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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:07

Mardi 10 février : Je n’ai plus mal à la gorge mais je tousse ! La température s’élève avec le soleil mais je garde mon pull… Petit déjeuner avec des « french toasts » c’est-à-dire du pain perdu mais pas de thé noir. Je dois aller chercher les sachets conservés d’un autre hôtel, réclamer de l’eau chaude pour obtenir une boisson buvable. Nous quittons le lodge après un dernier regard aux chutes noyées dans l’ombre. Nous devons être à dix heures à Pakse pour rendre la voiture. Un plein d’essence et nous y sommes à temps. Je dépose Marie et les sacs au bureau d’Yves et je vais chez Avis. Tout est en règle, pas de surprise de dernière minute. Je retrouve Marie, ôte mon pull puis je vais discrètement déposer sur le comptoir du Lankham hôtel la clé de la chambre que j’avais conservée par mégarde… Je vais faire un tour dans les environs à la recherche d’un éventuel restaurant vietnamien. Je découvre une rue qui n’a pas dû changer depuis 50 ans, pas de voitures, d’anciennes maisons de commerce chinoises, des gosses qui jouent dans la rue et des chats qui attrapent les moineaux mais pas de restaurant vietnamien. Nous allons déjeuner au Daolin à clientèle exclusivement touristique. Pas cher et pas plus mauvais qu’ailleurs, Marie s’offre une glace. Nous retournons attendre l’arrivée d’Yves chez qui nous avons laissé les sacs en dépôt, puis sautons dans un tuk tuk qui nous conduit à l’aéroport. Nous enregistrons puis attendons dans une aérogare presque déserte l’heure d’embarquer. Bien qu’il s’agisse d’un vol local, nous devons tout de même montrer patte blanche à la police. Nous retrouvons des touristes grecs en transit qui doivent embarquer sur le même vol. Je suis très déçu, je croyais que nous voyagions à bord d’un petit coucou et nous voilà dans un ATR de 80 places ! Nous survolons une masse nuageuse sans rien voir du paysage. On nous distribue des feuilletés et des bouts de fruits mais pas question d’avoir une bière ou même un Coca, que de l’eau ou du café ! Nous descendons sur Louang Prabang sans rien voir de la ville. Nous nous posons et traversons l’aérogare moderne qui n’a rien à voir avec l’ancienne, réduite au minimum. Nous prenons un tuk tuk qui nous fait traverser la ville dans une circulation déroutante et sans que nous ne reconnaissions rien. Les touristes sont partout et des dizaines de guest houses les hébergent. Nous sommes déposés dans une rue calme, à deux pas de deux vat que nous identifierons plus tard, à la Xieng Mouan guest house. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous sommes bien attendus mais le petit déjeuner n’est pas compris dans les 35 dollars convenus, je manifeste un certain mécontentement pour obtenir un rabais et effectivement, après consultation du patron, nous obtenons un rabais de 5 dollars. Nous sommes logés dans une ancienne maison coloniale, en retrait de la rue, dans un beau jardin planté de superbes palmiers. Rien à redire à la chambre, confortable et plutôt joliment meublée. Nous profitons du Wifi pour appeler Nicole. Difficile de se comprendre… Nous sortons pour aller dîner sur les bords du Mékong tout proche. Nous sommes abasourdis par la profusion d’établissements implantés sur des terrasses au-dessus de l’eau. Rien à voir avec les gargotes en planches pourries de Thakhaek, Savanakhet ou Pakse. Tout est impeccable, bois vernis, carreaux au sol, végétation abondante, lampions dans les arbres, c’est tout à la fois Istanbul, Saint-Tropez, la rue de la Huchette etc… Où est notre Louang Prabang d’autrefois ? Les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs, la carte à peine plus étoffée. Nous dînons correctement, saucisse locale, salade de crevette pimentée, trop pour Marie, nouvelle occasion pour moi de larmoyer et d’avoir le nez qui coule… Nous allons nous promener. Toutes les maisons anciennes ou pseudo, sont des guest houses, des restaurants, des boutiques de souvenirs. Nous ne reconnaissons plus la rue principale devenue un vaste souk, on y parle toutes les langues, on y entend toutes les musiques, on peut y manger des pizzas ou des cuisines du monde, une boutique ne vend que du vin. Les « antiquaires » proposent des bijoux hmong fabriqués en série, les vieux tissus sont taillés pour faire des vestes d’appartement et quand ils ont dix ans valent des fortunes. Pourrons-nous rester dans cet enfer touristique ? Qu’allons-nous trouver dans les temples envahis par les hordes pressées et qui ne photographient qu’elles-mêmes ? Nous terminons par le marché du soir où, sous des parasols, on vend les pires atrocités artisanales fabriquées en Chine et estampillées Laos… Retour à la chambre, bien au calme…

 

Mercredi 11 février : Pas eu besoin de climatiser ou de faire tourner l’impressionnant ventilateur du plafond, il n’a pas fait trop chaud bien qu’il fasse nettement meilleur que sur le plateau des Boloven. Nous émergeons tardivement et puisque nous ne pouvons avoir le petit-déjeuner dans le jardin nous descendons sur les bords du Mékong le prendre dans le premier établissement qui le propose. Un peu cher pour du pain, du beurre et de la confiture avec du thé. L’autre rive presque sans constructions est beaucoup plus calme, des bateaux, du type de ceux que nous avions pris pour descendre depuis Pakbeng, sont amarrés ou promènent des touristes.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le temps passe et nous voulons nous rendre au service de l’immigration, avant qu’il ne ferme, pour prolonger notre visa. Un tuk tuk nous y conduit. Un document, facturé 3 dollars, à remplir, un versement de 2 dollars par jour, pour une extension de 11 jours, pour chacun de nous, demandent un calcul erroné qui prend un certain temps… Je devrai revenir chercher les passeports demain. Nous traversons la rue pour aller visiter le vat Visounalath. Extérieurement un temple très quelconque, devant un stupa en forme de pastèque, couvert de ciment. Il a été transformé en musée et nous pouvons y voir une belle collection de bouddhas anciens, présentés dans les différentes attitudes : « prenant la terre à témoin », « appelant la pluie » ou « apaisant les conflits ».

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A côté un autre vat, le Vat Aham est plus brillant, les colonnes de bois de son fronton sont couvertes de dessins au pochoir dorés, de même que son fronton. L’intérieur est entièrement couvert de fresques naïves sur les thèmes habituels et ce sont les représentations des tortures infligées aux damnées qui montrent la plus riche imagination… Une image d’amoureux idylliques nous amuse et servira de carte à envoyer aux amis… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons vers le centre en suivant une rue qui aboutit au marché Dara. Les bijoutiers y sont nombreux, nous y trouvons de beaux colliers en argent mais ils ne correspondent pas à ce que voudrait Marie. Dommage… Sans avoir encore eu le temps de déjeuner, nous nous rendons au Traditional Arts and Ethnology Centre où une exposition présente les costumes et les modes de vie des ethnies du Nord, Yao, Mien, Hmong et autres Lao. Des jupes hmong et des vestes brodées yao sont superbes mais nous restons sur notre faim (dans tous les sens du terme…), Les trois salles sont petites et le café ne sert pas à manger… Nous parvenons au centre d’information touristique où l’on est incapable de nous renseigner sur la fête des Eléphants à Sanyabouli dans les jours qui viennent. Nous pouvons, enfin, envisager de déjeuner. Des stands, de l’autre côté de la rue, proposent à la clientèle de touristes des sandwichs, nous en prenons au jambon avec une bière avant d’envisager de rentrer nous reposer à la chambre. En chemin nous passons devant un beau vat, le Vat Mai, aux nombreux toits qui descendent très bas. Sa véranda est superbe, des scènes paysannes et de cour sont sculptées et dorées sur la façade, ses poteaux en bois sont couverts de dessins également dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

L’intérieur est plus classique avec des représentations du Bouddha, des offrandes, mais les murs de couleur rouge brique sont couverts de petites effigies de Bouddha dorées, comme dans les grottes de Birmanie. Nous passons devant le musée, l’ancien Palais royal, avant de retrouver notre rue. Nous sommes attirés par les sons d’un gong frappé sur un rythme soutenu. Nous assistons dans la cour du Vat Xieng Mouane, à la cérémonie qui consiste à frapper à 16 heures le gros tambour toujours placé dans une tour qui lui est dédiée. Les apprentis-bonzes se relaient pour frapper vigoureusement l’instrument, accompagnés de cymbales par d’autres moinillons. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Leurs camarades sont occupés à rafraîchir les dessins des colonnes et de la façade du temple, à l’aide de pochoirs et d’une peinture dorée, montés sur des échafaudages en bambous. D’autres moines en frappant un autre tambour dans la cour du Vat Choum Khong font écho. Et enfin, nous regagnons la chambre. Je parviens à me connecter à internet, expédier la carte pour les amis et réserver une chambre à Vientiane. Nous ressortons pour aller « faire les boutiques »… Certaines, de luxe, vendent, à des prix difficilement envisageables, des articles de qualité, mais à qui ? Y-a-t-il une clientèle pour des dessus de table à 450 dollars ? Une autre boutique, tenue par un Laotien parfaitement francophone, montre des foulards en soie d’une exceptionnelle qualité et aussi de beaux bijoux en argent qui nous intéressent fort. Un bracelet et des colliers hmong ont l’heur de plaire à Marie, pas les prix, à discuter et à revoir… Nous arrivons à la hauteur de la Villa Santi, cette superbe demeure coloniale où nous avions eu le privilège, peu cher à l’époque, de résider en 1998. Il n’est plus dans nos possibilités… Nous dînons en face au Tamnak Lao, un restaurant installé dans une autre belle demeure coloniale. Nous ne résistons pas au plaisir d’un cocktail : un « Mango Sling » pour moi, long drink agréable et trop vite bu et un « Lao Piranha » pour Marie, redoutable comme son nom l’indique… La cuisine est bonne, curry de porc avec des aubergines pour l’un et beignets de pousses de bambou farcies au porc pour l’autre, original et goûteux. Décidément Louang Prabang sait se faire apprécier ! Nous rentrons par les rues calmes en arrière de la rue commerçante, en repérant d’autres restaurants et en devinant dans la nuit de belles demeures inévitablement transformées en auberges. Dernière connexion pour envoyer une carte d’anniversaire à Michèle.

 

Jeudi 12 février : Lever difficile, de plus en plus… Nous nous contentons de nos biscuits et d’un thé offert par la maison en guise de petit-déjeuner. Nous partons en direction de la pointe de la péninsule formée par la ville ancienne entre les cours du Mékong et de la Nam Khan. Notre rue est agréablement calme et de nombreuses maisons transformées en auberges de charme s’y trouvent. Nous passons devant une belle maison coloniale qui aurait pu être une église et qui est le centre culturel français. Nous allons y jeter un œil mais il ne semble pas s’y passer grand-chose et aucun film n’est annoncé. Un vat, en face, le Vat Pa Phai, semble intéressant, nous allons le visiter. Effectivement sa belle façade en bois sculpté et doré cache sur le mur du bâtiment une très belle fresque contant des scènes de la vie de tous les jours d’autrefois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

A l’intérieur, les murs rouge brun sont couverts de peintures dorées qui racontent elles aussi des histoires, pas toujours réjouissantes, les scènes de supplices sont nombreuses et explicites… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous rejoignons la rue principale et nous devons reconnaître que cette ville a encore beaucoup de cachet, l’alignement d’anciennes maisons restaurées et les temples qui se suivent constituent un ensemble extraordinaire, mieux apprécié le jour que le soir quand on ne voit plus que les lumières criardes, les étalages de souvenirs et les touristes attablés dans les cafés et restaurants. Une antique et superbe Traction avant stationne devant une des maisons, on cultive le rétro colonial ! 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus loin, le Vat Sensoukaram est un ensemble de magnifiques bâtiments et en particulier le temple avec ses toits gigognes au-dessus du sim, peint comme presque tous les autres, en rouge brun et couvert de dorures. Il en est de même pour la tour du tambour et pour un pavillon qui abrite un grand Bouddha debout. Deux longues pirogues de prestige reposent dans un abri et attendent de défendre les couleurs du monastère lors d’une fête.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

D’autres vat, plus modestes mais eux aussi soigneusement couverts de dorures, se succèdent du même côté de la rue. Ils sont tous en activité, les moines dans leurs robes safran font leur ménage, lavent des voiles mis à sécher sous les arbres et se laissent mitrailler par les touristes… De l’autre côté de la rue, un bâtiment qui ne semble pas en être un est pourtant un temple, le Vat Siuvannakhili, qui abrite une exposition de photos sur la pratique de la méditation dans le bouddhisme laotien. Et, enfin, nous atteignons le chef d’œuvre de Luang Prabang : le Vat Xieng Thong qui a lui seul justifie le voyage. La perfection architecturale du lieu ! Le temple a une toiture en mille feuilles qui semblent descendre jusqu’à terre, soutenue par des étais sculptés et dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les murs extérieurs mais aussi intérieurs sont couverts d’une débauche de dorures, peintures, stucs, scènes sur la façade, colonnes imposantes, tout est couvert de dessins, de symboles dorés. Le Bouddha qui trône à l’intérieur ne retient plus l’attention, il a beau être doré, tout le reste l’est aussi ! Quelques pavillons complètent l’ensemble. Un grand, façade dorée bien entendu, renferme un chariot, doré, qui permet de transporter les urnes qui contiennent les cendres de membres de la famille royale, des dragons à cinq têtes ornent les timons du char, les murs, rouge vif, sont couverts de scènes réalisées au moyen de tesselles de verres colorés et des Bouddhas s’alignent le long des parois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Dans la cour, de splendides bougainvillées s’élancent et couvrent les arbres d’une couverture écarlate ou mauve. D’autres pavillons plus petits sont entièrement couverts de mosaïques d’éclats de verre colorés qui narrent des épisodes de la vie à la cour ou dans les campagnes, défilé d’éléphants, palais, scènes de moisson dans les rizières etc… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous en ressortons éblouis, réconciliés avec Luang Prabang… Nous descendons sur les bords du Mékong, au confluent de la Nam Khan, noyé sous les cocotiers, laissant apercevoir les bateaux qui remontent ou descendent le courant entre les bancs de sable. Nous envisageons de déjeuner au café sis à la pointe mais l’abus pratiqué sur le prix de la bouteille de bière nous en fait repartir. Nous visitons un dernier temple, le Vat Pakkhan, moins chargé dans sa décoration intérieure et quasi nu extérieurement mais aux formes très pures. Nous retournons sur les bords de la Nam Khan que l’on peut traverser sur des passerelles en bambou et déjeunons dans un restaurant au-dessus de la rive.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Plats très corrects, des ribs de porc frits, accompagnés d’ail confit, de gingembre et de feuilles de citronnelle frites, elles aussi. Marie se régale d’un plat de pousses de bambou et de poulet au lait de coco. Nous suivons les bords de la rivière, encore de belles maisons et de sympathiques cafés au bord de l’eau. J’abandonne Marie dans l’un d’eux et continue pour retourner au service de l’immigration récupérer les passeports. Problème : nous avons demandé 11 jours de prolongation de notre visa afin d’être en règle jusqu’au 1er mars. Par un étrange calcul, la prolongation est arrêtée au 27 février ! J’en fais la remarque au préposé qui convient de l’erreur mais doit consulter sa chef… La rectification est opérée sans difficulté… Je vais revoir les colliers en argent chez les bijoutiers proches du marché Dara mais les prix sont aussi élevés que chez l’antiquaire de la veille. Je retrouve Marie et nous décidons de rentrer nous reposer. En chemin, au pied de la colline du Phu Si, nous passons devant le Vat Siphoutthabat Thippharam où se trouve une empreinte du pied du Bouddha. Renseignement pris, il faudrait monter des escaliers pour y parvenir, nous gardons cette ascension pour le jour où nous monterons sur la colline. Le vat est aussi une école où de nombreux moinillons sont éduqués, les taches orange de leurs robes égaient les cocotiers et autres arbres. Nous rentrons en passant par un quartier qui paraît loin de la ville, maisons traditionnelles en bois dans la verdure et cocotiers élancés ne laissent pas deviner l’agitation proche. Nous demandons à rester deux nuits de plus mais notre chambre est déjà réservée, nous allons devoir en changer à chaque nuit. Nous ressortons pour aller traîner, sans plaisir pour ma part, au marché de nuit. Nous y trouvons tout de même quelques tissus à rapporter en cadeaux. Les touristes Chinois sont très nombreux, sans gêne et bruyants, facilement repérés. Nous repassons à l’auberge nous mettre d’accord pour les deux jours suivants puis allons dîner au restaurant Toui, excellente cuisine, un canard au lait de coco et encore un poisson en feuilles de bananiers pour Marie. Retour fatigué à la chambre.

 

Vendredi 13 février : Ce n’est pas encore ce matin que je me lèverai pour voir à six heures la distribution des aumônes aux bonzes. Marie encore moins ! Nous devons déménager, notre chambre étant réservée, pour une autre identique, à l’étage, plus dans les arbres. Nous avons décidé malgré le temps toujours brumeux que le soleil perce parfois, de monter à la colline du Phu Si. Une volée d’escaliers nous y conduit en plusieurs étapes. Nous exsudons les kilos de riz gluant ingurgités ces derniers jours. Du sommet, la vue est peu attrayante, les arbres cachent la vue sur la ville et tout juste entrevoit-on le Mékong et des quartiers plus excentrés et sans aucun intérêt. Nous jetons un œil au petit temple qui le couronne, surmonté d’un hti, comme en Birmanie. Il ne désemplit pas, les dévots y viennent se prosterner et relâcher de malheureux oiseaux emprisonnés dans de minuscules cages en osier.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous redescendons sur un autre côté de la colline et dans un virage, nous avons la vue souhaitée sur la péninsule, ses maisons anciennes alignées le long de la rue centrale et les toits de tuile des temples.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus bas nous trouvons des statues de Bouddhas en diverses positions, récentes, laides et dorées à en faire mal aux yeux, Un Bouddha poussah est remarquablement et sans doute involontairement drôle. Dans un trou de la roche, on a voulu voir une empreinte du pied du Bouddha. Admettons… Nous retrouvons le temple, école des moinillons où nous sommes passés hier et de là, la rue principale. Nous avons repéré un restaurant où nous souhaitons goûter les nem khao annoncés sur la carte mais il est un peu tôt. Et que faire en attendant si ce n’est rentrer dans toutes les boutiques à la recherche de ce dont nous n’avons absolument pas besoin… Marie est intéressée par des tissages en soie, très beaux, très fins mais aussi très chers et surtout neufs ! Je déniche sous une pile d’anciens tissages dont un magnifique. L’unanimité se fait pour le déclarer INDISPENSABLE ! Nous négocions le prix, payé par carte de crédit donc presque indolore…

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Il est temps de déjeuner, le riz croustillant commandé et les saucisses sont bons mais le riz n’est pas exactement celui que nous espérions. Retour à la chambre pour une courte période de repos puis nous ressortons et nous nous rendons à l’ancien Palais royal transformé en musée. En cours de route je cherche à changer 400 dollars, une officine propose un honnête taux de change à 8080 kips pour un dollar. On me tend une pile de billets en espérant que je ne vérifierai pas. Il manque 700000 kips ! Pas de soucis le compte est immédiatement rectifié, sans contestation… Dans un parc, un bâtiment mi-européen, mi-laotien, datant du début du XX° siècle. On y entre pieds nus, comme dans un temple. L’intérêt est limité, des pièces privées, chambres du roi, de la reine, meublées années 1950, une collection de Bouddhas dans des vitrines sans explication et la salle du trône, couverte de mosaïques de verre retraçant comme au Vat Xieng Thong, des scènes de la vie au Laos. Le trône et autres instruments du pouvoir royal, tous très ouvragés, sont couverts d’or. Une dernière salle présente les cadeaux reçus d’autres pays, certains ne s’étaient pas ruinés… Derrière le palais, dans les dépendances, les automobiles royales, un 4x4 Toyota, des Lincoln et une malheureuse DS complètement en ruine. Nous terminons la visite par le temple tout juste achevé, trop clinquant, construit pour renfermer un Bouddha en or que l’on n’aperçoit que de loin. Nous traversons la rue pour aller visiter le petit Vat Pa Huak qui n’a pas eu le malheur d’être ripoliné depuis longtemps et qui, de ce fait, a beaucoup de charme. Sa façade est joliment sculptée et montre un Bouddha assis sur les trois éléphants symboles du royaume du Laos

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A l’intérieur de superbes fresque du XIX°, encore fraîches, représentent notamment l’arrivée des caravanes de marchands chinois et d’autres scènes moins compréhensibles mais où de jeunes et jolies jeunes femmes sont rassemblées.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous nous accordons une pause et nous nous rendons sur les bords du Mékong nous offrir une boisson rafraîchissante en contemplant le trafic fluvial, le ballet des ferries de véhicules ou de passagers. Le soleil décline, scintille sur le fleuve et perce enfin les nuages. Nous nous dirigeons vers la salle du théâtre royal pour assister à une représentation du ballet royal. Les places sont chères, même pour une clientèle exclusive de touristes. Un orchestre traditionnel est installé dans un coin de la scène, composé d’un gamelan et de percussions. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

On nous présente plusieurs ballets. En entrée, et en conclusion, celui de jeunes filles, coiffées d’une tiare dorée et qui sur le rythme de la musique, ondulent presque sur place, les bras flottent pour mettre en valeur les gestes des mains aux doigts écartés et aux paumes retournées. Un de ces ballets que le Cambodge a fait connaître au monde entier et qui symbolise la grâce et l’art de la danse. Entre ces deux ballets, une scène du Ramayana nous est montrée avec masques, gestes codifiés à l’extrême, les singes d’Hanuman ne cessent de se gratter, c’en est presque contagieux, les aigles miment l’envol et les batailles ne sont guère violentes. Je regrette que les costumes ne soient pas plus riches, pour une fois j’aurais apprécié paillettes et dorures.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous cherchons où dîner. Les restaurants de la rue principale sont chers et peu engageants avec leur clientèle de touristes bien habillés pour la soirée. Nous allons au Coconut garden, à peine moins cher et peu copieux. Les plats commandés sont bons : un ragoût de porc et de peau de buffle (non identifiée dans l’assiette) en sauce au lait de coco et du buffle (c’est le dîner au buffle ce soir !) mariné et grillé. Retour à la chambre et rédaction de la journée.

 

Samedi 14 février : Réveillé tôt, je m’aperçois qu’il n’est que six heures, l’heure de la distribution des aumônes aux moines. J’enfile un pantalon et une chemise, attrape l’appareil photo et me précipite dans la rue, laissant Marie endormie. Je vais jusqu’au premier carrefour de notre rue et attend l’arrivée des moines. Il fait encore nuit noire, quelques vieilles personnes ont installé des tabourets en osier ou posé sur la chaussée des tapis, des paniers tressés pour contenir le riz gluant sont posés à côté. Des minibus déposent des touristes bardés d’appareils photo. Une file de moines s’avance vers nous, ils portent en bandoulière un grand bol en métal argenté pour recueillir les dons des fidèles. Chacun dépose dans l’escarcelle des bonzes une bouchée de riz, un bonbon, des biscuits, dans le plus grand silence. Chaque temple envoie ses chanoines et ses novices faire ainsi le tour du quartier. J’avance dans la rue, à la fois pour fuir mes congénères qui ne se gênent pas pour prendre des photos au flash et aussi pour essayer de trouver de meilleurs angles de prise de vue. Des touristes ont désiré participer, ils ont été amenés par leur guide, en minibus, installés sur des tabourets plastiques et distribuent les parts qui leur ont été allouées. Je m’installe face à quelques dames âgées qui se sont assises devant leurs maisons ou leurs commerces, elles papotent, arrosent leurs fleurs, rentrent chez elles, reviennent, entre deux passages de moines.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le jour s’est levé, je regagne la chambre et me recouche. Marie se réveille, je lui souhaite la Saint-Valentin. Une fois de plus nous devons déménager, cette fois une chambre « luxe » dans la maison principale. Je laisse les sacs à la réception puis vais poster des cartes et reviens par les bords du Mékong en repérant d’où partent les ferries qui le traversent. Nous allons en ville, je montre à Marie où j’ai assisté à la distribution des aumônes puis nous retournons sur la grande rue et allons revoir le marchand des bijoux d’avant-hier. Il nous ressort les bracelets et colliers et Marie se décide pour un des bracelets et choisit le collier fin, gravé. La discussion devient difficile, la négociation pire qu’avec un Poutine obtus, à peine obtenons-nous une remise de 10% ! Nous réservons une table pour ce soir au restaurant « l’Eléphant », je rapporte les bijoux à la nouvelle chambre, pourvue d’un petit salon, décorée avec de beaux tissus mais sans balcon. Nous continuons sur les bords du Mékong, déjeunons dans une des gargotes, pas chère et plats peu copieux. Nous avançons jusqu’à l’embarcadère du Vat Xieng Thong d’où nous aurions voulu traverser le Mékong pour aller visiter les temples de l’autre côté mais les prix sont très exagérés et Marie se sent trop fatiguée pour marcher encore beaucoup. Nous rentrons donc à l’auberge profiter de notre « suite » ! Après une bonne sieste, nous ressortons à la nuit tombée et cherchons un endroit où nous offrir, en ce jour mémorable, un cocktail, sur les bords du Mékong. Un établissement nous y invite, des sièges en rotin confortables, une vue sur le Mékong perdu dans les ténèbres… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une « Margarita » et un « Lao cocktail » à base de décoctions laotiennes alcoolisées, qualifiées de « whisky » ou de « vin » nous mettent en appétit… Il a fallu demander à la serveuse de nettoyer la table graisseuse et ensuite de nous apporter des glaçons et les arachides prévues mais ce n’est pas grave, rien n’est grave aujourd’hui… Nous nous rendons au restaurant «L’Eléphant » où nous avions réservé une table et commandons des plats laotiens bien qu’il s’agisse d’un restaurant prétendument français, ce que la carte laisse supposer mais à des prix également français… A côté de nous des touristes chinois, cigarettes au bec, bière et vin rouge sur la table. Au moment de l’addition, ils demandent qu’elle soit calculée pour chaque famille puis ils comptent et recomptent leurs sous pendant presque tout le temps de notre repas ! Nous nous régalons de viande de buffle séchée, grillée avec des graines de sésame, de tiges de citronnelle farcies au porc et grillées et de poisson farci au porc et grillé en feuille de bananier. Une excellente cuisine, chère pour le pays mais ce n’est pas tous les jours la Saint-Valentin ! Une bouteille de sauvignon blanc argentin entretient notre degré d’alcoolémie… Marie, décontaminée par presque quatre semaines au régime (presque) sans alcool, a quelques difficultés à rentrer sans dévier de la trajectoire rectiligne… Elle s’endort aussitôt.

 

Dimanche 15 février : Nous sommes réveillés tôt, Marie veut voir passer les moines de nos fenêtres mais il faut les guetter. Ils défilent juste au moment où nous allions prendre notre petit-déjeuner avec des biscuits et une tasse de thé. Nous descendons les sacs et attendons le tuk tuk qui doit nous emmener à la gare routière. Il fait le ramassage dans les nombreuses guest houses de la ville. Nous arrivons en surcharge à la station des minibus. Nous montons dans l’un d’eux, Marie à l’avant, moi derrière en compagnie d’un couple d’Anglais discrets, d’un couple de Hollandais bavards et d’un couple mixte franco-hollandais. Les deux mâles bataves entament une saoulante conversation à voix haute et forte qui durera pendant tout le voyage et le néerlandais me paraît aussi gracieux que le  bruit produit lorsqu’on cherche à changer de vitesse sans débrayer… La route est au début celle de Vientiane, tout en virage, dans les montagnes couvertes d’une belle végétation, le revêtement est très dégradé, le chauffeur roule vite et brutalement, je suis vite moulu et quelque peu malade, ma voisine, la Française est blême… Marie attendra le dernier virage pour faire don à la nature de notre maigre repas, un sandwich au poulet, avalé lors d’une très brève halte. Arrivés à Phonsavan, un autre minibus nous prend en charge pour nous déposer à la Nice Guest House où nous avions réservé, le trajet n’est pas long, il suffisait de traverser la rue ! Nous avons une chambre un peu sombre au rez-de-chaussée, Marie veut en changer pour une plus grande et à peine plus claire au deuxième étage. Si on la lui avait proposée en premier, elle aurait râlé… Nous réservons une excursion aux sites de la Plaine des Jarres auprès du chauffeur du dernier minibus puis nous étudions la suite du programme sans nous décider vraiment. Nous allons dîner au Bamboozle, un restaurant de l’autre côté de la rue. Nous devons attendre pour avoir une table à l’intérieur, il ne fait pas très chaud à l’extérieur, nous sommes remontés à 1000 mètres d’altitude. Le service n’est pas rapide et la carte est plus appétissante que les plats servis, tous au goût anglo-saxon. Pour une fois, las du riz, nous avions choisi de sacrifier à la cuisine occidentale, fish and chips et steak de porc avec des croquettes de pommes de terre, servis avec de la moutarde ou une sauce, toutes deux sucrées. Nous rentrons vite nous réchauffer dans le lit et revoir sur TV5 le film que nous avions bien aimé : « Tango libre ».

 

Lundi 16 février : Nous allons prendre le petit déjeuner de l’autre côté de la rue, pain (toujours la baguette !), beurre et confiture. Le beurre est généreusement servi, une demi-plaquette environ par personne mais ce n’est sans doute que de la margarine. Nous embarquons donc dans un minibus en compagnie de deux sœurs québécoises, d’une Chinoise rigolote, d’une Taïwanaise étrange, l’appareil photo continuellement en marche et d’une Australienne, grande jument bréhaigne. Direction la dite Plaine des Jarres, en réalité plusieurs sites, au sommet de collines. Nous allons en visiter trois. Le premier à une trentaine de kilomètres de Phonsavan est atteint à partir du parking, après une petite marche dans les rizières, à peine moins sèches que dans le sud puis une légère montée jusqu’au sommet d’une colline. Nous y trouvons de grandes cuves creuses, taillées dans la roche dont on ne sait pas trop l’origine ni la fonction. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les locaux affirment qu’il s’agit des gobelets de géants utilisés lors de libations, les archéologues pencheraient pour des urnes funéraires datant de deux à trois millénaires. Beaucoup sont brisées, leur taille est bien marquée par de larges stries, quelques rares couvercles subsistent. Nous nous rendons ensuite au deuxième site, encore une montée pour atteindre deux sites proches avec les mêmes jarres mystérieuses, des arbres ont planté leurs racines dans certaines et les ont fait éclater. Tout le minibus est convié à déjeuner dans une gargote à l’entrée du dernier site, plat unique : soupe de nouilles avec quelques morceaux de viande au choix… Nous repartons pour le dernier site, proche de la ville. Plus aménagé, il dispose d’un Visitor Center et des navettes électriques amènent les touristes au pied du premier groupe où se dresse la plus grande, 2,5 mètres de haut et autant de diamètre. En contrebas nous apercevons un champ où sont couchées ou dressées d’autres jarres ou leurs restes, entre des cratères de bombes de la guerre, quand les Américains cherchaient à couper la piste Ho Chi Minh. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons en ville et discutons à l’hôtel de ce que nous allons faire demain. Marie voulait visiter les grottes où pendant la guerre avaient été installés hôpitaux, usines, stocks de ravitaillement mais elle craint d’avoir à trop marcher et préfère renoncer. Circuler n’est pas aisé, plus de minibus pour nous rendre plus au-delà. Nous devons, soit louer un minibus rien que pour nous, soit prendre les bus locaux, lents et peut-être surchargés et avec des correspondances aléatoires. Je vais me renseigner, reviens au rapport, et finalement nous prenons des billets pour le bus qui nous laissera à un carrefour d’où nous devrons repartir pour Vieng Thong, quand un bus passera… Marie a envie de rendre visite au centre UXO où sont exposés les problèmes liés à la recherche et à la destruction des milliers de bombes qui truffent forêts et rizières, tuant encore. Les panneaux explicatifs sont en anglais ainsi que le film projeté mais nous restons jusqu’au bout, regrettant que toutes ces recherches et leurs frais ne soient pas à la charge des Etats-Unis… Nous revenons à la chambre, relisons le blog avant de le mettre en ligne. Nous allons dîner dans une gargote indienne, une cuisine qui nous change avec des saveurs différentes, samossas, poulet tandoori ou masala et des nans

 

Mardi 17 février : Nous devons nous lever à six heures aujourd’hui, prendre un très rapide petit-déjeuner, un thé et nos biscuits, puis sauter dans le tuk tuk, après avoir attendu une Suissesse, pour nous rendre à la gare routière. Il fait froid et la ville est plongée dans un épais brouillard. Là, nous devons partir avec un « bus local », nous craignions un vieux bus délabré et lent mais pas du tout, c’est un minibus qui assure le transport des voyageurs à destination de Sam Neua. Nous y prenons place avec la Suissesse et la petite Chinoise déjà rencontrée et des locaux. Le chauffeur qui a placé en guise de tapis de sol des napperons tricotés de couleurs vives, nous oblige à nous déchausser et à conserver nos chaussures dans un sac plastique. Nous partons avec un léger retard. Premier arrêt pour le plein d’essence puis pour récupérer un pneu, avant d’aller sagement nous garer à la gare routière près de notre guest house. Je fais remarquer à celui qui m’avait affirmé qu’il n’y avait pas de minibus pour Sam Neua de cette gare que nous aurions pu éviter de courir à la gare routière et attendre là… Nous prenons de nouveaux voyageurs, je m’installe devant avec Marie, les vitres fumées et ma position surélevée ne me permettent que d’apprécier à demi le paysage. La route, étroite, percée de nids de poule, grimpe en continuels virages dans la montagne couverte d’une très belle et très dense forêt, une jungle probablement difficilement pénétrable. Les maisons des rares villages sont bien entendu en bois, rustiques, des planches mal dégrossies, sans le moindre élément de décor, les toits de chaume sont de plus en plus remplacés par des tôles ondulées métalliques ou en fibro-ciment. Les femmes de corvée de bois ou plutôt de bambou, portent les charges dans des paniers en osier dans le dos ou tenues par un bandeau de tête.  Les lacets serrés ont rapidement un effet indéniable sur nos compagnons laotiens de voyage… Ça dégueule à tout va ! Le stock de sacs plastique diminue à vue d’œil. A peine remplis et jetés par les fenêtres ils sont remplacés et les raclements de gorge reprennent accompagnés de borborygmes et déglutitions. Une halte permet à nos compagnons de reprendre quelques couleurs mais les virages continuent et leurs estomacs ne se sont pas satisfaits de cette pause… Nous arrêtons plus longuement pour un repas que nous ne prenons pas, nous contentant d’un paquet de chips, pressés d’arriver au carrefour, sept kilomètres plus loin, où nous abandonnerons le minibus pour continuer en direction de Vieng Thong. Nous récupérons nos sacs et allons nous asseoir à l’arrêt des bus, bien indiqué, sur des bancs à l’ombre car il commence à faire chaud.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous guettons un bus, un minibus, une voiture, n’importe quel véhicule susceptible de nous faire parcourir les soixante kilomètres qui nous séparent de notre but. Les véhicules sont très rares, 3 ou 4 à l’heure et il ne passe aucun bus… J’arrête plusieurs voitures mais aucune ne veut nous emmener, un commerçant accepterait pour 300000 kips… Nous observons les garçons qui se sont confectionné des jouets ingénieux à partir du bambou : l’un a réalisé des échasses avec quatre tiges de bambous, d’autres se sont fabriqué des carabines avec deux tiges, l’une formant cylindre, l’autre piston. Au fil des heures la tension monte… Un Italien en mobylette arrive, très décontracté, il a décidé de passer la nuit ici et trouve une chambre dans une gargote de bas étage où nous le rejoignons bientôt ainsi qu’un Thaï quand, la nuit venue, nous comprenons qu’il n’y aura pas de bus ce soir ! La chambre, à l’étage atteint par un escalier extérieur très raide, est réduite au minimum, des murs de planches couverts de pages de calendriers en guise de papier peint et une mince paillasse. Les toilettes sont à l’avenant. Nous descendons dans la salle commune que nous sommes seuls à occuper, nous y retrouvons Flavio, l’Italien, légèrement éméché après sa troisième bière et quelques verres de lao lao, le tord-boyau local. Il nous montre un jeu de son invention qui amuse Marie. Pour dîner au lieu du plat de pâtes avec des œufs frits demandé, nous avons une nouvelle soupe de vermicelles avec les œufs trop cuits. Nous regagnons ensuite notre cage ouverte à tous les vents…

 

Mercredi 18 février : La bourre de notre paillasse, tassée par des centaines de dos de voyageurs épuisés et égarés, est aussi dure que les planches sur lesquelles elle est posée. Elle forme des creux et des bosses que je cherche sans succès toute la nuit à adapter à ceux et celles de mon corps. Aucune intimité, les bruits de la rue comme ceux de la maison et de ses habitants nous parviennent. Pas question de se faire servir un petit déjeuner par notre peu accorte tenancière, tout juste obtenons-nous des verres d’eau chaude qui nous permettent de nous préparer des thés que nous accompagnons de nos derniers biscuits. Nous allons reprendre notre faction au « bus stop ». Nous étudions l’activité du village ou plus exactement l’absence d’activité, nous ne voyons personne exercer un quelconque travail à l’exception des quelques marchandes qui ont toutes le même étal de sodas, biscuits, cigarettes qu’elles vendent au compte-goutte. Les mères, très jeunes semble-t-il, se retrouvent, leur nourrisson porté dans le dos ou sur la hanche dans un porte-bébé en forme d’écharpe, pour papoter, rire, cracher à intervalles réguliers. Le bus devrait être là à dix heures, le suspense atteint des sommets… Dix heures et demie, dix heures quarante… Le voilà ! Un vrai, avec fanfreluches, mauves à glands argentés cette fois. Presque vide et allant bien à Nong Kiaw. Nous voici repartis après voir attendu plus de vingt et une heures ! La route, toujours étroite continue de serpenter dans les montagnes, souvent sur une ligne de crête, offrant des vues sur les forêts qui couvrent ces régions peu peuplées. Les traces de terrains défrichés puis abandonnés se remarquent sur les flancs des montagnes. Nous sommes à midi à Vieng Thong que nous avions essayé d’atteindre hier après-midi, pas un grand bourg mais tout de même moins désert que notre trou perdu. Nous déjeunons à une gargote de la gare routière : brochettes de petits oiseaux au goût de gibier et riz, un festin ! Nous repartons toujours dans les montagnes, traversons des plantations de tecks, des touffes de bambous, des bouquets de poinsettias. Une averse, avec de gros grêlons qui surprennent les voyageurs, rafraîchit, le ciel est ensuite plus bleu et la végétation plus verte. Le bus s’est rempli au cours de la dernière étape et quelques-uns remplissent encore des sacs plastiques. Notre voisin se racle la gorge et crache toutes les deux minutes par la fenêtre… A l’approche de Nong Kiaw des massifs basaltiques se rapprochent, forment des gorges, la présence de touristes signale l’arrivée au village. Le bus nous dépose après le pont sur la Nam Ou, devant la guest house que nous avions élue, « Sengdao ». Nous y avons un bungalow pas cher, à peine plus que notre gourbi de la veille, avec un vrai matelas et une petite véranda avec vue sur la jolie rivière. Je ressors aussitôt jeter un rapide regard sur la Nam Ou qui surgit entre les montagnes, puis vais faire un tour du petit centre-ville, repérer les restaurants, le ponton d’embarquement avant de revenir à la chambre. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous allons nous installer à une table du restaurant bien placé au-dessus de la rive. Nous envisageons les possibilités pour les jours à venir, consultons nos messages puis dînons, plats très copieux mais les viandes sont coupées en trop gros morceaux. Nous essayons ensuite d’avoir Julie sur Skype ce qui ne va pas sans mal, la connexion étant devenue très mauvaise. Je réussis néanmoins à échanger quelques mots avec elle. La suite de son séjour en solitaire au Mexique ne semble pas la réjouir.

 

Jeudi 19 février : Le bruit des bateaux qui dès l’aube passent sur la rivière nous réveille. Je vais réserver notre place sur le bateau pour Muang Ngoï de cet après-midi puis je vais changer à la banque. Nous prenons le petit déjeuner tout en essayant de nous connecter à internet mais la liaison est si lente que nous renonçons. Nous allons nous promener et tout d’abord apprécier la vue sur la rivière depuis le pont. La brume qui nous cachait les pics se dissipe lentement et si les arrière-plans restent flous, quelques rayons de soleil bienvenus éclairent la Nam Ou, ses rives et les bateaux qui se glissent entre les îlots découverts aux basses eaux.

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Nous arpentons la seule rue du village, quelques restaurants et guest houses et puis plus rien, la campagne. Nous revenons sur nos pas pour découvrir l’autre partie du village, après le pont, tout aussi limité dans son intérêt. Marie trouve des cartes postales au minuscule bureau de poste et nous revenons les écrire à notre auberge. Les Chinois, en vacances du Jour de l’An, ont envahi le nord du Laos pour leurs quinze jours de congés annuels, ils font généralement honneur à la bière locale… Nous déjeunons simplement, riz frit et nouilles frites puis nous allons à l’embarcadère, bientôt rejoints par d’autres touristes. Nous montons à bord d’une barque couverte, où une mince et peu large planche posée presqu’au fond de la coque tient lieu de siège, au grand amusement scandalisé des passagers alors que nous voyons débarquer des touristes de bateaux pourvus de sièges très confortables. Nous devons nous entasser sans trop savoir que faire de nos jambes… Nous démarrons dans un bruit d’enfer, et remontons le courant entre des berges, au début dans l’ombre puis ensoleillées. Nous voyons défiler les falaises et les pitons karstiques à quelque distance, rien de bien extraordinaire. Nous louvoyons entre les bancs de sable encombrés de rochers, les buffles se baignent pour se rafraîchir ou font la sieste couchés dans le sable. Nous franchissons en force de petits rapides, à peine secoués.

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Une heure plus tard, alors que je ne sais plus sur quelle fesse porter mon poids, nous approchons de Muang Ngoï. Manifestement, vu de la rivière, un village consacré aux touristes avec ses alignements de bungalows identiques. Nous débarquons, grimpons les escaliers du débarcadère, posons les sacs et je pars en quête d’un hébergement. Il reste un bungalow chez Ning Ning, pas en bord de rivière et collé entre deux autres. Il ne plait pas à Marie, je serais partisan d’accepter car le nombre de touristes qui a débarqué avec puis après nous est impressionnant. Je pars à la recherche d’une autre guest house mais tout est complet ! Nous revenons chez Ning Ning, son dernier bungalow est loué ! Début de panique… Je retourne dans la grande et unique rue, croise des Chinois, deux jeunes Israéliennes et d’autres, tous en quête d’un lit pour la nuit. Par hasard, j’entends une commerçante proposer une chambre à une Chinoise, je la suis, un Allemand aussi, Les chambres, il en reste deux ne plaisent pas à la Chinoise, elles conviendront à l’Allemand et à nous… Un lit, point final, pas de ventilateur alors que la pièce est étouffante, toilettes en commun… Je reviens prévenir Marie, elle n’est pas ravie mais il n’y a pas d’autre solution. Nous allons porter les sacs et ressortons aussitôt pour nous installer à une table du restaurant Lattanavangsa, envahi peu après par un groupe d’Italiens qui a raflé tous les bungalows. Le nombre de touristes dépasse les possibilités d’hébergement du village et bien sûr ils sont plus nombreux que les autochtones. L’horreur ! Après avoir tenté, en vain, de nous connecter nous repartons quand le soleil s’est couché. Nous réservons une chambre pour la prochaine nuit dans cette guest house puis nous suivons la rue du village jusqu’à son extrémité où un sympathique café, le Bee Tree, nous attend, des fauteuils sous les arbres, une musique tropicale et des cocktails à moitié prix aux « Happy hours ». Un « Lao lao sour »plus tard, nous revenons dans le centre du village pour dîner au « Riverside », un restaurant installé au-dessus de la rivière. Nous commandons et une heure et demi plus tard nous attendons toujours, enfin un plat arrive, avec les légumes de l’autre et plus tard le reste… Nous ne sommes satisfaits ni l’un ni l’autre, brochettes de poulet presque sans poulet et poisson plein d’arêtes. Retour à la chambre très mécontents, pour constater que nos voisins sont bruyants et les murs bien minces. Je dois taper contre le mur pour obtenir une baisse d’intensité sonore mais on entend alors mieux les cris des jeunes dans la rue. Une jeunesse occidentale qui doit se croire en terrain conquis où tout est permis et qui ne s’intéresse au pays que pour les possibilités de « s’éclater » à bon marché. 

 

Jeudi 20 février : Le passage des bonzes peu après sept heures dans une rue où beaucoup de villageois sont présents pour distribuer les aumônes, n’a guère attiré les touristes ! Nous quittons dès que nous sommes prêts cette auberge de bas étage et portons les sacs à la Lattanavangsa guest house. La chambre, dans un bungalow n’est pas encore nettoyée, nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse du restaurant en regardant partir les bateaux chargés de touristes

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Le village a alors quelques heures de quiétude avant l’arrivée de la prochaine fournée. On entend mieux les menuisiers raboter, scier et clouer des planches pour la construction de nouvelles guest houses, les coqs, déboussolés, chanter à tue-tête, les moto-riziculteurs pétarader dans les rues. La position du conducteur d’un tel engin est la même que pour une Harley Davidson, le vacarme au démarrage aussi, seule la performance à l’accélération est légèrement différente… Nous partons en promenade en suivant une large piste qui s’enfonce entre les pitons, passe dans des bois de tecks, vilains arbres aux feuilles comme du papier froissé, longe des bananeraies, des rizières à sec. Le soleil a dissipé les bancs de brumes qui, au réveil, flottaient au-dessus de la rivière et commence à chauffer. Au bout d’une heure de marche, nous avons parcouru les deux kilomètres jusqu’à une grotte d’où sourd un filet d’eau qu’une passerelle en bambou permet de franchir. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Marie ne se sent pas capable de continuer au-delà, pour aller voir des villages qui ne doivent plus avoir grand-chose d’authentique à en croire le nombre de touristes qui s’y rendent tous les jours. Nous faisons donc halte au très modeste restaurant qui se trouve judicieusement là. Une bière plus tard, nous commandons à déjeuner, salade de vermicelle avec de la viande (poulet ?) hachée et des fleurs de bananiers sautées avec du poulet. Plats copieux, et surprenant pour les fleurs de bananiers à goût d’artichaut. Après être allés contempler les rizières complètement desséchées où des buffles et des vaches mâchent les restes de tiges, nous prenons le chemin du retour. Marie commence à peiner et s’arrête à chaque fois qu’un arbre dispense un peu d’ombre. Nous progressons en transpirant en guettant le prochain arrêt et parvenons tout de même à l’orée du village où une halte, dans la première épicerie qui vend des boissons fraîches, s’impose. Dernier effort et nous sommes au bungalow. Court délassement perturbé par nos voisins anglo-saxons amateurs de musique et peu discrets. Nous allons ensuite nous installer sur la terrasse pour chercher à nous connecter à internet et peut-être avoir des nouvelles de Nicole mais la connexion est très lente et nous ne parvenons pas à envoyer des messages. Nous voulons profiter de notre modeste véranda à la tombée de la nuit mais les chaises ne sont guère confortables aussi décidons-nous, pour nous consoler, de retourner au Bee Tree essayer un autre cocktail. Nous devons reparcourir toute la rue principale mais nous sommes motivés… Nous commandons des mojitos qui sans valoir les insurpassables de Christian sont tout de même honnêtes, même si nous aurions bien remplacé une partie de l’eau gazeuse par du rhum… A côté de nous un groupe de touristes du 3° âge, Français, nous fournit une bonne raison de ne jamais voyager en groupe. Retour à notre auberge, tout au long du chemin, des gamines, très sérieuses, tiennent des loteries sommaires dont nous ne comprenons pas très bien le fonctionnement tant elles sont nombreuses, chaque maison semble avoir la sienne. Dans l’intérieur des maisons nous apercevons des matelas posés à même le sol sur lesquels adultes et enfants sont couchés et regardent la télévision. Les murs sont tapissés de photos de starlettes souriantes mais pas du tout dénudées, pages de calendrier des mois passés. Nous dînons à l’auberge juste au-dessus de la rivière, bientôt rejoints par le groupe de Français à la table voisine. 

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Marie se régale de porc grillé avec des frites, pas très laotien. Mon laab de poisson n’est pas fameux, plein d’arêtes. Je dois ensuite, à la chambre, demander à nos voisins mélomanes de bien vouloir modérer leurs échanges verbaux et diminuer le volume de leur musique… 

 

Vendredi 21 février : Dès que nous sommes opérationnels, je vais à la capitainerie, mot pompeux désignant une table branlante et une chaise sous un toit en chaume près du débarcadère, me faire confirmer le départ d’un bateau pour Muang Khua. Il fallait dix passagers, nous sommes onze ! Nous embarquons dans deux barques couvertes, assis confortablement sur des sièges tournés vers l’avant et non plus entassés sur des planches comme pour venir de Nong Kiao. Le soleil illumine les flancs des pitons couverts de forêts entre lesquels la rivière se faufile, louvoyant entre les roches et les bancs de sable. Les racines des grands arbres proches du courant sont dégarnies et ils tomberont sans doute lors des prochaines hautes eaux. Plus hauts, quelques-uns aux fleurs rouges font des taches de couleur sur le manteau uniformément vert de la jungle, les lianes courent de branches en branches, dégringolent en cachant d’autres arbres.

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Au bout d’une heure, nous sortons de ces gorges, les pitons s’éloignent, les rives s’abaissent, quelques cultures apparaissent, des lopins de terre cultivés en maïs occupent les berges de la rivière, les buffles prennent leur bain ou somnolent sur les rives sablonneuses. La forêt dense a disparu, les cultures sur brûlis ont fait disparaître les grands arbres, ce ne sont plus que bambous ou bananiers. De rares villages, maisons sur pilotis, en bois et bambous, à toit de chaume, se signalent par les barques ou les pirogues amarrées devant, les toits de tôle sont encore rares. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous franchissons quelques zones de rapides en faisant ronfler le moteur et en lorgnant les rochers submergés qui provoquent des remous. 

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Il ne faisait pas chaud au début mais le soleil nous réchauffe vite. Sur la fin du parcours nous croisons de grandes dragues qui grattent le lit, à la recherche d’or. Après quatre heures d’une très agréable navigation, nous retrouvons la modernité, un pont en béton signale l’arrivée à Muang Khua. Nous débarquons et je me précipite à la recherche d’un hôtel. Je dois gravir une rude côte avant de trouver quelques guest houses, et dans l’une d’elles, la Manh Chay guest house, une chambre à deux lits jumeaux, sans grand confort mais propre. La connexion internet est relativement bonne et nous en profitons pour réserver une chambre à Oudomxaï, confirmer à Louang Prabang et envoyer quelques messages. Nous ressortons pour aller voir le vat, classiquement coloré et aux statues naïves peu réussies. Les autres maisons du village ne sont plus en bois mais en bon béton ou parpaing. Marie s’inquiète de l’heure et du lieu des bus pour demain. Malgré le nombre non négligeable de touristes qui embarquent ou débarquent ici, il n’y a encore aucune agence touristique et les hôtels ne font pas encore la retape pour les transports. Cela ne saurait tarder… Nous traversons le centre du bourg, une bonne centaine de mètres, boutiques, épiceries peu achalandées, quincailleries basiques, pour atteindre le carrefour d’où doivent partir les tuk tuks qui mènent à la gare routière. De là une passerelle de câbles d’acier et dont le tablier en planches a quelques rustines posées de travers avec deux clous, permet aux piétons et aux mobylettes de traverser une petite rivière.

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La vue sur les rives serait intéressante si un nouveau pont jeté en aval n’en gâchait pas la perspective et si les maisons des deux rives n’étaient pas vilainement modernes et sans caractère. Nous retournons à la chambre et attendons en nous reposant pour aller dîner. Le Saifon est le rendez-vous des voyageurs, nous nous asseyons à une table au-dessus des palmes des cocotiers, le cours de la rivière a disparu dans le noir. Nous commandons et patientons, une heure plus tard arrivent nos plats de délicieux champignons frits. Nous devrons patienter encore une heure pour obtenir le plat de porc en beignets…Les clients pressés vont se servir directement dans le réfrigérateur pour les boissons. Nous en sommes… Un vieux Français, dans nos âges, trente ans de Laos, nous entreprend et nous fait part de sa vision du pays. Intéressant mais il se fait tard, j’ai froid, nous rentrons nous coucher.

 

Dimanche 22 février : En voyage, je dois savoir attendre. Attendre dans le noir que le réveil sonne. Dans le noir, faute d’une lampe de chevet et d’ailleurs je n’ai rien à lire. Attendre que Marie ait fini de se pomponner. Attendre l’arrivée d’un tuk tuk, attendre qu’il soit plein pour partir à la gare routière. Attendre l’heure du départ du bus, avec du retard. Attendre d’arriver en somnolant. Attendre que le patron de l’hôtel où nous avons réservé se réveille et nous donne une clé. Attendre au restaurant pour avoir le menu, attendre pour commander et attendre pour être servi. Pourquoi en fin de parcours ne décompte-t-on pas les arrêts de jeu ? Réveillés à six heures (et même avant…), nous sortons de l’hôtel au moment où les moines processionnent devant. Ils s’arrêtent chantonnent une litanie, les femmes agenouillées versent de l’eau sur le sol. Nous nous traînons au carrefour où doit stationner le tuk tuk susceptible de nous emmener à la gare routière. Marie s’inquiète… D’autres touristes attendent aussi mais eux vont au Vietnam. Arrive une fourgonnette qui, après avoir un peu patienté, nous emmène à la gare routière. Un terrain vague, une baraque en dur, un guichet et un unique bus. Les meilleures places, devant, sont déjà réservées, on nous libère deux sièges après la porte. Nous continuons notre dégringolade dans les catégories de bus. Celui-ci a vu le jour au Japon, une fois en bout de course, il a entamé une seconde carrière au Laos. Pas de climatisation, d’ailleurs il ne fait pas assez chaud pour en avoir besoin et surtout pas de rideaux aux fenêtres. Arrivée du groupe de touristes français rencontrés à Nong Khiao, toujours aussi bruyants, les bonnes places étaient pour eux… Ils surveillent, angoissés, le chargement de leurs bagages sur le toit. Nous ne partons, plein, qu’à huit heures trente. Le ramassage commence aussitôt, les surnuméraires sont d’abord installés sur des tabourets en plastique dans l’allée centrale, à la grande surprise des Français, puis les derniers doivent rester debout. La route suit la Nam Phak en des virages moins serrés que dans les montagnes, l’absence de soleil nous évite de regretter de ne pas être du bon côté. Au carrefour de la route de Phongsaly se tient un marché. Nous y faisons une très brève halte pour débarquer des passagers. Occasion de remarquer des femmes en costumes traditionnels, Akka, Hmong et autres.

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A peine le temps de voler quelques clichés et occasion de regretter de ne pas être allés traîner vers Phongsaly mais nous étions tellement certains que ces costumes ne se voyaient plus portés tous les jours ! La route continue, à peine plus large mais en très piteux état. Des portions de goudron entre les trous et les secteurs de piste ne sont là qu’à titre de souvenir. Notre bus se traîne dessus et ce n’est qu’à midi que nous arrivons à Oudomxaï. Nous sautons aussitôt dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel Villa Keoseumsack où nous avions téléphoné la veille et où nous ne sommes pas attendus puisqu’il n’y a personne à la réception… Une femme de chambre va réveiller le patron qui nous attribue une chambre très sombre et finit par nous en donner une autre plus agréable. Nous posons les sacs et partons à la recherche d’un restaurant. Ceux indiqués dans notre guide ont disparu. Nous nous contentons d’un bol de riz avec des bribes de porc ou de poulet dans une gargote de bas étage. Retour à la chambre pour une sieste. Nous ressortons pour grimper les marches, derrière l’hôtel, qui amènent au sommet d’une colline, dominée par un stupide stupa doré. 

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On domine toute la ville en plein boom économique chinois. Ceux-ci investissent beaucoup dans le nord du Laos, les enseignes sont presque toutes bilingues laotien-chinois. Ils se font construire des maisons toutes sur le même modèle tape-à-l’œil, style Grand Siècle à la mode chinoise. Presque personne ne parle anglais même dans les restaurants et guest houses. Après avoir fait le tour du stupa, nous redescendons sans nous décider comment occuper le reste de l’après-midi. Marie reste à l’hôtel et je vais me renseigner à la gare routière pour demain. Personne aux guichets, une affiche indique les horaires et les tarifs pour Louang Prabang, nous devrons nous en contenter… Retour à la chambre. Nous repartons de bonne heure à la recherche d’un restaurant qui ne soit pas une gargote. Nous passons le pont qui coupe la ville en deux et allons prendre un soda dans le jardin hors du temps du Charming Hotel. Une fausse cascade, des plantes, nous aurions presqu’oublié cette ville laide… Mais nous préférons dîner au restaurant Souphailin, que je rebaptise Sopalin pour des questions de facilité, dans une vieille maison de bois et aux murs de bambous, tenu par une charmante vieille dame parlant anglais et qui mijote des plats du nord du Laos et notamment du poisson et du poulet en feuilles de bananiers ainsi que des pousses de bambous mijotées avec du porc. Retour dans les rues désertes à neuf heures du soir, éclairées par les enseignes tapageuses des idéogrammes chinois des hôtels prétentieux.

 

Lundi 23 février : Encore un réveil matinal. Le bus pour Louang Prabang est supposé partir à huit heures trente, nous voulons être à la gare routière assez tôt pour choisir nos places. Nous hésitons à prendre un copieux petit-déjeuner à l’hôtel afin de ne pas avoir trop faim avant ce soir. Rien ne semble prêt, aussi décidons-nous de nous rendre à la gare aussitôt. Le tuk tuk hélé tente de nous persuader que les départs pour Louang Prabang se font d’une nouvelle gare routière plus éloignée. Doutant de l’information, nous nous faisons conduire à celle proche où je m’étais rendu la veille. Là, j’ai bien la confirmation que nous devons nous rendre à une autre gare routière. Nouveau tuk tuk qui nous dépose devant le bus déjà en partie occupé. Nous chargeons les sacs, choisissons nos places dans un bus identique à celui de la veille, avec peu de place pour des fessiers normaux d’Occidentaux bien nourris. En attendant le départ prévu pour neuf heures, nous allons prendre un thé en utilisant nos sachets Lipton et un paquet de biscuits. Dans les dernières minutes, il faut trouver de la place aux derniers passagers pour qui sortent des tabourets plastique, de la largeur exacte du couloir. Nous partons sur une route en montagne, pour changer, mais la forêt est très dégradée. La route est en cours d’élargissement et le revêtement n’est pas terminé. Nous roulons sur une piste entrecoupée de portions de goudron. A midi, nous sommes à Pakmong, un carrefour de routes. Arrêt pour déjeuner dans une gargote, nous y trouvons de la saucisse légèrement sucrée, servie froide avec du riz gluant, qui nous satisfait pleinement. Nous repartons sur une route meilleure et surtout plus droite, ce qui permet d’améliorer la moyenne. Nous avons retrouvé la Nam Ou que nous suivons presque jusqu’à Louang Prabang. Nous y sommes à quinze heures, six heures de route pour deux cents kilomètres… Nous sautons dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel. J’avais une petite crainte concernant notre réservation, je n’avais pas tort ! Notre chambre est occupée… Celui qui l’occupe ne veut pas déménager, le réceptionniste ne sait pas quoi faire ! Téléphone au patron, engueulade, le réceptionniste est prêt à démissionner, panique à bord ! Il finit par nous proposer une chambre dans une autre guest house proche, à ses frais. Je vais voir la chambre, la juge correcte. Nous y déménageons… Nous ressortons, portons du linge à laver à notre guest house d’origine et nous nous faisons promettre, jurer que demain nous y aurons une chambre. Marie veut se rendre au marché de nuit pour ses achats, personnels ou cadeaux. J’aurais préféré aller me reposer et boire un verre sur les bords du Mékong… Tout au long du trajet, nous avons croisé de nombreux convois de voitures (presque toujours des marques occidentales) de Chinois qui, vacances du Nouvel An terminées, s’en retournaient chez eux. Mais ils sont encore plus nombreux ! Soirée épuisante à marchander toute sorte d’articles. Nous nous rendons ensuite au restaurant « Toui » où nous avions bien mangé. Marie se régale d’un magret de canard à l’orange, pas très laotien, et moi de leur menu dégustation, bon et copieux. Tous les grands classiques de la gastronomie laotienne sont réunis : saucisse de Louang Prabang avec une sauce au tamarin pimentée, feuilles d’algues au sésame, curry de poulet, poisson en feuille de bananier, laab de porc et même café local qui va m’occasionner quelques difficultés digestives…

 

Mardi 24 février : Les tambours des temples proches, frappés à quatre heures du matin me réveillent. Je ne me rendors pas, Marie attend huit heures et demie pour se réveiller en se plaignant du bruit… Je vais porter nos sacs à notre guest house et nous cherchons un petit déjeuner tardif. Faute d’en trouver, trop tard, plus de pain, etc… Nous allons nous faire un thé avec nos sachets Lipton et nos derniers biscuits dans la cour de la guest house. J’y laisse Marie puis vais réserver des places dans un mini bus demain pour Van Vieng, poster les dernières cartes et changer des dollars. Je fais un détour par le marché Dara pour rendre une dernière visite aux bijoutiers. J’y trouve bien des bracelets et des plaques de colliers hmong mais à des prix défiants l’entendement… Marie n’aura pas sa surprise… Retour à la guest house, la chambre a été libérée et Marie en a pris possession. Nous nous connectons, pas de réponse de l’Inthira de Van Vieng, nous réservons par Skype dans un autre hôtel conseillé par des Québécois déjà rencontrés à Don Kon. Nous allons déjeuner dans un des restaurants anonymes, tous identiques, tous la même carte, des bords du Mékong. Longue attente pour des anneaux d’encornets frits et des tiges de citronnelle « farcies ». Nous descendons ensuite sur les quais et embarquons sur le bac qui fait traverser, faute de pont, les véhicules, camionnettes deux par deux, et motocyclettes sur l’autre rive. Le soleil est au mieux de sa forme, pas nous… Grimper la pente jusqu’à l‘entrée du village sous le soleil est dur… Nous marchons ensuite sur une route étroite, récente, qui longe un village bien calme, un autre monde après Louang Prabang si loin et si proche ! Après quelques haltes justifiées par l’ombre chétive d’un arbuste, nous atteignons le premier vat à visiter, le Vat Xieng Maen. Une allure classique avec son toit descendant très bas, sa décoration autour de la porte d’entrée, ses colonnes couvertes de dessins dorés et ses Bouddhas en diverses positions.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une série de gravures retient notre attention, elles seraient du plus bel effet chez nous… Tous les temples sont malheureusement orientés vers l’Est, ce qui signifie que pour les voir éclairés par le soleil, il faudrait se lever à des heures indécentes et totalement improbables… Nous continuons entre les maisons et commerces du village, loin de l’agitation de la grande ville, délaissons l’escalier qui mène au Vat Chomphet, le gardant pour la fin. Au bout du chemin et après avoir traversé des bosquets de bougainvillées et entre des rôniers, nous trouvons les bâtiments du Vat Longkun. Le sim est une petite merveille, peu visité. Son entrée est gardée par deux soldats chinois de l’époque des « Pavillons Noirs » peints en fresque sur les murs du vestibule, soutenu par des colonnes noires couvertes de dessins dorés. L’intérieur est une splendeur, tous les murs sont couverts de fresques du xix° siècle, encore très fraîches. Nous essayons de détailler chacune d’entre elles, batailles, musiciennes endormies, Bouddha dans son palais, Rama et Sita (?), bourrasque de vent qui arrache tout, requins (?) qui dévorent de malheureux pêcheurs, Européens avec sabres et canons aux visages grattés… Il faudrait avoir un commentaire détaillé de ces scènes ! Quand ces fresques bénéficieront-elles d’une restauration ?

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons sur nos pas puis gravissons les marches qui amènent au Vat Chomphet, complètement ruiné mais d’où nous jouissons d’une vue sur Louang Prabang qui ne semble pas avoir changé depuis notre venue en 1998, les maisons et les vats sont perdus dans la végétation.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Peut-être suffirait-il de quelques années de désintérêt, que les tour operators se dirigent vers d’autres destinations, pour que Louang Prabang retombe dans une léthargie pleine de charme. Rêvons… Nous revenons à l’embarcadère, non sans nous arrêter pour acheter des boissons fraîches dans l’une des épiceries qui jalonnent le parcours. Il n’y a guère de maisons sans une ou plusieurs jolies cages en bois occupées par des mainates ou des oiseaux à aigrette, l’œil entouré de rouge et le cul orange, enfermés dans des espaces qui ne leur laisse même pas le loisir de déployer leurs ailes… Nous retraversons le Mékong et rentrons à notre auberge. Repos puis nous allons dîner au Tamnak Lao, face à la Villa Santi. Nous y reprenons des cocktails dont le redoutable Lao Piranha qui, à la triple dose de lao lao, ajoute du tabasco… Bonne cuisine, surtout les plats à base de lait de coco. Nous rentrons profiter quelques instants de la véranda devant notre chambre avant de nous coucher.

 

Mercredi 25 février : Je suis de nouveau réveillé par les tambours frappés par de furieux néophytes mais je réussis à me rendormir. Nous sommes prêts avant neuf heures et après voir dit au revoir à Louise et Gaston, les Québécois, anciens voisins de Don Kon, et que nous reverrons peut-être cet été à Montréal, nous attendons le tuk tuk qui doit nous déposer à la gare routière. Nous avons réglé la nuit au prix non négocié, ce que je fais remarquer au réceptionniste en lui laissant la différence pour la nuit précédente à l’autre guest house. Nous partons en minibus, sur les sièges de devant, Marie, craignant d’être malade en route, en a fait déménager un géant noir canadien. Nous reprenons cette route toute en lacets mais le chauffeur est plus calme que le précédent et tout se passe bien. Nous faisons quelques courtes haltes pour que le chauffeur avale son bol de soupe de nouilles et nous des chips. Avant Kasi apparaissent des pics crénelés, perdus dans la brume, avec des allures de Hoggar, des massifs karstiques plus acérés que dans le nord. Nos compagnons anglophones, très bruyants au démarrage, se calment vite. Nous sommes à Vang Vieng à quinze heures trente, négocions âprement un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel « Le Jardin Organique » où nous avions retenu une chambre par téléphone hier. Notre chambre est déjà attribuée, nous pourrions avoir un bungalow mais nous devrions encore déménager demain ! Je repars à pied chercher une autre chambre et trouve à l’hôtel « Khamphone », moins loin du centre. Je vais rechercher Marie et les sacs et nous emménageons. Nous ressortons découvrir cette ville qui tout de suite m’a déplu. Encore un de ces centres pour jeunes sportifs, les kayaks, les vélos sont partout, proposés dans toutes les boutiques. Nous allons louer une voiture avec chauffeur pour demain, afin d’occuper la journée mais je sens que j’aurais préféré rester à Louang Prabang où nous aurions pu passer plusieurs jours sans nous ennuyer. Je vais à l’hôtel « Inthira » faire remarquer que nos trois messages de réservation sont restés sans réponse et que ce n’est pas très sérieux… Nous cherchons un café sur les bords de la rivière Nam Song, avec les montagnes crénelées en arrière-plan

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous trouvons ce que nous cherchons au Ban Sabaï, un jardin avec des chandelles sur les tables, dans le cadre rêvé. Nous y restons dîner, pas très bien. Pour faire en fonction de la clientèle, le ketchup recouvre les brochettes de Marie…

 

Jeudi 26 février : Nous prenons le petit déjeuner à l’hôtel, le thé est gratuit, heureuse initiative. Avant que le minibus ne vienne nous chercher, je retourne au restaurant de la veille faire des photos des massifs karstiques en arrière-plan de la rivière. Je vais jusqu’à une passerelle qui l’enjambe puis retrouve Marie. Notre chauffeur arrive au volant d’un minibus qui a dû connaître des temps moins durs… Nous démarrons, passons un pont de planches pour traverser la Nam Song et poursuivre en direction des montagnes. Nous voulons aller voir une grotte, Tham Pha Daeng, au pied d’une falaise, le chemin qui en approche est barré par un tronc de bambou enfoncé dans la terre pour en interdire l’accès. Notre chauffeur se bat avec sans réussir à l’arracher, il nous amène dans les rizières à sec avec le minibus mais ne peut pas approcher plus. Nous devons marcher sous un soleil qui commence à taper fort. Depuis que nous avons quitté les montagnes du Nord, nous avons retrouvé des températures tropicales et rangé les pulls over au fond des sacs. A Luang Prabang déjà, une chemise ou un tee shirt suffisait le soir. Nous atteignons l’entrée de la grotte, nous devons payer un droit d’accès, très modique mais sa répétition à chaque site est énervante. Nous entrons dans un vestibule d’où s’enfonce un très étroit boyau. Marie m’attend, je continue en me contorsionnant jusqu’à une salle où il devrait y avoir une mare d’eau, absente ! En ressortant, en transpirant à grosses gouttes, on m’assure que j’aurais dû continuer pour la trouver… Nous continuons sur une piste qui longe les massifs, trop souvent dans l’ombre et mal perçus dans la brume de chaleur. Nous bifurquons pour nous rendre au « Lagon Bleu », à l’entrée d’une autre grotte. Il faut acquitter un droit d’accès à cette grande mare, effectivement bleue.Nous n’y sommes pas les seuls, Les touristes, presque tous des jeunes, s’y pressent. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le grand jeu consiste à se laisser tomber dans l’eau après s’être balancé au bout d’une corde. On peut aussi plonger des branches d’un grand arbre. Les jeunes Occidentales font admirer leur plastique et les Chinois, tous affublés de gilets de sauvetage, les regardent en poussant des cris à chaque « Plouf ». Quelques audacieux parmi eux se laissent choir dans la mare avec leur gilet… Nous n’allons pas voir la grotte, avalons deux portions de fried noodles avec une bière dont nous devons payer le gobelet (!) en regardant les naïades. Dans la prairie, les Occidentales se font bronzer, les Asiatiques fuient les rayons du soleil… Nous repartons, roulons au milieu des rizières où seuls les buffles sont présents, souvent complétement immergés dans des mares boueuses. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous traversons des villages où des Hmongs ont été réinstallés. La modernisation, l’enrichissement (relatif), se manifestent par l’abandon des maisons traditionnelles en bois, bambous et chaume et leur remplacement par le parpaing et le béton. Les temples, tout neufs, sont les constructions les plus ambitieuses, les bâtiments les plus importants, en béton désormais. Nous sommes entourés de karsts dentelés qui se découpent sur le ciel, le paysage doit être magnifique quand les pluies ont purifié l’air et que les rizières sont en eau et vertes. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous revenons sur nos pas, passant par d’autres villages où les maçons et les charpentiers s’activent. Dernier détour pour la grotte du Python au bout d’une mauvaise piste. Aucun touriste. Fatigué, je serais bien rentré directement à l’hôtel mais le chauffeur en a décidé autrement… Marie me laisse seul y aller. Je dois escalader la falaise dans des éboulis avec pour seule aide une rambarde branlante de bambous. Aucun éclairage dans la grotte, je découvre à la lueur de ma torche des salles impressionnantes où une rivière souterraine a creusé son lit, laissant la trace de son passage sur les roches,  stalactites et colonnes de pierre qui semblent pailletées

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Je ne vais pas jusqu’au bout, trop éloigné, et regagne l’air libre. Nous rentrons à l’hôtel et nous nous installons sur une table de la véranda de l’étage pour relire le texte du blog. Nous ressortons peu avant la nuit pour aller voir deux des vats de la ville. Ils sont en permanente restauration, des peintres refont une beauté au Bouddha de l’un, des maçons élèvent un nouveau bâtiment dans l’autre. Toujours avec beaucoup de couleurs et peu de délicatesse dans les traits des personnages. Nous revenons en cherchant un restaurant. Nous jetons notre dévolu sur le Nam Song Garden. Nous commençons par un mojito en contemplant les pics qui disparaissent lentement dans la nuit puis nous commandons le plat du jour de ce restaurant qui se veut et est tenu par des Franco-Belges, un magret de canard avec une sauce aux champignons et des frites. Les champignons ont été versés dans la poêle sans être rincés au sortir de la boîte de conserve, les magrets ne sont pas roses et les frites n’ont certainement pas eu le premier prix au Concours de la Frite belge à Namur ! Bref, nous ne sommes pas contents. Retour par les rues, uniquement consacrées aux établissements de plaisir : musique pop à réveiller des sourds, télévisions branchées sur les Simson, billards, tenues extravagantes, blondes avec un minimum de tissu, une population venue faire la fête qui doit choquer les Laotiens… Bars pour Australiens, décibels au maximum etc… Nous apprécions d’autant mieux la tranquillité de notre quartier excentré. 

