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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 16:59

Jeudi 14 février : Le brouhaha reprend avec le jour dans le couloir et dans les cabines. Je vais acheter deux verres de thé, vendus trois fois plus chers qu’à terre et nous déjeunons avec les pâtisseries achetées à Wadi Alfa. Quand nous sommes prêts, nous montons avec nos sacs sur le pont guetter l’arrivée à Assouan. Nous y sommes plus tôt que je ne le pensais. Nous retardons nos montres d’une heure, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Je récupère les passeports tamponnés après avoir failli repayer les visas. Des installations portuaires et le mur du barrage signalent l’arrivée. Le bateau accosté, nous ne sortons pas pour autant. Des invectives, des grandes gesticulations animent autorités, porteurs et personnel du bateau avant que les premiers colis soient débarqués puis, de notre pont, nous voyons sortir des passagers. Nous descendons nous joindre à la bousculade en direction de l’étroite porte encombrée qui permet de sortir. Tout le monde pousse, crie, balance ses bagages dans les jambes de son voisin, les porteurs chargés de lourds cartons se fraient un chemin en écrasant les pieds et en menaçant de lâcher leurs colis sur les têtes de ceux qui ne se garent pas assez vite. Enfin nous voici à terre, nous nous dirigeons vers le bâtiment où se déroulent les formalités. Nouvelle bousculade pour être admis dans le bâtiment, des soldats crient pour se faire obéir et obtenir que les arrivants se mettent en ligne. Nous passons en priorité, grâce à Marie, privilège féminin, la douane. Nous faisons la connaissance de Kamal, le correspondant de Madher à Assouan. Il nous emmène dans le bureau pour les entrées des véhicules, nous y remplissons des formulaires puis il nous emmène en ville. Nous sommes aussitôt frappés par l’abondance des produits sur les étals, on y trouve même des fraises. Les abords de la ville sont une succession d’immeubles récents mais déjà en mauvais état. La propreté n’est pas différente du Soudan, les immondices jonchent le sol et les tas d’ordures bordent les rues. Kamal nous emmène, ainsi que les Portugais, sur la corniche où sont amarrés les luxueux bateaux de croisière. Derrière, les voiles triangulaires des felouques nous rappellent notre venue en 199?. Il tient à nous faire prendre une chambre au Philae hôtel mais il n’est pas dans notre gamme de prix, les Portugais y restent. Nous nous faisons 006 ASSOUAN Nilemmener, une centaine de mètres plus loin, au Hathor, nettement moins chic mais trois fois moins cher et avec une belle vue sur le Nil. Nous ressortons pour aller déjeuner au Salah ed Din, un des restaurants installés sur les bords du fleuve. Des terrasses descendent au bord de l’eau, nous nous asseyons sur celle qui est la plus proche des felouques et commandons une bière ! Bien fraîche, pas la meilleure de ce voyage mais sans doute la plus appréciée. La carte propose autre chose que du poulet et nous nous régalons de kofta, avec des frites. Dès que nous sommes dans la rue, nous sommes hélés, sollicités, apostrophés, interpellés, sommés pour une promenade en felouque ou en calèche. Retour à l’hôtel pour une courte sieste puis nous ressortons. Je suis de mauvaise humeur, l’incertitude sur la date d’arrivée de la voiture, toujours pas chargée sur une barge m’énerve sérieusement. Nous024 ASSOUAN Souq suivons une des artères du souq, marchands de souvenirs bien sûr mais aussi étals très colorés d’articles en plastique, fleurs artificielles, chaussures, tissus, épices… Mais il se fait tard et les boutiques ferment. Nous passons dans un cybercafé. Peu de messages, rien de Julie, j’écris pour avoir des renseignements sur l’éventuel ferry de Damiette en Turquie puis nous rentrons à l’hôtel en passant sous les arcades où les boutiques se suivent, semblables à celles de Tunis il y a quarante ans, devantures anciennes, noms français ou anglais. Pour la Saint-Valentin, nous retournons dîner au restaurant de ce midi qui est supposé être le meilleur des bords du Nil. Nous commandons un pigeon farci, un poisson « tagen », qui n’a rien d’allemand mais qui doit se lire tajine ! Et surtout une bouteille de vin rosé local. Le vin est très buvable, sec, corsé, le tajine de poisson quelconque, peu copieux et le maigre pigeon, farci au riz. Un dîner peu réussi hélas. La cacophonie des automobilistes crispés sur leur klaxon nous accompagne du restaurant à la chambre mal insonorisée. Les klaxons auxquels se joignent les sirènes de police continuent tard dans la nuit.

 

Vendredi 15 février : La nuit a été plus calme et au matin, tous dorment encore. Le petit déjeuner est basique, dans une salle à manger elle aussi limite, alors qu’il y a une terrasse avec une superbe vue sur le Nil, sur les felouques qui glissent en silence et sur la montagne ensablée ! Pendant que Marie se prépare, je descends à la réception profiter du wi fi de l’hôtel. Nous partons ensuite en excursion… A peine avons-nous mis un pied à l’extérieur qu’un taxi nous propose de nous déposer à l’embarcadère pour nous rendre à l’île Elephantine. Une barque à moteur nous fait traverser jusqu’au village situé au sud de l’île. Quelques pas et nous sommes au musée, fermé depuis trois ans pour cause de rénovation mais pour le même prix 010 ASSOUAN Elephantine templenous pouvons accéder au site archéologique. Des Allemands ont fouillé les ruines et remonté un temple, peut-être abusivement mais le résultat donne une bonne idée de ce que devait être un temple de l’époque ptolémaïque. Il reste de beaux groupes de bas-reliefs, notamment du dieu à tête de bélier, Khnout, certains ont encore plus que des traces de couleurs et l’on se plait à imaginer quel ensemble kitsch cela devait être. Au bord du Nil, là où son cours est étroit, devant les jardins du mythique hôtel Old Cataract, se tiennent encore les marches du nilomètre qui servait à mesurer les crues. Le reste du site est d’un moindre intérêt, des blocs qui portent des cartouches, un élément de pylône debout et des traces de maisons et encore des temples encore plus abusivement reconstruits. Le vent s’est levé, mauvaise idée car il risque de retarder l’acheminement de la voiture sur le lac, le sable soulevé gêne073 ASSOUAN Maison considérablement Marie. Nous revenons à l’embarcadère. Marie m’y attend tandis que je vais à la recherche d’un restaurant indiqué. Je traverse le village puis longe des jardins où courent des ruisseaux entre les arbres fruitiers, sous les palmiers. Ce serait bucolique et charmant si, à chaque détour du sentier, ne se trouvaient des tas d’ordures et si des sacs plastiques ne volaient de ci, de là ! Après avoir traversé un autre village sans maisons intéressantes, je débouche sur l’autre rive de l’île, face à la colline où sont enfouies les tombes des nobles. Le restaurant n’a pas grand-chose à offrir, je reviens retrouver Marie, nous traversons et revenons en suivant la corniche le long de laquelle sont amarrés les bateaux de croisière à plusieurs niveaux pour touristes. Ils se font bronzer, les femmes en bikini, du moins celles qui n’ont pas trop froid ou qui ont décidé qu’il faisait chaud, sous les yeux écarquillés des mâles frustrés, plantés sur le quai. Nous déjeunons dans l’un des trois restaurants qui affichent des boissons alcoolisées à leur menu, le Mona Lisa, bien mal nommé à en croire l’absence de sourire de 021 ASSOUAN Souqcelle qui nous sert… Retour à la chambre après avoir acheté le Monde. Sieste puis nous repartons dans la grande rue du souq, les magasins commencent à ouvrir en fin d’après-midi de ce vendredi. Beaucoup de boutiques sont clairement orientées vers la clientèle touristique et nous sommes fortement invités à les « visiter » l’une après l’autre… Nombreux étals d’épices où sont, entre autres, proposées des feuilles séchées d’hibiscus pour des infusions de carcadé. Presque toutes les femmes portent des voiles noirs, ce ne sont plus les voiles colorés des soudanaises, et beaucoup ne laissent entrevoir que les yeux. Nous revenons par la corniche alors que le soleil se couche. Nous rentrons à l’hôtel, je vais me connecter à internet pour trouver un message de Julie et des réponses sans grande nouveauté à mes demandes d’informations sur les moyens de quitter l’Egypte. Nous retournons dîner au Salah ed Din, dans une salle abritée car, avec le vent, il fait froid. Nourriture quelconque qui commence à devenir lassante.

