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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:28

Vendredi 12 février : Nos voisins ont été remarquablement discrets. Dès la nuit tombée, ils se sont réfugiés dans leurs appartements sur roues et plus un bruit ne s’en est échappé. Au matin, de même, silence. A peine quittons-nous le camping que nous sommes au poste frontière. Les formalités d’immigration se font plutôt rapidement mais le douanier (?) au contrôle de l’entrée m’affirme que je n’ai pas besoin de document pour le camion. Ce qui m’étonnerait fort. Méfiant, je me renseigne, nous pouvons effectivement circuler en Basse-Californie et dans l’état de Sonora sans document mais il nous faut bien une importation temporaire pour le reste du Mexique. Personne ne peut nous délivrer ce maudit papier à ce poste, nous devons nous rendre à San Luis Rio Colorado pour l’obtenir. La route suit de très près la frontière et bientôt nous trouvons ce mur de la honte érigé pour contrôler l’immigration sauvage. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les Etats-Unis sont une autre planète, les maisons sont rarement coquettes, les indications routières rares et vagues mais il ne faut pas se faire une opinion d’après les villes frontières. Nous continuons de traverser le désert mais bientôt les cactus disparaissent, remplacés par des broussailles et des arbustes sans feuilles. La police est très présente, contrôles de vitesse avec radars, vérifications des destinations mais les plus impressionnants sont les militaires, soldats armés et casqués, qui, à leurs check points  ne plaisantent pas, fouillent les véhicules et posent des questions. Au sud apparaît un lointain cordon de dunes et le sable s’étend de part et d’autre de la route, piqué de quelques touffes d’herbes et même de surprenantes fleurs jaunes ou mauves. A San Luis Rio Colorado, je me rends à la douane qui ne veut pas de moi et nous renvoie au poste frontière. Nous traversons toute la ville sans trouver d’indication de la frontière, nous revenons sur nos pas, demandons et trouvons le poste d’immigration. Je parviens à me garer à proximité et me rends au bureau de la Banque militaire qui gère ces problèmes. Je suis au bon endroit ! Je dois fournir permis de conduire, carte grise, passeport avec photocopies puis ramener le camion le temps que les numéros soient vérifiés, repartir avec, revenir sans et enfin on me délivre un document valable six mois et pour lequel, en plus du montant, je dois régler une caution de 400 dollars ! Démarche nouvelle dont personne n’avait parlé jusqu’à présent… Je trouve une banque pour retirer des pesos puis nous refaisons un plein de gasoil, plus cher qu’aux Etats-Unis mais encore honnête. Nous prenons la route du golfe Santa Clara, à péage, en plein désert, mais il apparaît vite que ce n’est pas celle que nous avions envisagée sur la carte. Nous demandons notre chemin, retrouvons une zone peuplée au milieu des cultures irriguées. Nous traversons le Colorado qui n’est plus qu’un ruisseau sans force, continuons en traversant de nombreuses agglomérations dont la spécialité semble être les casses automobiles. Les topes, gendarmes couchés, dont nous avions conservé le souvenir sont toujours là pour rappeler aux conducteurs qu’ils doivent rouler au pas en ville. Ils se rattrapent en ne s’arrêtant pas vraiment aux stops. Enfin, nous rejoignons la grande route de Mexicali à San Felipe mais il commence à se faire tard, nous avons retardé nos montres d’une heure au Mexique. Nous roulons vite, au-delà des limitations de vitesse indiquées mais cela ne contrarie pas les voitures de police qui nous dépassent… A l’est s’étend, à perte de vue, une lagune sans eau, étendue de sable vierge et à l’ouest une chaîne de montagnes déchiquetées. Pas question de quitter la route pour chercher un emplacement de bivouac, nous sommes prisonniers entre deux rangées de barbelés. Au carrefour d’El Chinero, nous demandons à une gargote la permission de nous garer sur le terrain vague qui s’étend en arrière. Le générateur du restaurant, désert, ne démarre qu’ensuite…

Samedi 13 février : Nous n’avons pas eu besoin de baisser le toit cette nuit, ce qui nous a permis de suivre le passage des camions dans la  nuit… A six heures et demie, heure locale, un sms de Christian et Annie nous invite à nous lever… Nous repartons, hésitons sur la route à suivre pour descendre rapidement dans le sud. Les militaires du poste de contrôle au carrefour nous assurent que la route continue vers le sud et est asphaltée. Nous roulons toujours entre lagune et montagne avant de rejoindre le bord de mer et d’atteindre San Felipe. Les panneaux publicitaires, en anglais, proposent des villas, des appartements dans des condominiums. Toutes les réclames pour des restaurants, des activités touristiques, sont également en anglais. A voir cette côte, on ne sait si elle est en cours de développement ou en pleine déliquescence… San Felipe est une bourgade importante qui bénéficie du développement touristique de la côte sur le golfe. Plein de gasoil puis nous allons explorer le supermarché local. Rien de comparable avec ceux des Etats-Unis mais nous trouvons toute de même de quoi satisfaire nos papilles pour les jours à venir. Les vins mexicains, production locale donc, sont encore plus chers que ceux de leurs voisins du Nord. Autre particularité locale : on ne peut acheter des alcools, bière, vin, qu’à partir de dix heures du matin ! Il n’est que neuf heures et demie, nous devons patienter une demi-heure, en écoutant la musique norteña, chanson d’amour malheureux accompagnée à l’accordéon que diffuse à plein volume les hauts parleurs d’un marchand de brochettes installé devant le supermarché. J’ai les pieds qui remuent tout seuls en l’entendant… Nous allons voir le Malecon, le boulevard du bord de mer, où abondent les restaurants qui proposent ceviche, mariscos etc… et bien sûr margaritas ! J’en ai l’eau à la bouche mais il est tout de même un peu trop tôt. Nous continuons de rouler en longeant les eaux bleues et immobiles du golfe. Les accès à la mer sont tous privatisés et les plages ne sont qu’une succession de villas et de villages de vacances. Après Puertocitos, la route est plus étroite, son revêtement est souvent ancien. Quelques masures accolées à des camping-cars qui ne rouleront plus jamais constituent les villages côtiers. Le sable cède la place à des galets, donc plus de villas. Nous pouvons nous garer sur le bord de mer, face à un îlot blanc couvert de guano

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Encore quelques kilomètres d’une bonne route, toujours entre mer et montagne, avant de pénétrer dans la sierra et de devenir, pour cause de construction de la route, une piste, parfois bonne, parfois moins bonne. Nous avons retrouvé au milieu d’éboulement rocheux les cactus. Ceux que nous connaissions déjà et d’autres vite baptisés : le cactus-goupillon, une touffe de piquants à l’extrémité d’une branche dénudée, et le cactus poilu, une longue tige vacillante à son extrémité pourvue de « poils » sur toute sa longueur. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Pas sûr que ce soit les termes de monsieur Buffon… 35 kilomètres plus tard, nous avons rejoint la Transpeninsular, étonnamment étroite, sans bas-côtés, pour une route qui traverse toute la Basse-Californie. Quand nous rejoignons le versant de la côte Pacifique, les grands cactus disparaissent, ne restent que ceux qui ne piquent pas plus haut que leur fût. Le soleil commence à décliner, un dernier effort et nous parvenons à Guerrero Negro où nous reprenons l’heure des Etats-Unis. J’avais compris que nous pouvions nous installer pour la nuit au parking du Bureau d’Information touristique de la ville mais ce n’est pas ici, mais plus loin, à Ojo del Liebre. Je ne suis pas ravi de devoir encore rouler et, de plus, je traverse toute la ville inutilement pour revenir sur mes pas, prendre la route du sud et enfin suivre une bonne piste qui traverse la lagune. Plus longue que prévue, elle traverse les salines que nous verrons mieux au retour car je vais aussi vite que possible dans cette pénombre qui tombe. Nous aboutissons au Centro de Visitantes de la lagune à la nuit tombée. Le bar-restaurant est en activité, nous y commandons une excellente margarita, bue à la santé d’Annie avant de commander des crevettes panées et un cocktail de crevettes et poisson, très quelconques tous les deux mais bien qu’il fasse frais, nous sommes contents d’être là…

Dimanche 14 février : Dès sept heures et demie arrivent les touristes en quête de baleines. Nous prenons notre temps. Je vais me renseigner, la prochaine fournée est prévue à dix heures, mas o menos a la bonté de nous prévenir le responsable. Ce sera mas puisqu’après une longue attente passée à observer aux jumelles les évents des cétacés, nous embarquons à presque onze heures sur une baleinière ( ça ne s’invente pas…), une dizaine de touristes mexicains et nous. Nous filons vers le large à toute allure en compagnie de deux autres barques. Très vite nous observons des baleines dont les échines s’arrondissent au sortir de l’eau puis nous approchons l’une d’elle et son baleineau qui, peu farouches, viennent se frotter à nos embarcations, passant et repassant dessous, nous aspergeant en soufflant pour respirer,  montrant leurs rostres et semblant ne pas s’en lasser

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Certains sont ravis de pouvoir en toucher la rude peau couverte de coquillages. Nous nous éloignons, allons voir d’autres baleines, revenons approcher notre petite famille et ce, pendant plus d’une heure. Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous n’avons pas vu de baleines ! Nous débarquons et nous nous offrons en guise d’apéritif une bière gratuite, payée avec le billet de parking et nos dernières rondelles de saucisson. Nous nous éloignons le long du rivage envahi par des Mexicains venus pique-niquer en ce dimanche, pour rapidement déjeuner là où nous aurions dû nous garer hier soir si nous y avions vu plus clair. Nous reprenons la route, d’abord la piste, excellente, puis toujours la transpeninsulare pour retourner à Guerrero Negro refaire un plein de gasoil. Nous repartons en continuant la descente de la Basse-Californie dans un non-paysage, rien à droite, rien à gauche, un désert de sable et de gravier piqueté de quelques touffes d’herbe dont une vache bien-née ne voudrait pas. En avançant dans la traversée de la péninsule, les cactus réapparaissent et les montagnes aussi. Nous hésitons à nous rendre dans la sierra de San Francisco pour y voir des peintures rupestres sans savoir s’il y a à marcher pour les atteindre. Encore un contrôle militaire, à la fois sérieux et superficiel avant d’arriver à San Ignacio, jolie petite oasis avec palmiers et rivière abondante. La charmante église de sa mission recevra notre visite demain. Nous allons nous installer au camping d’un hôtel avec wifi. Nous recevons nos messages, répondons à certains et commandons des margaritas : sous un double prétexte : c’est dimanche et c’est la Saint-Valentin…Nous dînons trop copieusement de tacos, ceviche et camarones avant de corriger le texte du blog.

Lundi 15 février : Placé entre deux rues, l’emplacement n’était pas très calme. Nous retraversons la palmeraie pour nous garer sur la calme place devant l’église de l’ancienne mission. Construite en pierres volcaniques grises qui font contraste avec les murs chaulés, elle a beaucoup d’allure, aussi bien son extérieur avec ses saints sculptés dans des niches qu’intérieurement, bien que dépouillée. Les retables ont des peintures peu intéressantes qui mériteraient néanmoins un bon décrassage. Le musée est fermé ainsi que le Service d’Anthropologie, où nous comptions nous renseigner sur l’accès aux peintures rupestres. Nous abandonnons donc l’idée et repartons sur la route. Paysage monotone, plus ou moins peuplé de cactus. L’arrivée à Santa Rosalia, au bord du golfe, est consternante ! Une chaussée ruinée, une mine à ciel ouvert puis des installations industrielles rouillées. Par acquit de conscience, nous allons nous garer devant l’église construite par Eiffel. Sa voûte en carène de navire est supportée, non par des poutres en bois, mais par des constructions métalliques assemblées par rivetage, sa seule originalité… Nous nous promenons dans les rues alentour, les maisons en bois, sans étage, sont colorées. Elles nous évoquent Tamatave et d’autres villes au passé colonial mais elles sont défigurées par les panneaux publicitaires et les voitures stationnées devant. Nous montons sur la colline et y trouvons de beaux bâtiments, disons « tropicaux », rarement en bon état, à plusieurs étages, avec des vérandas qui en font le tour à tous les étages. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une ville qui pourrait avoir beaucoup de charme, débarrassée des voitures dans le centre. Nous continuons de rouler jusqu’à Mulegé, une autre oasis. Les palmiers, comme en Afrique, s’alignent sur le cours de la rivière. Nous traversons les ruelles étroites du centre-ville et atteignons le bord de mer, au pied d’un phare. Nous déjeunons entre la mer et un bras mort de la rivière. Nous y apercevons de nombreux oiseaux et quelques pélicans gris. Une route conduit à l’église de la mission, plus simple que celle de San Ignacio, sans décor. D’une terrasse proche, nous avons une vue superbe sur toute la palmeraie et les eaux vertes des bassins de retenue. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous continuons d’avancer en direction de Loreto. La route en corniche, passe dans des baies dont l’horizon est fermé par des îles et des îlots posés sur une mer de carte postale. Les plages sont colonisées par des camping-cars américains !

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Seules les portions sans sable sont inoccupées… Loreto se présente comme une ville étrange, en dehors de la route principale. Sans la moindre indication de direction, nous cherchons le bord de mer, le Malecon, occupé par des hôtels et des restaurants, peu d’agitation dans les rues. Nous cherchons un camping avec la possibilité de laver du linge. Celui dont nous avions le nom se révèle un véritable camp de concentration et cher. On nous en indique un autre, à l’autre bout de la ville, encore plus cher et aussi peu agréable. Nous revenons au premier, résignés, pour une nuit, à ce sacrifice pour pouvoir laver le linge. Nous devons le porter à une lavanderia qui ne pourra s’en occuper que demain matin et ne nous le rendrait pas avant onze heures. Marie, peu satisfaite de ne pas s’en occuper elle-même, préfère le reprendre. Mais, dans ce cas, il est inutile de rester au camping, aussi repartons-nous pour aller nous garer sur une place déserte en retrait d’une rue.

Mardi 16 février : Personne n’a eu la mauvaise idée de venir nous importuner dans la nuit. Dès que le jour se lève, nous allons nous garer à l’extrémité du Malecon, au bord de la plage, pour profiter du soleil levant. Quand nous sommes prêts, nous allons dans le centre-ville, sur la place de la Municipalité. Le bureau d’information touristique est ouvert mais pas bien riche, juste quelques dépliants sur Loreto et la Paz. Nous commençons à apprivoiser cette ville qui, de prime abord, ne nous avait pas paru très sympathique, mais cette place avec ses cocotiers et ses cafés où la margarita doit être agréable à déguster en fin de journée, nous fait regretter de ne pas les avoir découverts hier soir. Mais hier, l’humeur n’y était pas… Nous allons jeter un œil à l’église de la Mission Nuestra Señora de Loreto, une des premières implantées par ces Jésuites que leur foi avait amenés jusqu’ici. Encore une de ces églises de pierres grises, peu décorée. Nous reprenons le camion pour nous enfoncer dans la montagne sur une route étroite et tortueuse, laissant derrière nous des vues sur la côte, avant d’atteindre une vallée cultivée autour de la Mission de San Xavier. Le village s’alanguit aux pieds de l’église, plus travaillée que celle de Loreto, la façade est ouvragée mais, dans l’ombre, l’intérieur est sans grand décor mais tout de même posséde des retables en bois doré, fabriqués à Mexico puis transportés par bateau puis par convoi de mules. Derrière s’étendent des jardins, des bassins, un vieil olivier et quelques palmiers-dattiers pour l’exotisme.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Basse Nous retournons à Loreto et prenons la route de La Paz. Jusqu’à Puerto Escendido nous jouirons de belles vues sur la mer quasi grecque et les îlots plantés dessus 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

puis nous nous lançons dans la traversée, une fois de plus, de la péninsule. Longues lignes droites dans un paysage traversé sans plaisir. Nous retrouvons la mer peu avant La Paz, la grande ville qui s’annonce bien avant qu’on y soit. Nous nous dirigeons tout droit, grâce au point gps trouvé sur le blog d’un de nos prédécesseurs sur ces routes, vers une laverie automatique. Nous pouvons enfin procéder au décrassage de notre linge. Pendant ce temps nous allons chercher d’autres informations au bureau touristique mais là non plus, ils ne sont pas bien riches. Retour à la laverie, récupération de nos effets puis, alors que la nuit est tombée, nous allons nous installer au bout d’une rue sans issue, au bord de la mer, au calme, pensions-nous… Mais le lieu est fréquenté et des voitures passent trop souvent, s’arrêtent, repartent… 

Mercredi 16 février : A trois heures et demie du matin, un de ces gros 4x4 avec moteur surpuissant, vient se garer juste derrière nous, musique au volume maximum. Les passagers aux voix avinées en sortent, parlent fort, crient et se décident à repartir dix minutes plus tard mais le mal est fait, nous sommes bien réveillés et en colère. Rendormis, c’est à sept heures qu’une autre voiture vient nous faire profiter de la musique (le pire est que j’y prends plaisir, à ces airs, je les fredonnerais presque !). Marie est au bord de l’apoplexie… Quand nous sommes prêts, nous nous rendons aux bureaux de la compagnie de navigation pour prendre les places sur le ferry à destination de Los Mochis. Le prix réglé est bien inférieur à celui que je m’attendais à payer, peut-être à cause de la catégorie du camion, nous verrons à l’embarquement… Nous traversons la ville en marquant timidement un stop à chaque carrefour, encore une cause d’énervement… Nous nous rendons dans un Soriana, un supermarché local. Nettement moins bien achalandé qu’aux Etats-Unis pour les viandes, peu de choix dans les jambons, saucisses, pas de pastrami. Les viandes sont coupées en tranches minces et limitées au bœuf, porc, poulet, dinde. Nous quittons La Paz en direction de l’extrémité sud de la péninsule. Toujours ce paysage terne, une brousse sans végétation remarquable sur des montagnes arides. Nous atteignons Los Barriles où nous allons rouler sur la plage avant de reprendre la route qui suit de loin la côte. Nous la retrouvons à La Ribera où nous la longeons sur une piste sablonneuse, à la recherche d’un bivouac en bord de mer. Cabo Pulmo semble convenir, quelques camping-cars sont installés sur un terrain vague et dans le village proche un restaurant pourrait nous accueillir ce soir. Nous poursuivons jusqu’à Los Frailes où les camping-caristes sauvages sont plus nombreux et où il n’y a aucun restaurant. Nous retournons à Cabo Pulmo et trouvons un bon emplacement dans les buissons mais nous découvrons que la plage est de galets ! Nous sortons pour la première fois les fauteuils et passons la fin d’après-midi à regarder la mer en nous laissant chauffer par le soleil. Nous voulons nous offrir une margarita au restaurant du village, en bord de mer, mais quand nous y arrivons, avant dix-neuf heures, il ferme ! Nous revenons nous installer sur la plage et dînons en testant, pour la première fois, une bouteille de vin rouge mexicain. Fortement alcoolisé et sirupeux, il termine dans l’évier… 

Jeudi 17 février : Pas un bruit, pas de musique, juste le bruit des vagues qui roulent les galets. Nous repartons sur la piste, parfois très roulante et alors je m’envole, ou plus rude avec une tôle ondulée difficile. Nous trouvons des plages désertes où nous aurions pu aussi nous installer, avant de rouler en corniche sur les collines qui viennent mourir dans la mer. 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les vues sur les plages désertes donneraient presqu’envie d’y passer plus de temps mais vite les lieux possibles de bivouac sauvage laissent place à des propriétés privées et les interdictions d’entrer se succèdent tout du long du rivage. Des villas, des terrains, sont à vendre. Les résidences sont de plus en plus modernes et sophistiquées en approchent de San José del Cabo. Nous récupérons le goudron et parvenons à la grande ville. Avenues à double voies fleuries, nous entrons dans un autre monde, une mini Côte d’Azur pour touristes nord-américains. Nous trouvons l’ancien centre-ville, à l’écart du bord de mer, aux maisons basses autour de la place centrale et de l’église. Nous avons besoin de tirer des pesos avec nos cartes de crédit. Une banque moderne, BBVA est juste en face du camion. Ma carte introduite, l’écran me demande d’attendre, cinq puis dix minutes plus tard, j’attends toujours… Je demande à une hôtesse puis à une seconde d’intervenir. Un responsable (un homme !) se déplace puis après  production du passeport, décharge d’un document, nous récupérons la carte. Je répète l’opération en présence de notre responsable, bis repetita, la carte est avalée… Une fois récupérée, trois quarts d’heure plus tard, nous allons visiter l’église sans intérêt, puis traversons la place occupée par les boutiques de souvenirs. Je me rends à la BanMex où en moins d’une minute je peux retirer à moindre frais, 10000 pesos ! Nous repartons, passons le long du bord de mer caché par d’horribles hôtels prétentieux. Les indications de direction sont si parfaites que je manque me retrouver en sens inverse d’une double voie rapide ! Demi-tour sur la bretelle d ‘accès… Autoroute fleurie jusqu’à Cabo San Lucas, la pointe de la péninsule, complètement consacré au tourisme. Des bateaux de croisière ont déchargé leurs hordes et les barques de promenade les acheminent vers les îlots qui marquent l’extrême pointe et l’arche marine que nous avions vue avec Julie. Nous allons nous garer à la plage de la pointe, nous y déjeunons dans le camion puis repartons, récupérons l’excellente deux fois deux voies qui ramène à La Paz. Nous repassons le Tropique du Cancer, sans nous en apercevoir, aucun panneau ne le signale, pas plus que ce matin quand nous l’avions déjà franchi. Nous arrêtons à Todos Santos, une ancienne cité, proche de la mer mais séparée d’elle par une petite lagune et une grande palmeraie. Nous trouvons un modeste camping tenu par une Américaine. Nous y restons une heure avant d’aller à la recherche d’un endroit où siroter une margarita quand le ciel calmera ses ardeurs. Le restaurant sur lequel nous comptions est fermé le jeudi, nous revenons vers la ville en traversant la palmeraie. Nous allons nous garer dans le centre-ville. Nous visitons le Centre Culturel, une ancienne construction avec, dans le hall, des fresques de 1933 dans l’esprit révolutionnaire, pleine d’un idéal qui paraît bien désuet aujourd’hui. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des salles servent de musée, un de plus à inscrire au panthéon des musées les plus minables de la planète… Nous nous promenons ensuite dans les rues tracées au cordeau de l’ancienne cité, maisons basses, souvent en briques, peu de touristes et activité très réduite surtout après Cabo San Lucas ! Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, beaucoup sont très sympathiques… La visite à l’église est vite terminée, rien à voir si ce n’est, à cinq heures, quelques pieux fidèles, pas que des femmes âgées, en pâmoison devant l’autel… Nous hésitons sur la suite des réjouissances et finissons par nous décider à aller prendre la margarita promise dans un restaurant, Los Adobes, dans un beau jardin de cactus. Nous bénéficions du wifi mais nous n’avons que peu de messages. Une seconde margarita, bien corsée, à l’initiative de Marie nous fait attendre le moment de dîner. La clientèle presqu’exclusivement américaine incite les restaurants à servir tôt et à fermer à vingt et une heures ! Un ceviche, poisson déjà cuit et avec trop de tomates, un filet de poisson au coriandre et des crevettes à la mangue, avec des bières, nous permettent de fêter ce premier mois de voyage avant de rentrer nous coucher. Je finis la journée en fumant le cigare offert par Bruce à Santa Fé. Peu après, du rock en provenance d’une maison trop proche nous oblige à baisser le toit.

Vendredi 19 février : Nous quittons le camping, traversons Todos Santos pas encore bien réveillé et retrouvons la transpeninsulare, une bonne route à deux fois deux voies dans cette section. Nous rejoignons La Paz que nous devons entièrement traverser, via le malecon, pour continuer sur la route qui se termine au port de Pichilingue. Nous sommes dans les rares véhicules privés à prendre le ferry pour los Mochis. Après quelques contrôles de routine, nous devons attendre une heure et demie avant d’embarquer. Juste au moment où nous avions décidé de déjeuner. Repas vite avalé sur nos fauteuils. Marie qui aurait dû monter à bord avec les piétons a droit à un régime de faveur. Nous montons au salon et occupons une table et des fauteuils, entourés de télévisions qui diffusent des clips bruyants. A deux heures et demie, nous appareillons. L’après-midi se passe en traînant du salon trop bruyant au pont trop ensoleillé ou à la cafeteria trop fraîche… Les heures défilent une à une, la nuit tombe. L’arrivée est interminable et enfin nous débarquons. Nous suivons sans trop savoir où aller la route-digue qui relie le port à Los Mochis. Les policiers attendent les véhicules qui débarquent, nous sommes sélectionnés pour une vérification plus poussée, il est même question de prise de sang mais, affectant de ne rien comprendre, nous pouvons repartir. Nous arrêtons aussitôt à une station-service Pemex où nous demandons l’hospitalité aussitôt accordée pour la nuit. L’emplacement n’est pas idéal, particulièrement bruyant mais nous ne savons où aller et il est déjà dix heures du soir. Dîner vite avalé puis nous nous couchons, en cherchant les boules Quiès…

Samedi 20 février : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint. Mais au matin l’agitation alentour nous tire du lit et nous avons du chemin à faire. Nous rejoignons la route de Mazatlan. Elle traverse la riche plaine côtière entièrement consacrée à la culture industrielle du maïs. Les champs encadrés par des canaux et les silos métalliques nous entourent et ce pendant plus d’une centaine de kilomètres. La route est à deux voies séparées mais son revêtement est particulièrement mauvais, ce qui n’empêche pas de devoir régler un péage. Modique au début mais souvent répété et à la fin de la journée, pour 400 kilomètres parcourus, nous aurons déboursé plus de 425 pesos, environ 20 euros ! La qualité de la route s’améliore quand nous roulons sur ce qui est alors une autoroute.  Après Culiacan, la route se rapproche de l’océan et les cultures disparaissent, remplacées par une brousse grise et triste. Nous traversons donc les abords puis le centre moderne avant de trouver les quartiers anciens. Des rues tracées au cordeau et des maisons colorées du XIX° siècle, ont souvent du caractère. Nous allons voir de plus près la cathédrale, imposante mais rien de remarquable, l’intérieur nous restera inconnu, les portes sont fermées. Elle occupe un des côtés de la place centrale qui, comme toutes les places anciennes, dispose d’un kiosque à musique en son centre. Nous allons voir une autre jolie place, des bâtiments anciens aux fenêtres pourvues de grilles en fer forgé, les façades peintes en ocre rouge plus ou moins foncé entourent des palmiers, des bougainvillées 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

et, bien sûr, le kiosque. A proximité, un ancien théâtre, joliment restauré, derrière une façade classiquement coloniale, a de grandes fenêtres décorées en stuc blanc. Nous récupérons le camion et par les rues pavées, nous rejoignons le bord de mer. La route en corniche suit les plages, des rochers dans l’océan. De nombreux restaurants proposent des fruits de mer, je ne me souvenais pas de cet aspect de Mazatlan. Nous reprenons la route, sortons de la ville par une route secondaire qui traverse des quartiers populaires et où les « ralentisseurs », tous les cent mètres, brisent net toute tentative d’appuyer sur l’accélérateur. Enfin, nous trouvons la route de Durango. Nous ne suivons pas l’autoroute à péage mais l’ancienne route qui court dans les montagnes afin de passer par le village de Concordia. A l’écart de la route, il a conservé son caractère de colonie ancienne avec ses rues pavées, sa place où les marchands de sucreries s’installent pour attendre le promeneur qui, à la fraîche, ne manquera pas de sacrifier au rite de la déambulation, avec amis ou famille, autour de la place. L’église a une superbe façade baroque en pierre dorée par le soleil. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous ne pouvons que jeter un œil à l’intérieur, le curé en chaire officie… Nous ne savons où bivouaquer, le soleil se couche. Nous continuons sur quelques kilomètres et arrêtons en bordure de la route devant ce qui pourrait être un café mais semble abandonné malgré la présence de chiens et de poules.

Dimanche 21 février : J’ai dormi, fatigué, d’une traite, jusqu’à deux heures et demie, heure à laquelle Marie s’inquiète de l’avancement de la nuit… Le propriétaire des lieux rentre de sa virée et le chien n’aboie pas mais le coq, complètement égaré dans les fuseaux horaires, s’obstine à nous maintenir éveillé, avec un certain succès… Nous enfilons les lacets dans la Sierra Madre (et ses trésors ?), pour peu de temps, avant de la quitter pour une route empierrée jusqu’au village de Copala. Une merveille,  un trésor qui ne devrait être divulgué qu’à de rares initiés. Le chemin de galets traverse le village, des maisons basses, anciennes, sans inutiles fioritures, jusqu’à une place, une petite splendeur hors du temps. Un quadrilatère dont trois des côtés sont occupés par des maisons à toit de tuile, sans étage, avec une galerie supportée par des piliers de bois. Au milieu un jardin amoureusement entretenu par un jardiner retraité depuis belle lurette, cocotiers, cactus, agave et bougainvillées. Je m’attends à voir arriver Robert Mitchum (L’Aventurier du rio Grande ?), vêtu d’un sarape, machouillant un reste de cigare…  

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Sur le dernier côté, se dresse une église au beau décor baroque, avec des accents churrigueresques. A l’intérieur, un autel joliment décoré avec des angelots et surtout des « angelotes » pâmées, adorables. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous repartons dans les lacets, sans trouver d’entrée sur l’autoroute que nous apercevons au-dessus ou au-dessous de nous. Après avoir bien tourné, monté et descendu dans la montagne, nous rejoignons tout de même l’autoroute, une belle réalisation, une succession de tunnels et de ponts haubanés qui nous fait gagner du temps et des kilomètres mais à péage… Nous avons des angoisses, faute d’avoir refait un plein à Mazatlan. Je dois utiliser un fond de jerrycan pour rejoindre la plus proche station-service. Nous traversons les montagnes de la sierra, roches déchiquetées, cañons, falaises et forêts de pins que nous aurions pu connaître au Wyoming ou au Montana et qui ont servi de cadre à de nombreux westerns. Nous finissons par rejoindre Durango. Nous trouvons sans trop de difficulté le centre-ville et nous nous garons sur la Plaza de Armas, inévitable jardin fleuri autour du kiosque où les marchandes de ballons et de friandises guettent les rejetons des familles en goguette ce dimanche. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Un des côtés est inévitablement occupé par la cathédrale au beau fronton baroque. A trois heures de l’après-midi, le temple est bondé, des voitures garées en double file sous l’œil bienveillant des agents chargés de la circulation, attendent les fidèles de la bonne société mais ils ne sont pas les seuls à remplir les travées, toutes les églises de la ville sont pleines à cette heure ! Un autre monde… J’abandonne Marie sur un banc, au frais, et vais chercher des informations au bureau touristique. Je la retrouve vacillante non d’une révélation mais de l’excès de température extérieure… Nous allons ensuite visiter l’ancien Palais du Gouverneur devenu Musée Pancho Villa. Sur deux niveaux, de grandes salles racontent l’épopée, la légende d’un héros de la révolution mexicaine et comme il est dit dans L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende est plus belle que la réalité, c’est elle qu’il faut retenir »… Le grand patio, désormais couvert d’une toile, a ses murs couverts de fresques qui exaltent la figure légendaire.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous quittons Durango et reprenons la route jusqu’à Sombrerete dont j’avais gardé le souvenir d’une jolie petite ville et surtout l’image de deux cavaliers avec sombreros abreuvant leurs chevaux à une fontaine. Plus de chevaux mais des 4x4 et des voitures partout, mais la ville a gardé son caractère ancien avec ses rues pavées et ses belles églises et en particulier Santo Domingo a la belle façade churrigueresque, pleine à craquer à l’heure des vêpres… Nous cherchons un hôtel où nous pourrions stationner pour la nuit sur le parking. Après quelques refus, nous finissons par trouver une place sur le parking de la Posada de la Noria. C’est dimanche, dernière cannette de tonic…

Lundi 22 février : Message de Greta qui nous attend à Guadalajara. Mauvaise humeur du moteur au démarrage, hoquets dans la première côte, puis ils disparaissent le moteur chaud. Nous repartons sur ce plateau monotone et sans attrait dont les lointains se perdent dans une brume grise. Encore des portions de routes ou d’autoroutes à péage avant d’arriver à Zacatecas. J’avais relevé sur internet des adresses de RV Parks possibles dans des hôtels. Nous cherchons celui qui serait le plus proche du centre-ville, le Motel del Bosque. L’entrée dans la ville est comme toujours une furieuse mêlée d’automobilistes particulièrement pressés, jaloux de leur priorité, toujours prêts à disputer celle des autres. En demandant à plusieurs reprises nous trouvons la bonne direction, sur une route en corniche qui domine cette belle ville dont le centre historique occupe le vallon entre les collines. Notre motel a changé de nom et s’appelle désormais Motel Barouk, très chic, réception avec profonds canapés et musique douce mais on veut bien de nous, à condition de payer 350 pesos, somme bien élevée pour le droit de stationner sur un parking, il est vrai avec vue sur la ville en contrebas. Nous décidons de chercher ailleurs et pour cela de nous rendre au bureau d’Information touristique dans la vieille ville. Et nous voilà partis dans une rue pavée en pente raide qu’on doit descendre debout les deux pieds sur la pédale de frein jusqu’à rejoindre les deux artères parallèles qui constituent les axes de circulation dans le centre. Nous passons, éblouis, entre palais, églises, demeures dans ce grés rouge qui donne sa couleur à la ville, mais pas question de se garer, peu d’emplacements possibles et tous occupés. Nous passons devant le bureau touristique et avons juste le temps de constater qu’il est fermé. Nous hésitons sur la suite des évènements. Vu l’heure et nos pénuries, nous décidons de chercher un supermarché, un Soriana, pour nous ravitailler. Nous devons retourner sur le boulevard périphérique et sortir de la ville pour en trouver un. Nous nous ravitaillons puis, faute d’avoir trouvé autre chose, nous retournons au motel après avoir constaté que pour descendre en ville, nous ne pourrions compter que sur nos jambes. Nous nous installons, déjeunons puis descendons par les rues en pente, en nous tordant les pieds sur les pavés. Nous retrouvons l’église magnifique de Santo Domingo avec son portail bien éclairé par le soleil et, un peu plus bas, l’extraordinaire cathédrale dont la façade et les deux tours sont un vrai délire de sculpture. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les statues des Apôtres, du Christ et de la Vierge sont perdues dans un décor très dense, presque indiscernable. Nous rendons visite à l’ancien Palais du Gouverneur, sur une jolie place contiguë à la cathédrale, survolée par les nacelles d’un téléphérique. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une fresque, autre spécialité mexicaine, conte l’histoire de la ville, rien d’inoubliable. Nous passons ensuite à travers les travées d’un marché artisanal quasi désert, longeons le Théâtre Calderon et apercevons une autre belle façade d’église, San Agustin, flanquée de renforts imposants. Nous allons prendre un pot, enfin moi car aucune boisson gazeuse ne plaît à Marie. Nous parcourons une des deux artères pour jouir de l’uniformité architecturale de cette ville et revenons vers Santo Domingo qui a rouvert ses portes. L’intérieur est étonnant, alors que le maître-autel est très quelconque, les chapelles latérales sont pourvues de retables baroques tous plus beaux les uns que les autres, dorures à foison, saints et angelots à tous les étages, sans oublier colonnes torsadées et fioritures dorées. Un bel orgue d’un rouge agressif trône au balcon. 

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La cathédrale a aussi ouvert ses portes mais son intérieur est sans le moindre intérêt. Nous allons acheter des sucreries, spécialités locales pour les enfants de Greta puis rentrons à notre motel en taxi pour une somme dérisoire. Nous tentons de joindre Greta, nous corrigeons mon texte puis je vais procéder à mes ablutions avant de dîner. Je dois encore corriger les photos, taper la journée et mettre le blog à jour. Vivement les vacances !

Mardi 23 février : Nous avons décidé de prendre le téléphérique qui, partant de notre motel, survole toute la ville pour monter au Cerro de Buffa, une autre colline qui domine Zacatecas. Et comme la première traversée est à dix heures, nous avons le temps ce matin. J’en profite pour effectuer quelques réparations mineures : recoller les morceaux du cabochon de stop, fixer la commande des wc, etc… Nous sommes les seuls à bord de la nacelle, les touristes ne sont décidemment pas nombreux. Nous n’avons pas rencontré un seul camping-car depuis la Basse-Californie et les visites que nous effectuons dans les musées sont toujours en solitaire… La vue sur cette belle ville, à peu près préservée de constructions abusives modernes, est superbe, les alignements de façades de maisons dans les rues sont remarquables et les masses de la Cathédrale et de Santo Domingo se distinguent dans une belle lumière. 

 

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Avec ses petites maisons colorées, aux toits plats, on pourrait se croire, en remplaçant les clochers par des minarets, dans une ville ancienne du monde arabe. Parvenus au sommet, nous marchons jusqu’à une vaste esplanade qu’occupent les statues équestres de Pancho Villa et de deux de ses généraux. Une petite chapelle n’a pas grand intérêt si ce n’est sa façade avec la lune et le soleil qui encadrent le Christ. Nous redescendons, récupérons le camion et allons nous garer près du musée Rafaël Coronel, peintre inconnu mais grand collectionneur. Dans les cours, jardins et pièces du couvent ruiné de San Francisco, est exposé un incroyable trésor ! Plus de 2500 masques couvrent les murs, regroupés par types ou par région mais hélas sans grandes explications.

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Une belle collection de marionnettes locales, de figurines de terre cuite utilisées à titre prophylactique pour guérir le mal de aire (?), d’antiquités pré-hispaniques complètent la visite. Nous y avons passé beaucoup de temps. Je vais rechercher le camion et nous déjeunons sur le parking du musée. Nous voulons nous rendre ensuite à Guadalupe, la ville voisine de Zacatecas. Pour une raison non précisée, le périphérique que nous devons emprunter est fermé à la circulation, nous voici embarqués sur des routes très embouteillées. Nous roulons au pas pendant une heure et demie avant de trouver le couvent de Guadalupe. L’église est surtout connue pour sa Vierge vénérée dans tout le Mexique. Elle a, elle aussi, une belle façade de grès rouge, très décorée comme il se doit. Nous allons visiter le couvent franciscain voisin, transformé en musée d’art religieux. Nous déambulons seuls dans les deux cloitres superposés dont tous les murs sont couverts de grandes peintures relatant les vies de Jésus, de Marie ou de Saint-François d’Assise, pour l’édification des fidèles. Les autres salles sont elles aussi littéralement couvertes de grandes toiles. 

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Peu sont vraiment des chefs d’œuvre. Nous ne retrouvons pas l’influence des cultures indiennes dans les motifs comme en Bolivie ou au Pérou. Aucun vêtement n’est rehaussé à l’or et les archanges efféminés sont absents des représentations… La visite permet d’accéder au balcon pour admirer un bel orgue et de remarquables stalles sculptées et peintes. Nous sommes aussi au-dessus de la chapelle de Napolès, fermée au public, très décorée. Nous ressortons, épuisés, jetons un œil à l’intérieur de l’église aux curieuses voûtes roses. Nous reprenons le camion, pas question, comme nous l’avions espéré, de bivouaquer devant le couvent. Nous cherchons la sortie de la ville, les indications des panneaux sont parfois fantaisistes, nous aboutissons dans des culs-de-sac, mais en posant des questions nous parvenons à trouver une route au mauvais revêtement, à contre-jour, avec une belle succession de topes, qui nous sort de la ville sans repasser dans le centre et rejoint la route de Guadalajara. Nous roulons jusqu’à ce que nous trouvions une station Pemex que nous espérons pas trop fréquentée. A neuf heures et demie, la gasolinera ferme, plus de véhicules, nous sommes seuls…

Mercredi 24 février : La nuit a été très calme, pas de bruits intempestifs, quelques camions sur la route… Nous repartons en direction de Guadalajara sur une route ordinaire à deux voies, peu fréquentée. Les usagers pressés doivent passer par Aguascalientes sur l’autoroute. La brousse sèche reverdit petit à petit en diminuant d’altitude. En traversant Villa Nueva, nous entendons une fanfare et une foule est rassemblée sur la place centrale. Espérant assister à quelque fête, nous cherchons à nous garer dans une rue proche de l’évènement. Nous attendons en compagnie d’autres personnes, assis sur un banc, l’arrivée d’un cortège précédé de voitures de police qui roulent au pas. En tête une fanfare de jeunes garçons puis quelques jeunes filles s’essaient à marcher au pas avec un air martial. Suivent les autorités et des très jeunes enfants en uniforme, répartis par écoles, qui eux-aussi tentent de défiler militairement, encadrés par leurs instituteurs (et institutrices…). Les parents, ravis, prennent en photo leur progéniture, pas moi… Même si quelques gamines bien coiffées et vêtues de neuf, sont craquantes ! Nous apprendrons qu’il s’agît de la fête du Drapeau, rien de bien folklorique. Pour repartir, après un essai dans une rue en cul-de-sac qu’il faut remonter en marche arrière, nous devons patienter jusqu’à ce que le défilé soit revenu sur la place. Dans la bourgade, j’aurai tout de même vu deux hommes portant un magnifique sombrero de cavalier. D’autres, plus classiques, coiffent fréquemment le chef de Mexicains moustachus. Nous apercevons quelques rares cavaliers dans les champs. Des plantations d’agaves maguey alimentent des distilleries de mezcal, l’alcool du Consul de Malcolm Lowry… Nous peinons à trouver de l’ombre pour déjeuner dans la descente d’un col, avant d’arriver à Guadalajara qui ne se découvre qu’au dernier moment, au sortir des montagnes. Il est encore tôt pour nous rendre chez Greta, nous décidons de tenter de voir la cathédrale mais nous nous perdons, l’avenue qui y mène est fermée à la circulation et le temps de nous orienter, il est trop tard. Nous récupérons la grande artère Lopez Matéos que nous devons suivre sur une dizaine de kilomètres. Nous n’y sommes pas seuls, la circulation est intense et très rapide. Les points de repère donnés par Greta sont trouvés mais avant d’entrer dans sa résidence gardée, nous cherchons un fleuriste, puis revenons à l’entrée gardée par des cerbères qui ne plaisantent pas. Ils appellent Alfredo puis photographient mon passeport avant de nous laisser passer. Nous faisons la connaissance d’Alfredo et de leur maison, du chat, du chien. Nous conversons avec un Alfredo sympathique, en espagnol. Greta rentre plus tard avec sa mère et ses deux enfants, Alfredito, 4 ans et Sara, 2 ans…Nous retrouvons une Greta inchangée qui parle encore français mais qui manque de pratique. Nous sommes étonnés de constater que nous la connaissons depuis tant de temps, et Julie encore plus ! Nous dînons d’enchiladas préparés par la gentille grand-mère à la voix fluette qui semble souvent là pour aider Greta, débordée entre son travail et les enfants dont elle a la charge. Les enchiladas sont froides et la bière est tiède… Nous sommes hébergés dans leur chambre avec un lit sur lequel, pour monter, nous aurions bien besoin d’une échelle…

Jeudi 25 février : Nous ne sommes pas tombés du lit, heureusement, mais nous avons eu la visite d’Alfredito à la recherche de ses parents ! Au réveil, Alfredo dort, il est rentré tard et travaille la nuit. Greta nous prépare un petit déjeuner puis nous convenons de la retrouver en ville dans l’après-midi. Nous retournons dans le centre et très vite tombons dans les embouteillages. Quatre millions d’habitants c’est-à-dire quatre millions d’automobiles pourrait-on croire, toutes de sortie en permanence. La révolution mexicaine avait pour but de partager la terre, pas les voitures… Quand nous sommes près du centre, nous ne trouvons pas de place pour nous garer. Trente ans plus tôt, nous avions apprécié de passer la frontière mexicaine pour, après la discipline pesante et l’absence de surprise des Etas-Unis, trouver un joyeux « foutoir ». Aujourd’hui, ce « foutoir » nous paraît pénible, surtout dans la circulation et nous regrettons la gentillesse des conducteurs américains et leur absence de nervosité au volant. Nous avons aussi trente ans de plus… Nous tournons, virons et abandonnons le camion dans un estacionamiento gardé, tout près de l’Institut Cabañas, loin de la cathédrale par laquelle nous voulions commencer les visites. Marie peine à marcher, nous sommes tous deux fatigués et aurions bien besoin de faire une pause. Nous suivons une large avenue piétonne moderne, presque mussolinienne. Nous passons à l’Office du Tourisme où faute de beaucoup de documents, on nous accueille avec le sourire. Nous longeons le théâtre, l’église San Augustin, rien de mémorable. Quelques bâtiments coloniaux ont échappé à la reconstruction de la ville dans les années 80. Le Palais du Gouverneur est en travaux mais on peut tout de même accéder à la cour, le patio à arcades, comme dans les autres bâtiments coloniaux. La cage d’escalier et le plafond de la salle du Conseil ont été décorés dans les années 1930 d’impressionnantes fresques dues à Orozco, natif de Guadalajara. Elles sont en cours de restauration et on ne voit que la moitié de chacune. Je ne suis pas très enthousiaste. Brossées à grands traits, simplistes dans l’idéologie, elles datent fortement… Nous décidons d’aller déjeuner à « la Chata », un restaurant populaire indiqué par notre guide. Murs et nappes orange, nombreux serveurs et serveuses empressés. Nous commandons des plats inconnus, poulet parfumé au romarin avec une sauce à la tomate pour moi et tendres tranches de bœuf grillé pour Marie, servis avec du riz, des frijoles, une purée de haricots, des enchiladas, des flautas, variété de tacos frits  et des sauces bien piquantes. Ce n’est pas de la gastronomie mais nous ne laissons rien dans les assiettes. Nous aurions aimé visiter l’église Aranzazù mais, en début d’après-midi, le bedeau dort… Nous revenons par une avenue grouillante, sur les trottoirs comme sur la chaussée, vers la cathédrale.

 

 

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Nous nous y reposons entre ses énormes colonnes, bercés par les chants de quelques dévots. L’extérieur est sans le moindre charme, mélange de style à dominante néo-classique. Nous revenons lentement, nous arrêtons sur tous les bancs, allons prendre un pot avant d’être à quatre heure devant l’Institut Cabañas où nous devions retrouver Greta. En son absence nous commençons la visite et tout d’abord la grande chapelle entièrement couverte de fresques d’Orozco, narrant la conquête espagnole et l’ancienne civilisation indienne. Là non plus, je ne suis pas séduit par ces sujets empâtés et sombres. 

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Je retourne plusieurs fois à l’entrée tenter d’apercevoir Greta, en vain. L’Institut, immense, est un ancien orphelinat et hospice. C’est un dédale de cours et de salles dans lesquelles sont présentées les œuvres d’artistes mexicains qui, à défaut d’être connus, prouvent la vitalité des arts graphiques au Mexique. Nous revenons à l’entrée et y trouvons Greta avec les enfants et sa mère mais sans Alfredo. J’avais gardé le souvenir d’une place avec des cafés où les orchestres de mariachis se produisaient dans une sympathique cacophonie. Nous nous y rendons tous ensemble mais, grosse déception, si les musiciens sont bien présents dans leurs costumes piqués de pièces d’argent, ils ne sont guère disposés à se produire. Aucun touriste n’est présent, ils attendent un engagement pour des fêtes privées. Nous allons prendre un pot, on ne sert pas de margarita… Alfredo a proposé que nous allions dîner dans un restaurant spécialisé dans le pozole, une bouillie de semoule de maïs… Je n’ose faire remarquer que nous avons largement passé, ou pas encore retrouvé, l’âge de ce type de mets… Nous devons nous retrouver au carrefour de Chapultepec. Nous allons récupérer le camion et replongeons dans le cauchemar de la circulation. Néanmoins, nous trouvons le carrefour et je parviens à me garer à proximité. Je vais guetter Greta qui tarde. Le quartier est très animé. A de nombreuses terrasses de café, bruyantes, des jeunes viennent se retrouver en buvant des bières et grignoter quelques antojitos. Quand Greta arrive, elle nous annonce que nous devons repartir pour retrouver Alfredo directement au restaurant. Je vais rechercher le camion, et derrière la voiture de Greta nous roulons vers cette nouvelle destination... La gargote ne paie pas de mine, seul plat, avec de la viande ou des crevettes tout de même, et des sauces différentes, le pozole ! Il s’agit d’une sorte de soupe avec des grosses graines de maïs qui ressemblent à du pop corn qui aurait été bouilli. Nous avalons chacun notre assiette, les enfants jouent sur des chevaux mécaniques et nous attendons de rentrer… Je suis enfin dans la chambre et le lit est vite pris d’assaut…

Vendredi 26 février : Greta gratte à la porte pour nous dire au revoir avant de partir emmener ses enfants à l’école et aller au travail. Nous descendons petit-déjeuner avec Alfredo plus tard puis après remerciements, promesses de se revoir en France, nous quittons Guadalajara. Nous voulons longer le lac de Guadalajara, appelé également lagune de Chapala, aussi nous ne prenons pas l’autoroute mais une route secondaire. Funeste erreur ! La route qui suit les bords du lac est étroite, en travaux, en cours d’élargissement et très fréquentée… Les rives du lac sont marécageuses, perdues dans les roseaux, la brume qui s’en élève n’améliore pas la vision… La terre est riche, des serres, arceaux sous des bâches de plastique, recouvrent la campagne. Les villages, fréquents, se suivent, tous pourvus de topes impitoyables. La moyenne n’est pas élevée, les traversées des agglomérations plus importantes prennent beaucoup de temps. Nous nous perdons dans Zamora, faute de panneaux précis et avec des informations contradictoires. Mes yeux me jouent des tours, la fatigue ? J’ai hâte d’arrêter. Nous traversons une région de champs de lave, entourés de volcans mais une première averse puis un ciel gris ne nous permettent pas d’apprécier vraiment le paysage. Enfin Patzcuaro ! Nous trouvons presqu’aussitôt l’hôtel, Villa Patzcuaro, qui fait aussi « RV Park ». Content de ne pas avoir à chercher un bivouac, nous nous installons auprès de quelques audacieux camping-caristes américains et canadiens sur une pelouse. Nous avons le wifi, nous répondons à quelques messages. Je m’offre néanmoins un gin-tonic ! Panne de gaz au moment de faire l’omelette, heureusement il restait un fond dans la bouteille française !

Samedi 27 février : Nous commençons par faire remplir notre bouteille canadienne de gaz, ce qui ne pose aucun problème, et pour quelques pesos, mais pas question de remplir la bouteille française ! Nous nous rendons ensuite au supermarché Soriana, à la sortie de la ville moderne mais il est nettement moins bien achalandé que les précédents, pas de produits d’importation espagnols et choix très limité, en particulier dans les vins. Nous allons nous garer dans le centre historique à deux pas de la place Chica. Une de ces belles places populaires si nombreuses au Mexique. Des vieux, moustachus, occupent, sombrero vissé sur la tête, les bancs sous les arbres en fleurs. 

 

 

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Des Indiennes âgées, portant encore le châle sur les épaules, vendent quelques friandises. Les marchands de ballons guettent la marmaille et les cireurs de chaussures lisent le journal en attendant un gandin. La bibliothèque municipale occupe une église mais elle est fermée ! Le marché débouche sur une partie d’un côté de la place, nous y traînons quelques instants sans y trouver grand-chose d’original. Nous remontons une de ces belles rues qui font le charme de Patzcuaro. Toutes les maisons à toit de tuiles  n’ont au plus qu’un étage, et sont toutes bien blanches avec le bas des murs, l’encadrement des portes et des fenêtres, de couleur rouge brun.

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Nous atteignons la grande place, entièrement bordée de demeures patriciennes à un étage au-dessus d’arcades,  mais là, les encadrements des fenêtres sont sculptés. Toutes ont été transformées en hôtels ou en restaurants et réservent à leur clientèle le charme de leurs patios. Nous déambulons en regrettant que le ciel gris ne mette pas en valeur cet endroit. 

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Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, visitons quelques boutiques, trouvons quelques masques intéressants bien que neufs mais bien chers. Depuis la visite d’André Breton, les prix ont sérieusement augmenté ! Au milieu de la place, sous les arbres, un groupe folklorique en habits traditionnels, veste et pantalon brodés, chapeau de paille et masque de vieux grimaçant, accompagnés par quelques guitaristes et un violon, dansent puis quémandent quelques piécettes, sans agressivité, dans la bonne humeur. 

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Nous nous décidons pour une table sous les arcades pour un mauvais déjeuner. Marie a commandé un plat sans savoir de quoi il s’agissait et obtient de fines tranches de bœuf noyées dans du fromage fondu. Je ne risque pas d’y goûter ! J’ai voulu commander le même plat que Marie avait pris à « La Chata » à Guadalajara, du bœuf « tampiqueña » mais en beaucoup moins bien, les mêmes tranches fines de bœuf à peine grillées, accompagnées de divers ingrédients mais le guacamole doit avoir été préparé pour des touristes, pas trace de piment et les frijoles disparaissent sous le fromage râpé. Nous continuons notre promenade dans les rues, visitons un ancien hospice, ensemble de bâtiments autour de cours et de patios, transformé en échoppes d’artisans. Tissus, dinanderie, argenterie, bois, laque etc… Nous remontons vers la place de la Basilique Nuestra Señora de la Salud, aussi laide à l’extérieur qu’à l’intérieur et dont le seul intérêt est de renfermer une Vierge miraculeuse, exposée dans une châsse cadenassée. Sur une réplique, placée derrière elle, les dévots épinglent de petits ex-voto en argent sur son manteau. 

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Nous récupérons le camion et sortons de la ville pour suivre un mauvais chemin pavé qui grimpe sur une colline d’où nous découvrons tout le lac, ses îlots mais la visibilité est mauvaise, tout est noyé dans la brume. Nous retournons réserver une place au camping puis nous nous rendons à une douzaine de kilomètres au village de Tzintzuntzan pour y revoir le cimetière à peine aperçu hier en passant. Sur les croix, devant les tombes, sont accrochées ou simplement posées des couronnes en rubans plastiques très colorés. 

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Nous cherchons, et trouvons au bout de rues à peine pavées, deux églises indiquées par nos guides, l’une renferme une statue articulée du Christ dans un cercueil de verre, elle est sortie et clouée sur une croix pour Pâques, l’autre une statue de Saint Antoine dont la robe de bure a elle aussi eu droit à quelques ex-voto. Rien qui justifiait le déplacement. Nous rentrons au camping et au passage, dans l’autre supermarché, je trouve une bouteille de vin blanc, très bon marché, où finira-t-il ? Je ne me sens pas très bien, vaguement fiévreux et je n’ai guère envie de ressortir pour aller voir l’animation (?) sur la place. Le vin blanc, un Sauvignon, se révèle très acceptable mais le saumon fumé chilien est absolument insipide !

Dimanche 28 février : Nous essayons de nous lever plus tôt, un quart d’heure ! Nous prenons la route de Morelia, par l’autopista à péage, une seule voie dans chaque sens alors que la route « libre » était à deux fois deux voies séparées ! Nous sommes rapidement à Morelia et trouvons facilement le centre historique, fermé à la circulation automobile le dimanche, les cyclistes en profitent. Je me gare sur un emplacement que je crois être pour handicapé avant de comprendre plus tard que la marque au sol n’indique qu’un aménagement du trottoir pour faciliter l’accès aux fauteuils roulants, Je n’aurai plus qu’à retourner chercher une autre place. Nous marchons un quadra pour aboutir au Zocalo, la grande place sur laquelle se dresse, prétentieuse, une cathédrale qui écrase de ses tours le commun des mortels. Seuls, ses dômes couverts de faïences bleues et blanches donnent à ses toits un peu d’originalité.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

L’intérieur se veut imposant. Les demeures bourgeoises et les palais qui forment le centre-ville ont été édifiés dans une pierre rose qui donne du caractère à la ville. Le haut des murs est pourvu de longues gargouilles qui doivent arroser les passants par temps de pluie. Nous partons pour une longue promenade dans les rues, le nez en l’air… L’église de Santa Rosa abrite de splendides retables en bois doré avec des têtes d’angelots dans les entrelacs de feuilles.

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Nous passons devant nombre de palais, devenus sièges d’administration, généralement fermés le dimanche. Ceux qui sont ouverts laissent voir des patios à arcades, avec souvent une fontaine au milieu. Le dernier, celui de Clavijero, devenu siège de l’Université, est immense mais froid, sans vie. Nous reprenons le camion et allons nous garer, après avoir longé l’aqueduc, près d’une place où se dresse le sanctuaire de Nuestra Señora de Guadalupe. Nous arrivons à temps pour la sortie de la messe, la représentation a fait salle comble ! Les familles se pressent pour verser leur obole aux nonnes quêteuses qui les attendent à la sortie en compagnie de quelques éclopés. Nous parvenons à nous frayer un chemin vers l’intérieur époustouflant ! Les murs sont rose fuchsia, ou jaunes, couverts de pétales, de mascarons, de feuilles, tous dorés. Les coupoles sont un vrai délire de couleurs, les temples tamouls paraissent sobres à côté… 

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Nous déjeunons dans le camion sur la place ombragée puis repartons à pied sur une allée pavée, piétonne, qui mène du sanctuaire à une place avec des fontaines. Nous jetons un œil à une ruelle entre deux murs gris que des bougainvillées égaient. Je vais rechercher le camion puis récupère Marie et nous quittons Morelia. La route traverse par une digue à péage, le lac de Cuitzeo avant de continuer sur une vraie autoroute que nous quittons pour Guanajuato. Nous avons les coordonnées du Morrill Trailer Park où des voyageurs sont passés avant nous mais les routes sur les collines tournent et virent autour de la ville et quand nous croyons être près du but, nous nous en éloignons dans des virages. Il nous faut presqu’une heure pour découvrir une sorte de parking en terrasse dont nous avons du mal à croire que l’on ait pu en dire du bien. Pas de wifi, pas d’eau chaude et la ville invisible ! Nous nous installons néanmoins et profitons de la musique diffusée dans le vallon et des aboiements des chiens. Nous corrigeons mon texte en goûtant, c’est dimanche, une margarita obtenue à partir de tequila et d’une préparation adéquate mais le résultat, déjà expérimenté en Alaska avec Jean-Jacques et Martine, n’est pas fameux. Faut augmenter la dose de tequila… 

Lundi 29 février : La musique s’est arrêtée tôt et les chiens, fatigués de leurs querelles dominicales, se sont couchés aussi, même si, dans la nuit, quelques-uns ont fait des cauchemars… Faute de douche chaude, j’utilise les installations du camion pour ma toilette. Nous voulons nous rendre au parking du funiculaire, comme indiqué dans notre guide et de là rejoindre le centre-ville sans avoir à chercher à nous garer dans la vieille ville. Nous contournons toute la ville sur les collines qui l’entourent en suivant la panoramica qui offre des vues bien entendu « panoramiques » sur la ville. Comme à Zacatecas, nous avons l’impression de faire le tour d’une ville arabe avec toutes ces maisons cubiques très colorées ici, récentes pour celles qui occupent les pentes des collines

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Nous devons faire une bonne dizaine de kilomètres avant de parvenir au funiculaire et pour apprendre qu’il ne fonctionne pas ! Néanmoins, nous nous garons sur le bord de la route et après avoir contemplé la vue exceptionnelle sur la ville et notamment les masses ocre de la Basilique et grise de l’Université, sur quelques autres églises et les alignements de maisons coloniales, nous entamons la descente à pied. D’abord sur des escaliers puis dans des ruelles très pentues, des callejones, avant de déboucher à proximité du beau théâtre Juarez surmonté d’une balustrade supportant les statues des muses. Nous traversons le jardin de la Union où les mariachis devraient donner l’aubade mais ils sont encore absents… Puis par des rues étroites entre des maisons toujours colorées, des ruelles où les escaliers succèdent aux pentes raides, nous aboutissons à la charmante place Mexiamora que se partagent les pigeons et les écoliers en récréation, les premiers se nourrissant des restes des seconds. Les maisons qui l’entourent sont toutes de couleurs différentes, souvent très vives.

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Puis nous passons devant l’église de la Compagnie de Jésus avec une façade plus belle de loin que de près, l’intérieur est tout à fait quelconque. Mitoyenne, l’Université est un bâtiment assez laid d’une grisaille triste. Nous aboutissons enfin à la Basilique, l’ « église » de Guanajuato, celle que l’on remarque de loin avec ses masses élégantes et ses dômes ocre et rouge. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous voulons en voir l’intérieur mais le curé est en pleine représentation et il a du public, un lundi ! Nous allons déjeuner au Truco 7 dans une petite salle décorée de vieilleries, Marie se prend des tacos au jambon et fromage, croque-monsieur local, et moi une omelette à la saucisse avec des frites. Pas une réussite en ce qui me concerne… Nous repartons en promenade après être repassés par la Basilique enfin visible et en particulier son bel orgue que mettent en valeur les couleurs jaunes dorées des murs et plafonds. Nous passons devant plusieurs musées, tous fermés le lundi, ce qui nous fait gagner du temps. Encore quelques jolies places ombragées, avec des fontaines et des bancs occupés par de bien sages amoureux. Nous avons parfois la vision de rues semi-souterraines avec des pièces en encorbellement.

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Enfin nous revenons prendre un pot sur la place devant la basilique avant de sauter dans un bus vite bondé qui monte sur la panoramica et nous dépose près du camion. Nous repartons, trouvons sans nous tromper la route de Dolores Hidalgo. Nous nous arrêtons peu après pour aller visiter à Valenciana l’église de San Cayetano. Superbe façade churrigueresque qui n’est plus, hélas, éclairée par le soleil mais c’est surtout l’intérieur avec trois retables baroques de toute beauté, avec statues de saints et têtes d’angelots dans tous les coins. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

La route en montagne est toute en virages dans une belle forêt avant de continuer en lignes plus droites sur des collines aux herbes sèches. Nous traversons la petite ville et continuons en direction de San Miguel de Allende. Nous y parvenons au coucher du soleil et cherchons le Tennis Court RV Park dont nous avons les coordonnées gps (fausses !) et une vague idée de sa situation. Nous nous perdons, demandons notre chemin, peu en ont entendu parler, leurs indications sont contradictoires avec le gps. Je finis par garer le camion et aller à sa recherche à pied. Je finis par trouver un grand terrain déjà occupé par quelques camping-cars, puis avec l’aide d’un Canadien, le gardien qui nous attend pour ouvrir le portail. Je vais rechercher le camion et enfin nous pouvons nous installer. Dîner tardif et travaux de rédaction et de correction des photos, encore plus tardif.   

