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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 23:03

Mardi 12 août : Dans la nuit, je suis réveillé par la musique puis je me rendors. Marie, avec ses boules Quies ne s’est rendu compte de rien… Ce matin, les montagnes du Caucase sont bien visibles, des pics dentelés, partiellement couverts de neige. Nous remplissons les jerrycans avec les derniers roubles. Comme ses collègues ex-soviétiques, la revêche caissière a le visage peu amène des femmes qui, de l’amour, n’ont pas connu toutes les joies... Puis nous sortons rapidement de la ville. La route s’enfile dans de belles et spectaculaires gorges, entre deux falaises presque verticales où les traces des éboulis sont bien évidentes. Quelques kilomètres et nous sommes à la frontière. Un peu d’attente puis nous sommes admis au poste de contrôle et aussitôt mis à l’écart avec tous les possesseurs d’une importation temporaire de véhicule. Il faut attendre le responsable qui se contente de collecter les documents. Un gros officier en tenue camouflée vient rôder autour du camion et ne trouve pas à son goût la plaque d’immatriculation, il est vrai en grande partie décollée et maintenue par des bouts de ficelle, et semble vouloir que nous retournions les changer en ville. Je ne lui réponds qu’en français qu’il ne comprend pas et il finit par aller passer sa mauvaise humeur sur d’autres. Puis ce sont nos jerrycans de gasoil qui posent problème, on nous assure que les Géorgiens ne nous laisseront pas entrer avec. Je cache les deux métalliques dans la capucine et nous nous présentons au poste géorgien. Les formalités se font simplement et rapidement et nous revoilà en Géorgie et donc de nouveau en Asie puisque nous franchissons le Caucase ! La route continue dans les gorges, traverse des villages totalement différents de ceux de Russie. Finies les maisons en bois avec fenêtres et volets décorés. Ici, elles ne sont pas très belles, des cubes avec un toit à quatre pentes, semblables à celles de Turquie, mais toujours avec un bout de jardin fleuri et quelques arbres fruitiers. Dans le village de Gergeti, nous bifurquons pour aller voir l’église de la Trinité que nous n’avions pas vue lors de notre voyage en 2010. Nous l’apercevons au sommet d’une montagne, détachant ses tours sur le ciel bleu.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une piste étroite de quelques kilomètres part du village, nous nous y engageons. Elle est peut-être la plus dure de tout ce voyage, presqu’intégralement gravie en première, avec des échantillons de tous les types de piste possibles, sauf le sable. Nous ne sommes pas les seuls dessus, nous croisons non sans difficultés, d’autres 4x4 qui peinent comme nous. Beaucoup, plus sages, ont choisi de grimper à pied… Mais nous sommes récompensés quand nous débouchons sur un plateau verdoyant où paissent des vaches et que nous découvrons devant nous cette très belle église, typiquement géorgienne avec, au-dessus du cube rehaussé dans la partie centrale de chaque côté des absides, le tambour de la tour et son toit conique.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Une seconde tour, plus petite, lui tient compagnie. Nous sommes très surpris par le grand nombre de visiteurs locaux et étrangers qui s’y pressent. Il n’y avait pas tant de monde en 2010 ! Le tourisme a dû se développer… Nous gravissons à pied la dernière rampe et pouvons alors admirer de près les beaux décors sculptés dans la pierre en forme de croix ou d’entrelacs autour des étroites fenêtres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Marie doit, à sa grande fureur, revêtir une jupe par-dessus son pantalon et se coiffer d’un châle pour pouvoir entrer dans le sanctuaire. Des icônes, anciennes ou récentes, sont offertes aux fidèles qui les baisent ou s’agenouillent devant. Le ciel se couvre, je dois patienter pour prendre des photos avec le soleil. Nous redescendons puis continuons la traversée des gorges, sur une route difficile soit à cause des travaux, soit à cause de la circulation. Nous avançons lentement, revoyons les paysages de montagnes ravinées puis à Ananuri, le lac et le château que nous ne revisitons pas. Nous rejoignons enfin l’autoroute, laissons Tbilissi et filons en direction de Kutaisi. Mais cela ne dure pas et nous devons continuer sur une route ordinaire très fréquentée où il est difficile de doubler. Nous nous arrêtons à six heures sur une colline au milieu des pruniers, derrière un restaurant où nous avons l’intention de dîner. Nous commandons des chachliks, sans doute les plus mauvais de ce voyage ! Des morceaux de porc frits et pas même présentés sur une brochette !!!
 
Mercredi 13 août : Il a fort plu dans la nuit et je ne pense pas possible de nous rendre en Svanétie pour voir les maisons-tours mais au moment de démarrer, le ciel se dégage. Nous décidons d’aller jusqu’à Kutaisi puis d’aviser. La route passe dans une étroite vallée boisée mais je n’ai guère le loisir de l’admirer. La circulation est infernale, les Géorgiens, les Méridionaux des Russes, sont d’abominables machos au volant. Pas question de rester derrière un camion ou un véhicule plus lent et ils sont tous plus lents bien sûr ! Alors ils dépassent sans se soucier des limitations ou des interdictions, obligeant ceux qui arrivent en face à se rabattre ou bien se rabattent eux-mêmes en abusant des queues de poisson. De la conduite sportive ! Nous parvenons sains et saufs à Kutaisi et en demandant notre chemin, nous trouvons l’église Bagrati. Nous l’avions vue il y a cinq ans, en travaux de restauration. L’extérieur est terminé, l’intérieur est en cours. Tout a été reconstruit en copie conforme à l’original et le résultat est sinistre. Plus d’âme, plus de charme, une pierre grattée pour la rendre identique aux pierres neuves utilisées, une toiture en cuivre teint en vert émeraude.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

A l’intérieur ce qui correspondrait au balcon de l’orgue et les colonnes sur lesquelles il repose sont en acier bruni, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée mais paraît tout de même bizarre ici. Nous sommes très déçus, nous aurions pu éviter d’y venir.  Nous sommes d’accord pour mettre le cap sur la Turquie et en passant par le petit poste frontière de Posof. Nous trouvons la route de Baghdati, qui continue ensuite en longeant dans un vallon encaissé un joli torrent. Nous nous arrêtons sur ses bords pour déjeuner puis nous continuons. La route commence à s’élever et atteint l’inattendue station thermale de Sairme avec des installations modernes pour curistes. Nous fuyons vite cette ville d’eau… Surprise : la route goudronnée s’arrête à la sortie de la station, une piste lui succède ! Au début elle est correcte puis elle commence à se dégrader, toujours en montée… Nous traversons un massif boisé très dense. Des lichens s’accrochent aux branches des arbres.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Elle devient franchement sportive, du genre pour dingue du 4x4… Plus haut, nous entrons dans les nuages, la visibilité est réduite à quelques mètres, nous ne progressons qu’au pas. J’ai des hallucinations : des monstres surgissent devant le camion ! Ils se révèlent être de vulgaires vaches effarées ! Nous parvenons à un plateau à plus de deux mille mètres. Une autre piste y aboutit. La piste va commencer à redescendre, le soleil revient mais elle reste très difficile, flaques, marches, buttes glissantes. Nous aurons mis trois heures pour faire quarante kilomètres… Nous parvenons ainsi à une autre station thermale, Abastumani, plus ancienne. Les maisons ou plutôt les vastes demeures familiales vitrées, décorées de dentelles de bois, pourvues de superbes loggias sur des colonnes, tombent hélas en ruine. Nous sommes heureux de retrouver le goudron et de filer vers la frontière turque. Dernier plein de gasoil et nous arrivons au poste. Personne n’attend ! La sortie de Géorgie prend moins de cinq minutes, l’entrée en Turquie à peine dix minutes. Nous roulons quelques kilomètres puis nous arrêtons sur une piste entre des champs. Nous aurons bien mérité la vodka-tonic de ce soir ! L’appel à la prière du muezzin au coucher du soleil nous rappelle que nous sommes en terre d’Islam.
 
Jeudi 14 août : Réveil à l’heure habituelle et départ pour une longue journée de route. D’autant plus longue que nous aurons confirmation d’un nouveau changement de fuseau horaire, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Nous traversons encore des montagnes couvertes de prairies où paissent de nombreux bovins. Les minarets taillés comme des crayons se distinguent à peine des rangs de peupliers. Des nappes de brume envahissent les creux, nous sommes au-dessus, dominant les vallées, avant de descendre sur Kars. Nous retrouvons les bonnes routes turques, larges et pas trop fréquentées par des conducteurs plus respectueux des règles que les Géorgiens ou les Russes. A Kars, nous changeons des dollars chez un bijoutier et nous trouvons ensuite un supermarché Migros, avec même des alcools. Plus de porc mais du bœuf et de l’agneau bien découpés, de la charcuterie de bœuf et en particulier du pasterma. Et nous continuons notre course vers l’Ouest. Nous avons quitté les montagnes et sommes désormais sur un plateau où les moissons battent leur plein. Les exploitations sont de petite taille, avec des tracteurs mais on aperçoit encore des paysans qui coupent à la faux sur leur lopin et des herses tirées par des chevaux. Apres déjeuner, nous contournons Erzurum. La chaleur est forte, la température dépasse les 40°. Le ciel, les nuages, les terres, les montagnes disparaissent dans la même pâleur laiteuse. Passage à Erzincan en évitant le centre. Nous longeons de nouveau une rivière puis dans un col le camion recommence à hoqueter puis repart. Nous arrêtons pour boire un soda dans un café avec une terrasse sur la rue. Que des hommes ! Jeunes, vieux tuent le temps devant un thé ou un café, les vieux portent la casquette et quelques-uns tripotent à longueur de temps un chapelet. Autre col et à nouveau le camion tousse, je dois rétrograder en première avant qu’il ne reparte, l’incident se répète. Je ne sais que penser, cochonneries dans le gasoil, injecteur défectueux, contact électrique occasionnel… Nous arrêtons à six heures dans une jolie prairie en contrebas de la route.
 
Vendredi 15 août : Nous roulons en direction de Sivas puis de Kayseri sur des routes toujours aussi larges, reposantes, presqu’ennuyeuses. Marie reçoit un message de Julie pour sa fête puis un de Nicole. Nous sommes sur le plateau anatolien, toujours au-dessus de 1000 mètres. Les monts sont pelés, les moissons faites, la terre est aride sous un soleil implacable. Peu avant Kayseri, nous allons revoir le très beau caravansérail de Sultan Hani, restauré depuis notre dernière visite. Le portail en est cadenassé. Je vais frapper à une porte, c’est une école, l’institutrice, foulard, manteau qui descend jusqu’aux chevilles, m’ouvre. Elle ne parle aucune langue étrangère mais deux de ses élèves sont des petites Turques de France en vacances. Elles nous signalent qu’il faut téléphoner pour faire venir le gardien. Celui-ci, alerte, arrive sur sa mobylette et nous ouvre grand les portes. Il parle allemand et nous donne quelques informations. Un beau décor sculpté dans la pierre orne le petit kiosque central qui était une mosquée. 
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

L’intérieur avec ses voûtes et ses bat-flancs donne une bonne idée de ce que devait être une halte caravanière au XIII° siècle.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous nous arrêtons un peu plus loin devant le site de Kültepe dont nous ignorons tout mais qui a l’honneur de deux étoiles sur notre carte. Peu d’ombre pour déjeuner. Courageusement, sous un soleil de plomb, quelle température peut-il faire ? 43°C, 44°C ?, nous nous lançons à l’assaut de la colline sur un sentier fléché. Nous apprenons qu’il s’agit du palais et de bâtiments d’un roi anatolien du XIX° siècle avant notre ère. Nous ne pouvons distinguer qu’une aire réalisée en pierres plates et les bases de murs. Rien d’inoubliable… Marie veut passer à l’office du tourisme de Kayseri. La ville a plus d’un million d’habitants et s’est étendue sur des kilomètres. Un service de tramway, des passerelles au-dessus des avenues, des escalators pour sortir des souterrains, sont les marques d’un pays en plein développement. Nous nous garons juste le temps de nous renseigner. La ville aurait peut-être mérité une plus longue visite mais faute de livre-guide nous ne savons où aller. Nous apercevons en roulant, quelques tekke et une ancienne mosquée. La sortie de la ville est à l’échelle de sa démesure, interminable. Nous reprenons un bout de route puis nous nous dirigeons vers la Cappadoce. Nous y entrons par Ürgûp dont nous reconnaissons difficilement les maisons troglodytes, désormais cachées derrière des constructions standardisées modernes. C’est désormais une route à quatre voies qui relie Ürgüp à Göreme ! Nous revoyons tout de même avec plaisir et même éblouissement ces cheminées des fées, ces pitons creusés d’habitations et d’églises rupestres. Nous ne visitons rien mais je ne résiste pas au désir de les prendre en photos sous une belle lumière.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
L’idée principale, est de trouver un camping et d’enfin, nous reposer. Ils ne sont pas nombreux, les pensyons les ont remplacés ainsi que les boutiques d’ « Art Shop ». Nous en trouvons un dans la descente sur Göreme. Un emplacement ombragé par deux arbrisseaux qui n’empêcheraient pas une limace de bronzer, une piscine coincée derrière le bloc sanitaire à l’eau parcimonieuse et à l’éclairage chiche, le tout pour vingt euros que nous faisons ramener à treize ! Nous allons prendre un pot, cher, à la terrasse qui domine la vallée, les pitons et… la route ! Connexion internet très faible, je réussis tout de même à lire les messages et en particulier celui avec les projets de Julie pour l’année prochaine. Je vais profiter de la piscine très agréable néanmoins. Retour au camion, je sors la table et les fauteuils, je suis sec avant même de m’asseoir. Pour dîner, nous allons pour la Sainte-Marie dans un restaurant repéré lors de l’un de nos arrêts-points de vue. La vue sur la Vallée des Pigeons depuis la terrasse est superbe de nuit, dans les assiettes c’est moins bien… Les köftes tant attendues n’en sont pas et Marie doit attendre son plat longtemps.
 
Samedi 16 août : Nous sommes réveillés par le bruit des brûleurs des montgolfières qui, à six heures du matin, emmènent des touristes survoler la Cappadoce. Nous ne nous levons pas aussitôt, c’est une journée de repos et nous traînons au lit avant de nous décider à sortir de notre léthargie. Pendant que Marie se prépare, je vais laver du linge puis le mettre à sécher. Nous ne nous rendons à l’Open Air Museum de Göreme qu’à onze heures quand il commence à faire très chaud… Il s’agit d’un ensemble d’églises troglodytes des X° et XI° siècles, taillées dans le tuf de ces cônes qui ont rendu célèbre la région. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes déversés par des norias de bus y sont nombreux et nous devons parfois faire la queue au pied des escaliers qui permettent d’y accéder. Elles sont minuscules, leurs parois sont couvertes de magnifiques fresques aux couleurs admirablement préservées par la sècheresse de l’air et l’obscurité.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

La première, Tokalı, est une merveille : deux salles décorées à des époques différentes. La première est toute dans des tons vert et ocre rouge, dans la seconde le bleu, un bleu outremer profond, domine pour raconter la vie de Jésus et presque toujours un Christ Pantocrator à la voûte. Les autres églises, une dizaine, reprennent le même thème et y ajoutent parfois celui de la vie de saints tels Basile. Plusieurs couches de fresques sont parfois discernables sur la même paroi, des dessins en rouge très simples à des œuvres très élaborées. Nous en ressortons épuisés, assoiffés. De retour au camping, nous avalons de grands verres de citronnade pour Marie, de rakı pour moi. Après déjeuner, je vais me connecter, mettre à jour le blog et constater qu’aux dates possibles, il n’y aurait pas de places sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise… Nous repartons en emmenant Jean-Pierre pour un tour dans les environs. Nous arrêtons d’abord à Çavusin où les maisons troglodytes en ruine forment une falaise percée d’ouvertures dans un long mur qui me fait penser à Matera.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Plus loin, à Zelve, un exceptionnel ensemble de cheminées des fées attend les touristes. Nous nous promenons au pied de ces grandes aiguilles à l’abri d’une roche qui leur donne un aspect de champignon ou de maison des Schtroumpfs.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Après un dernier point de vue décevant, nous revenons par le même itinéraire que la veille. Nous déposons Jean-Pierre au camping et allons nous garer dans le centre de Göreme pour une visite fructueuse, du point de vue de Marie, des boutiques de souvenirs. Nous remontons au camping prendre l’apéritif avec Jean-Pierre mais nous n’avons plus de glaçons, le réfrigérateur n’a pas tourné. Dîner au restaurant le Sedef, plats bons et copieux, excellents pide et adana kebab pour ma part et retour pour la nuit au camping. 

Dimanche 17 août : Je compte au moins vingt-huit montgolfières de toutes tailles et couleurs qui, ce matin, nous survolent, grosses bulles molles que pousse le vent. Il est encore tôt mais comme je suis réveillé, j’écris pour la seconde fois mon journal de la veille. Hier soir, l’ordinateur qui commence à avoir ses humeurs m’avait soudainement planté et refusé de continuer d’assurer son emploi, j’avais donc perdu tout ce que j’avais écrit. Depuis plusieurs jours j’ai aussi perdu l’usage de plusieurs touches des chiffres, le 1, le 2, le 5, le 7, le 9, le ° et donc les voyelles accentuées qui vont avec… Nous plions bagages, quittons le camping, pris en photo par son sympathique propriétaire. Nous entamons une journée de route pour nous rapprocher de la Grèce. Après Nevşehir, nous traversons, jusqu’à Konya, une étendue rigoureusement plate et quasi désertique malgré l’implantation de quelques industries et des tentatives de culture irriguées. Après Konya le paysage n’est pas beaucoup plus engageant mais il y a tout de même quelques bosquets… La route, toujours excellente et à quatre voies se poursuit par Afyon puis Kütahya. Ensuite, en cours d’élargissement, elle traverse une belle région de collines boisées, peu de monde y passe, aucun camion. Nous nous arrêtons pour la nuit en bordure d’une piste, dans un vallon. Jean-Pierre vient prendre l’apéritif puis reste dîner. Marie a prévu de faire cuire des pâtes dont elle pensait qu’il avait envie. Il apporte des côtes d’agneau que nous partageons, les pâtes n’ont pas de succès et finissent à la poubelle. 

Lundi 18 août : Le ciel est couvert et bientôt il pleut. La route est en travaux, nous passons dans les nuages avant de retrouver, au sortir des montagnes dont nous n’aurons pas vu grand-chose, la plaine et un ciel bleu. Après Balıkesir, nous suivons la direction des Dardanelles. La nouvelle route ne passe plus par les montagnes mais se dirige droit sur la côte. C’est alors la lente et énervante traversée d’une succession de stations balnéaires fréquentées par la bourgeoisie turque en vacances. La route quitte le bord de mer, grimpe dans la montagne avant de redescendre vers Çanakkale que nous traversons pour arriver au port d’embarquement des ferries. Nous n’attendons pas et montons à bord de l’un d’eux aussitôt.

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

 

Nous revoici en Europe. Une fois débarqués à Eceabat, nous allons manger des köftes dans l’un des restaurants pour touristes devant le port. Ils ne sont pas mauvais, mais les portions sont minimales. Nous longeons jusqu’à Gallipoli le détroit des Dardanelles avant de traverser le bras de terre et retrouver la mer à notre gauche. Parvenus à Keşan et toujours affamés, nous allons nous offrir une tournée de köftes, nettement meilleures et avec une bière glacée cette fois. Ce sera notre « quatre heures » ! Derniers kilomètres en Turquie, la frontière est vite franchie et nous retrouvons la Grèce. Quelques kilomètres d’autoroute, puis traversée d’Alexandroupoli pour parvenir à notre camping habituel. L'ouzo s'impose au restaurant du camping suivi de souvlaki et de fioles de retsina​...
 
Mardi 19 août : De plus en plus à l’ouest, le soleil se lève de plus en plus tard et nous aussi… Nous nous attaquons à la traversée de la Grèce sur l’autoroute de Salonique. Les péages qui n’étaient pas en activité lors de notre dernier passage le sont maintenant et tous les trente kilomètres nous devons verser notre obole : 6 euros, comme les camions car mesurant plus de 2, 20 métres de haut ! Nous longeons de loin la mer, une mer digne de la Grèce, d’un beau bleu qui inciterait à la baignade. Nous sommes à Salonique que nous contournons à la mi-journée. Marie et Jean-Pierre ont envie d’aller aux Météores. Nous continuons donc sur la route d’Athènes jusqu’à Larissa où nous abandonnons l’autoroute pour une simple route. Passage dans un grand supermarché, tout neuf. Le peu de choix des produits m’étonne. Peu de variétés, on se croirait en Mongolie… La route serpente puis le massif des Météores, sorte de gros doigts rocheux se profile à l’horizon. Nous nous en approchons, Marie ne reconnaît rien ! Kalampaka, la petite ville sise à ses pieds ne vit que du tourisme, ce ne sont que guest-house, campings, hôtels, tavernes, restaurants et boutiques de souvenirs ou fabriques d’icônes. Nous cherchons un camping, en trouvons un dans la cité voisine, Kastraki, et je crois bien qu’il s’agit du même camping qu’en 1992 . Il est encore tôt mais nous ne bougeons plus. D’autres Français possesseurs de camping-cars 4x4 viennent discuter avec Jean-Pierre, les comparaisons de modèles, de performances m’ennuient prodigieusement, nous préférons nous rendre à la terrasse du restaurant du camping boire un soda, nous connecter à internet, relire le blog. Jean-Pierre nous y rejoint et cherche lui aussi les éventuels passages sur un ferry au départ d’Igoumenitsa mais sans succès. Nous prenons l’apéritif au camion, il faut bien finir les bouteilles, nous n’y parvenons pas ce soir, puis dînons au restaurant, au frais, sur accompagnement de bouzouki. Grillades et bouteilles de restina. Je reste effectuer toutes les corrections sur mon texte et mettre le blog à jour, en fumant un havane acheté en détaxe à la frontière.
 
Mercredi 20 août : Ce matin encore nous ne nous réveillons qu’à sept heures. Le camping est bien endormi. Nous sommes dans les premiers à monter les lacets de la route qui mène aux différents monastères perchés sur les pitons. A chaque virage, une nouvelle vision s’offre à nous, bâtiments monastiques en équilibre au-dessus du vide, balcons en encorbellement, églises byzantines minuscules.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous atteignons le parking du plus grand des monastères, Metamorphosis, Il ouvre ses portes aux visiteurs à neuf heures et une file d’attente s’est déjà formée sur les escaliers qui y conduisent. Nous n’avons pas très envie de nous mêler aux groupes et préférons redescendre à celui en contrebas, Varlam, plus modeste et tout aussi intéressant. Marie a prévu un châle pour se couvrir la tête mais ce sont ses jambes de pantalon qu’elle doit cacher sous une jupe d’emprunt, pas la tête ! Des chats font la sieste et la font très bien, au pied de la jolie petite église, inévitablement byzantine. A mon grand étonnement, tout l’intérieur est couvert de belles fresques dont la vision est malheureusement gâchée par  la lumière que filtrent des carreaux de couleurs jaune ou bleue. Quelques très belles scènes, une Dormition de la Vierge, qui semble très honorée ici, un Jugement Dernier avec un terrifiant monstre rouge qui, comme sur les murs des églises de Bucovine, ouvre grand une gueule pour engloutir les damnés, les Elus semblent un peu s’emmerder au Paradis…

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)

Nous allons jeter un œil au mécanisme de ravitaillement qui, autrefois, se faisait au moyen d’un treuil qui remontait un filet, aujourd’hui modernisé grâce à un palan électrique. Nous continuons le circuit, découvrant de nouveaux points de vue sur les quatre ou cinq monastères les plus connus. 

Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous découvrirons trop tard qu’il en existe d’autres, logés dans les falaises et probablement accessibles à pied uniquement. Nous rejoignons la route de Ioannina, étroite, toute en lacets serrés qui traverse les montagnes avant de rejoindre l’autoroute, et ses péages ! Apres un rapide déjeuner, nous arrivons à Igoumenitsa où nous nous précipitons dans la première agence de voyage. Et là, alors que nous n’y croyions pas, nous trouvons un passage en open deck sur le ferry de Venise, vendredi matin. Nous devons tout de même débourser plus de cinq cents euros… Soulagés, dans tous les sens du terme, et contents de l’être, nous nous rendons dans un supermarché, aussi peu achalandé que celui d’hier, pour prévoir les repas jusqu’à Toulon. Nous nous rendons ensuite à la plage où nous avions passé la nuit et dîné en mars 2013. Il y a beaucoup plus de monde, la plage est envahie par les vacanciers. Nous allons prendre un pot dans le jardin du restaurant en contemplant les naïades locales. Retour au camion pour écrire mon journal et bouquiner. Apres une petite sieste, nous allons dîner au restaurant. Les amateurs de plage se raréfient, la plage se vide, le soleil descend, nous sommes bien sur la terrasse devant la mer. Ouzo puis nous nous régalons de calamars et de poulpes avec une puis deux bouteilles de Malamatina, ce vin blanc résiné que nous ne boirions pas en France... Jean-Pierre, toujours affamé s’est commandé un souvlaki de poulet puis une grosse daurade grillée. Nous regagnons à la nuit nos camions, seuls sous les eucalyptus.
 
Jeudi 21 août : Réveil très tardif, Marie reprend vite ses habitudes… Rien au programme de la journée si ce n’est repos ! Apres avoir traîné une bonne partie de la matinée, nous décidons d’aller nous promener avec la voiture. A la fois pour passer le temps mais aussi pour recharger les batteries auxiliaires qui semblent ne plus tenir la charge. Nous traversons les marais où nous faisons s’envoler des hérons cendrés puis nous suivons une piste le long de la plage qui grimpe ensuite sur une colline entourée par la mer et qui se termine à des élevages de poissons.
Mongolie 2014 (6.- Géorgie, Turquie)
Nous revenons nous garer au même endroit, à l’ombre. Après déjeuner, sieste, lecture, ennui. Jean-Pierre parti se promener seul, nous retrouve. Nous allons ensemble nous garer dans le centre-ville et prendre un pot dans un des cafés encore peu fréquentés de l’allée centrale. Nous laissons passer le temps. Nous allons acheter un journal, repérer le restaurant à spécialités de grillades à la broche où nous avions diné l’an dernier puis nous revenons au camion mais il y fait trop chaud et nous allons nous asseoir sur un banc de la rue piétonne. Nous dînons dans notre gril, excellent gyros, je goûte aux kokoretsis dont je n’apprécie que l’extérieur grillé, la farce d’abats évidemment n’a pas de succès. Nous allons nous garer au parking de la gare maritime pour une courte nuit.
 
Vendredi 22 août : Des passagers en attente d’un bateau n’ont pas cessé de toute la nuit de venir se garer, discuter à côté de nous et je n’ai pas beaucoup dormi. Je suis debout à cinq heures, Marie finit sa nuit et reste couchée. Nous entrons dans le port. Pour savoir à quel quai nous devons attendre le ferry, nous retournons à la gare maritime nous renseigner. Les bureaux de la compagnie ne sont pas encore ouverts, nous devons attendre plus d’une demi-heure pour faire viser les billets. Nous attendons ensuite l’arrivée du bateau et montons rapidement à bord. Nous ne sommes pas placés comme nous l’espérions le long du bastingage mais en plein milieu, coincés entre un camion et des camping-cars. Nous petit-déjeunons, Marie procède à sa toilette, je monte visiter les salons. Ils sont, comme les couloirs et les ponts encombrés de tentes, de matelas de passagers qui se sont installés pour la traversée ! Nous montons nous asseoir à une table pour lire et taper mon journal. Nous dînons dans le camion d'une boîte de conserve tout à fait appropriée et de saison : une choucroute !
 
Samedi 23 août : Je transpire encore dans la nuit mais au matin des coups de tonnerre annonciateurs d'orage dans les parages amènent un vent frais. Nous nous réveillons à 6 heures, heure d'Italie donc de France. Nous approchons de Venise mais le bateau doit attendre une autorisation d'entrée. Le temps s'écoule sous un ciel gris peu engageant. Nous apprenons à notre très grand dépit que, contrairement aux précédents voyages, nous ne longerons pas le Grand Canal, n'apercevrons pas de haut la place Saint-Marc mais accosterons ailleurs ! Effectivement, après avoir franchi une des toutes récentes écluses mises en place pour éviter les marées hautes, emprunté un long canal balisé, nous jetons l'ancre dans la zone industrielle de Porto Margera. Sortir du ferry demande encore de la patience... Nous voilà sur le sol italien. Peu d'indications à la sortie du port, je prends la direction de Venise et à Mestre nous trouvons l'autoroute. Il commence à pleuvoir puis de plus en plus fort jusqu'à Brescia. La circulation est très intense, plus calme ensuite. Le soleil revient progressivement. L'autoroute de la côte est encombrée par les retours de vacances. Nous sommes à Vintimille à 6 heures mais un bouchon de 7 kilomètres avant le péage nous fait perdre une heure. A sa sortie, Jean-Pierre nous fait de rapides adieux... Nous ne pensions pas qu'un voyage de deux mois et demi se terminerait ainsi, sans même un dernier apéritif. Nous voici en France. Nous roulons sans nous arrêter et rentrons à Toulon.
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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 16:58

 

Samedi 2 août : Brian, qui a des problèmes intestinaux, a du mal à se réveiller au matin… Nous repartons dans une steppe qui n’en est plus une. Plus de yourtes, de troupeaux. Les montagnes qui encadrent la vallée que nous suivons sont perdues dans les nuages et leurs sommets quand ils s’en échappent sont couverts de neige. Le ciel que nous avions cru clément au matin ne le reste pas et c’est dans une triste grisaille que nous allons suivre le lit de différentes rivières dans des vallées puis dans des gorges. Belle route que nous ne pourrons apprécier pleinement sans le soleil. Les maisons russes derrière leur palissade, avec leurs encadrements de fenêtres décorés, sont de plus en plus fréquentes. Beau paysage alpestre, prairies, forêts de conifères et même chalets de bois ou isbas de rondins. Nous sommes déjà loin de la Mongolie ! Dans les villages, derrière les palissades qui délimitent une concession familiale, se dresse une structure conique au toit arrondi que nous supposons être le sauna familial. Nous déjeunons de boîtes de conserves sur le bord d’une rivière, Brian est allé manger une soupe au poulet au café voisin. Nous continuons et plus nous avançons, plus nous quittons les steppes et retrouvons la Russie. De nombreux vacanciers sont venus profiter des activités de plein air qu’offre l’Altaï. Nous croisons de nombreux véhicules, de citadins qui partent pour un week end dans la nature. Des camps de vacances, des bungalows, des descentes de rivières, des treks, sont offerts à des sportifs, torses nus, ou en tenue de camouflage, de grands Russes virils à l’exemple de Poutine... La circulation s’intensifie, nous revoilà dans la Russie rencontrée à l’aller, de nombreux établissements en bord de rivière attendent les estivants pour le week end. En fin d’après-midi nous parvenons à Gorno-Altaïsk où nous cherchons un « grand » supermarché. Nous le trouvons sur la place centrale, dans un Mall tout moderne. Nous nous séparons de Brian qui nous quitte avec son vélo sans chaîne… Nous pénétrons ensuite dans la caverne d’Ali Baba, un supermarché russe comme il y en a dans toutes les grandes villes mais qui, après un mois de disette mongole, nous paraît une merveille. D’autres fruits que des pommes ou des oranges : abricots, brugnons dont un Carrefour ou un Auchan n’oserait pas proposer la vente. Du poulet, cuit, fumé, congelé, en morceaux, entiers, des saucisses appétissantes, du poisson fumé, de l’ikra et plein d’autres merveilles comme de l’eau gazeuse, des kotelets, sortes de boulettes de porc, des légumes insoupçonnés de l’autre côté de la frontière, chez ces barbares mongols mal dégrossis ! Nous cherchons ensuite un restaurant pour dîner ce soir mais nous ne trouvons rien. Nous reprenons la route de Novosibirsk et arrêtons dès que nous trouvons une piste qui nous amène au bord d’une rivière, au calme. Apéritif habituel puis nous dînons de croquettes de poisson qui sont surtout aux pommes de terre…

Dimanche 3 août : Nous nous réveillons avec une heure de retard sur nos habitudes ! A croire que nous en avons besoin… Nous reprenons la route, le camion grogne, couine, grince, gémit, siffle, une vraie volière. J’aimerais être aussi persuadé que Jean-Pierre que tous ces bruits intempestifs sont dus à mes silentblocs… Au sortir des montagnes, nous avons retrouvé la Russie que nous connaissons : champs de blé, de tournesols à perte de vue et alignements de bouleaux pour briser la violence des vents d’hiver. Les maisons aussi sont redevenues celles auxquelles nous étions habitués, toits en pente, bois pour les plus anciennes et matériaux modernes pour les récentes. La chaussée est bonne, trop, nous pourrions croire qu’il en sera toujours ainsi mais nous savons qu’il n’en sera rien. Sur les bas-côtés de la route, assises sur un tabouret, fichu sur la tête, des paysannes vendent le produit de leur jardin ou de leur cueillette : pommes de terre, oignons, myrtilles, superbes girolles, magnifiques cèpes. Nous achetons des myrtilles et un seau de cèpes ! Nous atteignons Barnaoul, à l’écart de la route de Novosibirsk, sur une route à quatre voies. Nous y sommes pour rendre visite au garage Land Rover. A l’entrée du pont qui enjambe l’Ob (nous découvrons qu’hier soir, nous avons dormi sur ses bords quand ce n’est encore qu’une modeste rivière), je demande à un policier qui surveille la circulation s’il connaît la rue Kalinina, adresse de Land Rover. Non seulement il sait, mais il me fait un plan très clair en me précisant les distances. Je suis les indications données et nous parvenons sans difficultés devant la concession Land Rover-Jaguar. Nous nous y étions rendus uniquement pour repérer les lieux mais nous découvrons que le magasin est ouvert. Non seulement ouvert mais il y a du personnel à l’atelier. Renseignement pris, il faudrait trois jours pour faire venir les silentblocs de Moscou. Le jeune qui baragouine un peu d’anglais ne manque pas d’astuce : il téléphone à son patron et nous propose de monter ceux du Defender neuf du garage ! Et nous pouvons faire la vidange en plus aussitôt !!! A deux heures et demie, je ressors avec des silentblocs neufs ( ou presque ?), un entretien avec échange des filtres. Pour environ 300 euros mais au moment de payer avec ma carte bleue, inutilisée depuis deux mois, je m’aperçois que j’ai complètement oublié le code ! Je dois utiliser celle de Marie dont je me souviens. Depuis je cherche… Nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer sur les bords de l’Ob, à la gare fluviale. C’est une promenade dominicale avec poneys pour les enfants, baraques à chachliks où nous envisageons de revenir dîner ce soir. Nous remontons ensuite la large et très longue avenue Lénine. La place ne manquait pas pour construire les villes au XIX° siècle, les prospect, avenues, sont bordées de maisons anciennes, bâtiments de brique ou palais « chantilly » couleur pastel soulignée de blanc. S’y mêlent des immeubles plus récents de l’ère soviétique ou plus prétentieusement neufs, les grandes marques internationales y sont présentes. Nous allons prendre une pâtisserie ou un coca dans un café élégant dans l’espoir d’y avoir le wifi mais nous ne pouvons nous connecter. Nous repartons pour tenter notre chance à l’hôtel Barnaoul. Effectivement, assis dans un confortable canapé du hall, nous lisons notre courrier, répondons et mettons à jour le blog. Message de dernière minute de Julie, revenue ravie de ses plongées en Mer Rouge. Nous sortons de la ville et essayons de trouver un emplacement pour la nuit sur l’île au milieu de l’Ob. Nous parvenons ainsi à une plage, une vraie plage avec du sable, des chaises longues et de la musique… Nous retournons sur les bords de l’Ob avec l’intention d’y dîner et d’y dormir. Nous nous décidons pour un restaurant, le « Parus », avec une terrasse au-dessus de l’eau. Nous commandons de bons plats : côtes de porc, chachlik, poisson fumé et bières à la pression. On mange bien en Russie ! Nous restons sur le parking du restaurant en croisant les doigts pour qu’ils ne soient pas trop nombreux à venir faire ronfler les moteurs de leurs voitures en mettant la musique à fond…

Lundi 4 août : Des bavards incorrigibles et de la musique une bonne partie de la nuit ont perturbé notre sommeil mais nous avons tout de même dormi. Au matin, tout est plus calme ! Nous repassons le pont sur l’Ob et continuons en direction de Novosibirsk. La quatre voies ne dure pas et nous revoilà sur ces routes à deux voies avec une circulation trop importante pour elles. Peu avant la grande ville, nous entrons dans la « Cité des savants », Akademgorodok. Au milieu de la forêt, des instituts, des académies ont été installés à la belle époque soviétique. Les habitants des lieux, scientifiques, ingénieurs, y étaient choyés, au calme, dans des résidences en pleine nature. Difficile de savoir ce qu’il en reste mais quelle différence avec les villes agitées, bruyantes du « vulgaire »… Encore quelques kilomètres et nous plongeons dans la circulation folle de la grande ville. Je m’arrête sur une grande avenue pour aller changer des dollars, j’en profite pour repérer sur un plan du métro où nous nous trouvons. Nous parvenons, avec le plan succinct de notre guide, à trouver la gare. Nous nous garons en face, sur ce que nous découvrirons plus tard être le parking d’un grand hôtel. Nous allons faire des photos de la gare. Un grand bâtiment assez laid, peint dans un vert trop vif, avec, au milieu, ce que j’avais pris pour un arc de triomphe.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous revenons déjeuner au camion puis nous décidons de nous rendre sur la place Lénine, la place principale de la ville, en métro. Le métro est plus récent que ceux de Moscou ou de Saint-Pétersbourg mais il est néanmoins décoré de céramiques politiquement neutres… Nous débouchons devant l’inévitable statue de Lénine drapé dans un manteau de granit. Un couple de travailleurs et trois partisans lui tiennent compagnie, bel ensemble qui ne paraît pas figé dans la pierre.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous empruntons un souterrain, paradis des minuscules échoppes où on vend tout et rien, l’indispensable et l’inutile, pour traverser sains et saufs la place. J’abandonne Marie pour aller vérifier les horaires du musée des Beaux-Arts qui renferme une collection des œuvres de Nicolaï Roerich que nous avions peu appréciées lors de notre premier voyage, impressions que nous voulions confirmer ou infirmer. Musée fermé lundi et mardi ! Celui d’Ethnographie, sis dans un beau bâtiment, sur la place, est en restauration ! Nous revenons tout doucement à pied vers le camion. Nous allons prendre un verre dans un café élégant, un de plus. Marie cherche un magasin, toujours pour ses souvenirs, mais il est introuvable. La ville est moderne, dynamique, animée, du moins dans le centre. Nous retrouvons les camions et quittons la ville, bien aidés pour en sortir par le logiciel de Jean-Pierre. La circulation est très dense sur la route étroite, plus que dans notre souvenir. Jean-Pierre sent l’écurie et fonce, double camions et voitures, nous avons du mal à le suivre. A six heures il ne semble pas encore disposé à s’arrêter. Vingt minutes plus tard, nous nous enfonçons sur une route en terre et bivouaquons dans un champ. Apéritif puis nous faisons cuire les cèpes achetés la veille sur la route, pour accompagner les kotelets, partagés avec Jean-Pierre.

Mardi 5 août : Les champignons n’étaient pas vénéneux, nous avons tous survécu. Commence une longue et pénible séquence « auto, bouleaux, dodo ». Nous avalons les kilomètres dans un paysage toujours aussi monotone, A vous gâcher un voyage en Mongolie ! Heureusement le revêtement est bon et nous faisons une bonne moyenne. Nous déjeunons sur le bord de la route avant d’atteindre Omsk. Nous rendons visite à une sorte de supermarché pour reprendre du pain et de l’eau puis nous nous lançons dans la traversée de la ville. Le logiciel de Jean-Pierre nous fait passer par le centre, occasion de constater qu’Omsk est sans doute la plus laide ville de Sibérie. Marie aperçoit la gare encore plus clinquante que celle de Novosibirsk. Depuis le pont sur l’Irtych, nous n’apercevons que des immeubles-casernes et des usines. Il nous faut plus d’une heure pour en sortir et nous retrouver sur la route de Tyoumen. Nous roulons jusqu’à six heures et décidons de nous arrêter. Je vais refaire un plein de gasoil, Jean-Pierre ne s’en aperçoit pas et continue… Nous ne le revoyons pas ! Nous avançons sur la route, arrêtons, revenons sur nos pas, attendons. Pas de Jean-Pierre ! Nous reprenons la route, avançons sans savoir s’il est devant ou derrière… Nous finissons par nous arrêter en retrait de la route pour dîner et espérer le voir passer… 

Mercredi 6 août : Toujours pas de Jean-Pierre ! Nous décidons de continuer jusqu’à Ishim où nous devons bifurquer. Nous n’avons roulé que quelques kilomètres quand je le vois dans le rétroviseur ! Notre Jean-Pierre tout faraud nous avait perdu de vue, était rentré dans le village et a dormi en retrait de la route, certain, affirme-t-il, de nous retrouver ce matin ! Nous repartons donc ensemble, sans avoir à mettre de message à Mireille, inquiète hier soir de ne pas avoir de ses nouvelles. Nous traversons Ishim, plein de bières et d’eau gazeuse puis à une fontaine, plein des réservoirs d’eau. Nous repartons sur la route qui permet de contourner le Kazakhstan. Très bonne chaussée qui devient atroce avec des trous à engloutir un semi-remorque !!! La région, plate, est couverte de lacs et d’étangs qui créent des zones de marécages. Nous poursuivons par Kurgan où nous nous arrêtons à la sortie pour boire un soda dans un café pour camionneur, désert à cette heure. Nous roulons encore car avons changé d’heure, en récupérant une. Nous ne trouvons pas de piste pour nous installer en pleine nature, ce ne sont que des champs difficiles d’accès. Pour une fois nous faisons halte dans un parc pour poids lourds. Jean-Pierre s’invite à l’apéritif et dîne avec nous d’une omelette aux champignons achetés sur le bord de la route.

Jeudi 7 août : Dans la nuit, je dois, comme on dit à Treichville, aller « cabiner » car j’ai le « ventre qui coule » ! Et, au réveil, dès que je passe de la position couchée à celle debout, je vomis les champignons de la veille ! Marie et Jean-Pierre ne sont pas incommodés… Je vais être patraque toute la journée. Nous continuons vers l’Ouest sans faiblir. Nous atteignons Chéliabinsk que nous ne traversons pas. A un nœud de routes, nous ne savons quelle direction prendre, Ufa n’est plus indiqué ! Nous essayons les différentes options avant de découvrir que la première était la bonne. Quelques kilomètres plus loin, le problème se pose à nouveau. J’en ai ras le bol de la Russie, de ses routes, de ses conducteurs excités. L’étroite route d’Ufa est très fréquentée, d’interminables files de camions s’étirent dans les deux sens. Parfois je désespère de les doubler, certain d’en trouver d’autres quelques centaines de mètres plus loin. La route monte et descend les petites montagnes couvertes de forêts qui constituent les monts Oural. Tous les cinquante mètres, une Lada, portes et coffre grand ouverts dégorge de bocaux, plutôt de grande taille, remplis de miel clair, ambré ou brun. A qui peuvent-ils vendre de telles quantités ? A d’autres producteurs ? Quand nous retrouvons la plaine, nous avons géographiquement quitté l’Asie, la Sibérie et retrouvé l’Europe. Le Texas ? Non le Tatarstan ! Des puits de pétrole dans la campagne pompent la précieuse huile. Il fait chaud, je ne suis pas en forme, je voudrais bien arrêter de bonne heure. Après Ufa, nous espérions trouver un emplacement en retrait de la route, protégés du bruit dans une auberge mais le patron croyait que nous allions prendre une chambre et veut que nous nous garions le long de la route. Nous repartons et allons nous installer dans les bois, derrière un rideau d’arbre.

Vendredi 8 août : A six heures et demie il fait à peine jour. Nous nous doutons bien que nous avons dû changer de fuseau horaire mais, dans le doute, nous continuons comme si de rien n’était. A huit heures, nous sommes sur l’autoroute en direction de Samara. L’autoroute ne dure pas et nous retrouvons bientôt le rythme d’une départementale française avec la circulation d’une pénétrante aux heures de pointe. Des champs de tournesols, un vol de corbeaux, un Van Gogh vivant ?

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Je me remets de mon indigestion de champignons et ce n’est plus qu’un mauvais souvenir… En début d’après-midi, nous atteignons Samara. Jean-Pierre utilise pour, après une longue et pénible traversée de la ville, nous amener dans le centre, en passant par quelques rues bordées d’anciennes maisons en bois. Nous nous garons dans une rue et partons à pied à la recherche d’un hôtel puisque c’est le seul moyen de nous faire enregistrer. Longue et bien fatigante marche en découvrant ce centre ancien où se retrouvent bien des styles architecturaux.

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Nous constatons que ce n’est pas une mais deux heures que nous avons rattrapées, nous sommes à la même heure que Moscou !  Le Jigouli-Bristol est un bel hôtel à la façade très ouvragée, beaux balcons style « nouille ».

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Le hall est des plus chics, la préposé est charmante même si elle oublie de sourire. Le prix est en conséquence mais je n’ai pas envie de courir ailleurs, Jean-Pierre non plus. Nous prenons deux chambres, j’en ai rarement eu de plus « classe ». Retour à pied, au bout d’une heure aux camions. Nous préparons les sacs et retournons à l’hôtel. Je me gare à proximité et nous prenons possession de notre nid douillet. Les miroirs, l’escalier sont superbes, dans le style art déco. Il faut aussitôt se connecter à internet, pas de nouvelles de Nicole ou de Julie, donner du linge à laver, en laver dans la baignoire. Nous partons en promenade. Nous longeons notre rue, Kubicheskaya, succession de beaux immeubles de différents styles, classique, art déco, baroque russe, trompe-l’œil, constructiviste de la période soviétique, style découvert grâce à Danièle Sallenave, dont je comprends la fonctionnalité mais moins l’esthétique. Quelle richesse pour un étudiant en architecture ! 

Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous revenons à l’hôtel nous installer au bar pour profiter d’internet. Jean-Pierre nous rejoint et nous allons ensemble dîner de viandes grillées avec une bouteille de vin, dans un restaurant soi-disant argentin. Les plats sont très chers, la viande, vendue au poids, très surévalué, est bonne mais pas exceptionnelle. Encore du linge à essorer et d’autre à laver. Il ne doit pas y avoir beaucoup de clients qui utilisent à cette fin la baignoire…
 
Samedi 9 août : Nuit au frais, au calme. Marie n’a pas apprécié son lit et s’en plaint… Nous nous préparons sans nous presser puis descendons prendre le petit déjeuner mais on aurait dû nous demander la veille nos desiderata et nous le porter dans la chambre ! Nous remplissons une fiche et remontons attendre. Quand il arrive, tout est froid, les œufs, les saucisses, le thé ! Nous quittons ce bel hôtel mais au personnel pas très performant, la preuve, ils oublient de nous facturer le lavage du linge. Nous ne nous en plaignons pas… Nous descendons sur les bords de la Volga. Nous sommes très étonnés d’y trouver une belle plage de sable où des baigneurs profitent d’une eau tentante avec la chaleur qui va régner.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)
Nous quittons Samara et suivons de très loin la rive gauche de la Volga. Champs de tournesols et de blé fraîchement moissonnés et de temps en temps une vilaine usine dont les cheminées crachent des fumées peu engageantes. La chaussée est, sauf à de rares et courtes exceptions, une horreur ! Boursouflée, crevée, creusée par les camions, nous dansons, chassons, tressautons dessus sur plus de quatre cents kilomètres. Nous nous arrêtons à Pugachev pour faire des courses dans un supermarché dont une fois de plus nous admirons le choix. Enfin Saratov, à presque six heures du soir. Nous traversons l’immensément large Volga sur un pont qui, par la même occasion, enjambe aussi un autre respectable fleuve, lui aussi semé d’îles provisoires. De lourdes péniches se traînent sur son cours, les bateliers ont disparu… Nous nous arrêtons, épuisés par cette route, peu après dans un champ en retrait de la route. Vodka-tonic avec l’avant-dernière boîte !
 
Dimanche 10 août : Jean-Pierre a entendu des coups de feu et même des rafales hier soir. Nous rien ! Nous continuons notre descente dans le Sud sur une route en bon état, pas trop fréquentée au début. Tout est jaune à perte de vue, les champs moissonnés couvrent les ondulations de la plaine. Après Kamyshin, vilaine ville industrielle où nous apercevons la Volga entre deux cheminées, le revêtement redevient une horreur et la circulation augmente. Nous nous traînons ainsi jusqu’à Volgograd, l’ancienne Stalingrad. Nous pensons avoir traversé la ville quand nous nous apercevons qu’il n’en est rien, qu’elle est beaucoup plus étendue que nous ne le pensions, plus agréable aussi que ne le laissait penser ses faubourgs miteux. Des bâtiments imposants, derrière des frontons et des colonnes copiés de l’Antique, s’alignent le long d’une avenue ombragée. Entre temps, pas erreur, nous avons traversé puis retraversé la Volga sur un nouveau pont, occasion de contempler les plaisanciers qui, comme en ce moment en France, s’entassent sur les belles plages, au pied de petites dunes couvertes de végétation. La traversée de cette énorme mégapole, qui s’étire sur une cinquantaine de kilomètres, va nous prendre plus d’une heure. Enfin nous en sortons sur la bonne route d’Elista, au milieu d’un désert dont je ne sais pas déterminer s’il s’agit d’une steppe rase et jaune ou de champs moissonnés. Nous entrons en République de Kalmoukie, seul peuple asiatique bouddhiste d’Europe. Nous nous arrêtons peu avant sa capitale à quelque distance de la route, derrière un rideau d’arbres. Nous transpirons dans le camion malgré toutes les ouvertures grandes ouvertes.
 
Lundi 11 août : J’ai eu très chaud au début de la nuit puis la fraîcheur est venue. Nous étions trop près de la route et toute la nuit des voitures sont passées bruyamment. Au réveil, le ciel est sombre et nous sommes en route depuis peu qu’il commence à pleuvoir très fort. Nous traversons Elista que je ne reconnais pas, la petite ville tranquille de mon souvenir est très animée, bruyante et les éléments de décor bouddhistes éparpillés, perdus dans cette ville identique aux autres. La pluie n’arrange rien, les ingénieurs civils de la municipalité n’ont manifestement pas prévu l’écoulement des eaux pluviales. Nous repérons le grand temple. Jean-Pierre va y faire des photos avec son parapluie, nous l’attendons au sec… Je retrouve le parc où abondent pagodons, statues du Bouddha, arcs de triomphe, tous de style tibéto-chinois.
Mongolie 2014 (5.- Russie du sud)

Jean-Pierre en a assez vu et nous n’avons pas envie de nous faire tremper ; aussi nous repartons. Nous continuons notre descente sur une bonne route peu fréquentée. Nous approchons du Caucase, ses sommets disparaissent dans les nuages alors que dans la plaine un timide soleil est revenu. Je suis étonné par l’importante activité qui se manifeste, la circulation sur des routes à deux, trois ou quatre voies est intense. Les petits producteurs agricoles sont installés sur le bord de la route et proposent fruits et légumes. Les voitures de police sont aussi très nombreuses mais la présence policière ne semble concerner que les véhicules. Nous traversons la République Kabardino-Balkar puis celle d’Ossétie du Nord. Nous roulons jusqu’à Vladikavkaz où nous nous garons pour la nuit sur le terrain d’une station-service du centre-ville avant de découvrir l’existence d’un karaoké juste derrière…

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 04:32

Mercredi 16 juillet : Réveil à l'heure désormais habituelle. A sept heures et demie, nous quittons l'"Oasis" et prenons le chemin de l'aéroport. Nous ne tombons pas dans les encombrements et peu après huit heures, nous sommes devant un guichet du service de l'immigration. Nous devons remplir des formulaires, y coller une photo, rédiger en anglais une lettre justificative, tous documents qui ne seront jamais lus, régler une taxe proportionnelle au nombre de jours de prolongation du visa et remettre le tout à un employé qui tamponne nos passeports, nous pouvons rester jusqu'au 10 août en Mongolie ! Le problème a été réglé en moins de trois quarts d'heure... Il n'est que neuf heures, nous retraversons rapidement Oulaan Baatar, et sortons laborieusement de la ville par des quartiers de yourtes derrière des palissades, de moins en moins reluisantes au fur et à mesure que nous nous éloignons du centre. Nous retrouvons la steppe sous un ciel mi-gris, mi-timidement ensoleillé. Les troupeaux de chevaux aussi. Je ne sais quel dressage leur a donné ce tic : tous, en liberté, encensent continuellement. Nous avons la surprise de passer à côté d'une immense statue équestre de Gengis Khan, en patriarche guerrier, en acier inoxydable, reposant sur une salle circulaire au sommet d'une colline. Nous nous arrêtons pour la photo, une curiosité plutôt qu'une œuvre d'art...

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne visitons pas le musée, peu motivés par les conquérants sanguinaires... Nous passons des cols peu élevés, chacun est marqué par un ovoo, tas de pierres où sont nouées des écharpes bleues. L'un est surmonté de mâts d'où pendent des queues de chevaux blanches, un crotale momifié s'enroule sur le pilier central. Des offrandes simples ont été déposées, argent, cigarettes, bouteilles vides de vodka, jouets etc... Nous déjeunons devant l'un d'eux. Nous nous faisons arrêter, ainsi que d'autres voitures, par un policier, sans doute pour un excès de vitesse en agglomération. Il nous demande si nous parlons anglais, puis, incapable de formuler dans cette langue ses reproches, il sourit puis nous fait signe de continuer notre route... Elle se dégrade, il faut slalomer entre les trous jusqu'à Öndörhaan, le chef-lieu de province endormi. Plein de gasoil et achat d'une bonbonne d'eau puis nous cherchons à quelques kilomètres de piste, un Balbal. Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Cette pierre levée qui représente un homme assis avec une grosse tête, des sourcils proéminents et une coiffure importante, est le jumeau de ceux que nous avions vus au Kirghizstan. Nous entamons la piste, bien tracée, large, avec, au début, une tôle ondulée que nous avalons à 80 km/h. Mais il y a de plus en plus de trous et nous la quittons pour une piste parallèle roulante. Nous arrêtons pour la nuit entre plusieurs d'entre elles. Pourvu que personne n'en trace une nouvelle !
 
Jeudi 17 juillet : Il est passé quelques voitures dans la nuit et il a plu mais rien d'inquiétant. Nous repartons sur une piste de plus en plus mouillée qui devient même franchement gadouilleuse. Nous ne roulons pas vite, 30 km/h de moyenne ! Heureusement que parfois des portions sont plus roulantes. Paysage inchangé de steppe presque déserte, plus de yourtes, peu de troupeaux. Nous atteignons Batnorov, perdu à un carrefour de pistes. Nous progressons sur les collines, glissons sur l'herbe mouillée, chassons dans les ornières... Mes yeux fatiguent à fixer sans cesse la piste. Nous ne sommes pas les seuls, de nombreux Mongols semblent se rendre eux aussi à Dadal, avec toutes sortes de véhicules, gros 4x4 ou voitures légères qui passent malgré tout, nous ne savons comment ! Deux citernes constituent la station-service de Norovlin d'où nous prenons la piste qui mène à Dadal, en passant sur un pont moderne au-dessus de l'Orhon. Des montagnes apparaissent et des forêts au sommet des collines. Un arc de triomphe marque l'arrivée à Dadal. Des jeunes femmes déguisées en Bouriates accueillent les arrivants, enfin les locaux car nous n'avons pas même droit à un sourire... Nous entrons dans le village, les maisons sont en rondins, semblables à celles de Sibérie. Tous sont très occupés à tendre des calicots, enseignes des divers commerces proposés aux visiteurs venus pour la célébration des Journées Bouriates avec des délégués chinois, russes et évidemment mongols. Nous apercevons une arène défendue par des cordons et des policiers et ce qui doit être le champ de courses. Nous trouvons le WWF où nous espérions obtenir des informations sur les festivités mais personne ne parle anglais et un responsable (?) en uniforme exige le paiement d'un droit d'entrée dans le parc du Khentii où nous n'irons pas. Marie tient à voir une statue de Gengis Khan. Elle est laide, un monument blanc se dresse à proximité, elle découvrira ensuite qu'une représentation du même Gengis y est gravée. Nous revenons nous garer près de l'arène. Jean-Pierre et moi partons à la pêche aux informations mais personne ne parle anglais et donc ne peut nous renseigner. Il semble tout de même qu'il s'agit bien d'une forme de naadam avec lutte, course de chevaux et tir à l'arc. Nous discutons ensuite pour décider par où nous allons rejoindre le Gobi. La route suivie par Joëlle est peut-être plus intéressante mais longue et nous demanderait sans doute trop de temps. Je suis en colère d'être ici, une bien longue et difficile route qu'il va falloir refaire ! J'aurais bien aimé me reposer mais rien ne se décide, Marie veut faire des photos des maisons du village et Jean-Pierre part faire un tour à pied. Nous allons nous installer en dehors du village, à l'orée d'un bois. Nous achevons notre bouteille de pastis en compagnie de Jean-Pierre. Nous sommes couchés quand on vient frapper violemment sur la voiture et, semble-t-il, en nous appelant. Ce sont trois policiers, dans un anglais primaire qui les fait pouffer, qui veulent que nous déménagions ! D'autres visiteurs campent à proximité mais nous, nous ne devrions pas ! Je refuse, ils s'entêtent mais quand je dis "to-morrow" ils sont contents et s'en vont...
 
Vendredi 18 juillet : Nous nous levons une heure plus tard et nous nous rendons à la fête après nous être débarrassés de nos ordures. Ce qui n'est pas un mince problème. Nous ne trouvons jamais dans les villes de poubelles, à se demander ce qu'ils font de leurs déchets, alors que le pays est propre ! Les gens affluent et se dirigent vers les gradins en bois construits autour du stade où doit avoir lieu la cérémonie. Tous ont revêtu le magnifique costume traditionnel bouriate : une deel chatoyante tant pour les hommes que pour les femmes. Celles des hommes s'ornent d'un grand zigzag de trois bandes de couleurs sur le plastron.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Les femmes ont enfilé par-dessus un gilet brodé de fils argentés ou dorés. Hommes et femmes portent une coiffure différente des Mongols : un bonnet conique, parfois bordé de fourrure, généralement bleu, et de son sommet surgissent et retombent des fils rouges.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Ceux des femmes sont ornés de lignes de perles blanches qui tombent de la nuque et de grosses perles jaunes et rouges sont attachées sur le pourtour du bonnet.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

De rares bijoux en argent sont portés par les femmes âgées.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Tous ont de larges ceintures de cuir décorées de plaques d'argent, parfois avec des turquoises. Nous en prenons plein les yeux ! Je mitraille à tout va, assis dans les gradins vite remplis. Les différentes délégations des arrondissements mongols et celles de la Russie et de la Chine (sans oublier la délégation anglaise, trois membres, qui a fièrement déployé l'Union Jack), s'alignent face à la tribune officielle, donc nous tournent le dos... 

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Commence alors une série de discours des représentants des délégations qui n'intéressent que les passionnés de la cause bouriate (le seul mot que nous comprenions dans ces torrents de paroles mais qui revient un peu trop fréquemment, prononcé avec emphase !). Suivent une série de scènes, jeunes gymnastes dorées, grotesques danseurs déguisés en cygnes, épisode gengiskhanesque avec quelques figurants habillés en guerriers mongols, frappant d'énormes tambours puis défilant à cheval. Un cortège de toutes les délégations qui font un tour d'honneur en saluant le public, précède un immense drapeau bouriate, porté par quelques représentants très applaudis. Le stade se vide, nous partons à la recherche d'un officiel parlant anglais qui pourrait nous exposer le programme des manifestations de la journée mais aucun ne souhaite ou ne peut s'exprimer dans cette langue. La déléguée anglaise nous offre un programme mais il est en mongol qu'elle ne comprend pas... C'est une jeune Russe qui nous le traduit très vaguement : tir à l'arc, lutte et courses de chevaux ! Les épreuves de tir à l'arc sont plus sérieuses qu'à Khatgal. Des lignes ont été tracées, les tireurs sont tous en grande tenue et un jury à côté des cibles, des rouleaux gros comme le poignet et posés sur le sol, juge les concurrents.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Des femmes participent dont une, d'âge vénérable, qui, malgré ses lunettes, rate rarement sa cible.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous revenons au camion déjeuner, quelques curieux viennent rôder autour de la porte ouverte. Nous retournons au stade, trouvons de la place dans la tribune officielle que ses occupants ont désertée. Nous devons attendre avant que commence un épisode de lutte, moins intéressant qu'à Khatgal, nous sommes trop loin et les lutteurs ne portent pas la seyante brassière... Les combats vite expédiés, il faut attendre une demi-heure avant que commence une nouvelle série de combats. Quand ceux-ci sont terminés nous décidons de repartir et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la piste de Norovlin. En tête, je prends une piste très roulante, que je crois parallèle et qui s'éloigne de la piste principale. Bientôt Marie s'inquiète, Jean-Pierre a des doutes. Je m'entête et nous parvenons en vue de Norovlin, de l'autre côté d'une zone marécageuse. En suivant un véhicule qui s'y rend, nous trouvons la piste de Öndörhaan, à la sortie de Norovlin. Ouf ! Nous roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans la steppe un peu trop peuplée de moustiques à notre goût. Nous avons achevé la bouteille de pastis hier soir, le cubi de vin rouge est fini, nous entamons le dernier saucisson. Il est temps de prendre la route du retour !
 
Samedi 19 juillet : Il a plu toute la nuit, de gros orages se sont succédé. Nous avons de grosses craintes pour l'état de la piste qui, à l'aller, était déjà bien boueuse. Il ne pleut plus quand nous démarrons, la piste est mouillée, nous roulons presque continuellement à côté, dans l'herbe. A notre grand étonnement nous avons moins de difficultés qu'à l'aller, sans doute parce que nous ne repassons pas aux mêmes endroits. Après Batnorov, la piste est presque sèche, il n'y a pas trace des orages. La piste principale, large, rectiligne, malgré de nombreux trous, permet de rouler relativement vite. Nous sommes à midi à Öndörhaan, plein de gasoil puis tournée des mini supermarchés pour essayer de nous ravitailler. Le pain chez l'un, de la vodka et de la bière (ils en ont tous !) chez un autre, pas de citrons ni de bonbonnes d'eau... Nous cherchons la sortie de la ville en direction de Choyr. Nous devons demander tous les cent mètres, montrer le nom écrit en cyrillique, certains ne comprennent pas que nous cherchons la route. Enfin, nous sommes dans la bonne direction après avoir franchi un pont. Nous déjeunons rapidement puis suivons la bonne piste sablonneuse dont Jean-Pierre contrôle le tracé sur son ordinateur. Personne en vue, ni humains ni animaux, pas de voitures. Au bout d'une centaine de kilomètres et alors que nous devrions arriver à une bourgade, nous constatons qu'elle n'est pas en vue. Nous allons nous renseigner à une yourte en dehors de la piste. Il se trouve que nous ne sommes pas sur la bonne piste mais que nous sommes tout de même dans la bonne direction. Nous continuons donc. Un camionneur nous rassure sur la direction mais confirme que nous ne sommes pas sur la bonne piste.  Nous arrêtons pour la nuit à proximité de la mine de Bor Öndör. Je comptais m'offrir une vodka-tonic pour me remettre des émotions de la journée mais il s'avère que le Schweppes acheté à Öndörhaan est une boisson énergisante (en aurais-je besoin ?), sucrée et parfumée au citron que la vodka ne relève pas.
 
Dimanche 20 juillet : Le vent violent n'a pas cessé de souffler toute la nuit et ne cessera pas de la journée. Le ciel gris convient parfaitement comme fond de décor au carreau de la mine et au village proche dont l'environnement de détritus est consternant. Les sacs plastiques couvrent la terre sur des kilomètres à la ronde. Jean-Pierre se fait fort de nous mener à Choyr grâce à sa cartographie sur ordinateur. Il se lance sur des pistes, en change, revient sur ses pas, se trouve trop au nord puis trop au sud, emprunte des pistes à peine tracées avant de retrouver une ligne de poteaux électriques que nous suivons.  Il aura eu le mérite de nous faire involontairement passer devant un superbe ovoo, adossé à de gros rochers ronds sur lesquels un Bouddha a été gravé et peint.
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Nous rejoignons l'excellente route goudronnée en provenance de Chine sur laquelle nous atteignons des vitesses oubliées ! Enfin nous atteignons Choyr ! De l'ancienne base aérienne russe ne subsistent que des bâtiments et des pavillons autrefois coquets, en totale déliquescence aujourd'hui. Aussi gaie que les autres villes de province, la bourgade n'a pas grand-chose à offrir au voyageur. De même que son supermarché où je trouve tout de même des bonbonnes d'eau et du vrai tonic ! Nous trouvons la piste de Govi-Ougtaal à la sortie de la ville. Par précaution je demande à quelques personnes la direction... La piste est bonne, facile sans erreur possible jusqu'à ce que nous nous apercevions que nous dévions de la trajectoire à suivre. Nous cherchons plus au sud, puis plus au nord et nous nous lançons sur une mince piste qui, Ô Miracle, non seulement va dans la bonne direction mais parvient même au but ! De là, nous continuons sur Mandalgovi. Je passe devant, me fiant au GPS, nous suivons une très bonne piste, rapide malgré la tôle ondulée. Nous croisons un Anglais, un original (pléonasme ?) qui voyage à pied harnaché à un chariot contenant tous ses biens ! Ce matin l'herbe de la steppe était devenue jaune, cet après-midi elle se raréfie. Nous sommes désormais dans le Gobi, pas encore un vrai désert mais tout de même bien moins peuplé que le Centre ou le Nord. Nous nous arrêtons à un puits pour essayer d'avoir de l'eau, il faudrait un seau et une corde. Mais notre venue a attiré tout un troupeau de beaux chameaux, aux bosses bien droites donc bien pleines, qui viennent nous faire les yeux doux, persuadés que nous allons les abreuver. Ils nous voient repartir, pleins de reproches...

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Nous retrouvons la bonne route goudronnée peu avant Mandalgovi. Plein de gasoil puis rapide petit tour en ville mais décidément il n'y a pas grand-chose à voir. Nous repartons, profitons du goudron pour nous avancer pour demain et allons bivouaquer dans les collines à l'écart de la route. Nous invitons Jean-Pierre à partager notre repas.
 
Lundi 21 juillet : Au réveil, c'est le Bol d'Or ! Un premier motocycliste, intrigué, passe lentement devant nos camions puis va s'arrêter sur une colline proche d'où il nous surveille. Rassuré que nous ne soyons pas des soucoupes volantes, il se rapproche et se gare à deux mètres du camion et attend... Il repart prévenir ses copains qui reviennent avec leurs pétrolettes, tournent autour de nous puis repartent. Nous reprenons la bonne route goudronnée, un plaisir rare dans ce pays. Le sable est de plus en plus présent, des montagnes ou plutôt des dunes couvertes d'une maigre végétation rase ondulent à quelque distance de la route. Et puis cela se gâte ! Sans crier gare, le bon goudron laisse la place à l'ancienne piste, la route est en construction et nous roulons à droite ou à gauche, proches ou éloignés... La piste peut être bonne, couverte d'une tôle ondulée cassante ou très roulante, sablonneuse ou boursouflée d'ornières sèches. Nous arrivons tout de même à Dalanzabad à midi. Nous déjeunons avant d'entrer en ville. Une voiture qui passe propose à Jean-Pierre l'achat d'un pistolet avec cartouches et ceinturon. Il décline la proposition... Nous cherchons le centre-ville, une avenue coupée par une allée de frondaisons non entretenues, devenue une jungle. Nous changeons des dollars à la banque, trouvons un supermarché où nous complétons nos provisions avec ce que nous y trouvons. Marie s'y trouve mal ! Elle regagne le camion, je lui mets la climatisation, il commence à faire chaud dans la région. Jean-Pierre veut se prendre une chambre pour avoir une vraie douche. Nous en faisons autant, une suite avec un salon à un étage moins élevé car l'hôtel Dalanzabad est sans ascenseur... Nous refaisons les pleins d'eau, puis allons garer les camions dans le parking de l'hôtel. Je retrouve Marie à la chambre non climatisée, nous relisons le texte, mettons le blog en ligne, prenons connaissance des messages puis je descends avec Jean-Pierre nous renseigner sur le restaurant. Nous avons la surprise de trouver Joëlle et Klaus garés devant ! Je vais rechercher Marie, pas très en forme et nous allons boire une bière ensemble au bar de l'hôtel. Nous nous racontons nos aventures. Nous retrouvons un Klaus loquace et une Joëlle très en forme. Ils nous déconseillent de dîner à ce restaurant et nous emmènent à un restaurant coréen. La carte est en mongol, aucune des trois employées ne parle anglais ou russe et ne semble décidée à nous servir ! Nous retournons donc à l'hôtel où nous dînons très correctement ensemble. Grandes discussions. Nous convenons de nous retrouver demain pour passer la journée ensemble. Retour à la chambre où nous tentons d'appeler Julie pour lui souhaiter, un peu en avance son anniversaire mais bien sûr nous tombons sur son répondeur.
 
