Publié dans : PROCHE ORIENT
Dimanche 1er août : Journée de repos. Réveillé à sept heures, je bouquine jusqu’à ce que Marie émerge, à neuf heures. J’installe la
toile du store et nous petit déjeunons en compagnie des chats du camping. La matinée est consacrée à une grosse lessive, Marie lit, un petit chat sur les genoux. Nous nous douchons, je nettoie
les vitres du camion puis je vais chercher du pain dans une échoppe à proximité. Nous déjeunons à l’ombre du store et petite sieste ensuite. Nous remballons linge et store et allons dans Damas.
Je me gare à Bab Charqi avec l’intention d’aller acheter à Marie pour sa fête, le bracelet vu la semaine dernière mais la boutique est fermée. Nous allons expédier des cartes postales à la poste
puis nous retraversons tout Damas, en direction des quartiers bourgeois, à la recherche d’un supermarché mais rien de tel ici. Tout juste si je trouve des œufs à acheter. Nous
prenons la route qui monte au Djebel Qassioûn d’où nous surplombons Damas. Difficile d’y retrouver la
vieille ville parmi tous ces quartiers neufs. La mosquée des Omeyyades nous sert de repère mais nous en sommes bien éloignés. Nous ne surplombons réellement que les toits plats des maisons qui
datent de la dernière décennie, au pied de la falaise. Nous prenons un pot à une table, en attendant que le soleil se couche. Les lumières s’allument une à une. Nous identifions les nombreuses
mosquées aux anneaux de lampes vertes qui entourent les minarets. Après l’appel, asynchrone, des muezzin, au coucher du soleil, nous repartons alors que les damascènes continuent
d’arriver. Nous rentrons au camping.
Lundi 2 août : Réveil, petit déjeuner, préparation. Nous partons à neuf heures et demie, direction le Nord, le retour
s’amorce. L’autoroute est bonne, peu fréquentée, dans un paysage plutôt désertique malgré quelques tentatives de reboisement. Je dois m’arrêter pour démonter la partie du pare choc heurté
en Turquie. Nous arrêtons à Homs avec l’intention d’y visiter l’église orthodoxe Saint Eliân. Je me fais écrire l’adresse en arabe et ainsi nous la dénichons, après avoir demandé notre chemin à
plusieurs reprises, perdue dans un quartier qui semble intégriste, les femmes disparaissent intégralement dans des voiles noirs. Nous nous faisons ouvrir l’église, entièrement repeinte à fresque
récemment ! Dans une abside, les restes de fresques du XII° siècle. Christ, évangélistes, Vierge, Saint Jean-Baptiste ne nous paraissent pas justifier le détour. Nous continuons sur Hama,
pressés d’arriver à temps pour y visiter le palais Azem. Nous retrouvons les bords de
l’Oronte et ses norias. Nous cherchons notre chemin, empruntons une ruelle antique, bordée d’anciens palais et hammam.
L’entrée est décevante, dans une cour en travaux, des mosaïques traînent dans un coin, la salle du musée est minable. Il faut monter un escalier pour découvrir une autre cour avec un bassin et un
joli pavillon en marqueterie de pierre sur la façade. Les pièces sont toutes en restauration mais les boiseries et les peintures ne valent pas celles du palais de Damas. Nous y visitons un
hammam, encore un, et le salemlik avec sa belle cour pavée en marbres de couleurs. Nous reprenons la voiture pour aller déjeuner au restaurant « Les 4 norias », sur
les
bords de l’Oronte, à côté de norias, l’une tourne encore. Bon repas avec pas mal de bières ! Nous allons revoir d’autres
norias dans le centre ville et en particulier le bel ensemble situé près d’une mosquée. La chaleur est digne de celle régnant sur l’Euphrate. Après un passage à la poste pour acheter des timbres
et téléphoner à mon père, nous reprenons la route d’Alep. Le paysage est plus verdoyant. Des cultures irriguées marquent l’entrée dans le « Croissant fertile ». Nous quittons
l’autoroute pour une moins bien bonne route, plein Ouest, en direction d’Apamée. Nous en apercevons, de loin, la longue colonnade avant que la route ne la traverse. Nous prenons un Tonic à la
cafétéria, à l’entrée du site avant d’aller examiner les colonnes les plus proches. Beaucoup de béton, trop ! Nous allons nous installer près d’un groupe de colonnes avec vue sur un petit
lac de barrage et un village à demi englouti.
