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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:32

Mardi 29 janvier : Il a heureusement fait plus frais cette nuit et personne n’est venu troubler notre quiétude. Pour notre dernière nuit en Ethiopie, nous avons eu droit à des chants religieux, filet agréable au début, effroyable cacophonie au matin. Au réveil, une épaisse brume nous dissimule les environs, on ne perçoit qu’à deux cents mètres au maximum. Nous sommes à huit heures au poste frontière. Personne à la douane… Je vais effectuer les formalités de police et reviens à la douane, attendre… Le responsable n’arrive que trois quarts d’heure plus tard, une fois qu’il a lu les lettres délivrées à Addis et trouvé une agrafeuse pourvue d’agrafes, il appose enfin son tampon sur le carnet de passage en douane. Nous franchissons la frontière sur un petit pont et nous voilà au Soudan. A l’immigration on me réclame des photocopies du visa et du passeport. Problème : la photocopieuse est chez les douaniers et ils n’ont pas de courant électrique… Je m’enfonce dans le dédale du market, un ensemble d’échoppes en torchis, tôles, planches où tout se vend, s’achète. Je trouve le « salon de reproduction » : sur une chaise plantée dans le sable, un appareil capricieux qui débite trois pages blanches pour une imprimée, refuse de ronronner, redémarre quand on lui parle gentiment, tombe en panne d’encre, et qui, ravitaillé avec une seringue, accepte enfin de me délivrer les indispensables documents. Munis de tous ces papiers, je peux enfin faire tamponner nos passeports. Seconde étape : la douane, immense, déserte, un seul officier est en « activité ». Déclaration en quatre exemplaires, tamponnés, visés par le chef qui se repose (de quoi ?) sous un arbre dans la cour, paiement des droits (donc trouver des livres soudanaises, échangées contre le reste des birrs éthiopiens à un taux calamiteux) et c’est presque terminé. Il ne nous reste plus qu’à nous faire enregistrer à la Sécurité, formalité rapide effectuée avec le sourire et, enfin, un « Welcome in Sudan ». Nous avons perdu deux heures et Khartoum est à six cents kilomètres. La route est goudronnée, pas des meilleures, des trous surprennent, la chaussée est déformée et la visibilité réduite. De part et d’autre, la brousse, pas de cultures, pas de villages, des troupeaux très importants de bovins mais aussi de dromadaires. Les hommes sont tous en gallabiya blanche avec une toque, un turban ou une calotte. Les femmes, plus rares, portent des voiles très colorés. La brume se lève lentement mais ne disparaîtra pas complètement. Quelques contrôles de police, la plupart sans nous arrêter mais à deux reprises, nous devons être enregistrés. Nous nous arrêtons pour déjeuner à proximité de l’un d’eux, personne ne vient nous regarder, pas de gosses, nous apprécions… Mais pour boire discrètement notre bière, nous devons ruser. Dans les villages, les cases et les maisons forment des concessions familiales cachées derrière des murs en dur ou des palissades en tôle ondulée, ou formées de nattes. L’orgueil des villageois se manifeste dans l’érection d’une mosquée et d’un minaret haut et fin, à croquer ! Les couleurs où prédomine un vert de Paradis, sont dignes de pâtisseries orientales. Les kilomètres défilent, nous transpirons dans la voiture, de l’air chaud provient du moteur. Je reprends du gasoil. D’après mes calculs, le litre doit être à 25 centimes d’euro ! Nous nous rapprochons du Nil Bleu, les champs (de quoi ?) ont été labourés. Nous le franchissons sur un grand pont, rien de remarquable. La circulation s’intensifie à l’approche de Khartoum mais nous trouvons à l’entrée le National Camping Residence, sorte de village d’accueil pour sportifs et troupes de visiteurs, avec des bungalows, mais pas de terrain de camping. Nous pouvons nous y garer et utiliser des toilettes rudimentaires. Nous arrosons l’arrivée à Khartoum…

Mercredi 30 janvier : Nous prenons notre temps. Marie n’apprécie guère la « rusticité » des installations sanitaires, toilettes à la turque et douche qui ont connu des temps meilleurs. Heureusement le prix demandé ce matin n’est pas celui réclamé la veille et pour dix dollars nous ne pouvons pas trop nous plaindre. A dix heures, nous nous mettons en quête de l’ambassade de France. Nous suivons une large avenue qui longe l’aéroport, séparée par un terre-plein qui interdit les demi-tours, mais nous y parvenons sans trop de peine. Nous sommes reçus par le consul, très aimable, qui nous présente à Florence, une employée qui connaît bien le Soudan et qui s’y plait beaucoup. Elle fait appel à Arnaud, un autre employé, toujours prêt à partir en exploration du pays et à renseigner les (rares) visiteurs. Nous convenons de nous revoir demain pour en discuter plus longuement. Nous repartons pour le bureau d’enregistrement des visas. Nous utilisons les coordonnées GPS fournies par un voyageur, mais s’y rendre n’est pas chose facile. Nous nous perdons, traversons sans le souhaiter le Nil, revenons par un autre pont, aboutissons au point indiqué où ne se trouve aucun bureau… Nous repartons donc en utilisant la carte et T4 Africa pour un autre bureau. Personne ne parle anglais mais nous finissons par apprendre que ce n’est pas ici non plus. Les heures ont passé et tout ferme à quinze heures. Nous décidons de nous rendre au camping du Blue Nile Sailing Club, aperçu en passant et où nous espérons être renseignés. On nous y explique que le bon bureau est hors plan mais qu’un employé pourra s’en occuper. En attendant sa venue nous déjeunons dans le camion. Arrivée de l’employé qui pourra s’occuper demain de nos visas. Pour occuper l’après-midi nous décidons de nous rendre au confluent des deux Nils, le Blanc et le Bleu. Nous suivons ce dernier, en longeant des palais, des hôtels de luxe, des immeubles modernes en forme de suppositoire. Aucune route ne nous permet de nous rendre au confluent même et nous voici de nouveau embarqués sur un pont au-dessus du Nil Blanc, jusqu’à l’entrée de Omdurman, la ville jumelle de Khartoum. Demi-tour et retour jusqu’au musée national que nous visitons. Un grand bâtiment qui vieillit mal, où dans une immense salle, mal éclairée, sont exposés des poteries des différentes civilisations qui se sont succédé dans la vallée du Nil, avec l’apothéose de Méroé. A l’étage de superbes fresques chrétiennes ont été sauvées de la cathédrale de Faras avant qu’elle ne soit engloutie sous les eaux du barrage d’Assouan. Une Nativité pleine de scènes très colorées et des enfants sauvés de la fournaise par un archange, où prédomine le rouge, sont les plus remarquables. Leur présentation pourrait être améliorée… Mais le plus intéressant est peut-être, dans la cour du musée, autour d’un bassin supposé symboliser le Nil, la reconstruction sous des pavillons en verre de temples, eux aussi sauvés des eaux. Deux sont remarquables, l’un, le temple de Kumma, pour les bas-reliefs de ses murs, l’autre, celui de Buhen, pour les superbes peintures du sanctuaire qui subsistent. Nous décidons alors de nous rendre à l’Institut français où nous devrions retrouver nos deux Français de ce matin à l’occasion d’une conférence. Nous y prenons un verre dans le jardin très fréquenté. Nous pouvons nous connecter à internet dans la médiathèque et envoyer des messages. Le conférencier est un préhistorien suisse qui fouille depuis dix-huit ans le site de Kerma. Il nous parle de l’évolution de l’occupation humaine dans la région au gré des changements climatiques, il sait en tirer des généralités, nous expliquer les difficultés et les récompenses de la recherche mais j’avoue avoir du mal à me passionner pour des traces de poteaux de plusieurs milliers d’années. Nous en sortons à neuf heures. Arnaud nous propose de passer boire un verre avec Florence chez lui. Une petite maison décorée avec quelques beaux objets. Nous avons droit à du vin ou du pastis en dégustant un inespéré saucisson au poivre… Arnaud nous renseigne sur les visites à faire en suivant le Nil, sur l’état des routes et nous donne des points GPS. Nous raccompagnons Florence puis essayons de retrouver notre chemin, ce qui ne se passe pas trop mal, et, à minuit, nous sommes de retour au camping des bords du Nil.