Mardi 22 juillet : Réveillé, comme tous les jours maintenant, à six heures, je tente de joindre Julie à Toulon. Nous parvenons à lui souhaiter son anniversaire et à en savoir un peu plus sur ses vacances. Nous quittons sans regret cette chambre qui aurait pu être confortable avec un matelas plus mou et quelques améliorations basiques. Pour le petit déjeuner, nous devons faire intervenir la réceptionniste pour obtenir de la serveuse un thé Lipton. "Lipton" le mot magique pour éviter le thé au lait ! Nous retrouvons Jean-Pierre avec qui nous nous mettons d'accord sur la prochaine semaine d'itinéraires puis Joëlle et Klaus. Nous passons à la poste acheter des cartes postales et des timbres, occasion d'avoir affaire à une employée aussi peu souriante que les autres. Nous nous rendons au marché, deux petits stands vendent des légumes et des fruits. Peu de choix, nous achetons des salades puis dans une boutique des tomates et de petites pommes de terre. L'autre côté de l'allée est occupé par les bouchers qui débitent des quartiers de viande mal identifiée dans une odeur et un décor dignes d'un film "gore". Nous quittons la ville en nous dirigeant avec le GPS sur Yolyn Am. Nous laissons une bonne route goudronnée pour retrouver une piste dans la steppe qui se rapproche d'une chaîne de montagnes avant de parvenir à l'entrée du parc... Nous acquittons le droit d'entrée puis nous rendons visite au musée de la nature. Nous aurions préféré voir vivant les nombreux animaux empaillés que l'on y trouve, dont des léopards des neiges, gros chats en voie de disparition. Les  boutiques de souvenirs installées sous des yourtes à l'entrée n'ont pas grand-chose à proposer. Joëlle et Klaus nous rejoignent, nous roulons de concert jusqu'au parking à l'entrée des gorges. Nous y déjeunons, chacun chez soi. Nous ne sommes pas seuls, des touristes ont été amenés par des Tours operators. Le ciel est parfois gris, parfois partiellement ensoleillé, quelques gouttes tombent. Nous partons à pied, Marie, peu en forme, pas sûre d'aller au bout. Le sentier s'enfonce dans des gorges en suivant un maigre ruisseau. Nous scrutons les flancs des montagnes, les pentes des falaises dans l'espoir d'apercevoir quelque animal sauvage mais seuls de sympathiques petits rongeurs, des pikas, peu farouches, se montrent. Au bout de deux kilomètres, la gorge se resserre et dans le cours du ru apparaissent des plaques de glace.
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Nous sommes à 2250 mètres d'altitude et dans cette étroite cluse, la glace se conserve presque tout l'été. Une glace terreuse, salie par tous les visiteurs qui tiennent à s'y faire prendre en photo dessus. Nous en faisons autant... Retour en compagnie de Joëlle dont la conversation fait oublier à Marie la fatigue de la marche. Nous décidons tous d'aller bivouaquer sur une piste perdue entre des collines aux couleurs mauves.

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Je tente de charger le logiciel de navigation de Klaus puis nous prenons tous l'apéritif. Joëlle et Jean-Pierre achèvent la dernière bouteille de pastis, Marie, Klaus et moi célébrons les produits locaux et principalement la vodka... Nous dînons chacun dans notre camion.
 
Mercredi 23 juillet : Nous retrouvons notre heure habituelle de départ. Nous faisons nos adieux à Joëlle et Klaus avec promesse de se revoir en France. Nous partons sur la piste qui s'enfonce dans la montagne puis suit des gorges de plus en plus étroites. La piste est maintenant dans le lit de gravier du ruisseau, les falaises se resserrent et il ne reste que l'exacte largeur de nos véhicules pour déboucher de l'autre côté de la gorge et sortir des montagnes.
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Un stûpa moderne entouré de chèvres et de moutons, auprès de quelques yourtes, marque l'entrée dans une belle steppe verdoyante sur laquelle nous trouvons une bonne piste rapide.

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Nous parvenons à Bayandalay, misérable bourg, carrefour de pistes où nous ne nous arrêtons pas. Nous mettons le cap au nord, retraversons la steppe puis entamons la montée dans la montagne qui nous sépare d'une autre steppe. Quand la piste commence à trop s'écarter de la direction indiquée par notre GPS, nous nous arrêtons.  Je pars sur de vagues traces de roues, trouve une yourte où on ne nous renseigne pas clairement puis en suivant la bonne direction, nous retrouvons une piste bien tracée qui prolonge celle que nous avions laissée et nous emmène hors des montagnes. Nous traversons une autre steppe puis voyons se profiler une masse rougeâtre qui se révèle être le site cherché : Bayanzag, les falaises de feu ! C'est ici qu'on a trouvé des dinosaures fossilisés mais il ne reste rien sur le site si ce n'est une colline érodée, un mini Grand Canyon qui ne méritait pas le déplacement... 

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Nous avons pu le voir sous le soleil mais des averses tombent de ci de là et nous n'y échapperons pas dans l'après-midi. Après déjeuner, nous allons voir à quelques kilomètres une forêt, un bien grand mot pour désigner un ensemble d'arbustes aux troncs noueux courbés par le vent qui parviennent à pousser dans le sable, ce sont des saxaouls.

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Encore quelques kilomètres pour arriver à Bulgan. Plein de gasoil puis nous explorons les cinq ou six boutiques du village, elles n'ont pas grand-chose en magasin et, à notre grand étonnement, pas de vodka ! Nous continuons en direction de Khongori Els. J'utilise le tracé donné par Gérard et Anne-Marie ce qui nous évite de chercher notre chemin. La piste est dure, une tôle ondulée sans pitié sur laquelle nous ne pouvons que trop rarement nous lancer. Tout le camion tremble, plus rien ne reste en place, les bouteilles se renversent, les bouchons se dévissent, les œufs se cassent, les abricots séchés s'échappent de leur boîte et se répandent dans les placards, les morceaux de sucre fondent dans le blanc des œufs... Après une nouvelle traversée de la montagne, nous apercevons les dunes qui forment un long cordon devant les montagnes. Nous les approchons pour mieux les distinguer, de belles dunes dignes du Sahara.

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Je quitte la piste de Khongori Els pour nous rendre à leur pied. Quand elles sont devant nous, nous trouvons une piste dans le sable qui traverse le cordon dunaire. Nous l'empruntons, passons entre les dunes. J'ai très envie de bivouaquer là, entouré de dunes mais Marie et Jean-Pierre préfèrent que nous allions au bout du tracé. A mon grand dépit, nous retraversons le cordon puis longeons les dunes avant d'arriver à Khongori Els où il n'y a que des camps de yourtes pour touristes. Nous tentons d'approcher des dunes mais une végétation dense nous en empêche et on vient nous signaler que nous n'avons pas le droit de rester là où nous envisagions de nous installer.

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Nous devons revenir et nous arrêter entre deux camps de yourtes. Je suis furieux ! Marie est inquiète pour la journée de demain, car nous ne savons pas trop par où passer et nous n'avons aucune indication ou tracé de pistes.
 
Jeudi 24 juillet : Je m'aperçois en voulant refixer le mécanisme de fermeture du capot moteur qui se dévisse au bout de cent mètres de piste, que celui-ci, fixé sur deux pattes au moyen de trois vis pour chacune n'est plus attaché que par une vis, desserrée, pour l'une et aucune pour l'autre ! Heureusement Jean-Pierre dispose de vis avec des rondelles-freins qui permettent de remettre en état le malheureux capot que nous maintenons désormais fermé au moyen d'une sangle... Devant l'inquiétude de Marie, je décide Jean-Pierre à nous rendre dans les yourtes près desquelles nous avons dormi pour nous renseigner. Nous abandonnons l'idée de passer par le sud via Gurvantes, faute de points GPS, et cherchons à rallier Bayanlig. On nous en indique d'un geste du bras la direction mais où est la piste ? Nous nous rendons dans un camp de yourtes à touristes dans l'espoir d'y trouver des guides parlant anglais. Au premier camp, nous rencontrons une guide qui parle français, elle accompagne un groupe de retraités ramollis qui ne daignent pas nous adresser la parole. Elle nous trouve un Mongol pourvu d'une motocyclette, qui se fait fort de nous mettre sur la bonne piste, moyennant finances bien entendu, 50 $ ! Nous nous récrions, tentons de négocier à 20 $. Devant le refus du monsieur, nous nous rendons à un autre camp tout proche où nous le retrouvons et nous convenons finalement de lui verser 25 $... Aussitôt dit, aussitôt fait, nous le suivons difficilement, il roule plus vite que nous avec sa pétrolette... Nous franchissons des collines, coupons des pistes qui partent nous ne savons où et au bout de 25 kilomètres, nous rejoignons une piste relativement large et semble-t-il importante. Notre guide nous abandonne là et nous dit : "C'est tout droit..." Marie est rassurée, Jean-Pierre est persuadé que cette piste est sur son ordinateur et moi je suis mécontent d'être venu voir les dunes du Gobi, de ne pas y avoir dormi, de ne même pas les avoir foulées, de n'avoir grimpé au sommet d'aucune, même une pas bien haute, pour essayer d'avoir une vue sur une (timide) mer de dunes... Nous roulons bien sur cette piste si fréquentée que nous ne croiserons qu'une seule voiture jusqu'à Bayanlig. Mais j'ai enfin la sensation de traverser le désert du Gobi. Aucune trace humaine, pas de yourtes, pas de troupeaux, un paysage saharien avec tous les types de désert que l'on peut s'attendre à y trouver.
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Le reg caillouteux et rigoureusement plat sur lequel on peut rouler vite si la tôle ondulée n'est pas trop forte et la piste rectiligne, l'erg sablonneux où le camion glisse mollement dans les traces des prédécesseurs, les oueds à sec qu'il faut traverser en dégringolant des berges abruptes, la végétation rabougrie où seuls des arbustes aux longues racines qui peuvent aller chercher l'eau en profondeur survivent dans les zones inondées en saison, tels ces saxaouls qui abondent sur le parcours. Et même une gazelle effarouchée que sa fuite révèle, nous ramène au Sahara ! Marie ne quitte pas des yeux le GPS, surveille notre trajectoire comme du lait sur le feu ! Nous atteignons Bayanlig dont l'importance des bâtiments récents surprend dans ce désert, trois stations-service alimentent en carburant les environs. Nous cherchons encore de la vodka mais la région semble curieusement tempérante ! Pas de bières ni d'alcools dans les mini épiceries ! Nous continuons sur Bayangovi dont la piste, parfois mouillée, suit une ligne de poteaux électriques. Encore un de ces gros villages aux constructions administratives récentes. Nous refaisons un plein de gasoil puis nous demandons le chemin pour Shinejist. Un client de la station qui s'y rend, nous propose de le suivre. Il a une voiture ordinaire et roule très prudemment dans les passages difficiles. Nous n'avons pas de mal à le suivre et j'apprécie de rouler doucement, de savoir à l'avance quand il faudra ralentir... Nous repartons d'abord en franchissant une barrière rocheuse puis dans la steppe. Il s'arrête au bout de quelques dizaines de kilomètres pour fumer une cigarette avec la demi-douzaine de personnes, sans compter les enfants, qui s'entassent dans sa voiture. Nous le remercions et continuons seuls, plus vite. Nous arrêtons peu avant la ville et bivouaquons à quelque distance de la piste, dans les collines. Plus de pastis, pas de vodka, je me contente d'une bière pour me désaltérer...
 
Vendredi 25 juillet : Nous atteignons bientôt Shinejist que nous ne faisons que traverser. Nous continuons en direction de Bayan Öndör. Jean-Pierre se fait fort de nous y conduire grâce à son ordinateur mais bientôt je constate au GPS qu'il s'éloigne de la piste directe. Je me renseigne dans une yourte, nous ne sommes pas sur la bonne route.  Nous revenons sur nos pas puis je cherche la bonne piste en posant des questions aux personnes de rencontre. Il faut ensuite quitter cette piste pour nous diriger vers le monastère d'Amarbuyant, nous ne savons trop où... Toujours inquiets de rater la piste, nous tournons trop tôt et suivant de trop près les indications du GPS, nous nous fourvoyons sur des pistes abominables, roulons dans le lit d'une rivière, escaladons une colline hors-piste pour nous informer auprès d'une yourte, où une femme ne peut que nous indiquer une vague direction d'un geste du bras. Heureusement un motocycliste placide et vaguement inquiétant nous indique une piste qui suit une chaîne de montagnes. Après quelques zigzags dans une plaine, nous trouvons une piste qui se hisse à flanc de montagne, enjambe des collines et soudain débouche au-dessus de gorges. Nous dominons alors le site d'Amarbuyant, un ensemble de temples et de bâtiments monastiques détruits dont il reste des pans de murs et un nouveau temple de style tibétain. Deux parallélépipèdes surmontés d'un cube, tous blanchis, sur une plateforme à laquelle on accède par un large escalier. D'où nous sommes, nous entendons résonner des gongs qui doivent appeler les lamas à quelque cérémonie.
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Des stûpas éparpillés dans le village et des bâtiments récents complètent la vue. Nous descendons dans le village au grand étonnement des pèlerins ou des habitants venus en ce lieu saint. Nous nous rendons au temple d'où sortent les habituelles mélopées. Il est tout neuf, sa décoration n'est pas exceptionnelle, dessins naïfs, fenêtres modernes. A l'intérieur pendent du plafond des cylindres de tissus colorés et un lama accompagné de quelques moinillons récite des soutras.

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Parfois, comme un tourne-disque que l'on arrête, la mélopée déraille puis repart. Quelques fidèles viennent s'imprégner de la sainteté du lieu, certains dont une jeune fille qui doit avoir beaucoup à se faire pardonner, joignent leurs mains au-dessus de la tête puis s'allongent de tout leur long, face à terre, se relèvent et recommencent. Nous grimpons sur le tertre où se dresse un ovoo mais le temps désespérément gris ne favorise pas la vision du site. Nous remontons sur la falaise, y déjeunons puis repartons. Jean-Pierre a ressorti son ordinateur et trouvé une piste qui nous amènera directement à Bayan Öndör. Elle traverse la montagne en se glissant dans des gorges à peine plus larges que le camion. Nous roulons parfois dans le lit du torrent heureusement à sec. La piste est souvent en dévers, position que je n'affectionne guère. La première vitesse est souvent sollicitée, quand l'avant touche la berge abrupte d'un ruisseau, le pare-chocs arrière ne tarde pas à en faire autant... Enfin nous parvenons à Bayan Öndör, gros village aussi attractif que les précédents. Nous rendons visite aux épiciers, ici nous trouvons de la vodka, de la bière, du vin présenté comme français mais pas de boissons fraîches ! Le principal, la vodka, étant assuré nous repartons. La piste continue dans les montagnes, d'abord bien tracée jusqu'au stûpa d'un col, elle se ramifie ensuite et nous ne savons laquelle suivre. Nous tentons à droite, elle semble s'éloigner de notre but : Chandmani, dont nous n'avons pas les coordonnées. Après nous y être essayés, nous revenons sur nos pas, tentons une seconde piste qui pénètre dans les montagnes, devient de plus en plus difficile et ne laisse plus la place qu'aux motocyclettes. Retour à la case départ, nouvelle tentative en suivant le cours d'un torrent en direction de la plaine mais là aussi, la piste devient impraticable. Le temps a passé, nous ne savons plus à quelle piste nous vouer  et pas une voiture en vue ! Un Mongol en motocyclette qui surgit sauve la situation, il nous précède sur une piste qui dévale en direction de la plaine verdoyante. Jean-Pierre s'y retrouve sur son ordinateur et assure nous conduire sans problème à Chandmani. Mais il est tard et nous n'y serons pas ce soir. Nous invitons Jean-Pierre à prendre l'apéritif, obligatoirement à base de vodka !
 
Samedi 26 juillet : Nous avons dormi à quelques mètres de la piste mais nous n'avons pas été dérangés par le passage de véhicules. Personne n'a emprunté cette piste et nous ne croiserons personne de la journée. Le ciel est tout bleu aujourd'hui, nous aurions bien aimé qu'il soit ainsi hier... Nous continuons en direction de Chandmani. Nous passons près de lacs où nous n'apercevons aucun animal ou oiseau. Nous ne traînons pas dans ce bourg encore endormi, les boutiques sont encore fermées à neuf heures du matin. Un automobiliste obligeant nous met sur la piste de Biger. Nous sommes toujours dans un paysage inchangé, une steppe toujours aussi peu peuplée et des chaînes de montagnes qui l'encadrent. La piste est plutôt bonne et autorise une bonne allure. A Biger, une épicerie est suffisamment achalandée pour proposer de la vodka, finie la prohibition ! Nous repartons avec chacun notre bouteille... Mais rien de plus, pas même de pain... La piste est plus large, tracée bien droite mais avec de la tôle ondulée sur laquelle nous pourrions rouler vite si elle n'était pas de temps en temps traversée par des rigoles, des tranchées qui coupent tout élan. Nous la quittons pour nous rapprocher des montagnes dans l'espoir d'atteindre l'entrée d'une gorge trouvée sur internet ! Nous atteignons bien ce qui semble être le débouché du torrent qui doit traverser ces gorges mais la piste se perd et nous renonçons puis revenons sagement à la piste principale. Après une première partie rapide, elle traverse une zone coupée par des torrents qui ont creusé à la fonte des neiges des mini canyons qu'il faut alors contourner. Commence ensuite l'interminable ascension du col Jargalantin davas qui va nous prendre plus d'une heure ! Une première partie semble interminable, il y a toujours une montée après celle que nous venons de passer puis c'est un plateau en pente douce avant une dernière rude montée à 2800 mètres. Nous marquons un arrêt à l'ovoo qui s'y trouve avant de dévaler sur Altaï.
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LA grande ville où nous espérons nous ravitailler en produits rares : poulet, viande, fruits etc... Nous y retrouvons le goudron, des feux rouges mais pas de "grand" supermarket. Les mêmes épiceries que partout avec un léger mieux mais guère. Nous reprenons de la bière, des tomates fripées, des œufs anémiques, du pain de la semaine dernière, du tonic (une bonne surprise depuis que nous avons retrouvé de la vodka...). Au moment de repartir, nous sommes abordés par un Mongol qui a passé dix ans aux Etats-Unis et qui nous emmène dans son café-fast food. Nous lui achetons des portions de goulasch et des nouilles sautées, à emporter. Avec lui nous faisons la tournée des autres épiceries et y trouvons des cuisses de poulet  congelées. Nous passons ensuite à la poste où nous pouvons nous connecter à internet, vérifier que nous n'avons pas de messages, en envoyer à Julie et Nicole. Il commence à se faire tard. Nous sortons de la ville en direction de Khovd. A la hauteur de l'aéroport, nous quittons la route pour nous enfoncer dans les collines et trouver un lieu de bivouac. Des motocyclettes et des voitures passent mais peu. Jean-Pierre nous propose de dîner ensemble du goulasch mongol, précédé d'une vodka-tonic bien entendu...
 
Dimanche 27 juillet : Nous faisons la grasse matinée, départ à huit heures, avec une demi-heure de retard ! Nous passons à l'aéroport, à la recherche d'une boîte aux lettres. Il n'y en a pas ! Nous passons à la poste, elle n’ouvre qu'à dix heures et il n'y a pas de boîte à l'extérieur. Les cartes postales ne partiront que de Khovd... Dernière visite à une épicerie pompeusement auto-qualifiée de supermarket, j'y achète un de ces saucissons à l'ail fumé qu'affectionnent les Russes et que déteste Jean-Pierre... Nous quittons Altaï et décidons de rester sur la piste principale, droite, large et rapide malgré sa tôle ondulée. Jean-Pierre s'envole et disparaît. Envoyé sur orbite ? Entré dans une autre galaxie ? Dans la quatrième dimension ? Nous le retrouvons une heure plus tard, très décontracté, à côté de son engin spatio-temporel à défibrillateur magnéto-électrique à diffuseur de neutrons thermolactyls, plus communément appelé Defender 130. (Délire ? Non des lyres ! J’ambitionne d'être le poète du Transmongolien...). Le paysage est d'une mortelle monotonie, une plaine caillouteuse sans végétation à l'infini et deux chaînes de montagnes à l'horizon. Nous faisons s'enfuir des gazelles trop rapides à suivre. Vers midi, se profile le glacier du Tsast Bogd uul, un autre apparaîtra plus tard. Dans l'après-midi nous avons l'heureuse surprise de trouver un goudron inespéré avant plusieurs dizaines de kilomètres. J'en serais ravi si je ne constatais pas que dessus, le camion chasse comme sur la tôle ondulée, ce qui ne m'y avait pas trop surpris mais m'inquiète sur une route non déformée et sans grand vent. Dès que je débraye ou accélère, je perds brièvement le contrôle de la trajectoire. Jean-Pierre émet l'hypothèse d'un problème de transmission sur la roue arrière gauche. Nous continuons à faible allure, pas plus de 70 km/h alors que nous étions à 80/90 km/h sur la piste ! Plus question d'aller à Chandmani, nous continuons sur Khovd. Nous nous arrêtons pour la nuit à l'entrée de la ville, nous irons demain consulter un mécanicien. Jean-Pierre vient dîner avec nous les pâtes tsuivan achetées hier à Altaï.
 
Lundi 28 juillet : Nous nous levons un peu plus tard que d'habitude mais nous avons confirmation, en arrivant dans une Khovd déserte, que nous avons changé de fuseau horaire, nous n'avons plus que 5 heures de différence avec la France. Première mosquée, pour nous rappeler que nous sommes en pays kazakh donc chez des musulmans. Je comptais me renseigner dans une agence de voyage indiquée dans le Lonely Planet pour trouver un mécanicien mais l'agence a disparu. Je vais à la Police où j'explique avec trois mots de russe que je cherche un mécanicien. Grand sourire du chef qui nous envoie avec un jeune policier dans un garage. L'atelier n'est pas encore ouvert mais presqu'aussitôt le patron arrive, mal réveillé. Je lui explique le problème avec des gestes. Il nous fait entrer dans sa cour, appelle son mécano, secoue les roues arrières et trouve aussitôt la raison de nos ennuis : Les silentblocs des tirants du pont arrière sont, l'un écrasé, l'autre quasiment pulvérisé. Ils les démontent, parviennent à grands coups de marteau à extraire la masse caoutchouteuse du reste de la pièce en principe indémontable, puis à rajouter une rondelle de caoutchouc chauffée, adaptée, insérée. Du grand art ! Pas sûr que ce serait agréé par Land Rover mais ça fonctionne. Soulagé de 100 000 tögrög, 40 €, nous repartons rassurés. Nous passons à la poste enfin ouverte puis au supermarché. Un vaste hangar où nous ne trouvons pas grand-chose de plus qu'ailleurs. Les morceaux de porc fumé, à demi congelés, sont très gras, peu appétissants. Marie cherche dans une pharmacie des produits de beauté qu'elle ne trouve pas. Avant de repartir nous voulons changer quelques dollars. Trois banques sollicitées ne pratiquent pas le change. La quatrième accepte. La responsable sort sa belle machine pour contrôler la validité de nos billets. Pas de chance, même en les passant dans tous les sens, ils ne sont pas bons ! Nous insistons, elle fait un essai avec les billets du coffre-fort, ils ne sont pas bons non plus !!! Elle fait une nouvelle tentative avec une autre machine et obtient les mêmes résultats... Vaincue, elle nous fait le change sur un coin de table et nous regarde partir mi- soulagée, mi- inquiète... Nous essayons de trouver la tour d'observation supposée être sur les bords du lac Khar U à quelques dizaines de kilomètres de Khovd, sur la route d'Altaï. Nous ne l'avions pas aperçue hier en arrivant mais nous avions d'autres préoccupations. Cette fois non plus nous n’y trouvons rien, ni la tour ni une piste qui y conduirait. Nous revenons au col au-dessus de la ville et déjeunons avec la vue sur la ville et en arrière-plan les montagnes encore enneigées.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Le centre-ville de Khovd est entouré par les yourtes installées dans des cours délimitées par des murets. Nous retraversons la ville, peinons à en trouver la sortie en direction d'Ölgiy, la dernière ville en Mongolie. Au sortir de la ville nous traversons une grande prairie couverte de yourtes, des chevaux sont embarqués sur des camions. Il a dû y avoir une grande fête ce week end... La piste file droit vers les montagnes. De belles montagnes pointues, de plus en plus proches, derrière, nous apercevons de plus en plus de sommets enneigés et des glaciers.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons un col et roulons au milieu des prairies où paissent des troupeaux, principalement moutons et chèvres, gardés par des bergers à cheval. Les chevaux ne sont pas absents, les yacks peu nombreux. Je ne roule pas vite, contrôle à plusieurs reprises l'état des tirants, tout semble aller bien. Nous contournons des montagnes, roulons sur des pentes qu'occupent des yourtes baignées par une douce lumière (surtout avec les lunettes de soleil...).

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Encore un col puis nous descendons vers le lac de Tolbo, entouré de belles montagnes. Nous y bivouaquons sur les bords mêmes, presque à la limite des vaguelettes qu'un vent frais y forme. Un troupeau de chevaux broute à côté de nous. Une vodka-tonic s'impose pour fêter la remise en état du camion.
 
Mardi 29 juillet : De violentes bourrasques de vent nous ont obligés à rabattre le toit dans la nuit. Le ciel est tout gris et il ne tarde pas à pleuvoir mais en arrivant à Ölgiy, le soleil revient progressivement. La ville est aussi laide que les autres, peut-être même plus… Nous nous garons devant le musée. Il est neuf heures et demie, il ouvre à huit heures, c’est le branle-bas de combat ! Notre venue oblige le personnel à accourir, ouvrir les portes, allumer les lumières… Une charmante mais peu souriante employée ne nous quitte pas d’une semelle et nous donne parfois des explications en anglais. La première salle, au rez-de-chaussée, présente une galerie de malheureux animaux empaillés, les félins et les ours se voudraient féroces et ne sont que grotesques. Le premier étage est consacré à l’histoire récente du pays et plus particulièrement de la région. Photos de dirigeants couverts de la tête aux pieds de médailles, diplômes délivrés à des ouvriers méritants de l’ère soviétique, stakhanovistes distingués, récompensés. Le dernier étage, le plus intéressant, présente des objets traditionnels et notamment de beaux costumes des différentes ethnies de la région. Une superbe yourte kazakhe est exposée avec des coffres et des tentures de toute beauté. Des selles magnifiques, décorées de plaques d’argent et incrustées de pierres semi-précieuses, sont également exposées. En ressortant, nous sommes escortés par des femmes qui nous emmènent dans leur boutique d’artisanat. Nous y retrouvons ces belles tentures que nous avions déjà vues (et achetées…) à Almaty et Bichkek. Jean-Pierre en achète une. Nous nous rendons ensuite chez un autre marchand d’artisanat ; Une tenture nous tente mais elle est plus chère que celles que nous avons déjà. Un troisième marchand en propose d’encore plus chères… Nous allons jusqu’au marché qui ne commence à ouvrir qu’à dix heures. Les échoppes sont installées dans des cases en tôle d’acier, toutes identiques et fort laides. Nous n’y trouvons rien d’intéressant, nous n’achetons que des pommes. Marie, réflexion faite, retourne acheter quelques tissus. Nous faisons le tour des agences de voyage pour nous renseigner sur les environs, la première est fermée, il faut téléphoner et dans la seconde, je suis reçu comme un chien dans un jeu de quilles… Nous quittons la ville avec l’intention de trouver un camp de yourtes où nous aurions passé l’après-midi à nous reposer mais les deux indiqués dans notre guide restent introuvables… En désespoir de cause, nous prenons la route de Sagsaï. Au début, elle longe un torrent aux eaux laiteuses puis gravit un col avant de dégringoler sur ce gros village endormi. Personne dans les rues. Le vent particulièrement violent, soulève des tourbillons de sable qui découragent les promeneurs. Nous avons encore des difficultés à trouver la sortie de la ville jusqu’à ce qu’un homme nous mette sur la route et nous laisse un croquis précis de la suite du trajet. Nous roulons dans une plaine en partie inondée avant de longer une chaîne de montagnes, obligés parfois de nous arrêter pour attendre que les tourbillons de sable cessent ! Nous atteignons Tsengel, village de maisons en rondins ou en ciment, cachées derrière leurs palissades. Nous trouvons l’hôtel Artych où je compte me renseigner sur la possibilité d’entendre le chanteur diaphonique Bapizan. Le personnel ne parle pas anglais mais une touriste espagnole de passage m’apprend qu’elle l’a entendu la veille et qu’il est parti aujourd’hui pour plusieurs jours. Nous allons boire un soda au café, je dois aller chercher des glaçons pour les rafraîchir… Nous hésitons à dîner au restaurant mais les plats ne nous tentent guère et la perspective de ne pas pouvoir boire la bière glacée nous en dissuade. Nous décidons de rester ici pour la nuit. Nous cherchons un emplacement qui serait à l’abri du vent. Nous traversons la rivière sur un pont de bois, une jolie prairie où sont installées des yourtes nous tente et l’impossibilité de trouver un emplacement protégé des bourrasques nous décide à y bivouaquer dans l’espoir que ce maudit vent faiblira dans la nuit.
 
Mercredi 30 juillet : Le vent s’est calmé et le soleil brille ! Nous ne trouvons pas de poubelles dans la ville encore déserte mais quelqu’un nous indique le chemin pour les lacs du parc Altay Tavan Bogd. Il suffit de suivre le cours de la rivière Khovd qui traverse la ville, par la rive droite et non gauche comme indiqué sur les cartes… Nous suivons les gorges de cette belle rivière au courant impétueux, parfois bordée de quelques arbres.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Encore une "Rivière sans retour"… Nous la quittons après un pont et suivons dès lors un de ses affluents sur quelques kilomètres avant de nous lancer dans la traversée de collines. La piste n’est pas fameuse, très creusée par les pluies, couverte de flaques dont les camions ressortent éclaboussés et de nouveau recouverts d’une croûte de terre. Les tumulus du néolithique sont nombreux, amas de pierres de forme circulaire ou annulaire encerclés par d’autres pierres. Les pierres levées sont également fréquentes. Bientôt se profilent ces montagnes encore couvertes de neige que j’attendais, alors que je désespérais de voir ce paysage de lacs et de pics enneigés. Du sommet d’une dernière colline nous découvrons le lac Khurgan qui s’étire au pied des montagnes.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous ne regrettons plus tous ces kilomètres de piste. Nous descendons petit à petit vers ses rives. Nous le dépassons pour aller voir son jumeau le Khoton nuur avec lequel il communique par un étroit chenal. Pour passer sur l’autre rive il faut emprunter un pont de bois rustique d’à peine la largeur du camion. Je commence à m’y engager, arrive en courant le gardien qui gesticule, me fait signe d’attendre. Il prétend que la charge maximale est de 2 tonnes mais contre le versement d’une obole négociable, la charge autorisée est relevée au poids de nos camions… Je traverse donc puis Jean-Pierre qui n’avait pas compris qu’il pourrait passer ensuite.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Une fois réunis, nous entamons une discussion avec le gardien des Poids et Mesures. Le droit de péage est ramené de 5000 à 2000 tögrög par véhicule. Nous devons ensuite nous manifester auprès des garde-frontières. Nous aurions dû demander une autorisation pour nous rendre dans cette zone frontalière. Nous donnons nos passeports puis le soldat de garde s’en va conférer avec les autorités supérieures. Ce qui nous laisse le temps de déjeuner dans les camions. Il nous rapporte les passeports, nous pouvons continuer. Nous contournons le lac par sa rive sud, aride et moins engageante, nous sommes au pied des montagnes qui forment la limite de l’Etat avec la Chine. Jean-Pierre prend la tête. Nous passons devant une belle sépulture, quatre tombes de forme rectangulaires précédées chacune d’un balbal. L’un est très beau, barbe, moustaches en croc, il tient dans sa main droite ramenée sur son ventre une sorte de fiole.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Un autre très abimé est identique, les deux derniers sont informes. Plus loin un amas de cailloux, couronné d’une dernière pierre chaulée, a la forme d’un double stûpa.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Plus loin, dérangées mais pas effrayées, trois élégantes en robe cendrée, s’écartent de la piste. Comment peut-on appeler « grues » d’aussi nobles volatiles ?

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Jean-Pierre suit au plus près les bords du lac et donc ne trouve pas la piste par laquelle nous voulions revenir sur Sagsaï. Il va rouler sur les collines à la recherche de la bonne piste, en vain. Nous nous rapprochons de la piste empruntée ce matin mais nous devons à plusieurs reprises traverser des rivières avec un courant non négligeable…

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Quand il devient évident que nous allons retrouver nos traces, Jean-Pierre tente de se lancer, et nous avec, dans les collines mais nous finissons par renoncer, peu sûrs d’être sur la bonne voie. Nous continuons donc de suivre le cours de la Khovd, parvenons au pont traversé ce matin et nous arrêtons pour la nuit sur une plage de galets au bord de la rivière. J’ai une bonne migraine… Je constate que les silentblocs ont souffert, j’attends de voir ce qui va se passer sur le goudron… Jean-Pierre vient partager le poulet grillé par mes soins…
 
Jeudi 31 Juillet : Il a fait froid cette nuit. Nous avions baissé le toit, néanmoins nous avons eu les pieds au frais. Le soleil réapparaît et commence à réchauffer le camion. Nous repartons dans les gorges, aussi belles qu’à l‘aller. Après Tsengel, nous cherchons notre chemin, j’ai perdu nos traces aussi bien sur le GPS que sur l’ordinateur. Erreur d’enregistrement hier ? Nous partons sur une mauvaise piste puis Jean-Pierre s’avise qu’il a enregistré les traces et il nous fait prendre un de ces « raccourcis » dont il a le secret. Nous retrouvons ces fermes bâties en pisé qui défierons le temps moins longtemps que les tombes des cimetières, des cubes de pierres grises, sèches, surmontés du croissant de l’Islam.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

Nous passons à Sagsaï sans nous arrêter et filons sur Ojgiy. Nous sommes contrôlés par la police à la sortie et à l’entrée de ces deux villes. Le silentbloc du tirant de droite est complètement pulvérisé et les rondelles frottent contre le tirant et le longeron en produisant un bruit métallique des plus inquiétants. Je me résouds à repasser chez un mécanicien… Je trouve celui indiqué dans notre Lonely Planet. Il est nettement mieux équipé que celui de Khovd, le « manager » assure pouvoir solutionner le problème mais je dois revenir à 3 heures. En attendant, nous nous mettons en quête d’un camp de ger, le mot mongol pour désigner une yourte. Marie ne veut pas quitter la Mongolie sans avoir dormi dans une yourte. Nous allons nous renseigner à l’office des parcs qui fait aussi fonction de centre d’information. Nous y retrouvons le directeur des parcs qui nous avait vendu la veille le billet d’entrée au parc Altaï Tavan Bogd. Il ne connaît pas les camps de yourtes que nous cherchons, nous en propose un autre et nous y conduit. Une grande yourte kazakh, dans une cour de la banlieue de la ville ! Nous lui expliquons que ce n’est pas vraiment l’idée que nous nous faisons d’une nuit en pleine nature… Il nous indique vaguement l’existence de deux camps en direction de l’aéroport. Nous cherchons, trouvons près de la rivière un premier camp peu engageant, à 45 $ par personne la demi-pension. Le prix et la situation nous font fuir… Un deuxième camp, Altaï Peaks ger camp, sur une colline conviendrait mieux mais il semble tout d’abord qu’il n’y ait pas de place. Nous attendons, en déjeunant dans nos camions, l’arrivée d’un jeune qui parle anglais, accompagné de la responsable. Nous avons une yourte en demi-pension pour 25 dollars. Affaire conclue. Une belle yourte avec trois banquettes-lits, une table basse et des tabourets, des tentures traditionnelles sur les murs, les deux mâts peints ainsi que les rayons du toit lui donnent une certaine authenticité. Marie s’y installe pour l‘après-midi puis je retourne au garage. Jean-Pierre m’accompagne pour faire laver sa voiture. Nous y retrouvons des Français rencontrés à Oulaan Baataar et que nous avions dépassés sur la piste, à leur grand scandale… Le seul mécanicien compétent doit se partager entre les différents véhicules en réparation, il s’occupe de temps en temps du camion… Les clients entrent, sortent de l’atelier, se penchent sur les moteurs des autres, on démonte des lames de ressort sous une voiture soulevée sur un pont, les règles de sécurité n’existent pas. Après avoir grossièrement découpé dans une épaisse plaque de caoutchouc quatre rondelles, y avoir pratiqué des trous, le tirant est remonté. Il ne reste plus qu’à prier pour que cela tienne jusqu’à un atelier Land Rover… Je fais faire un lavage bien nécessaire qui va durer près de deux heures ! Le camion ressort plus propre qu’il n’a jamais été. Je regagne enfin le camp, retrouve Marie. Jean-Pierre nous rejoint pour prendre l’apéritif dans notre yourte.

Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)
Nous dînons, comme prévu, dans une autre yourte. Repas vite avalé, une petite salade suivie d’une soupe avec des pommes de terre, des pâtes et quelques bribes de mouton et c’est tout ! Nous finissons de dîner au camion... Nous regagnons notre yourte, visitée par une sympathique petite souris…
 
Vendredi 1er août : J’ai eu froid toute la nuit et j’ai peu dormi. Pas question d’utiliser la douche du camp, le filet d’eau est froid et la chasse d’eau ne fonctionne pas. Au petit déjeuner, des tranches de pain, de la margarine et une gelée indéfinissable, mais nous avons tout de même quelques biscuits. Nous quittons donc ce camp de yourtes sans regrets. Jean-Pierre veut changer son excédent de tögrög à la banque et Marie revoir les boutiques, aussi nous rendons-nous en ville. A neuf heures du matin, rien n’est encore ouvert sauf les banques. Nous prenons la bonne route de la frontière, un goudron bien reposant. Un détour nous fait retrouver la piste mais c’est de nouveau le goudron puis une bonne piste jusqu’au poste frontière. Nous sommes dans des basses montagnes pelées, puis apparaissent des cimes enneigées et même quelques traces de neige fraîche à faible distance de la route. Si nous voyons encore des yourtes et des troupeaux, la steppe n’est plus verte mais roussie.
Mongolie 2014 (4.- l'Est, le Gobi et l'Altaï)

A dix heures et demie, nous nous mettons à la queue d’une file d’une vingtaine de voitures qui attendent pour passer la frontière, principalement des Kazakhs du Kazakhstan. Trois heures plus tard, après avoir déjeuné dans le camion sans quitter nos sièges, prêts à démarrer, nous n’avons guère avancé ! Quand ces messieurs et ces dames des services de l’immigration et des douanes ont fini de digérer et repris nonchalamment leur service, nous sommes admis sur l’aire de contrôle. Passeports, documents automobiles sont vérifiés, tamponnés à divers bureaux par un personnel bien moins aimable que celui du poste d’entrée. Entre temps nous avons récupéré, Jean-Pierre un Kazakh à pied et nous un Australien en panne de vélo. Ils ne sont pas autorisés à passer la frontière à pied et surtout pas traverser le no man’s land ! Enfin nous sortons de Mongolie, sans regrets pour ma part, le meilleur a été vu les quinze premiers jours et les pistes nous ont ensuite épuisés sans apporter rien de remarquable. Nous traversons quelques kilomètres  de no man's land sur une piste avant d’atteindre le premier poste russe où nous devons encore patienter avant d’être autorisés à continuer, sur une route cette fois, en direction du centre de contrôle russe à plusieurs kilomètres. Les formalités sont assez rapidement expédiées et nous nous croyons sortis d’affaire, il n’est encore que dix-sept heures trente ! Que nenni !!! Nous n’avions pas compté sur l’inépuisable énergie russe pour compliquer les démarches administratives… Nous devons encore nous rendre à un bureau pour enregistrer notre entrée. Un seul employé s’en charge et nous devons patienter dans le vent glacial. Quelques Kazakhs resquillent. Enfin à dix-neuf heures trente, après donc neuf heures de patience nous entrons réellement en Russie. Nous roulons à la recherche d’un coin de bivouac, nous sommes dans une très large vallée, loin des montagnes. Faute de mieux, nous nous engageons sur une piste et nous arrêtons à quelque distance de la route. Brian, l’Australien, monte sa tente puis sur notre invitation vient dîner avec nous, nouilles en sauce tomate, pas de la gastronomie !

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 23:56

Mardi 1er juillet : Il a beaucoup plu cette nuit, nous avons dû fermer le rideau et ce matin, faute de lumière, nous ne nous réveillons qu'à sept heures passées. Nous nous dépêchons pour être à l'ouverture de la frontière. Nous y sommes peu après huit heures, les premiers, devant les camions mais il faut tout de même attendre neuf heures pour que la barrière soit soulevée. Les formalités côté russe sont plutôt rapidement accomplies, sans grand sourire de la part des responsables... Nous voici en Mongolie ! L'accueil pour le contrôle des visas est réalisé par de souriantes jeunes femmes qui parlent un peu anglais et nous aident à remplir les papiers. La douane est moins simple, il faut revenir voir trois fois l'officier qui semble dépassé par les évènements mais en un peu plus de deux heures, tout est réglé. Un bureau de change évite d'avoir affaire à des changeurs au noir, on nous vend une assurance automobile et une taxe (?). Nous roulons en Mongolie. Première surprise : contrairement aux renseignements fournis par les blogs ou les guides, le gasoil n'est pas plus cher qu'en Russie, légèrement moins cher même. Nous aurions pu nous dispenser de remplir tous les jerrycans hier. Les maisons des villages sont sans aucun cachet, finies les jolies isbas russes, elles sont en briques ou en béton, avec des toits colorés. Le conducteur mongol s'avère plus calme que son homologue de l'autre côté de la frontière, pas de dépassements hasardeux ni de vitesse excessive. Plus de forêts non plus, une steppe bien verte qui court sur des collines et dans laquelle d'innombrables troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches et de chevaux paissent, à proximité de yourtes blanches disséminées dans la prairie.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des cavaliers galopent et accompagnent les troupeaux, l'image d'Epinal de la Mongolie ! Dommage que le ciel reste obstinément bouché... Nous faisons un détour sur une route qui suit une voie ferrée, pour aller visiter un atelier de fabrication d'arcs et de flèches traditionnels. De la corne de mouflon est utilisée avec des tendons séchés pour former l'arc, recouvert ensuite d'une peau de serpent. Prix : 500 $ !!! Nous repartons sans acheter bien évidemment. L'indication de cet atelier dans les guides touristiques doit être pour quelque chose dans l'inflation... Nous déjeunons à côté d'un lac puis traversons Darkhan, une ville aux immeubles récents et qui ne donne pas envie d'y résider. Nous quittons la route d'Oulaan Baatar pour nous diriger vers le monastère d'Amarbayasgalant. Cent kilomètres dans la steppe avant de continuer sur une piste, roulante au début puis qui devient boueuse, avec quelques passages difficiles dans les lits des ruisseaux qu'elle traverse. Nous passons quelques cols entre les collines, toujours marqués par des Ovoo, des sortes de cairns, amas de pierres et de bouts de tissus, principalement bleus, sur lesquels il est de bon ton d'ajouter sa pierre. La piste débouche sur une merveilleuse vallée où des milliers d'animaux broutent à côté de dizaines de yourtes, petits points blancs sur le vert de la prairie. A l'autre extrémité, on distingue le monastère et son temple que surmontent un stûpa dont les quatre faces du cube au sommet sont ornées d'yeux, comme au Népal.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Il est dommage que devant se soient installés des commerçants qui proposent des hébergements dans des yourtes ou des maisons ordinaires, ce qui enlève du charme au lieu. Nous approchons du mur d'enceinte du monastère, nous nous garons et allons visiter l'ensemble. Nous retrouvons la disposition habituelle des temples chinois avec le pavillon des gardiens, géants féroces et menaçants, la tour du tambour et en face, celle de la cloche puis vient le temple principal, une très grande salle carrée soutenue par une centaine de piliers couverts de tissus multicolores.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au centre, un puits de lumière d'où tombe une cascade de lanières de tissus.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Des statues de bodhisattvas et de lamas sont enfermées derrière des vitrines. Nous pouvons nous promener librement en compagnie de quelques familles qui ne manquent pas de joindre les mains haut au-dessus de la tête devant leurs divinités préférées. Plusieurs autres pavillons se suivent ou occupent les angles des terrasses. Tous sont de pur type chinois avec plusieurs toits superposés relevés aux coins, des tuiles en "dos d'anguille" sur lesquelles poussent des herbes et une décoration de toutes les poutres et chevrons, qui seraient plus colorés s'il y avait des crédits pour tout restaurer, mais c'est ainsi, dans une demi-restauration, que ce monastère a le plus de charme. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Après en avoir bien fait le tour, nous regagnons les camions et allons nous garer dans l'axe du monastère, à l'écart du village. Juste avant qu'il ne recommence à pleuvoir. Jean-Pierre a mis une bouteille de champagne au frais pour arroser l'arrivée en Mongolie ! Un troupeau de beaux chevaux passe derrière les camions, les poulains ne quittent pas leurs mères, deux étalons s'affrontent et leur berger, à cheval, les regroupe et les pousse devant lui en allant rechercher les égarés. 
 
Mercredi 2 juillet : Le soleil est là ! Finis la pluie et le ciel gris, un inespéré soleil illumine la steppe, incendie les dorures du monastère et accessoirement nous réchauffe. Nous prenons notre temps, je vais faire quelques photos du monastère et des yourtes puis nous allons nous garer au pied de l'escalier qui conduit au stûpa. De vilains réverbères accompagnent la montée et les yeux du Bouddha, peints sur la partie supérieure du stûpa, au-dessus du dôme, nous surveillent dans toute la montée.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Du haut nous découvrons toute la vallée, les petits points blancs des yourtes mais les troupeaux sont trop loin pour être distingués. Nous rejoignons à flanc de colline l'autre escalier qui mène à un vilain Bouddha doré mais d'où nous apercevons le côté du monastère éclairé par le soleil. Nous descendons et rejoignons les jeunes moines qui se rendent au temple pour une séance de récitations. Ils sont assis en rang et psalmodient à toute vitesse un texte qu'ils doivent connaître par cœur, ce qui ne les empêche pas de chahuter, plaisanter, rire, se pincer ! Pas très sérieux ces lamas en puissance. De temps en temps, ils empoignent des instruments de musique, soufflent dans une conque, frappent un énorme tambour peint de couleurs vives ou agitent des clochettes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous les abandonnons à ces tâches peu absorbantes et repartons. Nous reprenons la piste de la veille qui semble avoir séché. En passant un col, nous apercevons une concentration de chevaux. Nous approchons, pensant à un marché mais il s'agit d'une course préparatoire pour la grande fête du Naadam qui doit avoir lieu dans une semaine. Des gamins, d'à peine une dizaine d'années, montent, avec ou sans selle ou étriers, des petits chevaux nerveux. On attend une dernière monture qui arrive sur une camionnette, en descend sans aide, aussitôt enfourchée par un gosse et le départ est donné dans les hurlements des jockeys improvisés.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

On nous explique qu'ils doivent courir dix kilomètres, contourner des collines et arriver à quelque distance d'ici. Nous nous y rendons en roulant dans la steppe et quelques minutes plus tard, nous voyons arriver au grand galop les premiers cavaliers, suivis par des motocyclistes qui, sur leurs engins chinois, ne peuvent les suivre. Nous repartons, suivons une piste, différente de celle de l'aller, ce qui ne manque pas d'inquiéter Marie, mais nous épargne le franchissement de la portion de boue. Nous déjeunons quand nous sommes de retour à la route que nous prenons ensuite pour revenir à Darkhan avant de continuer sur Oulaan Baatar. Comme la veille, la route est à péage, pour des sommes très modiques, quelques centimes d'euro ! Les montants récoltés sont bien insuffisants pour entretenir la route et son revêtement est particulièrement mauvais, même à l'approche de la capitale. Une portion est tellement mauvaise que personne ne roule dessus mais sur des pistes parallèles, chacun choisit la sienne avec pour seule règle de ne pas être sur la même que les autres... Curieux ballet où les véhicules se croisent, se dépassent sans plus aucun respect de la conduite à droite. Enfin nous voici à Oulaan Baatar. La ville est très étendue, toute moderne, longue à traverser dans les encombrements. Les conducteurs mongols que j'avais trouvés respectueux du code de la route et prudents ne sont plus les mêmes ici, les voitures non plus, les gros 4x4 sont nombreux et aussi arrogants que leurs chauffeurs. Nous cherchons la guest house Oasis, pas difficile à trouver, elle est au bout de la longue avenue qui traverse sur plus de vingt kilomètres la ville. Nous pouvons nous y installer mais nous n'y sommes pas seuls, plusieurs véhicules de toutes tailles, presque tous français, y sont déjà et  nous devons nous serrer pour pouvoir y rester. 

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Nous commandons aussitôt un repas, rien d'exotique, wiener schnitzel (la propriétaire est Autrichienne !) et saucisses frites ! Nous avons le wifi, ce qui nous permet de recevoir les messages des amis et de Julie. Après dîner, nous restons dans la salle du café et utilisons l'ordinateur puis Marie va se coucher et je continue seul à mettre le blog à jour et lire les nouvelles.
 
Jeudi 3 juillet : Pas trop pressés ce matin. Il a plu dans la nuit mais le soleil nous le fait oublier. Nous commençons par porter du linge à laver à la responsable des machines à laver puis nous nous faisons déposer sur la grande place par un "taxi" sans licence commandé par notre aubergiste. Nous sommes en plein centre de la ville, aucun bâtiment ancien, à croire qu'Oulaan Baatar est sortie de terre ces dix dernières années et qu'il n'y avait que des yourtes avant ! Le bâtiment qui domine la place est le Parlement gardé par de grandes statues de Gengis Khan, son fils et Khubilaï Khan son petit-fils, les héros nationaux, des despotes qui auront réussi post mortem... 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Au sous-sol du Parlement un inattendu musée de la nation mongole, peu de choses intéressantes et encore moins d'explications en anglais. Le tour de la place est occupé par d'autres constructions officielles, opéra, bourse et au sud la fierté des habitants, un presque gratte-ciel d'acier et de verre en forme de double voile de bateau, le Blue Sky. Jean-Pierre a envie de visiter le Musée National, nous préférons attendre de repasser à Oulaan Baatar et d'avoir un peu vu le pays. Nous nous séparons donc et nous nous rendons au Musée des Beaux-Arts, visite que nous ne regrettons pas. Une superbe exposition de statuettes en bois ou en argile, représentations de cavaliers ou d'hommes qui nous rappellent les jolies statuettes chinoises que nous aimons. Dans une autre salle, belle collection de thangka mais notre inculture en matière de bouddhisme est trop patente pour que nous appréciions complètement ces représentations peintes de dieux, souvent d'aspect terrifiants, et qui nous paraissent appartenir plus au panthéon hindou. Nous ne pouvons qu'apprécier le côté esthétique. Plus loin des "appliqués" grandes représentations des mêmes dieux réalisées en tissus brodés, découpés et cousus sur d'autres, des perles et des pierres semi-précieuses y sont parfois ajoutées. Et plein d'autres objets dont de splendides statues de Bouddhas en argent du grand rénovateur des arts au XVI°siècle, un certain Zanabazar, totalement inconnu dans notre Occident autocentré. Nous retrouvons Jean-Pierre et allons déjeuner ensemble au Tuul café, à côté du musée. Je commence à me lasser des buzz, et ne voudrais plus entendre parler de raviolis pour les six mois à venir après notre retour... Nous rendons visite à quelques antiquaires, judicieusement installés à côté du musée... Le principal qui semble avoir de belles pièces est fermé et les prix demandés chez les autres sont inimaginables pour nous. Nous remontons quelques avenues jusqu'au petit mais très joli temple de Gesar Sum, très chinois d'apparence avec ses toits de tuiles vertes. Il est occupé par quelques lamas qui reçoivent en consultation des quidams en mal de réconfort. Ils récitent, comme d'habitude, des mantras à toute vitesse, n'y comprenant peut-être pas plus goutte que ceux qui sont venus les solliciter.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous traversons ensuite un quartier très populaire, à se croire à des kilomètres de la ville moderne. Masures en triste état, ruelles de terre impraticables aux véhicules et échoppes minuscules. Dans l'une, un bric à brac d'objets de brocante, nous dénichons quelques peintures qui ne me déplaisent pas mais Marie n'est pas de mon avis et là aussi, les prix sont exagérés. Jean-Pierre en achète une presque sans marchander. Nous sommes alors le long du mur d'enceinte du plus fameux monastère de Mongolie, Gandan Khiid. Les pèlerins et des touristes asiatiques viennent y faire leurs dévotions. A toutes les portes, très belles par ailleurs, sont assis des marchands de sachets de graines pour nourrir les très nombreux pigeons qui pullulent, roucoulent en chœur, jettent un regard offensé à ces étrangers qui ne leur lancent pas la pitance attendue et, dans un envol soudain, masquent le ciel un instant.

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Deux jolis petits temples sont plantés côte à côte et quand on les contourne, on découvre sur une autre place, le plus grand des temples, de type tibétain celui-là. Une massive construction blanche percée de fenêtres aux allures de meurtrières et surmontée de ce qui pourrait passer pour un temple chinois en bois aux toits relevés. Malheureusement des constructions le déparent, deux ignobles baraques en tôle pour brûler des cierges, peintes en bleu, cachent la moitié de la façade et le portail d'entrée est désormais pourvu de vitres sales. Trois stûpas longent un de ses côtés, un bien blanc, un jaune bien jaune et un bleu on ne peut plus bleu...

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A l'intérieur une immense statue de bronze doré d'Ayash toise avec bienveillance les visiteurs. Des milliers d'autres statuettes, habillées de manteaux de brocart, sont disposées dans des niches sur les murs de la salle et regardent passer les dévots, les mains jointes qui tournent autour du géant débonnaire.

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Nous rentrons en taxi après un séjour dans les encombrements. Nous récupérons le linge, le mettons à sécher puis étudions l'itinéraire des jours suivants. Marie voudrait pouvoir programmer précisément notre boucle prévue dans le centre du pays, je crois plus sage d'attendre et de voir au jour le jour. Nous dînons dans le camion puis je vais écrire mon texte au café, envahi par de bruyants motards tchèques et autrichiens.
 
Vendredi 4 juillet : Aujourd'hui, nous repartons pour une grande boucle dans le centre et le nord. Nous devons auparavant passer au bureau de l'immigration pour demander une prolongation de nos visas. Jean-Pierre s'est renseigné auprès des autres Français et nous assure que c'est facile d'y aller. Nous démarrons en laissant le paiement de nos nuits à ces mêmes Français, la responsable n'étant pas encore arrivée. Nous plongeons aussitôt dans les encombrements, la route suivie semble dans la bonne direction puis je commence à avoir des doutes et bientôt Jean-Pierre avoue être perdu... Nous abandonnons l'idée de passer au bureau de l'immigration, peut-être à notre retour à Oulaan Baatar. Nous sortons de la ville et retrouvons la steppe mais le ciel est gris, au mieux voilé et nous n'apprécions pas autant qu'à l'arrivée le paysage. La route est encore correcte avec de rares passages avec des nids de poule. Pour pique-niquer, nous nous arrêtons à proximité d'une famille venue rassembler et partager en deux un troupeau de chèvres. Deux cavaliers dont l'un avec une longue perche font tournoyer leurs chevaux pour guider les deux troupeaux de pauvres bêtes affolées.
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Nous continuons d'avancer vers l'ouest et quittons bientôt la route pour entrer dans le parc de Khögno Khan que rien ne signale. Une piste, deux traces de roues, file droit dans la steppe en direction d'une barrière rocheuse. Nous cherchons avec le GPS un monastère que nous trouvons après avoir contourné un éperon rocheux, au fond d'un cirque constitué de grosses roches arrondies. L'ancien monastère est ruiné, il ne reste que des pans de murs en brique de terre qui se délitent lentement. Des temples sont installés autour. Nous allons voir le plus intéressant, une petite salle évidemment très colorée avec thangka aux murs, tambours et tissus sur les colonnes. 

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Le chef des lamas est une femme qui nous fait payer 2000 tögrög le droit de visiter. Nous allons voir, Jean-Pierre et moi, en compagnie de deux autres Françaises et de leur guide, toutes peu sympathiques, dans les rochers, un autre temple encore plus petit. Nous quittons le cirque qui, avec un rayon de soleil, aurait été un site ravissant et prenons la piste qui mène droit aux dunes de Mongol els. Nous nous en approchons en roulant sur des buissons de petites fleurs mauves. 

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Pas bien hautes les dunes et couvertes en grande partie d'herbes ou de buissons. Nous repartons en longeant le cordon dunaire, rejoignons le lit très large, marécageux, d'une rivière. Les troupeaux y broutent une herbe encore plus verte que dans la steppe. Nous aurions aimé y bivouaquer mais il est tout de même encore bien tôt. Nous retrouvons le (mauvais) goudron en direction de Kharkhorin mais le revêtement devient de pire en pire et de nouveau, on roule sur des pistes à peine meilleures sur les côtés. Jean-Pierre est ravi de me dépasser et de rouler très vite... Je ne vois plus bien clair, mes yeux fatiguent. Enfin nous sommes à Kharkhorin, nous apercevons le vaste quadrilatère du temple Erdene Zuu, son mur d'enceinte flanqué de tours-stûpas

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Un haut lieu du tourisme : le parking est encombré de 4x4 de touristes et des boutiques de souvenirs, nouvel exemple de l'artisanat dévoyé par les touristes ignares, sont alignées face à l'entrée du site. Nous y faisons une rapide visite, pour le cas où la météo serait pire demain... A l'intérieur du mur d'enceinte, une vaste esplanade de quatre cents mètres de côté où il ne reste que quelques beaux temples d'aspect chinois, de grands stûpas et un bâtiment d'allure tibétaine.

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Tous les autres ont été rasés dans les années 1930 par le régime communiste. Nous les approcherons de près demain, peut-être sous le soleil...
 
Samedi 5 juillet : Le Bouddha est avec nous, le ciel est tout bleu et le soleil éclaire les remparts d'une belle lumière dorée. La visite des temples ne commençant qu'à neuf heures, nous ne sommes pas pressés. Pendant que Marie se prépare, je vais me promener dans l'enceinte et prends des photos des trois temples magnifiques et de celui de type tibétain. 
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Je suis seul, libre de me promener à ma guise, de contempler sous toutes leurs faces ces exceptionnels monuments, les plus beaux de Mongolie. Avant de nous rendre à l'intérieur des temples, nous allons nous garer derrière l'enceinte et marchons quelques centaines de mètres pour aller voir une grande tortue de pierre, l'une des deux seules qui restent sur le site de l'ancienne capitale mongole du XIII°siècle, Karakorum. 

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Des marchands de souvenirs ont installé leurs stands autour et nous nous laissons tenter par quelques objets en guise de cadeaux, ainsi que par une image à l'authenticité douteuse mais pour le prix ! Nous revenons devant l'entrée principale du site et, après avoir payé le billet d'entrée, car il s'agit désormais d'un musée et non plus de lieux de culte, pénétrons enfin dans le Saint des Saints. Sur une terrasse, sont alignés les trois plus beaux temples, de type chinois, toits relevés, tuiles vernissées, poutres emmêlées et peintes Sur les côtés, deux plus modestes temples rectangulaires de trois pièces chacun, renferment une belle collection de thangka, gravures, fresques et peintures ainsi que des nangpa, peintures sur fond noir, collées sur un tissus à trame noire également. Nous passons d'un temple à l'autre. Tous renferment des statues du Bouddha à des âges divers, entouré de bodhisattvas et autres divinités, sans oublier les féroces dieux-gardiens. Les murs sont couverts de fresques avec toujours des représentations de Bouddha et de divinités. Notre inculture dans ce domaine nous terrifie et nous regrettons fort de ne pas pouvoir nous documenter plus sérieusement sur ces rapports de dieux aux noms sanscrits et de Bouddha. Je n'ai pas le droit en principe de photographier mais je m'autorise quelques clichés discrets.

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Il en est de même au temple Lavrin qui lui est en activité, mais avec moins de bonheur. A onze heures s'y tient une cérémonie que suivent des Mongols venus déposer des vœux en compagnie de quelques personnes âgées qui ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, la deel, une ample robe de tissu damassé, boutonnée jusqu'au col, serré à la taille par une ceinture à boucle et plaques d'argent incrustées de turquoises.

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Les lamas, après avoir revêtu un bonnet jaune, commencent par des incantations à l'entrée du temple, puis tout le monde entre et s'assoit. Les lamas récitent les habituels mantras mais avec plus d'entrain et de force que les moinillons distraits d'Amarbayasgalant. A intervalles plus ou moins précis, ils s'accompagnent de trompes, de conques, de tambours et de cymbales. Les fidèles viennent remplir des bols de lait à une grande cuve en faïence et les distribuent aux lamas. Je suis repéré à photographier et prié de remballer mon appareil...

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La cérémonie n'évoluant guère, nous ressortons du temple et reprenons les voitures. Nous allons nous renseigner sur la possibilité de se rendre aux chutes de la rivière Orhon dans un restaurant-agence de tourisme, Morin Jim, tenu par un Français absent. D'autres Français, tout jeunes, nous apprennent qu'ils s'y rendent avec une voiture et que nous pourrions les suivre pour trouver la piste. Nous déjeunons très rapidement dans ce restaurant, encore des buzz, et des khuushuur, sorte de beignets farcis avec la même viande que les gros raviolis, meilleurs que ces derniers dont nous sommes las ! Nous rejoignons les Français au marché où ils attendent leur véhicule qui arrive en retard, puis va s'arrêter pour acheter de l'eau, puis pour une autre raison, puis pour un plein d'essence avant de prendre la route goudronnée et non pas la piste qui longe l'Orhon comme espéré... Nous les dépassons pour continuer seuls mais à Khujirt, ne sachant quelle piste suivre, nous sommes contents de les laisser repasser devant et de les suivre sagement à distance. Grand bien nous fait puisque nous allons suivre des traces peu profondes dans les herbes, par monts et par vaux, en passant d'une vallée à une autre, toujours au milieu de milliers de chevaux en liberté, de yourtes. Certaines ont l'antenne parabolique, les panneaux solaires et une voiture ou un camion garé à côté. Nous sommes toujours éblouis par ces scènes champêtres, la paix qui s'en dégage. Les yaks, au poil noir plus fourni sous le poitrail, sont de plus en plus fréquents. Nous entrons dans le parc Hangayn Nurru où nous longeons l'Orhon bordé de pins.

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Nous sommes alors dans une immense vallée entourée de tous côtés par des montagnes. Nous devons encore rouler avant d'arriver tard au bout de la piste, entre deux camps de yourtes pour touristes locaux venus passer le week end. Nous sommes assaillis par des nuages de mouches dès que nous mettons le nez dehors. Le soleil est maintenant caché par les nuages mais nous allons tout de même voir la cascade. Il faut encore marcher un bon kilomètre au grand désespoir de Marie qui la croyait plus proche et avait préféré croire l'affirmation d'une femme les indiquant à 100 mètres plutôt que le GPS... La cascade n'a rien d'exceptionnel, la rivière se déverse quelques dizaines de mètres plus bas dans un bassin entre des falaises.

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Retour aux camions et dîner en espérant que les visiteurs seront discrets dans la soirée.
 
Dimanche 6 juillet : Pas de beau soleil ce matin, le ciel hésite, ne sait pas trop quoi faire et va rester toute la journée à faire plus ou moins la gueule. Je n'ai pas trop envie de retourner prendre des photos à la cascade qui ne mérite pas tant d'efforts. Réveillé tôt, j'ai lu dans la nuit et au petit matin ce sont les grognements d'un troupeau de yaks qui m'ont tiré de ma somnolence. Nous prenons le chemin du retour, en renonçant à trouver une piste pour relier directement Tsetserleg que personne ne peut nous indiquer. Nous reprenons nos traces de la veille grâce au GPS. Après un pont branlant, nous assistons de loin, à la traite des yaks. 
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Plus loin c'est un rassemblement de chevaux qui galopent, tournent, virent, des cavaliers à leurs trousses, qui nous font quitter la piste et approcher. Deux hommes, l'un muni de l'urga, cette longue perche à l'extrémité de laquelle est accroché un lasso, séparent les poulains de leurs mères et les attachent au licol sur des piquets pour commencer à les domestiquer. Les malheureuses juments suivent leurs petits puis semblent comprendre qu'il s'agit d'un passage obligé et s'éloignent. Les poulains récalcitrants freinent des quatre fers, tirent sur leur licol, trébuchent, font tomber leurs camarades dans une bousculade ponctuée par les cris des cavaliers et de ceux qui sont chargés de les attacher.

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Nous continuons notre route sur la piste très poussiéreuse.

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Je trouve le moyen de m'embourber bêtement à une traversée d'un creux mal négocié. Rien n'y fait mais grâce, encore une fois, à Jean-Pierre, ravi de prendre la photo et de pouvoir ressortir sa sangle pour me tirer, nous ne perdons pas de temps à utiliser les plaques de désensablement. Nous rejoignons Kharkhorin. Peu avant, nous quittons la piste principale pour nous lancer à la recherche de la seconde sculpture en forme de tortue qui doit se trouver sur une colline proche, suivant les indications du GPS. Je suis une piste qui finit en cul-de-sac dans une carrière. Toujours suivant les indications de l'appareil, je me lance, complètement hors-pistes, à l'assaut d'une colline au sommet de laquelle nous trouvons un bel ovoo avec une rangée de crânes de chevaux.

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Nous continuons de chercher cette maudite tortue avant que Jean-Pierre nous y mène, à moins de dix mètres de l'ovoo ! En contre-bas, j'aperçois la pierre phallique indiquée dans les guides. Nous pique-niquons avant de nous y rendre. L'intérêt est des plus limités, une pierre taillée en forme de phallus que les jeunes adolescents prennent plaisir à chevaucher... Nous traversons Kharkhorin et continuons en direction de Tsetserleg sur une route qui, pour la Mongolie, passerait pour correcte, mais pas sans surprises... Nous y cherchons le musée régional, dans un ancien monastère. Trois petits temples s'alignent, encadrés par deux autres sur les côtés. Les influences chinoises et tibétaines s'y mêlent, celui restauré avec la collaboration de Monaco (!) est une horreur ! Couleurs clinquantes, vives, vulgaires. Les autres ont eu la chance d'y échapper et leurs couleurs effacées ainsi que l'usure du temps leur ont donné une patine respectable et flatteuse pour l'œil. 

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Le premier pavillon avec des objets ethnographiques est intéressant de même que la section religieuse installée dans l'un des trois temples mais les autres sont sans intérêt, nous en espérions plus. Nous grimpons à demi l'escalier qui, derrière le monastère-musée, mène à un pavillon flanqué d'une vilaine statue de Bouddha en béton pour avoir une vue sur cette ville typique de l'urbanisation mongole actuelle : alignement sur les collines de maisons aux toits multicolores dans un quadrillage digne des townships d'Afrique du Sud. Nous décidons de continuer quelques kilomètres pour bivouaquer. A la sortie de la ville, nous devons acquitter un droit de péage juste quand le goudron se transforme en une piste ! Nous passons un col dans les pins avant de redescendre dans une immense vallée. Nous quittons la route principale pour piquer en direction du "Rocher sacré" un gros rocher couvert de graffitis modernes et sur lequel se trouveraient des inscriptions en différentes langues, invisibles sous les tags ! Nous allons nous installer pour la nuit sur les bords de la rivière qui coule en arrière du site. Jean-Pierre vient se faire offrir le pastis dû pour son dépannage alors qu'un bel orage éclate. Marie n'est pas rassurée et se voit déjà emportée par les flots... 
 
Lundi 7 juillet : Il a plu toute la nuit et le ciel reste couvert. Nous continuons sur la route, désespérés. Je serais partisan de nous arrêter, de geler cette journée avec l'espoir d'avoir du soleil demain alors que nous traversons des montagnes que nous ne faisons que deviner, perdues dans les nuages. Nous décidons néanmoins de continuer jusqu'à la rivière Chuluut. Il fait un froid de Sibérie et nous ressortons polaires, blousons chauds et chaussettes. Au pont, nous apercevons les débuts du canyon que les eaux ont creusé, se frayant un chemin entre deux falaises rigoureusement verticales. De la route qui est devenue une piste, nous faisons des incursions pour approcher le rebord, le torrent coule dans le fond, quelques arbres en font un paysage digne de "La rivière sans retour"... 
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Le soleil manque cruellement ! La piste, avec la pluie qui continue par intermittences, est glissante, boueuse, elle se divise en de multiples tracés, j'essaie de suivre les moins "gras". Le camion qui n'était pas bien propre et que la pluie de la nuit avait presque lavé est bientôt redevenu couleur de la terre, vitres latérales comprises. Nous parvenons à Tariat, ville de western ou d'"eastern" : maisons en bois, quelques commerces où on trouve tout et rien et des clients qui attachent leurs chevaux devant pour faire leurs courses. Je déniche tout de même du pain et une bonbonne d'eau dans une épicerie-quincaillerie-mercerie dont plus de la moitié du fonds de commerce est constitué par des bonbons et autres sucreries. Les clientes, avec leurs belles robes satinées traditionnelles nouées sur le côté et au cou, ressemblent presque à Gong Li dans "Le Sorgho rouge"... Je rêve ! Malgré un ciel toujours aussi peu engageant, nous nous rendons à la sortie de la ville dans le parc Khorgo Terhiyn Tsagaan Nuur. Une piste difficile entre flaques et cailloux pointus passe entre des montagnes et rapidement nous découvrons, au milieu d'un champ de lave, le cône du volcan Khorgo. Un bout de piste tracé sur ses flancs amène à un parking d'où part le sentier qui monte au sommet. Nous rencontrons Tuul, la guide des X. quand ils étaient venus en Mongolie, qui a reconnu les camions ! Nous commençons par déjeuner avec l'omoul fumé acheté à Oulan Oude. Pour passer le temps, dans l'attente d'un rayon de soleil, nous relisons le texte du blog puis Jean-Pierre vient nous dire qu'il monte au volcan, nous le suivons plus tard. Les visiteurs mongols sont nombreux et quelques-uns, américanisés (télévision ?) nous salue d'un "Hi" en nous croisant ! Le sentier est en partie constitué par des marches bétonnées et Marie parvient au sommet essoufflée comme moi, sans trop de peine. La vue plonge dans un cône inversé quasi parfait d'éboulis ferreux et nous apercevons derrière nous le lac Tsagaan Nuur. 

