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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:07

Mardi 10 février : Je n’ai plus mal à la gorge mais je tousse ! La température s’élève avec le soleil mais je garde mon pull… Petit déjeuner avec des « french toasts » c’est-à-dire du pain perdu mais pas de thé noir. Je dois aller chercher les sachets conservés d’un autre hôtel, réclamer de l’eau chaude pour obtenir une boisson buvable. Nous quittons le lodge après un dernier regard aux chutes noyées dans l’ombre. Nous devons être à dix heures à Pakse pour rendre la voiture. Un plein d’essence et nous y sommes à temps. Je dépose Marie et les sacs au bureau d’Yves et je vais chez Avis. Tout est en règle, pas de surprise de dernière minute. Je retrouve Marie, ôte mon pull puis je vais discrètement déposer sur le comptoir du Lankham hôtel la clé de la chambre que j’avais conservée par mégarde… Je vais faire un tour dans les environs à la recherche d’un éventuel restaurant vietnamien. Je découvre une rue qui n’a pas dû changer depuis 50 ans, pas de voitures, d’anciennes maisons de commerce chinoises, des gosses qui jouent dans la rue et des chats qui attrapent les moineaux mais pas de restaurant vietnamien. Nous allons déjeuner au Daolin à clientèle exclusivement touristique. Pas cher et pas plus mauvais qu’ailleurs, Marie s’offre une glace. Nous retournons attendre l’arrivée d’Yves chez qui nous avons laissé les sacs en dépôt, puis sautons dans un tuk tuk qui nous conduit à l’aéroport. Nous enregistrons puis attendons dans une aérogare presque déserte l’heure d’embarquer. Bien qu’il s’agisse d’un vol local, nous devons tout de même montrer patte blanche à la police. Nous retrouvons des touristes grecs en transit qui doivent embarquer sur le même vol. Je suis très déçu, je croyais que nous voyagions à bord d’un petit coucou et nous voilà dans un ATR de 80 places ! Nous survolons une masse nuageuse sans rien voir du paysage. On nous distribue des feuilletés et des bouts de fruits mais pas question d’avoir une bière ou même un Coca, que de l’eau ou du café ! Nous descendons sur Louang Prabang sans rien voir de la ville. Nous nous posons et traversons l’aérogare moderne qui n’a rien à voir avec l’ancienne, réduite au minimum. Nous prenons un tuk tuk qui nous fait traverser la ville dans une circulation déroutante et sans que nous ne reconnaissions rien. Les touristes sont partout et des dizaines de guest houses les hébergent. Nous sommes déposés dans une rue calme, à deux pas de deux vat que nous identifierons plus tard, à la Xieng Mouan guest house. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous sommes bien attendus mais le petit déjeuner n’est pas compris dans les 35 dollars convenus, je manifeste un certain mécontentement pour obtenir un rabais et effectivement, après consultation du patron, nous obtenons un rabais de 5 dollars. Nous sommes logés dans une ancienne maison coloniale, en retrait de la rue, dans un beau jardin planté de superbes palmiers. Rien à redire à la chambre, confortable et plutôt joliment meublée. Nous profitons du Wifi pour appeler Nicole. Difficile de se comprendre… Nous sortons pour aller dîner sur les bords du Mékong tout proche. Nous sommes abasourdis par la profusion d’établissements implantés sur des terrasses au-dessus de l’eau. Rien à voir avec les gargotes en planches pourries de Thakhaek, Savanakhet ou Pakse. Tout est impeccable, bois vernis, carreaux au sol, végétation abondante, lampions dans les arbres, c’est tout à la fois Istanbul, Saint-Tropez, la rue de la Huchette etc… Où est notre Louang Prabang d’autrefois ? Les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs, la carte à peine plus étoffée. Nous dînons correctement, saucisse locale, salade de crevette pimentée, trop pour Marie, nouvelle occasion pour moi de larmoyer et d’avoir le nez qui coule… Nous allons nous promener. Toutes les maisons anciennes ou pseudo, sont des guest houses, des restaurants, des boutiques de souvenirs. Nous ne reconnaissons plus la rue principale devenue un vaste souk, on y parle toutes les langues, on y entend toutes les musiques, on peut y manger des pizzas ou des cuisines du monde, une boutique ne vend que du vin. Les « antiquaires » proposent des bijoux hmong fabriqués en série, les vieux tissus sont taillés pour faire des vestes d’appartement et quand ils ont dix ans valent des fortunes. Pourrons-nous rester dans cet enfer touristique ? Qu’allons-nous trouver dans les temples envahis par les hordes pressées et qui ne photographient qu’elles-mêmes ? Nous terminons par le marché du soir où, sous des parasols, on vend les pires atrocités artisanales fabriquées en Chine et estampillées Laos… Retour à la chambre, bien au calme…

 

Mercredi 11 février : Pas eu besoin de climatiser ou de faire tourner l’impressionnant ventilateur du plafond, il n’a pas fait trop chaud bien qu’il fasse nettement meilleur que sur le plateau des Boloven. Nous émergeons tardivement et puisque nous ne pouvons avoir le petit-déjeuner dans le jardin nous descendons sur les bords du Mékong le prendre dans le premier établissement qui le propose. Un peu cher pour du pain, du beurre et de la confiture avec du thé. L’autre rive presque sans constructions est beaucoup plus calme, des bateaux, du type de ceux que nous avions pris pour descendre depuis Pakbeng, sont amarrés ou promènent des touristes.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le temps passe et nous voulons nous rendre au service de l’immigration, avant qu’il ne ferme, pour prolonger notre visa. Un tuk tuk nous y conduit. Un document, facturé 3 dollars, à remplir, un versement de 2 dollars par jour, pour une extension de 11 jours, pour chacun de nous, demandent un calcul erroné qui prend un certain temps… Je devrai revenir chercher les passeports demain. Nous traversons la rue pour aller visiter le vat Visounalath. Extérieurement un temple très quelconque, devant un stupa en forme de pastèque, couvert de ciment. Il a été transformé en musée et nous pouvons y voir une belle collection de bouddhas anciens, présentés dans les différentes attitudes : « prenant la terre à témoin », « appelant la pluie » ou « apaisant les conflits ».

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A côté un autre vat, le Vat Aham est plus brillant, les colonnes de bois de son fronton sont couvertes de dessins au pochoir dorés, de même que son fronton. L’intérieur est entièrement couvert de fresques naïves sur les thèmes habituels et ce sont les représentations des tortures infligées aux damnées qui montrent la plus riche imagination… Une image d’amoureux idylliques nous amuse et servira de carte à envoyer aux amis… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons vers le centre en suivant une rue qui aboutit au marché Dara. Les bijoutiers y sont nombreux, nous y trouvons de beaux colliers en argent mais ils ne correspondent pas à ce que voudrait Marie. Dommage… Sans avoir encore eu le temps de déjeuner, nous nous rendons au Traditional Arts and Ethnology Centre où une exposition présente les costumes et les modes de vie des ethnies du Nord, Yao, Mien, Hmong et autres Lao. Des jupes hmong et des vestes brodées yao sont superbes mais nous restons sur notre faim (dans tous les sens du terme…), Les trois salles sont petites et le café ne sert pas à manger… Nous parvenons au centre d’information touristique où l’on est incapable de nous renseigner sur la fête des Eléphants à Sanyabouli dans les jours qui viennent. Nous pouvons, enfin, envisager de déjeuner. Des stands, de l’autre côté de la rue, proposent à la clientèle de touristes des sandwichs, nous en prenons au jambon avec une bière avant d’envisager de rentrer nous reposer à la chambre. En chemin nous passons devant un beau vat, le Vat Mai, aux nombreux toits qui descendent très bas. Sa véranda est superbe, des scènes paysannes et de cour sont sculptées et dorées sur la façade, ses poteaux en bois sont couverts de dessins également dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

L’intérieur est plus classique avec des représentations du Bouddha, des offrandes, mais les murs de couleur rouge brique sont couverts de petites effigies de Bouddha dorées, comme dans les grottes de Birmanie. Nous passons devant le musée, l’ancien Palais royal, avant de retrouver notre rue. Nous sommes attirés par les sons d’un gong frappé sur un rythme soutenu. Nous assistons dans la cour du Vat Xieng Mouane, à la cérémonie qui consiste à frapper à 16 heures le gros tambour toujours placé dans une tour qui lui est dédiée. Les apprentis-bonzes se relaient pour frapper vigoureusement l’instrument, accompagnés de cymbales par d’autres moinillons. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Leurs camarades sont occupés à rafraîchir les dessins des colonnes et de la façade du temple, à l’aide de pochoirs et d’une peinture dorée, montés sur des échafaudages en bambous. D’autres moines en frappant un autre tambour dans la cour du Vat Choum Khong font écho. Et enfin, nous regagnons la chambre. Je parviens à me connecter à internet, expédier la carte pour les amis et réserver une chambre à Vientiane. Nous ressortons pour aller « faire les boutiques »… Certaines, de luxe, vendent, à des prix difficilement envisageables, des articles de qualité, mais à qui ? Y-a-t-il une clientèle pour des dessus de table à 450 dollars ? Une autre boutique, tenue par un Laotien parfaitement francophone, montre des foulards en soie d’une exceptionnelle qualité et aussi de beaux bijoux en argent qui nous intéressent fort. Un bracelet et des colliers hmong ont l’heur de plaire à Marie, pas les prix, à discuter et à revoir… Nous arrivons à la hauteur de la Villa Santi, cette superbe demeure coloniale où nous avions eu le privilège, peu cher à l’époque, de résider en 1998. Il n’est plus dans nos possibilités… Nous dînons en face au Tamnak Lao, un restaurant installé dans une autre belle demeure coloniale. Nous ne résistons pas au plaisir d’un cocktail : un « Mango Sling » pour moi, long drink agréable et trop vite bu et un « Lao Piranha » pour Marie, redoutable comme son nom l’indique… La cuisine est bonne, curry de porc avec des aubergines pour l’un et beignets de pousses de bambou farcies au porc pour l’autre, original et goûteux. Décidément Louang Prabang sait se faire apprécier ! Nous rentrons par les rues calmes en arrière de la rue commerçante, en repérant d’autres restaurants et en devinant dans la nuit de belles demeures inévitablement transformées en auberges. Dernière connexion pour envoyer une carte d’anniversaire à Michèle.

