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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:40

Jeudi 29 mars : Nuit au calme, nous étions les seuls. Pas de pluie et un soleil qui apparaît de-ci, de-là entre les nuages. Nous repartons en prenant la route qui d’après notre carte est la plus directe pour la frontière du Lesotho. Le cartographe qui l’a établie a pris ses rêves pour la réalité, au lieu du goudron, nous avons dès la sortie de la ville, une piste en terre. Bien mouillée par les dernières pluies, elle est gadouilleuse à souhait mais au moins la Afrique-du-Sud-5755.JPGpoussière est collée. Nous circulons entre des exploitations agricoles dont les cultures d’un vert profond forment des rangées qui épousent les courbes de niveau. La piste s’élève, grimpe à 2000 mètres, étroite et de plus en plus boueuse. Nous passons un col, redescendons en longeant des gorges tracées au burin dans la roche. Les kilomètres défilent lentement, nous ne faisons pas une grosse moyenne mais enfin il ne pleut pas et le paysage est superbe. Nous découvrons les premières cases rondes, construites en gros moellons et couvertes de chaume. Elles sont toujours associées à des maisons plus classiques. La piste longe une rivière qui forme frontière avec le Lesotho. Nous retrouvons le goudron juste au poste frontière. Les formalités sont des plus simples, un simple tampon à chaque poste et nous revoilà au Lesotho, 27 ans après ! La piste continue mais encore plus mauvaise, les cimetières de voitures semblent accueillir tous les rebuts de l’Afrique du Sud. Nous retrouvons le goudron et le premier contrôle de police. Ils sont une bonne dizaine, des deux sexes, en uniforme très british, à s’intéresser à notre camion mais leur curiosité satisfaite, nous pouvons continuer. Les écolières, souvent le crâne rasé, et les écoliers en uniforme nous saluent tous, les voitures croisées font des appels de phares, quel succès ! Nous faisons un détour sur une piste abominable sur laquelle nous devons rouler au pas pour aller voir un musée. Nous atterrissons dans une cour et sous la conduite d’un gardien nous gravissons quelques marches pour atteindre une maison semi-troglodyte. Un pasteur suisse s’est construit au XIX° siècle une maison en utilisant un abri sous roche et y a traduit la Bible du français au sotho. La maison a été transformée en musée, un des plus minables que nous ayons vu et pourtant nous en avons vus ! Une empreinte de dinosaure, un bout de fossile, une photo du pasteur et de sa famille, etc… Nous retrouvons la route et entrons dans Quthing, la grande ville du sud. Une autre ambiance qu’en Afrique du sud ! La musique sort de toutes les échoppes, on crie, on s’interpelle, on se gare où on peut, où on veut, les rues sont recouvertes d’un goudron très aléatoire, les trous ne sont pas bouchés et les papiers gras ne trouvent pas de poubelles pour les recueillir. L’Afrique que nous connaissions… Le tour de la ville est vite fait, pas de change à la banque mais les rands sont acceptés à la station-service. Ici, comme ailleurs en Afrique du Sud, les funeral parlors ne manquent pas, des cercueils sur des tréteaux avec de belles poignées dorées sont exposés sur le trottoir dans l’attente d’un amateur. A croire que le grand moment d’une vie est la mort ! A la sortie de la ville, nous nous arrêtons pour aller voir des empreintes de dinosaures dans un bâtiment que Lesotho-5760.JPG l’on a eu la malheureuse idée de construire autour et qui permet de faire payer un droit de visite. Dans la roche, les traces des trois doigts de l’animal sont très nettement gravées. La route, avec souvent des nids de poule, serpente en suivant le large cours de l’Orange, les cultures profitent de ses berges limoneuses. Notre succès populaire ne se dément pas et tout le monde agite les mains à notre passage. Les hommes sont souvent enveloppés dans une couverture, un bonnet type péruvien sur la tête, les femmes ont enroulé en turban un foulard. Les cavaliers sur des poneys accompagnent les quelques vaches qu’ils possèdent. Ici, plus de clôtures, les champs ne sont plus rigoureusement alignés. Nous quittons le fleuve et remontons à plus de 2160 mètres dans un décor de Lesotho-5762.JPGmontagnes à perte de vue. Des pitons, des montagnes émergent, paysage bien connu mais ici sans rudesse, atténué par la garrigue verdoyante sur les collines et les champs de maïs en cultures étagées dans le fond des vallées et sur les premières pentes. Dans le lointain, des chaînes de montagnes plus imposantes barrent l’horizon. La tôle ondulée sévit déjà ici, nombreuses sont les boutiques, les échoppes uniquement constituées en feuilles, murs et toits. Le mauvais état de la route, les ralentissements dans les nombreux villages, les pentes importantes et les virages serrés ne nous permettent pas d’avancer vite. Les villages se confondent avec la montagne mais les guérites, elles aussi en tôles ondulées, qui servent de toilettes, plantées à quelques mètres de l’habitation manquent de discrétion et font tache sur les versants des montagnes. Le soleil décline, nous décidons d’arrêter à Patlong. Nous cherchons un endroit tranquille, à l’écart de l’agitation et de la curiosité. Je demande à un habitant si nous pouvons stationner derrière sa maison. Il s’avère être un policier ! Etonné, méfiant (?), il nous indique un bout de champ pas très plat, entre sa maison et le poste de police…