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Nous reprenons les camions et repartons à toute petite vitesse sur les pistes pour rejoindre les berges du lac. Après un col et une descente glissante, nous nous arrêtons pour bivouaquer sur les rives du lac, devant des cairns constitués de pierres et de cailloux de lave.

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Nous finissons de relire le blog qui ne pourra être mis en ligne que plus tard avant de nous réchauffer avec une de nos conserves de France, un cassoulet au confit arrosé de vin rouge !
 
Mardi 8 juillet : Il a encore plu dans la nuit et au matin, le ciel reste obstinément gris. Nous partons sur une piste mouillée, couverte de flaques pour le tour du lac. Les camps de yourtes sont nombreux et les touristes mongols très présents. Je roule tout doucement en essayant d'éviter flaques, bosses, rochers et surtout les zones boueuses. Des ruisseaux gonflés par les pluies descendent des vallées pour se jeter dans le lac. Pas de pont, encore moins de radier, il faut suivre les traces dans l'herbe, éviter les ornières trop profondes creusées par nos prédécesseurs et franchir le gué avec confiance dans la marque Land Rover. Les premiers ruisseaux se traversent bien mais alors que j'en franchis un plus profond, je m'aperçois que Jean-Pierre est resté planté dans l'eau. Il s'obstine à essayer de manœuvrer, sans résultat si ce n'est de creuser la gadoue sous ses roues. Deux 4x4 qui nous ont vu s'approchent, passent le gué et continuent leur route ! Nous sommes stupéfaits ! Je retraverse le ruisseau et vient me mettre en position pour tirer Jean-Pierre par l'arrière. Sans résultat autre que de creuser un peu plus sous ses roues.
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Arrivent deux minibus de touristes français avec un chauffeur mongol parlant français. Nous essayons tous de tirer avec des câbles mais le camion ne bouge pas. Il est alors question d'aller chercher un camion à Tariat. Je suis les deux minibus jusqu'à des yourtes proches. Le chauffeur francophone explique le problème à la femme du "chef" qui se trouve dans sa bergerie. Il faut attendre son retour. La femme nous invite sans grande chaleur à pénétrer dans la yourte mais pas question de faire des photos, pas un sourire et nous allons attendre longtemps un bol de thé. Du thé salé très étendu de lait de yak. Imbuvable ! Nous profitons de la sortie de la femme et de sa gamine pour nous en débarrasser dans un des nombreux récipients qui se trouvent sous la yourte. Son toit conique formé de nombreux rayons décorés est soutenu par deux piliers également peints. Le reste du mobilier est composé de quatre lits qui servent de banquettes, deux modernes et deux qui reposent sur des rondins. Des coffres peints récents servent de rangement et un énorme poêle à bois occupe le centre de l'espace, sa cheminée sortant par l'ouverture circulaire qui peut être ouverte ou plus ou moins fermée au sommet du cône. Arrivée du chef qui ne parle pas un mot d'anglais ou de russe, la communication est difficile. Il m'emmène sur sa petite moto, avec sa gamine entre nous; se rendre compte de la situation. Nous en profitons pour rameuter le troupeau de yaks qui broutait, du rodéo en moto ! Il convient, après avoir essayé de téléphoner, qu’il faut aller à Tariat. Nous repartons donc avec lui, retraversons le ruisseau et emmenons Jean-Pierre et Marie qui n'a pas voulu rester à la yourte goûter les spécialités lactées de la région... Il faut refaire la piste de ce matin et celle d'hier. Presqu'aussitôt arrivés, nous trouvons un camion, un plateau avec des roues jumelées à l'arrière. Jean-Pierre, pas heureux du tout, monte avec le chauffeur pour aller faire le plein d'essence. Pendant ce temps, je fais le taxi pour le "chef" : passage à la banque, remplissage à une station-service d'un bidon d'essence qui ferme mal et va nous empuantir le camion pour la journée, dire bonjour à son papa, achat de cigarettes et enfin nous repartons. Je lui interdis de fumer alors qu'il a son bidon d'essence à ses pieds... Le camion est déjà parti, nous le retrouvons avant d'arriver au véhicule de Jean-Pierre, il est arrêté, ses roues patinent sur l'herbe mouillée ! Je dois le tirer !!! Enfin nous arrivons sur place. Ils fixent leurs câbles à la sangle de Jean-Pierre qui a dû se glisser dans l'eau glaciale pour l'attacher. La première tentative n'a pour résultat que de casser la sangle, la seconde d'arracher la patte de remorquage puis ce sont leurs câbles, en triste état, qui cassent. Les roues du camion patinent, je sors mes tôles de désensablage pour les glisser sous ses roues, il y laisse quelques millimètres de gomme. Nous sommes l'attraction et aucun des véhicules de touristes qui passe ne rate la photo...  Je suggère que l'on tente de le tirer par l'avant. Le camion va faire un grand tour pour éviter d'avoir à franchir le gué. Je retraverse une fois de plus avec mes tôles et nous recommençons, la Land bouge, tressaute, mais ne décolle pas. Les heures passent consacrées à diverses tentatives infructueuses. Les câbles cassent, il faut aller chercher près des bergeries des pneus usagés qui vont permettre d'attacher les bouts de câble. Le "chef" et le chauffeur du camion se déshabillent et, en slip, se mettent à l'eau pour tout nouer.

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Et, enfin, alors que nous n'y croyions plus beaucoup, le miracle se produit, la land est arrachée à sa gangue boueuse. Nous sommes trempés, surtout Jean-Pierre, la pluie ne nous a pas épargnés. Nous allons tous à la yourte où doit se régler la question monétaire. Jean-Pierre offre 200 dollars, ils réclament 300 euros ! Jean-Pierre reste ferme, leur fait son numéro de charme et nous repartons. Les Mongols dont on nous avait tant vanté l'hospitalité nous étonnent, nous les trouvons au contraire très froids et peu aimables. Nous continuons tardivement, nous avons passé plus de huit heures, sans prendre le temps de déjeuner, à sortir la Land de ce bourbier. Nous parvenons au bout du lac, continuons sur la piste en direction du col Orookh, à 2300 mètres que nous franchissons sur une mauvaise piste rocailleuse, au milieu des pins et des mélèzes. Nous nous arrêtons dans la descente et invitons Jean-Pierre à partager notre dîner. Pastis, saucisses-purée, un rouge de l'Ardèche et pour terminer du genièvre (merci Laurence, merci Agnès !).
 
Mercredi 9 juillet : Le soleil est revenu, l'optimisme avec. Nous continuons la descente du col sur une mauvaise piste pleine de trous remplis d'eau, des nids de poule, d'autruche de ptérosaure ! Plus bas, nous suivons une belle vallée où des yourtes sont installées avec leurs troupeaux de yaks, de chèvres et de moutons, très peu de chevaux, une rivière coule au milieu, quelques arbres tapissent les flancs des montagnes et les prairies sont bien évidemment vertes.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Jargalant s'annonce par une oasis plantée de yourtes avant d'atteindre le bourg et ses maisons cachées derrière des palissades de bois sombres. Leurs toits colorés font un patchwork bleu, rouge, orange, sur le fond vert de la steppe.

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A la sortie de la ville, nous allons voir le "pont tordu", un ancien pont de bois d'allure très "rivière Kwaï" dont le tablier est formé de planches disjointes, d'inégales longueurs, reposant sur quatre ou cinq piles, et sur lequel je comptais bien nous photographier avec le camion mais hélas, il a rendu l'âme, une partie s'est effondrée dans le cours de la rivière et un pont en béton, tout neuf l'a remplacé.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous continuons en remontant dans les montagnes, les yourtes se raréfient et donc les troupeaux. Des pistes partent dans tous les sens, se rejoignent à des kilomètres; Puis la piste devient plus rocailleuse, s'élève, mais le col Zoolongiyn semble toujours plus loin, derrière une autre butte. Quand nous y sommes, nous dominons un paysage de montagnes désertes, de tous les côtés. Comme à tous les cols, un ovoo en marque le sommet, simple cairn ou perches de bois rassemblées en forme de cône et toujours couverts de bouts de tissus bleus noués.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Dans la descente, nous sortons d'un ruisseau où ils s'étaient plantés une berline et ses occupants. L'audace ou l'inconscience de ces gens qui se lancent sur des pistes que nous sommes contents d'affronter en Land Rover, nous laisse pantois ! Nous pique-niquons en vue de Shine-Ider qui, comme tous les villages mongols, colore la steppe avec ses toits. Nous continuons sur une piste meilleure mais qu'on ne peut perdre de vue. Nous passons une multitude de cols. Beau paysage mais la fatigue se fait sentir et je voudrais bien arriver à Mörön. Nous y retrouvons le goudron et une animation que nous n'avions pas connue dans les petits bourgs traversés. Nous arpentons, en voiture, les deux rues du centre-ville, trouvons un supermarché où nous allons essayer de trouver quelque ravitaillement. Le rayon des alcools et des friandises est bien fourni, les légumes et les viandes sont les parents pauvres. Les fruits font grise mine et les morceaux de viande congelée ne nous inspirent guère après notre dernière tentative, peu décidés à continuer de nourrir les chiens... Nous allons bivouaquer à une vingtaine de kilomètres de la ville, en plein milieu de la steppe, à proximité d'un site néolithique que nous visiterons demain. Je suis fatigué et une vodka-orange, avec Marie, en égoïstes, me paraît nécessaire...
 
Jeudi 10 juillet : Le soleil persiste et éclaire sur une face les "pierres à cerfs" que nous visitons ce matin. Ce sont des stèles d'environ deux mètres de haut, de section rectangulaire, dressées à proximité des nombreux tumulus entourés d'un cercle de pierre. Elles sont alignées en deux rangées selon un axe nord-sud et couvertes de représentations de cerfs aux belles ramures, dressés vers le ciel, en rangées parallèles. S'y trouvent aussi, en moins grand nombre, des représentations de ceintures munies de poignards, de haches ou d'outils, la lune et le soleil sont également représentés. Deux sont remarquables, l'une avec à son sommet une tête humaine avec des boucles d'oreilles et une autre taillée dans une pierre ocre brune, les cerfs gravés et colorés en orange.
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous revenons à Mörön, passons changer des dollars à la banque. L'employé veut me donner plus de 900 000 tögrög en billets de 5000, je proteste, il me donne quelques billets de 20 000 et se mélange ensuite dans le compte des billets de 10 000. Pas un Jérôme Kerviel ! Nous cherchons à nous renseigner à l'officiel Bureau d'Information, personne ne parle anglais ni ne comprend nos besoins... Nous cherchons la sortie de la ville, interrogeons des passants qui ne comprennent pas notre prononciation de Khatgal mais dont le visage s'éclaire quand nous le leur montrons écrit sur la carte. Ils nous conduisent avec leur voiture à la sortie de la ville. Nous y trouvons une excellente route goudronnée, comme nous n'en avions pas connu ces derniers temps, sans même un petit nid de poule, une bosse ! A mi-parcours, nous apercevons sur le bord de la route des tentes coniques, ressemblant fort à celle des Indiens d'Amérique, et devant, des rennes. Un campement d'éleveurs de rennes Tsaatanes pensons-nous.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Nous approchons des rennes aux bois couverts de velours, puis dans les tentes nous découvrons de l'artisanat en vente, de la verroterie dans l'une, des poignards taillés dans des bois de rennes dans l'autre. Un attrape-touristes ! Impression confirmée quand on nous demande de payer pour pouvoir photographier... Nous atteignons Khatgal sur les bords du lac Khövsgöl, le pendant mongol du Baïkal. La petite ville se développe vite grâce au tourisme, les camps de yourtes ou de cabanes se suivent sur les berges mais ne semblent pas faire le plein. Nous nous renseignons et avons confirmation de la date du naadam : demain ! Nous allons nous renseigner sur une promenade en bateau sur le lac cet après-midi. Nous tentons de déjeuner dans un campement mais il faut une heure pour nous préparer un repas, nous préférons nous rapprocher du lac et manger dans le camion. Nous allons nous garer près de l'embarcadère du bateau. On nous vend un billet, pas cher, l'équivalent de 0,80 euros ! Nous montons à bord, nous nous installons puis nous voyons tous les visiteurs quitter le rafiot, on nous invite à en faire autant, le billet ne donnait droit qu'à une visite, pas à la "croisière" ! Nous devons prendre un autre billet, 8 euros, pour remonter nous installer. A 15 h, heure prévue du départ, le bateau reste à quai, un quart d'heure plus tard arrive la capitaine, une boulotte engoncée dans un uniforme d'amiral soviétique, avec des gants blancs. Nous ne partons pas tout de suite, elle tient un long discours pour les familles qui sont venues, nombreuses, profiter de cette navigation. Enfin nous quittons le quai et nous avançons sur les eaux du lac, longeons des collines couvertes de pins et de mélèzes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Un vent frais souffle, nous avons remis les blousons chauds. Hier à 1300 mètres d'altitude; nous étions bien, ici à 1700 mètres, nous avons froid. Pas grand-chose à admirer, une rive reste au soleil, l'autre est dans l'ombre d'un gros nuage noir menaçant. Au bout d'une demi-heure, le bateau s'arrête, nouveau discours de notre officier supérieur suivi d'incantations que les Mongols écoutent religieusement, mains jointes et yeux fermés. Et nous rentrons, mécontents de cette arnaque et amusés par l'ambiance à bord. Sur le pont supérieur est organisé un concours de danse sur de la musique disco. Tout le monde se déhanche et frappe dans ses mains... Il tombe quelques gouttes quand nous débarquons, aussi allons-nous nous réfugier dans un café tenu par des Américains qui ne proposent que peu de choses, café ou thé et quelques pâtisseries, mais nous sommes au chaud et le wifi nous permet de nous connecter, et avec une infinie patience de lire nos messages, tous publicitaires, aucun de Julie ou des amis. Je réussis à mettre le blog en ligne et nous prenons connaissances des nouvelles du pauvre monde. Nous cherchons un endroit pour bivouaquer. J'étais partisan de nous installer là où doit avoir lieu le naadam, nous nous y rendons pour repérer les lieux mais Marie et Jean-Pierre qui doit refaire un plein d'eau, préfèrent les bords du lac, où nous allons...
 
Vendredi 11 juillet : Sans nous presser, nous nous rendons au lieu où doit se dérouler le Naadam, fête nationale marquée par trois compétitions viriles : course de chevaux, tir à l'arc et lutte. Nous y sommes en avance, les commerçants venus étaler sur des grands plastiques jouets, vêtements en laine ou en feutre, bimbeloterie, et les restaurateurs commencent à s'installer. Nous attendons le début des festivités en nous promenant puis nous nous asseyons sur les bancs qui entourent une arène d'herbe, limitée à deux extrémités par des tentes. Soudain on annonce l'arrivée d'une cavalcade. Dans un nuage de poussière, précédés par quelques voitures, déboulent les descendants des hordes mongoles, des gosses de moins de dix ans qui montent à cru, sans étriers, encouragés par les cris des familles et des spectateurs. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Je vais faire des photos des gens qui se pressent autour des animaux, tous ont revêtu leurs plus beaux habits traditionnels, ces belles robes, les deel, qui brillent au soleil. Les hommes, bottes de cuir aux pieds, sont coiffés d'un chapeau que n'aurait pas renié John Wayne et une longue écharpe jaune ou orange leur sert de ceinture.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Ceux qui en ont, hommes mais aussi femmes, tous âgés, arborent toutes leurs médailles sur la poitrine. De dignes personnages, en grande tenue, sont arrivés, ils portent en guise de coiffure une sorte de bonnet à pointe et font le bonheur des touristes photographes.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Car les touristes aussi, à notre grand désespoir, arrivent par minibus entiers... Un défilé des autorités marque le début des épreuves. Tous les corps constitués font un tour d'honneur, à l'extérieur puis à l'intérieur de l'arène, en saluant les spectateurs avant de s'installer dans la tente principale. Un joueur d'un instrument à corde, dans une superbe tenue à fond rose, accompagne une chanteuse très applaudie. Entrée en scène des lutteurs, en petite culotte, vêtus d'une brassière à manches longues, nouée sur le ventre et coiffés de la même tiare que les dignes personnages vus précédemment. Leurs belles bottes sont à bout pointu et relevé. Ils viennent saluer, embrasser un mât qui porte neuf crinières blanches puis imitent le vol d'un rapace en tournant autour.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Les combats commencent par des simulacres avec des enfants puis des amateurs sans tenue ou incomplète. Les combats sérieux voient s'affronter deux adversaires sans distinction de poids ou d'âge. Certains sont très rapides, d'autres durent longtemps, les corps ruissellent de sueur, les muscles fatiguent et chaque match se termine par un nouveau simulacre du vol du rapace du vainqueur alors que le vaincu passe sous son bras.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Le nombre de lutteurs est important et nous finissons par nous lasser. Nous allons déjeuner au camion alors qu'arrive une nouvelle course. Aux alentours, certains jouent au football ou au volleyball, une fête populaire, bon enfant. Nous sommes ensuite attirés par un rassemblement au-dessus duquel je vois voler des flèches. Nous approchons du terrain où l'épreuve du tir à l'arc est censée avoir lieu. Mais il s'agit plus d'une animation à l'usage des visiteurs qu'une véritable compétition. Les touristes s'y essaient avec plus ou moins de bonheur, sans crainte parfois du ridicule, quand la flèche tombe à leurs pieds... Nous retournons aux luttes qui continuent, dans l'attente d'une nouvelle arrivée d'une course. Cette fois, il s'agit de poulains qui arrivent sous les applaudissements de la foule. Le vainqueur est un jockey d'environ six ans !

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Il semble que ce soit la fin des compétitions, les bancs de l'arène sont désertés. Renseignement pris, il y a encore une arrivée de course et les réjouissances continuent demain. Nous n'avons plus très envie d'en voir plus. Même si demain les épreuves seront plus sérieuses, nous décidons de repartir maintenant et de nous avancer pour demain. Nous reprenons la bonne route de Mörön puis continuons en direction de Bulgan. Nous nous arrêtons à six heures à quelque distance de la route, dans la steppe.
 
Samedi 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon 45° anniversaire de mariage au réveil !  Nous reprenons la bonne route, pas pour longtemps, Bien que terminée, elle n'est pas encore ouverte à la circulation et nous devons rouler sur de mauvaises pistes parallèles. Nous tentons parfois de rouler dessus en y remontant mais ce n'est toujours que pour de brèves portions. Plus loin, la nouvelle route n'est encore qu'ébauchée et nous retrouvons le jeu qui consiste à emprunter la moins mauvaise piste en essayant de ne pas rouler sur la même que le véhicule qui vient en sens contraire, d'où un ballet d'engins qui se croisent, s'évitent, se frôlent... Nous déjeunons sur le bord de la route en regardant passer les voitures des familles qui sont venues passer le week end à la campagne, sous la tente ou sous la yourte. Beaucoup arborent un grand drapeau mongol sur la voiture. Ils s'installent sur le bord de la route et ont la joie de respirer les nuages de poussières soulevés ceux qui passent. Enfin nous retrouvons un bon goudron. Je peux alors regarder le paysage : inchangé, steppe et troupeaux de moutons et de chèvres, mais les yaks ont disparu à cette altitude plus basse (1300 mètres) ! Nous traversons Bulgan et à notre consternation, c'est de nouveau la piste pour la route directe d'Oulaan Baatar. La piste peu fréquentée s'enfonce dans la steppe, entre des collines, parfois roulante jamais très longtemps, parfois cassante et alors trop souvent abordée à trop grande vitesse. Le résultat est le pot de sauce moutarde qui envoie des giclées dans toute la cellule et un pot de confiture à demi vidé, plus le liquide vaisselle dans celle de Jean-Pierre. Nous arrêtons le soir au bord d'un ruisseau pour une grande séance de nettoyage. Je suis fatigué et inquiet à l'idée des parcours de piste qui nous attendent si nous allons dans l'est comme prévu... Nous débouchons la dernière bouteille de champagne avec quelques toasts pour fêter ce grand jour avec Jean-Pierre.
 
Dimanche 13 juillet : Nous repartons avec l'intention de suivre une piste le long de la rivière pour peut-être retrouver plus rapidement le goudron. Mais bientôt nous avons des doutes sur son tracé, aussi revenons-nous sur nos pas et rejoignons le pont (il y en a un et il n'est pas effondré comme le craignait Marie). De l'autre côté, toujours la piste... Nous nous égarons encore sur des chantiers avant de suivre le bon cap. La région est quasi déserte, très peu de yourtes. Nous roulons entre deux petites chaînes de montagnes avant de trouver une excellente piste sur laquelle nous nous envolons jusqu'à ce que nous arrivions à une carrière... la piste d'Oulaan Baatar s'infléchissait plus à l'est... Encore quelques kilomètres pour rien... Nous passons un col marqué par un ovoo, puis redescendons dans une vallée aussi peu fréquentée. Nous n'aurons croisé qu'un ou deux véhicules sur cette piste depuis Bulgan. Nous voici de nouveau sur la route de la capitale. Nous cherchons la piste qui doit nous mener au parc Khustayn Nurru où se trouvent les fameux chevaux de Przewalski. Une dizaine de kilomètres d'une piste sablonneuse nous mène à l'entrée. Nous sommes aussitôt assaillis par des jeunes filles qui parlent anglais, nous donnent des explications et nous vendent les billets d'entrée. Nous déjeunons dans le camion puis après une rapide visite du Visitor's Center où ne se trouvent que quelques photos de la faune et de la flore, puis un passage à la boutique de souvenirs où Marie s'attarde plus longuement, nous reprenons les camions et entrons dans le parc. La piste est mauvaise, pas entretenue ! Nous roulons très lentement, écarquillant grands les yeux dans l'espoir d'apercevoir les chevaux, les cerfs, les biches ou tout autre animal qui peuple le parc. Mais seule une intrépide marmotte daigne se montrer à l'orée de son terrier. Nous suivons une piste de moins en moins tracée et de plus en plus difficile, franchissons un col pour redescendre dans un autre vallon où nous faisons demi-tour, passablement déçus. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Sur le chemin du retour, un groupe de touristes taïwanais qui scrutent tous la montagne dans la même direction nous incite à nous arrêter aussi et à braquer téléobjectifs et jumelles dans la même direction qu'eux. Ils nous aident (ce ne sont pas des Chinois continentaux !) à repérer un troupeau de chevaux loin dans les hauteurs, sous les arbres, puis un autre groupe, encore plus loin dans une prairie au sommet d'un col. En repartant, Marie aperçoit près de la route un solitaire qui se laisse photographier avant de disparaître. Contents maintenant, nous nous engageons sur la piste où nos hôtesses nous avaient indiqué que nous aurions des chances d'en voir en soirée. Mais malgré notre attente et notre bonne volonté, nous n'apercevons rien. Jean-Pierre est partisan de retourner à l'entrée du parc, nous le décidons à retourner là où nous avions aperçu les deux troupeaux. Nous ne sommes pas les seuls à nous diriger dans cette direction. Et effectivement, un des troupeaux est descendu boire dans le ruisseau. Nous les voyons de près avec deux poulains dont un de l'année. Ce sont des animaux rustiques, de petite taille, guère différents de ceux que l'on voit dans la steppe, des bais à la robe crème, crinière et queue noire.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Tous les touristes, plus nombreux que les chevaux, surgissent de tous les minibus de location... Nous ressortons du parc et nous nous installons dans une prairie pour la nuit. Jean-Pierre nous invite à partager des pâtes au pistou.
 
Lundi 14 juillet : Nous démarrons à l'heure habituelle, sept heures et demie. Nous rejoignons la grande route d'Oulaan Baatar, presque sans trous, en croisant beaucoup de véhicules qui semblent revenir du Naadam. Jean-Pierre a des problèmes avec une attache de son lit, il doit le descendre et donc rouler plus lentement. Nous entrons dans la capitale, étrangement sans encombrements, nous allons comprendre pourquoi... Nous cherchons la route de l'aéroport que nous finissons par trouver, peu après le lieu où nous avions renoncé lors de notre départ d'Oulaan Baatar. De l'aéroport nous nous rendons aux services de l'Immigration pour demander une prolongation de visa. Le portail est ouvert, aucune voiture sur le parking ! Un gardien s'approche et nous annonce que ce lundi est férié de même que le lendemain, nous devrons attendre mercredi matin pour faire les démarches... Nous décidons, avant de retourner à la guest house Oasis, d'aller visiter le Palais d'Hiver. Nous le trouvons presque par hasard, ravis de ne pas nous être trompés dans cette ville où il n'y a aucune indication de direction. Construit entre la fin du XIX° siècle et le début du XX°, il est un superbe exemple de palais chinois. 
Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)

Trois portiques, derrière un mur de dragons, ouvrent sur une succession de cours avec des pavillons disposés symétriquement, tous dans un pur style chinois, toits de tuiles vernissées en dos d'anguille, décors finement peints des linteaux et présentation dans les salles de beaux thangka, d'appliqués, de sculptures de Zanabazar.

Mongolie 2014 (3.- Nord et Centre)
Certains pavillons ont été restaurés et affichent des couleurs trop vives, nous leur  préférons ceux à la patine plus émouvante. Le long de ces pavillons se dresse un bâtiment de style russe, le palais proprement dit. Il est meublé, jolies chaises chinoises, et montre les objets, robes, tenues, dont un incroyable manteau de peaux de zibeline et de renards de plusieurs mètres de large, ayant appartenu au dernier souverain de Mongolie. Nous nous rendons à la guest house, sans traîner en ville vu le peu de circulation. Les Français que nous y avions rencontrés sont tous partis, remplacés par des Allemands ou des Anglais. Nous banalisons l'après-midi consacrée à remettre en état ce qui doit l'être, tenter un décrassage devenu indispensable de la cellule et de ma personne, donner du linge à laver puis consulter notre messagerie, répondre, envoyer des cartes postales etc... Nous dînons, un peu tôt à notre goût à l'auberge puis allons nous coucher, fatigués de n'avoir presque pas roulé !
 
Mardi 15 juillet : Pas pressés aujourd'hui. Nous sommes prêts à neuf heures, prenons un taxi pour nous rendre au marché "noir" mais il s'avère qu'il est fermé, pas la moindre agitation autour. Nos espoirs de trouver un beau coffre ou tout autre "souvenir" s'envolent... Sans descendre du taxi, nous nous faisons conduire sur la place centrale dite Sukhbatar. Peu de monde encore aujourd'hui et, sans les touristes, il n'y aurait personne dans les rues. Contrairement à nos craintes, le Musée National est ouvert. Il retrace l'histoire de la nation mongole des temps préhistoriques à nos jours. Les sites de fouilles sont nombreux et nous retrouvons les tumulus rencontrés dans la steppe, les pierres à cerfs et d'étonnantes gravures pariétales. Certaines montrent des chars qui n'auraient pas déparé au Sahara, la similitude est frappante. Au premier étage, une salle est consacrée aux différentes ethnies de la Mongolie, des mannequins ont été habillés avec les costumes traditionnels des ethnies qui, parfois, n'ont que quelques centaines de représentants de nos jours. Des robes sont magnifiques, les bijoux d'argent aussi. Au second étage est retracée l'histoire du pays, histoire où un Gengis Khan idéalisé se taille la part du lion, puis la période moderne est évoquée mais elle ne nous intéresse que médiocrement, faute de temps pour lire tous les cartons en anglais. Une salle expose les objets de la vie de tous les jours. Il ne semble pas qu'il y ait eu une grande évolution depuis les XIII° et XIV° siècles... Nous allons retrouver Jean-Pierre et prenons un taxi, après un rapide marchandage. Nous nous mettons à chaque fois d'accord sur des tarifs qui provoqueraient des crises cardiaques chez leurs homologues parisiens, de quelques dizaines de centimes d'euros, à quelques euros pour les plus longues distances ! Nous nous faisons conduire au "Mongolian Barbeque" qui jouit d'une excellente réputation dans les guides et chez nos prédécesseurs. Il n'est fréquenté que par des groupes de touristes. Un tarif unique d'environ 12 euros pour un buffet et des grillades à volonté. le buffet est composé de diverses salades, dont du kimchi coréen, très correctement épicé et de plats de poulet ou de porc, des soupes etc... Nous avons droit ensuite d'apporter à deux cuisiniers placés autour d'une grande plaque chauffée par en-dessous, des tranches fines de viandes de porc, mouton, bœuf, poulet (pas même décongelées) et de légumes qui vont être grillés ensemble, retournés au moyen de longues baguettes métalliques puis arrosés de sauces au choix. Ce n'est pas vraiment mongol, le choix de la sauce donnera un goût asiatique ou européen. Rien de bien exceptionnel néanmoins. Nous nous faisons ensuite conduire au temple Choijin lama, en plein centre, mais nous ne pouvons l'admirer que derrière ses murs car il est fermé, bien que la pancarte à l'entrée indique qu'il est ouvert tous les jours de l'année ! Nous sommes désemparés, la journée est quasiment perdue et nous devons attendre demain pour nous rendre à l'immigration où nous allons encore devoir attendre. Nous rentrons donc à l'auberge nous reposer avant d'aller refaire des courses au supermarché. Nous dînons ce soir encore à l'auberge puis nous regagnons notre camion. Nous appelons Julie avec Skype. Elle est à Toulon, en vacances.
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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 14:39

Lundi 16 juin : J'ai voulu ôter les protections des disques de frein, ceux déjà changés à Dar es Salam. Hier un incessant bruit de tôles m'avait alerté et j'avais réussi à extraire celui de l'arrière droit, complètement découpé et j'avais constaté que celui de gauche allait faire de même. Tandis que Marie se prépare, je me glisse sous la voiture pour ce faire. Un violent orage crève à ce moment et je ressors trempé et couvert de boue ! Nous devons attendre dix heures pour visiter la Grotte de Glace. Nous avons essayé de nous couvrir chaudement, d'abord parce qu'il ne fait que 14° C à l'extérieur mais aussi parce que la température avoisine les 0°C à l'intérieur. Après avoir franchi trois portes de sas, nous pénétrons dans cette grotte, sous une colline. Nous découvrons aussitôt quelques concrétions gelées, deux ou trois stalactites (ou mites), quelques cristaux sur la paroi dus à la condensation de l'air venu de l'extérieur. Pour renforcer l'effet, les responsables du site ont prévu des éclairages colorés, des lampes rouges, bleues, vertes, illuminent les parois qui ne sont pas de glace comme annoncé mais de vulgaires blocs de roches sans le moindre intérêt.

 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous progressons ainsi plus d'une heure sous la conduite d'un guide qui ne s'adresse aux visiteurs qu'en russe bien entendu. Le lac attendu, une simple mare, a des eaux d'une très grande pureté dans lesquelles se reflète la voûte. Pour terminer nous avons droit à un air du Prince Igor tandis que des lumières multicolores dansent sur une paroi... Nous ressortons furieux d'avoir perdu du temps pour cet attrape-nigauds. Nous repartons sur la route d'Ekaterinbourg, les orages se succèdent et lavent les voitures du plus gros de la boue qui les recouvre depuis hier. Nous traversons les monts Oural, de simples collines boisées peu élevées. Nous faisons un détour pour aller nous prendre en photo devant un monument marquant symboliquement le partage Europe-Asie.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous arrivons à Ekaterinbourg, à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés à la police. Guidés par Marie, nous traversons le centre-ville. Nous jetons notre dévolu sur l'un des moins chers, le Bolchoï-Oural, un survivant de l'ère soviétique, immense et désert. Nous avons une chambre bien simple, Jean-Pierre une autre et partageons la même salle de bain. Nous pouvons garer les voitures dans un parking sécurisé, gardé par un immense chien furieux. Je vais avec Jean-Pierre à la recherche d'une laverie automatique mais sans rien trouver. Je retourne changer des dollars puis j'utilise le wifi de l'hôtel pour lire les derniers messages et mettre le blog en ligne. Nous allons dîner tous les trois dans un Steak House à proximité. Notre connaissance du russe contraint un garçon à se remémorer ses leçons d'anglais du lycée. Marie et Jean-Pierre se régalent de pelmeni, des raviolis à la viande couverts de fromage puis d'une sorte de hachis Parmentier, Jean-Pierre affamé finit les plats. Pour ma part, je me satisfais d'un excellent tournedos grillé, saignant, servi avec une sauce excellente et accompagné de frites, un repas français ! Retour à l'hôtel sous le crachin. Grande toilette et petite lessive... Je ne suis pas couché, épuisé, avant minuit.
 
Mardi 17 juin : J'aurais bien dormi encore une heure ou deux de plus mais... Je suis courbatu et pas suffisamment reposé mais il faut partir visiter Ekaterinbourg et ses merveilles cachées qu'a devinées Marie... Avant, nous allons prendre le petit déjeuner dans une salle digne d'un relais de bas étage sur l'autoroute, modèle russe bien entendu. Très copieux le petit déjeuner, sous forme de buffet : pain, cake, charcuterie, soupe, fromage, macaroni, poisson frit, salades diverses et autres préparations inconnues. Le thé n'en est pas, la confiture infâme, le poisson plein d'arêtes, la charcuterie a goût de carton, rien de gastronomique donc. Il ne pleut plus, le ciel est bleu, à peine voilé et il fait un froid sibérien. Nous partons à la recherche de la ville historique par des avenues aux constructions modernes. Nous traversons un parc puis aboutissons à la place centrale sillonnée par des trolleybus antiques, sans doute mis en service à l'ère brejnévienne voire plus avant !
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Marie nous fait faire un long tour d'un pâté de maisons sans trouver l'ombre d'une maison ancienne. Nous enchaînons par le quartier dit des écrivains, passons devant la demeure de l'un d'eux du XIX° siècle, totalement inconnu de nos services... Le quartier est plus calme mais sans guère d'attrait. Nous apercevons les bulbes de l'église "Par le Sang Versé" récemment construite sur les lieux de l'assassinat de la famille impériale en 1918. Nous en approchons, elle est tout à fait quelconque et je refuse de la visiter, comme pour le Sacré Cœur de Paris : deux églises bâties en expiation de crimes imputés au peuple supposé égaré ! J'y abandonne Marie, Jean-Pierre et moi revenons à l'hôtel, passons acheter du pain et de l'eau et reprenons les voitures. Nous récupérons Marie et cherchons la sortie de la ville. En nous dirigeant au sud nous finissons par trouver une avenue puis des échangeurs qui nous amènent à la route de Tyoumen. Il est déjà tard, nous déjeunons rapidement dans le camion puis avançons toujours vers l'Est. Les ralentissements ne sont pas rares, généralement à cause de travaux. Je commence à désespérer d'arriver un jour en Mongolie et frémis à l'idée de devoir retraverser la Russie ! Occasion pour certains conducteurs de montrer leur manque de civisme, ils roulent sur le bas-côté pour passer devant les autres, passent quand le feu régulant la circulation alternée est rouge, etc... Etonnant comme ils sont respectueux des feux et des passages cloutés en ville ! Paysage de champs et d'arbres alignés en files coupe-vent. Nous décidons d'arrêter peu avant Tyoumen, en lisière d'un champ, derrière un rideau d'arbres. Nous tendons un fil pour mettre à sécher dans le vent les vêtements encore mouillés.
 
Mercredi 18 juin : Nuit sans surprise, mais au réveil nous ne sommes pas seuls. Pas question de mettre le nez dehors, moustiques, moucherons, taons, frelons, guêpes et autres bestioles bourdonnantes et urticantes nous attendent de dard ferme. Regagner l'habitacle une fois prêts se fait en moulinant des deux bras, en pestant fort et en crachant avec hargne. Nous sommes bientôt à Tyoumen. Nous cherchons un supermarché pour acheter un gâteau afin de fêter dignement l'anniversaire de Marie qui a eu la surprise de se voir offrir à cette occasion le tableau (du moins la photo...) de Lepri qui lui plaisait tant. Nous nous perdons dans la ville sans trouver de grande surface. Nous allions renoncer et reprendre la route de Tobolsk quand nous en trouvons une. Rapides emplettes dont un splendide gâteau au chocolat ! Nous repartons sur la bonne route, peu fréquentée de Tobolsk. Nous y sommes peu après le déjeuner et avoir traversé un, ici l'Irtych, de ces larges fleuves dont la Russie a la spécialité. Nous devons demander notre chemin, faute d'indications en ville, pour trouver le kremlin. Nous le découvrons, superbement éclairé par le soleil, dominant la vieille ville et le fleuve qui coule à ses pieds. Derrière la muraille chaulée, flanquée de tours rondes, s'échappent les bulbes dorés ou bleus de la cathédrale Sainte-Sophie et la haute tour du clocher.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Les abords sont calmes et agréables, nous pouvons nous garer le long de la muraille. Nous devons contourner la cathédrale pour en trouver l'entrée. Vaste, elle est entièrement, murs, piliers et voûte, couverte de fresques, récemment repeintes à la manière des restaurations russes, c'est-à-dire pour donner l'aspect du neuf. Dommage mais l'ensemble est tout de même impressionnant. Un jeune pope officie, tout le monde se signe, se frappe du signe de croix à la mode orthodoxe, brûle des cierges.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous marchons jusqu'au rebord de la falaise pour contempler la ville basse. Hélas les maisons anciennes ont presque toutes disparues, remplacées par des immeubles laids pour la nouvelle bourgeoisie. Nous apercevons les deux églises de l'Archange Mikhaïl et surtout de Saint Zacharie et Elizabeth. Nous achevons le tour à pied du kremlin et reprenons les voitures pour aller voir de plus près ces deux églises et ce qui reste du Tobolsk d'autrefois. Saint Zacharie et Elizabeth a belle allure, une grande construction de briques aux fenêtres décorées, chaulée de frais, et ses toits, bulbes, gouttières, dessus de fenêtres d'un beau noir, forment un contraste remarquable.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Mais pas question de visiter, elle est en restauration, comme l'autre église du kremlin. Nous circulons dans les rues très calmes qui donnent l'impression d'un village, la verdure est partout mais les maisons sont presque toutes abandonnées, les fenêtres des maisons en rondins sont condamnées, celles en pierre ou en brique tombent en ruine, envahies par la végétation. L'église de l'Archange Mikhaïl aux toits verts, avec un bel escalier extérieur n'a pas grand-chose à montrer au visiteur mais son extérieur est intéressant. Nous nous rendons sur les bords du fleuve assister au débarquement dans le sable des voitures qui traversent sur un bac. De là, la vue sur le kremlin et les tours de Saint Zacharie et Elizabeth, est superbe.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Nous retournons nous installer au parking le long des murs du kremlin pour fêter les 68 ans de Marie. Le champagne est au frais et grâce au foie gras de Vettou, ce sera presque comme à la maison ! Nous sommes en pleine euphorie quand surgit un individu psychiquement perturbé. Il nous apostrophe, cogne aux fenêtres puis tape du poing sur la carrosserie. Nous sortons, Jean-Pierre et moi, tentons de l'éloigner mais le malheureux ne comprend rien et nous non plus à ses discours. Ne parvenant pas à l'éloigner et celui-ci continuant de vouloir ouvrir les portes du camion, je parle d'aller chercher la police. Je guette un véhicule  de patrouille au bord de l'avenue, bientôt rejoint par l'énergumène que chasse devant lui Jean-Pierre mais notre ami ne semble pas décidé à nous lâcher, se montre vaguement menaçant. Nous avons l'idée d'aller demander à l'auberge qui nous fait face de téléphoner à la police. Il nous y suit, tente à plusieurs reprises d'y pénétrer. Arrive la milice appelée par la réceptionniste. Une jeune fille qui parle trois mots d'anglais nous accompagne au commissariat avec le "perturbé" dans une jeep de la police. Nous ne voulons pas porter plainte, nous sommes ramenés à l'auberge, notre individu lui part pour une destination indéterminée... Jean-Pierre parle d'aller s'installer ailleurs, certain d'avoir d'autres problèmes dans la nuit. Nous finissons le repas, confit et patates sautées puis gâteau au chocolat acceptable. Jean-Pierre n'a plus très faim... Nous terminons la soirée par une courte promenade sous les murs du kremlin alors qu'à onze heures du soir il ne fait pas encore nuit.
 
Jeudi 19 juin : Grand beau ciel bleu au lever. Je laisse Marie finir de se préparer et retourne faire des photos en contournant le kremlin.
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Jean-Pierre qui a des problèmes avec sa barre de stabilisation arrière, un silentbloc a disparu, n'a pas très envie de prendre la route directe d'Omsk dont nous ne connaissons pas l'état. Nous reprenons donc la route de Tyoumen où nous parvenons avant midi. Nous contournons la ville et continuons sur la route d'Omsk, encore plus de 600 kms ! Toujours des files de camions qu'il faut doubler sur une route très mauvaise, un de ces revêtements "Orangina" comme les appelle, sous d'autres cieux et à propos de pistes, ce cher monsieur Gandini. Les ponts sont très souvent en réfection ou incapables de supporter la charge de deux files de poids lourds, on les emprunte alternativement dans un sens puis dans l'autre. Le paysage est un mélange de Picardie pour les champs et de Vosges pour les forêts. La constante est la présence de moucherons et de moustiques qui interdisent de trop mettre le nez à l'extérieur. Ils sont si nombreux qu'il faut constamment nettoyer le pare-brise. Le ciel se voile mais la température reste douce. En approchant d'Omsk, nous devons une fois de plus avancer les montres d'une heure. Nous avons maintenant cinq heures de différence avec la France. Nous traversons une zone inondée et arrêtons peu après pour bivouaquer dans un champ en retrait de la route.
 
Vendredi 20 juin : Nous avions réussi à éliminer tous les importuns moustiques hier soir. Et au petit matin, entrés, nous ne saurons jamais par où, ils sont de retour. Nouveau massacre ! Le ciel est gris, il tombe quelques gouttes mais cela va aller en s'améliorant toute la journée. Nous voici repartis pour une nouvelle journée de route, à avaler des kilomètres, d'abord sur une très mauvaise route, jusqu'à Omsk. L'entrée de la ville est sinistre, rues défoncées, bâtiments industriels peu engageants mais nous ne faisons que contourner la ville. Le revêtement est bien meilleur ensuite et la densité du trafic n'interdit pas une bonne moyenne. Paysage de plus en plus picard et de moins en moins vosgien. En fin d'après-midi, nous traversons des étendues marécageuses dorées par une douce lumière, plantées de touffes de bouleaux. Nous avons l'idée de passer la nuit dans une bourgade où passe le transsibérien. Nous nous rendons à la gare pour nous informer mais, incapables de formuler notre souhait et regardés comme des débiles légers, nous allons bivouaquer dans les bois à la sortie de la petite ville, pour le plus grand plaisir de moustiques de compétition, les plus dodus rencontrés de mémoire d'Africain ! Jean-Pierre vient prendre le pastis dans notre camion, il reste dîner.
 
Samedi 21 juin : Nous nous réveillons de nouveau lutinés par de coquines anophèles, sans doute produites par génération spontanée... Il fait beau et vite chaud. Difficile de croire que nous avions froid à Ekaterinbourg ! Nous nous sauvons dès que possible après une nouvelle hécatombe. Nous continuons en direction de Novossibirsk dont nous ne verrons rien, la contournant avant de retrouver la classique route à deux voies, pas trop encombrée mais toujours coupée par des travaux. Nous nous arrêtons pour refaire un plein de gasoil et découvrons qu'il existe un poste de lavage des véhicules. Nous y faisons décrasser nos camions qui abandonnent leur croûte de terre. Nous en profitons aussi pour remplir partiellement nos réservoirs d'eau. Trouver de l'eau est un problème en Russie. Les stations-services ne sont pourvues ni de poste pour air comprimé ni pour l'eau. Toutes n'ont pas de toilettes et quand il y en a... La caissière est invisible derrière une étroite lucarne juste à la taille d'un billet. Nous déjeunons avant Tomsk où nous arrivons en début d'après-midi. Nous traversons le fameux Ob, ses plages sont occupées par les citadins qui, en ce temps de canicule, vont se rafraîchir dans l'eau. La première impression est très favorable, une belle avenue bordée de bâtiments en pierre du XIX° siècle restaurés, derrière des parterres de verdure. Nous voulons essayer de trouver un parking d'hôtel qui nous accepterait. Nous faisons le tour des trois principaux établissements, tous refusent ! Pour passer de l'un à l'autre nous avons traversé les quartiers du centre-ville, apercevant au passage de belles maisons en bois ou en pierre que nous nous promettons de voir de plus près. Nous nous garons dans le centre et partons à pied, le nez en l'air. Aussitôt nous sommes séduits par ces maisons en bois, rondins ou planches, à un étage dont les fenêtres ont des encadrements très ouvragés, des frises et les piliers sont également sculptés.
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Les plus cossues sont pourvues de balcons supportés par des piliers. Hélas les fenêtres sont très souvent en PVC et les interstices entre les rondins, comblés avec des mousses isolantes. Toutes les maisons ne sont pas restaurées et beaucoup tombent en ruine mais le quartier est encore préservé de constructions modernes.

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Nous continuons notre promenade par la place Lénine, un reste de l'ère soviétique avec un Hôtel de Ville aussi hideux que ceux des autres villes (ou de Toulon !). Derrière le bâtiment nous allons prendre un pot au restaurant le plus chic de la ville, les prix nous dissuadent d'y dîner ce soir. Faute de Coca ou de tonic nous prenons une bière pression vite avalée et laissant la soif identique cinq minutes plus tard... Nous revenons aux camions par la Perspective (comme on dit ici...) Lénine, plus étroite dans cette portion mais toujours bordée par des édifices du XIX° siècle, devenus des magasins aux vitrines peu alléchantes. La chaleur, comme pour les jolies fleurs, a fait sortir toutes les jeunes filles, court vêtues et chaussées de talons hauts qui mettent en valeur le galbe de leurs jambes. Nous montons au sommet d'une petite colline, continuons par un escalier pour accéder à la terrasse du musée historique. La vue embrasse la place Lénine et ses abords mais il faut grimper au sommet d'une tour pour une vue sur toute la ville. Vue que j'aurais préféré ne pas avoir car mon illusion d'une ville sortie d'un roman de Gogol ou d'une histoire de Tchekhov ne résiste pas à la vision des toits colorés des immeubles modernes, les anciennes maisons étant noyées dans la masse et indiscernables. Nous décidons de chercher un restaurant pour ce soir. Le premier est un self-service amélioré mais ne correspond pas à l'idée que nous nous faisions d'une soirée au restaurant. Un second, le Obzhorni Ryad, conviendrait mieux mais il est encore tôt. Nous repartons voir d'autres maisons à quelques pâtés de là. Trois d'entre elles, la germano-russe, la maison des paons et celle des dragons sont, surtout les deux premières, fort bien restaurées et entretenues, particulièrement tarabiscotées dans la décoration à base de frises, de pignons, de cadres de fenêtres, de loggias, de bois découpé et peint.

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Nous revenons dîner russe : harengs pour moi, roulés au crabe (surimi !) et caviar (œufs de lompe !) suivis de bœuf Stroganov pour Marie, d'un hachis d'ours (!) ou de chevreuil ( deer ?) pour Jean-Pierre et moi. Le tout arrosé de vrais demis de bières pression; L'addition est tout de même bien élevée pour si peu. Nous hésitons sur le lieu où nous garer pour la nuit, le parking derrière l'hôtel de ville qui avait ma préférence n'a pas l'heur de convenir, aussi revenons-nous nous garer dans le centre.
 
Dimanche 22 juin : Quelques bruits dans la nuit mais nous avons tout de même dormi. Jean-Pierre se décide à utiliser son logiciel de cartographie et la sortie de la ville est rapide. Nous prenons la route de Mariinsk où nous devons rejoindre la route venant de Novossibirsk, prenant ainsi un raccourci qui, si la route est bonne, nous économisera du temps et des kilomètres. Le revêtement est un joli patchwork au début puis va bien s'améliorer. Nous sommes contents même si le ciel a tendance à se voiler. Des fleurs ont envahi la steppe, les cultures sont plus rares, la taïga nous environne. Nouvelle dégradation de la route qui devient piste défoncée, très poussiéreuse, Jean-Pierre devant soulève un nuage de terre sur plusieurs centaines de mètres. Nous retrouvons un goudron médiocre avant Mariinsk. Un gros bourg sinistre qui baigne dans une odeur de merde et de produits chimiques crachés par l'usine qui rouille au milieu des habitations. D'énormes tuyaux aux allures de monstre du Loch Ness courent le long des rues en formant des portiques à chaque entrée ou croisement de rue. La circulation presque nulle jusque-là redevient plus importante, principalement de camions, mais ce n'est pas trop un problème. Rapide halte pour déjeuner puis nous convenons de nous arrêter si possible sur le parking d'un hôtel à Krasnoïarsk. Evidemment aucune indication dès que nous sommes en ville, je ne sais où me diriger mais Jean-Pierre active, à ma demande, son logiciel et nous trouvons ainsi le centre et l'hôtel Krasnoïarsk. Un jeune employé s'empresse de nous ouvrir la barrière et de nous trouver deux places sur le parking de l'hôtel. A la réception, l'accueil est d'abord plus frais, pas question d'être sur leur parking si nous ne résidons pas à l'hôtel ! Puis la charmante réceptionniste nous autorise à nous installer sur un autre parking gardé, devant l'hôtel. Soulagés d'être garés pour la nuit, nous allons à la découverte des lieux. Nous surplombons une place, devant le théâtre-opéra, où les parents peuvent faire faire à leurs gamins ou gamines des tours en mini voiture électrique ou sur des poneys (l'un d'eux est déguisé au moyen d'une combinaison en zèbre !). Une fontaine et quelques marches à descendre et nous voici sur une autre place où des guinguettes ont installé des tables, des chaises et même des canapés qui ont connu des temps meilleurs. Des haut-parleurs diffusent des airs de danse et quelques couples se déhanchent, parfois en cadence...
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Nous sommes plus intéressés par l'odeur des chachliks qui s'échappe des braises. Nous nous offrons des bières et des brochettes mixtes, porc et poulet, délicieuses avant de continuer de descendre pour rejoindre les bords du très large Ienisseï. Là aussi des guinguettes attendent le client. Beaucoup de Russes sont venus à la recherche d'air plus frais, en famille, les filles sont souvent très court vêtues, ni Jean-Pierre ni moi ne nous en plaignons. Nous remontons aux camions puis allons profiter du wifi dans le salon de l'hôtel et lire les messages reçus depuis Cracovie. En guise de dîner nous redescendons sur les bords de l'Ienisseï nous offrir une seconde tournée de chachliks et de bière mais nous étions plus satisfaits au premier établissement. Retour au camion et longue soirée sur l'ordinateur à répondre aux parents et amis.
 
Lundi 23 juin : Les noctambules ont discuté tard puis, dans la nuit, des jeunes se sont livrés à un "rodéo" avec des motos et un quad, faisant rugir les moteurs. A six heures, je n'ai pas très envie de me lever... Nous trouvons un message de Julie qui a déjà réservé son vol pour les Seychelles. Marie veut voir la gare avant de partir. Je dois me débrouiller  pour y arriver. Tâche accomplie sans trop de mal, pour apercevoir un gros bâtiment à coupoles verdâtres, très XIX° siècle, rénové XXI°. Toujours selon les désirs de Marie, nous revenons par l'avenue Mir, la principale de la ville, bordée de bâtiments pompeux avec colonnes doriques engagées, que l'on peut voir dans toute ville de Russie ou de l'Europe de l'Est... Nous empruntons le pont sur l'Ienisseï et continuons par de larges avenues, à la recherche de la sortie de la ville, vers Irkoutsk. Je navigue à l'estime, nous perdons beaucoup de temps dans ces villes dont les chaussées sont en piteux état et sans la moindre indication de direction. Nous y voici enfin... Les cultures ont disparu, des parcours vallonnés distraient de la monotonie de la steppe. Peu de circulation. La route continue dans un paysage de taïga verte, où la forêt est de plus en plus présente bien que les arbres semblent souvent malades, branches mortes, troncs à nu, arbres étêtés. Nous suivons la voie ferrée, croisant ou dépassant des convois mais jamais le Transsibérien, au grand désespoir de Marie, ma petite Jehanne de France... Ce n’est pas encore demain qu'elle aura la version illustrée par Sonia Delaunay... Nous avons encore avancé les montres d'une heure, ce devrait être le maximum, 7 heures de différence avec la France. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une prairie couverte de petites fleurs orange, jaunes et blanches. Jean-Pierre s'invite à l'apéritif. Un gros orage éclate, il inquiète Marie et ne m'empêche pas de m'endormir.
 
Mardi 24 juin : La pluie d'hier soir a bien détrempé la terre et les quelques centaines de mètres parcourus pour rejoindre la route suffisent pour recouvrir le camion d'une nouvelle couche de boue qui le protégera des coups de soleil et des piqures de moustiques, le veinard ! Nous continuons sur une route alternativement bonne ou en travaux. Nous traversons quelques petites villes industrielles, rouille, grisaille et sinistrose. Nous approchons de la mythique Irkoutsk, comme Michel Strogoff, nous avons hâte d'y parvenir. Ma pratique du volant se "russifie" : non-respect des lignes continues, dépassements audacieux, vitesse excessive. A revoir ! Grâce au logiciel de Jean-Pierre nous trouvons facilement le centre-ville. Nous nous garons et partons, Jean-Pierre et moi à la recherche d'un hôtel afin d'être enregistrés. Le premier, le Rus, nous paraît bien cher mais après avoir tenté notre chance à l'Angara, encore plus cher, nous y revenons. 4200 roubles soit 92 euros pour une chambre quelconque avec des lits jumeaux ! Nous allons rechercher les camions, pas de parking, ils devront dormir dans la rue. Après une toilette complète et une lessive mise à tremper dans la baignoire, nous allons faire le tour de la grande place centrale. A priori, je ne suis pas très séduit par la ville, mélange de maisons anciennes et d'immeubles soviétiques, à préciser demain. Je suis fatigué, coup de barre, près de 10000 kilomètres au compteur, un quart du tour de la terre, il est temps de marquer une pause. La pluie revient, nous rentrons boire une bière à l'hôtel faute de trouver une terrasse de café dans le centre. Nous relisons le texte du blog, vérifions le courrier puis allons dîner ensemble au restaurant de l'hôtel. Les prix sont honnêtes et nous goûtons au fameux omoul, le poisson du lac Baïkal, excellent servi légèrement fumé, moins intéressant frit. Retour à la chambre pour finir la relecture du blog, le mettre en ligne et écrire à Julie.
 
Mercredi 25 juin : Nous étions bien endormis quand notre téléphone sonne. Croyant qu'il s'agit de Nicole, je me précipite, c'est une publicité pour Alfa Roméo... Difficile de se rendormir ensuite. Nous ne nous réveillons cette fois qu'à huit heures et allons prendre le petit déjeuner, copieux et de bien meilleure qualité qu'à Ekaterinbourg. Nous retrouvons Jean-Pierre qui est allé faire une promenade et après avoir réglé la douloureuse, nous allons nous promener. Nous suivons un itinéraire qui nous permet de passer devant d'anciennes maisons en briques de riches marchands à la curieuse décoration baroque et colorée.
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En passant, nous découvrons d'autres maisons de briques ou de bois, mais presque toujours isolées au milieu de tristes bâtiments en béton fonctionnel. Nous nous dirigeons ensuite vers l'église du Saint-Sauveur, derrière le monument à la flamme éternelle en souvenir des soldats tombés pendant la guerre de 1941-1945. Ses murs de brique chaulés sont joliment décorés dans le style baroque russe et des fresques sombres ont été restaurées sur le mur extérieur de l'abside.

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L'intérieur est sans âme mais nous pouvons, sans Marie déjà bien fatiguée, grimper tout au sommet du clocher d'où la vue embrasse le fleuve, le centre-ville et la toute proche cathédrale de l'Epiphanie.

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Nous nous y rendons, elle aussi a eu droit à un toilettage complet et brille de ses couleurs saumon, blanc et vert, toutes fraîches. L'intérieur, lui aussi repeint à neuf, avec ses fresques habituelles sur tous les murs, plafonds, coupoles, piliers, est néanmoins impressionnant.

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Nous revenons sur la grande place Kirov déjeuner, assis sur un banc d'excellents chawarma, confectionnés par un Arménien qui aimerait discuter mais la conversation est brève ! Nous revenons vers les camions mais, avant de les récupérer, nous allons visiter le musée des Beaux-Arts. Nous sommes presque les uniques visiteurs. Seule la salle des icônes, dont deux ou trois me plairaient bien, et celle où sont présentés une vingtaine de thangka provenant de Mongolie ou de Bouriatie, que je verrais bien aussi sur un de nos murs, retiennent notre attention, les autres salles n'exposent que des peintures "pompiers" ou de vilaine facture, le seul Levitan est une petite marine peu représentative. Nous partons pour la gare, nous garons devant et allons y faire une rapide incursion. C'est un long bâtiment élégant du tout début du XX° siècle, lui aussi bien restauré et coloré, toujours dans ces tons pastel qu'affectionnent les Russes.

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Nous reprenons les camions et allons dans le quartier des maisons des Décembristes. Nous y trouvons d'autres coquettes maisons de bois, bien entretenues. Nous visitons celle du prince Volkonsky, un noble exilé au fond de la Sibérie, rejoint, comme d'autres, par sa femme, qui menèrent à Irkoutsk une vie point trop pénible à en croire la grande demeure qu'ils occupaient. Peu de choses à voir, des photos, des copies de documents et quelques objets. Marie, très motivée par sa lecture de Danièle Sallenave, examine tout de près, je trouve cela d'un maigre intérêt... Nous nous rendons ensuite au monastère Zamensky, facilement repérable à son église monumentale, plutôt laide, débordante de tourelles et de bulbes, là aussi repeints de frais. 

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L'intérieur, couvert de fresques récentes, est néanmoins surprenant par son iconostase aux allures de baroque européen. Un pope officie avec un accompagnement chanté de trois voies prenantes. Cette fois nous en avons fini avec Irkoutsk, Jean-Pierre trouve sans peine la sortie de la ville en direction du lac Baïkal, nous nous arrêtons dans une prairie, à l'écart de la route pour la nuit. Nous allons boire le pastis puis dîner de pâtes au pistou dans son camion avant de nous coucher.
 
Jeudi 26 juin : Mal dormi et donc réveillé avec une heure de retard. Nous repartons en traversant une région très cultivée. A Ust-Ordynski, un gros bourg à l'écart de la route, nous trouvons un supermarché dont l'ouverture doit être récente au vu du manque d'expérience des employées. Tous ici ont le type asiatique. Ce sont des Bouriates, pas très souriants... A une fontaine dans la rue, nous refaisons les pleins d'eau, en faisant la queue avec les habitants qui viennent remplir de gros jerrycans, faute d'avoir l'eau courante chez eux ! Un plein de gasoil et nous poursuivons. Dans des enclos, parfois pourvus d'une table et de deux bancs, sous un petit toit sur le bord de la route, sont plantés des totems chamaniques sur lesquels sont accrochés ou enroulés des morceaux de tissus votifs. L'usage veut que le voyageur de passage dépose un petit don, une piécette, quelques kopecks, une cigarette, un bout de chocolat. Nous ne dérogeons pas à la règle, pour éviter les crevaisons... La moitié des véhicules que nous voyons depuis quelques jours, ont la conduite à droite. Ce sont des voitures japonaises d'occasion importées par Vladivostok. La forêt réapparait, j'aimerais voir une oursonne et ses petits traverser la route mais elles ne sont pas folles. Enfin nous apercevons le lac Baïkal, d'un beau bleu pur, enfin, un lac comme tout lac qui se respecte... Nous devons attendre quelques minutes l'arrivée d'un bac qui, avec d'autres touristes, tous russes, va nous faire passer sur l'île d'Olkhon. Nous débarquons sans avoir eu à payer la traversée. C'est désormais une bonne piste qui traverse l'île, peu large, sur les 70 kilomètres de sa longueur. Nous déjeunons avec une vue sur le lac puis continuons jusqu'à Khuzhir, la capitale. Juste avant d'y entrer, nous roulons jusqu'au bord de l'eau pour nous tremper les pieds dans le lac. Pas très chaude, comme il fallait s'y attendre. A Khuzhir, nous cherchons à acheter de l'omoul fumé mais ceux que nous trouvons sont entiers et nous ne nous ressentons pas de les préparer pour parfumer nos doigts. Nous traversons ce gros village qui vit aujourd'hui du tourisme. Des auberges, des pensions avec des bungalows, des locations de quads et des offres d'excursions abondent dans les rues. Les vacanciers sont sur la plage, un long ruban blanc qui fait suite aux falaises. Ils se font bronzer, peu se baignent. Nous nous approchons du rebord de la falaise derrière le village et découvrons deux gros rochers dans l'eau, devant une crique de galets. Des arbres votifs et des totems garnis de tissus sont disposés sur le rebord.
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Après avoir réussi à trouver de l'omoul sous vide dans une supérette, nous repartons vers le nord. La piste se divise en plusieurs branches, circule sur les collines puis entre dans une forêt où elle zigzague entre les arbres. Dans cette portion, la piste très ravinée est particulièrement difficile et nous roulons au pas, désespérant d'arriver à la pointe de l'île à une heure décente. Mais les choses s'arrangent, la piste redevient roulante même si nous dansons sur les ondulations du terrain. Une erreur de piste nous amène dans une crique avec une plage de sable blanc. Nous continuons et parvenons enfin à l'extrémité nord mais il faut encore marcher et nous remettons la promenade à demain. Marie, est déçue de ne pas arriver avec la voiture au sommet des falaises. Nous nous installons à proximité, à côté de petits pavillons pourvus de tables et de bancs sous un toit.
 
Vendredi 27 juin : Nous sommes seuls au réveil à ce bout du monde. Encore un ! La brume recouvre le lac et nous dissimule sa rive occidentale. Nous retournons nous garer au départ du sentier qui mène à l'extrême pointe nord de l'île. Marie ne sait pas trop si elle va pouvoir y aller. Nous descendons le chemin qui passe entre les arbres. L'un d'eux est couvert de rubans votifs, transformé en arbre de Noël scintillant. Tout au bout nous sommes entourés par la mer sur trois côtés, une mer calme, à peine ridée par les envols d'oiseaux. Du haut des falaises, nous apercevons, aux jumelles, des points noirs, les têtes des phoques d'eau douce, des nierpa. Jean-Pierre en s'approchant du bord en découvre qui se dorent sur un rocher, d'autres sont dans l'eau, trop loin pour bien les voir.
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Nous revenons en suivant la crête des falaises, en passant d'un totem à un arbre votif. Nous reprenons les voitures et suivons une piste qui va bien au sud mais se termine dans un cul de sac, sur la côte orientale de l'île. Nous devons revenir sur nos pas. Nous repassons à la capitale, bref arrêt, le temps pour Marie d'acheter quelques "souvenirs" pour Julie ! Nous nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une lagune, séparée de la mer par un cordon de sable, des vaches broutent la prairie, un tableau de Meissonnier ! Nous sommes au bac en début d'après-midi mais nous devons attendre une heure la mise en service d'un second bac pour retrouver la terre ferme. Nous avançons en direction d'Irkoutsk à bonne allure quand le camion commence à manifester de la mauvaise humeur. Le moteur crachote puis cale, repart après un  temps d'arrêt. Les mêmes symptômes qu'en Afrique du  Sud ! Jean-Pierre m'emmène reprendre du gasoil à plus de 30 kilomètres. Le phénomène se répète. Je change le filtre à gasoil sans résultat. Jean-Pierre me prend alors en remorque. Merci Jean-Pierre, content qu'il soit là... il roule vite à mon goût mais nous parvenons à la grande route d'Irkoutsk. Au village du carrefour, pas de mécanicien ! Je décide d'essayer de continuer sans être remorqué et ça marche ! En restant à un régime moteur bas, je parviens à rouler à plus de 80 km/h. Je soupçonne les particules qui bouchaient partiellement la crépine du réservoir d'avoir été aspirées lors de la prise en remorque, moteur tournant. Mais il ne faut pas en demander trop, pas d'accélération, c'est du provisoire ! Nous arrêtons à l'orée d'un bois pour la nuit. Un pastis s'impose, Jean-Pierre vient partager les boulettes d'une viande non identifiée, congelées, achetées au dernier supermarché... Que nous réserve demain ? Un Bouriate éméché vient quémander un verre d'alcool, nous ne lui offrons que de l'eau, il s'enfuit...
 
Samedi 28 juin : Réveillés sous un ciel triste, nous prenons la route. A mon grand étonnement, la voiture tourne rond, le repos de la nuit lui a été profitable. Les prairies font le bonheur de troupeaux de beaux chevaux bien gras au poil brillant, les attendrissants poulains de l'année, craintifs et étonnés ne quittent pas leurs mères. Les vaches, quand elles ne sont pas gardées par un bouvier à cheval, divaguent sur la route, de préférence sur la ligne continue sans étonner personne. Mais au bout d'une quinzaine de kilomètres le moteur recommence à hoqueter. Nous avançons quand même, par à-coups, à la recherche d'un avto mohika, expression que je pense indiquer en russe un mécanicien auto avant de comprendre qu'il s'agit d'un lavage voiture... A une trentaine de kilomètres d'Irkoutsk, j'identifie un atelier de réparation et vais y tenter d'expliquer mon problème. L'employé n'y comprend goutte, il faut attendre le chef. Ali survient, il comprend tout de suite et dirige les opérations. Le filtre à gasoil changé hier est redémonté, nettoyé, de l'air comprimé est envoyé dans les durites et nous en faisons sortir des caillots noirs ! Il faut ensuite démonter le réservoir, le rincer, souffler, nettoyer avant de tout remonter et refaire les pleins. Tout cela a pris du temps qu'Ali, un Iranien envoyé au fond de la Sibérie pour avoir trucidé à l'arme blanche deux individus en Lettonie, il y a près de 30 ans, occupe en nous racontant plein d'histoires avec force gestes : ses parties de chasse, ses opinions sur les différentes marques de voitures etc... Brave Ali et son compatriote Akram, merci de nous avoir fait partager votre repas, (pain et fromage !) et permis de continuer, pour la modique somme de 3000 roubles. Nous repartons, parvenons à Irkoutsk traversée (merci Jean-Pierre) sans erreurs, mais la ville se vide pour le week end et les encombrements ralentissent le trafic. La route traverse une belle forêt avant de descendre sur les bords du lac Baïkal à Kultuk, on devine le lac derrière des installations industrielles. Après Slyoudianka, la route suit de près le tracé du Transsibérien et les bords du lac. Nous cherchons à nous arrêter pour la nuit mais la voie ferrée interdit tout accès à la plage. Au village de Tankhoy, nous pouvons accéder à la plage en passant sous la voie ferrée et nous nous installons à la limite des galets.
 
Dimanche 29 juin : Marie a entendu siffler les trains toute la nuit et encore rêvé du Transsibérien... Ciel brumeux aujourd'hui, lourd, le lac et le ciel sont de la même pâleur métallique qui ne permet pas de les distinguer. Nous continuons de progresser vers Oulan-Oude sur une route parfois correcte, parfois en travaux, parfois parsemée de trous et de bosses qui feraient croire à la présence de taupes sous le goudron ! Nous longeons toujours la voie ferrée mais nous nous éloignons du lac Baïkal avant de suivre le cours de la Selenga jusqu'à Oulan-Oude. Nous nous garons dans le centre, à proximité de la grande place où, au milieu de parterres de fleurs, une gigantesque tête de Lénine (œuvre possible de Deibler ?), fixe l'horizon, sans le montrer du doigt comme d'habitude !
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Pas grand-chose d'autre à voir, une fontaine musicale, un opéra-théâtre rococo-soviétique matiné de bouriato-mongol, bref laid... Nous trouvons un supermarché, le Fauchon local avec des produits d'importation à des prix élevés. Nous allons déjeuner dans un restaurant mongol, Modern Nomads, histoire d'avoir un avant-goût... Très bons plats de viande de mouton ou de bœuf, copieux ainsi que des buzz, équivalents des pelmeni russes, plus gros. Nous ressortons le ventre plein... Nous cherchons le Musée Ethnographique, à la sortie de la ville. Nous nous trompons et nous arrêtons dans un datsan, un temple bouddhiste lamaïste. A l'intérieur du bâtiment principal, entouré de stûpa, nous assistons aux prières de quelques femmes qui se prosternent, se couchent sur le ventre de tout leur long, les mains jointes au-dessus de la tête devant une statue du Bouddha, derrière une vitre. Nous trouvons le musée de plein air un peu plus loin. Sur une grande prairie ont été disposés, dans un ordre chronologique, divers ensembles pour évoquer les civilisations qui se sont succédé en Sibérie, depuis l'âge de pierre jusqu'au début du XX° siècle. Les pétroglyphes ne sont pas identifiables, la reconstitution d'un habitat du néolithique trop soignée et les huttes des nomades de la toundra protégées par de très laids parasols métalliques. Les distances sont grandes, il fait une moiteur pénible et la digestion n'est pas terminée... Les familles sont venues pique-niquer sur les tables prévues à cet effet ou dans l'herbe et les enfants peuvent faire des tours de cheval ou de poney; Le zoo est aussi triste que tous les zoos, malheureux tigres et loups avachis, immobiles et ours grotesques dans des espaces insuffisants, traités comme des animaux de cirque auxquels on lance des rondelles de carottes. Nous revenons par les belles maisons et l'église du XIX° siècle, déplacées ici. On ne peut qu'apercevoir l'intérieur de l'église à travers une grille ainsi que l'intérieur meublé d'une maison dont les fenêtres sont encadrées d'une belle dentelle de bois.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

La dernière, toute blanche, celle d'un médecin cossu, se visite. Elle nous console avec ses pièces richement aménagées. Nous nous apercevons en sortant que nous avons négligé toute une partie du musée mais nous manquons du courage pour y retourner. Nous reprenons les camions et sans coup férir, retraversons Oulan-Oude et continuons sur la route de la Mongolie. Nous la quittons pour le village d'Ivolginsk où se trouve un datsan réputé. Nous en apercevons les toits aux coins relevés de loin. A tous les arbustes des routes qui y conduisent, sont accrochés des carrés d'étoffe couverts d'écritures en sanscrit.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)
Une prairie, derrière, nous accueille pour la nuit. Nous sommes rejoints par un couple de sympathiques Australiens en moto, en provenance du Japon. Nous leur offrons le pastis dans notre camion en parlant de voyages bien entendu. Nous dînons léger puis nous regagnons la couchette, certains de faire de beaux rêves sous l'influence bénéfique du Dalaï Lama...
 
