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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:56

Lundi 29 octobre : Pas d’eau chaude, le chauffage solaire a ses limites surtout les jours de ciel gris comme aujourd’hui, mais les sanitaires sont impeccables. Nous allons prendre le petit déjeuner, puisque nous avons choisi la demi-pension, à notre table préférée. Le Nil continue de couler, imperturbable. Nous quittons ce superbe endroit, rejoignons la grande route et continuons en direction de la frontière. La route est excellente, peu fréquentée et nous roulons à vive allure. Nous atteignons Tororo et sa cimenterie qui alimente l’Ouganda mais aussi le Kenya. Une noria de camions vient charger avant de s’en retourner. Nous sommes avant midi au poste frontière, une ville de minuscules et misérables baraques en bois, certaines se présentent comme des hôtels, sans doute pour puces et tiques. Les routes sont complètement défoncées et l’on ne peut rouler qu’au pas. Des files de camion stationnent sur plusieurs kilomètres, le taux de sida doit être particulièrement élevé… Nous sommes vite sortis d’Ouganda. De l’autre côté d’une rivière-dépotoir, le poste kenyan. Formalités un peu plus longues puisque nous devons remplir des formulaires pour obtenir le visa et ensuite un permis de circuler mais tous les fonctionnaires sont aimables et rapides. Nous re-voici au Kenya, 28 ans plus tard… La route serait bonne si les bandes de goudron dont elle est constituée se raccordaient au même niveau. Chaque passage de l’une à l’autre est l’occasion de sauter sur un cahot. La très importante circulation de camions n’arrange rien. Et le temps s’en mêle. Une très violente pluie s’abat sur la contrée, on ne voit plus très loin et tous n’ont pas de phares, au mieux ils allument les clignotants lors des croisements. Le déluge persiste et liquéfie les portions de piste que l’on doit emprunter lors de déviations pour cause de travaux. On ne sait plus sur quoi, dans quoi, on roule ou flotte… Navigation à l’estime entre les camions en sens contraire et le bord de la route qu’il faut deviner. Le ciel se dégage pour l’arrivée à Eldoret, plus animée que je ne l’espérais. Je trouve à changer des euros puis nous nous mettons en quête d’un hébergement. Le jardin d’un hôtel qui a dû connaître des jours meilleurs nous accueille. Nous allons prendre un verre, Marie un thé vu la température, dans le jardin. Nous en profitons pour écrire des cartes postales alors qu’un nouvel orage éclate. Je téléphone à Jean-Pierre qui nous attend demain à Baringo et dont nous recevons toute une série de messages en retard. Nous regagnons notre camion pour une sage soirée.

 

Mardi 30 octobre : Il a encore plu une grande partie de la nuit mais au réveil le ciel est bleu. Nous allons nous garer dans la rue principale et je pars à la recherche du service des douanes. Je trouve d’abord la poste d’où j’expédie les cartes postales. Le service des douanes est dans un immeuble proche, j’y explique la situation et mon souci de faire tamponner le carnet de passage en douane. Le passage de Jean-Pierre la veille facilite les choses. Je vais rechercher la voiture pour qu’un employé puisse vérifier les informations du document et je dois signer une lettre. On me tamponne le carnet pour une sortie supposée le 4 novembre. Nous refaisons un plein de provisions au supermarché Nakumatt mais il faut attendre 10 heures que le rayon alcool ouvre. Un plein de gasoil et nous quittons Eldoret. 003-ITEN-Vallee-Keryo.JPGLes premiers kilomètres se font sur un plateau planté en maïs, avant d’entamer une longue descente sur le flanc d’une haute falaise verdoyante vers la belle et très fertile vallée de Keryo. En perdant de l’altitude, nous retrouvons des cultures plus tropicales, petites bananeraies, papayers et de belles euphorbes candélabres en pleine floraison. La vallée, allongée entre deux escarpements, est très riche, des troupeaux de chèvres broutent sous des acacias. La terre dans le fond de la vallée est ravinée, creusée de rides provoquées par les pluies. Nous remontons de l’autre côté, plus aride avant de découvrir dans une autre vallée le lac Baringo. La végétation et la température sont de plus en plus celles de savanes sahéliennes, des buissons rabougris et des épineux. 007-KERYO-Vallee.JPGNous le longeons sur une route qui devient piste agrémentée de jolis nids de poule… Nous parvenons au Robert’s Camp, au bord du lac où nous retrouvons Jean-Pierre. Il y est depuis la veille et a eu le temps de briquer son AzalaÏ. Nous causons tout l’après-midi de la suite du voyage, de choses et d’autres. Je nettoie l’intérieur du camion puis nous allons, tous les trois, prendre un verre sur l’agréable terrasse. Le soleil couché, les crissements des insectes dans les arbres forment un fond sonore exotique. Nous dînons ensemble au restaurant du campement, curries et tilapia frit, peu copieux. Après dîner, un garçon muni d’une puissante lampe torche nous escorte aux camions en vérifiant qu’aucun hippopotame n’est sur le chemin… Il commence à pleuvoir dès que nous sommes à l’abri.

 