Mardi 3 août : Le soleil tape tôt ! Dès que nous sommes prêts, nous allons traîner dans les ruines proches, une villa, les
restes inidentifiables d’une cathédrale et d’une grande maison. Comme dans tout le site, les chardons desséchés et autres bro
ussailles servent de perchoir à une multitude de sacs plastiques noirs. Nous allons nous garer à l’entrée de la grande colonnade, là où
l’entrée est payante… Nous la remontons lentement sur deux kilomètres, en admirant les fûts, surtout ceux torsadés, alternativement dans un sens puis dans l’autre. La restauration a abusé du
béton mais donne au moins une bonne idée de cette large allée creusée par les roues
des chars. En passant, nous jetons un œil aux termes et à l‘agora. Quelques groupes de touristes italiens, espagnols et français sont étonnés
de nous trouver là. Nous revenons au camion, épuisés, desséchés, assoiffés. Nous reprenons la voiture pour aller voir le théâtre très ruiné dont on ne devine plus que la forme. Nous grimpons à la
citadelle, au sommet d’un piton. Des gosses nous y conduisent par des rues mal pavées, entre de misérables masures, jusqu’à la muraille où, en escaladant un tas d’immondices, nous pouvons
apercevoir la colonnade, trop éloignée et en partie cachée par un tertre. Après avoir acheté des bouteilles d’eau et tenté de demander notre chemin, nous remontons vers le Nord en longeant la
base du plateau, dans la plaine fertile, verdoyante. Partout des mares et des canaux. Nous nous hissons par une rude côte sur le plateau et là, dé
rivons sur de très mauvaises routes, obligés de demander notre chemin à chaque carrefour, avec le sentiment de ne jamais parvenir à trouver Al
Bara. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans le camion, à proximité de quelques pans de murs antiques. Enfin, nous distinguons les édifices ruinés qui dépassent de la végétation de Al Bara. Une
petite route dans les oliviers nous y conduit. Nous garons à côté d’un beau tombeau carré, à toit pyramidal, renfermant de superbes sarcophages. Nous marchons dans les champs, plus de
cailloux que de terre, pour approcher des restes d’un pressoir et de
maisons, deux pièces accolées dont l’étage était
supporté par une arche de pierre. Plus loin un autre tombeau et une maison sur une colline avec une belle vue sur l’ensemble. D’Al Bara part une route qui se termine à Sergilla après avoir
longé les ruines de Bauda. L’entrée à Sergilla est payante. Le site est beaucoup plus intéressant, dégagé de la végétation, réparti sur les flancs de deux collines. Nous nous promenons parmi les
ruines, encore très présentables, de maisons parfois à étage et dont seul manque le toit. Quelques unes sont pourvues, en façade, de colonnes et de linteaux sculptés de croix. Nous retournons à
Al Bara, y prenons un dernier soda avant d’aller nous installer pour la nuit dans les proches ruines d’une autre ville morte, Chinchara.
Mercredi 4 août : La nuit a été tranquille, sans visiteur indésirable. Nous démarrons de bonne heure, retrouvons la grande route
d’Alep. A Maraat en Numan nous voulons visiter le musée, installé dans le khan Mourad Pacha, un ancien caravansérail mais le tarif en est prohibitif. La Grande Mosquée est fermée, nous
nous contentons donc d’en admirer son minaret carré. Nous achetons un demi poulet rôti au marché. Pas d’eau minérale et pas d’autres fruits que du raisin. Nous nous rapprochons d’Alep et
bifurquons vers Ebla. Le musée est fermé et la visite du tell bien chère pour des restes de murs. Nous faisons donc demi tour malgré la faconde du gardien qui nous en conte l’histoire dans un
sabir mêlé
d’arabe et d’italien, très
compréhensible. Je veux prendre, dans le village, une photo des maisons de terre, en forme de pain de sucre mais je suis escorté par une bande de gosses excités qui se placent devant et réclament
un bakchich. Je me fâche, nous nous insultons réciproquement et je repars, très en colère, sous les moqueries. Nous filons sur Idlib où nous trouvons le musée là où nous le demandions, à
des flics peu futés. Le bâtiment est moderne mais l’agencement date quelque peu. Nous sommes les seuls visiteurs. Un gardien nous accompagne, ouvre, au fur et à mesure, les portes et
l’électricité. Seule la salle consacrée à Ebla est intéressante. Nous repartons, cap au Nord. Nous trouvons le camping cherché, Kaddour, entre Alep et la frontière turque. J’ai des difficultés à
m’en faire ouvrir les portes, le gardien dort ! Déception, le terrain est caillouteux, sans ombre et les sanitaires réduits au strict minimum. Je me douche, nous déjeunons au camion, à
moitié à l’ombre d’une bâche. Courte sieste dans un air chaud et desséchant. Nous retournons à Saint Siméon. Nous achetons, en cours de route, des bouteilles d’eau, nous n’en avions plus. Il ne
me reste presque plus de livres syriennes. J’essaie de changer des dollars mais on ne me propose qu’un taux ridicule, inférieur à celui de la banque. Des Italiens en convoi de camping cars
visitent l’église. Nous
n’y retournons pas, nous l’avons vue neuf ans auparavant. Nous arrêtons au village de Deir Semaan, au pied de la colline. Des couvents et églises en ruine en émergent. Nous faisons un grand tour.
