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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 16:19

Jeudi 31 mai : Pas de visiteurs ce matin. Nous entendons les bruits du village proche et des voyageurs qui traversent la bande de sable dans le lit du rio. En Tanzanie, il est une heure plus tard, nous nous levons comme d’habitude, à six heures et demie, donc cinq et demie au Mozambique ! Nous rejoignons la piste qui aboutissait au débarcadère du défunt bac puis en traversant les rizières, nous arrivons au poste frontière tanzanien. Les formalités traînent un peu mais ne posent aucun problème, la jeune fille au service de l’immigration nous chante même « Frère Jacques » ! Nous continuons sur une piste très moyenne qui traverse des forêts d100 8146e pommiers-cajou. Jean-Michel s’arrête devant un atelier de décorticage de noix et obtient un beau succès avec son habituelle faconde. Une centaine de femmes cassent les coques au moyen d’un appareil antique, mu au pied. Certaines sont installées dehors sous un beau pommier et d’autres occupent  une salle de classe. On nous explique que les noix sont ensuite conditionnées puis exportées. Nous retrouvons le goudron peu avant Mtwara que nous traversons. Nous cherchons à changer des devises, ce que nous réalisons dans une banque puis nous cherchons du ravitaillement. Faute de supermarché, nous parcourons les allées du marché où nous trouvons des fruits mais les étals de viande ne sont pas très appétissants. Nous déjeunons dans une gargote de la gare routière, cuisses de poulet sportif et frites réchauffées avec une bouteille d’eau. L’échoppe voisine vend de la bière mais pas à cette heure ! Nous tentons de trouver un cybercafé mais aucun n’a de connexion. Tous les panneaux et les publicités sont en swahili, parfois traduits en anglais. Nous revoyons les réclames pour des salons de coiffure avec des 100_8156.JPGpeintures colorées et expressives. Nous continuons en direction de Lindi et arrêtons peu après à Mikindani, ancien port d’exportation d’esclaves et poste colonial au bord d’une belle baie bordée par la mangrove. Nous parcourons les rues et découvrons de belles maisons en ruines mais certaines ont de belles portes d’origine indienne ou arabe. Au sommet de la colline le boma, le poste administratif, a été transformé en hôtel de charme. Nous repartons, traverso100_8157.JPGns une belle région couverte de cocoteraies à l’ombre desquelles poussent des bananiers et des lopins plantés en riz. Nous atteignons Lindi et y cherchons un lieu où camper. Nous trouvons le bord de la baie et là aussi de belles maisons coloniales ruinées mais avec encore belle allure. L’une ne tient plus que grâce aux racines des ficus qui ont poussé entre et sur les murs. Nous parvenons après un long marchandage à nous installer dans la cour d’un hôtel qui a dû être de bonne tenue mais qui est en pleine dégringolade. On nous ouvre une chambre pour utiliser la salle de bain. Le lavabo est bouché et l’eau est froide… Les gardiens sont des Massaïs, reconnaissables à leur grande taille et surtout à leur couverture dans les tons rouge, rejetée sur l’épaule, et aux bracelets métalliques qui enserrent leurs avant-bras. Nous prenons l’apéritif puis dînons ensemble de pavés de thon achetés au marché et grillés sur leurs barbecues.

 

Vendredi 1er juin : Nous nous rendons dans un cybercafé où nous avons une connexion rapide, nous trouvons un message de Julie qui ne parle plus que de la Thaïlande, un de Nicole toujours anxieuse. Nous retrouvons nos compagnons le long de la plage où les100_8167.JPG pêcheurs ramènent dans leurs filets crevettes et petits poissons. Nous achetons, au prix fort, sans marchander, des crevettes pour le dîner. Un dernier coup d’œil à l’extraordinaire maison envahie par les racines des ficus avant de reprendre la route. Nous roulons entre mangrove et rizières que séparent des grandes cocoteraies et des baobabs argentés. Les traversées de villages sont fréquentes et la vitesse y est limitée à 50 km/h et on nous a avertis que les radars sont fréquents. Nous n’en verrons aucun mais nous tentons néanmoins de respecter les limitations d’autant que de sévères ralentisseurs sont installés à l’entrée et à la sortie. La route s’éloigne de la côte mais les baobabs restent une constante du paysage. Nous quittons l’axe principal pour retrouver l’océan à Kilwa. Nous trouvons un resort qui nous accepte en campeurs et qui organise des visites à l’île de Kilwa où se trouvent de belles ruines de l’époque des sultans omanais. Nous nous renseignons et commandons des sandwichs. J’aurais préféré dîner ce soir au restaurant mais il semble que je suis le seul de cet avis… En ce qui concerne l’excursion à l’île, les tarifs d’entrée qui dépendent du service des antiquités ont bondi le 1er février de 2000 à 27000 shillings tanzaniens pour les non-résidents. Je tente de persuader Vera, la charmante responsable du resort que nous sommes de tout nouvellement recrutés professeurs de l’école française de Dar es Salam… Ce n’est pas à elle d’accepter cette belle histoire mais au service concerné… Les sandwichs commandés tardent. Nous sommes agréablement installés sous une paillote dont l’axe central est l’énorme tronc d’un baobab mais le temps passe et nous avons de plus en plus faim… Enfin nous pouvons satisfaire nos estomacs ! Nous nous rendons ensuite, Jean-François et moi, en tuk tuk avec Vera au service des antiquités où on se montre intraitable et où nous devons payer la somme réclamée. Nous revenons au resort en passant par le marché, occasion d’acheter du gingembre et une mangue et de disputer une partie de jeu de dames, lamentablement perdue face à Jean-François. De retour au campement nous allons tous goûter la température de l’eau à la plage en contrebas. La marée est basse mais l’eau est à la bonne température. Nous nous installons et prenons l’apéritif sous la tonnelle puis dînons de nos crevettes, grillées au barbecue pour eux, poêlées pour nous avec un beurre de gingembre qui n’a pas grand succès.