 

Samedi 16 février : Marie se réveille de méchante humeur, nos lits avec des « demi-draps » y sont pour quelque chose ! Je vais voir à leur hôtel les Portugais, ma026 ASSOUAN Femme voiléeis ils n’ont aucune nouvelle de Madher et donc de nos véhicules. Nous prenons un taxi qui nous dépo s e sur la corniche, à l’embarcadère pour l’autre rive. Nous embarquons sur une chaloupe, comme celle de la veille, partagée en deux espaces, l’un pour les femmes, l’autre pour les hommes. Celui pour les femmes est plus petit alors qu’elles sont plus nombreuses… Nous débarquons au pied de la falaise envahie par le sable où se trouvent les tombes des nobles. Nous allons en visiter plusieurs en compagnie d’une Française diplômée d’égyptologie, de son mari et d’une Italienne de leurs amis. Il faut d’abord gravir un escalier pour atteindre la plate-forme, à mi-hauteur de la montagne, qui donne accès aux tom040 ASSOUAN Tombes bas reliefsbes. Un gardien nous accompagne et nous ouvre les portes. La première, sans doute la plus belle, est une superbe surprise. Nous franchissons une porte et entrons dans une salle taillée dans la roche, supportée par des piliers puis un couloir avec de part et d’autres des statues en forme de momies de l’occupant des lieux, un certain Serenpout II, représenté en compagnie de son fils sur une fresque. Au fond, une autre petite chambre avec, dans une niche, de nouvelles peintures de Serenpout en compagnie de sa mère, de sa femme et de son fils. Toutes sont d’une extraordinaire fraîcheur, bien mises en valeur par l’éclairage. De plus nous bénéficions des explications de notre égyptologue. Nous045 ASSOUAN Tombes bas reliefs poursuivons la visite dans d’autres tombes, souvent couvertes de peintures ou au moins de hiéroglyphes. Certaines représentent des scènes de chasse, de pêche dans les marais sur des barques en papyrus, identiques à celles du lac Tana d’aujourd’hui, de labour ou plus familières, avec épouses, enfants, chiens  etc… Nous quittons les lieux après un ultime coup d’œil sur les villages aux murs peints en bleu, en aval, reprenons le bateau et marchons en direction de la gare. Nous empruntons la rue du souq et allons déjeuner dans un excellent restaurant de poisson, crabe bien garni, délicieux calamars, accompagnés d’un riz parfumé, de salades et de tahiné. Seul regret : l’absence de vin ! Et inutile d’en demander au patron, barbu, portant au front l’ostentatoire marque des musulmans rigoureux qui ne ratent pas une prière et se cognent le front au sol. Nous rentrons à l’hôtel, j’en repars aussitôt pour aller à la recherche d’un magasin qui vend hors taxe des alcools et peut-être autre chose mais je trouve porte close. Nous repartons en 059 ASSOUAN Old Cataracttaxi pour le Old Cataract, l’hôtel mythique d’Agatha Christie, de Winston Churchill et de François Mitterrand. Le décor est époustouflant, le grand, le vrai luxe, salon feutrés, fauteuils qui invitent à s’y assoupir, personnel discret et efficace. Nous nous installons sur la terrasse, en compagnie d’un voyageur belge rencontré la veille. il se présente comme Flamand ! Nous attendons le coucher du soleil, distraits par les felouques qui se glissent entre les îlots, dont les voiles apparaissent et disparaissent derrière les palmiers. La bière y est meilleure qu’ailleurs mais elle se paie… La nuit tombée, une voiture électrique nous ramène, en passant entre les jets d’eau illuminés, au portail puis un taxi nous dépose à l’hôtel où nous nous contentons de chips et de pommes en guise de dîner.

 

 

Dimanche 17 février : Nuit toujours aussi fraîche au matin. Après le petit déjeuner nous nous rendons en taxi au musée de Nubie, un beau bâtiment de marbre construit sous l’égide de l’Unesco. Un vrai musée, pas de simples vitrines poussiéreuses mais une « mise en espace » des objets, statues, poteries, maquettes appartenant aux diverses civilisations qui se sont succédé en Nubie selon que l’Egypte ou les royaumes  de Koush, de Napata, de Méroé dominaient la région. Les explications en anglais sont claires, complètes et permettent de remettre les connaissances à jour. Dommage que lorsqu’une lampe grille, elle ne soit pas remplacée et qu’ainsi des vitrines soient dans le noir. Peut-être faudrait-il que l’Unesco débloque des crédits pour l’éclairage… A l’entrée une exposition de photos anciennes montre les temples en situation, bien avant leur déplacement lors du remplissage du lac Nasser, une autre rend hommage aux ethnologues, anthropologues, archéologues des missions tchécoslovaques des années 1960. Nous devons encore nous promener dans les vastes jardins du musée où des stèles, des obélisques ont été disposés. Une maison nubienne, très063 ASSOUAN Musée maison décorée extérieurement avec des motifs peints de fleurs, d’oiseaux, de bateaux, a été reconstituée. Elle est très différente de celles que nous avons vues au Soudan mais je doute qu’il en existe encore de telles aujourd’hui. Nous reprenons un taxi pour aller déjeuner tardivement dans un des restaurants du bord du Nil, le Emy, le dernier où nous n’étions pas encore allés et où on sert de la bière. Cuisine meilleure que je ne le craignais. Puis retour à la chambre sans grande envie de faire autre chose. Aucune nouvelle de la voiture ! Nous relisons le blog puis je le mets en ligne. Nous allons voir Francisco, l’un des Portugais à son hôtel. Il a su par Kamal que les véhicules devraient être chargés demain pour arriver mercredi ! Dix jours pour passer du Soudan en Egypte, nous devons battre des records… Une fois de plus nous allons dîner au Salah ed Din. J’avais envie de retourner au restaurant de poisson ou à un de ceux du souq mais Ils sont trop loin pour Marie. Retour à l’hôtel où je me connecte, pour apprendre le décès de Michel L. et aussi pour essayer de me renseigner sur les ferries à destination de la Turquie.

 

Lundi 18 février : Après le petit déjeuner, sans projet précis pour la journée, nous commençons par profiter du wifi pour répondre à un bon nombre de copains avant de décider 068 ASSOUAN Nilde nous rendre de nouveau sur l’île Elephantine. Nous empruntons le ferry privé du grand hôtel Mövenpicke, celui qui trône sans honte à l’extrémité nord de l’île et qui est en pleine extension. Nous traversons les jardins fleuris et pénétrons dans l’immense hall puis un ascenseur nous élève au dernier étage de l’horrible tour qui dépare la plus belle vue d’Assouan, mais d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur les deux rives et les îles du fleuve. Nous longeons l’immense piscine, vide de nageurs puis passons entre les villas afin de trouver la sortie, presque cachée qui permet de se rendre au village nubien qui jouxte l’hôtel. Nous nous trouvons alors au petit restaurant auquel j’étais parvenu la dernière fois. Nous commandons un repas pour midi avant de visiter la jolie petite maison nubienne voisine. Chaulée et décorée de dessins de toutes les couleurs, elle est représentative, avec sa petite cour intérieure, son escalier qui m070 ASSOUAN Maisonène à la terrasse, des anciennes maisons de Nub ie. Nous allons faire ensuite un petit tour dans le village avant de revenir manger les cuisses de poulet pané préparées à notre intention en contemplant  la montagne ensablée devant laquelle l’île du jardin botanique aligne des rangées de palmiers, et les felouques qui filent sur les eaux paisibles. Nous profitons ainsi de cet endroit hors du temps et surtout presque sans touristes jusqu’à ce que nous recevions, en réponse à un des miens, un message de Kamal nous annonçant, à notre grand soulagement, que la voiture est chargée sur une barge qui part en ce moment. Notre enthousiasme est vite tempéré par un message de Francisco qui ne croit pas à une arrivée avant mercredi après-midi et une sortie du port avant jeudi ! Nous nous rendons au musée Animalia qui se veut un musée consacré à la Nubie, l’entrée n’est pas chère mais la visite ne vaut pas plus, des animaux empaillés en triste état, quelques images anciennes, une maison qui n’a rien de traditionnelle. Bref, un attrape-nigaud. Nous revenons à la maison nubienne visitée ce matin 076 ASSOUAN Nilpour y prendre un thé à la menthe en attendant quatre heures, heure à laquelle nous pourrons remonter à la tour du Mövenpick et y prendre un pot en attendant le coucher du soleil. Nouvelle période de repos avec vue sur la rive gauche. Nous remontons donc à la tour attendre que le soleil daigne faire briller les façades des immeubles de la rive droite et en particulier celle de notre hôtel, juste en face de nous, en buvant un soda au tarif spécial visiteurs. Coucher de soleil sans grand intérêt puisque ciel sans nuages. Nous redescendons de cette décidemment trop vilaine tour. Je ne blâmerais pas trop le kamikaze qui déciderait de (se) faire sauter (avec) ce repère d’impérialistes, d’abominables capitalistes, de croisés sionistes et de leurs comparses friqués, il ferait œuvre utile pour la protection de l’environnement… Revenus sur terre, une voiture électrique, cela devient une habitude, nous évite de marcher cent mètres jusqu’à l’embarcadère. Une panne d’électricité affecte cette partie de la ville. Quand elle revient nous repartons dans le souq, à la recherche de cartes postales et d’un couvercle en alpha tressé comme celui acheté à Khartoum. Nous dînons, encore très bien, au restaurant de poisson d’avant-hier. J’apprends incidemment qu’en Egypte « rouget » se dit « mérou », du moins c’est ce que le patron tente de m’expliquer… Retour à la chambre avec nos achats.