 

Vendredi 27 février : Nous sommes prêts bien en avance et attendons le bus qui doit nous emmener à Vientiane pour la dernière étape. Il se fait attendre et ce n’est que pour nous déposer à la gare routière, non sans avoir auparavant fait le ramassage dans les différentes guest houses. Le bus, un normal en taille, est déjà bien rempli et n’a pas assez de place pour les nouveaux arrivants. Nous embarquons finalement dans un minibus, Marie devant. La route est bonne, selon les critères laotiens. Nous avons droit à une halte de vingt minutes pour avaler un sandwich et un paquet de chips. L’approche de la capitale se fait sentir au nombre de véhicules, au rapprochement des agglomérations et à la présence, tout à fait illusoire, de bandes blanches sur la chaussée. Nous sommes à quatorze heures à Vientiane, passons devant l’aéroport puis dans le centre où le bus nous dépose. Les tuk tuks, sans vergogne, nous demandant des sommes honteuses pour nous faire faire trois cents mètres, nous partons à pied. Bientôt, j’abandonne Marie dans un café et me rend seul à l’hôtel Sala Inpeng où nous avons réservé, avec les bagages. Le bungalow est très bien, dans une oasis de verdure en plein centre de la ville. Je dépose les sacs, règle la climatisation que nous allons apprécier avec cette chaleur étouffante qui assomme les citadins. Rien à voir avec la douce température qui régnait, il y a un mois et demi. Je vais rechercher Marie et nous revenons nous reposer à la chambre. Je m’occupe de réserver la navette pour nous ramener de Roissy puis je retourne en ville pour vérifier auprès de Vietnam Airlines qu’il n’y a pas de mauvaise surprise avec le vol. Je vérifie les horaires du musée contigu puis rentre à la chambre somnoler une petite demi-heure. Nous nous rendons au marché de nuit, ensemble de stands dans les jardins le long du Mékong. Pas grand-chose d’intéressant pour moi. La plupart des échoppes vendent des tenues féminines pour minettes asiatiques, peu pour les hommes, ce que je regrette, car j’aurais bien aimé trouver un blouson pour l’arrivée lundi dans la Sibérie parisienne. Les échoppes qui proposent des objets d’artisanat intéressent Marie qui achète d’amusantes cartes en papier plié et des sets de table. Nous allons dîner au Khambang Lao Food center, présenté dans le Lonely Planet comme un des meilleurs restaurants de cuisine laotienne de la ville. Les cuisses de grenouilles et les cailles sur la carte nous tentent ainsi que des ribs de porc. Nous sommes très déçus, tout est frit et si on mélange les plats on ne sait plus faire la différence entre eux. Nous rentrons à la chambre profiter de la climatisation.

 

Samedi 28 février : Ce n’est pas un lit King size mais Imperor size, Ayatollah size ! Par chance, hier soir, les oreillers étaient là pour nous indiquer le sens du couchage mais nous avons dû rester bien liés l’un à l’autre pour ne pas nous perdre et j’avais eu la bonne idée d’avancer l’heure du réveil ce qui nous a laissé le temps de trouver la sortie… Le petit déjeuner nous est servi sur la véranda, dans de confortables fauteuils, sous des pots d’orchidées, avec vue sur les petits palmiers. Nous débutons tardivement la journée en nous rendant par des rues peu animées au Musée National. Il n’a pas dû changer depuis quelques décennies… Salles tristes, vitrines antédiluviennes, objets poussiéreux. Après quelques salles consacrées à la préhistoire puis à l’époque des grands royaumes laotiens avec quelques poteries et Bouddhas (les plus beaux, en or et en argent, sont cachés dans une cage à solides barreaux si rapprochés qu’on n’en voit quasiment rien), nous devons traverser des salles plus nombreuses consacrées à la lutte révolutionnaire (photos et armes rouillées) et aux réalisations du régime (production des divers ministères). Bien peu de choses ! Je me venge par un commentaire qui se veut humoristique qui me vaut d’être taxé de « méchant » par Marie. Nous nous dirigeons ensuite vers le restaurant vietnamien où à l’arrivée, nous avions mangé de très bons nem nuong. Ce qui est encore le cas cette fois-ci. Nous allons ensuite nous reposer à la chambre en climatisé, pas question de sortir à cette heure ! Nous osons affronter la touffeur extérieure vers les dix-sept heures, pour faire la tournée des boutiques de souvenirs. Je trouve un beau tissu à motifs bleus, passablement usé dans la bordure extérieure, à un prix tout à fait convenable mais, Marie dans sa grande sagesse décide que nous attendrons d’avoir vu ailleurs… Elle a dressé un itinéraire des boutiques qui l’intéressent et nous en faisons le tour, scrupuleusement. Heureusement les prix des tissages récents sont souvent exorbitants et refroidissent ses velléités d’achat. Dans la boutique spécialisée dans les tissus anciens que nous avions déjà visitée à notre arrivée, nous trouvons un tissu identique à celui vu au début du « circuit » et en meilleur état. Nous faisons affaire… La nuit est tombée, nous revenons vers notre hôtel et allons nous asseoir à une table dans le jardin du restaurant Makpeth. Nous y prenons chacun un cocktail, le dernier au Laos, un gin-tonic pour moi et un daïquiri au karkadé pour Marie, tous deux sont bien pauvres en alcool et pourtant ce seront les plus chers du voyage ! Nous y dînons, la cuisine est inventive et nous apprécions, même si le poulet de Marie est trop pimenté à son goût. Nous commençons à préparer les sacs pour le retour.

 

Dimanche 1er mars : Nous sommes réveillés à sept heures et demie par ce qui ressemble fort à du bourrage de crâne, de la propagande débitée à plein volume par des haut-parleurs (cachés où ?), pendant un bon quart d’heure. Nous ne sommes pas pressés  et profitons au maximum de la climatisation avant de devoir affronter la chaleur toute la journée. Nous abandonnons les sacs à la réception et partons pour les derniers achats. Vientiane n’est pas encore très éveillée en ce dimanche matin. Mais le soleil lui l’est ! Marie tient à rapporter des paniers utilisés pour servir le riz gluant et faute d’en avoir trouvé dans les boutiques de souvenirs, nous nous rendons là où la réceptionniste nous a dit pouvoir en trouver. Quand nous y sommes, à un carrefour d’avenues, pas de paniers en vue… J’abandonne Marie et continue seul jusqu’à un marché en partie couvert. Habituelles marchandes de fruits et légumes, de viandes et de poissons maintenus vivants dans des bacs aérés. Je trouve des paniers chez une marchande de riz et une petite marchande en vend également, accrochés à sa palanche. J’en achète un à chacune d’elles et reviens vers Marie. Nous cherchons où déjeuner, l’Amphone est fermé, nous revenons sur nos pas pour le Lao Kitchen. Bonne cuisine avec les grands classiques laotiens que nous goûtons une dernière fois : Laap de poisson, saucisses de Louang Prabang et poulet grillé. Nous ne savons pas trop comment occuper l’après-midi et il n’est pas question de marcher des heures en transpirant. Marie a une envie de sorbet, nous cherchons un café, une pâtisserie, un restaurant où nous pourrions attendre, au frais, devant une coupe, un verre. Nous trouvons notre bonheur à l’étage du café Sinouk, en climatisé… Pas longtemps, une panne d’alimentation électrique nous en chasse… Nous revenons à l’hôtel attendre à la réception simplement ventilée l’heure du départ. Le taxi commandé est ponctuel et nous sommes en avance à l’aéroport. Enregistrement puis passage en salle d’attente pour le premier vol sur Hanoï. Nous décollons à l’heure et après une heure de vol, nous nous posons à Hanoï. Encore un contrôle et nous passons en salle d’embarquement. L’aéroport est beaucoup plus animé que lors de notre arrivée, avec des boutiques Duty Free qui doivent faire pâlir d’envie Vientiane, définitivement province à côté !

 

Lundi 2 mars : Nous repartons avec une heure de retard dans un avion bondé, les vacances françaises de février doublées du Nouvel An Lunaire ont amené de nombreuses familles au Vietnam et au Laos qui s’en retournent pour une rentrée scolaire demain. Nous sommes très mal installés avec fort peu de place. Partis en retard, l’apéritif est oublié et le repas vite expédié, le vin est servi chichement au verre (petit !). Pas question de dormir, somnolence et courbatures pendant des heures… Pas de film en français ou sous-titré. Nous ne recommanderons pas Vietnam Airlines ! Nous avons presque rattrapé notre retard et peu après sept heures nous nous posons à Roissy. Il faut encore marcher dans d’interminables couloirs, passer les contrôles, récupérer les bagages et enfin réussir à sortir alors que de nombreuses personnes, venues accueillir les arrivants, encombrent le passage. La navette réservée se fait attendre, nous affrontons une température que nous ne connaissions plus mais qui reste supportable. Nous filons dans les encombrements, déposons tout d’abord d’autres passagers à Charenton puis nous voici boulevard Diderot, la concierge est dans l’immeuble, elle nous donne les clés et nous retrouvons l’appartement… 

 
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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 10:04

Mercredi 4 février : Il faut se lever tôt puisque le tuk tuk doit venir nous chercher à huit heures. Il nous dépose à une autre guest house au bord du fleuve, une barque doit venir nous y chercher. Effectivement quelques minutes plus tard nous apercevons le sillage et nous entendons le halètement du moteur de notre transporteur. Pour monter à bord, il faut descendre avec les sacs un escalier de bois aux marches étroites et à la rambarde aléatoire. Marie n’apprécie qu’à moitié… Il faut aussi traverser une plus grande barque chargée de touristes mais à laquelle nous n’avons pas droit… Nous rejoignons en biais le débarcadère de l’autre côté, occasion d’apprécier les bords du Mékong alors que le soleil n’est pas encore à son zénith. Comme à l’aller, parcourir quelques dizaines de mètres dans le sable n’est pas aisé non plus. Le bus ou le minibus (?) qui doit nous emmener n’est pas là. Nous devons attendre… Peu après nous sommes rejoints par les passagers de la grande barque que nous n’avions eu que le droit de traverser… Mystères de l’organisation… Après une heure d’attente arrive un grand bus VIP, rideaux jaunes, pompons et fanfreluches mauves, déjà bien rempli de touristes. Pas de places assises pour tout le monde, le chauffeur rajoute dans l’allée des chaises en plastique. Marie montée dans les premiers m’a gardé un siège mais nous ne sommes pas côte-à-côte. Nos voisins respectifs, Français solitaires, n’ont pas l’élémentaire élégance de nous proposer d’échanger avec l’un d’eux… Rapide parcours, presque jusqu’à la frontière cambodgienne, puis nous sommes débarqués dans une bourgade qui vit du transport des passagers vers les îles de Don Det et Don Khone. Toute la faune touristique internationale s’y retrouve, les retraités en voyage organisé aussi bien que les Rastafari à la chevelure de sâdhu. Nous suivons le mouvement, embarquons sur la pirogue pour Don Khone et partons bientôt nous faufiler entre une multitude de petites îles couvertes d’une végétation luxuriante, les cocotiers frangent les rivages, les manguiers dispensent une ombre appréciée par les buffles, de grands arbres majestueux attendent d’être déracinés et emportés par les crues de la prochaine mousson.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Nous longeons Don Det et l’abondance des hébergements de toutes catégories qui se succèdent sur le rivage nous annonce ce que nous allons trouver sur Don Khone : un ancien paradis exotique agonisant sous l’invasion touristique. L’autochtone fait figure d’intrus ! Nous débarquons difficilement dans l’eau au pied d’une berge herbeuse et glissante alors qu’il existe des débarcadères aménagés… Nous cherchons la Pan’s guest house où nous avons réservé, deux cents mètres à parcourir dans la poussière d’une rue de terre, entre restaurants qui proposent tous des pizzas ou des spaghettis sauce tomate et des hébergements variés, croisant cyclistes rubiconds et essoufflés, nos doubles… La chambre, un petit bungalow, sur les bords du Mékong, climatisée, ce qui est appréciable ici, est agréable mais les toilettes sont inondées et la télécommande de la climatisation est capricieuse. Nous faisons régler ces petits soucis et allons déjeuner au restaurant de l’hôtel. Une bonne salade pour Marie et des nems très quelconques pour moi avec un peu plus de bière que nous ne nous l’autorisons habituellement. Nous revenons nous reposer à la chambre et ne ressortons qu’en fin d’après-midi. Après avoir admiré la vue sur le chenal bordé de cocotiers qui nous sépare de Don Det, nous faisons le tour des agences qui proposent des excursions, nous renseignant sur les tarifs des tuk tuks dans l’île. Nous marchons jusqu’à un temple, très simple, perdu au milieu des rizières puis revenons prendre un soda ou un lait de noix de coco sur une des terrasses, au-dessus d’un des bras du fleuve, au soleil couchant.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous dînons au restaurant du Sala Don Khone, établissement plus chic où nous essayons des nouveautés : brochettes de poulet au saté, pas assez grillées, cake de poisson avec une sauce à peine pimentée et un poisson au lait de coco en feuille de bananier. Retour au bungalow où nous nous installons quelque temps sous la véranda, au frais à cette heure.

 

Jeudi 5 février : Ah qu’il fait bon dormir sur les bords du Mékong, dans un bungalow climatisé, se réveiller quasi gelé au matin et entendre, sur les eaux calmes, pétarader les moteurs des barques qui s’activent dès qu’il fait jour ! Le petit-déjeuner n’est pas servi sur les berges du fleuve mais nous apprenons qu’il peut l’être à la chambre. Marie se sent dispose pour marcher quelques kilomètres, jusqu’aux rapides de Tat Somphamit. Nous partons un peu trop tard pour éviter un soleil cuisant. Nous passons sous l’ancien pont ferroviaire qui relie aujourd’hui les îles de Don Det et Don Khone, fréquenté par les piétons, les cyclistes et de rares camionnettes de transport de personnes. Peu après, sous un abri, une antique locomotive miniature rappelle qu’il fut un temps où le trafic des marchandises sur le Mékong devait emprunter une voie ferrée pour passer la zone des chutes à la frontière lao-cambodgienne. Nous continuons sur un sentier poussiéreux, entre les rizières qui n’apportent aucune fraîcheur. Nous dépassons le Vat Kho Tai, contents quand un arbre dispense un court instant une ombre appréciée. Marie commence à peiner mais elle avance vaillamment. Juste à la bifurcation pour les rapides, une moto-taxi, primitive association d’une moto de petite cylindrée avec une sorte de side-car bricolé pour permettre de transporter deux personnes à côté du chauffeur, surgit. Piloté par un guide laotien parfaitement francophone, et emmenant deux touristes aux rapides, qui propose gentiment, non seulement d’y déposer Marie, mais qui revient aussi me rechercher ! Nous devons acquitter un droit d’entrée au site bien élevé pour le pays, 35000 kips. Après avoir franchi une passerelle en bois, un sentier, entre des bosquets de bambous totalement déshydratés, amène au-dessus des rapides de Tat Somphamit. Là, le Mékong, de fleuve paisible, coulant lentement vers le Cambodge, se fractionne en une multitude de ruisseaux qui se précipitent sur des roches, se ramifient, se regroupent, bouillonnent dans des clues, se fracassent plus bas avant de s’apaiser et de poursuivre calmement son cours

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous sommes en période de basses eaux qui mettent en évidence le formidable enchevêtrement de roches qui fait obstacle au cours du fleuve et à sa remontée par des bateaux. Des pêcheurs ont installé de gigantesques nasses qui capturent les poissons en période de crue.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous suivons sur quelques centaines de mètres le rebord de la falaise, jusqu’à un très sympathique café, bien situé au-dessus de la plage de sable qui s’allonge le long d’un Mékong apaisé. Nous y prenons un pot puis prenons, toujours à pied, le chemin du retour mais en évitant la zone des rizières. Nous suivons un étroit sentier qui suit le cours du fleuve, plus court et bien ombragé. Des buffles aux superbes cornes nous regardent passer, indifférents. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous atteignons le vat aperçu à l’aller. Nous y faisons une courte halte à l’ombre d’un beau jaquier. De magnifiques bougainvillées grimpent jusqu’au sommet d’un palmier à sucre. Les frangipaniers, autres arbres très fréquents dans les temples, apprécieraient eux aussi une bonne pluie. Dans le village, sous les maisons sur pilotis, les femmes bercent leurs derniers-nés dans de grands paniers d’osier couverts d’une moustiquaire. Nous déjeunons, peu avant le pont, au premier étage du restaurant « Fleur du Mékong ». Salade et nems pour justifier la bière fraîche. Nous rentrons nous reposer à la chambre et laisser passer les heures chaudes. Nous repartons peu avant quatre heures en affrétant un autre tuk tuk pour nous rendre tout au sud de l’île. Nous suivons un chemin de terre entre rizières et plantations de tecks anémiés  A l’extrémité de la piste nous aboutissons aux anciennes installations qui permettaient d’acheminer les marchandises du bief inférieur au supérieur pour passer les rapides. Une pente en béton et un treuil amenaient les charges d’un ponton au chemin de fer qui traversait l’île. C’est de là que nous embarquons sur une barque pour une balade dans les eaux calmes, à la frontière du Cambodge, en passant entre des îlots sur lesquels le niveau des hautes eaux est nettement marqué.

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Les arbustes qui poussent dessus sont tous penchés dans le sens du courant. Nous sommes là surtout pour essayer de voir les dauphins du Mékong. Après une rapide navigation, nous coupons le moteur et guettons l’apparition des cétacés. Nous ne sommes pas les seuls à nous démancher le cou pour essayer d’apercevoir le bond hors de l’eau de quelques-uns. Le batelier les repère avant nous et le temps de nous les indiquer, ils ont déjà replongé… Nous apercevrons bien, fugitivement, quelques dos arrondis, un aileron mais nous nous sentons tout de même bien frustrés… Nous rentrons à l’hôtel, repos, connexion internet puis nous allons dîner dans un restaurant indiqué par des Français de rencontre. Le service n’est pas rapide et nous ne sommes pas servis ensemble mais les plats, curry de porc qui ne ressemble pas à un curry et poulet au basilic qui ne sent pas le basilic, sont bons et copieux. Retour à la chambre par les rues désertes.

Vendredi 6 février : A utiliser en permanence la climatisation et dormir avec, j’ai ce matin un bon mal de gorge. Nous nous faisons servir le petit-déjeuner sur la véranda, ce qui se révèle peu pratique, manque de place, chaises longues inadaptées. Nous n’avons pas un programme chargé aujourd’hui et après avoir beaucoup hésité, nous décidons de nous rendre cet après-midi aux autres rapides, ceux de Khon Phapheng. Nous réservons à l’hôtel pour l’excursion ainsi que les billets pour le retour demain à Pakse. Nous partons tardivement nous promener jusqu’au pont que nous franchissons en appréciant, de chaque côté, les belles vues sur le chenal, les îlots, la végétation et les maisons traditionnelles qui s’alignent sur la rive.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous continuons quelques centaines de mètres du côté de Don Det, jusqu’à la hauteur de notre guest house. Nous revenons pour un bref repos avant de déjeuner au restaurant de l’hôtel. Le service n’est pas bien rapide, il faut plus d’une demi-heure pour obtenir une salade de poulet et du poulet grillé avec des frites. Néanmoins nous sommes prêts pour partir à l’heure prévue. La patronne nous étonne par un geste auquel nous ne nous attendions pas. Le prix de l’excursion est fixé pour nous deux à 150000 kips, deux autres personnes, deux Françaises, la mère et la fille, se joignant à nous, elle nous rembourse 50000 kips ! Nous partons depuis la guest house en barque, pour retourner sur la terre ferme. Là, nous montons dans un minibus pour quelques kilomètres jusqu’à l’entrée du site des rapides. Le Laos l’aménage à grand renfort de coulées de béton pour justifier le prix d’entrée élevé demandé. Une courte marche sur un sentier nous amène à un point de vue sur la partie supérieure des rapides. Le fleuve commence à se précipiter sur et dans les roches, entre des îlots couverts de végétation. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Une navette électrique nous amène ensuite à la base des chutes, à moins de deux cents mètres ! Une terrasse a été aménagée pour offrir le meilleur point de vue sur les cascades, pas très hautes qui s’étalent sur un kilomètre. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous ne sommes pas aussi séduits qu’à Tat Somphamit. La masse d’eau est plus importante mais bien que partagée en plusieurs portions, nous avons moins l’impression d’un réseau de torrents qui surgissent de partout, se faufilent entre les roches avant de retrouver le calme plus en aval. Nous attendons le retour du soleil pour prendre des photos avant de remonter avec la navette, nous offrir un pot puis retrouver nos compagnes et rentrer par le même chemin. Je ne me repose guère et passe du temps sur l’ordinateur à mettre à jour texte et photos puis à chercher un hébergement à Louang Prabang. Nous ressortons pour aller dîner. Nous avons la surprise de trouver le restaurant, indiqué par nos amies belges, ouvert, alors qu’il était fermé les jours précédents. Nous nous offrons un apéritif : un très classique gin tonic pour moi et un cocktail « 4000 îles » à base de miel (1/4 dose), jus de fruit de la passion (1/2 dose), rhum (1 dose), feuilles de menthe, citron (un citron vert), que nous nous promettons d’ajouter à notre carte dès que nous serons rentrés à Toulon. Nous dînons également très bien : excellent masaman de porc bien relevé et poulet en feuilles de bananiers pas du tout fade. Dommage que nous partions demain ! 

Samedi 7 février : Nous n’avons pas très chaud au matin bien que nous n’ayons utilisé ni la climatisation ni même la ventilation. Nous bouclons les sacs puis allons prendre le petit-déjeuner avant de revenir attendre l’heure de partir en barque, en appréciant une dernière fois le calme, la douceur de ces îles appelées à rapidement disparaître sous l’afflux touristique. Nous apprenons que dans un avenir proche les voitures seront communes sur ces îles… Nous embarquons pour rejoindre la terre ferme, traîner nos bagages et attendre le bus qui doit nous conduire à Pakse. Nous ne sommes pas seuls, des touristes sont en partance pour toutes les destinations, Cambodge, Thaïlande ou en direction des villes du Laos. C’est dans un minibus que nous finissons par partir avec du retard. Nous parvenons à Pakse en tout début d’après-midi, sans avoir eu la possibilité de déjeuner. Nous nous faisons conduire en tuk tuk à l’hôtel Lamkam où nous retrouvons la chambre que nous y avions à l’aller. J’y laisse Marie et repars aussitôt pour changer des dollars puis m’enquérir au Phi dao de mon blouson oublié et définitivement perdu si j’en crois la jeune fille à la réception… Puis je retrouve Yves, le Belge, pour notre réservation de voiture de location mais nous sommes samedi et le bureau est fermé. Je vais ensuite prendre les billets d’avion pour Louang Prabang, mardi. Je passe consulter la carte du restaurant français « La Terrasse ». Je retrouve Marie et nous ressortons en fin d’après-midi. D’abord pour aller acheter deux beaux tissus brodés Môn, un bleu, un rouge, que nous avions repérés à l’aller et qui sans doute constitueront mon cadeau d’anniversaire !

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous nous dirigeons ensuite vers les bords du Mékong que nous atteignons après une bonne marche, à temps pour assister au coucher du soleil, pas très spectaculaire. Les bords du fleuve sont une suite de gargotes très simples qui offrent toutes une vue sur les eaux dont on imagine mal qu’elles vont se précipiter, avec fureur, plus en aval dans les gorges que nous avons vues. Hélas la vue se porte aussi sur les immondices qui couvrent les berges… Nous prenons un pot avant de revenir à l’hôtel déposer nos achats puis nous allons dîner au restaurant français « la Terrasse ». La carte de plats français est très courte, pas de hors d’œuvre, pas de dessert… Je m’offre un pastis, bien servi mais j’aurais apprécié quelque chose à croquer avec… Marie ne peut rien prendre, ils sont en manque d’alcool et pas question d’aller en acheter à la plus proche épicerie… Les magrets, bien qu’un peu cuits, avec des frites, nous changent du riz et des plats habituels. Nous rentrons profiter de TV5 avec Stéphane Bern !

 

Dimanche 8 février : Je ne me sens pas très en forme pendant la nuit. Nous avions arrêté la climatisation mais il commence à faire tiède et je la remets doucement bien que j’ai l’impression d’avoir les bronches prises. Marie tousse depuis hier ! Nous descendons les sacs et les abandonnons à la réception, le temps d’aller prendre le petit-déjeuner au Phi Dao. Marie retourne à la garde des bagages tandis qu’avec Yves je vais chez Avis régler le problème de la location de la voiture. Après un tas de signatures, j’obtiens les clés d’un Ford Ranger, pick up, 4x4, double cabine, impressionnant pare-buffle à l’avant, 200000 kilomètres au compteur, sièges déchirés, carrosserie fatiguée…

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Je vais chercher Marie, charge les sacs et nous prenons la route. Je roule sur des œufs, pas plus vite que les autres, c’est-à-dire bien lentement… Nous sortons de Pakse et prenons la route du plateau des Boloven. Premier détour pour parvenir à une cascade, Tat Pha Suam, entrée au site payante, parking et bus de touristes. Un sentier descend vers la rivière dans une belle forêt tropicale, arbres géants et lianes… Une première cascade, pas bien haute ni très fournie mais dans un beau cadre de verdure sauvage avant de franchir un pont et découvrir la cascade qui donne son nom au site, plus fréquentée. Les touristes peuvent se faire prendre en photo devant la chute et le torrent qui va se fracasser dans des orgues basaltiques inattendues. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous repartons et arrêtons une vingtaine de kilomètres plus loin pour aller voir une plantation de café où on peut en déguster mais ce n’est pas trop ce dont nous avons envie et les caféiers ne sont pas des arbres exceptionnels. Nous arrêtons quelque centaines de mètres plus loin pour une exposition de tissages traditionnels par des femmes de l’ethnie Katu dans une case sur pilotis accessible par des marches taillées dans un tronc. Ils sont tissés avec des perles blanches disposées en triangle, l’un d’eux nous plairait mais les prix sont excessifs, justifiés par les achats des touristes qui ne discutent pas ! Les villages sont très jolis, bien sûr les tôles ont remplacé le chaume, les paraboles rouillées déparent dans les cours, néanmoins ces maisons de bois avec leurs vérandas, leurs fenêtres aux volets de bois ouvragés, les hamacs qui invitent au repos sous les habitations, restent les témoins d’un art de vivre. Devant elles sèchent du manioc et des graines de café, la principale production de la région. 

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Nous sommes bientôt à Tat Lo et nous nous précipitons dans une guest house au pied des chutes, modestes, pas bien hautes non plus mais qui doivent être larges en saison. Nous déjeunons, tardivement, sans enthousiasme, au vu de la carte, prix élevés et aucune originalité. Plus de poulet ni de nems, au choix porc ou bœuf, avec des nouilles, du riz, du gingembre, du basilic ou aigre-doux, bref la carte passe-partout du Laos et peut-être de tout le Sud-Est asiatique… Nous hésitons à y prendre une chambre. Je demande à voir, on me conduit à un bungalow perdu dans les arbres au-dessus du cours du torrent. Avant de nous décider, nous reprenons la voiture et allons voir au lodge les tarifs et la situation. Le Tadlo lodge est situé au-dessus des chutes, avec de jolies vues sur la rivière. Deux éléphantes attendent les touristes pour les promener dans la forêt. Nous décidons de prendre le bungalow du Saise guest house et je retourne y déposer les sacs, puis je rejoins Marie au lodge. Nous prenons un pot dans la salle du restaurant aérée, ouverte sur trois côtés, en attendant l’heure du bain des pachydermes. A seize heures trente, amenées par leurs mahouts, ces dames s’acheminent vers le cours de la rivière et après s’y être désaltérées, seules, elles vont littéralement plonger dans une piscine naturelle.

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Avec un plaisir non dissimulé, elles se trempent entièrement, ressortent, s’immergent à nouveau à plusieurs reprises, comme des bébés au bain. Leurs mahouts sont montés sur leur dos et, à l’aide de leurs tongs, leur brossent vigoureusement le dos. 

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Quand elles sont bien débarrassées des poussières, du sable qui les recouvrait, elles s’en retournent sagement, quittent le lodge et rejoignent leur champ. Nous cherchons deux autres chutes, l’une proche que nous ne trouvons pas malgré nos questions, l’autre est en aval, au-dessus d’une usine hydro-électrique. Nous la trouvons depuis un village « ethnique », mince filet d’eau peu visible derrière la fumée et dans le soleil déclinant. Le village aux maisons de bois et de bambous abrite, semble-t-il trois ethnies, clochardisées à en croire les habitants en haillons et l’état des habitations. Sur la place du village, large espace dégagé, se dresse une construction plus soignée avec des poteaux sculptés. Un panneau indique qu’il s’agit d’une case communautaire à usage religieux. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Soudain le débit de la chute augmente considérablement, les vannes du barrage ont été ouvertes. Nous retournons à notre guest house, le bungalow est agréablement situé même si son accès n’est pas très aisé. Nous en ressortons pour aller dîner. Malgré la pauvreté de la carte et l’ambiance sinistre du lieu, nous sommes les seuls, Marie veut y dîner. Son porc au gingembre est plus riche de gras que de gingembre et mon laap de porc qui s’est fait attendre est surtout constitué de couenne ! Le riz demandé n’arrivera jamais… Nous réglons en exprimant notre mécontentement, ce qui ne semble pas bouleverser la responsable ni le personnel qui n’ont sans doute rien compris à mes dires… Très mécontents et encore affamés, nous traversons le pont, passons sur l’autre rive et complétons notre dîner dans le premier restaurant que nous trouvons. Un plat de frites grasses et des bananes frites dans du lait de coco, avec une autre bière, ne nous réconcilient pas vraiment avec la gastronomie locale. Nous regagnons notre bungalow alors que la température est devenue très fraîche. 

 

Lundi 9 février : Pas très chaud encore dans la nuit et nous n’avons pas pu nous tenir chaud mutuellement, chacun dans notre petit lit ! Après avoir une dernière fois apprécié la situation de notre bungalow dans les arbres, nous quittons la guest house sans y prendre le petit déjeuner.

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Nous nous arrêtons devant une autre, la guest house Fandee qui est tenue par des Français, fréquentée par de jeunes routards. Nous nous faisons servir un thé qualifié d’ « organic » ce qui explique sans doute son absence totale de goût. Facturer 10000 kips un verre d’eau chaude me paraît exagéré, sans parler des 15000 kips pour une demi-baguette, du beurre et de la confiture, celle d’ananas, locale doit s’étaler à la truelle en la diluant dans du trichloréthylène… Nous parvenons à partir en moins d’une heure pour continuer sur une route monotone, tracée sur le plateau, au milieu d’une végétation rabougrie où de petites plantations de café survivent. Nous atteignons Sekong où les nagas à têtes multiples semblent appréciés dans le vat local. 

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Peu après nous faisons un court détour pour aller voir la chute de Tat Faek, pas très impressionnante, quelques mètres sur une faible largeur en cette saison mais l’endroit semble fréquenté par les pique-niqueurs, des paillotes de bambou sont installées sur les bords du ruisseau. La route peu fréquentée continue, désespérante, jusqu’à Ban Beng Hua Khan où nous bifurquons. Le paysage change, nous circulons entre de petites montagnes couvertes des restes de la forêt primaire. La nouvelle route, déjà en travaux en 2011, n’est pas complètement terminée et des passages de pistes subsistent. Nous cherchons la cascade de Nam Tok Katamtok et finissons par la trouver presque au bord de la route, en contrebas, dans un profond cirque de verdure. Très haute, plus de cent mètres, nous ne pouvons la contempler que de loin, ce qui nous convient d’ailleurs très bien. Nous quittons la zone de forêt pour retrouver la campagne, presque sans cultures. Nous cherchons un restaurant. L’un d’eux, d’apparence sympathique, nous paraît indiqué. Pas de carte en anglais et personne ne parle autre chose que laotien. Je fais comprendre que nous voudrions manger, on me montre trois bêtes non encore dépecées, ce qui me semble être un ragondin et deux singes ou gros rongeurs non identifiés. Dans le congélateur d’autres « viandes de brousse », tout aussi mystérieuses, attendent les amateurs, une bestiole à grosses écailles, (pangolin ?) et de petits volatiles (?). Leur préparation demanderait certainement trop de temps et malgré l’envie nous continuons jusqu’à Paksong où nous trouvons, à l’entrée, un restaurant plus classique… Nous traversons la bourgade peu attrayante pour un autre détour quelques kilomètres plus loin et accéder aux chutes de Tat Yuang. Le site a été aménagé, ce qui justifie le paiement d’un droit d’accès. Des boutiques, surtout de tissus, attendent les visiteurs. Un escalier a été construit pour amener au sommet des chutes. On en aperçoit les deux cataractes jumelles qui tombent d’une quarantaine de mètres dans un trou dans la jungle. Un autre escalier permet de descendre au pied de la chute et des pavillons permettent de beaux points de vue sur les bananiers arrosés par les embruns.

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Encore quelques kilomètres et nous sommes à Tat Fan. Pour voir les chutes, spectaculaires, elles aussi jumelles, il faut pénétrer dans le lodge bien placé sur l’autre versant, dans la jungle, du cirque qu’elles dévalent en deux cours parallèles.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Ces deux dernières chutes sont les seules qui méritaient véritablement le déplacement, les autres étaient plus proches de rapides que de cascades. Nous nous renseignons sur le prix d’un bungalow et parvenons à le négocier à trente-cinq dollars, petit déjeuner compris. Marie qui aurait bien voulu visiter une usine de traitement des graines de café doit se contenter d’arpenter les allées d’une petite plantation à l’entrée du lodge pour y apercevoir sur les branches des graines colorées.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous revenons nous installer au salon en plein air du lodge pour y lire notre courrier, apprendre que Julie est désormais instructrice de plongée, la féliciter et mettre le blog à jour. Nous sommes à mille cinq cents mètres d’altitude et il fait de plus en plus froid. J’avais ressorti un tee shirt ce matin pour mettre sous la chemise, je dois ajouter le pull-over ! Et continuer de moucher, éternuer… Nous n’attendons pas pour dîner, pas très bien ; mon curry de porc est servi avec une sauce onctueuse mais à peine tiède, Marie n’a que des légumes dans son poulet aigre-doux puis dans ses nems commandés pour calmer sa faim. Retour au bungalow peu après huit heures pour nous glisser sous la couette.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 08:27

LAOS

 

Hiver 2015

 
LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Lundi 19 janvier : Réveil à sept heures. Mon horloge interne a, comme à chaque départ, bien fonctionné et j’étais réveillé avant. Petit déjeuner, derniers préparatifs. Je vais tirer des euros au distributeur et constate au retour qu’une inquiétante marque humide sort de dessous un meuble de la cuisine. Je découvre alors une petite fuite au robinet d’arrêt de la machine à laver. Une heure avant de partir ! Le robinet fermé, l’eau continue de suinter… Je vais avertir notre bonne fée de l’immeuble, la toujours secourable madame M. Elle s’en occupera, surveillera et éventuellement fera venir un plombier. Peu après neuf heures nous descendons nos deux sacs et guettons le minibus de Supershuttle qui arrive presqu’aussitôt. Nous partons pour l’aéroport Charles de Gaulle en compagnie d’un Asiatique, très certainement chinois vu son manque de politesse et sa faculté à s’endormir dès que nous roulons. A la porte de Vincennes, avant de prendre le périphérique, mon regard se pose sur ce que je crois être, un très bref instant, des congères de neige sale et que je réalise être un alignement de bouquets de fleurs flétries dans des emballages plastiques. En levant les yeux, je réalise que nous passons devant l’Hyper kacher ! Nous sommes en avance pour enregistrer puis passer les contrôles, sans attendre. Nous patientons en salle d’embarquement et montons à bord une heure avant le décollage. Les passagers sont presque tous des retraités en goguette, les Asiatiques sont rares. Nous attendons impatiemment le moment du repas dans un appareil ancien aux équipements datés. Les hôtesses, bien qu’en ao daï, ne correspondent pas à mon idéal féminin  vietnamien, elles sont peu aimables et ne parlent pas un mot de français. Nous avons tout de même droit à un verre de mauvais champagne puis nous jouons à la dînette, coudes au corps pour des plats déjà exotiques : salade et crevettes légèrement pimentées. La nuit tombe vite à nous déplacer vers l’Est. Somnolence, lecture, surveillance de la rotation des aiguilles de la montre…

 

Mardi 20 janvier : Marie s’inquiète, elle a oublié ses bas de contention et dit s’ankyloser. Elle s’agite, s’énerve jusqu’à ce qu’elle puisse se lever et faire quelques pas dans le couloir. En guise de petit déjeuner, mais à l’heure de Paris ce serait le dîner, nous choisissons le menu local avec des nouilles et quelques lamelles de porc dans une sauce épicée. Une heure plus tard nous nous posons à Hanoi alors que le jour peine à se lever dans une épaisse brume. Nous passons dans une salle d’embarquement et attendons l’heure de l’avion de Vientiane. Nous embarquons puis décollons avec une demi-heure de retard sans rien voir de Hanoi, plongée dans une boule de brume que le soleil rend éblouissante. Nous commençons à accuser la fatigue et les paupières sont lourdes. Une heure plus tard nous atterrissons à Vientiane, également dans la brume moins dense néanmoins. Nous ne sommes pas les seuls visiteurs, un avion s’est posé en même temps que le nôtre et a débarqué une cargaison de Chinois. Nous devons remplir des documents et faire la queue pour obtenir un visa. Nous récupérons les sacs et nous revoilà au Laos ! L’ancienne aérogare, un simple hangar de la période coloniale a été remplacé par une plus moderne, aérée, respectant le style de l’architecture des temples avec des toits gigognes. Je change des dollars, à raison de 8000 kips pour un dollar, on est vite millionnaire ! Puis nous prenons un taxi au prix fixé. Nous traversons rapidement les faubourgs où les enseignes des entreprises témoignent de l’implantation de la Chine puis ce sont les bords du Mékong, derrière une haute digue, un vat à peine aperçu et nous sommes déposés à la pharmacie Palamy, en face d’un hôpital. La patronne parle français, elle nous installe dans une grande chambre, très propre, à l’étage. Il ne fait pas trop chaud et nous n’avons besoin ni de la climatisation ni même du ventilateur aux pâles de géant qui nous guettent du plafond. Nous nous couchons pour essayer de récupérer. Nous nous réveillons mollement, je consulte la messagerie, une réponse de Nicole à notre message de bonne arrivée, rien de Julie qui ne doit pas avoir d’accès internet. Je laisse Marie émerger à son rythme et part visiter les environs. Nous sommes en face d’un hôpital et les gargotes abondent aux alentours. Toutes proposent des grillades et des fruits, les seuls exotiques sont les pithayas suavement rosés. Je pars en longeant de très loin le lit du Mékong puis rejoins une rue qui passe devant deux beaux vat auxquels nous accorderons ultérieurement toute l’attention qu’ils semblent mériter

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Ce doit être l’heure de sortie des bureaux, les rues sont encombrées et l’air est empuanti par les gaz d’échappement. Je parviens au centre ancien où je retrouve avec un plaisir mitigé l’atmosphère des villes touristiques de l’Asie du Sud Est. Les loueurs de vélos et motos voisinent avec les agences de voyage et les restaurants « mondialisés ». Pizza, fast food et autres boulangeries abondent. Je rejoins les bords du fleuve où, dans un parc aux plantations rabougries, désert lors de notre arrivée, se sont installés des tentes qui abritent des marchands de vêtements, colifichets, jouets etc… Sur la digue les familles et les amoureux se promènent au soleil couchant. Je retrouve Marie, nous étudions le programme des jours à venir puis allons dîner. Pas question de marcher, nous allons au plus proche, une gargote dépendant d’une épicerie. Nous devons choisir entre divers plats en sauce, peu appétissants. Après avoir renvoyé un plat de morceaux de foie pris pour du bœuf et un autre d’œufs durs confondu avec du porc à la sauce soja, nous nous décidons pour une tranche de poisson et du ragout de bœuf. Les plats sont parfumés mais froids, seul le riz est chaud. Heureusement il y a de la bière ! Pas rassasiés, je vais commander des brochettes de poulet et de cailles ainsi qu’une salade de papaye verte, bien pimentée, de l’autre côté de la rue. Nous nous régalons et suçons les os comme des chiens galeux… Retour à la chambre pour une nuit réparatrice.

 

Mercredi 21 janvier : Je suis réveillé tôt dans la nuit, avant que le jour ne se lève à six heures et demie. Je lis en attendant que Marie daigne ouvrir les yeux… Elle ne se sent pas bien mais après le petit déjeuner pris dans le jardin où les orchidées couvrent les troncs des arbres, elle se sent assez forte pour que nous partions pour une longue journée consacrée au Bouddha… Nous suivons l’avenue Setthathirath en passant devant l’ambassade de France et divers autres grands bâtiments coloniaux. De même que l’indication des rues, les dénominations des édifices publics sont en français pour les plus anciens et en anglais pour les administrations modernes. Nous longeons le premier vat, le Ha Pha Keo, un grand temple classique, très haut avec des toits étagés. Il n’est plus en activité, transformé en musée, il renferme dans son sim, la salle unique, un ensemble de statues et de stèles, entassées en désordre ou dans des vitrines poussiéreuses, avec des étiquettes jaunies, en français. Difficile de les apprécier dans la pénombre ou à contre-jour. D’autres Bouddhas altiers au nez en bec d’aigle sont alignés à l’extérieur dans la galerie. Le jardin qui l’entoure est mieux entretenu… Nous traversons la rue pour aller visiter un autre vat, le Vat Si Saket, devenu lui aussi un musée.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les tarifs des entrées des monuments sont plus chers pour les étrangers que pour les Laotiens mais restent dérisoires. Celui-ci est entouré d’un cloître dont le mur intérieur est tapissé, dans des niches, de milliers de petits bouddhas, des statues plus importantes s’alignent devant. Dans le sim, un grand Bouddha domine une multitude d’autres plus modestes, presque toujours dorés et sujets à l’adoration des fidèles. Ceux-ci, après avoir déposé des offrandes, fleurs oranges, fruits, noix de coco aux pieds des statues, s’agenouillent joignent les mains au-dessus de la tête puis se prosternent. Les murs intérieurs sont couverts de belles fresques représentant des temples, des personnages richement vêtus, hélas très dégradées, qui doivent être restaurées. Après être passés devant le Palais Présidentiel, ancienne résidence du gouverneur français, une belle bâtisse aux allures de meringue aux tons pastel, nous parvenons dans la ville ancienne et consacrée au tourisme. Ce ne sont que bureaux de change, locations de vélos, de motos, agences de voyages, hôtels récents, guest houses, restaurants pour tous les palais occidentaux, le dernier terme à la mode, cuisine « fusion » est répété à profusion… Nous cherchons à manger lao, ce qui ne manque pas non plus. Nous nous installons à une table du jardin du Makphet et nous nous faisons servir une salade de fleurs de bananier avec du porc émincé, excellent mais aussi bien pimenté, un laap, une salade de buffle grillé servie avec de la menthe, du basilic et d’autres herbes et un plat de poulet à la citronnelle au goût de curry. Tout est très parfumé mais nous allons devoir désormais commander « not spicy » si nous ne voulons pas pleurer, moucher et avaler des litres d’eau ou de bière… Nous repartons, rendons visite à deux autres vat, le Vat In Paen et le Vat Ong Teu, déjà vus en 1998, de même que ceux de ce matin. Ils sont plusieurs, semblables, alignés, le long d’une avenue parallèle au Mékong. Ce sont des constructions massives, surélevées sur une base rectangulaire, que les toitures étagées en belles tuiles vernissées, élégamment incurvées, l’arête faîtière surmontée de pointes symbolisant le mont Meru, rendent étonnamment hauts.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Autrefois, quand ils n’étaient pas noyés dans les constructions modernes, ils devaient offrir une vison féérique au voyageur, depuis le Mékong. Ils sont entourés d’une galerie et la salle de dimensions réduites est précédée d’un hall au fronton très décoré, agressivement coloré. La salle, le sim, est toujours occupée par un ou plusieurs Bouddha qui reçoivent les offrandes de fleurs et de fruits des fidèles. Ils sont toujours aussi clinquants, ripolinés de frais disais-je alors. Dans le dernier, la salle est ouverte et nous y apercevons un grand Bouddha devant lequel médite avec beaucoup de conviction une touriste occidentale… Un jeune moine noue des bracelets de laine aux poignets de jeunes filles. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Je vais changer des dollars et réserver deux places dans le bus VIP pour Thakhaek, après demain. Nous prenons un tuk tuk après un âpre marchandage pour nous faire conduire au Pha That Luang, le monument le plus connu de la ville, à l’extrémité d’une longue avenue. Son intérêt architectural est des plus limité, c’est un vulgaire stupa doré dont la flèche s’élance, sans grâce, d’une coupole placée au-dessus de plusieurs plateformes. Chaque détail a sa justification symbolique mais l’ensemble avec sa couche de peinture uniformément dorée, n’a pas l’élégance des stupas de Birmanie. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Après en avoir fait le tour nous reprenons un tuk tuk qui nous dépose près de notre guest house, à l’entrée du temple Vat Si Muang. La salle est partagée en deux et renferme divers statues de Bouddhas devant lesquelles viennent se prosterner des fidèles plus nombreux que dans les autres temples, les noix de coco, les bananes et les fleurs s’entassent. On peut aussi faire résonner de grands gongs circulaires suspendus à des portiques ou découvrir son futur en agitant une boîte remplie de baguettes numérotées, celle qui s’en échappe renvoie à un texte d’horoscope. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Derrière le temple, un stupa ruiné est couvert d’une multitude de statuettes de Bouddhas ou d’animaux et de bougies. Dans tous les temples les statues d’animaux sont nombreuses, si celles d’éléphants ou de biches peuvent s’expliquer par des évènements de la vie du Bouddha, la profusion de zèbres me laisse perplexe ! Nous revenons à pied à la chambre, bien fatigués par cette première journée et nous somnolons avant que je ne me remette à la rédaction de ce texte. Faute de restaurant à proximité nous décidons de confier de nouveau la satisfaction de nos estomacs à la « rôtisserie » de la veille. Nous nous installons à la table du petit déjeuner puis je vais commander des brochettes, acheter un paquet de chips et une bière. Nous pique-niquons ainsi de saucisses très grasses, d’une autre plus appétissante au goût proche de celles que nous achetons à Toulon, des lap cheong. La brochette de porc est également très grasse, une nourriture de Mongol ! Nous regagnons ensuite la chambre.

 

Jeudi 22 janvier : Encore réveillé dans la nuit, je me connecte et trouve des messages de personnes intéressées par le transport de véhicules à Montevideo mais les dates ne sont pas les mêmes. Je me rendors et peine ensuite à me lever, Marie aussi… Nous ne sommes pas prêts avant dix heures. Notre tenancière a téléphoné à Thakhaek et nous avons une chambre réservée pour demain. Marie ne se sent pas bien, comme la veille, de plus la prise de l’antipaludéen, Doxy, ne passe pas bien. Nous partons tout de même à pied par des avenues sans grand intérêt, la circulation n’est pas trop dense, formée par un mélange de tuk tuk, camionnettes « jumbo » et gros 4x4, double cabine et vitres fumées. Nous aboutissons au Talat Sao, le marché central de Vientiane mais le sympathique bazar que nous avions connu et où on pouvait encore trouver des trésors a été transformé en un Mall moderne avec parking, escalators et camelote d’importation. Marie doit faire une pause sur une chaise qui n’attendait qu’elle. Occasion d’observer les gens, constater que les filles sont rarement mignonnes, apprécier qu’elles portent encore, mêlées à des vestes ou chemisiers modernes, des jupes longues identiques aux longyi des Birmanes ou des Thaïlandaises, en soie ou en coton avec une large bande brodée dans le bas. Nous achetons des mangoustans pour améliorer l’ordinaire de ce soir puis nous remontons les Champs Elysées locaux, une large avenue où s’implantent banques, administrations et un lycée où je reprendrais bien du service… Nous parvenons au Patuxai, l’arc de triomphe qui trône à son extrémité.

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Il a une allure de Porte de l’Inde avec ses clochetons tarabiscotés. Nous nous reposons à l’ombre de ses arches puis je grimpe à son sommet en soufflant fort. Je ne suis pas le seul, des litres de sueur occidentale imprègnent sous-vêtements et tee shirts des malheureux retraités qui auraient sans doute préféré rester devant TF1… D’autant qu’avec la brume, la vue sur la ville limitée à la proximité est sans grand intérêt. Nous prenons un tuk tuk qui a bien du mal à nous trouver le restaurant où nous voulons nous rendre. Le Vieng Sawan, c’est son nom, n’a pas une carte très étoffée, sa spécialité ce sont les nem nuong et accessoirement des nems plus classiques. Nous avions découvert les nem nuong à Vientiane et nous en avons souvent commandé dans les restaurants vietnamiens de France qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux-ci. Au lieu de vulgaires boulettes grillées de chair à saucisse servies avec trois feuilles de laitue et de menthe, on nous sert de délicieux rouleaux d’un hachis très fin de porc roulé dans une galette de riz, servi avec des crêpes de riz, d’abondantes feuilles de salade, de menthe, de coriandre, d’autres feuilles inconnues et une excellente sauce. Un délice ! Nous nous mettons en quête d’un hôtel pour notre retour à Vientiane, celui que nous avions envisagé, l’auberge Sala Inpeng, dans d’agréables bungalows, en plein centre, est déjà complet pour la fin février. Nous en repérons d’autres puis allons passer les heures chaudes dans un café à regarder baisser le niveau de nos consommations dans le verre. Nous revenons par les bords du Mékong, les camelots ne sont pas encore installés. Retour à la chambre pour trouver un message de Julie, contente de son début de séjour au Mexique puis nous réservons le train pour le retour de Paris en avril et aussi une chambre à Vientiane au Khamvongsa. Nous dînons à la chambre avec des grillades, cailles et demi-poulet délicieux et nos mangoustans, tous parfaits, en dessert.

 

Vendredi 23 janvier : Ce matin, rien ne presse. Nous nous préparons, refaisons les sacs puis attendons le tuk tuk qui doit nous conduire à la gare routière, à midi. A midi et dix minutes, alors que nous guettons, arrive un « jumbo » qui nous hèle. Je lui demande s’il est chargé de nous conduire à la gare routière, il opine du bonnet… Et nous voilà partis à plusieurs kilomètres jusqu’aux bus à destination du sud. Arrivés et débarqués, notre chauffeur nous réclame de lui payer sa course. Il n’avait rien à voir avec l’agence de voyage et nous a racolés par hasard ! Je refuse de payer deux fois d’autant que nous avons réglé 110000 kips à l’agence alors que le prix du billet de bus est de 80000 kips ! Le ton monte, il fait mine d’emporter un de nos sacs, je le rattrape, nous allons dans le bureau où sommeillent des policiers hébétés qui ne parlent pas un mot d’anglais et ne font pas mine d’intervenir. Nous mettons les sacs dans le bus et allons nous installer aux deux places qui restent dans le fond, le bus part… Nous avons choisi le luxe avec un bus VIP, ce qui signifie une climatisation heureusement poussive et de jolis rideaux roses, avec des pompons aux fenêtres. Rideaux que les occupants, toujours effrayés par le moindre rayon de soleil, s’empressent de tirer. Nous ne voyons pas grand-chose du paysage, une brousse sans guère de cultures, les rizières sont asséchées et les buffles toujours aussi amorphes. Forte impression d’être revenus un an en arrière, en Birmanie. Nous suivons de plus ou moins près le cours du Mékong sur une route étroite et au mauvais revêtement à en croire les sauts que nous faisons sur nos sièges. Nous revoyons les maisons en bois sur pilotis, parfois (très) branlantes, certaines ont des murs de bambou tressé. De temps en temps un temple coloré distrait de cette monotone uniformité. A l’heure théorique d’arrivée nous sommes encore à une centaine de kilomètres de Thakhaek. Le soleil se couche, nous terminons de nuit. Dès que nous avons récupéré les sacs, nous sautons avec d’autres touristes dans un tuk tuk, direction le centre-ville et l’hôtel, le Sooksomboon,  où nous avons réservé une chambre. Il se trouve sur les bords du Mékong, au calme semble-t-il. C’est une ancienne demeure coloniale, l’intérieur est aussi accueillant qu’un poste de police, son ancienne raison d’être… La chambre est vaste, haute de plafond et sinistre ; l’ameublement disparate doit provenir d’un marché aux puces et le lit d’une largeur inquiétante, à se perdre dans la nuit… Nous ressortons, affamés, pour dîner. Nous n’avons pas eu le temps à la gare routière d’acheter quelque chose pour déjeuner. Un restaurant en plein air jouxte l’hôtel, ce n’est pas le Coréen attendu mais nous ne voulons pas chercher plus loin. Les lumières sont tamisées, déchiffrer la carte en blanc sur fond vert est une épreuve, nous commandons tout de même trois plats ce qui paraît bizarre au serveur qui nous redemande à plusieurs reprises ce que nous avons choisi. La musique de plus en plus forte interdit toute conversation, on ne s’entend même pas mastiquer ! La salade laap au poulpe est trop pimentée pour Marie, le riz frit est ordinaire et le poisson du Mékong un peu trop cuit. Pas un dîner mémorable. Courte promenade le long du Mékong avant de regagner notre vaste cellule.

 

Samedi 24 janvier : D’abominables moustiques ont osé s’introduire dans la chambre et sont venus troubler notre sommeil. Occasion de nous rappeler que nous devons prendre des précautions… Je laisse Marie terminer sa nuit et à neuf heures je vais à pied à l’office du tourisme, à un bon kilomètre, par des rues larges et peu fréquentées. On m’y donne l’adresse d’un possible loueur de voitures, dans le centre. Je m’y rends en découvrant la rue principale de ce qui était autrefois le centre de la ville. Il en reste quelques maisons très classiques avec le commerce au rez-de-chaussée et à l’étage les pièces d’habitation sous un toit de tuile, d’allure bien française. 

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Je suis tout de même un peu déçu par leur faible quantité mais la « ville » coloniale ne devait pas être très étendue non plus. Je trouve un minibus à louer pour 85 $ par jour mais avec chauffeur dont j’aurais préféré me passer. Je reviens à la chambre faire un compte-rendu à Marie qui finit de se préparer. Nous longeons les berges du Mékong, atteignons la croquignolette place entourée d’anciennes maisons de commerce mais dont la fontaine est cachée par d’immondes bâches sous lesquelles des étals proposent des vêtements, des chaussures et divers objets en plastique, encore aucun artisanat frelaté pour les touristes, patience ! Un beau banian plonge ses racines dans les berges du fleuve en contrebas et étend son ombre sur la route. Nous commandons un thé et des toasts grillés avec de la confiture dans une gargote au bord de l’eau. Nous avons droit à une tasse de thé vert insipide et à des tranches de baguette grillées avec une coupelle de lait concentré sucré en guise de confiture. Il est difficile de se faire comprendre par les gamines qui servent et qui ne parlent pas un mot d’une langue étrangère. Nous longeons les rives agréables et calmes puis revenons sur la place par des petites rues entre des maisons de bois dans la verdure. Nous confirmons la location du minibus et rencontrons un autre couple de Français, intéressés à partager cette location. Nous réservons une chambre pour le retour au bel hôtel Inthira puis allons déjeuner sur les bords du fleuve dans une autre gargote.

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Ce n’est pas cher et ce n’est pas bon… Les berges sont couvertes de détritus, la crue se chargera du nettoyage… Nous affrétons un tuk tuk pour nous rendre à la grotte du Bouddha. Nous sortons de la ville alors que tous font la sieste, la route se dirige vers les massifs karstiques qui sortent lentement de la brume. Nous continuons par une bonne piste mais nous devons terminer à pied sous un soleil pénible jusqu’au site de la grotte. Elle est au-dessus d’un lac entouré de pitons, un escalier de béton conduit à son entrée. Il faut se glisser péniblement dans la cavité pour découvrir une vaste salle au milieu des stalactites où plus de deux cents effigies de Bouddha ont été récemment découvertes. Le lieu est fréquenté par des dévots qui viennent se faire bonimenter le futur. Pas question de prendre des photos, Bouddha serait fâché… Nous rentrons à Thakhaek et cherchons, dans les petites rues autour de la place, les boulodromes. Le Laos, et d’autres pays à travers le monde, ont au moins conservé deux acquis de notre culture : la baguette de pain et la pétanque.

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Nous nous reposons avec des boissons devant deux terrains de « petang » où quelques jeunes hommes pointent, tirent avec beaucoup d’habileté entre deux verres de bière. D’autres hommes, plus fortement imbibés les rejoignent, s’intéressent vite à nous et tentent de se faire payer des bières, pour « le sport »… Nous revenons à l’hôtel en longeant une fois de plus le Mékong, alors que le soleil nous joue une « impression, soleil couchant » derrière un temple de la rive thaïlandaise.

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Je me connecte pour réserver une chambre à Savannakhet. Nous ressortons pour aller dîner en traversant la cour d’un temple où semble se dérouler une cérémonie funéraire, des femmes sont accroupies devant une grande urne blanche avec le portrait du supposé défunt, des proches banquettes sur des tables dans la cour et d’autres jouent aux cartes. Nous dînons au restaurant de l’hôtel Inthira, les plats ne sont pas très copieux, salade de crevettes crues, saucisse locale et poulet en feuille de bananier, la sauce fort pimentée est servie à part, je quitte la table une fois de plus au bord des larmes… Retour à la chambre par des rues guère animées pour un samedi soir.

 

Dimanche 25 janvier : Réveillés à temps, nous refaisons les sacs puis nous allons prendre un vrai petit déjeuner avec thé, toasts et confiture de fraise dans un petit café tout proche. Le chauffeur nous attend, il ne parle pas anglais, encore moins français et n’est pas très porté sur les sourires… Nous allons chercher Floriane et Gilles qui nous accompagnent dans cette virée. Nous avons de la place dans ce minibus pour 15 ! Nous prenons la route, celle de la veille, qui se rapproche des massifs karstiques, toujours perdus dans la brume. Nous arrêtons bientôt et partons à pied dans une rizière à sec pour approcher de la falaise, longer un calme ruisseau aux eaux vertes qui surgit d’une grotte. Nous nous y enfonçons en enjambant des rochers, nous faufilant entre des blocs rugueux, glissant dans le sable. Marie renonce à poursuivre, le sentier n’est pas du tout aménagé. Je continue, traverse le ruisseau sur des troncs d’arbre, crapahutant dans les éboulis vers le fond de la grotte, bientôt dans l’obscurité mais j’aperçois bientôt une lueur, celle d’un débouché sur un autre versant du piton. Je découvre un beau plan d’eau entouré d’une épaisse végétation.

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Le ruisseau s’enfonce sous la roche et disparaît dans le noir. Je reviens retrouver Marie, retour au minibus et nous continuons. Nos compagnons sont de bonne composition et bien entendu nous parlons vite d’autres destinations… Nous arrêtons ensuite dans le village de Mahaxai, à l’écart de la route, au bord d’une rivière. Nous nous promenons entre les maisons en bois sur pilotis, de plus en plus souvent en béton, visitons le joli temple, sa pagode à toits superposés et ses représentations toujours aussi kitsch de personnages et d’animaux. 

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Derrière la belle et imposante maison qui héberge les moines, deux longues pirogues dont une décorée attendent les jours de cérémonie sous un hangar. Nouvelle étape jusqu’au lac de barrage de Nam Theun. Les troncs des arbres morts forment de sinistres pieux sur lesquels nous ne voyons aucun oiseau perché ! La route devient piste et passe sur des digues entre les zones inondées. Parfois la forêt primaire vient buter sur son tracé mais alors la poussière soulevée par les véhicules recouvre les branches et les maisons des villages que nous traversons. Je n’apprécie que modestement le paysage et faute de tenir le volant je ne puis régler la vitesse, ralentir ou accélérer quand je le souhaiterais et même m’arrêter. Comme toujours avec un véhicule de location avec chauffeur, c’est ce dernier qui décide du rythme… Nous sommes tôt à Lak Sao et décidons de continuer. Le chauffeur s’envole sur la route retrouvée, Marie tente de le modérer mais il continue sans se poser la question de savoir pourquoi nous avons voulu passer sur cette route, le paysage doit lui paraître sans intérêt. Nous arrêtons au pont de Tha Bak pour contempler dans l’eau de la rivière les curieuses pirogues taillées dans d’énormes obus américains datant de la guerre du Vietnam.

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Nous arrivons à Ban Khoun Kham où nous avons décidé de passer la nuit. Nous nous faisons déposer au Sainamhai Resort où nous avons les deux derniers jolis bungalows en bois sur pilotis. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant, un grand pavillon au-dessus de la rivière et y attendons l’heure de dîner. Nous dînons copieusement de plats dignes d’un restaurant asiatique de France, sans originalité, pour une clientèle occidentale.

 

Lundi 26 janvier : Il n’a pas fait très chaud cette nuit sous la mince couette et faute d’un grand lit, nous n’avons pu nous tenir chaud. Nous allons prendre le petit déjeuner, sur la très agréable terrasse au-dessus de la rivière. Un tel lodge en Afrique coûterait beaucoup plus cher surtout avec quelques hippopotames dans l’eau et autres animaux venus se désaltérer au marigot… Nous repartons et arrivons bientôt à Kong Lo. Nous payons le très modique droit d’entrée dans le parc, au pied des montagnes, et nous nous garons au bord d’une jolie rivière. Nous louons une pirogue pour nous deux, Floriane et Gilles font de même. On nous affuble de gilets de sauvetage et nous suivons notre jeune piroguier. Nous devons d’abord marcher dans le sable et le gravier de la rivière, découvrir l’entrée de la grotte d’où sourd l’eau au pied de l’impressionnante falaise et y pénétrer.

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Nous montons à bord d’une étroite pirogue en bois mue, non pas à la pagaie comme je le pensais naïvement, mais au moyen d’un moteur et d’une hélice « longue queue ». Nous nous enfonçons dans l’obscurité la plus totale, avec pour seul éclairage les lampes frontales de notre piroguier et celles qu’on nous a prêtées. Nous avançons sous une voûte presque parfaite d’où se sont détachés des rochers entre lesquels il faut louvoyer. Nous parvenons à une zone éclairée pour mettre en valeur quelques stalactites et stalagmites. Nous débarquons pour suivre un sentier aménagé qui nous fait passer entre les concrétions. Nous ne sommes pas très amateurs de ces fantaisies de la nature et Marie peste, souffle râle, regrette d’être venue là… Nous remontons dans notre pirogue après avoir pataugé dans l’eau et continuons d’avancer en essayant de deviner les parois du tunnel. Nous devons encore une fois quitter notre embarcation, glisser sur les roches et avancer de quelques mètres pendant que notre batelier fait franchir, en le hissant, une zone de rapides à son esquif. Dernière étape pour parvenir à la sortie, retrouver une belle lumière et une épaisse végétation sous les falaises à pic. 

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Nous arrêtons peu après et avons le droit d’aller nous dégourdir les jambes devant les étals de quelques marchandes de tissus. Nous revenons plus rapidement par le même chemin, sans nous arrêter aux stalactites. La promenade nous a pris trois heures, agréables mais sans plus. Il y manque les Bouddhas qu’en Birmanie nous y aurions vus inévitablement. Nous déjeunons dans une gargote indiquée par le chauffeur en compagnie d’une famille de Français sur les routes depuis plusieurs mois et qui font la classe à leurs enfants. Plats basiques, pas chers. Nous sommes au milieu de champs de tabac, heureuses taches de verdure que nous apprécions au milieu de ces rizières sèches et de ces falaises où s’accrochent des buissons roussis. Je regrette vivement que nous n’ayons pas retenu la leçon de la Birmanie et que nous n’ayons pas choisi une autre saison pour venir. Nous prenons la route du retour avec une dernière halte à un col pour une vue magnifique, bien que dans la brume, sur des roches déchiquetées qui se détachent, en plans successifs, les unes sur les autres. 

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Nous sommes de retour peu avant la nuit à Thakhaek. Nous devons régler le plein d’essence. Nous laissons Gilles et Floriane à leur hôtel et le chauffeur nous dépose à l’Inthira hôtel où nous avions réservé une chambre. Nous lui donnons un pourboire et nous nous installons dans une chambre décevante, très bien aménagée mais avec des lits séparés et une vue sur les toits… Je repars aussitôt pour aller régler la location de la voiture et croise dans l’escalier de l’hôtel le chauffeur et le loueur, affolé, venu se faire payer… Je réserve le bus pour demain pour Savanakhet et sur internet une chambre à Paksé. Puis je découvre que la fête à Champassak a lieu plus tôt que prévu et qu’il nous faudrait donc modifier nos dates de réservation. Nous ressortons pour dîner et finissons par revenir, contre mon gré, nous installer au restaurant de l’Inthira. Nous commandons des plats qui se révèlent meilleurs que je ne le craignais et notamment des nems que je juge délicieux. Mais nous avons eu bien raison d’y dîner car l’un des responsables de l’hôtel vient nous faire la conversation. Il parle parfaitement français, nous lui expliquons notre problème de date à Champassak, qu’il règle en un coup de téléphone ! Nous regagnons la chambre puis je redescends écrire à une table sur la rue.