 

Samedi 2 juin : Les moustiques ont été virulents toute la nuit et j’ai peu dormi. A l’heure, six heures, où je devrais réveiller Marie, je dors enfin ! Nous n’avons que trois quarts d’heure pour êt100_8171.JPGre prêts. Et nous le sommes ! A sept heures, on nous emmène tous dans deux tuk tuk jusqu’au port où nous attend Samuel, notre guide. Il parle lentement ce qui me permettra de remplir à peu près correctement mon rôle imposé de traducteur. Nous montons à bord d’une barque à moteur qui nous fait traverser rapidement mais non sans être mouillés par les embruns, jusqu’à l’île de Kilwa Kisiwani. Nous distinguons de mieux en mieux en approchant le vieux fort omanais. Nous débarquons à marée basse et commençons la visite par le fort, anciennement portugais mais il en reste surtout les constructions du XIX° siècle de la période omanaise. Placé entre deux ou trois100_8179.JPG cocotiers et dominant des barques échouées, il ne manque pas d’allure. Nous en faisons le tour et pénétrons dans sa cour. Les murs en pierre de corail ont encore des traces d’enduit mais il ne reste aucune décoration. Une récente restauration lui a fait retrouver sa porte en bois sculpté, copie de l’originale. Les pièces étaient limitées en largeur par la longueur des madriers en bois de manguier utilisés pour les solives. Nous continuons par la visite de la grande mosquée, la plus grande au sud du Sahara au XV° siècle. Elle a conservé ses deux mirhabs l’un dans la construction à toit plat écroulé du XI° siècle, l’autre dans la plus vaste salle couverte de dômes du XV° siècle. En traversant le village nous atteignons une seconde mosquée, beaucoup plus petite, avec des traces de décoration de carreaux de faïence bleue. Puis c’est un vaste palais dont on imagine l100_8186.JPG’importance au périmètre du mur d’enceinte. Quelques ouvriers gâchent du ciment en travaillant à la restauration, Jean-Michel, maçon de son état est dans son élément et se passionne. Nous devons ensuite par une longue marche traverser le village puis suivre des sentiers dans la brousse pour déboucher devant un autre palais, face à la mer, plus vaste mais plus ruiné car abandonné depuis plus longtemps. Notre guide nous montre des salles qu’il nous présente comme une salle de spectacle (?) et un bassin octogonal qu’il baptise « piscine ». Ses  sources, des dessins et la tradition orale, ne semblent guère scientifiques. L’ensemble est tout de même plutôt décevant, il ne reste pas grand-chose des décorations et nous ne sommes pas sûrs que le prix et la fatigue aient été justifiés. Marie a peiné pendant la marche sur le sentier étroit, au soleil. Le guide fait venir la barque au pied du palais, nous épargnant ainsi une nouvelle marche pénible. Nous revenons sur le continent puis, toujours en tuk tuk, au campement. Il n’est que onze heures, en repartant aussitôt, nous aurions une chance d’atteindre Dar es Salam ce soir mais nos compagnons ne sont pas de cet avis et nous traînons avant et après le déjeuner pris sous la tonnelle. Enfin nous repartons mais il faut aussitôt s’arrêter au marché pour l’achat de quelques fruits. Nous retrouvons la bonne route goudronnée pour Dar es Salam qui s’éloigne100_8191.JPG du bord de mer. La bonne opinion que j’avais du réseau routier tanzanien est tempérée quand nous devons continuer pendant une quarantaine de kilomètres sur une très mauvaise piste, dans le sable et les fondrières. Plus question d’espérer être ce soir à Dar es Salam ! Avant que la nuit tombe et alors que nous avions retrouvé un bon goudron, nous nous écartons de la route et trouvons un emplacement de bivouac à côté d’une toute petite église évangéliste, trois bancs et un toit de chaume. On va nous chercher le pasteur qui nous accorde volontiers l’autorisation mais ravi de l’aubaine, il prévient sa famille de notre arrivée. Sa femme, sa fille, une voisine, des bébés, nous sont amenés. Nous faisons visiter avec le succès habituel avant de pouvoir sortir tables et fauteuils pour le traditionnel apéritif suivi du dîner avec nos dernières provisions.

 

 

Dimanche 3 juin : Personne n’est encore arrivé à l’église quand nous nous réveillons. Plus tard arrivent la fille du pasteur et deux de ses amies venues balayer, poser un tissu blanc sur l’autel et ouvrir la Bible à la page du jour. Puis elles repartent et nous ne revoyons personne. Le temps passe, neuf heures, l’heure annoncée du culte, nous patientons encore puis décidons de partir en laissant un message d’excuses et de remerciements. Nous reprenons la route ou plutôt la piste car nous en avons encore une dizaine de kilomètres. Sur le bord de la route, on vend des fruits que nous n’identifions pas immédiatement. Il s’avère ensuite que ces fruits sont des grenadelles, grenadilles ou fruits de la passion. J’en achète pour un demi-kilo et repars avec un grand sac qui pèse plusieurs kilos ! Les radars sont plus fréquents en approchant de Dar es Salam et Jean-Michel se fait prendre. L’arrivée à la capitale ressemble à l’entrée à Dakar : une grande avenue à demi recouverte de sable, un vent qui le soulève et disperse aux quatre coins, papiers, plastiques et tout ce qui peut voler, une circulation anarchique et une multitude de commerces dans des baraques de bois. Nous trouvons grâce au logiciel de navigation de nos compagnons le FPCT, Free Pentecostal Church in Tanzania, une mission protestante qui assure un service de gardiennage des véhicules des voyageurs comme nous. Nous pouvons y camper, manger, nous doucher, laver du linge et un atelier de mécanique est aussi à notre disposition, un vrai havre pour l’overlander, le « routard » mécanisé… Nous nous connectons à internet, aucun message… Nous écrivons à des hôtels à Zanzibar. Nous corrigeons mon texte et je mets le blog à jour. Une fois tous douchés, nous faisons venir un taxi, nous nous faisons conduire à un restaurant, celui que choisit le chauffeur ! Bien choisi puisque sans alcool ! La cuisine n’est pas mauvaise mais les portions servies sont en dessous des minima acceptables ! Retour à la mission. Je m’installe dans le salon en plein air pour écrire, les pieds dévorés par les moustiques.