Les villageois ont réutilisé tous les édifices, la plupart servent d’étables et nous marchons sur un tapis de bouses plus ou moins sèches. Certaines constructions sont bien conservées notamment
une église avec des colonnes et des croix sculptées. Je traverse champs et éboulis de pierre pour atteindre une ferme dont les bâtiments sont couronnés
par des dômes en pain de sucre, mi en terre et mi en pierre. On me fait visiter, monter sur le toit, on m’offre une figue de barbarie et bien sûr on me réclame
un bakchich. A croire que ce mot veut dire « bonjour » car c’est le premier mot que les jeunes et moins jeunes prononcent en nous voyant, sans que
cela offusque les parents. Problème d’éducation, de respect de l’autre, après tout, nous ne sommes que des Chrétiens ou supposés tels, les règles élémentaires de politesse ne doivent pas
s’appliquer à nous ! Nous revenons au camping, il y a plus d’ombre, le soleil est bas et il fait plus frais mais, toujours du vent. Le patron me change des dollars mais au taux de la
banque. A cause du vent, nous dînons dans le camping car en compagnie de trois chatons à la grosse moustache noire.
Jeudi 5 août : Encore une douche, la troisième dans ce camping, avant de partir à Alep. Je suis moins perdu et nous garons devant
le musée, sans problème. Il est, après ceux de Damas et d’Idlib, le plus intéressant de Syrie. Ce n’est pas difficile mais ce n’est pourtant
pas la gloire. Quasiment aucune ventilation, aussi, au bout de cinq minutes, nous transpirons à grosses gouttes. Les étiquettes sont poussiéreuses, parfois illisibles,
écrites en anglais, quelquefois en français, voire en japonais ou en espagnol selon la nationalité de l’archéologue chargé des fouilles… L’éclairage, parcimonieux, est laissé à la seule
appréciation du gardien qui ne refuse pas un bakchich. Néanmoins la salle consacrée à Mari est intéressante ainsi que deux ou trois autres. Celle dévolue à l’art islamique est
consternante et nous nous esclaffons devant certaines indications telles « peinture noire sur fond noir », « tripode à quatre pieds », « bol monochrome de plusieurs
couleurs » ou un panneau indiquant que la mosaïque n°1 a été placée par erreur après la n°2… Bref un manque de sérieux, d’intérêt et surtout d’entretien, lamentable alors que ce musée est
visité par de nombreux groupes de touristes. Nous allons ensuite expédier les ultimes cartes postales de Syrie. Nous déjeunons au restaurant Wannes, rue Baron qui semble être les Champs Elysées
locaux. Trois Mercedes, rares dans ce pays, sont garées devant, air conditionné et maître d’hôtel coincé en font un établissement chic mais la nourriture est bonne et pas chère. Il nous
faut ensuite retourner dans la fournaise. Je vais me garer le long de la citadelle et nous replongeons dans les souq où il y a plus de touristes qu’à l’aller. Nous retrouvons la boutique dans laquelle nous avions vu une robe brodée de fils de soie, couleur vieux rose, qui
me plaisait. Marie la déniche et nous la négocions. Au souq de l’or, nous trouvons un collier en argent, lapis lazuli et soi disant corail pour Julie. Marie cherche ensuite une boîte en
nacre pour Mémé Philippe, nous retournons l’acheter, cher, à la première boutique… Enfin quelques savonnettes et une nappe complètent nos emplettes. Nous achetons des œufs et du pain puis
quittons Alep. Au camping, nous nous installons à l’ombre mais il y a toujours du vent.
Vendredi 6 août : Marie a du mal à se réveiller. La journée risquant d’être longue, je la presse. Nous filons vers la frontière. Peu
avant nous bifurquons pour aller voir les ruines de
l’église de Qalb Louze. Le village,
sur la carte, est tout proche, en fait nous devons rouler une vingtaine de kilomètres sur de petites routes, à travers montagnes et gorges, dans des roches grises et blanches. Dans le village,
déjà un bus de touristes, donc l’entrée est payante. Je n’ai plus de livres syriennes, je parviens à changer 100 francs mais alors j’ai trop de livres ! La décoration, motifs floraux, croix,
les encadrements de portes et de fenêtres gravés dans la pierre, sont très beaux. Elle est
encore en bon état, ne manque que la toiture. Nous en faisons le tour puis repartons, non sans nous arrêter à chaque ensemble de ruines.