Mardi 1er mars : Réveil moins pressé que d’habitude puisque nous avons décidé de rester aujourd’hui à San Miguel de Allende. C’est, comme à Saint-Mandrier, le bruit des balles de tennis qui nous persuade d’avoir à nous lever. Le camping est aussi un cours de tennis et les Américains de la ville y viennent pratiquer ce sport de crabe (une seule pince et déplacement latéral…). Sans nous presser, nous revenons sur nos pas pour retourner à Atotonilco voir l’église que nous avions trouvée fermée hier en passant. Cette fois les portes sont grandes ouvertes. Avant même de les avoir franchies nous sommes séduits. Elles sont encore recouvertes de peintures, plus effacées dans les zones inférieures, et le dessus du portail est également couvert de scènes, religieuses bien entendu. 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Dès que nous franchissons le portail, en levant les yeux, nous découvrons des plafonds entièrement couverts de fresques exquises, le Paradis et l’Enfer suggérés dans des scènes entrelacées de feuilles, de fruits et de fleurs puis aux voûtes, la Passion du Christ est contée avec une extraordinaire fraîcheur d’inspiration ; nous retrouvons là toute l’influence indienne dans les représentations qui se veulent pédagogiques.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des médaillons, comme des intertitres de films muets, détaillent et racontent les scènes représentées. Dans une chapelle latérale, deux fresques narrent la bataille de Lépante, ce qui ne devait pas dire grand-chose aux Indiens de l’époque ni même à ceux d’aujourd’hui ! La beauté de cette église à peine signalée dans les guides est tout à fait surprenante. Nous sommes d’ailleurs très étonnés de constater que, ce qui était considéré comme exceptionnel dans un Guide Bleu de plus de trente ans, est devenu quelconque dans les guides actuels et vice versa. Nous revenons sur San Miguel de Allende et, avant de nous installer au camping, nous voulons nous rendre au Mirador d’où nous devrions avoir une vue sur la ville. Nous passons par d’étroites ruelles pavées où toutes les maisons, comme à Patzcuaro, sont au mieux à un seul étage et toujours avec des toits de tuiles mais ici, si elles ont encore leurs parties inférieures peintes en rouge brun, le haut des murs est cette fois jaune, ocre ou rose, formant des suites colorées d’une belle uniformité, aucun bâtiment moderne ne venant en altérer la composition. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous ne parvenons pas au mirador, je me gare près d’une fontaine en haut d’une ruelle pavée, très pentue qui descend en lacets très serrés vers le bas de la ville. Il faut continuer à pied, une série d’escaliers puis une rue escarpée. Marie renonce, je me lance et finit par parvenir sur une artère que nous aurions pu atteindre facilement en voiture ! Du Mirador, je découvre une vue très étendue sur toute la ville mais si, vue depuis les ruelles la cité paraît très belle, découverte d’en haut, elle très décevante, rien à voir avec Zacatecas ou surtout Patzcuaro. De retour au camion, nous descendons mètre par mètre la pente puis retrouvons facilement le camping et nous nous installons au même emplacement. Nous déjeunons puis Marie, toujours pressée, m’octroie généreusement trois quarts d’heure de sieste… Nous abandonnons le camion et allons prendre un taxi qui nous dépose à proximité du Zocalo. Une belle place entourée de bâtiments coloniaux et de palais devenus des administrations ou des hôtels. Comme dans les villes précédentes, les lauriers d’Inde sont taillés en cubes… Sur le côté le plus élevé se dressent deux églises, San Rafael qui n’aurait pas retenu notre attentions si des scènes, plus grandes que nature, à demi peintes, à demi sculptées, là encore à vocation pédagogique, ne montraient l’une la Crucifixion, l’autre, la Flagellation avec toujours un Christ particulièrement sanguinolent. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

A côté, la Parroquia qui se veut vaguement gothique n’a rien de remarquable à l’intérieur. Nous partons nous promener dans le centre historique, de rue en rue. La très importante colonie américaine qui vit ici en quasi permanence a créée toute une série de commerces, magasins de meubles, d’accessoires pour la maison, d’artisanat de luxe et bien sûr de restaurants et d’hôtels. Les prix s’en ressentent aussi… Nous passons au Centre Culturel Nigromante, installé dans un ancien couvent, autour d’un joli patio fleuri, rafraîchi par une fontaine. Des expositions confirment l’importance accordée aux Arts Plastiques au Mexique. Toujours en suivant de belles rues colorées, hélas trop parcourues par les automobiles, nous parvenons à un autre ensemble d’églises. L’oratoire de Saint Felipe Neri, derrière une belle façade churrigueresque, offre peu à voir à l’intérieur si ce n’est un Christ de Douleur, très réaliste, dans une châsse de verre dont la paroi du fond est couverte de minuscules ex voto en argent. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

A côté, L’église de la Salud a également un très beau portail avec une coquille Saint-Jacques en guise de fronton et ne présente guère d’autre intérêt. Nous y remarquons tout de même une accumulation d’ex voto sous forme de jouets aux pieds d’une statue du Niño… Aucune de ces églises, même en dehors des heures des messes n’est vide, il y a toujours quelques personnes abîmées en prières. En passant devant le portail, beaucoup, pour ne pas dire tous, se signent… Dernière visite pour San Francisco où je ne remarque qu’une statue, celle de Saint-Bonaventure, un peu précieux… Nous revenons vers le Zocalo en visitant quelques boutiques avec de belles choses mais vraiment  trop chères. Marie s’offre un chapeau de paille pour faire locale… Nous prenons un pot dans un café de la place en espérant que l’animation va s’amplifier au coucher du soleil mais il n’en est rien, pas de musiciens, surtout pas de mariachis. Déçus, nous patientons jusqu’à sept heures et demie mais il n’y a plus que des retraités américains pour occuper les bancs. Nous prenons un taxi pour rentrer au camping. Nous embaumons les alentours avec le poulet mariné dans la moutarde et grillé ainsi qu’avec les tomates provençales…

Mercredi 2 mars : Nous peinons encore à nous lever ce matin. Nous quittons le camping et la ville en passant par d’étroites ruelles si en pente qu’une Américaine nous regarde passer, bouche bée, et grimper une côte sans faillir… Quelques kilomètres de bonne route, rapides malgré une circulation intense à l’approche de la grande ville de Querétaro et après une longue traversée de zone urbaine nous atteignons le centre-ville. Grâce au gps, nous trouvons facilement le Flamingo Inn où nous pouvons passer la nuit, garés près de la piscine. Nous étudions le programme de la journée puis déjeunons rapidement et prenons un taxi pour nous rendre sur la place centrale. Nous sommes déçus par cette première vision de la ville historique. Certes, il y a de nombreuses maisons anciennes qui lui donnent un air espagnol très marqué mais ce n’est pas l’unité et le charme de Patzcuaro ou de San Miguel de Allende. Nous nous renseignons à un kiosque d’informations touristiques sur les heures d’ouverture des églises qui nous intéressent, les réponses s’avéreront toutes inexactes ! Nous commençons par le musée régional, dans le couvent de San Francisco. Beau patio à deux étages mais les salles d’exposition ne nous intéressent guère surtout celles consacrées à l’histoire de la ville… Nous nous dirigeons ensuite vers le Musée d’Art, dans un autre couvent avec un superbe patio, lui aussi à deux niveaux et dont les arcades sont couvertes de sculptures avec des têtes d’Indiens, celles de l’étage semblent fumer de longs cigares qui servent de gargouilles.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les collections permanentes se réduisent à quelques toiles mais une exposition temporaire nous permet de voir des œuvres européennes intéressantes dont deux Lucas Cranach, un Lorenzo Lotto quelconque, des Breughel etc…. Longue marche ensuite pour arriver à l’église Santa Rosa de Viterbe qui se remarque extérieurement par des arcs-boutants curieusement arrondis mais le spectacle est à l’intérieur.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des retables baroques gigantesques, de l’or sur tout, des tableaux incrustés dans les feuilles et les volutes occupent les parois latérales alors que l’autel principal et le chœur sont tout à fait quelconques. Dans la sacristie de curieux confessionnaux, exubérants, colorés, sans doute pour inciter le pénitent à tout avouer, voisinent avec les sculptures d’un Christ et des apôtres, grandeur nature, pour une représentation de la Dernière Scène.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous revenons sur nos pas, jusqu’à Santa Clara dont l’extérieur n’annonce pas la surprise quand on en franchit le seuil : soudainement nous sommes confrontés à un mur de retables tout aussi délirants et dorés que les précédents, les angelots et les saints foisonnent à tous les niveaux, prenant des poses codifiées, brandissant des épées ou affichant des plaies. C’en est fini des églises, nous revenons vers la place centrale, la lumière décline, le soleil est voilé par la brume et le ciel est désormais gris. Nous passons par la rue où les boutiques sont spécialisées dans les robes de mariées, blanches bien entendu mais aussi dans les robes des demoiselles d’honneur, très colorées, vaporeuses. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

 

Nous nous traînons vers la Plaza de Armas, plus jolie que les précédentes, avec deux ou trois beaux palais, des arbres trop bien taillés et des restaurants tout autour. Une manifestation en faveur de l’école s’y tient mais nous ne sommes plus concernés… Nous essayons de patienter bien qu’il commence à faire frais, avec l’intention d’aller dîner au restaurant Fin de Siglo recommandé par le Guide du Routard. Les plats recommandés ne correspondent pas à ce que nous trouvons dans l’assiette mais nous nous régalons tout de même, Marie d’une carne virtuosa, beau morceau de filet de bœuf avec des amandes, des raisins et plein d’autres choses et moi d’un excellent asado de tira dont j’avais oublié depuis l’Argentine la saveur. Nous rentrons en taxi et regagnons encore une fois bien fatigués notre cher camion.

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 04:59

TRANSAMERICA

 

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Boris Vian (Je voudrais pas crever)

 

2.- de Las Vegas à San José (Costa Rica)

 

HIVER 2016

 

 

Lundi 18 janvier : Le réveil sonne à six heures, nous nous extirpons du lit douloureusement après une nuit à éclipses… Louba déjà alertée par la préparation des bagages ne sait trop ce qui l’attend. Petit déjeuner puis Marie se fait attendre, nous partons avec un quart d’heure de retard sur l’horaire prévu. Faux départ, Marie a oublié sa petite trousse de maquillage… Retour à la maison… Julie qui inaugure ce matin ses nouvelles fonctions à Vitrolles, commence à s’inquiéter de son heure d’arrivée. Je roule aussi vite que possible sur l’autoroute mais la traversée de Marseille est très difficile, principalement le goulet d’accès au tunnel où nous restons arrêtés un bon quart d’heure, Enfin nous voici à Marignane. Adieux à Julie qui garde la voiture. Nous enregistrons puis nous devons nous soumettre à un long et pénible contrôle de sécurité. Nous n’attendons guère avant d’embarquer. Collation symbolique à bord et deux heures plus tard nous arpentons les longs couloirs d’Heathrow. Nouvelle attente avant de connaître la porte d’embarquement. Longue traversée des interminables couloirs de l’aéroport avant de pouvoir accéder à notre long-courrier. Nous allons voler dans un continuel crépuscule blafard, à la poursuite d’un soleil en fin de course. Un premier repas est servi, je crois avoir compris que nous avons le choix entre du poulet aux champignons et un fish curry et me voit servir des pâtes à la tomate et au fromage… Marie, plus avisée, a la bonté de partager son poulet… la traversée de l’Atlantique puis du continent nord-américain est longue, fatigante, interminable. Je somnole, essaie de lire mais je n’ai pas mes lunettes et les films proposés en français sont d’une rare niaiserie. Un sous-James Bond et un Jurassic World débile ! Un autre repas plus succinct et sans boissons alcoolisées est servi peu avant l’atterrissage. Le soleil nous a définitivement dépassés et nous nous posons dans une nuit noire à las Vegas. Longue attente pour le contrôle d’immigration. Le policier qui nous tamponne les passeports (après enregistrement des empreintes digitales et photo ) nous adresse quelques mots en français. Nous récupérons les sacs et passons la douane sans déclarer la saucisse aux trompettes de la mort que nous devons à Alexandre. Marie se plaint de la traversée des couloirs puis de devoir marcher pour aller prendre un taxi. Nous retrouvons le Las Vegas que nous avions laissé en septembre avec quelques casinos clinquants longés avant d’atteindre notre motel au Wild Wild West Gambling Hall. La chambre est propre mais mal insonorisée. Je vais acheter une bouteille d’eau puis nous nous glissons dans les draps d’un immense  lit King size .

 

 

Mardi 19 janvier : Pas moyen de trouver le sommeil malgré la fatigue. J’ai beau me tourner et retourner, explorer les frontières lointaines du matelas, je reste. Au beau milieu de la nuit, le téléphone portable sonne. L’orthopédiste de Toulon appelle pour que Marie prenne rendez-vous pour choisir la couleur d’une nouvelle paire de chaussures ! Je me décide à me lever à huit heures et une demi-heure plus tard, un taxi appelé par la réception m’emmène au Public Storage. Le bureau est encore fermé, je retrouve le camion, rebranche la batterie, tourne la clé et … le moteur démarre ! Je fais du rangement en laissant tourner le moteur puis je sors, tout heureux. Le responsable arrive, nous réglons rapidement les dernières formalités et me voilà reparti dans les avenues de Las Vegas. Je retrouve Marie à l’hôtel, nous chargeons les sacs et repartons en direction du camping KOA. Je m’arrête chez un marchand de pneus avec qui je prends rendez-vous pour cet après-midi puis nous retrouvons le supermarché Walmart et ses produits bien américains et aussi la grande gentillesse des employés, toujours très polis, souriants, aimables. Nous refaisons un plein de victuailles en évitant les biscuits à la cannelle, retrouvant presqu’avec plaisir les variétés de jambons et pastramis. Nous traversons l’avenue pour aller nous installer au camping, à notre grande surprise, encore plus bondé qu’en septembre ! Mais la piscine n’est pas fréquentée et les propriétaires de « RV » restent calfeutrés dans leurs immenses engins. Nous recommençons à nous tailler un certain succès avec le nôtre, pour la troisième fois de la journée je dois en dire le prix et comment nous sommes arrivés ici. Et ce n’est pas fini ! Nous tentons de ranger la trop grande quantité de vêtements emportés avant de retourner chez le marchand de pneus. Nous devons attendre jusqu’à la nuit tombée, c’est-à-dire après cinq heures, pour qu’ils soient montés. Nous retraversons toute la ville pour retourner à l’hôtel où Marie a oublié une chemise de nuit que nous ne retrouvons pas. Retour au camping et installation pour la nuit après les derniers rangements.

 

 

Mercredi 20 janvier : Je me suis vite endormi mais, réveillé dans la nuit, je ne me rendors qu’au matin. Les douches, le plein d’eau, les dernières mises au point et rangements nous amènent à onze heures. Nous devons repasser au Walmart pour les derniers achats oubliés la veille avant de traverser une dernière fois Las Vegas en suivant cette artère, Tropicana, que nous aurons bien empruntée

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous récupérons une autoroute pour rejoindre la route d’abord très large qui contourne les derniers faubourgs de la ville tentaculaire et continue dans le désert. Étendues immenses, entre deux chaînes de montagnes, couvertes de buissons et d’arbres de Josué de petite taille. Nous déjeunons au pied des massifs de Red Rock Canyon que nous avions traversés en septembre. Nous continuons sous un beau soleil que nous espérons garder les jours suivants jusqu’à la petite ville de Parhump. Typique bourgade de l’Ouest avec ses larges rues, ses maisons sans étages, ses environs d’habitations qui vont du camping-car à demi sédentarisé à la maison achevée en passant par les mobiles-homes et les villas en cours d’agrandissement. Nous nous dirigeons vers la Vallée de la Mort en traversant une chaîne de montagnes, sur une route peu fréquentée, plus étroite, à mille mètres d’altitude. Après des zones où des crues ont laissé des flaques et des plaques de sel, nous commençons la descente. Nous apercevons l’étendue de la vallée, plus claire, évocation d’un désert de sable. Nous arrêtons au fameux Zabriskie Point (merci Antonioni…) où, sur 360°, d’un point de vue aménagé, nous avons une idée des bouleversements géologiques : soulèvement des sols, traces d’une mer ancienne disparue, versants érodés par les pluies et roches multicolores.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le soleil n’éclaire plus qu’un versant, nous devrons revenir demain pour en avoir une autre vision. Nous achevons la descente jusqu’en dessous du niveau de la mer. Nous nous dépêchons d’arriver au Visitor Center avant qu’il ne ferme. La température affichée est de 76° Fahrenheit, soit 25 de nos degrés Celsius. Nous nous renseignons sur les routes fermées depuis les inondations d’octobre avant de nous installer à dix-sept heures, juste avant la tombée de la nuit au camping, un terrain caillouteux, sans ombre, avec tout de même des toilettes, pour douze dollars. La soirée est longue, nous ne sommes pas habitués à nous arrêter si tôt. Après étude du programme de la journée de demain, rédaction de nos journaux, sauvegarde des photos, nous dînons et à neuf heures nous sommes au lit. Fatigué, je m’endors vite.

 

 

Jeudi 21 janvier : Couché tôt, réveillé tôt ! Marie émerge à sept heures. Je lui propose de partir aussitôt et de retourner à Zabriskie Point pour le lever du soleil et d’y petit-déjeuner. Nous voici donc de retour au parking de la veille et, avant huit heures, nous contemplons, dans un soleil encore voilé par des nuages mais bientôt resplendissant, les plis, les nervures, les ondulations des montagnes qui dégringolent vers la vallée. Du vert, du jaune, du rose, toutes les couleurs sont éparpillées sur les flancs arides des falaises qui bordent la vallée

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous revenons au camion petit-déjeuner puis nous reprenons la route et filons dans la montagne à Dante’s View. C’est un point de vue au sommet de la falaise d’où nous dominons, 1500 mètres plus bas, l’immensité saline blanchâtre ponctuée de mares et de lits de ruisseaux dont on ne sait s’ils sont à sec. Le ciel est hélas, légèrement voilé et les montagnes de l’autre côté ne sont pas très nettes. Quelques traces de neige à leurs sommets répondent au sel aveuglant, même sans grande luminosité. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Après une courte promenade sur un sentier de crête nous revenons vers l’oasis de Furnace Creek et ses quelques palmiers exotiques. Nous repassons au Visitor Center nous faire préciser les conditions de circulation sur les pistes que nous envisageons de prendre. Nous en profitons aussi pour nous connecter, non sans mal, et ainsi trouver un message de Julie qui nous précise, entre autres, comment faire cuire la saucisse d’Ornans (farcie avec des trompettes de la mort. A Ornans plus connue pour son enterrement par Courbet !). Nous repartons vite car malgré notre démarrage matinal, le temps passe et nous avons encore un programme de la journée chargé. Quand aurons-nous le temps de traîner ? Sans doute jamais ! Nous remontons vers le Nord, bifurquons pour aller voir quelques dunes qui, de loin, paraissaient perdues dans l’immensité de la plaine et qui, vues de près, ne sont pas si minables, piquées de touffes de mesquites aux troncs noueux photogéniques. Ce sont sans doute les dunes dont nous avions gardé le souvenir lors de notre passage avec Julie. Nous poursuivons sur une courte portion de mauvaise piste, de la tôle ondulée, jusqu’à l’entrée de Mosaic Canyon. Nous remontons à pied le lit du torrent à sec jusqu’aux gorges d’où il surgit. Le nom est dû à des cailloux agglomérés en couches épaisses entre des roches lisses mais striées par les débris emportés lors des violentes crues. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le canyon serpente, se resserre. Marie arrête devant une marche trop haute dans une roche glissante, patinée, un vrai toboggan. Je continue une centaine de mètres, le canyon est alors plus large. Nous revenons déjeuner au camion puis nous reprenons la route. Nous quittons la vallée, franchissons les montagnes et allons découvrir les quelques restes d’une ville fantôme, Rhyolite. Une curieuse maison a été construite avec des bouteilles en verre intégrées dans les murs de pisé. Devenue une curiosité, elle est protégée par une barrière de barbelés digne d’une prison ! Des bâtiments du début du XX° siècle ne montrent plus que des murs et des piles de béton sur fond de roches rougeâtres. Un musée en plein air propose des sculptures  de divers artistes dont une curieuse Dernière Scène où le Christ et les apôtres ne sont représentés que par les plis de leurs voiles blancs. Nous revenons vers la vallée par la piste de Titus Canyon. Nous sommes seuls sur cette piste en sens unique. La mauvaise tôle ondulée de la première partie doit décourager les rares audacieux. La piste, plus étroite, grimpe ensuite dans la montagne, passant entre des roches très colorées, circulant à flanc de colline en courbes serrées. Malheureusement un inopportun nuage interdit au soleil de mettre en valeur les colorations. Du Red Pass nous découvrons un extraordinaire paysage minéral où toutes les couleurs se bousculent, sans ordre semble-t-il. La piste descend rapidement, laisse les deux ou trois baraques de tôle ou de bois, souvenirs d’une ville minière éphémère. La piste se termine par la partie la plus spectaculaire, en se faufilant entre deux hautes falaises qui ne laissent que la place d’un véhicule dans le lit d’un torrent saisonnier.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Et soudain nous retrouvons la vallée au brutal débouché du canyon. Il est alors seize heures trente, le soleil se cache, il nous faut vite parcourir encore une trentaine de kilomètres pour atteindre le camping de Mesquite Spring. Presque désert, nous n’avons que l’embarras du choix. Il faut régler par carte de crédit à un automate la somme due. Je ne veux pas utiliser une de nos cartes. Nous verrons s’il y a un contrôle… Nous dînons de l’excellente saucisse avec une très médiocre purée… Mais avec un Malbec argentin point déplaisant…

 

 

Vendredi 22 janvier : Nous étions légèrement en altitude (800 mètres) et il a fait plus froid cette nuit. Aucun ranger n’est venu vérifier si nous avions versé notre écot… Nous repartons à huit heures et demie et continuons sur quelques kilomètres au milieu de la lave noire et atteignons le rebord d’un cône volcanique. Ses parois d’un rouge vigoureux ne sont pas encore éclairées par le soleil. En arrière-plan, les montagnes et le désert s’étendent à perte de vue.

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Les rares visiteurs sont partis faire le tour du cratère. Nous gravissons péniblement une portion de la crête jusqu’à découvrir un petit cratère secondaire. Nous découvrons de retour au parking qu’en continuant, mais cela impliquait une descente et une autre montée dans les graviers, nous aurions atteint un autre petit cratère au cône parfait. Nous reprenons la bonne route du sud en roulant vite, avant de faire un petit détour pour accéder à une promenade sur un trottoir de planches jeté au-dessus d’un marécage inattendu. Il est  traversé par un improbable ruisseau d’une eau saumâtre dont s’accommodent de minuscules poissons. Plus loin, un bout de piste traverse un « Mustard canyon », le bien nommé pour sa couleur ! Nous revoilà à Furnace Creek. Nous passons au Visitor Center, une fois de plus, pour obtenir des informations sur le Mojave National Park. Puis je dois refaire un plein de gasoil, bien plus cher qu’en ville, ainsi que des provisions pour dîner au General Store qui pratique des prix dignes des postes commerciaux du temps des colonies… Nous repartons et allons nous garer à l’entrée du Golden Canyon. Avant de déjeuner, nous décidons d’y aller nous promener. Le sentier, autrefois une route étroite mais goudronnée, s’enfonce entre deux falaises puis circule entre de douces collines arrondies ocre jaune. De petits canyons secondaires offrent des vues sur des pics, des roches, des falaises déchiquetés et colorés. Nous apercevons derrière les collines, les murailles rouges dites « Red Cathedral » qui contrastent avec les buttes jaunes à leur base. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 Marie renonce, je continue quelques centaines de mètres, le sentier devient plus étroit, encombré de rochers puis demande de se faufiler dans d’étroits défilés, d’escalader des éboulis avant de déboucher au pied de la falaise. Je suis dominé par ce mur impressionnant mais sans recul et donc sans possibilité de jouir de toute son étendue. Retour au camion, fatigués après cette imprévue promenade de quatre (pour Marie) ou cinq (pour moi) kilomètres. Nous déjeunons rapidement et tardivement. Nous prenons conscience que nous ne pourrons pas être sortis ce soir avant la nuit du parc et que le bivouac risque d’être difficile et, en principe, interdit. Nous envisageons de revenir au camping de Furnace Creek. En attendant nous continuons quelques kilomètres pour emprunter une route dite « artist drive » qui va serpenter au pied des falaises entre des collines aux étonnantes couleurs, vert, ocre, mauve, jaune, dues au minéraux que les pluies mettent à nu et que le soleil fait resplendir, évoquant la palette d’un peintre. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

San Nous retrouvons la vallée et une dernière excursion nous amène au milieu de la couche de sel cristallisé qui couvre le fond de la vallée et explique son insoutenable luminosité vu du sommet des falaises. Le sel forme des buissons dont les branches et les plus fines tiges sont des aiguilles de sel qui craquent sous les pas et coupent comme des lames aiguisées. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous revenons en repassant par Artist Drive pour revoir au coucher du soleil les couleurs avivées. Je me dépêche de revenir au Visitor Center m’acquitter du paiement du camping et nous allons nous y installer juste avant que la nuit ne tombe. Une bière est la bien venue faute d’un apéritif auquel Marie renâcle…

 

 

Samedi 23 janvier : J’avais judicieusement arrêté le réfrigérateur pour la nuit et, ce matin, les batteries auxiliaires n’étant pas déchargées, nous pouvons mettre le chauffage en route pour obtenir une douce quiétude qui ne nous incite pas à nous lever aussitôt. Il est presque neuf heures quand nous attaquons la descente en direction du sud, sous un ciel bien plombé. Nous longeons sur notre droite l’aveuglante étendue de sel, au pied des Montagnes Noires. Nous faisons une halte au lieu-dit de Badwater d’où nous allons faire une courte promenade au milieu de la couche de sel, mélangé à du sable ou de la terre en bordure de route, plus pur en s’en éloignant. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous continuons sur une route plus étroite et au revêtement moins parfait avant d’entamer les cinquante kilomètres d’une plutôt bonne piste sur laquelle on nous annonçait des passages de « sable profond », toujours la prudence exagérée ! J’avais bien senti que les rangers à Furnace Creek ne voyaient pas d’un très bon œil notre projet d’emprunter cet axe… Nous n’y croiserons personne et à la sortie, aucun panneau n’indique cette entrée du parc. Après cette nouvelle traversée d’un désert plus verdoyant où même des fleurs apparaissent, nous retrouvons le goudron et parvenons à Baker. Les espoirs de ravitaillement que nous avions conçus sont vite déçus, pas le moindre supermarket ! Nous ne trouvons que du jambon, des saucisses et des pommes à prix d’or (comme dans un conte oriental !). Nous traversons l’autoroute et replongeons dans le désert sur une chaussée en mauvais état, dans la Mohave National Preserve. Des buissons donnent des sables une allure de rescapé d’une variole. Nous allons poser quelques questions au Visitor Center de Kelso, installé dans une ancienne gare construite autrefois dans le style « Mission espagnole ». Il ne passe plus que des trains de marchandise tirés par des locomotives aux flancs peints de drapeaux américains flottant au vent. Nous allons voir à quelques kilomètres les dunes de Kelso, plus impressionnantes de loin que de près, des buissons poussent sue leurs flancs et le sable semble mélangé de terre. Nous revenons à Kelso et continuons en longeant la voie ferrée, pas vraiment l’idée que je me faisais du désert mojave… Des arbres de Josué ont commencé à apparaître dès que nous sommes entrés dans ce parc, ils sont de plus en plus nombreux, de belle taille et bien touffus. La plus belle forêt se trouve au bout d’un morceau de route de quelques kilomètres après Cima. Nous pouvons bivouaquer au pied de gros rochers qui forment de petites collines au milieu des arbres. Nous allons nous promener et découvrons au bout d’une piste sablonneuse un emplacement de bivouac parfait entre rochers et arbres de Josué. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Des pierres forment foyer ce qui nous autorise à nous y installer, selon les normes des parcs américains ! Le soleil enfin réapparu transforme le site et nous fait oublier notre halte précoce. Un apéritif est le bienvenu d’autant qu’il obéit à l’amendement « Laurence » puisqu’avec le décalage horaire nous sommes dimanche !

 

 

Dimanche 24 janvier : Le thermomètre affiche 4°c dans le camion et du givre couvre toutes les vitres. Nous devons utiliser le chauffage pour sortir des duvets avant qu’un beau soleil ne commence à réchauffer l’atmosphère. Je vais me promener au milieu des arbres de Josué et des éboulis rocheux pendant que Marie se prépare. Nous reprenons la route quittons la belle forêt et continuons dans un paysage volcanique de roches d’autant plus noires qu’elles sont à contre-jour ! La végétation est maintenant composée de tout ce que les cactées ont pu imaginer d’espèces pourvues de pointes, d’aiguilles, de piquants ou de crochets, sous forme de boules, de branches, de raquettes etc… 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous quittons le parc Mojave, retrouvons le goudron puis une autoroute qui nous amène à Kingman. Nous nous rendons au Visitor Center pour y faire le plein d’informations sur le Grand Canyon. Nous découvrons atterrés que la température y varie, aujourd’hui, entre -9°c et +6°c ! Marie grelotte déjà… Nous déjeunons rapidement car en entrant en Arizona nous avons perdu une heure puis nous allons refaire le plein de provision dans un supermarché en prévision des jours à venir, loin des villes. Nous continuons sur l’autoroute, négligeant la mythique highway 66, faute de temps puisque nous sommes toujours pressés… Nous ne pourrons pas être à Grand Canyon ce soir, nous devons chercher où dormir. Depuis Ash Forks, le paysage est entièrement sous la neige. Peu de possibilités de bivouac, nous nous résolvons à chercher un camping à Williams. Le premier pratique des tarifs indécents, le second est très honnête avec des toilettes et des douches chauffées ! Nous nous préparons pour une nuit « fraîche »… Nous ne soulevons pas le toit, cuisinons accroupis et enfilons nos « Damart thermolactyl » avant de nous enfouir dans les duvets.

Lundi 25 janvier : A quatre heures du matin, il y a +1°c dans le camion, les vitres sont couvertes de givre. Je mets en marche le chauffage qui fait vite remonter la température et nous le laissons jusqu’au moment de nous lever, avec le timide soleil. Nous trouvons un message de Julie. Un thé bien chaud nous revigore et bientôt, sous un ciel bien bleu, nous prenons la route du parc du Grand Canyon, sur un plateau qu’occupent des ranchs sans beaucoup d’animaux. Nous voici au village de la rive sud et aussitôt nous passons au Visitor Center puis, juste derrière le bâtiment, au premier point de vue sur le canyon, Mather Point, où nous redécouvrons ce grandiose panorama !

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Surpris de ne pas y trouver plus de neige sur les gradins des falaises, seuls les sommets des deux rives en sont couverts. Devant nous s’étagent les roches rouges sans laisser deviner le cours du Colorado, perdu au fin fond d’un canyon que n’éclaire pas encore et sans doute que très brièvement, le soleil. Nous prenons la courte route de l’ouest qui suit le rebord de la falaise et où des points de vue ont été aménagés pour offrir d’incomparables vues aux visiteurs émerveillés. Bien entendu, nous n’en ignorons aucun… Mais cela nous prend beaucoup de temps : se garer, descendre un sentier qui peut être encore enneigé et même glissant, se rassasier de la vue, revenir, repartir jusqu’au suivant. Nous apercevons de certains points le sentier que nous avions emprunté pour descendre à mi-parcours, laissant, parents indignes, Julie à la garde d’une brave dame qui n’avait pu communiquer avec elle. Aujourd’hui, nous n’y voyons personne, sans doute trop risqué car il semble couvert de glace. Le Colorado se devine enfin sur la fin du parcours, torrent dont les méandres se perdent entre les premiers étages des montagnes. Nous revenons sur nos pas pour le Yavapai Point, dans le village, où un petit musée géologique offre derrière une baie vitrée, sans doute la plus belle vue du canyon. 

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Nous passons nous réserver un emplacement au camping, dans la neige non déblayée, sans douches mais avec des toilettes chauffées… Nous retournons à Hopi Point pour le coucher du soleil que nous guettons en compagnie de bon nombre de touristes. Les roches se rosissent brièvement mais la température dégringole elle aussi, des stalactites se forment sous le camion ! 

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Nous allons nous installer au camping en nous équipant pour une nuit polaire…

 

Mardi 26 janvier : la nuit a dû être encore plus froide que la veille et nous avons laissé tourner le chauffage une bonne partie de la nuit. Nous allons nous garer devant le bâtiment où nous pouvons faire une lessive et Marie prendre une douche avant d’aller attendre le passage de la navette obligatoire pour se rendre à Yaki Point mais nous n’avions pas compris qu’elle fait une boucle et ne s’arrête pas dans notre sens. Nous devons revenir au Visitor Center pour la prendre en compagnie de Mormons ou autres sectateurs d’un autre siècle. Mes yeux vairons semblent beaucoup amuser une de ces jeunes égarées. Nous arrêtons à South Kaibab d’où un sentier dévale jusqu’au cours du Colorado mais ce n’est pas pour nous... L’arrêt suivant est donc à Yaqui Point avec encore une de ces vues à couper le souffle mais dont je commence à me lasser. Il fait très froid et caresser une brave mule qui attend des amateurs de balade équestre ne me réchauffe guère. Nous revenons au Visitor Center où nous nous laissons prendre à une projection d’un film sur le Grand Canyon. Intérêt très limité, musique grandiloquente et narration pour classes enfantines. Nous repartons enfin en direction de l’Est. Nous avons encore de nombreux points de vue au programme dont l’un avec un curieux canard de pierre. Un très modeste musée, à côté de ruines que la couche de neige dissimule, présente quelques objets intéressants, des bijoux navajo et des poupées katchina qui nous font toujours aussi envie. Des derniers points de vue, on distingue le lit du Colorado dont il est difficile à cette distance de deviner la fureur des rapides. La dernière halte, à Desert View nous offre en conclusion un ultime panorama sur le canyon et la possibilité de grimper à l’intérieur d’une tour construite dans les années 1930 par une amie des Indiens et qui l’a fait décorer avec des gravures, dessins, fresques qui évoquent leurs cultures.

 

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Nous sortons du parc, perdons tout de suite de l’altitude et continuons sur un plateau sans neige, sur lequel nous roulons à vive allure. Nous sommes désormais dans la réserve indienne des Navajos. L’habitat, très dispersé, est celui de populations pauvres, des mobiles homes ou des maisons très simples, sans caractère. Devant, sont garés des pick-up et des carcasses rouillées. Nous parvenons à Page juste avant la tombée de la nuit et nous arrêtons au Walmart à l’entrée de la ville. Nous en profitons pour refaire quelques emplettes et moi en particulier pour acheter des lunettes de soleil moins féminines que celles que m’a provisoirement prêtées Marie ainsi qu’une clé USB, toutes deux oubliées à Toulon. Le personnel et les clients sont tous Indiens. Nous nous installons sur le parking pour la nuit.

 

Mercredi 27 janvier : Il a fait moins froid mais ce n’est qu’une question de degrés en dessous de zéro… Je vais me garer près du Mac Donald pour bénéficier de leur wifi mais nous en sommes encore trop éloignés. Je m’en rapproche à pied pendant que Marie se prépare. Pas de messages… J’échange quelques mots avec un couple de Savoyards , Mathieu et Jeanne, qui, avec leurs deux garçons traversent les Amériques à bord d’un énorme camion. Nous prévoyons de nous retrouver ce soir. Nous continuons jusqu’au barrage du lac Powell, le traversons et continuons quelques kilomètres jusqu’à un point de vue sur le lac et les montagnes tabulaires qui l’entourent. La vue est décevante, les eaux sont basses et la marina en contrebas défigure encore plus le paysage que les cheminées de la centrale électrique qui crachent des fumées blanches et verticales dans l’air pur à l’horizon. 

 

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Nous revenons à Page, petit détour pour contempler le canyon qui alimente le barrage mais il est encore dans l’ombre. Plein de gasoil à un prix, en territoire navajo, qui défie toute concurrence : 51 centimes d’euro ! Nous nous rendons ensuite au site des canyons Antelope et d’abord celui du haut : Upper Antelope Canyon plus accessible pour Marie, sans échelle à gravir. Le prix est élevé, 48 $, justifié par un transfert en pick up sur le site, 6 kms dans le wash, c’est-à-dire, sous d’autres cieux, l’oued, le kori. Nous pénétrons à pied dans un très étroit canyon, creusé par les eaux saisonnières d’un torrent qui, en tourbillonnant, a donné aux parois des formes tourmentées, lissées, douces où l’on imagine bien les vortex furieux qui ont façonné ces roches qu’une lumière changeante éclaire à cette heure. Notre guide a la bonne idée de nous donner à chacun des instructions pour réaliser les meilleures photos possibles et il nous indique les meilleurs emplacements

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Marie, en montant dans le pick up, s’est cogné un tibia et claudique difficilement. Nous revenons sur nos pas après avoir débouché en amont et revenons récupérer le camion. Nous traversons la route pour nous rendre au site du Lower Antelope Canyon, où Marie tient à ce que je fasse la visite. Nous déjeunons avant que je ne me lance avec quelques compagnons canadiens et japonais dans cette seconde excursion. Nous devons marcher quelques centaines de mètres dans le sable avant d’atteindre un escalier qui nous amène à l’entrée de ce nouveau canyon. Nous y progressons en suivant les méandres entre deux parois, plus torturées que les précédentes, moins hautes et donc plus éclairées. Là aussi, la roche a été polie par le torrent et les stries ont créé des lignes tracées sur les parois, elles-mêmes courbes.

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Je photographie à tout va… Nous finissons par déboucher et je retrouve Marie. Nous repartons sur le plateau qui s’élève doucement. Avec l’altitude, nous retrouvons la neige qui au début grêlait les étendues désertiques et a fini par tout recouvrir. Quelques buttes et mesas paraissent insolites sous la neige. Un détour nous amène au Navajo National Monument, un parc avec un modeste musée mais avec de superbes poteries indiennes anciennes et un camping sans grandes commodités mais gratuit ! Nous y retrouvons nos Savoyards que nous invitons à prendre un verre, après nous être installés sur un site encore enneigé. Après un premier pot, nous passons à l’apéritif en parlant voyages et en échangeant nos impressions américaines. Dîner et rédaction tardive avant de nous coucher.

Jeudi 28 janvier : Le chauffage n’a pas marché toute la nuit et je me  réveille avec les pieds gelés. Après avoir dit bonjour à Jeanne, Mathieu, Raphaël et Camille et promis de nous revoir, nous retournons nous garer devant le Visitor Center, puis nous partons sur un sentier partiellement enneigé et parfois glissant, à flanc de colline, au milieu des étendues blanches entre les pins et les genévriers. De l’autre côté du canyon que nous suivons, les falaises montrent des excavations arrondies. La plus importante se dévoile au bout de quelques centaines de mètres, en face de nous. Elle abrite les ruines des constructions d’un village indien abandonné depuis sept siècles. 

 

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On y aperçoit les restes de maisons en pisé et de toits en rondins. Nous repartons, retrouvons la grande route et parvenons à Kayenta, gros bourg sans âme mais disposant d’un centre commercial où je vais racheter du jus de fruit, épuisé par les vodka-orange de la veille, et aussi des côtes d’agneau inattendues. Nous déjeunons devant le musée en plein air. Des kivas et un hammam local y ont été reconstitués. Nous continuons notre route. Un piton et une mesa, de part et d’autre de la route annoncent le paysage à venir, celui de Monument Valley. Bientôt les buttes flanquées d’aiguilles se multiplient sur un sol encore partiellement enneigé. Avant de pénétrer dans le parc tribal nous allons voir, à l’écart de la route, un musée installé dans l’ancien trading post de Goulding. Deux pièces sont consacrées aux films qui ont été tournés dans la région et les John, Ford et Wayne, s’y taillent la meilleure place. Des photos, des affiches et même la diffusion de ces westerns inoubliables me font grand plaisir. Comment ne pas être heureux de revoir des extraits de She wore a yellow ribbon, ou Nathalie Wood dans The Searchers ? Les amateurs me comprendront… Nous allons nous renseigner sur les conditions du camping installé plus haut  mais avec vue sur les pitons dans la vallée. Enfin, nous nous rendons sur le site. Il faut acquitter un droit d’accès, territoire navajo, ce parc n’a rien à voir avec les Parcs Nationaux. Nous passons au Visitor Center, plutôt pauvre, et à la boutique où, pressé de rouler entre les pitons, je dois arracher Marie à ses tentations. Et enfin, nous suivons à allure modérée la mauvaise piste qui va serpenter entre les massifs tant de fois vus dans les films. Des aiguilles attachées à des pitons ou collées les unes aux autres, des mesas aux formes évocatrices (éléphant, chameau etc…), des étendues de sable, des dunes couvertes de neige, des buttes de grès rouge, surgissent à chaque détour de la piste. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le soleil déclinant les illumine et les ombres s’allongent, mettant en valeur les massifs. Quelques ranchs peu développés peuplent le parc et des loueurs de chevaux attendent les très rares touristes. Nous terminons la boucle au John Ford’s Point où le soleil achève de faire rougir les pics et où nous nous promettons de revenir demain… 

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Nous ressortons du parc et retournons au camping. Nous y arrivons en même temps que nos Savoyards qui nous invitent à prendre un pot dans leur confortable camion. Je leur envie l’espace à l’arrêt mais certainement pas la maniabilité sur la route… Profitant d’une bonne wifi, je consulte la messagerie et mets le blog en ligne.

Vendredi 29 janvier : Je profite d’une douche bien chaude avant que nous ne réussissions à prendre la route. Arrêt à la boutique de souvenirs du lodge où Marie tient à acheter une poupée katchina (made in China ?)… Nous retournons dans le parc pour retrouver les paysages de la veille sous un autre éclairage. Le groupe des trois aiguilles appelé « les 3 Sœurs » est effectivement caressé par le soleil. Nous arrêtons au John Ford’s Point où j’avais compris hier qu’il s’agissait du surplomb où une photo mythique y montrait un cavalier sur fond de pitons. Le côté photogénique exploitable de la chose n’a pas échappé à quelques navajos astucieux… Un cheval sellé attend l’amateur pour s’y faire prendre en photo et bien sûr je ne peux pas manquer l’occasion. Me voilà perché sur une monture placide, habituée à toutes les fantaisies des touristes. Son propriétaire se charge d’immortaliser, avec mon appareil, pour l’éternité ce grand moment dans la vie d’un amateur de westerns. Hélas il est meilleur commerçant que photographe et ses prises de vue sont mal cadrées ! 

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Nous repartons pour la boucle mais le ciel se couvre et une triste grisaille habille pitons et mesas rougeoyants de la veille. Nous en repartons vaguement déçus mais contents de les avoir vus dans toute leur splendeur hier. De la route, nous apercevons, encore émergeant de la prairie couverte de neige, des blocs de rochers dressés vers le ciel. Après Mexican Hat qui tire son nom d’une curieuse roche plate posée en équilibre sur un piton, nous bifurquons pour nous rendre sur les bords de la rivière San Juan, au Gooseneck Point. Les eaux ont creusé un canyon en une succession de méandres serrés et spectaculaires. Nous déjeunons en attendant le retour du soleil qui, bon prince, nous accorde quelques rayons. 

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La neige est encore très présente et la terre est gorgée des eaux de fonte. Plus loin, nouveau détour sur une piste mouillée mais non glissante, pour aller circuler entre les formations de la Valley of the Gods. Encore des buttes, des mesas, des pitons mais différents de ceux de Monument Valley. Pas d’aiguilles fines, ce sont plutôt des roches posées les unes sur les autres en équilibre précaire et des buttes beaucoup plus longues que larges. 

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Nous suivons une boucle qui nous ramène à la route goudronnée que nous poursuivons jusqu’au pied des falaises. Là, c’est une piste étroite et sinueuse qui grimpe à flanc de montagne jusqu’au plateau complètement enneigé. La piste que nous voulions emprunter pour nous rendre à un point de vue est encore partiellement enneigée et une tentative de la suivre s’arrête rapidement après une centaine de mètres en dérapages mal contrôlés dans la terre gadouilleuse. Nous décidons de continuer jusqu’au Natural Bridges National Park en nous demandant si le camping sera dégagé… Nous arrivons juste avant l’heure de fermeture du Visitor Center, à temps pour apprendre que le camping est bien ouvert et même gratuit ! Nous nous y rendons et nous nous installons sur un emplacement encore bien enneigé. Je ne parviens plus à sauvegarder mes photos sur l’ordinateur, peut-être le câble de raccordement ?

 

 

Samedi 30 janvier : Il a fait moins froid cette nuit, seulement -3°c dehors, pourtant nous étions à un peu plus de 2000 mètres d’altitude. Nous prenons la route du parc déneigée qui longe un canyon entre deux falaises ocre qui semblent modelées, roches arrondies dont les deux rives sont reliées par des ponts naturels que le torrent a creusé. Plus loin, un sentier est supposé amener à un point de vue d’où l’on doit apercevoir les ruines d’un ancien village indien. Nous nous y engageons, il est couvert de neige ou de terre imbibée d’eau de fonte et donc très boueux. Marie renonce vite et m’attend. Je continue vaillamment sur cinq cents mètres en pataugeant avec mes chaussures de ville. La vue est décevante et je manque de dévaler dans le ravin en glissant sur des plaques verglacées. Je retrouve Marie puis le camion avec plaisir bien que transi, les pieds glacés et mouillés. Mais la journée n’est pas terminée… Un second pont naturel puis un troisième, couvert de neige, difficile à discerner dans le paysage, ne seront contemplés que depuis les points de vue sur la route et sans nous aventurer sur de trop désagréables sentiers. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous repassons au Visitor Center pour apprendre qu’une tempête est attendue dans la journée, avec pluie et neige, ainsi qu’une baisse des températures… Nous décidons de continuer sur Moab puis d’aviser alors. Nous retrouvons la grande route en direction du nord. Je refais un plein de gasoil à Blanding, bourg allongé sur sa rue principale, calfeutré en attendant la fin de l’hiver. Le litre à moins de 60 centimes d’euros reste un gros atout pour l’automobile ! La météo ne semblant pas se dégrader, de grandes plages de ciel bleu nous incitent à tenter de nous rendre à Needles Overlook. Nous roulons sur un plateau enneigé, désertique que seules des vaches occupent en broutant les quelques pousses qui percent la couche de neige. Nous parvenons à l’extrémité du plateau pour découvrir en contrebas, l’extraordinaire paysage de Canyonlands, un ensemble de canyons, de montagnes tabulaires dont le rouge est piqueté de plaques de neige. Dans le lointain, le Colorado se fraie un chemin dans ce dédale. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

D’où nous sommes, sur 240°, nous dominons ce que nous pourrions prendre pour une carte stratigraphique avec des courbes de niveau parfaitement tracées. Pour avoir une vue de tous les côtés nous empruntons un sentier qui n’est que partiellement goudronné, nous pataugeons dans la neige fondue ou dans la terre spongieuse. Retour au camion encore plus crottés… Nous déjeunons puis repartons sur Moab. Le ciel s’obscurcit, le soleil disparaît et le gris envahit tout. A Moab, nous nous faisons confirmer les mauvaises prévisions météorologiques au bureau touristique. Nous décidons de tenter notre chance et de visiter Arches National Park avant l’arrivée des éléments déchaînés annoncés. Nous atteignons rapidement le parc et passons au Visitor Center juste à l’heure de fermeture. Une ranger ne rechigne néanmoins pas à aller nous chercher carte et informations. Nous retrouvons ce parc dont nous avions gardé un grand souvenir, notamment d’une promenade avec Julie, mais sous un soleil plus agréable. Avant d’arriver au camping, tout au bout de la route goudronnée qui traverse le parc, nous décidons d’essayer de voir un maximum de sites pour le cas où les conditions seraient pires demain. Nous arrêtons donc d’abord à « Park Avenue », une étroite vallée qui s’enfile entre deux hautes murailles quasi parfaitement rectilignes, surmontées de roches découpées. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Je retrouve les « Trois Commères » d’où je me souvenais être revenu à pied chercher notre RV de l’époque. Puis ce sont de gigantesques bilboquets de pierre où des roches vaguement sphériques sont posées en équilibre sur des piliers. Mais la « spécialité » de ce parc, ce sont les arches creusées dans de fines parois de grès. Nous allons en voir quelques-unes, celles des deux « fenêtres » et de Turret. Un sentier, identique pour son état aux précédents, y conduit. Marie préfère m’attendre au camion pendant que je vais approcher de ces trois énormes ouvertures qu’hélas aucun rayon de soleil n’avantage.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 

Marie tient à ce que nous fassions tous les détours avant d’atteindre le camping à la nuit. Nous réglons notre dû, 25 $ pour aucun service si ce n’est des toilettes… Chers les campings dans les Parcs Nationaux…

Dimanche 31 janvier : Le ciel est gris mais il ne pleut pas, ni ne neige, mais il fait très froid. Nous nous rendons au point de départ du sentier qui mène à Landscape Arch, une très belle arche, sur les photos, car nous n’allons pas loin, la terre gorgée d’eau et la neige sont verglacées et nous ne sommes pas équipés pour les patinoires. Ni pour quelque sol que ce soit en ce qui me concerne. J’ai dû remettre mes chaussures de ville de la veille, encore humides, avec mes chaussettes raides ! Je le regrette d’autant plus que cette promenade nous l’avions faite avec Julie et j’en avais conservé un très bon souvenir. Nous repartons et nous arrêtons pour aller voir la Skyline Arch, presqu’en bordure de route, un grand trou dans la muraille de grès, au bout d’un sentier sans trop de difficultés mais qu’il fait froid ! Plus loin, nous devons faire quelques centaines de mètres sur un sentier de sable glacé mais pas glissant pour nous faufiler entre deux de ces murs parallèles qui constituent l’essentiel des masses rocheuses et dans lesquels se sont percées les arches. Nouvel arrêt pour contempler un amas de crottes rocheuses bicolores qui seraient du plus bel effet avec un rayon de soleil. Nous retournons au parking d’où la veille nous avions entraperçu Delicate Arch. Nous nous en approchons sur un sentier sablonneux puis en grimpant sur une colline étonnamment sans trace de neige. Du sommet nous apercevons de bien plus près cette belle arche qui, avec d’autres roches torturées, culmine sur une autre barre rocheuse dont nous sommes séparés par un canyon. Nous y apercevons des touristes, minuscules, passer dessous. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le ciel est de plus en plus gris, la masse nuageuse de plus en plus basse et les sommets des montagnes proches, visibles la veille, y sont cachés. Nous nous dépêchons de revenir au site des « Fenêtres » pour vite nous précipiter à Double Arch qui comme son nom l’indique est formée de deux arches perpendiculaires sous lesquelles nous passons. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

La falaise forme une monstrueuse « Parade d’éléphants » avec ces roches pachydermiques où l’on peut identifier des dos arrondis, des oreilles et des trompes. Le paysage est magnifique, grandiose et avec un rayon de soleil pourrait concurrencer Bryce Canyon à notre panthéon des parcs américains. Nous repassons devant les « Trois Commères » indifférentes aux quelques flocons qui commencent à tomber. Je m’offre l’ultime plaisir de retourner jeter un œil à « Park Avenue », impressionnante même sans luminosité. Nous en avons enfin terminé et redescendons au Visitor Center où, après avoir changé de chaussures, je vais profiter de toilettes où on pourrait passer la journée dans une douce chaleur… Nicole a enfin réussi à nous envoyer un sms auquel nous répondons. Nous nous renseignons sur les prévisions météorologiques, toujours aussi mauvaises. Nous déjeunons puis suivons le cours du Colorado dans un beau canyon de falaises rouges abruptes, jusqu’à un lodge, fort bien situé sur les berges du fleuve. Nous apprécions le côté rustique chic et chaud ainsi que la décoration fidèle à l’esprit de l’Ouest des salles communes. Nous n’y sommes pas venus pour cela mais pour le petit musée consacré aux films qui furent tournés dans les environs, des westerns bien sûr et d’autres plus étranges. Nous revenons sur Moab en nous réservant un emplacement de camping en bordure du Colorado. Le terrain est géré par le BLM mais coûte tout de même 15 $ pour aucun service ! Nous allons refaire le plein de provisions au supermarché de Moab, bien achalandé. On y trouve même de l’agneau et du veau mais pas d’alcool ni de vin ! Il fait nuit quand nous en ressortons et il tombe toujours quelques flocons. Nous voulions dîner dans un restaurant chinois mais il est fermé. Nous allons donc nous installer seuls sur notre terrain. Nous relisons mon texte pour préparer le blog.

Lundi 1er février : Pas le moindre bruit au réveil, nous sommes recouverts d’une couche de 10 cm de neige ! Tout est blanc, uniformément blanc… Aucun véhicule ne circule, nous sommes tout seuls dans cette immensité immaculée. Nous ne sommes pas du tout pressés puisque nous allons devoir passer la journée à Moab en attendant une amélioration climatique. Nous rejoignons le centre-ville en roulant à petite vitesse. Les chasse-neiges commencent à s’activer mais trottoirs et rues secondaires sont encore couverts de neige. Au Bureau d’Information, on nous laisse espérer une amélioration demain avec même du soleil. Nous décidons d’attendre pour nous rendre à Canyonlands. Nous nous rendons à la bibliothèque où nous avons, dans des locaux chauffés, une bonne connexion internet qui nous permet de lire nos messages, répondre à celui de Nicole et mettre le blog à jour. Retourner sur notre camping ne nous enchante pas. Le panneau solaire, sous la neige, ne charge plus les batteries et nous n’allons pas rouler assez non plus. Nous allons nous renseigner sur les tarifs du seul camping, à la sortie de la ville, qui est ouvert. Le tarif d’un bungalow est à peine supérieur à celui d’un emplacement de camping. Nous hésitons, allons à la recherche d’autres solutions et finissons par trouver, bonne adresse du Routard, un hostel,le Lazy Lizard, qui ressemble fort à une auberge de jeunesse où, pour 26 $, nous avons une chambre chauffée et la possibilité de prendre une douche chaude. Nous y déjeunons de nos provisions puis nous appelons Julie sur Skype. Elle et Alex sont de retour à Aix et son déménagement devrait suivre. Nous nous octroyons une sieste puis nous retournons en ville, les rues sont déneigées mais il continue de tomber quelques flocons. Nous allons au Liquor Store, seul magasin habilité à vendre des alcools et du vin pour y refaire un plein. Nous nous mettons en quête d’un restaurant, le chinois envisagé est fermé, le japonais aussi. En attendant de nous contenter d’une quelconque brasserie, nous retournons, au chaud, à la bibliothèque écrire des cartes postales et taper le récit de cette journée. Nous allons dîner à la Moab Brewery, une micro-brasserie avec de bonnes bières pas chères et des plats très copieux, toujours un peu trop sucrés bien sûr. Calamar en beignets, poulet au miel et aux amandes pour Marie, bœuf avec une sauce barbecue dont j’ai presque du mal à venir à bout, sans oublier patates, cole slow et petite salade plus pain et beurre à des prix introuvables en France !

 

 

Mardi 2 février : Certes la literie n’avait pas toutes les qualités espérées, mais la douce chaleur dispensée par une grille d’aération, des couvertures et non un duvet trop étroit et le plaisir de sentir nos deux corps imbriqués ont fait de cette nuit un plaisir. Un grand ciel bleu fait presque oublier les températures négatives même en pleine journée. Nous quittons notre auberge et allons nous garer près du bureau d’information pour avoir la météo mais il est inexplicablement fermé. Nous petit déjeunons dans le camion glacial, l’eau arrive difficilement et tout est glacé. Nous nous rendons au Visitor Center du parc Arches où on nous affirme que le parc Canyonlands est fermé, les routes d’accès en cours de déneigement. Nous avons envie de revoir Arches sous la neige et aussi de profiter de ce soleil inespéré. Nous retournons donc aux points de vue les plus facilement accessibles, sans avoir trop à marcher dans la neige, « Park Avenue », « les 3 Commères » et le site avec la double arche, tous magnifiques, la roche dorée par le soleil et la neige soulignant les crêtes, les failles, les sommets. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le ciel bleu semblant affecter toute la région, nous décidons d’aller voir si nous ne pouvons pas accéder à Canyonlands. La route du parc est proche et aucune signalisation ne l’indique comme fermée. La route vers « Island in the sky », comme est appelée cette zone du parc, a été déneigée et nous roulons bien jusqu’au carrefour de celle qui se rend à « Dead Horse Point » que nous empruntons. Ensuite des plaques de neige ou de glace nous contraignent à modérer la vitesse sur une route plus étroite. Des vaches, là aussi, vaquent en toute liberté dans des champs disparus sous la neige. Au bout de la route, nous atteignons le Visitor Center de ce State Park où nous devons régler le droit d’accès puisqu’il ne s’agit pas d’un National Park ! Les alentours sont sous la neige mais alerté par des vues de portions de canyons sous la neige, je m’aventure sur un sentier non déneigé dans lequel j’enfonce jusqu’aux genoux pour parvenir à un point de vue sublime ! 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Un canyon se déverse vers le Colorado qui serpente au milieu de pitons disparaissant sous la neige, la fine couche blanche en souligne les strates. Un paysage en noir et blanc qui devrait être dans tous les tons rouges de roches brûlées par le soleil. Nous poursuivons quelques centaines de mètres jusqu’au point de vue d’où nous embrassons un gigantesque panorama de canyons, de pitons, de méandres, une immensité blanche surgie d’un rêve de graveur à la Dürer. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous nous en arrachons le temps de, rapidement, déjeuner dans un camion couvert de stalactites. Les roues ont projeté des particules de neige fondue sous la caisse, dans les passages de roue, sur les bavettes garde-boue, qui, avec la température extérieure, gèlent immédiatement. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Après cet émerveillement, nous revenons sur nos pas, ralentis par le dépassement d’un troupeau de plusieurs centaines de ces bovins gras et poilus que conduit un authentique cow boy à cheval, sur la route. Nous  poursuivons jusqu’au National Park et surtout à un autre point de vue, Grand View Point. Sur ces immensités de canyons, la neige a eu la gentillesse de laisser le grès rouge visible et s’est contentée de mettre en valeur les tons de la roche. Je suis un peu las de ces points de vue et surtout j’ai les pieds gelés dans mes souliers de ville. Je n’ai qu’une hâte, les quitter, enfiler d’autres chaussettes, pas mouillées, et mes « tennis de yachtman » qui auront connu quatre continents ! Encore quelques points de vue qui feraient traverser toute l’Europe pour les contempler puis nous prenons le chemin du retour. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous retraversons Moab pour la énième fois et continuons vers le sud. Nous quittons la route principale où je double les énormes poids lourds dans les côtes et où je suis, à mon tour, dépassé par les mêmes engins dans les descentes. Nous quittons cette route pour celle, encore bien couverte de neige glacée, qui mène dans la région des Needles. La nuit descend, nous ne distinguons plus grand-chose du paysage mais une multitude de biches (?) semble avoir choisi de nous y attendre avant de se sauver à notre approche. Nous nous arrêtons pour la nuit sur une aire non déneigée et dans laquelle nous devons tracer notre piste, au pied d’un rocher couvert de pétroglyphes. Nous nous offrons qui, un gin-tonic, qui, un verre de vin rouge avant de cuisiner pour nous réchauffer.

 

 

Mercredi 3 février : Je suis réveillé par le froid avant une heure du matin et ne parviens pas à me rendormir. Le chauffage refuse de démarrer malgré plusieurs essais. Le thermomètre à l’intérieur du camion descend lentement mais sûrement et atteindra les -5°c. Nous avons beau nous serrer l’un contre l’autre, nous ne parvenons pas à nous réchauffer. Dès que le jour commence à pointer nous nous extrayons de nos duvets, avalons un thé obtenu à partir d’une bouteille d’eau minérale. L’eau des réservoirs a gelé et le robinet a la goutte au nez, gelée. Je parviens non sans mal et après quelques minutes d’angoisse à démarrer le moteur et nous reprenons, dans le petit jour, la route complètement gelée en mettant à fond le chauffage. Il me faut bien du temps pour commencer à en sentir les bienfaits. Nous nous arrêtons à la première agglomération, Monticello, sur un parking de poids lourds pour faire le point et reprendre un thé accompagné de biscuits. Je serais, peu soucieux d’une nouvelle nuit glaciale, partisan d’abandonner le projet de Taos, Santa Fé, pour rejoindre au plus vite des contrées aux températures plus douces mais Marie n’est pas de cet avis… Nous continuons donc dans un paysage de conte de Noël avec des arbres couverts d’une Chantilly luisante sous le beau soleil qui fait ce qu’il peut mais ne parvient pas à ramener les températures à des valeurs positives. Nous entrons au Colorado, le Bureau d’Information nous donne une carte de l’Etat et quelques informations (nécessité de pneus neige ou de chaînes) sur le parc de Mesa Verde. Nous allons nous faire confirmer ces informations au Visitor Center du parc. Notre véhicule semble apte à affronter les trente kilomètres de route déblayées mais encore glacées dans une longue montée avec des virages négociés avec précaution au début puis avec plus d’assurance. Nous passons au musée du parc où sont évoqués les Indiens Anasazi qui, jusque vers l’an 1300 occupaient les mesas, les plateaux de cette région avant de mystérieusement disparaître. Des vitrines, un peu désuètes,  présentent leur mode de vie et un film moins nunuche que les précédents, complète les informations. Mais ce qui fait l’intérêt de ces Indiens est leur habitat constitué de maisons bâties sous de grands auvents dans les falaises. La route continue et passe à des points de vue sur quelques-uns de ces villages que nous pouvons contempler de l’autre côté du canyon, sans y accéder en cette saison. Ils sont tous fort intéressants mais le plus beau que nous ayons pu visiter en 1986, Cliff Palace, est aussi le plus grand, le plus construit avec des maisons qui pouvaient avoir quatre étage et de nombreuses kivas

 

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Sous des hangars sont aussi montrés les résultats de fouilles d’habitations plus anciennes, parfois à demi enterrées. Nous prenons le chemin du retour et croisons dans la descente le camion des Savoyards qui nous annoncent des températures abominables à Durango où nous avons l’intention de nous arrêter ce soir. Pas question de camper, nous nous résolvons à prendre une chambre dans un motel bas de gamme, Days End. Je ne trouve pas de supérette à proximité, aussi dînons-nous dans le camion et faisons la vaisselle dans notre salle de bain puisque nous n’avons toujours pas d’eau dans le camion.

 

 

Jeudi 4 février : Une nuit dont on ne voudrait pas en voir le jour poindre. Un chauffage sans défauts, un lit grand comme un terrain de base-ball, une douche réglable, rien pour rappeler les températures extérieures ! Quand, vers huit heures, je vais dans le camion, le thermomètre intérieur accuse une baisse qu’il n’avait jamais connue : -15°c ! Nous chargeons nos affaires et après être passés par le centre historique de la ville, immeubles de brique et quelques demeures ou hôtels du temps passé, remis à neuf, nous reprenons la route. Campagne enneigée et bovins habitués aux grands froids. Les petites villes traversées se ressemblent toutes avec leurs alignements de fast food, hôtels de chaînes interchangeables et leurs malls commerciaux. Après Pagosa Springs, nous passons des cols pas trop élevés dans un paysage digne d’un tableau d’hiver de Brueghel où il ne manquerait que des paysans en train de faire la fête, un ivrogne se soulageant, un autre lutinant la servante de l’auberge, bref, l’essentiel… Nous passons au Nouveau Mexique et nous rendons au Visitor Center où nous déjeunons dans le camion avec un chauffage qui daigne fonctionner. Nous continuons en direction de Santa Fé. Presque tous les noms de lieux sont à consonance espagnole. Nous traversons souvent des territoires de réserves indiennes, l’habitat est nettement plus pauvre. Nous commençons à rencontrer des maisons, des églises construites en adobe avec poutres qui dépassent des murs et formes adoucies, dans le style pueblo. A Abiquiu, nous visitons une église apparemment récente, dans ce style, avec de belles poutres reposant sur des corbeaux sculptés et couvertes de cannes. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous avons descendu quelques centaines de mètres en altitude, la neige est plus éparse, ce qui nous laisse espérer une nuit moins fraîche mais nous remontons à presque 2000 mètres à l’arrivée à Santa Fé. Nous cherchons et trouvons, avec le gps, un Walmart où nous passerons la nuit. Je vais acheter à la pharmacie une crème pour adoucir mes crevasses aux doigts puis, renseignement pris, nous traversons l’avenue pour nous rendre à une laverie où nous attendons au chaud que notre linge se refasse une beauté.

 

 

Vendredi 5 février : Encore une nuit bien glaciale ! Nous avons mis le chauffage avant minuit mais il a arrêté de fonctionner avant cinq heures. Le soleil a pris le relais peu avant sept heures. J’avais remis de l’eau dans le vase d’expansion, elle semble avoir disparu. Serait-ce la raison de ce disfonctionnement ? Nous repartons en direction du centre-ville. Bien que peuplée de moins de cent mille habitants, Santa Fé est, comme toute ville américaine, très étendue et il faut faire des kilomètres pour atteindre le cœur de la cité. Ici, pas de gratte-ciel, la règle est de copier les habitations traditionnelles des Indiens Pueblo pour les habitations et les édifices publiques. Nous nous garons derrière le Visitor Center. L’animation dans les rues autour de la Plaza, l’ancienne place centrale de la ville espagnole, est des plus réduite. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

L’animation dans les rues autour de la Plaza, l’ancienne place centrale de la ville espagnole, est des plus réduite. Peu de voitures, encore moins de piétons avec ce froid mordant. Les boutiques pour touristes sont nombreuses et offrent, bijoux, poteries, tissages, inspirés des arts traditionnels mais à des prix astronomiques ! Ce n’est pas une ville à visiter en hiver et, aux autres saisons, elle doit être envahie de troupeaux de touristes. Nous entrons dans une chapelle, la Loretto, du gothique du XIX° siècle, vague copie de la Sainte-Chapelle de Paris mais sans les fresques et dont le chef d’œuvre est un escalier en colimaçon, exceptionnel aux Etats-Unis… Nous flânons dans les rues alentour, à la recherche des plus belles maisons, certaines ont une galerie sur la rue supportée par des poteaux, d’autres forment des assemblages cubiques adoucis par les arrondis des angles, sur les façades dépassent les poutres.

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Nous visitons le Palais du Gouverneur, transformé en Musée Historique de la Ville et de l’Etat. L’histoire du territoire, à partir de la conquête espagnole puis de l’indépendance mexicaine et enfin de son intégration dans les Etats-Unis, est racontée sans cacher les appétits et les injustices commises avec cet art bien américain du didactisme. Quelques salles nous intéressent, celles qui montrent les œuvres créées pour l’enseignement du christianisme, les Santos, sortes d’icônes populaires, peintes ou sculptées, naïves et fraîches. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous nous dirigeons ensuite vers le musée dédié à Georgia O’Keefe, l’artiste américaine qui s’était retirée à Abiquiu. Visite décevante, peu d’œuvres sont exposées par rapport à la taille du musée et à son tarif d’entrée. Je n’apprécie pas ses œuvres abstraites, ses paysages sont plus intéressants. Je vais poster une carte postale pour Julie en passant devant de beaux édifices à l’architecture traditionnelle adaptée puis nous revenons vers la jolie petite église de la mission San Miguel. Elle a conservé un beau retable baroque indien et un intérieur très dépouillé. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous retournons au camion pour déjeuner puis nous voulons nous rendre sur la colline où se trouvent d’autres musées. Mais impossible de démarrer ! Le démarreur fonctionne mais le moteur ne tousse même pas. Plusieurs essais maltraitent la batterie je me vois contraint de faire appel à un mécanicien. Je demande au Visitor Center de téléphoner à Land Rover, ils n’ont pas de dépanneuse et ne peuvent pas envoyer un mécanicien… Un des employés m’indique un garage proche, je m’y rends, le patron promet de venir dans trois quarts d’heure. Une heure plus tard, j’y retourne, il n’a pas le temps et de toute façon ne répare pas les moteurs diesel ! J’insiste pour qu’il me trouve quelqu’un mais il est tard maintenant et tous les garages sont fermés jusqu’à lundi… Il finit par me trouver un mécanicien qui accepte de se déranger demain matin. Je reviens annoncer la bonne nouvelle à Marie. Nous devons nous apprêter à passer la nuit sur ce parking mais Marie ne l’entend pas ainsi. Elle veut ressortir, profiter de la gratuité des musées le vendredi soir. Nous voilà repartis dans le vent glacial en direction de la Plaza. Le Museum of Arts expose des artistes locaux ou qui ont travaillé dans la région mais je n’ai pas très envie d’être là et n’attend que le moment de rentrer au camion. Nous revenons en passant devant un autre musée, heureusement fermé. Nous mettons du chauffage dès que nous sommes à l’intérieur, relayé ensuite par la cuisson du repas.

Samedi 6 février : Après une nuit identique aux précédentes et dont nous nous promettons bien qu’elle sera la dernière à grelotter, nous nous levons en nous demandant où nous serons ce soir. Le chauffage n’a pas tenu toute la nuit et la pompe, probablement gelée, refuse toujours de distribuer de l’eau. A neuf heures et demie, j’attends le mécanicien promis au garage. Il est ponctuel. Bruce, la cinquantaine bien tassée, grille des cigarettes qu’il roule et qui marquent de nicotine ses moustaches conquérantes. Il se penche sur le problème mais ne peut pas faire grand-chose hors de son atelier. Nous devons avoir recours à une dépanneuse qu’il appelle. Une demi-heure plus tard, je suis dans la cabine du camion avec le nôtre, amarré dans le dos, Marie est repartie avec  Bruce. Nous débarquons, nous et le camion à l’atelier, perdu dans une zone de mobile-home, au bout d’une piste de terre. La note est moins salée que je ne le craignais, 83 $ pour le transport. Le camion rentré dans l’atelier, agréablement chauffé, Bruce étudie le problème, le carburant n’arrive pas et il y a de l’eau dedans. Au bout d’une heure le moteur ronfle. Nous sommes contents, nous le ressortons, la glace qui couvrait les ailes intérieures a fondu ou s’est détachée des parois. Tout va bien ! Je coupe le moteur, règle 200 $ à Bruce, remonte dans le camion et le moteur ne redémarre pas ! Bruce se remet au travail, le moteur tourne… Prudemment, je lui dis que nous allons déjeuner sur place et que nous verrons ensuite s’il redémarre. Il ne veut pas attendre et nous demande de le suivre chez lui, en dehors de la ville. Garés devant sa villa, il nous invite, nous présente sa femme, sympathique, causante, puis nous propose de déjeuner ensemble. Pas chez eux, mais dans un restaurant à quelques kilomètres, très fréquenté. Nous devons attendre un quart d’heure avant de prendre place. Les plats sont toujours aussi copieux et bon marché le midi. Travers de porc à la cajun pour nous, salade et plat mexicain pour eux, avec de la bière pour les ivrognes français… Nous bavardons beaucoup, parlant des modes de vie locaux et français. Ils font des efforts pour se faire comprendre, moi aussi… Nous revenons chez eux, le camion ne fait pas sa mauvaise tête et démarre. Nous prenons la route d’Albuquerque en passant par une route secondaire via Madrid où semblent se concentrer des maisons d’artisanat, de sculptures, très prisées en ce samedi. Parvenus à Albuquerque, nous trouvons rapidement un Walmart où, après quelques emplettes, nous nous installons pour la nuit. Je vais relever nos messages en profitant du wifi du Mac Do.