Lundi 30 juin : A cinq heures et demie, des jeunes, nous ne savons où, à une centaine de mètres, mettent la radio, chantent, crient puis disparaissent à six heures... Nous nous levons plus tard que d'habitude pour être à neuf heures au datsan. Encore peu d'animation. Nous pénétrons dans l'enceinte carrée et suivons les premiers fidèles qui, dans le sens des aiguilles d'une montre, font le tour des édifices, des maisons en bois traditionnelles russes, en faisant tourner les moulins à prière de toutes tailles, peints en rouge et couverts d'inscriptions en sanscrit (?) qui doivent traduire le Om mane padmi houm (Oh le joyau dans le lotus !). Nous parvenons à un temple où quelques lamas commencent à officier. Des dévots remplissent des requêtes sur des bouts de papier remis ensuite à un lama qui les transmet à celui qui va les lire ou plutôt psalmodier en chantonnant, à toute vitesse.
Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous allons voir d'autres temples, toujours des bâtiments carrés à plusieurs toits empilés aux coins relevés, très colorés, intérieurement aussi. Des représentations sont peintes sur les murs et aux plafonds, des bouts de tissus de toutes les couleurs forment des patchworks, des statues, représentations d'êtres fabuleux à plusieurs têtes et bras, mais pas de Bouddha, sont enfermées derrière des vitrines. 

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Quelques lamas en s'aidant de clochettes, de tambours semblent se livrer à un marathon de récitatifs. Le temple principal sur plusieurs terrasses superposées, très kitsch, est fermé mais il a beaucoup d'allure avec des peintures quasi neuves, aux couleurs vives.

Mongolie 2014 (2.- Sibérie)

Nous retrouvons les temples de la Chine et pas du tout ceux de Birmanie. Après avoir fait le tour complet du complexe, nous reprenons les camions et prenons la route de la Mongolie. La forêt disparaît de plus en plus et des paysages de steppe se font plus présents. Nous déjeunons sur le bord de la route à côté d'un arbre votif et je ne manque pas de déposer ma pièce de 10 kopecks pour m'éviter de nouveaux ennuis (je n'avais pas laissé d'offrande à Olkhon, avant d'avoir les problèmes d'alimentation en gasoil ! Les Esprits s'étaient vengés...). Nous continuons sur une route de plus en plus étroite, de moins en moins bonne et de moins en moins fréquentée. Nous arrivons à Kyakhta, la dernière ville de Russie. Les casernes, des deux côtés de la route, semblent sa raison d'être. Nous changeons quelques dollars pour pouvoir refaire les pleins complets de gasoil avant la Mongolie et avoir encore des roubles pour le retour. Dernière halte à un supermarché puis nous cherchons un lieu de bivouac pour la nuit, Jean-Pierre nous emmène loin de la ville, sur des hauteurs. Nous prenons le pastis dans son camion puis dînons avec lui des boulettes de viande russes et de pommes de terre sautées.

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 07:31
MONGOLIE
ETE 2014
 
Mercredi 4 juinA dix-sept heures, enfin, après les dernières emplettes (saucissons et charcuteries principalement...), nous quittons le parking du Carrefour de Grand Var et prenons la route pour la frontière italienne. Les kilomètres d'autoroute défilent, nous passons Nice avec quelques ralentissements puis nous sortons à la Turbie pour suivre une étroite route en lacets avec des vues sans soleil sur Monaco, ses yachts prétentieux et la mer qui se perd au sud. Nous trouvons la maison de Jean-Pierre qui nous accueille très gentiment, avec Mireille. Leur maison jouit d'une vue superbe sur la mer mais elle est architecturalement décevante, loin de ce que nous avions imaginé. Dernier pastis français puis un dîner avec des lasagnes qui réjouissent Marie et qui me valent une omelette en remplacement. Conversation sur le thème des voyages. Nous regagnons notre camion pour la première nuit de ce voyage. Coup de fil de Julie qui nous fait ses derniers adieux.  
 
Jeudi 5 juin : Nous sommes réveillés et aussitôt debout avec le jour. Nous avons repris nos habitudes dans le camion, je ne manque pas de râler après les placards et le réfrigérateur insuffisamment grands pour accueillir toutes nos provisions et qui ne manquent pas de les dégueuler à chaque ouverture. Nous sommes prêts à partir à huit heures en abandonnant Mireille, triste à l'idée de se séparer trois mois de Jean-Pierre. Nous rejoignons vite l'autoroute et entrons presque aussitôt en Italie. Bien connue série de viaducs er de tunnels puis après Gênes nous entrons dans les terres. Après Brescia les panneaux indicateurs me remémorent des sites de mes premiers voyages avec les parents en Italie : Desenzano, Sirmione etc... Nous déjeunons rapidement sur une aire de station-service. Je dois reprendre du gasoil, 1,75 euros le litre ! Je prends le minimum pour atteindre l'Autriche. Nous passons Venise, la circulation pénible quand il n'y avait que deux voies, celle de droite occupée par les camions, s'améliore et devient très fluide en attaquant la remontée dans une belle vallée qui s'enfonce dans les Alpes, encore mon décor rêvé pour "Le désert des Tartares". Quand nous atteignons les montagnes, l'autoroute les traverse presque continument sous des tunnels. La fatigue commence à se faire sentir. Nous voici en Autriche, une étape de 800 kms ! Jean-Pierre qui roulait derrière moi depuis ce matin, passe en tête à la recherche d'un emplacement de bivouac. A un carrefour il prend la direction de la Slovénie, confondant avec la Slovaquie ! Il a tout de même des doutes en découvrant des panneaux indiquant Ljubljana... En faisant demi-tour nous trouvons un vaste parking avec une buvette et des toilettes. Nous goûtons les bières locales en appréciant la chaleur du soleil puis nous regagnons nos camions que nous avons garés à proximité d'une table et de bancs. Nous étions seuls à l'arrivée, cela ne dure pas et bien que la place ne manque pas, une caravane vient se coller derrière nous ! Nous nous installons sur la table pour écrire puis dîner mais la fraîcheur arrive vite. Je ne traîne pas pour m'endormir...
 
Vendredi 6 juin : De plus en plus à l'est, le soleil nous réveille de plus en plus tôt et ce matin nous sommes prêts à sept heures ! Les premiers kilomètres se font en compagnie des locaux qui vont travailler à Klagenfurt. La circulation est plus fluide ensuite, toujours dans un paysage alpestre, prairies, forêts et chalets. A mon grand étonnement, le revêtement de la route n'est pas toujours parfait mais nous l'envierons sans doute dans quelque temps... Nous quittons les montagnes pour des plaines monotones. Avec l'intention de nous reposer quelques minutes, nous accédons à vitesse très réduite à une aire de repos. J'ai la surprise de voir un véhicule stationné commencer à reculer devant moi, traverser la route et continuer en marche arrière. Je l'évite par la gauche, Jean-Pierre par la droite puis je l'aperçois dans le rétroviseur continuer son petit bonhomme de chemin, et, emporté par son élan, grimper le rebord du talus avant de glisser vers la chaussée de l'autoroute et heureusement s'arrêter dans le fossé qui la borde. Personne au volant ! Sa conductrice ressort des toilettes, étonnée de ne plus retrouver sa voiture là où elle l'avait abandonnée sans avoir serré le frein à main. Nous lui laissons le soin de téléphoner aux secours... Nous passons Graz puis nous approchons de Vienne que nous contournons sans quitter les autoroutes et sans nous tromper de direction. Entre Vienne et Bratislava des éoliennes à perte de vue font mine de s'agiter mollement. Nous voici en Slovaquie, nous devons acheter, comme en Autriche, une vignette de circulation, le parebrise se remplit... Ce que nous apercevons de Bratislava laisse imaginer une capitale en pleine modernisation, les mini gratte-ciel surgissent de tous les côtés.  Le paysage n'est pas très différent, sans charme. Il commence à faire chaud, nous pique-niquons sur une aire de repos, sans ombre, nous avions mis du temps à nous réchauffer ce matin. L'autoroute s'arrête à Zilina, une simple route à deux voies, très encombrée lui succède, nous ne roulons plus à la même allure ! Nous passons des villes aux noms imprononçables avec trop de consonnes, (certaines inconnues !) et pas assez de voyelles, tels Tvrdosin ou Trstena... Nous prenons un raccourci en suivant le cours d'une rivière au milieu de la forêt. Dans les villages subsistent quelques vénérables maisons aux murs noirs constitués de troncs assemblés, plusieurs forment parfois des corps de ferme. Nous voici en Pologne. Nous nous arrêtons pour changer des euros en zloty. Je roule prudemment, ne connaissant pas trop les limites de vitesse, les radars sont de sortie ainsi que les caméras de surveillance. Nous retrouvons un bout d'autoroute avant Cracovie. Nous cherchons un camping, nous en trouvons un, pas celui que nous avions repéré mais après cette grosse journée de conduite, nous n'avons pas envie d'aller à la recherche d'un autre. D'ailleurs celui-ci est en pleine nature, au calme bien qu'occupé par un effrayant convoi de retraités hollandais en caravanes, chacun avec son antenne de télévision plantée devant son emplacement... Nous nous installons, décidés à faire la grasse matinée demain.
 
Samedi 7 juin : Le réveil est nettement moins matinal et, après une bonne douche, ce n'est qu'à neuf heures que nous quittons le camping. Après moult hésitations, nous avons décidé de laisser les voitures et de nous rendre en ville en bus. J'emmène Marie avec la voiture au passage clouté, me gardant bien d'essayer de couper le flot des véhicules dans les deux sens qui se ruent sur la route, après l'expérience presque traumatisante de la veille. Un minibus arrive presqu'aussitôt et, à toute allure, nous fait traverser les quartiers périphériques avant d'atteindre le centre-ville repéré à la présence de trolleybus. Nous contournons par de larges avenues aux immeubles autrefois cossus, mais certains ont aujourd'hui des crépis tristement gris ou en partie disparus. Après avoir traversé la Vistule, nous contournons le centre ancien et nous descendons au terminus, à proximité d'une galerie marchande moderne. Renseignement pris, la place centrale est à quelques centaines de mètres. Nous contournons une ancienne et imposante barbacane de briques avant de franchir la porte Florianska et suivre la rue du même nom, heureusement piétonne.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Bienvenue à touristland ! Les Polonais sont rares, on y parle toutes les langues et les boutiques sont toutes consacrées à satisfaire les envies, besoins des visiteurs... On propose même, entre le tour en mini taxi de la vieille ville et celui aux mines de sel, d'obscènes promotions sur les visites à Auschwitz ! La shoah commercialisée, banalisée... Les maisons anciennes, de style renaissance ou baroque ont souvent de belles façades colorées  dans des tons pastel, décorées de stucs ou de sgraffites qui imitent des damiers ou des formes en pointes de diamant, toutes choses déjà rencontrées dans toute l'Europe centrale. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous atteignons rapidement l'ancienne place du marché dont nous avions gardé grand souvenir. Après une alerte de grisaille, le soleil est revenu et met en valeur les façades des maisons qui la bordent sur les quatre côtés réguliers de son carré. A l'un des angles, les deux hautes tours dépareillées de Notre-Dame dominent la place. En son centre la halle ancienne, grand bâtiment à étage, n'abrite plus aucun commerce de bouche mais dans une longue galerie éclairée par des réverbères, des stands de souvenirs, lui faisant perdre tout son charme. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous  sommes déçus, ne retrouvant pas cette place telle que dans notre souvenir. Sont installés sous des tentes, des stands d'information pour nous ne savons trop quels produits. Et pour couronner le tout, un podium avec écrans géants, haut-parleurs et projecteurs, est posé en son beau milieu ! Nous entrons à Notre-Dame, bien que nous soyons mis en garde de visiter quand s'y tient un service divin, ce qui semble être le cas en permanence... Nous ne pouvons qu'admirer de très loin un retable sculpté et doré qui semble magnifique.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

L'impression dégagée par la hauteur des voûtes, les murs colorés est puissante mais frustrante faute de pouvoir détailler chapelles, fresques, dorures etc. Alors que nous nous apprêtons à en sortir, entre un cortège de porteurs de fanions, d'hommes chenus aux belles barbes blanches soigneusement entretenues, suivis de blondinettes et pâlottes enfants de Marie, de quelques officiers coiffés de la classique casquette carrée et d'une longue cohorte de messieurs costumés en tenue de nobliaux d'autrefois, bonnets de fourrure, bottes de cuir rouge, redingotes généralement rouge lie-de-vin, plus rarement vertes, large ceinture, sabre recourbé et toutes médailles au vent. Renseignement pris, il s'agit de l'intronisation annuelle d'un nouveau roi d'une confrérie de notables et d'artisans de la ville. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous faisons le tour de la place, découvrons le bâtiment du Collegium Maius. Un ensemble universitaire du XV° siècle, bâtiments de briques rouge sombre derrière de beaux pignons étagés. Sa cour est envahie de touristes qui troublent la sérénité de cet ancien lieu de sciences humaines. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

En face, l'église Sainte-Anne, dissimule derrière une façade quelconque un magnifique intérieur baroque, fresques au plafond, stucs, qui ne peuvent avoir été oubliés par Dominique Fernandez (à vérifier au retour !).

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous revenons assister à la cérémonie lorsque le cortège où se mêlent sabres et goupillons de haute volée, sort de Notre-Dame, fait le tour de la place et revient assister à l'atterrissage de parachutistes aux pieds des assistants. On tire quelques coups de bombardes miniatures, les plumes de paon des bonnets s'agitent, les dames ont sorti leurs plus belles robes, parfois très démodées et les bambins déguisés en petits Polonais d'autrefois geignent dans leurs trop belles tenues. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous allons déjeuner à la terrasse de l'un des cafés qui enserrent la place de leurs parasols. La bière pression, excellente, est glacée, les plats soi-disant de cuisine polonaise (bizarre la présence d'ananas dans les travers de porc !), peu copieux. Nous repartons en direction du Wavel, la colline où se dresse le château. Nous suivons une autre rue bordée de belles maisons. Au passage nous admirons la façade de l'église Saint-Pierre-et-Paul, précédée d'un bel alignement de statues des apôtres, même s'il ne s'agit que de copies.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

A côté, l'église romane de Saint-André, cache un splendide intérieur baroque, la chaire en forme de bateau à voile dégouline d'or et d'argent, des putti peints ou sculptés paressent dessus, dessous, partout... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous atteignons la colline du Wavel. Le château est une construction sans caractère que nous n'avons pas l'intention de visiter, nous nous contenterons de la cathédrale qui s'y dresse, accolée aux bâtiments royaux. L'intérieur foisonne de chapelles, toutes dédiées à de grandes familles. Nous croyons qu'il faut prendre un ticket pour la visite mais ce dernier donne principalement le droit d'accéder aux cryptes où se trouvent les sarcophages de rois, généraux ou personnages illustres dont peu nous sont connus. Mais nous pouvons escalader (Marie s'en dispense) un étroit et raide escalier de bois qui permet d'atteindre les cloches imposantes, enfermées dans un assemblage de poutres énormes, il doit y avoir une forêt entière dans ce clocher ! Du haut l'inévitable vue sur les toits de la vieille ville et les églises qui les surplombent. Nous achevons la visite par une belle chapelle aux murs couverts de fresques du XIV° siècles, peu intéressantes et dotée de deux beaux retables de la même époque, difficiles à détailler par une barrière mal placée. Nous revenons cahin-caha, Marie traîne la patte, nous tentons de voir encore quelques églises mais partout s'y déroulent des messes, très suivies. Nous revenons prendre un minibus et regagnons le camping. Je vais rechercher Marie à l'arrêt puis je vais m'installer au bar dans la verdure, boire une bière, encore une excellente, et commencer à reporter les photos sur l'ordinateur avant d'être chassé par les moustiques.
 
Dimanche 8 juin : Nouveau départ de bonne heure. Le dimanche, la circulation est faible, surtout à cette heure, et nous pouvons facilement couper la route pour nous diriger vers Cracovie que nous contournons sur des autoroutes avant de prendre la direction de Varsovie. Ce n'est plus une autoroute mais une simple nationale à deux voies, la chaussée déformée par les camions comme nous avions connu autrefois les routes de Pologne. Mais cela ne dure pas et si la route n'est pas plus large, le revêtement lui s'améliore. A mi-parcours nous retrouvons une portion d'autoroute mais nos espoirs d'arriver rapidement à Varsovie s'envolent au bout d'une cinquantaine de kilomètres quand nous devons nous résigner à continuer sur une simple route, heureusement pas trop fréquentée et sans camions. A l'approche de Varsovie la route devient à deux fois deux voies mais coupée de plus en plus souvent par des feux tricolores ou des passages pour piétons. La campagne est plate, monotone, des cultures à perte de vue, seuls des champs parsemés de coquelicots égaient l'uniforme verdure. La traversée ou plutôt le contournement de Varsovie se fait assez rapidement, nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous sommes sur la route de Bialystok. Toujours une route à deux voies mais bonne et roulante, le réseau routier polonais s'est bien amélioré depuis notre dernier passage même s'il n'est pas encore aux normes d'Europe occidentale... Nous traversons des forêts épaisses et des cueilleurs proposent sur le bord de la route des girolles et des fraises. Nous achetons des champignons pour l'omelette du dîner. Nous quittons la route de Bialystok pour suivre une autre route, plus courte et tout aussi bonne, qui nous amène à Augustów. Presque chaque poteau électrique est surmonté d'un énorme amas de brindilles dans lequel nichent des portées de cigogneaux que leurs mères surveillent fièrement. Encore quelques kilomètres pour Suwalky où nous empruntons une petite route en travaux pour gagner les bords d'un lac où nous nous installons dans un camping. Ce n'est pas le lieu sauvage et désert que j'avais imaginé... Nous ne sommes pas seuls quoique nous n'ayons pas à nous plaindre vu le nombre de voitures (et de motos !) que nous avons croisées regagnant Varsovie le dimanche soir. Nous sortons la table et les fauteuils mais Marie trouve qu'il y a trop de vent et préfère rester dans le camion ! Nous prenons le premier pastis du voyage, installés dans l'herbe de la prairie. 
 
Lundi 9 juin : Je suis réveillé à quatre heures, il fait déjà jour ! Nous ne nous levons qu'à six heures et reprenons la route de la Lituanie. Dernier plein de gasoil pour épuiser nos zlotys. Ce n'est plus dimanche, les camions sont sur les routes et nous ne pouvons que les suivre, sans aucun espoir de les dépasser, mais ils roulent à bonne allure. Passage en Lituanie avec juste un arrêt pour acheter la vignette automobile. Le pare-brise, grâce à notre collection, est décoré comme un maréchal soviétique. Nous commençons à rencontrer d'anciennes maisons en bois avec les cadres des fenêtres ouvragés, peints d'une couleur différente des murs. Nous traversons Kaunas sans nous arrêter mais en nous trompant plusieurs fois aux carrefours mal indiqués. Nous arrêtons pour déjeuner au bord d'une mare, Jean-Pierre en profite pour casser son éclairage de plaque en reculant dans un arbre ! Nous continuons d'avancer mais nous avons avancé nos montres d'une heure à la frontière et le temps passe vite. Des travaux sur la route contraignent à une circulation alternée et bien que la signalisation ne soit pas toujours scrupuleusement respectée, nous perdons du temps. Nous quittons la Lituanie pour la Lettonie sans presque nous en apercevoir. A Daugavpils, nous cherchons un supermarché, occasion de nous remettre en mémoire nos quelques mots de russe... Nous en dénichons un comme nous aimerions en trouver par la suite... Nous rachetons des fruits et de la viande, pas de conserves, nous n'avons pas encore entamé notre stock. Encore des kilomètres sur une bonne route peu fréquentée jusqu'à Rēzekne. Le ciel, couvert toute la journée, se décide à crever et une averse lave le pare-brise et salit la carrosserie. Nous passons Rēzekne et finissons par trouver un camping au bord d'un lac. Nous y sommes les seuls. Jean-Pierre qui fête aujourd'hui ses 66 ans a mis le champagne au frais. Nous l'accompagnons avec des toasts grillés sur lesquels nous étalons des tranches d'un poisson inconnu fumé. Nous dînons ensemble dans le camion, encore un repas plus alcoolisé que prévu...
 
Mardi 10 juin : Dans la nuit, des pêcheurs sont venus mettre une barque à l'eau et malgré leur discrétion, ils nous réveillent. Nous profitons des installations sanitaires de ce camping/motel, tout récent mais mal fini. Nous sommes bientôt à la frontière. A notre grande surprise, la sortie de Lettonie ne se fait pas sans contrôle tatillon, passeports, carte grise, permis de conduire. Un groupe d'une quinzaine de camping-caristes français, des gens âgés, est dans la file d'attente. Puis nous commençons les formalités côté russe, relativement rapides pour la police, elles traînent à la douane. Le nombre de camping-cars perturbe le douanier très tatillon et il nous faut trois heures pour enfin rouler sur les routes russes. Nous avons encore avancé nos montres d'une heure et il est temps de déjeuner. Nous changeons des dollars avec un "biznessman" qui tient boutique sur une table de la cafeteria de la première station-service. Plein de gasoil enfin à un tarif intéressant, 0,70 euros ! Nous repartons sans espoir d'arriver à proximité de Moscou ce soir. Des orages éclatent et se succèdent tout l'après-midi. La chaussée n'est pas toujours bonne mais nous roulons bien, doubler les camions ne pose pas de problème, nous dépassons des éléments du convoi des camping-cars qui se traînent à 60 km/h. Je suis fatigué, pas assez dormi, Jean-Pierre trouve que nous roulons trop, aussi décidons-nous d'arrêter vers les 17h30 à Nelidovo, au "camping", en fait un de ces parking "staïanka" que nous avions fréquentés lors de notre premier voyage en Russie, un simple terrain sans commodités, entouré d'un haut mur surmonté de barbelés et surveillé par un gardien dans son mirador ! Pas très plaisant... Le groupe des camping-caristes français y arrive par groupes dans  la soirée.
 
Mercredi 11 juin : Nous avions fermé tous les rideaux et dans le noir complet nous avons bien dormi, sans nous réveiller, jusqu'à six heures. Quand nous sommes prêts à partir, Jean-Pierre, au grand plaisir de Marie qui en avait elle aussi envie et contrairement à ce qui avait été convenu avant le départ, nous demande si nous ne pourrions pas nous arrêter à Moscou et passer le reste de la journée sur la Place Rouge ! Je suis furieux, je n'ai aucune envie d'aller me fourrer dans la circulation de la ville et d'y trouver un emplacement pour la nuit... Nous repartons à bonne allure dans un paysage toujours aussi vert et monotone. Les derniers kilomètres se font sur une autoroute en travaux puis nous atteignons le périphérique dans les encombrements. Long contournement de la ville avant de nous diriger vers le centre pour trouver, grâce au GPS, un parking proche de la Cité du Cosmonaute, indiqué par un voyageur sur son blog. Le long d'une artère fréquentée, la nuit risque d'être peu agréable... La station de métro la plus proche est plus éloignée que nous ne le pensions, aussi un ami du gardien se propose, moyennant finance, de nous y déposer. Nous retrouvons les métros russes avec une descente en escalator vertigineuse. Les rames sont très bruyantes mais nous sommes rapidement dans le centre. J'ai mal examiné la carte et nous ressortons à l'air libre à une station encore éloignée de la Place Rouge. Nous marchons longtemps avant d'apercevoir les murs du kremlin et de nous retrouver sous la cathédrale Saint Basile, celle aux bulbes colorés, présente sur toute carte postale...
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Mais l'accès à la Place Rouge est interdit, nous devons contourner Saint-Basile, apprendre au passage que nous sommes à la veille de la fête nationale et que les tentes, le podium qui y ont été dressés sont destinés aux festivités du lendemain ! Néanmoins nous visitons la cathédrale, retrouvons avec plaisir le dédale des chapelles sur deux niveaux, aux murs repeints à fresque à décor floral. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Elles abritent de superbes iconostases et de magnifiques icônes, en particulier une Trinité de l'Ancien Testament. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Un quatuor d'hommes pour assurer la promotion et la vente de ses cd, s'est installé dans l’une des chapelles et régale les visiteurs d'airs religieux. Les voix résonnent magnifiquement sous les voûtes, en particulier la basse remarquable. Nous devons traverser le magasin Goum pour longer la Place Rouge, occasion de revoir ces temples du luxe, en face du mausolée de Lénine. Les galeries sont très belles mais la débauche de publicités tapageuses gâche la perspective.

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Nous débouchons sur l'entrée de la Place Rouge, seul endroit où nous pouvons avoir une vue sur les murs du kremlin, le mausolée de Lénine et Saint-Basile caché en partie derrière le podium érigé pour la plus grande gloire du despote moderne. Des tee shirts à son effigie sont vendus, certains le montrent avec des lunettes noires qui lui donnent des airs de mafioso du plus sûr effet. Nous ne savons plus trop que faire. Marie insiste pour montrer à Jean-Pierre des stations de métro. Nous repartons pour la station Komsomolskaïa où nous changeons de ligne et où nous revoyons les splendides mosaïques à la gloire de Lénine au plafond de la station. Nous rentrons ensuite. Je retourne à pied au parking avec Jean-Pierre puis vais rechercher Marie avec la voiture, sans me tromper dans les rues. Nous dînons chacun dans notre camion en nous demandant si la nuit ne sera pas trop bruyante.
 
Jeudi 12 juinQuelques motos dans la nuit ont fait rugir leurs moteurs mais nous avons tout de même bien dormi et nous sommes prêts à affronter l'abominable journée de route qui nous attend ! En ce jour de fête nationale, nous espérions peu de monde dans les rues, ce qui fut le cas dans Moscou dont nous sortons rapidement. Après m'être trompé de sens sur le périphérique, erreur vite corrigée, nous prenons le pseudo autoroute de Kazan. Pseudo car elle n'a d'autoroute que les deux voies (pas toujours) séparées mais elle est continuellement coupée par des passages piétons, des feux tricolores et les traversées d'agglomération se font à vitesse limitée (nous ne savons toujours pas quelles sont les normes en Russie !). Est-ce la fête nationale, amorce d'un long week-end, le début des vacances scolaires, qui a poussé les familles sur les routes ? Toujours est-il que tout Moscou semble avoir choisi la destination de Vladimir pour cette journée. Nous roulons au pas dans d'abominables bouchons sur plusieurs files. Le sens de la discipline pousse de nombreux conducteurs à rouler sur la bande d'arrêt d'urgence puis aussi sur les bas-côtés, quelques audacieux s'aventurent à contre sens sur la voie opposée ou sur l'autre bas-côté. Folklore garanti ! Nous commençons à connaître quelques compagnons d'infortune, la blonde qui lit le manuel de sa toute nouvelle Suzuki, ceux qui ont emmené un chat sur la lunette arrière, le gros, ventre à l'air etc... Nous avons le temps d'admirer de belles maisons en bois, aux couleurs passées mais toujours avec de beaux encadrements de fenêtres. Nous arrêtons tardivement pour déjeuner après quelques fausses joies quand nous avons cru que nous étions au bout de nos peines, mais au bout de quelques kilomètres, trop rapidement parcourus pour de nombreux amateurs de voitures tamponneuses, nous devions admettre que chi va piano, va sano... Beaucoup de voitures sont des modèles qui en "imposent", des marques occidentales ou japonaises, les Lada deviennent rares. A six heures du soir nous devons reconnaître, qu'après avoir parcouru moins de deux cents kilomètres dans la journée, nous ne passerons pas Vladimir aujourd'hui et nous nous arrêtons sur un vaste parking pour poids lourds. Un pastis s'impose après cette épreuve... Serons-nous à Kazan demain ? Rien n'est moins sûr !
 
Vendredi 13 juin : Nous réussissons à partir encore plus tôt, à sept heures nous sommes sur la route, dégagée ! La circulation est normale. Mais où sont-ils donc tous passés ? Nous roulons à bonne vitesse, même quand il n'y a qu'une voie dans chaque sens, les camions se laissent doubler et de temps en temps des voies de dépassement permettent de doubler les plus lents. La chaussée, sauf en de trop rares portions, est très dégradée, boursouflée, cloquée, rafistolée, les trous sont comblés au seau de goudron avec une pelletée de gravier... Nous traversons une forêt très touffue de bouleaux et de conifères, où il doit être facile de se perdre à moins de 5 minutes de la route. Arrêt pour vider ce que Jean-Pierre appelle les "boîtes à caca"... Nous avançons rapidement et commençons à croire à l'arrivée à Kazan ce soir. Après le déjeuner nous continuons d'avaler les kilomètres. Nous ne sommes plus qu'à 70 kilomètres de Kazan quand un ralentissement nous fait perdre près de trois quarts d'heure : un pont au revêtement complètement raviné, crevé, creusé par les roues des innombrables camions, est abordé et traversé par ces derniers à la plus faible allure possible. Bien entendu quelques malins roulent sur le bas-côté pour ne pas attendre comme tout le monde... Nous parvenons à Kazan dont nous découvrons le kremlin de l'autre côté de la Volga. Nous traversons ce très large fleuve sur un pont, passons au-dessus d'îles occupées par des maisons qui me semblent bien peu au-dessus de l'eau. Nous nous dirigeons vers la gare, trouvée sans trop de difficulté. A proximité, nous trouvons l'hôtel Volga où nous avions résolu de prendre une chambre mais la revêche hôtesse nous affirme qu'il est complet. Je pars avec Jean-Pierre à la recherche d'un autre. Le "Mirage", un cinq étoiles lui conviendrait, pas à nous, mais il est aussi complet. Les deux jeunes filles de l'accueil tentent en vain de nous trouver un hébergement. Nous nous résolvons à passer encore une nuit dans une staianka, un parking gardé, à proximité du stade, un terrain vague le long d'une voie passante. Jean-Pierre n'avait pas rêvé la Russie ainsi... 
 
Samedi 14 juin : Beaucoup de passage, camions, motos, trains et même hélicoptère mais j'ai tout de même très bien dormi. Le ciel était couvert hier et nous avions eu quelques averses, nous avions néanmoins pu apercevoir les murailles du kremlin, les bulbes de la cathédrale ainsi que les minarets de la nouvelle mosquée sous un petit rayon de soleil. Il n'en est plus question aujourd'hui, il pleut au réveil et il en sera ainsi toute la journée. A désespérer ! Nous commençons par aller nous ravitailler dans un supermarché très bien achalandé, avec profusion de charcuterie, très souvent fumée, poissons également fumés, laitages et yaourts. Nous avions espéré trouver une éclaircie en en ressortant, mais non ! Nous nous rendons ensuite au marché central, une grande halle bétonnée où dans plusieurs pavillons parallèles, on trouve ce que nous avons acheté au supermarché, avec un plus grand choix... Les abricots sont tout petits, les cerises appétissantes sans parler des pêches plates. Nous nous contentons d'un cornet de minuscules fraises des bois. Nous allons nous garer près de la porte du kremlin côté Kazenka, un affluent de la Volga. Nous franchissons une porte dans la muraille qui l'entoure au sommet de la colline. Peu de visiteurs, le site paraît abandonné, les bâtiments officiels de la présidence de la République Tatar sont désertés en ce samedi. A côté d'une tour en brique à sept étages, légèrement inclinée, se dresse la cathédrale de l'Ascension. 
Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous sommes contents de nous y abriter et d'y trouver un peu de chaleur... La décoration récente est sans grand intérêt, fresques sulpiciennes, dorures, iconostase clinquante. Tout le monde se signe, se prosterne y compris les jeunes. Nous allons apercevoir les quais derrière le kremlin et de l'autre côté du fleuve les immeubles modernes, ceux de la Kazan du XXI° siècle. Nous passons entre deux rangées de bâtiments du XIX°siècle bien restaurés, dédaignons la mosquée Qolcharif dont les minarets bleus portent haut dans le ciel le croissant musulman. Nous ressortons du kremlin et débouchons sur une très belle avenue entièrement bordée des mêmes constructions du XIX° siècle.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Nous en parcourons une partie avant de nous décider à déjeuner, bien qu'il ne soit que midi, dans un restaurant sans prétention, dans une salle en sous-sol, décorée comme pourrait l'être un restaurant marocain et diffusant de la musique que l'on pourrait entendre dans le même lieu. Nous commandons des brochettes, celles au poulet sont très tendres, mon plov ne tient pas la comparaison avec ceux d'Asie centrale. La bière est fraîche et nous sommes à l'abri. Il pleut toujours à la sortie, j'ai froid, les pieds mouillés, j'ai hâte de retrouver le camion et de pouvoir me changer. Nous retraversons le kremlin, rendons visite à la mosquée, construction récente pour faire plaisir à la communauté musulmane tatare. Elle est digne d'un état du Golfe sans en avoir les moyens pour sa décoration, couleurs criardes et calligraphie chiche.

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Enfin le camion ! J'enfile un tee shirt et mon blouson chaud. Nous partons pour une visite de la ville en voiture, le peu de circulation facilite la conduite. Nous nous rendons sur les bords du fleuve pour une vue dans la grisaille. Des constructions pour nouveaux nantis se développent en divers styles, certains évoquent les magasins du Printemps ou des immeubles haussmanniens surchargés de colonnettes, de statuettes dans des niches, d'autres, plus modernes, sont des assemblages de cubes sans couleurs. Désolante pseudo modernité pour "M'as-tu vu". Nous traversons quelques avenues qui nous confirment que Kazan est une belle ville, malgré les restaurations ou constructions récentes d'édifices religieux, qui ne doit pas manquer de charme quand elle est animée, sous le soleil... Nous quittons très déçus par le temps et cherchons le monastère de Raïfa, à une trentaine de kilomètres de la ville. Par un peu de hasard, l'aide de passants plus aimables que les préposés des divers guichets que nous avons dû fréquenter, nous trouvons ce monastère dans une belle forêt. L'enceinte renferme quelques églises et autres bâtiments reconstruits ou restaurés après l'effondrement de l'Union soviétique. Une fois franchie la traditionnelle tour-clocher, nous sommes au milieu d'un ensemble de constructions trop neuves, le vert trop vert, le bleu trop bleu et les dorures des bulbes trop brillantes. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Deux des églises sont ouvertes aux visiteurs, celle de la Mère de Dieu de Géorgie, fresques laides, dorures, icônes trop récentes. Dans la seconde, celle de la Sainte Trinité, un office se déroule, toute la gent ecclésiastique récite, chante, présente une icône au bon peuple qui ce manque pas de se signer et de se prosterner. 

Mongolie 2014 (1.- Russie)
Je me fais repérer, (moi qui avais cru être discret !) et admonester pour avoir pris des photos, interdites à l'intérieur. Nous retournons aux camions et bien qu'il ne soit pas tard (mais se décider, prend du temps !), nous renonçons à reprendre la route et restons sur le parking du monastère pour la nuit. La pluie cesse en début de soirée.
 
Dimanche 15 juin : Nous sommes prêts à 7 heures. Première surprise de la journée, Marie m'offre, pour la Fête des Pères, de la part de Julie, une bande dessinée littéraire et le dernier Milan Kundera de sa part ! Le ciel est en grande partie dégagé mais nous n'envisageons pas sérieusement de retourner dans Kazan. Jean-Pierre a l'idée de prendre la route directe de Perm qui nous ferait gagner plus de 150 kilomètres, mais sur une route secondaire dont je crains le mauvais état. Il a un logiciel avec les routes de Russie et grâce à lui nous trouvons facilement cette route, meilleure que je ne le craignais, étroite mais peu fréquentée. Nous sommes dans une région de vastes plaines ensemencées en céréales, coupées par des alignements d'arbres coupe-vent. Nous traversons des villages qui, au fur et à mesure que nous nous éloignons des centres urbains, sont constitués de moins en moins de maisons en briques et de plus en plus de maisons en bois puis en rondins. De ces maisons de pionniers, multiséculaires, popularisées par les films américains de la conquête de l'Ouest. La maison principale en rondins équarris, est coquettement pourvue d'ouvertures : fenêtres, lucarnes, décorées, et entourée de bâtiments secondaires qui forment une cour fermée par un portail.
Mongolie 2014 (1.- Russie)

La couverture des toits est souvent dans des matériaux plus modernes, mais pas toujours. La police est de sortie, nombreuses sont les voitures de patrouille embusquées mais nous leur échappons ! Nous roulons à bonne allure sur une route au revêtement acceptable, passant par Arks puis Malmyzh. Là, la route commence à se dégrader. Nous franchissons un large fleuve sur un pont de bateaux. Nous devons y acquitter un péage, sans ticket, exorbitant, 500 roubles, environ 11 euros ! De l'autre côté du fleuve, nous attend une portion de piste dans la boue. Une terre grasse, déjà ravinée, que nos larges pneus écrasent, malaxent, creusent de nouveaux sillons, tout en faisant gicler par-dessus ailes, capot et même toit, des torrents d'une eau limoneuse qui sèche vite et recouvre la voiture d'une croûte terreuse. Les essuie-glaces fonctionnent en permanence, dégageant une vision restreinte sur la piste. Il en est ainsi trente kilomètres avant de retrouver, soulagés, ébahis mais aussi rigolards, une portion de goudron, pas des plus parfaits mais au moins sans surprises... 

Mongolie 2014 (1.- Russie)

Les cultures ont disparu, la forêt nous enserre, les villages ne semblent pas avoir changé depuis Dostoïevski ! Toujours pressé, je regrette de ne pas avoir pris le temps de m'arrêter pour prendre des photos des maisons, de la piste, de la forêt. Message, impatiemment attendu de Julie pour la fête des Pères. Nous retrouvons, à Igra, la route principale. La circulation est bien moins importante qu'avant Kazan, elle redevient dense à l'approche de Perm que nous contournons sur une belle autoroute, toute neuve, en direction d'Ekaterinbourg. Mais nous aurions dû nous douter qu'il ne pouvait en être ainsi très longtemps. Nous revoici sur une route étroite sans possibilité de doubler, les retours de week end dans l'autre sens interdisant toute audace. Néanmoins nous parvenons à Koungour où nous devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver le site des grottes de glace. Nous en avions l'intuition, nous en avons la confirmation. Depuis le temps que nous roulons cap à l'est, nous avons changé encore une fois de fuseau horaire, deux heures d'un coup, Il est plus de neuf heures quand nous pouvons nous installer sur le parking d'une auberge à côté du site. Jean-Pierre et moi avons droit, Marie aussi, à un pastis pour nous remettre des émotions de la journée et arroser la Fête des Pères. Dîner tardif, coucher encore plus.

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 04:43

 

                               BIRMANIE

                          Janvier 2014

 
Birmanie 2014
Vendredi 3 janvier : Après une mauvaise nuit sans vraiment dormir, de crainte que le réveil ne sonne pas, nous nous levons avant cinq heures pour être prêts à  l'arrivée de la navette, à six heures. Nous partons dans la nuit noire, après avoir embrassé Julie, à peine réveillée. Nous devons encore aller chercher trois autres passagers du côté de la porte de Clignancourt avant d'arriver à Roissy, au terminal 1, mon préféré, celui construit à l'origine, avec ses tapis roulants qui se croisent dans l'atrium. Nous attendons ensuite l'embarquement, à demi ensommeillés. Je me sens vaseux et légèrement fiévreux, les visites au successeur du docteur Auboux n'ont pas eu grand effet, je tousse toujours, avec un mal de gorge diffus et un nez qui coule ! Nous embarquons puis décollons après dix heures. Le repas est presque aussitôt servi après un verre de champagne ! La compagnie Qatar Airways essaie de faire les choses bien mais ils ne sont pas à la hauteur d'Emirates, ils lésinent sur les boissons, vins ordinaires servis au verre et bière tiède. Je regarde sur le minuscule écran individuel "12 hommes en colère", pas revu depuis très longtemps. Du bon théâtre mais un mauvais film... J'essaie de dormir mais sans grand succès, je me sens de plus en plus cotonneux. Dans la descente sur Doha, mes tympans trop sollicités par la dépressurisation et les circuits nasaux bouchés, me font presque hurler de douleur. Il fait déjà nuit, la température extérieure est plus agréable bien que nous ne puissions guère l'apprécier dans le terminal climatisé. Nous n'avons presque pas à marcher pour aller attendre le vol suivant. La zone marchande rassemble tous les commerces de luxe de la planète, les prix du matériel électronique sont très intéressants. Les peuples du monde se croisent, Afghans avec leur galette sur la tête, Arabes en robe et voile pour les deux sexes, pas les mêmes toutefois, Indiennes en sari et bien sûr touristes en bermudas, polaires et sacs à dos de baroudeurs... Nous embarquons dans un appareil plus petit, pas tout à fait plein. Nouveau repas servi par des hôtesses dépassées par les évènements... 
 
Samedi 4 janvier : Une comédie française insipide m'occupe quelque temps puis je tente de dormir, sans vraiment y parvenir. L'aube éclaircit les rizières qui sortent d'une brume photogénique avant que nous ne nous posions à Rangoon, Yangon comme il faut dire désormais. L'aérogare est déserte, pas franchement accueillante mais il n'est que six heures et demie du matin, avec un original décalage horaire de cinq heures et demie ! Le préposé à l'immigration ne nous adresse pas la parole, se contente de nous indiquer par gestes de nous placer devant l'objectif de sa caméra. Nous sommes arrivés le Jour de l'Indépendance, donc tout est fermé y compris les bureaux de change ! Nous sommes pris en charge par un taxi, notre premier Birman en longyi, le pagne à carreaux traditionnel, sans que nous discutions le prix mais je ne suis pas d'humeur, trop fatigué, ne rêvant que d'un lit. Nous partons en direction du centre ville par des avenues déjà parcourues par de nombreuses voitures plutôt récentes. Le volant est à droite, elles sont importées du Japon, mais la circulation est à droite aussi... Succession d'immeubles lépreux dont les balcons sont protégés par des grilles rouillées. D'autres plus récents sont d'un luxe tapageur. Les grands groupes internationaux y sont représentés. Nous apercevons les aiguilles dorées de la pagode Shwedagon, avant de longer le lac Kamdawgyi embrumé et d'atteindre le vieux centre ville, pas très animé, aux maisons décaties, couvertes de grappes de fils électriques comme des toiles d'araignées. Le taxi ne peut nous déposer devant l'hôtel, le Beautyland II, la rue est barrée. Nous devons attendre que la chambre se libère, dans une pièce où un ventilateur brasse un air tiède. En insistant quelque peu, nous obtenons vers neuf heures une pas bien grande chambre au deuxième étage, au bout de deux escaliers raides. Climatisation, ventilateur et télévision qui diffuse TV5 en version tempête de neige... Nous nous allongeons et nous endormons rapidement. Au réveil, je tousse à fendre l'âme. Marie s'inquiète et recommence à me harceler pour que je consulte un médecin... Je n'ai presque pas de fièvre, je ressors les médicaments et avale tout ce qui est susceptible d'améliorer les choses. Pendant qu'elle se prépare, je vais faire un tour dans Rangoon. Notre rue et les voisines sont envahies par des jeunes qui les ont barrées avec des filets ou des poteaux de buts et disputent des matchs. 
Birmanie 2014

Les immeubles coloniaux sont bien décrépits mais ils donnent une bonne idée de ce à quoi devait ressembler Rangoon à cette époque. Parfois un immeuble dresse son arrogante façade de verre fumé entre deux anciens bâtiments coloniaux. Au rond-point la pagode, ici on dit la paya, Sulé, entourée de boutiques profanes de vendeurs de téléphones, d'agences de voyage, de bureautique, jette vers le ciel ses flèches dorées sur fond d'anciens bâtiments administratifs anglais. Des marchands, sur une minuscule table, vendent des feuilles de bétel et confectionnent à la demande les chiques qui, une fois recrachées, tacheront de rouge les trottoirs. Je trouve à changer des dollars dans l'une des échoppes avant de rentrer à la chambre. Je tente de me connecter à internet mais la lenteur est telle que je ne parviens qu'à obtenir la liste des correspondants qui nous ont écrit. Nous ressortons avec Marie, allons à la paya Sulé, achetons des billets de bus pour nous rendre lundi à Mandalay. 

Birmanie 2014
Nous traversons le parc du centre ville envahi par les familles et les amoureux qui se sont installés sur le gazon. En continuant par des rues désertes, entre des immeubles administratifs anciens, à peine rénovés, nous arrivons sur les bords du fleuve. Un ferry de passagers va partir, des cargos sont arrimés à quai. Nous allons nous offrir, Marie un jus de fruit et moi un demi pression dans les salons de l'hôtel Strand, une survivance de la colonie, boiseries sous de hauts plafonds, ventilateurs mais aussi climatisation moderne. Plus beaucoup d'âme non plus. Nous rentrons en taxi à l'hôtel. Je réussis cette fois à lire le courrier et envoyer un message à Nicole et Julie. Nous dînons dans la petite salle de l'hôtel des plats que nous avions commandés : de l'anguille sautée, du porc aux noix de cajous, sans cajous, et d'une salade de feuilles de thé fermentées. Les épices de manquent pas, le piment non plus. Ce que j'avais pris pour des prunes s'avère être de redoutables piments... Ce serait excellent si les plats étaient servis chauds. Après dîner, attirés par les cris, nous allons voir dans la rue leur raison d'être. Des enfants s'amusent, les yeux bandés, guidés par leurs camarades, à frapper avec un long bâton un bidon plastique placé en hauteur. D'autres s'essaient à envoyer un ballon au travers d'un vieux pneu. Après ces réjouissances populaires simples, nous allons nous coucher pour une vraie nuit... 
 
Dimanche 5 janvier : Réveillé passé une heure, je somnole le reste de la nuit en toussant parfois ce qui ne manque pas d'irriter Marie au réveil, prête à une nouvelle crise de nerfs pour d'autres raisons. Nous ne descendons qu'à neuf heures pour le petit déjeuner. Il serait copieux si les divers plats proposés étaient moins sucrés, une sorte de crêpe à la banane (?) recouverte de noix de coco râpée ne soulève pas notre enthousiasme, le beurre n'en est pas et la confiture, bien que colorée est sans goût. Nous nous faisons conduire en taxi au marché Bogyoke, dans une ancienne halle couverte. Peu d'animation, les seuls clients sont des touristes, européens ou asiatiques. Ce ne sont que des échoppes de tissus pour pagnes, marchands de pierres précieuses et boutiques de souvenirs. Rien de bien intéressant. Nous hésitons sur la suite des visites de la journée. Nous nous décidons pour suivre l'itinéraire pédestre indiqué dans un de nos guides. Nous devons traverser l'avenue, coupée, comme en Inde, en deux par une barrière métallique médiane, ce qui n'est possible qu'en de rares points qui obligent à des détours. Nous suivons une étroite rue entre des immeubles lépreux, sous un soleil impitoyable et surtout dans une moiteur pénible. Nous débouchons dans une autre artère, Anawratha Road, du quartier indien. Quelques rares individus ont au front la marque rouge du tikka. Mais la plupart sont des musulmans, les femmes sont enfouies sous des voiles sinistres, les hommes âgés ont laissé pousser une barbe teinte au henné. Mais tous les Birmans sont vêtus de longyi à carreaux pour les hommes, plus colorés pour les femmes.  
Birmanie 2014

Une autre étroite rue traverse un marché plus populaire. On y vend des fruits, des légumes de la viande sur des étals à même le sol. Nous visitons ensuite une ancienne synagogue, encore bien entretenue par un des rares survivants. Nous revenons vers la pagode Sulé, en slalomant sur des trottoirs défoncés, entre les familles, les badauds que tous les étals tentent. Les femmes ont très souvent les joues et de front passés à une pâte ocre, le thanakha, parfois en formant des dessins. Nous déjeunons dans un snack trop climatisé. La nourriture est correcte. Ensuite, un taxi nous dépose au lac Kandawgyi. L'entrée en est payante pour les étrangers, gratuite pour les locaux... 

Birmanie 2014

Nous approchons du bord, comprenons que nous allons devoir  emprunter de longues passerelles de bois, au-dessus des eaux mais en plein soleil. Je transpire à grosses gouttes, Marie veut toujours aller plus loin. Nous finissons par trouver la courbe d'où nous apercevons la flèche de Shwedagon et quelques-uns de ses pagodons qui se mirent dans les eaux mais tout de même à bonne distance. Les passerelles de bois, qui serpentent sur les eaux calmes, la vision d'une belle végétation tropicale et les nombreux couples de sages amoureux cachés derrière une ombrelle font oublier la fatigue de la promenade. Nous nous faisons conduire par un autre taxi difficile à négocier à l'entrée sud de la fameuse pagode Shwedagon. Une entrée spéciale est réservée aux honorables visiteurs étrangers. Un tarif aussi, passé, ces derniers temps, de cinq à huit dollars ! Mais pour ce prix, nous avons un joli ticket, un plan en anglais et le droit d'utiliser un ascenseur qui évite aux hôtes distingués de s'épuiser dans la montée d'un escalier couvert, en gradins, bordé d'animaux fabuleux et de marchands d'offrandes. 

Birmanie 2014

Parvenus au sommet, nous découvrons, soufflés, l'extraordinaire ensemble de stûpas, appelés ici Zedi, qui entourent la flèche centrale de la pagode. D'autres pagodes, des pavillons aux toits superposés en escalier, des temples qui abritent des statues du Bouddha, assis ou couché, de supposées empreintes de ses pieds, des cloches de cérémonies, occupent tout l'espace autour du zedi central. Tous sont un délire de tôles ou de bois finement découpés, presque toujours dorés. Nous en faisons lentement le tour en compagnie d'autres touristes et de familles locales, derniers nés et aïeuls compris, venues faire un voeu ou s'incliner devant l'autel du jour de la semaine de leur naissance. Peu d'indications en anglais, l'écriture birmane, surtout les chiffres, est une succession de cerises croquées par d'espiègles asticots qui se tortillent autour.

Birmanie 2014

Beaucoup de femmes ont les joues et le front couverts de dessins tracés avec cette pâte ocre censée les protéger du soleil. Nous tournons lentement, dans le sens des aiguilles d'une montre, en visitant chaque pavillon, scrutant les yeux des Bouddhas, admirant la ferveur des fidèles venus offrir quelques fleurs, un fruit, à leur Bouddha ou à leur nat, génie local, préféré. 

Birmanie 2014

Des moines, crâne rasé, tatoués de signes cabalistiques, en robes couleur rouge safran, sont parfois accompagnés de bonzesses, elles aussi crâne rasé, en robes roses, plus sûr moyen de reconnaître leur sexe. 

Birmanie 2014

Des rangées successives de fidèles, bien en ligne, armés de balais rustiques, chassent le moindre grain de poussière, à moins qu'il ne s'agisse d'écarter d'éventuelles fourmis pour leur éviter d'être malencontreusement écrasées, ce qui serait dommageable pour qui veut acquérir des mérites. Le soleil est couché quand nous achevons, épuisés, cette circumnavigation. 

Birmanie 2014
Nous attendons que la nuit soit bien installée pour refaire un tour plus rapide et revoir sous les lumières des projecteurs les milliers de pointes, de pinacles de tôles dorées qui se dressent vers le ciel. Enfin nous quittons les lieux en taxi. Nous nous faisons déposer dans un restaurant japonais proche de notre hôtel mais les plats ne sont pas fameux et nous mangeons la plus mauvaise cuisine japonaise qui soit. Nous rentrons à pied à l'hôtel, enfin nous reposer.
 
Lundi 6 janvier : Pas trop toussé dans la nuit, j'espère que cela va continuer de s'améliorer. Nous nous levons avec le jour à six heures pour prendre, une heure plus tard, le petit déjeuner avec des oeufs frits. Un taxi commandé par l'hôtel nous emmène à la gare routière, encore plus éloignée du centre que l'aéroport. C'est un ensemble de hangars occupés par les nombreuses sociétés de transport sommairement installées, un hall avec des fauteuils en plastique pour les voyageurs qui attendent leur bus et un amoncellement de bagages. Un oiseleur propose, sans succès, des moineaux en cage à libérer pour "acquérir des mérites". Notre bus arrive, moderne, pas aussi bien customisé que ceux du Soudan... Nous nous installons sur des sièges inclinables, bien plus confortables que ceux des avions. Une accorte hôtesse aux belles joues d'enfant rieur nous distribue bouteilles d'eau et couvertures rendues nécessaires par une climatisation excessive. Nous partons à l'heure et rejoignons l'autoroute à péage, très peu fréquenté. Il est vrai que la vitesse n'y est pas très élevée, le mauvais état du revêtement rend le trajet peu agréable, dans un tremblement continuel ! Le paysage est monotone, plat, une brousse sans arbres et parfois des champs (ou des rizières ?) desséchés. Pause avant midi pour déjeuner, nous nous contentons d'un paquet de chips artisanales, pas salées et au goût d'huile rance, pour accompagner une bière. Les miles défilent, lecture, somnolence. La vidéo ne diffuse qure des clips ou des films de violence (l'un se passe à Paris, on y voit s'écrouler la tour Eiffel !) ou de gags enfantins. Dernière halte dans l'après-midi pour nous permettre de soulager les vessies. La végétation devient plus tropicale et nous avons l'heureuse surprise d'arriver plus tôt que nous ne l'espérions à Mandalay. Nous traversons rapidement un faubourg de la ville avant d'arriver à la gare routière. Nous sommes aussitôt sollicités par des taxis. L'un d'eux nous conduit au Rich Queen Hotel où nous avions réservé une chambre. Vaste, avec trois fenêtres, sans pouvoir admirer la vue car il fait déjà nuit, avec climatiseur. La taille des rouleaux de papier toilette me laisse penser que la population locale, capable d'utiliser de tels confettis doit être étrangement conformée. Marie se lance dans l'étude de la suite du programme puis nous allons dîner dans un restaurant populaire chinois indiqué par l'hôtel. Les tables et les tabourets en plastique sont en plein air. Les toiles cirées sont fatiguées et du papier toilette sert de serviettes, à jeter dans une corbeille au pied de chaque table. Nous commandons du porc aux noix de cajous (cette fois il y en a mais c'est le porc qui manque !) et du crabe en sauce piquante. Ce sont de petits crabes peu pratiques à décortiquer, propices aux taches. Nous regagnons notre chambre par des rues mal éclairées et pas toujours goudronnées.
 
Mardi 7 janvier : Au beau milieu de la nuit, une dégoulinante musique de gongs me tire du sommeil. Elle précède un interminable discours monocorde tenu par un moine peu charismatique. Des dévots lui apportent leur soutien en reprenant ses mots d'ordre. Je retrouve cette peur des fanatismes religieux, entendus un peu partout. "Mort aux Juifs, aux Infidèles, aux Impurs, aux Autres" pourraient-ils être tous prêts à entonner... A sept heures, une musique tonitruante réveille ceux qui se seraient assoupis entre temps; et nous par la même occasion ! Ce sont les bonzes du temple (trop) proche qui se manifestent, peut-être pour activer les ménagères à leurs fourneaux avant qu'ils ne partent quêter leur pitance. Qu'ils se réincarnent en crapauds ! Marie aurait bien aimé dormir encore. Nous allons prendre le petit déjeuner dans une pièce toute en longueur, entre garage et magasin, à l'extérieur de l'hôtel. Rien de fameux, oeufs et beignets froids, thé sans goût. Nous partons avec un trishaw, une bicyclette à laquelle a été accolé un side-car acceptant deux passagers dos-à-dos. Les rues principales sont animées mais sans la furia de la capitale, les rues secondaires sont calmes, les boutiques s'ouvrent largement sur la rue, la verdure est partout. Nous longeons sur deux côtés l'ancien palais royal dont il ne reste pas grand chose derrière une muraille crénelée, percée de portes surmontées de tours au goût local, en forme de pavillon carré à toits gigognes, sur des pilotis. Devant, des douves larges isolent cet insolite carré de la ville. 
Birmanie 2014

Nous nous faisons déposer au pied de l'escalier, encadré par deux immenses chinthes, divinités protectrices mi-lion, mi-dragon, qui grimpe au sommet d'une colline. Nous préférons monter au sommet en utilisant les services d'une camionnette qui nous amène au pied de la pagode construite au point culminant. La vue est très décevante, la brume dissimule la ville et on ne distingue le carré du palais royal qu'à grand peine. Une volée de marches conduit à la pagode où il faudrait acquitter un droit de photographier, ce que je refuse. Peu de visiteurs, quelques amoureux venus s'isoler et des touristes courageux.

Birmanie 2014

La construction est récente, très kitsch, des carreaux de verre colorés, dans des tons chauds, couvrent parois et plafonds, des statues peinturlurées agrémentent les lieux. Nous redescendons avec l'ascenseur et rejoignons la route en dévalant les marches, entre les échoppes des marchands du temple. Marie a remis ses chaussures alors qu'elle n'en a pas le droit. Rares sont ceux qui nous en font la remarque, que nous ignorons de toute façon. Enfin nous retrouvons la route. En face de l'escalier s'ouvre un couloir occupé par des astrologues que nous ne consultons pas. Nous accédons ainsi à la pagode Kyauktawgyi qui renferme un bouddha de bien belle taille en marbre. Les murs des pièces voisines sont recouverts de milliers de petits carreaux de glace, on se croirait dans un lupanar turc, mais de luxe ! Nous déjeunons dans une gargote. Marie trouve quelques traces de poulet dans son plat de riz frit, Je n'en ai guère plus dans mon ragoût aigre-doux, la bière fraîche nous fait tout pardonner. 

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Nous repartons à pied jusqu'à un carrefour où nous apercevons une forêt dense de stûpas, tous identiques, d'un blanc étincelant, posés sur des cubes qui abritent des stèles avec un texte religieux en birman. Nous contournons cet ensemble qui entoure le stûpa doré de la pagode Sandamuni pour pénétrer dans cet alignement rigoureux et le contempler de la terrasse du stûpa avec, en fond, la colline et l'étincelante pagode à son sommet. Une allée qui longe un étang rafraichissant conduit à une autre pagode reconstruite récemment, trop moderne, sans charme mais à côté, nous découvrons le magnifique monastère Shwe Nandaw qui a survécu à la destruction du palais royal.

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Une construction toute en teck noir, un bâtiment rectangulaire sur pilotis à quatre toits superposés. Toutes les surfaces sont très finement sculptées de scènes mythologiques, des milliers de personnages ornent portes, murs, rebords de toits. L'intérieur est doré, sols et parois patinés par les pieds et les mains des visiteurs. Les femmes ne sont pas autorisées à approcher de trop près la statue du bouddha... Il est encore relativement tôt mais nous avons rempli notre contrat de la journée et nous commençons à être fatigués, sans parler d'une pépie persistante. Nous retournons sur les bords de l'étang et nous nous offrons des sodas avant de négocier un taxi pour nous ramener à l'hôtel. J'en repars pour aller changer des dollars chez un Chinois dans sa boutique de bijoux en or. Je traîne un peu plus loin, m'offre un Coca chez un glacier puis rentre à la chambre. Je parviens à me connecter et mettre un message à Julie. Nous ressortons pour aller dîner dans un restaurant, Mann, repéré précédemment. Il ne paye pas de mine, une vaste salle ouverte sur la rue. Quelques tables sont occupées par des Birmans qui boivent bières et whisky local, les autres par des touristes qui mangent et boivent (bières et whiskies aussi)... Dommage que mon plat d'anguille soit décevant, trop frit, le reste était très correct. Retour à la chambre par les rues presque désertes et mal éclairées.
 
Mercredi 8 janvier : Notre copain Big Brother Bouddah remet ça ce matin ! gongs, discours, choeur et après un court répit, musique à fond les décibels. Qu'il se réincarne en cafard ! Nous demandons à changer de chambre. Pendant que Marie va s'installer pour le petit déjeuner, je déménage nos sacs dans une autre chambre  plus claire mais un étage plus haut... A peine le temps de boire une tasse de thé, avaler deux beignets et nous nous dépêchons de trouver un trishaw, pour nous rendre à l'embarquement pour Mingun. Nous ne sommes pas les seuls. Une cinquantaine de touristes attendent aussi.
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Les berges de l'Irrawaddy sont très animées, de grosses barges sont amarrées et attendent des chargements qu'apportent des camionnettes mues par des moteurs de tracteurs comme celui que nous avions emprunté lors de notre périple dans les rizières chinoises... Le signal de monter à bord de l'une de ces grosses barges ventrues, construites entièrement en bois, est donné. Seuls les premiers embarqués peuvent s'installer dans des fauteuils sur le pont supérieur, les autres, dont nous, doivent s'asseoir sur des fauteuils en plastique dans la cale, au niveau de l'eau. Nous appareillons et naviguons entre les deux rives sableuses du fleuve. Nous apercevons des huttes plantées sur les plages et des pêcheurs sur des barques manoeuvrées à la perche ou avec des moteurs "longue-queue". Une heure plus tard nous accostons à Mingun, accueillis par les conducteurs de charrettes antiques couvertes d'une natte et tirées par une paire de zébus. Ce sont les taxis locaux ! Nous préférons marcher.

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D'ailleurs la première pagode, la paya Satowiya est au bord du fleuve, au sortir du bateau. Chaulée de frais, de plan carré, avec une façade joliment décorée de paons et de dragons, elle se dresse au sommet d'un escalier gardé par des chinthes et une collection de nats, ces génies sagement assimilés par le bouddhisme birman. Plus loin et visible du fleuve vu sa masse, les restes d'une pagode inachevée et qui avait la prétention d'être la plus grande du monde. Ce n'est plus qu'une énorme masse de briques sans grand intérêt si ce n'est d'être la preuve de la mégalomanie d'un de ces dirigeants qui se prennent pour des surhommes. Nous devons acquitter un nouveau droit de visite alors qu'il n'y a rien à visiter. Une grosse cloche est installée sous un pavillon construit à cet effet, chacun peut la faire sonner en la frappant. Enfin, à la sortie du village, une dernière pagode, la paya Hsinbyume se révèle fort intéressante et très jolie.

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Elle éclate de blancheur, un cône de crème chantilly au sommet d'une éminence, entourée par sept vagues successives de terrasses tout aussi immaculées. Du sommet on découvre la campagne environnante et le fleuve alangui entre ses bancs de sable. Nous revenons en suivant la berge du fleuve, au calme, à peine troublé par les toussotements des trains de péniches qui remontent ou descendent le fleuve. Il n'y plus grand monde dans la rue, les touristes battent en retraite, il faudrait arriver maintenant pour avoir les sites sans trublions. Nous tentons de déjeuner dans le restaurant proche de l'embarcadère. Nous avons presque fini la bière fraîche avant que les plats n'arrivent, trop tardivement pour que ayons le temps de les finir aussi emportons-nous les restes dans des sacs plastiques. Nous nous dépêchons de remonter à bord et trouvons des places sur le pont supérieur mais les fauteuils sont très inconfortables et je suis en plein soleil. J'abandonne Marie et regagne la cale, au frais. Nous attendons les derniers retardataires et revenons à Mandalay. A peine débarqués, nous faisons une halte dans la première brasserie en plein air que nous trouvons pour goûter au bonheur d'une bière pression glacée... Nous avons décidé de revenir à l'hôtel à pied par des quartiers populaires.

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Après une portion d'avenue où des potiers vendent de très grosses jarres vernissées, nous traversons un lac sur un pont en teck, en apercevant sur l'autre rive le zedi doré de la paya Chantaya qui se reflète dans l'eau. Nous admirons la dextérité de manipulateurs de cerfs-volants qui, depuis le pont, à l'aide de gros moulinets, font voler haut dans l'azur des taches colorées. Cette vision serait idyllique si elle n'était pas troublée par la vue de l'amoncellement des ordures que nul service de voirie ne vient enlever. Le lac sert de dépotoir, ses berges disparaissent sous les sacs plastiques, tout le monde vit dans l'attente de la venue de pluies qui se chargeront de leur évacuation. Nous contournons la pagode et allons boire un thé, gracieusement offert, dans une maison de thé du quartier, aucune architecture remarquable, le rez de chaussée d'une grande maison qui, comme ses voisines, est utilisé à des fins commerciales. Nous poursuivons par des ruelles entre des établissements monastiques. Les anciennes maisons de bois, sur pilotis, avec des murs en nattes de bambous, noircies par les fumées, voisinent avec de massives constructions coloniales. Nous aboutissons à la paya Eindawya, celle à qui nous devons nos réveils matinaux ! Nous la traversons, une fois de plus les chaussures à la main. Combien de fois nous serons-nous déchaussé-rechaussé aujourd'hui ? Encore quelques mètres et nous voici à l'hôtel ! Repos puis je descends trouver un message de Julie sur internet. Marie a envie d'assister à un spectacle de marionnettes donné pour les touristes, pas moi. Je crains désormais le pire dans ces représentations pour touristes. Nous ne trouvons qu'un trishaw pour nous y conduire. le trajet est long, en légère montée et notre malheureux conducteur souffre. Nous le dédommageons au-delà de la somme convenue, mauvais exemple ! Nous avons à peine le temps d'avaler deux plats dans un restaurant tout proche avant d'assister à la représentation dans une salle minuscule, loin d'être pleine.

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Marionnettes classiques avec des manipulateurs à ficelle, placés au-dessus d'elles et qu'un rideau parfois soulevé permet de voir à l'oeuvre. Un orchestre de tambours, gongs et d'une flute nasillarde accompagne et souligne les mouvements souvent voltigeants des marionnettes. La présentation en anglais, avec une mauvaise sonorisation, ne me permet pas de comprendre les scènes représentées et je ne m'intéresse guère au spectacle, terminé une heure plus tard. Cher pour si peu ! Nous nous inquiétions de savoir comment rentrer mais notre conducteur de trishaw, alléché par notre générosité nous a attendu et nous ramène donc, plus rapidement puisqu'en descente. A peine à la chambre, nous sommes avisés que Christian F. nous appelle de son hôtel. Nous convenons de nous rencontrer demain.
 
Jeudi 9 janvier : Nous avons eu froid dans la nuit. Nous transpirons dans la journée mais les nuits sont fraîches. Notre nouvelle chambre nous a épargné un réveil bouddhiste ! La salle de bain est folklorique. Comme souvent la douche, sans bac, arrose toilettes et murs, le lavabo coule directement sur le carrelage et l'évacuation est très lente. Nouveauté inconnue jusqu'alors et certainement chinoise : la pomme de douche incorpore des lumières qui colorient le jet d'eau... Je vais petit déjeuner seul, Marie préférant traîner dans la chambre. Nous décidons de rallier directement Bagan, faute de temps pour "tout" faire. Nous faisons réserver le bus et un hôtel par le réceptionniste et lui confirmons notre souhait de visiter demain les sites extérieurs avec un taxi pour la journée. Nous partons une fois de plus avec un trishaw en repassant par les ruelles de l'agréable quartier traversé à pied hier. Il nous dépose presque devant le monastère Shwe in Bin où dans un grand jardin, au calme, se tient un magnifique bâtiment sur pilotis, tout en teck.
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Tous les panneaux ne le sont pas mais les toits, leurs rebords, les portes sont finement sculptés notamment de personnages, mains jointes ou humant un lotus, de danseuses déhanchées. Les bâtiments accolés offrent plus de variété de forme et de taille que le parallélépipède du monastère de Shwe Nandaw. Nous repartons avec un autre trishaw jusqu'à proximité d'un restaurant que nous comptions essayer mais il a disparu. Nous nous fions à notre guide pour nous rassasier dans une gargote chinoise mais personne ne comprend ce que nous souhaitons et je ne parviens qu'à me faire servir un gros poisson-chat frit, une pelote d'épingles avec un peu de chair autour ! Je renonce à en venir à bout... Nous sommes dans un quartier plus récent ou plutôt dont les petits immeubles récents, sans caractère, ont remplacé les anciennes maisons. Les rues sont plus larges, bruyantes, parcourues par de pétaradantes escadrilles de mobylettes ou motos chinoises.