 

Jeudi 12 février : Lever difficile, de plus en plus… Nous nous contentons de nos biscuits et d’un thé offert par la maison en guise de petit-déjeuner. Nous partons en direction de la pointe de la péninsule formée par la ville ancienne entre les cours du Mékong et de la Nam Khan. Notre rue est agréablement calme et de nombreuses maisons transformées en auberges de charme s’y trouvent. Nous passons devant une belle maison coloniale qui aurait pu être une église et qui est le centre culturel français. Nous allons y jeter un œil mais il ne semble pas s’y passer grand-chose et aucun film n’est annoncé. Un vat, en face, le Vat Pa Phai, semble intéressant, nous allons le visiter. Effectivement sa belle façade en bois sculpté et doré cache sur le mur du bâtiment une très belle fresque contant des scènes de la vie de tous les jours d’autrefois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

A l’intérieur, les murs rouge brun sont couverts de peintures dorées qui racontent elles aussi des histoires, pas toujours réjouissantes, les scènes de supplices sont nombreuses et explicites… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous rejoignons la rue principale et nous devons reconnaître que cette ville a encore beaucoup de cachet, l’alignement d’anciennes maisons restaurées et les temples qui se suivent constituent un ensemble extraordinaire, mieux apprécié le jour que le soir quand on ne voit plus que les lumières criardes, les étalages de souvenirs et les touristes attablés dans les cafés et restaurants. Une antique et superbe Traction avant stationne devant une des maisons, on cultive le rétro colonial ! 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus loin, le Vat Sensoukaram est un ensemble de magnifiques bâtiments et en particulier le temple avec ses toits gigognes au-dessus du sim, peint comme presque tous les autres, en rouge brun et couvert de dorures. Il en est de même pour la tour du tambour et pour un pavillon qui abrite un grand Bouddha debout. Deux longues pirogues de prestige reposent dans un abri et attendent de défendre les couleurs du monastère lors d’une fête.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

D’autres vat, plus modestes mais eux aussi soigneusement couverts de dorures, se succèdent du même côté de la rue. Ils sont tous en activité, les moines dans leurs robes safran font leur ménage, lavent des voiles mis à sécher sous les arbres et se laissent mitrailler par les touristes… De l’autre côté de la rue, un bâtiment qui ne semble pas en être un est pourtant un temple, le Vat Siuvannakhili, qui abrite une exposition de photos sur la pratique de la méditation dans le bouddhisme laotien. Et, enfin, nous atteignons le chef d’œuvre de Luang Prabang : le Vat Xieng Thong qui a lui seul justifie le voyage. La perfection architecturale du lieu ! Le temple a une toiture en mille feuilles qui semblent descendre jusqu’à terre, soutenue par des étais sculptés et dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les murs extérieurs mais aussi intérieurs sont couverts d’une débauche de dorures, peintures, stucs, scènes sur la façade, colonnes imposantes, tout est couvert de dessins, de symboles dorés. Le Bouddha qui trône à l’intérieur ne retient plus l’attention, il a beau être doré, tout le reste l’est aussi ! Quelques pavillons complètent l’ensemble. Un grand, façade dorée bien entendu, renferme un chariot, doré, qui permet de transporter les urnes qui contiennent les cendres de membres de la famille royale, des dragons à cinq têtes ornent les timons du char, les murs, rouge vif, sont couverts de scènes réalisées au moyen de tesselles de verres colorés et des Bouddhas s’alignent le long des parois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Dans la cour, de splendides bougainvillées s’élancent et couvrent les arbres d’une couverture écarlate ou mauve. D’autres pavillons plus petits sont entièrement couverts de mosaïques d’éclats de verre colorés qui narrent des épisodes de la vie à la cour ou dans les campagnes, défilé d’éléphants, palais, scènes de moisson dans les rizières etc… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous en ressortons éblouis, réconciliés avec Luang Prabang… Nous descendons sur les bords du Mékong, au confluent de la Nam Khan, noyé sous les cocotiers, laissant apercevoir les bateaux qui remontent ou descendent le courant entre les bancs de sable. Nous envisageons de déjeuner au café sis à la pointe mais l’abus pratiqué sur le prix de la bouteille de bière nous en fait repartir. Nous visitons un dernier temple, le Vat Pakkhan, moins chargé dans sa décoration intérieure et quasi nu extérieurement mais aux formes très pures. Nous retournons sur les bords de la Nam Khan que l’on peut traverser sur des passerelles en bambou et déjeunons dans un restaurant au-dessus de la rive.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Plats très corrects, des ribs de porc frits, accompagnés d’ail confit, de gingembre et de feuilles de citronnelle frites, elles aussi. Marie se régale d’un plat de pousses de bambou et de poulet au lait de coco. Nous suivons les bords de la rivière, encore de belles maisons et de sympathiques cafés au bord de l’eau. J’abandonne Marie dans l’un d’eux et continue pour retourner au service de l’immigration récupérer les passeports. Problème : nous avons demandé 11 jours de prolongation de notre visa afin d’être en règle jusqu’au 1er mars. Par un étrange calcul, la prolongation est arrêtée au 27 février ! J’en fais la remarque au préposé qui convient de l’erreur mais doit consulter sa chef… La rectification est opérée sans difficulté… Je vais revoir les colliers en argent chez les bijoutiers proches du marché Dara mais les prix sont aussi élevés que chez l’antiquaire de la veille. Je retrouve Marie et nous décidons de rentrer nous reposer. En chemin, au pied de la colline du Phu Si, nous passons devant le Vat Siphoutthabat Thippharam où se trouve une empreinte du pied du Bouddha. Renseignement pris, il faudrait monter des escaliers pour y parvenir, nous gardons cette ascension pour le jour où nous monterons sur la colline. Le vat est aussi une école où de nombreux moinillons sont éduqués, les taches orange de leurs robes égaient les cocotiers et autres arbres. Nous rentrons en passant par un quartier qui paraît loin de la ville, maisons traditionnelles en bois dans la verdure et cocotiers élancés ne laissent pas deviner l’agitation proche. Nous demandons à rester deux nuits de plus mais notre chambre est déjà réservée, nous allons devoir en changer à chaque nuit. Nous ressortons pour aller traîner, sans plaisir pour ma part, au marché de nuit. Nous y trouvons tout de même quelques tissus à rapporter en cadeaux. Les touristes Chinois sont très nombreux, sans gêne et bruyants, facilement repérés. Nous repassons à l’auberge nous mettre d’accord pour les deux jours suivants puis allons dîner au restaurant Toui, excellente cuisine, un canard au lait de coco et encore un poisson en feuilles de bananiers pour Marie. Retour fatigué à la chambre.

 

Vendredi 13 février : Ce n’est pas encore ce matin que je me lèverai pour voir à six heures la distribution des aumônes aux bonzes. Marie encore moins ! Nous devons déménager, notre chambre étant réservée, pour une autre identique, à l’étage, plus dans les arbres. Nous avons décidé malgré le temps toujours brumeux que le soleil perce parfois, de monter à la colline du Phu Si. Une volée d’escaliers nous y conduit en plusieurs étapes. Nous exsudons les kilos de riz gluant ingurgités ces derniers jours. Du sommet, la vue est peu attrayante, les arbres cachent la vue sur la ville et tout juste entrevoit-on le Mékong et des quartiers plus excentrés et sans aucun intérêt. Nous jetons un œil au petit temple qui le couronne, surmonté d’un hti, comme en Birmanie. Il ne désemplit pas, les dévots y viennent se prosterner et relâcher de malheureux oiseaux emprisonnés dans de minuscules cages en osier.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous redescendons sur un autre côté de la colline et dans un virage, nous avons la vue souhaitée sur la péninsule, ses maisons anciennes alignées le long de la rue centrale et les toits de tuile des temples.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus bas nous trouvons des statues de Bouddhas en diverses positions, récentes, laides et dorées à en faire mal aux yeux, Un Bouddha poussah est remarquablement et sans doute involontairement drôle. Dans un trou de la roche, on a voulu voir une empreinte du pied du Bouddha. Admettons… Nous retrouvons le temple, école des moinillons où nous sommes passés hier et de là, la rue principale. Nous avons repéré un restaurant où nous souhaitons goûter les nem khao annoncés sur la carte mais il est un peu tôt. Et que faire en attendant si ce n’est rentrer dans toutes les boutiques à la recherche de ce dont nous n’avons absolument pas besoin… Marie est intéressée par des tissages en soie, très beaux, très fins mais aussi très chers et surtout neufs ! Je déniche sous une pile d’anciens tissages dont un magnifique. L’unanimité se fait pour le déclarer INDISPENSABLE ! Nous négocions le prix, payé par carte de crédit donc presque indolore…

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Il est temps de déjeuner, le riz croustillant commandé et les saucisses sont bons mais le riz n’est pas exactement celui que nous espérions. Retour à la chambre pour une courte période de repos puis nous ressortons et nous nous rendons à l’ancien Palais royal transformé en musée. En cours de route je cherche à changer 400 dollars, une officine propose un honnête taux de change à 8080 kips pour un dollar. On me tend une pile de billets en espérant que je ne vérifierai pas. Il manque 700000 kips ! Pas de soucis le compte est immédiatement rectifié, sans contestation… Dans un parc, un bâtiment mi-européen, mi-laotien, datant du début du XX° siècle. On y entre pieds nus, comme dans un temple. L’intérêt est limité, des pièces privées, chambres du roi, de la reine, meublées années 1950, une collection de Bouddhas dans des vitrines sans explication et la salle du trône, couverte de mosaïques de verre retraçant comme au Vat Xieng Thong, des scènes de la vie au Laos. Le trône et autres instruments du pouvoir royal, tous très ouvragés, sont couverts d’or. Une dernière salle présente les cadeaux reçus d’autres pays, certains ne s’étaient pas ruinés… Derrière le palais, dans les dépendances, les automobiles royales, un 4x4 Toyota, des Lincoln et une malheureuse DS complètement en ruine. Nous terminons la visite par le temple tout juste achevé, trop clinquant, construit pour renfermer un Bouddha en or que l’on n’aperçoit que de loin. Nous traversons la rue pour aller visiter le petit Vat Pa Huak qui n’a pas eu le malheur d’être ripoliné depuis longtemps et qui, de ce fait, a beaucoup de charme. Sa façade est joliment sculptée et montre un Bouddha assis sur les trois éléphants symboles du royaume du Laos