Dimanche 7 février : Enfin une nuit sans grelotter ! La température extérieure a dû descendre en-dessous de zéro mais nous n’en avons que peu souffert avec le chauffage mis au matin. L’eau chaude a permis de dégeler la pompe à eau et l’eau est revenue au robinet mais aussi à la douche, restée en position ouverte, d’où une inondation qu’il a fallu éponger. Nous allons nous garer au Centre Culturel des Indiens Pueblo, un beau bâtiment géré par les 19 Nations des Indiens dits Pueblo. Il n’y règne pas une grande animation, nous avons même du mal à trouver quelqu’un pour encaisser notre participation à son développement. Des travaux occupent quelques ouvriers dans les couloirs et la partie musée est absolument déserte. Il y a plus à lire qu’à voir, les vitrines sont pauvrement garnies. A la boutique les prix pratiqués sont indécents, 500 $ pour un bol en terre cuite peint ! Comme en Alaska ou au Canada, le moindre artisan est un « Artiste » ce qui doit se monnayer… Nous allons nous garer sur la Plaza du vieux Albuquerque, un petit quartier de boutiques, restaurants, dans des patios, construits dans le style traditionnel, maison en torchis, toits plats et poutres dépassant des murs. Sur la place, l’église San Felipe de Neri, murs ocre et sommets des tours et des pignons blancs, date de la colonisation espagnole mais elle n’a pas le charme des Missions. 

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

C’est la sortie de la messe, le curé donne l’accolade à chacun de ses paroissiens endimanchés. Nous nous rendons au Musée d’Art et d’Histoire d’Albuquerque en contournant tout un pâté de maisons que Marie trouve bien long. Présentation habituelle du développement de la ville, de ses débuts à nos jours, de ses réalisations, de sa population de cultures différentes etc… Nous passons rapidement, un peu las de ces présentations répétitives. Les salles devant exposer des objets datant de la conquête espagnole sur tout le continent sont fermées. Une autre présente des réalisations d’artistes contemporains de toutes les Amériques, certaines, des chaussures, des robes, sont étonnantes ou amusantes. L’exposition temporaire est consacrée à un certain Higinio Gonzales, un étameur de la fin du XIX° siècle qui avait créé des cadres extraordinaires en étain, découpés, parfois colorés, pour des images religieuses ou pour des autels portatifs. Nous récupérons le camion et filons, à l’extérieur de la ville, au Petroglyph National Monument. Sur une colline, un amas de roches volcaniques noires, est couvert de gravures rupestres. Après avoir déjeuné dans le camion, nous nous lançons dans les éboulis sur un sentier partiellement goudronné mais qui reste difficile pour Marie. Nous découvrons des dessins qui sont encore très énigmatiques, des personnages dont il est difficile de dire le rôle, la fonction, une représentation de yucca, d’un ara.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous sommes tout de même déçus par la faible qualité artistique de ces pétroglyphes. Nous quittons Albuquerque et mettons le cap résolument au sud, sur une autoroute qui traverse une réserve indienne. Je somnole au volant et doit m’arrêter avant de trop m’endormir. Nous nous arrêtons peu après à Socorro, dans un RV Park, pour y avoir une bonne douche chaude et profiter d’une bonne connexion wifi. Nous téléphonons à Pierre Magne pour convenir d’un rendez-vous à Tucson. C’est dimanche, nous prenons l’apéritif, vodka-orange ou gin-tonic, en relisant mon texte avant de le mettre en ligne.

Lundi 8 février : Un peu de chauffage au matin et dès que le soleil brille, la température devient agréable. Nous avons tardé à nous lever et nous ne sommes prêts qu’après neuf heures et demie. Nous renonçons à passer au supermarché et attendrons ce soir. Nous prenons la route qui passe par les montagnes, en espérant avoir une route plus agréable que l’autoroute trop rectiligne. Nous sommes sur un plateau, à 1500 mètres d’altitude entre deux lointaines chaînes de montagnes, occupé par des ranchs immenses. Nous grimpons ensuite à plus de 2000 mètres et retrouvons des plaques de neige. Peu de monde sur ces routes secondaires, nous ne croisons que de rares fermiers dans leur pick up. Après Datil, la route serpente en montagne en plein pays apache. Des ranchs plus pauvres, maisons de bric et de broc, mobile homes, camping-cars en guise de logement, et beaucoup de vieilles voitures, sont installés sur des espaces beaucoup plus restreints. Une autre image d’Américains très modestes mais toujours aussi fiers de leur pays, arborant souvent la bannière étoilée devant leur porche. Je reprends du diesel à Reserve au double du prix habituel… Nous perdons ensuite de l’altitude, le soleil chauffe, plus de pull-over, en bras de chemise, nous entrons en Arizona.  De nombreuses portions de la route sont « adoptées », comme les y incitent des panneaux tout au long des routes d’Amérique du Nord, par des familles en souvenir d’un proche défunt. Nous parvenons à Safford où nous allons refaire un plein de victuailles puis nous sortons de la ville et allons nous installer pour la nuit dans un State Park, au bord d’un lac de barrage, hérons et canards dans les roseaux nous y tiennent compagnie.

 

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Mardi 9 février : Nous nous réveillons avec les yeux émerveillés d’un gosse un matin de Noël, pas de givre sur les vitres, plus besoin de nos thermolactyl Damart, le soleil réchauffe le camion, inutile de mettre en route la chaudière, il règne une douce température ! Nous quittons notre lac et reprenons la route, dans le désert, pour rejoindre l’autoroute qui mène à Tucson. Nous traversons le territoire des Apaches Chiricahua. Un « monument » évoque Cochise. Cochise ! James Stewart, « La Flèche Brisée » ! Que de westerns à revoir en rentrant… sans compter les dvd à acheter  ( Thelma et Louise, les John Wayne tournés à Monument Valley…). Des broussailles et des arbres défoliés et noircis commencent à émerger des cactus et des yuccas annonciateurs des paysages du désert de Sonora. Peu avant la grande ville, nous bifurquons pour entrer dans le Saguaro National Park. Sur les contreforts de la montagne, dans la banlieue de la cité, une immense étendue uniquement couverte de cactus de toutes sortes s’offre aux visiteurs. Cactus « cholla », « raquettes », « cactus bananes » comme je les nomme et surtout « saguaro », autrement dit cactus-candélabre. Les incontournables icônes du paysage mexicain, des cactus qui peuvent atteindre 150 ans et doubler et même tripler la taille d’un être humain. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Une route serpente sur quelques kilomètres, au milieu des diverses espèces de ces végétaux peu abordables, de toutes tailles, de toutes formes. Un sentier mène au milieu d’eux mais nous sommes tout de même déçus, nous attendant à une plus grande densité que nous ne trouverons que dans un ravin proche de la sortie. Nous rejoignons Tucson, une de ces interminables avenues nous conduit au bureau d’assurance mexicaine où je souscris pour une durée de trois mois un contrat  pour le camion. En poursuivant nous atteignons le centre moderne et y trouvons le Visitor Center. Munis d’un plan détaillé, nous partons à la découverte des anciens quartiers de la ville. Ils sont bien cachés. L’urbanisation de la ville les a réduits à peu de choses, un bâtiment de 1929 dans un vague style espagnol, qui sert de Tribunal, et, plus loin, le Presidio, une très simple maison en briques de terre, souvenir du premier établissement espagnol à Tucson. Très déçus par ces peu intéressants faux vestiges d’un passé plutôt récent, nous revenons, Marie en traînant la patte, au camion. Nous allons nous garer près du bario viejo, où quelques maisons quelconques mais  anciennes, un siècle, un siècle et demi, justifient le nom et le caractère « original ». Nous sortons de la ville, sans aucun caractère, pour, en suivant des indications de notre Gps, et malgré un soleil couchant de face, trouver le point de rendez-vous avec Pierre et Corinne. Ils nous précèdent de peu. Nous allons nous garer en hauteur, au-dessus d’un terrain occupé, gratuitement, par d’autres voyageurs. Nous les rejoignons dans leur camion dont nous envions (?) l’impeccable netteté… Apéritif puis Corinne nous prépare un trop copieux plat de pâtes bolognaises qu’un « gin » délicieux fait passer. Tout cela en parlant voyages, et avec force considérations sur cet étrange mode de vie américain. Coucher tardif…

 

Mercredi 10 février : Il a fait un peu frais cette nuit mais juste assez pour nous rappeler les jours difficiles… Nous faisons nos adieux à Pierre et Corinne en promettant de nous revoir en mai en France. Nous reprenons la route vers Tucson en découvrant ce que le soleil de face nous avait caché hier soir, des collines couvertes de saguaros. Au bout de quelques kilomètres dans la plaine, au milieu des cultures d’une réserve indienne, nous atteignons la mission San Xavier de la toute fin du XVII° siècle, Une belle église en crème chantilly, pas trop tarabiscotée et pourvue d’une façade en pierre brute, sculptée avec des représentations de Saints et de symboles.

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

L’intérieur, d’un beau baroque indien, est superbe, fresques colorées aux couleurs passées, abondance de la décoration et peintures à la voûte et dans les coupoles.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

La boutique ne déparerait pas à Saint-Sulpice… Nous reprenons la route pour pénétrer dans la section ouest du Saguaro National Park. Nous ne pensions que le traverser pour récupérer la route de Phoenix mais nous sommes séduits par la densité, ici, des cactus, bien plus importante que dans la section est. Nous y découvrons même, sur les indications d’une ranger, un de ces cactus que j’appelle « chou-fleur » à cause de son extrémité supérieure exubérante.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 Une piste se glisse, au milieu du désert à flanc de colline, dans ce beau paysage érotique de phallus piquants, fièrement dressés, dans tous les stades de la bandaison…

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

SanNous nous promenons sur un bout de sentier pour nous sentir entourés par cette accumulation de cactées aux formes souvent étranges. Un autre sentier nous fait gravir une colline où, sur les roches, sont gravés des images, des signes mystérieux, spirales, gazelles, serpents, êtres humains. Nous retournons vite au camion, assoiffés car il fait chaud et nous déjeunons. Cette fois, ce n’est plus le chauffage mais le réfrigérateur que nous apprécions… Il est trop tard pour que nous puissions arriver à temps à Phoenix pour visiter le Heard Museum. Nous roulons néanmoins en direction de cette grande métropole, sur une autoroute rapide et dans un paysage plat et monotone. Le réseau de voies rapides, d’échangeurs, est très dense mais nous ne nous perdons pas trop. En demandant, nous trouvons un Walmart et bien qu’il soit encore tôt, nous nous arrêtons pour la nuit. Je vais racheter des sauces et des boissons puis nous faisons du rangement, pulls, chaussettes, écharpes sont enfouis dans les coffres…

Jeudi 11 février : La nuit va été calme, nonobstant le passage de la balayeuse au petit matin, moins bruyante tout de même qu’à Fairbanks. Nous empruntons les larges avenues pour nous rendre en plein centre-ville que, seuls, quelques gratte-ciel identifient comme tel. Mr et Mme Heard ont consacré quelques années de leur vie et surtout un joli paquet de dollars à acquérir des objets, paniers, poteries, bijoux, des diverses tribus indiennes, principalement du Sud-Ouest. Comme autrefois, on achetait des « indulgences », ils ont créé une fondation pour présenter cette collection. Dans un bâtiment moderne, de style « colonial espagnol », avec patios et galeries à arcades, est exposé le résultat de ces années de collecte. Un extraordinaire rassemblement de ces réalisations artisanales, preuves de civilisations anciennes (certains objets datent de plus d’un millénaire), sauvées de l’oubli et présentées en sections, suivant les diverses ethnies. Ensemble de paniers d’une inimaginable finesse, capables de contenir de l’eau, de poteries aux dessins remarquables, de bijoux d’argent incrustés de turquoises et de corail. Un ensemble de poupées katchinas (ou katsinas ?) récentes ou anciennes (plus d’un siècle), à damner un amateur ! 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Dès le début, nous sommes séduits, d’autant que les objets anciens sont mis en regard avec des réalisations modernes qui n’ont jamais la qualité, la patine, la fascination des objets anciens. Je regrette tout de même que les cultures de ces peuples ne soient évoquées que par l’intermédiaire de ces ustensiles. Leurs habitats, coutumes, croyances, ne sont pas rappelés. D’autres salles évoquent les difficiles tentatives d’assimilation forcée dans des écoles, à régime sévère, des jeunes Indiens puis leur participation à la vie de la nation américaine. Nous y passons plus de trois heures et quand, après une visite à la boutique où, comme ailleurs, les prix sont complètement hors de proportion, nous en ressortons, il est temps de déjeuner avant de reprendre la route. Nous quittons Phoenix sur l’autoroute en direction de Los Angeles avant de bifurquer vers la frontière mexicaine. Nous sommes étonnés de constater que les bords de route sont jonchés de déchets. Après une fatigante traversée du désert sans intérêt, nous aboutissons, à quelques kilomètres de la frontière, au « Organ Pipe Cactus National Park ». Encore un de ces parcs consacrés aux cactus mais cette fois, il s’agit de cactus différents, dont la particularité est de diverger en multiples bras dès la racine. Vite, car le soleil baisse, nous nous renseignons au Visitor Center puis nous réservons un emplacement au camping avant de repartir sur une piste qui va se promener au milieu des cactées, grimper à flanc de collines au pied de falaises que les derniers rayons du soleil rougissent. Là encore, nous sommes ravis par l’abondance de ces énormes boudins verts pourvus de piquants, mélangés à d’autres « saguaros », plus classiques,  rencontrés à Tuscon. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 

Bien que pressés par le temps, nous partons pour une belle balade au soleil couchant, avant de nous installer au camping, agréablement situé au milieu des cactus et exceptionnellement pourvu de douches. Fatigués et assoiffés, nous nous désaltérons avec une bière ou un gin-tonic avant de dîner. La douche, solaire, n’est plus chaude quand je l’utilise, tant pis.

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 18:34
TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mercredi 26 août : Nous sommes prêts à huit et demie et donnons les clés à notre responsable, puis patientons dans le salon. Je mets le blog à jour et envoie des messages pour trouver un parking longue durée à Las Vegas. Le mécanicien québécois me montre l’origine de la fuite d’huile : encore un joint qui a été changé avant le départ sur l’arbre de roue… Nous allons déjeuner dans un petit restaurant japonais proche, pas trop cher et très correct, puis nous revenons continuer de patienter en regardant TV5… Les heures passent, le camion est toujours sur le pont et le mécanicien s’active. Ce n’est que peu avant six heures que nous le récupérons. La facture a été réduite au minimum, les pièces et la main d’œuvre concernant la fuite sont prises en charge par la garantie de la réparation à Québec ! Un nouveau voyage commence. Après 20000 kilomètres  de route, nous en avons cette fois bien fini avec l’Alaska et la Côte Nord-Ouest du Canada, nous entamons la traversée du nord au sud du continent, objectif Montevideo et dans un premier temps Las Vegas. Nous traversons tout Vancouver et prenons l’autoroute qui nous fait sortir en une heure du Grand Vancouver. Nous roulons jusqu’à Abbotsford. Le Walmart n’ayant pas de parking extérieur, nous allons nous garer devant le centre de réparation Grampa’s chez qui je compte demander demain de m’installer une bouteille de gaz américaine.

Jeudi 27 août : Nous aurions bien dormi encore mais le magasin ouvre à huit heures ! Je m’adresse à la personne à l’accueil, peu aimable, il n’a pas les pièces et je devrais prendre un rendez-vous, mais il faut attendre le patron. Celui-ci, plus commerçant, assure que la pose d’une bouteille américaine en remplacement de notre Camping Gaz, ne pose pas de problème et il envoie en chercher une. Pendant ce temps je démonte la nôtre, fait du rangement pour pouvoir caser la nouvelle et attends… Retour de l’employée avec deux bouteilles qui manifestement ne peuvent pas rentrer dans le logement prévu pour ! L’employé avait bien pris les mesures en hauteur mais pas en largeur… Et il n’y en a pas de plus petite en ce moment ! Nous repartons avec une heure de perdue. Nous continuons sur l’autoroute dans un paysage très quelconque, cultures, fermes, une végétation confuse d’essences variées. A Hope, je refais un plein de gasoil et trouve une bouteille de propane qui rentre parfaitement à la place prévue. Je l’achète mais nous n’avons ni détendeur ni tuyau. Ce sera pour plus tard… Nous continuons sur une route toujours deux fois deux voies mais nettement moins chargée en circulation. Nous passons à proximité d’un spectaculaire glissement de terrain, une montagne qui s’est brutalement disloquée et dont les roches forment un amoncellement gigantesque.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous nous rapprochons de montagnes à peine discernables dans la brume. La route s’engage dans des gorges boisées, les résineux dominent alors. Au débouché des gorges, les collines et les basses montagnes sont de plus en plus dénudées. L’exploitation forestière continue à en croire les grumiers que nous rencontrons et les exploitations où des milliers de troncs attendent d’être débités. Des ranchs avec peu de bestiaux, surtout des moutons, occupent la vallée alors que les sommets deviennent carrément arides. Curieusement, à Keremeos, nous traversons des vergers et des vignobles. La route continue de monter, descendre sur des pentes souvent rudes, elle n’est plus qu’à une seule voie, dans chaque sens quand même… Osoyoos est une petite ville aux allures de station balnéaire au bord d’un lac. Il fait une chaleur étouffante qui justifie les baignades. L’air est de plus en plus opaque, la visibilité réduite, ce sont les fumées des incendies dans l’Etat de Washington que nous longeons, qui sont responsables de cet obscurcissement. Etrange sensation d’entrer dans un autre monde où toutes les perceptions sont atténuées. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous continuons d’avancer, je commence à fatiguer et nous cherchons un camping, de préférence dans un Parc Provincial, assurance de ne pas être entassés les uns à côté des autres, mais je voudrais bien aussi avoir une douche chaude. Cette rareté existe, nous la trouvons à proximité de Fruitvale. Nous nous arrêtons à presque sept heures du soir avec le sentiment du devoir accompli…

Vendredi 28 août : Nous quittons presque à regret ce camping qui à notre hit-parade des campings du Canada l’emporterait haut la main vu le rapport qualité-prix ! 15 $ pour un emplacement au calme, isolé, dans les arbres et une douche chaude de durée illimitée, nous sommes preneurs à toutes les étapes. La brume ne s’est pas dissipée et nous ne pouvons guère apprécier le paysage bien « canadien », montagnes, forêts, lacs et torrents. Nous grimpons un col au milieu d’une forêt de sapins extrêmement dense, les branches de l’un s’enfoncent entre celles du voisin et j’imagine facilement que, si l’on parvenait à s’y frayer un chemin, on serait perdu au bout de quelques mètres. Au sortir du col nous sommes au milieu des ranchs, toujours aussi peu de bétail, mais les chevaux dont des poneys pie sont nombreux. Nous nous arrêtons pour une dernière visite aux supermarchés canadiens, ravitaillement pour deux jours, bières pour six et une bouteille de ce vin blanc, Two Ocean, que nous avions apprécié en Afrique du Sud. L’après-midi se passe à avaler des kilomètres et surveiller l’épaisseur de la couche de brume qui semble diminuer vers l’est. Nous quittons la Colombie Britannique pour l’Alberta. Dès que nous sommes en Alberta, le paysage change radicalement : plus de forêt, peu de ranchs mais avec beaucoup de bétail et surtout des plaines à blé à perte de vue. Et un vent particulièrement fort. Maintenant nous piquons au sud et parvenons à la limite du Parc National de Waterton Lakes. Nous trouvons un camping où notre camion nous vaut un rabais !

Samedi 29 août : Dans la nuit, un oiseau est venu pleurer autour du camion et même se poser dessus ! Le soleil semble vouloir percer et des portions de ciel d’un bleu encore pâle apparaissent, le vent s’est calmé. Nous repartons et entrons dans le Parc National de Waterton Lakes, contigu à celui de Glacier National Park aux USA. Nous commençons par suivre une mauvaise route dans un enclos où un petit troupeau de bisons joue à cache-cache avec les touristes. Nous ne les apercevons que de loin et aux jumelles. Nous suivons ensuite une route en scrutant les pentes des montagnes, en surveillant les fourrés, toujours en quête de wapitis, loups etc… Mais seuls de charmants écureuils à la queue annelée viennent nous voir. Nous nous approchons des montagnes, nous avons retrouvé les Rocheuses, suivons un torrent, et la route se termine sur un parking. De là, un sentier pas bien long suit un cañon peu profond où un maigre ruisseau coule sur des roches rouges veinées de blanc.

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Le soleil qui avait brièvement éclairé les falaises des montagnes se recache derrière les fumées des incendies qui ne se décident pas à s’éteindre et le vent revient. Nous replongeons dans la brume ! Nous revenons sur nos pas, passons au Visitor’s Center qui ne nous laisse guère d’espoir d’une amélioration de la visibilité. Nous traversons la petite station touristique encore très active, trop à notre goût, en cette fin de saison. Nous repartons sur une autre route en forêt qui nous amène à un lac dont on ne peut que deviner la rive opposée, aux USA. 

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Retour à Waterton, nous passons à l’hôtel d’où nous devrions avoir une belle vue sur le lac et les montagnes mais nous n’observons qu’un éblouissant contre-jour cotonneux. L’hôtel a conservé les traditions d’un temps peut-être pas tout à fait révolu : les serveurs portent le kilt, une harpiste joue de son instrument pour délasser les hôtes avachis dans de profonds fauteuils sous les boiseries séculaires. Nous reprenons la route, sortons du parc et filons en direction de la frontière, vite arrivée. Pas de contrôle à la sortie du Canada, les Américains sont plus tatillons, surtout avec leurs propres ressortissants. Faute de déclarer des armes, de la drogue, des alcools (?), des pamplemousses et autres agrumes, nous ne traînons pas. La route est étroite et curieusement, dans ce pays policé, des bovins ont adopté le goudron pour se promener. Nous parvenons à l’entrée du Glacier National Parc et décidons d’arrêter au camping à l’entrée, dans l’espoir d’avoir un meilleur temps demain. Le vent continue de souffler avec une violence dont nous ne savons si nous devons nous en réjouir ou nous en inquiéter. Nous passons la soirée à regarder un autre Truffaut : « Vivement Dimanche », régal de film noir avec une éblouissante Fanny Ardent (et ses jambes !) à damner un séminariste !

Dimanche 30 août : Le vent a soufflé toute la nuit, avec des bourrasques à renverser un camping-car aurait-on cru ! Et au matin, grand ciel bleu et air pur, dégagé des fumées. Nous partons tardivement et reprenons la route d’arrivée pour entrer de nouveau dans le parc en direction de Many Glacier. La route s’infiltre entre les versants de montagnes séparées par une étroite vallée. Au-dessus des flancs boisés, ce sont d’abruptes falaises, de vrais murs, qui dominent. Le ciel est bleu mais les nuages s’accumulent sur les sommets et si le versant que nous suivons est ensoleillé, de l’autre côté, l’ombre l’emporte. La route se termine sur un vaste parking pour tous les amateurs de randonnées, nous n’y avons presqu’aucune vue sur les montagnes et surtout pas sur les glaciers supposés être le clou de ce parc. Nous revenons de quelques centaines de mètres sur nos pas et allons au grand hôtel, bien situé au bord du lac entouré de montagnes impressionnantes. Pour ce qui est des glaciers, heureusement que nous en avons vu d’autres ! Il ne reste que quelques taches grisâtres, tombées du pinceau céleste mal rincé. 

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Rien de remarquable, rien que nous aurions pris la peine de regarder en Alaska ou au Canada. Heureusement que le cadre de montagnes est majestueux. Le vent est si violent que nous ne pouvons guère sortir en plein air, ce à quoi l’hôtel, avec sa haute cheminée centrale et ses baies vitrées, n’incite guère. Nous revenons à notre point de départ et entamons la route appelée Going-to-the-Sun Road, une scenic road qualifiée, l’une des plus remarquables des Etats-Unis. Les Américains ne sont généralement pas avares de superlatifs et s’il s’agit en effet d’une très belle route de montagne, elle n’est pas exceptionnelle et nous en avons parcouru beaucoup d’autres tout aussi spectaculaires. Très récemment un incendie a ravagé les bords de la route et les troncs noircis des arbres encore debout forment un décor macabre. 

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Le manque de soleil, l’accumulation de nuages qui assombrissent le ciel, y sont pour beaucoup mais nous ne sommes pas fortement impressionnés. Là aussi les glaciers promis sont ridicules, quelques plaques de neige s’essaient à jouer dans la cour des grands. Nous passons un col, commence une longue descente en contrebas de falaises. La route est très étroite et manifestement, les conducteurs locaux n’aiment pas et roulent très précautionneusement. Un orage nous attend quand nous roulons dans la vallée, il ne suffit pas à laver le camion. Nous passons au Visitor’s Center d’Apgar où nous avons le wifi, pas de nouvelles… Marie a envie de tenter une dernière fois de voir des ours sur une route qui continue dans le parc. Quelques kilomètres inutiles dans une forêt en cours de régénération après un incendie douze ans plus tôt. Nous revenons par une piste plus intéressante le long d’un torrent mais sans y trouver la moindre faune. Nous roulons sur des routes plus larges en nous dirigeant sur Missoula, abandonnant les montagnes désormais perdues dans de gros nuages bien noirs. Nous longeons les berges du lac Flat Head et commençons la recherche d’un emplacement pour la nuit. Les bivouacs semblent difficiles, les maisons occupent non seulement toutes les rives mais aussi les collines autour. Un Parc Provincial aurait pu convenir mais nous le jugeons trop cher. Nous reviendrons sur notre appréciation quand nous apprennons qu’un RV Park demande plus de 50 $ ! Le prochain State Park, pour 28 $ sera notre lieu de repos pour la nuit. Nous découvrirons plus tard que les douches sont en sus, 3 $ ! Marie réclame sa vodka-orange, j’achève la bouteille de pastis, qui aura tenu presque trois mois. Exceptionnel ! A la santé d’Agnès pour qu’il n’y ait pas de jaloux…

Lundi 31 août : Nous continuons notre route, passons à Polson, dans la réserve indienne des Flatheads que rien ne distingue du reste puis entre des ranchs de taille moyenne, sur des terres encore boisées. Nous roulons sur une autoroute rapide. Nous sommes bien au pays des « plus ». Les camions sont les plus puissants, tirent des remorques plus longues que partout ailleurs, les convois ferroviaires que nous croisons sont les plus longs, formés de dizaines de wagons de minerai, les pick-up qui nous dépassent ont des moteurs V8 qui ronflent comme des Boeing au décolage. Nous parvenons en fin de matinée à Missoula. Petite ville calme aux larges artères peu encombrées où nous finissons par trouver le Visitor’s Center. Je me renseigne : pas de Bank of America, la banque partenaire de la BNP, au Montana ! C’est ensuite à moi de téléphoner à Las Vegas pour réserver un emplacement dans un storage de la ville. Encore un échange verbal ardu mais je réussis tout de même à me faire comprendre et à obtenir un numéro de réservation que je dois confirmer par un second coup de téléphone plus pénible. Je dois rappeler dans une semaine… Je vais tirer des dollars à un distributeur en me demandant combien cette banque inconnue va me faire payer cette transaction. Pour changer les 100 $ canadiens qui nous restent je dois aller dans une autre banque qui me prendrait 50 $ US pour le faire ! Je leur dis que ce n’est pas sérieux et garde mes billets ! Nous allons ensuite refaire un plein de provisions et déjeuner tardivement sur le parking du supermarché. Nous repartons sur une route plus classique, au milieu de collines de plus en plus déboisées. Des troupeaux de vaches paissent dans les prés une herbe jaunie mais les cow-boys sont absents. A  Helena, minuscule capitale de l’Etat, nous circulons en voiture pour trouver les quelques monuments remarquables d’après les guides touristiques : la cathédrale, néo-gothique, facilement oubliable mais bien située sur une colline occupée par de jolies maisons surannées et fièrement entretenues, le Capitole, semblable à ses cousins dans les autres états (quel manque d’imagination chez les architectes du XIX° siècle !). Nous poursuivons notre route en traversant des espaces immenses, des ranchs sans bétail à l’horizon ou rarement. Des terres sont irriguées, ce sont les seuls espaces verts du paysage. Tout est clôturé, pas question de bivouaquer, nous roulons jusqu’à Bozeman où nous allons nous garer sur le parking du Walmart, en compagnie d’autres camping-cars.

Mardi 1er septembre : Ciel pur et calme sur le parking. Nous passons par Main Street, à la demande de Marie, pour y voir les maisons de briques rouges de la fin du XIX° siècle, comme on en trouve dans toutes les petites villes des Etats-Unis. Nous reprenons brièvement l’autoroute que nous quittons à Livingston pour prendre la route du Parc de Yellowstone. Nous suivons le cours de la jolie rivière éponyme qui traverse des ranchs dont la taille varie en fonction de la largeur de la vallée. Dès que nous sommes dans le parc, nous filons au premier camping, ne jetant rapidement qu’un œil distrait aux concrétions de Mammoth Hot Spring. Nous sommes pressés car bien que le flot des vacanciers ait diminué avec la rentrée scolaire, nous ne sommes pas les seuls à visiter Yellowstone. Nous choisissons un emplacement à Indian Creek et revenons sur nos pas plus calmement. Premier détour pour aller voir des orgues basaltiques au bord d’une rivière, bien régulièrement dressées et formant une falaise à la régularité géométrique. 

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Puis nous entamons une boucle qui circule au milieu des arbres et des concrétions blanchâtres, parfois couvertes d’une couche de couleur rouille. D’un parking, nous partons nous promener sur des trottoirs de bois au-dessus des bassins d’un blanc éblouissant, couverts d’une eau qui ruisselle de l’un à l’autre, certains sont colorés en rouille en nappes aux plissures pétrifiées. Du plus haut des bassins, l’eau s’écoule en petites cascades étagées. Chargées de calcaire, elles forment des stalactites à chaque étage. 

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Nous repassons au Visitor’s Center pour le wifi mais pas de nouvelles de Julie dont c’était le premier jour de la Rentrée ! Nous partons pour une boucle dans ce magnifique parc, traversant des collines verdoyantes et partiellement boisées. Nous sommes à la recherche des troupeaux de bisons et de wapitis mais ils se font désirer. Nous nous arrêtons pour voir des cascades, toujours aussi spectaculaires, dans des gorges boisées mais ce ne sont que des cascades… Plus loin, des points de vue plongent dans une gorge dont un des versants est formé par une longue falaise d’orgues basaltiques alignées sur plus d’un kilomètre. 

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Une section est même à deux niveaux, deux buffets ! Dans le fond coule un torrent aux fraîches eaux bleues écumantes. Nous suivons une piste parallèle à la route goudronnée mais passant plus haut dans les collines. Nous espérions y avoir plus de chance avec la faune mais il n’en est rien. Nous devons rouler au pas derrière des conducteurs plus timorés sur les pistes, malgré leurs gros 4x4, que sur le goudron. Détour pour aller voir un tronc d’arbre fossilisé enfermé derrière des grilles ! Nous apercevons un troupeau de bisons, trop éloigné. Nous verrons plusieurs solitaires sur le bord de la route, grosses masses stupides et peu sympathiques. Nous traversons ensuite une zone qui a dû souffrir de tempêtes exceptionnelles à en croire le nombre de troncs dénudés ou tombés à terre. Et puis c’est un des autres clous de ce parc, le cañon de la rivière Yellowstone. Nous en suivons le rebord nord en faisant de fréquentes haltes à des points de vue, tous plus époustouflants les uns que les autres. Les flancs de la gorge forment un V dont les pentes sont des coulées colorées, jaunes, ocre, rouges, grises suivant les roches, de géantes cheminées des fées sont en formation, quelques arbres s’y accrochent. 

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Le torrent franchit une belle cascade au débit encore impressionnant et continue en bouillonnant. Le soleil décline, nous devons encore revenir au camping. Nous prenons le chemin du retour. Dernier détour pour une cascade qui s’écoule sur des plans inclinés dans la forêt. Nous ne résistons pas à l’envie d’aller rapidement contempler les fumerolles et les geysers de Norris Basin. Nous retrouvons là des souvenirs de notre premier passage, ces passerelles de bois jetées au-dessus des eaux claires mais dangereuses, acides ou brûlantes, qui sourdent dans des bassins. Des fumées s’élèvent de-ci, de-là, tourbillonnantes au gré du vent, échappées des profondeurs insondables de ce sol volcanique, dantesque. 

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Marie se réserve le circuit pour demain, je le fais rapidement, pressé d’être de retour au camping. Nous prenons deux autostoppeurs en charge jusqu’au camping où nous ne parvenons qu’à neuf heures du soir. Nous finissons la bouteille de vin blanc en guise d’apéritif puis dînons.

Mercredi 2 septembre : Le réveil est frais, il est vrai que nous sommes à 2000 mètres d’altitude. Il y avait longtemps que nous n’avions pas mis le chauffage le matin. Le soleil arrive vite et réchauffe l’atmosphère. A la sortie du camping, un bison solitaire, sur le bas-côté, nous souhaite une bonne journée. Plus loin, c’est un coyote qui, dans les herbes roussies, cherche une proie. Nous allons réserver un emplacement au camping de Norris puis nous retournons au bassin des sources et geysers où nous étions déjà hier soir. Nous partons pour une longue promenade, la plupart du temps sur des trottoirs de bois, entre les bassins où des eaux étranges laissent échapper des nuages de vapeur qu’un vent fort disperse. Les friselis à leur surface ne permettent pas de deviner les profondeurs abyssales d’où proviennent gaz et minéraux qui donnent à ces piscines des colorations parfois inattendues. 

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De quelques bouches humides, boueuses, surgissent des flots de vapeurs et parfois des jets d’eau  à des intervalles irréguliers. Mais nous sommes tout de même légèrement déçus par le manque de vivacité des couleurs, le bleu pâle et le gris dominent, parfois des coulées ferrugineuses apportent une touche différente. De retour au point de départ, nous enchaînons avec une autre promenade, bien plus courte mais nettement plus intéressante. Des bassins verts ou bleus, des geysers qui crachent hargneusement, en permanence, de larges coulures ocre, perçues depuis le sentier qui les domine nous font presque regretter d’avoir passé tant de temps au précédent ensemble.

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Nous repartons et déjeunons sur le bord de la route. Nous décidons de nous rendre directement au point le plus éloigné de notre parcours prévu pour la journée puis de remonter lentement vers le camping. Nous suivons le cours de la rivière Gibbon dans une jolie vallée que colorent des herbes rousses et des fleurs jaunes. Après le carrefour de Madison, nous prenons une route secondaire, interdite aux camping-cars. Nous suivons alors le cours de la Firehole coupé par une belle cascade, avant de passer dans un cañon. Nous revenons sur la route principale. Un grand troupeau de bisons provoque un encombrement, tous les touristes voulant les prendre en photos depuis la route. 

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Nous laissons des points de vue sur d’autres bassins de sources et de geysers que nous réservons pour le retour et nous nous rendons directement au site de Old Faithful, le plus fameux geyser de Yellowstone. La concentration de touristes atteint ici son maximum. Tous les services sont disponibles, hébergements, ravitaillement, etc… Nous cherchons où se trouve le phénomène, le déterminons par la concentration de visiteurs. Je dépose Marie à proximité puis cherche à me garer. Je l’aperçois alors en pleine éruption, crachant son jet d’eau et de vapeur au-dessus des badauds. Le temps que je trouve une place et rejoigne Marie, c’est terminé. Elle n’a rien vu ! Nous sommes dans les premiers à aller nous asseoir sur les bancs disposés en cercle autour de l’éminence où trône l’orifice du geyser, disposés à bonne distance pour ne pas risquer d’être touchés par des gouttes… Je vais me renseigner. Pas de wifi au Visitor’s Center, la prochaine manifestation de Old Faithful est dans plus d’une heure ! Une visite à Yellowstone ne pouvant se concevoir sans avoir assisté à cette éruption, nous prenons notre mal en patience et attendons… Enfin, passé quatre heures, après quelques crachotis annonciateurs, une colonne de plusieurs dizaines de mètres s’élève et se disperse dans le vent.

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Le phénomène dure quelques minutes puis il se calme et tout le monde s’en va. J’imagine très bien Dali, pas rancunier, le nommer le « Sublime Ejaculateur »… Nous allons reprendre du gasoil et apercevoir au passage le cône imposant d’un autre geyser, le Castle. Nous prenons la route du retour. Nous arrêtons au site de Black Sand, où nous retrouvons des bassins colorés, plus variés que ceux de ce matin. Plus loin, c’est le site de Midway où nous allons nous promener sur un trottoir de planches qui passe le long d’un ruisseau étroit mais vif dont les bords sont colorés en rouille et en jaune. Une piscine d’un bleu céleste est le berceau de vapeurs qui, au gré des rafales de vent, la dévoilent ou la cachent. Marie fatiguée ne va pas plus loin, je continue et traverse une zone où de grandes coulées d’un rouge vif semblent surgir d’un autre bassin bleuté. 

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Nous continuons ensuite de rouler et faisons encore un petit détour qui nous amène à un geyser, Great Fontain, semblable à celui de Castle et qui nous fait la grâce d’entrer en activité au moment où nous le contemplons. Peu après, au Lower Geyser Basin, nous faisons une dernière promenade pour un ensemble de geysers plus ou moins actifs. L’un d’eux est un véritable paysage lunaire avec des bulles qui viennent crever à la surface d’un bassin de boue, entouré de cratères minuscules. 

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Nous rencontrons un Français, très décontracté, pieds nus et dread locks, accompagné de sa jolie compagne australienne, qui se sont fait un joli magot au Canada en ramassant des morilles après les incendies de forêt. Nous leur faisons les yeux doux pour en obtenir de quoi faire une omelette… Nous roulons sans presque plus nous arrêter jusqu’au camping où nous parvenons ce soir encore à huit heures ! Dîner tardif après une bière désaltérante.

Jeudi 3 septembre : Le ciel est légèrement couvert et, toute la journée, les nuages vont passer, s’accumuler, se disperser au-dessus de nous. Nous reprenons la route du Cañon et commençons par nous rendre à un point de vue sur les chutes supérieures de la rivière Yellowstone. Nous surplombons la masse d’eau qui crache son écume avant de se précipiter quelques dizaines de mètres plus bas. Nous traversons la rivière sur un pont et nous nous rendons à un autre point de vue, cette fois sur les chutes inférieures, encore plus impressionnantes mais vues de plus loin et puis c’est, quelques kilomètres plus loin, le plus beau site du cañon, celui justement appelé Artist Point. D’un mirador, nous avons une vue sur toutes les gorges : d’un côté, tout au fond, les chutes, et de l’autre sur le cours apaisé au sortir du ravin.

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Les flancs en pente sont une véritable palette avec toutes les couleurs chaudes du jaune au violet en plaques qui dévalent du vert des forêts vers le bleu tacheté de blanc du torrent. Nous ne savons plus où regarder, nous nous extasions sur ces couleurs qui paraissent presque celles d’un décor trop chargé. 

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En repartant, nous croisons les Français que nous avions rencontrés au Salmon Glacier qui nous expliquent ne pas avoir compris nos intentions le jour où nous les avions dépassés sur la route. Nous reprenons la route du sud et nous nous arrêtons pour deux vues sur des bassins où des eaux, sorties des enfers, fument, bouillonnent, dégagent des odeurs méphitiques, colorées en jaune, en bleu, plus souvent en gris. A Lake Village, nous nous rendons au Visitor’s Center pour s’enquérir d’un éventuel wifi. On nous rit presqu’au nez, le seul wifi possible est dans les hôtels, en payant, cher ! Nous longeons ensuite le très grand lac, à demi dans l’ombre, sans grand intérêt semble-t-il. Dernier arrêt pour le West Thumb Geyser Basin. Une grande boucle, la plupart du temps sur des trottoirs de planches, nous fait passer entre des bassins aux eaux transparentes qui laissent deviner des conduits souterrains angoissants. L’un d’eux, d’un beau bleu, est frangé d’ocre et de jaune. Le vent génère des friselis à la surface et chasse les vapeurs qui s’en échappent.

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Plus loin, des geysers sur le bord ou dans le lac sont entourés d’eaux vertes et crachent leur rage par intermittence, deux d’entre eux semblent se relayer. Des panneaux préviennent du danger de wapitis dans cette zone. Ces wapitis doivent être si « pitis » que nous ne les voyons pas ! Nous roulons sans plus trouver trace de la faune. Nous nous arrêtons pour jeter un œil sur les gorges de la rivière Lewis, qui sont un exemple parfait des dégâts occasionnés par le formidable incendie de 1988 dont nous avons vu des traces dans tout le parc. Troncs d’arbres dénudés et encore debout, entourés d’une multitude d’autres, couchés.

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Des jeunes pousses commencent à redonner un aspect boisé aux collines. Nous sortons du parc et cherchons un emplacement de bivouac dont nous avions relevé la position sur un blog. C’est devenu un camping très cher ! Nous continuons, entrons dans le parc de Grand Téton et trouvons aussitôt un camping encore bien cher pour ce qu’il offre mais on ne peut camper ailleurs. Il est encore tôt, ce qui fera une moyenne avec les jours précédents. Nous relisons mon texte puis étudions le programme de demain dans ce parc. Je m’aperçois que notre téléphone portable est connecté, j’envoie un message à Julie pour savoir comment s’est passé son retour au travail.

Vendredi 4 septembre : Il a tonné et plu dans la nuit mais le ciel est en partie bleu au matin. J’attendais une réponse de Julie mais je suppose qu’elle attend une heure décente pour nous. En nous rendant au Visitor’s Center de Colter Bay, nous longeons un lac au pied de la chaîne du Grand Téton, une succession de pics bien pointus dont j’avais gardé le souvenir, mais la neige n’est plus là, ou si peu ! 

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Au Visitor’s Center, nous avons la chance d’avoir à faire avec une jeune Américaine qui parle un excellent français, sans accent. Elle nous indique où nous avons le plus de chance de voir ces maudits wapitis et accessoirement des orignals et des ours. Nous pouvons nous connecter au wifi du restaurant et lisons ainsi le dernier message de Julie. Nous décidons de rester dans le parc et nous nous rendons aussitôt au camping de Signal Mountain, retenir un emplacement. Ils ne sont pas nombreux et pour cause, nous avons appris que ce week-end est celui du Labour Day et les Américains vont profiter de ce dernier long week-end pour se promener. Nous repartons et empruntons une route qui grimpe dans la forêt au sommet d’une montagne d’où nous avons une vue très étendue sur le parc et ses environs, mais dans les prairies, pourtant dégagées, aucune présence animale… Nous continuons en faisant une boucle qui traverse les étendues dénudées, toujours avec vue sur la ligne des montagnes. Des ranchs occupent des terres en limite du parc et proposent des promenades à cheval, au pas, rien de bien excitant. Nous apercevons un troupeau de bisons, très éloigné, sur les terres de l’un de ces ranchs et, plus près, un pronghorn, une antilope qui s’obstine à ne nous montrer que ses fesses blanches. Nous arrêtons souvent à des points de vue qui donnent sur la Snake River, sur les herbes dont les couleurs annoncent l’automne, et sur les bosquets d’arbres disséminés. A l’un d’eux, une cabane en rondins, devenue site historique, comme tout ce qui a plus de cinquante ans dans ce pays, s’intègre fort bien dans le paysage, peut-être celle que nous avions vue lors de notre passage à la fin de l’hiver 1986… 

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Nous sommes fatigués tous les deux et n’avons plus très envie de marcher pour aller découvrir ce que nous avons déjà vu un kilomètre auparavant. Je commence aussi à saturer des vues sur le Grand Téton et un témoin de mauvais fonctionnement du moteur qui s’allume me mettent de mauvaise humeur. Nous arrêtons à l’une des boutiques très pauvrement achalandées du parc pour acheter des œufs et des pommes, faute de mieux. Nous terminons la boucle en longeant de près les montagnes alors qu’un ciel menaçant les éclaire d’une lumière irréelle. 

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Nous revenons au camping et profitons des installations pour faire un lavage. Je trouve à la boutique toute proche des bouteilles de tonic qui vont un peu me consoler de cette journée. Une vodka-tonic précède donc le repas puis nous ressortons du camping pour une virée nocturne sur les routes dans l’espoir, encore une fois déçu, de rencontrer quelques spécimens de la faune locale. Il est sans doute encore trop tôt et les voitures sont trop nombreuses sur les routes.

Samedi 5 septembre : Il a beaucoup plu cette nuit et cela continue au matin. Nous nous sommes réveillés tard et nous quittons le camping à plus de dix heures. Les montagnes sont invisibles derrière le rideau de la pluie, de même que le Jenny Lake que nous avons tenté d’approcher par une route secondaire. Mais en avançant vers le sud les nuages disparaissent et nous retrouvons le soleil. Nous nous lançons sur une route étroite qui s’enfonce dans les contreforts des montagnes. Nous n’y sommes pas les seuls, des colonnes de voitures se croisent lentement. Des attroupements et des voitures arrêtées sur le bas-côté nous alertent. Une première fois, nous apercevons un ours qui grimpe très haut dans un arbre mais nous ne pouvons pas nous arrêter. Une seconde fois, près d’une aire de stationnement, un ours brun dévore à belles dents des baies qu’il va jusqu’à chercher dans les arbustes, en se dressant sur ses postérieures. 

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Tous les téléobjectifs sont de sortie ! Nous prenons ensuite une piste en cul-de-sac, crevée de trous inondés et qui serait sans aucun intérêt si elle ne nous avait permis d’apercevoir trois biches aux grandes oreilles, mule deer, vite effrayées et qui disparaissent dans les fourrés. Nous sortons du parc, ce sont alors de grands ranchs qui semblent vivre plus du tourisme que de l’élevage. Nous apercevons dans une prairie de nombreuses oies (?) que semblent intéresser deux coyotes tandis que trois cavaliers passent au pas…

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Nous arrêtons dans le lit de la Snake River pour déjeuner dans le camion puis nous parvenons à Jackson. La petite ville où j’avais acheté mes belles bottes est devenue une attraction touristique qui cultive le genre « western », du moins autour de sa place centrale. Les trottoirs sont en planches et toutes les boutiques proposent des articles pour se déguiser en authentique cowboy : bottes, ceinturons, chemises, chapeaux, vestes etc… D’ailleurs, je ne résiste pas au plaisir de m’offrir une chemise à carreaux que je découvrirai, plus tard, fabriquée en Chine… Ô Tempora, Ô mores… On peut faire le tour du centre dans une presqu’authentique diligence et les policiers sont à cheval, gros succès populaire… 

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Après un plein de gasoil (toujours aussi peu cher, de l’ordre de 0,65 euros le litre !) puis d’alcools (vins californiens, bière et gin) et de provisions, nous prenons la route de Salt Lake City. Nous avons découvert ce matin que le Labour Day est lundi, donc que les Américains ont un dernier week-end prolongé avant les premiers froids et qu’ils sont tous de sortie, notamment dans les parcs nationaux. Nous craignons de retrouver les foules à Arches et attendrons donc une meilleure époque pour nous y rendre. Nous traversons un Wyoming qui correspond à l’idée que j’en avais : des ranchs et dans des corrals des troupeaux de chevaux (qu’en font-ils ?). Nous passons brièvement dans l’Idaho où nous trouvons un camping presque gratuit (8 $) des National Forest mais sans aucune commodité.

Dimanche 6 septembre : J’ai eu froid cette nuit. Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Nous repartons en direction de Salt Lake City. Nous quittons l’Idaho pour l’Utah, le pays des Mormons. Le pays est accidenté dans cette région, les ranchs sont toujours nombreux mais aujourd’hui personne ne travaille, tout le monde est à l’église comme en témoignent tous les véhicules garés devant. Nous traversons le petit village de Montpelier, avec un seul L, quelques kilomètres plus loin, c’est Paris, 476 habitants, en pleine campagne ! Photos obligatoires, ce qui amuse quelques habitants.

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Nous rejoignons les plaines qui entourent le lac que nous entrapercevons. A Brigham, nous apercevons le premier des grands temples mormons, aux allures de mosquée indo-pakistanaise avec ses quatre tours aux sommets arrondis. Nous roulons vite sur une autoroute qui nous amène à la ville. Nous trouvons facilement le centre-ville et le carré des bâtiments religieux. Toutes les artères sont très larges, de plus elles sont désertes aujourd’hui. Avant d’y jeter un œil, nous nous rendons au Visitor’s Center nous ravitailler en documents. Le wifi ne fonctionne pas, nous ne pouvons utiliser l’ordinateur du centre que brièvement. Nous déjeunons dans le camion, garé dans la rue puis nous nous rendons à l’ensemble religieux. Nous évitons soigneusement le centre d’accueil, peu désireux de nous retrouver cornaqués par quelque francophone plein de bonne volonté et désarmant de gentillesse. Les constructions sont assez laides, sans âme, ce qui pour des bâtiments religieux est un comble ! Le Tabernacle est une vaste salle qui peut servir de concert ou de cérémonie.

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Mais le spectacle est chez les visiteurs : garçons bien proprets, pantalon informe, chemise blanche et cravate, les femmes ont jupe ou robe longue et sont toutes enceintes ! Les familles sont nombreuses et tout le monde est bien poli. Un Mourillon puissance dix ! Nous ne traînons pas et après être passés tirer des dollars avec ma carte de crédit dans le seul distributeur de la ville d’une banque partenaire de la BNP, qui n’avait pas de succursale ni au Montana ni au Wyoming, nous prenons l’autoroute pour sortir de l’agglomération. La circulation est très rapide, le réseau des autoroutes très dense, le vacarme assourdissant. Nous en sortons trop tôt pour continuer sur une route moins fréquentée mais qui traverse de nombreuses agglomérations qui se suivent sur des dizaines de kilomètres. Nous apprécions ensuite de rouler dans la campagne mais bientôt nous devons nous mettre en quête d’un camping pour refaire les pleins d’eau, avoir le wifi et prendre une vraie douche. L’heure avance, rien en vue. Nous trouvons un terrain près d’un grand temple sur une colline mais il nous paraît trop cher. Plus loin, le State Park est complet. Nous nous arrêtons sur le bas-côté d’une piste qui mène dans un cañon. Des buggies passent continuellement à quelques mètres de nous mais dès la nuit tombée, nous avons la paix. Le voyant, qui s’était allumé dans le parc du Grand Téton puis éteint, se rallume et je trouve que le moteur manque de reprise. Encore un problème mécanique ! Nous n’oublions pas cependant de prendre un gin-tonic !

Lundi 7 septembre : Nuit au calme et réveil sous le soleil. Nous n’avons pas eu froid cette nuit, nous devions être plus bas. Nous repartons sur la petite route. Le voyant ne se rallume pas. Sur une des rares aires de repos, je peux vidanger la « boîte à caca » et vider vessie et intestins, moment de bonheur ineffable… Le paysage commence à ressembler à celui que nous attendions de l’Utah avec des formations rocheuses étranges, des blocs comme surgis du sol, les strates des montagnes sont marquées et des falaises sont d’un rouge violent. Les flancs des montagnes sont arides, la végétation proche d’une garrigue avec des buissons et des arbustes capables de résister à des amplitudes thermiques importantes au cours de l’année. Dans la plaine, ce sont soit des ranchs avec des bovins mais aussi des moutons, sur les terres non cultivées, soit des cultures sur des terrains arrosés au moyen de lignées d’araignées d’irrigation. Nous continuons par une portion d’autoroute peu fréquentée donc pas désagréable et qui nous fait avancer. Puis nous retrouvons une route étroite en suivant un cañon peu profond et trop étroit pour qu’il y ait les moindres cultures. Nous continuons sur un plateau où nous retrouvons des terres bien vertes. Nous parvenons à l’entrée du Parc National de Bryce Canyon. Des entreprises touristiques se sont installées juste avant l’entrée dans le parc, elles n’existaient pas dans mon souvenir ou n’étaient pas en activité. Nous pensions que le gros des vacanciers était sur le chemin du retour mais ils sont encore nombreux en promenade. Nous décidons aussitôt de réserver un emplacement de camping mais les prix pour un Parc National sont bien élevés : 30 $ sans commodités. Nous nous rendons ensuite au Visitor’s Center dont le personnel semble débordé par l’afflux de touristes. Nous vérifions que leur wifi ne fonctionne pas et sur leur conseil nous nous rendons au lodge où nous pouvons nous connecter. Nous en profitons pour appeler Julie sur Skype. Elle nous raconte ses espérances de mutation dans le sud et son retour au travail. Nous déjeunons dans le camion alors qu’une averse rafraîchit l’air et nos espoirs de voir le cañon sous le soleil. Nous nous rendons enfin au premier point de vue appelé Inspiration Point. Là, bien que l’effet de surprise ne joue plus, nous sommes tout de même suffoqués par la beauté du site, malgré le peu de soleil. 

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Devant et en-dessous de nous, s’étalent des multitudes de cheminées des fées, de pointes granuleuses, de pinacles gothiques, tous dans des strates d’un rouge vif, ocre ou blanches, alignés pour former des rues, des avenues. Nous patientons sous les nuages, attendons qu’ils aillent manifester leur mauvaise humeur plus loin, et bientôt, sous le soleil, les couleurs éclatent, Bryce Canyon est égal à notre souvenir ! 

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Nous changeons de point de vue mais c’est toujours un enchantement dans cette zone. Nous décidons de nous rendre à l’extrémité de la route qui longe la falaise dans laquelle ces étranges curiosités géologiques ont été taillées par la glace et le vent. Les autres points de vue sont moins intéressants, l’accumulation de pointes rocheuses moindre et les pins plus envahissants. Il faut à chaque fois faire quelques mètres ou centaines de mètres et Marie commence à fatiguer. Nous revenons en nous arrêtant à d’autres miradors. Certains ménagent des surprises, des falaises multicolores, un pont naturel, des doigts dressés, surmontés de roches d’une autre couleur, des perspectives nouvelles.

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Mais c’est encore près des premiers emplacements que nous sommes le plus enthousiastes. Le soleil baisse, une plus chaude lumière ravive les couleurs, fait briller les sommets des cheminées des fées. A Sunset Point, nous sommes presque dans le dédale des roches, un sentier y descend et circule entre les pitons. 

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J’ai bien envie de le prendre, de m’immerger dans ce labyrinthe. Il est trop tard et Marie a peur de s’engager sur un chemin trop difficile. Nous aviserons demain. Le voyant s’est rallumé ! Nous revenons nous renseigner sur les horaires et les tarifs des douches puis nous nous installons sur un terrain trop en pente à mon goût.

Mardi 8 septembre : Après une bonne douche prise au general store, seul endroit où ce type de service, normalement disponible dans tout camping digne de ce nom, est fourni contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous nous rendons au site proche de Sunrise Point. Le soleil bien en face nous interdit d’apprécier pleinement le paysage. En nous déplaçant notre vision s’améliore. Nous partons sur un sentier caillouteux, tout en descentes raides, avec des virages serrés mais aussi des vues sur les cheminées, les pitons de toutes les couleurs que nous approchons, contournons et bientôt contemplons en levant les yeux et non plus du haut de la falaise. 

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Au bout d’une heure, après avoir franchi des « portes » taillées dans les minces falaises, nous atteignons le lieu dit Queens Garden, un ensemble de pics multicolores. L’un a tout à fait le profil de la reine Victoria avec couronne et manteau d’apparat. 

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Nous entamons la remontée, en renonçant au grand tour qui nous aurait ramené à Sunset Point. Nous transpirons encore et n’avançons pas vite mais nous retrouvons le point de départ, en moins d’une heure. Retrouver le camion, des boissons fraîches et ôter les vestes inutiles est d’un grand plaisir. Nous retournons jeter un œil à Sunset Point qui ne nous fait plus le même effet que la veille, la lumière a changé, l’éclairage différent, trop cru à cette heure. Après être passés au lodge constater que nous n’avions pas de messages, puis essayer d’entrer en contact avec le storage de Las Vegas, sans rien comprendre aux messages enregistrés, nous quittons Bryce Canyon. La route offre encore quelques vues sur des montagnes rouges, striées sur des prairies bien vertes, elles. Deux heures plus tard nous atteignons l’entrée du Zion National Park. La route devient très étroite et circule entre des buttes tronconiques marquées de rayures horizontales ou verticales, elles semblent revêtues d’une peau d’éléphant tant pour la couleur que pour l’aspect.

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Les boules rocheuses, crottes, etc… semblent s’être solidifiées il y a peu et avoir été découpées en fines tranches à la machine à jambon !

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Après avoir franchi un long tunnel, qui bien qu’assez large pour deux véhicules, n’est traversé que dans un sens puis dans l’autre, la route dévale en virages en épingle à cheveux entre de très hautes falaises rouges jusqu’à rejoindre celle qui pénètre dans le cañon de Zion. Nous cherchons tout de suite un emplacement dans l’un des deux campings. Ils sont tous pleins ! Nous nous présentons tout de même à l’entrée et le ranger de service nous donne un emplacement dans le secteur réservé aux tentes… Soulagés, nous nous rendons au Visitor’s Center d’où partent les navettes gratuites, seules autorisées à circuler sur la route du cañon. Nous montons à bord de ce bus aux fenêtres peu pratiques qui ne laissent qu’une visibilité limitée. La route suit le cours du torrent, passe au ras des falaises vertigineuses, rouges bien entendu. Nous nous rendons au bout, dans un cirque où nous nous sentons écrasés par toutes ces murailles qui nous entourent. Il commence à se faire tard et seules quelques pans sont encore éclairés et profitent d’une belle lumière.

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Au retour nous faisons encore une halte pour contempler d’autres murs vertigineux puis nous revenons au Visitor’s Center. Nous retournons avec le camion au camping où, pour une fois, nous nous installons dehors, malgré des voisins affligés d’une progéniture pleurnicharde. Il fait beaucoup plus chaud dans ces fonds de vallée et la soif nous tenaille. Eau gazeuse et bière sont vite avalées.

Mercredi 9 septembre : 25000 kilomètres depuis Halifax et nous voici ce soir à Las Vegas ! Il a beaucoup venté cette nuit mais il n’y en a pas trace au réveil. Nous allons nous garer près du départ de la navette. Nous la reprenons jusqu’à l’arrêt de Weeping Rock. Nous longeons les falaises qui hier étaient dans l’ombre, leur éclairage change toute la perception que nous en avions. Elles sont réellement impressionnantes, parfaitement lisses et verticales, certaines rouges, d’autres blanchâtres. Un court sentier nous amène à un abri sous roche d’où perlent des gouttes d’eau qui ont permis à toute une végétation d’apparaître, à des arbres de pousser en contrebas et à des animaux de survivre, une mule deer se repose dans leur ombre. Nous reprenons la navette qui nous dépose au lodge. De là, un nouveau sentier, lui aussi aménagé pour les fauteuils roulants, nous permet de remonter le cours d’un ruisseau jusqu’à un autre abri sous roche, plus grand que le précédent, où la modeste cascade tombe dans un bassin qui n’a d’émeraude que le nom. En continuant le sentier quelques dizaines de mètres, on découvre les falaises qui dominent l’abri.

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Nous revenons au lodge et y déjeunons rapidement, moi d’un hot dog, Marie d’une pizza et tous deux avec une bière glacée très appréciée. Dernier arrêt à la « Cour des Patriarches », simplement pour admirer trois pitons baptisés par les Mormons (c’est une manie chez eux) de noms bibliques : Abraham, Isaac et Jacob. Nous descendons au musée du parc. Un film d’une vingtaine de minutes, y est projeté. Le support du film a vieilli, le commentaire aussi… Le musée est pauvre, vite parcouru. Retour au camion, nous quittons le parc et filons en direction de Las Vegas. Un peu de route et bientôt l’autoroute. Après un court passage en Arizona, dans des gorges, nous entrons au Nevada et retardons les montres d’une heure. Nous sommes dans le désert, un désert très « sud-marocain » avec des touffes et des buissons desséchés pour seule végétation, des montagnes tabulaires ravinées par les eaux de ruissellement et aux strates soulignées par les couleurs des roches différentes. Plus loin, ces montagnes vont disparaître, nous rencontrons les premiers palmiers, comme hier nous avions découvert les premiers cactus. Nous roulons vite et nous avons, pour la première fois, branché la climatisation. Las Vegas se profile dans la brume, nous entrons dans le centre en restant sur l’autoroute. Des noms connus de casinos apparaissent. Nous n’avons pas de plan, pas de GPS, utile pour une fois. Nous nous dirigeons à l’estime, sans trop d’erreurs et trouvons le Public Storage où nous avons réservé une place pour le camion. Notre réservation est confirmée, on nous attend la semaine prochaine. Nous avons aperçu un Walmart en passant, nous nous y rendons avec l’intention d’y passer la nuit. Nous allons y faire quelques courses, ravis de le trouver climatisé, il fait une chaleur épouvantable à l’extérieur et nous ne faisons que penser à boire. La clientèle de ces supermarchés de bas de gamme est principalement hispanique. Les produits sont étiquetés en anglais et en espagnol. Vérification : à sept heures du soir, il fait 38° C dans le camion !

Jeudi 10 septembre : Comme à Anchorage, sur le parking du Walmart, nous sommes, enfin, je suis, réveillé en pleine nuit par les engins de nettoyage qui passent et repassent au ras du camion, vrombissent dans un vacarme de fin du monde, puis qui s’éloignent. Nous avons perdu une dizaine de degrés dans la nuit mais ils reviennent vite. Je parviens à me connecter au Mac Donald du Walmart et trouve quelques messages de Nicole et d’amis. Nous nous mettons en quête du Visitor’s Center. Nous avons une carte succincte qui nous permet tout de même de nous retrouver dans cette ville immense, aux avenues outrageusement larges. Il faut parcourir des kilomètres pour passer d’une avenue à une autre. On nous donne plein de renseignements, des cartes, des brochures etc… Nous commençons par nous rendre à l’aéroport où je veux vérifier que nous sommes bien sur le vol de la semaine prochaine. Nous sommes à la limite du désert. L’aérogare est immense et déserte. Pas de bureau de la compagnie Condor, d’autres compagnies non plus ! Renseignement pris, je dois appeler grâce à un téléphone gratuit, le bureau qui se révèle être à Chicago… Je ne comprends pas tout mais nous sommes bien prévus sur ce vol. Nous cherchons ensuite un bureau de poste. Encore des kilomètres pour en trouver un et expédier la carte postale indispensable pour la famille Petitcolin. Encore des kilomètres pour trouver un Camping World, société qui assure l’entretien des RV et chez qui je veux finaliser notre installation de gaz avec la bouteille américaine. Ils ne disent pas non mais nous devons patienter près de deux heures pour qu’ils coupent un tuyau, y fixent un nouvel embout sur la bouteille, tout cela lourdement facturé ! Nous cherchons un camping KOA qui, d’après mes recherches sur Internet, serait bien moins cher que celui conseillé au Visitor’s Center. Nous ne comprenons pas très bien la numérotation des rues mais nous le trouvons tout de même. Moins cher que bien d’autres mais éloigné du centre, il nous offre le wifi, une piscine et une navette gratuite pour le Strip, l’avenue des casinos. Nous nous installons, profitons des branchements pour mettre les batteries auxiliaires en charge ; le réfrigérateur qui tourne en permanence les vide rapidement… Après avoir tardivement déjeuné, nous allons faire un tour à la piscine qui, comme d’habitude, ne plaît pas à Marie. Je serais bien resté toute la journée au camping entre piscine et wifi pour mettre le blog à jour mais Marie ne l’entend pas ainsi et nous nous dépêchons d’aller prendre la navette, assez éloignée du camping. Elle nous dépose à l’arrière du casino Harras’s. Nous devons le traverser, passer entre les rangées de machines à sous, clignotantes, bruyantes et ses usagers avachis devant leur engin, le gobelet à la main, ensuite ce sont les tables de poker, de Black Jack, les roulettes, avant de nous retrouver abasourdis et déjà épuisés sur le Strip.

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Bien d’autres casinos nous attendent mais je suis fatigué et peu tenté de les visiter tous. D’ailleurs le temps nous manquerait. Après avoir aperçu la Tour Eiffel du Paris, nous entrons dans le fameux Caesar’s Palace. Un monument, un summum du Toc ! Partout des références à la Rome antique, fresques, statues d’empereurs, fontaines avec des chevaux qui crachent l’eau, répliques des monuments, Forum, Colisée, dans lesquels cliquettent les bandits-manchots et que plus personne ne remarque.

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Les visiteurs sont très variés, touristes en quête d’éblouissements, frimeurs en tenue clinquante, flambeurs plantés des heures devant un écran. Tous profitent de la climatisation bien venue et transpirent dès qu’ils sortent d’un casino avant de se précipiter dans un autre. C’est le royaume de la démesure, du faux, de Hollywood transplanté en plein désert et mis à la portée de tous. La nuit tombe, les néons s’allument, une autre vision s’impose, colorée, visible de loin, peut-être de la Lune ? Nous nous rendons dans un dernier casino, le « The Mirage ». L’attraction en est, à l’extérieur, devant l’entrée, un volcan qui entre en éruption à chaque heure. Spectacle pyrotechnique qui attire les foules, nous en premier. D’un amas de (faux) rochers soudain surgissent des vapeurs rouges, des jets de vapeur incandescents, des boules de feu brûlent dans l’étang en-dessous. 

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Tout le monde applaudit… Nous revenons prendre notre navette qui nous ramène à neuf heures et demie au camping. Nous devons encore dîner, en transpirant, puis mettre à jour mon texte et réussir à envoyer enfin la carte pour Laurence.