 

Mardi 27 janvier : Nous sommes réveillés par les gargouillis intempestifs de la plomberie puis par les travaux en cours pour l’agrandissement de l’hôtel. Un copieux petit-déjeuner nous fait pardonner ces désagréments. Peu avant dix heures un tuk tuk, cette fois-ci je m’assure qu’il s’agit bien de celui attendu, vient nous prendre et nous dépose à la gare routière, presqu’à la campagne. Nous montons aussitôt, seuls touristes à bord d’un bus ordinaire mais dont les rideaux, toujours festonnés, sont bleus… Je vais acheter quelques fruits, des longanes et de petites bananes, pour le voyage. Nous partons à l’heure pile. La route continue de suivre le Mékong sans que nous ne l’apercevions jamais. Le paysage est toujours aussi désespérant, rizières asséchées, villages sans charme et détritus tout au long de la route. Les sacs plastiques et les emballages en polystyrène jonchent les rues, les routes, les champs, les bords des rivières. Au grand prix du pays le plus pollué par ses déchets, le Laos serait très bien placé… Nous avançons à bonne allure et après trois heures de route pour 125 kilomètres, nous sommes rendus à la gare routière de Savanakhet. Aussitôt un tuk tuk nous propose un tarif honnête pour nous déposer à l’hôtel de notre choix. Nous avions réservé au Leena guest house mais le trouvant un peu éloigné du centre, nous nous faisons déposer au Souannavong guest house. Mais les chambres y sont si minables que je pars à pied, laissant Marie à la garde des bagages. Il fait très chaud, beaucoup plus qu’à Thakhaek et je commence à transpirer dans les rues désertes à cette heure. L’hôtel que nous aurions aimé occuper est en travaux. Dommage, dans une belle maison coloniale refaite à neuf et à proximité de la place centrale occupée par des maisons anciennes, rénovées pour certaines, nous y aurions été bien placés. Ma première impression de Savanakhet est plus positive qu’à Thakhaek, le nombre de maisons coloniales y est plus important et des ensembles dans quelques rues ont beaucoup de charme.

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Je cherche ensuite le Leena guest house, une bonne marche, plus que je ne le pensais, m’y amène. Pas trace de notre réservation, néanmoins nous pouvons avoir une chambre nettement plus agréable que celles du Souannavong. Je donne mon accord et reviens chercher les sacs et Marie. Je sue à grosses gouttes à trimbaler notre paquetage au rythme lent de Marie. Je ne suis pas très heureux de constater qu’on nous applique le tarif des chambres réservées alors que le tarif normal est inférieur mais le patron qui a retrouvé notre réservation ne veut pas en démordre et nous n’allons pas discuter pour quelques malheureux dollars. Nous nous octroyons une courte sieste en utilisant pour la première fois la climatisation. Nous repartons à pied dans le centre-ville en passant par le Vat Rattanalangsi, très coloré bien entendu, et fraîchement repeint. Le fronton du temple principal, pas encore ripoliné, surmonté de têtes de dragons de bois stylisées, nous paraît plus intéressant que le reste. Marie est pressée, elle voudrait passer à l’office du tourisme mais, à son grand désespoir, il vient de fermer. Nous allons contempler les berges du Mékong, occupées, comme à Thakhaek, par des gargotes, plus nombreuses mais avec moins de charme. Nous revenons vers la place et continuons par d’agréables petites rues que bordent des commerces, ouverts sur la rue, où la télévision fonctionne en permanence. Les plantes vertes dans des pots de toutes tailles débordent sur les trottoirs, l’orchidée est des plus communes.

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Nous allons prendre, épuisés, un pot dans un café, Lin’s, gentiment aménagé mais Marie casse un verre et on ne manque pas de nous le facturer… A l’étage une salle présente une petite exposition sur le passé de Savanakhet et toutes les maisons anciennes y sont recensées sur un plan. Nous n’avons plus trop le courage de marcher encore bien que le soleil décline et que l’air fraîchisse. Je pars à la recherche d’un restaurant coréen mais lui aussi a disparu, longue marche dont j’aurais pu faire l’économie. Beaucoup de maisons arborent fièrement le pavillon national. Quelques-unes, les plus  riches le plus souvent, y ont ajouté un drapeau rouge marqué d’une faucille et d’un marteau, sans doute une marque d’appartenance au Parti… Je reviens par les bords du Mékong, retrouve Marie qui m’attendait sagement sur un banc. Nous ne savons pas trop où dîner faute d’un établissement qui proposerait une authentique cuisine laotienne et non les éternels fried rice et fried noodles pour touristes sans imagination. L’absence de tuk tuk dans les rues à cette heure, nous contraint à rentrer à pied et finalement à dîner à l’hôtel de fried noodles et fried vegetables… 

 

Mercredi 28 janvier : Bonne nuit, au début en profitant de la climatisation puis nous nous en passons au petit matin. Nous prenons le petit déjeuner à la guest house puis après en avoir vainement marchandé un premier, nous partons avec un second tuk tuk pour le stupa de Vat Hin Hang à quelques kilomètres. A l’intérieur d’une grand enceinte dont les niches des murs sont intérieurement pourvues de Bouddhas tous identiques et dorés, se dresse un stupa, un peu trop cimenté mais il est l’objet de la ferveur des fidèles qui comme à l’habitude viennent déposer des offrandes de fleurs et de fruit.

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Ses quatre faces présentent sur plusieurs niveaux des figures plutôt laides de Bouddha et autres personnages. De vénérables moines se tiennent dans un pavillon ouvert à la disposition de ceux qui se posent des questions métaphysiques ou, plus sûrement, matérielles. A l’extérieur un long serpent de béton couronne un mur sur quelques dizaines de mètres

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Nous revenons et nous nous faisons déposer à proximité de l’office du tourisme mais il est encore fermé… Nous tournons dans les rues environnantes, examinant les anciennes maisons de marchands chinois puis rendons visite au Vat Sayamungkun, toujours beaucoup de dorures et de couleurs, surtout du rouge. Nous revenons vers la place centrale et jetons notre dévolu pour une gargote de plein air qui a installé des tables et des chaises de plastique sous une toiture de tôles ondulées. Nous nous faisons servir des demi-poulets grillés ainsi qu’une salade de papaye verte, pas trop pimentée mais Marie n’y touche pas. Pas de bière, nous devons nous contenter d’eau. Il fait trop chaud pour nous promener. Nous rassemblons nos dernières forces et au plus fort de notre courage nous parvenons à nous traîner une centaine de mètres jusque sur les bords du Mékong où nous nous affalons sur des chaises plastiques pour boire le lait d’une noix de coco ou un soda en regardant couler lentement les eaux brunes. Nous allons jusqu’au Vat Sainyaphum où de magnifiques arbres dispensent une ombre bien venue. Quelques pavillons et temples sont éparpillés dans la verdure. Des écureuils, des mainates et d’autres oiseaux sont enfermés dans des cages, ce qui nous paraît bien peu bouddhiste… 

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Nous repartons par les rues toujours aussi peu animées et après être allés consulter la carte d’un restaurant français, nous rentrons à pied à l’hôtel. En passant nous revoyons le Vat Rattanalangsi où nous trouvons le Bouddha couché, tout neuf semble-t-il, enfermé dans un pavillon derrière des vitres, pas très beau. Nous nous reposons à la chambre puis je ressors à la recherche d’un restaurant pour ce soir mais en vain. Je m’installe pour rédiger mon pensum journalier, pour le plus grand régal des moustiques qui s’en donnent à cœur joie. Marie est fatiguée, épuisée, à bout de force mais elle n’a pas envie de dîner encore à la guest house. Un couple Belgo-vietnamien nous a parlé d’un restau vietnamien dont la localisation est très imprécise mais elle a envie d’y aller. Nous voilà repartis. Le restaurant cherché n’est pas là où il devrait être, nous en trouvons un, fermé. Au point où nous en sommes nous continuons jusqu’au Lin’s Café, fermé ! En désespoir de cause nous dînons, un peu plus loin, sur la place centrale au Lisa’s Café. Marie se déclare contente, c’est le principal… Il faut encore revenir par des rues désertes à huit heures et demie.

Jeudi 29 janvier : Réveil perclus de douleurs, muscles et os se rebellent contre les tortures que je leur inflige depuis quelques jours. Après le petit-déjeuner, le même que la veille mais au lieu de nous faire servir un thé, obligatoirement vert, nous avons demandé des tasses d’eau chaude et avons utilisé un de nos sachets Lipton ! Un tuk tuk francophone nous conduit, très en avance, à la gare routière où nous attendons de prendre le bus pour Pakse. Nous descendons régulièrement et sûrement de catégorie à chaque voyage. Les deux précédents étaient des bus « VIP ». Pas celui-ci, passablement défraîchi, avec une climatisation naturelle obtenue en laissant la porte ouverte même en roulant. Le chauffeur est fou amoureux de son avertisseur sonore qui ne le lui rend pas et hurle à chaque fois qu’il tente une main baladeuse un peu trop appuyée, c’est-à-dire en permanence ! C’est un omnibus qui s’arrête à la demande pour charger ou débarquer des passagers. La circulation est très peu dense ce qui nous autorise une honnête moyenne de 50 km/h. A un arrêt, montent des vendeuses de brochettes, sans doute des Vietnamiennes à voir leur grand chapeau de paille coniques. Certaines sont emmitouflées, portent même des gants. Elles sont presque plus nombreuses que les passagers, gênant ceux d’entre eux qui veulent descendre et les empêchant de remonter quand, à l’impérieux coup de klaxon, elles essaient, à leur tour, de descendre… Quelques-unes feront avec nous quelques kilomètres avant d’y parvenir à l’arrêt suivant. Le paysage est inchangé, les bords de route et les champs proches couverts de sacs plastiques. Nous arrivons au bout de cinq heures de route à Pakse. Nous sautons du bus et continuons avec un tuk tuk qui pour justifier son prix, nous fait faire le tour de la ville avant de nous déposer au Phi Dao où nous avions réservé une chambre. Nous sommes bien attendus mais la chambre qu’on nous attribue a une climatisation défaillante, on tente de nous installer dans une autre sans fenêtre puis dans une troisième où le lit occupe toute la place. En colère, je demande le remboursement, ce qui ne pose aucun problème et je repars à la recherche d’une chambre. Vite trouvée à une cinquantaine de mètres, à peine moins confortable, au Langkam Hôtel. Je me connecte, non sans mal, dans le hall, pour ne pas trouver de message de Julie… Nous ressortons et allons nous renseigner sur les possibilités de location d’une voiture sans chauffeur. Yves, un très sympathique Belge, installé à Pakse et connu comme la providence des voyageurs nous informe sur les tarifs. Nous ne décidons rien sur le moment, nous aviserons demain. Nous allons prendre un pot à la terrasse, très agréable de l’hôtel que nous avons fui, discutons en échangeant quelques informations avec d’autres francophones. Le nombre de touristes est particulièrement important dans cette ville et de ce fait le nombre de restaurants aussi. Je vais en repérer quelques-uns, un vietnamien, un laotien et des indo-malais. Nous avons le choix. Marie a une petite préférence pour le Jasmin, juste en face de l’hôtel. On nous y sert un biriani de mouton et un ragoût de mouton tous deux très parfumés, avec un nan que je couvre de sauce à la menthe pimentée. Retour à la chambre, message à Nicole, toujours rien de Julie.

 

Vendredi 30 janvier : Marie n’a pas très envie de se lever, moi non plus, nous tardons à nous mettre en route. Sur TV5, l’émission « C’est dans l’air » d’Yves Calvi, à propos des djihadistes en France et dans le monde ne nous donne pas très envie de rentrer… Nous nous décidons à aller prendre le petit déjeuner à la terrasse du Phi Dao qui ne nous aura jamais tant vus depuis que nous en sommes partis… Nous allons voir de près le temple vat Luang, trois bâtiments, les plus anciens, à toits de tuile ont plus fière allure que le plus récent. Dans l’un d’eux, un grand Bouddha et d’autres plus petits attendent les offrandes, les murs du sim sont couverts de fresques naïves et récentes contant la vie de Siddharta Bouddha avant et après l’Illumination.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous marchons jusqu’à l’office du tourisme, il commence à faire chaud et les rues sont presque désertes. Nous revenons en passant par le Pakse Hotel qui propose le soir un restaurant en terrasse avec cuisine française. Nous réservons une table pour ce soir. Nous passons par la place où se tiennent deux belles maisons anciennes, l’une transformée en hôtel, l’autre est le siège de l’association des Chinois de Pakse. 

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Nous allons déjeuner en terrasse au Kuan Moi, un restaurant avec des plats vietnamiens et en particulier des nem nuong mais servis froid ! Heureusement la sauce est très bonne et nous sortons rassasiés, à défaut d’être totalement satisfaits. Un tuk tuk nous emmène au musée provincial. Nous y sommes dix minutes en avance puisqu’il est censé ouvrir à treize heures trente. Alors que nous désespérions, une employée survient à quatorze heures et nous ouvre les portes du bâtiment. Peu de choses à y voir, au rez-de-chaussée, quelques linteaux provenant du Vat Phu, le temple khmer de Champassak, trois tambours de bronze et divers objets étiquetés en laotien, parfois en anglais. Des photos anciennes jaunissant sur les murs et les vitrines attendent toujours la prochaine tornade blanche… L’étage est consacré à la lutte anticolonialiste, à l’amitié des peuples laotiens et vietnamien et aux glorieuses réalisations du Socialisme… La visite n’a pas excédé une demi-heure… Retour à l’hôtel pour une sieste méritée. Je descends dans le hall pour bénéficier du wifi et télécharger Skype, ce à quoi je n‘avais pas pensé avant de partir. Nous ressortons à la nuit tombante et allons confirmer notre réservation d’une voiture auprès d’Yves, en essayant d’établir un planning. Nous allons ensuite faire un tour au marché central. Les marchands de fruits n’ont ni mangoustans ni ramboutans et dans la partie « shopping center » ne se vendent que des vêtements ou des chaussures modernes, rien qui ne nous intéresse. Dans une boutique nous trouvons quelques tissus intéressants, des tabliers de l’ethnie Môn mais les prix ne baissent pas autant que nous le voudrions. 

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Nous nous rendons au Pakse Hotel où, au sixième étage, sur la terrasse dominant toute la ville et, croyons-nous deviner, le Mékong, nous nous attablons pour un repas inhabituel puisque nous commençons par commander deux cocktails puis enchaînons par des plats où se mélangent influences françaises et asiatiques : beignets de crevettes sauce tamarin et oignons confits, poulet farci au crabe et poisson farci au gingembre et champignons chinois, bonne cuisine, rien d’exceptionnel même si l’addition avec une bouteille de Côte du Rhône blanc dépasse les sommes habituelles… Retour à la chambre pour digérer…

 

Samedi 31 janvier : Lever à peine plus matinal. Toujours pas de nouvelles de Julie… Petit-déjeuner identique à celui de la veille, pris au même endroit. Nous commençons à avoir des habitudes… Nous nous rendons au grand marché de Daohuang en tuk tuk. D’immenses halles débordent sur la place, les marchandes à l’extérieur sont installées sur le sol pour vendre légumes et fruits connus et inconnus : bananes, noix de coco, mangues, papayes, pitayas, fruits de la passion, corossols, raisins, pommes, citrons verts, mandarines, jacques, oignons, tomates, persil, menthe, citronnelle, herbes et feuilles étranges et odorantes et bien d’autres encore.

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Plus loin ce sont canards, poulets, grenouilles minuscules et malheureux pigeons, poissons-chats, carpes dans des bassines oxygénées. Dans les viandes c’est le porc qui domine, leurs têtes posées sur les étals. Dans de grandes bassines, marinent des morceaux de poisson qui font une saumure odorante, le paa daek, le nuoc mam du Laos. Une halle est consacrée aux vêtements modernes : jeans, blousons, chaussures et plus classiques : jupes droites tissées de fils dorés et corsages ajustés aux couleurs vives. 

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Après en avoir arpenté les allées, nous nous rendons sur les bords du Mékong, peu animés. Le trafic routier passe sur le long pont dit « japonais » et va se perdre dans la brume sur l’autre rive. Quelques caboulots sont installés en surplomb des berges mais il est trop tôt pour déjeuner, nous nous contentons d’un soda en regardant glisser de rares barques. Nous retournons au marché, traînons entre les étals et décidons d’y déjeuner. Deux ping kaï, cuisses de poulet grillées, avec une bière fraîche font notre repas à une des longues tables communes des gargotes regroupées à l’entrée d’une des halles. Nous nous mettons en quête d’un tuk tuk pour nous rendre sur deux sites à quelques kilomètres. Le premier que nous arrêtons n’est pas intéressé mais il va chercher un de ses collègues avec qui nous mettons d’accord, pour un prix inférieur à celui indiqué par la redoutable Miss Noy, la patronne d’Yves le Belge, que je verrais bien dans un film de James Bond, non pour sa plastique mais pour son inflexible sens des affaires… Nous reprenons la route du Nord puis au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous tournons pour le village de Ban Saphai. Nous aboutissons sur les bords du Mékong, sous des arbres à l’ombre bien venue. Aussitôt nous embarquons sur une barque à moteur qui nous fait traverser jusqu’à l’île de Don Kho. Remonter sur la berge, sur un escalier branlant, aux marches étroites, est un exercice dont Marie se serait bien passé. Elle se remet de ses émotions puis nous suivons le chemin qui longe la rive et sert de rue principale au village endormi. Il n’est formé que d’une seule rangée de maisons traditionnelles, en bois, à un étage, sur pilotis. Au rez-de-chaussée, sous la maison proprement dite, des métiers à tisser sont installés, quelques femmes s’y activent. 

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Derrière, les rizières semblent abandonnées, écrasées de soleil. J’abandonne Marie et continue à la recherche du cimetière dans la forêt… Je dois traverser les rizières, bien entendu sans ombre, puis chercher mon chemin dans une forêt de bambous aux pieds desquels des termitières grandissent, puis de tecks. Je parviens à la pointe de l’île sans avoir vu de tombes. Il me faut encore revenir en traversant cette forêt dense sans avoir pu prendre de repères ni avoir joué au petit Poucet. Après m’être battu avec les broussailles, je trouve un sentier qui me ramène dans les rizières et bientôt à Marie. Nous jetons un œil au vat avec une belle collection de statues naïves en béton qui me rappellent celles du Ghana ! Nous reprenons la barque puis le tuk tuk, revenons vers Pakse. Nouveau détour pour le temple de Vat Chomphet. Un ensemble de bâtiments de style ancien ou carrément moderne et en arrière un gigantesque Bouddha aux pectoraux de béton, entouré de représentations du même mais de plus petite taille, tous bien dorés. 

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Nous pouvons pénétrer sous la construction, déambuler sous les fesses du divin Seigneur et nous y faire bénir par des nonnes au crâne rasé. L’une d’elle tient à attacher au poignet de Marie un bracelet de coton, tout en récitant des paroles propitiatoires, avant de lui faire glisser les mains sur un énorme gong jusqu’à le faire résonner.

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Ainsi placés sous les meilleurs auspices, nous nous dirigeons vers le temple d’où sortent des litanies relayées par des haut-parleurs. Nous nous déchaussons et allons respectueusement nous glisser derrière une assemblée de braves dévotes, assises en tailleur, face à un moine qui, depuis une chaire, récite des mantras dans un micro. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Toutes ces gentilles petites vieilles aux chignons bien tirés qui ont mis leurs plus belles tenues, corsages brodés, écharpes de dentelle, se disputent nos poignets pour y attacher, en marmonnant des vœux, d’autres bracelets… 

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Dans le fond un vénérable, un instant distrait par notre venue, retourne à sa somnolence digestive. Nous allons regarder travailler des sculpteurs de pierre qui taillent des Bouddhas avant de les peindre. Il s’en trouve de toutes tailles et à toutes les étapes du processus. Enfin nous rentrons à Pakse, notre chauffeur nous dépose devant l’hôtel. Je vais réserver auprès d’Yves le bus pour nous rendre à Champassak demain. Une sieste en climatisé est bienvenue. Je l’interromps pour descendre me connecter et trouver enfin un court message de Julie qui nous rassure néanmoins. Je remonte me reposer avant que nous n’allions dîner dans le beer garden de l’hôtel Sala Champa. Nous sommes au frais et nous commandons un repas laotien avec un laab de poisson servi comme il se doit avec des feuilles de menthe, de coriandre, du jus de citron vert, du paa dek, et évidemment du piment. Les saucisses sont excellentes, bien parfumées et enfin nous avons trouvé ce plat qui fait le bonheur de Julie et que nous avions goûté à Paris : du riz croustillant, boulettes de riz soufflé mélangées avec de la saucisse et des arachides, servies avec des feuilles diverses et une sauce sucrée. Excellent repas d’autant que nous avons aussi eu droit à des bières pression. Retour à la chambre pour une nuit de repos mérité.

Dimanche 1er février : Nous nous levons à six heures trente pour être prêts avant huit heures, heure à laquelle le « bus touristique » doit venir nous chercher et nous emmener à Champassak. En finissant de refaire les sacs, je m’aperçois que j’ai oublié mon blouson dans l’armoire de la chambre du Phi Dao que nous avions quitté faute de climatisation. Je descends les sacs et me précipite au Phi Dao. Bien entendu pas trace de mon blouson et ceux qui occupent la chambre n’étant pas encore sortis, il n’est pas possible de vérifier s’il s’y trouve encore… Un minibus vient nous chercher, nous sommes presque les seuls passagers. Nous n’allons pas loin, au prochain carrefour. Là, nous devons monter dans un bus normal. Pas pour longtemps, on nous fait redescendre et diriger vers un autre minibus mais je n’ai pas de place, un jeu de chaises musicales s’installe et je finis par occuper un siège, à côté de Gilles et Floriane qui font le même parcours. Cette fois nous sommes partis ! Le trajet est court, une trentaine de kilomètres, les plus chers du voyage, mais les touristes sont prêts à payer… Nous sommes restés sur la rive orientale du Mékong et nous allons donc devoir passer sur l’autre rive dans une barque après une marche pénible dans le sable avec les sacs. De l’autre côté un tuk tuk nous emmène à Champassak même, la localité semble agréable, alanguie dans la verdure le long du Mékong. Nous avons bien une chambre réservée à l’hôtel Inthira, dans l’un des deux bâtiments coloniaux restaurés et transformés en hôtel de charme. C’est bien la première fois que nous pouvons fréquenter ce type d’hébergement, généralement interdit à notre porte-monnaie… La chambre, bien qu’en retrait, a vue sur le fleuve, le sol est de larges planches sombres et a été plutôt joliment aménagée même si des détails laissent à désirer. Je me connecte à la réception, le wifi ne fonctionne pas dans la chambre, contrairement à ce que m’a assuré le réceptionniste. Message de Julie plus détaillé et nouvelles de Mireille qui nous souhaite la Bonne Année juste à temps… Nous déjeunons en compagnie de Gilles et Floriane qui se régalent d’une pizza à la banane et aux ananas !!! Nous prenons des plats plus classiques pour le Laos, un pad thaï et un risotto. La cuisine se veut « fusion » ce qui semble signifier plats locaux édulcorés pour les accommoder au supposé palais occidental… Nous partons en tuk tuk pour le Vat Phu avec nos compagnons de rencontre. Ils nous abandonnent dès que nous sommes arrivés au parking. Y stationnent tous les véhicules qui ont amené les fidèles, curieux, jeunes en quête d’amusements pour cette fête à l’occasion de la pleine lune de février et qui doit durer trois jours. Nous remontons l’une des allées qui longent le baray, ce bassin en eau que l’on trouve dans tous les grands sites khmers. Nous ne savons pas exactement ce qui doit se passer aujourd’hui, on nous a parlé d’inauguration de la fête sans avoir pu en savoir plus. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner, il fait très chaud, le baray est très long… Tout au long sont installés des stands, principalement de nourriture mais aussi des marchands de jouets, de quincaillerie, de vêtements, etc… Nous apercevons des éléphants que leurs mahouts éloignent. A l’extrémité du bassin commence une chaussée couverte de dalles irrégulières, bordée de pierres dressées en forme de lotus. Nous devons acquitter un droit d’entrée au temple, 35000 kips pour les étrangers, 5000 pour les locaux… Encore une longue marche sous le soleil, sans ombre, jusqu’aux deux pavillons qui flanquent l’entrée des ruines du site. On me réclame un droit de photographier que les Laotiens ne doivent certainement pas régler alors qu’ils sont tous à se prendre en photo partout en prenant des poses stéréotypées. Je refuse de payer et éteint l’appareil pour le rallumer plus loin. Nous découvrons alors de superbes frontons et linteaux sculptés avec des représentations des divinités hindous, Shiva, Parvati, Vishnou, Nandi, etc… 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les deux grands pavillons rectangulaires de l’entrée ont des murs percés de fenêtres carrées fermées par des balustres identiques à ceux des temples du Cambodge. Le Vat Phu n’est pas aussi prestigieux qu’Angkor certes, mais j’aime retrouver ici, ces traces du rayonnement khmer. Nous nous promenons à l’intérieur des deux pavillons, franchissons les portes par de hautes marches. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les promeneurs sont partout, les papiers gras aussi. Ce ne sont certainement pas les meilleurs jours pour visiter le site… Des offrandes et des cierges sont déposés devant des statues brisées ou un dvarapala de pierre, ceint d’une robe safran et protégé du soleil par une ombrelle, les gens se recueillent, mains jointes pour une courte prière. Nous achetons une bouteille d’eau à l’une de ces marchandes qui ont flairé la bonne occasion de gagner quelques milliers de kips en acheminant boissons, glacières, biscuits, quelques chaises et parasols, au sommet des escaliers aux marches inégales. La vue porte sur tout le site et le fourmillement humain qui grouille sous les tentes aux couleurs de marques commerciales. Quelques moines s’égarent dans les ruines, taches orangées facilement repérables. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous ne montons pas jusqu’au sommet et décidons de redescendre vers le lieu où m’assure-t-on, va être procédé à l’inauguration des festivités. Après avoir traversé une kermesse bruyante où l’on s’affronte à grands renforts de décibels, nous atteignons une vaste place où les curieux s’agglutinent. Heureusement les autochtones ne sont pas de grande taille et nous pouvons apercevoir, en nous en approchant, des jeunes femmes habillées de costumes dorés qui se déhanchent à la manière des danseuses des ballets royaux khmers. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les éléphants caparaçonnés sont là mais à peine parvenons-nous à la place des cérémonies qu’ils s’éloignent, quittent les lieux à bonne allure. Nous nous glissons dans la tribune officielle, personne ne s’y oppose. Nous avons alors une vue parfaite sur le défilé de troupes de danseuses, pas toujours en phase, en costumes traditionnels, puis viennent des discours pompeux, mécaniquement applaudis par toutes ces personnalités importantes… Nous n’insistons pas et revenons vers l’entrée en passant entre les marchandes de riz gluant dans des rouleaux de bambous, les grillades de poulet, les vendeuses de soupes. Notre tuk tuk revient nous chercher, nous ne sommes pas les seuls à repartir. De retour à l’hôtel, nous allons prendre un pot sur les bords du Mékong puis nous nous installons à la réception pour profiter d’internet et réserver une chambre à Don Khon. Nous nous reposons à la chambre avant de dîner à une table sur la rue à l’hôtel, d’un curry fade, servi avec des carottes et des pommes de terre, à croire qu’il n’y a ni champignons ni pousses de bambou à Champassak ! Même remarque donc que ce midi à propos des plats proposés aux touristes dans les hôtels. Marie a plus de chance avec du poisson servi en feuilles de bananier.

Lundi 2 février : Nous faisons presque la grasse matinée puisque ce n’est pas avant neuf heures et demie que nous allons prendre le copieux petit-déjeuner. Nous allons ensuite à pied dans le « centre-ville », terme un peu prétentieux pour désigner un carrefour avec trois routes qui y aboutissent et une fontaine sans eau. Nous trouvons le petit théâtre où sont données, en alternance, une soirée de marionnettes traditionnelles et la projection du vieux film de Cooper et Schoedsack : « Chang » que nous voulons voir toutes les deux. Nous apprenons que pendant les trois jours du festival, les représentations sont données au Vat Phu. A l’office du tourisme nous tentons de savoir ce qui doit avoir lieu aujourd’hui mais les indications restent vagues, du sport, des concerts et semble-t-il une course de pirogues. Nous allons nous installer dans un de ces restaurants qui ont eu la bonne idée de construire des terrasses ombragées au-dessus du fleuve. Je retourne chercher et rapporter l’ordinateur pour que nous mettions à jour le texte du blog puis nous déjeunons à ce même restaurant,  plats classiques mais bien cuisinés et copieux. Nous nous faisons conduire, par le même tuk tuk que la veille au Vat Phu. Nous visitons le musée du site, une seule salle avec quelques beaux Bouddhas de toutes tailles et des linteaux du temple d’une belle facture... Les explications générales sont en anglais, les détaillées en français. Nous nous traînons ensuite le long du baray, à la même heure que la veille, sous un soleil féroce. Il n’y a pas grande animation sur le bassin. Une seule pirogue en vue mais l’amoncellement des détritus devient phénoménal ! 

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Nous allons patienter dans la tribune officielle déserte, mais à l’ombre, et légèrement ventilée. Le temps passe et toujours pas de course de pirogues. Je vais aux renseignements, toujours aussi vagues. Nous marchons jusqu’à l’extrémité du baray, et allons nous asseoir sur la première plate-forme du temple, à l’ombre. Nous sommes entourés de familles qui jettent tout autour d’eux… Nous apercevons sur l’eau DEUX pirogues qui semblent bien faire la course. Nous nous rapprochons, il s’agit bien de la course tant attendue… Deux et seulement deux pirogues ! Nous commençons à fatiguer de cette fête, cette foire, sans grand intérêt. Nous allons prendre un soda à une guinguette mieux équipée que les autres, on y sert de la bière avec des fontaines individuelles de cinq ou dix litres, tirée par les buveurs dans des verres remplis de glaçons. 

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Sur la scène du podium proche, commencent à répéter des jeunes filles pour un spectacle musical qui n’aura probablement pas lieu avant ce soir. Las, saouls de bruit et de soleil, nous nous en revenons vers la sortie alors que la foule de plus en plus nombreuse, arrive. Nous rentrons avec un saoung taw, une camionnette aménagée pour le transport des passagers. Nous nous installons à la réception de l’hôtel pour mettre en ligne le blog, ce qui ne va pas sans mal. Je reviens me reposer à la chambre puis nous dînons à la même table que la veille, à la grande fureur de Marie qui en avait réservé une autre. Sans enthousiasme excessif pour la carte du restaurant, nous prenons des rouleaux de printemps et le poisson en feuilles de bananier pour moi, celui qui avait tant plus à Marie hier. Elle, en manque, commande un steak frites, qui, contrairement à mes craintes, se révèlera plutôt tendre et servi saignant.

 

Mardi 3 février : Pas eu le courage de me lever à cinq heures pour retourner au temple assister à la distribution du riz aux moines… Après le petit-déjeuner nous allons voir sur la route principale, derrière l’hôtel le Vat Nyutthitham. Dans l’enceinte, trois bâtiments, deux ont un style mi-colonial, mi-bouddhiste. L’un comporte des colonnes extérieures sur tout son pourtour et un fronton en stuc aux couleurs passées, l’intérieur est abandonné et rempli d’étrons peu respectueux. Le second a un joli fronton, très ouvragé mais l’intérieur avec un Bouddha doré semble aussi abandonné.

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Le troisième, plus récent, est en activité mais sans le moindre intérêt. Nous marchons jusqu’au carrefour central et allons écrire des cartes postales, attablés sur les bords du Mékong, dans un des restaurants. Nous y déjeunons, très peu copieusement avant de revenir à la chambre pour une sieste climatisée. Nous ressortons pour sauter dans un tuk tuk et retourner au Vat Phu. Il est alors cinq heures et le soleil est devenu supportable. Nous sommes très étonnés car en ce jour supposé être le plus important, les allées sont presque désertes, des commerçants plient bagages, laissant le terrain couvert d’immondices. Nous nous demandons combien de temps il faudra aux équipes de nettoyage pour rendre au lieu un aspect présentable. Nous repérons une toile d’écran entre les deux podiums. Je vais me renseigner, il s’agit bien du lieu des représentations du théâtre d’ombre et de la projection de « Chang » mais l’employé de la troupe qui me renseigne est incapable de me préciser l’heure de la représentation ni son contenu. Je laisse Marie assise à la tribune d’honneur inoccupée et vais voir si les évènements se précisent du côté du temple. Bonne nouvelle, plus de contrôle des billets, l’entrée est libre. Des lampes à mèche ont été installées sur les bâtiments du temple, aux portes et fenêtres, le long des murs et des allées mais ne sont pas encore allumées. Je repasse au théâtre d’ombre me faire préciser l’heure éventuelle de la représentation puis je vais retrouver Marie. Nous avançons en direction du temple, la nuit tombe quand nous y sommes et des employés commencent à allumer les petites lampes. Nous montons pour avoir une vue d’ensemble de l’allée centrale et des deux bâtiments balisés de milliers de points lumineux. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les fidèles y ont ajouté des bougies déposées sur les pierres, les fenêtres, les marches ainsi que des bâtonnets d’encens aux lourdes et âcres vapeurs.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Des lanternes chinoises commencent à apparaître, vendues à ceux qui, pour s’amuser ou se garantir une bonne fortune, vont les utiliser. Gros cylindres de papier de soie pourvues à la base d’une rondelle inflammable qui va chauffer l’air emprisonné et provoquer l’ascension de la lanterne. Elles s’élèvent en une pluie d’étoiles et s’éloignent lentement en un chapelet. Nous sacrifions au rituel et envoyons notre lampion dans les airs… 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

 

Nous retournons sur nos pas en croisant une procession de moines, suivis de fidèles mains jointes, apportant offrandes et bougies. Nous arrivons au théâtre d’ombre à temps pour assister au démontage de la structure. Le directeur, Yves Bernard, a renoncé aux représentations qui seraient inaudibles entre les deux podiums aux sonorisations surpuissantes et asphyxiantes dans la poussière des camionnettes qui passent et repassent. Nous faisons un brin de causette avec lui en espérant avoir le plaisir d’assister à une représentation un jour en France… Marie, jamais trop fatiguée quand elle en a envie, et qui a peur de rater quelque chose, tient à retourner dans le temple. Il ne s’y passe rien de particulier, la foule est de plus en plus nombreuse et l’envol des lanternes incessant, une vraie éphémère voie lactée…

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous revenons sur nos pas, achetons un poulet grillé, plutôt un coquelet à en croire sa taille, et allons le manger au bar près de la tribune officielle. La bière coule à flots, par cageots entiers ! Non sans effet sur les buveurs qui, éméchés, deviennent bruyants. Il ne se passe rien sur les podiums, nous nous acheminons lentement vers la sortie, foulant sacs plastiques et boîtes en polystyrène abandonnés. Nous trouvons rapidement un tuk tuk, vite rempli, et rentrons à l’hôtel. Nous achetons le DVD du film « Chang » avec l’accompagnement des musiciens de Champassak pour nous consoler.

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:03

Mardi 12 août : Dans la nuit, je suis réveillé par la musique puis je me rendors. Marie, avec ses boules Quies ne s’est rendu compte de rien… Ce matin, les montagnes du Caucase sont bien visibles, des pics dentelés, partiellement couverts de neige. Nous remplissons les jerrycans avec les derniers roubles. Comme ses collègues ex-soviétiques, la revêche caissière a le visage peu amène des femmes qui, de l’amour, n’ont pas connu toutes les joies... Puis nous sortons rapidement de la ville. La route s’enfile dans de belles et spectaculaires gorges, entre deux falaises presque verticales où les traces des éboulis sont bien évidentes. Quelques kilomètres et nous sommes à la frontière. Un peu d’attente puis nous sommes admis au poste de contrôle et aussitôt mis à l’écart avec tous les possesseurs d’une importation temporaire de véhicule. Il faut attendre le responsable qui se contente de collecter les documents. Un gros officier en tenue camouflée vient rôder autour du camion et ne trouve pas à son goût la plaque d’immatriculation, il est vrai en grande partie décollée et maintenue par des bouts de ficelle, et semble vouloir que nous retournions les changer en ville. Je ne lui réponds qu’en français qu’il ne comprend pas et il finit par aller passer sa mauvaise humeur sur d’autres. Puis ce sont nos jerrycans de gasoil qui posent problème, on nous assure que les Géorgiens ne nous laisseront pas entrer avec. Je cache les deux métalliques dans la capucine et nous nous présentons au poste géorgien. Les formalités se font simplement et rapidement et nous revoilà en Géorgie et donc de nouveau en Asie puisque nous franchissons le Caucase ! La route continue dans les gorges, traverse des villages totalement différents de ceux de Russie. Finies les maisons en bois avec fenêtres et volets décorés. Ici, elles ne sont pas très belles, des cubes avec un toit à quatre pentes, semblables à celles de Turquie, mais toujours avec un bout de jardin fleuri et quelques arbres fruitiers. Dans le village de Gergeti, nous bifurquons pour aller voir l’église de la Trinité que nous n’avions pas vue lors de notre voyage en 2010. Nous l’apercevons au sommet d’une montagne, détachant ses tours sur le ciel bleu.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une piste étroite de quelques kilomètres part du village, nous nous y engageons. Elle est peut-être la plus dure de tout ce voyage, presqu’intégralement gravie en première, avec des échantillons de tous les types de piste possibles, sauf le sable. Nous ne sommes pas les seuls dessus, nous croisons non sans difficultés, d’autres 4x4 qui peinent comme nous. Beaucoup, plus sages, ont choisi de grimper à pied… Mais nous sommes récompensés quand nous débouchons sur un plateau verdoyant où paissent des vaches et que nous découvrons devant nous cette très belle église, typiquement géorgienne avec, au-dessus du cube rehaussé dans la partie centrale de chaque côté des absides, le tambour de la tour et son toit conique.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une seconde tour, plus petite, lui tient compagnie. Nous sommes très surpris par le grand nombre de visiteurs locaux et étrangers qui s’y pressent. Il n’y avait pas tant de monde en 2010 ! Le tourisme a dû se développer… Nous gravissons à pied la dernière rampe et pouvons alors admirer de près les beaux décors sculptés dans la pierre en forme de croix ou d’entrelacs autour des étroites fenêtres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Marie doit, à sa grande fureur, revêtir une jupe par-dessus son pantalon et se coiffer d’un châle pour pouvoir entrer dans le sanctuaire. Des icônes, anciennes ou récentes, sont offertes aux fidèles qui les baisent ou s’agenouillent devant. Le ciel se couvre, je dois patienter pour prendre des photos avec le soleil. Nous redescendons puis continuons la traversée des gorges, sur une route difficile soit à cause des travaux, soit à cause de la circulation. Nous avançons lentement, revoyons les paysages de montagnes ravinées puis à Ananuri, le lac et le château que nous ne revisitons pas. Nous rejoignons enfin l’autoroute, laissons Tbilissi et filons en direction de Kutaisi. Mais cela ne dure pas et nous devons continuer sur une route ordinaire très fréquentée où il est difficile de doubler. Nous nous arrêtons à six heures sur une colline au milieu des pruniers, derrière un restaurant où nous avons l’intention de dîner. Nous commandons des chachliks, sans doute les plus mauvais de ce voyage ! Des morceaux de porc frits et pas même présentés sur une brochette !!!
 
Mercredi 13 août : Il a fort plu dans la nuit et je ne pense pas possible de nous rendre en Svanétie pour voir les maisons-tours mais au moment de démarrer, le ciel se dégage. Nous décidons d’aller jusqu’à Kutaisi puis d’aviser. La route passe dans une étroite vallée boisée mais je n’ai guère le loisir de l’admirer. La circulation est infernale, les Géorgiens, les Méridionaux des Russes, sont d’abominables machos au volant. Pas question de rester derrière un camion ou un véhicule plus lent et ils sont tous plus lents bien sûr ! Alors ils dépassent sans se soucier des limitations ou des interdictions, obligeant ceux qui arrivent en face à se rabattre ou bien se rabattent eux-mêmes en abusant des queues de poisson. De la conduite sportive ! Nous parvenons sains et saufs à Kutaisi et en demandant notre chemin, nous trouvons l’église Bagrati. Nous l’avions vue il y a cinq ans, en travaux de restauration. L’extérieur est terminé, l’intérieur est en cours. Tout a été reconstruit en copie conforme à l’original et le résultat est sinistre. Plus d’âme, plus de charme, une pierre grattée pour la rendre identique aux pierres neuves utilisées, une toiture en cuivre teint en vert émeraude.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

A l’intérieur ce qui correspondrait au balcon de l’orgue et les colonnes sur lesquelles il repose sont en acier bruni, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée mais paraît tout de même bizarre ici. Nous sommes très déçus, nous aurions pu éviter d’y venir.  Nous sommes d’accord pour mettre le cap sur la Turquie et en passant par le petit poste frontière de Posof. Nous trouvons la route de Baghdati, qui continue ensuite en longeant dans un vallon encaissé un joli torrent. Nous nous arrêtons sur ses bords pour déjeuner puis nous continuons. La route commence à s’élever et atteint l’inattendue station thermale de Sairme avec des installations modernes pour curistes. Nous fuyons vite cette ville d’eau… Surprise : la route goudronnée s’arrête à la sortie de la station, une piste lui succède ! Au début elle est correcte puis elle commence à se dégrader, toujours en montée… Nous traversons un massif boisé très dense. Des lichens s’accrochent aux branches des arbres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Elle devient franchement sportive, du genre pour dingue du 4x4… Plus haut, nous entrons dans les nuages, la visibilité est réduite à quelques mètres, nous ne progressons qu’au pas. J’ai des hallucinations : des monstres surgissent devant le camion ! Ils se révèlent être de vulgaires vaches effarées ! Nous parvenons à un plateau à plus de deux mille mètres. Une autre piste y aboutit. La piste va commencer à redescendre, le soleil revient mais elle reste très difficile, flaques, marches, buttes glissantes. Nous aurons mis trois heures pour faire quarante kilomètres… Nous parvenons ainsi à une autre station thermale, Abastumani, plus ancienne. Les maisons ou plutôt les vastes demeures familiales vitrées, décorées de dentelles de bois, pourvues de superbes loggias sur des colonnes, tombent hélas en ruine. Nous sommes heureux de retrouver le goudron et de filer vers la frontière turque. Dernier plein de gasoil et nous arrivons au poste. Personne n’attend ! La sortie de Géorgie prend moins de cinq minutes, l’entrée en Turquie à peine dix minutes. Nous roulons quelques kilomètres puis nous arrêtons sur une piste entre des champs. Nous aurons bien mérité la vodka-tonic de ce soir ! L’appel à la prière du muezzin au coucher du soleil nous rappelle que nous sommes en terre d’Islam.
 
Jeudi 14 août : Réveil à l’heure habituelle et départ pour une longue journée de route. D’autant plus longue que nous aurons confirmation d’un nouveau changement de fuseau horaire, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Nous traversons encore des montagnes couvertes de prairies où paissent de nombreux bovins. Les minarets taillés comme des crayons se distinguent à peine des rangs de peupliers. Des nappes de brume envahissent les creux, nous sommes au-dessus, dominant les vallées, avant de descendre sur Kars. Nous retrouvons les bonnes routes turques, larges et pas trop fréquentées par des conducteurs plus respectueux des règles que les Géorgiens ou les Russes. A Kars, nous changeons des dollars chez un bijoutier et nous trouvons ensuite un supermarché Migros, avec même des alcools. Plus de porc mais du bœuf et de l’agneau bien découpés, de la charcuterie de bœuf et en particulier du pasterma. Et nous continuons notre course vers l’Ouest. Nous avons quitté les montagnes et sommes désormais sur un plateau où les moissons battent leur plein. Les exploitations sont de petite taille, avec des tracteurs mais on aperçoit encore des paysans qui coupent à la faux sur leur lopin et des herses tirées par des chevaux. Apres déjeuner, nous contournons Erzurum. La chaleur est forte, la température dépasse les 40°. Le ciel, les nuages, les terres, les montagnes disparaissent dans la même pâleur laiteuse. Passage à Erzincan en évitant le centre. Nous longeons de nouveau une rivière puis dans un col le camion recommence à hoqueter puis repart. Nous arrêtons pour boire un soda dans un café avec une terrasse sur la rue. Que des hommes ! Jeunes, vieux tuent le temps devant un thé ou un café, les vieux portent la casquette et quelques-uns tripotent à longueur de temps un chapelet. Autre col et à nouveau le camion tousse, je dois rétrograder en première avant qu’il ne reparte, l’incident se répète. Je ne sais que penser, cochonneries dans le gasoil, injecteur défectueux, contact électrique occasionnel… Nous arrêtons à six heures dans une jolie prairie en contrebas de la route.
 
Vendredi 15 août : Nous roulons en direction de Sivas puis de Kayseri sur des routes toujours aussi larges, reposantes, presqu’ennuyeuses. Marie reçoit un message de Julie pour sa fête puis un de Nicole. Nous sommes sur le plateau anatolien, toujours au-dessus de 1000 mètres. Les monts sont pelés, les moissons faites, la terre est aride sous un soleil implacable. Peu avant Kayseri, nous allons revoir le très beau caravansérail de Sultan Hani, restauré depuis notre dernière visite. Le portail en est cadenassé. Je vais frapper à une porte, c’est une école, l’institutrice, foulard, manteau qui descend jusqu’aux chevilles, m’ouvre. Elle ne parle aucune langue étrangère mais deux de ses élèves sont des petites Turques de France en vacances. Elles nous signalent qu’il faut téléphoner pour faire venir le gardien. Celui-ci, alerte, arrive sur sa mobylette et nous ouvre grand les portes. Il parle allemand et nous donne quelques informations. Un beau décor sculpté dans la pierre orne le petit kiosque central qui était une mosquée. 
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

L’intérieur avec ses voûtes et ses bat-flancs donne une bonne idée de ce que devait être une halte caravanière au XIII° siècle.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant le site de Kültepe dont nous ignorons tout mais qui a l’honneur de deux étoiles sur notre carte. Peu d’ombre pour déjeuner. Courageusement, sous un soleil de plomb, quelle température peut-il faire ? 43°C, 44°C ?, nous nous lançons à l’assaut de la colline sur un sentier fléché. Nous apprenons qu’il s’agit du palais et de bâtiments d’un roi anatolien du XIX° siècle avant notre ère. Nous ne pouvons distinguer qu’une aire réalisée en pierres plates et les bases de murs. Rien d’inoubliable… Marie veut passer à l’office du tourisme de Kayseri. La ville a plus d’un million d’habitants et s’est étendue sur des kilomètres. Un service de tramway, des passerelles au-dessus des avenues, des escalators pour sortir des souterrains, sont les marques d’un pays en plein développement. Nous nous garons juste le temps de nous renseigner. La ville aurait peut-être mérité une plus longue visite mais faute de livre-guide nous ne savons où aller. Nous apercevons en roulant, quelques tekke et une ancienne mosquée. La sortie de la ville est à l’échelle de sa démesure, interminable. Nous reprenons un bout de route puis nous nous dirigeons vers la Cappadoce. Nous y entrons par Ürgûp dont nous reconnaissons difficilement les maisons troglodytes, désormais cachées derrière des constructions standardisées modernes. C’est désormais une route à quatre voies qui relie Ürgüp à Göreme ! Nous revoyons tout de même avec plaisir et même éblouissement ces cheminées des fées, ces pitons creusés d’habitations et d’églises rupestres. Nous ne visitons rien mais je ne résiste pas au désir de les prendre en photos sous une belle lumière.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
L’idée principale, est de trouver un camping et d’enfin, nous reposer. Ils ne sont pas nombreux, les pensyons les ont remplacés ainsi que les boutiques d’ « Art Shop ». Nous en trouvons un dans la descente sur Göreme. Un emplacement ombragé par deux arbrisseaux qui n’empêcheraient pas une limace de bronzer, une piscine coincée derrière le bloc sanitaire à l’eau parcimonieuse et à l’éclairage chiche, le tout pour vingt euros que nous faisons ramener à treize ! Nous allons prendre un pot, cher, à la terrasse qui domine la vallée, les pitons et… la route ! Connexion internet très faible, je réussis tout de même à lire les messages et en particulier celui avec les projets de Julie pour l’année prochaine. Je vais profiter de la piscine très agréable néanmoins. Retour au camion, je sors la table et les fauteuils, je suis sec avant même de m’asseoir. Pour dîner, nous allons pour la Sainte-Marie dans un restaurant repéré lors de l’un de nos arrêts-points de vue. La vue sur la Vallée des Pigeons depuis la terrasse est superbe de nuit, dans les assiettes c’est moins bien… Les köftes tant attendues n’en sont pas et Marie doit attendre son plat longtemps.
 
Samedi 16 août : Nous sommes réveillés par le bruit des brûleurs des montgolfières qui, à six heures du matin, emmènent des touristes survoler la Cappadoce. Nous ne nous levons pas aussitôt, c’est une journée de repos et nous traînons au lit avant de nous décider à sortir de notre léthargie. Pendant que Marie se prépare, je vais laver du linge puis le mettre à sécher. Nous ne nous rendons à l’Open Air Museum de Göreme qu’à onze heures quand il commence à faire très chaud… Il s’agit d’un ensemble d’églises troglodytes des X° et XI° siècles, taillées dans le tuf de ces cônes qui ont rendu célèbre la région. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes déversés par des norias de bus y sont nombreux et nous devons parfois faire la queue au pied des escaliers qui permettent d’y accéder. Elles sont minuscules, leurs parois sont couvertes de magnifiques fresques aux couleurs admirablement préservées par la sècheresse de l’air et l’obscurité.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

La première, Tokalı, est une merveille : deux salles décorées à des époques différentes. La première est toute dans des tons vert et ocre rouge, dans la seconde le bleu, un bleu outremer profond, domine pour raconter la vie de Jésus et presque toujours un Christ Pantocrator à la voûte. Les autres églises, une dizaine, reprennent le même thème et y ajoutent parfois celui de la vie de saints tels Basile. Plusieurs couches de fresques sont parfois discernables sur la même paroi, des dessins en rouge très simples à des œuvres très élaborées. Nous en ressortons épuisés, assoiffés. De retour au camping, nous avalons de grands verres de citronnade pour Marie, de rakı pour moi. Après déjeuner, je vais me connecter, mettre à jour le blog et constater qu’aux dates possibles, il n’y aurait pas de places sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise… Nous repartons en emmenant Jean-Pierre pour un tour dans les environs. Nous arrêtons d’abord à Çavusin où les maisons troglodytes en ruine forment une falaise percée d’ouvertures dans un long mur qui me fait penser à Matera.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Plus loin, à Zelve, un exceptionnel ensemble de cheminées des fées attend les touristes. Nous nous promenons au pied de ces grandes aiguilles à l’abri d’une roche qui leur donne un aspect de champignon ou de maison des Schtroumpfs.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Après un dernier point de vue décevant, nous revenons par le même itinéraire que la veille. Nous déposons Jean-Pierre au camping et allons nous garer dans le centre de Göreme pour une visite fructueuse, du point de vue de Marie, des boutiques de souvenirs. Nous remontons au camping prendre l’apéritif avec Jean-Pierre mais nous n’avons plus de glaçons, le réfrigérateur n’a pas tourné. Dîner au restaurant le Sedef, plats bons et copieux, excellents pide et adana kebab pour ma part et retour pour la nuit au camping. 

Dimanche 17 août : Je compte au moins vingt-huit montgolfières de toutes tailles et couleurs qui, ce matin, nous survolent, grosses bulles molles que pousse le vent. Il est encore tôt mais comme je suis réveillé, j’écris pour la seconde fois mon journal de la veille. Hier soir, l’ordinateur qui commence à avoir ses humeurs m’avait soudainement planté et refusé de continuer d’assurer son emploi, j’avais donc perdu tout ce que j’avais écrit. Depuis plusieurs jours j’ai aussi perdu l’usage de plusieurs touches des chiffres, le 1, le 2, le 5, le 7, le 9, le ° et donc les voyelles accentuées qui vont avec… Nous plions bagages, quittons le camping, pris en photo par son sympathique propriétaire. Nous entamons une journée de route pour nous rapprocher de la Grèce. Après Nevşehir, nous traversons, jusqu’à Konya, une étendue rigoureusement plate et quasi désertique malgré l’implantation de quelques industries et des tentatives de culture irriguées. Après Konya le paysage n’est pas beaucoup plus engageant mais il y a tout de même quelques bosquets… La route, toujours excellente et à quatre voies se poursuit par Afyon puis Kütahya. Ensuite, en cours d’élargissement, elle traverse une belle région de collines boisées, peu de monde y passe, aucun camion. Nous nous arrêtons pour la nuit en bordure d’une piste, dans un vallon. Jean-Pierre vient prendre l’apéritif puis reste dîner. Marie a prévu de faire cuire des pâtes dont elle pensait qu’il avait envie. Il apporte des côtes d’agneau que nous partageons, les pâtes n’ont pas de succès et finissent à la poubelle. 

Lundi 18 août : Le ciel est couvert et bientôt il pleut. La route est en travaux, nous passons dans les nuages avant de retrouver, au sortir des montagnes dont nous n’aurons pas vu grand-chose, la plaine et un ciel bleu. Après Balıkesir, nous suivons la direction des Dardanelles. La nouvelle route ne passe plus par les montagnes mais se dirige droit sur la côte. C’est alors la lente et énervante traversée d’une succession de stations balnéaires fréquentées par la bourgeoisie turque en vacances. La route quitte le bord de mer, grimpe dans la montagne avant de redescendre vers Çanakkale que nous traversons pour arriver au port d’embarquement des ferries. Nous n’attendons pas et montons à bord de l’un d’eux aussitôt.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Nous revoici en Europe. Une fois débarqués à Eceabat, nous allons manger des köftes dans l’un des restaurants pour touristes devant le port. Ils ne sont pas mauvais, mais les portions sont minimales. Nous longeons jusqu’à Gallipoli le détroit des Dardanelles avant de traverser le bras de terre et retrouver la mer à notre gauche. Parvenus à Keşan et toujours affamés, nous allons nous offrir une tournée de köftes, nettement meilleures et avec une bière glacée cette fois. Ce sera notre « quatre heures » ! Derniers kilomètres en Turquie, la frontière est vite franchie et nous retrouvons la Grèce. Quelques kilomètres d’autoroute, puis traversée d’Alexandroupoli pour parvenir à notre camping habituel. L'ouzo s'impose au restaurant du camping suivi de souvlaki et de fioles de retsina​...
 
Mardi 19 août : De plus en plus à l’ouest, le soleil se lève de plus en plus tard et nous aussi… Nous nous attaquons à la traversée de la Grèce sur l’autoroute de Salonique. Les péages qui n’étaient pas en activité lors de notre dernier passage le sont maintenant et tous les trente kilomètres nous devons verser notre obole : 6 euros, comme les camions car mesurant plus de 2, 20 métres de haut ! Nous longeons de loin la mer, une mer digne de la Grèce, d’un beau bleu qui inciterait à la baignade. Nous sommes à Salonique que nous contournons à la mi-journée. Marie et Jean-Pierre ont envie d’aller aux Météores. Nous continuons donc sur la route d’Athènes jusqu’à Larissa où nous abandonnons l’autoroute pour une simple route. Passage dans un grand supermarché, tout neuf. Le peu de choix des produits m’étonne. Peu de variétés, on se croirait en Mongolie… La route serpente puis le massif des Météores, sorte de gros doigts rocheux se profile à l’horizon. Nous nous en approchons, Marie ne reconnaît rien ! Kalampaka, la petite ville sise à ses pieds ne vit que du tourisme, ce ne sont que guest-house, campings, hôtels, tavernes, restaurants et boutiques de souvenirs ou fabriques d’icônes. Nous cherchons un camping, en trouvons un dans la cité voisine, Kastraki, et je crois bien qu’il s’agit du même camping qu’en 1992 . Il est encore tôt mais nous ne bougeons plus. D’autres Français possesseurs de camping-cars 4x4 viennent discuter avec Jean-Pierre, les comparaisons de modèles, de performances m’ennuient prodigieusement, nous préférons nous rendre à la terrasse du restaurant du camping boire un soda, nous connecter à internet, relire le blog. Jean-Pierre nous y rejoint et cherche lui aussi les éventuels passages sur un ferry au départ d’Igoumenitsa mais sans succès. Nous prenons l’apéritif au camion, il faut bien finir les bouteilles, nous n’y parvenons pas ce soir, puis dînons au restaurant, au frais, sur accompagnement de bouzouki. Grillades et bouteilles de restina. Je reste effectuer toutes les corrections sur mon texte et mettre le blog à jour, en fumant un havane acheté en détaxe à la frontière.
 
Mercredi 20 août : Ce matin encore nous ne nous réveillons qu’à sept heures. Le camping est bien endormi. Nous sommes dans les premiers à monter les lacets de la route qui mène aux différents monastères perchés sur les pitons. A chaque virage, une nouvelle vision s’offre à nous, bâtiments monastiques en équilibre au-dessus du vide, balcons en encorbellement, églises byzantines minuscules.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous atteignons le parking du plus grand des monastères, Metamorphosis, Il ouvre ses portes aux visiteurs à neuf heures et une file d’attente s’est déjà formée sur les escaliers qui y conduisent. Nous n’avons pas très envie de nous mêler aux groupes et préférons redescendre à celui en contrebas, Varlam, plus modeste et tout aussi intéressant. Marie a prévu un châle pour se couvrir la tête mais ce sont ses jambes de pantalon qu’elle doit cacher sous une jupe d’emprunt, pas la tête ! Des chats font la sieste et la font très bien, au pied de la jolie petite église, inévitablement byzantine. A mon grand étonnement, tout l’intérieur est couvert de belles fresques dont la vision est malheureusement gâchée par  la lumière que filtrent des carreaux de couleurs jaune ou bleue. Quelques très belles scènes, une Dormition de la Vierge, qui semble très honorée ici, un Jugement Dernier avec un terrifiant monstre rouge qui, comme sur les murs des églises de Bucovine, ouvre grand une gueule pour engloutir les damnés, les Elus semblent un peu s’emmerder au Paradis…

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous allons jeter un œil au mécanisme de ravitaillement qui, autrefois, se faisait au moyen d’un treuil qui remontait un filet, aujourd’hui modernisé grâce à un palan électrique. Nous continuons le circuit, découvrant de nouveaux points de vue sur les quatre ou cinq monastères les plus connus. 

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous découvrirons trop tard qu’il en existe d’autres, logés dans les falaises et probablement accessibles à pied uniquement. Nous rejoignons la route de Ioannina, étroite, toute en lacets serrés qui traverse les montagnes avant de rejoindre l’autoroute, et ses péages ! Apres un rapide déjeuner, nous arrivons à Igoumenitsa où nous nous précipitons dans la première agence de voyage. Et là, alors que nous n’y croyions pas, nous trouvons un passage en open deck sur le ferry de Venise, vendredi matin. Nous devons tout de même débourser plus de cinq cents euros… Soulagés, dans tous les sens du terme, et contents de l’être, nous nous rendons dans un supermarché, aussi peu achalandé que celui d’hier, pour prévoir les repas jusqu’à Toulon. Nous nous rendons ensuite à la plage où nous avions passé la nuit et dîné en mars 2013. Il y a beaucoup plus de monde, la plage est envahie par les vacanciers. Nous allons prendre un pot dans le jardin du restaurant en contemplant les naïades locales. Retour au camion pour écrire mon journal et bouquiner. Apres une petite sieste, nous allons dîner au restaurant. Les amateurs de plage se raréfient, la plage se vide, le soleil descend, nous sommes bien sur la terrasse devant la mer. Ouzo puis nous nous régalons de calamars et de poulpes avec une puis deux bouteilles de Malamatina, ce vin blanc résiné que nous ne boirions pas en France... Jean-Pierre, toujours affamé s’est commandé un souvlaki de poulet puis une grosse daurade grillée. Nous regagnons à la nuit nos camions, seuls sous les eucalyptus.
 
Jeudi 21 août : Réveil très tardif, Marie reprend vite ses habitudes… Rien au programme de la journée si ce n’est repos ! Apres avoir traîné une bonne partie de la matinée, nous décidons d’aller nous promener avec la voiture. A la fois pour passer le temps mais aussi pour recharger les batteries auxiliaires qui semblent ne plus tenir la charge. Nous traversons les marais où nous faisons s’envoler des hérons cendrés puis nous suivons une piste le long de la plage qui grimpe ensuite sur une colline entourée par la mer et qui se termine à des élevages de poissons.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous revenons nous garer au même endroit, à l’ombre. Après déjeuner, sieste, lecture, ennui. Jean-Pierre parti se promener seul, nous retrouve. Nous allons ensemble nous garer dans le centre-ville et prendre un pot dans un des cafés encore peu fréquentés de l’allée centrale. Nous laissons passer le temps. Nous allons acheter un journal, repérer le restaurant à spécialités de grillades à la broche où nous avions diné l’an dernier puis nous revenons au camion mais il y fait trop chaud et nous allons nous asseoir sur un banc de la rue piétonne. Nous dînons dans notre gril, excellent gyros, je goûte aux kokoretsis dont je n’apprécie que l’extérieur grillé, la farce d’abats évidemment n’a pas de succès. Nous allons nous garer au parking de la gare maritime pour une courte nuit.
 
Vendredi 22 août : Des passagers en attente d’un bateau n’ont pas cessé de toute la nuit de venir se garer, discuter à côté de nous et je n’ai pas beaucoup dormi. Je suis debout à cinq heures, Marie finit sa nuit et reste couchée. Nous entrons dans le port. Pour savoir à quel quai nous devons attendre le ferry, nous retournons à la gare maritime nous renseigner. Les bureaux de la compagnie ne sont pas encore ouverts, nous devons attendre plus d’une demi-heure pour faire viser les billets. Nous attendons ensuite l’arrivée du bateau et montons rapidement à bord. Nous ne sommes pas placés comme nous l’espérions le long du bastingage mais en plein milieu, coincés entre un camion et des camping-cars. Nous petit-déjeunons, Marie procède à sa toilette, je monte visiter les salons. Ils sont, comme les couloirs et les ponts encombrés de tentes, de matelas de passagers qui se sont installés pour la traversée ! Nous montons nous asseoir à une table pour lire et taper mon journal. Nous dînons dans le camion d'une boîte de conserve tout à fait appropriée et de saison : une choucroute !
 
Samedi 23 août : Je transpire encore dans la nuit mais au matin des coups de tonnerre annonciateurs d'orage dans les parages amènent un vent frais. Nous nous réveillons à 6 heures, heure d'Italie donc de France. Nous approchons de Venise mais le bateau doit attendre une autorisation d'entrée. Le temps s'écoule sous un ciel gris peu engageant. Nous apprenons à notre très grand dépit que, contrairement aux précédents voyages, nous ne longerons pas le Grand Canal, n'apercevrons pas de haut la place Saint-Marc mais accosterons ailleurs ! Effectivement, après avoir franchi une des toutes récentes écluses mises en place pour éviter les marées hautes, emprunté un long canal balisé, nous jetons l'ancre dans la zone industrielle de Porto Margera. Sortir du ferry demande encore de la patience... Nous voilà sur le sol italien. Peu d'indications à la sortie du port, je prends la direction de Venise et à Mestre nous trouvons l'autoroute. Il commence à pleuvoir puis de plus en plus fort jusqu'à Brescia. La circulation est très intense, plus calme ensuite. Le soleil revient progressivement. L'autoroute de la côte est encombrée par les retours de vacances. Nous sommes à Vintimille à 6 heures mais un bouchon de 7 kilomètres avant le péage nous fait perdre une heure. A sa sortie, Jean-Pierre nous fait de rapides adieux... Nous ne pensions pas qu'un voyage de deux mois et demi se terminerait ainsi, sans même un dernier apéritif. Nous voici en France. Nous roulons sans nous arrêter et rentrons à Toulon.
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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 16:58

 

Samedi 2 août : Brian, qui a des problèmes intestinaux, a du mal à se réveiller au matin… Nous repartons dans une steppe qui n’en est plus une. Plus de yourtes, de troupeaux. Les montagnes qui encadrent la vallée que nous suivons sont perdues dans les nuages et leurs sommets quand ils s’en échappent sont couverts de neige. Le ciel que nous avions cru clément au matin ne le reste pas et c’est dans une triste grisaille que nous allons suivre le lit de différentes rivières dans des vallées puis dans des gorges. Belle route que nous ne pourrons apprécier pleinement sans le soleil. Les maisons russes derrière leur palissade, avec leurs encadrements de fenêtres décorés, sont de plus en plus fréquentes. Beau paysage alpestre, prairies, forêts de conifères et même chalets de bois ou isbas de rondins. Nous sommes déjà loin de la Mongolie ! Dans les villages, derrière les palissades qui délimitent une concession familiale, se dresse une structure conique au toit arrondi que nous supposons être le sauna familial. Nous déjeunons de boîtes de conserves sur le bord d’une rivière, Brian est allé manger une soupe au poulet au café voisin. Nous continuons et plus nous avançons, plus nous quittons les steppes et retrouvons la Russie. De nombreux vacanciers sont venus profiter des activités de plein air qu’offre l’Altaï. Nous croisons de nombreux véhicules, de citadins qui partent pour un week end dans la nature. Des camps de vacances, des bungalows, des descentes de rivières, des treks, sont offerts à des sportifs, torses nus, ou en tenue de camouflage, de grands Russes virils à l’exemple de Poutine... La circulation s’intensifie, nous revoilà dans la Russie rencontrée à l’aller, de nombreux établissements en bord de rivière attendent les estivants pour le week end. En fin d’après-midi nous parvenons à Gorno-Altaïsk où nous cherchons un « grand » supermarché. Nous le trouvons sur la place centrale, dans un Mall tout moderne. Nous nous séparons de Brian qui nous quitte avec son vélo sans chaîne… Nous pénétrons ensuite dans la caverne d’Ali Baba, un supermarché russe comme il y en a dans toutes les grandes villes mais qui, après un mois de disette mongole, nous paraît une merveille. D’autres fruits que des pommes ou des oranges : abricots, brugnons dont un Carrefour ou un Auchan n’oserait pas proposer la vente. Du poulet, cuit, fumé, congelé, en morceaux, entiers, des saucisses appétissantes, du poisson fumé, de l’ikra et plein d’autres merveilles comme de l’eau gazeuse, des kotelets, sortes de boulettes de porc, des légumes insoupçonnés de l’autre côté de la frontière, chez ces barbares mongols mal dégrossis ! Nous cherchons ensuite un restaurant pour dîner ce soir mais nous ne trouvons rien. Nous reprenons la route de Novosibirsk et arrêtons dès que nous trouvons une piste qui nous amène au bord d’une rivière, au calme. Apéritif habituel puis nous dînons de croquettes de poisson qui sont surtout aux pommes de terre…

Dimanche 3 août : Nous nous réveillons avec une heure de retard sur nos habitudes ! A croire que nous en avons besoin… Nous reprenons la route, le camion grogne, couine, grince, gémit, siffle, une vraie volière. J’aimerais être aussi persuadé que Jean-Pierre que tous ces bruits intempestifs sont dus à mes silentblocs… Au sortir des montagnes, nous avons retrouvé la Russie que nous connaissons : champs de blé, de tournesols à perte de vue et alignements de bouleaux pour briser la violence des vents d’hiver. Les maisons aussi sont redevenues celles auxquelles nous étions habitués, toits en pente, bois pour les plus anciennes et matériaux modernes pour les récentes. La chaussée est bonne, trop, nous pourrions croire qu’il en sera toujours ainsi mais nous savons qu’il n’en sera rien. Sur les bas-côtés de la route, assises sur un tabouret, fichu sur la tête, des paysannes vendent le produit de leur jardin ou de leur cueillette : pommes de terre, oignons, myrtilles, superbes girolles, magnifiques cèpes. Nous achetons des myrtilles et un seau de cèpes ! Nous atteignons Barnaoul, à l’écart de la route de Novosibirsk, sur une route à quatre voies. Nous y sommes pour rendre visite au garage Land Rover. A l’entrée du pont qui enjambe l’Ob (nous découvrons qu’hier soir, nous avons dormi sur ses bords quand ce n’est encore qu’une modeste rivière), je demande à un policier qui surveille la circulation s’il connaît la rue Kalinina, adresse de Land Rover. Non seulement il sait, mais il me fait un plan très clair en me précisant les distances. Je suis les indications données et nous parvenons sans difficultés devant la concession Land Rover-Jaguar. Nous nous y étions rendus uniquement pour repérer les lieux mais nous découvrons que le magasin est ouvert. Non seulement ouvert mais il y a du personnel à l’atelier. Renseignement pris, il faudrait trois jours pour faire venir les silentblocs de Moscou. Le jeune qui baragouine un peu d’anglais ne manque pas d’astuce : il téléphone à son patron et nous propose de monter ceux du Defender neuf du garage ! Et nous pouvons faire la vidange en plus aussitôt !!! A deux heures et demie, je ressors avec des silentblocs neufs ( ou presque ?), un entretien avec échange des filtres. Pour environ 300 euros mais au moment de payer avec ma carte bleue, inutilisée depuis deux mois, je m’aperçois que j’ai complètement oublié le code ! Je dois utiliser celle de Marie dont je me souviens. Depuis je cherche… Nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer sur les bords de l’Ob, à la gare fluviale. C’est une promenade dominicale avec poneys pour les enfants, baraques à chachliks où nous envisageons de revenir dîner ce soir. Nous remontons ensuite la large et très longue avenue Lénine. La place ne manquait pas pour construire les villes au XIX° siècle, les prospect, avenues, sont bordées de maisons anciennes, bâtiments de brique ou palais « chantilly » couleur pastel soulignée de blanc. S’y mêlent des immeubles plus récents de l’ère soviétique ou plus prétentieusement neufs, les grandes marques internationales y sont présentes. Nous allons prendre une pâtisserie ou un coca dans un café élégant dans l’espoir d’y avoir le wifi mais nous ne pouvons nous connecter. Nous repartons pour tenter notre chance à l’hôtel Barnaoul. Effectivement, assis dans un confortable canapé du hall, nous lisons notre courrier, répondons et mettons à jour le blog. Message de dernière minute de Julie, revenue ravie de ses plongées en Mer Rouge. Nous sortons de la ville et essayons de trouver un emplacement pour la nuit sur l’île au milieu de l’Ob. Nous parvenons ainsi à une plage, une vraie plage avec du sable, des chaises longues et de la musique… Nous retournons sur les bords de l’Ob avec l’intention d’y dîner et d’y dormir. Nous nous décidons pour un restaurant, le « Parus », avec une terrasse au-dessus de l’eau. Nous commandons de bons plats : côtes de porc, chachlik, poisson fumé et bières à la pression. On mange bien en Russie ! Nous restons sur le parking du restaurant en croisant les doigts pour qu’ils ne soient pas trop nombreux à venir faire ronfler les moteurs de leurs voitures en mettant la musique à fond…

Lundi 4 août : Des bavards incorrigibles et de la musique une bonne partie de la nuit ont perturbé notre sommeil mais nous avons tout de même dormi. Au matin, tout est plus calme ! Nous repassons le pont sur l’Ob et continuons en direction de Novosibirsk. La quatre voies ne dure pas et nous revoilà sur ces routes à deux voies avec une circulation trop importante pour elles. Peu avant la grande ville, nous entrons dans la « Cité des savants », Akademgorodok. Au milieu de la forêt, des instituts, des académies ont été installés à la belle époque soviétique. Les habitants des lieux, scientifiques, ingénieurs, y étaient choyés, au calme, dans des résidences en pleine nature. Difficile de savoir ce qu’il en reste mais quelle différence avec les villes agitées, bruyantes du « vulgaire »… Encore quelques kilomètres et nous plongeons dans la circulation folle de la grande ville. Je m’arrête sur une grande avenue pour aller changer des dollars, j’en profite pour repérer sur un plan du métro où nous nous trouvons. Nous parvenons, avec le plan succinct de notre guide, à trouver la gare. Nous nous garons en face, sur ce que nous découvrirons plus tard être le parking d’un grand hôtel. Nous allons faire des photos de la gare. Un grand bâtiment assez laid, peint dans un vert trop vif, avec, au milieu, ce que j’avais pris pour un arc de triomphe.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous revenons déjeuner au camion puis nous décidons de nous rendre sur la place Lénine, la place principale de la ville, en métro. Le métro est plus récent que ceux de Moscou ou de Saint-Pétersbourg mais il est néanmoins décoré de céramiques politiquement neutres… Nous débouchons devant l’inévitable statue de Lénine drapé dans un manteau de granit. Un couple de travailleurs et trois partisans lui tiennent compagnie, bel ensemble qui ne paraît pas figé dans la pierre.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous empruntons un souterrain, paradis des minuscules échoppes où on vend tout et rien, l’indispensable et l’inutile, pour traverser sains et saufs la place. J’abandonne Marie pour aller vérifier les horaires du musée des Beaux-Arts qui renferme une collection des œuvres de Nicolaï Roerich que nous avions peu appréciées lors de notre premier voyage, impressions que nous voulions confirmer ou infirmer. Musée fermé lundi et mardi ! Celui d’Ethnographie, sis dans un beau bâtiment, sur la place, est en restauration ! Nous revenons tout doucement à pied vers le camion. Nous allons prendre un verre dans un café élégant, un de plus. Marie cherche un magasin, toujours pour ses souvenirs, mais il est introuvable. La ville est moderne, dynamique, animée, du moins dans le centre. Nous retrouvons les camions et quittons la ville, bien aidés pour en sortir par le logiciel de Jean-Pierre. La circulation est très dense sur la route étroite, plus que dans notre souvenir. Jean-Pierre sent l’écurie et fonce, double camions et voitures, nous avons du mal à le suivre. A six heures il ne semble pas encore disposé à s’arrêter. Vingt minutes plus tard, nous nous enfonçons sur une route en terre et bivouaquons dans un champ. Apéritif puis nous faisons cuire les cèpes achetés la veille sur la route, pour accompagner les kotelets, partagés avec Jean-Pierre.

