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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 17:31

Dimanche 3 mars : Mauvaise nuit, je rumine les problèmes à résoudre, le pneu qui perd, la batterie, le gasoil à trouver… Dès que nous sortons du camion, je tente de le démarrer mais la batterie ne veut rien savoir, elle est vide alors que j’avais pris la précaution de la débrancher hier soir. Au moment de partir, après avoir démarré la voiture en profitant de la pente, personne à qui régler. Quelques coups de klaxon font surgir le garçon de la veille qui n’a pas la monnaie et ne sait pas comment la trouver… Je le dispense de trop chercher en lui proposant de nous vendre 25 litres de gasoil au prix du marché noir pour compléter notre dû. Dans Bawiti toujours endormi, je demande où trouver un marchand de batteries, je réussis à me faire comprendre et un coup de fil fait venir un commerçant qui nous ouvre son échoppe et nous vend, pour 100 $, une batterie turque… J’en profite pour redonner un peu d’air au pneu et nous prenons la route. Dernière étape de désert de ce voyage. Encore une belle ligne de dunes et quelques pitons creusés, fouaillés par le vent puis c’en est fini, nous roulons désormais dans une immensité caillouteuse, domaine des pétroliers. Nous ne trouvons pas de station-service avec du gasoil en cours de distribution, de longues files de camions attendent l’improbable arrivée d’un camion-citerne. Au moment du déjeuner, je dois entamer nos réserves pour atteindre Alexandrie ce soir. Tomber en panne de carburant à côté des derricks et des pompes façon Shadock serait un comble ! La circulation de camions augmente, des barres d’immeubles HLM annoncent l’arrivée au Caire sur une autoroute de plus en plus fréquentée. Nous apercevons, derrière des immeubles, les pyramides au moment de continuer sur la route circulaire qui nous amène à la Desert Road d’Alexandrie. Elle porte bien mal son nom, puisqu’elle n’a rien de désertique, ni par sa fréquentation, ni par son environnement, cultures verdoyantes et petites ou moyennes entreprises industrielles. Le terme d’autoroute est aussi mal choisi. Bien qu’à péage pour une somme des plus modiques, on peut y entrer, en sortir à tout moment et la traversée de zones de commerces se fait au pas grâce à des ralentisseurs. Bien entendu le stationnement est possible, pas toujours dans la file de droite qu’il vaut mieux laisser libre pour ceux qui circulent à contre-sens. La file de gauche semble réservée aux camions qui s’y traînent derrière des tuk tuks. Et chacun de se frayer un chemin à toute allure en doublant à droite, à gauche, là où il y a une trouée... Pas question de musarder, de rouler le nez en l’air ou de contempler le paysage… Nous arrivons sains et saufs dans les faubourgs d’Alexandrie où commencent les encombrements. De ralentisseurs en chaussées défoncées, nous progressons par bonds en frôlant des carrosseries revenues de tout, des bolides conduits par des conducteurs que l’on pourrait croire au bord de la crise de nerfs, mais il n’en 295 ALEXANDRIE Cornicheest rien, bien au contraire, décontractés, musique au maximum, klaxon bloqué, ils sourient ! Nous sentions l’air marin depuis quelques kilomètres et enfin nous la voyons notre mer ! La Méditerranée est devant nous ! Nous avons traversé l’Afrique du confluent des océans Indien et Atlantique à la Méditerranée. Reste à trouver un endroit pour la nuit. Pas de camping, nous sommes résolus à dormir à l’hôtel, nous en avons repéré plusieurs sur la magnifique corniche qui s’étend sur des kilomètres et qui sert de circuit automobile aux Alexandrins à quatre roues, pas à ceux à douze pieds ! Nous nous garons à côté de l’Egypt Hotel où nous prenons une281 ALEXANDRIE Immeuble chambre dans un immeuble vénitien bien décati mais l’étage de l’hôtel est parfaitement tenu. L’ascenseur à lui seul est une pièce de musée avec ses boiseries et ses dorures mais il ne faut pas essayer d’en fermer les portes coulissantes... Nous allons dîner dans l’un des anciens établissements de l’Alexandrie du siècle dernier, l’Athineos, qui a conservé de son passé grec, sous un haut plafond, des lustres de fer forgé, des colonnes copiées de l’Antique et une frise dorée sur fond carmin de sylphides et de pâtres, dansant et chantant. Repas copieux mais assez quelconque qui nous a tout de même permis de fêter à la bière l’arrivée sur la côte. A la télévision, scènes d’émeute, le serveur interrogé nous dit qu’il s’agit de Port-Saïd, là où nous devons aller dans trois jours… Nous faisons une promenade digestive le long de la corniche en passant devant d’autres anciens établissements au charme fou, décadents, désuets, nostalgiques du temps de l’Alexandrie cosmopolite. Il faudra au retour lire le Quatuor d’Alexandrie…

