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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 01:00

Vendredi 17 septembre : Le soleil tarde à venir nous réchauffer. Nous partons quand il arrive et revenons sur nos pas pour revoir la citadelle bien éclairée. Nous continuons en direction d’Akhaltsikhe. Nous cherchons à voir un dernier monastère, nous l’apercevons dans la montagne mais la route est coupée et il n’est pas question de terminer à pied. Nous nous garons dans le centre ville et allons refaire des provisions. D’abord dans une boutique puis au marché où, pour la dernière fois, nous achetons de ces délicieuses tomates, bien charnues, qui n’ont rien à voir avec les productions calibrées, sans défaut, et sans goût de l’Union Européenne. Je dois encore changer quelques euros pour refaire un ultime plein de gasoil et amortir ainsi le prix des carburants en Turquie. Nous repartons vers la frontière, la route devient piste, longe des barbelés et parvient au poste. Rapide contrôle des Géorgiens, l’un d’eux me fait ouvrir la cellule et les coffres, il n’insiste pas après avoir découvert les toilettes… Formalités presque aGeorgie-4047.JPGussi rapides côté turc. Nous retardons encore nos montres d’une heure, soit au total deux heures de décalage avec l’Arménie sans nous être beaucoup déplacés en latitude. Nous passons un col dans les sapins, à plus de deux mille quatre cents mètres d’altitude, avant de redescendre dans les alpages du plateau anatolien. De nombreux troupeaux, moutons, bovins et chevaux que j’aime toujours voir en liberté, juments accompagnées des poulains de l’année, dégustent les dernières herbes fraîches avant la venue des grands froids. Plus inattendues, des bandes d’oies cacardent, cagnardent, sifflent, surveillées par leurs jars qui criaillent, gloussent. Les éleveurs sont campés à mi-pente dans des abris de pierres recouverts de terre sur laquelle pousse du gazon. La route est en travaux et les véhicules soulèvent des tourbillons de poussière sur des kilomètres. Enfin Kars. Nous trouv ons un cybercafé avec un message de Julie et quelques accusés de réception de notre carte électronique. Nous allons faire des courses dans un petit Migros, une chaîne locale de supermarchés. Les prix ne sont plus les mêmes ! Je ne résiste pas à la tentation d’une petite bouteille de rakı (sans point sur le i !). Nous repartons en direction d’Erzurum. Beau paysage du plateau avec des collines dans une lumière douce de fin de journée, et toujours des troupeaux dignes du Texas ou de l’Argentine. De nouveau, la route est en travaux, la piste est alors large, très roulante mais les nuages de poussière dans lesquels il faut doubler et le soleil de face nous font arrêter tôt, à la sortie d’un village, sur un terrain vague. Nous arrosons le retour en Turquie d’un verre de rakı glacé, loin de valoir l’ouzo

 

Samedi 18 septembre : Il fait jour très tôt et nous sommes vite réveillés. A huit heures nous entamons la longue traversée de la Turquie d’est en ouest. Jusqu’à Erzurum nous sommes dans un paysage qui ne déparerait pas en Afrique du nord, pitons, montagnes tabulaires au milieu d’étendues plates, mais avec plus de végétation, les oued ne manquent pas d’eau. Nous contournons Erzurum puis Erzincan en nous abaissant tout doucement, passant de mille sept cents, mille huit cents mètres à mille deux cents, mille cent mètres d’altitude, tout en franchissant des barrières montagneuses par des cols à plus de deux mille mètres. Je vide mes jerrycans de gasoil arménien dans le réservoir au fur et à mesure de notre avancée. Nous roulons depuis que nous avons rejoint la route de Doğubayazit, avant Erzurum, sur des chaussées le plus souvent séparées, avec un revêtement généralement bon mais parfois coupé par une zone de travaux. Nous entrons dans le centre de Sivas car il nous faut changer des euros et je me souviens l’avoir fait l’an dernier à un endroit précis. L’opération est rapidement menée et me permet de revoir, de loin, les minarets et les monuments seldjukides. Nous repartons mais le soleil baisse et pour les mêmes raisons que la veille, nous arrêtons à dix-huit heures sur l’aire d’une station-service en retrait de la route. L’environnement, (nous sommes près des toilettes…), n’est pas enchanteur mais la nuit tombe bientôt, une demi-heure plus tard que la veille.

 

Dimanche 19 septembre : Le soleil se lève de plus en plus tôt, pas nous ! Nous reprenons notre route jusqu’à Yozgat où nous abandonnons la route d’Ankara pour nous diriger sur le plateau vers le site hittite de Boğazkale. Nous y étions passés au retour d’Iran mais Marie ne s’en souvient plus et surtout, nous avons l’espoir d’y trouver un camping et peut-être une machine à laver car une grande lessive devient urgente. Avant d’entrer dans le bourg, nous allons directement au site de Yazilikaya car l’heure est propice à la vision des bas-reliefs Turquie-4050.JPGgravés sur les parois de deux crevasses. Ils représentent des processions de dieux et de déesses se dirigeant vers une scène centrale assez facilement lisible dans la première ravine. Dans la seconde, une très belle procession d’une douzaine de dieux fait face à une représentation d’un roi protégé par un dieu. Nous commençons à retrouver des cars de touristes. Nous trouvons tout de suite un camping dépendant de l’Aşikoğlu Hotel sur un terrain herbu, planté de pommiers, au calme. L’hôtel se charge de la lessive. Nous déjeunons, je refais le plein des réservoirs d’eau puis nous nous rendons au site de l’antique cité hittite. Nous pouvons, heureusement, le parcourir en voiture car les distances sont grandes d’un point à un autre, le tour des fortifications fait plus de six kilomètres. Nous pouvons contempler, des hauteurs, le plan des Turquie-4055.JPGtemples dont les bases ont été reconstituées. Les portes des couloirs voûtés qui traversent les murailles, encadrées par des lions, des sphinx de pierre, ont été remises en place mais les plus belles sont dans les musées de Berlin ou d’Ankara, seules les plus dégradées sont restées sur place. Je retrouve quelques images que j’avais encore en tête. Il fait chaud en plein après-midi et je commence à me lasser d’autant que le reste des ruines est peu parlant. Enfin nous revenons nous installer dans le jardin et nous sortons table et fauteuils sous les arbres. Nous étendons le linge lavé entre les pommiers puis nous allons dîner à l’hôtel, de l’autre côté de la rue. La salle est déserte, la carte réduite à quelques fausses grillades puisque şiş köfte et şiş kebab sont cuites à la poêle. Les portions sont minimes et très chères, de même que la bière. Notre plus mauvaise adresse en Turquie à ce jour ! Je profite du branchement électrique pour regarder sur l’ordinateur, « Gran Torino » avec Clint Eastwood qui grince très bien des dents…

 

Lundi 20 septembre : Il ne fait pas bien chaud au réveil. Nous rentrons le linge puis partons sans nous être vu réclamer le paiement de la lessive, légère compensation sur le prix des repas. Nous allons récupérer la grande route de Samsun à Ankara et continuons de perdre de l’altitude. Nous sommes dans la monstrueuse agglomération de la capitale avant midi. Peu d’indications de direction, seuls les noms des quartiers sont fléchés mais ils ne nous disent rien. Nous roulons sans trop savoir si nous nous dirigeons vers le centre ou si nous contournons la ville. Puis je crois reconnaître la colline sur laquelle se trouve la citadelle, nous nous dirigeons droit dessus et une fois dans l’artère principale d’Ulus, nous trouvons des indications. Nous montons et avons la chance de trouver une place pour nous garer à l’entrée de la muraille, face aux marchands de fruits secs. Nous allons nous promener dans la vieille ville, dans une rue bordée de maisons anciennes à encorbellement. Beaucoup ont été restaurées ou reconstruites avec plus ou moins de bonheur et transformées en hôtels, restaurants. Les rez-de-chaussée sont occupés par des boutiques de souvenirs ou de marchands de tapis mais il reste une vie traditionnelle dans le quartier et les femmes, pas forcément âgées, en pantalon bouffant à fleurs, fichu sur la tête, ne sont pas rares. Nous descendons ensuite, à pied, les pentes de la colline, entre des boutiques Turquie-4061.jpgd’artisanat pour touristes, bijoutiers, antiquaires. Nous trouvons un beau pendentif en argent mais beaucoup trop cher… Il y a une clientèle, pas nécessairement étrangère, pour les beaux objets du passé. Nous visitons en passant deux belles mosquées, toutes deux pourvues d’un minbar en superbe marqueterie et d’un mihrab très décoré. La seconde, Arslanhane a en plus un superbe plafond en bois, soutenu par des chapiteaux corinthiens ou doriques reposant sur des fûts. Des travaux sont en cours pour faire d’une des rues une allée aseptisée pour touristes. Avant de reprendre la voiture, nous déjeunons dans une gargote où nous sommes attirés par une clientèle locale de retraités et d’employés en col blanc et cravate. Pas de carte accroche-chaland, deux uniques plats : un excellent donner kebap avec de la viande de mouton, et des şiş köfte, un peu molles et trop grasses à mon goût mais tout de même meilleures que celles de la veille. Pour finir, nous prenons un thé qui ne plaît plus à Marie ! Nous redescendons dans le centre ville avec l’intention de trouver un cybercafé. Nous en voyons plusieurs mais il est impossible de se garer dans les larges avenues et nous sommes vite embarqués dans la toile d’araignée des voies rapides et bientôt nous ne savons plus où nous sommes. Nous abandonnons l’idée et sortons de la ville en traversant des quartiers récents qui s’étendent de plus en plus loin du centre. Nous nous arrêtons à la première grande ville, Polatli, nettement plus calme et nous y trouvons rapidement un cybercafé près duquel nous pouvons nous garer. Nous trouvons un message de Julie, envoyons une photo aux amis et répondons aux Fantino. Nous passons dans un supermarché, pas très bien fourni puis repartons. Route monotone, sans paysage remarquable. Le soleil baisse, nous traversons Eskişehir, interminable ville industrielle et nous arrêtons à la sortie dans une station-service, à côté de la concession Land Rover !

 

Mardi 21 septembre : Il fait jour plus tard  et nous avons eu moins froid dans la nuit. Au moment de démarrer, le gérant de la station-service vient nous proposer de boire le thé ! Plus loin, je refais un plein de gasoil et là aussi, on nous propose le thé. Ils sont fort aimables ces Turcs ! Et souriants et prêts à se mettre en quatre  pour vous indiquer votre chemin. Rien à voir avec les visages renfrognés, fermés des Arméniens. Le ciel est couvert, pas un seul rayon de soleil et il en sera ainsi toute la journée, avec même quelques gouttes de pluie. Nous sommes peu après à Bursa, ville gigantesque, plus de deux millions d’habitants. Encore dix kilomètres à rouler avant d’atteindre le centre ville. Nous demandons notre chemin puis des panneaux indiquent le cimetière de Muradiye. Je parviens à me garer presque devant, sur un emplacement réservé par un commerce mais il n’émet aucune Turquie-4067.JPGprotestation, néanmoins je crains toujours une intervention policière… Nous allons visiter la mosquée décorée de carreaux de faïence bleue. Nous avons dû nous déchausser et Marie se couvrir la tête d’un foulard. Dans le cimetière attenant, des türbe, des mausolées de pierres entrelardées de briques qui forment un décor géométrique. Carrés, hexagonaux, couverts d’un dôme et parfois avec un auvent, ils abritent des tombes de sultans, de leurs descendants, épouses, princes. Deux seulement sont ouverts et montrent les cénotaphes couverts d’un tissu vert. Autour des tombes de personnages importants, stèles gravées de textes, sourates et piliers surmontés d’un turban de pierre. Nous ne parvenons pas à visiter une maison ottomane restaurée ; malgré les horaires affichés, la porte est close. Nous reprenons la voiture, retournons près du centre et la garons le long d’un trottoir. Un employé surgit et nous fait payer, cher, deux heures de stationnement. Nous partons explorer les divers monuments anciens rassemblés près de là. Nous commençons par le bedesten, le bazar couvert. Boutiques de vêtements modernes qui pourraient être dans n’importe quelle rue d’un centre ville. Il nous semble que le nombre de jeunes filles et de femmes qui portent le foulard est plus important à Bursa. Certaines ont un imperméable ou une gabardine qui tombe aux chevilles et quelques « corbeaux », toutes de noir vêtues, hantent les allées. Nous ressortons devant la grande mosquée, l’Ulu Camii,Turquie-4075.JPG effectivement très grande, surtout de l’intérieur. Les dômes coiffent une vaste salle de prière : des tapis, une fontaine, un beau minbar à la superbe marqueterie et des versets du Coran en différentes calligraphies sur les murs. Beaucoup d’hommes lisent le Livre saint, assis « à la turque », sous les lustres circulaires aux multiples lampes. Nous passons à l’Office du tourisme qui a peu à nous offrir et nous confirme l’absence de camping dans les environs. Nous jetons un œil à une autre mosquée, Orhan Camii, puis allons nous perdre au Koza Han où, sur deux étages, Turquie-4082.JPGdans des boutiques qui encadrent un jardin, on vend des articles en soie, spécialité locale. Marie s’intéresse tout de suite aux écharpes, visite toutes les échoppes puis en achète deux. Nous ne parvenons pas à nous faire servir à une table de l’étage, nous retournons donc dans le bazar manger pour pas bien cher, dans une gargote, du ragoût de bœuf en sauce à la tomate, légèrement épicé et Marie des şiş köfte en sauce, rien d’inoubliable. Nous montons ensuite dans le vieux quartier d’Hisar. Marie, fatiguée, peine et se montre de très mauvaise humeur. Nous finissons par trouver les deux türbe cherchés, dans un jardin, avec une vue sur toute la ville mais ce ne sont que des toits et des immeubles sans caractère. Nous récupérons la voiture sans payer l’heure supplémentaire et repartons dans cette circulation fatigante, abrutissante. Celle-ci et les immeubles modernes construits sans aucun souci de préservation du caractère des bâtiments anciens, gâchent ce centre historique, aseptisé, ici comme dans les autres villes de Turquie. Nous trouvons à nous garer en payant, près de la mosquée Verte, la Yeşil Camii. Elle a été ravalée mais reste intéressante. Ses murs Turquie-4085.JPGextérieurs recouverts de plaques de marbre sont percés de belles fenêtres ouvragées entourées d’un rang de faïences bleues. A l’intérieur, deux chambres qui donnent sur la salle de prière et le balcon du sultan sont couverts de magnifiques faïences bleues, mais elles sont en partie cachées par des travaux de restauration. Nous allons boire un thé dans un restaurant avec vue sur la ville. Des jeunes filles fument, mais avec le foulard ! D’autres sans, pour être exact. Nous allons voir à côté, le Türbe Vert. Vert car il est recouvert à l’extérieur et en partie à l’intérieur, de carreaux turquoise ou verts. A l’intérieur, des Turquie-4090.JPGcénotaphes et surtout un beau mihrab décoré de carreaux de faïence bleue, du plus bel effet. Nous reprenons la voiture pour aller voir une dernière mosquée, du XIX° siècle, Emir Sultan Camii, sans grand intérêt. La vue sur la mosquée Verte est cachée par les cyprès du cimetière qui s’étend en dessous. Nous repartons, devons traverser la ville qui semble ne jamais vouloir se terminer, pour quelques kilomètres plus loin, atteindre une station balnéaire de la mer de Maramara, Mudanya. Nous n’apercevons que des immeubles modernes et remettons à demain la recherche des maisons anciennes. Nous nous garons sur le port, face au vent, au bord de l’eau pour la nuit.

 

Mercredi 22 septembre : Le vent a soufflé toute la nuit et continue au matin. L’engin de nettoyage de la municipalité vient tourner autour de nous, ce qui nous incite à nous lever. L’engin parti, c’est une équipe de balayeurs qui prend la suite, sans doute par manque de confiance dans la technologie. Ils sont en âge d’être en retraite, le septuagénaire (octogénaire ?) commande la brigade de sexagénaires (septuagénaires) mais ils ne sont pas violents, le balai doit servir plusieurs années… En partant, nous jetons un œil aux anciennes maisons en encorbellement. Quelques unes ont été restaurées, la plupart des propriétaires se sont contentés de couvrir murs et façades de ciment peint. Nous longeons la côte rocheuse sur quelques kilomètres jusqu’à un ancien village grec que nous traversons. Les lotissements pour Stambouliotes aisés couvrent les collines. Nous quittons ensuite le bord de mer, traversons des oliveraies plantées serrées sur les collines proches du littoral. Puis nous rejoignons la grand-route de Bursa à Çanakkale. Le ciel est toujours gris, il n’est dégagé qu’au-dessus de la mer. Nous roulons jusqu’à Lâpseki où nous embarquons, presque sans attendre, sur un bac. Le prix du passage est très inférieur (douze euros) à ce que je pensais. Et c’est bien inutilement que j’ai changé cent euros hier. Nous ne descendons même pas de la voiture pour voir s’éloigner la côte d’Asie et, une demi-heure plus tard, nous débarquons en Europe. J’aurais bien aimé me régaler d’une dernière portion de şiş köfte mais le restaurant au port ne plaît pas à Marie qui veut aller plus loin. Nous roulons sans trouver de restaurant et, à mon grand dépit, nous devons déjeuner dans le camion, d’un reste de pâté et d’une boîte de cœurs de palmiers ! Une heure de route plus tard, nous sommes à la frontière, passée rapidement. Je change les livres turques en euros, je discute quelques instants avec un couple d’Allemands qui remontent d’Afrique du Sud en Land Rover, puis nous embarquons quatre auto-stoppeurs polonais jusqu’à Alexandroúpoli. Nous cherchons à acheter une carte routière de Grèce, la nôtre étant obsolète, mais à quatre heures passées, les boutiques ne sont pas encore ouvertes et les marchands de journaux n’en ont pas. Nous trouvons un grand, moderne, rapide, cybercafé pour signaler à Julie et à Yvette notre retour dans l’Union européenne. Nous allons ensuite nous installer au camping municipal où nous nous étions déjà arrêtés à l’aller. Le soleil brille en Grèce et nous profitons de ses derniers rayons pour nous reposer dans les fauteuils. Nous achevons la bouteille de rakı avant de dîner. Nous téléphonons à Julie et à Nicole avec Skype. Tout va bien pour elles. Je branche l’ordinateur sur le courant, ce qui me permet de sauvegarder les dernières photos puis de regarder le film de Ken Loach « Just a kiss » après dîner.

 

Jeudi 23 septembre : Nous nous réveillons plus tard puis traînons. Je trouve à échanger un Elle contre des journaux anciens avec des Français. Nous quittons le camping, nous faisons un plein de gasoil, puis nous allons chercher l’autoroute. Enfin une véritable autoroute ou presque ! Les aires de stationnement sont rares, les stations-service en dehors mais elle est gratuite. Nous roulons à bonne allure, repassons à Kavála. Je commence à fatiguer et envisage d’arrêter à Salonique, mais après déjeuner, cela va mieux et nous continuons. Contournement de Salonique, traversée de la plaine agricole avant de nous diriger droit vers les montagnes. La nouvelle autoroute est tracée en ligne droite vers Igoumenitsa, franchit les montagnes dont nous ne voyons pas grand-chose, presque toujours sous terre dans une succession de longs tunnels. Enfin Ioánina. Nous devons Grece-4093.JPGtraverser la ville, atteindre le lac, apercevoir les murailles de la citadelle avant de trouver le camping, tout au bord de l’eau. Nous repartons aussitôt, Nouveau plein de gasoil, puis passage dans un supermarché désert que l’on pourrait croire dans un ancien pays de l’Est. Le petit nombre d’articles est présenté de manière à remplir les rayons, l’un à côté de l’autre. Nous parvenons néanmoins à acheter quelques produits. Nous repassons par le centre de la vieille ville. Quelques jolies petites maisons, des terrasses sympathiques. Je serais assez tenté de dîner dans une taverne et de me promener au bord du lac, mais Marie ne semble avoir envie de rien ! Aussi nous rentrons au camping nous installer une fois de plus face au vent venu du lac. Nous comparons l’ouzo au rakı, la Grèce gagne un point à zéro !

 

Vendredi 24 septembre : Le vent s’est calmé, cygnes et canards palment sur un lac d’huile. Le camping, bien qu’au bord du lac, n’est pas des meilleurs. Mal conçu : les toilettes sont à un bout, les douches ailleurs et tout cela éloigné du terrain. Nous ne partons qu’à dix heures, nous allons nous garer sur le bord du lac, sous les remparts que nous franchissons pour pénétrer dans le kastro, la ville ancienne. Les maisons y sont presque toutes Grece-4094.jpganciennes, fleuries, au calme. Plusieurs bâtiments de la période ottomane subsistent. Nous grimpons sur une colline au-dessus d’une ancienne bibliothèque pour approcher la mosquée Aslan Aga au dôme couvert de lauzes, comme les autres édifices anciens et les maisons de la région. De la terrasse, nous avons une vue étendue sur le lac avec la petite île en face de nous, cachée derrière les roseaux et une autre mosquée dans le contre-jour. A côté, le mausolée du tyran Ali Pacha est en triste état. Nous nous promenons dans les rues à la recherche des rares maisons qui ont conservé un timide encorbellement ou un balcon en fer forgé. Nous revenons sur les bords du lac et montons à bord de la vedette  qui emmène sur l’île. Nous y sommes en dix minutes et débarquons avec des mégères grecques, volubiles ou plutôt braillardes ! Restaurants et boutiques  de souvenirs guettent le touriste, heureusement rare à cette période. Nous nous éloignons du trajet attrape-touristes et gagnons à quelque distance, sur une colline, le monastère d’Haghios Nicolaos Spanos. Je vais interrompre le repas d’une grand-mère qui vient nous ouvrir la porte de l’église. L’intérieur est un émerveillement ! Des fresques superbes, peu détériorées, colorées, aux  couleurs encore vives, couvrent toute la surface intérieure de la nef et des ailes. La lumière est chiche mais nous pouvons les admirer à loisir, laissant nos yeux s’habituer  à la pénombre. Nous n’identifions pas toutes les scènes mais peu importe. Nous achetons le livret en anglais qui répertorie les monastères de l’île et leurs trésors. Nous marchons moins d’une centaine de mètres  jusqu’à un autre monastère, Haghios Nicolaos Dilios. Là aussi, une femme, tout en noir, vient nous ouvrir la porte de l’église. Elle est plus petite, sans ailes adjacentes mais les fresques couvrent aussi toute la surface intérieure. Les couleurs sont moins vives mais les scènes d’ensemble sont remarquables. Hélas, ce sont les deux seuls monastères ouverts aux visiteurs. Nous revenons dans le village, jetons un oeil à l’église du monastère où fut assassiné Ali Pacha, les fresques ont presque complètement disparu. Il est l’heure de déjeuner, un vivier rempli d’écrevisses, d’anguilles, de carpes, de truites et même Grece-4096.JPGde tortues nous tente. Nous prenons place sous un bel arbre, près de l’eau et nous nous faisons servir : écrevisses, tzatziki, et beignets de courgettes régalent Marie. Je suis moins heureux avec mon anguille servie bien trop frite et fort grasse. La bouteille de retsina glac é se boit toute seule. Avant de rembarquer nous allons visiter l’église du village dédiée à la Dormition, belle iconostase et chaire très décorée. Nous reprenons la voiture, sortons de Ioánina et trouvons la route de Dodóni. Je ne me souvenais pas du site. Un imposant théâtre  en bon état, du moins jusqu’à présent… On peut avoir des craintes pour l’avenir, des travaux de Grece-4098.JPGreconstruction sont en cours, une partie des gradins est remplacée ou complétée par des pierres trop claires, taillées avec des arêtes vives qui choquent au milieu des vieilles pierres usées, patinées, adoucies, tachées de mousses colorées. Nous déambulons au milieu des traces de temples. Le ciel est devenu gris, il nous épargne l’ardeur du soleil mais la vision des monuments est plus fade.  Nous repartons en direction d’Árta et de Préveza, sans nous décider si nous allons à l’une ou l’autre ville. L’absence de camping à Árta nous fait choisir Préveza, plus éloignée. Peu avant d’y parvenir, nous traversons le site de Nikopoli  dont nous apercevons de longs murs encore debout. Nous cherchons le camping, découvrons qu’il est fermé. On nous en indique un autre, six kilomètres plus au nord, au bord de la mer. Personne à l’accueil, excepté un chien agressif qui tente de croquer une jambe de mon pantalon, avec la mienne dedans ! Nous décidons donc de nous installer en bordure de plage pour la nuit.

 

Samedi 25 septembre : Il commence à pleuvoir dans la nuit et cela ne s’arrête pas avec le jour. Vu le temps, nous décidons de ne pas aller tout de suite à Leucade mais de faire le tour du golfe en passant par Arta. Nous revenons donc sur nos pas, à grands renforts d’essuie-glaces et nous entrons dans la ville où nous trouvons aussitôt à nous garer le long de la Panaghia Parigoritissa, la grande église byzantine qui domine la ville, dédiée à la Vierge consolatrice. Les cieux ont la bonté de suspendre leurs méfaits et c’est presque inutilement que nous enfilons les K-ways. L’église est un grand cube de pierres et de briques, surmonté de plusieurs dômes élégants. Elle est désaffectée et transformée en Grece-4100.JPGmusée. L’intérieur est saisissant : une très grande hauteur sous la voûte obtenue par plusieurs étages de colonnes antiques reposant sur des corbeaux constitués par des tronçons de colonnes. Tout en haut, le Christ Pantocrator surveille avec suspicion ces mécréants qui ne font pas brûler de cierges mais se régalent des belles fresques mises en valeur par l’éclairage de spots. Comme bien souvent, la rangée inférieure représente une frise de saints en somptueux costumes byzantins. Au-dessus les fresques sont plus détériorées. Nous continuons en suivant la rue principale puis dans une rue piétonne où nous trouvons un cybercafé, pour tuer le temps avec l’espoir de retrouver le soleil en Grece-4103.jpgsortant. Raté ! Et pas de messages… Nous repartons, trouvons la jolie petite église Haghia Théodora dont les murs extérieurs et le clocheton sont décorés à l’aide de briques qui forment des dessins géométriques. Elle est fermée mais le pope arrive et nous ouvre le sanctuaire. L’intérieur est entièrement couvert de fresques, la vie de Jésus en bande dessinée sur plusieurs rangées. Elles sont anciennes  mais elles ont dû être récemment restaurées, ce qui leur donne un regrettable aspect neuf mais, au moins, elles sont facilement lisibles… Le pope les date du XI° siècle mais elles doivent être plus récentes. Quand nous avons terminé de les admirer et glissé quelques piécettes dans le tronc, le pope referme derrière nous et s’en va. Le temps que nous y étions, des gens de passage ont profité de l’aubaine pour entrer baiser la main du religieux, les icônes et s’en sont retournés. Nous continuons dans la même rue jusqu’à une dernière église, Haghios Vassilios, fermée et sans pope à l’horizon. L’intérêt est à l’extérieur où les murs sont non seulement décorés avec l’intrication des briques mais également avec des frises de carreaux de Grece-4109.JPGfaïence. Nous revenons sur nos pas, jetons un œil distrait à un modeste odéon entre des maisons et aux quelques pierres éparses d’un temple d’Apollon. Nous récupérons la voiture et reprenons la route. Il commence à tomber un vrai déluge. Nous rejoignons les bords du golfe sans en voir grand-chose. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un petit port puis attendons une éclaircie qui ne vient pas. Nous repartons, ne trouvons pas le camping où nous avions envisagé d’attendre un jour meilleur. Nous quittons la route d’Athènes et suivons celle de Lefkáda. La pluie qui nous cache le golfe nous oblige à arrêter aussitôt. Nous attendons, bouquinons, siestons. Une légère (et passagère) amélioration nous incite à repartir. Nous traversons les montagnes couvertes d’oliviers avec des vues sur le golfe qui doivent être intéressantes sous le soleil. Enfin, une longue chaussée nous fait passer dans l’île de Leucade. Nous cherchons des informations touristiques dans la capitale, on nous indique un camping proche alors que la pluie redouble. Nous trouvons le terrain à quelques kilomètres et arrêtons là pour la nuit.

 

Dimanche 26 septembre : Il n’a pas plu dans la nuit et un timide soleil perce petit à petit, malgré encore des nuages d’orage. Nous ne nous levons pas de bonne heure et ce n’est qu’à dix heures que nous reprenons la route. Nous la quittons pour monter au village de Katouna d’où nous sommes sensés avoir une vue sur les marais salants, mais cette vision est très partielle et pas spécialement intéressante. Quant au village il est très quelconque. Nous redescendons poursuivre la route en direction de Nydri. C’est une station balnéaire qui n’a pas grand-chose à envier à Saint-Tropez, Viña del Mar, Malibu ou toute destination à la mode. La rue principale est une suite de loueurs de voitures, scooters, quads et le front de mer aligne des restaurants, des bars, des hôtels avec piscine, tous avec le même mobilier Grece-4112.JPGdernier cri. Côté mer, des voiliers et des bateaux à moteur de toutes tailles attendent d’être loués par les touristes. Nous nous demandons un peu ce que nous faisons là… Nous repartons par une étroite route de montagne qui nous offre le seul intérêt de la journée : une vue sur les montagnes du continent et les îles éparpillées sur la mer que sillonnent quelques voiliers. Parmi elles, Skorpios, l’île privée d’Onassis. Nous déjeunons au village de Plastistoma puis poussons, en roulant au milieu des oliviers argentés et des élégants cyprès, jusqu’au village de Karia, à mi-distance des côtes ouest et est. Nous nous promenons dans le village. L’animation ce dimanche est quasi nulle. Les maisons sont toutes neuves  ou du moins refaites, repeintes, fleuries, mais sans charme. Nous redescendons sur Nidri par une autre route, en arrêtant au village de Vafkeri, aussi peu intéressant. Nous revoyons dans la descente le bel étagement des îlots désormais bien ensoleillés, sur une mer d’un bleu outremer. Plus loin, nous faisons un court détour jusqu’au village de Póros, aussi endormi et avec aussi peu d’originalité que les précédents. Seuls les chats semblent l’habiter. Nous dévalons par les ruelles jusqu’à la route qui descend à une crique. Je dois aller rechercher la voiture, plus éloignée que je ne le pensais, et après avoir récupéré Marie, nous allons voir la plage de galets. Agréable, pas trop envahie de touristes, juste quelques tavernes au bord de l’eau. Nous repartons, un dernier détour nous amène au port de Syvota où des dizaines de voiliers attendent d’être loués. Tout est prévu pour le touriste navigateur : accastillage, alimentation et nous y trouvons même Le Monde. Nous prenons un pot au bord de l’eau avant de rouler jusqu’à Vassiliki à l’extrémité sud de l’île. Nous nous renseignons sur les horaires des bacs pour Céphalonie. Le prochain est à neuf heures demain matin ; à cause du vent et d’une mer agitée, il n’y en a pas eu aujourd’hui. Nous allons nous garer au bord de l’eau et faisons ensuite la tournée des restaurants. Ils proposent tous la même chose. Des gyros qui font un peu trop penser aux kebabs de France et d’autres, plus chics. Nous patientons jusqu’à la tombée de la nuit puis nous allons dîner à celui qui est le plus fréquenté. Nous nous régalons de poulpes frits puis Marie cale sur son pastitsio alors que je fais honneur aux souvlaki de porc, trop secs à mon goût. Les plats étaient très copieux et nous avons dû reprendre une seconde bouteille de retsina pour en venir à bout. Nous rentrons nous coucher à côté d’autres camping-cars garés au bord de l’eau.

 

Lundi 27 septembre : L’estomac trop lourd, j’ai mal dormi. Je me suis réveillé très tôt, en sueur et énervé par un moustique. Le vent s’est levé au matin et je crains que le ferry ne Grece-4116.jpgpuisse appareiller mais il se calme au petit jour. Nous nous levons à sept heures et allons stationner près de l’embarcadère. Nous petit déjeunons, Marie se prépare et nous attendons l’ouverture du guichet à huit heures pour acheter les billets de passage. Peu après, nous montons à bord d’une grande barge. Nous allons nous installer sur le pont supérieur. Nous levons l’ancre à neuf heures et regardons la côte s’éloigner.. Nous apercevons Ithaque sous un gros nuage noir et juste en face, Céphalonie. Des dauphins croisent notre route. Une heure plus tard, nous doublons une pointe rocheuse et entrons dans la baie au fond de laquelle se niche Fiskàrdo. Trente ans plus tôt, ce devait être un village adorable : quelques maisons aux couleurs pastel alignées sur le quai et des barques de pêcheurs. Aujourd’hui, les maisons sont cachées derrière les mâts des voiliers rangés les uns à côté des autres, et au-dessus des parasols des terrasses des bistrots qui ont annexé les quais. Nous débarquons et allons nous garer derrière le village puis nous Grece-4119.JPGallons nous y promener. Les constructions neuves sont toutes destinées au tourisme. Une abondance de végétation et de fleurs, des bougainvillées entre autres, les fait accepter. Nous nous renseignons sur une éventuelle excursion à Ithaque puis nous reprenons la route. Les touristes, même en cette saison, sont encore nombreux. La moitié des voitures qui circulent sont de location. Nous roulons parfois derrière des Britanniques âgés, peu aptes au maniement d’un véhicule avec la conduite à droite, et qui donc se gardent bien de dépasser le trente à l’heure, freinant à chaque virage, à chaque voiture croisée. La route suit la côte, en corniche, à mi-hauteur des falaises presque verticales qui plongent dans la mer. Nous apercevons bientôt le croquignolet village d’Ássos, niché au Grece-4127.JPGpied d’une forteresse vénitienne plantée sur un îlot relié à la terre ferme par un isthme très court. Nous y descendons, parvenons à nous garer  et allons nous y promener. Plus de touristes que d’autochtones mais cela reste supportable. Autour du minuscule port, quelques tavernes sympathiques et un café où je prendrais bien un ouzo mais Marie ne relève pas l’allusion… Nous nous arrêtons dans la remontée et déjeunons dans le camping-car en surveillant le défilement des nuages pour prendre une photo du village, de l’îlot et des falaises en arrière-plan, ensoleillés. Nous continuons sur la route en Grece-4131.jpgcorniche, apercevons la belle plage de Myrtos coincée entre deux falaises où des rangées de parasols attendent les chairs à bronzer. Le bleu outremer de la mer est taché le long de la côte de fonds plus clairs, presque polynésiens. Nous bifurquons ensuite vers la presqu’île Paliki, tout en continuant d’avoir de belles perspectives  sur la côte et les plans décalés des falaises. Puis la route descend vers une plaine agricole nettement moins intéressante. Nous passons à Lixoúri, pas bien engageant, nous allons voir à côté une plage très quelconque et un peu plus loin, une autre plage de sable rouge, réduite à une mince bande de sable. Nous entamons la recherche d’un certain nombre d’églises, dans des villages, censées renfermer des fresques ou des icônes, mais toutes sont fermées. Les villages sont déserts, la seule fois où nous trouvons une interlocutrice, elle nous explique (?) Grece-4135.jpgque pour avoir la clé, il faut aller à la capitale Argostóli, ou que son détenteur dort ! Un autre détour nous amène au monastère Kipoureon, reconstruit après les tremblements de terre. Il ne se visite pas, son seul attrait est sa position au sommet d’une falaise, au-dessus des eaux bleues. Nous avons fait une boucle sur cette presqu’île mais avant de reprendre la route d’Argostóli, nous allons jusqu’à la plage de Petani à laquelle nous parvenons après une longue descente à flanc de falaise en une suite de virages en épingle à cheveux. Il est trop tard, et le soleil fait défaut pour que ressortent les couleurs de la mer. Nous filons sur la capitale, l’atteignons, la traversons à la recherche du camping. Il ne devait fermer que le trente septembre mais il ne nous a pas attendus ! Nous nous installons en face, tout au bord de l’eau, rejoints ensuite par un camping-car de Suisses.

 

Mardi 28 septembre : Le ciel est de nouveau bien couvert et de temps à autre tombent quelques gouttes. Nous retournons en ville nous garer sur le port. Marie obtient des brochures à l’Office du tourisme puis nous nous rendons au Musée archéologique. Dans les vitrines des deux salles sont exposés les objets, poteries, bijoux en or, perles de verre, outils de bronze, trouvés dans les tombes mycéniennes de l’île. Les explications sont en grec et en anglais que je dois traduire tant bien que mal. Nous allons faire des courses dans un supermarché  et quand nous sortons de la ville, il est presque midi. Nous avons tant roulé et fait de détours que je dois reprendre du gasoil particulièrement cher sur l’île. Nous trouvons Grece-4138.JPGau bout d’une courte piste mouillée, au milieu des oliviers, les restes impressionnants des remparts  de la cité de Crani, constitués d’énormes blocs de pierres, régulièrement assemblés sur une portion, en puzzle cyclopéen ensuite. Nous déjeunons sur le site avant de revenir en ville prendre la route de Lakithra où nous ne trouvons pas d’indication de tombes mycéniennes mais nous voyons celles de Mazarakata, creusées  dans le rocher ainsi que les couloirs d’accès aux cimetières. Nous ne pouvons visiter le monastère d’Haghios Andreas, ses collections d’icônes et de fresques, il n’ouvre qu’à dix-sept heures. Marie est en colère de ne pas tout trouver indiqué et ouvert… Nous repartons, faisons des détours sur des routes étroites jusqu’à des villages de la côte etGrece-4140.JPG leurs ports, entre des falaises ocre ou grises. Spartia semble fréquentée par bon nombre de Grecs fortunés, à en croire les villas qui y sont construites. L’affluence touristique étant très faible, ces villages paraissent déserts. Nous continuons de suivre la côte, sous un ciel gris, les vues sur la mer sont ternes. Nous atteignons Lourdas, longeons sa plage puis repartons jusqu’à Skála, un peu plus animée. La villa romaine et ses mosaïques sont en travaux et de toute façon, elle ferme à quinze heures ! Puis c’est Póros, station balnéaire abandonnée. Nous repartons vers l’intérieur, la tombe à tholos mycénienne est, elle aussi, fermée depuis quinze heures… Nous franchissons un col. Dans la descente, sur la route mouillée, je dérape en freinant, il devient urgent de changer les pneus et de revoir les freins. Nous atteignons la station bien évidemment balnéaire de Sámi, dans la grisaille. La petite ville est trop triste pour que nous ayons envie de dîner sur le port. Nous trouvons le camping, plutôt cher mais il a une machine à laver que nous utilisons aussitôt. Je me bats encore avec l’ordinateur, essaie de refaire fonctionner cette  maudite lettre L, incontournable pour le mot de passe mais il n’y a rien à faire. Nous parvenons néanmoins, avec Skype, à téléphoner à Nicole et à Julie mais les conversations sont vite coupées.

 

Mercredi 29 septembre : Nous sommes consternés par la vision du ciel, toujours gris mais il ne pleut pas. Nous commençons par monter dans les collines qui surplombent la baie, jusqu’à l’acropole et aux murs de fortification de l’ancienne Sámi. On devine bien le tracé de l’imposante muraille mais il ne reste plus d’autres bâtiments debout. Entre les troncs séculaires des oliviers qui ne doivent plus guère produire, nous avons une vue, sans doute Grece-4143.JPGsuperbe sous le soleil, de toute la baie, fermée à quelque distance par Ithaque. Nous nous rendons ensuite à la plage d’Antisamos. Nous la découvrons de la corniche, superbement nichée entre des falaises couvertes d’un maquis. Les eaux sont d’un outremer profond, turquoise sur le bord mais là encore le soleil fait défaut. Nous revenons en ville, passons à l’Office du tourisme puis trouvons un cybercafé. Peu de nouvelles et aucun message ! Nous voici de nouveau oubliés ! Nous quittons la ville, arrêtons à la sortie pour voir une mare qui n’a rien de spectaculaire mais dont l’eau proviendrait de l’autre côté de la péninsule, par un phénomène géologique de résurgence. Plus loin, le même phénomène se reproduit dans une grotte souterraine, appelée lac Melissani, dont la voûte s’est affaissée, laissant ainsi entrer les rayons du soleil. Là, l’entrée est payante et bien chère pour le peu à voir. Nous descendons un couloir d’accès qui débouche dans la grotte.Grece-4149.JPG Le soleil, enfin revenu, fait briller d’un beau bleu l’eau dans laquelle tombent des stalactites. Nous embarquons avec d’autres touristes dans un canot propulsé à la rame par un bonimenteur polyglotte. Un petit tour sur l’eau, jusqu’au fond de la grotte et il n’y a plus qu’à ressortir ! Nous suivons la côte ensoleillée, quelques criques avec une eau limpide invitent à la baignade. Nous parvenons à Haghia Efimia, port et petite station balnéaire, poussons jusqu’à la sortie du village où nous attend une bien sympathique taverne, le Paradise, avec sa tonnelle qui nous permet de déjeuner à l’ombre, au-dessus de l’eau. Excellent tarama, curieusement appelé sur la carte salade de rogue (!), suivi de calamars frits trop huileux et d’une daube de poulpe, tendre, servie avec du riz en supplément. Le vin blanc à goût de citron fait agréablement glisser le tout. Nous repartons vers l’intérieur, montons jusqu’à un monastère d’où l’on a une belle vue sur Ithaque, si proche. Nous continuons dans les montagnes en traversant des villages sans perdre de vue la patrie d’Ulysse, du moins tant que nous ne sommes pas dans les nuages. Nous revenons vers la côte et nous retrouvons Fiskàrdo où nous avions débarqué, dans l’après-midi. Nous nous garons sur le parking, sans trouver d’emplacement plus propice pour passer la nuit. Nous nous reposons puis descendons sur le petit port nous faire confirmer l’existence d’une excursion en bateau à Ithaque demain. Nous nous installons dans les fauteuils d’un des cafés-bars-restaurants en terrasse pour goûter un ouzo copieusement servi mais pas donné non plus. Je vais rechercher la voiture et je la gare près de l’embarcadère du ferry pour la nuit. Des camionnettes surchargées arrivent, occupées par des familles de Roms qui commencent à faire la cuisine. Je mange seul, Marie est écœurée et ne touche à rien. Nous ressortons faire un tour le long du port pour dissiper ses nausées.

 

Jeudi 30 septembre : Ce sont les noceurs qui ont été les plus bruyants, les Roms, cuisine terminée, ont dormi. Le soleil semble bien revenu. Rassurés, nous allons prendre les billets pour la croisière à Ithaque. Nous découvrons que nous ne serons pas seuls mais avec une bonne cinquantaine de personnes, tous anglophones. Le bateau est ponctuel, nous nous installons sur le pont supérieur sur des chaises, tout à l’avant. Un peu de houle le chahute jusqu’à ce que nous doublions la pointe nord d’Ithaque. Nous longeons la côte où se Grece-4158.JPGtrouvent de rares villages, au fond de criques. Les montagnes sont couvertes d’un épais maquis. Nous apercevons les tours d’anciens moulins à vent, quelques chapelles isolées sur des îlots ou sur des pointes rocheuses. Nous entrons dans une baie profonde, dans la partie la moins large de l’île, puis au fond d’une crique où se trouve la petite capitale, Vathi. Nous avons droit à une heure d’escale dont dix bonnes minutes sont consacrées à choisir une carte postale pour Martine, trouver la poste, écrire quelques mots. Ensuite nous pouvons nous promener, l’œil sur la montre, dans cette petite ville, pas désagréable : des places ombragées, des maisons étagées autour du port qui, au Grece-4169.JPGmoins de loin, ont du caractère, et pas trop de touristes. Nous avons le temps de nous rendre à la cathédrale, mais bien entendu elle est fermée. Nous remontons à bord, appareillons et revenons sur nos pas. Nouvel arrêt sur une plage minuscule où notre énorme vaisseau vient troubler la tranquillité d’un couple de paisibles retraités, venus avec leur petit bateau goûter sous un parasol le calme et l’air pur. L’eau est limpide, avec des reflets turquoise et certainement pas assez chaude pour qu’à l’exemple de nos compagnons des îles du Nord, nous nous baignions. Nous repartons, de plus en Grece-4183.JPGplus affamés pour le village de Kióni où nous avons droit cette fois à une heure trente pour déjeuner et visiter. Nous sommes dans les premiers à nous ruer dans l’une des trois fausses tavernes qui nous attendent. Nous déjeunons au bord de l’eau, sardines grillées, souvlaki pas sec et le petit vin blanc de la maison, très agréable et bien frais. Nous avons juste le temps de grimper sur les hauteurs de ce joli village pour avoir une vue sur les maisons anciennes, un peu trop cachées par les voiliers. Nous sommes dans les derniers à rembarquer. Marie est ravie d’avoir foulé le sol d’Ithaque et je trouve que cette mini-croisière, pour un prix honnête, n’était pas trop ennuyeuse comme je le crains dès que nous sommes sur une embarcation et qui plus est, dans un milieu anglo-saxon. Nouvel arrêt pour une dernière baignade des acharnés et nous rentrons à Fiskàrdo plus tôt que prévu. Nous devons attendre l’ouverture du guichet pour prendre les billets du ferry. Une heure plus tard, nous remontons à bord d’un bateau, mais avec la voiture. Une petite heure de navigation pour retrouver Leucade à la tombée de la nuit et nous installer, comme à l’aller, au bord de l’eau entre des camping-cars.

 

Vendredi 1er octobre : Soleil au réveil. Nous repartons en direction de la côte ouest que nous rejoignons après avoir franchi une chaîne de montagnes. Nous descendons le long de la côte vers la pointe sud. La route en corniche offre de beaux points de vue, mais le grand Grece-4188.jpgmoment est l’arrivée, après une descente vertigineuse, à la plage de Porto Katsiki. Du parking, nous dominons une superbe plage encore déserte, entre de hautes falaises, baignée par les eaux turquoise. Trois ou quatre baraques en bois, des bars-restaurants en terrasse, ne parviennent pas à gâcher le site. Un court sentier, bien aménagé permet d’accéder à l’extrémité d’une pointe rocheuse d’où nous avons vue, d’un côté sur la plage, de l’autre sur les falaises et une grotte marine. Nous faisons la connaissance de Marcella et Cesare, un sympathique couple de camping-caristes italiens avec qui nous échangeons les adresses. Nous remontons sur la route et poursuivons jusqu’à l’extrême pointe sud de l’île, au phare édifié au-dessus d’un temple d’Apollon dont il ne reste qu’un malheureux caillou. C’est de là que Sapho se serait suicidée par désespoir amoureux en se jetant du haut de la falaise, le saut de Leucade. Une grille empêche d’approcher du bord et prévient ainsi les autres délaissés. Nous apercevons les montagnes bleutées d’Ithaque et de Céphalonie, posées sur une mer qui paraît d’huile. Nous décidons de retourner à la plage de Porto Katsiki dans l’espoir que le soleil a suffisamment tourné pour éclairer les falaises. Ce qui est en partie le cas et les scintillements sur l’eau transportent Marie, mais l’effet n’est plus le même : les touristes sont arrivés, il commence à y avoir du monde sur la plage et dans l’eau, et même un parasol. Après déjeuner, le ciel se recouvre, nous repartons vers le nord cette fois. Nous nous arrêtons à Haghios Nikitas pour descendre à pied jusqu’à la plage. Le village est très touristique. De belles maisons de pierre, chaulées, pourvues de grands balcons de bois, ont été construites ou rénovées sans qu’il soit toujours facile de voir la différence tant elles paraissent toutes neuves. Nous passons ensuite à une autre plage, toujours un mélange de sable et de gravier, sans intérêt notable, avant de rejoindre Lefkáda. Nous cherchons un supermarché, tous ne sont que des minimarkets, sans viande ni grand choix. Je refais un plein de gasoil et me fais indiquer d’autres supermarchés. L’un n’a pas un plus grand choix, l’autre est carrément désert, les rayons, les bacs, les gondoles, sont presque vides ! Serait-ce dû à un problème d’approvisionnement ? Nous avions vu à Salonique, à Ioánina et à l’entrée des grandes villes, des concentrations de poids lourds garés sur le bas-côté, manifestation sociale ? Marie veut faire un petit tour dans la vieille ville. Nous parcourons quelques ruelles où les maisons coquettes sont couvertes sur les murs de tôles ondulées peintes. Enfin nous reprenons la route, passons sur le continent par un pont, longeons un beau fort vénitien que je n’avais pas remarqué à l’aller. Puis un tunnel à péage nous fait Grece-4197.JPGpasser de l’autre côté du golfe que nous avions contourné. Nous longeons la mer sous un soleil revenu et décidons d’arrêter à Párga. Un bout de route avec de belles vues sur la côte nous amène à cette station balnéaire encore active. Nous continuons d’y chercher du steak haché que je finis par trouver chez un boucher. Nous arrêtons dans un camping en bord de plage. Je déniche une bouteille d’ouzo dans un bar pour arroser ce retour sur le continent (?).

 

Samedi 2 octobre : Nous quittons le camping sans regrets. Il ferme aujourd’hui et plus aucun entretien n’est assuré depuis quelques jours semble-t-il, les poubelles débordent et les lavabos, douches, toilettes, n’ont pas été nettoyés depuis belle lurette. Nous sommes bientôt à Igoumenitsa. Je vais prendre les billets de bateau pour Venise, en open deck pour jeudi prochain. Je suis très étonné par le prix, à peine plus de deux cents euros ! Nous nous rendons au port et prenons des billets pour le prochain ferry à destination de Corfou. En fait, Grece-4203.JPGun simple bac, comme ceux que nous avons pris dans les autres îles. Nous levons l’ancre à onze heures quarante-cinq, avec quinze minutes de retard. Plus une place de libre pour les véhicules à bord. Le trafic entre Corfou et le continent est intense, des bacs ne cessent d’arriver, repartir. Deux heures plus tard, après avoir longé la forteresse vénitienne et aperçu les maisons de la vieille ville qui donnent au bord de mer un aspect Malecon, mais pas aussi décrépites, nous accostons. Il est presque deux heures et nous commençons par Grece-4207.jpgdéjeuner dans le camion sans sortir de l’enceinte du port. Nous décidons d’aller nous garer près du centre ancien pour nous y promener. Contourner la vieille ville ne va pas sans quelques demi-tours ou marches arrière, et ensuite se garer n’est pas évident, entre les panneaux d’interdiction de stationner négligés par tous les automobilistes et les parkings inaccessibles. Je finis par trouver une place sur la corniche. Nous partons à pied dans des ruelles, des escaliers où le linge sèche sur des fils tendus entre les maisons. Pas de touristes, nous goûtons ce côté « Panier », comme à Marseille, mais bien vite, nous débouchons dans des ruelles qu’arpentent des troupeaux de touristes, de toutes nationalités, débarqués des bateaux de croisière ancrés dans le port. Conséquence : toutes les boutiques proposent l’habituelle camelote internationale. Nous visitons l’église Saint-Spiridon. L’afflux de touristes a l’avantage de faire ouvrir les portes de ces édifices… Le plafond est superbe, peint dans des médaillons. Nous pourrions être à Venise si les lampes d’argent accrochées au-dessus du sarcophage du saint, du Grece-4209.JPG même métal, couvert de bougies par les fidèles, et si l’iconostase ne rappelaient que nous sommes en terre orthodoxe. Nous sortons de ce quartier sur une vaste esplanade à demi couverte d’un impeccable gazon, terrain de cricket hérité des Anglais et pour parfaire l’aspect cosmopolite de la ville, une élégante rangée d’immeubles au-dessus d’arcades évoque immanquablement la rue de Rivoli ! Nous allons ensuite visiter l’ancienne forteresse où, là aussi, les fortifications vénitiennes se mêlent aux casernes et à l’église Saint-George de la période anglaise. Nous montons jusqu’au phare d’où nous aurions une magnifique vue sur la ville si nous n’étions pas à contre-jour. Nous regagnons l’esplanade, buvons un pot à une terrasse de café puis repartons dans la vieille ville. Des mariages vont être célébrés, occasion d’admirer les toilettes, parfois tapageuses, des participants. Nous trouvons un cybercafé et un court message, drôle, des Fantino, rien de Julie ! Nous reprenons la voiture, sortons de la ville en longeant la mer vers le nord. Corfou est beaucoup plus développée que les autres îles et il faut rouler plusieurs kilomètres pour ne plus se sentir en ville. Les plages sont toutes occupées par des établissements balnéaires et les taverna où nous avions envisagé de dîner ont disparu ou sont fermées. La nuit va tomber, nous nous décidons pour nous installer en bordure de plage, derrière un établissement fermé. Faute de dîner au restaurant, nous devrons nous contenter d’un cassoulet en boîte !

 

Dimanche 3 octobre : Nous revenons quelques kilomètres sur nos pas pour prendre une route qui monte vers le plus haut sommet de l’île, à neuf cents mètres d’altitude. J’entame alors une journée passée à tourner le volant dans un sens puis dans l’autre, à avaler épingle à cheveux sur épingle à cheveux sur des routes étroites, parmi les oliviers puis, plus haut dans les chênes verts. Nous montons, montons, jusqu’au sommet du Pantokrátor planté d’antennes qui disparaissent, réapparaissent au gré des nuages qui s’y accrochent. Les dernières centaines de mètres sont particulièrement raides, pour aboutir à l’entrée du Grece-4218.jpgmonastère qui s’y trouve. Les moines n’ont pas dû être ravis de voir installer une haute antenne en plein milieu de la cour de leur monastère. La petite église nous surprend. L’iconostase est en pierre et les icônes sont couvertes de plaques d’argent, à l’exception des visages et des mains. De nombreuses lampes du même métal pendent du plafond. La voûte et une partie des murs sont peintes à fresque ; elles sont en bon état mais disgracieuses, les visages, les profils surtout, sont presque caricaturaux. Pour ce qui est de la vue, ce n’est pas une réussite, les nuages la cachent, ils passent mais la vision n’est jamais totale. Ils attendront que nous soyons redescendus pour quitter le sommet ! Nous suivons un autre chemin pour retrouver le bord de mer, en empruntant une piste qui va aller en se rétrécissant, à tel point que la voiture doit écarter les buissons pour se frayer un chemin. Faute de carte routière, nous devons demander notre chemin à chaque carrefour, à des chasseurs ou à des randonneurs, mieux équipés. Nous retrouvons un bout de goudron pour une dernière descente vertigineuse jusqu’à la route principale. Nous suivons alors la côte, avançant de crique en crique, ce qui oblige à des détours pour traverser des villages dans des ruelles qui paraissent, jusqu’au dernier moment, moins larges que le camion ! La crique de Kouloura est jolie, isolée, peu fréquentée car sans plage ni place pour stationner. Nous hésitons à y déjeuner dans une taverne, préférons attendre le soir. Nous nous arrêtons sur un parking, juste en face de Butrint, en Albanie. Nous cherchons à repérer aux jumelles où nous étions six semaines plus tôt. Après déjeuner nous continuons le tour de l’île avec de fréquentes incursions vers des plages. Le nombre de touristes est encore important, les hôtels sont occupés, les voitures de location abondent. C’est d’ailleurs cet aspect trop touristique  qui me déçoit à Corfou. L’occupation de la plus petite calanque par des hôtels ou au minimum des gargotes, avec des parasols sur toutes les plages, que j’avais trouvée regrettable à Leucade ou à Céphalonie, atteint ici des sommets. Je suis aussi déçu par les paysages qui me paraissent quelconques, rien de plus que sur la Côte d’Azur ou en Corse, alors que dans les autres îles quelques sites étaient exceptionnels. Dans ces stations balnéaires, tout, absolument tout, est écrit en anglais ! A Grece-4221.JPGSidari, nous allons nous promener sur et autour de petites falaises, découpées, aux strates colorées, qui avancent dans la mer. Le sentier est tracé au rebord des falaises, longe les piscines, bars, matelas où des chairs britanniques fatiguées rosissent lentement mais sûrement.  Nous repartons dans l’intérieur, grimpons encore sur des routes où il vaut mieux ne croiser personne (et c’est encore plus difficile dans les villages !). Puis nous retrouvons des plages. Nous devons demander à plusieurs reprises notre chemin. Une dernière montée avec des échappées sur les baies, les îles et la côte albanaise et nous Grece-4227.JPGredescendons sur Paleokastritsa. Nous jouissons alors d’un panorama sur la ville, l’îlot couronné d’un monastère et les baies alentour. Je demande mon chemin dans une boutique à l’entrée de la ville et en profite pour acheter une bouteille du vin blanc local, le rouge est plus proche d’un porto, de même que le rosé et un autre blanc ( plus cher !), sans doute adaptés aux goût de la clientèle anglaise. Nous trouvons aussitôt le camping, en  face de deux tavernes où nous envisageons de dîner ce soir. A l’heure estimée décente, nous allons dans la taverna devant laquelle rôtissent des viandes en dégageant d’appétissantes effluves… La clientèle est exclusivement composée de touristes qui résident aux environs. Nous nous régalons, Marie d’un saganaki de crevettes suivi de poulpe farci et grillé et moi d’un excellent gyros. Tous les plats  sont copieux, trop même et le retsina ne parvient pas à tout faire passer d’autant qu’on nous offre des crêpes au chocolat ! Difficile retour au camion…

 

Lundi 4 octobre : Nous commençons par quelques emplettes au petit supermarché, sans grand choix, en face du camping puis nous descendons jusqu’au port. Une route monte au monastère perché sur l’îlot que nous avions aperçu la veille. Un feu rouge règle la circulation alternée sur ce court tronçon qu’empruntent des bus de touristes trop âgés ou trop fatigués pour monter à pied. Le monastère n’est pas très ancien, il a été repeint de frais Grece-4238.jpgmais il disparaît sous les fleurs et la vue sur la mer bleue et les rochers posés dessus compense la pauvreté architecturale. Des popes débonnaires égrènent leurs chapelets, aussi indifférents au défilé des groupes que les chats blasés, caressés par des mains internationales et plus photographiés que des starlettes à Cannes. L’église est assez belle, l’iconostase en pierre est pourvue d’icônes récentes et colorées, des lampes en argent pendent un peu partout et les éclairs de flash les font briller comme des boules lumineuses de boîtes de nuit. Le petit musée expose des icônes des XVII° et XVIII° siècles dont une Vie de Marie et une Vie de Jésus aux couleurs encore vives, ainsi que des curios dont il serait intéressant de connaître l’histoire de leur arrivée ici : squelette de baleine, œufs d’autruche etc… Nous reprenons la route avec, comme la veille, de nombreux détours pour descendre sur des plages ou des ports où la route d’accès se termine généralement en cul-de-sac, avec une place limitée pour stationner ou manœuvrer pour faire demi-tour. Nous traversons de véritables forêts d’oliviers aux troncs torturés, noueux. Des filets commencent à être installés dessous pour bientôt recueillir leurs fruits. Nous traversons des villages de montagne aux ruelles angoissantes (faudra-t-il y croiser un autre véhicule ?). Leur vision fugitive est généralement plus intéressante que la promenade  dans leurs rues. On s’aperçoit alors que les quelques maisons anciennes à grands balcons de fer sont, soit délabrées, soit entourées de constructions modernes et laides que la rétine n’avait pas retenues. Nous montons au sommet d’une colline, au « Trône du kaiser », d’où la vue embrasse l’île sur 360°, la mer de tous côtés. Un de ces panoramas où l’on voit tout et rien, tant les distances sont grandes. Nous déjeunons sur une plage dans le camion puis continuons notre avancée par à-coups vers le sud. Nous nous arrêtons sur une autre plage encore très fréquentée par les touristes et faisons quelques pas dans les premières dunes couvertes de graminées. Nous allons nous tremper les pieds pour vérifier que nous ne nous serions pas baignés… Nous parvenons à l’extrémité sud de l’île où des bacs attendent les passagers pour les Ïles Paxi et Antipaxi. Curieusement, alors que les plages plus au nord étaient encore très fréquentées par des Anglais, des Allemands ou des Suédois (chacun sa plage !), au village de Kávos, tous les commerces sont fermés, même les chats ont déserté ! Nous faisons des boucles pour être sûrs de n’avoir rien raté… traversons le village de Lefkimi qui a encore quelques maisons anciennes. Nous nous arrêtons dans un supermarché plus fourni où je complète nos achats puis nous rejoignons la côte orientale. La route suit la mer de très près, passe devant des tavernes sympathiques et nous arrivons à Messongi, pas trop animée pour une station balnéaire. Nous trouvons un cybercafé d’où nous appelons Nicole avec Skype, sur mon ordinateur, car j’ai oublié le mot de passe. Nous retournons sur le bord de mer et nous nous arrêtons à côté d’une taverne, au ras de l’eau. Nous y dînons au calme, juste sur un air de sirtaki de ce « Zorba le grec » qui aura beaucoup fait pour la diffusion de la culture hellène… Je me laisse séduire de plus en plus par le tsatsiki, suivi de calamars frits, pas gras et d’un souvlaki encore trop maigre ! Le vin blanc n’est pas assez frais, mais le patron sait se faire pardonner en m’offrant un verre d’ouzo au digestif.

 

Mardi 5 octobre : Nous repartons après une bonne nuit, à peine troublée par le passage de rares voitures. Le ciel se recouvre vite et le soleil sera absent presque toute la journée. Nous abandonnons la côte pour une nouvelle boucle à l’intérieur, occasion supplémentaire de rouler au milieu des oliviers aux troncs aussi torturés qu’un dessin de Fred Deux ! Nous nous élevons et avons une vue sur la côte occidentale puis orientale avec Corfou. Nous redescendons sur la côte jusqu’à la station balnéaire endormie de Benitses. Nous nous promenons dans le village aux maisons fleuries, en arrière de la zone touristique du bord de Grece-4245.JPGmer. Nous remontons quelques kilomètres jusqu’à la villa Achiléon, construite à la toute fin du XIX° siècle, dans le style des villas italiennes, pour abriter la neurasthénie de l’impératrice d’Autriche, Elizabeth, la fameuse Sissi. Elle est au sommet d’une colline entourée d’un bois aux essences méditerranéennes et tropicales, des cyprès et des pins font bon ménage avec une variété de palmiers. L’entrée est assez chère pour avoir le droit de déambuler dans les pièces du rez-de-chaussée, meublées de lourdes et riches commodes en marqueterie et de souvenirs de la famille impériale. Les terrasses sont intéressantes, des statues de philosophes antiques et de déesses grecques décorent desGrece-4246.JPG jardins fleuris. La passion de Sissi pour le bel Achille se manifeste dans une fresque au style bien pompier et des statues dont une gigantesque mais peu réussie. Nous retournons déjeuner au camion sur le port de Benitses. Nous nous offrons un instant de repos, le programme de la journée étant peu chargé, avant de prendre le chemin de Corfou. Nous n’allons pas dans le centre mais contournons l’aéroport pour nous diriger vers l’extrémité de la presqu’île de Kanoni. Nous parvenons à une plateforme d’où nous avons une vue sur la baie et découvrons à nos pieds deux îlots avec, sur chacun, un Grece-4247.JPGmonastère chaulé de blanc. Le plus proche et le plus grand est relié à la terre par une chaussée. Nous revenons sur nos pas à la recherche de quelques curiosités. Tout d’abord des bains romains avec des restes de mosaïques, en face d’une basilique très ruinée que nous ne pouvons contempler que de derrière les grilles ; après quinze heures, les sites sont fermés… Près du bord de mer, nous pouvons faire le tour de l’église byzantine Saints-Jason-et-Socipatras, à la belle décoration de briques entre les pierres, surmontée d’un dôme et de clochetons. Nous revenons vers les bains romains et allons nous promener dans les jardins à l’anglaise (nature sauvage mais avec des lampadaires) de la villa « Mon Repos », lieu de naissance du prince d’Edimbourg. Nous ne visitons pas le musée installé dans la belle villa avec colonnades devant et derrière et vue imprenable sur la mer et les montagnes du continent. Nous retournons à la pointe de la presqu’île jusqu’au petit port devant le monastère Vlachemes. Nous attendons que la pluie qui a commencé à tomber cesse pour en faire le tour et voir sa minuscule église aux icônes noircies. Nous passons le reste de la fin de l’après-midi dans le camion à attendre l’heure de boire un dernier ouzo. Si nous avions oublié que nous nous trouvons à l’extrémité de la piste de l’aéroport, quelques décollages et atterrissages nous le rappellent bien vite !

 

Mercredi 6 octobre : Il a plu toute la nuit et une légère accalmie au matin ne va pas durer. Nous n’aurons donc pas une vision du monastère de Vlachemes ensoleillé. Nous allons nous garer près du Musée archéologique que nous visitons. Il présente les résultats des fouilles locales et notamment du temple d’Artémis que nous n’avons pas vu hier soir. Son fronton notamment avec une inhabituelle et effrayante représentation de la Gorgone, très éloignée des figures vues en d’autres lieux et notamment en Turquie. Les autres salles exposent dans des vitrines, les classiques poteries en argile ou terre cuite aux noms impossible à retenir… Tout ce qui a été trouvé est présenté, même d’infimes brisures de vases. Nous reprenons la voiture pour essayer de nous garer plus près du centre mais les places sont rares et nous sommes contraints de refaire un grand tour de la ville avant de trouver un emplacement réservé pour handicapés, occupé par une chaise que je déplace. Nous attendons près d’une heure dans la voiture que les violents orages se calment et ce n’est que revêtus des K-ways, parapluie déployé, que nous affrontons la colère des cieux. Les arcades sous lesquelles nous pensions marcher à l’abri, sont occupées par les tables et les fauteuils des cafés. Nous avons vite les pieds et les bas de pantalon trempés. Le Musée byzantin se trouve plus loin que je ne le croyais, dans une église désaffectée de la vieille ville, face à la mer, en haut d’une volée de marches. L’église est très belle, plafond à caissons, curieux revêtement mural en faux « papier peint » et une belle collection d’icônes, très bien restaurées, est présentée dans un couloir adjacent. Quand nous ressortons, il ne pleut plus. Nous repassons par les ruelles et escaliers de la vieille ville avant de retrouver les lieux plus touristiques. Nous déjeunons tardivement au « Hrysomalis », une taverne peu touristique. On n’y trouve que quelques plats mijotés par la patronne aux fourneaux et servis par son mari. Nous reprenons du tarama, bien aillé suivi d’une bonne moussaka, dixit Marie et d’un sofrito de veau cuisiné au vin, à l’ail et aux herbes, accompagnés du vin rouge local qui n’a rien d’extraordinaire mais qui est toujours meilleur que celui acheté en épicerie… Nous causons avec nos voisines, une Allemande qui parle parfaitement français, presque sans accent  et une Française installée à Corfou. Nous achetons des journaux, « Libération » et le « Nouvel Observateur » pour faire passer le temps à bord puis Marie se met en quête d’une carte postale pour Nicole, longue recherche… Nous retournons au cybercafé mais impossible d’accéder à la messagerie et ma tentative de modifier le mot de passe se termine par un nouveau blocage du compte ! Enfin Marie trouve une carte, nous retournons l’écrire au camion où nous attendons que la pluie, qui a repris, daigne se calmer… Comme il n’en est rien, nous finissons par aller au port où nous nous garons à côté d’un autre camping-car de Français qui prennent le même ferry. Ils ont, à leur retour, la surprise de découvrir deux passagers clandestins qui s’en échappent ! Nous nous déplaçons, en restant côte à côte, pour nous éloigner du bruit de la circulation. Ils nous invitent à prendre l’apéritif dans leur camping-car. Jacqueline et Pierre sont restaurateurs en Savoie. Nous échangeons nos adresses et promettons de leur rendre visite. Pendant ce temps, « leurs » passagers clandestins viennent examiner les possibilités qu’offre notre camion… Nous regagnons notre cellule, dînons avant de nous coucher pour la dernière nuit en Grèce.

 

Jeudi 7 octobre : Je suis réveillé passé cinq heures et trois quarts d’heure plus tard, je me lève. En compagnie de Jacqueline et de Pierre, nous nous rendons à l’entrée du port pour l’Italie. Un car de Français est déjà là. A six heures trente le ferry arrive. Nous entrons dans le port puis montons à bord. A ma grande déception, nous sommes coincés entre d’autres camping-cars. Marie se lève, nous petit déjeunons. Pendant ce temps le ferry est retourné sur le continent et accoste à Igoumenitsa. Nous embarquons d’autres camping-cars et voitures. Il n’y a plus une place de libre à bord. Nous montons dans les salons. J’ai l’impression de me retrouver sur le même bateau que l’an dernier. Après l’avoir exploré, nous passons le temps à lire les journaux en regardant défiler les côtes d’Albanie et de Corfou. Nous déjeunons dans le camion puis remontons affronter l’après-midi à bord. Avec le GPS je surveille notre avancée, bien lente. Nous retrouvons et discutons avec les Savoyards avant de regarder décliner le soleil. Nous regagnons la cale et me doutant qu’après cette journée d’inactivité, je risque fort de me réveiller tôt si je dors maintenant, je regarde deux films américains, deux bluettes dans le milieu de la danse contemporaine, sur l’ordinateur en profitant du branchement électrique généreusement offert par la Minoan Line…

 

Vendredi 8 octobre : Nous nous réveillons tôt et après le petit déjeuner, la côte est en vue. Le temps pour Marie de se préparer et nous sommes à Venise. Nous montons sur le pont supérieur, très venté, jouir de l’arrivée. Une fois les îloItalie 4260ts industriels dépassés, nous voyons se profiler le campanile de Saint-Marc et le dôme de la Salute. Nous longeons, en les dominant de haut, les bastions de l’Arsenale et enfin les premières maisons dont les rayons du soleil matinal chauffent les couleurs, des jaunes, des ocre, des bruns, des façades aux fenêtres en ogive soulignées du blanc de leur encadrement, et les premiers canaux et les ponts de pierre qui les enjambent. Une vision magique ! Bientôt grossissent les murs du Palais des Doges, nous passons devant la place Saint-Marc, saluons la Salute. Il est huit heures, les cloches sonnent pour fêter notre Italie 4256arrivée. En un long et lent travelling nous détaillons les quais des Zattere. Je reconnais l’église des Gesuati, je devine celle de San Sebastiano. Le bateau poursuit sur son erre, dépasse la ville et vient mouiller dans le port. Le charme est rompu, nous retrouvons le monde moderne, les raffineries, les voitures, les usines. Le débarquement est laborieux. Nous faisons nos adieux à nos compagnons et promettons, en nous léchant d’avance les babines, de rendre visite à leur restaurant en Savoie. Nous ratons le rond-point où nous aurions dû tourner et nous nous retrouvons sur la chaussée, obligés de rouler jusqu’à Mestre pour pouvoir revenir nous garer au parking du Tronchetto, à quelques centaines de mètres du quai de débarquement ! Le tarif est exorbitant mais c’est Venise ! Nous prenons des billets pour le vaporetto, très chers eux aussi mais je néglige de les valider, ils serviront pour le retour. Nous descendons au premier arrêt dans le quartier de Dorsoduro où je me retrouve sans peine. Nous ne visitons pas San Sebastiano en travaux de restauration et partons à la découverte, sans itinéraire préconçu et même sans appareil photo, à l’écart des trajets classiques. Les touristes y sont peu nombreux et les boutiques de souvenirs rares. Nous flânons, émerveillés à chaque coin de ruelle, sur chaque pont. Le linge sèche entre les maisons, les habitants vaquent à leurs occupations, la Venise que nous aimons, dont nous ne nous lassons jamais. La seule ville au monde, avec Sanaa qui n’a pas sacrifié à la bagnole, sans édifices modernes, qui peut facilement être imaginée avec deux ou trois siècles de moins. Nous visitons l’atelier de réparation de gondoles que nous avions déjà aperçu mais où nous n’étions jamais entrés. Elles y sont poncées, laquées, vernies, bichonnées. En face, l’église San Trovaso est encore ouverte, et gratuite : des Titien, des Palma le jeune pour nous seuls. Nous suivons les Zattere mais nous sommes en période d’aqua alta et le vent pousse des vaguelettes sur les quais. Nous revenons vers l’intérieur et parvenons à la Salute dont les belles statues nous saluent de haut. A l’intérieur encore quelques Palma le jeune. Nous revenons vers l’Accademia, les touristes sont plus nombreux. Nous nous décidons pour une trattoria où nous faisons honneur à des moules et des vongole marinières puis à un excellent risotto aux fruits de mer, à défaut d’un risotto à l’encre de seiche dont j’avais le souvenir mais qui ne tente pas Marie et qui n’est servi que pour deux personnes. Un honnête vin blanc fruité fait passer le tout. Nous repartons, traversons le Grand Canal par le pont de l’Académie, en nous arrêtant longuement pour admirer la perspective des palais sur les deux berges et la fenêtre de la modeste mais coûteuse chambre qui nous avait hébergés, trois ans plus tôt. Nous passons devant la Fenice, encore des souvenirs et enfin parvenons sur la place Saint-Marc. Des travaux autour du campanile et sur une partie de la façade de la basilique gâchent la vision, sans oublier l’affluence touristique mais cette place, trop vaste, trop monumentale, n’a jamais été mon endroit de prédilection. Marie serait tentée par un chocolat chaud au café Florian mais au tarif déjà bien exagéré des consommations, il faudrait ajouter six euros par personne pour rémunérer l’orchestre qui distille des airs sirupeux ! Estimant que trop c’est trop, nous repartons, suivons le flot des badauds qui s’acheminent vers le pont du Rialto. Nous le franchissons et allons nous offrir chocolat et espresso, hélas  refroidis, dans un bistro sur les bords du canal. Je me fais réprimander pour avoir voulu nourrir les pigeons avec un biscuit ! Nous suivons, de près ou à l’intérieur, le tracé du canal avant de reprendre le vaporetto et retrouver en fin d’après-midi le camion. Nous quittons Venise et prenons l’autoroute de Milan, le soleil de face mais il disparaît bientôt derrière les nuages. A sept heures, il fait nuit, nous roulons encore une heure, jusqu’à Piacenza où nous arrêtons pour la nuit, sur une aire de station-service. Nous découvrons alors que nous avons un message de Karine qui nous annonce de gros dégâts à la maison, dus à la chatte ! Le retour risque d’être encore une fois difficile… Il ne faudrait jamais rentrer… Je continuerais bien encore de rouler mais Marie ne veut rien savoir.

 

Samedi 9 octobre : Je suis réveillé très tôt, prêt à reprendre la route mais Marie dort ! Je n’ose la tirer de son sommeil que vers les sept heures. Nous reprenons l’autoroute. Bonne moyenne jusqu’à Gênes puis c’est l’inévitable série des tunnels de la côte jusqu’en France. Nous roulons jusqu’à Antibes pour aller déjeuner au Courte-Paille. Marie téléphone à Nicole. Et nous revoilà à Toulon pour constater les dégâts de Réglisse…

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 15:41

 

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Mardi 31 août : Nous n’avons pas entendu les cloches et le soleil tarde à passer au-dessus de la montagne. Il n’éclaire les deux églises qu’au moment de partir. Nous redescendons dans Kutaisi, le musée est toujours fermé. Nous sortons de la ville par une mauvaise route déformée avant de rejoindre la grand-route. Peut-être que je m’habitue mais la circulation me paraît plus aisée. Il est vrai aussi que je m’adapte… Les lignes continues ne me semblent plus infranchissables… puisque la police n’en a cure ! Nous traversons une région montagneuse, couverte de forêts, nous suivons des gorges, passons un col avant de redescendre dans la plaine. Nous achetons une spatule en bois sur le bord de la route puis un pain dans un village dont c’est la spécialité, chaque maison en fabrique et en propose sur le bord de la route. Il est chaud, sucré et parfumé aux épices, bien pour le petit déjeuner mais pas pour les rillettes ! Nous retrouvons dans les agglomérations le réseau d’alimentation en gaz typique des pays de l’ancienne Union Soviétique, des tuyaux qui courent le long des rues, les traversent, à plus de deux mètres de haut. Nous atteignons Gori, à l’écart de l’axe principal. Nous cherchons dans le Georgie-3713.jpgcentre ville la statue du plus célèbre enfant du pays : Joseph Vissarionovitch Djougachvili, plus connu sous le nom de Staline… La statue a disparu, elle est en « restauration », nul ne sait quand elle sera remise en place. Une plus modeste, presque honteuse, trône entre sa maison natale que l’on peut visiter et qui a été placée sous un portique à l’antique, et le musée, un bâtiment de style géorgien, mélange de mauresque et de manuélin, que nous évitons. Nous repartons et remontons une jolie vallée verdoyante. Jardins et vergers débordent de fruits. Des espaliers dépassent au-dessus de la route, il en pend de lourdes grappes de raisin. Les maisons quand elles étaient en bois devaient former de beaux villages, aujourd’hui, elles ont toutes des toits de tôle et les antennes paraboliques y fleurissent. Nous arrivons à l’église d’Ateni, trGeorgie 3717ès classique, elle domine la vallée sur un promontoire. Le gardien nous ouvre la porte mais la jupe de Marie est jugée trop courte, elle doit en emprunter une et se couvrir la tête d’un foulard. A l’intérieur, de prime abord, nous sommes très déçus. Tout est sombre, les fresques très abîmées mais la lumière surgit et nous sommes autorisés à pénétrer dans l’abside en pleine restauration et même à grimper sur les échafaudages. Marie ne monte pas, je trouve de belles fresques  aux couleurs passées mais encore lisibles. Je peux prendre des photos, le bakchich y est sans doute pour quelque chose ! Nous déjeunons rapidement sur le bord de la route puis nous cherchons le village troglodyte d’Uplistsikhe. Il est au-dessus d’une rivière qui fait le bonheur des enfants que j’envie… Le site est en plein travaux d’aménagement. Décidemment la Géorgie fait de gros investissements pour mettre en valeur son patrimoine et attirer des touristes. Une fois le droit d’entrée acquitté, nous nous tordons les pieds sur une ancienne voie d’accès creusée d’ornières puis en escaladant la pente où Marie peine. Des escaliers sont en construction mais non terminés. Enfin nous accédons à l’ensemble de grottes naturelles ou taillées dans la falaise qui a perduré Georgie-3723.JPGplusieurs millénaires. Nous y voyons des citernes, des bassins, de vastes salles, des églises ou des palais, creusés de niches, aux plafonds en caisson sculptés dans le tuf. Nous dominons le cours de la rivière mais tout cela nous paraît bien décevant. La réalité est trop souvent décevante par rapport aux descriptions enthousiastes des guides. Nous redescendons, prenons un soda avant de repartir, de retraverser Gori et de retrouver la grand-route. Elle devient alors autoroute, donc plus rapide et plus sûre. Nous en sortons à Igoeti, non sans mal pour trouver notre chemin et aller y voir les sculptures extérieures de son église Samtavisi, un décor floral ou deGeorgie-3735.JPG rinceaux autour des fenêtres, principalement au chevet, hélas dans l’ombre. Nous reprenons l’autoroute et la quittons à Mtskheta. Nous longeons la rivière puis entrons dans cette petite ville calme. Nous approchons de sa grande église mais les abords en travaux ne sont guère propices à y passer la nuit. Nous décidons de nous rendre à l’église de Dzhvari que nous apercevons au sommet d’une colline. En trouver la route d’accès n’est pas une mi nce affaire et notre connaissance du russe bien insuffisante pGeorgie-3731.JPGour comprendre les explications. Nous nous trompons, reprenons l’autoroute dans le mauvais sens, en sortons, revenons et e nfin accédons au site. Nous n’y sommes pas seuls. C’est un lieu de rendez-vous, on vient y profiter de la vue, faire un vœu etc… Et cela ne cesse pas à la nuit tombée ! Marie reste au camion pendant que je monte jusqu’à l’église admirer le confluent des rivières et la vue sur Mtskheta, à contre-jour. Pas question d’entrer dans l’église, mon short tahitien est jugé trop court, mes « belles jambes » (dixit Nicole) effraient la mère tourière… Je redescends au camion où nous nous désaltérons avec de grands verres de rosé.

 

Mercredi 1er septembre : Toute la nuit des visiteurs bruyants sont montés sur la colline se prendre en photo, admirer la vue nocturne sans oublier de claquer les portières, s’interpeller à voix haute et mettre de la musique… J’ai peu dormi ! Le moral s’en ressent, je suis déjà las de ces églises, toutes identiques, de ces fresques et ce sera la même chose en Arménie… Nous montons de nouveau à l’église, revoir la vue puis constater que l’intérieur Georgie-3736.jpgde l’église est sans le moindre intérêt. Nous retournons dans Mtskheta et nous nous garons près d’une ouverture dans le mur d’enceinte de la cathédrale, la plus grande, la plus importante église de Géorgie, le Notre-Dame local. Il est vrai que son tambour, dans une pierre verte, et ses façades ornées de belles sculptures en bas-relief lui donnent du cachet. Fenêtres ornées, grandes croix de pierre sur les murs, les artistes n’ont pas lésiné. L’intérieur est immense, une cérémonie s’y tient. Pas de bancs, on se tient debout ou on s’agenouille. De souffreteuses jeunes filles brunes se pâment devant les icônes, embrassent  toutes les représentations de saints. Des popes barbus vont, viennent, couverts d’atours chatoyants. Un chœur éthéré de femmes chante des louanges, nous sommes presque sous le charme ! De belles fresquesGeorgie-3745.JPG, un Christ bizarrement entre des représentations des signes du Zodiaque, un autre, immense, sévère, dans l’abside ! Nous finissons de faire le tour par l’extérieur avant de nous rendre à une autre église. Samtavro est le lieu de vénération d’un saint homme, fleurs, images religieuses sont déposées sur sa tombe. Nous repartons sur une route qui longe le cimetière, les tombes sont dans des enclos délimités par une barrière métallique, chacun pourvu d’une table et de deux bancs. La route se dégrade vite  avant de monter rudement vers une falaise, creusée de troglodytes. Nous atteignons le monastère de Shio Mighvime. Notre arrivée fait surgir des moines, tout en noir, portant barbe et calotte qui me demandent de me garer à l’extérieur, en bas de la côte. Je peine dans la montée à pied pour rejoindre Marie. Les deux églises sont sans le moindre intérêt. Les fresques sont du XIX° siècle et d’un goût saint-sulpicien très assuré, seul le site justifie le détour. Nous déjeunons dansGeorgie-3755.JPG le camion, à l’ombre puis échangeons quelques mots avec des rugbymen qui ont joué dans des équipes en France. Retour à Mtskheta puis nous suivons la route « militaire » construite au XIX° siècle par les Russes pour contrôler le Caucase. Nous la remontons jusqu’à un important barrage dont nous longeons le grand lac de retenue. A son extrémité, nous découvrons dans un virage la forteresse d’Ananuri qui commandait la vallée. Ses murailles crénelées, ses meurtrières, ont encore belle allure. A l’intérieur, deux Georgie-3753.JPGéglises occupent presque tout l’espace. L’une d’elles a une façade très richement ornée : croix, vigne, aigle et lion de pierre sculptés. Nous décidons de continuer de remonter en suivant les gorges d’un torrent. La route s’élève rapidement entre les flancs veloutés de montagnes entaillées par les torrents. Les meules de Georgie-3757.jpgfoin ponctuent les champs fauchés. Nous atteignons une station de ski mais nous ne poursuivons pas vers la toute proche frontière russe. Nous n’avons presque plus de gasoil et nous devons retourner en chercher. Nous descendons presque constamment au point mort jusqu’à un village où je trouve un bidon de dix litres. Nous revenons vers Tbilissi et enfin y entrons. La ville s’allonge en suivant le cours de la Kura. J’essaie de me faire tout petit dans le flot de voitures qui nous emporte. Nous parvenons dans le centre où nous devons trouver un endroit pour stationner cette nuit et le lendemain. Je me fais indiquer un parc, rate la ruelle qui y mène, cherche ailleurs, me retrouve à faire de bien compliqués demi-tours dans des impasses encombrées et finis par retrouver le parc. Nous y trouvons une place dans la verdure, à l’écart de l’agitation. Nous allons en promenade explorer les environs. Marie se plaint vite des distances. Nous ne trouvons pas de restaurant géorgien, aussi revenons-nous à l’entrée du parc dîner en terrasse au « Kazbegui » fort honnêtement de brochettes de porc, des shashlik bien sûr, et Marie d’un kababi, un hachis de mouton, oignons et œuf, pimenté dans une crêpe roulée. La bière est glacée et glisse toute seule. Marie est fascinée par une fontaine de jets d’eau espacés, verticaux, d’intensité variable, qui fait la joie des enfants. Retour au camion, toujours une étuve pour écrire et étudier le programme du lendemain.

