu’à Simon’s town, jolie petite ville aux coquettes maisons étagées sur les falaises, presque toutes respectent le style colonial traditionnel. Les plus belles bordent la grande rue et présentent de superbes balcons de fer Afrique-du-Sud-5559.JPGforgé dignes de la Nouvelle-Orléans. Nous repartons, renonçons à aller voir les rochers où de stoïques pingouins se laissent mitrailler par les touristes. Nous nous arrêtons pour déjeuner un peu plus loin, en dominant un rocher sur lequel un très placide pingouin, ou plutôt un manchot du Cap, fait la sieste. La route continue en corniche. De nombreux panneaux mettent en garde contre la dangerosité des babouins. Des employés agitent des drapeaux rouges pour inciter les automobilistes à ralentir et rouler au pas afin de ne pas déranger une bande de ces vilains primates. La route pour la pointe du Cap quitte la côte, grimpe sur le plateau et pénètre dans un Parc national. Bientôt nous apercevons les deux océans, de part et d’autre, l’Indien et l’Atlantique. La péninsule s’amenuise, nous devons nous garer au parking déjà bien envahi. De là, un funiculaire nous élève jusqu’à l’ancien phare d’où l’on jouit d’une vue sur les océans mais aussi sur le cap de Bonne Espérance en contrebas, peu spectaculaire mais légèrement plus au sud que la pointe du Cap. Nous montons quelques marches jusqu’au phare, l’épine rocheuse continue encore quelques centaines de mètres Afrique-du-Sud-5563.JPGplus avant dans la mer et puis c’est le grand vide liquide sur des milliers de kilomètres. Je laisse Marie redescendre et marche jusqu’à l’extrême pointe qui domine un phare plus récent mais la promenade n’est pas d’un grand intérêt. Le temps change vite. Toute la journée les nuages ont couvert le ciel mais le soleil apparaît à intervalles sur la mer. Nous reprenons la voiture et allons voir de près le cap de Bonne-Espérance. Rien de spectaculaire, une photo derrière la pancarte et nous repartons. Nous faisons quelques détours pour descendre au bord de l’eau contempler la pointe plus résolument ensoleillée. Une promenade dans la garrigue d’un kilomètre nous conduit au Bain de Vénus, une longue vasque naturelle dans la roche au pied de hautes falaises. Nous ressortons du parc, revenons sur nos pas et stationnons pour la nuit sur un parking au bord de l’eau.

 

Mardi 20 mars : Le vent a forci au cours de la nuit et nous désespérons de pouvoir monter à la Table avec le téléphérique. Le ciel est sans nuages et le soleil sera présent toute la journée. Nous reprenons la route, repassons devant l’entrée du parc et continuons en direction du Cap, par la côte ouest, celle de l’Atlantique. Nous faisons une courte halte à une ancienne ferme transformée en attrape-nigauds avec vente de produits de la ferme venus d’ailleurs, promenades à cheval ou à dos de dromadaires. La route, étroite, en lacets serrés, est en corniche mais les falaises ne sont pas ensoleillées à cette heure. Nous avons Afrique-du-Sud-5583.JPGune vue superbe sur la baie presque fermée de Hout bay. Nous allons au port de pêche, celui fréquentable par les touristes car le vrai, l’industriel est une abomination olfactive ! Les boutiques habituelles attendent les visiteurs. Nous ne visitons que celle qui propose des produits comestibles et nous en repartons avec un morceau de snoek fumé. Nous repartons, approchons du Cap et prenons la route qui monte à la station inférieure du téléphérique. Contrairement à nos craintes, il fonctionne normalement. Beaucoup de touristes ont eu la même idée que nous mais grâce à la carte prioritaire de Marie, nous pouvons stationner au plus près et éviter la queue. La cabine nous élève rapidement et attraction supplémentaire tourne autour de son axe au Afrique-du-Sud-5585.JPGcours de la montée. A plus de mille mètres, nous dominons toute la ville du Cap qui paraît alors bien petite, la baie et les installations portuaires, les pics qui balisent les limites de la ville à l’est et à l’ouest, les falaises dites des Douze Apôtres et de l’autre côté, mais un peu perdus dans la brume, la pointe du Cap et le cap de Bonne Espérance. Nous suivons un sentier empierré pour passer d’un point de vue à un autre avant de redescendre. Nous allons nous garer plus loin pour déjeuner. Nous avons pris de bons coups de soleil qui commencent à se faire sentir. Nous descendons Afrique-du-Sud-5588.JPGdans la ville, je me repère facilement et nous allons faire un plein de provisions au Pick n’Pay où nous avions déjà nos habitudes ! Garés sur un emplacement réservé handicapé, nous trouvons un papillon de contravention ! Le policier n’a pas cherché le macaron nous y autorisant là où il était, mais à droite à la place du conducteur local ! Nous repartons sur l’autoroute, une fois de plus en dAfrique-du-Sud-5602.JPGirection de Gordon’s bay mais cette fois nous continuons, passons un col. Nous sommes alors dans un paysage de collines couvertes de champs de blé à l’infini, moissonnés et broutés par de grands troupeaux de moutons. La circulation est beaucoup moins dense et la vitesse autorisée, pourtant sur une simple route à deux voies, est à 120 km/h, ce qui nous  permet une bonne moyenne. En mettant le cap au sud, nous traversons ensuite une lande déserte et monotone pour atteindre avant le coucher du soleil Agulhas et la pointe sud qui marque le point le plus austral du continent. Rien de spectaculaire, une plaque devant laquelle nous nous prenons en photo avant la nuit. Nous allons nous installer au camping mais le bureau est fermé et nous ne pouvons pas avoir la clé qui nous permettrait d’utiliser les installations ! J’aurais préféré rester bivouaquer au cap…