 

Lundi 4 mars : Pas très chaud dans la nuit, une couverture ne suffit plus. Petit déjeuner, avec des toasts non grillés mais avec des olives et des tomates. Il est question de changer d’hôtel ! Je laisse Marie à la chambre et part à pied en commençant par suivre la Corniche, devenue Kournish en arabe. Les anciens cafés, dans des immeubles à l’architecture chargée, se suivent, fréquentés par des hommes, uniquement des hommes, qui vont passer des heures devant un thé ou un café turc en rêvant du temps passé. Je rends visite au consulat de France où un charmant jeune homme me reçoit et promet de me renseigner sur les ferries à 298 ALEXANDRIE Chemisierdestination de la Turquie mais ne peut m’en dire plus. Je vais voir un autre hôtel, bien moins cher mais nettement moins huppé. Le quartier est sympathique, les marchands de quatre-saisons guettent ou hèlent les passants, les fumeurs de chicha sirotent leur thé et regardent passer les gens. Des devantures fleurent bon le temps passé. Un chemisier (en français dans le texte) a mis la clé sous la porte mais l’enseigne demeure. Je reviens faire mon rapport et finalement nous restons à l’hôtel ! Nous partons enfin visiter Alexandrie. Nous voulons prendre le tram mais il ne passe pas souvent et nous suivons donc la corniche à bord d’un taxi, long parcours entre une belle mer bleue et les façades des immeubles fatigués, comme une impression de282 ALEXANDRIE Qaytbay Malecon ! Nous nous faisons déposer au fort de Qaytbay, une forteresse ottomane qui commandait l’entrée du port et qui s’élève à l’emplacement du fameux phare. Nous nous promenons dans les étages sans bien voir la ville à travers de très étroites meurtrières. La vue sur le port de pêche, la ligne de la corniche et la nouvelle bibliothèque qui brille, parfois, sous le soleil, sont plus dégagées depuis les remparts. Il semble que ce soit le lieu de promenade favori des amoureux, de très sages amoureux, pas d’attitudes licencieuses, pas de baisers ni d’étreintes passionnées, ils ont tous dû lire la Princesse de Clèves, eux ! Les jeunes filles, même celles habillées à l’occidentale, portent le foulard. Nous allons déjeuner dans un restaurant de poisson renommé. On y choisit son poisson, pour nous ce sera un loup, des calamars et des palourdes, pesés puis préparés et servis avec des mezzé, et de l’eau ! Dommage que les calamars arrivent tièdes et le loup trop salé. Nous reprenons un taxi pour nous faire conduire aux catacombes de Kom el Shuqafa. Nous traversons des quartiers qui semblent être ceux de Berlin en 1945 ! Des gravats partout, des maisons effondrées, des rues 322 PORT SAÏD Charrettedéfoncées où les voitures hoquètent sur les rails disjoints du tramway. Je remarque de belles carrioles peintes, en bois, qui évoquent les anciennes charrettes siciliennes disparues depuis belle lurette ! Au milieu d’un espace où sont entassés des restes de tombes et tombeaux, un escalier en