Ces villages chrétiens, devenus villes mortes, sont innombrables dans le nord de la Syrie. Nous refaisons un plein de gasoil, achetons des boissons, bref essayons de dépenser nos derniers sous
syriens. Enfin les postes frontières syrien puis turc. Tout va vite si l’on considère le nombre de bureaux où je dois me présenter pour faire viser les papiers. Toujours la même impression de
vénalité et de corruption même si c’est moins évident côté turc. Après la Syrie, la Turquie semble plus développée. Collines cultivées, pas de sacs plastiques dans les champs, peu de femmes
voilées, même les hideuses banlieues des villes, du style socialiste stalinien, en plus coloré, n’ont pas cet aspect constant d'inachèvement de la Syrie. A Antioche, je trouve à faire une vidange
pour le camion puis, en accros de la société de consommation, nous allons, tout heureux, faire des emplettes dans un vrai supermarché ! Bière, viande, vrai pain… Nous nous garons dans le
centre, le long du musée. J’en avais gardé le souvenir de belles mosaïques. Elles y sont toujours. Souvent hélas, incomplètes, certaines très fines, elles couvrent murs et sol. Nous quittons
Antioche, bonne route à voies séparées. Nous passons un col avant de descendre sur Iskenderun. Le ciel est couvert, beaucoup de brume et de moiteur. Nous roulons avec une bonne moyenne sur
l’autoroute, jusqu’à Mersin, plus loin que je ne le pensais. Le péage à la sortie est encombré. Nous devons patienter une demi heure en roulant au pas. Un employé dirige les véhicules vers l’un
ou l’autre des deux guichets, sinon ce serait une belle pagaïe, vernis de modernité ! Nous traversons Mersin, nous roulons bien. La nuit tombe. A plus de huit heures, nous atteignons le
Mocamp où nous nous étions arrêtés à l’aller. Il est quasi plein de 4x4 d’un quelconque rallye. Nous trouvons difficilement une place. Nous sommes morts, trempés de sueur au moindre effort. Je me
douche avant que nous ne dînions dehors. Tentative avortée de téléphoner à Julie, la carte téléphonique n’est plus bonne !
Samedi 7 août : Journée de repos. Nous assistons au départ des 4x4 pour la Syrie et la Jordanie d’après ce que nous explique un couple de Varois. Sitôt qu’ils sont partis, le camping redevenu désert, nous allons nous installer au bord de la mer, sous les arbres. Plus tard arrivent quelques voitures de Turcs très européanisés qui viennent pour la journée à la mer. Pas d’odeurs de barbecue ni de bruit, notre tranquillité sera préservée. Je me baigne, l’eau est délicieuse. Marie se fait bronzer. Après le déjeuner, lessive, nettoyage des vitres du camion et sieste. Le reste de l’après midi passe à bouquiner, regarder les minettes turques et contempler la descente du soleil. Nous dînons au restaurant, au bord de la mer, salade, börek, köfte. Je procède ensuite à un grand nettoyage !
Dimanche 8 août : Nous nous apprêtons à quitter le camping alors qu’arrivent les premiers pique niqueurs. J’hésite à me baigner une
dernière fois et me contente d’une douche vite oubliée. Après Silifke, la route jusqu’à Anamur et même Alanya, va tourner, monter, descendre, presque toujours en corniche, sur cette portion de la
côte de moins en moins sauvage. Là, où, trente ans plus tôt, on ne trouvait pas un touriste, un camping car de Hollandais il y a dix ans, des familles turques viennent, le dimanche, se baigner.
Des campings sauvages se sont installés dans les petites criques et dès que la place est
suffisante sur une plage, surgissent resorts, motels ou résidences secondaires. Nous repassons à
Anamurion, vaste champ de vestiges de maisons mais il fait trop chaud pour visiter. Je n’ai pas envie de me traîner dans les ruines, je transpire déjà assez au volant. Nous cherchons un endroit
ombragé pour déjeuner. Nous devons en fuir deux, chassés par l’odeur pestilentielle des ordures abandonnées par nos prédécesseurs. Nous revoyons les bananeraies mais nous n’avons pas envie d’en
manger. J’essaie la carte téléphonique devant un bureau de poste, elle fonctionne, je peux ainsi appeler m
on père. A l’extrémité d’une longue avenue entre plage et hôtels de moyen standing, nous parvenons à Alanya. La ville est envahie par les
touristes, principalement nordiques, débarqués par « charter ». Ils semblent avoir aussi chaud que nous. Nous nous garons près de la Kizil Kule, grosse tour rouge, dont nous faisons le
tour. Partout des agences de voyage et des restaurants deux fois plus chers qu’ailleurs. Nous montons à la forteresse par une bonne route. Le parking est payant, l’entrée également. Pas
grand-chose à voir si ce n’est la vue et la foule des touristes en sueur. En descendant, je
fais une photo des toits des immeubles modernes, tous avec sur leur toit en terrasse, des bidons-réservoirs d’eau chaude multicolores. Nous
allons voir, dans le centre ville, les boutiques à touristes. Tout est écrit en allemand, même les prix sont en deutsch marks. Les boutiques ne proposent que des horreurs, articles en cuir,
bijoux modernes en argent et godemichés ! Nous en repartons avec l’intention de nous arrêter dans un proche camping mais il a disparu. Toute la côte est ainsi en pleine transformation, les
hôtels pour touristes sortent de terre les uns à côté des autres. Nous tentons un camping surpeuplé mais on ne veut pas
trop de nous.