 

Lundi 4 juin : Nous sommes si habitués à nous lever tôt que les jours où nous ne sommes pas pressés, nous sommes debout à la même heure ! La journée doit être consacrée à résoudre un certain nombre de problèmes, de magasinage de la voiture et de l’excursion à Zanzibar. Le personnel de la mission nous facilite les choses : le responsable de l’atelier de mécanique peut se charger de la révision des véhicules et des réparations éventuelles et il se fait fort de trouver à recharger les bouteilles de gaz. Nous partons avec les voitures pour nous rendre à un supermarché, un comme nous n’en avions plus vu depuis quelque temps sans charcuterie ou viande de porc mais avec des alcools. Nous n’achetons que pour les deux soirs à venir puis repartons nous garer dans le centre-ville. La circulation n’est pas vraiment fluide mais quand nous nous égarons et devons faire demi-tour, les autres automobilistes nous en laissent la possibilité sans rechigner. La ville est laide : des immeubles récents, te100_8194.JPGmples du béton et pour quelques-uns du panneau vitré mais sans unité et chacun construit ce qu’il veut, les anciennes maisons de commerce disparaissent sous les publicités tape-à-l’œil. Nous nous garons ainsi que Jean-Michel dans la rue principale. Nous changeons des euros dans un « bureau de change » à un taux légèrement supérieur à celui de la banque mais surtout beaucoup plus rapidement. Nous attendons ensuite les autres devant un restaurant, le « Rendez-vous », tenu par une Indienne souriante. Ils nous rejoignent quand nous sommes installés et nous commandons des plats sur sizzler, sans saveur particulière et nous devons encore une fois boire de l’eau ! Marie et moi repartons seul pour un rapide tour du quartier. Nous en profitons pour acheter les billets de bateau en 1ère classe s’il vous plaît, pour Zanzibar. Puis nous passons devant l’église Saint-Joseph assez laide pour qu’on la croit en béton… En revenant dans la rue principale, nous rentrons dans une boutique de souvenirs tenue par des Indiens. Ils ont quelques bijoux anciens dont des bracelets dans un alliage pauvre en argent mais l’un d’eux plaît à Marie. Je parviens à le marchander au sixième du prix annoncé ! Ce sera son cadeau de fête des mères…Nous reprenons la voiture qui a été lavée ! Nous nous rendons dans un grand hôtel pour confirmer notre vol de retour puis nous nous glissons dans les embouteillages pour rentrer à la mission. Je ne retrouve pas mon chemin et je dois sortir l’ordinateur et le GPS pour y parvenir. Les bouteilles de gaz ont été remplies à un tarif un peu exagéré… Nous nous connectons, une réponse d’un hôtel de Zanzibar et rien de Gisèle. Nos compagnons reviennent, nous faisons une sorte de dîner de fin de voyage en utilisant les installations de la mission ce qui permet à son responsable de nous réclamer quelques milliers de shillings… Jean-Michel a acheté une bouteille de vin mousseux doux que nous prenons à l’apéritif avec les sambos, Jean-François une d’un honnête rosé et nous une d’un rouge gouleyant que nous buvons avec le poulet frit et des patates sautées dans la graisse de canard de nos cuisses de confit de l’avant-veille, un repas comme nous n’en avions plus connu depuis… Les hôtes de la mission, tous culs-bénits, regardent de travers nos libations… Nous essayons d’avoir Julie au téléphone sur Skype mais nous n’obtenons que ses répondeurs !

 

Mardi 5 juin : Nous sommes réveillés par les bruits du déchargement d’un conteneur là où nous voulions stationner. Jean-Michel et Christine partent ce matin pour Zanzibar. Nous passons ensuite la majeure partie de la matinée à nettoyer les toilettes et le placard de la voiture. Je dois aussi relaver le toit et le capot de la voiture, l’arbre sous lequel nous avons dormi abritait quelques oiseaux peu respectueux… Nous partons pour le centre-ville par le même trajet que la veille et nous nous garons dans la même rue. Nous déjeunons en terrasse, pas très bien, curry de bœuf pas épicé et ne sentant pas le curry et poulet grillé avec des frites pour Marie, mais avec de la bière ! Nous sommes dans le quartier des administrations et ici se croisent deux mondes. Celui des petites gens avec des activités précaires, marchands de boissons fraîches, de casse-croûtes, de chaussures d’occasion (très important les chaussures pour un Africain !), gardiens de voitures etc… et une classe de fonctionnaires et employés qui aiment afficher leur élégance. Nous nous rendons ensuite au Musée national. Un beau bâtiment moderne entoure l’ancien, un palais arabo-andalou (!) au fond d’un jardin articulé autour d’un superbe figuier devant lequel des sièges en béton ont été posés comme autour d’un arbre à palabres. Dommage que cette bonne première impression soit vite ternie par la visite ! Les salles n’ont pas grand-chose à montrer, la section d’histoire naturelle est lamentable, trois trophées d’antilopes, un crâne d’éléphant, un squelette et une reproduction d’un dugong. D’autres salles (évolution de l’humanité, art pariétal) ne présentent que des panneaux didactiques. La salle d’ethnologie a quelques objets dont un très beau lit à baldaquin en provenance de Kilwa et celle d’histoire de la Tanzanie des photos du père de la nation, Nyéréré. Je vais rechercher la voiture et nous rentrons, sans trop d’encombrements et sans nous tromper, préparer le sac pour le départ de demain matin. Nous nous installons dans le salon en attendant le retour de Jean-François et Jacqueline avec qui nous prenons le dernier gin-tonic du voyage puis dînons tout en discutant. Ils évoquent leur carrière d’éducateurs

 

 