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Nous allons visiter deux boutiques-ateliers où des forçats frappent à coup de masse des feuilles d'or placées entre de fines feuilles de bambou, pour les amincir encore avant de les commercialiser sous forme de carrés d'un micron d'épaisseur que les fervents bouddhistes colleront sur leur statue préférée. Il est encore tôt pour rejoindre l'hôtel d'Annie et Christian où nous devons les rencontrer, nous traînons lentement; marquons une pause pour boire un soda avant d'aller les retrouver. Nous allons ensemble sur le toit terrasse de leur hôtel d'un standing nettement supérieur au nôtre. Nous papotons, échangeons nos premiers sentiments sur la Birmanie avant qu'ils ne rejoignent leur groupe, puis, bien qu'ils nous aient proposé de les accompagner à leur restaurant, nous nous séparons. Nous dînons dans un BBQ coréen que nous avions aperçu en passant mais la viande n'a pas mariné dans le soja et nous sommes très déçus. Retour encore en trishaw, sans éclairage dans les rues plongées dans le noir... Le malheureux transpire à pédaler et je suis soulagé pour lui, comme pour moi, quand nous arrivons. Nous nous faisons remettre des couvertures supplémentaires pour la nuit.
 
Vendredi 10 janvier : Nous partons ce matin avec une voiture et un chauffeur pour une longue journée d'excursion dans les environs de Mandalay. Les tarifs ont sensiblement augmenté depuis l'année dernière, la location d'une voiture avec chauffeur passant de 25000 à 35000 kyats. Grosse inflation dans le tourisme ! Nous traversons le quartier des tailleurs de pierre, des centaines de Bouddhas de toutes tailles émergent de diverses pierres sous les meuleuses des artisans. Nous commençons par la visite de la pagode Mahamuni. Comme les autres on y accède par l'un des quatre couloirs aux points cardinaux qu'occupent les marchands d'offrandes et les astrologues.
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Les plafonds des porches sont peints à fresques et montrent des paysages, des trains du temps de l'occupation britannique, des personnes de la bonne société endimanchées. Je retrouve les peintures murales du Shikawati !

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Au bout du couloir nous débouchons dans une cour où de petits enfants maquillés et habillés de tissus chatoyants vont en procession accomplir quelque cérémonie. Les parents ne sont pas peu fiers que leurs rejetons soient pris en photos par les touristes... Mais le but de la visite n'est pas là.

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Au centre du bâtiment se tient sur un socle une statue de Bouddha que les fidèles, du moins les hommes, les femmes n'ont pas le droit de l'approcher, couvrent de ces très fines feuilles d'or que nous avons vu fabriquer hier. Il y en a tant qu'il en devient bouffi, des photos anciennes montrent l'évolution de ce cas d'éléphantiasis ! Le visage qui échappe à cette furie sédimentaire est resté lisse. Nous faisons le tour de la pagode, des salles sont consacrées à des peintures expliquant la venue de cette statue en ces lieux, d'autres enserrent les offrandes précieuses. Des statues en bronze provenant d'Angkor aux vertus curatives supposées quand on en frotte la partie du corps source de maladie, des gongs gigantesques, une tour d'horloge complètent l'ensemble. Nous nous rendons ensuite à Amarapura, au monastère Mahagandhayon pour assister au repas des moines et moinillons.

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Nous n'y sommes pas seuls, là non plus. Le nombre de touristes, appareils photos ou caméras à bouts de bras, est indécent ! Le monastère accueille plusieurs milliers d'élèves qui suivent un enseignement. Le seul repas consistant de leur journée est à dix heures et quart. Grands et petits, élèves et professeurs se sont alignés dans une allée et, avant de pénétrer dans le réfectoire, passent devant de bonnes âmes qui, puisant à grandes louches dans des bassines de riz, vont remplir leur bol à offrande. C'est aussi la ruée des photographes amateurs à laquelle, à ma grande honte, je me mêle...

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Nous repartons pour Sagaing. Nous traversons l'Irrawaddy sur un long pont métallique à plusieurs arches. Sur l'autre rive les collines sont couronnées de dizaines de stûpas, presque toujours dorés, que nous distinguons mal dans la brume.

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Le chauffeur nous amène à une construction récente, en béton, un temple circulaire dédié semble-t-il à l'enseignement du pali. Intéressant pour découvrir le mariage du kitsch et du béton mais sans plus. Nous grimpons ensuite au sommet d'une colline, jusqu'au temple Umin Tounzeh, un autre sommet du kitsch, en plus coloré, les dorures pourraient décorer un restaurant chinois en France. Il s'y trouve une galerie où une quarantaine de statues de Bouddha s'alignent, toutes identiques. Ici rien d'ancien et s'il y en a, il a été ripoliné sans la moindre hésitation. La vue s'étend sur les plaines dans lesquelles serpente mollement le fleuve et sur les dizaines de pagodes avec leurs pointes dorées éparpillées dans la campagne mais tout est diffus dans cette brume de fin de saison sèche. Nous montons ensuite à la plus haute colline sur laquelle se tient la paya Soon U Ponya Shin. Toujours des dorures plastiques, une grande statue de Bouddha qui rayonne de belles lumières électriques colorées. Les sols sont recouverts de carreaux de salles de bains du plus bel effet. Quelques peintures tentent de mettre en garde contre les turpitudes du monde moderne. peine perdue certainement... Nous allons ensuite déjeuner dans un restaurant où se retrouvent tous les touristes, sous des paillotes dans un jardin. Nourriture correcte à des prix nettement plus élevés. Nous poursuivons en allant prendre une barque à moteur, abandonnant voiture et chauffeur, le temps de nous rendre à Inwa. Sur l'autre rive, d'anciennes carrioles en bois bâchées, tirées par de vaillants poneys attendent les touristes pour la visite des monuments de cette ancienne et très éphémère capitale. Au moment de partir, je m'aperçois que j'ai oublié les tickets dans la voiture. Je me dépêche de retraverser, récupérer les billets et revenir.

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Nous voici partis pour une promenade bucolique dans la campagne, belles maisons anciennes en bois à un étage et multitude de stûpas blanchis. Nous arrêtons pour les restes de trois zedi de brique dont il reste de belles traces du revêtement de stucs et quelques Bouddhas délavés. Nous empruntons ensuite une digue au milieu des rizières pour arriver au monastère de Bagaya. Encore une de ces constructions toute en bois de teck, reposant sur d'impressionnants piliers du même arbre.

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Les façades extérieures, à l'exception des encadrements des portes et des fenêtres très ouvragés, ne sont pas décorés, l'intérieur guère plus. Nous repartons pour une dernière et rapide visite du monastère Maha Aung Mye Bonzan, lourde structure abandonnée à plusieurs niveaux en brique et maçonnerie, très décorée néanmoins. Nous retournons à l'embarcadère, retrouvons notre chauffeur qui nous emmène au dernier site, le pont U Bein à Amarapura.

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Il y a foule là aussi, tous les touristes sont venus guetter le coucher du soleil, des Birmans en font autant et des moines s'offrent un moment de récréation. Ce très long pont piétonnier enjambe le lac de Mandalay et évite un long détour. Il repose sur des piliers de teck qu'il est préférable de ne pas examiner de près.

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Des barques emmènent les touristes sur le lac, des pêcheurs immergés à mi-corps font de belles prises. Le soleil couchant éclaire les piles qui se reflètent dans le miroir du lacs. Nous le longeons jusqu'à la limite des eaux, basses en cette saison. Le sol est couvert de détritus. Nous en parcourons aussi une section en montant dessus mais alors on ne le voit plus. Le soleil couché sans effet spectaculaire nous rentrons à l'hôtel dans la circulation confuse, peu de véhicules ont des lumières et c'est la loi du plus fort qui prédomine. Après un court repos à la chambre, nous ressortons pour aller dîner chez Mann. Longue attente que trompe une bière avant d'avoir nos plats pas bien fameux. Un trishaw en maraude nous cueille à la sortie du restaurant et nous ramène à l'hôtel.
 
Samedi 11 janvier : Encore un réveil matinal, debout à cinq heures pour prendre le petit déjeuner alors que le jour se lève puis partir en taxi à la gare routière. Nous montons dans un bus au standing très nettement inférieur à celui pris à Rangoon. Les sièges sont très étroits et peu inclinables. Les moines occupent les sièges de devant, privilège qui leur est dû ainsi que la gratuité... Nous ne partons pas plein mais l'apprenti racole et nous nous arrêtons à chaque village pour ramasser ou déposer des passagers. Paysage verdoyant, rizières et palmiers à sucre quand nous sommes proches du fleuve, brousse déserte en dehors. Nous traversons des villages où les maisons traditionnelles sont fréquentes.
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Les charrettes tirées par des attelages de zébus parcourent la campagne, indifférentes aux klaxons rageurs des bus. Nous faisons une halte pour déjeuner dans un relais tenu par une tonitruante mégère. Nous nous contentons d'un paquet de pommes chips et d'une bière avant de repartir. Nous sommes rapidement à Nyaung Oo, plus tôt, encore une fois, que prévu. Une carriole à cheval a été envoyée par l'hôtel New Park où nous avions réservé une chambre  et nous y sommes peu après débarqués. Nous disposons d'une grande chambre avec tout ce qui nous avait manqué jusqu'alors : des cintres, une table et des fauteuils et même une petite terrasse privative devant le bungalow. Nous faisons le point, essayons d'envisager la suite. Je ressors tenter de changer des dollars et me renseigner sur les possibilités de nous rendre à Mrauk U. De retour à la chambre, je parviens à me connecter et envoyer des messages. Marie relit mon texte que nous amendons ainsi ensemble. Nous ressortons pour dîner au restaurant, le Black Bamboo. tenu par une Française et, de ce fait, fréquenté par tous les touristes en mal d'expériences gustatives... Nous nous offrons des cocktails avant de passer aux choses sérieuses : un plat thaï pour Marie, inodore et sans saveur et un curry local, loin d'être épicé pour moi. Nous regagnons la chambre. Je parviens à mettre le blog en ligne puis nous nous couchons et je m'endors très vite.
 
Dimanche 12 janvier : Le petit déjeuner est succinct, mais tout de même avec des oeufs, des toasts et des fruits. La carriole à cheval que j'avais réservée hier nous attend. Ce n'est pas très confortable, Marie ne se trouve bien ni à l'avant ni à l'arrière. Nous partons en direction de Old Bagan, des stûpas de brique apparaissent, dispersés dans la campagne, des grands, des petits, les plus importants reposent sur des socles cubiques et sont recouverts de stucs.
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Premier arrêt pour le temple de Htilominlo, une grande structure de plan carré à plusieurs niveaux, très décorée, renfermant, comme d'habitude, aux quatre points cardinaux des statues géantes du Bouddha, entourées de parasols de cérémonie.

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Presque en face, le petit temple de Thein Upali renferme de belles fresques qu'un gardien nous permet de voir. Derrière, des champs où s'activent à lier des bottes de tiges de maïs des paysans, indifférents à la beauté de leur cadre de travail. Nous franchissons la porte de l'ancienne cité de Bagan. Ne s'y trouvent plus que des pagodes et quelques établissements hôteliers de luxe, construits dans le style local mais jurant par leur éclat du neuf avec la patine des temples. Nous arrêtons au temple Mahabodi, de style indien, surmonté d'une tour sikhara en pain de sucre.

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Plus loin, le temple Bupaya avec son stûpa doré paraît récent, il est très fréquenté en ce jour de repos par les habitants qui viennent se prendre en photo sur la terrasse surplombant l'Irrawaddy et les bateaux de promenade qui les ont amenés. Encore un temple, Gawpawlin, massif, avec les inévitables Bouddhas dorés dans leur niche. Je commence à saturer, nous enfilons les pagodes les unes après les autres, ce soir je les mélangerai toutes et demain je les aurai oubliées.

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De la terrasse de la pagode Mimalaungkyaung, nous avons une belle vue sur la campagne et les stûpas qui en émergent, vision proche de celle que j'attendais ici.

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Au temple de Patothamya, le plus ancien, nous découvrons les murs intérieurs entièrement couverts de superbes fresques. Elles ne sont pas éclairées, la gardienne a une meilleure lampe torche que nous et nous parvenons à distinguer des Bouddhas en très grand nombre ainsi que des scènes profanes (?), des bateaux, des défilés de chevaux, d'éléphants. Une restauration s'impose et rapidement ! Notre carriole suit un chemin dans la campagne avant de parvenir à la grande pagode Thatbyinnyu sans grand décor intérieur.

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Une dernière, Shwegûgyi se révèle très intéressante non pour son décor, ses Bouddhas, mais pour la vue depuis sa terrasse. J'y trouve enfin ce que j'attendais, comme à Tikkal, des sommets de temples qui surgissent dans le lointain de la végétation. Dommage que s'y ajoutent les constructions modernes d'un resort ! Nous ressortons de Old Bagan et nous nous arrêtons aussitôt pour aller déjeuner chez Sarabha II, sous une agréable paillote. Bonne cuisine mais chère pour les portions servies, en particulier ma salade de poulet. Il existe un Sarabha I, aussi bien installé et moins cher... Après le déjeuner, nous retournons à notre calèche mais le conducteur n'est pas là. Nous patientons puis l'envoyons chercher. Il nous fait dire de nous rendre à pied à la pagode Ananda. Je vais le voir, il mastique sa chique de bétel qui ne facilite pas son élocution, la bière (le whisky local ?) avalée non plus... Nous partons à pied en traversant le marché, couvert de bâches entre deux échoppes de marchands de tissus. Marie peste contre le conducteur de la carriole. Le saint des saints est entouré de couloirs concentriques percés d'une multitude de niches qui, vous l'avez deviné, abritent des Bouddhas. Il faut ressortir d'un autre côté pour aller visiter un petit bâtiment entièrement couvert de fresques à l'intérieur. Certaines ont été restaurées et un faible éclairage permet de distinguer de superbes scènes de banquets, de processions. Nous revenons sur nos pas et devons retraverser la pagode. De retour à la carriole, nous trouvons notre conducteur en train de ferrer son cheval ! Il veut changer un fer mais tord les clous faute de marteau... Nous trouvons une autre carriole pour retourner à l'hôtel, plus question de pagodes ni de coucher de soleil. En chemin, nous sommes doublés par notre carriole de ce matin dont le cheval semble avoir retrouvé fière allure. Fin d'après midi sur la terrasse de la chambre à mettre à jour blog, texte et photos. Nous allons dîner dans la gargote en face de l'hôtel (Christiane en avait parlé...). Nous sommes seuls, ce n'est pas très gai... Nourriture quelconque, toujours du porc ou du poulet cuisiné avec des légumes et une vague sauce, vite avalée. Retour à la chambre.

Lundi  13 janvier : Nous nous réveillons un peu tard mais nous sommes prêts pour partir à neuf heures avec un nouveau conducteur de carriole.

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Nous quittons bientôt la route de Old Bagan pour emprunter des chemins sablonneux au milieu des cultures, haricots, soja, que des paysans sont venus sarcler avec leurs belles charrettes traditionnelles au timon décoré, attelées d'une paire de sages zébus blancs. Première halte pour le temple de Dhammayangyi, une des plus grandes constructions du site, sur plusieurs terrasses superposées. De grandes statues dorées de Bouddha occupent les ouvertures dans trois directions cardinales.

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A leurs pieds, des tapis chinois avec des dessins de gros nounours... Des couloirs sombres et très hauts de plafond en font le tour. Nous arrêtons ensuite à une petite pagode, la Lawkahteikpan dont l'intérieur est couvert de très belles fresques difficilement visibles sans éclairage mais le gardien a tout prévu et prête aux visiteurs des lampes, plus performantes que la nôtre. Nous atteignons l'incontournable pagode Shwesandaw en forme de pyramide, plusieurs gradins que l'on peut atteindre par de raides escaliers sur chacune des quatre faces. Je décide Marie à grimper au second niveau mais, effrayée par la descente, elle ne veut pas continuer. Je poursuis donc l'ascension seul.

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A chaque niveau c'est l'émerveillement, je suis entouré de stûpas en brique que la lumière point encore trop crue éclaire et dore. Les pointes des zedi s'échappent des arbres et des buissons et plus on monte et plus j'en vois, à perte de vue. C'est la vision de Bagan que j'avais ! Je récupère Marie à la descente puis nous allons contempler dans un bâtiment voisin, un long Bouddha couché, la tête reposant sur des coussins de pierre. Nous repartons pour, au milieu des palmiers à sucre, le temple Gubyaukgyi. Sous la tour sikhara, les encadrements sculptés de fenêtres et de portes sont remarquables mais ce sont surtout ses fresques intérieures qui justifient le détour. Le gardien qui baragouine un peu toutes les langues a eu la riche idée de mettre à la disposition des visiteurs une lampe électrique et un très long fil qui la relie au courant. Les peintures sont alors bien apparentes. Elles décrivent des scènes de la vie de Bouddha mais nous sommes bien trop ignares pour savoir les déchiffrer. Nous atteignons le village de Myinkaba et nous y déjeunons dans une gargote, classiques riz ou nouilles sautés avec des légumes et quelques morceaux de viande ou de crevettes. Le service est lent, il ne doit y avoir qu'une seule marmite sur un feu unique... Nous visitons un atelier de fabrication d'objets en laque. On nous montre les différents étapes de la fabrication avant de nous faire voir en détail le magasin. Nous y trouvons de belles boîtes anciennes au décor floral, mais les prix sont dissuasifs. Je trouve une autre belle boîte ancienne mais au prix bien trop élevé pour démarrer un honnête marchandage. Marie inaugure la période des achats de cadeaux avant que nous ne repartions pour, à quelques centaines de mètres, l'ensemble des temples Manuha et Nanpaya. Nous commençons par ce dernier, un modeste bâtiment, joliment décoré extérieurement et renfermant encore des fresques.

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Les quatre piliers de la nef sont curieusement sculptés de représentations de Brahma avec ses trois têtes et d'ogres qui recrachent des fleurs. La décoration extérieure n'est pas en reste et les encadrements de fenêtres montrent des monstres et des dragons sculptés.

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La pagode voisine, Manuha, paraît moderne, elle est très fréquentée pour ses gigantesques Bouddhas, assis et couché recouverts d'or, installés dans des espaces confinés où il est difficile de les considérer avec un peu de recul. Nous marchandons une paire de marionnettes articulées mais nues. Plus loin, à la pagode Ape Yadana, nous peinons à distinguer d'autres fresques en moins bon état, sans autre éclairage que notre lampe de camping. Le dernier temple, Nagayon est joliment décoré à l'extérieur avec des pinacles dorés. L'après midi est bien avancée, le soleil commence à darder des rayons moins ardents, les couleurs sont plus chaudes, il est temps de nous acheminer au pas lent de notre cheval, en traversant la campagne, vers une pagode d'où nous pourrons guetter le coucher du soleil.

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Cette dernière promenade au milieu des stûpas est superbe. Nous en découvrons de nouveaux à chaque virage, des ensembles tous plus photogéniques les uns que les autres. Nous arrêtons au pied de la pagode Bulethi. Nous n'y sommes pas les premiers, ni les derniers. Il faut escalader des escaliers trop raides au goût de Marie mais, une fois parvenus à la terrasse supérieure, on est entouré de pagodes, stûpas, zedi, en brique, dorés ou blancs, dans toutes les directions, piquetant la campagne.

Birmanie 2014

Nous attendons la disparition de l'astre à peine rougeoyant, coloriant d'une nuance orangée les quelques pointes à l'occident. La descente n'est pas aussi difficile que le craignait Marie et un dernier coup de collier de notre vaillant coursier nous ramène de nuit à l'hôtel. Nous voulons réserver le bus pour l'étape suivante, au lac Inle, mais celui d'après-demain est déjà complet, nous allons devoir rester un jour de plus à Bagan. Nous allons dîner dans un restaurant indien, bonne cuisine, poulet tandoori trop sec et portions de viandes limites  mais, malgré mes craintes, tout est bon. Retour à la chambre pour une nuit bien méritée.

Mardi 14 janvier : Nous ne nous pressons pas d'autant que nous devons commencer par changer de l'argent et la banque n'ouvre qu'à neuf heures et demie. Je règle le bus pour le lac Inle et demande à téléphoner à Nyaungshwe pour réserver un hôtel. Les prix ont considérablement augmenté et beaucoup sont pleins. Nous devons accepter de payer 50 dollars pour être sûr d'avoir une chambre à l'arrivée. Nous partons avec une carriole tirée par un malheureux poney boiteux, son antérieur droit a un boulet enflé. J'ai mal pour lui et hâte d'arriver au marché.

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Sous une halle, les échoppes de tissus, de longyi, de vêtements et de bimbeloterie chinoise disputent la place à d'autres qui ont compris que les touristes étaient d'un meilleur rapport... J'y trouve de belles boîtes en laque que j'ose croire, à leurs craquelures,  anciennes. Négociation, hésitation et finalement achat. Me voilà encombré d'un sac plastique volumineux qu'il va falloir caser dans les bagages. Je vais jeter un oeil au restaurant Bagan Beach, très agréablement installé en hauteur sur la berge ensablée de l'Irrawaddy. Nous hésitons mais les prix sont tout de même nettement plus élevés et nous préférons prendre un trishaw pour nous ramener à proximité de la pagode Shwezigon. J'ai beau avoir un peu moins de scrupules à faire transpirer un homme qu'un cheval, je ne suis pas fier de ma position... Nous allons déjeuner dans une gargote, rien de fameux, il faut chercher les minuscules morceaux de viande au milieu des légumes et la bière est tout juste fraîche. Puis nous traversons l'esplanade qui nous sépare de l'entrée de la pagode Shwezigon, abandonnons nos chaussures et pénétrons dans la cour. De l'extérieur, nous n'apercevions qu'un grand stûpa doré qui paraissait toc.

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A l'intérieur, la débauche de pavillons aux toits en escalier, de zedi, de stûpas, tous  dorés, confère à l'ensemble un cachet digne de la Shwedagon de Rangoon

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Ce temple est très fréquenté, des cohortes de paysans s'y rendent en pèlerinage, s'agenouillent devant des statues, joignent les mains haut au-dessus du front, puis s'installent à l'ombre d'un pavillon pour deviser, papoter, grignoter quelques graines, cracher un jet rougeâtre de bétel et regarder passer les fort exotiques touristes. Dans une salle sont exposés des figurines habillées de mousselines, ce sont les 37 nats admis dans le bouddhisme local. Nous retraversons l'esplanade jusqu'à la route où Marie trouve un trishaw pour la ramener à l'hôtel. Je reviens à pied et me renseigne au passage sur une éventuelle excursion en bateau demain après midi sur l'Irrawaddy. Je mets une petite annonce dans le hall de l'hôtel dans l'espoir de trouver des compagnons pour en partager les frais. Nous avions envisagé de nous rendre avec une carriole à la tour d'observation moderne mais il commence à être tard et aucune carriole n'est en vue. Nous restons donc sagement sur notre terrasse à écrire les cartes postales et attendre l'heure du dîner. Nous allons dans un restaurant qui se prétend mi-italien, mi-gril. Erreur funeste ! Si la salade avocat-tomate-thon est très honnête, le pseudo gril est en fait une plaque sur laquelle grésillent de rares morceaux de viande cuits, bouillis dans le jus des (beaucoup) plus nombreux légumes. Quant au riz, il est, comme d'habitude dans ce pays, servi froid...

Mercredi 15 janvier : Nous hésitons sur le déroulement de la journée. Notre annonce n'a eu aucun succès et nous avons aussi envie de retourner dans la campagne en carriole, nous promener entre les temples, les stûpas et autres zedi. Je vais à la poste envoyer quelques cartes. Puis je rencontre notre conducteur de horse cart de l'avant veille. Nous convenons avec lui d'une balade dans l'après-midi. Je tente encore une fois de me connecter et finis par y parvenir laborieusement. Messages aux F. et à Julie. La matinée se passe ainsi. Pas rancuniers, nous retournons déjeuner au restaurant d'hier soir. Marie se contente d'une crêpe et je me régale avec des nouilles sautées, pas cher du tout. Notre conducteur est ponctuel et nous repartons derrière notre brave petit poney. Nous sortons de la ville par une bien longue portion de route goudronnée avant de retrouver les petits chemins étroits et sablonneux.

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Il nous amène au temple de Iza Gawna, non indiqué dans les guides qui pourtant renferme une multitude d'images du Bouddha de très petite taille, fresques qui entourent, sur les murs et plafonds, une statue du même Bouddha. Beaucoup sont très effacées et la relation de sa vie sur des vignettes peintes presque illisibles surtout pour nous incapables de "lire" ces récits mais l'ensemble, inattendu, est séduisant. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour un groupe de deux autres temples. Le premier, Thambula, avec une sikhara de type indien, laisse deviner, derrière des grilles, des fresques intéressantes mais la porte est verrouillée. Arrive une guide et un couple d'Italiens. Je lui demande si elle a la clé, elle s'en retourne la quérir et nous permet ensuite de visiter l'intérieur.

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Nous y découvrons, ravis, ce qui sera pour nous, peut-être, le plus bel ensemble de peintures, très fines, dans des tons ocre et jaune. Habituelles représentations du Bouddha mais aussi scènes profanes (?), enchevêtrements de personnages dans des mêlées confuses, amoureuses ou guerrières (n'est-ce pas la même chose ?). L'autre temple, Payathonzu, en fait, est triple. Trois modestes constructions accolées et communicantes qui n'ont pour intérêt que leurs fresques intérieures mais que l'on ne peut photographier. Des représentations d'une très grande finesse de danseuses, de dieux hindous, Brahma et ses quatre têtes, Vishnu et ses huit bras,  et d'épisodes de la vie du Bouddha. Tout autour de nous des temples grands et petits qu'il faudrait des jours pour visiter, détailler, comprendre, apprécier. Nous arrêtons ensuite au village de Minnanthu. un village traditionnel qui se transforme tout doucement en village-musée.

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Le touriste, à peine arrivé, est pris en charge par une femme qui le mène entre les maisons, lui montre les récoltes, noix de jujube répandues sur le sol, branches de sésame en train de sécher, les métiers à tisser, l'épicerie où on vend des cheeroots, ces cigares à base de tabac, de tiges de palmier et de jus de tamarin enroulés dans une feuille de maïs qui font un de ces barreaux de chaise digne de Groucho Marx. Des antiques charrettes tirées par des zébus sont en activité, certaines ont de superbes timons sculptés. Mais le temps presse, nous devons nous rendre au petit trot au temple Pyathada, une massive construction guère élégante mais pourvue d'une large terrasse ouverte aux visiteurs. L'escalier, en partie intérieur, n'est pas trop raide et la place ne manque pas.

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Comme aux autres sites en hauteur, nous découvrons à plus ou moins courte distance des dizaines de stûpas de toutes tailles et en fond d'horizon une chaîne de montagnes. Le soleil décline et dore les briques qui lui font face. De nombreux Birmans viennent admirer la vue, se prennent en photo, parfois avec nous et s'en retournent sans attendre le coucher du soleil.

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Comme l'avant-veille, l'absence de nuages interdit au ciel de rougir et seul le contre-jour révèle les silhouettes des temples dans l'axe des derniers rayons.

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Nous nous en revenons à l'hôtel en passant entre les derniers temples qui se détachent en ombre chinoise sur le ciel à peine orangé. Nous commençons à préparer les bagages pour demain puis nous allons dîner dans un restaurant que j'avais repéré en allant à la poste, le Red Pepper. Nous choisissons un menu thaï et nous nous régalons d'une excellente cuisine pimentée au goût de chacun (j'en pleure, mouche !). Poulet au basilic, porc au lait de coco, tout est bon ! Retour à la chambre pour notre dernière nuit à Bagan.
 
Jeudi 16 janvier : Nous devons nous lever avant six heures pour être prêts à sept heures, heure à laquelle on doit venir nous chercher pour nous emmener à la gare routière. Nous patientons puis une jeep arrive et nous emmène directement au bus. Cette fois, nous sommes en compagnie de nombreux touristes et quelques autochtones. Nous démarrons à l'heure mais le bus n'est pas plein. Il continue son ramassage le long de la route et quand tous les sièges sont occupés, les Birmans, qu'il continue d'embarquer tout au long de la route, s'assoient dans le couloir sur des tabourets en plastique très bas.
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Il est encore assez tôt pour que nous puissions assister au défilé des bonzes et moinillons qui tendent leur bol à offrande que de braves ménagères remplissent de louches de riz. Après avoir longé quelques rizières, nous retrouvons la brousse sans cultures ni villages. Je somnole, lit quelques pages du livre de Malcolm Lewis, "Terre d'or". Nous passons la jolie bourgade de Meiktila, alanguie à l'ombre généreuse de grands arbres, au bord d'un lac sur lequel fait semblant de flotter un bateau en béton en forme de gigantesque oiseau, accolé à un temple. Le temps passe, l'heure de s'arrêter pour déjeuner aussi. Nous commençons à désespérer de pouvoir vider nos vessies quand enfin on nous accorde une halte de trente minutes dans un relais routier. Nous prenons deux plats vite avalés et une bière avant de repartir.

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Après Kalaw où descendent de nombreux touristes qui vont continuer en trekking, la route commence à s'élever, les villages sont plus fréquents et l'on y voit de belles maisons sur pilotis aux murs de bambou tressé formant des dessins géométriques. Nous entrons dans le pays Shan, la végétation devient plus luxuriante, la vue s'étend sur la vallée et les montagnes couvertes d'une belle forêt. Dès que nous avons passé un col, nous continuons sur un plateau dénudé, tout en cultures. Puis c'est la descente sur le bassin du lac Inle. Nous ne voyons pas encore le lac mais ses eaux remplissent des canaux au milieu des terres. Le bus nous dépose à l'entrée de Nyaungshwe où nous attend une sorte de tuk tuk avec un grand plateau et deux bancs pour les passagers. Il nous amène à l'hôtel Taekwood, pas désagréable, mais la patronne a un côté "avidadollars" déplaisant. Je pars presqu'aussitôt me renseigner dans une agence de voyage sur les tarifs des excursions sur le lac. A mon retour, Marie est au téléphone avec Christian qui nous propose de nous joindre à eux pour une grande promenade en bateau samedi jusqu'à Sankar. Nous allons dans une agence nous renseigner et leur communiquons les renseignements et les tarifs, heureusement bien moins élevés que ceux qu'ils envisageaient. Je vais ensuite me renseigner dans une troisième agence recommandée pour avoir confirmation des conditions. Nous dînons dans un petit restaurant coquet de bonnes grillades avec des frites mais les portions sont vraiment trop réduites. Dommage ! De retour à la chambre, je parviens à me connecter, message aux F., à Vettou et Michelle.

Vendredi 17 janvier : Nous commençons par retourner à l'agence de voyage où je m'étais rendu la veille et nous finalisons les réservations pour les promenades sur le lac les deux jours suivants. Nous réservons également le retour en bus de nuit à Yangon.

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Nous allons faire un tour au marché, rien d'original, marchandes de fleurs photogéniques et quelques femmes avec une serviette nouée en turban sur la tête. Des marchands de souvenirs sont installés, nous trouvons des copies de livres dont les pages sont des feuilles de bambou, avec d'un côté un texte en pali et de l'autre des peintures représentant la vie du Bouddha. Marie achète une jolie paire de marionnettes pour Julie. Nous nous rendons ensuite à la pagode Yadanarmanaung, une de celles que les touristes n'ont aucune raison de visiter et pour cause il ne s'y trouve rien d'intéressant, si ce n'est, dans des vitrines poussiéreuses, divers objets sans doute offerts à la pagode, des bols, des carillons Westminster, de la verroterie, des objets recouverts de pierres peut-être précieuses et de dorures, des personnages miniatures, des sculptures pas toujours très anciennes, un ensemble très hétéroclite et étrange. Nous déjeunons dans un restaurant proche, spécialisé dans les pâtes, les gnocchi et les crêpes, comme bien d'autres gargotes qui ont vite compris que les touristes, las de la cuisine locale, seraient ravis de retrouver une "bouffe internationale" insipide. Presque tous les plats étant au fromage, je me contente de très honnêtes frites et de "guacamole". Nous revenons à l'hôtel pour un court repos puis nous repartons en quête d'un tuk tuk pour nous rendre à Mang Thawk. Nous faisons le tour des agences de voyage dont les tarifs nous paraissent bien élevés. J'abandonne Marie dans l'une et vais à la gare des tuk tuks où j'en négocie un pour 12000 kyats. Nous partons dans cet étrange camionnette mue par une moto. La suspension est des plus raides et nous sautons sur la mauvaise route, sans voisins pour amortir les chocs. Des passages de piste sont particulièrement éprouvants. Marie n'y tient plus, cognée de partout, des poussières plein les yeux,  et nous décidons de faire demi-tour. Nous retournons directement à la chambre. Nous écrivons quelques cartes postales puis allons les mettre à la poste. Nous marchons ensuite jusqu'au bord du canal qui relie la ville au lac. Impression d'une Venise orientale avec une multitude de pirogues "longue queue" qui sillonnent à grand bruit et en soulevant une gerbe d'eau le canal en transportant des sacs ou des ballots et plus souvent des touristes (des ballots ?). Des adolescents jouent avec une balle en osier, le chinion, qu'il faut relancer en ne la frappant qu'avec les pieds, jeu que nous avions déjà vu en Thaïlande. Les gens que nous croisons, ici comme ailleurs, sont toujours très gentils, sourires, salutations, sans arrière pensées mercantiles, quelquefois on nous propose un tour en bateau ou un moyen de transport mais toujours aimablement et sans insister. Un peuple décidément sociable, d'une grande douceur. Le soleil couché nous revenons à l'hôtel attendre le coup de fil de Christian à qui je confirme le départ demain. Il souhaite un guide et repousser l'heure de départ d'une demi-heure, ce qui convient à Marie Je retourne à l'agence les prévenir. Nous allons dîner dans une gargote de la rue principale, Min Min, clientèle exclusivement étrangère, rassemblement de touristes occidentaux pour une cuisine semblable à celle de ce midi, je sacrifie aux gnocchi, je suis calé pour quelques heures...

Samedi 18 janvier : Nous devons encore nous lever avant six heures pour prendre un petit déjeuner juste avant sept heures, et être au rendez-vous avec la guide qui va nous accompagner sur le lac Inle. Marche inattendue jusqu'au canal pour trouver notre pirogue et enfin partir à toute vitesse sur le chenal qui relie Nyaung Shwe au lac.

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Nous filons entre les roseaux avant d'atteindre la vaste étendue d'eau déjà parcourue en tous sens par d'autres pirogues chargées de colis et pour quelques-une de passagers. Nous devons prendre les F. au passage, à leur resort. Mais ni la guide, ni le conducteur du bateau ne semblent très bien savoir où se trouve cet hôtel. Nous apercevons bien un ensemble de bungalows sur pilotis qui pourrait correspondre à la description de Christian mais ils se dirigent dans un canal qui nous amènent dans un cul-de-sac. Demi-tour puis renseignement pris auprès d'un pêcheur, nous enfilons un autre canal qui nous amène à un resort mais ce n'est pas le bon ! La guide et moi le traversons à pied, rejoignons la route et marchons jusqu'à celui recherché. Les F. ne sont pas à leur chambre mais, logiquement, nous attendent à la jetée, ce qui semble dérouter notre guide... Enfin je les retrouve, une autre pirogue affrétée par notre guide nous ramène à notre pirogue et nous pouvons enfin nous lancer dans la traversée du lac avec trois quarts d'heure de retard...

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Au passage nous admirons l'habileté avec laquelle les pêcheurs manient, avec une jambe l'aviron, debout sur l'autre à la poupe de leur esquif, tout en lançant leur filet ou en remontant de grandes nasses ! Les collines se rapprochent, nous sommes à l'extrémité sud du lac, nous continuons sur un large chenal.

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Nous traversons de beaux villages lacustres, les maisons sur pilotis ont très souvent deux étages, certaines sont imposantes.

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Même les pagodes sont sur pilotis ! Les collines qui entourent le lac sont perdues dans la brume, nous y distinguons néanmoins des stûpas, la moindre éminence en est pourvue. Vue du ciel, la Birmanie doit ressembler à un crocodile hérissé de pointes. Nous empruntons ensuite un canal secondaire encombré de jacinthes d'eau envahissantes pour aboutir au village de Hmawbe où se tient le marché. Celui-ci a lieu tous les cinq jours dans certains des villages du lac. Nous y parvenons tard, les commerçants commencent à remballer leurs ballots.

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Tout juste avons-nous le temps d'y voir quelques femmes de l'ethnie Pa-O, vêtues de noir et la tête ceinte d'un turban rose ou orange. Quelques hommes d'une autre ethnie portent un turban ocre. Malgré la venue de plus en plus fréquente de touristes, aucun ne s'offusque d'être le sujet de clichés pris sous leur nez.. Peu de choses intéressantes sur les étals, quelques fruits et légumes, des produits manufacturés indispensables, allumettes, bougies, piles, savon etc... Nous repartons sur le canal, les villages disparaissent, l'intérêt s'émousse, nous somnolons tous jusqu'à ce que nous atteignions le lac Sankar presqu'entièrement couvert de ces jacinthes dont ils ne semblent pas tirer profit. Après avoir aperçu la pagode Tharkaung et ses stûpas, nous abordons la rive orientale au village éponyme. Contrairement à nos espoirs, nous n'y sommes pas les seuls, bien d'autres touristes foulent en ce jour le même sol que nous !

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Avant même d'accoster, nous découvrons des stûpas ruinés en brique, les pieds dans l'eau. La construction d'un barrage a fait monter le niveau des eaux et le village paraît abandonné.Une courte marche nous amène à la pagode entourée elle aussi de stûpas ruinés.

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A l'intérieur un Bouddha taillé dans du bois de frangipanier, doré comme il se doit, ainsi que des représentations des nats qui l'entourent. Après avoir exploré la zone des stûpas au bord de l'eau, surveillés par la guide qui veille à ce que nous retirions nos chaussures dans les lieux consacrés, nous reprenons notre bateau pour traverser le lac, aborder la rive occidentale et ainsi pouvoir nous sustenter au même restaurant que tous les autres touristes, ce qui représente déjà quelques tables... Plats classiques que j'aurais bien accompagnés d'une bouteille du rosé local mais personne ne semble intéressé.

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Nous visitons ensuite, très rapidement une distillerie très artisanale d'alcool de riz, sans dégustation... Nous repartons pour une brève traversée de ce qui, de loin, pourrait sembler être une prairie traversée de bras de rivière et qui est, en fait, un lac couvert d'herbes flottantes en couches suffisamment épaisses pour former par endroit des jardins cultivés.

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Nous débarquons et sommes alors sous les centaines de stûpas en cours de restauration qui entourent la pagode Tharkaung. De riches Chinois de Singapour, de Malaisie ou d'autres contrées, ont financé la réhabilitation inachevée du lieu, le béton et le ciment ont été fortement mis à contribution. Examiné de près le résultat paraît consternant mais l'ensemble, sous un soleil bienveillant, ne manque pas de charme et les clochettes des thi, les coiffes métalliques des pointes des stûpas, tintinnabulent dans l'air qui les agitent.

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Nous en faisons, séduits, le tour, avant de reprendre le bateau et le chemin du retour.

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Le soleil décline et rosit les maisons lacustres du dernier village Nam Tan que nous traversons au ralenti. Nous filons sur le lac pour ramener les F. à leur resort. Le soleil se couche quand nous y sommes, il ne fait plus chaud, les embruns et une vague, soulevée par une autre pirogue croisée, m'ont suffisamment mouillé pour que j'ai hâte de rentrer. Nous débarquons enfin, fatigués, avec de bons coups de soleil en ce qui me concerne. Nous rentrons à l'hôtel puis allons dîner au plus proche restaurant où je peux me connecter, recevoir les messages de Michèle et Vettou mais toujours rien de Julie ! Nous nous offrons deux très honnêtes cocktails avant de dîner puis de rentrer nous coucher avec la perspective d'une seconde journée sur le lac.
 
Dimanche 19 janvier : Réveil un peu plus tardif ce matin d'autant que le réveil n'a pas sonné. Nous sommes à sept heures et demie au coin de la rue où bientôt apparaît notre boat driver de la veille. Nous devons retourner à pied jusqu'au canal puis embarquer et filer de nouveau vers le lac. Le ciel est couvert, tout gris, mais il va lentement se dégager partiellement.
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Les pêcheurs avec une grande nasse, l'incontournable photo du lac Inle, attendent les touristes sur leurs pirogues et aussi un petit billet en échange... Nous traversons le lac puis remontons une des rivières qui l'alimentent. Nous devons franchir, presque comme de très modestes rapides, des barrages de troncs et de terre qui régularisent le débit.

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En approchant d'In Dein, nous passons sous de jolis ponts, souvent couverts, en bambous. Nous accostons puis traversons à pied une petite bambouseraie avant d'entrer dans le village. Les méfaits du tourisme de masse se manifestent aussitôt. Succession de stands de "souvenirs" de la plus extrême laideur, vendeurs bien moins insistants qu'au Maroc mais qu'en sera-t-il dans peu d'années ? La place du marché, le vrai, est fréquentée par des gens des ethnies de la région descendus de leurs montagnes pour l'occasion.

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Les touristes, mes semblables, mitraillent sous leur nez, la moindre femme portant turban coloré, jupe et sarrau noir ou bleu marine. Ce sont celles qui fument des cigares de fabrication locale qui ont le plus de succès.

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Quelques-unes ne refusent pas, quand elles ne le sollicitent pas, un billet que d'ici peu elles exigeront, à raison, pour se voir immortalisées lors des soirées diapos entre amis, dans les foyers occidentaux. Entre les étals de fruits et légumes, les déballages de bijoux de pacotille, les ustensiles aratoires, on trouve des bijoux de fausses perles, des bracelets d'argent, une multitude de statuettes à prétention bouddhiste, des marionnettes etc... pour les touristes. Il y a nettement plus d'animation que dans le marché vu la veille, plus de touristes aussi... Nous montons à la pagode Shwe Inn Tain dont le couloir d'accès, couvert de vilaines tôles ondulées commence, une fois le pont sur la rivière franchi. Nous devons acquitter un droit de photographier... Tout au long de ce corridor, les vendeurs de souvenirs sont installés et guettent le bon client en tentant de l'attirer avec quelques mots d'italien, de français, quand ils parviennent à deviner notre nationalité. Ils n'en sont pas encore à ces formules entendues à Bagan : "Vas-y mollo mon Coco" dont on se demande qui a bien pu la leur apprendre !

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De part et d'autre de ce couloir, des stûpas de brique, ruinés, perdus dans la végétation confèrent au lieu un charme de cité perdue, dévorée par la jungle, dont nous pourrions presque nous croire les premiers visiteurs... En arrivant au sommet de la colline, ces stûpas sont en cours de rénovation, de généreux donateurs ont commandité leur ré-érection, les ont fait bétonner, cimenter puis dorer. ils ont acquis ainsi bien plus de mérites qu'en dotant des établissements charitables... 

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Si chacun de ces stûpas est individuellement plutôt laid, leur accumulation (ce qu'a bien compris Arman), comme en d'autres sites, crée un ensemble qui ne manque pas d'allure, sans oublier le cliquetis des clochettes agitées par le vent. La pagode n'a pas grand intérêt et après avoir rapidement contemplé la vue sur le lac dans le lointain, nous redescendons vers le marché qui se termine.

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De très rustiques camions remmènent vers leurs villages des femmes souriantes, rieuses, toutes avec de beaux turbans écarlates. Les hommes portent des pantalons courts et des vestes noires ou bleues de gros drap et en bandoulière de jolis sacs colorés. Ce sont ces petits hommes bruns qui ont constitué dans toute l'Indochine, les troupes de supplétifs de toutes les armées qui s'y sont battues, ne récoltant que méfiance des autorités issues des indépendances et des places dans les cimetières. Nous repartons pour la tournée des ateliers d'artisanat, bijoutiers d'argent, fabricants d'ombrelles, de cigares locaux etc... Je suis de mauvaise humeur face à ce dévoiement d'un authentique artisanat.

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Le pire est sans doute chez ce marchand de souvenirs qui pour attirer la clientèle étrangère a fait venir de leur contrée, là où elles étaient en voie de disparition, des femmes-girafes dont le cou est enserré d'anneaux de laiton qu'elles ne peuvent retirer sous peine de se briser la nuque. Des jeunes filles sont contraintes de se soumettre à cet esclavage qui ne dit pas son nom. A l'hôtel, j'ai entendu un couple, jeune, demander où on pouvait les voir, ils seraient sans doute étonnés de se voir assimilés à ceux qui, avec beaucoup de bonne conscience et avec plus d'excuses qu'aujourd'hui, allaient contempler les "sauvages" au bois de Vincennes lors de l'exposition coloniale de 1931 ! Nous déjeunons dans une gargote sur pilotis, moi, d'un poisson farci qui n'est pas farci, simplement frit et recouvert d'une sauce tomate... Marie a choisi une valeur sûre, les nouilles frites au porc ou au poulet. Nous allons visiter un atelier de tissage, on y traite la soie, le coton et les fibres de lotus, obtenues à partir des tiges en les brisant tous les cinq centimètres.

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Des métiers sont installés à l'étage, atmosphère du XIX° siècle !

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Nous nous rendons ensuite à la pagode Paung Daw U, pas particulièrement belle mais elle est fameuse dans le monde bouddhique pour avoir, sur un autel brillant de mille feux, trois représentations de Bouddha et deux de moines recouverts de feuilles d'or à tel point qu'elles sont devenues informes et que nul ne pourrait y reconnaître des formes humaines, tout juste distingue-t-on des boules superposées sur lesquelles des hommes, surtout pas des femmes ! continuent d'apposer de fines pellicules du précieux métal. Ces "statues" sont promenées en cortège, sur des barques abritées sous un hangar proche, lors d'une procession en octobre.

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Dernière visite pour le monastère Nga Phe Chaung. Il ne paie pas de mine en arrivant, ses toits de tôle sont rouillés et ses murs de bois ternes. Il faut y regarder de près pour s'apercevoir que ces derniers sont décorés. 

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En y pénétrant, on est saisi par l'atmosphère dégagée par des dizaines de piliers de teck qui le maintiennent sur pilotis, dorés dans la salle, et par la multitude de Bouddhas enchâssés dans des débauches de bois découpé en fines dentelles. Le parquet est en bois, les plafonds, les murs, tout est en bois, bien plus agréable à la plante des pieds que le béton...

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De sa véranda, nous apercevons les jardins flottants, des cultures réalisées sur ces terres artificielles, découpées en bandes sur lesquelles ont été dressés des espaliers où poussent principalement des plants de tomates. C'en est fini du lac Inle, nous faisons route vers Nyaung Shwe en laissant à leur occupation les pêcheurs qui godillent d'une jambe et jettent leurs filets les mains libres. Retour à pied à la chambre, la patronne ne nous a pas trouvé et n'a sans doute pas cherché de compagnons de route pour aller à Pindaya demain. Je vais marchander un taxi pour nous y rendre seuls, puis nous retournons dîner dans le plus proche restaurant, celui où nous pouvons nous connecter à internet avec le téléphone portable mais pas avec l'ordinateur (?). Nouvelles de personnes ! Marie a voulu goûter le vin produit dans la région, elle ne finit pas son verre de Pinot noir madérisé...  Retour à la chambre pour préparer les sacs.

Lundi 20 janvier : Nous nous levons de plus en plus tard puisque notre chauffeur ne vient nous chercher qu'à huit heures et demie. Nous rejoignons par la digue le carrefour de Shwenyaung. Le chauffeur, au demeurant fort sympathique, s'arrête peu après pour prendre son petit déjeuner et nous invite à partager son repas. Marie préfère rester dans la voiture à surveiller sa montre, persuadée que nous allons rater le bus de ce soir. J'avale donc quelques beignets aux oignons ou aux haricots, arrosés d'une bonne sauce au tamarin pimentée. Je goûte à son riz gluant saupoudré de farine de sésame, moins convaincant. Nous repartons, quittons la route goudronnée pour une piste dans la campagne, traversant champs de pommes de terre, haricots, blé ainsi que des villages classiques, maisons en bois sur pilotis et chars à boeufs. Notre chauffeur a la fibre écologiste, regrettant les temps passés, quand le plastique n'avait pas remplacé les objets d'artisanat local et que les arbres n'avaient pas été coupés pour en faire du charbon de bois.

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Mais la piste est en travaux, une armée de femmes travaillent à mains nues à l'empierrer. La voiture roule au pas, je dois même descendre pour l'alléger et Marie a des sueurs froides... Nous retrouvons une route correcte et bientôt nous apercevons à flanc de montagne le site de Pindaya. C'est jour de marché dans la ville, au bord du lac. Nous y faisons un tour, habituels légumes et fruits vendus à même le sol par les paysannes descendues de la montagne. Peu ont des foulards-turbans.

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Nous achetons ce que j'avais pris pour d'énormes cheeroots et qui se révèlent être des bambous remplis de riz gluant ! Nous approchons du site des grottes en traversant une aire plantée de superbes grands arbres. La voiture nous dépose à l'entrée même du temple (?), nous évitant une montée par l'un des escaliers d'accès.

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Nous abandonnons nos chaussures devant deux statues représentant une énorme araignée hollywoodienne et le prince-archer qui la tua, délivrant ainsi selon la légende, les princesses retenues prisonnières dans la grotte. Un ascenseur, très vilain, mais avec dorures, nous amène à l'entrée. Le droit d'entrée est relativement modeste mais nous avons dû acquitter à l'entrée de la ville, comme cela se pratique dans tous les lieux touristiques, un droit d'accès à la ville. Nous pénétrons dans ce réseau de grottes et sommes aussitôt saisis par la quantité de Bouddhas, serrés les uns contre les autres, tous dorés, qui nous entourent.

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Certains vont se nicher dans la moindre anfractuosité de la roche, on en oublie les stalactites, pourtant imposants. On ne voit que des Bouddhas ! D'étroits passages permettent de circuler entre eux, monter ou descendre vers de minuscules placettes d'où nous pouvons contempler une partie des 8000 Bouddhas offerts par les dévots. Nous cherchons celui qui porte la dédicace de Jean-Baptiste Botul, le philosophe inventé pour un canular visant Bernard-Henri Lévy et dont Christian nous avait montré la photo. Nous interrogeons tous les Français que nous croisons et bientôt toute la grotte bruisse de murmures : "BHL", "Botul", "canulars", les uns racontant aux autres l'histoire mais personne ne découvre le Bouddha en question.

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Au fond de la grotte, l'amoncellement est moins dense, les matériaux plus divers et les dimensions plus réduites. Nous ressortons à l'air libre et allons déjeuner à proximité, au Mémento. Nous y sommes seuls, les plats et la bière sont plus chers qu'ailleurs, la cuisine correcte. Nous prenons le chemin du retour, par une autre route goudronnée, pas plus spectaculaire que celle de ce matin malgré l'enthousiasme de notre chauffeur.

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Nous nous faisons arrêter, peu avant Nyaungshwe, au joli monastère de Shwe Yan Pyay, tout en bois et sur pilotis avec de belles dentelles sur les toits, malgré les tôles. La décoration tant intérieure qu'extérieure utilise des pâtes de verre multicolores aux teintes passées du plus bel effet sur les bois patinés. Après un dernier détour pour aller changer des dollars chez un Chinois qui adapte son taux de change aux heures d'ouverture de la banque (!), nous nous faisons déposer à l'hôtel et faisons nos adieux au chauffeur lesté, à l'initiative de Marie, d'un bon pourboire qui lui amène un grand sourire. Nous allons boire un jus d'avocat (beurk) pour Marie et moi un Coca à notre restaurant de la veille dans l'espoir de pouvoir nous connecter à internet, en vain. Un minibus vient nous chercher et nous remmène à Shwenyaung où nous attend un très confortable bus VIP, comme celui pris pour nous rendre à Mandalay. Sièges larges, dossier inclinable ainsi que le repose-pieds, On nous distribue un petit en-cas et un soda frais. La climatisation marche à fond mais nous avons droit à une couverture, nous aurions préféré moins d'air glacial. Peu après montent une demi-douzaine d'individus bruyants et grossiers qui s'interpellent, changent de place, dérèglent les fauteuils, des Chinois ! Ce ne sont pas ceux-là qui me rendront sympathiques les Hans ! Les lumières s'éteignent, la tonitruante vidéo cesse ensuite et après une halte que je mets à profit pour reporter les photos sur l'ordinateur, tout le monde plonge dans le sommeil, nous aussi, à demi.

Mardi 21 janvier : Nous traçons notre route dans la nuit, emmitouflés dans notre couverture et arrivons à cinq heures du matin à la gare routière. Nous négocions un taxi qui nous dépose au Beautyland I. Nous réveillons gardien et réceptionniste. Ce dernier est atteint d'une horrible déformation faciale qui ne manque pas de nous évoquer "Elephant Man". Nous pouvons aussitôt occuper la chambre. Je tape mon texte tandis que Marie s'endort. Nous dormons jusqu'à dix heures puis nous nous mettons en branle tout doucement. Je vais explorer les environs et en particulier le restaurant Dolphin, le plus proche de l'hôtel. Nous commençons à regretter d'avoir choisi cet hôtel, trop isolé et pas vraiment au calme avec les travaux dans la cour de l'immeuble voisin. Quand au jardin vanté dans le guide du Routard, il se réduit à une rangée de plantes grasses le long d'un mur. Nous attrapons un taxi qui nous dépose à la pagode Sule, en plein centre ville. Nous allons nous renseigner sur les prix des chambres de quelques hôtels, ils sont tous surfacturés ou glauques. Nous déjeunons au snack déjà essayé lors de notre arrivée, bonne cuisine, trop pimentée pour Marie mais surtout, nous avions oublié qu'ils n'y servent pas de bière ! Une bonne connexion internet nous permet d'envoyer les messages qui étaient en attente et constater que personne ne nous a répondu. J'y abandonne Marie et vais changer des dollars, explorer d'autres hôtels cage-à-poules et acheter les billets de bus pour Moulmein. Je vais rechercher Marie, nous passons dans une pharmacie où elle achète du sirop pour soigner sa toux puis nous allons réserver une chambre pour les deux dernières nuits. Nous reprenons un taxi pour nous rendre à la pagode Chaukhtagyi.

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Il ne s'agit pas vraiment d'une pagode mais d'un des plus grands Bouddha couché de Birmanie, sur une éminence, protégé désormais par une toiture et toute une structure métallique. Des moines et des fidèles viennent se recueillir et prier, la place ne manque pas. Ses pieds colossaux portent les 108 stigmates avec lesquels le pauvre était né ! Son visage est serein, ses oreilles pendent et les plis du cou bien marqués. Nous rentrons à l'hôtel, toujours en taxi et nous nous installons dans le soi-disant jardin pour relire mon texte et préparer le blog que nous mettrons en ligne quand nous aurons une connexion correcte... Nous ressortons pour dîner au Dolphin, restaurant chinois, une immense salle déserte et une carte où plus de la moitié des plats de fruits de mer ne sont pas servis. Quand on nous apporte la bouteille de bière en s'excusant qu'elle ne soit pas fraîche, nous jetons l'éponge et repartons. Seule alternative dans notre territoire isolé, un autre restaurant chinois, plus loin. Je vais à sa recherche et une fois repéré, reviens chercher Marie. Devant le restaurant, sur son parking, des véhicules neufs, des grosses cylindrées, des Mercedes dernier modèle. Un autre monde après les trishaw de Mandalay ou les carrioles de Bagan... Les prix sont aussi en conséquence... On y sert du sashimi de langouste vivante, sur commande ! Chacun découpe-t-il des dés dans l'animal décarcassé ? Nous prenons deux plats, de l'anguille en sauce pour moi et Marie du poulet au gingembre confit. Tous deux excellents et si l'addition est plus élevée que d'habitude, nous y reviendrions presque. Mais il faut encore rentrer...

Mercredi 22 janvier : Nous ne sommes pas pressés ce matin aussi traînons-nous au lit avant d'aller nous faire servir un petit déjeuner pas bien fameux, dans le "jardin". Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose au Musée National, imposante bâtisse moderne de quatre étages. Nous devons déposer les sacs à l'entrée y compris celui de Marie bien que nous ayons tenté d'expliquer qu'elle en a besoin pour s'appuyer dessus. L'entrée de la première salle est calamiteuse, un couloir vide et des murs nus d'un vert d'hôpital ! Nous découvrons l'imposant trône des derniers rois de Mandalay et dans des salles adjacentes des objets de la cour royale : palanquins, lits de repos, chaises, et autres objets (crachoirs !) tous recouverts d'or et de pierres précieuses, notamment des rubis. Les pièces qui ont le plus de valeur sont présentées dans une salle, derrière des barreaux, en prison ! Les salles sont désertes, parfois nous croisons un touriste égaré, nous chuchotons de peur de réveiller les gardiennes endormies. Aux autres étages sont exposés des objets traditionnels variés, de belles boîtes en laque, de superbes charrettes parfois très ouvragées. Un étage, moins riche, est consacré aux différentes ethnies qui composent la Birmanie, des mannequins qui n'ont pas le type asiatique ont été habillés des costumes de ces peuples. Un très riche musée mais une présentation lamentable dans des vitrines aux vitres salles, et peu d'explications en anglais. A quand une belle exposition en France ? Je suis fatigué depuis ce matin, contrecoup du voyage ? Mes yeux font des leurs et je peine à lire les textes sur les cartons. Un taxi nous emmène au restaurant chinois Junior Duck sur les bords du fleuve. Encore une de ces salles immenses, caractéristique des restaurants chinois. Les prix sont honnêtes et nous commandons trois plats en demandant que les calamars frits soient servis en premier. On nous apporte d'abord le canard rôti puis les crevettes en sauce de haricots noirs et enfin les calamars... Aucun des plats n'est convaincant, calamars trop fermes, sauce des crevettes chargée en oignons, seul le canard, très copieux, est correct. J'abandonne encore une fois Marie au restaurant pour aller porter à l'hôtel Beautyland II où nous avons réservé une chambre pour le retour, le petit sac à dos rempli de tout ce que nous pouvons laisser pour nous alléger. Après cette un peu longue course, je retrouve Marie et nous partons en trishaw pour la pagode Botataung. Son stûpa central est creux comme tout stûpa qui se respecte mais celui-ci a la particularité de pouvoir être visité. Nous pénétrons donc entre des murs recouverts de plaques dorées, protégés des mains profanes par des vitres.

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Au centre nous pouvons contempler derrière vitres et barreaux, le très précieux reliquaire couvert d'or et de pierres précieuses qui renfermerait UN cheveu du Bouddha ! Où va se nicher l'idolâtrie ! Nous faisons le tour dans le déambulatoire intérieur en forme de dents de scie. Pour une fois, nous tournons dans le mauvais sens. Deux Françaises, sans doute touchées par la grâce du Bouddha, nous font gentiment remarquer que nous sommes dans l'erreur ! Quelques autochtones aussi mais elles ne leur disent pas... L'extérieur du stûpa est recouvert de nattes, sans doute pour des travaux, ce qui nous évite une énième photo d'un cône doré.

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Pas grand chose à voir dans l'enceinte du temple, un bassin avec des tortues gavées d'herbes vendues à cet effet et dans un pavillon un manège avec des bols à offrandes et des sanctuaires miniatures qui tournent et dans lesquels on peut essayer de jeter des billets pliés, vendus à cet effet, en faisant un voeu. Je m'y essaie, deux de mes voeux devraient alors être exaucés, j'ai quelques doutes... Nous allons nous asseoir au bord du fleuve, contemplant le trafic des navires de tout tonnage et les sampans qui font la traversée. Nous rentrons en taxi à l'hôtel, nous reposer avant d'aller dîner dans une gargote proche. Rien de bien fameux, ma salade de poulet est bonne mais fort épicée quant aux travers de porc de Marie ils sont archi-cuits, par contre les frites croquent. Au retour à l'hôtel, je constate qu'il y a une bonne réception internet. Je m'installe donc à proximité du modem et réussis à mettre à jour le blog, envoyer une carte aux amis et écrire à Julie et à Nicole. Retour à la chambre pour taper la journée.
 
Jeudi 23 janvier : Encore un réveil matinal, trop au goût de Marie qui n'en peut plus et se plaint de ne pouvoir faire une grasse matinée. Le chauffeur de taxi réservé hier soir nous attend déjà. Nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour rejoindre la gare routière d'Aung Min Galar, bien moins que ne l'envisageait le patron de l'hôtel qui n'a pas oublié de nous réclamer le paiement des deux bouteilles d'eau trouvées dans la chambre alors que dans les autres hôtels, elles étaient offertes... A peine le taxi reparti, Marie s'aperçoit qu'elle y a oublié son polaire ! Elle tousse déjà à fendre l'âme et elle n'a pas de vêtement chaud pour le trajet en bus climatisé ! Le bus n'est pas aussi confortable que ceux pour VIP mais nous ne sommes pas trop serrés et il ne s'arrête que rarement pour prendre ou déposer des passagers. Nous démarrons à neuf heures pour traverser des étendues de rizières qui ne sont pas toutes en eau. Des paysans repiquent du riz dans celles qui le sont, des buffles qu'on ne peut que qualifier de placides, pataugent dans la boue ou broutent les prairies. Nous passons à Bago ; maisons en tôles rouillées, noeud ferroviaire et pagodes à stûpas dorés, en veux-tu en voilà... La végétation devient par endroits plus dense, des plantations d'hévéas apparaissent, les maisons traditionnelles dans les villages paraissent plus belles (moins "modernisées" ?) que dans les autres régions. Nous arrêtons brièvement pour le déjeuner dans une gargote, personne ne parle anglais, on nous répond Yes à tout ce que nous demandons et on nous apporte un curry birman dont nous n'avons pas envie, sans doute le seul plat disponible et convenant à tous les autres passagers. Nous nous contentons donc de chips et de fruits que nous avions emportés. Nous continuons, rizières, cultures non identifiées, stûpas sur tous les monticules etc...
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Après Thaton, la végétation devient luxuriante, nous roulons entre une chaîne de montagnes et la mer dont nous séparent des rizières et des cocoteraies cachées derrière des villages éparpillés tout au long de la route. Nous apercevons des mosquées et des temples indiens, identiques à ceux que l'on voit dans le sud de l'Inde, très colorés, avec une multitude de statues de personnages, preuves de la diversité des populations de cette région côtière. Un long pont signale l'arrivée à Moulmein, encore une fois en avance. Nous nous faisons conduire ou plutôt brinquebaler en tuk tuk à l'hôtel Sea Breeze mais comme nous l'avions craint, il n'y a plus que des chambres sans fenêtres et avec douches en commun. Je vais vérifier qu'au Sandalwood hotel où j'avais téléphoné, il y a bien une chambre pour nous mais sans air conditionné. Nous avons toujours eu des chambres avec climatisation que nous n'utilisions pas vu la température extérieure et ici où nous l'apprécierions avec l'humidité ambiante, nous n'en avons pas. Mais nous faisons ainsi des économies, la chambre, spacieuse, très correcte est à 25 dollars ! Je vais rechercher Marie et nous nous installons. Nous essayons de faire un planning des jours à venir, nous n'en aurons pas assez pour TOUT voir ! Je vais au Sea Breeze réserver deux places sur le bateau pour Hpa An puis je marche le long de la promenade en bord de mer. D'anciens bâtiments coloniaux achèvent de tomber en complète décrépitude, une esplanade avec des bancs attend les promeneurs qui peuvent contempler le trafic quasi nul sur l'eau et l'île en face. Un marché de nuit avec d'appétissantes grillades est en train de s'installer. Je retourne retrouver Marie puis je vais porter du linge à laver, et faire réserver une chambre à Hpa An. Nous décidons d'affréter une voiture pour nous rendre au Bouddha couché, le trajet en tuk tuk risquant d'être trop éprouvant. Nous allons dîner au Chan Thar, à côté de notre hôtel. Une table en terrasse, nous sommes les seuls à nous régaler d'une salade de poisson épicée puis de porc aux noix de cajou et de calamars sautés en sauce, la bière glacée à la pression est un autre bonheur...
 
Vendredi 24 janvier : Nous nous réveillons plus tardivement. Pas de thé au petit déjeuner, une des jeunes filles qui officient en cuisine, mélange d'Indiennes, de Birmanes et de Chinoises, nous apporte une théière de thé "chinois" insipide !
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Nous partons à pied pour le marché en suivant la grande artère commerçante, succession de boutiques qui étalent jusque sur la chaussée des cartons de produits importés (légalement ?) de Chine ou de Thaïlande. Les maisons sont presque toutes récentes mais on peut encore trouver d'anciennes maisons de commerce avec des balcons ou des rebords de toit en bois, découpés, joliment ouvragés. Le marché, une immense construction moderne en béton ne présente que fort peu d'intérêt, quincaillerie, outillage, bimbeloterie en plastique et vêtements. Marie cherche un blouson pour remplacer son polaire mais ce n'est pas l'article le plus vendu dans la région. Nous revenons par le bord de mer, les berges sont immondes et les ruisseaux qui traversent la ville et s'y jettent sont des égouts à ciel ouvert, les grandes marées nettoieront... Marie m'attend pendant que je retourne à l'hôtel trouver le chauffeur de la voiture qui doit nous emmener au Bouddha couché. Nous récupérons Marie et nous nous mettons en route. Le chauffeur nous signale toutes les églises, temples, écoles etc... Mosquées (chiites, sunnites), temples hindous, pagodes (Petit Véhicule, Grand Véhicule), églises (catholiques, baptistes et autres), voisinent dans toute la ville, c'est Malraux qui serait content ! Nous longeons d'interminables casernes avant de traverser la campagne jusqu'à l'entrée de l'ensemble de constructions qui entourent le Bouddha couché de Win Sein.

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C'est l'un des plus grands du monde ! Win Sein reçut l'illumination et entreprit la construction d'un Bouddha couché de près de 200 mètres de long, en briques et béton, sur une colline.

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Pas tout seul le Bouddha, une armée de moines quêteurs de 4 mètres de haut défile le long de la route d'accès et on ne compte plus les statues géantes du fondateur, de monstres, et les stûpas qui saupoudrent les abords. Les travaux ne sont pas terminés et un second Bouddha, encore plus grand est en construction sur une autre colline. La démesure du lieu est renforcée par l'animation qui règne en ce jour anniversaire du moine visionnaire, il fête ses 94 ans, à croire que la mégalomanie conserve ! La voiture doit se frayer un chemin à grand renfort de coups de klaxon parmi la foule venue s'amuser et éventuellement se recueillir, ce qui paraît difficile dans cette atmosphère de kermesse. Des stands, des animations, des restaurants, des loteries, des bonimenteurs, ont dressé leurs tentes, rameutent les badauds avec des hauts-parleurs au volume maximum. Nous nous extrayons de la voiture et partons à la découverte du géant.

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Les plaques de béton sont bien marquées, les fers dépassent, certains ont été utilisés pour créer cils et sourcils. Un escalier, à gravir déchaussé, permet d'accéder à l'intérieur creux du monstre. Le ciment est souvent nu, le carrelage n'est pas posé partout, les rampes sont absentes, des sacs de ciment traînent partout et si la tête est à peu près achevée, les pieds ne sont que des tuyaux de béton en cours de finition. Les parties les plus anciennes, les murs de brique en arrière commencent à se déliter...

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A l'intérieur sont reconstituées sur plusieurs étages, grandeur nature, les scènes des Jataka, les épisode des vies antérieures du Bouddha. Un sommet du kitsch (mais combien de fois ai-je dit cela ?) ! Des éléphants, des chars à boeufs, des chevaux, des monstres qui font subir d'horribles outrages (pas les derniers !) à de malheureuses créatures sont là pour l'édification des foules. Ce sont principalement des jeunes venus s'amuser et que cela ne semble pas impressionner outre mesure. Sacrilège suprême, les plus jeunes jouent vavec des mitraillettes en plastique et font mine de tirer sur le malheureux Bouddha dépassé par les évènements.

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Après avoir bien erré dans les étages et les couloirs, nous ressortons par les escaliers qui surplombent les toboggans d'eau où s'amusent des gosses tout habillés. Nous récupérons la voiture et repartons. Nous aurions bien aimé rester toute la journée, assister au tournoi de kick-boxing, jouir de l'ambiance de fête foraine mais il n'en avait pas été question avec le loueur de voiture.

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Nous passons entre les deux pitons karstiques où sont implantés, sur l'un un temple hindou, sur l'autre une pagode. Retour à Moulmein où nous retournons déjeuner à notre restaurant de la veille, toujours aussi bien, avec de délicieuses bières pression glacées. Nous repassons rapidement à la chambre puis, sur les conseils du patron de l'hôtel, nous repartons à pied pour la colline où se trouvent les pagodes. Longue marche entre les anciens bâtiments administratifs de la colonie, perdus dans une belle verdure. Il faut ensuite grimper un escalier de plus de 200 marches de haute volée pour arriver, en sueur, à la pagode U Khanti. Pas très belle, repeinte de frais, une structure métallique avec un toit de tôle héberge un Bouddha assis dans une grande cage de verre. L'intérêt est dans les manèges votifs qu'on nous met en branle.

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Mes précédents voeux n'ayant pas encore été exaucés, je ne vois pas la nécessité d'essayer de lancer de nouveaux billets dans les bols à offrande qui tournent ou dans ceux qui ondulent sur une mer de carton-pâte. Le temps passe et si nous voulons être à la dernière pagode avant le coucher du soleil, nous devons nous hâter. Nous suivons la route sommitale qui, heureusement descend doucement, en passant devant toute une succession de stûpas, de temples qui semblent récents. Nous dominons la ville de Moulmein, le bras de mer qui la sépare des îles mais la brume et le contre-jour ne permettent guère de distinguer les détails.