Nous retournons voir le caravansérail d’Alarahan. Au bout de quelques kilomètres au milieu des serres, je retrouve la forteresse d’Alarakale dont j’avais le souvenir, sur son piton, bien que la
route d’accès me paraisse différente. Le caravansérail est en restauration. Je rêve de camper au bord de la rivière, sous un bel arbre, avec vue sur la forteresse et de dîner d’une truite, sous
la treille du restaurant voisin mais Marie préfère pousser jusqu’à Sidé. Je me range à son avis… Nous revenons à la route principale. Il fait nuit maintenant et mes yeux fatigués ne distinguent
plus grand-chose alors qu’en sens inverse, s'écoule un flux continu de véhicules qui nous aveuglent. Nous arrêtons pour téléphoner à Julie mais elle est sortie. Nous bifurquons pour Sidé. Les
ruines sont envahies par une folle kermesse, manèges, musique, marchands, l’horreur ! Le camping que nous cherchons est introuvable. Deux autres, découverts par hasard, sont vite fuis. Nous
devons rouler encore quelques kilomètres jusqu’au camping Beycamp, derrière une station service, pas sur la plage, désert et en voie d’abandon. L’herbe envahit les installations et les toilettes
servent à tous. Néanmoins il y a une douche chaude et des branchements électriques. Personne ne nous demande rien. Nous nous installons, dînons et nous nous couchons furieux et
fatigués.
Lundi 9 août : Le réveil est plus tardif que d’habitude mais je n’ai toujours pas digéré la course aux campings d’hier soir.
Personne ne vient rien demander et nous partons sans payer. Nous quittons la grand route pour nous diriger sur le site de Pergé, à quelques kilomètres. La route passe entre le théâtre fermé pour
cause de restauration même si aucun ouvrier ne s’y agite et le stade dont l’un des virages est encore en bon état. Le reste fait fouillis. Nous devons nous garer en plein soleil et partons à
pied, sans grand enthousiasme de ma part. Marie, elle, est dans son élément et continuera de s’émerveiller à son centième théâtre, à ses deux centièmes thermes ! Ces derniers sont, il est
vrai, bien dégagés, vastes, chaque partie clairement définie. J’
en retiens une large voie, bien sûr bordée de colonnes, mais
avec surtout, en son milieu, un grand canal de pierre dans lequel courait un ruisseau entre des fontaines à ses deux extrémités. Nous en apprécierions la fraîcheur aujourd’hui, alors même que
nous transpirons à grosses gouttes. Nous repartons pour Antalya. Nous y faisons des courses au « Migros », la chaîne turque de supermarchés, climatisés ! Nous déjeunons sur le
parking puis pénétrons dans la ville. Difficile de se diriger puis de se garer quand on a trouvé l’endroit cherché ! Nous trouvons la poste. J’expédie des cartes, change de l’argent et
achète une autre carte téléphonique. Nouveau tou
r de la ville avant de parvenir à nous garer dans un parking, près de la porte
d’Hadrien, à l’entrée de la vieille ville. Nous nous promenons entre des vieilles maisons de bois, des balcons en encorbellement à l’étage. Certaines, restaurées, sont transformées en hôtels ou
en restaurants. Tous les commerces tournent autour du tourisme. Dans le port, de grosses barques en
bois attendent les promeneurs pour des sorties en mer. Nous entrons dans une boutique de tapis. Nous en ressortons plus tard, allégés
de 150 dollars, avec dans deux sacs plastiques, une robe brodée turkmène et deux tissus « souzani » ouzbeks… Plus loin, dans une autre
boutique, nous sommes attirés par des tapis exposés, d’après des tableaux de Miro, Kandinsky ou Picasso. La patronne, une Française bavarde, nous fait visiter. C’est laid, les couleurs, quoi
qu’elle en dise, sont trahies. Nous reprenons le camion et décidons de chercher un camping à la sortie de la ville. Le Denizer camping est petit, sans trop de monde, au bord d’un étang avec des
cygnes. Quelques « constructions » bizarres qui tiennent du Facteur Cheval, en font un endroit étrange. Nous téléphonons trop brièvement à Julie. Nous trempons le bout des pieds dans
l’eau, trop froide de la piscine. Bien sûr, nos voisins turcs font marcher leur autoradio sans se préoccuper de nous. Mais le pire est à venir ! Quand nos voisins éteignent leur poste, la
musique du restaurant démarre à plein volume, jusqu’à deux heures du matin !
Mardi 10 août : A six heures, des jeunes débarquent, accueillis par leurs copains, sans se préoccuper des voisins. La nuit fut
courte ! Quand nous nous plaignons du bruit de la nuit, l’incompréhension est totale ! Nous prenons la belle route en corniche de Finike. La côte est de nouveau sauvage, faute de plages
constructibles. Les montagnes qui descendent dans
la mer sont couvertes de résineux. Après
Finike, nous bifurquons vers Myra dont nous apercevons, à flanc de montagne, les tombeaux rupestres. Marie doit être bien fatiguée puisqu’elle ne veut pas marcher pour s’en approcher. Nous
visitons, dans le village, l’église de Saint Nicolas, dite du Père Noël, au beau pavement de grosses mosaïques. Nous repartons et dans la montée, nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner. La sieste
est trop courte puisque, jusqu’à Kaş, mes yeux se ferment tout seuls… Nous allons dans le village qui occupe le fond d’une baie partagée en criques et lagons par des îles et une avancée de terre.