 

Jeudi 2 septembre : Nuit au calme malgré le bruit assourdi et distant de la circulation. Nous sommes seuls sur le parking au réveil. Nous prenons un taxi après en avoir négocié le prix, Georgie-3759.JPGil nous dépose près du pont de Metekhi. Nous sommes dans le vieux Tbilissi. La rivière Kura partage la ville en deux et crée un axe agréable, presque paisible malgré la circulation sur ses berges. En face de nous, sur l’autre rive, une statue équestre prétentieuse, l’église de Metekhi et un ensemble de belles maisons avec vérandas, colonnes, décorées d’une dentelle de bois ajourée, à la fois Nouvelle-Orléans et La Réunion ! Nous allons en trouver beaucoup dans ce quartier. Nous remontons la rue des bains sulfureux. Des établissements, nous ne voyons que les dômes de briques, pas question d’y tâter, l’eau est à 45°c ! De l’autre côté Georgie-3760.JPGde la rue, une suite de belles maisons restaurées. Face à nous, un autre établissement de bain que l’on pourrait prendre avec son décor de faïences bleues pour une mosquée iranienne. Nous suivons des ruelles entre des maisons anciennes en plus ou moins mauvais état. Nous dépassons une mosquée de briques rouges  qui ne paraît pas en être une, puis suivons un sentier qui nous amène au sommet de la colline, à l’entrée de la citadelle de Narikala qui la couronne. Il n’en reste que des murailles de briques à décor géométrique et une fois sa porte franchie, il ne s’y trouve plus qu’une église récente. Une cérémonie s’y déroule, à laquelle quelques personnes assistent et trois jeunes femmes forment un chœur qui répond Georgie-3768.JPGau pope. Des remparts, nous avons une vue sur toute la ville, l’ancienne à nos pieds et la récente plus éloignée. Nous redescendons au pont, le franchissons pour monter à l’église de Metekhi qui n’a rien d’exceptionnel mais d’où nous avons une belle vue sur la ville ancienne, ses maisons traditionnelles, les tambours des églises et la muraille de la citadelle au-dessus. Nous repassons sur la rive droite et suivons la rue Leselidze. Nous la quittons pour aller traîner dans le vieux quartier de Betlemi. Encore de belles maisons, certaines superbes comme celle, cachée derrière des arbres, avec une longue véranda à l’étage décorée d’une Georgie-3769.JPGmerveilleuse dentelle de bois ajouré et un petit pavillon couvert de vitraux colorés. J’imagine un roman de Kessel, du temps où la ville s’appelait Tiflis, qui se passerait dans ces ruelles, au milieu de ces maisons alors dans toute leur splendeur. Beaucoup sont en piteux état et il est peu probable que leurs occupants aient le souci et les moyens de les restaurer. Une synagogue voisine avec des églises géorgiennes ou arméniennes. Nous continuons de parcourir des rues bordées de maisons anciennes avant de déboucher sur une grande avenue où les superbes maisons adossées à la muraille ont été restaurées depuis quelque temps et ont donc pris une certaine patine. Dommage que les antennes paraboliques les déparent. Marie commence à être fatiguée, nous décidons de Georgie-3780.JPGdéjeuner dans le jardin du restaurant « Prestige » de la rue Leselidze. Nous goûtons d’autres spécialités : le khatchapouri, une galette œuf et fromage, des aubergines aux noix et pour moi un mélange de pommes de terre, d’oignons et de viande rissolés ensemble que j’accompagne d’une sauce tkemali à base de fruits et de piment. Tout est bon dans l’ensemble mais nous apprécions surtout les grands demis (des vrais !) de bière glacée, trois nous suffisent à peine !!! Nous remontons jusqu’à la place de la Liberté. Dans le bâtiment de style mauresque qui héberge l’Hôtel de ville, nous découvrons l’Office du tourisme. Marie fait une razzia de prospectus. Nous traversons la place sans presque un coup d’œil pour le Saint-Georges doré (il y en a partout !) au sommet de la colonne plantée au beau milieu. Nous nous rendons à la Galerie d’art pour, espérons-nous, voir une belle collection d’icônes. Nous devons payer un supplément pour visiter le « Trésor », puis déposer sacs et appareil photo ce qui ne manque pas d’énerver Marie déjà bien fatiguée, avant d’être promenés par une guide qui parle français devant des icônes en argent, en or, couvertes de pierres précieuses, très rarement peintes. Il faut subir devant chacune un discours formaté, rapidement débité, saoulant ! Les autres salles sont fermées et le musée doit être rénové l’an prochain… Ouf ! Nous suivons la grande avenue Roustavéli, une succession de pompeux bâtiments officiels, théâtre et opéra dans le style architectural géorgien. Nous sommes du mauvais côté, au soleil, mais impossible de traverser l’avenue et le flot de voitures. Les passages souterrains ne sont pas en vue. Marie peine, râle parce que fatiguée mais veut trouver internet, la poste, une terrasse de café… Je l’abandonne pour chercher la poste qui a déménagé de l’autre côté, ce que tout le monde ne semble pas savoir et qui m’oblige à des allers et retours inutiles. Je rejoins Marie, nous empruntons un passage souterrain et trouvons une terrasse de café. Un Coca Cola plus tard, je l’abandonne de nouveau pour repartir en quête de la poste, encore difficile à découvrir au fond d’une cour, un minuscule bureau ! Je me connecte au cybercafé voisin, le temps de trouver un message de Julie et un de Marie-Cécile. Je retrouve Marie après avoir acheté et vidé une bouteille d’eau gazeuse. Nous repartons lentement en nous arrêtant souvent, jusqu’au camion. En plus des vieilles femmes qui tendent la main à la porte des églises, un bon nombre de personnes âgées, correctement vêtues, mendient. Les Roms, surtout des femmes avec des enfants, sont aussi nombreux. Les passants donnent facilement des piécettes. Nous retournons dîner au même endroit, des mêmes plats, avec la même quantité de bière et Marie toujours fascinée par les jets d’eau…

 

Vendredi 3 septembre : Notre cerbère à la voix cassée a pour compagnons de misère deux ou trois marginaux qui, comme la veille, tiennent une conférence sans grande discrétion au milieu de la nuit. Quand les débats plus ou moins houleux cessent, nous pouvons nous endormir… Au matin, il fait enfin frais et je ne transpire plus. Pendant que Marie se prépare, je vais à la proche supérette acheter de l’eau et quelques produits. Nous quittons Tbilissi en suivant des avenues, à l’estime quant à la direction. Par chance, nous nous retrouvons sur la bonne route en direction de Telavi. Nous roulons dans une plaine Georgie-3782.JPGmonotone avant de bifurquer, cap au sud, en direction de l’Azerbaïdjan. Les cultures disparaissent, nous entrons dans une steppe vallonnée avec encore quelques champs et des troupeaux gardés par des bergers à cheval. Nous franchissons un col puis descendons vers un village de colonisation pratiquement abandonné. Encore un bout de piste et nous atteignons, dans un décor de montagnes striées de strates rouges et blanches, le monastère de David Garedzha. Nous pensions arriver à un site de troglodytes mais s’il y a bien encore quelques grottes occupées par des moines, c’est un monastère de briques, avec vérandas, coursives en bois, que nous pouvons visiter. L’intérêt est limité même si dans ce Georgie-3789.JPGcadre il ne manque pas d’attrait. J’abandonne Marie à la boutique du monastère et pars seul pour l’ascension de la falaise qui le surplombe. L’escalade est difficile, pénible sous le soleil de midi et bientôt je crache mes deux litres de bière de la veille, hésite à continuer, espère toujours avoir fait le plus dur et continue… La vue sur les toits du monastère et sur les montagnes colorées alentour est superbe même si l’heure est peu propice. Enfin je parviens sur la ligne de crête. De ce côté-ci la vue porte sur le désert incandescent. Je suis l’arête sans remarquer d’autres troglodytes, j’aperçois une chapelle mais le sentier redevient difficile et je renonce. Par crainte de l’insolation, je me suis mis le mouchoir noué aux quatre coins sur la tête et c’est ainsi, rouge, suant, que je retrouve Marie après une rapide descente. Nous regagnons le camion où je récupère lentement tout en absorbant une bonne quantité d’eau gazeuse fraîche pour remplacer toute l’eau perdue. Nous repartons, retrouvons la route monotone. Je commence à somnoler, un Coca dans Georgie-3792.JPGune épicerie me réveille. Nous faisons un détour pour passer par la jolie quoiqu’un peu trop « belle » petite ville de Sighnaghi. Le long de sa rue principale, de belles maisons avec vérandas en encorbellement, repeintes de couleurs pimpantes. Un effort est fait pour la préserver et y attirer des touristes mais ils ne sont pas encore au courant et la ville est bien calme. En faisant demi-tour, je touche un pilier avec la porte de la cellule, encore un gnon ! Nous repartons, retrouvons la route de Telavi. Nous entrons dans la région des vignobles. Les villages se succèdent et je commence à fatiguer. Peu avant Telavi, Nous nous arrêtons et nous nous garons sur l’esplanade, devant le musée Tchavtchavadzé, un poète du XIX° siècle, « le » grand poète géorgien. Ce n’est pas tellement lui qui nous intéresse mais la production vinicole du domaine ! Néanmoins nous devons subir la visite de sa belle demeure, avec mobilier, peintures, portraits de toute la famille et ses descendants, sous la conduite d’une jeune guide anglophone avant de parvenir à ce qui nous y a attiré : la dégustation ! Nous goûtons un blanc et un rouge de bonne facture et faisons l’emplette d’une bouteille de rouge, cépage « saparavi » local, tout de même cher, surtout pour le niveau de vie du pays. Nous nous installons devant le domaine pour la nuit. Une fois de plus, nous avons choisi le lieu de rendez-vous des jeunes de la ville. Musique, cris, guitare. Cela ne dure pas et le calme revient vite.

 

Samedi 4 septembre : Il fait un agréable 25°c dans le camion que nous aimerions conserver toute la journée. Nous peinons à nous lever, la fatigue commence à se faire sentir. J’envisage une journée de repos au lac Sevan en Arménie. Nous parvenons presqu’aussitôt à Telavi. Nous cherchons le centre qui, en ce samedi, n’est pas l’endroit le plus animé. Rien n’est encore ouvert, à dix heures nous dit-on. Je poste deux cartes dans la boîte devant la poste, pas sûr qu’elles partent… Un cybercafé est ouvert. Pas de nouveaux messages, les copains nous ont oubliés… Nous répondons à Julie, à Marie-Cécile et au message de Simone. Nous allons voir la place proche, déserte, devant les murailles de la citadelle. Nous reprenons la voiture pour approcher la statue équestre d’un obscur roi puis nous sortons de la ville. Un policier que nous emmenons nous met sur la bonne route. Nous traversons la plaine. Des camions s’en vont, chargés de grappes de raisin noir. Nous Georgie-3798.jpgapercevons sur une éminence l’église et la tour derrière l’enceinte de Gremi. Muraille et tour sont en pierre, l’église, classique est en brique, peu décorée à l’intérieur. On distingue mal des fresques qui ont souffert des infiltrations d’eau. Nous reconnaissons néanmoins une Dormition de la Vierge. A côté, dans la tour, un musée bien cher pour ce qu’il a à montrer : quelques objets en bronze d’époques variées, des cruches cassées, d’anciens traîneaux pour écraser le grain. On peut monter au sommet de la tour, Les marches sont hautes, Marie renonce, elle fait bien, la vue sur la plaine et les montagnes embrumées est quelconque. Nous revenons sur nos pas et bifurquons vers Alaverdi. Marie aurait bien aimé suivre la route qui monte vers la frontière tchétchène, sans oser l’imposer, mais nous ne savons rien de son état ni de la possibilité d’y voir de belles tours de défense. Dans les campagnes, sur les pistes, les antiques Lada sont fréquentes, ce n’est qu’en ville qu’on voit des 4x4 rutilants, vitres fumées, noires, qui sur les mauvaises routes roulent au pas ! A Alaverdi, nous trouvons sur le bord de la route la cathédrale du même nom. Elle est en pleine restauration, l’extérieur disparaît sous les Georgie-3805.JPGéchafaudages et l’intérieur est presque nu, à peine distingue-t-on quelques traces de fresques. Une famille présente un coq et un bélier à un prêtre, à l’entrée, pour les bénir, puis les emporte. Nous les retrouvons sous les arbres où nous déjeunons, en train de les égorger ! Nous retournons sur Telavi. Encore un détour pour les églises d’Ikalto, sans grand intérêt, là aussi les travaux de remise en état vont bon train. A Telavi, nous décidons de prendre la route directe par le col de Gombori quoique les renseignements sur l’état de la piste soient mauvais. En cours de route, nous allons voir dans un beau sous-bois, encore trois églises, sans aucune décoration, tant intérieure qu’extérieure. Je commence à avoir ma dose d’églises mais ce n’est, hélas, pas fini… La route du col est en travaux, sans véritables difficultés, des portions sont d’excellent goudron, d’autres en construction. C’est après le col proprement dit que la piste est la moins bonne mais toutes les voitures passent. Le croisement et la rencontre avec les engins de chantier sont les seuls problèmes. Nous retrouvons la route de Tbilissi que nous évitons par un contournement pas toujours bien indiqué. Marie manifeste le désir d’un dernier détour, encore pour une église. Nous filons sur Bolnisi puis continuons sur une route étroite jusqu’à l’église de Bolnisi Sioni. Précédée d’un campanile trapu, elle est rectangulaire, sans décor extérieur, dans une belle pierre verte. L’intérêt est à l’intérieur mais une cérémonie nous interdit d’y pénétrer. L’endroit ne se prête guère à y passer la nuit, en pleine rue du village. Nous continuons donc quelques kilomètres, trouvons au bout d’une piste, la jolie église de Tsughrughachen qui domine la plaine. Les popes nous accueillent mais nous demandent de nous garer à l’extérieur. Nous admirons la vue, le décor du tambour et de l’encadrement des fenêtres. L’intérieur est nu. Nous nous installons, on nous apporte du thé, du miel, des bonbons et du melon. En échange, nous offrons une tournée générale de rosé italien que tous avalent sans vergogne et qu’ils ont la politesse de trouver bon. En retour, nous avons droit à un demi-litre de rouge, « production familiale » dont heureusement nous n’avons pas à vanter les qualités… Disons que pour accompagner notre repas du soir, confit et pommes de terre, ce n’est pas l’idéal. Marie se défile vite et se rabat sur le rosé italien.

 

Dimanche 5 septembre : Une nuit sans bruit ! Des ricanements (?), des glapissements (?) que j’avais cru poussés par des gosses hier soir, se répètent à l’aube, peut-être des renards… Nous faisons nos adieux aux popes. Celui qui avait offert thé, miel et melon hier soir, nous apporte encore du thé parfumé à la menthe poivrée et du miel qui va compléter nos stocks, ainsi que du pain. Nous ne pouvons refuser et aurons donc pris deux petits déjeuners… Nous quittons notre ermitage et retournons à l’église de la veille. Mais, à nouveau, une cérémonie se prépare. Un pope et ses assistants, tous chamarrés d’or et de pourpre, accueillent des dignitaires, tout vêtus de noir, avec de grandes barbes d’ayatollahs. Nous ne pouvons examiner l’intérieur de l’église et repartons. Nous filons vers la frontière arménienne dans un paysage qui pourrait être saharien, des pics volcaniques surgissent d’un sol aride. La sortie de Géorgie se fait très rapidement avec un responsable souriant et anglophone. Le pont sur le Debed franchi, nous sommes en Arménie. Les formalités sont un peu plus longues mais il n’y a presque pas de trafic. Nous devons prendre des visas de vingt et un jours pour six euros cinquante chacun et payer quinze jours  d’importation temporaire de la voiture pour cinquante euros. La route est nettement moins bonne, les seuls véhicules sont d’antiques Lada et de même qu’en Géorgie, les charrettes tirées par des ânes ou des chevaux sont fréquentes. Nous roulons dans des gorges qui seraient belles si une succession d’usines en activité, mais pas du tout dernier cri, n’en ternissaient la vision. Amas de ferrailles rouillées, béton grisâtre fatigué et fumées inquiétantes font partie du paysage. Ce n’est plus l’alphabet géorgien mais arménien, tout aussi peu déchiffrable. Les pancartes sont en arménien et en cyrillique et, sur les routes, en caractères latins. Nous empruntons une route étroite qui grimpe sur le plateau, jusqu’au village d’Haghpat. Nous y découvrons l’un des plus beaux monastères du pays. La premièreArmenie 3811 vision est décevante. La pierre, du basalte, est noire et l’ensemble est entouré de maisons, rien de bien spectaculaire. L’ensemble des bâtiments comprend une église, un réfectoire, un campanile et un hamazasp, une salle d’étude ou de réunion. Tous construits dans des blocs de pierre de belle taille et couverts de plaques du même matériau. Pas de toits de tôle mais l’exubérance baroque, les décors ouvragés des fenêtres et des tambours, sont inconnus ici. Tout y est plus sévère. Nous faisons connaissance avec les gavit, le narthex de l’église, une vaste salle dallée de pierres tombales, caractéristique des monastères arméniens. Les salles sont Armenie-3814.JPGbelles, vastes, réalisées au moyen de paires d’arcs parallèles qui se croisent Nous déjeunons dans le camion, au-dessus des bâtiments puis repartons. Dans la descente, je trouve une fontaine où je peux adapter mon tuyau pour remplir les réservoirs d’eau mais je n’ai pas trop des deux mains pour boucher les fuites du robinet ! De retour dans la vallée, nous atteignons la bien vilaine ville d’Alaverdi, une vision du paradis socialiste des années cinquante. Immeubles lépreux, usines, fonderies et mines de cuivre. A fuir ! Nous remontons jusqu’au monastère de Sanahin, au milieu d’une extension de la ville, derrière des HLM piquetés de paraboles. Même impression de tristesse dans ce monastère malgré les deux Armenie-3822.JPGbelles salles voûtées des gavit, ouvertes sur l’extérieur, tristesse renforcée par la désagréable vision d’un lamentable abandon du site. L’herbe pousse entre les pierres, des arbustes grandissent sur les toits et pourtant ces monastères sont classés par l’Unesco au patrimoine mondial. Autre caractéristique locale : les khatchkar, des croix de pierre très ouvragées disposées un peu partout et qui me rappellent les croix celtiques mais en plus travaillées. Nous continuons de suivre la vallée sans trop savoir où nous allons pouvoir nous arrêter pour la nuit quand nous remarquons un panneau « Kamp ». A tout hasard, je suis le bout de piste qui nous amène à un centre avec des terrains de sport. Je demande s’il serait possible de camper. Le personnel est un peu étonné mais ne fait aucune difficulté pour que nous nous garions à l’intérieur de ce qui s’avère être une colonie de vacances en période estivale.

 

Lundi 6 septembre : Grand calme, même pas de renards ! Il fait frais au matin. Dans la journée, la chaleur était supportable, en partie à cause de l’altitude et sans doute n’aurons nous plus de canicule. Nous repartons vers Vanadzor. L’arrivée dans la ville est démoralisante : des usines, des tuyaux, des barres d’immeubles d’une tristesse à pleurer. Nous désespérons presque de trouver un centre ville avec une quelconque activité. A un carrefour règne une animation sur quelques centaines de mètres, des étals et de minuscules boutiques de bric-à-brac. C’est un marché aux puces où on vend, et peut-être achète,  des brouettes sans roue, des fers à repasser sans poignée et des roulements auxquels il manque deux ou trois billes… Je trouve à changer des euros à un taux moindre qu’à la frontière puis nous complétons nos provisions dans une supérette où il faut payer à chaque comptoir. Bon choix de salaisons et nous trouvons tout ce dont nous avions besoin. Pour un cybercafé il faut aller dans le « centre », une artère, un peu moins déprimante, où des commerces « modernes » mettent un semblant de vie. Nous trouvons un message de Marie-Cécile qui nous rassure sur l’état de santé d’André. Nous quittons (non sans devoir demander notre chemin à chaque carrefour, faute de panneaux indicateurs), cette vallée de larmes pour suivre de nouvelles gorges dans la montagne couverte de forêt, jusqu’à Dilijan. Ici, pas question de dépasser la limitation de vitesse, l’état de la chaussée ne le permet pas. Cloquée, boursouflée par les plaques de bitume apposées à diverses époques pour boucher les trous, elle secoue plus sûrement et à moindre coût qu’un manège à la Foire du Trône ! Les vieux bus que nous rencontrons ont tous sur leur galerie des bouteilles de gaz, Armenie-3828.JPGleur carburant. Nous y trouvons un petit espace où des maisons ont été restaurées dans le style traditionnel mais elles sont trop neuves, toutes avec les mêmes balustrades, les mêmes décors. Des artisans y sont installés mais les boutiques sont fermées et l’on n’y voit pas l’ombre d’un touriste. Nous repartons, grimpons sur une petite route en forêt jusqu’au monastère de Haghartsin. Encore une très grosse déception mais cette fois pour la raison inverse de Sanahin. Ici la reconstruction (et non plus la restauration !) va bon train. On s’agite sur le chantier, les pierres sont grattées, blanchies et si trop usées, remplacées par de toutes neuves. A cette vision désolante s’ajoute le bruit des compresseurs et des tronçonneuses, les particules Armenie-3831.JPGd’abrasifs dans l’air ! Nous nous arrêtons à quelque distance pour déjeuner, nous avons alors une belle vue sur le monastère dont on ne distingue plus trop les travaux. Marie a envie d’aller au monastère de Makaravank, ce qui nous oblige à remonter en direction de la Géorgie par la route qui longe la frontière azérie, dans une zone contestée. Pour une fois, la route est bonne, celle qu’il faut suivre ensuite jusqu’au site, l’est moins. Nous trouvons le monastère dans les bois, en pleine montagne. Et Armenie-3836.jpgpour une fois, nous estimons qu’il méritait le détour. Nous y sommes seuls. Le portail est fermé mais il n’est que symbolique, il suffit de contourner le mur d’enceinte pour se retrouver devant la belle façade du gavit. Des bas-reliefs ont été sculptés, animaux, lions, oiseaux, et le décor autour des fenêtres et au-dessus des portes est digne des églises géorgiennes. Des pierres vertes, roses, rouges, noires ont été utilisées et Armenie-3837.JPGilluminent la façade. A l’intérieur, le devant de l’autel a été très finement sculpté. Nous revenons sur nos pas pour un dernier détour au monastère de Gashavank. Ici, les visiteurs ne sont pas rares et des échoppes de souvenirs les attendent dans les maisons du village que dominent les bâtiments monastiques. Encore un bel ensemble, avec de belles croix, les khatchkar, et un Armenie-3846.jpgdécor d’une grande délicatesse. Nous serions presque réconciliés avec les églises arméniennes ! Nous n’avons pas encore vu de religieux dans ces monastères, au contraire de la Géorgie où les lieux de culte étaient réutilisés. Les règles ne semblent pas aussi strictes, les femmes sont en jupe et ne portent pas de foulard. Nous retournons à Dilijan et poursuivons en direction du lac Sevan. La route s’élève dans de belles montagnes puis un long tunnel nous fait passer sur l’autre versant, presque sans végétation, et nous descendons vers le lac. Proche d’Erevan, c’est un lieu de villégiature  très fréquenté. Des restaurants alignent des tables et des bancs, protégés du soleil par de vilains plastiques bleus que nous avions pris de prime abord pour des tentes ! On peut aussi louer des bungalows, des domik. Nous cherchons à camper. Après avoir essuyé un refus puis nous être vu demander trop cher en échange d’un simple droit de stationner, nous trouvons un terrain sous les arbres, au calme semble-t-il. Nous dînons au restaurant du terrain, seuls, les estivants venus pour la journée sont repartis. Au menu : un lavaret grillé, un poisson du lac à la chair ferme et fine et des kababi qui sont, comme en Géorgie, des brochettes de viande hachée. La bière est à la température ambiante…

 

Mardi 7 septembre : Réveil tardif et au frais. Nous sommes presque à deux mille mètres d’altitude et nous avons dormi toutes fenêtres fermées. Nous avons décidé de nous octroyer une journée de repos. Grand nettoyage, lessive puis lecture, mots croisés nous occupent jusqu’à l’arrivée d’un bus (à gazogène !) de gens venus faire la fête. Ils installent une sono, allument un grand barbecue, tuent un mouton et s’affairent en cuisine. Aucun d’entre eux n’a la bonne idée de nous proposer une de ces splendides brochettes  qui nous font saliver. Pas même un bonjour, tout juste un regard curieux, vite détourné, dans notre direction. Nous déjeunons dehors, sur la table avec le poulet fumé acheté hier, très salé. Courte sieste tandis que les barbecues s’allument autour de nous et que des musiques diverses font assaut de décibels. Nous allons ensuite faire un tour sur la presqu’île. Sur le promontoire,Armenie-3849.JPG deux églises sans particularité et quelques khatchkar, toujours aussi délicatement ouvragés. Au bord de l’eau, des guinguettes attendent le client mais ils commencent à se faire rares. Le lieu est touristique, des marchands de souvenirs sont installés et sur les escaliers qui mènent aux églises, des peintres du dimanche transforment Sevan en un Montmartre local. De l’extrémité de la presqu’île, nous avons une vue sur toute l’étendue calme du lac qui se perd à l’horizon. Nous allons prendre un verre à la terrasse  d’un restaurant puis, la carte ne nous inspirant pas, nous rentrons au « camping » attendre l’heure de dîner tout en guettant les départs de nos trop bruyants voisins. Nous allons voir évoluer les jet-skis sous le nez des baigneurs, le sable est noir, nous ne tentons même pas de nous tremper le bout des pieds, l’eau doit être trop froide. On vient nous vendre des écrevisses, nous les gardons pour demain. Au dîner nous goûtons le sudjuk, un très appréciable saucisson de bœuf épicé. Les derniers fêtards partis, nous pouvons dormir.

 

Mercredi 8 septembre : Le vent a soufflé fort dans la nuit, j’ai même cru entendre des vagues (?) sur le lac. Nous quittons le camping sans voir personne. Nous laissons l’« autoroute », une deux fois deux voies pour Erevan et suivons les bords du lac Sevan, toujours aussi peu attrayant. Nous parvenons à Noratus dont Marie déchiffre le nom en arménien, nous suivons une mauvaise piste jusqu’au centre du village pour trouver le cimetière. Si nous avions continué, un panneau en caractères latins nous en aurait indiqué Armenie-3855.JPGle chemin sur une meilleure piste. Dans ce cimetière, toujours utilisé, se trouvent un grand nombre de pierres tombales gravées avec des scènes très réalistes : laboureur derrière sa charrue et ses bœufs, scènes de banquets et de musiciens. Le nombre de khatchkar de toutes les époques est encore plus important, ils sont alignés en rangées mais hélas tous orientés à l’ouest donc leur face est à l’ombre. Nous nous promenons avec une brochure en français mise à notre disposition. La venue de touristes a incité quelques vieilles à venir y filer la quenouille pour essayer d’y vendre bonnets et chaussettes de laine.  Nous faisons un Armenie-3857.JPGdétour pour aller voir le monastère de Dzoraguiough. Nous devons demander notre chemin à plusieurs reprises, occasion d’admirer les râteliers aurifiés de quelques vieilles en fichus colorés. Le monastère se réduit à une simple église entourée de khatchkar, également mal orientés. La route quitte le lac et s’élève au milieu de montagnes arides, désertiques, couvertes d’une herbe jaunie où les traînées vertes indiquent les méandres des ruisseaux. Nous passons un col à deux mille quatre cents mètres et aussitôt, dans la descente, nous nous arrêtons devant un caravansérail de la route de la soie. A cette altitude, il n’a pas de cour intérieure. Armenie-3869.JPGC’est une très grande salle voûtée à trois nefs, entièrement dallée, en bon état. On imagine facilement les animaux parqués au centre, de part et d’autre de la rigole recevant leurs déjections, les ballots déchargés sur les bas-côtés et les caravaniers réfugiés autour d’un feu dans les petites salles du fond. Il est richement décoré de stalactites de pierre dans les ouvertures du plafond et dans les niches. Nous déjeunons devant d’un repas inhabituel : les écrevisses de la veille, une fois décortiquées, il n’en reste guère, et du pasterma, ce jambon de bœuf séché, enrobé de paprika, particulièrement épicé. Une fois dans la vallée, nous retrouvons des oasis, de la végétation autour de torrents. Nous décidons de faire une boucle dans la vallée de Yegheghis. Nous sommes dans un cadre de montagnes qui ne dépareraient pas au Maroc et puis soudain, apparaît un piton d’où semblent couler des colonnes de section carrée, des orgues de basalte. Au virage suivant, c’est toute la falaiseArmenie-3871.jpg qui est ainsi couverte de ces « bordures de trottoirs » comme nous avions appelé les premières rencontrées dans le Hoggar. Elles sont presque toutes verticales, certaines font des ondulations et des grottes sont visibles. Nous remontons vers un village d’où nous avons une belle vue d’ensemble. La route, devenue piste, se dégrade mais elle va devenir cauchemardesque. Le village suivant de notre boucle est sur l’autre versant de la haute montagne qui domine l’endroit où nous nous trouvons. Nous demandons notre chemin à plusieurs villageois, mais il faut bien l’admettre, la piste défoncée, aux ornières profondes, sans beaucoup de traces de véhicules, est bien celle que nous devons emprunter. Nous nous y lançons, presque toujours en seconde vitesse, si ce n’est en première, notamment dans les virages en épingle à cheveux, et le niveau de gasoil est au minimum. Ma tentative de couper par un raccourci pour économiser le carburant avorte, nous calons au moment de rejoindre la piste. Trop lourd et manque de puissance ! Enfin nous parvenons au col sans avoir rencontré âme qui vive ni même le moindre animal. J’effectue une partie de la descente en roue libre, cela devient une habitude ! Nous apercevons des campements d’éleveurs puis des maisons et enfin un village, mais toujours pas de gasoil. Il faut encore descendre longtemps sur une ancienne route mitée pour retrouver la « grande » route. Je trouve des bidons de gasoil, moins chers que dans une station. On m’affirme qu’il provient de Russie mais le passage de camions Armenie-3885.JPGiraniens m’inciterait plutôt à en voir l’origine de ce côté… Nous repartons peu après sur une ancienne route, donc défoncée, pour suivre des gorges dominées encore par des orgues de basalte qui brillent dans le soleil. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous franchissons un pont et remontons jusqu’à l’entrée du monastère de Gndèvank. Nous nous garons sous sa muraille entourée de montagnes désolées. Juste devant l’église, toute une famille est venue fêter les dix ans d’un gamin. Nous sommes conviés à la table… On nous tient de grands discours auxquels nous ne comprenons rien. Le gamin Armenie-3877.JPGsouffle ses bougies sur un énorme gâteau dont on nous sert de généreuses portions accompagnées de rasades d’un vin rouge local, un vin doux qui passe avec les sucreries. Mais on nous sert aussi tout ce que nous avons raté et en particulier du mouton qui a été sacrifié et qui a été bouilli. La viande est dure, sans goût, nous n’y faisons honneur que du bout des dents. Les toasts se succèdent, cul sec, heureusement les verres sont petits et j’ai évité les tournées de vodka… Nous nous éclipsons, prétextant notre souhait de visiter l’église. Elle est sans grand intérêt à l’exception de quelques pierres tombales à l’extérieur. Nous nous gardons Armenie-3878.JPGbien de revenir à table. Et après échange de vœux, cadeau d’une carte postale de Toulon avec nos souhaits de bon anniversaire qui semble presque émouvoir la mère, relevé de l’adresse en arménien pour envoi des photos, nous parvenons à partir. Dommage, je serais bien resté devant le monastère pour la nuit… Nous retournons à la route principale, roulons encore quelques kilomètres puis nous arrêtons dans une gargote, le long du ruisseau. Nous demandons la permission, accordée, de dormir là et nous y dînons au-dessus du ru, d’une excellente truite grillée et d’une superbe brochette de porc. Hélas, là non plus, la bière n’est pas fraîche.

 

Jeudi 9 septembre : Le vent a encore soufflé toute la nuit. Les levers sont difficiles, le décalage horaire avec la Géorgie nous donne l’impression de partir à l’aube ! Nous continuons sur la route qui s’élève, passe un col dans un paysage de montagnes pelées. Des nuages coiffent les sommets alors qu’il y avait longtemps que nous n’avions que du ciel bleu. Nous refaisons un plein de gasoil et cette fois, je remplis un des jerrycans… Peu avant Sisian, un petit bout de piste nous amène à un site de mégalithes, des pierres dressées Armenie-3894.JPGdans un beau cadre de montagnes à perte de vue. Elles ont l’originalité pour nombre d’entre elles d’être percées d’un trou de la grosseur d’une prune. Des théories plus ou moins fumeuses ont été élaborées, certaines leur attribuent un rôle d’observatoire astronomique ( ?). Nous atteignons Sisian. La route d’accès à la ville est complètement défoncée, seul le centre ville est correct et encore… Nous trouvons l’église Saint-Jean d’un intérêt là encore limité, quelques têtes et les évangélistes sculptés sur le tambour mais il faut sortir les jumelles pour les distinguer ! Nous allons nous garer dans le centre ville, très réduit : une allée piétonne, des magasins de vêtements, de chaussures qui ne donnent pas envie d’y entrer et encore moins d’acheter, et un petit supermarché où, selon le même principe qu’à Vanadzor, on paie à chaque comptoir, viande, pain, boissons. Nous trouvons un cybercafé. Des nouvelles de Michèle, de Duyen, des Portier, de Giraud qui propose un rassemblement des Azalaï fin octobre (nous essaierons d’en être) et curieusement trois messages, un an après le voyage de Marocains qui m’insultent, blessés par mes dires ! J’en suis fâché mais cela ne peut que renforcer mon opinion sur les nationalismes imbéciles (pléonasme ?). Nous repartons, lentement, dans les rues en travaux et donc difficilement praticables de Sisian, obligés de demander notre chemin à Armenie-3898.JPGchaque intersection, puis sur une mauvaise route, elle aussi en travaux, jusqu’au monastère de Vorotnovank dans un très beau site, sur un éperon, au-dessus d’un torrent. Nous déjeunons tardivement, avant de faire le tour des lieux, sans intérêt particulier si ce n’est quelques pierres tombales dans le cimetière. Nous repartons, prenons un raccourci pour rejoindre la route principale que, suivant les indications de notre livre-guide, nous quittons pour un nouveau raccourci en direction de Tatev. La première partie de la route est correcte, les nids de poule viennent d’être rebouchés. Mais à partir du village d’Halidzor, ce n’est plus qu’une mauvaise piste étroite, à travers champs ou à flanc de collines, dont nous ne croirions pas qu’elle puisse être dans la bonne direction si des gardiens de troupeaux à cheval ne nous le confirmaient. Nous y sommes absolument seuls. Enfin nous retrouvons la route principale, elle aussi en travaux, et commence une longue et très raide descente dans les gorges du Vorotan. Hélas, le ciel s’est couvert et le soleil est Armenie-3907.JPGtotalement absent. Arrivés au torrent, Nous nous arrêtons pour aller voir le Pont du Diable, un pont naturel sur lequel passe la route. Nous suivons un sentier d’où nous avons une vue sur les stalactites de roches et les marmites creusées par le torrent. Des piscines naturelles ont été aménagées mais nul ne s’y trempe. L’endroit est particulièrement sale, des plastiques sont accrochés aux branches, des couches de bébé, des bouteilles plastiques, des débris de verre et des mégots souillent chaque mètre carré. Des panneaux en arménien et en anglais demandent : « Laissez cet endroit propre » !!! Nous repartons pour une longue montée sur une piste poussiéreuse, toujours en travaux, sur l’autre versant des gorges Armenie-3900.JPGjusqu’à atteindre le monastère de Tatev. Un de ceux dont j’attendais le plus mais… des travaux sont en cours sur un bâtiment à l’entrée du site et à une centaine de mètres, on construit la station du futur téléphérique qui évitera aux touristes la descente et la remontée des gorges ! Le temps y met du sien pour me gâcher la visite, ciel gris et vent froid ! Nous allons visiter les lieux mais je suis las de ces églises toutes semblables, de ces bâtiments conventuels déserts et ce ne sont pas quelques frises et bas-reliefs qui me redonneront le moral. Nous avançons de quelques centaines de mètres sur la route qui continue en montant. Nous jouissons alors d’une belle vue sur le monastère, malgré une vilaine bâche bleue que je promets d’effacer sur la photo. Un rayon de soleil transformerait la vue des bâtiments, juste au-dessus de la falaise, dans ce cadre de montagne, en un superbe chromo, et ce malgré les restes d’un clocher rajouté. Peut-être demain… Nous décidons de rester là pour la nuit avec la vue par la porte arrière.

 

Vendredi 10 septembre : Nous nous réveillons dans les nuages ! Nous ne voyons plus le monastère, ni les montagnes. Le temps de petit déjeuner et de nous préparer, la masse nuageuse s’allège et nous commençons à distinguer les bâtiments dans la grisaille, bien Armenie-3906.JPGque le soleil ne parvienne pas à percer. Nous repartons, redescendons dans le fond du cañon et sortons des nuages. Nous renonçons à marcher sur un étroit sentier et à franchir le torrent à gué pour aller voir le monastère de Tatev-du-Bas, perdu dans la brume. Nous remontons l’autre versant et plongeons dans un épais brouillard, je n’y vois pas à dix mètres ! Nous croisons d’autres véhicules qui n’ont pas jugé bon d’allumer leurs phares. Nous avançons au pas sur la route en travaux. Sur le plateau, le brouillard se dissipe légèrement et nous pouvons alors rouler plus vite. Nous retrouvons la route d’Erevan mais nous nous trompons de direction et devons faire demi-tour pour arriver à Goris, ville aussi gaie que ses consœurs… Nous traversons le centre, enfin ce qui en tient lieu : poste, mairie, magasins de vêtements. Je déniche un cybercafé au personnel aussi souriant que la cité, comme d’habitude… Nous répondons au courrier et trouvons un message des Fantino. Nous nous rendons à l’extrémité de la ville pour contempler la ville Armenie-3912.jpgancienne : des habitations troglodytes, creusées dans des cheminées des fées, comme en Cappadoce mais sans tapis devant chaque ouverture, sans cafés ni boutiques de souvenirs, sans touristes non plus… et sans soleil ! Nous repartons en direction du Karabakh et bifurquons bientôt sur une route à nids de poule pour le village de Khndzoresk où, bizarrement, la chaussée est en bon état ! Nous y cherchons l’ancien village, personne ne comprend ce que nous demandons. Nous finissons par le découvrir au détour d’une mauvaise piste. Encore un ensemble de troglodytes taillés dans un cirque de montagne et quelques cheminées truffées de grottes. Certaines sont toujours utilisées comme granges ou remises. Après avoir déjeuné avec une vue sur le site, nous y faisons une courte promenade. Pas de visiteurs donc pas de déchets. Nous sommes seuls  au milieu des roches érodées, au-dessus du vallon verdoyant. Nous reprenons la route, désormais sur le retour, en nous rapprochant d’Erevan et de la Géorgie. Nous roulons bien sur un trajet déjà en partie parcouru et sur une chaussée plus ou moins bonne. En reprenant de l’altitude, nous abandonnons les nuages et retrouvons le soleil ainsi que desArmenie-3941.JPG températures plus agréables. Nous repassons devant l’auberge où nous avions dormi avant-hier puis roulons dans des gorges entre deux hautes falaises. A leur sortie, nous prenons une route secondaire, toujours entre des falaises et débouchons dans un cirque de mo ntagnes aux roches rouges sur lesquelles se détachent les églises du monastère de Noravank. Nous nous garons devant. Je suis tout de suite séduit. Enfin des églises dignes de celle d’Ahtamar, suArmenie-3930.jpgr le lac de Van. La pierre blonde, éclairée par le soleil, fait oublier la triste grisaille des précédentes églises. L’église de la Vierge et celle  de Saint-Etienne présentent toutes deux leurs façades ouest avec des tympans sur deux niveaux superbement sculptés. Ils représentent de magnifiques Vierges à l’enfant et un Dieu barbu, avec la tête d’Adam pour la première, entre les archanges Gabriel et Michel pour la seconde. Un escalier extérieur sur la façade de l’église de la Vierge est d’une exquise élégance mais casse-gueule à la descente, vu son étroitesse ! Le gavit de Saint-Etienne est dallé de pierres tombales calligraphiées en arménien. Nous prenons notre temps, détaillons chaque motif. Enfin des églises qui ont tous les atouts : site, couleur de la pierre, qualité de la décoration, discrétion de la restauration. Même le café-restaurant dans un coin de parking parvient à se faire oublier ! Je vais faire une photo de l’extérieur du monastère en grimpant dans la montagne puis je rejoins Marie au café où nous prenons un pot sous les arbres avant de regagner le camion pour la nuit.

 

Samedi 11 septembre : Les nuages nous ont rattrapés dans la nuit, le ciel est tout couvert. Le soleil tente quelques percées avec plus ou moins de succès. Cela augure mal pour la vision du mont Ararat qui culmine à plus de cinq mille mètres. Nous repartons jusqu’au village d’Areni. Nous allons y voir une église due au même architecte, un certain Momik, que le monastère de Noravank Nous y retrouvons logiquement la même pierre blonde et surtout le même style de tympan gravé d’une belle Vierge à l’enfant, au-dessus de la porte. Dans le cimetière, des pierres tombales reprennent les thèmes des chevaux avec leurs cavaliers et des banquets. A la sortie du village, nous repérons la cave vinicole. On nous emmène dans la salle dévolue aux dégustations et on nous aligne des bouteilles. Nous récusons les vins blancs et les demi-secs. Il ne nous reste plus que cinq bouteilles à tester à neuf heures du matin ! Elles sortent du réfrigérateur et ont été débouchées nous ne savons quand. Bref, aucune cuvée ne trouve grâce et même, plus elles sont âgées (96, 98), moins elles me plaisent… Nous achetons tout de même une bouteille pour boire à Toulon dans de meilleures conditions. Nous repartons dans la vallée plantée de vignobles. Les petits producteurs vendent leur vin sur le bord de la route, dans des bouteilles en plastique de Coca Cola ou autres sodas. Nous passons un col et devinons le mont Ararat perdu dans les nuages. Mais, le temps d’approcher d’Erevan, le ciel se dégage doucement et si la masse des nuages accrochés aux deux sommets du volcan reste importante, elle laisse deviner leArmenie-3943.JPG sommet enneigé. Nous bifurquons vers le monastère de Khor Virap qui, sur une éminence au-dessus des vignobles, se détache en ombre chinoise sur le mont Ararat. Nous patientons dans l’espoir que ses deux sommets se dégagent mais l’évolution est si lente que nous décidons d’abord de  visiter le monastère. Il ne présente guère d’intérêt si ce n’est par sa situation. Les visiteurs sont nombreux et se font photographier en lâchant des colombes en souvenir du même geste accompli par Noé, supposé être venu s’échouer là-haut… Nous espérons encore une amélioration mais si le soleil éclaire maintenant le monastère, le mont est de plus en plus dans la brume. Nous repartons donc pour Erevan. Nous ne trouvons pas l’autoroute de contournement indiqué sur notre carte et devons demander notre chemin à chaque carrefour pour trouver la route de Garni. Elle grimpe durement sur une mauvaise chaussée où chacun roule comme il peut, où il veut. Nous apercevons Erevan en contrebas. Peu avant Garni, nous avons droit à une portion de route comme nous en avons rarement vu ! A croire qu’un dragon est enterré sous la couche de goudron et que de temps en temps, il bouge. Une pelletée de bitume est alors jetée dessus, obligeant le conducteur à rouleArmenie-3949.JPGr au pas sur son échine cabossée. Nous déjeunons tardivement avant de franchir l’enceinte de la citadelle. L’entrée est payante mais le préposé est absent, nous ne l’attendons pas… L a forteresse a été construite sur un éperon rocheux qui domine des gorges où l’on distingue des orgues basaltiques mais le clou du site est l’inattendu temple romain du Ier siècle. Il est le seul dans la région, a été remonté sans trop d’abus et présente ses colonnes ioniques au sommet d’une volée de marches. Les bains, cachés sous une structure plastique, sont fermés au public. Tout juste pouvons-nous apercevoir le soubassement où circulait la vapeur et une mosaïque assez décevanteArmenie-3963.JPG après ce qui était annoncé. Nous continuons quelques kilomètres jusqu’au monastère de Geghard, lui aussi situé dans un beau cadre de montagne, au fond d’une gorge. Comme à Garni, nous ne sommes pas seuls, les groupes de touristes sont nombreux de même que les citadins venus se faire prendre en photo devant les églises, sans y porter grande attention. L’église Saint-Sion est en partie rupestre, son gavit est somptueusement décoré de croix, de scènes de chasse. Les salles troglodytes le sont également avec de surprenantes sculptures et des khatchkar partout. Au niveau supérieur, un autre gavit possède une acoustique Armenie-3958.JPGexceptionnelle. Nous faisons le tour de l’église et allons jeter un œil sur l’extérieur. Des arbres sont couverts de foulards ou de tissus noués sur les branches pour marquer des vœux. Nous avions prévu de rester là pour la nuit mais l’affluence des gens venus pique-niquer, la musique qui s’élève un peu partout, les barbecues qui fument, laissent augurer un samedi soir animé ! Nous décidons donc d’aller dans le centre d’Erevan et de nous y garer. La descente sur la ville se fait rapidement. Nous ne savons pas trop où est le centre. Par chance, nous demandons notre chemin à une personne qui parle parfaitement français et qui nous indique l’avenue à suivre pour nous rendre sur la place de la République, le cœur de la ville. Nous y parvenons facilement et nous nous garons à proximité. La place ne manque pas mais la circulation risque d’être bruyante. Je pars en reconnaissance et trouve, derrière l’hôtel Marriott, des emplacements au calme. Je reviens au camion et nous allons nous y installer. Nous achevons la bouteille de pastis pour marquer notre arrivée à Erevan et établissons le programme des deux jours à venir. Nous ressortons après dîner pour faire le tour de la place de la République, toute proche. Les bâtiments officiels, poste, ministère des Affaires étrangères, Gouvernement, musée, sont tous illuminés et l’ensemble est assez réussi. Devant le musée, un spectacle de fontaines musicales laisse Marie coite ! Elle s’est découverte une passion pour les jets d’eau. Va-t-il falloir que j’installe une fontaine Wallace dans le jardin à Toulon ?

 

Dimanche 12 septembre : Nous nous levons un peu plus tard. La ville est calme en ce dimanche matin. Nous nous rendons d’abord à l’Office du tourisme chercher des informations  puis nous allons au « vernissage », terme russe qui désigne un marché aux puces. Effectivement, les premiers étals proposent toute la quincaillerie d’occasion imaginable : téléphones fixes sans fil, pommes de douche bouchées prises électriques sans fiches etc… puis les marchands de pacotille pour touristes  se font de plus en plus nombreux et commence alors la très pénible quête des cadeaux. Recherche d’autant plus difficile que les prix nous paraissent exorbitants et que, comme à l’accoutumée, Marie ne peut envisager que les autres aient des goûts différents des siens, sans compter que trouver quelque chose qui plaise à Julie relève de la gageure… Il est plus de midi quand Armenie-3964.JPGnous arrivons au musée. Marie m’y attend pendant que je rapporte nos trésors au camion puis je dois aller changer des euros pour renflouer le porte-monnaie. Nous visitons la Galerie d’art en commençant par le huitième étage : peinture européenne, des Vierges de Botticelli à Bernard Buffet ! Mais nous passons rapidement, déjà fatigués et peu motivés ; au septième, la peinture russe, nous retrouvons des peintres appréciés lors de notre voyage en Russie : Levitan, Repine et d’autres aux noms déjà oubliés. Puis ce sont trois étages de peintres arméniens qui commencent très fort avec une salle de portraits remarquables d’Hovnatanian puis une salle du plus connu, Savian, un coloriste. Nous ne pourrons pas voir les Jansem, la salle est fermée, tant pis pour les Basset ! Enfin nous ressortons affamés. Nous nous rassasions (sauf Marie qui a plus de petits pois  que de poulet dans sa salade) à la terrasse d’un café-restaurant branché, fréquenté par les touristes et les nantis. Nous sommes bien en Orient, des hommes, jeunes, fument le narguilé à la terrasse, d’autres plus âgés jouent avec leur chapelet à longueur de journée. Nous remontons l’avenue Abovian à la recherche de boutiques de souvenirs ou de tapis et d’un éventuel restaurant arménien pour dîner. Mais les bouleversements de la voierie dans la ville les ont fait disparaître et quand nous trouvons des tapis, ils sont fort chers. Parvenus à une minuscule église perdue dans un terrain vague entre des immeubles, nous nous dirigeons vers l’opéra, fatigués, assoiffés. Nous prenons un pot, affalés dans les fauteuils en plein air d’un bar au milieu d’un parc. Bien sûr le prix des consommations est en conséquence, inversement proportionnel au volume du flacon. Nous contournons l’opéra, disgracieuse masse grise, et revenons lentement en traversant une place très animée avec des jeux pour les enfants et un podium où se produisent des danseuses impubères et pas en phase. Nous descendons une rue piétonne, nouvellement ouverte, pas totalement finie, où commencent à ouvrir des commerces de luxe dans des immeubles d’un goût architectural douteux. Les voitures de police sont toutes en embuscade et il ne se passe pas de quart d’heure sans que nous ne voyions un automobiliste verbalisé. Nous retrouvons le camion et je repars aussitôt profiter des commodités du Marriott puis d’un salon désert pour recopier les photos sur l’ordinateur. Je parviens à me connecter mais sans accéder à la messagerie. Je crains avoir commis une erreur en demandant un nouveau mot de passe. J’ai tout de même réussi à créer une carte électronique à envoyer aux amis. Nous allons dîner dans l’allée des fontaines, nourriture digne d’un self-service mais les frites et la bière sont bonnes. Retour pour écrire des cartes postales et le récit de la journée.

 

Lundi 13 septembre : Réveil sans courage ! Je commence par me rendre à la poste, sur la place de la République, acheter douze timbres, ce qui ne manque pas de poser problème à l’employé qui a bien du mal à les rassembler et qui aurait préféré que je lui confie les cartes, mais seraient-elles parties ? Ensuite je vais à l’Office du tourisme où j’apprends que la fête à laquelle nous voulions assister après-demain a été repoussée à dimanche prochain. Trop tard pour nous et notre visa de quinze jours. Puis, conformément à mes craintes, je constate, sur un des ordinateurs de l’Office du tourisme, gracieusement mis à la disposition des visiteurs, que je ne peux plus me connecter à ma messagerie mais là où l’histoire devient ubuesque est que pour connaître mon nouveau mot de passe, il faut que je me connecte à ma messagerie et pour cela posséder ce maudit mot de passe !!! Retour au camion, j’envoie un message à Julie pour qu’elle essaie de débrouiller ce problème de mot de passe puis nous partons en promenade, à la recherche d’une laverie qui s’avère être fermée le lundi ! Nous entrons ensuite dans le jardin de l’unique mosquée de type persan de la ville. Elle n’est pas laide mais la décoration de ses iwan est loin d’être aussi belle que celle des mosquées d’Ispahan ou Shiraz. De l’autre côté de l’avenue, s’ouvre le hall voûté Armenie-3968.JPGdu bazar. Fruits, légumes, tisanes, fruits séchés, il y a plus de marchands que de clients. Nous sommes sollicités par les marchands pour goûter les compositions de fruits séchés, certains fourrés avec des noisettes ou des amandes. Nous nous laissons séduire et achetons un petit plateau-assortiment, cadeau pour Julie. Nous cherchons ensuite le musée d’art moderne, caché derrière un bâtiment au rez-de-chaussée d’un immeuble d’habitation digne de Sarcelles, et il est fermé ! Nous marchons pour rejoindre les bords du ruisseau, le Hrazdan, qui coule au fond d’un ravin. Le quartier est en pleine rénovation, mélange de baraques, de terrains vagues et de constructions nouvelles bétonnées. Des anciennes maisons bourgeoises en pierre avec un grand balcon à l’étage, il n’en reste que trois, perdues dans ce décor sauvage. Nous nous faisons indiquer le musée du cinéaste Paradjanov. Nous y découvrons un côté inconnu de ce grand réalisateur, un personnage hors-normes, auteur d’œuvres surréalistes, délirantes, surtout des collages utilisant papiers, mosaïques, bouts de verre, tissus etc… Tout ce qui lui tombait sous la main devenait partie d’une composition souvent drôle, toujours séduisante. Nous déjeunons d’une belle brochette d’agneau et de légumes grillés, poivrons et aubergines pour Marie, champignons pour moi. Nous sommes déjà épuisés, Marie n’en peut déjà plus et nous n’avons plus grande envie de traîner en ville. Nous revenons tout doucement au camping-car. Je repars aussitôt pour la boutique où nous avions vu, hier, un tapis qui nous plaisait. Je parviens à le marchander à 350 euros. Affaire  conclue, je reviens au camion et nous décidons de repartir. Marie tient à passer par le Monument au génocide. Nous le cherchons en longeant le ravin, plus sauvage en certains endroits, nous remontons sur le plateau mais pas moyen d’accéder au monument malgré plusieurs demi-tours et essais d’en approcher. Nous apprenons qu’il est en travaux et que la route est coupée. Nous sortons d’Erevan, sans suivre la bonne route mais nous nous retrouvons dans la bonne direction. A une vingtaine de kilomètres, le site du temple de Zvartnots est fermé mais on m’explique que moyennant un billet, négocié à mille drams,Armenie-3973.JPG nous pourrions tout de même entrer. Nous allons donc en visite privée voir cette ancienne église dont il ne reste que quelques colonnes et leurs chapiteaux remontés. Le mont Ararat se devine en toile de fond mais nous sommes à contre-jour et le volcan est perdu dans la brume de chaleur. Il recommence à faire chaud, je transpire de nouveau et cherche l’ombre. Nous parvenons à Echmiadzin où nous cherchons la cathédrale. Pas question de passer la nuit sur son parking. Nous allons nous installer à l’ombre, dans une rue que nous espérons calme.

 

Mardi 14 septembre : Nous commençons les visites par celle de l’église devant laquelle nous avons passé la nuit, Sainte-Gayané, d’un intérêt très limité. Trois prêtres y Armenie-3979.JPGconcélèbrent une messe (?) et nous ne les dérangeons pas. Nous allons ensuite nous garer près de la cathédrale, siège de l’épiscopat arménien et de son catholicos. Quelques décorations extérieures et à l’intérieur des fresques peu éclairées du XVIII° siècle. Le plus remarquable ce sont les têtes moulées d’anges peints sur les voûtes. Nous rachetons des boissons puis, par bonne conscience, nous allons voir, à la sortie de la ville, l’église Sainte-Hripsimé, classique, sans intérêt particulier non plus. Je commence à saturer de toutes ces églises, ces monastères aussi vite oubliés que visités, seuls deux ou trois me restent en mémoire mais Marie ne l’entend pas de cette oreille et il faut absolument aller voir tous les édifices répertoriés dans le guide… Nous ne trouvons pas facilement la route qui doit nous amener à deux autres monastères, il aurait été plus simple à vrai dire de demander la route de Vanadzor… Le premier, Hovhannavank, est au bord d’un cañon maisArmenie-3986.JPG au milieu d’un chantier. L’église est construite de blocs de pierres rouges et noires qui constituent un curieux damier sur son mur sud bien éclairé. Elle a un beau gavit avec un joli tympan représentant Jésus bénissant d’un côté, chassant de l’autre ce que certains veulent voir comme des vierges, les vertueuses et les folles, même si certaines semblent avoir de la barbe ! La coupole est soutenue par des colonnes entre lesquelles passe la lumière. Nous continuons par l’église de Saghmosavank  du même type mais le damier de ses pierres est moins évident. Sa situation au bord du même cañon est plus jolie. Nous en faisons le tour mais elle est fermée. Nous revenons déjeuner au camion. Nous avons à peine terminé qu’arrivent des touristes qui ont su trouver l’homme à la clé ! Nous en profitons pour visiter l’intérieur, une pièce est décorée et porte des traces de fresques mais comme toujours, nous sommes dans une demi-obscurité  et apercevoir un aigle sculpté sur un intrados de la voûte ne provoque pas chez moi un enthousiasme exagéré… Nous revenons sur nos pas et suivons la route d’Amberd, bien indiquée. Elle monte vite dans la montagne désertique aux herbes jaunies. Le ciel se couvre, il tombe même quelques Armenie-3999.JPGgouttes. Enfin nous apercevons les ruines du château et un peu plus loin, la petite église, simple mais avec un beau toit conique en forme de parapluie à demi replié. Nous attendons que le vent et la pluie se calment. Pendant ce temps, je remplis les réservoirs d’eau à la fontaine. Nous enfilons les K-ways et partons approcher d’abord le château. D’un côté il présente un front de tours rondes et de l’autre un mur percé de fenêtres et de portes qui maintenant ouvrent sur le ciel. Le matériau de grosses pierres noires donne une forte impression de puissance à l’ensemble. Au bout de l’éperon occupé par le site, au confluent de deux torrents, la modeste église semble posée là pour la photo ! Nous revenons au camion, la pluie cesse et le ciel se dégage lentement. Je patiente pour prendre une photo de l’ensemble avec le soleil qui daigne apparaître. Nous repartons quoique je serais bien resté passer la nuit là mais il est encore tôt et il ne ferait sans doute pas chaud la nuit. Dans Byurakan, Marie veut voir une église. Nous demandons notre chemin, tournons à droite, à gauche, montons et descendons des rues non pavées, traversées de rigoles ou de tuyaux. Certains nous expliquent en russe, nous pouvons alors repérer quelques mots : à droite, à gauche, tout droit, d’autres ne nous parlent qu’en arménien, seuls alors les gestes peuvent nous aider. Une fois que nous avons atterri dans une cour de ferme sans avoir aperçu la moindre église (il semble d’ailleurs qu’il en soit deux du même nom !), nous abandonnons. Je suis une voiture qui semble savoir où elle va, elle ! Et qui, effectivement, nous ramène à la bonne route. Nous reprenons la direction de Gyumri. Nous la quittons pour le village d’Aruch. Nous nous perdons, personne ne comprend nos questions. Je suis prêt à abandonner quand nous tombons sur l’église Saint-Grégoire, un grand édifice qui a perdu son dôme, sans le moindre intérêt, pas même les traces de fresques de l’abside. Nous restons devant l’église dans le village pour la nuit. Comme hier soir, un gosse vient nous demander money ! Il revient avec un copain et renouvelle sa demande et devant notre indifférence, s’éloigne avant de nous lancer un caillou… Nous dormons déjà quand un choc contre la voiture nous fait sursauter. J’aperçois en ombre chinoise quatre ou cinq gosses qui ramassent des pierres puis se rapprochent. L’une d’elles frappe de nouveau la voiture, je surgis avec la lampe torche en criant des injures, ils s’égaillent. Je baisse le toit, bondis au volant, et tente d’en apercevoir un dans les phares mais c’est peine perdue. Je sillonne les rues du village à la recherche d’une autorité mais à onze heures du soir… En faisant demi-tour devant une maison éclairée et devant laquelle stationnent plusieurs voitures, je vois sortir plusieurs hommes. Je leur explique les raisons de ma fureur. Ils s’apitoient, veulent que nous dormions dans la maison, quelques-uns partent en voiture voir les responsables du « comité », mais nous n’en aurons plus de nouvelles. Marie se rhabille, nous acceptons une tasse de thé et des petits gâteaux. Dans le salon, la grand-mère semble à demi inconsciente, la fille croit parler anglais et raconte aussitôt l’aventure sur Facebook, le petit frère fait faire ses devoirs par l’aîné, il était temps ! Nous refusons de dormir chez eux et retournons nous coucher dans le camion garé devant la maison.

 

Mercredi 15 septembre : Pas d’autres problèmes dans la nuit. Nous donnons une carte postale de Toulon avec le récit en anglais des évènements à la mère de la famille qui n’insiste pas pour nous garder et repartons. Nous récupérons la grande route jusqu’à Talin que nous traversons. Vision d’une ville de l’ère soviétique avec ses HLM, tous identiques, ses magasins qui ne donnent pas envie d’acheter et sa chaussée complètement défoncée. A la limite de la ville, dans le cimetière, une grande église en pierres noires et rouges, formant damier comme à Hovhannavank et à Saghmosavank. Là aussi, le dôme a disparu, des pans de murs sont écroulés, nous avons l’impression de passer après un bombardement. Une autre église, plus petite, a été restaurée mais ne présente pas un grand intérêt. Nous continuons notre progression dans un paysage toujours aussi pelé. Nous prenons une route avec de beaux nids de poule qui oblige les véhicules à valser de droite à gauche et de gauche à droite entre les trous, sans réussir à les éviter tous. La route, en arrivant à Artik, devient carrément effroyable. La vision (la chaussée, véritable Chemin des Dames, les tuyaux de gaz qui courent le long des rues, formant des arches au-dessus des passages,  supportés par des béquilles  métalliques et les immeubles que personne en Armenie-4008.JPGOccident ne voudrait habiter) est dantesque, de quoi faire monter en flèche le taux des suicides ! Peu après, nous parvenons au monastère habité de Harichavank. Seule l’église, avec son gavit au beau plafond en caisson et sa décoration extérieure, est intéressante. Nous revenons par une meilleure route sur celle de Gyumri. Nous y sommes à temps pour la traverser, trouver la route d’accès au Fort Noir, une forteresse moderne abandonnée d’où l’on jouit d’une vue sur toute la ville, pour y déjeuner. Nous retournons dans le centre ville et allons visiter le musée de la ville installé dans une riche demeure de négociant du XIX° siècle. On retrouve l’utilisation du Armenie-4010.jpgtuf bicolore et un beau balcon en fer forgé. Le musée n’est que très moyennement intéressant, vitrines avec des photos et des outils d’artisans au rez-de-chaussée et des pièces meublées en fin XIX° siècle à l’étage. Nous traversons toute la ville pour aller dire bonjour à Aznavour, statufié sur une place à l’écart du centre. Est-ce le résultat du tremblement de terre de 1988, mais la deuxième ville du pays est moins laide que les autres ? Nous revenons nous garer sur la place centrale, Un gosse vient vers nous en réclamant money ! Mais qu’est-ce qu’ils ont tous dans cette région ? De là, nous allons traîner dans les rues du vieux Gyumri à la recherche des demeures bourgeoises de la grande époque, fin XIX°, début XX°Armenie-4014.JPG siècle. Nous ne savons s’il faut accuser le cataclysme ou l’incurie des autorités mais elles sont presque toutes dans un triste état d’abandon. De retour sur la place, nous trouvons dans la rue piétonne un cybercafé avec des messages d’Yvette et de Daniel Brunet. Nous envoyons la photo de Khor Virap avec le mont Ararat, non retouchée, à toutes nos connaissances. Nous revenons au camion et allons nous renseigner sur le menu du restaurant situé sous le musée puis nous allons nous garer près du Fort Noir en attendant l’heure de dîner. Peu avant huit heures nous repartons au restaurant. Les rues sont désertes, les magasins fermés. Couvre-feu ? Attaque des Turcs ? Le restaurant est fermé ! Nous en cherchons un autre : fermé ! Nous retournons nous installer là où nous étions, au pied du monument aux morts de la dernière guerre, et faisons réchauffer une boîte de petit salé aux lentilles en vouant aux gémonies l’Arménie, les Arméniens et en particulier les restaurateurs arméniens !!!

 

Jeudi 16 septembre : Ce n’est pas un caillou qui cette nuit frappe la carrosserie mais la main d’un trouffion d’une patrouille militaire qui s’enquiert de notre présence. Renseigné par nos mines ensommeillées et sur notre nationalité, il nous abandonne, lui rassuré, nous réveillés. Nous sommes sur le terrain de jogging de quelques retraités qui font semblant de s’agiter pour garder la forme et devisent en faisant des aller-retour le long du monument qui évoque les grandes batailles de la guerre, vue du côté russe bien entendu. Nous sortons de Armenie-4016.JPGGyumri, suivons une route secondaire en bon état puis quelques centaines de mètres d’une piste qui descend dans un vallon au fond duquel nous découvrons les églises du monastère de Marmashen. Les églises sont fermées et leur décoration n’est pas exceptionnelle mais la coupole est très belle et le site est enchanteur, des pommiers, un ruisseau au fond de la gorge et la belle pierre ocre rouge est bien éclairée par le soleil. Nous regrettons de ne pas être venus dormir là, hier soir. Un dernier plein de gasoil, réservoir et jerrycans, engloutit nos derniers drams. Nous revenons à la route principale qui se dirige franchement vers le nord. Paysage désormais classique de montagnes couvertes d’une herbe roussie, puis après un col, nous roulons sur un plateau, nous ne savons trop à quelle altitude mais le vent souffle et il ne fait pas chaud. Nous parvenons au poste frontière arménien. Les formalités de douane durent, j’ai affaire à un poussah trentenaire, grassouillet et suffisant, content de son incompétence. Il lui faut trois quarts d’heure pour renseigner un document sur son ordinateur, imprimer plusieurs feuilles, apposer des tampons noirs, rouges, verts, me faire signer tous les exemplaires, les faire contresigner par un subordonné et surtout me faire encore payer vingt dollars de frais de vacation avant de me libérer… Les autres formalités sont plus rapides, y compris côté géorgien. Dans le premier village, nous revoyons ces maisons, très russes, derrière une balustrade de bois, avec une véranda et un décor de bois ajouré. La route est en construction mais presque achevée. Des étangs parsèment le plateau, les couleurs sont douces. A Ninotsminda, nous achetons du pain et des chips avant de continuer le long d’uneGeorgie 4046 rivière, encore la Koura, qui entre dans des gorges. A la sortie, nous découvrons la forteresse de Khertvisi qui, vue ainsi, ressemble à des blocs de béton superposés au sommet d’une éminence, elle évoque aussi les ksour marocains. En approchant puis en la contournant, elle prend une allure pus allongée, plus classique. Nous suivons d’autres gorges, passons au pied d’une autre forteresse dont les ruines se distinguent à peine de la montagne. Nous apercevons de l’autre côté du torrent, des troglodytes sur la falaise de Vardzia. De prime abord, je suis un peu déçu, j’imaginais le site plus étendu. De Georgie-4028.JPGl’inconvénient d’être trop renseigné sur les curiosités touristiques ! Nous traversons la rivière et parvenons au parking. Arguant des difficultés de Marie pour marcher, nous sommes autorisés à grimper jusqu’au parking supérieur, ce qui nous évite une pénible montée sous le soleil. Nous commençons la visite de cette ville du XII° siècle qui aurait eu jusqu’à cinquante mille habitants, ce qui semble bien exagéré même si les habitations creusées dans la falaise se répartissent sur plusieurs niveaux. Nous passons d’un « logement » à l’autre, les plafonds sont noircis par la fumée des bougies, des bassins sont creusés dans le sol. Des salles plus vastes sont pourvues de niches, on y pénètre en passant sous des arcs Georgie-4036.JPGqui reposent sur des colonnes. Peut-être des églises… La plus grande est couverte de fresques à l’extérieur comme à l’intérieur, scènes habituelles, les couleurs sont encore vives même si la pénombre ne permet pas de distinguer tous les détails. Je me fais réprimander pour avoir osé poser le pied sur les marches de l’iconostase ! J’abandonne Marie pour escalader les marches inconfortables d’un tunnel étroit qui conduit aux étages supérieurs. Je ressors à l’air et redescends retrouver Marie. Nous allons jusqu’à l’autre extrémité du site puis retournons à la voiture. Nous hésitons sur la suite et tirons à pile ou face pour décider où nous allons passer la nuit. Le sort en a décidé, Nous revenons nous installer le long du torrent, sous les tours de la forteresse. Rangement, classement des documents, des photos de l’Arménie et examen de l’itinéraire en Turquie, nous occupent jusqu’à la nuit qui va tomber une heure plus tôt puisque nous avons retardé nos montres d’une heure.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:52

CAUCASE

 

ÉTÉ 2010

 

Jeudi 12 août : Nouveau départ avec le camping-car bien rempli. Plus de place pour une rondelle de saucisson ! Je finis le chargement pendant que Marie prend la peine de doucement se réveiller et peu après dix heures, nous entamons la trop connue traversée de l’Italie du Nord en direction de Venise. Soleil en France puis ciel couvert en Italie. Nous déjeunons rapidement dans le camion et continuons la pénible série des tunnels-viaducs jusqu’après Gênes. Nous quittons la côte ligure pour la montée sur le Piémont sous un ciel bien noir. En Lombardie, le soleil revient et je retrouve dans la plaine ces belles fermes autrefois cossues, massives, aux épais murs de briques, aux galeries soutenues par des piliers carrés. Elles parlent de Verdi, évoquent le « 1900 » de Bertolucci. Après un plein de gasoil bien plus cher qu’en France, nous rejoignons l’autoroute en provenance de Milan. La circulation devient nettement plus dense, rapide, sans le moindre respect des limitations imposées. Déjà l’Orient ? Images du lac de Garde : Alice peinant à prononcer les noms italiens, elle et ma mère en bustier, grassement ointes de lotion solaire, étalées à l’arrière de cette superbe Salmson que je ne pardonnerai jamais à mon père d’avoir revendue ! Nous passons Venise et nous arrêtons sur une aire encombrée de camions. Nous sommes garés à côté d’un sympathique Lituanien mais son camion est un frigorifique et son moteur tourne en continu. J’aide les occupants d’un camping-car espagnol à refaire un plein d’eau puis je dois admettre que mon ordinateur est définitivement hors-service, alors qu’il fonctionnait encore à Toulon ! Je me vois contraint de rédiger ces lignes à la main…

 

Vendredi 13 août : Un violent orage éclate en pleine nuit. Je me lève pour fermer les rideaux tandis que notre frigoriste lituanien appareille. Je peux alors retirer les boules Quiès ! La pluie continue de tomber toute la nuit. Nous nous levons tôt, les camions sont presque tous partis. Nous reprenons la route, les essuie-glaces fonctionnent en continu. Nous contournons Trieste et trouvons la route qui traverse en ligne droite la Slovénie, simple deux voies, très fréquentée. Tout un chacun doit régler son allure sur le véhicule le plus lent, dépasser est inenvisageable. Des grands-mères en fichu et bas noirs assistent de leurs balcons de bois fleuris au défilé incessant des touristes qui s’en reviennent des plages dalmates. Pas sûr qu’elles ne regrettent pas le temps où (pseudo) démocratie et libéralisme économique ne faisaient pas partie des discours des hommes politiques… Dans les auberges, d’appétissants cochons rôtissent à la broche au vu des passants. Les tonnelles croulent sous les grappes de raisin. Nous arrivons à la frontière croate. Nos passeports européens nous évitent tout contrôle superflu. Je change des euros en kunas puis nous rejoignons l’autoroute. Premier péage, pas cher mais pour une courte distance, l’autostrada ne continue pas au-delà de Rijeka, l’ex-Fiume de D’Annunzio… Il faut alors rejoindre la route nationale à deux voies qui suit la côte. Un véhicule sur deux est un touriste, principalement des Italiens mais aussi de nombreux ressortissants des ex « Pays Frères », Polonais, Tchèques qui croient que la Croatie est moins chère que la France ou l’Italie. Nous suivons donc la côte enfin débarrassés de la pluie. A faible distance, l’île de Krk (la pénurie de voyelles est toujours aussi flagrante !) s’étire entre ciel laiteux et mer grise. Plein de gasoil, au prix de France. Nous continuons de cheminer avant de grimper dans la forêt sur le plateau qui domine la côte, pour retrouver l’autoroute, moderne, peu fréquentée, avec des panneaux de limitation de vitesse qui ne semblent être là que pour faire « européen », vu comme ils sont négligés. La côte nous a paru de plus en plus bétonnée, les lotissements sont nombreux, l’économie est tournée vers le tourisme. A l’intérieur, rien de tel, nous traversons sur plusieurs centaines de kilomètres une garrigue sans la moindre exploitation agricole, sans villages en vue. Au loin, les montagnes montent la garde. Nous avançons bien sous un soleil retrouvé, laissant Zadar puis Split sur la côte, sans les apercevoir. Je commence à fatiguer et nous décidons en fin d’après-midi de quitter l’autoroute pour rejoindre le bord de mer par une belle série de lacets. Nous retrouvons la succession de stations balnéaires, envahies de touristes, autochtones ou étrangers. Nous roulons en Croatie 3484corniche, surplombant de jolis villages au clocher pointu, le long d’une mer calme, à peine ridée par les ferries qui acheminent les voyageurs vers les îles. Nous cherchons un camping. Les premiers sont minables, surpeuplés et chers. A chaque fois, il faut quitter la route principale, descendre par un étroit chemin jusque dans le village et découvrir une cour, un terrain déjà envahis. Tous les cent mètres, des propositions de chambres… Nous commençons à désespérer et ce n’est qu’à sept heures et demie passées que nous trouvons à nicher dans une pinède. Nous nous récompensons de nos efforts par un pastis glacé (une bonne idée de Marie en dernière minute…) avant de dîner.

 

Samedi 14 août : La nuit a été bonne, calme. Adossés à la colline, sans proches voisins, en contrebas de la route, nous avons dormi tout notre saoul. Nous profitons des installations du camping, sans doute le dernier avant la Grèce. Les toilettes sont plus propres que nos préjugés ne nous le laissaient supposer. Grand décrassage du gros orteil à la pointe des cheveux. Nous continuons de suivre la côte dans un superbe paysage méditerranéen : cyprès sur fond de mer à peine rayée par le sillage des bateaux. Les îles s’allongent, se superposent tant et si bien que nous ne savons plus ce qui est continent, ce qui est insulaire. Nous traversons puis dominons une zone de cultures maraîchères dans le deltaCroatie 3487 du Neretva, une plaine irriguée par des canaux, partagée en parcelles rectangulaires qui forment des damiers. Les paysans vendent leurs fruits et légumes sur le bord de la route. Nous nous traînons derrière le plus lent, traversons les huit kilomètres de la riviera bosniaque, bétonnée de frais avant de retrouver la Croatie et bientôt Dubrovnik. De gigantesques paquebots, ancrés dans la baie, signalent la ville et ôtent toute envie d’y retourner en cette saison ! Nous évitons la ville par la route en Croatie 3490corniche d’où nous avons une vue superbe sur la vieille ville, ses remparts, tours et maisons à toits de tuile, reconstruites après la guerre… Nous nous arrêtons plus loin pour acheter des cahiers, un pour Marie, un pour moi pour remplacer ce maudit ordinateur, et du pain dans un supermarché qui semble très bien achalandé mais où on ne trouve ni peigne, ni brosse à cheveux. J’écoule les derniers kunas en achetant cinq litres de gasoil puis nous déjeunons rapidement, à côté de malodorantes poubelles mais à l’ombre. Peu après, nous atteignons la frontière du Monténégro, rapidement passée, ce qui n’est pas le cas dans l’autre sens où la queue s’allonge sur des kilomètres. Je refais un plein de gasoil et découvre, heureusement surpris, que la monnaie est l’euro, Donc pas de problème de change. Le développement économique du Monténégro, du moins sur la côte dalmate, est étonnant. Le tourisme en semble le moteur et son dynamisme ne fait pas de doute. Nous traversons Herceg-Novi, agréable station balnéaire qui aurait pu servir de cadre à une pièce de Tchékhov, brutalement réveillée par l’afflux de touristes, surtout italiens qui déambulent en maillot de bain en ville. Nous allons y visiter le monastère orthodoxe de Savina, occasion de retrouver l’écriture cyrillique. Un pope barbu monte la garde à l’entrée, prêt à réprimander les tenues trop légères. Deux églises côte à côte, grande iconostase dans la première et fresques très dégradées dans la seconde. Plus loin, nous aboMontenegro 3499rdons les Bouches de Kotor, une vaste baie entourée de hautes montagnes grises, abruptes, fermée par une passe étroite. La route en fait le tour en découvrant des bourgades aux beaux bâtiments de pierres blanches d’où pointent les clochers séparés des églises. T out le site est évidemment très touristique. Nous parvenons à Perast, sans doute la plu s jolie bourgade. Ses palais  restaurés s’alignent au bord de l’eau, certains portent encore en écusson le lion de Saint-Marc. Une route qui devrait être interdite à la circulation passe entre palais et quai. Nous nous garons, marchons jusqu’à l’église devant laquelle des barques proposent Montenegro 3500l’excursion jusqu’à un îlot proche où se dresse l’église Notre-Dame du Rocher. Nous embarquons et visitons cette petite chapelle devenue musée. Elle renferme des tableaux d’un élève local de Palma le Jeune, sans doute pas le meilleur de la classe, mais le plafond à caissons décorés, les fresques et les milliers de plaques d’argent déposées en ex-voto lui confèrent beaucoup de charme. Nous récupérons la voiture en commençant à souffrir de la chaleur, la climatisation s’impose… Nous atteignons Kotor, la ville la plus importante. Des remparts impressionnants la ceinturent mais une muraille grimpe également dans la montagne. Un paquebot y a accosté. La porte ancienne franchie, nous retrouvons une ville médiévale là aussi restaurée et dédiée au tourisme. Il y règne une ambiance de Venise : ruelles étroites entre les murs gris des anciens palais, Montenegro-3508.JPGsuccession de places et quelques églises orthodoxes. La plus importante, Saint-Tryphon est un curieux mélange de styles : de gros piliers formés de colonnes en brique accolées, des chapiteaux corinthiens, des fenêtres trilobées et un joli dais sculpté au-dessus de l’autel. L’entrée est payante, ce qui est justifié par un petit musée religieux à l’étage qui manque d’explications. Nous repartons et nous nous lançons à l’assaut de la montagne Lovčen par une succession de lacets en épingles à cheveux, nous nous élevons au-dessus de Kotor et découvrons le lacis de baies, fjords, îles sous un soleil très déclinant. Nous parvenons enfin à un carrefour mais là, il nous reste encore une douzaine de kilomètres sur un plateau, toujours en montée, avec une route de plus en plus étroite pour Montenegro-3512.JPGarriver au cul-de-sac, à un mausolée. Je m’astreins sans plaisir (Marie a renoncé) à l’escalade des quatre cents marches d’un escalier, dans un tunnel qui se veut majestueux et qui n’est qu’épuisant et ridicule, pour déboucher devant le mausolée. Deux cariatides géantes gardent l’entrée du tombeau d’un poète local, une statue d’un moustachu, l’air féroce ou résolu, couvé par un aigle de marbre noir. Seule la vue sur 360°, sur les montagnes, maintenant dans une semi obscurité, légitime l’effort. Nous ne pouvons dormir là, le garde s’y oppose. Nous redescendons rapidement nous installer pour la nuit derrière un restaurant fermé.