Mercredi 6 juin : Nous nous réveillons assez tôt pour être prêts à partir à huit heures. Le taxi réservé la veille par Jean-François n’est pas là… Nous devons en appeler un autre. Pendant ce temps, je remise la voiture au parking fermé et règle au responsable trois mois de gardiennage. Le taxi commandé est arrivé, nous partons avec une demi-heure de retard. Jean-François remarque qu’il roule avec une galette en guise de roue et que sa jauge à essence est au plus bas. Et ce qui était une plaisanterie devient réalité, nous tombons en panne d’essence à un carrefour. Le chauffeur abandonne sa voiture et part chercher de l’essence avec un bidon… Il revient à temps pour que ce soit à notre tour de circuler… Nous arrivons100_8203.JPG à temps et même très en avance au port ! Nous embarquons sur un catamaran très moderne, en compagnie d’autres touristes et de quelques locaux, femmes en robe longue noire et foulard sur la tête, les hommes avec calotte brodée. Nous nous éloignons du port et contemplons la ville de la mer, immeubles en construction, en verre surgis de la ville basse. Nous franchissons le goulet entre marché au poisson populeux et côte frangée de cocotiers où des pêcheurs tirent des filets. Puis nous sommes en haute mer pendant presque deux heures, croisant de frêles esquifs à balanciers occupés par des pêcheurs solitaires, loin de la terre. Nous distinguons la côte zanzibarite puis des îlots encerclés de plages immaculées et entourés d’une mer100_8214.JPG turquoise. Nous longeons à vitesse réduite la capitale Stonetown et ses anciennes maisons arabes ouvertes aux vents de l’océan sur plusieurs étages et précédées de vérandas. Nous accostons et sommes surpris de devoir passer un contrôle d’immigration avec tampon sur le passeport, comme si nous entrions dans un nouveau pays. Nos carnets de vaccination contre la fièvre jaune sont aussi contrôlés. Les 100 8215chauffeurs de taxis se précipitent, nous disent que l’hôtel réservé est fermé, qu’il faut prendre une voiture pour s’y rendre… Nous nous en débarrassons et y allons à pied en moins de cinq minutes ! Dès le débarcadère, nous avons découvert de belles maisons coloniales à la décoration chargée, des dentelles de bois ou de fer au rez-de-chaussée et aux étages embellissent les poteaux et les bords des toits. Avec les placettes et les ruelles où seules les vespas se fraient un chemin à grand renfort de klaxon, nous avons l’impression de débarquer dans une Venise lépreuse. Les maisons avec leurs hautes façades percées de petites fenêtres derrière des volets de bois à deux niveaux, peints en bleu mais dont l’entrée est presque toujours une splendide porte à l’encadrement100_8221.JPG très ouvragé, parfois ripoliné, évoquent de loin l’Arabie du sud et donc le Yemen mais sans avoir l’uniforme splendeur de Sanaa. Notre hôtel pour une somme modique, nous offre une chambre chaulée, au plafond de poutres repeintes en noir, meublée dans le style local notamment de lits à baldaquin, hauts sur pieds, très travaillés et décorés de petites peintures d’oiseaux ou de fleurs, sur des carreaux de verre. Une moustiquaire complète l’impression d’exotisme… Nous ressortons pour aller dîner avec Jacqueline et Jean-François au restaurant en terrasse au bord du port, le Mercury’s, pour rappeler le chanteur Freddie Mercury, natif du lieu. Les plats, un curry vert de poisson pour moi et une friture de poulpes, calamars et crevettes pour Marie, un peu chers, ne sont pas très copieux, mais excellents. Nous y retrouvons Jean-Michel et Christine, arrivés la veille. Nous rentrons à l’hôtel pour une courte sieste et repartons en longeant le bord de mer, passant devant des palais transformés en musée que nous visiterons demain. Après avoir traversé un agréable jardin, regardé les cartes alléchantes des restaurants, nous retrouvons Jean-Michel et Christine qui nous emmènent chez un loueur de voiture où nous réservons une petite jeep pour samedi puis nous traînons dans la rue des boutiques de souvenirs, plus animée mais où100_8230.JPG les rabatteurs sont à la recherche de touristes en perdition. En levant les yeux, nous admirons d’autres maisons, hélas pas toujours en bon état. Fatigués, nous revenons vers le bord de mer et allons prendre un pot sur une terrasse qui domine un atelier de fabrication de boutres. Nous nous rendons ensuite dans le jardin où des cuisiniers ont installé des étals qui s’animent à la nuit. Ils ont précuit des brochettes de viandes ou de poisson, de coquillages, de moules, de langouste qu’ils repassent à la flamme et servent avec des verres de jus de canne à sucre. La clientèle est essentiellement constituée de touristes mais aussi d’Indiens et de quelques africains. Nous dînons là sans nous régaler, les coquillages ou les calamars sont durs et les brochettes réchauffées ne sont plus juteuses. Nous terminons par un thé avant de rentrer nous coucher sous notre moustiquaire.

 

Jeudi 7 juin : A cinq heures, les muezzin ou plutôt les haut-parleurs des mosquées appellent à la prière, tous légèrement déphasés, de telle sorte qu’il y en ait toujours un qui commence quand on croit que les autres ont fini… Nous nous levons à peine plus tard que d’habitude. Nous retrouvons Jean-François et Jacqueline sur la terrasse pour le copieux petit déjeuner. Ils nous quittent pour faire le tour de l’île, nous nous promettons de nous revoir cet été. Nous partons en promenade, le nez en l100_8292.JPG’air, à la recherche des balcons en encorbellement, parfois richement ouvragés mais souvent difficiles à apprécier dans leur totalité par manque de recul vu l’étroitesse des ruelles. Nous débouchons sur l’artère qui ceinture la vieille ville où nous croisons cette fois, Jean-Michel et Christine, eux aussi en partance pour un tour de l’île. Nous visitons le marché, installé dans un ancien bâtiment et débordant sur la rue. Une aile est dévolue aux poissons, surtout des calamars et des bonites, nous évitons celle des bouchers… On trouve tous les fruits tropicaux, mangues ananas, fruits de la passion, corossols et même durians. En tant que touristes, nous sommes vite repérés et peinons à éviter les marchands d’épices. Nous retournons dans les100_8244.JPG ruelles de la ville, passons dans le quartier des marchands d’étoffes avant d’atteindre les abords de l’église anglicane. Une maison est supposée avoir abrité des cellules où étaient parqués les esclaves avant leur vente aux enchères, on y visite des pièces basses où ils devaient attendre sur des bat-flancs de ciment. L’église en elle-même a peu d’intérêt. Nous nous dirigeons vers le centre en empruntant des ruelles de plus en plus touristiques, ce qui convient à Marie en pleine recherche de cadeaux pour la famille… Les belles portes sont très nombreuses, surmontées de linteaux sculptés, elles témoignent des influences arabes et indiennes. Il est regrettable que les maisons ne soient pas chaulées plus souvent, elles n’auraient plus cet aspect lépreux, sordide, que l’entassement des ordures aux coins des rues ou sur les placettes, n’améliore pas. Je finis par abandonner Marie à ses exaspérantes quêtes et vais me promener sur le rivage. Je découvre de superbes maisons inhabitées dont les façades décrépites, sur la mer, attendent une urgente 100_8274.JPGrestauration, des corbeaux sculptés ne soutiennent plus rien, des escaliers extérieurs conduisent à des balcons branlants, les volets sont de guingois et menacent de tomber par grand vent. Je reviens retrouver Marie qui s’est décidée pour quelques objets… Nous allons déjeuner, à l’eau gazeuse, au restaurant Archipelago, en terrasse à l’étage, poisson grillé et sauce à la mangue pimentée et poulpe pour Marie, portions honnêtes et prix encore acceptables. J’emmène ensuite Marie admirer mes découvertes de la matinée puis nous nous rendons au musée du palais du sultan. Une visite que100_8264.JPG nous aurions pu éviter, des photos épinglées, couvertes de chiures de mouches, des vitrines crasseuses pour évoquer la vie politique de l’île du temps des sultans omanais mais le clou est le parcours du second étage dans les appartements du dernier sultan où dans des pièces étroites et sinistres, se font face de lourds meubles indiens, en bois noir, sculptés dans les plus petits détails, étouffants, et du mobilier européen de mauvais goût, le pire est une série de placards et meubles bas en formica qui n’ont pas dû être nettoyés depuis la chute en 1964 du dernier sultan ! Nous revenons par le front de mer, entrons dans la belle maison à deux étages avec un superbe balcon aux allures de moucharabieh, restaurée et qui abrite une école de musique traditionnelle. Nous marchons jusqu’à l’ancien dispensaire, encore un splendide bâtiment, restauré par la fondation de l’Aga Khan, magnifique exemple de la rencontre de la technologie occidentale du XIX°siècle avec ses piliers en fonte peints et du goût oriental pour les fioritures avec les dentelles des balcons de100_8294.JPG bois. L’intérieur est désert, nous en parcourons les étages sans rencontre âme qui vive. Epuisés, nous allons nous reposer et prendre un verre au Mercury’s, face à la mer, moins salée que l’addition, plombée par un thé glacé prohibitif. Nous rentrons nous reposer à la chambre puis montons écrire sur la terrasse en dégustant un thé aux épices offert par l’hôtel. Nous cherchons ensuite un restaurant, celui que nous lorgnions étant fermé, nous jetons notre dévolu sur un restaurant indien, trop chichiteux à notre goût et dont la cuisine est décevante, notamment le poulet tandoori, recouvert au dernier moment d’une pâte grumeleuse avant d’être cuit. Retour pour un repos bien mérité, si les chants de la mosquée voisine nous le permettent…