Mardi 5 août : Les champignons n’étaient pas vénéneux, nous avons tous survécu. Commence une longue et pénible séquence « auto, bouleaux, dodo ». Nous avalons les kilomètres dans un paysage toujours aussi monotone, A vous gâcher un voyage en Mongolie ! Heureusement le revêtement est bon et nous faisons une bonne moyenne. Nous déjeunons sur le bord de la route avant d’atteindre Omsk. Nous rendons visite à une sorte de supermarché pour reprendre du pain et de l’eau puis nous nous lançons dans la traversée de la ville. Le logiciel de Jean-Pierre nous fait passer par le centre, occasion de constater qu’Omsk est sans doute la plus laide ville de Sibérie. Marie aperçoit la gare encore plus clinquante que celle de Novosibirsk. Depuis le pont sur l’Irtych, nous n’apercevons que des immeubles-casernes et des usines. Il nous faut plus d’une heure pour en sortir et nous retrouver sur la route de Tyoumen. Nous roulons jusqu’à six heures et décidons de nous arrêter. Je vais refaire un plein de gasoil, Jean-Pierre ne s’en aperçoit pas et continue… Nous ne le revoyons pas ! Nous avançons sur la route, arrêtons, revenons sur nos pas, attendons. Pas de Jean-Pierre ! Nous reprenons la route, avançons sans savoir s’il est devant ou derrière… Nous finissons par nous arrêter en retrait de la route pour dîner et espérer le voir passer… 

Mercredi 6 août : Toujours pas de Jean-Pierre ! Nous décidons de continuer jusqu’à Ishim où nous devons bifurquer. Nous n’avons roulé que quelques kilomètres quand je le vois dans le rétroviseur ! Notre Jean-Pierre tout faraud nous avait perdu de vue, était rentré dans le village et a dormi en retrait de la route, certain, affirme-t-il, de nous retrouver ce matin ! Nous repartons donc ensemble, sans avoir à mettre de message à Mireille, inquiète hier soir de ne pas avoir de ses nouvelles. Nous traversons Ishim, plein de bières et d’eau gazeuse puis à une fontaine, plein des réservoirs d’eau. Nous repartons sur la route qui permet de contourner le Kazakhstan. Très bonne chaussée qui devient atroce avec des trous à engloutir un semi-remorque !!! La région, plate, est couverte de lacs et d’étangs qui créent des zones de marécages. Nous poursuivons par Kurgan où nous nous arrêtons à la sortie pour boire un soda dans un café pour camionneur, désert à cette heure. Nous roulons encore car avons changé d’heure, en récupérant une. Nous ne trouvons pas de piste pour nous installer en pleine nature, ce ne sont que des champs difficiles d’accès. Pour une fois nous faisons halte dans un parc pour poids lourds. Jean-Pierre s’invite à l’apéritif et dîne avec nous d’une omelette aux champignons achetés sur le bord de la route.

Jeudi 7 août : Dans la nuit, je dois, comme on dit à Treichville, aller « cabiner » car j’ai le « ventre qui coule » ! Et, au réveil, dès que je passe de la position couchée à celle debout, je vomis les champignons de la veille ! Marie et Jean-Pierre ne sont pas incommodés… Je vais être patraque toute la journée. Nous continuons vers l’Ouest sans faiblir. Nous atteignons Chéliabinsk que nous ne traversons pas. A un nœud de routes, nous ne savons quelle direction prendre, Ufa n’est plus indiqué ! Nous essayons les différentes options avant de découvrir que la première était la bonne. Quelques kilomètres plus loin, le problème se pose à nouveau. J’en ai ras le bol de la Russie, de ses routes, de ses conducteurs excités. L’étroite route d’Ufa est très fréquentée, d’interminables files de camions s’étirent dans les deux sens. Parfois je désespère de les doubler, certain d’en trouver d’autres quelques centaines de mètres plus loin. La route monte et descend les petites montagnes couvertes de forêts qui constituent les monts Oural. Tous les cinquante mètres, une Lada, portes et coffre grand ouverts dégorge de bocaux, plutôt de grande taille, remplis de miel clair, ambré ou brun. A qui peuvent-ils vendre de telles quantités ? A d’autres producteurs ? Quand nous retrouvons la plaine, nous avons géographiquement quitté l’Asie, la Sibérie et retrouvé l’Europe. Le Texas ? Non le Tatarstan ! Des puits de pétrole dans la campagne pompent la précieuse huile. Il fait chaud, je ne suis pas en forme, je voudrais bien arrêter de bonne heure. Après Ufa, nous espérions trouver un emplacement en retrait de la route, protégés du bruit dans une auberge mais le patron croyait que nous allions prendre une chambre et veut que nous nous garions le long de la route. Nous repartons et allons nous installer dans les bois, derrière un rideau d’arbre.

Vendredi 8 août : A six heures et demie il fait à peine jour. Nous nous doutons bien que nous avons dû changer de fuseau horaire mais, dans le doute, nous continuons comme si de rien n’était. A huit heures, nous sommes sur l’autoroute en direction de Samara. L’autoroute ne dure pas et nous retrouvons bientôt le rythme d’une départementale française avec la circulation d’une pénétrante aux heures de pointe. Des champs de tournesols, un vol de corbeaux, un Van Gogh vivant ?

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Je me remets de mon indigestion de champignons et ce n’est plus qu’un mauvais souvenir… En début d’après-midi, nous atteignons Samara. Jean-Pierre utilise pour, après une longue et pénible traversée de la ville, nous amener dans le centre, en passant par quelques rues bordées d’anciennes maisons en bois. Nous nous garons dans une rue et partons à pied à la recherche d’un hôtel puisque c’est le seul moyen de nous faire enregistrer. Longue et bien fatigante marche en découvrant ce centre ancien où se retrouvent bien des styles architecturaux.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous constatons que ce n’est pas une mais deux heures que nous avons rattrapées, nous sommes à la même heure que Moscou !  Le Jigouli-Bristol est un bel hôtel à la façade très ouvragée, beaux balcons style « nouille ».

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Le hall est des plus chics, la préposé est charmante même si elle oublie de sourire. Le prix est en conséquence mais je n’ai pas envie de courir ailleurs, Jean-Pierre non plus. Nous prenons deux chambres, j’en ai rarement eu de plus « classe ». Retour à pied, au bout d’une heure aux camions. Nous préparons les sacs et retournons à l’hôtel. Je me gare à proximité et nous prenons possession de notre nid douillet. Les miroirs, l’escalier sont superbes, dans le style art déco. Il faut aussitôt se connecter à internet, pas de nouvelles de Nicole ou de Julie, donner du linge à laver, en laver dans la baignoire. Nous partons en promenade. Nous longeons notre rue, Kubicheskaya, succession de beaux immeubles de différents styles, classique, art déco, baroque russe, trompe-l’œil, constructiviste de la période soviétique, style découvert grâce à Danièle Sallenave, dont je comprends la fonctionnalité mais moins l’esthétique. Quelle richesse pour un étudiant en architecture ! 

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous revenons à l’hôtel nous installer au bar pour profiter d’internet. Jean-Pierre nous rejoint et nous allons ensemble dîner de viandes grillées avec une bouteille de vin, dans un restaurant soi-disant argentin. Les plats sont très chers, la viande, vendue au poids, très surévalué, est bonne mais pas exceptionnelle. Encore du linge à essorer et d’autre à laver. Il ne doit pas y avoir beaucoup de clients qui utilisent à cette fin la baignoire…
 
Samedi 9 août : Nuit au frais, au calme. Marie n’a pas apprécié son lit et s’en plaint… Nous nous préparons sans nous presser puis descendons prendre le petit déjeuner mais on aurait dû nous demander la veille nos desiderata et nous le porter dans la chambre ! Nous remplissons une fiche et remontons attendre. Quand il arrive, tout est froid, les œufs, les saucisses, le thé ! Nous quittons ce bel hôtel mais au personnel pas très performant, la preuve, ils oublient de nous facturer le lavage du linge. Nous ne nous en plaignons pas… Nous descendons sur les bords de la Volga. Nous sommes très étonnés d’y trouver une belle plage de sable où des baigneurs profitent d’une eau tentante avec la chaleur qui va régner.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous quittons Samara et suivons de très loin la rive gauche de la Volga. Champs de tournesols et de blé fraîchement moissonnés et de temps en temps une vilaine usine dont les cheminées crachent des fumées peu engageantes. La chaussée est, sauf à de rares et courtes exceptions, une horreur ! Boursouflée, crevée, creusée par les camions, nous dansons, chassons, tressautons dessus sur plus de quatre cents kilomètres. Nous nous arrêtons à Pugachev pour faire des courses dans un supermarché dont une fois de plus nous admirons le choix. Enfin Saratov, à presque six heures du soir. Nous traversons l’immensément large Volga sur un pont qui, par la même occasion, enjambe aussi un autre respectable fleuve, lui aussi semé d’îles provisoires. De lourdes péniches se traînent sur son cours, les bateliers ont disparu… Nous nous arrêtons, épuisés par cette route, peu après dans un champ en retrait de la route. Vodka-tonic avec l’avant-dernière boîte !
 
Dimanche 10 août : Jean-Pierre a entendu des coups de feu et même des rafales hier soir. Nous rien ! Nous continuons notre descente dans le Sud sur une route en bon état, pas trop fréquentée au début. Tout est jaune à perte de vue, les champs moissonnés couvrent les ondulations de la plaine. Après Kamyshin, vilaine ville industrielle où nous apercevons la Volga entre deux cheminées, le revêtement redevient une horreur et la circulation augmente. Nous nous traînons ainsi jusqu’à Volgograd, l’ancienne Stalingrad. Nous pensons avoir traversé la ville quand nous nous apercevons qu’il n’en est rien, qu’elle est beaucoup plus étendue que nous ne le pensions, plus agréable aussi que ne le laissait penser ses faubourgs miteux. Des bâtiments imposants, derrière des frontons et des colonnes copiés de l’Antique, s’alignent le long d’une avenue ombragée. Entre temps, pas erreur, nous avons traversé puis retraversé la Volga sur un nouveau pont, occasion de contempler les plaisanciers qui, comme en ce moment en France, s’entassent sur les belles plages, au pied de petites dunes couvertes de végétation. La traversée de cette énorme mégapole, qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres, va nous prendre plus d’une heure. Enfin nous en sortons sur la bonne route d’Elista, au milieu d’un désert dont je ne sais pas déterminer s’il s’agit d’une steppe rase et jaune ou de champs moissonnés. Nous entrons en République de Kalmoukie, seul peuple asiatique bouddhiste d’Europe. Nous nous arrêtons peu avant sa capitale à quelque distance de la route, derrière un rideau d’arbres. Nous transpirons dans le camion malgré toutes les ouvertures grandes ouvertes.
 
Lundi 11 août : J’ai eu très chaud au début de la nuit puis la fraîcheur est venue. Nous étions trop près de la route et toute la nuit des voitures sont passées bruyamment. Au réveil, le ciel est sombre et nous sommes en route depuis peu qu’il commence à pleuvoir très fort. Nous traversons Elista que je ne reconnais pas, la petite ville tranquille de mon souvenir est très animée, bruyante et les éléments de décor bouddhistes éparpillés, perdus dans cette ville identique aux autres. La pluie n’arrange rien, les ingénieurs civils de la municipalité n’ont manifestement pas prévu l’écoulement des eaux pluviales. Nous repérons le grand temple. Jean-Pierre va y faire des photos avec son parapluie, nous l’attendons au sec… Je retrouve le parc où abondent pagodons, statues du Bouddha, arcs de triomphe, tous de style tibéto-chinois.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Jean-Pierre en a assez vu et nous n’avons pas envie de nous faire tremper ; aussi nous repartons. Nous continuons notre descente sur une bonne route peu fréquentée. Nous approchons du Caucase, ses sommets disparaissent dans les nuages alors que dans la plaine un timide soleil est revenu. Je suis étonné par l’importante activité qui se manifeste, la circulation sur des routes à deux, trois ou quatre voies est intense. Les petits producteurs agricoles sont installés sur le bord de la route et proposent fruits et légumes. Les voitures de police sont aussi très nombreuses mais la présence policière ne semble concerner que les véhicules. Nous traversons la République Kabardino-Balkar puis celle d’Ossétie du Nord. Nous roulons jusqu’à Vladikavkaz où nous nous garons pour la nuit sur le terrain d’une station-service du centre-ville avant de découvrir l’existence d’un karaoké juste derrière…

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 04:32

Mercredi 16 juillet : Réveil à l'heure désormais habituelle. A sept heures et demie, nous quittons l'"Oasis" et prenons le chemin de l'aéroport. Nous ne tombons pas dans les encombrements et peu après huit heures, nous sommes devant un guichet du service de l'immigration. Nous devons remplir des formulaires, y coller une photo, rédiger en anglais une lettre justificative, tous documents qui ne seront jamais lus, régler une taxe proportionnelle au nombre de jours de prolongation du visa et remettre le tout à un employé qui tamponne nos passeports, nous pouvons rester jusqu'au 10 août en Mongolie ! Le problème a été réglé en moins de trois quarts d'heure... Il n'est que neuf heures, nous retraversons rapidement Oulaan Baatar, et sortons laborieusement de la ville par des quartiers de yourtes derrière des palissades, de moins en moins reluisantes au fur et à mesure que nous nous éloignons du centre. Nous retrouvons la steppe sous un ciel mi-gris, mi-timidement ensoleillé. Les troupeaux de chevaux aussi. Je ne sais quel dressage leur a donné ce tic : tous, en liberté, encensent continuellement. Nous avons la surprise de passer à côté d'une immense statue équestre de Gengis Khan, en patriarche guerrier, en acier inoxydable, reposant sur une salle circulaire au sommet d'une colline. Nous nous arrêtons pour la photo, une curiosité plutôt qu'une œuvre d'art...

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne visitons pas le musée, peu motivés par les conquérants sanguinaires... Nous passons des cols peu élevés, chacun est marqué par un ovoo, tas de pierres où sont nouées des écharpes bleues. L'un est surmonté de mâts d'où pendent des queues de chevaux blanches, un crotale momifié s'enroule sur le pilier central. Des offrandes simples ont été déposées, argent, cigarettes, bouteilles vides de vodka, jouets etc... Nous déjeunons devant l'un d'eux. Nous nous faisons arrêter, ainsi que d'autres voitures, par un policier, sans doute pour un excès de vitesse en agglomération. Il nous demande si nous parlons anglais, puis, incapable de formuler dans cette langue ses reproches, il sourit puis nous fait signe de continuer notre route... Elle se dégrade, il faut slalomer entre les trous jusqu'à Öndörhaan, le chef-lieu de province endormi. Plein de gasoil et achat d'une bonbonne d'eau puis nous cherchons à quelques kilomètres de piste, un Balbal. Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan. Nous entamons la piste, bien tracée, large, avec, au début, une tôle ondulée que nous avalons à 80 km/h. Mais il y a de plus en plus de trous et nous la quittons pour une piste parallèle roulante. Nous arrêtons pour la nuit entre plusieurs d'entre elles. Pourvu que personne n'en trace une nouvelle !
 
Jeudi 17 juillet : Il est passé quelques voitures dans la nuit et il a plu mais rien d'inquiétant. Nous repartons sur une piste de plus en plus mouillée qui devient même franchement gadouilleuse. Nous ne roulons pas vite, 30 km/h de moyenne ! Heureusement que parfois des portions sont plus roulantes. Paysage inchangé de steppe presque déserte, plus de yourtes, peu de troupeaux. Nous atteignons Batnorov, perdu à un carrefour de pistes. Nous progressons sur les collines, glissons sur l'herbe mouillée, chassons dans les ornières... Mes yeux fatiguent à fixer sans cesse la piste. Nous ne sommes pas les seuls, de nombreux Mongols semblent se rendre eux aussi à Dadal, avec toutes sortes de véhicules, gros 4x4 ou voitures légères qui passent malgré tout, nous ne savons comment ! Deux citernes constituent la station-service de Norovlin d'où nous prenons la piste qui mène à Dadal, en passant sur un pont moderne au-dessus de l'Orhon. Des montagnes apparaissent et des forêts au sommet des collines. Un arc de triomphe marque l'arrivée à Dadal. Des jeunes femmes déguisées en Bouriates accueillent les arrivants, enfin les locaux car nous n'avons pas même droit à un sourire... Nous entrons dans le village, les maisons sont en rondins, semblables à celles de Sibérie. Tous sont très occupés à tendre des calicots, enseignes des divers commerces proposés aux visiteurs venus pour la célébration des Journées Bouriates avec des délégués chinois, russes et évidemment mongols. Nous apercevons une arène défendue par des cordons et des policiers et ce qui doit être le champ de courses. Nous trouvons le WWF où nous espérions obtenir des informations sur les festivités mais personne ne parle anglais et un responsable (?) en uniforme exige le paiement d'un droit d'entrée dans le parc du Khentii où nous n'irons pas. Marie tient à voir une statue de Gengis Khan. Elle est laide, un monument blanc se dresse à proximité, elle découvrira ensuite qu'une représentation du même Gengis y est gravée. Nous revenons nous garer près de l'arène. Jean-Pierre et moi partons à la pêche aux informations mais personne ne parle anglais et donc ne peut nous renseigner. Il semble tout de même qu'il s'agit bien d'une forme de naadam avec lutte, course de chevaux et tir à l'arc. Nous discutons ensuite pour décider par où nous allons rejoindre le Gobi. La route suivie par Joëlle est peut-être plus intéressante mais longue et nous demanderait sans doute trop de temps. Je suis en colère d'être ici, une bien longue et difficile route qu'il va falloir refaire ! J'aurais bien aimé me reposer mais rien ne se décide, Marie veut faire des photos des maisons du village et Jean-Pierre part faire un tour à pied. Nous allons nous installer en dehors du village, à l'orée d'un bois. Nous achevons notre bouteille de pastis en compagnie de Jean-Pierre. Nous sommes couchés quand on vient frapper violemment sur la voiture et, semble-t-il, en nous appelant. Ce sont trois policiers, dans un anglais primaire qui les fait pouffer, qui veulent que nous déménagions ! D'autres visiteurs campent à proximité mais nous, nous ne devrions pas ! Je refuse, ils s'entêtent mais quand je dis "to-morrow" ils sont contents et s'en vont...
 
Vendredi 18 juillet : Nous nous levons une heure plus tard et nous nous rendons à la fête après nous être débarrassés de nos ordures. Ce qui n'est pas un mince problème. Nous ne trouvons jamais dans les villes de poubelles, à se demander ce qu'ils font de leurs déchets, alors que le pays est propre ! Les gens affluent et se dirigent vers les gradins en bois construits autour du stade où doit avoir lieu la cérémonie. Tous ont revêtu le magnifique costume traditionnel bouriate : une deel chatoyante tant pour les hommes que pour les femmes. Celles des hommes s'ornent d'un grand zigzag de trois bandes de couleurs sur le plastron.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Les femmes ont enfilé par-dessus un gilet brodé de fils argentés ou dorés. Hommes et femmes portent une coiffure différente des Mongols : un bonnet conique, parfois bordé de fourrure, généralement bleu, et de son sommet surgissent et retombent des fils rouges.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Ceux des femmes sont ornés de lignes de perles blanches qui tombent de la nuque et de grosses perles jaunes et rouges sont attachées sur le pourtour du bonnet.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

De rares bijoux en argent sont portés par les femmes âgées.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Tous ont de larges ceintures de cuir décorées de plaques d'argent, parfois avec des turquoises. Nous en prenons plein les yeux ! Je mitraille à tout va, assis dans les gradins vite remplis. Les différentes délégations des arrondissements mongols et celles de la Russie et de la Chine (sans oublier la délégation anglaise, trois membres, qui a fièrement déployé l'Union Jack), s'alignent face à la tribune officielle, donc nous tournent le dos... 

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Commence alors une série de discours des représentants des délégations qui n'intéressent que les passionnés de la cause bouriate (le seul mot que nous comprenions dans ces torrents de paroles mais qui revient un peu trop fréquemment, prononcé avec emphase !). Suivent une série de scènes, jeunes gymnastes dorées, grotesques danseurs déguisés en cygnes, épisode gengiskhanesque avec quelques figurants habillés en guerriers mongols, frappant d'énormes tambours puis défilant à cheval. Un cortège de toutes les délégations qui font un tour d'honneur en saluant le public, précède un immense drapeau bouriate, porté par quelques représentants très applaudis. Le stade se vide, nous partons à la recherche d'un officiel parlant anglais qui pourrait nous exposer le programme des manifestations de la journée mais aucun ne souhaite ou ne peut s'exprimer dans cette langue. La déléguée anglaise nous offre un programme mais il est en mongol qu'elle ne comprend pas... C'est une jeune Russe qui nous le traduit très vaguement : tir à l'arc, lutte et courses de chevaux ! Les épreuves de tir à l'arc sont plus sérieuses qu'à Khatgal. Des lignes ont été tracées, les tireurs sont tous en grande tenue et un jury à côté des cibles, des rouleaux gros comme le poignet et posés sur le sol, juge les concurrents.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Des femmes participent dont une, d'âge vénérable, qui, malgré ses lunettes, rate rarement sa cible.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous revenons au camion déjeuner, quelques curieux viennent rôder autour de la porte ouverte. Nous retournons au stade, trouvons de la place dans la tribune officielle que ses occupants ont désertée. Nous devons attendre avant que commence un épisode de lutte, moins intéressant qu'à Khatgal, nous sommes trop loin et les lutteurs ne portent pas la seyante brassière... Les combats vite expédiés, il faut attendre une demi-heure avant que commence une nouvelle série de combats. Quand ceux-ci sont terminés nous décidons de repartir et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la piste de Norovlin. En tête, je prends une piste très roulante, que je crois parallèle et qui s'éloigne de la piste principale. Bientôt Marie s'inquiète, Jean-Pierre a des doutes. Je m'entête et nous parvenons en vue de Norovlin, de l'autre côté d'une zone marécageuse. En suivant un véhicule qui s'y rend, nous trouvons la piste de Öndörhaan, à la sortie de Norovlin. Ouf ! Nous roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans la steppe un peu trop peuplée de moustiques à notre goût. Nous avons achevé la bouteille de pastis hier soir, le cubi de vin rouge est fini, nous entamons le dernier saucisson. Il est temps de prendre la route du retour !
 
Samedi 19 juillet : Il a plu toute la nuit, de gros orages se sont succédé. Nous avons de grosses craintes pour l'état de la piste qui, à l'aller, était déjà bien boueuse. Il ne pleut plus quand nous démarrons, la piste est mouillée, nous roulons presque continuellement à côté, dans l'herbe. A notre grand étonnement nous avons moins de difficultés qu'à l'aller, sans doute parce que nous ne repassons pas aux mêmes endroits. Après Batnorov, la piste est presque sèche, il n'y a pas trace des orages. La piste principale, large, rectiligne, malgré de nombreux trous, permet de rouler relativement vite. Nous sommes à midi à Öndörhaan, plein de gasoil puis tournée des mini supermarchés pour essayer de nous ravitailler. Le pain chez l'un, de la vodka et de la bière (ils en ont tous !) chez un autre, pas de citrons ni de bonbonnes d'eau... Nous cherchons la sortie de la ville en direction de Choyr. Nous devons demander tous les cent mètres, montrer le nom écrit en cyrillique, certains ne comprennent pas que nous cherchons la route. Enfin, nous sommes dans la bonne direction après avoir franchi un pont. Nous déjeunons rapidement puis suivons la bonne piste sablonneuse dont Jean-Pierre contrôle le tracé sur son ordinateur. Personne en vue, ni humains ni animaux, pas de voitures. Au bout d'une centaine de kilomètres et alors que nous devrions arriver à une bourgade, nous constatons qu'elle n'est pas en vue. Nous allons nous renseigner à une yourte en dehors de la piste. Il se trouve que nous ne sommes pas sur la bonne piste mais que nous sommes tout de même dans la bonne direction. Nous continuons donc. Un camionneur nous rassure sur la direction mais confirme que nous ne sommes pas sur la bonne piste.  Nous arrêtons pour la nuit à proximité de la mine de Bor Öndör. Je comptais m'offrir une vodka-tonic pour me remettre des émotions de la journée mais il s'avère que le Schweppes acheté à Öndörhaan est une boisson énergisante (en aurais-je besoin ?), sucrée et parfumée au citron que la vodka ne relève pas.
 
Dimanche 20 juillet : Le vent violent n'a pas cessé de souffler toute la nuit et ne cessera pas de la journée. Le ciel gris convient parfaitement comme fond de décor au carreau de la mine et au village proche dont l'environnement de détritus est consternant. Les sacs plastiques couvrent la terre sur des kilomètres à la ronde. Jean-Pierre se fait fort de nous mener à Choyr grâce à sa cartographie sur ordinateur. Il se lance sur des pistes, en change, revient sur ses pas, se trouve trop au nord puis trop au sud, emprunte des pistes à peine tracées avant de retrouver une ligne de poteaux électriques que nous suivons.  Il aura eu le mérite de nous faire involontairement passer devant un superbe ovoo, adossé à de gros rochers ronds sur lesquels un Bouddha a été gravé et peint.
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Nous rejoignons l'excellente route goudronnée en provenance de Chine sur laquelle nous atteignons des vitesses oubliées ! Enfin nous atteignons Choyr ! De l'ancienne base aérienne russe ne subsistent que des bâtiments et des pavillons autrefois coquets, en totale déliquescence aujourd'hui. Aussi gaie que les autres villes de province, la bourgade n'a pas grand-chose à offrir au voyageur. De même que son supermarché où je trouve tout de même des bonbonnes d'eau et du vrai tonic ! Nous trouvons la piste de Govi-Ougtaal à la sortie de la ville. Par précaution je demande à quelques personnes la direction... La piste est bonne, facile sans erreur possible jusqu'à ce que nous nous apercevions que nous dévions de la trajectoire à suivre. Nous cherchons plus au sud, puis plus au nord et nous nous lançons sur une mince piste qui, Ô Miracle, non seulement va dans la bonne direction mais parvient même au but ! De là, nous continuons sur Mandalgovi. Je passe devant, me fiant au GPS, nous suivons une très bonne piste, rapide malgré la tôle ondulée. Nous croisons un Anglais, un original (pléonasme ?) qui voyage à pied harnaché à un chariot contenant tous ses biens ! Ce matin l'herbe de la steppe était devenue jaune, cet après-midi elle se raréfie. Nous sommes désormais dans le Gobi, pas encore un vrai désert mais tout de même bien moins peuplé que le Centre ou le Nord. Nous nous arrêtons à un puits pour essayer d'avoir de l'eau, il faudrait un seau et une corde. Mais notre venue a attiré tout un troupeau de beaux chameaux, aux bosses bien droites donc bien pleines, qui viennent nous faire les yeux doux, persuadés que nous allons les abreuver. Ils nous voient repartir, pleins de reproches...

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Nous retrouvons la bonne route goudronnée peu avant Mandalgovi. Plein de gasoil puis rapide petit tour en ville mais décidément il n'y a pas grand-chose à voir. Nous repartons, profitons du goudron pour nous avancer pour demain et allons bivouaquer dans les collines à l'écart de la route. Nous invitons Jean-Pierre à partager notre repas.
 
Lundi 21 juillet : Au réveil, c'est le Bol d'Or ! Un premier motocycliste, intrigué, passe lentement devant nos camions puis va s'arrêter sur une colline proche d'où il nous surveille. Rassuré que nous ne soyons pas des soucoupes volantes, il se rapproche et se gare à deux mètres du camion et attend... Il repart prévenir ses copains qui reviennent avec leurs pétrolettes, tournent autour de nous puis repartent. Nous reprenons la bonne route goudronnée, un plaisir rare dans ce pays. Le sable est de plus en plus présent, des montagnes ou plutôt des dunes couvertes d'une maigre végétation rase ondulent à quelque distance de la route. Et puis cela se gâte ! Sans crier gare, le bon goudron laisse la place à l'ancienne piste, la route est en construction et nous roulons à droite ou à gauche, proches ou éloignés... La piste peut être bonne, couverte d'une tôle ondulée cassante ou très roulante, sablonneuse ou boursouflée d'ornières sèches. Nous arrivons tout de même à Dalanzabad à midi. Nous déjeunons avant d'entrer en ville. Une voiture qui passe propose à Jean-Pierre l'achat d'un pistolet avec cartouches et ceinturon. Il décline la proposition... Nous cherchons le centre-ville, une avenue coupée par une allée de frondaisons non entretenues, devenue une jungle. Nous changeons des dollars à la banque, trouvons un supermarché où nous complétons nos provisions avec ce que nous y trouvons. Marie s'y trouve mal ! Elle regagne le camion, je lui mets la climatisation, il commence à faire chaud dans la région. Jean-Pierre veut se prendre une chambre pour avoir une vraie douche. Nous en faisons autant, une suite avec un salon à un étage moins élevé car l'hôtel Dalanzabad est sans ascenseur... Nous refaisons les pleins d'eau, puis allons garer les camions dans le parking de l'hôtel. Je retrouve Marie à la chambre non climatisée, nous relisons le texte, mettons le blog en ligne, prenons connaissance des messages puis je descends avec Jean-Pierre nous renseigner sur le restaurant. Nous avons la surprise de trouver Joëlle et Klaus garés devant ! Je vais rechercher Marie, pas très en forme et nous allons boire une bière ensemble au bar de l'hôtel. Nous nous racontons nos aventures. Nous retrouvons un Klaus loquace et une Joëlle très en forme. Ils nous déconseillent de dîner à ce restaurant et nous emmènent à un restaurant coréen. La carte est en mongol, aucune des trois employées ne parle anglais ou russe et ne semble décidée à nous servir ! Nous retournons donc à l'hôtel où nous dînons très correctement ensemble. Grandes discussions. Nous convenons de nous retrouver demain pour passer la journée ensemble. Retour à la chambre où nous tentons d'appeler Julie pour lui souhaiter, un peu en avance son anniversaire mais bien sûr nous tombons sur son répondeur.
 
Mardi 22 juillet : Réveillé, comme tous les jours maintenant, à six heures, je tente de joindre Julie à Toulon. Nous parvenons à lui souhaiter son anniversaire et à en savoir un peu plus sur ses vacances. Nous quittons sans regret cette chambre qui aurait pu être confortable avec un matelas plus mou et quelques améliorations basiques. Pour le petit déjeuner, nous devons faire intervenir la réceptionniste pour obtenir de la serveuse un thé Lipton. "Lipton" le mot magique pour éviter le thé au lait ! Nous retrouvons Jean-Pierre avec qui nous nous mettons d'accord sur la prochaine semaine d'itinéraires puis Joëlle et Klaus. Nous passons à la poste acheter des cartes postales et des timbres, occasion d'avoir affaire à une employée aussi peu souriante que les autres. Nous nous rendons au marché, deux petits stands vendent des légumes et des fruits. Peu de choix, nous achetons des salades puis dans une boutique des tomates et de petites pommes de terre. L'autre côté de l'allée est occupé par les bouchers qui débitent des quartiers de viande mal identifiée dans une odeur et un décor dignes d'un film "gore". Nous quittons la ville en nous dirigeant avec le GPS sur Yolyn Am. Nous laissons une bonne route goudronnée pour retrouver une piste dans la steppe qui se rapproche d'une chaîne de montagnes avant de parvenir à l'entrée du parc... Nous acquittons le droit d'entrée puis nous rendons visite au musée de la nature. Nous aurions préféré voir vivant les nombreux animaux empaillés que l'on y trouve, dont des léopards des neiges, gros chats en voie de disparition. Les  boutiques de souvenirs installées sous des yourtes à l'entrée n'ont pas grand-chose à proposer. Joëlle et Klaus nous rejoignent, nous roulons de concert jusqu'au parking à l'entrée des gorges. Nous y déjeunons, chacun chez soi. Nous ne sommes pas seuls, des touristes ont été amenés par des Tours operators. Le ciel est parfois gris, parfois partiellement ensoleillé, quelques gouttes tombent. Nous partons à pied, Marie, peu en forme, pas sûre d'aller au bout. Le sentier s'enfonce dans des gorges en suivant un maigre ruisseau. Nous scrutons les flancs des montagnes, les pentes des falaises dans l'espoir d'apercevoir quelque animal sauvage mais seuls de sympathiques petits rongeurs, des pikas, peu farouches, se montrent. Au bout de deux kilomètres, la gorge se resserre et dans le cours du ru apparaissent des plaques de glace.
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Nous sommes à 2250 mètres d'altitude et dans cette étroite cluse, la glace se conserve presque tout l'été. Une glace terreuse, salie par tous les visiteurs qui tiennent à s'y faire prendre en photo dessus. Nous en faisons autant... Retour en compagnie de Joëlle dont la conversation fait oublier à Marie la fatigue de la marche. Nous décidons tous d'aller bivouaquer sur une piste perdue entre des collines aux couleurs mauves.

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Je tente de charger le logiciel de navigation de Klaus puis nous prenons tous l'apéritif. Joëlle et Jean-Pierre achèvent la dernière bouteille de pastis, Marie, Klaus et moi célébrons les produits locaux et principalement la vodka... Nous dînons chacun dans notre camion.
 
Mercredi 23 juillet : Nous retrouvons notre heure habituelle de départ. Nous faisons nos adieux à Joëlle et Klaus avec promesse de se revoir en France. Nous partons sur la piste qui s'enfonce dans la montagne puis suit des gorges de plus en plus étroites. La piste est maintenant dans le lit de gravier du ruisseau, les falaises se resserrent et il ne reste que l'exacte largeur de nos véhicules pour déboucher de l'autre côté de la gorge et sortir des montagnes.
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Un stûpa moderne entouré de chèvres et de moutons, auprès de quelques yourtes, marque l'entrée dans une belle steppe verdoyante sur laquelle nous trouvons une bonne piste rapide.

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Nous parvenons à Bayandalay, misérable bourg, carrefour de pistes où nous ne nous arrêtons pas. Nous mettons le cap au nord, retraversons la steppe puis entamons la montée dans la montagne qui nous sépare d'une autre steppe. Quand la piste commence à trop s'écarter de la direction indiquée par notre GPS, nous nous arrêtons.  Je pars sur de vagues traces de roues, trouve une yourte où on ne nous renseigne pas clairement puis en suivant la bonne direction, nous retrouvons une piste bien tracée qui prolonge celle que nous avions laissée et nous emmène hors des montagnes. Nous traversons une autre steppe puis voyons se profiler une masse rougeâtre qui se révèle être le site cherché : Bayanzag, les falaises de feu ! C'est ici qu'on a trouvé des dinosaures fossilisés mais il ne reste rien sur le site si ce n'est une colline érodée, un mini Grand Canyon qui ne méritait pas le déplacement... 

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Nous avons pu le voir sous le soleil mais des averses tombent de ci de là et nous n'y échapperons pas dans l'après-midi. Après déjeuner, nous allons voir à quelques kilomètres une forêt, un bien grand mot pour désigner un ensemble d'arbustes aux troncs noueux courbés par le vent qui parviennent à pousser dans le sable, ce sont des saxaouls.

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Encore quelques kilomètres pour arriver à Bulgan. Plein de gasoil puis nous explorons les cinq ou six boutiques du village, elles n'ont pas grand-chose en magasin et, à notre grand étonnement, pas de vodka ! Nous continuons en direction de Khongori Els. J'utilise le tracé donné par Gérard et Anne-Marie ce qui nous évite de chercher notre chemin. La piste est dure, une tôle ondulée sans pitié sur laquelle nous ne pouvons que trop rarement nous lancer. Tout le camion tremble, plus rien ne reste en place, les bouteilles se renversent, les bouchons se dévissent, les œufs se cassent, les abricots séchés s'échappent de leur boîte et se répandent dans les placards, les morceaux de sucre fondent dans le blanc des œufs... Après une nouvelle traversée de la montagne, nous apercevons les dunes qui forment un long cordon devant les montagnes. Nous les approchons pour mieux les distinguer, de belles dunes dignes du Sahara.

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Je quitte la piste de Khongori Els pour nous rendre à leur pied. Quand elles sont devant nous, nous trouvons une piste dans le sable qui traverse le cordon dunaire. Nous l'empruntons, passons entre les dunes. J'ai très envie de bivouaquer là, entouré de dunes mais Marie et Jean-Pierre préfèrent que nous allions au bout du tracé. A mon grand dépit, nous retraversons le cordon puis longeons les dunes avant d'arriver à Khongori Els où il n'y a que des camps de yourtes pour touristes. Nous tentons d'approcher des dunes mais une végétation dense nous en empêche et on vient nous signaler que nous n'avons pas le droit de rester là où nous envisagions de nous installer.

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Nous devons revenir et nous arrêter entre deux camps de yourtes. Je suis furieux ! Marie est inquiète pour la journée de demain, car nous ne savons pas trop par où passer et nous n'avons aucune indication ou tracé de pistes.
 
Jeudi 24 juillet : Je m'aperçois en voulant refixer le mécanisme de fermeture du capot moteur qui se dévisse au bout de cent mètres de piste, que celui-ci, fixé sur deux pattes au moyen de trois vis pour chacune n'est plus attaché que par une vis, desserrée, pour l'une et aucune pour l'autre ! Heureusement Jean-Pierre dispose de vis avec des rondelles-freins qui permettent de remettre en état le malheureux capot que nous maintenons désormais fermé au moyen d'une sangle... Devant l'inquiétude de Marie, je décide Jean-Pierre à nous rendre dans les yourtes près desquelles nous avons dormi pour nous renseigner. Nous abandonnons l'idée de passer par le sud via Gurvantes, faute de points GPS, et cherchons à rallier Bayanlig. On nous en indique d'un geste du bras la direction mais où est la piste ? Nous nous rendons dans un camp de yourtes à touristes dans l'espoir d'y trouver des guides parlant anglais. Au premier camp, nous rencontrons une guide qui parle français, elle accompagne un groupe de retraités ramollis qui ne daignent pas nous adresser la parole. Elle nous trouve un Mongol pourvu d'une motocyclette, qui se fait fort de nous mettre sur la bonne piste, moyennant finances bien entendu, 50 $ ! Nous nous récrions, tentons de négocier à 20 $. Devant le refus du monsieur, nous nous rendons à un autre camp tout proche où nous le retrouvons et nous convenons finalement de lui verser 25 $... Aussitôt dit, aussitôt fait, nous le suivons difficilement, il roule plus vite que nous avec sa pétrolette... Nous franchissons des collines, coupons des pistes qui partent nous ne savons où et au bout de 25 kilomètres, nous rejoignons une piste relativement large et semble-t-il importante. Notre guide nous abandonne là et nous dit : "C'est tout droit..." Marie est rassurée, Jean-Pierre est persuadé que cette piste est sur son ordinateur et moi je suis mécontent d'être venu voir les dunes du Gobi, de ne pas y avoir dormi, de ne même pas les avoir foulées, de n'avoir grimpé au sommet d'aucune, même une pas bien haute, pour essayer d'avoir une vue sur une (timide) mer de dunes... Nous roulons bien sur cette piste si fréquentée que nous ne croiserons qu'une seule voiture jusqu'à Bayanlig. Mais j'ai enfin la sensation de traverser le désert du Gobi. Aucune trace humaine, pas de yourtes, pas de troupeaux, un paysage saharien avec tous les types de désert que l'on peut s'attendre à y trouver.
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Le reg caillouteux et rigoureusement plat sur lequel on peut rouler vite si la tôle ondulée n'est pas trop forte et la piste rectiligne, l'erg sablonneux où le camion glisse mollement dans les traces des prédécesseurs, les oueds à sec qu'il faut traverser en dégringolant des berges abruptes, la végétation rabougrie où seuls des arbustes aux longues racines qui peuvent aller chercher l'eau en profondeur survivent dans les zones inondées en saison, tels ces saxaouls qui abondent sur le parcours. Et même une gazelle effarouchée que sa fuite révèle, nous ramène au Sahara ! Marie ne quitte pas des yeux le GPS, surveille notre trajectoire comme du lait sur le feu ! Nous atteignons Bayanlig dont l'importance des bâtiments récents surprend dans ce désert, trois stations-service alimentent en carburant les environs. Nous cherchons encore de la vodka mais la région semble curieusement tempérante ! Pas de bières ni d'alcools dans les mini épiceries ! Nous continuons sur Bayangovi dont la piste, parfois mouillée, suit une ligne de poteaux électriques. Encore un de ces gros villages aux constructions administratives récentes. Nous refaisons un plein de gasoil puis nous demandons le chemin pour Shinejist. Un client de la station qui s'y rend, nous propose de le suivre. Il a une voiture ordinaire et roule très prudemment dans les passages difficiles. Nous n'avons pas de mal à le suivre et j'apprécie de rouler doucement, de savoir à l'avance quand il faudra ralentir... Nous repartons d'abord en franchissant une barrière rocheuse puis dans la steppe. Il s'arrête au bout de quelques dizaines de kilomètres pour fumer une cigarette avec la demi-douzaine de personnes, sans compter les enfants, qui s'entassent dans sa voiture. Nous le remercions et continuons seuls, plus vite. Nous arrêtons peu avant la ville et bivouaquons à quelque distance de la piste, dans les collines. Plus de pastis, pas de vodka, je me contente d'une bière pour me désaltérer...
 
Vendredi 25 juillet : Nous atteignons bientôt Shinejist que nous ne faisons que traverser. Nous continuons en direction de Bayan Öndör. Jean-Pierre se fait fort de nous y conduire grâce à son ordinateur mais bientôt je constate au GPS qu'il s'éloigne de la piste directe. Je me renseigne dans une yourte, nous ne sommes pas sur la bonne route.  Nous revenons sur nos pas puis je cherche la bonne piste en posant des questions aux personnes de rencontre. Il faut ensuite quitter cette piste pour nous diriger vers le monastère d'Amarbuyant, nous ne savons trop où... Toujours inquiets de rater la piste, nous tournons trop tôt et suivant de trop près les indications du GPS, nous nous fourvoyons sur des pistes abominables, roulons dans le lit d'une rivière, escaladons une colline hors-piste pour nous informer auprès d'une yourte, où une femme ne peut que nous indiquer une vague direction d'un geste du bras. Heureusement un motocycliste placide et vaguement inquiétant nous indique une piste qui suit une chaîne de montagnes. Après quelques zigzags dans une plaine, nous trouvons une piste qui se hisse à flanc de montagne, enjambe des collines et soudain débouche au-dessus de gorges. Nous dominons alors le site d'Amarbuyant, un ensemble de temples et de bâtiments monastiques détruits dont il reste des pans de murs et un nouveau temple de style tibétain. Deux parallélépipèdes surmontés d'un cube, tous blanchis, sur une plateforme à laquelle on accède par un large escalier. D'où nous sommes, nous entendons résonner des gongs qui doivent appeler les lamas à quelque cérémonie.
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Des stûpas éparpillés dans le village et des bâtiments récents complètent la vue. Nous descendons dans le village au grand étonnement des pèlerins ou des habitants venus en ce lieu saint. Nous nous rendons au temple d'où sortent les habituelles mélopées. Il est tout neuf, sa décoration n'est pas exceptionnelle, dessins naïfs, fenêtres modernes. A l'intérieur pendent du plafond des cylindres de tissus colorés et un lama accompagné de quelques moinillons récite des soutras.

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Parfois, comme un tourne-disque que l'on arrête, la mélopée déraille puis repart. Quelques fidèles viennent s'imprégner de la sainteté du lieu, certains dont une jeune fille qui doit avoir beaucoup à se faire pardonner, joignent leurs mains au-dessus de la tête puis s'allongent de tout leur long, face à terre, se relèvent et recommencent. Nous grimpons sur le tertre où se dresse un ovoo mais le temps désespérément gris ne favorise pas la vision du site. Nous remontons sur la falaise, y déjeunons puis repartons. Jean-Pierre a ressorti son ordinateur et trouvé une piste qui nous amènera directement à Bayan Öndör. Elle traverse la montagne en se glissant dans des gorges à peine plus larges que le camion. Nous roulons parfois dans le lit du torrent heureusement à sec. La piste est souvent en dévers, position que je n'affectionne guère. La première vitesse est souvent sollicitée, quand l'avant touche la berge abrupte d'un ruisseau, le pare-chocs arrière ne tarde pas à en faire autant... Enfin nous parvenons à Bayan Öndör, gros village aussi attractif que les précédents. Nous rendons visite aux épiciers, ici nous trouvons de la vodka, de la bière, du vin présenté comme français mais pas de boissons fraîches ! Le principal, la vodka, étant assuré nous repartons. La piste continue dans les montagnes, d'abord bien tracée jusqu'au stûpa d'un col, elle se ramifie ensuite et nous ne savons laquelle suivre. Nous tentons à droite, elle semble s'éloigner de notre but : Chandmani, dont nous n'avons pas les coordonnées. Après nous y être essayés, nous revenons sur nos pas, tentons une seconde piste qui pénètre dans les montagnes, devient de plus en plus difficile et ne laisse plus la place qu'aux motocyclettes. Retour à la case départ, nouvelle tentative en suivant le cours d'un torrent en direction de la plaine mais là aussi, la piste devient impraticable. Le temps a passé, nous ne savons plus à quelle piste nous vouer  et pas une voiture en vue ! Un Mongol en motocyclette qui surgit sauve la situation, il nous précède sur une piste qui dévale en direction de la plaine verdoyante. Jean-Pierre s'y retrouve sur son ordinateur et assure nous conduire sans problème à Chandmani. Mais il est tard et nous n'y serons pas ce soir. Nous invitons Jean-Pierre à prendre l'apéritif, obligatoirement à base de vodka !
 
Samedi 26 juillet : Nous avons dormi à quelques mètres de la piste mais nous n'avons pas été dérangés par le passage de véhicules. Personne n'a emprunté cette piste et nous ne croiserons personne de la journée. Le ciel est tout bleu aujourd'hui, nous aurions bien aimé qu'il soit ainsi hier... Nous continuons en direction de Chandmani. Nous passons près de lacs où nous n'apercevons aucun animal ou oiseau. Nous ne traînons pas dans ce bourg encore endormi, les boutiques sont encore fermées à neuf heures du matin. Un automobiliste obligeant nous met sur la piste de Biger. Nous sommes toujours dans un paysage inchangé, une steppe toujours aussi peu peuplée et des chaînes de montagnes qui l'encadrent. La piste est plutôt bonne et autorise une bonne allure. A Biger, une épicerie est suffisamment achalandée pour proposer de la vodka, finie la prohibition ! Nous repartons avec chacun notre bouteille... Mais rien de plus, pas même de pain... La piste est plus large, tracée bien droite mais avec de la tôle ondulée sur laquelle nous pourrions rouler vite si elle n'était pas de temps en temps traversée par des rigoles, des tranchées qui coupent tout élan. Nous la quittons pour nous rapprocher des montagnes dans l'espoir d'atteindre l'entrée d'une gorge trouvée sur internet ! Nous atteignons bien ce qui semble être le débouché du torrent qui doit traverser ces gorges mais la piste se perd et nous renonçons puis revenons sagement à la piste principale. Après une première partie rapide, elle traverse une zone coupée par des torrents qui ont creusé à la fonte des neiges des mini canyons qu'il faut alors contourner. Commence ensuite l'interminable ascension du col Jargalantin davas qui va nous prendre plus d'une heure ! Une première partie semble interminable, il y a toujours une montée après celle que nous venons de passer puis c'est un plateau en pente douce avant une dernière rude montée à 2800 mètres. Nous marquons un arrêt à l'ovoo qui s'y trouve avant de dévaler sur Altaï.
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LA grande ville où nous espérons nous ravitailler en produits rares : poulet, viande, fruits etc... Nous y retrouvons le goudron, des feux rouges mais pas de "grand" supermarket. Les mêmes épiceries que partout avec un léger mieux mais guère. Nous reprenons de la bière, des tomates fripées, des œufs anémiques, du pain de la semaine dernière, du tonic (une bonne surprise depuis que nous avons retrouvé de la vodka...). Au moment de repartir, nous sommes abordés par un Mongol qui a passé dix ans aux Etats-Unis et qui nous emmène dans son café-fast food. Nous lui achetons des portions de goulasch et des nouilles sautées, à emporter. Avec lui nous faisons la tournée des autres épiceries et y trouvons des cuisses de poulet  congelées. Nous passons ensuite à la poste où nous pouvons nous connecter à internet, vérifier que nous n'avons pas de messages, en envoyer à Julie et Nicole. Il commence à se faire tard. Nous sortons de la ville en direction de Khovd. A la hauteur de l'aéroport, nous quittons la route pour nous enfoncer dans les collines et trouver un lieu de bivouac. Des motocyclettes et des voitures passent mais peu. Jean-Pierre nous propose de dîner ensemble du goulasch mongol, précédé d'une vodka-tonic bien entendu...
 
Dimanche 27 juillet : Nous faisons la grasse matinée, départ à huit heures, avec une demi-heure de retard ! Nous passons à l'aéroport, à la recherche d'une boîte aux lettres. Il n'y en a pas ! Nous passons à la poste, elle n’ouvre qu'à dix heures et il n'y a pas de boîte à l'extérieur. Les cartes postales ne partiront que de Khovd... Dernière visite à une épicerie pompeusement auto-qualifiée de supermarket, j'y achète un de ces saucissons à l'ail fumé qu'affectionnent les Russes et que déteste Jean-Pierre... Nous quittons Altaï et décidons de rester sur la piste principale, droite, large et rapide malgré sa tôle ondulée. Jean-Pierre s'envole et disparaît. Envoyé sur orbite ? Entré dans une autre galaxie ? Dans la quatrième dimension ? Nous le retrouvons une heure plus tard, très décontracté, à côté de son engin spatio-temporel à défibrillateur magnéto-électrique à diffuseur de neutrons thermolactyls, plus communément appelé Defender 130. (Délire ? Non des lyres ! J’ambitionne d'être le poète du Transmongolien...). Le paysage est d'une mortelle monotonie, une plaine caillouteuse sans végétation à l'infini et deux chaînes de montagnes à l'horizon. Nous faisons s'enfuir des gazelles trop rapides à suivre. Vers midi, se profile le glacier du Tsast Bogd uul, un autre apparaîtra plus tard. Dans l'après-midi nous avons l'heureuse surprise de trouver un goudron inespéré avant plusieurs dizaines de kilomètres. J'en serais ravi si je ne constatais pas que dessus, le camion chasse comme sur la tôle ondulée, ce qui ne m'y avait pas trop surpris mais m'inquiète sur une route non déformée et sans grand vent. Dès que je débraye ou accélère, je perds brièvement le contrôle de la trajectoire. Jean-Pierre émet l'hypothèse d'un problème de transmission sur la roue arrière gauche. Nous continuons à faible allure, pas plus de 70 km/h alors que nous étions à 80/90 km/h sur la piste ! Plus question d'aller à Chandmani, nous continuons sur Khovd. Nous nous arrêtons pour la nuit à l'entrée de la ville, nous irons demain consulter un mécanicien. Jean-Pierre vient dîner avec nous les pâtes tsuivan achetées hier à Altaï.
 
Lundi 28 juillet : Nous nous levons un peu plus tard que d'habitude mais nous avons confirmation, en arrivant dans une Khovd déserte, que nous avons changé de fuseau horaire, nous n'avons plus que 5 heures de différence avec la France. Première mosquée, pour nous rappeler que nous sommes en pays kazakh donc chez des musulmans. Je comptais me renseigner dans une agence de voyage indiquée dans le Lonely Planet pour trouver un mécanicien mais l'agence a disparu. Je vais à la Police où j'explique avec trois mots de russe que je cherche un mécanicien. Grand sourire du chef qui nous envoie avec un jeune policier dans un garage. L'atelier n'est pas encore ouvert mais presqu'aussitôt le patron arrive, mal réveillé. Je lui explique le problème avec des gestes. Il nous fait entrer dans sa cour, appelle son mécano, secoue les roues arrières et trouve aussitôt la raison de nos ennuis : Les silentblocs des tirants du pont arrière sont, l'un écrasé, l'autre quasiment pulvérisé. Ils les démontent, parviennent à grands coups de marteau à extraire la masse caoutchouteuse du reste de la pièce en principe indémontable, puis à rajouter une rondelle de caoutchouc chauffée, adaptée, insérée. Du grand art ! Pas sûr que ce serait agréé par Land Rover mais ça fonctionne. Soulagé de 100 000 tögrög, 40 €, nous repartons rassurés. Nous passons à la poste enfin ouverte puis au supermarché. Un vaste hangar où nous ne trouvons pas grand-chose de plus qu'ailleurs. Les morceaux de porc fumé, à demi congelés, sont très gras, peu appétissants. Marie cherche dans une pharmacie des produits de beauté qu'elle ne trouve pas. Avant de repartir nous voulons changer quelques dollars. Trois banques sollicitées ne pratiquent pas le change. La quatrième accepte. La responsable sort sa belle machine pour contrôler la validité de nos billets. Pas de chance, même en les passant dans tous les sens, ils ne sont pas bons ! Nous insistons, elle fait un essai avec les billets du coffre-fort, ils ne sont pas bons non plus !!! Elle fait une nouvelle tentative avec une autre machine et obtient les mêmes résultats... Vaincue, elle nous fait le change sur un coin de table et nous regarde partir mi- soulagée, mi- inquiète... Nous essayons de trouver la tour d'observation supposée être sur les bords du lac Khar U à quelques dizaines de kilomètres de Khovd, sur la route d'Altaï. Nous ne l'avions pas aperçue hier en arrivant mais nous avions d'autres préoccupations. Cette fois non plus nous n’y trouvons rien, ni la tour ni une piste qui y conduirait. Nous revenons au col au-dessus de la ville et déjeunons avec la vue sur la ville et en arrière-plan les montagnes encore enneigées.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Le centre-ville de Khovd est entouré par les yourtes installées dans des cours délimitées par des murets. Nous retraversons la ville, peinons à en trouver la sortie en direction d'Ölgiy, la dernière ville en Mongolie. Au sortir de la ville nous traversons une grande prairie couverte de yourtes, des chevaux sont embarqués sur des camions. Il a dû y avoir une grande fête ce week end... La piste file droit vers les montagnes. De belles montagnes pointues, de plus en plus proches, derrière, nous apercevons de plus en plus de sommets enneigés et des glaciers.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons un col et roulons au milieu des prairies où paissent des troupeaux, principalement moutons et chèvres, gardés par des bergers à cheval. Les chevaux ne sont pas absents, les yacks peu nombreux. Je ne roule pas vite, contrôle à plusieurs reprises l'état des tirants, tout semble aller bien. Nous contournons des montagnes, roulons sur des pentes qu'occupent des yourtes baignées par une douce lumière (surtout avec les lunettes de soleil...).

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Encore un col puis nous descendons vers le lac de Tolbo, entouré de belles montagnes. Nous y bivouaquons sur les bords mêmes, presque à la limite des vaguelettes qu'un vent frais y forme. Un troupeau de chevaux broute à côté de nous. Une vodka-tonic s'impose pour fêter la remise en état du camion.
 
Mardi 29 juillet : De violentes bourrasques de vent nous ont obligés à rabattre le toit dans la nuit. Le ciel est tout gris et il ne tarde pas à pleuvoir mais en arrivant à Ölgiy, le soleil revient progressivement. La ville est aussi laide que les autres, peut-être même plus… Nous nous garons devant le musée. Il est neuf heures et demie, il ouvre à huit heures, c’est le branle-bas de combat ! Notre venue oblige le personnel à accourir, ouvrir les portes, allumer les lumières… Une charmante mais peu souriante employée ne nous quitte pas d’une semelle et nous donne parfois des explications en anglais. La première salle, au rez-de-chaussée, présente une galerie de malheureux animaux empaillés, les félins et les ours se voudraient féroces et ne sont que grotesques. Le premier étage est consacré à l’histoire récente du pays et plus particulièrement de la région. Photos de dirigeants couverts de la tête aux pieds de médailles, diplômes délivrés à des ouvriers méritants de l’ère soviétique, stakhanovistes distingués, récompensés. Le dernier étage, le plus intéressant, présente des objets traditionnels et notamment de beaux costumes des différentes ethnies de la région. Une superbe yourte kazakhe est exposée avec des coffres et des tentures de toute beauté. Des selles magnifiques, décorées de plaques d’argent et incrustées de pierres semi-précieuses, sont également exposées. En ressortant, nous sommes escortés par des femmes qui nous emmènent dans leur boutique d’artisanat. Nous y retrouvons ces belles tentures que nous avions déjà vues (et achetées…) à Almaty et Bichkek. Jean-Pierre en achète une. Nous nous rendons ensuite chez un autre marchand d’artisanat ; Une tenture nous tente mais elle est plus chère que celles que nous avons déjà. Un troisième marchand en propose d’encore plus chères… Nous allons jusqu’au marché qui ne commence à ouvrir qu’à dix heures. Les échoppes sont installées dans des cases en tôle d’acier, toutes identiques et fort laides. Nous n’y trouvons rien d’intéressant, nous n’achetons que des pommes. Marie, réflexion faite, retourne acheter quelques tissus. Nous faisons le tour des agences de voyage pour nous renseigner sur les environs, la première est fermée, il faut téléphoner et dans la seconde, je suis reçu comme un chien dans un jeu de quilles… Nous quittons la ville avec l’intention de trouver un camp de yourtes où nous aurions passé l’après-midi à nous reposer mais les deux indiqués dans notre guide restent introuvables… En désespoir de cause, nous prenons la route de Sagsaï. Au début, elle longe un torrent aux eaux laiteuses puis gravit un col avant de dégringoler sur ce gros village endormi. Personne dans les rues. Le vent particulièrement violent, soulève des tourbillons de sable qui découragent les promeneurs. Nous avons encore des difficultés à trouver la sortie de la ville jusqu’à ce qu’un homme nous mette sur la route et nous laisse un croquis précis de la suite du trajet. Nous roulons dans une plaine en partie inondée avant de longer une chaîne de montagnes, obligés parfois de nous arrêter pour attendre que les tourbillons de sable cessent ! Nous atteignons Tsengel, village de maisons en rondins ou en ciment, cachées derrière leurs palissades. Nous trouvons l’hôtel Artych où je compte me renseigner sur la possibilité d’entendre le chanteur diaphonique Bapizan. Le personnel ne parle pas anglais mais une touriste espagnole de passage m’apprend qu’elle l’a entendu la veille et qu’il est parti aujourd’hui pour plusieurs jours. Nous allons boire un soda au café, je dois aller chercher des glaçons pour les rafraîchir… Nous hésitons à dîner au restaurant mais les plats ne nous tentent guère et la perspective de ne pas pouvoir boire la bière glacée nous en dissuade. Nous décidons de rester ici pour la nuit. Nous cherchons un emplacement qui serait à l’abri du vent. Nous traversons la rivière sur un pont de bois, une jolie prairie où sont installées des yourtes nous tente et l’impossibilité de trouver un emplacement protégé des bourrasques nous décide à y bivouaquer dans l’espoir que ce maudit vent faiblira dans la nuit.
 
Mercredi 30 juillet : Le vent s’est calmé et le soleil brille ! Nous ne trouvons pas de poubelles dans la ville encore déserte mais quelqu’un nous indique le chemin pour les lacs du parc Altay Tavan Bogd. Il suffit de suivre le cours de la rivière Khovd qui traverse la ville, par la rive droite et non gauche comme indiqué sur les cartes… Nous suivons les gorges de cette belle rivière au courant impétueux, parfois bordée de quelques arbres.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Encore une "Rivière sans retour"… Nous la quittons après un pont et suivons dès lors un de ses affluents sur quelques kilomètres avant de nous lancer dans la traversée de collines. La piste n’est pas fameuse, très creusée par les pluies, couverte de flaques dont les camions ressortent éclaboussés et de nouveau recouverts d’une croûte de terre. Les tumulus du néolithique sont nombreux, amas de pierres de forme circulaire ou annulaire encerclés par d’autres pierres. Les pierres levées sont également fréquentes. Bientôt se profilent ces montagnes encore couvertes de neige que j’attendais, alors que je désespérais de voir ce paysage de lacs et de pics enneigés. Du sommet d’une dernière colline nous découvrons le lac Khurgan qui s’étire au pied des montagnes.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne regrettons plus tous ces kilomètres de piste. Nous descendons petit à petit vers ses rives. Nous le dépassons pour aller voir son jumeau le Khoton nuur avec lequel il communique par un étroit chenal. Pour passer sur l’autre rive il faut emprunter un pont de bois rustique d’à peine la largeur du camion. Je commence à m’y engager, arrive en courant le gardien qui gesticule, me fait signe d’attendre. Il prétend que la charge maximale est de 2 tonnes mais contre le versement d’une obole négociable, la charge autorisée est relevée au poids de nos camions… Je traverse donc puis Jean-Pierre qui n’avait pas compris qu’il pourrait passer ensuite.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Une fois réunis, nous entamons une discussion avec le gardien des Poids et Mesures. Le droit de péage est ramené de 5000 à 2000 tögrög par véhicule. Nous devons ensuite nous manifester auprès des garde-frontières. Nous aurions dû demander une autorisation pour nous rendre dans cette zone frontalière. Nous donnons nos passeports puis le soldat de garde s’en va conférer avec les autorités supérieures. Ce qui nous laisse le temps de déjeuner dans les camions. Il nous rapporte les passeports, nous pouvons continuer. Nous contournons le lac par sa rive sud, aride et moins engageante, nous sommes au pied des montagnes qui forment la limite de l’Etat avec la Chine. Jean-Pierre prend la tête. Nous passons devant une belle sépulture, quatre tombes de forme rectangulaires précédées chacune d’un balbal. L’un est très beau, barbe, moustaches en croc, il tient dans sa main droite ramenée sur son ventre une sorte de fiole.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Un autre très abimé est identique, les deux derniers sont informes. Plus loin un amas de cailloux, couronné d’une dernière pierre chaulée, a la forme d’un double stûpa.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Plus loin, dérangées mais pas effrayées, trois élégantes en robe cendrée, s’écartent de la piste. Comment peut-on appeler « grues » d’aussi nobles volatiles ?