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De jolis toits fins, étagés, de beaux pavillons en bois, patinés, couverts de délicates dentelles en rebord des toits, signalent le monastère Kyaung Seidon Mibaya. Nous pouvons visiter le pavillon central d'une extraordinaire richesse. Les piliers du déambulatoire ont des chapiteaux sculptés de toute beauté, reprenant les thèmes des Jataka.

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Quand à la salle intérieure, elle est superbement décorée de panneaux sculptés sur les murs et au plafond. Un bijou qui ne semble pas fasciner outre mesure les vieux moines qui l'habitent et ont négligemment jeté robes et oreillers sur un trône qui devrait être dans un musée ! Un escalier fait communiquer le monastère avec la pagode Kyaikthanlan d'où l'on domine la ville des deux côtés.

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Comme d'habitude, un énorme stûpa conique, doré, est au centre d'un ensemble de pagodons, stûpas, pavillons, autels des nat, etc... Je suis toujours gêné par l'aspect "toc" de ces constructions qu'on pourrait croire en plastique tant la couleur dorée qui recouvre le béton ou la pierre,  paraît fausse mais si on n'y regarde pas de près, l'ensemble a belle allure.

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Je lui préfère néanmoins la vision de l'enchevêtrement des toits étagés des monastères en contrebas ou les pointes des pagodes du monastère perdues dans la végétation sur la colline voisine. Là aussi, des jeux votifs avec des manèges attendent le badaud. mais ils ne sont guère nombreux. Ce sont principalement des touristes venus guetter un soleil couchant très décevant. Nous quittons les lieux avec l'ascenseur qui, bien que vaste, ne prend que 6 personnes pour une descente rapide. Nous continuons le retour vers le centre ville par un escalier couvert qui passe entre différents bâtiments religieux, pas de marchands du temple, une grande paix règne et certains pavillons sont manifestement anciens et conservent des panneaux de bois travaillés. Nous rejoignons le centre ville à la nuit et rentrons à l'hôtel nous reposer avant d'aller dîner. Fatigué, je me serais bien accommodé de notre nouvelle cantine mais Marie a envie de dîner au bord de l'eau. Nous cherchons un restaurant plus éloigné que nous ne le pensions et finissons par nous installer à l'un des établissements en plein air du marché de nuit. Des tables et des fauteuils en plastique et des étals où on peut choisir les brochettes qui seront grillées dans l'instant. Nous avons choisi des brochettes de crevettes et de pinces de crabe avec une bière. Cette dernière arrive tiède et crabes et crevettes s'avèrent être une forme de surimi. Furieux et toujours affamés, nous allons nous installer à une autre table et commandons deux plats de nouilles frites. On me sert un riz pas vraiment frit, gras. Marie obtient des pâtes et la bière est fraîche... Retour à la chambre.

Samedi 25 janvier : Après le petit déjeuner pour lequel, aujourd'hui, nous avons eu droit à un sachet de thé Lipton, nous nous rendons à pied au Sea Breeze guest house d'où l'on doit nous emmener au bateau qui va remonter la Salouen jusqu'à Hpa An. Nous sommes une quinzaine de touristes, Anglo-saxons, Allemands et cinq Français. Nous partons répartis dans deux tuk tuks, pour nous rendre à l'embarcadère. Mais il n'y a pas d'embarcadère ! Nous devons monter dans une grosse pinasse en passant sur une planche branlante qui ne plaît pas beaucoup à Marie. Pour l'aider, je rentre dans l'eau et mouille mes chaussures ce qui va me garantir des pieds au frais toute la matinée. 

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Nous remontons le très large cours de la rivière en passant le long de l'île du "Shampooing" où nous apercevons quelques beaux monastères. Puis nous longeons des berges envahies de roseaux et distinguons vaguement des cultures en arrière. Nous longeons des villages où tous les enfants mais aussi les adultes nous font signe bonjour. Le temps ne passe pas vite et je commence à m'ennuyer entre deux somnolences. Les eaux limoneuses sont souillées par des emballages, des boîtes de pique-nique en polystyrène. Il en est de même dans les villages où tous les déchets sont jetés sur les berges du fleuve, mais ceux qui ne sont pas organiques ne disparaissent pas. Une halte "toilette" dans les roseaux est prévue à mi-parcours puis nous commençons à apercevoir des pitons karstiques perdus dans la brume.

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Quand le ciel est pur, bien dégagé, la promenade doit être belle mais en cette saison, on ne distingue guère les montagnes ni les stûpas sur les collines. Les berges se resserrent.

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Sur des rochers, au sommet de falaises qui tombent dans l'eau, des stûpas montent la garde. Nous passons sous un grand pont et enfin parvenons à Hpa An. Nous accostons au milieu des ordures collées dans la boue de la rive... Un tuk tuk emmène tous les passagers et nous dépose à notre hôtel, le Golden Sky. Pas tout à fait ce que j'avais imaginé, une solide bâtisse aux couloirs peints en bleu et une chambre avec tout le nécessaire mais peu agréable et sans eau chaude. Heureusement la vue, si on ne regarde pas trop près, sur la campagne, le fleuve et le piton de l'autre côté du fleuve rattrape le manque d'amabilité du patron. Le jeune qui baragouine l'anglais nous propose une excursion demain aux grottes et se charge de trouver d'autres personnes pour partager les frais. Nous déposons les sacs et ressortons pour aller tardivement déjeuner. Nous traversons le centre ville animé, passons devant des maisons, des boutiques, une imposante mosquée. Rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Il existe bien des maisons récentes en béton mais toutes croulent sous les marchandises que déchargent des portefaix de camions antédiluviens. Des porteurs transportent avec une balancelle des bidons d'eau puisée au puits ! Nous trouvons un restaurant, le Khit Thit, avec une carte en anglais et déjeunons honnêtement d'une bonne assiettée de nouilles sautées avec des calamars, à la "malaisienne" c'est-à-dire épicées. Nous rejoignent le couple d'Allemands qui étaient avec nous sur le bateau, grands voyageurs en Asie qu'ils parcourent depuis des années, avec un bon sens de l'humour. Nous les quittons pour aller prendre des billets de bus pour Kimpun et réserver un hôtel par la même occasion. Bien que nous soyons samedi, Marie veut que je me rende à la poste pour acheter des timbres. Bien entendu, elle est fermée... Nous revenons vers l'hôtel et poussons jusqu'à la pagode toute proche, au bord du fleuve, la Shweyinhmyaw. Une salle avec des Bouddhas et une décoration de carreaux de miroir sur les murs mais un petit pagodon sur un promontoire au dessus du fleuve, lui est relié par un couloir couvert.

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De là, la vue sur le fleuve, le trafic des barques qui ramènent de l'autre rive des passagers ou des produits maraîchers des jardins avoisinants, les pitons surmontés de stûpas, est reposante. L'impression d'être dans un bout du monde immuable, inchangé depuis des lustres. Nous nous installons sur la terrasse de l'hôtel avec la vue sur la campagne pour écrire les dernières cartes postales et commencer à relire mon texte mais la nuit tombe et des chants amplifiés par des hauts-parleurs, sans oublier les moustiques, nous font regagner la chambre où nous achevons la mise au point du blog. Nous décidons de dîner à la gargote en face de l'hôtel, la carte est courte, nouilles ou riz frit avec poulet ou porc, pour changer ! Les prix sont très bas et nous ne sommes pas volés. Je vais acheter des sambos pour compléter ce festin; occasion de découvrir qu'une fête se tient dans l'enceinte d'un autre temple. Nous nous y rendons ensuite.

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Un marché de nuit est installé dans l'allée qui mène au temple, brochettes, beignets, curries rassasient les fidèles. Viennent ensuite les manèges, toboggans gonflables, grande roue. Un orchestre semi-traditionnel égaie la foule assise sur le sol mais la sonorisation est épouvantable, musiques et paroles sortent recrachées, hachées, déformées en une inaudible bouillie qui ne semble pourtant pas déplaire.

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Derrière, enfin, le temple posé sur l'eau semble-t-il, en forme de sikhara, illuminé par des guirlandes électriques. Nous y entrons, des rangées de Bouddhas de toutes tailles courent sur les murs, les corniches, les plafonds. Nous rentrons enfin nous coucher.
 
Dimanche 26 janvier : Nous montons prendre le petit déjeuner sur la terrasse. La vue est très limitée par une brume opaque qui va se dissiper avec la montée du soleil. Notre premier petit déjeuner birman : une assiette de riz avec un oeuf frit, un pain aux raisins (un par pain !), une banane et soit du café, soit du thé tri-mix, c'est-à-dire des sachets où se trouvent déjà mélangés le thé ou le café avec du lait et du sucre. Le sachet de thé Lipton qui nous restait nous sauve la mise. Nous partons dans une camionnette avec des bancs à l'arrière, en compagnie de cinq jeunes Allemands. Marie a droit à la place à côté du chauffeur. Nous traversons de belles rizières au vert cru qui tranche sur le fond des montagnes embrumées. Des paysans s'activent à repiquer le riz et s'arrêtent pour nous faire de grands "bonjours". Une piste sur une digue passe entre des bassins et aboutit au pied d'une falaise. 
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La grotte de Yateak Pyan est signalée par quelques statues dorées du Bouddha et des stûpas. Quelques marches entre deux rangées de statues de moines quêteurs mènent à l'entrée de la grotte. A l'intérieur un grand stûpa, quelques Bouddhas alignés et, nouveauté, des plaquettes votives, c'est-à-dire de petites statuettes gravées de Bouddhas qui sont collées par plaques rouge brun sur les parois, et forment des dessins décoratifs. 

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De l'entrée de la grotte, nous avons une très belle vue sur les rizières parsemées de quelques palmiers à sucre, sur les deux bassins à nos pieds et au loin sur les massifs karstiques. Ces derniers sont de véritables gruyères, percés de grottes qui, très souvent, traversent les pitons. Nous repartons pour un autre site, celui de Kaw Gon.

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Nous sommes aussitôt séduits par l'abondance de plaquettes votives qui épousent la paroi rocheuse sur une grande hauteur, au dessus des habituels Bouddhas. Des statues, Bouddhas, najas, scènes des Jataka plus récentes, ont été colorées et commencent à pâlir. La grotte est peu profonde et également couverte sur ses parois de plaquettes votives parfois dorées. 

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On y trouve incorporées des représentations du Bouddha couché. Nous sommes très enthousiastes, nous n'avons pas vu cela ailleurs et ce sera notre meilleur souvenir de la journée. Marie m'attend tandis que j'escalade un escalier de marches en béton, pas toujours larges, avec une rampe branlante en bambou. Montée pénible, terminée en sueur mais du pagodon qui se trouve au sommet, je jouis d'une vue magnifique sur les rizières et tout le paysage à plus de 180°. Les Allemands qui nous accompagnent ne sont pas allés voir la grotte... Nous continuons par le site suivant, Kyaik Ka Lat. 

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Une dent, un piton jailli de terre, plus étroit à sa base, au milieu d'un petit lac et bien sûr couvert de stûpas dorés. On y accède par une passerelle en béton, en croisant des Birmans venus se prendre en photos en ce jour de repos dominical. Ils en profitent pour nous prendre aussi, quelques-uns osent nous demander de poser avec eux. Quelques marches à monter pour avoir une vue sur le petit lac, ses canards et les rizières autour. La halte suivante ne dure guère, il s'agit d'un ensemble de plus d'un millier de Bouddhas, certains dans un pavillon, alignés au cordeau, en rangées de part et d'autre de la route qui conduit à un sanctuaire que nous ne visitons pas. Nous nous arrêtons ensuite auprès d'un bassin qui sert de piscine, au pied d'une falaise. Des gargotes y sont installées. Nous déjeunons dans l'une d'elles, au choix : nouilles ou riz frits...

Birmanie 2014

Les jeunes venus passer la journée se baignent habillés et utilisent, en guise de bouée, des chambres à air. Nous reprenons la route pour un long parcours sur des pistes de latérite, passant entre de très belles maisons traditionnelles en bois très sombre. Elles sont si belles qu'elles seraient une raison suffisante pour me faire reprendre un service d'enseignement (pas trop chargé tout de même...) pour pouvoir en habiter une quelque temps, la meubler avec des objets chinés dans le pays. Nous finissons par aboutir au pied d'une autre grotte, celle de Saddar.

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Très grande, elle abrite comme on s'en doute, des statues de Bouddha, des stûpas. Des stalactites tombent des parois, la puissante lampe prêtée par le chauffeur éclaire des roches situées très haut. Nous avançons dans le noir complet sans trouver d'autres traces de bouddhieuseries et, faisant demi-tour, nous croisons un couple d'Allemands qui nous disent qu'il faut continuer, que nous devons aboutir à une sortie d'où on peut revenir en pirogue. Nous rebroussons de nouveau chemin et, Marie pestant, à demie perdue, persuadée que nous allons mettre tout le monde en retard, nous grimpons, descendons des marches, dérapons sur un sol rendu glissant par les déjections des chauves-souris que nous entendons couiner haut au-dessus de nos têtes.

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Enfin une lueur annonce un débouché et bientôt nous découvrons, derrière un écran de verdure, un paysage enchanteur, un lac aux eaux immobiles au milieu de montagnes couvertes d'une végétation luxuriante. Des piroguiers nous attendent et sûrs que nous n'allons pas faire demi-tour, pratiquent des tarifs presque prohibitifs pour nous embarquer sur des esquifs rustiques, taillés dans un tronc d'arbre, très bas sur l'eau. La traversée est un rêve, une eau à peine troublée par les coups de pagaie, le chant des oiseaux pour seul bruit, des canards qui plongent à notre approche, nous laissant contempler leurs derrières.

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Notre pirogue glisse ensuite dans une cavité naturelle qui traverse la montagne, l'eau est si pure que les parois sombres du défilé s'y reflètent comme dans un miroir. La promenade continue sur un étroit canal dans les rizières. Mais il nous faut débarquer et terminer à pied pour rejoindre l'entrée de la grotte et notre véhicule. Nous ne sommes pas les derniers ! Trois des Allemands qui s'étaient engagés bien avant nous, ne sont pas ressortis. Nous ne comprendrons jamais ce qui s'est passé, ils arrivent trois quarts d'heure plus tard, pas pressés !

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En les attendant, J'ai guetté la sortie de moines simplement vêtus de leur toge rouge safran et munis d'un bel éventail en bambou tressé. Il commence à se faire tard, je crains que le chauffeur ne nous ramène à l'hôtel sans aller voir le dernier site mais non ! Nous arrivons juste avant le coucher du soleil à Kaw Ka.

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Une rangée de statues de moines quêteurs nous y attend sagement. La grotte n'a rien de particulier à part les inévitables Bouddhas bien sûr. Il faudrait emprunter un passage dans la roche pour déboucher devant une piscine, nous nous y rendons avec la voiture. Nous allons attendre, pas longtemps, le coucher du soleil, dans l'une des gargotes qui entourent la piscine, en prenant une bière. Les Allemands qui n'en avaient pas bu ce midi se rattrapent et commandent aussi un nouveau riz frit ! Nous rentrons de nuit à Hpa An, le chauffeur semble pressé... A peine arrivés à l'hôtel, nos compagnons filent dans leurs chambres sans dire au revoir ni à nous ni au chauffeur ! Nous avons tout juste le temps de nous occuper des photos de la journée avant de ressortir pour aller dîner au Khit Thit, où nous étions allés hier midi. Nous partageons la table d'un sympathique couple de Français, croisés au cours de la journée, échangeant quelques informations et opinions. Je me régale une fois de plus d'un plat d'anguilles en sauce. Retour à la chambre après une journée bien remplie mais fatigante.

Lundi 27 janvier : Lever dans une brume encore plus épaisse que la veille. Nous descendons prendre le petit déjeuner sur les tables devant l'hôtel. Nous ne touchons ni au riz, ni à l'oeuf. Marie se risque à boire une demi tasse du tri mix au thé, je reste au pain sec (presque, le pain aux raisins de la veille et un bout de marbré au chocolat), et à l'eau. Le chauffeur, à qui nous avions été les seuls à laisser un pourboire hier soir, tente de nous arracher 2000 kyats pour nous faire faire 500 mètres jusqu'à l'arrêt du bus. Il transige pour la moitié. Nous sommes très en avance et nous guettons notre bus, assis dans des fauteuils en plastique. Il a un peu de retard, Marie commence à s'inquiéter. Il s'arrête à une centaine de mètres, nous devons les parcourir pour monter dedans. Il traîne en ville, ramasse des passagers et une heure après l'heure théorique de départ, nous sommes toujours en ville ! Enfin le vrai départ survient, nous traversons la Salouen sur le pont moderne et continuons dans la campagne. Nous repassons à Thaton et reprenons la route de l'aller. Que celui qui a eu l'idée d'implanter des téléviseurs dans les bus se réincarne en vermisseau ! Nous sommes abreuvés  de discours bouddhistes puis de clips musicaux en enfin de sketchs qui amusent beaucoup nos voisins... Nous sommes débarqués à ce que nous croyons être Kimpun, destination pour laquelle nous avions payé, sur la grand route. Aussitôt des moto-taxis se précipitent et se proposent pour nous emmener, nous expliquant que Kimpun est à une dizaine de kilomètres à l'intérieur des terres. On nous propose aussi un taxi pour une somme exorbitante. Je trouve un pick-up qui assure la liaison avec Kimpun, pour 500 kyats par personne ! Marie qui monte dans la cabine du conducteur paie le double. Nous partons peu après, le camion presque vide. Nous sommes finalement à midi et demi à Kimpun, devant notre hôtel, juste à l'heure prévue. Nous déposons les sacs dans la chambre, dans un petit bungalow et, après avoir réglé notre départ pour Bago demain ainsi que la réservation d'une chambre d'hôtel, nous allons rapidement déjeuner. Marie garde un oeil sur les camions qui partent et presse le repas. Pas de chance, ce ne sont pas les bons camions. Ceux qui montent au Rocher d'Or partent tout près de notre hôtel, quand ils sont pleins. Marie obtient, moyennant un léger supplément, une place en cabine. Je m'incruste sur une étroite banquette en bois disposée en travers dans la benne. Très peu de place pour les jambes, six par banquette, pas de place pour faire de la gymnastique ! Nous démarrons, bien secoués dans les cahots, il faut s'accrocher comme on peut. La route, des plaques de ciment, grimpe en lacets serrés, sur de fortes pentes, dans une belle végétation. Quelques arrêts permettent à des moinillons de venir quémander des billets pour des oeuvres pieuses, beaucoup donnent. Enfin nous atteignons le terminus. Des porteurs de palanquin ont vite repéré Marie et réclament des sommes inouïes pour parcourir la bien faible distance qui nous sépare encore du Rocher d'Or. Marie persuadée qu'elle ne pourra pas marcher jusque là, que nous n'aurons pas le temps de revenir à temps pour attraper le dernier camion ne sait plus quoi faire, ni dire. Nous commençons à marcher ensemble, les porteurs du palanquin nous suivent, leurs prétentions baissent. Nous finissons par nous mettre d'accord sur 6000 kyats pour l'aller-retour. J'acquitte les droits d'entrée au site et 100 mètres plus loin, les porteurs décident qu'ils sont allés assez loin ! Nous continuons à pied tous les deux en refusant de payer et en parlant de police... Le chemin passe entre les habituelles boutiques de souvenirs, de remèdes médicinaux étranges, racines, décoctions, animaux desséchés. Nous devons retirer nos chaussures à l'entrée de l'ensemble des bâtiments religieux et confier nos peu reluisantes chaussures à la garde de la préposée, moyennant finance. Une allée désormais dallée passe entre des gîtes pour pèlerins et atteint une vaste esplanade.

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Des terrasses offrent des points de vue sur le fameux rocher. Une grosse boule dorée qui ne paraît pas particulièrement en équilibre instable, vue de ce côté. Un petit stûpa, également doré, le surmonte, il contiendrait UN cheveu du Bouddha. Nous approchons, Marie pas de trop près, les femmes, créatures impures, doivent rester à bonne distance... 

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Les hommes seuls sont autorisés à s'approcher, s'agenouiller et lui coller de nouvelles feuilles d'or. Nous le contournons, je suis plutôt déçu. Le rocher en soi n'est pas réellement spectaculaire. Bien sûr, aperçu de l'ouest, il est en porte-à-faux et surplombe une falaise, mais pas un instant on ne doute de sa stabilité. L'intérêt est sur les manifestations de ferveur populaire qui doivent être plus marquées à la tombée de la nuit, alors que des centaines de pèlerins affluent et s'installent pour passer la nuit sur des nattes ou sous des campements de fortune réalisés avec des couvertures. Pour s'en rendre compte il aurait fallu dormir dans l'un des hôtels installés à l'entrée du site. Nous jetons un oeil aux montagnes couvertes de forêts que nous dominons de tous côtés  mais elles sont perdues dans la brume et à peine distinguons-nous leurs contours. En contrebas, tout un village s'est créé pour vivre des pèlerins, hébergement, gargotes, souvenirs pieux, etc... Nous revenons, prenons un soda en passant, deux fois le prix normal ! Le Rocher d'Or est sans doute le site de Birmanie le plus onéreux. L'exploitation des pèlerins et surtout des touristes étrangers est manifeste, tant dans les transports que dans les hébergements. Pour la descente, Marie n'obtient pas de place en cabine, réservées par de jeunes et riches Chinois. Le soleil décline vite et nous supportons une veste. Enfin nous retrouvons notre chambre et son éclairage mesuré : impossible de lire ! Les ampoules doivent être de la plus faible puissance disponible sur le marché ! Nous allons dîner au Mya Yeik Nyu, tout proche. Gros efforts pour se faire apprécier de la clientèle des touristes mais il en résulte une cuisine affadie, sans caractère. A la chambre, grand décrassage qui devenait urgent...
 
Mardi 28 janvier : Mal dormi. L'électricité est coupée, plus de ventilation et encore moins de climatisation. Marie va dans la salle de bain et glisse sur la mare d'eau permanente qui stagne à l'entrée et tombe. Nous ne nous levons pas de bonne heure, choisissant de prendre le petit déjeuner à l'heure limite théorique, neuf heures. Nous finissons de nous préparer puis nous allons attendre l'heure du bus dans ces confortables fauteuils en bambou que l'on voit partout. Ils comportent une astucieuse barre d'appui pour la tête. A dix heures et demie, nous nous rendons à la gare routière et attendons l'arrivée tardive du bus. Ce sera sans doute le plus mauvais de tous ceux que nous aurons emprunté. l'air conditionné ne fonctionne pas, il roule lentement et s'arrêtesouvent pour charger des passagers supplémentaires et quand tous les tabourets en plastique dans l'allée centrale sont occupés, il continue de d'en monter qui voyagent debout. L'assistant du chauffeur reçoit des coups de téléphone de personnes qui lui demandent de les attendre à tel endroit et nous les attendons, parfois un quart d'heure ! Les heures passent, nous désespérons d'arriver aujourd'hui à Bago. Alors que nous n'en sommes plus très loin, le bus s'arrête pour le déjeuner. Comme d'habitude, nous nous contentons de chips et d'une bière. Nous repartons et enfin nous voici, à trois heures à Bago. Descendus à la gare routière ou ce qui en tient lieu, nous repartons en tuk tuk pour essayer de nous trouver un hôtel dans le centre ville. L'emeror Hotel n'a que des chambres haut perchées et très petites. Après avoir essayé le Jade Garden, complet, nous nous résignons à nous rendre au Bago Star où nous avions réservé par téléphone. C'est plus cher et loin du centre mais la chambre est spacieuse et confortable. Nous nous reposons avant de nous rendre, à pied, à la pagode Kyaik Pun, à quelques centaines de mètres , au bout d'une route dont les bas-côtés, comme toutes les routes , sont des champs de sacs plastiques.
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De loin, nous apercevons un très grand Bouddha assis, adossé à une structure maçonnée carrée. Ses trois autres côtés comportent aussi des Bouddhas de même taille.

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Nous en faisons le tour par l'extérieur pour profiter de l'ensoleillement à l'ouest, puis nous nous rapprochons pour admirer leurs ongles et les broderies de leurs toges, réalisés avec des tesselles de miroir colorées. Retour à la chambre où nous apprécions cette fois la climatisation. Je parviens à me connecter pour lire les informations ainsi que le courrier. Nous dînons au restaurant de l'hôtel. Je commande un plat dit kabab, je suis étonné de me voir servi du porc avec une sauce hot and sour mais il s'agit bien de kabab m'assure le garçon !
 
Mercredi 29 janvier : Après le petit déjeuner, je pars à pied pour la poste, vite rattrapé par un employé de l'hôtel qui m'explique que la poste est très loin. Il nous trouve un tuk tuk, celui de la veille ! Nous nous mettons d'accord sur le tarif de la location pour toute la journée et nous partons. Nous retournons dans le centre ville, très animé, traversons le marché qui déborde sur la rue et arrivons à la gare ferroviaire. Je cherche le responsable des ventes de billets pour les étrangers dans un bureau qui n'a pas eu une couche de peinture depuis l'Indépendance, où traînent des dossiers d'une autre époque. Surgit un individu qui peu aimablement m'intime l'ordre de revenir demain puis met en doute que j'ai pu faire téléphoner la veille et prend son petit déjeuner sans plus rien savoir. Je m'indigne, le traite de tous les noms mais il s'en moque. Je repars furieux. Nous passons à la banque changer des dollars. Nous commençons la tournée des sites. Encore une de ces journées où l'on doit courir d'un endroit à un autre, sans presque le temps d'en profiter, respirer, apprécier le cadre, l'ambiance. Je me sens canard à l'approche des fêtes.
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La pagode Shwemawdaw a l'honneur de notre visite. Elle ressemble fort à la pagode Shwedagon de Rangoon, même énorme stûpa doré, encore plus haut qu'à Rangoon, entouré de pagodons, d'autels des nats, de pavillons et aussi des plus jolis manèges que nous aurons vus, les bols sont remplacés par des bateaux qui tournent ou plutôt qui devraient tourner mais ils ne sont pas animés. Nous en faisons consciencieusement le tour, déchaussés comme il se doit. Il n'y a pas l'ambiance, la ferveur de sa soeur de Rangoon.

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Nous continuons par la pagode Hinta Gone qui ne serait pas particulièrement intéressante, à part une vue sur les environs, les stûpas dorés qui émergent de la végétation et en particulier la pagode Shwemawdaw, si dans un petit pavillon à l'entrée, en léger contrebas, un orchestre traditionnel, gongs, tambours et flûte aigrelette, n'accompagnait les danses, gestes graciles, déhanchements, de transsexuel(le)s fardé(e)s, habillé(e)s en femmes. Des gens viennent leur coller des billets sur le cou, la poitrine et en lancent aux musiciens. Le conducteur du tuk tuk qui connaît son affaire nous emmène ensuite à un stûpa dont le seul intérêt est d'offrir une vue sur les autres pagodes de la ville et les bâtiments de l'ancien palais qui abrite un musée, fermé aux dires de notre cicérone. 

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C'est ensuite un temple, une très modeste construction, dont le seul et unique occupant est la réincarnation d'un moine, sous la forme d'un python de belle taille. Gavé, choyé, il dort à longueur de journée, parfois se glisse dans un bassin d'eau aménagé pour son bien-être... Là aussi, les visiteurs glissent des billets devant sa tête et font des voeux. Nous nous faisons conduire au restaurant Hanthawaddy, restaurant chic, à clientèle de touristes, dans une maison en teck. Contrairement à ce qu'avait dit le conducteur qui voulait nous emmener là où il avait décidé, ce n'est pas plus cher qu'ailleurs. Nous commandons des plats thaï, Marie un curry au lait de coco, excellent, et moi du poulet au gingembre, également très bon. Gavés, sans pouvoir faire une sieste digestive, nous enchaînons avec la pagode Sintalia où repose un vilain Bouddha couché, à côté d'un ancien stûpa en briques rouges, plus élégant. Nous rendons visite ensuite au monastère Kha Khat Wain Kyaung. Rien d'ancien ou cela ne se voit pas mais c'est l'un des monastères, en activité, les plus importants de Birmanie. Plusieurs centaines de moines y étudient.

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Nous pouvons les observer dans une salle, rédigeant un devoir avec beaucoup de sérieux, d'application, indifférents aux touristes qui viennent troubler leur concentration. Ils sont assis à même le sol et travaillent sur de petites tables qu'ils emportent avec eux, le devoir terminé. Il fait beaucoup plus chaud dans cette région que dans le nord. Dans les rues, les bonzes défilent avec un bel éventail en bambou, en forme d'as de pique. Leurs consoeurs, enveloppées dans un voile rose, protègent leur crâne rasé avec de charmantes ombrelles de fabrication artisanale. Un autre monastère, plus calme, perdu dans la végétation, est composé de plusieurs élégants pavillons anciens, en bois, quelques-uns avec des toits étagés. A proximité quatre Bouddhas de grande taille, s'épaulent pour surveiller les quatre points cardinaux.

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Dans une salle où repose un autre Bouddha, couché cette fois, des peintures illustrent les sévices qu'endureront les pêcheurs, on y retrouve la même imagination que dans les églises du Moyen Age pour décrire les enfers ! Nous n'allons pas voir, de l'autre côté de la rue, le tout neuf Bouddha couché, encore une réalisation de mégalomaniaque... C'est au tour de la pagode Mahazedi, de très grande taille, un stûpa au-dessus d'une base tronconique à plusieurs étages.

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Nous en faisons le tour, en nous brûlant la plante des pieds et sous un soleil qui donne soif ! Marie n'a pas le droit de monter sur la plus haute terrasse, elle a bien raison, la vue est fort étendue mais d'un intérêt limité, les autres stûpas apparaissent perdus dans le lointain et la brume. Nous attendons le retour du tuk tuk, parti faire un plein d'essence, en avalant une bouteille d'eau. A côté, la pagode Shwegugale de petite taille est plus colorée, on peut en faire le tour dans un déambulatoire où soixante quatre Bouddhas, tous identiques, nous regardent passer. Et enfin, pour en terminer, la pagode Shwethalyaug, sous un hangar, un de ces énormes Bouddhas couchés qui semblent avoir tant de succès dans ce pays, occasion de manifester un gigantisme de parvenu.

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Pas vraiment beau, ses lèvres roses l'affadissent mais les coussins sur lesquels il repose sa tête sont des coffres décorés de tesselles de verre colorées. Ses pieds aussi sont très décorés et pour une fois dans une position plus réaliste. C'en est terminé, nous allons maintenant pouvoir digérer toutes ces visites ! Nous rentrons à l'hôtel, je règle le tuk tuk qui voudrait aussi que je lui paie le droit d'entrée sur les sites, dix mille kyats par personne, que nul préposé ne nous a demandé de payer (j'apprendrais par la suite, par d'autres touristes, que ce droit est payé au musée, pas du tout fermé !). Je suis d'accord pour partager le bénéfice avec lui, finalement nous lui réglons quinze mille kyats ! Retour à la chambre. Je m'occupe des photos, me connecte à internet, vérifie que les horaires de nos vols n'ont pas changé puis nous dînons au restaurant de l'hôtel. Nous commandons des plats birmans, un kone baung gyi kyaw pour Marie, une bonne fricassée dans l'huile de légumes et de porc, pas pimenté et pour moi un tauk tauk kyaw, une galette épaisse, parfumée, de poulet haché revenu avec des légumes, pas pimenté non plus. Je n'aurai, de toute ma vie, jamais mangé autant de carottes et de choux-fleurs ! Très copieux, nous devons reprendre une bière pour en venir à bout.
 
Jeudi 30 janvier : Nous prenons le petit déjeuner le plus tard possible puis je pars en moto-taxi à la gare. Il semble que le port du casque soit obligatoire pour cette forme de transport de passagers. Je me vois affublé d'un casque type Whermacht du plus bel effet ! Je dois patienter dans le bureau de la veille, reçu par un employé mieux embouché que le précèdent. Je m'assieds à côté d'un fonctionnaire qui renforce des livres de compte de l'année passée au moyen de ruban adhésif. Un autre lit le journal, d'autres passent, échangent des nouvelles, commentent les photos du journal. La routine... Enfin, après un temps d'attente et la consultation de papiers échappés de dossiers, on me délivre un billet Upper class pour le train de Yangon de cet après-midi. Je passe consulter la carte du restaurant chinois Three Five, proche de la gare et rentre, toujours déguisé en Fritz, à l'hôtel. Nous patientons d'abord dans la chambre puis dans le hall de l'hôtel et nous nous faisons conduire à onze heures et demie en tuk tuk à la gare avec le sac. Je le laisse à la garde d'un employé et nous allons au restaurant chinois en traversant le marché, plus guère animé. Les abords en sont immondes, des mares d'eau stagnante dégagent une puanteur d'égout, des ruisseaux lévent le coeur. Et les sacs plastiques tapissent toutes les rues, tous les espaces libres. Le canard rôti est servi froid et les crevettes en beignets ont disparu dans la pâte. Nous sommes déçus mais amusés par le ballet des plats servis sur les tables du personnel. Ils vont, viennent, repartent, sans que nous nous en expliquions la raison... Nous retournons à la gare nous asseoir sur des sièges en plastique dans l'attente de notre express. Peu avant son arrivée, nous passons ainsi que les autres voyageurs sur le quai et quand il s'arrête nous avons trois minutes pour monter à bord et nous installer dans deux fauteuils fatigués d'un wagon épuisé. La climatisation annoncée est naturelle, des volets métalliques percés d'ouvertures et des ventilateurs au plafond qui ne tournent pas... Nous traversons des rizières au vert vif, des buffles broutent les herbes et des stûpas apparaissent de-ci, de-là. Nous filons (en exagérant un peu...) en sautant sur nos sièges comme sur un manège. Ce n'est pas du boogie woogie, plutôt du hip hop... Nous sommes plus tôt que prévu à Rangoon et nous nous rendons à pied au Beautyland II. Nous avons une chambre au premier étage, minuscule, comme à l'arrivée. Nous récupérons le sac à dos et nous nous reposons avant d'aller dîner à proximité dans un restaurant qui se veut thaï. Plats curieux, mais bons et pas chers. Retour à la chambre où je peux, (ah quel bonheur !) regarder "Envoyé spécial" sur TV5 Monde... Nous sommes presque rentrés !
 
 Vendredi 31 janvier : Encore une fois, nous attendons le dernier moment pour descendre prendre le petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à pied au marché Bogokié pour les derniers achats, ma journée préférée en voyage... Très vite Marie trouve une ombrelle pour Karin puis elle se met en quête de divers objets qu'elle a en tête mais il y a toujours quelque chose qui ne correspond pas à  l'idée de ce qu'elle veut. Nous errons, et nous nous perdons dans les travées de cet immense marché presqu'uniquement consacré aux touristes. je commence à saturer, las de passer et repasser aux mêmes endroits. Elle se trouve un longyi qui doit être cousu et ajusté à sa taille. Nous déjeunons, sans bière, dans la seule gargote du marché qui soit un peu agréable. Puis nous retournons à nos recherches, un pantalon, des tongs et des petits disques en jade complètent les achats et pour finir, Marie s'offre une très belle veste noire avec des broderies récentes Akha. Nous allons prendre un jus de fruit et un soda dans un café climatisé où les prix sont indiqués en dollars. Retour à l'hôtel. Nous réservons un taxi pour demain matin et je commence à refaire le sac de voyage. Nous allons nous installer au salon pour relire mon texte et mettre à jour le blog. Un Hollandais nous rejoint, il n'aime pas les pagodes et ne veut pas en voir. Il a dû se tromper de pays ! Nous ressortons pour aller dîner au même restaurant pseudo thaï que la veille. Les garçons sont plein de bonne volonté mais ne comprennent pas grand chose à nos exigences en matière d'ordre de succession des plats ou de leur force en piment. Dernière nuit en Birmanie.
 
Samedi 1er février : Marie se réveille ! Nous descendons rapidement petit déjeuner avant de prendre le taxi à cinq heures. Nous sommes rapidement à l'aéroport, sans avoir revu la pagode Shwedagon non éclairée à cette heure. Nous enregistrons sans avoir de problème de douane pour la boîte en laque ni pour le dépassement (d'une heure !) de la durée du visa. Nous attendons ensuite de pouvoir embarquer. Nous décollons à l'heure. Petit déjeuner puis j'occupe le temps avec trois films successifs, trois de ces films dont on se demande comment ils trouvent un financement ! Pas de repas, un sandwich sucré, fourré au thon (?). Nous nous posons à Doha et après un nouveau contrôle, nous allons attendre le second vol. Nouvel envol à l'heure. Nos craintes concernant un éventuel déjeuner disparaissent quand les hôtesses servent un apéritif, pour nous c'est champagne, suivi d'un repas arrosé au Côtes du Rhône. Je  regarde "Mystic River" avant que nous ne nous posions, à la nuit tombée, à Paris. Julie est venue nous chercher avec des vêtements chauds bien nécessaires. Nous rentrons en taxi et nous lui offrons nos cadeaux devant une Margarita !
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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 17:31

Dimanche 3 mars : Mauvaise nuit, je rumine les problèmes à résoudre, le pneu qui perd, la batterie, le gasoil à trouver… Dès que nous sortons du camion, je tente de le démarrer mais la batterie ne veut rien savoir, elle est vide alors que j’avais pris la précaution de la débrancher hier soir. Au moment de partir, après avoir démarré la voiture en profitant de la pente, personne à qui régler. Quelques coups de klaxon font surgir le garçon de la veille qui n’a pas la monnaie et ne sait pas comment la trouver… Je le dispense de trop chercher en lui proposant de nous vendre 25 litres de gasoil au prix du marché noir pour compléter notre dû. Dans Bawiti toujours endormi, je demande où trouver un marchand de batteries, je réussis à me faire comprendre et un coup de fil fait venir un commerçant qui nous ouvre son échoppe et nous vend, pour 100 $, une batterie turque… J’en profite pour redonner un peu d’air au pneu et nous prenons la route. Dernière étape de désert de ce voyage. Encore une belle ligne de dunes et quelques pitons creusés, fouaillés par le vent puis c’en est fini, nous roulons désormais dans une immensité caillouteuse, domaine des pétroliers. Nous ne trouvons pas de station-service avec du gasoil en cours de distribution, de longues files de camions attendent l’improbable arrivée d’un camion-citerne. Au moment du déjeuner, je dois entamer nos réserves pour atteindre Alexandrie ce soir. Tomber en panne de carburant à côté des derricks et des pompes façon Shadock serait un comble ! La circulation de camions augmente, des barres d’immeubles HLM annoncent l’arrivée au Caire sur une autoroute de plus en plus fréquentée. Nous apercevons, derrière des immeubles, les pyramides au moment de continuer sur la route circulaire qui nous amène à la Desert Road d’Alexandrie. Elle porte bien mal son nom, puisqu’elle n’a rien de désertique, ni par sa fréquentation, ni par son environnement, cultures verdoyantes et petites ou moyennes entreprises industrielles. Le terme d’autoroute est aussi mal choisi. Bien qu’à péage pour une somme des plus modiques, on peut y entrer, en sortir à tout moment et la traversée de zones de commerces se fait au pas grâce à des ralentisseurs. Bien entendu le stationnement est possible, pas toujours dans la file de droite qu’il vaut mieux laisser libre pour ceux qui circulent à contre-sens. La file de gauche semble réservée aux camions qui s’y traînent derrière des tuk tuks. Et chacun de se frayer un chemin à toute allure en doublant à droite, à gauche, là où il y a une trouée... Pas question de musarder, de rouler le nez en l’air ou de contempler le paysage… Nous arrivons sains et saufs dans les faubourgs d’Alexandrie où commencent les encombrements. De ralentisseurs en chaussées défoncées, nous progressons par bonds en frôlant des carrosseries revenues de tout, des bolides conduits par des conducteurs que l’on pourrait croire au bord de la crise de nerfs, mais il n’en 295 ALEXANDRIE Cornicheest rien, bien au contraire, décontractés, musique au maximum, klaxon bloqué, ils sourient ! Nous sentions l’air marin depuis quelques kilomètres et enfin nous la voyons notre mer ! La Méditerranée est devant nous ! Nous avons traversé l’Afrique du confluent des océans Indien et Atlantique à la Méditerranée. Reste à trouver un endroit pour la nuit. Pas de camping, nous sommes résolus à dormir à l’hôtel, nous en avons repéré plusieurs sur la magnifique corniche qui s’étend sur des kilomètres et qui sert de circuit automobile aux Alexandrins à quatre roues, pas à ceux à douze pieds ! Nous nous garons à côté de l’Egypt Hotel où nous prenons une281 ALEXANDRIE Immeuble chambre dans un immeuble vénitien bien décati mais l’étage de l’hôtel est parfaitement tenu. L’ascenseur à lui seul est une pièce de musée avec ses boiseries et ses dorures mais il ne faut pas essayer d’en fermer les portes coulissantes... Nous allons dîner dans l’un des anciens établissements de l’Alexandrie du siècle dernier, l’Athineos, qui a conservé de son passé grec, sous un haut plafond, des lustres de fer forgé, des colonnes copiées de l’Antique et une frise dorée sur fond carmin de sylphides et de pâtres, dansant et chantant. Repas copieux mais assez quelconque qui nous a tout de même permis de fêter à la bière l’arrivée sur la côte. A la télévision, scènes d’émeute, le serveur interrogé nous dit qu’il s’agit de Port-Saïd, là où nous devons aller dans trois jours… Nous faisons une promenade digestive le long de la corniche en passant devant d’autres anciens établissements au charme fou, décadents, désuets, nostalgiques du temps de l’Alexandrie cosmopolite. Il faudra au retour lire le Quatuor d’Alexandrie…

 

Lundi 4 mars : Pas très chaud dans la nuit, une couverture ne suffit plus. Petit déjeuner, avec des toasts non grillés mais avec des olives et des tomates. Il est question de changer d’hôtel ! Je laisse Marie à la chambre et part à pied en commençant par suivre la Corniche, devenue Kournish en arabe. Les anciens cafés, dans des immeubles à l’architecture chargée, se suivent, fréquentés par des hommes, uniquement des hommes, qui vont passer des heures devant un thé ou un café turc en rêvant du temps passé. Je rends visite au consulat de France où un charmant jeune homme me reçoit et promet de me renseigner sur les ferries à 298 ALEXANDRIE Chemisierdestination de la Turquie mais ne peut m’en dire plus. Je vais voir un autre hôtel, bien moins cher mais nettement moins huppé. Le quartier est sympathique, les marchands de quatre-saisons guettent ou hèlent les passants, les fumeurs de chicha sirotent leur thé et regardent passer les gens. Des devantures fleurent bon le temps passé. Un chemisier (en français dans le texte) a mis la clé sous la porte mais l’enseigne demeure. Je reviens faire mon rapport et finalement nous restons à l’hôtel ! Nous partons enfin visiter Alexandrie. Nous voulons prendre le tram mais il ne passe pas souvent et nous suivons donc la corniche à bord d’un taxi, long parcours entre une belle mer bleue et les façades des immeubles fatigués, comme une impression de282 ALEXANDRIE Qaytbay Malecon ! Nous nous faisons déposer au fort de Qaytbay, une forteresse ottomane qui commandait l’entrée du port et qui s’élève à l’emplacement du fameux phare. Nous nous promenons dans les étages sans bien voir la ville à travers de très étroites meurtrières. La vue sur le port de pêche, la ligne de la corniche et la nouvelle bibliothèque qui brille, parfois, sous le soleil, sont plus dégagées depuis les remparts. Il semble que ce soit le lieu de promenade favori des amoureux, de très sages amoureux, pas d’attitudes licencieuses, pas de baisers ni d’étreintes passionnées, ils ont tous dû lire la Princesse de Clèves, eux ! Les jeunes filles, même celles habillées à l’occidentale, portent le foulard. Nous allons déjeuner dans un restaurant de poisson renommé. On y choisit son poisson, pour nous ce sera un loup, des calamars et des palourdes, pesés puis préparés et servis avec des mezzé, et de l’eau ! Dommage que les calamars arrivent tièdes et le loup trop salé. Nous reprenons un taxi pour nous faire conduire aux catacombes de Kom el Shuqafa. Nous traversons des quartiers qui semblent être ceux de Berlin en 1945 ! Des gravats partout, des maisons effondrées, des rues 322 PORT SAÏD Charrettedéfoncées où les voitures hoquètent sur les rails disjoints du tramway. Je remarque de belles carrioles peintes, en bois, qui évoquent les anciennes charrettes siciliennes disparues depuis belle lurette ! Au milieu d’un espace où sont entassés des restes de tombes et tombeaux, un escalier en colimaçon, enroulé autour d’un puits, descend sous terre et s’arrête au dernier niveau possible à visiter puisque le reste est sous les eaux. Nous y découvrons un dédale de salles taillées dans la roche, creusées de niches, où étaient inhumés les habitants des Ier et II °siècles, parfois à plusieurs dans un enfeu. Une salle funéraire est remarquable, décorée de statues, de bas-reliefs sculptés avec un mélange révélateur de styles égyptien et gréco-romain. Un passage permet d’atteindre un autre ensemble de tombes totalement différent, construit en brique formant des arches. On y trouve, sur des parois, des traces de peintures où sont repris des thèmes liés aux rites funéraires selon les traditions égyptienne et grecque. Nous nous rendons à pied ensuite au Sérapeum. Nous suivons des rues animées, sans le moindre touriste, où des artisans travaillent dans des ateliers juste assez grands pour les héberge292 ALEXANDRIE Serapeumr eux et leurs outils. Des quatre cents colonnes du temple et de l’annexe de la bibliothèque, il n ’en reste qu’une, dite abusivement colonne de Pompée, et deux sphinx venus d’Héliopolis, pour faire plus sérieux… Nous aurions pu nous en dispenser… Mais la situation de ces restes avec leur entourage d’immeubles récents, hauts et étroits, d’un goût architectural disons particulier, qui bordent de tous côtés les champs de ruines déserts (terrain à bâtir qui doit faire des promoteurs envieux) est intéressante. Nous reprenons un taxi qui nous fait traverser d’autres quartiers toujours populeux, où les commerces sont regroupés par métiers, marchands de planches, fabricants 293 ALEXANDRIE Theâtrede fauteuils de salon clinquants, couverts de dorures et de tissus veloutés, boutiques de vêtements féminins aguichants etc… Jusqu’au lieu du théâtre romain, autre terrain, proche de la gare, qui doit faire rêver des bâtisseurs. On y trouve un élégant petit amphithéâtre face à un plus moderne, des thermes et une villa au sol couvert de mosaïques que nous ne pouvons qu’à peine distinguer, le pavillon qui les protège étant fermé ! Nous revenons à pied, en passant par le centre culturel français où il ne semble pas se passer grand-chose, puis devant une pâtisserie figée dans le temps, une synagogue délaissée, jusqu’à l’hôtel Cécil, sur la corniche, ancienne gloire hôtelière alexandrine. Nous y prenons un verre, facturé au prix fort, pour avoir le droit de nous asseoir dans le même petit salon que Winston Churchill ou E M Forster… Retour à la chambre. Connexion à internet, rien de Julie mais un étrange message de SFR qui pourrait bien être une arnaque… Nous ressortons pour aller dîner à proximité au Calithea, repère des buveurs de bière qui se trouvent être aussi des fumeurs. Nous nous dépêchons d’y avaler des plats peu gastronomiques avant de rentrer nous reposer, du moins quand je me serais reconnecté pour envoyer un message à la BNP et écrire à des amis, puis la suite de ce journal.

 

Mardi 5 février : Pas eu beaucoup plus chaud cette nuit avec deux couvertures. Rien ne vaut une bonne bouillotte humaine ! Après avoir avalé olives et tomates de ce petit déjeuner décidemment méditerranéen, nous commençons par nous rendre à l’office du tourisme et de là nous partons à la recherche de cartes postales et d’une boutique de souvenirs. Nous n’en trouvons qu’une mais elle fait le bonheur de Marie qui y trouve tout ce qu’elle cherchait. Cela nous a pris du temps et, quand j’en ai terminé de porter ses achats et des bières à la voiture, dont je dois regonfler le pneu presque à plat, il est l’heure de déjeuner. Nous allons à la Taverna289 ALEXANDRIE Qaybay Bibliothéque où le shawarma est correct mais il n’en est de bon qu’au porc et ici… Nous voulons nous rendre à la Bibliothèque d’Alexandrie, celle qui a été inaugurée il y a une dizaine d’années pour remplacer l’ancienne, disparue depuis l’Antiquité. Nous hélons des taxis mais aucun ne comprend notre destination, nous y allons donc avec le tramway pour quelques piastres mais à allure réduite. Nous devons marcher quelques centaines de mètres avant de l’apercevoir. Elle a 301 ALEXANDRIE Bibliothéquel’allure d’un énorme disque de béton incliné, symbolisant un soleil renaissant. Ses parois grises sont couvertes de caractères dans divers alphabets du monde, la surface plane du disque est formée d’alvéoles qui laissent passer la lumière mais protègent des rayons pernicieux. Derrière, elle est emprisonnée dans les immeubles laids des facultés, dont les nombreux étudiants viennent se promener sur le parvis, du côté de la mer. A l’intérieur, la salle de lecture, moderne, avec des ordinateurs à chaque poste, est impressionnante par sa taille, sa disposition en terrasses et son calme. Nous y visitons le musée des antiquités, une belle collection d’œuvres depuis les pharaons jusqu’à l’époque ottomane, remarquablement bien307 ALEXANDRIE Bibliothéque intérieur présentée avec des cartons en anglais et en français. Des momies, des sarcophages peints, deux mosaïques très fines et quelques objets retrouvés récemment au fond de la baie. De nombreux artistes, peintres, dessinateurs, sont exposés dans les couloirs ainsi qu’une collection de robes traditionnelles brodées qui font baver d’envie Marie. Nous visitons également le musée des manuscrits, peu intéressant pour un non-islamisant, beaucoup de livres anciens mais qui nous sont totalement inconnus et très peu sont enluminés. Nous jetons un dernier regard à l’extérieur depuis le bord de la mer avant de revenir à l’hôtel en taxi. Nous apprenons en nous connectant à internet que nos amis portugais sont à Jérusalem et envisagent un ferry de Haifa vers la Grèce. Par ailleurs, les émeutes se poursuivent à Port-Saïd… La Libye apparaît comme une solution tranquille ! Nous retournons dîner au restaurant Athinéos. Très copieux mixed grill de poisson avec une multitude de plats, poisson, calamars, crevettes arrosés d’un honnête vin blanc, Marie, moins contente de son blanc de poulet, pioche dans mon assiette !

 

Mercredi 6 mars : Dès que je suis prêt, je vais rechercher la voiture pendant que Marie finit de se préparer. Les rues d’Alexandrie sont encore désertes, les ordures qui s’y entassent sont encore plus évidentes ! Je dois regonfler la roue qui perd et qu’il va bien falloir envisager de réparer… Nous quittons l’hôtel, le flot des voitures est à son maximum maintenant et il faut garder l’œil ouvert ! Nous avons la chance de trouver presqu’aussitôt une station-service alimentée en gasoil et où on veut bien nous faire passer en priorité mais pas question de 296 ALEXANDRIE Cornicheremplir les jerrycans. Nous suivons l’interminable corniche qui s’allonge sur des kilomètres, le long d’une mer d’un beau bleu mais agitée, succession ininterrompue d’immeubles souvent dans un style que l’on pourrait qualifier de rococo oriental qui ne manque pas de charme. L’autoroute promise sur les cartes n’en est pas une, simple route à voies séparées, avec de fréquents ralentisseurs et des traversées de bourgs encombrés. Aucune indication sur la route, nous devons fréquemment demander notre chemin, faire demi-tour dans Aboukir, revenir sur nos pas. Je suis très inquiet sur le temps qu’il nous faudra pour atteindre Port-Saïd à cette allure. Nous traversons un univers étrange, de grandes palmeraies alternent avec des zones marécageuses, des lagunes sur lesquelles voguent des barques à fond plat et à voile latine, des étendues sablonneuses et même des dunes. A notre grand soulagement, nous rejoignons une autoroute plus rapide mais à la chaussée souvent déformée. Nous parvenons à Damiette où je cherche le port, en quête d’informations sur un éventuel ferry pour la Turquie. Nous pénétrons dans l’enceinte portuaire et, par hasard, aboutissons dans la zone franche aux entrepôts d’une société turque dont les responsables se mettent en quatre pour essayer de nous renseigner en téléphonant à diverses personnes. Nous attendons une réponse précise sur un éventuel bateau vendredi en discutant avec un sympathique Mustapha. Nous déjeunons rapidement dans le camion puis décidons de continuer sur Port-Saïd, faute d’une certitude pour ce vendredi et aussi peu sûrs de pouvoir accomplir seuls les formalités à Damiette. Nous traversons la petite ville sympathique dont les maisons s’alignent le long d’un canal en formant un ensemble agréable à l’œil, qu’il ne faut surtout pas détailler… Nous rejoignons l’autoroute, suivons de près la côte, entre mer et lac. Il semble que toutes les ordures de l’Egypte ont été collectées pour être déversées sur les terres basses du delta, les fumées nauséabondes obscurcissent le ciel en de nombreux endroits. Port-Saïd est calme, quelques engins blindés de la police ou de l’armée sont les seuls témoins des affrontements des jours derniers. Quand nous parvenons dans le centre-ville, nous ne pouvons pas passer devant les bâtiments de la Municipalité, la rue est barrée et il y a foule sur l’esplanade. Nous contournons les immeubles, apercevons des traces d’incendie et atteignons le quartier ancien où nous trouvons une chambre correcte à l’hôtel de la Poste, un ancien établissement colonial à la façade recouverte de bois. Nous faisons aussitôt téléphoner à Eslam dont Kamal nous avait donné le numéro et qui devrait se charger des formalités. Il nous donne rendez-vous à 8 heures ce soir. Je pars à la recherche d’un cybercafé, cherche dans des rues consacrées aux chaussures et aux vêtements et finis par en dénicher un. Message de Julie de retour de Châlons mais rien de la Maif dont j’attends la carte verte pour la Turquie ni de Francisco qui devait nous tenir au courant pour le ferry au départ de Haifa. Je reviens en passant par les bords du canal de Suez, à voir de jour… J’attends Eslam qui tarde, se fait prier, annonce sa venue mais nous avons largement le temps de dîner dans le camion avant de le trouver au bar avec ses acolytes. Il n’est pas encourageant, le ferry d’Iskenderun serait en panne, celui de Mersin vendredi est trop tôt, il lui faut deux jours pour les formalités et il est très cher ! Entre temps, Mustapha, le Turc de Damiette nous a téléphoné pour nous confirmer le ferry de vendredi, son correspondant est supposé nous rappeler ce soir mais il n’en fait rien. Nous convenons avec Eslam de nous retrouver demain à 13 heures pour nous renseigner précisément sur les dates des ferries.

 

Jeudi 7 mars : Nous allons prendre le petit déjeuner dans le camion puisqu’il n’est pas compris dans la chambre. Puis nous essayons de refaire un plein de gasoil avant la traversée vers la Turquie où il est beaucoup plus cher. Nous trouvons à un rond-point du centre-ville une station où commence à s’allonger une queue de minibus et de camions, signe manifeste d’une distribution en cours ou en attente. Sagement je me mets à la queue, sans arguer de ma qualité de touriste pour passer devant, personne ne m’y invite non plus… Le camion-citerne est en cours de remplissage des cuves et la distribution n’est pas commencée mais cela n’empêche pas les chauffeurs de se livrer à de féroces joutes verbales, accompagnées de gestes grandiloquents, un moment de la vie égyptienne saisi sur le vif ! Au bout d’une heure d’attente, je parviens à la pompe et réussis à me faire remplir aussi deux jerrycans au grand déplaisir du chauffeur sous le nez de qui j’ai réussi à passer. Retour pour nous garer à côté de l’hôtel. Je vais faire des courses et trouve une supérette très bien achalandée et notamment avec du pasterma à la coupe et des bouteilles de tonic. Tiens, tiens ! Nous déjeunons dans le camion puis à 13 heures, je me mets en faction au coin de la rue dans l’attente de l’arrivée d’Eslam. A 13h30 je le fais appeler, il m’assure arriver dans le quart d’heure qui suit. Nouvel appel à 14h30, il est en train de s’occuper de nous, il nous rappelle… A 16 h, je remonte dans la chambre sans trop plus savoir ce qu’il faut en penser, l’option ferry depuis Israël redevient d’actualité… A 16h15, il se manifeste, rapide entrevue, il m’annonce un bateau lundi et le début des formalités samedi matin dès 8h30 ! Rassurés, le moral remonte même si attendre encore quatre jours ne nous amuse pas. Je vais au cybercafé, toujours rien de la Maif, messages de Francisco qui doit continuer en ferry depuis Haifa vers Chypre puis la Grèce, nouvelles des Azalaïens également. Nous allons nous réapprovisionner à la supérette puis revenons nous offrir un gin-tonic à la chambre. Nous dînons au Gianola, l’établissement huppé de la ville, fréquenté par les rejetons de la bonne société, jeunes femmes trop maquillées mais portant le voile, habillées un brin trop clinquant, et jeunes hommes fumant des Marlboro. Excellent repas, presque trop copieux, Marie se régale d’une moussaka et moi de koftas, les meilleures de ce voyage. Dommage qu’il n’y ait que de l’eau pour arroser ce festin. A la chambre nous complétons le repas avec des cônes glacés.

 

Vendredi 8 mars : Réveillé tôt, j’ai mon cadeau pour mon anniversaire, à ma grande surprise, Oum Kalthoum et son orchestre au grand complet, en figurines de plâtre certes ! Nous traînons au lit et ne petit déjeunons dans le camion que bien après dix heures. 313 PORT SAÏD MaisonLa ville est très calme, pas un bruit, pas un klaxon, les Egyptiens sont encore plus lève-tard que nous… Nous partons nous promener dans les rues entre l’hôtel, le canal et la darse, le nez en l’air pour contempler les anciennes maisons coloniales. En fait des immeubles de cinq étages, qui ne surprendraient pas en France ou en Italie, auxquels de larges vérandas de bois confèrent un cachet particulier. Ils tombent quasiment tous en ruine et disparaissent petit à petit remplacés par des immeubles en béton, plus tape-à-l’œil… Nous atteignons les bords du canal mais aucun navire de gros tonnage ne passe en ce moment. De l’autre côté, la ville-sœur de Port 314 PORT SAÏD CanalFouad reliée à Port Saïd par l’incessant va-et-vient d’un ferry gratuit ! Nous revenons vers l’hôtel en passant par d’autres rues aux anciennes maisons en triste état. Nous déjeunons à la chambre et après une courte sieste nous ressortons et allons prendre le ferry pour Port-Fouad. Toujours aucun navire dans le canal ! La ville paraît plus moderne mais derrière une mosquée récente, qui de loin ressemble à la Giudecca, nous trouvons l’ancien quartier résidentiel : dans des jardins, des maisons de briques à un étage, avec de grands balcons protégés par des avancées du toit soutenues par des poutres inclinées. Elles sont presque toutes semblables, des cités pour les cadres du canal au bon vieux temps ! J’ai l’impression d’être à327 PORT FOUAD Maison Rabat ou à Casablanca ! Nous revenons nous installer chez Gianola nous offrir une glace en regardant les manifestations à la télévision. Manifestations dont nous n’avons aucun écho dans notre quartier ! Je communique par internet avec Julie pour essayer de régler le problème de la carte verte que la Maif ne m’a pas encore envoyée. Echange de mail et de SMS. Nous rentrons à la chambre. Nous fêtons mes 67 printemps avec les dernières gouttes de la bouteille de gin mêlées de tonic puis nous allons dîner au restaurant asiatique que j’avais trouvé et où on sert de l’alcool. Les plats sont très peu copieux, très décevants et il n’y a pas de vin blanc ou rosé ! De plus nous y retrouvons Eslam qui nous annonce que le rendez-vous de demain doit être retardé pour cause de fermeture de l’agence maritime. Nous ne savons plus quoi penser ! Eslam qui semble être le fils du patron essaie de calmer notre mécontentement et nous fait servir un plat de crevettes piquantes auquel Marie ne veut pas toucher. Finalement Eslam me donne rendez-vous demain à dix heures après avoir changé trois fois d’heure ! Nous repartons très en colère. Je n’ai plus qu’une envie, rentrer me coucher mais Marie tient à passer, comme prévu, à la pâtisserie Gianola où nous dégustons deux gâteaux au chocolat avant de rentrer à la chambre.

 

Samedi 9 mars : Nous nous faisons monter deux thés, trop forts, à la chambre pour petit déjeuner puis nous allons nous installer sur la terrasse ensoleillée sous les arcades pour attendre Eslam. Bien entendu, il n’est pas là à dix heures ni à dix heures et demie… Les rues sont étrangement calmes, la circulation très réduite et les boutiques sont presque toutes fermées. Les rares personnes présentes se sont rassemblées devant le poste de télévision qui, me semble-t-il diffuse le procès des inculpés dans les émeutes de février 2012. Des hélicoptères tournent dans le ciel et des soldats venus des engins blindés disposés près du port mais aussi dans notre rue, patrouillent. Un SMS envoyé à Eslam puis un coup de fil font 330 PORT SAID Manifestationvenir un de ses employés qui ne baragouine que très peu d’anglais mais nous demande un document de la voiture et part avec. Une manifestation passe, deux cents personnes avec des motos qui klaxonnent, rien de bien inquiétant… A midi passé, je vais chercher du pain et découvre la rue du marché où tous les commerces sont ouverts. A mon retour, arrive Eslam, à peine poli, qui maintenant parle d’un ferry depuis Damiette mais mercredi ! Le port est bloqué ici d’après lui. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer, Israël reste une solution incertaine et Eslam a tellement varié que nous ne savons plus si nous devons le croire. Nous décidons de repartir pour Damiette demain, d’y rencontrer son correspondant et d’aviser alors. Nous remontons dans la chambre déjeuner. Pendant la sieste, les manifestants de ce matin, un peu plus nombreux repassent, toujours surveillés par les hélicoptères de l’armée. Nous passons l’après-midi à nous ennuyer, lire ou faire des réussites sur l’ordinateur. Nous retournons dîner chez Gianola où nous profitons du wifi pour nous informer sur la situation en Egypte et surtout à Port-Saïd. Les condamnations à mort de 21 des accusés ont été confirmées, ce que nous avions soupçonné à la télévision ce matin, et nous apprenons la mort d’un manifestant dans la nuit de jeudi. Toutes bonnes raisons pour fuir demain cette ville !

 

 

Dimanche 10 mars : Réveillés tôt, nous sommes prêts avant neuf heures et quittons un Port-Saïd encore peu animé. Nous reprenons la route entre mer et lagune et atteignons Damiette moins d’une heure plus tard. Nous trouvons l’hôtel Casablanca conseillé par Eslam, mais le prix n’est pas celui qu’il avait indiqué car il y a une double tarification, une pour les Egyptiens, l’autre pour les étrangers ! Je fais téléphoner à Yasser, l’alter ego d’Eslam à Damiette. Il arrive à peine dix minutes plus tard, nous négocie une chambre, une single mais avec un grand lit, et nous annonce un départ pour demain ! L’espoir renaît ! Nous abandonnons Marie à la chambre et je le suis avec la voiture au port. Il se charge des innombrables formalités douanières et policières. Il m’emmène chercher à la police de la route un document prouvant que je n’ai pas commis de délit sur le territoire égyptien. Occasion de voir de près le cadre de travail de petits fonctionnaires qui entassent des piles de dossiers poussiéreux sur des étagères branlantes. Il est sympathique, nous discutons et confrontons nos avis et nos goûts (Il ne comprend pas que l’on trouve un intérêt à visiter le Yémen ni à traverser des déserts !). Retour au port pour toute une série de démarches, de papiers timbrés pour rempli331 DAMIETTE Portr des dossiers. Les plaques d’immatriculation égyptiennes sont retirées et la voiture, après avoir été visitée et re-visitée par tous les douaniers curieux, est abandonnée devant les entrepôts de la compagnie maritime. Il me ramène enfin à l’hôtel, il est presque quatre heures quand je retrouve Marie et que nous pouvons déjeuner d’un dernier reste de pâté. La chambre est sans doute la plus « classe » du voyage et nous pouvons profiter de chaînes câblées, mais pas en français, et du Wifi. Nous relisons le blog et le mettons en ligne. Marie téléphone à Nicole puis nous dînons au restaurant de l’hôtel, de grillades d’agneau, très épicées. Je me renseigne grâce à internet sur le trajet de Mersin à Çanakkale et sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise ainsi que sur la position de notre ferry.

 

Lundi 11 mars : Pour notre dernière (?) nuit égyptienne, les moustiques sont venus vrombir à mes oreilles « Salut, salut », dans un demi-sommeil, j’ai compris « Palu, palu » ! Nous partageons le petit déjeuner puis regagnons la chambre suivre sur internet la progression de notre ferry. A onze heures, nous libérons notre nid douillet et allons nous réchauffer sur la terrasse ensoleillée, au quatrième étage. Nous avons une belle vue sur la palmeraie de plus en plus gagnée par des constructions anarchiques de petits immeubles, jamais terminés, toujours en cours d’ajout d’étages supplémentaires. Les ordures sont jetées au pied des bâtiments, le long des chemins ou dans le canal transformé en égout à ciel ouvert. A une heure, Yasser se manifeste. Il nous rapporte le carnet de passage en douane puis réclame son salaire. Nous lui demandons de nous conduire au port, ce qu’il fait et nous dépose à une cafeteria, à l’entrée, et non au camion comme nous l’avions cru. Nous devrons y attendre huit heures pour retrouver l’agent de la compagnie de navigation qui nous accompagnera. Il nous abandonne devant notre déjeuner, une omelette et de la salade, dans un troquet à la clientèle uniquement masculine d’employés du port. Yasser revient, redemande le carnet de passage en douane et mon passeport pour un ultime tampon. Il nous les rapporte avec une simple mention sur le passeport, en arabe. Le carnet de passage en douane n’est pas tamponné, ce qui ne me plaît pas beaucoup. Je me décide à aller poser la question aux douanes. J’atterris dans le bureau du grand chef qui téléphone, me confie aux mains d’un appariteur qui part faire le nécessaire et me rapporte le précieux document, cela me coûte tout de même vingt livres égyptiennes ! L’attente continue… A dix-neuf heures je fais téléphoner à Yasser, il faut encore attendre, un employé de la compagnie de navigation viendra nous prendre pour nous faire passer les formalités de police, même chose à vingt heures trente etc… Je commence à être vraiment las de ces histoires d’horaires jamais respectés, l’Orient est une trop facile explication, l’incompétence, la désorganisation, l’à-peu-près, en sont d’autres… Le garçon de la cafeteria est gentil, téléphone volontiers pour nous mais la télévision est de plus en plus bruyante. Je fais les cent pas à l’extérieur, espérant toujours voir arriver une voiture venue nous chercher. Après un dernier coup de fil à un agent de la compagnie maritime et alors que la cafeteria ferme mais attend de nous voir entre de bonnes mains, j’ai rendez-vous à l’immigration. J’y retrouve l’agent qui s’occupe des passeports et enfin une voiture vient nous récupérer, nous emmène à la voiture qui a passé la journée dans un entrepôt. Nous nous rendons au port où des dizaines de camions turcs attendent d’embarquer sur un RoRo. Nous sommes les premiers à monter. Un membre de l’équipage roumain nous prend en charge et nous conduit dans un salon proche de la réception. On nous explique, en français, que nous devons patienter, le temps que les cabines soient prêtes. A minuit passé, nous attendons encore…

 

Mardi 12 mars : L’attente se poursuivant, nous décidons de manger nos provisions, avec une bière turque qu’une jeune femme nous apporte. La demi-heure d’attente demandée devient une heure puis presque deux ! Marie désespère, je me traîne dans les couloirs jusqu’à ce qu’enfin, on nous conduise à une cabine spacieuse, confortable, avec un lit double, le grand standing ! Nous nous couchons aussitôt, à presque deux heures. Dans la nuit, aucun frémissement n’est annonciateur d’une mise en branle du navire et au matin force est de constater que nous sommes toujours à quai ! Mais nous prenons le fait avec philosophie, nous sommes logés et nourris et surtout, nous en avons terminé avec l’administration égyptienne. Nous allons prendre le petit déjeuner, sommaire, à la cafeteria où Marie est la seule représentante de son sexe, avec tout de même quelques femmes employées à l’entretien. Que des mâles farouchement moustachus et grands fumeurs ! Soudain, à onze heures, des bruits semblent indiquer qu’il se passe quelque chose. Nous appareillons ! Sortie du port, Damiette disparaît dans la brume. Adieu l’Egypte, adieu l’Afrique, à nous l’Asie… Le reste de la matinée se passe à prendre l’air sur le pont sans fauteuil ni installation pour y rendre agréable le temps de la traversée (ce n’est pas une croisière !) ou dans la chambre, seul endroit confortable. Au déjeuner (surprise !), poulet-frites sur un plateau, digne d’un resto U. La Roumaine qui nous avait approvisionnés en bière la veille, ou plutôt ce matin, nous en apporte deux dans la chambre mais pas question de les apporter à table. Je dois aller les verser dans de discrets gobelets en carton et les rapporter. Sieste, une heure à prendre l’air sur le petit bout de pont accessible et retour à la chambre. Marie lit, je n’ai plus de livres, je m’occupe avec des réussites et le jeu démineur sur l’ordinateur. Dîner léger, un poisson frit et de la salade, un Fanta orange en guise de dessert. Comme ce midi, je vais remplir des gobelets de bière que le Père Noël nous a livrée à la chambre… Retour à la cabine pour la nuit. Nous sommes approximativement à mi-chemin de Chypre.