 

Mercredi 21 mars : Réveil encore plus matinal, à sept heures ! Le bureau du camping n’ouvrant qu’à huit heures et demie, nous n’attendons pas pour obtenir la clé des lieux d’aisance et retournons nous garer au cap, au bord de la mer, pour petit déjeuner et nous préparer. Marie tient à monter au phare mais, quand elle voit l’escalier, elle renonce… Je monte donc seul pour découvrir la vue sur la côte rocheuse et les dunes couvertes d’une lande. Nous repartons, coupons par un bout de piste qui traverse des fermes pour rejoindre la route d’Aniston. Une belle petite station balnéaire qui ne semble pas trop atteinte par Afrique-du-Sud-5614.JPGtourisme. Le vieux village, sur une dune au-dessus de la plage est un ensemble de charmants cottages chaulés donc étincelants et à toit de chaume. Il est habité par une population métissée, apparemment peu fortunée. Dommage que la collecte des ordures ne soit pas leur préoccupation principale. Le village moderne est construit en reprenant avec bonheur ce type de construction, les maisons sont plus « propres », plus pimpantes, trop… Nous roulons jusqu’à la falaise d’où un bout de piste ensablée amène au-dessus d’une grotte marine que nous nous contentons d’apercevoir d’en haut. Nous repassons à Bredasdorp où je refais un plein de bières au liquor store. On vend du vin au supermarché mais pas de bière ! La banque est fermée, je tire des rands avec la carte Bleue. Nous filons sur Stormsvlei par une route déserte sur des collines arides. Puis la route s’élève dans le Petit Karoo, nous retrouvons un paysage verdoyant et les vignes à perte de vue. Nous parvenons à Montagu. Un village ancien aligné le long de deux rues parallèles. A première vue, les maisons sont belles, de style victorien avec les dentelles de bois blancs sur l’arête faîtière ou autour de la véranda, mais en y regardant bien, elles sont peu nombreuses. Après être passés à l’office du tourisme pour que Marie complète sa collection, nous allons déjeuner à la sortie de la ville pas suffisamment à l’ombre pour ne pas étouffer de chaleur. Nous retournons dans le centre à la recherche d’un cybercafé mais à cette heure, seuls des touristes se traînent dans les rues et les commerces sont fermés. Nous trouvons un café avec un jardin au frais et le wifi. Un Coca et trois-quarts d’heure plus tard, nous n’avons réussi qu’à lire le message de Julie sans pouvoir lui répondre. Pour rejoindre Matjiesfontein je décide de passer par la piste directe. Nous ne sommes pas certains de ne pas nous perdre aux carrefours mais nous avons tort, nous ne faisons pas suffisamment confiance au service des routes, la piste est excellente et des panneaux aux carrefours nous renseignent. La piste s’enfonce dans des montagnes, passe un col, traverse des étendues désertiques mais nous roulons toujours entre deux clôtures. Nous retrouvons la route nationale et des défilés de camions monstrueux, souvent avec deux Afrique-du-Sud-5620.JPGremorques. Nous arrêtons à Matjiesfontein, une ancienne halte sur la voie ferrée. Les maisons européennes, toutes d’un côté de la voie ferrée, ont été restaurées avec grand soin, la banque, la poste, le pub et l’hôtel où on cultive le souvenir de la reine Victoria. L’Union Jack flotte fièrement sur la plus haute tour de l’hôtel. Les musées sont fermés, nous envisageons de passer la nuit sur le parking entre la gare et les maisons de ce village-musée. Nous demandons, par politesse, la permission au gérant de l’hôtel : « Non » sauf si nous prenons une chambre ! Furieux nous continuons jusqu’à la ville suivante, Laingsburg, une halte importante pour les chauffeurs de camions. Le camping est fermé mais nous trouvons un emplacement, au calme, derrière une station-service.