 

Mardi 18 février : Réveil un peu plus tardif. Nous sommes tous deux las d’attendre et n’avons plus envie de nous rendre nulle part. Nous passons la matinée à lire, écrire des cartes postales, tenter de nous connecter à internet avec un succès mitigé avant d’aller déjeuner. Le Assouan Moon, sur les bords du Nil, est le plus agréable mais sa cuisine est la pire, et on n’y sert pas d’alcool ! Seule distraction de la journée, en en sortant, nous obligeons une voiture à s’arrêter pour nous laisser traverser, ce qui généralement contrarie beaucoup les automobilistes qui ignorent royalement les piétons, la voiture qui le suit le percute… Spectacle gratuit pour les passants. Nous retournons à la chambre attendre la soirée… Je ressors brièvement pour aller acheter Le Monde, puis à huit heures pour retrouver les Portugais à leur hôtel avec Kamal, comme me le demandait un message reçu dans l019 ASSOUAN Souq’après-midi. Kamal nous confirme l’arrivée de la barge demain en début d’après-midi, nous de mande des copies des passeports et nous donne rendez-vous à onze heures demain pour aller attendre au port. Je vais retrouver Marie et nous allons dîner encore une fois au Salah ed Din, toujours aussi peu copieux mais ils servent des plaquettes de beurre qui intéressent Marie pour son petit déjeuner… Retour à la chambre en passant une fois de plus par le souq, occasion lors de l’achat d’un paquet de chips de vérifier que les tarifs « touristes » sont n’importe quoi et que, comme pour les bouteilles d’eau, nous avons été escroqués les fois précédentes.

 

Mercredi 20 février : A onze heures, comme prévu la veille, je retrouve Miguel et Francisco à leur hôtel. Un chauffeur envoyé par Kamal nous conduit, à toute vitesse, au port. Là nous devons encore patienter avant d’en franchir l’enceinte puis de nouveau attendre le bon vouloir de notre « coach ». Il nous assure que la barge sera là à midi puis à une heure, elle arrive à 079 ASSOUAN Bargeune heure et demie passée… Et se gare entre deux autres, perpendiculairement au quai ! L’équipage quitte le navire, je comprends que ce n’est pas encore aujourd’hui que nous descendrons les véhicules. Ce que nous confirme peu après Kamal. J’explose ! Je lui dis ce que je pense de ses promesses et de celles de Madher, que j’en ai plus que ras-le-bol d’attendre, 12 jours de Wadi Halfa, un autre record à leur actif après les 10 jours pour aller du Cap à Londres. Je déclare ne plus le croire et refuse ses tentatives de nous rabibocher. Il essaie de gagner du temps pour demain et relève sur les motos et la voiture les numéros de châssis, les contrôler ne lui suffit pas, il les recopie par décalcomanie… Enfin il nous ramène à l’hôtel et nous donne rendez-vous demain à 8h30. Il est quatre heures, j’ai faim, après avoir fait mon rapport à Marie, je vais dans le souq manger un chawarma. Nous ressortons quand le soleil est couché et nous allons à la boutique, la seule de la ville où l’on peut acheter des alcools. Bizarrement les bières sont plus chères qu’au restaurant… Nous comprendrons, en en buvant une plus tard, qu’il ne s’agit pas des mêmes, celles-ci font 10° ! Nous revenons en suivant la corniche dans l’obscurité pendant  la panne de courant bihebdomadaire. Je vais déposer nos achats d’antidépresseurs à la chambre puis un taxi nous dépose au restaurant de poisson d’où nous revenons à pied par le souq où nous commençons à faire des provisions pour la suite du voyage. Nous préparons les sacs pour demain.

 

Jeudi 21 février : Réveil de bonne heure. Douche, petit déjeuner avec Marie, dernières tartines avec la confiture de figue de tous les matins puis avec un sac à dos bien chargé, je me rends au rendez-vous de Kamal à l’hôtel de Miguel et Francisco. Son chauffeur, toujours aussi pressé, nous emmène au port. Sa radio diffuse un prêche repris par une voix enfantine et se poursuit par de gros sanglots, sans doute à l’évocation de quelque martyr, qui font sourire les trois mécréants occidentaux que nous sommes. Je suis (désagréablement) surpris par le nombre de prêches, sermons et autres billevesées, indépendamment des tonitruants appels à la prière lancés depuis les mosquées, que nous entendons partout, à toute heure, diffusés sur les télévisions, radios des boutiques, restaurants, hôtels, taxis. Des cheikhs chenus dont la sagesse est supposée proportionnelle à la longueur de la barbe, disputent les écrans à des matchs de football qui, toutefois, soulèvent plus l’enthousiasme des spectateurs. Il faudrait écrire une histoire politique de la barbe. Les révolutionnaires de 1789 en étaient dépourvus,  apanage des intellectuels et de la bourgeoisie éclairée du XIX° siècle (difficile d’imaginer Victor Hugo, Pasteur ou Marx imberbes, ils ont dû naître avec des poils au menton…), elle revient à la mode avec les barbudos de Cuba avant de devenir l’indispensable attribut des intégristes religieux (de tout poil ?). Nous devons terminer à pied pour parvenir à la barge qui n’a pas bougé. Nous montons à bord et je range les affaires que j’ai rapportées. Est-ce notre présence ou l’heure (9 heures !) ? Toujours est-il que s’amorce un mouvement, l’équipage se manifeste et bientôt la barge vient se ranger le long du quai. J’aide les motards à démarrer leurs engins dont les batteries se sont vidées puis nous descendons à terre, bienvenue en Egypte ! Nous devons ensuite attendre dans son bureau le bon vouloir du responsable des douanes, harassé par un travail qui l’occupe une demi-heure par semaine… Ces minables gratte-papiers incompétents et arrogants m’exaspèrent au plus haut point ! Ils passent une bonne partie de leurs heures de bureau à boire du thé, croquer des gaufrettes, s’empiffrer de sandwichs à la Vache qui Rit et discuter au téléphone. Albert Cohen était très en-dessous de la vérité en décrivant l’ordinaire d’Adrien Deume, petit fonctionnaire de la SDN, sans doute n’avait-il jamais eu affaire à l’administration égyptienne ! Pendant le temps nécessaire pour tamponner le carnet de passage en douane, le ferry de Wadi Halfa est arrivé et nous assistons, de l’autre côté de la barrière cette fois, à la foire d’empoigne du débarquement des passagers. Une semaine que nous sommes là ! Kamal repart et revient plus d’une heure plus tard avec les plaques d’immatriculation que nous devons fixer sur les nôtres et les attestations d’assurance. Nous avons dû débourser 85 $ pour la douane et 40 $ pour plaques et assurance sans savoir ce qui revient réellement dans les caisses de l’Etat et ce qui améliore l’ordinaire des fonctionnaires… Kamal nous demande 40 $ pour lui ce que je ne trouve pas exagéré vu les démarches qu’il faut faire entre douane, police, assurance, port etc… dont, sans lui, nous aurions dû démêler les réseaux. Enfin, je démarre la voiture et tente de sortir du port, mais les choses ne sont pas aussi simples, je dois encore me présenter au bureau du port pour acquitter un « droit » de sortie ! Me voici sur la route d’Assouan, au volant de la voiture. Il est plus de deux heures et atteindre Louxor aujourd’hui va être difficile. La traversée des voies ferrées, à un passage à niveau fermé le temps que passe le train en provenance du port, est une occasion supplémentaire de faire monter d’un cran mon énervement anti-égyptien… Je me gare devant l’hôtel, vais chercher Marie, de mauvaise humeur d’avoir dû attendre et qui ne manque pas de me reprocher d’avoir oublié dans la chambre, sous mon oreiller, les bijoux, croix éthiopiennes et colliers soudanais… Nous allons nous garer à proximité puis allons dans le souq compléter les provisions. Nous déjeunons rapidement dans le camion d’un mauvais shawarma et décidons vu l’heure de renoncer à essayer d’atteindre Louxor ce soir et de nous rendre au « camping » d’Assouan, une guest house fréquentée par les overlanders, sur la rive gauche du Nil. Nous quittons Assouan en longeant le fleuve sur une très belle corniche, peu fréquentée et bien plus calme que le centre. De l’autre côté, la barrière des palmiers dissimule la base des collines de roches noires recouvertes d’un beau sable lisse et blond. Nous franchissons le Nil sur un pont, revenons sur nos pas sur l’autre rive et trouvons le Adam Home081 ASSOUAN Adam home, une belle maison nubienne dont nous serons ce soir les seuls occupants et encore, puisque nous devons nous garer à l’extérieur de son mur crénelé, couvert de dessins colorés. On nous offre aussitôt le thé, le patron Mohamed qui parle bien anglais arrive peu après, nous fait visiter les lieux. Une vaste cour et des terrasses bien aménagées avec du mobilier traditionnel en tiges de palmiers. Nous passons la fin de l’après-midi en sa compagnie, installés sur des fauteuils à l’extérieur de la maison, en sirotant un thé à la menthe tout en discutant avec ce monsieur très ouvert, qui me réconcilie avec les Egyptiens. Nous échangeons des cours de français contre des leçons d’arabe jusqu’à la nuit tombée. Nous regagnons le camion et dînons d’une très mauvaise viande hachée et d’un tout aussi mauvais vin local.

