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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 16:23

Lundi 14 mai : Ce matin les nuages ont envahi le fond des vallées et le soleil brille au-dessus. Nous postons des lettres à Mutare puis prenons la route de Beira. Le poste frontière est presqu’aussitôt. La sortie du Zimbabwe se fait rapidement en dépit de la découverte par la douanière du carnet de passage en douane. Le poste mozambicain est de l’autre côté d’un ruisseau qui sert de frontière. Nous devons acheter un visa, 80 dollars ! L’officier qui s’en occupe est désagréable au possible, habitué à commander, il s’offusque de notre incompréhension à ses demandes… Pour la douane, le préposé ne sait ni l’anglais ni le français mais fait semblant de connaître, je dois lui indiquer où remplir et tamponner. Nous voici au Mozambique ! La route quitte les montagnes et descend vers l’océan. La population semble encore plus nombreuse qu’au Zimbabwe, il y a affluence le long de la route et dans les agglomérations traversées. Peu de cases mais des maisons plus « modernes », éparpillées dans la vallée. Nous faisons le tour de la place centrale de Manica pour y voir une maison coloniale, murs et toit en tôle ondulée. A Chimoio, nous cherchons une maison ancienne en bois, elle est en béton… Plus d’anglais sur les panneaux et publicités mais du portugais qui nous semble plus facile à lire, à parler ce sera autre chose. La paysage est de plus en plus quelconque et de moins en moins arboré. Les sacs de charbon de bois en vente sur le bord de la route y sont sans doute pour quelque chose. Le revêtement bien fatigué au début est percé de nids de poule dans la dernière partie du parcours, nous devons slalomer entre les trous, de même que les autres voitures et camions. L’arrivée à Beira se fait par une longue avenue qui est un marché en bord de route. En arrière des habitations de bidonville se perdent sous les cocotiers. En approchant du centre, les immeubles laids et cubiques se m100_7934.JPGultiplient puis nous rejoignons le bord de mer et la ville ancienne. En suivant la corniche, après être passés par la place de l’Indépendance cachée derrière des palissades en tôle ondulée, comme mise entre parenthèses, nous trouvons le camping Biques, sur la plage. Les installations sont en triste état et le restaurant est fermé le lundi mais au moins nous avons un lieu où dormir. Nous nous installons sur une table de la terrasse pour profiter de l’air marin, regarder les dhows, des barques à voile, et étudier la suite. Je pars à la recherche d’un restaurant. Je demande à un pompiste de me l’indiquer. Il s’adresse à un jeune qui me demande alors combien je suis disposé à le payer pour obtenir l’information ! Je l’envoie promener, un motocycliste m’y conduit gratuitement mais il est fermé. Je rentre à pied au camping. Le soleil décline, l’air fraîchit, nous regagnons le camion pour une opération de rangement, les livres de mon côté, les vêtements du côté de Marie, ce qui ne manque pas de l’énerver. Il fait nuit à dix-sept heures trente, nous sommes de plus en plus à l’est et nous n’avons pas changé de fuseau horaire. Nous allons dîner au Club Nautico. Les pieds (presque) dans le sable, avec vue sur l’écume des vagues. Ambiance d’expatriés avec clientèle européenne principalement mâle et jeunes filles locales, disponibles. Bonne cuisine, grasse et aillée. Nous nous régalons de crevettes, poisson grillé et calamars avec une bouteille de vinho verde. Le repas que j’attendais. L’addition elle, est moins attendue… Retour au camping pour une nuit, bercés par les vagues.

 