 

Jeudi 22 mars : Il n’est passé que trois convois ferroviaires dans la nuit, à une dizaine de mètres du camion mais nous n’avons pas pu les ignorer. Les camions ont fait chauffer leurs moteurs au petit matin, le calme est revenu ensuite… Nous nous levons donc tôt et prenons la route qui devient une piste en direction de Calitzdorp, en traversant des montagnes désertiques, caillasses et buissons. Seules les éoliennes et les clôtures grillagées témoignent d’une activité humaine. Nous franchissons un col entre des échines rocheuses rosâtres avant de rouler dans une étroite vallée plus verdoyante où les vergers se succèdent. Nous pensions que le Seweweekspoort était un col, c’est une très longue et Afrique-du-Sud-5623.JPGétroite gorge entre des falaises rouges, dans le lit à sec d’un ruisseau. De curieuses plantes, une variété d’aloès, un tronc de palmier et au sommet une sorte de plante grasse, jaillissent des épineux et des buissons. Nous retrouvons la plaine et parvenons à Calitzdorp, ancienne ville sans grand intérêt, à l’exception de quelques maisons victoriennes. Nous sommes à Oudtshoorn, capitale de l’autruche, pour midi. La ville est plus importante, les rues tracées au cordeau se coupent à angle droit et nous trouvons facilement l’auberge Oasis Shanti où nous pouvons camper dans le jardin. Nous avons toutes les facilités dont le wifi et nous sommes les seuls. Nous déjeunons sur une table puis je vérifie qu’effectivement nous pouvons nous connecter.  Nous pouvons avoir des nouvelles du monde et notamment de la campagne électorale, plutôt rassurantes avec le maintien de Hollande en tête. Il fait chaud mais nous repartons à deux heures pour nous rendre à l’office du tourisme puis au musée tout proche. Bien poussiéreux mais les salles où ont été reconstituées une banque, une pharmacie et la synagogue sont intéressantes sans compter celle réservée à la gloire locale, l’autruche ! Nous apprenons tout sur les vertus de sa viande, l’utilisation de ses plumes et ses caractéristiques. Nous reprenons la voiture et allons nous garer devant une Afrique-du-Sud-5625.JPGmaison ancienne, un « palais » d’un des rois de la plume, un certain Leroux. La maison de style victorien est superbe, un délire de décoration, de coquetteries de fer forgé découpé et peint en blanc tout autour de la véranda. L’intérieur est moins agréable, meubles lourds, décoration surchargée et manque de lumière. Nous partons à pied pour un grand tour afin de découvrir d’autres maisons, tout aussi belles, parfois cachées derrière des pelouses, des arbres tropicaux, des bambous et des bougainvillées. Nous rentrons épuisés à notre auberge nous reposer en surveillant les cieux bien inquiétants en fin de journée. Pas de nouveau message de Julie.