 

Vendredi 8 juin : Après le petit déjeuner, nous partons pour le marché au poisson, à l’extérieur de la ville ancienne, après le port. Pas de touristes mais nous sommes néanmoins très sollicités par des rabatteurs qui veulent nous vendre des billets de bateau, nous servir de guides ou nous proposer un taxi à prix d’ami. Le marché couvert est peu animé et guère différent de celui du centre-ville mais nous y voyons tout de même un bel espadon et quelques raies. En continuant quelques pas nous aboutissons à un autre marché aux poissons, plus populaire puisque ce sont les pêcheurs qui débarquent de leurs dhows100_8303.JPG leurs prises sur des étals de fortune. Les barques sont amarrées dans le port, des petites avec des balanciers pour la pêche et de plus grandes, des boutres, qui chargent des matériaux. Tous ces dhows restent très primitifs, coques et mâture en bois, qui ne semblent pas avoir connu de calfatage depuis longtemps. Nous revenons sur nos pas et au passage, je vais prendre les billets de bateau pour le retour. Nous partons dans des ruelles encore inconnues, à la recherche de belles maisons ou du moins de maisons de caractère. Nous trouvons au fond d’une impasse le temple hindou, trois tours b100_8290.JPGanches que nous ne pouvons approcher. Nous revenons sur le front de mer et allons visiter l’immense Maison des Merveilles, ancien palais des sultans. Une construction du XIX° siècle, un cube sur trois niveaux surmonté d’une tour carrée qui m’évoque la gare de Lyon ! Les très larges balcons sur les quatre côtés sont supportés par des colonnes de fonte  qui donnent à l’ensemble une certaine allure. Il a été transformé en musée de l’histoire de Zanzibar. Les premières salles font bonne impression avec des panneaux clairs, des objets pour illustrer les propos et une autocritique bienvenue de la dégradation de la ville. Puis les salles se succèdent avec de plus en plus de panneaux et de moins en moins d’objets, mal présentés, dans des salles étouffantes. Enfin le dernier étage n’a d’intérêt que pour la vue sur la côte, le fort arabe, les minarets et les clochers d’un côté, les toits de tôle rouillés et les ruines d’un autre. Nous allons déjeuner dans une gargote en plein air sur une petite place alors que tous les mâles se rendent puis reviennent de la prière du vendredi. Les plats ne sont pas chers mais les portions sont en conséquence… Nous rentrons pour une sieste à l’hôtel puis ressortons peu avant quatre heures. Marie part en chasse pour ses derniers achats. Je refuse de m’en mêler et me contente de sortir les billets de la poche sans discuter. Nous passons confirmer et payer la location de la voiture puis continuons les emplettes. Nous allons nous asseoir dans les jardins, près des adolescents qui100_8276.JPG s’amusent à plonger tout habillés dans la mer. Une fois la nuit tombée et après une dernière marche, nous allons dîner au restaurant Monsoon. Un vrai repas avec entrée, plat, dessert et une bouteille de vin blanc, le repas de fête des mères ! Marie ne se régale pas vraiment avec sa salade de poulet à la mangue et ses poulpes en sauce coco, j’apprécie la salade de calamars aux fruits de la passion, une idée à retenir pour une salade de crevettes, la tranche de thon accompagnée de dés de mangue très épicés et en dessert du halwa et gâteau de dattes. Nous rentrons en repassant par les jardins, à l’heure où les familles sont venues profiter de la fraîche, les élégantes montrer leurs nouveaux foulards et la broche qui le tient, les amoureux restent sages et les matrones ont leurs robes les plus clinquantes. Nous trouvons un message de Julie et un des Fantino.