Mardi 15 mai : La journée commence mal : Marie tombe au sortir de la douche et se froisse des muscles du dos. Elle a une magnifique ecchymose mais elle a peur d’avoir beaucoup plus grave… Nous donnons du linge à laver, c’est un homme, le gardien qui s’en charge… Nous partons visiter Beira en suivant d’abord le front de mer. A l’exception de quelques villas modernes et d’immeubles officiels récents, toutes les autres constructions sont lépreuses ou en totale décrépitude. Au début, nous avons une vague impression de Tamatave avec l’océan d’un côté et les immeubles anciens de l’autre mais il n’y a pas cet ensemble de vieilles100_7933.JPG maisons coloniales perdues dans la végétation. Rares sont les maisons de caractère, la plupart sont des cubes informes avec des grilles à toutes les issues. La chaussée est dans le même état, les pavés gondolent, l’asphalte est mité et les ordures envahissent trottoirs et chaussée, Y a-t-il des services municipaux ? Nous nous garons sur une place du centre. Après un essai de Marie de marcher, vite abandonné, je pars seul à la recherche de lunettes de soleil pour elle. Je suis des rues dont toutes les boutiques, véritables bazars, sont détenues par des Indo-Pakistanais. C’est chez l’un d’eux que je trouve à changer à un taux à peine plus intéressant que l’officiel. Je reviens chercher Marie et à petits pas lents, nous nous acheminons vers la boutique qui vend de fausses lunettes Gucci ou Yves Saint-Laurent, à des prix qui ne permettent pas de croire à leur authenticité. Nous repassons par le marché central, désert. A l’étage on y vend quelques articles de bimbeloterie pour touristes, j’offre, sans me ruiner, un collier en papier mâché à Marie… Nous reprenons la voiture pour nous diriger vers le port. Après avoir contemplé, avec consternation, quelques bâtiments, restes de l’empire colonial portugais, en totale déconfiture, n100_7936.JPGous hésitons sur la suite du programme de la journée. Nous passons encore devant des maisons basses, colorées, des boutiques des années 1930, commerces d’Indiens avec une galerie, désormais dominées par des immeubles d’habitation sans âme et déjà en ruine. Il existe tout de même un quartier animé, grouillant même, à la périphérie de la ville qui semble tourner le dos à la ville du passé. Nous décidons de nous rendre à Savane, une plage vantée par Johanna qui y avait emmené Julie. La piste, difficile à trouver et qui nous oblige à avoir recours au logiciel T4Africa connecté au GPS, est tracée sur une digue entre des zones inondées que nous pourrions prendre pour des rizières mais qui n’en sont pas. Elle est en mauvais état et la fréquentation des camions n’arrange pas les choses. Une noria de cyclistes ramène vers Beira des sacs de charbon de bois. Pendant encore combien de temps y aura-t-il des arbres ? Au bout d’une heure, nous100_7937.JPG parvenons à l’embouchure du rio d’où une barque peut nous faire traverser pour accéder au lodge situé entre rivière et mer. Nous apercevons une plage ombragée par quelques cocotiers et des filaos, grosse impression d’être au Sénégal… Ce n’est tout de même pas ce que j’attendais… Pas question pour Marie de monter dans la barque, nous renonçons donc à traverser et après avoir déjeuné dans le camion nous rentrons à Beira. Je vais faire des courses dans un supermarché aussi bien achalandé que ceux d’Afrique du Sud, Marie m’attend au camion. Nous retournons ensuite au Club Nautique où je peux me connecter à Internet. Marie, mal assise, retourne à la voiture. Courrier, mise à jour du blog. Nous rentrons au camping de nuit. Il y a nettement plus de monde au restaurant et au bar. Après avoir discuté avec notre voisin de la veille, un chasseur professionnel, qui nous donne des informations sur l’état de la route de Caïa, nous allons dîner au restaurant en terrasse, face à la mer. Nos voisins, des Chinois, banquètent et portent force toasts, à la bière brune, en se levant à chaque souhait. Ils sont souvent debout et quand ils ne le sont pas, ils bâfrent ! Mais peut-être diraient-ils la même chose de nous à un repas arrosé… Nous commandons des crevettes et un poisson grillés, avec une bouteille de vinho verde plus pétillant et aigrelet que celui de la veille. La clientèle est blanche, ou asiatique… Les plats, moins chers, sont bons mais ne valent pas ceux de la veille.