 

Vendredi 23 mars : Levés à sept heures, c’est pour contempler un ciel uniformément gris dans lequel flotte une montgolfière ! Nous réussissons à partir à neuf heures en prenant la route du col de Swartberg. Les élevages d’autruches sont très nombreux. Les gros oiseaux, placides, attendent d’être transformés en plumeaux, trucs en plumes et sacs de dames. La piste succède à la route, pas très large et en lacets serrés, elle nous emmène vers le sommet. La vue sur la plaine, sans soleil est décevante. Des protées, grosses fleurs dont nous avions entendu parler, finissent de s’étioler sur le bord de la route. Nous montons Afrique-du-Sud-5641.jpgsuffisamment pour atteindre les nuages. Nous arrêtons au col pour ne rien voir mais des motards afrikaners nous offrent des rondelles d’un excellent biltong de bœuf, pas sec, presque digne d’un magret séché… Nous entamons la descente et retrouvons le soleil ! Les nuages sont restés accrochés aux sommets. Nous dégringolons dans de belles gorges entre des falaises aux strates tourmentées. Nous retrouvons le goudron et faisons un détour jusqu’à Prince Albert. Encore une de ces jolies petites villes où les maisons anciennes, victoriennes ou hollandaises, ont été amoureusement restaurées. Bien entendu, comme dans les autres villes traversées, le township, à quelque distance de la ville « blanche » n’a pas bénéficié des mêmes soins, même si des améliorations sont parfois notables, électricité, panneaux solaires ou réservoirs d’eau. Dans la ville « blanche », celle que nous visitons, on pourrait se croire en Europe avec des immigrés noirs pour les tâches peu qualifiées. Nous repartons, passons les belles gorges, sans eau aux cascades, de Meirings Poort que nous avions cru être un col d’après les cartes et les indications. Il existe une certaine ambigüité entre les termes en afrikans et en anglais. Au débouché nous retrouvons un ciel gris. Nous filons en direction de Graaff-Reinet, sur le plateau désertique. Rapide halte pour déjeuner puis nous avançons à bonne allure. En approchant des montagnes, le ciel devient de plus en plus noir, le tonnerre s’entend au lointain et des éclairs strient le ciel. Les dieux ne sont pas encore tombés sur la tête mais ils semblent fâchés… Nous essuyons quelques gouttes de pluie avant la ville. Nous avons le temps de passer à l’office du tourisme nous faire délivrer quelques brochures puis nous repérons le terrain de camping, retournons dans le centre-ville réserver une table au restaurant et trouver la laverie automatique. Nous nous installons au camping juste à temps pour recevoir les beaux grêlons d’un bel orage. Nous ressortons pour aller dîner au restaurant Coldstream, dans une maison victorienne au fond d’un jardin. Le cadre est agréable, la clientèle blanche, le service assuré par de plantureuses jeunes femmes noires. Marie commande un pavé de 300g d’autruche et moi trois steaks de bœuf, d’autruche et de springbok. La cuisson est parfaite, la viande juteuse et le Cabernet Sauvignon gouleyant à souhait. Ce n’est pas de la grande cuisine malgré les prétentions de la carte (champignons farcis aux escargots aillés, recouverts de cheddar !). L’addition est tout de même (relativement) élevée pour des grillades…

 