Mercredi 31 octobre : Dans la nuit, un bruit de succion et des grognements m’alertent. J’essaie de discerner dans la nuit l’origine de ces manifestations. Soudain je distingue deux masses grises qui se meuvent lentement, à trois mètres du camion. Deux hippopotames qui rasent le gazon et pataugent da014-BARINGO-Lac.JPGns la terre gorgée d’eau des bords du lac. Ils vont continuer de se déplacer dans le campement avant de rejoindre au lever du jour, les eaux accueillantes du lac. Nous voilà repartis, sous le soleil, en convoi de deux véhicules, avec Jean-Pierre. La piste, pas très bonne, contourne le lac puis grimpe sur un plateau couverts d’épineux, tous d’un beau vert grâce aux pluies. Même sur la piste des brins d’herbe apparaissent. Les bergers, des Samburu, cousins des Masaï, sont vêtus d’un pagne en tissus écossais et ne se déplacent021-MARALAL-Samburu.JPG pas sans un bâton et un appuie-tête. Les femmes ont des colliers ronds constitués de rangées de perles colorées et les oreilles percées. La piste a de bons passages et d’autres, en montée, plus difficiles, des portions sont boueuses mais nous passons. Nous rejoignons la route, une piste, qui relie Maralal au reste du monde. Nous apercevons sur le bord de la route des gazelles de Thomson, plus loin des zèbres. Nous parvenons à Maralal, dernière localité importante avant l’Ethiopie. Une station-service av026-MARALAL-Samburu.JPGec du gasoil 20% plus cher que dans le sud et une banque avec un distributeur de billets auquel je rends visite. Avant de faire le grand plein des jerrycans, nous allons nous promener au marché, quelques misérables échoppes en bois, branlantes. L’intérêt n’est pas dans les produits exposés mais dans la population. Beaucoup d’hommes et de femmes sont en costume traditionnel, colliers pour les femmes mais les hommes ne sont pas en reste. Beaucoup de ces derniers portent des bracelets en perles multicolores, des colliers croisés sur la poitrine et des coiffures très élaborées. Certains ont les cheveux serrés dans un filet te024-MARALAL-Samburu.JPGint en rouge (de la terre ?), d’autres des plumes plantées sur une crête, des boucles d’oreille reliées par un cordon. Nous achetons après un âpre marchandage deux appuie-tête puis repartons. La route s’élève, traverse une forêt d’eucalyptus, ce n’est plus le Sahel mais les Vosges ! Paysage totalement inattendu ! Nous prenons des garçons en stop, en échange nous leur demandons de les photographier… Un passager raconte à Jean-Pierre que la ville 037-MARALAL-Samburu.JPGoù nous nous rendons, Baragoi, a été hier le théâtre d’une bataille meurtrière entre représentants de deux ethnies. La vue d’un berger armé d’une kalachnikov lui ôte toute envie de bivouaquer dans la nature… La découverte, sur le bord de la route d’un campsite est providentielle ! Nous nous arrêtons sur le terrain, en surplomb d’un joli cottage d’où la vue, très étendue, sur les terres plus basses est superbe. Nous passons la fin de l’après-midi à mettre à jour photos et texte puis à lire. Jean-Pierre vient dîner dans notre camion et partager le steak haché. Il nous parle de son ancien métier. Il avait une entreprise dans le bâtiment, la rénovation de résidences de luxe qui l’a amené à fréquenter, des personnages douteux. Il est un compagnon de bonne composition.

 

Jeudi 1er novembre : Il n’a pas fait très chaud dans la nuit. Il est vrai que nous sommes à presque 2500 mètres d’altitude. Nous repartons dans les montagnes couvertes d’une végétation bien verdoyante, surprenante pour nous qui pensions traverser un paysage plus désertique. Une première descente nous amène sur un plateau tout aussi vert mais à la végétation différente, de belles euphorbes en bouquets et des acacias parasol. Jean-Pierre a un pneu qui perd, il s’arrête pour regonfler. La piste dans la rocaille n’est pas facile, les montées sont presque toujours négociées au pas. Nous traversons des villages perdus, quelques commerces aux pauvres rayons, des écoles et des dispensaires sans doute044-MARTI-Dromadaire.JPG abandonnés par leurs titulaires. Les bergers sur le bord de la route ont très fréquemment en bandoulière une kalachnikov. Les soldats que nous croisons dans ces villages n’ont que des pétoires qui ne doivent pas fort impressionner les éventuels contrevenants. Après Marti, un de ces villages, nous croisons une caravane de dromadaires venus se refaire une santé dans les verts pâturages. Les femmes sont splendides, le cou enserré dans une multitude de colliers de perles de couleurs, les lobes des oreilles percés, distendus par les anneaux et par les bijoux 049-MARTI-Samburu.JPGlancéolés en métal blanc, le crâne rasé à l’exception d’une simple crête, à l’«iroquoise ». Les hommes aussi sont très coquets, ils arborent de petits miroirs insérés dans leurs lobes d’oreilles. Les prendre en photo n’est pas évident. Il faut soit jouer de la surprise, soit négocier en échange du tabac que nous avons acheté la veille à cet effet, les femmes plus âgées en raffolent. Une nouvelle descente et nous roulons dans une belle plaine encadrée de pics pointus. La végétation se fait plus rare, des épineux et bien sûr des acacias. La température est remontée mais reste fraîche. Nous atteignons Baragoi, dernière « grande ville » avant le lac Turkana nous assurent les habitants, surtout dernière station-service. Je voudrais pouvoir photographier toutes les femmes mais aussi tous les hommes qui sont en costume traditionnel mais peu sont070-SOUTH-HORR-Vue.JPG coopératifs. Jean-Pierre fait réparer sa fuite, le pneu n’a rien, elle est localisée dans une soudure de la jante ! Une application de colle type Araldite semble résoudre le problème. Nous repartons et allons déjeuner dans une belle forêt d’acacias parasols, à la sortie du village. Des femmes passent, elles sont de corvée de bois, pas dans le sens algérien du terme, et traînent derrière elles des  branches cassées. La piste s’améliore dans la plaine avant de redevenir mauvaise dès que nous attaquons des passages dans la rocaille. Un orage menace, il nous dissimule les montagnes que nous traversons, nous en essuyons quelques gouttes. Nous suivons alors le cours sablonneux et à sec de rivières, entre des forêts d’acacias, qui pourraient être des koris du Niger. Impression que confirme l’arrivée à South Horr, oasis dans un cirque de montagnes, village de sédentarisation. Une partie des habitations est constitué de simples 073-SOUTH-HORR-Huttes.JPGhuttes hémisphériques de branchages, couvertes de plastiques. A côté de certaines se construisent des maisons en dur.  Nous avons l’intention de nous y arrêter bien qu’il soit encore tôt car Jean-Pierre ne tient pas à bivouaquer. Dommage car de nombreux endroits au bord des lits de sable, sous les acacias, seraient des emplacements de rêve ! Nous trouvons à la sortie du village un « Club » qui fait guest house, terrain de sport, et à l’occasion camping. Nous nous installons sous les arbres, sortons table et fauteuil et passons là la fin de l’après-midi. Il ne fait pas assez chaud pour dîner dehors aussi chacun reste chez soi.