Jeudi 31 janvier : Nous nous réveillons tôt car nous avons des problèmes à régler absolument aujourd’hui, demain étant férié. Je ne trouve pas tout de suite celui qui doit s’occuper de l’enregistrement de nos visas, Marie piaffe. Je finis par apprendre qu’il loge à l’étage du bateau qui trône au milieu du club. Un ancien vapeur armé, de l’époque de Kitchener, qui se délabre lentement… Je gravis les marches, celles qui restent, pour atteindre la cabine de notre homme. Il vit au milieu d’immondices, aucune trace d’un quelconque entretien, d’un coup de balai ! Je le réveille, lui confie passeports, photos d’identité et dollars. Nous partons, en utilisant le GPS, pour le ministère du Tourisme afin d’obtenir un Travel permit, formalité qui ne demande que quelques minutes. Des fonctionnaires sont payés pour, toute la journée, photocopier des demandes, y coller une photo, apposer un tampon et classer une copie dans un dossier… Il est vrai aussi que le nombre de policiers, soldats, miliciens (?) qui passent leurs journées assis sur une chaise à l’entrée de toute administration (même au camping !) est impressionnant. Nous dénichons à côté du ministère un supermarché, le mieux achalandé de la ville aux dires des expatriés. Sur deux étages, des rayons de boîtes de conserves avec un choix honnête, pour la région, et à l’étage la boucherie et quelques produits de charcuterie de bœuf ou de poulet, légumes et fruits, crèmes, fromages. Un choix que nous n’avions pas souvent en Ethiopie. Bien sûr, pas de bière ni d’alcools… Je change des dollars à la réception d’un hôtel tenu par des Chinois et nous pouvons régler nos emplettes avant de reprendre le camion et revenir au camping. Notre factotum revient avec nos passeports en règle. Nous en avons terminé avec les formalités. Nous déjeunons puis repartons pour Omdurman, de l’autre côté du Nil Blanc. Nous naviguons un peu à l’estime en suivant des avenues et nous nous enfonçons en direction du maximum d’agitation, nous nous retrouvons en plein milieu du souq, ce que nous voulions. Nous hésitons à continuer à pied sans savoir quelle est la distance jusqu’aux ruelles qu’Arnaud nous a indiquées et où nous sommes susceptibles de trouver des objets, des souvenirs. Un Soudanais monte dans la voiture et nous fait emprunter une rue dans laquelle je n’aurais pas osé m’aventurer au volant. Chaque croisement avec un tuk-tuk, une charrette tirée par de pauvres haridelles, un autre malheureux égaré en voiture dans le quartier, doit être négocié précautionneusement. Nous finissons par nous garer et continuons à pied. Nous passons le marché aux produits alimentaires et remontons une rue de boutiques variées, lits traditionnels en bois peint avec un sommier de lanières de cuir ou de ficelle, quincaillerie, glaces etc… Nous trouvons une première boutique d’un très sympathique lapidaire qui a quelques jolis colliers de perles rustiques, Marie en achète un, puis des ruelles avec des boutiques aux habituelles horreurs africaines mais, parmi elles, on peut dénicher quelques objets d’artisanat intéressants. Colliers de très fines perles de Venise, trop chères maintenant, nous aurions dû les acheter à Dakar autrefois. Vanneries du Darfour au tressage d’une grande finesse mais chères également. Nous nous décidons tout de même pour un grand plat en bois creusé et gravé puis nous repassons chez le lapidaire lui acheter un autre collier. L’heure de la fermeture des boutiques a sonné, tout le monde rentre chez soi, tous les tuk-tuk pétaradent dans la rue, cherchent à se faufiler. Nous devons en faire autant mais je parviens à échapper aux encombrements en passant par une ruelle non pavée avant de rejoindre un grand axe. Nous ne nous perdons pas et retrouvons le camping sans difficulté. Nous allons nous installer dans les fauteuils en surplomb du Nil, en regrettant que toute la promenade sur les berges ne soit pas mieux aménagée, que ce soit encore les automobilistes qui fassent la loi avec ponts et voies rapides. Nous regagnons le camion dès que le soleil se couche, le vent et la fraîcheur nous ont fait oublier les températures de l’avant-veille.

Vendredi 1er février : Les cyclistes partis pour une traversée de l’Afrique et les camions d’assistance qui les accompagnaient partent ce matin. Nous restons seuls au camping et nous consacrons une partie de la matinée à un dépoussiérage de la cellule et au plein des réservoirs d’eau. Nous suivons une fois de plus les bords du Nil Bleu pour nous rendre à son confluent avec le Nil Blanc. Très peu de circulation en ce vendredi matin, jour férié de la semaine au Soudan. Un parc d’attraction avec des manèges occupe la pointe, il n’est pas 001 KHARTOUM Confluentencore ouvert mais nous pouvons tout de même entrer et rouler jusqu’à l’extrémité. Les eaux étant basses, nous devons marcher dans les herbes pour approcher de la berge et voir à nos pieds le remous provoqué par la rencontre des deux courants. Rien d’inoubliable… Nous nous rendons ensuite à l’hôtel Coral, l’ancien Hilton, désert ! Nous voulions avoir une vue de son sommet sur le confluent, ce n’est pas possible, acheter des cartes postales, la boutique est fermée et espérions que les salons auraient le wifi, ce n’est pas le cas ! Nous repartons et décidons de nous rendre au café Ozone pour avoir une chance de nous connecter. Nous le trouvons sans difficulté, au centre d’un parc ombragé. Le lieu est agréable, fréquenté par la colonie d’expatriés et quelques autochtones que les prix ne rebutent pas. Nous décidons d’y déjeuner, avec une bouteille d’eau… Nous pouvons nous connecter moyennant l’achat d’une carte bon marché. Nous écrivons à Julie et à Wadi Halfa pour réserver notre passage sur le ferry d’Assouan. Marie fait l’emplette d’un collier puis d’une belle vannerie, ronde et colorée, du Darfour auprès des marchands installés dans le parc. Nous repartons pour Omdurman et nous nous garons005 KHARTOUM Tombe du Mahdi devant la tombe du Mahdi, celui qui avait fait vaciller l’empire britannique. Nous devons attendre le retour des gardiens partis prier à la mosquée. Le mausolée à la forme d’un dôme recouvert d’un métal argenté, l’intérieur renferme les tombes de ses proches, lui-même eut ses cendres jetées dans le Nil… En face, nous visitons une maison ayant appartenu à son fils, l’intérêt n’est certainement pas dans les objets exposés qui relatent tous l’épopée mahdiste, mais dans le dédale de cours et de pièces aux beaux plafonds rustiques supportés par des poutres. Nous repartons pour nous rendre à la 012 KHARTOUM Mausolée Hamid en Niltombe d’Hamid en Nil. Au milieu d’un vaste cimetière, se dressent plusieurs mausolées couverts de coupoles et de pinacles, peints majoritairement en vert. Nous traversons à pied le cimetière, les tombes sont délimitées par des pierres ou une bordure imprécise en briques, ou simplement marquées par un tertre. Nous rejoignons des personnes déjà arrivées, encore peu nombreuses, qui comme tous les vendredis sont venues participer à un rituel soufi. Des marchands vendent des chapelets, des livres d’édification religieuse ou plus prosaïquement des boissons et de la nourriture. Nous patientons, longtemps, tandis que la foule grossit doucement. Quelques hommes viennent s’enquérir de notre nationalité, toujours accueillie avec plaisir et nous souhaitent la bienvenue. Dans le mausolée principal, une tombe, que je suppose être celle028 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufi d’Hamid en Nil, est entourée par des gens, hommes et femmes, qui accompagnent par des mouvements de leur corps quelques chanteurs et musiciens. Alors que le soleil a déjà bien baissé, un court cortège s’avance accueilli par des you-you, derrière deux drapeaux aux couleurs de l’Islam. Après un bref passage au mausolée, ils ressortent et les assistants forment un grand cercle à l’intérieur duquel vont tourner, comme un rayon d’une roue, une rangée de dignitaires majoritairement vêtus en vert. Relayé par une sono, un chanteur accompagné par un tambour lance une mélopée reprise par toute l’assistance. Les corps se 031 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufiplient en deux, se redressent, les mains s’avancent, se retirent en suivant le rythme qui s’accélère. Le parallèle avec les cérémonies auxquelles nous avons assisté à Lalibela est frappant, mêmes gestes, même recherche de la transe par des rythmes syncopés, même impression de ferveur sur commande ! Quelques participants se mettent à tourner tels des derviches, sans toujours s’apercevoir que le chant et le tambour ont cessé, d’autres répètent mécaniquement des gestes saccadés. Des femmes dans l’assistance se balancent en rythme, l’une agite un drapeau vert avec une profession de foi en lettres dorées dessus. « Spectacle » fascinant mais presqu’effrayant tant il semble facile d’être pris dans le rythme et d’adhérer alors à l’idéologie qui pourrait l’accompagner. Puis brutalement, au coucher du soleil, une dernière invocation d’Allah et c’est fini ! Un imam récite une longue tirade que presque tous écoutent, les paumes des deux mains tournées vers le ciel et la foule se disperse. Nous rentrons nous installer à notre camping pour une dernière nuit à Khartoum.