 

Vendredi 22 février : Réveillé tôt, je patiente jusqu’à ce que Marie émerge à son tour. Nous sommes prêts à neuf heures mais tout le monde dort encore dans la maison et je dois klaxonner pour faire venir notre « élève » de la veille et régler la nuit. Nous voulons rallier Louxor par la route dite du désert, sur la rive gauche du Nil mais au bout de quelques kilomètres, la police à un poste de contrôle nous en empêche arguant d’un danger non 082 KOM OMBO Nilprécisé, si ce n’est en nous parlant de « mafia »… Nous devons repasser sur la rive droite et suivre la route entre la voie ferrée et le Nil. Les bords du fleuve sont superbes dans cette portion, peu de villages, des palmeraies et leurs jardinets où poussent tomates, haricots, oignons ainsi que des orangers, des manguiers, au pied des montagnes et, sur le Nil, des bateaux de croisière ou des felouques rident les eaux. A Kom Ombo nous nous rapprochons des bords du Nil pour visiter le tem083 KOM OMBO Templeple construit sur une éminence. L’approche est époustouflante, des murs, des colonnes couvertes de bas-reliefs, en veux-tu, en voilà ! Enfoncées les sites du Soudan ! J’avais oublié le gigantisme des temples égyptiens. Certes, celui-ci est d’époque ptolémaïque donc récent mais sa riche décoration donne une excellente idée d’un temple à son apogée avec plus que des traces de peintures sur certaines sculptures des salles hypostyles.089 KOM OMBO Bas relief Les représentations des dieux Sobek à tête  de crocodile et d’Haroéris, le grand Horus, à tête de faucon, se  retrouvent sur de nombreux murs dans des scènes d’offrandes. Dans le fond, des cellules sont également décorées mais elles sont fermées et bien sûr, surgit alors un gardien qui en a les clés et nous les ouvre en tendant la main… Un beau musée récent se trouve à proximité, consacré à Sobek, d’étonnantes momies de crocodiles y sont présentées, ce sont celles des sauriens considérés de leur vivant comme des incarnations du dieu. Nous reprenons la route au milieu des champs de canne à sucre, amenée à l’usine sur des remorques tirées par des tracteurs ou sur des wagons par la voie ferrée. Nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d’un arbre, pas dérangés par les âniers qui passent, avant de continuer. Nous renonçons à visiter Edfou par manque de temps. Notre moyenne n’est pas très élevée, les ralentisseurs, simples dos d’ânes installés dès qu’il y a trois maisons, se montrent très efficaces et jouent parfaitement leur rôle, nous devons continuellement ralentir pour les franchir. Nous arrivons à Louxor par une belle avenue qui longe le Nil. Les touristes semblent plus nombreux, les convois de calèches chargées des passagers des bateaux de croisière, se suivent. Nous passons l’imposant temple de Louxor puis trouvons le camping-hôtel Rezeiky où se trouvent déjà Miguel et Francisco ainsi qu’un couple de Gallois venus par la Libye en moto. Nous discutons un temps avec eux mais ils ne parlent qu’anglais et nous en avons vite assez. Marie retourne au camion puis nous dînons de plats de poisson, très copieux.

 

Samedi 23 février : Nous allons nous garer à côté de la gare. La première visite est pour une boutique qui vend des alcools, nous y refaisons une provision de bière et renouons avec les habitudes métropolitaines en achetant une bouteille d’un gin local. Nous passons ensuite à l’office du tourisme où un sympathique employé fournit à Marie des prospectus sur l’Egypte avant de me conseiller de me rendre à la police touristique afin de savoir si la route des oasis nous est ouverte. Depuis le refus de nous laisser circuler sur la rive ouest  après Assouan, Marie n’est plus rassurée… Je vais aux renseignements, on m’assure qu’il ne devrait y avoir aucun problème pour nous y rendre. Trouver ensuite du pain, pas des kesras, est un problème ! Je fais des tours dans le petit souq avant de do100 KARNAK Béliersnner deux livres à un gosse qui revient avec quatre petits pains. Nous commençons par nous rendre à Karnak, à quelques centaines de mètres de notre hôtel-camping, vaste parking pour accueillir les nombreux cars de touristes même si d’après les Egyptiens ils sont bien moins nombreux que les autres années, pour cause de révolution… Nous devons traverser un e grande esplanade avant de parvenir au dromos, la double rangée de statues de béliers qui accueille les visiteurs. Le premier portique franchi, nous sommes dans une cour avec divers bâtiments dont deux temples aux murs couverts de bas-reliefs. Temples et portiques ont été très restaurés et les bas-reliefs sont noyés dans les matériaux de reconstruction, le résultat me paraît peu satisfaisant. Cette première impression, plutôt négative, va être vite dissipée quand nous allons pénétrer dans l’immense salle hypostyle, une véritable forêt de 103 KARNAK Hypostylefortes colonnes aux fûts imposants, terminées par des chapiteaux en forme de fleurs de lotus, ouvertes pour les rangées centrales, fermées pour celles des côtés. Il subsiste des traces de couleurs, notamment dans les parties protégées des chapiteaux et sur les architraves qui les relient. Nous déambulons au milieu de ces piliers massifs, les yeux au ciel, cherchant les meilleures perspectives sur les pylônes ou les obélisques. Quelques salles ont de superbes bas-reliefs qu’il faudrait avoir le temps de détailler en compagnie d’un égyptologue. Presque tous sont des scènes d’offrandes ou de longues processions de serviteurs, d’animaux, de barques rituelles. Nous renonçons, encore une fois, faute de temps, mais aussi à cause de la fatigue, à nous rendre dans les propylées ou au temple de Ptah, nous les réservons pour une autre fois, un autre voyage… Nous revenons à la voiture, déjeunons puis repartons nous garer à proximité du musée. Très beau musée mais aussi très cher. Chaque monument, chaque temple, chaque tombe a son prix pour visiter, tout voir coûte une petite fortune ! De très belles statues sont alignées le long d’un mur, dans une demi-pénombre, bien mises en valeur par un éclairage adéquat. Des momies sont présentées presque dans le noir, des corps desséchés entourés de bandelettes. Tous les objets présentés sont de toute beauté, les explications sont en anglais, pas redondantes. Le bâtiment moderne est tout en rampes et les espaces ne sont pas immenses. Nous y passons moins de temps que prévu, assez pour avoir le temps de souffler avant de repartir pour le temple de Louxor. Nous en cherchons l’entrée, en faisons deux fois le tour avant de comprendre qu’on n’y accède que par un souterrain, à proximité de la mosquée implantée au milieu des ruines. Nous nous123 LOUXOR Sphinx reposons sur un banc avec un soda avant de nous intéresser au temple. Une belle allée de béliers conduit au premier pylône gardé par des statues géantes de Ramsès II. J’avais gardé un assez bon souvenir de ce temple. Nous y retrouvons de superbes bas-reliefs, d’une très grande finesse, relatant le transport des barques solaires de Karnak à Louxor puis une salle hypostyle, pas aussi impressionnante que celle de Karnak mais peut-être plus élégante. Partout des statues géantes de Ramsès, alignées entre des colonnes papyriformes ou gardant les entrées des cours. La nuit tombe, les lumières s’allument, éclairent les fûts, mettent en valeur par un éclairage rasant des bas-reliefs que nous n’aurions peut-être pas remarqués. Dans l’obscurité, 135 LOUXOR Temple de nuitla forêt des colonnes prend un autre aspect, les statues géantes s’humanisent et les obélisques ne sont plus que des cure-dents déplacés ! Nous revenons vers la sortie en goûtant les perspectives éclairées, les alignements de colonnes, l’allée des sphinx et les pylônes qui perdent alors de leur aspect massif. Retour au camping, les autres voyageurs y sont toujours. Nous nous apercevons que ce que nous avions acheté pour de la viande de poulet congelée est en fait des abats, foies et gésiers, ils feront le bonheur d’un des employés du camping. Nous voulons nous remettre de la fatigue du jour en prenant un gin-tonic mais là aussi, déconvenue, j’ai acheté non pas du tonic mais une boisson gazeuse à l’ananas ! Nous corrigeons l’erreur avec des bouteilles de tonic du restaurant. Nous cuisinons des saucisses de bœuf dans le camion, quand Claire, la Galloise vient nous offrir des parts de gâteau au chocolat en l’honneur des 37 ans de son compagnon. Nous allons les retrouver pour les déguster (?) en leur compagnie avant de regagner le camion. Je me connecte à internet avec le wifi de l’hôtel, pas de message de Julie… Je finis la journée en tapant ces lignes dans le lit.