 

Vendredi 30 mars : Les policiers ont veillé sur nous mais les paysans qui viennent remplir leurs arrosoirs à la mare à côté du camion parlent fort, s’interpellent d’un champ à l’autre dès six heures du matin. Nous reprenons donc la route de bonne heure, sous un ciel presque entièrement bleu mais ce n’est que provisoire… Nous longeons toujours le fleuve Orange, celui qui forme frontière avec la Namibie et que nous avions traversé sur un bac en octobre. Des millions de petites fleurs blanches et mauves tapissent les prairies. Serait-ce le printemps ? Nous avons raté le carrefour de la route de Tsoelike, non signalé. Nous nous en apercevons à un contrôle de police où nous devons sortir les documents, expliquer d’où nous venons, où nous allons et pourquoi…Nous revenons sur nos pas et trouvons la bonne route, une piste désormais, pas fameuse mais le pire est à venir. Les distances sur la carte Lesotho-5783.JPGsont trompeuses tant nous faisons de tours et de détours à flanc de collines, pour contourner le moindre ravin, le plus petit torrent. Nous voulions couper au plus court en direction de Maseru mais nous n’avons pas regardé la carte de près et nous voilà partis pour longer la frontière sud-africaine, de collines en montagnes, jusqu’à l’entrée du parc national de Sehlabathebe. Une piste dans les éboulis grimpe jusqu’à un premier ensemble de cases destinées à accueillir les touristes puis un peu plus loin aux bâtiments flambants neufs du parc. Personne ! Pas un garde, pas un touriste ! Nous sommes dans un cirque alpin parsemé de plaques rocheuses luisantes. D’un mirador nous avons une vue sur les roches torturées, creusées et remplies d’eau. Nous déjeunons là, sans vLesotho-5782.JPGoir âme qui vive puis revenons sur nos pas pour prendre la piste de Sehonghong. Elle file droit vers une barrière rocheuse que nous allons devoir franchir. Pas fameuse dans la plaine, continuellement traversée par des ruisseaux qui la ravinent, elle devient abominable dans la montée. Nous montons à 2860 mètres d’altitude, en terminant presque en permanence en première vitesse pour franchir les marches rocheuses. Et des minibus font le trajet ! La descente est plus facile mais guère plus rapide. Le paysage est toujours époustouflant, ce ne sont que pitons et montagnes érodées, tablLesotho-5775.JPGes et sommets pointus à perte de vue sous une mer de nuages, torrents, gorges en contrebas et cultures verdoyantes sur les collines. Les bergers emmitouflés dans une co  uverture gardent, le fouet à la main, vaches et brebis. Des petits groupes de cavaliers processionnent. Peu avant Sehonghong, la piste , refaite, est excellente mais elle cache encore des surprises, des trous, des ravines et je dois rester vigilant. Nous pensions qu’elle serait ainsi jusqu’au bout mais non ! Elle se redégrade et nos espoirs d’aller jusqu’à Katsé s’évanouissent. Nous nous traînons jusqu’à Thaba-Tseka où nous pouvons passer la nuit sur le parking d’un lodge, à temps pour essuyer un orage.

 