Vendredi 11 septembre : Il a fait très chaud cette nuit, plus que la veille. A trois heures du matin, toujours ruisselant de sueur, je vais prendre une douche et me recouche, sec peu après. Nous décidons de nous octroyer une vraie journée de repos. Nous nous traînons jusqu’à la piscine du camping et y passons la matinée. J’en profite pour rajouter une semaine sur le blog. Nous nous trempons à intervalles réguliers pour oublier la terrible chaleur qu’un soleil impitoyable nous octroie. Nous déjeunons dans le camion dans lequel il fait plus chaud que dehors. Tous les autres ont des bahuts climatisés… Nous relisons la dernière semaine puis nous retournons à la piscine où je mets le blog à jour, entre deux trempettes. Sur le soirée, je me rends à pied au Walmart, de l’autre côté de l’avenue, principalement pour acheter des bouteilles : du Perrier et des bières. Nous continuons de transpirer dans le camion avant de nous décider à aller au casino tout proche, le « Sam’s Town ». Alors que nous sommes en route, un employé du camping, en voiturette électrique, nous propose de nous y déposer. Extérieurement il a l’allure d’une ancienne gare et dès que nous y pénétrons, c’est le bruit des machines à sous qui retentit. Des dames, des messieurs aussi, très sérieux alimentent leur machine préférée, appuient sur des boutons et ne sourcillent pas à l’annonce de la perte de leurs mises. Qui a dit que l’homme vit d’espoir ? Nous traversons ces zones dévolues au plumage des pigeons et arrivons dans la cour intérieure de la partie « Hôtel ». Fermée de tous côtés et couverte d’une verrière, elle abrite une végétation tropicale autour d’un bar et dans un des coins, une cascade fréquentée par des reproductions animées d’un ours, d’un aigle et d’un puma. Tout autour des boutiques, des fast foods et des restaurants. Nous empruntons un des ascenseurs extérieurs qui desservent les chambres pour bénéficier d’une vue plongeante sur l’ensemble. Nous attendons ensuite huit heures pour le spectacle donné sur la cascade. A base de rayons laser et de jets d’eau colorés, il cherche à évoquer, plus ou moins adroitement le passé et la naissance des Etats-Unis et se termine par le drapeau, la statue de la Liberté et un hymne... inimaginable en Europe !… 

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Pour finir la soirée, nous dînons au restaurant. Plats de fruits de mer : huîtres Rockefeller avec des épinards, crémeuses mais leur goût est caché par les épinards, crevettes géantes trop pimentées et enfin un plat de ribs et de poulet servis avec la même sauce à base de ketchup, donc trop sucrée. Tous les plats sont copieux et les verres de vin sont très corrects aussi bien pour les quantités que pour les prix. Nous revenons au camping écouter depuis notre fournaise les climatiseurs des voisins.

Samedi 12 septembre : Dans la nuit, la concierge de Paris nous appelle ! Je coupe le téléphone mais inquiet qu’il puisse s’agir de Julie, je le rallume pour apprendre qu’un chat a été trouvé au sixième étage etc… Nous sommes réveillés au matin par les gros RV qui partent tôt et avec un bel ensemble… J’appelle Julie, dans le RER, qui me rassure à propos de cette ridicule histoire de chat ! Après avoir encore reçu les compliments, comme quasiment tous les jours, d’admirateurs de notre camion, nous quittons le camping et sortons facilement de Las Vegas. Nous repartons sur la route par laquelle nous sommes arrivés, en direction du Nord. Nous quittons l’autoroute et filons dans le désert vers le Valley of Fire Park. Nous découvrons soudain, au milieu des montagnes grisâtres, une masse de roches d’un rouge agressif. Des pistes s’enfoncent dans le dédale des pitons creusés de trous, d’alvéoles, de fenêtres qui leur donnent des allures étranges.

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Sur l’un d’eux, un escalier métallique permet d’approcher des pétroglyphes qui auraient plus de 4000 ans et dateraient des Anasazis, ces Indiens qui avaient développé une belle civilisation et ont complètement disparu au milieu du XII° siècle. Dessins classiques, cercles, zigzags, personnages, mouflons…

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Nous continuons de circuler dans l’enchevêtrement des roches puis passons au Visitor’s Center. La boutique a la bonne idée de vendre des sodas frais. Nous n’arrêterions pas de boire, la chaleur est étouffante, plus de 40°C ! Il est fortement déconseillé de partir en promenade sur les sentiers. Nous prenons une route qui va nous faire découvrir une partie du parc différente, caractérisée par des roches bicolores, rouge et jaune, la frontière entre les deux est nette, traverse les strates, semble avoir été tracée au pinceau. 

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Des falaises sont à demi rouges et à demi jaunes suivant une ligne nette et oblique. Des couches ondulent et forment des vagues qui se seraient instantanément figées. Décidemment ces régions des Etats-Unis recèlent des trésors géologiques même en dehors des parcs les plus connus. Je n’ai pas le courage, et même un peu peur, de marcher dans le sable sous ce soleil assassin pour approcher des roches particulièrement spectaculaires. Nous déjeunons rapidement dans le camion sans relever les rideaux et repartons. A la sortie du parc j’ose marcher deux cents mètres sur un sentier qui monte, descend dans des éboulis pour aller voir un éléphant de pierre… 

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qui s’avère être sur le bord de la route ! Mais il est interdit de marcher le long de la route… Nous remontons en direction de l’autoroute et arrêtons à Overdon pour acheter un soda et ensuite y visiter un modeste musée consacré aux Indiens Pueblo. Peu d’objets et beaucoup de texte à lire et à traduire. Les reconstitutions de cases enterrées ou en adobe ne sont pas très convaincantes. Nous récupérons l’autoroute pour une courte section et le quittons pour une route qui va vite se transformer en une piste qui s’enfonce dans le désert. Personne en vue, seul un lièvre traverse la piste devant nous, pas la moindre trace d’une quelconque exploitation, pas la moindre masure, cabane, rien. Nous ne croiserons ni ne rencontrerons aucun véhicule de toute la traversée de cette région inhospitalière. 

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Nous ne savons pas exactement combien de kilomètres nous avons à parcourir sur cette piste, moyennement bonne au début, puis qui va devenir de plus en plus étroite, coupée de ruisseaux à sec, jusqu’à un col, redevenir roulante, puis excellente jusqu’à ce que nous rejoignions une vallée plus verdoyante, mise en culture. Nous suivons alors la ligne de chemin de fer, passons dans des gorges boisées et retrouvons le goudron à Elgin. Nous nous arrêtons pour la nuit au camping d’un parc, Kershaw-Ryan, dans un cirque de montagnes venté mais à l’ombre, donc plus au frais qu’à Las Vegas. La nuit tombe vite.

Dimanche 13 septembre : Il a fait presque froid ! Nous nous sommes glissés dans nos duvets, ravis… Nous sommes dans les derniers à quitter cet agréable camping pourvu de douches. Nous arrivons presqu’aussitôt à Caliente, petit bourg endormi, surtout à l’heure du service divin, et qui porte bien son nom. Nous voulons nous ravitailler, au moins pour ce midi, le seul magasin ouvert est un Family-Dollar (tout un programme !), petit et sans grand choix. Nous poursuivons jusqu’au Cathedral Gorge Park. Au Visitor’s Center nous trouvons une nouvelle ranger passionnée par notre camion qu’elle avait aperçu au camping. Elle est ravie de le visiter… Un court tronçon de piste nous amène dans le parc, au pied de falaises d’argile ravinées par les pluies. Des plaques de roches plus dures les ont protégées par endroit, créant des cheminées des fées qui se détachent des falaises et formant une multitude de très étroits cañons dans lesquels nous nous glissons. Plus nous pénétrons profondément et plus hautes sont les parois quasiment verticales, lissées par les eaux de pluie. 

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Nous ne pouvons guère aller plus loin, il faudrait marcher et nous n’en avons pas très envie bien qu’il fasse nettement moins chaud que la veille grâce à un voile de nuages qui va s’étendre. Nous retournons sur la route pour suivre les falaises depuis leur sommet et d’un mirador aménagé, nous avons une vue sur ces cañons et les cheminées des fées. 

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Nous déjeunons là, à l’ombre, puis repartons. Nous nous dirigeons vers Las Vegas par une route dans le désert, sans grand intérêt. Je suis fatigué et je ferais bien une sieste. La route est absolument rectiligne, sans surprises, mes yeux se ferment. Je me réveille à temps pour me garer sur le bas-côté, boire, faire quelques pas et repartir mais cela ne suffit pas et je dois réitérer mes haltes. Enfin, nous rejoignons l’autoroute, contournons Las Vegas et poursuivons en direction des montagnes où nous voulons aller dormir. En traversant une banlieue neuve, composée de villas à peine visibles, enfermées derrière les murs des lotissements, nous passons devant un supermarché. Nous nous arrêtons, j’ai encore l’espoir de sauver ma soirée et trouver ce que j’ai cherché dans toutes les stations-service : des bouteilles de tonic ! Je n’en trouve toujours pas MAIS la dernière tentative dans un autre supermarché sera la bonne. Sauvés ! Ce n’est pas aujourd’hui que nous en serons réduits au Gin-Seven Up ou pire au Gin-Sprite…  Nous continuons sur une autoroute que nous quittons pour une route, elle aussi rectiligne, qui monte en direction des montagnes. La végétation change avec l’altitude, nous passons des arbres de Josué et des yuccas à moins de 1000 mètres d’altitude aux pins à plus de 2500 mètres d’altitude. Au sommet se trouve des installations de sports d’hiver et deux campings déjà fermés pour la saison ! Nous nous installons sur une aire de départ de randonnée et sacrifions à l’apéritif du dimanche soir…

Lundi 14 septembre : La nuit a été fraîche mais il va falloir redescendre et retrouver des températures caniculaires, encore que des nuages se profilent… Par une route qui surplombe de loin le désert et notamment cette zone où furent effectués les essais nucléaires, nous rejoignons une autre route qui pénètre dans ce massif montagneux et se termine dans un village de résidents. Nous retournons sur l’autoroute qui contourne Las Vegas dont nous n’apercevons que les tours de très loin puis en sortons pour une route qui entre dans le Red Rock Park. Un premier détour nous amène à un site où une source devrait couler au plus profond d’une anfractuosité. Un sentier de planches y conduit mais la source est tarie et les gravures rupestres que l’on peut apercevoir sur une roche ne sont pas très intéressantes. Marie trouve au Visitor’s Center un beau collier constitué de boules d’argent et de perles de turquoise. Je le lui offre, sans savoir si ce sera pour son anniversaire ou celui de Julie… La raison de la dénomination du parc apparaît vite : un massif rouge qui se distingue des autres montagnes. En en approchant nous distinguons les deux couleurs des roches, un rouge très prononcé et un jaune très clair. Comme à Valley of Fires, les limites sont très nettes et semblent dues aux eaux qui ont délavé la roche, du sable pétrifié. 

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Les rochers ressemblent à de gros boudins soudainement figés et formant cañons, défilés, éboulis dans lesquelles parviennent à pousser quelques arbustes et buissons. La route qui traverse le parc s’éloigne de cet ensemble, offre quelques vues dessus depuis des collines dans le désert puis se rapproche d’un autre massif plus confus, très « tachiste ».

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Une piste, très dure, s’enfonce dans un cañon, passe au pied d’une montagne dont les ombres soulignent les amas de roche posés les uns sur les autres puis grimpe vers d’autres sites éloignés. Nous n’insistons pas et retournons vers le goudron. Nous ressortons du parc, vaguement déçus, seul le premier massif méritait une visite. Nous replongeons dans le réseau d’autoroutes pour retourner au camping KOA. Je cherche un car wash pour redonner au camion un aspect plus présentable et surtout en vue de sa longue hibernation. Nous trouvons un lavage manuel, les machines à rouleaux n’acceptant pas une telle hauteur. Nous traversons tout Las Vegas, facilement, une avenue vers le nord puis une vers l’est et nous retrouvons nos habitudes au camping, près de la piscine. Je ne tarde pas à y aller me tremper. Baignade d’autant plus appréciée qu’il règne une chaleur d’enfer avec un vent prometteur de tempête sous un ciel de plus en plus noir. Marie n’a que le temps de m’y rejoindre avant que nous en soyons chassés par crainte des éclairs. Du vent, des éclairs mais pas de pluie. Cependant la température est devenue nettement plus supportable.

Mardi 15 septembre : Nuit très agréable, fraîche. Ce matin, des nuages de plus en plus denses nous épargnent les rayons trop ardents du soleil. Je commence, tandis que Marie se prépare, par aller compléter nos dernières provisions au Walmart puis nous allons nous installer autour de la piscine désertée pour relire mon texte. Je tente de compléter le blog mais la connexion n’est pas fameuse aujourd’hui. Nous commençons à sortir les sacs de voyage et à faire le tri des affaires que nous laisserons et de celles que nous emporterons. Nous déjeunons dans le camion alors qu’il commence à pleuvoir. Nous allons prendre la navette, équipés pour les grandes pluies, Kways et parapluie… qui seront inutiles. Cette fois nous nous rendons dans le downtown, la partie de la ville où furent implantés les premiers casinos devenus mythiques comme le Golden Nugget ou le Frémont. Nous nous rendons tout d’abord au Musée MOB, consacré au crime organisé en Amérique. Sur trois étages sont présentés les origines, les développements, à partir de la prohibition, de Cosa Nostra et son influence sur la vie sociale, politique et même internationale. Pour rendre la visite distrayante, on n’a pas lésiné sur les reconstitutions : prise de photos d’identité judiciaire, murs du massacre de la Saint-Valentin, audience de la commission Keefauver, projections de films, témoignages etc…

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Il y a trop à lire et bien sûr en anglais. Las Vegas n’est pas oubliée et sa genèse rappelée ainsi que les liens des syndicats du crime avec les politiciens. Nous nous rendons ensuite dans la Fremont Street, celle dont j’avais gardé le souvenir avec ses casinos au look désuet et son cowboy en néons colorés. La rue a été couverte d’une sorte de verrière et si le Golden Nugget, le Four Queens et le Frémont sont toujours là, mon cowboy est presque caché derrière des installations de sonorisation. Des podiums sont implantés aux carrefours, des groupes s’y produiront dans la soirée. Des filles en tenue minimale dansent sur les comptoirs sans grand entrain. Tous les artistes de rue ou pseudo, tentent d’attirer l’attention des visiteurs par des tenues extravagantes, un rocker bedonnant n’a qu’un cache-sexe, une fausse Hawaïenne avachie s’exhibe avec une jupe de raphia et les seins à peine dissimulés, sosies de personnages de bandes dessinées, monstres, mendiants essaient de recueillir les miettes des sommes perdues dans les casinos. Une affligeante entraîneuse, à la chair triste, qui a dû faire les beaux jours de Saïgon en son temps, se déhanche sur des airs de rock. Dans les touristes, les Mexicains qui commémorent leur Indépendance, sont nombreux ainsi que les Asiatiques qui débarquent en groupes derrière leur guide. Nous traversons le Golden Nugget pour aller voir sa piscine au centre de laquelle, dans un aquarium, nagent des requins et autres poissons, un toboggan le traverse. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

La nuit tombe, les lumières s’allument et je retrouve l’ambiance clinquante, tape-à-l’œil des casinos des « Hommes de Las Vegas ». 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mon cowboy tarde à allumer ses néons mais il s’y décide tout de même. Sous la verrière a été installée un zipline, des câbles qui courent sur toute la longueur de la rue, bien au-dessus des têtes des touristes, et ceux qui s’y aventurent semblent voler d’un bout à l’autre, attachés à des harnais.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

A huit heures, un spectacle son et lumière est donné sur cette voûte, musique tonitruante et images laser plutôt gratuites mais spectaculaires. Nous reprenons notre navette et rentrons dîner au camion.

Mercredi 16 septembre : Aujourd’hui, le ciel est bleu mais le vent demeure. Nous allons consacrer la journée à un grand nettoyage du camion, à une dernière lessive et à la préparation des sacs. Ce n’est qu’à cinq heures que nous pouvons nous rendre à la piscine. Après un dernier gin-tonic américain, nous allons dîner au casino de Sam’s Town. Nous choisissons le restaurant mexicain, ceviche et carne asada avec des bières Dos Equis, nous sommes prêts pour la patrie de Pancho Villa, j’ai d’ailleurs tendance à répondre en espagnol aux questions des serveurs… Retour au camion pour une dernière nuit à Las Vegas.

Jeudi  17 septembre : Derniers rangements, nous quittons le KOA et filons au Storage où je remise le camion, je débranche la batterie en espérant qu’elle ne se vide pas trop d’ici quatre mois. Un taxi nous emmène à l’aéroport. Les caddies sont payants, 5 dollars ! Nous y sommes bien avant l’heure d’enregistrer. Nous patientons dans cette aérogare peu agréable, froide et sans animation. Nous achetons très cher des sandwichs et une bière. Une fois les sacs enregistrés, je rapporte le caddie et récupère royalement 25 cents ! Nous passons en salle d’embarquement et continuons de patienter. Notre avion est rempli et ne décolle qu’avec une heure de retard pour cause de passager du précèdent vol à évacuer puis pour un problème de portes signalées mal fermées… Et nous voilà partis pour un long vol inconfortable au cours duquel nous sera servi le plus infâme repas de toute l’histoire de l’aviation civile. Pas de choix des plats, une salade de pommes de terre suivie d’un plat de pâtes desséchées à la sauce tomate et gratinées, une sorte de pain d’épices sentant fort la cannelle achève ce festin certainement concocté par un diététicien diplômé… Nous avons pu avoir un dé à coudre de gin-tonic mais ensuite la bière est payante !  Pas question de dormir, quelle que soit la position tentée, le dossier du siège s’obstinant à interdire de s’assoupir…

Vendredi 18 septembre : La nuit est brève, on nous sert un petit déjeuner tardif ce qui permettra d’oublier le déjeuner. Un ridicule petit pain avec du beurre, de la confiture, une feuille de papier à cigarette de jambon et hop, nous avons le ventre plein. Nous nous posons à Francfort. Encore de longs couloirs à arpenter, un contrôle encore plus tatillon et deux nouvelles heures d’attente avant de repartir pour un vol rapide pour Marseille avec un petit sandwich et une bière gratuite avec Lufthansa… Nous survolons les Alpes, je crois apercevoir le Mont Blanc et bientôt la Méditerranée est en vue. Nous nous posons. Récupération des bagages. Personne ne nous a fait la bonne surprise de venir nous chercher, au contraire de tous les pèlerins qui s’en reviennent de La Mecque, tout de blanc vêtus. Je me renseigne sur le tarif de location d’une voiture qui m’éviterait le pénible portage des sacs mais c’est dissuasif… Nous partons donc en bus à la gare Saint-Charles. Nous attrapons aussitôt un train pour Toulon puis sautons dans un taxi qui nous dépose à la maison. La première étape de la Transamerica est achevée !  

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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 20:30

Lundi 27 juillet : Une journée de route nous attend mais nous ne partons pas à la première heure. De nouveau les épicéas, souvent rabougris, parfois brûlés, les lacs et les rivières aux larges lits. Nous arrivons à la frontière, aucun contrôle côté Etats-Unis, une petite attente chez les Canadiens, trente kilomètres plus loin. Il n’y a que des camping-cars au poste frontière ! Nous arrêtons un peu plus loin pour déjeuner. Pour une fois, les moustiques qui nous ont fichu une paix royale en Alaska, nous obligent à allumer un tortillon. Nous nous rapprochons doucement de la chaîne de montagnes des Kluane enneigées mais dont les sommets ont accroché les nuages et le ciel, ensoleillé jusqu’alors, devient tout gris. Nous longeons le lac du même nom, ses eaux sont d’un bleu de lagon polynésien. Nous y trouvons des emplacements de bivouac superbes mais il est tout de même trop tôt. Le revêtement de la route depuis la frontière canadienne est mauvais, des bosses, des dos d’âne et des portions de pistes poussiéreuses sur lesquelles les gros RV’s se traînent au pas. Nous avons avancé les montres d’une heure mais nous continuons d’utiliser l’heure de l’Alaska puisque nous devrions la retrouver demain. Nous arrêtons pour la nuit dans un camping pas trop cher, à l’entrée de Haines Junction. Nous y avons le wifi, j’en profite pour mettre le blog à jour, composer une carte électronique que nous envoyons aux parents et amis. Pour dîner, nous comptions sur les beefsteaks hachés que nous avions achetés à Tok mais s’il s’agit bien de bœuf, il n’est pas du tout haché bien qu’il en ait l’aspect, c’est un paquet de nerfs entouré de viande bien rouge, absolument immangeable !

Mardi 28 juillet : Nous avons confirmation au Visitor’s Center d’une météo exécrable pour le reste de la semaine aussi bien à Skagway qu’à Haines où nous comptons nous rendre. Nous faisons un détour au lac Kathleen, à l’orée du Parc National de Kluane. Nous partons pour une courte promenade dans l’espoir d’en voir le bout. Pas de soleil, ciel gris, tout à fait oubliable… Nous revenons à Haines Junction et prenons la route de Whitehorse, paysage inchangé et averses à intervalles réguliers… Nous retrouvons Whitehorse sous un soleil timide mais pas chaud. Marie me traîne dans les magasins de souvenirs et produits artisanaux des « First Nations », à la recherche de mocassins qui ne conviennent jamais, ils ont de la fourrure, les perles sont trop brillantes, la taille n’est pas la bonne et 200 $ une paire de chaussons, même exotiques, c’est cher ! Nous ne trouvons que des dessins qui évoquent les représentations traditionnelles des Tlingit, celui acheté à Whitehorse, bien moins cher que celui de Haines Junction… Nous repartons en direction de Skagway, le soleil semble plus présent dans cette direction mais nous avons encore de la pluie. Nous longeons un joli lac qui aurait pu faire un bon bivouac mais, une fois de plus, il est trop tôt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous arrêtons peu avant Carcross pour jeter un œil au « désert de Carcross ». Une belle étendue de dunes inattendues, plantées de résineux.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au village de Carcross, halte touristique obligatoire. Une maison ancienne a sa façade peinte d’une grande représentation traditionnelle. Devant, deux poteaux avec des sculptures totémiques et plus en avant de vilaines baraques récentes à toits de tôle, elles aussi couvertes de dessins noirs et rouges, représentations de baleines, ours, corbeaux stylisés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout cela bien artificiel et passablement attrape-touriste. Quelques maisons anciennes ont été retapées, la gare, un general store, deux églises etc… Les cars de touristes partis, le village est désert, nous décidons d’y passer la nuit et nous allons nous installer sur l’aire de mise à l’eau des bateaux. Après dîner, nous regardons le dvd « Jules et Jim » dont nous n’avions tous deux retenu que les épisodes joyeux. Nous devons nous y reprendre à trois fois en rechargeant la batterie de l’ordinateur.

Mercredi 29 juillet : Le soleil n’est pas tout à fait absent et nous pouvons avoir une idée du paysage. De beaux lacs piquetés d’îlots s’allongent le long de la route, entre des montagnes sans végétation à leurs sommets et couvertes de lichens ocre et de mousses d’un vert tendre, et de quelques résineux à notre altitude.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous franchissons le col White Pass, un des lieux de passage de ceux qui en 1898 se précipitèrent sur les terres du Klondike après avoir débarqué à Skagway. La frontière est au col, pas de contrôle à la sortie du Canada, un rapide à l’entrée en Alaska. Nous devons remettre les pendules à l’heure dite du Pacifique. La descente sur Skagway est vertigineuse, nous plongeons vers les eaux du fjord. Une mince bande de terre, coincée entre les montagnes, est occupée par cette petite ville qui ne vit plus que du souvenir de la brève Ruée vers l’Or. Deux énormes bateaux de croisière occupent les quais à l’extrémité de la langue de terre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous précipitons au bureau de la compagnie des ferries pour réserver. Nous devrons patienter quelques jours à Haines et à Juneau pour avoir de la place sur celui de Juneau à Prince-Rupert. Nous allons nous garer devant le seul et unique supermarché de la ville, rien de bien extraordinaire, nous espérons trouver mieux à Juneau. Le soleil étant présent, nous décidons d’en profiter pour aller dans la rue principale appelée Broadway. C’est un véritable décor de cinéma, toutes les maisons, bien plus nombreuses qu’à Dawson City, sont en bois, reconstruites ou restaurées à l’identique, les trottoirs sont bien entendu en bois et peu de véhicules circulent dans cette rue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ce sont principalement des commerces pour touristes qui attirent les passagers déversés par centaines, peut-être milliers, des bateaux de croisière. Nous repartons, contournons le fjord sur une piste en corniche jusqu’au site de Dyea, l’ancien port où débarquèrent les premiers chercheurs d’or, avant le déplacement du port à Skagway. Il n’en reste quasiment rien. Le cimetière, à l’écart, abrite quelques tombes très simples, une planche de bois, un nom, une origine et une date, qui seraient tombées dans l’oubli si elles n’étaient pas devenues une attraction touristique. Une magnifique forêt d’épicéas majestueux, surgis du sol riche entre des couches épaisses de mousse, a repris ses droits et a tout absorbé. Un sentier balisé circule sur le site de l’ancienne ville mais il est impossible de retrouver les traces d’une rue ou même de bâtiments. Nous espérons apercevoir quelque animal mais pas l’ombre d’un wapiti, ni même d’un grand… Quelques planches qui achèvent de pourrir sont tout ce que l’on peut deviner d’un ancien entrepôt et plus loin, une façade avec encadrement de porte et de fenêtre, maintenue debout avec des étais, s’ouvre sur la forêt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous allons nous poser à la limite des zones marécageuse où des cavaliers se promènent au pas. Je fais une courte sieste. Marie préfère regarder les bonus du film d’hier soir plutôt que de sortir se promener.

Jeudi 30 juillet : Nous avons bien dormi et comme nous ne sommes pas pressés aujourd’hui, nous traînons et ne nous levons qu’à neuf heures. Je constate que le liquide de refroidissement dans le vase d’expansion a bien baissé, je refais le niveau et ne trouve pas trace de fuite. Nous approchons du ruisseau où des pêcheurs s’escriment avec des saumons qui, là aussi pullulent. Ils semblent épuisés et ne parviennent plus à nager. Ce sont des vieux poissons qui viennent finir leur vie dans leur ruisseau natal et quand on les attrape, ils sont relachés nous explique un Québécois installé au Yukon. Nous reprenons le camion pour traverser la zone sablonneuse qui s’avance dans le fjord et à l’extrémité de laquelle on découvre, à marée basse, les restes en putréfaction des poteaux du quai de l’ancien port. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Puis nous revenons à Skagway, le soleil est présent mais il reste beaucoup de gris dans le ciel. Nous cherchons et finissons par trouver, sur une colline boisée, l’ancien cimetière datant des premiers temps de la ville. Des plaques de bois, toutes simples ne portent qu’un nom, parfois une origine, et une date. On ne vivait pas vieux en ce temps ! S’y trouvent aussi les deux tombes d’un « méchant » et d’un « shériff » qui se mesurèrent en un duel qui fut mortel pour les deux. Un vrai western ! Un sentier mène en quelques enjambées au-dessus du cimetière à une chute d’eau de belle hauteur où des touristes ramassent du sable dans l’espoir d’y trouver quelques paillettes… Nous déjeunons sur le parking dans le camion, en pensant y bivouaquer ce soir. Devant nous, des trains, avec l’allure des wagons de l’époque, emmènent des touristes jusqu’au col ou à Carcross. Nous allons ensuite nous garer dans le centre-ville puis allons arpenter la rue Broadway. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes de toutes origines se pressent dans les bijouteries. Nous suivons consciencieusement l’itinéraire décrit par la brochure de l’Office du Tourisme. Chaque maison ancienne est décrite, datée et nommée d’après son ancien propriétaire. Nous découvrons alors que beaucoup d’entre elles ont été non seulement restaurées mais aussi déplacées, expliquant ainsi la continuité et l’unité architecturale de cette ville-décor.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Marie visite quelques boutiques, à la recherche de cartes postales maintenant. La ville se vide à partir de dix-sept heures, les bateaux de croisière repartent et nous allons nous installer sur le parking près du cimetière.

Vendredi 31 juillet : Les premiers trains de touristes ne nous réveillent pas avant huit heures, peu de temps après les bus amènent des visiteurs au cimetière. Les K-ways et les parapluies sont de rigueur… Nous ne nous pressons pas, le ferry ne part qu’à 15 heures. Nous passons à la bibliothèque constater que nous n’avons pas de nouveaux messages, puis je vais nous réapprovisionner en bières et vin, en prévision du week-end. Nous allons nous garer à proximité de la passerelle au-dessus de la rivière qui traverse Skagway. Marie ne veut pas se mouiller. Je l’emprunte seul mais je ne peux observer le plus petit frétillement, aucun saumon ne tente la remontée à contre-courant donc pas de phoques dans l’eau ni d’ours à terre. Nous patientons en observant le ballet des hélicoptères au bout du terrain d’aviation. De nouveaux bateaux de croisière ont débarqué une nouvelle cargaison de touristes qui, pour fuir la colère des éléments, se réfugient dans les boutiques. Nous avons décidé de nous payer un grand gueuleton ce midi avec des spécialités locales. Nous avons choisi la Skagway Brewing Co, une mini-brasserie où on sert le midi quelques plats. La salle est pleine, tout le monde boit de la bière, bonne d’ailleurs. Nous avons choisi un fish and chips et un plat de porc mariné à la bière. Le fish and chips est bon, poisson frais, servi avec une bonne sauce tartare mais ce n’est pas trop copieux et les frites sont très honorables mais ce n’est qu’un fish and chips, vendu 22 $ (taxes et service en sus) ! Quant au plat de porc, il est servi comme un hamburger, la viande est coupée menue et pas trop copieuse non plus. Au grand étonnement du garçon, le bun, le pain reste dans l’assiette. Nous nous rendons au port faire la queue en attendant l’embarquement. Le ferry arrive, le déchargement des véhicules est long et nous n’embarquons que vingt minutes avant l’heure théorique du départ. Ce n’est pas un bâtiment luxueux mais nous n’allons y passer qu’une heure, le temps de descendre, entre deux falaises abruptes, le fjord, d’apercevoir, encadré par deux bandes de nuages, un glacier haut perché dans les montagnes et nous discernons le port de Haines. Nous accostons à quelques kilomètres de la ville, en remontant le fjord. Aussitôt débarqués, nous nous rendons au fond de ce fjord, remontons le cours de la rivière qui le relie à un lac. De nombreux pêcheurs, plantés dans le courant, tentent eux aussi de prendre des saumons. Les ours qui devraient les leur disputer sont absents. Nous allons occuper le dernier emplacement vacant d’un camping provincial, dans les arbres au-dessus du lac. Nous retournons sur les bords de la rivière essayer de voir des ours mais ce n’est pas la bonne heure, ni peut-être le bon jour… Retour au camping où, pour une fois, nous profitons de l’air pur, assis dans nos fauteuils neufs. Avant de dîner, nous retournons voir si, par hasard, quelques ours ne seraient pas en train d’attraper des saumons. Eh oui ! Une brune oursonne et ses deux petits sont dans la rivière à la recherche de nourriture. Les oursons sont peu audacieux, espiègles mais prudents, la mère patauge dans le courant et le descend à bonne allure, suivie sur la berge par ses rejetons plus noirs de poil. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les photographes, nous en sommes, la suivent depuis la route, à pied ou en voiture. Nous retournons au camping quand elle s’éloigne. Pour dîner, nous avons acheté du saumon fumé dans un emballage qui ne permet pas de deviner ce qu’il contient. J’en extrais des filets gros comme des doigts, durs comme une viande séchée, très bruns. Ils ont mariné avec de la sauce soja et du sucre puis ont été fumés. Le résultat est déroutant, le goût de poisson est faible, le sucré domine et nous ne savons trop à quel moment ce plat pourrait être consommé. Quoi qu’il en soit, aucune ressemblance avec ce que nous appelons du saumon fumé !

Samedi 1er août : Nous prenons goût aux grasses matinées… Dans notre forêt, les bruits et la lumière sont très assourdis et ne nous incitent pas à nous lever. Nous longeons le fjord jusqu’à la ville de Haines, à quelques kilomètres. Les pêcheurs sont déjà immergés dans le courant froid, les ours sont donc absents. La ville est bien assoupie, nous arrivons en pleine foire de la région. Après un passage au Visitor’s Center où nous ne sommes guère rassurés par les prévisions météorologiques des jours à venir, nous allons nous garer derrière le supermarché local. Avant de faire nos emplettes, nous assistons à un défilé dans la grande rue. Nous n’aurions pas cru qu’aux Etats-Unis on puisse assister à quelque chose d’aussi minable ! Après une voiture de police et des voitures de pompiers qui distribuent des bonbons à pleines poignées, viennent des groupes restreints de danseurs locaux qui ne donnent pas envie d’aller les voir sur une scène, d’amis des chiens avec leur animal préféré en laisse, de marionnettistes avec leurs figurines géantes, une moto avec drapeaux américains déployés et c’est fini ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir refait les pleins de provisions, nous nous rendons au terrain d’aviation pour tenter de trouver un survol de glaciers. Un premier pilote n’aurait pas d’autres clients que nous et ses prix sont élevés, un autre propose une excursion demain si les conditions météorologiques sont bonnes. Nous prenons rendez-vous. Après avoir déjeuné dans le camion devant le terrain d’aviation, nous retournons en ville et allons nous garer sur l’ancien champ de manœuvres de la caserne désaffectée. Au milieu se dresse une belle maison traditionnelle tlingit avec un décor peint en façade et quelques totems debout ou couchés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout autour de la place, de jolies maisons, celles des officiers, transformées en résidences ou en hôtels, forment un cadre agréable. Nous allons jusqu’à l’extrémité de la route, à la recherche d’un éventuel lieu de bivouac pour ce soir, puis nous nous rendons à la foire. Des stands de toutes sortes ont été dressés, on y présente des articles de fabrication familiale, des confiseries, des nourritures de toutes origines, des jeux pour les enfants, un petit train minable fait le tour des installations. Sous une halle, un podium a été installé et des groupes s’y produisent, tous les genres de musique se succèdent. Nous allons assister à un duel entre deux candidats qui doivent essayer de rester debout sur un gros tronc d’arbre flottant dans un bassin, les deux se retrouvent à l’eau au grand amusement du public. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Applaudissements, sifflets d’encouragement, les spectateurs sont bon enfants, contents, chaleureux, tout le monde se connaît, s’interpelle. Les maquillages fluorescents et colorés sont à la mode. Sous un hangar sont exposés les productions les plus remarquables de la région et leurs récompenses : les quilts les plus clinquants, tissés avec des fils fluorescents (un ancien des années 1920 fait cruellement ressortir la déchéance de cet art traditionnel), les plus gros choux, concombres et autres légumes, travaux de couture et de tricot que personne ne voudrait porter… Dans un ensemble de maisons qui recrée une ville western, nous assistons à une sorte de course en sac entre deux équipes, avec des pantalons de pêcheurs à enfiler et des bouées à transporter à toute vitesse. Intervilles !!! Dans la cour d’une brasserie, se déroule une compétition de lancers de fer à cheval, joueurs et spectateurs ont tous le gobelet de bière à la main. Pour ne pas nous distinguer, nous en faisons autant… Un orchestre country, violon, banjo, guitare, trombone et batterie jouent ces airs que j’aime et qui font taper des pieds et bouger les corps. Le guitariste et le violoniste, sosie de Buffalo Bill, pas de première jeunesse, sont tous deux excellents... 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous repartons nous installer au bord du fjord pour la nuit.

Dimanche 2 août : A deux heures du matin, des musiciens qui n’ont pas envie d’aller se coucher viennent se garer à côté de nous et vont faire une jam session sur la plage. Heureusement, le toit est baissé et nous ne les entendons pas fort. Nous nous rendormons après leur départ… Il pleut, encore ! Notre vol au-dessus des glaciers est bien compromis. Mais le ciel petit à petit s’améliore, la pluie cesse et quand nous sommes sur le point de nous rendre en ville, du ciel bleu apparaît. Météorologue doit être un métier bien ingrat sous ces latitudes… Au Visitor’s Center, le bulletin météo nous promet de la pluie aujourd’hui et du soleil les jours suivants, ce qui ne manque pas de nous inquiéter vu le manque de fiabilité de ces pronostics. Nous allons au camping en bord de mer nous réserver une place pour ce soir. Le patron ne craint pas d’exposer ses opinions « Républicaines » et sa haine des Démocrates. De grasses plaisanteries sur les femmes sont également affichées sur le panneau d’informations… Nous passons au bureau de l’agence d’aviation, Mountain Flying Service. La responsable, Amy, jeune femme sympathique qui fait des efforts pour nous parler lentement et nous abreuve avec de grands sourires de « Bonjour, Merci, Au Revoir… », tout ce qu’elle a retenu de ses cours de français, arrive avec un couple d’Australiens intéressés par la même excursion que nous. Rendez-vous est pris pour midi au terrain d’aviation. D’après elle le temps est superbe, ensoleillé au-dessus des glaciers. Marie est sceptique… Peu avant midi, l’avion se pose, un De Havilland de six places, les Australiens arrivent et nous montons à bord. Décollage, survol de la large rivière Chilkat puis nous commençons à passer au-dessus des montagnes. Des nuages s’effilochent à leurs sommets mais le soleil éclaire les premiers glaciers que nous longeons, tant sur notre droite que sur notre gauche. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

De magnifiques toboggans blancs rayés de noir dévalent des pics sombres, traçant des coulées vers les vallées grisâtres. Nous traversons un large fjord qui va se jeter dans l’océan Pacifique avant de survoler d’autres montagnes sur les flancs desquelles des chèvres sauvages trouvent leur pitance. Puis ce sont d’autres glaciers, plus impressionnants, plus larges qui courent sur des kilomètres. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Deux, trois, quatre, une multitude se rejoignent pour former d’immenses champs de glace rainurés de crevasses où parfois dorment des eaux d’un bleu irréel. Nous passons au ras des séracs, cubes gigantesques aux arêtes tranchantes et bleutées. Notre pilote, Paul, affirme pouvoir se poser sur les champs de glace. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Mais nous devons faire demi-tour, dommage ! Le soleil se fait rare, le gris commence à dominer. Nous ne revenons pas exactement par le même chemin, survolant à la fin, à basse altitude une dernière coulée ponctuée de mares azurées, sur des kilomètres, avant de retrouver Haines et son aérodrome.  Nous allons nous poser au terrain de camping pour un déjeuner tardif, puis nous nous rendons en voiture à la bibliothèque pour profiter du wifi. Pas de messages, nous commençons à faire des recherches pour le vol de retour de Las Vegas. Nous revenons nous installer au camping, adossés au fjord. Nous ressortons à pied pour aller traîner dans les rares boutiques de souvenirs ouvertes aujourd’hui. La pluie revenant, nous rentrons au camion relire mon texte. Nous le corrigeons ensemble avant de sacrifier à l’apéritif traditionnel désormais du dimanche !!! Le camping n’est pas bien grand mais il n’y a qu’une salle de bain pour tout le monde. Des citations des Evangiles et des dictons sont collés sur les murs de la pièce. Sans doute pour ressortir plus propre moralement.

Lundi 3 août : Quel soleil aujourd’hui ! Le vol doit être superbe par un tel temps ! Nous prenons la route de Haines Junction pour découvrir le paysage à l’arrivée sur Haines. Nous longeons de près le large cours de la rivière, en quête des bald eagles, les pygargues ou aigles pêcheurs, à tête blanche, censés être en nombre, eux aussi à la recherche de saumons. Aucun n’est en vue ! Nous poursuivons sur quelques dizaines de kilomètres, continuons par une petite route qui se termine sur les bords d’un lac, agréable, sans plus. Nous revenons sur nos pas et arrêtons au village de Klukwan. Quelques totems récents sont posés devant une maison, l’un d’eux montre un homme tenant dans ses mains une Bible ! D’autres sont disposés devant le mémorial aux vétérans des guerres passées. Ce village indien n’a pas encore de musée, l’année prochaine nous assure-t-on. Devant les maisons pas bien riches rouillent des véhicules de toute époque ainsi qu’un ramassis d’objets divers.  Nous finissons par apercevoir, posés sur un tronc d’arbre, deux aigles peu disposés à prendre leur envol.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir déjeuné dans le camion avec vue, de l’autre côté de la rivière, sur la chaîne de montagnes enneigées et découpées, nous revenons à Haines. Marie me traîne dans les boutiques qu’elle n’avait pas encore visitées. Elle trouve tout de même des cartes postales et un bracelet. Nous rencontrons un couple de voyageurs français, en camping-car, avec qui nous discutons un moment. Nous nous rendons ensuite au musée Sheldon. Décevant, toujours le même bric-à-brac d’objets plus ou moins anciens, collectés de-ci, de-là, mis sous cloche et étiquetés. Nous repartons pour la pointe sud de la péninsule. La route longe encore la rivière ou plutôt le fjord désormais et nous jouissons d’une superbe vue sur les montagnes et les glaciers de la rive opposée. Nous réservons un emplacement au camping provincial et allons découvrir dans les environs d’autres vues, sous le soleil, des pics et pitons. En face de nous, les eaux de fonte d’un glacier se transforment en une cascade avant de plonger dans le fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous restons une heure face à ce paysage, assis sur un banc, au bord de l’eau, seuls. Marie me trouve tout de même une occupation : écrire les cartes postales… Retour au camping sous les grands arbres.

Mardi 4 août : Encore une journée ensoleillée et même chaude… Il fait si beau que nous n’attendons pas d’avoir petit déjeuné pour nous rendre au bord de l’eau, avec la vue sur le glacier de l’autre côté qui alimente une belle cascade. Je discute avec un couple de randonneurs français, enthousiasmés par l’Alaska. Nous retournons dans le centre-ville et nous nous garons autour de l’ancien champ de manœuvre. Aujourd’hui la boutique d’ « Art » est ouverte, Marie s’y précipite. Le marchand est aussi l’artiste qui signe des dessins inspirés par la tradition tlingit mais ses œuvres ne me plaisent pas. Par contre un collier avec d’anciennes perles d’échange commercial, en verre avec une dent de morse, convient à Marie… De l’autre côté de la place, un atelier de sculpture sur bois est ouvert mais personne n’y travaille… Nous pouvons y voir des totems, des boîtes et autres objets traditionnels en cours de fabrication. Une dame nous explique les légendes liées aux diverses représentations mais je ne comprends que des bribes. Une gravure, un ours finement tracé dans le style de ces Indiens de la côte Nord-Ouest, me tente et je me laisse me la faire offrir par Marie. Nous faisons ensuite le tour d’autres galeries en compagnie des croisiéristes qui viennent de débarquer sans rien trouver d’intéressant. Nous allons nous garer sur les bords du fjord pour déjeuner avant de rouler jusqu’au bout de la route, vers le lac, mais les pêcheurs sont à l’œuvre et les ours sont absents. Nous revenons attendre l’embarquement sur le ferry. C’est le même que pour venir de Skagway. Nous y reprenons des places dans le salon à l’avant, au premier rang. Nous appareillons avec un quart d’heure de retard, dû au débarquement difficile des gros camping-cars. Nous continuons de descendre le fjord qui s’élargit, toujours entre deux chaînes de montagnes, des pics très acérés à peine enneigés. Des glaciers se nichent dans tous les cirques de montagne et se déversent en de multiples torrents qui ont creusé leur chemin dans les forêts qui couvrent les zones inférieures. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’apparition de roches dénudées entre la forêt et la glace est probablement due, à mon avis, au retrait des glaciers depuis des décennies. Un croquignolet phare, posé sur un îlot a un gros succès esthétique de la part des passagers. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous ne distinguons toujours pas Juneau alors que les heures passent. Quelques dauphins nous croisent mais les baleines ne sont pas de sortie. Le fjord se termine nous sommes entre îles et terre ferme, l’apparition de maisons sur le rivage et de bateaux de pêche nous annonce tout de même l’arrivée. Il faut encore contourner une île   avant d’apercevoir, dans le soleil couchant, le glacier Mendenhall et d’accoster à la nuit tombée. Pas question de nous garer sur le parking du port, « No overnight parking » ! Nous prenons la route de Juneau et trouvons presqu’aussitôt un emplacement à l’orée de la forêt. Vite nous faisons réchauffer une boîte de lentilles aux saucisses qui a presque fait le tour de la terre puisqu’elle était dans nos réserves en Mongolie !

Mercredi 5 août : Nous n’avons pas été dérangés de la nuit mais au matin la circulation intense sur la route à quelques mètres est gênante. Nous nous sommes réveillés tard et ce n’est pas avant dix heures que nous repartons. Nous trouvons aussitôt un supermarché Safeway avec un choix de produits bien plus large. Nous achetons des escalpes de veau et de l’agneau. Le poisson nous tente, nous prenons un filet bien rouge de saumon sockeye, une des cinq catégories de saumon d’Alaska. Nous longeons le canal Gastineau, celui de Juneau avant d’arriver dans le centre de la ville. La capitale de l’Alaska est une curieuse cité qui, faute de pouvoir s’agrandir en grimpant dans la montagne à laquelle elle est adossée, s’est étendue sur des kilomètres le long de l’eau. Le centre-ville ancien est réduit à quelques pâtés de maisons qui descendent sur les quais où sont amarrés les bateaux de croisière. Le manque de place a réduit les possibilités de parking et ceux à étages nous sont interdits. Nous nous garons en payant une heure sur le seul parking autorisé sur le front de mer. Comme d’habitude, nous allons nous renseigner au Visitor’s Center puis nous cherchons un endroit plus agréable que ce bout de quai, dominé par les rangées de cabines des paquebots et envahi par des centaines de croisiéristes qui me rendent cette ville déplaisante. Nous grimpons dans les ruelles très pentues de la vieille ville aux pimpantes et coquettes maisons en bois. Nous trouvons un parc bien au calme où nous pouvons déjeuner loin de la fureur de la basse ville. Nous y retournons néanmoins. Je dépose Marie puis cherche à me garer le plus près possible, dans une rue du port industriel. Je retrouve Marie pour prendre le téléphérique qui emmène au sommet du mont Roberts, droit au-dessus de nous. L’ascension est rapide, et coûteuse… De la plateforme supérieure nous avons une vue superbe sur le canal Gastineau qui se perd dans le lointain d’un côté, et de l’autre rejoint le fjord par lequel nous sommes arrivés hier soir. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Un sentier, ponctué d’arbustes aux petits fruits rouges vif, part dans la montagne, nous le suivons en compagnie de nombreux croisiéristes. Un aigle vient se poser au sommet d’un pin et reste sagement en attente des hommages des photographes. Nous continuons jusqu’à un point de vue avant de redescendre dans une forêt de pins et d’épicéas. Nous allons prendre un soda sur une terrasse avant d’assister à la projection d’un film niais sur la culture tlingit. Nous redescendons. Marie m’attend en traînant dans une boutique et je vais rechercher le camion. Nous cherchons un emplacement pour la nuit. La traversée du canal sur un pont nous amène à l’île Douglas où j’avais repéré, avec les jumelles, un parc tranquille au bord d’une plage mais pas question d’y passer la nuit. Là encore les interdictions sont légion : « No camping, No overnight parking ». Pour le pays de la Liberté, les interdictions imbéciles ne manquent pas… Nous repassons donc le pont et finissons par nous arrêter en compagnie de deux autres camping-cars sur le parking du Walmart bien que là aussi il y ait une interdiction d’y passer la nuit… Nous dînons de notre filet de saumon, simplement grillé, ce n’est pas mon poisson préféré mais il est bien meilleur que celui d’élevage vendu dans les supermarchés en France, plus cher aussi mais tout de même moins que leur halibut, ce flétan qui coûte autant que la langouste. Une bouteille de Chardonnay, achat de dernière minute, transforme ce simple repas en une presque fête…

Jeudi 6 août : Mal dormi. Trois gros camping-cars de Québécois sont venus se coller à moins d’un mètre de nous alors que l’immense parking est vide. Et ils font marcher de bruyants générateurs. Nous déménageons… Nous partons à la recherche d’un camping patenté, homologué, un vrai avec des machines à laver, à sécher, une vraie douche et le wifi. Un premier est trop cher, le second nous convient. Nous y restons le temps de faire une lessive et de lire le dernier message de Julie, de retour à Buenos Aires. Nous repartons pour nous rapprocher du glacier Mendenhall et du lac dans lequel il se déverse. Un superbe camping dépendant des National Forest est disséminé dans la forêt mais les conditions de réservation sont trop compliquées, il faut passer par internet ou téléphoner et payer par carte de crédit ! Dommage… Nous contournons le lac et allons nous garer devant le Visitor’s Center du parc du glacier. La vue sur le glacier, très impressionnant serait extraordinaire si le soleil remplaçait la pluie. Nous espérons bien avoir une journée ensoleillée pour y revenir et emprunter les sentiers qui approchent cascade et langue de glace. Nous déjeunons dans le camion avec toujours autant de succès de la part des touristes et des locaux qui affirment tous que Land Rover est leur marque préférée mais se gardent bien d’en posséder… Nous repartons dans le centre-ville pour une visite du centre ancien, prétexte à explorer les boutiques. Je n’en ai pas très envie, la pluie, le froid et traîner des pieds en faisant des sourires forcés aux vendeuses ne m’enchante pas… Mais l’acharnement de Marie est payant, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait : l’ours en peluche (made in China) et une paire de mocassins (made in Dominican Republic) pour elle… Nous pouvons rentrer au camping et dîner de nos escalopes de veau avec des champignons ! Grande toilette ensuite et tentative à demi réussie de mettre le blog à jour.

Vendredi 7 août : Le soleil réapparaît et va devenir de plus en plus présent au long de la journée. Nous réservons, par l’intermédiaire de la responsable du camping, une excursion en bateau pour aller voir les baleines dimanche après-midi. La journée s’annonçant belle, nous décidons de retourner au glacier. Nous nous garons sous le regard suspicieux et admiratif des rangers qui tous viennent nous dire, pouces levés pour appuyer leurs dires, combien notre camion est formidable ! Le glacier s’étale sous le soleil, ses séracs viennent mourir dans le lac et quelques icebergs dérivent lentement en achevant de fondre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Du Visitor’s Center, la vue panoramique est tout aussi belle. Le glacier a des rides de plus en plus marquées avec l’âge. Ces crevasses génèrent des séracs qui, en fin de vie, paraissent, soit se bousculer à la sortie, pressés de passer de la phase solide à la phase liquide en s’anéantissant dans les eaux stagnantes du lac, soit, freinent inutilement, effrayés devant leur imminente disparition. C’est selon qu’ils sont Croyants ou pas… Un film nous est projeté sur le glacier, belles photos et, pour une fois, point trop de niaiseries. Nous allons, bien couverts tout de même, le soleil ne suffit pas à nous réchauffer, jusqu’à un point de vue sur une presqu’île du lac, le front du glacier est plus près, nous apercevons aussi sur sa droite une puissante cascade qui dégringole et aliment le lac. Nous suivons un sentier qui nous y mène en une demi-heure. Nous aboutissons sur une plage de gravier, au pied de la cascade. Le front du glacier et la cascade se répondent dans la même blancheur et les mêmes courbes.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après nous être bien rassasiés de la vue de ce magnifique glacier que nous aimerions bien survoler (nous ne pouvons qu’imaginer l’immensité immaculée du champ de glace d’où s’échappent trente-huit glaciers importants), nous revenons au Visitor’s Center nous instruire grâce aux dispositifs didactiques mis en œuvre. Nous regagnons le camion et allons nous garer sur un parking proche pour déjeuner tranquillement. Nous voulions faire une courte promenade le long d’un ruisseau à saumons mais pour ne pas déranger les ours, elle est interdite ! Nous ne pouvons qu’observer, depuis une terrasse aménagée du parking,  de très gros saumons à la peau d’un étonnant rouge vif, sauf le museau. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’après-midi est avancée, Marie voudrait retourner en ville voir deux ou trois maisons et sans l’avouer, me traîner dans d’autres boutiques. Je résiste et réussis à la convaincre de nous rendre, en profitant du ciel bleu persistant, tout au bout de la route, à une soixantaine de kilomètres. La route, de plus en plus déserte, suit le bord de mer et ménage quelques belles vues sur les îlots et les îles qui peuplent le fjord ainsi que sur la chaîne de montagnes que nous avions suivie en venant de Haines. Au bout de la route, nous trouvons une vaste aire de mise à l’eau des bateaux. Nous nous y garons avec l’intention d’y passer la nuit. Beaucoup de pêcheurs sont venus tenter d’attraper quelque poisson suicidaire, nous n’en verrons aucun ne pas repartir bredouille. Des familles pique-niquent, des feux de bois ont été allumés, la mer forme une anse qui serait calme et reposante si un jeune crétin ne s’amusait à faire pétarader un quad, à virer en dérapant sur le gravier du parking et à slalomer aussi vite que possible entre les arbres. Je lui dis, en français, qu’ « il nous emmerde ». Faute de traduction, il continue de plus belle… Certains jeunes Alaskans sont, hélas, cons ! Nous sortons tout de même les fauteuils et allons contempler l’eau, la forêt et les jeux et activités de nos voisins, les mises à l’eau des bateaux de retour de la pêche avec des crabes. Nous revenons au camion, hésitants à repartir. Le conducteur du quad semble calmé, nous restons. Quand nous commençons à préparer le dîner, le(s) quad(s) se manifestent de nouveau. Trop tard pour partir ! Nous devons encore subir ses bruyants vrombissements jusqu’à la nuit tombée. Plus tard, ce sont des tirs de feux d’artifice qui nous réveillent. Je n’ai pas le courage de me lever pour les voir…

Samedi 8 août : Le matin est très calme, quelques pêcheurs matinaux mais discrets se sont lancés dans les eaux. Nous revenons lentement vers Juneau en appréciant les vues sur la baie et les îlots boisés. Nous nous arrêtons souvent pour sortir les jumelles et explorer les étendues marines mais nous n’y voyons que des mouettes. Nous allons refaire quelques courses au Safeway en prévision de la traversée en ferry, puis nous allons nous garer dans le centre-ville, désert aujourd’hui. Nous allons déjeuner dans une gargote de luxe sur les quais, Tracy’s King Crab Shack, qui, comme son nom l’indique, est spécialisée dans le crabe royal. Assis sur des bancs à une table en plein-air, nous partageons une patte de crabe géante, un cocktail de crabe et des sortes d’accras au crabe bien entendu. Tout est bon mais la patte, servie tiède, avec les énormes morceaux de chair que nous en extrayons, est un régal. Un régal onéreux tout de même, nous en avons avec deux bières pour presque 80 $ ! En guise de digestion, Marie me traîne dans la ville ancienne à la découverte d’un centre culturel tlingit où ne sont présentés que des objets neufs, et de quelques bâtiments officiels fermés. Nous reprenons le camion pour aller à un Art Center où en guise d’exposition se déroule un mariage… Nous sortons de la ville en direction de l’est, à la recherche d’un bivouac pour la nuit. La route se termine vite. Nous nous garons à son extrémité, sous les arbres, avec vue sur le Canal.

Dimanche 9 août : Au matin, j’ai bien du mal à me réveiller. Nous n’avons rien au programme, aussi tardons-nous à nous mettre en route. Nous revenons à petite vitesse à Juneau. Une fois de plus, nous nous garons dans la rue, peu de monde le dimanche. Nous allons faire une dernière promenade sur les quais. Je contemple avec une certaine envie les gros hydravions qui emmènent des touristes dans un lodge au glacier Taku, superbe semble-t-il. Nous allons nous garer au petit port d’où nous devons partir pour l’excursion aux baleines. Après déjeuner, nous attendons l’arrivée des autres participants, une bonne vingtaine. Le bateau est piloté par un vieux loup de mer qui cultive le look avec une longue barbe blanche clairsemée. L’animatrice, inévitable, essaie de mettre tout le monde en joie pour cette extraordinaire sortie… Nous filons à toute vitesse dès que nous sommes sortis du port et, au bout d’une demi-heure, nous rejoignons la demi-douzaine d’autres bateaux de touristes qui forment un cercle au centre duquel une baleine souffle, montre son dos, son aileron puis disparaît de longues minutes. Nous en sommes loin et nous n’apercevons pas grand-chose de l’animal. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous en poursuivons une autre pour le même résultat. Une fois ou deux la queue apparaît, concert d’exclamations des passagers ravis. Au bout d’une heure et demie, le capitaine remet ses moteurs à pleine puissance et nous mettons le cap sur le port. Pas question d’aller voir des phoques ou des lions de mer. Nous rentrons très déçus, surtout Marie qui avait sans doute trop rêvé de voir surgir les baleines dressées hors de l’eau. Nous remplissons en français un commentaire vengeur… Nous reprenons le camion et allons stationner au port des ferries en attendant l’heure du départ, dans la nuit. Nous préparons le sac pour la journée à bord puis relisons mon texte. Après dîner, nous nous couchons à demi-deshabillés.

Lundi 10 août : A une heure, je me lève et retourne au bureau des ferries. Il devait ouvrir à ce moment, je dois, avec d’autres passagers, patienter encore une demi-heure. Les documents en règle, je retourne au camion et vais le ranger dans la bonne file puis je me recouche. A deux heures et demie je me relève pour surveiller le déroulement des opérations qui s’avère nul ! La pluie se déchaîne. Enfin, passé trois heures, arrive notre ferry. Marie se lève et me rejoint. Nous assistons au laborieux débarquement des véhicules avant de monter à bord, à notre tour. Le ferry est pratiquement vide ! Nous récupérons rapidement la clé de la cabine, simple, et après avoir assisté à la sortie du port avec trois quarts d’heure de retard, nous nous couchons. J’émerge à huit heures et demie, nous montons à la cafétéria petit déjeuner avec nos biscuits et un thé. Nous nous installons ensuite dans les fauteuils du salon à l’avant, surveillant les cieux, plus cléments en direction du sud, et les eaux où nous apercevons de lointains jets des évents des baleines. La pluie a cessé mais nous sommes dans la grisaille. Les montagnes couvertes de cette forêt humide qui couvre toutes les îles et la côte Pacifique disparaissent dans les brumes et les nuages. Nous naviguons à allure réduite entre la terre ferme, des îles inhabitées et des îlots aux contours romantiques.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les rives sont barrées par des troncs rejetés par la mer. Nous arrivons à Petersburg alors que nous déjeunons avec nos provisions, sans bière, régime sec à bord ! Sur les bouées à l’entrée du port, des lions de mer paressent. De nombreux petits bateaux de pêche (saumon, halibut, crevettes et crabes) sont amarrés sur les pontons. Après une courte escale, peu de gens et encore moins de véhicules sont montés ou descendus, nous repartons en longeant quelques hangars sur pilotis, à demi au-dessus de l’eau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Je retourne profiter de la cabine pour une sieste dont j’avais presqu’oublié le bonheur. Marie qui tambourine à la porte depuis une demi-heure (dit-elle !) vient m’en tirer et me succéder. Nous avançons dans un chenal étroit, toujours hélas sans soleil. Je vais rechercher Marie à l’approche de Wrangell. Petit port sans charme et sans attrait où nous ne faisons qu’une courte escale avant de continuer dans un nouveau canal entre deux îles. Quand nous en sortons, que le ciel s’assombrit encore et que les berges s’éloignent, nous allons dîner à la cafétéria. Fish and chips, honnête, et rôti de porc servi avec une sauce sans nom ni goût. A l’escale de Wrangell, je suis allé chercher dans notre camion une bière que nous avons conservée dans des glaçons, ce qui permet de faire un repas digne de ce nom… A côté de nous, des adolescents se régalent avec des frites trempées dans le ketchup en plat principal puis dans du yaourt à la fraise en dessert. Une idée quand nous inviterons des amis à Toulon… Nous regagnons la cabine pour une nuit, bercés par le ronronnement des moteurs.

Mardi 11 août : Je suis réveillé bien avant que le réveil ne sonne. Nous nous levons à six heures et demie, Prince Rupert est en vue et nous entrons dans sa rade. Le ciel fait toujours mauvaise figure, il ne pleut guère mais tout est uniformément gris ! Marie a juste le temps de se doucher et de s’habiller. Nous avalons quelques biscuits avec un thé alors que le ferry accoste. Nous sommes encore dans les premiers à sortir, contrôle rapide de l’immigration canadienne et remise à l’heure des montres, nous perdons une heure. Nous traversons la petite ville, sans aucun caractère et allons nous garer devant le Visitor’Center. La ville est carrément tournée vers l’ouest et met en valeur sa proximité avec la Chine, les expositions ne montrent que cela mais nous avons le wifi. Nous allons nous garer sur le parking du Safeway pour refaire des courses puis nous nous rendons au Northern Museum. Il est logé dans un bâtiment récent mais qui a conservé la forme des longues maisons traditionnelles des Tlingit, Tsimshian et Haida. A l’intérieur, nous sommes tout d’abord très agréablement surpris par la qualité des objets présentés, tabliers et capes de danse, masques, boîtes cubiques, cuillères, sonnailles de toute beauté, avec une belle patine. Puis, inévitablement, l’exposition continue avec des objets récents réalisés par des artistes inspirés par l’esthétique des Indiens du Nord-Ouest. C’est autre chose, sans plus aucun caractère religieux, sans âme. La dernière partie évoque, avec l’habituelle collecte d’objets des XIX° et XX° siècles, le développement des relations commerciales, industrielles et la vie de tous les jours des nouveaux arrivants. Nous faisons ensuite un tour en voiture en ville, pour y voir de plus près quelques copies de totems, dressées en divers endroits. La pluie, fréquente, le vent, leur ont donné  l’aspect d’une respectable ancienneté. Nous quittons la ville, roulons dans un paysage classiquement canadien, forêts, lacs et montagnes, tout cela à demi dans la brume. A Terrace, nous décidons de rallonger le parcours et de passer par la vallée de la Nass. La route est plus étroite, elle serpente aussi dans la forêt mais sur les montagnes, les zones en cours de déboisement sont importantes. Nous atteignons un immense champ de lave dû à une éruption volcanique ancienne. Les blocs de lave sont couverts d’une couche de mousse qui leur confère un aspect étrange. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Plus loin, des résurgences ont formé des mares saisonnières d’un étonnant vert émeraude, bien visible malgré l’absence de soleil. Nous nous arrêtons pour une courte promenade. Nous traversons une étendue de lave puis pénétrons dans la magnifique forêt humide. De très grands arbres surgissent du velours vert du terrain. Les troncs morts, couchés, disparaissent sous les mousses, leurs formes s’estompent dans un doux moutonnement. Nous aboutissons à la petite cascade d’un ruisseau qui s’est frayé un lit entre deux berges dont les formes de tous les arbres, debout ou couchés, sont enveloppées de mousse.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au camping du Parc Provincial créé pour mettre en valeur le champ de lave. Nous y trouvons un emplacement entre les arbres qui grincent, couinent, pleurent dans le vent.

Mercredi 12 août : Il a plu toute la nuit et la pluie redouble au matin ! Nous nous levons très tardivement, désespérés par ce mauvais temps. Nous traversons de nouveau le champ de lave puis la route continue dans la forêt jusqu’au village des Nisga’a, un sous-groupe des Tsimshian, où un nouveau musée qui leur est consacré a été ouvert. Depuis qu’ils ont, à la suite d’une action devant la Cour Suprême canadienne, obtenu la restitution et la gestion de leurs terres ancestrales, ils ont aussi récupéré les objets traditionnels qui étaient dans divers musées canadiens. Un beau bâtiment, plutôt modeste, présente une belle exposition de ces objets, tous de premier choix. La présentation est originale, les masques sont portés par des mannequins comme lors d’une représentation théâtrale. Les objets sont mis en regard de photos anciennes sur lesquelles on retrouve les sonnailles, les coiffes ornées, les capes tissées. Une section est consacrée aux chamans, tenues, coiffes, sacoches contenant les remèdes, superbes « attrapeurs d’âmes » en ivoire. Seules les petites pièces sont dans des vitrines, les autres, boîtes, capes, tabliers de cérémonies sont à portée de main, protégées tout de même par des rayons lasers. Les explications restent des généralités, aucune indication sur chaque objet, pas de nom, date. On ne cherche pas des informations après tout inutile, on se contente d’admirer la beauté de ces pièces. Nous déjeunons sur le parking du musée puis continuons jusqu’au bout de la route. Plus étroite, presque sans accotements, elle traverse une forêt pluviale sombre, inquiétante, les très grands arbres nous dominent, avant de longer la rivière Nass au pied d’une falaise boisée. Le lit est très large, on ne distingue pas toujours l’eau de la brume et la rive opposée est quasiment indiscernable. Nous parvenons à Gingolx, bout du monde inanimé, village de maisons de bois récentes, seule une maison traditionnelle, reconstruite, encadrée par deux totems, témoigne de son passé autochtone.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous revenons sur nos pas, toujours sous la pluie. Nous allons voir d’autres totems, récents, à l’imprononçable village de Gitwinksihikw. Encore quelques arrêts dans le champ de lave mais nous n’avons pas très envie de marcher sous la pluie. Après un plein d’essence à New Aiyansh, devant quatre totems qui symbolisent les quatre clans des Nisga’a, nous prenons un raccourci, une piste qui file dans la forêt. Bien que mouillée et pleine de nids de poules, elle est correcte. Elle est signalée comme non entretenue et empruntée aux risques des voyageurs. En Afrique, ce serait une piste entretenue… Alors que nous n’y croyions plus, le soleil fait son apparition et le bleu se répand dans le ciel ! Nous retrouvons le goudron après une cinquantaine de kilomètres et portés par l’espoir d’une belle amélioration du temps demain, nous prenons la direction de Stewart. Bonne route, toujours dans la forêt sur laquelle nous pouvons rouler vite. Nous nous arrêtons sur une aire de repos peu avant Meziadin Junction.