Le paysage serait magnifique, n’était la brume de chaleur et surtout les nombreux hôtels. Le petit port de pêche est devenu un haut lieu du tourisme et il semble qu’il s’y trouve plus de
touristes, pourtant rares cette année, que d’autochtones. L’ambiance s’en ressent et après un bref tour au théâtre romain, face à la mer et sans intérêt, nous repartons. L’atmosphère est la même
à Kalkan, joli petit port, également transformé en piège à touristes. Nous roulons de nouveau dans la plaine et ses innombrables serres. Nous faisons le détour de Patara. L’entrée du site est
payante. Au bord de la route, de beaux tombeaux lyciens en forme de lourde barque retournée en pierre,
se tiennent à côté d’une porte monumentale. Pour accéder au théâtre, nous devons rouler à travers champs puis marcher le long d’un étroit
sentier à demi perdu dans les broussailles. Les gradins sont en partie enfouis sous une dune de sable et des arbustes. Sur la plage, juste en arrière, beaucoup de monde dont je doute qu’ils aient
payé, comme nous, le droit d’accès… Autre détour pour le site de Xanthos. Nous nous contentons d’en apercevoir le théâtre depuis la voiture. De retour sur la route principale, nous roulons à vive
allure jusqu’à Fethiye et, après avoir passé un col, à la station balnéaire d’Ölüdeniz. L’horreur estivale ! Nous nous installons, faute de mieux, en bord de mer, au camping Bambus, indiqué
par des Hollandais à Alep. Des bungalows sommaires et branlants, des toilettes quasi inutilisables… Nous nous trempons dans une soupe tiédasse. Marie ne s’y plait pas mais que faire ? Nos
voisins turcs, arrivés peu après nous, envahissent tout l’espace et, bien entendu, diverses sources de musique se manifestent… Nous dînons au restaurant voisin, sur un gazon arrosé toutes les
trois minutes. Le garçon est sympathique mais la nourriture très quelconque. Nous revenons au camion, je compte les nuits qui restent…
Mercredi 11 août : Nous sommes en plein soleil, pas un pouce d’ombre. Nous devons déjeuner dans le camion. Nous réglons la nuit, trop
chère pour les prestations offertes, ce qui ne semble pas être l’avis du patron. Par une belle route en forêt, nous allons au village de Kaya, ancien village grec, abandonné en 1923 et dont les
maisons sont restées
inoccupées mais dont les toits de bois ont
disparu. Impression de ville fantôme. Nous visitons l’église qui a dû être jolie avec son pavement en mosaïque de cailloux noirs et blancs, les
stucs de ses murs et plafond. Les icônes ont été retires de l’iconostase. Restent quelques peintures pieuses, quasi intactes. Nous revenons par la route directe sur Fethiye en apercevant, à
l’entrée de la ville, deux beaux tombeaux rupestres dont celui d’Amyntas.
Après un arrêt à la poste et jeté un œil au port, nous reprenons la route principale quittée ensuite pour Dalyan.
Huit ans plus tôt, nous y avions fait une promenade en bateau et nous n’avons pas envie de la refaire. Nous fuyons l’accumulation de commerces touristiques. Une étroite et mauvaise route, entre
champs de maïs et forêt, nous ramène à la grande route. Nous déjeunons, à l’ombre, dans le camion à l’heure où une éclipse de soleil doit être totale à Paris et qui, ici, ne se manifeste que par
une atténuation de la violence solaire. Nouveau détour pour Marmaris, importante destination touristique que nous ne faisons que traverser. Nous poursuivons sur la l’isthme qui s’avance dans la
mer, sur plus de cent kilomètres. La route s’élève, offre de belles vues à droite et à gauche sur la côte très découpée mais jamais, contrairement à ce que l’on nous avait dit, des deux côtés à
la fois. A Datça, petit port gagné par la folie touristique, pas encore autant qu’à Marmaris, nous sommes presque à l’extrémité. Nous prenons un pot sur le port, en compagnie d’un minuscule
chaton, en rêvant devant les yachts des touristes fortunés. Nous revenons sur nos pas et arrêtons pour la nuit au complexe touristique Aktur, bien situé, à cheval sur deux baies. Le camping est
séparé du motel par un grillage. Nous sommes au calme, à l’ombre des pins et la musique nostalgique qui provient du restaurant, ne dure pas.
Jeudi 12 août : Le réveil est plus tardif, le camping est très calme, seuls des enfants babillent. Nous refaisons dans l’autre sens, la route, avec quelques points de vue mais finalement décevante. Je vais encore changer cent dollars, la majeure part est dépensée pour le diesel. Nous faisons de courses au Migros puis repartons. Nous déjeunons à l’ombre mais dans le vent. En nous éloignant de la côte, la chaleur devient redoutable. Nous retrouvons la côte avant Bodrum, autre haut lieu du tourisme. Je dépose Marie sur le bord de mer, vais me garer puis la retrouve. Nous nous renseignons sur les possibilités de nous rendre à Kos mais le passage de la voiture est très cher et nous ne pouvons sortir de Turquie sans. Nous prenons un pot sur le port. Marie veut aller, ce soir, à Kuşadası, nous renseigner sur les possibilités de traverser vers Samos. Je vais encore passer la journée à transpirer au volant jusqu’au soir tard sans en avoir rien retiré. J’aurais préféré l’excursion en bateau de Datşa à Cnide. Marie admet le coût élevé de l’idée et semble renoncer à son idée d’île grecque. Une fois de plus, nous revenons sur nos pas et arrêtons pour la nuit au camping Ada, peu avant Didymes, au bord d’un lac. Nous y sommes seuls.