Samedi 31 mars : Il a encore plu toute la nuit et nous nous demandons si le franchissement du col de Mokhoabong sera possible. Dès six heures, les clients du lodge commencent à s’agiter. Nous repartons dans la grisaille. Plein d’essence à une pompe déglinguée, le calcul du prix se fait avec une calculette, faute de compteur. La route, à notre grande surprise est goudronnée, il en manque parfois des bouts mais au moins la montée puis la descente du col se font sans problème mais dans les nuages dès 2000 mètres. Le franchissement d’une chaîne de montagnes permet successivement d’être dans la pluie ou de bénéficier de quelques rayons de soleil qui illuminent le velours qui tapisse les flancs des montagnes. Nous franchissons ainsi six cols, tous à plus de 2000 mètres. Nous faisons un détour pour Lesotho-5784.JPGapprocher le lac de barrage de Moyale, pas très ensoleillé. Dans le col suivant, le Blue Mountain pass, nous avons la désagréable surprise d’une tempête de neige. Je me laisse surprendre, la voiture dérape sur la couche vite formée et glisse deux roues dans le caniveau. Heureusement, une Land Rover se joue des pires situations et en petite vitesse, marche arrière engagée, je parviens à l’en sortir. Nous progressons à très faible allure, traçant deux sillons dans la neige. Sur l’autre versant, la neige est fondue et nous pouvons retrouver une allure normale. Un dernier col et nous descendons dans la plaine plus ensoleillée, abandonnant derrière nous les montagnes et les nuages menaçants. Nous faisons un détour sur une très mauvaise piste, creusée d’ornières, que les pluies ont rendue glissante, pour atteindre un site de peintures rupestres. Un centre d’accueil et d’information a été construit pour les visiteurs qui, vu la difficulté de l’accès, ne doivent pas être nombreux. Nous surprenons un préposé qui nous emmène à Lesotho-5791.jpgl’abri sous roche. Il faut descendre un sentier qui aurait bien besoin d’être entretenu, dévaler dans la rocaille, passer une passerelle, glisser sur des dalles mouillées, franchir une seconde passerelle et enfin suivre un sentier qu’il était prévu d’empierrer (mais ce sera pour plus tard), avant d’arriver, de l’autre côté d’un torrent, à un très grand abri sous roche qui au moins nous protège de la pluie. Nous y découvrons des peintures san, des troupeaux, des représentations d’élans du Cap et des scènes mystérieuses avec des personnages supposés être en transe. Je ne comprends pas grand-chose pour ne pas dire rien aux explications de notre guide dont je ne sais pas trop s’il nous parle en anglais ou en basutho… Lesotho-5790.JPGLes représentations sont peu visibles, graffitées par des iconoclastes qui ont tenu à rajouter mention de leur passage par-dessus et dans l’ensemble de qualité très inférieure à celles proches de Barkly East. Le retour est difficile pour Marie et la pluie n’arrange rien. Notre cicérone ne se laisse pas abattre, il chante et danse des pas guerriers tout au long de la remontée. Nous devons nous changer dès que nous sommes au camion. Nous déjeunons en entamant les réserves de conserves puis revenons sur la route. Nous allons au village de Roma où nous pouvons nous installer sur la belle pelouse d’un lodge tenu depuis belle lurette par une famille anglaise. Repos et étude de la suite du trajet. Nous ressortons pour aller voir les gorges à la sortie de Roma. Une belle vue sur les falaises, gâchée par la perspective des toits de tôle des maisons installées dans le fond de la vallée. En revenant, nous nous arrêtons à ce qui tient lieu de « centre commercial ». Nous ne trouvons pas grand-chose dans la première boutique, une autre tenue par des Chinois recèle tout un bric-à-brac et des amoncellements de conserves étranges. Un cybercafé nous permet de nous connecter rapidement mais à notre grand désappointement personne n’a réagi au blog et Julie ne nous a pas écrit. Seuls les Rufray et les Tardieu ont mis un mot. Retour au camping où nous nous calfeutrons dans le camion, à 1600 mètres, il fait encore froid ! Nous nous réchauffons avec une boîte de petit salé aux lentilles.

 

 