Jeudi 13 août : Nous reprenons la route et bifurquons peu après en direction de Stewart, en suivant le lit fougueux d’un torrent, alimenté par les ruisseaux qui galopent des deux côtés de la route pour se précipiter en écumant dans le fond de la vallée. L’inattendu glacier de l’Ours dont nous ne voyons pas le sommet aboutit à la rivière. Stewart est une de ces petites villes perdues auxquelles le tourisme donne une seconde chance. Visitor’s Center sans wifi mais on nous assure que le beau temps va continuer aujourd’hui et demain. Pour nous connecter nous devons aller à l’épicerie en face. Nous n’y achetons qu’une boîte de thon et du pain et en échange, nous pouvons bénéficier d’un accès internet. Nous repartons en direction du glacier Salmon, la route s’enfonce dans une vallée que les nuages nous dissimulent. Presque aussitôt nous atteignons Hyder, à peine un hameau, que la frontière avec les Etats-Unis partage en deux. Pas de contrôle frontalier pour une courte incursion en Alaska ! Nous arrêtons à Fish Creek où une passerelle d’observation a été aménagée pour y observer les ours attraper des saumons, l’accès est payant et on nous prévient que ce n’est pas l’heure de visite des ours, nous remettons à plus tard… Nous revoilà en Colombie Britannique. La route devient piste à nids de poules et commence à s’élever à flanc de montagne, passe devant d’anciennes installations minières puis se glisse dans des gorges. Les premiers glaciers en fin de vie apparaissent, en partie dissimulés par des bancs de nuages. Et nous commençons à apercevoir la longue langue de glace du Salmon Glacier que nous allons dominer en continuant de nous élever. A chaque virage, nous poussons des oh d’émerveillement ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Presque plus de nuages, le glacier se découvre en entier, coulant de loin entre des pics acérés, Les courbes de la langue de glace suivent les flancs des montagnes, les traces des moraines soulignent ces ondulations. Les fissures craquèlent entre les séracs, mettant en évidence des profondeurs bleutées. Le champ de glace est immense, s’étendant de part de d’autre d’un point de vue au sommet de la route. Nous avons alors une vue quasiment aérienne du glacier. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous déjeunons là puis discutons avec un couple de Français en camping-car, sur les routes d’Amérique depuis des années. Nous ne nous rassasions pas de cette vue absolument extraordinaire du plus beau glacier d’Alaska atteignable en voiture. Nous continuons quelques kilomètres sur la route, découvrant de nouveaux points de vue, notamment un front de séracs alignés comme des soldats à la revue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

D’autres glaciers moins spectaculaires se révèlent au sommet des montagnes. Nous hésitons puis, bien qu’il soit encore tôt, décidons de bivouaquer dans cet exceptionnel lieu. Nous nous installons en retrait de la piste avec vue sur le glacier bien entendu. Nous sortons les fauteuils et restons, béats, à contempler l’immensité glacée avant de regagner, chassés par des moustiques voraces, la cellule.

Vendredi 14 août : Nous ne parvenons pas à nous réveiller à l’heure prévue et devons donc renoncer à tenter d’apercevoir les ours se rassasiant de saumons dans la Fish Creek, puisque ceux-ci ont des horaires de fonctionnaires, 06 h / 10 h et 18 h / 22 h nous a assuré le ranger ! Mais nous nous consolons avec l’inoubliable vision du glacier, étalé dans toute sa magnificence pour nous seuls sous un ciel sans le moindre nuage. Je ne peux m’empêcher de reprendre des photos, y compris au point de vue du sommet. Nous nous résignons à redescendre sur terre et dans la vallée. Nous nous faisons confirmer que les ours sont au repos et invisible à l’heure où nous passons. Au poste frontière, les Canadiens contrôlent nos identités et posent les habituelles questions sur les armes, les drogues, les alcools et autres denrées que nous aurions bien pu acquérir à Hyder… Nous reprenons la route dans la forêt en sortant progressivement des montagnes et repassons devant le glacier Bear complètement sorti des nuages aujourd’hui. Sur le bord de la route, une ourse noire et son petit se gavent gloutonnement, indifférents aux véhicules qui les frôlent mais ils s’enfuient dans les taillis si on stationne à leur hauteur. Nous roulons à bonne allure, retrouvons la route de Kitwanga. Des travaux nous retardent. Du gravier a été réparti sur le macadam et pour éviter des dépassements ou des croisements préjudiciables aux pare-brise, nous devons rouler lentement en convoi sur une dizaine de kilomètres… Nous déjeunons tardivement peu avant d’arriver à un village, Gytaniow, peuplé de Gitxsan, des Amérindiens (puisqu’il faut dire ainsi pour être « correct »). Sur un pré sont plantés une vingtaine de totems, certains du XIX° siècle, d’autres plus récents. Les couleurs sont effacées et selon l’âge, le bois est fendu, marqué par les intempéries. Difficile d’identifier les diverses représentations, la baleine tueuse avec son aileron, l’aigle avec ses serres et son bec, le corbeau avec les ailes, sont vite repérés mais loup, ours souvent avec des formes humaines restent obscurs.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ils sont alignés, pas bien droits, se détachant sur la forêt, derrière des maisons entourées d’un incroyable foutoir de voitures et autres appareils inutilisés et qui rouillent consciencieusement… Nous atteignons ensuite Kitwanga où, là aussi, nous trouvons dans le vieux village, sur les bords de la rivière Skeena, un bel alignement de totems. Certains ne portent aucune sculpture, un tronc équarri de section quadrangulaire, dressé vers le ciel comme une aiguille. D’autres n’ont qu’une représentation, à la base, de l’un des personnages mythiques du clan puis sont lisses jusqu’au sommet, couronné d’un corbeau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

A côté, souvenir des missions chrétiennes, une vieille église anglicane, en bois et son clocher indépendant, joliment construit, semblent abandonnés. Nous récupérons la route de Prince-Rupert à Prince-George, passons au village de Kitseguecla où quelques totems se dressent dans les jardins de quelques maisons, ils sont, ici, couronnés d’un personnage portant un chapeau conique traditionnel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous roulons vite pour parvenir à Hazelton avant la fermeture du musée ‘Ksan mais nous devrons attendre demain pour la visite. Nous réservons un emplacement au camping devant le musée et repartons aussitôt pour le village de Kispiox, à une vingtaine de kilomètres. Nous y trouvons, là aussi, un bel alignement de totems dans un pré, des anciens et des récents.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’un, couché, est en cours de fabrication. Retour au camping. Nos voisins, une famille élargie d’Indiens rit à gorge déployée tard dans la nuit, de joyeuses natures… Mais quand je ressors de la douche, le feu crépite, un tambour marque le rythme et une voix de jeune fille s’élève dans la nuit. Magique !

Samedi 15 août : Nous pensions le matin avoir un réveil au calme mais nos voisins rigolent déjà comme des baleines ! Je souhaite à Marie sa fête. Un message de Julie en fait autant. Nous hésitons à reprendre la route pour être ce soir à Prince-George et fêter la Sainte-Marie au restaurant mais la perspective, annoncée au camping, d’assister à une fête indienne, avec des danses et des chants nous incite à rester une nuit de plus. C’est en effet ces samedi et dimanche que se déroulent les Journées de la culture Gitxsan, un autre sous-groupe des Tsimshians. Nous nous rendons au Musée, tout proche puisque dans le même ensemble culturel que le camping. Nous choisissons une visite guidée qui nous permet d’entrer dans trois des maisons déplacées ou reconstruites de ce très intéressant musée en plein air. Il est constitué par une demi-douzaine de maisons traditionnelles aux murs en planches de bois de cèdre.

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Les poteaux massifs ont demandé l’utilisation de nombreux troncs de belle taille. La façade est décorée, en rouge et noir, de représentations symboliques des quatre principaux clans : l’ours, le loup, la grenouille et l’épilobe. Des totems sont dressés devant les maisons, on se croirait presque débarqués dans un village du XIX° siècle sur la côte Pacifique. 

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Chacune des trois maisons raconte une partie de l’histoire de ce peuple avec des objets collectés auprès des familles. Nous avons droit à un commentaire enregistré en français qui m’évite une pénible traduction. Le soleil étant de sortie, nous nous régalons ensuite à prendre des photos des ensembles de maisons et de totems. Le musée lui-même est modeste mais montre quelques beaux objets notamment ces boîtes cubiques en cèdre, pliées à la vapeur, décorées des habituels dessins. Nous cherchons ensuite un liquor store. Pas question de passer un 15 août sans champagne ! Bien que nous soyons samedi, ces établissements de salut public sont ouverts, une bouteille de champagne français, inconnu, et une de Sauvignon de Nouvelle- Zélande devraient nous permettre de correctement dîner puisqu’il semble exclu de le faire au restaurant. Après un passage au supermarché pour nous ravitailler et où nous achetons un homard congelé deux fois plus cher que ceux, canadiens, vendus en France et des brownies au chocolat, nous revenons au camping nous garer, puis nous allons assister au début des festivités. Avec un petit retard, après de brefs discours, des groupes de danseurs indiens font leur entrée. Ils ont tous revêtu une tenue copiée sur les anciens vêtements de fête, tablier, cape rouge décorée de boutons reproduisant les emblèmes claniques et, pour quelques-uns, port de masques animaliers.

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Le seul instrument qui marque un rythme lancinant est un tambour frappé en cadence. Bien peu des chanteuses-danseuses ont le physique de la petite Indienne rêvé par Hollywood, aucune n’aurait pu tourner dans « La Captive aux yeux clairs » ou dans « La Flèche Brisée ». Les bourrelets tressautent en rythme, les fessiers équilibrent les poitrines et les métrages de tissus des robes feraient le bonheur d’un marchand du Cours Lafayette. Nous profitons d’une pause pour tardivement déjeuner au camion d’une salade de thon, avant de retourner nous installer dans nos fauteuils devant le terrain où se produisent les différents groupes. L’assistance, indienne dans sa grande majorité, est souvent parente des artistes qui se produisent, les autres ne paraissent pas spécialement motivés et quand un groupe demande aux spectateurs de participer, peu se déplacent. L’un de ces groupes, celui des Nisga’a remporte un succès mérité, renouvelant ses chorégraphies et surtout montrant un plaisir communicatif d’être présent. 

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Nous retournons au camion quand des chanteurs plus traditionnels se produisent sur le podium. En fin de soirée, quand les groupes de danse ont terminé leurs prestations, le public se clairsème, un chanteur reste tristement seul sur scène. Lâchement nous l’abandonnons à notre tour et regagnons le camion pour fêter la Sainte-Marie. Champagne donc en apéritif puis le homard, la boîte de confit de canard, providentiellement retrouvée avec des patates cuites dans la graisse de canard et enfin les brownies. Une courte promenade digestive s’impose avant de nous coucher, bercés par les rires de nos joyeux voisins qui se sont produits cet après-midi.

Dimanche 16 août :  Nous quittons le camping et ses Indiens déjà sur le sentier de la guerre… Nous entamons une journée de route en direction de Prince-George. Plus nous avançons et plus les montagnes s’éloignent. Un dernier glacier dans la grisaille et revoilà les prairies et les champs. Les moissons sont presque terminées, les vaches se reposent au milieu des pâquerettes et la route est monotone. Nous rattrapons les Français rencontrés au glacier Salmon, nous leur faisons signe, les doublons et les attendons sur une aire de repos mais ils passent sans s’arrêter ! Longue après-midi à somnoler au volant jusqu’à Prince-George où nous trouvons une laverie à côté d’une station-service. Nous faisons donc une lessive tandis qu’un violent orage se déchaîne puis passe. Nous avons perdu plus d’une heure et ne roulons plus beaucoup ensuite. Nous arrêtons pour la nuit en contrebas d’une aire de repos, en principe interdite de camping, près d’un étang. Marie propose de prendre l’apéritif, sa motion est votée au premier tour.

Lundi 17 août : Nous revoilà partis pour une nouvelle longue journée de route. Le paysage est toujours aussi monotone avec des prairies et des ranchs. Ceux-ci sont généralement constitués de bâtiments récents et d’autres anciens en planches noircies par les ans. On retrouve ces granges ventrues identiques à celles d’Europe Centrale au siècle dernier. Dans cette région d’élevage, les Cariboo, je suis étonné de ne voir dans les prés que de beaux chevaux et très peu de bovins !  En continuant de descendre en direction du sud, le paysage devient plus vallonné mais les fermes se font plus rares et la forêt reprend toute sa place. Nous passons d’un lac à une rivière puis d’une rivière à un torrent qui alimente un lac. Nous nous arrêtons dans un ancien relais de poste dont les bâtiments ont été restaurés : la jolie maison principale de style victorien dans laquelle s’arrêtaient les voyageurs, des granges, des écuries, la porcherie (toujours occupée), le poulailler (les poules sont en liberté). 

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Nous nous promenons dans ce ranch où on pourrait s’attendre à voir descendre de la diligence qui nous promène brièvement dans le domaine (Diable que c’était mal suspendu !) une Angie Dickinson, accueillie par un Dean Martin éméché en sortant du bar où il ne manque même pas les crachoirs… Nous continuons en ayant abandonné tout espoir d’être à Vancouver ce soir. Après Lillooet, la route, étroite et tortueuse se glisse entre des montagnes réapparues, couvertes de neige, grimpe des cols inattendus puis redescend dans une affolante et interminable descente où les freins sont mis à dure épreuve. Parvenus à Pemberton nous allons nous ravitailler au supermarché puis nous cherchons un lieu pour la nuit. Le Provincial Park à la sortie de la ville pratiquant des tarifs honteux, nous continuons quelques kilomètres et nous arrêtons en retrait de la route. Il est tard, une vodka-tonic suggérée par Marie nous réconforte le temps de rédiger mon texte et de classer les photos du jour.

Mardi 18 août : Nous reprenons la route, rapide et de plus en plus fréquentée. A Whistler, nous faisons une courte incursion pour avoir un aperçu de cette station de sport d’hiver construite dans le style alpin grandiloquent déjà rencontré à Banff et à Jasper. Tout y est cher, même le gasoil ! Nous rejoignons à Squamish le bord d’un fjord que nous longeons rapidement jusqu’au golfe de Vancouver. Dans les derniers kilomètres nous roulons au pas puis ce sont les importants encombrements de la grande ville. Nous ne nous perdons pas trop et traversons la baie sur le pont métallique Lions Gate d’où nous avons enfin une vue sur les gratte-ciel de Vancouver, tout de même un peu perdus dans la brume. C’est ensuite la traversée au pas du Parc Stanley, cette oasis de verdure est un lieu de promenade aux portes de la ville où on peut respirer de bons gaz d’échappement… Nous traversons le cœur de la ville moderne entre deux rangées d’immeubles, repassons un pont et trouvons le garage Land Rover. On ne nous propose un rendez-vous pour la vidange que vendredi mais en insistant un peu nous convenons de revenir demain matin. Nous décidons d’occuper l’après-midi au Musée d’Anthropologie dont j’avais gardé un grand souvenir, trente ans plus tôt. Il est à priori facile à trouver, à l’extrémité d’une avenue. Nous atteignons le bord de mer et envisageons de nous garer sur l’un des nombreux parkings qui longent les plages mais le tarif est dissuasif, 3,5 dollars de l’heure et obligation de payer une heure au minimum. Quitte à payer, autant le faire sur le parking du musée. Le trouver n’est pas aussi évident que nous le pensions, situé sur le campus de l’Université, il est très mal indiqué. Nous nous garons sur un parking sans payer, le temps de déjeuner puis, presque par hasard, nous trouvons le musée et une place devant l’entrée. Coût pour quatre heures : 14 $, presque le prix de l’entrée au musée ! Nous retrouvons ce beau musée mais il ne me fait plus la même impression, nous avons vu des maisons, des totems et divers objets dans plusieurs autres musées ou sites et nous ne sommes plus étonnés. La grande salle derrière une claire verrière est occupée par des totems anciens ou copies d’anciens. 

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Certains sont entiers, d’autres découpés pour le transport sont présentés en plusieurs tronçons, ce qui permet de détailler chaque étage. Nous revoyons de beaux coffres cubiques, des plats de cérémonies en forme de barques. A l’extérieur est reconstituée une maison Haïda et des totems recréés par un artiste local, Bill Reid, dont le musée fait grand cas. Les réserves sont accessibles au public derrière des vitrines ou dans des tiroirs que l’on peut ouvrir. On y trouve une multitude d’objets, de masques, de vanneries locales mais aussi du monde entier, du caftan turkmen, au cimier Tiy Wara du Mali en passant par des masques mexicains. 

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Nous y avons passé les quatre heures accordées par le parking. Nous revenons nous garer dans la rue devant le garage Land Rover.

Mercredi 18 août : Le toit baissé, les bruits de la rue ont été très atténués et nous avons été plus discrets. A huit heures et demie nous sommes dans le hall du garage. Presqu’aussitôt, notre responsable arrive et s’occupe du camion. Je dois lui fournir les filtres, ils n’ont aucune pièce de rechange. C’est un Chinois, comme bon nombre des personnes qui travaillent à tous les niveaux dans ce garage. La clientèle est aussi en partie d’origine chinoise, des revues, des indications sont en anglais et en chinois… Nous patientons dans un salon en profitant du wifi pour mettre à jour le blog. Les heures passent, Marie commence à s’impatienter. Notre responsable revient nous dire que la vidange est faite mais qu’ils ont trouvé un problème. Pas sûr de bien comprendre, je fais venir un technicien qui parle français et qui me montre une nouvelle fuite d’huile sur l’arbre de roue arrière droit mais, cette fois, à l’intérieur. L’huile coule sur le disque de frein ! Nous convenons qu’ils commandent les pièces et que lundi je ramène le camion pour la réparation. Nous décidons de partir aussitôt pour l’île de Vancouver et d’aller prendre le ferry à Tsawwassen. Nous traversons les quartiers sud de Vancouver en direction de la frontière des Etats-Unis et parvenons à l’embarcadère. Nous avons tout juste le temps de déjeuner tardivement dans le camion avant de monter à bord d’un grand et confortable ferry. Nous traversons rapidement la baie, avec dans le lointain, le pic enneigé du Mont Baker, avant de nous faufiler entre des îles boisées où de belles villas se dissimulent. Nous sommes à l’avant du bateau et regrettons de ne pas avoir eu le même temps entre Juneau et Prince-Rupert. Nous croisons un train de grumes tiré par un remorqueur. 

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Nous accostons et filons sur la capitale de l’île, Victoria. Nous faisons une brève escale au Visitor’s Center pour nous faire indiquer la situation du Walmart où nous envisageons de passer la nuit. Nous parvenons dans le centre-ville et nous nous garons sur les quais. Nous sommes en plein cœur du Victoria, la bien-nommée, de l’empire britannique, bâtiments de l’époque victorienne, Parlement, Hôtel, clochers, identiques à ceux d’Ottawa ou des autres villes du Canada. Nous nous rendons au Fairmont Hôtel, très cossu, on y respire la bonne société, le luxe discret, du moins dans la décoration qui se veut imitation d’un passé glorieux. La clientèle, elle, est cosmopolite et pas toujours du dernier chic… Nous contournons sa façade de vieux château, couverte de lierre et revenons en longeant le port. Des parkings feraient bien notre affaire mais pas question de dormir dans le véhicule ! Nous repartons pour nous rendre à Fisherman’s Wharf. Un ponton, dans une marina, donne accès à des maisons flottantes alignées de part et d’autre de quais. Ce sont des constructions hétéroclites posées sur des pontons, souvent très kitsch, avec des couleurs criardes. 

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Certaines ont été transformées en boutiques ou en fast-foods. Les touristes s’y pressent, dégustent fruits de mer, fish and chips, sushi ou quesadillas. On vend même des sardines pour attirer une otarie gourmande… Nous reprenons le camion et allons au Walmart. Parking souterrain ! Pas question d’y passer la nuit, d’ailleurs nous sommes trop haut. Nous nous résignons, faute de trouver un endroit discret, à chercher un camping. Il est tard et nous ne savons pas où nous sommes. Nous suivons des indications, ne trouvons pas. Plus loin, un autre, surpeuplé, pratique des tarifs exorbitants. Enfin, un, sur une colline où montent tous les bruits de la grande route en contrebas, fera notre affaire. Dîner tardif et coucher encore plus.

Jeudi 20 août : Nous étions bien au milieu de nos pins, sur la colline, mais il faut retourner en ville. Je dépose Marie devant le Musée et vais me garer sur un parking plus éloigné mais (relativement) peu cher. Le hall d’entrée en verre et acier expose trois totems peu mis en valeur par les poutrelles métalliques avec lesquelles ils se confondent. Nous commençons notre visite par les salles consacrées aux peuples « premiers » et plus spécialement ici à ceux de l’île de Vancouver, les Kwakiutl en particulier. Une grande salle est plongée dans la pénombre, des totems de grand diamètre, tronçonnés sont placés en avant de la façade décorée d’une « grande maison » reconstituée avec les objets rituels, masques, tambour, fauteuil bas et écran de danse, insignes de la puissance du propriétaire de cette maison. Des vitrines présentent des masques superbes et ces autres objets, coffres, coiffes, sonnailles, manteaux, déjà vus dans d’autres musées mais que nous ne nous lassons pas de revoir. L’impression est encore renforcée par la demi-obscurité dans laquelle ils sont plongés. 

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A un autre étage nous retrouvons ces dioramas qui nous avaient déjà impressionnés avec la reconstitution des divers milieux de l’île. Végétation, animaux, atmosphère, tout est presque plus vrai que nature avec les bruits, pas les odeurs, petits détails qui laissent pantois ! Dans d’autres salles sont aussi recréées les diverses phases du développement de la province avec l’arrivée des commerçants européens, atmosphère restituée d’un port avec un navire dont on peut visiter la dunette, conserveries de poisson (l’eau coule au robinet, l’ouvrier ne va pas tarder à revenir), la mine, les villes avec l’hôtel et son escalier recouvert d’un tapis etc… Il faudrait des heures pour dire toute l’ingéniosité, la minutie, de ces reconstitutions. Peut-être le plus beau musée du Canada (ce qui n’était pas mon avis trente ans auparavant !). Nous sortons du musée et découvrons dans une verrière qui lui est accolée, des totems anciens, peu visibles derrière des vitres réfléchissantes. Des copies, pas très réussies, trônent dans un jardin devant une maison pas très belle non plus. Je vais rechercher le camion et nous repartons pour un tour de la côte et des quartiers cossus de la ville. Nous longeons la mer, en passant devant des villas de types très divers, moderne, colonial, avec ou sans véranda, en bois ou en béton, classique ou « Sam Suffit », témoignages des prétentions sociales de leurs propriétaires. Les pelouses ont toutes jauni, manque d’eau ? Il semble qu’il y ait des restrictions de consommation. Pas pour le golf, bien vert… La côte est peu intéressante, des rochers, des goélands et, dans le lointain, une ligne de montagnes aux Etats-Unis. Nous reprenons la route et quittons dans les embouteillages la capitale. Nous avançons plus vite quand nous avons dépassé les quartiers d’habitation de la banlieue. En fin d’après-midi, nous faisons un détour pour Chemainus, petite ville qui s’est fait une spécialité de murals dans les années 1980.. Une trentaine de murs ont été peints pour montrer des épisodes du développement de la région. 

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Marie ne s’en lasse pas… Il commence à se faire tard et nous devons encore refaire un plein de provisions. La recherche d’un lieu de bivouac est difficile, trop de maisons particulières partout et aucun chemin qui se perdrait sur une plage ou dans une forêt. Nous finissons par chercher un camping et en trouvons un en retrait de la route, dans une pinède. Cher mais je n’ai pas envie de rouler encore tard. En nous garant je casse un cabochon de clignotant ! Pas content du tout… Nous changeons ensuite d’emplacement pour un, plus plat. Pas de wifi depuis le camion et aucune nouvelle de Julie ni non plus de Nicole.

Vendredi 21 août : La journée commence mal. Toujours aucun nouvelles de Julie, donc de nos billets de retour de Las Vegas. Je l’appelle sur Skype, elle va s’en occuper… Marie revient de la douche, furieuse, comme souvent, à cause des installations. Elle appelle à son tour Nicole, conversation difficile, Nicole ne comprend rien et Marie s’énerve de ne pas être entendue… Tout cela me met de mauvaise humeur… Nous repartons sur l’autoroute, passons Nanaimo, important carrefour et continuons vers le nord avant de tourner en direction de la côte ouest. Nous nous arrêtons au Visitor’s Center de Port Alberni pour profiter du wifi et avoir un message de Julie qui nous a pris des places pour le 17 septembre, il ne nous reste que quatre semaines… Nous déjeunons sur le parking et continuons. La circulation demeure importante, rien à voir avec la route secondaire, déserte lors de notre premier passage. Nous traversons des forêts épaisses, nous nous glissons entre des chaînes de montagne que je ne pensais pas aussi hautes. Nous nous arrêtons aux chutes de la Little Qualicum. Un sentier suit le rebord des gorges profondes creusées par le torrent d’un côté, puis revenons de l’autre en traversant sur des ponts. Des troncs d’arbres barrent les gorges, coincés entre les falaises, d’autres se sont entassés en aval des marmites de géants, creusées dans la roche. Deux cascades, l’une à trois étages, justifient la promenade. Des lichens festonnent sur les branches des grands arbres de la forêt, la mousse recouvre les troncs tombés à terre mais leur couche n’est pas aussi épaisse qu’au champ de lave. Quelques kilomètres plus loin, nouvel arrêt pour une courte marche au milieu d’une splendide forêt de pins de Douglas et de cèdres rouges. Les plus beaux sont multi-séculaires, le plus grand aurait plus de huit cents ans et atteint 76 mètres de haut ! 

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Nous ne sommes pas les seuls sur le sentier, le parking déborde sur la route, les vacanciers n’ont pas encore repris le chemin du retour et on se croirait au Mont-Saint-Michel un 15 août ! Nous longeons des lacs, toujours dans la forêt et atteignons la côte ouest. Au Visitor’s Center du Parc National de Pacific Rim, on nous avertit que tous les campings sont pleins sauf un, à Tofino. Nous longeons donc la côte sans voir la mer et nous nous arrêtons pour une nouvelle promenade, celle que j’attendais de refaire depuis si longtemps, dans la forêt pluviale de la côte Pacifique. Je retrouve ce sentier entièrement sur des planches posées à quelques dizaines de centimètres ou à quelques mètres au-dessus du sol ou de ce que l’on peut supposer être le sol. A y bien regarder, en dessous de nous un amas de troncs, gros ou petits, de branches cassées par le vent, recouverts de mousses, pourrit depuis des lustres et j’imagine qu’y laisser tomber un objet serait le perdre sans espoir de le retrouver ni savoir à quelle profondeur il se trouve. Nous franchissons d’obscurs ruisseaux où une vie aquatique se devine, sur des ponts, parfois sur un tronc à peine équarri.

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Nous montons, descendons dans des vallées sous ces arbres gigantesques aux branches desquels pendent des larmes de lichens mais je ne retrouve pas la même impression, sans doute manque-t-il de l’humidité, un ciel plus couvert, une atmosphère plus trouble… Nous repartons, passons devant quelques campings qui affichent tous complet. A Tofino celui indiqué pratique des tarifs scandaleux pour laisser s’entasser des tentes sur la pelouse d’un rond-point. Nous n’insistons pas et retournons une trentaine de kilomètres en arrière pour nous installer dans un camping rudimentaire, difficile à trouver.

Samedi 22 août : Nous nous rendons au village d’Ucluelet, un petit port de pêche gagné au tourisme. Tout au bout de la route, un phare isolé et des îlots encore embrumés posés en ombre chinoise, à contre-jour, sur une mer trop calme. 

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Nous repartons en direction de Tofino et nous nous arrêtons pour une première promenade dans la forêt pluviale. Un sentier sous les grands arbres, d’abord sur le sol entre les fougères puis sur une passerelle qui aboutit à une longue plage à marée basse.

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Sur un des îlots, on devine difficilement aux jumelles des lions de mer. Nous revenons et continuons jusqu’à la colline de Radar Hill. Une courte marche nous amène à un point de vue, d’un côté sur l’intérieur de l’île, forêt et lacs perdus dans une brume diffuse et de l’autre côté sur la mer et des îlots encore plus indistincts. Nous poursuivons jusqu’à Tofino. L’ancien port de pêche, reconverti dans l’exploitation du tourisme, est très animé. Tous les hôtels, motels, campings, B&B, affichent complet ! Nous y faisons une courte halte pour rendre visite à une galerie consacrée à un artiste dont une seule œuvre, un dessin inspiré de l’art indien, nous retient… Nous revenons sur nos pas et faisons de nouveau halte pour une plus longue promenade dans la forêt humide, sur un trottoir de planches, comme la veille mais la forêt semble plus dense, plus vivante, des corbeaux perchés sur les cèdres ou sur les pruches (traduction enfin trouvée du hemlock et nom tout à fait inconnu à ce jour pour moi, incapable de distinguer un hêtre d’un noyer…) se font la conversation avant de s’envoler. Nous montons, descendons là aussi dans des ravins entre les fûts rigoureusement droits, touffus au sommet, des cèdres.

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Nous déjeunons dans le camion avant de reprendre la route pour retraverser l’île dans sa largeur puis de continuer en suivant la côte orientale, celle tournée vers le continent. La mer est rarement visible, les accès aux plages privatisés. Nous parvenons à Campbell River où au Visitor’s Center on nous assure que nous pouvons rester garés pour la nuit sur le grand parking devant. Nous allons au supermarché refaire un plein de provisions. On y trouve du veau et de l’agneau, ainsi que des cakes au crabe ! Marie a envie de dîner au restaurant, nous nous en étions fait indiquer un, le Quay West, très agréablement situé sur un quai, face aux bateaux de pêche. Nous commandons des huîtres et des plats à base de saumon et de crevettes. Mauvais début, la serveuse, agaçante avec sa bonne humeur forcée, nous apporte la bouteille de Chardonnay à la température ambiante, mais dans un seau avec trois glaçons. Elle en rapporte d’autres en voyant notre mine déconfite, le vin sera à bonne température en fin de repas. Les huîtres sont énormes, nous en avons trois chacun. Frites avec une sauce « cajun » pour Marie qui s’en trouve satisfaite, passées au four avec de la crème, du beurre et des lardons pour moi qui m’en régale, mais ces huîtres, comme les oursins au Chili, si elles ont de très belle taille, n’ont pas le parfum des petites de nos contrées. Les plats de crevettes et saumon, soi-disant en brochettes ou avec des pétoncles, sont fades, pas du tout cuisinés et je persiste à trouver ce saumon bien rouge tout à fait quelconque. Nous revenons nous garer devant le Visitor’s Center pour la nuit et terminons le repas avec un magnum au chocolat noir.

Dimanche 23 août : Nous découvrons au réveil que le parking sur lequel nous avons dormi (avec la recommandation de l’employée du Visitor’s Center) est interdit aux campeurs… Nous ne sommes pas pressés, le musée de la ville n’ouvre qu’à dix heures. En attendant, je profite du wifi pour répondre à quelques amis et envoyer une demande de renseignement à un storage de Las Vegas. Puis nous nous rendons au musée, sur une colline. Les premières salles consacrées aux Indiens de la région sont très bien mises en scène avec des masques en deux parties qui peuvent s’ouvrir pour montrer la transformation d’un animal mythique en un être humain. Une salle est consacrée à des masques récents mais plongés dans la pénombre et avec un conte récité en langue vernaculaire puis en anglais ce qui est à peu près le même pour nous… Quelques très beaux objets anciens en petit nombre, compensé par des œuvres récentes réalisées dans la tradition. Puis ce sont des salles classiquement dédiées à l’arrivée des européens et au développement économique avec reconstitution d’intérieurs variés des XIX° et XX° siècles. Nous repartons et roulons jusqu’à Little River pour y prendre le ferry et revenir sur le continent. Nous sommes très en avance et devons attendre l’arrivée de l’employée. Nous sommes les premiers dans notre file. Nous déjeunons dans le camion et attendons de monter à bord. Nous appareillons avec une demi-heure de retard, un passager ayant eu la mauvaise idée de faire un malaise, à peine arrivé à bord. Il aurait pu attendre un peu ou le faire plus tôt ! Traversée du détroit puis débarquement et sans traîner, nous parcourons les trente kilomètres qui nous amènent à un second ferry pour franchir un fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous sommes étonnés par les tarifs pratiqués mais nous découvrirons ensuite que le dernier bac est gratuit. Nouvelle traversée en remontant le fjord, contournant une île et nouveau débarquement. Une bonne partie des véhicules débarqués se rue sur la route vers le dernier ferry. La nuit tombe et nous ne verrons pas grand-chose de la baie que nous longeons. Nous arrivons à temps pour attraper ce bateau mais avant d’embarquer, pour respecter les injonctions de Laurence et parce que c’est dimanche, nous prenons l’apéritif tout en restant sur nos sièges dans le camion ! Rapide traversée sans rien voir à l’extérieur et débarquement rapide. Nous filons vers Vancouver, nous connaissons le chemin. Mais la montée sur le pont Lions Gate est encore plus difficile que la semaine dernière. A cause de travaux, la circulation est ralentie et même arrêtée. Nous nous garons sur un parking pour dîner en espérant que cela roulera mieux ensuite mais il n’en est rien. Nous roulons au pas ou nous sommes à l’arrêt jusqu’à ce que nous passions ce pont. Ensuite nous traversons le centre-ville très rapidement et nous retrouvons une place dans la rue devant le garage Land Rover, à presque une heure du matin.

Lundi 24 août : Nous peinons à émerger à six heures après cette trop courte nuit. Les bruits de la rue nous sont vite insupportables. A huit heures et demie pile, nous sommes dans le bureau de notre responsable qui nous annonce ne pas avoir reçu les pièces et avoir essayé de les commander, sans réponse à ce jour. Il relance la recherche et finit par nous annoncer qu’il devrait avoir les joints, pas les plaquettes de frein, mardi et qu’il a besoin de toute la journée de mercredi pour les changer. Nous allons donc devoir passer encore deux et même trois jours dans Vancouver ce qui ne me réjouit pas du tout. Marie a tenu à relire la semaine écoulée de mon texte, nous en terminons et repartons. Je ne sais où me garer dans le centre. Nous nous rendons sur les quais, au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur les possibilités de stationnement. Le préposé nous parle d’un RV Park, nous lui répondons Walmart… Nous décidons de nous rendre à ce Walmart, d’y laisser le camion et de revenir en ville en bus. Nous trouvons ce centre commercial de l’autre côté du Burrard Inlet donc nous devons repasser le pont, plus rapidement cette fois… Le parking est tout petit, pas autorisé plus de trois heures. Les quelques camping-cars présents stationnent dans la rue. Nous en faisons autant mais le bruit incessant des véhicules qui nous frôlent nous fait revenir et chercher ce RV Park, situé, lui, sous le pont ! Le tarif, 47 $ + taxes, pour juste le droit d’occuper un emplacement, nous fait retourner dans la rue le long du centre commercial. Nous déjeunons dans le camion et allons prendre le bus, tarif senior ! Malgré les arrêts, il roule plus vite que les voitures et nous sommes rapidement dans le centre. Nous commençons par la visite de l’Art Gallery, le musée de Vancouver, dans un bâtiment fin XIX° siècle qui paraît perdu dans cet environnement de gratte-ciel modernes. Nous achetons des billets et cherchons la collection permanente. Pas de collection permanente ! Uniquement des expositions, surtout des « installations » qui, à une exception près, une foule de personnages étranges, déconstruits, reconstruits, en papiers, carton et autres matériaux, ne nous intéressent pas le moins du monde. Au dernier étage, une salle présente, dans le cadre d’une confrontation avec un vidéaste, quelques œuvres d’Emily Carr qui ne me plaît toujours pas avec ses grands coups de brosse rageurs. Au rez-de-chaussée, les collections de peinture italienne du musée de Glasgow sont exposées, peu de tableaux de premier choix. Nous ressortons vite, au grand étonnement de la femme au contrôle des billets. Nous nous promenons dans ce centre très animé, en passant entre ces gratte-ciel de verre et de béton qui se reflètent les uns dans les autres, nous découvrons la bibliothèque municipale, un vrai décor à la De Chirico, un bâtiment copié sur le Colisée de Rome et un second, qui l’enveloppe en partie. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les fast-food se suivent et proposent toutes les cuisines orientales et asiatiques pour une clientèle aux mêmes origines. La population chinoise est très nombreuse et au moins les jeunes filles correspondent à nos critères de beauté. Des familles indiennes, souvent des Sikhs, turbans et moustaches de compétition, déambulent dans les rues. Les Noirs sont beaucoup plus rares. Nous parvenons à la tour du Harbour Center. Un bâtiment cubique, laid, surmonté d’une tour panoramique. D’en haut, nous avons une vue sur tout Vancouver et sa lointaine banlieue, le port, le parc Stanley, tache de verdure à la limite du centre-ville et les montagnes en arrière-plan. Malheureusement nous ne pouvons voir et photographier qu’à travers des vitres fumées ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous rendons ensuite sur le quai où avaient été construits des pavillons pour l’Exposition Universelle de 1986. Nous longeons, sur une promenade, les voiles de fibres de verre qui rappellent le passé maritime de la ville. Nous revenons, toujours le nez en l’air pour ne pas rater la vision des reflets des anciens immeubles, de style art déco, dans les parois de verre planes ou, plus rarement, courbes, des gratte-ciel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous attrapons un bus et retrouvons notre camion. Nous changeons de place à la recherche de la portion de rue la moins passante…

Mardi 25 août : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint, nous avons bien dormi et nous nous réveillons tard. Nous faisons des courses au Walmart puisque nous sommes garés devant, bien que le choix et la qualité des produits soient très limités. Il est plus de midi quand nous nous décidons à nous rendre du côté de Chinatown, avec le camion. Nous trouvons un parking en plein air, donc sans problème de hauteur, pas trop loin de ce quartier. Nous devons marcher plus que nous ne le pensions pour atteindre la rue Keefer où nous avons une adresse de restaurant. Contrairement à d’autres quartiers chinois à Paris, à Montréal ou ailleurs, le Chinatown ne se réduit pas à quelques rues où les restaurants sont regroupés les uns à côté des autres. Ici, ils sont même plutôt rares, ce sont les épiceries, drogueries, ouvertes sur la rue, qui l’emportent. Sacs d’ingrédients inconnus et étranges, poissons séchés odorants, racines desséchées, tiroirs et pots aux contenus mystérieux. Nous déjeunons chez Hon. Salle quelconque, aucun effort de décoration, carte longue comme le « 1000 é 3 » de Don Giovanni. Nous commandons ha kao, siu mai, une soupe avec des raviolis de crevettes et de bœuf et des rôtisseries. Tout est honnête mais ne vaut pas notre « Impérial Choisy » ! Nous visitons ensuite les jardins dédiés à Sun Yat Sen, copiés sur ceux de Suzhou. Nous retrouvons l’ambiance sereine, reposante de ces arbres, pins, pruniers et bambous, amoureusement taillés et disposés parmi de beaux rochers toujours chargés de signification sous l’influence du taoïsme.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les pavillons, au-dessus d’une mare couverte de nénuphars et où paressent des carpes de concours agricole, sont des bijoux délicats de panneaux de bois ajourés. Nous passons sous la porte d’entrée de Chinatown puis nous nous rendons à Gastown, ancien quartier de Vancouver du siècle passé aux immeubles de brique. C’est devenu un lieu « branché » avec restaurants, galeries, bars en terrasse, boutiques de luxe. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir jeté un œil à l’horloge à vapeur, nous revenons au camion et retournons au garage. Nous avons confirmation de l’arrivée des pièces. Ouf ! Nous nous rendons dans une laverie puis revenons nous garer sur le parking de Land Rover. Ayant eu la bonne idée d’acheter pour nous désaltérer une bouteille de Tonic, Marie propose de l’achever avec de la vodka… 

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 01:04

Samedi 4 juillet : Réveil tardif. Nous passons au Visitor’s Center nous informer sur les restrictions à l’importation de nourriture aux Etats-Unis. Rassurés, nous allons faire des emplettes à l’épicerie et prenons la route ou plutôt nous traversons le village et attendons à l’embarcadère du bac qui fait traverser le Yukon. Un seul bac, pas très rapide, pour rejoindre l’ouest. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route ou plutôt la piste, large, excellente, appelée « Top of the World », grimpe dans la montagne et continue sur des dizaines de kilomètres en suivant une ligne de crête. Nous dominons les montagnes et les forêts mais nous n’en voyons que très peu. Le soleil est présent mais une brume nous cache les détails et uniformise les reliefs et les couleurs. Un gentil goupil, carnassier tout de même, sur le bord de la route, hésite entre nous regarder et se sauver dans les buissons, cette dernière alternative est retenue… Nous déjeunons avant le poste frontière pour finir les cerises et le cole slow au chou. Derniers virages et nous voici à la barrière. Pas de formalités de sortie du Canada, rapide contrôle des passeports, une fois de plus nos empreintes des dix doigts sont relevées et une photo d’identité (en souriant !) est prise. Aucun document n’est demandé et encore moins rempli pour le camion, aucune question sur nos provisions… Nous retardons pour la dernière fois nos montres, dix heures d’écart avec Paris. Nous sommes aux Etats-Unis, en Alaska ! Un mois, comme prévu, après être partis de Halifax, à plus de 10000 kilomètres de là.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une très bonne route nous fait redescendre, vite remplacée par une piste, plus étroite et moins bonne qu’au Canada. Nous nous arrêtons à Chicken, un ancien village de mineurs. Une drague abandonnée domine le site, face à un poulet gigantesque en bois et à des poteaux qui indiquent les directions et les distances des villes du monde (Australie, Israël, Belgique…) qui portent le nom d’une volaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les pentes des montagnes sont presque toutes déboisées par des coupes ou par des incendies. Nous pouvons ainsi admirer les boucles de la rivière mais la vision des troncs noircis, désormais une forêt de pieux, est sinistre. Néanmoins dans certaines zones, ces troncs recommencent à se régénérer et des pousses vertes apparaissent. Après des kilomètres ou plutôt des miles qui nous paraissent bien plus longs, nous rejoignons la grande route dans la vallée. Nous roulons jusqu’à Tok où le Visitor’s Center est ouvert bien que nous soyons le 4 juillet, jour de la Fête Nationale aux Etats-Unis. Plans, brochures, nous repartons les bras chargés. Nous allons nous installer dans un camping tenu par une petite dame chenue qui vend aussi des armes, belle collection de kalachnikov et autres jouets du même genre dans son dos… Nous tentons de dresser un programme pour les jours suivants. Marie voudrait bien monter dans le Nord mais n’ose le dire et ne cesse de me tarabuster pour que je le déclare à sa place… Nous prenons un pastis pour arroser l’arrivée en Alaska.

Dimanche 5 juillet : Je suis réveillé très tôt dans la nuit, il fait déjà jour mais il n’y a peut-être pas eu de nuit ! Je refais un plein de gasoil, ici le prix est indiqué en gallons, ce qui ne facilite pas la conversion et l’estimation du prix. Pour régler, beaucoup de pompes ne fonctionnent qu’avec des cartes de crédit, il faut trouver la station qui fait aussi épicerie et donc avec une personne derrière la caisse. Nous repartons fatigués en suivant ou traversant le large lit de rivières boueuses, peu profondes. Nous suivons une chaîne de montagnes qui, dans le lointain, a des sommets enneigés. Nous croisons de nombreuses voitures attelées d’un canot à moteur, tout le monde va à la pêche ce dimanche. A Delta Junction, nous retrouvons des routes qui viennent du sud et nous nous prenons en photo devant le panneau indiquant la fin de la route de l’Alaska. Les miles défilent trop lentement. Nous n’arrivons à Fairbanks qu’en début d’après-midi. Depuis quelques kilomètres, nous étions dans un brouillard épais, peut-être dû à des incendies de forêt, qui se dissipe lentement à la fin de la journée. Nous contournons la ville dont nous ne verrons rien aujourd’hui et cherchons un camping avec des douches chaudes et le wifi. Un premier géré par le gouvernement ne remplit aucune de nos conditions. Nous en trouvons un second dans une forêt où nous pouvons nous installer. Nous retenons un emplacement et repartons aussitôt pour aller visiter le Musée du Nord sur le campus de l’université. Bâtiment tout neuf, formes audacieuses, qui ressemble à tous ces musées et fondations récents dont on admire parfois plus le contenant que le contenu. Ici aussi, l’espace consacré aux collections est réduit par rapport au volume disponible. Dans une salle, partagée en sections géographiques, sont exposés des objets, des photos, des documents qui racontent l’Alaska des deux derniers siècles. Délicates vanneries, harpons sculptés en ivoire avant que cet art ne dégénère pour une production commerciale. Ours empaillés, squelettes de caribous, os de baleines etc… A l’étage, la section « Galerie d’Art » tente une confrontation, à priori intéressante, entre art traditionnel et art contemporain. Les toiles sont rarement intéressantes et, encore une fois, les œuvres anciennes, traditionnelles, sont incomparables de qualité. Retour au camping où nous tentons vainement de nous connecter avec l’ordinateur. Cependant nous parvenons à lire notre courrier sur le smartphone et à envoyer un message.

Lundi 6 juillet : Nous avons dormi avec l’ouverture du toit ouverte, sans avoir froid. C’est la canicule en Alaska ! Nous ne sommes réveillés que par le bruit des engins de travaux publics qui travaillent à la route derrière le camping. Nous nous rendons au Visitor’s Center pour nous renseigner sur la route qui monte au nord jusqu’à Prudhoe Bay, la Dalton Highway. Elle ne paraît pas impossible et la météo est favorable, nous décidons donc de la parcourir du moins en partie, nous aviserons en cours de route. Nous allons refaire un plein de provisions pour plusieurs jours, nous n’aurons aucun ravitaillement sur la route. Le supermarché Safeway est très bien achalandé mais tous les produits sont dispersés dans les rayons et nous paraissent plus chers qu’au Canada. Plein de gasoil à la sortie de Fairbanks, y compris les jerrycans. Nous roulons donc plein nord dans un paysage de collines boisées qui correspond tout à fait à l’idée que j’avais de l’intérieur de l’Alaska. Ces forêts doivent pulluler d’animaux, d’orignaux, de caribous et d’ours qu’on ne voit que dans les brochures touristiques et jamais sur la route… Plus loin, une fumée s’étend sur tout le paysage, un incendie achève de brûler des hectares, le vert est devenu rouille ! 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le Yukon sur un pont en béton puis passons au Visitor’s Center nous faire confirmer les informations. Nous longeons le pipeline qui amène le précieux or noir de Prudhoe Bay à Valdez sur la côte Pacifique. L’énorme tuyau est posé à quelques mètres du sol sur des étais enfoncés dans le sol pour éviter le réchauffement du permafrost sous la couche de terre. Les épilobes, ces belles fleurs mauves qui nous accompagnent depuis l’Alberta, sont particulièrement nombreuses et forment des taches colorées sur les flancs des collines.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route goudronnée dans les premiers kilomètres est vite devenue une piste qui m’avait paru glissante dans les premières descentes puis j’ai dû m’habituer et je roule souvent au-dessus des 80 km/h imposés. La circulation est faible, quelques audacieux en camping-cars et des camions qui ne freinent jamais… Le ciel qui s’était dégagé, de nouveau est plongé dans une épaisse fumée d’incendies, le paysage devient lugubre, à peine distinguons-nous de gros rochers de part et d’autre de la route. Nous parvenons au site, en retrait de la route, où une pancarte indique que nous franchissons le cercle Polaire. Photos obligatoires, l’un puis l’autre, avec le camion etc…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous bivouaquons dans la colline au-dessus sur un terrain prévu à cet effet et gratuit.

Mardi 7 juillet : Trompé par la lumière du « jour », je me suis fréquemment réveillé dans la « nuit », pour constater à chaque fois qu’il faisait très clair, à toute heure. Quand nous nous levons, nous sommes toujours enveloppés par des fumées rousses et l’odeur de bois brûlé est bien présente. Il commence à pleuvoir et nous prenons la route sans voir grand-chose. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je suis tout de même ennuyé de ne pas avoir mes phares qui sont obligatoires sur cette route. Nous roulons sur un ancien goudron avec de nombreux passages de pistes plus ou moins bons. A peine devinons-nous des massifs montagneux de chaque côté… Nous roulons ainsi une centaine de kilomètres jusqu’à Coldfoot et son Visitor’s Center. Les renseignements concernant la météo ne sont pas encourageants, poursuivre paraît inutile. Le ranger de service nous propose gentiment de nous  projeter un film sur la région. Durant une vingtaine de minutes nous avons droit à un survol en avion, en automne, des montagnes que nous ne verrons probablement pas. Il pleut toujours quand nous allons déjeuner dans le camion. Nous décidons de repousser à demain la décision et de nous arrêter, attendre en espérant que les météorologues se sont trompés… Je refais un plein de gasoil à la station de cette ville pionnière, gadoue et baraques pour abriter les conducteurs de camions en mal d’un café chaud et de musique country. Nous allons nous installer au camping des plus simples à cinq kilomètres et passons l’après-midi à trier brochures et documents divers, lire et regarder des dvd : un film de Scorcese et un épisode d’Apostrophes sur l’argot. Aucune amélioration du côté des cieux…

Mercredi 8 juillet : Il a plu toute la nuit, un inquiétant déluge avant l’heure de se lever. La pluie a eu au moins le mérite de dissiper la fumée et nous distinguons maintenant les bases des montagnes que nous ne devinions même pas hier, les sommets, eux, sont perdus dans les nuages et la visibilité n’est pas très bonne non plus. Devant cette mauvaise humeur météorologique, nous renonçons à poursuivre sur cette route et prenons le chemin du retour. Je roule au début très précautionneusement sur la route mouillée, glissante puis je m’enhardis et tient un honnête 60 à 70 km/h, à l’égal des autres véhicules. Nous repassons au Cercle Polaire sans nous arrêter pour une nouvelle photo. Avant-hier nous y transpirions, aujourd’hui on y grelotterait presque. L’intensité de la pluie diminue et nous percevons mieux l’environnement, une taïga inhospitalière et toujours déserte ! Nous arrêtons pour une courte promenade au milieu de blocs de basalte dressés comme des doigts d’honneur adressés au ciel, le vent nous glace, nous repartons vite. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

 

La pluie cesse et le soleil fait de courtes et timides apparitions mais vers le nord, le ciel est noir. Nous retrouvons le bon goudron et parvenons à Fairbanks. Nous nous rendons aussitôt au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur le Parc national Denali. La réservation dans les campings est recommandée mais en utilisant un ordinateur mis à la disposition des touristes, je constate que tout est complet pour plusieurs jours et que la météo n’est pas très optimiste… Nous voici démoralisés, il en sera sans doute de même pour toutes les activités envisagées, et surtout pour le ferry le long de la côte. La mise à jour du blog attendra… Nous allons nous garer devant le Walmart où nous complétons nos provisions. Enervé, je dénigre tous les produits : la mayonnaise est sucrée, la sauce salade est sucrée, la moutarde est sucrée, les saucisses sont sucrées, les différents jambons sont sucrés, les viandes préparées en sauce sont sucrées, tout est sucré ! Comment ne seraient-ils pas obèses ? Le nombre de personnes difformes est stupéfiant, fessiers d’hottentotes, bras, ventres et cuisses boursouflés et exhibés ! Nous nous installons en compagnie des autres camping-cars qui passeront la nuit ici, un motard a déplié une tente contenue dans sa petite remorque...

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Jeudi 9 juillet : Marie a utilisé ses boules Quies, je n’en ai pas eu besoin pour m’endormir mais au matin, et ici le matin est tôt, je suis réveillé par les voitures et camions qui passent sur la voie rapide devant le Walmart. Marie a bien du mal à émerger… Les enfants donnent bien du souci, Phébus n’a pas pris ses vitamines et Eole est resté couché… Nous prenons la route d’Anchorage, inquiets à propos du temps que nous allons trouver dans le Parc National Denali où nous nous rendons. Parfois le soleil semble percer puis des nuages inquiétants reviennent, des fumées d’incendies cachent l’horizon. Notre moral fluctue au gré des nuances de gris des cieux. Nous sommes dans une région où le bouleau et le tremble dominent avant de nous rapprocher du parc, de ses montagnes et de retrouver les épicéas. Des travaux routiers nous ralentissent, il faut attendre le pilot car que nous suivons à la queue leu-leu quand la circulation est ouverte dans notre sens. Nous savons qu’il n’y a plus de places aux campings du parc, aussi allons-nous devoir trouver une place à l’extérieur. Nous tentons notre chance au Denali Rainbow RV Park, il reste une place entre une table en bois et un tas de gravier, 26 $ et les douches en plus… Nous sommes entassés comme dans un parking, les uns à côté des autres, petits et grands, campers et bus à extensions avec berline attachée derrière… Nous déjeunons dans le camion puis repartons aussitôt pour le Parc. Nous nous rendons au Visitor’s Center où nous achetons un pass annuel, valable pour Marie et moi, un an, 80 $, moins cher qu’au Canada. Nous devons aussi réserver pour demain, une excursion en bus pour traverser le parc sur l’unique route interdite aux véhicules privés. Nous avons tout de même le droit de l’emprunter sur environs 25 kilomètres ce que nous faisons illico. La météo est très variable, les passages ensoleillés alternent avec des averses désespérantes. Nous roulons doucement en espérant apercevoir un caribou, un élan, et pourquoi pas un ours dans la taïga qui recouvre les collines et les vallées. Dans le lointain, nous devinons des montagnes perdues dans les nuages et bien entendu le mont Mac Kinley, le plus haut sommet des Etats-Unis, est absolument invisible. Nous approchons de l’extrémité de la route autorisée quand des véhicules arrêtés nous alertent et effectivement, nous devinons dans le lit de la rivière que nous suivions un gros animal qu’aux jumelles je prends tout d’abord pour un orignal et qui se révèle être un caribou avec un beau trophée. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous nous garons au départ d’un sentier de randonnée mais il pleut trop pour que nous ne nous y lancions. Nous attendons une vaine éclaircie avant de faire demi-tour. Je revois, aux jumelles, le caribou, bien loin désormais. Nous arrêtons encore à plusieurs reprises, fouillant la végétation mais nous ne voyons plus rien. Nous nous arrêtons pour deux courtes promenades qui nous emmènent, l’une, voir une cabane en rondin encore utilisée par les rangers en hiver et l’autre, parcourir un sentier entre arbres et maquis. Nous revenons ensuite, toujours en cherchant une trace de vie dans les collines, au camping où nous faisons une lessive puis je prends une douche, temps limité, presque échu quand j’ai réussi à obtenir une eau tiède…

Vendredi 10 juillet : L’activité de la station-service voisine qui fait aussi débit de boissons alcoolisées nous a contraints à baisser le toit cette nuit. Je suis réveillé vers les trois heures et peine à me rendormir, cette clarté continuelle m’agace… Nous nous levons tôt et nous nous rendons dans le Parc pour prendre le bus d’excursion. Sur le parking, une femelle orignal et son veau se promènent entre les voitures… Une inquiétante brume qui recouvrait toute la vallée se lève progressivement et un vaillant soleil nous réchauffe physiquement et moralement. Nous partons à l’heure dite, 9h15, en compagnie de quelques touristes américains, avec un chauffeur qui cherche à mettre de l’entrain. Tout en conduisant, il fournit, avec un micro, des informations sur la faune, la flore, les glaciers, sa femme, ses états de service etc… Il ne cesse de parler et bien vite nous saoule ! Nous suivons la route de la veille (il n’y en a qu’une !), jusqu’au pont qui marque la limite de ce qui est autorisé aux véhicules privés puis continue sur une piste qui peut être étroite. Pas question de dépasser les vitesses limites, et croiser un autre bus ou tout autre véhicule demande de longues minutes et force précautions… Nous sommes toujours à l’affût de la faune, une heure, deux heures et toujours rien ! La beauté du paysage, de hautes montagnes découpées et de larges vallées où des rivières coulent en une multitude de ruisseaux sur un large lit de galets, nous console quelque temps mais nous aimerions tout de même apercevoir des cornes ou un plantigrade… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Des passagers équipés de jumelles puissantes aperçoivent un orignal, un caribou mais si loin que nous ne les apercevons pas toujours aux jumelles. La piste continue en corniche sur des flancs de montagnes aux roches rougeâtres, dans les montagnes apparaissent des champs de neige, de lointains glaciers se devinent en amont des rivières. Enfin nous apercevons un caribou et peu après un grizzly qui sommeillait puis qui se roule sur le dos, les quatre fers en l’air avant de s’éloigner, de marquer une pause assis comme un nounours en peluche et enfin de repartir. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous voici enfin rassurés. Nous déjeunons à Eielson, devant le Visitor’s Center avec une vue qui devrait être imprenable sur le massif du Mont Mac Kinley mais les nuages qui le dissimulent en ont décidé autrement… Franchissement d’un nouveau col, toujours en suivant le lit d’une rivière qui se partage en rubans brillants à contre-jour. La piste redescend dans la vallée, passe au milieu d’étangs fleuris et se termine au bord du Wonder Lake, après 84 miles. Le ciel s’est couvert et les couleurs sont absentes. Nous tentons de deviner les abords du Mont Mac Kinley mais bien inutilement. Nous prenons le chemin du retour. Le chauffeur nous annonce qu’il ne dira plus rien. Ouf ! Nous revoyons les animaux aperçus à l’aller, presque aux mêmes endroits mais aussi de nombreux caribous, dont une horde d’une douzaine de bêtes couchées, loin dans la prairie. Un couple de caribous se détache sur une crête, le mâle a un superbe trophée, plus loin c’est un orignal qui nous montre, toujours d’un peu trop loin (je maudis mon appareil photo qui ne me permet pas de saisir avec netteté ces moments…), de magnifiques cornes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Certains aperçoivent encore des ours ou d’autres grandes bêtes mais bien trop loin. Nous sommes de retour à huit heures du soir au parking, conquis par la beauté de ce Parc mais déçus par sa faune bien rare. Nous retournons au camping, dînons et toujours pas moyen de nous connecter à internet, donc toujours sans nouvelles de Julie.

Samedi 11 juillet : Nous quittons sans regrets ce camping peu agréable et reprenons la route dans la grisaille et sous quelques averses. Les montagnes se devinent, leurs sommets sont perdus dans les nuages. Nous sommes, comme les jours précédents, ralentis par des travaux sur la route. Ces travaux ne peuvent être effectués qu’entre mai et octobre, période où la circulation est maximale… Nous tentons encore, de la route, d’apercevoir le Mont Mac Kinley depuis deux points de vue aménagés, toilettes, panneaux didactiques et dessins ou photographies qui montrent la montagne enneigée et sa direction mais nous avons beau fixer consciencieusement l’horizon, il est uniformément gris…. Dans l’après-midi, nous faisons un détour par Talkeetna, un village animé le week-end par un marché artisanal. Après avoir jeté un œil aux flots gonflés par les dernières pluies de la rivière, nous arpentons la rue principale en quête de souvenirs… Les productions locales des « artistes » comme ils se désignent pompeusement eux-mêmes, n’ont rien à envier, sauf les prix, aux productions d’autres pays touristiques. Marie trouve tout de même à acheter une paire de socquettes en bambou, production locale, la chaussette, pas le bambou… Quelques courses dans un petit supermarché et achat d’une bouteille de champagne californien pour fêter demain nos 46 années de bagne commun…  Nous continuons en direction d’Anchorage, je somnole au volant à tel point que je ne vois pas l’orignal qui broute sur le bord de la route. Les nuages se sont dissipés en quittant les montagnes mais nous avons droit à une averse en approchant de la ville. Des montagnes enneigées se distinguent alors que nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres du Pacifique. Nous entrons dans Anchorage, nous nous garons en plein centre-ville et je vais à la recherche d’informations sur les campings au Visitor’s Center. Nous cherchons ensuite le Walmart, assez éloigné, où nous nous installons pour la nuit, seuls au grand désespoir de Marie. Nous prenons un pastis pour arroser mon quarante sixième anniversaire d’enterrement de vie de garçon et aussi notre traversée de l’Amérique de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Et au dîner un hachis suédois, comme à la maison !

Dimanche 12 juillet : A une heure et demie du matin, s’opère le nettoyage du parking de la grande surface. Pas avec une armée de balayeurs discrets, non ! C’est une sorte d’engin de chantier avec une énorme brosse qui sillonne les allées méthodiquement, l’une après l’autre, avec un bruit d’engin spatial en phase d’attaque nucléaire, un bruit à réveiller un sourd. Pas Marie qui grâce à ses boules Quies dort du sommeil du juste. Pas moi. Je guette l’approche puis le retrait du monstre, rassuré quand les décibels diminuent et je parviens à me rendormir. Un automobiliste s’arrête à notre hauteur, il me sort les photos de son 4x4 équipé d’une cellule ressemblant à la nôtre et me tient un grand discours, nous félicite pour notre « camion » puis s’éclipse, après nous avoir fait don de deux de ses photos, sans doute déçu de mon manque d’intérêt. Nous nous rendons au camping municipal, dans une forêt, le long de la voie rapide par laquelle nous sommes arrivés hier. Nous y prenons un emplacement, les toilettes ne sont pas très bien tenues et le bruit des voitures qui roulent vite est gênant. Nous avons le wifi mais encore une fois impossible de se connecter aussi bien avec l’ordinateur qu’avec le smartphone. Problème que je ne sais pas résoudre et qui m’ennuie. Nous repartons nous garer dans le centre-ville peu fréquenté aujourd’hui. La ville sans immeubles est très étendue et sans le moindre charme. Nous faisons le tour de deux ou trois restaurants susceptibles d’avoir notre clientèle ce soir pour fêter le 12 juillet. Nous ne pouvons réserver de table, il est encore trop tôt. Nous nous rendons sur les bords d’un ruisseau, le Ship creek où une passerelle permet d’apercevoir des saumons dans le filet d’eau. Nous pensions les voir frétiller, nager vigoureusement, remonter le courant à grand peine mais non, ils sont là, presque immobiles, dans l’ombre de la passerelle, pas bien vifs. Après avoir visité une boutique de souvenirs, toujours aussi nuls et chers, nous allons nous garer à côté d’une maison de 1915, très quelconque et dont le seul intérêt est son âge. Nous avons une belle vue sur le Cook Inlet, le détroit par lequel Anchorage communique avec l’océan Pacifique. Nous déjeunons là puis nous nous rendons à l’Anchorage Museum. Un grand immeuble moderne qui, comme les précédents, propose une exposition relatant les modes de vie des peuples primitifs, Indiens athabascans, Inuits auxquels s’ajoutent les Aléoutiens puis l’arrivée des Européens, Russes, baleiniers, missionnaires américains et la Ruée vers l’or, les changements opérés dans les modes de vie traditionnels et le développement économique après la seconde guerre mondiale avec la découverte du pétrole. Nombreux objets, photos, documents, reconstitutions derrière des vitres de divers habitats. Dans une autre aile, nous sommes plus conquis par une série de superbes photos prises sur la banquise et surtout par des vitrines dans la pénombre qui exposent de magnifiques objets des peuples premiers. Là, la muséographie prend tout son sens ! Nous ressortons pour aller réserver une table au restaurant Orso puis, en attendant l’heure de ces agapes, nous retournons près de la passerelle des saumons, peut-être plus nombreux mais toujours aussi endormis. Alors que nous étions sur le point de déboucher la bouteille de champagne californien surgit un Québécois qui nous interpelle en français et nous parle des Migati connus par leur blog. Nous discutons ensemble quelques minutes puis nous pouvons goûter ce mousseux américain, convenable sans plus. Nous allons au restaurant, commandons des plats de fruits de mer et de poisson, rien de mémorable, les sauces sont correctes mais je suis très déçu par le saumon sauvage du Pacifique, du moins annoncé comme tel, sans saveur particulière. Les soi-disant scampi de Marie n’en sont pas et le plat est complété avec des artichauts et des morceaux de pain trempés dans la sauce. Le vin, un Chenin blanc de Californie est pétillant et trop fruité à notre goût. Le garçon nous rapporte les 15% de service que nous lui avions octroyés, je les empoche, mécontent.Nous retournons au camping

Lundi 13 juillet : Réveillé dans la nuit par des brûlures d'estomac probablement dues aux mauvais vin et champagne de la veille, je dois prendre un comprimé. Nous sommes réveillés par un employé du campingqui nous fait remarquer que nous ne sommes pas au bon emplacement. Les toilettes et les douches sont lamentables pour un pays comme les Etas-Unis, sales et mal équipées. Nous partons à la recherche du garage Land Rover. Il faut parcourir des kilomètres dans cette ville sans immeubles pour trouver une adresse. Celle que j'avais n'est pas la bonne mais on m'y indique un autre garage. Nous le trouvons loin du centre-ville. Il ne paie pas de mine mais Land Rover semble bien leur spécialité. Pas question de s'occuper de la voiture aujourd'hui, je prends rendez-vous pour demain matin. Nous décidons vu le temps maussade de nous rendre au musée couplé avec celui d'hier. Nous devons retourner à la hauteur du camping, de l'autre côté de la voie rapide. Ce "Alaska Native Heritage Center" est comme son nom l'indique, dédié aux peuples premiers de l'Alaska. Dans le bâtiment principalune scène est prévue pour des chants et des danses des divers peuples, ainsi qu'une salle de spectacleoù sont présentés deds films. Des photos et des vitrines sous-éclairées, renfermant des objets traditionnelsneufs, sont disposées dans le fond du bâtiment. A l'extérieur, autour d'un étang, sont reconstitués les habitats des diverses ethnies. L'exposition est sans intérêt après ce que nous avons vu dans les précédents musées et notamment hier. Nous assistons à un spectacle de danses inuit, quatre jeunes filles en costumes simples agitent des éventails de plumes en suivant avec plus ou moins d'enthousiasme le rythme des tambours et des chanteurs.