 

Dimanche 15 août : Nous nous réveillons au frais. Je souhaite sa fête à Marie qui ne s’attendait pas à recevoir un autre livre de Kadaré et un de Dumas. Nous repartons dans la descente vers Kotor mais le ciel est couvert et la vue panoramique est très décevante, les Montenegro-3513.JPGeaux ne miroitent pas et les plis des montagnes sont insoupçonnables. Nous bifurquons vers Budva. La route, très fréquentée, traverse des zones industrielles. Peu de panneaux sont en cyrillique, l’alphabet romain semble désormais bien établi. Nous arrivons à la cité balnéaire de Budva, très animée avec sa foule de minettes exhibant un maximum de chairs dorées. Nous nous garons près de la vieille ville enserrée dans ses remparts. Une promenade arborée sépare le bord de mer de la ville moderne. Des yachts de m’as-tu-vu ancrés à touche-touche cachent la vue sur la baie. Nous nous promenons dans les ruelles. Chaque maison est une boutique, presque toujours Montenegro-3518.JPGdédiée aux vêtements. Nous débouchons sur une placette, déjà trempés de sueur. Une église catholique et une autre orthodoxe, avec une belle iconostase, se font fraternellement face. Le long des remparts, la forteresse, un simple bâtiment devant la mer, renferme une bibliothèque bien fournie en livres sur la région en diverses langues. Du sommet des remparts, nous avons une vue sur les toits de tuiles des maisons, les hôtels tape-à-l’œil mais avec des piscines dans lesquelles j’irais bien diluer ma sueur… Nous revenons par une autre ruelle, récupérons la voiture et continuons de passer par une succession de plages de galets ou, parfois, avec une coulée de béton sur laquelle s’alignent des rangées de parasols multicolores. Peu après, de la route en corniche,Montenegro-3519.JPG nous apercevons l’îlot de Sveti Stefan, relié à la terre ferme par un petit pont. Il est couvert de maisons cubiques, toutes restaurées et semble-t-il transformées en hôtels de luxe. L’accès en est interdit au « vulgaire » qui peut tout de même contempler cet Eden de son coin de plage. Nous déjeunons sur le parking qui domine l’îlot. Le ciel se couvre encore et nous avons droit à quelques gouttes. Le soleil revient plus tard. Nous passons Novi Bar, un détour de quelques kilomètres nous amène à l’ancienne cité, Stari Bar dont il ne reste que des ruines derrière les fortifications, sur une éminence entourée de hautes montagnes. Nous y apercevons les premières mosquées, de type turc, la salle de prière Montenegro-3521.JPGcouverte d’un large dôme et de fins minarets pointus. Elles vont désormais faire partie du paysage à côté des églises orthodoxes et catholiques. L’ancien village, au pied des ruines, est interdit aux voitures, il a gardé son aspect traditionnel et sa rue principale, bien pentue, est pavée de gros galets. Nous peinons dans l’ascension jusqu’à l’entrée des murailles. La restauration de quelques palais et églises justifie le versement d’une modeste dîme. Nous suivons, écrasés par la chaleur, un itinéraire fléché au milieu des ruines. La descente est d’autant plus rapide que nous avons la perspective de boissons fraîches dans un bistrot. Nous nous en offrons une double tournée… Nous continuons en suivant le bord de mer jusqu’à Ulcinj. Les collines qui descendent vers la plage sont Montenegro-3525.JPGcouvertes de cubes en béton colorés d’où s’écoule un flot de vacanciers. Nous y cherchons la vieille ville et trouvons la forteresse. Nous acquittons un parking trop cher à notre goût puis traînons au milieu des ruines  peu intéressantes, derrière les imposants remparts. Quelques maisons, les plus en contrebas, sont devenues des restaurants avec des terrasses sur la mer. Nous quittons la côte et par une route très étroite, pénétrons dans la campagne. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes au poste frontière. Nous n’y sommes pas les seuls et si les formalités sont vite réglées, l’attente pour parvenir au poste a duré plus de trois quarts d’heure sous un soleil implacable. Nous voici en Albanie ! La campagne n’est pas aussi riche, pas de maisons récentes en béton, un paysan chemine sur la route avec son âne. Nous sommes vite à Shkodër mais il faut encore patienter car le pont qui traverse la rivière Buene est à voie unique et la circulation est alternée. Nous attendons au milieu d’un bidonville de Roms. Les gosses s’accrochent à la voiture, frappent aux vitres et réclament de l’argent. Des mères essaient d’attendrir, cigarette au bec, les passagers des véhicules mal à l’aise, contraints de patienter, en exhibant des marmots crasseux et morveux. Nous n’empruntons pas le pont et suivons les bords du lac Shkodrës sur quelques kilomètres jusqu’au village de Shirokë. Nous décidons de dormir en bordure du lac et jetons notre dévolu sur l’un des nombreux restaurants. Nous allons écrire en buvant une bière sur sa terrasse du premier étage puis, à l’aide d’un lexique et de quelques mots d’allemand, nous commandons à dîner. Les plats de poisson, un assortiment de calamars, poulpe en salade et poissons grillés, sont copieux mais l’apprêt culinaire minimal et les arêtes difficiles à éviter dans la quasi obscurité où nous sommes plongés. Pour accompagner, nous commandons une bouteille de vin blanc. Le seul qui soit frais est d’origine indéterminée mais balkanique. Sans être une merveille et vu le prix, il nous satisfait. Après avoir fait rectifier la conversion du montant de l’addition en euros, nous regagnons le camion, bercés par la musique orientale diffusée dans un autre établissement. Il fait une chaleur moite à l’intérieur et je transpire abondamment. Les boules Quiès ne suffisent pas à nous épargner les bruits de la fête proche. Un feu d’artifice est tiré au-dessus du lac et chaque heure, le niveau des décibels augmente… A deux heures du matin, je n’y tiens plus, j’ouvre une des fenêtres, de l’air frais pénètre et sèche mes exsudations puis la fête s’achève et nous pouvons enfin dormir.carte-albanie.png

 

Lundi 16 août : Le village est plus calme ce matin, un petit vent souffle du large mais la température dans la cellule reste élevée et je recommence à transpirer. Passe une procession catholique, prêtre en tête suivi d’une image de la Vierge portée par des enfants puis viennent quelques personnes âgées. A se demander si même pour l’Assomption, les Albanais ont du retard… Nous repartons, passons le pont de bois à voie unique. Le feu rouge qui régule le sens d’écoulement des véhicules est plus ou moins respecté. De l’autre côté, nous plongeons dans la circulation anarchique et les encombrements que l’irrespect des règles élémentaires de circulation ne fait qu’amplifier. Pas de feux rouges, des policiers agitent leurs sceptres, s’époumonent dans leurs sifflets. Ils font partie du décor et ne recherchent bien évidemment pas l’efficacité… Nous atteignons le centre ville et ses immeubles récents, principalement des hôtels et une mosquée moderne, laide, couverte de feuilles métalliques argentées. Nous désespérons de parvenir à nous garer. Les policiers veillent, infligent des contraventions et surtout posent des sabots. Nous profitons d’une place qui se libère. Nous nous rendons, sous un soleil trop lourd pour nos frêles épaules, au kiosque de l’Office du tourisme où, en anglais, une jeune fille nous renseigne mais ne peut nous fournir le moindre prospectus. Je vais changer des euros pour des lekë dans une officine plus avantageuse que la banque. Nous passons ensuite par des rues défoncées, en travaux, sur des trottoirs incertains, les yeux rivés au sol pour ne pas buter sur quelque obstacle, jusqu’au Musée d’Histoire. Nous visitons, passé un portail, une belle maison ottomane du XVIII° siècle, sous la conduite d’un jeune homme qui parle français. Il nous fournit des explications sur les objets de la collection archéologique et notamment de la civilisation illyrienne. A l’étage, une pièce avec de beaux meubles décorés, une cheminée ornée de stucs et quelques mannequins avec des costumes de la fin du XIX° siècle, reconstitue le salon de réception de cette riche demeure. Les autres maisons anciennes ont disparu, victimes de la frénésie immobilière. Nous trouvons un cybercafé pour envoyer des messages. Nous décidons de déjeuner, et surtout boire des bières, dans un jardin à côté de la mosquée. On nous sert des qofta, version locale des şiş köfte turques, Albanie 3527en plus aplaties et des grillades de mouton, des paidhaqe. Le personnel n’est ni trop rapide ni très aimable… C’est à la plus mauvaise heure de la journée que nous allons arpenter la seule rue piétonne de la ville, alors déserte. Des terrasses de café laissent supposer une belle animation en soirée. Les maisons à un étage, repeintes dans des tons pastel font très Europe centrale. Nous continuons la promenade dans une autre rue bordée d’anciennes demeures bourgeoises en très piteux état dont on peut se demander si elles attendent d’être restaurées ou rasées… Nous nous traînons jusqu’à une épicerie où nous achetons une bouteille d’eau gazeuse, tout juste fraîche, qui fait notre bonheur pendant un Albanie-3594.JPGbref quart d’heure. Beaucoup de femmes se protègent du soleil avec de fines ombrelles chinoises en papier peint. Souvenir de l’indéfectible amitié entre les peuples chinois et albanais ? Je retourne changer des euros, le taux s’est amélioré. Nous reprenons la voiture, la circulation est beaucoup plus calme. Nous montons à la forteresse de Rozafa mais nous renonçons à l’escalade du dernier raidillon et préférons rester dans l’air climatisé… Plein de gasoil à un tarif à peine meilleur qu’en France puis nous prenons la route de Tirana. Des étendues d’eau, des rivières, permettent l’irrigation de cultures. Nous quittons bientôt cette route pour une moins importante qui se dirige vers l’intérieur et les montagnes. De bonne au début, elle va progressivement devenir médiocre puis carrément mauvaise. Le revêtement n’est plus qu’un souvenir, les nids de poules sont en partie rebouchés et la route se gondole, pas nous ! Nous longeons un premier lac de barrage puis remontons des gorges où stagne une eau d’un beau vert profond. Nous atteignons Koman, au pied d’un second barrage. Un long tunnel taillé dans la montagne, sans éclairage, sans revêtement, nous fait déboucher sur une aire bétonnée où quelques voitures sont déjà Albanie-3528.JPGstationnées et qui constitue le quai d’embarquement du ferry. Nous nous installons, l’arrière tourné vers le lac de retenue, à côté du barrage. Nous allons prendre un soda sur la minuscule terrasse du café-bar-restaurant-hôtel qui vit des quelques touristes de passage. Des Italiens et des Allemands arrivent. Nous regagnons le camion, je sauve les photos sur l’ordinateur et écris ce journal en profitant de l’air qui souffle sur le lac. J’adhère à la suggestion de Marie de faire baisser le niveau dans la bouteille de pastis. Après dîner, nous goûtons la fraîcheur de la nuit dans ce cadre aquatique et montagnard. Dommage que ce ne soit pas la pleine lune. Quand nous nous couchons, il ne fait plus que 30°c à l’intérieur.

 

Mardi 17 août : J’ai presque froid ! 21°c au matin ! Des minibus arrivent, déchargent des passagers, en remmènent d’autres débarqués de vedettes en tôle bien fatiguées. Une plus grande barque emporte une cargaison de touristes randonneurs, son alAlbanie-3530.JPGlure penchée paraît bien inquiétante… Enfin, à dix heures, nous apercevons le bac, pas en trop mauvais état. Il en sort une file de camions et de voitures, nous pouvons ensuite monter à bord en marche arrière. Nous sommes les premiers, placés sur la rampe de débarquement ! Arrive une série de camions et de voitures, très précisément guidés pour occuper le minimum d’espace. Nous grimpons sur le pont supérieur et occupons l’un des rares bancs de bois. Il est presque onze heures quand nous commençons à remonter ce fjord créé par le barrage, entre des montagnes abruptes, couvertes d’une végétation clairsemée. Albanie-3536.JPGDes éboulis en dégringolent, quelques fermes isolées se repèrent à leurs maisons basses derrière des meules de foin, au milieu de lopins plantés de maïs. Nous nous glissons dans des défilés sur des eaux calmes, peu fréquentées. Le soleil tape et nous commençons à trouver la promenade monotone. Enfin nous accostons. Un bout de piste poussiéreuse nous amène à une bonne route goudronnée. Nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner puis repartons pour Bajram Curri, d’où nous suivons une route qui devient vite une piste, d’abord bonne puis correcte, qui va s’enfoncer dans la vallée de la Valbonne, au cœur des Alpes albanaises. Des constructions modernes remplacent les anciennes maisons-tours, celles qui subsistent n’ont plus que rarement des toitures de tuiles de bois, elles sont désormais à toits de tôle. Nous atteignons le fond de la vallée, dans un Albanie-3547.JPGbeau cirque de montagne qui pourrait être n’importe où dans les Alpes, en France, en Italie etc… Nous allons prendre un pot au café-hôtel qui y est installé puis décidons de passer là la fin de l’après-midi et la nuit. Nous nous installons à l’orée des bois, avec vue sur la barrière rocheuse, en essayant de ne pas voir les bouteilles en plastique et autres déchets abandonnés par les peu scrupuleux pique-niqueurs. Au début de la nuit, de chaque campement (nous ne sommes pas les seuls), viennent des musiques. Elles  font une cacophonie qui heureusement ne dure pas.

 

Mercredi 18 août : Journée de route fatigante ! Nous nous réveillons et partons tôt dans ce beau cadre alpin. Nous reprenons la piste de Bajram Curri en essayant de trouver dans les Albanie-3548.jpghameaux les restes des maisons-tours, toutes transformées depuis longtemps. Je vais acheter du pain dans la bourgade, occasion de remonter à pied la rue principale, bien ombragée. Les marchands de fruits et de légumes ont disposé leurs étals sur le trottoir, les hommes, et eux seulement, sont attablés devant un café servi avec un verre d’eau fraîche. Nous continuons après Fierzë sur une route étroite mais bien revêtue en nous élevant par des lacets serrés bien au-dessus du troisième barrage. Nous dominons pendant des kilomètres le lac de barrage qui s’allonge entre les montagnes couvertes de pins. La route est longue, toute en virages, la moyenne est faible et le kilométrage très supérieur à celui affiché sur notre carte. Nous ne croisons que très peu de véhicules. Enfin nous rejoignons la route qui vient de Shkodër que nous suivons pour Kukës. Elle est à peine plus large et fréquentée. Et les virages de continuer… Toujours en montagne, une vallée après l’autre. Le paysage est agrémenté par la présence de gros champignons en béton armé. Ils Albanie-3551.JPGfurent occupés pendant des années par de malheureux conscrits qui y grelottèrent, transpirèrent, supposés repousser de ces bunkers l’invasion des révisionnistes titistes, suivant les instructions d’un dictateur névrosé, paranoïaque. Nous désespérons d’arriver à Kukës. Peu avant la ville, nous avons la surprise d’aboutir à une autoroute qui n’est indiquée sur aucune carte. Nous commettons l’erreur de la prendre dans la mauvaise direction et devons parcourir plusieurs kilomètres avant de pouvoir, sur un chantier, faire demi-tour. L’autoroute continue vers le Kosovo. Nous devons nous contenter d’une route correcte après Kukës mais qui va vite se transformer en une infernale portion totalement dégradée, les traces de macadam ne faisant qu’empirer l’état de la chaussée. Nous traversons au pas dans des fondrières des villages, avant, à notre grande surprise, de trouver un beau goudron. Une longue expérience nous a appris à ne pas nous réjouir trop vite. Et effectivement, après une dizaine de kilomètres sur cette excellente route, où je peux quitter des yeux la chaussée et jeter un œil au paysage de montagne, la route redevient piste mais bonne, préparée pour recevoir sa pellicule d’asphalte. Les vallées sont moins encaissées que ce matin et donc les cultures plus importantes. Puis elle se détériore, redevient une piste étroite, poussiéreuse, creusée par les camions. Se croiser n’est pas toujours facile, dépasser encore moins. Nous n’apercevons toujours pas Peshkopi, les avis recueillis indiquent toujours plus loin alors que le kilométrage prévu est dépassé depuis longtemps. Enfin du goudron nous l’annonce et nous y voici. Une ville assez laide, avec des immeubles fonctionnels que des pans colorés ne parviennent pas à égayer. Nous peinons à trouver le centre. Marie s’énerve de ne pas se repérer et de voir que les descriptions enthousiastes de notre livre-guide ne correspondent pas à la réalité. Après avoir tourné, viré, essayé de me renseigner en italien dans un hôtel sans trouver d’endroit pour passer la nuit, je décide de sortir de la ville, en direction de Tirana. Peu après, un restaurant-pizzeria avec un grand parking adjacent, nous paraît convenir pour la halte. Nous y prenons un pot, les contenances des bouteilles de soda, 25 et même 15 centilitres, sont certainement les plus faibles d’Europe. Nous avons bien du mal à nous faire comprendre des patrons qui ne parlent que deux ou trois mots d’anglais. La présence de baffles nous inquiète… Je vais écrire dans le camion. Nous dînons, seuls clients, Marie d’une pizza, moi encore de paidhaqe, ces morceaux d’agneau grillé, débités au couperet et donc plein d’esquilles. Plats copieux mais sans originalité !

 

Jeudi 19 août : Pas de clients bruyants, pas de clients du tout de toute la nuit. Au moment de démarrer, les patrons viennent nous réclamer de payer le parking, nous refusons, ils n’insistent pas. La route, comme la veille, est une suite de portions excellentes et d’autres abominables. L’infrastructure routière est en triste état mais les travaux de réfection des routes sont fréquents. Leur schéma directeur m’échappe. Pourquoi un tronçon de trente kilomètres impeccable entre deux absolument ignobles ? Tronçon qui sera détérioré avant que les autres n’aient été refaits ! Seuls, le ministre des transports, les potentats locaux, les entrepreneurs des travaux publics et les bailleurs de fonds pourraient répondre… Nous Albanie-3553.JPGsommes toujours dans les montagnes mais elles s’abaissent au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la côte. Nous longeons un nouveau lac de barrage puis suivons une vallée peu encaissée, couverte de damiers de cultures. Nous rejoignons la route en provenance de Shkodër, très large sur une portion, elle redevient « normale » en approchant de Tirana. Des policiers équipés de radars veillent au respect des limitations de vitesse. Peu avant Tirana, nous bifurquons  pour retourner dans les collines. Au bout de quelques kilomètres, après une courte halte pour déjeuner, nous arrivons au bourg de Krujë. De loin, c’est une ville moderne, le béton récent fait des ravages mais sur un éperon l’ancienne forteresse domine la plaine. Nous parvenons à nous garer à son entrée. Le chemin d’accès est pavé de galets ronds et glissants. Nous devons regarder où nous mettons les pieds, ce qui nous épargne la vision des horreurs des stands de « suvenirs », plantés de chaque côté. A l’intérieur des remparts, les restes d’une mosquée, quelques maisons ottomanes restaurées, pour certaines, par des fortunés à en croire le vernis brillant des portes neuves. L’une d’elles est transformée en musée ethnographique. Elle a gardé son aAlbanie-3557.JPGspect d’origine et montre au rez-de-chaussée une collection d’instruments agricoles ou de travail. A l’étage nous trouvons de beaux salons et des pièces à vivre avec de magnifiques boiseries peintes ainsi qu’une cheminée décorée, semblable à celle du musée de Shkodër. On a voulu exposer trop d’objets, les murs en sont couverts, dans les vitrines les belles étoffes brodées sont trop entassées. Dommage ! Nous suivons une ruelle en glissant sur les pavés entre lesquels pousse de l’herbe et descendons jusqu’au hammam face auquel se dresse un joli tekké que nous fait visiter un Albanie-3558.jpgmonsieur charmant qui ne parle qu’albanais. Il nous montre les tombeaux de saints derviches, des adeptes du bektashisme, une secte syncrétiste. Des restes de fresque ornent la coupole et les murs. Nous visitons avec lui le hammam, en compagnie d’un jeune couple franco-albanais, ce qui nous permet d’avoir la traduction. Nous faisons le tour du site. D’autres propriétaires de maisons ont compris leur intérêt à les transformer en bar-restaurants fréquentés  par les gens de Tirana en quête de fraîcheur et de fierté nationaliste. On ne peut échapper à la vision  de la reconstitution d’un pseudo château en pierres jaunes, aux formes anguleuses, trop neuves, consacré à Skanderberg, le grand héros du passé ! Nous repartons, récupérons la route et entrons dans Tirana. Banlieue industrielle et immeubles d’habitation grisâtres en constituent l’approche. La circulation est toujours aussi furieuse, totalement anarchique. Le centre est à peine plus calme. Nous débouchons sur la place centrale, place Skanderberg bien sûr, en travaux. Nous en faisons le tour  pour essayer  d’accéder au parking de l’hôtel Tirana International. On n’y veut pas de nous mais on nous indique un emplacement possible tout proche, derrière l’opéra. Nous nous y rendons en empruntant un sens interdit mais nous ne sommes pas les seuls… Un gardien de l’opéra, moyennant une honnête rétribution, promet de veiller  sur le camion nuit et jour. Nous partons aussitôt à la recherche d’un cybercafé que nous trouvons à l’extrémité d’un boulevard ombragé et calme. Rassurés par les nouvelles que Marie-Cécile nous donne d’André, nous revenons en faisant halte à une terrasse de café pour nos sodas de fin d’après midi… Retour au camion d’où nous entendons les vocalises d’un baryton qui répète la prochaine création à la gloire de Mère Térésa… Un pastis bien mérité clos la journée. Le lieu s’anime à la nuit  mais cela reste supportable et je m’endors sans difficulté.

 

Vendredi 20 août : Il fait jour tôt. L’absence de décalage horaire avec la France se fait sentir. Nous partons pour la visite pédestre de la ville. Nous remontons une avenue jusqu’au marché central. Plutôt décevant, rien d’exceptionnel, des amoncellements de fruits, Albanie-3565.JPGlégumes, olives, pastèques, rien de comparable avec les marchés d’Afrique du nord. Seule originalité : les tas d’œufs classés par taille et donc par prix. Nous suivons ensuite la rue George Bush (!). L’Albanie doit être le seul pays au monde resté fidèle à « Deubeuliou », le philoaméricanisme est partout : drapeaux américains sur les bureaux, devant les boutiques, tee shirts etc… Nous arrivons au bord de la Lana, la rivière ou plus exactement le ruisseau qui traverse la ville. Un antique pont ottoman tente de survivre à côté de celui en béton traversé par des flots de véhicules. Sur l’autre rive, les immeubles sont très colorés, presque Albanie-3575.JPGgais. Un ancien maire a eu l’idée de repeindre toutes les façades grises des immeubles ainsi que les bancs et autre mobilier urbain. Le résultat est plaisant même si aujourd’hui les couleurs s’estompent. Cela a aussi permis tous les délires de mauvais goût… Nous longeons la rive, passons devant la pyramide décatie qui aurait dû être dédiée à Enver Hoxha (impossible de ne pas penser au livre éponyme de Kadaré) puis nous atteignons le quartier autrefois réservé de lAlbanie-3573.jpg’ancienne nomenklatura communiste. Il est devenu le quartier branché de Tirana ! Des immeubles de verre occupés par des banques et autres sociétés s’y dressent. Des bistrots, nombreux partout dans le pays, ont inst allé des parasols, des fauteuils et même des divans dans les rues piétonnes et les nantis viennent, à cette heure, y prendre un petit déjeuner avec des croissants. Nous cherchons et trouvons des immeubles peints, l’un couvert d’une résille verte, l’autre de vagues aux couleurs de l’arc-en-ciel. Nous retournons sur les bords de la Lana pour y apercevoir les beaux immeubles anciens des apparatchiks, égayés de damiers colorés. Nous revenons vers la place centrale et allons perdre une heure dans la Galerie d’Art. Elle présente une collection de peintures albanaises depuis la fin du XIX° siècle. Pas grand chose de remarquable, le plus intéressant, Vangjush Mio, avait cinquante ans de retard sur les mouvements contemporains… Par contre, les salles consacrées au réalisme socialiste  Albanie-3580.JPGsont édifiantes ! Fiers et virils ouvriers, courageuses et fraîches paysannes œuvrent dans la joie pour l’édification du paradis des travailleurs et des travailleuses, comme dirait cette chère Arlette… Nous allons déjeuner dans la cour d’une auberge installée dans une ancienne maison ottomane restaurée, une des rares à ne pas avoir été rasée. Marie se régale tant de son plat de viandes et fromage dans une sauce au yaourt qu’elle en emporte les restes ! Nous allons visiter ensuite la très jolie petite mosquée sur la place Skanderberg. L’intérieur de la salle de prière mais aussi le porche et même l’extérieur sont couverts de belles fresques, des entrelacs de végétaux encadrent des représentations de villes imaginaires aux tons délicats comme des aquarelles de jeunes Albanie-3583.JPGfilles… Quelques vieux lisent ou somnolent devant leur Coran. Personne ne s’offusque de notre venue en dehors des heures de visite. On n’impose à Marie que le port d’un foulard sans demander la moindre contrepartie. La place est en plein travaux. C’est dommage car les immeubles de style italien, ocre et rouges, la mosquée, le Palais de la Culture et le musée, forment un intéressant ensemble architectural varié. Nous nous rendons au Musée historique. Sa fresque de mosaïque à la gloire de l’édification du socialisme est en restauration. Les salles sont vastes, mal ventilées. Passé celles consacrées aux périodes grecques et romaines, notre attention se relâche dans celles dévolues aux temps médiévaux puis aux combats nationalistes. Heureusement une petite salle, spécialement ouverte, expose de très belles icônes dont une remarquable du XVI° siècle où des chevaux semblent vivants, pas du tout stylisés. Le grand artiste local est un certain Onufre du XVI° ou XVII° siècle. Trois de ses icônes ont de beaux bleus. Nous abrégeons la visite des salles sur la lutte des partisans et, l’heure étant peu avancée, nous décidons de repartir. Nous trouvons facilement la route d’Elbasan. Elle semble être celle des week-ends à en croire le nombre d’auberges, parcs avec piscines qui se suivent sur des kilomètres. La route retourne dans les collines. Nous avons vue sur les montagnes de part et d’autre. Nous nous arrêtons pour la nuit dans une station-service qui accepte, moyennant une obole, que nous nous installions derrière le bâtiment avec vue sur les montagnes. La propreté du lieu n’est pas son point fort mais tout le pays est ainsi. Les bords des routes sont des dépotoirs, nul n’imagine jeter ses ordures dans des poubelles qui d’ailleurs n’existent pas ou rarement.

 

Samedi 21 août : Le vent agite les branches des eucalyptus qui raclent le toit du camion. Nous sommes réveillés tôt, le vent et l’altitude nous ont épargné les excès de chaleur. Je profite des « commodités » de la station-service pour vidanger les toilettes et refaire un plein d’eau, ce qui n’est pas du goût du préposé d’aujourd’hui. Je dois lui expliquer que j’ai déjà versé mon écot à son prédécesseur de la veille. La descente sur Elbasan est déprimante : un immense complexe sidérurgique occupe la plaine. Nous l’évitons et pénétrons dans la ville. Nous nous garons sous les remparts puis franchissons une des portes de la muraille pour entrer dans l’ancienne citadelle. Presque toutes les maisons ont été reconstruites dans le style « moderne » et consacrées à des commerces parfois surprenants tels des bingo ou des casinos avec machines à sous. Nous trouvons l’ancienne mosquée sans charme particulier. Dans une ruelle, nous entendons parler français dans une maison. La femme Albanie-3589.jpgnous invite à entrer. Elle, albanaise, et son mari français, sont architectes et vivent ici depuis douze ans. Ils nous offrent le thé, nous nous informons sur la vie locale puis prenons congé. Plus loin, nous visitons une ancienne église orthodoxe, en activité. Le pope nous ouvre la porte, nous laisse admirer l’iconostase qui a perdu ses portes puis nous offre une carte postale et nous fait allumer deux cierges… Un dernier tour  dans le quartier nous permet de deviner quelques maisons anciennes, pas en très bon état. Nous ressortons sur l’esplanade ensoleillée, beaucoup trop… Nous jetons un œil à la belle maison traditionnelle qui héberge le musée ethnographique, fermé… puis nous repartons. Nous sommes désormais dans la plaine et le paysage est tout à fait quelconque. Nous suivons le grand axe nord-sud, une bonne route mais seulement à deux voies. Nous l’abandonnons pour filer sur Berat. Nous y sommes peu avant treize heures. J’ai hâte d’y parvenir pour boire une bière fraîche ! Boire devient une obsession avec cette chaleur. Une fois les quartiers d’immeubles récents traversés, nous trouvons les deux quartiers de la ville ancienne, le musulman et le chrétien, séparés par une rivière et reliés par une passerelle. Je suis d’emblée séduit par la perspective des belles maisons, étagées sur les flancs des Albanie-3601.JPGmontagnes, toutes chaulées de frais, pourvues d’innombrables fenêtres. Aucune construction moderne ne vient déparer cet exceptionnel ensemble. Un site mémorable en Albanie ! Nous déjeunons dans le camion, parqués dans une avenue interdite à la circulation. Quand nous repartons, deux policiers montent la garde à l’entrée… L’un manifeste l’intention de nous demander des explications mais l’autre, jovial, content de nous dire « bonzour » nous évite des désagréments. Nous grimpons avec la voiture une ruelle pavée, en très forte pente, pour parvenir à la citadelle. Elle est encore habitée et nous y trouvons de belles maisons anciennes à colombages restaurées. Elles sont en encorbellement, murs blancs mis en valeur par des poutres et toits en surplomb. Les petites églises orthodoxes couvertes de Albanie-3603.JPGfresques sont toutes fermées. L’une d’elles peut se visiter, elle possède une belle iconostase avec une Vierge peinte par le fameux Onufre. Une partie de l’église est transformée en musée et des icônes, certaines d’Onufre, y sont exposées. Nous nous promenons dans la citadelle, admirons de l’extérieur les jolies églises byzantines en briques puis reprenons la voiture. Dans la descente, nous nous arrêtons pour voir de plus près une vieille maison ottomane pourvue à l‘étage d’une superbe véranda et transformée en un musée ethnographique que nous ne visitons pas. Puis c’est un ensemble de bâtiments, mosquée, tekké et autres, tous fermés ou utilisés pour la prière. Nous nous garons le long de la rivière et allons faire le tour de la petite mosquée dite des « Célibataires ». Semblable à celle de Tirana, elle est décorée de fresques, en moins bon état sur son pourtour extérieur, abritées par le toit. Elle est fermée et son rez-de-chaussée est devenu un magasin de souvenirs ! Nous empruntons la passerelle pour aller nous promener dans le quartier chrétien de Gorica. Les maisons y sont identiques mais avec plus de verdure. Partout, au-dessus des portes, des treilles d’où pendent des grappes de raisins. Ici ce sont les Albanie-3611.JPGéglises qui sont à visiter. Aucune n’est remarquable mais elles ne se privent pas de carillonner à toute volée en réponse aux appels à la prière des muezzin. Nous revenons en passant par un pont en dos d’âne sur l’autre rive que nous suivons en contemplant les harmonieux ensembles d’habitations des deux berges. Une bouteille d’eau gazeuse glacée achève de me détraquer les intestins. Nous remontons à la citadelle par une route moins raide et nous nous installons pour la nuit sous les pins, en contrebas d’un camion 4x4 d’Allemands. Nous pensions être au calme mais le samedi soir, les Albanais font la fête et il n’y a pas de vraie fête sans une puissante sono ! Nous aurons droit une bonne partie de la nuit au répertoire traditionnel avec clarinettes, rythmes et chants puis aux grands classiques américains de ces dernières années. Si la musique locale ne me déplaît pas, elle a un petit côté exotique, je n’ai pas du tout envie d’entendre James Brown, aussi j’ai vite recours aux boules Quiès !

 

Dimanche 22 août : Au matin, le calme est revenu et à sept heures, nous nous réveillons. Deux heures plus tard, temps nécessaire à Marie pour une « grande » toilette, avec shampoing et astiquage, récurage complet, nous reprenons la route en direction de Fier. Nous allons nous traîner sur une mauvaise route étroite et sinueuse, très fréquentée, en particulier par des cortèges de mariés, encore plus nombreux que les jours de semaine. Les traversées de villages quasi incessantes sont épiques. L’indiscipline du conducteur albanais est difficilement imaginable. On s’arrête au milieu de la chaussée, quitte à bloquer la circulation pour aller faire une course ou dire bonjour à un ami et il ne faut pas s’en offusquer. Nous devons traverser Fier de part en part pour trouver la route du site d’Apollonia. Sur une colline, les jeunes mariés viennent s’y faire filmer dans les ruines, ce Albanie-3617.jpgpourrait être charmant, champêtre, s’ils étaient moins nombreux. Nous leur emboitons le pas pour approcher les restes d’un bouleutérion dont une façade et ses colonnes ont été grossièrement restaurées. En face, un petit odéon fait encore bonne figure. Lui succède une série de dix-sept niches que nous longeons sous le regard narquois de Phoebus. Marie tient à monter sur la colline d’où l’évacuation de quelques litres de sueur, sans résultat, car la vue est cachée par les arbres. Nous revenons visiter la jolie église byzantine avec un porche élégant. Elle renferme une iconostase en bois sculptée, de grande qualité, mais les icônes ont été remplacées par des images ! Je n’ai pas du tout envie de marcher jusqu’au théâtre et apprécie d’en repousser l’échéance à l’après déjeuner. Rillettes et bière(s) fraîche(s), les meilleurs remontants ! Nous tentons de trouver le théâtre avec la voiture, en vain. De la route en repartant, nous en apercevrons des restes. Nous revenons à Fier, plus calme à cette heure et prenons la route de Tirana sur quelques kilomètres, pour aller voir, non sans nous perdre pour cause de panneaux indicateurs fantaisistes, le monastère orthodoxe d’Ardenica. Nous devons encore gravir des marches pour trouver le portail clos. Je fais résonner le lourd heurtoir, sans grand succès. Enfin, au bout de quelques minutes, le bedeau vient nous ouvrir. Nous avons le droit d’entrer dans l’église, plantée au beau milieu du monastère. Les cellules occupent les murs d’enceinte mais nous ne pourrons en voir plus. Quant à l’église, elle est magnifique, entièrement Albanie-3620.JPGcouverte de fresques, assez peu dégradées. Une belle Dormition de la Vierge occupe le mur du fond et des scènes de la vie du Christ courent sur les murs. L’iconostase est là aussi très finement sculptée, de même que la chaire. L’éclairage est chiche et le bedeau peu souriant. Puis nous prenons la route de Vlorë, rapidement atteinte. Une ville moderne avec des immeubles récents, le long d’une large avenue qui conduit à la mer, au port. Nous faisons une courte halte pour arpenter la rue Justin Godart du nom d’un radical-socialiste français, défenseur des Albanais, oublié chez nous. L’intérêt est non pas dans le nom mais dans les maisons de pierre qui la bordent et lui donne une allure de petite ville grecque. Nous longeons alors la côte. D’abord des plages de sable, aussi peuplées qu’en Croatie. Puis la route, très encombrée, avec des voitures garées qui réduisent la largeur de la chaussée, passe de crique en crique, longe des plages de galets avant de s’élever dans les pins pour franchir un col. La descente vers la mer, sur le versant abrupte et aride de la montagne est vertigineuse. Au village de Albanie-3625.JPGDhërm, nous suivons une ruelle qui ne laisse passer qu’un véhicule, toute en montée, pour arriver à l’église qui domine le village. Les quatre roues motrices et la petite vitesse sont nécessaires pour franchir la dernière épingle à cheveux, négociée en deux temps. Nous devons encore grimper des marches pour atteindre l’église. Le cadenas et sa clé sont sur la porte, nous pouvons découvrir un ensemble de fresques superbes avec un classique Jugement Dernier, les damnés toujours avalés par le Léviathan. Une amusante frise conte les suAlbanie-3629.JPG pplices infligés par des diables aux humains. Nous repartons pour le village suivant, Vuno. Là encore, une église plus facile à atteindre nous attend. Un jeune Albanais qui gère une association et une auberge de jeunesse voisine, nous ouvre les portes de l’église Saint-Spiridon. Encore des fresques, toutes dans les tons ocre, les autres couleurs ont passé. L’originalité est dans l’iconostase, sans icônes, uniquement constituée de scènes directement peintes sur le mur de pierre. Une petite chapelle voisine a elle aussi une modeste iconostase peinte à fresque. Nous décidons de camper là, entre les deux églises. Nous sortons table et fauteuils en guettant le coucher du soleil. Nous espérons que les jeunes à l’auberge, des Grecs et des anglophones, seront discrets…

 

Lundi 23 août : Cette nuit ce sont les chiens qui ont donné un concert d’aboiements, relayés par les braiments des ânes alertés. Quelques moustiques avaient réussi à s’introduire dans la cellule et au matin, ce sont d’énervantes mouches qui prennent le relais. Bref, une mauvaise nuit. Nous continuons de longer la côte. La route au bon revêtement depuis la descente du col de la veille continue de serpenter dans les montagnes, passant d’une crique à la suivante. Pas une qui n’ait son établissement balnéaire avec bar, musique et parasols sur la plage. Dans les villages, la construction de maisons particulières est à l’œuvre, briques et béton partout. Plus aucun village n’a de cachet. La grande ville, Sarandë, est un délire de Bouygues, on n’aperçoit plus la mer qu’entre deux immeubles, juste au-dessus des parasols et cela continue. Mais qui va venir passer ses vacances sur ces plages bondées, se tremper dans ces eaux polluées et pique-niquer au milieu des plastiques et papiers gras ? Ensuite la route est en construction, tout le monde roule au pas, Albanie-3631.JPGpour une fois, c’est nous qui doublons les autres. Nous passons entre mer et lagune. L’île de Corfou est presque à portée de main. Nous descendons dans une plaine inondée, traversée de canaux. Continuer en empruntant un très primitif bac nous amènerait en Grèce. Mais nous sommes là pour le site archéologique de Butrint. L’ancienne cité grecque puis romaine s’est édifiée sur une colline entourée d’eaux. La promenade entre les différents monuments est heureusement ombragée. Le théâtre avec son mur de scène, baigne Albanie-3635.JPGcurieusement dans les eaux. Plus loin, une très vaste et très haute basilique voisine avec une fontaine qui a perdu ses statues. Elles ont été dispersées dans des musées et les mosaïques dont une semble-t-il magnifique, sont dissimulées sous des bâches recouvertes de gravier. Nous montons à l’acropole couronnée par un château vénitien. J’abrège la visite du petit musée, non climatisé, non aéré. Nous regagnons le camion, discutons avec un couple de camping-caristes français et enfin mangeons et surtout buvons. Nous revenons sur nos pas puis prenons la route de Gjirokastër. Nous y sommes dans l’après midi. Nous nous garons sur la place principale de la ville ancienne. Ma première impression est médiocre. On aperçoit quelques belles maisons mais il n’y a pas l’unité architecturale de Berat. Nous prenons un pot sur la place puis je vais faire Albanie-3655.JPGun tour à pied. Les ruelles au-delà ne manquent pas de caractère, pavées de grosses pierres rectangulaires, elles montent, descendent, tournent en contrebas de la citadelle. Les maisons de pierres grises, quelquefois chaulées, sont couvertes de lauzes. La vision aérienne de l’ensemble est superbe. Je repère un cybercafé. Nous y retournons, avec Marie, message de Julie bien rentrée à Paris. Nous reprenons la voiture et montons à la citadelle. Il semble que nous pourrions nous garer à l’entrée pour la nuit. De là-haut, nous détaillons les belles maisons ottomanes avec les parties Albanie-3649.JPGhautes en encorbellement. Nous repartons à la recherche d’un restaurant, je m’embringue dans des montées vertigineuses, sur des ruelles étroites, pas certain de pouvoir faire demi-tour… Nous finissons par retourner nous garer sur la place. Je m’aperçois que le phare de recul n’est plus tenu que par les fils électriques. Son support était simplement collé ! Nous allons dîner, fort bien, dans une taverne en plein air de l’ancien bazar. Le garçon n’est pas souriant mais les portions de moules et de cuisses de grenouilles dodues excusent tout. Et si le vin blanc est infâme, la bière de Korçë est glacée. Nous remontons nous installer à l’entrée de la forteresse, dominant les lumières de la ville, au moment de l’appel à la prière du muezzin.

 

Mercredi 24 août : La nuit a été calme. Au matin nous sommes dans l’ombre, le gardien de la citadelle arrose le parking et le soleil éclaire les toits de lauze des maisons, modestes ou Albanie-3658.JPGcossues. Elles semblent ainsi recouvertes d’une résille grise. Les demeures les plus importantes sont généralement constituées de deux hautes tours carrées reliées par un bâtiment ; l’ensemble surmonté d’un toit dont l’avancée est supportée par des poutres inclinées. Toutes ne sont pas chaulées, la pierre, elle aussi grise, est à nu. Les rues sont toutes pavées de galets noirs, blancs ou roses qui forment des dessins géométriques, du moins dans le centre. Nous commençons par visiter la citadelle. Avant de déboucher  sur des terrasses, il faut traverser un couloir aux murs très épais et très hauts qui sert de garage à des canons italiens ou allemands de la dernière guerre. Des terrasses, nous avons une vue panoramique  sur toute la ville et à la pointe de la citadelle, sur les toits du quartier chrétien et de son église orthodoxe. Dommage que des constructions, murs colorés ou toits en ciment, fassent tâche. Nous prenons la voiture pour aller nous garer devant la maison Zekate, une superbe demeure patricienne que nous pouvons visiter. Le Albanie-3659.JPGrez-de-chaussée sert de communs, au premier étage des pièces d’habitation et au dernier étage une véranda pour l’été et un splendide salon d’apparat. Les murs chaulés sont couverts de fresques à motif floral, le plafond de bois est lui aussi peint et la cheminée est surmontée d’une grappe de raisin et d’une pastèque modelées en plâtre et peintes. Les boiseries sont finement travaillées, les portes des placards peintes. Pas de meubles, des matelas recouverts de couvertures et de jolis rideaux aux fenêtres. L’attention n’est pas détournée par une multitude d’objets comme dans un musée. Nous discutons avec un couple de Français et leur donnons des informations puis nous allons nous garer dans le centre ancien. Nous marchons jusqu’au musée ethnographique, l’ancienne maison natale d’Enver Hoxha, mal restaurée. Le musée est peu intéressant, les objets rassemblés, à l’exception de vêtements, ne sont pas de premier choix ni très anciens. Nous cherchons ensuite la maison d’Ismail Kadaré. On nous indique très aimablement le chemin, nous accompagnant pour nous mettre sur la voie. Il faut descendre d’étroites ruelles en pente, presque des sAlbanie-3664.JPGentiers herbeux, en glissant sur les pierres. Elle est en pleine reconstruction après avoir brûlé et donc sans le moindre intérêt. Nous revenons en peinant dans les montées vers le bazar. Je vais acheter des timbres et nous écrivons des cartes postales devant un soda glacé au cybercafé en panne d’électricité. Je vais changer des euros, poster les cartes. Nous reprenons la voiture pour remonter sur les flancs de la citadelle et nous garer près de l’église orthodoxe. Nous descendons une ruelle bien pentue jusqu’à l’église, fermée ! Nous ne pouvons qu’en faire le tour et distinguer quelques têtes sculptées à son chevet. Nous déjeunons dans le camion avec une dernière vision sur la ville. Nous prenons la route de Tirana avant de bifurquer pour suivre celle de Korçë, plus étroite, qui nous fait retourner dans les montagnes. Nous suivons des gorges dont la largeur varie puis nous nous élevons, admirons des montagnes qui coulent en crêtes acérées vers Albanie-3669.JPGla rivière, couvertes de végétation et qui, de ce fait, m’évoquent Tahiti ! La moyenne n’est pas fameuse sur cette route étroite et sinueuse. La proximité de la frontière grecque explique la présence d’une multitude de bunkers qui semblent avoir surgi tels des champignons après la pluie ! Enfin nous retrouvons la plaine, une dernière montagne à franchir et nous apercevons Korçë. Bien qu’il commence à se faire tard et que je sois fatigué, nous décidons de continuer jusqu’au village de Voskopojë où se trouvent des églises intéressantes. Après nous être trompés de route et avoir dû traverser une abominable décharge empuantie par les fumées, nous sommes mis sur la bonne route par un quidam que nous emmenons. La route n’est pas fameuse au début puis se poursuit par un excellent tronçon qui s’achève à l’entrée du village où les rues ne se parcourent qu’au pas tant elles sont défoncées. Nous cherchons l’église Saint-Albanie-3670.JPGNicolas, nous garons devant et à ce moment surgit le pope. Il nous en ouvre la porte. Au mur extérieur est accolé un portique à colonnes qui protège des fresques représentants des saints. L’intérieur, très vaste, est entièrement couvert de fresques des frères Zografi, très dégradées. Les scènes sont difficiles à identifier et le pope s’impatiente. D’après lui, il est impossible de visiter les autres églises mais il nous conseille d’aller dormir devant le monastère de Saint-Jean Prodhromi. Nous devons suivre une piste de plus en plus difficile qui monte dans les sapins et se termine à l’entrée du monastère. Nous nous garons, à peu près à plat, sous les arbres.

 

Mercredi 25 août : Réveil glacial à cause de la température, enfin fraîche. J’apporte ma contribution aux déchets qui nous environnent en vidangeant les toilettes mais au moins les « matières » sont biodégradables !!! La porte de l’enceinte du monastère étant ouverte, nous y montons. La petite église est entourée sur deux côtés de bâtiments très quelconques. Tout est fermé. D’autres visiteurs nous disent d’attendre, ce qu’ils font en se préparant un café sur un réchaud à gaz apporté pour la circonstance. Nous patientons puis, las, repartons. Nous commençons la descente quand arrive le bedeau. Nous remontons avec lui. Il nous ouvre les portes de l’église. Les murs du pronaos sont peints de fresques encore colorées mais bien dégradées. A l’intérieur, les fresques sont encore plus passées, seuls les tons ocre subsistent. Impossible d’avoir la moindre explication du bedeau qui ne bredouille aucune langue étrangère. Et les photos ne sont pas autorisées… Nous redescendons dans le village et approchons de l’église Saint-Athanase, au sommet de la colline qui sert de cimetière. En passant par celui-ci, nous pouvons atteindre l’église. Un de ses côtés est pourvu d’un porche à arcades peint de fresques des frères Zografi, encore bien colorées mais couvertes de scandaleux graffitis récents. Tous les popes ou imans rencontrés nous ont sorti le couplet anticommuniste mais les inscriptions postérieures àAlbanie-3672.JPG 1990 sont les plus nombreuses ! Des scènes de l’Apocalypse, en particulier une très réaliste scène de tremblement de terre, au-dessus de Saints en pied, couvrent les parois. Nous revenons sur Korçë et nous nous garons près de la récente cathédrale, immonde pâtisserie rose ! Derrière, dans des quartiers anciens aux rues défoncées, nous trouvons le musée du peintre Vangjush Moi que j’avais apprécié à Tirana mais la porte est close. Nous apprendrons que sa conservatrice est dépressive et rarement d’humeur à ouvrir ! Un peu plus loin, nous trouvons le Musée d’Art médiéval. Là aussi la porte est close mais une sonnette fait apparaître une femme qui parle Albanie-3678.JPGanglais. Elle soulève le rideau métallique et nous allume les lumières d’une grande salle où est exposée une superbe collection d’icônes, bien mises en valeur, avec des cartons en anglais. Nous y retrouvons des œuvres d’Onufre et des frères Zografi. Quelques-unes proviennent d’une église proche de Korçë, Vithkuq et sont remarquables de fraîcheur, tant dans les coloris que dans l’expression et l’environnement des personnages. Nous marchons dans la grande avenue moderne, jusqu’à une place où nous postons une dernière carte. Je suis surpris par le nombre d’officines de change. Nous allons faire un tour dans le bazar qui déborde sur les chaussées, les cours, y compris celle d’un han, un caravansérail qui aurait vu passer Lord Byron. Il serait sans doute surpris par l’ambiance d’aujourd’hui… Il est toujours en activité, on peut y louer des chambres mais le calme ne doit pas être assuré ! Les étals proposent des camelotes chinoises, des chaussures, des vêtements et autres articles de quincaillerie. Par une autre cour d’un ancien caravansérail où des oiseaux dans de bien trop petites cages pleurent leur liberté, nous parvenons au marché aux fruits et légumes. Nous y faisons provision de raisin et de brugnons puis de côtes de porc débitées à la hache sur un vrai billot. Nous nous mettons en quête d’un cybercafé car il faut prendre des nouvelles de Martine… Nous en trouvons un, surtout utilisé par des gosses pour des jeux guerriers. Après avoir envoyé un message à Isabelle, nous continuons la promenade. L’odeur de qofta qui grillent et la vision de chopes de bière me tentent mais il n’y a pas de places libres en terrasse. Nous rejoignons en transpirant la voiture et partons pour Morbja, un village proche. Nous y trouvons l’église croquignolette Saint-Risto que nous voulons voir. Des gosses, garçons et filles, se montrent très pénibles et ne cessent de me parler de payer pour visiter tout en m’accompagnant chez le détenteur de la clé. La visite est décevante. Albanie-3681.JPGEncore des fresques, une Dormition et un Jugement Dernier accompagné de supplices infligés par des diables aux humains, mais elles sont très noircies, mal éclairées et aucune explication n’est fournie. Nous retournons en ville nous garer à l’ombre devant la brasserie Korça, dernière occasion de boire un demi-pression de cette excellente bière mais non, ce sera une Kronenbourg en boîte, certes très appréciable ! Nous quittons Korçë et après un dernier plein pour épuiser nos lekë, l’Albanie. Le passage en Grèce est rapide. Nous retrouvons de bonnes routes, bien signalées, des villages aux maisons avec aussi peu de charme qu’en Albanie mais au moins, elles ne semblent pas en voie de tomber en ruine ou en cours d’inachèvement ! Derniers lacets avant Flórina où nous retrouvons la plaine et la chaleur, des routes droites avec des vitesses autorisées décentes. Nous cherchons en vain un camping. A Edessa, des policiers nous conseillent de descendre sur la côte, au-dessous de Salonique. Erreur ! Nous nous y rendons alors qu’il commence à se faire tard. Le premier camping est à Methóni. Il conviendrait s’il disposait de machines à laver, ce qui n’est pas le cas. Nous en cherchons vainement un autre. Nous envisageons d’aller à Salonique mais nous nous perdons, sans trouver d’accès à l’autoroute. Je décide de revenir sur une plage, sous des pins, nous installer pour la nuit. Le grand nettoyage est remis à demain… Un pastis nous console de cette rude soirée !

 

Jeudi 26 août : La nuit a été tranquille mais je recommence à souffrir de la moiteur, même dans la nuit. Nous repartons sans nous presser, décidés à arrêter tôt. Plein de gasoil nettement plus cher qu’en France. A combien sera-t-il en Turquie ? Nous repassons par les plages de la veille. Les établissements sont déserts, les touristes repartis. La saison se termine. Nous prenons l’autoroute qui nous permet d’éviter Salonique, ce nid d’espions comme aurait dit Jouvet et continuons en direction de Kavála. Nous sommes à la recherche d’un hypermarché et ne trouvons qu’un Lidl à la sortie de la ville après avoir dû en traverser le centre. Choix très réduit comme d’habitude ! Nous déjeunons à côté d’une plage qui me tente bien. Nous continuons en direction de la frontière turque et sortons à Alexandroúpoli, la dernière ville. Nous nous installons au camping municipal, bien équipé, emplacements délimités et ombragés. Nous procédons à une grande lessive, sans machine. Je dois tout laver un peu sommairement à la main, avant de nettoyer l’intérieur du camion. Puis je vais profiter de la plage. L’eau est bonne, du sable une fois une petite zone de galets passée et presque personne tandis que Marie récure lavabo et toilettes. Nous nous offrons au restaurant du camping une mignonnette d’ouzo que nous buvons, tels des Béotiens en Thessalie, c’est-à-dire comme un pastis, sans utiliser les deux verres proposés (un pour l’ouzo, l’autre pour l’eau glacée). Nos voisins nous font aimablement profiter gratuitement du son de leur télévision installée sur une table à l’extérieur de leur camping car… Cela ne dure pas trop…

 

Vendredi 27 août : Fin du grand nettoyage, rangement de la lessive, vidange, remplissage des réservoirs d’eau et nous prenons la route. Pour ne pas revenir sur nos pas, nous traversons Alexandroúpoli et ne retrouvons l’autoroute qu’à la frontière. Je cherche une station pour refaire le plein en Grèce mais les prix de plus en plus élevés ne me conviennent pas. Nous paierons le gasoil encore plus cher en Turquie… Toujours mon sens des affaires… Nous sommes très vite sortis de Grèce et presque aussi vite entrés en Turquie. Peu d’affluence, les touristes sont rentrés, nous ne croisons que quelques convois de camping-cars italiens, sans doute des retardataires ! Plein de gasoil qui atteint ici et même dépasse les 1,5 euros. J’ai envie de şiş köfte, elles semblent être la spécialité régionale à en croire le nombre de salonu qui en proposent. Nous nous en offrons deux portions, excellentes, juteuses, sous une paillotte en bord de mer. Nous cherchons à changer des euros à Tekirdağ, opération vite menée puis nous continuons en direction d’Istanbul. La ville s’est encore étendue. L’incroyable enchevêtrement d’autoroutes urbaines, saturées et de tours de béton en cours de construction ont transformé une des villes que j’ai le plus aimées en un cauchemar futuriste. L’addiction pour la bagnole est tel que quels que soient les prix pour stationner, circuler, les tarifs des péages et des carburants, nous continuerons de payer pour conduire notre jouet favori. Nous allons mettre presque deux heures à traverser la ville, sans emprunter le pont que nous voulions mais celui, éloigné, où, comme l’année dernière, nous devons acheter très cher, une carte magnétique dont nous ne comprenons pas exactement la validité. La circulation reste dense tant que nous longeons la côte, très industrialisée, de la mer de Marmara. Nous avançons jusqu’à Bolu et arrêtons sur une aire de station-service, à côté de camions.

 

Samedi 28 août : Dans les caravansérails d’aujourd’hui, on ne renifle plus le suint des moutons mais le gasoil. On n’y est plus réveillé par les dromadaires qui blatèrent mais par les klaxons surpuissants des monstres à huit roues et le conducteur insomniaque ne rêve plus en contemplant les étoiles mais regarde un porno dans sa cabine. Le ballet des camions m’a réveillé au milieu de la nuit et je peine à me rendormir. Au matin nous sommes complètement entourés à moins d’un mètre par des poids lourds ! Nous pouvons tout de même démarrer, une fois les monstres partis. Nous quittons l’autoroute d’Ankara en utilisant notre carte au péage qui fonctionne donc comme une carte à crédit. Nous nous dirigeons vers Safranbolu. Chaque agglomération a ses immeubles récents qui n’ont de gai que leurs couleurs vives. Les maisons anciennes à colombage se font rares. Toutes, grandes ou petites, ont sur leur toit un fût métallique en guise de réservoir d’eau, souvent des panneaux solaires et les inévitables antennes paraboliques. Safranbolu est classée au patrimoine Turquie-3690.JPGmondial de l’Unesco pour son ensemble de maisons ottomanes. Nous allons nous promener dans les ruelles de ce que nous croyons être l’ancien village et où effectivement nous trouvons des maisons, pas toutes restaurées, avec les étages en encorbellement, identiques à celles vues en Albanie. Nous constatons avec regret que la propreté est tout aussi inconnue en Anatolie qu’en Albanie. Les papiers jonchent le sol avec les emballages de toutes sortes. Les jeunes filles et jeunes femmes ne sont plus aussi élégantes que les stambouliotes, le foulard et la jupe longue sont de rigueur. Nous reprenons la voiture, découvrons un autre ensemble de belles maisons. Celles qui sont restaurées sont toutesTurquie-3693.jpg transformées en hôtels. Nous y faisons une courte promenade, repartons, passons dans le centre ville avec mosquée et boutiques de souvenirs, sans nous arrêter. Une dernière vue sur la colline et les maisons qui y sont éparpillées et nous continuons en direction de Samsun. Les routes nationales en Turquie sont très souvent à deux fois deux voies séparées mais le revêtement laisse à désirer et des portions sont en travaux. Nous roulons sur le plateau anatolien à sept cents, huit cents mètres d’altitude, au milieu de basses montagnes couvertes de végétation. Il y fait une chaleur lourde. Les villages sont cachés sous les arbres, à peine visibles, tout juste devinés par le crayon bien taillé du minaret de la mosquée. Nous suivons de plus ou moins près un lac de retenue aux eaux basses. Nous rejoignons la route qui arrive d’Ankara. J’ai l’espoir d’être à Samsun avant la nuit mais à quinze kilomètres de la ville, nous crevons ! Toujours la même roue ! Le temps de réparer, il fait presque nuit quand nous arrivons à Samsun. Nous cherchons un camping sur la route de Sinop. Les policiers ne connaissent pas et même ne comprennent pas. Nous nous renseignons dans les stations-service. Encore une dizaine de kilomètres, à slalomer dans la nuit entre les minibus qui s’arrêtent et repartent sans se signaler, avant de trouver un camping plutôt minable mais au bord de la mer. Nous sommes les seuls à profiter de la douche sans pomme et des toilettes, à la turque évidemment ! Nous achevons la bouteille d’ouzo pour nous consoler.

 

Dimanche 29 août : Nous n’avons même pas entendu le bruit des vagues. Je vais jeter un œil au sable noir, de la mer, pas noire, avant de procéder aux ablutions rituelles. Nous repartons vers Samsun, les rues sont désertes. A une station-service, on m’indique un réparateur de pneus qui préfère remettre une valve que changer la chambre à air. Pourvu que le caoutchouc tienne ! Quelques centaines de mètres plus loin, nous trouvons un cybercafé qui ouvre. Message d’Isabelle qui nous rassure sur la santé de Martine, rien de Julie… Nous contournons Samsun sur l’autoroute puis longeons la mer. Je reprends du gasoil, pas trop cher, avec le dernier billet de cent livres turques. Cela devrait suffire jusqu’en Géorgie. La proximité de la mer tempère  la chaleur encore accablante. Nous passons d’une station balnéaire à l’autre. Toujours des immeubles neufs colorés. De longs tunnels permettent d’éviter les portions de l’ancienne route étroite et sinueuse dont j’avais gardé un mauvais souvenir. Les deux voies séparées qui traversent les villes ne doivent pas rendre le séjour agréable. Après Giresun, la route est excellente et nous avançons rapidement. Nous étions passés à Trébizonde il y a moins de dix ans, l’église Sainte-Sophie en marquait la limite à l’ouest, elle est maintenant plusieurs kilomètres après le panneau d’entrée dans la ville ! La Turquie se développe ! Et surtout loge de plus en plus d’habitants. Nous longeons toujours la mer, les villages se succèdent. En fin d’après-midi, nous arrivons au dernier avant la frontière, Hopa. Nous n’y trouvons pas un endroit agréable pour la nuit, aussi nous continuons encore quelques kilomètres  en doublant la file des camions arrêtés. Nous nous garons sur une place tranquille derrière une mosquée, à l’écart de la route. Nous dînons à la gargote logée sous un arbre magnifique. Au menu : du poisson, de la petite friture et un plus gros mais tout aussi frit, à tel point qu’on ne sent pas les arêtes ! Une salade de tomates, poivrons, oignons et concombres que je ne peux trier les accompagne. Pas question d’apporter notre bouteille de vin, nous sommes à l’eau. De retour au camion, nous nous consolons qui d’un bout de fromage, qui d’un morceau de saucisson, avec un verre de rosé. Le muezzin qui appelle alors à la prière s’en étranglerait !

 

Lundi 30 août : Le ciel est, pour la première fois depuis longtemps, couvert mais cela ne durera pas. Nous repartons pour quelques kilomètres. Une longue file de camions arrêtés, même sous les tunnels, annonce l’arrivée au poste frontière. Malgré le peu d’amabilité du policier, les formalités sont vite expédiées côté Turquie et presque aussi rapides côté géorgien, en dépit d’une panne informatique. Aucune fouille de la voiture ni déclaration de douane. Nous voici en Colchide ! La frontière à peine franchie, nous sommes surpris par le grand nombre de plaisanciers sur la plage. Les marchands de ballons et de bouées font des affaires ! Autre surprise : le mode de conduite des Géorgiens. Il effraierait le conducteur turc (ou le rendrait admiratif ?). Il faut à tout instant s’attendre à ce que le véhicule qui précède pile, qu’un autre surgisse en trombe de droite ou de gauche. Limitations de vitesse, interdictions de dépasserGeorgie 3697, priorités ne sont que délicatesses pour conducteurs occidentaux dépressifs ! Autre sujet d’étonnement : l’écriture géorgienne, des nouilles amollies, d’aspect très karnatique. Nous pourrions, avec les vaches couchées sur la route, nous croire du côté de Madras ! Nous parvenons sains et saufs à Batumi. Nous trouvons à changer des euros dans une officine puis allons nous garer près du marché. Rien d’exceptionnel : fruits et légumes, quincaillerie en plastique etc… Marie achète des figues et des pommes sans doute acides. Par curiosité nous jetons un œil au supermarché bien pourvu en produits importés. Nous parvenons à nous insérer dans la circulation et allons cahoter dans les rues défoncées, en travaux, de l’ancien centre ville. Impression d’une ville coloniale Georgie 3698d’Afrique ou d’Amérique du Sud avec des maisons délabrées à un seul étage et une véranda à l’étage qui surplombe la rue. Nous nous en échappons vite et retrouvons le bord de mer plus coquet avec des jardins, des demeures ou des palais restaurés. Marie trouve des brochures au bureau d’information touristique puis nous quittons la ville en continuant de suivre la côte, très fréquentée par les vacanciers. Plein de gasoil à un prix enfin intéressant. Nous déjeunons en bord de plage, rafraîchis par un bon air marin. Les maisons sont toutes des cubes : un toit à quatre pans, un étage avec une véranda, un escalier extérieur et, pour les plus coquettes, des colonnes en façade. Elles sont de bois ou de pierres, souvent couvertes de tôles ondulées. Elles sont plantées au milieu d’un jardin ou d’un petit verger, en retrait de la route, derrière une vilaine barrière métallique rouillée, en tôles ou grillages. La furia automobilistique reprend. La vision dans le rétroviseur fait se dresser les cheveux sur la tête ! Tous veulent nous doubler à toute allure, n’importe où. Je me sens lapin poursuivi par des lévriersGeorgie 3701… Nous traversons une plaine en nous éloignant de la côte puis nous parvenons à Kutaisi. Nous cherchons notre chemin, on nous répond en russe. Après un bout de chemin empierré et cahoteux, nous atteignons, sur une colline, l’église de Bagrati. Elle est en pleins travaux de restauration. Le ravalement de la pierre lui donne l’aspect du neuf après nettoyage. Le chantier est interdit, nous ne pouvons qu’apercevoir aux jumelles les chapiteaux sculptés de l’entrée. Nous nous rendons dans le centre ville plus paisible. Parcs et palais du siècle passé lui donnent une allure désuète. Le musée est fermé, nul ne sait quand il est ouvert… Nous repartons pour Gelati, à quelques kilomètres de la ville, dans laGeorgie 3712 montagne. Nous apercevons l’ensemble monastique sur une colline. Nous voici devant le premier d’une, sans doute longue, série de bâtiments religieux. Aspect caractéristique des églises géorgiennes et arméniennes, ramassées, plan en croix, surmontées d’un tambour et d’une toiture conique, dans une belle pierre ocre. Nous franchissons le portail. Sur la pelouse se dressent deux églises, une tour des cloches et un bâtiment rectangulaire. La plus grande église, dite de la Vierge, est entièrement couverte à l’intérieur de belles fresques et, dans l’abside, d’une mosaïque digne de Ravenne, représentant la Vierge et deux archanges. Des portraitsGeorgie 3705 en pied du roi Bagrat montrent un farouche moustachu, en plus riches costumes que son épouse Hélène ! Une restauration d’une partie des fresques semble bien abusive… La petite église Saint-Georges est en restauration, nous y revoyons des portraits du sire Bagrat, toujours aussi martial. A l’extérieur quelques décors sculptés, des entrelacs autour d’une fenêtre et un portail lui aussi sculpté. Nous revenons au camion que nous garons à l’ombre d’un arbre, derrière l’église Saint-Georges pour la nuit.

 

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1 avril 2010 4 01 /04 /avril /2010 08:15

Samedi 27 mars : Je suis réveillé à quatre heures. Une demi heure plus tard, nous nous levons. Jean-Claude nous a préparé un thé vite avalé. Lou se lève pour nous offrir des colliers de coquillages et un tableau au feutre noir représentant Wallis et Futuna, trop grand pour entrer dans le plus grand sac, qu’il faut emporter à part dans un sac plastique ! Nous partons pour l’aéroport, il fait encore nuit. Une foule accompagne les partants, la plupart pour la Nouvelle-Calédonie. Tous ont des colliers de coquillages et de graines, quelques-uns sont en manu. Les opérations d’enregistrement sont longues, les contrôles de sécurité tout à fait symboliques… Nous décollons avec un léger retard, à l’aube, sans voir grand-chose du lagon. Une heure et demie plus tard, nous apercevons les montagnes de Viti Levu, la grande île des Fidji. Pas de barrière de corail donc pas de lagon. Nous apercevons des champs, des cultures dans la plaine, au pied des montagnes. Nous sommes dans les rares qui débarquent aux Fidji. Les employés de l’immigration et de la douane sont représentatifs de la population locale, certains sont incontestablement de type indien et d’autres, mélanésien. L’aérogare est moderne, propre, tous les employés sont en uniforme, restes de la colonisation britannique. J’abandonne Marie avec les bagages et vais me renseigner sur les croisières. Une première agence me donne des prix qui atteignent 1300 euros. Je me laisse démarcher par une corpulente dame qui téléphone, se renseigne, et m’annonce la même somme mais se trompe dans le taux de change, incapable de faire une règle de trois. Elle retéléphone, obtient un sur classement puis enfin un rabais et finalement je l’emporte pour juste 1000 euros. Je ne suis pas ravi à l’idée de cette croisière dont je crains le pire mais Marie semble y tenir. Je reviens l’informer, nous attendons dans le hall, déjeunons dans un snack de l’aéroport de poulet en sauce ou d’un curry de poulet, épicé comme en Inde, avec une bonne portion de riz. Nous patientons encore un peu puis nous commençons à trouver le temps long, le bus qui doit venir nous chercher tardant. « Fidji time » nous assurent les employés ! Enfin le bus arrive et nous rejoignons nos compagnons de croisière, tous anglo-saxons, Américains, Australiens ou Néo-zélandais. Un australopithèque velu et tatoué est une vraie caricature : marcel, bagouzes et bracelet, gros comme une chaîne de doberman, en or, inséparable d’une bouteille de bière aussi vite vidée que remplacée… Nous traversons la campagne, champs de canne à sucre qui laissent augurer une production locale de rhum. Les maisons et les enseignes sont celles d’une (ex-) colonie anglaise, nous pourrions être en Gambie… Nous rejoignons le port de Lautoka et embarquons sur notre bateau : trois ponts de cabines, pas trop long. Il n’est pas complet, nous sommes une cinquantaine de passagers. L’équipage fidjien nous accueille en musique avec un jus de fruit et un collier de coquillages. Nous avons une belle cabine confortable donnant sur une coursive. Nous appareillons presque aussitôt. Une réunion d’information se tient dans le salon. Je comprends à peu près le capitaine qui parle des mesures de sécurité et presque rien de ce que peut raconter le responsable des distractions. On nous présente le programme de la journée et on distribue à ceux qui le souhaitent un équipement masque, tuba, palmes, j’en fais partie. Nous nous mettons en tenue de plage. Le bateau a fait route en direction des Mamanucas, un archipel d’îlots dispersés sur l’océan, éloignés les uns des autres. Il met en panne à quelque distance d’un de ces îlots et nous embarquons sur une chaloupe à fond de verre qui assure le transfert sur la plage. Marie s’y installe, on nous a distribué d228-NOULEA-Aquarium.jpges serviettes et des nattes. Je repars avec ceux qui vont plonger, nous nous éloignons de quelques centaines de mètres pour nous mettre à l’eau. Nous revenons vers la plage à la nage. Au début, dans une profondeur de quelques mètres, malgré une visibilité réduite et une luminosité médiocre, faute de soleil, je distingue de beaux massifs de coraux puis quelques groupes de poissons, rien d’exceptionnel. La seule nouveauté est la présence de belles étoiles de mer bleues. Plus je me rapproche de l’îlot et plus l’intérêt faiblit, champs de coraux brisés puis sable parsemé d’algues. Je retrouve Marie, nous nous baignons et attendons le rembarquement. Avant dîner, nous nous offrons deux cocktails, les canapés (avec des sambos) sont offerts. Nous descendons dîner. Les officiers, capitaine en tête, en grande tenue, nous attendent su pied de l’escalier. Il faut serrer toutes les mains tendues une à une. Puis on nous conduit à une table où nous serons en compagnie de deux Néo-Zélandaises, la mère et la fille. Nous sommes rejoints par un des officiers, un Australien âgé dont je ne comprends pas un traître mot mais à qui nous pardonnons l’accent peu oxfordien dès qu’il nous offre une très honnête bouteille de vin rouge australien, que la Néo-Zélandaise sifflera jusqu’à la dernière goutte. Beaucoup de cinéma : trois couteaux quatre fourchettes, cinq cuillères, six verres, une serviette qu’on nous déplie et place sur les genoux. On nous offre une flûte de champagne, bien venue mais le repas n’est pas fameux, crêpe aux légumes, poulet ou poisson avec des sauces ratées mais colorées. A la fin du repas, on nous présente le très nombreux personnel, tous Fidjiens sauf les officiers. Ils chantent un air en semblant convaincus puis invitent les passagers à se joindre à eux pour une variante de la danse des canards, à laquelle nous échappons… Nous allons enfin nous coucher. L’ordinateur étant résolument bloqué, j’écris ces lignes au stylo mais je fais un scan de l’ordinateur qui va durer toute la nuit.


Dimanche 28 mars : Le petit déjeuner est servi à sept heures trente. Nous nous précipitons, en retard, et trouvons la salle vide. Problème d’heure, elle a changé ! Depuis hier, nous ne parvenons pas à savoir l’heure précise aux Fidji… Nous sommes donc en avance pour un petit déjeuner qui, anglomania oblige, est très copieux mais nous en restons aux habitudes continentales. Nous n’avons pas navigué dans la nuit et nous ne repartons qu’à ce moment, sous un ciel encore nuageux. L’ordinateur semble cette fois vouloir rep009-MAMANUCAS-Plage.jpgrendre du service et, avec l’aide de Marie, je recopie une partie du texte. Nous n’avons pas le temps de digérer qu’il faut nous précipiter dans la chaloupe à fond de verre qui nous dépose sur une plage de l’Île Sacrée. Nous sommes alors entourés d’îlots montagneux avec des plages, des cocotiers et des rochers. Nous débarquons. Ceux qui veulent plonger repartent avec une autre chaloupe et ceux qui, comme Marie, veulent voir les coraux restent sur la chaloupe. Je plonge dans quelques mètres d’eau, la luminosP1010533.JPGité n’est pas parfaite mais les fonds sont très beaux : des coraux de toutes formes et couleurs, parcourus par ces petits poissons qui nous sont maintenant familiers. Pas de houle, pas besoin de trop palmer, je me déplace lentement en ménageant des moments d’observation de la faune marine, sans bouger, pour laisser les craintifs, mais curieux, ressortir de leur cachette. Nous remontons sur la chaloupe et je retrouve Marie sur la plage moyennement satisfaite de sa vision depuis le bateau à fond de verre. Le vent se lève alors que nous revenons à bord. Le temps de se changer et il faut aller déjeuner sur le pont supérieur au moment où un grain s’abat sur le navire. Cuisine indienne : viandes en curry et poisson coco. Le temps d’une très courte sieste et nous repartons pour une nouvelle plage et une nouvelle exploration sous-marine. Nous sommes nettement moins nombreux. Le repas, la fatigue de la matinée ont retenu la plupart dans les cabines ou les salons. Nous débarquons sur la plage d’une autre île, plus grande, couronnée de noirs pitons basaltiques surgis des013-YASAWAS-Drapeau.jpg pentes couvertes d’un tapis de verdure. Nous plongeons au-dessus de beaux coraux en forme de galettes plates, étendues, aux allures de champignons, d’autres sont nervurés comme un crâne et enfin certains, plus colorés, plus phosphorescents, forment des doigts. Ils sont parcourus par les poissons de toutes couleurs, je tente de suivre un banc de carangues mais elles me laissent sur place. Je suis des gorges sous-marines qui sont bordées de massifs de coraux disposés en strates, je survole des étendues très colorées et pour finir, je suis noyé sous une multitude de minuscules poissons bleutés qui m’entourent, me fuient, reviennent. Je rentre à la plage à la nage, nous rembarquons aussitôt et le bateau repart. Nous nous approchons d’un village où nous aurions dû débarquer pour assister à la messe avec des chœurs mais le capitaine juge les vagues trop fortes pour le faire sans danger et la promenade est annulée au grand mécontentement de Marie qui comptait dessus. Nous appareillons pour aller nous mettre à l‘abri dans une baie entre plusieurs îles. Je lis dans la cabine, Marie descend dans le salon, je la rejoins. A mon grand étonnement et pour m’apprendre à ne pas avoir de jugement hâtif, c’est la compagne du « Popeye » décrit hier qui se met au piano et nous joue des airs traditionnels que certains reprennent en chœur. « Popeye » lui-même, bière en main, pousse la chansonnette d’une voix éraillée mais pas sans émotion. Nous nous offrons quand même un autre cocktail avant de dîner en compagnie d’un couple d’Autrichiens et d’Australiens de Sidney sympathiques. Le repas est incomparablement meilleur que la veille avec notamment un sirloin steak saignant et très goûteux. La soirée se termine par un petit spectacle présenté par le personnel, plus intéressant pour les réactions du reste de l’équipage que pour ce qui est présenté. Il est presque dix heures quand nous pouvons enfin regagner la cabine.


Lundi 29 mars : Nous petit déjeunons en compagnie d’un Grec et d’un couple à la nationalité non précisée, australienne ou néo-zélandaise,la jeune femme a un physique agréable mais elle aurait pu servir de doublure voix à Donald Duck. Nous avons fait route au petit matin et accosté à une autre île. Nous embarquons de nouveau pour aborder une nouvelle plage. Marie reste à bord du bateau à fond de verre et je reviens en plongée vers la plage. Je reste en bordure d’un tombant, à la limite des coraux. Ces derniers ne sont pas aussi spectaculaires 018-YASAWAS-Bateau.jpgque la veille mais les poissons sont plus nombreux, des bancs colorés m’entourent ou fuient devant moi. Nous restons encore une heure sur la plage avant de rembarquer. La mer étant basse, notre chaloupe ne peut accoster et nous devons nous rendre sur une autre plage plus accessible, en traversant l’île. Nous sommes de nouveau avec les Allemands à table, Marie parle avec la jeune femme dans leur langue ; un couple d’Australiens s’est joint à nous et tente de nous faire la conversation….Nous avons le choix entre une quiche aux crevettes, avec du fromage, ou du poulet frit avec du riz… et des légumes et en dessert un cheese cake ! A peine le temps de revenir m’allonger sur le lit, il faut repartir. La chaloupe nous dépose sur la plage frangée de cocotiers d’un village, dans un beau cadre de montagnes veloutées de vert mais déboisées, surmontées de pitons. Le responsable de l’animation nous024-YASAWAS-Ecoliers.jpg fait une trop longue présentation de l’école et du système scolaire fidjien puis nous allons nous asseoir sur des chaises devant une classe. Les élèves se massent devant nous sur la pelouse et interprètent des chants, pas toujours en chœur… Ils semblent bien s’amuser… Ensuite de plus grands, déguisés en sauvages (nous sommes aux Fidji !!) miment des actes guerriers avec le même manque de conviction que s’ils épluchaient des patates… Une petite contribution nous est demandée pour l’école puis les élèves nous entraînent dans leurs salles de classe et nous lisent des phrases en anglais sorties d’un livre de lecture où les femmes sont en sari ! Un petit marché de souvenirs est installé à la sortie, 019-YASAWAS-Village.jpgnous y achetons un pagne et un bracelet de pied en coquillages. Retour au bateau. Le temps de se changer et il faut repartir ! On nous débarque tous, habillés pour la dernière soirée, certains ont revêtu le pagne, le sulu. Nous sommes dans un des villages de l’île de Waya. Une quarantaine d’Occidentaux bien nourris, bien habillés, caméra au poing, venus vois comment vivent les « primitifs » ! Après quelques explications sur la vie, les ressources, la construction des maisons, le troupeau se met en marche, s’arrête devant le moindre bambin pleurnichouillard exhibé par sa mère. Nous passons au milieu des concessions au centre desquelles des abris de tôle forment cuisine en plein air ou coin douche. Les maisons sont assez coquettes, en bois, rectangulaires et derrière des ha039 YASAWAS Fleursies de buissons 040 YASAWAS Fleurscolorés, d’autres sont en chaume, quelques-unes de bric et de broc. Un alignement d’enfants nous attend, chacun offre à la vente de très jolis colliers de fleurs, A de rares exceptions près, dont je suis, tout le monde se retrouve fleuri… Nous nous installons ensuite sous un falé pour la cérémonie du kava. Le capitaine, son adjoint et deux autres passagers, offrent à celui que l’on peut supposer être le chef du village et qui a cru bon de revêtir un pagne en raphia et des bracelets de bras en feuilles (sans doute pour faire plu042YASAWAS-Ceremonie.jpgs « authentique »…), des racines de kava qui seront broyées pour en faire une décoction. Après un discours en langue locale, quelques battements de mains, on leur présente des bols du breuvage qu’ils avalent sans sourciller… Ensuite nous dînons de différents plats préparés au four traditionnel, chaque mets a été enrobé dans des feuilles de bananiers et y a été mis à cuire. Nous nous servons dans des assiettes en carton, sans trop voir ce que nous mangeons, assis sur des bancs. J’identifie un excellent riz au lait de coco, épicé à souhait, du poisson et du poulet ainsi que du porc, tendre mais gras. La soirée se termine par une représentation musicale des villageois, chansons et danses mimées amusent surtout les participants. Je commence à avoir hâte de regagner le bord. A huit heures nous sommes de retour pour goûter quelques desserts très britanniques, avant de préparer les sacs pour demain.


Mardi 30 mars : Je suis réveillé avant l’aube. J’attends en somnolant que le jour se lève. Marie se réveille et dissipe ma mauvaise humeur… Le bateau a fait route au matin et est ancré à faible distance de Viti Levu. je descends régler notre note de consommations et glisse un billet, sur l’insistance de Marie, dans la cagnotte pour le personnel. Nous fermons les sacs et les abandonnons devant la cabine, ils seront transportés à terre. Dernier petit déjeuner avec les Autrichiens et un Grec qui vit à Londres et nasille lentement en anglais. L’équipage nous honore d’une dernière prestation chantée. Nous défilons serrer la main de chacun d’eux et passons sur un plus petit navire qui nous amène à quai à Port Denarau, la marina d’où partent toutes les croisières. Le bus tarde. Il emmène les passagers et leurs bagages dans leurs hôtels respectifs. Occasion de découvrir le monde des vacances des (très) fortunés. Nous faisons le tour des resorts qui occupent entièrement l’île Denarau. Les routes sont bordées d’hibiscus taillés et soigneusement alignés devant une double rangée de flamboyants et de cocotiers. La dépose continue dans des hôtels moins luxueux de Nadi puis c’est à notre tour de descendre à l’aéroport. Nous y retrouvons notre banquette préférée. Marie m’attend pendant que je fais le tour des loueurs de voitures. Les moins chers ne m’inspirent qu’une confiance relative et je finis par accepter de payer un peu plus cher mais bien moins qu’en Polynésie ou en Nouvelle Calédonie, pour une petite Suzuki. Le crédit de ma carte Visa étant épuisé, je dois régler en liquide la location et la caution. Me voilà au volant d’un véhicule où les Anglais ont pris un malin plaisir à tout monter à l’envers ! Je vais passer la journée à déclencher les essuie-glaces à la place des clignotants et chercher le levier de vitesses dans le vide-poches. Encore heureux que les pédales ne soient pas inversées ! Je me lance. Nous prenons la route de Suva. D’abord prudent, je m’enhardis à doubler. Nadi dépassé, la circulation est plus calme. La route n’est qu’à deux voies et pas en très bon état. Nous sommes au milieu des champs de canne à sucre, bananiers et cocotiers forment un paysage tropical classique où l’insolite, dans cette partie du monde, est la présence le long des routes de temples hindous colorés même les plus modestes. Nous quittons la route principale pour rejoindre la côte en traversant de vertes collines déboisées. Dans les creux on trouve encore 055-SUVA-Cote.jpgdes traces de la forêt primaire. La route devient piste et je m’aperçois vite que la Suzuki a une très faible garde au sol. Au bout de la piste, nous nous retrouvons dans un resort. Le gardien m’explique qu’il vaut mieux revenir à la route principale et que les routes secondaires sont trop mauvaises pour cette voiture. Il nous permet d’aller jeter un œil à la baie de Momi. La marée est basse et découvre une vase parsemée de rochers sous un ciel qui a tendance à virer au gris. Nous faisons demi-tour et revenons à la grande route. Nous continuons, passons des barrages de police ou militaires, avec des chicanes en quinconce. Notre qualité de touristes semble nous épargner les tracasseries. Peu avant Sigatoka, nous prenons une chambre dans un modeste resort, (il se présente ainsi !) où nous sommes seuls. Une grande chambre avec réfrigérateur, climatisation, télévision, pour quarante euros, 4800 CFP ! Le prix d’une cabane en planches en Polynésie ! Nous repartons aussitôt, comprenons047-SIGATOKA-Riviere.jpg alors, mais trop tard, que Sigatoka est à plus de dix kilomètres. Nous continuons le long de la rivière qui a donné son nom à la ville. La route puis bientôt la piste suit son cours de plus ou moins près, souvent caché par les hautes herbes des bas-côtés non entretenus. La végétation est plus dense. Beaucoup de villageois nous font signe ou crient « Bula ! », Hello en langue locale. La population semble entièrement indienne : port du sari, type, prononciation, écoles, temples… Nous roulons une trentaine de kilomètres, la route rétrécit et perd de son intérêt. Nous faisons demi-tour et passons sur l’autre rive. Malgré le ciel de nouveau plombé, nous goûtons le paysage serein, calme. L’heure de fermeture du site de Taveuni n’est pas encore passée mais le cadenas est mis. Peut- être reviendrons-nous demain si le temps est plus clément. Nous retournons à Sigatoka, je vais acheter de l’eau et des biscuits pour le petit déjeuner puis nous rentrons à l’hôtel. Nous cherchons un restaurant à proximité. Un resort occupe une île privatisée, reliée par un pont à la terre ferme. Nous y allons voir. Il faut montrer patte blanche, s’enregistrer pour avoir droit de pénétrer dans le sanctuaire ! Des pavillons dans une végétation tropicale artificielle, reliés par des sentiers sous une galerie. Ils abritent les chambres mais aussi tout ce dont un Australien peut avoir besoin sans sortir du « paradis », agences de voyages, salle de jeux pour enfants, grands et petits, restaurants, piscines etc… Je m’y perds presque et il est évident que ce n’est pas ici que nous viendrons dîner. A la chambre, Marie corrige le blog et nous allons nous connecter à internet, mis à la disposition de la clientèle. Plusieurs messages de Nicole nous apprennent ce qui était à craindre : le décès de Paulette. Marie s’effondre en larmes. Le gérant s’étonne, comprend et met à notre disposition son bureau pour téléphoner à Nicole. Nous y parvenons avec notre ordinateur. Nicole nous donne des détails puis nous appelons Julie qui va aux obsèques et nous représentera. Marie pleure et ne sait plus que décider. Nous n’avons rien mangé de la journée et même si Marie avait pris un petit déjeuner consistant ce matin, nous avons faim. Nous reprenons la voiture, revenons sur nos pas au village proche et y trouvons un restaurant chinois. Marie tétanise, défaille, ne peut rester assise. Je la décide à rentrer à la chambre en emportant les plats commandés que nous y mangerons. Elle se couche. L’ordinateur plante à nouveau, je relance un scan et je me vois contraint de nouveau d’écrire le récit de la journée à la main. Si nous avions le cœur à rire, il y aurait de quoi avec notre lit dont le sommier est monté sur roulettes et qui se déplace jusqu’au milieu de la chambre au moindre mouvement. Je dois le caler avec un des sacs. Marie s’est endormie.

 

Mercredi 31 mars : Un violent orage a tambouriné sur le toit dans la nuit et la forte pluie qui continue au matin n’améliore pas le moral. Marie voudrait essayer d’être à l’enterrement de Paulette. Nous allons donc nous renseigner auprès d’une agence de voyage. Renseignement pris, il n’y en a pas à Sigatoka. Seule solution : retourner à l’aéroport ! Nous reprenons donc la route, sous la pluie et sans plus rien voir des montagnes. La pluie cesse avant Nadi, les barrages de police ne sont pas en place par ce temps. A l’aéroport, je vais me renseigner auprès d’Air Calin, l’employée de la compagnie calédonienne ne parle pas français mais un monsieur, sans doute un responsable de l’agence, s’offre à traduire et même à guider l’employée dans les recherches. Aucun vol ne nous permettrait d’être à Paris à temps, sauf à payer des sommes astronomiques pour voyager en première classe via Sidney. Nous renonçons donc mais nous ne savons pas pour autant quoi faire. Vu le temps et le peu d’intérêt semble-t-il de la route du nord, nous décidons de retourner sur Suva. Nous repartons donc, repassons à Sigatoka et continuons. Peu après la route rejoint le bord de mer et le suit pendant quelques kilomètres. Marie a repéré une galerie qui fait aussi café mais elle a disparu. Donc pas de sandwich et faute de ravitaillement en cours de route, nous ne déjeunerons encore pas ce midi. La marée basse montre des algues roussies entre les rochers. L’absence de soleil ne nous permet pas de juger du charme de cette côte. Elle doit en avoir puisque les resorts se succèdent, enfermant derrière leurs murs des paradis artificiels. Nous finissons par atteindre la capitale, Suva, un port animé surtout autour du marché. Nous cherchons notre chemin et parvenons à trouver l’hôtel Southern Cross avec une chambre presque aussi bien que celle de la veille. Nous repartons aussitôt à pied, le centre ville est à deux pas. Des magasins modernes attendent les visiteurs, les officines de change sont nombreuses ainsi que les boutiques de souvenirs. Les dernières maisons coloniales en bois sont cachées derrière l’avenue en bord de mer. Nous passons à l’Office du tourisme qui n’a pas grand chose à nous offrir. Le marché artisanal a fermé (tout est fermé à cinq heures !). Nous traversons la route qui longe le port pour contempler les nombreux bateaux de pêche chinois amarrés. Nous visitons une boutique de souvenirs, Marie y trouve une chemise pour Jean-François et un tapa pour Karine, toujours ça de moins à chercher… Nous revenons à l’hôtel constater l’absence de lampe de chevet. Je pars à la recherche d’un restaurant indien. Après l’avoir repéré, je retrouve Marie et cherche en vain à me connecter. Nous ressortons alors que la ville commence à s’agiter pour la nuit, de nombreux restaurants chinois guettent les marins de passage, une musique à plein tube sort de bouges infâmes encore déserts. Nous dînons dans un coquet restaurant. Plats classiques et de bonne qualité : samosas, poulet tandoori et agneau en sauce à la mode du Cachemire, plus trois bières.glacées. Retour à l’hôtel pour me battre avec l’ordinateur qui plante de nouveau.