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A l’intérieur de superbes fresque du XIX°, encore fraîches, représentent notamment l’arrivée des caravanes de marchands chinois et d’autres scènes moins compréhensibles mais où de jeunes et jolies jeunes femmes sont rassemblées.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous nous accordons une pause et nous nous rendons sur les bords du Mékong nous offrir une boisson rafraîchissante en contemplant le trafic fluvial, le ballet des ferries de véhicules ou de passagers. Le soleil décline, scintille sur le fleuve et perce enfin les nuages. Nous nous dirigeons vers la salle du théâtre royal pour assister à une représentation du ballet royal. Les places sont chères, même pour une clientèle exclusive de touristes. Un orchestre traditionnel est installé dans un coin de la scène, composé d’un gamelan et de percussions. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

On nous présente plusieurs ballets. En entrée, et en conclusion, celui de jeunes filles, coiffées d’une tiare dorée et qui sur le rythme de la musique, ondulent presque sur place, les bras flottent pour mettre en valeur les gestes des mains aux doigts écartés et aux paumes retournées. Un de ces ballets que le Cambodge a fait connaître au monde entier et qui symbolise la grâce et l’art de la danse. Entre ces deux ballets, une scène du Ramayana nous est montrée avec masques, gestes codifiés à l’extrême, les singes d’Hanuman ne cessent de se gratter, c’en est presque contagieux, les aigles miment l’envol et les batailles ne sont guère violentes. Je regrette que les costumes ne soient pas plus riches, pour une fois j’aurais apprécié paillettes et dorures.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous cherchons où dîner. Les restaurants de la rue principale sont chers et peu engageants avec leur clientèle de touristes bien habillés pour la soirée. Nous allons au Coconut garden, à peine moins cher et peu copieux. Les plats commandés sont bons : un ragoût de porc et de peau de buffle (non identifiée dans l’assiette) en sauce au lait de coco et du buffle (c’est le dîner au buffle ce soir !) mariné et grillé. Retour à la chambre et rédaction de la journée.

 

Samedi 14 février : Réveillé tôt, je m’aperçois qu’il n’est que six heures, l’heure de la distribution des aumônes aux moines. J’enfile un pantalon et une chemise, attrape l’appareil photo et me précipite dans la rue, laissant Marie endormie. Je vais jusqu’au premier carrefour de notre rue et attend l’arrivée des moines. Il fait encore nuit noire, quelques vieilles personnes ont installé des tabourets en osier ou posé sur la chaussée des tapis, des paniers tressés pour contenir le riz gluant sont posés à côté. Des minibus déposent des touristes bardés d’appareils photo. Une file de moines s’avance vers nous, ils portent en bandoulière un grand bol en métal argenté pour recueillir les dons des fidèles. Chacun dépose dans l’escarcelle des bonzes une bouchée de riz, un bonbon, des biscuits, dans le plus grand silence. Chaque temple envoie ses chanoines et ses novices faire ainsi le tour du quartier. J’avance dans la rue, à la fois pour fuir mes congénères qui ne se gênent pas pour prendre des photos au flash et aussi pour essayer de trouver de meilleurs angles de prise de vue. Des touristes ont désiré participer, ils ont été amenés par leur guide, en minibus, installés sur des tabourets plastiques et distribuent les parts qui leur ont été allouées. Je m’installe face à quelques dames âgées qui se sont assises devant leurs maisons ou leurs commerces, elles papotent, arrosent leurs fleurs, rentrent chez elles, reviennent, entre deux passages de moines.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le jour s’est levé, je regagne la chambre et me recouche. Marie se réveille, je lui souhaite la Saint-Valentin. Une fois de plus nous devons déménager, cette fois une chambre « luxe » dans la maison principale. Je laisse les sacs à la réception puis vais poster des cartes et reviens par les bords du Mékong en repérant d’où partent les ferries qui le traversent. Nous allons en ville, je montre à Marie où j’ai assisté à la distribution des aumônes puis nous retournons sur la grande rue et allons revoir le marchand des bijoux d’avant-hier. Il nous ressort les bracelets et colliers et Marie se décide pour un des bracelets et choisit le collier fin, gravé. La discussion devient difficile, la négociation pire qu’avec un Poutine obtus, à peine obtenons-nous une remise de 10% ! Nous réservons une table pour ce soir au restaurant « l’Eléphant », je rapporte les bijoux à la nouvelle chambre, pourvue d’un petit salon, décorée avec de beaux tissus mais sans balcon. Nous continuons sur les bords du Mékong, déjeunons dans une des gargotes, pas chère et plats peu copieux. Nous avançons jusqu’à l’embarcadère du Vat Xieng Thong d’où nous aurions voulu traverser le Mékong pour aller visiter les temples de l’autre côté mais les prix sont très exagérés et Marie se sent trop fatiguée pour marcher encore beaucoup. Nous rentrons donc à l’auberge profiter de notre « suite » ! Après une bonne sieste, nous ressortons à la nuit tombée et cherchons un endroit où nous offrir, en ce jour mémorable, un cocktail, sur les bords du Mékong. Un établissement nous y invite, des sièges en rotin confortables, une vue sur le Mékong perdu dans les ténèbres… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une « Margarita » et un « Lao cocktail » à base de décoctions laotiennes alcoolisées, qualifiées de « whisky » ou de « vin » nous mettent en appétit… Il a fallu demander à la serveuse de nettoyer la table graisseuse et ensuite de nous apporter des glaçons et les arachides prévues mais ce n’est pas grave, rien n’est grave aujourd’hui… Nous nous rendons au restaurant «L’Eléphant » où nous avions réservé une table et commandons des plats laotiens bien qu’il s’agisse d’un restaurant prétendument français, ce que la carte laisse supposer mais à des prix également français… A côté de nous des touristes chinois, cigarettes au bec, bière et vin rouge sur la table. Au moment de l’addition, ils demandent qu’elle soit calculée pour chaque famille puis ils comptent et recomptent leurs sous pendant presque tout le temps de notre repas ! Nous nous régalons de viande de buffle séchée, grillée avec des graines de sésame, de tiges de citronnelle farcies au porc et grillées et de poisson farci au porc et grillé en feuille de bananier. Une excellente cuisine, chère pour le pays mais ce n’est pas tous les jours la Saint-Valentin ! Une bouteille de sauvignon blanc argentin entretient notre degré d’alcoolémie… Marie, décontaminée par presque quatre semaines au régime (presque) sans alcool, a quelques difficultés à rentrer sans dévier de la trajectoire rectiligne… Elle s’endort aussitôt.

 

Dimanche 15 février : Nous sommes réveillés tôt, Marie veut voir passer les moines de nos fenêtres mais il faut les guetter. Ils défilent juste au moment où nous allions prendre notre petit-déjeuner avec des biscuits et une tasse de thé. Nous descendons les sacs et attendons le tuk tuk qui doit nous emmener à la gare routière. Il fait le ramassage dans les nombreuses guest houses de la ville. Nous arrivons en surcharge à la station des minibus. Nous montons dans l’un d’eux, Marie à l’avant, moi derrière en compagnie d’un couple d’Anglais discrets, d’un couple de Hollandais bavards et d’un couple mixte franco-hollandais. Les deux mâles bataves entament une saoulante conversation à voix haute et forte qui durera pendant tout le voyage et le néerlandais me paraît aussi gracieux que le  bruit produit lorsqu’on cherche à changer de vitesse sans débrayer… La route est au début celle de Vientiane, tout en virage, dans les montagnes couvertes d’une belle végétation, le revêtement est très dégradé, le chauffeur roule vite et brutalement, je suis vite moulu et quelque peu malade, ma voisine, la Française est blême… Marie attendra le dernier virage pour faire don à la nature de notre maigre repas, un sandwich au poulet, avalé lors d’une très brève halte. Arrivés à Phonsavan, un autre minibus nous prend en charge pour nous déposer à la Nice Guest House où nous avions réservé, le trajet n’est pas long, il suffisait de traverser la rue ! Nous avons une chambre un peu sombre au rez-de-chaussée, Marie veut en changer pour une plus grande et à peine plus claire au deuxième étage. Si on la lui avait proposée en premier, elle aurait râlé… Nous réservons une excursion aux sites de la Plaine des Jarres auprès du chauffeur du dernier minibus puis nous étudions la suite du programme sans nous décider vraiment. Nous allons dîner au Bamboozle, un restaurant de l’autre côté de la rue. Nous devons attendre pour avoir une table à l’intérieur, il ne fait pas très chaud à l’extérieur, nous sommes remontés à 1000 mètres d’altitude. Le service n’est pas rapide et la carte est plus appétissante que les plats servis, tous au goût anglo-saxon. Pour une fois, las du riz, nous avions choisi de sacrifier à la cuisine occidentale, fish and chips et steak de porc avec des croquettes de pommes de terre, servis avec de la moutarde ou une sauce, toutes deux sucrées. Nous rentrons vite nous réchauffer dans le lit et revoir sur TV5 le film que nous avions bien aimé : « Tango libre ».

 

Lundi 16 février : Nous allons prendre le petit déjeuner de l’autre côté de la rue, pain (toujours la baguette !), beurre et confiture. Le beurre est généreusement servi, une demi-plaquette environ par personne mais ce n’est sans doute que de la margarine. Nous embarquons donc dans un minibus en compagnie de deux sœurs québécoises, d’une Chinoise rigolote, d’une Taïwanaise étrange, l’appareil photo continuellement en marche et d’une Australienne, grande jument bréhaigne. Direction la dite Plaine des Jarres, en réalité plusieurs sites, au sommet de collines. Nous allons en visiter trois. Le premier à une trentaine de kilomètres de Phonsavan est atteint à partir du parking, après une petite marche dans les rizières, à peine moins sèches que dans le sud puis une légère montée jusqu’au sommet d’une colline. Nous y trouvons de grandes cuves creuses, taillées dans la roche dont on ne sait pas trop l’origine ni la fonction. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les locaux affirment qu’il s’agit des gobelets de géants utilisés lors de libations, les archéologues pencheraient pour des urnes funéraires datant de deux à trois millénaires. Beaucoup sont brisées, leur taille est bien marquée par de larges stries, quelques rares couvercles subsistent. Nous nous rendons ensuite au deuxième site, encore une montée pour atteindre deux sites proches avec les mêmes jarres mystérieuses, des arbres ont planté leurs racines dans certaines et les ont fait éclater. Tout le minibus est convié à déjeuner dans une gargote à l’entrée du dernier site, plat unique : soupe de nouilles avec quelques morceaux de viande au choix… Nous repartons pour le dernier site, proche de la ville. Plus aménagé, il dispose d’un Visitor Center et des navettes électriques amènent les touristes au pied du premier groupe où se dresse la plus grande, 2,5 mètres de haut et autant de diamètre. En contrebas nous apercevons un champ où sont couchées ou dressées d’autres jarres ou leurs restes, entre des cratères de bombes de la guerre, quand les Américains cherchaient à couper la piste Ho Chi Minh. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons en ville et discutons à l’hôtel de ce que nous allons faire demain. Marie voulait visiter les grottes où pendant la guerre avaient été installés hôpitaux, usines, stocks de ravitaillement mais elle craint d’avoir à trop marcher et préfère renoncer. Circuler n’est pas aisé, plus de minibus pour nous rendre plus au-delà. Nous devons, soit louer un minibus rien que pour nous, soit prendre les bus locaux, lents et peut-être surchargés et avec des correspondances aléatoires. Je vais me renseigner, reviens au rapport, et finalement nous prenons des billets pour le bus qui nous laissera à un carrefour d’où nous devrons repartir pour Vieng Thong, quand un bus passera… Marie a envie de rendre visite au centre UXO où sont exposés les problèmes liés à la recherche et à la destruction des milliers de bombes qui truffent forêts et rizières, tuant encore. Les panneaux explicatifs sont en anglais ainsi que le film projeté mais nous restons jusqu’au bout, regrettant que toutes ces recherches et leurs frais ne soient pas à la charge des Etats-Unis… Nous revenons à la chambre, relisons le blog avant de le mettre en ligne. Nous allons dîner dans une gargote indienne, une cuisine qui nous change avec des saveurs différentes, samossas, poulet tandoori ou masala et des nans