 

Mercredi 16 mai : Nous sommes seuls, plus personne, même pour payer nos nuits ! Nous réveillons le patron en klaxonnant et finissons par partir sans obtenir notre monnaie… Marie préfère que nous passions par la route goudronnée, même avec des nids de poule plutôt que par la piste, à cause de son dos. Elle a surtout envie que nous fassions halte au parc de Gorongosa depuis que notre « chasseur professionnel » nous a parlé de bonnes chances d’y voir des lions… Nous traversons Beira en empruntant une avenue très ombragée, bordée de maisons récentes, coquettes, avec 4x4 garé devant, et de quelques maisons coloniales moins reluisantes mais qui, restaurées, ne manqueraient pas de charme. Nous reprenons donc cette route qu’agrémentent des nids de poule, ce qui me permet de me muscler les chevilles, freiner, débrayer, délier les membres supérieurs, tourner le volant, rétrograder et plisser les yeux, apercevoir à temps les trous… Nous bifurquons à Inchope et prenons la route du nord, pas meilleure. Nous n’avons plus de ces camions qui relient le port de Beira au Zimbabwe et à la Zambie. Parfois des cantonniers rebouchent quelques trous mais il s’en crée de nouveaux, c’est vider la mer avec une petite cuillère ! Au bout de quarante kilomètres, nous suivons la piste qui mène au parc de Gorong100_7944.JPGosa. Au poste d’accueil, nous découvrons les tarifs, particulièrement élevés si on utilise son propre véhicule dans le parc ! Marie a tant envie de voir un lion que nous réglons les cent dollars pour la journée et la nuit au camping. Nous déjeunons à l’ombre puis partons, pleins d’espoir… L’absence de crottes d’éléphant sur la piste était de mauvais augure et effectivement nous n’en verrons pas. Nous retrouvons gazelles, antilopes, babouins et phacochères et rien de plus ! Mais la forêt est belle, dense ou aérée avec de nombreux palmiers, surtout des rôniers. Nous aboutissons au bord d’un lac sans eau, une immense prairie qu’occupent des centaines de cobs d’eau et des dizaines de phacochères mais de lions, nenni ! Nous rentrons juste à la tombée de la nuit dans notre camp retranché, protégés par une clôture électrique, déçus et las de cette quête. Nous avons découvert que nous jouissions d’une connexion gratuite à internet depuis le camping, nous en profitons donc.

 

Jeudi 17 mai : Marie, écoeurée, ne veut pas refaire une ultime visite dans le parc, aussi nous repartons par la piste d’arrivée où nous voyons encore des babouins et des cobs. Nous poursuivons sur la route en direction de Caia. La chaussée n’est pas aussi mauvaise que nous le craignions. Certes, il y a des nids de poule mais de longues portions sont en bon état, il faut rester vigilant pour ne pas être surpris. A Caia, un trou poussiéreux perdu dans la brousse, qui ne ressemble en rien à la petite ville que je m’étais imaginée,  je tente de changer des dollars chez un commerçant indien mais il n’a pas assez de liquidités et il m’adresse au distributeur de l’unique banque, installée près de la station-service, seules constructions modernes du bourg. Nous franchissons ensuite le long pont moderne, à péage, qui a remplacé le bac de naguère, sur le Zambèze. Son lit est large, ramifié en plusieurs cours100_7946.JPG d’eau entre les herbes. Nous cherchons de l’ombre pour déjeuner, ce qui n’est pas évident, les quelques manguiers sont dans les villages et les autres sont rares. Le paysage est tout à fait quelconque, une brousse avec des champs de maïs et de petites bananeraies. Les objets les plus usités sont la bicyclette, notamment pour transporter les sacs de charbon de bois vendus sur le bord de la route, et les bidons en plastique pour la corvée d’eau. De modestes mosquées apparaissent sur le bord de la route, toujours sur un emplacement parfaitement balayé. Quelques hommes portent le calot blanc et des femmes ont un voile sur la tête. Il est vrai qu’il y a plus de musulmans que de catholiques ! Nous avançons bien, mieux que je ne le craignais et à la tombée de la nuit, c’est-à-dire à cinq heures et demie, nous sommes à Mocuba, à la recherche d’un lieu d’hébergement. Nous tentons notre chance à l’église, pourvue d’un grand terrain enclos, mais le curé est à la messe. Nous nous rabattons sur la station-service où on nous accepte bien volontiers, surtout après avoir fait visiter le camping-car, mais évidemment le lieu est bruyant. Je suis vite énervé par les mobylettes dont les conducteurs ne peuvent s’empêcher de faire cracher les gaz et ronfler le piston… Mais où aller ?