Dimanche 1er avril : Nous n’avons pas eu chaud cette nuit et, pour la première fois, nous mettons le chauffage au réveil. Le ciel est tout bleu et nous aurons du soleil toute la journée. Nous repartons en direction de la capitale, Maseru, à 35 kilomètres. La circulation nécessite toute mon attention, minibus et taxis en maraude démarrent, s’arrêtent sans crier gare, d’autres bloquent la route pour discuter avec un ami venant en sens inverse. Le centre-ville est vite atteint, des banques, la poste et un centre commercial qui se distinguent du reste de la ville par le semblant de modernité de ces bâtiments. Je tire de l’argent local, des maloti avec ma carte de crédit et nous nous rendons au supermarché bien achalandé où nous reprenons des provisions. Les boutiques de souvenirs et l’office du tourisme sont fermés aussi repartons-nous aussitôt en direction de Butha-Buthe. Je suis content d’être sorti de la ville mais la circulation reste dense en ce dimanche des Rameaux. Les dames Lesotho-5763.jpgendimanchées ont mis leurs plus belles robes blanches, coiffées d’un chapeau que ne renierait pas la reine Elizabeth, elles agitent des branches d’olivier en se rendant à la messe, les messieurs sont en costume noir de croque-morts. Beaucoup de femmes portent un costume coloré, souvent bleu avec une grande croix blanche que je suppose être celui d’une congrégation. Nous sommes dans la plaine, les montagnes sont au loin. L’importance des cultures prouvent la richesse de cette partie du territoire, les villages sont plus nombreux, les maisons récentes, les cases absentes, et la route goudronnée… Nous nous arrêtons dans une mission proche de la route pour aller voir la production de tissages des femmes. Des horreurs comme on en trouve à Marrakech, Bangkok ou Ushuaïa ! Nous achetons juste un porte-monnaie, pour ne pas repartir les mains vides… Nous allons voir plus loin un autre atelier de tissage où sont aussi exposés des articles de vannerie et autres « souvenirs ». Nous faisons un détour, d’abord sur une bonne route puis sur une piste qui se dégrade au fur et à mesure que nous approchons du but : un site de maisons troglodytes. Un bâtiment tout neuf accueille le visiteur de passage (égaré ?) pour lui faire payer un droit d’entrée (et une barrière est là pour dissuader les resquilleurs !). La peu aimable employée Lesotho-5796.JPGnous accompagne avec la voiture pour nous montrer le chemin. Un sentier cimenté descend à un abri sous roche sous lequel sont bâties en terre quelques cases hémisphériques qui s’adossent à la paroi rocheuse. Elles sont trop entretenues, bien lissées, et semblent attendre le gogo. Devant, un enclos de paille fraîche délimite la cour dans laquelle bouillonne le contenu des marmites. Les femmes posent et attendent un petit cadeau… Nous continuons, passons Leribe puis Butha-Buthe, seconde ville du pays. Nous nous rapprochons enfin des montagnes et la route désormais moins fréquentée commence à grimper dans les collines puis dans la montagne. Nous passons un col et dans la descente, nous trouvons un lodge où, moyennant finance, nous pouvons nous garer entre deux bungalows.

 

Lundi 2 avril : Il n’a pas encore fait chaud cette nuit et le chauffage est le bienvenu au matin. Nous profitons des installations mises à notre disposition avant de reprendre la route. Le col passé hier soir avant de nous arrêter était à plus de 2800 mètres, nous étions à peine redescendus et il nous faut en passer un autre à plus de 3200 mètres ! Et sur une route désormais très dégradée. Parfois on devine des restes de goudron, à d’autres il faut Lesotho-5805.JPGslalomer entre les nids de poule géants. Le paysage est aride, bien moins intéressant que celui de la route sud. Les gens, peu souriants, tendent plus la main qu’ils ne saluent. Nous restons ensuite à des altitudes au-dessus de 3000 mètres, découvrons une mine de diamant avec ses installations pour le personnel et à proximité un village misérable, maisons et cases en pierres coiffées de tôles. Les habitants sont enroulés dans des couvertures qui n’ont plus rien de celles vues au début. La route descend enfin, Lesotho-5810.JPGredevient bonne jusqu’à Mokhotlong. Une ville « Far West » où on vient faire ses achats à cheval dans les commerces qui sont aux mains des Chinois. Nous entamons le dernier bout de piste au Lesotho, la montée au Sani pass qui nous permettra de retourner en Afrique du Sud. La piste est mauvaise et même très mauvaise par endroit, elle grimpe continuellement en remontant des gorges avant de déboucher sur un plateau où paissent des troupeaux de moutons et de chèvres mohair gardés par de peu amènes bergers. Enfin nous atteignons le poste frontière du Lesotho, un coup de tampon et nous pouvons entamer la descente. S’offre à nous alors une vue extraordinaire : toutes les montagnes qui dégringolent là par un gigantesque à-pic sont couvertes d’un velouté vert qui brille sous le soleil toujours présent aujourd’hui. Dans le fond, à peine discernable, coule une rivière et Lesotho-5817.JPGpuis c’est la plaine cultivée du Kwazulu-Natal. La descente est vertigineuse, elle se fait freins bloqués, tour de roue après tour de roue, les virages sont si serrés qu’ils doivent être négociés en deux temps. La pente est si raide dans les éboulis qu’un 4x4 hésite à continuer et pourtant des minibus passent ! Parvenus en bas, nous passons rapidement le poste frontière sud-africain. Encore quelques kilomètres de pistes qui vont en s’améliorant et enfin nous retrouvons le goudron. Les montagnes ont disparu, remplacées par des collines couvertes en partie de forêts de sapins replantés. Les champs s’étendent sur des hectares, l’irrigation en est prévue par des engins mobiles. C’est l’Afrique du Sud, ce pourrait être l’Europe… Nous roulons sur un bon goudron jusqu’au premier camping, perdu dans les champs où nous serons seuls pour la nuit.