 

Mardi 17 février : Nous devons nous lever à six heures aujourd’hui, prendre un très rapide petit-déjeuner, un thé et nos biscuits, puis sauter dans le tuk tuk, après avoir attendu une Suissesse, pour nous rendre à la gare routière. Il fait froid et la ville est plongée dans un épais brouillard. Là, nous devons partir avec un « bus local », nous craignions un vieux bus délabré et lent mais pas du tout, c’est un minibus qui assure le transport des voyageurs à destination de Sam Neua. Nous y prenons place avec la Suissesse et la petite Chinoise déjà rencontrée et des locaux. Le chauffeur qui a placé en guise de tapis de sol des napperons tricotés de couleurs vives, nous oblige à nous déchausser et à conserver nos chaussures dans un sac plastique. Nous partons avec un léger retard. Premier arrêt pour le plein d’essence puis pour récupérer un pneu, avant d’aller sagement nous garer à la gare routière près de notre guest house. Je fais remarquer à celui qui m’avait affirmé qu’il n’y avait pas de minibus pour Sam Neua de cette gare que nous aurions pu éviter de courir à la gare routière et attendre là… Nous prenons de nouveaux voyageurs, je m’installe devant avec Marie, les vitres fumées et ma position surélevée ne me permettent que d’apprécier à demi le paysage. La route, étroite, percée de nids de poule, grimpe en continuels virages dans la montagne couverte d’une très belle et très dense forêt, une jungle probablement difficilement pénétrable. Les maisons des rares villages sont bien entendu en bois, rustiques, des planches mal dégrossies, sans le moindre élément de décor, les toits de chaume sont de plus en plus remplacés par des tôles ondulées métalliques ou en fibro-ciment. Les femmes de corvée de bois ou plutôt de bambou, portent les charges dans des paniers en osier dans le dos ou tenues par un bandeau de tête.  Les lacets serrés ont rapidement un effet indéniable sur nos compagnons laotiens de voyage… Ça dégueule à tout va ! Le stock de sacs plastique diminue à vue d’œil. A peine remplis et jetés par les fenêtres ils sont remplacés et les raclements de gorge reprennent accompagnés de borborygmes et déglutitions. Une halte permet à nos compagnons de reprendre quelques couleurs mais les virages continuent et leurs estomacs ne se sont pas satisfaits de cette pause… Nous arrêtons plus longuement pour un repas que nous ne prenons pas, nous contentant d’un paquet de chips, pressés d’arriver au carrefour, sept kilomètres plus loin, où nous abandonnerons le minibus pour continuer en direction de Vieng Thong. Nous récupérons nos sacs et allons nous asseoir à l’arrêt des bus, bien indiqué, sur des bancs à l’ombre car il commence à faire chaud.

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Nous guettons un bus, un minibus, une voiture, n’importe quel véhicule susceptible de nous faire parcourir les soixante kilomètres qui nous séparent de notre but. Les véhicules sont très rares, 3 ou 4 à l’heure et il ne passe aucun bus… J’arrête plusieurs voitures mais aucune ne veut nous emmener, un commerçant accepterait pour 300000 kips… Nous observons les garçons qui se sont confectionné des jouets ingénieux à partir du bambou : l’un a réalisé des échasses avec quatre tiges de bambous, d’autres se sont fabriqué des carabines avec deux tiges, l’une formant cylindre, l’autre piston. Au fil des heures la tension monte… Un Italien en mobylette arrive, très décontracté, il a décidé de passer la nuit ici et trouve une chambre dans une gargote de bas étage où nous le rejoignons bientôt ainsi qu’un Thaï quand, la nuit venue, nous comprenons qu’il n’y aura pas de bus ce soir ! La chambre, à l’étage atteint par un escalier extérieur très raide, est réduite au minimum, des murs de planches couverts de pages de calendriers en guise de papier peint et une mince paillasse. Les toilettes sont à l’avenant. Nous descendons dans la salle commune que nous sommes seuls à occuper, nous y retrouvons Flavio, l’Italien, légèrement éméché après sa troisième bière et quelques verres de lao lao, le tord-boyau local. Il nous montre un jeu de son invention qui amuse Marie. Pour dîner au lieu du plat de pâtes avec des œufs frits demandé, nous avons une nouvelle soupe de vermicelles avec les œufs trop cuits. Nous regagnons ensuite notre cage ouverte à tous les vents…

 

Mercredi 18 février : La bourre de notre paillasse, tassée par des centaines de dos de voyageurs épuisés et égarés, est aussi dure que les planches sur lesquelles elle est posée. Elle forme des creux et des bosses que je cherche sans succès toute la nuit à adapter à ceux et celles de mon corps. Aucune intimité, les bruits de la rue comme ceux de la maison et de ses habitants nous parviennent. Pas question de se faire servir un petit déjeuner par notre peu accorte tenancière, tout juste obtenons-nous des verres d’eau chaude qui nous permettent de nous préparer des thés que nous accompagnons de nos derniers biscuits. Nous allons reprendre notre faction au « bus stop ». Nous étudions l’activité du village ou plus exactement l’absence d’activité, nous ne voyons personne exercer un quelconque travail à l’exception des quelques marchandes qui ont toutes le même étal de sodas, biscuits, cigarettes qu’elles vendent au compte-goutte. Les mères, très jeunes semble-t-il, se retrouvent, leur nourrisson porté dans le dos ou sur la hanche dans un porte-bébé en forme d’écharpe, pour papoter, rire, cracher à intervalles réguliers. Le bus devrait être là à dix heures, le suspense atteint des sommets… Dix heures et demie, dix heures quarante… Le voilà ! Un vrai, avec fanfreluches, mauves à glands argentés cette fois. Presque vide et allant bien à Nong Kiaw. Nous voici repartis après voir attendu plus de vingt et une heures ! La route, toujours étroite continue de serpenter dans les montagnes, souvent sur une ligne de crête, offrant des vues sur les forêts qui couvrent ces régions peu peuplées. Les traces de terrains défrichés puis abandonnés se remarquent sur les flancs des montagnes. Nous sommes à midi à Vieng Thong que nous avions essayé d’atteindre hier après-midi, pas un grand bourg mais tout de même moins désert que notre trou perdu. Nous déjeunons à une gargote de la gare routière : brochettes de petits oiseaux au goût de gibier et riz, un festin ! Nous repartons toujours dans les montagnes, traversons des plantations de tecks, des touffes de bambous, des bouquets de poinsettias. Une averse, avec de gros grêlons qui surprennent les voyageurs, rafraîchit, le ciel est ensuite plus bleu et la végétation plus verte. Le bus s’est rempli au cours de la dernière étape et quelques-uns remplissent encore des sacs plastiques. Notre voisin se racle la gorge et crache toutes les deux minutes par la fenêtre… A l’approche de Nong Kiaw des massifs basaltiques se rapprochent, forment des gorges, la présence de touristes signale l’arrivée au village. Le bus nous dépose après le pont sur la Nam Ou, devant la guest house que nous avions élue, « Sengdao ». Nous y avons un bungalow pas cher, à peine plus que notre gourbi de la veille, avec un vrai matelas et une petite véranda avec vue sur la jolie rivière. Je ressors aussitôt jeter un rapide regard sur la Nam Ou qui surgit entre les montagnes, puis vais faire un tour du petit centre-ville, repérer les restaurants, le ponton d’embarquement avant de revenir à la chambre. 

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Nous allons nous installer à une table du restaurant bien placé au-dessus de la rive. Nous envisageons les possibilités pour les jours à venir, consultons nos messages puis dînons, plats très copieux mais les viandes sont coupées en trop gros morceaux. Nous essayons ensuite d’avoir Julie sur Skype ce qui ne va pas sans mal, la connexion étant devenue très mauvaise. Je réussis néanmoins à échanger quelques mots avec elle. La suite de son séjour en solitaire au Mexique ne semble pas la réjouir.

 

Jeudi 19 février : Le bruit des bateaux qui dès l’aube passent sur la rivière nous réveille. Je vais réserver notre place sur le bateau pour Muang Ngoï de cet après-midi puis je vais changer à la banque. Nous prenons le petit déjeuner tout en essayant de nous connecter à internet mais la liaison est si lente que nous renonçons. Nous allons nous promener et tout d’abord apprécier la vue sur la rivière depuis le pont. La brume qui nous cachait les pics se dissipe lentement et si les arrière-plans restent flous, quelques rayons de soleil bienvenus éclairent la Nam Ou, ses rives et les bateaux qui se glissent entre les îlots découverts aux basses eaux.