 

Mercredi 13 mars : Au petit déjeuner, en plus du pain, tomates et olives, pour varier… Le thé est infâme, il faut mélanger de l’eau chaude à une décoction très forte, toutes deux fournies par un appareil électrique. Nous attendons l’arrivée, soit dans la chambre, occupés à des activités hautement intellectuelles, soit sur le pont à surveiller l’avancée du navire. Nous devisons avec les camionneurs turcs en baragouinant quelques mots d’arabe. Ils sont tous très gentils et prévenants, aux repas ils apportent son plateau à Marie, me proposent des gobelets de thé. Deux chasseurs nous survolent en rase-mottes, des Syriens ? Des avions de l’Otan ? Au déjeuner, je n’ai plus à faire la queue, on m’invite à passer à table et on nous apporte nos plateaux, des verres d’eau, du sel, du ketchup, encore un jour ou deux et ils nous livreraient le petit déjeuner au lit ! Deux hommes de l’équipage ramassent, pelle et balais à l’appui les innombrables mégots qui jonchent le pont. Etonné un des passagers leur fait signe de tout jeter par-dessus bord, l’un d’eux lui répond : « Pollution ! », manifestement le mot ne dit rien à ce brave Turc ! Nous approchons de Mersin mais, quand la côte est en vue, le navire s’arrête, il est alors deux heures et nous attendons une heure avant qu’il ne reparte à vitesse réduite. Des policiers montent à bord puis un pilote nous guide dans le port. Lentes manœuvres pour accoster et s’amarrer et encore une longue attente avant que nous ne récupérions les passeports et que nous puissions sortir du navire. Il est déjà cinq heures ! Nous croyons que nous en avons fini mais il faut passer à la police pour tamponner les passeports, formalité vite expédiée. Les choses se compliquent à la douane, un jeune péteux ne peut se servir de son ordinateur et nous renvoie à un autre bureau que nous ne trouvons pas. Je retourne le voir, il trouve quelqu’un pour nous indiquer où nous devons nous rendre. Là, l’officier des douanes paraît dépassé par le problème, nous demande de l’attendre cinq minutes puis disparaît. Une heure plus tard, il n’a pas réapparu, je retourne voir notre jeune incompétent qui s’énerve, déclare que nous sommes un big problem et que nous ne pourrons le régler que demain ! Nous voilà condamnés à passer la nuit dans le port. Nous sommes tous deux bien énervés, alors que nous pensions les soucis terminés et l’administration turque compétente ! Dîner et au lit.

 

Jeudi 14 mars : Réveillé tôt dans la nuit, je rumine les problèmes qui pourraient nous attendre demain. A huit heures je suis de retour à la douane mais les équipes ont changé, un responsable qui parle anglais me renvoie au bureau de la veille mais le camion est coincé par des voitures stationnées. Je dois retourner chercher des policiers et enfin un conducteur déplace sa voiture. Nous retournons donc à l’autre bout du port, où je trouve des personnes qui parlent anglais et s’affairent sur des ordinateurs, pour nous mettre en règle. Quand je crois que nous en avons terminé, on nous annonce que nous devons passer la voiture aux rayons X ! Il faut encore trouver l’endroit. Les camionneurs, sympathiques, qui attendent nous font passer devant eux. Il faut aussi vider la voiture de tous les aliments, appareils électroniques, avant le passage dans la machine. Les opérateurs ont détecté nos jerrycans de gasoil. Ils tiquent. J’essaie d’expliquer qu’en Egypte c’est difficile d’en trouver, qu’il faut des réserves dans le désert. Ils n’insistent pas et nous laissent partir. Je repasse encore au bureau des douanes et nous sommes enfin en règle. Reste à sortir du port ! Pas une mince affaire. A la porte A, on ne veut pas de nous, à la B non plus et la C est fermée ! Nous tombons de Courteline en Kafka... Retour à la case départ, là où nous avons dormi. Il y a bien une porte mais elle est verrouillée. Nous explosons tous les deux ! Je retourne dans le bureau de la douanière qui ne comprend pas un mot d’anglais, elle tape l’immatriculation du camion et miracle ! Le fond de l’écran passe au vert, nous pouvons sortir !!! Elle donne l’ordre à un gardien de nous ouvrir le portail, nous sommes en Turquie… Je m’arrête à la première banque que nous trouvons et y change 100 dollars, puis nous prenons la route. Nous empruntons l’autoroute d’Ankara, à péage, mais il n’y a pas de tickets d’entrée, il faut avoir une puce ou, comme on nous l’indique, laisser sonner l’alarme, continuer comme si de rien n’était et payer à la poste ! Nous verrons en sortant de Turquie, cela risque d’être encore épique… La route monte dans les montagnes, les traverse par une série de tunnels. Le plateau anatolien, à 1000 mètres d’altitude sort de l’hiver, l’herbe verte commence à apparaître et couvre même les toits de terre des anciennes fermes. Les sommets sont encore très enneigés et le vent souffle. Paysage si différent de l’Egypte ou du Soudan ! Un autre monde : l’autoroute est une véritable autoroute, le code de la route est à peu près respecté, les policiers font leur boulot et ne paraissent pas déguisés, pas de chants religieux à tous les coins de rues, de la bière dans les épiceries de village et pas de tas d’immondices dans les rues. Il se dit que l’Egypte post-révolutionnaire voudrait prendre la Turquie comme modèle, ils ont du pain sur la planche ! Nous quittons l’autoroute d’Ankara pour la route de Konya qui reste à double voies mais avec un revêtement parfois patchwork. Nous contournons la ville et continuons en direction d’Afyon. Un policier bonhomme qui nous a arrêtés pour excès de vitesse, déclenche un grand éclat de rire quand il affirme que nous roulions à 166 km/h. Un record pour le Guiness ! Première Land Rover équipée d’une cellule Azalaï à atteindre cette vitesse ! Il ne nous en tient pas rigueur et demande simplement que nous ralentissions… La nuit tombe vite sous un ciel couvert. Nous continuons en bifurquant, avant Afyon, en direction d’Eskişehir. La route n’est plus à double voies alors qu’il fait nuit et je commence à fatiguer. Nous arrêtons à une station-service, la seule sans doute de Turquie qui fait aussi mosquée, comme nous nous en apercevons un peu plus tard quand le muezzin se déchaîne…

 

Vendredi 15 mars : Alerté au beau milieu de la nuit par un sourd grondement qui varie d’intensité, je comprends que des bourrasques de vent fouettent le camion et font claquer des tôles de la station-service. Je baisse le toit pour nous éviter de nous envoler puis je jette un coup d’œil dehors. Nous sommes entourés de camions que nous n’avons pas entendu arriver et tout est blanc, une tempête de neige en Anatolie ! Nous nous réveillons tôt et je persuade Marie que nous sommes sous la neige avant de comprendre qu’il s’agit du béton sous un éclairage blafard que j’ai pris pour de la neige. Ouf ! A sept heures nous sommes sur la route, secoués par les rafales, brinquebalés d’un côté l’autre de la route heureusement peu fréquentée. Puis, sous une pluie qui avec nos pneus presque lisses, nous oblige à bien ralentir avant de rejoindre des altitudes moins élevées et bientôt Bursa. Nous contournons la ville sur une autoroute moderne qui permet de rattraper le retard pris dans la montagne. Le vent s’apaise et le ciel se dégage quand nous rejoignons les bords verdoyants de la belle mer bleue de Marmara. Nous trouvons un supermarché, un comme nous aurions bien aimé en rencontrer les semaines passées, pour les derniers achats. Nous traversons sans attendre avec un bac pour rejoindre la côte européenne à Gallipoli et bientôt nous sommes à la frontière, passée en moins de dix minutes, sans difficultés. Visite à la boutique duty free shop pour une bouteille de vodka et quelques cigares puis nous voici presque chez nous, au Yunanistan, ni une province chinoise, ni la terre des onanistes mais le nom que les Turcs donnent à la Grèce ! Encore quelques kilomètres d’autoroute et nous retrouvons le camping d’Alexandroupoli, quasi désert mais tout fonctionne même le wifi ! J’aurais bien aimé fêter ce retour devant un verre d’ouzo et un bon döner kebap, avec de la viande de porc mais ce n’est pas dans l’idée de Marie et comme nous avons acheté du bœuf, il faut le manger… D’ailleurs il fait froid et tout est sinistre…

 

Samedi 16 mars : Les pieds glacés dans la nuit, je me lève pour baisser le toit. Au matin, cette fois ce sont les carillons particuliers des églises orthodoxes qui donnent un court concert. Dieu que notre civilisation judéo-chrétienne a du bon ! Les lavabos ne fuient pas, la robinetterie fonctionne, les toilettes sont propres et l’eau chaude est chaude ! Et la société de consommation avec le beurre 100% matière grasse garanti cholestérol maximum, les alcools en vente quasi libre et la charcuterie faite avec ce sympathique cochon… Nous téléphonons à Julie avant de partir. Nous la réveillons, la pauvre, elle a eu une dure soirée avant son départ pour les Philippines. Nous démarrons après dix heures, il fait à peine plus de 0°c, nous sommes frigorifiés et après un plein de gasoil (dix fois plus cher qu’en Egypte, grosse émotion au moment de sortir les billets…), nous mettons le chauffage au maximum pour nous réchauffer en roulant. Il tombe quelques flocons de neige et les prairies sont encore en partie enneigées. Ce n’est que vers midi, en approchant de Salonique que nous verrons réapparaître le soleil. Nous filons à bonne allure sans quitter l’autoroute. Les péages sont bon marché quand nous sommes assimilés à des voitures classiques, chers quand on nous applique le tarif camping-car. Les chutes de neige vers Alexandroupoli m’ont fait craindre l’Epire (!) mais j’avais tort, pas de neige, à peine quelques gouttes de pluie et sur la fin de la neige fondue. Pas une seule station-service sur l’autoroute, il faut en sortir pour refaire un plein. Nous arrivons à Igoumenitsa avant six heures, nous allons directement au port prendre des billets sur le ferry pour Venise lundi. Nous passons dans un supermarché refaire un dernier plein de provisions (voir ci-dessus les bienfaits de notre mode de vie…) puis nous cherchons un camping. A quelques kilomètres, au bord de la mer, dans un paysage de lagunes et de marais inondés, le même que celui autour de Boutrit, en Albanie, juste de l’autre côté de la frontière, nous trouvons un camping fermé mais nous pouvons nous installer au bord de l’eau, près d’un restaurant.

 

 

Dimanche 17 mars : Réveil tardif, le beau soleil tarde à réchauffer le camion et ses habitants ! Nous ne sommes pas pressés, rien au programme si ce n’est fêter comme il se doit la Saint-Patrick. Message de Julie puis de Nicole à cette occasion et, plus tard, d’Yvette. Nous envisageons de déjeuner au restaurant en face duquel nous avons dormi et dont le cadre, au fond de la baie d’Igoumenitsa, sur une belle plage peu fréquentée en cette saison, est enchanteur. Mais avant de nous décider, nous allons voir en ville quelles sont les autres possibilités offertes. Nous marchons sur le trottoir au soleil, l’autre est trop glacial ! Rares sont les commerces ouverts, les restaurants peu engageants nous confortent dans notre idée de déjeuner sur la plage. Nous aurions bien pris un ouzo dans l’un des cafés avec terrasse du centre-ville mais nous craignons de nous distinguer avec cette boisson alors que les nombreux consommateurs sont tous attablés devant des cafés sous diverses présentation ou devant des chocolats chauds alors qu’il est presque midi ! Nous retournons donc sur la plage, nous prenons place devant une table de la terrasse en la déplaçant de façon à jouir le plus vite possible du soleil. Nous commandons des verres d’ouzo puis des plats de poisson et fruits de mer, calamars en beignets, poulpe vinaigrette, crevettes grillées, rougets frits et une trop grande portion de sardines et petite friture. Tout ceci arrosé de bouteilles de vin retsine, sans regarder ni à la quantité ni à la dépense (très mesurée !). Après déjeuner, nous nous installons à l’intérieur, très fréquenté alors qu’à l’extérieur nous étions les seuls ! Nous relisons le blog, répondons aux amis, tout en fumant un cigare, avalant un expresso suivi d’un cognac local, un Metaxa (enfin moi, pas Marie !) ! La grande fête ! Peu aguerri, le regard vague (toujours moi…), nous reprenons la voiture pour une promenade sur les pistes qui vont se perdre dans les marais avant de revenir en ville. Nous allons prendre un thé à la terrasse de l’un des cafés, seuls clients bravant le froid puis nous allons nous garer devant la gare maritime. Pour terminer cette journée d’authentique cuisine grecque, nous allons dîner dans une petite rôtisserie que nous avions repérée. Quatre tables et de grandes broches qui tournent, horizontales pour les poulets bardés et les kokorets, sorte d’andouillettes que j’aimerais bien goûter mais je n’ose m’y risquer et une, verticale pour le gyros dont j’avais envie. Marie prend des souvlaki, des brochettes de porc, juteuses à souhait. Les frites et la bière ne sont pas à la hauteur mais ce n’est pas grave, nous avons retrouvé la viande de porc ! Retour au parking devant le port pour la nuit.

 

Lundi 18 mars : Nous nous levons avant le jour. A six heures et demie, je vais au comptoir de la compagnie enregistrer nos billets puis nous nous rendons sur le port attendre sagement l’arrivée du bateau. A huit heures, heure de départ prévu, rien ! Nous scrutons l’horizon, l’espoir naît avec chaque ferry qui s’y profile mais le nôtre ne se montre qu’avec une heure de retard. Nous montons sur l’open deck nous garer, entourés de camions. On nous alloue une cabine de quatre pour nous deux avec toilette et douche. Ce n’est pas le confort de celui de Damiette à Mersin mais c’est encore très bien. Nous allons nous installer dans les fauteuils du salon, entourés de Grecs et de Grecques d’un âge certain, mélange de touristes du troisième âge et de camionneurs, moins sympathiques que leurs collègues turcs… Je suis surpris par le grand nombre d’hommes qui continuent de manipuler en permanence l’espèce de chapelet oriental commun aux musulmans et aux orthodoxes. Nous déjeunons avec nos provisions puis nous allons faire la sieste dans la cabine. Nous en ressortons en fin d’après-midi pour retourner dans les salons prendre un thé et nous inquiéter sur l’heure d’arrivée à Venise et donc en France. Nous dînons, fort mal, à la cafeteria, une bouffe qui servie dans un restau U, aurait déclenché mai 68 en 67… Nous nous consolons avec un honnête vin crétois et des pâtisseries orientales.

 

Mardi 19 mars : Soleil sur la mer et bientôt nous apercevons le Lido puis la lagune et puis Italie 4259c’est cette incomparable vision de Venise vue de la mer et à hauteur des toits des maisons qui défile devant nous. Impossible de rester indifférent à cette ville, nous avons, plus que jamais, envie de venir y résider quelque temps… A midi nous accostons et débarquons rapidement. Nous n’échappons pas au contrôle antidrogue, chien à l’appui. Nous revoilà sur l’autoroute pour 750 kms. Nous avançons à bonne allure, beaucoup de camions jusqu’à Brescia, c’est ensuite plus calme jusqu’à Gênes où commence la série de tunnels-viaducs jusqu’à la frontière. Le ciel est bleu mais nous sommes surpris de trouver la Lombardie sous la neige. Nous retrouvons sans émotion la mère-patrie. Coup de fil à monsieur Philippe pour nous assurer d’avoir la clé de la maison en arrivant. Nous y sommes avant huit heures, la traversée de l’Afrique est bien terminée, nous l’arrosons avec une demi-bouteille de champagne après être allés dîner dans un restaurant thaïlandais que nous ne connaissions pas, le Nathathaï, bonne cuisine mais ambiance trop « chic »…

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 16:59

Jeudi 14 février : Le brouhaha reprend avec le jour dans le couloir et dans les cabines. Je vais acheter deux verres de thé, vendus trois fois plus chers qu’à terre et nous déjeunons avec les pâtisseries achetées à Wadi Alfa. Quand nous sommes prêts, nous montons avec nos sacs sur le pont guetter l’arrivée à Assouan. Nous y sommes plus tôt que je ne le pensais. Nous retardons nos montres d’une heure, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Je récupère les passeports tamponnés après avoir failli repayer les visas. Des installations portuaires et le mur du barrage signalent l’arrivée. Le bateau accosté, nous ne sortons pas pour autant. Des invectives, des grandes gesticulations animent autorités, porteurs et personnel du bateau avant que les premiers colis soient débarqués puis, de notre pont, nous voyons sortir des passagers. Nous descendons nous joindre à la bousculade en direction de l’étroite porte encombrée qui permet de sortir. Tout le monde pousse, crie, balance ses bagages dans les jambes de son voisin, les porteurs chargés de lourds cartons se fraient un chemin en écrasant les pieds et en menaçant de lâcher leurs colis sur les têtes de ceux qui ne se garent pas assez vite. Enfin nous voici à terre, nous nous dirigeons vers le bâtiment où se déroulent les formalités. Nouvelle bousculade pour être admis dans le bâtiment, des soldats crient pour se faire obéir et obtenir que les arrivants se mettent en ligne. Nous passons en priorité, grâce à Marie, privilège féminin, la douane. Nous faisons la connaissance de Kamal, le correspondant de Madher à Assouan. Il nous emmène dans le bureau pour les entrées des véhicules, nous y remplissons des formulaires puis il nous emmène en ville. Nous sommes aussitôt frappés par l’abondance des produits sur les étals, on y trouve même des fraises. Les abords de la ville sont une succession d’immeubles récents mais déjà en mauvais état. La propreté n’est pas différente du Soudan, les immondices jonchent le sol et les tas d’ordures bordent les rues. Kamal nous emmène, ainsi que les Portugais, sur la corniche où sont amarrés les luxueux bateaux de croisière. Derrière, les voiles triangulaires des felouques nous rappellent notre venue en 199?. Il tient à nous faire prendre une chambre au Philae hôtel mais il n’est pas dans notre gamme de prix, les Portugais y restent. Nous nous faisons 006 ASSOUAN Nilemmener, une centaine de mètres plus loin, au Hathor, nettement moins chic mais trois fois moins cher et avec une belle vue sur le Nil. Nous ressortons pour aller déjeuner au Salah ed Din, un des restaurants installés sur les bords du fleuve. Des terrasses descendent au bord de l’eau, nous nous asseyons sur celle qui est la plus proche des felouques et commandons une bière ! Bien fraîche, pas la meilleure de ce voyage mais sans doute la plus appréciée. La carte propose autre chose que du poulet et nous nous régalons de kofta, avec des frites. Dès que nous sommes dans la rue, nous sommes hélés, sollicités, apostrophés, interpellés, sommés pour une promenade en felouque ou en calèche. Retour à l’hôtel pour une courte sieste puis nous ressortons. Je suis de mauvaise humeur, l’incertitude sur la date d’arrivée de la voiture, toujours pas chargée sur une barge m’énerve sérieusement. Nous024 ASSOUAN Souq suivons une des artères du souq, marchands de souvenirs bien sûr mais aussi étals très colorés d’articles en plastique, fleurs artificielles, chaussures, tissus, épices… Mais il se fait tard et les boutiques ferment. Nous passons dans un cybercafé. Peu de messages, rien de Julie, j’écris pour avoir des renseignements sur l’éventuel ferry de Damiette en Turquie puis nous rentrons à l’hôtel en passant sous les arcades où les boutiques se suivent, semblables à celles de Tunis il y a quarante ans, devantures anciennes, noms français ou anglais. Pour la Saint-Valentin, nous retournons dîner au restaurant de ce midi qui est supposé être le meilleur des bords du Nil. Nous commandons un pigeon farci, un poisson « tagen », qui n’a rien d’allemand mais qui doit se lire tajine ! Et surtout une bouteille de vin rosé local. Le vin est très buvable, sec, corsé, le tajine de poisson quelconque, peu copieux et le maigre pigeon, farci au riz. Un dîner peu réussi hélas. La cacophonie des automobilistes crispés sur leur klaxon nous accompagne du restaurant à la chambre mal insonorisée. Les klaxons auxquels se joignent les sirènes de police continuent tard dans la nuit.

 

Vendredi 15 février : La nuit a été plus calme et au matin, tous dorment encore. Le petit déjeuner est basique, dans une salle à manger elle aussi limite, alors qu’il y a une terrasse avec une superbe vue sur le Nil, sur les felouques qui glissent en silence et sur la montagne ensablée ! Pendant que Marie se prépare, je descends à la réception profiter du wi fi de l’hôtel. Nous partons ensuite en excursion… A peine avons-nous mis un pied à l’extérieur qu’un taxi nous propose de nous déposer à l’embarcadère pour nous rendre à l’île Elephantine. Une barque à moteur nous fait traverser jusqu’au village situé au sud de l’île. Quelques pas et nous sommes au musée, fermé depuis trois ans pour cause de rénovation mais pour le même prix 010 ASSOUAN Elephantine templenous pouvons accéder au site archéologique. Des Allemands ont fouillé les ruines et remonté un temple, peut-être abusivement mais le résultat donne une bonne idée de ce que devait être un temple de l’époque ptolémaïque. Il reste de beaux groupes de bas-reliefs, notamment du dieu à tête de bélier, Khnout, certains ont encore plus que des traces de couleurs et l’on se plait à imaginer quel ensemble kitsch cela devait être. Au bord du Nil, là où son cours est étroit, devant les jardins du mythique hôtel Old Cataract, se tiennent encore les marches du nilomètre qui servait à mesurer les crues. Le reste du site est d’un moindre intérêt, des blocs qui portent des cartouches, un élément de pylône debout et des traces de maisons et encore des temples encore plus abusivement reconstruits. Le vent s’est levé, mauvaise idée car il risque de retarder l’acheminement de la voiture sur le lac, le sable soulevé gêne073 ASSOUAN Maison considérablement Marie. Nous revenons à l’embarcadère. Marie m’y attend tandis que je vais à la recherche d’un restaurant indiqué. Je traverse le village puis longe des jardins où courent des ruisseaux entre les arbres fruitiers, sous les palmiers. Ce serait bucolique et charmant si, à chaque détour du sentier, ne se trouvaient des tas d’ordures et si des sacs plastiques ne volaient de ci, de là ! Après avoir traversé un autre village sans maisons intéressantes, je débouche sur l’autre rive de l’île, face à la colline où sont enfouies les tombes des nobles. Le restaurant n’a pas grand-chose à offrir, je reviens retrouver Marie, nous traversons et revenons en suivant la corniche le long de laquelle sont amarrés les bateaux de croisière à plusieurs niveaux pour touristes. Ils se font bronzer, les femmes en bikini, du moins celles qui n’ont pas trop froid ou qui ont décidé qu’il faisait chaud, sous les yeux écarquillés des mâles frustrés, plantés sur le quai. Nous déjeunons dans l’un des trois restaurants qui affichent des boissons alcoolisées à leur menu, le Mona Lisa, bien mal nommé à en croire l’absence de sourire de 021 ASSOUAN Souqcelle qui nous sert… Retour à la chambre après avoir acheté le Monde. Sieste puis nous repartons dans la grande rue du souq, les magasins commencent à ouvrir en fin d’après-midi de ce vendredi. Beaucoup de boutiques sont clairement orientées vers la clientèle touristique et nous sommes fortement invités à les « visiter » l’une après l’autre… Nombreux étals d’épices où sont, entre autres, proposées des feuilles séchées d’hibiscus pour des infusions de carcadé. Presque toutes les femmes portent des voiles noirs, ce ne sont plus les voiles colorés des soudanaises, et beaucoup ne laissent entrevoir que les yeux. Nous revenons par la corniche alors que le soleil se couche. Nous rentrons à l’hôtel, je vais me connecter à internet pour trouver un message de Julie et des réponses sans grande nouveauté à mes demandes d’informations sur les moyens de quitter l’Egypte. Nous retournons dîner au Salah ed Din, dans une salle abritée car, avec le vent, il fait froid. Nourriture quelconque qui commence à devenir lassante.

 

Samedi 16 février : Marie se réveille de méchante humeur, nos lits avec des « demi-draps » y sont pour quelque chose ! Je vais voir à leur hôtel les Portugais, ma026 ASSOUAN Femme voiléeis ils n’ont aucune nouvelle de Madher et donc de nos véhicules. Nous prenons un taxi qui nous dépo s e sur la corniche, à l’embarcadère pour l’autre rive. Nous embarquons sur une chaloupe, comme celle de la veille, partagée en deux espaces, l’un pour les femmes, l’autre pour les hommes. Celui pour les femmes est plus petit alors qu’elles sont plus nombreuses… Nous débarquons au pied de la falaise envahie par le sable où se trouvent les tombes des nobles. Nous allons en visiter plusieurs en compagnie d’une Française diplômée d’égyptologie, de son mari et d’une Italienne de leurs amis. Il faut d’abord gravir un escalier pour atteindre la plate-forme, à mi-hauteur de la montagne, qui donne accès aux tom040 ASSOUAN Tombes bas reliefsbes. Un gardien nous accompagne et nous ouvre les portes. La première, sans doute la plus belle, est une superbe surprise. Nous franchissons une porte et entrons dans une salle taillée dans la roche, supportée par des piliers puis un couloir avec de part et d’autres des statues en forme de momies de l’occupant des lieux, un certain Serenpout II, représenté en compagnie de son fils sur une fresque. Au fond, une autre petite chambre avec, dans une niche, de nouvelles peintures de Serenpout en compagnie de sa mère, de sa femme et de son fils. Toutes sont d’une extraordinaire fraîcheur, bien mises en valeur par l’éclairage. De plus nous bénéficions des explications de notre égyptologue. Nous045 ASSOUAN Tombes bas reliefs poursuivons la visite dans d’autres tombes, souvent couvertes de peintures ou au moins de hiéroglyphes. Certaines représentent des scènes de chasse, de pêche dans les marais sur des barques en papyrus, identiques à celles du lac Tana d’aujourd’hui, de labour ou plus familières, avec épouses, enfants, chiens  etc… Nous quittons les lieux après un ultime coup d’œil sur les villages aux murs peints en bleu, en aval, reprenons le bateau et marchons en direction de la gare. Nous empruntons la rue du souq et allons déjeuner dans un excellent restaurant de poisson, crabe bien garni, délicieux calamars, accompagnés d’un riz parfumé, de salades et de tahiné. Seul regret : l’absence de vin ! Et inutile d’en demander au patron, barbu, portant au front l’ostentatoire marque des musulmans rigoureux qui ne ratent pas une prière et se cognent le front au sol. Nous rentrons à l’hôtel, j’en repars aussitôt pour aller à la recherche d’un magasin qui vend hors taxe des alcools et peut-être autre chose mais je trouve porte close. Nous repartons en 059 ASSOUAN Old Cataracttaxi pour le Old Cataract, l’hôtel mythique d’Agatha Christie, de Winston Churchill et de François Mitterrand. Le décor est époustouflant, le grand, le vrai luxe, salon feutrés, fauteuils qui invitent à s’y assoupir, personnel discret et efficace. Nous nous installons sur la terrasse, en compagnie d’un voyageur belge rencontré la veille. il se présente comme Flamand ! Nous attendons le coucher du soleil, distraits par les felouques qui se glissent entre les îlots, dont les voiles apparaissent et disparaissent derrière les palmiers. La bière y est meilleure qu’ailleurs mais elle se paie… La nuit tombée, une voiture électrique nous ramène, en passant entre les jets d’eau illuminés, au portail puis un taxi nous dépose à l’hôtel où nous nous contentons de chips et de pommes en guise de dîner.

 

 

Dimanche 17 février : Nuit toujours aussi fraîche au matin. Après le petit déjeuner nous nous rendons en taxi au musée de Nubie, un beau bâtiment de marbre construit sous l’égide de l’Unesco. Un vrai musée, pas de simples vitrines poussiéreuses mais une « mise en espace » des objets, statues, poteries, maquettes appartenant aux diverses civilisations qui se sont succédé en Nubie selon que l’Egypte ou les royaumes  de Koush, de Napata, de Méroé dominaient la région. Les explications en anglais sont claires, complètes et permettent de remettre les connaissances à jour. Dommage que lorsqu’une lampe grille, elle ne soit pas remplacée et qu’ainsi des vitrines soient dans le noir. Peut-être faudrait-il que l’Unesco débloque des crédits pour l’éclairage… A l’entrée une exposition de photos anciennes montre les temples en situation, bien avant leur déplacement lors du remplissage du lac Nasser, une autre rend hommage aux ethnologues, anthropologues, archéologues des missions tchécoslovaques des années 1960. Nous devons encore nous promener dans les vastes jardins du musée où des stèles, des obélisques ont été disposés. Une maison nubienne, très063 ASSOUAN Musée maison décorée extérieurement avec des motifs peints de fleurs, d’oiseaux, de bateaux, a été reconstituée. Elle est très différente de celles que nous avons vues au Soudan mais je doute qu’il en existe encore de telles aujourd’hui. Nous reprenons un taxi pour aller déjeuner tardivement dans un des restaurants du bord du Nil, le Emy, le dernier où nous n’étions pas encore allés et où on sert de la bière. Cuisine meilleure que je ne le craignais. Puis retour à la chambre sans grande envie de faire autre chose. Aucune nouvelle de la voiture ! Nous relisons le blog puis je le mets en ligne. Nous allons voir Francisco, l’un des Portugais à son hôtel. Il a su par Kamal que les véhicules devraient être chargés demain pour arriver mercredi ! Dix jours pour passer du Soudan en Egypte, nous devons battre des records… Une fois de plus nous allons dîner au Salah ed Din. J’avais envie de retourner au restaurant de poisson ou à un de ceux du souq mais Ils sont trop loin pour Marie. Retour à l’hôtel où je me connecte, pour apprendre le décès de Michel L. et aussi pour essayer de me renseigner sur les ferries à destination de la Turquie.

 

Lundi 18 février : Après le petit déjeuner, sans projet précis pour la journée, nous commençons par profiter du wifi pour répondre à un bon nombre de copains avant de décider 068 ASSOUAN Nilde nous rendre de nouveau sur l’île Elephantine. Nous empruntons le ferry privé du grand hôtel Mövenpicke, celui qui trône sans honte à l’extrémité nord de l’île et qui est en pleine extension. Nous traversons les jardins fleuris et pénétrons dans l’immense hall puis un ascenseur nous élève au dernier étage de l’horrible tour qui dépare la plus belle vue d’Assouan, mais d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur les deux rives et les îles du fleuve. Nous longeons l’immense piscine, vide de nageurs puis passons entre les villas afin de trouver la sortie, presque cachée qui permet de se rendre au village nubien qui jouxte l’hôtel. Nous nous trouvons alors au petit restaurant auquel j’étais parvenu la dernière fois. Nous commandons un repas pour midi avant de visiter la jolie petite maison nubienne voisine. Chaulée et décorée de dessins de toutes les couleurs, elle est représentative, avec sa petite cour intérieure, son escalier qui m070 ASSOUAN Maisonène à la terrasse, des anciennes maisons de Nub ie. Nous allons faire ensuite un petit tour dans le village avant de revenir manger les cuisses de poulet pané préparées à notre intention en contemplant  la montagne ensablée devant laquelle l’île du jardin botanique aligne des rangées de palmiers, et les felouques qui filent sur les eaux paisibles. Nous profitons ainsi de cet endroit hors du temps et surtout presque sans touristes jusqu’à ce que nous recevions, en réponse à un des miens, un message de Kamal nous annonçant, à notre grand soulagement, que la voiture est chargée sur une barge qui part en ce moment. Notre enthousiasme est vite tempéré par un message de Francisco qui ne croit pas à une arrivée avant mercredi après-midi et une sortie du port avant jeudi ! Nous nous rendons au musée Animalia qui se veut un musée consacré à la Nubie, l’entrée n’est pas chère mais la visite ne vaut pas plus, des animaux empaillés en triste état, quelques images anciennes, une maison qui n’a rien de traditionnelle. Bref, un attrape-nigaud. Nous revenons à la maison nubienne visitée ce matin 076 ASSOUAN Nilpour y prendre un thé à la menthe en attendant quatre heures, heure à laquelle nous pourrons remonter à la tour du Mövenpick et y prendre un pot en attendant le coucher du soleil. Nouvelle période de repos avec vue sur la rive gauche. Nous remontons donc à la tour attendre que le soleil daigne faire briller les façades des immeubles de la rive droite et en particulier celle de notre hôtel, juste en face de nous, en buvant un soda au tarif spécial visiteurs. Coucher de soleil sans grand intérêt puisque ciel sans nuages. Nous redescendons de cette décidemment trop vilaine tour. Je ne blâmerais pas trop le kamikaze qui déciderait de (se) faire sauter (avec) ce repère d’impérialistes, d’abominables capitalistes, de croisés sionistes et de leurs comparses friqués, il ferait œuvre utile pour la protection de l’environnement… Revenus sur terre, une voiture électrique, cela devient une habitude, nous évite de marcher cent mètres jusqu’à l’embarcadère. Une panne d’électricité affecte cette partie de la ville. Quand elle revient nous repartons dans le souq, à la recherche de cartes postales et d’un couvercle en alpha tressé comme celui acheté à Khartoum. Nous dînons, encore très bien, au restaurant de poisson d’avant-hier. J’apprends incidemment qu’en Egypte « rouget » se dit « mérou », du moins c’est ce que le patron tente de m’expliquer… Retour à la chambre avec nos achats.

 

Mardi 18 février : Réveil un peu plus tardif. Nous sommes tous deux las d’attendre et n’avons plus envie de nous rendre nulle part. Nous passons la matinée à lire, écrire des cartes postales, tenter de nous connecter à internet avec un succès mitigé avant d’aller déjeuner. Le Assouan Moon, sur les bords du Nil, est le plus agréable mais sa cuisine est la pire, et on n’y sert pas d’alcool ! Seule distraction de la journée, en en sortant, nous obligeons une voiture à s’arrêter pour nous laisser traverser, ce qui généralement contrarie beaucoup les automobilistes qui ignorent royalement les piétons, la voiture qui le suit le percute… Spectacle gratuit pour les passants. Nous retournons à la chambre attendre la soirée… Je ressors brièvement pour aller acheter Le Monde, puis à huit heures pour retrouver les Portugais à leur hôtel avec Kamal, comme me le demandait un message reçu dans l019 ASSOUAN Souq’après-midi. Kamal nous confirme l’arrivée de la barge demain en début d’après-midi, nous de mande des copies des passeports et nous donne rendez-vous à onze heures demain pour aller attendre au port. Je vais retrouver Marie et nous allons dîner encore une fois au Salah ed Din, toujours aussi peu copieux mais ils servent des plaquettes de beurre qui intéressent Marie pour son petit déjeuner… Retour à la chambre en passant une fois de plus par le souq, occasion lors de l’achat d’un paquet de chips de vérifier que les tarifs « touristes » sont n’importe quoi et que, comme pour les bouteilles d’eau, nous avons été escroqués les fois précédentes.

 

Mercredi 20 février : A onze heures, comme prévu la veille, je retrouve Miguel et Francisco à leur hôtel. Un chauffeur envoyé par Kamal nous conduit, à toute vitesse, au port. Là nous devons encore patienter avant d’en franchir l’enceinte puis de nouveau attendre le bon vouloir de notre « coach ». Il nous assure que la barge sera là à midi puis à une heure, elle arrive à 079 ASSOUAN Bargeune heure et demie passée… Et se gare entre deux autres, perpendiculairement au quai ! L’équipage quitte le navire, je comprends que ce n’est pas encore aujourd’hui que nous descendrons les véhicules. Ce que nous confirme peu après Kamal. J’explose ! Je lui dis ce que je pense de ses promesses et de celles de Madher, que j’en ai plus que ras-le-bol d’attendre, 12 jours de Wadi Halfa, un autre record à leur actif après les 10 jours pour aller du Cap à Londres. Je déclare ne plus le croire et refuse ses tentatives de nous rabibocher. Il essaie de gagner du temps pour demain et relève sur les motos et la voiture les numéros de châssis, les contrôler ne lui suffit pas, il les recopie par décalcomanie… Enfin il nous ramène à l’hôtel et nous donne rendez-vous demain à 8h30. Il est quatre heures, j’ai faim, après avoir fait mon rapport à Marie, je vais dans le souq manger un chawarma. Nous ressortons quand le soleil est couché et nous allons à la boutique, la seule de la ville où l’on peut acheter des alcools. Bizarrement les bières sont plus chères qu’au restaurant… Nous comprendrons, en en buvant une plus tard, qu’il ne s’agit pas des mêmes, celles-ci font 10° ! Nous revenons en suivant la corniche dans l’obscurité pendant  la panne de courant bihebdomadaire. Je vais déposer nos achats d’antidépresseurs à la chambre puis un taxi nous dépose au restaurant de poisson d’où nous revenons à pied par le souq où nous commençons à faire des provisions pour la suite du voyage. Nous préparons les sacs pour demain.

 

Jeudi 21 février : Réveil de bonne heure. Douche, petit déjeuner avec Marie, dernières tartines avec la confiture de figue de tous les matins puis avec un sac à dos bien chargé, je me rends au rendez-vous de Kamal à l’hôtel de Miguel et Francisco. Son chauffeur, toujours aussi pressé, nous emmène au port. Sa radio diffuse un prêche repris par une voix enfantine et se poursuit par de gros sanglots, sans doute à l’évocation de quelque martyr, qui font sourire les trois mécréants occidentaux que nous sommes. Je suis (désagréablement) surpris par le nombre de prêches, sermons et autres billevesées, indépendamment des tonitruants appels à la prière lancés depuis les mosquées, que nous entendons partout, à toute heure, diffusés sur les télévisions, radios des boutiques, restaurants, hôtels, taxis. Des cheikhs chenus dont la sagesse est supposée proportionnelle à la longueur de la barbe, disputent les écrans à des matchs de football qui, toutefois, soulèvent plus l’enthousiasme des spectateurs. Il faudrait écrire une histoire politique de la barbe. Les révolutionnaires de 1789 en étaient dépourvus,  apanage des intellectuels et de la bourgeoisie éclairée du XIX° siècle (difficile d’imaginer Victor Hugo, Pasteur ou Marx imberbes, ils ont dû naître avec des poils au menton…), elle revient à la mode avec les barbudos de Cuba avant de devenir l’indispensable attribut des intégristes religieux (de tout poil ?). Nous devons terminer à pied pour parvenir à la barge qui n’a pas bougé. Nous montons à bord et je range les affaires que j’ai rapportées. Est-ce notre présence ou l’heure (9 heures !) ? Toujours est-il que s’amorce un mouvement, l’équipage se manifeste et bientôt la barge vient se ranger le long du quai. J’aide les motards à démarrer leurs engins dont les batteries se sont vidées puis nous descendons à terre, bienvenue en Egypte ! Nous devons ensuite attendre dans son bureau le bon vouloir du responsable des douanes, harassé par un travail qui l’occupe une demi-heure par semaine… Ces minables gratte-papiers incompétents et arrogants m’exaspèrent au plus haut point ! Ils passent une bonne partie de leurs heures de bureau à boire du thé, croquer des gaufrettes, s’empiffrer de sandwichs à la Vache qui Rit et discuter au téléphone. Albert Cohen était très en-dessous de la vérité en décrivant l’ordinaire d’Adrien Deume, petit fonctionnaire de la SDN, sans doute n’avait-il jamais eu affaire à l’administration égyptienne ! Pendant le temps nécessaire pour tamponner le carnet de passage en douane, le ferry de Wadi Halfa est arrivé et nous assistons, de l’autre côté de la barrière cette fois, à la foire d’empoigne du débarquement des passagers. Une semaine que nous sommes là ! Kamal repart et revient plus d’une heure plus tard avec les plaques d’immatriculation que nous devons fixer sur les nôtres et les attestations d’assurance. Nous avons dû débourser 85 $ pour la douane et 40 $ pour plaques et assurance sans savoir ce qui revient réellement dans les caisses de l’Etat et ce qui améliore l’ordinaire des fonctionnaires… Kamal nous demande 40 $ pour lui ce que je ne trouve pas exagéré vu les démarches qu’il faut faire entre douane, police, assurance, port etc… dont, sans lui, nous aurions dû démêler les réseaux. Enfin, je démarre la voiture et tente de sortir du port, mais les choses ne sont pas aussi simples, je dois encore me présenter au bureau du port pour acquitter un « droit » de sortie ! Me voici sur la route d’Assouan, au volant de la voiture. Il est plus de deux heures et atteindre Louxor aujourd’hui va être difficile. La traversée des voies ferrées, à un passage à niveau fermé le temps que passe le train en provenance du port, est une occasion supplémentaire de faire monter d’un cran mon énervement anti-égyptien… Je me gare devant l’hôtel, vais chercher Marie, de mauvaise humeur d’avoir dû attendre et qui ne manque pas de me reprocher d’avoir oublié dans la chambre, sous mon oreiller, les bijoux, croix éthiopiennes et colliers soudanais… Nous allons nous garer à proximité puis allons dans le souq compléter les provisions. Nous déjeunons rapidement dans le camion d’un mauvais shawarma et décidons vu l’heure de renoncer à essayer d’atteindre Louxor ce soir et de nous rendre au « camping » d’Assouan, une guest house fréquentée par les overlanders, sur la rive gauche du Nil. Nous quittons Assouan en longeant le fleuve sur une très belle corniche, peu fréquentée et bien plus calme que le centre. De l’autre côté, la barrière des palmiers dissimule la base des collines de roches noires recouvertes d’un beau sable lisse et blond. Nous franchissons le Nil sur un pont, revenons sur nos pas sur l’autre rive et trouvons le Adam Home081 ASSOUAN Adam home, une belle maison nubienne dont nous serons ce soir les seuls occupants et encore, puisque nous devons nous garer à l’extérieur de son mur crénelé, couvert de dessins colorés. On nous offre aussitôt le thé, le patron Mohamed qui parle bien anglais arrive peu après, nous fait visiter les lieux. Une vaste cour et des terrasses bien aménagées avec du mobilier traditionnel en tiges de palmiers. Nous passons la fin de l’après-midi en sa compagnie, installés sur des fauteuils à l’extérieur de la maison, en sirotant un thé à la menthe tout en discutant avec ce monsieur très ouvert, qui me réconcilie avec les Egyptiens. Nous échangeons des cours de français contre des leçons d’arabe jusqu’à la nuit tombée. Nous regagnons le camion et dînons d’une très mauvaise viande hachée et d’un tout aussi mauvais vin local.

 

Vendredi 22 février : Réveillé tôt, je patiente jusqu’à ce que Marie émerge à son tour. Nous sommes prêts à neuf heures mais tout le monde dort encore dans la maison et je dois klaxonner pour faire venir notre « élève » de la veille et régler la nuit. Nous voulons rallier Louxor par la route dite du désert, sur la rive gauche du Nil mais au bout de quelques kilomètres, la police à un poste de contrôle nous en empêche arguant d’un danger non 082 KOM OMBO Nilprécisé, si ce n’est en nous parlant de « mafia »… Nous devons repasser sur la rive droite et suivre la route entre la voie ferrée et le Nil. Les bords du fleuve sont superbes dans cette portion, peu de villages, des palmeraies et leurs jardinets où poussent tomates, haricots, oignons ainsi que des orangers, des manguiers, au pied des montagnes et, sur le Nil, des bateaux de croisière ou des felouques rident les eaux. A Kom Ombo nous nous rapprochons des bords du Nil pour visiter le tem083 KOM OMBO Templeple construit sur une éminence. L’approche est époustouflante, des murs, des colonnes couvertes de bas-reliefs, en veux-tu, en voilà ! Enfoncées les sites du Soudan ! J’avais oublié le gigantisme des temples égyptiens. Certes, celui-ci est d’époque ptolémaïque donc récent mais sa riche décoration donne une excellente idée d’un temple à son apogée avec plus que des traces de peintures sur certaines sculptures des salles hypostyles.089 KOM OMBO Bas relief Les représentations des dieux Sobek à tête  de crocodile et d’Haroéris, le grand Horus, à tête de faucon, se  retrouvent sur de nombreux murs dans des scènes d’offrandes. Dans le fond, des cellules sont également décorées mais elles sont fermées et bien sûr, surgit alors un gardien qui en a les clés et nous les ouvre en tendant la main… Un beau musée récent se trouve à proximité, consacré à Sobek, d’étonnantes momies de crocodiles y sont présentées, ce sont celles des sauriens considérés de leur vivant comme des incarnations du dieu. Nous reprenons la route au milieu des champs de canne à sucre, amenée à l’usine sur des remorques tirées par des tracteurs ou sur des wagons par la voie ferrée. Nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d’un arbre, pas dérangés par les âniers qui passent, avant de continuer. Nous renonçons à visiter Edfou par manque de temps. Notre moyenne n’est pas très élevée, les ralentisseurs, simples dos d’ânes installés dès qu’il y a trois maisons, se montrent très efficaces et jouent parfaitement leur rôle, nous devons continuellement ralentir pour les franchir. Nous arrivons à Louxor par une belle avenue qui longe le Nil. Les touristes semblent plus nombreux, les convois de calèches chargées des passagers des bateaux de croisière, se suivent. Nous passons l’imposant temple de Louxor puis trouvons le camping-hôtel Rezeiky où se trouvent déjà Miguel et Francisco ainsi qu’un couple de Gallois venus par la Libye en moto. Nous discutons un temps avec eux mais ils ne parlent qu’anglais et nous en avons vite assez. Marie retourne au camion puis nous dînons de plats de poisson, très copieux.

 

Samedi 23 février : Nous allons nous garer à côté de la gare. La première visite est pour une boutique qui vend des alcools, nous y refaisons une provision de bière et renouons avec les habitudes métropolitaines en achetant une bouteille d’un gin local. Nous passons ensuite à l’office du tourisme où un sympathique employé fournit à Marie des prospectus sur l’Egypte avant de me conseiller de me rendre à la police touristique afin de savoir si la route des oasis nous est ouverte. Depuis le refus de nous laisser circuler sur la rive ouest  après Assouan, Marie n’est plus rassurée… Je vais aux renseignements, on m’assure qu’il ne devrait y avoir aucun problème pour nous y rendre. Trouver ensuite du pain, pas des kesras, est un problème ! Je fais des tours dans le petit souq avant de do100 KARNAK Béliersnner deux livres à un gosse qui revient avec quatre petits pains. Nous commençons par nous rendre à Karnak, à quelques centaines de mètres de notre hôtel-camping, vaste parking pour accueillir les nombreux cars de touristes même si d’après les Egyptiens ils sont bien moins nombreux que les autres années, pour cause de révolution… Nous devons traverser un e grande esplanade avant de parvenir au dromos, la double rangée de statues de béliers qui accueille les visiteurs. Le premier portique franchi, nous sommes dans une cour avec divers bâtiments dont deux temples aux murs couverts de bas-reliefs. Temples et portiques ont été très restaurés et les bas-reliefs sont noyés dans les matériaux de reconstruction, le résultat me paraît peu satisfaisant. Cette première impression, plutôt négative, va être vite dissipée quand nous allons pénétrer dans l’immense salle hypostyle, une véritable forêt de 103 KARNAK Hypostylefortes colonnes aux fûts imposants, terminées par des chapiteaux en forme de fleurs de lotus, ouvertes pour les rangées centrales, fermées pour celles des côtés. Il subsiste des traces de couleurs, notamment dans les parties protégées des chapiteaux et sur les architraves qui les relient. Nous déambulons au milieu de ces piliers massifs, les yeux au ciel, cherchant les meilleures perspectives sur les pylônes ou les obélisques. Quelques salles ont de superbes bas-reliefs qu’il faudrait avoir le temps de détailler en compagnie d’un égyptologue. Presque tous sont des scènes d’offrandes ou de longues processions de serviteurs, d’animaux, de barques rituelles. Nous renonçons, encore une fois, faute de temps, mais aussi à cause de la fatigue, à nous rendre dans les propylées ou au temple de Ptah, nous les réservons pour une autre fois, un autre voyage… Nous revenons à la voiture, déjeunons puis repartons nous garer à proximité du musée. Très beau musée mais aussi très cher. Chaque monument, chaque temple, chaque tombe a son prix pour visiter, tout voir coûte une petite fortune ! De très belles statues sont alignées le long d’un mur, dans une demi-pénombre, bien mises en valeur par un éclairage adéquat. Des momies sont présentées presque dans le noir, des corps desséchés entourés de bandelettes. Tous les objets présentés sont de toute beauté, les explications sont en anglais, pas redondantes. Le bâtiment moderne est tout en rampes et les espaces ne sont pas immenses. Nous y passons moins de temps que prévu, assez pour avoir le temps de souffler avant de repartir pour le temple de Louxor. Nous en cherchons l’entrée, en faisons deux fois le tour avant de comprendre qu’on n’y accède que par un souterrain, à proximité de la mosquée implantée au milieu des ruines. Nous nous123 LOUXOR Sphinx reposons sur un banc avec un soda avant de nous intéresser au temple. Une belle allée de béliers conduit au premier pylône gardé par des statues géantes de Ramsès II. J’avais gardé un assez bon souvenir de ce temple. Nous y retrouvons de superbes bas-reliefs, d’une très grande finesse, relatant le transport des barques solaires de Karnak à Louxor puis une salle hypostyle, pas aussi impressionnante que celle de Karnak mais peut-être plus élégante. Partout des statues géantes de Ramsès, alignées entre des colonnes papyriformes ou gardant les entrées des cours. La nuit tombe, les lumières s’allument, éclairent les fûts, mettent en valeur par un éclairage rasant des bas-reliefs que nous n’aurions peut-être pas remarqués. Dans l’obscurité, 135 LOUXOR Temple de nuitla forêt des colonnes prend un autre aspect, les statues géantes s’humanisent et les obélisques ne sont plus que des cure-dents déplacés ! Nous revenons vers la sortie en goûtant les perspectives éclairées, les alignements de colonnes, l’allée des sphinx et les pylônes qui perdent alors de leur aspect massif. Retour au camping, les autres voyageurs y sont toujours. Nous nous apercevons que ce que nous avions acheté pour de la viande de poulet congelée est en fait des abats, foies et gésiers, ils feront le bonheur d’un des employés du camping. Nous voulons nous remettre de la fatigue du jour en prenant un gin-tonic mais là aussi, déconvenue, j’ai acheté non pas du tonic mais une boisson gazeuse à l’ananas ! Nous corrigeons l’erreur avec des bouteilles de tonic du restaurant. Nous cuisinons des saucisses de bœuf dans le camion, quand Claire, la Galloise vient nous offrir des parts de gâteau au chocolat en l’honneur des 37 ans de son compagnon. Nous allons les retrouver pour les déguster (?) en leur compagnie avant de regagner le camion. Je me connecte à internet avec le wifi de l’hôtel, pas de message de Julie… Je finis la journée en tapant ces lignes dans le lit.

 

 

Dimanche 24 février : Nous faisons nos adieux aux Gallois qui descendent, sans se presser, sur Assouan et aux Portugais qui se dirigent vers la mer Rouge en quête de plages. Nous passons au souq chercher du pain et aussi échanger nos boîtes de soda à l’ananas contre de vrais tonics. Nous sortons de Louxor par la route de notre arrivée jusqu’au pont qui nous permet de passer sur la rive gauche. Comme les deux précédents jours, l’air est chargé de sable et la visibilité est réduite, le Nil, ses rives sont à peine discernables dans une brume ocre. Nous roulons au milieu des champs de canne à sucre en suivant un canal d’irrigation jusqu’à El Gourna. La route bifurque vers les sites des nécropoles, passe devant les colosses de Memnon, bien ruinés, ils semblent perdus, abandonnés. Nous devons acheter les billets pour les tombes que nous souhaitons voir avant de nous rendre sur la colline, véritable gruyère, percée de plus de quatre cents tombes de personnages qui eurent des rôles auprès des pharaons, appelés de ce fait des nobles. Nous choisissons de visiter sept des tombes. Une fois débarrassés des solliciteurs, guides presque bénévoles et autres marchands de superbes sculptures sur albâtre, nous entamons la montée sur la colline. Beaucoup de monde s’y trouve mais je m’aperçois vite qu’il ne s’agit pas de touristes, ils sont rarissimes, mais d’ouvriers employés à charrier des déblais sur les sites de fouille. Nous commençons par la tombe de Rekhmiré, un vizir, peut-être la plus belle de celles que nous verrons. Sans doute parce que la première mais sa simplicité alliée à la fraîcheur des scènes représentées, artisans au travail, banquet, funérailles nous stupéfient, elles semblent avoir été peintes la veille ! Et, contrairement à d’autres, aucune vitre protectrice ne nous sépare des parois. Plus haut, celle de Sennéfer, est aussi superbe, son plafond est peint d’une treille avec de belles grappes de147 LOUXOR Tombe Ramose raisins noirs mais là, des vitres nous tiennent en retrait. Très satisfaits de ces deux premières visites, nous enchaînons avec un groupe de trois tombes, moins convaincantes, celles de Ramose, une très vaste salle hypostyle avec une seule représentation peinte d’une procession, les autres parois sont 159 LOUXOR Tombe Nakhtsculptées, seuls les yeux de quelques personnages sont soulignés en noir. Bien que cela soit interdit, j’ai décidé de tenter de prendre discrètement des photos dans les tombes, ce qui ne pose pas de problème dans les tombes de Khâemhat, belles scènes de travaux des champs, ou d’Ouserhat, scènes de chasse  ou d’artisans, ni plus tard dans celle de Nakht, avec de superbes tableaux de la vie quotidienne dans la vallée du Nil, des moissons, des vendanges, mais à celle de Menna, le gardien se montre plus vigilant, exige de visionner les photos, se rend compte que j’en ai pris beaucoup et commence à parler de police, de confiscation de la carte-mémoire .Un autre gardien calme le jeu, et nous invite même à franchir la barrière qui nous interdisait d’accéder à la magnifique chapelle et ainsi contempler de près une exceptionnelle scène de pêche et de chasse dans les marais. Bien sûr, il recevra un fort bakchich ! Nous repartons émerveillés par la beauté si bien conservée de ces vignettes d’un autre temps, avec le seul regret encore une fois de ne pas pouvoir les admirer sous la conduite d’un connaisseur des rites de l’Egypte160 LOUXOR Tombe Nakht ancienne. Nous récupérons la voiture et allons nous garer devant le temple de Séti I que Marie tenait à visiter. Après déjeuner, nous nous y rendons, presque seuls. Peu à voir, du moins après les temples de Louxor et de Karnak, classiques scènes d’offrandes des rois, Séthi I ou Ramsès II à diverses divinités. La gravure, plus profonde, me paraît peu fine et rarement compréhensible mais peut-être suis-je de parti pris car je n’avais pas très envie d’y venir… Nous décidons, surtout Marie, je serais bien resté sur le souvenir ébloui des tombes des Nobles, de nous rendre dans la Vallée des Rois pour essayer d’y voir quelques tombes avant l’heure de fermeture. Une route goudronnée s’enfonce dans la montagne et parvient au Visitor center. Pour une somme de 80 livres égyptiennes, nous avons le droit d’entrer dans trois des tombes ouvertes, au choix. Un mini-train, payant, nous fait parcourir deux cents mètres puis il nous faut continuer à pied. Nous décidons de commencer par celle de Ramsès III. Un long couloir en pente aux parois couvertes de hiéroglyphes ou de scènes tirées des Livres sacrés qui nous sont totalement inconnus, conduit à la chapelle funéraire vide. Les autres visiteurs sont des Russes pressés et bruyants, peu motivés. Les peintures sont belles mais elles n’ont pas le charme de celles des Nobles, la solennité des cérémonies l’emporte sur la fraîcheur des travaux de tous les jours. La tombe de Mérenptah est décevante, elle ressemble beaucoup par sa disposition, un long couloir en pente qui débouche sur une salle avec un énorme sarcophage, à celle de Ramsès III. Nous terminons avec celle de Ramsès IX où nous sommes presque seuls. La chapelle est couverte de scènes mystérieuses, ésotériques bien sûr, où le soleil sous la forme d’une boule rouge joue un rôle important. Son plafond est tout aussi étrange, un calendrier astronomique également superbe. Il est temps d’en terminer. Le mini-train nous ramène à l’entrée où nous récupérons la voiture et rentrons à Louxor. Nous passons dans un magasin qui a des produits anglais, bœuf ou poulet fumé, saumon congelé, avant de regagner le camping où nous sommes seuls ce soir. Nous nous installons dans le jardin pour relire le blog puis nous dînons avec les darnes de saumon achetées pour justifier l’achat de la bouteille de vin blanc, très quelconque. Nous téléphonons à Julie qui nous annonce qu’elle rendra visite à Nicole le prochain week-end. Je ressors pour taper le texte de la journée dans le jardin.

 

Lundi 25 février : Je suis réveillé à quatre heures par un gratteur de guitare, probablement complétement sonné par un abus de l’herbe cultivée par Marie-Jeanne et qui tient absolument à faire partager aux voisins son dégoût des politiciens, qu’il chante d’une voix éraillée, peu travaillée. Il est parfois couvert par celle encore plus tonitruante de muezzins, allumés eux aussi et peut-être par les mêmes plantes. Je meurs d’envie d’aller expliquer à notre guitariste engagé que ce n’est peut-être pas la meilleure heure pour convertir les foules à la révolution prolétarienne mais je crains de réveiller Marie qui dort du sommeil du juste, les boules Quiès profondément enfoncées… Quand, rare exploit qui mérite d’être souligné, notre troubadour marxiste réussit à la tirer de sa catalepsie, je me précipite hors du camion pour m’apercevoir que notre poète est au-delà du mur d’enceinte de l’hôtel et surtout, ma sortie déchaîne l’ire de la demi-douzaine de chiens pour qui tout est prétexte à de longs aboiements… Je me recouche, Marie enfonce plus profondément ses bouchons d’oreille, je me cache la tête sous l’oreiller au moment où un coq sonne un réveil gaulois. Nous quittons enfin Louxor après avoir fait un dernier tour en ville pour acheter fruits et légumes. Nous voulons refaire le plein de gasoil mais nous avions été avertis qu’il s’agit d’un produit rare et effectivement les premières stations-services où nous nous adressons en sont dépourvues. Après avoir traversé le Nil, alertés par un grand nombre de camions et bus formant une longue file d’attente à une station, nous nous enquérons de la venue du camion-citerne. Un policier nous l’annonce pour dans une demi-heure, le gérant de la station pour dans une heure, le gardien pour midi. Il n’est que dix heures un quart ! Nous décidons de tenter notre chance car je ne veux pas entamer nos réserves. Notre éminente qualité de touriste nous autorise à passer devant tout le monde et à nous garer devant la pompe… La demi-heure, l’heure, écoulées, nous envisageons de continuer notre route mais le camion-citerne arrive. Il doit manœuvrer pour accéder à la station ce qui n’est pas évident. Pour ce faire, il doit couper la route et aucun automobiliste n’est disposé à lui laisser la priorité. Les policiers dépêchés pour éviter une émeute, ne se mêlent de rien, ils mâchonnent les morceaux de canne à sucre tombés ou arrachés des remorques des tracteurs, fument des cigarettes ou sirotent un thé sur le bord de la route. Lorsqu’enfin le camion accède à la station, il doit encore faire quelques mouvements pour pouvoir accéder aux cuves. L’une est devant la voiture, l’autre derrière… Nous sommes les premiers servis mais dans l’incapacité de repartir ! Pendant tout ce temps, nous assistons à un happening égyptien. Engueulades et empoignades, chacun y va de sa complainte, tente de passer avant les autres, apporte ses bidons à remplir, engueule ceux qui passent avant, se justifie avec des gestes de pleureuses de l’antiquité auprès de ceux qu’il veut reléguer après lui. Tous invoquent Allah mais aucune sourate, aucun hadith ne réglent la distribution de carburant ! Et tout le monde fume en se penchant sur la cuve pour vérifier le niveau… Enfin nous repartons, continuons au milieu des cannes à sucre avant d’entrer  dans le désert. Nous traversons, dans une sorte de brume peu agréable, une immensité désespérément  plate et monotone, parcourue à bonne allure. Quelques passages se font entre des collines partiellement couvertes de sable, arasées à leur sommet par le vent depuis des millénaires. Nous passons quelques contrôles débonnaires où on ne nous demande que notre nationalité ! Nous atteignons enfin les oasis qui se suivent dans la dépression d’El Kharga, succession de taches vertes et de villages pas très beaux au milieu des sables. Enfin, peu avant le coucher du soleil, nous atteignons la capitale du sud, aux avenues désertes. Nous pouvons nous installer au Kharga Oasis Hotel, et bénéficier des commodités d’un bungalow, après discussion avec le réceptionniste qui ne parle qu’arabe et son patron qui ne bafouille que quelques mots d’anglais. Il a fait bien plus chaud aujourd’hui et un gin-tonic s’impose pour marquer notre arrivée sur le territoire des Oasis !

 

Mardi 26 février : Marie se déclare très satisfaite de la salle de bain mise à notre disposition ! Nous commençons la journée par la visite du temple Hibis, à la sortie de la ville. 165 KHARGA Temple HibisLes abords sont en cours d’aménagement mais l’allée qui se dirige droit vers le sanctuaire est bien dégagée et nous en franchissons les portes successives. L’alignement des pylônes est parfait, nous apercevons dans l’encadrement du premier la vilaine porte en fer qui protège les salles décorées du temple. Sur les parois nous retrouvons les représentations classiques d’offrandes aux dieux Mut, Amon et Khonsou. La salle hypostyle et les pylônes ont été très restau rés, cela me gêne toujours un peu. L’intérêt de ce tem  ple est surtout dans l’antichambre dont les murs intérieurs sont entièrement couverts de sculptures sur plusieurs registres, presque toutes avec  d’importantes traces de peinture. Nous n’en avions jama is vu autant dans un temple. Un gardien ne nous lâche pas d’une semelle, vite rejoint par un policier qui demande où nous avons logé, d’où nous venons et où nous allons ! Nos anges gardiens !!! Nous continuons par la nécropole chrétienne de Baghawat, un kilomètre plus loin. Sur une colline, on aperçoit ce que l’on pourrait prendre pour des maisons ruinées, 181 KHARGA Nécropole Baghawaten fait ce sont des chapelles funéraires familiales du IV° au VI° siècle, construites en briques crues, surmontées d’un dôme. Elles forment des rues ensablées aujourd’hui. Nous en visitons plusieurs qui ont conservé des traces de fresques assez naïves avec des scènes tirées de l’Ancien Testament, Adam et Eve, Abraham, l’Exode avec Moïse etc… De nombreux graffitis en grec ou en arabe les recouvre presqu’entièrement. Si les peintures sont peu intéressantes pour un non-spécialiste, l’ensemble des basiliques et des « maisons », avec la vue sur la palmeraie et les montagnes au loin, mérite la visite. Nous revenons en ville acheter des boissons et des fraises puis, en passant devant une station-service où une longue file de camions et camionnettes signale une distribution de gasoil, nous nous arrêtons et notre 187 KHARGA Désert dunequalité de touristes nous permet d’être servis sans attendre ! Nous repartons pour une nouvelle traversée du désert sur environ deux cents kilomètres. La route est goudronnée, elle disparaît parfois sous une dune mais alors une voie de contournement a été prévue. Des formations rocheuses érodées commencent à apparaître dans le lointain, des pics, des cheminées curieusement taillées, puis elles se rapprochent, nous les traversons en parvenant au groupe des oasis dans la dépression de Dakhla. Nous faisons un petit détour jusqu’au village de Bashindi. Un curieux cimetière à l’entrée renferme des tombes entourées d’une clôture de briques blanchies à la chaux, disposées en quinconce ou193 BASHINDI Tombes en étoile. Nous traversons le village, en voiture, il fait chaud et nous n’avons pas très envie de descendre marcher ! Nous passons ensuite à Balat où nous faisons, toujours en voiture, le tour de la ville ancienne, des maisons en briques crues, plus ou moins ruinées sur une colline. Nous arrivons à Dakhla où le premier arrêt est pour acheter des boissons fraîches. Nous cherchons un endroit où camper, tentons notre chance au Elias Camp sur lequel nous n’avons aucune information. C’est un tout nouvel ensemble de bungalows, désert, au milieu des cultures, à la sortie de la ville. Une petite piscine ne manque pas d’attrait mais Marie veut voir la vieille ville avant que nous 201 DAKHLA Vieille villene nous posions pour la nuit. Nous retournons donc dans le centre et allons nous garer sur une place, au pied des ruines de la cité ancienne. Nous partons dans les ruelles, au milieu des maisons toutes très ruinées et presque toutes abandonnées. Nous montons au sommet de la colline, la vue sur les terrasses et les toits effondrés est peu intéressante. Retour au camping où je peux enfin goûter à l’eau fraîche du bassin avant que la nuit ne tombe. Nous profitons du crépuscule pour commencer à raconter la journée puis nous essayons vainement de nous connecter à internet avec la clé du patron. Nous ne pourrons envoyer un message à Julie qu’en utilisant l’ordinateur de l’hôtel, avant de regagner notre camion, à l’abri des féroces moustiques.

 

Mercredi 27 février : Pas de muezzin cette nuit pour affirmer qu’ « il n’y a de dieu que Dieu » mais un âne brait qu’  « il n’y a pas que les ânes qui sont des ânes ». Nous allons en ville, d’abord tirer des livres égyptiennes avec la carte bleue puis au musée ethnographique. Il est fermé mais le vendeur de motos qui est en face en appelle le responsable qui arrive aussitôt. Il nous ouvre la porte de ce bien modeste musée consacré aux gens des oasis. Nous y retrouvons tous les objets bien connus dus à l’ingéniosité de ceux qui ont su tirer parti du palmier dattier que ce soit en Afrique du Nord ou dans d’autres régions désertiques. Rien de nouveau pour nous mais nous admirons tout de même quelques robes anciennes, noires avec des broderies et des pièces d’argent cousues dessus. Nous p205 DAKHLA Pigeonnierassons ensuite à l’office du tourisme qui nous assure qu’il y a un camping à El Ksar, à l’hôtel Badawiya et nous prenons la route qui musarde dans les palmeraies, traverse les villages et leurs cimetières aux marabouts souvent ruinés. Dans la campagne, de nombreux pigeonniers dressent leurs tours, percées d’ouvertures pour les volatiles et piquées de branches pour qu’ils puissent s’y reposer. Nous parvenons à El Ksar et trouvons à l’écart de la route principale la cité ancienne, raison de notre venue. Tout de suite un minaret en briques crues nous surprend au détour d’une ruelle. Nous découvrons 209 EL KSAR Minaret et rueune particularité de cette ancienne capitale médiévale de l’époque ottomane, les linteaux de bois sculptés au-dessus des portes. Nous en verrons plus d’une douzaine, certains finement gravés avec des versets du Coran. Ils sont les derniers restes de la splendeur de la cité avec quelques fenêtres de bois ouvragées mais les maisons comportaient peu d’ouvertures vers l’extérieur. Elles sont presque toutes écroulées, quelques-unes ont été sommairement restaurées mais les habitants sont devenus rares et n’entretiennent plus ces masures sans confort. Nous déambulons dans les ruelles, parfois couvertes, sans suivre d’itinéraire précis, poussant les portes à demi ensablées, grimpant des escaliers effondrés qui mènent à des terrasses branlantes, avant de revenir à la voiture. Nous allons au Desert Lodge, un établissement luxueux mais très bien placé sur une colline qui domine la vieille ville. Nous pourrions éventuellement y camper. Nous aviserons… Nous prenons la route de l’ouest sur quelques kilomètres puis nous roulons dans le désert entre des buttes de roches stratifiées jusqu’à un site où se trouvent des tombes romaines. Penser que Rome au temps de sa190 KHARGA Désert splendeur entretenait des garnisons jusque dans le désert égyptien ! Le gardien nous entraîne, face au vent qui s’est levé et projette du sable, vers des cavités creusées dans une colline. Nous y apercevons des momies, des crânes, des masques peints de béliers avant qu’il ne nous avoue qu’il n’a pas les clés des tombes peintes ! Ce qui ne l’empêche pas de nous réclamer un bakchich ! Nous repartons furieux… Nous nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner dans le camion avant de continuer jusqu’au temple de Deir el Haggar. Très restauré, il est de peu d’intérêt, quelques bas-reliefs mais je commence à saturer de contempler des dieux à têtes de bélier ou de faucon. Son seul intérêt est sa situation dans le désert. Nous revenons vers El Ksar, à la recherche d’un emplacement pour la nuit. L’hôtel Badawiya dont on nous avait donné le nom à l’office du 227 EL KSAR Oasistourisme à Dakhla, indique sur sa pancarte camping mais il n’en est pas question ! Nous nous dirigeons alors vers les sources de Bir Gebel au pied de la belle falaise découpée et en partie ensablée qui s’allonge le long de la dépression. Nous y trouvons un campement où nous pouvons nous installer en essayant de nous protéger du vent. Un bassin circulaire est alimenté d’une eau chaude et ferrugineuse. Nous passons la fin de l’après-midi dans le camion en nous connectant à internet. Nous nous déplaçons dans le salon télévision à la nuit tombée pour profiter du branchement électrique et de l’éclairage. Nous dînons au restaurant de l’hôtel sur une toile cirée dans une salle sinistre, bientôt rejoints par une Allemande qui vient méditer dans l’oasis tous les hivers puis par un cycliste suisse. Dîner très quelconque auquel Marie ne fait pas honneur.