colimaçon, enroulé autour d’un puits, descend sous terre et s’arrête au dernier niveau possible à visiter puisque le reste est sous les eaux. Nous y découvrons un dédale de salles taillées dans la roche, creusées de niches, où étaient inhumés les habitants des Ier et II °siècles, parfois à plusieurs dans un enfeu. Une salle funéraire est remarquable, décorée de statues, de bas-reliefs sculptés avec un mélange révélateur de styles égyptien et gréco-romain. Un passage permet d’atteindre un autre ensemble de tombes totalement différent, construit en brique formant des arches. On y trouve, sur des parois, des traces de peintures où sont repris des thèmes liés aux rites funéraires selon les traditions égyptienne et grecque. Nous nous rendons à pied ensuite au Sérapeum. Nous suivons des rues animées, sans le moindre touriste, où des artisans travaillent dans des ateliers juste assez grands pour les héberge292 ALEXANDRIE Serapeumr eux et leurs outils. Des quatre cents colonnes du temple et de l’annexe de la bibliothèque, il n ’en reste qu’une, dite abusivement colonne de Pompée, et deux sphinx venus d’Héliopolis, pour faire plus sérieux… Nous aurions pu nous en dispenser… Mais la situation de ces restes avec leur entourage d’immeubles récents, hauts et étroits, d’un goût architectural disons particulier, qui bordent de tous côtés les champs de ruines déserts (terrain à bâtir qui doit faire des promoteurs envieux) est intéressante. Nous reprenons un taxi qui nous fait traverser d’autres quartiers toujours populeux, où les commerces sont regroupés par métiers, marchands de planches, fabricants 293 ALEXANDRIE Theâtrede fauteuils de salon clinquants, couverts de dorures et de tissus veloutés, boutiques de vêtements féminins aguichants etc… Jusqu’au lieu du théâtre romain, autre terrain, proche de la gare, qui doit faire rêver des bâtisseurs. On y trouve un élégant petit amphithéâtre face à un plus moderne, des thermes et une villa au sol couvert de mosaïques que nous ne pouvons qu’à peine distinguer, le pavillon qui les protège étant fermé ! Nous revenons à pied, en passant par le centre culturel français où il ne semble pas se passer grand-chose, puis devant une pâtisserie figée dans le temps, une synagogue délaissée, jusqu’à l’hôtel Cécil, sur la corniche, ancienne gloire hôtelière alexandrine. Nous y prenons un verre, facturé au prix fort, pour avoir le droit de nous asseoir dans le même petit salon que Winston Churchill ou E M Forster… Retour à la chambre. Connexion à internet, rien de Julie mais un étrange message de SFR qui pourrait bien être une arnaque… Nous ressortons pour aller dîner à proximité au Calithea, repère des buveurs de bière qui se trouvent être aussi des fumeurs. Nous nous dépêchons d’y avaler des plats peu gastronomiques avant de rentrer nous reposer, du moins quand je me serais reconnecté pour envoyer un message à la BNP et écrire à des amis, puis la suite de ce journal.