 

Mardi 3 avril : Rien de tel que le calme de la campagne pour une bonne nuit. Il a fait bien moins froid mais il est vrai que j’étais plus chaudement vêtu et que nous avions baissé le toit pour la nuit. Nous repartons sur les collines jusqu’à rejoindre l’autoroute de Durban. La circulation est très dense et rapide avec de très nombreux poids lourds. La traversée de Pietermaritzburg est ralentie par de nombreux travaux qui réduisent à une seule voie la chaussée. L’arrivée sur Durban est rapide, nous ne trouvons pas le camping envisagé et nous décidons de tenter notre chance auprès des auberges backpackers. Deux sont dans le quartier résidentiel de Berea, à l’écart du centre. La première ne m’ouvre même pas la porte, à la seconde il semble possible de garer le camion dans le petit jardin et de dormir dedans. Je pars à la recherche d’une banque, comme d’habitude, je dois en essayer deux pour parvenir à changer des euros. Nous cherchons ensuite un magasin où nous pourrions faire recharger la bouteille de gaz. Cela semble impossible mais nous tentons notre chance à une autre adresse, éloignée du centre, occasion d’apercevoir le stade moderne construit pour la coupe mondiale de football. Là non plus, impossible de recharger notre bouteille, les filetages ne sont évidemment pas compatibles ! En revenant dans le centre, j’aperçois un autre magasin qui ne paye pas de mine, et là, Ô miracle, le remplissage est réalisé. Ouf ! Retour à l’auberge où nous rentrons la voiture dans le jardin. Je porte du linge à la laverie toute proche et le temps que la machine tourne, nous déjeunons. Nous reprenons la voiture Afrique-du-Sud-5822.jpgpour aller nous garer dans le centre-ville, le long du City Hall, gros machin de l’époque coloniale mais dans un environnement de verdure qui le rendrait presque agréable. L’ensemble de bâtiments d’époque coloniale et de gratte-ciel à façade de verre et de béton, un peu tape-à-l’œil, élancés comme les élégants palmiers, ne manque pas d’allure. La ville semble économiquement plus vivante que le Cap alors que sa situation géographique est tout à fait quelconque. Nous nous dirigeons vers le bord de mer, côté port commercial, sans pouvoir approcher de l’eau. Il est plus de quatre heures, les boutiques ferment, les bureaux se vident, dans une heure le centre-ville sera mort. Nous allons faire un tour dans un centre commercial bruyant, beaucoup des commerces sont tenus par des Indo-pakistanais, femmes en sari ou toutes vêtues de noir, hommes barbus ou à calotte blanche. Quant aux fessiers des dames zouloues, ils sont presque aussi remarquables que ceux des Hottentotes, mais dans un autre genre : un volume inusité et généralement pris dans des pantalons qui n’en dissimulent rien… Nous revenons à la voiture et avant de rentrer à l’auberge, nous longeons le bord de mer côté plage, Marine Parade, une suite d’hôtels modernes, de restaurants d’un côté et de boutiques, établissements de bain, piscines de l’autre. A peine rentrés à l’auberge, le patron nous annonce qu’il est hors de question de dormir dans le camion, que le camping est interdit à Durban ! Mais nous pouvons dormir dans les dortoirs séparés ou prendre une chambre privée, solution à laquelle nous nous rallions à cause de l’heure trop tardive pour aller chercher un aléatoire camping à une quarantaine de kilomètres et en dépit d’un prix scandaleux : 53 euros pour une chambre toute simple, deux lits, salle de bain commune séparée. Le wifi est en plus : nous achetons le droit de nous connecter une trentaine de minutes, juste le temps de lire les messages et d’y répondre sans pouvoir mettre le blog à jour ni faire la déclaration d’impôts ou écrire, comme prévu, aux autres Azalaïens ! Je suis bien évidemment furieux, scandalisé par ces tarifs dans ce qui se veut une auberge de jeunesse ! Nous allons dîner à pied dans la rue Florida, rendez-vous de la jeunesse dorée, quasi exclusivement blanche, Marie traîne la patte. Pizzerias, burgers et autres bars à yaourts glacés (?) confortent les jeunes nantis dans l’idée qu’ils n’ont rien à envier aux autres capitales du monde branché. Nous dînons en terrasse de moules, crevettes et calamars avec une bonne bouteille de chenin blanc, « le » cépage blanc sud-africain ! Retour à la chambre et installation dans notre cellule spartiate mais qui a l’heur de convenir à Marie…

 