 

Jeudi 28 février : Nous utilisons les installations de la source, sur un promontoire, pour nous laver dans une vasque circulaire avec des marches qui permettent d’y descendre. Autour de nous les champs s’arrêtent au pied des falaises, les pigeons s’échappent de leurs tours, les paysans binent leurs plants. Nous repartons pour une nouvelle étape. Les dernières taches vertes passées, nous voici de nouveau dans le désert, des buttes tabulaires jalonnent le paysage. Le vent a cessé de souffler dans la nuit et la vue porte loin. Nous roulons ensuite dans une immense étendue à demi caillouteuse, à demi couverte de sable, entre la barrière des falaises aux strates soulignées d’un voile de sable à l’est, à quelque distance, et une ligne ininterrompue de dunes plus éloignée. Les deux lignes convergent puis nous sommes au milieu des sables sans plus aucune éminence de part et d’autre. Avant Farafra, nous franchissons une barrière rocheuse avant de plonger dans une nouvelle dépression où les roches sont blanches, des pics surgissent de leurs cônes d’éboulis, mais pas d’Indiens  pour dévaler au grand galop… Les taches vertes des oasis de Farafra apparaissent mais les grandes palmeraies en semblent absentes. Jusqu’à présent, les oasis sont décevantes, loin d’être aussi luxuriantes que celles du Maroc, les vieilles villes sont en ruine alors que dans le Draa ou le Bani, elles sont encore habitées. Je trouve à refaire un plein de gasoil sans avoir à faire la queue, avant d’entrer dans la ville, bien moins animée et développée que Kharga ou Dakhla. Nous nous rendons à l’hôtel Aqua Sun, à côté d’une source chaude où habituellement les voyageurs campent. Nous pouvons nous aussi nous y installer mais nous sommes très déçus. La source est un tuyau qui déverse une eau sulfureuse dans un bassin au beau milieu d’un terrain dénudé sans une parcelle d’ombre ! Le seul palmier qui poussait à côté du bassin a brûlé ! Nous restons pour déjeuner à l’ombre maigre d’un autre palmier à quelque distance. Nous reportons sur l’ordinateur et le GPS les positions des lieux à ne pas manquer dans le Désert Blanc demain. Nous nous rendons ensuite dans le centre avec l’intention de chercher un autre lieu de campement. A l’hôtel Sunrise, mes cris et des coups de klaxon ne parviennent pas à faire apparaître un quelconque employé, au Badawiya, nous pourrions rentrer la voiture dans une allée et bénéficier d’une vraie piscine. Nous traversons le centre-ville, pas de235 FARAFRA Musée boutiques où se ravitailler. Nous allons prendre un pot dans un café qui lorgne la clientèle touristique, absente, puis nous visitons le musée d’un Facteur Cheval local, artiste touche-à-tout qui travaille la terre et le sable pour en faire des compositions malheureusement laides malgré ses idées de réemploi d’objets, surtout des poteries, dans des sculptures. Nous hésitons sur le lieu où nous passerons la nuit, tirons à pile ou face et retournons à la source. Je vais m’y baigner, l’eau est à 37°c, il s’en élève une odeur de soufre supportable. Marie se contente de se tremper les pieds. Nous nous installons dans le jardin pour la plus grande joie des moustiques, et attendons l’heure de dîner. Repas nettement meilleur que celui de la veille, des épices parfument les plats et l’incontournable poulet semble grillé.

 

Vendredi 1er mars : Je regonfle la roue que j’avais trouvée légèrement dégonflée la veille mais au moment de démarrer la batterie est à plat, sans doute à cause du gonfleur utilisé sans faire tourner le moteur. Je dois aller requérir l’aide du personnel pour pousser la voiture et la démarrer. Presque tous les commerces sont fermés en ce vendredi mais nous trouvons tout de même du pain chez une boulangère qui ne laisse deviner que deux beaux yeux, et des pommes chez son voisin, marchand de fruits. Nous quittons Farafra, toujours en direction du nord, nous ne sommes plus arrêtés aux contrôles aux entrées et sorties des villes. A une trentaine de kilomètres, nous entrons dans le parc national du Désert Blanc. Seul un panneau 272 DESERT BLANCl’indique, pas de gardes, pas d’informations. Nous commençons à apercevoir de chaque côté de la route des buttes, des pics, des crottes aux formes étranges, façonnées par le vent, les plus spectaculaires sont blancs comme de la craie. Nous quittons la route en suivant des traces dans le sable. Trop confiant dans les capacités d’une Land Rover, je n’ai pas dégonflé les pneus ni même engagé les petites vitesses et je ne manque pas de me planter. Dégonfler, engager les petites vitesses ne nous permet que d’avancer de quelques mètres, je dois recourir aux échelles de sable pour en sortir. Je ne peux m’arrêter qu’au bout de quelques centaines de mètres et revenir chercher les plaques. Nous avons une demi-douzaine de points GPS relevés sur le blog de voyageurs passés ici, il y a six ans, ils vont nous permettre de faire un circuit dans cet univers surréaliste, digne de Dali, sans264 DESERT BLANC nous perdre alors que des centaines de traces partent dans toutes les directions. Nous louvoyons dans le sable, entre les formations rocheuses, pas toutes blanches, qui dressent des doigts creusés à la base, des aiguilles tordues, des collines tabulaires dans lesquelles nous croyons reconnaître des animaux, un lion, des visages, une tête de Diego, un sphinx. Nous rejoignons la route goudronnée puis repartons de l’autre côté. Un panneau présente une carte avec les pistes et les principales curiosités, nous essayons de la relever et de suivre un circuit sur une piste en principe balisée mais bien vite les traces partent là aussi dans toutes les directions et nous naviguons de nouveau à l’estime. Ici pas de grandes roches, pas de pics haut dressés mais des buttes en 270 DESERT BLANCforme de tentes coniques, de champignons (hallucinogènes ?), de tables aux dessus parfaitement plans, toutes d’un blanc éblouissant contrastant avec le sable blond. Nous déjeunons au milieu de ces formations, dans un sable vierge puis repartons en zigzaguant à la recherche des roches les plus curieuses, encore des têtes, une Bécassine (les Bretons auraient dit une bonne sœur…), une tête de dromadaire, une énorme boule posée sur un pied minuscule etc… Nous roulons en suivant des traces, elles disparaissent  parfois sur les sols caillouteux, nous en retrouvons d’autres, passons près d’une source squattée par des touristes en tour organisé, que signale un bouquet de palmiers. De là, nous apercevons les deux275 DESERT BLANC montagnes appelées Twin Peaks, dont la blancheur tranche sur l’ocre des falaises auxquelles elles sont adossées. Nous les approchons après avoir traversé la route, L’une d’elles a des allures de cathédrale de rocher immaculé. Nous reprenons notre progression vers le nord à vive allure. Nous quittons la dépression de Farafra par une montée sur un plateau sans plus aucune formation rocheuse sur des kilomètres. Plus loin, nous traversons ce qui est abusivement appelé le Désert Noir, des pics coniques dont des strates d’une roche noire comme du charbon se sont effritées et 280 DESERT NOIRont recouvert la plaine et les flancs des collines de cailloux charbonneux, mais le sable reste présent et l’effet n’est pas aussi saisissant que dans le Désert Blanc. Nous parvenons à Bawiti en fin d’après-midi quand la petite ville sans grand cachet commence à sortir de sa torpeur religieuse. Les barbus s’en reviennent de la mosquée en gallabiyah immaculée, bonnet sur la tête, les commerces ouvrent (aucun ne vend de tonic !). Nous cherchons le campement d’Ahmed, personne n’y parle anglais, pas de connexion internet et encore du poulet au menu du soir. Nous cherchons un autre campement, le Badr Sahara, que nous dénichons sans nous perdre dans les rues ensablées de Bawiti. Le patron est un ventripotent sympathique qui emporte notre adhésion en nous promettant autre chose que du poulet et de la bière ! Nous nous garons en surplomb de la palmeraie et attendons le repas en sirotant le thé offert. Nous avons réussi à obtenir du bœuf au lieu du poulet et nous ne le regrettons pas, la viande, cuite en ragoût, est tendre, immanquablement accompagnée de riz et de pommes de terre. Le patron nous a prêté sa clé 3G et nous pouvons avoir des nouvelles.

 

Samedi 2 mars : Au moment de partir, plus de batterie ! Cette fois ce n’est pas à cause du gonfleur, batterie en fin de vie ou fuite ? Je tente d’utiliser la batterie de la cellule puis de la recharger mais en vain. Avec l’aide du garçon qui est présent, nous essayons de la pousser, résultat je tombe sans serrer le frein quand la voiture recule et elle finit sa course dans les plates-bandes… Nous devons attendre l’arrivée du patron qui nous tire et ainsi la démarrons. Nous allons en ville à la recherche de l’office du tourisme, fermé pour cause de week-end… Quelques courses y compris des produits congelés puis nous allons au Musée des momies. Tout récent, il n’a ouvert qu’une petite salle, sans la moindre explication, datation, où sont exposées sous des vitrines une dizaine de momies du début de notre ère, dont le visage et la poitrine sont couverts d’un masque peint et couvert de feuilles d’or. Les dessins hiéroglyphiques sont plutôt grossiers, les poitrines des femmes ne sont pas très réalistes mais deux d’entre elles sont humanisées par un visage légèrement tourné. Les billets nous donnent droit à visiter les autres curiosités des environs. Nous nous rendons au site où nous pouvons descendre par un très raide escalier dans deux tombes d’époque romaine. Les chambres funéraires et le sanctuaire de l’une des deux sont couverts de peintures sur les murs. Habituelles scènes d’offrande, et panthéon complet des dieux de la mythologie égyptienne. Les dessins sont là aussi grossiers mais les couleurs ont conservé leur fraîcheur. Le temple d’Alexandre, derrière une palmeraie, ne mérite pas de s’y arrêter, deux personnages sans tête, gravés sur un mur et un cartouche illisible au nom d’Alexandre. Nous allons nous garer dans la palmeraie pour déjeuner. Au moment de repartir, pas de batterie ! Je demande à quelques paysans couchés sous un palmier de m’aider à pousser la voiture, ils se déplacent de mauvaise grâce, poussent sans conviction et abandonnent aussitôt. Je vais au carrefour guetter une voiture. Arrive une antique Toyota 4x4 conduite par un gamin et deux de ses copains. Ils ne rechignent pas devant l’effort, poussent la voiture sur le chemin puis la tirent et ainsi la démarrent. Cela devient inquiétant et me conforte dans l’idée d’un retour rapide désormais. Plus question d’aller à Siwa, je n’en avais d’ailleurs plus très envie. Et si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais la route de Port-Saïd directe. Mais Marie a envie de voir Alexandrie ! Nous allons voir un dernier site, encore une tombe, très restaurée avec sur les murs des scènes sculptées et portant encore des traces de peintures. La gravure est profonde, très stylisée, on croirait une copie récente ou une imitation sur une Maison de la Culture en Europe. J’ai pris la précaution de me garer en pente, ce qui nous permet de redémarrer. Nous revenons en ville, les boutiques auxquelles Marie comptait rendre visite sont fermées. Nous hésitons à prendre la route pour nous avancer demain mais il se fait déjà tard, aussi revenons-nous au campement de la veille et y attendons la nuit en écrivant le récit de la journée et en relisant le blog, tout en sirotant un thé. Nous dînons dans le camion de croquettes, que j’avais cru être de poisson, décongelées mais qui s’avèrent être de poulet, encore du poulet !

 

 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:32

Mardi 29 janvier : Il a heureusement fait plus frais cette nuit et personne n’est venu troubler notre quiétude. Pour notre dernière nuit en Ethiopie, nous avons eu droit à des chants religieux, filet agréable au début, effroyable cacophonie au matin. Au réveil, une épaisse brume nous dissimule les environs, on ne perçoit qu’à deux cents mètres au maximum. Nous sommes à huit heures au poste frontière. Personne à la douane… Je vais effectuer les formalités de police et reviens à la douane, attendre… Le responsable n’arrive que trois quarts d’heure plus tard, une fois qu’il a lu les lettres délivrées à Addis et trouvé une agrafeuse pourvue d’agrafes, il appose enfin son tampon sur le carnet de passage en douane. Nous franchissons la frontière sur un petit pont et nous voilà au Soudan. A l’immigration on me réclame des photocopies du visa et du passeport. Problème : la photocopieuse est chez les douaniers et ils n’ont pas de courant électrique… Je m’enfonce dans le dédale du market, un ensemble d’échoppes en torchis, tôles, planches où tout se vend, s’achète. Je trouve le « salon de reproduction » : sur une chaise plantée dans le sable, un appareil capricieux qui débite trois pages blanches pour une imprimée, refuse de ronronner, redémarre quand on lui parle gentiment, tombe en panne d’encre, et qui, ravitaillé avec une seringue, accepte enfin de me délivrer les indispensables documents. Munis de tous ces papiers, je peux enfin faire tamponner nos passeports. Seconde étape : la douane, immense, déserte, un seul officier est en « activité ». Déclaration en quatre exemplaires, tamponnés, visés par le chef qui se repose (de quoi ?) sous un arbre dans la cour, paiement des droits (donc trouver des livres soudanaises, échangées contre le reste des birrs éthiopiens à un taux calamiteux) et c’est presque terminé. Il ne nous reste plus qu’à nous faire enregistrer à la Sécurité, formalité rapide effectuée avec le sourire et, enfin, un « Welcome in Sudan ». Nous avons perdu deux heures et Khartoum est à six cents kilomètres. La route est goudronnée, pas des meilleures, des trous surprennent, la chaussée est déformée et la visibilité réduite. De part et d’autre, la brousse, pas de cultures, pas de villages, des troupeaux très importants de bovins mais aussi de dromadaires. Les hommes sont tous en gallabiya blanche avec une toque, un turban ou une calotte. Les femmes, plus rares, portent des voiles très colorés. La brume se lève lentement mais ne disparaîtra pas complètement. Quelques contrôles de police, la plupart sans nous arrêter mais à deux reprises, nous devons être enregistrés. Nous nous arrêtons pour déjeuner à proximité de l’un d’eux, personne ne vient nous regarder, pas de gosses, nous apprécions… Mais pour boire discrètement notre bière, nous devons ruser. Dans les villages, les cases et les maisons forment des concessions familiales cachées derrière des murs en dur ou des palissades en tôle ondulée, ou formées de nattes. L’orgueil des villageois se manifeste dans l’érection d’une mosquée et d’un minaret haut et fin, à croquer ! Les couleurs où prédomine un vert de Paradis, sont dignes de pâtisseries orientales. Les kilomètres défilent, nous transpirons dans la voiture, de l’air chaud provient du moteur. Je reprends du gasoil. D’après mes calculs, le litre doit être à 25 centimes d’euro ! Nous nous rapprochons du Nil Bleu, les champs (de quoi ?) ont été labourés. Nous le franchissons sur un grand pont, rien de remarquable. La circulation s’intensifie à l’approche de Khartoum mais nous trouvons à l’entrée le National Camping Residence, sorte de village d’accueil pour sportifs et troupes de visiteurs, avec des bungalows, mais pas de terrain de camping. Nous pouvons nous y garer et utiliser des toilettes rudimentaires. Nous arrosons l’arrivée à Khartoum…

Mercredi 30 janvier : Nous prenons notre temps. Marie n’apprécie guère la « rusticité » des installations sanitaires, toilettes à la turque et douche qui ont connu des temps meilleurs. Heureusement le prix demandé ce matin n’est pas celui réclamé la veille et pour dix dollars nous ne pouvons pas trop nous plaindre. A dix heures, nous nous mettons en quête de l’ambassade de France. Nous suivons une large avenue qui longe l’aéroport, séparée par un terre-plein qui interdit les demi-tours, mais nous y parvenons sans trop de peine. Nous sommes reçus par le consul, très aimable, qui nous présente à Florence, une employée qui connaît bien le Soudan et qui s’y plait beaucoup. Elle fait appel à Arnaud, un autre employé, toujours prêt à partir en exploration du pays et à renseigner les (rares) visiteurs. Nous convenons de nous revoir demain pour en discuter plus longuement. Nous repartons pour le bureau d’enregistrement des visas. Nous utilisons les coordonnées GPS fournies par un voyageur, mais s’y rendre n’est pas chose facile. Nous nous perdons, traversons sans le souhaiter le Nil, revenons par un autre pont, aboutissons au point indiqué où ne se trouve aucun bureau… Nous repartons donc en utilisant la carte et T4 Africa pour un autre bureau. Personne ne parle anglais mais nous finissons par apprendre que ce n’est pas ici non plus. Les heures ont passé et tout ferme à quinze heures. Nous décidons de nous rendre au camping du Blue Nile Sailing Club, aperçu en passant et où nous espérons être renseignés. On nous y explique que le bon bureau est hors plan mais qu’un employé pourra s’en occuper. En attendant sa venue nous déjeunons dans le camion. Arrivée de l’employé qui pourra s’occuper demain de nos visas. Pour occuper l’après-midi nous décidons de nous rendre au confluent des deux Nils, le Blanc et le Bleu. Nous suivons ce dernier, en longeant des palais, des hôtels de luxe, des immeubles modernes en forme de suppositoire. Aucune route ne nous permet de nous rendre au confluent même et nous voici de nouveau embarqués sur un pont au-dessus du Nil Blanc, jusqu’à l’entrée de Omdurman, la ville jumelle de Khartoum. Demi-tour et retour jusqu’au musée national que nous visitons. Un grand bâtiment qui vieillit mal, où dans une immense salle, mal éclairée, sont exposés des poteries des différentes civilisations qui se sont succédé dans la vallée du Nil, avec l’apothéose de Méroé. A l’étage de superbes fresques chrétiennes ont été sauvées de la cathédrale de Faras avant qu’elle ne soit engloutie sous les eaux du barrage d’Assouan. Une Nativité pleine de scènes très colorées et des enfants sauvés de la fournaise par un archange, où prédomine le rouge, sont les plus remarquables. Leur présentation pourrait être améliorée… Mais le plus intéressant est peut-être, dans la cour du musée, autour d’un bassin supposé symboliser le Nil, la reconstruction sous des pavillons en verre de temples, eux aussi sauvés des eaux. Deux sont remarquables, l’un, le temple de Kumma, pour les bas-reliefs de ses murs, l’autre, celui de Buhen, pour les superbes peintures du sanctuaire qui subsistent. Nous décidons alors de nous rendre à l’Institut français où nous devrions retrouver nos deux Français de ce matin à l’occasion d’une conférence. Nous y prenons un verre dans le jardin très fréquenté. Nous pouvons nous connecter à internet dans la médiathèque et envoyer des messages. Le conférencier est un préhistorien suisse qui fouille depuis dix-huit ans le site de Kerma. Il nous parle de l’évolution de l’occupation humaine dans la région au gré des changements climatiques, il sait en tirer des généralités, nous expliquer les difficultés et les récompenses de la recherche mais j’avoue avoir du mal à me passionner pour des traces de poteaux de plusieurs milliers d’années. Nous en sortons à neuf heures. Arnaud nous propose de passer boire un verre avec Florence chez lui. Une petite maison décorée avec quelques beaux objets. Nous avons droit à du vin ou du pastis en dégustant un inespéré saucisson au poivre… Arnaud nous renseigne sur les visites à faire en suivant le Nil, sur l’état des routes et nous donne des points GPS. Nous raccompagnons Florence puis essayons de retrouver notre chemin, ce qui ne se passe pas trop mal, et, à minuit, nous sommes de retour au camping des bords du Nil.

Jeudi 31 janvier : Nous nous réveillons tôt car nous avons des problèmes à régler absolument aujourd’hui, demain étant férié. Je ne trouve pas tout de suite celui qui doit s’occuper de l’enregistrement de nos visas, Marie piaffe. Je finis par apprendre qu’il loge à l’étage du bateau qui trône au milieu du club. Un ancien vapeur armé, de l’époque de Kitchener, qui se délabre lentement… Je gravis les marches, celles qui restent, pour atteindre la cabine de notre homme. Il vit au milieu d’immondices, aucune trace d’un quelconque entretien, d’un coup de balai ! Je le réveille, lui confie passeports, photos d’identité et dollars. Nous partons, en utilisant le GPS, pour le ministère du Tourisme afin d’obtenir un Travel permit, formalité qui ne demande que quelques minutes. Des fonctionnaires sont payés pour, toute la journée, photocopier des demandes, y coller une photo, apposer un tampon et classer une copie dans un dossier… Il est vrai aussi que le nombre de policiers, soldats, miliciens (?) qui passent leurs journées assis sur une chaise à l’entrée de toute administration (même au camping !) est impressionnant. Nous dénichons à côté du ministère un supermarché, le mieux achalandé de la ville aux dires des expatriés. Sur deux étages, des rayons de boîtes de conserves avec un choix honnête, pour la région, et à l’étage la boucherie et quelques produits de charcuterie de bœuf ou de poulet, légumes et fruits, crèmes, fromages. Un choix que nous n’avions pas souvent en Ethiopie. Bien sûr, pas de bière ni d’alcools… Je change des dollars à la réception d’un hôtel tenu par des Chinois et nous pouvons régler nos emplettes avant de reprendre le camion et revenir au camping. Notre factotum revient avec nos passeports en règle. Nous en avons terminé avec les formalités. Nous déjeunons puis repartons pour Omdurman, de l’autre côté du Nil Blanc. Nous naviguons un peu à l’estime en suivant des avenues et nous nous enfonçons en direction du maximum d’agitation, nous nous retrouvons en plein milieu du souq, ce que nous voulions. Nous hésitons à continuer à pied sans savoir quelle est la distance jusqu’aux ruelles qu’Arnaud nous a indiquées et où nous sommes susceptibles de trouver des objets, des souvenirs. Un Soudanais monte dans la voiture et nous fait emprunter une rue dans laquelle je n’aurais pas osé m’aventurer au volant. Chaque croisement avec un tuk-tuk, une charrette tirée par de pauvres haridelles, un autre malheureux égaré en voiture dans le quartier, doit être négocié précautionneusement. Nous finissons par nous garer et continuons à pied. Nous passons le marché aux produits alimentaires et remontons une rue de boutiques variées, lits traditionnels en bois peint avec un sommier de lanières de cuir ou de ficelle, quincaillerie, glaces etc… Nous trouvons une première boutique d’un très sympathique lapidaire qui a quelques jolis colliers de perles rustiques, Marie en achète un, puis des ruelles avec des boutiques aux habituelles horreurs africaines mais, parmi elles, on peut dénicher quelques objets d’artisanat intéressants. Colliers de très fines perles de Venise, trop chères maintenant, nous aurions dû les acheter à Dakar autrefois. Vanneries du Darfour au tressage d’une grande finesse mais chères également. Nous nous décidons tout de même pour un grand plat en bois creusé et gravé puis nous repassons chez le lapidaire lui acheter un autre collier. L’heure de la fermeture des boutiques a sonné, tout le monde rentre chez soi, tous les tuk-tuk pétaradent dans la rue, cherchent à se faufiler. Nous devons en faire autant mais je parviens à échapper aux encombrements en passant par une ruelle non pavée avant de rejoindre un grand axe. Nous ne nous perdons pas et retrouvons le camping sans difficulté. Nous allons nous installer dans les fauteuils en surplomb du Nil, en regrettant que toute la promenade sur les berges ne soit pas mieux aménagée, que ce soit encore les automobilistes qui fassent la loi avec ponts et voies rapides. Nous regagnons le camion dès que le soleil se couche, le vent et la fraîcheur nous ont fait oublier les températures de l’avant-veille.

Vendredi 1er février : Les cyclistes partis pour une traversée de l’Afrique et les camions d’assistance qui les accompagnaient partent ce matin. Nous restons seuls au camping et nous consacrons une partie de la matinée à un dépoussiérage de la cellule et au plein des réservoirs d’eau. Nous suivons une fois de plus les bords du Nil Bleu pour nous rendre à son confluent avec le Nil Blanc. Très peu de circulation en ce vendredi matin, jour férié de la semaine au Soudan. Un parc d’attraction avec des manèges occupe la pointe, il n’est pas 001 KHARTOUM Confluentencore ouvert mais nous pouvons tout de même entrer et rouler jusqu’à l’extrémité. Les eaux étant basses, nous devons marcher dans les herbes pour approcher de la berge et voir à nos pieds le remous provoqué par la rencontre des deux courants. Rien d’inoubliable… Nous nous rendons ensuite à l’hôtel Coral, l’ancien Hilton, désert ! Nous voulions avoir une vue de son sommet sur le confluent, ce n’est pas possible, acheter des cartes postales, la boutique est fermée et espérions que les salons auraient le wifi, ce n’est pas le cas ! Nous repartons et décidons de nous rendre au café Ozone pour avoir une chance de nous connecter. Nous le trouvons sans difficulté, au centre d’un parc ombragé. Le lieu est agréable, fréquenté par la colonie d’expatriés et quelques autochtones que les prix ne rebutent pas. Nous décidons d’y déjeuner, avec une bouteille d’eau… Nous pouvons nous connecter moyennant l’achat d’une carte bon marché. Nous écrivons à Julie et à Wadi Halfa pour réserver notre passage sur le ferry d’Assouan. Marie fait l’emplette d’un collier puis d’une belle vannerie, ronde et colorée, du Darfour auprès des marchands installés dans le parc. Nous repartons pour Omdurman et nous nous garons005 KHARTOUM Tombe du Mahdi devant la tombe du Mahdi, celui qui avait fait vaciller l’empire britannique. Nous devons attendre le retour des gardiens partis prier à la mosquée. Le mausolée à la forme d’un dôme recouvert d’un métal argenté, l’intérieur renferme les tombes de ses proches, lui-même eut ses cendres jetées dans le Nil… En face, nous visitons une maison ayant appartenu à son fils, l’intérêt n’est certainement pas dans les objets exposés qui relatent tous l’épopée mahdiste, mais dans le dédale de cours et de pièces aux beaux plafonds rustiques supportés par des poutres. Nous repartons pour nous rendre à la 012 KHARTOUM Mausolée Hamid en Niltombe d’Hamid en Nil. Au milieu d’un vaste cimetière, se dressent plusieurs mausolées couverts de coupoles et de pinacles, peints majoritairement en vert. Nous traversons à pied le cimetière, les tombes sont délimitées par des pierres ou une bordure imprécise en briques, ou simplement marquées par un tertre. Nous rejoignons des personnes déjà arrivées, encore peu nombreuses, qui comme tous les vendredis sont venues participer à un rituel soufi. Des marchands vendent des chapelets, des livres d’édification religieuse ou plus prosaïquement des boissons et de la nourriture. Nous patientons, longtemps, tandis que la foule grossit doucement. Quelques hommes viennent s’enquérir de notre nationalité, toujours accueillie avec plaisir et nous souhaitent la bienvenue. Dans le mausolée principal, une tombe, que je suppose être celle028 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufi d’Hamid en Nil, est entourée par des gens, hommes et femmes, qui accompagnent par des mouvements de leur corps quelques chanteurs et musiciens. Alors que le soleil a déjà bien baissé, un court cortège s’avance accueilli par des you-you, derrière deux drapeaux aux couleurs de l’Islam. Après un bref passage au mausolée, ils ressortent et les assistants forment un grand cercle à l’intérieur duquel vont tourner, comme un rayon d’une roue, une rangée de dignitaires majoritairement vêtus en vert. Relayé par une sono, un chanteur accompagné par un tambour lance une mélopée reprise par toute l’assistance. Les corps se 031 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufiplient en deux, se redressent, les mains s’avancent, se retirent en suivant le rythme qui s’accélère. Le parallèle avec les cérémonies auxquelles nous avons assisté à Lalibela est frappant, mêmes gestes, même recherche de la transe par des rythmes syncopés, même impression de ferveur sur commande ! Quelques participants se mettent à tourner tels des derviches, sans toujours s’apercevoir que le chant et le tambour ont cessé, d’autres répètent mécaniquement des gestes saccadés. Des femmes dans l’assistance se balancent en rythme, l’une agite un drapeau vert avec une profession de foi en lettres dorées dessus. « Spectacle » fascinant mais presqu’effrayant tant il semble facile d’être pris dans le rythme et d’adhérer alors à l’idéologie qui pourrait l’accompagner. Puis brutalement, au coucher du soleil, une dernière invocation d’Allah et c’est fini ! Un imam récite une longue tirade que presque tous écoutent, les paumes des deux mains tournées vers le ciel et la foule se disperse. Nous rentrons nous installer à notre camping pour une dernière nuit à Khartoum.

Samedi 2 février : Nous partons à huit heures et demie, en allant chercher un autre pont pour traverser le Nil, dans une circulation encore très fluide le samedi matin. Longue traversée de Khartoum nord puis de sa banlieue et enfin, progressivement, nous roulons dans le désert. Encore quelques villages de maisons en briques puis, plus rien ! Sur notre gauche, au loin, la ligne verte qui marque les cultures des bords du Nil. Nous devons acquitter un péage, valable jusqu’à Wadi Halfa, pas cher. Quelques contrôles, passés sans encombre. Nous cherchons la piste de Naqa. Au point GPS indiqué, un panneau signale la direction du site mais nous ne voyons aucune piste en partant. Nous nous lançons dans le désert en hors-piste intégral, avec pour cap le point GPS suivant. Au début nous roulons vite sur un reg bien plat puis il faut louvoyer entre les épineux, slalomer entre les butes d’alfa et finalement avancer sur les pentes de collines volcaniques couvertes de cailloux noirs coupants. Nous nous doutons bien qu’il doit y avoir une meilleure piste mais nous n’en avons pas trouvé trace… Nous en avons confirmation quand nous parvenons au point GPS, le carrefour où deux belles pistes se rencontrent ! Nous suivons celle de Naqa que nous apercevons dans les derniers kilomètres049 NAQA Temple d'Amon, le premier temple « égyptien » de ce parcours vers l’aval du Nil. Devant une colline pierreuse, nous apercevons une allée de beaux béliers qui précède des temples. Nous sommes seuls, enfin presque puisque le gardien surgit et nous fait débourser un droit d’accès multiplié par 2,5 depuis les indications de notre guide… Nous découvrons, les pieds dans le sable, ce temple, bien loin de Louxor, de Karnak, mais où nous retrouvons les classiques représentations d’Horus, d’Isis, d’Amon, de profil, comme il se doit. A quelques centaines de mètres, de l’autre côté d’un 067 NAQA Puitantique puits où s’activent des bergers qui, à l’aide d’ânes, vont chercher de l’eau à 86 mètres de profondeur, se dresse le remarquable ensemble d’un temple dédié à Apatémak, le dieu-roi-lion et d’un « kiosque » d’allure gréco-romaine. Dans le temple ou à l’extérieur, de superbes bas-reliefs montrent le roi et la reine massacrant allégrement des vaincus, sur d’autres, ils sont en bonne compagnie, ce qui se fait de mieux en fait de divinités, Horus, Isis, Thoth et autres, le roi lui-même est représenté avec trois têtes. Un lion à corps de serpent sort d’une fleur de lotus, symbole indien ? Le « kiosque » proche est manifestement  de style gréco-romain. Que d’influences en plein cœur de l’Afrique ! Nous déjeunons sous des acacias, rejoints par un convoi de Japonais en 4x4 climatisées. Nous repartons au carrefour et prenons la piste de Mussawarat . Nous longeons des installations clôturées, cultures, terrains militaire ? Nous apercevons les restes du site  après avoir traversé des collines. Pas de gardien en vue, nous avançons jusqu’au temple du lion, isolé dans le désert. Il est entouré de barbelés, je les franchis, réveille un gardien (?) qui nous ouvre la porte du temple, remonté par les Allemands072 MUSSAWARAT Temple du lion de RDA, reconstitution peut-être abusive mais évocatrice. Quelques fresques intéressantes avec des éléphants. Le soi-disant gardien n’était qu’un guide endormi, il est content de toucher un bakchich mais nous devons, de retour au site dit du « Grand-Enclos », tout de même régler au gardien apparu le droit d’entrée. La cité royale s’étend sur un ensemble de cours, de terrasses mal définies, les murs sont écroulés, les colonnes effondrées et aucun bas-relief n’est gravé sur les murs. L’ensemble est décevant et ne parle qu’à des archéologues patentés. Nous repartons, traçons la piste, bien marquée dans le désert et finissons par retrouver la route goudronnée là où nous l’avions quittée, à cent mètres près ! Encore quelques dizaines de kilomètres et bientôt nous apercevons sur notre droite les chicots des pyramides de Méroé. Aucune indication sur la route ! Nous la quittons par la première piste qui semble s’y rendre et nous nous approchons ainsi des restes des pyramides, dans un alignement qui couronne une dune, éclairées par le soleil déclinant. On nous indique que nous ne pouvons traverser le champ du cimetière puisqu’il s’agit d’un lieu d’enterrement mais que nous pouvons contourner 086 MEROE Pyramidesle site et nous rendre derrière une montagne. Ce que nous faisons aussitôt, suivant la clôture  puis en roulant dans le sable et les cailloux, avant de découvrir, émerveillés, les pyramides  depuis le désert ! Elles ne sont pas hautes, elles ne ressemblent pas à celles de Gizeh, plus petites, tronquées, mais quel ensemble ! Et dans le désert, entre sable orange et pierres noires ! Nous sommes les seuls à en jouir ce soir, pas un touriste, pas même un vendeur de souvenirs. Arrive un jeune bédouin (?) qui voudrait nous vendre un fouet de chamelier, une promenade dans les pyramides sur son méhari, mais il n’insiste pas. Au coucher du soleil, raté, nous montons sur une colline pour avoir une vue d’ensemble avant de regagner notre camion. Un ouzo, un des derniers plaisirs alcoolisés que nous pouvons nous permettre, clôt la journée.

 

Dimanche 3 février : Marie me réveille alors que la nuit commence seulement à pâlir. Les pyramides émergent lentement de la nuit, moi aussi… Je me résous à me lever et à sortir en pyjama, les voisins ne seront pas choqués. Il fait froid. J’enfile un teeshirt par-dessus et je pars escalader dans les éboulis la colline la plus proche. De son sommet, comme la veille, je jouis d’un panorama sur tout le désert de sable et de roches noires et, à l’ouest, les pointes des095 MEROE Pyramides pyramides. J’attends la venue des rayons du soleil mais ils tardent et je me mets à l’abri du vent derrière un gros rocher, assis dans le sable immaculé, sans la moindre trace de visiteurs, à l’exception de celles d’oiseaux et de reptiles. Enfin l’astre paraît et éclaire d’une douce lumière les ouvertures et les façades des tombes tournées vers l’est, le sable, de gris, devient ocre, les verts des rares buissons s’illuminent, le moment est magique, je pourrais rester des heures à regarder changer les couleurs. Mais je descends et vais vite me mettre au chaud et avaler un bon thé brûlant. Une fois ragaillardis, nous repartons avec la voiture, quittons notre campement royal et allons nous garer devant l’entrée officielle. Nous déboursons notre écot et pénétrons sur le site. Nous marchons au pied des dunes qui montent à l’assaut des pyramides et souvent 115 MEROE Pyramidesles engloutissent partiellement. Nous les découvrons enfin de près. Elles sont constituées de blocs de grès sombre qui ont perdu leur revêtement lisse de mortier couleur beige, précédées par un pylône qui ouvre sur une chapelle. Les murs extérieurs mais surtout intérieurs sont gravés de scènes d’offrandes, de défilés de serviteurs, de prisonniers, en présence des dieux : Horus, Amon, Anubis, Thoth, Hathor etc… Le vent et surtout les graffitis en arabe les ont, pour nombre d’entre elles, effacées ou recouvertes, quelques-unes sont encore bien lisibles heureusement, mais pour combien de temps ? Pas de gardien, aucune surveillance, je ne m’en plains pas, nous sommes seuls, pas de solliciteurs, de marchands du temple, nos pas sont les premiers à laisser leur empreinte sur111 MEROE Pyramides les dunes. Deux ou trois pyramides ont été reconstruites et couvertes de mortier pour donner une idée de ce à quoi elles devaient ressembler, les autres ont été partiellement remontées. Après avoir consciencieusement visité toutes les chapelles, nous traversons l’étendue qui sépare les deux cimetières pour aller voir dans le groupe du sud, les pyramides plus anciennes, moins nombreuses et peu décorées. Nous jetons les derniers regards sur ces magnifiques édifices, nous voudrions n’en plus partir. «Un grand moment » dirait Jean-Michel… Nous traversons la route goudronnée pour aller voir de loin le groupe des pyramides proche de la cité royale. Elles sont très ruinées et nous ne nous arrêtons pas. Nous ne visitons pas la cité royale non plus, les restes des constructions sont éparpillés sur une vaste surface au milieu des acacias et ne semblent pas très parlant. Nous reprenons le goudron, toujours dans le désert, doublons les monstrueux camions à double remorque, chargés de conteneurs, en route pour Port-Soudan. Nous déjeunons à l’ombre d’un acacia, puis atteignons Atbara. Nous cherchons le cimetière des trains que nous avait indiqué Arnaud, la route goudronnée que nous suivons ne s’en rapproche pas, nous piquons en hors-piste dans le désert, droit sur le point GPS qu’il nous avait donné. Nous trouvons des voies occupées par des wagons de 124 BAYUDA Desert et Landmarchandise en ruine, pas de locomotive, pas de vraiment vieux wagons de voyageurs, un détour inutile. Nous retournons en ville, cherchons une épicerie et reprenons de l’eau et du pain. Sur un pont tout neuf, nous allons franchir un Nil peu photogénique, pas un seul palmier au bord de l’eau, pas une barque, vraiment pas le chromo espéré ! Un policier mal embouché ou soucieux d’améliorer sa solde tente de nous mettre une amende pour rétroviseur cassé, il se lasse avant nous… Nous traversons le désert de la Bayuda, un peu déçus de trouver une bonne route goudronnée au lieu de la piste attendue. Du sable et du gravier, presque sans végétation, sur plus de deux cents kilomètres. Le vent qui n’a pas cessé de souffler soulève des nuages de particules de sable qui obscurcissent  l’atmosphère, la rendent opaque, cotonneuse. Je décide d’arrêter avant Karima, peu sûr de ce que nous y trouverons pour la nuit. Nous nous installons derrière une colline, à quelque distance de la route. Nous décidons de faire un vrai gueuleton pour profiter de la dernière bière éthiopienne : patates sautées et saucisses de poulet suivies d’une crème Danette au chocolat, un festin ! Mais désormais plus une goutte de vin ou de bière…

Lundi 4 février : Réveil en plein désert, plus de sable dans l’air, la vue porte loin sur l’étendue plate, jaune, piquetée de cailloux noirs. Nous repartons en direction de Karima sur le Nil. Nous127 KARIMA Portes retrouvons les cultures sur ses berges, mais avant de le traverser nous suivons la rive gauche jusqu’à Nuri, en passant par des villages dont les maisons ont souvent de belles

125 KARIMA Portesportes de fer forgé, décorées de motifs géométriques ou floraux, peints. A Nuri, quelques pyramides ruinées se dressent à la limite du village, à demi envahies par le sable. Nous nous en approchons pour les prendre en photo sans intention de les voir de plus près. Au moment de repartir le gardien et un autre bonhomme, très véhément, surgissent en courant et nous reprochent d’avoir pris des photos sans avoir payé le ticket d’entrée. Je lui montre les deux photos, lui fait croire qu’elles sont effacées et tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous repartons, traversons sur un pont moderne le Nil qui est allé faire une grande boucle dans le nord pendant que nous traversions le désert de la Bayuda. Cette fois il y a des palmiers sur ses rives ! Nous roulons entre palmeraie et villages construits sur des roches érodées. Certaines maisons ont en leur centre une tour ronde en brique dont nous ignorons la fonction, d’autres ressemblent à des ksour marocains. Nous apercevons devant131 DJEBEL BARKAL Pyramides nous la masse tabulaire du Djebel Barkal et à ses pieds, d’inattendues pyramides encore pourvues de leurs pointes. Nous les contournons et entrons en ville. Près du souq, je demande où changer des dollars. On m’envoie chez un marchand de pièces détachées automobiles qui me fait un très honnête taux… Dans une rue nous découvrons des rôtissoires avec des poulets qui grillent, nous en achetons un, ainsi que des pâtisseries qui ressemblent à des baklavas. Nous reprenons la route qui suit à distance le fleuve, au milieu de roches et de caῆons creusés par le vent et les eaux. Nous la quittons pour nous diriger grâce au GPS sur le site d’El Kurru. Nous y apercevons une pyramide très ruinée. De jeunes archéologues anglais qui font des relevés nous renseignent mais, avant de visiter, nous déjeunons dans le camion de la moitié de notre poulet, un régal en comparaison des poulets éthiopiens ! Arrivée du ghaffir, le gardien qui nous emmène voir deux tombes en nous demandant 30 livres chacun, alors que 140 EL KURRU Fresquessur tous les sites, le prix fixe était de 50… Mais nous n’aurons pas de ticket en échange… Nous descendons des marches très raides pour nous enfoncer deux étages sous terre, jusqu’à la sépulture de Tanoutamani et dans une autre celle de la reine Kalhata. Une chambre et une antichambre voûtées décorées de belles peintures sur les murs représentant dans des tons ocre, encore vifs, des dieux, les sarcophages des défunts, des barques solaires sous un ciel bleu piqué d’étoiles. Ravis, nous revenons sur Karima en suivant lentement une piste entre palmeraie et villages. Sous les palmiers, des carrés de cultures, irrigués grâce à des moto-pompes dont le ronronnement ponctue les activités des abords du Nil. Nous nous arrêtons pour contempler les149 KARIMA Nil troupeaux que les bergers mènent boire ou les mausolées au milieu des cimetières sans pierres tombales prétentieuses, tout juste une pierre levée avec nom et date. Nous retrouvons Karima, passons au resthouse italien, très confortable, frais mais où l’on n’accepte pas les campeurs. Néanmoins Marie y trouve des cartes postales… Nous cherchons ensuite le cimetière des anciens vapeurs à plusieurs ponts qui, autrefois, descendaient, remontaient le Nil. Il n’en reste pas grand-chose, des ruines qui achèvent  de mourir dans l’indifférence totale. Je dois être un incorrigible ivrogne romantique car rien ne m’aurait plus tenté que de goûter la fraîcheur du soir, assis dans un fauteuil en osier, sur un pont, en sirotant lentement un gin-tonic glacé, la voix du muezzin au loin annonçant la fin du jour… En lieu et 154 DJEBEL BARKA Aiguilleplace, nous nous contentons d’une citronnade…Nous traversons la palmeraie avant de faire le tour du Djebel Barkal pour apercevoir les restes des temples très ruinés d’Amon et Mout au pied de la montagne. Nous allons au musée du site, deux grandes salles aux vitrines vides, quelques fragments de statues essaient de justifier le prix exigé, là aussi sans ticket. Nous allons en ville à la recherche d’une connexion internet, en vain. Je trouve enfin un épicier avec des boissons glacées. Marie commence à prendre goût aux sodas… Nous allons nous planter entre la palmeraie et le djebel, avec vue sur les temples mais alors que nous sommes déjà bien installés, le gardien surgit, il a dû faire deux kilomètres à pied dans le sable, pour nous interdire de rester trop près du site. Nous devons repartir et chercher dans la palmeraie un endroit où passer la nuit. Moyennant un bakchich, nous pouvons nous garer entre les cultures et un village.

Mardi 5 février : Le muezzin nous a réveillés à l’aube mais nous continuons de somnoler jusqu’à une heure décente pour nous lever. Nous quittons notre oasis pour retourner longer le djebel et le prendre en photo avec les temples, ou ce qu’il en reste. Un plein de gasoil dont le prix augmente avec la distance depuis Khartoum mais reste tout à fait bon marché. Nous reprenons le très bon goudron qui suit le Nil, d’abord sur un plateau pierreux érodé puis, de nouveau dans le désert que traversent parfois des hommes montés sur des dromadaires, vers156 OLD DONGOLA Mausolées des directions inconnues. En fin de matinée, nous apercevons sur une butte ce qu’on pourrait prendre pour une citadelle et, à son pied, un immense cimetière musulman d’où émergent de grands mausolées de brique, non revêtus, écroulés pour beaucoup à leur sommet. Nous piquons sur la pseudo citadelle, en réalité une église de l’époque chrétienne, avant le XII° siècle. Autour, des maisons en ruines et personne ! Le klaxon n’éveille aucun gardien et la porte est fermée. J’avance avec la voiture sur une autre butte, nous avons alors une vue sur tout le site, l’église massive et à nos pieds le Nil qui coule lentement et, généreusement, permet des 159 OLD DONGOLA Eglisecultures sur l’autre rive. Je découvre en dessous de nous des archéologues qui avec des ouvriers s’affairent à des fouilles. Ce sont des Polonais qui déblaient les restes d’un palais et d’une église. Une jeune Polonaise nous accompagne à la forteresse et nous fait visiter. Des murs de plus d’un mètre d’épaisseur garantissent une fraîcheur que nous envions. Il ne reste pas grand-chose des fresques d’origine, cette église a été transformée en mosquée jusqu’à récemment et toutes les peintures furent délavées ou recouvertes. Elle nous propose ensuite d’aller voir d’autres fresques dans ce qui fut un monastère. Nous visitons un édifice sous la conduite d’un des chercheurs, un165 OLD DONGOLA Fresques sympathique monsieur qui nous détaille les représentations des Vierges, archanges et autres saints, en relativement bon état, des fresques que bien peu de gens ont vu et qui ont conservé leur éclat. Beaucoup sont encore mystérieuses, des scènes de fêtes presque païennes pour la Nativité et d’autres, énigmatiques, qui conteraient, peut-être, l’histoire de Tobias. Nous les remercions chaudement de nous avoir consacré tant de temps et nous repartons dans le village, à la recherche des bords du Nil. Nous le trouvons à l’embarcadère du bac qui fait traverser les rares voitures qui ne veulent pas emprunter le nouveau pont à 30 kilomètres. Nous déjeunons là puis retournons sur le site, trouvons les colonnes et les murs de 165 OLD DONGOLA Nilce qui furent des bains et une église puis nous allons nous installer sur un promontoire qui surplombe le Nil, avec une vue magnifique sur une île couverte de champs bien verts. Bientôt nous ne remarquons plus le ronronnement des moto-pompes. Nous espérons ne pas en être délogés et y passons l’après-midi. Lavage du linge, écriture de cartes postales et surtout attente de la fraîcheur du soir. Les mouches sont agaçantes, il s’y ajoute de minuscules moucherons suicidaires, de plus en plus envahissants. C’est encore pire dehors, ils rentrent dans le nez, les oreilles, nous obligeant à chercher refuge dans le camion mais là aussi ils deviennent de plus en plus nombreux. Nous devons utiliser une bombe insecticide et fermer tous les orifices. Certains parviennent à passer entre les mailles des moustiquaires. Le coucher du soleil n’est pas réussi mais les moto-pompes s’arrêtent et nous pouvons goûter, assoiffés et transpirants, la quiétude des bords du Nil.

Mercredi 6 février : Le vent s’est levé au matin et charrie des milliers de tonnes de sable qui recouvre tout. Nous ne distinguons plus le Nil au pied de notre falaise, à peine distingue-t-on les maisons en ruine qui nous entourent. Nous revenons sur nos pas sur une quinzaine de kilomètres pour aller prendre le pont qui traverse le Nil. J’espérais, de l’autre côté, être protégé du vent de sable par les palmeraies mais la route moderne en est éloignée et nous le subissons de plein fouet. Deux heures plus tard nous atteignons Dongola, centre administratif du nord. Nous décidons d’y passer la journée en attendant une amélioration des conditions météo demain. Nous cherchons un hôtel, les deux premiers, le Lord et le Haifa sont, l’un complet, l’autre peu engageant, Le Olla, à l’écart, plus au calme fera l’affaire malgré la fine couche de sable qui recouvre les deux lits, le sol, le lavabo, les toilettes et que le réceptionniste ne paraît pas disposé à faire essuyer. Nous déjeunons dans le camion puis débutons l’après-midi dans le jardin, abrités du vent et de la rumeur de la rue.
183 DONGOLA PorteNous allons ensuite dans un cybercafé où nous pouvons mettre à jour le blog et envoyer une photo de Méroé à tout le monde. Les rues sont couvertes de déchets, les plastiques volent et restent accrochés aux branches, aux barbelés, de même que dans le désert, où chaque épineux a ses guirlandes de sacs de toutes les couleurs. Nous nous promenons ensuite dans les rues poussiéreuses de la ville à la recherche de belles portes en fer forgé. Les maisons de brique sont désormais souvent chaulées, ce qui, avec leur mur extérieur, leur donne un petit air de bordj d’Afrique du Nord. Nous nous rendons ensuite à la gare des bus des grandes lignes. Ce sont d’imposants autocars chinois, déjà croisés sur la route et dont nous avions remarqué la décoration colorée. Nous en prenons en photo, les conducteurs, ravis, m’invitent à monter dans l’un d’eux. L’intérieur est plein de fanfreluches, un s193 DONGOLA Busalon de bordel parisien du siècle passé ! Le tableau de bord et le pare-brise sont recouverts de décalcomanies, de sourates, de porte-bonheurs, même le levier de change ment de vitesses est enrobé de rubans pelucheux. Nous revenons acheter des fruits et légumes puis regagnons la cour de l’hôtel attendre le coucher du soleil. Nous avons envie de manger soudanais, kebab, shawarma et autres spécialités locales, mais le restaurant conseillé que nous avions repéré est maintenant fermé.  Nous devons nous contenter d’une gargote en plein air avec des morceaux de perche du Nil déjà frits et froids, plus d’arêtes que de foin dans une botte d’aiguilles, et d’un demi-poulet également froid. Pour nous consoler nous allons goûter des pâtisseries orientales mais elles ne valent évidemment pas celles de l’avenue Hédi Chaker à Sfax ! J’ai encore du mal à démarrer la voiture à froid, cela devient inquiétant…

Jeudi 7 février : Pas très bien dormi, lit peu confortable, prières dans la nuit et craintes d’un nouveau problème avec la voiture. Dès que nous nous levons, je vais la démarrer, elle peine, mais il s’agit certainement d’un problème de pré-chauffage qui peut être géré. Nous remballons nos affaires dans le camion où nous prenons le petit déjeuner puis, après quelques derniers achats dans une épicerie, nous cherchons la sortie de la ville ce qui, comme ailleurs, n’est pas facilité par l’absence totale de panneaux indicateurs. Nous trouvons le pont qui enjambe le Nil, particulièrement large en cet endroit. De l’autre côté, une nouvelle route goudronnée nous attend mais elle est assez loin de la coulée verte des palmeraies. Nous nous en rapprochons quand nous sommes à la hauteur de Kerma. Aucune signalisation du site sur la route. Sans le GPS, nous aurions le plus grand mal à trouver les lieux touristiques. Nous sommes allés trop loin et devons revenir sur nos pas en traversant les villages sur des pistes mauvaises, mais nous avons ainsi le loisir de détailler les portes des maisons nubiennes.205 KERMA Deffufa Enfin nous trouvons, dans la palmeraie, le site archéologique mais nous sommes mal accueillis par un responsable mal embouché qui baragouine anglais, demande nos passeports et réclame aussitôt les 50 livres du droit d’entrée. Nous pénétrons sur le site au milieu duquel se dresse la deffufa, une massive structure en briques crues, très ruinée mais qui dresse encore fièrement ses restes, du haut desquels quarante siècles contemplent les murets remontés qui simulent le tracé de la ville ancienne. Il s’agissait d’un temple et d’une nécropole royale devenus le lieu de nidification de centaines d’oiseaux qui, en totale 210 KERMA Deffufa muséelèse-majesté, fientent sur les cendres royales… Pour visiter le musée, nous devons encore débourser 10 livres mais il les mérite. Un très beau bâtiment d’allure traditionnelle, ocre et blanc, à la limite de la palmeraie. Il renferme une magnifique collection de poteries du royaume de Koush, aux bords noircis décorés avec des incisions toutes différentes. Les explications sont claires, accompagnées de belles photographies. Si nous voulons voir l’autre deffufa, nous devrons repayer 50 livres exige un policier d’autant plus de mauvaise humeur qu’il ne comprend pas que nous voudrions simplement l’apercevoir… Nous déjeunons à quelque distance puis cherchons le bountoun, le bac qui devrait nous faire traverser le Nil. Je dois me renseigner à chaque carrefour mais enfin nous y parvenons. Alors qu’il contourne un banc de sable et que nous l’attendons, on m’e
 xplique qu’il ne fait que traverser un bras du fleuve pour emmener voitures et passagers dans une grand île, ce qui ne255 SOLEIB Bac fait donc pas notre affaire. Nous repartons, retraversons les villages et reprenons la nouvelle route goudronnée, à la recherche du bountoun suivant. Nous le trouvons avec l’aide du GPS et de passagers qui s’y rendent. Avant de monter dessus, je dois tirer une camionnette en panne. La traversée est rapide, le bac ne prend que quatre véhicules. De l’autre côté nous suivons de nouveau le Nil jusqu’à Sesibi, où, entre deux quartiers du village, se dressent les trois dernières colonnes d’un temple du XIV° siècle av. JC. Nous allons les voir de près puis décidons de rester là pour la nuit.

Vendredi 8 février : Personne n’est venu nous faire déguerpir. Nous nous levons tôt, sans trop savoir ce que la journée va nous réserver et surtout, la piste pour nous rendre à Soleib, sera-t-elle facile à trouver ? Arnaud à Khartoum nous avait mis en garde contre les risques de se perdre dans cette partie. Au début, bien tracée, elle traverse des villages dont nous examinons presqu’une à une les portes. Puis, elle quitte les bords du Nil et s’enfonce dans la montagne, mais toujours bien marquée. Un automobiliste que nous croisons nous met sur la bonne voie, un tracé qui pénè
232 SESIBI Niltre de plus en plus au cœur des montagnes grises, mais bientôt les pistes, tracées par des chercheurs d’or nous a-t-on dit, se diversifient, partent dans toutes les directions et bientôt ni le G PS, ni la boussole ne nous servent plus à grand-chose. Je repère les palmeraies au loin et essaie de m’en rapprocher en suivant des traces à peine marquées. Un village apparaît à quelque distance, l’atteindre oblige à rouler quasiment hors-piste, mais enfin nous y parvenons. On nous confirme que la piste qui le traverse va bien à Soleib. Elle longe le Nil entre palmeraies peu denses et villages qui se suivent. Pas très bonne mais nous avons le temps et puis les villages221 SESIBI Maison traversés sont sans doute les plus beaux du parcours. Toutes les maisons sont décorées, souvent blanches avec les angles des murs et leurs sommets soulignés d’une large trait en ocre rouge, parfois elles sont marrons avec des rosaces sur les murs. Les autres couleurs ne sont pas en reste, les portes aussi sont très belles. L’architecture nubienne est une découverte et mériterait un beau livre de photos. Alors que nous pensions les problèmes d’orientation terminés, nous devons encore repartir dans la montagne mais cette fois, tout se passe bien et nous retrouvons le Nil au village de Soleib où se dressent les restes du plus beau temple égyptien du Soudan. Nous nous garons devant mais personne ne se manifeste, pas de gardien… Avant de visiter, nous allons nous renseigner sur l’existence d’un bac plus avant qui nous épargnerait le retour sur la même piste jusqu’à celui de la veille. On nous confirme qu’il y en a bien un à quelques kilomètres. Rassurés, nous revenons nous garer à 245 SOLEIB Templel’ombre d’un acacia pour déjeuner. Ensuite nous traversons, dans le temple, la salle hypostyle avec ses bases de colonnes où sont gravés des scènes de prisonniers de diverses contrées enchaînés, puis le portique, sculpté sur une face d’une scène de festivités pour les trente ans du règne d’Aménophis III. Je suis tout de même un peu déçu, j’attendais plus de ce temple présenté comme une merveille par les guides. Nous repartons à la recherche du bac. Les quatre kilomètres annoncés sont vite dépassés, il faut en faire dix de plus, traverser de nouveau un bout de montagne, demander à chaque personne rencontrée (et elles sont rares !), après les salutations d’usage  « win el bountoun ? » avant de trouver enfin au bord du Nil deux camions et une voiture qui attendent. Nous voilà partis pour une longue traversée. Embarcadère et débarcadère, sur les deux rives du Nil, sont situés de part et d’autre d’une île qu’il faut contourner en se déplaçant à une vitesse de sénateur. Il eût paru logique de les implanter ailleurs mais… Revenus sur la rive orientale, nous retrouvons le bon goudron s259 SAI Maisonur une trentaine de kilomètres. Pour une fois, un panneau indique l’île de Saï. Un petit bout de piste dans la palmeraie nous amène à l’embarcadère. Nous y sommes assaillis par les moucherons, impossible de descendre de la voiture ni d’ouvrir les vitres. Les hommes portent autour de la tête un voile en moustiquaire pour s’en protéger. Le bac arrive, il ne peut prendre que deux voitures, nous sommes seuls, la traversée est rapide. De l’autre côté, de plus en plus surpris, nous trouvons des indications en lettres latines qui indiquent les curiosités ! Nous nous dirigeons vers les restes du fort ottoman et continuons sur la piste au milieu de cette grande île que je pensais davantage couverte de cultures. Nous passons quelques villages et retrouvons le Nil à l’extrémité de l’île. Nous arrêtons pour photographier une très belle maison aux formes douces et aux murs soulignés d’un beau gris. Le propriétaire survient, nous invite à entrer pour découvrir les autres bâtiments identiquement décorés, puis il nous offre le thé, nous fait connaître 263 SAI Maisontoute la famille dont le bébé d’un mois, et ne nous laisse pas repartir les mains vides, nous devons accepter deux grosses poignées de dattes séchées. La quantité de moucherons à l’extérieur est inimaginable ! Nous ne restons pas dormir comme ils nous y invitent mais nous retournons nous garer au pied du fort. On nous en déloge et invite à aller nous installer dans le désert. La nuit tombe, nous racontons notre journée en goûtant un ouzo, proposé par Marie, quand un autre individu surgit et ne veut pas que nous restions là. Nous ne l’écoutons pas mais, alors que nous faisons cuire des pâtes, il ne tarde pas à revenir, accompagné d’une dame qui, dans un excellent anglais, se présente comme inspectrice de police et nous ordonne poliment de quitter les lieux, nous sommes sur une zone archéologique… Nous devons nous garer à proximité d’une maison qui semble inhabitée. Nous pouvons alors manger nos pâtes en toute tranquillité.

Samedi 9 février : Il n’a pas fait chaud cette nuit mais nous avons été au calme. Nous allons nous promener dans les ruines du fort ottoman où gisent des tronçons de colonnes couverts de cartouches hiéroglyphiques et des milliers de tessons de poteries. Nous allons ensuite voir les quatre colonnes restées debout d’une église, gravées de croix sur leurs chapiteaux. Nous faisons un dernier tour dans l’île puis allons reprendre le bac. Nous n’attendons guère et nous retrouvons la bonne route goudronnée sur la rive droite du Nil. Elle suit encore quelque temps les palmeraies puis file dans les montagnes noires, partiellement couvertes de sable blond. Peu après midi, nous atteignons Wadi Halfa, dernière ville du Soudan, port d’embarquement vers Assouan puisque le seul moyen de passer du Soudan en Egypte, deux pays qui ont 1200 kilomètres de frontière terrestre, est de prendre le bateau sur le lac Nasser ! Nous cherchons l’agence Mashansharti qui s’occupe des voyageurs, elle est fermée mais je parviens à joindre son responsable, Madher qui arrive aussitôt. Sympathique, volubile, il se charge de tout et commence par nous emmener chez lui où nous pourrons dormir, soit dans le camion à l’extérieur, soit dans la maison même. Il nous raconte le raid que tentent deux Anglais, rallier Le Cap à Londres avec une Fiat en moins de dix jours ! Tout cela afin d’apparaître dans le livre Guinness des records ! Après le thé, nous allons déjeuner dans le camion et il ne nous reste plus qu’à attendre… En fin d’après-midi, nous retournons dans le centre-ville. Dernier plein de gasoil au tarif local. Internet est en panne depuis deux jours. Nous rencontrons un Français de notre âge qui se console de son veuvage en voyageant. Nous prenons un verre ensemble à parler de voyages bien entendu. Je vais réserver une chambre à son hôtel qui semble une classe au-dessus des auberges du centre puis les heures passant nous cherchons où dîner. Toutes les gargotes ne proposent que du poulet grillé ou du poisson frit à l’avance, nous décidons de garder ces mets de choix pour les jours à venir où nous n’aurons plus la possibilité de dîner au camion qui doit partir avant nous sur une barge et nous rentrons nous garer devant chez Madher. Nous dînons avec nos derniers œufs et du riz avec une rougail maison.

 

 

Dimanche 10 février : Nous n’avons pas grand-chose au programme aujourd’hui. Après une douche prise chez Madher, un baquet d’eau dans une petite pièce, pas d’eau courante, nous nettoyons, autant que faire se peut, le camion avant d’aller au marché. J’y achète un demi-kilo de mouton, dans les côtes, aussitôt découpé en menus morceaux sur le billot du boucher avant que je ne l’en empêche. Nous allons nous garer sur les bords du lac, entre dépotoir et hérons cendrés pour d’abord relire le blog puis déjeuner, bercés par le bruit d’une pompe démarrée273 WADI HALFA Centre après notre arrivée. Ensuite au cybercafé, malgré une connexion lente et aléatoire, nous mettons le blog en ligne et lisons le nombreux courrier que notre photo de Méroé a provoqué. Nous allons prendre un soda à notre bistrot préféré en laissant le temps passer. Notre Français nous rejoint pour une causette autour des voyages. Nous regagnons ensuite la rue ensablée devant chez Madher. Sa mère et sa sœur viennent nous inviter à boire le thé chez elles. La conversation est réduite bien que la sœur, une belle femme très typée, parle un peu anglais. Nous regagnons le camion pour faire griller les morceaux d’agneau achetés ce matin, bien plus tendres que nous ne le craignions.

 

Lundi 11 février : Nous préparons les sacs que nous allons garder avec nous sur le bateau et allons à l’hôtel où nous avions réservé une chambre, à l’étage, avec salle de bain privée. Ce n’est pas bien reluisant, le ménage n’a pas été fait depuis le passage des derniers clients et la propreté n’est pas celle que nous avait décrite le Français qui y loge. A peine sommes-nous arrivés que Madher vient me chercher pour nous rendre au port, en compagnie de deux motards portugais qui sont sur la route depuis l’Angola, et mettre les véhicules sur la barge qui doit partir aujourd’hui. Nous nous garons dans l’enceinte des douanes et attendons que Madher procède aux formalités. Il me manque un document que les douanes ont oublié de me remettre à l’entrée, Madher doit téléphoner aux douanes de ce poste mais tout semble s’arranger. Le temps passe, tous les douaniers viennent nous serrer la main, s’enquérir de notre nationalité mais à midi, une heure, deux heures, nous attendons toujours. Je vois les ouvriers qui travaillent au port quitter les lieux et comprend alors que nous ne chargerons pas aujourd’hui la voiture. Ce que nous confirme bientôt Madher, enfin réapparu. J’ai faim et je commence à saturer de cette situation. Nous quittons, à pied, l’enceinte du port puis un antédiluvien camion nous ramène, avec mes deux compagnons lusitaniens, en ville. Je file retrouver Marie à l’hôtel puis nous nous faisons conduire en tuk tuk pour retrouver nos compagnons de voyages devant une table. Un demi-poulet grillé me revigore. En fin d’après-midi nous retournons au cybercafé envoyer des messages à Nicole et aux Azalaïens, lire les nouvelles, avant de revenir nous installer sur des chaises en plastique devant un soda dans notre gargote préférée et attendre l’heure de dîner. En dehors du poulet grillé, pas grand-chose de comestible pour nos estomacs occidentaux. Deux portions de falafels et un demi-poulet grillé composeront le dîner, pris bien avant l’heure prévue mais il commence à faire froid et nous sommes contents de rentrer à la chambre.

 

Mardi 12 février : Pas trop bien dormi, moustiques, attente… A dix heures Madher vient me chercher avec les deux Portugais. Nous retournons à la douane récupérer les voiture et motos et, peu après, nous allons nous garer sur la jetée, devant des barges mais celle sur laquelle nous devons embarquer n’est pas à quai. Il faut d’abord que celles qui sont le long de la jetée terminent leur déchargement. Une trentaine de pauvres hères servent de dockers et font la chaîne pour transporter des cartons dans un camion. Pas de grue, pas de treuil pour manœuvrer les barges, tout à la force des bras. Le mouvement s’accélère car le bateau en provenance d’Assouan est en vue. Notre barge, peu reluisante (tout semble en ruine à bord), accoste, manœuvre longue et lente, accompagnée de vociférations, d’ordres contradictoires, mais il reste un bon mètre entre le quai et le pont, et force est de constater qu’ils ne disposent d’aucun madrier, d’aucune planche, d’aucune passerelle pour que je puisse monter la voiture dessus, même les motos ne peuvent pas ! Le bateau d’Assouan approchant, nous devons abandonner et Madher parle désormais d’attendre jeudi pour embarquer motos et voiture, avec une arrivée à Assouan samedi ! Je suis furieux, l’impréparation, le désordre, le bordel ambiant érigé en système, me dépassent ! Retour à la chambre où Marie est tout aussi furieuse. Nous prenons un tuk tuk pour aller, une fois de plus, déjeuner d’un poulet grillé, de falafels et d’une omelette. Nous passons ensuite une heure au cybercafé pour écrire des messages avec une connexion de plus en plus lente. Retour à la chambre. Sieste puis nous repartons à pied dans le centre. L’arrivée du bateau d’Assouan a réveillé la petite ville, des Land Rover d’âge canonique sillonnent les rues pour amener aux hôtels les nouveaux débarqués, chargés de valises et de ballots. Toutes les épiceries, cafeterias et restaurants (bien grands mots pour d’infâmes gargotes) bourdonnent d’activité, la clientèle attablée 272 WADI HALFA Nuittrempe des morceaux de kesra, les délicieux petits pains ronds, dans des platées de foul, le plat national à base de haricots, ou dans d’autres de ragoûts. Nous nous contentons de prendre du thé en compagnie du Français avant de nous décider pour (encore !!!) du poulet grillé et une omelette. Les haut-parleurs sont montés au maximum des décibels, les chaises en plastique sont alignées devant les écrans de télévision qui diffusent tous un match de catch après un autre de football. Les anciens, enturbannés, fument des chichas, indifférents aux fumées et aux klaxons des tuk tuk. Nous rentrons avec l’un d’eux pour notre dernière nuit soudanaise.

 

Mercredi 13 février : Encore une mauvaise nuit avec un rêve très étrange où repas chez Nicole, examen aux Arts et endormissement de Marie se mêlent, le tout se déroulant dans le coffre d’une voiture. A neuf heures et demie, Madher vient nous chercher en minibus, les Portugais et nous, avec armes et bagages. Il nous dépose près de notre restaurant habituel où, pour ne pas changer les bonnes habitudes, nous commandons des rations de falafels, chauds cette fois. Il revient avec une antique Land Rover pour entrer dans le port et commencer les formalités. Il s’occupe de toute la paperasserie, ce qui n’est pas rien et enfin un bus nous emmène au bout de la jetée, au bateau. Il a dû connaître des temps meilleurs mais nul ne s’en souvient. Il est probable qu’aucune compagnie d’assurance ne le couvre… Coque rouillée, des bancs en guise de sièges, un sol dont on ne sait plus en quoi il pourrait bien être, ni quelles couleurs ont revêtu les murs. Une caricature de transport de passagers ! Nous sommes dans les premiers à monter à bord et à nous installer dans l’une des deux salles, celle réservée aux femmes seules et aux familles, l’autre étant réservée aux hommes. Une odeur de pisse stagne dans toute la salle d’une remarquable crasse. Il va falloir y passer presque 24 heures !!! Madher vient se faire payer, il garde les clés de la voiture et promet de l’expédier dans les plus brefs délais, s’il n’y a pas de vent. La salle se remplit tout doucement de grandes et grasses Nubiennes dans leurs voiles colorés. Nous tentons avec une jeune Hollandaise de défendre notre territoire mais bientôt une famille nous rejoint. Ce sont, hélas, des hommes qui sont chargés de faire la police et de répartir les places. Les malheureux ne font pas le poids devant les agressives matrones qui ne veulent pas céder la moindre place et entassent sur les276 LAC NASSER Pont banquettes des colis et des cartons. Les couloirs se remplissent, les Portugais se sont installés sur le pont supérieur, lui aussi vite rempli. Il arrive toujours de nouveaux passagers, des disputes éclatent pour les places, les gosses piaillent, les hommes hurlent dans leurs téléphones. Ambiance ! Je vais voir le capitaine qui a promis à Madher de nous trouver une cabine, moyennant un bakchich et effectivement, peu avant le départ, on nous trouve une cabine, pas très reluisante non plus, mais au moins, nous avons une couchette et nous sommes relativement au calme. Nous montons assister à l’appareillage. Dernier clin d’œil à la 278 LAC NASSER Vuevoiture et nous naviguons sur le lac Nasser, près de la rive orientale couverte de pitons et de collines tabulaires érodées dont les bases disparaissent sous les eaux. Nous restons sur le pont jusqu’au coucher du soleil puis descendons. Nous allons faire un passage à la dining room des 1ères classes sans insister vu l’état des lieux. Nous retournons profiter de notre « confortable » cabine. Nous remontons brièvement sur le pont en nous frayant un chemin entre les dormeurs, quand nous sommes à la hauteur d’Abou Simbel. Nous distinguons dans la nuit la colline artificielle où sont dressées les deux statues géantes. Un spectacle son et lumière s’y déroule mais nous sommes trop loin pour pouvoir dire que nous avons vu quoi que ce soit. Nous nous enfermons pour la nuit en bloquant la poignée de la porte avec un de mes lacets, faute de clé ou de verrou.

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