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Jean-Pierre suit au plus près les bords du lac et donc ne trouve pas la piste par laquelle nous voulions revenir sur Sagsaï. Il va rouler sur les collines à la recherche de la bonne piste, en vain. Nous nous rapprochons de la piste empruntée ce matin mais nous devons à plusieurs reprises traverser des rivières avec un courant non négligeable…

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Quand il devient évident que nous allons retrouver nos traces, Jean-Pierre tente de se lancer, et nous avec, dans les collines mais nous finissons par renoncer, peu sûrs d’être sur la bonne voie. Nous continuons donc de suivre le cours de la Khovd, parvenons au pont traversé ce matin et nous arrêtons pour la nuit sur une plage de galets au bord de la rivière. J’ai une bonne migraine… Je constate que les silentblocs ont souffert, j’attends de voir ce qui va se passer sur le goudron… Jean-Pierre vient partager le poulet grillé par mes soins…
 
Jeudi 31 Juillet : Il a fait froid cette nuit. Nous avions baissé le toit, néanmoins nous avons eu les pieds au frais. Le soleil réapparaît et commence à réchauffer le camion. Nous repartons dans les gorges, aussi belles qu’à l‘aller. Après Tsengel, nous cherchons notre chemin, j’ai perdu nos traces aussi bien sur le GPS que sur l’ordinateur. Erreur d’enregistrement hier ? Nous partons sur une mauvaise piste puis Jean-Pierre s’avise qu’il a enregistré les traces et il nous fait prendre un de ces « raccourcis » dont il a le secret. Nous retrouvons ces fermes bâties en pisé qui défierons le temps moins longtemps que les tombes des cimetières, des cubes de pierres grises, sèches, surmontés du croissant de l’Islam.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons à Sagsaï sans nous arrêter et filons sur Ojgiy. Nous sommes contrôlés par la police à la sortie et à l’entrée de ces deux villes. Le silentbloc du tirant de droite est complètement pulvérisé et les rondelles frottent contre le tirant et le longeron en produisant un bruit métallique des plus inquiétants. Je me résouds à repasser chez un mécanicien… Je trouve celui indiqué dans notre Lonely Planet. Il est nettement mieux équipé que celui de Khovd, le « manager » assure pouvoir solutionner le problème mais je dois revenir à 3 heures. En attendant, nous nous mettons en quête d’un camp de ger, le mot mongol pour désigner une yourte. Marie ne veut pas quitter la Mongolie sans avoir dormi dans une yourte. Nous allons nous renseigner à l’office des parcs qui fait aussi fonction de centre d’information. Nous y retrouvons le directeur des parcs qui nous avait vendu la veille le billet d’entrée au parc Altaï Tavan Bogd. Il ne connaît pas les camps de yourtes que nous cherchons, nous en propose un autre et nous y conduit. Une grande yourte kazakh, dans une cour de la banlieue de la ville ! Nous lui expliquons que ce n’est pas vraiment l’idée que nous nous faisons d’une nuit en pleine nature… Il nous indique vaguement l’existence de deux camps en direction de l’aéroport. Nous cherchons, trouvons près de la rivière un premier camp peu engageant, à 45 $ par personne la demi-pension. Le prix et la situation nous font fuir… Un deuxième camp, Altaï Peaks ger camp, sur une colline conviendrait mieux mais il semble tout d’abord qu’il n’y ait pas de place. Nous attendons, en déjeunant dans nos camions, l’arrivée d’un jeune qui parle anglais, accompagné de la responsable. Nous avons une yourte en demi-pension pour 25 dollars. Affaire conclue. Une belle yourte avec trois banquettes-lits, une table basse et des tabourets, des tentures traditionnelles sur les murs, les deux mâts peints ainsi que les rayons du toit lui donnent une certaine authenticité. Marie s’y installe pour l‘après-midi puis je retourne au garage. Jean-Pierre m’accompagne pour faire laver sa voiture. Nous y retrouvons des Français rencontrés à Oulaan Baataar et que nous avions dépassés sur la piste, à leur grand scandale… Le seul mécanicien compétent doit se partager entre les différents véhicules en réparation, il s’occupe de temps en temps du camion… Les clients entrent, sortent de l’atelier, se penchent sur les moteurs des autres, on démonte des lames de ressort sous une voiture soulevée sur un pont, les règles de sécurité n’existent pas. Après avoir grossièrement découpé dans une épaisse plaque de caoutchouc quatre rondelles, y avoir pratiqué des trous, le tirant est remonté. Il ne reste plus qu’à prier pour que cela tienne jusqu’à un atelier Land Rover… Je fais faire un lavage bien nécessaire qui va durer près de deux heures ! Le camion ressort plus propre qu’il n’a jamais été. Je regagne enfin le camp, retrouve Marie. Jean-Pierre nous rejoint pour prendre l’apéritif dans notre yourte.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous dînons, comme prévu, dans une autre yourte. Repas vite avalé, une petite salade suivie d’une soupe avec des pommes de terre, des pâtes et quelques bribes de mouton et c’est tout ! Nous finissons de dîner au camion... Nous regagnons notre yourte, visitée par une sympathique petite souris…
 
Vendredi 1er août : J’ai eu froid toute la nuit et j’ai peu dormi. Pas question d’utiliser la douche du camp, le filet d’eau est froid et la chasse d’eau ne fonctionne pas. Au petit déjeuner, des tranches de pain, de la margarine et une gelée indéfinissable, mais nous avons tout de même quelques biscuits. Nous quittons donc ce camp de yourtes sans regrets. Jean-Pierre veut changer son excédent de tögrög à la banque et Marie revoir les boutiques, aussi nous rendons-nous en ville. A neuf heures du matin, rien n’est encore ouvert sauf les banques. Nous prenons la bonne route de la frontière, un goudron bien reposant. Un détour nous fait retrouver la piste mais c’est de nouveau le goudron puis une bonne piste jusqu’au poste frontière. Nous sommes dans des basses montagnes pelées, puis apparaissent des cimes enneigées et même quelques traces de neige fraîche à faible distance de la route. Si nous voyons encore des yourtes et des troupeaux, la steppe n’est plus verte mais roussie.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

A dix heures et demie, nous nous mettons à la queue d’une file d’une vingtaine de voitures qui attendent pour passer la frontière, principalement des Kazakhs du Kazakhstan. Trois heures plus tard, après avoir déjeuné dans le camion sans quitter nos sièges, prêts à démarrer, nous n’avons guère avancé ! Quand ces messieurs et ces dames des services de l’immigration et des douanes ont fini de digérer et repris nonchalamment leur service, nous sommes admis sur l’aire de contrôle. Passeports, documents automobiles sont vérifiés, tamponnés à divers bureaux par un personnel bien moins aimable que celui du poste d’entrée. Entre temps nous avons récupéré, Jean-Pierre un Kazakh à pied et nous un Australien en panne de vélo. Ils ne sont pas autorisés à passer la frontière à pied et surtout pas traverser le no man’s land ! Enfin nous sortons de Mongolie, sans regrets pour ma part, le meilleur a été vu les quinze premiers jours et les pistes nous ont ensuite épuisés sans apporter rien de remarquable. Nous traversons quelques kilomètres  de no man's land sur une piste avant d’atteindre le premier poste russe où nous devons encore patienter avant d’être autorisés à continuer, sur une route cette fois, en direction du centre de contrôle russe à plusieurs kilomètres. Les formalités sont assez rapidement expédiées et nous nous croyons sortis d’affaire, il n’est encore que dix-sept heures trente ! Que nenni !!! Nous n’avions pas compté sur l’inépuisable énergie russe pour compliquer les démarches administratives… Nous devons encore nous rendre à un bureau pour enregistrer notre entrée. Un seul employé s’en charge et nous devons patienter dans le vent glacial. Quelques Kazakhs resquillent. Enfin à dix-neuf heures trente, après donc neuf heures de patience nous entrons réellement en Russie. Nous roulons à la recherche d’un coin de bivouac, nous sommes dans une très large vallée, loin des montagnes. Faute de mieux, nous nous engageons sur une piste et nous arrêtons à quelque distance de la route. Brian, l’Australien, monte sa tente puis sur notre invitation vient dîner avec nous, nouilles en sauce tomate, pas de la gastronomie !

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 23:56

Mardi 1er juillet : Il a beaucoup plu cette nuit, nous avons dû fermer le rideau et ce matin, faute de lumière, nous ne nous réveillons qu'à sept heures passées. Nous nous dépêchons pour être à l'ouverture de la frontière. Nous y sommes peu après huit heures, les premiers, devant les camions mais il faut tout de même attendre neuf heures pour que la barrière soit soulevée. Les formalités côté russe sont plutôt rapidement accomplies, sans grand sourire de la part des responsables... Nous voici en Mongolie ! L'accueil pour le contrôle des visas est réalisé par de souriantes jeunes femmes qui parlent un peu anglais et nous aident à remplir les papiers. La douane est moins simple, il faut revenir voir trois fois l'officier qui semble dépassé par les évènements mais en un peu plus de deux heures, tout est réglé. Un bureau de change évite d'avoir affaire à des changeurs au noir, on nous vend une assurance automobile et une taxe (?). Nous roulons en Mongolie. Première surprise : contrairement aux renseignements fournis par les blogs ou les guides, le gasoil n'est pas plus cher qu'en Russie, légèrement moins cher même. Nous aurions pu nous dispenser de remplir tous les jerrycans hier. Les maisons des villages sont sans aucun cachet, finies les jolies isbas russes, elles sont en briques ou en béton, avec des toits colorés. Le conducteur mongol s'avère plus calme que son homologue de l'autre côté de la frontière, pas de dépassements hasardeux ni de vitesse excessive. Plus de forêts non plus, une steppe bien verte qui court sur des collines et dans laquelle d'innombrables troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches et de chevaux paissent, à proximité de yourtes blanches disséminées dans la prairie.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des cavaliers galopent et accompagnent les troupeaux, l'image d'Epinal de la Mongolie ! Dommage que le ciel reste obstinément bouché... Nous faisons un détour sur une route qui suit une voie ferrée, pour aller visiter un atelier de fabrication d'arcs et de flèches traditionnels. De la corne de mouflon est utilisée avec des tendons séchés pour former l'arc, recouvert ensuite d'une peau de serpent. Prix : 500 $ !!! Nous repartons sans acheter bien évidemment. L'indication de cet atelier dans les guides touristiques doit être pour quelque chose dans l'inflation... Nous déjeunons à côté d'un lac puis traversons Darkhan, une ville aux immeubles récents et qui ne donne pas envie d'y résider. Nous quittons la route d'Oulaan Baatar pour nous diriger vers le monastère d'Amarbayasgalant. Cent kilomètres dans la steppe avant de continuer sur une piste, roulante au début puis qui devient boueuse, avec quelques passages difficiles dans les lits des ruisseaux qu'elle traverse. Nous passons quelques cols entre les collines, toujours marqués par des Ovoo, des sortes de cairns, amas de pierres et de bouts de tissus, principalement bleus, sur lesquels il est de bon ton d'ajouter sa pierre. La piste débouche sur une merveilleuse vallée où des milliers d'animaux broutent à côté de dizaines de yourtes, petits points blancs sur le vert de la prairie. A l'autre extrémité, on distingue le monastère et son temple que surmontent un stûpa dont les quatre faces du cube au sommet sont ornées d'yeux, comme au Népal.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Il est dommage que devant se soient installés des commerçants qui proposent des hébergements dans des yourtes ou des maisons ordinaires, ce qui enlève du charme au lieu. Nous approchons du mur d'enceinte du monastère, nous nous garons et allons visiter l'ensemble. Nous retrouvons la disposition habituelle des temples chinois avec le pavillon des gardiens, géants féroces et menaçants, la tour du tambour et en face, celle de la cloche puis vient le temple principal, une très grande salle carrée soutenue par une centaine de piliers couverts de tissus multicolores.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au centre, un puits de lumière d'où tombe une cascade de lanières de tissus.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des statues de bodhisattvas et de lamas sont enfermées derrière des vitrines. Nous pouvons nous promener librement en compagnie de quelques familles qui ne manquent pas de joindre les mains haut au-dessus de la tête devant leurs divinités préférées. Plusieurs autres pavillons se suivent ou occupent les angles des terrasses. Tous sont de pur type chinois avec plusieurs toits superposés relevés aux coins, des tuiles en "dos d'anguille" sur lesquelles poussent des herbes et une décoration de toutes les poutres et chevrons, qui seraient plus colorés s'il y avait des crédits pour tout restaurer, mais c'est ainsi, dans une demi-restauration, que ce monastère a le plus de charme. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Après en avoir bien fait le tour, nous regagnons les camions et allons nous garer dans l'axe du monastère, à l'écart du village. Juste avant qu'il ne recommence à pleuvoir. Jean-Pierre a mis une bouteille de champagne au frais pour arroser l'arrivée en Mongolie ! Un troupeau de beaux chevaux passe derrière les camions, les poulains ne quittent pas leurs mères, deux étalons s'affrontent et leur berger, à cheval, les regroupe et les pousse devant lui en allant rechercher les égarés. 
 
Mercredi 2 juillet : Le soleil est là ! Finis la pluie et le ciel gris, un inespéré soleil illumine la steppe, incendie les dorures du monastère et accessoirement nous réchauffe. Nous prenons notre temps, je vais faire quelques photos du monastère et des yourtes puis nous allons nous garer au pied de l'escalier qui conduit au stûpa. De vilains réverbères accompagnent la montée et les yeux du Bouddha, peints sur la partie supérieure du stûpa, au-dessus du dôme, nous surveillent dans toute la montée.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Du haut nous découvrons toute la vallée, les petits points blancs des yourtes mais les troupeaux sont trop loin pour être distingués. Nous rejoignons à flanc de colline l'autre escalier qui mène à un vilain Bouddha doré mais d'où nous apercevons le côté du monastère éclairé par le soleil. Nous descendons et rejoignons les jeunes moines qui se rendent au temple pour une séance de récitations. Ils sont assis en rang et psalmodient à toute vitesse un texte qu'ils doivent connaître par cœur, ce qui ne les empêche pas de chahuter, plaisanter, rire, se pincer ! Pas très sérieux ces lamas en puissance. De temps en temps, ils empoignent des instruments de musique, soufflent dans une conque, frappent un énorme tambour peint de couleurs vives ou agitent des clochettes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous les abandonnons à ces tâches peu absorbantes et repartons. Nous reprenons la piste de la veille qui semble avoir séché. En passant un col, nous apercevons une concentration de chevaux. Nous approchons, pensant à un marché mais il s'agit d'une course préparatoire pour la grande fête du Naadam qui doit avoir lieu dans une semaine. Des gamins, d'à peine une dizaine d'années, montent, avec ou sans selle ou étriers, des petits chevaux nerveux. On attend une dernière monture qui arrive sur une camionnette, en descend sans aide, aussitôt enfourchée par un gosse et le départ est donné dans les hurlements des jockeys improvisés.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

On nous explique qu'ils doivent courir dix kilomètres, contourner des collines et arriver à quelque distance d'ici. Nous nous y rendons en roulant dans la steppe et quelques minutes plus tard, nous voyons arriver au grand galop les premiers cavaliers, suivis par des motocyclistes qui, sur leurs engins chinois, ne peuvent les suivre. Nous repartons, suivons une piste, différente de celle de l'aller, ce qui ne manque pas d'inquiéter Marie, mais nous épargne le franchissement de la portion de boue. Nous déjeunons quand nous sommes de retour à la route que nous prenons ensuite pour revenir à Darkhan avant de continuer sur Oulaan Baatar. Comme la veille, la route est à péage, pour des sommes très modiques, quelques centimes d'euro ! Les montants récoltés sont bien insuffisants pour entretenir la route et son revêtement est particulièrement mauvais, même à l'approche de la capitale. Une portion est tellement mauvaise que personne ne roule dessus mais sur des pistes parallèles, chacun choisit la sienne avec pour seule règle de ne pas être sur la même que les autres... Curieux ballet où les véhicules se croisent, se dépassent sans plus aucun respect de la conduite à droite. Enfin nous voici à Oulaan Baatar. La ville est très étendue, toute moderne, longue à traverser dans les encombrements. Les conducteurs mongols que j'avais trouvés respectueux du code de la route et prudents ne sont plus les mêmes ici, les voitures non plus, les gros 4x4 sont nombreux et aussi arrogants que leurs chauffeurs. Nous cherchons la guest house Oasis, pas difficile à trouver, elle est au bout de la longue avenue qui traverse sur plus de vingt kilomètres la ville. Nous pouvons nous y installer mais nous n'y sommes pas seuls, plusieurs véhicules de toutes tailles, presque tous français, y sont déjà et  nous devons nous serrer pour pouvoir y rester. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Nous commandons aussitôt un repas, rien d'exotique, wiener schnitzel (la propriétaire est Autrichienne !) et saucisses frites ! Nous avons le wifi, ce qui nous permet de recevoir les messages des amis et de Julie. Après dîner, nous restons dans la salle du café et utilisons l'ordinateur puis Marie va se coucher et je continue seul à mettre le blog à jour et lire les nouvelles.
 
Jeudi 3 juillet : Pas trop pressés ce matin. Il a plu dans la nuit mais le soleil nous le fait oublier. Nous commençons par porter du linge à laver à la responsable des machines à laver puis nous nous faisons déposer sur la grande place par un "taxi" sans licence commandé par notre aubergiste. Nous sommes en plein centre de la ville, aucun bâtiment ancien, à croire qu'Oulaan Baatar est sortie de terre ces dix dernières années et qu'il n'y avait que des yourtes avant ! Le bâtiment qui domine la place est le Parlement gardé par de grandes statues de Gengis Khan, son fils et Khubilaï Khan son petit-fils, les héros nationaux, des despotes qui auront réussi post mortem... 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au sous-sol du Parlement un inattendu musée de la nation mongole, peu de choses intéressantes et encore moins d'explications en anglais. Le tour de la place est occupé par d'autres constructions officielles, opéra, bourse et au sud la fierté des habitants, un presque gratte-ciel d'acier et de verre en forme de double voile de bateau, le Blue Sky. Jean-Pierre a envie de visiter le Musée National, nous préférons attendre de repasser à Oulaan Baatar et d'avoir un peu vu le pays. Nous nous séparons donc et nous nous rendons au Musée des Beaux-Arts, visite que nous ne regrettons pas. Une superbe exposition de statuettes en bois ou en argile, représentations de cavaliers ou d'hommes qui nous rappellent les jolies statuettes chinoises que nous aimons. Dans une autre salle, belle collection de thangka mais notre inculture en matière de bouddhisme est trop patente pour que nous appréciions complètement ces représentations peintes de dieux, souvent d'aspect terrifiants, et qui nous paraissent appartenir plus au panthéon hindou. Nous ne pouvons qu'apprécier le côté esthétique. Plus loin des "appliqués" grandes représentations des mêmes dieux réalisées en tissus brodés, découpés et cousus sur d'autres, des perles et des pierres semi-précieuses y sont parfois ajoutées. Et plein d'autres objets dont de splendides statues de Bouddhas en argent du grand rénovateur des arts au XVI°siècle, un certain Zanabazar, totalement inconnu dans notre Occident autocentré. Nous retrouvons Jean-Pierre et allons déjeuner ensemble au Tuul café, à côté du musée. Je commence à me lasser des buzz, et ne voudrais plus entendre parler de raviolis pour les six mois à venir après notre retour... Nous rendons visite à quelques antiquaires, judicieusement installés à côté du musée... Le principal qui semble avoir de belles pièces est fermé et les prix demandés chez les autres sont inimaginables pour nous. Nous remontons quelques avenues jusqu'au petit mais très joli temple de Gesar Sum, très chinois d'apparence avec ses toits de tuiles vertes. Il est occupé par quelques lamas qui reçoivent en consultation des quidams en mal de réconfort. Ils récitent, comme d'habitude, des mantras à toute vitesse, n'y comprenant peut-être pas plus goutte que ceux qui sont venus les solliciter.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous traversons ensuite un quartier très populaire, à se croire à des kilomètres de la ville moderne. Masures en triste état, ruelles de terre impraticables aux véhicules et échoppes minuscules. Dans l'une, un bric à brac d'objets de brocante, nous dénichons quelques peintures qui ne me déplaisent pas mais Marie n'est pas de mon avis et là aussi, les prix sont exagérés. Jean-Pierre en achète une presque sans marchander. Nous sommes alors le long du mur d'enceinte du plus fameux monastère de Mongolie, Gandan Khiid. Les pèlerins et des touristes asiatiques viennent y faire leurs dévotions. A toutes les portes, très belles par ailleurs, sont assis des marchands de sachets de graines pour nourrir les très nombreux pigeons qui pullulent, roucoulent en chœur, jettent un regard offensé à ces étrangers qui ne leur lancent pas la pitance attendue et, dans un envol soudain, masquent le ciel un instant.

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Deux jolis petits temples sont plantés côte à côte et quand on les contourne, on découvre sur une autre place, le plus grand des temples, de type tibétain celui-là. Une massive construction blanche percée de fenêtres aux allures de meurtrières et surmontée de ce qui pourrait passer pour un temple chinois en bois aux toits relevés. Malheureusement des constructions le déparent, deux ignobles baraques en tôle pour brûler des cierges, peintes en bleu, cachent la moitié de la façade et le portail d'entrée est désormais pourvu de vitres sales. Trois stûpas longent un de ses côtés, un bien blanc, un jaune bien jaune et un bleu on ne peut plus bleu...

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A l'intérieur une immense statue de bronze doré d'Ayash toise avec bienveillance les visiteurs. Des milliers d'autres statuettes, habillées de manteaux de brocart, sont disposées dans des niches sur les murs de la salle et regardent passer les dévots, les mains jointes qui tournent autour du géant débonnaire.

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Nous rentrons en taxi après un séjour dans les encombrements. Nous récupérons le linge, le mettons à sécher puis étudions l'itinéraire des jours suivants. Marie voudrait pouvoir programmer précisément notre boucle prévue dans le centre du pays, je crois plus sage d'attendre et de voir au jour le jour. Nous dînons dans le camion puis je vais écrire mon texte au café, envahi par de bruyants motards tchèques et autrichiens.
 
Vendredi 4 juillet : Aujourd'hui, nous repartons pour une grande boucle dans le centre et le nord. Nous devons auparavant passer au bureau de l'immigration pour demander une prolongation de nos visas. Jean-Pierre s'est renseigné auprès des autres Français et nous assure que c'est facile d'y aller. Nous démarrons en laissant le paiement de nos nuits à ces mêmes Français, la responsable n'étant pas encore arrivée. Nous plongeons aussitôt dans les encombrements, la route suivie semble dans la bonne direction puis je commence à avoir des doutes et bientôt Jean-Pierre avoue être perdu... Nous abandonnons l'idée de passer au bureau de l'immigration, peut-être à notre retour à Oulaan Baatar. Nous sortons de la ville et retrouvons la steppe mais le ciel est gris, au mieux voilé et nous n'apprécions pas autant qu'à l'arrivée le paysage. La route est encore correcte avec de rares passages avec des nids de poule. Pour pique-niquer, nous nous arrêtons à proximité d'une famille venue rassembler et partager en deux un troupeau de chèvres. Deux cavaliers dont l'un avec une longue perche font tournoyer leurs chevaux pour guider les deux troupeaux de pauvres bêtes affolées.
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Nous continuons d'avancer vers l'ouest et quittons bientôt la route pour entrer dans le parc de Khögno Khan que rien ne signale. Une piste, deux traces de roues, file droit dans la steppe en direction d'une barrière rocheuse. Nous cherchons avec le GPS un monastère que nous trouvons après avoir contourné un éperon rocheux, au fond d'un cirque constitué de grosses roches arrondies. L'ancien monastère est ruiné, il ne reste que des pans de murs en brique de terre qui se délitent lentement. Des temples sont installés autour. Nous allons voir le plus intéressant, une petite salle évidemment très colorée avec thangka aux murs, tambours et tissus sur les colonnes. 

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Le chef des lamas est une femme qui nous fait payer 2000 tögrög le droit de visiter. Nous allons voir, Jean-Pierre et moi, en compagnie de deux autres Françaises et de leur guide, toutes peu sympathiques, dans les rochers, un autre temple encore plus petit. Nous quittons le cirque qui, avec un rayon de soleil, aurait été un site ravissant et prenons la piste qui mène droit aux dunes de Mongol els. Nous nous en approchons en roulant sur des buissons de petites fleurs mauves. 

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Pas bien hautes les dunes et couvertes en grande partie d'herbes ou de buissons. Nous repartons en longeant le cordon dunaire, rejoignons le lit très large, marécageux, d'une rivière. Les troupeaux y broutent une herbe encore plus verte que dans la steppe. Nous aurions aimé y bivouaquer mais il est tout de même encore bien tôt. Nous retrouvons le (mauvais) goudron en direction de Kharkhorin mais le revêtement devient de pire en pire et de nouveau, on roule sur des pistes à peine meilleures sur les côtés. Jean-Pierre est ravi de me dépasser et de rouler très vite... Je ne vois plus bien clair, mes yeux fatiguent. Enfin nous sommes à Kharkhorin, nous apercevons le vaste quadrilatère du temple Erdene Zuu, son mur d'enceinte flanqué de tours-stûpas

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Un haut lieu du tourisme : le parking est encombré de 4x4 de touristes et des boutiques de souvenirs, nouvel exemple de l'artisanat dévoyé par les touristes ignares, sont alignées face à l'entrée du site. Nous y faisons une rapide visite, pour le cas où la météo serait pire demain... A l'intérieur du mur d'enceinte, une vaste esplanade de quatre cents mètres de côté où il ne reste que quelques beaux temples d'aspect chinois, de grands stûpas et un bâtiment d'allure tibétaine.

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Tous les autres ont été rasés dans les années 1930 par le régime communiste. Nous les approcherons de près demain, peut-être sous le soleil...
 
Samedi 5 juillet : Le Bouddha est avec nous, le ciel est tout bleu et le soleil éclaire les remparts d'une belle lumière dorée. La visite des temples ne commençant qu'à neuf heures, nous ne sommes pas pressés. Pendant que Marie se prépare, je vais me promener dans l'enceinte et prends des photos des trois temples magnifiques et de celui de type tibétain. 
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Je suis seul, libre de me promener à ma guise, de contempler sous toutes leurs faces ces exceptionnels monuments, les plus beaux de Mongolie. Avant de nous rendre à l'intérieur des temples, nous allons nous garer derrière l'enceinte et marchons quelques centaines de mètres pour aller voir une grande tortue de pierre, l'une des deux seules qui restent sur le site de l'ancienne capitale mongole du XIII°siècle, Karakorum. 

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Des marchands de souvenirs ont installé leurs stands autour et nous nous laissons tenter par quelques objets en guise de cadeaux, ainsi que par une image à l'authenticité douteuse mais pour le prix ! Nous revenons devant l'entrée principale du site et, après avoir payé le billet d'entrée, car il s'agit désormais d'un musée et non plus de lieux de culte, pénétrons enfin dans le Saint des Saints. Sur une terrasse, sont alignés les trois plus beaux temples, de type chinois, toits relevés, tuiles vernissées, poutres emmêlées et peintes Sur les côtés, deux plus modestes temples rectangulaires de trois pièces chacun, renferment une belle collection de thangka, gravures, fresques et peintures ainsi que des nangpa, peintures sur fond noir, collées sur un tissus à trame noire également. Nous passons d'un temple à l'autre. Tous renferment des statues du Bouddha à des âges divers, entouré de bodhisattvas et autres divinités, sans oublier les féroces dieux-gardiens. Les murs sont couverts de fresques avec toujours des représentations de Bouddha et de divinités. Notre inculture dans ce domaine nous terrifie et nous regrettons fort de ne pas pouvoir nous documenter plus sérieusement sur ces rapports de dieux aux noms sanscrits et de Bouddha. Je n'ai pas le droit en principe de photographier mais je m'autorise quelques clichés discrets.

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Il en est de même au temple Lavrin qui lui est en activité, mais avec moins de bonheur. A onze heures s'y tient une cérémonie que suivent des Mongols venus déposer des vœux en compagnie de quelques personnes âgées qui ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, la deel, une ample robe de tissu damassé, boutonnée jusqu'au col, serré à la taille par une ceinture à boucle et plaques d'argent incrustées de turquoises.

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Les lamas, après avoir revêtu un bonnet jaune, commencent par des incantations à l'entrée du temple, puis tout le monde entre et s'assoit. Les lamas récitent les habituels mantras mais avec plus d'entrain et de force que les moinillons distraits d'Amarbayasgalant. A intervalles plus ou moins précis, ils s'accompagnent de trompes, de conques, de tambours et de cymbales. Les fidèles viennent remplir des bols de lait à une grande cuve en faïence et les distribuent aux lamas. Je suis repéré à photographier et prié de remballer mon appareil...

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La cérémonie n'évoluant guère, nous ressortons du temple et reprenons les voitures. Nous allons nous renseigner sur la possibilité de se rendre aux chutes de la rivière Orhon dans un restaurant-agence de tourisme, Morin Jim, tenu par un Français absent. D'autres Français, tout jeunes, nous apprennent qu'ils s'y rendent avec une voiture et que nous pourrions les suivre pour trouver la piste. Nous déjeunons très rapidement dans ce restaurant, encore des buzz, et des khuushuur, sorte de beignets farcis avec la même viande que les gros raviolis, meilleurs que ces derniers dont nous sommes las ! Nous rejoignons les Français au marché où ils attendent leur véhicule qui arrive en retard, puis va s'arrêter pour acheter de l'eau, puis pour une autre raison, puis pour un plein d'essence avant de prendre la route goudronnée et non pas la piste qui longe l'Orhon comme espéré... Nous les dépassons pour continuer seuls mais à Khujirt, ne sachant quelle piste suivre, nous sommes contents de les laisser repasser devant et de les suivre sagement à distance. Grand bien nous fait puisque nous allons suivre des traces peu profondes dans les herbes, par monts et par vaux, en passant d'une vallée à une autre, toujours au milieu de milliers de chevaux en liberté, de yourtes. Certaines ont l'antenne parabolique, les panneaux solaires et une voiture ou un camion garé à côté. Nous sommes toujours éblouis par ces scènes champêtres, la paix qui s'en dégage. Les yaks, au poil noir plus fourni sous le poitrail, sont de plus en plus fréquents. Nous entrons dans le parc Hangayn Nurru où nous longeons l'Orhon bordé de pins.

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Nous sommes alors dans une immense vallée entourée de tous côtés par des montagnes. Nous devons encore rouler avant d'arriver tard au bout de la piste, entre deux camps de yourtes pour touristes locaux venus passer le week end. Nous sommes assaillis par des nuages de mouches dès que nous mettons le nez dehors. Le soleil est maintenant caché par les nuages mais nous allons tout de même voir la cascade. Il faut encore marcher un bon kilomètre au grand désespoir de Marie qui la croyait plus proche et avait préféré croire l'affirmation d'une femme les indiquant à 100 mètres plutôt que le GPS... La cascade n'a rien d'exceptionnel, la rivière se déverse quelques dizaines de mètres plus bas dans un bassin entre des falaises.

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Retour aux camions et dîner en espérant que les visiteurs seront discrets dans la soirée.
 
Dimanche 6 juillet : Pas de beau soleil ce matin, le ciel hésite, ne sait pas trop quoi faire et va rester toute la journée à faire plus ou moins la gueule. Je n'ai pas trop envie de retourner prendre des photos à la cascade qui ne mérite pas tant d'efforts. Réveillé tôt, j'ai lu dans la nuit et au petit matin ce sont les grognements d'un troupeau de yaks qui m'ont tiré de ma somnolence. Nous prenons le chemin du retour, en renonçant à trouver une piste pour relier directement Tsetserleg que personne ne peut nous indiquer. Nous reprenons nos traces de la veille grâce au GPS. Après un pont branlant, nous assistons de loin, à la traite des yaks. 
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Plus loin c'est un rassemblement de chevaux qui galopent, tournent, virent, des cavaliers à leurs trousses, qui nous font quitter la piste et approcher. Deux hommes, l'un muni de l'urga, cette longue perche à l'extrémité de laquelle est accroché un lasso, séparent les poulains de leurs mères et les attachent au licol sur des piquets pour commencer à les domestiquer. Les malheureuses juments suivent leurs petits puis semblent comprendre qu'il s'agit d'un passage obligé et s'éloignent. Les poulains récalcitrants freinent des quatre fers, tirent sur leur licol, trébuchent, font tomber leurs camarades dans une bousculade ponctuée par les cris des cavaliers et de ceux qui sont chargés de les attacher.

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Nous continuons notre route sur la piste très poussiéreuse.

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Je trouve le moyen de m'embourber bêtement à une traversée d'un creux mal négocié. Rien n'y fait mais grâce, encore une fois, à Jean-Pierre, ravi de prendre la photo et de pouvoir ressortir sa sangle pour me tirer, nous ne perdons pas de temps à utiliser les plaques de désensablement. Nous rejoignons Kharkhorin. Peu avant, nous quittons la piste principale pour nous lancer à la recherche de la seconde sculpture en forme de tortue qui doit se trouver sur une colline proche, suivant les indications du GPS. Je suis une piste qui finit en cul-de-sac dans une carrière. Toujours suivant les indications de l'appareil, je me lance, complètement hors-pistes, à l'assaut d'une colline au sommet de laquelle nous trouvons un bel ovoo avec une rangée de crânes de chevaux.

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Nous continuons de chercher cette maudite tortue avant que Jean-Pierre nous y mène, à moins de dix mètres de l'ovoo ! En contre-bas, j'aperçois la pierre phallique indiquée dans les guides. Nous pique-niquons avant de nous y rendre. L'intérêt est des plus limités, une pierre taillée en forme de phallus que les jeunes adolescents prennent plaisir à chevaucher... Nous traversons Kharkhorin et continuons en direction de Tsetserleg sur une route qui, pour la Mongolie, passerait pour correcte, mais pas sans surprises... Nous y cherchons le musée régional, dans un ancien monastère. Trois petits temples s'alignent, encadrés par deux autres sur les côtés. Les influences chinoises et tibétaines s'y mêlent, celui restauré avec la collaboration de Monaco (!) est une horreur ! Couleurs clinquantes, vives, vulgaires. Les autres ont eu la chance d'y échapper et leurs couleurs effacées ainsi que l'usure du temps leur ont donné une patine respectable et flatteuse pour l'œil. 

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Le premier pavillon avec des objets ethnographiques est intéressant de même que la section religieuse installée dans l'un des trois temples mais les autres sont sans intérêt, nous en espérions plus. Nous grimpons à demi l'escalier qui, derrière le monastère-musée, mène à un pavillon flanqué d'une vilaine statue de Bouddha en béton pour avoir une vue sur cette ville typique de l'urbanisation mongole actuelle : alignement sur les collines de maisons aux toits multicolores dans un quadrillage digne des townships d'Afrique du Sud. Nous décidons de continuer quelques kilomètres pour bivouaquer. A la sortie de la ville, nous devons acquitter un droit de péage juste quand le goudron se transforme en une piste ! Nous passons un col dans les pins avant de redescendre dans une immense vallée. Nous quittons la route principale pour piquer en direction du "Rocher sacré" un gros rocher couvert de graffitis modernes et sur lequel se trouveraient des inscriptions en différentes langues, invisibles sous les tags ! Nous allons nous installer pour la nuit sur les bords de la rivière qui coule en arrière du site. Jean-Pierre vient se faire offrir le pastis dû pour son dépannage alors qu'un bel orage éclate. Marie n'est pas rassurée et se voit déjà emportée par les flots... 
 
Lundi 7 juillet : Il a plu toute la nuit et le ciel reste couvert. Nous continuons sur la route, désespérés. Je serais partisan de nous arrêter, de geler cette journée avec l'espoir d'avoir du soleil demain alors que nous traversons des montagnes que nous ne faisons que deviner, perdues dans les nuages. Nous décidons néanmoins de continuer jusqu'à la rivière Chuluut. Il fait un froid de Sibérie et nous ressortons polaires, blousons chauds et chaussettes. Au pont, nous apercevons les débuts du canyon que les eaux ont creusé, se frayant un chemin entre deux falaises rigoureusement verticales. De la route qui est devenue une piste, nous faisons des incursions pour approcher le rebord, le torrent coule dans le fond, quelques arbres en font un paysage digne de "La rivière sans retour"... 
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Le soleil manque cruellement ! La piste, avec la pluie qui continue par intermittences, est glissante, boueuse, elle se divise en de multiples tracés, j'essaie de suivre les moins "gras". Le camion qui n'était pas bien propre et que la pluie de la nuit avait presque lavé est bientôt redevenu couleur de la terre, vitres latérales comprises. Nous parvenons à Tariat, ville de western ou d'"eastern" : maisons en bois, quelques commerces où on trouve tout et rien et des clients qui attachent leurs chevaux devant pour faire leurs courses. Je déniche tout de même du pain et une bonbonne d'eau dans une épicerie-quincaillerie-mercerie dont plus de la moitié du fonds de commerce est constitué par des bonbons et autres sucreries. Les clientes, avec leurs belles robes satinées traditionnelles nouées sur le côté et au cou, ressemblent presque à Gong Li dans "Le Sorgho rouge"... Je rêve ! Malgré un ciel toujours aussi peu engageant, nous nous rendons à la sortie de la ville dans le parc Khorgo Terhiyn Tsagaan Nuur. Une piste difficile entre flaques et cailloux pointus passe entre des montagnes et rapidement nous découvrons, au milieu d'un champ de lave, le cône du volcan Khorgo. Un bout de piste tracé sur ses flancs amène à un parking d'où part le sentier qui monte au sommet. Nous rencontrons Tuul, la guide des X. quand ils étaient venus en Mongolie, qui a reconnu les camions ! Nous commençons par déjeuner avec l'omoul fumé acheté à Oulan Oude. Pour passer le temps, dans l'attente d'un rayon de soleil, nous relisons le texte du blog puis Jean-Pierre vient nous dire qu'il monte au volcan, nous le suivons plus tard. Les visiteurs mongols sont nombreux et quelques-uns, américanisés (télévision ?) nous salue d'un "Hi" en nous croisant ! Le sentier est en partie constitué par des marches bétonnées et Marie parvient au sommet essoufflée comme moi, sans trop de peine. La vue plonge dans un cône inversé quasi parfait d'éboulis ferreux et nous apercevons derrière nous le lac Tsagaan Nuur. 

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Nous reprenons les camions et repartons à toute petite vitesse sur les pistes pour rejoindre les berges du lac. Après un col et une descente glissante, nous nous arrêtons pour bivouaquer sur les rives du lac, devant des cairns constitués de pierres et de cailloux de lave.

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Nous finissons de relire le blog qui ne pourra être mis en ligne que plus tard avant de nous réchauffer avec une de nos conserves de France, un cassoulet au confit arrosé de vin rouge !
 
Mardi 8 juillet : Il a encore plu dans la nuit et au matin, le ciel reste obstinément gris. Nous partons sur une piste mouillée, couverte de flaques pour le tour du lac. Les camps de yourtes sont nombreux et les touristes mongols très présents. Je roule tout doucement en essayant d'éviter flaques, bosses, rochers et surtout les zones boueuses. Des ruisseaux gonflés par les pluies descendent des vallées pour se jeter dans le lac. Pas de pont, encore moins de radier, il faut suivre les traces dans l'herbe, éviter les ornières trop profondes creusées par nos prédécesseurs et franchir le gué avec confiance dans la marque Land Rover. Les premiers ruisseaux se traversent bien mais alors que j'en franchis un plus profond, je m'aperçois que Jean-Pierre est resté planté dans l'eau. Il s'obstine à essayer de manœuvrer, sans résultat si ce n'est de creuser la gadoue sous ses roues. Deux 4x4 qui nous ont vu s'approchent, passent le gué et continuent leur route ! Nous sommes stupéfaits ! Je retraverse le ruisseau et vient me mettre en position pour tirer Jean-Pierre par l'arrière. Sans résultat autre que de creuser un peu plus sous ses roues.
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Arrivent deux minibus de touristes français avec un chauffeur mongol parlant français. Nous essayons tous de tirer avec des câbles mais le camion ne bouge pas. Il est alors question d'aller chercher un camion à Tariat. Je suis les deux minibus jusqu'à des yourtes proches. Le chauffeur francophone explique le problème à la femme du "chef" qui se trouve dans sa bergerie. Il faut attendre son retour. La femme nous invite sans grande chaleur à pénétrer dans la yourte mais pas question de faire des photos, pas un sourire et nous allons attendre longtemps un bol de thé. Du thé salé très étendu de lait de yak. Imbuvable ! Nous profitons de la sortie de la femme et de sa gamine pour nous en débarrasser dans un des nombreux récipients qui se trouvent sous la yourte. Son toit conique formé de nombreux rayons décorés est soutenu par deux piliers également peints. Le reste du mobilier est composé de quatre lits qui servent de banquettes, deux modernes et deux qui reposent sur des rondins. Des coffres peints récents servent de rangement et un énorme poêle à bois occupe le centre de l'espace, sa cheminée sortant par l'ouverture circulaire qui peut être ouverte ou plus ou moins fermée au sommet du cône. Arrivée du chef qui ne parle pas un mot d'anglais ou de russe, la communication est difficile. Il m'emmène sur sa petite moto, avec sa gamine entre nous; se rendre compte de la situation. Nous en profitons pour rameuter le troupeau de yaks qui broutait, du rodéo en moto ! Il convient, après avoir essayé de téléphoner, qu’il faut aller à Tariat. Nous repartons donc avec lui, retraversons le ruisseau et emmenons Jean-Pierre et Marie qui n'a pas voulu rester à la yourte goûter les spécialités lactées de la région... Il faut refaire la piste de ce matin et celle d'hier. Presqu'aussitôt arrivés, nous trouvons un camion, un plateau avec des roues jumelées à l'arrière. Jean-Pierre, pas heureux du tout, monte avec le chauffeur pour aller faire le plein d'essence. Pendant ce temps, je fais le taxi pour le "chef" : passage à la banque, remplissage à une station-service d'un bidon d'essence qui ferme mal et va nous empuantir le camion pour la journée, dire bonjour à son papa, achat de cigarettes et enfin nous repartons. Je lui interdis de fumer alors qu'il a son bidon d'essence à ses pieds... Le camion est déjà parti, nous le retrouvons avant d'arriver au véhicule de Jean-Pierre, il est arrêté, ses roues patinent sur l'herbe mouillée ! Je dois le tirer !!! Enfin nous arrivons sur place. Ils fixent leurs câbles à la sangle de Jean-Pierre qui a dû se glisser dans l'eau glaciale pour l'attacher. La première tentative n'a pour résultat que de casser la sangle, la seconde d'arracher la patte de remorquage puis ce sont leurs câbles, en triste état, qui cassent. Les roues du camion patinent, je sors mes tôles de désensablage pour les glisser sous ses roues, il y laisse quelques millimètres de gomme. Nous sommes l'attraction et aucun des véhicules de touristes qui passe ne rate la photo...  Je suggère que l'on tente de le tirer par l'avant. Le camion va faire un grand tour pour éviter d'avoir à franchir le gué. Je retraverse une fois de plus avec mes tôles et nous recommençons, la Land bouge, tressaute, mais ne décolle pas. Les heures passent consacrées à diverses tentatives infructueuses. Les câbles cassent, il faut aller chercher près des bergeries des pneus usagés qui vont permettre d'attacher les bouts de câble. Le "chef" et le chauffeur du camion se déshabillent et, en slip, se mettent à l'eau pour tout nouer.

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Et, enfin, alors que nous n'y croyions plus beaucoup, le miracle se produit, la land est arrachée à sa gangue boueuse. Nous sommes trempés, surtout Jean-Pierre, la pluie ne nous a pas épargnés. Nous allons tous à la yourte où doit se régler la question monétaire. Jean-Pierre offre 200 dollars, ils réclament 300 euros ! Jean-Pierre reste ferme, leur fait son numéro de charme et nous repartons. Les Mongols dont on nous avait tant vanté l'hospitalité nous étonnent, nous les trouvons au contraire très froids et peu aimables. Nous continuons tardivement, nous avons passé plus de huit heures, sans prendre le temps de déjeuner, à sortir la Land de ce bourbier. Nous parvenons au bout du lac, continuons sur la piste en direction du col Orookh, à 2300 mètres que nous franchissons sur une mauvaise piste rocailleuse, au milieu des pins et des mélèzes. Nous nous arrêtons dans la descente et invitons Jean-Pierre à partager notre dîner. Pastis, saucisses-purée, un rouge de l'Ardèche et pour terminer du genièvre (merci Laurence, merci Agnès !).
 
Mercredi 9 juillet : Le soleil est revenu, l'optimisme avec. Nous continuons la descente du col sur une mauvaise piste pleine de trous remplis d'eau, des nids de poule, d'autruche de ptérosaure ! Plus bas, nous suivons une belle vallée où des yourtes sont installées avec leurs troupeaux de yaks, de chèvres et de moutons, très peu de chevaux, une rivière coule au milieu, quelques arbres tapissent les flancs des montagnes et les prairies sont bien évidemment vertes.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Jargalant s'annonce par une oasis plantée de yourtes avant d'atteindre le bourg et ses maisons cachées derrière des palissades de bois sombres. Leurs toits colorés font un patchwork bleu, rouge, orange, sur le fond vert de la steppe.

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A la sortie de la ville, nous allons voir le "pont tordu", un ancien pont de bois d'allure très "rivière Kwaï" dont le tablier est formé de planches disjointes, d'inégales longueurs, reposant sur quatre ou cinq piles, et sur lequel je comptais bien nous photographier avec le camion mais hélas, il a rendu l'âme, une partie s'est effondrée dans le cours de la rivière et un pont en béton, tout neuf l'a remplacé.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous continuons en remontant dans les montagnes, les yourtes se raréfient et donc les troupeaux. Des pistes partent dans tous les sens, se rejoignent à des kilomètres; Puis la piste devient plus rocailleuse, s'élève, mais le col Zoolongiyn semble toujours plus loin, derrière une autre butte. Quand nous y sommes, nous dominons un paysage de montagnes désertes, de tous les côtés. Comme à tous les cols, un ovoo en marque le sommet, simple cairn ou perches de bois rassemblées en forme de cône et toujours couverts de bouts de tissus bleus noués.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Dans la descente, nous sortons d'un ruisseau où ils s'étaient plantés une berline et ses occupants. L'audace ou l'inconscience de ces gens qui se lancent sur des pistes que nous sommes contents d'affronter en Land Rover, nous laisse pantois ! Nous pique-niquons en vue de Shine-Ider qui, comme tous les villages mongols, colore la steppe avec ses toits. Nous continuons sur une piste meilleure mais qu'on ne peut perdre de vue. Nous passons une multitude de cols. Beau paysage mais la fatigue se fait sentir et je voudrais bien arriver à Mörön. Nous y retrouvons le goudron et une animation que nous n'avions pas connue dans les petits bourgs traversés. Nous arpentons, en voiture, les deux rues du centre-ville, trouvons un supermarché où nous allons essayer de trouver quelque ravitaillement. Le rayon des alcools et des friandises est bien fourni, les légumes et les viandes sont les parents pauvres. Les fruits font grise mine et les morceaux de viande congelée ne nous inspirent guère après notre dernière tentative, peu décidés à continuer de nourrir les chiens... Nous allons bivouaquer à une vingtaine de kilomètres de la ville, en plein milieu de la steppe, à proximité d'un site néolithique que nous visiterons demain. Je suis fatigué et une vodka-orange, avec Marie, en égoïstes, me paraît nécessaire...
 
Jeudi 10 juillet : Le soleil persiste et éclaire sur une face les "pierres à cerfs" que nous visitons ce matin. Ce sont des stèles d'environ deux mètres de haut, de section rectangulaire, dressées à proximité des nombreux tumulus entourés d'un cercle de pierre. Elles sont alignées en deux rangées selon un axe nord-sud et couvertes de représentations de cerfs aux belles ramures, dressés vers le ciel, en rangées parallèles. S'y trouvent aussi, en moins grand nombre, des représentations de ceintures munies de poignards, de haches ou d'outils, la lune et le soleil sont également représentés. Deux sont remarquables, l'une avec à son sommet une tête humaine avec des boucles d'oreilles et une autre taillée dans une pierre ocre brune, les cerfs gravés et colorés en orange.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous revenons à Mörön, passons changer des dollars à la banque. L'employé veut me donner plus de 900 000 tögrög en billets de 5000, je proteste, il me donne quelques billets de 20 000 et se mélange ensuite dans le compte des billets de 10 000. Pas un Jérôme Kerviel ! Nous cherchons à nous renseigner à l'officiel Bureau d'Information, personne ne parle anglais ni ne comprend nos besoins... Nous cherchons la sortie de la ville, interrogeons des passants qui ne comprennent pas notre prononciation de Khatgal mais dont le visage s'éclaire quand nous le leur montrons écrit sur la carte. Ils nous conduisent avec leur voiture à la sortie de la ville. Nous y trouvons une excellente route goudronnée, comme nous n'en avions pas connu ces derniers temps, sans même un petit nid de poule, une bosse ! A mi-parcours, nous apercevons sur le bord de la route des tentes coniques, ressemblant fort à celle des Indiens d'Amérique, et devant, des rennes. Un campement d'éleveurs de rennes Tsaatanes pensons-nous.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous approchons des rennes aux bois couverts de velours, puis dans les tentes nous découvrons de l'artisanat en vente, de la verroterie dans l'une, des poignards taillés dans des bois de rennes dans l'autre. Un attrape-touristes ! Impression confirmée quand on nous demande de payer pour pouvoir photographier... Nous atteignons Khatgal sur les bords du lac Khövsgöl, le pendant mongol du Baïkal. La petite ville se développe vite grâce au tourisme, les camps de yourtes ou de cabanes se suivent sur les berges mais ne semblent pas faire le plein. Nous nous renseignons et avons confirmation de la date du naadam : demain ! Nous allons nous renseigner sur une promenade en bateau sur le lac cet après-midi. Nous tentons de déjeuner dans un campement mais il faut une heure pour nous préparer un repas, nous préférons nous rapprocher du lac et manger dans le camion. Nous allons nous garer près de l'embarcadère du bateau. On nous vend un billet, pas cher, l'équivalent de 0,80 euros ! Nous montons à bord, nous nous installons puis nous voyons tous les visiteurs quitter le rafiot, on nous invite à en faire autant, le billet ne donnait droit qu'à une visite, pas à la "croisière" ! Nous devons prendre un autre billet, 8 euros, pour remonter nous installer. A 15 h, heure prévue du départ, le bateau reste à quai, un quart d'heure plus tard arrive la capitaine, une boulotte engoncée dans un uniforme d'amiral soviétique, avec des gants blancs. Nous ne partons pas tout de suite, elle tient un long discours pour les familles qui sont venues, nombreuses, profiter de cette navigation. Enfin nous quittons le quai et nous avançons sur les eaux du lac, longeons des collines couvertes de pins et de mélèzes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Un vent frais souffle, nous avons remis les blousons chauds. Hier à 1300 mètres d'altitude; nous étions bien, ici à 1700 mètres, nous avons froid. Pas grand-chose à admirer, une rive reste au soleil, l'autre est dans l'ombre d'un gros nuage noir menaçant. Au bout d'une demi-heure, le bateau s'arrête, nouveau discours de notre officier supérieur suivi d'incantations que les Mongols écoutent religieusement, mains jointes et yeux fermés. Et nous rentrons, mécontents de cette arnaque et amusés par l'ambiance à bord. Sur le pont supérieur est organisé un concours de danse sur de la musique disco. Tout le monde se déhanche et frappe dans ses mains... Il tombe quelques gouttes quand nous débarquons, aussi allons-nous nous réfugier dans un café tenu par des Américains qui ne proposent que peu de choses, café ou thé et quelques pâtisseries, mais nous sommes au chaud et le wifi nous permet de nous connecter, et avec une infinie patience de lire nos messages, tous publicitaires, aucun de Julie ou des amis. Je réussis à mettre le blog en ligne et nous prenons connaissances des nouvelles du pauvre monde. Nous cherchons un endroit pour bivouaquer. J'étais partisan de nous installer là où doit avoir lieu le naadam, nous nous y rendons pour repérer les lieux mais Marie et Jean-Pierre qui doit refaire un plein d'eau, préfèrent les bords du lac, où nous allons...
 
Vendredi 11 juillet : Sans nous presser, nous nous rendons au lieu où doit se dérouler le Naadam, fête nationale marquée par trois compétitions viriles : course de chevaux, tir à l'arc et lutte. Nous y sommes en avance, les commerçants venus étaler sur des grands plastiques jouets, vêtements en laine ou en feutre, bimbeloterie, et les restaurateurs commencent à s'installer. Nous attendons le début des festivités en nous promenant puis nous nous asseyons sur les bancs qui entourent une arène d'herbe, limitée à deux extrémités par des tentes. Soudain on annonce l'arrivée d'une cavalcade. Dans un nuage de poussière, précédés par quelques voitures, déboulent les descendants des hordes mongoles, des gosses de moins de dix ans qui montent à cru, sans étriers, encouragés par les cris des familles et des spectateurs. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Je vais faire des photos des gens qui se pressent autour des animaux, tous ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, ces belles robes, les deel, qui brillent au soleil. Les hommes, bottes de cuir aux pieds, sont coiffés d'un chapeau que n'aurait pas renié John Wayne et une longue écharpe jaune ou orange leur sert de ceinture.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Ceux qui en ont, hommes mais aussi femmes, tous âgés, arborent toutes leurs médailles sur la poitrine. De dignes personnages, en grande tenue, sont arrivés, ils portent en guise de coiffure une sorte de bonnet à pointe et font le bonheur des touristes photographes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Car les touristes aussi, à notre grand désespoir, arrivent par minibus entiers... Un défilé des autorités marque le début des épreuves. Tous les corps constitués font un tour d'honneur, à l'extérieur puis à l'intérieur de l'arène, en saluant les spectateurs avant de s'installer dans la tente principale. Un joueur d'un instrument à corde, dans une superbe tenue à fond rose, accompagne une chanteuse très applaudie. Entrée en scène des lutteurs, en petite culotte, vêtus d'une brassière à manches longues, nouée sur le ventre et coiffés de la même tiare que les dignes personnages vus précédemment. Leurs belles bottes sont à bout pointu et relevé. Ils viennent saluer, embrasser un mât qui porte neuf crinières blanches puis imitent le vol d'un rapace en tournant autour.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Les combats commencent par des simulacres avec des enfants puis des amateurs sans tenue ou incomplète. Les combats sérieux voient s'affronter deux adversaires sans distinction de poids ou d'âge. Certains sont très rapides, d'autres durent longtemps, les corps ruissellent de sueur, les muscles fatiguent et chaque match se termine par un nouveau simulacre du vol du rapace du vainqueur alors que le vaincu passe sous son bras.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Le nombre de lutteurs est important et nous finissons par nous lasser. Nous allons déjeuner au camion alors qu'arrive une nouvelle course. Aux alentours, certains jouent au football ou au volleyball, une fête populaire, bon enfant. Nous sommes ensuite attirés par un rassemblement au-dessus duquel je vois voler des flèches. Nous approchons du terrain où l'épreuve du tir à l'arc est censée avoir lieu. Mais il s'agit plus d'une animation à l'usage des visiteurs qu'une véritable compétition. Les touristes s'y essaient avec plus ou moins de bonheur, sans crainte parfois du ridicule, quand la flèche tombe à leurs pieds... Nous retournons aux luttes qui continuent, dans l'attente d'une nouvelle arrivée d'une course. Cette fois, il s'agit de poulains qui arrivent sous les applaudissements de la foule. Le vainqueur est un jockey d'environ six ans !

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Il semble que ce soit la fin des compétitions, les bancs de l'arène sont désertés. Renseignement pris, il y a encore une arrivée de course et les réjouissances continuent demain. Nous n'avons plus très envie d'en voir plus. Même si demain les épreuves seront plus sérieuses, nous décidons de repartir maintenant et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la bonne route de Mörön puis continuons en direction de Bulgan. Nous nous arrêtons à six heures à quelque distance de la route, dans la steppe.
 
Samedi 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon 45° anniversaire de mariage au réveil !  Nous reprenons la bonne route, pas pour longtemps, Bien que terminée, elle n'est pas encore ouverte à la circulation et nous devons rouler sur de mauvaises pistes parallèles. Nous tentons parfois de rouler dessus en y remontant mais ce n'est toujours que pour de brèves portions. Plus loin, la nouvelle route n'est encore qu'ébauchée et nous retrouvons le jeu qui consiste à emprunter la moins mauvaise piste en essayant de ne pas rouler sur la même que le véhicule qui vient en sens contraire, d'où un ballet d'engins qui se croisent, s'évitent, se frôlent... Nous déjeunons sur le bord de la route en regardant passer les voitures des familles qui sont venues passer le week end à la campagne, sous la tente ou sous la yourte. Beaucoup arborent un grand drapeau mongol sur la voiture. Ils s'installent sur le bord de la route et ont la joie de respirer les nuages de poussières soulevés ceux qui passent. Enfin nous retrouvons un bon goudron. Je peux alors regarder le paysage : inchangé, steppe et troupeaux de moutons et de chèvres, mais les yaks ont disparu à cette altitude plus basse (1300 mètres) ! Nous traversons Bulgan et à notre consternation, c'est de nouveau la piste pour la route directe d'Oulaan Baatar. La piste peu fréquentée s'enfonce dans la steppe, entre des collines, parfois roulante jamais très longtemps, parfois cassante et alors trop souvent abordée à trop grande vitesse. Le résultat est le pot de sauce moutarde qui envoie des giclées dans toute la cellule et un pot de confiture à demi vidé, plus le liquide vaisselle dans celle de Jean-Pierre. Nous arrêtons le soir au bord d'un ruisseau pour une grande séance de nettoyage. Je suis fatigué et inquiet à l'idée des parcours de piste qui nous attendent si nous allons dans l'est comme prévu... Nous débouchons la dernière bouteille de champagne avec quelques toasts pour fêter ce grand jour avec Jean-Pierre.
 
Dimanche 13 juillet : Nous repartons avec l'intention de suivre une piste le long de la rivière pour peut-être retrouver plus rapidement le goudron. Mais bientôt nous avons des doutes sur son tracé, aussi revenons-nous sur nos pas et rejoignons le pont (il y en a un et il n'est pas effondré comme le craignait Marie). De l'autre côté, toujours la piste... Nous nous égarons encore sur des chantiers avant de suivre le bon cap. La région est quasi déserte, très peu de yourtes. Nous roulons entre deux petites chaînes de montagnes avant de trouver une excellente piste sur laquelle nous nous envolons jusqu'à ce que nous arrivions à une carrière... la piste d'Oulaan Baatar s'infléchissait plus à l'est... Encore quelques kilomètres pour rien... Nous passons un col marqué par un ovoo, puis redescendons dans une vallée aussi peu fréquentée. Nous n'aurons croisé qu'un ou deux véhicules sur cette piste depuis Bulgan. Nous voici de nouveau sur la route de la capitale. Nous cherchons la piste qui doit nous mener au parc Khustayn Nurru où se trouvent les fameux chevaux de Przewalski. Une dizaine de kilomètres d'une piste sablonneuse nous mène à l'entrée. Nous sommes aussitôt assaillis par des jeunes filles qui parlent anglais, nous donnent des explications et nous vendent les billets d'entrée. Nous déjeunons dans le camion puis après une rapide visite du Visitor's Center où ne se trouvent que quelques photos de la faune et de la flore, puis un passage à la boutique de souvenirs où Marie s'attarde plus longuement, nous reprenons les camions et entrons dans le parc. La piste est mauvaise, pas entretenue ! Nous roulons très lentement, écarquillant grands les yeux dans l'espoir d'apercevoir les chevaux, les cerfs, les biches ou tout autre animal qui peuple le parc. Mais seule une intrépide marmotte daigne se montrer à l'orée de son terrier. Nous suivons une piste de moins en moins tracée et de plus en plus difficile, franchissons un col pour redescendre dans un autre vallon où nous faisons demi-tour, passablement déçus. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Sur le chemin du retour, un groupe de touristes taïwanais qui scrutent tous la montagne dans la même direction nous incite à nous arrêter aussi et à braquer téléobjectifs et jumelles dans la même direction qu'eux. Ils nous aident (ce ne sont pas des Chinois continentaux !) à repérer un troupeau de chevaux loin dans les hauteurs, sous les arbres, puis un autre groupe, encore plus loin dans une prairie au sommet d'un col. En repartant, Marie aperçoit près de la route un solitaire qui se laisse photographier avant de disparaître. Contents maintenant, nous nous engageons sur la piste où nos hôtesses nous avaient indiqué que nous aurions des chances d'en voir en soirée. Mais malgré notre attente et notre bonne volonté, nous n'apercevons rien. Jean-Pierre est partisan de retourner à l'entrée du parc, nous le décidons à retourner là où nous avions aperçu les deux troupeaux. Nous ne sommes pas les seuls à nous diriger dans cette direction. Et effectivement, un des troupeaux est descendu boire dans le ruisseau. Nous les voyons de près avec deux poulains dont un de l'année. Ce sont des animaux rustiques, de petite taille, guère différents de ceux que l'on voit dans la steppe, des bais à la robe crème, crinière et queue noire.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Tous les touristes, plus nombreux que les chevaux, surgissent de tous les minibus de location... Nous ressortons du parc et nous nous installons dans une prairie pour la nuit. Jean-Pierre nous invite à partager des pâtes au pistou.
 
Lundi 14 juillet : Nous démarrons à l'heure habituelle, sept heures et demie. Nous rejoignons la grande route d'Oulaan Baatar, presque sans trous, en croisant beaucoup de véhicules qui semblent revenir du Naadam. Jean-Pierre a des problèmes avec une attache de son lit, il doit le descendre et donc rouler plus lentement. Nous entrons dans la capitale, étrangement sans encombrements, nous allons comprendre pourquoi... Nous cherchons la route de l'aéroport que nous finissons par trouver, peu après le lieu où nous avions renoncé lors de notre départ d'Oulaan Baatar. De l'aéroport nous nous rendons aux services de l'Immigration pour demander une prolongation de visa. Le portail est ouvert, aucune voiture sur le parking ! Un gardien s'approche et nous annonce que ce lundi est férié de même que le lendemain, nous devrons attendre mercredi matin pour faire les démarches... Nous décidons, avant de retourner à la guest house Oasis, d'aller visiter le Palais d'Hiver. Nous le trouvons presque par hasard, ravis de ne pas nous être trompés dans cette ville où il n'y a aucune indication de direction. Construit entre la fin du XIX° siècle et le début du XX°, il est un superbe exemple de palais chinois. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Trois portiques, derrière un mur de dragons, ouvrent sur une succession de cours avec des pavillons disposés symétriquement, tous dans un pur style chinois, toits de tuiles vernissées en dos d'anguille, décors finement peints des linteaux et présentation dans les salles de beaux thangka, d'appliqués, de sculptures de Zanabazar.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Certains pavillons ont été restaurés et affichent des couleurs trop vives, nous leur  préférons ceux à la patine plus émouvante. Le long de ces pavillons se dresse un bâtiment de style russe, le palais proprement dit. Il est meublé, jolies chaises chinoises, et montre les objets, robes, tenues, dont un incroyable manteau de peaux de zibeline et de renards de plusieurs mètres de large, ayant appartenu au dernier souverain de Mongolie. Nous nous rendons à la guest house, sans traîner en ville vu le peu de circulation. Les Français que nous y avions rencontrés sont tous partis, remplacés par des Allemands ou des Anglais. Nous banalisons l'après-midi consacrée à remettre en état ce qui doit l'être, tenter un décrassage devenu indispensable de la cellule et de ma personne, donner du linge à laver puis consulter notre messagerie, répondre, envoyer des cartes postales etc... Nous dînons, un peu tôt à notre goût à l'auberge puis allons nous coucher, fatigués de n'avoir presque pas roulé !
 
Mardi 15 juillet : Pas pressés aujourd'hui. Nous sommes prêts à neuf heures, prenons un taxi pour nous rendre au marché "noir" mais il s'avère qu'il est fermé, pas la moindre agitation autour. Nos espoirs de trouver un beau coffre ou tout autre "souvenir" s'envolent... Sans descendre du taxi, nous nous faisons conduire sur la place centrale dite Sukhbatar. Peu de monde encore aujourd'hui et, sans les touristes, il n'y aurait personne dans les rues. Contrairement à nos craintes, le Musée National est ouvert. Il retrace l'histoire de la nation mongole des temps préhistoriques à nos jours. Les sites de fouilles sont nombreux et nous retrouvons les tumulus rencontrés dans la steppe, les pierres à cerfs et d'étonnantes gravures pariétales. Certaines montrent des chars qui n'auraient pas déparé au Sahara, la similitude est frappante. Au premier étage, une salle est consacrée aux différentes ethnies de la Mongolie, des mannequins ont été habillés avec les costumes traditionnels des ethnies qui, parfois, n'ont que quelques centaines de représentants de nos jours. Des robes sont magnifiques, les bijoux d'argent aussi. Au second étage est retracée l'histoire du pays, histoire où un Gengis Khan idéalisé se taille la part du lion, puis la période moderne est évoquée mais elle ne nous intéresse que médiocrement, faute de temps pour lire tous les cartons en anglais. Une salle expose les objets de la vie de tous les jours. Il ne semble pas qu'il y ait eu une grande évolution depuis les XIII° et XIV° siècles... Nous allons retrouver Jean-Pierre et prenons un taxi, après un rapide marchandage. Nous nous mettons à chaque fois d'accord sur des tarifs qui provoqueraient des crises cardiaques chez leurs homologues parisiens, de quelques dizaines de centimes d'euros, à quelques euros pour les plus longues distances ! Nous nous faisons conduire au "Mongolian Barbeque" qui jouit d'une excellente réputation dans les guides et chez nos prédécesseurs. Il n'est fréquenté que par des groupes de touristes. Un tarif unique d'environ 12 euros pour un buffet et des grillades à volonté. le buffet est composé de diverses salades, dont du kimchi coréen, très correctement épicé et de plats de poulet ou de porc, des soupes etc... Nous avons droit ensuite d'apporter à deux cuisiniers placés autour d'une grande plaque chauffée par en-dessous, des tranches fines de viandes de porc, mouton, bœuf, poulet (pas même décongelées) et de légumes qui vont être grillés ensemble, retournés au moyen de longues baguettes métalliques puis arrosés de sauces au choix. Ce n'est pas vraiment mongol, le choix de la sauce donnera un goût asiatique ou européen. Rien de bien exceptionnel néanmoins. Nous nous faisons ensuite conduire au temple Choijin lama, en plein centre, mais nous ne pouvons l'admirer que derrière ses murs car il est fermé, bien que la pancarte à l'entrée indique qu'il est ouvert tous les jours de l'année ! Nous sommes désemparés, la journée est quasiment perdue et nous devons attendre demain pour nous rendre à l'immigration où nous allons encore devoir attendre. Nous rentrons donc à l'auberge nous reposer avant d'aller refaire des courses au supermarché. Nous dînons ce soir encore à l'auberge puis nous regagnons notre camion. Nous appelons Julie avec Skype. Elle est à Toulon, en vacances.
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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:39

Lundi 16 juin : J'ai voulu ôter les protections des disques de frein, ceux déjà changés à Dar es Salam. Hier un incessant bruit de tôles m'avait alerté et j'avais réussi à extraire celui de l'arrière droit, complètement découpé et j'avais constaté que celui de gauche allait faire de même. Tandis que Marie se prépare, je me glisse sous la voiture pour ce faire. Un violent orage crève à ce moment et je ressors trempé et couvert de boue ! Nous devons attendre dix heures pour visiter la Grotte de Glace. Nous avons essayé de nous couvrir chaudement, d'abord parce qu'il ne fait que 14° C à l'extérieur mais aussi parce que la température avoisine les 0°C à l'intérieur. Après avoir franchi trois portes de sas, nous pénétrons dans cette grotte, sous une colline. Nous découvrons aussitôt quelques concrétions gelées, deux ou trois stalactites (ou mites), quelques cristaux sur la paroi dus à la condensation de l'air venu de l'extérieur. Pour renforcer l'effet, les responsables du site ont prévu des éclairages colorés, des lampes rouges, bleues, vertes, illuminent les parois qui ne sont pas de glace comme annoncé mais de vulgaires blocs de roches sans le moindre intérêt.

 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous progressons ainsi plus d'une heure sous la conduite d'un guide qui ne s'adresse aux visiteurs qu'en russe bien entendu. Le lac attendu, une simple mare, a des eaux d'une très grande pureté dans lesquelles se reflète la voûte. Pour terminer nous avons droit à un air du Prince Igor tandis que des lumières multicolores dansent sur une paroi... Nous ressortons furieux d'avoir perdu du temps pour cet attrape-nigauds. Nous repartons sur la route d'Ekaterinbourg, les orages se succèdent et lavent les voitures du plus gros de la boue qui les recouvre depuis hier. Nous traversons les monts Oural, de simples collines boisées peu élevées. Nous faisons un détour pour aller nous prendre en photo devant un monument marquant symboliquement le partage Europe-Asie.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous arrivons à Ekaterinbourg, à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés à la police. Guidés par Marie, nous traversons le centre-ville. Nous jetons notre dévolu sur l'un des moins chers, le Bolchoï-Oural, un survivant de l'ère soviétique, immense et désert. Nous avons une chambre bien simple, Jean-Pierre une autre et partageons la même salle de bain. Nous pouvons garer les voitures dans un parking sécurisé, gardé par un immense chien furieux. Je vais avec Jean-Pierre à la recherche d'une laverie automatique mais sans rien trouver. Je retourne changer des dollars puis j'utilise le wifi de l'hôtel pour lire les derniers messages et mettre le blog en ligne. Nous allons dîner tous les trois dans un Steak House à proximité. Notre connaissance du russe contraint un garçon à se remémorer ses leçons d'anglais du lycée. Marie et Jean-Pierre se régalent de pelmeni, des raviolis à la viande couverts de fromage puis d'une sorte de hachis Parmentier, Jean-Pierre affamé finit les plats. Pour ma part, je me satisfais d'un excellent tournedos grillé, saignant, servi avec une sauce excellente et accompagné de frites, un repas français ! Retour à l'hôtel sous le crachin. Grande toilette et petite lessive... Je ne suis pas couché, épuisé, avant minuit.
 
Mardi 17 juin : J'aurais bien dormi encore une heure ou deux de plus mais... Je suis courbatu et pas suffisamment reposé mais il faut partir visiter Ekaterinbourg et ses merveilles cachées qu'a devinées Marie... Avant, nous allons prendre le petit déjeuner dans une salle digne d'un relais de bas étage sur l'autoroute, modèle russe bien entendu. Très copieux le petit déjeuner, sous forme de buffet : pain, cake, charcuterie, soupe, fromage, macaroni, poisson frit, salades diverses et autres préparations inconnues. Le thé n'en est pas, la confiture infâme, le poisson plein d'arêtes, la charcuterie a goût de carton, rien de gastronomique donc. Il ne pleut plus, le ciel est bleu, à peine voilé et il fait un froid sibérien. Nous partons à la recherche de la ville historique par des avenues aux constructions modernes. Nous traversons un parc puis aboutissons à la place centrale sillonnée par des trolleybus antiques, sans doute mis en service à l'ère brejnévienne voire plus avant !
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Marie nous fait faire un long tour d'un pâté de maisons sans trouver l'ombre d'une maison ancienne. Nous enchaînons par le quartier dit des écrivains, passons devant la demeure de l'un d'eux du XIX° siècle, totalement inconnu de nos services... Le quartier est plus calme mais sans guère d'attrait. Nous apercevons les bulbes de l'église "Par le Sang Versé" récemment construite sur les lieux de l'assassinat de la famille impériale en 1918. Nous en approchons, elle est tout à fait quelconque et je refuse de la visiter, comme pour le Sacré Cœur de Paris : deux églises bâties en expiation de crimes imputés au peuple supposé égaré ! J'y abandonne Marie, Jean-Pierre et moi revenons à l'hôtel, passons acheter du pain et de l'eau et reprenons les voitures. Nous récupérons Marie et cherchons la sortie de la ville. En nous dirigeant au sud nous finissons par trouver une avenue puis des échangeurs qui nous amènent à la route de Tyoumen. Il est déjà tard, nous déjeunons rapidement dans le camion puis avançons toujours vers l'Est. Les ralentissements ne sont pas rares, généralement à cause de travaux. Je commence à désespérer d'arriver un jour en Mongolie et frémis à l'idée de devoir retraverser la Russie ! Occasion pour certains conducteurs de montrer leur manque de civisme, ils roulent sur le bas-côté pour passer devant les autres, passent quand le feu régulant la circulation alternée est rouge, etc... Etonnant comme ils sont respectueux des feux et des passages cloutés en ville ! Paysage de champs et d'arbres alignés en files coupe-vent. Nous décidons d'arrêter peu avant Tyoumen, en lisière d'un champ, derrière un rideau d'arbres. Nous tendons un fil pour mettre à sécher dans le vent les vêtements encore mouillés.
 