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Nous arpentons la seule rue du village, quelques restaurants et guest houses et puis plus rien, la campagne. Nous revenons sur nos pas pour découvrir l’autre partie du village, après le pont, tout aussi limité dans son intérêt. Marie trouve des cartes postales au minuscule bureau de poste et nous revenons les écrire à notre auberge. Les Chinois, en vacances du Jour de l’An, ont envahi le nord du Laos pour leurs quinze jours de congés annuels, ils font généralement honneur à la bière locale… Nous déjeunons simplement, riz frit et nouilles frites puis nous allons à l’embarcadère, bientôt rejoints par d’autres touristes. Nous montons à bord d’une barque couverte, où une mince et peu large planche posée presqu’au fond de la coque tient lieu de siège, au grand amusement scandalisé des passagers alors que nous voyons débarquer des touristes de bateaux pourvus de sièges très confortables. Nous devons nous entasser sans trop savoir que faire de nos jambes… Nous démarrons dans un bruit d’enfer, et remontons le courant entre des berges, au début dans l’ombre puis ensoleillées. Nous voyons défiler les falaises et les pitons karstiques à quelque distance, rien de bien extraordinaire. Nous louvoyons entre les bancs de sable encombrés de rochers, les buffles se baignent pour se rafraîchir ou font la sieste couchés dans le sable. Nous franchissons en force de petits rapides, à peine secoués.

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Une heure plus tard, alors que je ne sais plus sur quelle fesse porter mon poids, nous approchons de Muang Ngoï. Manifestement, vu de la rivière, un village consacré aux touristes avec ses alignements de bungalows identiques. Nous débarquons, grimpons les escaliers du débarcadère, posons les sacs et je pars en quête d’un hébergement. Il reste un bungalow chez Ning Ning, pas en bord de rivière et collé entre deux autres. Il ne plait pas à Marie, je serais partisan d’accepter car le nombre de touristes qui a débarqué avec puis après nous est impressionnant. Je pars à la recherche d’une autre guest house mais tout est complet ! Nous revenons chez Ning Ning, son dernier bungalow est loué ! Début de panique… Je retourne dans la grande et unique rue, croise des Chinois, deux jeunes Israéliennes et d’autres, tous en quête d’un lit pour la nuit. Par hasard, j’entends une commerçante proposer une chambre à une Chinoise, je la suis, un Allemand aussi, Les chambres, il en reste deux ne plaisent pas à la Chinoise, elles conviendront à l’Allemand et à nous… Un lit, point final, pas de ventilateur alors que la pièce est étouffante, toilettes en commun… Je reviens prévenir Marie, elle n’est pas ravie mais il n’y a pas d’autre solution. Nous allons porter les sacs et ressortons aussitôt pour nous installer à une table du restaurant Lattanavangsa, envahi peu après par un groupe d’Italiens qui a raflé tous les bungalows. Le nombre de touristes dépasse les possibilités d’hébergement du village et bien sûr ils sont plus nombreux que les autochtones. L’horreur ! Après avoir tenté, en vain, de nous connecter nous repartons quand le soleil s’est couché. Nous réservons une chambre pour la prochaine nuit dans cette guest house puis nous suivons la rue du village jusqu’à son extrémité où un sympathique café, le Bee Tree, nous attend, des fauteuils sous les arbres, une musique tropicale et des cocktails à moitié prix aux « Happy hours ». Un « Lao lao sour »plus tard, nous revenons dans le centre du village pour dîner au « Riverside », un restaurant installé au-dessus de la rivière. Nous commandons et une heure et demi plus tard nous attendons toujours, enfin un plat arrive, avec les légumes de l’autre et plus tard le reste… Nous ne sommes satisfaits ni l’un ni l’autre, brochettes de poulet presque sans poulet et poisson plein d’arêtes. Retour à la chambre très mécontents, pour constater que nos voisins sont bruyants et les murs bien minces. Je dois taper contre le mur pour obtenir une baisse d’intensité sonore mais on entend alors mieux les cris des jeunes dans la rue. Une jeunesse occidentale qui doit se croire en terrain conquis où tout est permis et qui ne s’intéresse au pays que pour les possibilités de « s’éclater » à bon marché. 

 

Jeudi 20 février : Le passage des bonzes peu après sept heures dans une rue où beaucoup de villageois sont présents pour distribuer les aumônes, n’a guère attiré les touristes ! Nous quittons dès que nous sommes prêts cette auberge de bas étage et portons les sacs à la Lattanavangsa guest house. La chambre, dans un bungalow n’est pas encore nettoyée, nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse du restaurant en regardant partir les bateaux chargés de touristes

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Le village a alors quelques heures de quiétude avant l’arrivée de la prochaine fournée. On entend mieux les menuisiers raboter, scier et clouer des planches pour la construction de nouvelles guest houses, les coqs, déboussolés, chanter à tue-tête, les moto-riziculteurs pétarader dans les rues. La position du conducteur d’un tel engin est la même que pour une Harley Davidson, le vacarme au démarrage aussi, seule la performance à l’accélération est légèrement différente… Nous partons en promenade en suivant une large piste qui s’enfonce entre les pitons, passe dans des bois de tecks, vilains arbres aux feuilles comme du papier froissé, longe des bananeraies, des rizières à sec. Le soleil a dissipé les bancs de brumes qui, au réveil, flottaient au-dessus de la rivière et commence à chauffer. Au bout d’une heure de marche, nous avons parcouru les deux kilomètres jusqu’à une grotte d’où sourd un filet d’eau qu’une passerelle en bambou permet de franchir. 

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Marie ne se sent pas capable de continuer au-delà, pour aller voir des villages qui ne doivent plus avoir grand-chose d’authentique à en croire le nombre de touristes qui s’y rendent tous les jours. Nous faisons donc halte au très modeste restaurant qui se trouve judicieusement là. Une bière plus tard, nous commandons à déjeuner, salade de vermicelle avec de la viande (poulet ?) hachée et des fleurs de bananiers sautées avec du poulet. Plats copieux, et surprenant pour les fleurs de bananiers à goût d’artichaut. Après être allés contempler les rizières complètement desséchées où des buffles et des vaches mâchent les restes de tiges, nous prenons le chemin du retour. Marie commence à peiner et s’arrête à chaque fois qu’un arbre dispense un peu d’ombre. Nous progressons en transpirant en guettant le prochain arrêt et parvenons tout de même à l’orée du village où une halte, dans la première épicerie qui vend des boissons fraîches, s’impose. Dernier effort et nous sommes au bungalow. Court délassement perturbé par nos voisins anglo-saxons amateurs de musique et peu discrets. Nous allons ensuite nous installer sur la terrasse pour chercher à nous connecter à internet et peut-être avoir des nouvelles de Nicole mais la connexion est très lente et nous ne parvenons pas à envoyer des messages. Nous voulons profiter de notre modeste véranda à la tombée de la nuit mais les chaises ne sont guère confortables aussi décidons-nous, pour nous consoler, de retourner au Bee Tree essayer un autre cocktail. Nous devons reparcourir toute la rue principale mais nous sommes motivés… Nous commandons des mojitos qui sans valoir les insurpassables de Christian sont tout de même honnêtes, même si nous aurions bien remplacé une partie de l’eau gazeuse par du rhum… A côté de nous un groupe de touristes du 3° âge, Français, nous fournit une bonne raison de ne jamais voyager en groupe. Retour à notre auberge, tout au long du chemin, des gamines, très sérieuses, tiennent des loteries sommaires dont nous ne comprenons pas très bien le fonctionnement tant elles sont nombreuses, chaque maison semble avoir la sienne. Dans l’intérieur des maisons nous apercevons des matelas posés à même le sol sur lesquels adultes et enfants sont couchés et regardent la télévision. Les murs sont tapissés de photos de starlettes souriantes mais pas du tout dénudées, pages de calendrier des mois passés. Nous dînons à l’auberge juste au-dessus de la rivière, bientôt rejoints par le groupe de Français à la table voisine. 

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Marie se régale de porc grillé avec des frites, pas très laotien. Mon laab de poisson n’est pas fameux, plein d’arêtes. Je dois ensuite, à la chambre, demander à nos voisins mélomanes de bien vouloir modérer leurs échanges verbaux et diminuer le volume de leur musique… 

 

Vendredi 21 février : Dès que nous sommes opérationnels, je vais à la capitainerie, mot pompeux désignant une table branlante et une chaise sous un toit en chaume près du débarcadère, me faire confirmer le départ d’un bateau pour Muang Khua. Il fallait dix passagers, nous sommes onze ! Nous embarquons dans deux barques couvertes, assis confortablement sur des sièges tournés vers l’avant et non plus entassés sur des planches comme pour venir de Nong Kiao. Le soleil illumine les flancs des pitons couverts de forêts entre lesquels la rivière se faufile, louvoyant entre les roches et les bancs de sable. Les racines des grands arbres proches du courant sont dégarnies et ils tomberont sans doute lors des prochaines hautes eaux. Plus hauts, quelques-uns aux fleurs rouges font des taches de couleur sur le manteau uniformément vert de la jungle, les lianes courent de branches en branches, dégringolent en cachant d’autres arbres.

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Au bout d’une heure, nous sortons de ces gorges, les pitons s’éloignent, les rives s’abaissent, quelques cultures apparaissent, des lopins de terre cultivés en maïs occupent les berges de la rivière, les buffles prennent leur bain ou somnolent sur les rives sablonneuses. La forêt dense a disparu, les cultures sur brûlis ont fait disparaître les grands arbres, ce ne sont plus que bambous ou bananiers. De rares villages, maisons sur pilotis, en bois et bambous, à toit de chaume, se signalent par les barques ou les pirogues amarrées devant, les toits de tôle sont encore rares. 

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Nous franchissons quelques zones de rapides en faisant ronfler le moteur et en lorgnant les rochers submergés qui provoquent des remous. 

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Il ne faisait pas chaud au début mais le soleil nous réchauffe vite. Sur la fin du parcours nous croisons de grandes dragues qui grattent le lit, à la recherche d’or. Après quatre heures d’une très agréable navigation, nous retrouvons la modernité, un pont en béton signale l’arrivée à Muang Khua. Nous débarquons et je me précipite à la recherche d’un hôtel. Je dois gravir une rude côte avant de trouver quelques guest houses, et dans l’une d’elles, la Manh Chay guest house, une chambre à deux lits jumeaux, sans grand confort mais propre. La connexion internet est relativement bonne et nous en profitons pour réserver une chambre à Oudomxaï, confirmer à Louang Prabang et envoyer quelques messages. Nous ressortons pour aller voir le vat, classiquement coloré et aux statues naïves peu réussies. Les autres maisons du village ne sont plus en bois mais en bon béton ou parpaing. Marie s’inquiète de l’heure et du lieu des bus pour demain. Malgré le nombre non négligeable de touristes qui embarquent ou débarquent ici, il n’y a encore aucune agence touristique et les hôtels ne font pas encore la retape pour les transports. Cela ne saurait tarder… Nous traversons le centre du bourg, une bonne centaine de mètres, boutiques, épiceries peu achalandées, quincailleries basiques, pour atteindre le carrefour d’où doivent partir les tuk tuks qui mènent à la gare routière. De là une passerelle de câbles d’acier et dont le tablier en planches a quelques rustines posées de travers avec deux clous, permet aux piétons et aux mobylettes de traverser une petite rivière.