 

Vendredi 2 octobre : Nous partons sur une bonne piste sablonneuse, mouillée, dans une succession d’oasis, entre deux montagnes. La végétation se raréfie, fini le tapis vert sous les acacias. Nous commençons enfin à avoir l’impression d’être en zone désertique. Vient ensuite une zone volcanique, la piste serpente dans des champs de lave, de gros boulets noirs, heureusement la piste en est exempte ou presque. Les montées (et donc les080TURKANA-Piste.JPG descentes !), raides, ont été bétonnées. Et enfin nous l’apercevons, ce lac Turkana, ex-Rodolphe (Tout le Gotha, Victoria, Edward, Albert etc… a eu son lac !). Une vaste étendue d’un bleu de jade nichée dans un environnement minéral noir et rouge. La piste atterrit au lac dans un hameau de pêcheur misérable, un ensemble de huttes couvertes de nattes et de cartons. Les habitants se précipitent pour nous demander de leur remplir leurs bidons d’eau. La piste suit les bords du lac, peu de monde, quelques hameaux de pêcheurs mais nous ne voyons pas de barque et soudain, du sommet d’une butte, nous découvrons Loiyangalani, le gros bourg du pays Turkana. Nous nous arrêtons dans la rue principale et sous une chaleur étouffante, nous allons en quête de trésors et de photos. Plein de femmes déambulent en 095-LOIYANGALANI-Femme.JPGgrand apparat. Dizaines de colliers de perles en masse autour du cou, anneaux aux oreilles, crête de cheveux sur le dessus du crâne. Nous essayons de ruser pour les photographier, elles ne sont pas dupes et réclament de l’argent. Nous négocions des bracelets puis décidons de repartir mais la roue de Jean-Pierre continue de perdre et il aimerait bien faire une soudure. Nous retournons à l’entrée du bourg et nous avons la surprise de voir que pour la venue d’un candidat au poste de gouverneur, sont organisées des danses. Plusieurs groupes de chanteurs et danseurs, des Samburu,120-LOIYANGALANI-Fete.JPG des Turkana, des Rendilles, des Elmolo, mélangés se produisent devant les politiciens qui se mêlent à eux pour « communier ». C’est pour nous l’occasion de voir des danses pas organisées pour des touristes et surtout de prendre des photos sans difficultés. Jean-Pierre va faire faire une soudure, pas très réussie, à la mission catholique. Nous repartons, la piste s’éloigne du lac, traverse un paysage désolé, un vrai désert, un épineux tous les kilomètres…La piste est parfois bonne, moins dans les passages de lave. Des dromad154-SIBILOI-Bivouac.JPGaires semblent s’accommoder des maigres touffes d’herbes qu’ils trouvent entre les roches. Un vent desséchant nous assaille et nous assoiffe. Nous roulons tard, trop puisque, avec le soleil de face, nous ne voyons plus grand-chose. Jean-Pierre aurait bien voulu rouler jusqu’au parc Sibiloi mais nous nous arrêtons avant et profitons d’un acacia pour nous installer dessous. Le vent est encore fort mais nous sortons table et fauteuils dehors pour boire une bière puis dîner.

 

Samedi 3 novembre : Une nuit comme je les aime, sous un ciel étoilé, sans voisins indiscrets, en pleine brousse. Alors que nous nous apprêtons à démarrer arrivent deux 4x4 dont une antique Land Rover 88, comme notre ancienne, de Sud-Africains qui traversent l’Afrique du nord au sud. Echange d’informations et chacun reprend sa route. Nous atteignons peu après l’entrée du parc Sibiloi. Tarif peu élevé mais 159-SIBILOI-Zebres.JPGen relation avec l’intérêt… Nous poussons jusqu’au bord du lac, nous faisons fuir des troupeaux de zèbres er de topi, une variété de bubales. Au bord de l’eau, des oies, un pélican mais pas de crocodiles. Le vent toujours aussi violent ride les eaux du lac qui a perdu de son éclat de jade. La piste, fréquemment coupée par des lits de ruisseaux à sec mais qui interdisent de rouler vite, s’éloigne des rives. A l’exception d’un varan de belle taille, nous n’apercevrons presque plus rien. Nous revenons, en suivant les traces GPS de Christian passé l’an dernier, vers le lac, à un centre quasi abandonné, 170-SIBILOI-Bubales.JPGcimetière de Land Rover. Deux gardes en liaison radio avec le centre du parc s’y ennuient ferme. Sur une bande de sable à quelques mètres du bord, des crocodiles se reposent mais ils s’enfuient dans l’eau à notre approche. Nous reprenons notre progression vers le nord. De beaux dromadaires apprécient les pâturages bien gras et leur bosse, pleine et droite, témoigne de leur bien-être. La piste est parfois difficile dans les traversées de lits de rivières, les berges abruptes doivent être franchies au pas, ce qui ne nous empêche pas de cogner avec le pare-choc arrière. Nous savons que nous sommes sortis du parc quand nous retrouvons des troupeaux de chèvres gardés par des bergers. A la dernière agglomération, Illeret, un amas de misérables huttes recouvertes de plaques de tôle qui doivent les transformer en four, et quelques bâtiments en dur, mission, écoles, poste de police. Nous faisons enregistrer notre passage dans une pièce dépourvue de tout à l’exception d’une table, d’une chaise, d’un registre et d’un stylo ! La piste continue, à peine tracée jusqu’au poste ethiopien. Aucun panneau ne signale le changement de pays… Nous emmenons avec nous un soldat avec sa kalachnikov. Le paysage ne change pas mais les habitants sont d’une autre ethnie, les enfants sont totalement nus, les femmes les seins nus, ce qui n’est pas forcément agréable. Dans la traversée des villages, nous devons franchir des001-TOURMI-Cases.JPG barrières que la présence du soldat nous évite de négocier, mais où on m’incite à donner mon tee shirt ! Enfin nous retrouvons une bonne piste sur laquelle nous pouvons rouler vite jusqu’à Omorate, sans oublier que c’en est fait de la conduite à gauche, nous allons devoir nous réhabituer à rouler à droite ! L’écriture sur les panneaux, en amharique, est indéchiffrable. Nous nous rendons aussitôt à l’immigration, des bâtiments récents mais dépourvus de matériel. Une table et une chaise, là aussi, et un préposé qui remplit consciencieusement des pages de registres au format impressionnant. Nous devons ensuite subir une fouille minutieuse des camions sans trop savoir ce qui est recherché mais peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes ! Nous devons attendre la venue du douanier, sympathique mais peu habitué à ces formalités et qui doit se faire aider par un employé muni d’une lampe torche car il n’y a pas d’électricité ! Je transpire à grosses gouttes, certaines tombent sur les documents… Je rêve d’une vraie douche mais cela semble impossible ici. Nous pouvons rester pour la nuit au poste de contrôle, ainsi qu’un couple d’auto-stoppeurs israéliens qui montent leur tente sur le gazon, après avoir été minutieusement fouillés eux aussi. Je prends une douche à l’extérieur avec la douchette du camion et Jean-Pierre m’offre sa dernière canette de Coca Cola, geste que j’apprécie fort. Marie se douche à l’intérieur et je suis de nouveau en sueur. Nous dînons dans le camion à cause du trop grand nombre d’insectes volants à l’extérieur. Je ne ferais que boire, Coca, vin avec de l’eau, bière, tout est bon.