 

Vendredi 18 mai : La nuit a été calme, une fois les derniers clients servis, mais au matin, dès cinq heures, les camions commencent à venir faire le plein. Nous continuons en direction de Nampula. Quelques kilomètres de goudron puis la route est en cours de réfection et nous devons rouler sur une piste poussiéreuse parallèle avant de pouvoir nous rattraper sur l’asphalte tout neuf. Le paysage est plus vallonné et comme les jours précédents, depuis que nous sommes au Mozambique, nous remarquons, dix kilomètres avant et dix kilomètres après chaque agglomération, le défilé des piétons et des cyclistes sur les deux bas-côtés de la route. Où vont-ils tous ? Les cases ne sont plus rondes mais carrées, en briques de terre, avec un toit de chaume moins épais et moins ordonné, supporté par des poteaux qui forment une véranda. Dans la traversée d’un bourg, je fais connaissance avec la police de la route équipée d’un radar qui leur a permis de me contrôler à 71 km/h au lieu des 60 autorisés. Montant de l’amende : 1000 méticais, soit 40 dollars, que je refuse de payer. Discours tout en français jusqu’à ce qu’on nous rende mon permis… Nous nous arrêtons pour déjeuner peu avant Nampula, au bord d’un ruisseau dans lequel des cyclistes se lavent, ils ne semblent pas ravis de notre intrusion ! Des pitons, des pains de sucre ont crevé la croûte terrestre et pointent tout autour de Nampula, des crottes basaltiques qui semblent tout juste refroidies parsèment100_7947.JPG  la campagne. La ville est très active mais sa chaussée est la pire de toutes les villes traversées ! Marie veut acheter une crème pour le visage. Dans la pharmacie, aucune des marques souhaitées, aucune marque d’ailleurs ! Elle se contente d’un onguent qui s’avère inutile… Nous cherchons un supermarché, le premier n’existe plus, le second n’ouvre qu’à deux heures et demie ! Nous attendons… je fais le tour de pâté de maisons en quête d’un autre magasin mais je ne trouve que des quincailleries et des banques. Pas grand-chose dans ce supermarché qui n’est qu’une boutique avec des produits congelés. Nous repartons en direction d’Angoche. Il est tard et nous ne pourrons sans doute pas y être avant la nuit. Au début, la piste, large et bonne est très roulante mais elle se dégrade vite et se rétrécit. J’essaie de rouler au maximum de vitesse mais quand la nuit tombe je dois ralentir. Quelques portions incongrues de goudron me permettent de souffler mais la dernière heure est pénible. Un dernier bout de goudron et nous y sommes. La ville est faiblement éclairée, pas d’indications d’un quelconque camping, ce que nous confirme un passant. Nous finissons par trouver un terrain derrière un restaurant et un temple de « l’Eglise du Règne de Dieu ». Ils sont en plein service, chantent, hurlent, la transe n’est pas loin. Nous allons dîner au restaurant dont le patron nous a obligeamment ouvert la porte du terrain. Avant de passer commande, un garçon nous apporte la facture du parking : 30 dollars ! Je vais dire ce que j’en pense au patron, dans un français sans un mot de portugais mais il a compris… Je lui laisse sa facture et nous repartons en quête d’un autre hébergement. Décidément nos rapports avec les Mozambicains sont économiquement malsains. Après l’épisode du pompiste de Beira, les seuls gestes perçus des passants sur le bord de la route étaient de nous réclamer des cigarettes. Le Blanc est systématiquement considéré comme un distributeur de billets ! Nous allons nous installer derrière une pompe à essence relativement calme. Nous recevons un SMS de Guy et Marie-Jo qui jettent l’éponge, leur voiture ne tourne toujours pas et ils rentrent en France !