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La vue sur les rives serait intéressante si un nouveau pont jeté en aval n’en gâchait pas la perspective et si les maisons des deux rives n’étaient pas vilainement modernes et sans caractère. Nous retournons à la chambre et attendons en nous reposant pour aller dîner. Le Saifon est le rendez-vous des voyageurs, nous nous asseyons à une table au-dessus des palmes des cocotiers, le cours de la rivière a disparu dans le noir. Nous commandons et patientons, une heure plus tard arrivent nos plats de délicieux champignons frits. Nous devrons patienter encore une heure pour obtenir le plat de porc en beignets…Les clients pressés vont se servir directement dans le réfrigérateur pour les boissons. Nous en sommes… Un vieux Français, dans nos âges, trente ans de Laos, nous entreprend et nous fait part de sa vision du pays. Intéressant mais il se fait tard, j’ai froid, nous rentrons nous coucher.

 

Dimanche 22 février : En voyage, je dois savoir attendre. Attendre dans le noir que le réveil sonne. Dans le noir, faute d’une lampe de chevet et d’ailleurs je n’ai rien à lire. Attendre que Marie ait fini de se pomponner. Attendre l’arrivée d’un tuk tuk, attendre qu’il soit plein pour partir à la gare routière. Attendre l’heure du départ du bus, avec du retard. Attendre d’arriver en somnolant. Attendre que le patron de l’hôtel où nous avons réservé se réveille et nous donne une clé. Attendre au restaurant pour avoir le menu, attendre pour commander et attendre pour être servi. Pourquoi en fin de parcours ne décompte-t-on pas les arrêts de jeu ? Réveillés à six heures (et même avant…), nous sortons de l’hôtel au moment où les moines processionnent devant. Ils s’arrêtent chantonnent une litanie, les femmes agenouillées versent de l’eau sur le sol. Nous nous traînons au carrefour où doit stationner le tuk tuk susceptible de nous emmener à la gare routière. Marie s’inquiète… D’autres touristes attendent aussi mais eux vont au Vietnam. Arrive une fourgonnette qui, après avoir un peu patienté, nous emmène à la gare routière. Un terrain vague, une baraque en dur, un guichet et un unique bus. Les meilleures places, devant, sont déjà réservées, on nous libère deux sièges après la porte. Nous continuons notre dégringolade dans les catégories de bus. Celui-ci a vu le jour au Japon, une fois en bout de course, il a entamé une seconde carrière au Laos. Pas de climatisation, d’ailleurs il ne fait pas assez chaud pour en avoir besoin et surtout pas de rideaux aux fenêtres. Arrivée du groupe de touristes français rencontrés à Nong Khiao, toujours aussi bruyants, les bonnes places étaient pour eux… Ils surveillent, angoissés, le chargement de leurs bagages sur le toit. Nous ne partons, plein, qu’à huit heures trente. Le ramassage commence aussitôt, les surnuméraires sont d’abord installés sur des tabourets en plastique dans l’allée centrale, à la grande surprise des Français, puis les derniers doivent rester debout. La route suit la Nam Phak en des virages moins serrés que dans les montagnes, l’absence de soleil nous évite de regretter de ne pas être du bon côté. Au carrefour de la route de Phongsaly se tient un marché. Nous y faisons une très brève halte pour débarquer des passagers. Occasion de remarquer des femmes en costumes traditionnels, Akka, Hmong et autres.

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A peine le temps de voler quelques clichés et occasion de regretter de ne pas être allés traîner vers Phongsaly mais nous étions tellement certains que ces costumes ne se voyaient plus portés tous les jours ! La route continue, à peine plus large mais en très piteux état. Des portions de goudron entre les trous et les secteurs de piste ne sont là qu’à titre de souvenir. Notre bus se traîne dessus et ce n’est qu’à midi que nous arrivons à Oudomxaï. Nous sautons aussitôt dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel Villa Keoseumsack où nous avions téléphoné la veille et où nous ne sommes pas attendus puisqu’il n’y a personne à la réception… Une femme de chambre va réveiller le patron qui nous attribue une chambre très sombre et finit par nous en donner une autre plus agréable. Nous posons les sacs et partons à la recherche d’un restaurant. Ceux indiqués dans notre guide ont disparu. Nous nous contentons d’un bol de riz avec des bribes de porc ou de poulet dans une gargote de bas étage. Retour à la chambre pour une sieste. Nous ressortons pour grimper les marches, derrière l’hôtel, qui amènent au sommet d’une colline, dominée par un stupide stupa doré. 

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On domine toute la ville en plein boom économique chinois. Ceux-ci investissent beaucoup dans le nord du Laos, les enseignes sont presque toutes bilingues laotien-chinois. Ils se font construire des maisons toutes sur le même modèle tape-à-l’œil, style Grand Siècle à la mode chinoise. Presque personne ne parle anglais même dans les restaurants et guest houses. Après avoir fait le tour du stupa, nous redescendons sans nous décider comment occuper le reste de l’après-midi. Marie reste à l’hôtel et je vais me renseigner à la gare routière pour demain. Personne aux guichets, une affiche indique les horaires et les tarifs pour Louang Prabang, nous devrons nous en contenter… Retour à la chambre. Nous repartons de bonne heure à la recherche d’un restaurant qui ne soit pas une gargote. Nous passons le pont qui coupe la ville en deux et allons prendre un soda dans le jardin hors du temps du Charming Hotel. Une fausse cascade, des plantes, nous aurions presqu’oublié cette ville laide… Mais nous préférons dîner au restaurant Souphailin, que je rebaptise Sopalin pour des questions de facilité, dans une vieille maison de bois et aux murs de bambous, tenu par une charmante vieille dame parlant anglais et qui mijote des plats du nord du Laos et notamment du poisson et du poulet en feuilles de bananiers ainsi que des pousses de bambous mijotées avec du porc. Retour dans les rues désertes à neuf heures du soir, éclairées par les enseignes tapageuses des idéogrammes chinois des hôtels prétentieux.

 

Lundi 23 février : Encore un réveil matinal. Le bus pour Louang Prabang est supposé partir à huit heures trente, nous voulons être à la gare routière assez tôt pour choisir nos places. Nous hésitons à prendre un copieux petit-déjeuner à l’hôtel afin de ne pas avoir trop faim avant ce soir. Rien ne semble prêt, aussi décidons-nous de nous rendre à la gare aussitôt. Le tuk tuk hélé tente de nous persuader que les départs pour Louang Prabang se font d’une nouvelle gare routière plus éloignée. Doutant de l’information, nous nous faisons conduire à celle proche où je m’étais rendu la veille. Là, j’ai bien la confirmation que nous devons nous rendre à une autre gare routière. Nouveau tuk tuk qui nous dépose devant le bus déjà en partie occupé. Nous chargeons les sacs, choisissons nos places dans un bus identique à celui de la veille, avec peu de place pour des fessiers normaux d’Occidentaux bien nourris. En attendant le départ prévu pour neuf heures, nous allons prendre un thé en utilisant nos sachets Lipton et un paquet de biscuits. Dans les dernières minutes, il faut trouver de la place aux derniers passagers pour qui sortent des tabourets plastique, de la largeur exacte du couloir. Nous partons sur une route en montagne, pour changer, mais la forêt est très dégradée. La route est en cours d’élargissement et le revêtement n’est pas terminé. Nous roulons sur une piste entrecoupée de portions de goudron. A midi, nous sommes à Pakmong, un carrefour de routes. Arrêt pour déjeuner dans une gargote, nous y trouvons de la saucisse légèrement sucrée, servie froide avec du riz gluant, qui nous satisfait pleinement. Nous repartons sur une route meilleure et surtout plus droite, ce qui permet d’améliorer la moyenne. Nous avons retrouvé la Nam Ou que nous suivons presque jusqu’à Louang Prabang. Nous y sommes à quinze heures, six heures de route pour deux cents kilomètres… Nous sautons dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel. J’avais une petite crainte concernant notre réservation, je n’avais pas tort ! Notre chambre est occupée… Celui qui l’occupe ne veut pas déménager, le réceptionniste ne sait pas quoi faire ! Téléphone au patron, engueulade, le réceptionniste est prêt à démissionner, panique à bord ! Il finit par nous proposer une chambre dans une autre guest house proche, à ses frais. Je vais voir la chambre, la juge correcte. Nous y déménageons… Nous ressortons, portons du linge à laver à notre guest house d’origine et nous nous faisons promettre, jurer que demain nous y aurons une chambre. Marie veut se rendre au marché de nuit pour ses achats, personnels ou cadeaux. J’aurais préféré aller me reposer et boire un verre sur les bords du Mékong… Tout au long du trajet, nous avons croisé de nombreux convois de voitures (presque toujours des marques occidentales) de Chinois qui, vacances du Nouvel An terminées, s’en retournaient chez eux. Mais ils sont encore plus nombreux ! Soirée épuisante à marchander toute sorte d’articles. Nous nous rendons ensuite au restaurant « Toui » où nous avions bien mangé. Marie se régale d’un magret de canard à l’orange, pas très laotien, et moi de leur menu dégustation, bon et copieux. Tous les grands classiques de la gastronomie laotienne sont réunis : saucisse de Louang Prabang avec une sauce au tamarin pimentée, feuilles d’algues au sésame, curry de poulet, poisson en feuille de bananier, laab de porc et même café local qui va m’occasionner quelques difficultés digestives…

 