 

 

Dimanche 24 février : Nous faisons nos adieux aux Gallois qui descendent, sans se presser, sur Assouan et aux Portugais qui se dirigent vers la mer Rouge en quête de plages. Nous passons au souq chercher du pain et aussi échanger nos boîtes de soda à l’ananas contre de vrais tonics. Nous sortons de Louxor par la route de notre arrivée jusqu’au pont qui nous permet de passer sur la rive gauche. Comme les deux précédents jours, l’air est chargé de sable et la visibilité est réduite, le Nil, ses rives sont à peine discernables dans une brume ocre. Nous roulons au milieu des champs de canne à sucre en suivant un canal d’irrigation jusqu’à El Gourna. La route bifurque vers les sites des nécropoles, passe devant les colosses de Memnon, bien ruinés, ils semblent perdus, abandonnés. Nous devons acheter les billets pour les tombes que nous souhaitons voir avant de nous rendre sur la colline, véritable gruyère, percée de plus de quatre cents tombes de personnages qui eurent des rôles auprès des pharaons, appelés de ce fait des nobles. Nous choisissons de visiter sept des tombes. Une fois débarrassés des solliciteurs, guides presque bénévoles et autres marchands de superbes sculptures sur albâtre, nous entamons la montée sur la colline. Beaucoup de monde s’y trouve mais je m’aperçois vite qu’il ne s’agit pas de touristes, ils sont rarissimes, mais d’ouvriers employés à charrier des déblais sur les sites de fouille. Nous commençons par la tombe de Rekhmiré, un vizir, peut-être la plus belle de celles que nous verrons. Sans doute parce que la première mais sa simplicité alliée à la fraîcheur des scènes représentées, artisans au travail, banquet, funérailles nous stupéfient, elles semblent avoir été peintes la veille ! Et, contrairement à d’autres, aucune vitre protectrice ne nous sépare des parois. Plus haut, celle de Sennéfer, est aussi superbe, son plafond est peint d’une treille avec de belles grappes de147 LOUXOR Tombe Ramose raisins noirs mais là, des vitres nous tiennent en retrait. Très satisfaits de ces deux premières visites, nous enchaînons avec un groupe de trois tombes, moins convaincantes, celles de Ramose, une très vaste salle hypostyle avec une seule représentation peinte d’une procession, les autres parois sont 159 LOUXOR Tombe Nakhtsculptées, seuls les yeux de quelques personnages sont soulignés en noir. Bien que cela soit interdit, j’ai décidé de tenter de prendre discrètement des photos dans les tombes, ce qui ne pose pas de problème dans les tombes de Khâemhat, belles scènes de travaux des champs, ou d’Ouserhat, scènes de chasse  ou d’artisans, ni plus tard dans celle de Nakht, avec de superbes tableaux de la vie quotidienne dans la vallée du Nil, des moissons, des vendanges, mais à celle de Menna, le gardien se montre plus vigilant, exige de visionner les photos, se rend compte que j’en ai pris beaucoup et commence à parler de police, de confiscation de la carte-mémoire .Un autre gardien calme le jeu, et nous invite même à franchir la barrière qui nous interdisait d’accéder à la magnifique chapelle et ainsi contempler de près une exceptionnelle scène de pêche et de chasse dans les marais. Bien sûr, il recevra un fort bakchich ! Nous repartons émerveillés par la beauté si bien conservée de ces vignettes d’un autre temps, avec le seul regret encore une fois de ne pas pouvoir les admirer sous la conduite d’un connaisseur des rites de l’Egypte160 LOUXOR Tombe Nakht ancienne. Nous récupérons la voiture et allons nous garer devant le temple de Séti I que Marie tenait à visiter. Après déjeuner, nous nous y rendons, presque seuls. Peu à voir, du moins après les temples de Louxor et de Karnak, classiques scènes d’offrandes des rois, Séthi I ou Ramsès II à diverses divinités. La gravure, plus profonde, me paraît peu fine et rarement compréhensible mais peut-être suis-je de parti pris car je n’avais pas très envie d’y venir… Nous décidons, surtout Marie, je serais bien resté sur le souvenir ébloui des tombes des Nobles, de nous rendre dans la Vallée des Rois pour essayer d’y voir quelques tombes avant l’heure de fermeture. Une route goudronnée s’enfonce dans la montagne et parvient au Visitor center. Pour une somme de 80 livres égyptiennes, nous avons le droit d’entrer dans trois des tombes ouvertes, au choix. Un mini-train, payant, nous fait parcourir deux cents mètres puis il nous faut continuer à pied. Nous décidons de commencer par celle de Ramsès III. Un long couloir en pente aux parois couvertes de hiéroglyphes ou de scènes tirées des Livres sacrés qui nous sont totalement inconnus, conduit à la chapelle funéraire vide. Les autres visiteurs sont des Russes pressés et bruyants, peu motivés. Les peintures sont belles mais elles n’ont pas le charme de celles des Nobles, la solennité des cérémonies l’emporte sur la fraîcheur des travaux de tous les jours. La tombe de Mérenptah est décevante, elle ressemble beaucoup par sa disposition, un long couloir en pente qui débouche sur une salle avec un énorme sarcophage, à celle de Ramsès III. Nous terminons avec celle de Ramsès IX où nous sommes presque seuls. La chapelle est couverte de scènes mystérieuses, ésotériques bien sûr, où le soleil sous la forme d’une boule rouge joue un rôle important. Son plafond est tout aussi étrange, un calendrier astronomique également superbe. Il est temps d’en terminer. Le mini-train nous ramène à l’entrée où nous récupérons la voiture et rentrons à Louxor. Nous passons dans un magasin qui a des produits anglais, bœuf ou poulet fumé, saumon congelé, avant de regagner le camping où nous sommes seuls ce soir. Nous nous installons dans le jardin pour relire le blog puis nous dînons avec les darnes de saumon achetées pour justifier l’achat de la bouteille de vin blanc, très quelconque. Nous téléphonons à Julie qui nous annonce qu’elle rendra visite à Nicole le prochain week-end. Je ressors pour taper le texte de la journée dans le jardin.