 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les numéros sont entrecoupés d’exposés sur la vie de leur peuple auxquels je ne comprends pas grand-chose mais je n’ai pas très envie de suivre et le spectacle devient vite lassant. Après avoir déjeuné au camion, nous faisons le tour des maisons traditionnelles. Ce sont encore les Indiens de la côte Nord-Ouest, Tlingit, Tsimchian et Haïda, qui sont les plus intéressants par leurs dessins stylisés appliqués à tous les objets, maisons, vêtements etc… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les maisons des Aléoutiennes et des Inuit sont semi-enterrées, recouvertes de terre et d’herbe, accessibles par des couloirs. J’ai réussi, à force de toucher à tout, à recevoir les messages sur le smartphone, j’essaie de trouver une solution identique sur l’ordinateur, tente une restauration tandis que Marie assiste à un nouveau spectacle des Inuit sur scène. Nous quittons le musée presqu’à l’heure de la fermeture et nous allons nous garer dans le centre-ville redevenu calme à cette heure. Marie tente de trouver des cadeaux mais les prix sont faramineux, le moindre artisan est considéré comme un artiste et demande pour de très simples objets des sommes inimaginables. Marie qui aurait bien aimé voir une aurore boréale va assister à une projection d’un film tandis que je reste au camion continuer de me battre avec l’ordinateur. Nous allons nous garer pour la nuit derrière le garage Land Rover, le long d’une avenue qui risque d’être passante demain matin…

Mardi 14 juillet : Marie peine à se réveiller. A huit heures, le camion est pris en charge et nous nous asseyons dans le bureau du garage. Miracle ! Mes interventions de la veille sur l’ordinateur ont réussi, nous avons de nouveau internet. Nous prenons connaissance de notre courrier et je mets le blog à jour avec les photos. Nous corrigeons ensuite mon texte tandis qu’un beau chien boxer vient faire des mamours à Marie que cela n’enchante pas… Arrive un Suisse avec une Land Rover, à la recherche de pièces, difficiles à trouver. Nous le comprenons difficilement, le français n’est pas sa langue maternelle. Enfin le camion est prêt, la commande d’interrupteur a été changée et nous en sommes de 350 $... Nous repartons et arrêtons à la sortie de la ville dans un Walmart pour refaire un plein de provisions. Nous ne savons plus très bien quoi acheter pour varier les plats, toujours du jambon et soit du porc, soit du bœuf, soit du poulet. Jamais d’agneau ou de poisson frais et faute de four, nous sommes limités dans les cuissons. Nous sortons d’Anchorage, la route longe le bord du Cook Inlet, en suivant de près la voie ferrée. Entre la montagne et la mer, des zones de marais sont couvertes de joncs et les oiseaux y trouvent à nicher. De l’autre côté, des montagnes en partie couvertes de neige. La marée est basse, des bancs de sable sont dégagés et les étendues d’eau miroitent sous un soleil qui joue avec les nuages. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Plus nous avançons et plus les montagnes sont proches. Des chèvres de montagne sont vertigineusement perchées dans les falaises qui dominent la route. Nous pénétrons dans une vallée à Girdwood, station de sports d’hiver, cul-de-sac entre des glaciers. Très nombreux, mais de petite taille, ils se sont creusé un lit entre les plis des montagnes et il s’en échappe une multitude de ruisseaux qui dévalent les pentes. Nous hésitons entre plusieurs destinations, un passage dans un Visitor’s Center ne nous a pas rassuré sur les prévisions météorologiques. Nous décidons de commencer l’exploration de la région sud-ouest par Whittier en passant par Portage. Nous quittons donc la route principale pour en suivre une le long d’un torrent alimenté par les eaux d’un glacier haut perché dans une montagne au-dessus de nous. Je propose de réserver un emplacement dans un camping provincial pour être sûrs de notre nuit. Nous y rencontrons un jeune couple de Fréjus à qui nous proposons de venir prendre l’apéritif avec nous ce soir. En attendant nous avançons vers les glaciers de Portage que nous découvrons derrière un lac. Sur une aire de stationnement nous trouvons une Land Rover avec une vieille cellule Clémenson. Ce sont des Savoyards, Martine et Jean-Jacques, sur les routes depuis quatre ans. Nous discutons et échangeons des informations, évoquons les pays traversés et prévoyons de nous retrouver demain pour continuer… Nous allons sur les bords du lac d’où nous pouvons distinguer une bonne demi-douzaine de glaciers dont les sommets sont hélas perdus dans les nuages. Aux jumelles, on distingue bien les masses bleutées des champs de glace mais aucun n’atteint les eaux du lac.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous retournons au camping, à huit heures les Fréjusiens viennent prendre le pastis sur une table du camping. Sympathique discussion mais il fait vite frais et nous sommes contents de rentrer dans la cellule pour dîner.

Mercredi 15 juillet : Il fait froid ce matin, 6°c dehors ! Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Le ciel est bleu et le glacier au-dessus de nous est bien éclairé. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques, encore plus tardifs que nous, toujours stationnés sur un parking. Nous discutons encore longuement, échangeons adresses et informations avant que nous ne les quittions, alors que le ciel commence à se couvrir. Nous allons emprunter le tunnel ferroviaire, creusé sous la montagne qui permet d’accéder au port de Whittier. Il est long de plus de quatre kilomètres, étroit et mal éclairé, pas recommandé aux claustrophobes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous débouchons sur le port encombré de bateaux de promenade et d’un gigantesque navire de croisière. On aperçoit les immeubles désormais abandonnés de l’ancienne base militaire. Pas grand-chose à faire, jeter un œil sur les montagnes qui entourent le port, rêver à la vue que l’on doit avoir sous le soleil, traîner dans les quelques boutiques de souvenirs avant de repartir. Nous devons attendre le passage d’un train pour, à notre tour, repasser le tunnel. Nous prenons la route de Seward qui longe des marais et traverse la péninsule de Kenaï. Occupé à regarder le paysage, je ne vois pas une bande de volatiles traverser la route, quelques-uns passent sous les roues, ce qui me vaut des regards courroucés de la part d’automobilistes qui nous dépassent ensuite. Nous nous arrêtons pour déjeuner sur les bords d’un torrent mais le soleil se fait de plus en plus rare. Peu avant Seward, nous suivons la route qui emmène au glacier Exit. Nous apercevons sa langue veinée qui s’écoule vers le torrent que nous suivons. La route se termine sur un parking d’où nous partons pour une promenade qui va nous rapprocher du glacier. Sentier facile au début puis plus difficile pour Marie lorsqu’il grimpe dans la moraine. Peu avant que nous ne parvenions à un point de vue qui domine l’extrémité de la langue, il commence à pleuvoir. La glace est sale, couverte de graviers et les lueurs bleutées des crevasses ont bien des difficultés à se voir dans la grisaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous revenons par un autre sentier qui procure des vues sur le lit du torrent où nous apercevons une femelle orignal et son veau. Un touriste qui s’était aventuré dans le lit du torrent a les plus grandes difficultés à le retraverser en se mouillant jusqu’à la taille. Nous reprenons le camion et filons à Seward, envahie par les touristes. Nous traversons la petite ville, suivons la côte dans l’espoir de trouver un lieu de bivouac au bord du fjord mais tout est déjà occupé par des maisons, des campings ou des auberges. Nous revenons en ville. D’immenses terrains sont réservés aux camping-cars, moyennant 15 $, sans commodités. Nous allons nous garer au port voir le retour triomphal des pêcheurs qui se font prendre en photo sous leurs prises, des flétans de belle taille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

A côté des professionnels jouent du couteau et découpent les filets à une cadence étonnante. Nous retournons sur la route du glacier Exit et trouvons un emplacement en bord de rivière, dissimulé de la route.

Jeudi 16 juillet : Il a plu toute la nuit et cela continue au matin. Nous nous réveillons tard et traînons si bien que nous avons la visite de Martine et de Jean-Jacques qui ont bivouaqué à quelques centaines de mètres sans savoir où nous étions. Nous discutons encore une bonne heure avant de nous séparer, en prévoyant de nous retrouver devant un poisson grillé ce soir. Nous nous rendons en ville, plongée dans la brume et la pluie, à la bibliothèque municipale où nous pouvons nous connecter gratuitement dans une salle avec tables, fauteuils et prises de courant. J’ai de nouveau des problèmes, la lecture des messages est possible (nous en avons un de Julie à Iguazu), mais pas l’envoi des réponses. Je dois, de nouveau, faire une restauration pour y parvenir. Cela nous a pris du temps, nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer devant une laverie pour faire une lessive. Nous retournons à la bibliothèque envoyer quelques messages et rajouter quelques pages au blog. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques devant le Visitor’s Center où on ne nous annonce pas de bonnes nouvelles météorologiques. Vu l’intensité de la pluie qui tombe, nous renonçons au projet de faire griller du poisson au barbecue. Nous allons acheter au supermarché du saumon fumé et du saumon séché ainsi qu’une bouteille de vin blanc puis nous allons nous installer dans le lit à sec du torrent, là où avaient bivouaqué Martine et Jean-jacques la veille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les Suisses rencontrés sur la route de Prudhoe Bay y sont aussi avec des Bâlois. Nous prenons l’apéritif puis dînons de nos emplettes tous ensemble et refaisons le monde jusqu’à minuit ! Il a plu sans discontinuer toute la soirée…

Vendredi 17 juillet : Pluie et brouillard dès le réveil, aucune amélioration ne semble à espérer. Nous nous sommes réveillés tard et avons dû mettre le chauffage dans le camion. Nous quittons nos nouveaux amis, avec promesse de se revoir, ce qui semble probable puisque nous sommes sur la même route. Nous nous rendons à la poste pour acheter des timbres et envoyer des cartes postales puis à la bibliothèque où je finis de mettre à jour le blog. Nous repartons, moral bas, et roulons sous la pluie entre marais et montagnes. Pour déjeuner, nous nous arrêtons sur une aire d’où nous devrions apercevoir des saumons dans le ruisseau mais ils ne sont pas au rendez-vous et donc les ours non plus. La pluie a cessé, le soleil fait une timide apparition qui va se confirmer dans l’après-midi. Nous quittons les montagnes pour une plaine monotone. Nous bifurquons en arrivant à Sterling, une de ces villes américaines que je ne pensais pas trouver sur la presqu’île de Kenaï, décidément l’Alaska ne fait plus rêver, la « Dernière Frontière » est à chercher ailleurs… Quelques miles plus loin, nous arrivons à Kenaï. Nous y visitons la vieille ville datant de la colonisation russe. Deux églises orthodoxes sont debout, l’une est très jolie avec ses dorures et ses bulbes miniatures peints dans un bleu ciel éclatant.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant d’anciennes maisons, certaines ne datent que de 1950, quelques-unes en rondins, ont été rassemblées dans un modeste parc et, guidés par un étudiant sympathique qui prend la peine de parler lentement, nous passons de l’école à celle du chef du village en passant par d’autres bien rustiques. Nous repartons en suivant une route qui longe le bord de mer. Les plages sont envahies par des pêcheurs, collés les uns aux autres, dans l’eau comme sur terre, leurs camping-cars ne laissent aucune place. Pas question de nous arrêter là, nous continuons en direction d’Homer. A six heures, nous sommes à Ninilchik et nous allons aussitôt y voir sa jolie église orthodoxe qui domine la petite baie. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Son cimetière est couvert de croix orthodoxes de grande taille, les noms sont bien américains, à côté, le cimetière militaire est une pelouse plantée de drapeaux américains devant ou sur les stèles. Nous descendons dans le village, sur le bord de mer, très petit, avec quelques maisons en bois. Nous remontons nous garer devant l’église en essayant de nous placer face au vent très violent.

Samedi 18 juillet : Beau soleil mais toujours du vent. Pendant que Marie se prépare, je vais refaire des photos de l’église entourée par les croix fleuries du cimetière et je découvre, de l’autre côté de l’inlet, le bras de mer, deux cônes enneigés qui nous étaient cachés hier soir. Ce sont les volcans Ilamna et Redoubt. Nous continuons de suivre le bord de mer, en ne quittant presque jamais de vue le volcan Ilamna. Nous descendons sur une plage de galet, bon endroit pour un bivouac, peu avant Anchor Point, pour le photographier.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

L’arrivée à Homer est superbe. Soudain, nous découvrons une chaîne de montagnes, succession de volcans et de glaciers, de l’autre côté du fjord. Les sommets sont encore couronnés de nuages mais ils vont lentement se dégager.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le centre-ville, moderne et sans intérêt et atteignons le Spit, une longue bande de terre qui s’avance droit dans la mer. A Hyères il est interdit d’y camper, parfois d’y rouler, aucune construction n’y est admise. Ici, les boutiques, restaurants, agences de voyage s’y succèdent et les plages sont transformées en campings rudimentaires mais payants ! Nous trouvons l’agence que nous cherchions qui assure des vols en hydravion sur la péninsule de Katmaï pour aller voir les ours attraper les saumons. Hélas tout est réservé pour les dix jours suivants. Ils nous indiquent d’autres compagnies et chez Homer Air Service, à l’aéroport, nous pouvons affréter un hydravion pour demain matin. Nous cassons la tirelire : 1400 $, notre cadeau d’anniversaire de mariage… Marie n’est qu’à moitié contente, elle redoute d’avoir trop à marcher et surtout ne tient pas à rencontrer un ours… Nous retournons sur le Spit, allons jusqu’à l’extrémité de la bande de terre et faisons quelques pas sur les galets pour admirer le splendide panorama. Marie explore quelques boutiques de souvenirs, confirmant ce qu’écrivait John Muir, un éminent naturaliste en 1890 : « Tout le monde se précipita à terre pour acheter des curiosités (...). Les magasins furent immédiatement envahis par une foule qui paya un prix élevé des objets sans valeur fabriqués tout exprès pour les touristes (…). La plupart des voyageurs ne regardent que ce qu’on leur indique, et les éditeurs de guides touristiques, quelle que puisse être leur ignorance, jouissent donc d’un bien grand pouvoir ». Nous allons nous garer loin des camping-cars, tous agglutinés les uns aux autres le long de la mer, pour déjeuner. Une loutre farceuse fait des cabrioles, se roule et finit par faire la planche en guise de longue sieste. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Un phoque pointe son museau puis disparaît. Marie retourne à ses recherches, en revient bredouille tandis que je vais faire des photos des maisons sur pilotis sur la grève. Nous tentons d’apercevoir des orignaux dans une plaine où ils devraient être, mais pas aujourd’hui… Nous passons au Safeway refaire des provisions puis nous montons au sommet de la colline qui surplombe la ville. Le panorama sur la ville, le plan d’eau d’où décollent les hydravions, le Spit, et en fond d’écran la chaîne des montagnes qui se dégage lentement des nuages, est magnifique, des pointes volcaniques émergent des champs de glace, les glaciers semblent glisser dans la mer.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous restons une heure à les contempler puis redescendons en ville. Nous arrêtons dans la vieille ville, trois ou quatre maisons plus anciennes, en bois, restaurées et transformées en commerces. L’une d’elle est une galerie d’art avec une exposition d’une artiste mi-surréaliste, mi-(fausse)naïve, les objets, poteries, bois, sont comparativement bien moins chers que les horreurs des marchands de souvenirs. Nous achevons la journée en allant nous garer pour la nuit dans le parking de la compagnie d’aviation avec laquelle nous partons demain.

Dimanche 19 juillet : Nous sommes prêts à l’heure dite. Nous allons au bureau nous signaler et nous devons nous rendre au bassin d’où décollent les hydravions. Notre pilote, Rod, nous attend, sympathique quadragénaire, il nous embarque, rien que nous deux dans son petit avion. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous décollons rapidement, je suis surpris par la faible distance nécessaire pour l’envol. Le ciel est bleu, peu de nuages sur les montagnes, conditions de vol presque idéales. Nous apercevons les volcans aperçus la veille puis nous passons devant le cône évasé à sa base du mont Augustine, à peine enneigé, marquant l’entrée dans le Cook Inlet. Nous traversons le bras de mer puis rejoignons la péninsule de Katmaï, région encore peu connue, sans villages ni population établie. Nous survolons les basses terres, zone de marais parcourues par d’innombrables rivières qui y tracent leurs méandres tortueux.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La masse nuageuse devient importante, nous prenons de l’altitude, passons au-dessus de montagnes encore parsemées de plaques de neige et de mini glaciers. Nous volons ensuite au-dessus de la mer de nuages que percent quelques rares sommets, avant de la traverser, ouate, coton, où les perceptions s’abolissent. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous sommes rassurés de retrouver une visibilité correcte au-dessus du lac Brooks, très vaste étendue d’eau sur laquelle nous nous posons. Nous n’y sommes pas les seuls, une noria d’hydravions dépose les touristes fortunés dont, pour une fois, nous faisons partie. Nous débarquons sur une plage, devant le Visitor’s Center du Parc National de Katmaï. Nous devons passer par une salle où un film vidéo nous enseigne les consignes à respecter en cas de rencontre avec les ours. Ceux-ci sont très nombreux dans cette aire et sont la raison de la venue des touristes. Les cabanes du lodge du parc accueillent ceux qui restent pour la nuit. Nous pouvons ensuite partir sur un sentier mais nous sommes vite arrêtés par un ranger, un ours a été aperçu dans les parages et il ne doit pas être dérangé… Ici, le protégé, n’est pas l’homme mais l’animal, pas grave si un touriste est dévoré, le principal est que l’ours n’ait pas de troubles de digestion… Quand le signal est donné, nous poursuivons jusqu’à un pont sur une rivière qui amène à un point de vue gardé par un autre ranger. C’est de là que nous apercevons nos premiers ours bruns. Ils sont tous en cette saison sur les bords des rivières à guetter la remontée des saumons dont ils font leur ordinaire. Nous les voyons se dresser sur leurs pattes arrières pour se repérer dans les hautes herbes, plonger dans l’eau glaciale pour tenter d’attraper quelques malheureux poissons. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous continuons de marcher sur le sentier qui devient plus étroit, traverse une forêt dense où de nombreux arbres sont cassés, leurs troncs couverts d’un épaisse couche de mousse végétale. Nous parlons en marchant comme on nous l’a bien recommandé pour prévenir de notre présence quelque plantigrade égaré. Nous parvenons à une plateforme, après une rampe à quelques mètres au-dessus du sol, installée pour éviter toute rencontre inopportune et surtout permettre aux ours de se rendre en toute liberté à la rivière,. Du mirador, nous avons une vue sur le torrent qu’occupent une douzaine d’ours, bêtement posés sur des rochers dans l’attente du saumon providentiel. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils sont très placides, bougent peu, mais de temps en temps ils plongent dans le courant et attrapent (pas toujours…) un poisson de bonne taille qu’ils déchiquètent à belles dents sans trop se préoccuper des arêtes. Une femelle, suivie de ses petits, passe en-dessous de nous, totalement indifférente comme les autres à notre présence, notre chair ne doit pas avoir une grande valeur nutritive. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous pouvons accéder à une seconde plateforme où nous n’avons le droit de rester qu’une heure, le nombre de visiteurs y est limité à quarante… Nous sommes alors au niveau d’une petite chute d’eau et c’est l’endroit le plus fréquenté par les amateurs de saumons. Ces derniers tentent de remonter le courant pour retourner à leur frayère natale. Ceux qui ont échappé aux pêcheurs humains sont guettés par les ours en mal de reconstitution de la masse de graisse nécessaire pour la prochaine hibernation. Quelques-uns attendent que leurs proies leur passent entre les pattes, d’autres, la gueule ouverte, adeptes du moindre effort, espèrent qu’un saumon va leur tomber directement entre les mâchoires.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils n’ont pas tort, ce n’est qu’une question de patience et aussi de vivacité dont les ours sont très capables. Le poisson à peine saisi est avalé en quelques bouchées sanglantes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Spectacle cruel (mais que les saumons sont bêtes !), dont nous ne nous lassons pas mais il faut songer à repartir. Alors que nous franchissons le pont au-dessus de la rivière, nous sommes invités par le ranger à nous presser, une femelle et ses deux petits traînent dans les parages et aimeraient bien aussi emprunter le pont qui leur est interdit.  Nous pique-niquons rapidement, dans un espace entouré d’une clôture électrifiée, avec les provisions que nous avions laissées dans une pièce sécurisée pour ne pas tenter les ours, puis nous repartons. La masse nuageuse est moindre et nous avons quelques rayons de soleil au-dessus du lac. Nous amerrissons à Homer et retrouvons le camion. Après être allés récupérer notre facture, nous quittons la ville avec un dernier coup d’œil sur la chaîne de montagnes. Nous roulons quelques miles puis descendons sur la plage que nous avions repérée à l’aller. Beaucoup de pêcheurs y sont installés mais nous ne sommes pas entassés. Nous y prenons un pastis pour fêter cette mémorable journée. Fin de la journée en relisant mon texte.

Lundi 20 juillet : Nous nous réveillons sous un agréable soleil, face aux volcans. Nous reprenons la route d’Anchorage, repassons par Ninilchik puis à Soldotna où nous pouvons reprendre des bières fraîches ; avec la fermeture des liquor shops le week-end nous avons frôlé la pénurie !  Nous suivons, comme à l’aller, la Russian River aux eaux turquoise qui nous paraît plus belle sous le soleil. Nous déjeunons sur les bords du lac Kenaï puis remontons vers le nord. Les travaux sur la route avec la circulation alternée nous font perdre beaucoup de temps. Nous faisons un détour pour le minuscule village de Hope, fier de ses cent ans d’existence. Nous y visitons une « Fine Art Gallery » tenue par un « artiste peintre » dont toute la famille, épouse, mère, est fière mais ce ne sont que des chromos de peintre du dimanche, vendus cher. Nous retrouvons les bords de l’Inlet, les chèvres de montagne sont toujours dans leurs éboulis et la marée est toujours basse ce qui provoque des miroitements de l’eau dans la baie sur fond de montagnes à contre-jour. Je pense à l’affiche, que nous avions achetée à notre premier voyage, d’un peintre canadien du groupe des Sept dont il faudra que je retrouve le nom. Nous traversons rapidement Anchorage, y trouvons un camping bondé, les véhicules serrés les uns contre les autres et dont la réception est fermée depuis 17 h ! Tant pis pour la douche chaude et le wifi, nous avançons sur la route de Palmer, sur l’autoroute. Un autre RV Park ne nous propose que des emplacements avec tous les branchements dont nous n’avons pas besoin. Nous suivons alors une route étroite en montagne qui nous amène au lac Eklutna, au bout de dix miles. Nous y trouvons un camping provincial dans une forêt mais pas de douches et encore moins de wifi. Nous nous installons et c’est alors que je découvre une fuite importante sous la voiture d’un liquide qui s’avère être le liquide de refroidissement ; le bol d’expansion est vide ! Il va donc falloir retourner au garage Land Rover demain… pas réjouissant.

Mardi 21 juillet : Nous sommes debout à six heures et après un retour l’œil rivé au thermomètre, nous arrivons au garage peu avant huit heures. Le patron fait tester le circuit pour trouver la fuite, il s’agit bien du radiateur qui est percé. Ils le démontent puis faute de trouver la pièce, l’envoient pour ce que je pense avoir compris être une soudure ou une brasure. Nous devons attendre dans le camion le retour de ce maudit radiateur. Les heures passent, il ne fait plus chaud, lecture, mise à jour du blog, déjeuner… L’après-midi s’étire, lecture de nouveau avant qu’enfin, passé seize heures, nous voyions réapparaître notre radiateur avec deux petites soudures de rien du tout. Il est vite remonté, testé. Il ne nous reste plus qu’à régler la note et filer de nouveau en direction de Palmer. Nous bivouaquons peu avant la ville en bordure d’une rivière, au milieu des galets.

Mercredi 22 juillet : Dans la nuit, un mal-élevé m’a réveillé avec quelques secondes de musique à plein décibels puis ce furent quelques pétarades mais au matin, quel calme ! Nous atteignons Palmer où nous nous ravitaillons dans un Fred Meyer, autre grande chaîne de supermarchés, où on trouve les mêmes produits que dans les autres ou plutôt la même absence (veau, agneau, eau gazeuse etc…). Nous prenons la route Glenn Highway pour nous rendre à Valdez. Elle suit le cours de la rivière Matanuska dans le lit de laquelle nous avons dormi cette nuit. Comme bien d’autres rivières du même type, alimentées par la fonte des glaciers, elle coule sur un large lit de galets en formant une multitude de bras. Nous sommes entre deux chaînes de belles montagnes déchiquetées et le paysage serait superbe et même grandiose si nous avions un peu de soleil !

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Encore une journée dans la grisaille ! A la sortie de Palmer nous allons visiter une ferme d’élevage de bœufs musqués. Après une salle d’information sur cet animal qui avait disparu d’Alaska depuis les années 1800 et qui a été réintroduit à partir d’animaux venus du Groenland, nous partons pour une visite guidée avec quelques autres touristes. Dans de grands enclos, quelques-unes de ces petites vaches à longs poils et à cornes recourbées, broutent ou somnolent, transpirant sous leur épaisse toison, huit fois plus chaude que celle du mouton, dans ce climat trop chaud pour elles en cette saison. C’est cette laine qui est le produit de cet élevage. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La boutique à la sortie vend des écharpes et des bonnets uniformément de couleur marron qui devraient avoir un gros succès dans les maisons de retraite… Nous continuons d’avancer sur cette route magnifique et apercevons bientôt la langue du glacier Matanuska qui vient mourir dans le lit de la rivière. Une piste privée, donc payante, permet de venir se garer face au glacier à quelques centaines de mètres de la langue blanche, nervurée, aux reflets bleutés. Le soleil est, hélas, toujours absent. Nous pouvons marcher jusqu’au champ de glace mais Marie renonce presque aussitôt. Je m’y rends seul. Il faut traverser une étendue d’un mélange de terre et de glace fondue en une bouillasse grise et désagréable avant de marcher sur le glacier proprement dit, mais sur une couche qui, en surface, est recouverte de gravier. C’est cette étendue grisâtre qui, de loin, donne un aspect terne et déplaisant à la langue glacière. Cette zone est fendue de crevasses de faible profondeur dans lesquelles ruissellent les eaux de fonte. On y voit aussi des roches de toutes tailles, coincées entre les parois. La marche sur ce tapis de graviers est aisée malgré les innombrables minuscules ruisseaux qui courent dessus. Je ne vais pas plus loin. Quand la glace est propre, je glisse dessus et je n’ai pas de crampons pour continuer. Je suis tout de même au pied de séracs de belle taille dont les strates sont soulignées par des lignes de graviers. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Retour au camion puis nous reprenons notre route. Les montagnes s’éloignent et le paysage redevient monotone, plat, en forêt peu dense. Nous roulons jusqu’à Glennallen où nous nous arrêtons dans un camping pour refaire les pleins d’eau.

Jeudi 23 juillet : Nous reprenons la route sous un ciel gris, peu encourageant. La route continue au milieu des épicéas avant de se rapprocher des montagnes qui accrochent les nuages. Nous retrouvons le pipeline que nous avions suivi en tentant d’aller à Prudhoe Bay. Lui aussi se rend à Valdez… Nous apercevons le glacier Worthington, étincelant malgré l’absence de soleil, ses deux langues de glace coulent en divergeant. La route s’en approche et, d’un point de vue, nous distinguons mieux les séracs et leurs reflets bleutés mais nous ne voyons plus qu’une des deux langues. Aux jumelles, nous apercevons très loin dans la montagne un ours noir qui se vautre dans l’herbe d’un pré. Nous passons un col entre de belles montagnes et quelques timides glaciers, perdus entre deux crêtes. Le ciel semble plus dégagé en direction de la mer. Nous retenons notre souffle, ferait-il soleil à Valdez ? Oui, nous avons le bonheur d’arriver dans cette petite ville éparpillée le long de la côte, dans une baie presque fermée et entourée de montagnes enneigées, sous un ciel presque entièrement bleu. Nous filons aussitôt au bureau de « Lulu Belle », le bateau de croisière, chaudement recommandé par plusieurs voyageurs, sur lequel nous comptons passer la journée demain. Il y a encore de la place et nous prenons nos billets. Nous nous rendons au Visitor’s Center qui nous confirme le beau temps pour demain et peut-être après-demain ! Nous revenons sur nos pas et trouvons le site de l’ancienne ville rasée après un tremblement de terre en 1964. Il ne reste rien si ce n’est des photos des maisons à leur emplacement, celles qui tenaient encore debout ont été déplacées mais nous pourrions y bivouaquer au bord de la mer ce soir, ne serait-ce que pour fuir l’entassement des RV Parks qui défigurent l’entrée de la ville.. Nous contournons la baie jusqu’à un parking à côté d’une écloserie-conserverie de saumon. Nous déjeunons là puis allons voir les poissons. Nés ici, ils sont allés vivre leur vie en mer et leur instinct les pousse à revenir en cette saison pondre leurs œufs et mourir là où ils sont nés. L’usine les attend et les couteaux des découpeurs aussi. Ils sont tous là à frétiller, pressés de remonter le courant. Celui-ci étant barré ils ne peuvent que remonter un canal qui les conduit directement à la découpe… Trop bêtes ces saumons…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Après être allés admirer depuis l’extrémité de la route, la vue sur toute la baie dans son cirque de montagnes sous un soleil de plus en plus présent, nous retournons en ville visiter le musée Whitney. Gratuit ! Il s’agit d’une collection d’amateurs qui, au XX° siècle, ont ramassé, acheté tout ce qui pouvait se trouver provenant des peuples locaux. Un ensemble hétéroclite, bien présenté et qui sait poser de bonnes questions notamment sur les places respectives des Arts dits Beaux et les Arts décoratifs, voire l’artisanat. Nous nous garons ensuite sur le port et nous faisons le tour des restaurants où nous pourrions dîner ce soir. Un chinois et deux plus classiques mais bien chers pour une cuisine dont nous nous méfions. Marie trouve une boutique capharnaüm et y déniche quelques souvenirs à rapporter. Nous allons nous garer à une pointe orientale de la ville et marchons quelques centaines de mètres. Nous revenons nous garer au port, je commence à écrire le récit de cette journée puis nous allons au restaurant chinois. Plats copieux, bon pour moi. Marie a voulu prendre des fruits de mer et n’a eu que des crevettes sans goût avec beaucoup de légumes. Nous allons bivouaquer là où nous avions repéré ce matin. Un autre camping-car s’y trouve déjà.

Vendredi 24 juillet : Ciel bleu ! Soleil ! La météo idéale pour cette journée de croisière… Nous allons tout d’abord au Visitor’s Center vérifier que nous n’avons pas de nouveaux messages et aussi que le correspondant parisien qui nous appelle en pleine nuit ne nous est pas connu. Mystère donc… Après un rapide passage à la poste, nous allons nous garer devant le quai d’embarquement et à dix heures et demie nous allons patienter avec les autres passagers devant un joli petit bateau de promenade qui peut embarquer une cinquantaine de touristes. Le capitaine, Fred, un Popeye grand-père, nous accueille et nous souhaite la bienvenue. Nous nous installons, montés dans les derniers, sur un coffre de ceintures de sauvetage, garantie d’être, en cas de besoin, servis les premiers. Nous appareillons, sortons du port et Captain Fred commence à distiller ses informations, anecdotes, etc… Encore un qui a peur de laisser ses clients rêver, méditer devant les merveilles de la nature… Il n’arrête pas, à l’aller comme au retour… Presqu’aussitôt nous apercevons une bande de loutres sympathiques qui, à leur habitude, font la planche, se grattent le museau ou plongent quand elles sont dérangées. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant le terminal pétrolier où la production d’or noir en provenance de Prudhoe Bay est chargée sur les tankers. D’énormes réservoirs couvrent les collines en arrière-plan. Nous traversons la baie dans son cirque de montagnes puis par une étroite passe sortons en pleine mer. Une belle cascade dévale les pentes, les bateaux de pêche déploient leurs filets, tout nous est expliqué mais je n’écoute qu’à moitié, et ne comprend pas l’autre… Nous avançons plus vite, il ne fait plus très chaud dehors, nous nous trouvons des places assises à l’intérieur, dans le salon, boiseries et tapis orientaux. Nous prenons des hot-dogs (sauce moutarde sucrée !), des chips et une bouteille d’eau, c’est le menu « Captain Fred » proposé. Nous arrivons à l’île Glacier. Sur le mince ruban de plages de galets, des colonies de lions de mer allongés dans des siestes orageuses. Les énormes mâles tentent de préserver leur autorité sur des femelles qui se disputent les faveurs de leur seigneur. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une baleine humpback est signalée, j’aperçois un dos arrondi, noir et blanc, puis entends et vois un grand « splash », des jets d’air ensuite trop loin mais nous n’en verrons pas plus. Captain Fred a joué de ses machines pour accélérer, ralentir, patienter mais quand le cétacé dit : « ça suffit », il faut se résigner… Nous nous dirigeons à toute vitesse vers le glacier Columbia quand des dauphins farceurs viennent jouer avec le bateau, ils passent au ras de son étrave, nous suivent, plongent, bondissent hors de l’eau pour nous faire admirer le noir et le blanc de leur dos, puis disparaissent. Nous approchons du glacier, un des plus vastes de l’Alaska. La première impression est très décevante : nous traversons un champ d’icebergs qui ne sont que de gros glaçons pour approcher une langue qui descend de la montagne, presqu’entièrement noire ! Une glace laquée, goudronnée ou un terril transplanté ? Mais ce n’est pas le bon glacier, il va se découvrir lorsque nous pénétrons dans une baie. Non pas un, mais une multitude de glaciers qui déversent leurs amas de neige compactée pendant des siècles, des millénaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je reste tout à l’avant du bateau mais je suis frigorifié par le vent glacial quand nous avançons vite. Nous traversons alors un second champ d’icebergs nettement plus sérieux pour nous avancer jusqu’à toucher le front de glace. Une barrière sur des kilomètres, à une hauteur de plusieurs dizaines de mètres et nous restons là à admirer ces masses aux reflets rosés et bleutés. Tout autour de nous des langues de glace dévalent de leurs émissaires et nous sommes entourés d’une quantité d’icebergs si dense que nous pourrions presque nous croire sur une banquise. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Captain Fred n’est pas pressé, il s’arrête donne à chacun la possibilité d’immortaliser ce moment en se faisant photographier avec un bonnet de Père Noël et une pancarte Merry Christmas ou Hanouka, au choix… Des grondements, des craquements se font entendre. Nous guettons tous le moment où des blocs, des pans du mur, vont s’écrouler dans l’eau. Ce qui ne manque pas d’arriver, provoquant une vague impressionnante qui soulève le bateau et les icebergs. Nous repartons laissant derrière nous ce merveilleux ensemble, la vision que j’attendais d’un glacier tombant dans l’eau. Nous avions déjà vu des glaciers en Argentine et au Chili, peut-être plus impressionnants par leurs dimensions et par la taille des icebergs, mais ici, l’ensemble m’a paru plus sauvage, pas d’autres bateaux et des montagnes en arrière-plan aux pics acérés. Nous allons tenir compagnie à Captain Fred dans son poste de pilotage. Son babil ininterrompu ne m’empêche pas de somnoler jusqu’à ce que nous pénétrions dans le baie de Valdez. Nous accostons et débarquons à presque huit heures du soir avec un dépassement de deux heures sur l’horaire théorique…. Mais il en est toujours ainsi semble-t-il. Nous reprenons le camion et retournons bivouaquer au même endroit que la veille. Nous arrosons la fin de la journée avec des huîtres fumées et le fond de la bouteille de vin blanc. Dîner, écriture et au lit.

Samedi 25 juillet : Nous nous réveillons difficilement tous les deux. Le ciel est tout gris, nous nous félicitons d’avoir fait l’excursion hier. Nous reprenons la route de l’arrivée (il n’y en a pas d’autres !) et attaquons la montée du Thompson Pass. Au sommet nous sommes dans les nuages mais dès que nous redescendons, à la hauteur du glacier Worthington, le ciel se dégage et nous retrouvons le soleil et le ciel bleu. Nous quittons la grande route pour nous diriger vers le Parc National Wrangel-St Elias. Après une cinquantaine de kilomètres presque rectilignes, la route suit, alors en corniche, le cours de la Copper River avec les monts Wrangel et Blackburn couronnés de neige en arrière-plan.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous atteignons Chitina où la route devient piste. Nous traversons la rivière qui semble être aussi un paradis des pêcheurs à en croire le nombre d’amateurs de la gaule répartis au fil du courant. Après quelques kilomètres d’une piste à la tôle ondulée plutôt rude, nous avons le plaisir de retrouver un inattendu goudron. Il s’arrête à un grand pont métallique qui enjambe une très profonde gorge. La chaussée n’y est qu’à une voie, aussi je dois revenir à pied, pas très fier des parapets peu rassurants, pour prendre des photos du torrent. La piste est bonne, roulante malgré une tôle ondulée facilement absorbée en roulant à 70/80 km/h. C’est la seule portion de voie carrossable d’Amérique du Nord où j’aurai doublé tous les véhicules qui, en d’autres lieux, m’auraient dépassé. Nous passons sous un ancien pont du chemin de fer, en bois, tout droit sorti d’un western. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Passe une Land Rover dont le jeune conducteur ne cache pas son admiration pour la nôtre. Il s’avère qu’il connaît Jean-Marie et Chantal Ketona ! Le monde Land Rover est bien petit ! Nous continuons sur la piste, longeons des lacs, des zones de marais dans lesquelles nous espérons vainement apercevoir quelque animal mais nous roulons sans doute trop vite. Nous parvenons au bout de la piste, les véhicules privés ne sont pas autorisés au-delà de la Kennecott River. Deux beaux glaciers, le Kennecott et le Root l’alimentent. Nous achetons les billets pour la navette qui nous emmènera à l’ancienne usine d’enrichissement du cuivre devenue une ville fantôme. Après avoir déjeuné, nous allons nous garer à l’entrée de la passerelle qui franchit la rivière et montons à bord de la navette. Elle nous dépose quelques kilomètres plus loin à l’entrée des installations minières. Des bâtiments ont été restaurés, d’autres laissés en l’état, abandonnés depuis 1938. Toutes les constructions sont bien sûr en bois et de couleur marron-rouge. Le Visitor’s Center est installé dans l’ancienne épicerie et sur les rayons on y trouve conserves et instruments ménagers d’un autre temps. On nous projette un court métrage expliquant les différentes étapes de l’enrichissement du minerai depuis son extraction jusqu’à son chargement sur des wagons. Quelques pas et nous découvrons l’imposante structure dans laquelle toutes les opérations se déroulaient sur quatorze étages.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les fenêtres restent ouvertes, les volets battent, des planches se sont envolées mais l’ensemble est impressionnant, révèle des volumes cubiques spectaculaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous renonçons à marcher jusqu’au glacier, il est sans doute plus beau de loin, pas de moraine ou de zone couverte de gravier pour en ternir la pureté. Nous essayons de monter par un sentier à l’étage supérieur de l’usine, le sentier n’est pas évident et une fois en haut nous n’en voyons pas plus. Nous allons reprendre la navette et nous nous faisons déposer à Mac Carthy, le village proche qui vivait de l’exploitation des travailleurs et aujourd’hui de celle des touristes. Les rares maisons ont été retapées ou reconstruites dans le style « western » pour devenir (ou redevenir !) des hôtels, désormais bien famés. Nous récupérons le camion et reprenons la piste malgré l’heure déjà bien avancée. Nous roulons jusqu’au grand pont métallique où nous nous installons pour la nuit sur le parking de l’aire d’information.

Dimanche 26 juillet : La pluie ! Aujourd’hui, c’est pluie ! Moindre mal puisque nous devons rouler pour rejoindre Tok mais nous aurions préféré du soleil pour revoir les monts enneigés. Nous reprenons la route, repassons à Chitina puis empruntons un raccourci (?), une piste que la pluie a rendu glissante et boueuse, le camion n’en sort pas plus propre… Marie nous fait arrêter chez tous les marchands d’artisanat, heureusement certains sont fermés et chez les autres, les prix demandés pour la moindre bricole nous dissuade de tout achat. Nous avançons sur Tok, j’utilise un de mes jerrycans pour y arriver. Il n’est pas tard quand nous y sommes. Nous commençons par nous connecter dans une grande boutique d’artisanat, pas de messages… Nous allons nous installer au même camping qu’à l’aller, chez Mémé la pétroleuse… Nous nous rendons ensuite à la laundry faire une lessive et pendant ce temps nous refaisons un plein de provisions dans un petit supermarché pas trop riche en produits. Nous nous installons au camping, rangeons le linge et ressortons les guides et les cartes du Canada. Relecture de mon texte en prenant un pastis, c’est dimanche !

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29 juin 2015 1 29 /06 /juin /2015 14:23

Mardi 23 juin :  Nous quittons notre parking, suffisamment calme cette nuit pour que nous ayons pu dormir à poings fermés. Je me jette une fois de plus dans la circulation, toujours rapide. Nous trouvons vite le centre et ses gratte-ciel, témoins du développement économique de l’Alberta, grâce au pétrole. Nous nous garons le long d’une rue. Dans les autres parkings, on ne peut payer qu’avec une carte de crédit ! Nous nous rendons, en marchant le nez en l’air pour admirer les tours de verre, jusqu’à celle qui fut la plus haute de la ville, à 197 mètres, maintenant détrônée.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Un ascenseur, pour 16 dollars, tarif « senior », nous expédie au sommet ou presque. De là-haut, nous pouvons contempler nos misérables fourmis de semblables, les toits des immeubles, les avenues qui se croisent à angle droit et les autres gratte-ciel à notre niveau, du moins d’un côté. Une avancée au sol de verre permet de se croire au-dessus du vide et de photographier le vertige ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Calgary ne paraît pas si étendu de cette hauteur, le stade du Stampede, le fameux rodéo, s’étend à quelque distance et la campagne n’est pas loin. Nous redescendons et allons arpenter quelques rues et avenues proches ainsi que la rue piétonne où les anciens bâtiments de la fin du XIX° siècle ont tous été transformés en restaurants avec terrasses. Nous reprenons le « camion », expression bien prétentieuse quand on voit la taille des autres Recreation Vehicules. Nous traversons la rivière et trouvons une corniche d’où l’on jouit d’une belle vue sur toute la ville moderne. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

C’est aussi le lieu de détente et de défoulement des citadins qui, à l’heure du déjeuner, viennent y transpirer en pratiquant toutes sortes d’exercices épuisants, à les entendre souffler et peiner… Nous déjeunons là, avant de repartir en direction de Banff. Nous nous approchons des montagnes puis l’autoroute se faufile au milieu, et nous atteignons la petite ville envahie de vacanciers de toutes sortes. Les camping-cars de toutes tailles, souvent en location, encombrent les rues, les marcheurs et les cyclistes se ravitaillent. Nous allons nous garer près du Visitor’s Center et allons aux renseignements. Il est encore tôt mais nous remettons à demain la poursuite de la route. Nous décidons d’aller nous installer dans un camping géré par les Parcs nationaux. En chemin, nous nous arrêtons pour aller voir des hoodoos. Si la vue sur la rivière aux eaux turquoise, la forêt et la montagne derrière, est superbe, les hooddos,  eux, sont plutôt minables ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous allons repérer notre emplacement dans un immense camping en pleine forêt, très calme puis nous allons nous promener au lac Minnewanka. Nous le longeons en contemplant les montagnes à peine tachetées de neige à leurs sommets, image classique du Canada, lac turquoise, montagne enneigée et forêt de conifères. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Des chèvres de montagne, pelées, pas du tout effarouchées, broutent sur le bord de la route. Nous revenons nous installer au camping et étudier la suite du voyage. Je suis content d’être enfin là, dans ces parcs si bien conçus et de retrouver ces images du Canada que j’avais gardées en tête, même si l’afflux de touristes est déplaisant.

Mercredi 24 juin : Nous allons reprendre brièvement l’autoroute, toujours la même, la N° 1, la transcanadienne qui va jusqu’à Vancouver Mais nous l’abandonnons très vite pour une route secondaire qui lui est parallèle mais bien plus calme, la vitesse est limitée à 50 km/h. Le paysage est magnifique sous le soleil, montagnes à peine enneigées, forêts très denses de sapins, mélèzes et bouleaux et serpentant à nos pieds, une rivière aux eaux turquoise laiteuses. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous n’y sommes donc pas seuls. Le sentier, bien aménagé, suit en surplomb, le torrent qui mugit dans le ravin encombré de troncs. Nous parvenons au bout d’une demi-heure à une cascade, pas très haute mais rugissante. Nous ne poussons pas plus loin et revenons au camion. Nous allons nous garer à l’écart du monde pour déjeuner. Plus loin, une belle barrière rocheuse se dresse au-dessus de la forêt. Nous parvenons à Lake Louise, d’abord au village où je ne parviens pas à me connecter à internet. Nous nous rendons à quatre kilomètres au lac Louise. Le parking, immense, est bondé ! Une foule de touristes se presse sur les bords du lac et me gâche le plaisir de revoir ce lac que nous avions vu gelé et sans autre visiteur que nous. Il demeure, en faisant abstraction de l’environnement proche et des plaisanciers qui canotent sur les eaux, une superbe vue, mais sans soleil, sur les glaciers bien diminués qui ferment le lac. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous nous rendons au grand hôtel Fairmont dont le hall est ouvert au « vulgaire » mais pas question de bénéficier du wifi… Nous repartons en direction du lac Moraine, la route grimpe dans la montagne et se termine sur un parking, lui aussi envahi. La carte de priorité de Marie, nous permet heureusement de nous garer au plus près des départs de sentier. Le lac est bleu. Un beau bleu qui, quand le soleil veut bien l’éclairer, devient brillant, presque phosphorescent. Des troncs d’arbres se sont entassés depuis la dernière fonte des neiges à l’une de ses extrémités. Quelques-uns se risquent à traverser le ruisseau en sautant de l’un à l’autre, en les faisant rouler sous leurs pieds. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous faisons une courte promenade en suivant la rive puis revenons à Lake Louise. Nous avions projeté d’aller nous installer au camping du parc Yoho mais l’abondance de camping-cars croisés nous fait craindre de ne pas trouver de place. Nous décidons de tenter notre chance à celui de Lake Louise. Effectivement, celui réservé aux camping-cars est déjà plein, mais nous trouvons une place dans celui réservé aux tentes, donc sans branchements mais cela nous convient parfaitement. Le camping est entouré d’une clôture électrifiée pour nous protéger d’une intrusion des ours ! Je doute que ces malheureuses bêtes s’approchent de la multitude bruyante que nous formons…

Jeudi 25 juin : Nous émergeons plus tard que nous ne l’avions prévu. Aussi, après avoir procédé à nos ablutions respectives, il est presque dix heures quand nous nous mettons en route. Un beau soleil nous incite à retourner voir le lac Louise bien éclairé. Il n’y a pas autant de monde que la veille et le site est encore plus exceptionnel, la forêt est d’un beau vert, le glacier brille et le bleu du lac resplendit. Nous reprenons l’autoroute en direction de l’ouest et allons faire une brève intrusion en Colombie Britannique, dans le Parc national de Yoho. Le premier arrêt est pour une curiosité ferroviaire, un tunnel en spirale, qui permet aux trains de grimper une rude côte, tel que l’on peut apercevoir les locomotives et la queue du train, respectivement sortir et entrer dans le tunnel si le convoi est assez long.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous avons la chance de voir un train faire cette boucle. Nous arrêtons au Visitor’s Center du parc pour obtenir quelques informations et surtout bénéficier du wifi. Nous continuons encore quelques kilomètres puis bifurquons pour une route qui pénètre dans la montagne. Un pont naturel où les eaux laiteuses d’un torrent s’engouffrent sous de gros blocs de roche, est une première halte puis nous atteignons un autre beau lac, le lac Emeraude, encore un cadre enchanteur et bien canadien ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous revenons sur nos pas puis un nouveau détour, après une très rude montée qui doit poser problème aux gros camping-cars et une belle traversée d’une forêt de pins plantés serrés et bien droits, nous amène à une belle cascade qui tombe de 254 mètres derrière un écran de pins. Nous déjeunons sur le parking, après avoir satisfait la curiosité de Québécois à propos de notre modeste camion. Les questions les plus fréquentes concernent le schnorkel et ma réponse au sujet du franchissement de gué, plonge les curieux dans des abîmes de réflexion… Nous revenons à Lake Louise où nous prenons la route de Jasper dite « des champs de glace ». Nous roulons entre deux chaînes de montagnes partiellement enneigées, en suivant souvent le cours de rivières. Des glaciers sont visibles de la route, des lacs se succèdent. Nous faisons de nombreuses haltes pour admirer le paysage. Il faut parfois attendre que le soleil, capricieux, viennent mettre en valeur les couleurs. Soudain, des voitures arrêtées sur le bord de la route nous alertent. Tout le monde regarde dans la même direction. Nous nous garons et aux jumelles, je distingue un bel ours au pelage miel couché dans l’herbe, un grizzly ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Il nous tourne le dos mais il a la délicatesse de se lever et de s’en aller nonchalamment, nous laissant le temps de l’admirer. L’arrêt au lac Peyto est un enchantement. En contrebas, on découvre d’un point de vue ce superbe lac turquoise dû à un glacier et, en aval, toute une vallée piquetée de lacs entre les massifs boisés. Dans le lointain, d’autres montagnes et d’autres glaciers… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nouvelle halte pour, après un court sentier, approcher et passer au-dessus d’un cañon où un torrent mugissant s’est frayé un chemin en creusant dans la roche des marmites de géants. Au carrefour des routes de Jasper et de Red Deer, je reprends du gasoil par précaution, le litre y est le plus cher, jusqu’à présent, du Canada ! Nous nous arrêtons peu après dans un camping rustique, en pleine forêt, juste un emplacement et un foyer pour faire flamber des bûches. Personne ne surveille, nous y sommes en auto-enregistrement, des enveloppes sont à la disposition des campeurs pour y verser la somme due.

Vendredi 26 juin : Marie me réveille à sept heures. Je me suis réveillé dans la nuit et ce matin j’aurais bien poursuivi mon somme. Nous sommes bientôt sur la route qui suit une rivière laiteuse, des montagnes couvertes de pins et des pics acérés. Le soleil brille et le ciel, bleu, va le rester toute la journée. Une courte montée nous amène à deux mille mètres d’altitude et nous longeons une succession de glaciers dont les langues paraissent arrêtées, en équilibre au rebord de précipices. Peu après nous parvenons au site le plus fameux de cette route où le glacier Athabasca venait, cinquante ans plus tôt, mourir sur la route. Il a reculé depuis de deux kilomètres. La première vision est très décevante. Pas de glace, pas même une mince couche de neige pour cacher les moraines terreuses, le champ grisâtre de gravier et de roches pilées. Nous tentons d’approcher la langue de glace en escaladant un sentier qui s’en approche, en marchant sur des roches que les avancées et reculs du glacier a striées au cours des millénaires. Nous nous rendons ensuite au Visitor’s Center où nous ne parvenons pas à nous connecter. Maintenant, le soleil est plus haut dans le ciel, il dissipe les ombres et éclaire mieux le champ de glace et nous jouissons alors d’une vue extraordinaire sur le glacier si on fait abstraction de ses alentours. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous suivons le cours de la rivière Athabasca dont le large cours se divise en une multitude de ruisseaux qui se regroupent, se reséparent dans un lit de gravier, formant des îlots parfois recouverts par des pins.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Plus loin nous atteignons les chutes Sunwapta qu’une courte marche nous permet de découvrir. Les eaux rugissantes se sont creusé un cañon dans lequel elles s’engouffrent en soulevant des nuages d’écume. D’énormes marmites ont été creusées par les tourbillons. Les abords en sont protégés par des grillages peu élégants. Quelques kilomètres plus loin et ce sont de nouvelles chutes dites de l’Athabasca où, là aussi, la rivière se précipite dans une étroite passe que de vilains ponts en béton franchissent. Comme sur les autres sites, de nombreux panneaux didactiques expliquent le pourquoi et le comment aux grands enfants que nous semblons être. Les touristes sont toujours nombreux, principalement des Asiatiques, Chinois, Indiens, locaux ou venus de l’extérieur ? Plus étrange, une famille élargie de Mennonites ou supposés tels. Les hommes portent la barbe en collier, un chapeau à larges bords, un pantalon tenu par des bretelles et une chemise de paysan bleue. Les femmes ont une robe longue avec un tablier blanc et dans les cheveux un bonnet blanc noué sous le menton. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Une gamine est totalement attardée et un garçon est sourd. Problèmes de consanguinité ? Nous déjeunons sur le parking, en cherchant l’ombre, puis nous repartons en roulant plus vite, sans plus chercher à apercevoir une faune bien cachée. Nous avons pris une route secondaire puis une autre qui monte en lacets parfois serrés jusqu’à un parking. De là un sentier mène à un glacier. Fatigués, nous hésitons à le prendre mais des Français qui en reviennent nous convainquent de faire l’effort. Le sentier, goudronné tout de même, est rude mais nous sommes récompensés par la vision au pied du glacier d’un petit lac dominé par une paroi de glace veinée, vaguement bleutée, mais l’éclairage n’est pas favorable. Sur le lac, bien bleu lui, quelques glaçons jouent aux icebergs mais ce n’est quand même pas Perito Moreno… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous redescendons en apercevant un autre beau lac caché derrière les pins. Nous allons nous réserver un emplacement au camping proche de Jasper puis nous nous rendons en ville. Nous réussissons à bénéficier du wifi au Visitor’s Center mais nous n’avons que très peu de courrier. Nous répondons à quelques-uns puis nous faisons le tour des restaurants possibles, Marie a des envies de sortie ! Ceux qui proposent une carte « canadienne » sont chers et peu engageants, les pizzas, les pâtes et les burgers mis à part, ce ne sont que steaks avec des sauces étranges… Après nous être réapprovisionnés dans un supermarché où nous trouvons des litchis verts que nous avait recommandés Duyen, nous optons pour un restaurant chinois, canard laqué et bœuf, crevettes, poulet, coquilles Saint-Jacques sautés ensemble avec des légumes. C’est bon, très copieux et bien moins cher que les plus chics. Nous rentrons nous installer au camping et digérer…

Samedi 27 juin : Nous sommes un peu plus matinaux aujourd’hui et à neuf heures et demie nous sommes sur la route. Nous contournons Jasper et prenons la route en cul-de-sac de Maligne. Nous roulons doucement dans l’espoir d’apercevoir un ours noir fréquent en ces parages. Un grand rassemblement de véhicules arrêtés nous fait croire quelques instants que notre souhait va être réalisé mais, après avoir interrogé plusieurs conducteurs et passagers qui tous n’ont pas vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours, nous nous résignons à continuer. Premier arrêt pour aller voir un cañon si étroit et profond que nous avons les plus grandes difficultés, en nous déhanchant au-dessus de garde-fous, à apercevoir le torrent qui mugit dans les marmites de géant. Et, plus loin, notre vœu se réalise, alertés par les occupants d’une voiture arrêtée, nous voyons débouler du versant de la montagne, en forêt, un bel ours noir au poil luisant qui s’approche de la route pour se goinfrer de baies avant de disparaître dans les fourrés. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Contents, nous continuons jusqu’au très beau lac Medicine qui a la propriété de disparaître à l’automne. En ce moment il est bien rempli et nous pouvons même apercevoir dans son nid, tout au sommet d’un grand pin, une femelle pygargue à tête blanche qui nous toise de haut. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

La route se termine au lac Maligne, décevant, ses eaux n’ont pas une belle couleur, sans doute à cause de l’heure, et ses abords sont trop occupés par des activités nautiques et notamment une promenade en vedette d’une heure et demie sur le lac, vendue 67 dollars !  Nous revenons sur nos pas, déjeunons sur la rive d’un torrent puis repassons à Jasper pour un plein de gasoil et une rapide connexion à internet pour trouver un message de Julie qui semble se régaler dans ses plongées à Bali, de Nicole et un long message de Vettou. Nous quittons l’Alberta et le Parc National du même nom pour entrer en Colombie Britannique où nous retardons de nouveau les montres d’une heure. La route est bonne, rapide, nous traversons le Parc provincial du Mont Robson, une belle montagne enneigée, passage au Visitor’s Center puis achat de boissons gazeuses glacées pour nous rafraîchir, il fait une température caniculaire ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

ANous avançons à bonne allure, quittons le parc, retrouvons des prairies cultivées ou occupées par des élevages. Encore quelques kilomètres, après le carrefour de la route de Vancouver, la circulation devient rare, nous avons quitté les montagnes, seules quelques collines donnent encore une impression de relief. Nous décidons de nous arrêter avant Prince Georges, d’ailleurs je commence à fatiguer. Un premier RV Park nous demande 32 dollars sans branchements ! 2 kilomètres plus loin, le camping d’un parc provincial, 18 dollars, serait tout à fait acceptable s’il y avait de la place… Sur les conseils d’un campeur qui lui a une place, nous allons bivouaquer sur une aire de repos, en retrait de la route, au bord d’une rivière, bientôt rejoints par une caravane et une motarde qui monte sa tente sur le gazon. Pour fêter, nous ne savons pas trop quoi, la sortie des Rocheuses, le début de la route de l’Alaska, nous nous offrons le troisième pastis du voyage… L’arrivée d’un fourgon venu s’installer en bordure de la rivière irrite Marie au plus haut point…

Dimanche 28 juin : Nous continuons l’abattage des moustiques commencé hier soir. Ils ne nous ont pas trop ennuyés dans la nuit, peut-être avaient-ils trop bien profité de nos globules. Nos voisins discutent, prennent le petit déjeuner sur la table à côté de nous, font tourner le moteur de leur fourgon, bref Marie soupire… Nous repartons pour une grosse étape de route. Des lacs et de la forêt mais plus de montagnes. A la station-service où je veux reprendre du gasoil, toutes les pompes sont occupées par les mêmes équipages : un gros pick up, un bateau à moteur sur une remorque, un chien sur le siège avant et une épouse grassouillette, court vêtue, peu sexy… Nous avançons à bonne allure, déjeunons à l’ombre, il fait chaud mais pas autant qu’hier. La route grimpe, traverse des bosquets de bouleaux, passe entre prairies et champs moissonnés. Nous nous arrêtons à Chetwynd que tous les amateurs d’art connaissent. C’est la capitale mondiale de la sculpture à la tronçonneuse ! Les œuvres réalisées par les artistes lors des rencontres annuelles sont exposées dans la rue principale et les rues adjacentes. Elles ne sont pas très variées, semblent toutes réalisées par la même personne, des personnages de l’Ouest, des monstres, des pêcheurs. Toutes les sculptures ont été vernies pour un plus bel effet… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Après avoir longé sur des collines le cours de la Peace river nous bifurquons en direction de Fort Nelson. La station-service sur laquelle je comptais pour refaire un plein est fermée, la suivante aussi. Panique à bord, Marie récrimine, j’aurais dû remplir les jerrycans… Nous sommes sauvés à Wonowon où je trouve le gasoil le plus cher du voyage. Ce qui s’explique peut-être par le fait que nous sommes en plein milieu des champs gaziers et pétrolifères… On n’en voit rien sinon des pistes qui partent dans la forêt et d’énormes pick up boueux qui roulent à toute allure. Nous trouvons un camping avec ce que nous cherchions : machine à laver et wifi. La soirée se passe à relire mon texte, essayer vainement de le mettre en ligne puis en aller et venues aux machines à laver et à sécher. Coucher à onze heures, fatigué !

Lundi 29 juin : A six heures, la connexion étant meilleure, je parviens à mettre en ligne une partie du blog avec les photos mais je dois attendre pour que chaque photo soit prise en compte, aussi je ne poursuis pas. Nous expédions plus tard quelques messages. Le camp se réveille plus tôt que nous, nombre des résidents sont des ouvriers qui travaillent pour des compagnies de forage. Nous nous levons bien tardivement et le temps de nous préparer, il est presque dix heures et demie quand nous reprenons la route, ce qui n’est pas bien sérieux quand on sait le kilométrage que nous devons encore faire… La route est taillée en ligne droite dans une forêt très épaisse, impénétrable, qui couvre le pays et les collines à perte de vue. Nouveau plein de gasoil à Fort Nelson, au même tarif que la veille soit 40% de plus qu’avant Calgary ! Nous nous rapprochons ensuite des Rocheuses, pas celles de Jasper ou Banff, de basses montagnes, sans neige et entre lesquelles nous nous glissons en montées et virages. Après déjeuner, le ciel se couvre et bientôt nous essuyons quelques orages. Dommage car nous longeons un très joli lac, le Muncho Lake dont on devine que les eaux doivent être d’un beau turquoise. Des panneaux nous mettent en garde contre la présence de bisons et effectivement, nous en apercevons un, broutant l’herbe tendre du bas-côté de la route, mais que nous devons déranger puisqu’à peine sommes-nous arrêtés, il disparaît dans la futaie avant qu’une photo immortalise cette rencontre. Nous roulons un peu plus tard que d’habitude pour compenser le départ tardif de ce matin et trouvons un bel endroit de bivouac, en retrait de la route, près de rapides. Marie, plongée dans ses brochures, ne se préoccupe pas de mettre la table, je bouscule tout ce qui se trouve dessus, provoquant sa colère et une crise…

Mardi 30 juin : Les cieux ne sont plus courroucés et le soleil revient en début de journée pour que nous puissions apprécier la beauté des immensités couvertes de forêt. La route franchit la « frontière » du Yukon mais va la tutoyer de telle sorte que sur plusieurs dizaines de kilomètres nous allons passer et repasser cette limite qui correspond au 60° parallèle. Les bords de la route ont été dégagés, sans doute afin de prévenir les collisions entre animaux et véhicules. Il y pousse une herbe tendre que les bisons apprécient puisque sur quelques kilomètres nous allons en voir un, puis deux, et enfin tout un troupeau avec les veaux de l’année. Nous nous arrêtons pour les photographier, ralentissant à peine pour les suivants… 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

MEt, nouvel arrêt quelques kilomètres plus loin, pour un bel ours noir qui, sur le bord de la route, croque goulument des baies. Indifférent à notre présence, il se roule dans les herbes puis continue sa quête en longeant la route. Nous sommes souvent dépassés (tout le monde nous dépasse, camions, camping-cars, voitures, motos) par des motards qui nous font un petit signe d’amitié de la main. Ce sont toujours des gros cubes rutilants, chromés, qui semblent confortables comme un fauteuil Louis XV, parfois des Harley-Davidson où les pieds sont calés bien en avant. On trouve aussi des engins à trois roues, deux à l’avant, larges comme une petite voiture, qui tirent une remorque mignonne comme un jouet. Nous parvenons à Watson Lake, le gros bourg, stations-service, quelques stores, les hangars semi-circulaires des administrations et les modestes églises de quelques confessions en mal d’ouailles. Et, bien sûr, un Visitor’s Center d’où nous ressortons avec une abondante collecte de brochures, plans, informations et aussi, grâce au wifi, un message de Julie, rentrée de Bali. Je m’y fais la réflexion que les lieux d’aisance sont les marqueurs des civilisations qui ont le mieux résisté à la mondialisation. Les Japonais, toujours à la pointe de la modernité, n’ont pas imposé leurs toilettes perfectionnées, avec jet purificateur  orientable et réglable en température depuis un tableau de bord à portée de main, les Chinois n’ont pas renoncé et se plaisent dans leurs wc conviviaux, les Arabes continuent de s’accroupir et les anglo-saxons n’ont toujours pas descendu les cloisons séparatrices jusqu’au sol, laissant ainsi tout loisir à l’occupant d’un box de contempler les souliers de son voisin, lui permettant d’en déduire son âge et sa classe sociale. A côté de ce bâtiment, une « forêt » de mâts porte des panneaux-indicateurs, des plaques d’immatriculation et autres inscriptions diverses avec le nom de l’origine des dédicataires. Nombre proviennent, logiquement, du Canada et des Etats-Unis puis les Allemands sont bien représentés, à croire qu’ils sont tous venus avec un double de leurs plaques d’immatriculation ! 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous avons bien du mal à trouver deux misérables planches avec des origines gauloises… Le ciel se couvre mais nous pouvons quand même continuer d’apprécier la forêt boréale, ses essences majestueuses pour les grands pins drus, presque déprimantes pour les épinettes (?), toujours rachitiques, brûlées, malades (?). Nous nous arrêtons à Teslin, un ancien village de la communauté Tlingit. Un musée Georges Johnston du nom de celui qui, au début du 20° siècle, le premier de sa communauté, ouvrit un magasin de commerce, fit fortune et, surtout, prit des photos de sa famille, de son clan. Elles montrent la rapide assimilation des autochtones aux mœurs occidentales et l’adoption des églises missionnaires. Des objets et quelques scènes recréent la vie selon les saisons en ces contrées. Nous faisons le tour du village, les premières églises en rondins ont été conservées, ce sont des « antiquités » mais on vit aujourd’hui dans des maisons nettement plus confortables. Nous repartons, roulons puis décidons de nous arrêter avant Whitehorse dans un camping gouvernemental, sans installations, où nous occupons le dernier site libre. Pour 12 dollars, nous avons eu droit à un emplacement dans la forêt, au bord d’un lac, pourvu de rares latrines méphitiques. Ah, j’allais oublier nos charmants voisins qu’un trop bref soleil d’été a rendus euphoriques et qui jusqu’à plus de minuit, nous ont fait bénéficier de leurs rires gras, de leurs cris de matous énamourés, des aboiements de leurs roquets hargneux, sans oublier la radio…

Mercredi 1er juillet : Au réveil, ils sont beaucoup plus discrets, tout le camping aussi… Nous nous apercevons aussi que le 1er juillet est Fête Nationale… Nous partons discrètement, sur la pointe des roues, pour ne réveiller personne. Peu avant Whitehorse, nous faisons un détour pour approcher un cañon peu profond mais il y coule une belle eau verte entre des roches basaltiques en tuyaux d’orgue. Une passerelle permet de passer de l’autre côté et d’avoir un aperçu sur toute la longueur du défilé. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

ERNous passons par l’aéroport nautique, des hydravions posés sur leurs gros flotteurs sont amarrés à quai. Nous entrons dans Whitehorse, la capitale du Yukon, moins de trente mille habitants… Je me gare dans la rue principale pour aller consulter le menu du restaurant Klondyke Rib & Salmon où nous avons l’intention de déjeuner puis je vais tirer des dollars à un distributeur. En ressortant de la banque, je m’aperçois que toute la population, habillée en rouge et blanc, agitant des drapeaux canadiens, est massée le long des deux rues du carrefour où nous sommes garés. Je vais chercher Marie restée au camion et nous assistons au défilé de la Fête Nationale. En tête, les drapeaux canadiens et anglais (!) puis les cornemuses, la Police Royale Montée mais démontée aujourd’hui, les pompiers et derrière, une suite de voitures anciennes, de chars montés par des chorus girls qui se produisent dans un spectacle de french cancan au casino, un débonnaire membre de l’Eglise de Jésus-Christ des Saints du Dernier Jour, des représentants des communautés philippine puis chinoise, avec dragons et réclames pour leurs magasins, un club canin, les scouts et pour clore quelques voitures transformées en monstres avec énormes pneus et suspension spectaculaire.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous allons nous promener, voir l’ancienne gare en bois, un totem planté devant, puis quelques maisons en bois très restaurées. Nous allons nous garer devant le Visitor’s Center pour bénéficier du wifi et nous parvenons même à joindre et donc voir et parler avec Julie, rentrée de Bali agacée par les continuelles sollicitations des Balinais envers les touristes. Nous allons déjeuner au restaurant repéré, deux anciennes maisons en bois, les murs couverts de photos, d’affiches et de quelques objets de brocante. La serveuse est aguichante, la cuisine moins. Je prends un plat de travers de porc fumé couvert d’une sauce dite barbecue épicée et Marie un burger avec de la viande hachée de gros gibier, rien d’inoubliable mais copieux et le tout arrosé de deux bonnes pintes d’une bière ambrée. Nous repartons jusqu’au supermarché à la sortie de la ville où nous refaisons un plein de provisions. Le liquor store est fermé pour cause de Fête Nationale. Tristes ces pays où, les jours de fête, on ne peut acheter de quoi la faire ! Plein de gasoil et nous quittons cette dernière « grande ville » pour le nord et l’Alaska. Le ciel s’est couvert, tout est sombre mais le soleil va réussir à se glisser entre les nuages et redonner des couleurs à la forêt et aux inévitables rivières. Nous cherchons dans Carmack les restes de quelques maisons en rondins, l’une porte des trophées de chasse. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Nous continuons de rouler, Marie tient à voir les rapides Five Fingers avant qu’on s’arrête. Ils s’avèrent très décevants, quelques îlots qui ne troublent guère le cours de la rivière. Heureusement, un camping du gouvernement est situé à côté et nous y trouvons un emplacement mais comme hier, sans aucun aménagement. Je m’aperçois alors que mes phares n’éclairent pas, alors que c’est obligatoire. Je cherche la raison, fusibles, ampoules, tout est bon. Il va falloir trouver un électricien à Dawson City demain.