Mercredi 18 juin : Nuit sans surprise, mais au réveil nous ne sommes pas seuls. Pas question de mettre le nez dehors, moustiques, moucherons, taons, frelons, guêpes et autres bestioles bourdonnantes et urticantes nous attendent de dard ferme. Regagner l'habitacle une fois prêts se fait en moulinant des deux bras, en pestant fort et en crachant avec hargne. Nous sommes bientôt à Tyoumen. Nous cherchons un supermarché pour acheter un gâteau afin de fêter dignement l'anniversaire de Marie qui a eu la surprise de se voir offrir à cette occasion le tableau (du moins la photo...) de Lepri qui lui plaisait tant. Nous nous perdons dans la ville sans trouver de grande surface. Nous allions renoncer et reprendre la route de Tobolsk quand nous en trouvons une. Rapides emplettes dont un splendide gâteau au chocolat ! Nous repartons sur la bonne route, peu fréquentée de Tobolsk. Nous y sommes peu après le déjeuner et avoir traversé un, ici l'Irtych, de ces larges fleuves dont la Russie a la spécialité. Nous devons demander notre chemin, faute d'indications en ville, pour trouver le kremlin. Nous le découvrons, superbement éclairé par le soleil, dominant la vieille ville et le fleuve qui coule à ses pieds. Derrière la muraille chaulée, flanquée de tours rondes, s'échappent les bulbes dorés ou bleus de la cathédrale Sainte-Sophie et la haute tour du clocher.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Les abords sont calmes et agréables, nous pouvons nous garer le long de la muraille. Nous devons contourner la cathédrale pour en trouver l'entrée. Vaste, elle est entièrement, murs, piliers et voûte, couverte de fresques, récemment repeintes à la manière des restaurations russes, c'est-à-dire pour donner l'aspect du neuf. Dommage mais l'ensemble est tout de même impressionnant. Un jeune pope officie, tout le monde se signe, se frappe du signe de croix à la mode orthodoxe, brûle des cierges.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous marchons jusqu'au rebord de la falaise pour contempler la ville basse. Hélas les maisons anciennes ont presque toutes disparues, remplacées par des immeubles laids pour la nouvelle bourgeoisie. Nous apercevons les deux églises de l'Archange Mikhaïl et surtout de Saint Zacharie et Elizabeth. Nous achevons le tour à pied du kremlin et reprenons les voitures pour aller voir de plus près ces deux églises et ce qui reste du Tobolsk d'autrefois. Saint Zacharie et Elizabeth a belle allure, une grande construction de briques aux fenêtres décorées, chaulée de frais, et ses toits, bulbes, gouttières, dessus de fenêtres d'un beau noir, forment un contraste remarquable.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Mais pas question de visiter, elle est en restauration, comme l'autre église du kremlin. Nous circulons dans les rues très calmes qui donnent l'impression d'un village, la verdure est partout mais les maisons sont presque toutes abandonnées, les fenêtres des maisons en rondins sont condamnées, celles en pierre ou en brique tombent en ruine, envahies par la végétation. L'église de l'Archange Mikhaïl aux toits verts, avec un bel escalier extérieur n'a pas grand-chose à montrer au visiteur mais son extérieur est intéressant. Nous nous rendons sur les bords du fleuve assister au débarquement dans le sable des voitures qui traversent sur un bac. De là, la vue sur le kremlin et les tours de Saint Zacharie et Elizabeth, est superbe.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous retournons nous installer au parking le long des murs du kremlin pour fêter les 68 ans de Marie. Le champagne est au frais et grâce au foie gras de Vettou, ce sera presque comme à la maison ! Nous sommes en pleine euphorie quand surgit un individu psychiquement perturbé. Il nous apostrophe, cogne aux fenêtres puis tape du poing sur la carrosserie. Nous sortons, Jean-Pierre et moi, tentons de l'éloigner mais le malheureux ne comprend rien et nous non plus à ses discours. Ne parvenant pas à l'éloigner et celui-ci continuant de vouloir ouvrir les portes du camion, je parle d'aller chercher la police. Je guette un véhicule  de patrouille au bord de l'avenue, bientôt rejoint par l'énergumène que chasse devant lui Jean-Pierre mais notre ami ne semble pas décidé à nous lâcher, se montre vaguement menaçant. Nous avons l'idée d'aller demander à l'auberge qui nous fait face de téléphoner à la police. Il nous y suit, tente à plusieurs reprises d'y pénétrer. Arrive la milice appelée par la réceptionniste. Une jeune fille qui parle trois mots d'anglais nous accompagne au commissariat avec le "perturbé" dans une jeep de la police. Nous ne voulons pas porter plainte, nous sommes ramenés à l'auberge, notre individu lui part pour une destination indéterminée... Jean-Pierre parle d'aller s'installer ailleurs, certain d'avoir d'autres problèmes dans la nuit. Nous finissons le repas, confit et patates sautées puis gâteau au chocolat acceptable. Jean-Pierre n'a plus très faim... Nous terminons la soirée par une courte promenade sous les murs du kremlin alors qu'à onze heures du soir il ne fait pas encore nuit.
 
Jeudi 19 juin : Grand beau ciel bleu au lever. Je laisse Marie finir de se préparer et retourne faire des photos en contournant le kremlin.
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Jean-Pierre qui a des problèmes avec sa barre de stabilisation arrière, un silentbloc a disparu, n'a pas très envie de prendre la route directe d'Omsk dont nous ne connaissons pas l'état. Nous reprenons donc la route de Tyoumen où nous parvenons avant midi. Nous contournons la ville et continuons sur la route d'Omsk, encore plus de 600 kms ! Toujours des files de camions qu'il faut doubler sur une route très mauvaise, un de ces revêtements "Orangina" comme les appelle, sous d'autres cieux et à propos de pistes, ce cher monsieur Gandini. Les ponts sont très souvent en réfection ou incapables de supporter la charge de deux files de poids lourds, on les emprunte alternativement dans un sens puis dans l'autre. Le paysage est un mélange de Picardie pour les champs et de Vosges pour les forêts. La constante est la présence de moucherons et de moustiques qui interdisent de trop mettre le nez à l'extérieur. Ils sont si nombreux qu'il faut constamment nettoyer le pare-brise. Le ciel se voile mais la température reste douce. En approchant d'Omsk, nous devons une fois de plus avancer les montres d'une heure. Nous avons maintenant cinq heures de différence avec la France. Nous traversons une zone inondée et arrêtons peu après pour bivouaquer dans un champ en retrait de la route.
 
Vendredi 20 juin : Nous avions réussi à éliminer tous les importuns moustiques hier soir. Et au petit matin, entrés, nous ne saurons jamais par où, ils sont de retour. Nouveau massacre ! Le ciel est gris, il tombe quelques gouttes mais cela va aller en s'améliorant toute la journée. Nous voici repartis pour une nouvelle journée de route, à avaler des kilomètres, d'abord sur une très mauvaise route, jusqu'à Omsk. L'entrée de la ville est sinistre, rues défoncées, bâtiments industriels peu engageants mais nous ne faisons que contourner la ville. Le revêtement est bien meilleur ensuite et la densité du trafic n'interdit pas une bonne moyenne. Paysage de plus en plus picard et de moins en moins vosgien. En fin d'après-midi, nous traversons des étendues marécageuses dorées par une douce lumière, plantées de touffes de bouleaux. Nous avons l'idée de passer la nuit dans une bourgade où passe le transsibérien. Nous nous rendons à la gare pour nous informer mais, incapables de formuler notre souhait et regardés comme des débiles légers, nous allons bivouaquer dans les bois à la sortie de la petite ville, pour le plus grand plaisir de moustiques de compétition, les plus dodus rencontrés de mémoire d'Africain ! Jean-Pierre vient prendre le pastis dans notre camion, il reste dîner.
 
Samedi 21 juin : Nous nous réveillons de nouveau lutinés par de coquines anophèles, sans doute produites par génération spontanée... Il fait beau et vite chaud. Difficile de croire que nous avions froid à Ekaterinbourg ! Nous nous sauvons dès que possible après une nouvelle hécatombe. Nous continuons en direction de Novossibirsk dont nous ne verrons rien, la contournant avant de retrouver la classique route à deux voies, pas trop encombrée mais toujours coupée par des travaux. Nous nous arrêtons pour refaire un plein de gasoil et découvrons qu'il existe un poste de lavage des véhicules. Nous y faisons décrasser nos camions qui abandonnent leur croûte de terre. Nous en profitons aussi pour remplir partiellement nos réservoirs d'eau. Trouver de l'eau est un problème en Russie. Les stations-services ne sont pourvues ni de poste pour air comprimé ni pour l'eau. Toutes n'ont pas de toilettes et quand il y en a... La caissière est invisible derrière une étroite lucarne juste à la taille d'un billet. Nous déjeunons avant Tomsk où nous arrivons en début d'après-midi. Nous traversons le fameux Ob, ses plages sont occupées par les citadins qui, en ce temps de canicule, vont se rafraîchir dans l'eau. La première impression est très favorable, une belle avenue bordée de bâtiments en pierre du XIX° siècle restaurés, derrière des parterres de verdure. Nous voulons essayer de trouver un parking d'hôtel qui nous accepterait. Nous faisons le tour des trois principaux établissements, tous refusent ! Pour passer de l'un à l'autre nous avons traversé les quartiers du centre-ville, apercevant au passage de belles maisons en bois ou en pierre que nous nous promettons de voir de plus près. Nous nous garons dans le centre et partons à pied, le nez en l'air. Aussitôt nous sommes séduits par ces maisons en bois, rondins ou planches, à un étage dont les fenêtres ont des encadrements très ouvragés, des frises et les piliers sont également sculptés.
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Les plus cossues sont pourvues de balcons supportés par des piliers. Hélas les fenêtres sont très souvent en PVC et les interstices entre les rondins, comblés avec des mousses isolantes. Toutes les maisons ne sont pas restaurées et beaucoup tombent en ruine mais le quartier est encore préservé de constructions modernes.

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Nous continuons notre promenade par la place Lénine, un reste de l'ère soviétique avec un Hôtel de Ville aussi hideux que ceux des autres villes (ou de Toulon !). Derrière le bâtiment nous allons prendre un pot au restaurant le plus chic de la ville, les prix nous dissuadent d'y dîner ce soir. Faute de Coca ou de tonic nous prenons une bière pression vite avalée et laissant la soif identique cinq minutes plus tard... Nous revenons aux camions par la Perspective (comme on dit ici...) Lénine, plus étroite dans cette portion mais toujours bordée par des édifices du XIX° siècle, devenus des magasins aux vitrines peu alléchantes. La chaleur, comme pour les jolies fleurs, a fait sortir toutes les jeunes filles, court vêtues et chaussées de talons hauts qui mettent en valeur le galbe de leurs jambes. Nous montons au sommet d'une petite colline, continuons par un escalier pour accéder à la terrasse du musée historique. La vue embrasse la place Lénine et ses abords mais il faut grimper au sommet d'une tour pour une vue sur toute la ville. Vue que j'aurais préféré ne pas avoir car mon illusion d'une ville sortie d'un roman de Gogol ou d'une histoire de Tchekhov ne résiste pas à la vision des toits colorés des immeubles modernes, les anciennes maisons étant noyées dans la masse et indiscernables. Nous décidons de chercher un restaurant pour ce soir. Le premier est un self-service amélioré mais ne correspond pas à l'idée que nous nous faisions d'une soirée au restaurant. Un second, le Obzhorni Ryad, conviendrait mieux mais il est encore tôt. Nous repartons voir d'autres maisons à quelques pâtés de là. Trois d'entre elles, la germano-russe, la maison des paons et celle des dragons sont, surtout les deux premières, fort bien restaurées et entretenues, particulièrement tarabiscotées dans la décoration à base de frises, de pignons, de cadres de fenêtres, de loggias, de bois découpé et peint.

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Nous revenons dîner russe : harengs pour moi, roulés au crabe (surimi !) et caviar (œufs de lompe !) suivis de bœuf Stroganov pour Marie, d'un hachis d'ours (!) ou de chevreuil ( deer ?) pour Jean-Pierre et moi. Le tout arrosé de vrais demis de bières pression; L'addition est tout de même bien élevée pour si peu. Nous hésitons sur le lieu où nous garer pour la nuit, le parking derrière l'hôtel de ville qui avait ma préférence n'a pas l'heur de convenir, aussi revenons-nous nous garer dans le centre.
 
Dimanche 22 juin : Quelques bruits dans la nuit mais nous avons tout de même dormi. Jean-Pierre se décide à utiliser son logiciel de cartographie et la sortie de la ville est rapide. Nous prenons la route de Mariinsk où nous devons rejoindre la route venant de Novossibirsk, prenant ainsi un raccourci qui, si la route est bonne, nous économisera du temps et des kilomètres. Le revêtement est un joli patchwork au début puis va bien s'améliorer. Nous sommes contents même si le ciel a tendance à se voiler. Des fleurs ont envahi la steppe, les cultures sont plus rares, la taïga nous environne. Nouvelle dégradation de la route qui devient piste défoncée, très poussiéreuse, Jean-Pierre devant soulève un nuage de terre sur plusieurs centaines de mètres. Nous retrouvons un goudron médiocre avant Mariinsk. Un gros bourg sinistre qui baigne dans une odeur de merde et de produits chimiques crachés par l'usine qui rouille au milieu des habitations. D'énormes tuyaux aux allures de monstre du Loch Ness courent le long des rues en formant des portiques à chaque entrée ou croisement de rue. La circulation presque nulle jusque-là redevient plus importante, principalement de camions, mais ce n'est pas trop un problème. Rapide halte pour déjeuner puis nous convenons de nous arrêter si possible sur le parking d'un hôtel à Krasnoïarsk. Evidemment aucune indication dès que nous sommes en ville, je ne sais où me diriger mais Jean-Pierre active, à ma demande, son logiciel et nous trouvons ainsi le centre et l'hôtel Krasnoïarsk. Un jeune employé s'empresse de nous ouvrir la barrière et de nous trouver deux places sur le parking de l'hôtel. A la réception, l'accueil est d'abord plus frais, pas question d'être sur leur parking si nous ne résidons pas à l'hôtel ! Puis la charmante réceptionniste nous autorise à nous installer sur un autre parking gardé, devant l'hôtel. Soulagés d'être garés pour la nuit, nous allons à la découverte des lieux. Nous surplombons une place, devant le théâtre-opéra, où les parents peuvent faire faire à leurs gamins ou gamines des tours en mini voiture électrique ou sur des poneys (l'un d'eux est déguisé au moyen d'une combinaison en zèbre !). Une fontaine et quelques marches à descendre et nous voici sur une autre place où des guinguettes ont installé des tables, des chaises et même des canapés qui ont connu des temps meilleurs. Des haut-parleurs diffusent des airs de danse et quelques couples se déhanchent, parfois en cadence...
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Nous sommes plus intéressés par l'odeur des chachliks qui s'échappe des braises. Nous nous offrons des bières et des brochettes mixtes, porc et poulet, délicieuses avant de continuer de descendre pour rejoindre les bords du très large Ienisseï. Là aussi des guinguettes attendent le client. Beaucoup de Russes sont venus à la recherche d'air plus frais, en famille, les filles sont souvent très court vêtues, ni Jean-Pierre ni moi ne nous en plaignons. Nous remontons aux camions puis allons profiter du wifi dans le salon de l'hôtel et lire les messages reçus depuis Cracovie. En guise de dîner nous redescendons sur les bords de l'Ienisseï nous offrir une seconde tournée de chachliks et de bière mais nous étions plus satisfaits au premier établissement. Retour au camion et longue soirée sur l'ordinateur à répondre aux parents et amis.
 
Lundi 23 juin : Les noctambules ont discuté tard puis, dans la nuit, des jeunes se sont livrés à un "rodéo" avec des motos et un quad, faisant rugir les moteurs. A six heures, je n'ai pas très envie de me lever... Nous trouvons un message de Julie qui a déjà réservé son vol pour les Seychelles. Marie veut voir la gare avant de partir. Je dois me débrouiller  pour y arriver. Tâche accomplie sans trop de mal, pour apercevoir un gros bâtiment à coupoles verdâtres, très XIX° siècle, rénové XXI°. Toujours selon les désirs de Marie, nous revenons par l'avenue Mir, la principale de la ville, bordée de bâtiments pompeux avec colonnes doriques engagées, que l'on peut voir dans toute ville de Russie ou de l'Europe de l'Est... Nous empruntons le pont sur l'Ienisseï et continuons par de larges avenues, à la recherche de la sortie de la ville, vers Irkoutsk. Je navigue à l'estime, nous perdons beaucoup de temps dans ces villes dont les chaussées sont en piteux état et sans la moindre indication de direction. Nous y voici enfin... Les cultures ont disparu, des parcours vallonnés distraient de la monotonie de la steppe. Peu de circulation. La route continue dans un paysage de taïga verte, où la forêt est de plus en plus présente bien que les arbres semblent souvent malades, branches mortes, troncs à nu, arbres étêtés. Nous suivons la voie ferrée, croisant ou dépassant des convois mais jamais le Transsibérien, au grand désespoir de Marie, ma petite Jehanne de France... Ce n’est pas encore demain qu'elle aura la version illustrée par Sonia Delaunay... Nous avons encore avancé les montres d'une heure, ce devrait être le maximum, 7 heures de différence avec la France. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une prairie couverte de petites fleurs orange, jaunes et blanches. Jean-Pierre s'invite à l'apéritif. Un gros orage éclate, il inquiète Marie et ne m'empêche pas de m'endormir.
 
Mardi 24 juin : La pluie d'hier soir a bien détrempé la terre et les quelques centaines de mètres parcourus pour rejoindre la route suffisent pour recouvrir le camion d'une nouvelle couche de boue qui le protégera des coups de soleil et des piqures de moustiques, le veinard ! Nous continuons sur une route alternativement bonne ou en travaux. Nous traversons quelques petites villes industrielles, rouille, grisaille et sinistrose. Nous approchons de la mythique Irkoutsk, comme Michel Strogoff, nous avons hâte d'y parvenir. Ma pratique du volant se "russifie" : non-respect des lignes continues, dépassements audacieux, vitesse excessive. A revoir ! Grâce au logiciel de Jean-Pierre nous trouvons facilement le centre-ville. Nous nous garons et partons, Jean-Pierre et moi à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés. Le premier, le Rus, nous paraît bien cher mais après avoir tenté notre chance à l'Angara, encore plus cher, nous y revenons. 4200 roubles soit 92 euros pour une chambre quelconque avec des lits jumeaux ! Nous allons rechercher les camions, pas de parking, ils devront dormir dans la rue. Après une toilette complète et une lessive mise à tremper dans la baignoire, nous allons faire le tour de la grande place centrale. A priori, je ne suis pas très séduit par la ville, mélange de maisons anciennes et d'immeubles soviétiques, à préciser demain. Je suis fatigué, coup de barre, près de 10000 kilomètres au compteur, un quart du tour de la terre, il est temps de marquer une pause. La pluie revient, nous rentrons boire une bière à l'hôtel faute de trouver une terrasse de café dans le centre. Nous relisons le texte du blog, vérifions le courrier puis allons dîner ensemble au restaurant de l'hôtel. Les prix sont honnêtes et nous goûtons au fameux omoul, le poisson du lac Baïkal, excellent servi légèrement fumé, moins intéressant frit. Retour à la chambre pour finir la relecture du blog, le mettre en ligne et écrire à Julie.
 
Mercredi 25 juin : Nous étions bien endormis quand notre téléphone sonne. Croyant qu'il s'agit de Nicole, je me précipite, c'est une publicité pour Alfa Roméo... Difficile de se rendormir ensuite. Nous ne nous réveillons cette fois qu'à huit heures et allons prendre le petit déjeuner, copieux et de bien meilleure qualité qu'à Ekaterinbourg. Nous retrouvons Jean-Pierre qui est allé faire une promenade et après avoir réglé la douloureuse, nous allons nous promener. Nous suivons un itinéraire qui nous permet de passer devant d'anciennes maisons en briques de riches marchands à la curieuse décoration baroque et colorée.
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En passant, nous découvrons d'autres maisons de briques ou de bois, mais presque toujours isolées au milieu de tristes bâtiments en béton fonctionnel. Nous nous dirigeons ensuite vers l'église du Saint-Sauveur, derrière le monument à la flamme éternelle en souvenir des soldats tombés pendant la guerre de 1941-1945. Ses murs de brique chaulés sont joliment décorés dans le style baroque russe et des fresques sombres ont été restaurées sur le mur extérieur de l'abside.

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L'intérieur est sans âme mais nous pouvons, sans Marie déjà bien fatiguée, grimper tout au sommet du clocher d'où la vue embrasse le fleuve, le centre-ville et la toute proche cathédrale de l'Epiphanie.

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Nous nous y rendons, elle aussi a eu droit à un toilettage complet et brille de ses couleurs saumon, blanc et vert, toutes fraîches. L'intérieur, lui aussi repeint à neuf, avec ses fresques habituelles sur tous les murs, plafonds, coupoles, piliers, est néanmoins impressionnant.

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Nous revenons sur la grande place Kirov déjeuner, assis sur un banc d'excellents chawarma, confectionnés par un Arménien qui aimerait discuter mais la conversation est brève ! Nous revenons vers les camions mais, avant de les récupérer, nous allons visiter le musée des Beaux-Arts. Nous sommes presque les uniques visiteurs. Seule la salle des icônes, dont deux ou trois me plairaient bien, et celle où sont présentés une vingtaine de thangka provenant de Mongolie ou de Bouriatie, que je verrais bien aussi sur un de nos murs, retiennent notre attention, les autres salles n'exposent que des peintures "pompiers" ou de vilaine facture, le seul Levitan est une petite marine peu représentative. Nous partons pour la gare, nous garons devant et allons y faire une rapide incursion. C'est un long bâtiment élégant du tout début du XX° siècle, lui aussi bien restauré et coloré, toujours dans ces tons pastel qu'affectionnent les Russes.

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Nous reprenons les camions et allons dans le quartier des maisons des Décembristes. Nous y trouvons d'autres coquettes maisons de bois, bien entretenues. Nous visitons celle du prince Volkonsky, un noble exilé au fond de la Sibérie, rejoint, comme d'autres, par sa femme, qui menèrent à Irkoutsk une vie point trop pénible à en croire la grande demeure qu'ils occupaient. Peu de choses à voir, des photos, des copies de documents et quelques objets. Marie, très motivée par sa lecture de Danièle Sallenave, examine tout de près, je trouve cela d'un maigre intérêt... Nous nous rendons ensuite au monastère Zamensky, facilement repérable à son église monumentale, plutôt laide, débordante de tourelles et de bulbes, là aussi repeints de frais. 

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L'intérieur, couvert de fresques récentes, est néanmoins surprenant par son iconostase aux allures de baroque européen. Un pope officie avec un accompagnement chanté de trois voies prenantes. Cette fois nous en avons fini avec Irkoutsk, Jean-Pierre trouve sans peine la sortie de la ville en direction du lac Baïkal, nous nous arrêtons dans une prairie, à l'écart de la route pour la nuit. Nous allons boire le pastis puis dîner de pâtes au pistou dans son camion avant de nous coucher.
 
Jeudi 26 juin : Mal dormi et donc réveillé avec une heure de retard. Nous repartons en traversant une région très cultivée. A Ust-Ordynski, un gros bourg à l'écart de la route, nous trouvons un supermarché dont l'ouverture doit être récente au vu du manque d'expérience des employées. Tous ici ont le type asiatique. Ce sont des Bouriates, pas très souriants... A une fontaine dans la rue, nous refaisons les pleins d'eau, en faisant la queue avec les habitants qui viennent remplir de gros jerrycans, faute d'avoir l'eau courante chez eux ! Un plein de gasoil et nous poursuivons. Dans des enclos, parfois pourvus d'une table et de deux bancs, sous un petit toit sur le bord de la route, sont plantés des totems chamaniques sur lesquels sont accrochés ou enroulés des morceaux de tissus votifs. L'usage veut que le voyageur de passage dépose un petit don, une piécette, quelques kopecks, une cigarette, un bout de chocolat. Nous ne dérogeons pas à la règle, pour éviter les crevaisons... La moitié des véhicules que nous voyons depuis quelques jours, ont la conduite à droite. Ce sont des voitures japonaises d'occasion importées par Vladivostok. La forêt réapparait, j'aimerais voir une oursonne et ses petits traverser la route mais elles ne sont pas folles. Enfin nous apercevons le lac Baïkal, d'un beau bleu pur, enfin, un lac comme tout lac qui se respecte... Nous devons attendre quelques minutes l'arrivée d'un bac qui, avec d'autres touristes, tous russes, va nous faire passer sur l'île d'Olkhon. Nous débarquons sans avoir eu à payer la traversée. C'est désormais une bonne piste qui traverse l'île, peu large, sur les 70 kilomètres de sa longueur. Nous déjeunons avec une vue sur le lac puis continuons jusqu'à Khuzhir, la capitale. Juste avant d'y entrer, nous roulons jusqu'au bord de l'eau pour nous tremper les pieds dans le lac. Pas très chaude, comme il fallait s'y attendre. A Khuzhir, nous cherchons à acheter de l'omoul fumé mais ceux que nous trouvons sont entiers et nous ne nous ressentons pas de les préparer pour parfumer nos doigts. Nous traversons ce gros village qui vit aujourd'hui du tourisme. Des auberges, des pensions avec des bungalows, des locations de quads et des offres d'excursions abondent dans les rues. Les vacanciers sont sur la plage, un long ruban blanc qui fait suite aux falaises. Ils se font bronzer, peu se baignent. Nous nous approchons du rebord de la falaise derrière le village et découvrons deux gros rochers dans l'eau, devant une crique de galets. Des arbres votifs et des totems garnis de tissus sont disposés sur le rebord.
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Après avoir réussi à trouver de l'omoul sous vide dans une supérette, nous repartons vers le nord. La piste se divise en plusieurs branches, circule sur les collines puis entre dans une forêt où elle zigzague entre les arbres. Dans cette portion, la piste très ravinée est particulièrement difficile et nous roulons au pas, désespérant d'arriver à la pointe de l'île à une heure décente. Mais les choses s'arrangent, la piste redevient roulante même si nous dansons sur les ondulations du terrain. Une erreur de piste nous amène dans une crique avec une plage de sable blanc. Nous continuons et parvenons enfin à l'extrémité nord mais il faut encore marcher et nous remettons la promenade à demain. Marie, est déçue de ne pas arriver avec la voiture au sommet des falaises. Nous nous installons à proximité, à côté de petits pavillons pourvus de tables et de bancs sous un toit.
 
Vendredi 27 juin : Nous sommes seuls au réveil à ce bout du monde. Encore un ! La brume recouvre le lac et nous dissimule sa rive occidentale. Nous retournons nous garer au départ du sentier qui mène à l'extrême pointe nord de l'île. Marie ne sait pas trop si elle va pouvoir y aller. Nous descendons le chemin qui passe entre les arbres. L'un d'eux est couvert de rubans votifs, transformé en arbre de Noël scintillant. Tout au bout nous sommes entourés par la mer sur trois côtés, une mer calme, à peine ridée par les envols d'oiseaux. Du haut des falaises, nous apercevons, aux jumelles, des points noirs, les têtes des phoques d'eau douce, des nierpa. Jean-Pierre en s'approchant du bord en découvre qui se dorent sur un rocher, d'autres sont dans l'eau, trop loin pour bien les voir.
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Nous revenons en suivant la crête des falaises, en passant d'un totem à un arbre votif. Nous reprenons les voitures et suivons une piste qui va bien au sud mais se termine dans un cul de sac, sur la côte orientale de l'île. Nous devons revenir sur nos pas. Nous repassons à la capitale, bref arrêt, le temps pour Marie d'acheter quelques "souvenirs" pour Julie ! Nous nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une lagune, séparée de la mer par un cordon de sable, des vaches broutent la prairie, un tableau de Meissonnier ! Nous sommes au bac en début d'après-midi mais nous devons attendre une heure la mise en service d'un second bac pour retrouver la terre ferme. Nous avançons en direction d'Irkoutsk à bonne allure quand le camion commence à manifester de la mauvaise humeur. Le moteur crachote puis cale, repart après un  temps d'arrêt. Les mêmes symptômes qu'en Afrique du  Sud ! Jean-Pierre m'emmène reprendre du gasoil à plus de 30 kilomètres. Le phénomène se répète. Je change le filtre à gasoil sans résultat. Jean-Pierre me prend alors en remorque. Merci Jean-Pierre, content qu'il soit là... il roule vite à mon goût mais nous parvenons à la grande route d'Irkoutsk. Au village du carrefour, pas de mécanicien ! Je décide d'essayer de continuer sans être remorqué et ça marche ! En restant à un régime moteur bas, je parviens à rouler à plus de 80 km/h. Je soupçonne les particules qui bouchaient partiellement la crépine du réservoir d'avoir été aspirées lors de la prise en remorque, moteur tournant. Mais il ne faut pas en demander trop, pas d'accélération, c'est du provisoire ! Nous arrêtons à l'orée d'un bois pour la nuit. Un pastis s'impose, Jean-Pierre vient partager les boulettes d'une viande non identifiée, congelées, achetées au dernier supermarché... Que nous réserve demain ? Un Bouriate éméché vient quémander un verre d'alcool, nous ne lui offrons que de l'eau, il s'enfuit...
 
Samedi 28 juin : Réveillés sous un ciel triste, nous prenons la route. A mon grand étonnement, la voiture tourne rond, le repos de la nuit lui a été profitable. Les prairies font le bonheur de troupeaux de beaux chevaux bien gras au poil brillant, les attendrissants poulains de l'année, craintifs et étonnés ne quittent pas leurs mères. Les vaches, quand elles ne sont pas gardées par un bouvier à cheval, divaguent sur la route, de préférence sur la ligne continue sans étonner personne. Mais au bout d'une quinzaine de kilomètres le moteur recommence à hoqueter. Nous avançons quand même, par à-coups, à la recherche d'un avto mohika, expression que je pense indiquer en russe un mécanicien auto avant de comprendre qu'il s'agit d'un lavage voiture... A une trentaine de kilomètres d'Irkoutsk, j'identifie un atelier de réparation et vais y tenter d'expliquer mon problème. L'employé n'y comprend goutte, il faut attendre le chef. Ali survient, il comprend tout de suite et dirige les opérations. Le filtre à gasoil changé hier est redémonté, nettoyé, de l'air comprimé est envoyé dans les durites et nous en faisons sortir des caillots noirs ! Il faut ensuite démonter le réservoir, le rincer, souffler, nettoyer avant de tout remonter et refaire les pleins. Tout cela a pris du temps qu'Ali, un Iranien envoyé au fond de la Sibérie pour avoir trucidé à l'arme blanche deux individus en Lettonie, il y a près de 30 ans, occupe en nous racontant plein d'histoires avec force gestes : ses parties de chasse, ses opinions sur les différentes marques de voitures etc... Brave Ali et son compatriote Akram, merci de nous avoir fait partager votre repas, (pain et fromage !) et permis de continuer, pour la modique somme de 3000 roubles. Nous repartons, parvenons à Irkoutsk traversée (merci Jean-Pierre) sans erreurs, mais la ville se vide pour le week end et les encombrements ralentissent le trafic. La route traverse une belle forêt avant de descendre sur les bords du lac Baïkal à Kultuk, on devine le lac derrière des installations industrielles. Après Slyoudianka, la route suit de près le tracé du Transsibérien et les bords du lac. Nous cherchons à nous arrêter pour la nuit mais la voie ferrée interdit tout accès à la plage. Au village de Tankhoy, nous pouvons accéder à la plage en passant sous la voie ferrée et nous nous installons à la limite des galets.
 
Dimanche 29 juin : Marie a entendu siffler les trains toute la nuit et encore rêvé du Transsibérien... Ciel brumeux aujourd'hui, lourd, le lac et le ciel sont de la même pâleur métallique qui ne permet pas de les distinguer. Nous continuons de progresser vers Oulan-Oude sur une route parfois correcte, parfois en travaux, parfois parsemée de trous et de bosses qui feraient croire à la présence de taupes sous le goudron ! Nous longeons toujours la voie ferrée mais nous nous éloignons du lac Baïkal avant de suivre le cours de la Selenga jusqu'à Oulan-Oude. Nous nous garons dans le centre, à proximité de la grande place où, au milieu de parterres de fleurs, une gigantesque tête de Lénine (œuvre possible de Deibler ?), fixe l'horizon, sans le montrer du doigt comme d'habitude !
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Pas grand-chose d'autre à voir, une fontaine musicale, un opéra-théâtre rococo-soviétique matiné de bouriato-mongol, bref laid... Nous trouvons un supermarché, le Fauchon local avec des produits d'importation à des prix élevés. Nous allons déjeuner dans un restaurant mongol, Modern Nomads, histoire d'avoir un avant-goût... Très bons plats de viande de mouton ou de bœuf, copieux ainsi que des buzz, équivalents des pelmeni russes, plus gros. Nous ressortons le ventre plein... Nous cherchons le Musée Ethnographique, à la sortie de la ville. Nous nous trompons et nous arrêtons dans un datsan, un temple bouddhiste lamaïste. A l'intérieur du bâtiment principal, entouré de stûpa, nous assistons aux prières de quelques femmes qui se prosternent, se couchent sur le ventre de tout leur long, les mains jointes au-dessus de la tête devant une statue du Bouddha, derrière une vitre. Nous trouvons le musée de plein air un peu plus loin. Sur une grande prairie ont été disposés, dans un ordre chronologique, divers ensembles pour évoquer les civilisations qui se sont succédé en Sibérie, depuis l'âge de pierre jusqu'au début du XX° siècle. Les pétroglyphes ne sont pas identifiables, la reconstitution d'un habitat du néolithique trop soignée et les huttes des nomades de la toundra protégées par de très laids parasols métalliques. Les distances sont grandes, il fait une moiteur pénible et la digestion n'est pas terminée... Les familles sont venues pique-niquer sur les tables prévues à cet effet ou dans l'herbe et les enfants peuvent faire des tours de cheval ou de poney; Le zoo est aussi triste que tous les zoos, malheureux tigres et loups avachis, immobiles et ours grotesques dans des espaces insuffisants, traités comme des animaux de cirque auxquels on lance des rondelles de carottes. Nous revenons par les belles maisons et l'église du XIX° siècle, déplacées ici. On ne peut qu'apercevoir l'intérieur de l'église à travers une grille ainsi que l'intérieur meublé d'une maison dont les fenêtres sont encadrées d'une belle dentelle de bois.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

La dernière, toute blanche, celle d'un médecin cossu, se visite. Elle nous console avec ses pièces richement aménagées. Nous nous apercevons en sortant que nous avons négligé toute une partie du musée mais nous manquons du courage pour y retourner. Nous reprenons les camions et sans coup férir, retraversons Oulan-Oude et continuons sur la route de la Mongolie. Nous la quittons pour le village d'Ivolginsk où se trouve un datsan réputé. Nous en apercevons les toits aux coins relevés de loin. A tous les arbustes des routes qui y conduisent, sont accrochés des carrés d'étoffe couverts d'écritures en sanscrit.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Une prairie, derrière, nous accueille pour la nuit. Nous sommes rejoints par un couple de sympathiques Australiens en moto, en provenance du Japon. Nous leur offrons le pastis dans notre camion en parlant de voyages bien entendu. Nous dînons léger puis nous regagnons la couchette, certains de faire de beaux rêves sous l'influence bénéfique du Dalaï Lama...
 
Lundi 30 juin : A cinq heures et demie, des jeunes, nous ne savons où, à une centaine de mètres, mettent la radio, chantent, crient puis disparaissent à six heures... Nous nous levons plus tard que d'habitude pour être à neuf heures au datsan. Encore peu d'animation. Nous pénétrons dans l'enceinte carrée et suivons les premiers fidèles qui, dans le sens des aiguilles d'une montre, font le tour des édifices, des maisons en bois traditionnelles russes, en faisant tourner les moulins à prière de toutes tailles, peints en rouge et couverts d'inscriptions en sanscrit (?) qui doivent traduire le Om mane padmi houm (Oh le joyau dans le lotus !). Nous parvenons à un temple où quelques lamas commencent à officier. Des dévots remplissent des requêtes sur des bouts de papier remis ensuite à un lama qui les transmet à celui qui va les lire ou plutôt psalmodier en chantonnant, à toute vitesse.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous allons voir d'autres temples, toujours des bâtiments carrés à plusieurs toits empilés aux coins relevés, très colorés, intérieurement aussi. Des représentations sont peintes sur les murs et aux plafonds, des bouts de tissus de toutes les couleurs forment des patchworks, des statues, représentations d'êtres fabuleux à plusieurs têtes et bras, mais pas de Bouddha, sont enfermées derrière des vitrines. 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Quelques lamas en s'aidant de clochettes, de tambours semblent se livrer à un marathon de récitatifs. Le temple principal sur plusieurs terrasses superposées, très kitsch, est fermé mais il a beaucoup d'allure avec des peintures quasi neuves, aux couleurs vives.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous retrouvons les temples de la Chine et pas du tout ceux de Birmanie. Après avoir fait le tour complet du complexe, nous reprenons les camions et prenons la route de la Mongolie. La forêt disparaît de plus en plus et des paysages de steppe se font plus présents. Nous déjeunons sur le bord de la route à côté d'un arbre votif et je ne manque pas de déposer ma pièce de 10 kopecks pour m'éviter de nouveaux ennuis (je n'avais pas laissé d'offrande à Olkhon, avant d'avoir les problèmes d'alimentation en gasoil ! Les Esprits s'étaient vengés...). Nous continuons sur une route de plus en plus étroite, de moins en moins bonne et de moins en moins fréquentée. Nous arrivons à Kyakhta, la dernière ville de Russie. Les casernes, des deux côtés de la route, semblent sa raison d'être. Nous changeons quelques dollars pour pouvoir refaire les pleins complets de gasoil avant la Mongolie et avoir encore des roubles pour le retour. Dernière halte à un supermarché puis nous cherchons un lieu de bivouac pour la nuit, Jean-Pierre nous emmène loin de la ville, sur des hauteurs. Nous prenons le pastis dans son camion puis dînons avec lui des boulettes de viande russes et de pommes de terre sautées.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:31
MONGOLIE
ETE 2014
 
Mercredi 4 juinA dix-sept heures, enfin, après les dernières emplettes (saucissons et charcuteries principalement...), nous quittons le parking du Carrefour de Grand Var et prenons la route pour la frontière italienne. Les kilomètres d'autoroute défilent, nous passons Nice avec quelques ralentissements puis nous sortons à la Turbie pour suivre une étroite route en lacets avec des vues sans soleil sur Monaco, ses yachts prétentieux et la mer qui se perd au sud. Nous trouvons la maison de Jean-Pierre qui nous accueille très gentiment, avec Mireille. Leur maison jouit d'une vue superbe sur la mer mais elle est architecturalement décevante, loin de ce que nous avions imaginé. Dernier pastis français puis un dîner avec des lasagnes qui réjouissent Marie et qui me valent une omelette en remplacement. Conversation sur le thème des voyages. Nous regagnons notre camion pour la première nuit de ce voyage. Coup de fil de Julie qui nous fait ses derniers adieux.  
 
Jeudi 5 juin : Nous sommes réveillés et aussitôt debout avec le jour. Nous avons repris nos habitudes dans le camion, je ne manque pas de râler après les placards et le réfrigérateur insuffisamment grands pour accueillir toutes nos provisions et qui ne manquent pas de les dégueuler à chaque ouverture. Nous sommes prêts à partir à huit heures en abandonnant Mireille, triste à l'idée de se séparer trois mois de Jean-Pierre. Nous rejoignons vite l'autoroute et entrons presque aussitôt en Italie. Bien connue série de viaducs er de tunnels puis après Gênes nous entrons dans les terres. Après Brescia les panneaux indicateurs me remémorent des sites de mes premiers voyages avec les parents en Italie : Desenzano, Sirmione etc... Nous déjeunons rapidement sur une aire de station-service. Je dois reprendre du gasoil, 1,75 euros le litre ! Je prends le minimum pour atteindre l'Autriche. Nous passons Venise, la circulation pénible quand il n'y avait que deux voies, celle de droite occupée par les camions, s'améliore et devient très fluide en attaquant la remontée dans une belle vallée qui s'enfonce dans les Alpes, encore mon décor rêvé pour "Le désert des Tartares". Quand nous atteignons les montagnes, l'autoroute les traverse presque continument sous des tunnels. La fatigue commence à se faire sentir. Nous voici en Autriche, une étape de 800 kms ! Jean-Pierre qui roulait derrière moi depuis ce matin, passe en tête à la recherche d'un emplacement de bivouac. A un carrefour il prend la direction de la Slovénie, confondant avec la Slovaquie ! Il a tout de même des doutes en découvrant des panneaux indiquant Ljubljana... En faisant demi-tour nous trouvons un vaste parking avec une buvette et des toilettes. Nous goûtons les bières locales en appréciant la chaleur du soleil puis nous regagnons nos camions que nous avons garés à proximité d'une table et de bancs. Nous étions seuls à l'arrivée, cela ne dure pas et bien que la place ne manque pas, une caravane vient se coller derrière nous ! Nous nous installons sur la table pour écrire puis dîner mais la fraîcheur arrive vite. Je ne traîne pas pour m'endormir...
 
Vendredi 6 juin : De plus en plus à l'est, le soleil nous réveille de plus en plus tôt et ce matin nous sommes prêts à sept heures ! Les premiers kilomètres se font en compagnie des locaux qui vont travailler à Klagenfurt. La circulation est plus fluide ensuite, toujours dans un paysage alpestre, prairies, forêts et chalets. A mon grand étonnement, le revêtement de la route n'est pas toujours parfait mais nous l'envierons sans doute dans quelque temps... Nous quittons les montagnes pour des plaines monotones. Avec l'intention de nous reposer quelques minutes, nous accédons à vitesse très réduite à une aire de repos. J'ai la surprise de voir un véhicule stationné commencer à reculer devant moi, traverser la route et continuer en marche arrière. Je l'évite par la gauche, Jean-Pierre par la droite puis je l'aperçois dans le rétroviseur continuer son petit bonhomme de chemin, et, emporté par son élan, grimper le rebord du talus avant de glisser vers la chaussée de l'autoroute et heureusement s'arrêter dans le fossé qui la borde. Personne au volant ! Sa conductrice ressort des toilettes, étonnée de ne plus retrouver sa voiture là où elle l'avait abandonnée sans avoir serré le frein à main. Nous lui laissons le soin de téléphoner aux secours... Nous passons Graz puis nous approchons de Vienne que nous contournons sans quitter les autoroutes et sans nous tromper de direction. Entre Vienne et Bratislava des éoliennes à perte de vue font mine de s'agiter mollement. Nous voici en Slovaquie, nous devons acheter, comme en Autriche, une vignette de circulation, le parebrise se remplit... Ce que nous apercevons de Bratislava laisse imaginer une capitale en pleine modernisation, les mini gratte-ciel surgissent de tous les côtés.  Le paysage n'est pas très différent, sans charme. Il commence à faire chaud, nous pique-niquons sur une aire de repos, sans ombre, nous avions mis du temps à nous réchauffer ce matin. L'autoroute s'arrête à Zilina, une simple route à deux voies, très encombrée lui succède, nous ne roulons plus à la même allure ! Nous passons des villes aux noms imprononçables avec trop de consonnes, (certaines inconnues !) et pas assez de voyelles, tels Tvrdosin ou Trstena... Nous prenons un raccourci en suivant le cours d'une rivière au milieu de la forêt. Dans les villages subsistent quelques vénérables maisons aux murs noirs constitués de troncs assemblés, plusieurs forment parfois des corps de ferme. Nous voici en Pologne. Nous nous arrêtons pour changer des euros en zloty. Je roule prudemment, ne connaissant pas trop les limites de vitesse, les radars sont de sortie ainsi que les caméras de surveillance. Nous retrouvons un bout d'autoroute avant Cracovie. Nous cherchons un camping, nous en trouvons un, pas celui que nous avions repéré mais après cette grosse journée de conduite, nous n'avons pas envie d'aller à la recherche d'un autre. D'ailleurs celui-ci est en pleine nature, au calme bien qu'occupé par un effrayant convoi de retraités hollandais en caravanes, chacun avec son antenne de télévision plantée devant son emplacement... Nous nous installons, décidés à faire la grasse matinée demain.
 
Samedi 7 juin : Le réveil est nettement moins matinal et, après une bonne douche, ce n'est qu'à neuf heures que nous quittons le camping. Après moult hésitations, nous avons décidé de laisser les voitures et de nous rendre en ville en bus. J'emmène Marie avec la voiture au passage clouté, me gardant bien d'essayer de couper le flot des véhicules dans les deux sens qui se ruent sur la route, après l'expérience presque traumatisante de la veille. Un minibus arrive presqu'aussitôt et, à toute allure, nous fait traverser les quartiers périphériques avant d'atteindre le centre-ville repéré à la présence de trolleybus. Nous contournons par de larges avenues aux immeubles autrefois cossus, mais certains ont aujourd'hui des crépis tristement gris ou en partie disparus. Après avoir traversé la Vistule, nous contournons le centre ancien et nous descendons au terminus, à proximité d'une galerie marchande moderne. Renseignement pris, la place centrale est à quelques centaines de mètres. Nous contournons une ancienne et imposante barbacane de briques avant de franchir la porte Florianska et suivre la rue du même nom, heureusement piétonne.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Bienvenue à touristland ! Les Polonais sont rares, on y parle toutes les langues et les boutiques sont toutes consacrées à satisfaire les envies, besoins des visiteurs... On propose même, entre le tour en mini taxi de la vieille ville et celui aux mines de sel, d'obscènes promotions sur les visites à Auschwitz ! La shoah commercialisée, banalisée... Les maisons anciennes, de style renaissance ou baroque ont souvent de belles façades colorées  dans des tons pastel, décorées de stucs ou de sgraffites qui imitent des damiers ou des formes en pointes de diamant, toutes choses déjà rencontrées dans toute l'Europe centrale. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous atteignons rapidement l'ancienne place du marché dont nous avions gardé grand souvenir. Après une alerte de grisaille, le soleil est revenu et met en valeur les façades des maisons qui la bordent sur les quatre côtés réguliers de son carré. A l'un des angles, les deux hautes tours dépareillées de Notre-Dame dominent la place. En son centre la halle ancienne, grand bâtiment à étage, n'abrite plus aucun commerce de bouche mais dans une longue galerie éclairée par des réverbères, des stands de souvenirs, lui faisant perdre tout son charme. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous  sommes déçus, ne retrouvant pas cette place telle que dans notre souvenir. Sont installés sous des tentes, des stands d'information pour nous ne savons trop quels produits. Et pour couronner le tout, un podium avec écrans géants, haut-parleurs et projecteurs, est posé en son beau milieu ! Nous entrons à Notre-Dame, bien que nous soyons mis en garde de visiter quand s'y tient un service divin, ce qui semble être le cas en permanence... Nous ne pouvons qu'admirer de très loin un retable sculpté et doré qui semble magnifique.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

L'impression dégagée par la hauteur des voûtes, les murs colorés est puissante mais frustrante faute de pouvoir détailler chapelles, fresques, dorures etc. Alors que nous nous apprêtons à en sortir, entre un cortège de porteurs de fanions, d'hommes chenus aux belles barbes blanches soigneusement entretenues, suivis de blondinettes et pâlottes enfants de Marie, de quelques officiers coiffés de la classique casquette carrée et d'une longue cohorte de messieurs costumés en tenue de nobliaux d'autrefois, bonnets de fourrure, bottes de cuir rouge, redingotes généralement rouge lie-de-vin, plus rarement vertes, large ceinture, sabre recourbé et toutes médailles au vent. Renseignement pris, il s'agit de l'intronisation annuelle d'un nouveau roi d'une confrérie de notables et d'artisans de la ville. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous faisons le tour de la place, découvrons le bâtiment du Collegium Maius. Un ensemble universitaire du XV° siècle, bâtiments de briques rouge sombre derrière de beaux pignons étagés. Sa cour est envahie de touristes qui troublent la sérénité de cet ancien lieu de sciences humaines. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

En face, l'église Sainte-Anne, dissimule derrière une façade quelconque un magnifique intérieur baroque, fresques au plafond, stucs, qui ne peuvent avoir été oubliés par Dominique Fernandez (à vérifier au retour !).

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous revenons assister à la cérémonie lorsque le cortège où se mêlent sabres et goupillons de haute volée, sort de Notre-Dame, fait le tour de la place et revient assister à l'atterrissage de parachutistes aux pieds des assistants. On tire quelques coups de bombardes miniatures, les plumes de paon des bonnets s'agitent, les dames ont sorti leurs plus belles robes, parfois très démodées et les bambins déguisés en petits Polonais d'autrefois geignent dans leurs trop belles tenues. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous allons déjeuner à la terrasse de l'un des cafés qui enserrent la place de leurs parasols. La bière pression, excellente, est glacée, les plats soi-disant de cuisine polonaise (bizarre la présence d'ananas dans les travers de porc !), peu copieux. Nous repartons en direction du Wavel, la colline où se dresse le château. Nous suivons une autre rue bordée de belles maisons. Au passage nous admirons la façade de l'église Saint-Pierre-et-Paul, précédée d'un bel alignement de statues des apôtres, même s'il ne s'agit que de copies.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

A côté, l'église romane de Saint-André, cache un splendide intérieur baroque, la chaire en forme de bateau à voile dégouline d'or et d'argent, des putti peints ou sculptés paressent dessus, dessous, partout... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous atteignons la colline du Wavel. Le château est une construction sans caractère que nous n'avons pas l'intention de visiter, nous nous contenterons de la cathédrale qui s'y dresse, accolée aux bâtiments royaux. L'intérieur foisonne de chapelles, toutes dédiées à de grandes familles. Nous croyons qu'il faut prendre un ticket pour la visite mais ce dernier donne principalement le droit d'accéder aux cryptes où se trouvent les sarcophages de rois, généraux ou personnages illustres dont peu nous sont connus. Mais nous pouvons escalader (Marie s'en dispense) un étroit et raide escalier de bois qui permet d'atteindre les cloches imposantes, enfermées dans un assemblage de poutres énormes, il doit y avoir une forêt entière dans ce clocher ! Du haut l'inévitable vue sur les toits de la vieille ville et les églises qui les surplombent. Nous achevons la visite par une belle chapelle aux murs couverts de fresques du XIV° siècles, peu intéressantes et dotée de deux beaux retables de la même époque, difficiles à détailler par une barrière mal placée. Nous revenons cahin-caha, Marie traîne la patte, nous tentons de voir encore quelques églises mais partout s'y déroulent des messes, très suivies. Nous revenons prendre un minibus et regagnons le camping. Je vais rechercher Marie à l'arrêt puis je vais m'installer au bar dans la verdure, boire une bière, encore une excellente, et commencer à reporter les photos sur l'ordinateur avant d'être chassé par les moustiques.
 
Dimanche 8 juin : Nouveau départ de bonne heure. Le dimanche, la circulation est faible, surtout à cette heure, et nous pouvons facilement couper la route pour nous diriger vers Cracovie que nous contournons sur des autoroutes avant de prendre la direction de Varsovie. Ce n'est plus une autoroute mais une simple nationale à deux voies, la chaussée déformée par les camions comme nous avions connu autrefois les routes de Pologne. Mais cela ne dure pas et si la route n'est pas plus large, le revêtement lui s'améliore. A mi-parcours nous retrouvons une portion d'autoroute mais nos espoirs d'arriver rapidement à Varsovie s'envolent au bout d'une cinquantaine de kilomètres quand nous devons nous résigner à continuer sur une simple route, heureusement pas trop fréquentée et sans camions. A l'approche de Varsovie la route devient à deux fois deux voies mais coupée de plus en plus souvent par des feux tricolores ou des passages pour piétons. La campagne est plate, monotone, des cultures à perte de vue, seuls des champs parsemés de coquelicots égaient l'uniforme verdure. La traversée ou plutôt le contournement de Varsovie se fait assez rapidement, nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous sommes sur la route de Bialystok. Toujours une route à deux voies mais bonne et roulante, le réseau routier polonais s'est bien amélioré depuis notre dernier passage même s'il n'est pas encore aux normes d'Europe occidentale... Nous traversons des forêts épaisses et des cueilleurs proposent sur le bord de la route des girolles et des fraises. Nous achetons des champignons pour l'omelette du dîner. Nous quittons la route de Bialystok pour suivre une autre route, plus courte et tout aussi bonne, qui nous amène à Augustów. Presque chaque poteau électrique est surmonté d'un énorme amas de brindilles dans lequel nichent des portées de cigogneaux que leurs mères surveillent fièrement. Encore quelques kilomètres pour Suwalky où nous empruntons une petite route en travaux pour gagner les bords d'un lac où nous nous installons dans un camping. Ce n'est pas le lieu sauvage et désert que j'avais imaginé... Nous ne sommes pas seuls quoique nous n'ayons pas à nous plaindre vu le nombre de voitures (et de motos !) que nous avons croisées regagnant Varsovie le dimanche soir. Nous sortons la table et les fauteuils mais Marie trouve qu'il y a trop de vent et préfère rester dans le camion ! Nous prenons le premier pastis du voyage, installés dans l'herbe de la prairie. 
 
Lundi 9 juin : Je suis réveillé à quatre heures, il fait déjà jour ! Nous ne nous levons qu'à six heures et reprenons la route de la Lituanie. Dernier plein de gasoil pour épuiser nos zlotys. Ce n'est plus dimanche, les camions sont sur les routes et nous ne pouvons que les suivre, sans aucun espoir de les dépasser, mais ils roulent à bonne allure. Passage en Lituanie avec juste un arrêt pour acheter la vignette automobile. Le pare-brise, grâce à notre collection, est décoré comme un maréchal soviétique. Nous commençons à rencontrer d'anciennes maisons en bois avec les cadres des fenêtres ouvragés, peints d'une couleur différente des murs. Nous traversons Kaunas sans nous arrêter mais en nous trompant plusieurs fois aux carrefours mal indiqués. Nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une mare, Jean-Pierre en profite pour casser son éclairage de plaque en reculant dans un arbre ! Nous continuons d'avancer mais nous avons avancé nos montres d'une heure à la frontière et le temps passe vite. Des travaux sur la route contraignent à une circulation alternée et bien que la signalisation ne soit pas toujours scrupuleusement respectée, nous perdons du temps. Nous quittons la Lituanie pour la Lettonie sans presque nous en apercevoir. A Daugavpils, nous cherchons un supermarché, occasion de nous remettre en mémoire nos quelques mots de russe... Nous en dénichons un comme nous aimerions en trouver par la suite... Nous rachetons des fruits et de la viande, pas de conserves, nous n'avons pas encore entamé notre stock. Encore des kilomètres sur une bonne route peu fréquentée jusqu'à Rēzekne. Le ciel, couvert toute la journée, se décide à crever et une averse lave le pare-brise et salit la carrosserie. Nous passons Rēzekne et finissons par trouver un camping au bord d'un lac. Nous y sommes les seuls. Jean-Pierre qui fête aujourd'hui ses 66 ans a mis le champagne au frais. Nous l'accompagnons avec des toasts grillés sur lesquels nous étalons des tranches d'un poisson inconnu fumé. Nous dînons ensemble dans le camion, encore un repas plus alcoolisé que prévu...
 
Mardi 10 juin : Dans la nuit, des pêcheurs sont venus mettre une barque à l'eau et malgré leur discrétion, ils nous réveillent. Nous profitons des installations sanitaires de ce camping/motel, tout récent mais mal fini. Nous sommes bientôt à la frontière. A notre grande surprise, la sortie de Lettonie ne se fait pas sans contrôle tatillon, passeports, carte grise, permis de conduire. Un groupe d'une quinzaine de camping-caristes français, des gens âgés, est dans la file d'attente. Puis nous commençons les formalités côté russe, relativement rapides pour la police, elles traînent à la douane. Le nombre de camping-cars perturbe le douanier très tatillon et il nous faut trois heures pour enfin rouler sur les routes russes. Nous avons encore avancé nos montres d'une heure et il est temps de déjeuner. Nous changeons des dollars avec un "biznessman" qui tient boutique sur une table de la cafeteria de la première station-service. Plein de gasoil enfin à un tarif intéressant, 0,70 euros ! Nous repartons sans espoir d'arriver à proximité de Moscou ce soir. Des orages éclatent et se succèdent tout l'après-midi. La chaussée n'est pas toujours bonne mais nous roulons bien, doubler les camions ne pose pas de problème, nous dépassons des éléments du convoi des camping-cars qui se traînent à 60 km/h. Je suis fatigué, pas assez dormi, Jean-Pierre trouve que nous roulons trop, aussi décidons-nous d'arrêter vers les 17h30 à Nelidovo, au "camping", en fait un de ces parking "staïanka" que nous avions fréquentés lors de notre premier voyage en Russie, un simple terrain sans commodités, entouré d'un haut mur surmonté de barbelés et surveillé par un gardien dans son mirador ! Pas très plaisant... Le groupe des camping-caristes français y arrive par groupes dans  la soirée.
 
Mercredi 11 juin : Nous avions fermé tous les rideaux et dans le noir complet nous avons bien dormi, sans nous réveiller, jusqu'à six heures. Quand nous sommes prêts à partir, Jean-Pierre, au grand plaisir de Marie qui en avait elle aussi envie et contrairement à ce qui avait été convenu avant le départ, nous demande si nous ne pourrions pas nous arrêter à Moscou et passer le reste de la journée sur la Place Rouge ! Je suis furieux, je n'ai aucune envie d'aller me fourrer dans la circulation de la ville et d'y trouver un emplacement pour la nuit... Nous repartons à bonne allure dans un paysage toujours aussi vert et monotone. Les derniers kilomètres se font sur une autoroute en travaux puis nous atteignons le périphérique dans les encombrements. Long contournement de la ville avant de nous diriger vers le centre pour trouver, grâce au GPS, un parking proche de la Cité du Cosmonaute, indiqué par un voyageur sur son blog. Le long d'une artère fréquentée, la nuit risque d'être peu agréable... La station de métro la plus proche est plus éloignée que nous ne le pensions, aussi un ami du gardien se propose, moyennant finance, de nous y déposer. Nous retrouvons les métros russes avec une descente en escalator vertigineuse. Les rames sont très bruyantes mais nous sommes rapidement dans le centre. J'ai mal examiné la carte et nous ressortons à l'air libre à une station encore éloignée de la Place Rouge. Nous marchons longtemps avant d'apercevoir les murs du kremlin et de nous retrouver sous la cathédrale Saint Basile, celle aux bulbes colorés, présente sur toute carte postale...
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Mais l'accès à la Place Rouge est interdit, nous devons contourner Saint-Basile, apprendre au passage que nous sommes à la veille de la fête nationale et que les tentes, le podium qui y ont été dressés sont destinés aux festivités du lendemain ! Néanmoins nous visitons la cathédrale, retrouvons avec plaisir le dédale des chapelles sur deux niveaux, aux murs repeints à fresque à décor floral. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Elles abritent de superbes iconostases et de magnifiques icônes, en particulier une Trinité de l'Ancien Testament. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Un quatuor d'hommes pour assurer la promotion et la vente de ses cd, s'est installé dans l’une des chapelles et régale les visiteurs d'airs religieux. Les voix résonnent magnifiquement sous les voûtes, en particulier la basse remarquable. Nous devons traverser le magasin Goum pour longer la Place Rouge, occasion de revoir ces temples du luxe, en face du mausolée de Lénine. Les galeries sont très belles mais la débauche de publicités tapageuses gâche la perspective.

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous débouchons sur l'entrée de la Place Rouge, seul endroit où nous pouvons avoir une vue sur les murs du kremlin, le mausolée de Lénine et Saint-Basile caché en partie derrière le podium érigé pour la plus grande gloire du despote moderne. Des tee shirts à son effigie sont vendus, certains le montrent avec des lunettes noires qui lui donnent des airs de mafioso du plus sûr effet. Nous ne savons plus trop que faire. Marie insiste pour montrer à Jean-Pierre des stations de métro. Nous repartons pour la station Komsomolskaïa où nous changeons de ligne et où nous revoyons les splendides mosaïques à la gloire de Lénine au plafond de la station. Nous rentrons ensuite. Je retourne à pied au parking avec Jean-Pierre puis vais rechercher Marie avec la voiture, sans me tromper dans les rues. Nous dînons chacun dans notre camion en nous demandant si la nuit ne sera pas trop bruyante.
 
Jeudi 12 juinQuelques motos dans la nuit ont fait rugir leurs moteurs mais nous avons tout de même bien dormi et nous sommes prêts à affronter l'abominable journée de route qui nous attend ! En ce jour de fête nationale, nous espérions peu de monde dans les rues, ce qui fut le cas dans Moscou dont nous sortons rapidement. Après m'être trompé de sens sur le périphérique, erreur vite corrigée, nous prenons le pseudo autoroute de Kazan. Pseudo car elle n'a d'autoroute que les deux voies (pas toujours) séparées mais elle est continuellement coupée par des passages piétons, des feux tricolores et les traversées d'agglomération se font à vitesse limitée (nous ne savons toujours pas quelles sont les normes en Russie !). Est-ce la fête nationale, amorce d'un long week-end, le début des vacances scolaires, qui a poussé les familles sur les routes ? Toujours est-il que tout Moscou semble avoir choisi la destination de Vladimir pour cette journée. Nous roulons au pas dans d'abominables bouchons sur plusieurs files. Le sens de la discipline pousse de nombreux conducteurs à rouler sur la bande d'arrêt d'urgence puis aussi sur les bas-côtés, quelques audacieux s'aventurent à contre sens sur la voie opposée ou sur l'autre bas-côté. Folklore garanti ! Nous commençons à connaître quelques compagnons d'infortune, la blonde qui lit le manuel de sa toute nouvelle Suzuki, ceux qui ont emmené un chat sur la lunette arrière, le gros, ventre à l'air etc... Nous avons le temps d'admirer de belles maisons en bois, aux couleurs passées mais toujours avec de beaux encadrements de fenêtres. Nous arrêtons tardivement pour déjeuner après quelques fausses joies quand nous avons cru que nous étions au bout de nos peines, mais au bout de quelques kilomètres, trop rapidement parcourus pour de nombreux amateurs de voitures tamponneuses, nous devions admettre que chi va piano, va sano... Beaucoup de voitures sont des modèles qui en "imposent", des marques occidentales ou japonaises, les Lada deviennent rares. A six heures du soir nous devons reconnaître, qu'après avoir parcouru moins de deux cents kilomètres dans la journée, nous ne passerons pas Vladimir aujourd'hui et nous nous arrêtons sur un vaste parking pour poids lourds. Un pastis s'impose après cette épreuve... Serons-nous à Kazan demain ? Rien n'est moins sûr !
 
Vendredi 13 juin : Nous réussissons à partir encore plus tôt, à sept heures nous sommes sur la route, dégagée ! La circulation est normale. Mais où sont-ils donc tous passés ? Nous roulons à bonne vitesse, même quand il n'y a qu'une voie dans chaque sens, les camions se laissent doubler et de temps en temps des voies de dépassement permettent de doubler les plus lents. La chaussée, sauf en de trop rares portions, est très dégradée, boursouflée, cloquée, rafistolée, les trous sont comblés au seau de goudron avec une pelletée de gravier... Nous traversons une forêt très touffue de bouleaux et de conifères, où il doit être facile de se perdre à moins de 5 minutes de la route. Arrêt pour vider ce que Jean-Pierre appelle les "boîtes à caca"... Nous avançons rapidement et commençons à croire à l'arrivée à Kazan ce soir. Après le déjeuner nous continuons d'avaler les kilomètres. Nous ne sommes plus qu'à 70 kilomètres de Kazan quand un ralentissement nous fait perdre près de trois quarts d'heure : un pont au revêtement complètement raviné, crevé, creusé par les roues des innombrables camions, est abordé et traversé par ces derniers à la plus faible allure possible. Bien entendu quelques malins roulent sur le bas-côté pour ne pas attendre comme tout le monde... Nous parvenons à Kazan dont nous découvrons le kremlin de l'autre côté de la Volga. Nous traversons ce très large fleuve sur un pont, passons au-dessus d'îles occupées par des maisons qui me semblent bien peu au-dessus de l'eau. Nous nous dirigeons vers la gare, trouvée sans trop de difficulté. A proximité, nous trouvons l'hôtel Volga où nous avions résolu de prendre une chambre mais la revêche hôtesse nous affirme qu'il est complet. Je pars avec Jean-Pierre à la recherche d'un autre. Le "Mirage", un cinq étoiles lui conviendrait, pas à nous, mais il est aussi complet. Les deux jeunes filles de l'accueil tentent en vain de nous trouver un hébergement. Nous nous résolvons à passer encore une nuit dans une staianka, un parking gardé, à proximité du stade, un terrain vague le long d'une voie passante. Jean-Pierre n'avait pas rêvé la Russie ainsi... 
 
Samedi 14 juin : Beaucoup de passage, camions, motos, trains et même hélicoptère mais j'ai tout de même très bien dormi. Le ciel était couvert hier et nous avions eu quelques averses, nous avions néanmoins pu apercevoir les murailles du kremlin, les bulbes de la cathédrale ainsi que les minarets de la nouvelle mosquée sous un petit rayon de soleil. Il n'en est plus question aujourd'hui, il pleut au réveil et il en sera ainsi toute la journée. A désespérer ! Nous commençons par aller nous ravitailler dans un supermarché très bien achalandé, avec profusion de charcuterie, très souvent fumée, poissons également fumés, laitages et yaourts. Nous avions espéré trouver une éclaircie en en ressortant, mais non ! Nous nous rendons ensuite au marché central, une grande halle bétonnée où dans plusieurs pavillons parallèles, on trouve ce que nous avons acheté au supermarché, avec un plus grand choix... Les abricots sont tout petits, les cerises appétissantes sans parler des pêches plates. Nous nous contentons d'un cornet de minuscules fraises des bois. Nous allons nous garer près de la porte du kremlin côté Kazenka, un affluent de la Volga. Nous franchissons une porte dans la muraille qui l'entoure au sommet de la colline. Peu de visiteurs, le site paraît abandonné, les bâtiments officiels de la présidence de la République Tatar sont désertés en ce samedi. A côté d'une tour en brique à sept étages, légèrement inclinée, se dresse la cathédrale de l'Ascension. 
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous sommes contents de nous y abriter et d'y trouver un peu de chaleur... La décoration récente est sans grand intérêt, fresques sulpiciennes, dorures, iconostase clinquante. Tout le monde se signe, se prosterne y compris les jeunes. Nous allons apercevoir les quais derrière le kremlin et de l'autre côté du fleuve les immeubles modernes, ceux de la Kazan du XXI° siècle. Nous passons entre deux rangées de bâtiments du XIX°siècle bien restaurés, dédaignons la mosquée Qolcharif dont les minarets bleus portent haut dans le ciel le croissant musulman. Nous ressortons du kremlin et débouchons sur une très belle avenue entièrement bordée des mêmes constructions du XIX° siècle.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous en parcourons une partie avant de nous décider à déjeuner, bien qu'il ne soit que midi, dans un restaurant sans prétention, dans une salle en sous-sol, décorée comme pourrait l'être un restaurant marocain et diffusant de la musique que l'on pourrait entendre dans le même lieu. Nous commandons des brochettes, celles au poulet sont très tendres, mon plov ne tient pas la comparaison avec ceux d'Asie centrale. La bière est fraîche et nous sommes à l'abri. Il pleut toujours à la sortie, j'ai froid, les pieds mouillés, j'ai hâte de retrouver le camion et de pouvoir me changer. Nous retraversons le kremlin, rendons visite à la mosquée, construction récente pour faire plaisir à la communauté musulmane tatare. Elle est digne d'un état du Golfe sans en avoir les moyens pour sa décoration, couleurs criardes et calligraphie chiche.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Enfin le camion ! J'enfile un tee shirt et mon blouson chaud. Nous partons pour une visite de la ville en voiture, le peu de circulation facilite la conduite. Nous nous rendons sur les bords du fleuve pour une vue dans la grisaille. Des constructions pour nouveaux nantis se développent en divers styles, certains évoquent les magasins du Printemps ou des immeubles haussmanniens surchargés de colonnettes, de statuettes dans des niches, d'autres, plus modernes, sont des assemblages de cubes sans couleurs. Désolante pseudo modernité pour "M'as-tu vu". Nous traversons quelques avenues qui nous confirment que Kazan est une belle ville, malgré les restaurations ou constructions récentes d'édifices religieux, qui ne doit pas manquer de charme quand elle est animée, sous le soleil... Nous quittons très déçus par le temps et cherchons le monastère de Raïfa, à une trentaine de kilomètres de la ville. Par un peu de hasard, l'aide de passants plus aimables que les préposés des divers guichets que nous avons dû fréquenter, nous trouvons ce monastère dans une belle forêt. L'enceinte renferme quelques églises et autres bâtiments reconstruits ou restaurés après l'effondrement de l'Union soviétique. Une fois franchie la traditionnelle tour-clocher, nous sommes au milieu d'un ensemble de constructions trop neuves, le vert trop vert, le bleu trop bleu et les dorures des bulbes trop brillantes. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Deux des églises sont ouvertes aux visiteurs, celle de la Mère de Dieu de Géorgie, fresques laides, dorures, icônes trop récentes. Dans la seconde, celle de la Sainte Trinité, un office se déroule, toute la gent ecclésiastique récite, chante, présente une icône au bon peuple qui ce manque pas de se signer et de se prosterner. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Je me fais repérer, (moi qui avais cru être discret !) et admonester pour avoir pris des photos, interdites à l'intérieur. Nous retournons aux camions et bien qu'il ne soit pas tard (mais se décider, prend du temps !), nous renonçons à reprendre la route et restons sur le parking du monastère pour la nuit. La pluie cesse en début de soirée.
 