Mardi 24 février : Les tambours des temples proches, frappés à quatre heures du matin me réveillent. Je ne me rendors pas, Marie attend huit heures et demie pour se réveiller en se plaignant du bruit… Je vais porter nos sacs à notre guest house et nous cherchons un petit déjeuner tardif. Faute d’en trouver, trop tard, plus de pain, etc… Nous allons nous faire un thé avec nos sachets Lipton et nos derniers biscuits dans la cour de la guest house. J’y laisse Marie puis vais réserver des places dans un mini bus demain pour Van Vieng, poster les dernières cartes et changer des dollars. Je fais un détour par le marché Dara pour rendre une dernière visite aux bijoutiers. J’y trouve bien des bracelets et des plaques de colliers hmong mais à des prix défiants l’entendement… Marie n’aura pas sa surprise… Retour à la guest house, la chambre a été libérée et Marie en a pris possession. Nous nous connectons, pas de réponse de l’Inthira de Van Vieng, nous réservons par Skype dans un autre hôtel conseillé par des Québécois déjà rencontrés à Don Kon. Nous allons déjeuner dans un des restaurants anonymes, tous identiques, tous la même carte, des bords du Mékong. Longue attente pour des anneaux d’encornets frits et des tiges de citronnelle « farcies ». Nous descendons ensuite sur les quais et embarquons sur le bac qui fait traverser, faute de pont, les véhicules, camionnettes deux par deux, et motocyclettes sur l’autre rive. Le soleil est au mieux de sa forme, pas nous… Grimper la pente jusqu’à l‘entrée du village sous le soleil est dur… Nous marchons ensuite sur une route étroite, récente, qui longe un village bien calme, un autre monde après Louang Prabang si loin et si proche ! Après quelques haltes justifiées par l’ombre chétive d’un arbuste, nous atteignons le premier vat à visiter, le Vat Xieng Maen. Une allure classique avec son toit descendant très bas, sa décoration autour de la porte d’entrée, ses colonnes couvertes de dessins dorés et ses Bouddhas en diverses positions.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une série de gravures retient notre attention, elles seraient du plus bel effet chez nous… Tous les temples sont malheureusement orientés vers l’Est, ce qui signifie que pour les voir éclairés par le soleil, il faudrait se lever à des heures indécentes et totalement improbables… Nous continuons entre les maisons et commerces du village, loin de l’agitation de la grande ville, délaissons l’escalier qui mène au Vat Chomphet, le gardant pour la fin. Au bout du chemin et après avoir traversé des bosquets de bougainvillées et entre des rôniers, nous trouvons les bâtiments du Vat Longkun. Le sim est une petite merveille, peu visité. Son entrée est gardée par deux soldats chinois de l’époque des « Pavillons Noirs » peints en fresque sur les murs du vestibule, soutenu par des colonnes noires couvertes de dessins dorés. L’intérieur est une splendeur, tous les murs sont couverts de fresques du xix° siècle, encore très fraîches. Nous essayons de détailler chacune d’entre elles, batailles, musiciennes endormies, Bouddha dans son palais, Rama et Sita (?), bourrasque de vent qui arrache tout, requins (?) qui dévorent de malheureux pêcheurs, Européens avec sabres et canons aux visages grattés… Il faudrait avoir un commentaire détaillé de ces scènes ! Quand ces fresques bénéficieront-elles d’une restauration ?

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons sur nos pas puis gravissons les marches qui amènent au Vat Chomphet, complètement ruiné mais d’où nous jouissons d’une vue sur Louang Prabang qui ne semble pas avoir changé depuis notre venue en 1998, les maisons et les vats sont perdus dans la végétation.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Peut-être suffirait-il de quelques années de désintérêt, que les tour operators se dirigent vers d’autres destinations, pour que Louang Prabang retombe dans une léthargie pleine de charme. Rêvons… Nous revenons à l’embarcadère, non sans nous arrêter pour acheter des boissons fraîches dans l’une des épiceries qui jalonnent le parcours. Il n’y a guère de maisons sans une ou plusieurs jolies cages en bois occupées par des mainates ou des oiseaux à aigrette, l’œil entouré de rouge et le cul orange, enfermés dans des espaces qui ne leur laisse même pas le loisir de déployer leurs ailes… Nous retraversons le Mékong et rentrons à notre auberge. Repos puis nous allons dîner au Tamnak Lao, face à la Villa Santi. Nous y reprenons des cocktails dont le redoutable Lao Piranha qui, à la triple dose de lao lao, ajoute du tabasco… Bonne cuisine, surtout les plats à base de lait de coco. Nous rentrons profiter quelques instants de la véranda devant notre chambre avant de nous coucher.

 

Mercredi 25 février : Je suis de nouveau réveillé par les tambours frappés par de furieux néophytes mais je réussis à me rendormir. Nous sommes prêts avant neuf heures et après voir dit au revoir à Louise et Gaston, les Québécois, anciens voisins de Don Kon, et que nous reverrons peut-être cet été à Montréal, nous attendons le tuk tuk qui doit nous déposer à la gare routière. Nous avons réglé la nuit au prix non négocié, ce que je fais remarquer au réceptionniste en lui laissant la différence pour la nuit précédente à l’autre guest house. Nous partons en minibus, sur les sièges de devant, Marie, craignant d’être malade en route, en a fait déménager un géant noir canadien. Nous reprenons cette route toute en lacets mais le chauffeur est plus calme que le précédent et tout se passe bien. Nous faisons quelques courtes haltes pour que le chauffeur avale son bol de soupe de nouilles et nous des chips. Avant Kasi apparaissent des pics crénelés, perdus dans la brume, avec des allures de Hoggar, des massifs karstiques plus acérés que dans le nord. Nos compagnons anglophones, très bruyants au démarrage, se calment vite. Nous sommes à Vang Vieng à quinze heures trente, négocions âprement un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel « Le Jardin Organique » où nous avions retenu une chambre par téléphone hier. Notre chambre est déjà attribuée, nous pourrions avoir un bungalow mais nous devrions encore déménager demain ! Je repars à pied chercher une autre chambre et trouve à l’hôtel « Khamphone », moins loin du centre. Je vais rechercher Marie et les sacs et nous emménageons. Nous ressortons découvrir cette ville qui tout de suite m’a déplu. Encore un de ces centres pour jeunes sportifs, les kayaks, les vélos sont partout, proposés dans toutes les boutiques. Nous allons louer une voiture avec chauffeur pour demain, afin d’occuper la journée mais je sens que j’aurais préféré rester à Louang Prabang où nous aurions pu passer plusieurs jours sans nous ennuyer. Je vais à l’hôtel « Inthira » faire remarquer que nos trois messages de réservation sont restés sans réponse et que ce n’est pas très sérieux… Nous cherchons un café sur les bords de la rivière Nam Song, avec les montagnes crénelées en arrière-plan

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous trouvons ce que nous cherchons au Ban Sabaï, un jardin avec des chandelles sur les tables, dans le cadre rêvé. Nous y restons dîner, pas très bien. Pour faire en fonction de la clientèle, le ketchup recouvre les brochettes de Marie…

 

Jeudi 26 février : Nous prenons le petit déjeuner à l’hôtel, le thé est gratuit, heureuse initiative. Avant que le minibus ne vienne nous chercher, je retourne au restaurant de la veille faire des photos des massifs karstiques en arrière-plan de la rivière. Je vais jusqu’à une passerelle qui l’enjambe puis retrouve Marie. Notre chauffeur arrive au volant d’un minibus qui a dû connaître des temps moins durs… Nous démarrons, passons un pont de planches pour traverser la Nam Song et poursuivre en direction des montagnes. Nous voulons aller voir une grotte, Tham Pha Daeng, au pied d’une falaise, le chemin qui en approche est barré par un tronc de bambou enfoncé dans la terre pour en interdire l’accès. Notre chauffeur se bat avec sans réussir à l’arracher, il nous amène dans les rizières à sec avec le minibus mais ne peut pas approcher plus. Nous devons marcher sous un soleil qui commence à taper fort. Depuis que nous avons quitté les montagnes du Nord, nous avons retrouvé des températures tropicales et rangé les pulls over au fond des sacs. A Luang Prabang déjà, une chemise ou un tee shirt suffisait le soir. Nous atteignons l’entrée de la grotte, nous devons payer un droit d’accès, très modique mais sa répétition à chaque site est énervante. Nous entrons dans un vestibule d’où s’enfonce un très étroit boyau. Marie m’attend, je continue en me contorsionnant jusqu’à une salle où il devrait y avoir une mare d’eau, absente ! En ressortant, en transpirant à grosses gouttes, on m’assure que j’aurais dû continuer pour la trouver… Nous continuons sur une piste qui longe les massifs, trop souvent dans l’ombre et mal perçus dans la brume de chaleur. Nous bifurquons pour nous rendre au « Lagon Bleu », à l’entrée d’une autre grotte. Il faut acquitter un droit d’accès à cette grande mare, effectivement bleue.Nous n’y sommes pas les seuls, Les touristes, presque tous des jeunes, s’y pressent. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le grand jeu consiste à se laisser tomber dans l’eau après s’être balancé au bout d’une corde. On peut aussi plonger des branches d’un grand arbre. Les jeunes Occidentales font admirer leur plastique et les Chinois, tous affublés de gilets de sauvetage, les regardent en poussant des cris à chaque « Plouf ». Quelques audacieux parmi eux se laissent choir dans la mare avec leur gilet… Nous n’allons pas voir la grotte, avalons deux portions de fried noodles avec une bière dont nous devons payer le gobelet (!) en regardant les naïades. Dans la prairie, les Occidentales se font bronzer, les Asiatiques fuient les rayons du soleil… Nous repartons, roulons au milieu des rizières où seuls les buffles sont présents, souvent complétement immergés dans des mares boueuses. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous traversons des villages où des Hmongs ont été réinstallés. La modernisation, l’enrichissement (relatif), se manifestent par l’abandon des maisons traditionnelles en bois, bambous et chaume et leur remplacement par le parpaing et le béton. Les temples, tout neufs, sont les constructions les plus ambitieuses, les bâtiments les plus importants, en béton désormais. Nous sommes entourés de karsts dentelés qui se découpent sur le ciel, le paysage doit être magnifique quand les pluies ont purifié l’air et que les rizières sont en eau et vertes. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous revenons sur nos pas, passant par d’autres villages où les maçons et les charpentiers s’activent. Dernier détour pour la grotte du Python au bout d’une mauvaise piste. Aucun touriste. Fatigué, je serais bien rentré directement à l’hôtel mais le chauffeur en a décidé autrement… Marie me laisse seul y aller. Je dois escalader la falaise dans des éboulis avec pour seule aide une rambarde branlante de bambous. Aucun éclairage dans la grotte, je découvre à la lueur de ma torche des salles impressionnantes où une rivière souterraine a creusé son lit, laissant la trace de son passage sur les roches,  stalactites et colonnes de pierre qui semblent pailletées

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Je ne vais pas jusqu’au bout, trop éloigné, et regagne l’air libre. Nous rentrons à l’hôtel et nous nous installons sur une table de la véranda de l’étage pour relire le texte du blog. Nous ressortons peu avant la nuit pour aller voir deux des vats de la ville. Ils sont en permanente restauration, des peintres refont une beauté au Bouddha de l’un, des maçons élèvent un nouveau bâtiment dans l’autre. Toujours avec beaucoup de couleurs et peu de délicatesse dans les traits des personnages. Nous revenons en cherchant un restaurant. Nous jetons notre dévolu sur le Nam Song Garden. Nous commençons par un mojito en contemplant les pics qui disparaissent lentement dans la nuit puis nous commandons le plat du jour de ce restaurant qui se veut et est tenu par des Franco-Belges, un magret de canard avec une sauce aux champignons et des frites. Les champignons ont été versés dans la poêle sans être rincés au sortir de la boîte de conserve, les magrets ne sont pas roses et les frites n’ont certainement pas eu le premier prix au Concours de la Frite belge à Namur ! Bref, nous ne sommes pas contents. Retour par les rues, uniquement consacrées aux établissements de plaisir : musique pop à réveiller des sourds, télévisions branchées sur les Simson, billards, tenues extravagantes, blondes avec un minimum de tissu, une population venue faire la fête qui doit choquer les Laotiens… Bars pour Australiens, décibels au maximum etc… Nous apprécions d’autant mieux la tranquillité de notre quartier excentré. 