 

Samedi 9 juin : Nous plions bagages ce matin. Après le petit déjeuner, je vais retrouver notre loueur de voiture qui nous a apporté une jeep Suzuki, le modèle châssis long, boîte automatique, bien fatiguée, des marques sur la carrosserie, des joints qui pendouillent et merci à l’inventeur du ruban adhésif, il est généreusement utilisé pour essayer de maintenir en place un certain nombre de commandes… Evidemment le réservoir est vide… Je vais rechercher Marie et nous quittons l’hôtel avec le sac. Je ne suis pas très à l’aise, non avec la conduite à gauche, mais avec le volant à droite. Je me lance dans la circulation et commence par remettre quelques litres d’essence. Premier arrêt en bordure de route pour les ruines d’un palais. Ce que nous en apercevons, trois piliers et deux arches, nous dissuade de descendre de la voiture. Plus loin, nous approchons du palais Mtoni où aurait vécu une princesse du XIX°siècle qui, mariée à un Allemand connu sur les terrasses de leurs maisons voisines, fit s100_8331.JPGcandale en son temps. Pas sûr, à voir le nombre de musulmanes entièrement voilées croisées dans les rues, qu’il n’en serait pas de même aujourd’hui… Un maçon, à notre vue, s’improvise guide et cherche à nous soutirer des shillings pour entrer dans les ruines, faute de pouvoir nous produire un ticket, il en sera pour ses frais. L’intérêt est très limité, il ne reste que des murs épais que notre maçon et ses collègues couvrent de ciment ! Nous commençons à désespérer de ce tour de l’île… Nous continuons puis bifurquons sur une route qui escalade une colline au sommet de laquelle se dresse un établissement de bains de type persan. Deux pièces en enfilade, chaulées et couvertes de stucs, fine décoration florale et animale, des paons et des lions, utilisées pour les ablutions. Nous en repartons réconciliés avec le service archéologique de Zanzibar ! Nous poursuivons à quelque distance de la côte, d’abord sur une bonne route puis sur une mauvaise piste qui circule dans une très belle cocoteraie. Mais ce n’est pas la bonne piste ! Nous revenons au terminus de la route et descendons sur la plage où des pêcheurs s’affairent100_8334.JPG à repriser leurs filets étendus en vagues bleues et rouges sur le sable. Nous trouvons la bonne piste qui nous amène à ce qu’on nous présente comme une cave souterraine où les esclaves étaient cachés avant leur embarquement quand la traite est devenue illégale. Nous continuons à petite allure vers le nord, dans une superbe végétation tropicale, cocotiers, bananiers, manguiers, arbres à pain auxquels s’ajoutent les touffes rondes de quelques girofliers. Nous nous arrêtons dans un village pour acheter des bananes, une bouteille d’eau et deux portions de frites. Les frites sont présentes dans toutes les gargotes ! Nous déjeunons dans la voiture, sous l’œil goguenard de quelques gosses. Le ciel qui était de plus en plus couvert ces derniers jours finit par crever et nous essuyons dans l’extrémité de la pointe nord un orage. L’arrivée à Nungwi est sinistre : la pluie, la route qui se termine à l’entrée du village, les pistes défoncées qui prennent le relais et la plage invisible. Nous cherchons un hébergement, nous trouvons des bungalows près d’un cénote où de malheureuses tortues nagent dans une eau trouble. La plage est éloignée et peu engageante à marée basse. Nous cherchons plus loin  mais il n’y a que des resorts peu séduisants. Nous revenons nous renseigner dans le village et après l’avoir traversé nous découvrons une belle plage su100_8342.JPGr la côte ouest et donc des lodges. Après avoir hésité entre deux, nous nous décidons pour celui qui a un restaurant sur des pilotis au-dessus de la plage, le Paradise Beach Bungalow. La chambre et non pas le bungalow que laissait croire le nom, est mal éclairée et la moustiquaire est une passoire mais le prix est dans nos possibilités… Nous allons profiter de la plage, le temps de nous tremper puis de nous sécher. J’abandonne Marie dans un fauteuil alors que la marée monte et pars me promener le long de la plage. Tous les dhows appareillent pour une pêche de nuit, leurs voiles triangulaires couvrent l’horizon comme pour une régate. J’atteins le chantier où ils sont fabriqués. Plusieurs sont à différents stades de leur construction : la quille100_8350.JPG seule, avec les couples, les planches clouées… Les outils sont restés les mêmes que depuis des lustres, couples découpés à la herminette, sans plan, clou forgé localement, et perçage des trous avec une vrille à archet. L’un des ouvriers me dit fièrement être allé à Brest pour participer à un festival international de dhows ! Je reviens retrouver Marie puis nous allons nous installer à une table du restaurant  maintenant au-dessus de l’eau à marée haute pour un soda puis Marie a la malencontreuse envie d’un cocktail. Non point que je ne souscrive à cette bonne initiative mais la margarita et la caïpirinha qui nous sont servies ne sont que des jus de citron vert, presque sans sucre ni alcool. La serveuse tente d’améliorer les choses, la margarita devient buvable mais la caïpirinha reste dans le verre. Dommage ! Les plats que nous commandons ensuite, calamars et poulpes sont bons et copieux. Nous regagnons notre chambre et tentons d’ignorer l’agaçant  grincement du ventilateur et le ronflement du générateur venu à la rescousse de l’électricité municipale défaillante.

 

 