 

Lundi 25 février : Je suis réveillé à quatre heures par un gratteur de guitare, probablement complétement sonné par un abus de l’herbe cultivée par Marie-Jeanne et qui tient absolument à faire partager aux voisins son dégoût des politiciens, qu’il chante d’une voix éraillée, peu travaillée. Il est parfois couvert par celle encore plus tonitruante de muezzins, allumés eux aussi et peut-être par les mêmes plantes. Je meurs d’envie d’aller expliquer à notre guitariste engagé que ce n’est peut-être pas la meilleure heure pour convertir les foules à la révolution prolétarienne mais je crains de réveiller Marie qui dort du sommeil du juste, les boules Quiès profondément enfoncées… Quand, rare exploit qui mérite d’être souligné, notre troubadour marxiste réussit à la tirer de sa catalepsie, je me précipite hors du camion pour m’apercevoir que notre poète est au-delà du mur d’enceinte de l’hôtel et surtout, ma sortie déchaîne l’ire de la demi-douzaine de chiens pour qui tout est prétexte à de longs aboiements… Je me recouche, Marie enfonce plus profondément ses bouchons d’oreille, je me cache la tête sous l’oreiller au moment où un coq sonne un réveil gaulois. Nous quittons enfin Louxor après avoir fait un dernier tour en ville pour acheter fruits et légumes. Nous voulons refaire le plein de gasoil mais nous avions été avertis qu’il s’agit d’un produit rare et effectivement les premières stations-services où nous nous adressons en sont dépourvues. Après avoir traversé le Nil, alertés par un grand nombre de camions et bus formant une longue file d’attente à une station, nous nous enquérons de la venue du camion-citerne. Un policier nous l’annonce pour dans une demi-heure, le gérant de la station pour dans une heure, le gardien pour midi. Il n’est que dix heures un quart ! Nous décidons de tenter notre chance car je ne veux pas entamer nos réserves. Notre éminente qualité de touriste nous autorise à passer devant tout le monde et à nous garer devant la pompe… La demi-heure, l’heure, écoulées, nous envisageons de continuer notre route mais le camion-citerne arrive. Il doit manœuvrer pour accéder à la station ce qui n’est pas évident. Pour ce faire, il doit couper la route et aucun automobiliste n’est disposé à lui laisser la priorité. Les policiers dépêchés pour éviter une émeute, ne se mêlent de rien, ils mâchonnent les morceaux de canne à sucre tombés ou arrachés des remorques des tracteurs, fument des cigarettes ou sirotent un thé sur le bord de la route. Lorsqu’enfin le camion accède à la station, il doit encore faire quelques mouvements pour pouvoir accéder aux cuves. L’une est devant la voiture, l’autre derrière… Nous sommes les premiers servis mais dans l’incapacité de repartir ! Pendant tout ce temps, nous assistons à un happening égyptien. Engueulades et empoignades, chacun y va de sa complainte, tente de passer avant les autres, apporte ses bidons à remplir, engueule ceux qui passent avant, se justifie avec des gestes de pleureuses de l’antiquité auprès de ceux qu’il veut reléguer après lui. Tous invoquent Allah mais aucune sourate, aucun hadith ne réglent la distribution de carburant ! Et tout le monde fume en se penchant sur la cuve pour vérifier le niveau… Enfin nous repartons, continuons au milieu des cannes à sucre avant d’entrer  dans le désert. Nous traversons, dans une sorte de brume peu agréable, une immensité désespérément  plate et monotone, parcourue à bonne allure. Quelques passages se font entre des collines partiellement couvertes de sable, arasées à leur sommet par le vent depuis des millénaires. Nous passons quelques contrôles débonnaires où on ne nous demande que notre nationalité ! Nous atteignons enfin les oasis qui se suivent dans la dépression d’El Kharga, succession de taches vertes et de villages pas très beaux au milieu des sables. Enfin, peu avant le coucher du soleil, nous atteignons la capitale du sud, aux avenues désertes. Nous pouvons nous installer au Kharga Oasis Hotel, et bénéficier des commodités d’un bungalow, après discussion avec le réceptionniste qui ne parle qu’arabe et son patron qui ne bafouille que quelques mots d’anglais. Il a fait bien plus chaud aujourd’hui et un gin-tonic s’impose pour marquer notre arrivée sur le territoire des Oasis !

 

Mardi 26 février : Marie se déclare très satisfaite de la salle de bain mise à notre disposition ! Nous commençons la journée par la visite du temple Hibis, à la sortie de la ville. 165 KHARGA Temple HibisLes abords sont en cours d’aménagement mais l’allée qui se dirige droit vers le sanctuaire est bien dégagée et nous en franchissons les portes successives. L’alignement des pylônes est parfait, nous apercevons dans l’encadrement du premier la vilaine porte en fer qui protège les salles décorées du temple. Sur les parois nous retrouvons les représentations classiques d’offrandes aux dieux Mut, Amon et Khonsou. La salle hypostyle et les pylônes ont été très restau rés, cela me gêne toujours un peu. L’intérêt de ce tem  ple est surtout dans l’antichambre dont les murs intérieurs sont entièrement couverts de sculptures sur plusieurs registres, presque toutes avec  d’importantes traces de peinture. Nous n’en avions jama is vu autant dans un temple. Un gardien ne nous lâche pas d’une semelle, vite rejoint par un policier qui demande où nous avons logé, d’où nous venons et où nous allons ! Nos anges gardiens !!! Nous continuons par la nécropole chrétienne de Baghawat, un kilomètre plus loin. Sur une colline, on aperçoit ce que l’on pourrait prendre pour des maisons ruinées, 181 KHARGA Nécropole Baghawaten fait ce sont des chapelles funéraires familiales du IV° au VI° siècle, construites en briques crues, surmontées d’un dôme. Elles forment des rues ensablées aujourd’hui. Nous en visitons plusieurs qui ont conservé des traces de fresques assez naïves avec des scènes tirées de l’Ancien Testament, Adam et Eve, Abraham, l’Exode avec Moïse etc… De nombreux graffitis en grec ou en arabe les recouvre presqu’entièrement. Si les peintures sont peu intéressantes pour un non-spécialiste, l’ensemble des basiliques et des « maisons », avec la vue sur la palmeraie et les montagnes au loin, mérite la visite. Nous revenons en ville acheter des boissons et des fraises puis, en passant devant une station-service où une longue file de camions et camionnettes signale une distribution de gasoil, nous nous arrêtons et notre 187 KHARGA Désert dunequalité de touristes nous permet d’être servis sans attendre ! Nous repartons pour une nouvelle traversée du désert sur environ deux cents kilomètres. La route est goudronnée, elle disparaît parfois sous une dune mais alors une voie de contournement a été prévue. Des formations rocheuses érodées commencent à apparaître dans le lointain, des pics, des cheminées curieusement taillées, puis elles se rapprochent, nous les traversons en parvenant au groupe des oasis dans la dépression de Dakhla. Nous faisons un petit détour jusqu’au village de Bashindi. Un curieux cimetière à l’entrée renferme des tombes entourées d’une clôture de briques blanchies à la chaux, disposées en quinconce ou193 BASHINDI Tombes en étoile. Nous traversons le village, en voiture, il fait chaud et nous n’avons pas très envie de descendre marcher ! Nous passons ensuite à Balat où nous faisons, toujours en voiture, le tour de la ville ancienne, des maisons en briques crues, plus ou moins ruinées sur une colline. Nous arrivons à Dakhla où le premier arrêt est pour acheter des boissons fraîches. Nous cherchons un endroit où camper, tentons notre chance au Elias Camp sur lequel nous n’avons aucune information. C’est un tout nouvel ensemble de bungalows, désert, au milieu des cultures, à la sortie de la ville. Une petite piscine ne manque pas d’attrait mais Marie veut voir la vieille ville avant que nous 201 DAKHLA Vieille villene nous posions pour la nuit. Nous retournons donc dans le centre et allons nous garer sur une place, au pied des ruines de la cité ancienne. Nous partons dans les ruelles, au milieu des maisons toutes très ruinées et presque toutes abandonnées. Nous montons au sommet de la colline, la vue sur les terrasses et les toits effondrés est peu intéressante. Retour au camping où je peux enfin goûter à l’eau fraîche du bassin avant que la nuit ne tombe. Nous profitons du crépuscule pour commencer à raconter la journée puis nous essayons vainement de nous connecter à internet avec la clé du patron. Nous ne pourrons envoyer un message à Julie qu’en utilisant l’ordinateur de l’hôtel, avant de regagner notre camion, à l’abri des féroces moustiques.