 

Jeudi 1er avril : Grâce à la bouilloire et aux sachets de thé mis à la disposition des clients dans les hôtels fidjiens, nous avons pu prendre le petit déjeuner, sans bourse délier, avec nos biscuits restants. Nous commençons par nous rendre au musée. Il est à l’écart d la ville, au fond d’un beau parc où semble avoir été rassemblés les plus beaux spécimens des essences tropicales du pays : superbes banians, flamboyants majestueux et autres… Nous ne l’avons pas trouvé immédiatement mais les Fidjiens sont extrêmement serviables et toujours prêts à renseigner l’étranger de passage. Le musée ouvre à neuf heures (et non à huit comme assuré hier à l’Office du tourisme !), nous y sommes juste à l’ouverture et nous y serons les seuls. Une première salle rassemble des canoës ou d’impressionnants bateaux à balanciers de belle taille, permettant d’imaginer quels navigateurs furent les Polynésiens et les Mélanésiens. C’est ensuite une classique présentation du peuplement des îles, et des vitrines n’oublient pas les missionnaires occidentaux ni les travailleurs chinois ou indiens qui font désormais partie de la nation fidjienne. Très inattendue, à l’étage, une collection de robes de mariées, contemporaines en tapa ou plutôt en masi selon le terme local, c’est-à-dire en écorce d’arbre battue et décorées avec des pigments naturels ! Le soleil fait une timide apparition mais le ciel reste encore gris. Nous retraversons la ville, pas très étendue, pour nous rendre au marché à 051-SUVA-Kava.jpgla sortie de la ville. Une fois garés, nous traversons le coin des marchands de poissons avec de beaux perroquets (des poissons !) et surtout des crabes de palétuviers qui me font bien envie. C’est ensuite les classiques étals de fruits et légumes avec tous les produits tropicaux dont des ananas, plus chers que les pommes ! Autre surprise : l’étage est consacré au kava, une racine dont on tire un breuvage, ils en sont très friands. J’y goûte, c’est âcre, peu plaisant. Nous quittons Suva et reprenons la route de Nadi. Le soleil présent par moments améliore bien la perception du paysage surtout dans la partie où nous longeons la mer, d’autant que la marée est plus haute et que les zones découvertes à l’aller, ne le sont plus. Nous arrêtons dans une boutique où Marie cherche encore des souvenirs mais n’achète rien. Nous achetons un paquet de chips et une bouteille d’eau qui constitueront notre déjeuner. Nous repassons à Sigatoka, nous voulons remonter au Taveuni hill fort, la porte est ouverte cette fois, nous parvenons au Visitor Centre d’où nous avons une belle vue sur la rivière et les champs de canne à sucre, la préposée n’ayant pas la monnaie ne peut nous laisser entre063-SIGATOKA-Sand-Dunes.jpgr… Nous repartons, passons Sigatoka et arrêtons peu après au Parc des dunes de sable. Une garde nous indique les sentiers à suivre et nous partons à l’escalade d’une colline. De son sommet nous avons une vue sur la côte et une forêt en dessous de nous. De sable point ! Plus loin, effectivement nous allons peiner dans la montée ensablée de ce qui doit être une dune mais qui est entièrement recouverte d’un épais maquis, sauf sur le sentier ! Sur l’autre versant, nous descendons vers la plage et foulons alors vraiment du sable mais ce n’est ni le Sahara ni même le Pyla, plutôt la mer du Nord avec un sable gris mêlé de menus débris de 066 SIGATOKA Sand Dunes Arbrecoquillages. Sur la grève, des vagues mugissent et s’écrasent en déposant sur la plage des branches et troncs d’arbres blanchis. Le sentier revient par une forêt de mahoganny,beaux arbres qui procurent une fraîcheur appréciée mais qui hébergent aussi des moustiques. Aux branches de l’un d’eux sont accrochées de nombreuses paires de chaussures sans que nous en sachions la raison. Nous récupérons la voiture après une heure de marche épuisante dans la moiteur de l’air. Nous atteignons Nadi, traversons le centre à la recherche d’un hôtel qui s’avère fermé. Nous poursuivons en direction de l’aéroport et trouvons une chambre, pas chère et aussi bien que les précédentes, au Sky Lodge dans un grand parc avec piscine, bar etc… Nous utilisons les ordinateurs du lodge pour nous connecter, lire ou relire le courrier, envoyer des messages à Tanna et mettre le blog à jour. Nous dînons sur place, grossière erreur ! Il n’y a qu’un snack avec des burgers, la côte de porc de Marie sent le poisson et mon poisson ressemble à du carton… Toujours aussi fantaisiste, l’ordinateur m’autorise à taper mon texte, merci le P.C…

 

Vendredi 2 avril : Marie se réveille, l’esprit à Vailly… Nous commençons par consulter la messagerie, pas de nouvelles réponses de Tanna, nous envoyons des demandes de réservation pour Port-Vila. Nous prenons la route de Lautoka sous un ciel mitigé, des éclaircies et un ciel encore trop souvent gris. Nous y parvenons rapidement, la circulation est très fluide et en ville ce n’est pas la bousculade. Les boutiques sont toutes fermées et le marché, raison de notre venue, a ses grilles cadenassées. Nous réalisons et nous en avons la confirmation en posant la question, que nous sommes le Vendredi saint ! Jour férié chez les anglophones… Seuls des supermarchés sont ouverts. Nous essayons de trouver de quoi déjeuner pour ce midi mais le jambon y est inconnu et les boîtes de corned beef ou de mouton salé d’Australie ne nous tentent pas. Nous nous rabattons sur deux morceaux de poulet frit et un paquet de chips que nous rentrons déguster à la chambre. Nous consultons de nouveau la messagerie, une réponse de Port-Vila, pas celle que nous aurions préféré, nous attendons pour confirmer. Un rayon de soleil nous donne presque envie de profiter de la piscine. Le temps d’aller chercher les maillots le ciel s’est couvert et il tombe quelques gouttes. Nous nous installons à lire à l’abri à côté de la piscine et quand le soleil revient plus franchement nous nous baignons. Nous nous séchons au soleil puis nous repartons pour Nadi. Je contourne la069b-NADI-Temple.jpg ville pour aller voir un temple indien, dans le style de ceux du sud : des tours très décorées avec tous les dieux du panthéon hindou, Siva, Ganesh, Lakshhmi etc, peints ou sculptés et toujours avec des couleurs vives. Des Indo-Fidjiens viennent en famille faire leurs dévotions, ce qui ne les empêche pas de nous proposer d’aller faire un tour dans leur boutique de souvenirs, proposition désintéressée que nous déclinons…Et pourtant, si nous allons nous garer dans la rue principale de Nadi, c’est bien dans ce but. Malheureusement (?), les boutiques sont presque toutes fermées et Marie ne trouve rien à son goût, ou à celui supposé des destinataires de ses emplettes. Nous revenons à l’hôtel, plein d’essence, recherche d’un restaurant pour ce soir. Je donne un coup de chiffon à la voiture et nous refaisons les sacs en prévoyant d’en laisser un à Port-Vila. Nous allons dîner dans un restaurant de fruits de mer et de steaks. La cuisine est bonne mais nous avons quelque surprises : la carte indique 8 noix de Saint-Jacques poêlées, on nous en sert 4, nous réclamons, on nous les rapporte coupées en deux ! Le kokoda, variété locale du poisson tahitien est un régal, bien relevé et le steak servi avec une bonne sauce au poivre. Nous tentons de nous connecter une dernière fois à l’hôtel mais nous n’avons plus de crédit. Les chambres étaient bon marché mais la cuisine déplorable et le service internet bien plus cher qu’en ville.

 

Samedi 3 avril : Je suis réveillé avant l’aube. Encore de violents orages avec des coups de tonnerre et la pluie redouble quand nous nous levons. Nous partons à huit  heures et demie et peu après nous sommes à l’aéroport. Je rends la voiture sans mauvaise surprise. Nous enregistrons les bagages puis Marie trouve la chemise qu’elle cherchait dans une boutique mais pas le sulu qu’elle convoitait. En salle d’embarquement, elle continue vainement sa quête… Une odeur de graillon règne dans le vaste salon et les boutiques proposent des articles très variés depuis des jouets jusqu’à des manuels pour écolier. Nous décollons avec un léger retard. Adieu les Fidji qui ne nous laisseront pas un souvenir impérissable… On nous sert un sandwich, nous ne savons trop au titre de quoi : petit déjeuner ou déjeuner ? Nous nous002-PORT-VILA-D-avion.jpg posons à Port Vila, capitale du Vanuatu, anciennement Nouvelles–Hébrides, nom que je préfère et qui résonnait à mes oreilles de géographe en culottes courtes. Une île qui ressemble à Viti Levu c’est-à-dire déboisée en grande partie. L’aéroport est petit, juste de quoi accueillir quelques passagers mais les formalités sont plus tatillonnes qu’ailleurs et nous devons produire le billet de retour pour être admis. Je trouve une consigne qui m’évite de me rendre en ville déposer le sac superflu. Je cherche à acheter une carte téléphonique mais le bureau qui les vend est fermé le samedi, le dimanche et les jours fériés… Je trouve un ordinateur que je peux utiliser en achetant quinze minutes de connexion et qui va fonctionner plus d’une heure. Cela nous permet de lire les messages, notamment celui de l’hôtel à Port Vila où nous pensons rester au retour de Tanna. Rien de Nicole ni de Julie, ce qui ne va pas manquer d’inquiéter Marie ! Nous téléphonons à Tanna et réservons dans un lodge à Port Résolution qui ne semble pas plaire à Marie… Nous attendons l’heure d’embarquer pour Tanna. Je tente de me renseigner sur les packages pour se rendre à la fête du Gaul, samedi prochain à l’île de Pentecôte mais là aussi il nous faudra attendre mardi que les bureaux rouvrent. Nous embarquons avec bon nombre d’autres touristes et décollons. Nous survolons l’île d’Erromango où il n044-TANNA-Banian.jpge semble y avoir de vie que sur la côte. Nous nous posons sur l’île montagneuse de Tanna, sans barrière de corail. Des trucks 4x4 double cabine, bien fatigués, conduits par des Mélanésiens bien typés, attendent les voyageurs. L’un d’eux a été chargé par notre lodge de nous amener. Nous montons dans la cabine et démarrons sur une piste bombée, pas de goudron sur l’île et pas d’autre type de véhicules, nous allons vite comprendre pourquoi… Notre chauffeur et son acolyte ont tous deux un téléphone portable, peut-être leur seul bien, qu’ils ne cessent d’utiliser. Nous longeons la mer, sans la voir, en traversant une belle forêt où les cocotiers se mêlent aux manguiers et aux bananiers mais les plus beaux arbres sont les banians aux troncs énormes et qui, dans les villages, semblent constituer la place principale. Nous traversons la « capitale », un simple village de maisons aux murs de bambous aplatis et à toits de chaume. 132-TCHAMBA-Fougere.jpgQuelques maisons nouvelles sont en construction avec des parpaings, ce sont en général des boutiques. La piste va devenir très difficile dans la traversée de l’île, les montées sont spectaculaires, assez pour nécessiter le passage de la première vitesse lente ! Elle est complètement ravinée, étroite, croiser un autre véhicule oblige l’un des deux à pénétrer dans la brousse. Les villages dans les basses terres sont beaux, perdus dans les arbres, des espaces dégagés sont les terrains de jeu des écoles. Officiellement le pays est bilingue mais l’anglais domine largement et seules quelques personnes parlent français, dont notre gentil chauffeur. Dans les hauteurs, les villages disparaissent, les grands arbres laissent la place à des fougères arborescentes de grande taille. J’ai enfin la sensation de pénétrer dans des terres inconnues, une Papouasie des premiers temps. Je me crois dans le film de Barbet Schröder, « More », tout en espérant une fin différente… Du sommet du col nou008-TANNA-Volcan-Yasur.jpgs avons enfin une vue sur la raison de notre venue dans cette île : le volcan Yasur. Il est surmonté d’un grand panache de fumée et nous l’entendons tonner de loin. La piste dans la descente, très rapide, est tout aussi difficile, je ne sais trop si j’aurais osé m’y lancer avec la Land ! Aux abords du volcan, nous quittons la terre grasse, rouge, de la piste pour la cendre noire du volcan. A son pied, nous roulons très vite sur une plaine de cendres où les traces se partagent comme en plein désert. Sur les côtés, des boursouflures080-TANNA-Volcan-Yasur.jpg rougeâtres semblent éclater sous la pression souterraine. Le soleil est alors presque couché et les fumées qui s’échappent sont de plus en plus noires dans le ciel. Nous déposons des touristes à un autre lodge et entamons la dernière partie du trajet. Le chauffeur est de bonne composition. A Marie qui s’enquiert du temps pour arriver, il annonce : « quarante cinq minutes ». Comme elle se récrie, il descend à trente et jugeant qu’il ne la satisfait pas encore, il transige à vingt ! En insistant nous aurions sans doute pu lui faire dire que nous serions arrivés dans dix minutes alors qu’il nous reste presque une heure de route… La nuit est alors tombée et la vision de la piste ou plutôt des fondrières dans lesquelles se précipite la voiture est apocalyptique, nous sommes vraiment au bout du monde cette fois ! Nous voici au lodge. L’éclairage est chiche, nous ne voyons pas grand-chose, les femmes ne  parlent qu’anglais. On nous mène à notre bungalow. Un quadrilatère en parpaing avec une demi-douzaine de lits peu engageants, une lumière au plafond qu’on ne peut éteindre et qui a attiré toute la gente moustique et papillon des environs. Marie tire la gueule ! Il est vrai que ce n’est pas merveilleux mais la situation doit être superbe, nous semblons surplomber la mer que nous entendons et nous devinons le volcan derrière la baie. Nous descendons dîner. Cela ne s’améliore pas : un minuscule bout de poisson trop cuit, rien que des arêtes, un bol de riz, un morceau d’igname et des légumes non identifiés, la bière n’est pas fraîche ! Je tape le journal, piqué par les moustiques dans le bureau foutoir du  patron… Nous rejoignons notre bungalow, la vue de nuit sur le volcan qui fait rougeoyer les nuages au-dessus de lui, par intermittence, et un ciel étoilé, est superbe. Les moustiquaires chinoises en plastique ne sont pas accrochées à la verticale du mitan du lit et si Marie est à peu près à l’aise, je l’ai sur le nez ! Je préfère déménager et dormir dans un lit simple avec une moustiquaire pour moi seul et avec vue sur le volcan.

 

Dimanche 4 avril : Nous sommes réveillés tôt. Ma première vision est pour la baie : le panache de fumée qui continue de monter haut dans le ciel pur, les falaises éclairées par le 015-TANNA-Falaises.jpgsoleil sur la rive opposée et un voilier français qui entre lentement dans la baie. Nous prenons le petit déjeuner en compagnie de quatre Français, des retraités de l’Education nationale… Nous nous rendons ensuite au village tout proche pour assister au service religieux célébré pour Pâques, en compagnie de deux des Françaises. Cette fois nous sommes chez des protestants… L’église est des plus simples : un toit de palme, trois cloisons également en palmes qui ne montent pas jusqu’au plafond et des bancs en rondins de bambous. Les familles viennent avec sous le bras une lourde bible en bichlamar, la030--TANNA-Messe.jpg langue de communication du monde mélanésien, basée principalement sur l’anglais. Mon voisin, narines épatées, incisives taillées en pointe, me dévisage avec concupiscence me semble-t-il. Sa main posée sur une bible ne me rassure qu’à moitié.  La cérémonie commence par des hymnes que je me surprendrais presque à accompagner du pied, tout cela a un petit air Sud des Etats Unis ! Puis les diacres entrent en scène après s’être recueillis à l’extérieur, à côté de  femmes et d’enfants qui ont préféré rester à l’extérieur, assis à l’ombre d’un arbre. La séance de déclarations, salutations, commence à durer 032--TANNA-Maison.jpget nous quittons cette assemblée pour aller voir de plus près la grande plage. Nous traversons le village, toutes les cases sont en végétaux, très simples, des toits qui descendent presque à terre, souvent sur des pilotis bas. Elles semblent rassemblées en concessions, le sol en est soigneusement balayé. De grosses vagues roulent sur la plage et la baignade ne peut être qu’une trempette sur le bord dans une eau très limpide. Nous nous faisons sécher, je vais me promener au milieu des pandanus qui bordent le rivage puis nous retournons au village, repassons devant l’église où les chants ont repris et rentrons au bungalow. Le déjeuner036-TANNA-Plage.jpg est aussi peu copieux que le dîner de la veille, un pilon de poulet a remplacé la sardine… Nous rentrons faire une courte sieste. A trois heures et demie nous nous rendons à la salle du restaurant, attendre la voiture qui à quatre heures doit nous emmener au volcan. Elle est allée faire un transport et doit revenir dans une demi-heure… Quatre heures, quatre heures et demie passent, je fais des aller-retour au village, pour guetter l’arrivée de la voiture. Elle n’arrive qu’à cinq heures passées. Nous montons avec trois des Français, Marie devant dans la cabine, les autres dans la benne. Nous repassons dans la forêt que nous n’avions pu que deviner hier à l’arrivée. Les banians sont magnifiques. Ils ne forment pas comme en Inde une dentelle de racines  mais des troncs énormes et leurs ramures s’étendent très largement. L’exubérance tropicale s’allie à la fertilité du sol volcanique pour une débauche de verdure, les lianes, les lierres enlacent les troncs, les fougères se glissent entre eux et déploi042-TANNA-Piste.jpgent leurs ombrelles ajourées sous les rayons du soleil. Nous entrons dans le Parc du volcan où nous réglons un droit d’entrée dont nous allons être bientôt sûr qu’il ne sert pas à entretenir la piste. Il n’y en a plus d’ailleurs, on peut deviner qu’il fut un temps où… Il subsiste des traces de véhicules qui courent sur les flancs du volcan, entre les herbes hautes. Les pluies ont emporté la terre, creusé des ravines. Le vaillant 4x4 avance en cahotant, je me tiens debout derrière la cabine, découvrant effaré les côtes qu’il va devoir gravir, les ornières dans lesquelles il va se glisser. Une route parcourue tous les jours par des 4x4 de touristes et sur laquelle je ne me serais jamais risqué en Land Rover, Un tronçon digne du Camel Trophy ! La nuit est tombée, nous terminons à la lumière des phares jusqu’à une esplanade dans la cendre. Là, il 065-TANNA-Volcan-Yasur.jpgfaut encore monter quelques centaines de mètres en suivant, à la lumière des lampes torches, un vague sentier. Nous rejoignons d’autres touristes arrivés bien avant nous. Nous sommes à une centaine de mètres du rebord du cratère. Il en sort des gerbes d’étincelles, des grondements et une épaisse fumée rougie par ce que nous supposons être la lave invisible. Nous nous sentons tout de même frustrés malgré le spectacle impressionnant et mécontents d’être arrivés tard, dans l’impossibilité d’apprécier le paysage. Des lumières de touristes redescendant d’un pic qui doit dominer le cratère me mettent la puce à l’oreille. Je les questionne et je décide une des Françaises, Martine, à m’accompagner. Nous partons dans le noir, sans trop savoir où nous diriger. L’escalade de la pente, dans la cendre, est difficile maiP4090034-copie-1s soudain j’atteins le rebord du cratère et la vue plonge dans les entrailles de la bête. Une gerbe d’étincelles en feu d’artifice m’accueille, des bombes retombent derrière moi, ma compagne affolée s’éloigne, trouve le sentier balisé et me rejoint au sommet. Nos regards plongent dans le fond, nous apercevons des masses de lave en fusion soulevées par les explosions et les bombes incandescentes retombées qui tapissent les parois intérieures. Nous ne traînons pas et redescendons par le sentier bien tracé retrouver nos compagnons. Nous rageons de nouveau de ne pas être venus plus tôt, nous aurions mieux vu le terrain… Nous repartons, je fais tout le trajet du retour debout derrière la cabine, ne quittant des yeux la piste dans les lumières des phares que pour admirer le ciel étoilé, fier d’identifier le Croix du Sud ! Nous retrouvons le lodge. Au dîner l’omelette a remplacé le poulet mais il y a de la bière fraîche. Le repas à peine achevé, je me précipite pour taper avant que le générateur ne soit arrêté.

 

Lundi 5 avril : Nous sommes réveillés dès l’aube et nous ne traînons pas. Nous petit déjeunons tous ensemble et à huit heures, le pick up ponctuel est là. Nous faisons nos adieux, pas mécontents de partir car malgré le site exceptionnel, le confort et la nourriture n’étaient pas à la hauteur de ce que nous aurions aimé trouver. Toujours ce problème de campements073-TANNA-Volcan-Yasur--gue.jpg tenus par des gens qui n’ont aucune idée de ce que leur clientèle attend. Nous voici repartis pour le trajet inverse de l’aller mais cette fois nous voyons de jour les abords du volcan. Nous retraversons la plaine de cendres et distinguons mieux les coulées de lave solidifiée, rougeâtres. Le gué est traversé alors que des équipes de cantonniers s’activent à aménager les descentes. Plus loin, d’autres coupent, à la machette, les herbes des bas-côtés ou remplissent de palmes et de terre les ornières… jusqu’à la prochaine pluie qui pourrait bien ne pas tarder à en croire le ciel de plus en plus gris. Je fais encore une fois 088-TANNA-Piste.jpgle voyage debout dans la benne, ce qui ne m’épargne pas les chocs contre les ridelles. Nous retrouvons le côte est et abandonnons nos compagnons à l’aéroport avec promesse de s’envoyer des photos. Nous poursuivons notre route jusqu’au premier lodge, le Evergreen, où nous pouvons avoir un bungalow pour la nuit. Un autre standing… Dans un jardin entretenu, planté de banians et de  troncs enchevêtrés, des petits bungalows, très simples, du moins les moins chers, avec des toilettes à partager, mais tout est prévu, ici, on connaît les besoins de voyageurs occidentaux. Nous voulons aller à la plage mais il n’y en a pas, le rivage est rocheux, constitué de coraux désagréables à la plante des pieds. Nous attendons midi, Marie à se reposer à la chambre et moi à taper ces lignes sur la terrasse du restaurant, face à la mer. Nous déjeunons, œufs frits au bacon et steak pour Marie pendant qu’un grain passe. Nous décidons de commencer l’après midi par une sieste qui se prolonge, qui dure, qui n’en finit plus et qui ne s’achève qu’au déclin du jour quand nous allons prendre un cocktail dans le salon… Ils se font attendre ces cocktails, à tel point que je suis sur le point de les annuler au moment où on nous les sert et ils ne sont pas fameux ! Nous dînons indien, Marie d’un honnête poulet au curry et moi d’un bœuf vindaloo qui prouve que les Hindous ont bien raison de ne pas consommer la viande d’un animal aussi coriace… Coucher cette fois dans le même lit, ou presque puisque nous avons réuni nos deux lits simples sous la belle moustiquaire qui forme un dais royal au-dessus de nos têtes.

 

Mardi 6 avril : Après la sieste de la veille, je suis réveillé avant le jour, puis Marie s’éveille… Nous allons prendre le petit déjeuner avec une dernière vision de l’océan depuis la terrasse. Nous avons une belle assiette de fruits exotiques et du pain grillé à volonté. Nous ignorons la confiture qui, à la couleur près, ressemble fort à la jelly servie à Port Résolution. Le pick up de l’hôtel nous emmène avec un autre couple de Français à l’aéroport, enregistrement, taxe que nous n’avions pas payée à l’aller et nous partons à l’heure pour Port Vila. Nous décollons face à la mer sans une dernière vision de Tanna. Arrivé à Port Vila, je vais rechercher notre sac laissé en consigne, changer des euros puis nous sautons dans un minibus qui nous dépose, après être passé par les collines qui entourent la ville, à notre hôtel, le Vila Hibiscus. Nous y avons une chambre climatisée et avec un coin cuisine. Je repars aussitôt pour le centre ville. Je suis l’avenue en bord de mer d’où j’aperçois les fonds turquoise de l’océan. Je suis vite dans le centre ou de ce qui en tient lieu. Impression d’être à Ziguinchor pour la taille de la ville, mais pas de maisons coloniales, des petits immeubles de béton, cubiques. Je trouve Air Vanuatu où après une longue attente, je réserve deux places pour aller assister à la fête du gaul à l’île de Pentecôte samedi. Je vais changer des euros à un bien meilleur taux qu’à l’aéroport puis je fais des courses au supermarché, pas trop bien fourni en fruits et légumes mais le rayon des viandes est intéressant. Je rapporte du jambon et de la bière pour midi. Je transpire sur le chemin du retour, il fait chaud et humide. Je redémarre l’ordinateur qui semble, croisons les doigts, refonctionner après son accès de mauvaise humeur hier… Nous déjeunons à la chambre et commençons une sieste. Nous en émergeons pour nous rendre en ville. Marie traîne la patte… Nous trouvons l’office du tourisme où nous nous renseignons sur les tours opérateurs qui organisent l’excursion à Pentecôte. Ils sont tous plus chers… Nous retournons donc à Air Vanuatu où je règle avec la carte bleue, qui cette fois accepte le paiement puis je pars à la recherche d’un cybercafé, occasion de consulter les cartes des restaurants rencontrés (rien d’excitant), d’apercevoir le front de mer et le marché artisanal. Je retrouve Marie qui m’attendait sur un banc et nous trouvons notre bonheur au fond d’un passage. La connexion est très lente mais nous pouvons lire le bref message de Julie et d’autres… Il a plu pendant ce temps et quand nous sortons, à six heures, toutes les boutiques ferment ou ont déjà baissé leur rideau. Bientôt la nuit tombe et la ville devient déserte, l’éclairage rarissime n’arrange pas l’impression d’une ville sous le couvre-feu ! Le Centre culturel français est ouvert, il présente une exposition, nous entrons et arrivons en plein vernissage. Les personnes présentes se comptent sur les doigts d’une main ! Les aquarelles qui présentent des scènes de la vie en brousse ne manquent pas de talent mais celles qui se veulent plus « mystiques »sont d’un piètre intérêt. Nous traversons la rue, le seul établissement encore ouvert, le café-restaurant La terrasse nous tend les bras, Nous y sommes les seuls clients et plutôt que d’attendre l’heure du repas en marchant dans le noir, nous prenons un soda puis dînons. Rien qui fasse honneur à la cuisine française, c’est d’une honnête médiocrité… Nous prenons un minibus pour rentrer à l’hôtel déjà fermé, cadenassé.

 

Mercredi 7 avril : Pour avoir fait la sieste, je suis réveillé dans la nuit et je regarde l’excellent film québécois CRAZY, déjà vu à Toulon. Nous ne sommes pas pressés et nous consacrons le début de la matinée à faire du rangement dans notre chambre. Il semble bien que nous allons y rester jusqu’au départ. Nous partons en ville pour une de ces journées que j’exècre, consacrée à l’achat des derniers cadeaux ! Je passe d’abord me renseigner sur les tarifs de location de voiture et la possibilité de faire le tour de l’île puis commence les visites aux étals de marchands de souvenirs, regroupés le long de la promenade du bord de mer. Marie explore très consciencieusement chaque boutique, hésite, compare, réfléchit, me demande mon avis (ce que je redoute le plus ! Que faut-il répondre ? : « M’en fous » ? C’est la guerre ouverte ; « Le bleu est mieux », dans cinq minutes j’aurais dû choisir le jaune…) Après les échoppes du marché artisanal commence l’exploration des boutiques avec pignon sur rue… Les mêmes produits, plus chers mais mieux présentés… Nous avançons ainsi tout doucement dans la rue principale de Port Vila, celle qui est la plus moderne avec des098-PORT-VILA-Marche.jpg petits immeubles récents dévolus aux administrations et sièges de sociétés, alors que la rue parallèle est le royaume des commerçants chinois qui proposent dans des bazars sombres et peu engageants tous les produits manufacturés de l’Empire Céleste… Nous parvenons au marché, une halle moderne en béton, quasi entièrement consacrée aux fruits et légumes tropicaux, présentés en bottes ou en tas, sur les étals ou directement sur le sol carrelé. Les marchande099-PORT-VILA-Marche.jpgs tressent, tissent, somnolent, épouillent leur marmaille. Quel dommage que ce marché ne se tienne pas en plein air ! Les couleurs, les odeurs, l’animation en feraient un haut lieu du voyage… Nous commençons à nous intéresser aux cartes des restaurants, rien d’original et les prix tendent à se rapprocher de ceux des possessions françaises du Pacifique, ce ne sont plus ceux des Fidji ! Nous poursuivons notre chemin, grimpons une côte alors qu’il commence à bruiner. Nous déjeunons dans le dernier restaurant remarquablement situé en hauteur, au-dessus du port, avec vue sur toute la baie. Hélas le temps a définitivement viré au gris. Je goûte un excellent poulet au curry rouge, bien épicé et Marie retrouve dans sa croustade de fruits de mer des crevettes croquantes à souhait. Nous repartons alourdis et ensommeillés pour le Musée. Une courte marche nous y conduit. L’entrée est payante mais personne ne nous demande rien… Heureusement car j’aurais été furieux. Il y a certes quelques masques et des casse-tête intéressants bien que loin de valoir ceux de Papouasie, du moins sur le plan esthétique mais leur présentation est une catastrophe. Enfermés dans de trop étroites vitrines poussiéreuses et mal éclairées, ils sont explicités par des cartons en anglais, bichlamar et paraît-il français ! Mais quel français ! Sans doute ne s’agit-il que d’une traduction mais elle est souvent incompréhensible et en tout cas indigne d’un pays qui se veut bilingue. Nous repartons alors que la bruine se transforme en grain. Nous avançons d’abri en marquise jusqu’à la rue principale où des boutiques inexplicablement non encore explorées offrent d’incontournables refuges… Passage par la poste pour acheter des timbres et occasion de racheter d’autres cartes, puis au supermarché pour compléter nos emplettes en vue du dîner de ce soir à la chambre. Enfin nous prenons le chemin du retour et regagnons notre home, sweet home ! Je vais profiter du wifi à la réception pour mette à jour le blog et trouver un message de Nicole. La pluie se déchaîne pendant ce temps.

 

Jeudi 8 avril : Le ciel est encore gris. Nous rageons et hésitons sur le programme de la journée. Nous commençons par envoyer un message à Julie pour sa fête, pas question de lui téléphoner à cette heure, il est une heure du matin en France, elle nous arracherait les yeux au retour ! Je vais chez le loueur de voitures. Les conditions ont changé depuis hier, pas question de faire le tour de l’île avec un petit modèle ni même de sortir de Port Vila et ils n’ont plus de 4x4… Je reviens en avertir Marie, nous ne savons trop quoi décider. Nous réservons un 4x4 chez Budget pour dimanche puis envisageons de nous rendre aux cascades Mélé en minibus dans l’après-midi. En attendant, nous retournons en ville et les visites des boutiques reprennent… Nous poussons jusqu’au marché et nous nous asseyons devant le port pour attendre l’heure de déjeuner. Le ciel de plus en plus noir commence à laisser tomber des gouttes. Nous allons nous installer à la terrasse du restaurant français Le Péché Mignon. La serveuse est gentille et parle bien français. Elle nous apporte des amuse-bouches, de la purée d’avocat pimentée, du pain du beurre puis les plats commandés : mignon de veau au gingembre et escalope de veau à la crème, aux champignons et au calvados (?). C’est bon, copieux et relativement bon marché. Après le repas, la serveuse nous apporte deux mignardises… Que demander de plus ? Le soleil ? Pour ça c’est raté… il pleut de plus en plus, à verse, à torrent ! Nous patientons puis essayons de revenir en nous abritant sous les auvents. Marie trouve le temps de s’offrir une chemise puis nous achetons de nouveau du jambon au supermarché et rentrons en minibus à la chambre. Nous attendons la soirée pour téléphoner à Julie et lui souhaiter sa fête. Je ne me couche pas avant d’avoir visionné sur l’ordinateur le film Zodiac, inhabituel thriller puisque l’enquête n’aboutit pas et qui s’intéresse plus au comportement des enquêteurs qu’à celui du coupable.

 

Vendredi 9 avril : Réveil sous le soleil, le moral remonte. Dès que nous sommes prêts, nous allons nous poster au bas de la côte et arrêtons des minibus jusqu’à ce que le tarif demandé103-MELE-Cascade.jpg pour nous rendre aux cascades de Mélé ne soit pas trop « touriste ». Une dizaine de kilomètres pour sortir de la ville, de sa petite zone industrielle et retrouver la végétation. Le minibus nous dépose à l’entrée du parc, car parc il y a avec une entrée payante, chère, justifiée par des aménagements touristiques. Un sentier s’enfonce dans la forêt en suivant le cours d’un torrent. Au début106-MELE-cascade.jpg des escaliers en bois, des marches en ciment et du gravier facilitent la marche, ils disparaîtront en fin de parcours, quand il y en aurait le plus besoin. Les abords ont été dégagés et des arbustes à feuilles rougissantes ou les fleurs habituelles des Tropiques, plantés. De petites chutes annoncent la grande cascade. Il faut traverser des bras du torrent à gué mais les pierres ne sont pas glissantes. Nous parvenons au terme de la promenade mais pour voir la cascade principale, il faut encore remonter quelques dizaines de mètres dans le lit du torrent. Marie n’est pas fière mais elle me suit jusqu’à un rocher d’où les chutes se perçoivent en leur totalité. Je continue encore quelques mètres jusqu’au pied de la cascade, abondante après les pluies et tombant d’une hauteur de plus de trente mètres dans un bassin moussant. Nous revenons, faisons un détour pour un point de vue d’où nous apercevons la110-PORT-VILA-Hideway.jpg côte et l’île de Hideway avec ses installations touristiques mais où je passerai bien le dernier jour à me dorer sur la plage ou plonger en apnée, juste avant de reprendre l’avion. A voir… Nous revenons à l’entrée et arrêtons un minibus qui pour le tarif de cent cinquante vatus nous ramène dans le centre ville, devant le supermarché. Le tarif est le même quelle que soit la course, cent mètres ou dix kilomètres ! Marie va faire changer la chemise achetée la veille qui s’est révélée trouée puis nous passons à Air Vanuatu nous faire délivrer les billets pour demain en nous faisant préciser les prestations. Nous allons ensuite déjeuner au Péché Mignon qui devient le nôtre… Excellent poisson tahitien et papillote de poisson qui me fait apprécier les petits légumes parfumés aux baies roses. Le programme de la journée est rempli, nous revenons, non sans que Marie poursuive son exploration des boutiques, revisitant certaines pour la énième fois, dans le cas où quelque article aurait échappé à sa vigilance ! Elle ne revient d’ailleurs pas les mains vides de cette expédition… Nous passons au supermarché faire des achats pour le dîner. Nous atteignons l’hôtel au moment où les premières gouttes d’un orage, d’autant plus furieux qu’il nous a ratés, explosent sur les tôles de la toiture. Sieste, lecture nous occupent jusqu’au dîner. Les extraits d’Euronews à la télévision nous donnent raison d’être allés au Kirghizstan l’an passé… Marie cale sur sa pie, très anglaise, trop.

 

Samedi 10 avril : Marie, anxieuse est réveillée de bonne heure, de crainte de rater le taxi. A sept heures moins le quart il est là. Nous passons prendre un Irlandais qui se rend aussi à l’île de Pentecôte et nous retrouvons d’autres passagers à l’aéroport. Parmi eux, j’ai la surprise de retrouver un ancien collègue du lycée Langevin de La Seyne, maintenant à Nouméa mais nous ne serons pas dans le même avion. Un Twin Otter emmène une première fournée, nous attendons huit heures passées pour partir en compagnie de cinq autres anglo-saxons dans un petit avion de huit places. Nous avons la chance d’être derrière le pilote avec des vitres, alors 121-AMBRYM-Volcan.jpgque les autres places ont une visibilité réduite. Nous décollons, survolons Efate à six mille pieds d’altitude puis après une demi-heure de survol de l’océan, nous passons l’île d’Epi cachée par les nuages. Nous approchons l’île d’Ambrym, pas de plage, la mer frappe une côte de lave noire. La forêt recouvre entièrement l’île, sauf sur les récentes coulées. Le pilote descend à trois mille cinq cents pieds, louvoie entre les cumulus et nous pouvons distinguer les deux volcans en activité. Nous rasons les falaises du cratère de l’un d’eux, sans en apercevoir le fond. Des fumées s’élèvent de ces deux chaudrons aux parois en strates noires et rouges. Nous distinguons ensuite Pentecôte et nous nous posons sur l’aérodrome en bordure de mer. L’aérogare est récente mais très simple. Nous sommes accueillis par deux jeunes125 PENTECÔTE Village femmes, une anglophone et une francophone qui restera à notre service exclusif. Nous comprenons qu’il faut attendre l’arrivée d’un autre avion-charter pour que les festivités commencent. On nous emmène voir la rivière, à une centaine de mètres de l’aérodrome. Rien de particulier si ce n’est des femmes qui vendent des crabes et des fruits, assises à l’ombre d’un beau banian. Un minuscule marché se tient près du terrain d’aviation, Marie y achète un panier tressé en fibres de pandanus. Nous nous dirigeons, toujours escortés de Marie-Jeanne dont nous saurons qu’elle est institutrice de maternelle, à vingt-deux ans, vers le lieu du « gaul ». Un court sentier dans la forêt débouche sur une clairière en 131-PENTECOTE-Gaul.jpgpente, dégagée pour y construire, à son sommet, une tour d’une trentaine de mètres de hauteur, assemblage de branches et de troncs, liés par des fibres végétales. L’ensemble me rappelle par son côté primitif, les échafaudages en bambou, élevés pour la construction des immeubles au Pakistan, quarante ans auparavant. Des lianes pendent du sommet et des plates-formes disposées aux divers étages. Ce sont ces lianes, accrochées aux pieds des hommes, qui vont les retenir dans leur saut dans le vide. La cérémonie se tient à la saison de la récolte des ignames et rappelle une légende, mais de nos jours, elle n’a plus lieu que dans un but touristique. Chaque touriste paie une « entrée » au chef de village qui encaisse donc une somme dont il ne distrait que quelques billets pour dédommager ceux qui vont sauter. Des bateaux de croisière, heureusement pas aujourd’hui, 158-PENTECOTE-Gaul.jpgdébarquent régulièrement des fournées d’excursionnistes en mal de sensations fortes. Nous attendons que tout le monde soit là, les « indigènes » comptent le nombre de visiteurs pour savoir combien ils vont faire d’ « entrées »… Ils vont alors se dévêtir et revenir en tenue d’Adam, simplement « habillés » d’un étui pénien, prétentieux pour quelques uns…Un groupe d’hommes en cette tenue, d’enfants et de femmes sim152-PENTECOTE-Gaul.jpgplement vêtues d’une jupe en raphia vont faire le chœur, chanter et danser d’un mouvement alternatif de droite à gauche tandis que des hommes escaladent l’échafaudage, se laissent lier des lianes aux chevilles puis après avoir frappé dans leurs mains, s’élancent dans le vide avant de s’écraser au sol, à plat ventre ou sur les épaules, dans la terre qui a été remuée pour la rendre meuble. Les162-PENTECOTE-Gaul.jpg sauts commencent de la plus basse plate-forme puis de plus en plus haut et c’est du sommet de cette tour que s’élance le dernier, très attendu et applaudi par l’assistance, pressée de regagner le bord de plage pour boire et manger. Nous restons dubitatifs, ce n’est plus qu’une attraction touristique de plus, spectaculaire, sauvage, dure et scandaleusement dépourvue de sa raison 159-PENTECOTE-Gaul.jpgd’être et ce depuis trente ans nous assure-t-on ! Nous nous sentons voyeurs d’autant que le saut n’est pas sans danger et que quelques-uns se relèvent à grand peine. Nous évoquons les fêtes au pays Bassari qui en leur temps correspondaient à un rite de passage important pour eux et qui maintenant sont peut-être aussi devenues des attractions à touristes… Je ne suis pas mécontent d’être à l’ombre et d’avaler, sur la plage de gros galets, un sandwich et un verre de jus d’orange frais. Presque rassasiés, nous allons nous installer là où le gravier se mêle au sable noir pour passer quelques instants. Je me baigne dans une eau tiède puis nous revenons lentement vers le terrain d’aviation. Nous repartons à deux heures de l’après-midi. J’ai demandé au pilote de monter à son côté, Marie a cédé sa bonne place à de grossiers Australiens qui ne lui en seront pas reconnaissants… Le pilote nous fait survoler d’autres tours170-PAAMA-d-avion.jpg utilisées pour le saut puis longe Ambrym à seulement deux mille pieds mais les nuages nous interdisent le survol des volcans. Nous rentrons donc à Port Vila où nous devons attendre presque une heure pour qu’un taxi nous ramène à l’hôtel, celui qui devait s’en charger tardant. Nous allons dîner dans un restaurant chic, le Chantilly’s, sur une terrasse surplombant la mer. Nous faisons un extra avec des huîtres chaudes, cuisinées avec du bacon et une sauce Worcestershire qui dissimule trop le parfum de l’huître. Les plats indiens que nous avons commandés ensuite sont parfumés mais j’hérite des crevettes de Marie, trop « hot ».

 

Dimanche 11 avril : A huit heures, je suis devant la porte de l’hôtel à attendre la voiture qui arrive avec dix minutes de retard et m’emmène aux bureaux de Budget. Quelques minutes plus tard je repars au volant d’une Suzuki 4x4, à boîte automatique. Je retourne à l’hôtel prendre Marie et nous partons par la route de l’ouest. Nous repassons devant le parc des cascades et continuons par une rude côte pour gravir la falaise. La route est récente, en très bon état et la circulation est rare. Nous faisons des incursions sur des pistes, pour nous rapprocher de la 175-EFATE-Femmes.jpgmer et apercevoir les petites îles au large. Le soleil brille, les oiseaux chantent mais plus pour certains que pour d’autres. Les plages sont toutes dans des propriétés privées et nous ne pouvons accéder au bord de mer ! Les forêts sont belles, magnifiques banians, cocotiers prétentieux, lianes et feuillages lancés à l’assaut de tout ce qui s’élève. Dans quarante-huit heures nous n’aurons plus ces paysages maintenant familiers. Les kilomètres défilent même si je ne roule pas vite et nous sommes vite au Beachcomber, une auberge qui n’est pas le resort que je craignais. Il est encore tôt mais il ne me déplairait pas d’y attendre l’heure du déjeuner. Il y a une piscine devant la plage mais cette dernière est réduite à une bande de sable en retrait de plaques rocheuses et le fond de l’eau est constitué de scories de coraux. Marie, déjà mécontente d’avoir dû louer un 4x4 pour rouler sur du goudron, n’a pas envie de rester là et nous allons voir plus loin si les plages sont mieux. Nous trouvons bientôt deux autres plages avec plus de sable mais toujours des rochers dès que l’on entre dans l’eau et le service de restauration annoncé sur les182-ETON-Plage.jpg panneaux est en panne pour cause de sommeil prononcé du cuisinier… Nous continuons donc. Le goudron se termine et une bonne piste, probablement bientôt revêtue, lui succède. Nous parvenons à Eton Beach, plage beaucoup moins importante que je ne le pensais et néanmoins payante. Une simple crique presque fermée par des rochers mais avec du sable et surtout des fonds sableux également. Renseignement pris, pas de restaurant ! Je suis furieux, nous n’avons rien à manger à l’exception d’une mauvaise orange… C’est le Popenguine, le Foulpointe local. La petite colonie française vient y passer la journée. La marmaille braille, les parents s’extasient devant les prodiges de leur progéniture, le vin, la bière circulent, des sandwichs finissent panés dans le sable, et nul n’a un regard, une pensée pour les malheureux affamés… Je vais me baigner, l’eau est fraîche mais on s’habitue. Je tente de voir les fonds sous-marins mais, pour une raison inconnue, la vision à travers le masque n’est pas nette, un nettoyage n’y change rien. Dommage, il y a de beaux coraux et des poissons multicolores. Après quelques débuts de coups de soleil, nous repartons. La piste puis bientôt la route, traverse de belles cocoteraies, longe de vertes prairies gagnées sur la forêt, et qu’ombragent quelques grands arbres épargnés, où se produit 033--TANNA-Pandanus.jpgune des meilleurs viandes du monde. Nous empruntons une piste qui débouche, après avoir franchi la bande côtière des inévitables pandanus, sur un rivage où le sable s’allie aux rochers déchiquetés, creusés à leur base. Plus près de Port Vila, les plages sont occupées par les citadins venus passer le dimanche en famille. Nous retrouvons la capitale. Dans sa banlieue nous allons voir une galerie d’art océanien privée mais l’entrée le dimanche est sur rendez-vous et le tarif est plutôt dissuasif… Retour en ville, plein d’essence puis nous rentrons à la chambre. Nous reprenons la voiture pour aller dîner à l’Houstalet (sic) qui passe pour être la meilleure table française de Port Vila et ce depuis trente sept ans. Nous commençons par un bon crabe farci puis je me régale avec de la roussette en sauce au vin qui fait ressortir le goût sauvage, peut-être un peu trop, Marie est déçue par son nautou, un pigeon sauvage (pardon Emmanuelle, pardon Thomas !) dont la sauce aurait mieux convenu à des viandes blanches. Retour pour une dernière nuit dans le Pacifique…

 

Lundi 12 avril : Je suis chez Budget avant huit heures pour rendre la voiture puis je me fais déposer à l’hôtel. Nous bouclons les sacs en nous débarrassant de quelques affaires usées. Nous attendons dix heures, heure du check out, dans la chambre à lire ou profiter du lit avant Paris… Nous abandonnons les sacs à la réception et vérifions notre messagerie. Nous répondons à Julie et regardons les photos envoyées par nos compagnes du volcan à Tanna. Nous partons une dernière fois à pied en ville. Ultimes visites dans les boutiques et au marché artisanal. Un paquebot australien a débarqué des centaines (des milliers ?) de touristes blancs et gras en quête de « souvenirs ». Nous nous acheminons lentement vers notre cantine où l’arrivée d’un orage nous précipite. Il est temps que nous partions : si la cuisine reste bonne, les petites attentions, mise en bouche, gâteaux, ne sont plus d’actualité ! Nous revenons, toujours en passant de boutique en boutique. Je « tiens les murs » en m’adossant à chaque devanture de magasin, le temps que Marie le visite. J’explose quand je découvre qu’il faut encore chercher et acheter un collier pour Bonan dont je croyais le cas déjà réglé. Marie ne comprend pas ! Nous allons prendre un verre au Nambawan (Number One en bichlamar…), le café branché (dans tous les sens du terme puisqu’il y a le wifi) de Port Vila. Marie lit, je contemple le ballet des Australiens qui viennent manger des pizzas à toute heure ou qui s’offrent un tour de huit minutes en hélicoptère au-dessus de la baie. Enfin à quatre heures et demie, nous revenons lentement à l'hôtel. La dernière tentative de mise à jour de ce texte est un échec. L’ordinateur qui doit sentir sa prochaine mise au rancart, boude ! Je demande au patron chinois de l’hôtel de nous emmener à l’aéroport. Le Fils du Ciel me fait un grand sourire puis se retire dans sa Grande Muraille et n’a plus un regard ni une oreille pour l’impertinent « long nez ». La sympathique réceptionniste nous arrête un minibus qui nous dépose. Nous y sommes les premiers. Attente pour l’enregistrement puis pour les contrôles d’immigration et enfin nous décollons. Le temps de boire un gin-tonic et nous nous posons à Nouméa. Nous devons récupérer les bagages pour aussitôt les réenregistrer pour Paris. Les passagers sont principalement des Japonais qui rentrent à Osaka.

 

Mardi 13 avril : Nous décollons avec un léger retard. Une collation nous est servie. L’avion est peu rempli. Je trouve une rangée de trois sièges, à l’arrière, sur lesquels je peux m’allonger. Je parviens à dormir quelques heures, lové autour des accoudoirs. Un copieux petit déjeuner nous est servi avant Osaka. Je retrouve avec grand plaisir ces charmantes et désuètes jeunes japonaises, fragiles poupées de porcelaine, blafardes et fardées, chargées de nous accueillir et de nous diriger. Après un contrôle de sécurité, raccourci pour Marie, nous attendons notre dernier vol. Des ordinateurs gratuitement mis à la disposition des passagers me permettent d’envoyer un message à Julie. L’avion est presque plein. Un repas avec champagne et cognac est servi puis il faut passer le temps en lisant ou en regardant des films sur un minuscule écran. Nous sommes à Paris à seize heures, une heure plus tôt qu’annoncé. Un taxi nous ramène moyennant cinquante euros, au boulevard Diderot où nous précédons de peu Julie. Le Pacifique, ses 14 îles visitées grâce à 24 avions et parcourues dans 8 bateaux, c’est fini !

 

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 11:19

Samedi 6 mars : Nous avons quitté la Polynésie, le ciel est redevenu bleu ! Je somnole, visionne des morceaux de films jusqu’à ce qu’on nous serve un déjeuner inattendu. Nous 002-ILE-DES-PINS-D-avion.jpgsurvolons l’ïle des Pins puis la Grande Terre, protégées par des barrières de corail qui délimitent des lagons aux couleurs superbes. Nous nous posons en avance. Le soleil brille, il fait chaud, nous sommes sous les tropiques ! Formalités, puis nous prenons livraison d’une Toyota Yaris chez Avis et nous partons, cap au nord. Nous sommes dans un paysage surprenant, totalement différent de celui de la Polynésie, foin de la luxuriance des îles, la terre est pelée, la végétation pas du tout tropicale, du moins à première vue, ni bananiers ni cocotiers, néanmoins des flamboyants sont là pour nous rappeler que nous ne sommes pas en Europe. Les femmes ne portent plus la fleur sur l’oreille et d’ailleurs nous ne verrons pas grand monde. Les villages traversés sont minuscules, les routes désertes et dans les pâturages ce sont de bonnes grosses vaches qui nous regardent passer… Nous arrêtons à La007-LA-FOA-Totems.jpg Foa pour contempler des totems plus ou moins anciens. Nous continuons en direction de Farino, la route s’élève dans des collines où nous retrouvons les essences tropicales espérées. Nous continuons sur une route étroite qui monte et descend avec des vues sur les montagnes et le lagon dans le lointain. Nous revenons sur nos pas quand cette route devient piste, pas certains de savoir où elle aboutit. Nous suivons une autre piste qui nous amène à l’entrée du Parc des Grandes Fougères mais il nous faudrait plus de temps pour nous y promener. Nous rejoignons la route principale et poursuivons notre chemin. Bien que la route ne soit qu’à deux voies, la vitesse n’est limitée qu’à 110 km/h et les conducteurs ne sont pas des Polynésiens… Le relief devient plus accidenté, plus verdoyant et peu avant Bourail nous faisons un détour pour approcher une curiosité naturelle, au pied d’une falaise, un 010-BOURAIL-Bonhomme.jpgrocher, le Bonhomme, qui s’en est détaché, les pieds dans l’eau. L’approche par la plage n’en est pas aisée, les roches sont glissantes et des panneaux mettent en garde contre les éboulements. Nous reprenons la voiture, suivons une route et des bouts de piste qui nous amènent à des points de vue sur les baies, les plages et la barrière de corail. Nous nous faisons rabrouer par des Canaques pour avoir voulu suivre une piste sans indication… Nous traversons Bourail avec une pensée pour Frank, sans voir la gendarmerie. Encore une centaine de kilomètres rapidement avalés entre les clôtures des fermes d’élevage et nous sommes à Koné. Nous cherchons la maison de Cyril, nous nous perdons, demandons et faisons téléphoner chez lui. Il vient nous chercher et nous présente Delphine, sa sympathique compagne. Nous prenons l’apéritif, du vrai pastis ! Puis dînons ensemble, en évoquant ses parents et en parlant de leur expérience de la Nouvelle Calédonie. Nous mettons au point le programme de la journée de demain. Marie appelle sa sœur puis nous allons nous coucher.

Dimanche 7 mars : Je suis réveillé avec le jour. Il fait presque frais ! Nous prenons le petit déjeuner avec Delphine et Cyril puis ils nous emmènent dans leur 4x4 fatigué qui tire un bateau à moteur. Nous continuons de les interroger sur la vie en Nouvelle Calédonie, ce qu’ils savent des relations avec les Canaques et les Caldoches. Nous roulons vers024-KONE-Lagon.jpg le nord, en nous éloignant de la mer. Nous traversons une zone de marécages puis longeons les futures installations de la nouvelle mine de nickel de la région Nord. Nous empruntons une piste jusqu’à une plage où nous mettons le bateau à l’eau. Nous piquons droit sur un îlot (on ne dit plus un motu ici) en plein milieu du large lagon. Nous y accostons, des carbets ont été construits pour les pique-niqueurs avec table et bancs, à l’ombre de quelques filaos. Marie et Delphine descendent, Cyril et moi repartons vers la barrière de corail avec l’intention pour Cyril de chasser et pour moi de voir des poissons sur les patates. La houle est assez 223-NOULEA-Aquarium.jpgforte et dans l’eau je ne me sens pas à l’aise, j’avale de l’eau salée, je n’avance pas malgré les palmes. Néanmoins je vois passer un requin à deux mètres en dessous de moi…Je prétexte des crampes pour remonter dans le bateau secoué par les vagues tandis que Cyril chasse. Peu après, il revient triomphant, il a harponné un superbe perroquet aux splendides couleurs vert vif. Il continue et cinq minutes plus tard 018-KONE-Perroquet.jpgil rapporte un barbillon moins joli mais aussi de belle taille. Nous arrêtons là et prenons le chemin du retour vers l’îlot. La houle a forci et Cyril met toute la puissance. Nous sautons sur les vagues, il faut s’accrocher ferme ! Je ne suis pas mécontent de retrouver la plage et le carbet. Nous préparons un feu de bois pour faire cuire le barbillon enveloppé dans du papier aluminium. En attendant qu’il soit cuit, la bière fait passer le saucisson de cerf, très épicé. Nous pique-niquons puis après une baignade, nous faisons la sieste. Je fais le tour de l’îlot, nous y sommes les seuls avec des oiseaux. La végétation est rabougrie, pas de grands arbres, quelques arbustes, buissons et 021-KONE-Carbet.jpgcactus raquettes mais la vue est belle sur la grande île, la barrière de corail et sa ligne blanche à l’horizon. Nous rentrons à plus faible allure et ne sautons pas trop. Le bateau rattaché derrière la voiture, nous prenons le chemin du retour. Nous arrêtons chez Marie et Julien, des amis de Cyril et Delphine. Marie aime cuisiner et nous prépare les filets du perroquet fumés dans un appareil idoine et un carry également de perroquet. En attendant, nous goûtons leurs préparations de rhum « arrangé », avec des litchis ou de la vanille. Les moustiques font une attaque brutale, chaque claque est une hécatombe ! Nous repartons de nuit, Delphine au volant. Je somnole quand je suis brutalement réveillé : la voiture chasse, fait un tête-à-queue et le bateau verse dans le fossé ! Plus de peur que de mal, personne n’est blessé et nous parvenons à remettre le bateau et sa remorque sur ses roues. Mais l’une d’elles a déjanté. Cyril a bien une roue de secours mais pas de cric. Nous arrêtons une voiture qui nous prête l’appareil. Nous changeons la roue, elle est à plat ! Cyril décide de partir avec la voiture, en ramenant Marie, pour aller chercher une bombe anti-crevaison. Nous restons Delphine et moi à garder le bateau sous un beau ciel étoilé. Retour de Cyril, réparation de la roue et nous rentrons. Ouf ! Cyril appelle Hubert au téléphone pour lui souhaiter son anniversaire, nous en profitons pour lui rappeler notre existence… Nous appelons Julie mais elle ne répond pas. Je m’installe pour taper mon journal et vérifier les messages.

Lundi 8 mars : Encore réveillé avec le jour, je commence le rangement des sacs. Nous disons au revoir à Cyril qui part travailler. Nous téléphonons et confirmons nos réservations d’hôtels puis nous petit déjeunons avec Delphine. Coup de fil à Julie qui me souhaite mon anniversaire. Dernière connexion pour trouver des messages dont un d’Yvette pour mes 64 ans ! Nous faisons nos adieux à Delphine qui avec Cyril ont été très accueillants. Nous partons enfin… Nous reprenons la route de la veille et continuons jusqu’à Kaala Gomen dont Nicole nous avait dit le plus grand bien. Nous ne savons pas précisément pour quelle raison aussi suivons-nous la piste qui traverse des marécages avant d’accéder au bord de mer, très quelconque. Nous revenons dans le village lui non plus sans grand caractère. Par contre nous y découvrons notre premier village canaque. Derrière des haies très fleuries, nous apercevons, à côté d’une maison en dur ordinaire, une case traditionnelle, ronde à toit de chaume. Les pelouses sont toujours impeccablement taillées, deux ou trois voitures plus ou moins fatiguées sont garées dessus. Nous reprenons la route pour encore quelques kilomètres, jusqu’à Koumac. Coup d’œil en passant pour l’église dans un ancien hangar d’aviation et nous faisons le détour jusqu’à la marina. Le prétexte en est le restaurant « Skipper » où j’espère trouver quelques bons plats pour fêter ce grand jour. La carte est peu fournie mais la situation en bordure de la mer est agréable et reposante. Nous nous satisfaisons d’un tartare de thon et de crevettes grillées et tout de même de verres de vin blanc glacé. Nous repartons par la route transversale qui va nous faire passer de la côte ouest à la029-POUEBO-Col.jpg côte est. La route s’élève dans les collines verdoyantes. Les zones qui n’ont pas été défrichées sont très boisées, principalement de niaoulis, des arbrisseaux torturés aux troncs blêmes et dont les feuilles semblent figées dans leur croissance par le vent. De beaux arbres, des houps (?) aux troncs ramifiés dès la base étendent largement des ramures rafraîchissantes.. Passé le col d’Amos, nous plongeons rapidement sur la côte. Nous y retrouvons une végétation tropicale, cocotiers et bananiers mais pas aussi luxuriante que nous le pensions. Les nuages sont plus présents et leur ombre ternit les couleurs de la mer et des forêts. Nous cherchons et trouvons en bord de mer, au terminus d’un 035-POUEBO-Banian.jpgbout de piste, le lieu où fut célébré la première messe. L’autel de ciment qui commémore ce triste malentendu est à l’ombre d’un banian aux lianes duquel pendent des tissus accrochés par les dévots. D’autres magnifiques banians bordent le rivage. Nous longeons le bord de mer, passons devant une des premières églises, Saint Denis, d’où l’on jouit d’une belle vue sur le rivage et les cocotiers. Dans les villages, sur le bord de la route, les gens nous font tous bonjour. Les femmes portent la fameuse robe « missionnaire » qui descend bien en dessous des genoux et des coudes, souvent dans un joli tissu coloré, et décorée de rangées de dentelles. Nous parvenons à Pouebo où nous avons prévu de dormir mais le043-POUEBO-Cascade.jpg Relais Ouane Batch est plus loin sur la route de Hienghène. La route est très belle, au milieu des cocotiers et bananiers, traverse des villages avec des cases à toit de chaume, les plus grandes sont le siège de chefferies. La montagne est proche et des cascades en dégringolent. Marie pousse de gros soupirs, impatiente d’arriver, comme aux églises précédentes, mais notre point de chute semble s’éloigner quand nous pensons y parvenir. Enfin nous y sommes ! Nous avons une case en bois, réduite au minimum, un lit, une moustiquaire, une table de bois grossier, un tabouret en plastique. Nous sommes à trois mètres de la mer, face à la case. Nous allons sur la plage mais l’eau est noire, le fond de cailloux malaisé à marcher. Nous n’insistons pas. Je vais à la recherche de sable mais ce n’est guère mieux. Nous revenons à la case déballer les sacs, écrire etc… A dix-neuf heures nous allons dîner. Une seule table à laquelle s’assoient, en compagnie des hôtes, les huit locataires. Le repas est un buffet appétissant ; des beignets de poisson avec une sauce genre thaï, des quenelles de thon et surtout de délicieux crabes de palétuviers. Pour marquer l’évènement, nous prenons une bouteille de vin blanc et je me régale de crabes bien charnus. La compagnie n’est pas très sympathique, un groupe plaisante en nous tournant le dos, ceux qui nous font face parlent moteur Toyota ! Nous finissons par engager la conversation avec un Calédonien d’origine vietnamienne, un peu dépassé par l’évolution trop rapide à son goût des techniques… Au dessert la patronne a eu la délicate attention de poser sur ma part de gâteau une bougie que je parviens à étendre du premier souffle… La pluie se déchaîne et claque sur le toit de tôle. Nous profitons d’une accalmie pour regagner notre cabane.

Mardi 9 mars : La pluie de la nuit n’a pas tout à fait cessé, il continue de crachiner et le ciel est résolument au gris. La malédiction de la Polynésie qui nous poursuit ? Nous petit déjeunons avec un grand choix de confitures et thés mais le prix est en conséquence. Nous partons pour aller voir la cascade qui dégringole les étages de la falaise, sans en approcher vu le temps. Nous demandons à téléphoner du relais pour réserver une case pour ce soir à 129-TCHAMBA-Fougere.jpgPoindimié, ce qui n’est pas évident ! Nous partons en rageant contre ces averses qui nous interdisent d’apprécier à sa juste valeur cette route dans la belle végétation de la côte est. Des fougères géantes étalent leurs délicates palmes au-dessus de celles des bananiers, les cocotiers balancent les leurs dans les alizés et ombragent les plages. Peu avant Hienghène, nous devons emprunter un antique bac pour traverser une rivière. Deux moteurs avec une hélice pour chacun afin de le mouvoir da058-HIENGHENE-Poule.jpgns un sens ou dans l’autre, et un câble pour le guider tandis que le préposé lit son journal… Des points de vue ont été aménagés pour profiter du panorama sur des rochers surgis du lagon et dont les formes ont excité l’imagination des cartographes qui les ont nommés Le Sphinx et La poule qui couve ! Nous parvenons à Hienghène, petite bourgade dynamique au fond d’une baie, fief de Jean-Marie Tjibaou. Marie rend visite à l’Office du tourisme alors que le soleil commence à apparaître. Sur la place du marché, grand rassemblement de femmes en robes très colorées. Intrigués et curieux, nous nous garons et allons voir. Il s’agit d’une fête à l’occasion de la Journée de la Femme, Une délégation de femmes de Pouebo est venue rendre visite à celles de Hienghène. De petites formations musicales animent les festivités. Pas de difficultés pour prendre des photos de ces dames, des matrones dans la plénitude de leurs moy091-HIENGHENE-Fete.jpgens. Elles ont revêtu leurs plus belles robes, colorées, généralement avec un galon de dentelle ou d’une couleur différente aux extrémités des manches, dans le bas de la robe et au-dessus de la poitrine. Nous sommes invités à partager les provisions préparées : ignames, patates douces, bananes, taros, cœurs de bambous, salade de vermicelle au goût chinois, poisson et071-HIENGHENE-Femmes.jpg viande de cerfff (On prononce le F en Nouvelle Calédonie). La musique devient plus entraînante et ces dames se mettent à danser sur des rythmes certainement pas traditionnels mais les plus âgées ne sont pas les dernières à se déhancher. La bonne humeur et les grandes parties de rigolade sont de rigueur. Nous sommes ravis de pouvoir assister à cette fête, nous sommes les seuls touristes et toutes nous sourient. Pas la moindre agressivité, pas de têtes qui se tournent devant l’appareil photo, pas de quémandage. Que cela est agréable ! Nous 102-HIENGHENE-Portrait.jpgécoutons le discours d’une « ancienne », piètre oratrice mais qui sait parler avec son cœur de leur lutte émancipatrice. Le ciel étant de plus en plus bleu, nous retournons au point de vue refaire des photos plus lumineuses. Nous repassons à la fête mais nous voulons avancer et nous repartons. Nous arrêtons au centre culturel. Aucune activité dans les belles cases traditionnelles, une exposition de peintures sans talent ne nous retient pas longtemps. Au sud de Hienghène, des roches karstiques surgissent des eaux, dressant droit vers le ciel leurs pointes acérées. Nous les contournons puis filons en direction de Poindimié. La végétation n’est plus dense que par endroits, les collines sont souvent dénudées quoiqu’encore verdoyantes. Nous avons de belles vues sur les cocoteraies de la côte mais le soleil est redevenu timide. Nous prenons la route traversière en direction de Koné sur une dizaine de145-KOUAOUA-Bambou.jpg kilomètres pour admirer depuis un pont de beaux massifs de bambous. Nous traversons Poindimié, étendue et active. Nous cherchons le gîte où nous avons réservé. Nous le trouvons au bout d’un tronçon de route. Un bâtiment en dur tagué de fresques colorées et dedans un matelas et rien d’autre. Pas question de payer 6OOO XFP pour cela ! Nous repartons sans trop savoir où aller. Je me renseigne auprès d’une personne qui téléphone à l’Hôtel de la Plage. Le prix est correct, du moins pour le pays. Nous nous y rendons. Il a dû connaître des temps meilleurs mais si la chambre est triste, le confort, télévision, climatisation et salle de bain, est presque inespéré… Je parviens de plus, grâce à son obligeant propriétaire, à ressouder et isoler le câble du transformateur de l’ordinateur qui avait enfin rendu l’âme. Nous allons dîner au restaurant du grand hôtel, de l’autre côté de la rue. Cadre luxueux, lumières tamisées, clientèle sans piqûre de moustiques, personnel stylé et excellente nourriture pour des prix du même ordre que ceux de Polynésie. Nous nous régalons d’une gigue de cerf et d’un filet de marlin avec une sauce au foie gras suivis d’un dessert exceptionnel, dont nous aimerions connaître la recette : une nougatine de pomme-liane, nom local du fruit de la passion. Retour à la chambre et au travail pour classer les photos et écrire mon roman.

Mercredi 10 mars : Nous avons coupé la climatisation, inutile avec la température, bien inférieure à celle de Polynésie et sans moiteur. Nous téléphonons de l’hôtel pour réserver une case au gîte de Canala puis no124-POINDIMIE-Case.jpgus allons petit déjeuner au snack tenu par la femme qui nous avait indiqué l’hôtel hier soir. Il faut attendre pour les toasts grillés et la confiture de goyave est parcimonieusement allouée. Avant de quitter la ville, nous passons par le marché sans ani125-POINDIMIE-Faitiere.jpgmation, l’heure est trop tardive. Quelques marchandes vendent des plantes vertes, bien chères dans un pays où elles poussent sans difficulté et quelques fruits. Nous allons voir de près une case avec une belle flèche faîtière, précédée de totems et installée en bord de mer. La route longe la côte, passe devant d’anciennes églises rustiques, toujours en hauteur au milieu de pelouses entretenues. Le ciel est redevenu gris, les rares éclaircies embrasent les feuillages des bananiers et des fougères géantes. Ces dernières sont nombreuses sur la piste puis la route qui remonte dans la vallée de Tchamba. Les terres défrichées sont devenues des pâturages qu’occupent de belles vaches. Des cases à toit de chaume apparaissent derrière les frondaisons, de grands bambous bordent les ruisseaux. A Ponérihouen, gros « village », un bureau de poste, une école, une mairie, une gendarmerie, nous achetons au « magasin », le seul qui fournisse l’agglomération en conserves, boissons, quincaillerie, produits congelés, vêtements etc… du saucis137-HOUAILOU-Mine.jpgson, du jambon et des chips que nous allons consommer sous un carbet aménagé pour les pique-niques, en bord de mer. Après déjeuner, je somnole au volant, je dois m’arrêter, fermer les yeux quelques minutes pour récupérer. Le soleil revient discrètement. Après Houaïlou, la route s’éloigne de la mer, grimpe dans la montagne éventrée par les engins de mine, montrant ses entrailles rougissantes en des étages taillés à flanc de montagne. Sur la ligne de crête nous découvrons une forêt d’araucarias, différents de ceux141-HOUAILOU-Auraucaria.jpg de la plaine. Leurs branches dénudées ont à leurs extrémités des doigts gantés d’écailles, dressés vers le ciel comme des candélabres. Ils ressemblent à ceux du Chili, en moins touffus. De part et d’autre, les montagnes du centre de l’île, présentent les blessures des mines de nickel, taches rougeâtres sur le vert d’origine. A Kouaoua nous pouvons apercevoir les installations d’embarquement du minerai sur les cargos. Nous coupons, recoupons, 149-KOUAOUA-Convoyeur.jpglongeons le convoyeur qui y amène sur un tapis roulant le minerai. Nous suivons la route traversière sur une portion puis bifurquons en direction de Canala. La forêt est encore dense sur les flancs des montagnes. Le long des cours d’eau, des bambous agitent leurs branches feuillues aux allures de plumets de shakos de majorettes. Nous atteignons Canala, autre bien tranquille village et trouvons le gîte sur le chemin d’une cascade. Nous occupons une case, murs en ciment et toit de chaume. Ameublement réduit mais suffisant. Nous nous reposons quelques instants avant d’aller nous installer à la table commune sous un abri. La télévision, branchée en permanence, diffuse des télénovellas, assidûment suivies par le personnel et accessoirement par la clientèle… Nous dînons en compagnie d’un couple de navigateurs peu engageants, d’un Caldoche qui travaille à la mine et d’une Canaque, délurée et sympathique. Le repas est décevant, deux morceaux de poulet, une salade de tomate, des bananes frites et du riz, rien de gastronomique.

Jeudi 11 Mars : La literie était molle et le petit déjeuner réduit au minimum, sans jus de fruit ! La responsable du gîte est pleine de bonne volonté mais pour le prix, nous espérions mieux. Nous nous rendons à la cascade. Un court sentier nous amène à son sommet, un ruisseau court entre des buissons, au milieu de gros rochers avant de se précipiter cent mètres plus bas. Pour voir la chute, il faudrait ramper sur la, roche et se pencher au-dessus du vide. Il ne saurait en être question ! Nous devons nous presser car la route de Thio est à horaire. Ceux qui s’y rendent passent aux heures paires, ceux qui en viennent aux heures impaires. Nous nous dépêchons, je roule vite ; la route devient piste et un panneau avertit des heures de passage mais personne pour le contrôler ! Nous y sommes cinq minutes avant l’heure limite. La piste est correcte, entretenue, étroite sur certaines portions mais sans réelle difficulté. Elle151 CANALA Foret grimpe rudement vers le col de Pethécara, dans de hautes herbes qui limitent la vision. Au sommet, nous nous arrêtons pour contempler le paysage sur les deux versants. Rien de bouleversant, des montagnes couvertes d’un maquis qui m’évoque le massif des Maures, avec la mer dans le lointain. La piste dans la descente justifie l’interdiction de la circulation alternée. Elle est beaucoup plus étroite et sans visibilité dans le sous-bois. Nous retrouvons le goudron dans la plaine, peu avant Thio. Nous faisons un détour pour nous rendre au bord de la mer, sur une plage bordée de cocotiers. Le gîte qui s’y tient nous paraît bien agréable. Des restes d’installations industrielles de la fin du XIX° siècle, de traitement du minerai de nickel, sont perdus sous les h161-THIO-Plage.jpgerbes et quasi invisibles. Nous atteignons Thio, encore un village endormi. Nous imaginons l’ennui de Joëlle !!! Nous passons un long pont, à une seule voie comme très souvent sur les routes puis nous traversons les installations de chargement du minerai sur les cargos et nous continuons en longeant la mer. Nous atteignons une plage de rêve, sous les cocotiers mais nous n’avons pas le temps de nous y arrêter… La route et non pas la piste que nous pensions trouver, continue en corniche et nous offre des vues superbes sur la côte : le platier sur lequel les vagues se brisent, le lagon aux eaux166-THIO-Cote.jpg bleues et les cocoteraies. Le soleil est de la partie et fait de cette portion de la côte la plus belle de notre périple calédonien. Plus loin nous avons un panorama sur le littoral découpé et les îles proches. Nous roulons jusqu’au bout de la route qui suit alors le bord de l’eau. Nous faisons demi-tour et revenons rapidement sur Thio. Nous achetons des provisions et allons pique-niquer devant la gendarmerie avec une pensée pour les Petitcolin seniors et juniors… Nous prenons ensuite la route de Nouméa. Nous nous arrêtons pour 174-THIO-Petroglyphes.jpgregarder sur le bord de la route des rochers couverts de pétroglyphes, des dessins concentriques peu parlants. Nous traversons l’île et retrouvons la côte ouest. Nous atteignons rapidement, par le tronçon d’autoroute, le centre ville et trouvons l’hôtel Calédonia facilement. Nous avons une grande chambre confortable, la première vraie chambre d’hôtel de ce voyage. Un orage éclate au moment où nous emménageons. Nous attendons qu’il cesse pour ressortir explorer les environs. Nous repérons un restaurant, La Chaumière, qui nous tente mais nettement plus cher, surtout le soir : 1000 CFP de plus que le midi ! Je vais voir ce que les « roulottes » proposent et retrouve Marie à la chambre. Je ressors acheter des plats chinois préparés et de la bière puis nous profitons de la télévision avant de dîner.
Nous relisons le texte avant que je ne me rende au Mac Donald où je peux me connecter pour mettre le blog à jour. Message de Nicole pour mon anniversaire et de quelques copains puis retour à la chambre quand la batterie est à plat.

 

Vendredi 12 mars : C’est un pays où il ne faut jamais désespérer de la météo ! Nous nous sommes levés tôt et après un petit déjeuner rapide et succinct, nous démarrons à huit heures alors que le ciel est obstinément gris et qu’il bruine… Nous sortons de Nouméa en suivant la « riviera », enchaînant baie après baie. La ville n’a rien à envier à la Côte d’Azur, mêmes immeubles cossus, mêmes promenades en bord de mer et mêmes retraités en veine d’exploits sportifs, mesurés… En nous éloignant, les constructions disparaissent et la côte retrouve son charme tropical. Nous empruntons une route, ordinaire, à péage qui nous permet de sortir rapidement de l’agglomération. Nous suivons la route de Yaté qui s’enfonce dans les montagnes donc dans la grisaille, et la pluie redouble… Le franchissement du col de Mouirange ne permet pas d’avoir une idée du relief, perdus que nous sommes dans la brume… Dans la descente nous bifurquons pour nous rendre au Parc de la Rivière Bleue. Nous nous acquittons d’un droit d’entrée minime et entamons un circuit sur une piste de terre durcie, qui pourrait vite devenir très glissante avec la pluie. Comme le g176-YATE-Foret-noyee.jpgarde à l’entrée nous l’a déconseillé, nous essayons (et réussissons…) de suivre la piste qui monte à un parking d’où en une demi-heure, nous parviendrions à un houp géant ! Nous ne disposons pas d’assez de temps, aussi renonçons-nous et revenons-nous sur la piste principale nous garer au bord d’un lac dont nous traversons un bras sur un pont type « Rivière Kwaï ». De l’autre côté, une navette, un minibus conduit par une aimable personne, nous emmène. Nous longeons des étendues partiellement submergées d’où des troncs morts surgissent, entre terre 180-YATE-Cagou.jpgrouge et ciel laiteux. Nous rencontrons un cagou, l’oiseau emblématique de la Nouvelle-Calédonie. Il ne vole pas, n’a pas peur des hommes et répond quand on l’appelle pour montrer sa tête surmontée d’un plumet gris. Nous arrêtons au lieu-dit du Kaori géant. De là, un circuit sur un sentier bien aménagé nous permet de circuler dans la forêt. Nous nous promenons entre différentes espèces de palmiers et d’autres essences, presque toujours des 186-YATE-Foret.jpgtroncs maigres et drus. Nous retrouvons les impressions des parcs américains, celles des premiers explorateurs, défricheurs de la forêt humide La pluie cesse, le soleil commence à apparaître… Nous récupérons la voiture. Dernière promenade, moins attractive, dans un palmetum, pour essayer d’y voir plus clair dans toute cette flore… Nous en repartons avec plus d’interrogations, toujours incapables de distinguer bois de fer, houp, araucaria et pin colonnaire… Nous reprenons la route et bifurquons de 194-YATE-Cascade-Ste-Madeleine.jpgnouveau pour nous rendre aux chutes de la Madeleine. Encore un parc aménagé, avec sentiers bien tracés et panneaux didactiques. Les mouches et moucherons enragés ne nous autorisent que le temps de photographier une chute d’eau large mais timide. Nous continuons sur la route, avec des vues sur le lac de retenue du barrage de Yaté. Le franchissement d’un col nous permet d’embrasser tout le bassin, entre les montagnes. La descente sur l’autre versant ménage des vues sur la côte ensoleillée. Parvenus au niveau des eaux, nous faisons un détour pour aller acheter un saucisson et une bouteille d’eau qui feront notre déjeuner. Nous suivons alors la côte qui s’infléchit et revient en direction de Nouméa. Nous suivons de plus en plus près la côte, traversant de belles cocoteraies, maintenant sous le soleil. Ensuite la route, parfois piste, remonte sur le plateau et nous entrons alors dans une zone minière. Des pistes interdites partent à droite et à gauche, la terre rouge dégouline sur les flancs des montagnes et sur la piste, néanmoins excellente. Nous roulons vite sur une piste large et déserte avant de retrouver le goudron. Une erreur d’orientation nous amène à l’usine d’enrichissement du nickel, vaste complexe sidérurgique, incongru dans cette nature sauvage. Nous revenons sur nos pas, retrouvons la bonne route197-YATE-Cote.jpg, étroite et coupée de nombreux radiers, franchis facilement. Nous montons par des pentes abruptes au col de Prony avant de redescendre sur la côte. Belles plages et baies qui doivent ravir les habitants de Nouméa le dimanche ! Nous contournons la presqu’île du Mont Dore avant de rentrer dans Nouméa. Nous retrouvons la chambre, bien fatigués… Mais la journée n’est pas finie. Henri Penven, connu vingt-cinq ans plus tôt à Tamatave, doit venir nous chercher… Rapide toilette pour Marie pendant que je vais chez l’épicier chinois acheter une bouteille de vin. Ce qui s’avère impossible ! La prohibition règne à Nouméa : interdiction de vendre de l’alcool du vendredi après- midi au lundi matin ! Nous nous rabattons sur une bouquetière qui vend plus cher les fleurs locales que celles importées… Henri est à l’heure, il a changé mais je le reconnais. Il nous emmène chez lui. Morgan, son fils, qui avait sept ans à l’époque, est avec sa femme et ses trois enfants ! Nicole, sa femme, se montre chaleureuse et nous nous racontons nos souvenirs de Madagascar. Ils nous parlent de leur expérience calédonienne… Une bonne soirée, convenablement arrosée… Nicole nous raccompagne à minuit. Je dois encore mettre tout ceci à jour !