Dimanche 15 juin : Nous sommes prêts à 7 heures. Première surprise de la journée, Marie m'offre, pour la Fête des Pères, de la part de Julie, une bande dessinée littéraire et le dernier Milan Kundera de sa part ! Le ciel est en grande partie dégagé mais nous n'envisageons pas sérieusement de retourner dans Kazan. Jean-Pierre a l'idée de prendre la route directe de Perm qui nous ferait gagner plus de 150 kilomètres, mais sur une route secondaire dont je crains le mauvais état. Il a un logiciel avec les routes de Russie et grâce à lui nous trouvons facilement cette route, meilleure que je ne le craignais, étroite mais peu fréquentée. Nous sommes dans une région de vastes plaines ensemencées en céréales, coupées par des alignements d'arbres coupe-vent. Nous traversons des villages qui, au fur et à mesure que nous nous éloignons des centres urbains, sont constitués de moins en moins de maisons en briques et de plus en plus de maisons en bois puis en rondins. De ces maisons de pionniers, multiséculaires, popularisées par les films américains de la conquête de l'Ouest. La maison principale en rondins équarris, est coquettement pourvue d'ouvertures : fenêtres, lucarnes, décorées, et entourée de bâtiments secondaires qui forment une cour fermée par un portail.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

La couverture des toits est souvent dans des matériaux plus modernes, mais pas toujours. La police est de sortie, nombreuses sont les voitures de patrouille embusquées mais nous leur échappons ! Nous roulons à bonne allure sur une route au revêtement acceptable, passant par Arks puis Malmyzh. Là, la route commence à se dégrader. Nous franchissons un large fleuve sur un pont de bateaux. Nous devons y acquitter un péage, sans ticket, exorbitant, 500 roubles, environ 11 euros ! De l'autre côté du fleuve, nous attend une portion de piste dans la boue. Une terre grasse, déjà ravinée, que nos larges pneus écrasent, malaxent, creusent de nouveaux sillons, tout en faisant gicler par-dessus ailes, capot et même toit, des torrents d'une eau limoneuse qui sèche vite et recouvre la voiture d'une croûte terreuse. Les essuie-glaces fonctionnent en permanence, dégageant une vision restreinte sur la piste. Il en est ainsi trente kilomètres avant de retrouver, soulagés, ébahis mais aussi rigolards, une portion de goudron, pas des plus parfaits mais au moins sans surprises... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Les cultures ont disparu, la forêt nous enserre, les villages ne semblent pas avoir changé depuis Dostoïevski ! Toujours pressé, je regrette de ne pas avoir pris le temps de m'arrêter pour prendre des photos des maisons, de la piste, de la forêt. Message, impatiemment attendu de Julie pour la fête des Pères. Nous retrouvons, à Igra, la route principale. La circulation est bien moins importante qu'avant Kazan, elle redevient dense à l'approche de Perm que nous contournons sur une belle autoroute, toute neuve, en direction d'Ekaterinbourg. Mais nous aurions dû nous douter qu'il ne pouvait en être ainsi très longtemps. Nous revoici sur une route étroite sans possibilité de doubler, les retours de week end dans l'autre sens interdisant toute audace. Néanmoins nous parvenons à Koungour où nous devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver le site des grottes de glace. Nous en avions l'intuition, nous en avons la confirmation. Depuis le temps que nous roulons cap à l'est, nous avons changé encore une fois de fuseau horaire, deux heures d'un coup, Il est plus de neuf heures quand nous pouvons nous installer sur le parking d'une auberge à côté du site. Jean-Pierre et moi avons droit, Marie aussi, à un pastis pour nous remettre des émotions de la journée et arroser la Fête des Pères. Dîner tardif, coucher encore plus.

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 04:43

 

                               BIRMANIE

                          Janvier 2014

 
Birmanie 2014
Vendredi 3 janvier : Après une mauvaise nuit sans vraiment dormir, de crainte que le réveil ne sonne pas, nous nous levons avant cinq heures pour être prêts à  l'arrivée de la navette, à six heures. Nous partons dans la nuit noire, après avoir embrassé Julie, à peine réveillée. Nous devons encore aller chercher trois autres passagers du côté de la porte de Clignancourt avant d'arriver à Roissy, au terminal 1, mon préféré, celui construit à l'origine, avec ses tapis roulants qui se croisent dans l'atrium. Nous attendons ensuite l'embarquement, à demi ensommeillés. Je me sens vaseux et légèrement fiévreux, les visites au successeur du docteur Auboux n'ont pas eu grand effet, je tousse toujours, avec un mal de gorge diffus et un nez qui coule ! Nous embarquons puis décollons après dix heures. Le repas est presque aussitôt servi après un verre de champagne ! La compagnie Qatar Airways essaie de faire les choses bien mais ils ne sont pas à la hauteur d'Emirates, ils lésinent sur les boissons, vins ordinaires servis au verre et bière tiède. Je regarde sur le minuscule écran individuel "12 hommes en colère", pas revu depuis très longtemps. Du bon théâtre mais un mauvais film... J'essaie de dormir mais sans grand succès, je me sens de plus en plus cotonneux. Dans la descente sur Doha, mes tympans trop sollicités par la dépressurisation et les circuits nasaux bouchés, me font presque hurler de douleur. Il fait déjà nuit, la température extérieure est plus agréable bien que nous ne puissions guère l'apprécier dans le terminal climatisé. Nous n'avons presque pas à marcher pour aller attendre le vol suivant. La zone marchande rassemble tous les commerces de luxe de la planète, les prix du matériel électronique sont très intéressants. Les peuples du monde se croisent, Afghans avec leur galette sur la tête, Arabes en robe et voile pour les deux sexes, pas les mêmes toutefois, Indiennes en sari et bien sûr touristes en bermudas, polaires et sacs à dos de baroudeurs... Nous embarquons dans un appareil plus petit, pas tout à fait plein. Nouveau repas servi par des hôtesses dépassées par les évènements... 
 
Samedi 4 janvier : Une comédie française insipide m'occupe quelque temps puis je tente de dormir, sans vraiment y parvenir. L'aube éclaircit les rizières qui sortent d'une brume photogénique avant que nous ne nous posions à Rangoon, Yangon comme il faut dire désormais. L'aérogare est déserte, pas franchement accueillante mais il n'est que six heures et demie du matin, avec un original décalage horaire de cinq heures et demie ! Le préposé à l'immigration ne nous adresse pas la parole, se contente de nous indiquer par gestes de nous placer devant l'objectif de sa caméra. Nous sommes arrivés le Jour de l'Indépendance, donc tout est fermé y compris les bureaux de change ! Nous sommes pris en charge par un taxi, notre premier Birman en longyi, le pagne à carreaux traditionnel, sans que nous discutions le prix mais je ne suis pas d'humeur, trop fatigué, ne rêvant que d'un lit. Nous partons en direction du centre ville par des avenues déjà parcourues par de nombreuses voitures plutôt récentes. Le volant est à droite, elles sont importées du Japon, mais la circulation est à droite aussi... Succession d'immeubles lépreux dont les balcons sont protégés par des grilles rouillées. D'autres plus récents sont d'un luxe tapageur. Les grands groupes internationaux y sont représentés. Nous apercevons les aiguilles dorées de la pagode Shwedagon, avant de longer le lac Kamdawgyi embrumé et d'atteindre le vieux centre ville, pas très animé, aux maisons décaties, couvertes de grappes de fils électriques comme des toiles d'araignées. Le taxi ne peut nous déposer devant l'hôtel, le Beautyland II, la rue est barrée. Nous devons attendre que la chambre se libère, dans une pièce où un ventilateur brasse un air tiède. En insistant quelque peu, nous obtenons vers neuf heures une pas bien grande chambre au deuxième étage, au bout de deux escaliers raides. Climatisation, ventilateur et télévision qui diffuse TV5 en version tempête de neige... Nous nous allongeons et nous endormons rapidement. Au réveil, je tousse à fendre l'âme. Marie s'inquiète et recommence à me harceler pour que je consulte un médecin... Je n'ai presque pas de fièvre, je ressors les médicaments et avale tout ce qui est susceptible d'améliorer les choses. Pendant qu'elle se prépare, je vais faire un tour dans Rangoon. Notre rue et les voisines sont envahies par des jeunes qui les ont barrées avec des filets ou des poteaux de buts et disputent des matchs. 
Birmanie 2014

Les immeubles coloniaux sont bien décrépits mais ils donnent une bonne idée de ce à quoi devait ressembler Rangoon à cette époque. Parfois un immeuble dresse son arrogante façade de verre fumé entre deux anciens bâtiments coloniaux. Au rond-point la pagode, ici on dit la paya, Sulé, entourée de boutiques profanes de vendeurs de téléphones, d'agences de voyage, de bureautique, jette vers le ciel ses flèches dorées sur fond d'anciens bâtiments administratifs anglais. Des marchands, sur une minuscule table, vendent des feuilles de bétel et confectionnent à la demande les chiques qui, une fois recrachées, tacheront de rouge les trottoirs. Je trouve à changer des dollars dans l'une des échoppes avant de rentrer à la chambre. Je tente de me connecter à internet mais la lenteur est telle que je ne parviens qu'à obtenir la liste des correspondants qui nous ont écrit. Nous ressortons avec Marie, allons à la paya Sulé, achetons des billets de bus pour nous rendre lundi à Mandalay. 

Birmanie 2014
Nous traversons le parc du centre ville envahi par les familles et les amoureux qui se sont installés sur le gazon. En continuant par des rues désertes, entre des immeubles administratifs anciens, à peine rénovés, nous arrivons sur les bords du fleuve. Un ferry de passagers va partir, des cargos sont arrimés à quai. Nous allons nous offrir, Marie un jus de fruit et moi un demi pression dans les salons de l'hôtel Strand, une survivance de la colonie, boiseries sous de hauts plafonds, ventilateurs mais aussi climatisation moderne. Plus beaucoup d'âme non plus. Nous rentrons en taxi à l'hôtel. Je réussis cette fois à lire le courrier et envoyer un message à Nicole et Julie. Nous dînons dans la petite salle de l'hôtel des plats que nous avions commandés : de l'anguille sautée, du porc aux noix de cajous, sans cajous, et d'une salade de feuilles de thé fermentées. Les épices de manquent pas, le piment non plus. Ce que j'avais pris pour des prunes s'avère être de redoutables piments... Ce serait excellent si les plats étaient servis chauds. Après dîner, attirés par les cris, nous allons voir dans la rue leur raison d'être. Des enfants s'amusent, les yeux bandés, guidés par leurs camarades, à frapper avec un long bâton un bidon plastique placé en hauteur. D'autres s'essaient à envoyer un ballon au travers d'un vieux pneu. Après ces réjouissances populaires simples, nous allons nous coucher pour une vraie nuit... 
 
Dimanche 5 janvier : Réveillé passé une heure, je somnole le reste de la nuit en toussant parfois ce qui ne manque pas d'irriter Marie au réveil, prête à une nouvelle crise de nerfs pour d'autres raisons. Nous ne descendons qu'à neuf heures pour le petit déjeuner. Il serait copieux si les divers plats proposés étaient moins sucrés, une sorte de crêpe à la banane (?) recouverte de noix de coco râpée ne soulève pas notre enthousiasme, le beurre n'en est pas et la confiture, bien que colorée est sans goût. Nous nous faisons conduire en taxi au marché Bogyoke, dans une ancienne halle couverte. Peu d'animation, les seuls clients sont des touristes, européens ou asiatiques. Ce ne sont que des échoppes de tissus pour pagnes, marchands de pierres précieuses et boutiques de souvenirs. Rien de bien intéressant. Nous hésitons sur la suite des visites de la journée. Nous nous décidons pour suivre l'itinéraire pédestre indiqué dans un de nos guides. Nous devons traverser l'avenue, coupée, comme en Inde, en deux par une barrière métallique médiane, ce qui n'est possible qu'en de rares points qui obligent à des détours. Nous suivons une étroite rue entre des immeubles lépreux, sous un soleil impitoyable et surtout dans une moiteur pénible. Nous débouchons dans une autre artère, Anawratha Road, du quartier indien. Quelques rares individus ont au front la marque rouge du tikka. Mais la plupart sont des musulmans, les femmes sont enfouies sous des voiles sinistres, les hommes âgés ont laissé pousser une barbe teinte au henné. Mais tous les Birmans sont vêtus de longyi à carreaux pour les hommes, plus colorés pour les femmes.  
Birmanie 2014

Une autre étroite rue traverse un marché plus populaire. On y vend des fruits, des légumes de la viande sur des étals à même le sol. Nous visitons ensuite une ancienne synagogue, encore bien entretenue par un des rares survivants. Nous revenons vers la pagode Sulé, en slalomant sur des trottoirs défoncés, entre les familles, les badauds que tous les étals tentent. Les femmes ont très souvent les joues et de front passés à une pâte ocre, le thanakha, parfois en formant des dessins. Nous déjeunons dans un snack trop climatisé. La nourriture est correcte. Ensuite, un taxi nous dépose au lac Kandawgyi. L'entrée en est payante pour les étrangers, gratuite pour les locaux... 

Birmanie 2014

Nous approchons du bord, comprenons que nous allons devoir  emprunter de longues passerelles de bois, au-dessus des eaux mais en plein soleil. Je transpire à grosses gouttes, Marie veut toujours aller plus loin. Nous finissons par trouver la courbe d'où nous apercevons la flèche de Shwedagon et quelques-uns de ses pagodons qui se mirent dans les eaux mais tout de même à bonne distance. Les passerelles de bois, qui serpentent sur les eaux calmes, la vision d'une belle végétation tropicale et les nombreux couples de sages amoureux cachés derrière une ombrelle font oublier la fatigue de la promenade. Nous nous faisons conduire par un autre taxi difficile à négocier à l'entrée sud de la fameuse pagode Shwedagon. Une entrée spéciale est réservée aux honorables visiteurs étrangers. Un tarif aussi, passé, ces derniers temps, de cinq à huit dollars ! Mais pour ce prix, nous avons un joli ticket, un plan en anglais et le droit d'utiliser un ascenseur qui évite aux hôtes distingués de s'épuiser dans la montée d'un escalier couvert, en gradins, bordé d'animaux fabuleux et de marchands d'offrandes. 

Birmanie 2014

Parvenus au sommet, nous découvrons, soufflés, l'extraordinaire ensemble de stûpas, appelés ici Zedi, qui entourent la flèche centrale de la pagode. D'autres pagodes, des pavillons aux toits superposés en escalier, des temples qui abritent des statues du Bouddha, assis ou couché, de supposées empreintes de ses pieds, des cloches de cérémonies, occupent tout l'espace autour du zedi central. Tous sont un délire de tôles ou de bois finement découpés, presque toujours dorés. Nous en faisons lentement le tour en compagnie d'autres touristes et de familles locales, derniers nés et aïeuls compris, venues faire un voeu ou s'incliner devant l'autel du jour de la semaine de leur naissance. Peu d'indications en anglais, l'écriture birmane, surtout les chiffres, est une succession de cerises croquées par d'espiègles asticots qui se tortillent autour.

Birmanie 2014

Beaucoup de femmes ont les joues et le front couverts de dessins tracés avec cette pâte ocre censée les protéger du soleil. Nous tournons lentement, dans le sens des aiguilles d'une montre, en visitant chaque pavillon, scrutant les yeux des Bouddhas, admirant la ferveur des fidèles venus offrir quelques fleurs, un fruit, à leur Bouddha ou à leur nat, génie local, préféré. 

Birmanie 2014

Des moines, crâne rasé, tatoués de signes cabalistiques, en robes couleur rouge safran, sont parfois accompagnés de bonzesses, elles aussi crâne rasé, en robes roses, plus sûr moyen de reconnaître leur sexe. 

Birmanie 2014

Des rangées successives de fidèles, bien en ligne, armés de balais rustiques, chassent le moindre grain de poussière, à moins qu'il ne s'agisse d'écarter d'éventuelles fourmis pour leur éviter d'être malencontreusement écrasées, ce qui serait dommageable pour qui veut acquérir des mérites. Le soleil est couché quand nous achevons, épuisés, cette circumnavigation. 

Birmanie 2014
Nous attendons que la nuit soit bien installée pour refaire un tour plus rapide et revoir sous les lumières des projecteurs les milliers de pointes, de pinacles de tôles dorées qui se dressent vers le ciel. Enfin nous quittons les lieux en taxi. Nous nous faisons déposer dans un restaurant japonais proche de notre hôtel mais les plats ne sont pas fameux et nous mangeons la plus mauvaise cuisine japonaise qui soit. Nous rentrons à pied à l'hôtel, enfin nous reposer.
 
Lundi 6 janvier : Pas trop toussé dans la nuit, j'espère que cela va continuer de s'améliorer. Nous nous levons avec le jour à six heures pour prendre, une heure plus tard, le petit déjeuner avec des oeufs frits. Un taxi commandé par l'hôtel nous emmène à la gare routière, encore plus éloignée du centre que l'aéroport. C'est un ensemble de hangars occupés par les nombreuses sociétés de transport sommairement installées, un hall avec des fauteuils en plastique pour les voyageurs qui attendent leur bus et un amoncellement de bagages. Un oiseleur propose, sans succès, des moineaux en cage à libérer pour "acquérir des mérites". Notre bus arrive, moderne, pas aussi bien customisé que ceux du Soudan... Nous nous installons sur des sièges inclinables, bien plus confortables que ceux des avions. Une accorte hôtesse aux belles joues d'enfant rieur nous distribue bouteilles d'eau et couvertures rendues nécessaires par une climatisation excessive. Nous partons à l'heure et rejoignons l'autoroute à péage, très peu fréquenté. Il est vrai que la vitesse n'y est pas très élevée, le mauvais état du revêtement rend le trajet peu agréable, dans un tremblement continuel ! Le paysage est monotone, plat, une brousse sans arbres et parfois des champs (ou des rizières ?) desséchés. Pause avant midi pour déjeuner, nous nous contentons d'un paquet de chips artisanales, pas salées et au goût d'huile rance, pour accompagner une bière. Les miles défilent, lecture, somnolence. La vidéo ne diffuse qure des clips ou des films de violence (l'un se passe à Paris, on y voit s'écrouler la tour Eiffel !) ou de gags enfantins. Dernière halte dans l'après-midi pour nous permettre de soulager les vessies. La végétation devient plus tropicale et nous avons l'heureuse surprise d'arriver plus tôt que nous ne l'espérions à Mandalay. Nous traversons rapidement un faubourg de la ville avant d'arriver à la gare routière. Nous sommes aussitôt sollicités par des taxis. L'un d'eux nous conduit au Rich Queen Hotel où nous avions réservé une chambre. Vaste, avec trois fenêtres, sans pouvoir admirer la vue car il fait déjà nuit, avec climatiseur. La taille des rouleaux de papier toilette me laisse penser que la population locale, capable d'utiliser de tels confettis doit être étrangement conformée. Marie se lance dans l'étude de la suite du programme puis nous allons dîner dans un restaurant populaire chinois indiqué par l'hôtel. Les tables et les tabourets en plastique sont en plein air. Les toiles cirées sont fatiguées et du papier toilette sert de serviettes, à jeter dans une corbeille au pied de chaque table. Nous commandons du porc aux noix de cajous (cette fois il y en a mais c'est le porc qui manque !) et du crabe en sauce piquante. Ce sont de petits crabes peu pratiques à décortiquer, propices aux taches. Nous regagnons notre chambre par des rues mal éclairées et pas toujours goudronnées.
 
Mardi 7 janvier : Au beau milieu de la nuit, une dégoulinante musique de gongs me tire du sommeil. Elle précède un interminable discours monocorde tenu par un moine peu charismatique. Des dévots lui apportent leur soutien en reprenant ses mots d'ordre. Je retrouve cette peur des fanatismes religieux, entendus un peu partout. "Mort aux Juifs, aux Infidèles, aux Impurs, aux Autres" pourraient-ils être tous prêts à entonner... A sept heures, une musique tonitruante réveille ceux qui se seraient assoupis entre temps; et nous par la même occasion ! Ce sont les bonzes du temple (trop) proche qui se manifestent, peut-être pour activer les ménagères à leurs fourneaux avant qu'ils ne partent quêter leur pitance. Qu'ils se réincarnent en crapauds ! Marie aurait bien aimé dormir encore. Nous allons prendre le petit déjeuner dans une pièce toute en longueur, entre garage et magasin, à l'extérieur de l'hôtel. Rien de fameux, oeufs et beignets froids, thé sans goût. Nous partons avec un trishaw, une bicyclette à laquelle a été accolé un side-car acceptant deux passagers dos-à-dos. Les rues principales sont animées mais sans la furia de la capitale, les rues secondaires sont calmes, les boutiques s'ouvrent largement sur la rue, la verdure est partout. Nous longeons sur deux côtés l'ancien palais royal dont il ne reste pas grand chose derrière une muraille crénelée, percée de portes surmontées de tours au goût local, en forme de pavillon carré à toits gigognes, sur des pilotis. Devant, des douves larges isolent cet insolite carré de la ville. 
Birmanie 2014

Nous nous faisons déposer au pied de l'escalier, encadré par deux immenses chinthes, divinités protectrices mi-lion, mi-dragon, qui grimpe au sommet d'une colline. Nous préférons monter au sommet en utilisant les services d'une camionnette qui nous amène au pied de la pagode construite au point culminant. La vue est très décevante, la brume dissimule la ville et on ne distingue le carré du palais royal qu'à grand peine. Une volée de marches conduit à la pagode où il faudrait acquitter un droit de photographier, ce que je refuse. Peu de visiteurs, quelques amoureux venus s'isoler et des touristes courageux.

Birmanie 2014

La construction est récente, très kitsch, des carreaux de verre colorés, dans des tons chauds, couvrent parois et plafonds, des statues peinturlurées agrémentent les lieux. Nous redescendons avec l'ascenseur et rejoignons la route en dévalant les marches, entre les échoppes des marchands du temple. Marie a remis ses chaussures alors qu'elle n'en a pas le droit. Rares sont ceux qui nous en font la remarque, que nous ignorons de toute façon. Enfin nous retrouvons la route. En face de l'escalier s'ouvre un couloir occupé par des astrologues que nous ne consultons pas. Nous accédons ainsi à la pagode Kyauktawgyi qui renferme un bouddha de bien belle taille en marbre. Les murs des pièces voisines sont recouverts de milliers de petits carreaux de glace, on se croirait dans un lupanar turc, mais de luxe ! Nous déjeunons dans une gargote. Marie trouve quelques traces de poulet dans son plat de riz frit, Je n'en ai guère plus dans mon ragoût aigre-doux, la bière fraîche nous fait tout pardonner. 

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Nous repartons à pied jusqu'à un carrefour où nous apercevons une forêt dense de stûpas, tous identiques, d'un blanc étincelant, posés sur des cubes qui abritent des stèles avec un texte religieux en birman. Nous contournons cet ensemble qui entoure le stûpa doré de la pagode Sandamuni pour pénétrer dans cet alignement rigoureux et le contempler de la terrasse du stûpa avec, en fond, la colline et l'étincelante pagode à son sommet. Une allée qui longe un étang rafraichissant conduit à une autre pagode reconstruite récemment, trop moderne, sans charme mais à côté, nous découvrons le magnifique monastère Shwe Nandaw qui a survécu à la destruction du palais royal.

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Une construction toute en teck noir, un bâtiment rectangulaire sur pilotis à quatre toits superposés. Toutes les surfaces sont très finement sculptées de scènes mythologiques, des milliers de personnages ornent portes, murs, rebords de toits. L'intérieur est doré, sols et parois patinés par les pieds et les mains des visiteurs. Les femmes ne sont pas autorisées à approcher de trop près la statue du bouddha... Il est encore relativement tôt mais nous avons rempli notre contrat de la journée et nous commençons à être fatigués, sans parler d'une pépie persistante. Nous retournons sur les bords de l'étang et nous nous offrons des sodas avant de négocier un taxi pour nous ramener à l'hôtel. J'en repars pour aller changer des dollars chez un Chinois dans sa boutique de bijoux en or. Je traîne un peu plus loin, m'offre un Coca chez un glacier puis rentre à la chambre. Je parviens à me connecter et mettre un message à Julie. Nous ressortons pour aller dîner dans un restaurant, Mann, repéré précédemment. Il ne paye pas de mine, une vaste salle ouverte sur la rue. Quelques tables sont occupées par des Birmans qui boivent bières et whisky local, les autres par des touristes qui mangent et boivent (bières et whiskies aussi)... Dommage que mon plat d'anguille soit décevant, trop frit, le reste était très correct. Retour à la chambre par les rues presque désertes et mal éclairées.
 
Mercredi 8 janvier : Notre copain Big Brother Bouddah remet ça ce matin ! gongs, discours, choeur et après un court répit, musique à fond les décibels. Qu'il se réincarne en cafard ! Nous demandons à changer de chambre. Pendant que Marie va s'installer pour le petit déjeuner, je déménage nos sacs dans une autre chambre  plus claire mais un étage plus haut... A peine le temps de boire une tasse de thé, avaler deux beignets et nous nous dépêchons de trouver un trishaw, pour nous rendre à l'embarquement pour Mingun. Nous ne sommes pas les seuls. Une cinquantaine de touristes attendent aussi.
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Les berges de l'Irrawaddy sont très animées, de grosses barges sont amarrées et attendent des chargements qu'apportent des camionnettes mues par des moteurs de tracteurs comme celui que nous avions emprunté lors de notre périple dans les rizières chinoises... Le signal de monter à bord de l'une de ces grosses barges ventrues, construites entièrement en bois, est donné. Seuls les premiers embarqués peuvent s'installer dans des fauteuils sur le pont supérieur, les autres, dont nous, doivent s'asseoir sur des fauteuils en plastique dans la cale, au niveau de l'eau. Nous appareillons et naviguons entre les deux rives sableuses du fleuve. Nous apercevons des huttes plantées sur les plages et des pêcheurs sur des barques manoeuvrées à la perche ou avec des moteurs "longue-queue". Une heure plus tard nous accostons à Mingun, accueillis par les conducteurs de charrettes antiques couvertes d'une natte et tirées par une paire de zébus. Ce sont les taxis locaux ! Nous préférons marcher.

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D'ailleurs la première pagode, la paya Satowiya est au bord du fleuve, au sortir du bateau. Chaulée de frais, de plan carré, avec une façade joliment décorée de paons et de dragons, elle se dresse au sommet d'un escalier gardé par des chinthes et une collection de nats, ces génies sagement assimilés par le bouddhisme birman. Plus loin et visible du fleuve vu sa masse, les restes d'une pagode inachevée et qui avait la prétention d'être la plus grande du monde. Ce n'est plus qu'une énorme masse de briques sans grand intérêt si ce n'est d'être la preuve de la mégalomanie d'un de ces dirigeants qui se prennent pour des surhommes. Nous devons acquitter un nouveau droit de visite alors qu'il n'y a rien à visiter. Une grosse cloche est installée sous un pavillon construit à cet effet, chacun peut la faire sonner en la frappant. Enfin, à la sortie du village, une dernière pagode, la paya Hsinbyume se révèle fort intéressante et très jolie.

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Elle éclate de blancheur, un cône de crème chantilly au sommet d'une éminence, entourée par sept vagues successives de terrasses tout aussi immaculées. Du sommet on découvre la campagne environnante et le fleuve alangui entre ses bancs de sable. Nous revenons en suivant la berge du fleuve, au calme, à peine troublé par les toussotements des trains de péniches qui remontent ou descendent le fleuve. Il n'y plus grand monde dans la rue, les touristes battent en retraite, il faudrait arriver maintenant pour avoir les sites sans trublions. Nous tentons de déjeuner dans le restaurant proche de l'embarcadère. Nous avons presque fini la bière fraîche avant que les plats n'arrivent, trop tardivement pour que ayons le temps de les finir aussi emportons-nous les restes dans des sacs plastiques. Nous nous dépêchons de remonter à bord et trouvons des places sur le pont supérieur mais les fauteuils sont très inconfortables et je suis en plein soleil. J'abandonne Marie et regagne la cale, au frais. Nous attendons les derniers retardataires et revenons à Mandalay. A peine débarqués, nous faisons une halte dans la première brasserie en plein air que nous trouvons pour goûter au bonheur d'une bière pression glacée... Nous avons décidé de revenir à l'hôtel à pied par des quartiers populaires.

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Après une portion d'avenue où des potiers vendent de très grosses jarres vernissées, nous traversons un lac sur un pont en teck, en apercevant sur l'autre rive le zedi doré de la paya Chantaya qui se reflète dans l'eau. Nous admirons la dextérité de manipulateurs de cerfs-volants qui, depuis le pont, à l'aide de gros moulinets, font voler haut dans l'azur des taches colorées. Cette vision serait idyllique si elle n'était pas troublée par la vue de l'amoncellement des ordures que nul service de voirie ne vient enlever. Le lac sert de dépotoir, ses berges disparaissent sous les sacs plastiques, tout le monde vit dans l'attente de la venue de pluies qui se chargeront de leur évacuation. Nous contournons la pagode et allons boire un thé, gracieusement offert, dans une maison de thé du quartier, aucune architecture remarquable, le rez de chaussée d'une grande maison qui, comme ses voisines, est utilisé à des fins commerciales. Nous poursuivons par des ruelles entre des établissements monastiques. Les anciennes maisons de bois, sur pilotis, avec des murs en nattes de bambous, noircies par les fumées, voisinent avec de massives constructions coloniales. Nous aboutissons à la paya Eindawya, celle à qui nous devons nos réveils matinaux ! Nous la traversons, une fois de plus les chaussures à la main. Combien de fois nous serons-nous déchaussé-rechaussé aujourd'hui ? Encore quelques mètres et nous voici à l'hôtel ! Repos puis je descends trouver un message de Julie sur internet. Marie a envie d'assister à un spectacle de marionnettes donné pour les touristes, pas moi. Je crains désormais le pire dans ces représentations pour touristes. Nous ne trouvons qu'un trishaw pour nous y conduire. le trajet est long, en légère montée et notre malheureux conducteur souffre. Nous le dédommageons au-delà de la somme convenue, mauvais exemple ! Nous avons à peine le temps d'avaler deux plats dans un restaurant tout proche avant d'assister à la représentation dans une salle minuscule, loin d'être pleine.

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Marionnettes classiques avec des manipulateurs à ficelle, placés au-dessus d'elles et qu'un rideau parfois soulevé permet de voir à l'oeuvre. Un orchestre de tambours, gongs et d'une flute nasillarde accompagne et souligne les mouvements souvent voltigeants des marionnettes. La présentation en anglais, avec une mauvaise sonorisation, ne me permet pas de comprendre les scènes représentées et je ne m'intéresse guère au spectacle, terminé une heure plus tard. Cher pour si peu ! Nous nous inquiétions de savoir comment rentrer mais notre conducteur de trishaw, alléché par notre générosité nous a attendu et nous ramène donc, plus rapidement puisqu'en descente. A peine à la chambre, nous sommes avisés que Christian F. nous appelle de son hôtel. Nous convenons de nous rencontrer demain.
 
Jeudi 9 janvier : Nous avons eu froid dans la nuit. Nous transpirons dans la journée mais les nuits sont fraîches. Notre nouvelle chambre nous a épargné un réveil bouddhiste ! La salle de bain est folklorique. Comme souvent la douche, sans bac, arrose toilettes et murs, le lavabo coule directement sur le carrelage et l'évacuation est très lente. Nouveauté inconnue jusqu'alors et certainement chinoise : la pomme de douche incorpore des lumières qui colorient le jet d'eau... Je vais petit déjeuner seul, Marie préférant traîner dans la chambre. Nous décidons de rallier directement Bagan, faute de temps pour "tout" faire. Nous faisons réserver le bus et un hôtel par le réceptionniste et lui confirmons notre souhait de visiter demain les sites extérieurs avec un taxi pour la journée. Nous partons une fois de plus avec un trishaw en repassant par les ruelles de l'agréable quartier traversé à pied hier. Il nous dépose presque devant le monastère Shwe in Bin où dans un grand jardin, au calme, se tient un magnifique bâtiment sur pilotis, tout en teck.
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Tous les panneaux ne le sont pas mais les toits, leurs rebords, les portes sont finement sculptés notamment de personnages, mains jointes ou humant un lotus, de danseuses déhanchées. Les bâtiments accolés offrent plus de variété de forme et de taille que le parallélépipède du monastère de Shwe Nandaw. Nous repartons avec un autre trishaw jusqu'à proximité d'un restaurant que nous comptions essayer mais il a disparu. Nous nous fions à notre guide pour nous rassasier dans une gargote chinoise mais personne ne comprend ce que nous souhaitons et je ne parviens qu'à me faire servir un gros poisson-chat frit, une pelote d'épingles avec un peu de chair autour ! Je renonce à en venir à bout... Nous sommes dans un quartier plus récent ou plutôt dont les petits immeubles récents, sans caractère, ont remplacé les anciennes maisons. Les rues sont plus larges, bruyantes, parcourues par de pétaradantes escadrilles de mobylettes ou motos chinoises.

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Nous allons visiter deux boutiques-ateliers où des forçats frappent à coup de masse des feuilles d'or placées entre de fines feuilles de bambou, pour les amincir encore avant de les commercialiser sous forme de carrés d'un micron d'épaisseur que les fervents bouddhistes colleront sur leur statue préférée. Il est encore tôt pour rejoindre l'hôtel d'Annie et Christian où nous devons les rencontrer, nous traînons lentement; marquons une pause pour boire un soda avant d'aller les retrouver. Nous allons ensemble sur le toit terrasse de leur hôtel d'un standing nettement supérieur au nôtre. Nous papotons, échangeons nos premiers sentiments sur la Birmanie avant qu'ils ne rejoignent leur groupe, puis, bien qu'ils nous aient proposé de les accompagner à leur restaurant, nous nous séparons. Nous dînons dans un BBQ coréen que nous avions aperçu en passant mais la viande n'a pas mariné dans le soja et nous sommes très déçus. Retour encore en trishaw, sans éclairage dans les rues plongées dans le noir... Le malheureux transpire à pédaler et je suis soulagé pour lui, comme pour moi, quand nous arrivons. Nous nous faisons remettre des couvertures supplémentaires pour la nuit.
 
Vendredi 10 janvier : Nous partons ce matin avec une voiture et un chauffeur pour une longue journée d'excursion dans les environs de Mandalay. Les tarifs ont sensiblement augmenté depuis l'année dernière, la location d'une voiture avec chauffeur passant de 25000 à 35000 kyats. Grosse inflation dans le tourisme ! Nous traversons le quartier des tailleurs de pierre, des centaines de Bouddhas de toutes tailles émergent de diverses pierres sous les meuleuses des artisans. Nous commençons par la visite de la pagode Mahamuni. Comme les autres on y accède par l'un des quatre couloirs aux points cardinaux qu'occupent les marchands d'offrandes et les astrologues.
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Les plafonds des porches sont peints à fresques et montrent des paysages, des trains du temps de l'occupation britannique, des personnes de la bonne société endimanchées. Je retrouve les peintures murales du Shikawati !

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Au bout du couloir nous débouchons dans une cour où de petits enfants maquillés et habillés de tissus chatoyants vont en procession accomplir quelque cérémonie. Les parents ne sont pas peu fiers que leurs rejetons soient pris en photos par les touristes... Mais le but de la visite n'est pas là.

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Au centre du bâtiment se tient sur un socle une statue de Bouddha que les fidèles, du moins les hommes, les femmes n'ont pas le droit de l'approcher, couvrent de ces très fines feuilles d'or que nous avons vu fabriquer hier. Il y en a tant qu'il en devient bouffi, des photos anciennes montrent l'évolution de ce cas d'éléphantiasis ! Le visage qui échappe à cette furie sédimentaire est resté lisse. Nous faisons le tour de la pagode, des salles sont consacrées à des peintures expliquant la venue de cette statue en ces lieux, d'autres enserrent les offrandes précieuses. Des statues en bronze provenant d'Angkor aux vertus curatives supposées quand on en frotte la partie du corps source de maladie, des gongs gigantesques, une tour d'horloge complètent l'ensemble. Nous nous rendons ensuite à Amarapura, au monastère Mahagandhayon pour assister au repas des moines et moinillons.

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Nous n'y sommes pas seuls, là non plus. Le nombre de touristes, appareils photos ou caméras à bouts de bras, est indécent ! Le monastère accueille plusieurs milliers d'élèves qui suivent un enseignement. Le seul repas consistant de leur journée est à dix heures et quart. Grands et petits, élèves et professeurs se sont alignés dans une allée et, avant de pénétrer dans le réfectoire, passent devant de bonnes âmes qui, puisant à grandes louches dans des bassines de riz, vont remplir leur bol à offrande. C'est aussi la ruée des photographes amateurs à laquelle, à ma grande honte, je me mêle...

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Nous repartons pour Sagaing. Nous traversons l'Irrawaddy sur un long pont métallique à plusieurs arches. Sur l'autre rive les collines sont couronnées de dizaines de stûpas, presque toujours dorés, que nous distinguons mal dans la brume.

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Le chauffeur nous amène à une construction récente, en béton, un temple circulaire dédié semble-t-il à l'enseignement du pali. Intéressant pour découvrir le mariage du kitsch et du béton mais sans plus. Nous grimpons ensuite au sommet d'une colline, jusqu'au temple Umin Tounzeh, un autre sommet du kitsch, en plus coloré, les dorures pourraient décorer un restaurant chinois en France. Il s'y trouve une galerie où une quarantaine de statues de Bouddha s'alignent, toutes identiques. Ici rien d'ancien et s'il y en a, il a été ripoliné sans la moindre hésitation. La vue s'étend sur les plaines dans lesquelles serpente mollement le fleuve et sur les dizaines de pagodes avec leurs pointes dorées éparpillées dans la campagne mais tout est diffus dans cette brume de fin de saison sèche. Nous montons ensuite à la plus haute colline sur laquelle se tient la paya Soon U Ponya Shin. Toujours des dorures plastiques, une grande statue de Bouddha qui rayonne de belles lumières électriques colorées. Les sols sont recouverts de carreaux de salles de bains du plus bel effet. Quelques peintures tentent de mettre en garde contre les turpitudes du monde moderne. peine perdue certainement... Nous allons ensuite déjeuner dans un restaurant où se retrouvent tous les touristes, sous des paillotes dans un jardin. Nourriture correcte à des prix nettement plus élevés. Nous poursuivons en allant prendre une barque à moteur, abandonnant voiture et chauffeur, le temps de nous rendre à Inwa. Sur l'autre rive, d'anciennes carrioles en bois bâchées, tirées par de vaillants poneys attendent les touristes pour la visite des monuments de cette ancienne et très éphémère capitale. Au moment de partir, je m'aperçois que j'ai oublié les tickets dans la voiture. Je me dépêche de retraverser, récupérer les billets et revenir.

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Nous voici partis pour une promenade bucolique dans la campagne, belles maisons anciennes en bois à un étage et multitude de stûpas blanchis. Nous arrêtons pour les restes de trois zedi de brique dont il reste de belles traces du revêtement de stucs et quelques Bouddhas délavés. Nous empruntons ensuite une digue au milieu des rizières pour arriver au monastère de Bagaya. Encore une de ces constructions toute en bois de teck, reposant sur d'impressionnants piliers du même arbre.

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Les façades extérieures, à l'exception des encadrements des portes et des fenêtres très ouvragés, ne sont pas décorés, l'intérieur guère plus. Nous repartons pour une dernière et rapide visite du monastère Maha Aung Mye Bonzan, lourde structure abandonnée à plusieurs niveaux en brique et maçonnerie, très décorée néanmoins. Nous retournons à l'embarcadère, retrouvons notre chauffeur qui nous emmène au dernier site, le pont U Bein à Amarapura.

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Il y a foule là aussi, tous les touristes sont venus guetter le coucher du soleil, des Birmans en font autant et des moines s'offrent un moment de récréation. Ce très long pont piétonnier enjambe le lac de Mandalay et évite un long détour. Il repose sur des piliers de teck qu'il est préférable de ne pas examiner de près.

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Des barques emmènent les touristes sur le lac, des pêcheurs immergés à mi-corps font de belles prises. Le soleil couchant éclaire les piles qui se reflètent dans le miroir du lacs. Nous le longeons jusqu'à la limite des eaux, basses en cette saison. Le sol est couvert de détritus. Nous en parcourons aussi une section en montant dessus mais alors on ne le voit plus. Le soleil couché sans effet spectaculaire nous rentrons à l'hôtel dans la circulation confuse, peu de véhicules ont des lumières et c'est la loi du plus fort qui prédomine. Après un court repos à la chambre, nous ressortons pour aller dîner chez Mann. Longue attente que trompe une bière avant d'avoir nos plats pas bien fameux. Un trishaw en maraude nous cueille à la sortie du restaurant et nous ramène à l'hôtel.
 
Samedi 11 janvier : Encore un réveil matinal, debout à cinq heures pour prendre le petit déjeuner alors que le jour se lève puis partir en taxi à la gare routière. Nous montons dans un bus au standing très nettement inférieur à celui pris à Rangoon. Les sièges sont très étroits et peu inclinables. Les moines occupent les sièges de devant, privilège qui leur est dû ainsi que la gratuité... Nous ne partons pas plein mais l'apprenti racole et nous nous arrêtons à chaque village pour ramasser ou déposer des passagers. Paysage verdoyant, rizières et palmiers à sucre quand nous sommes proches du fleuve, brousse déserte en dehors. Nous traversons des villages où les maisons traditionnelles sont fréquentes.
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Les charrettes tirées par des attelages de zébus parcourent la campagne, indifférentes aux klaxons rageurs des bus. Nous faisons une halte pour déjeuner dans un relais tenu par une tonitruante mégère. Nous nous contentons d'un paquet de pommes chips et d'une bière avant de repartir. Nous sommes rapidement à Nyaung Oo, plus tôt, encore une fois, que prévu. Une carriole à cheval a été envoyée par l'hôtel New Park où nous avions réservé une chambre  et nous y sommes peu après débarqués. Nous disposons d'une grande chambre avec tout ce qui nous avait manqué jusqu'alors : des cintres, une table et des fauteuils et même une petite terrasse privative devant le bungalow. Nous faisons le point, essayons d'envisager la suite. Je ressors tenter de changer des dollars et me renseigner sur les possibilités de nous rendre à Mrauk U. De retour à la chambre, je parviens à me connecter et envoyer des messages. Marie relit mon texte que nous amendons ainsi ensemble. Nous ressortons pour dîner au restaurant, le Black Bamboo. tenu par une Française et, de ce fait, fréquenté par tous les touristes en mal d'expériences gustatives... Nous nous offrons des cocktails avant de passer aux choses sérieuses : un plat thaï pour Marie, inodore et sans saveur et un curry local, loin d'être épicé pour moi. Nous regagnons la chambre. Je parviens à mettre le blog en ligne puis nous nous couchons et je m'endors très vite.
 
Dimanche 12 janvier : Le petit déjeuner est succinct, mais tout de même avec des oeufs, des toasts et des fruits. La carriole à cheval que j'avais réservée hier nous attend. Ce n'est pas très confortable, Marie ne se trouve bien ni à l'avant ni à l'arrière. Nous partons en direction de Old Bagan, des stûpas de brique apparaissent, dispersés dans la campagne, des grands, des petits, les plus importants reposent sur des socles cubiques et sont recouverts de stucs.
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Premier arrêt pour le temple de Htilominlo, une grande structure de plan carré à plusieurs niveaux, très décorée, renfermant, comme d'habitude, aux quatre points cardinaux des statues géantes du Bouddha, entourées de parasols de cérémonie.

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Presque en face, le petit temple de Thein Upali renferme de belles fresques qu'un gardien nous permet de voir. Derrière, des champs où s'activent à lier des bottes de tiges de maïs des paysans, indifférents à la beauté de leur cadre de travail. Nous franchissons la porte de l'ancienne cité de Bagan. Ne s'y trouvent plus que des pagodes et quelques établissements hôteliers de luxe, construits dans le style local mais jurant par leur éclat du neuf avec la patine des temples. Nous arrêtons au temple Mahabodi, de style indien, surmonté d'une tour sikhara en pain de sucre.

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Plus loin, le temple Bupaya avec son stûpa doré paraît récent, il est très fréquenté en ce jour de repos par les habitants qui viennent se prendre en photo sur la terrasse surplombant l'Irrawaddy et les bateaux de promenade qui les ont amenés. Encore un temple, Gawpawlin, massif, avec les inévitables Bouddhas dorés dans leur niche. Je commence à saturer, nous enfilons les pagodes les unes après les autres, ce soir je les mélangerai toutes et demain je les aurai oubliées.

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De la terrasse de la pagode Mimalaungkyaung, nous avons une belle vue sur la campagne et les stûpas qui en émergent, vision proche de celle que j'attendais ici.

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Au temple de Patothamya, le plus ancien, nous découvrons les murs intérieurs entièrement couverts de superbes fresques. Elles ne sont pas éclairées, la gardienne a une meilleure lampe torche que nous et nous parvenons à distinguer des Bouddhas en très grand nombre ainsi que des scènes profanes (?), des bateaux, des défilés de chevaux, d'éléphants. Une restauration s'impose et rapidement ! Notre carriole suit un chemin dans la campagne avant de parvenir à la grande pagode Thatbyinnyu sans grand décor intérieur.

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Une dernière, Shwegûgyi se révèle très intéressante non pour son décor, ses Bouddhas, mais pour la vue depuis sa terrasse. J'y trouve enfin ce que j'attendais, comme à Tikkal, des sommets de temples qui surgissent dans le lointain de la végétation. Dommage que s'y ajoutent les constructions modernes d'un resort ! Nous ressortons de Old Bagan et nous nous arrêtons aussitôt pour aller déjeuner chez Sarabha II, sous une agréable paillote. Bonne cuisine mais chère pour les portions servies, en particulier ma salade de poulet. Il existe un Sarabha I, aussi bien installé et moins cher... Après le déjeuner, nous retournons à notre calèche mais le conducteur n'est pas là. Nous patientons puis l'envoyons chercher. Il nous fait dire de nous rendre à pied à la pagode Ananda. Je vais le voir, il mastique sa chique de bétel qui ne facilite pas son élocution, la bière (le whisky local ?) avalée non plus... Nous partons à pied en traversant le marché, couvert de bâches entre deux échoppes de marchands de tissus. Marie peste contre le conducteur de la carriole. Le saint des saints est entouré de couloirs concentriques percés d'une multitude de niches qui, vous l'avez deviné, abritent des Bouddhas. Il faut ressortir d'un autre côté pour aller visiter un petit bâtiment entièrement couvert de fresques à l'intérieur. Certaines ont été restaurées et un faible éclairage permet de distinguer de superbes scènes de banquets, de processions. Nous revenons sur nos pas et devons retraverser la pagode. De retour à la carriole, nous trouvons notre conducteur en train de ferrer son cheval ! Il veut changer un fer mais tord les clous faute de marteau... Nous trouvons une autre carriole pour retourner à l'hôtel, plus question de pagodes ni de coucher de soleil. En chemin, nous sommes doublés par notre carriole de ce matin dont le cheval semble avoir retrouvé fière allure. Fin d'après midi sur la terrasse de la chambre à mettre à jour blog, texte et photos. Nous allons dîner dans la gargote en face de l'hôtel (Christiane en avait parlé...). Nous sommes seuls, ce n'est pas très gai... Nourriture quelconque, toujours du porc ou du poulet cuisiné avec des légumes et une vague sauce, vite avalée. Retour à la chambre.

Lundi  13 janvier : Nous nous réveillons un peu tard mais nous sommes prêts pour partir à neuf heures avec un nouveau conducteur de carriole.

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Nous quittons bientôt la route de Old Bagan pour emprunter des chemins sablonneux au milieu des cultures, haricots, soja, que des paysans sont venus sarcler avec leurs belles charrettes traditionnelles au timon décoré, attelées d'une paire de sages zébus blancs. Première halte pour le temple de Dhammayangyi, une des plus grandes constructions du site, sur plusieurs terrasses superposées. De grandes statues dorées de Bouddha occupent les ouvertures dans trois directions cardinales.

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A leurs pieds, des tapis chinois avec des dessins de gros nounours... Des couloirs sombres et très hauts de plafond en font le tour. Nous arrêtons ensuite à une petite pagode, la Lawkahteikpan dont l'intérieur est couvert de très belles fresques difficilement visibles sans éclairage mais le gardien a tout prévu et prête aux visiteurs des lampes, plus performantes que la nôtre. Nous atteignons l'incontournable pagode Shwesandaw en forme de pyramide, plusieurs gradins que l'on peut atteindre par de raides escaliers sur chacune des quatre faces. Je décide Marie à grimper au second niveau mais, effrayée par la descente, elle ne veut pas continuer. Je poursuis donc l'ascension seul.

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A chaque niveau c'est l'émerveillement, je suis entouré de stûpas en brique que la lumière point encore trop crue éclaire et dore. Les pointes des zedi s'échappent des arbres et des buissons et plus on monte et plus j'en vois, à perte de vue. C'est la vision de Bagan que j'avais ! Je récupère Marie à la descente puis nous allons contempler dans un bâtiment voisin, un long Bouddha couché, la tête reposant sur des coussins de pierre. Nous repartons pour, au milieu des palmiers à sucre, le temple Gubyaukgyi. Sous la tour sikhara, les encadrements sculptés de fenêtres et de portes sont remarquables mais ce sont surtout ses fresques intérieures qui justifient le détour. Le gardien qui baragouine un peu toutes les langues a eu la riche idée de mettre à la disposition des visiteurs une lampe électrique et un très long fil qui la relie au courant. Les peintures sont alors bien apparentes. Elles décrivent des scènes de la vie de Bouddha mais nous sommes bien trop ignares pour savoir les déchiffrer. Nous atteignons le village de Myinkaba et nous y déjeunons dans une gargote, classiques riz ou nouilles sautés avec des légumes et quelques morceaux de viande ou de crevettes. Le service est lent, il ne doit y avoir qu'une seule marmite sur un feu unique... Nous visitons un atelier de fabrication d'objets en laque. On nous montre les différents étapes de la fabrication avant de nous faire voir en détail le magasin. Nous y trouvons de belles boîtes anciennes au décor floral, mais les prix sont dissuasifs. Je trouve une autre belle boîte ancienne mais au prix bien trop élevé pour démarrer un honnête marchandage. Marie inaugure la période des achats de cadeaux avant que nous ne repartions pour, à quelques centaines de mètres, l'ensemble des temples Manuha et Nanpaya. Nous commençons par ce dernier, un modeste bâtiment, joliment décoré extérieurement et renfermant encore des fresques.

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Les quatre piliers de la nef sont curieusement sculptés de représentations de Brahma avec ses trois têtes et d'ogres qui recrachent des fleurs. La décoration extérieure n'est pas en reste et les encadrements de fenêtres montrent des monstres et des dragons sculptés.

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La pagode voisine, Manuha, paraît moderne, elle est très fréquentée pour ses gigantesques Bouddhas, assis et couché recouverts d'or, installés dans des espaces confinés où il est difficile de les considérer avec un peu de recul. Nous marchandons une paire de marionnettes articulées mais nues. Plus loin, à la pagode Ape Yadana, nous peinons à distinguer d'autres fresques en moins bon état, sans autre éclairage que notre lampe de camping. Le dernier temple, Nagayon est joliment décoré à l'extérieur avec des pinacles dorés. L'après midi est bien avancée, le soleil commence à darder des rayons moins ardents, les couleurs sont plus chaudes, il est temps de nous acheminer au pas lent de notre cheval, en traversant la campagne, vers une pagode d'où nous pourrons guetter le coucher du soleil.

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Cette dernière promenade au milieu des stûpas est superbe. Nous en découvrons de nouveaux à chaque virage, des ensembles tous plus photogéniques les uns que les autres. Nous arrêtons au pied de la pagode Bulethi. Nous n'y sommes pas les premiers, ni les derniers. Il faut escalader des escaliers trop raides au goût de Marie mais, une fois parvenus à la terrasse supérieure, on est entouré de pagodes, stûpas, zedi, en brique, dorés ou blancs, dans toutes les directions, piquetant la campagne.

Birmanie 2014

Nous attendons la disparition de l'astre à peine rougeoyant, coloriant d'une nuance orangée les quelques pointes à l'occident. La descente n'est pas aussi difficile que le craignait Marie et un dernier coup de collier de notre vaillant coursier nous ramène de nuit à l'hôtel. Nous voulons réserver le bus pour l'étape suivante, au lac Inle, mais celui d'après-demain est déjà complet, nous allons devoir rester un jour de plus à Bagan. Nous allons dîner dans un restaurant indien, bonne cuisine, poulet tandoori trop sec et portions de viandes limites  mais, malgré mes craintes, tout est bon. Retour à la chambre pour une nuit bien méritée.

Mardi 14 janvier : Nous ne nous pressons pas d'autant que nous devons commencer par changer de l'argent et la banque n'ouvre qu'à neuf heures et demie. Je règle le bus pour le lac Inle et demande à téléphoner à Nyaungshwe pour réserver un hôtel. Les prix ont considérablement augmenté et beaucoup sont pleins. Nous devons accepter de payer 50 dollars pour être sûr d'avoir une chambre à l'arrivée. Nous partons avec une carriole tirée par un malheureux poney boiteux, son antérieur droit a un boulet enflé. J'ai mal pour lui et hâte d'arriver au marché.

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Sous une halle, les échoppes de tissus, de longyi, de vêtements et de bimbeloterie chinoise disputent la place à d'autres qui ont compris que les touristes étaient d'un meilleur rapport... J'y trouve de belles boîtes en laque que j'ose croire, à leurs craquelures,  anciennes. Négociation, hésitation et finalement achat. Me voilà encombré d'un sac plastique volumineux qu'il va falloir caser dans les bagages. Je vais jeter un oeil au restaurant Bagan Beach, très agréablement installé en hauteur sur la berge ensablée de l'Irrawaddy. Nous hésitons mais les prix sont tout de même nettement plus élevés et nous préférons prendre un trishaw pour nous ramener à proximité de la pagode Shwezigon. J'ai beau avoir un peu moins de scrupules à faire transpirer un homme qu'un cheval, je ne suis pas fier de ma position... Nous allons déjeuner dans une gargote, rien de fameux, il faut chercher les minuscules morceaux de viande au milieu des légumes et la bière est tout juste fraîche. Puis nous traversons l'esplanade qui nous sépare de l'entrée de la pagode Shwezigon, abandonnons nos chaussures et pénétrons dans la cour. De l'extérieur, nous n'apercevions qu'un grand stûpa doré qui paraissait toc.

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A l'intérieur, la débauche de pavillons aux toits en escalier, de zedi, de stûpas, tous  dorés, confère à l'ensemble un cachet digne de la Shwedagon de Rangoon

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Ce temple est très fréquenté, des cohortes de paysans s'y rendent en pèlerinage, s'agenouillent devant des statues, joignent les mains haut au-dessus du front, puis s'installent à l'ombre d'un pavillon pour deviser, papoter, grignoter quelques graines, cracher un jet rougeâtre de bétel et regarder passer les fort exotiques touristes. Dans une salle sont exposés des figurines habillées de mousselines, ce sont les 37 nats admis dans le bouddhisme local. Nous retraversons l'esplanade jusqu'à la route où Marie trouve un trishaw pour la ramener à l'hôtel. Je reviens à pied et me renseigne au passage sur une éventuelle excursion en bateau demain après midi sur l'Irrawaddy. Je mets une petite annonce dans le hall de l'hôtel dans l'espoir de trouver des compagnons pour en partager les frais. Nous avions envisagé de nous rendre avec une carriole à la tour d'observation moderne mais il commence à être tard et aucune carriole n'est en vue. Nous restons donc sagement sur notre terrasse à écrire les cartes postales et attendre l'heure du dîner. Nous allons dans un restaurant qui se prétend mi-italien, mi-gril. Erreur funeste ! Si la salade avocat-tomate-thon est très honnête, le pseudo gril est en fait une plaque sur laquelle grésillent de rares morceaux de viande cuits, bouillis dans le jus des (beaucoup) plus nombreux légumes. Quant au riz, il est, comme d'habitude dans ce pays, servi froid...

Mercredi 15 janvier : Nous hésitons sur le déroulement de la journée. Notre annonce n'a eu aucun succès et nous avons aussi envie de retourner dans la campagne en carriole, nous promener entre les temples, les stûpas et autres zedi. Je vais à la poste envoyer quelques cartes. Puis je rencontre notre conducteur de horse cart de l'avant veille. Nous convenons avec lui d'une balade dans l'après-midi. Je tente encore une fois de me connecter et finis par y parvenir laborieusement. Messages aux F. et à Julie. La matinée se passe ainsi. Pas rancuniers, nous retournons déjeuner au restaurant d'hier soir. Marie se contente d'une crêpe et je me régale avec des nouilles sautées, pas cher du tout. Notre conducteur est ponctuel et nous repartons derrière notre brave petit poney. Nous sortons de la ville par une bien longue portion de route goudronnée avant de retrouver les petits chemins étroits et sablonneux.

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Il nous amène au temple de Iza Gawna, non indiqué dans les guides qui pourtant renferme une multitude d'images du Bouddha de très petite taille, fresques qui entourent, sur les murs et plafonds, une statue du même Bouddha. Beaucoup sont très effacées et la relation de sa vie sur des vignettes peintes presque illisibles surtout pour nous incapables de "lire" ces récits mais l'ensemble, inattendu, est séduisant. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour un groupe de deux autres temples. Le premier, Thambula, avec une sikhara de type indien, laisse deviner, derrière des grilles, des fresques intéressantes mais la porte est verrouillée. Arrive une guide et un couple d'Italiens. Je lui demande si elle a la clé, elle s'en retourne la quérir et nous permet ensuite de visiter l'intérieur.

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Nous y découvrons, ravis, ce qui sera pour nous, peut-être, le plus bel ensemble de peintures, très fines, dans des tons ocre et jaune. Habituelles représentations du Bouddha mais aussi scènes profanes (?), enchevêtrements de personnages dans des mêlées confuses, amoureuses ou guerrières (n'est-ce pas la même chose ?). L'autre temple, Payathonzu, en fait, est triple. Trois modestes constructions accolées et communicantes qui n'ont pour intérêt que leurs fresques intérieures mais que l'on ne peut photographier. Des représentations d'une très grande finesse de danseuses, de dieux hindous, Brahma et ses quatre têtes, Vishnu et ses huit bras,  et d'épisodes de la vie du Bouddha. Tout autour de nous des temples grands et petits qu'il faudrait des jours pour visiter, détailler, comprendre, apprécier. Nous arrêtons ensuite au village de Minnanthu. un village traditionnel qui se transforme tout doucement en village-musée.

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Le touriste, à peine arrivé, est pris en charge par une femme qui le mène entre les maisons, lui montre les récoltes, noix de jujube répandues sur le sol, branches de sésame en train de sécher, les métiers à tisser, l'épicerie où on vend des cheeroots, ces cigares à base de tabac, de tiges de palmier et de jus de tamarin enroulés dans une feuille de maïs qui font un de ces barreaux de chaise digne de Groucho Marx. Des antiques charrettes tirées par des zébus sont en activité, certaines ont de superbes timons sculptés. Mais le temps presse, nous devons nous rendre au petit trot au temple Pyathada, une massive construction guère élégante mais pourvue d'une large terrasse ouverte aux visiteurs. L'escalier, en partie intérieur, n'est pas trop raide et la place ne manque pas.

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Comme aux autres sites en hauteur, nous découvrons à plus ou moins courte distance des dizaines de stûpas de toutes tailles et en fond d'horizon une chaîne de montagnes. Le soleil décline et dore les briques qui lui font face. De nombreux Birmans viennent admirer la vue, se prennent en photo, parfois avec nous et s'en retournent sans attendre le coucher du soleil.

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Comme l'avant-veille, l'absence de nuages interdit au ciel de rougir et seul le contre-jour révèle les silhouettes des temples dans l'axe des derniers rayons.

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Nous nous en revenons à l'hôtel en passant entre les derniers temples qui se détachent en ombre chinoise sur le ciel à peine orangé. Nous commençons à préparer les bagages pour demain puis nous allons dîner dans un restaurant que j'avais repéré en allant à la poste, le Red Pepper. Nous choisissons un menu thaï et nous nous régalons d'une excellente cuisine pimentée au goût de chacun (j'en pleure, mouche !). Poulet au basilic, porc au lait de coco, tout est bon ! Retour à la chambre pour notre dernière nuit à Bagan.
 
Jeudi 16 janvier : Nous devons nous lever avant six heures pour être prêts à sept heures, heure à laquelle on doit venir nous chercher pour nous emmener à la gare routière. Nous patientons puis une jeep arrive et nous emmène directement au bus. Cette fois, nous sommes en compagnie de nombreux touristes et quelques autochtones. Nous démarrons à l'heure mais le bus n'est pas plein. Il continue son ramassage le long de la route et quand tous les sièges sont occupés, les Birmans, qu'il continue d'embarquer tout au long de la route, s'assoient dans le couloir sur des tabourets en plastique très bas.
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Il est encore assez tôt pour que nous puissions assister au défilé des bonzes et moinillons qui tendent leur bol à offrande que de braves ménagères remplissent de louches de riz. Après avoir longé quelques rizières, nous retrouvons la brousse sans cultures ni villages. Je somnole, lit quelques pages du livre de Malcolm Lewis, "Terre d'or". Nous passons la jolie bourgade de Meiktila, alanguie à l'ombre généreuse de grands arbres, au bord d'un lac sur lequel fait semblant de flotter un bateau en béton en forme de gigantesque oiseau, accolé à un temple. Le temps passe, l'heure de s'arrêter pour déjeuner aussi. Nous commençons à désespérer de pouvoir vider nos vessies quand enfin on nous accorde une halte de trente minutes dans un relais routier. Nous prenons deux plats vite avalés et une bière avant de repartir.

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Après Kalaw où descendent de nombreux touristes qui vont continuer en trekking, la route commence à s'élever, les villages sont plus fréquents et l'on y voit de belles maisons sur pilotis aux murs de bambou tressé formant des dessins géométriques. Nous entrons dans le pays Shan, la végétation devient plus luxuriante, la vue s'étend sur la vallée et les montagnes couvertes d'une belle forêt. Dès que nous avons passé un col, nous continuons sur un plateau dénudé, tout en cultures. Puis c'est la descente sur le bassin du lac Inle. Nous ne voyons pas encore le lac mais ses eaux remplissent des canaux au milieu des terres. Le bus nous dépose à l'entrée de Nyaungshwe où nous attend une sorte de tuk tuk avec un grand plateau et deux bancs pour les passagers. Il nous amène à l'hôtel Taekwood, pas désagréable, mais la patronne a un côté "avidadollars" déplaisant. Je pars presqu'aussitôt me renseigner dans une agence de voyage sur les tarifs des excursions sur le lac. A mon retour, Marie est au téléphone avec Christian qui nous propose de nous joindre à eux pour une grande promenade en bateau samedi jusqu'à Sankar. Nous allons dans une agence nous renseigner et leur communiquons les renseignements et les tarifs, heureusement bien moins élevés que ceux qu'ils envisageaient. Je vais ensuite me renseigner dans une troisième agence recommandée pour avoir confirmation des conditions. Nous dînons dans un petit restaurant coquet de bonnes grillades avec des frites mais les portions sont vraiment trop réduites. Dommage ! De retour à la chambre, je parviens à me connecter, message aux F., à Vettou et Michelle.

Vendredi 17 janvier : Nous commençons par retourner à l'agence de voyage où je m'étais rendu la veille et nous finalisons les réservations pour les promenades sur le lac les deux jours suivants. Nous réservons également le retour en bus de nuit à Yangon.

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Nous allons faire un tour au marché, rien d'original, marchandes de fleurs photogéniques et quelques femmes avec une serviette nouée en turban sur la tête. Des marchands de souvenirs sont installés, nous trouvons des copies de livres dont les pages sont des feuilles de bambou, avec d'un côté un texte en pali et de l'autre des peintures représentant la vie du Bouddha. Marie achète une jolie paire de marionnettes pour Julie. Nous nous rendons ensuite à la pagode Yadanarmanaung, une de celles que les touristes n'ont aucune raison de visiter et pour cause il ne s'y trouve rien d'intéressant, si ce n'est, dans des vitrines poussiéreuses, divers objets sans doute offerts à la pagode, des bols, des carillons Westminster, de la verroterie, des objets recouverts de pierres peut-être précieuses et de dorures, des personnages miniatures, des sculptures pas toujours très anciennes, un ensemble très hétéroclite et étrange. Nous déjeunons dans un restaurant proche, spécialisé dans les pâtes, les gnocchi et les crêpes, comme bien d'autres gargotes qui ont vite compris que les touristes, las de la cuisine locale, seraient ravis de retrouver une "bouffe internationale" insipide. Presque tous les plats étant au fromage, je me contente de très honnêtes frites et de "guacamole". Nous revenons à l'hôtel pour un court repos puis nous repartons en quête d'un tuk tuk pour nous rendre à Mang Thawk. Nous faisons le tour des agences de voyage dont les tarifs nous paraissent bien élevés. J'abandonne Marie dans l'une et vais à la gare des tuk tuks où j'en négocie un pour 12000 kyats. Nous partons dans cet étrange camionnette mue par une moto. La suspension est des plus raides et nous sautons sur la mauvaise route, sans voisins pour amortir les chocs. Des passages de piste sont particulièrement éprouvants. Marie n'y tient plus, cognée de partout, des poussières plein les yeux,  et nous décidons de faire demi-tour. Nous retournons directement à la chambre. Nous écrivons quelques cartes postales puis allons les mettre à la poste. Nous marchons ensuite jusqu'au bord du canal qui relie la ville au lac. Impression d'une Venise orientale avec une multitude de pirogues "longue queue" qui sillonnent à grand bruit et en soulevant une gerbe d'eau le canal en transportant des sacs ou des ballots et plus souvent des touristes (des ballots ?). Des adolescents jouent avec une balle en osier, le chinion, qu'il faut relancer en ne la frappant qu'avec les pieds, jeu que nous avions déjà vu en Thaïlande. Les gens que nous croisons, ici comme ailleurs, sont toujours très gentils, sourires, salutations, sans arrière pensées mercantiles, quelquefois on nous propose un tour en bateau ou un moyen de transport mais toujours aimablement et sans insister. Un peuple décidément sociable, d'une grande douceur. Le soleil couché nous revenons à l'hôtel attendre le coup de fil de Christian à qui je confirme le départ demain. Il souhaite un guide et repousser l'heure de départ d'une demi-heure, ce qui convient à Marie Je retourne à l'agence les prévenir. Nous allons dîner dans une gargote de la rue principale, Min Min, clientèle exclusivement étrangère, rassemblement de touristes occidentaux pour une cuisine semblable à celle de ce midi, je sacrifie aux gnocchi, je suis calé pour quelques heures...

Samedi 18 janvier : Nous devons encore nous lever avant six heures pour prendre un petit déjeuner juste avant sept heures, et être au rendez-vous avec la guide qui va nous accompagner sur le lac Inle. Marche inattendue jusqu'au canal pour trouver notre pirogue et enfin partir à toute vitesse sur le chenal qui relie Nyaung Shwe au lac.

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Nous filons entre les roseaux avant d'atteindre la vaste étendue d'eau déjà parcourue en tous sens par d'autres pirogues chargées de colis et pour quelques-une de passagers. Nous devons prendre les F. au passage, à leur resort. Mais ni la guide, ni le conducteur du bateau ne semblent très bien savoir où se trouve cet hôtel. Nous apercevons bien un ensemble de bungalows sur pilotis qui pourrait correspondre à la description de Christian mais ils se dirigent dans un canal qui nous amènent dans un cul-de-sac. Demi-tour puis renseignement pris auprès d'un pêcheur, nous enfilons un autre canal qui nous amène à un resort mais ce n'est pas le bon ! La guide et moi le traversons à pied, rejoignons la route et marchons jusqu'à celui recherché. Les F. ne sont pas à leur chambre mais, logiquement, nous attendent à la jetée, ce qui semble dérouter notre guide... Enfin je les retrouve, une autre pirogue affrétée par notre guide nous ramène à notre pirogue et nous pouvons enfin nous lancer dans la traversée du lac avec trois quarts d'heure de retard...

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Au passage nous admirons l'habileté avec laquelle les pêcheurs manient, avec une jambe l'aviron, debout sur l'autre à la poupe de leur esquif, tout en lançant leur filet ou en remontant de grandes nasses ! Les collines se rapprochent, nous sommes à l'extrémité sud du lac, nous continuons sur un large chenal.

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Nous traversons de beaux villages lacustres, les maisons sur pilotis ont très souvent deux étages, certaines sont imposantes.

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Même les pagodes sont sur pilotis ! Les collines qui entourent le lac sont perdues dans la brume, nous y distinguons néanmoins des stûpas, la moindre éminence en est pourvue. Vue du ciel, la Birmanie doit ressembler à un crocodile hérissé de pointes. Nous empruntons ensuite un canal secondaire encombré de jacinthes d'eau envahissantes pour aboutir au village de Hmawbe où se tient le marché. Celui-ci a lieu tous les cinq jours dans certains des villages du lac. Nous y parvenons tard, les commerçants commencent à remballer leurs ballots.

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Tout juste avons-nous le temps d'y voir quelques femmes de l'ethnie Pa-O, vêtues de noir et la tête ceinte d'un turban rose ou orange. Quelques hommes d'une autre ethnie portent un turban ocre. Malgré la venue de plus en plus fréquente de touristes, aucun ne s'offusque d'être le sujet de clichés pris sous leur nez.. Peu de choses intéressantes sur les étals, quelques fruits et légumes, des produits manufacturés indispensables, allumettes, bougies, piles, savon etc... Nous repartons sur le canal, les villages disparaissent, l'intérêt s'émousse, nous somnolons tous jusqu'à ce que nous atteignions le lac Sankar presqu'entièrement couvert de ces jacinthes dont ils ne semblent pas tirer profit. Après avoir aperçu la pagode Tharkaung et ses stûpas, nous abordons la rive orientale au village éponyme. Contrairement à nos espoirs, nous n'y sommes pas les seuls, bien d'autres touristes foulent en ce jour le même sol que nous !