Samedi 2 février : Nous partons à huit heures et demie, en allant chercher un autre pont pour traverser le Nil, dans une circulation encore très fluide le samedi matin. Longue traversée de Khartoum nord puis de sa banlieue et enfin, progressivement, nous roulons dans le désert. Encore quelques villages de maisons en briques puis, plus rien ! Sur notre gauche, au loin, la ligne verte qui marque les cultures des bords du Nil. Nous devons acquitter un péage, valable jusqu’à Wadi Halfa, pas cher. Quelques contrôles, passés sans encombre. Nous cherchons la piste de Naqa. Au point GPS indiqué, un panneau signale la direction du site mais nous ne voyons aucune piste en partant. Nous nous lançons dans le désert en hors-piste intégral, avec pour cap le point GPS suivant. Au début nous roulons vite sur un reg bien plat puis il faut louvoyer entre les épineux, slalomer entre les butes d’alfa et finalement avancer sur les pentes de collines volcaniques couvertes de cailloux noirs coupants. Nous nous doutons bien qu’il doit y avoir une meilleure piste mais nous n’en avons pas trouvé trace… Nous en avons confirmation quand nous parvenons au point GPS, le carrefour où deux belles pistes se rencontrent ! Nous suivons celle de Naqa que nous apercevons dans les derniers kilomètres049 NAQA Temple d'Amon, le premier temple « égyptien » de ce parcours vers l’aval du Nil. Devant une colline pierreuse, nous apercevons une allée de beaux béliers qui précède des temples. Nous sommes seuls, enfin presque puisque le gardien surgit et nous fait débourser un droit d’accès multiplié par 2,5 depuis les indications de notre guide… Nous découvrons, les pieds dans le sable, ce temple, bien loin de Louxor, de Karnak, mais où nous retrouvons les classiques représentations d’Horus, d’Isis, d’Amon, de profil, comme il se doit. A quelques centaines de mètres, de l’autre côté d’un 067 NAQA Puitantique puits où s’activent des bergers qui, à l’aide d’ânes, vont chercher de l’eau à 86 mètres de profondeur, se dresse le remarquable ensemble d’un temple dédié à Apatémak, le dieu-roi-lion et d’un « kiosque » d’allure gréco-romaine. Dans le temple ou à l’extérieur, de superbes bas-reliefs montrent le roi et la reine massacrant allégrement des vaincus, sur d’autres, ils sont en bonne compagnie, ce qui se fait de mieux en fait de divinités, Horus, Isis, Thoth et autres, le roi lui-même est représenté avec trois têtes. Un lion à corps de serpent sort d’une fleur de lotus, symbole indien ? Le « kiosque » proche est manifestement  de style gréco-romain. Que d’influences en plein cœur de l’Afrique ! Nous déjeunons sous des acacias, rejoints par un convoi de Japonais en 4x4 climatisées. Nous repartons au carrefour et prenons la piste de Mussawarat . Nous longeons des installations clôturées, cultures, terrains militaire ? Nous apercevons les restes du site  après avoir traversé des collines. Pas de gardien en vue, nous avançons jusqu’au temple du lion, isolé dans le désert. Il est entouré de barbelés, je les franchis, réveille un gardien (?) qui nous ouvre la porte du temple, remonté par les Allemands072 MUSSAWARAT Temple du lion de RDA, reconstitution peut-être abusive mais évocatrice. Quelques fresques intéressantes avec des éléphants. Le soi-disant gardien n’était qu’un guide endormi, il est content de toucher un bakchich mais nous devons, de retour au site dit du « Grand-Enclos », tout de même régler au gardien apparu le droit d’entrée. La cité royale s’étend sur un ensemble de cours, de terrasses mal définies, les murs sont écroulés, les colonnes effondrées et aucun bas-relief n’est gravé sur les murs. L’ensemble est décevant et ne parle qu’à des archéologues patentés. Nous repartons, traçons la piste, bien marquée dans le désert et finissons par retrouver la route goudronnée là où nous l’avions quittée, à cent mètres près ! Encore quelques dizaines de kilomètres et bientôt nous apercevons sur notre droite les chicots des pyramides de Méroé. Aucune indication sur la route ! Nous la quittons par la première piste qui semble s’y rendre et nous nous approchons ainsi des restes des pyramides, dans un alignement qui couronne une dune, éclairées par le soleil déclinant. On nous indique que nous ne pouvons traverser le champ du cimetière puisqu’il s’agit d’un lieu d’enterrement mais que nous pouvons contourner 086 MEROE Pyramidesle site et nous rendre derrière une montagne. Ce que nous faisons aussitôt, suivant la clôture  puis en roulant dans le sable et les cailloux, avant de découvrir, émerveillés, les pyramides  depuis le désert ! Elles ne sont pas hautes, elles ne ressemblent pas à celles de Gizeh, plus petites, tronquées, mais quel ensemble ! Et dans le désert, entre sable orange et pierres noires ! Nous sommes les seuls à en jouir ce soir, pas un touriste, pas même un vendeur de souvenirs. Arrive un jeune bédouin (?) qui voudrait nous vendre un fouet de chamelier, une promenade dans les pyramides sur son méhari, mais il n’insiste pas. Au coucher du soleil, raté, nous montons sur une colline pour avoir une vue d’ensemble avant de regagner notre camion. Un ouzo, un des derniers plaisirs alcoolisés que nous pouvons nous permettre, clôt la journée.