 

Samedi 13 mars : A huit heures, je vais faire le plein d’essence de la voiture puis je la ramène chez Avis. Je dois la reprendre et aller la faire laver dans une station service pour ne pas avoir à payer un nettoyage… Je reviens à pied en remarquant quelques anciens bâtiments de 201-NOUMEA-Bibliotheque.jpgl’époque coloniale autour d’une avenue plantée de banians superbes. Nous petit déjeunons puis nous partons alors qu’éclate un orage. Nous commençons par le marché, près du port. Une structure moderne en béton abrite des marchands de fruits et légumes, des Vietnamiens vendent des plats préparés. Le coin dévolu à l’artisanat attire aussitôt Marie. Je la laisse farfouiller dans les robes missionnaires, les paréo et les colliers en coquillages, je préfère aller saliver devant les crabes de palétuviers dont j’imagine la fin dans un court-bouillon ! La mode rasta est arrivée jusqu’ici, les coiffures abondantes, avec dread locks, les tee shirts avec le portrait de Bob Marley et les bonnets-catogans tissés aux couleurs de l’Afrique (!!) mythique sont portées par des jeunes probablement déboussolés entre la tradition canaque et la modernité occidentale. Nous repartons en direction de la place des Cocotiers, passant d’une boutique à l’autre jusqu’à ce que Marie déniche une jupe qui fait son bonheur. La grande place de Nouméa est animée par un vide-grenier mais les averses nous obligent à nous réfugier à intervalles réguliers sous des auvents. Passage à la pharmacie pour renouveler les médicaments de Marie puis à l’Office du tourisme. Je suis plus épuisé par ces quelques centaines de mètres parcourus en trois heures, en piétinant dans les boutiques que par dix kilomètres de marche ! Nous déjeunons dans un snack d’un bon feuilleté au crabe et d’un carpaccio de thon, coupé si fin qu’il n’en a plus de goût. Nous revenons à la chambre en passant par la cathédrale, faux gothique et vraie sulpicerie. Nous passons devant quelques anciennes maisons coloniales, sans étage, toits de tôles, fenêtres à claustras et jardins fleuris. Nous abandonnons les K ways (le soleil est revenu) et divers prospectus collectés à la202-NOULEA-Fleches-faitieres.jpg chambre et repartons aussitôt pour le musée de la Nouvelle-Calédonie, en face de l’hôtel. La première salle rassemble une superbe collection de chambranles, poteaux, flèches faîtières de cases. Les autres sont classiques : poteries, vanneries, objets d’usage courant de la société canaque d’autrefois. A l’étage, les vitrines, pas très riches, présentent des objets en provenance des autres îles de l’aire mélanésienne. Nous nous intéressons surtout à celles traitant du Vanuatu, les Fidji sont peu présentes. Nous nous dépêchons d’aller pendre un bus de l’autre côté de l’avenue mais il n’en passe qu’un toutes les demi-heures et nous l’attendons longtemps. Il nous dépose dans l’anse Vata, en face de l’aquarium. Nous nous y précipitons… Des aquariums montrent la faune et les coraux des  eaux de la région. Couleurs, 222-NOULEA-Aquarium.jpgformes, de l’insolite, tout ce qu’on peut attendre d’un tel établissement. L’enchantement est dans les trois grands bassins où sont rassemblés des poissons, des coraux et des anémones de toute beauté. Des bancs ou des gradins attendent les visiteurs béats devant le spectacle ! Je prends plein de photos mais j’aurai du mal à faire croire à Julie que je les ai faites en plongée ! Nous allons contempler les audacieux qui profitent du vent fort pour filer sur leurs surfs. Nous reprenons le bus et rentrons à la chambre nous reposer. Nous sortons pour dîner. Une première tentative dans un restaurant vietnamien, dans une des anciennes maisons coloniales, se solde par un échec, la serveuse ne s’étant pas dérangée au bout de dix minutes… Nous allons au Bilboquet, cuisine française, pas bon marché. Nous nous contentons d’escalopes de veau à la crème, avec des pâtes pour changer du poisson. Retour pour écrire des cartes postales…

 

Dimanche 14 mars : Le vent et la pluie sont encore au rendez-vous. Nous refaisons les bagages sans retrouver les timbres-poste achetés hier ! Nous finissons de petit déjeuner quand Henri arrive. Nous mettons les sacs dans sa voiture puis nous allons chez lui. Nous y déposons les bagages et gardons sa voiture pour nous rendre au Centre culturel Tjibaou. Nous longeons des baies où le vent a attiré des véli-planchistes qui filent au ras de l’eau. Nous bifurquons après l’aérodrome Magenta et trouvons le centre à l’extrémité de la presqu’île248-NOUMEA-Centre-Tjibaou.jpg. Nous pouvons y entrer avec la voiture. Nous découvrons l’architecture résolument moderne des dix pavillons dessinés par Renzo Piano, des tours qui veulent évoquer les cases calédoniennes, construites en acier, verre et bois. Le centre, tout en longueur, est une succession de salles d’exposition. Dans l’une, quelques objets anciens prêtés par le musée du Quai Branly. Les autres sont des salles consacrées aux artistes contemporains, sculpteurs et peintres. Le thème récurrent est celui du « vivre ensemble », problème qui semble agiter les intellectuels locaux. L’écologie vient ensuite mais si les intentions sont louables, les réalisations sont moins intéressantes. Il semble qu’il suffise de se dire « artiste » pour être exposé, heureux pays ! Des œuvres venues d’autres îles du Pacifique tentent d’initier l’idée d’une Mélanésie sans frontières. Nous sommes presque les seuls visiteurs, la boutique et la cafétéria sont fermées le dimanche… Nous contournons les bâtiments sur un sentier tracé au milieu d’exemples de la flore locale. Les tours en arrière-plan des pins colonnaires et autres cocotiers ne manquent pas d’allure. Nous retournons chez les Penven qui nous reçoivent encore somptueusement : apéritif, huîtres de Nouvelle Zélande, excellent jambon cru local et vins de qualité. Henri nous emmène à l’aéroport. Je découvre que suite à des modifications d’horaires dont nous n’avons pas été avertis, nous n’avons plus la correspondance entre Ouvéa et Lifou et que nous devrons dormir à Nouméa ! Henri offre de nous héberger… Nous embarquons en compagnie de matrones affligées d’une nombreuse marmaille en bas âge. Une demi-heure plus tard nous nous posons à Ouvéa, tout aussi dans la grisaille que la Grande Terre. Un cyclone rôderait du côté de Wallis… La voiture de location nous attend et une fois les bagages récupérés, nous partons vers le sud. L’île n’est qu’une étroite bande de terre entre lagon et océan, couverte de cocotiers. Les cases, oblongues, murs et toitures en chaume, sont plus nombreuses que sur la Grande Terre. Quelques constructions en dur apparaissent. Je ne suis pas enthousiaste, sans doute à cause de la grisaille. Nous trouvons, presque tout au bout de la route, le gîte où nous avons réservé : une case, murs en dur et toit en chaume, un lit et une ampoule au plafond, dans une cour, entre route et bâtiment où la 279 OUVEA Plagetélévision est allumée en permanence. Rien d’emballant… Nous allons voir, de l’autre côté de la route, la plage, superbe. Une eau turquoise et un sable blanc de carte postale. Je n’y résiste pas et vais me tremper. L’eau est plus fraîche mais reste un plaisir. Nous revenons nous installer dans la salle à manger pour écrire en attendant le repas. Ce n’est pas une réussite : deux morceaux de tarot bouilli, à vague goût de châtaigne, une timbale de riz et deux œufs durs. Quant à l’eau elle est saumâtre ! Nous commençons à regretter amèrement d’être venus là ! Nous discutons avec les deux seuls autres clients, des Caldoches qui construisent un collège depuis deux mois et qui s’ennuient ferme le dimanche. Ils nous assurent que d’habitude les repas sont meilleurs… Nous regagnons notre case à l’éclairage chiche. Une fois de plus je regarde un film enregistré sur l’ordinateur.

 

Lundi 15 mars : Le vent a agité les palmes des cocotiers toute la nuit et il continue au matin. Le petit déjeuner est toujours le même : pain, beurre et confiture ! Nous partons pour l’extrémité sud de l’île. Nous atteignons le bord de mer, les vagues 261-OUVEA-Chefferie.jpgfrappent des rochers déchiquetés, coupants. Nous revenons par l’intérieur des terres, entre les cocotiers. Nous approchons une ‘chefferie’, un enclos défendu par des pieux taillés dans de gros troncs d’arbre et plantés en épi. A l’intérieur, une grande case et une seconde derrière un second enclos de pieux dressés. Nous repassons sur le pont de Mouly qui relie les deux grandes îles de l’atoll, les autres sont minuscules et inhabitées. Du pont nous avons une vue superbe sur la baie délimitée par les deux îles principales et une troisième qui garde deux passes entre lagon et pleine mer. Les eaux sont d’un bleu irréel, digne des lagons de Polynésie. Nous de269 OUVEA Baie de Moulyvrions y voir des raies, des requins, des tortues mais le vent a fait naître une houle peu propice à leur observation. Marie pense avoir vu une raie, nous distinguons vaguement une forme se déplaçant, sans pouvoir l’identifier. Nous faisons la tournée des snacks et restaurants, ce qui me permet de voir des crabes de cocotiers, crustacés d’aspect plus proche de la langouste que ne l’indique son nom. A la demande d’Henri, je rends visite à un certain Isidore, un noble vieillard à la barbe tressée, afin de réparer son réfrigérateur mais je n’ai pas besoin d’intervenir, il fonctionne. Nous cherchons et grâce à quelques personnes questionnées, nous finissons par trouver le cybercafé de l’île, bien caché au bout d’une piste. Un ancien instituteur, rasta à ses heures, a ouvert un café dans une paillote lieu de rendez-vous des expatriés. Je peux me connecter, lire un message de Julie en passe de partir en week-end pour l’Irlande, lui répondre, ainsi qu’à Nicole et à Jean-Claude. Les autres attendront que nous soyons chez Jean-Claude où nous devrions avoir le temps de nous mettre281-OUVEA-Cocotiers.jpg à jour. Nous déjeunons de crêpes au jambon, trop fades puis retrouvons la route principale et continuons en direction du nord. Dans la partie la plus étroite de l’île, nous suivons le rivage côté lagon puis côté pleine mer avant d’entrer dans la vaste cocoteraie qui occupe la  partie septentrionale. Une piste se termine en cul-de-sac sur une plage, trop tentante pour que nous nous y dérobions. Nous allons nous tremper dans une eau rafraîchie par le vent mais tout à fait acceptable par des frileux… Hélas, les moustiques voraces n’avaient pas eu de chair aussi tendre depuis des lustres et se régalent. Nous les fuyons et retournons dans la cocoteraie que nous sillonnons. Les roches de la côte battue par les vagues de l’océan sont déchiquetées et leur accès est défendu par des touffes denses de pandanus et autres plantes à racines multiples. Nous nous rendons ensuite au Trou aux Tortues, un bassin 288-OUVEA-Tortue.jpgnaturel, creusé dans la roche où, en faisant preuve de patience, nous pouvons apercevoir dans l’eau, des tortues qui sortent la tête pour respirer de temps en temps. L’arrivée d’autochtones bruyants qui plongent dans le bassin écourte notre contemplation et la quiétude des tortues. Nous trouvons un autre « trou » identique, mais sans animation à première vue, d’un bleu plus outremer. Retour au  pont de Mouly où dans l’éclairage doré d’un soleil échappé des nuages, nous pouvons observer une belle tortue se battant avec le courant pour rejoindre la haute mer. Nous retrouvons à la case, à temps pour écouter le résultat des élections régionales. Le plaisir de la victoire de la gauche et des écologistes, et de la gifle prise par Sarkozy, est terni par le scandaleux bon résultat du Front national en particulier dans notre région. Egalement aux nouvelles : deux cyclones, l’un passé sur Wallis et un autre en formation… Le repas est à peine meilleur que la veille. Certes, nous avons un bout de poisson mais il est fade, sans sauce, sans la moindre préparation et, en plus du riz, nous est servi un salade de pâtes ! Alors que je commence à rédiger ces lignes, une panne de courant m’interrompt et comme elle persiste, nous allons nous coucher dans le noir. Quand la lumière revient, je peux me mettre à jour.

 

Mardi 16 mars : Réveillé dans la nuit, je regarde un film de l’ordinateur, une ânerie bien évidemment… Nous quittons la pension après avoir fait rectifier l’addition, le repas avec les303-OUVEA-Baie.jpg œufs durs étant facturé au prix fort ! Nous repassons au pont de Mouly, le soleil brille et rend les eaux de la baie encore plus éblouissantes. Cet endroit restera comme l’un des plus beaux de ce voyage. Du pont, nous apercevons des raies qui glissent en bandes, entre deux eaux, et des tortues qui pointent leur tête à intervalles. Je ne suis pas très doué pour les repérer mais le petit garçon d’un couple de Réunionnais les aperçoit bien avant nous… Nous restons quelque temps, passant d’un bord à l’autre, suivant les pérégrinations des raies ou la lutte contre le courant des tortues. Nous allons ensuite commander un repas au gîte Beaupré et en attendant la cuisson du crabe de cocotier prévu, nous allons à la plage face au gîte. Mauvais choix, la plage est étroite et nous peinons à marcher dans l’eau sur les fragments de corail et de coquillages. Nous restons juste le temps de nous faire sécher, des taons se faisant fort de nous expliquer que nous ne sommes pas à notre place… Nous déjeunons en compagnie de « zoreilles », employés métropolitains en « mission ». Une salade tahitienne de poisson, ordinaire avec trop de concombres à mon goût et enfin le fameux crabe de c299-OUVEA-Tortue.jpgocotier ! Des pinces énormes qui feraient un repas pour dix personnes mais il n’a pas la finesse, la saveur d’un crabe de palétuvier. Cependant, je n’en laisse pas une miette et Marie, vite lassée, me regarde longuement en terminer avec le crustacé… Pour digérer, nous retournons au pont de Mouly, encore des raies et quelques tortues qui daignent remonter respirer… Pour finir l’après midi, nous allons sur une plage en bordure du lagon. Une plage de sable blanc, immaculé, à perte de vue, sur laquelle nous sommes seuls. Pas de débris de corail, pas de coquillages, du sable sur la plage, du sable dans l’eau. Nous restons à bronzer pour certains, à prendre des coups de soleil pour les autres… Nous allons refaire le plein d’essence et nous nous rendons à l’aéroport. Nous enregistrons et attendons l’arrivée de notre avion. Nous décollons alors que le ciel se couvre et quarante minutes plus tard, nous sommes au-dessus de Nouméa, perdus dans les nuages. Nous nous posons, Henri est là, venu nous chercher. Il nous ramène chez lui. Je l’accompagne au supermarché, y achète une bouteille de vin pour ce soir mais la bouteille ne sera pas digne de celles déjà prévues… Un couple de leurs amis, des enseignants, de longue date calédoniens aussi, nous rejoint. Ils apportent une bouteille d’un grand cru de bourgogne, une de champagne et une d’armagnac ! (Nous faisons pâle figure avec notre bouteille de Madiran et notre bouquet de fleurs à 3(000) francs 6 sous !), sans compter des paquets de café et des tee shirts… Henri m’en octroie deux. J’en suis d’autant plus ravi qu’ils portent un logo de l’O.M.S. Pas l’Organisation Mondiale de la Santé mais l’Office Municipal des Sports de Poindimié. Un slogan précise : « Faites du sport ! ». Ceux qui me connaissent ne manqueront pas d’avoir un sourire amusé si j’ose les porter… Nous dînons d’un ragoût de cerf, dans une bonne sauce épicée. Les vins puis l’armagnac sont de qualité et leur valeur, annoncée par leur ami, jette un froid dans le porte-monnaie… Nous allons nous coucher, dès que j’ai fini de taper mon texte !

 

Mercredi 17 mars : Nous nous réveillons avant cinq heures et vingt minutes plus tard, Henri nous emmène à l’aéroport. Nous décollons à six heures dans un ciel de plus en plus gris et sous la pluie. Quarante minutes plus tard, nous nous posons, toujours sous la pluie à Lifou. Le survol de l’île l’a montrée plus grande que ne le laissaient penser les cartes, couverte d’une brousse ou d’une forêt qui semble impénétrable. Nous ne récupérons q346-LIFOU-Gite.jpgu’un sac, l’autre est resté à Nouméa pour cause d’excès de poids embarqué ! Nous devrons venir le récupérer cet après-midi…Notre hôtelière vient nous chercher et nous emmène au gîte, tout au nord de l’île. La situation du bungalow est parfaite, au sommet d’une falaise, surplombant la mer. De la petite terrasse, la vue, avec du soleil serait superbe. Et de plus nous avons toilette et douche avec de l’eau chaude dans la case ! Nous repartons avec la voiture de la pension que nous louons. Nous passons par le village Hnathalo pour y voir, à côté d’une monumentale église à deux tours, sans doute bien trop importante pour les fidèles du lieu, une chefferie traditionnelle. Comme à Ouvéa, 304-JIFOU-Chefferie.jpgil s’agit d’une grande case ronde, entièrement en chaume, murs et toit forment un tout uniforme flanqué d’une porte large et basse décorée d’un pilier sculpté. Elle est à l’intérieur d’un espace délimité par des pieux, moins élevés qu’à Ouvéa et moins agressifs. Nous demandons à la voisine qui occupe une case semblable, plus petite, en guise de chambre mais qui a sa cuisine à côté, dans une maison en parpaings à toit de tôle, la permission aussitôt accordée, de visiter la chefferie. L’intérieur est tapissé de nattes, un âtre devant l’entrée et un poteau central sont les seuls éléments remarquables. A l’extérieur, des plantes et des fleurs l’entourent. Ce n’est qu’un lieu de réunion, le chef ne l’habite pas, il possède une grande villa moderne et tape à l’œil tout à côté. Nous nous rendons ensuite à la « capitale » : Wé. Presque une petite ville ! Des pompes à essence, des banques, un supermarché, la modernité ! Nous repérons un restaurant, passons311-LIFOU-Eglise.jpg chercher des renseignements touristiques puis approchons le bord de mer, derrière une curieuse église, repeinte de frais, elle a plus l’allure d’un château fortifié que d’un lieu de culte. Nous longeons le rivage, une belle plage et des eaux turquoise mais le soleil est toujours absent et il pleut par moments. Nous cherchons sans le trouver un point de vue en hauteur et revenons déjeuner au restaurant antillais, sur une terrasse au-dessus de la plage. Bons accras, boudin très pimenté et honnête rougail de saucisse, arrosés de deux demi-pression en l’honneur de la Saint-Patrick… Nous repartons pour l’aérodrome que nous avons bien du mal à trouver faute de panneaux indicateurs. Je dois patienter, attendre que les bagages en partance soient chargés avant de pouvoir récupérer le sac manquant. Nous continuons sous la pluie jusqu’à la presqu’île d’Easo, sur la côte ouest mais en raison du temps, nous renonçons à approcher la chapelle d’où nous devrions avoir une vue sur deux baies. Nous descendons dans la crique qui forme un aquarium naturel mais la chaleur n’incite guère à la baignade. Nous renonçons à poursuivre et rentrons au bungalow. Je me bats avec l’ordinateur qui refuse de démarrer normalement depuis hier, sans doute à cause d’un virus récolté à Ouvéa. Nous ne profitons pas beaucoup de la terrasse et il fait de plus en plus froid ! Nous dînons au gîte et malgré nos craintes, le repas est très correct, du thazard avec une sauce à la vanille et du riz au coco.

 

Jeudi 18 mars : Il a fait froid dans la nuit. Pour la première fois de ce voyage, j’ai dormi avec le haut du pyjama. Au réveil, même temps que la veille. A désespérer ! Après le petit déjeuner, nous partons par la route prise la veille et qui traverse une forêt bien dense. Le ciel gris disparaît derrière les lianes et les branches des arbres qui se rejoignent au-dessus de la route étroite. Nous allons nous renseigner et réserver dans un restaurant puis nous passons poster des cartes à l’aéroport, cette fois nous le trouvons sans nous tromper… Nous continuons en direction de Wé où nous voulons acheter des provisions au supermarché. Au moment de payer, je m’aperçois que j’ai, une fois de plus, oublié ma ceinture avec l’argent, les papiers et les passeports au bungalow ! Retour rapide au gîte. Nous en profitons pour prendre les K ways qui risquent d’être plus utiles que les maillots de bain. Nous retournons à Wé et continuons de suivre la côte en direction du sud. Avant Jozip, la route est tracée entre une falaise calcaire creusée d’abris et de grottes et la mer inaccessible derrière l’enchevêtrement des racines des pandanus et des troncs de cocotiers. Nous l’apercevons toujours d’un beau bleu turquoise malgré le manque de luminosité. Marie pour « avoir fait quelque chose », veut visiter l’atelier d’un sculpteur, d’autant plus doué qu’il s’agit d’une sculptrice mais elle est absente et son mari 315-LIFOU-Plage.jpgnous montre leurs réalisations. Consternation devant la nullité des « œuvres » réalisées dans des planches, découpées à la scie, égoïne ou à ruban. Pas de burin ni de gouge pour justifier la qualité de « sculpteur » et encore moins les prix de ces horreurs à faire pleurer devant la dégradation de cette activité. Nous continuons jusqu’à la plage splendide de Luengoni, le ciel s’est éclairci. Des îlots, creusés à leur base par le ressac, couverts de végétation, sont éparpillés dans la baie. Nous ferions bien une promenade en bateau sur ces eaux féeriques mais l’organisateur de l’excursion est malade et parti à Nouméa… Nous déjeunons sur une autre plage, tout aussi belle mais nous ne nous baignons pas, il ne fait pas assez chaud ! Nous repartons, cherchons une piste qui nous permettrait d’atteindre le cap des Pins mais toutes mènent à des propriétés. Nous en trouvons une que je vais d’abord découvrir à pied puis que nous empruntons avec la voiture. Elle nous conduit à une crique en fer à cheval très fermé, d’où nous apercevons deux îlots couverts de cocotiers échevel326-LIFOU-Pandanus.jpgés et couchés par les vents. Plus au sud, nous atteignons le bout de la route au pied de falaises sur lesquelles s’accrochent les racines de pandanus emmêlés. Nous quittons la côte est pour la côte ouest par une route qui coupe par la brousse impénétrable de part et d’autre. Nous atteignons Drueulu où nous retrouvons une côte déchiquetée, la roche, le pied creusé, forme des champignons dans l’eau. Nous suivons une piste le long de la côte jusqu’à une chefferie défendue par une double enceinte de pierres et de pieux de bois. Faute de trouver quelqu’un à qui demander l’autorisation d’y pénétrer, nous nous l’accordons… Rien de plus que dans les autres, une grande case avec des336-LIFOU-Chefferie.jpg nattes et un foyer. Nous passons devant une case en construction, Des hommes s’activent, d’autres plus âgés portent des pagnes. Je m’arrête, demande l’autorisation de la prendre en photo, on me la refuse ! Décidément les relations avec les Canaques ne doivent pas être simples… Plus loin, nous suivons une courte piste qui nous permet d’accéder à une belle plage, déserte bien entendu. Une voiture passe, trois Canaques nous dévisagent, nous demandent ce que nous faisons là puis repart. Ambiance… Nous allons sur la plage, l’eau est tentante et je me baigne, pas Marie, frileuse… Nous repartons, repassons par Wé où je remets de l’essence puis nous rentrons au bungalow. Nous reprenons la voiture pour aller dîner. Le restaurant est dans un cadre plutôt agréable, présente les fruits de la Nouvelle-Calédonie sur un étal, du miel et dans sa cuisine propose des recettes locales. Nous goûtons donc à des mets aussi étranges que des fougères aux fruits de mer qui font plus le bonheur de Marie que le mien, du marlin fumé excellent, une salade de papaye aux poulpes meilleure sans les morceaux de poulpe ratiboisés et caoutchouteux, de la roussette, une variété de chauve-souris qui a l’aspect et le goût du pigeon mais que j’avais trouvée meilleure en cari aux Seychelles. Nous sommes vite sortis de table et regagnons notre bungalow pour une dernière nuit calédonienne.

 

Vendrdi 19 mars : Hier, une fugace apparition du soleil et deux taches bleues dans le ciel nous avaient laissé espérer pour aujourd’hui une belle amélioration. Il n’en sera rien ! Ciel gris, ciel gris… Nous refaisons les sacs et les glissons dans le coffre de la voiture. Nous partons en348-LIFOU-Pandanus.jpg emmenant la fille de Louise notre sympathique hôtelière. Nous retraversons la forêt pour arrêter dans une vanilleraie. Nous y visitons, sous la conduite de sa propriétaire, un beau jardin tropical avec en particulier les lianes qui s’enroulent sur des arbres et portent les gousses vertes de vanille. Nous y revoyons des fougères comestibles et toutes les variétés 351-LIFOU-Vanille.jpgde fleurs tropicales. Nous déposons la fille de Louise et son amie et continuons jusqu’à Easo où nous retournons au parking de la chapelle Notre-Dame de Lourdes. Cette fois nous grimpons les quelques marches sur le sentier qui permet d’accéder à la chapelle. Elle est en triste état et mériterait un effort de remise en état. De ce promontoire où débarquèrent les premiers missionnaires, on aperçoit les deux baies du Santal et de Jinek. L’une est une belle plage, l’autre une falaise abrupte. Nous descendons ensuite à la baie de Jinek. J’hésite à me mettre à l’eau. La température, l’absence de tuba et de palmes m’en dissuadent en dépit de l’avis d’un couple de touristes réunionnais qui y ont vu de très beaux coraux. Nous causons avec eux, tout aussi scandalisés par les prix pratiqués et notamment dans le tourisme. Nous les quittons pour nous rendre à Wé alors que la pluie revient. Nous déjeunons au snack devant le supermarché, plats copieux mais froids ! Pour faire plaisir à Marie, nous reprenons le route de Jozip pour faire une photo de la falaise avec une case357-LIFOU-Falaise.jpg devant… Nous rentrons ensuite au gîte. Nous découvrons un escalier cimenté qui descend au pied de la falaise, dans la végétation. La vue à travers les frondaisons, sur les falaises creusées, percées de grottes et la mer qui continue de les ruiner est superbe mais il manque le rayon de soleil qui ferait resplendir les couleurs. Nous nous changeons, réglons la note, et attendons l’heure de partir à l’aéroport en discutant avec Louise. Nous quittons Lifou et parvenons quarante minutes plus tard à Nouméa. Henri nous attend et nous emmène chez lui. Nous continuons de faire baisser le niveau de la bouteille de Ricard puis nous allons ensemble au restaurant Zanzibar où nous avions envisagé de dîner lors de notre séjour à Nouméa. Nous prenons des plats de poisson bien cuisinés sauf le gratin de Marie, sans goût, et un rosé de Provence. Nous retournons chez les Penven attendre la navette qui doit nous emmener à l’aéroport. Nous y sommes bientôt, enregistrons les bagages puis patientons…

 

Samedi 20 mars : Nous décollons à une heure dans un Airbus, en compagnie de Wallisiens. Certains ne sont pas des gringalets, d’autres portent des pagnes. Marie, fatiguée, voudrait dormir mais n’y parvient pas. Nous passons trois heures ainsi avant de nous poser, de nuit, à Wallis, sans avoir aperçu la moindre lumière. Jean-Claude est là, avec un splendide collier de fleurs pour Marie. Il nous emmène chez lui, une grande maison sur une colline. Le jour s’est 024-WALLIS-Lagon.jpglevé et de leur terrasse, au-dessus de la piscine, nous avons une large vue sur le lagon et des îlots. Eugénie-Lou, nous accueille et nous prenons le petit déjeuner face à la mer puis nous allons dormir une ou deux heures pour récupérer. Un gin-tonic, le premier depuis un mois, prélude au repas pris sur la terrasse avec la mer, incroyablement bleue, en vision panoramique, que nous ne nous lasserions pas de contempler. Filets de poisson et rosé frais pour notre premier repas wallisien. Un grain passe, le soleil revient aussitôt. Nous allons faire une sieste qui va durer pour moi jusqu’à presque six heures. Je parviens à me connecter sur l’ordinateur de Jean-Claude, faute de pouvoir utiliser le mien en wifi. Nous répondons à quelques messages avant de dîner aux chandelles. Jean-Claude se montre sous un jour inconnu, complètement fou de sa fille, la très mignonne petite Grace, deux mois passés, centre de l’univers pour ses parents et pour qui Marie ne dédaigne pas jouer à la nounou… Nous allons ensuite nous coucher de bonne heure.

 

Dimanche 21 mars : Nous nous réveillons tous trop tard pour assister à la grand messe à la cathédrale mais après le petit déjeuner pris sur la terrasse, face au lagon que nous pourrions contempler des heures durant, Jean-Claude nous emmène à une église sur une colline où un007-WALLIS-Messe.jpg vieil évêque, barbe blanche de missionnaire et collier de fleurs, célèbre une messe à laquelle participe une assistance fournie. Bon nombre d’hommes portent un pagne, le manu, une large ceinture cloutée et pour la plupart un collier de fleurs. Les femmes ne sont pas vêtues d’une robe « mission » mais d’un pagne et d’une chemise camisole colorée. Une chorale accompagnée par une guitare chante des hymnes, un seul dans la langue locale. A la sortie de la messe, des femmes que connaît Jean-Claude nous offrent des colliers de fleurs de tiaré et de pandanus. Nous faisons un tour de l’île, pas bien grande… Les maisons sont toutes récentes, pas de cases, quelques jolis falé, les faré de Polynésie, de forme oblongue, à toit de chaume sont installés au bord du lagon. Nous passons au supermarché, bien achalandé et nous y comparons les prix avec ceux de métropole, en général le double mais les salaires sont en conséquence… Jean-Claude nous explique les revenus des différents expatriés. Nous rentrons pour déjeuner. Nous commençons par boire, à côté de leur piscine, 025-WALLIS-Piscine-Marie--Lou-et-Jean-Claude.jpgla bouteille de champagne que nous avions apportée, à la santé de Grace. Nous déjeunons sur la terrasse d’une côte de bœuf de Nouvelle Zélande, aussi bonne et tendre, si ce n’est plus, que la meilleure viande d’Uruguay ! Il est trop tard pour aller faire un tour dans le lagon avec le bateau aussi passons-nous le reste de l’après-midi dans la piscine. Grace continue de susciter l’admiration de ses parents mais aussi les craintes exagérées de la part de son père, complètement gaga ! Nous y restons jusqu’à la tombée de la nuit. L’hyperactif Jean-Claude, à son habitude, ne tient pas en place… Nous dînons, très simplement, avant de nous coucher. Je ne peux toujours pas utiliser internet sur mon ordinateur décidément bien fatigué : batterie à très faible durée de vie, transformateur rafistolé, luminosité de l’écran défaillante…

 

Lundi 22 mars : Nous commençons à retrouver un rythme toulonnais, Marie se réveille de plus en plus tard… La matinée s’écoule à commenter les bons résultats des élections régionales, à lire, examiner les possibilités de balades et d’hébergement aux îles Fidji et au Vanuatu puis à attendre le retour de Jean-Claude. Après déjeuner, un de leurs amis vient dépanner l’ordinateur, je peux désormais me connecter. Nous profitons de la piscine, Marie, plus en confiance que dans la mer, s’essaie à nager. Nous dînons sur la terrasse alors qu’un orage éclate. Je me connecte à internet, un message de Nicole nous apprend l’hospitalisation de Paulette, Marie appelle sa sœur qui la rassure et je reste à me battre avec l’ordinateur.

 

Mardi 23 mars : Après ces deux jours de grand repos, nous allons aujourd’hui reprendre des « activités touristiques ». Nous attendons le retour de Jean-Claude, tôt 036-WALLIS-Lac-Lalolalo.jpgdans la matinée. Il nous emmène en voiture, nous traversons l’île, ce qui ne prend pas beaucoup de temps… Sur le bord d’une piste qui s’élève dans la végétation, nous apercevons un lac de cratère. Nous en approchons, des hommes et des femmes travaillent à en débroussailler les abords. Le lac est au fond d’un cratère parfaitement circulaire, aux parois rigoureusement verticales qui en interdisent l’accès. Nous avons une vue sur ses eaux calmes qu’aucun souffle de vent ne ride, à travers les branches et les lianes qui pendent des arbres. Nous continuons en cherchant les ruines d’un fort tongien. Les Wallisiens sont des 037-WALLIS-Fort.jpgPolynésiens originaires des îles Tonga et au XVI° siècle ces derniers édifièrent une grande forteresse avec des murs larges et hauts en basalte. Une esplanade en occupe la partie haute et nous devinons des restes de fours dans lesquels on faisait cuire quelques victimes lors des festivités… Nous repartons, traversons la tranquille capitale Mata Utu, Nous y voyons la résidence du roi, une belle demeure coloniale en pierres grises, semblables à celles utilisées pour la construction de la grande église voisine. Quelques autres maisons d’allure typiquement coloniale donnent du cachet à cette bourgade endormie au bord du lagon. Nous habiterions bien certaines d’entre elles, face aux îlots éparpillés dans le lagon… Nous rentrons après être passés au supermarché, bouteilles de vin, saucisson et lapin pour un repas « comme à la maison ». Lou s’occupe du déjeuner ; pendant ce temps, Jean-Claude et moi préparons son bateau pour aller nous promener cet après-midi. Nous faisons honneur aux papillotes de poisson que nous honorons d’un bourgogne aligoté… Nous ne démarrons qu’à trois heures. Nous mettons le bateau à l’eau et partons en direction040-WALLIS-Lagon.jpg d’un îlot sur une mer étale. Un gros nuage annonciateur d’un grain fait de l’ombre et nous empêche de cuire. Nous abordons sur une plage de sable de l’îlot Saint-Christophe. Nous nous baignons dans une eau idéale. Je mets le masque pour aller explorer quelques patates dans une eau peu profonde, puisque je garde pied. Des multitudes de poissons, minuscules, d’un bleu électrique, picorent les coraux mais aussi des clowns, des rayés noir et blanc ou encore jaune et gris. Marie met aussi la tête sous l’eau puis regagne la plage. Nous repartons, contournons un autre îlot de grande taille planté de cocotiers dont les palmes se détachent en ombres chinoises sur un beau ciel bleu. Nous approchons d’un autre îlot près de la passe mais la marée trop basse nous interdit d’accoster, nous faisons donc demi-tour. Peu avant de rejoindre la marina, l’hélice heurte une patate de corail et la goupille de sécurité casse ! Le moteur n’entraîne plus l’hélice, nous n’avons pas de goupille de rechange ni de pagaies… Nous faisons des signes désespérés, Jean-Claude s’époumone dans une corne de détresse mais les barques de pêcheurs qui passent au loin se gardent bien de nous voir. Il prévient par radio et une embarcation vient nous chercher. Elle nous lance une amarre et nous ramène ainsi à bon port… Nous remontons le bateau sur sa remorque et rentrons à la maison. Nous dînons, toujours sur la terrasse en dépit de ces maudits moustiques ! J’utilise ensuite internet pour mettre le blog à jour et essayer de téléphoner à Julie qui ne semble pas être rentrée d’Irlande


Mercredi 24 mars : Journée de repos après les évènements de la veille. Jean-Claude est libre de bonne heure et nous emmène en ville acheter des cartes postales puis des timbres à 043-WALLIS-Lagon.jpgla poste et enfin nous nous rendons à l’agence de voyage pour prendre les billets du vol à Tanna au Vanuatu. Partout la décontraction, tout le monde dit bonjour, tutoie, appelle Jean-Claude par son prénom. Nous rentrons cuisiner un lapin à notre façon. La nouvelle responsable locale de RFO s’invite à notre table. Elle nous parle de ses projets. Je m’octroie une sieste après déjeuner dont je sors pour aider Jean-Claude à démonter l’hélice de son bateau, sans trouver l’origine de la panne. Nous nous baignons dans la piscine, dans une eau presque trop chaude puis nous attendons de dîner devant la télévision. Après dîner, nous joignons Julie au téléphone, elle ne nous paraît pas gaie ce qui nous démoralise. Je cherche des réservations d’hôtels à l’île de Tanna au Vanuatu et de croisières aux Fidji sur internet puis je me couche.


Jeudi 25 mars : Dans la nuit, j’ai chaud mais Marie a vite froid quand nous mettons la climatisation. J’attends donc le jour en sueur. Après le petit déjeuner, Jean-Claude, en « chômage technique », revient à la maison. Nous repartons avec lui, d’abord à la poste. Je053-WALLIS-Centre-ville.jpg vais prendre des photos du « centre ville » : une vaste esplanade devant la jetée du port, occupée par le « Palais royal » et l’imposante cathédrale de pierres grises. Deux drapeaux, un français et un wallisien, flottent fièrement et symboliquement entre ces deux bâtiments. Nous cherchons à voir de l’artisanat mais le local des femmes est fermé, deux sont occupées à préparer des dessins pour des tapa. Jean-Claude nous emmène ensuite suivre à pied un sentier botanique, tracé en bordure de l059-WALLIS-Fale.jpga mangrove. Nous nous tordons les pieds sur les blocs de lave qui constituent le sentier ou sur les rondins assemblés pour former des miradors. Des panneaux explicatifs informent sur les propriétés de divers arbres. Certains ont d’énormes troncs couchés au milieu des palétuviers. Un mirador offre une vue sur la mangrove à marée basse, sur fond d’îlots dans le lagon. De jolis falé oblongs à toit de chaume sont éparpillés dans les jardins fleuris, des enclos renferment des cochons promis aux prochaines fêtes. Nous reprenons la voiture et rentrons déjeuner à la maison. Une bière fraîche est la bienvenue, avant le vin blanc glacé qui accompagne le poulet préparé par Lou. Jean-Claude continue de s’agiter, laver la vaisselle, préparer pour le dîner de ce soir, courir de ci, de là… Je repars avec lui. Nous emmenons le bateau chez un mécanicien pour réparer le moteur. En attendant sa venue, Jean-Claude envisage de changer de moteur et s’enquiert des prix. Le mécanicien commence à démonter l’arbre de l’hélice et constate la détérioration des pignons. Jean-Claude va voir une casse de moteurs et trouve les pièces rapidement marchandées. Il les rapporte au mécanicien et nous convenons d’un tour en ULMDSC03192.JPG demain avec un « papalagi » (prononcé papalani), terme désignant ici les Blancs. Nous rentrons à la maison retrouver Marie. Nous passons une petite heure rituelle dans la piscine avant de nous préparer pour la soirée. Jean-Claude et Lou ont invité des amis à dîner. Le gynécologue et le directeur de la BNP sont des nôtres. Soirée fort intéressante, avec une vision économique et sanitaire de l’île. Nous avons confirmation des privilèges exorbitants accordés aux fonctionnaires de l’Etat au service du royaume wallisien. La soirée se termine par la contemplation de l’Etoile du Sud avant de chercher le verre de contact de Marie, retrouvé sur sa cuisse…


Vendredi 26 mars : Panique au réveil, Jean-Claude doit m’emmener à l’aéroclub, confirmer un rendez-vous, préparer un biberon, laver la vaisselle d’hier soir, avaler un café, écouter les dernières informations, enfiler ses chaussettes tout en téléphonant etc… En l’attendant, je me bats avec l’ordinateur qui a de plus en plus de mal à démarrer. Nous partons à dix heures et 104-WALLIS-D-avion.jpgdemie, Marie m’accompagne mais n’envisage pas du tout de voler. A mon grand étonnement, l’ULM n’est pas un simple moteur fixé derrière une aile mais un véritable petit avion deux places, ce qui dissipe les dernières appréhensions que j’avais, surtout depuis que je me suis découvert une tendance au vertige . Tout fait un peu bricolage mais on y retrouve les mêmes commandes que dans un Piper. Je décolle avec un instructeur sur une très courte distance. Nous nous dirigeons en montée à trois mille pieds vers les lacs de cratère, cercles parfaits entourés de forêt. Nous survolons ensuite le lagon et je mitraille sans me limiter, les dégradés de couleur, les jeux de lumière sur117-WALLIS-D-avion.jpg les eaux. La marée basse découvre les fonds, les plages autour des îlots, les tableaux impressionnistes des platiers. L’instructeur me passe les commandes, je retrouve des sensations oubliées, le plaisir de piloter, quelques virages sur 360° permettent de découvrir toute l’étendue de l’île et son écrin turquoise. Je ne garde pas le manche longtemps, je préfère me concentrer sur la vision des couleurs au-dessous de moi : les bleus outremer des tombants au-delà de la barrière de corail et les verts du lagon. Nous revenons nous poser avec une déconcertante facilité. Cette expérience me donnerait presque envie de repasser un brevet de pilote mais les conditions en métropole et les tarifs m’en dissuaderaient vite… Jean-Claude vient nous rechercher, nous rentrons à la maison, déjeunons, salade d’avocat et de pamplemousse. Courte sieste dans l’après-midi puis nous allons nous rafraîchir dans la piscine. Je réussis à éliminer le virus qui perturbait le bon fonctionnement de l’ordinateur et je peux de nouveau espérer l’utiliser jusqu’à… Je corrige les photos, tape mon texte, en attendant le retour de Lou, partie à RFO, maquiller, comme tous les soirs, les intervenants. Jean-Claude nous offre un dernier gin-tonic puis, Lou de retour, nous partons au restaurant, sans oublier Grace et sa poussette. Nous nous installons sous un grand falé avec une vue sur la mer, du moins quand il fait jour… Nous commandons des plats de crevettes et de poisson. Les crevettes ne sont pas décortiquées et le poisson grillé est une tranche de poisson poêlée avec des câpres. Je règle l’addition. Retour à la maison. Impossible de nouveau de me connecter ! Cette fois je suis décidé à me débarrasser de l’ordinateur ! J’utilise celui de Jean-Claude pour consulter ma messagerie. Les croisières Captain Cook ont de la place pour demain et un hôtel à Tanna a répondu. Marie dort déjà quand je la rejoins.


 

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 09:33

PACIFIQUE

 

HIVER 2010

 

Samedi 10 février : Après deux jours à grelotter à Paris sous la neige, à nous régaler aux restaurants chinois (Ah, la soupe de raviolis de crevettes !) et péruviens (Ah, le pisco sour !), à broyer du noir à l’exposition Soulages, à tomber sous le charme du noir et du blanc superbes aux photos d’Izis que nous ne connaissions pas et qui mérite sa place à côté de Ronis, Doisneau, à revoir des Fritz Lang (La 5° victime pour la troisième fois !!), nous avons pris le chemin de Roissy, emmenés par Julie, jalouse (…) et Jean-François, à qui nous remettons pulls et blousons chauds dans l’aérogare. Nous enregistrons, passons des contrôles, pas spécialement rigoureux, avant d’embarquer. Nous ne décollons qu’avec une heure de retard qui sera rattrapée dans les douze heures suivantes de vol. Après avoir survolé la Grande-Bretagne puis l’Irlande, nous nous lançons à la poursuite du soleil couchant. Deux repas avec champagne et liqueur, quelques films avec Steve Mc Queen visionnés sur un écran grand comme une carte postale, plus tard, à l’approche des Rocheuses, notre Boeing est distancé et la nuit commence. Changement d’appareil et pour l’occasion, contrôle de l’immigration U.S. puis fouille des bagages plus poussée, à Los Angeles.

 

Dimanche 11 février : Nous repartons pour encore quelques heures de vol. Dans les passagers quelques tahitiennes avec une fleur dans les cheveux annoncent la destination. Nous arrivons, toujours de nuit, à Tahiti, légèrement en avance. Dans le hall, trois Tahitiens, en paréo et chemise à fleurs, couronne de fleurs sur la tête, chantent et jouent de l’ukulélé pour les touristes. Les contrôles sont expédiés rapidement et nous nous retrouvons dans l’aérogare. Nous tombons chemise, chaussettes, foulards, ce qui ne nous empêche pas de transpirer dans la moiteur tropicale, 30° C et humidité maximale ! Cette moiteur qui justifie la sympathique langueur qui m’envahit dans ces destinations tropicales. Les Polynésiennes, jeunes ou vieilles, boudins ou canons, souvent plantureuses, ont toutes la fleur de tiaré piquée derrière l’oreille ou dans le chignon. Nous attendons Emmanuelle qui, comme prévu, arrive à 001-TARAVAO-Marie.jpg6h30, alors que le soleil commence à percer derrière les montagnes. Elle nous accueille avec des colliers de fleurs blanches de tiaré, son parfum est proche de celui du jasmin Nous prenons l’autoroute, à la sortie de Papeete. Elle traverse les quartiers commerciaux, supermarchés comme en métropole. Nous apercevons la barrière de corail sur laquelle sbrise une faible houle. Seule la bande côtière est habitée, en arrière les montagnes s’élèvent trop brutalement pour permettre les constructions. La végétation qui couvre les montagnes est splendide, nous retrouvons toutes les essences habituelles : cocotiers, manguiers, arbres à pain, rares flamboyants aux fleurs écarlates. Nous parvenons à Taravao, sur l’isthme qui sépare Tahiti en deux parties. Emmanuelle, toujours très gaie, et son compagnon Thomas, pas du tout gay, nous logent dans leur bien agréable bungalow, au milieu d’un grand terrain entouré de cocotiers et autres beaux arbres. Ils nous présentent leur nurserie d’oiseaux, des nodis, et leur chatte. Après un petit déjeuner aux beignets de coco, un long échange de considérations sur la Poly005-TARAVAO-Marie.jpgnésie et autres destinations, ils nous emmènent dans leur petit bateau à coque aluminium, amarré en bordure du terrain, en promenade sur le lagon. Nous découvrons avec un peu de recul toute l’île dominée par des montagnes ennuagées. Nous nous baignons dans une eau à la température parfaite. De temps en temps, un grain pique l’eau mais il ne dure pas. Nous rentrons déjeuner, occasion de découvrir la recette du « chaud-froid » : un pavé de 1,5 kilo de thon rouge, roulé dans des épices puis rapidement doré sur toutes ses faces et dégusté avec une sauce à base de mayonnaise, sauce soja et sauce d’huître, un régal ! La chair est d’une tendresse incompar006-TARAVAO-Nuages.jpgable. Je m’octroie une sieste avant que nous ne repartions avec le bateau dans le lagon. Nous jetons l’ancre et nageons quelques instants. La remontée à bord n’est pas évidente… Nous revenons dans le fond de la baie boire une bière fraîche au milieu des eaux tandis que le soleil disparaît. Nous allons dîner « Chez Myriam », seul restaurant ouvert. Bonne cuisine chinoise, très copieuse, je ne viens pas à bout de mon porc sauce d’huître ni Marie de son mai-mai, une variété de dorade, au curry. Deux Tahitiennes, couronnées de fleurs, dansent sur des airs pas toujours purement locaux. Retour au bungalow pour, enfin, une nuit de sommeil.

 

Lundi 15 février : Je suis réveillé tôt. Il y a eu du vent dans la nuit ainsi qu’une bonne averse, il n’a donc pas fait trop chaud. J’attends l’apparition du soleil pour lire puis à 7 heures et demie, je rejoins Emmanuelle et Thomas qui partent travailler. Ils me déposent à l‘agence de location de voiture Avis. L’employé, un Tahitien bon teint, d’emblée me tutoie. Je repars au volant d’une petite coréenne. Je vais retrouver Marie. Nous petit déjeunons et partons en balade. Nous hésitons entre la presqu’île et le tour de la partie principale. Nous nous décidons, puisque la matinée est avancée et que le ciel y semble plus clément pour la presqu’île. Nous suivons le lagon délimité par la frange blanche de la mer écumant sur les brisants, à quelque distance.015-TEAHUPOO-Vue.jpg Des pirogues à balancier sont abritées sous des faré, ces abris couverts de palmes. De l’autre côté de la route, la montagne et une végétation très dense. Les maisons sont coquettes, plantées sur des gazons dignes d’Anglais. Des haies de splendides massifs fleuris, hibiscus, frangipaniers, délimitent les parcelles. Nous poursuivons jusqu’au bout de la route, à Teahupoo. Il n’est pas possible de faire le tour de la presqu’île. Nous continuons à pied en empruntant une passerelle au-dessus d’un ruisseau descendu de la montagne et traversons le village. Les maisons sont récentes et n’ont pas le cachet de celles de La Réunion mais elles ne manquent pas d’attraits, leurs vérandas doivent être agréables à l’heure de l’apéritif… Beaucoup se sont installés un faré en bord de mer, à l’ombre des badamiers. Nous marchons le long de la plage. Le temps se gâte, les nuages sont de plus en plus présents et quelques gouttes tombent. Nous revenons sur nos pas et reprenons la voiture. Nous trouvons le marae 018-VAIRAO-Marae.jpgNuutere au bout de quelques centaines de mètres de piste à l’écart de la route principale. Il s’agit d’une vaste esplanade culturelle, une plateforme constituée de blocs de roches volcaniques, débroussaillée et entretenue, autour d’un figuier. Identifier les différents espaces n’est pas évident d’autant que notre connaissance de ce type de lieu est des plus sommaire ! La situation du marae, au pied de la montagne, entre des cocotiers élancés, parsemé de buissons fleuris, est enchanteresse. Nous revenons à Taravao. Nous achetons au supermarché du pain, de la charcuterie et des oranges puis prenons la route qui monte sur le plateau. Nous nous élevons au milieu de prairies vertes que broutent de blondes charolaises, déplacées entre palmiers et arbres à pain. La route se termine, nous continuons à pied sur un sentier glissant pour parvenir à un point de vue sur l’île de Tahiti, perdue dans les nuages,023-TAHITI-Recifs.jpg l’isthme qui l’en sépare de la presqu’île et les barrières de corail qui l’entourent. Je peste contre les nuages qui nous gâchent le panorama. Nous redescendons sur la côte et repartons en direction de Tautira. Nous pensions trouver une côte sauvage mais les constructions en bord de mer se succèdent sans discontinuer et il n’est pas évident de trouver un bout de plage accessible. Les bouts de pistes qui y mènent sont souvent barrés d’un péremptoire « TABU ». Tautira est un joli village calme. Nous le dépassons et empruntons une mauvaise piste sur laquelle les Tahitiens roulent au pas même avec des pick up ou des 4x4. La végétation dégringole des 032 TAUTIRA Forêtfalaises, des cascades ont marqué leur empreinte sur les roches verticales mais le soleil demeure absent. Nous revenons sur nos pas, suivons une vallée qui remonte le cours de la Vaitepea qui roule des flots bruns. Entre les bouquets de cocotiers nous apercevons dans la grisaille, les pics volcaniques du centre de l’île. Nous ne pouvons pas aller bien loin. Ce sont les travaux de constructions de maisons, de plus en plus éloignées de la côte qui font progresser la pénétration vers l’intérieur. Nous reprenons le goudron et retrouvons Taravao. Nous visitons les supermarchés, en examinant les étiquettes (à notre grand étonnement, la viande de bœuf, importée de Nouvelle-Zélande, est bon marché). Nous rentrons au bungalow pour y retrouver nos hôtes. Je prépare une salade (sans salade) de crevettes à la mangue. Après un apéritif à la bière, nous dînons, sous l’œil concupiscent de moustiques fort intéressés. Emmanuelle débouche une étonnante bouteille de vin blanc local, la vigne pousse sur un atoll ! Nous discutons encore tard avant d’aller nous coucher.

 

Mardi 16 février : Nous nous levons tôt pour partir de bonne heure. Nous faisons nos adieux à Emmanuelle et Thomas qui, invités, ne reviendront pas ce soir. Le ciel est très menaçant sur l’île, de gros nuages noirs enveloppent les sommets. Nous hésitons à faire le tour par l’est ou par l’ouest. Nous commençons par l’ouest , moins couvert, mais au bout de quelques kilomètres, rattrapés par la pluie, nous faisons demi-tour. La c038-PUEU-Eglise.jpgôte est étant aussi sous la pluie, nous ne distinguons pas grand-chose du paysage ! Les villages se succèdent, tous pourvus de plusieurs grandes églises ou temples surmontés de flèches pointues. Chacune correspond à une congrégation, ce n’est pas le choix qui manque ! Catholique, toutes les variantes du protestantisme mais aussi témoins de Jéhovah, Mormons, Sanitos (Eglise réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, ouf !), sans oublier les Evangélistes de tout poil… Nous nous arrêtons à plusieurs reprises dans l’espoir que la pluie se calme. Ce qui finit par 041 Souffleurarriver alors que nous sommes arrêtés au Trou du Souffleur où la houle crache bruyamment à travers une ouverture dans les roches. Nous pouvons distinguer la côte, de grandes roches noires balayées par les vagues, les plages sont rares à Tahiti et sont alors d’un sable noir de jais. Derrière la végétation est des plus luxuriantes, les tulipiers du Gabon mettent des touches de rouge dans les variétés de vert des frondaisons. Nous suivons une courte portion de route qui s’enfonce dans l’intérieur jusqu’à un parking. De là deux sentiers dans la forêt mènent à trois impressionnantes cascades. La première toute proche est l‘occasion de nous faire doucher par les embruns provoqués par la chute, de plusieurs centaines de mètres de hauteur, des eaux chargées de limon rouge, gonflées des pluies de la matinée. Les deux autres s’atteignent après quelques minutes de marche sur un sentier heureusement aménagé dans la montagne. Elles aussi s’abattent avec fracas de part046 VAIMAHUTA Cascade et d’autre d’un pan de falaise. Nous repartons le long de la côte, les eaux ne sont pas turquoises mais bien rouges, de la couleur de la terre entraînée par les torrents. Nous suivons ensuite la route dite « traversière » mais qui ne traverse pas ! Après quelques kilomètres de goudron, nous continuons sur une piste creusée de nids de poule remplis d’eau dans lesquels la voiture, pas vraiment prévue pour, cahote. Nous remontons le lit de la rivière Papenoo. Nous sommes déçus par le paysage, ce n’est plus la luxuriance à laquelle nous étions habitués, peu de grands arbres mais plutôt des arbustes qui semblent brûlés ou en manque d’eau ! La route s’élève, parfois très abruptement, mais alors des plaques de béton évitent les problèmes qui ne manqueraient pas de survenir en temps de pluie. Nous franchissons à plusieurs reprises des torrents sur des radiers. Nous entrons dans un cirque de montagnes découpées et de pics acérés, infranchissable suite à des éboulements. Nous arrêtons à l’auberge de la Maroto. Nous y aurions bien déjeuné ou à tout le moins pris un verre en contemplant la vue de la terrasse mais tout est fermé bien qu’une pancarte annonce : « Ouvert tous les jours »… Nous poussons un peu plus loin, il faut traverser un petit torrent, la voiture racle, cale, repart. Nous allons voir à proximité un maraé. Le chemin d’accès est envahi de branchages, des arbres déracinés jonchent le terrain. Des ouvriers nous expliquent que le dernier cyclone en est le responsable et que si les dégâts ont été minimes sur la côte, il n’en a pas été de même en altitude. Nous retrouvons la côte, la circulation à l’approche de Papeete s’intensifie055-MOOREA-Vue.jpg. Un court détour nous amène à la Pointe Vénus, une plage de sable noir d’où nous apercevons l’île de Moorea empanachée de nuages. Pas une seule gargote pour nous sustenter ! Les policiers municipaux doivent regarder trop de films américains, sur leur fourgon est écrit non pas Police mais Shérif !!! Nous traversons Papeete sans en voir grand-chose. A peine apercevons-nous un paquebot ancré devant la ville avant de revenir par la côte dite ouest vers Taravao, sur la portion d’autoroute où la vitesse est tout de même limitée à 90 km/h. Quelques kilomètres plus loin, nous allons visiter le musée de Tahiti et des Iles. Dans un beau parc en bord de mer, ombragé par des manguiers et des cocotiers, se tiennent les bâtiments qui abritent une intéressante collection d’objets collectés dans toute la Polynésie.058-ARAHUARU-Marae.jpg Les plus remarquables viennent incontestablement des Marquises où semble-t-il subsistent des traces de la culture traditionnelle. Tout ce qui touche aux ïles y est évoqué : géologie, zoologie et bien sûr anthropologie. Des panneaux, peu lisibles, voire complètement effacés, devraient apporter des explications… L’éloge des missionnaires, de toutes confessions, y est dressé, sans le moindre recul… Nous allons encore faire quelques détours pour approcher deux maraé, le dernier dans un beau parc. Mais il commence à faire tard, nous allons faire quelques emplettes au supermarché de Taravao et nous rentrons au bungalow. Il faut nourrir les chiens qui s’affolent, gueulent, réclament leur gamelle, la chatte cherche à se rendre intéressante. Une fois tout ce petit monde rassasié, nous nous occupons de nous. Traitement des photos, rédaction du journal, consultation de la messagerie puis nous dînons en puisant dans les stocks d’avocats et de fruits tropicaux d’Emmanuelle et Thomas. Il faut ensuite refaire le sac et enfin nous pouvons nous reposer.

 

Mercredi 17 février : Encore un réveil matinal, nous nous mettons au rythme polynésien… Nous chargeons la voiture, rapide ménage du bungalow et nous partons. Un beau soleil nous fait presque regretter de quitter Tahiti. La côte sous cette lumière est très belle, le bleu de la mer et du ciel ponctué de quelques petits nuages blancs, le vert des palmes et le vermillon des fleurs, toute une palette de couleurs pour nous dire au revoir… A l’approche de Papeete, nous découvrons les encombrements locaux. Nous nous traînons jusqu’à l’autoroute et à neuf heures nous garons la voiture au parking de l’aéroport. Nous rendons les clés, déposons les sacs à la consigne, pas bon marché… Nous travers062-PAPEETE-Musiciens.jpgons la route pour aller prendre un bus. En l’attendant, nous discutons avec une Polynésienne des Tuamotu qui nous conte son émerveillement devant les champs de blé, en France ! Nous descendons dans le centre ville. Une demi-douzaine de Tahitiens jouent du ukulélé et chantent pour le plaisir des passants. Nous nous rendons au marché, une structure métallique récente mais qui respecte le style ancien. Au rez de chaussée les étals de fruits et légumes, taro, bananes à cuire, ananas, avocats et papayes, voisinent avec les marchandes d’artisanat, chapeaux tressés en pandanus et horreurs habituelles pour les touristes. Nous marchons jusqu’à la mairie une grande bâtisse récente mais traditionnelle, plus intéressante de loin que de près. Pas de belles maisons coloniales, béton et architecture récente sont le lot075-PAPEETE-Vahine.jpg des immeubles du centre ville. Nous revenons sur l’avenue du front de mer, la circulation est intense mais les passages cloutés sont scrupuleusement respectés. Nous jetons un œil à la cathédrale, nom pompeux pour une modeste église de campagne. Marie trouve et achète un roman (policier) polynésien. L’apport de la culture française se manifeste ici, comme à Saïgon, à Dakar, ou naguère à Tunis, par des cafés en terrasse, ombragés où il est possible de se faire servir un demi-pression glacé. Nous déjeunons dans l’un d’eux, tartare de thon rouge et poisson cru au lait de coco nous régalent. Un violent orage éclate et nous cloue dans ce café. Quand la pluie cesse, nous n’avons que le temps d’aller reprendre un bus qui nous dépose à l’aéroport. Je récupère les sacs et nous les enregistrons. Nous devons patienter une heure, un autre orage éclate alors 090-BORA-BORA-D-avion.jpgque nous attendons sur le tarmac de monter à bord d’un ATR. Nous décollons et survolons Moorea, également couverte de gros nuages mais on distingue la barrière de corail. Plus tard nous survolons Huahiné qui, avec ses cumulus au-dessus de l’île entourée des eaux vertes du lagon, ressemble à un gros chou-fleur. C’est ensuite Bora Bora, ensoleillée, aux pics qui émergent des eaux turquoise du lagon. Nous apercevons d’autres atolls éloignés puis nous contournons Maupiti, sa falaise surgie du lagon, ses cocoteraies sur les motu, îlots de l’anneau corallien. Nous nous posons  dans ce nouveau bout du monde. Pas de voitures à l’aérogare, un simple faré, la piste est construite sur un motu qui n’est accessible qu’en bateau ! Notre aubergiste arrive104-MAUPITI-Fare.jpg légèrement en retard, décontracté, tutoiement d’office, il nous offre des colliers de fleurs de tiaré. Quelques pas et nous montons dans sa grande barque. Nous longeons le cordon de cocotiers quelques centaines de mètres avant de nous laisser glisser sur le sable, dans une eau très peu profonde, pour accoster devant notre bungalow. Il n’y en a qu’un, entre deux cocotiers, directement sur le lagon. Nous allons pouvoir jouer les Robinson ! Nous allons nous tremper, pas question de nager dans si peu d’eau, en contemplant, d’un côté l’île et ses pics, de l’autre côté la palissade de cocotiers. L’idée que l’on pouvait avoir de la Polynésie ! Nous sommes avec une Belge, voyageuse solitaire, les seuls clients. Nous dînons ensemble dès que le soleil est couché, heure à laquelle moustiques et nono partent à la chasse au popaa. Les darnes de thazard sont accompagnées d’un excellent curry de fruits de l’arbre à pain. Le repas avalé, il ne reste plus qu’à aller se coucher…

 

Jeudi 18 février : Le soleil inonde le faré à travers le rideau. Le ciel est dégagé des nuages, le lagon resplendit. Nous petit déjeunons en compagnie de la Belge, Florence. Puis Marc, 107-MAUPITI-Cocotiers.jpgnotre hôte, sa femme Melissa et leurs deux chiens nous emmènent, avec Florence qui repart, sur l’île. La traversée est rapide. Le village s’allonge et forme la seule et unique rue. Les maisons, des bungalows, sont posées sur de courts pilotis et sont censées résister à des vents de 360 km/h ! Ui, un ancien de 73 ans, va nous emmener dans son minibus pour un tour de l’île, commenté. A mon grand étonnement et déception (légère) les véhicules ne sont pas rares et quelques 4x4 circulent sur les dix kilomètres de l’étroite route qui fait le tour de l’île. Notre guide est un curieux personnage, féru d’ésotérisme et d’astronomie. D’après lui, et ce serait dans la Bible216-NOULEA-Aquarium.jpg (!), les Polynésiens seraient une des douze tribus d’Israël, leur langue dériverait de l’hébreu ! Il nous dépose à la seule plage de l’île, à une pointe, face aux motu qui forment l’anneau corallien. L’eau est transparente, le fond de sable est parsemé de quelques « patates » fréquentées par de jolis poissons de coraux, des noirs et blancs à larges ou fines rayures noires, des bleus, des oranges. Peu effarouchés, ils continuent de vaquer à leurs occupations tandis que nous les observons à travers le masque, tout en ayant pied. Nous dorons, rougissons, devenons de vrais popaa, des « brûlés », selon l’expression utilisée par les Polynésiens pour désigner les Européens. Ui vient nous rechercher avec un autre couple qui vient d’arriver. Nous achevons le tour de l’île pour retourner au village. La route franchit un 117 MAUPITI Lagoncol, modeste, mais d’où la vue sur le lagon et le cordon lagunaire est éblouissante ! Des variations de bleus, du turquoise à l’outremer qui dessinent des arabesques dans le lagon. Nous déjeunons dans un « snack », en terrasse sur le lagon, en compagnie d’autres Français, des enseignants de français – latin ( !!! ) en poste à Bora Bora. Nous nous régalons de poisson cru et de sashimi servi avec une sauce proche de celle préparée par Emmanuelle. Nous repartons pour un second tour de l’île avec de nouvelles « informations » dispensées par Ui, témoignages de la confusion engendrée dans les esprits par les missionnaires, mélange de légendes locales et 122-MAUPITI-Petroglyphe.jpgd’autres extraites et réinterprétées de la Bible. Il détaille longuement les restes d’un marae puis, sans grand enthousiasme, nous conduit au site des pétroglyphes, des pierres dans un ruisseau couvertes de gravures que les archéologues pensent être des représentations de tortues mais qui pour Ui sont une représentation de l’Union de la France et de l’Angleterre protégeant la Polynésie… Nous retrouvons Marc dans le village et nous rentrons en fendant les eaux turquoise au bungalow. La douche est la bienvenue. Nous nous installons dans le jardin mais nous devons nous couvrir pour échapper aux moustiques et aux nono. Nous dînons en tête à tête, encore du thazard, servi avec des champignons à la crème et des macaronis. C’est Marc qui est aux fourneaux et il a des nostalgies culinaires…

 

Vendredi 19 février : Réveil plus tardif, le ciel est serein, l’orage de la nuit est oublié. Nous attendons l’arrivée de la barque d’un autre hôtelier pour partir avec lui faire le tour complet du 129-MAUPITI-Ile-et-patate.jpglagon. Nous naviguons sur des eaux de carte postale, l’intensité des couleurs variant avec la profondeur. Nous nous approchons, entre deux motu, de deux fausses passes, ouvertures dans l’anneau corallien mais néanmoins infranchissables. Nous nous mettons à l‘eau pour aller voir des patates, plus belles que celles de la veille mais sans plus de poissons. Nous repartons jusqu’à la plage de la veille où sur les conseils du pilote de la barque, je nage jusqu’à une autre patate, aux coraux plus variés et nettement plus peuplée. Des anémones s’agitent dans le courant et hébergent de jolis poissons colorés. Je regrette de ne pas avoir de tuba car je dois sortir la tête de l’eau pour respirer alors que les poissons craintifs ne ressortent de leurs abris qu’une fois rassurés par mon immobilité. Nous embarquons un groupe de touristes qui renoncent à faire le tour de l’île à133 MAUPITI Lagon pied. Nous poursuivons à faible allure dans une étendue d’eau de peu de fond jusqu’à la vraie passe, étroite ouverture entre les vagues qui se brisent sur la barrière de corail. Les effets du cyclone Oli sont visibles : sable disparu, grève de brisures de coraux, cocotiers déracinés. Nous continuons en cherchant dans l’eau des raies qui fuient devant nous. Un petit requin, aux dires de notre capitaine, n’est pour nous qu’une ombre dans l’eau. Nous achevons le tour en regagnant le bungalow. Marc nous a préparé des sandwichs, jambon, concombre et mayonnaise… Marie insiste pour avoir une bière… Nous faisons ensuite une petite sieste avant de ressortir pour traverser à pied la cocoteraie qui couvre le motu et débouchons sur le rivage uniquement constitué de débris de coraux. Pas de sable, pas de baignade possible, les rouleaux des vagues s’écrasent sur les madrépores. Pas d’ombre non plus ! Marie reste sur le bord, je marche le long du rivage puis reviens en recherchant l’ombre. Là aussi le cyclone a laissé des traces. Nous revenons au bungalow. Marc a reçu son poste de radio, parti en réparation et qui lui manquait. Nous avons droit à une musique pas forcément de notre goût, qui vient troubler notre quiétude. Seule la musique polynésienne est d’ambiance. Le dîner prouve aussi qu’il est temps de repartir. Après deux soirs au thazard, nous avons droit ce soir à un plat de bœuf aux légumes qui s’avère être préparé avec du corned beef. Les Polynésiens en sont friands paraît-il, pas nous. Une expérience ! Les crabes, les holothuries abondent, le poisson cru est facile à préparer mais pourquoi se compliquer la vie ? Dommage que Marc semble gagné par l’indolence locale…

 

Samedi 20 février : Je laisse Marie dormir et vais lire sur le rivage, sous un ciel sans nuages, dans la lumière naissante. Après le petit déjeuner, nous voulons faire un tour en kayak. Nous montons tous les deux sur un kayak individuel. Je peine à le diriger et, trop chargé, il se remplit d’eau. Marie peu rassurée, bien que nous soyons dans très peu d’eau, descend sur une plage et je continue seul dans un engin nettement plus maniable mais plus fatigant qu’il n’y paraît. Brûlé par le soleil, las de pagayer et sans la moindre raie ni l’ombre d’un aileron en vue, je fais demi-tour et rejoins Marie. Nous rentrons à la pension et préparons les sacs. Le ciel se couvre et devient vite gris. Marc, Melissa et leurs deux chiens nous ramènent sur l’île. Nous 138-MAUPITI-Orage.jpgabandonnons les deux sacs à leur maison et allons déjeuner sous le faré du snack de l’avant-veille. Plats bons et copieux de cette cuisine métissée sino-polynésienne. Nous sommes à la table d’un intendant de collège d’une île des Australes ravagée par le cyclone Oli. Il y a perdu sa maison et ce qu’il nous en raconte est plutôt cauchemardesque ! Un violent orage éclate, on ne distingue plus les motu. Et puis cela passe mais le ciel reste couvert. J’accompagne Marie à l’embarcadère, beaucoup plus éloigné qu’il ne m’avait semblé. C’est l’occasion de voir de près les maisons du village et leurs tombes de la famille installées devant. Il n’y a pas de cimetière à Maupiti et il en139 MAUPITI Nous est souvent de même dans les autres îles. Je reviens en transpirant à la maison de Marc. Mélissa nous a tressé des couronnes de feuilles et de fleurs de tiaré ! Il me ramène avec les sacs dans le débris qui lui sert de véhicule au port. Nous posons pour la photo avec nos couronnes, que nous conservons sur la tête ! Nous appareillons, assis sur le petit pont supérieur de la vedette, ponctuellement à seize heures. Le franchissement de la passe est une expérience de roulis qui ne dure heureusement pas. Nous distinguons dans le lointain, le cône de la montagne de Bora Bora. Elle tarde à se rapprocher, la traversée va durer plus de deux heures, plus que prévu alors que 142-BORA-BORA-de-Maupiti.jpgla houle ne nous paraissait pas trop forte. Des poissons volants  passent en rase-mottes. Bora Bora grossit, Maupiti rapetisse. Nous entrons dans le lagon, sans distinguer grand-chose, la lumière décline et le ciel est toujours gris. Nous accostons et montons dans un truck, un de ces bus à l’ancienne, une caisse en bois, ouverte à tous les vents, munie de bancs, posée sur un châssis de camionnette, qui assure le transport des passagers et des bagages. Nous avons le temps d’apercevoir un tronçon de la côte, peu143-BORA-BORA-Marie-et-truck.jpg différente de Tahiti avec sa succession de maisons. La nuit tombe quand nous arrivons « Chez Nono », l’auberge où nous avions réservé. D’emblée, l’ambiance me déplaît ! Nous longeons dans une soupente à l’étage, mal isolée, les autres locataires sont bruyants, que des mâles bronzés et musclés… Nous y retrouvons Florence, objet de toutes les attentions masculines et qui nous permet d’obtenir un verre de punch inattendu et bien venu. Nous l’abandonnons à son aréopage d’admirateurs énamourés et allons dîner à proximité dans une « roulotte », des tables en plein air et quelques plats préparés par un « demi », métis indo-polynésien. Il nous conte la saga de sa famille, son grand-père de Pondichéry, gaulliste de la première heure, sa grand-mère venue des Australes, leur rencontre en Nouvelle Calédonie. Il nous fait part de son dégoût des politiciens locaux et de son désir de retourner en Inde pour y monter quelque chose. Nous lui promettons de revenir dîner demain soir et rentrons en suivant la route, succession de boutiques, de restaurants dans une ambiance de vacances sous les tropiques que nous verrons mieux au jour. Le ventilateur permet de masquer les rires peu discrets et la musique de nos colocataires.

 

Dimanche 21 février : Le ciel est bien gris ce matin, le vent souffle. Pourrons-nous partir en promenade en bateau ? Je vais acheter du thé, du sucre et des firifiri, des beignets à la noix de coco pour le petit déjeuner, à la boutique sur la route principale. Elle est assez éloignée, cela me donne l’occasion de comparer les établissements touristiques, tous à toits de chaume dans un environnement de verdure et les maisons des habitants, à toits de tôle. Nous partons 145-BORA-BORA-du-lagon.jpgà neuf heures et demie, le ciel semble s’améliorer. Nous embarquons dans une grande pirogue à balancier, équipée d’un moteur hors-bord. Nous sommes six touristes, le pilote et une accompagnatrice sympathique. Nous commençons le tour du lagon avec une première vision de la montagne encore bien perdue dans les nuages et des installations hôtelières de la côte. Premier arrêt sur un banc de corail. Je descends dans l’eau et découvre un superbe aquarium, des centaines de poissons multicolores, pas effarouchés, vaquent à leurs occupations sur un m235-NOULEA-Aquarium.jpgassif de corail non dégradé, occupé par quelques bénitiers aux lèvres ourlées phosphorescentes. Enthousiaste, je reviens décider Marie à partager mon plaisir. Comme il n’y a pas pied, elle enfile une bouée de sauvetage et descend dans l’eau. Je retourne au milieu des poissons, me laisse flotter à observer les « demoiselles » bleues, les « bagnards » blancs et gris, les « papillons » noirs à queue jaune etc… Nous repartons en direction des motu. Nouvel arrêt dans peu d’eau mais Marie préfère rester à bord… Je descends m’accrocher à une corde pour contempler le ballet des raies et des requins attirés par la 153-BORA-BORA-Requins.jpgnourriture, des déchets de poisson que leur distribue le pilote. Des petits requins, accompagnés de leur poisson pilote, passent sous mon nez, je tente d’en caresser quelques-uns. Les raies, de bonne taille, ondoient, s’empilent en mille-feuilles, passent sous les jambes. D’autres poissons colorés sont aussi présents mais je n’ai d’yeux que pour les squales et les raies. Une pensée pour Julie… Nous arrêtons ensuite sur un motu pour déjeuner sous un faré. Un somptueux repas ! Un buffet présenté sur des feuilles, décoré de fleurs d’hibiscus, propose du poisson cru au lait de coco, de l’espadon grillé avec164-BORA-BORA-Pique-nique.jpg une sauce délicieuse, du taro (bof !), de la banane cuite, très sucrée, du gâteau coco et des tranches de fruits. Et pour égayer le repas, le pilote joue de l’ukulélé et l’accompagnatrice chante… Nous essuyons un grain pendant ce pique-nique mémorable avant de repartir. Nous longeons les villages lacustres que sont les luxueux hôtels composés de paillotes sur pilotis distribuées en Y sur les eaux du lagon. Les tarifs y sont astronomiques mais il ne me déplairait pas de passer la nuit au-dessus de l’eau et de me réveiller avec un horizon d’eaux turquoise. Peu sont occupés, quelques-uns ont souffert du 179-BORA-BORA-Raies.jpgcyclone. Nouvel arrêt pour une courte baignade et enfin dernière attraction et pas la moins époustouflante. Une dizaine de  raies de grande taille accourent (?), des habituées sans doute à la façon dont elles se précipitent sur l’animatrice, se propulsent sur ses épaules. Les touristes se mettent à l’eau, Marie aussi. Nous pouvons caresser le dos de ces sympathiques tapis nageant qui nous regardent de leurs gros yeux globuleux sans aucune idée de mes envies de beurre noir et de câpres… Nous achevons le tour de l’île sous un nouvel orage. Mes coups de soleil commencent à me faire souffrir. Je suis rouge homard mais je grelotte ! Nous retrouvons l’auberge, regagnons la chambre, procédons à des ablutions bienvenues avant de marcher jusqu’à la pointe Matira, sans grand intérêt, ce ne sont qu’hôtels et restaurants, bien serrés les uns contre les autres. Nous revenons guetter le coucher de soleil depuis notre plage mais il disparaît traîtreusement derrière les nuages sans crier gare ! Nous allons dîner au snack de la veille d’un unique steak frites, assez consistant pour deux, une viande tendre de Nouvelle Zélande. Nous rentrons en essayant d’éviter les flaques d’eau sur le chemin non éclairé.

 

Lundi 22 février : La pluie violente débutée dans la nuit ne cesse pas. Nous apprenons qu’une dépression rôderait dans les parages… Nul ne sait en prédire la durée. Nous passons la matinée à la table commune de l’auberge, à discuter avec d’autres touristes. Le travail, les enfants, les voyages… Echange de quelques renseignements et banalités pour passer le temps. Nous avons parfois l’impression d’une légère amélioration mais vite, une nouvelle ondée ternit nos espoirs… A midi, un minibus vient nous chercher en compagnie d’un couple désoeuvré en quête d’activité et nous dépose au faré du port sous lequel nous attendons l’heure du départ de la navette maritime qui emmène sur le motu où se trouve l’aéroport. Je vais acheter des sandwichs et une bière. Nous traversons le lagon, toujours sous la pluie, et enregistrons nos bagages. Nous décollons en avance. L’avion est loin d’être plein. Nous186-TAHAA-d-avion.jpg survolons Bora Bora dans la grisaille et peu après Tahaa avant de descendre sur Huahiné. Le vol n’a duré qu’un quart d’heure ! Armelle, une Française de Polynésie, de la pension Té Nahé Toe Toe, nous attend. Elle nous emmène, nous montre l’auberge isolée et sans ressources comestibles où nous avions réservé. Nous décidons d’aller à son autre pension où nous pourrons dîner et aviserons ensuite. L’île est bien plus calme que Tahiti ou Bora Bora, Peu de maisons, guère de véhicules. La végétation est plus présente et couvre les montagnes qui dessinent des baies entre les deux îles séparées par un pont. Nous nous 201-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe.jpginstallons dans un bungalow de bois à toit de palmes et sol de brisures de corail, confortable avec une petite terrasse directement sur la mer. Nous nous installons, Marie relit mon texte puis, alors que la pluie a cessé, nous allons faire un petit tour à pied jusqu’à la pointe. Nous dînons en compagnie de nos hôtes, plus charmants que ne le laissait supposer l’attitude revêche de la dame. Ils ont préparé une fondue chinoise, crevettes, morceaux de poulet et boulettes de pâte de poisson que nous faisons cuire dans un bouillon, accompagnés de sauces parfumées. Nous nous régalons et calons avant épuisement des ingrédients. Marie se couche et lit, je regarde le film Walkyrie sur l’ordinateur avant de la rejoindre.

 

Mardi 23 février : Le ciel est toujours gris mais il ne pleut plus. Nous avons des espoirs d’amélioration… Nous petit déjeunons chez nos hôtes mais sans eux. Fruits et confitures locales. Nous leur louons une voiture qui nous est aussitôt amenée. Pas de formalités ! Nous partons pour la « capitale », Faré. En chemin, nous avons la confirmation que Huahiné est une249-HUAHINE-Vue.jpg très belle île, restée sauvage, peu d’habitations et guère de circulation, limitée à 60 km/h sur toute l’île. Les montées permettent d’avoir des perspectives sur les pics volcaniques qui surgissent de terre comme des dents et les baies découpées. L’île, ou plutôt les deux îles, au contraire des précédentes, n’est pas circulaire mais très découpée. Nous parvenons au petit centre urbain, deux rues, trois boutiques, un quai et pas de klaxon ni d’énervement. On peut se garer sans difficulté… Nous commençons par la poste où nous devons acheter une 189-HUAHINE-Femme.jpgcarte pour pouvoir nous connecter sur leur ordinateur. Lecture du courrier, message à Julie et Nicole et mise à jour du blog. Nous traînons ensuite dans les quelques boutiques à touristes, pareo, huile de monoï, colliers de coquillages. Marie est à son affaire… Nous inventorions les possibilités du supermarché local, plus importantes que nous n’aurions pu le croire et y vérifions une fois de plus que le prix des viandes importées de Nouvelle Zélande est loin d’être prohibitif. En repassant dans les boutiques, je finis par trouver un bermuda dont je ne sais si le port achèvera de me rendre ridiculement touriste ou marquera le premier pas vers l’assimilation au mode de vie local… Nous allons déjeuner dans un petit établissement idéalement situé en bordure de lagon, en face des voiliers de visiteurs venus de tout le Pacifique dont j’envie les possibilités de déplacement dans ces eaux. Repas divin, du poisson cru onctueux dans le lait de coco et une papillote de mahi mahi au gingembre, suivis d’un sorbet au corossol qui me ramène aux bons temps de Dakar… La radio diffuse des airs sirupeux qui auraient ravi nos (arrière ?) grands-mères. Je les imagine susurrés par un bellâtre gominé, mollement accompagné par des guitari196-HUAHINE-Vue.jpgstes épuisés. Il ne me manque qu’un hamac, un havane et, à portée de main, un verre de punch glacé… Nous retournons au supermarché acheter des provisions pour ce soir ainsi qu’un demi poulet avant de reprendre la route. Nous continuons le tour de l’île, le ciel se dégage lentement. Des hauteurs nous avons des vues sur le lagon aux couleurs inimaginables et dont je ne me lasse pas (ce qui signifie que je multiplie les prises de vues qui endormiront quelques invités au retour…).Nous contournons la pointe sud, passons au bungalow mettre nos achats au réfrigérateur et enfiler nos maillots de bain. Nous revenons sur nos pas pou199-HUAHINE-Marae.jpgr aller voir un beau maraé, en bordure de plage. De grandes plaques de corail ont été assemblées verticalement pour constituer une structure allongée à double mur où il se pratiquait des sacrifices humains… Nous allons nous allonger sur la plage, pas de sable mais du corail finement broyé. L’eau est peu profonde mais les poissons sont rares. Nous nous dorons sous un soleil pas trop ardent avant de revenir au bungalow. Je constate de nouveau le refus de fonctionner du chargeur de l’ordinateur. Je finis par le démonter et à force de manipulations, il daigne refonctionner mais pour combien de temps ? Les moustiques passent à l’action dès le soleil couché. Ils se moquent de toutes nos crèmes, lotions et autres spirales… Nous dînons au bungalow puis je commence à regarder le début d’un film mais je ne parviens pas à la moitié…

 

Mercredi 24 février : Contrairement à mes espérances, le soleil n’est pas de retour. Grosse déception ! Néanmoins il va revenir doucement mais ce ne sera jamais un franc et beau soleil et surtout pas celui que nous voudrions ici, dans cette île superbe. Nous libérons le b205-HUAHINE-Pitons.jpgungalow, réglons la propriétaire, entassons nos sacs dans la voiture et quittons l’auberge. Nous partons pour Faré par le chemin des écoliers, à toute petite allure. Nous repassons par le sud, longeons la côte, revoyons les pitons sortis du couvert forestier. Nous traversons une zone marécageuse, plantée de palétuviers aux racines arquées puis nous atteignons Faré. Nous y achetons quelques provisions pour ce midi puis nous donnons du linge à laver. Nous postons quelques cartes et repartons pour notre nouvelle adresse : un faré sur pilotis, modeste mais au-dessus au lagon, bien ventilé donc que nous pouvons espérer sans moustiques. Le cadre est des plus idylliques, nous y sommes 210-HUAHINE-Te-Nohe-Toe-Toe-sur-pilotis.jpgseuls, un salon confortable, un coin cuisine bien équipé, nous nous sentons chez nous… Les provisions rangées dans le réfrigérateur, nous repartons pour aller voir les maraé tout proches. Ils sont plusieurs, les uns à côté des autres, alignés en bordure du lagon, bien mis en valeur. Des panneaux explicatifs plantés dans le gazon, fournissent tous les renseignements nécessaires. Pendant que nous les lisons, une noix de coco décide de quitter son nid douillet et vient s’écraser à moins de trois mètres de nous ! Une belle case traditionnelle, sur pilotis, a été reconstruite et abrite un très modeste musée. Chaque maraé est constitué d’une esplanade de pierres, plantée de220-HUAHINE-Marae.jpg quelques « dossiers » pour les notables. En avant, côté lagon, l’ahu, un terme déjà rencontré à l’Île de Pâques, surélevé, entouré de plaques de corail de grande dimension était le saint des saints. Le soleil tape alors assez fort pour que nous ayons envie de rentrer déjeuner. En arrivant à l’auberge, nous retrouvons le Québécois rencontré à Bora Bora et dans l’avion. Il a décidé de s’installer ici, lui aussi mais sans se soucier de prévenir la propriétaire. Nous utilisons les ingrédients trouvés dans le réfrigérateur pour assaisonner les tomates et ajouter de la mayonnaise aux restes du poulet. Une excellente 226-HUAHINE-Pieges.jpgpapaye termine le repas. Nous repartons, passons au-dessus du pont d’où nous apercevons des pièges à poissons. Des pierres délimitent des chenaux en V qui conduisent les poissons vers un bassin surmonté de paillotes où les pêcheurs les attendent. Nous essayons d’atteindre une plage qui se révèle inaccessible. Nous revenons à l’embarcadère d’une ferme perlière. Une barque nous emmène, avec deux autres touristes sur une case sur pilotis, au milieu du lagon. On nous y explique la production de perles dites noires mais qui en fait sont grises, avec des reflets variables. En réalité, il s’agit de « plaqué » de nacre232-HUAHINE-Huitre.jpg. L’huître produisant une nacre qui recouvre un greffon introduit dans la chair. La pêche aux perles n’existe plus. Adieu Jack London, Steinbeck, Monfreid, et même Bizet, la technologie vous a remisés au placard… Marie qui en avait très envie, se laisse séduire par une perle grise toute simple, montée sur un fil d’argent. Nous allons ensuite voir les anguilles sacrées. Dans un ruisseau, ce qui me paraît plus être des congres que des anguilles, jouent les odalisques lascives, sans daigner montrer leurs 242-HUAHINE-Cocotiers.jpgyeux prétendument bleus… Le ciel est redevenu gris mais nous décidons de suivre quelques tronçons de route que nous n’avons pas encore parcourus. Occasion de découvrir d’autres vues de l’île qui sous le soleil seraient un régal. Nous revenons à l’auberge. Nous y faisons la connaissance d’un couple à moitié en vacances, à moitié au travail puisque lui est un pharmacien remplaçant qui va d’île en île au gré des postes libres.  Le Québécois revient d’une promenade en kayak à la passe. Je tente de faire fonctionner l’ordinateur qui, Ô Miracle, se charge ! Nous allons dîner avec le Québécois qui s’impose avec nous au restaurant de la veille, le New Temarara. Nous nous régalons encore de poisson cru à la chinoise et d’une tranche d’espadon à la vanille. Retour à notre faré sur pilotis. Nous sommes bercés par le clapotis du ressac sous la case.