 

Mardi 5 février : Pas eu beaucoup plus chaud cette nuit avec deux couvertures. Rien ne vaut une bonne bouillotte humaine ! Après avoir avalé olives et tomates de ce petit déjeuner décidemment méditerranéen, nous commençons par nous rendre à l’office du tourisme et de là nous partons à la recherche de cartes postales et d’une boutique de souvenirs. Nous n’en trouvons qu’une mais elle fait le bonheur de Marie qui y trouve tout ce qu’elle cherchait. Cela nous a pris du temps et, quand j’en ai terminé de porter ses achats et des bières à la voiture, dont je dois regonfler le pneu presque à plat, il est l’heure de déjeuner. Nous allons à la Taverna289 ALEXANDRIE Qaybay Bibliothéque où le shawarma est correct mais il n’en est de bon qu’au porc et ici… Nous voulons nous rendre à la Bibliothèque d’Alexandrie, celle qui a été inaugurée il y a une dizaine d’années pour remplacer l’ancienne, disparue depuis l’Antiquité. Nous hélons des taxis mais aucun ne comprend notre destination, nous y allons donc avec le tramway pour quelques piastres mais à allure réduite. Nous devons marcher quelques centaines de mètres avant de l’apercevoir. Elle a 301 ALEXANDRIE Bibliothéquel’allure d’un énorme disque de béton incliné, symbolisant un soleil renaissant. Ses parois grises sont couvertes de caractères dans divers alphabets du monde, la surface plane du disque est formée d’alvéoles qui laissent passer la lumière mais protègent des rayons pernicieux. Derrière, elle est emprisonnée dans les immeubles laids des facultés, dont les nombreux étudiants viennent se promener sur le parvis, du côté de la mer. A l’intérieur, la salle de lecture, moderne, avec des ordinateurs à chaque poste, est impressionnante par sa taille, sa disposition en terrasses et son calme. Nous y visitons le musée des antiquités, une belle collection d’œuvres depuis les pharaons jusqu’à l’époque ottomane, remarquablement bien307 ALEXANDRIE Bibliothéque intérieur présentée avec des cartons en anglais et en français. Des momies, des sarcophages peints, deux mosaïques très fines et quelques objets retrouvés récemment au fond de la baie. De nombreux artistes, peintres, dessinateurs, sont exposés dans les couloirs ainsi qu’une collection de robes traditionnelles brodées qui font baver d’envie Marie. Nous visitons également le musée des manuscrits, peu intéressant pour un non-islamisant, beaucoup de livres anciens mais qui nous sont totalement inconnus et très peu sont enluminés. Nous jetons un dernier regard à l’extérieur depuis le bord de la mer avant de revenir à l’hôtel en taxi. Nous apprenons en nous connectant à internet que nos amis portugais sont à Jérusalem et envisagent un ferry de Haifa vers la Grèce. Par ailleurs, les émeutes se poursuivent à Port-Saïd… La Libye apparaît comme une solution tranquille ! Nous retournons dîner au restaurant Athinéos. Très copieux mixed grill de poisson avec une multitude de plats, poisson, calamars, crevettes arrosés d’un honnête vin blanc, Marie, moins contente de son blanc de poulet, pioche dans mon assiette !

 