 

Dimanche 3 février : Marie me réveille alors que la nuit commence seulement à pâlir. Les pyramides émergent lentement de la nuit, moi aussi… Je me résous à me lever et à sortir en pyjama, les voisins ne seront pas choqués. Il fait froid. J’enfile un teeshirt par-dessus et je pars escalader dans les éboulis la colline la plus proche. De son sommet, comme la veille, je jouis d’un panorama sur tout le désert de sable et de roches noires et, à l’ouest, les pointes des095 MEROE Pyramides pyramides. J’attends la venue des rayons du soleil mais ils tardent et je me mets à l’abri du vent derrière un gros rocher, assis dans le sable immaculé, sans la moindre trace de visiteurs, à l’exception de celles d’oiseaux et de reptiles. Enfin l’astre paraît et éclaire d’une douce lumière les ouvertures et les façades des tombes tournées vers l’est, le sable, de gris, devient ocre, les verts des rares buissons s’illuminent, le moment est magique, je pourrais rester des heures à regarder changer les couleurs. Mais je descends et vais vite me mettre au chaud et avaler un bon thé brûlant. Une fois ragaillardis, nous repartons avec la voiture, quittons notre campement royal et allons nous garer devant l’entrée officielle. Nous déboursons notre écot et pénétrons sur le site. Nous marchons au pied des dunes qui montent à l’assaut des pyramides et souvent 115 MEROE Pyramidesles engloutissent partiellement. Nous les découvrons enfin de près. Elles sont constituées de blocs de grès sombre qui ont perdu leur revêtement lisse de mortier couleur beige, précédées par un pylône qui ouvre sur une chapelle. Les murs extérieurs mais surtout intérieurs sont gravés de scènes d’offrandes, de défilés de serviteurs, de prisonniers, en présence des dieux : Horus, Amon, Anubis, Thoth, Hathor etc… Le vent et surtout les graffitis en arabe les ont, pour nombre d’entre elles, effacées ou recouvertes, quelques-unes sont encore bien lisibles heureusement, mais pour combien de temps ? Pas de gardien, aucune surveillance, je ne m’en plains pas, nous sommes seuls, pas de solliciteurs, de marchands du temple, nos pas sont les premiers à laisser leur empreinte sur111 MEROE Pyramides les dunes. Deux ou trois pyramides ont été reconstruites et couvertes de mortier pour donner une idée de ce à quoi elles devaient ressembler, les autres ont été partiellement remontées. Après avoir consciencieusement visité toutes les chapelles, nous traversons l’étendue qui sépare les deux cimetières pour aller voir dans le groupe du sud, les pyramides plus anciennes, moins nombreuses et peu décorées. Nous jetons les derniers regards sur ces magnifiques édifices, nous voudrions n’en plus partir. «Un grand moment » dirait Jean-Michel… Nous traversons la route goudronnée pour aller voir de loin le groupe des pyramides proche de la cité royale. Elles sont très ruinées et nous ne nous arrêtons pas. Nous ne visitons pas la cité royale non plus, les restes des constructions sont éparpillés sur une vaste surface au milieu des acacias et ne semblent pas très parlant. Nous reprenons le goudron, toujours dans le désert, doublons les monstrueux camions à double remorque, chargés de conteneurs, en route pour Port-Soudan. Nous déjeunons à l’ombre d’un acacia, puis atteignons Atbara. Nous cherchons le cimetière des trains que nous avait indiqué Arnaud, la route goudronnée que nous suivons ne s’en rapproche pas, nous piquons en hors-piste dans le désert, droit sur le point GPS qu’il nous avait donné. Nous trouvons des voies occupées par des wagons de 124 BAYUDA Desert et Landmarchandise en ruine, pas de locomotive, pas de vraiment vieux wagons de voyageurs, un détour inutile. Nous retournons en ville, cherchons une épicerie et reprenons de l’eau et du pain. Sur un pont tout neuf, nous allons franchir un Nil peu photogénique, pas un seul palmier au bord de l’eau, pas une barque, vraiment pas le chromo espéré ! Un policier mal embouché ou soucieux d’améliorer sa solde tente de nous mettre une amende pour rétroviseur cassé, il se lasse avant nous… Nous traversons le désert de la Bayuda, un peu déçus de trouver une bonne route goudronnée au lieu de la piste attendue. Du sable et du gravier, presque sans végétation, sur plus de deux cents kilomètres. Le vent qui n’a pas cessé de souffler soulève des nuages de particules de sable qui obscurcissent  l’atmosphère, la rendent opaque, cotonneuse. Je décide d’arrêter avant Karima, peu sûr de ce que nous y trouverons pour la nuit. Nous nous installons derrière une colline, à quelque distance de la route. Nous décidons de faire un vrai gueuleton pour profiter de la dernière bière éthiopienne : patates sautées et saucisses de poulet suivies d’une crème Danette au chocolat, un festin ! Mais désormais plus une goutte de vin ou de bière…

Lundi 4 février : Réveil en plein désert, plus de sable dans l’air, la vue porte loin sur l’étendue plate, jaune, piquetée de cailloux noirs. Nous repartons en direction de Karima sur le Nil. Nous127 KARIMA Portes retrouvons les cultures sur ses berges, mais avant de le traverser nous suivons la rive gauche jusqu’à Nuri, en passant par des villages dont les maisons ont souvent de belles