Vendredi 13 août : Moustiques et mouches, les uns de jour, les autres de nuit, nous font déguerpir dès que possible des bords du lac.
Après une petite erreur de parcours, nous retrouvons Didymes et son temple de l’oracle en plein centre ville. Le temple d’Apollon est
situé en dessous du niveau de la rue. Ses bases sont très finement sculptées. Les colonnes forment une impressionnante forêt.
Nous accédons au saint des saints par un couloir en pente, ce n’est qu’un très quelconque quadrilatère fermé de hauts murs. A midi nous sommes à Milet. Nous nous garons bien à l’ombre. Nous
hésitons à visiter à cette heure mais attendre deux ou trois heures n’y changerait pas grand-chose aussi, courageusement, un mouchoir noué aux quatre coins sur la tête, nous commençons par le
théâtre. Très grand, ses escaliers intérieurs d’accès aux gradins, monumentaux, donnent une idée de la foule qui s’y pressait les soirs de
représentation. Il ne reste guère de la scène. Nous escaladons le premier niveau des gradins puis, par les escaliers, atteignons le sommet de
ce qui subsiste du théâtre. Nous descendons par l’arrière de la colline vers les restes du port et de bâtiments, tous très ruinés et peu intéressants mais curieusement recouverts depuis les
dernières pluies, d’un voile cotonneux de limon qui évoque un involontaire habillage de Christo. Nous passons sur le site, deux heures, presque seuls touristes. Nous revenons épuisés au camion,
absorber de grands verres de citronnade glacée. Courte sieste après le déjeuner puis nous repartons. Nous prenons en stop un Français, désespéré de ne voir passer personne et qui tient à nous
raconter son voyage en Asie du Sud Est. Nous l’abandonnons à Kuşadası, autre station balnéaire, peut être un peu moins agitée que les précédentes. Nous y restons juste le temps d’une très courte
visite au bazar et nous repartons pour Ephèse où nous nous installons à l’agréable, propre et quasi désert camping Garden.
Samedi 14 août : Nous petit déjeunons dans l’orangeraie et à neuf heures, nous sommes à l’entrée du site d’Ephèse. Pas seuls !
Nombreux cars de touristes et rares individuels. Le théâtre est vaste mais pas aussi bien conservé que celui de Milet, les gradins ont été
restaurés avec beaucoup de ciment. Plus loin, la bibliothèque de Celsus a été elle aussi très (trop ?) restaurée mais le résultat
ne manque pas d’allure. La façade a deux étages, décorée de states et d’inscriptions en grec, lisibles. Je suis néanmoins choqué par le manque de patine de la pierre. Nous remontons une rue
dallée de marbre entre des latrines qui ont comme toujours beaucoup de succès et de belles mosaïques colorées à motifs géométriques, devant des boutiques. Beaucoup de
fontaines qui, hélas,
n’alimentent plus la ville et ne procurent donc plus une fraîcheur que nous apprécierions bien. Je commence à être fatigué et écrasé par la chaleur. Marie ne laisse rien au hasard et me traîne à
chaque bâtiment. Enfin, après encore divers monuments plus ou moins lourdement restaurés, nous parvenons à’Odéon, point extrême de la visite. Nous redescendons dans le flux ininterrompu des
touristes qui font tout le circuit dans le temps que nous mettons à revenir. A l’extérieur, avant même de nous reposer, Marie commence sa quête des cadeaux, me traînant de boutique en boutique.
Nous passons par le centre ville à la recherche de la poste. Nous y découvrons un quartier touristique agréable et de nombreux restaurants en
terrasse. Nous achetons des lukum, trop chers à voir la quantité que le marchand nous fait déguster avec des verres de soi-disant thé à la pomme. Nous revenons au camping pour déjeuner à
l’ombre devenue rare. Après
une ultime lessive, vraie sieste et dernières cartes postales. Nous allons voir la mosquée Isa Bey, proche du camping. Beau portail et colonnes antiques dans la cour et la salle de prière. Nous
allons nous garer près du musée et le visitons. Moderne, il est bien éclairé sauf quelques vitrines, bonne présentation. Nous remarquons dans une salle, une Artémis aux multiples seins ainsi que
des reconstitutions de fontaines et de frontons. Sur une colline, les ruines de la basilique abriteraient le tombeau de l’apôtre Jean. Encore un exemple de restauration lourde, les colonnes
remontées sont si lisses, si propre qu’on les croirait neuves. Fermée d’un cadenas, une baraque en bois, protége quelques fresques peu visibles à travers une vitre. Nous retournons dans le centre
ville et Marie poursuit sa recherche des cadeaux. Nous allons prendre un pot sur une place, au pied des piliers de l’aqueduc, au sommet desquels, des cigognes, indifférentes à l’agitation
humaine, ont installé leurs nids. Nous dînons au restaurant Okumuş, en plein air, encore en compagnie de chats. Nous regagnons le camping où nous gardons portes et fenêtres fermées par crainte
des moustiques.