Mercredi 6 mars : Dès que je suis prêt, je vais rechercher la voiture pendant que Marie finit de se préparer. Les rues d’Alexandrie sont encore désertes, les ordures qui s’y entassent sont encore plus évidentes ! Je dois regonfler la roue qui perd et qu’il va bien falloir envisager de réparer… Nous quittons l’hôtel, le flot des voitures est à son maximum maintenant et il faut garder l’œil ouvert ! Nous avons la chance de trouver presqu’aussitôt une station-service alimentée en gasoil et où on veut bien nous faire passer en priorité mais pas question de 296 ALEXANDRIE Cornicheremplir les jerrycans. Nous suivons l’interminable corniche qui s’allonge sur des kilomètres, le long d’une mer d’un beau bleu mais agitée, succession ininterrompue d’immeubles souvent dans un style que l’on pourrait qualifier de rococo oriental qui ne manque pas de charme. L’autoroute promise sur les cartes n’en est pas une, simple route à voies séparées, avec de fréquents ralentisseurs et des traversées de bourgs encombrés. Aucune indication sur la route, nous devons fréquemment demander notre chemin, faire demi-tour dans Aboukir, revenir sur nos pas. Je suis très inquiet sur le temps qu’il nous faudra pour atteindre Port-Saïd à cette allure. Nous traversons un univers étrange, de grandes palmeraies alternent avec des zones marécageuses, des lagunes sur lesquelles voguent des barques à fond plat et à voile latine, des étendues sablonneuses et même des dunes. A notre grand soulagement, nous rejoignons une autoroute plus rapide mais à la chaussée souvent déformée. Nous parvenons à Damiette où je cherche le port, en quête d’informations sur un éventuel ferry pour la Turquie. Nous pénétrons dans l’enceinte portuaire et, par hasard, aboutissons dans la zone franche aux entrepôts d’une société turque dont les responsables se mettent en quatre pour essayer de nous renseigner en téléphonant à diverses personnes. Nous attendons une réponse précise sur un éventuel bateau vendredi en discutant avec un sympathique Mustapha. Nous déjeunons rapidement dans le camion puis décidons de continuer sur Port-Saïd, faute d’une certitude pour ce vendredi et aussi peu sûrs de pouvoir accomplir seuls les formalités à Damiette. Nous traversons la petite ville sympathique dont les maisons s’alignent le long d’un canal en formant un ensemble agréable à l’œil, qu’il ne faut surtout pas détailler… Nous rejoignons l’autoroute, suivons de près la côte, entre mer et lac. Il semble que toutes les ordures de l’Egypte ont été collectées pour être déversées sur les terres basses du delta, les fumées nauséabondes obscurcissent le ciel en de nombreux endroits. Port-Saïd est calme, quelques engins blindés de la police ou de l’armée sont les seuls témoins des affrontements des jours derniers. Quand nous parvenons dans le centre-ville, nous ne pouvons pas passer devant les bâtiments de la Municipalité, la rue est barrée et il y a foule sur l’esplanade. Nous contournons les immeubles, apercevons des traces d’incendie et atteignons le quartier ancien où nous trouvons une chambre correcte à l’hôtel de la Poste, un ancien établissement colonial à la façade recouverte de bois. Nous faisons aussitôt téléphoner à Eslam dont Kamal nous avait donné le numéro et qui devrait se charger des formalités. Il nous donne rendez-vous à 8 heures ce soir. Je pars à la recherche d’un cybercafé, cherche dans des rues consacrées aux chaussures et aux vêtements et finis par en dénicher un. Message de Julie de retour de Châlons mais rien de la Maif dont j’attends la carte verte pour la Turquie ni de Francisco qui devait nous tenir au courant pour le ferry au départ de Haifa. Je reviens en passant par les bords du canal de Suez, à voir de jour… J’attends Eslam qui tarde, se fait prier, annonce sa venue mais nous avons largement le temps de dîner dans le camion avant de le trouver au bar avec ses acolytes. Il n’est pas encourageant, le ferry d’Iskenderun serait en panne, celui de Mersin vendredi est trop tôt, il lui faut deux jours pour les formalités et il est très cher ! Entre temps, Mustapha, le Turc de Damiette nous a téléphoné pour nous confirmer le ferry de vendredi, son correspondant est supposé nous rappeler ce soir mais il n’en fait rien. Nous convenons avec Eslam de nous retrouver demain à 13 heures pour nous renseigner précisément sur les dates des ferries.

 