125 KARIMA Portesportes de fer forgé, décorées de motifs géométriques ou floraux, peints. A Nuri, quelques pyramides ruinées se dressent à la limite du village, à demi envahies par le sable. Nous nous en approchons pour les prendre en photo sans intention de les voir de plus près. Au moment de repartir le gardien et un autre bonhomme, très véhément, surgissent en courant et nous reprochent d’avoir pris des photos sans avoir payé le ticket d’entrée. Je lui montre les deux photos, lui fait croire qu’elles sont effacées et tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous repartons, traversons sur un pont moderne le Nil qui est allé faire une grande boucle dans le nord pendant que nous traversions le désert de la Bayuda. Cette fois il y a des palmiers sur ses rives ! Nous roulons entre palmeraie et villages construits sur des roches érodées. Certaines maisons ont en leur centre une tour ronde en brique dont nous ignorons la fonction, d’autres ressemblent à des ksour marocains. Nous apercevons devant131 DJEBEL BARKAL Pyramides nous la masse tabulaire du Djebel Barkal et à ses pieds, d’inattendues pyramides encore pourvues de leurs pointes. Nous les contournons et entrons en ville. Près du souq, je demande où changer des dollars. On m’envoie chez un marchand de pièces détachées automobiles qui me fait un très honnête taux… Dans une rue nous découvrons des rôtissoires avec des poulets qui grillent, nous en achetons un, ainsi que des pâtisseries qui ressemblent à des baklavas. Nous reprenons la route qui suit à distance le fleuve, au milieu de roches et de caῆons creusés par le vent et les eaux. Nous la quittons pour nous diriger grâce au GPS sur le site d’El Kurru. Nous y apercevons une pyramide très ruinée. De jeunes archéologues anglais qui font des relevés nous renseignent mais, avant de visiter, nous déjeunons dans le camion de la moitié de notre poulet, un régal en comparaison des poulets éthiopiens ! Arrivée du ghaffir, le gardien qui nous emmène voir deux tombes en nous demandant 30 livres chacun, alors que 140 EL KURRU Fresquessur tous les sites, le prix fixe était de 50… Mais nous n’aurons pas de ticket en échange… Nous descendons des marches très raides pour nous enfoncer deux étages sous terre, jusqu’à la sépulture de Tanoutamani et dans une autre celle de la reine Kalhata. Une chambre et une antichambre voûtées décorées de belles peintures sur les murs représentant dans des tons ocre, encore vifs, des dieux, les sarcophages des défunts, des barques solaires sous un ciel bleu piqué d’étoiles. Ravis, nous revenons sur Karima en suivant lentement une piste entre palmeraie et villages. Sous les palmiers, des carrés de cultures, irrigués grâce à des moto-pompes dont le ronronnement ponctue les activités des abords du Nil. Nous nous arrêtons pour contempler les149 KARIMA Nil troupeaux que les bergers mènent boire ou les mausolées au milieu des cimetières sans pierres tombales prétentieuses, tout juste une pierre levée avec nom et date. Nous retrouvons Karima, passons au resthouse italien, très confortable, frais mais où l’on n’accepte pas les campeurs. Néanmoins Marie y trouve des cartes postales… Nous cherchons ensuite le cimetière des anciens vapeurs à plusieurs ponts qui, autrefois, descendaient, remontaient le Nil. Il n’en reste pas grand-chose, des ruines qui achèvent  de mourir dans l’indifférence totale. Je dois être un incorrigible ivrogne romantique car rien ne m’aurait plus tenté que de goûter la fraîcheur du soir, assis dans un fauteuil en osier, sur un pont, en sirotant lentement un gin-tonic glacé, la voix du muezzin au loin annonçant la fin du jour… En lieu et 154 DJEBEL BARKA Aiguilleplace, nous nous contentons d’une citronnade…Nous traversons la palmeraie avant de faire le tour du Djebel Barkal pour apercevoir les restes des temples très ruinés d’Amon et Mout au pied de la montagne. Nous allons au musée du site, deux grandes salles aux vitrines vides, quelques fragments de statues essaient de justifier le prix exigé, là aussi sans ticket. Nous allons en ville à la recherche d’une connexion internet, en vain. Je trouve enfin un épicier avec des boissons glacées. Marie commence à prendre goût aux sodas… Nous allons nous planter entre la palmeraie et le djebel, avec vue sur les temples mais alors que nous sommes déjà bien installés, le gardien surgit, il a dû faire deux kilomètres à pied dans le sable, pour nous interdire de rester trop près du site. Nous devons repartir et chercher dans la palmeraie un endroit où passer la nuit. Moyennant un bakchich, nous pouvons nous garer entre les cultures et un village.

Mardi 5 février : Le muezzin nous a réveillés à l’aube mais nous continuons de somnoler jusqu’à une heure décente pour nous lever. Nous quittons notre oasis pour retourner longer le djebel et le prendre en photo avec les temples, ou ce qu’il en reste. Un plein de gasoil dont le prix augmente avec la distance depuis Khartoum mais reste tout à fait bon marché. Nous reprenons le très bon goudron qui suit le Nil, d’abord sur un plateau pierreux érodé puis, de nouveau dans le désert que traversent parfois des hommes montés sur des dromadaires, vers156 OLD DONGOLA Mausolées des directions inconnues. En fin de matinée, nous apercevons sur une butte ce qu’on pourrait prendre pour une citadelle et, à son pied, un immense cimetière musulman d’où émergent de grands mausolées de brique, non revêtus, écroulés pour beaucoup à leur sommet. Nous piquons sur la pseudo citadelle, en réalité une église de l’époque chrétienne, avant le XII° siècle. Autour, des maisons en ruines et personne ! Le klaxon n’éveille aucun gardien et la porte est fermée. J’avance avec la voiture sur une autre butte, nous avons alors une vue sur tout le site, l’église massive et à nos pieds le Nil qui coule lentement et, généreusement, permet des 159 OLD DONGOLA Eglisecultures sur l’autre rive. Je découvre en dessous de nous des archéologues qui avec des ouvriers s’affairent à des fouilles. Ce sont des Polonais qui déblaient les restes d’un palais et d’une église. Une jeune Polonaise nous accompagne à la forteresse et nous fait visiter. Des murs de plus d’un mètre d’épaisseur garantissent une fraîcheur que nous envions. Il ne reste pas grand-chose des fresques d’origine, cette église a été transformée en mosquée jusqu’à récemment et toutes les peintures furent délavées ou recouvertes. Elle nous propose ensuite d’aller voir d’autres fresques dans ce qui fut un monastère. Nous visitons un édifice sous la conduite d’un des chercheurs, un165 OLD DONGOLA Fresques sympathique monsieur qui nous détaille les représentations des Vierges, archanges et autres saints, en relativement bon état, des fresques que bien peu de gens ont vu et qui ont conservé leur éclat. Beaucoup sont encore mystérieuses, des scènes de fêtes presque païennes pour la Nativité et d’autres, énigmatiques, qui conteraient, peut-être, l’histoire de Tobias. Nous les remercions chaudement de nous avoir consacré tant de temps et nous repartons dans le village, à la recherche des bords du Nil. Nous le trouvons à l’embarcadère du bac qui fait traverser les rares voitures qui ne veulent pas emprunter le nouveau pont à 30 kilomètres. Nous déjeunons là puis retournons sur le site, trouvons les colonnes et les murs de 165 OLD DONGOLA Nilce qui furent des bains et une église puis nous allons nous installer sur un promontoire qui surplombe le Nil, avec une vue magnifique sur une île couverte de champs bien verts. Bientôt nous ne remarquons plus le ronronnement des moto-pompes. Nous espérons ne pas en être délogés et y passons l’après-midi. Lavage du linge, écriture de cartes postales et surtout attente de la fraîcheur du soir. Les mouches sont agaçantes, il s’y ajoute de minuscules moucherons suicidaires, de plus en plus envahissants. C’est encore pire dehors, ils rentrent dans le nez, les oreilles, nous obligeant à chercher refuge dans le camion mais là aussi ils deviennent de plus en plus nombreux. Nous devons utiliser une bombe insecticide et fermer tous les orifices. Certains parviennent à passer entre les mailles des moustiquaires. Le coucher du soleil n’est pas réussi mais les moto-pompes s’arrêtent et nous pouvons goûter, assoiffés et transpirants, la quiétude des bords du Nil.