 

Dimanche 4 novembre : Avant même que le jour ne se lève, un prêcheur commence à chanter, à l’aide d’un haut-parleur afin que nul n’y échappe, des litanies ! Marie a bien du mal à se lever mais le devoir l’appelle. Nous prenons la très bonne piste en direction de Tourmi, paysage d’une brousse très verte, uniforme, parcourue par des troupeaux de zébus surveillés par leurs bergers. Soudain la route est barrée par une douzaine d’hommes dont nous ne savons les intentions. Je ralentis à peine, sans tenir compte de leurs vociférations. Ils tentent d’arrêter Jean-Pierre, derrière nous mais il passe aussi sans discuter. Nous atteignons Tourmi et cherchons un campsite près d’une rivière. Nous n’y sommes pas les seuls, des groupes de Français en voyage organisé y campent aussi. Nous laissons du linge à laver et la voiture de Jean-Pierre, à l’ombre de beaux manguiers et repartons aussitôt pour Weito où, nous fiant aux indications de notre guide Lonely Planet, nous pensons que se tient un marché. Au lieu des 80 kilomètres que m’annoncent Marie et Jean-Pierre monté dans notre voiture, ils découvrent qu’il y en a plus de 100 ! La piste, sauf aux traversées de r003-TOURMI-Hamer.JPGuisseaux, est bonne et nous dévalons du plateau, par des gorges, vers une plaine qui se perd à l’infini. Il y fait plus chaud et le lac Stéphanie que nous comptions y trouver a disparu, remplacé par des marais verdoyants. Les femmes que nous rencontrons vont la poitrine nue, les cheveux tressés en mèches grasses, couleur de terre. Elles portent une sorte de jupe en peau de vache, ce sont des Hamer. Nous longeons une chaîne de montagnes et les kilomètres défilent. Inquiets de l’heure qui passe aussi, nous nous renseignons auprès d’une voiture de touristes. Leur guide nous annonce qu’il n’y a pas de marché ce jour à Weito ! Il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour et rentrer au campement… Nous déjeunons tardivement à l’ombre des manguiers, assaillis par un individu qui veut nous emmener voir des danses et propose de nous changer de l’argent. L012-TOURMI-Hamer.JPG’arrivée de Gilbert, un guide d’un groupe de Français met les choses au point. Il nous informe et nous propose de les accompagner à ces fêtes dans un village Hamer. Nous partons donc en groupe et déboulons dans un joli village de huttes hémisphériques mais qui n’ont plus l’allure misérable des semi-bidonvilles rencontrés au nord du lac Turkana. De grande taille, elles sont entièrement en végétaux dans un enclos d’épineux. Un groupe d’hommes, tous habillés de vilains tee shirts à rayures nous attend pour commencer à danser. Nous sommes presque plus nombreux qu’eux ! Impression désastreuse de piège à touristes… Les femmes sont absentes et ne viendront que plus tard, les objectifs des appareils photos seront alors quasiment tous braqués s042 TOURMI Hamerur elles. Elles ont une allure à la fois d’élégance et de sauvagerie authentique alors que les hommes, bien que plus actifs, sont nettement moins attrayants malgré leurs boucles d’oreilles, leurs plumes sur la tête et leurs coiffures très élaborées, découpées au rasoir et formant des crêtes. L’impression de voyeurisme est très gênante, un zoo humain moderne où l’Occident vient se conforter dans sa supériorité intellectuelle… Les filles entrent en scène et viennent provoquer les hommes qui, en rangs, 048-TOURMI-Hamer.JPGsautent à pieds joints. Puis des couples se forment, les femmes font semblant d’échapper à leur partenaire. Les vieux entrent dans la danse et paraissent y prendre plus de plaisir que les jeunes. D’autres anciens conversent assis sur leur appuie-tête qui sert donc aussi de pose-cul, leur pagne ne laisse alors rien ignorer de leur intimité… Las, nous repartons à la nuit tombante, regagnons le campsite où un des Français du groupe a la gentillesse fort appréciée de nous apporter une ration de pastis ! Beau geste… Nous allons dîner au lodge voisin, bien aménagé, plus chic. Nous nous servons à un buffet, ragoût de chevreau et autres plats. Bon et pas cher. Nous rentrons nous coucher, du moins après que j’ai tapé ces lignes sur la table à l’extérieur.

 