 

Samedi 19 mai : De plus en plus à l’est, nous sommes de plus en plus tôt réveillés par le soleil et surtout par les bruits des habitants matinaux. L’atelier mécanique derrière lequel nous avons dormi met en marche ces machines dès cinq heures et demie ! Dès que nous sommes debout, je démarre la voiture et cherche un endroit plus au calme. Je m’100_7951.JPGaperçois que si hier soir, nous avions continué la grande avenue par laquelle nous sommes arrivés, nous aurions abouti à un petit square au-dessus de la mangrove et du rio. Nous nous garons là pour petit déjeuner puis, pendant que Marie procède à ses ablutions, je vais contempler le ballet des dhows, ces barques arabes à voile latine qui se déploient joliment sur le bleu des eaux, derrière le vert des palétuviers. Nous repartons à la recherche de la plage. Il faut suivre une piste qui longe puis traverse une zone de marigots envahis par les palétuviers et dans laquelle des rizières ont été aménagées. 100_7952.JPGNous atteignons un village ensablé avant le cordon dunaire planté de filaos où la piste se termine. Je m’arrête à quelques mètres du sommet de la dune, peu soucieux d’aller me planter dans le sable. Nous nous garons devant un bar-restaurant désert qui aurait constitué un bivouac parfait hier soir si nous l’avions su ! Nous allons marcher sur la plage, très large et très longue et sans ombre. Elle est parcourue par des motocyclettes et des bicyclettes qui, d’après ce que j’ai cru comprendre, viennent vendre des mangues, des fruits aux pêcheurs !!! Je prends un bain, l’eau est bonne mais ce n’est pas la transparence des lagons que je croyais trouver. Tout ici nous évoque le Sénégal, la végétation, filaos, manguiers et plus rares cocotiers, les cases semblables à celle des diolas, les riz100_7963.JPGières, les pistes sur des digues. Nous revenons à Angoche puis repartons à l’intérieur des terres, seul moyen de passer d’un point de la côte à un autre. En cours de route nous croisons de nombreux vélos chargés qui s’en reviennent d’un marché. Nous y faisons halte. La curiosité est réciproque, les touristes doivent être rares ! L’appareil photo ne provoque aucune hostilité ni refus, on me solliciterait presque ! Les femmes, musulmanes, portent des pagnes colorés en guise de voiles de tête. On y trouve tout le nécessaire pour réparer un vélo, toute la quincaillerie domestique et peu de fruits en dehors de bananes, oranges et de petites tomates-cerises. Nous repartons en laissant notre cour d’admirateurs sur leur faim… A Liupo nous remettons le cap sur l’est et en début d’après-midi nous parvenons à Mogincual. Une usine de décorticage et ensachage de noix de cajou est la seule preuve d’une activité économique. Ce n’est certes pas la bonne heure ni le bon jour mais il ne s’y passe rien ! Les bâtiments en dur de l’époque coloniale sont tous en ruine, aucune construction récente, pas de goudron ni même d’électricité ! Donc aucun espoir de trouver une boisson fraîche… Nous trouvons la piste qui mènerait à la plage. Sans la moindre trace du100_7973.JPG passage d’un autre véhicule, elle n’a que la largeur d’une voiture et souvent les roues ne sont pas à la même hauteur à droite et à gauche… Au bout, nous débouchons sur un embarcadère pour les pêcheurs, au bord du rio. De là, il faudrait partir avec l’un d’eux pour atteindre le bord de mer… Nous revenons nous garer à l’ombre d’un manguier dans le centre de Mogincual, entre des bâtiments en ruine. Nous ne sommes pas installés depuis cinq minutes que surgit un important (du moins ce doit être son avis !) responsable politique qui nous reproche de nous être installés sans nous être manifestés auprès des autorités… J’essaie de garder le sourire et je l’accompagne, à pied, auprès de l’autorité supérieure en charge de la sécurité de la ville… Nous devons traverser quelques prairies envahies par les hautes herbes avant d’atteindre un ancien fortin, siège de la police. Les deux seules personnes présentes sont étendues de tout leur long sur le sable de la cour et dorment. Ils sont vertement réveillés et tancés par mon accompagnateur et le commandant est envoyé chercher chez lui. Il revient ensommeillé, demande à voir nos passeports, ne trouve pas la page avec le visa, le seul en portugais, je le lui montre. Il admet que tout est en règle, nous pourrons dormir sous notre manguier… Je retourne au camion, peu après arrivée d’un policier qui a été chargé de relever les indications portées sur nos passeports… Ambiance… J’aurais aimé parler portugais pour demander si le Frelimo a tout lieu d’être fier de ses réalisations en vingt ans d’indépendance, en particulier ici…Nous passons la fin de l’après-midi à nous demander si le marché de demain, raison de notre venue, en vaudra la peine. A la tombée de la nuit, des gosses viennent nous contempler puis crier en tournant autour du camion. Excédé, je vais voir le commandant si soucieux de notre sécurité et lui demande de faire le nécessaire. Il envoie, au pas de course, quelques séides ramener le calme… La nuit tombe, profonde, très profonde… Pas une lumière dans la ville, enfin si, la nôtre !!!