Mercredi 6 février : Le vent s’est levé au matin et charrie des milliers de tonnes de sable qui recouvre tout. Nous ne distinguons plus le Nil au pied de notre falaise, à peine distingue-t-on les maisons en ruine qui nous entourent. Nous revenons sur nos pas sur une quinzaine de kilomètres pour aller prendre le pont qui traverse le Nil. J’espérais, de l’autre côté, être protégé du vent de sable par les palmeraies mais la route moderne en est éloignée et nous le subissons de plein fouet. Deux heures plus tard nous atteignons Dongola, centre administratif du nord. Nous décidons d’y passer la journée en attendant une amélioration des conditions météo demain. Nous cherchons un hôtel, les deux premiers, le Lord et le Haifa sont, l’un complet, l’autre peu engageant, Le Olla, à l’écart, plus au calme fera l’affaire malgré la fine couche de sable qui recouvre les deux lits, le sol, le lavabo, les toilettes et que le réceptionniste ne paraît pas disposé à faire essuyer. Nous déjeunons dans le camion puis débutons l’après-midi dans le jardin, abrités du vent et de la rumeur de la rue.
183 DONGOLA PorteNous allons ensuite dans un cybercafé où nous pouvons mettre à jour le blog et envoyer une photo de Méroé à tout le monde. Les rues sont couvertes de déchets, les plastiques volent et restent accrochés aux branches, aux barbelés, de même que dans le désert, où chaque épineux a ses guirlandes de sacs de toutes les couleurs. Nous nous promenons ensuite dans les rues poussiéreuses de la ville à la recherche de belles portes en fer forgé. Les maisons de brique sont désormais souvent chaulées, ce qui, avec leur mur extérieur, leur donne un petit air de bordj d’Afrique du Nord. Nous nous rendons ensuite à la gare des bus des grandes lignes. Ce sont d’imposants autocars chinois, déjà croisés sur la route et dont nous avions remarqué la décoration colorée. Nous en prenons en photo, les conducteurs, ravis, m’invitent à monter dans l’un d’eux. L’intérieur est plein de fanfreluches, un s193 DONGOLA Busalon de bordel parisien du siècle passé ! Le tableau de bord et le pare-brise sont recouverts de décalcomanies, de sourates, de porte-bonheurs, même le levier de change ment de vitesses est enrobé de rubans pelucheux. Nous revenons acheter des fruits et légumes puis regagnons la cour de l’hôtel attendre le coucher du soleil. Nous avons envie de manger soudanais, kebab, shawarma et autres spécialités locales, mais le restaurant conseillé que nous avions repéré est maintenant fermé.  Nous devons nous contenter d’une gargote en plein air avec des morceaux de perche du Nil déjà frits et froids, plus d’arêtes que de foin dans une botte d’aiguilles, et d’un demi-poulet également froid. Pour nous consoler nous allons goûter des pâtisseries orientales mais elles ne valent évidemment pas celles de l’avenue Hédi Chaker à Sfax ! J’ai encore du mal à démarrer la voiture à froid, cela devient inquiétant…

Jeudi 7 février : Pas très bien dormi, lit peu confortable, prières dans la nuit et craintes d’un nouveau problème avec la voiture. Dès que nous nous levons, je vais la démarrer, elle peine, mais il s’agit certainement d’un problème de pré-chauffage qui peut être géré. Nous remballons nos affaires dans le camion où nous prenons le petit déjeuner puis, après quelques derniers achats dans une épicerie, nous cherchons la sortie de la ville ce qui, comme ailleurs, n’est pas facilité par l’absence totale de panneaux indicateurs. Nous trouvons le pont qui enjambe le Nil, particulièrement large en cet endroit. De l’autre côté, une nouvelle route goudronnée nous attend mais elle est assez loin de la coulée verte des palmeraies. Nous nous en rapprochons quand nous sommes à la hauteur de Kerma. Aucune signalisation du site sur la route. Sans le GPS, nous aurions le plus grand mal à trouver les lieux touristiques. Nous sommes allés trop loin et devons revenir sur nos pas en traversant les villages sur des pistes mauvaises, mais nous avons ainsi le loisir de détailler les portes des maisons nubiennes.205 KERMA Deffufa Enfin nous trouvons, dans la palmeraie, le site archéologique mais nous sommes mal accueillis par un responsable mal embouché qui baragouine anglais, demande nos passeports et réclame aussitôt les 50 livres du droit d’entrée. Nous pénétrons sur le site au milieu duquel se dresse la deffufa, une massive structure en briques crues, très ruinée mais qui dresse encore fièrement ses restes, du haut desquels quarante siècles contemplent les murets remontés qui simulent le tracé de la ville ancienne. Il s’agissait d’un temple et d’une nécropole royale devenus le lieu de nidification de centaines d’oiseaux qui, en totale 210 KERMA Deffufa muséelèse-majesté, fientent sur les cendres royales… Pour visiter le musée, nous devons encore débourser 10 livres mais il les mérite. Un très beau bâtiment d’allure traditionnelle, ocre et blanc, à la limite de la palmeraie. Il renferme une magnifique collection de poteries du royaume de Koush, aux bords noircis décorés avec des incisions toutes différentes. Les explications sont claires, accompagnées de belles photographies. Si nous voulons voir l’autre deffufa, nous devrons repayer 50 livres exige un policier d’autant plus de mauvaise humeur qu’il ne comprend pas que nous voudrions simplement l’apercevoir… Nous déjeunons à quelque distance puis cherchons le bountoun, le bac qui devrait nous faire traverser le Nil. Je dois me renseigner à chaque carrefour mais enfin nous y parvenons. Alors qu’il contourne un banc de sable et que nous l’attendons, on m’e
 xplique qu’il ne fait que traverser un bras du fleuve pour emmener voitures et passagers dans une grand île, ce qui ne255 SOLEIB Bac fait donc pas notre affaire. Nous repartons, retraversons les villages et reprenons la nouvelle route goudronnée, à la recherche du bountoun suivant. Nous le trouvons avec l’aide du GPS et de passagers qui s’y rendent. Avant de monter dessus, je dois tirer une camionnette en panne. La traversée est rapide, le bac ne prend que quatre véhicules. De l’autre côté nous suivons de nouveau le Nil jusqu’à Sesibi, où, entre deux quartiers du village, se dressent les trois dernières colonnes d’un temple du XIV° siècle av. JC. Nous allons les voir de près puis décidons de rester là pour la nuit.