 

Mercredi 27 février : Pas de muezzin cette nuit pour affirmer qu’ « il n’y a de dieu que Dieu » mais un âne brait qu’  « il n’y a pas que les ânes qui sont des ânes ». Nous allons en ville, d’abord tirer des livres égyptiennes avec la carte bleue puis au musée ethnographique. Il est fermé mais le vendeur de motos qui est en face en appelle le responsable qui arrive aussitôt. Il nous ouvre la porte de ce bien modeste musée consacré aux gens des oasis. Nous y retrouvons tous les objets bien connus dus à l’ingéniosité de ceux qui ont su tirer parti du palmier dattier que ce soit en Afrique du Nord ou dans d’autres régions désertiques. Rien de nouveau pour nous mais nous admirons tout de même quelques robes anciennes, noires avec des broderies et des pièces d’argent cousues dessus. Nous p205 DAKHLA Pigeonnierassons ensuite à l’office du tourisme qui nous assure qu’il y a un camping à El Ksar, à l’hôtel Badawiya et nous prenons la route qui musarde dans les palmeraies, traverse les villages et leurs cimetières aux marabouts souvent ruinés. Dans la campagne, de nombreux pigeonniers dressent leurs tours, percées d’ouvertures pour les volatiles et piquées de branches pour qu’ils puissent s’y reposer. Nous parvenons à El Ksar et trouvons à l’écart de la route principale la cité ancienne, raison de notre venue. Tout de suite un minaret en briques crues nous surprend au détour d’une ruelle. Nous découvrons 209 EL KSAR Minaret et rueune particularité de cette ancienne capitale médiévale de l’époque ottomane, les linteaux de bois sculptés au-dessus des portes. Nous en verrons plus d’une douzaine, certains finement gravés avec des versets du Coran. Ils sont les derniers restes de la splendeur de la cité avec quelques fenêtres de bois ouvragées mais les maisons comportaient peu d’ouvertures vers l’extérieur. Elles sont presque toutes écroulées, quelques-unes ont été sommairement restaurées mais les habitants sont devenus rares et n’entretiennent plus ces masures sans confort. Nous déambulons dans les ruelles, parfois couvertes, sans suivre d’itinéraire précis, poussant les portes à demi ensablées, grimpant des escaliers effondrés qui mènent à des terrasses branlantes, avant de revenir à la voiture. Nous allons au Desert Lodge, un établissement luxueux mais très bien placé sur une colline qui domine la vieille ville. Nous pourrions éventuellement y camper. Nous aviserons… Nous prenons la route de l’ouest sur quelques kilomètres puis nous roulons dans le désert entre des buttes de roches stratifiées jusqu’à un site où se trouvent des tombes romaines. Penser que Rome au temps de sa190 KHARGA Désert splendeur entretenait des garnisons jusque dans le désert égyptien ! Le gardien nous entraîne, face au vent qui s’est levé et projette du sable, vers des cavités creusées dans une colline. Nous y apercevons des momies, des crânes, des masques peints de béliers avant qu’il ne nous avoue qu’il n’a pas les clés des tombes peintes ! Ce qui ne l’empêche pas de nous réclamer un bakchich ! Nous repartons furieux… Nous nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner dans le camion avant de continuer jusqu’au temple de Deir el Haggar. Très restauré, il est de peu d’intérêt, quelques bas-reliefs mais je commence à saturer de contempler des dieux à têtes de bélier ou de faucon. Son seul intérêt est sa situation dans le désert. Nous revenons vers El Ksar, à la recherche d’un emplacement pour la nuit. L’hôtel Badawiya dont on nous avait donné le nom à l’office du 227 EL KSAR Oasistourisme à Dakhla, indique sur sa pancarte camping mais il n’en est pas question ! Nous nous dirigeons alors vers les sources de Bir Gebel au pied de la belle falaise découpée et en partie ensablée qui s’allonge le long de la dépression. Nous y trouvons un campement où nous pouvons nous installer en essayant de nous protéger du vent. Un bassin circulaire est alimenté d’une eau chaude et ferrugineuse. Nous passons la fin de l’après-midi dans le camion en nous connectant à internet. Nous nous déplaçons dans le salon télévision à la nuit tombée pour profiter du branchement électrique et de l’éclairage. Nous dînons au restaurant de l’hôtel sur une toile cirée dans une salle sinistre, bientôt rejoints par une Allemande qui vient méditer dans l’oasis tous les hivers puis par un cycliste suisse. Dîner très quelconque auquel Marie ne fait pas honneur.

 

Jeudi 28 février : Nous utilisons les installations de la source, sur un promontoire, pour nous laver dans une vasque circulaire avec des marches qui permettent d’y descendre. Autour de nous les champs s’arrêtent au pied des falaises, les pigeons s’échappent de leurs tours, les paysans binent leurs plants. Nous repartons pour une nouvelle étape. Les dernières taches vertes passées, nous voici de nouveau dans le désert, des buttes tabulaires jalonnent le paysage. Le vent a cessé de souffler dans la nuit et la vue porte loin. Nous roulons ensuite dans une immense étendue à demi caillouteuse, à demi couverte de sable, entre la barrière des falaises aux strates soulignées d’un voile de sable à l’est, à quelque distance, et une ligne ininterrompue de dunes plus éloignée. Les deux lignes convergent puis nous sommes au milieu des sables sans plus aucune éminence de part et d’autre. Avant Farafra, nous franchissons une barrière rocheuse avant de plonger dans une nouvelle dépression où les roches sont blanches, des pics surgissent de leurs cônes d’éboulis, mais pas d’Indiens  pour dévaler au grand galop… Les taches vertes des oasis de Farafra apparaissent mais les grandes palmeraies en semblent absentes. Jusqu’à présent, les oasis sont décevantes, loin d’être aussi luxuriantes que celles du Maroc, les vieilles villes sont en ruine alors que dans le Draa ou le Bani, elles sont encore habitées. Je trouve à refaire un plein de gasoil sans avoir à faire la queue, avant d’entrer dans la ville, bien moins animée et développée que Kharga ou Dakhla. Nous nous rendons à l’hôtel Aqua Sun, à côté d’une source chaude où habituellement les voyageurs campent. Nous pouvons nous aussi nous y installer mais nous sommes très déçus. La source est un tuyau qui déverse une eau sulfureuse dans un bassin au beau milieu d’un terrain dénudé sans une parcelle d’ombre ! Le seul palmier qui poussait à côté du bassin a brûlé ! Nous restons pour déjeuner à l’ombre maigre d’un autre palmier à quelque distance. Nous reportons sur l’ordinateur et le GPS les positions des lieux à ne pas manquer dans le Désert Blanc demain. Nous nous rendons ensuite dans le centre avec l’intention de chercher un autre lieu de campement. A l’hôtel Sunrise, mes cris et des coups de klaxon ne parviennent pas à faire apparaître un quelconque employé, au Badawiya, nous pourrions rentrer la voiture dans une allée et bénéficier d’une vraie piscine. Nous traversons le centre-ville, pas de235 FARAFRA Musée boutiques où se ravitailler. Nous allons prendre un pot dans un café qui lorgne la clientèle touristique, absente, puis nous visitons le musée d’un Facteur Cheval local, artiste touche-à-tout qui travaille la terre et le sable pour en faire des compositions malheureusement laides malgré ses idées de réemploi d’objets, surtout des poteries, dans des sculptures. Nous hésitons sur le lieu où nous passerons la nuit, tirons à pile ou face et retournons à la source. Je vais m’y baigner, l’eau est à 37°c, il s’en élève une odeur de soufre supportable. Marie se contente de se tremper les pieds. Nous nous installons dans le jardin pour la plus grande joie des moustiques, et attendons l’heure de dîner. Repas nettement meilleur que celui de la veille, des épices parfument les plats et l’incontournable poulet semble grillé.