Dimanche 10 juin : Je me réveille avec un torticolis handicapant… Après un copieux petit déjeuner, comme il semble que ce soit partout le cas dans l’île, pris au-dessus de l’eau, nous repartons et traversons le village et ses maisons en pierre de corail pour retrouver le chantier des dhows. Bien que nous soyons dimanche, les artisans s’activent et je montre à M100_8358.JPGarie les différents stades d’avancement de leur construction. Devant, une mer turquoise où sont ancrés les boutres de retour de la pêche. A la sortie de Nungwi, premier des cinq contrôles de police de la journée avec l’inévitable demande d’exhiber le permis international de conduire ! Les policiers sont toujours aimables et plaisantent volontiers mais ils sont bornés ! Nous ne pouvons pas suivre la côte est, nous en sommes toujours à une faible distance, ce sont les hôtels, les resorts qui occupent le bord de mer et monopolisent les plages. La marée est basse et découvre de larges étendues marbrées, mélange de langues de sable, de bancs de coraux morts et de mer aux différents tons de bleu. Quelques barques échouées et des ramasseuses d’algues aux robes colorées en font ressortir toutes les nuances. Le côté mer est bordé de quelques rangées de cocotiers mais l’intérieur des terres est désolé, il n’y a plus la végétation luxuriantes de la côte ouest. Nous ne la retrouvons que lorsque nous pénétrons dans le centre de l’île pour contourner une grande baie. Nous revenons sur la côte est à Paje et la suivons sur quelques kilomètres vers le nord. Nous achetons deux beignets qui, avec nos bananes de la veille et le reste de la bouteille d’eau, constitueront notre frugal déjeuner, dégusté en bordure de mer, dans le village de Bweejuu. Nous suivons ensuite le littoral en direction du sud. Pour voir de plus près la côte, je m’engage sur une piste qui aboutit à un lodge sympathique, à l’écart des villages. Le prix d’un bungalow nous conviendrait, nous en retenons l’option mais avant de nous décider, nous allons jusqu’à Jambioni. Un long village aux maisons de pierre de corail et pour certaines à toit de chaume au milieu duquel sont implantés quelques hôtels où nous nous renseignons. Le premier,100_8369.JPG tenu par une Française, n’a qu’une chambre qui vient de se libérer mais qui ne pourra pas être prête pour ce soir ! Le second est tenu par des rastas et il est difficile d’échapper au reggae que diffuse une sono dont il ne semble pas possible de baisser le volume. Décidés à retourner au lodge visité, nous revenons sur nos pas mais allons tout de même en voir un autre tout proche. On nous propose à un prix très intéressant pour cause de basse saison, un très agréable bungalow en forme de hutte à deux pentes, meublé d’un vaste lit, sur pilotis au-dessus de la plage. Séduits par la situation et la présence d’une piscine, nous nous y installons et goûtons aussitôt à l’eau de la petite piscine qui permet d’éviter l’inconvénient d’une baignade dans la 100_8392.JPGmer, quasi impossible à marée basse. Nous écrivons et corrigeons mon texte, assis sur notre terrasse en surveillant la remontée de la marée. C’est ensuite une courte promenade sur la plage avant de profiter des canapés de la terrasse du restaurant mais il n’y a ni Coca ni tonic ! Nous dînons en compagnie des quelques autres clients et des équipes de football d’Italie et d’Espagne qui se disputent sur grand écran… Nous avons encore commandé des calamars mais les portions sont bien minces et je sors de table avec la faim ! Une coupure de courant nous épargne le fin du match mais nous devons regagner notre bungalow simplement éclairé par une bougie. L’électricité ne revient qu’au bout d’une heure et nous permet alors de bénéficier des bienfaits du ventilateur.

 

Lundi 11 juin : Pas de moustiques cette nuit, la moustiquaire a été efficace. Le petit déjeuner pris au-dessus de la mer est copieux et bien agréable. Nous reprenons la route dans un paysage peu engageant, une brousse arbustive, dès que nous nous éloignons de la côte. Nous tentons de faire le tour de l’île en suivant d’aussi près que possible le bord de mer. Après le joli village de Mtende, nous empruntons une piste très étroite qui aboutit à une plage occupée par les dhows de pêcheurs. La mer est digne des lagons des mers du sud avec des100_8372.JPG bleus outremer et turquoise en bandes mêlées mais il ne faut pas regarder à ses pieds. Le sable est couvert de déchets plastiques, abandonnés par les occupants ou rejetés par la mer ? Sans doute les deux. La piste ne va pas plus loin, nous devons revenir sur nos pas et traverser le sud de l’île pour atteindre Kizimkazi, une plage réputée pour sa beauté mais aussi pour une colonie de dauphins qui peuvent être approchés en bateau. Nous trouvons, à l’écart du village, sur un promontoire rocheux, le lodge conseillé par Jean-Michel et Christine qui y étaient la veille. Nous y avons un bungalow à l’étage en paille de cocotier avec une petite terrasse et une vue splendide sur la mer. Le propriétaire est un sympathique rasta avec qui nous convenons du prix et de celui d’une excursion dans l’après-midi pour aller voir les dauphins. Nous reprenons la voiture pour aller au village chercher où manger un sandwich. Dans sa traversée, nous sommes sollicités par tout un chacun pour la balade en bateau… Nous trouvons sur une belle crique, à marée basse maintenant, un restaurant sous une paillotte où nous nous faisons servir des100_8356.JPG samoussas et une bruschetta curieuse : des tranches de pain grillées et un bol de tomates concassées avec de l’ail et du basilic. Nous revenons pour une sieste au bungalow puis nous repartons avec le responsable de l’excursion avec qui j’ai négocié, du moins c’est ce que je crois, le prix. Nous allons au port et devons traverser une étendue de sable avant d’atteindre une barque à moteur. On m’a alloué des palmes, un tuba et un masque pour pouvoir nager avec les dauphins… Nous longeons la côte vers la pointe sud, les yeux braqués sur les vagues, à la recherche des dauphins. Une petite houle soulève notre embarcation qui commence à taper, et pas de dauphins en vue. Un gros nuage noir qui menaçait, finit par crever et nous voici trempés par la pluie et les embruns, ballottés par les vagues, au beau milieu d’une eau dans laquelle je n’ai plus du tout envie de me tremper. Les dauphins restant absents et bien que la pluie s’éloigne, nous décidons de faire demi-tour. Revenus en face de la plage de départ, nous restons une demi-heure à faire semblant de guetter les dauphins afin de justifier le prix de l’excursion puis nous débarquons.100_8378.JPG Nous restons quelque temps avec les femmes aux voiles colorés qui attendent le retour des pêcheurs mais ces derniers tardant et le soleil déclinant, nous rentrons au lodge. Je veux régler notre guide mais le prix n’est plus celui dont il avait convenu mais celui du patron, plus élevé bien entendu, nous ne nous serions pas compris ! Plus tard il revient nous demander si nous dînons et nous annonce des prix fantaisistes qu’heureusement le chef cuisinier arrivé entretemps corrige et ramène à des valeurs correctes. Nous nous installons près du bar mais l’éclairage très faible ne permet pas de lire et la musique reggae commence à m’énerver… Au dîner, dans une salle déserte, nous sommes les seuls clients, sous une lumière chiche, nous avons droit à deux tranches de thon trop frit et à des morceaux de poulpe élastiques, quant à la bière, elle est trop glacée… Nous allons nous coucher bercés par la musique reggae… Qui a dit que nous sommes râleurs ?