Lundi 5 novembre : Nous ne sommes pas pressés ce matin puisque le marché où nous voulons nous rendr093-TOURMI-Hamer-marche.JPGe ne s’anime que tardivement. Je me suis réveillé plus tard pour une fois. Nous nous rendons dans notre voiture au marché. Sur une place, quelques rares femmes Hamer sont installées, assises sur le sol, dans la poussière. Guère d’animation ! Presque aussitôt des hommes nous proposent des appuie-tête. Nous en achetons un, gravé, patiné, avant de découvrir que tout un coin du marché est réservé à la vente d’objets artisanaux à l’intention des touristes. Statuettes grossière087-TOURMI-Hamer-marche.JPGs, colliers de perles, calebasses gravées, peu de pièces intéressantes. Après y avoir fait un tour, nous revenons vers la place qui commence à s’animer. De plus en plus de femmes sont arrivées pour vendre des bottes de fourrage, quelques piments et dans un coin, tout le nécessaire pour s’enduire les cheveux, ocre en poudre, résine grasse et pour les tresser. Le rassemblement de toutes ces femmes aux casques, à la « garçonne », de cheveux rouges, dont la graisse dégouline sur leur visage et enduit leurs gros colliers, forme un ensemble puissamment « sauvage ». Hélas le grand nombre de touristes nous transforme tous en voyeurs et en distributeurs potentiels de birr. Beaucoup de femmes se proposent pour être photographiées, contre rémunération bien entendu. Les hommes sont à l’écart, assis sur leurs appuie-tête, occupés au commerce des chèvres. Après avoir traîné, photographié en aveugle quelques scènes, 111-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPGnous revenons au campement pour déjeuner. Dans l’après-midi, nous discutons, avec un jeune qui se présente comme guide, le tarif pour aller voir une cérémonie de bull-jumping. Nous faisons affaire et nous nous rendons, après avoir laissé passer un gros orage, de l’autre côté de la rivière, trop tard pour assister aux scènes de flagellation des jeunes filles. Afin de prouver leur affection pour des garçons elles les sollicitent pour être frappées violemment dans le dos à l’aide d’une badine. Les marques sanglantes  prouvent que ces derniers ne font pas semblant. Quelques jeunes hommes sont rassemblés autour de l’un d’eux qu’ils maquillent, points blancs sur un fond ocre sur le visage, colliers d124-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPGe perles, plumes dans les cheveux. Puis tout le monde s’élance sur le route, nous suivons et les retrouvons à un kilomètre, dans une clairière en pleine brousse. Des femmes, là aussi se font frapper au sang avant de se rassembler sur la place, chanter et danser en faisant sonner les grelots qu’elles portent attachés aux mollets, quelques-unes soufflent dans des trompettes taillées dans des cornes. Un troupeau de zébus a été amené sur la place, les femmes tournent autour en dansant. Après une cérémonie qu’ils tentent de nous dissimuler, au cours de laquelle le jeune futur marié qui doit réussir l’épreuve, est « béni », encouragé par ses compagnons, quelques bêtes sont choisies et contraintes à grand coup de bâtons, en tirant sur leurs queues ou en leur tordant les cornes, à s’aligner les unes à côté des autres. Le jeune impétrant se dénude, s’élance, saute sur le dos des zébus, franchit140-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPG leur alignement puis recommence en sens inverse, deux fois de suite. Il réussit sous les applaudissements de la foule et c’est terminé ! Nous sommes surpris, pas d’autre candidat, la foule se disperse, tout le monde s’en revient… Je vais rechercher la voiture, et reprendre Marie. Nous rentrons au campement où nous passons le reste de l’après-midi à relire le blog, écrire, traiter les photos et enfin dîner, avec nos dernières provisions. Les orages de l’après-midi ont provoqué une spectaculaire montée des eaux de la rivière.

 

Mardi 6 novembre : Nous ne sommes pas réveillés comme la nuit dernière par les braiements de l’âne du campement mais par les employés qui viennent tirer de l’eau au puits en bavardant et en écoutant de la musique sur une radio. Encore un matin où nous ne sommes pas pressés, nous démarrons tranquillement à neuf heures passées. Une demi-heure de très bonne piste et nous sommes à Dimeka. Nous trouvons la place du marché à l’écart de la route. A peine arrêtés on nous demande, contre un reçu en bonne et due forme, de prendre un guide pour visiter le marché. Comme il est encore très peu animé à cette heure, nous patientons, descendons à la rivière, la même que celle qui passait derrière le campement à Tourmi, la Kaské puis nous nous décidons, toujours accompagnés de notre guide, à faire le tour du marché. Nous y revoyons surtout des Hamer, des femmes princip151-DIMEKA-Marche.JPGalement venues vendre de l’ocre, du beurre, un poulet, quelques piments ou de petites tomates-cerises. Nous y découvrons des Banna qui affectionnent, hommes et femmes, l’utilisation dans leur coiffure de barrettes colorées. Nous remarquons aussi que les bracelets métalliques et élastiques de montre se portent volontiers en ornement de collier. Nous traînons du côté du marché pour touristes, le plus vite installé, sans grand intérêt, refaisons plusieurs fois le tour du marché, qui commence à se remplir de vendeurs et surtout de vendeuses, avant de repartir. Nous reprenons la piste très roulante et récupérons un goudron, oublié depuis Eldoret, à partir de Key Afar. Nous sommes alors dans un paysage plus « civilisé », la brousse est de plus en158-DIMEKA-Marche.JPG plus remplacée par des cultures et le paysage est nettement plus vallonné. Les habitants en costume traditionnel deviennent rares. Nous atteignons Jinka, la capitale du Sud. Nous nous arrêtons au campement Rocky mais en repartons aussitôt devant le tarif demandé. Nous entrons alors dans la ville, le goudron est remplacé par des routes en terre, boueuses. La pluie a tout rendu plus tristounet. Nous cherchons le centre-ville, pas évident à distinguer. Nous trouvons une banque où, Jean-Pierre et moi, allons changer des euros. La banque la plus minable et la plus sale que nous ayons jamais vue, ces établissement étant habituellement des sanctuaires brillants et resplendissants du dieu Dollar. Nous sommes abordés par un jeune qui se réclame d’une association de guides locaux. Il nous emmène à un campsite rudimentaire mais dans un beau jardin. Nous y déjeunons rapidement avec les toutes dernières conserves, sardines et chips, puis allons retrouver notre guide avec qui nous envisageons de nous rendre demain chez les Mursi, une ethnie qui passe pour farouche, voire hostile ou dangereuse ! Nous nous accordons sur le prix avant de nous rendre en sa compagnie au marché encore très animé. Pas de costumes particuliers, beaucoup de femmes ont le type classique éthiopien, traits fins, teint clair. Je remarque tout de même deux femmes dont les lèvres inférieures, déformées par le port d’un plateau, pendouillent vilainement en un gros boudin sur leur menton. Nous achetons des fruits et des légumes pour nous puis le guide nous fait acheter aussi des lames de rasoir, des savonnettes et des allumettes pour donner dans les villages que nous irons visiter. Nous allons ensuite au supermarché où nous ne trouvons que des boîtes de sardines ou de thon, des biscuits, du jus de fruit. Jean-Pierre rentre au campement, nous nous rendons dans un cybercafé. La connexion est lente et nous ne pouvons que trier et lire notre courrier sans avoir le temps de répondre. Nous retournons, non sans le chercher, au campement, sans en franchir le portail, opération qui nécessite dix bonnes minutes pour le décoincer… Nous emmenons ensuite Jean-Pierre dîner au restaurant, en plein air malgré la fraîcheur mais nous sommes sur un plateau à 1500 mètres d’altitude. Le service est lent  mais nous dînons de souris d’agneau très honnêtes et d’un bœuf Strogonoff moins convaincant pour Marie. Retour au campement où nous réglons la minuterie pour nous réveiller tôt demain.