 

Vendredi 27 février : Nous sommes prêts bien en avance et attendons le bus qui doit nous emmener à Vientiane pour la dernière étape. Il se fait attendre et ce n’est que pour nous déposer à la gare routière, non sans avoir auparavant fait le ramassage dans les différentes guest houses. Le bus, un normal en taille, est déjà bien rempli et n’a pas assez de place pour les nouveaux arrivants. Nous embarquons finalement dans un minibus, Marie devant. La route est bonne, selon les critères laotiens. Nous avons droit à une halte de vingt minutes pour avaler un sandwich et un paquet de chips. L’approche de la capitale se fait sentir au nombre de véhicules, au rapprochement des agglomérations et à la présence, tout à fait illusoire, de bandes blanches sur la chaussée. Nous sommes à quatorze heures à Vientiane, passons devant l’aéroport puis dans le centre où le bus nous dépose. Les tuk tuks, sans vergogne, nous demandant des sommes honteuses pour nous faire faire trois cents mètres, nous partons à pied. Bientôt, j’abandonne Marie dans un café et me rend seul à l’hôtel Sala Inpeng où nous avons réservé, avec les bagages. Le bungalow est très bien, dans une oasis de verdure en plein centre de la ville. Je dépose les sacs, règle la climatisation que nous allons apprécier avec cette chaleur étouffante qui assomme les citadins. Rien à voir avec la douce température qui régnait, il y a un mois et demi. Je vais rechercher Marie et nous revenons nous reposer à la chambre. Je m’occupe de réserver la navette pour nous ramener de Roissy puis je retourne en ville pour vérifier auprès de Vietnam Airlines qu’il n’y a pas de mauvaise surprise avec le vol. Je vérifie les horaires du musée contigu puis rentre à la chambre somnoler une petite demi-heure. Nous nous rendons au marché de nuit, ensemble de stands dans les jardins le long du Mékong. Pas grand-chose d’intéressant pour moi. La plupart des échoppes vendent des tenues féminines pour minettes asiatiques, peu pour les hommes, ce que je regrette, car j’aurais bien aimé trouver un blouson pour l’arrivée lundi dans la Sibérie parisienne. Les échoppes qui proposent des objets d’artisanat intéressent Marie qui achète d’amusantes cartes en papier plié et des sets de table. Nous allons dîner au Khambang Lao Food center, présenté dans le Lonely Planet comme un des meilleurs restaurants de cuisine laotienne de la ville. Les cuisses de grenouilles et les cailles sur la carte nous tentent ainsi que des ribs de porc. Nous sommes très déçus, tout est frit et si on mélange les plats on ne sait plus faire la différence entre eux. Nous rentrons à la chambre profiter de la climatisation.

 

Samedi 28 février : Ce n’est pas un lit King size mais Imperor size, Ayatollah size ! Par chance, hier soir, les oreillers étaient là pour nous indiquer le sens du couchage mais nous avons dû rester bien liés l’un à l’autre pour ne pas nous perdre et j’avais eu la bonne idée d’avancer l’heure du réveil ce qui nous a laissé le temps de trouver la sortie… Le petit déjeuner nous est servi sur la véranda, dans de confortables fauteuils, sous des pots d’orchidées, avec vue sur les petits palmiers. Nous débutons tardivement la journée en nous rendant par des rues peu animées au Musée National. Il n’a pas dû changer depuis quelques décennies… Salles tristes, vitrines antédiluviennes, objets poussiéreux. Après quelques salles consacrées à la préhistoire puis à l’époque des grands royaumes laotiens avec quelques poteries et Bouddhas (les plus beaux, en or et en argent, sont cachés dans une cage à solides barreaux si rapprochés qu’on n’en voit quasiment rien), nous devons traverser des salles plus nombreuses consacrées à la lutte révolutionnaire (photos et armes rouillées) et aux réalisations du régime (production des divers ministères). Bien peu de choses ! Je me venge par un commentaire qui se veut humoristique qui me vaut d’être taxé de « méchant » par Marie. Nous nous dirigeons ensuite vers le restaurant vietnamien où à l’arrivée, nous avions mangé de très bons nem nuong. Ce qui est encore le cas cette fois-ci. Nous allons ensuite nous reposer à la chambre en climatisé, pas question de sortir à cette heure ! Nous osons affronter la touffeur extérieure vers les dix-sept heures, pour faire la tournée des boutiques de souvenirs. Je trouve un beau tissu à motifs bleus, passablement usé dans la bordure extérieure, à un prix tout à fait convenable mais, Marie dans sa grande sagesse décide que nous attendrons d’avoir vu ailleurs… Elle a dressé un itinéraire des boutiques qui l’intéressent et nous en faisons le tour, scrupuleusement. Heureusement les prix des tissages récents sont souvent exorbitants et refroidissent ses velléités d’achat. Dans la boutique spécialisée dans les tissus anciens que nous avions déjà visitée à notre arrivée, nous trouvons un tissu identique à celui vu au début du « circuit » et en meilleur état. Nous faisons affaire… La nuit est tombée, nous revenons vers notre hôtel et allons nous asseoir à une table dans le jardin du restaurant Makpeth. Nous y prenons chacun un cocktail, le dernier au Laos, un gin-tonic pour moi et un daïquiri au karkadé pour Marie, tous deux sont bien pauvres en alcool et pourtant ce seront les plus chers du voyage ! Nous y dînons, la cuisine est inventive et nous apprécions, même si le poulet de Marie est trop pimenté à son goût. Nous commençons à préparer les sacs pour le retour.

 

Dimanche 1er mars : Nous sommes réveillés à sept heures et demie par ce qui ressemble fort à du bourrage de crâne, de la propagande débitée à plein volume par des haut-parleurs (cachés où ?), pendant un bon quart d’heure. Nous ne sommes pas pressés  et profitons au maximum de la climatisation avant de devoir affronter la chaleur toute la journée. Nous abandonnons les sacs à la réception et partons pour les derniers achats. Vientiane n’est pas encore très éveillée en ce dimanche matin. Mais le soleil lui l’est ! Marie tient à rapporter des paniers utilisés pour servir le riz gluant et faute d’en avoir trouvé dans les boutiques de souvenirs, nous nous rendons là où la réceptionniste nous a dit pouvoir en trouver. Quand nous y sommes, à un carrefour d’avenues, pas de paniers en vue… J’abandonne Marie et continue seul jusqu’à un marché en partie couvert. Habituelles marchandes de fruits et légumes, de viandes et de poissons maintenus vivants dans des bacs aérés. Je trouve des paniers chez une marchande de riz et une petite marchande en vend également, accrochés à sa palanche. J’en achète un à chacune d’elles et reviens vers Marie. Nous cherchons où déjeuner, l’Amphone est fermé, nous revenons sur nos pas pour le Lao Kitchen. Bonne cuisine avec les grands classiques laotiens que nous goûtons une dernière fois : Laap de poisson, saucisses de Louang Prabang et poulet grillé. Nous ne savons pas trop comment occuper l’après-midi et il n’est pas question de marcher des heures en transpirant. Marie a une envie de sorbet, nous cherchons un café, une pâtisserie, un restaurant où nous pourrions attendre, au frais, devant une coupe, un verre. Nous trouvons notre bonheur à l’étage du café Sinouk, en climatisé… Pas longtemps, une panne d’alimentation électrique nous en chasse… Nous revenons à l’hôtel attendre à la réception simplement ventilée l’heure du départ. Le taxi commandé est ponctuel et nous sommes en avance à l’aéroport. Enregistrement puis passage en salle d’attente pour le premier vol sur Hanoï. Nous décollons à l’heure et après une heure de vol, nous nous posons à Hanoï. Encore un contrôle et nous passons en salle d’embarquement. L’aéroport est beaucoup plus animé que lors de notre arrivée, avec des boutiques Duty Free qui doivent faire pâlir d’envie Vientiane, définitivement province à côté !

 

Lundi 2 mars : Nous repartons avec une heure de retard dans un avion bondé, les vacances françaises de février doublées du Nouvel An Lunaire ont amené de nombreuses familles au Vietnam et au Laos qui s’en retournent pour une rentrée scolaire demain. Nous sommes très mal installés avec fort peu de place. Partis en retard, l’apéritif est oublié et le repas vite expédié, le vin est servi chichement au verre (petit !). Pas question de dormir, somnolence et courbatures pendant des heures… Pas de film en français ou sous-titré. Nous ne recommanderons pas Vietnam Airlines ! Nous avons presque rattrapé notre retard et peu après sept heures nous nous posons à Roissy. Il faut encore marcher dans d’interminables couloirs, passer les contrôles, récupérer les bagages et enfin réussir à sortir alors que de nombreuses personnes, venues accueillir les arrivants, encombrent le passage. La navette réservée se fait attendre, nous affrontons une température que nous ne connaissions plus mais qui reste supportable. Nous filons dans les encombrements, déposons tout d’abord d’autres passagers à Charenton puis nous voici boulevard Diderot, la concierge est dans l’immeuble, elle nous donne les clés et nous retrouvons l’appartement… 

 

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