Jeudi 2 juillet : Les phares fonctionnent ! Le ciel est gris et bientôt il pleut. Dans la grisaille, on ne distingue pas grand-chose du paysage. Tout juste remarquons-nous que la belle forêt n’existe plus, les arbres sont tout rabougris, maigrichons, malades. Des troncs brûlés indiquent aussi des séquelles d’incendies qui ont dévasté des territoires immenses dont les dates sont parfois indiquées. Après avoir longé la large rivière Yukon, nous nous en éloignons. La route est souvent en travaux et nous roulons sur des portions de bonnes pistes de gravier. Avec la pluie, pas de poussière mais le camion est vite sale. Déjeuner sur l’une des rares aires de repos puis nous suivons le cours de la rivière Klondike, connue dans le monde entier pour ses gisements d’or. Je m’aperçois de nouveau que les phares ne fonctionnent pas ! Nous arrivons bientôt à Dawson City, la fameuse ville de la ruée vers l’or de 1898. Nous avons l’impression de débarquer dans une ville du Far West avec ses magasins de la rue principale construits en bois, mais un simple hangar derrière une façade qui se veut élégante. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

IQNous trouvons une place au camping du centre-ville, envahi par les touristes. Nous profitons du temps de wifi alloué (deux fois deux heures !) pour nous mettre à jour dans notre courrier alors qu’un orage passe. Je tente ensuite de mettre le blog à jour mais le chargement des images est trop long et nous préférons sortir pour profiter du soleil revenu. Nous arpentons quelques-unes des rues de l’ancienne « Paris du Nord ». Il n’en reste pas grand-chose, la fin de l’exploitation des filons aurifères a signé sa disparition. Elle tente de revivre avec le tourisme, quelques bâtiments, la poste, le théâtre, des boutiques, ont été restaurés ou reconstruits à l’identique, photos à l’appui, transformés en musée et ouvert au public. Des hôtels ont été bâtis dans le style de l’époque mais les couleurs sont vives, les enseignes trop fraîches. Il subsiste tout de même une certaine ambiance avec les rues non pavées et boueuses et surtout les trottoirs de bois en planches mal ajustées. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

Sur les bords de la rivière, un ancien vapeur avec roue à aube à l’arrière, le Keno, a été échoué et attend les visiteurs. Nous revenons en passant devant le casino où tous les soirs un spectacle de french cancan est présenté ! Retour au camion.

Vendredi 3 juillet : Nous commençons par aller prendre rendez-vous chez un mécanicien-électricien pour essayer de régler ce problème de phares. Nous nous rendons ensuite au bout d’une piste qui suit le cours de la Bonanza, rivière qui fut une authentique mine d’or puisque c’est sur son cours que fut découvert le premier site et qui a été fouillée d’abord artisanalement puis industriellement avec de puissantes dragues. Ces dernières ont rejeté des volumes de cailloux et de graviers qui forment des monticules tout au long du chemin. Il semble qu’aujourd’hui encore de petites exploitations cherchent à traiter ces déblais. Nous voulons visiter la dernière drague abandonnée sur le cours de la rivière et désormais transformée en musée mais les visites se font à heures fixes et bien que l’heure soit dépassée, aucun guide ne se présente. Des corbeaux sarcastiques croassent comme des « anars » sur le passage de séminaristes. Après avoir lu tous les panneaux explicatifs, patienté, nous retournons en ville et nous allons nous garer à proximité du « Keno ». Nous pouvons voir la salle des machines, les cabines avec des couchettes bien petites, la cuisine. Des photos racontent l’épopée du transport sur le Yukon et le Klondike et un film montre le dernier voyage du bateau, dans les années soixante.

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

UDommage qu’il ne soit plus en service, la remontée de la rivière et les passages de rapides semblaient une aventure intéressante. Nous déjeunons ensuite à proximité du théâtre que nous visitons ensuite. Il a été reconstruit à l’identique, en bois, des chaises au parterre et des loges sur deux étages. Des drapeaux canadiens et anglais pour décoration… Ne manque plus qu’une représentation sur scène et pourquoi pas du french cancan ? Nous repassons devant d’anciennes maisons restaurées ou reconstruites, trop fraîchement repeintes. Nous accordons quelques minutes au musée Jack London en souvenir de romans lus dans ma lointaine jeunesse et qui ne donnaient qu’une version trop édulcorée de son talent. Pas grand-chose à y voir : une cabane de rondins reconstruite, quelques photos plus ou moins en rapport avec son passage ici. Nous retournons au garage à l’heure prévue mais les phares fonctionnent ! Impossible de trouver l’origine de la panne épisodique, un relais ? Nous convenons de revenir demain matin si le problème se renouvelle. Nous retournons en ville faire consciencieusement le tour des dernières bâtisses qui nous avaient échappées et même passons au musée, dans une belle et vaste maison en bois. Quelques scènes de commerces ou de la vie dans le Dawson du début du XX° siècle sont recréées avec des mannequins et tous les objets collectés. Enfin nous revenons au camping. Je vais au Visitor’s Center profiter de leur wifi, plus efficace que celui du camping pour mettre en ligne sur le blog quelques photos. J’y passe une heure avant de retrouver Marie au camion. Je décide que nous allons nous rendre au spectacle du casino Gertie. Nous entrons dans une salle qui essaie de reproduire l’ambiance des saloons d’autrefois. Tables de jeu, roulette, poker, machines à sous, long comptoir de bar et au milieu des tables devant une scène. Le spectacle doit commencer à dix heures. Je commande une bière à l’une des peu accortes soubrettes chargées de faire consommer et nous patientons jusqu’au début du show. Dès que les premiers accords résonnent, le public, touristes de passage et locaux qui tentent de se distraire, applaudit, siffle, conquis d’avance. La meneuse de revue a le physique d’une diva des années 50 et la gouaille d’une entraîneuse de bastringue. Les girls au nombre de quatre, essaient de danser un french cancan sur des airs de sirtaki puis enchaînent avec entrain quelques numéros en alternance avec le duo de chanteurs. 

ALASKA 2016 ( 2.- Les Rocheuses et le Yukon )

EJe regarde ma montre, pressé d’en finir, content d’avoir échappé au numéro où il faut monter sur scène et se ridiculiser avec les danseuses. Le spectacle a un gros succès public… Nous rentrons au camping, à plus de onze heures du soir, il fait encore jour et nos voisins de tous côtés n’ont pas très envie de se coucher et discutent à voix forte.

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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 17:07
ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Préliminaires…

Juin 2015

 

Samedi 16 mai : Après avoir emmené Julie chez le docteur Baralla vérifier qu’un myxome n’est pas héréditaire, nous rentrons rapidement déjeuner dans le jardin avant que je ne prenne la route. Marie très tendre, Julie amusée… Plein de gasoil puis l’autoroute pour une longue étape de 1200 kilomètres. Pas trop de circulation, peu de camions, des touristes qui rentrent, d’autres, plus nombreux qui descendent vers le soleil. Un arrêt à la hauteur d’Orange pour me dérouiller les jambes, boire un Coca. Plus de circulation avant Lyon, un tunnel à peine encombré, nouveau plein de gasoil à la sortie. Je suis abordé par un Kabyle étonné et content de voir des inscriptions en tifinagh sur la cellule. Peu de voitures ensuite mais plus de camions. Je sors de l’autoroute à Nuit-Saint-Georges, roule au milieu des vignobles dont l’hectare doit coûter une fortune et traverse des villages aux noms évocateurs : Gevray-Chambertin, Vougeot, Musigny etc… J’arrête à un Courte-Paille avant Dijon, perdu dans la campagne. J’appelle Marie qui n’écoute pas ce que je lui dis… Dîner  avec un rosé bien agréable puis je reprends l’autoroute, Il brouillasse et je m’arrête à onze heures sur une aire, avant Nancy. Nouveau coup de fil à Marie sur le point de se coucher, ce que je ne tarde pas à faire.

Dimanche 17 mai : Je dors jusqu’à sept heures, pelotonné dans le duvet car il ne fait pas chaud. Je reprends aussitôt la route dans une épaisse brume et ne petit-déjeune qu’à la station-service suivante, d’un thé et d’un croissant. Je continue d’avancer vers la frontière. Peu avant, je téléphone à Marie tout juste réveillée. Je traverse le Luxembourg et profite d’un gasoil bon marché pour un dernier plein. Entrée en Belgique et contournement de Bruxelles. Je fais une dernière halte pour avaler un sandwich et une bière. Enfin Anvers, je trouve le « truck stop » là où il était indiqué mais tout est fermé le dimanche, pas de lavage, pas de restauration ! Je préviens Marie de mon arrivée à bon port, terme exact puis je décide, puisque j’ai largement le temps, d’aller repérer les lieux pour demain. Je trouve sur les bords d’un large canal les bureaux et le parking des véhicules qui doivent embarquer sur le Roro, quelques camping-cars y sont déjà. Pour passer le temps je m’arrête à Lillo, un ancien fort qui devait commander l’entrée du port d’Anvers. C’est un lieu de promenade fréquenté, d’anciennes maisons en brique, une église ont été préservées, transformées en cafés ou en boutiques d’antiquités, presque toutes fermées. Je me promène dans les environs, une tache de verdure avec des étangs, des arbres qui s’y reflètent et des oies qui caquètent. Je suis très étonné de constater qu’au royaume de Belgique, le bilinguisme ne semble exister que sur les timbres-poste. Nous sommes ici en Flandre, tout est indiqué en flamand, aucune information n’est traduite dans une autre langue, même sur les menus ! Sans doute les Flamands feraient-ils la même remarque en Wallonie… Je décide de revenir au truck stop. Je passe par le village de Stabroek, pas un papier gras, pas un brin d’herbe plus haut que les autres et tout est fermé, je ne sais où je dînerai ce soir ! Je reviens me garer au parking, au milieu des camions et tape ce début de journal. Je tue le temps qui a la vie dure en lisant, consultant ma montre. Arrive un camping-car de Suisses eux-aussi en partance pour Halifax. Nous échangeons quelques remarques puis je retourne à mes lectures. Je retourne à Stabroek à la recherche d’un restaurant, je ne trouve qu’une pizzeria avec un menu en flamand et un fast-food tenu par un Chinois. Une brochette archi-frite, des frites et une bière me feront patienter jusqu’à demain. Retour au parking. Quand la nuit tombe et que je n’ai plus rien à lire, je me décide à essayer de dormir. Les Suisses, Anna et Cédric, reviennent, cognent à la fenêtre et m’informent de l’existence d’un autre truck wash ouvert plus tôt demain et qu’ils vont essayer de trouver. Je ne les suis pas et le regrette ensuite.

Lundi 18 mai : Je suis réveillé avec le jour, peu avant six heures. Je rumine à propos du bien court délai entre le lavage du camion et l’heure limite de livraison, midi, au port. Je décide de partir à la recherche de cet autre truck wash. Je tourne, vire, fais des demi-tours, pas toujours corrects, dans une circulation de camions pressés et qui savent, eux, où ils vont. Je me perds, retourne au parking, dépité. J’attends l’ouverture du café, y bois un thé qui me réchauffe, dehors il fait un froid auquel je n’étais plus habitué. Je vide ma vessie, prête à déborder puis hésite et décide de retourner à la recherche du truck wash en utilisant cette fois le GPS. Il ne tient pas en place, tombe, se bloque et m’énerve rapidement. Retour, queue basse, au parking… L’arrivée d’un gros camping-car italien va débloquer la situation. Je vais les informer dans un effroyable sabir italo-espagnol que lui, Argentin d’origine, me fait la politesse de comprendre… Ils trouvent sur internet un autre truck wash ainsi que sa position. Je les suis et après une dizaine de kilomètres, nous trouvons ce lieu tant désiré, un immense hangar avec des lances sous pression. Pour 50 euros, nos deux camions ressortent comme neufs, ou presque. Nous filons ensuite aux bureaux du transitaire, un formulaire à remplir et un kilomètre plus tard, nous sommes à l’entrée du parc gardé.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

On nous y accompagne et nous nous garons à côté de deux autres camping-cars, les Suisses de la veille et des Français de Nouvelle-Calédonie à qui nous apprenons qu’un véhicule ne peut pas rester plus d’un an dans les pays, Canada, Etats-Unis et Mexique, de l’Alena. Nous discutons jusqu’à ce que des taxis viennent nous chercher. Je pars avec les Italiens dans un taxi conduit par un Pakistanais nerveux. Ils se font déposer à la gare et moi à proximité de la place Grote Markt. Je suis un peu déçu, l’Hôtel de ville au centre, vaguement Renaissance dépare l’exceptionnel ensemble des maisons aux beaux pignons triangulaires. 

 

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Le temps gris et quelques vilaines cabanes de chantier n’arrangent rien. Je cherche un restaurant pour faire un repas un peu plus goûteux que ceux de la veille. Presque tous sont des italiens ou des exotiques ! J’ai envie de manger belge mais les cartes sont toutes en flamand, quasi incompréhensibles ! Je trouve tout de même un petit établissement où je commande une croquette de crevettes et une carbonade flamande, copieuse et bonne. Je refais un tour de la place puis marche jusqu’aux bords de la Schelde avant de repasser devant la cathédrale dont la tour particulièrement haute domine toute la ville. Un concert de carillons s’en échappe. Il ne faut pas marcher loin pour se trouver au milieu d’immeubles récents… Je reviens à pied par une avenue bordée de loin en loin par de très bourgeois immeubles du XIX° siècle. Je passe par l’église Saint-Jacques, construction gothique meublée baroque. Délire de statues et de tableaux qui mène au tombeau de Rubens dans l’abside, avec une de ses œuvres, mal mise en valeur. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Je continue, très en avance, passablement fatigué jusqu’aux bureaux d’Eurolines. Je m’y pose et repose en tapant ce journal. J’attends mon bus qui n’arrive qu’avec une demi-heure de retard, après que l’agence ait fermé ses bureaux et ait mis les voyageurs à la porte, dans le froid. L’arrêt suivant est Bruxelles où les jeunes touristes de retour d’Amsterdam sont remplacés par des matrones congolaises en robes très colorées. Nous repartons après une halte de 30 minutes que je tente de mettre à profit pour trouver un sandwich mais tous les établissements de la gare sont déjà fermés. Nous repartons en direction de Paris. Notre bus double, sous la pluie des files ininterrompues de camions.

Mardi 19 mai : Halte au sinistre centre routier Gallieni où nous changeons de chauffeur et moi de place. J’abandonne la proximité de la radio qu’écoutait le chauffeur, trop fort pour me permettre de dormir, pour un siège dans le fond devant un passager grand fumeur qui empeste le mégot refroidi. Sans voisin, je peux m’installer plus confortablement pour dormir par à-coups. Nous arrêterons deux fois sur des aires d’autoroute, ce qui me donne l’occasion d’acheter un sandwich et une bouteille de Badoit, avant d’arriver à Lyon, au lever du jour. Nous descendons la vallée du Rhône avec des arrêts à Valence, Avignon puis Aix. Je somnole ou contemple le paysage sous la grisaille. Enfin Marseille, légèrement en avance, ce qui me permet d’attraper presque sans attendre un train omnibus pour Toulon. Les contrôleurs ont reçu des consignes pour faire la chasse aux resquilleurs, des jeunes qui montent à chaque arrêt sans billet, étonnés d’en être refoulés… Et enfin Toulon où Julie m’attend pour me ramener fatigué à la maison, accueilli par Marie !

 

 

 Les jours suivants, nous guettons la progression de l’Atlantic Concert qui, après une escale à Liverpool, entame la traversée de l’océan avec notre camion à bord. Si aucun Fletcher Christian ne se mutine (mais nous sommes loin des Mers du Sud…), si aucun iceberg dérivant ou quelque U=Boot survivant ne croisent sa route, il devrait accoster dimanche à Halifax et y débarquer notre camion.

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Dimanche 31 mai : L’Atlantic Concert qui avait disparu dans l’Atlantique Nord réapparaît au large de la Nouvelle Ecosse. Nous suivons sa progression, son accostage puis son appareillage pour New York, en supposant qu’il n’a pas oublié de débarquer notre camion…

Sur la route

Été 2015

 

Lundi 1er juin : La maison bien fermée, tout bien rangé, nous nous traînons, moi avec les sacs à dos et celui sans roulette, en fin d’après-midi, à l’arrêt des bus sur la corniche. Trajet avec des jeunes de retour des plages jusqu’à la gare. Le TER est presque vide et à 19 heures nous descendons à la gare de Cassis où René nous attend. Michèle nous a préparé un bon repas, bien arrosé que nous honorons avant de regagner notre chambre.

Mardi 2 juin : L’alarme sonne alors que les oiseaux commencent à pépier dans l’aube naissante. Rapide petit déjeuner puis René nous emmène à Marignane, bien dans les temps malgré des bouchons sur l’autoroute. Nous enregistrons et passons en salle d’embarquement. Pas de nouvelles de Julie, en route pour Java. Décollage avec un peu de retard, un sandwich et une (excellente) bière plus tard, nous nous posons à Francfort. Un message de Julie nous rassure. Nous devons longuement cheminer dans l’aérogare, heureusement pourvue de trottoirs roulants, jusqu’à la salle d’embarquement pour Halifax. Nous retrouvons Anna et Cédric, les Suisses rencontrés à Anvers, accompagnés de leurs trois enfants. Nous décollons avec une demi-heure de retard que nous ne rattraperons pas. Condor est une compagnie low coast, ce qui signifie que les écouteurs, un meilleur repas et les boissons alcoolisées sont en supplément. Nous nous contenterons du repas basique, très basique, des pâtes sauce bolognaise et d’une bière. Nous lisons, somnolons, guettons sur une carte le déplacement de notre aéronef. Au sol, il fait froid, 6°c, il pleut et le ciel est bien couvert. Nous devons patienter pour passer les contrôles d’immigration, récupérer les bagages et sauter dans un taxi qui pour 60 dollars (canadiens !) nous emmène à notre motel. La chambre est confortable, pas très moderne mais propre et nous avons même une kitchenette. Nous ne traînons pas pour nous coucher.

Mercredi 3 juin : Je suis encore réveillé tôt dans la nuit. Je me décide à me lever à sept heures. J’obtiens un thé bien chaud, gratuit, à la réception et, laissant Marie endormie à la chambre, je vais prendre le bus devant l’hôtel. Il faut introduire le montant exact de pièces dans une machine, heureusement j’avais pris la précaution de me renseigner sur les tarifs et j’avais prévu de la monnaie. C’est l’heure de pointe des travailleurs et la circulation est ralentie. Nous traversons des quartiers de belles maisons en bois, colorées, toujours entourées d’un gazon, évidemment bien vert, sans barrière entre elles. Dans le centre, les immeubles plus récents, fonctionnels, alternent avec des bâtiments imposants du XIX° siècle. Mon bus ne suit pas la route prévue, ce qui m’alarme quelque peu mais tant qu’il se rapproche de mon objectif je ne cherche pas à en descendre et finalement, il me dépose à quelques mètres des bureaux du transitaire où je devais me rendre. Les Suisses et des Allemands sont déjà là, pour les mêmes raisons. Après quelques papiers à signer et un dernier versement en dollars, nous repartons tous, les uns après les autres, vers les bureaux de la douane, peu éloignés. Tampons, signatures, nous pouvons nous rendre au port. Un taxi nous emmène, les Suisses, un Allemand et moi jusqu’à l’entrée où nous devons montrer patte blanche et endosser des gilets fluorescents. Et nous retrouvons nos véhicules, tous en bon état sauf celui des Suisses balafré sur toute sa longueur. Nous nous quittons tous là. Le camion démarre sans problème, je quitte le port et retrouve la route qui longe la baie en direction de notre motel. Je fais un plein de gasoil en constatant que la goulotte de remplissage fuit toujours quand je remplis à ras bord. Je retrouve Marie à la chambre et commence à réinstaller tout dans le camion. Nous allons déjeuner au restaurant chinois de l’autre côté de la route, au bord de l’eau, mais il ne fait pas assez chaud pour profiter de sa situation. Il ne pleut pas et il fait quelques degrés de plus qu’hier mais ce n’est pas encore la canicule. Loin de là… Nous nous faisons servir des plats copieux, tous très sucrés, pas chers le midi mais les taxes (15 %) et le service (15 autre %) sont à rajouter… La coutume du doggy bag est parfaitement admise, nos voisines de table se font toutes remettre leurs restes dans des boîtes de polystyrène prévues à cet effet. Nous retournons finir de ranger le camion puis nous nous rendons dans le centre-ville, sur les quais où les quelques bâtiments anciens de pierre ou de bois ont été transformés en boutiques de souvenirs ou en restaurants.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Derrière eux les gratte-ciel de verre affichent agressivement le nom des sociétés qui les occupent. Après nous être promenés entre ces maisons nous repassons par la Hollis street  bordée d’immeubles de la fin du XIX° ou du début du XX° siècle, souvenirs (?) du capitalisme triomphant dans le Nouveau Monde. Nous n’avons plus assez de temps pour rendre visite à la National Gallery mais nous montons avec le camion sur la colline et nous nous garons devant l’entrée de la citadelle. On nous propose d’y entrer gratuitement pour la dernière demi-heure avant la fermeture. Nous passons les impressionnants fossés, franchissons les épais murs d’une casemate et débouchons sur une vaste cour en étoile où des cadets en uniformes du XIX°siècle jouent à recréer l’ambiance d’une caserne avec beaux uniformes, cornemuses et bonnets à poils… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

La vue sur la ville est très décevante, il est vrai qu’elle manque de charme et les constructions récentes aggravent les choses ! Nous reprenons le camion qui a des réactions bizarres et trouvons en limite de la ville une zone commerciale avec une grande surface Walmart où nous nous ravitaillons. Peu de choix et toujours dans des conditionnements pour familles nombreuses. Pour la bière et les alcools il faut s’adresser à un magasin spécialisé. Les prix sont au moins le double de ceux de France. Pas une bouteille de vin à moins de 10 dollars ! Nous rentrons à la chambre où nous dînons en utilisant la kitchenette. Nous nous penchons ensuite sur les cartes pour essayer de définir l’itinéraire des jours suivants. 

Jeudi 4 juin : Encore réveillé tôt et bien entendu je rumine…Le soleil semble un peu plus soucieux de percer mais il ne se décide pas vite. Nous quittons le motel, traversons Halifax et suivons la route qui longe de plus ou moins près la côte. Nous traversons une forêt d’arbres rabougris qui, sous un ciel encore gris, n’incite pas à la joie… La forêt s’éclaircit, remplacée par des roches sphériques, en approchant de Peggy’s Cove, un croquignolet village de pêcheurs posé sur des dalles de granit. Des hangars à bateaux, sur pilotis, sont plantés sur les berges du minuscule port. Un peu plus loin, un phare tout blanc est le point de ralliement des touristes en peine de photos souvenirs.

 

 

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous continuons de longer le bord de mer en contournant les baies. Cette fois le soleil est plus franchement présent et tout change ! Les couleurs, de fades deviennent éclatantes, les tristes gazons se couvrent de petites fleurs jaunes du plus bel effet et les maisons deviennent de belles demeures opulentes, souvent de style colonial américain, avec véranda. En particulier à Chester où de superbes résidences, toutes en bois, de couleur pastel, amoureusement entretenues, sont dispersées sur une colline au-dessus d’un petit port. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les retraités au volant de mini-tracteurs jouent à tailler leur gazon à la même hauteur que celui de leurs voisins. Après avoir déjeuné dans le camion, au bord d’une baie, nous atteignons Mahone et son amusant alignement d’églises des diverses congrégations. Les maisons, ici aussi, sont superbes, joliment décorées autour des fenêtres et des portes. Encore quelques kilomètres et c’est Lunenbourg, ancien centre important de la pêche à la morue. Il en reste un musée que nous visitons. Un ensemble d’aquariums où quelques homards, inquiets, à juste raison, sur leur sort, se terrent sous des pierres, des saumons et une morue constituent l’essentiel de la faune marine. Une salle est consacrée à l’évocation du dur métier des terre-neuvas, une autre rassemble un bric-à-brac collecté dans les maisons des pêcheurs. Un chalutier et une goélette font également partie du musée. Nous visitons rapidement le chalutier et plus longuement la goélette où est reconstituée la vie à bord, étroites couchettes, table commune, promiscuité, cambuse où ne devaient pas s’élaborer des repas variés. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous reprenons le camion pour faire le tour de la baie et apercevoir la petite ville de loin. Nous la retraversons pour aller chercher un coin de bivouac dans le village de Blue Rocks, à quelques kilomètres. Après avoir hésité, nous nous installons au bord de la baie, devant son minuscule port.

Vendredi 5 juin : Il a fait froid cette nuit mais au réveil un beau soleil éclaire l’océan et les rochers. Nous retournons à Lunenbourg, sillonnons sur la colline ses rues calmes, tracées au cordeau, parallèles ou perpendiculaires au rivage, en passant devant églises aux fiers clochers et demeures patriciennes. Au carrefour de King et Pelham, trois maisons côte à côte jettent une note de vulgarité par leurs agressives couleurs… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous quittons la petite ville et suivons toujours les baies très découpées, en traversant d’autres villages de pêcheurs. La vitesse est souvent limitée, 50, 60, 70 ou 80 km/h et nous n’avançons pas vite. Je constate que la fuite d’huile, au bout de l’arbre de roue arrière, constatée hier avec la disparition du couvercle de tôle, continue. Je suis en colère, avoir payé deux révisions et avoir des problèmes dès le début, sans parler du capot moteur qui ne ferme toujours pas ! Nous rejoignons la route plus rapide de Halifax à Liverpool où nous quittons la côte pour traverser la presqu’île en direction du Nord. Nous sommes au milieu de lacs et d’une végétation plus dense. Nous entrons dans le Parc National de Kejimkujik où, au Visitor’s Center, nous retrouvons avec plaisir comme en 1986, la gentillesse des gardes, leur bonne volonté à informer le visiteur (en français !). Nous achetons un Pass annuel qui sera vite rentabilisé. On nous propose la projection d’un film qui décrit la flore et la faune du parc. Nous pensons à Guy et Marie-Jo qui seraient bien capables de rester trois jours ici… Nous pénétrons dans le parc, grimpons à une tour d’observation d’où nous n’observons rien, le lac est trop loin, nous ne pouvons contempler que la canopée à notre hauteur mais des panneaux didactiques décrivent toute la géologie de ces lieux et la vie des indiens Micmac qui peuplaient cette région. Nous allons déjeuner plus loin, garés au bord du lac sans y voir rien de particulier. Nous continuons la route puis une bonne piste qui s’enfonce dans la forêt, les yeux grands ouverts à la recherche d’un chevreuil, d’une bestiole, un écureuil, n’importe quoi de vivant… Mais rien ! Nous revenons sur nos pas et partons pour une courte promenade à pied au milieu des érables rouges et des pruches (!). Les panneaux explicatifs nous promettent tortues, couleuvres et grenouilles, sans doute en grève aujourd’hui ! 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous reprenons la route et parvenons à Annapolis Royal, sur les bords d’une lagune. Nous y retrouvons les maintenant habituelles maisons élégantes d’où nous verrions bien sortir Faye Dunaway au bras de Robert Redford dans un film adapté d’une nouvelle de Fitzgerald… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous nous rendons au Visitor’s Center installé dans une usine marémotrice (les amplitudes des marées sont exceptionnelles dans la baie de Fundy) pour obtenir quelques informations sur le ferry (très cher !) qui traverse la baie, ainsi que sur les campings et les curiosités locales. Nous hésitons, Marie est fatiguée, et décidons de visiter la ville, du moins la rue en bordure des anciens quais, où quelques maison anciennes en bois ou en brique, ont été mises en valeur. Elles n’ont cependant rien d’exceptionnel, comme partout en Amérique du Nord, la moindre construction de plus d’un siècle est sacralisée. Nous poussons jusqu’au fort Anne dont il ne subsiste qu’un bâtiment au milieu des anciens remparts en étoile couverts d’un gazon sur lequel sont posés quelques canons pointés vers le large. La visite du bâtiment est peu intéressante mais gratuite avec notre pass

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Nous reprenons le camion, traversons la lagune et après quelques kilomètres nous trouvons un camping, le Fundy Trail, où nous nous installons pour plus de 33 dollars la nuit ! Je refais le plein d’eau puis je vais à la découverte des installations. Un seul ensemble de douches et toilettes, celles de la piscine. Les camping-caristes locaux n’en ont guère besoin, ils en disposent de plus confortables dans leurs énormes camions ! Le wifi ne fonctionne pas…

Samedi 6 juin : Le ciel, comme moi, fait la gueule ! Il pleut et quand il ne pleut pas tout est gris. Il s’avère que la douche ne fonctionne peut-être qu’avec des pièces et nous y renonçons. Nous nous rendons au site de Port Royal, un ancien fort français reconstruit. Nous y sommes accueillis par un garde du parc en costume de l’époque, braies, chemise et sabots. Il parle français avec un bon gros accent local et nous fait une présentation des lieux. Autour d’une cour carrée ont été rebâtis des quartiers d’habitation, des ateliers et des magasins pour la traite des fourrures. La reconstitution est remarquable, tout semble exact, pas apprêté, encore habité.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous retournons à Annapolis Royal nous réapprovisionner dans un supermarché où nous sommes toujours effarés par les prix mais aussi surpris par l’importance des poids ou volumes proposés : jus d’orange en pack de 1,75 litres, paquets de lard en tranches d’une livre etc… Nous reprenons la route après un nouveau plein de gasoil, heureusement un produit (relativement) bon marché, environ 0,90 euros. Nous suivons la vallée d’Annapolis, d’abord sur une route rapide, autorisée à 100 km/h, vitesse limite que je suis le seul à respecter puis nous revenons sur la route secondaire qui traverse tous les villages, plus lente mais qui permet de voir toutes les belles maisons fièrement plantées sur leurs gazons pour réclame de jardinerie. Toutes ces routes secondaires ont des revêtements en triste état,  nids de poule, patchwork, la rigueur des hivers en est sans doute la raison mais elles ne semblent pas très bien entretenues non plus. Inquiet pour la fuite d’huile, j’envisage de retourner à Halifax et me rendre chez Land Rover lundi matin. Difficile de trouver un endroit pour s’arrêter déjeuner, tout est privatisé, pas d’emplacement de parking sur les routes, nous devons quitter la route et nous arrêter sur un chemin. Le samedi après-midi, comme en France, les gens vont faire leurs courses au supermarché, la traversée des zones de concentration de ces temples de la consommation est pénible, j’en oublie de m’arrêter aux passages cloutés… Nous allons ensuite visiter le site de Grand-Pré, ancien établissement acadien, rasé par les Anglais et d’où furent exilés les habitants vers d’autres colonies de la Nouvelle-Angleterre, la Louisiane ou la France, évènement connu sous le nom de Grand Dérangement et que nous connaissions par le poème de Longfellow, Evangéline, dont nous avions acheté une traduction quand nous étions passés en Louisiane. Un film retrace cet épisode, ainsi que quelques panneaux illustrés, dans le Visitor’s Center. Une église a été construite et abrite quelques dessins et tableaux qui racontent cette histoire, importante pour les Acadiens. Nous hésitons encore puis décidons de ne pas retourner à Halifax et d’attendre Québec pour réparer la fuite… Nous continuons donc notre chemin, empruntant un raccourci pour rejoindre la route du Nouveau-Brunswick. Nous cherchons un camping pas trop cher. Un premier peu engageant demande 40 dollars. Nous faisons des détours pour en trouver un autre, sans succès. Nouveau détour pour un… encore à plus de 40 dollars ! Parvenus à Milford et las de perdre du temps, nous décidons de nous arrêter sur un parking en bordure de route.

 

Dimanche 7 juin : Le ciel est tout bleu et le soleil nous réchauffe ! Nous reprenons tardivement la route. En fait une autoroute qui traverse les forêts d’épinettes qui nous entourent à perte de vue. Une section est à péage, pas cher, 4 dollars, comme les voitures ordinaires. Nous quittons la Nouvelle-Ecosse pour le Nouveau-Brunswick. Nous nous rendons au Visitor’s Center pour une documentation complète avec liste des terrains de camping et carte de la province. Nous profitons du wifi pour trouver un message rassurant de Julie et en envoyer un à Vettou. Ici, grâce à la minorité acadienne, tous les panneaux sont bilingues, ce n’est pas désagréable… Nous quittons l’autoroute et traversons la petite ville de Shediac, encombrée par les promeneurs du dimanche attirés par le marché. Nous trouvons à nous garer sur le terrain du Yacht club. Vite repérés, nous sommes néanmoins autorisés à y rester le temps de déjeuner. Nous suivons ensuite la route dite acadienne qui longe la baie du golfe du Saint-Laurent. Le conducteur canadien est, en ville, très respectueux des piétons, laisse s’insérer dans la file des véhicules qui sortent d’un parking ou d’une rue perpendiculaire mais sur la route il ignore superbement lignes continues et limitations de vitesse. Les maisons, toujours en bois, sont beaucoup plus modestes mais toujours impeccables. Trop ! Les anciennes manquent de patine et les plus récentes de discrétion. Pas un centimètre carré de peinture écaillée, pas un faux pli aux rideaux des fenêtres. La couleur blanche est quasiment de rigueur, notamment pour les églises aux clochers pointus. Toutes les enseignes sont en français. Devant bon nombre de maisons, sur un mât, flotte le drapeau acadien, notre drapeau tricolore auquel est ajoutée dans le bleu une étoile jaune qui symbolise la Vierge Marie, guide du peuple acadien… Des ponts modernes enjambent rivières et lagunes. Nous parvenons à Caraquet où nous trouvons un très sympathique camping tenu par un chaleureux monsieur francophone. Pas cher, douche chaude, peu de monde mais trop de moustiques qui ne connaissent pas les marques françaises de lotions qui, théoriquement, les concernent… Nous ressortons à la recherche d’un restaurant pour goûter les spécialités locales de fruits de mer. Nous jetons notre dévolu sur « le Crapet », restaurant sans prétention, une salle sur le port sans attrait avec une musique « tropicale » un peu trop envahissante. Nous nous régalons de moules, d’huîtres puis de pétoncles et de palourdes géantes arrosées par un soi-disant muscadet. L’addition est plus élevée qu’en France et il ne faut pas oublier les taxes et le service à rajouter, mais nous sommes contents, surtout Marie qui prouve, une fois de plus, qu’une imprégnation régulière est la meilleure parade à l’ivresse occasionnelle. Retour au camping.

Lundi 8 juin : Nous n’émergeons que tardivement (le muscadet ?). Le soleil fait une brève apparition puis le ciel redevient gris. Nous ne quittons le camping qu’à 10h30 pour retourner en ville. Nous commençons par acheter un homard cuit ainsi que des pattes de crabe des neiges dans une épicerie. Comme souvent, nous sommes repérés à notre accent comme étrangers et on ne manque pas de nous questionner et nous souhaiter un bon séjour. Je vais demander l’avis d’un garagiste sur la fuite d’huile et constate alors, que sur l’autre roue il y a un début de fuite ! Un mécanicien m’assure que je peux rouler jusqu’à Québec mais que la réparation a été mal effectuée ! Nous reprenons la route en continuant de longer la baie sans grand plaisir sous le ciel gris. A Grande-Anse on affirme avec force son identité acadienne. Le phare est peint tricolore, de même que le bas des poteaux électriques ! 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous dégustons notre homard sur un parking d’une plage mais je suis déçu par le peu de chair que nous retirons des pinces. Nous repartons sous la pluie de plus en plus forte, la baie disparaît dans la grisaille. Nous quittons le Nouveau-Brunswick par un grand pont métallique et entrons au Québec. Le Bureau d’information touristique est fermé ! Pas de brochure ni de carte donc. Nous suivons maintenant la rive nord de la bien mal nommée Baie des Chaleurs jusqu’au parc de Miguasha. Ce n’est pas un Parc National, notre pass n’est pas valable. Il faudrait en prendre un autre pour le Québec ! De toute façon, nous n’avons pas l’intention de marcher sous la pluie pour voir des fossiles ! Nous allons jusqu’à Carleton où nous trouvons de la documentation sur la Gaspésie. Les prévisions météo sont très mauvaises pour les jours à venir… Nous allons nous installer au camping municipal. Nous avons le temps puisque nous avons retardé nos montres d’une heure en entrant au Québec. Relecture de mon texte puis mise à jour du blog et étude des possibilités pour les jours suivants, nous occupent jusqu’au dîner en appréciant le chauffage de notre roulotte, expression locale de notre camion…

Mardi 9 juin : Il pleut toujours ! Grâce au wifi, j’envoie un message à Nicole et un autre à Franck pour l’avertir de notre venue. Je parviens à téléphoner avec Skype à Land Rover à Québec, ils sont peu ravis d’avoir à s’occuper de notre modèle, ils doivent me mettre un mail avant ce soir. Nous entamons la traversée de la Gaspésie par une belle route, peu fréquentée qui suit le cours de la Cascapedia au milieu des bouleaux et des résineux, les sommets des montagnes sont perdus dans les bancs de brume. 

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Le mauvais temps n’a pas découragé des pêcheurs qui taquinent le saumon dans leurs barques au milieu du courant. Nous nous arrêtons au Centre d’information du Parc National de la Gaspésie. Notre pass n’est pas valable ici non plus ! Nous nous contenterons de payer pour une seule journée. Nous suivons une bonne piste tracée en forêt sur une dizaine de kilomètres, jusqu’à un parking aménagé. Après le déjeuner, le ciel se montrant avare de pluie, nous partons à pied sur un sentier tracé dans la forêt, en montée sur plus d’un kilomètre. Marie harnachée, ceinture dorsale de soutien et chaussures orthopédiques, avance gaillardement. Nous scrutons les sous-bois dans l’espoir d’apercevoir un orignal ou des caribous. Des plaques de neige couvrent encore les souches ou les branches des arbres morts et même, sur la fin, le sentier. Un barrage et une maison de castors annoncent l’arrivée au lac, hélas tout gris. Nous revenons, plus facilement en descente mais les caribous boudent et pour l’orignal c’est peau-de-balle ! Nous revenons sur la route principale et reprenons une autre piste d’une bonne vingtaine de kilomètres dans le même paysage et avec la même attention, jusqu’à un lac où, d’un mirador installé sur ses bords, on devrait, d’après les indications affichées, apercevoir des orignaux. Nous patientons, muets, jumelles braquées sur la rive… Rien ! Déçus, nous repartons sans plus rouler lentement et dans un virage : un orignal ! 

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Ses bois ne sont pas très développés mais nous ne faisons pas la fine bouche. L’animal quelque peu difforme, museau de dromadaire et garrot proéminent, nous examine, se rapproche puis nous abandonne et continue dans la forêt. Contents, nous reprenons la route et retrouvons la côte sur les rives du Saint-Laurent. La pluie est de retour et tout est perdu dans la grisaille. Nous arrêtons à Cap-Chat, dans un camping en bord de mer, 23 dollars et douches payantes… Je n’ai pas de message du garage Land Rover, nous allons essayer d’y être demain avant la fermeture.

Mercredi 10 juin : Il a plu dans la nuit et cela continue ce matin. Nous démarrons peu après neuf heures, quand j’ai réussi à téléphoner à Land Rover. On nous y attend cet après-midi avant cinq heures. La route disparaît sous la pluie et le brouillard, nous ne pouvons pas dire que nous apprécions le paysage de bord de mer… Je roule vite, largement au-dessus des limites mais tout le monde le fait et même les énormes poids lourds me doublent. Devant de nombreuses maisons stationnent des roulottes, de toutes tailles : des petites (des grandes en Europe), des semi-remorques que tirent des pick-up, et des monstres, de véritables autobus, avec déploiement d’extensions latérales à l’arrêt. Ceux qui possèdent une ancienne voiture de collection ou un 4x4 avec des pneus surdimensionnés, les mettent en valeur, exposés sur leur pelouse, à la vue de tous. Quand elle existe, nous empruntons l’ « autoroute », une simple route à deux voies mais plus droite et plus rapide qui évite les agglomérations. Nous déjeunons rapidement puis reprenons l’autoroute qui devient alors une vraie, avec doubles voies séparées. La pluie cesse et plus nous approchons de Québec, plus le ciel devient bleu et il commence à faire chaud. Nous ne nous trompons presque pas dans la traversée de la ville et trouvons rapidement le garage Land Rover. Ateliers propres comme une salle d’opération, personnel impeccable, le grand standing ! On veut bien s’occuper de la voiture mais il faudrait la leur laisser pour demain. Nous convenons de la leur rapporter à neuf heures. Sur les indications du responsable des ateliers, nous trouvons le Walmart sur le parking duquel nous passerons la nuit. Nous allons nous y réapprovisionner mais il n’y a pas de produits frais, pas de fruits, légumes ou viande, tout est congelé ! Pour les alcools, je vais à pied dans un autre magasin, marchant sur les pelouses, faute de trottoirs… De retour au camion, nous avons la surprise de la visite de Franck et de ses enfants que nous avions prévenu de notre arrivée. Nous convenons de nous voir chez lui demain. Dès que le Walmart a fermé, les ouvriers qui travaillent à son agrandissement commencent à scier, cogner, marteler, bref à faire du bruit…

Jeudi 11 juin : Il a encore beaucoup plu dans la nuit et dès que le jour se lève, les travaux reprennent. Le soleil tente des apparitions puis laisse la place aux nuages et ce, tout au long de la journée. Nous nous rendons avant neuf heures au garage et y abandonnons le camion. Une voiture de la concession nous emmène et nous dépose à la porte Saint-Jean, à l’entrée de la vieille ville. La rue éponyme que nous suivons est à l’image de tout le reste de la cité ancienne : une succession de maisons parfois datant de deux ou trois siècles, transformées en attrape-touristes, boutiques de souvenirs, bistrots, restaurants etc… La pierre grise n’est pas très gaie non plus. Une minuscule artère évoque par ses peintres et leurs œuvres dérisoires, la Place du Tertre et fait le bonheur des touristes anglophones qui s’y pressent. Une basilique renferme un beau dais doré et le curé rôde… Nous passons chercher des informations à l’Office du Tourisme puis nous aboutissons à l’esplanade en bois qui domine les quartiers du port et qui est surplombée par la masse du Château Frontenac et sa tour.

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La vue s’étend sur le Saint-Laurent, le traversier qui relie l’autre rive et les ruelles du Petit Québec. Nous y descendons avec un funiculaire. Les rues piétonnes concentrent encore plus la foule des touristes et des écoliers en goguette. Un mural représente les personnages célèbres du Québec, nous ne connaissons que Jacques Cartier, Champlain et Felix Leclerc, les autres fondateurs ou fondatrices de congrégations nous sont inconnus et le resteront… 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous remontons à pied et débouchons sur la place devant le Château Frontenac, à temps pour une nouvelle averse. Nous allons y vérifier que ce type de palace à la lourde atmosphère qui voudrait lui supposer quelques siècles, n’est pas notre genre. Nous allons déjeuner aux « Anciens Canadiens », restaurant qui avait eu l’honneur de notre visite la dernière fois. 

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Un menu à un prix très honnête, dépendant du plat de résistance choisi, est proposé : rillettes de wapiti et bison, tourte au gibier, boulettes, fèves au lard, lard salé grillé et pour finir l’incontournable tarte au sirop d’érable. Marie ne manque pas de faire remarquer au garçon que la sienne, adaptée de la recette qu’on nous y avait donnée, est aussi bonne ! Cuisine paysanne qui nous déçoit par son manque de saveur. Le verre de vin offert n’est pas non plus sorti d’une des bouteilles des grands crus présentées, vides, sur une étagère. Je téléphone au garage, il leur manque des morceaux pour notre char  qui ne pourra être prêt que demain. Nous sortons de la vieille ville en longeant les fortifications et allons acheter des chocolats pour Franck et sa famille puis revenons attendre la voiture qui nous ramène au garage. La facture pour changer des joints est dispendieuse… Nous prévenons Franck qui vient nous chercher et nous ramène chez lui. Sa femme Catherine, médecin, travaille ce soir tard. Nous pouvons faire une lessive dans le sous-sol où nous dormirons. Nous  passons à table, Catherine aura déjà dîné à son lieu de travail… Au menu des lasagnes que je dois décliner. Qu’à cela ne tienne, trois feuilles de salade puis quelques rondelles de saucisson français, me feront un repas. Catherine arrive, sympathique jeune femme. Nous allons nous coucher après avoir bu ensemble une bonne bière.

Vendredi 12 juin : Nous ne nous levons que lorsque Catherine est partie et que les enfants commencent à s’agiter. Petit déjeuner avec Franck puis toilette. Le soleil est de retour et nous allons profiter du jardin. Nous téléphonons au garage, le camion sera prêt pour midi. Franck nous y ramène. En passant, nous achetons une bonne baguette de pain française et quelques bières issues de micro-brasseries qui pullulent au Québec. Elles sont chères mais excellentes. Nous disons au revoir à Franck en le remerciant pour son accueil. Après avoir réglé la note (presque 1000 dollars !), nous récupérons le camion qui a été lavé. Nous sortons aussitôt de Québec par l’autoroute et filons en direction de Montréal. Paysage plat entre épinettes et érables. Nous devons sortir de l’autoroute pour déjeuner dans le camion, nous en profitons pour ranger le linge que nous avons lavé hier soir. Plus nous avançons vers l’ouest, plus le ciel se couvre et bientôt nous retrouvons cette pluie qui manquerait presque si elle n’était pas là ! Nous parvenons dans les faubourgs de Montréal. La circulation se densifie et bientôt nous sommes dans une congestion qui se prolonge d’une autoroute à une autre. Le réseau de voies rapides (!) est fantastique, les chaussées se croisent, se coupent sur plusieurs niveaux. Heureusement que le conducteur canadien est d’une grande correction et plein de compréhension pour les erreurs des autres… Nous sortons de la ville en direction du sud et trouvons un camping, l’Américan Montréal, à une bonne vingtaine de kilomètres de la ville. Nous allons faire quelques courses dans une épicerie puis nous nous installons en espérant que demain sera plus ensoleillé.

Samedi 13 juin : La pluie s’est tout de même arrêtée dans la nuit et la journée sera ensoleillée. Une vraie canicule pour les Québécois qui ont sorti leurs tenues d’été et, pour certains, n’hésitent pas à se promener en ville torse nu. Nous nous rendons dans le centre de Montréal où, suivant les conseils du propriétaire du camping, nous trouvons un parking, pardon un stationnement, au pied de la vieille ville, sur un môle du port. La promenade qui longe les rives du Saint-Laurent est très fréquentée et des foules d’activités sont proposées aux badauds. Nous allons nous promener dans les rues, à demi piétonnes, de ce quartier envahi de touristes avec les conséquences que leur afflux provoque sur les commerces..

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les maisons anciennes en pierre grise ne dépareraient pas à Saint-Malo mais qu’elles sont tristes ! Ce n’est pas Saint-Malo mais bien l’Amérique, des immeubles, des gratte-ciel, les ponts métalliques qui enjambent le Saint-Laurent le rappellent. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous traversons un ancien marché surmonté d’une haute coupole, devenu une galerie de boutiques de souvenirs… Après être passés devant quelques maisons du XVII° siècle que nous ne remarquerions pas en Europe, nous revenons vers la place d’Armes qu’encadrent deux gratte-ciel, l’un très modeste et très ancien en briques rouges, l’autre plus audacieux évoque l’Empire State building de New-York. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Sur un autre côté, une basilique quelconque extérieurement mais dont l’intérieur est très richement décoré dans ce style lourd qui se veut médiéval, vitraux à l’imitation de la Saint-Chapelle de Paris, voûte bleue couverte d’étoiles mais cette cathédrale ne date que du XIX°siècle... 

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Les flashs crépitent, tous les peuples du monde en visite à Montréal veulent leur selfie devant l’autel. Le clergé qui fait payer 5 dollars l’entrée s’en trouve fort bien… Nous nous rendons ensuite au tout petit quartier chinois. Les restaurants forment la quasi-totalité des commerces d’une rue piétonne. Nous en choisissons un au hasard, la presque totalité de la clientèle est asiatique, bon signe mais ici, curieusement, même les touristes sont asiatiques, les Occidentaux sont rares. La porte franchie, nous sommes accueillis par des brochettes de canards et autres volatiles ou travers de porc laqués qui pendent devant les cuisiniers. Pour une somme très modique, nous nous régalons copieusement de Ha Kao, Siu Mai et de diverses rôtisseries. L’estomac bien rempli, nous allons prendre le métro. Les billets sont chers, deux fois plus qu’à Paris, nous devons apprendre les us et coutumes locales en matière de tickets, ouverture des portes, correspondances, directions mais nous mettons vite au courant. Nous descendons dans un quartier très différent, moins touristique, plus de gratte-ciel, des banques, des hôtels de luxe et des commerces pour nantis. Nous y trouvons le Musée des Beaux-Arts. Notre guide indiquait une entrée gratuite pour les collections permanentes, il n’en est rien, les plus de 30 ans paient 12 dollars le droit d’entrée et les vieux itou ! Nous commençons par le sous-sol où nous pensions trouver des œuvres de Rebeyrolle mais rien ! L’exposition d’une certaine Marion Wagshall, une très intéressante figurative locale, les a reléguées dans les réserves ! Nous visitons les autres salles. Toutes les périodes de l’art occidental sont représentées par quelques tableaux, pas toujours de premier ordre. J’ai l’impression d’être chez un dépanneur, l’épicier arabe local, où on trouve un peu de tout mais jamais ce que l’on cherche ! Nous terminons par une collection d’art inuit, des œuvres récentes comme celles que l’on trouve chez les marchands de souvenirs, sans aucune authenticité. Nous en ressortons à l’heure de la fermeture. J’abandonne Marie et vais tirer des dollars à un distributeur puis nous revenons lentement à pied en passant entre les gratte-ciel, l’un d’eux en verre bleuté a belle allure. 

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Nous faisons un rapide passage dans les galeries souterraines qui s’étendent sur des kilomètres mais qui, en ces beaux jours, sont désertées. Nous revenons à la place d’Armes, Marie traîne les pieds. Des bouteilles de Perrier achetées chez un dépanneur nous désaltèrent avant de rejoindre les quais. Je vais rechercher le camion, je dois payer 20 dollars. L’appareil refuse mes billets, le préposé me demande de payer par carte de crédit, ce que je ne veux pas, il me laisse sortir sans payer… Nous traversons la ville en suivant la rue Saint-Denis où de belles maisons avec escaliers de fer forgé extérieur bordent la rue sur Le Plateau mais le soleil nous éblouit et nous les distinguons mal. Nous retrouvons l’autoroute, nous cherchons le plus proche camping… à 70 kilomètres. Je roule vite, rate une sortie, revient en marche arrière… Nous arrivons à neuf heures du soir, il y a encore un employé et nous pouvons nous installer à côté de monstres locaux… Repas froid rapide et rédaction de ce texte nous amènent à onze heures du soir !

Dimanche 14 juin : Marie n’entrouvre une paupière qu’après neuf heures et ce, grâce au bruyant générateur de notre voisin dont l’alimentation électrique des lave-linge et lave-vaisselle nécessite plus qu’un panneau solaire. Nous démarrons donc tardivement en reprenant l’autoroute qui traverse, entre lacs et rivières, une campagne bien verdoyante. Ce qui n’a rien d’étonnant avec la pluviométrie locale. Mais ne nous plaignons pas, déjà plus de 24 heures sans une goutte de pluie et si le ciel est parfois voilé, il ne laisse pas échapper des nuées ces désagréables ondées des jours précédents. Nous sommes toujours au Québec et les panneaux routiers signalent l’arrivée à Gatineau, jamais à Ottawa, sa ville jumelle, sise en Ontario ! Un pont sur la rivière de l’Outaouais nous y amène. Le dimanche la circulation est plus facile et je peux me garer à proximité de l’Office du Tourisme où, comme dans les autres provinces, on nous distribue carte routière, plan de la ville, guide des campings et autres brochures. J’aperçois le Parlement, bâtiment très anglais, tarabiscoté mais son toit n’est plus vert. Nous roulons en longeant la rivière et nous nous garons le long de la rivière Rideau pour déjeuner. Les pistes cyclables sont très fréquentées et toute la population est sortie pour profiter de cette belle journée. Après une halte pour contempler les plaisanciers sur l’eau, occasion d’avoir notre petit succès grâce au camion et même de Kabyles, intrigués par les quelques lettres en tifinagh, nous revenons nous garer près du Parlement dont nous nous approchons et faisons le tour. 

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Nous ne sommes pas les seuls, là aussi, tous les peuples du monde se prennent en photo avec un policier jovial. D’autres patrouillent sans cesse en voiture autour du bâtiment. Nous reprenons le camion pour aller nous installer à une quinzaine de kilomètres dans un camping cher, 35 dollars, pour être dans une forêt, le long d’une autoroute dont le grondement diffus nous empêchera d’entendre la venue des ours, qui doivent y traîner puisque les poubelles sont prévues pour qu’ils ne puissent pas les ouvrir. Nous mettons à jour texte, photos et le blog.

Lundi 15 juin : Il est bien tombé quelques gouttes dans la nuit, il ne pleuvra pas de la journée et il va même faire chaud. Les ours ne sont pas venus gratter à la porte du camion. Nous retournons à Ottawa et nous allons nous garer devant le Musée de l’Histoire, un grand bâtiment moderne au bord de la rivière. Nous devons acquitter, malgré notre âge vénérable une quinzaine de dollars (taxes comprises, en sus du tarif affiché), chacun, pour y accéder. Une salle immense présente un alignement de maisons remontées ou reconstruites à l’identique des divers ethnies de la Côte Nord-Ouest du Canada. Devant, des mâts-totems, anciens ou récents, sont plantés et montrent les figures traditionnelles de la mythologie de ces peuples : baleine, ours, corbeau…

 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

A l’intérieur de ces maisons sont présentés divers objets, à la fois anciens (fin XIX° siècle) et récents pour affirmer une continuité culturelle mais, incontestablement, les anciens ont plus de force, leur patine leur confère une valeur bien supérieure. Les différentes étapes de la vie, les croyances, les fêtes, les relations commerciales sont ainsi évoquées. Nous y passons plus de temps que nous ne l’aurions voulu et je dois aller remettre des pièces (2 dollars de l’heure !) dans le parcmètre. La visite se continue par une exposition sur les divers peuples autochtones du Canada, à la fois par région et par thème. Trop à voir, à lire, nous devons abréger. Nous allons déjeuner sur un banc d’une aire de stationnement, le long de la rivière, au soleil, puis nous reprenons l’autoroute. Les rues bien tracées suivant les axes nord-sud et est-ouest facilitent le repérage en ville et nous n’avons pas trop à chercher notre route. Nous avançons cette fois résolument vers l’ouest, partis pour plusieurs jours de route en direction des Rocheuses. La circulation devient de moins en moins dense et nous faisons une bonne moyenne. Nous nous arrêtons dans une petite ville pour refaire des provisions dans un supermarché extraordinairement fourni en fruits et légumes, y compris exotiques. Nous continuons de rouler encore une heure, au milieu de la forêt, de lacs et de marais qui bordent la rivière des Outaouais. Nous bivouaquons sur une aire de stationnement, déjà occupée par une caravane avec un générateur bruyant. Mais ils repartent et nous serons seuls pour la nuit.

Mardi 16 juin : Cette nuit, ce fut Sisyphe comme l’hydre de Lerne ! Grand et incessant carnage de moustiques toute la nuit avant de comprendre que le renouvellement de nos adversaires était dû à des trous dans la moustiquaire… Nous repartons sur la route dans un paysage inchangé : épinettes, eaux dormantes, lacs calmes et rivières à peine troublées par des rapides qui ne le sont guère. Bref, le paysage classique du Canada en été. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous contournons Sudbury et avançons aussi vite que possible. Au moment du déjeuner, nous avons la visite de deux Indiens intéressés par notre camion. Ils sortent de leur réserve pour nous dire tout le bien qu’ils en pensent et ravis de nous découvrir français, ils nous apprennent être de Toulouse, le nom de leur réserve… Plus tard, nous croisons une carriole tirée par un cheval et conduite par une femme avec une robe et un bonnet noirs. Quelque Mennonite ou autre secte restée au XVIII° siècle ! Nous sommes maintenant dans la région des Grands Lacs. Le lac Huron est au sud, peu visible. Après Sault Sainte-Marie, nous nous rapprochons des rives de l’immense Lac Supérieur, une vraie mer intérieure, sur lequel moutonnent des vaguelettes. Il fait un beau soleil sous un ciel pommelé et le lac resplendit. Nous nous arrêtons pour la nuit sur les bords du lac, au bout d’une piste dans les arbres. Les moustiques nous y attendent…

Mercredi 16 juin : Nouvelle hécatombe au matin. Mais d’où peuvent-ils venir ? Nous nous sommes levés plus tôt pour être sur la route à huit heures. Nous continuons de longer le Lac Supérieur mais le ciel est gris, les couleurs sont ternes et il n’y a pas d’emplacements pour s’arrêter, contempler et photographier le paysage. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les seuls lieux aménagés sont des parcs provinciaux à l’entrée payante et où l’on trouve parkings, installations sanitaires, tables de pique-nique, sentiers balisés etc… Pas question de sortir du rang ! Brutalement, les nuages cessent, le ciel redevient bleu et nous retrouvons des couleurs pour éclairer les innombrables lacs sans rivage, la forêt vient buter au bord des eaux sombres. Jusqu’à Wawa, la route est vallonnée et permet d’avoir de belles vues. Nous trouvons une aire de stationnement (elles sont rares mais heureusement signalées sur notre carte) très agréablement située à côté d’une plage encombrée de troncs morts rejetés par les vagues. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Comme en Sibérie, les Travaux Publics profitent des beaux jours pour refaire routes et ponts, ce qui occasionne fréquemment des haltes et des attentes. Néanmoins les kilomètres défilent et en milieu d’après-midi nous contournons Thunder Bay, ce qui me contrarie car j’aurais voulu trouver un LCBO, cet établissement d’état seul autorisé à vendre des alcools avec les Beer Store qui, eux, ne peuvent vendre que des bières. Pour demain, 18 juin, il me faut une bouteille de champagne ! Je trouve, dans une petite agglomération, non pas de french champagn mais un crémant de Bourgogne qui, à défaut de trouver mieux demain, devra faire l’affaire. Nous arrêtons peu après pour aller voir les chutes de Kakabeka, dans un parc provincial bien entendu. Des sentiers et des points de vue ont été aménagés pour contempler en surplomb ces mini-Niagaras, impressionnantes tout de même et où des masses d’une eau très ferrugineuse se précipitent une quarantaine de mètres plus bas. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous roulons encore une petite heure, jusqu’à Upsala où nous pouvons nous installer dans un parc au bord d’un étang qui ne semble pas envahi par les immondes bestioles des jours précédents.

Jeudi 18 juin : Réveil plus tardif, contrairement à ce que nous avions prévu. Je profite des branchements pour refaire un plein d’eau, vider la fameuse « boîte à caca », dixit Jean-Pierre, et attacher le capot qui, malgré plusieurs interventions, continue de se soulever à la moindre sollicitation. Nous pouvons bénéficier du wifi du motel de l’autre côté de la route, ce qui permet à Marie de recevoir les messages de Julie, Vettou et autres pour son anniversaire. Ceux de Nicole et Michèle seront reçus plus tardivement… Nous reprenons la route, toujours des lacs et de rachitiques  épinettes avec des allures de goupillon déplumé. Faute d’aire de pique-nique, nous nous arrêtons en retrait de la route pour déjeuner avant d’atteindre Kerona, dernière ville importante d’Ontario, agréablement située sur les berges de plusieurs lacs mais nous n’y trouvons pas le supermarché ni le magasin de vente des alcools sur lesquels nous comptions pour nous ravitailler et trouver du vrai champagne. Peu après, nous entrons au Manitoba. Nous sommes alors à mi-chemin des deux océans, Atlantique et Pacifique, déjà 5000 kilomètres au compteur. Nous allons faire notre plein de plans et de brochures à l’Office du Tourisme, après la « frontière ». La route devient une autoroute rectiligne aux deux voies nettement séparées. La forêt qui s’éclaircissait disparaît, nous voici dans les Prairies. Nous avons avancé encore une fois nos montres, nous avons désormais sept heures de différence avec Paris et treize avec Julie qui, toujours à Bali, semble faire de belles plongées. Nous décidons de nous arrêter dans un camping proche de Winipeg, le Arrowhead, que nous trouvons facilement, en pleine campagne. La jeune femme à l’accueil, grosse des œuvres de son mari et sur le point de mettre bas, parle français mais j’ai bien du mal à la comprendre et, très gêné, je lui fais répéter tous les mots, surtout le tarif, presque 40 dollars, dont 3 pour le wifi ! Tous les branchements sont compris, l’eau (j’ai fait le plein ce matin), l’électricité (mais il nous faut un adaptateur et l’intervention du mari électricien pour en bénéficier) et la vidange… Marie s’est résolue à se contenter d’un repas d’anniversaire improvisé avec les moyens du bord mais nous n’avons pas de dessert. Nous allons au village à la recherche d’une pâtisserie. Nous ne trouverons qu’une supérette avec des bâtonnets glacés auxquels nous adjoignons une bouteille de Malbec argentin. Nous revenons nous installer au RV park (pas un camping, mais un terrain pour camping-car donc). Nous répondons au courrier puis dînons : foie gras offert par Vettou, avec le Crémant de Bourgogne puis confit et patates sautées arrosés avec le vin argentin, très honorable et enfin dessert en finissant le mousseux. Je vais prendre une douche et lancer une lessive avant de me coucher à minuit…

Vendredi 19 juin : Le ciel est redevenu tout gris, décidemment il paraît bien difficile d’avoir trois jours de soleil de suite… Le rangement du linge lavé la veille, l’utilisation des salles de bains confortables, nous amènent à dix heures quand nous quittons le camping. Nous nous rendons aussitôt au supermarché indiqué par la patronne du camping, un Sobey’s très bien fourni. Nous y trouvons un choix, décidément fréquent, de fruits et légumes très complet. Les sauces proposées sont aussi innombrables. Mais qu’en font-ils ? Beaucoup de produits nous font envie mais nous nous limitons à trois jours de ravitaillement, le réfrigérateur ne peut en contenir plus. Quand nous en sortons, il pleut ! Nous roulons jusqu’au centre-ville, des immeubles modernes et quelques bâtiments survivants de temps révolus, perdus entre les tours de verre et d’acier, mais rien qui nous paraisse remarquable. Nous nous garons le long du Musée du Manitoba que nous visitons après avoir déjeuné. Il présente tout ce que l’on peut désirer savoir sur la province : géologie, zoologie, histoire etc… Les différentes sections ne sont pas toutes bilingues, Marie fait la visite avec un audioguide, je ne lis que certains des textes en français. Encore une fois, un musée qui se veut exhaustif et qui finalement laisse sur sa faim. Quelques belles tenues, mocassins, gants, vestes de peau tannée et décorées de motifs floraux, brodés ou obtenus à l’aide de perles de couleurs. Certaines reconstitutions sont spectaculaires notamment celle d’un ketch montré ancré dans un port anglais (tavernes, boutiques, marchandises) avant son départ pour la baie d’Hudson. Les dernières salles reconstituent le Winipeg de 1920 avec boutiques, gare, cinéma où sont projetés des films de Charlot ou de Buster Keaton. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous en repartons à quatre heures, la pluie a cessé mais les cieux sont toujours aussi fâchés. Marie tient à passer par le quartier francophone puis devant l’ancienne cathédrale catholique et enfin devant le parlement, ce qui m’oblige à tourner, virer, dans une ville que je ne connais pas, pour apercevoir des monuments peu dignes d’intérêt. Nous allons nous joindre aux citadins qui s’en rentrent chez eux après une dure journée de labeur, tous en même temps ! De beaux bouchons jusqu’à ce que nous sortions de la ville. C’est la Prairie, la grande Prairie, verte, plate, cultures à perte de vue, parfois un rideau d’arbres pour couper le blizzard en hiver et premier silo à grains métalliques. Nous trouvons une aire de pique-nique à proximité d’un canal barré par une digue, à Portage La Prairie. Le courant est violent mais nous avons la surprise d’y voir une douzaine de pélicans. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Le coin doit être poissonneux car des Indiens pêcheurs y viennent tenter leur chance.

Samedi 20 juin : Bonne nuit au calme. Le toit baissé nous n’avons même pas entendu le bruit des flots. Nous continuons dans la vaste plaine avec pour balises, les silos élévateurs plantés tous les quinze kilomètres le long de la voie ferrée. Les anciens, de plan carré et en bois, ont presque tous disparu, remplacés par des tours circulaires métalliques. Les très rares qui subsistent tombent en ruine ou ont été préservés en les recouvrant de tôles. Nous sortons de l’autoroute pour en approcher un à Elkhorn, il a conservé ses beaux volumes cubiques mais il lui manque le charme des planches de bois…

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous sommes bientôt au Saskatchewan où, au Visitor’s Center, en plus de recevoir les habituelles informations, nous apprenons que nous devons une fois de plus retarder nos montres d’une heure. Le ciel, gris jusqu’ici, s’éclaircit et le soleil passe entre les nuages pommelés. Puisqu’il est encore tôt, nous continuons d’avancer, toujours sur une autoroute à deux voies séparées mais parfois coupée par des routes secondaires. La circulation est très calme, peu de véhicules, des camions, ces monstres chromés qui peuvent tirer deux remorques et qui nous paraissent interminables quand ils nous dépassent. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous déjeunons sur une aire de pique-nique. Elles sont rares et quand nous en trouvons une, nous ne la ratons pas. Nous décidons de prendre le chemin des écoliers pour arriver à Régina. Nous empruntons donc une route secondaire, mal revêtue, qui soudainement dévale dans la vallée de la Qu’appelle. Une rivière coule ses méandres tortueux entre deux lignes de collines, se glissant de lac en lac sur plusieurs kilomètres. C’est dans ce beau parcours que le ciel s’obscurcit et qu’un bel orage avec éclairs nous interdit d’apprécier pleinement cette vallée. Quand nous en remontons, nous retrouvons le soleil et les boules de coton des nuages. Soudain l’avertisseur de niveau de carburant sonne, je n’ai pas surveillé le niveau et nous sommes en rase campagne. Néanmoins nous trouvons, dans un village perdu, une épicerie-station-service qui a du diesel, à moins de un dollar depuis que nous sommes dans les Prairies… Nous retrouvons l’autoroute de la Transcanadienne et bientôt nous arrivons à Regina, la capitale de l’Etat. Par des avenues tranquilles, peu animées, qui traversent des parcs, longent des rivières, nous atteignons le centre-ville. Nous nous garons sur la place centrale, gratuitement le samedi, et en faisons le tour à pied. Deux ou trois immeubles de verre bleuté et d’acier qui se mirent les uns dans les autres, constituent le cœur moderne de la ville.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous repartons en passant devant le Palais du Parlement, grand machin pompeux, copié comme tous ses semblables sur celui de Washington. Son dôme en réfection est caché sous un échafaudage, des oies caquettent sur les bords du lac qui s’étire devant. Nous quittons la ville endormie, retrouvons l’autoroute et roulons encore jusqu’à Moose Jaw, sans trouver un endroit pour bivouaquer. Nous nous arrêtons à une station-service le long d’une rivière, en compagnie de camions.