Vendredi 8 février : Personne n’est venu nous faire déguerpir. Nous nous levons tôt, sans trop savoir ce que la journée va nous réserver et surtout, la piste pour nous rendre à Soleib, sera-t-elle facile à trouver ? Arnaud à Khartoum nous avait mis en garde contre les risques de se perdre dans cette partie. Au début, bien tracée, elle traverse des villages dont nous examinons presqu’une à une les portes. Puis, elle quitte les bords du Nil et s’enfonce dans la montagne, mais toujours bien marquée. Un automobiliste que nous croisons nous met sur la bonne voie, un tracé qui pénè
232 SESIBI Niltre de plus en plus au cœur des montagnes grises, mais bientôt les pistes, tracées par des chercheurs d’or nous a-t-on dit, se diversifient, partent dans toutes les directions et bientôt ni le G PS, ni la boussole ne nous servent plus à grand-chose. Je repère les palmeraies au loin et essaie de m’en rapprocher en suivant des traces à peine marquées. Un village apparaît à quelque distance, l’atteindre oblige à rouler quasiment hors-piste, mais enfin nous y parvenons. On nous confirme que la piste qui le traverse va bien à Soleib. Elle longe le Nil entre palmeraies peu denses et villages qui se suivent. Pas très bonne mais nous avons le temps et puis les villages221 SESIBI Maison traversés sont sans doute les plus beaux du parcours. Toutes les maisons sont décorées, souvent blanches avec les angles des murs et leurs sommets soulignés d’une large trait en ocre rouge, parfois elles sont marrons avec des rosaces sur les murs. Les autres couleurs ne sont pas en reste, les portes aussi sont très belles. L’architecture nubienne est une découverte et mériterait un beau livre de photos. Alors que nous pensions les problèmes d’orientation terminés, nous devons encore repartir dans la montagne mais cette fois, tout se passe bien et nous retrouvons le Nil au village de Soleib où se dressent les restes du plus beau temple égyptien du Soudan. Nous nous garons devant mais personne ne se manifeste, pas de gardien… Avant de visiter, nous allons nous renseigner sur l’existence d’un bac plus avant qui nous épargnerait le retour sur la même piste jusqu’à celui de la veille. On nous confirme qu’il y en a bien un à quelques kilomètres. Rassurés, nous revenons nous garer à 245 SOLEIB Templel’ombre d’un acacia pour déjeuner. Ensuite nous traversons, dans le temple, la salle hypostyle avec ses bases de colonnes où sont gravés des scènes de prisonniers de diverses contrées enchaînés, puis le portique, sculpté sur une face d’une scène de festivités pour les trente ans du règne d’Aménophis III. Je suis tout de même un peu déçu, j’attendais plus de ce temple présenté comme une merveille par les guides. Nous repartons à la recherche du bac. Les quatre kilomètres annoncés sont vite dépassés, il faut en faire dix de plus, traverser de nouveau un bout de montagne, demander à chaque personne rencontrée (et elles sont rares !), après les salutations d’usage  « win el bountoun ? » avant de trouver enfin au bord du Nil deux camions et une voiture qui attendent. Nous voilà partis pour une longue traversée. Embarcadère et débarcadère, sur les deux rives du Nil, sont situés de part et d’autre d’une île qu’il faut contourner en se déplaçant à une vitesse de sénateur. Il eût paru logique de les implanter ailleurs mais… Revenus sur la rive orientale, nous retrouvons le bon goudron s259 SAI Maisonur une trentaine de kilomètres. Pour une fois, un panneau indique l’île de Saï. Un petit bout de piste dans la palmeraie nous amène à l’embarcadère. Nous y sommes assaillis par les moucherons, impossible de descendre de la voiture ni d’ouvrir les vitres. Les hommes portent autour de la tête un voile en moustiquaire pour s’en protéger. Le bac arrive, il ne peut prendre que deux voitures, nous sommes seuls, la traversée est rapide. De l’autre côté, de plus en plus surpris, nous trouvons des indications en lettres latines qui indiquent les curiosités ! Nous nous dirigeons vers les restes du fort ottoman et continuons sur la piste au milieu de cette grande île que je pensais davantage couverte de cultures. Nous passons quelques villages et retrouvons le Nil à l’extrémité de l’île. Nous arrêtons pour photographier une très belle maison aux formes douces et aux murs soulignés d’un beau gris. Le propriétaire survient, nous invite à entrer pour découvrir les autres bâtiments identiquement décorés, puis il nous offre le thé, nous fait connaître 263 SAI Maisontoute la famille dont le bébé d’un mois, et ne nous laisse pas repartir les mains vides, nous devons accepter deux grosses poignées de dattes séchées. La quantité de moucherons à l’extérieur est inimaginable ! Nous ne restons pas dormir comme ils nous y invitent mais nous retournons nous garer au pied du fort. On nous en déloge et invite à aller nous installer dans le désert. La nuit tombe, nous racontons notre journée en goûtant un ouzo, proposé par Marie, quand un autre individu surgit et ne veut pas que nous restions là. Nous ne l’écoutons pas mais, alors que nous faisons cuire des pâtes, il ne tarde pas à revenir, accompagné d’une dame qui, dans un excellent anglais, se présente comme inspectrice de police et nous ordonne poliment de quitter les lieux, nous sommes sur une zone archéologique… Nous devons nous garer à proximité d’une maison qui semble inhabitée. Nous pouvons alors manger nos pâtes en toute tranquillité.

Samedi 9 février : Il n’a pas fait chaud cette nuit mais nous avons été au calme. Nous allons nous promener dans les ruines du fort ottoman où gisent des tronçons de colonnes couverts de cartouches hiéroglyphiques et des milliers de tessons de poteries. Nous allons ensuite voir les quatre colonnes restées debout d’une église, gravées de croix sur leurs chapiteaux. Nous faisons un dernier tour dans l’île puis allons reprendre le bac. Nous n’attendons guère et nous retrouvons la bonne route goudronnée sur la rive droite du Nil. Elle suit encore quelque temps les palmeraies puis file dans les montagnes noires, partiellement couvertes de sable blond. Peu après midi, nous atteignons Wadi Halfa, dernière ville du Soudan, port d’embarquement vers Assouan puisque le seul moyen de passer du Soudan en Egypte, deux pays qui ont 1200 kilomètres de frontière terrestre, est de prendre le bateau sur le lac Nasser ! Nous cherchons l’agence Mashansharti qui s’occupe des voyageurs, elle est fermée mais je parviens à joindre son responsable, Madher qui arrive aussitôt. Sympathique, volubile, il se charge de tout et commence par nous emmener chez lui où nous pourrons dormir, soit dans le camion à l’extérieur, soit dans la maison même. Il nous raconte le raid que tentent deux Anglais, rallier Le Cap à Londres avec une Fiat en moins de dix jours ! Tout cela afin d’apparaître dans le livre Guinness des records ! Après le thé, nous allons déjeuner dans le camion et il ne nous reste plus qu’à attendre… En fin d’après-midi, nous retournons dans le centre-ville. Dernier plein de gasoil au tarif local. Internet est en panne depuis deux jours. Nous rencontrons un Français de notre âge qui se console de son veuvage en voyageant. Nous prenons un verre ensemble à parler de voyages bien entendu. Je vais réserver une chambre à son hôtel qui semble une classe au-dessus des auberges du centre puis les heures passant nous cherchons où dîner. Toutes les gargotes ne proposent que du poulet grillé ou du poisson frit à l’avance, nous décidons de garder ces mets de choix pour les jours à venir où nous n’aurons plus la possibilité de dîner au camion qui doit partir avant nous sur une barge et nous rentrons nous garer devant chez Madher. Nous dînons avec nos derniers œufs et du riz avec une rougail maison.

 

 

Dimanche 10 février : Nous n’avons pas grand-chose au programme aujourd’hui. Après une douche prise chez Madher, un baquet d’eau dans une petite pièce, pas d’eau courante, nous nettoyons, autant que faire se peut, le camion avant d’aller au marché. J’y achète un demi-kilo de mouton, dans les côtes, aussitôt découpé en menus morceaux sur le billot du boucher avant que je ne l’en empêche. Nous allons nous garer sur les bords du lac, entre dépotoir et hérons cendrés pour d’abord relire le blog puis déjeuner, bercés par le bruit d’une pompe démarrée273 WADI HALFA Centre après notre arrivée. Ensuite au cybercafé, malgré une connexion lente et aléatoire, nous mettons le blog en ligne et lisons le nombreux courrier que notre photo de Méroé a provoqué. Nous allons prendre un soda à notre bistrot préféré en laissant le temps passer. Notre Français nous rejoint pour une causette autour des voyages. Nous regagnons ensuite la rue ensablée devant chez Madher. Sa mère et sa sœur viennent nous inviter à boire le thé chez elles. La conversation est réduite bien que la sœur, une belle femme très typée, parle un peu anglais. Nous regagnons le camion pour faire griller les morceaux d’agneau achetés ce matin, bien plus tendres que nous ne le craignions.