 

Vendredi 1er mars : Je regonfle la roue que j’avais trouvée légèrement dégonflée la veille mais au moment de démarrer la batterie est à plat, sans doute à cause du gonfleur utilisé sans faire tourner le moteur. Je dois aller requérir l’aide du personnel pour pousser la voiture et la démarrer. Presque tous les commerces sont fermés en ce vendredi mais nous trouvons tout de même du pain chez une boulangère qui ne laisse deviner que deux beaux yeux, et des pommes chez son voisin, marchand de fruits. Nous quittons Farafra, toujours en direction du nord, nous ne sommes plus arrêtés aux contrôles aux entrées et sorties des villes. A une trentaine de kilomètres, nous entrons dans le parc national du Désert Blanc. Seul un panneau 272 DESERT BLANCl’indique, pas de gardes, pas d’informations. Nous commençons à apercevoir de chaque côté de la route des buttes, des pics, des crottes aux formes étranges, façonnées par le vent, les plus spectaculaires sont blancs comme de la craie. Nous quittons la route en suivant des traces dans le sable. Trop confiant dans les capacités d’une Land Rover, je n’ai pas dégonflé les pneus ni même engagé les petites vitesses et je ne manque pas de me planter. Dégonfler, engager les petites vitesses ne nous permet que d’avancer de quelques mètres, je dois recourir aux échelles de sable pour en sortir. Je ne peux m’arrêter qu’au bout de quelques centaines de mètres et revenir chercher les plaques. Nous avons une demi-douzaine de points GPS relevés sur le blog de voyageurs passés ici, il y a six ans, ils vont nous permettre de faire un circuit dans cet univers surréaliste, digne de Dali, sans264 DESERT BLANC nous perdre alors que des centaines de traces partent dans toutes les directions. Nous louvoyons dans le sable, entre les formations rocheuses, pas toutes blanches, qui dressent des doigts creusés à la base, des aiguilles tordues, des collines tabulaires dans lesquelles nous croyons reconnaître des animaux, un lion, des visages, une tête de Diego, un sphinx. Nous rejoignons la route goudronnée puis repartons de l’autre côté. Un panneau présente une carte avec les pistes et les principales curiosités, nous essayons de la relever et de suivre un circuit sur une piste en principe balisée mais bien vite les traces partent là aussi dans toutes les directions et nous naviguons de nouveau à l’estime. Ici pas de grandes roches, pas de pics haut dressés mais des buttes en 270 DESERT BLANCforme de tentes coniques, de champignons (hallucinogènes ?), de tables aux dessus parfaitement plans, toutes d’un blanc éblouissant contrastant avec le sable blond. Nous déjeunons au milieu de ces formations, dans un sable vierge puis repartons en zigzaguant à la recherche des roches les plus curieuses, encore des têtes, une Bécassine (les Bretons auraient dit une bonne sœur…), une tête de dromadaire, une énorme boule posée sur un pied minuscule etc… Nous roulons en suivant des traces, elles disparaissent  parfois sur les sols caillouteux, nous en retrouvons d’autres, passons près d’une source squattée par des touristes en tour organisé, que signale un bouquet de palmiers. De là, nous apercevons les deux275 DESERT BLANC montagnes appelées Twin Peaks, dont la blancheur tranche sur l’ocre des falaises auxquelles elles sont adossées. Nous les approchons après avoir traversé la route, L’une d’elles a des allures de cathédrale de rocher immaculé. Nous reprenons notre progression vers le nord à vive allure. Nous quittons la dépression de Farafra par une montée sur un plateau sans plus aucune formation rocheuse sur des kilomètres. Plus loin, nous traversons ce qui est abusivement appelé le Désert Noir, des pics coniques dont des strates d’une roche noire comme du charbon se sont effritées et 280 DESERT NOIRont recouvert la plaine et les flancs des collines de cailloux charbonneux, mais le sable reste présent et l’effet n’est pas aussi saisissant que dans le Désert Blanc. Nous parvenons à Bawiti en fin d’après-midi quand la petite ville sans grand cachet commence à sortir de sa torpeur religieuse. Les barbus s’en reviennent de la mosquée en gallabiyah immaculée, bonnet sur la tête, les commerces ouvrent (aucun ne vend de tonic !). Nous cherchons le campement d’Ahmed, personne n’y parle anglais, pas de connexion internet et encore du poulet au menu du soir. Nous cherchons un autre campement, le Badr Sahara, que nous dénichons sans nous perdre dans les rues ensablées de Bawiti. Le patron est un ventripotent sympathique qui emporte notre adhésion en nous promettant autre chose que du poulet et de la bière ! Nous nous garons en surplomb de la palmeraie et attendons le repas en sirotant le thé offert. Nous avons réussi à obtenir du bœuf au lieu du poulet et nous ne le regrettons pas, la viande, cuite en ragoût, est tendre, immanquablement accompagnée de riz et de pommes de terre. Le patron nous a prêté sa clé 3G et nous pouvons avoir des nouvelles.

 

Samedi 2 mars : Au moment de partir, plus de batterie ! Cette fois ce n’est pas à cause du gonfleur, batterie en fin de vie ou fuite ? Je tente d’utiliser la batterie de la cellule puis de la recharger mais en vain. Avec l’aide du garçon qui est présent, nous essayons de la pousser, résultat je tombe sans serrer le frein quand la voiture recule et elle finit sa course dans les plates-bandes… Nous devons attendre l’arrivée du patron qui nous tire et ainsi la démarrons. Nous allons en ville à la recherche de l’office du tourisme, fermé pour cause de week-end… Quelques courses y compris des produits congelés puis nous allons au Musée des momies. Tout récent, il n’a ouvert qu’une petite salle, sans la moindre explication, datation, où sont exposées sous des vitrines une dizaine de momies du début de notre ère, dont le visage et la poitrine sont couverts d’un masque peint et couvert de feuilles d’or. Les dessins hiéroglyphiques sont plutôt grossiers, les poitrines des femmes ne sont pas très réalistes mais deux d’entre elles sont humanisées par un visage légèrement tourné. Les billets nous donnent droit à visiter les autres curiosités des environs. Nous nous rendons au site où nous pouvons descendre par un très raide escalier dans deux tombes d’époque romaine. Les chambres funéraires et le sanctuaire de l’une des deux sont couverts de peintures sur les murs. Habituelles scènes d’offrande, et panthéon complet des dieux de la mythologie égyptienne. Les dessins sont là aussi grossiers mais les couleurs ont conservé leur fraîcheur. Le temple d’Alexandre, derrière une palmeraie, ne mérite pas de s’y arrêter, deux personnages sans tête, gravés sur un mur et un cartouche illisible au nom d’Alexandre. Nous allons nous garer dans la palmeraie pour déjeuner. Au moment de repartir, pas de batterie ! Je demande à quelques paysans couchés sous un palmier de m’aider à pousser la voiture, ils se déplacent de mauvaise grâce, poussent sans conviction et abandonnent aussitôt. Je vais au carrefour guetter une voiture. Arrive une antique Toyota 4x4 conduite par un gamin et deux de ses copains. Ils ne rechignent pas devant l’effort, poussent la voiture sur le chemin puis la tirent et ainsi la démarrent. Cela devient inquiétant et me conforte dans l’idée d’un retour rapide désormais. Plus question d’aller à Siwa, je n’en avais d’ailleurs plus très envie. Et si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais la route de Port-Saïd directe. Mais Marie a envie de voir Alexandrie ! Nous allons voir un dernier site, encore une tombe, très restaurée avec sur les murs des scènes sculptées et portant encore des traces de peintures. La gravure est profonde, très stylisée, on croirait une copie récente ou une imitation sur une Maison de la Culture en Europe. J’ai pris la précaution de me garer en pente, ce qui nous permet de redémarrer. Nous revenons en ville, les boutiques auxquelles Marie comptait rendre visite sont fermées. Nous hésitons à prendre la route pour nous avancer demain mais il se fait déjà tard, aussi revenons-nous au campement de la veille et y attendons la nuit en écrivant le récit de la journée et en relisant le blog, tout en sirotant un thé. Nous dînons dans le camion de croquettes, que j’avais cru être de poisson, décongelées mais qui s’avèrent être de poulet, encore du poulet !

 

 

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