Samedi 24 mars : Il n’a pas trop plu dans la nuit mais le ciel est toujours gris. De facétieux petits singes vervet s’amusent autour du camion. Nous nous dépêchons de nous rendre à la laverie automatique. J’y laisse Marie pendant que la machine tourne et vais changer des euros à la banque. La première n’assure pas le change aujourd’hui, la seconde est opérationnelle. Nous laissons ensuite le linge dans le séchoir et reprenons la voiture pour aller nous garer plus près du centre. Nous visitons le musée Hester Rupert qui renferme une belle collection de peintures et de sculptures d’artistes sud-africains. Les influences européennes sont évidentes mais les résultats sont souvent séduisants. Nous retournons chercher le linge et revenons nous garer dans la rue entre le Drostdy, l’ancienne résidenceAfrique-du-Sud-5655.JPG d’un magistrat administrateur de province et la maison Reinet, toutes deux superbes exemples de l’architecture dite Cape Dutch avec leurs pignons à volutes en façade. Toutes les maisons de la rue sont anciennes, sans étage mais avec une galerie supportée par des colonnes sur le devant, fermée par un muret, le stoep, et qui me semble l’endroit idéal pour y accueillir un fumeur de cigare dans un confortable fauteuil… Nous visitons la maison Reinet, transformée en musée, chaque pièce à l’étage noble, est meublée dans le style rustique des premiers colons, le sous-sol présente les diverses activités de la cité. Dans la cour une vigne vénérable aurait le plus gros pied du monde ! Une dépendance abrite quelques carrioles centenaires. Nous visitons une autre maison à l’arrière de la première mais elle ne présente pas un intérêt supplémentaire. Nous reprenons la voiture pour aller nous garer près du supermarché et refaire un plein de provisions. Le ciel se dégage, le soleil revient et nous encourage à nous rendre dans le parc national de Camdeboo, à la sortie de la ville. Il entoure un lac de barrage et nous espérons y voir une faune que nous n’avons pas encore rencontrée dont des buffles. Nous nous garons près d’un mirador d’où nous n’apercevons aucune présence animale… Après déjeuner, nous roulons à très faible allure sur les pistes du parc. Dans une végétation principalement composée d’épineux dissuasifs, nous apercevons un grand troupeau d’élans du Cap puis des autruches et des springboks en grand nombre. Sur une Afrique-du-Sud-5660.JPGpiste circulaire, diverses antilopes dont des gnous très excités et des bubales se mélangent mais restent méfiants et à bonne distance de la piste. Point de buffles ni de zèbres… Nous refaisons un tour mais les animaux se sont cachés, peut-être à cause de la pluie revenue et qui ramollit la terre de la piste. La voiture commence à être couverte de boue. Nous ressortons du parc, revenons au camping où nous retrouvons Guy et Marie-Jo. Nous repartons ensemble pour la désolante Vallée de la Désolation. La route qui y monte est dans les nuages et nous ne verrons presque rien des amas de grès rouges qui forment des colonnes, des tours déchiquetées. Nous revenons penauds au camping où nous prenons l’apéritif ensemble dans notre camion tandis que le ciel tonne. Dîner tardif puis écriture de ces lignes. Je pense à Julie qui doit être à l’anniversaire de Johanna à Toulon.

 

Dimanche 25 mars : Puisque nous nous sommes couchés plus tard hier soir, nous nous autorisons trois quarts d’heure de grasse matinée… Il a encore plu dans la nuit et ce matin le ciel est à demi couvert et donc à demi ensoleillé. Guy m’installe un logiciel qui me permet d’avoir une cartographie très détaillée de l’Afrique et en particulier des régions que nous aurons à traverser. Nous nous séparons et promettons de nous retrouver dans quelques jours au Lesotho. Nous allons nous garer en ville et partons pour une promenade à pied dans les rues bien calmes de ce dimanche matin. Nous admirons toutes ces belles maisons hollandaises, victoriennes ou géorgiennes, alignées le long de rues paisibles, larges comme des avenues et ombragées par des flamboyants. Je vais faire quelques emplettes au supermarché puis nous repartons et prenons la route de Cradock. La circulation est toujours aussi rare, la route rectiligne sauf dans les cols qui permettent de passer d’une vallée à une autre. Au moment de déjeuner, je constate que l’indicateur du niveau des batteries auxiliaires est dans le rouge, je cherche la raison, crois la trouver dans un fil de masse défectueux. Nous repartons et atteignons le parc national de Mountain Zebra. Nous en franchissons l’entrée et, à petite vitesse, nous nous dirigeons vers le bureau du parc situé à Afrique-du-Sud-5702.JPGquelques kilomètres. Nous apercevons quelques antilopes et enfin des zèbres qui nous présentent surtout leur postérieur aux larges bandes rayées. Nous pouvons camper au terrain proche du bureau. Nous laissons la table et les fauteuils pour marquer notre emplacement et partons faire une grande boucle. Le parc occupe une région de collines ou de basses montagnes tabulaires. La piste grimpe sur l’une d’elles et les débuts sont peu prometteurs : rien en vue. C’est sur le plateau que nous verrons dans les herbes jaunies des troupeaux entiers de grandes antilopes, souvent mélangés avec des zèbres de montagne au museau rouge et quelques dédaigneuses autruches. Gnous préhistoriques, bubales aux cornes en forme de lyre, springboks, élans du Cap goitreux au garrot Afrique-du-Sud-6348.jpgproéminent et aussi d’élégants kudus aux longues cornes en tire-bouchon et aux grandes oreilles, ne s’occupent guère de nous et continuent de brouter mais à bonne distance toutefois. Toujours pas de buffles ni de rhinocéros. Peut-être demain… Nous rentrons presque à la tombée de la nuit en découvrant encore des kudus et des zèbres dans les taillis proches du campement. Il a recommencé à pleuvoir en fin d’après-midi, des éclairs strient le ciel, le tonnerre retentit et des gouttes de plus en plus grosses tombent. A peine installés au camping, une responsable des gardes vient nous avertir que Marie-Jo et Guy ont cherché à nous joindre. Elle les appelle sur son portable et nous apprenons que leur voiture a été emportée lors du franchissement d’un gué trop profond suite aux pluies diluviennes de ces derniers jours dans le parc de Camdeboo. Nous les assurons que nous reviendrons demain les retrouver et les assister à Graaff-Reinet. Les problèmes de batterie persistent mais pas question d’examiner les connexions sous l’orage. Nous corrigeons le texte puis dînons en pensant aux malheureux qui ont voulu rejouer « 20 000 lieues sous les mers »… Ce n’est pourtant pas l’année Jules Verne…