 

 

Dimanche 20 mai : Pas un bruit au réveil, aucun cri ne signale l’agitation d’un marché. Pourtant, à la sortie de la ville, à côté du terrain de football, des colporteurs et des marchandes se sont installés. Nous allons y traîner une heure, curieux et curiosité.100_7992.JPG Nous sommes en permanence l’objet de l’attention d’une escorte de gosses et de passants et la cible des regards de tous. Aucun problème pour photographier, les femmes poseraient plutôt mais les curieux se placent trop souvent devant l’objectif ! Les colporteurs vendent des tissus-pagne, Marie en achète un, des ustensiles domestiques en plastique, de la quincaillerie, des fripes. Les marchandes locales proposent des petits tas de citrons verts, piments, manioc, poisson séché, et des poteries rustiques. Nous reprenons la piste qui s’améliore après Quixaxe avant de retrouver, à Monapo, le goudron et l’électricité ce qui nous permet d’acheter des sodas frais. Nous continuons en direction de Ilha da Moçambique. La région semble plus développée, les villages se succèdent le long de la route avec des maisons en dur plus fréquentes. Peu avant le pont qui permet d’accéder à l’île, nous cherchons l’ombre d’un arbre pour déjeuner. Nos manœuvres doivent paraître suspectes à des policiers que nous n’av100_7989.JPGions pas vus. Nous sommes arrêtés et le chef des argousins, assis dans son fauteuil, sur le bord de la route, nous cherche la petite bête. Il s’aperçoit que le permis de conduire international que je présentais à chaque requête est périmé, je lui en sors un plus récent. Il nous demande les documents de la voiture et réclame un permis de circuler sans comprendre que le carnet de passage en douane en tient lieu. Quand enfin il parvient à le déchiffrer, il nous rend les papiers mais pour ne pas perdre la face, il demande à voir le gilet fluorescent et les deux triangles de signalisation… Un long pont, à une seule voie, avec des élargissements pour se croiser, nous amène à l’île, tout en longueur, posée sur une mer bleue100_8004.JPG à peine rayée par le sillage de quelques dhows. Nous nous arrêtons à son extrémité sud, face à l’îlot où est situé un vieux fort, pour déjeuner puis nous nous mettons en quête d’un logement. Nous sommes résolus à abandonner pour deux soirs le confort de notre camion pour l’exiguïté d’une chambre dans une ancienne maison transformée en hôtel de charme… Nous suivons le bord de mer en logeant des quartiers de masures surpeuplées avant d’atteindre le quartier historique aux bâtiments anciens qui ne paraissent pas en bien bon état. Nous visitons un premier hôtel avec u100_8030.JPGne chambre très correcte mais, avant de nous décider, nous voulons en voir un autre. Je cherche l’hôtel tenu par Antoine, un architecte français établi depuis des années au Mozambique et sur qui j’avais vu à la télévision en France un reportage qui m’avait fait découvrir cette île inconnue et donné envie d’y venir. En passant par des rues trop étroites, j’accroche avec le bord du toit du camion un panneau de sens interdit et écrase une arête sur toute sa longueur ! Je ne suis pas content ! Nous trouvons une chambre, vaste, climatisée, confortable dans ce bel hôtel qui occupe une ancienne maison avec un patio fleuri autour d’une piscine. Nous nous y installons puis une douche est vite appréciée avant de profiter de la piscine. Nous allons faire une courte promenade, à la nuit tombante dans les rues proches. Presque toutes les maisons sont dans un état de délabrement consternant. Il est difficile de croire que le processus puisse être inversé tant il100_8020.JPG est profond. Quelques bâtiments semblent avoir bénéficié d’une restauration mais ils sont déjà en voie de déréliction ! Nous regagnons notre hôtel, nous installer sur les fauteuils du restaurant avant de prendre une Caïpirinha. Encore un de ces breuvages qui glissent dans le gosier comme, selon l’élégante formule consacrée, un pet sur une toile cirée, en laissant un goût de trop peu ! Nous dînons au restaurant de l’hôtel, après un excellent carpaccio de thon, Marie a la mauvaise idée de commander des crevettes gratinées, je me console avec des lulas, des calamars, grillés et une bouteille de vinho verde, pétillant à souhait. Nous digérons auprès de la piscine, allongés sur un charpoï, un lit de corde indien avant de regagner la chambre.