Mercredi 4 avril : Nous avons dormi au frais grâce à la ventilation. Nous avons tout de même droit au petit déjeuner dans le prix de la chambre mais continental ! Nous quittons l’auberge et allons refaire un plein de provisions au supermarché d’en face. Nous allons ensuite dans le quartier indien, au marché Victoria. La Afrique-du-Sud-5824.JPGclientèle et le personnel des boutiques dans la rue sont africains mais les propriétaires sont indiens. L’animation est dans la rue, on y retrouve la musique africaine et les épices indiennes. Le marché est surtout destiné aux touristes, Epices et souvenirs que Marie examine consciencieusement échoppe après échoppe. Elle en ramène un bol en fil de téléphone, elle en rêvait depuis Le Cap… Nous rejoignons ensuite le bord de mer, nous nous garons et nous allons nous tremper les pieds dans l’océan Indien. L’eau n’est pas très chaude mais il doit être possible de se baigner. Nous allons ensuite nous garer près de l’un des wharfs qui s’avancent dans la mer Afrique-du-Sud-5828.JPGet d’où nous avons une vision de l’alignement des immeubles du front de mer et des surfeurs qui attendent dans l’eau le bon rouleau. Tous sont bien blancs et blonds, quelques-uns ont tant sacrifié à leur passion qu’ils en sont réduits à faire la manche ou à quémander une pièce en tant que gardien de parking. Nous quittons enfin Durban par l’autoroute en direction du Nord avec l’intention d’être à l’entrée du parc de Hluhluwe ce soir. Il n’en sera pas ainsi… Au début de l’après-midi, la voiture commence à hoqueter. Je crois à une panne de gasoil et en rajoute mais cela se répète. Je dois m’arrêter, attendre quelques minutes, repartir sur un ou deux kilomètres et recommencer. Je roule lentement sur la bande d’arrêt d’urgence et sort dès que possible. Nous parvenons par à-coups à Darnall où on m’indique un garagiste. Il pense à un problème de pompe à gasoil et veut démonter le réservoir pour y examiner la pompe. Il y passe tout le reste de l’après-midi, sans y parvenir complètement et finit par diagnostiquer un problème de filtre à gasoil. Mais la nuit est tombée et la suite sera pour demain. Nous sommes contraints de passer la nuit dans ce petit bourg perdu au milieu des champs de canne à sucre et peuplé principalement d’Indiens. Des chants se sont élevés dans l’après-midi de l’un des temples.

 

Jeudi 5 avril : Nous n’avons pas très bien dormi ni l’un ni l’autre… Nous essayons d’être prêts de bonne heure dans l’espoir que les travaux reprendront tôt. Mais ce n’est qu’à neuf heures que les ouvriers commencent à remettre en place le réservoir et le patron continue de parler de changer le filtre à gasoil mais il tergiverse, téléphone et finit par déclarer qu’il faut aller chez un concessionnaire Land Rover, à 70 kilomètres, pour en trouver un. Je ne le quitte plus jusqu’à ce qu’il se décide à prendre sa voiture et m’emmener à Umhlanga. Deux heures de route aller-retour avec dépassement permanent de la vitesse limite, air conditionné réglé au maximum, de même que la stéréo. J’ai droit aussi à un vibro-massage des lombaires grâce au haut-parleur placé dans mon dossier… Nous revenons sains et saufs, ce qui en soit est déjà un exploit et avec le filtre aussitôt monté. Le moteur tourne, ne cale pas, nous sommes contents… Le mécanicien veut tout de même faire un essai et de nouveau le moteur tousse. Retour déconfit et nouveau démontage du réservoir. Les heures passent sous le soleil à attendre… Enfin le réservoir ouvert, on constate des durites encrassées. Nettoyage, remontage et essai concluant juste avant la tombée de la nuit. Et règlement de la note que je trouve salée, deux cent trente euros !! Mais ce sont les prix d’Afrique du Sud… Nous filons en direction du bord de mer et trouvons un camping dans un complexe qui doit être « chic » à en croire les tarifs pratiqués… Mais au point où nous en sommes, après la nuit à Durban, la réparation… Nous nous installons en plein milieu de la végétation qui paraît luxuriante. Nous envoyons un message à Marie-Jo et Guy pour essayer de nous retrouver demain.