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Avant même d'accoster, nous découvrons des stûpas ruinés en brique, les pieds dans l'eau. La construction d'un barrage a fait monter le niveau des eaux et le village paraît abandonné.Une courte marche nous amène à la pagode entourée elle aussi de stûpas ruinés.

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A l'intérieur un Bouddha taillé dans du bois de frangipanier, doré comme il se doit, ainsi que des représentations des nats qui l'entourent. Après avoir exploré la zone des stûpas au bord de l'eau, surveillés par la guide qui veille à ce que nous retirions nos chaussures dans les lieux consacrés, nous reprenons notre bateau pour traverser le lac, aborder la rive occidentale et ainsi pouvoir nous sustenter au même restaurant que tous les autres touristes, ce qui représente déjà quelques tables... Plats classiques que j'aurais bien accompagnés d'une bouteille du rosé local mais personne ne semble intéressé.

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Nous visitons ensuite, très rapidement une distillerie très artisanale d'alcool de riz, sans dégustation... Nous repartons pour une brève traversée de ce qui, de loin, pourrait sembler être une prairie traversée de bras de rivière et qui est, en fait, un lac couvert d'herbes flottantes en couches suffisamment épaisses pour former par endroit des jardins cultivés.

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Nous débarquons et sommes alors sous les centaines de stûpas en cours de restauration qui entourent la pagode Tharkaung. De riches Chinois de Singapour, de Malaisie ou d'autres contrées, ont financé la réhabilitation inachevée du lieu, le béton et le ciment ont été fortement mis à contribution. Examiné de près le résultat paraît consternant mais l'ensemble, sous un soleil bienveillant, ne manque pas de charme et les clochettes des thi, les coiffes métalliques des pointes des stûpas, tintinnabulent dans l'air qui les agitent.

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Nous en faisons, séduits, le tour, avant de reprendre le bateau et le chemin du retour.

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Le soleil décline et rosit les maisons lacustres du dernier village Nam Tan que nous traversons au ralenti. Nous filons sur le lac pour ramener les F. à leur resort. Le soleil se couche quand nous y sommes, il ne fait plus chaud, les embruns et une vague, soulevée par une autre pirogue croisée, m'ont suffisamment mouillé pour que j'ai hâte de rentrer. Nous débarquons enfin, fatigués, avec de bons coups de soleil en ce qui me concerne. Nous rentrons à l'hôtel puis allons dîner au plus proche restaurant où je peux me connecter, recevoir les messages de Michèle et Vettou mais toujours rien de Julie ! Nous nous offrons deux très honnêtes cocktails avant de dîner puis de rentrer nous coucher avec la perspective d'une seconde journée sur le lac.
 
Dimanche 19 janvier : Réveil un peu plus tardif ce matin d'autant que le réveil n'a pas sonné. Nous sommes à sept heures et demie au coin de la rue où bientôt apparaît notre boat driver de la veille. Nous devons retourner à pied jusqu'au canal puis embarquer et filer de nouveau vers le lac. Le ciel est couvert, tout gris, mais il va lentement se dégager partiellement.
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Les pêcheurs avec une grande nasse, l'incontournable photo du lac Inle, attendent les touristes sur leurs pirogues et aussi un petit billet en échange... Nous traversons le lac puis remontons une des rivières qui l'alimentent. Nous devons franchir, presque comme de très modestes rapides, des barrages de troncs et de terre qui régularisent le débit.

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En approchant d'In Dein, nous passons sous de jolis ponts, souvent couverts, en bambous. Nous accostons puis traversons à pied une petite bambouseraie avant d'entrer dans le village. Les méfaits du tourisme de masse se manifestent aussitôt. Succession de stands de "souvenirs" de la plus extrême laideur, vendeurs bien moins insistants qu'au Maroc mais qu'en sera-t-il dans peu d'années ? La place du marché, le vrai, est fréquentée par des gens des ethnies de la région descendus de leurs montagnes pour l'occasion.

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Les touristes, mes semblables, mitraillent sous leur nez, la moindre femme portant turban coloré, jupe et sarrau noir ou bleu marine. Ce sont celles qui fument des cigares de fabrication locale qui ont le plus de succès.

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Quelques-unes ne refusent pas, quand elles ne le sollicitent pas, un billet que d'ici peu elles exigeront, à raison, pour se voir immortalisées lors des soirées diapos entre amis, dans les foyers occidentaux. Entre les étals de fruits et légumes, les déballages de bijoux de pacotille, les ustensiles aratoires, on trouve des bijoux de fausses perles, des bracelets d'argent, une multitude de statuettes à prétention bouddhiste, des marionnettes etc... pour les touristes. Il y a nettement plus d'animation que dans le marché vu la veille, plus de touristes aussi... Nous montons à la pagode Shwe Inn Tain dont le couloir d'accès, couvert de vilaines tôles ondulées commence, une fois le pont sur la rivière franchi. Nous devons acquitter un droit de photographier... Tout au long de ce corridor, les vendeurs de souvenirs sont installés et guettent le bon client en tentant de l'attirer avec quelques mots d'italien, de français, quand ils parviennent à deviner notre nationalité. Ils n'en sont pas encore à ces formules entendues à Bagan : "Vas-y mollo mon Coco" dont on se demande qui a bien pu la leur apprendre !

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De part et d'autre de ce couloir, des stûpas de brique, ruinés, perdus dans la végétation confèrent au lieu un charme de cité perdue, dévorée par la jungle, dont nous pourrions presque nous croire les premiers visiteurs... En arrivant au sommet de la colline, ces stûpas sont en cours de rénovation, de généreux donateurs ont commandité leur ré-érection, les ont fait bétonner, cimenter puis dorer. ils ont acquis ainsi bien plus de mérites qu'en dotant des établissements charitables... 

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Si chacun de ces stûpas est individuellement plutôt laid, leur accumulation (ce qu'a bien compris Arman), comme en d'autres sites, crée un ensemble qui ne manque pas d'allure, sans oublier le cliquetis des clochettes agitées par le vent. La pagode n'a pas grand intérêt et après avoir rapidement contemplé la vue sur le lac dans le lointain, nous redescendons vers le marché qui se termine.

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De très rustiques camions remmènent vers leurs villages des femmes souriantes, rieuses, toutes avec de beaux turbans écarlates. Les hommes portent des pantalons courts et des vestes noires ou bleues de gros drap et en bandoulière de jolis sacs colorés. Ce sont ces petits hommes bruns qui ont constitué dans toute l'Indochine, les troupes de supplétifs de toutes les armées qui s'y sont battues, ne récoltant que méfiance des autorités issues des indépendances et des places dans les cimetières. Nous repartons pour la tournée des ateliers d'artisanat, bijoutiers d'argent, fabricants d'ombrelles, de cigares locaux etc... Je suis de mauvaise humeur face à ce dévoiement d'un authentique artisanat.

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Le pire est sans doute chez ce marchand de souvenirs qui pour attirer la clientèle étrangère a fait venir de leur contrée, là où elles étaient en voie de disparition, des femmes-girafes dont le cou est enserré d'anneaux de laiton qu'elles ne peuvent retirer sous peine de se briser la nuque. Des jeunes filles sont contraintes de se soumettre à cet esclavage qui ne dit pas son nom. A l'hôtel, j'ai entendu un couple, jeune, demander où on pouvait les voir, ils seraient sans doute étonnés de se voir assimilés à ceux qui, avec beaucoup de bonne conscience et avec plus d'excuses qu'aujourd'hui, allaient contempler les "sauvages" au bois de Vincennes lors de l'exposition coloniale de 1931 ! Nous déjeunons dans une gargote sur pilotis, moi, d'un poisson farci qui n'est pas farci, simplement frit et recouvert d'une sauce tomate... Marie a choisi une valeur sûre, les nouilles frites au porc ou au poulet. Nous allons visiter un atelier de tissage, on y traite la soie, le coton et les fibres de lotus, obtenues à partir des tiges en les brisant tous les cinq centimètres.

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Des métiers sont installés à l'étage, atmosphère du XIX° siècle !

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Nous nous rendons ensuite à la pagode Paung Daw U, pas particulièrement belle mais elle est fameuse dans le monde bouddhique pour avoir, sur un autel brillant de mille feux, trois représentations de Bouddha et deux de moines recouverts de feuilles d'or à tel point qu'elles sont devenues informes et que nul ne pourrait y reconnaître des formes humaines, tout juste distingue-t-on des boules superposées sur lesquelles des hommes, surtout pas des femmes ! continuent d'apposer de fines pellicules du précieux métal. Ces "statues" sont promenées en cortège, sur des barques abritées sous un hangar proche, lors d'une procession en octobre.

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Dernière visite pour le monastère Nga Phe Chaung. Il ne paie pas de mine en arrivant, ses toits de tôle sont rouillés et ses murs de bois ternes. Il faut y regarder de près pour s'apercevoir que ces derniers sont décorés. 

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En y pénétrant, on est saisi par l'atmosphère dégagée par des dizaines de piliers de teck qui le maintiennent sur pilotis, dorés dans la salle, et par la multitude de Bouddhas enchâssés dans des débauches de bois découpé en fines dentelles. Le parquet est en bois, les plafonds, les murs, tout est en bois, bien plus agréable à la plante des pieds que le béton...

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De sa véranda, nous apercevons les jardins flottants, des cultures réalisées sur ces terres artificielles, découpées en bandes sur lesquelles ont été dressés des espaliers où poussent principalement des plants de tomates. C'en est fini du lac Inle, nous faisons route vers Nyaung Shwe en laissant à leur occupation les pêcheurs qui godillent d'une jambe et jettent leurs filets les mains libres. Retour à pied à la chambre, la patronne ne nous a pas trouvé et n'a sans doute pas cherché de compagnons de route pour aller à Pindaya demain. Je vais marchander un taxi pour nous y rendre seuls, puis nous retournons dîner dans le plus proche restaurant, celui où nous pouvons nous connecter à internet avec le téléphone portable mais pas avec l'ordinateur (?). Nouvelles de personnes ! Marie a voulu goûter le vin produit dans la région, elle ne finit pas son verre de Pinot noir madérisé...  Retour à la chambre pour préparer les sacs.

Lundi 20 janvier : Nous nous levons de plus en plus tard puisque notre chauffeur ne vient nous chercher qu'à huit heures et demie. Nous rejoignons par la digue le carrefour de Shwenyaung. Le chauffeur, au demeurant fort sympathique, s'arrête peu après pour prendre son petit déjeuner et nous invite à partager son repas. Marie préfère rester dans la voiture à surveiller sa montre, persuadée que nous allons rater le bus de ce soir. J'avale donc quelques beignets aux oignons ou aux haricots, arrosés d'une bonne sauce au tamarin pimentée. Je goûte à son riz gluant saupoudré de farine de sésame, moins convaincant. Nous repartons, quittons la route goudronnée pour une piste dans la campagne, traversant champs de pommes de terre, haricots, blé ainsi que des villages classiques, maisons en bois sur pilotis et chars à boeufs. Notre chauffeur a la fibre écologiste, regrettant les temps passés, quand le plastique n'avait pas remplacé les objets d'artisanat local et que les arbres n'avaient pas été coupés pour en faire du charbon de bois.

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Mais la piste est en travaux, une armée de femmes travaillent à mains nues à l'empierrer. La voiture roule au pas, je dois même descendre pour l'alléger et Marie a des sueurs froides... Nous retrouvons une route correcte et bientôt nous apercevons à flanc de montagne le site de Pindaya. C'est jour de marché dans la ville, au bord du lac. Nous y faisons un tour, habituels légumes et fruits vendus à même le sol par les paysannes descendues de la montagne. Peu ont des foulards-turbans.

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Nous achetons ce que j'avais pris pour d'énormes cheeroots et qui se révèlent être des bambous remplis de riz gluant ! Nous approchons du site des grottes en traversant une aire plantée de superbes grands arbres. La voiture nous dépose à l'entrée même du temple (?), nous évitant une montée par l'un des escaliers d'accès.

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Nous abandonnons nos chaussures devant deux statues représentant une énorme araignée hollywoodienne et le prince-archer qui la tua, délivrant ainsi selon la légende, les princesses retenues prisonnières dans la grotte. Un ascenseur, très vilain, mais avec dorures, nous amène à l'entrée. Le droit d'entrée est relativement modeste mais nous avons dû acquitter à l'entrée de la ville, comme cela se pratique dans tous les lieux touristiques, un droit d'accès à la ville. Nous pénétrons dans ce réseau de grottes et sommes aussitôt saisis par la quantité de Bouddhas, serrés les uns contre les autres, tous dorés, qui nous entourent.

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Certains vont se nicher dans la moindre anfractuosité de la roche, on en oublie les stalactites, pourtant imposants. On ne voit que des Bouddhas ! D'étroits passages permettent de circuler entre eux, monter ou descendre vers de minuscules placettes d'où nous pouvons contempler une partie des 8000 Bouddhas offerts par les dévots. Nous cherchons celui qui porte la dédicace de Jean-Baptiste Botul, le philosophe inventé pour un canular visant Bernard-Henri Lévy et dont Christian nous avait montré la photo. Nous interrogeons tous les Français que nous croisons et bientôt toute la grotte bruisse de murmures : "BHL", "Botul", "canulars", les uns racontant aux autres l'histoire mais personne ne découvre le Bouddha en question.

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Au fond de la grotte, l'amoncellement est moins dense, les matériaux plus divers et les dimensions plus réduites. Nous ressortons à l'air libre et allons déjeuner à proximité, au Mémento. Nous y sommes seuls, les plats et la bière sont plus chers qu'ailleurs, la cuisine correcte. Nous prenons le chemin du retour, par une autre route goudronnée, pas plus spectaculaire que celle de ce matin malgré l'enthousiasme de notre chauffeur.

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Nous nous faisons arrêter, peu avant Nyaungshwe, au joli monastère de Shwe Yan Pyay, tout en bois et sur pilotis avec de belles dentelles sur les toits, malgré les tôles. La décoration tant intérieure qu'extérieure utilise des pâtes de verre multicolores aux teintes passées du plus bel effet sur les bois patinés. Après un dernier détour pour aller changer des dollars chez un Chinois qui adapte son taux de change aux heures d'ouverture de la banque (!), nous nous faisons déposer à l'hôtel et faisons nos adieux au chauffeur lesté, à l'initiative de Marie, d'un bon pourboire qui lui amène un grand sourire. Nous allons boire un jus d'avocat (beurk) pour Marie et moi un Coca à notre restaurant de la veille dans l'espoir de pouvoir nous connecter à internet, en vain. Un minibus vient nous chercher et nous remmène à Shwenyaung où nous attend un très confortable bus VIP, comme celui pris pour nous rendre à Mandalay. Sièges larges, dossier inclinable ainsi que le repose-pieds, On nous distribue un petit en-cas et un soda frais. La climatisation marche à fond mais nous avons droit à une couverture, nous aurions préféré moins d'air glacial. Peu après montent une demi-douzaine d'individus bruyants et grossiers qui s'interpellent, changent de place, dérèglent les fauteuils, des Chinois ! Ce ne sont pas ceux-là qui me rendront sympathiques les Hans ! Les lumières s'éteignent, la tonitruante vidéo cesse ensuite et après une halte que je mets à profit pour reporter les photos sur l'ordinateur, tout le monde plonge dans le sommeil, nous aussi, à demi.

Mardi 21 janvier : Nous traçons notre route dans la nuit, emmitouflés dans notre couverture et arrivons à cinq heures du matin à la gare routière. Nous négocions un taxi qui nous dépose au Beautyland I. Nous réveillons gardien et réceptionniste. Ce dernier est atteint d'une horrible déformation faciale qui ne manque pas de nous évoquer "Elephant Man". Nous pouvons aussitôt occuper la chambre. Je tape mon texte tandis que Marie s'endort. Nous dormons jusqu'à dix heures puis nous nous mettons en branle tout doucement. Je vais explorer les environs et en particulier le restaurant Dolphin, le plus proche de l'hôtel. Nous commençons à regretter d'avoir choisi cet hôtel, trop isolé et pas vraiment au calme avec les travaux dans la cour de l'immeuble voisin. Quand au jardin vanté dans le guide du Routard, il se réduit à une rangée de plantes grasses le long d'un mur. Nous attrapons un taxi qui nous dépose à la pagode Sule, en plein centre ville. Nous allons nous renseigner sur les prix des chambres de quelques hôtels, ils sont tous surfacturés ou glauques. Nous déjeunons au snack déjà essayé lors de notre arrivée, bonne cuisine, trop pimentée pour Marie mais surtout, nous avions oublié qu'ils n'y servent pas de bière ! Une bonne connexion internet nous permet d'envoyer les messages qui étaient en attente et constater que personne ne nous a répondu. J'y abandonne Marie et vais changer des dollars, explorer d'autres hôtels cage-à-poules et acheter les billets de bus pour Moulmein. Je vais rechercher Marie, nous passons dans une pharmacie où elle achète du sirop pour soigner sa toux puis nous allons réserver une chambre pour les deux dernières nuits. Nous reprenons un taxi pour nous rendre à la pagode Chaukhtagyi.

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Il ne s'agit pas vraiment d'une pagode mais d'un des plus grands Bouddha couché de Birmanie, sur une éminence, protégé désormais par une toiture et toute une structure métallique. Des moines et des fidèles viennent se recueillir et prier, la place ne manque pas. Ses pieds colossaux portent les 108 stigmates avec lesquels le pauvre était né ! Son visage est serein, ses oreilles pendent et les plis du cou bien marqués. Nous rentrons à l'hôtel, toujours en taxi et nous nous installons dans le soi-disant jardin pour relire mon texte et préparer le blog que nous mettrons en ligne quand nous aurons une connexion correcte... Nous ressortons pour dîner au Dolphin, restaurant chinois, une immense salle déserte et une carte où plus de la moitié des plats de fruits de mer ne sont pas servis. Quand on nous apporte la bouteille de bière en s'excusant qu'elle ne soit pas fraîche, nous jetons l'éponge et repartons. Seule alternative dans notre territoire isolé, un autre restaurant chinois, plus loin. Je vais à sa recherche et une fois repéré, reviens chercher Marie. Devant le restaurant, sur son parking, des véhicules neufs, des grosses cylindrées, des Mercedes dernier modèle. Un autre monde après les trishaw de Mandalay ou les carrioles de Bagan... Les prix sont aussi en conséquence... On y sert du sashimi de langouste vivante, sur commande ! Chacun découpe-t-il des dés dans l'animal décarcassé ? Nous prenons deux plats, de l'anguille en sauce pour moi et Marie du poulet au gingembre confit. Tous deux excellents et si l'addition est plus élevée que d'habitude, nous y reviendrions presque. Mais il faut encore rentrer...

Mercredi 22 janvier : Nous ne sommes pas pressés ce matin aussi traînons-nous au lit avant d'aller nous faire servir un petit déjeuner pas bien fameux, dans le "jardin". Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose au Musée National, imposante bâtisse moderne de quatre étages. Nous devons déposer les sacs à l'entrée y compris celui de Marie bien que nous ayons tenté d'expliquer qu'elle en a besoin pour s'appuyer dessus. L'entrée de la première salle est calamiteuse, un couloir vide et des murs nus d'un vert d'hôpital ! Nous découvrons l'imposant trône des derniers rois de Mandalay et dans des salles adjacentes des objets de la cour royale : palanquins, lits de repos, chaises, et autres objets (crachoirs !) tous recouverts d'or et de pierres précieuses, notamment des rubis. Les pièces qui ont le plus de valeur sont présentées dans une salle, derrière des barreaux, en prison ! Les salles sont désertes, parfois nous croisons un touriste égaré, nous chuchotons de peur de réveiller les gardiennes endormies. Aux autres étages sont exposés des objets traditionnels variés, de belles boîtes en laque, de superbes charrettes parfois très ouvragées. Un étage, moins riche, est consacré aux différentes ethnies qui composent la Birmanie, des mannequins qui n'ont pas le type asiatique ont été habillés des costumes de ces peuples. Un très riche musée mais une présentation lamentable dans des vitrines aux vitres salles, et peu d'explications en anglais. A quand une belle exposition en France ? Je suis fatigué depuis ce matin, contrecoup du voyage ? Mes yeux font des leurs et je peine à lire les textes sur les cartons. Un taxi nous emmène au restaurant chinois Junior Duck sur les bords du fleuve. Encore une de ces salles immenses, caractéristique des restaurants chinois. Les prix sont honnêtes et nous commandons trois plats en demandant que les calamars frits soient servis en premier. On nous apporte d'abord le canard rôti puis les crevettes en sauce de haricots noirs et enfin les calamars... Aucun des plats n'est convaincant, calamars trop fermes, sauce des crevettes chargée en oignons, seul le canard, très copieux, est correct. J'abandonne encore une fois Marie au restaurant pour aller porter à l'hôtel Beautyland II où nous avons réservé une chambre pour le retour, le petit sac à dos rempli de tout ce que nous pouvons laisser pour nous alléger. Après cette un peu longue course, je retrouve Marie et nous partons en trishaw pour la pagode Botataung. Son stûpa central est creux comme tout stûpa qui se respecte mais celui-ci a la particularité de pouvoir être visité. Nous pénétrons donc entre des murs recouverts de plaques dorées, protégés des mains profanes par des vitres.

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Au centre nous pouvons contempler derrière vitres et barreaux, le très précieux reliquaire couvert d'or et de pierres précieuses qui renfermerait UN cheveu du Bouddha ! Où va se nicher l'idolâtrie ! Nous faisons le tour dans le déambulatoire intérieur en forme de dents de scie. Pour une fois, nous tournons dans le mauvais sens. Deux Françaises, sans doute touchées par la grâce du Bouddha, nous font gentiment remarquer que nous sommes dans l'erreur ! Quelques autochtones aussi mais elles ne leur disent pas... L'extérieur du stûpa est recouvert de nattes, sans doute pour des travaux, ce qui nous évite une énième photo d'un cône doré.

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Pas grand chose à voir dans l'enceinte du temple, un bassin avec des tortues gavées d'herbes vendues à cet effet et dans un pavillon un manège avec des bols à offrandes et des sanctuaires miniatures qui tournent et dans lesquels on peut essayer de jeter des billets pliés, vendus à cet effet, en faisant un voeu. Je m'y essaie, deux de mes voeux devraient alors être exaucés, j'ai quelques doutes... Nous allons nous asseoir au bord du fleuve, contemplant le trafic des navires de tout tonnage et les sampans qui font la traversée. Nous rentrons en taxi à l'hôtel, nous reposer avant d'aller dîner dans une gargote proche. Rien de bien fameux, ma salade de poulet est bonne mais fort épicée quant aux travers de porc de Marie ils sont archi-cuits, par contre les frites croquent. Au retour à l'hôtel, je constate qu'il y a une bonne réception internet. Je m'installe donc à proximité du modem et réussis à mettre à jour le blog, envoyer une carte aux amis et écrire à Julie et à Nicole. Retour à la chambre pour taper la journée.
 
Jeudi 23 janvier : Encore un réveil matinal, trop au goût de Marie qui n'en peut plus et se plaint de ne pouvoir faire une grasse matinée. Le chauffeur de taxi réservé hier soir nous attend déjà. Nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour rejoindre la gare routière d'Aung Min Galar, bien moins que ne l'envisageait le patron de l'hôtel qui n'a pas oublié de nous réclamer le paiement des deux bouteilles d'eau trouvées dans la chambre alors que dans les autres hôtels, elles étaient offertes... A peine le taxi reparti, Marie s'aperçoit qu'elle y a oublié son polaire ! Elle tousse déjà à fendre l'âme et elle n'a pas de vêtement chaud pour le trajet en bus climatisé ! Le bus n'est pas aussi confortable que ceux pour VIP mais nous ne sommes pas trop serrés et il ne s'arrête que rarement pour prendre ou déposer des passagers. Nous démarrons à neuf heures pour traverser des étendues de rizières qui ne sont pas toutes en eau. Des paysans repiquent du riz dans celles qui le sont, des buffles qu'on ne peut que qualifier de placides, pataugent dans la boue ou broutent les prairies. Nous passons à Bago ; maisons en tôles rouillées, noeud ferroviaire et pagodes à stûpas dorés, en veux-tu en voilà... La végétation devient par endroits plus dense, des plantations d'hévéas apparaissent, les maisons traditionnelles dans les villages paraissent plus belles (moins "modernisées" ?) que dans les autres régions. Nous arrêtons brièvement pour le déjeuner dans une gargote, personne ne parle anglais, on nous répond Yes à tout ce que nous demandons et on nous apporte un curry birman dont nous n'avons pas envie, sans doute le seul plat disponible et convenant à tous les autres passagers. Nous nous contentons donc de chips et de fruits que nous avions emportés. Nous continuons, rizières, cultures non identifiées, stûpas sur tous les monticules etc...
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Après Thaton, la végétation devient luxuriante, nous roulons entre une chaîne de montagnes et la mer dont nous séparent des rizières et des cocoteraies cachées derrière des villages éparpillés tout au long de la route. Nous apercevons des mosquées et des temples indiens, identiques à ceux que l'on voit dans le sud de l'Inde, très colorés, avec une multitude de statues de personnages, preuves de la diversité des populations de cette région côtière. Un long pont signale l'arrivée à Moulmein, encore une fois en avance. Nous nous faisons conduire ou plutôt brinquebaler en tuk tuk à l'hôtel Sea Breeze mais comme nous l'avions craint, il n'y a plus que des chambres sans fenêtres et avec douches en commun. Je vais vérifier qu'au Sandalwood hotel où j'avais téléphoné, il y a bien une chambre pour nous mais sans air conditionné. Nous avons toujours eu des chambres avec climatisation que nous n'utilisions pas vu la température extérieure et ici où nous l'apprécierions avec l'humidité ambiante, nous n'en avons pas. Mais nous faisons ainsi des économies, la chambre, spacieuse, très correcte est à 25 dollars ! Je vais rechercher Marie et nous nous installons. Nous essayons de faire un planning des jours à venir, nous n'en aurons pas assez pour TOUT voir ! Je vais au Sea Breeze réserver deux places sur le bateau pour Hpa An puis je marche le long de la promenade en bord de mer. D'anciens bâtiments coloniaux achèvent de tomber en complète décrépitude, une esplanade avec des bancs attend les promeneurs qui peuvent contempler le trafic quasi nul sur l'eau et l'île en face. Un marché de nuit avec d'appétissantes grillades est en train de s'installer. Je retourne retrouver Marie puis je vais porter du linge à laver, et faire réserver une chambre à Hpa An. Nous décidons d'affréter une voiture pour nous rendre au Bouddha couché, le trajet en tuk tuk risquant d'être trop éprouvant. Nous allons dîner au Chan Thar, à côté de notre hôtel. Une table en terrasse, nous sommes les seuls à nous régaler d'une salade de poisson épicée puis de porc aux noix de cajou et de calamars sautés en sauce, la bière glacée à la pression est un autre bonheur...
 
Vendredi 24 janvier : Nous nous réveillons plus tardivement. Pas de thé au petit déjeuner, une des jeunes filles qui officient en cuisine, mélange d'Indiennes, de Birmanes et de Chinoises, nous apporte une théière de thé "chinois" insipide !
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Nous partons à pied pour le marché en suivant la grande artère commerçante, succession de boutiques qui étalent jusque sur la chaussée des cartons de produits importés (légalement ?) de Chine ou de Thaïlande. Les maisons sont presque toutes récentes mais on peut encore trouver d'anciennes maisons de commerce avec des balcons ou des rebords de toit en bois, découpés, joliment ouvragés. Le marché, une immense construction moderne en béton ne présente que fort peu d'intérêt, quincaillerie, outillage, bimbeloterie en plastique et vêtements. Marie cherche un blouson pour remplacer son polaire mais ce n'est pas l'article le plus vendu dans la région. Nous revenons par le bord de mer, les berges sont immondes et les ruisseaux qui traversent la ville et s'y jettent sont des égouts à ciel ouvert, les grandes marées nettoieront... Marie m'attend pendant que je retourne à l'hôtel trouver le chauffeur de la voiture qui doit nous emmener au Bouddha couché. Nous récupérons Marie et nous nous mettons en route. Le chauffeur nous signale toutes les églises, temples, écoles etc... Mosquées (chiites, sunnites), temples hindous, pagodes (Petit Véhicule, Grand Véhicule), églises (catholiques, baptistes et autres), voisinent dans toute la ville, c'est Malraux qui serait content ! Nous longeons d'interminables casernes avant de traverser la campagne jusqu'à l'entrée de l'ensemble de constructions qui entourent le Bouddha couché de Win Sein.

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C'est l'un des plus grands du monde ! Win Sein reçut l'illumination et entreprit la construction d'un Bouddha couché de près de 200 mètres de long, en briques et béton, sur une colline.

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Pas tout seul le Bouddha, une armée de moines quêteurs de 4 mètres de haut défile le long de la route d'accès et on ne compte plus les statues géantes du fondateur, de monstres, et les stûpas qui saupoudrent les abords. Les travaux ne sont pas terminés et un second Bouddha, encore plus grand est en construction sur une autre colline. La démesure du lieu est renforcée par l'animation qui règne en ce jour anniversaire du moine visionnaire, il fête ses 94 ans, à croire que la mégalomanie conserve ! La voiture doit se frayer un chemin à grand renfort de coups de klaxon parmi la foule venue s'amuser et éventuellement se recueillir, ce qui paraît difficile dans cette atmosphère de kermesse. Des stands, des animations, des restaurants, des loteries, des bonimenteurs, ont dressé leurs tentes, rameutent les badauds avec des hauts-parleurs au volume maximum. Nous nous extrayons de la voiture et partons à la découverte du géant.

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Les plaques de béton sont bien marquées, les fers dépassent, certains ont été utilisés pour créer cils et sourcils. Un escalier, à gravir déchaussé, permet d'accéder à l'intérieur creux du monstre. Le ciment est souvent nu, le carrelage n'est pas posé partout, les rampes sont absentes, des sacs de ciment traînent partout et si la tête est à peu près achevée, les pieds ne sont que des tuyaux de béton en cours de finition. Les parties les plus anciennes, les murs de brique en arrière commencent à se déliter...

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A l'intérieur sont reconstituées sur plusieurs étages, grandeur nature, les scènes des Jataka, les épisode des vies antérieures du Bouddha. Un sommet du kitsch (mais combien de fois ai-je dit cela ?) ! Des éléphants, des chars à boeufs, des chevaux, des monstres qui font subir d'horribles outrages (pas les derniers !) à de malheureuses créatures sont là pour l'édification des foules. Ce sont principalement des jeunes venus s'amuser et que cela ne semble pas impressionner outre mesure. Sacrilège suprême, les plus jeunes jouent vavec des mitraillettes en plastique et font mine de tirer sur le malheureux Bouddha dépassé par les évènements.

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Après avoir bien erré dans les étages et les couloirs, nous ressortons par les escaliers qui surplombent les toboggans d'eau où s'amusent des gosses tout habillés. Nous récupérons la voiture et repartons. Nous aurions bien aimé rester toute la journée, assister au tournoi de kick-boxing, jouir de l'ambiance de fête foraine mais il n'en avait pas été question avec le loueur de voiture.

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Nous passons entre les deux pitons karstiques où sont implantés, sur l'un un temple hindou, sur l'autre une pagode. Retour à Moulmein où nous retournons déjeuner à notre restaurant de la veille, toujours aussi bien, avec de délicieuses bières pression glacées. Nous repassons rapidement à la chambre puis, sur les conseils du patron de l'hôtel, nous repartons à pied pour la colline où se trouvent les pagodes. Longue marche entre les anciens bâtiments administratifs de la colonie, perdus dans une belle verdure. Il faut ensuite grimper un escalier de plus de 200 marches de haute volée pour arriver, en sueur, à la pagode U Khanti. Pas très belle, repeinte de frais, une structure métallique avec un toit de tôle héberge un Bouddha assis dans une grande cage de verre. L'intérêt est dans les manèges votifs qu'on nous met en branle.

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Mes précédents voeux n'ayant pas encore été exaucés, je ne vois pas la nécessité d'essayer de lancer de nouveaux billets dans les bols à offrande qui tournent ou dans ceux qui ondulent sur une mer de carton-pâte. Le temps passe et si nous voulons être à la dernière pagode avant le coucher du soleil, nous devons nous hâter. Nous suivons la route sommitale qui, heureusement descend doucement, en passant devant toute une succession de stûpas, de temples qui semblent récents. Nous dominons la ville de Moulmein, le bras de mer qui la sépare des îles mais la brume et le contre-jour ne permettent guère de distinguer les détails.

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De jolis toits fins, étagés, de beaux pavillons en bois, patinés, couverts de délicates dentelles en rebord des toits, signalent le monastère Kyaung Seidon Mibaya. Nous pouvons visiter le pavillon central d'une extraordinaire richesse. Les piliers du déambulatoire ont des chapiteaux sculptés de toute beauté, reprenant les thèmes des Jataka.

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Quand à la salle intérieure, elle est superbement décorée de panneaux sculptés sur les murs et au plafond. Un bijou qui ne semble pas fasciner outre mesure les vieux moines qui l'habitent et ont négligemment jeté robes et oreillers sur un trône qui devrait être dans un musée ! Un escalier fait communiquer le monastère avec la pagode Kyaikthanlan d'où l'on domine la ville des deux côtés.

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Comme d'habitude, un énorme stûpa conique, doré, est au centre d'un ensemble de pagodons, stûpas, pavillons, autels des nat, etc... Je suis toujours gêné par l'aspect "toc" de ces constructions qu'on pourrait croire en plastique tant la couleur dorée qui recouvre le béton ou la pierre,  paraît fausse mais si on n'y regarde pas de près, l'ensemble a belle allure.

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Je lui préfère néanmoins la vision de l'enchevêtrement des toits étagés des monastères en contrebas ou les pointes des pagodes du monastère perdues dans la végétation sur la colline voisine. Là aussi, des jeux votifs avec des manèges attendent le badaud. mais ils ne sont guère nombreux. Ce sont principalement des touristes venus guetter un soleil couchant très décevant. Nous quittons les lieux avec l'ascenseur qui, bien que vaste, ne prend que 6 personnes pour une descente rapide. Nous continuons le retour vers le centre ville par un escalier couvert qui passe entre différents bâtiments religieux, pas de marchands du temple, une grande paix règne et certains pavillons sont manifestement anciens et conservent des panneaux de bois travaillés. Nous rejoignons le centre ville à la nuit et rentrons à l'hôtel nous reposer avant d'aller dîner. Fatigué, je me serais bien accommodé de notre nouvelle cantine mais Marie a envie de dîner au bord de l'eau. Nous cherchons un restaurant plus éloigné que nous ne le pensions et finissons par nous installer à l'un des établissements en plein air du marché de nuit. Des tables et des fauteuils en plastique et des étals où on peut choisir les brochettes qui seront grillées dans l'instant. Nous avons choisi des brochettes de crevettes et de pinces de crabe avec une bière. Cette dernière arrive tiède et crabes et crevettes s'avèrent être une forme de surimi. Furieux et toujours affamés, nous allons nous installer à une autre table et commandons deux plats de nouilles frites. On me sert un riz pas vraiment frit, gras. Marie obtient des pâtes et la bière est fraîche... Retour à la chambre.

Samedi 25 janvier : Après le petit déjeuner pour lequel, aujourd'hui, nous avons eu droit à un sachet de thé Lipton, nous nous rendons à pied au Sea Breeze guest house d'où l'on doit nous emmener au bateau qui va remonter la Salouen jusqu'à Hpa An. Nous sommes une quinzaine de touristes, Anglo-saxons, Allemands et cinq Français. Nous partons répartis dans deux tuk tuks, pour nous rendre à l'embarcadère. Mais il n'y a pas d'embarcadère ! Nous devons monter dans une grosse pinasse en passant sur une planche branlante qui ne plaît pas beaucoup à Marie. Pour l'aider, je rentre dans l'eau et mouille mes chaussures ce qui va me garantir des pieds au frais toute la matinée. 

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Nous remontons le très large cours de la rivière en passant le long de l'île du "Shampooing" où nous apercevons quelques beaux monastères. Puis nous longeons des berges envahies de roseaux et distinguons vaguement des cultures en arrière. Nous longeons des villages où tous les enfants mais aussi les adultes nous font signe bonjour. Le temps ne passe pas vite et je commence à m'ennuyer entre deux somnolences. Les eaux limoneuses sont souillées par des emballages, des boîtes de pique-nique en polystyrène. Il en est de même dans les villages où tous les déchets sont jetés sur les berges du fleuve, mais ceux qui ne sont pas organiques ne disparaissent pas. Une halte "toilette" dans les roseaux est prévue à mi-parcours puis nous commençons à apercevoir des pitons karstiques perdus dans la brume.

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Quand le ciel est pur, bien dégagé, la promenade doit être belle mais en cette saison, on ne distingue guère les montagnes ni les stûpas sur les collines. Les berges se resserrent.

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Sur des rochers, au sommet de falaises qui tombent dans l'eau, des stûpas montent la garde. Nous passons sous un grand pont et enfin parvenons à Hpa An. Nous accostons au milieu des ordures collées dans la boue de la rive... Un tuk tuk emmène tous les passagers et nous dépose à notre hôtel, le Golden Sky. Pas tout à fait ce que j'avais imaginé, une solide bâtisse aux couloirs peints en bleu et une chambre avec tout le nécessaire mais peu agréable et sans eau chaude. Heureusement la vue, si on ne regarde pas trop près, sur la campagne, le fleuve et le piton de l'autre côté du fleuve rattrape le manque d'amabilité du patron. Le jeune qui baragouine l'anglais nous propose une excursion demain aux grottes et se charge de trouver d'autres personnes pour partager les frais. Nous déposons les sacs et ressortons pour aller tardivement déjeuner. Nous traversons le centre ville animé, passons devant des maisons, des boutiques, une imposante mosquée. Rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Il existe bien des maisons récentes en béton mais toutes croulent sous les marchandises que déchargent des portefaix de camions antédiluviens. Des porteurs transportent avec une balancelle des bidons d'eau puisée au puits ! Nous trouvons un restaurant, le Khit Thit, avec une carte en anglais et déjeunons honnêtement d'une bonne assiettée de nouilles sautées avec des calamars, à la "malaisienne" c'est-à-dire épicées. Nous rejoignent le couple d'Allemands qui étaient avec nous sur le bateau, grands voyageurs en Asie qu'ils parcourent depuis des années, avec un bon sens de l'humour. Nous les quittons pour aller prendre des billets de bus pour Kimpun et réserver un hôtel par la même occasion. Bien que nous soyons samedi, Marie veut que je me rende à la poste pour acheter des timbres. Bien entendu, elle est fermée... Nous revenons vers l'hôtel et poussons jusqu'à la pagode toute proche, au bord du fleuve, la Shweyinhmyaw. Une salle avec des Bouddhas et une décoration de carreaux de miroir sur les murs mais un petit pagodon sur un promontoire au dessus du fleuve, lui est relié par un couloir couvert.

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De là, la vue sur le fleuve, le trafic des barques qui ramènent de l'autre rive des passagers ou des produits maraîchers des jardins avoisinants, les pitons surmontés de stûpas, est reposante. L'impression d'être dans un bout du monde immuable, inchangé depuis des lustres. Nous nous installons sur la terrasse de l'hôtel avec la vue sur la campagne pour écrire les dernières cartes postales et commencer à relire mon texte mais la nuit tombe et des chants amplifiés par des hauts-parleurs, sans oublier les moustiques, nous font regagner la chambre où nous achevons la mise au point du blog. Nous décidons de dîner à la gargote en face de l'hôtel, la carte est courte, nouilles ou riz frit avec poulet ou porc, pour changer ! Les prix sont très bas et nous ne sommes pas volés. Je vais acheter des sambos pour compléter ce festin; occasion de découvrir qu'une fête se tient dans l'enceinte d'un autre temple. Nous nous y rendons ensuite.

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Un marché de nuit est installé dans l'allée qui mène au temple, brochettes, beignets, curries rassasient les fidèles. Viennent ensuite les manèges, toboggans gonflables, grande roue. Un orchestre semi-traditionnel égaie la foule assise sur le sol mais la sonorisation est épouvantable, musiques et paroles sortent recrachées, hachées, déformées en une inaudible bouillie qui ne semble pourtant pas déplaire.

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Derrière, enfin, le temple posé sur l'eau semble-t-il, en forme de sikhara, illuminé par des guirlandes électriques. Nous y entrons, des rangées de Bouddhas de toutes tailles courent sur les murs, les corniches, les plafonds. Nous rentrons enfin nous coucher.
 
Dimanche 26 janvier : Nous montons prendre le petit déjeuner sur la terrasse. La vue est très limitée par une brume opaque qui va se dissiper avec la montée du soleil. Notre premier petit déjeuner birman : une assiette de riz avec un oeuf frit, un pain aux raisins (un par pain !), une banane et soit du café, soit du thé tri-mix, c'est-à-dire des sachets où se trouvent déjà mélangés le thé ou le café avec du lait et du sucre. Le sachet de thé Lipton qui nous restait nous sauve la mise. Nous partons dans une camionnette avec des bancs à l'arrière, en compagnie de cinq jeunes Allemands. Marie a droit à la place à côté du chauffeur. Nous traversons de belles rizières au vert cru qui tranche sur le fond des montagnes embrumées. Des paysans s'activent à repiquer le riz et s'arrêtent pour nous faire de grands "bonjours". Une piste sur une digue passe entre des bassins et aboutit au pied d'une falaise. 
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La grotte de Yateak Pyan est signalée par quelques statues dorées du Bouddha et des stûpas. Quelques marches entre deux rangées de statues de moines quêteurs mènent à l'entrée de la grotte. A l'intérieur un grand stûpa, quelques Bouddhas alignés et, nouveauté, des plaquettes votives, c'est-à-dire de petites statuettes gravées de Bouddhas qui sont collées par plaques rouge brun sur les parois, et forment des dessins décoratifs. 

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De l'entrée de la grotte, nous avons une très belle vue sur les rizières parsemées de quelques palmiers à sucre, sur les deux bassins à nos pieds et au loin sur les massifs karstiques. Ces derniers sont de véritables gruyères, percés de grottes qui, très souvent, traversent les pitons. Nous repartons pour un autre site, celui de Kaw Gon.

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Nous sommes aussitôt séduits par l'abondance de plaquettes votives qui épousent la paroi rocheuse sur une grande hauteur, au dessus des habituels Bouddhas. Des statues, Bouddhas, najas, scènes des Jataka plus récentes, ont été colorées et commencent à pâlir. La grotte est peu profonde et également couverte sur ses parois de plaquettes votives parfois dorées. 

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On y trouve incorporées des représentations du Bouddha couché. Nous sommes très enthousiastes, nous n'avons pas vu cela ailleurs et ce sera notre meilleur souvenir de la journée. Marie m'attend tandis que j'escalade un escalier de marches en béton, pas toujours larges, avec une rampe branlante en bambou. Montée pénible, terminée en sueur mais du pagodon qui se trouve au sommet, je jouis d'une vue magnifique sur les rizières et tout le paysage à plus de 180°. Les Allemands qui nous accompagnent ne sont pas allés voir la grotte... Nous continuons par le site suivant, Kyaik Ka Lat. 

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Une dent, un piton jailli de terre, plus étroit à sa base, au milieu d'un petit lac et bien sûr couvert de stûpas dorés. On y accède par une passerelle en béton, en croisant des Birmans venus se prendre en photos en ce jour de repos dominical. Ils en profitent pour nous prendre aussi, quelques-uns osent nous demander de poser avec eux. Quelques marches à monter pour avoir une vue sur le petit lac, ses canards et les rizières autour. La halte suivante ne dure guère, il s'agit d'un ensemble de plus d'un millier de Bouddhas, certains dans un pavillon, alignés au cordeau, en rangées de part et d'autre de la route qui conduit à un sanctuaire que nous ne visitons pas. Nous nous arrêtons ensuite auprès d'un bassin qui sert de piscine, au pied d'une falaise. Des gargotes y sont installées. Nous déjeunons dans l'une d'elles, au choix : nouilles ou riz frits...

Birmanie 2014

Les jeunes venus passer la journée se baignent habillés et utilisent, en guise de bouée, des chambres à air. Nous reprenons la route pour un long parcours sur des pistes de latérite, passant entre de très belles maisons traditionnelles en bois très sombre. Elles sont si belles qu'elles seraient une raison suffisante pour me faire reprendre un service d'enseignement (pas trop chargé tout de même...) pour pouvoir en habiter une quelque temps, la meubler avec des objets chinés dans le pays. Nous finissons par aboutir au pied d'une autre grotte, celle de Saddar.

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Très grande, elle abrite comme on s'en doute, des statues de Bouddha, des stûpas. Des stalactites tombent des parois, la puissante lampe prêtée par le chauffeur éclaire des roches situées très haut. Nous avançons dans le noir complet sans trouver d'autres traces de bouddhieuseries et, faisant demi-tour, nous croisons un couple d'Allemands qui nous disent qu'il faut continuer, que nous devons aboutir à une sortie d'où on peut revenir en pirogue. Nous rebroussons de nouveau chemin et, Marie pestant, à demie perdue, persuadée que nous allons mettre tout le monde en retard, nous grimpons, descendons des marches, dérapons sur un sol rendu glissant par les déjections des chauves-souris que nous entendons couiner haut au-dessus de nos têtes.

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Enfin une lueur annonce un débouché et bientôt nous découvrons, derrière un écran de verdure, un paysage enchanteur, un lac aux eaux immobiles au milieu de montagnes couvertes d'une végétation luxuriante. Des piroguiers nous attendent et sûrs que nous n'allons pas faire demi-tour, pratiquent des tarifs presque prohibitifs pour nous embarquer sur des esquifs rustiques, taillés dans un tronc d'arbre, très bas sur l'eau. La traversée est un rêve, une eau à peine troublée par les coups de pagaie, le chant des oiseaux pour seul bruit, des canards qui plongent à notre approche, nous laissant contempler leurs derrières.

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Notre pirogue glisse ensuite dans une cavité naturelle qui traverse la montagne, l'eau est si pure que les parois sombres du défilé s'y reflètent comme dans un miroir. La promenade continue sur un étroit canal dans les rizières. Mais il nous faut débarquer et terminer à pied pour rejoindre l'entrée de la grotte et notre véhicule. Nous ne sommes pas les derniers ! Trois des Allemands qui s'étaient engagés bien avant nous, ne sont pas ressortis. Nous ne comprendrons jamais ce qui s'est passé, ils arrivent trois quarts d'heure plus tard, pas pressés !

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En les attendant, J'ai guetté la sortie de moines simplement vêtus de leur toge rouge safran et munis d'un bel éventail en bambou tressé. Il commence à se faire tard, je crains que le chauffeur ne nous ramène à l'hôtel sans aller voir le dernier site mais non ! Nous arrivons juste avant le coucher du soleil à Kaw Ka.

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Une rangée de statues de moines quêteurs nous y attend sagement. La grotte n'a rien de particulier à part les inévitables Bouddhas bien sûr. Il faudrait emprunter un passage dans la roche pour déboucher devant une piscine, nous nous y rendons avec la voiture. Nous allons attendre, pas longtemps, le coucher du soleil, dans l'une des gargotes qui entourent la piscine, en prenant une bière. Les Allemands qui n'en avaient pas bu ce midi se rattrapent et commandent aussi un nouveau riz frit ! Nous rentrons de nuit à Hpa An, le chauffeur semble pressé... A peine arrivés à l'hôtel, nos compagnons filent dans leurs chambres sans dire au revoir ni à nous ni au chauffeur ! Nous avons tout juste le temps de nous occuper des photos de la journée avant de ressortir pour aller dîner au Khit Thit, où nous étions allés hier midi. Nous partageons la table d'un sympathique couple de Français, croisés au cours de la journée, échangeant quelques informations et opinions. Je me régale une fois de plus d'un plat d'anguilles en sauce. Retour à la chambre après une journée bien remplie mais fatigante.

Lundi 27 janvier : Lever dans une brume encore plus épaisse que la veille. Nous descendons prendre le petit déjeuner sur les tables devant l'hôtel. Nous ne touchons ni au riz, ni à l'oeuf. Marie se risque à boire une demi tasse du tri mix au thé, je reste au pain sec (presque, le pain aux raisins de la veille et un bout de marbré au chocolat), et à l'eau. Le chauffeur, à qui nous avions été les seuls à laisser un pourboire hier soir, tente de nous arracher 2000 kyats pour nous faire faire 500 mètres jusqu'à l'arrêt du bus. Il transige pour la moitié. Nous sommes très en avance et nous guettons notre bus, assis dans des fauteuils en plastique. Il a un peu de retard, Marie commence à s'inquiéter. Il s'arrête à une centaine de mètres, nous devons les parcourir pour monter dedans. Il traîne en ville, ramasse des passagers et une heure après l'heure théorique de départ, nous sommes toujours en ville ! Enfin le vrai départ survient, nous traversons la Salouen sur le pont moderne et continuons dans la campagne. Nous repassons à Thaton et reprenons la route de l'aller. Que celui qui a eu l'idée d'implanter des téléviseurs dans les bus se réincarne en vermisseau ! Nous sommes abreuvés  de discours bouddhistes puis de clips musicaux en enfin de sketchs qui amusent beaucoup nos voisins... Nous sommes débarqués à ce que nous croyons être Kimpun, destination pour laquelle nous avions payé, sur la grand route. Aussitôt des moto-taxis se précipitent et se proposent pour nous emmener, nous expliquant que Kimpun est à une dizaine de kilomètres à l'intérieur des terres. On nous propose aussi un taxi pour une somme exorbitante. Je trouve un pick-up qui assure la liaison avec Kimpun, pour 500 kyats par personne ! Marie qui monte dans la cabine du conducteur paie le double. Nous partons peu après, le camion presque vide. Nous sommes finalement à midi et demi à Kimpun, devant notre hôtel, juste à l'heure prévue. Nous déposons les sacs dans la chambre, dans un petit bungalow et, après avoir réglé notre départ pour Bago demain ainsi que la réservation d'une chambre d'hôtel, nous allons rapidement déjeuner. Marie garde un oeil sur les camions qui partent et presse le repas. Pas de chance, ce ne sont pas les bons camions. Ceux qui montent au Rocher d'Or partent tout près de notre hôtel, quand ils sont pleins. Marie obtient, moyennant un léger supplément, une place en cabine. Je m'incruste sur une étroite banquette en bois disposée en travers dans la benne. Très peu de place pour les jambes, six par banquette, pas de place pour faire de la gymnastique ! Nous démarrons, bien secoués dans les cahots, il faut s'accrocher comme on peut. La route, des plaques de ciment, grimpe en lacets serrés, sur de fortes pentes, dans une belle végétation. Quelques arrêts permettent à des moinillons de venir quémander des billets pour des oeuvres pieuses, beaucoup donnent. Enfin nous atteignons le terminus. Des porteurs de palanquin ont vite repéré Marie et réclament des sommes inouïes pour parcourir la bien faible distance qui nous sépare encore du Rocher d'Or. Marie persuadée qu'elle ne pourra pas marcher jusque là, que nous n'aurons pas le temps de revenir à temps pour attraper le dernier camion ne sait plus quoi faire, ni dire. Nous commençons à marcher ensemble, les porteurs du palanquin nous suivent, leurs prétentions baissent. Nous finissons par nous mettre d'accord sur 6000 kyats pour l'aller-retour. J'acquitte les droits d'entrée au site et 100 mètres plus loin, les porteurs décident qu'ils sont allés assez loin ! Nous continuons à pied tous les deux en refusant de payer et en parlant de police... Le chemin passe entre les habituelles boutiques de souvenirs, de remèdes médicinaux étranges, racines, décoctions, animaux desséchés. Nous devons retirer nos chaussures à l'entrée de l'ensemble des bâtiments religieux et confier nos peu reluisantes chaussures à la garde de la préposée, moyennant finance. Une allée désormais dallée passe entre des gîtes pour pèlerins et atteint une vaste esplanade.

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Des terrasses offrent des points de vue sur le fameux rocher. Une grosse boule dorée qui ne paraît pas particulièrement en équilibre instable, vue de ce côté. Un petit stûpa, également doré, le surmonte, il contiendrait UN cheveu du Bouddha. Nous approchons, Marie pas de trop près, les femmes, créatures impures, doivent rester à bonne distance... 

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Les hommes seuls sont autorisés à s'approcher, s'agenouiller et lui coller de nouvelles feuilles d'or. Nous le contournons, je suis plutôt déçu. Le rocher en soi n'est pas réellement spectaculaire. Bien sûr, aperçu de l'ouest, il est en porte-à-faux et surplombe une falaise, mais pas un instant on ne doute de sa stabilité. L'intérêt est sur les manifestations de ferveur populaire qui doivent être plus marquées à la tombée de la nuit, alors que des centaines de pèlerins affluent et s'installent pour passer la nuit sur des nattes ou sous des campements de fortune réalisés avec des couvertures. Pour s'en rendre compte il aurait fallu dormir dans l'un des hôtels installés à l'entrée du site. Nous jetons un oeil aux montagnes couvertes de forêts que nous dominons de tous côtés  mais elles sont perdues dans la brume et à peine distinguons-nous leurs contours. En contrebas, tout un village s'est créé pour vivre des pèlerins, hébergement, gargotes, souvenirs pieux, etc... Nous revenons, prenons un soda en passant, deux fois le prix normal ! Le Rocher d'Or est sans doute le site de Birmanie le plus onéreux. L'exploitation des pèlerins et surtout des touristes étrangers est manifeste, tant dans les transports que dans les hébergements. Pour la descente, Marie n'obtient pas de place en cabine, réservées par de jeunes et riches Chinois. Le soleil décline vite et nous supportons une veste. Enfin nous retrouvons notre chambre et son éclairage mesuré : impossible de lire ! Les ampoules doivent être de la plus faible puissance disponible sur le marché ! Nous allons dîner au Mya Yeik Nyu, tout proche. Gros efforts pour se faire apprécier de la clientèle des touristes mais il en résulte une cuisine affadie, sans caractère. A la chambre, grand décrassage qui devenait urgent...
 
Mardi 28 janvier : Mal dormi. L'électricité est coupée, plus de ventilation et encore moins de climatisation. Marie va dans la salle de bain et glisse sur la mare d'eau permanente qui stagne à l'entrée et tombe. Nous ne nous levons pas de bonne heure, choisissant de prendre le petit déjeuner à l'heure limite théorique, neuf heures. Nous finissons de nous préparer puis nous allons attendre l'heure du bus dans ces confortables fauteuils en bambou que l'on voit partout. Ils comportent une astucieuse barre d'appui pour la tête. A dix heures et demie, nous nous rendons à la gare routière et attendons l'arrivée tardive du bus. Ce sera sans doute le plus mauvais de tous ceux que nous aurons emprunté. l'air conditionné ne fonctionne pas, il roule lentement et s'arrêtesouvent pour charger des passagers supplémentaires et quand tous les tabourets en plastique dans l'allée centrale sont occupés, il continue de d'en monter qui voyagent debout. L'assistant du chauffeur reçoit des coups de téléphone de personnes qui lui demandent de les attendre à tel endroit et nous les attendons, parfois un quart d'heure ! Les heures passent, nous désespérons d'arriver aujourd'hui à Bago. Alors que nous n'en sommes plus très loin, le bus s'arrête pour le déjeuner. Comme d'habitude, nous nous contentons de chips et d'une bière. Nous repartons et enfin nous voici, à trois heures à Bago. Descendus à la gare routière ou ce qui en tient lieu, nous repartons en tuk tuk pour essayer de nous trouver un hôtel dans le centre ville. L'emeror Hotel n'a que des chambres haut perchées et très petites. Après avoir essayé le Jade Garden, complet, nous nous résignons à nous rendre au Bago Star où nous avions réservé par téléphone. C'est plus cher et loin du centre mais la chambre est spacieuse et confortable. Nous nous reposons avant de nous rendre, à pied, à la pagode Kyaik Pun, à quelques centaines de mètres , au bout d'une route dont les bas-côtés, comme toutes les routes , sont des champs de sacs plastiques.
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De loin, nous apercevons un très grand Bouddha assis, adossé à une structure maçonnée carrée. Ses trois autres côtés comportent aussi des Bouddhas de même taille.

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Nous en faisons le tour par l'extérieur pour profiter de l'ensoleillement à l'ouest, puis nous nous rapprochons pour admirer leurs ongles et les broderies de leurs toges, réalisés avec des tesselles de miroir colorées. Retour à la chambre où nous apprécions cette fois la climatisation. Je parviens à me connecter pour lire les informations ainsi que le courrier. Nous dînons au restaurant de l'hôtel. Je commande un plat dit kabab, je suis étonné de me voir servi du porc avec une sauce hot and sour mais il s'agit bien de kabab m'assure le garçon !
 
Mercredi 29 janvier : Après le petit déjeuner, je pars à pied pour la poste, vite rattrapé par un employé de l'hôtel qui m'explique que la poste est très loin. Il nous trouve un tuk tuk, celui de la veille ! Nous nous mettons d'accord sur le tarif de la location pour toute la journée et nous partons. Nous retournons dans le centre ville, très animé, traversons le marché qui déborde sur la rue et arrivons à la gare ferroviaire. Je cherche le responsable des ventes de billets pour les étrangers dans un bureau qui n'a pas eu une couche de peinture depuis l'Indépendance, où traînent des dossiers d'une autre époque. Surgit un individu qui peu aimablement m'intime l'ordre de revenir demain puis met en doute que j'ai pu faire téléphoner la veille et prend son petit déjeuner sans plus rien savoir. Je m'indigne, le traite de tous les noms mais il s'en moque. Je repars furieux. Nous passons à la banque changer des dollars. Nous commençons la tournée des sites. Encore une de ces journées où l'on doit courir d'un endroit à un autre, sans presque le temps d'en profiter, respirer, apprécier le cadre, l'ambiance. Je me sens canard à l'approche des fêtes.
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La pagode Shwemawdaw a l'honneur de notre visite. Elle ressemble fort à la pagode Shwedagon de Rangoon, même énorme stûpa doré, encore plus haut qu'à Rangoon, entouré de pagodons, d'autels des nats, de pavillons et aussi des plus jolis manèges que nous aurons vus, les bols sont remplacés par des bateaux qui tournent ou plutôt qui devraient tourner mais ils ne sont pas animés. Nous en faisons consciencieusement le tour, déchaussés comme il se doit. Il n'y a pas l'ambiance, la ferveur de sa soeur de Rangoon.

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Nous continuons par la pagode Hinta Gone qui ne serait pas particulièrement intéressante, à part une vue sur les environs, les stûpas dorés qui émergent de la végétation et en particulier la pagode Shwemawdaw, si dans un petit pavillon à l'entrée, en léger contrebas, un orchestre traditionnel, gongs, tambours et flûte aigrelette, n'accompagnait les danses, gestes graciles, déhanchements, de transsexuel(le)s fardé(e)s, habillé(e)s en femmes. Des gens viennent leur coller des billets sur le cou, la poitrine et en lancent aux musiciens. Le conducteur du tuk tuk qui connaît son affaire nous emmène ensuite à un stûpa dont le seul intérêt est d'offrir une vue sur les autres pagodes de la ville et les bâtiments de l'ancien palais qui abrite un musée, fermé aux dires de notre cicérone. 

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C'est ensuite un temple, une très modeste construction, dont le seul et unique occupant est la réincarnation d'un moine, sous la forme d'un python de belle taille. Gavé, choyé, il dort à longueur de journée, parfois se glisse dans un bassin d'eau aménagé pour son bien-être... Là aussi, les visiteurs glissent des billets devant sa tête et font des voeux. Nous nous faisons conduire au restaurant Hanthawaddy, restaurant chic, à clientèle de touristes, dans une maison en teck. Contrairement à ce qu'avait dit le conducteur qui voulait nous emmener là où il avait décidé, ce n'est pas plus cher qu'ailleurs. Nous commandons des plats thaï, Marie un curry au lait de coco, excellent, et moi du poulet au gingembre, également très bon. Gavés, sans pouvoir faire une sieste digestive, nous enchaînons avec la pagode Sintalia où repose un vilain Bouddha couché, à côté d'un ancien stûpa en briques rouges, plus élégant. Nous rendons visite ensuite au monastère Kha Khat Wain Kyaung. Rien d'ancien ou cela ne se voit pas mais c'est l'un des monastères, en activité, les plus importants de Birmanie. Plusieurs centaines de moines y étudient.

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Nous pouvons les observer dans une salle, rédigeant un devoir avec beaucoup de sérieux, d'application, indifférents aux touristes qui viennent troubler leur concentration. Ils sont assis à même le sol et travaillent sur de petites tables qu'ils emportent avec eux, le devoir terminé. Il fait beaucoup plus chaud dans cette région que dans le nord. Dans les rues, les bonzes défilent avec un bel éventail en bambou, en forme d'as de pique. Leurs consoeurs, enveloppées dans un voile rose, protègent leur crâne rasé avec de charmantes ombrelles de fabrication artisanale. Un autre monastère, plus calme, perdu dans la végétation, est composé de plusieurs élégants pavillons anciens, en bois, quelques-uns avec des toits étagés. A proximité quatre Bouddhas de grande taille, s'épaulent pour surveiller les quatre points cardinaux.

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Dans une salle où repose un autre Bouddha, couché cette fois, des peintures illustrent les sévices qu'endureront les pêcheurs, on y retrouve la même imagination que dans les églises du Moyen Age pour décrire les enfers ! Nous n'allons pas voir, de l'autre côté de la rue, le tout neuf Bouddha couché, encore une réalisation de mégalomaniaque... C'est au tour de la pagode Mahazedi, de très grande taille, un stûpa au-dessus d'une base tronconique à plusieurs étages.

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Nous en faisons le tour, en nous brûlant la plante des pieds et sous un soleil qui donne soif ! Marie n'a pas le droit de monter sur la plus haute terrasse, elle a bien raison, la vue est fort étendue mais d'un intérêt limité, les autres stûpas apparaissent perdus dans le lointain et la brume. Nous attendons le retour du tuk tuk, parti faire un plein d'essence, en avalant une bouteille d'eau. A côté, la pagode Shwegugale de petite taille est plus colorée, on peut en faire le tour dans un déambulatoire où soixante quatre Bouddhas, tous identiques, nous regardent passer. Et enfin, pour en terminer, la pagode Shwethalyaug, sous un hangar, un de ces énormes Bouddhas couchés qui semblent avoir tant de succès dans ce pays, occasion de manifester un gigantisme de parvenu.

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Pas vraiment beau, ses lèvres roses l'affadissent mais les coussins sur lesquels il repose sa tête sont des coffres décorés de tesselles de verre colorées. Ses pieds aussi sont très décorés et pour une fois dans une position plus réaliste. C'en est terminé, nous allons maintenant pouvoir digérer toutes ces visites ! Nous rentrons à l'hôtel, je règle le tuk tuk qui voudrait aussi que je lui paie le droit d'entrée sur les sites, dix mille kyats par personne, que nul préposé ne nous a demandé de payer (j'apprendrais par la suite, par d'autres touristes, que ce droit est payé au musée, pas du tout fermé !). Je suis d'accord pour partager le bénéfice avec lui, finalement nous lui réglons quinze mille kyats ! Retour à la chambre. Je m'occupe des photos, me connecte à internet, vérifie que les horaires de nos vols n'ont pas changé puis nous dînons au restaurant de l'hôtel. Nous commandons des plats birmans, un kone baung gyi kyaw pour Marie, une bonne fricassée dans l'huile de légumes et de porc, pas pimenté et pour moi un tauk tauk kyaw, une galette épaisse, parfumée, de poulet haché revenu avec des légumes, pas pimenté non plus. Je n'aurai, de toute ma vie, jamais mangé autant de carottes et de choux-fleurs ! Très copieux, nous devons reprendre une bière pour en venir à bout.
 
Jeudi 30 janvier : Nous prenons le petit déjeuner le plus tard possible puis je pars en moto-taxi à la gare. Il semble que le port du casque soit obligatoire pour cette forme de transport de passagers. Je me vois affublé d'un casque type Whermacht du plus bel effet ! Je dois patienter dans le bureau de la veille, reçu par un employé mieux embouché que le précèdent. Je m'assieds à côté d'un fonctionnaire qui renforce des livres de compte de l'année passée au moyen de ruban adhésif. Un autre lit le journal, d'autres passent, échangent des nouvelles, commentent les photos du journal. La routine... Enfin, après un temps d'attente et la consultation de papiers échappés de dossiers, on me délivre un billet Upper class pour le train de Yangon de cet après-midi. Je passe consulter la carte du restaurant chinois Three Five, proche de la gare et rentre, toujours déguisé en Fritz, à l'hôtel. Nous patientons d'abord dans la chambre puis dans le hall de l'hôtel et nous nous faisons conduire à onze heures et demie en tuk tuk à la gare avec le sac. Je le laisse à la garde d'un employé et nous allons au restaurant chinois en traversant le marché, plus guère animé. Les abords en sont immondes, des mares d'eau stagnante dégagent une puanteur d'égout, des ruisseaux lévent le coeur. Et les sacs plastiques tapissent toutes les rues, tous les espaces libres. Le canard rôti est servi froid et les crevettes en beignets ont disparu dans la pâte. Nous sommes déçus mais amusés par le ballet des plats servis sur les tables du personnel. Ils vont, viennent, repartent, sans que nous nous en expliquions la raison... Nous retournons à la gare nous asseoir sur des sièges en plastique dans l'attente de notre express. Peu avant son arrivée, nous passons ainsi que les autres voyageurs sur le quai et quand il s'arrête nous avons trois minutes pour monter à bord et nous installer dans deux fauteuils fatigués d'un wagon épuisé. La climatisation annoncée est naturelle, des volets métalliques percés d'ouvertures et des ventilateurs au plafond qui ne tournent pas... Nous traversons des rizières au vert vif, des buffles broutent les herbes et des stûpas apparaissent de-ci, de-là. Nous filons (en exagérant un peu...) en sautant sur nos sièges comme sur un manège. Ce n'est pas du boogie woogie, plutôt du hip hop... Nous sommes plus tôt que prévu à Rangoon et nous nous rendons à pied au Beautyland II. Nous avons une chambre au premier étage, minuscule, comme à l'arrivée. Nous récupérons le sac à dos et nous nous reposons avant d'aller dîner à proximité dans un restaurant qui se veut thaï. Plats curieux, mais bons et pas chers. Retour à la chambre où je peux, (ah quel bonheur !) regarder "Envoyé spécial" sur TV5 Monde... Nous sommes presque rentrés !
 
 Vendredi 31 janvier : Encore une fois, nous attendons le dernier moment pour descendre prendre le petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à pied au marché Bogokié pour les derniers achats, ma journée préférée en voyage... Très vite Marie trouve une ombrelle pour Karin puis elle se met en quête de divers objets qu'elle a en tête mais il y a toujours quelque chose qui ne correspond pas à  l'idée de ce qu'elle veut. Nous errons, et nous nous perdons dans les travées de cet immense marché presqu'uniquement consacré aux touristes. je commence à saturer, las de passer et repasser aux mêmes endroits. Elle se trouve un longyi qui doit être cousu et ajusté à sa taille. Nous déjeunons, sans bière, dans la seule gargote du marché qui soit un peu agréable. Puis nous retournons à nos recherches, un pantalon, des tongs et des petits disques en jade complètent les achats et pour finir, Marie s'offre une très belle veste noire avec des broderies récentes Akha. Nous allons prendre un jus de fruit et un soda dans un café climatisé où les prix sont indiqués en dollars. Retour à l'hôtel. Nous réservons un taxi pour demain matin et je commence à refaire le sac de voyage. Nous allons nous installer au salon pour relire mon texte et mettre à jour le blog. Un Hollandais nous rejoint, il n'aime pas les pagodes et ne veut pas en voir. Il a dû se tromper de pays ! Nous ressortons pour aller dîner au même restaurant pseudo thaï que la veille. Les garçons sont plein de bonne volonté mais ne comprennent pas grand chose à nos exigences en matière d'ordre de succession des plats ou de leur force en piment. Dernière nuit en Birmanie.
 
Samedi 1er février : Marie se réveille ! Nous descendons rapidement petit déjeuner avant de prendre le taxi à cinq heures. Nous sommes rapidement à l'aéroport, sans avoir revu la pagode Shwedagon non éclairée à cette heure. Nous enregistrons sans avoir de problème de douane pour la boîte en laque ni pour le dépassement (d'une heure !) de la durée du visa. Nous attendons ensuite de pouvoir embarquer. Nous décollons à l'heure. Petit déjeuner puis j'occupe le temps avec trois films successifs, trois de ces films dont on se demande comment ils trouvent un financement ! Pas de repas, un sandwich sucré, fourré au thon (?). Nous nous posons à Doha et après un nouveau contrôle, nous allons attendre le second vol. Nouvel envol à l'heure. Nos craintes concernant un éventuel déjeuner disparaissent quand les hôtesses servent un apéritif, pour nous c'est champagne, suivi d'un repas arrosé au Côtes du Rhône. Je  regarde "Mystic River" avant que nous ne nous posions, à la nuit tombée, à Paris. Julie est venue nous chercher avec des vêtements chauds bien nécessaires. Nous rentrons en taxi et nous lui offrons nos cadeaux devant une Margarita !
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