 

Mercredi 7 novembre : Nous avons mis le réveil à sonner à six heures moins le quart pour être prêts à sept heures, ce qui est le cas. Mais pas celui de notre guide qui n’arrive qu’avec une bonne demi-heure de retard. Nous partons dans le camion de J219-JINKA-Mursi.JPGean-Pierre, Marie devant, le guide à la seule place libre derrière et moi puis bientôt un garde armé d’une kalachnikov, dans la cellule. Je vais vite regretter de ne pas avoir pris notre camion. Je suis secoué, je ne vois rien du paysage et j’ai l’estomac qui remonte au bord des lèvres. Nous arrêtons pour admirer un point de vue étendu sur la plaine en-dessous de nous, c’est le parc national Mago. Nous devons en régler l’entrée mais, parcouru sur une unique et large piste par des camions et des bus, nous ne risquions guère d’y rencontrer une quelconque faune. Nous montons ensuite dans des collines et parvenons à un village Mursi. Nous suivons notre guide qui nous invite à laisser au camion tout appareil photo et à commencer d’ab202 JINKA Mursiord par une exploration du hameau, des activités, des gens avant de nous précipiter pour tout photographier. La démarche est intelligente mais les habitants savent très bien pour quoi nous sommes là et les jeunes filles commencent à nous indiquer leurs tarifs pour les photos. Nous les ignorons et n’avons d’attention que pour la manière dont se construisent les huttes de branchages, recouvertes de chaume qui ne ménage qu’une étroite et basse ouverture et dans laquelle dorment huit personnes. Des femmes font bouillir des herbes, des morceaux de courge, préparent une bouillie de sorgho que tous, quel que soit l’âge, absorbent. D’autres préparent de la bière à partir de sorgho qui va fermenter quatre jours. Les greniers sur pilotis sont à l’écart, en contrebas du hameau, quatre ou cinq pour198-JINKA-Mursi.JPG une famille. Mais le grand intérêt est dans ces fameux plateaux labiaux que portent les femmes. La lèvre inférieure percée est progressivement agrandie en y logeant des disques d’argile durcie de plus en plus grand. Elles ne portent pas en permanence ces plateaux et dans ce cas leur lèvre pendouille en un bourrelet des plus disgracieux. Des scarifications sur le ventre, les épaules augmentent leur « beauté ». Ces coquines ont l’habitude des photographes (Hans Silvester a dû laisser traîner quelques ouvrages…) et savent se rendre photogéniques en portant des ornements de tête constitués de deux défenses de phacochère ou des échafaudages de calebasses, de poteries, de vanneries, de fruits sur la tête. Arrivent une caravane d’Italiens qui sortent aussitôt les billets et pai190-JINKA-Mursi.JPGent immédiatement pour chaque photo ! C’est le rush, nous sommes nous aussi très sollicités, surtout par celles que nous ne voulons pas immortaliser. Les plus belles n’ont pas de peine à faire sortir les billets. Je me fends de quelques coupures et en prends beaucoup d’autres au jugé, discrètement. Les hommes aussi posent, certains se sont composé des masques en appliquant des lignes blanches sur le visage. Ils prennent des attitudes martiales non exemptes de cabotinage. Nous repartons et rentrons à Jinka. Nous allons déjeuner au même restaurant que la veille. Je suis content de me remettre de mes émotions. Nous apprenons la réélection d’Obama qui nous fait plaisir et l’arrosons à la bière en commandant deux poulets rôtis. Ils arrivent tellement frits qu’on ne distingue plus la chair des os ! Nous allons nous reposer au campement puis retournons trouver notre guide qui deva187-JINKA-Mursi.JPGit nous emmener dans un village Aari mais il faudrait repayer et nous avons l’impression qu’il nous prend pour des tiroirs-caisse… Dommage, nous étions contents de lui jusque-là. A la place nous nous rendons au musée, sur une colline qui domine la ville, derrière la mosquée… Une salle avec des vitrines, des objets des différentes ethnies et une série de textes récoltés auprès de femmes de la région, sur le mariage, l’excision, la polygamie, leur place dans la famille. Un film complète l’exposition et nous revoyons une cérémonie de bull-jumping. Nous rentrons nous poser au campement et finissons la journée en entamant la bouteille d’ouzo de fabrication locale que nous avons trouvée en cherchant de la bière.

 