Jeudi 7 mars : Nous allons prendre le petit déjeuner dans le camion puisqu’il n’est pas compris dans la chambre. Puis nous essayons de refaire un plein de gasoil avant la traversée vers la Turquie où il est beaucoup plus cher. Nous trouvons à un rond-point du centre-ville une station où commence à s’allonger une queue de minibus et de camions, signe manifeste d’une distribution en cours ou en attente. Sagement je me mets à la queue, sans arguer de ma qualité de touriste pour passer devant, personne ne m’y invite non plus… Le camion-citerne est en cours de remplissage des cuves et la distribution n’est pas commencée mais cela n’empêche pas les chauffeurs de se livrer à de féroces joutes verbales, accompagnées de gestes grandiloquents, un moment de la vie égyptienne saisi sur le vif ! Au bout d’une heure d’attente, je parviens à la pompe et réussis à me faire remplir aussi deux jerrycans au grand déplaisir du chauffeur sous le nez de qui j’ai réussi à passer. Retour pour nous garer à côté de l’hôtel. Je vais faire des courses et trouve une supérette très bien achalandée et notamment avec du pasterma à la coupe et des bouteilles de tonic. Tiens, tiens ! Nous déjeunons dans le camion puis à 13 heures, je me mets en faction au coin de la rue dans l’attente de l’arrivée d’Eslam. A 13h30 je le fais appeler, il m’assure arriver dans le quart d’heure qui suit. Nouvel appel à 14h30, il est en train de s’occuper de nous, il nous rappelle… A 16 h, je remonte dans la chambre sans trop plus savoir ce qu’il faut en penser, l’option ferry depuis Israël redevient d’actualité… A 16h15, il se manifeste, rapide entrevue, il m’annonce un bateau lundi et le début des formalités samedi matin dès 8h30 ! Rassurés, le moral remonte même si attendre encore quatre jours ne nous amuse pas. Je vais au cybercafé, toujours rien de la Maif, messages de Francisco qui doit continuer en ferry depuis Haifa vers Chypre puis la Grèce, nouvelles des Azalaïens également. Nous allons nous réapprovisionner à la supérette puis revenons nous offrir un gin-tonic à la chambre. Nous dînons au Gianola, l’établissement huppé de la ville, fréquenté par les rejetons de la bonne société, jeunes femmes trop maquillées mais portant le voile, habillées un brin trop clinquant, et jeunes hommes fumant des Marlboro. Excellent repas, presque trop copieux, Marie se régale d’une moussaka et moi de koftas, les meilleures de ce voyage. Dommage qu’il n’y ait que de l’eau pour arroser ce festin. A la chambre nous complétons le repas avec des cônes glacés.

 

Vendredi 8 mars : Réveillé tôt, j’ai mon cadeau pour mon anniversaire, à ma grande surprise, Oum Kalthoum et son orchestre au grand complet, en figurines de plâtre certes ! Nous traînons au lit et ne petit déjeunons dans le camion que bien après dix heures. 313 PORT SAÏD MaisonLa ville est très calme, pas un bruit, pas un klaxon, les Egyptiens sont encore plus lève-tard que nous… Nous partons nous promener dans les rues entre l’hôtel, le canal et la darse, le nez en l’air pour contempler les anciennes maisons coloniales. En fait des immeubles de cinq étages, qui ne surprendraient pas en France ou en Italie, auxquels de larges vérandas de bois confèrent un cachet particulier. Ils tombent quasiment tous en ruine et disparaissent petit à petit remplacés par des immeubles en béton, plus tape-à-l’œil… Nous atteignons les bords du canal mais aucun navire de gros tonnage ne passe en ce moment. De l’autre côté, la ville-sœur de Port 314 PORT SAÏD CanalFouad reliée à Port Saïd par l’incessant va-et-vient d’un ferry gratuit ! Nous revenons vers l’hôtel en passant par d’autres rues aux anciennes maisons en triste état. Nous déjeunons à la chambre et après une courte sieste nous ressortons et allons prendre le ferry pour Port-Fouad. Toujours aucun navire dans le canal ! La ville paraît plus moderne mais derrière une mosquée récente, qui de loin ressemble à la Giudecca, nous trouvons l’ancien quartier résidentiel : dans des jardins, des maisons de briques à un étage, avec de grands balcons protégés par des avancées du toit soutenues par des poutres inclinées. Elles sont presque toutes semblables, des cités pour les cadres du canal au bon vieux temps ! J’ai l’impression d’être à327 PORT FOUAD Maison Rabat ou à Casablanca ! Nous revenons nous installer chez Gianola nous offrir une glace en regardant les manifestations à la télévision. Manifestations dont nous n’avons aucun écho dans notre quartier ! Je communique par internet avec Julie pour essayer de régler le problème de la carte verte que la Maif ne m’a pas encore envoyée. Echange de mail et de SMS. Nous rentrons à la chambre. Nous fêtons mes 67 printemps avec les dernières gouttes de la bouteille de gin mêlées de tonic puis nous allons dîner au restaurant asiatique que j’avais trouvé et où on sert de l’alcool. Les plats sont très peu copieux, très décevants et il n’y a pas de vin blanc ou rosé ! De plus nous y retrouvons Eslam qui nous annonce que le rendez-vous de demain doit être retardé pour cause de fermeture de l’agence maritime. Nous ne savons plus quoi penser ! Eslam qui semble être le fils du patron essaie de calmer notre mécontentement et nous fait servir un plat de crevettes piquantes auquel Marie ne veut pas toucher. Finalement Eslam me donne rendez-vous demain à dix heures après avoir changé trois fois d’heure ! Nous repartons très en colère. Je n’ai plus qu’une envie, rentrer me coucher mais Marie tient à passer, comme prévu, à la pâtisserie Gianola où nous dégustons deux gâteaux au chocolat avant de rentrer à la chambre.