 

Lundi 26 mars : Je me réveille et me lève avec le jour. Les autochtones sont aussi matinaux et ils ne manquent pas de commencer la journée en allumant le braai, le barbecue local, une institution, un repère identitaire afrikaner, pour y faire griller les incontournables saucisses du petit-déjeuner. Ils en ont été frustrés par l’orage de la veille et le beau ciel bleu d’aujourd’hui les ravit, nous aussi ! Nous essayons de démarrer tôt pour aller porter secours à nos amis à Graaff-Reinet. Mais nous tenons à faire un dernier tour dans le parc avant de reprendre la route. La piste de la boucle sud s’enfonce dans une étroite vallée sans la moindre trace d’animaux avant de grimper sur le plateau révélant une vue sur les « Vertes Collines d’Afrique » encore roussies. Au sommet les zèbres nous attendent sur le bord de la piste en petites bandes. Nous ne traînons guère et ne nous arrêtons que lorsque les animaux sont proches de la piste. Nous sommes pratiquement seuls à cette heure et le spectacle des troupeaux mélangés, dans les prairies, sous une lumière douce est digne desAfrique-du-Sud-5718.JPG images d’Epinal de l’Afrique. Marie aperçoit des suricates, un genre d’écureuil, dressés sur leurs pattes arrières, les antérieurs joints, dans l’attitude de guetteurs. Enfin nous sortons du parc et filons aussi vite que nous le pouvons en direction de Graaff-Reinet. Nous y sommes avant midi et, comme convenu, nous retrouvons Marie-Jo, visiblement éprouvée après son aventure, lorsque leur voiture a été emportée par un ruisseau en crue dont le niveau avait atteint plus de 1,5 mètre et que nous avions traversé l’avant-veille, alors un simple filet d’eau. Ils s’étaient retrouvés debout sur le capot après s’être échappés par les fenêtres, à attendre la venue des secours. Je repars sur la piste en direction du gué mais avant d’y arriver, je croise le convoi des véhicules qui sont allés sortir leur véhicule de son bourbier. Nous le suivons au garage où aussitôt une pléthore d’ouvriers s’affaire à tout démonter pour sécher, nettoyer l’intégralité du camion. Nous embarquons dans le nôtre tout ce qui était dans le leur et qui est encore humide et plein de boue. Nous allons au camping où Marie-Jo et Guy sont logés gratis par le directeur du parc. Nous déjeunons puis débarrassons du plus gros de la boue leurs vêtements avant de les porter à la laverie. Nous repassons au garage où le désossage, très spectaculaire, de leur camion, se poursuit. Nous allons rechercher le linge nettoyé et séché puis rentrons au camping alors que le ciel redevient menaçant. Un apéritif suivi d’un dîner dans notre camion termine cette épuisante journée.