Jeudi 8 novembre : Marie a encore bien du mal à se réveiller, heureusement que nous ne sommes toujours pas pressés. Le guide ne se présente pas pour nous rembourser le trop perçu, nous le décomptons sur le prix de la nuit et avertissons le très honnête John en lui remettant un papier avec le rappel des comptes. Plein de gasoil, à moins de un euro et nous reprenons la route gou223-KEY-AFFAR-Marche.JPGdronnée en direction de Konso. Il semble que la route soit de terrain d’élection des divers troupeaux et leurs bergers ne cherchent jamais à les rabattre sur le bord, trop occupés à nous regarder ralentir, slalomer, tout en tendant la main… Nous sommes Key Affar peu avant onze heures. Les paysans qui se rendent au marché nous en indiquent, depuis des kilomètres, le chemin. Nous nous garons sur le terrain où il se tient ou plutôt doit se tenir car il est loin de battre son plein. Nous sommes aussitôt priés de régler un droit de visite de deux cents birr par véhicule. Je tente d’expliquer au jeune qui nous les réclame que si nous laissons une voiture à l’extérieur, nous paierons deux fois moins cher et rien si nous venons à pied. Raisonnement qui ne lui convient pas, nous allons donc garer les voitures sur la route et revenons mais il viendra tout de même nous réclamer ses deux cents birr sans assurer la fonction de guide, inutile d’ailleurs ! Mais ces histoires de touristes pris pour des machines à fric commencent à254-KEY-AFFAR-Marche.JPG m’énerver… Nous nous mêlons à la population qui commence à augmenter, pas d’ethnies nouvelles, à part des femmes Tsemay couvertes de peaux grossièrement tannées sur lesquelles ont été cousues des perles et des cauris. Les femmes Banna portent ici des baudriers couverts de cauris et toutes ont des tricots crasseux à rayures horizontales. Après quelques photos, nous reprenons la route. Nous descendons la chaîne de montagnes que nous avions déjà franchie en essayant d’aller à Weito. Nous retrouvons la plaine et quelques degrés de plus. En approchant de 267-KONSO-Village.JPGKonso les collines se couvrent de cultures en terrasses et de jolies grandes cases rondes à double toit de chaume couronné par une poterie et parfois une croix. Nous découvrons le marché de cette ville et ethnie peu avant la ville. Nous déjeunons d’abord sur une piste à l’écart pour éviter les curieux puis revenons nous garer près du marché. Il y a foule, les paysannes portent ici des jupes à volants dans des couleurs orange et ont les cheveux pris dans un foulard du même ton ou noir. Les marchandes ont étalé devant elles des tas de maïs, des herbes, quelques fruits ou légumes. Des tailleurs, entourés par des piles de galons colorés, confectionnent sur leurs machines à291-KONSO-Marche.JPG coudre les pagnes noués en jupes. L’esplanade du marché n’est pas bien grande et les étals se touchent de tous côtés, il faut louvoyer entre en regardant où on pose les pieds. Nous repartons jusqu’à la ville où nous nous rendons au bureau du tourisme pour prendre un guide et avoir le droit de visiter un village konso des environs. Nous partons sur une piste qui file entre les champs de maïs, croisant ou doublant des femmes qui s’en reviennent du marché, ployant sous des charges de bois, d’herbes ou des sacs de farine de plusieurs dizaines de kilos. Les hommes marchent les mains dans les poches… Le guide nous emmène d’abord sur un site, appelé New-York, de falaises érodées, creusées par les eaux et le vent, formant un mélange de301-GESERGIO-New-York.JPG cheminées des fées, de caons que le soleil daigne éclairer. Nous allons ensuite visiter un très beau village konso. Situé sur une colline, ce grand village de quatre mille personnes est entouré d’un mur de gros moellons de basalte qui, autrefois, le protégeait des incursions ennemies. A l’intérieur de cette enceinte, chaque famille a édifié dans sa concession ses belles cases les unes à côté des autres, les toitures s’imbriquant les unes dans les autres, derrière une barricade formé par un enchevêtrement de branches et de troncs d’arbres. Nous déambulons dans les chemins entre les concessions de ce magnifique village qui a conservé ses cases communautaires, dortoirs des jeunes et lieu de réunion pour les anciens, ses mâts de géné340--MACHEKIE-Village.JPGration et ses wakas, sorte de totems dressés en mémoire des guerriers réputés et de leur famille. Nous ne sommes pas seuls, escortés par tout ce que le village compte de gosses excités et braillards, quémandant des sous pour être pris en photo. Nous rentrons à la nuit tombante en ville. Nous trouvons un lodge écologique où nous pouvons stationner sur le parking. Nous choisissons d’y dîner bien que les plats soient sans viande, pâtes ou riz aux légumes… Pas de bière et il ne nous en reste qu’une, l’autre s’est cassée dans le réfrigérateur. Mais il y a l’électricité et je peux recharger les appareils.

 

Vendredi 9 novembre : Je vais utiliser les commodités du lieu, les toilettes sont sèches mais la douche étonnamment tiède. Nous prenons la route, un goudron ancien mais correct au début puis une vingtaine de kilomètres  d’une mauvaise piste. Paysage de champs de maïs ou de coton, de bananeraies. Quand nous retrouvons le goudron la moyenne ne s’améliore pas car de très nombreux troupeaux ont envahi la route et ne se dérangent pas pour les véhicules. Il faut slalomer, freiner, frôler les vaches placides et injurier les pâtres349-ARBA-MINCH-Troupeau.JPG rigolards… Nous apercevons le lac Chamo peu avant d’arriver à Arba Minch, la première vraie ville d’Ethiopie. Nous nous rendons aussitôt au Bekele Molla Hotel où nous pouvons camper. Nous y sommes très bien accueillis par le patron qui nous invite à nous installer au bord de la terrasse avec une vue aérienne sur les deux lacs, le Chamo, gris métallique et l’Abaya rouge. Le lieu est idyllique, au calme, belle vue, des tables et des chaises à l’ombre pour en profiter. Nous repartons aussitôt, Jean-Pierre et moi, pour aller nous renseigner sur les excursions en bateau au Crocodile Market. Il semble qu’il soit préférable d’attendre demain matin. Nous réservons pour huit heures et rentrons au camping. Nous étudions ensemble la carte… Nous déjeunons à l’hôtel, le patron nous avait vanté sa cuisine et ses poissons, le tilapia frit et bien frit n’est pas à la hauteur des espérances. Nous ne nous pressons pas, je m’octroie 364-DORZE-Case.JPGmême une petite sieste dans le camion la première depuis longtemps. Nous repartons vers quinze heures dans la voiture de Jean-Pierre pour nous rendre dans les villages de montagne proches. Nous traversons la ville, plutôt laide et prenons sur quelques kilomètres la route d’Addis Abeba puis nous suivons une piste, pas fameuse mais sèche, qui s’élève rapidement en offrant de belles vues sur le lac. A plus de deux mille mètres d’altitude, nous atteignons des alpages très peuplés et un premier village, Dorze, où les touristes sont attendus, des châles tissés sont exposés à la vente. De belles cases coniques y sont visibles mais nous continuons jusqu’au village suivant Chencha. Le paysage alpestre est beau dans la lumière de fin d’après-midi, les vaches broutent une bonne herbe verte mais le village, un gros bourg, est sinistre et nous n’y apercevons aucune case. En nous renseignant, nous nous laissons conduire par un individu peu sympathique qui nous amène à une case inintéressante. Nous décidons de retourner à Dorze et rompons difficilement avec notre trop intéressé guide. Nous redescendons et nous arrêtons à la hauteur des autres véhicules de touristes garés sur la route. Un jeune se prétendant guide nous accoste et nous entraîne visiter une concession occupée par une vieille femme. Trois cases s’y dressent, une grande et deux plus petites pour la cuisine et pour les jeunes mariés ! Elles ont une forme d’obus, d’une hauteur d’une dizaine de mètres, sans pilier central. Une armature de bambou est recouverte d’un chaume tressé en feuilles de faux bananier. L’intérieur, forcément sombre, permet de loger une famille et une douzaine d’animaux qui tiennent chaud en hiver. Nous faisons un bref tour du village et des concessions éparpillées dans les faux bananiers, plus gros que les vrais mais sans fruits. Nous suivons un sentier boueux et Marie râle. Notre guide nous amène à la coopérative des tisserands où des hommes réalisent sur des vieux métiers des châles et des shamma peu épais puis il nous laisse aux soins de son « frère » qui parle bien anglais et nous fournit de plus amples et claires explications. Nous visitons une autre belle case qui a, extérieurement avec ses deux ouvertures pour la fumée et son avancée pour l’ouverture, l’allure et la taille d’un éléphant. Nous avons droit ensuite à une démonstration de la confection à partir de la374-DORZE-Injera.JPG pulpe fermentée du faux bananier d’une galette cuite entre deux feuilles au feu de bois. Nous la dégustons accompagnée de miel et de sauce piquante en la faisant passer avec des petits verres de l’alcool local. Le tout donne à Jean-Pierre l’énergie de conduire de nuit pour nous ramener à Arba Minch. Un peu trop même puisque pressé de doubler un camion qui transporte de minces troncs d’arbres, il le frôle de si près que l’un d’eux s’empale dans la carrosserie de son camion. Nous terminons la descente, retrouvons le goudron mais il y a foule sur la route. A la longue file des femmes cassées en deux par les charges qu’elles remontent, viennent se mêler les étudiants, à la hauteur de la faculté, qui ont envahi presque totalement la chaussée. Deux mondes qui ne se rencontreront jamais, se croisent… Nous rentrons à l’hôtel et Jean-Pierre découvre alors que le tronc d’arbre qui s’était encastré dans sa voiture l’a traversée sur toute la longueur, explosant les parois des coffres ! Il faut le découper, à la machette et à la scie à métaux, en tronçons, pour l’extraire. Nous dînons encore au restaurant, tout est toujours trop frit. Je reste écrire sur la véranda, pour le plus grand plaisir des moustiques.