 

Jeudi 25 février : Mes piqûres de moustiques, dans la nuit, me démangent furieusement. Je sors profiter du vent qui chasse les cousins et apaise mes pustules. Je lis quelque temps puis250-HUAHINE-Vue.jpg regagne la couche, sous la moustiquaire. Temps toujours aussi mitigé, les éclaircies alternent avec les périodes de ciel gris. Nous petit déjeunons en compagnie du couple de Niçois. Nous lézardons et quand nous sommes prêts, il pleut ! Une douche qui dure, Marie se console en regardant le patinage artistique des J.O. et moi en consultant une encyclopédie polynésienne. Les passages sur les querelles pendant la dernière guerre entre vychistes, gaullistes et crypto-gaullistes sont dignes de Corneville ! Nous partons quand la pluie cesse mais le ciel ne se dégagera pas. Nous retournons dans le sud, en empruntant les derniers bouts de route ou de piste que nous n’avions pas encore explorés. Nous avons souvent de belles vues sur le lagon et la forêt mais sans soleil… Nous arrêtons à l’auberge Mauarii où nous déjeunons dans le cadre plaisant d’un pavillon à toit de palmes, au bord de l’eau. Nous essayons le fafaru, poisson cru macéré dans de l’eau de mer, servi avec du lait de coco et du citron vert. L’odeur est forte, pas franchement à notre goût… Nous profitons d’une éclaircie pour nous tremper et nous laisser dorer par les timides rayons du soleil. Rien à voir sur les quelques « patates » proches du bord. Le fond de sable est parsemé d’holothuries. Nous repartons en achevant notre énième tour de l’île, sans pouvoir faire les photos que j’aurais souhaitées. Nous repassons à Faré. La poste étant fermée, nous ne pouvons nous connecter à internet. Je tire de l’argent à un distributeur pour ne pas être en manque à Tikehau. Plein d’essence puis courses au supermarché. Les œufs sont vendus par douzaine, ils feront le bonheur des Niçois, décidément peu intéressants, ils passent leurs journées devant la télévision à regarder les J.O. ! Nous préparons les sacs pour demain. Nous dînons d’une omelette, les Niçois ne quittent pas l’écran des yeux. Je finis de regarder le film Into the wild. Arrivée de notre Québécois, dont nous apprenons enfin le prénom, Luc. Parti avec des pêcheurs dès l’aube, pour Bora Bora, il était censé être rentré en début d’après midi. Nous commencions à être inquiets, ils ont eu des problèmes de moteur…

 

Vendredi 26 février : Nous nous levons avec le soleil. Il semble vouloir cesser de faire la mauvaise tête, le jour où nous partons… Rapide petit déjeuner sans revoir les Niçois ni Luc. Le neveu d’Armelle, la propriétaire, vient nous chercher et nous dépose à l’aéroport. Enregistrement puis embarquement et nous décollons. Une demi-heure plus tard, nous revoyons Tahiti dans la grisaille. Nous ne sommes pas pressés, l’avion pour Tikehau est dans plus de trois heures… Je vérifie que notre réservation de voiture pour Moorea est bien enregistrée, ce qui n’est pas le cas… J’enregistre les sacs puis je me connecte à internet mais personne ne nous a mis de message. Loin des yeux, loin du cœur…Nous lisons puis 260-TIKEHAU-D-avion.jpgavalons un sandwich avec une bière et enfin passons en salle d’embarquement. Nous nous installons chacun à un hublot. La masse nuageuse est étendue, avec quelques trouées qui permettent d’observer du ciel l’anneau corallien de Rangiroa sous le soleil. C’est un atoll frangé d’écume, sans île au milieu, comme les autres îles des Tuamotu. On croirait une fine rondelle d’oignon qui frit dans la poêle ! Les couleurs des eaux sont dans toutes les nuances du bleu, le turquoise en arrière des récifs invite à la baignade. Nous faisons escale une demi-heure. Temps suffisant pour que j’aille contempler les eaux du lagon, à quelques pas de l’aéroport, et même y tremper les jambes. Nous repartons pour un court vol jusqu’à Tikehau. Encore un bout du monde ! La patronne de la pension Hanariki où nous avions réservé nous accueille. Tutoiement de rigueur… Mais pas de collier de fleurs… Elle nous transporte dans son minibus déglingué. Nous traversons le village : des maisons éparpillées, une seule rue ( ? ), récemment goudronnée, quatre lieux de culte en concurrence272-TIKEHAU-Motu.jpg pour les quatre cents habitants. Nous arrivons au bout de la route devenue piste chez elle. Nous avons à notre disposition un petit appartement joliment aménagé et pour une fois, avec une salle de bain et des toilettes privées. Nous parlons excursion sur le lagon, ce qui ne semble pas évident puis repas. Le ravitaillement est tel que nous aurions dû prévenir pour qu’elle puisse nous préparer quelque chose. Tout le ravitaillement vient par bateau une fois par semaine et on ne trouve ni fruits ni légumes chez l’épicier chinois. Nous prenons possession des lieux puis allons nous baigner à la plage proche. L’eau est bien entendu à la bonne température, la plage de sable a des reflets roses en bordure de l’eau. Le ciel devient menaçant. Nous regagnons la chambre à temps. Un violent orage, désespérant, s’abat sur l’atoll et ne semble pas vouloir cesser… Pour dîner, la patronne, Marie-Françoise, nous dépose au seul snack ouvert, l’autre est fermé pour cause de « shabat » !!! Une longue table sous la véranda de la maison, une toile cirée, deux tabourets en plastique et deux plats au choix : steak frites ou chao men. Ce dernier emporte nos faveurs : des pâtes, du poulet, de la saucisse chinoise, des crevettes, des légumes sautés sur un lit de nouille. C’est bon, copieux et pas cher. Avec une bouteille d’eau, que demander de plus ? Et la patronne, « demie » blanche-polynésienne, pour nous épargner la pluie, le chemin dans le noir et les chiens, pousse la gentillesse jusqu’à nous ramener en voiture avec ses trois marmots aux traits fortement chinois. Pas de réponse des éventuels prestataires pour la promenade en bateau sur le lagon, raison de notre venue à Tikehau. La pluie redouble, Marie est furieuse !

 

Samedi 27 février : Une fois la spirale anti-moustiques consumée, nous subissons une attaque  qui nous réveille et me contraint à en allumer une autre. A trois heures, Marie-Françoise, affolée, nous réveille. Alerte au Tsunami !!! Un très violent tremblement de terre au Chili a généré une vague qui doit arriver sur les côtes polynésiennes dans les prochaines heures. Nous regroupons les affaires, n’emportons que les plus précieuses. La Land Rover des pompiers vient nous chercher et nous emmène au bâtiment de l’infirmerie, en béton et surélevé de deux mètres. Nous écoutons la radio qui diffuse des bulletins d’alerte et conseille de s’éloigner des côtes et de monter à plus de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Difficile sur un atoll ! Peu de gens nous rejoignent, quelques-uns sont à la mairie. Une jeune fille m’interroge sur notre présence ici. Elle me confirme que l’on continue de manger des chiens et que c’est un régal… Le jour se lève, pas de vague mais un déluge qui continue… Nous finissons par regagner la pension où il faut tout remettre en place. Marie se recouche, je petit déjeune avec les quatre jeunes kinésithérapeutes en vacances à la même pension qui se remettent de la peur de leur vie ! Les deux snacks sont fermés, Marie-Françoise ne nous propose pas de nous préparer un casse-croûte, aussi Marie réclame-t-elle son petit déjeuner et nous nous faisons des tartines de pain, beurre, confiture. Nous passons notre temps à nous battre contre les moustiques, de plus en plus nombreux, audacieux, de vrais « s’en fout la 273-TIKEHAU-Motu.jpgmort » ! La pluie cesse, nous partons en promenade, la pluie reprend par intermittence, un crachin breton que nous bravons. Nous marchons le long de la plage, côté récif. Nous apercevons deux petites raies qui glissent dans peu de fond. Nous nous baignons, je marche dans l’eau, sans perdre pied, jusqu’au petit motu de l’autre côté d’un chenal. Je reviens et y retourne avec Marie. Un très timide soleil perce et éclaire enfin les eaux du lagon. Nous revenons par le côté lagon à la pension. Nous y dînons. Marie-Françoise et son frère ont préparé un couscous ! Pas vraiment le plat que nous aurions souhaité mais nous lui faisons honneur. En attendant le cassoulet calédonien ou la choucroute fidjienne…

 

Dimanche 28 février : Nous ne parvenons à bout des moustiques qu’en laissant brûler une partie de la nuit une spirale puis en nous glissant sous la moustiquaire. C’est à Tikehau que nous aurons le plus souffert de ces maudits insectes, peut-être parce que la pension n’est pas au bord de la mer. Nous petit déjeunons avec Marie-Françoise que nous réglons et qui nous dépose ensuite dans le village endormi, devant l’église des sanitos à neuf heures. Marie se279-TIKEHAU-Marie-et-gamine.jpg « polynésiannise », elle arbore sur l’oreille une délicate fleur écarlate de gloriosa… Le culte ne commence que plus tard, après le catéchisme. Nous décidons de tenter notre chance chez les catholiques. La messe vient de se terminer ! Nous retournons chez les sanitos, toujours le catéchisme. En attendant dix heures, nous allons jusqu’au port. Les rues du village sont toutes fleuries. Chaque haie est constituée de buissons de tiaré ou d’hibiscus et les frangipaniers embaument dans les jardins. Nous revenons au temple des « Compagnons du Christ ». Le service a commencé. Nous nous glissons dans l’assistance, à peine deux douzaines de personnes, les femmes ont toutes une fleur au-dessus 282-TIKEHAU-Sanitos.jpgde l’oreille. Face à nous, le pasteur secondé par une dizaine de diacres des deux sexes. Les hommes arborent sur des chemises fleuries de splendides cravates bariolées au goût très « américain ». Les psaumes chantés en tahitien font onduler lentement les corps. Nous ne comprenons rien à l’interminable sermon malgré l’effort du pasteur de prononcer à notre intention quelques mots en français. Les gosses sortent, rentrent au gré de leur humeur et cela papote ferme dans les rangs féminins. Seuls deux ou trois hommes semblent prêter attention à la parole divine. J’ai un peu l’impression de me voir en cours, il y a quelques années… Encore quelques chants et nous sortons serrer la main du pasteur et de ses deux assistants. Nous demandons quelques éclaircissements sur ce culte283-TIKEHAU-Marie-et-toulonnaise.jpg dissident des Mormons à l’un d’eux. Il nous apprend que les sanitos sont nombreux ( ? ) à Toulon ! Quand nous lui apprenons que nous en venons, il nous emmène chez une voisine, qui chantait dans le chœur et qui a vécu quarante ans à Toulon ! Une belle femme, avec beaucoup d’allure, nous accueille dans sa maison, au milieu d’un beau jardin. Elle est ravie de nous rencontrer et de pouvoir évoquer ses années varoises. Son expérience douloureuse, en bute au racisme, du milieu des officiers de la marine nationale nous conforte dans notre opinion à leur égard… Elle se découvre un autre point commun avec Marie, elle a eu un AVC et est restée bien handicapée. Elle regrette, nous aussi, que nous partions et nous offre des colliers de coquillages. Marie-Françoise vient nous chercher chez elle et nous emmène à l’aéroport. Nous nous quittons les meilleurs amis du monde, avec force promesses de nous écrire. Après une heure de vol, nous nous posons à Papeete, encore sous la pluie ! Nous avalons un mauvais sandwich puis j’achète une carte téléphonique pour appeler le camping Nelson à Moorea et confirmer notre arrivée. Je me connecte rapidement pour trouver un message de Julie à qui nous répondons. Nous nous transportons à l’autre aérogare et devons, pour nous y rendre, enfiler les K way ! Il n’est pas sûr que l’avion un petit bimoteur Twin Otter puisse décoller… Nous attendons puis montons à bord et dix minutes plus tard, nous nous posons à Moorea. Une employée d’Avis nous accueille et nous emmène dans une Fiat Panda au bureau remplir les papiers de location. Nous poursuivons le tour de l’île très aseptisée, route asphaltée avec pistes cyclables, ce n’est plus Maupiti ou Huahine, encore moins Tikehau… L’île semble très belle mais la grisaille, même s’il ne pleut plus, ne permet pas d’apprécier les couleurs. Nous trouvons le camping Nelson où nous occupons un très modeste bungalow, réduit à sa plus simple expression : un lit, une moustiquaire et tout de même deux fauteuils en plastique sur la petite véranda. Nous repartons aussitôt à la recherche d’un snack ou d’un restaurant ouvert. Nous sommes accueillis « Chez Vina » par le propriétaire qui d’autorité nous tutoie et s’assied à notre table pendant que nous mangeons un tartare de thon et du poisson pané au coco qui fait la fierté du patron. Il nous livre sa vision de la Polynésie et de ses habitants, que d’aucuns qualifieraient de « raciste » bien qu’il soit marié à une Tahitienne…Retour dans notre boîte en bois et linoléum…

 

Lundi 1er mars : Le ciel est toujours aussi gris, nos espoirs d’une belle journée ensoleillée s’envolent même si nous guettons les timides éclaircies. Nous petit déjeunons dans la salle commune avec nos provisions puis nous nous décidons à prendre la route. Nous allons jusqu’au bureau de poste le plus proche où, depuis la voiture, je peux me connecter à internet. Nous envoyons un message à Cyril pour annoncer notre arrivée et nous mettons le blog à jour. Mon crédit de connexion est alors épuisé. Nous revenons vers le « Petit village », un mini-centre commercial avec marchand de journaux et supermarché. Nous y achetons quelques provisions pour ce soir que nous rapportons dans le réfrigérateur du camping. Nous y retrouvons le Québécois Luc, sur le point de rentrer au Canada. Nous allons déjeuner au snack Mahana et profitant de l’apparition du soleil, nous nous installons en bordure du lagon. Bon repas (la consolation du voyageur frustré !), un « chaud-froid » qui ne vaut pas celui de Thomas 294-MOOREA-Pitons.jpg(et sans la sauce d’Emmanuelle) et du mahi mahi au poivre vert. Nous continuons notre tour de l’île, apercevons des pitons surgis des brumes, des baies profondes dans lesquelles viennent s’ancrer les voiliers. Le ciel semblant se dégager, nous caressons le projet de monter au belvédère dans l’intérieur des terres. Nous poursuivons jusqu’à l’aéroport puis revenons sur nos pas. Nous achetons un demi poulet rôti à un forain sceptique sur l’amélioration de la météo les jours prochains. L’orage nous surprend alors que nous visitons la galerie d’art édifiée à la gloire de son propriétaire, un peintre sans talent mais qui semble l’ignorer. Nous revenons sans plus rien voir des montagnes jusqu’au « Petit village ». Marie choisit des cartes postales, opération longue et mûrement réfléchie… Puis elle298-MOOREA-Anemones.jpg visite diverses boutiques de marchands de perles et de paréo. Aucune décision d’achat n’est alors prise… Nous rentrons à notre faré et comme il ne pleut plus nous allons nous tremper dans le lagon. Peu de poissons autour des « patates » mais nous découvrons un grand champ d’anémones qui agitent langoureusement leurs doigts entourés de corolles rose chair, tels des asticots sur du mou ! L’orage menace, le ciel devient noir et le déluge survient. Nous écrivons les cartes postales puis, profitant d’une accalmie, je vais chercher nos provisions dans le réfrigérateur et nous dînons sur la petite terrasse du faré.

 

Mardi 2 mars : Du ciel bleu au réveil ! Enfin quelques coins de ciel bleu… Qui se maintiennent… Plein d’espoir après le petit déjeuner, nous prenons la route qui monte au Belvédère. Elle pénètre dans une vallée qui s’enfonce entre les pitons et commence à s’élever dans la forêt. Nous nous arrêtons au lycée agricole où nous pouvons visiter les plantations. Un sentier avec des indications sur les différents arbres, arbustes et fleurs, serpente entre les 303-MOOREA-Pic-et-anans.jpgcultures d’ananas, de pamplemoussiers, de citronniers et autres espèces tropicales. Les terres sont situées entre les pitons volcaniques qui les entourent et qu’un timide puis plus vif soleil éclaire. La promenade est plus longue que nous ne le pensions et nous transpirons à grosses gouttes dans la moiteur ambiante. Nous rejoignons épuisés le stand où sont proposés, en dégustation et à l’achat, les produits commercialisés au lycée. Nous nous régalons de sorbets au corossol, décidemment le meilleur, et au tiaré très parfumé, entre la rose et le litchi. Le ciel commence à se recouvrir, nous nous dépêchons de poursuivre la montée sur une route étroite jusqu’au Belvédère. Un simple parking avec une vue sur le313-MOOREA-Foret.jpgs deux baies et la montagne qui les sépare. Le lagon est trop éloigné pour que nous puissions admirer ses couleurs et le ciel est tout gris maintenant. Point de vue finalement décevant. Peut-être qu’avec un ciel tout bleu… De là, nous suivons un sentier dans la montagne sous le couvert des arbres et des fougères géantes jusqu’à un autre panorama peu différent de celui du parking. Nous sommes de nouveau trempés de sueur et nous commençons à avoir faim. Nous redescendons alors que les nuages sont de plus en plus présents et couronnent les pics. Nous arrêtons au site archéologique où ont été restaurés des emplacements de tir à l’arc, une 319-MOOREA-Marae.jpgcompétition entre chefs, autrefois disputée sur des plateformes de pierres. Plus bas ce sont des maraé aux grosses pierres rondes et moussues, perdus dans une belle forêt de mapé qu’en d’autres lieux j’aurais appelé fromagers. L’ahu du plus éloigné est à trois étages. Sur le site, nous sommes seuls ou presque puisque un nuage de moustiques s’obstinent à opérer une transfusion sanguine à sens unique… Nous repartons vite, prenons en stop un Anglais dont la lubie est de marcher dans toutes les îles du monde. Un Anglais quoi ! Nous retrouvons la baie de Cook et arrêtons dans le premier restaurant ouvert, un chinois. Nous y déjeunons copieusement en bordure de la baie, d’un plat de poisson cru au lait de coco et d’un chao men qui ne vaut pas celui de Tikehau. Nous prenons la route du retour. Marie s’arrête dans toutes les boutiques de perles et de paréo… Après nous être renseignés sur les tarifs (prohibitifs) et horaires des spectacles de danses pour touristes au Tiki village, nous retournons chez le marchand de perles de la veille et Marie s’en offre une autre qu’elle choisit et fait monter sur un fil d’argent. Nous revenons au bungalow nous reposer. Nous y retrouvons Florence rencontrée à Maupiti puis croisée à Bora Bora et Tikehau, toujours surexcitée… Après dîner, dans la salle325-MOOREA-Danseuse.jpg commune, Marie ne trouve pas de compagnons pour l’accompagner au Tiki village assister aux danses, je dois donc y aller… L’entrée est très chère… Avant le spectacle nous assistons, en compagnie de touristes venus en car, et qui dînent au village, à une démonstration de façons de nouer un paréo. Nous prenons place dans les gradins. Après une démonstration328-MOOREA-Tatouage.jpg de tamouré appliquée aux touristes qui veulent bien se prêter à la chose, (et ils sont nombreux…), le spectacle peut commencer. Des scénettes tentent de reconstituer les cérémonies d’autrefois mais aucune explication n’est fournie. Les danseuses sont en uniforme, avec (merci les missionnaires !) des soutiens-gorge en demi-noix de coco noircies. Aucune ne correspond à l’idéal fantasmé de la vahiné, elles sont, au mieux, rondelettes et plus de prime jeunesse… Les danses sont brèves, seules deux, l’une en robes « missionnaires », l’autre avec de beaux paréos, me séduisent. Je me lasse vite des numéros de jongleurs avec des torches enflammées. Dans l’ensemble, le spectacle correspond à ce que je craignais. Retour au bungalow. Je regarde un film avec John Cage sur l’ordinateur, une ânerie de plus…

 

Mercredi 3 mars : Couleur préférée du ciel polynésien : le gris ! Mais il va y avoir une amélioration et du soleil dans la matinée ce qui, grands naïfs, va nous faire croire à une belle journée. Après avoir envisagé de revenir à Papeete un jour plus tôt, nous passons prévenir que nous garderons la voiture une journée de plus. Nous nous rendons au Tiki village où des artisans sont censés travailler sous nos yeux, dixit la publicité… Pas aujourd’hui… Nous effectuons une visite guidée sous la conduite d’un sympathique et polyglotte danseur de la veille. Quelques informations superficielles, une vue sur le lagon ensoleillé, des boutiques de336-MOOREA-Lagon.jpg perles, de paréo, un tatoueur qui n’a pas envie de faire une démonstration. Une visite inutile ! Nous revenons déjeuner avec nos restes de poulet et une bière fraîche au bungalow en discutant avec un jeune sympathique mais assez content de lui. Nous repartons en direction du sud. Entre-temps le ciel est redevenu bien gris et bientôt la pluie recouvre mer et montagnes. Nous roulons, désespérés, jusqu’à une piste qui doit nous rapprocher de cascades que nous apercevons dans la grisaille mais nous n’avons pas envie de marcher dans le crachin et nous faisons demi-tour. Marie va acheter le paréo dont elle avait envie puis nous allons consulter internet pour trouver le message de Cyril qui nous indique comment nous rendre chez lui. La météo sur la Nouvelle Calédonie semble correcte… Retour au bungalow. Attirés par de la musique polynésienne en provenance de l’hôtel voisin, nous allons voir, en passant par la plage un groupe, sans costume tapageur, qui répète pour un prochain spectacle. Nous restons les regarder en buvant une eau gazeuse puis nous nous baignons au coucher du soleil. Nous allons dîner dans un restaurant proche. Il ne paie pas de mine, nappes en toile cirée, fauteuils en plastique, les pieds dans le sable, carte variée mais il s’avère que la cuisine est une merveille. Nous partageons une salade de crevettes tièdes au citron vert et au basilic puis un carry de thon à la banane et pour terminer une omelette au coco (battre 3 œufs avec 50 grammes de coco râpé qui a trempé deux à trois heures dans du lait au réfrigérateur, ajouter du sucre et de l’arôme de vanille. Servir avec une boule de glace coco et un filet de chocolat chaud). Nous rentrons digérer ce festin…

 

Jeudi 4 mars : Les jours précédents, les averses succédaient aux orages, les grains aux ondées, les bruines au crachin, aujourd’hui c’est le déluge ! Il pleut dès le réveil et cela ne cessera pas. Nous libérons le bungalow et passons la matinée dans la salle commune à guetter les cieux… Peu avant midi, je profite d’une courte accalmie pour aller acheter à l’épicier chinois une bière et une tomate payée à prix d’or. Avec notre reste de palette fumée et notre baguette de trois jours, elle constituera notre déjeuner. Un bref rayon de soleil nous fait croire à la possibilité de retourner au Belvédère mais la pluie redouble et nous renonçons. 339-MOOREA-Lagon.jpgAprès une dernière vue sur le lagon aux eaux turquoise, depuis le point de vue au-dessus de l’hôtel Sofitel, nous rapportons la voiture chez Avis. On nous conduit à l’aéroport et nous attendons de pouvoir embarquer. La météo est telle que la venue d’un Twin depuis Papeete est très compromise. On nous suggère la possibilité de repartir avec le ferry, à nos frais ! Finalement le Twin arrive, se pose entre deux coups de vent et nous pouvons nous envoler alors qu’un autre grain s’annonce. Nous revoilà à Papeete. Je téléphone à la pension Damyr et un papy en short, torse nu, vient nous chercher. Nous avons une chambre confortable, parfaitement tenue, sur les hauteurs de Faa mais un peu éloignée de la route. Nous hésitons à nous rendre dans Papeete, la pluie nous en dissuade. La nuit tombe, nous attendons une accalmie pour aller dîner mais il n’y en a pas et le chemin, jusqu’à la route où se trouve un snack, est long. La patronne, très gentiment, nous propose de nous y déposer et de revenir nous chercher. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous prenons un dernier poisson cru au lait de coco et un filet d’un poisson inconnu avec une sauce au poivre. Retour à la chambre pour une dernière nuit tahitienne.

 

Vendredi 5 mars : Une des plus courtes journées de mon existence ! Levé à cinq heures du matin, grâce à Marie, réveillée par un besoin pressant et non par l’hôtelière qui n’a pas osé frapper trop fort pour nous réveiller… nous nous dépêchons de nous préparer. Quand nous le sommes, la voiture qui devait nous emmener à l’aéroport est partie… Mais elle revient nous chercher… Nous avons juste le temps d’enregistrer les bagages, de passer les contrôles, d’acheter des bouteilles pour Cyril, il faut monter à bord ! Nous décollons avec une demi heure de retard sans voir grand-chose de Tahiti, toujours dans les nuages… Adieu la Polynésie et son temps chagrin… Un petit déjeuner très attendu et déjà nous changeons de date !

 

 

                  

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 13:10







Samedi 24 octobre
 : Nous avons décidé qu’aujourd’hui serait une journée de repos. En conséquence nous nous levons presque une heure plus tard ! Marie se douche, je refais les pleins d’eau et nous quittons ce camping à l’hôtesse charmante, gaie mais peu faite pour gérer une auberge ! Nous allons jusqu’à Tafraout, toujours sous un beau ciel bleu qui met en valeur les roches et les palmiers de la vallée. La ville n’a pas trop changé, et s’est peu agrandie. Nous repérons le camping, à la limite de la ville et de la palmeraie. Nous trouvons un cybercafé où nous pouvons nous connecter en utilisant notre ordinateur. Nouvelles de Nicole, ses problèmes de santé inquiètent Marie qui voudrait en faire part à tous. Nous repartons, après avoir hésité sur la direction, vers Agard Oudad, un très proche village, au pied d’un énorme rocher, appelé « Chapeau de Napoléon », je n’ai jamais compris pourquoi ! Les maisons sont toutes récentes et si elles respectent les coloris rouge rosé, elles n’ont plus le charme de celles d’antan (refrain connu !). Plus loin, nous prenons une piste qui serpente entre les blocs de rochers pour arriver en vue des « Rochers peints ». Un artiste (?) a cru nécessaire d’en peindre quelques-uns en bleu ou en rouge. Les intempéries se sont chargées d’en atténuer l’éclat. Les approcher nous oblige à descendre un tronçon de piste particulièrement gratiné, que j’espère bien ne pas avoir à remonter ! Nous continuons de rouler dans cette vallée entourée de collines surmontées de blocs de rochers qui semblent tous en équilibre précaire, entre épineux, arganiers et quelques oliviers. L’un de ces arbres dispensant une ombre suffisante, nous nous garons pour déjeuner et prendre le temps de préparer le blog. Nous continuons vers Agard Oudad et reprenons le goudron. Nous traversons Tafraout et retournons sur la route par laquelle nous sommes arrivés hier soir. Nous suivons une piste qui nous amène au village de Oumesnat, au pied de la montagne, qui a gardé quelques maisons anciennes. Nous en approchons à pied, pas de trop près pour ne pas être consternés par les ruines que nous pouvons apercevoir. Nous reprenons la voiture pour continuer dans la vallée des Ammeln. Une succession de villages roses, alignés au pied du jebel, piquetés de palmiers et d’amandiers, hélas pas encore en fleurs. Nous tentons des incursions sur plusieurs pistes pour entrer dans des villages mais nous ne trouvons pas de maisons anciennes. Tous les épiciers du Maroc se font ou se sont fait construire des maisons, parfois tape-à-l’œil. Nous faisons une boucle qui nous ramène à Tafraout. Ce n’est que dans les tout derniers kilomètres que nous retrouvons des maisons perchées sur les blocs de rochers. Quelques-unes, d’un rouge plus soutenu, ont conservé leur beau portail décoré, crépi en blanc, percé de petites ouvertures. Nous allons acheter les dernières cartes postales puis allons nous installer au camping. Nous n’y sommes pas seuls, des « vieux » en camping-car sont en nombre… Nous sortons fauteuils et table pour profiter de la fin d’après-midi, sans courir les pistes ! A l’heure dédiée à cet acte important de la vie sociale française, on entend les occupants des camping-cars parler de « prendre l’apéro ». Nous ne dérogeons pas… Nous allons ensuite dîner en ville, dans un estimable établissement, « L’étoile du Sud », qui propose un honnête menu marocain et surtout possède la licence de vente de l’alcool ! Pour la première fois, nous pouvons boire un Guérouane rosé, bien frappé comme le fait remarquer le garçon. L’hypocrisie veut que nous devions dissimuler la bouteille ! Je ramasse un chaton, gros comme mon poing qui semble apprécier le confort de mes cuisses. Sûr que Julie l’aurait adopté. Nous rentrons au camping où tout le monde dort déjà.

 

Dimanche 25 octobre : Nous petit déjeunons dehors, salués par les convois de camping-cars qui prennent la route. Nous sommes les derniers à partir. Nous retournons au cybercafé lire notre courrier et mettre à jour le blog. Nous repartons par la route de la veille au soir pour revoir, sous un autre éclairage, les belles maisons anciennes, posées sur les rochers, celles qui ont des portails décorés avec des dessins en forme de triangles ou de losanges et de belles petites ouvertures. Nous approchons d’un village où je pénètre pour pendre des photos de maisons, en voie de disparition, dissimulées derrière les imposantes constructions modernes aux fenêtres larges. Nous poursuivons en direction de Tiznit avant de prendre une route secondaire puis une piste sur un plateau désertique. Nous commençons à apercevoir le cañon de l’assif n’Wifguig. Une entaille dans la montagne qui laisse apparaître des falaises étagées jusqu’au fond où, dans le lit de l’occasionnel torrent, poussent des palmiers. Nous entamons la très impressionnante descente dans ce cañon, la piste n’a que la largeur d’un véhicule, la pente est raide, la montée doit être sportive, les virages en épingle à cheveux si serrés qu’il faut les passer en deux temps. Je me laisse glisser, debout sur les freins, prenant tout de même le temps d’arrêter pour admirer les roches creusées par les eaux dont les tourbillons sont visibles sur les parois rouges. Peu avant la fin de la descente, alors que la palmeraie devient plus importante, nous apercevons, niché au pied de la falaise, au-dessus des palmes, le village de Igmir. Nous y sommes peu après, soulagés ! Vu de près il est sans intérêt, presque abandonné. Toutes les maisons sont modernes, construites par des habitants qui ont émigré dans les villes et qui ne les occupent que durant l’été. Nous roulons dans la palmeraie, la faible surface disponible n’a permis que le tracé d’une piste des plus étroites et nous passons au ras des troncs. Nous trouvons néanmoins un espace assez grand pour nous garer, le temps de déjeuner. Nous repartons, sortons de la palmeraie et roulons alors dans le lit de galets de l’oued, toujours dans des gorges superbes, plantées de magnifiques arganiers de belle taille. Les falaises s’écartent, s’abaissent et nous retrouvons une piste plus large et meilleure. Puis une portion de goudron nous amène à la « grande » route qui file vers Goulimine. Il y fait très chaud, une chaleur sèche qui explique peut-être mes problèmes d’eczéma aux doigts. Nous roulons vite, de plus en plus assoiffés. Nous bifurquons, toujours sur le goudron, pour revenir sur la route de Tafraout à Tiznit. Le paysage, un plateau sans relief, sans villages intéressants, est monotone et pourrait être n’importe où vers Casablanca… Nous arrêtons pour que je puisse m’offrir un Coca, Marie ne trouve pas de Tonic… Nous retrouvons la route commencée ce matin et passons le col de Kerdous d’où la vue sur toute la plaine est très étendue. Nous voulons arriver à Tiznit, si possible avant la nuit, mais des spasmes sournois et fulgurants agitent soudain mes intestins, mes sphincters demandent grâce. Je les écoute et leur concède un arrêt défécatoire. Je ne puis, pour atténuer à Marie les désagréments olfactifs et sonores, que tendre le rideau entre la cabine et la cellule. Pour ce qui est de son imagination, je lui recommande, sur un ton badin, la lecture des Saintes Ecritures, pendant l’accomplissement de cet acte, parfaitement réjouissant pour ma part… Nous sommes à Tiznit au coucher du soleil, nous y retrouvons le camping où nous étions passés l’an dernier et nous nous y installons. Je vais porter du linge à la laverie, courte promenade qui me  permet de récupérer ! Il ne fait plus aussi chaud que dans l’après-midi, nous aurions presque froid !

 

Lundi 26 octobre : Nous n’avons pas un programme chargé aujourd’hui aussi je laisse Marie dormir jusqu’à huit heures. Les voisins remballent antennes paraboliques, tapis faux gazon, barbecue dans leurs bahuts format poids lourds, pour se rendre en troupe au prochain point de ralliement… Nous en faisons presque autant puisque nous avons quitté le Maroc rustique pour commencer à rejoindre celui des villes, étapes incontournables de tout voyageur en quête d’exotisme… Nous allons d’abord nous garer sur la grande place du Méchouar qui n’a pas dû beaucoup changer depuis quelques décennies et qui conserve un reste d’authenticité avec ses magasins trouve-tout, ses entrées aux souq et kissaria, ses agences de transport, arrêts des bus en route pour « le Sud ». Je vais poster les dernières cartes puis nous allons dans un cybercafé, pas café me précise-t-on. Pas de nouvelles. Tant pis ! Nous achetons Le Monde avant d’aller traîner dans le souq des bijoutiers, surtout des bijoux en or, modernes, mais nous trouvons tout de même deux ou trois boutiques qui ont de belles pièces anciennes et je finis par faire l’emplette d’une fibule, simple, une pièce en argent de 1299 (de l’hégire) avec une aiguille décorée. Nous allons récupérer le linge, repassé, plié ! Nous sortons de Tiznit, pour Agadir. Il fait encore bien chaud mais en approchant du bord de mer, cela devient supportable. Agadir continue de s’étendre, de nouveaux quartiers sortent de terre. La ville est propre, aérée, moderne, les avenues plantées de palmiers, fleuries. Une jeunesse choyée, bien vêtue, fréquente des établissements aux noms anglo-saxons. Nous trouvons le supermarché Marjane, le Carrefour local. Clientèle de Marocains aisés et d’Européens résidents ou camping-caristes en quête de produits « interdits », tel l’alcool ! Nous refaisons les stocks de bière et de vin puis déjeunons sur le parking avant de chercher le terrain de camping. Il est situé à la sortie de la ville, au pied de l’ancienne citadelle. Le réceptionniste me prévient d’emblée qu’il n’y a pas d’eau dans la piscine, que le cybercafé annoncé ne fonctionne pas, mieux encore qu’il n’y a pas d’eau chaude et que les sanitaires ne sont pas opérationnels ! Le tarif demandé étant le plus élevé de ceux que nous avons connus pendant ce voyage, nous n’hésitons pas à poursuivre notre route en longeant la côte, en quête d’un autre terrain plus accueillant. La mer est belle, calme et donne des envies de baignade, d’autant que des kilomètres de plages peu fréquentées se succèdent. Nous trouvons un camping à une vingtaine de kilomètres d’Agadir, un ghetto pour Européens avec tout sur place, y compris le lavage des voitures, situé à l’intérieur des terres. Il en existe un autre en bord de mer, sur une très belle plage, relevant de la même direction mais nous ne sommes pas autorisés à y passer la nuit ! Nous pouvons y rester de jour seulement… Nous allons nous y garer, sortons les fauteuils et nous installer sur la plage. Je vais tâter l’eau, elle me paraît bien fraîche mais je m’habitue et me laisse mouiller par les vagues. Nous passons la fin de l’après-midi sur la plage, à lire le journal avant de nous replier sur la terrasse du restaurant où je peux me raccorder au courant pour utiliser l’ordinateur. Nous y dînons de poissons, comme je le souhaitais depuis déjà quelque temps. Mais si le cadre est agréable avec le bruit du ressac, la cuisine est des plus basiques : des rougets, des soles, des calamars et une dorade tellement frits que le goût en est perdu. Nous retournons nous installer dans le camp de concentration. Je vais au cybercafé qui en fait partie mais la connexion est très lente et après avoir pris connaissance du message du gîte à Marrakech, recommandé par madame de L..., je n’ai que le temps de rajouter trois photos sur le blog.

 

Mardi 27 octobre : Les installations sanitaires du terrain étant parfaites, nous leur faisons honneur. Nous partons alors qu’une brume de mer recouvre la côte et nous dissimule les plages aperçues la veille. Nous quittons la route d’Essaouira pour une route goudronnée qui grimpe en lacets serrés sur un plateau couvert de genévriers. La route se transforme aussitôt en piste rocailleuse, correcte au début. Nous avons des vues sur toute la côte et en particulier sur les bancs de nuages qui occupent le fond des vallées alors que les sommets des montagnes en émergent. Un véritable paysage chinois ! La piste court à flanc de montagne en suivant une ligne de crêtes. Son état ne s’améliore pas et nous retrouvons, une fois de plus, les éboulis, les marches et les affleurements rocheux à gravir. Des rats palmistes s’enfuient sur la piste, la queue dressée. La vue porte alors sur les montagnes d’un rouge vif, piquetées du vert des arganiers puis des amandiers. Des ruches ont été installées en bordure de piste. Nous ne revoyons de maigres cultures que dans la descente. Nous retrouvons le goudron avec plaisir et continuons vers Imouzzer des Ida Outanane, en franchissant un col. Nous nous garons sur le parking prévu pour les touristes, peu nombreux en cette saison. Un sentier que l’on suit d’étal en étal de marchands de souvenirs, colliers « berbères », faux fossiles, boîtes en bois de thuya etc… Il ne tombe de la cascade qu’un très maigre filet, peut-être un robinet mal fermé, qui goutte dans un bassin au pied de la falaise lissée par des siècles de chutes d’eau. Nous déjeunons dans le camion puis repartons, définitivement sur le goudron, en direction de la grotte Wintamdouine. La route s’enfonce en direction de belles gorges puis s’élève sur la falaise avant de s’arrêter brutalement. Une piste, barrée, prend la suite mais nous observons aux jumelles des éboulements qui la coupent. Nous n’avons pas le courage de continuer à pied et nous retournons sur la route d’Agadir. La descente dans la plaine du Souss nous plonge dans la chaleur étouffante. Nous tournons pour nous diriger vers Taroudant. Nous retrouvons ses beaux remparts que nous longeons puis franchissons pour plonger dans les rues étroites du centre de la ville ancienne. Des piétons, des vélos, des tombereaux tirés par des ânes, des fiacres, des voitures, des bus, des camions, (et nous !), essaient de se frayer un chemin. Le nôtre est d’autant plus hasardeux que nous ne savons pas où nous allons… Nous traversons ainsi deux fois la ville avant d’apprendre qu’il n’y a pas de camping à Taroudant mais que l’usage veut que les camping-cars stationnent sous les remparts, près de la Province. Nous nous y rendons. Il s’y trouve déjà un convoi de 25 camping-cars, bien serrés pour se tenir chaud ! Les lieux repérés, nous retournons dans le centre et trouvons à nous garer sur une place. De là, nous entrons dans les souq. Nous trouvons un marchand d’antiquités qui nous montre plusieurs fibules taouka, pas très grandes mais deux sont intéressantes et comme nous nous accordons à peu près sur le prix du gramme d’argent, nous faisons affaire (certainement plus lui que nous…) pour l’une d’elles. Nous errons dans la kissaria, chez les marchands de babouches. La découverte d’une échoppe de cordonnier provoque un réflexe salvateur. Je vais rechercher les deux paires de chaussures dont les semelles avaient une fâcheuse tendance à s’échapper et les lui rapporte. Une demi-heure plus tard, elles sont recollées, clouées, comme neuves. J’en profite pour lui faire découper des semelles, en vrai cuir, pour l’intérieur de celles que j’ai aux pieds. Me voici rechapé pour quelques années. Nous cherchons un cybercafé pour confirmer notre arrivée au gîte de Marrakech. Je ramène le camion et nous allons nous garer au milieu du convoi. L’accueil est frais, nous faisons figure d’intrus !

 

Mercredi 28 octobre : Le convoi s’ébranle alors que nous petit déjeunons, sans un au revoir… Nous faisons le tour des remparts de terre qui enserrent la ville ancienne dans sa totalité. Au dessus des murailles  crénelées, renforcées de tours carrées, les toits des maisons sont surmontés des inévitables antennes paraboliques. Nous visitons le quartier des tanneurs. Fini les cuves dans lesquelles macéraient dans une odeur nauséabonde des peaux que de pauvres hères foulaient pieds nus. Les bassins sont en béton et les employés munis de cuissardes. Je ne puis m’échapper de la boutique qu’après avoir fait l’emplette d’une paire de babouches ! Nous quittons Taroudant sous un ciel brumeux, les montagnes de l’Atlas forment une masse compacte indistincte. Après quelques kilomètres dans la riche plaine où se succèdent les domaines producteurs d’oranges, nous nous dirigeons vers les montagnes. La route en meilleur état qu’annoncé, s’élève au flanc de l’Atlas. Nous apercevons de beaux villages au-dessus des cultures étagées. Nous montons, montons jusqu’à dominer la plaine du Souss, perdue dans la brume, et les montagnes ocre jusqu’au sommet à 2100 mètres d’altitude du Tizi n’Test. La descente sur le versant nord est plus douce, la végétation plus dense est différente. De grands arbres apparaissent, chênes verts, thuyas et plus bas, peupliers, oliviers. La terre est plus rouge, donc les villages aussi. Sur tous les toits sont plantés des couvercles de lessiveuses, enfin des antennes paraboliques, petites taches blanches sur le rouge garance des maisons. Nous revoyons la mosquée de Tin Mel qui a bénéficié (?) d’une restauration à la mode ouzbèk : elle a été entièrement reconstruite, à l’exception de quelques pans de mur du minaret tronqué. Le gardien est absent, pas de visite possible. Le ciel se couvre, un gris uniforme recouvre tout le paysage, l’intérêt de cette route disparaît. Nous parvenons à Asni, sans plus regarder le paysage. Je suis partisan de continuer sur Marrakech et selon le temps demain ou après-demain, de revenir dans la vallée de l’Ourika. Marie ne l’entend pas de cette oreille, elle est fermement partisane de prendre la piste qui doit relier Asni à l’Ourika. L’ordre transmis est aussitôt exécuté… La piste prévue est devenue une route goudronnée, avec quelques courts passages non revêtus mais sans difficulté. Nous remontons dans la montagne, après avoir entraperçu la plaine du Haouz. La terre est encore plus rouge, un rouge violent qui contraste avec les cultures et les veines jaunes et gris sombre de la montagne. Nous retrouvons rapidement la route de l’Ourika que nous remontons. Les riches Marrakchis s’y sont fait construire des résidences secondaires et le nombre de cafés et restaurants installés sur le cours du ruisseau s’est multiplié. Nous nous installons sur une aire dégagée en bordure de route, le long du torrent au moment où les cieux se déchirent et qu’il commence à pleuvoir.

 

Jeudi 29 octobre : Il n’a pas plu dans la nuit, le torrent n’a pas débordé et nous sommes toujours à la même place. Nous sommes réveillés par le passage puis le chargement d’un camion venu remplir sa benne de pierres dans le ruisseau. Le ciel est bien bleu, oubliés les nuages ! Nous remontons la vallée, les guinguettes, aux magnifiques fauteuils de jardin en plastique, se suivent, installées le long du torrent, du côté de la route ou de l’autre côté et pour s’y rendre il faut emprunter des passerelles branlantes.  Nous atteignons le bout de la route, des parkings sommaires et des marchands de souvenirs, attendent les visiteurs. Nous continuons dans le lit du torrent, suivant la piste tracée par les camions qui apportent les matériaux de construction des maisons neuves édifiées de plus en plus en amont. Quand la piste quitte le ruisseau et commence à grimper à flanc de la montagne, nous nous arrêtons. Nous marchons une centaine de mètres jusqu’à une ferme d’où nous avons une vue sur toute la vallée, ses cultures étagées et ses villages de terre tachetés des points blancs des paraboles, toutes orientées dans la même direction. Au retour, nous arrêtons près de l’unique maison dont une façade porte encore des traces de décoration dans son crépi. Nous tentons d’en approcher à pied mais nous ne parvenons pas à en voir plus. Une seconde maison, plus loin, a aussi un décor presque complètement effacé. Nous descendons la vallée, les touristes commencent à arriver, les feux de charbon de bois fument et les garçons tentent d’attirer le chaland. Nous décidons de monter à l’Oukaïmeden par la route goudronnée. Nous reprenons donc le chemin d’hier et continuons l’ascension par de jolies gorges tranchées dans le rouge de la montagne. Nous atteignons le plateau et ses installations de sports d’hiver. Nous poursuivons sur une piste dont nous ne savons pas où elle mène ni sur quelle distance… Elle s’enfile dans une vallée qu’occupent de nombreuses bergeries saisonnières en pierres sèches et commence à s’élever en virages très serrés que je franchis en deux temps, avant de s’arrêter brutalement à un col à 3000 mètres d’altitude. Elle doit dans un futur non précisé rejoindre Imlil dont nous apercevons la piste tout en bas. Nous avançons sur un sentier de randonnée sur deux cents mètres, jusqu’à apercevoir le Toubkal à peine poudré de neige. De retour au camion, nous dévalons la montée et allons nous installer dans les pâturages pour déjeuner. Nous revenons à la station, et grimpons avec la voiture jusqu’aux antennes d’où nous avons une vue brumeuse sur la plaine du Haouz, sans apercevoir Marrakech. Nous repartons, retrouvons la vallée de l’Ourika et en sortons dans la plaine. Nous arrivons à Marrakech, longeons ses murailles et franchissons Bab Agnaou. Je cherche le parking de la Préfecture et me gare là où on me l’indique. Je pars à pied à la recherche du riad où nous avons donc réservé. Je finis par le dénicher dans une venelle, entre le palais de la Bahia et Dar Si Saïd. Je suis très étonné par le nombre d’Européens que je croise dans ces ruelles à priori sans intérêt touristique, visiteurs certes mais aussi résidents. Un jeune m’accueille et m’accompagne pour rapprocher la voiture, au parking tout proche, celui de la Préfecture. Prise de bec avec le gardien du premier parking que je refuse de payer pour cause de fausse information. Nous prenons nos bagages et nous, les deux Bouvier, rejoignons le riad de madame de K..., recommandé par madame de L... . Il n’a pas le cachet d’une maison traditionnelle mais il est bien arrangé et décoré et nous avons une chambre grande comme quatre (six ?) cellules Azalaï avec un lit dans lequel, vu sa taille, je ne suis pas sûr de retrouver Marie au réveil ! Décrassage complet, renouvellement de la garde-robe et nous repartons vers la Jemaa el Fna. Marie en bonne touriste a mis des chaussures qu’elle perd tous les trois pas et nous allons mettre un peu de temps pour y parvenir ! Une boutique sur deux s’adresse aux touristes, Marrakech est devenu un Disneyland. Vélomoteurs et scooters sèment la terreur et empestent l'air. Nous retrouvons l’ambiance, l’atmosphère de cette place fréquentée par les touristes et ils sont nombreux, mais aussi par les autochtones. Diseurs de bonne aventure, conteurs ne s’adressent pas aux étrangers. Les jeunes femmes sans voile ne sont pas rares mais nous en croisons aussi habillées en corbeau ! Nous achetons Le Monde et un livre de Driss Chraïbi que nous n’avions pas trouvé avant de partir. Nous allons prendre un pot à la terrasse d’un des cafés de la place, le prix des consommations se ressent de sa situation stratégique ! Nous dînons dans un établissement ancien, le Chegrouni. Cuisine correcte, pas chère mais l’attente est longue. Nous revenons par les ruelles plus calmes. 
 

Vendredi 30 octobre : L’insonorisation est loin d’être parfaite. Il est vrai que la configuration de ces maisons traditionnelles, autour d’une cour, favorise la diffusion des sons. Nous ne pouvons ignorer le départ en pleine nuit de touristes et les bruits du personnel pourtant discret. Le comble est le déchaînement à cinq heures du matin d’un illuminé qui tente, à grand renfort de haut-parleurs, de nous convaincre que Dieu est unique (encore heureux, qu’est-ce que ce serait s’ils étaient plusieurs !) et miséricordieux ce dont je doute car alors Il nous laisserait dormir ! J’abhorre ce genre d’énergumène qui tient à imposer ses convictions à son entourage, sans respect pour son repos, sans le moindre doute et surtout sans aucun sens de l’humour. Nous petit déjeunons dans le patio sans rencontrer notre hôtesse… Nous nous rendons à Dar Si Saïd, en empruntant des derb, percés de portes derrière lesquelles on peut imaginer des riad cossus. Le palais est identique à celui de la Bahia, vastes salles, hautes de plafond, autour d’un jardinet avec un bassin et un kiosque au plafond peint. Les salles de l’étage sont somptueuses, plafonds superbes, lourdes portes à décor géométrique peint, décoration de plâtre sculpté carreaux de faïence, un bel exemple de l’art de cour de la fin du XIX° siècle. Il est transformé en musée, expose dans des vitrines rarement nettoyées, sous des éclairages parfois en panne, des objets de l’artisanat traditionnel et notamment de beaux bijoux, mal mis en valeur. Nous nous dirigeons vers les Tombeaux saadiens en traversant la place des ferblantiers où se tourne un film. On est alors obligé d’emprunter un étroit passage où tous veulent s’engouffrer avant les autres… Après la bousculade nous devons encore marcher quelque temps, Marie commence à traîner la patte mais nous y sommes juste avant l’heure de fermeture pour cause de prière du vendredi. Dans un petit jardin, deux mausolées abritent les tombes du moulay Ahmed el Mansour et de ses proches. Le plus grand est magnifiquement décoré à l’intérieur de fines colonnes de marbre qui supportent une coupole en cèdre et les murs sont une débauche de stucs et de faïence, au sol gisent les pierres tombales des membres de la famille. Nous allons dîner dans un restaurant en face des sépultures, sur une terrasse en étage. Nous avons vue sur le nid de cigognes qui domine la place qu’occupe la mosquée el Mansour. Ses deux occupants, indifférents au trafic de la rue caquètent en chœur. Nous voyons se précipiter les croyants, barbus en jellaba immaculée, calotte sur le crâne, femmes en plus petit nombre, partiellement ou totalement voilées. Des mendiantes se sont alignées sur le parcours et sollicitent avec peu de succès les passants. Ceux qui donnent distribuent une piécette à toutes. Les plus mauvaises merguez de toute une vie, fades et cuites sans être grillées, nous sont servies après une longue attente. Nous revenons vers la Jemaa el Fna, une longue marche sous le soleil que nous interrompons pour nous rendre dans un cybercafé et enfin trouver un message de Julie puis pour changer des euros dans une banque. Nous traversons la place et commençons la redoutable visite des souq avec pour but de trouver les souvenirs à rapporter. Nous allons être de nouveau confrontés à la gentillesse et à la formidable mauvaise foi des marchands. Après de dures négociations nous achetons quelques objets. Nous visitons ceux qui semblent proposer de beaux bijoux mais les prix sont généralement hors de proportion avec la valeur réelle des pièces et le marchandage s’avère difficile, voire impossible ! Nous achetons tout de même une petite khamsa que j’aimerais bien garder pour nous… Nous allons nous remettre de cette incontournable épreuve en allant boire un soda à la terrasse d’un des cafés de la place, en observant les piétons, touristes et Marocains. Je tente de photographier de ma position stratégique les femmes tout de noir voilées. Nous rentrons à la chambre nous reposer. Nous allons dîner au Dar Mima, un restaurant traditionnel marocain, dans un riad où nous étions allés l’an dernier. Après de bonnes sardines farcies, nous goûtons à deux spécialités : Marie, une bastilla aux pigeons, elle se voit servir une plate galette sèche avec peu de farce et j’essaie un poulet trid, servi avec de fines crêpes, honnête, sans plus. Nous rentrons déçus à la chambre.

Samedi 31 octobre : Bonne nuit, plus silencieuse que celle de la veille, sans excité au mégaphone ! Nous petit déjeunons puis, tout de même étonnés de ne pas avoir vu la patronne, nous quittons le riad. Nous chargeons la voiture, le réfrigérateur s’est arrêté bien que les batteries ne soient pas vides mais il redémarre avec le moteur. Nous sortons de la ville ancienne et nous nous rendons aux jardins de la Ménara. On ne peut plus accéder à l’intérieur et nous devons stationner à l’extérieur. Nous devons donc marcher sous le soleil, au milieu des oliviers chargés de leurs fruits, jusqu’au pavillon. L’entrée en est payante, sans ticket (!), mais il a été restauré, portes et plafonds ont été repeints. De la terrasse qui domine le grand bassin, nous avons vue sur les constructions nouvelles de plus en plus proches. Des gradins, pas très heureux, ont été montés sur le côté opposé. Nous repartons nous garer au Guéliz, dans l’avenue Mohamed V, avec vue sur notre ancien immeuble. Nous nous renseignons auprès du portier pour tenter de revoir l’appartement mais il est actuellement fermé. L’ascenseur ne fonctionne toujours pas ! Nous nous rendons dans un cybercafé, bien installé avec des banquettes confortables, qui nous change des cages minuscules des précédents. Lecture, envoi de messages et mise à jour du blog. Nous retrouvons le grill dont nous étions clients, à retenir pour la prochaine fois… Marie veut trouver le nouveau marché du Guéliz, l’ancien qui doit laisser la place à un Mall moderne est toujours en travaux. Nous devons marcher encore pour trouver les nouvelles installations peu fréquentées et qui ne donnent pas envie d’y faire ses courses. Je vais rechercher la voiture puis nous nous rendons au camping, à l’extérieur, sur la route de Casablanca. Nous y reprenons le même emplacement que l’an dernier. Après avoir déjeuné dehors, à l’ombre d’un olivier, nous allons profiter de la piscine. Je fais quelques longueurs, Marie reste sur le bord… Nous retournons en ville, je vais me garer près de Bab Khémis. Pas de touristes, pas de gardiens de voitures ! Le quartier est véritablement populaire, artisans dont l’atelier déborde dans la rue, ferronniers, réparateurs de mobylettes, tisserands qui tendent leurs fils le long des ruelles. Nous atteignons la mosquée de Sidi bel Abbès dont l’esplanade est une véritable Cour des Miracles. Des aveugles se réunissent pour psalmodier le Coran, une collection de freaks met mal à l’aise, installés en face du portail et de la fontaine de la place somptueusement décorés, auvent de bois à stalactites, plâtre ciselé, carreaux de faïence. Nous continuons en suivant des ruelles qui franchissent des portes parfois ornementées, plongent sous les maisons, tournent, ressurgissent sur des placettes, pour aller voir les tombeaux de Sidi ben Slimane et de Sidi Ahmed Soussi, deux saints locaux. Nous ne pouvons en admirer que les portes, notre qualité supposée d’infidèles nous en interdisant l’entrée. Nous revenons sur nos pas et rentrons au camping. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant pour lire et taper ce journal, on nous offre gentiment un cocktail de bienvenue, un mélange de jus de fruits, qui serait bien meilleur avec une dose de vodka ! Pour être sûr de nous alcooliser, nous finissons la bouteille de pastis…

 

Dimanche 1er novembre : Nous démarrons sous un beau soleil, avec l’intention de passer par le lac de Bin el Ouidane, ce que nous n’avions pas prévu ! La sortie de Marrakech est pénible : limitations de vitesse, traversées d’agglomération et véhicules divers fantaisistes… Nous longeons à quelque distance l’Atlas embrumé et traversons la plaine cultivée, irriguée, jusqu’à l’embranchement d’Azilal. Après Afourer, la route s’élève parmi les chênes verts, en offrant des vues sur les champs à l’infini. Nous passons un col puis descendons vers le lac de barrage de Bin el Ouidane. Nous le découvrons dans toute son étendue après avoir franchi le barrage et en continuant de monter. Son bleu vif contraste avec l’écarlate de la terre. Nous commençons à voir des fermes fortifiées, massives constructions à plan carré, protégées par de hauts murs et parfois par des tours d’angle, ici ce ne sont plus des agadir mais des tighermt. Après Azilal, ancien poste administratif du temps du Protectorat, devenu chef-lieu d’une province, je me renseigne auprès d’un gendarme sur l’état de la route pour Zaouïa Ahansal. Il m’assure qu’elle est goudronnée… Effectivement nous avons encore quelques kilomètres d’un bitume effrangé puis commence une piste, excellente il est vrai puisqu’en travaux, le goudron ne devrait pas tarder. Nous grimpons un col dans un paysage dénudé sans grand intérêt, des arbres morts pointent troncs et dernières branches vers le ciel. Ils n’ont pas été abattus pour faire du charbon de bois. Ce dernier est de moins en moins utilisé, les bouteilles de gaz sont désormais livrées à dos de mulet, sur le porte-bagages des vélomoteurs dans les plus petits villages. Nous parvenons à une bifurcation, la piste de droite mène dans la vallée des Aït Bou Guemez, nous décidons d’y faire une incursion. Nous descendons dans la vallée sur une très bonne piste, goudronnée d’après la carte Michelin ! Sur ce versant, les arbres ne sont pas morts et les feuilles d’un beau vert forment des touffes vigoureuses. Nous apercevons dans le fond les cultures en terrasse et les premiers villages que nous atteignons bientôt. Cette vallée qui naguère était isolée du reste du Maroc huit mois par an est maintenant désenclavée. L’arrivée des parpaings a modifié la construction mais les anciennes maisons ne sont pas trop dégradées. Nous en retrouvons quelques-unes dont il est facile de comprendre le mode de fabrication : un mélange de terre et de paille est tassé dans un coffre de planches qui est déplacé au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Les passages des planches sont visibles et caractérisent ces bâtisses. Dans les petits champs, amoureusement entretenus et formant un patchwork dans les tons verts, les femmes s’activent. L’ouverture de la vallée y a amené des randonneurs et en conséquence les « gîtes d’étape » fleurissent. Nous roulons jusqu’à trouver le goudron de la nouvelle route, la vallée s’élargit alors et les constructions perdent de leur charme. Nous faisons demi-tour, avec cette fois, le soleil dans le dos. L’heure tourne, nous n’avançons pas vite avec les arrêts photos. Nous remontons le col, retrouvons la bifurcation et filons, toujours sur une bonne piste vers Zaouïa Ahansal. Mais les ombres s’allongent, nous n’avons aucune chance d’y parvenir ce soir et après le passage d’un autre col, je préfère m’arrêter dans la descente, avant le col suivant. Nous nous garons à proximité d’un hameau. Je ne suis pas en forme : persistance de la tourista, courbatures, fièvre et le crâne pris dans un étau. Nous ne traînons pas après dîner et je ne lis pas longtemps.

 

Lundi 2 novembre : Il n’a pas fait chaud dans la nuit, nous sommes à plus de 2300 mètres d’altitude. Nous avons dormi le toit abaissé pour diminuer les pertes de chaleur. Mauvaise nuit, je ne parviens pas à m’endormir et quand à six heures et demie nous nous levons, je suis encore vaseux mais la fièvre est tombée. Nous démarrons quand le soleil atteint notre vallon. Nous continuons sur la piste qui va franchir un autre col dans une « forêt » d’arbres étranges, décharnés, tordus et néanmoins verts. Ensuite c’est une longue descente au pied d’une barrière rocheuse encore dans l’ombre, en dominant des fermes et leurs aires de battage. Arrivés au bas de la pente, nous découvrons les villages des environs de Zaouïa Ahansal, des maisons de terre donc confondus avec elle et les impressionnantes fermes fortifiées qui semblent encore en bon état, comme dans la vallée des Aït Bou Guemmez. Nous allons jusqu’au bout de la piste, à Agoudim, après les bâtiments de l’ancien poste colonial. Nous abandonnons la voiture et entrons dans le village à pied, pour faire le tour des tighermt. Nous sommes contents de constater que l’une d’elles est en travaux d‘entretien, on s’applique à en refaire le crépi. Nous détaillons sur les faces la décoration réalisée à l’aide de pierres plates assemblées de façon à réaliser des ensembles de triangles, des stries inclinées en arête de poisson. Nous repartons en suivant la vallée et en nous arrêtant à chaque tighermt pour en faire le tour et la photographier, avec tout de même le sentiment que c’est peut-être la dernière fois que nous les voyons… La piste demeure excellente, ce qui me rassure et me laisse espérer que nous serons à Mekhnès ce soir. Nous suivons le lit d’un torrent avant de remonter à flanc de montagne, parmi les pins d’Alep, les genévriers et les chênes verts de plus en plus denses et qui adoucissent ces montagnes. Nous sommes en plein Moyen Atlas, des pistes qui partent pour Imilchil, Agoudal, etc… me donnent envie de revenir et consacrer quelques jours à ces paysages, très différents de ceux du Haut Atlas. Nous montons assez haut pour dominer villages, forêts et montagnes et à un virage nous apparaît le beau massif de la « Cathédrale de rochers », un énorme rocher aux falaises découpées en vague forme d’église avec beffroi. Nous continuons la descente, apercevons le village de Tamga éparpillé sur une colline et ses fermes regroupées par hameaux, chacun avec sa ou ses tighermt. Nous revenons au niveau du torrent, là où nous avions campé avec Michèle… Puis c’est le goudron, les montagnes ne sont plus que des collines colorées. Encore une montée et nous plongeons vers le lac de Bin el Ouidane, encore plus bleu, entouré de rives encore plus rouges ! Nous déjeunons peu après Ouaouizaght avant de retrouver la plaine, toujours brumeuse et la « grande » route de Fès. Elle n’est toujours qu’à deux voies et doubler bus et camions demande du temps. Nous avons le sentiment de ne pas avancer vite. A Mrirt nous prenons une route secondaire, pas moins large, peu fréquentée et directe pour Meknès. Nous traversons une région d’élevages bovins. Nous n’y sommes qu’à la nuit tombée. Trouver le camping, en demandant, n’est pas trop difficile mais il est fermé par arrêté municipal ! Seule solution : trouver celui de Moulay Idriss, à une quinzaine de kilomètres. Et nous voilà repartis, de nuit, pour traverser une ville inconnue, à l‘heure des sorties de travail ! Nous y  parvenons et, soulagés, nous nous y installons.

 

Mardi 3 novembre : Le ciel est couvert au réveil mais le soleil revient et nous aurons encore une belle journée de ciel bleu. Nous ne sommes pas pressés, nous prenons notre temps et ne démarrons qu’à presque dix heures. Nous renonçons à passer la journée à Meknès, le musée étant fermé le mardi et nous prenons donc la direction de Moulay Idriss. La route serpente entre les oliviers et de beaux agaves. Nous y sommes bientôt et nous nous garons à l’entrée du souq, pour avoir le plaisir de nous promener dans les ruelles de cette ville sainte, à cheval sur deux collines. Un fort aimable cordonnier nous indique le chemin de la « terrasse » d’où nous avons une vue magnifique sur cette ville cubiste, ses maisons blanches à toits plats, éparpillées sur la colline en face de nous et les toits verts du mausolée d’Idriss, descendant du Prophète. Notre cordonnier qui a abandonné sa pratique et fermé boutique et dont nous vantions la gentillesse et le désintéressement nous rejoint et devient trop aimable. Il nous indique un autre point de vue puis nous fait savoir qu’une petite pièce serait bienvenue, pas pour lui ! Pour les enfants… Nous aurions dû nous méfier. Depuis le franchissement du Tizi N’Test, si les enfants nous fichent la paix, ce sont les adultes qui quémandent une pièce, un cadeau… Nous dégringolons par les ruelles et les escaliers où le transport des marchandises est assuré par des ânes qui montent et descendent les marches avec assurance. Nous aboutissons à la place du souq, bordée d’arcades sur un côté et de cafés avec des terrasses sympathiques où il doit faire bon prendre un gin tonic en fin de journée… Nous passons dans un cybercafé prendre connaissance du dernier message de Julie auquel nous répondons Nous faisons quelques emplettes au marché puis nous repartons et allons nous installer sur le parking du site de Volubilis. Nous attendons qu’il soit deux heures pour aller visiter les ruines romaines. Une ville entière, encore partiellement enfouie. Un forum, une basilique et de nombreuses maisons, toutes de même type, construites, du moins les patriciennes, autour d’un atrium avec bassin et péristyle. Le site au pied du massif du Zerhoun, dominé par la blanche Moulay Idriss à quelque distance, est remarquable. L’intérêt est aussi dans les mosaïques, nombreuses à être restées in situ mais elles sont décevantes. Sans protection, ce dont nous ne nous plaignons qu’à demi, elles sont poussiéreuses, ternes, difficilement visibles et surtout elles ne sont pas d’une belle facture, les dessins sont grossiers, les tesselles peu fines. Rien de comparable avec celles du musée de Naples ou d’Antioche. Nous y restons tout de même jusqu’au coucher du soleil, Marie en bonne latiniste ne veut rien manquer, pas une mosaïque, quitte à prendre des risques pour se hisser et se faufiler sur d’étroits murets, au risque de tomber, ce qu’elle réussit presque… Nous revenons au même camping pour la nuit. Le soleil couché, il fait froid et je me réfugie dans le salon du camping pour travailler sur l’ordinateur.

 

Mercredi 4 novembre : Le ciel est résolument gris et le soleil ne va pas réapparaître avant le début de l’après-midi. Nous nous félicitons d’être allés à Volubilis et à Moulay Idriss hier. Nous devons ressortir les chaussettes et les blousons. Nous retournons à Meknès et allons nous garer, juste après avoir franchi la porte proche de Bab Mansour. Le gardien m’aide à effectuer un créneau délicat. Nous commençons par nous rendre au mausolée de Moulay Ismaël, ancêtre à la dixième génération du roi actuel et donc lieu choyé par le régime. Bien que non musulmans, nous pouvons passer dans une cour, nous déchausser pour entrer dans une salle carrée, couverte de faïences, de stucs ouvragés et de poutres travaillées en bois de cèdre. De là, un coup d’œil nous permet d’entrevoir les pierres tombales, rien de bouleversant… Nous revenons sur nos pas en longeant une des innombrables murailles de cette cité impériale. Des cardeurs de laines sont installés sous des arcades devant des ballots de laine brute. Nous franchissons la porte et allons admirer la belle Bab Mansour, en réalité une fausse porte puisqu’elle ne débouche pas. C’est un arc outrepassé de belle taille encadré par deux tours carrées, le tout revêtu de belles faïences à fond bleu avec un bandeau d’écriture au sommet. Nous traversons la vaste et déserte, à cette heure, place Helim. Par une petite porte nous accédons au marché. L’allée centrale est dévolue aux bouchers : les crânes de moutons et de vaches, sur des crochets, dégoulinent de sang, les pattes sont entassées dans des baquets et les semelles rougissent… Les allées périphériques sont plus agréables. Des marchands d’épices présentent leurs produits en cônes colorés et les marchands de condiments rivalisent d’ingéniosité pour mettre en valeur olives, citrons confits, harissa, piments etc… Nous nous rendons au musée dans l’ancien palais Dar Jamaï. Encore un palais de la fin du XIX° siècle, magnifique résidence où tous les artisans se sont efforcés de réaliser le meilleur de leur art : une cour fermée sur l’extérieur, avec un bosquet de bananiers, prélude à des intérieurs somptueux, plafonds et portes en bois de cèdre peint, carreaux de faïence d’une grande finesse, plâtre ciselé sur chaque centimètre carré entre les faïences et les poutres en bois. Le patio est sans doute le plus beau qui se puisse voir, proportions admirables, délicatesse des dessins, des couleurs, colonnes élégantes. Nous sommes prêts à louer ! Il renferme un musée avec des objets meknassi, cuivre, bijoux, broderies, tapis etc… Peu de pièces mais de belle facture. Nous circulons ensuite dans les ruelles de la medina, visitons la medersa Bou Inania. Très semblable à celle du même nom de Fès, c’est aussi une merveille de bois, de plâtres et de faïences sur les murs qui entourent la cour et son bassin. Nous revenons sur la place et allons déjeuner en terrasse. Le soleil est réapparu et nous l’apprécions. Je me régale d’un délicieux tajin de kefta, les œufs ne sont pas trop cuits et je sauce mon écuelle ! Marie a pris des kefta grillées plus quelconques et pour faire passer le tout une grande bouteille d’Oulmès, de l’eau pétillante faute de bière ou de vin, décidément de plus en plus difficiles à trouver sur les cartes. Nous allons acheter un plat à tajin puis nous reprenons la voiture. Nous longeons les murailles qui délimitent les quartiers royaux ou des casernes, jusqu’aux anciens entrepôts et écuries, devant le bassin de l’Agdal. Nous visitons ces anciens magasins. Belle hauteur sous voûte, piliers massifs et puits sous des coupoles hémisphériques qui font de bonnes caisses de résonance. Rien de passionnant. Nous revenons nous garer dans la ville nouvelle. Marie passe à l’Office du tourisme se faire délivrer des prospectus. J’en profite pour demander où trouver des journaux français. Dans tous les kiosques m’indique-t-on ! Les trois de l’avenue principale n’en vendent pas… Nous repartons, sortons de la ville pour trouver le Marjane, le Carrefour local. Clientèle exclusivement marocaine, pas un seul européen. Quelle différence avec Agadir où les locaux étaient en minorité ! Nos achats effectués, nous retraversons la ville et retournons au camping pour notre dernière nuit ici. Au menu ce soir : cassoulet de Castelnaudary ! Nos voisins anglais parlent fort, tard et surtout en anglais !

 

Jeudi 5 novembre : Il a plu toute la nuit et le ciel est bouché. Nous sommes résignés à traverser une fois de plus le Rif sous la pluie et dans le brouillard. Nous partons en passant par Moulay Idriss pour prendre une petite route qui nous évitera la traversée de Meknès. Pour être petite, elle est petite et en mauvais état ! Elle serpente sur des collines et sous le soleil ce serait une promenade agréable… Nous rejoignons une route plus large et plus droite pour atteindre Fès. Miraculeusement, le soleil commence à percer alors que nous contournons la ville en suivant les remparts. Dommage que le brouillard ne soit pas complètement dissipé, nous aurions eu une belle vue sur la ville ancienne. Nous trouvons, après quelques encombrements, la route de Kétama et la suivons. Nous reprenons le même itinéraire que l’année dernière. Paysage de collines beiges plantées d’oliviers bien alignés et villages sans le moindre attrait. Le ciel bleu gagne du terrain au fur et à mesure que nous nous élevons dans la montagne. La terre est devenue rouge et forme des damiers avec les carrés verts des cultures. Dès avant Kétama, tous les kilomètres, des jeunes désoeuvrés, sur le bord de la route, nous font le geste de fumer pour nous proposer du kif. Cela devient carrément du harcèlement quand les voitures qui nous doublent nous klaxonnent ou quand celles que nous croisons nous font des appels de phares. Lorsque je m’arrête pour prendre une photo, des voitures en font autant et me font des offres. D’autres nous dépassent, se rabattent et nous font signe de les suivre ! Ce petit jeu m’énerve vite ! Kétama, dans les pins est un carrefour très encombré, il s’y tient un immense marché et bien entendu la circulation est anarchique. La route continue en corniche sur le versant méditerranéen, plus sec et doucement descend vers la plaine par une longue série de virages. Nous rejoignons la côte à Al Hoceima qui paraît toute nouvelle et en pleine expansion, ce ne sont qu’immeubles neufs de deux ou trois étages, alignés sur les collines. Nous trouvons le port et je me renseigne sur la possibilité d’y dîner de poissons. Rassurés sur ce point, nous cherchons le camping. Il a disparu lui aussi ! Nous passons le début de soirée, garés sur la crique où il se trouvait, en attendant l’heure d’aller dîner. Un vent violent nous interdit de nous promener sur la plage de galets et de sable, devenue poubelle par ceux qui la fréquentent ! Nous retournons dîner au port. Un restaurant très simple, fréquenté par les habitués, pas un seul touriste. Le patron nous propose un assortiment de poissons : rougets, petites soles, ailes de raie, crevettes, calamars et autres inconnus simplement grillés, parsemés de sel, persil et discrètement d’ail. La cuisson est parfaite, les ailes de raie cuisinées ainsi sont une révélation. Nous avons apporté notre bouteille de rosé pour éviter l’eau gazeuse… Nous décidons de dormir là, au port, plus abrité qu’à la crique.

 

Vendredi 6 novembre : La nuit n’a été agitée que par les violentes bourrasques de vent qui ont tenté de soulever la voiture. Nous repartons sous un ciel que se partagent le soleil et les nuages. Nous avons la bonne surprise de trouver une nouvelle route (totalement ignorée par la dernière édition de la carte Michelin !) qui longe la côte pour rallier Nador par un raccourci. Nous suivons donc les plages et les falaises qui se succèdent au milieu de petits lopins de cultures. Nous apercevons le peñon de Alhucémas, un îlot rocheux à faible distance de la côte, avec ses quelques constructions blanches au sommet de la falaise. Quand la route s’éloigne de la côte, nous continuons par de petites routes qui coupent en direction de Melilla puis nous prenons la route qui se dirige vers le cap des Trois Fourches. La piste attendue est devenue un étroit ruban de goudron, en corniche, avec des vues plongeantes sur une mer d’un bleu turquoise de contrée tropicale. La température ne l’est pas, tropicale, avec le vent qui continue de souffler. Nous parvenons à l’extrémité du cap, à un phare d’où la vue sur les trois pointes est superbe mais il faut s’accrocher pour ne pas s’envoler. Toute la pointe est couverte de cultures en terrasses qui semblent abandonnées, quelques petits villages de pêcheurs sont installés dans les criques, leurs barques échouées sur le sable. Nous déjeunons au phare et revenons vers le port. Nous arrêtons peu avant dans un cybercafé pour prendre connaissance du courrier te mettre à jour le blog avant d’embarquer.  Après un dernier plein de gasoil avec épuisement des dirhams, nous nous rendons au port. Il n’est que quinze heures et le bateau ne part qu’à minuit ! Longue attente donc que Marie occupe à lire et moi à bâiller, je n’ai plus rien à me mettre sous les yeux… Arrivée de notre ferry, le même qu’à l’aller à dix-sept heures, formalités de police puis encore attendre le bon vouloir des douaniers et à vingt et une heures nous montons à bord. Une demi-heure plus tard le repas est servi, nous sommes les premiers ! Du poisson pané vite avalé et nous allons nous coucher alors que nous sommes encore à quai. 

 

Samedi 7 novembre : La houle, si houle il y a eu, ne nous a pas empêchés de dormir. Au réveil, je regarde sur le GPS notre position, nous  sommes à la hauteur de Murcie. Nous traînons au lit puis allons petit déjeuner. Je dois encore faire une heure de queue pour obtenir un pain rond, du beurre et de la confiture. Il y a continuellement des ruptures dans l’approvisionnement et il faut attendre le renouvellement, sans oublier ceux qui viennent rechercher un petit supplément de café, de pain, etc et qui ne font pas la queue…Mais cela fait passer le temps… La mer est belle, le soleil brille, il n’y a pas de raison pour que le moral ne soit pas au beau fixe. Je vais m’installer dans le salon pour m’occuper avec l’ordinateur. Après une nouvelle queue, relativement rapide pour le déjeuner, je succombe à une vraie sieste dont je ne sors que pour retourner, avec Marie dans le salon. La mer se creuse, les embruns frappent les vitres. Nous retournons à la cabine en vacillant. Nouvelle sieste éveillé, passée à suivre les oscillations de plus en plus pernicieuses du rafiot. Nous patientons avant d’aller faire une dernière queue. Que se passe-t-il ? La Peste à Jaffa ? Le Radeau de la Méduse ? Personne ! Quelques fantômes errent dans les couloirs, des corps livides sont abandonnés sur les marches, les mains crispées sur des mouchoirs. Au comptoir, pas un client ! Je suis accueilli avec un franc sourire appréciateur par le cuisinier qui me déconseille une assiette déjà servie et qui refroidit. Il me sert deux grandes assiettées, presque (faut pas exagérer !) fumantes d’un ragoût de bœuf qui eût été appétissant sous d’autres cieux. Vaillamment, j’entame la remontée (parfois descente…c’est selon…) vers la table, la première trouvée, sur laquelle Marie s’est affalée. Après un dernier virage maîtrisé admirablement, je freine sans que le plateau ne frémisse et le dépose devant elle. A la vue des morceaux de bœuf, des carottes et des petits pois, son œil chavire. Elle blêmit, une gorgée de bière la ragaillardit et lui donne la force d’honorer sa visite à la salle à manger. Elle cale devant l’éclair au chocolat. Apparemment serein mais avec au plus profond de mon être une sourde inquiétude sur mes capacités stomacales, j’ingurgite deux de ces pâtisseries et, raisonnablement, abandonne la troisième. Nous opérons, d’un pas décidé mais aléatoire, un repli stratégique, réalisé en un temps décent et suffisant pour permettre à Marie de restituer, sitôt parvenue au réceptacle adéquat, un bol alimentaire finalement incompatible avec ses entrailles ! Elle ne demande pas son reste, moi non plus et nous nous couchons avec l’espoir de ne plus quitter cette position avantageuse.

 

Dimanche 8 novembre : Réveillé à une heure, je constate avec satisfaction que : 1.- Le navire n’est plus agité de mouvements bizarres et désordonnés et que nous naviguons désormais à bonne allure, 2.- Je n’ai pas été contraint de rétrocéder mes éclairs ce dont j’aurais été fâché. Gaillard, je descends dans le salon, transformé en dortoir sauvage, et me remets à l’ordinateur ! Je remonte finir ma nuit avant d’être réveillé peu avant sept heures par un bourdonnement du ferry différent. Nous sommes en vue de Sète et il n’avance plus qu’au ralenti. Nous abandonnons la cabine et rejoignons le camping-car. Encore une attente avant que le pont ne s’abaisse et que les chauffeurs des autres véhicules ne se mettent au volant. Enfin nous voici dehors. Pas de fouille pour nous mais les Marocains en fourgonnettes doivent tout déballer ! Nous rejoignons l’autoroute et trois heures plus tard nous sommes à Toulon, sous le soleil et dans le vent.

 

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 11:26

MAROC

 

OCTOBRE 2009

 

 

 Jeudi 8 octobre : Ralentissement à la hauteur de la sortie pour Séte mais nous sommes au port avant onze heures. Je vais accomplir les formalités d’embarquement au bureau de la compagnie puis nous attendons l’heure de monter à bord du Mistral Express. Peu de touristes, beaucoup de Marocains entassés dans des fourgonnettes surchargées, chibani de retour au pays, quelques familles, nous sommes déjà au pays ! Nous occupons une cabine de quatre en ayant payé un supplément pour y être seuls, avec des toilettes privées. Le navire se révèle vite un rafiot espagnol déclassé, en triste état. Salons fermés, fauteuils au skaï arraché, climatisation insuffisante, propreté limite, ce n’est pas une croisière ! L’embarquement terminé, nous attendons avec impatience le signal du repas, inclus dans les prestations. Une queue s’est déjà formée devant le self service. Menu unique : une salade de céleri et un poulet (aux olives tout de même…) frites et une pomme qu’il faudra affronter dans un combat incertain avec des couverts en plastique, eau à volonté… Nous sommes les seuls à aller acheter des bières pour accompagner ce festin. Nous retournons dans la cabine climatisée pour une sieste appréciée. Nous descendons dans le seul salon ouvert où je déniche une prise de courant pour brancher l’ordinateur et nous étudions les débuts de l’itinéraire. Intrigué par une queue qui s’est formée, je m’en approche. Ce n’est pas une collation de quatre heures mais le contrôle douanier. Je remplis des fiches de police et commence la queue. Je vais y passer plus d’une heure et demie à attendre mon tour. Un unique douanier, sans doute puni, rédige les documents d’autorisation de circuler pour les véhicules, sans les tamponner… Il serait sans doute plus rapide mais trop simple peut-être de les distribuer aux conducteurs, à charge pour eux de les remplir… Quand j’en ai terminé, il est temps de faire la queue pour le dîner… Une soupe que Marie juge bonne, un poisson pané et un éclair au chocolat très honnête et il ne nous reste plus qu’à regagner nos quartiers pour une nuit en mer.

 

Vendredi 9 octobre : Je suis réveillé tôt, reste au lit à somnoler, lire, m’habituer au GPS en repérant notre position et l’heure estimée d’arrivée. Quand Marie se réveille nous allons prendre le petit déjeuner. Pour avoir du thé il faut s’adresser au bar et il n’y a plus de beurre… Une nouvelle queue s’allonge devant le bureau du policier chargé de viser les passeports. Une Française m’indique qu’il est plus rapide d’envoyer Marie avec les deux passeports car elle sera dispensée de faire la queue. Aussitôt dit, aussitôt fait, et effectivement l’opération ne dure pas deux minutes. De l’avantage d’être une femme (et une touriste ?) en terre marocaine… Nous regagnons la cabine pour y lire puis nous allons contempler le sillage du bateau, à l’abri du vent avant d’aller faire une heure de queue pour le déjeuner : un tajine de bœuf correct. Les repas sont globalement satisfaisants en qualité et en quantité mais les conditions déplorables. Marie retourne à la cabine pendant que je vais taper ces lignes dans la tiédeur du seul salon accessible. Je la retrouve pour une sieste bien venue. Nous ressortons pour aller nous promener sur les ponts puis dans un salon où il nous faut du temps pour trouver deux fauteuils point trop fatigués. A l’approche de Nador, plus tôt que prévu, à peine quatre heures, heure locale, nous libérons la cabine puis nous descendons à la voiture. Nous devons attendre l’accostage puis l’ouverture du pont mais nous sommes dans les premiers à sortir. Il faut encore courir pour faire enregistrer les documents douaniers puis les faire tamponner et enfin nous sortons du port. Le soleil est déjà bien bas et à six heures il sera couché. Je vais acheter du pain à la tienda, l’Espagne est proche ! Nous cherchons un endroit pour la nuit. Un parking à l’extrémité du long front de mer nous paraît convenir. Nous parcourons la corniche sans trouver mieux et revenons nous y installer. C’est le lieu de promenade de fin de journée mais le calme vient avec la tombée de la nuit. Nous dînons de nos restes de poulet, je ne me sens pas très bien, un mal de tête me prend. Nous sortons après dîner  et marchons jusqu’à l’extrémité d’une jetée où un modeste café avec des tables et des chaises en plastique nous paraît le parfait endroit pour boire un thé à la menthe en contemplant les maisons blanches et les immeubles récents. Un joueur de flûte est suivi non par des rats mais par une horde de chats qu’il entraîne, attirés non par sa flûte, inexistante, mais par les poissons qu’il leur distribue. Nous revenons nous coucher, mon mal de tête a disparu. La soirée est troublée par les klaxons d’un cortège de mariés puis par les discussions de noctambules bavards. Nous pouvons nous endormir quand ils s’éloignent.