 

Mardi 27 mars : Réveil sous un ciel encore couvert. Toute la journée des gouttes de pluie alterneront avec de pâles éclaircies. Nous repartons avec nos passagers pour le garage où le désossage de la Land se poursuit. Je fais réparer l’attache du capot qui menaçait ruine et nous emmenons Guy et Marie-Jo à la police faire une déclaration de perte de documents puis régler leur remorquage depuis le gué. Retour au garage où je fais poser une seconde plaque d’immatriculation, simplement collée, pour remplacer l’autre devenue illisible depuis la mise en conteneur. Nous retournons au camping pour déjeuner dans le camion, les tables et bancs sont trop mouillés pour pique-niquer à l’extérieur. Nous allons nous garer en ville, tout d’abord acheter du biltong de bœuf point sec et ensuite nous cherchons un cybercafé. Nous trouvons notre bonheur dans une sympathique librairie-bibliothèque-agence de voyage. Nous pouvons lire les messages. Un de Duncan nous apprend que le beeper envoyé quatre mois auparavant est arrivé ! Julie nous raconte son week-end. Nous répondons et mettons à jour le blog non sans problèmes de version de Word. Nouveau passage au garage où les bavettes que je voulais faire poser ne sont pas arrivées. Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous reprendrons la route ! Nous allons refaire des courses au supermarché avant de revenir nous installer une nuit de plus au camping. Occasion de reprendre un apéritif avec les bouteilles que Marie-Jo et Guy nous ont données avant de dîner chacun dans son coin

 

Mercredi 28 mars : Il a plu toute la nuit et cela continue ! Nous abandonnons nos amis à leurs opérations de nettoyage et de séchage avec la promesse de nous retrouver au Botswana quand leur voiture sera remise en état… Nous repassons au garage mais, faute de bavettes, nous reprenons la route sous la pluie. Nous passons par Middleburg pour varier et éviter la route de Cradock et ses attentes aux travaux routiers. Nous ne voyons pas grand-chose de ce Karoo monotone. Nous nous dirigeons ensuite vers Elliot, sur une route plus étroite mais toujours limitée à 120 km/h ! Doubler ces monstrueux camions à double remorque (22 mètres de long !) est quasi impossible, la visibilité est nulle dans les « embruns » qu’ils soulèvent. Les bourgades que nous traversons sont encore plus sinistres sous la pluie et dans la grisaille. Elles sont toujours précédées et/ou suivies à un ou deux kilomètres de déprimantes townships aux maisons, des simples cubes de briques crues à toit de tôles, toutes semblables, alignées en rangs d’oignon, évocation de villages de regroupement ou de réfugiés. La population de ces bourgades est désormais quasi intégralement noire, pas de Blancs, peu de métis. A Elliot nous cherchons à nous renseigner sur la situation de peintures rupestres à proximité. Nul n’est capable de nous renseigner, pas même aux services culturels et artistiques de la ville où de peu accortes matrones ont bien du mal à soulever une paupière pour me regarder sans répondre à mes salutations ! Nous continuons donc en direction du col de Barkly. La pluie a cessé et un très timide rayon de soleil éclaire brièvement les chicots ocre ou rosâtres qui surgissent de montagnes couvertes d’une lande écossaise que broutent des mérinos. Avec un franc soleil ce serait un magnifique paysage… Je parviens à me renseigner dans un lodge et peu après le sommet, nous tAfrique-du-Sud-5752.JPGrouvons un chemin de terre qui nous amène à une ferme. Les employés ne savent pas où est le patron, il arrive peu après et nous indique aimablement l’abri sous roche, derrière sa maison. Sur une trentaine de mètres sont peintes en rouge et plus rarement en ocre ou en gris, des scènes de troupeaux d’antilopes et de gazelles, de chasses à l’arc ou des personnages munis de boucliers, de carquois avec les flèches. Difficile de décrypter, les peintures se superposent, les détails s’estompent et la lumière se fait rare mais l’ensemble est magnifique, digne des plus beaux sites du Tassili. L’automne a habillé de couleurs chaudes les peupliers (?) qui forment des touches oranges ou rouges sur le vert des prairies. Nous descendons jusqu’à Barkly East où nous parvenons à nous faire ouvrir le Caravan Park en demandant dans le bourg déjà endormi. Nous sommes à plus de 1800 mètres d’altitude et la température est fraîche ! Nous allons devoir ressortir chaussettes et pull-overs…

 

 

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