 

Samedi 10 novembre : Très mauvaise nuit. Je ne parviens pas à m’endormir et les moustiques ne m’y aident pas. Je rallume, lis, les guette, en tue deux, les autres attendent le retour de l’obscurité pour revenir m’agacer les oreilles… Nous sommes prêts à huit heures pour le rendez-vous avec le guide. Jean-Pierre va chercher les autorisations d’entrée dans le parc et nous partons avec guide et batelier à l’embarcadère. Après avoir pataugé dans les berges du lac, nous montons dans une barque métallique pour une traversée du lac Chamo. Le vent frise les eaux et nous sommes légèrement aspergés par les embruns. Nous apercevons une colonie de pélicans mais nous ne les approchons pas. De384-ARBA-MINCH-Lac-Chamo-Crocodiles.JPGs hippopotames pointent leur museau mais nous en avons vu d’autres et ce n’est pas le but de la promenade. Nous abandonnons la navigation au moteur et continuons de nous mouvoir à la perche dès l’embouchure d’une rivière. Nous sommes à Crocodile Market, ainsi nommé par le nombre important de ces sympathiques sauriens que l’on y rencontre. Effectivement plusieurs se prélassent sur les berges boueuses de l’étroit ruisseau, quelques-uns baillent et exhibent une dentition à se faire pâmer notre dentiste, d’autres rêvent à quelque tendre cuisseau… Deux sont particulièrement impressionnants par leur taille. Il y a là plusieurs sacs Hermès et un bon400-ARBA-MINCH-Lac-Chamo-Crocodiles.JPG nombre de mocassins et de ceintures. Rejoints par d’autres touristes, nous leur abandonnons la place et rentrons à bon port. Nous repartons, sans trouver beaucoup de ravitaillement, que de l’eau et du pain ! La route n’est pas fameuse, nids de poule, passages de piste, traversée de rivière sur des ponts en mauvais état et impossible de ne pas surveiller gens et animaux qui se promènent sur la route. Nous continuons de longer le lac Abaya, très ferrugineux. Les gosses, à notre passage, hier se trémoussaient en faisant mine de se taper le cul par terre, ici ils agitent une jambe en l’air comme pris de la danse de Saint-Guy. Un guide nous a expliqué qu’ils manifestaient ainsi leur demande de bouteilles d’eau en plastique ! Nous arrêtons pour déjeuner dans un endroit que nous croyons tranquille mais nous sommes aussitôt le spectacle de l’année, des gosses surgissent de partout, les villages des environs se vident, les parents rejoignent leurs enfants, des Blancs se sont arrêtés ! Nous ne pouvons pas laisser la porte de la cellule ouverte, les quolibets fusent, nous sommes le meilleur spectacle de l’année ! Peu apprécié des acteurs… ? Nous avons rarement été aussi entourés… Nous continuons sur une route qui s’améliore mais à l’approche de Shashemene, nous croisons ou doublons des centaines de charrettes tirées par un ou plusieurs malheureux petits ânes et pilotées par des Ben Hur locaux. A se demander laquelle des deux conditions, animale ou féminine est la pire en Ethiopie ! La traversée de la ville relève de l’épopée !  Des charrettes, des tuk tuks, des minibus, des camions, de plus rares voitures et une multitude de piétons inconscients s’agitent dans un mouvement brownien désordonné. Trouver son chemin sans en heurter aucun, relève de l’exploit ! Nous devons être dans une région à forte population musulmane car le nombre de mosquées est important, chaque hameau a la sienne, très simple, avec un minaret de tôle ondulée peint de couleur vive. Les champs sont délimités par des haies de beaux cactus et des buissons de fleurs rouges. Après Shashemene les moissons sont terminées et de grandes meules de foin ponctuent un paysage assez407-LAC-LANGANO-Bivouac.JPG quelconque. Je commence à fatiguer et souhaite m’arrêter au plus tôt. Nous sommes alors entre les lacs Abyata et le lac Langano. Jean-Pierre se décide à utiliser son ordinateur pour nous diriger vers un campement sur les bords de ce dernier. Le lodge est fermé mais on nous autorise à nous installer sur les bords du lac. Quatre pélicans nous y souhaitent la bienvenue, nous sortons table et fauteuils pour prendre un ouzo en attendant le tombée de la nuit. Nous dînons  chacun dans notre camion, la température extérieure n’étant pas assez clémente pour un dîner en plein air.

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