 

Samedi 10 octobre : A une heure du matin un fourgon de police nous réveille. L’endroit est dangereux, il y a plein de voleurs et nous ne pouvons rester là ! J’essaie de parlementer mais rien à faire, nous devons les suivre et stationner devant le commissariat. Sans doute l’endroit le plus bruyant de la ville ! Un ivrogne, ou un fou, ne cesse de hurler, les policiers crient, les voitures de police démarrent, reviennent, sans souci de la tranquillité de leurs hôtes forcés. Enfin nous parvenons à trouver quelques brèves heures de sommeil avant le jour. Dès que nous sommes réveillés, nous retournons au parking du bord de mer. Un beau soleil éclaire la ville qui commence à s’animer. Nous la quittons après un dernier regard à sa lagune, un beau plan d’eau qu’un projet d’assainissement tente de faire revivre. Nous roulons en respectant bien les limitations de vitesse, les radars sont de sortie ! Plein de gasoil à un tarif appréciable. Nous roulons dans une plaine agricole, des paysans vendent d’énormes courges sur le bord de la route. Nous bifurquons en entrant dans les monts des Beni Snassen, de basses montagnes couvertes d’un maquis méditerranéen. Nous montons jusqu’au village de Tafoughalt d’où nous poursuivons en direction de grottes creusées dans la falaise. Nous n’arrêtons pas à la première que nous nous contentons d’apercevoir d'en bas. A la seconde, celle dite du Chameau, nous marchons jusqu’à l’entrée mais elle est bouchée par des buissons d’épineux pour interdire de pénétrer dans le dédale des couloirs, réservés aux spéléologues. Nous continuons sur une piste étroite, souvent taillée dans la roche, qui va courir sur les crêtes des montagnes en offrant de belles vues sur la plaine dans le lointain, les montagnes et les villages dans les creux, de simple masures d’où ne se distingue que la mosquée moderne et colorée ! Quelques maisons récentes sont peintes d’un joli rose vif… Nous atteignons le point le plus élevé, à près de 1500 mètres. Nous déjeunons à côté de Marocains qui font rôtir des poulets à la broche sur la braise et nous invitent mais nous déclinons, l’estomac déjà plein. Nous retrouvons une bonne route goudronnée qui nous ramène dans la plaine. Les gens ne parlent que rarement français, parfois espagnol mais le plus souvent uniquement arabe. Nous arrivons à Oujda et trouvons à nous garer à l’entrée de la medina. Nous nous y promenons, les étals proposent toute une quincaillerie de contrebande et les boutiques de vêtements regorgent de robes pailletées. L’intérêt est limité mais nous ne sommes absolument pas importunés, les gens sont gentils, souriants, peu habitués aux touristes. Nous allons jeter un œil dans un ancien palais, deux patios successifs décorés de beaux zelliges et de stucs sur les colonnes, un mariage s’y prépare. Nous repartons en direction de Figuig et roulons jusqu’à ce que le soleil baisse. Marie ne veut pas s’arrêter dans la nature et nous nous garons pour la nuit à proximité de maisons. Bien sûr les enfants accourent, une jeune fille qui prépare le baccalauréat vient réviser avec Marie, heureuse de retrouver ses habitudes de pédagogue, mais nous sommes effarés par son très faible niveau de langue…

 

Dimanche 11 octobre : Une bonne nuit, sans visite impromptue. Au matin, les gosses viennent gratter à la porte mais nous n’ouvrons que quand nous sommes prêts à partir. Naïma, la jeune fille d’hier soir, vient nous dire au revoir, nous la prenons en photo et promettons de les lui envoyer. Nous continuons de descendre vers le sud sur une route de moins en moins fréquentée. Nous sommes dans un paysage plat, ocre rouge et vert. Une herbe éparse et rase donne l’illusion de verdure et nourrit les grands troupeaux de moutons et de chèvres qui pâturent. Leurs bergers portent toujours un chèche dont ils laissent pendre un pan dans le dos. Nous approchons d’un chaînon que nous franchissons pour arriver à Bouarfa. Nous continuons en direction de Figuig, dans un couloir désertique, entre deux barrières montagneuses, arides et désolées. Les cailloux roulés par les oueds sans eau depuis longtemps barrent d’une coulée gris clair les aplats mauves, ocre et le vert timide de ce paysage abstrait. Contrôle de police avant d’arriver à Figuig, nos fiches de renseignements préparées font merveille ! Nous traversons le centre ville très endormi en ce dimanche, déçus de ne pas trouver d’anciennes maisons. Nous trouvons l’hôtel qui fait aussi camping. Il est très bien situé, sur le rebord de la falaise, surplombant la palmeraie, devant les montagnes qui marquent la frontière avec l’Algérie, si proche mais interdite. Nous nous installons dans un joli jardin, bien entretenu, entre des palmiers. Nous déjeunons en sortant table et fauteuils. J’y passerais facilement l’après-midi mais Marie ne l’entend pas de cette oreille et après avoir admiré la vue sur les milliers de palmiers d’où s’échappent les aiguilles des minarets des villages qui constituent l’oasis, nous partons en exploration. Nous commençons par le ksar de Zénaga, l’un des sept de Figuig, au pied de la falaise. Grosse déception, nous ne trouvons plus trace des constructions en pisé. Elles sont remplacées par des maisons modernes, quelconques, sans doute plus confortables, alignées le long de routes désormais goudronnées. Encore heureux qu’elles soient revêtues d’un enduit ocre ou rouge. Nous traçons une grande boucle entre elles et les hauts murs des jardins de la palmeraie avant de remonter sur le plateau. Nous allons nous garer à l’entrée d’un des autres ksar, celui de El Oudaghir. Nous en franchissons la porte d’enceinte, en triste état, et circulons entre les maisons qui pour beaucoup sont en ruine, dans des ruelles à demi souterraines, toutes dallées avec une rigole au milieu. Nous contournons la grande mosquée, récente, les passages qui l’entourent sont pourvus d’arches décoratives. Nous nous faisons indiquer la vieille mosquée, à l’extérieur de la cité aux ruelles couvertes, et au milieu de quelques palmiers. Son minaret octogonal a perdu son crépi mais il a plus de charme, derrière les palmes de ses voisins plus élancés, que celui de la grande mosquée. Nous récupérons la voiture, rencontrons des touristes qui étaient sur le même bateau, causons piste avec eux puis nous cherchons à voir d’autres ksour. Mais le soleil baisse déjà et après être allés admirer la vue sur la palmeraie depuis un autre point de vue, nous revenons vers l’hôtel. Dernière promenade pour approcher une des anciennes tours de guet, inutiles désormais, au milieu d’un des jardins de la palmeraie, parmi les grenadiers, les palmiers et les minuscules parcelles qu’irrigue un réseau de canaux, en partie souterrain. Les murs qui délimitaient les jardins s’écroulent et les vergers ne semblent plus tous bien entretenus. Nous revenons nous installer au camping. Nous prenons, Marie un thé à la menthe et moi un soda sur la terrasse de l’hôtel qui domine la palmeraie, des nuées de hérons garde-bœufs volent puis se posent sur le même arbre. Nous retournons au camion quand la nuit tombe pour lire ou écrire avant de nous offrir le premier pastis du voyage. Nous dînons ensuite sur la terrasse d’un excellent et copieux tajine de chevreau, sans légumes mais avec profusion de raisins secs. Faute de vin au restaurant, nous allons chercher notre reste de Bordeaux. Nos voisins, une équipée de 4x4, ceux qui étaient sur le bateau, nous dissuadent de partir en groupe trop nombreux… Nous retournons au camion pour une nuit au calme.


Lundi 12 octobre
 : Encore une nuit de repos, troublée au réveil par l’équipée des Français en 4x4 qui discutent à voix haute en passant devant le camion. Si j’avais encore une vingtaine d’années, je haïrais ces nantis avec leurs bagnoles de parvenus… Douche, plein d’eau et nous quittons cette très agréable auberge. Nous trouvons un cybercafé, les ordinateurs ont connu des temps meilleurs et la connexion est très lente. Nous parvenons tout de même à envoyer un message à Julie et à Nicole et à mettre le début du récit dans le blog. Achat d’une kesra, de citrons rachitiques, plein de gasoil et nous sortons de Figuig. Peu après le contrôle, nous prenons une piste pour revenir sur Bouarfa. Les Français en 4x4 nous ont assuré qu’elle était très belle. Effectivement dans la première partie nous longeons de belles montagnes plissées, aux strates rouge sombre. Des postes de contrôle militaires délimitent la zone frontalière, occasion de distribuer des fiches de renseignement…Nous traversons le chantier d’un barrage, la piste devient moins bonne, moins marquée. Nous nous essayons à l’utilisation du GPS, pas indispensable mais rassurant. Nous roulons dans une plaine sans croiser personne jusqu’à retrouver le goudron. Nous déjeunons puis rejoignons Bouarfa, traversée sans s’arrêter. A la sortie de la ville, nous trouvons la piste qui doit nous permettre de rejoindre celle relevée dans le guide de Gandini, avec l’espoir d’être ce soir aux gravures rupestres du Grand Ghilen. Nous avons repéré des points que nous essayons de trouver avec le GPS. Au début, la piste est facile à suivre, elle serait roulante si elle n’était pas continuellement coupée par des oueds ou de simples ruisseaux à sec mais qui ont raviné la piste. Des campements de nomades sont éparpillés dans la plaine encore verdoyante. Les khaïmas sont toujours tissées en laine marron, mais leurs « murs », autrefois également tissés, sont aujourd’hui constitués de sacs ou de bâches plastiques ! Puis les traversées d’oueds commencent à être plus difficiles et bientôt la piste disparaît… Nous suivons des traces qui nous amènent à un puits mais ce n’est pas la direction qu’indique le GPS. Je me lance en hors-piste en me faisant tirer sur le point repère suivant, la moyenne chute et le temps passe. Nous retrouvons des traces qui semblent aller dans la bonne direction mais elles aboutissent dans un cul-de-sac, à des maisons en ruines, inhabitées. Nous repérons des constructions vers lesquelles nous nous dirigeons et nous nous faisons remettre sur la bonne voie. Nous retrouvons une bonne piste, confirmée par le GPS et franchissons le jebel Ourak par un col qui débouche dans une autre plaine. Premier troupeau de dromadaires. Si nous nous arrêtons pour demander notre chemin auprès d’un campement, aussitôt tous les hommes se précipitent pour réclamer des cigarettes, denrée rare et sans doute chère. Nous avons le soleil de face et la conduite devient pénible mais nous réussissons à atteindre la piste, devenue goudron, que nous devrons suivre demain. Nous arrêtons peu après, à l’écart de la route, à côté d’un petit oued. Nous préparons les données du GPS pour la journée de demain…

 

Mardi 13 octobre : Il ne fait pas chaud au petit matin. Marie tarde à se réveiller. Nous sommes seuls sur terre, un berger passe au loin, lentement, derrière son troupeau ; parfois des appels, des chants dans le lointain. Nous repartons sur le goudron pour quelques kilomètres jusqu’à ce que nous apercevions sur notre droite, à environ deux kilomètres un gros rocher rouge, isolé. Il s’agit du Grand Ghilen, un site préhistorique. Pour l’atteindre nous devons quitter la route et piquer droit dessus mais la traversée d’une zone de sable plantée de grosses touffes d’alpha sur des buttes entre lesquelles il faut louvoyer, ne manque pas de nous causer des frayeurs mais ce n’est pas encore cette fois-ci que nous nous planterons (merci Land Rover, merci petites vitesses, merci blocage du différentiel). Grâce aux coordonnées, précisées dans le guide (merci Gandini), nous trouvons les dalles sur lesquelles ont été gravées au néolithique quelques belles représentations d’une faune disparue et plus récemment d’innombrables et malhabiles petits sujets qui, hélas, recouvrent les plus anciens. Un éléphant de grande taille, avec de belles oreilles, un félin, le ventre creusé, un sanglier et des autruches sont encore visibles. Nous sommes néanmoins déçus, nous attendions de plus belles gravures, comme celles du Sud, d’Assa ou de Tazzarine dont nous avions le souvenir. Nous retournons sur la route, en évitant la zone de sable avant de bifurquer quelques kilomètres plus loin pour un autre site de gravures. Au début, parcours encore hors-piste avec traversée d’un lit d’oued, puis nous retrouvons des traces de véhicules qui nous mènent au site, au pied d’un éboulis de roches rouges. Nous revoyons quelques gravures très récentes ; une dalle couverte de signes indéfinissables et de lignes géométriques est difficile d’accès, Marie n’y monte pas. A quelques centaines de mètres, pénibles sous un soleil qui chauffe en plein midi, et que nous parcourons sans chapeau et sans eau (merci l’organisateur), nous trouvons quelques restes de troncs d’arbres fossilisés mais nos prédécesseurs n’ont pas manqué d’en emporter un petit morceau en souvenir… Une dalle, un peu plus loin, devrait avoir des bouquetins gravés mais, bien que localisée, je ne trouve rien. Retour à la voiture pour avaler un litre d’eau gazeuse fraîche. Nous revenons près de la route déjeuner puis nous continuons. Nous n’allons pas jusqu’à Anoual et partons sur une piste tracée dans un paysage de roches volcaniques noires. Les traversées de ruisseaux doivent se négocier délicatement, ce qui n’empêche pas le pare-choc arrière d’encaisser de nouveaux heurts et de continuer de se déformer à chaque fossé… La traversée d’un oued, presque à sec, manque d’être l’occasion de sortir les plaques de désensablement mais en m’y reprenant avec de l’élan, je passe. Ce n’est que partie remise… L’itinéraire continue en hors-piste, en fait nous suivons les traces de prédécesseurs. Une partie du parcours se fait dans le lit d’un oued et là, enfin, je réussis, dans une marche arrière à l’aveugle, à me planter dans du sable humide. Rien n’y fait, il faut sortir les plaques et la pelle, dégager les roues, glisser les tôles et ainsi réussir à repartir (merci les tôles)… Nous arrivons à un douar habité d’où nous devons de nouveau rallier un point en hors-piste. Mais impossible de trouver un passage au milieu des touffes d’alpha. Nous atteignons le bord d’un oued à traverser mais nous sommes sur une falaise et il n’y a pas de descente en vue, nous tournons, virons, revenons sur nos traces avant de nous décider à revenir nous renseigner au douar, mais la route qu’on nous indique n’est pas celle prévue. Faute de résoudre le problème, nous la suivons en espérant rejoindre l’itinéraire plus loin. Le soleil a bien baissé et, comme hier, je l’ai en plein de face. Nous décidons de nous arrêter en rase campagne. Nous n’aurons pas fait beaucoup de kilomètres aujourd’hui ! Il fait nuit à six heures et en attendant le moment de dîner, que faire si ce n’est prendre un pastis glacé ? (merci Ricard). Pour dîner, Marie a prévu des barquettes individuelles de veau aux légumes, carottes et courgettes et bien sûr, il y a plus de légumes que de viande… Pour calmer ma faim, je fais cuire un reste de pâtes ex-fraîches, non conservées au réfrigérateur. Elles ne sont pas aux épinards mais elles sont vertes… Cuites, c’est moins évident… J’y survivrai…

 

Mercredi 14 octobre : Après le petit déjeuner, tandis que Marie se prépare, je me promène aux alentours, seul dans ce superbe paysage minéral, de la roche et des montagnes sans la moindre trace de végétation sur 360°. Nous reprenons la piste en partant plus tôt que d’habitude, ne sachant pas trop ce qui nous attend… La piste, comme les précédentes, serait bonne sans ces continuelles traversées de ruisseaux qui doivent, pour les plus difficiles, se négocier au pas, ce qui n’empêche pas le pare-choc arrière de continuer de racler. Nous grimpons un col et avons la surprise d’y rencontrer quatre motards qui marquent une pause. Un couple d’amoureux peu aimables et deux autres habitués des pistes avec qui nous causons quelques minutes. Le paysage est, dans toutes les directions, du caillou rouge sombre, marron, quelquefois noir, seule une petite tache verte signale une trace de vie. L’autre versant est rude : des marches taillées dans la roche, des éboulis que je préfère avoir en descente… Dans la plaine, nous faisons le détour pour la minuscule palmeraie de Sidi Belkacem : un ruisseau, un puits, un bouquet de palmiers et la construction en pisé du marabout. Un bon endroit de pique-nique mais il est trop tôt. A quelque distance, des femmes sont de corvée d’eau et remontent des seaux du puits, des ânes assurent le transport, en 2009 ! Nous rejoignons la vallée verdoyante du Guir, enfin des palmeraies plus importantes. Nous quittons la piste pour pénétrer dans celle de Takoumit. Nous trouvons un bassin d’une eau tentante à cette heure chaude, à l’ombre des palmiers. Encore un bon coin de bivouac ! En approchant de bassin, je provoque une compétition de brasse coulée entre une douzaine de grenouilles qui plongent dans un bel ensemble. Nous retrouvons le goudron, traversons le village de Tazouguert. Son ancien ksar n’est plus qu’un fantôme, des pans de murs qui s’effritent à chaque orage. Nous empruntons une mauvaise piste, à flanc de montagne qui monte à l’ancien borj de l’armée française. Nous nous promenons dans les ruines de la caserne ; nous pouvons y admirer les restes des feuillées d’où les occupants jouissaient d’une vue imprenable sur les montagnes et sur l’oued. Quelle chance avaient ces militaires ! Nous suivons l’oued Guir, un mince filet d’eau qui s’écoule nonchalamment entre des bouquets de palmiers. Derrière, les plis des montagnes font la hola avant de venir mourir dans le lit de l’oued, dessinant des épines dorsales de dinosaures de pierre. Nous passons quelques belles palmeraies mais chacune d’elle n’offre plus, sur une éminence, que les ruines de son ksar. Nous roulons vite pour essayer d’arriver avant que le soleil ne devienne trop gênant. Traversée de Gourrama, ville de garnison, toujours aussi peu engageante. Nous retrouvons la route d’Erfoud qui s’enfonce entre les falaises des gorges du Ziz. La présence de nombreuses auberges révèle une fréquentation touristique plus intense. Nous croisons une caravane d’une douzaine de Land Rover, l’aventure organisée… Les ombres s’allongent, le cours de la rivière et ses palmiers disparaissent dans le noir. Nous sortons des gorges et découvrons le vaste plan d’eau, d’un beau bleu, du lac de barrage dont j’avais oublié l’existence. Nous bifurquons en direction de Goulmima, pour un rapide parcours sur un plateau désertique, au sud des premières montagnes du Moyen Atlas. Nous découvrons la palmeraie de Goulmima du rebord du plateau avant d’y plonger. Nous nous faisons indiquer aussitôt l’ancien ksar. Il a perdu de son charme : deux hautes tours carrées et crénelées, reconstruites récemment après que l’une s’est écroulée, apprendrons-nous ensuite, encadrent un portail. Elles sont peu décorées et sont désormais bordées de constructions récentes. Des femmes passent, couvertes d’un châle noir, brodé de quelques dessins colorés, semblables à ceux que nous avions vus sur les femmes de Mhamid, l’an dernier. Nous revenons nous installer dans l’agréable jardin de l’auberge des Palmiers, tenue par une Française installée au Maroc depuis de nombreuses années. Nous passons la soirée à goûter la fraîcheur et le calme, sous la véranda. Nous avons commandé à dîner, couscous pour Marie et tajine aux coings pour moi. Peu de viande dans l’assiette et pas d’alcools !

 

Jeudi 15 octobre : Je n’ai même pas entendu le muezzin ce matin ! Nous partons en retournant au ksar. Nous en franchissons la porte monumentale, en zigzag avec ses banquettes pour se reposer et discuter au frais. Nous nous promenons dans les ruelles, presque toutes souterraines, des puits de lumière dispensent un éclairage tout juste suffisant pour distinguer le sol. Des venelles permettent d’accéder aux maisons dont nous ne voyons rien de l’extérieur. Nous croisons des gosses qui vont ou reviennent de l’école, les filles ont toutes un foulard sur la tête, les garçons ne ratent pas l’occasion de nous réclamer stylo, cahier, bonbon ou de l’argent… Des femmes passent chargées de ballots de tiges de palmiers avec leurs dattes. Nous sommes à la saison de la récolte. Certaines, superbes, montées sur un âne, obligent à se plaquer au mur pour leur laisser le passage. Pas d’homme ! Nous débouchons de l’autre côté, dans les jardins. Les femmes viennent au puits à la corvée d’eau, d’autres lavent leur linge dans un ruisseau. Des vaches meuglent dans les enclos de torchis. Nous replongeons quasiment sous terre, dans ce beau ksar, encore habité, l’un de ceux de l’Afrique du Nord où le parcours souterrain est le plus dense. Nous repartons en traversant la palmeraie sur une route étroite puis sur une piste. Les dattes sont mûres et forment d’importants amas de perles orange à la base des palmes. Nous retrouvons la route d’Erfoud dans la plaine. Nous passons d’autres palmeraies, les ksour sont presque tous en ruines. Avant Jorf, nous apercevons à côté de la route des buttes de terre, alignées à une dizaine de mètres les unes des autres. Ce sont les rhettara, les canaux creusés pour amener aux jardins l’eau de la montagne, souterrains pour éviter l’évaporation. Nous traversons Jorf, un gros bourg, les maisons sont toutes des cubes, le rez-de-chaussée en retrait des étages, chaulées d’un rouge vif. Puis c’est Erfoud, une cité importante et moderne dans la palmeraie. On y est très fier de son distributeur pour effectuer le change et l’employé de la banque à laquelle je me suis adressé m’y conduit plutôt que de réaliser rapidement l’opération… Nous traversons le Ziz en cru, sur un radier submergé et montons sur une mauvaise piste au borj. Panorama sur la ville, la palmeraie et le désert alentour. Nous déjeunons dans le camion depuis une esplanade dans la montée, mais un marchand de souvenirs ne nous lâche pas de tout le repas, tente de nous vendre des fossiles, des colliers puis quémande un cadeau etc… Nous redescendons, retraversons le Ziz et prenons la route de Rissani. Nous suivons la « route touristique » qui passe par la palmeraie et relie les différents ksour. De loin, la vision des murailles en pisé, derrière les palmiers, est féerique, paysage d’oasis de cartes postales, mais quand nous nous en approchons ce ne sont plus que tours écroulées, murailles trouées, maisons éventrées. Nous arrêtons pour visiter le plus beau, le ksar Ouled Abdel Hamid. Sa porte monumentale est encadrée par deux belles tours carrées, tronquées par les intempéries, elle donne accès à une seconde enceinte du même type et dans le même état. L’intérieur semble abandonné, presque plus personne n’y habite. Plus loin nous ne jetons qu’un oeil distrait au mausolée de Moulay Ali Chérif, une construction moderne à la gloire d’un ancêtre de la dynastie alaouite. Des gosses tiennent absolument à nous accompagner au ksar Abbar, encore plus en ruines, si cela est possible. Ils se montrent pénibles, impolis, agressifs et nous nous fâchons, ce qui ne les dérange guère et envenime nos relations, surtout au moment du départ après que nous avons refusé de donner le moindre cadeau. Les mouches et les gosses, les deux plaies du Sud touristique ! Nous traversons Rissani, cherchons un dernier ksar où, après être allé en reconnaissance accompagné, je retourne avec Marie pour un dernier tour dans les ruelles enterrées. Devant une maison où on célèbre un mariage un gamin nous réclame de l’argent, je l’envoie promener et le traite de mendiant. Il attend que nous nous soyons éloignés pour nous lancer des cailloux, je le course jusqu’à la maison, exige des femmes qui sont là, qu’on m’amène le coupable. Il n’est plus fier, se démène  et freine des quatre fers mais les femmes comprennent ce qui s’est passé et le disputent en me demandant de pardonner. Je répète mes griefs, très en colère aux hommes qui arrivent et les laisse en discuter… Je redis ce qui s’est passé au marchand de tapis qui voulait à tout prix que nous visitions sa boutique et refuse d’y entrer en prétextant que nous ne sommes pas les bienvenus dans ce ksar. Cela devrait alimenter les conversations futures entre voisins. Nous retraversons Rissani, plus de 4x4 que de charrettes à ânes… Nous filons en direction de Merzouga. Des dromadaires s’en reviennent lentement sur un fond de cordon de dunes rosissantes dans le soleil déclinant. Nous décidons d’arrêter dans l’une des auberges de construction récente qui s’alignent désormais au pied des dunes, construites dans le style des kasbah. Nous pouvons nous installer dans une cour, sous un bel arbre. Nous allons admirer le coucher du soleil sur les sables, à peine troublé par les pétarades des quads, 4x4, motos qui sillonnent le désert (?) en tous sens. Pas une barkane sans des traces de pas ou de pneus… Nous revenons nous installer dans la cour de l’auberge pour préparer le parcours des jours suivants et je tape mon journal, à côté d’Allemands qui débouchent une bouteille de vin rouge pour arroser leur découverte du Sahara. Marie a envie de prendre l’apéritif, je ne la contredis pas d’autant que pour l’accompagner nous entamons le saucisson. Nous dînons dans la camion sous un magnifique ciel étoilé.

 

Vendredi 16 octobre : Nous repartons sur le goudron en continuant de longer les dunes, jusqu’à Merzouga. L’ancien « parking des dunes » est devenu une petite bourgade où on peut louer des quads ! Nous nous y ravitaillons en pain et fruits puis poursuivons, toujours sur le goudron, jusqu’à Taouz. Les dunes ont disparu, mais le sable s’est amoncelé au pied des falaises rouges. Nous prenons une piste pour nous rendre à un site de gravures rupestres mais les traces ne semblent pas y mener et la direction donnée par le GPS hasardeuse. Nous renonçons donc et revenons sur la daya, cette cuvette rigoureusement plane qui autorise de bonnes pointes de vitesse mais dont la blancheur est pénible pour les yeux. Nous nous dirigeons vers une colline de cailloux noirs au pied de laquelle nous nous garons. Je grimpe au sommet pour y trouver des tumulus préislamiques : des amas de pierres noirâtres forment des cercles. Je redescends chercher Marie et nous y montons ensemble. Nous n’en apprendrons pas plus dans nos guides… Les dalles sur lesquelles étaient gravés des chars libyco-berbères ont disparu, les traces de leur découpe sont évidentes ! Nous repartons en longeant le lit de l’oued Ziz jusqu’à une autre éminence au sommet de laquelle nous pouvons monter avec la voiture. Rien que la vue méritait le détour, du sable, des étendues aveuglantes de limon, des montagnes tabulaires brunes, le désert dans toute sa beauté ! Un tumulus dégagé permet de voir la chambre funéraire et son plafond constitué de larges plaques détachées de la roche. A côté, sur une dalle, des gravures rupestres représentent des bovidés de petite taille, piquetés, d’une grande élégance, avec de belles cornes étirées. Nous continuons de longer le large lit sablonneux de l’oued jusqu’à un éperon rocheux. J’y grimpe par un sentier dans un mélange de sable et de caillasse. Une forteresse dont il subsiste un système de défense évident, des murs, des tours, mais pas une seule gravure… Des gosses surgis du désert, l’un à vélo, nous proposent de nous emmener voir un autre site mais je n’y tiens pas et doute de son intérêt. Nous repartons, traversons la village de Jdaid, tous les gosses se précipitent pour nous entraîner dans une « auberge » pour « boire le thé » ! Nous continuons sans nous arrêter avec pour prochaine étape l’auberge de Tazoult. Nous devons quitter la piste principale pour passer par une zone de petites dunes que la voiture traverse sans rechigner, à mon grand soulagement. Nous y faisons halte, le temps d’avaler le premier Coca, tout juste frais, de la journée puis un thé à la menthe. L’aubergiste, Ahmed, est très sympathique, il ne cherche pas à nous vendre des souvenirs ou à nous entraîner dans des excursions. Reposé, nous tentons de retraverser les dunes mais je saute sur une butte, cale et me plante. Très vexé, je dois sortir les plaques et la pelle pour avancer de quelques mètres puis recommencer. Ahmed qui s’en est aperçu, accourt et m’aide jusqu’à ce que nous parvenions à une zone de reg, plus ferme. Il refuse un dédommagement et repart sous nos bénédictions… La piste passe par le village d’Ouzina, quelques masures en dur, trois palmiers et du sable. Nous traversons l’oued Ziz, sans eau. Où est passée celle que nous avions franchie au gué d’Erfoud ? La piste est bien tracée et ne pose pas de problème ni d’orientation ni de risque d’ensablement. Nous avions envisagé de nous arrêter dans une auberge, indiquée par les motards rencontrés au col de  Belkacem, mais malgré sa situation au pied de jolies dunes, l’accueil peu dynamique du gérant tiré de sa sieste et surtout l’heure précoce nous poussent à continuer. Nous traversons une autre daya sur laquelle nous nous lançons à quatre-vingt kilomètres / heure ! Mais cela ne dure pas et il faut vite revenir à un sage vingt-cinq kilomètres à l’heure, plus ou moins suivant les passages. Nous atteignons le village de Remlia, quelques maisons, deux épiceries qui proposent du Coca, le second de la journée, pas plus frais que le premier, et un ravitaillement en carburant. Nous y rencontrons un Français et sa « maman », en Toyota, qui se promènent dans la région, eux aussi se rendent à Zagora par la piste. Ils ne sont pas pressés et nous repartons avant eux, un peu rassurés de les savoir derrière nous. Nous traversons une zone de jardins puis la piste devient très sablonneuse, avec de belles ornières que nous devons avaler sans lever le pied de l’accélérateur. Nous sautons sur les rails tracés mais nous passons sans difficulté cette portion que nous appréhendions. Nous sommes dans un paysage volcanique de roches noires, des troupeaux de dromadaires, tout aussi noirs sont les seuls êtres vivants visibles. Nous quittons la piste principale, suivant les indications de notre guide Gandini, pour franchir un col sur une piste très ensablée à notre grand étonnement. Le passage du col se fait sans se planter mais la descente est tout aussi sablonneuse. Nous tentons de quitter la piste pour atteindre un lieu de bivouac conseillé mais il faut remonter hors-piste, dans le sable, et la voiture rechigne, à la limite de l’ensablement. Nous n’insistons pas et montons à pied les deux cents derniers mètres pour la vue sur toute la chaîne de montagne à l’horizon. Nous envisageons de camper là mais je préfère repartir malgré le soleil de face. Nous retournons dans la plaine et, à notre grand étonnement, parvenons au village de Tafraout que nous pensions dans une autre direction et encore loin. Nous y arrêtons pour la nuit dans la cour de l’auberge. Nous sommes soulagés d’être là, pas perdus ! Nous discutons avec le patron qui nous offre le thé et nous montre des fossiles, notamment des trilobites, presque trop beaux ! Je m’installe dehors pour taper mon journal et nous commandons des bières qu’un mauvais musulman vend sous le manteau puis nous dînons. Le patron nous a préparé une salade, un mélange de divers légumes coupés si menus que je renonce à faire le tri, parfumée au kamoun. Je me régale et n’en laisse pas une miette… Ensuite un copieux et délicieux tajine de cabri nous remplit l’estomac. Pour terminer la soirée, les serveurs et les employés revêtent une jellaba bleue, certains se coiffent d’un grand chèche blanc et nous avons droit à un petit spectacle de chants gnaoua, tambours et crotales rythment leurs pas de danse. C’est du commandé mais les participants ne semblent pas le faire sous la contrainte et même y trouver un certain plaisir. Nous voulons contempler le ciel étoilé mais des nuées en obscurcissent une partie.

 

Samedi 17 octobre : La Toyota rencontrée hier arrive et repart aussitôt, alors que nous nous réveillons. Nous reprenons la piste pour Zagora. La traversée d’une daya très étendue, bordée par un petit cordon de dunes, se fait à grande allure. Nous passons devant une « auberge » où nous aurions aimé camper. Une autre fois peut-être ? C’est ensuite un reg sur lequel chacun trace sa piste, des dizaines de traces parallèles courent sur la surface rigoureusement plane et là aussi, la Land s’envole ! Nous parvenons à Oumjran d’où une excellente piste qui ne semble plus qu’attendre sa couche de goudron nous amène à Tissemoumine, oasis saharienne qui pourrait être au Niger ou au Mali. Son ksar a encore belle allure, une vieille Land Rover qui doit transporter des voyageurs depuis quelques décennies, quelques autochtones en tenue d’un blanc impeccable, cachés sous des chèches de belle ampleur, un épineux torturé, tout contribue à me ramener en plein Sahel. Nous retrouvons une piste plus conforme aux précédentes pour nous acheminer entre des montagnes qui, pour celles qui sont à contre-jour, ressemblent à des terrils d’anthracite tant elles paraissent noires et brillantes. Nous achetons à un handicapé qui tient un étal de pierres et de fossiles, un trilobite, bien moins bien présenté que ceux d’hier soir mais plus « authentique ». La piste devient caillouteuse et une petite tôle ondulée interdit de rouler trop vite. Nous passons le col du Tafilalet et, après y avoir déjeuné, descendons sur Zagora dans des éboulis rocheux, pénibles à traverser. Nous retrouvons un reg peu avant Zagora mais il est fréquemment traversé par des coulées qui cassent tout élan. A l’entrée de Zagora, nous sommes arrêtés par un mécanicien, justement celui que je cherchais et à qui je montre le pare-choc et le marchepied à redresser. Nous le suivons jusqu’à son atelier où les réparations sont effectuées rapidement et pour un prix dérisoire. La Toyota arrive, nous causons avec ses occupants puis chacun repart. Nous allons nous installer au camping de l’année dernière. Nous confions notre linge sale à laver puis nous procédons à un rapide nettoyage de la cellule pour en enlever le plus gros du sable. Douche et remise à propre pour moi. Nous profitons du calme mais le ciel se couvre et devient même menaçant ce qui m’inquiète pour les jours suivants. La population attend avec impatience la venue des pluies, pas nous ! Nous allons nous installer sous la tente qui fait office de salle de restaurant pour mettre à jour texte et photos, assaillis par les moustiques. Nous dînons près du camion sur la table de camping.

 

Dimanche 18 octobre : Réveil en douceur, de bonne heure. Au moment de partir le patron m’annonce que le linge n’est pas encore lavé ! Nous devrons revenir le chercher, après nos courses en ville. Je commence par chercher un antivol pour les plaques, l’ancien a disparu ! Je trouve une chaîne plastifiée et un cadenas. Le cybercafé ne fonctionne pas, j’apprends alors qu’il y a panne générale d’électricité dans toute la ville, ce qui explique que notre linge ne soit pas encore lavé. Nous nous garons dans la grande avenue, en face du souq. Nous faisons des emplettes dans une alimentation puis nous traînons dans le marché, toujours à la recherche de vieux bijoux mais on ne nous propose que des copies récentes, et dans des alliages pauvres, de fibules ou de khamsa. Nous rencontrons les Français vus l’année dernière à Tiznit, de nouveau sur les pistes du Maroc avec leur Azalaï. Nous retournons au camping, notre linge sèche… Nous plions ce qui est sec et accrochons le reste à l’intérieur puis nous partons. A cause de la panne d’électricité, il faut aller refaire le plein de gasoil à la seule station qui possède un groupe électrogène. Enfin nous sortons de Zagora en reprenant la route par laquelle nous sommes arrivés hier. Nous allons essayer de longer la rive gauche du Draa, sur une piste pas toujours évidente à suivre. Nous sommes entre une montagne tabulaire aux belles strates violacées et la palmeraie. Ce côté de la vallée, mal relié à Zagora, semble plus pauvre, guère de circulation sur les pistes, peu de monde dans les champs, les villages sont déserts. A l’exception des gosses qui nous harcèlent de demandes dès que nous ralentissons ! Pour avoir refusé de donner bonbons ou stylos, on nous lance une pierre. Je m’arrête, cours après les gamins qui s’enfuient dans le dédale d’un ksar, traversent une cour de maison. Je déboule furieux dans la cour, les chenapans se sont sauvés de l’autre côté. Les habitants n’ont rien vu, rien entendu (des métissés de Corses ?). J’explique le drame et promets de revenir avec la police… Ce que j’aurais bien fait, tant je suis en colère et las de cette attitude systématique  envers les touristes, si j’avais trouvé un poste de gendarmerie mais cette dernière est absente. La présence policière depuis le début de ce voyage est des plus légères, je suis même étonné de l’absence de contrôle dans la zone frontalière entre Taouz et Zagora, alors que la piste fait des incursions en territoire théoriquement algérien. Vision dantesque sur des éminences des ksour en ruine, évocateurs d’un Berlin en 1945, pans de murs qui ne demandent qu’à s’écrouler, tours éventrées. Quelle tristesse tout ce passé qui disparaît sans que cela semble poser question aux responsables de la culture dans ce pays ! Cette vallée du Draa en perdition, l’agressivité des enfants, l’hypocrisie des plus grands m’ont mis de mauvaise humeur, je ne sais plus si j’ai encore envie de revoir le Maroc, celui que nous avons connu est mort et bien enterré ! Nous nous perdons dans le réseau de pistes quand elles traversent les villages et nous devons fréquemment demander notre chemin. Nous n’avançons pas vite et nous finissons par abandonner et par retraverser le Draa, un maigre filet d’eau, à un gué, pour continuer sur la route goudronnée jusqu’à Tansikht. Nous quittons la vallée du Draa pour nous diriger à l’est, au sud du jebel Saghro. La route est étroite et ne permet pas à deux véhicules de se croiser. Le jeu de la roulette marocaine consiste à être le dernier à quitter le goudron… Nous arrêtons à Nkob, seuls clients d’un camping avec piscine et un début de verdure. Nous nous installons au bord de la piscine (il ne fait plus assez chaud pour en profiter) pour boire un soda (rafraîchi avec nos glaçons), taper le journal et préparer la suite.

 

Lundi 19 octobre : La douche n’est pas chaude et il n’y avait pas de lumière hier soir. Bien que les gamins qui font semblant de tenir ce camping me donnent du « Mon ami » à chaque rencontre, ce ne sera pas notre meilleur souvenir de halte au Maroc. Nous roulons sur une dizaine de kilomètres avant de piquer sur le jebel Saghro par une bonne piste qui traverse un plateau rocailleux parsemé d’épineux. Elle s’élève ensuite dans la montagne puis redescend en corniche dans un superbe cañon. Dans le lit de l’oued, nous apercevons un village aux maisons de pisé, sa petite palmeraie et ses cultures réparties en petits carrés. Les pierres de l’oued ont été dégagées de façon à ménager une piste qui coupe et recoupe le cours du ruisseau peu vivace. Nous roulons ainsi entre les deux falaises impressionnantes, verticales et nues dont l’ocre rouge n’est tranchée que par le vert des cultures et des palmiers. Les maisons se confondent avec la terre, elles sont sans architecture particulière, des parallélépipèdes regroupés en douar, les plus importants ont une mosquée. La piste sort du lit de l’oued pour continuer en corniche et s’enfoncer dans une vallée de plus en plus étranglée. Des orgues de basalte montent la garde au passage le plus étroit. Plus loin, nous arrêtons pour une petite promenade à pied en remontant un ruisseau presque à sec sur quelques centaines de mètres, jusqu’à ce que nous distinguions dans un cirque de montagne une cascade sans grand débit mais qui a généré des mousses verdâtres sur la paroi de la montagne, inattendues dans cette nudité minérale. Nous poursuivons sur une piste qui devient plus difficile : des cailloux et de plus en plus de marches rocheuses. Nous commençons à apercevoir ces pitons caractéristiques du jebel Saghro dont nous avions gardé le souvenir. Ils surgissent d’un pierrier, l’érosion, le vent, le sable en ont adouci les formes, arrondi les angles. Les deux plus beaux montent la garde avant le début de la montée du col de Tizi-n-Tazazert. La grimpée se fait plus souvent en première qu’en seconde, en cahotant sur les pierres et sur les marches rocheuses. Cahin-caha nous arrivons en vue du cañon d’Affezza  qui s’ouvre sur un piton pointu. Les blocs de roches déchiquetées semblent taillés dans du charbon, d’un noir que le contre-jour et la brume rendent encore plus sombre, du Soulages pur jus ! Nous nous arrêtons à la très modeste auberge plantée peu avant le sommet du col pour admirer la vue. Nous réalisons alors que ce magnifique panorama ne nous est pas inconnu et que nous étions passés exactement au même endroit il y a trente-cinq ans, en Méhari, mais alors, la piste devait être meilleure ! Nous déjeunons dans le camion puis prenons le thé à l’auberge, servis par une jeune femme à qui sa mère, une vieille berbère tatouée et muette, et deux enfants en bas âge, tiennent compagnie. Nous lui achetons un fossile avec de délicates traces de fougères, presque un paysage à lui seul. Encore quelques centaines de mètres et une bonne dizaine de minutes pour atteindre le sommet du col, à 2200 mètres d’altitude. Nous roulons alors dans un alpage encore verdoyant. Un muletier très digne en redescend avec son bel animal joliment harnaché. La piste est meilleure, nous rencontrons des fourgonnettes alors que nous n’avions croisé qu’un véhicule de touristes jusque là. Plus bas, les douar se succèdent, nous retrouvons du monde sur le bord des routes, le paysage est alors quelconque. Nous trouvons un bout de goudron jusqu’au bourg d’Iknioun avant de retrouver, presque avec plaisir, une bonne piste. Nous roulons, plus vite, sur un plateau planté de gros rochers, tel un sac de billes éparpillées, avant de monter puis redescendre un autre col, moins élevé. Le parcours se termine par des gorges avant de débouler dans la plaine, en vue de Tineghir. La ville s’est beaucoup agrandie et des banlieues aux maisons à un ou deux étages, en brique, toutes semblables, s’étirent dans toutes les directions. Nous nous garons dans le centre pour poster des cartes postales puis nous cherchons un cybercafé, ce qui n’est pas évident. Celui qui nous accueille ne doit pas savoir que l’on peut nettoyer les touches du clavier quand elles sont encrassées ! Les lettres sont presque illisibles et je dois incliner le clavier vers la lumière, en le tenant d’une main pour pianoter de l’autre. La vitesse de connexion n’étant pas olympique, nous ne pouvons lire que les messages de Julie et Nicole et tout de même remettre du texte sur le blog. A la nuit tombée, nous cherchons et trouvons le camping, à la sortie de la ville. Nous nous installons dans la salle de restaurant qui ne sert pas à manger pour taper mon texte, en buvant un Coca, rafraîchi, une fois de plus, avec nos glaçons…  


Mardi 20 octobre : Il ne pleut pas ! Notre grande crainte, les pluies d’octobre tardent et nous aimerions bien qu’elles attendent encore un peu ! Je vais utiliser le wifi de l’auberge pour mettre à jour le blog et y ajouter quelques photos. Nous sortons de Tineghir en direction des gorges du Todghra par une route désormais goudronnée. La ville s’est étendue jusqu’à l’entrée du défilé mais la vue sur la palmeraie et les restes des ksour, de la couleur de la montagne, demeure de toute beauté. Je suis encore stupéfait de voir tant de jeunes filles en route pour l’école, habillées strictement, d’un pantalon, d’une robe, d’un tricot à manches longues et de ce satané foulard qui ne laisse voir que le visage, pas un cheveu ne dépasse. Des paysannes dans les champs transportent de lourdes charges de tiges de maïs, les mulets et les ânes sont aussi très utilisés. Quel contraste avec la quantité de touristes en camping-cars imposants qui défilent sur la route ! Des auberges, des « maisons d’hôtes » (la dernière trouvaille !), campings, restaurants, boutiques de téléphone, d’internet, de cartes postales se succèdent sans interruption, les uns après les autres, tout au long de la route. Au point le plus étroit des gorges, là où tout le monde vient admirer les parois absolument verticales des falaises, des boutiques de souvenirs se sont installées, des alpinistes s’entraînent à l’escalade. On en oublierait presque de lever les yeux vers les sommets des gorges, une très profonde entaille dans la montagne ocre. Les 4x4, nombreux jusque là ne vont guère plus loin et nous sommes bien plus tranquilles ensuite. Les gorges s’élargissent doucement, le champ de vision s’élargit et la route s’élève dans la montagne. Après Tamtattoucht, devenu un gros bourg touristique, aux kasbah ruinées, nous circulons en traversant les petits champs vert vif dans lesquels les Berbères travaillent. Je me demande, à chaque rencontre, si le visage de cette vieille femme, ridé, tanné, buriné n’est pas celui de la fraîche jeune fille photographiée lors des fêtes auxquelles nous avions assisté… Les femmes sont coiffées d’une sorte de capuchon sombre, maintenu serré sur la tête par des cordons de couleur, une autre étoffe cache souvent le bas du visage. Pas de ces paillettes que nous leur avions vues lors du moussem d’Imilchil. Après Aït Hani, une bonne piste, sans doute bientôt goudronnée, nous conduit à Agoudal. Là aussi, rien n’existe plus de ce que nous y avions connu. Le Maroc se développe, les routes désenclavent les hameaux de l’Atlas, les lignes électriques amènent le courant dans les villages, il ne semble pas que les adductions d’eau se multiplient aussi vite, à en croire le nombre de femmes de corvée d’eau aux fontaines publiques… Nous arrêtons à l’extérieur d’Agoudal pour enregistrer les points GPS de la suite du parcours. Nous sommes vite rejoints par une flopée de jeunes qui veulent tous nous indiquer le chemin mais ne réclament rien. Nous quittons Agoudal sans regret de ne pas poursuivre vers Imilchil, nous ne gâcherons pas nos souvenirs… Le ciel s’est couvert et les couleurs de la montagne sont plus ternes. Nous faisons un détour de quelques kilomètres jusqu’au fond d’une étroite vallée, sur une piste étroite et avec des dévers qui ne manquent pas de m’inquiéter. Nous déjeunons dans le camion, en fermant la porte car il ne fait plus très chaud, à 2000 mètres d’altitude. Nous partons en promenade à pied vers le fond de la combe, au milieu de roches karstiques percées d’abris sous roche et de grottes. Un pâtre a abandonné son troupeau pour nous accompagner, nous ne le lui avions pas demandé mais il est discret. Nous suivons un sentier qui traverse et retraverse un petit filet d’eau. Il faut continuer dans des éboulis pour arriver à une bien maigre cascade qui a, elle aussi, provoqué la formation de concrétions verdâtres et rouges sur les parois lisses de la roche. Marie renonce à poursuivre. Je continue seul avec mon accompagnateur auto-désigné. Des marches en ciment ont été construites pour gravir la falaise mais elles sont dignes des maisons yéménites et je dois lever haut la jambe. Au bout de quelques-unes je commence émettre un bruit de forge mais mon orgueil de mâle occidental m’oblige à ne pas capituler devant l’autochtone qui grimpe cela avec une aisance déconcertante… Je suis récompensé de ma ténacité par l’arrivée, en passant sous une magnifique arche naturelle, bien au-dessus de la cascade, à l’entrée d’une grotte. Le panorama est superbe mais je n’ai pas l’intention de m’engager dans les boyaux de la grotte et je (nous, le berger et moi) redescends retrouver Marie. Retour au camion et à la piste principale. Nous continuons sur un plateau grêlé de coussins de végétaux que je suis bien incapable d’identifier. De rares troupeaux de chèvres et quelques moutons pâturent à ces altitudes. Nous ne croisons plus personne. Où sont passés les beaux 4x4 ? Nous franchissons un premier col, la piste est bonne mais le ciel nous inspire des craintes. Le passage d’un second col, le Tizi-n-Ouano, à presque 3000 mètres d’altitude ne va pas sans quelques frayeurs dues à l’étroitesse de la piste en corniche, avec parfois une roue plus haute que sa voisine… Nous ne croiserons qu’une voiture, heureusement à un endroit assez large pour que la manœuvre ne soit pas insurmontable ! Qu’aurions nous fait si nous avions dû croiser un de ces camions lourdement chargés que nous verrons dans le village suivant ? Le col passé, nous longeons un cañon qui, sans avoir la longueur ni la profondeur de celui du Colorado, ne manque pas de nous enthousiasmer. Ses découpes dans la roche rouge, ses falaises à étages et le lit grisâtre de l’oued avec ses taches de verdure me contraignent à m’arrêter pour prendre des photos presque tous les cent mètres ! Dans la descente, nous nous en rapprochons mais les nuages et maintenant l’heure tardive nuisent au rendu des couleurs. Nous retrouvons la vallée, ses villages, les gosses qui nous font signe, les cultures. Devant les maisons, les hommes emmitouflés dans des burnous ou des gandouras à capuches, sont accroupis le long des murs et nous regardent passer. Nous retrouvons le goudron à Msemrir, pas de camping pour la nuit. Nous avançons mais bientôt nous sommes dans la partie des gorges du Dadès où la roche développe des strates spectaculaires de part et d’autre des méandres de la rivière et nous voulons les voir sous le soleil. Nous décidons d’arrêter au bord du cañon, en compagnie d’un autre camping-car, un fourgon occupé par un breton bavard à qui nous offrons le pastis.

 

Mercredi 21 octobre : Nuit fraîche, j’ai baissé le toit du camping-car pour avoir plus chaud. Au réveil le ciel est tout gris, les couleurs sont des plus ternes. Notre compagnon est déjà parti. Nous étions près de la « Tortue » une colline presque entièrement enveloppée dans un méandre du Dadès. Toute la montagne est couverte de strates très marquées mais l’absence de soleil ne les met pas en valeur. Nous redescendons en longeant les gorges puis remontons, alors qu’un soleil très timide fait mine d’éclairer le panorama. Nous continuons et cette amélioration va se confirmer, jusqu’à devenir un franc soleil. Nous sommes toujours aussi admiratif devant ces fantaisies de la nature, ces courbes que la solidification des roches a dessinées et que la végétation a renforcées en épousant les lignes entre les couches. La route surplombe des gorges que nous avions oubliées, les parois proches et verticales font penser aux gorges du Todghra. Les premières auberges, campings, restaurants apparaissent, pas toujours du meilleur goût. Des hôtels, placés aux endroits stratégiques sont des insultes architecturales ! Par quelques lacets serrés, nous descendons au niveau du lit de l’oued puis sous serpentons au milieu des palmeraies. Nous revoyons des kasbahs, pas toutes ruinées, rouges comme la roche de ce versant. Il semble que, par ici, l’on ait conservé le goût de construire dans le style traditionnel, bien des maisons récentes sont en forme de tours avec des pointes aux sommets. L’affluence touristique reprend et nous sommes parfois au coude à coude pour prendre les mêmes photos de paysage… Peu avant d’aboutir à la grande route, nous bifurquons pour prendre une piste particulièrement rude, de la roche et des éboulis en montée puis un plateau traversé par des ruisseaux qui ont raviné la piste, creusé des fossés difficiles à franchir. D’après les traces, les 4x4 viennent s’amuser ici à essayer de gravir des pentes fortes ou à traverser des zones boueuses. L’attention que je dois porter à la conduite m’empêche d’apprécier un paysage d’alpage entre des montagnes variées, des falaises rouge vif et des collines aux couleurs de l’arc en ciel. Nous déjeunons dans le camion, vite visités par deux mioches, l’un d’eux ne cesse de répéter la même litanie (bonbon, cadeau ?) jusqu’à ce que nous lui donnions quelques grains de raisin qui le satisfont puisqu’il disparaît ! Nous arrivons au village de Tamalout, sur l’oued M’Goun. Une route nouvellement goudronnée le relie à la grande route, les touristes n’y sont plus rares et les auberges, les boutiques de souvenirs et les propositions d’excursions avec divers moyens de transport, prospèrent. … Nous arrêtons dans le village de Bou Taghrar, de l’autre côté de l’oued, pour aller voir de plus près une belle kasbah, mal partie pour rester encore longtemps debout… Les gosses ne manquent pas de nous demander stylos ou dirhams... Nous repartons sur le goudron, en apercevant de jolis villages, de loin, sur fond de palmeraies et de montagnes aux couleurs violentes. Nous arrêtons parfois pour tenter d’approcher de kasbah qui nous paraissent dignes d’intérêt. Le goudron a relié ces villages au reste du pays et les jeunes filles ont abandonné le vêtement traditionnel berbère pour une tenue plus « correcte » et peut être « moderne » : le foulard et les bras et les jambes bien cachés… Nous atteignons El Kelaa des M’Gouna, traversée aussi vite que possible en se méfiant des véhicules qui surgissent, démarrent, s’arrêtent sans prévenir. Je me serais bien arrêté au camping qui semble correct mais Marie trouve l’heure précoce et nous continuons en direction de Skoura. Je commence à avoir le soleil de face et la conduite devient malaisée. Heureusement nous sommes sur un plateau désertique, sans grande circulation mais je dois redoubler d’attention dans les villages. Pas de camping à Skoura mais nous sommes démarchés par le patron d’une auberge qui nous emmène dans la palmeraie. Nous pouvons stationner dans la cour de sa fausse kasbah. Nous nous installons dans le salon mal éclairé et y attendons l’heure de dîner. Nous avons commandé un tajine aux kefta et aux œufs que le patron Mohamed nous sert avec une petite salade parfumée au kamoun. Il vient d’avoir un bébé, le premier, un garçon mais il n’est pas très gai car l’accouchement, à l’hôpital de Ouarzazate, ne s’est pas bien passé.

 

Jeudi 22 octobre : Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse, avec vue sur la palmeraie, sous un beau ciel bleu. Oubliés les nuages ! On nous sert du pain et des sortes de crêpes sucrées avec de la confiture, du beurre à fort goût de fromage et de l’huile. Mohamed, de moins en moins gai, nous apprend le décès de son bébé. Nous lui proposons de l’emmener à Ouarzazate où il doit se rendre pour l’enterrer. Nous nous apercevons alors qu’une roue est presque à plat. Nous roulons jusqu’au centre de Skoura et faisons rapidement réparer le pneu. Nous quittons la ville sans avoir eu le temps de voir les kasbah qui semblent encore en bon état. Nous sommes bientôt à Ouarzazate où nous laissons Mohamed à qui nous renouvelons nos condoléances. Nous allons nous garer devant chez Dimitri. Je vais changer des euros à la banque puis nous allons refaire des courses au supermarché, surtout de bière. M         arie achète des cartes postales puis des timbres à la poste. Nous passons à l’Office du tourisme qui nous donne quelques prospectus et nous revenons sur une grande place moderne et déserte, sans doute animée en soirée par les touristes. Nous écrivons les cartes à la terrasse d’un café avant de les poster. Nous repartons, plein de gasoil et route de Marrakech. Nous arrêtons pour déjeuner rapidement à l’ombre d’un arbre, pas dérangés par les jeunes qui viennent profiter de l’ombre. Nous bifurquons sur une route étroite mais peu fréquentée, en direction de Taroudant. Quelques kilomètres plus loin, nous prenons une route secondaire qui, à notre grande surprise est goudronnée. Nous sommes contents de rouler plus vite et sans se soucier de l’état de la chaussée mais l’impression n’est pas non plus la même. Nous traversons un beau paysage de montagnes différentes de celles traversées jusqu’ici. Pas de gorges, des pitons érodés dispersés sur un plateau et des couleurs plus dorées, marron, ocre. La route s’élève, nous avons vue sur le Haut Atlas à l’horizon et les courbes des montagnes du jebel Siroua. Nous atteignons une zone d’alpages, les troupeaux, moutons et chèvres, sont nombreux, éparpillés sur les flancs des collines. Nous apercevons un premier agadir, ces greniers collectifs, sur une butte, au centre d’un village trop éloigné pour que nous le visitions. La route continue de s’élever puis soudain, au sommet d’un col, s’arrête, la piste continue ! Nous passons un autre col avant d’entrer dans un superbe cirque de montagnes. Des roches noires, au sommet des falaises, sont fracturées verticalement, des blocs ont roulé jusque dans le vallon où de nombreuses bergeries abritent en été les nomades et leurs troupeaux. Nouveau col sur une piste qui reste correcte mais qui va très vite se dégrader sur l’autre versant. Des éboulis, des blocs de roches détachés de la montagne, des barres rocheuses à dégringoler en cahotant, au pas, des ruisseaux boueux, des fossés trop profonds pour que les roues avant remontent alors que les roues arrière n’ont pas commencé à descendre, un cañon étroit dans des roches coupantes, des pistes-savonnettes glissantes et ravinées. Bref un festival qu’un soleil encore de face ne fait qu’amplifier… Nous parvenons tout de même à Askaoun. C’était jour de souq mais les commerçants ont plié bagages à cette heure. L’auberge où nous avions envisagé de nous arrêter est fermée mais le goudron est là, inespéré ! Nous avançons d’une dizaine de kilomètres jusqu’à un village où se dresse encore un bel agadir que nous envisageons de visiter demain. Nous allons nous installer à la sortie du village, dans le sable de l’oued. Bien sûr des gosses accourent mais ils ne réclament pas trop et retournent chez eux à la nuit tombée.

 

Vendredi 23 octobre : Pas un bruit, pas une visite, seul un âne sujet à insomnies, a brayé à intervalles réguliers. Nous repartons sans visiter l’agadir, d’autres sont prévus dans la journée. Nous en voyons d’autres sur la route, constructions massives, en pierres patiemment assemblées, que l’on ne distingue des autres maisons du village que par leur importance et leur position stratégique sur une éminence. Ils présentent à l’extérieur un mur sans ouverture. La seule porte est gardée par un amin qui en possède la clé. Il est logé à l’entrée après un premier mur de défense et est rétribué par les villageois. Par un col, nous descendons sur Taliouine avec une vue sur les montagnes du Haut Atlas. Sa vieille kasbah du Glaoui, en ruine, se détache sur un fond de plissements spectaculaires. Nous arrêtons dans le bourg pour acheter du safran, du vrai, des pistils rouges, vendus au gramme. Je constate que mon pneu réparé la veille a encore perdu. Je dois le faire réparer, cette fois je fais poser une chambre à air. Nous repartons en direction d’Irherm par une route étroite mais sans circulation. Les montagnes jouent de l’accordéon. Tout le répertoire d’André Verchuren y passe : classique pour les plis réguliers, baroque pour ceux fantaisistes qui se distribuent en diverses directions, et même dodécaphonique pour les roches éclatées en tous sens. Nous ne distinguons pas toujours ce qui est plissement de ce qui est cultures en terrasses. Beaux villages sur le bord de la route, maisons en pisé aux toits plats couverts de terre, au milieu des figuiers de Barbarie. Les travailleurs partis à l’étranger se font construire des maisons plus « modernes », en parpaing et ciment qui dépareillent les anciens villages. Nous traversons Irherm, inanimée, pas un seul habitant dans les rues. Nous continuons en direction de Tafraout. Après avoir rapidement déjeuné dans le camion, nous quittons le goudron pour une bonne piste qui nous amène à l’agadir d’Ousmgane. Nous l’apercevons de loin, il est différent des précédents, plus étendu, avec des tours aux quatre côtés. Nous nous garons au pied. Le fils du gardien surgit aussitôt et nous conduit. Le grenier collectif est abandonné depuis longtemps, les portes des cellules béent, à demi arrachées, des débris de poteries jonchent le sol, les toits et les murs s’écroulent. Après en avoir fait le tour, nous repartons. La piste se gâte ! Elle commence par une traversée d’un oued qui n’a pas vu le passage d’un véhicule depuis la dernière glaciation. Plus aucune trace, il faut deviner où, autrefois, pouvaient bien s’aventurer les audacieux en mal d’émotions… La suite est presque digne de celle d’hier avec des passages en montée ou en descente dans des éboulis… Nous arrivons enfin au village d’Itourhaine, dominé par un bel agadir. Il est juché sur une colline que nous devons gravir, accompagnés par une ribambelle de gosses dont nous ignorons les demandes. Le gardien nous ouvre et nous guide dans les couloirs. Les cellules, sur trois étages, sont encore utilisées, les villageois y stockent leur maïs et leur orge, les portes sont cadenassées. Seules deux ont des traces de décoration, fines gravures géométriques sur le battant et le cadre. Des dalles plantées dans les murs permettent d’accéder aux étages les plus élevés. De l’agadir, nous avons une très belle vue sur le village de pierre et les aires de battage, surfaces planes circulaires en pierre. Nous repartons, nous nous perdons, aboutissons à un très joli douar, retrouvons notre chemin. Le jour baisse et il est déjà tard quand nous atteignons l’agadir de Tisguimt, en hauteur. Une gamine Aïcha nous assure être la gardienne, nous la suivons dans l’ascension sur un sentier dallé. Le grenier ne nous présente qu’un mur aveugle, sans la moindre ouverture. A la première enceinte, Aïcha et ses camarades nous réclament de l’argent, je dis que je paierai en  sortant. Elle nous laisse entrer dans la première cour. Mais il s’avère qu’elle n’a pas la clé du grenier proprement dit ! Devant notre colère, tous déguerpissent… Nous attendons de voir si l’un d’eux ne remonterait pas avec la clé. Comme il n’en est rien, nous nous décidons, furieux, à redescendre. Nous rencontrons en bas l’amin à qui nous faisons part de notre mécontentement. Il nous invite, gêné, à prendre le thé, le café et même à manger le couscous. J’insiste pour aller dans la famille de Aïcha mais il ne me suit pas. Je me rends seul dans le village, trouve un groupe de femmes, tout de noir vêtues, un tissu sur le bas du visage. Les hommes sont absents dans ces villages, tous partis travailler à la ville ou à l’étranger, seuls les vieux sont restés. Je leur demande où est Aïcha puis les préviens que je vais aller chercher la police L’une d’elles, glapissante, me retient. J’exige de voir la gamine que l’on m’amène aussitôt absolument terrorisée. Tous demandent pardon, consolent la petite garce et nous font les plus beaux sourires. Nous repartons, retrouvons le goudron à la tombée de la nuit. Je roule aussi vite que je peux mais la route est encore bien longue, les croisements avec des véhicules aux éclairages capricieux sont hasardeux. Peu avant Tafraout, nous traversons ce qui semble bien être un moussem, véhicules garés n’importe comment, piétons invisibles etc… Je commence à en avoir assez… A l’entrée de la ville, un accident ralentit encore la circulation, nous décidons de ne pas chercher un camping dans le centre mais de nous arrêter pour ce soir dans l’auberge que nous venons de passer. Nous y dînons, tajine de poulet et brochettes, en compagnie d’une bande de Français en goguette. Je monte taper mon journal sur la terrasse alors que Marie regagne le camion. 



 

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 13:01































Mercredi 1er juillet : Nuit très calme que nul n’est venu troubler. La forteresse est toujours là… Nous repartons vers les cultures, et prenons la direction de Nukus. Une première forteresse, Toprak Qala, est visible de la route, nous en approchons sur un tronçon de piste. Extérieurement elle est moins intéressante que les autres, ses murailles sont effondrées et les bastions ne sont plus que des masses informes. A l’intérieur, par contre, on discerne bien les cours et les pièces, certaines ont encore des niches circulaires nettement visibles. A peu de distance, une autre forteresse est visible mais nous ne pouvons nous en approcher, des travaux sur le réseau des canaux qui l‘entourent l’ont, provisoirement (?), transformée en île. Elle est de plus petite dimension mais ses tours de défense semblent en très bon état. La route et la voie ferrée tracent, de concert, la limite entre les cultures du Khorezm et le désert. Nous parvenons à midi à Nukus, capitale de la République autonome de Karakalpakie. Il nous reste trois jours et demi à attendre d’entrer au Turkmenistan… Nous trouvons le musée mais nous le gardons pour un autre jour. Nous cherchons un hôtel bon marché pour passer les heures chaudes en climatisé mais soit ils sont délabrés soit les prix sont trop élevés. Nous renonçons et déjeunons dans le camion de notre dernière boîte de sardines. Nous passons ensuite à la poste expédier les dernières cartes postales. Marie fait toute une histoire de celle pour Marie-Cécile égarée, elle ne sait où… Nous trouvons un cybercafé envahi par des gosses le nez sur l’écran qui passent leur temps à tuer virtuellement des monstres ou des soldats ennemis… Toujours pas de message de Julie, Marie s’inquiète aussitôt, moi aussi je dois dire… Nous mettons le blog à jour puis nous cherchons un endroit ombragé pour attendre l’heure de dîner. J’envoie un sms à Julie qui répond par un mail. Nous repassons au cybercafé pour le lire mais il n’y a plus de connexion. Nous dînons dans la cour du restaurant prévu. Marie, d’un pot contenant des légumes et un morceau de viande, surtout de l’os, cuisinés en ragoût, pour moi, une brochette de porc, rien de remarquable. Encore une fois nous remarquons que les plats sont peu copieux et relativement chers, rien de comparable avec le Kazakhstan ou le Kyrghizstan. Nous allons nous garer pour la nuit sur un vaste parking, à l’écart de la rue. A peine déshabillés, deux policiers viennent cogner à la porte. Je comprends bien qu’ils souhaitent que nous déguerpissions mais mon incompréhension feinte les lasse et nous ne bougeons pas. Le temps de cet échange fructueux, une armada de moustiques a profité de ma distraction pour s’introduire subrepticement. Ils vont vite se manifester et nous gâcher la nuit. Le copieux étalage de citronnelle se révèle sans effet (peut-être les moustiques locaux n’ont-ils jamais lu la notice), les tortillons guère plus.

 

Jeudi 2 juillet : Le ciel est couvert, le vent se lève et il tombe trois gouttes d’eau. Nous achevons les survivants ailés et plions bagages dès que possible sous l‘œil des policiers interloqués. Nous tentons en vain de lire le message de Julie, toujours pas de connexion internet. Nous allons au musée Savitsky, le plus beau musée d’Asie centrale et de loin ! Ce monsieur replié pendant la guerre en Asie centrale s’est intéressé à la région et a constitué une collection ethnographique d’une extraordinaire richesse. Nous nous régalons à la contemplation des costumes, tapis, bijoux, clairement présentés, avec des explications en anglais, le personnel polyglotte est aimable. Au second étage est présentée une partie de la collection de peinture russe des années 20 à 40, constituée par la même personne, qui s’est aussi intéressée aux peintres qui n’étaient pas forcément dans la « ligne ». Peu sont connus, beaucoup sont remarquables, nous retenons les noms de Volkov, Lysenko, Nikritin, Falk et bien d’autres aux noms difficiles à retenir faute d’un catalogue. Nous n’avions pas eu l’occasion de nous régaler de belle peinture depuis plus de deux mois et découvrir ces merveilles ici, au bout du monde est une chance presque inattendue. Nous n’en sortons qu’à l’heure du déjeuner que nous prenons dans la voiture. Nous repassons au cybercafé, miracle ! nous pouvons lire le message de Julie de retour de Toulon, tout va bien, nous sommes rassurés. Je vais changer des dollars au marché et faire quelques emplettes puis nous quittons Nukus. Nous mettons le cap à l’ouest sur une centaine de kilomètres puis au nord sur une autre centaine de kilomètres, dans un paysage monotone où le désert le dispute aux cultures et finit par gagner. Je ne suis pas ravi de devoir encore tant rouler pour simplement approcher les sables d’Aral. Nous parvenons à Moynaq, dernière ville, à demi ensablée, autrefois sur le rivage de la mer d’Aral. La ville est morte, plus aucune activité liée à la pêche ou à la mer. Les maisons se sont enfouies sous la terre qui recouvre les toits, derrière des palissades assiégées par le sable. Nous montons sur une butte où a été dressé un monument. De là, on domine le bassin de l’ancienne mer, pas une goutte d’eau n’est perceptible, des carcasses de bateaux rouillent à nos pieds. Nous avons tout vu ! Marie voudrait en voir plus mais ne sait pas quoi ! Nous parcourons les rues inanimées de la ville puis retournons nous garer sur la butte, dans le vent mais au calme.

 

Vendredi 3 juillet : La mer est toujours absente et le vent soulève des nuages de sable et de sel qui accentuent la désertification. Nous visitons le musée installé dans l’hôtel de ville. Il devrait emporter sans contestation la palme du plus minable de toute l’Asie ! Une salle avec des photos de bateaux, des peintures d’un artiste inconnu, des bijoux ternis, des vêtements déchirés et des bocaux dont le formol s’est évaporé et qui ne renferment plus que les arêtes des poissons qu’ils contenaient. Nous reprenons la route de Nukus où nous sommes à midi. Nous prenons une chambre climatisée pour trente dollars et y déjeunons avant d’entamer une sieste. Nous en sortons pour aller au musée de la nature qui a une section annexe du musée Savitsky. Un étage est consacré à cette peinture russe et nous y retrouvons les noms de Volkov, Chevtenchko, Mazel et autres. L’accrochage n’est pas fameux, l’éclairage douteux mais la sélection reste de qualité et le contraste avec les jeunes peintres ouzbeks flagrant ! Nous revenons à l’hôtel et prenons place sur une banquette pour lire au frais, le vent ayant calmé les ardeurs du soleil. Nous examinons les guides touristiques et parvenons à la conclusion que les pays du Caucase méritent plus de temps que nous ne pourrions leur consacrer si nous voulons être rentrés fin juillet et que ce sera donc pour un autre voyage. Nous dînons sous les canisses, surpris par les plats. Les pelmeni, des raviolis, sont servis dans une sauce-soupe, la même qui accompagne mes pâtes lagman et qui a servi à faire cuire le pseudo-bœuf strogonov de Marie. Ce n’est pas franchement mauvais mais ce n’est pas de la gastronomie non plus.

 

Samedi 4 juillet : Mal dormi, problèmes d’estomac, cela s’arrange au réveil. Petit déjeuner avec des crêpes puis nous partons avec le sentiment que le caractère dominant des Karakalpaks n’est pas l’amabilité ! Nous passons à la poste envoyer la carte postale de Marie-Cécile, une ridicule image du Kirghizstan ! Un quart d’heure après l’heure d’ouverture, les employés ne sont pas encore tous arrivés. Ils sont plus nombreux que les clients et ne commencent la journée qu’après s’être tous salués. Celle en charge des timbres déballe d’un sac plastique un fouillis de vignettes, elle y cherche la bonne et la colle avec un tube… Au marché nous nous réapprovisionnons pour plusieurs jours puis nous partons. Peu après, nous quittons la route pour entrer dans la nécropole de Mizdakhkan. Nous pouvons grimper avec la voiture au sommet de la colline sur laquelle se trouvent les mausolées les plus anciens. L’un est souterrain, très restauré, il abrite la tombe d’un saint vénéré, un autre serait celui d’un géant de plus de vingt mètres de long ! Les tombes récentes, certaines avec des plaques de marbre, d’autres de simples tumulus, sont mélangées aux sépultures anciennes. Des bières, quelques planches, pour le transport des corps, sont abandonnés sur les tombes, des grilles de fer délimitent des enclos, des trous attendent leur client. Nous apercevons à proximité sur une colline, une citadelle très ruinée. Nous nous garons au milieu des champs, à l’ombre pour passer l’après-midi. Après déjeuner, sieste, somnolence puis nous faisons une toilette du camion avant d’aller jusqu’au poste frontière. Pas question de sortir d’Ouzbékistan sans entrer au Turkménistan, nous devons donc attendre demain ! Nous nous garons à proximité. Nous fly-toxons la cabine après dîner pour nous débarrasser des mouches importunes. Le temps qu’elles trépassent nous allons écouter les grenouilles coasser dans la mare voisine et regarder les lapins se régaler des buissons alentours.


Dimanche 5 juillet : Nous sommes réveillés tôt, levés tôt et avant l’heure à la barrière. A huit heures un militaire nous ouvre et nous entrons. Mais le douanier nous indique que la douane n’ouvre qu’à neuf heures ! Néanmoins il nous remet les documents à remplir. Le service commence avant l’heure, celui qui nous a en charge se bat avec l’ordinateur, le matériel ne lui paraît pas familier puis il me dit qu’il y a un problème : le sympathique douanier à l’entrée (voir la journée du 10 juin !) a indiqué que nous devions sortir par le poste de Boukhara ! D’où la nécessité de remplir de nouveaux papiers… Enfin nous en terminons. Le poste turkmène est aussitôt là. Nous devons attendre l’arrivée d’un employé revêtu d’une blouse blanche, botté, calot sur la tête et masque sur le nez, muni d’un appareil avec lequel il asperge les roues de la voiture. C’est la désinfection ! Puis c’est une longue suite de formalités, de déclarations à remplir, de savants calculs pour déterminer le montant des droits à payer, mais tout cela avec bonne humeur et même gentillesse, on en redemanderait presque ! Nous voici au Turkménistan, soulagés de cent vingt dollars tout de même… Nous entrons peu après dans Konyé Ourguentch. La ville est endormie, les voitures roulent au pas, personne ne klaxonne !!! Je vais changer des dollars au bazar, la monnaie a changé et je ne sais trop le cours actuel. Nous nous rendons au site du mausolée de Nejameddin Koubra, sans guère d’intérêt si ce n’est un joli fronton de céramiques à thème floral. A sa sortie, nous sommes abordés par une jeune fille qui, en anglais, nous réclame les passeports ! Je lui en demande la raison : les étrangers doivent être enregistrés pour visiter un site ! Le Turkménistan emportera sans doute la palme au concours du pays le plus fliqué et pourtant la concurrence était sévère… Nous repartons pour nous arrêter à la sortie de la ville aux ruines de la cité ancienne. Nous payons le droit de visite et là aussi, on nous réclame les passeports ! Nous visitons un monument assez majestueux, peu restauré, avec une très belle coupole intérieure qui représenterait un calendrier. Puis il faut marcher sous un soleil impitoyable pour approcher des mausolées peu intéressants et un minaret élevé mais sans grâce. Marie m’attend à l’ombre tandis que j’ascensionne une colline où des femmes en manque de descendance sont venues déposer des ex-voto en forme de berceaux contenant des poupées. Un dernier mausolée, le plus intéressant avec une très belle façade à décor d’entrelacs réalisés au moyen de briques et nous revenons péniblement à la voiture. Nous apprécions la bière glacée et faisons fi de la curiosité souvent déplacée des passants, en déjeunant. Nous prenons la route d’Ashkhabad. Les premières dizaines de kilomètres, au milieu de cultures écrasées sous le soleil, se font sur une mauvaise route qui augure mal du temps nécessaire pour arriver à la capitale mais après un carrefour où se dressent des immeubles neufs, construits au milieu de nulle part, la route devient excellente. Nous traversons ainsi le désert du Karakoum. Du sable, des dunes piquetées de broussailles, pas un hameau, de rares dromadaires, quelques yourtes sur des centaines de kilomètres. Nous ne trouvons pas les cratères de gaz qui ne devraient pourtant pas être loin de la route et en être visibles. Nous roulons jusqu’à sept heures et nous arrêtons dans le premier village, dans les sables. Hétéroclite mélange de maisons en dur et de yourtes en paille entre lesquels divaguent, en mâchant leur chewing gum, des chameaux placides. Nous avons la visite d’un gamin qui fait craquer Marie !

 

Lundi 6 juillet : Il a fait plus chaud que les jours précédents, à peine avons-nous senti la fraîcheur au petit matin alors que la veille nous avions eu froid. Marie voudrait être sur le site de Nicée avant que le soleil ne soit insupportable, aussi me presse-t-elle. Nous sommes sur la route avant huit heures… Le ciel est plombé par le sable en suspension et la visibilité est réduite. Les dunes disparaissent, nous retrouvons une steppe sablonneuse, presque jusque dans les faubourgs d’Ashkhabad. Nous n’entrons pas dans la ville mais partons sur une autoroute à huit voies séparées, presque déserte, à la recherche de la cité parthe. Nul n’en a entendu parler, les recherches sont difficiles, nous nous rapprochons des montagnes qui forment frontière avec l’Iran  et après des tours et détours sur des pistes et des routes en bien moins bon état que les grands axes, nous aboutissons à un tertre, entouré de restes de remparts. Nous ne savons pas même où nous sommes, aucune indication. Il commence à faire un soleil d’enfer, les heures passent, nous abandonnons et retournons sur la capitale. Le réseau d’autoroutes est éblouissant, dommage qu’il ne soit emprunté par personne ! Les approches de la ville se font au milieu d’immeubles revêtus de marbre qui semblent inhabités, pourtant ils sont neufs, d’autres sont en construction, pour qui ? Nous trouvons le centre ville, tout y est neuf, les avenues sont immensément larges, des jets d’eau coulent partout, des réverbères en tôle essaient de donner un petit air ancien, tout fait toc, nouveau riche, prétentieux. Les palais, bâtiments administratifs donnent la mesure de cette démence, des colonnes, des coupoles, des dorures et de la verdure soigneusement entretenue. Le summum est atteint en plein centre où se dresse, sur une tour au-dessus d’une espèce de tripode, une statue du dictateur défunt, Niazov, en or, qui tourne en restant face au soleil ! D’autres statues dorées du même satrape, ou de son successeur, se dressent un peu partout, à chaque carrefour, dans les parcs etc… Nous cherchons l’hôtel Nissa où nous espérons pouvoir nous garer pour la nuit, il est en reconstruction. Bouyghes est passé par là, des chantiers immenses sont en cours. Nous nous garons sur un parking ombragé pour déjeuner, je n’en puis plus  et n’ai qu’une envie désormais, tracer la route vers Toulon… Bien sûr Marie ne l’entend pas de cette oreille ! Après déjeuner, je vais explorer les environs, je dois marcher sur les trottoirs autorisés, pas ceux des bâtiments importants ! Je vais changer des dollars puis je me mets en quête de cet hôtel Nissa qui, je le constate, est en plein chantier, je reviens à la voiture. Nous sortons, d’abord pour nous rendre au musée du tapis. L’entrée en est honteusement chère et nous refusons de payer. Nous revenons en transpirant à grosses gouttes au monument à Niazov. Un élévateur puis un ascenseur nous emmènent au sommet d’où nous découvrons la ville-chantier et les constructions pharaoniques du démagogue. Nous revenons au camion, ne savons trop quoi faire, nous allons demander au grand hôtel Turkmenistan le prix d’une heure Internet : sept dollars ! Nous passons dans un centre commercial comme il en existe plusieurs : des boutiques de luxe et pas de client. Nous reprenons la voiture pour aller nous asseoir dans un café en plein air où on sert des bières pression et des chachlik appétissants. Nous y passons une heure, sans manger, retournons au camion où nous attendons l’heure de dîner, je tape mon journal. Nous avons trouvé un restaurant chinois, plus cher que d’habitude mais cela change. Les plats sont copieux mais sans grande saveur. Le personnel, de jeunes Russes, n’a jamais appris à esquisser un sourire… Nous voulons retourner nous garer au parking de cet après-midi mais toutes les rues d’accès au centre ville administratif sont interdites à la circulation. Des policiers sont postés à chaque carrefour. Nous errons et trouvons une cour d’immeuble. Deux policiers y montent la garde, ils ne semblent pas étonnés de nous voir là et ne nous disent rien.

 

Mardi 7 juillet : Quelle nuit ! La température n’est jamais descendue au-dessous de 30°c dans le camion. Nous avions dû fermer deux des trois fenêtres pour ne pas être en vue des immeubles et je n’ai pas cessé d’être en sueur. Des bruits de voitures, des crissements de pneus, la musique des autoradios, des bavardages à voix haute jusque très tard dans la nuit et en plus un moustique, m’ont achevé ! Il ne fait pas vraiment plus frais au matin et j’apprécie une douche. Nous partons pour le marché Tolkuchka, à l’extérieur de la ville. Aucune activité, ce n’est pas le bon jour ! Tout au plus pouvons-nous constater que les boutiques sont constituées de containeurs alignés en allées sur une grande surface. Nous retraversons la ville, découvrons un autre quartier démentiel, des bâtiments gigantesques aux fonctions imprécises, en marbre évidemment, dans un vague style classico-stalinien. Ceaucescu l’a rêvé, Niazov l’a fait ! Et son successeur continue de bâtir avec la même fougue. Les contrats doivent être juteux, Bouyghes prospère. Nous sommes venus pour le musée national, autre réalisation éléphantesque avec dorures et coupoles bleues, fermé le mardi ! Nous prenons donc la route de l’Iran en grimpant à l’assaut du Kopet Dag, la montagne qui fait frontière entre les deux pays. Nous sommes bientôt au poste, les formalités sont expédiées rapidement, avec le sourire et presque sans fouille. Curieux Turkménistan où le taux de policiers par tête d’habitants est sans doute un des plus élevés au monde et où pourtant nous n’avons jamais été contrôlés ni même arrêtés ! Marie revêt sa tenue « islamique » avant que nous n’abordions les contrôles iraniens qui se passent le mieux du monde, sans la moindre fouille. Nous qui craignions d’avoir trop d’ « antiquités » et qui avions « oublié » une bière dans le réfrigérateur ! Nous la buvons presque aussitôt, en déjeunant. La brume recouvre tout le paysage depuis ce matin. Nous atteignons l’autoroute, dans la plaine. Une autoroute aux normes occidentales, bon revêtement, panneaux de signalisation, postes téléphoniques de secours. Les villages traversés ne me semblent pas très différents de ceux vus quarante-deux ans plus tôt ! Ils ne sont plus en pisé mais en briques, toujours couleur de terre et ne semblent pas plus riches. Nous sommes bientôt dans les faubourgs de Mashad, nous bifurquons pour nous rendre au tombeau de Ferdousi, le grand poète persan. Nous croyons être arrivés et visitons un supposé mausolée avant de nous apercevoir de notre erreur. Le tombeau est un kilomètre plus loin dans un jardin fleuri : une structure en marbre, copie du tombeau de Darius avec des vers gravés sur les faces. Dans la crypte des scènes du Shahnameh sculptées sur les parois et une pierre tombale simple. L’endroit est très fréquenté, beaucoup de familles, toutes les femmes en noir ! Sinistre ! Nous sommes objets de curiosité mais l’accueil est sympathique et on nous souhaite la bienvenue. Nous restons ensuite au camion, Marie retire son foulard, ce qui nous oblige à fermer les fenêtres… Nous allons dîner à proximité dans un restaurant simple. Au menu : chelo kebab, du riz safrané et des brochettes, poulet et bœuf, servis avec une salade et une grande bouteille d’eau. Au moment de l’addition, petit quiproquo : elle m’est présentée en toman et je la règle en rials, la monnaie légale. Le patron n’est pas d’accord puisqu’il faut dix rials pour un toman. Les prix sont souvent indiqués dans cette ancienne unité. Nous reprenons la voiture pour aller nous garer à côté du mausolée mais une fois déshabillés, nous avons la visite d’un gardien qui nous fait déguerpir. Nous retournons donc nous garer près du tombeau de Ferdousi en dépit du bruit des voitures et surtout des pétarades des vélomoteurs.