 

Mardi 12 juin : Un vent violent a soufflé toute la nuit et continue ce matin, s’infiltrant par tous les orifices entre les palmes, par les ouvertures dans la toiture. La mer moutonne, pas un temps à aller voir les dauphins ! Le petit déjeuner est vite avalé en essayant de tourner le dos aux bourrasques. Nous réglons la note, ramenée à de plus justes proportions en shillings. Nous repartons, repasson100_8403.JPGs par la route déjà empruntée l’avant-veille et nous arrêtons au Parc national de Joziani. Escortés d’un guide sympathique et à l’anglais très compréhensible, nous partons à la rencontre des colobes rouges. Nous n’avons pas à les chercher longtemps, ils sont dans les branches d’amandiers indiens dont ils se régalent des jeunes feuilles et des fruits. Ils sont tout autour de nous, indifférents à notre présence. Ce sont de beaux singes à la fourrure rousse sur le dos, d’abondantes touffes de poils hérissés sur la tête leur donnent des allures de professeur Nimbus. Nous poursuivons la visite par un sentier construit au-dessus de la mangrove et qui permet de différencier les divers types de palétuviers, aux racines bien visibles à marée basse. Certains atteignent des100_8406.JPG tailles et des hauteurs que nous n’avions jamais vues auparavant. La troisième promenade est dans la forêt tropicale pour y voir des acajous et de plus rares singes bleus que nous ne ferons qu’entrapercevoir. La visite terminée, nous reprenons la route de Stonetown dont nous traversons les faubourgs de plus en plus populeux. Nous nous perdons, demandons notre chemin à un policier qui nous oriente mal et enfin trouvons la vieille ville en suivant le bord de mer. Nous nous garons face aux jardins et je vais rapidement changer des euros puis nous allons déjeuner à un des kiosques des jardins. Hamburger et poulet-frites, très honnêtes. Nous repartons quand nous retrouvons Jean-Michel et Christine installés à un autre kiosque ! Nous les emmenons au port puis à l’hôtel où nous n’avons pas la chambre réservée mais une moins agréable ! Nous ressortons pour aller rendre la voiture. Opération qui ne dure que le temps de remettre les clés au 100_8323.JPGloueur. Nous nous rendons une fois de plus au restaurant Archipelago pour prendre un soda. J’abandonne Marie sous prétexte d’aller consulter le menu d’un restaurant pour essayer de retrouver la boutique où j’avais vu des bracelets indiens mais elle doit être fermée car je ne la retrouve pas. Je retrouve Jean-Michel et Christine et nous allons rechercher Marie puis nous allons ensemble nous promener dans des rues que nous ne connaissions pas encore, toujours le nez en l’air, en quête de balcons ouvragés. Nous dînons, plutôt mal, dans un jardin, de poisson et crevettes à la fraîcheur douteuse. Retour à pied par les rues sombres, sans lumières, sauf dans les maisons pourvues d’un groupe électrogène, par suite d’une coupure de courant. Nous devons une fois de plus nous contenter d’une bougie pour nous éclairer.

 

Mercredi 13 juin : Mauvaise nuit. Des moustiques sont resté prisonniers sous la moustiquaire et se sont régalés toute la nuit puis ce furent les appels à la prière relayés par les haut-parleurs grâce à un courant électrique hélas revenu et enfin des pigeons qui tenaient à roucouler sous notre fenêtre et qui provoquèrent des envies de meurtre avec a100_8208.JPGccompagnement de petits pois…Réveillés à temps pour nous rendre au port, nous patientons le temps d’embarquer un cercueil et enfin appareillons sur une mer houleuse comme une chambre des députés un jour de vote de motion de censure. Dernière vision de Zanzibar, toujours aussi belle vue de la mer, et de pas trop près. La traversée agitée n’est pas du goût de tous les passagers qui remplissent des sacs plastiques… Deux heures plus tard, nous accostons à Dar es Salam. Nous marchons avec nos sacs jusqu’au restaurant « Rendez-vous » où nous déjeunons avant d’aller au petit supermarché de la galerie marchande proche acheter quelques provisions pour ce soir et demain. Un taxi nous emmène au FPCT. Aussitôt je m’active, linge à laver, réservation par internet d’une navette à Orly, Marie trie les affaires à emporter, etc… Nous terminons la journée par un bon apéritif suivi d’une cocotte de coquillettes assaisonnées soit avec du bacon et de la crème fraîche pour nous, soit avec de l’huile d’olive et de l’ail pour nos amis. Je commence à regretter de ne pas poursuivre notre route…

 

Jeudi 14 juin : Réveil presque tardif, nous allons devoir reprendre un rythme plus classique ! Petit déjeuner minimal compris avec la chambre mais nous avions été mal habitués ces derniers temps… C’est ensuite une matinée consacrée au rangement et à la préparation de la voiture pour son long repos. Nous déjeunons tous ensemble, une dernière fois puis nous allons faire une sieste et enfin terminer les préparatifs. Nous prenons l’apéritif avec nos amis et cette fois c’est bien la dernière, les bouteilles sont vides ! Dîner préparé par la cuisinière du centre, pas extraordinaire mais le poulet n’est pas trop cuit malgré nos craintes et la bouteille de vin achetée pour cette occasion améliore bien le repas puis nous allons nous coucher pour notre dernière nuit africaine.

 

Vendredi 15 juin : Je suis réveillé très tôt et j’attends cinq heures pour commencer à bouger. J’avais réglé le réveil pour cinq heures mais à l’heure française ! Je m’en suis aperçu une minute avant l’heure ! Nous sommes rapidement prêts et le taxi est en avance, contrairement aux craintes de Marie. Jean-Michel est déjà debout, nous nous disons au revoir et à bientôt. Le trajet dans la nuit jusqu’à l’aéroport est rapide et nous enregistrons rapidement. Contrôles et attente pour embarquer. Peu après le décollage, le petit déjeuner, presque un repas complet, est servi puis un peu plus tard un en-cas inattendu et que nous prenons comme un déjeuner (très allégé !) est servi mais nous n’y touchons pas. Les heures passent en regardant des films qui ne figureront pas dans une anthologie du cinéma du XXI° siècle… Et le vrai déjeuner tarde à venir, cela devient inquiétant… Mais tout de même, au-dessus de la Sardaigne, nous obtenons une vodka-orange et un gin-tonic avant un rapide plateau, sans entrée, ni fromage pour Marie, mais tout de même avec du vin. Nous sommes à l’heure à Londres mais tournons dans son ciel un quart d’heure avant de nous poser et alors que Marie se tortille sur son siège, dans l’attente de soulager sa vessie… Couloirs, contrôles et attente de l’indication de la porte d’embarquement pour le vol vers Paris… Nous sommes à peine en retard d’une dizaine de minutes quand nous nous posons à Roissy. La navette prévue est très en retard et nous ne sommes accueillis par Julie et Louba qu’à dix heures du soir. 

 

FIN (Provisoire !) de ce voyage. Rendez-vous dans quelques mois pour la suite, de Dar es Salam à… ?

 

 

 

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