 

Lundi 21 mai : Pas trop bien dormi. Réveillé dans la nuit, assoifé, je me suis levé pour boire mais l’eau du robinet était saumâtre et les moustiques en ont profité pour attaquer ma chair faible et tendre ! De la chambre, située au-dessus de la réception, nous ne pouvons rien ignorer des conversations du personnel en-dessous. Pour une fois, pas de route à faire et la voiture ne bouge pas de la journée. Nous ne sommes donc pas pressés. Le petit déjeuner est inclus, nous avons une bonne co100_8013.JPGnfiture de fruits tropicaux parfumée d’une multitude d’épices dont de la cannelle… Nous partons ensuite nous promener dans les rues défoncées entre deux rangées de maisons en ruine. Nous parvenons à une place sur laquelle se dresse (ou se dressait ?) le beau bâtiment du vieil hôpital. Il devait avoir fière allure, c’est aujourd’hui un ensemble de constructions lépreuses, d’une saleté repoussante, où les immondices sont jetés par les fenêtres. A côté une église au crépi blanc parfait… Nous rejoignons le bord de mer, à côté d’une mosquée au crépi vert parfait… La plage devant est une poubelle, c’est aussi les toilettes publiques où les enfants (et sans doute les autres…) posent culotte, à côté des latrines publiques. La baignade est100_8027.JPG réservée aux dermatologues suicidaires… Nous revenons par des rues écrasées de soleil, passons au jardin de la mémoire qui, comme à Gorée, veut évoquer, dans les ruines d’une maison de traite, le souvenir des esclaves partis vers d’autres cieux. Nous repassons par les rues aperçues la veille. Quelques maisons ont été ou sont restaurées. Seuls des organismes, des banques, des hôtels peuvent en assurer les frais, la volonté publique ne paraît pas très affirmée à voir l’état du domaine publique : chaussée, jardins, dallage des squares. Nous atteignons l’esplanade devant le palais et l’église des jésuites de Sao Paulo. L’ensemble d’un rouge presque brun a belle allure mais commence à avoir besoin d’un rafraîchissement. Il renferme un musée naval que nous devons traverser sous la surveillance d’un guide peu souriant. Le musée adjacent d’art sacré nous intéresse plus avec quelques belles statues de Saint-100_8029.JPGSébastien, Sainte-Anne et un Christ en ivoire polychrome originaire de Goa, à l’époque où l’île était une escale incontournable pour les Portugais sur la route des Indes. Nous faisons une halte au bar pour un second Coca… Puis nous rentrons à la chambre. Nous en avons changé pour une avec salle de bain privée, plus au calme. Nous y déjeunons avec nos dernières provisions. Petite sieste avant de descendre nous tremper dans la piscine. Nous repartons vers la pointe nord. En passant par d’autres rues, nous découvrons deux portes à double battant en bois, au linteau sculpté, d’influence indienne. Nous revenons devant Sao Paulo et marchons jusqu’à l’extrémité de la jetée d’où, dans le soleil déclinant, nous100_8038.JPG avons une belle vue sur la côte de l’île, la forteresse et les restes des constructions anarchiques. Nous marchons jusqu’à la forteresse en passant devant un jardin publique planté de superbes banians. Nous revenons pour utiliser internet aux télécommunications nationales. Courrier puis blog mis à jour. Nous rentrons de nuit. Nous ne résistons pas au plaisir de nous offrir de nouveau une caïpirinha. Faute d’avoir trouvé un restaurant avec une carte intéressante et dans un cadre agréable, nous dînons encore à l’hôtel, toujours de poisson et de crustacés grillés mais cette fois avec de la bière, (beaucoup) plus économique…

 

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