Dimanche 23 juin : La nuit a été calme, les gros trucks n’ont pas bougé et aucun ne s’est arrêté dans la nuit. Un beau soleil nous fait espérer une belle journée. Pas longtemps, un orage soudain, nous douche… Mais le soleil va revenir et toute la journée, nous aurons des alternances de soleil dans un ciel moutonnant et d’averses. Nous allons voir les murals de la ville qui s’en est fait une spécialité depuis 1990. Ils sont tous concentrés sur les murs de brique des maisons du centre ancien. De taille et de qualité variables, presque tous évoquent Moose Jaw au début du XX° siècle, ou les péripéties de la prohibition quand la ville était un carrefour du trafic vers les Etats-Unis.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

En ce dimanche matin, il est facile de circuler et de se garer n’importe où. Nous reprenons l’autoroute, toujours vers l’ouest. Nous allons voir un autre silo, dont une bonne partie est en bois non recouvert comme les précédents, avec encore de beaux volumes, sur le bord de la voie ferrée. Rapide déjeuner sur une aire de pique-nique puis nous parvenons à la limite de la province et entrons en Alberta. Le personnel du Visitor’s Center est peu aimable et il faut payer une somme ridicule qui ne grèverait pas le budget communication du Ministère du Tourisme : 2 dollars pour une carte routière ! Grâce au wifi, je trouve un message de Julie pour la fête des Pères ! Nous sommes toujours dans la prairie, verdoyante comme il se doit, les moissons ont été rentrées et nous apercevons plus de bétail dans les prés. De grasses vaches broutent une herbe tendre et à foison, pas d’élevage intensif ici ! Nous apercevons même deux biches (chevreuils ?) égarées près de la route, derrière une clôture barbelée. Nous continuons en direction de Calgary mais nous arrêtons bien avant dans un camping très simple, à peine signalé, Poplar grove, à la hauteur de Bassano. Pour une fois ce n’est pas trop cher et nous pouvons bénéficier de l’électricité. Nous allons en profiter pour regarder un film sur l’ordinateur après avoir pris un pastis pour fêter ce jour.

 Lundi 22 juin : Nous quittons ce camping en espérant en trouver d’autres à ce tarif et aussi tranquilles. Nous quittons l’autoroute et prenons une route secondaire en direction du nord. De ci, de là, et ce depuis le Saskatchewan, nous apercevons dans les champs des Shaddocks qui pompent lentement le précieux élixir de vie de tous ces moteurs puissants et rugissants qui équipent les véhicules.

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Nous continuons par une bonne piste qui se termine par une descente dans une vallée que nous suivons. Les falaises ont été érodées pendant des millénaires et les diverses strates sont parfaitement visibles, notamment celles de charbon, facilement reconnaissables. Des cheminées des fées sont l’attraction locale. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Les plus spectaculaires ont été rendues accessibles par un ensemble de sentiers et d’escaliers métalliques qui les protègent des vandales mais n’améliorent pas la perception du site. Néanmoins, il n’y a rien là de bien extraordinaire, mais ici, la moindre curiosité est mise en valeur. Après être allés voir un pont suspendu métallique jeté au-dessus de la rivière, nous parvenons au centre de cette région touristique, à Drumheller, et passons, à notre habitude, au Visitor’s Center, à côté d’un gigantesque Tyrannosaur Rex car, dans les couches de sédiments de la vallée, on a découvert les restes de nombreux dinosaures et ils constituent l’attraction majeure de la région. Nous allons d’ailleurs, à quelques kilomètres, au grand musée Tyrrell consacré à toutes ces sympathiques bestioles que nous n’avons heureusement pas connues… La mise en scène est là aussi exceptionnelle ! Des squelettes de divers dinosaures ont été assemblés ou reproduits en grandeur réelle par des moulages. Difficile de ne pas être impressionné par le résultat. 

ALASKA 2015 ( 1.- Le Canada d'Est en Ouest)

Je n’en saurai pas beaucoup plus à la sortie, la flemme de lire et traduire tous les textes mais je ne me serais pas ennuyé ! J’aimerais aussi bien savoir ce qui est passé dans la tête des religieuses que nous avons côtoyées dans les salles… Nous en ressortons à plus de trois heures et j’ai faim ! Nous allons nous garer sur une aire de pique-nique et dévorons notre déjeuner. Nous repartons en suivant la vallée. Des belvédères offrent une vue sur les falaises érodées et leurs diverses couches colorées, la rivière et deux biches, celles qui donnent leur nom à la rivière : la Red Deer River. Un nonchalant bac à câble nous la fait traverser puis nous revenons à Drumheller. Nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché loin de valoir les précédents puis, bien qu’il soit déjà cinq heures et demie, nous prenons le chemin de Calgary. Un bref détour pour une dernière vue sur un cañon puis nous roulons. Et soudain, du sommet d’une côte, nous les découvrons, une barrière au fond de l’horizon, les Rocheuses ! Nous rejoignons une autoroute, passons devant l’aéroport et découvrons les gratte-ciel de Calgary. Nous nous mettons en quête d’un Walmart, nous nous en faisons indiquer un et nous allons nous garer sur son parking, il est sept heures et demie du soir ! Je vais faire une courte promenade dans la galerie du Mall pour me relaxer et m’offrir un Coca Cola.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:07

Mardi 10 février : Je n’ai plus mal à la gorge mais je tousse ! La température s’élève avec le soleil mais je garde mon pull… Petit déjeuner avec des « french toasts » c’est-à-dire du pain perdu mais pas de thé noir. Je dois aller chercher les sachets conservés d’un autre hôtel, réclamer de l’eau chaude pour obtenir une boisson buvable. Nous quittons le lodge après un dernier regard aux chutes noyées dans l’ombre. Nous devons être à dix heures à Pakse pour rendre la voiture. Un plein d’essence et nous y sommes à temps. Je dépose Marie et les sacs au bureau d’Yves et je vais chez Avis. Tout est en règle, pas de surprise de dernière minute. Je retrouve Marie, ôte mon pull puis je vais discrètement déposer sur le comptoir du Lankham hôtel la clé de la chambre que j’avais conservée par mégarde… Je vais faire un tour dans les environs à la recherche d’un éventuel restaurant vietnamien. Je découvre une rue qui n’a pas dû changer depuis 50 ans, pas de voitures, d’anciennes maisons de commerce chinoises, des gosses qui jouent dans la rue et des chats qui attrapent les moineaux mais pas de restaurant vietnamien. Nous allons déjeuner au Daolin à clientèle exclusivement touristique. Pas cher et pas plus mauvais qu’ailleurs, Marie s’offre une glace. Nous retournons attendre l’arrivée d’Yves chez qui nous avons laissé les sacs en dépôt, puis sautons dans un tuk tuk qui nous conduit à l’aéroport. Nous enregistrons puis attendons dans une aérogare presque déserte l’heure d’embarquer. Bien qu’il s’agisse d’un vol local, nous devons tout de même montrer patte blanche à la police. Nous retrouvons des touristes grecs en transit qui doivent embarquer sur le même vol. Je suis très déçu, je croyais que nous voyagions à bord d’un petit coucou et nous voilà dans un ATR de 80 places ! Nous survolons une masse nuageuse sans rien voir du paysage. On nous distribue des feuilletés et des bouts de fruits mais pas question d’avoir une bière ou même un Coca, que de l’eau ou du café ! Nous descendons sur Louang Prabang sans rien voir de la ville. Nous nous posons et traversons l’aérogare moderne qui n’a rien à voir avec l’ancienne, réduite au minimum. Nous prenons un tuk tuk qui nous fait traverser la ville dans une circulation déroutante et sans que nous ne reconnaissions rien. Les touristes sont partout et des dizaines de guest houses les hébergent. Nous sommes déposés dans une rue calme, à deux pas de deux vat que nous identifierons plus tard, à la Xieng Mouan guest house. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous sommes bien attendus mais le petit déjeuner n’est pas compris dans les 35 dollars convenus, je manifeste un certain mécontentement pour obtenir un rabais et effectivement, après consultation du patron, nous obtenons un rabais de 5 dollars. Nous sommes logés dans une ancienne maison coloniale, en retrait de la rue, dans un beau jardin planté de superbes palmiers. Rien à redire à la chambre, confortable et plutôt joliment meublée. Nous profitons du Wifi pour appeler Nicole. Difficile de se comprendre… Nous sortons pour aller dîner sur les bords du Mékong tout proche. Nous sommes abasourdis par la profusion d’établissements implantés sur des terrasses au-dessus de l’eau. Rien à voir avec les gargotes en planches pourries de Thakhaek, Savanakhet ou Pakse. Tout est impeccable, bois vernis, carreaux au sol, végétation abondante, lampions dans les arbres, c’est tout à la fois Istanbul, Saint-Tropez, la rue de la Huchette etc… Où est notre Louang Prabang d’autrefois ? Les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs, la carte à peine plus étoffée. Nous dînons correctement, saucisse locale, salade de crevette pimentée, trop pour Marie, nouvelle occasion pour moi de larmoyer et d’avoir le nez qui coule… Nous allons nous promener. Toutes les maisons anciennes ou pseudo, sont des guest houses, des restaurants, des boutiques de souvenirs. Nous ne reconnaissons plus la rue principale devenue un vaste souk, on y parle toutes les langues, on y entend toutes les musiques, on peut y manger des pizzas ou des cuisines du monde, une boutique ne vend que du vin. Les « antiquaires » proposent des bijoux hmong fabriqués en série, les vieux tissus sont taillés pour faire des vestes d’appartement et quand ils ont dix ans valent des fortunes. Pourrons-nous rester dans cet enfer touristique ? Qu’allons-nous trouver dans les temples envahis par les hordes pressées et qui ne photographient qu’elles-mêmes ? Nous terminons par le marché du soir où, sous des parasols, on vend les pires atrocités artisanales fabriquées en Chine et estampillées Laos… Retour à la chambre, bien au calme…

 

Mercredi 11 février : Pas eu besoin de climatiser ou de faire tourner l’impressionnant ventilateur du plafond, il n’a pas fait trop chaud bien qu’il fasse nettement meilleur que sur le plateau des Boloven. Nous émergeons tardivement et puisque nous ne pouvons avoir le petit-déjeuner dans le jardin nous descendons sur les bords du Mékong le prendre dans le premier établissement qui le propose. Un peu cher pour du pain, du beurre et de la confiture avec du thé. L’autre rive presque sans constructions est beaucoup plus calme, des bateaux, du type de ceux que nous avions pris pour descendre depuis Pakbeng, sont amarrés ou promènent des touristes.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le temps passe et nous voulons nous rendre au service de l’immigration, avant qu’il ne ferme, pour prolonger notre visa. Un tuk tuk nous y conduit. Un document, facturé 3 dollars, à remplir, un versement de 2 dollars par jour, pour une extension de 11 jours, pour chacun de nous, demandent un calcul erroné qui prend un certain temps… Je devrai revenir chercher les passeports demain. Nous traversons la rue pour aller visiter le vat Visounalath. Extérieurement un temple très quelconque, devant un stupa en forme de pastèque, couvert de ciment. Il a été transformé en musée et nous pouvons y voir une belle collection de bouddhas anciens, présentés dans les différentes attitudes : « prenant la terre à témoin », « appelant la pluie » ou « apaisant les conflits ».

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A côté un autre vat, le Vat Aham est plus brillant, les colonnes de bois de son fronton sont couvertes de dessins au pochoir dorés, de même que son fronton. L’intérieur est entièrement couvert de fresques naïves sur les thèmes habituels et ce sont les représentations des tortures infligées aux damnées qui montrent la plus riche imagination… Une image d’amoureux idylliques nous amuse et servira de carte à envoyer aux amis… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons vers le centre en suivant une rue qui aboutit au marché Dara. Les bijoutiers y sont nombreux, nous y trouvons de beaux colliers en argent mais ils ne correspondent pas à ce que voudrait Marie. Dommage… Sans avoir encore eu le temps de déjeuner, nous nous rendons au Traditional Arts and Ethnology Centre où une exposition présente les costumes et les modes de vie des ethnies du Nord, Yao, Mien, Hmong et autres Lao. Des jupes hmong et des vestes brodées yao sont superbes mais nous restons sur notre faim (dans tous les sens du terme…), Les trois salles sont petites et le café ne sert pas à manger… Nous parvenons au centre d’information touristique où l’on est incapable de nous renseigner sur la fête des Eléphants à Sanyabouli dans les jours qui viennent. Nous pouvons, enfin, envisager de déjeuner. Des stands, de l’autre côté de la rue, proposent à la clientèle de touristes des sandwichs, nous en prenons au jambon avec une bière avant d’envisager de rentrer nous reposer à la chambre. En chemin nous passons devant un beau vat, le Vat Mai, aux nombreux toits qui descendent très bas. Sa véranda est superbe, des scènes paysannes et de cour sont sculptées et dorées sur la façade, ses poteaux en bois sont couverts de dessins également dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

L’intérieur est plus classique avec des représentations du Bouddha, des offrandes, mais les murs de couleur rouge brique sont couverts de petites effigies de Bouddha dorées, comme dans les grottes de Birmanie. Nous passons devant le musée, l’ancien Palais royal, avant de retrouver notre rue. Nous sommes attirés par les sons d’un gong frappé sur un rythme soutenu. Nous assistons dans la cour du Vat Xieng Mouane, à la cérémonie qui consiste à frapper à 16 heures le gros tambour toujours placé dans une tour qui lui est dédiée. Les apprentis-bonzes se relaient pour frapper vigoureusement l’instrument, accompagnés de cymbales par d’autres moinillons. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Leurs camarades sont occupés à rafraîchir les dessins des colonnes et de la façade du temple, à l’aide de pochoirs et d’une peinture dorée, montés sur des échafaudages en bambous. D’autres moines en frappant un autre tambour dans la cour du Vat Choum Khong font écho. Et enfin, nous regagnons la chambre. Je parviens à me connecter à internet, expédier la carte pour les amis et réserver une chambre à Vientiane. Nous ressortons pour aller « faire les boutiques »… Certaines, de luxe, vendent, à des prix difficilement envisageables, des articles de qualité, mais à qui ? Y-a-t-il une clientèle pour des dessus de table à 450 dollars ? Une autre boutique, tenue par un Laotien parfaitement francophone, montre des foulards en soie d’une exceptionnelle qualité et aussi de beaux bijoux en argent qui nous intéressent fort. Un bracelet et des colliers hmong ont l’heur de plaire à Marie, pas les prix, à discuter et à revoir… Nous arrivons à la hauteur de la Villa Santi, cette superbe demeure coloniale où nous avions eu le privilège, peu cher à l’époque, de résider en 1998. Il n’est plus dans nos possibilités… Nous dînons en face au Tamnak Lao, un restaurant installé dans une autre belle demeure coloniale. Nous ne résistons pas au plaisir d’un cocktail : un « Mango Sling » pour moi, long drink agréable et trop vite bu et un « Lao Piranha » pour Marie, redoutable comme son nom l’indique… La cuisine est bonne, curry de porc avec des aubergines pour l’un et beignets de pousses de bambou farcies au porc pour l’autre, original et goûteux. Décidément Louang Prabang sait se faire apprécier ! Nous rentrons par les rues calmes en arrière de la rue commerçante, en repérant d’autres restaurants et en devinant dans la nuit de belles demeures inévitablement transformées en auberges. Dernière connexion pour envoyer une carte d’anniversaire à Michèle.

 

Jeudi 12 février : Lever difficile, de plus en plus… Nous nous contentons de nos biscuits et d’un thé offert par la maison en guise de petit-déjeuner. Nous partons en direction de la pointe de la péninsule formée par la ville ancienne entre les cours du Mékong et de la Nam Khan. Notre rue est agréablement calme et de nombreuses maisons transformées en auberges de charme s’y trouvent. Nous passons devant une belle maison coloniale qui aurait pu être une église et qui est le centre culturel français. Nous allons y jeter un œil mais il ne semble pas s’y passer grand-chose et aucun film n’est annoncé. Un vat, en face, le Vat Pa Phai, semble intéressant, nous allons le visiter. Effectivement sa belle façade en bois sculpté et doré cache sur le mur du bâtiment une très belle fresque contant des scènes de la vie de tous les jours d’autrefois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

A l’intérieur, les murs rouge brun sont couverts de peintures dorées qui racontent elles aussi des histoires, pas toujours réjouissantes, les scènes de supplices sont nombreuses et explicites… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous rejoignons la rue principale et nous devons reconnaître que cette ville a encore beaucoup de cachet, l’alignement d’anciennes maisons restaurées et les temples qui se suivent constituent un ensemble extraordinaire, mieux apprécié le jour que le soir quand on ne voit plus que les lumières criardes, les étalages de souvenirs et les touristes attablés dans les cafés et restaurants. Une antique et superbe Traction avant stationne devant une des maisons, on cultive le rétro colonial ! 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus loin, le Vat Sensoukaram est un ensemble de magnifiques bâtiments et en particulier le temple avec ses toits gigognes au-dessus du sim, peint comme presque tous les autres, en rouge brun et couvert de dorures. Il en est de même pour la tour du tambour et pour un pavillon qui abrite un grand Bouddha debout. Deux longues pirogues de prestige reposent dans un abri et attendent de défendre les couleurs du monastère lors d’une fête.

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D’autres vat, plus modestes mais eux aussi soigneusement couverts de dorures, se succèdent du même côté de la rue. Ils sont tous en activité, les moines dans leurs robes safran font leur ménage, lavent des voiles mis à sécher sous les arbres et se laissent mitrailler par les touristes… De l’autre côté de la rue, un bâtiment qui ne semble pas en être un est pourtant un temple, le Vat Siuvannakhili, qui abrite une exposition de photos sur la pratique de la méditation dans le bouddhisme laotien. Et, enfin, nous atteignons le chef d’œuvre de Luang Prabang : le Vat Xieng Thong qui a lui seul justifie le voyage. La perfection architecturale du lieu ! Le temple a une toiture en mille feuilles qui semblent descendre jusqu’à terre, soutenue par des étais sculptés et dorés. 

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Les murs extérieurs mais aussi intérieurs sont couverts d’une débauche de dorures, peintures, stucs, scènes sur la façade, colonnes imposantes, tout est couvert de dessins, de symboles dorés. Le Bouddha qui trône à l’intérieur ne retient plus l’attention, il a beau être doré, tout le reste l’est aussi ! Quelques pavillons complètent l’ensemble. Un grand, façade dorée bien entendu, renferme un chariot, doré, qui permet de transporter les urnes qui contiennent les cendres de membres de la famille royale, des dragons à cinq têtes ornent les timons du char, les murs, rouge vif, sont couverts de scènes réalisées au moyen de tesselles de verres colorés et des Bouddhas s’alignent le long des parois. 

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Dans la cour, de splendides bougainvillées s’élancent et couvrent les arbres d’une couverture écarlate ou mauve. D’autres pavillons plus petits sont entièrement couverts de mosaïques d’éclats de verre colorés qui narrent des épisodes de la vie à la cour ou dans les campagnes, défilé d’éléphants, palais, scènes de moisson dans les rizières etc… 

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Nous en ressortons éblouis, réconciliés avec Luang Prabang… Nous descendons sur les bords du Mékong, au confluent de la Nam Khan, noyé sous les cocotiers, laissant apercevoir les bateaux qui remontent ou descendent le courant entre les bancs de sable. Nous envisageons de déjeuner au café sis à la pointe mais l’abus pratiqué sur le prix de la bouteille de bière nous en fait repartir. Nous visitons un dernier temple, le Vat Pakkhan, moins chargé dans sa décoration intérieure et quasi nu extérieurement mais aux formes très pures. Nous retournons sur les bords de la Nam Khan que l’on peut traverser sur des passerelles en bambou et déjeunons dans un restaurant au-dessus de la rive.

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Plats très corrects, des ribs de porc frits, accompagnés d’ail confit, de gingembre et de feuilles de citronnelle frites, elles aussi. Marie se régale d’un plat de pousses de bambou et de poulet au lait de coco. Nous suivons les bords de la rivière, encore de belles maisons et de sympathiques cafés au bord de l’eau. J’abandonne Marie dans l’un d’eux et continue pour retourner au service de l’immigration récupérer les passeports. Problème : nous avons demandé 11 jours de prolongation de notre visa afin d’être en règle jusqu’au 1er mars. Par un étrange calcul, la prolongation est arrêtée au 27 février ! J’en fais la remarque au préposé qui convient de l’erreur mais doit consulter sa chef… La rectification est opérée sans difficulté… Je vais revoir les colliers en argent chez les bijoutiers proches du marché Dara mais les prix sont aussi élevés que chez l’antiquaire de la veille. Je retrouve Marie et nous décidons de rentrer nous reposer. En chemin, au pied de la colline du Phu Si, nous passons devant le Vat Siphoutthabat Thippharam où se trouve une empreinte du pied du Bouddha. Renseignement pris, il faudrait monter des escaliers pour y parvenir, nous gardons cette ascension pour le jour où nous monterons sur la colline. Le vat est aussi une école où de nombreux moinillons sont éduqués, les taches orange de leurs robes égaient les cocotiers et autres arbres. Nous rentrons en passant par un quartier qui paraît loin de la ville, maisons traditionnelles en bois dans la verdure et cocotiers élancés ne laissent pas deviner l’agitation proche. Nous demandons à rester deux nuits de plus mais notre chambre est déjà réservée, nous allons devoir en changer à chaque nuit. Nous ressortons pour aller traîner, sans plaisir pour ma part, au marché de nuit. Nous y trouvons tout de même quelques tissus à rapporter en cadeaux. Les touristes Chinois sont très nombreux, sans gêne et bruyants, facilement repérés. Nous repassons à l’auberge nous mettre d’accord pour les deux jours suivants puis allons dîner au restaurant Toui, excellente cuisine, un canard au lait de coco et encore un poisson en feuilles de bananiers pour Marie. Retour fatigué à la chambre.

 

Vendredi 13 février : Ce n’est pas encore ce matin que je me lèverai pour voir à six heures la distribution des aumônes aux bonzes. Marie encore moins ! Nous devons déménager, notre chambre étant réservée, pour une autre identique, à l’étage, plus dans les arbres. Nous avons décidé malgré le temps toujours brumeux que le soleil perce parfois, de monter à la colline du Phu Si. Une volée d’escaliers nous y conduit en plusieurs étapes. Nous exsudons les kilos de riz gluant ingurgités ces derniers jours. Du sommet, la vue est peu attrayante, les arbres cachent la vue sur la ville et tout juste entrevoit-on le Mékong et des quartiers plus excentrés et sans aucun intérêt. Nous jetons un œil au petit temple qui le couronne, surmonté d’un hti, comme en Birmanie. Il ne désemplit pas, les dévots y viennent se prosterner et relâcher de malheureux oiseaux emprisonnés dans de minuscules cages en osier.

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Nous redescendons sur un autre côté de la colline et dans un virage, nous avons la vue souhaitée sur la péninsule, ses maisons anciennes alignées le long de la rue centrale et les toits de tuile des temples.

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Plus bas nous trouvons des statues de Bouddhas en diverses positions, récentes, laides et dorées à en faire mal aux yeux, Un Bouddha poussah est remarquablement et sans doute involontairement drôle. Dans un trou de la roche, on a voulu voir une empreinte du pied du Bouddha. Admettons… Nous retrouvons le temple, école des moinillons où nous sommes passés hier et de là, la rue principale. Nous avons repéré un restaurant où nous souhaitons goûter les nem khao annoncés sur la carte mais il est un peu tôt. Et que faire en attendant si ce n’est rentrer dans toutes les boutiques à la recherche de ce dont nous n’avons absolument pas besoin… Marie est intéressée par des tissages en soie, très beaux, très fins mais aussi très chers et surtout neufs ! Je déniche sous une pile d’anciens tissages dont un magnifique. L’unanimité se fait pour le déclarer INDISPENSABLE ! Nous négocions le prix, payé par carte de crédit donc presque indolore…

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Il est temps de déjeuner, le riz croustillant commandé et les saucisses sont bons mais le riz n’est pas exactement celui que nous espérions. Retour à la chambre pour une courte période de repos puis nous ressortons et nous nous rendons à l’ancien Palais royal transformé en musée. En cours de route je cherche à changer 400 dollars, une officine propose un honnête taux de change à 8080 kips pour un dollar. On me tend une pile de billets en espérant que je ne vérifierai pas. Il manque 700000 kips ! Pas de soucis le compte est immédiatement rectifié, sans contestation… Dans un parc, un bâtiment mi-européen, mi-laotien, datant du début du XX° siècle. On y entre pieds nus, comme dans un temple. L’intérêt est limité, des pièces privées, chambres du roi, de la reine, meublées années 1950, une collection de Bouddhas dans des vitrines sans explication et la salle du trône, couverte de mosaïques de verre retraçant comme au Vat Xieng Thong, des scènes de la vie au Laos. Le trône et autres instruments du pouvoir royal, tous très ouvragés, sont couverts d’or. Une dernière salle présente les cadeaux reçus d’autres pays, certains ne s’étaient pas ruinés… Derrière le palais, dans les dépendances, les automobiles royales, un 4x4 Toyota, des Lincoln et une malheureuse DS complètement en ruine. Nous terminons la visite par le temple tout juste achevé, trop clinquant, construit pour renfermer un Bouddha en or que l’on n’aperçoit que de loin. Nous traversons la rue pour aller visiter le petit Vat Pa Huak qui n’a pas eu le malheur d’être ripoliné depuis longtemps et qui, de ce fait, a beaucoup de charme. Sa façade est joliment sculptée et montre un Bouddha assis sur les trois éléphants symboles du royaume du Laos

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A l’intérieur de superbes fresque du XIX°, encore fraîches, représentent notamment l’arrivée des caravanes de marchands chinois et d’autres scènes moins compréhensibles mais où de jeunes et jolies jeunes femmes sont rassemblées.

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Nous nous accordons une pause et nous nous rendons sur les bords du Mékong nous offrir une boisson rafraîchissante en contemplant le trafic fluvial, le ballet des ferries de véhicules ou de passagers. Le soleil décline, scintille sur le fleuve et perce enfin les nuages. Nous nous dirigeons vers la salle du théâtre royal pour assister à une représentation du ballet royal. Les places sont chères, même pour une clientèle exclusive de touristes. Un orchestre traditionnel est installé dans un coin de la scène, composé d’un gamelan et de percussions. 

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On nous présente plusieurs ballets. En entrée, et en conclusion, celui de jeunes filles, coiffées d’une tiare dorée et qui sur le rythme de la musique, ondulent presque sur place, les bras flottent pour mettre en valeur les gestes des mains aux doigts écartés et aux paumes retournées. Un de ces ballets que le Cambodge a fait connaître au monde entier et qui symbolise la grâce et l’art de la danse. Entre ces deux ballets, une scène du Ramayana nous est montrée avec masques, gestes codifiés à l’extrême, les singes d’Hanuman ne cessent de se gratter, c’en est presque contagieux, les aigles miment l’envol et les batailles ne sont guère violentes. Je regrette que les costumes ne soient pas plus riches, pour une fois j’aurais apprécié paillettes et dorures.

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Nous cherchons où dîner. Les restaurants de la rue principale sont chers et peu engageants avec leur clientèle de touristes bien habillés pour la soirée. Nous allons au Coconut garden, à peine moins cher et peu copieux. Les plats commandés sont bons : un ragoût de porc et de peau de buffle (non identifiée dans l’assiette) en sauce au lait de coco et du buffle (c’est le dîner au buffle ce soir !) mariné et grillé. Retour à la chambre et rédaction de la journée.

 

Samedi 14 février : Réveillé tôt, je m’aperçois qu’il n’est que six heures, l’heure de la distribution des aumônes aux moines. J’enfile un pantalon et une chemise, attrape l’appareil photo et me précipite dans la rue, laissant Marie endormie. Je vais jusqu’au premier carrefour de notre rue et attend l’arrivée des moines. Il fait encore nuit noire, quelques vieilles personnes ont installé des tabourets en osier ou posé sur la chaussée des tapis, des paniers tressés pour contenir le riz gluant sont posés à côté. Des minibus déposent des touristes bardés d’appareils photo. Une file de moines s’avance vers nous, ils portent en bandoulière un grand bol en métal argenté pour recueillir les dons des fidèles. Chacun dépose dans l’escarcelle des bonzes une bouchée de riz, un bonbon, des biscuits, dans le plus grand silence. Chaque temple envoie ses chanoines et ses novices faire ainsi le tour du quartier. J’avance dans la rue, à la fois pour fuir mes congénères qui ne se gênent pas pour prendre des photos au flash et aussi pour essayer de trouver de meilleurs angles de prise de vue. Des touristes ont désiré participer, ils ont été amenés par leur guide, en minibus, installés sur des tabourets plastiques et distribuent les parts qui leur ont été allouées. Je m’installe face à quelques dames âgées qui se sont assises devant leurs maisons ou leurs commerces, elles papotent, arrosent leurs fleurs, rentrent chez elles, reviennent, entre deux passages de moines.

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Le jour s’est levé, je regagne la chambre et me recouche. Marie se réveille, je lui souhaite la Saint-Valentin. Une fois de plus nous devons déménager, cette fois une chambre « luxe » dans la maison principale. Je laisse les sacs à la réception puis vais poster des cartes et reviens par les bords du Mékong en repérant d’où partent les ferries qui le traversent. Nous allons en ville, je montre à Marie où j’ai assisté à la distribution des aumônes puis nous retournons sur la grande rue et allons revoir le marchand des bijoux d’avant-hier. Il nous ressort les bracelets et colliers et Marie se décide pour un des bracelets et choisit le collier fin, gravé. La discussion devient difficile, la négociation pire qu’avec un Poutine obtus, à peine obtenons-nous une remise de 10% ! Nous réservons une table pour ce soir au restaurant « l’Eléphant », je rapporte les bijoux à la nouvelle chambre, pourvue d’un petit salon, décorée avec de beaux tissus mais sans balcon. Nous continuons sur les bords du Mékong, déjeunons dans une des gargotes, pas chère et plats peu copieux. Nous avançons jusqu’à l’embarcadère du Vat Xieng Thong d’où nous aurions voulu traverser le Mékong pour aller visiter les temples de l’autre côté mais les prix sont très exagérés et Marie se sent trop fatiguée pour marcher encore beaucoup. Nous rentrons donc à l’auberge profiter de notre « suite » ! Après une bonne sieste, nous ressortons à la nuit tombée et cherchons un endroit où nous offrir, en ce jour mémorable, un cocktail, sur les bords du Mékong. Un établissement nous y invite, des sièges en rotin confortables, une vue sur le Mékong perdu dans les ténèbres… 

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Une « Margarita » et un « Lao cocktail » à base de décoctions laotiennes alcoolisées, qualifiées de « whisky » ou de « vin » nous mettent en appétit… Il a fallu demander à la serveuse de nettoyer la table graisseuse et ensuite de nous apporter des glaçons et les arachides prévues mais ce n’est pas grave, rien n’est grave aujourd’hui… Nous nous rendons au restaurant «L’Eléphant » où nous avions réservé une table et commandons des plats laotiens bien qu’il s’agisse d’un restaurant prétendument français, ce que la carte laisse supposer mais à des prix également français… A côté de nous des touristes chinois, cigarettes au bec, bière et vin rouge sur la table. Au moment de l’addition, ils demandent qu’elle soit calculée pour chaque famille puis ils comptent et recomptent leurs sous pendant presque tout le temps de notre repas ! Nous nous régalons de viande de buffle séchée, grillée avec des graines de sésame, de tiges de citronnelle farcies au porc et grillées et de poisson farci au porc et grillé en feuille de bananier. Une excellente cuisine, chère pour le pays mais ce n’est pas tous les jours la Saint-Valentin ! Une bouteille de sauvignon blanc argentin entretient notre degré d’alcoolémie… Marie, décontaminée par presque quatre semaines au régime (presque) sans alcool, a quelques difficultés à rentrer sans dévier de la trajectoire rectiligne… Elle s’endort aussitôt.

 

Dimanche 15 février : Nous sommes réveillés tôt, Marie veut voir passer les moines de nos fenêtres mais il faut les guetter. Ils défilent juste au moment où nous allions prendre notre petit-déjeuner avec des biscuits et une tasse de thé. Nous descendons les sacs et attendons le tuk tuk qui doit nous emmener à la gare routière. Il fait le ramassage dans les nombreuses guest houses de la ville. Nous arrivons en surcharge à la station des minibus. Nous montons dans l’un d’eux, Marie à l’avant, moi derrière en compagnie d’un couple d’Anglais discrets, d’un couple de Hollandais bavards et d’un couple mixte franco-hollandais. Les deux mâles bataves entament une saoulante conversation à voix haute et forte qui durera pendant tout le voyage et le néerlandais me paraît aussi gracieux que le  bruit produit lorsqu’on cherche à changer de vitesse sans débrayer… La route est au début celle de Vientiane, tout en virage, dans les montagnes couvertes d’une belle végétation, le revêtement est très dégradé, le chauffeur roule vite et brutalement, je suis vite moulu et quelque peu malade, ma voisine, la Française est blême… Marie attendra le dernier virage pour faire don à la nature de notre maigre repas, un sandwich au poulet, avalé lors d’une très brève halte. Arrivés à Phonsavan, un autre minibus nous prend en charge pour nous déposer à la Nice Guest House où nous avions réservé, le trajet n’est pas long, il suffisait de traverser la rue ! Nous avons une chambre un peu sombre au rez-de-chaussée, Marie veut en changer pour une plus grande et à peine plus claire au deuxième étage. Si on la lui avait proposée en premier, elle aurait râlé… Nous réservons une excursion aux sites de la Plaine des Jarres auprès du chauffeur du dernier minibus puis nous étudions la suite du programme sans nous décider vraiment. Nous allons dîner au Bamboozle, un restaurant de l’autre côté de la rue. Nous devons attendre pour avoir une table à l’intérieur, il ne fait pas très chaud à l’extérieur, nous sommes remontés à 1000 mètres d’altitude. Le service n’est pas rapide et la carte est plus appétissante que les plats servis, tous au goût anglo-saxon. Pour une fois, las du riz, nous avions choisi de sacrifier à la cuisine occidentale, fish and chips et steak de porc avec des croquettes de pommes de terre, servis avec de la moutarde ou une sauce, toutes deux sucrées. Nous rentrons vite nous réchauffer dans le lit et revoir sur TV5 le film que nous avions bien aimé : « Tango libre ».

 

Lundi 16 février : Nous allons prendre le petit déjeuner de l’autre côté de la rue, pain (toujours la baguette !), beurre et confiture. Le beurre est généreusement servi, une demi-plaquette environ par personne mais ce n’est sans doute que de la margarine. Nous embarquons donc dans un minibus en compagnie de deux sœurs québécoises, d’une Chinoise rigolote, d’une Taïwanaise étrange, l’appareil photo continuellement en marche et d’une Australienne, grande jument bréhaigne. Direction la dite Plaine des Jarres, en réalité plusieurs sites, au sommet de collines. Nous allons en visiter trois. Le premier à une trentaine de kilomètres de Phonsavan est atteint à partir du parking, après une petite marche dans les rizières, à peine moins sèches que dans le sud puis une légère montée jusqu’au sommet d’une colline. Nous y trouvons de grandes cuves creuses, taillées dans la roche dont on ne sait pas trop l’origine ni la fonction. 

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Les locaux affirment qu’il s’agit des gobelets de géants utilisés lors de libations, les archéologues pencheraient pour des urnes funéraires datant de deux à trois millénaires. Beaucoup sont brisées, leur taille est bien marquée par de larges stries, quelques rares couvercles subsistent. Nous nous rendons ensuite au deuxième site, encore une montée pour atteindre deux sites proches avec les mêmes jarres mystérieuses, des arbres ont planté leurs racines dans certaines et les ont fait éclater. Tout le minibus est convié à déjeuner dans une gargote à l’entrée du dernier site, plat unique : soupe de nouilles avec quelques morceaux de viande au choix… Nous repartons pour le dernier site, proche de la ville. Plus aménagé, il dispose d’un Visitor Center et des navettes électriques amènent les touristes au pied du premier groupe où se dresse la plus grande, 2,5 mètres de haut et autant de diamètre. En contrebas nous apercevons un champ où sont couchées ou dressées d’autres jarres ou leurs restes, entre des cratères de bombes de la guerre, quand les Américains cherchaient à couper la piste Ho Chi Minh. 

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Nous revenons en ville et discutons à l’hôtel de ce que nous allons faire demain. Marie voulait visiter les grottes où pendant la guerre avaient été installés hôpitaux, usines, stocks de ravitaillement mais elle craint d’avoir à trop marcher et préfère renoncer. Circuler n’est pas aisé, plus de minibus pour nous rendre plus au-delà. Nous devons, soit louer un minibus rien que pour nous, soit prendre les bus locaux, lents et peut-être surchargés et avec des correspondances aléatoires. Je vais me renseigner, reviens au rapport, et finalement nous prenons des billets pour le bus qui nous laissera à un carrefour d’où nous devrons repartir pour Vieng Thong, quand un bus passera… Marie a envie de rendre visite au centre UXO où sont exposés les problèmes liés à la recherche et à la destruction des milliers de bombes qui truffent forêts et rizières, tuant encore. Les panneaux explicatifs sont en anglais ainsi que le film projeté mais nous restons jusqu’au bout, regrettant que toutes ces recherches et leurs frais ne soient pas à la charge des Etats-Unis… Nous revenons à la chambre, relisons le blog avant de le mettre en ligne. Nous allons dîner dans une gargote indienne, une cuisine qui nous change avec des saveurs différentes, samossas, poulet tandoori ou masala et des nans

 

Mardi 17 février : Nous devons nous lever à six heures aujourd’hui, prendre un très rapide petit-déjeuner, un thé et nos biscuits, puis sauter dans le tuk tuk, après avoir attendu une Suissesse, pour nous rendre à la gare routière. Il fait froid et la ville est plongée dans un épais brouillard. Là, nous devons partir avec un « bus local », nous craignions un vieux bus délabré et lent mais pas du tout, c’est un minibus qui assure le transport des voyageurs à destination de Sam Neua. Nous y prenons place avec la Suissesse et la petite Chinoise déjà rencontrée et des locaux. Le chauffeur qui a placé en guise de tapis de sol des napperons tricotés de couleurs vives, nous oblige à nous déchausser et à conserver nos chaussures dans un sac plastique. Nous partons avec un léger retard. Premier arrêt pour le plein d’essence puis pour récupérer un pneu, avant d’aller sagement nous garer à la gare routière près de notre guest house. Je fais remarquer à celui qui m’avait affirmé qu’il n’y avait pas de minibus pour Sam Neua de cette gare que nous aurions pu éviter de courir à la gare routière et attendre là… Nous prenons de nouveaux voyageurs, je m’installe devant avec Marie, les vitres fumées et ma position surélevée ne me permettent que d’apprécier à demi le paysage. La route, étroite, percée de nids de poule, grimpe en continuels virages dans la montagne couverte d’une très belle et très dense forêt, une jungle probablement difficilement pénétrable. Les maisons des rares villages sont bien entendu en bois, rustiques, des planches mal dégrossies, sans le moindre élément de décor, les toits de chaume sont de plus en plus remplacés par des tôles ondulées métalliques ou en fibro-ciment. Les femmes de corvée de bois ou plutôt de bambou, portent les charges dans des paniers en osier dans le dos ou tenues par un bandeau de tête.  Les lacets serrés ont rapidement un effet indéniable sur nos compagnons laotiens de voyage… Ça dégueule à tout va ! Le stock de sacs plastique diminue à vue d’œil. A peine remplis et jetés par les fenêtres ils sont remplacés et les raclements de gorge reprennent accompagnés de borborygmes et déglutitions. Une halte permet à nos compagnons de reprendre quelques couleurs mais les virages continuent et leurs estomacs ne se sont pas satisfaits de cette pause… Nous arrêtons plus longuement pour un repas que nous ne prenons pas, nous contentant d’un paquet de chips, pressés d’arriver au carrefour, sept kilomètres plus loin, où nous abandonnerons le minibus pour continuer en direction de Vieng Thong. Nous récupérons nos sacs et allons nous asseoir à l’arrêt des bus, bien indiqué, sur des bancs à l’ombre car il commence à faire chaud.

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Nous guettons un bus, un minibus, une voiture, n’importe quel véhicule susceptible de nous faire parcourir les soixante kilomètres qui nous séparent de notre but. Les véhicules sont très rares, 3 ou 4 à l’heure et il ne passe aucun bus… J’arrête plusieurs voitures mais aucune ne veut nous emmener, un commerçant accepterait pour 300000 kips… Nous observons les garçons qui se sont confectionné des jouets ingénieux à partir du bambou : l’un a réalisé des échasses avec quatre tiges de bambous, d’autres se sont fabriqué des carabines avec deux tiges, l’une formant cylindre, l’autre piston. Au fil des heures la tension monte… Un Italien en mobylette arrive, très décontracté, il a décidé de passer la nuit ici et trouve une chambre dans une gargote de bas étage où nous le rejoignons bientôt ainsi qu’un Thaï quand, la nuit venue, nous comprenons qu’il n’y aura pas de bus ce soir ! La chambre, à l’étage atteint par un escalier extérieur très raide, est réduite au minimum, des murs de planches couverts de pages de calendriers en guise de papier peint et une mince paillasse. Les toilettes sont à l’avenant. Nous descendons dans la salle commune que nous sommes seuls à occuper, nous y retrouvons Flavio, l’Italien, légèrement éméché après sa troisième bière et quelques verres de lao lao, le tord-boyau local. Il nous montre un jeu de son invention qui amuse Marie. Pour dîner au lieu du plat de pâtes avec des œufs frits demandé, nous avons une nouvelle soupe de vermicelles avec les œufs trop cuits. Nous regagnons ensuite notre cage ouverte à tous les vents…

 

Mercredi 18 février : La bourre de notre paillasse, tassée par des centaines de dos de voyageurs épuisés et égarés, est aussi dure que les planches sur lesquelles elle est posée. Elle forme des creux et des bosses que je cherche sans succès toute la nuit à adapter à ceux et celles de mon corps. Aucune intimité, les bruits de la rue comme ceux de la maison et de ses habitants nous parviennent. Pas question de se faire servir un petit déjeuner par notre peu accorte tenancière, tout juste obtenons-nous des verres d’eau chaude qui nous permettent de nous préparer des thés que nous accompagnons de nos derniers biscuits. Nous allons reprendre notre faction au « bus stop ». Nous étudions l’activité du village ou plus exactement l’absence d’activité, nous ne voyons personne exercer un quelconque travail à l’exception des quelques marchandes qui ont toutes le même étal de sodas, biscuits, cigarettes qu’elles vendent au compte-goutte. Les mères, très jeunes semble-t-il, se retrouvent, leur nourrisson porté dans le dos ou sur la hanche dans un porte-bébé en forme d’écharpe, pour papoter, rire, cracher à intervalles réguliers. Le bus devrait être là à dix heures, le suspense atteint des sommets… Dix heures et demie, dix heures quarante… Le voilà ! Un vrai, avec fanfreluches, mauves à glands argentés cette fois. Presque vide et allant bien à Nong Kiaw. Nous voici repartis après voir attendu plus de vingt et une heures ! La route, toujours étroite continue de serpenter dans les montagnes, souvent sur une ligne de crête, offrant des vues sur les forêts qui couvrent ces régions peu peuplées. Les traces de terrains défrichés puis abandonnés se remarquent sur les flancs des montagnes. Nous sommes à midi à Vieng Thong que nous avions essayé d’atteindre hier après-midi, pas un grand bourg mais tout de même moins désert que notre trou perdu. Nous déjeunons à une gargote de la gare routière : brochettes de petits oiseaux au goût de gibier et riz, un festin ! Nous repartons toujours dans les montagnes, traversons des plantations de tecks, des touffes de bambous, des bouquets de poinsettias. Une averse, avec de gros grêlons qui surprennent les voyageurs, rafraîchit, le ciel est ensuite plus bleu et la végétation plus verte. Le bus s’est rempli au cours de la dernière étape et quelques-uns remplissent encore des sacs plastiques. Notre voisin se racle la gorge et crache toutes les deux minutes par la fenêtre… A l’approche de Nong Kiaw des massifs basaltiques se rapprochent, forment des gorges, la présence de touristes signale l’arrivée au village. Le bus nous dépose après le pont sur la Nam Ou, devant la guest house que nous avions élue, « Sengdao ». Nous y avons un bungalow pas cher, à peine plus que notre gourbi de la veille, avec un vrai matelas et une petite véranda avec vue sur la jolie rivière. Je ressors aussitôt jeter un rapide regard sur la Nam Ou qui surgit entre les montagnes, puis vais faire un tour du petit centre-ville, repérer les restaurants, le ponton d’embarquement avant de revenir à la chambre. 

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Nous allons nous installer à une table du restaurant bien placé au-dessus de la rive. Nous envisageons les possibilités pour les jours à venir, consultons nos messages puis dînons, plats très copieux mais les viandes sont coupées en trop gros morceaux. Nous essayons ensuite d’avoir Julie sur Skype ce qui ne va pas sans mal, la connexion étant devenue très mauvaise. Je réussis néanmoins à échanger quelques mots avec elle. La suite de son séjour en solitaire au Mexique ne semble pas la réjouir.

 

Jeudi 19 février : Le bruit des bateaux qui dès l’aube passent sur la rivière nous réveille. Je vais réserver notre place sur le bateau pour Muang Ngoï de cet après-midi puis je vais changer à la banque. Nous prenons le petit déjeuner tout en essayant de nous connecter à internet mais la liaison est si lente que nous renonçons. Nous allons nous promener et tout d’abord apprécier la vue sur la rivière depuis le pont. La brume qui nous cachait les pics se dissipe lentement et si les arrière-plans restent flous, quelques rayons de soleil bienvenus éclairent la Nam Ou, ses rives et les bateaux qui se glissent entre les îlots découverts aux basses eaux.

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Nous arpentons la seule rue du village, quelques restaurants et guest houses et puis plus rien, la campagne. Nous revenons sur nos pas pour découvrir l’autre partie du village, après le pont, tout aussi limité dans son intérêt. Marie trouve des cartes postales au minuscule bureau de poste et nous revenons les écrire à notre auberge. Les Chinois, en vacances du Jour de l’An, ont envahi le nord du Laos pour leurs quinze jours de congés annuels, ils font généralement honneur à la bière locale… Nous déjeunons simplement, riz frit et nouilles frites puis nous allons à l’embarcadère, bientôt rejoints par d’autres touristes. Nous montons à bord d’une barque couverte, où une mince et peu large planche posée presqu’au fond de la coque tient lieu de siège, au grand amusement scandalisé des passagers alors que nous voyons débarquer des touristes de bateaux pourvus de sièges très confortables. Nous devons nous entasser sans trop savoir que faire de nos jambes… Nous démarrons dans un bruit d’enfer, et remontons le courant entre des berges, au début dans l’ombre puis ensoleillées. Nous voyons défiler les falaises et les pitons karstiques à quelque distance, rien de bien extraordinaire. Nous louvoyons entre les bancs de sable encombrés de rochers, les buffles se baignent pour se rafraîchir ou font la sieste couchés dans le sable. Nous franchissons en force de petits rapides, à peine secoués.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une heure plus tard, alors que je ne sais plus sur quelle fesse porter mon poids, nous approchons de Muang Ngoï. Manifestement, vu de la rivière, un village consacré aux touristes avec ses alignements de bungalows identiques. Nous débarquons, grimpons les escaliers du débarcadère, posons les sacs et je pars en quête d’un hébergement. Il reste un bungalow chez Ning Ning, pas en bord de rivière et collé entre deux autres. Il ne plait pas à Marie, je serais partisan d’accepter car le nombre de touristes qui a débarqué avec puis après nous est impressionnant. Je pars à la recherche d’une autre guest house mais tout est complet ! Nous revenons chez Ning Ning, son dernier bungalow est loué ! Début de panique… Je retourne dans la grande et unique rue, croise des Chinois, deux jeunes Israéliennes et d’autres, tous en quête d’un lit pour la nuit. Par hasard, j’entends une commerçante proposer une chambre à une Chinoise, je la suis, un Allemand aussi, Les chambres, il en reste deux ne plaisent pas à la Chinoise, elles conviendront à l’Allemand et à nous… Un lit, point final, pas de ventilateur alors que la pièce est étouffante, toilettes en commun… Je reviens prévenir Marie, elle n’est pas ravie mais il n’y a pas d’autre solution. Nous allons porter les sacs et ressortons aussitôt pour nous installer à une table du restaurant Lattanavangsa, envahi peu après par un groupe d’Italiens qui a raflé tous les bungalows. Le nombre de touristes dépasse les possibilités d’hébergement du village et bien sûr ils sont plus nombreux que les autochtones. L’horreur ! Après avoir tenté, en vain, de nous connecter nous repartons quand le soleil s’est couché. Nous réservons une chambre pour la prochaine nuit dans cette guest house puis nous suivons la rue du village jusqu’à son extrémité où un sympathique café, le Bee Tree, nous attend, des fauteuils sous les arbres, une musique tropicale et des cocktails à moitié prix aux « Happy hours ». Un « Lao lao sour »plus tard, nous revenons dans le centre du village pour dîner au « Riverside », un restaurant installé au-dessus de la rivière. Nous commandons et une heure et demi plus tard nous attendons toujours, enfin un plat arrive, avec les légumes de l’autre et plus tard le reste… Nous ne sommes satisfaits ni l’un ni l’autre, brochettes de poulet presque sans poulet et poisson plein d’arêtes. Retour à la chambre très mécontents, pour constater que nos voisins sont bruyants et les murs bien minces. Je dois taper contre le mur pour obtenir une baisse d’intensité sonore mais on entend alors mieux les cris des jeunes dans la rue. Une jeunesse occidentale qui doit se croire en terrain conquis où tout est permis et qui ne s’intéresse au pays que pour les possibilités de « s’éclater » à bon marché. 

 

Jeudi 20 février : Le passage des bonzes peu après sept heures dans une rue où beaucoup de villageois sont présents pour distribuer les aumônes, n’a guère attiré les touristes ! Nous quittons dès que nous sommes prêts cette auberge de bas étage et portons les sacs à la Lattanavangsa guest house. La chambre, dans un bungalow n’est pas encore nettoyée, nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse du restaurant en regardant partir les bateaux chargés de touristes

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le village a alors quelques heures de quiétude avant l’arrivée de la prochaine fournée. On entend mieux les menuisiers raboter, scier et clouer des planches pour la construction de nouvelles guest houses, les coqs, déboussolés, chanter à tue-tête, les moto-riziculteurs pétarader dans les rues. La position du conducteur d’un tel engin est la même que pour une Harley Davidson, le vacarme au démarrage aussi, seule la performance à l’accélération est légèrement différente… Nous partons en promenade en suivant une large piste qui s’enfonce entre les pitons, passe dans des bois de tecks, vilains arbres aux feuilles comme du papier froissé, longe des bananeraies, des rizières à sec. Le soleil a dissipé les bancs de brumes qui, au réveil, flottaient au-dessus de la rivière et commence à chauffer. Au bout d’une heure de marche, nous avons parcouru les deux kilomètres jusqu’à une grotte d’où sourd un filet d’eau qu’une passerelle en bambou permet de franchir. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Marie ne se sent pas capable de continuer au-delà, pour aller voir des villages qui ne doivent plus avoir grand-chose d’authentique à en croire le nombre de touristes qui s’y rendent tous les jours. Nous faisons donc halte au très modeste restaurant qui se trouve judicieusement là. Une bière plus tard, nous commandons à déjeuner, salade de vermicelle avec de la viande (poulet ?) hachée et des fleurs de bananiers sautées avec du poulet. Plats copieux, et surprenant pour les fleurs de bananiers à goût d’artichaut. Après être allés contempler les rizières complètement desséchées où des buffles et des vaches mâchent les restes de tiges, nous prenons le chemin du retour. Marie commence à peiner et s’arrête à chaque fois qu’un arbre dispense un peu d’ombre. Nous progressons en transpirant en guettant le prochain arrêt et parvenons tout de même à l’orée du village où une halte, dans la première épicerie qui vend des boissons fraîches, s’impose. Dernier effort et nous sommes au bungalow. Court délassement perturbé par nos voisins anglo-saxons amateurs de musique et peu discrets. Nous allons ensuite nous installer sur la terrasse pour chercher à nous connecter à internet et peut-être avoir des nouvelles de Nicole mais la connexion est très lente et nous ne parvenons pas à envoyer des messages. Nous voulons profiter de notre modeste véranda à la tombée de la nuit mais les chaises ne sont guère confortables aussi décidons-nous, pour nous consoler, de retourner au Bee Tree essayer un autre cocktail. Nous devons reparcourir toute la rue principale mais nous sommes motivés… Nous commandons des mojitos qui sans valoir les insurpassables de Christian sont tout de même honnêtes, même si nous aurions bien remplacé une partie de l’eau gazeuse par du rhum… A côté de nous un groupe de touristes du 3° âge, Français, nous fournit une bonne raison de ne jamais voyager en groupe. Retour à notre auberge, tout au long du chemin, des gamines, très sérieuses, tiennent des loteries sommaires dont nous ne comprenons pas très bien le fonctionnement tant elles sont nombreuses, chaque maison semble avoir la sienne. Dans l’intérieur des maisons nous apercevons des matelas posés à même le sol sur lesquels adultes et enfants sont couchés et regardent la télévision. Les murs sont tapissés de photos de starlettes souriantes mais pas du tout dénudées, pages de calendrier des mois passés. Nous dînons à l’auberge juste au-dessus de la rivière, bientôt rejoints par le groupe de Français à la table voisine. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Marie se régale de porc grillé avec des frites, pas très laotien. Mon laab de poisson n’est pas fameux, plein d’arêtes. Je dois ensuite, à la chambre, demander à nos voisins mélomanes de bien vouloir modérer leurs échanges verbaux et diminuer le volume de leur musique… 

 

Vendredi 21 février : Dès que nous sommes opérationnels, je vais à la capitainerie, mot pompeux désignant une table branlante et une chaise sous un toit en chaume près du débarcadère, me faire confirmer le départ d’un bateau pour Muang Khua. Il fallait dix passagers, nous sommes onze ! Nous embarquons dans deux barques couvertes, assis confortablement sur des sièges tournés vers l’avant et non plus entassés sur des planches comme pour venir de Nong Kiao. Le soleil illumine les flancs des pitons couverts de forêts entre lesquels la rivière se faufile, louvoyant entre les roches et les bancs de sable. Les racines des grands arbres proches du courant sont dégarnies et ils tomberont sans doute lors des prochaines hautes eaux. Plus hauts, quelques-uns aux fleurs rouges font des taches de couleur sur le manteau uniformément vert de la jungle, les lianes courent de branches en branches, dégringolent en cachant d’autres arbres.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Au bout d’une heure, nous sortons de ces gorges, les pitons s’éloignent, les rives s’abaissent, quelques cultures apparaissent, des lopins de terre cultivés en maïs occupent les berges de la rivière, les buffles prennent leur bain ou somnolent sur les rives sablonneuses. La forêt dense a disparu, les cultures sur brûlis ont fait disparaître les grands arbres, ce ne sont plus que bambous ou bananiers. De rares villages, maisons sur pilotis, en bois et bambous, à toit de chaume, se signalent par les barques ou les pirogues amarrées devant, les toits de tôle sont encore rares. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous franchissons quelques zones de rapides en faisant ronfler le moteur et en lorgnant les rochers submergés qui provoquent des remous. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Il ne faisait pas chaud au début mais le soleil nous réchauffe vite. Sur la fin du parcours nous croisons de grandes dragues qui grattent le lit, à la recherche d’or. Après quatre heures d’une très agréable navigation, nous retrouvons la modernité, un pont en béton signale l’arrivée à Muang Khua. Nous débarquons et je me précipite à la recherche d’un hôtel. Je dois gravir une rude côte avant de trouver quelques guest houses, et dans l’une d’elles, la Manh Chay guest house, une chambre à deux lits jumeaux, sans grand confort mais propre. La connexion internet est relativement bonne et nous en profitons pour réserver une chambre à Oudomxaï, confirmer à Louang Prabang et envoyer quelques messages. Nous ressortons pour aller voir le vat, classiquement coloré et aux statues naïves peu réussies. Les autres maisons du village ne sont plus en bois mais en bon béton ou parpaing. Marie s’inquiète de l’heure et du lieu des bus pour demain. Malgré le nombre non négligeable de touristes qui embarquent ou débarquent ici, il n’y a encore aucune agence touristique et les hôtels ne font pas encore la retape pour les transports. Cela ne saurait tarder… Nous traversons le centre du bourg, une bonne centaine de mètres, boutiques, épiceries peu achalandées, quincailleries basiques, pour atteindre le carrefour d’où doivent partir les tuk tuks qui mènent à la gare routière. De là une passerelle de câbles d’acier et dont le tablier en planches a quelques rustines posées de travers avec deux clous, permet aux piétons et aux mobylettes de traverser une petite rivière.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

La vue sur les rives serait intéressante si un nouveau pont jeté en aval n’en gâchait pas la perspective et si les maisons des deux rives n’étaient pas vilainement modernes et sans caractère. Nous retournons à la chambre et attendons en nous reposant pour aller dîner. Le Saifon est le rendez-vous des voyageurs, nous nous asseyons à une table au-dessus des palmes des cocotiers, le cours de la rivière a disparu dans le noir. Nous commandons et patientons, une heure plus tard arrivent nos plats de délicieux champignons frits. Nous devrons patienter encore une heure pour obtenir le plat de porc en beignets…Les clients pressés vont se servir directement dans le réfrigérateur pour les boissons. Nous en sommes… Un vieux Français, dans nos âges, trente ans de Laos, nous entreprend et nous fait part de sa vision du pays. Intéressant mais il se fait tard, j’ai froid, nous rentrons nous coucher.

 

Dimanche 22 février : En voyage, je dois savoir attendre. Attendre dans le noir que le réveil sonne. Dans le noir, faute d’une lampe de chevet et d’ailleurs je n’ai rien à lire. Attendre que Marie ait fini de se pomponner. Attendre l’arrivée d’un tuk tuk, attendre qu’il soit plein pour partir à la gare routière. Attendre l’heure du départ du bus, avec du retard. Attendre d’arriver en somnolant. Attendre que le patron de l’hôtel où nous avons réservé se réveille et nous donne une clé. Attendre au restaurant pour avoir le menu, attendre pour commander et attendre pour être servi. Pourquoi en fin de parcours ne décompte-t-on pas les arrêts de jeu ? Réveillés à six heures (et même avant…), nous sortons de l’hôtel au moment où les moines processionnent devant. Ils s’arrêtent chantonnent une litanie, les femmes agenouillées versent de l’eau sur le sol. Nous nous traînons au carrefour où doit stationner le tuk tuk susceptible de nous emmener à la gare routière. Marie s’inquiète… D’autres touristes attendent aussi mais eux vont au Vietnam. Arrive une fourgonnette qui, après avoir un peu patienté, nous emmène à la gare routière. Un terrain vague, une baraque en dur, un guichet et un unique bus. Les meilleures places, devant, sont déjà réservées, on nous libère deux sièges après la porte. Nous continuons notre dégringolade dans les catégories de bus. Celui-ci a vu le jour au Japon, une fois en bout de course, il a entamé une seconde carrière au Laos. Pas de climatisation, d’ailleurs il ne fait pas assez chaud pour en avoir besoin et surtout pas de rideaux aux fenêtres. Arrivée du groupe de touristes français rencontrés à Nong Khiao, toujours aussi bruyants, les bonnes places étaient pour eux… Ils surveillent, angoissés, le chargement de leurs bagages sur le toit. Nous ne partons, plein, qu’à huit heures trente. Le ramassage commence aussitôt, les surnuméraires sont d’abord installés sur des tabourets en plastique dans l’allée centrale, à la grande surprise des Français, puis les derniers doivent rester debout. La route suit la Nam Phak en des virages moins serrés que dans les montagnes, l’absence de soleil nous évite de regretter de ne pas être du bon côté. Au carrefour de la route de Phongsaly se tient un marché. Nous y faisons une très brève halte pour débarquer des passagers. Occasion de remarquer des femmes en costumes traditionnels, Akka, Hmong et autres.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

A peine le temps de voler quelques clichés et occasion de regretter de ne pas être allés traîner vers Phongsaly mais nous étions tellement certains que ces costumes ne se voyaient plus portés tous les jours ! La route continue, à peine plus large mais en très piteux état. Des portions de goudron entre les trous et les secteurs de piste ne sont là qu’à titre de souvenir. Notre bus se traîne dessus et ce n’est qu’à midi que nous arrivons à Oudomxaï. Nous sautons aussitôt dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel Villa Keoseumsack où nous avions téléphoné la veille et où nous ne sommes pas attendus puisqu’il n’y a personne à la réception… Une femme de chambre va réveiller le patron qui nous attribue une chambre très sombre et finit par nous en donner une autre plus agréable. Nous posons les sacs et partons à la recherche d’un restaurant. Ceux indiqués dans notre guide ont disparu. Nous nous contentons d’un bol de riz avec des bribes de porc ou de poulet dans une gargote de bas étage. Retour à la chambre pour une sieste. Nous ressortons pour grimper les marches, derrière l’hôtel, qui amènent au sommet d’une colline, dominée par un stupide stupa doré. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

On domine toute la ville en plein boom économique chinois. Ceux-ci investissent beaucoup dans le nord du Laos, les enseignes sont presque toutes bilingues laotien-chinois. Ils se font construire des maisons toutes sur le même modèle tape-à-l’œil, style Grand Siècle à la mode chinoise. Presque personne ne parle anglais même dans les restaurants et guest houses. Après avoir fait le tour du stupa, nous redescendons sans nous décider comment occuper le reste de l’après-midi. Marie reste à l’hôtel et je vais me renseigner à la gare routière pour demain. Personne aux guichets, une affiche indique les horaires et les tarifs pour Louang Prabang, nous devrons nous en contenter… Retour à la chambre. Nous repartons de bonne heure à la recherche d’un restaurant qui ne soit pas une gargote. Nous passons le pont qui coupe la ville en deux et allons prendre un soda dans le jardin hors du temps du Charming Hotel. Une fausse cascade, des plantes, nous aurions presqu’oublié cette ville laide… Mais nous préférons dîner au restaurant Souphailin, que je rebaptise Sopalin pour des questions de facilité, dans une vieille maison de bois et aux murs de bambous, tenu par une charmante vieille dame parlant anglais et qui mijote des plats du nord du Laos et notamment du poisson et du poulet en feuilles de bananiers ainsi que des pousses de bambous mijotées avec du porc. Retour dans les rues désertes à neuf heures du soir, éclairées par les enseignes tapageuses des idéogrammes chinois des hôtels prétentieux.

 

Lundi 23 février : Encore un réveil matinal. Le bus pour Louang Prabang est supposé partir à huit heures trente, nous voulons être à la gare routière assez tôt pour choisir nos places. Nous hésitons à prendre un copieux petit-déjeuner à l’hôtel afin de ne pas avoir trop faim avant ce soir. Rien ne semble prêt, aussi décidons-nous de nous rendre à la gare aussitôt. Le tuk tuk hélé tente de nous persuader que les départs pour Louang Prabang se font d’une nouvelle gare routière plus éloignée. Doutant de l’information, nous nous faisons conduire à celle proche où je m’étais rendu la veille. Là, j’ai bien la confirmation que nous devons nous rendre à une autre gare routière. Nouveau tuk tuk qui nous dépose devant le bus déjà en partie occupé. Nous chargeons les sacs, choisissons nos places dans un bus identique à celui de la veille, avec peu de place pour des fessiers normaux d’Occidentaux bien nourris. En attendant le départ prévu pour neuf heures, nous allons prendre un thé en utilisant nos sachets Lipton et un paquet de biscuits. Dans les dernières minutes, il faut trouver de la place aux derniers passagers pour qui sortent des tabourets plastique, de la largeur exacte du couloir. Nous partons sur une route en montagne, pour changer, mais la forêt est très dégradée. La route est en cours d’élargissement et le revêtement n’est pas terminé. Nous roulons sur une piste entrecoupée de portions de goudron. A midi, nous sommes à Pakmong, un carrefour de routes. Arrêt pour déjeuner dans une gargote, nous y trouvons de la saucisse légèrement sucrée, servie froide avec du riz gluant, qui nous satisfait pleinement. Nous repartons sur une route meilleure et surtout plus droite, ce qui permet d’améliorer la moyenne. Nous avons retrouvé la Nam Ou que nous suivons presque jusqu’à Louang Prabang. Nous y sommes à quinze heures, six heures de route pour deux cents kilomètres… Nous sautons dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel. J’avais une petite crainte concernant notre réservation, je n’avais pas tort ! Notre chambre est occupée… Celui qui l’occupe ne veut pas déménager, le réceptionniste ne sait pas quoi faire ! Téléphone au patron, engueulade, le réceptionniste est prêt à démissionner, panique à bord ! Il finit par nous proposer une chambre dans une autre guest house proche, à ses frais. Je vais voir la chambre, la juge correcte. Nous y déménageons… Nous ressortons, portons du linge à laver à notre guest house d’origine et nous nous faisons promettre, jurer que demain nous y aurons une chambre. Marie veut se rendre au marché de nuit pour ses achats, personnels ou cadeaux. J’aurais préféré aller me reposer et boire un verre sur les bords du Mékong… Tout au long du trajet, nous avons croisé de nombreux convois de voitures (presqu