 

Lundi 11 février : Nous préparons les sacs que nous allons garder avec nous sur le bateau et allons à l’hôtel où nous avions réservé une chambre, à l’étage, avec salle de bain privée. Ce n’est pas bien reluisant, le ménage n’a pas été fait depuis le passage des derniers clients et la propreté n’est pas celle que nous avait décrite le Français qui y loge. A peine sommes-nous arrivés que Madher vient me chercher pour nous rendre au port, en compagnie de deux motards portugais qui sont sur la route depuis l’Angola, et mettre les véhicules sur la barge qui doit partir aujourd’hui. Nous nous garons dans l’enceinte des douanes et attendons que Madher procède aux formalités. Il me manque un document que les douanes ont oublié de me remettre à l’entrée, Madher doit téléphoner aux douanes de ce poste mais tout semble s’arranger. Le temps passe, tous les douaniers viennent nous serrer la main, s’enquérir de notre nationalité mais à midi, une heure, deux heures, nous attendons toujours. Je vois les ouvriers qui travaillent au port quitter les lieux et comprend alors que nous ne chargerons pas aujourd’hui la voiture. Ce que nous confirme bientôt Madher, enfin réapparu. J’ai faim et je commence à saturer de cette situation. Nous quittons, à pied, l’enceinte du port puis un antédiluvien camion nous ramène, avec mes deux compagnons lusitaniens, en ville. Je file retrouver Marie à l’hôtel puis nous nous faisons conduire en tuk tuk pour retrouver nos compagnons de voyages devant une table. Un demi-poulet grillé me revigore. En fin d’après-midi nous retournons au cybercafé envoyer des messages à Nicole et aux Azalaïens, lire les nouvelles, avant de revenir nous installer sur des chaises en plastique devant un soda dans notre gargote préférée et attendre l’heure de dîner. En dehors du poulet grillé, pas grand-chose de comestible pour nos estomacs occidentaux. Deux portions de falafels et un demi-poulet grillé composeront le dîner, pris bien avant l’heure prévue mais il commence à faire froid et nous sommes contents de rentrer à la chambre.

 

Mardi 12 février : Pas trop bien dormi, moustiques, attente… A dix heures Madher vient me chercher avec les deux Portugais. Nous retournons à la douane récupérer les voiture et motos et, peu après, nous allons nous garer sur la jetée, devant des barges mais celle sur laquelle nous devons embarquer n’est pas à quai. Il faut d’abord que celles qui sont le long de la jetée terminent leur déchargement. Une trentaine de pauvres hères servent de dockers et font la chaîne pour transporter des cartons dans un camion. Pas de grue, pas de treuil pour manœuvrer les barges, tout à la force des bras. Le mouvement s’accélère car le bateau en provenance d’Assouan est en vue. Notre barge, peu reluisante (tout semble en ruine à bord), accoste, manœuvre longue et lente, accompagnée de vociférations, d’ordres contradictoires, mais il reste un bon mètre entre le quai et le pont, et force est de constater qu’ils ne disposent d’aucun madrier, d’aucune planche, d’aucune passerelle pour que je puisse monter la voiture dessus, même les motos ne peuvent pas ! Le bateau d’Assouan approchant, nous devons abandonner et Madher parle désormais d’attendre jeudi pour embarquer motos et voiture, avec une arrivée à Assouan samedi ! Je suis furieux, l’impréparation, le désordre, le bordel ambiant érigé en système, me dépassent ! Retour à la chambre où Marie est tout aussi furieuse. Nous prenons un tuk tuk pour aller, une fois de plus, déjeuner d’un poulet grillé, de falafels et d’une omelette. Nous passons ensuite une heure au cybercafé pour écrire des messages avec une connexion de plus en plus lente. Retour à la chambre. Sieste puis nous repartons à pied dans le centre. L’arrivée du bateau d’Assouan a réveillé la petite ville, des Land Rover d’âge canonique sillonnent les rues pour amener aux hôtels les nouveaux débarqués, chargés de valises et de ballots. Toutes les épiceries, cafeterias et restaurants (bien grands mots pour d’infâmes gargotes) bourdonnent d’activité, la clientèle attablée 272 WADI HALFA Nuittrempe des morceaux de kesra, les délicieux petits pains ronds, dans des platées de foul, le plat national à base de haricots, ou dans d’autres de ragoûts. Nous nous contentons de prendre du thé en compagnie du Français avant de nous décider pour (encore !!!) du poulet grillé et une omelette. Les haut-parleurs sont montés au maximum des décibels, les chaises en plastique sont alignées devant les écrans de télévision qui diffusent tous un match de catch après un autre de football. Les anciens, enturbannés, fument des chichas, indifférents aux fumées et aux klaxons des tuk tuk. Nous rentrons avec l’un d’eux pour notre dernière nuit soudanaise.

 

Mercredi 13 février : Encore une mauvaise nuit avec un rêve très étrange où repas chez Nicole, examen aux Arts et endormissement de Marie se mêlent, le tout se déroulant dans le coffre d’une voiture. A neuf heures et demie, Madher vient nous chercher en minibus, les Portugais et nous, avec armes et bagages. Il nous dépose près de notre restaurant habituel où, pour ne pas changer les bonnes habitudes, nous commandons des rations de falafels, chauds cette fois. Il revient avec une antique Land Rover pour entrer dans le port et commencer les formalités. Il s’occupe de toute la paperasserie, ce qui n’est pas rien et enfin un bus nous emmène au bout de la jetée, au bateau. Il a dû connaître des temps meilleurs mais nul ne s’en souvient. Il est probable qu’aucune compagnie d’assurance ne le couvre… Coque rouillée, des bancs en guise de sièges, un sol dont on ne sait plus en quoi il pourrait bien être, ni quelles couleurs ont revêtu les murs. Une caricature de transport de passagers ! Nous sommes dans les premiers à monter à bord et à nous installer dans l’une des deux salles, celle réservée aux femmes seules et aux familles, l’autre étant réservée aux hommes. Une odeur de pisse stagne dans toute la salle d’une remarquable crasse. Il va falloir y passer presque 24 heures !!! Madher vient se faire payer, il garde les clés de la voiture et promet de l’expédier dans les plus brefs délais, s’il n’y a pas de vent. La salle se remplit tout doucement de grandes et grasses Nubiennes dans leurs voiles colorés. Nous tentons avec une jeune Hollandaise de défendre notre territoire mais bientôt une famille nous rejoint. Ce sont, hélas, des hommes qui sont chargés de faire la police et de répartir les places. Les malheureux ne font pas le poids devant les agressives matrones qui ne veulent pas céder la moindre place et entassent sur les276 LAC NASSER Pont banquettes des colis et des cartons. Les couloirs se remplissent, les Portugais se sont installés sur le pont supérieur, lui aussi vite rempli. Il arrive toujours de nouveaux passagers, des disputes éclatent pour les places, les gosses piaillent, les hommes hurlent dans leurs téléphones. Ambiance ! Je vais voir le capitaine qui a promis à Madher de nous trouver une cabine, moyennant un bakchich et effectivement, peu avant le départ, on nous trouve une cabine, pas très reluisante non plus, mais au moins, nous avons une couchette et nous sommes relativement au calme. Nous montons assister à l’appareillage. Dernier clin d’œil à la 278 LAC NASSER Vuevoiture et nous naviguons sur le lac Nasser, près de la rive orientale couverte de pitons et de collines tabulaires érodées dont les bases disparaissent sous les eaux. Nous restons sur le pont jusqu’au coucher du soleil puis descendons. Nous allons faire un passage à la dining room des 1ères classes sans insister vu l’état des lieux. Nous retournons profiter de notre « confortable » cabine. Nous remontons brièvement sur le pont en nous frayant un chemin entre les dormeurs, quand nous sommes à la hauteur d’Abou Simbel. Nous distinguons dans la nuit la colline artificielle où sont dressées les deux statues géantes. Un spectacle son et lumière s’y déroule mais nous sommes trop loin pour pouvoir dire que nous avons vu quoi que ce soit. Nous nous enfermons pour la nuit en bloquant la poignée de la porte avec un de mes lacets, faute de clé ou de verrou.

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