 

Vendredi 6 avril : C’est le chant des oiseaux dans les arbres qui avec le jour nous réveille à six heures. C’est le chant de ses entrailles qui précipite ma Papagena vers les toilettes… Nous sommes en pleine nature, enfouis sous les hibiscus et entourés d’arbres tropicaux. Nous repartons, tentons d’apercevoir la mer mais tout le village n’est qu’une succession de propriétés de luxe qui ont annexé le bord de mer. Nous reprenons l’autoroute et continuons de traverser ces collines couvertes de canne à sucre. Parfois un bosquet d’essences exotiques, au sommet d’une colline laisse imaginer ce que devait être cette terre avant son exploitation agricole. Je tire de l’argent avec les cartes bancaires à Empangeni, les dernières dépenses ont vite épuisé ce que nous avions changé à Durban. Ce n’est plus l’autoroute mais la circulation est la même et la route à deux voies simples. Nous la quittons pour nous diriger vers le parc national de Hluhluwe. Les collines sont très peuplées et je me demande si nous n’allons pas visiter un grand parc animalier. C’est le début du week-end pascal et nous ne sommes pas les seuls à y circuler. Nous roulons au pas, guettant toute apparition de vie sauvage. Ce sont encore les zèbres qui sont les plus fréquents, avec des gazelles qui ne sont plus des springboks mais des impalas, aux fesses rayées de noir, les mâles portent de belles cornes torsadées. Nous passons par monts et par vaux, longeant une belle rivière qui pourrait être l’occasion d’apercevoir hippopotames et crocodiles mais nenni ! Nous commençons à désespérer quand soudain Marie aperçoit une curieuse soucheAfrique-du-Sud-5848.JPG qui se révèle être un rhinocéros que je crois un instant mort, affalé sur une de ses pattes repliée, la tête au sol mais une oreille frémit, il dort ! Un peu plus loin, un second est dans la même position… Nous abandonnons ces monstres felliniens à leur sieste bourgeoise et poursuivons dans l’espoir d’en trouver de plus alertes. Mais ce sont les heures chaudes, peu propices à l’observation des animaux et nous roulons sans être récompensés de notre attention. Dans l’après-midi, les phacochères sont nombreux, et toujours des zèbres et des impalas... Et puis ce sont des girafes qui surgissent sur le bord de la piste. Très Afrique-du-Sud-5863.JPG« collé-monté », elles nous toisent et l’une d’elles nous accompagne d’un élégant galop. Mais nous devons accélérer si nous voulons ressortir du parc avant la nuit. Une horde de buffles attend des heures plus fraîches sous les ombrages, un éléphant se distingue à peine dans la végétation très dense de ce parc. Peu avant la sortie, des rhinocéros à quelque distance font bombance dans une prairie mais ils ne sont plus guère visibles. Il nous faut trouver le lodge où nous avons donné rendez-vous à Guy et Marie-Jo et la route de nuit n’est pas très agréable. Un contrôle de police avec alcootest plus tard, nous trouvons notre chemin et rejoignons nos amis. Apéritif bien entendu dans le camion, avec un très original pastis-gin dû à Marie… Nous dînons ensemble au restaurant, rien de bien fameux mais c’est l’occasion de nous raconter ces dernières journées. Nous nous couchons beaucoup plus tard que d’habitude…

 

Samedi 7 avril : Réveil plus tardif aussi mais nous n’avons pas un long trajet prévu aujourd’hui. Nous disons au revoir à Guy et Marie-Jo avec promesse de nous retrouver à Maun. Nous reprenons la route en direction du Swaziland. Arrêt à Hluhluwe pour refaire un plein de provisions au supermarché. La population y fait ses achats en prévision du week end pascal, les hauts-parleurs diffusent une musique tonitruante, des mètres de saucisses grillées, des ragoûts de pattes de poulet et autres plats préparés peu engageants vont faire le bonheur des estomacs locaux. Nous trouvons plus difficilement que d’habitude des produits à notre goût. Au cybercafé, nous prenons prendre connaissance de notre courrier qui se réduit à un message de Julie. Ni Nicole ni les amis ne nous donnent de nouvelles… Nous nous mettons à jour dans nos messages ainsi que dans le blog. Le paysage, des deux côtés de la frontière est alternativement constitué par des champs de canne à sucre dans les plaines et par des zones de savane sur les collines, image classique de la brousse africaine : herbes hautes et jaunies et épineux en forme de parasol qui procurent une ombre parcimonieuse, ce sont alors des réserves privées. Les formalités sont vite expédiées et nous continuons en direction de Manzini. Des ébauches de bourgs se constituent autour des usines liées à la canne à sucre, distilleries, sucreries. La circulation, surtout avec des minibus, s’intensifie à l’approche de Manzini, la plus grande ville du pays peu attirante, des commerces qui concentrent l’activité de la ville, un marché où Marie me traîne en quête d’objets d’artisanat mais elle doit reconnaître la triste pauvreté des étals. Nous repartons en quête d’un camping. Nous en cherchons un sur une route dans les champs de canne à sucre. Nous avons des difficultés à le trouver, personne ne connaît, nous finissons par comprendre qu’il a changé de nom ! Nous sommes seuls sur le terrain herbeux d’une grande maison avec piscine, au frais et au calme.