 

Mercredi 8 juillet : Le matin est plus calme que la soirée. Il fait frais et le bruit du jet d’eau dans le jardin voisin m’a donné l’illusion de la pluie. Nous partons pour Mashad. La circulation devient démente, les voitures surgissent de partout sans aucun souci des règles de priorité, les mobylettes sont chevauchées par des apprentis toréadors qui font des véroniques avec les voitures, leur passant au ras du pare-choc, j’attends qu’ils posent des banderilles sur le capot ! Heureusement des poteaux indicateurs, en anglais, montrent le chemin. Nous parvenons ainsi tout près du sanctuaire de l’imam Reza, haut lieu de pèlerinage pour les Chiites. Des bus, des voitures surchargées de matelas, de coussins, de couvertures, ont acheminé les pèlerins qui campent sur des nattes, la bouilloire à portée de main. Je vais me renseigner. Pas de problème pour visiter mais pas de photos, guide obligatoire et tchador pour Marie. Je vais la rechercher, nous faisons connaissance avec Zohreh, une jeune fille qui va nous montrer le chemin et accessoirement nous confisquer les passeports le temps de la visite. Elle travaille bénévolement ! Marie endosse son drap qui heureusement n’est pas noir, elle sera une des rares à ne pas être revêtue de cette couleur. Des drapeaux d’un noir bien sinistre flottent à l‘entrée du complexe religieux. Les bâtiments sont anciens pour certains mais le sanctuaire ne cesse de s’agrandir, des portiques, des cours, des minarets, sont en construction. Nous suivons la foule qui se presse, entrons dans une cour immense que d’autres bénévoles recouvrent de tapis pour la prière. Des faïences partout bien entendu, des iwan couverts de feuilles d’or aux quatre coins du sanctuaire couronné par un dôme en or que nous ne pourrons pas approcher. Nous ne pouvons pas aller partout et nous ne pouvons qu’apercevoir des cours ou des salles entièrement recouvertes de miroirs qui réfléchissent les lumières de lustres vénitiens. Des minarets, partiellement dorés se dressent au-dessus d’une belle mosquée, fermée pour trois jours de retraite spirituelle. Une salle souterraine, en dessous de la grande cour, est elle aussi entièrement, murs et plafonds, plaquée de millions de très petits miroirs, des pélerins y sont assis sur les tapis et lisent leur Coran. Notre cicérone nous conduit au bureau des visiteurs étrangers où nous sommes accueillis, en anglais, par un individu qui se dit enchanté de voir des chrétiens, ses frères, nous le répète dix fois, devient vite pénible et nous fait cadeau de livres, en français, dont je ne suis pas sûr d’achever la lecture… Nous ramenons au camion notre guide pour lui faire visiter notre installation qui l’étonne. Je vais changer des dollars au bazar puis nous repartons, traversons la ville jusqu’au mausolée de Khajeh Rabi. Encore une tombe d’un saint vénéré, c’est la spécialité locale ! Au milieu d’une cour carrée, un bâtiment plus joli intérieurement qu’extérieurement, abrite le tombeau du saint. Entrées séparées pour les hommes et les femmes, chaque sexe a droit à une moitié du tombeau. Sous une très belle voûte couverte de peintures dans des tons passés et de décors en relief, les scènes habituelles de dévotion : on passe les mains sur les grilles, on embrasse tout ce que l’on peut toucher et on n’oublie pas de se lamenter à haute voix. Plus impressionnant, à l’extérieur, la cour est entièrement pavée de dalles avec le nom de soldats morts pendant la guerre contre l’Irak. Des photos montrent des jeunes garçons envoyés au massacre par des mollahs arriérés, avec la bénédiction des familles. Le culte des martyrs est un phénomène inséparable de la culture iranienne. Nous retraversons la ville, sans presque nous tromper, et trouvons l’autoroute. Nous mettons cette fois le cap à l’Ouest. Nous nous arrêtons pour rapidement déjeuner. Marie trouve toutes les occasions bonnes pour retirer son foulard qui l’insupporte plus que lors du voyage précédent. La visibilité est toujours très réduite avec la brume de sable qui enveloppe le pays. L’autoroute est excellente et nous roulons à bonne allure. Au péage, le préposé, la main sur le cœur, nous fait signe de passer avec un grand sourire, sans bourse délier. Plus loin, je fais un plein de gasoil. Je devrais avoir une carte de rationnement, qu’à cela ne tienne, un chauffeur de camion prête la sienne et je règle soixante litres de gasoil pour un dollar ! Nous quittons l’autoroute à Qadamgah pour aller voir un autre sanctuaire, au fond d’un jardin, sur une hauteur. Des ruisseaux courent au milieu des roses, des familles sont installées sur des tapis, certains dorment, des femmes préparent à manger. Comme à Mashad, deux entrées séparées pour approcher l’empreinte des pieds de l’imam Reza… Le décor avec une belle calligraphie est plus intéressant… Encore quelques kilomètres pour Nishapour. Nous y trouvons un cybercafé et nous consultons notre messagerie, toujours pas de message de Julie, Marie commence à se poser des questions… Il y en a cependant un de Jean-François qui nous rassure avec beaucoup d’humour. Nous sortons de la ville pour trouver le tombeau d’Omar Khayyam, une construction moderne dans un parc fréquenté par les familles. Attractions, bijouteries (la turquoise est la pierre locale), marchands de confiseries etc… Nous jetons un œil distrait au monument à Khayyam puis à un mausolée ancien mais ses faïences sont jaunâtres et nous allons ensuite, nous installer le long du centre culturel en travaux. Le bruit des véhicules qui passent et la musique en provenance du parc sont pénibles. Quand j’en ai terminé avec mon labeur quotidien, je jette un œil par la fenêtre. Nous ne sommes plus seuls, des dizaines de voitures se sont garées devant et derrière nous, des tentes de plage sont montées sur le trottoir, les nattes sont déroulées et sur les réchauds, les bouilloires fusent. Nous ne mettons pas le nez dehors, Marie n’a pas envie de remettre son foulard et nous dînons dans le camion. Repas encore particulier puisque nous nous faisons griller des tranches de porc (si nos voisins savaient cela !) achetées en Ouzbékistan et nous réchauffons des petits (pas vraiment) pois de la taille de grains de raisins et comme nous sommes déjà en manque, nous avions acheté deux bouteilles de bière sans alcool. Une ignominie, une horreur, une honte de vendre un tel produit ! La couleur, la mousse de la bière mais le goût d’un sirop chimique, qui plus est, parfumé à l’ananas ! Impossible de fermer l’œil avant une heure du matin avec le passage continuel de voitures et de mobylettes.

 

Jeudi 9 juillet : Quel calme au matin ! Ils dorment tous mais vite, ils plient bagages et repartent, toute la famille entassée dans des voitures déjà âgées, la galerie couverte de matelas, couvertures et oreillers, vers un autre mausolée. Je commence à comprendre l’hostilité (et parfois bien plus !) des Sunnites à l’encontre des Chiites. Une telle exaltation de la foi, une si systématique hystérie collective devant le moindre catafalque, une aussi grande propension pour le martyr et la mort qui semble accompagner chaque moment, font peur. Je n’ai jamais vu en un autre pays d’Islam de telles démonstrations, quasiment agressives, de ses croyances. Nous repartons, toujours dans la purée de pois. Après les terres à blé, que je ne pensais pas trouver ici, de la région de Mashad, nous entrons dans le désert, de la rocaille et des terres rouges, parfois une dépression avec des traces de sel. De temps à autre, une montagne surgit de la brume puis y retourne quand nous nous en éloignons. Les kilomètres défilent sur l’autoroute. Bientôt nous profitons de la climatisation qui nous épargne le dessèchement par le vent. Nous apercevons quelques villages qui ont conservé les constructions traditionnelles : maisons en pisé, sans étage, à toit voûté ou couvert de coupoles et, à intervalles réguliers, des caravansérails qui tombent en ruine. Nous roulons jusqu’à une centaine de kilomètres de Téhéran que je ne veux pas traverser ce soir et nous nous arrêtons sur une aire de l’autoroute, pas encore opérationnelle semble-t-il. Mais l’odeur de viande grillée me persuade du contraire et, dans une salle immense et déserte, nous pouvons dîner de brochettes, köfté et poulet, le riz attendu ne viendra pas… Nous changeons de place en voyant arriver des voitures en grand nombre. Nous déménageons encore deux fois avant de trouver un endroit calme. Il fait presque aussi chaud qu’à Ashkhabad et je transpire longtemps avant de m’endormir.

 

Vendredi 10 juillet : Nous repartons pour une nouvelle étape de route. Peu après, nous sommes à Téhéran. Conformément à mes craintes, l’autoroute ne se poursuit pas sur un anneau qui contournerait la ville et nous éviterait de nous y perdre. Nous demandons notre chemin à plusieurs reprises, passons par des rues ordinaires avant de retrouver une voie rapide qui nous amène à l’autoroute de Tabriz. La capitale s’est très étendue à l’ouest et les agglomérations se succèdent sans interruption au-delà de Karaj. Des cités nouvelles sont apparues, c’est une vision d’un Iran en plein développement, avec des zones industrielles importantes, qui nous est offerte le long de la route. Le désert est en culture désormais, même si les montagnes restent désolées, pelées, veloutées et plissées comme cette race de chiens, les shar peï, qui semblent flotter dans leur peau. Nous arrêtons sur une autre aire d’autoroute pour déjeuner, encore des brochettes et du riz, servis par des jeunes femmes avec foulard islamique, sous les portraits géants des duettistes : Khomeini et Khamenei, le Père Fouettard et le Faux Jeton… Sur un écran géant de télévision est diffusé l’appel à la prière avec des images de La Mecque ! Même pendant les repas… Nous avalons des kilomètres sans toujours payer les péages, je suis prié de passer… Nous traversons une chaîne de montagnes dont la terre est de couleur verte et rouge, les deux nettement distincts. A un détour de la route un village (kurde ?), inattendu et presque invisible tant il se confond avec le montagne,. Nous quittons l’autoroute pour retourner à Soltanieh où nous avions vu le dôme géant du mausolée en travaux de conservation il y a huit ans. SI l’extérieur est aujourd’hui aménagé pour les visiteurs et ils s’y pressent, l’intérieur est encore un ensemble d’échafaudages que nous n’explorons pas. Nous roulons jusqu’à Tabriz, nous pensions nous installer au parc El Goli où nous avions campé en 2001. Tout le parc est devenu un camping ! Des centaines de Tabrizi se sont installés sur les pelouses, ont monté des tentes de plage colorées. Impossible  de se garer et quant au calme, inutile d’y compter. Nous cherchons un autre lieu, envisageons les bas-côtés d’une avenue. Je demande à des hommes en grande discussion où nous pourrions nous installer. L’un d’eux nous dit de le suivre en voiture, il nous conduit à un jardin avec des tentes déjà installées mais pas en surnombre. Nous pouvons nous garer au bord du gazon. Il fait frais, nous sortons la table et les fauteuils pour étudier la carte. Je refais les pleins d’eau puis je tape mon journal, à l’extérieur pour une fois !

 

Samedi 11 juillet : Il a plu dans la nuit ce qui a provoqué un certain émoi dans les tentes. La nuit a été calme et fraîche, j’ai apprécié… Nos voisins plient bagages, nous n’attendons pas que toutes les voitures soient parties pour pouvoir sortir la nôtre, nous allons en taxi dans le centre ville. Nous commençons par la visite de la Mosquée Bleue que nous n’avions pas pu visiter lors de notre dernier passage. Les travaux de restauration sont achevés et nous pouvons admirer les superbes faïences de la façade, du moins celles qui ont survécu à plusieurs tremblements de terre. Leur état n’est pas parfait, loin de là, mais elles sont si merveilleuses qu’on en oublie les injures du temps. L’intérieur a été également restauré mais d’une manière totalement différente de ce qui a été fait en Ouzbékistan. Au lieu de tout reconstruire et de tenter de faire oublier les dégâts, la différence entre les carreaux anciens et ce qui a été refait est nette : une peinture légère a été appliquée dans les zones détruites, sans chercher à égaler les tons des faïences et, dans les zones disparues, les dessins sont seulement ébauchés. On a ainsi une idée très nette de ce qu’était la décoration et aussi des exemples de son état d’origine. Nous trouvons un cybercafé mais il faut attendre l’ouverture. Une brave dame nous prend en pitié, nous fait entrer dans son magasin, nous offre le thé et fait téléphoner par son fils pour hâter l’arrivée de la responsable. Nous avons un message de Julie, sur le départ pour le Zimbabwe, et un autre moins gai de Jean-François qui nous apprend le décès du fils de Suzanne et Jean-Paul. Nous revenons par la rue piétonne, consacrée aux chaussures et aux vêtements féminins, vers le bazar. Nous suivons l’allée des bijoutiers (de l’or) puis passons dans diverses allées, sous des voûtes centenaires, devant des caravansérails, par des cours qui sont encore le lieu de transactions commerciales. Des portefaix acheminent des tonnes de colis avec les diables branlants sur le passage desquels il vaut mieux ne pas se trouver. Nous sommes abordés par un homme qui nous conduit à un autre bazar, voir des antiquités mais ce ne sont que des brocantes sans intérêt. Nous reprenons un taxi pour retourner à notre camping et repartons aussitôt. Nous trouvons presque sans nous tromper la route de la frontière. L’autoroute cesse bientôt. Nous quittons la route pour suivre une route de campagne au milieu des champs moissonnés. Les foins s’entassent en tours sur les toits des maisons en pise des villages qui se confondent avec la terre. Nous nous trompons devons revenir sur nos pas en suivant la voiture d’un avocat qui nous guide ainsi jusqu’à l’église arménienne de Ghara Kélisa dédiée à Saint Thadée. Nous la trouvons à l’écart d’un village kurde, les femmes de portent pas le voile noir, juste un foulard qui leur donne des allures de Kabyles et les hommes ont le sarouel noir. Elle est en deux parties très distinctes, une qui joue sur les contrastes de couleurs entre pierres noires et blanches et une autre, couleur sable. C’est sur cette dernière que la décoration est la plus remarquable : deux frises en font presque entièrement le tour, l’une florale, l’autre décrit des scènes que je suppose être la vie du saint. Des représentations de figures de saints ou d’évêques ornent les murs, classique Saint Georges et son compère dragon, Saint Michel et sa balance du Jugement Dernier. Nous serions bien restés dormir là mais nous avons envie de passer en Turquie, avec la perspective de bières fraîches… Sur la route nous croisons un Toyota de Français avec une cellule Azalaï. Nous discutons quelque temps, je leur revends mon excédent de rials puis nous filons vers le poste frontière. Vu la queue à la station-service, je renonce à refaire le plein. Tant pis, nous paierons le prix fort en Turquie. Le poste iranien est un bel exemple de bordel oriental ! Personne pour indiquer où aller, impossible de différencier un voyageur d’un employé, une foule hystérique et agressive qui se presse de tous côtés devant le seul guichet des passeports. Je désespère de jamais parvenir à bout des démarches. Je parviens à trouver quelqu’un qui m’indique où m’adresser pour les formalités de douane puis la queue ayant diminué, nous faisons tamponner nos passeports. Adieu l’Iran, Marie retire aussitôt son foulard. Côté turc, si cela commence bien, il faut attendre longtemps le retour du responsable de la douane parti dîner. Encore quelques tampons et enregistrements et nous voici en Turquie. Il est une heure et demie plus tôt mais il fait nuit. Nous filons vite sur Doğubayazit. Nous trouvons un camping, un simple terrain vague, dans la montée à Ishakpasha. Nous dînons au restaurant du camping, très animé en ce samedi soir. Un orchestre réduit mais efficace pour les décibels, met en émoi les mâles de l’assistance et plusieurs dansent en ligne en agitant des mouchoirs. Nous supposons que les dames sont restées garder les enfants… Nous apprécions la bière et le poulet, les côtes d’agneau se défendent bien… Il faut encore que je tape mon journal !

 

Dimanche 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon anniversaire de mariage. Quarante ans ! Nous envoyons un sms à Julie pour lui souhaiter bon voyage, elle nous souhaite un bon anniversaire. Nous retournons voir la forteresse d’Išakpaša, sans visiter, elle est désormais coiffée d’une lourde et peu esthétique structure en bois destinée à la protéger. Nous allons en ville changer des dollars, puis nous réapprovisionner au supermarché avant de prendre la route. Le prix du gasoil n’est plus le même, plus de un euro le litre ! Nous faisions le plein en Iran pour ce prix… Nous apercevons la belle masse couronnée de neige du mont Ararat. La route, contrairement à ce que je croyais, n’est pas fameuse. Elle est en travaux, parfois à une voie, parfois deux, le revêtement est variable, nids de poule et bon asphalte se succèdent. Nous passons des cols à deux mille mètres et plus, en traversant des collines d’un vert si vif qu’on le croirait artificiel. Nous avons acheté une bouteille de rakı et nous l’entamons pour ce grand jour mais nous aurions préféré du pastis ! Nous arrivons dans l’après-midi à Erzurum. Nous retrouvons le centre avec ses mosquées anciennes mais elles sont étouffées par des immeubles commerciaux qui les entourent et je n’en retire pas la même impression que précédemment. Je ne trouve aucune information sur la présence d’un éventuel camping. On nous en indique un sur la route d’Erzincan, nous ne le trouvons pas et nous continuons dans cette direction. Les kilomètres passent, les seuls endroits où nous pourrions stationner sont les stations-services bruyantes ou des endroits trop isolés. Nous roulons jusqu’à Erzincan. Je ne suis pas ravi, j’aurais voulu m’arrêter beaucoup plus tôt, alors qu’il est sept heures quand nous entrons dans la ville après une fin de parcours pénible dans le soleil de face. Un premier hôtel ne veut pas de nous sur son parking, le second sera le bon. Le parking en centre ville n’est pas agréable mais le restaurant en terrasse, au dernier étage l’est. Nous y fêtons donc nos quarante ans en commun, avec une vodka orange suivie de plats de viande très quelconques mais un bon dessert au chocolat chaud sauve le repas. Nous regagnons notre cellule pour la nuit…

 

Lundi 13 juillet : Le soleil chauffe vite et nous ne pouvons pas ouvrir toutes les ouvertures sans être en vue des fenêtres de l’hôtel. Nous reprenons notre progression sur le plateau anatolien. Paysage rude, montagnes pelées, champs de blé fraîchement moissonnés ou de pommes de terre. Les paysans sont occupés à a fenaison sans engins mécaniques. Nous roulons toujours entre mille cinq cents et deux mille mètres d’altitude et la température est supportable. Nous sommes à midi à Sivas, nous nous garons sur la place principale du centre ville, devant la mosquée et la medrese qui justifient notre venue. Nous commençons par nous rendre dans un cybercafé mais impossible de me connecter à notre messagerie. Nous déjeunons dans le camion puis partons en visite. Les portails de deux medrese (ici ce sont des medrese, pas des medersa, vous suivez ?) sont des oeuvres remarquables. Malheureusement, il en est des monuments comme des routes du centre de la Turquie, ils sont en rénovation. Un chantier, théoriquement interdit, dissimule sous des échafaudages, le plus beau des deux mais on nous autorise à y accéder. Des torsades, des entrelacs, des dentelles taillées dans la pierre ornent le portail d’une medrese, aujourd’hui disparue, entre deux élégants minarets, partiellement revêtus de briques vernissées. En face une autre medrese, Muzafer Bürüciye, est également pourvue d’un beau portail ouvragé, l’intérieur est transformé en café, on peut y fumer un narguilé ou simplement boire un thé, servi dans ces verres renflés, caractéristiques de la Turquie. Nous nous rendons dans un autre cybercafé. Même problème ! Je finis par comprendre qu’il y a confusion entre notre i et le ı turc sans point, plus de problème ensuite… Nous marchons jusqu’à la Gök medrese, elle aussi en grands travaux de restauration qui promettent de la remettre quasiment à neuf !  Là aussi, superbe portail sculpté et utilisation de différentes pierres pour composer un remarquable décor, entre deux très beaux minarets en partie couverts de tuiles vernissées bleues qui font transition avec ceux d’Iran. Nous revenons vers  la voiture. Nous laissons passer un orage, allons acheter des fruits et du pasterma, sorte de viande des Grisons, roulée dans le paprika. Marie m’attend à la voiture pendant que je vais changer des dollars puis nous quittons la ville, sans y avoir trouver de Tourist information ni de camping. Nous roulons une quarantaine de kilomètres en essuyant encore un orage qui avive les nuances des teintes des champs de blé dorés. Nous cherchons un caravansérail, il a disparu, nous nous arrêtons pour la nuit sous les murs d’un hôtel, à l’écart de la route. Nous consacrons la soirée à mettre à jour ce texte en buvant un rakı.

 

Mardi 14 juillet : Pas très bien dormi, brûlures d’estomac, joueurs de foot à une heure du matin et réveil à l’aurore par le haut-parleur de la mosquée qui nous hurle dans les oreilles que « Dieu est grand », mais il doit être sourd ! Nous repartons sous un ciel gris, il pleut, il tonne. Les aires d’autoroute ont toutes bien entendu une station-service, souvent un  restoroute, associé à une mosquée, comme en Iran. Je ne me souvenais pas en avoir vu avant. La route est toujours aussi variée, passages corrects et autres tronçons en travaux et ce, jusqu’à Ankara. Nous y sommes en début d’après-midi. Peu sûrs d’y trouver un camping, nous décidons de continuer en direction d’Istanbul et de nous arrêter dès qu’un panneau en signalera un. Après le contournement d’Ankara, nous hésitons à prendre ou non l’autoroute… Nous nous engageons sur l’autoroute, superbe et peu fréquentée. Pas un seul panneau de camping ! Nous sortons à Bolu, des informations anciennes en signalaient un près du lac de barrage. Nous y parvenons et nous nous installons sur les berges du lac mais pas l’ombre d’un camping ! Il fait assez froid pour que notre cassoulet en conserve paraisse de saison.

 

Mercredi 15 juillet : Nous sommes réveillés une première fois par des fêtards qui se garent devant nous et mettent leur musique en marche. Un coup de gueule les fait déguerpir… A trois heures du matin, une seconde voiture, musique orientale au maximum et danseuses qui se trémoussent dans la lumière des phares, nous tire du sommeil. Nouveau coup de gueule et à mon grand étonnement suivi d’effet ! Nous ne sommes plus dérangés de la nuit. Au matin, le lac est perdu dans le brouillard et il continue de pleuvoir. Nous reprenons l’autoroute sous un temps exécrable, pluie, brouillard, qui nous inquiète pour Istanbul. A partir d’Izmit, la circulation devient intense, rapide, nerveuse, turque ! Nous longeons la mer de Marmara où nous apercevons de nombreux cargos. Toutes les collines sont maintenant couvertes d’immeubles récents, pas tous dessinés par des Premiers Prix de Rome… A l’approche d’Istanbul, nous essayons de ne pas nous perdre. Un premier pont nous fait passer en Europe en franchissant le Bosphore. Ensuite nous cafouillons, nous empruntons, en payant très cher une carte d’abonnement, un second pont que nous croyons sur la Corne d’Or mais qui nous a fait repasser en Asie ! Nous refaisons tout un circuit pour revenir de nouveau en Europe par le premier pont puis nous nous perdons, devons demander le chemin pour rejoindre les environs de l’aéroport où nous pensons  trouver un camping. Quand nous y parvenons c’est pour découvrir une étroite bande de gazon artificiel, collée à une piste de karting ! Il est hors de question de nous y installer, le bruit est infernal. Nous déjeunons au restaurant du camping-karting, pide et köfte que le patron envoie chercher ailleurs… Nous hésitons à repartir et décidons de tenter de trouver un parking près des mosquées. Nous nous lançons dans le trafic en essayant de suivre les indications de noms de quartier. Ce qui ne va pas sans quiproquo, le quartier de Topkapı n’a rien à voir avec le musée du même nom… Enfin, au bord de la crise de nerfs, nous approchons de la mosquée Sultanahmet et nous trouvons un parking, juste derrière. Un dernier orage et nous partons nous promener. Je ne reconnais plus rien ! Les espaces entre les deux mosquées ont été réaménagés avec jardins, jets d’eau, la circulation est détournée, des tramways modernes ont remplacé les antiques voitures américaines. Finies les gargotes et les échoppes, ce ne sont plus que restaurants à touristes et élégantes boutiques de tapis. J’avais oublié la dimension de la Mosquée Bleue, elle me paraît plus grande que dans le passé. Une foule très cosmopolite s’y presse, Arabes du Golfe voilées jusqu’aux yeux, Européennes en short, Russes un peu trop tape-à-l’oeil, Turques avec foulard et imperméable boutonné pour affronter les grand froids. On parle toutes les langues et deviner notre nationalité devient un casse-tête pour les candidats guides. Nous ne pouvons visiter Sultanahmet car c’est l’heure de la prière. Nous nous rendons à Sainte-Sophie, sa masse plus rouge est moins élégante extérieurement. Nous hésitons à y retourner et finissons par nous décider. L’entrée est chère, vingt livres turques, le prix est le même pour tous. Nous commençons par la galerie à laquelle nous accédons par une longue rampe. De là nous avons une vue sur tout l’intérieur de l’ancienne église, ses piliers massifs, ses fines colonnes aux chapiteaux très ouvragés et les cartouches calligraphiés aux noms d’Allah et Mahomet. Il y reste quelques belles mosaïques : Christ en majesté, Vierge, Empereurs et Impératrices représentés avec leurs tiares et leurs bijoux. L’art de la mosaïque atteint là des sommets. Nous détaillons ensuite les trésors de la nef, superbes carreaux de faïence d’Iznik, marbre et porphyre sur les murs, proportions admirables des voûtes et demi-voûtes sphériques qui semblent s’assembler parfaitement. Une dernière mosaïque et nous revoilà dehors. Nous trouvons Le Monde, sans doute venu par porteur spécial… Nous retournons à la Mosquée Bleue, nous pouvons y entrer en nous déchaussant et Marie en se couvrant la tête. J’y retrouve ces tapis sur lesquels j’aimais faire une petite sieste, toujours appréciés des visiteurs. Un gigantesque lustre circulaire continue de diffuser un éclairage parcimonieux mais suffisant pour admirer, là aussi, les proportions des voûtes qui reposent sur quatre énormes piliers. Le soleil semble revenu, espérons que cela se confirmera demain. Nous attendons l’heure de dîner et cherchons un restaurant. Ils s’alignent tous dans l’avenue Divan Yolu et dans une ruelle derrière ; on se croirait à la Huchette. Même chose pour les prix ! Nous nous décidons pour l’un d’eux, séduits par des demis de bière sympathiques. Si le döner est correct, les köfte sont infâmes ! Retour au camion en profitant de l’illumination des deux mosquées et d’un spectacle de derviche tourneur dans un café en plein air où les locaux viennent boire un thé, fumer un narguilé et jouer au tric trac.

 

Jeudi 16 juillet : Encore quelques gouttes de pluie au matin mais ce seront les dernières. Nous nous dirigeons vers le palais de Topkapı, nous ne sommes pas les seuls mais l’affluence est encore acceptable, plus tard ce sera la cohue. Nous franchissons un premier portail pour entrer dans la cour des janissaires puis un second pour accéder aux choses sérieuses. Je retrouve cet ensemble de pavillons disséminés dans des jardins que je me plais à imaginer arpentés par des Turcs en caftan et volumineux turban. C’est ici qu’il faudrait donner « L’enlèvement au sérail » ou « L’Italienne à Alger ». Des salles renferment les trésors amassés par les sultans, bijoux faramineux, couverts d’émeraudes, de diamants, de rubis et notamment le fameux poignard du film de Jules Dassin. D’une terrasse, nous avons une vue sur le Bosphore légèrement perdu dans la brume, sous un ciel encore terne. Dans la dernière cour, à la pointe de la Corne d’Or, plusieurs petits pavillons, coiffés de larges toits en forme de dômes aplatis, sont décorés de superbes faïences d’Iznik, à motifs floraux, dans des tons bleus ou verts pâles.. Des salles sont dédiées aux reliques du Prophète, une empreinte de son pied, taille 54 au moins, est vénérée par les musulmans, en particulier les Arabes du Golfe qui ne peuvent s’en détacher. On y trouve des objets qui auraient appartenu à des prophètes de second ordre et l’authentique bâton de Moïse ! La vénération frise ici le ridicule… Et puis c’est le Harem et les appartements privés du Sultan. On atteint là un summum et je retrouve mon émerveillement de jeune Français, ébloui, qui découvrait à vingt ans les chefs-d’œuvre d’une autre civilisation. Je comprends pourquoi j’ai toujours classé Istanbul avec Isfahan parmi les plus belles villes du Monde. Voilà une suite de pièces toutes décorées avec un goût exquis : faïences d’Iznik, niches colorées, portes de bois peintes, plafonds somptueux, calligraphies élégantes. Rien de ce que nous avons vu au cours de ce voyage n’atteignait une telle perfection. Nous décidons de déjeuner au restaurant du palais, la cuisine est correcte mais j’en avais gardé un meilleur souvenir, les bières par contre sont hors de prix ! Marie est fatiguée, nous envisageons de prendre un taxi pour nous rendre à la mosquée Sülemaniye. Les prix demandés sont de la plus haute fantaisie, l’un d’eux les justifie en parlant de douze kilomètres pour s’y rendre, il n’y en a pas deux ! Et j’apprends ensuite à l’Office du tourisme que la mosquée est fermée pour restauration ! Nous trouvons un cybercafé avec un message de Julie qui nous détaille son programme chargé au Zimbabwe et un de Jean-François Picaut qui nous détaille les circonstances du décès de François Benoit-Marand. Nous n’avons pas très envie de traîner dans le Bazar, probablement envahi de touristes et décidons de repartir maintenant. Je vais faire quelques courses dans un supermarché puis nous retournons à la voiture. Nous sortons d’Istanbul par le bord de mer, des dizaines de cargos sont ancrés au large, peut être dans l’attente de passer les détroits. Nous retrouvons l’autoroute et filons en direction d’Edirne. Nous la quittons pour suivre le littoral à la recherche d’un camping. C’est une succession de villégiatures regroupées et barricadées en bord de mer. Nous visitons deux campings plutôt minables et ne voyons pas de raison d’y passer la nuit puisque aucun d’eux ne propose de plats de poisson dont nous avons envie. Toutes les publicités concernent des köftesi salonu, à croire qu’il n’existe pas d’autres plats ! Nous atteignons ainsi Tekirdağ. Nous nous garons sur un grand parking du port, à côté de sympathiques cafés en bord de mer. La promenade semble sortie d’un film italien des années cinquante avec ses marchands de graines de pastèques en blouse blanche et ses consommateurs attablés devant un thé ou un café pendant des heures. Nous dînons de plats de fruits de mer et poisson : crevettes, calamars et poisson grillé, tout ce dont nous rêvions depuis quelque temps. Nous allons prendre un thé pour profiter de la fraîcheur marine puis regagnons le camion en craignant les bruits du voisinage…

 

Vendredi 17 juillet : Difficile de dormir. Il a fait chaud, la musique a duré tard et ensuite ce sont des passants qui ont élu domicile derrière notre camion, discutant à haute voix. Quand je me décide à nous déplacer, je comprends qu’il s’agit de pêcheurs qui n’auraient pas bougé avant des heures… Nous ne nous endormons qu’au petit matin et nous ne sommes pas très vaillants quand il faut se lever. Nous repartons à l’intérieur des terres, au milieu des champs de tournesols, jusqu’à la frontière très rapidement passée, surtout côté grec. L’autoroute est excellente mais ne comporte pas d’aires de service, il faut en sortir pour reprendre du gasoil et rapidement déjeuner à l’ombre trop chiche d’un arbre. Dans l’après-midi j’ai tendance à somnoler et malgré un arrêt, je me fais peur en doublant un camion ! Nous entrons dans Salonique sans trop savoir où nous diriger. Larges avenues parallèles au bord de mer et circulation pas trop dense. Nous n’avons pas de plan ni de guide. Aucune indication d’un Office du tourisme ni de camping. Nous décidons de nous rendre à l’aéroport où je finis par trouver un bureau de renseignements touristiques qui m’indique un camping à une quinzaine de kilomètres. Nous nous y rendons et nous nous installons sur un terrain surtout occupé par des Grecs en bungalows et quelques touristes installés pour des semaines. Aussitôt installés, Marie reste au camion et je vais me baigner à la plage, de l’autre côté de la piste qui la sépare du camping. L’eau est bonne, la plage de sable dissimule quelques cailloux mais peu importe, il y avait si longtemps que j’en avais envie ! Marie a préparé le linge à laver, la dernière fournée… Nous allons dîner au restaurant en terrasse du camping. Nous commençons par un ouzo, loin de valoir un vrai pastis mais très supérieur au rakı, plus raide en alcool. Nous enchaînons avec des moules frites, du filet de perche fumé, des tentacules de calamar grillées en vinaigrette, surprenant mais tendre, puis des rougets frits, dommage un tel poisson mérite mieux. Une bouteille de retsina pour faire couleur locale arrose le tout. Promenade au bord de mer avant de regagner notre home. Je tape ces lignes sur la table, à l’extérieur.

 

Samedi 18 juillet : Gengis Khan et Tamerlan ne sont que de pâles empaleurs à côté de moi ! Jamais ils n’ont imaginé les supplices que mon cerveau fatigué concocte à l’égard des disk-jockeys et autres champions des décibels. De nouveau cette nuit, j’ai voué aux gémonies ceux qui, dans le club de l’autre côté de la piste, ont animé la soirée, ou plutôt la nuit, jusqu’à deux heures du matin. Impossible de fermer l’œil et la chaleur n’arrange rien. Je vais prendre une douche à une heure du matin qui me fait le plus grand bien. Nous dormons jusqu’à l’arrivée de vacanciers à sept heures et demie, manœuvres pour garer la voiture, portes qui claquent, ils nous gâchent le réveil… Nous prenons notre temps, je profite des installations du camping pour vidanger les toilettes et refaire le plein des réservoirs d’eau. Nous allons dans Salonique, nous pourrions être à Nice, mêmes immeubles avec de grands balcons le long d’avenues rectilignes, nous trouvons le port et parvenons à nous garer près d’une agence de voyage. Nous réservons le passage sur le ferry pour Ancône, en open deck, pour demain soir, à un tarif de basse saison ! Nous prévenons Nicole et madame de Lespinois par sms. Nous allons ensuite dans le centre, près de l’agora romaine. Nous y voyons aussi les restes du théâtre mais il fait une telle chaleur que nous n’avons pas très envie de les arpenter en plein soleil. L’église Agios Dimitrios est ouverte, nous jetons un œil distrait et fatigué sur quelques fresques tout aussi fatiguées et des traces de mosaïques.  Nous cherchons un restaurant, en trouvons un, avec une marquise et du personnel débonnaire, qui me fait penser à d’autres connus en Tunisie ou au Maroc, la Méditerranée sans doute ! Cuisine très quelconque mais bon marché. Marie n’a plus très envie de marcher sous le soleil… Nous allons tout de même approcher deux ou trois charmantes églises byzantines, déjà à demi enterrées et de plus dominées par de si hauts immeubles qu’elles en deviennent invisibles. Elles sont toutes fermées, nous renonçons à en voir d’autres et revenons au camion. Nous nous arrêtons dans un supermarché pour refaire des provisions d’eau et de bière principalement. Nous sortons de la ville et prenons l’autoroute en direction d’Igoumenitsa. Pour une raison inexpliquée, il est barré avant Véria puis reprend après. Nous montons dans les montagnes, il n’y fait guère moins chaud. Pas de stations-service sur l’autoroute, nous ne savons où trouver un camping pour la nuit. Nous sortons à Siátista et garons la voiture sur un parking, à l’entrée du village en espérant ne pas être dérangés…

 

Dimanche 19 juillet : Bonne nuit, calme, pas de voitures, de mobylettes, juste au réveil le bourdonnement des abeilles venues se régaler des frondaisons qui nous abritent. Nous reprenons l’autoroute, traversée de nombreux et longs tunnels dans la zone montagneuse que nous ne pouvons qu’apercevoir entre deux galeries. Nous sommes peu avant midi à Igoumenitsa. Nous nous garons le long du bord de mer, à l’ombre. Un vent venu de la mer nous rafraîchit. Je vais acheter Le Monde et réalise qu’aujourd’hui tous les commerces sont fermés. Nous déjeunons au camion puis entamons une longue après-midi de sieste, repos et lecture. Nous allons faire une rapide promenade, pas de commerces de souvenirs, il ne semble pas qu’Igoumenitsa vive du tourisme, peu d’indications sont en caractères latins. Le soleil a tourné, je déplace la voiture puis nous allons dîner dans une gargote de la rue piétonne, face à un café encore « typique » : de vieux messieurs jouent aux dominos devant une tasse de café. Repas classiquement grec avec salade de poulpe, feta, souvlaki, calamars, et une dernière bouteille de retsina, décidemment pas à mon goût. Nous allons au port attendre l’embarquement. Peu de véhicules attendent avec nous, quelques camping-cars, surtout italiens. Le ferry est à l’heure. Je suis étonné par la rapidité de la manœuvre d’embarquement, un carrousel de camions, voitures et camping-cars qui accèdent par des rampes parallèles aux différents ponts. En une demi-heure tout le monde est à bord. Nous sommes garés le long du bastingage, branché sur une prise électrique. Je vais rapidement explorer les salons puis nous nous couchons en fermant presque toutes les ouvertures, à cause de l’éclairage et du vent.

 

Lundi 20 juillet : Nous voguons au large des côtes italiennes, le vent du large nous dispense de transpirer. Nous occupons la matinée à relire ce texte puis nous faisons le tour des salons, presque déserts, passons sur le pont-bronzoir avec sa piscine de poche. Marie tergiverse avant de se décider à acheter un parfum à la boutique. Nous déjeunons dans le camion, juste à temps pour l’arrivée en vue d’Ancône. Les opérations d’accostage sont plus longues que je ne le souhaiterais et nous ne débarquons sur le sol de la péninsule qu’à deux heures et demie. La traversée de la ville est particulièrement lente, pas de liaison autoroutière rapide avec le port. De plus la bretelle d’accès à l’autoroute est fermée. Nous devons aller faire un demi-tour et revenir en prendre une en sens inverse. Nous pouvons alors nous lancer dans la remontée vers la frontière française. La circulation est intense, dangereuse. Le contournement de Bologne se fait au ralenti. Nous passons Modena puis Parme et enfin descendons sur la Méditerranée. C’est ensuite la longue série des tunnels, Marie s’amuse à les compter, presque cent cinquante jusqu’à Nice. Nous sommes en France à la nuit tombée et roulons jusqu’à Antibes où nous arrivons à temps pour dîner au Courte-Paille. Un repas bien français : pavé de rumsteck, frites et beaujolais ! Route de nuit, plus calme jusqu’à Toulon. Nous y sommes à une heure du matin, nous pouvons nous garer devant le garage. Réglisse se sauve…

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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 15:04

























Jeudi 11 juin
 : Aussitôt le petit déjeuner avalé et la douche, froide, prise, je pars en taxi, en fait un véhicule particulier qui s’est arrêté sans même que je lui fasse signe, pour l’ambassade d’Iran. J’attends, en compagnie d’un étudiant japonais, l’ouverture du consulat puis nous patientons dans des divans moelleux devant les informations, à la gloire de la « démocratie » iranienne, diffusées par une chaîne officielle. Je dépose ma demande de visa de transit puis le consul vient me faire préciser quelques détails et me déclare que le visa sera prêt lundi ! Ce point favorablement acquis, je repars dans un autre « taxi » de fortune pour l’ambassade du Turkmenistan. Là, le succès est nettement moins assuré… Je dois m’inscrire sur une liste des visiteurs, en vingt sixième position. Et j’attends, à l’extérieur, sous un soleil de plus en plus chaud, en compagnie d’un Italien qui vient, deux semaines après sa demande, récupérer son visa. Il est arrivé à huit heures du matin. Le service ne commence qu’à onze heures et demie, les impétrants sont admis au compte goutte, les gens commencent à s’énerver. A une heure de l’après-midi, fin de la journée pour le consulat, l’Italien n’est toujours pas passé, beaucoup se sont découragés et je repars, très dubitatif sur nos chances d’obtenir cet indispensable tampon, dans un délai correct. Je rentre en métro, bien loin d’être aussi beau que ceux de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kiev. Sur chaque quai, des policiers veillent… Je retrouve Marie au camion et lui fais part des nouvelles. Je suis assoiffé (encore plus que dans la normale…), fatigué et découragé. Nous allons déjeuner à la même cafétéria qu’hier soir, toujours sans alcool ! Un gros camping-car de Vaudois, un jeune couple avec trois enfants en bas âge, vient d’arriver, nous allons leur causer et parlons surtout visas ! Je pars ensuite à la recherche de la laverie indiquée par l’ambassade, avec deux gros sacs de linge sale. Je ne la trouve pas là où elle était indiquée, je contourne les rues, remonte les avenues et réussis à me la faire indiquer avec précision. Ce n’est pas une laverie mais un pressing, les tarifs sont à la pièce et élevés, je n’y dépose que les grosses pièces et rapporte le reste au camion. Je commence à avoir mal aux pieds, et toujours le moral en berne. Un gros orage éclate, il rafraîchit l’atmosphère. Je lave du petit linge puis nous allons nous ravitailler dans un supermarché, à un pâté de maisons. Comme les autres capitales, Tachkent est une ville verte, les immeubles sont enfouis sous les arbres et les espaces verts abondent. Agréable mais les distances s’en trouvent allongées. Nous revoyons les Suisses et convenons de nous tenir au courant de nos démarches pour l’obtention des visas. Nous allons nous installer dans les salons de l’hôtel, je peux brancher l’ordinateur et nous avons le wifi. Une connexion suffisamment bonne pour nous permettre de mettre à jour la partie du blog au Kazakhstan. Nous rentrons dîner au camion avec une bière fraîche achetée au kiosque proche.

 

Vendredi 12 juin : Dès que je suis prêt, je pars en métro jusqu’à la gare où se trouve une agence de voyage susceptible de nous obtenir les visas. Trajet presque trop long, vu le peu de stations et la rareté des trains. Les types humains sont très variés : Russes blondes, fardées et en toilettes à frou-frou, Ouzbekes brunes à l‘élégant port de tête, avec beaucoup d’allure, quand elles n’ont pas les dents aurifiées, et faciès asiatiques plus ou moins marqués, avec des paillettes dans les cheveux et sur les chaussures, les hommes sont en général plus communs. Pas de service des visas à l’agence, ils me donnent une autre adresse… Je rentre bredouille mais le Suisse, Sylvain, a contacté une agence qui se fait fort de nous obtenir rapidement le visa turkmène. Je m’y rends aussitôt pour apprendre que le tarif de la prestation est faramineux : cent quatre-vingt dollars, plus les cinquante dollars du visa, par personne ! J’éclate de rire et retourne doucher les espoirs de Marie et des Suisses… Nous revoilà au point de départ. Nous décidons d’abandonner le projet de retour par l’Iran et de revenir par le Kazakhstan, la Russie et l’Ukraine. Je repars donc aussitôt, toujours en métro pour l’ambassade du Kazakhstan. Je suis mal informé, je me perds et je n’arrive au consulat que pour m’inscrire en quarante et unième position ! Aucune chance d’accéder au Saint des Saints avant l’heure fatidique de fermeture ! Retour une fois de plus bredouille et sans plus d’espoir de résoudre le problème avant lundi. Nous discutons de nouveau avec les Suisses et le couple d’Allemands, Annette et Sébastien. Je remplis les réservoirs d’eau puis nous prenons un « taxi » pour nous conduire au magasin Tsoum où nous espérons trouver un réfrigérateur ou une glacière. Nous déjeunons à proximité, encore de la cuisine turque, pide et döner, sans bière. Nous ne trouvons rien au magasin si ce n’est un curieux sac à brancher sur l’allume-cigare, hors de prix. Nous passons devant l’opéra consulter le programme car nous avons convenu avec les Allemands de nous y retrouver en soirée. Nous nous rendons ensuite au Musée historique, bâtiment prétentieux, destiné à exalter le nationalisme local, sur le même modèle que ses égaux kirghize, kazakh ou tadjik : des salles avec des vitrines remplies d’objets de fouilles, des photos, des plans et les dernières salles consacrées à la conquête russe, puis la guerre avec ses héros et enfin la glorification des grandioses réalisations du régime. Je passe très vite, épuisé, je me traîne d’une banquette à une autre. Nous ressortons pour aller attendre nos Allemands à une terrasse sur la place devant le théâtre. Ils nous rejoignent avec la fille aînée des Suisses. Nous prenons nos places un quart d’heure avant la représentation et sommes placés au milieu du cinquième rang du parterre ! La salle est décorée de stucs dans le style orientalisant. Nous assistons donc au ballet Les mille et une nuits du parfait inconnu Arimov. Musique peu élégante, avec des accents stravinskien dans les meilleurs passages, décors frais dans le style Klimt revu par Hollywood. Chorégraphie des plus classiques, applaudie à la moindre pirouette, les scènes d’ensemble pourraient être produites à Broadway, un danseur étoile bon technicien et une inoubliable danseuse orientale dans un rôle secondaire. Le passage d’Ali Baba est le plus enlevé. Nous revenons au camion en taxi et retrouvons le Suisse, Sylvain qui est retourné à l’agence mais la situation ne semble pas avoir évolué. Nous dînons tous ensemble de pâtes aux œufs relevées avec notre boîte de confit de canard et deux bouteilles de bière.

 

Samedi 13 juin : Dès que nous sommes prêts, nous allons nous garer à côté des autres camping-cars, dans l’attente de la visite de Sébastien, le technicien allemand ! Il examine le réfrigérateur et trouve rapidement la panne : non pas le compresseur, comme diagnostiqué hâtivement par le frigoriste de Bishkek mais tout simplement un condensateur coupé net aux soudures. Il peut réparer et nous retrouvons un réfrigérateur qui fait du froid ! Nous sommes bien entendu ravis et promettons de payer le champagne, lundi soir, quand Annette et Sébastien seront rentrés de leur week-end. Nous échangeons adresses et prenons des photos de nous tous réunis. Nous allons prendre le métro et descendons à la station du bazar Chorsu. A peine sortis, nous sommes démarchés pour changer des dollars au noir, j’en profite pour me débarrasser des somoni tadjiks. Le marché est immense, la partie fruits et légumes est rassemblée sous une vaste halle, sous un dôme turquoise. Les étals sont disposés en cercles concentriques et proposent les fruits habituels : cerises, abricots, petites pommes, quelques grappes de raisin. A l’étage, ce sont les fruits secs qui sont présentés. Le marché déborde dans la rue sous des parasols, les marchandes ont toutes des visières et des chapeaux pour se protéger du soleil, impitoyable. Nous cherchons où déjeuner, la gargote qui arbore le panonceau ПИВО a tout de suite notre faveur, quoiqu’on y serve ! De bonnes brochettes citronnées, pimentées et à goût de cumin, avec des mantis font passer la bière glacée… Nous repartons dans le marché. Marie a trop chaud et ne se sent pas bien, nous faisons des haltes fréquentes à l’ombre. Nous allons voir et visiter la madrasa Koukeldach, une belle bâtisse avec un fronton décoré de faïences formant des dessins en écriture kufique,  à l’image de ce que nous nous attendons à voir à Samarkand. Elle est en cours de restauration mais nous payons néanmoins l’entrée. Sa cour carrée est plantée d’arbres fruitiers, l’iwan du fond est peu décoré, les cellules sont en travaux. Nous prenons un taxi de fortune pour nous emmener au Khast Imam. Un vaste ensemble de bâtiments religieux, au milieu de jardins arrosés en permanence, les coupoles turquoise sont nombreuses et l’ensemble est harmonieux mais manque de vie. Ne s’y rencontrent que des touristes assommés de chaleur, cherchant des yeux le plus proche estaminet… Comme nous… Nous y visitons une autre madrasa, celle de Barak Khan, elle a été transformée en piège à touristes, chaque cellule est occupée par un artisan ou un marchand de souvenirs. Nous continuons par un joli mausolée mais l’ensoleillement n’est pas favorable à sa façade décorée de tuiles vernissées. Nous revenons vers le clou du lieu, un édifice construit dans le style traditionnel, conserve un Coran du VII° siècle, exposé à l’admiration des fidèles et à la contemplation dubitative des infidèles, moyennant finance… Nous arrêtons une autre voiture pour nous conduire près de trois mausolées, modestes mais pas sans charme, dans leurs jardins de roses. Nous devons implorer le droit de voir le dernier auprès des gardes qui nous accompagnent pour le cas où… Nouveau taxi pour revenir au camion. Nous savourons une bouteille d’eau fraîche sortie de notre réfrigérateur ! Nous allons donc acheter des provisions au supermarché voisin et revenons nous garer à notre place habituelle. Nous allons profiter des salons de l‘hôtel Ouzbekistan pour, grâce au wifi, lire notre courrier, répondre à Julie et rajouter quelques photos sur le blog. La climatisation exagérée nous en chasse et nous dînons au camion d’un bon steak haché avec des champignons en conserve et une bière fraîche. La musique en provenance des salons de l’hôtel « Le Grande Plaza » promet en ce samedi soir de nous tenir éveillés tard !  Je déplace le camion pour nous éloigner de la source musicale mais je le rapproche alors d’une autre

 

Dimanche 14 juin : Il fait bon au matin, seul moment où je ne transpire pas. Nous traînons, pas pressés, puis partons tranquillement en métro. Nous descendons à la place Mustaqillik, une de ces vastes esplanades pour défilés martiaux comme les aiment les régimes totalitaires, mais aujourd’hui, c’est calme plat ! Presque pas de voitures au grand désespoir des policiers en manque de victimes. Nous suivons une large avenue, passons devant le palais Romanov, ancienne résidence des tsars, fermé aux visites puis nous longeons le Musée historique déjà parcouru. Nous continuons, heureusement souvent à l’ombre, avant de trouver, dans un quartier en pleine construction de résidences tape à l’œil pour oligarques de fraîche extraction, le Musée des arts appliqués. Dans une ancienne demeure restaurée, délire de stucs, de plâtres colorés, de plafonds peints, de niches occupées par des flacons, sont présents de superbes suzani, ces tissus colorés, brodés de fleurs, de symboles solaires et d’autres tissus obtenus par l’impression de tampons encrés. Nous sommes moins intéressés par la poterie, les cuivres. Les bijoux anciens en argent sont souvent trop travaillés, ceux d’origine turkmène, plus sobres nous plaisent beaucoup. Les boutiques du musée ont de belles choses mais à des prix qui les mettent hors de portée de notre bourse. Nous revenons prendre le métro et rentrons au camion. Nous y déjeunons puis, après un court répit, nous allons profiter de la climatisation et du moelleux des fauteuils de l’hôtel pour mettre à jour le blog et insérer les photos jusqu’à aujourd’hui. Nous sommes à jour mais nous ne savons pas quand nous retrouverons le wifi. En fin de soirée, un grand mariage rassemble dans les salons, toute la bonne société. Un quatuor classique joue Mozart, tandis que des trompes sonnent pour l’arrivée de la mariée, cacophonie surprenante ! Nous retournons dîner au camion. Sébastien de retour de week-end vient nous dire bonsoir avant que nous ne nous couchions.

 

Lundi 15 juin : Nous sommes prêts avant l’heure de nous rendre au consulat d’Iran. Nous y sommes donc en avance, les premiers et les seuls. Nous devons apposer nos empreintes digitales sur une feuille de papier, tous les doigts des deux mains ! Le visa de sept jours, nous est délivré sans difficulté. Ce bon point acquis, nous revenons au camion, toujours en taxi. J’en repars pour l’agence de voyage. Celui qui s’occupe de nos visas n’est pas là, je l’attends une demi-heure, il est allé à l’ambassade du Turkménistan où il a laissé son assistant, chargé de se renseigner, en soudoyant les gardes pour entrer ! Il téléphone et on m’annonce un prix de cent vingt dollars avec un délai d’une semaine, ce qui est acceptable. Je paye et remets des photos d’identité. Je retourne au camion où l’employé est censé nous apporter les papiers à remplir, dans l’après-midi. Nous prenons la voiture ce qui va permettre de recharger la batterie, et allons manger un plov au Central Asia Plov Center, nom bien prétentieux pour un restaurant ordinaire mais où effectivement le plov, du riz, des carottes, des fruits secs et frais sautés avec de la viande tendre et goûteuse est délicieux. Les mantis par contre sont moins réussis. Nous passons chercher le linge lavé, repassé et présenté sur des cintres… Nous revenons nous garer à côté des Allemands. Je donne un coup de propre à la voiture et nous attendons la venue de Nisor, l’employé de l’agence. A cinq heures toujours personne. Je retourne à son bureau, Nisor n’y est pas, les employés lui téléphonent, il passera à la voiture dans une ou deux heures ! Je passe au supermarché racheter des provisions puis retrouve Marie, Annette et Sébastien aux voitures. Nous prenons le thé ensemble puis nous ouvrons la bouteille de champagne ouzbèk prévue pour remercier Sébastien de son intervention sur le réfrigérateur. Ce n’est pas une réussite ! Les chips et les cacahouètes non plus ! Et toujours pas de Nisor, il n’arrive qu’à huit heures et demie et parle d’une augmentation du tarif, trente dollars de plus par personne qu’il ramène à vingt. Il promet que les visas seront prêts lundi prochain, sinon il nous rembourse… Nous allons dîner avec nos amis allemands à la cafétéria, encore avec de l’eau gazeuse. Je retourne profiter du wifi avant de me faire chasser par l’extinction des feux.

 

Mardi 16 juin : Nous disons au revoir à Annette et Sébastien et sortons de Tashkent, sans nous perdre mais la traversée de la ville est longue, les banlieues, toujours dans la verdure, s’allongent sur des kilomètres. Nous roulons sur une autoroute, deux chaussées séparées par une haie de roses trémières, parcourue (pas forcément dans le même sens),  traversée, par tout ce qui roule, se pousse ou se tire. Les moissons sont en cours, les lourds épis font la sieste appuyés les uns sur les autres en attendant d’être fauchés. L’autoroute est interrompue par le tracé de la frontière kazakh que nous devons contourner. La route se dégrade avec des nids de poule acceptables ! Je suis en excès de vitesse mais le policier renonce à verbaliser à l’énoncé de nos qualités, pendant que des bolides passent en très net excès de vitesse… Nous retrouvons une portion de route à deux voies séparées jusqu’à Samarcande. Nous cherchons notre chemin, aucune indication n’indiquant le centre ville. Enfin nous apercevons les coupoles couvertes de faïences du Registan. Nous trouvons derrière ce fameux ensemble de monuments un parking désert où nous nous installons à l’ombre. Nous partons à pied en longeant l’une des trois madrasa qui constituent le Registan mais nous ne pouvons accéder au parvis sur lequel elles s’ouvrent, l’ensemble est clos et l’entrée est payante. Nous contournons le monument en admirant les décors de faïences et de briques crues, tous sur le même motif, répétant les noms de Allah et de Mohammed. Depuis l’esplanade qui fait face aux trois masses imposantes, nous découvrons la façade de celle qui est éclairée par le soleil, son iwan s’orne d’une curieuse représentation de tigres. Les minarets tronqués, inachevés ou tombés lors de tremblements de terre ne sont pas tous droits et forment un ensemble de (fausses) verticales esthétiquement séduisante. Quelques visiteurs locaux donnent un semblant de vie au lieu mais ce n’est tout de même pas l’ambiance d’Ispahan. Nous visiterons demain, en prenant notre temps. Nous continuons jusqu’à une place, une suite de pelouses, sans ombre, un quartier rasé mais qui fait un vide désolant dans la ville. Nous nous dirigeons vers un mausolée couvert d’une coupole turquoise. Nous allons voir une auberge où nous envisageons de dormir demain soir, pour l’anniversaire de Marie. Dans une maison ancienne, des chambres disposées autour d’une cour plantée d’arbres fruitiers, ont été joliment décorées avec des suzani. Nous réservons la plus belle chambre, avec un balcon et vue sur le mausolée. Nous revenons par un autre mausolée sans décor notable, qui s’ouvre sur une cour occupée par des marchands de souvenirs que nous ne visitons pas. Marie m’attend dans un grand hôtel pendant que je vais rechercher la voiture. Je prends encore des photos des murs et des tours dans la douce lumière du couchant. Pas de wifi à cet hôtel, envahi par des 4x4 de Français en convoi. Nous cherchons un cybercafé, nous avons un message de Annette : Nosir, l’employé de l’agence est venu, juste après notre départ, chercher les originaux des passeports ! Je rappelle Annette, Sylvain me dit qu’il verra Nosir demain. Nous ne savons plus quoi faire, retourner à Tashkent, attendre ici... Je réussis à téléphoner à Nosir avec notre portable, il me demande de le rappeler dans une heure. Nous retournons nous garer au parking, je tape la journée, m’occupe des photos puis j’essaie de rappeler Nosir, son portable est coupé, je lui envoie un sms. Arrivée du « Directeur » du parking qui exige que nous nous garions en quinconce et en plein milieu, donc sans aucune chance d’avoir de l’ombre au matin. Je refuse, l’insulte, le traite de « fasciste » ! Nous sommes envahis de mouches à cause du tas d’immondices qui occupe un coin du parking. Nous allons nous garer près d’une clinique, le temps de dîner de côtelettes d’agneau pas assez cuites pour cause de dégagement de fumée trop intense. L’énervement monte !!! L’endroit est bruyant et je sens que Marie commence elle aussi à être sous pression. Je décide donc de repartir pour un coin plus calme. 
 

Mercredi 17 juin : Je suis réveillé tôt et je ne sais comment la journée va se passer. Nous sommes au soleil, je déplace la voiture à l’ombre, nous sommes en face du mausolée Gour Emir. Je téléphone de nouveau à Nosir : les passeports ne seront nécessaires que lundi matin… Jusqu’à nouvel avis ? Nous allons nous garer face au Registan et sommes dans les premiers visiteurs. L’entrée est à sept mille trois cents sum, plus trois mille pour le droit de prendre des photos, cochons de touristes ! Le soleil éclaire la façade de la madrasa Ulug Beg et commence à effleurer celle de la madrasa Tilla Kari. Placé entre les trois façades des madrasa, on se sent écrasé par leurs masses imposantes et les minarets, à demi penchés sur l’imprudent, semblent le guetter pour s’abattre sur lui. Les défauts de verticalité, tant des minarets que des arêtes des iwan, (certains penchent en avant, d’autres en arrière), donnent une sympathique illusion d’inachevé ou plutôt de construit à la hâte. Comme nous l’avions remarqué hier, les murs, décorés de briques crues ou de faïence bleue outremer, turquoise, jaunes, sont loin d’avoir la grâce, l’élégance de celles d’Ispahan ou de Shiraz, plus récentes il est vrai. Derrière ces façades, sont disposées, autour d’une cour carrée, les cellules des étudiants en théologie, du moins quand il y avait des étudiants, désormais remplacées par des salles de musée ou des boutiques de souvenirs. Ces cellules sont disposées sur un ou deux étages, avec des iwan au milieu des côtés, creusés de niches. C’est ici que je retrouve le plus l’atmosphère des établissements similaires d’Iran. Les murs sont revêtus de faïences qui forment des décors souvent géométriques, rarement floraux. La mosquée de la madrasa Tilla Kari est à l’intérieur très lourdement restaurée, dorures et stucs ont été plus que rafraîchis, cela brille presque autant que la dentition d’un Ouzbek d’âge moyen ! Une partie est transformée en musée et montre principalement d’anciennes photos du Registan en ruine, mais alors carrefour de routes et donc animé car fréquenté par la population. La dernière madrasa, celle de Chir Dor est incomplètement restaurée, son pavage intérieur est resté grossier, ses carreaux de faïence n’ont pas tous été remplacés, des banquettes semblent attendre les pèlerins, des hirondelles volent sous les voûtes, c’est la plus sympathique ! Nous reprenons la voiture et retournons à un cybercafé pour avoir de nouvelles de nos visas. Un message de Sylvain, le Suisse, nous attend mais impossible de le lire. Je téléphone à Annette qui nous confirme que pour Nosir, tout est OK ! Nous allons prendre possession de notre chambre de luxe, avec du balcon, une vue sur les coupoles du Gour Emir et surtout sur les toits de tôle. La patronne nous offre un thé de bienvenue avec du pain et une excellente confiture. Une Française vient nous faire la causette, elle nous apprend que le mur qui sépare ce quartier de la route qui mène aux lieux touristiques a été récemment bâti, sur ordre du président, pour « cacher la laideur de ces maisons » aux touristes. Un autre quartier a été rasé, remplacé par une pelouse sans ombre ! Nous déjeunons à la chambre avec nos dernières provisions puis, après m’être occupé des photos, je m’octroie une sieste. Nous repartons pour visiter le Gour Emir, une jolie construction, précédée d’un tout aussi joli portique, un pishtaq. Il sert de tombeau à Timour, ce sanguinaire conquérant, spécialiste de l’éradication des villes, digne ancêtre de l’actuel président et dont les Ouzbeks sont très fiers. Si l’extérieur, bien que restauré sans finesse, est agréable à l’œil, l’intérieur est navrant. Les dorures et les stucs repeints semblent et sont neufs, brillants comme chez un nouveau riche ! Les tombes de Timour et de quelques-uns de ses ancêtres et descendants, de simples dalles de marbre ou de jade, couvertes de versets coraniques, paraissent bien modestes à côté. Nous repartons pour le Registan. Marie veut approcher de la mosquée de Bibi Khanoun, nous nous retrouvons dans le fouillis du bazar, roulons sur des tas d’ordures avant de revenir par des ruelles de la vieille ville où il faut faire attention de ne pas mettre une roue dans le caniveau central, incomplètement recouvert de grilles. Nous retournons dans le Registan pour une rapide revisite des cours et des façades sous un éclairage différent. Nous partons ensuite en repérage d’un restaurant puis nous nous rendons dans un cybercafé, lire le message de Sylvain qui ne m’apprend rien de nouveau. J’ai envoyé un sms à Julie pour lui signaler qu’elle peut nous appeler sur le portable, en particulier demain pour l’anniversaire de Marie. Inquiète, elle nous rappelle aussitôt, l’effet de surprise est gâché. Nous allons dîner de chachlik, deux cailles fermes pour Marie, et que nous découvrirons farcies de köfté, à la fin et pour moi de morceaux de porc, également ferme. Les prix n’étaient pas indiqués sur la carte et l’addition est plus élevée que d’habitude pour un repas très quelconque. Dommage, le cadre, en terrasse, au frais, était plaisant. Nous rentrons à notre auberge en jetant un dernier coup d’œil au Gour Emir illuminé. La coupole bleue électrique a des allures de station spatiale entre les deux fusées-minarets !

 

Jeudi 18 juin : Je resterais bien au lit, pour une fois que nous avons de la place, et dans le lit, et dans la pièce ! Je profite de la douche puis nous allons prendre le petit déjeuner dans le jardin, en compagnie de la Française rencontrée hier. Très copieux, des fruits, des confitures délicieuses, des mini crêpes, des omelettes aux légumes et bien sûr du thé. La collation nous servira presque de déjeuner. Nous prenons la voiture pour nous rendre à la mosquée de Bibi Khanoum. La première impression est d’émerveillement ! Nous la découvrons, en perspective, alignée avec son portail d’accès et une coupole des iwan latéraux. Ensemble extrêmement séduisant, presque à l’égal des monuments iraniens. Et puis, en approchant, je suis plus stupéfait par le gigantisme du bâtiment que par sa finesse. Les surfaces sont planes, sans aspérités sur lesquelles l’œil se reposerait, sans ces stalactites qui font respirer une voûte. La restauration y est peut-être pour quelque chose, on n’a pas lésiné sur le béton et néanmoins, les édifices menacent ruines. Des tuiles sont tombées, des fissures apparaissent à l‘intérieur de la salle de prière laissée à l’abandon, les parties anciennes des faïences des minarets, plus ternes, mettent en évidence les zones  reconstruites, de couleurs plus vives. Nous refusons de payer de nouveau dix fois le tarif des locaux pour voir le mausolée de la même Bibi Khanoum et nous allons au bazar voisin. Encore une immense halle occupée par les marchands de fruits secs et frais, de légumes, les quincailliers sont installés à l’extérieur. Le marché s’étire le long de la mosquée. Je regrette que ce ne soit pas un vrai souk ou un bazar comme en Inde qui se mêlerait aux abords de la mosquée et lui donnerait vie. Nous achetons un melon et des cerises pour notre déjeuner. Nous reprenons la voiture pour nous rendre à l’observatoire d’Ulug Beg. Il n’en reste rien mais on nous fait tout de même payer une entrée pour visiter une pièce où sont exposés des portraits d’astronomes anciens, puis nous pouvons contempler une rampe en arc de cercle d’un sextant géant, sous un tunnel… Nous repartons pour le musée d’Afrosiab, consacré aux fouilles menées sur le site de l’ancienne Samarcande sogdienne. Quelques salles évoquent avec des maquettes, des reconstitutions de tombes, de murailles, de ces temps anciens mais le plus intéressant est la salle des fresques. Sur trois murs sont présentés des panneaux de grandes scènes, très détériorées, partiellement colorées : présentation d’ambassadeurs, scènes de chasse au léopard, dames chinoises de la cour en barque. Le peu que l’on en voit fait regretter leur aspect fragmentaire. Nous revenons déjeuner à la chambre en profitant de la climatisation. Julie nous appelle en ce 18 juin ! Sieste après avoir recopié les photos dans l’ordinateur. Martine m’en tire en téléphonant à son tour pour souhaiter son anniversaire à Marie. Nous allons demander à la patronne de nous montrer sa fabuleuse collection de suzani. Elle nous en montre deux ou trois dont nous aimerions faire l’acquisition, ils proviennent du Tadjikistan ! Un manteau, un tchapan, en tissu ikat, dans des tons de bleu, est aux dimensions exactes de Marie… Impossible de se décider… Nous repartons pour poster des cartes puis consulter les messages : vœux de Nicole et d’Yvette. Nous revenons à l‘auberge et à ses trésors. La patronne nous propose d’emporter les pièces qui nous tentent et d’y réfléchir… Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous accrochons le tchapan à un cintre devant une fenêtre et le suzani à côté de celui pendu au mur et qui me plairait bien… Nous allons dîner en compagnie d’anglophones, deux Ecossaises qui parlent un peu français, un couple d’Allemands peu sympathiques et un individu bavard et tonitruant qui nous gâche la soirée. La table est dressée dans la cour d’une ancienne demeure de toute beauté, en cours de restauration, à quelque distance de l’auberge. Une pièce surélevée est décorée de stucs très fins, colorés, les poutres au plafond sont peintes, des inscriptions en arabe et en farsi courent au-dessus des niches en albâtre. Le repas est très quelconque : petites salades, puis une soupe avec des légumes et des boulettes de viande et un plov très décevant, riz trop cuit, pas de fruits et très peu de viande. Quant à la bière, en supplément, elle est tiède ! Retour dans la nuit et début d’une nuit de réflexion en contemplant tissu et manteau ! Je laisse la décision à Marie, ce sera son cadeau d’anniversaire même si ma conviction est faite…

 

Vendredi 19 juin : Marie a donc choisi le manteau, tant pis pour le suzani, peut-être en trouverons-nous d’autres à Boukhara… Nous prenons notre dernier petit déjeuner dans le jardin nettement moins bien que la veille mais toujours copieux. Je fais les comptes avec la patronne qui me fait royalement un rabais de cinq dollars sur le manteau ! Nous chargeons la voiture mais avant de partir, nous allons jeter un œil à l’autre mausolée, caché derrière le Gur Emir. Il faudrait encore payer pour admirer les restaurations récentes, nous nous en dispensons… Alors que nous revenons à la voiture, une délégation de « gens importants » vient visiter le Gour Emir, la circulation est arrêtée et la population fermement invitée à rester cachée derrière son mur de la honte ! Nous allons nous garer près du musée, mais avant de le visiter, nous allons voir une mosquée toute proche, celle de Makhdoumi Khorezm. Elle aussi vient d’être restaurée, les plafonds de bois de la salle de prière et du péristyle, supportés par de belles colonnes sculptées et renflées à la base, sont peints de couleurs qui n’ont pas encore eu le temps de se patiner. Nous réservons au bed and breakfast proche une chambre pour dimanche soir, le patron nous offre le thé dans le jardin ombragé. Ce n’est plus la même classe mais c’est nettement moins cher. Nous nous rendons au musée et comprenons vite qu’il est en cours de réinstallation. Des travaux ont lieu, le bruit et la poussière nous accompagnent dans la visite des rares salles ouvertes. Une exposition de photo sur le thème de la femme ouzbek est intéressante, une autre salle présente une collection de calligraphies arabes. Les objets présentés à l’étage sont hors de vue et les gardiennes sont plus occupées à siroter leur thé ou à essayer de nous vendre des souvenirs qu’à surveiller les rares visiteurs. Nous retournons dans le centre de la ville moderne. Dans un cybercafé nous envoyons un message à Nicole puis nous achetons des provisions dans un petit supermarché et nous nous garons à l’ombre pour déjeuner et faire une sieste dans le camion. Il fait chaud et l’absence d’air nous fait presque suffoquer. Nous devons retrouver à quatre heures deux jeunes étudiants rencontrés au cybercafé. Ils parlent français et souhaitent se perfectionner. Mais ils ne sont pas au rendez-vous. Nous attendons puis allons au Shah i Zinde, en contrebas de la mosquée de Bibi Khanoum. Au pied du cimetière qui couvre la colline, une allée de mausolées anciens, couverts de coupoles vernissées pour certaines, s’offre au visiteur. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, couverts de faïences bleues, jaunes ou même vertes pour les derniers. Les restaurations s’oublient devant la beauté du site et l’on chemine en allant d’émerveillement en émerveillement. Nous sommes surpris de retrouver un de nos étudiants qui nous fait presque le reproche de ne pas les avoir attendus ! Il nous accompagne et nous demande de le corriger et de lui indiquer des conjugaisons. Le soleil décline, les touristes sont repartis, remplacés par les Ouzbeks venus se recueillir sur les tombeaux. Nous emmenons notre élève jusqu’à la mosquée Khazrat Khizr, récemment restaurée, sur une éminence, du même type que celle de ce matin : péristyle et salle de prière aux plafonds peints et colonnes sculptées. Son entrée est scandaleusement élevée alors que l’on peut presque tout voir de l’extérieur. Nous le faisons remarquer à la gardienne qui parle un peu français. Pour se faire pardonner, elle nous offre le thé et nous autorise à monter au sommet du petit minaret d’où on aperçoit les ruines d’Afrasiab. Nous quittons notre peu agréable élève et revenons nous garer près du Gour Emir.

 

Samedi 20 juin : Si l’appel à la prière ne nous avait pas réveillé au point du jour, la nuit aurait été parfaite. Nous avions le Gour Emir dans l’axe de notre ouverture, illuminé hier soir et éclairé par le soleil ce matin. Nous quittons Samarcande en direction du Sud. A la sortie de la ville nous trouvons une belle madrasa, inconnue, pas signalée dans les livres ! Beau portail à décor floral en faïences outremer et jaunes et une cour classiquement entourée de cellules, elles aussi joliment décorées. Un arbre planté au beau milieu de la cour apporte une touche de vert sur le fond de bleu des carreaux. La salle de prière est surmontée d’un dôme, posé sur un tambour, avec des inscriptions coufiques. Les imperfections dans les revêtements, les briques non remplacées, les irrégularités dans les alignements laissent croire à une construction qui a traversé les siècles sans dommages. Il n’en est sans doute rien mais c’est une exquise surprise pour ce début de journée. Nous continuons dans la plaine, vergers et cultures, en direction des montagnes qui se précisent et sortent de la brume de chaleur, au fur et à mesure que nous nous en approchons. Nous devons franchir leur barrière par un col sur une mauvaise route, entre des pentes arides. La descente est plus impressionnante, la plaine et une autre chaîne de montagnes se perdent dans un lointain imprécis. Nous parvenons à Chakrisabz et nous nous garons le long d’un parc d’où surgit la masse des restes du palais de Timour, l’Ak Saray, en fait, deux massives tours du portail, en partie revêtues de faïences très dégradées. Nous en faisons le tour puis je grimpe l’escalier en colimaçon qui permet d’accéder à une terrasse avec une vue sur toute la ville et ses toits de tôles. Devant les ruines du portail, se dresse une statue du grand homme : Timur, dans une pose martiale. Les jeunes mariés avec leurs amis viennent s’y faire prendre en photo. Nous nous mêlons aux cortèges pour admirer les tenues, les robes à volants, les costumes des mariés et leur mine renfrognée, sourire interdit ! Nous reprenons la voiture et allons stationner devant un ensemble de monuments, une mosquée avec une jolie salle de prière décorée de fresques à sujets de palmiers et autres arbres vaguement fantastiques, presque chinois. Deux mausolées, surmontés de coupoles turquoise complètent le complexe. A quelques dizaines de mètres, un autre ensemble n’a pas grand intérêt, un mausolée d’un fils de Timour et une petite mosquée avec des colonnes de bois. Marie fait l’emplette d’un chapeau pour le soleil et moi d’un Coca Cola… J’ai envie de déjeuner au restaurant, je vais repérer un tchaïkhane avec de la bière, près du bazar. Nous nous y reposons mais la bière pas fraîche nous fait regretter de ne pas avoir déjeuné au camion. Nous repartons en début d’après-midi, je ne roule pas vite, nous avons le temps. Nous repassons le col puis prenons la route d’Urgut. Nous nous renseignons sur le lieu du marché, très important le dimanche matin. Nous nous y rendons pour repérer les lieux. Il est immense, s’étire le long d’une rue très encombrée mais il est tard et les marchands plient bagages. Nous cherchons un endroit calme pour la nuit et ombragé pour le réveil. Nous remontons la rue principale, partagée en deux par un ruisseau, tournons dans les rues latérales mais sans trouver de place. Nous allons prendre un soda ou une bière dans un café, entre les deux voies de la grande rue puis repartons en quête de calme. Nous finissons par trouver une rue bordée d’arbres, sans trop de maisons d’habitation. A peine installés, une babouchka, autoritaire, vient nous tenir un grand discours en russe. Devant notre incompréhension, elle rameute le voisinage puis nous traîne chez un voisin qui étudie et travaille à Londres. Il parle suffisamment anglais pour que nous puissions échanger quelques mots. La grand-mère nous ramène chez elle, dans son jardin où elle nous sert le thé, accompagné de noix, de raisins secs, d’amandes, de biscuits, de lipiochka, le pain rond qu’il faut émietter et tremper dans le thé. La parentèle est conviée à venir contempler les franzouski ! Peu après avoir regagné le camion, la grand-mère nous amène la mère du garçon qui parle anglais pour qu’elle voit de près notre installation. Puis, plus tard, c’est une autre femme qui vient nous réclamer nos passeports ! Nous refusons, des conversations animées se tiennent à proximité, nous ne doutons pas d’en être le sujet. Enfin le calme revient.


Dimanche 21 juin
 : Pas d’autres curieux dans la nuit ! Nous ne sommes pas encore prêts que Tamara, notre babouchka vient toquer à la porte pour nous inviter à prendre le thé. Nous nous excusons et lui donnons des bonbons pour les enfants, elle s’en satisfait. Nous retournons près du marché, bien plus populeux que la veille. Les marchands ont copieusement arrosé l’allée pour coller la poussière mais l’abondance d’eau l’a transformée en une gadoue grasse… Nous retrouvons le coin des « affaires » pour touristes : suzani et bijoux. Peu de vraiment beaux objets, néanmoins quelques-uns nous intéressent, en particulier une paire de jolies boucles d’oreilles en argent incrustées de minuscules turquoises (?) et ornées de boules de corail (?). Le marchandage est difficile, nous devons faire plusieurs passages avant de repartir avec. Dans des allées, est vendu tout le nécessaire pour les mariages : toques avec des pendeloques argentées ou dorées, chapan matelassés, lourdes robes brodées de fils d’or. Les fiancées et leurs mères viennent en délégation essayer, comparer. Nous repartons et retournons à Samarcande. Nous allons nous installer dans la chambre réservée que nous découvrons, surprise agréable, climatisée. Nous donnons du linge à laver puis déjeunons dans la chambre avant de faire une bonne sieste. Nous ressortons pour aller acheter quelques provisions, fromage et fruits, pour Marie, demain midi, puis nous nous rendons dans un café-restaurant qui a le wifi. Nous pouvons lire nos messages mais le blog n’est pas accessible et nous ne pouvons donc pas le mettre à jour. Marie s’avise alors qu’aujourd’hui c’est la fête des Pères… Julie semble l’avoir aussi oublié ! Nous restons devant l’ordinateur jusqu’à l’heure de dîner. Nous mangeons sur la terrasse à l’extérieur. Bonne cuisine, un peu grasse mais nos plats : agneau aux abricots et porc sauce « strong » ont des accents exotiques tout à fait plaisants. Nous rentrons et nous arrêtons à la hauteur du Registan. Le spectacle « Son et Lumière » s’y tient. Nous ne pouvons pas approcher jusqu’aux bancs réservés à ceux qui ont payé mais, dix mètres en arrière, nous en voyons autant. Les façades éclairées me paraissent plus spectaculaires, sans doute parce que les masses des madrasa restent dans l’ombre. Nous rentrons à la chambre où je tape mon journal avant de repartir en taxi jusqu’à la gare routière où je suis aussitôt embarqué dans un autre taxi avec trois autres personnes, une femme avec un bébé qui aura la délicatesse de ne pas trop pleurer, d’un garçon et d’un autre qui va vite ressentir une grande affection pour moi, au point de passer presque tout le voyage sur mon épaule ! Et nous voilà partis à toute vitesse sur l’autoroute…

 

Lundi 22 juin : Les heures passent, trop vite car je ne suis pas pressé… Nous sommes à Tachkent à une heure et demie du matin. Je suis débarqué du taxi, personne ne m’aura adressé la parole… Je me retrouve sur un terrain vague, dans un environnement glauque, face à deux ou trois énergumènes qui se disent chauffeurs de taxi et qui veulent à tout prix m’emmener dans le centre en m’assurant que le métro n’ouvre qu’à sept heures (en réalité à cinq heures) et qu’il n’y a pas de café ouvert à proximité. Je m’éloigne d’eux, m’assieds sur une borne en ciment et je me demande bien ce que je vais faire aussi tôt ici ! L’un des taxis vient me proposer de m’emmener à un café. Je le suis, méfiant. Effectivement, à quelques centaines de mètres, la cafétéria d’une station-service est ouverte. Je m’installe sur un banc et commande un thé. Au début, je le sirote avec une certaine décontraction puis je finis, comme un saoulard, la tête dans les bras en croix sur la table… A quatre heures et demie, le jour se lève, moi aussi et à cinq heures je suis sur le quai du métro, pour une fois avec les travailleurs matinaux… Je descends à la station près de l’hôtel Ouzbékistan. Pas de camping-cars garés derrière. Je suis déçu, je comptais sur eux pour un fauteuil, un petit déjeuner et un bout de conversation. Je me rends à l’agence de voyage, bien entendu encore fermée. J’attends assis à un arrêt d’autobus puis je vais profiter des toilettes de l’hôtel avant de m’assoupir dans un fauteuil trop moelleux. Je retourne à l’agence, Nosir y est, je lui remets les passeports, il me dit de revenir les chercher entre trois et quatre heures. Je me rends dans un cybercafé où je lis le courrier, vœux de Laurence et Agnès pour Marie, rien de Julie ! Je mets à jour le blog, sans les images. Je retourne sur la place Amir Timour et continue de faire la tournée des bancs publics des parcs du centre ville. Je me déplace toutes les heures de l’un à l’autre… Je pousse jusqu’au Tsoum, découvre l’étage consacré aux vêtements que nous avions ignoré, une plongée dans le monde de la mode des années cinquante, version soviétique… Je repère des troquets avec bière fraîche pour déjeuner, avant de recevoir un puis plusieurs sms de Nosir qui veut des précisions sur les dates d’entrée, de sortie, m’avertit que les dates accordées par l’ambassade ne correspondent pas. Je comprends qu’il est à l‘ambassade, je l’y rejoins. Il en sort et m’annonce tout content : « Tomorrow passports ». Il ne saurait en être question, je ne vais pas rester un jour de plus à Tachkent ! Je l’oblige à retourner dans l’ambassade où je le suis. J’obtiens que les visas soient prêts cet après-midi. Et je repars dans mon errance… Je vais déjeuner d’un chawarma avec un demi de bière à la température parfaite avant de continuer ma tournée des bancs. A trois heures, je suis devant l’ambassade qui ouvre à cinq heures moins le quart. On me remet les passeports mais je dois payer les droits, cinquante-cinq dollars chacun, non réglés par Nosir, pour un visa de transit de trois jours seulement ! Je dois attendre l’arrivée de ce cher incompétent de Nosir qui me rembourse les droits et que je plante là. Je cours reprendre le métro et trouve aussitôt un taxi à la gare routière, dix minutes plus tard, je repars pour Samarcande. Une jeune femme élégante et un jeune couple de fiancés de la bonne société, très préoccupés par le coût des biens de consommation en France, sans savoir grand-chose de la société occidentale, faisant preuve d’une candeur irritante… Après avoir refusé une gorgée d’un Coca Cola tiède puis une bouteille d’eau glacée, je me sens obligé d’accepter un chewing gum qu’ils m’offrent. Me voilà à mâchouiller un bout de caoutchouc, parfumé à la fraise, pétillant, piquant sous la langue. Une horreur ! Exemple type de la décadence des goûts dans la future classe dirigeante ou de la dépravation des mœurs chez la jeunesse dorée… Impossible de prévenir Marie de mon retour, les numéros de téléphone fournis par le B & B ne sont pas bons. Nous filons aussi vite que le permet le moteur. Le chauffeur, comme celui de cette nuit, avale quelques pilules pour se stimuler… Enfin, à neuf heures et demie, me revoilà à la gare routière de Samarcande, un dernier taxi me dépose à l’auberge où je retrouve Marie en compagnie de cyclistes français masochistes. Je raconte mes aventures puis nous allons nous coucher.

 

Mardi 23 juin : Nous avons dormi plus tard, j’avais arrêté la climatisation dans la nuit. Nous petit déjeunons avec le couple de cyclistes et un autre Français, parti pour un tour du Monde en trois mois ! Nous discutons longuement et nous quittons l’auberge tard. Nous passons à « notre » supermarché acheter quelques produits puis nous sortons de Samarcande. Pas par la route qui rejoindrait l’autoroute mais nous la retrouverons plus loin. Paysage monotone de plaine en cultures, principalement du blé. Le revêtement est variable, parfois patchwork, parfois très correct. Nous déjeunons à l’ombre et continuons en direction de Boukhara. Deux contrôles, à demi par curiosité, se passent bien, dès que nous exhibons notre « lettre de protection » de l’ambassade. Nous roulons en climatisé mais peu avant Boukhara, une averse nous surprend, elle permet de rafraîchir l’atmosphère, de coller les poussières et de laver le pare-brise. Nous entrons dans Boukhara et trouvons rapidement le centre ancien. Nous sommes surpris par le calme, le silence. Peu de voitures, des rues étroites et non rectilignes qui interdisent les vitesses élevées donc les accélérations et les coups de freins brutaux. Nous nous garons près d’une belle porte en briques crues, surmontée d’une coupole et je vais à pied à la recherche de l’endroit que nous avait indiqué Joëlle pour stationner. Je suis entouré de monuments, medersa, mosquées, murs, portes, toujours en briques crues, presque sans faïences, dorés par le soleil. Au centre de cet espace, un bassin entouré de tchaïkhane, à l’ombre de mûriers, apporte une note de fraîcheur et d’authenticité au quartier. Ici, pas de monuments-musées dégagés au milieu de grands espaces déserts, comme à Samarcande. Première impression donc très favorable. L’allée repérée, je vais rechercher le camion, et Marie qui fond en sueur… Nous allons nous installer puis nous allons prendre un verre dans un des tchaïkhane autour du bassin. Des Ouzbeks, hommes et femmes, viennent se faire prendre en photo devant la statue de Nasreddin Hodja, le personnage des contes de tout le monde musulman. D’autres jouent aux dominos, à demi couchés sur des tapchan, ces banquettes recouvertes d’un épais tapis. Nous allons nous promener autour du bassin, entrons dans les cours des deux madrasa. Les cellules sont occupées par des boutiques d’artisanat pour touristes, leurs étals couvrent les murs. Nous fouillons dans les boutiques de textiles, sans rien trouver d’intéressant. Dans les rues, les boutiques à touristes débordent sur les trottoirs et couvrent les murs des maisons. Dommage ! Nous passons devant une belle mosquée, de petit format, comme les autres monuments, pas de gigantisme, du moins dans ce quartier mais une unité de construction en briques crues et une certaine animation populaire. Nous revenons au camion préparer les visites de demain.

 

Mercredi 24 juin : L’animation populaire a ses limites ! Surtout horaires… Nous apprécierions que, tard et tôt, les passants se montrent plus discrets ! Nous partons en promenade alors que la masse des touristes n’est pas encore opérationnelle, donc alors que les boutiques ne font que commencer à ouvrir. Nous passons de l’une à l’autre sans trouver d’aussi beaux suzani qu’au B & B de Samarcande. Quand nous demandons un prix, il est toujours élevé et les vendeurs ne nous courent pas après. Boukhara risque d’être une déception sur le plan des achats. Mais sur le plan architectural, c’est un régal ! Deux regrets toutefois : la trop grande abondance de marchands de souvenirs qui phagocytent toutes les cours de madrasa et même les salles de prière, et les constructions d’hôtels modernes, pas toujours du meilleur goût ! Le centre est presque piétonnier, nous passons d’une r