Dimanche 15 août : Le réveil est tardif mais nous ne sommes pas pressés. Je procède à une dernière et complète toilette. Au moment de partir, la patronne étant absente, personne ne sait combien je dois payer. Je finis par m’appliquer le tarif basse saison. Nous prenons la route d’Izmir. Un court détour nous permet de voir, à défaut d’admirer les restes du soubassement du mausolée de Belevi, d’un intérêt des plus limités. Juste après, nous prenons l’autoroute jusqu’à la ville que nous découvrons en contrebas. Nous ne savons trop où nous diriger, les panneaux ne sont pas très explicites. Heureusement nous sommes dimanche et la circulation est réduite, nous parvenons à trouver le bord de mer. En cherchant un emplacement ombragé pour déjeuner, nous trouvons un supermarché ouvert. Nous en profitons pour faire les dernières courses. Nous revenons nous garer au bord de la mer pour déjeuner dans le camion. Nous allons ensuite stationner le long de l’agora et la visitons. De grandes salles voûtées en sous sol et sur le terre plein, quelques colonnes remontées, rien d’exceptionnel. Marie voudrait aller au bazar et elle doit finir par admettre, au bout de quelques centaines de mètres, que toutes les boutiques sont fermées. Nous quittons Izmir par le bord de mer. Cette dernière est agitée et les vagues crachent sur la digue. Nous cherchons le camping OBA, le dépassons, revenons sur nos pas. La piscine déborde de gosses aussi déchaînés que la sono ! Nous nous installons le plus loin possible, inquiets pour la soirée et même la nuit. Mais la musique est arrêtée à six heures pile et nos voisins ne sont pas plus bruyants que dans un camping sur la Côte d’Azur.
Lundi 16 août : Comme hier, le réveil est tardif, pour les mêmes raisons. Nous prenons la route de Çeşme, délaissant l’autoroute. Une fois arrivés, je vais acheter du pain et en vaine quête d’un poulet ce qui me permet de découvrir la rue touristique où l’on tente d’arracher aux visiteurs leurs premiers ou leurs derniers sous. Nous voulons déjeuner d’un dernier plat de şiş köfte. Tous les restaurants en bord de mer sont deux à trois fois plus chers qu’ailleurs. Celui où nous allons pratique des tarifs plus corrects mais ce seront les plus mauvaises şiş köfte de ce voyage. A quatorze heures, je passe à l’agence de voyage, faire viser nos billets. Début d’une longue attente en compagnie d’autres véhicules de travailleurs turcs qui retournent au labeur. A seize heures, je démarre et change de file. Bien m’en prend, nous avançons plutôt mieux malgré les resquilleurs de tous côtés. Ensuite queue pour les formalités, effectuées sans descendre de voiture et enfin une dernière attente pour monter à bord, en « open deck ». Nous sommes placés le long du bastingage, en compagnie de deux autres camping cars. A vingt heures, heure prévue du départ, la file d’attente des véhicules qui doivent monter est toujours aussi longue. Ce n’est qu’à onze heures passées, après l’embarquement de la dernière voiture, celle d’une Française mariée à un Kurde retenu par la police, que nous larguons les amarres.
Mardi 17 août : Journée de mer. Il fait chaud dans le camion, la trajectoire du bateau épousant la course du soleil, nous sommes en permanence sous ses rayons. Rien à faire si ce n’est dormir et lire. Marie bronze sur le pont supérieur. Nous échangeons deux mots avec notre voisin italien et faisons chauffer de l’eau pour le café de Turcs parisiens. Nous contournons le Péloponnèse et en soirée nous longeons Zante puis Céphalonie. Nous suivons la progression sur la carte de mon agenda en essayant d’estimer l’heure d’arrivée.
Mercredi 18 août : J’ai mal dormi, je suis en sueur et le duvet pue ! Je me lève dans l’espoir d’apercevoir la côte. Enfin à sept heures nous longeons la côte italienne. Marie se lave en vitesse et nous avalons le petit déjeuner. Le contrôle de police se fait à bord et nous sortons dans les premiers. Contrôle tatillon des douaniers à la recherche de drogue. Aussitôt nous prenons l’autoroute et filons vers le Nord, sans plus le quitter. La moyenne est bonne, les kilomètres défilent. Naples, Rome, Florence. Je ne me sens pas fatigué, si bien qu’à huit heures, nous passons la frontière française et qu’à neuf, nous dînons, hébétés, au Courte Paille d’Antibes avant de rejoindre Toulon.