 

Dimanche 8 avril : Le calme escompté n’a pas été total. Les voitures sur la route et surtout la musique venue du bâtiment l’ont troublé. Heureusement la température fraîche de la nuit a obligé les fêtards à se réfugier à l’intérieur. Nous repartons pour un tour de la vallée de Malkerns qui n’a rien de remarquable mais la concentration d’ateliers d’artisanat y est importante… Et Marie… Raisonnable, elle se contente d’une bougie mais lorgne tous les tissages, il est vrai très beaux. Nous revenons sur la route principale et arrivons au bourg où les institutions royales sont rassemblées. Une foule de croyants que je suppose être de diverses congrégations même si tous arborent sur leurs tenues des broderies à l’ordre de Swaziland-5886.JPG l’Apostolic church of God in Zion, se dirige à grandes enjambées vers un stade. Nous nous joignons aux pèlerins et nous nous garons sur le terrain devant le stade. Tous et toutes ont de longues robes blanches pour les hommes, bleues ou vertes avec une grande croix blanche pour les femmes. Ces dernières sont coiffées d’un bonnet blanc qui rappelle celui des cardinaux à quatre coins et ont de larges collerettes à dentelle sur leurs robes. Beaucoup tiennent un long bâton en forme de croix ou de francisque. Des vieux grisonnants ont des têtes de nègres à qui on donnerait une médaille… Nous sommes admis sans difficulté dans le stade, quasiment seuls touristes au milieu des fidèles, en plein soleil. Une musique que l’on Swaziland-5881.JPGpeut supposer religieuse sort des haut-parleurs, les têtes dodelinent, les corps chaloupent faiblement. On pourrait croire que certains sont plongés dans une profonde ferveur, ils ne font que roupiller, après une nuit de prières nous assure-t-on…Arrivée sur la pelouse d’une troupe de musiciens avec les vuvuzelas popularisées lors de la dernière coupe du monde de football. Ils dansent puis s’assoient et restent ainsi au soleil pendant des heures. Les prêches récités au micro alternent avec des choeurs qui répètent inlassablement les mêmes paroles, sur les mêmes rythmes lents, à croire que les disques des missionnaires responsables de ces chants, étaient rayés… Enfin arrivée de quelques-unes des épouses du roi qui ne soulève aucun mouvement puis c’est la reine-mère qui a droit à un hommage rendu debout par ses sujets et à l’exécution de Swaziland-5896.JPGl’hymne national. Plus tard, après s’être bien fait désirer, Sa Majesté arrive avec son escorte de motards. Nous ne faisons que l’entrapercevoir au sortir de sa limousine, en pagne traditionnel et trois plumes rouges sur la tête. Les prêches reprennent de plus belle et bien que nous soyons maintenant à l’ombre, nous commençons à saturer et au bout de trois heures nous nous éclipsons. J’ai pu prendre toutes les photos que je voulais des congrégationnistes mais à l’extérieur, les jeunes en costume rouge ou en pagne, le front ceint d’un bandeau ne veulent pas se laisser photographier ! Nous repartons, traversons la capitale, moins minable que Manzini, mais guère plus importante. Nous suivons la route du nord dans un paysage nettement plus vallonné et plus intéressant même si les villages sont tout aussi dénués de pittoresque. Après Piggs Peak nous voulons rejoindre l’Afrique du Sud. La route repérée sur la carte est une piste qui serpente à flanc de montagne au milieu des plantations de pins. La vue est alors étendue sur les montagnes du nord. Peu avant la frontière, à presque quatre heures, à un barrage, on nous dit que la frontière ferme à quatre heures ! Mais nous faisons fléchir le garde et nous essayons de rouler vite, mais c’est alors que la piste est la plus mauvaise, pour essayer d’arriver à temps. Au poste swazi on nous laisse passer après avoir tamponné les passeports mais plus loin, au poste sud-africain, la porte est cadenassée. Afrique-du-Sud-5900.JPGHeureusement nous sommes précédés par un couple de Sud-Africains qui va intervenir auprès du chef de poste qui rallume les ordinateurs et rouvre la barrière ! Ouf ! La route est désormais goudronnée et offre de très belles vues sur les montagnes couvertes de forêts, dorées par le soleil déclinant. Nous parvenons à Barberton où nous avons du mal à trouver le Caravan park. Nous nous y installons pour la nuit et étudions la carte pour les trois jours suivants, afin d’être à Ghanzi mercredi.

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