 

Samedi 9 mars : Nous nous faisons monter deux thés, trop forts, à la chambre pour petit déjeuner puis nous allons nous installer sur la terrasse ensoleillée sous les arcades pour attendre Eslam. Bien entendu, il n’est pas là à dix heures ni à dix heures et demie… Les rues sont étrangement calmes, la circulation très réduite et les boutiques sont presque toutes fermées. Les rares personnes présentes se sont rassemblées devant le poste de télévision qui, me semble-t-il diffuse le procès des inculpés dans les émeutes de février 2012. Des hélicoptères tournent dans le ciel et des soldats venus des engins blindés disposés près du port mais aussi dans notre rue, patrouillent. Un SMS envoyé à Eslam puis un coup de fil font 330 PORT SAID Manifestationvenir un de ses employés qui ne baragouine que très peu d’anglais mais nous demande un document de la voiture et part avec. Une manifestation passe, deux cents personnes avec des motos qui klaxonnent, rien de bien inquiétant… A midi passé, je vais chercher du pain et découvre la rue du marché où tous les commerces sont ouverts. A mon retour, arrive Eslam, à peine poli, qui maintenant parle d’un ferry depuis Damiette mais mercredi ! Le port est bloqué ici d’après lui. Nous ne savons plus à quel saint nous vouer, Israël reste une solution incertaine et Eslam a tellement varié que nous ne savons plus si nous devons le croire. Nous décidons de repartir pour Damiette demain, d’y rencontrer son correspondant et d’aviser alors. Nous remontons dans la chambre déjeuner. Pendant la sieste, les manifestants de ce matin, un peu plus nombreux repassent, toujours surveillés par les hélicoptères de l’armée. Nous passons l’après-midi à nous ennuyer, lire ou faire des réussites sur l’ordinateur. Nous retournons dîner chez Gianola où nous profitons du wifi pour nous informer sur la situation en Egypte et surtout à Port-Saïd. Les condamnations à mort de 21 des accusés ont été confirmées, ce que nous avions soupçonné à la télévision ce matin, et nous apprenons la mort d’un manifestant dans la nuit de jeudi. Toutes bonnes raisons pour fuir demain cette ville !

 

 

Dimanche 10 mars : Réveillés tôt, nous sommes prêts avant neuf heures et quittons un Port-Saïd encore peu animé. Nous reprenons la route entre mer et lagune et atteignons Damiette moins d’une heure plus tard. Nous trouvons l’hôtel Casablanca conseillé par Eslam, mais le prix n’est pas celui qu’il avait indiqué car il y a une double tarification, une pour les Egyptiens, l’autre pour les étrangers ! Je fais téléphoner à Yasser, l’alter ego d’Eslam à Damiette. Il arrive à peine dix minutes plus tard, nous négocie une chambre, une single mais avec un grand lit, et nous annonce un départ pour demain ! L’espoir renaît ! Nous abandonnons Marie à la chambre et je le suis avec la voiture au port. Il se charge des innombrables formalités douanières et policières. Il m’emmène chercher à la police de la route un document prouvant que je n’ai pas commis de délit sur le territoire égyptien. Occasion de voir de près le cadre de travail de petits fonctionnaires qui entassent des piles de dossiers poussiéreux sur des étagères branlantes. Il est sympathique, nous discutons et confrontons nos avis et nos goûts (Il ne comprend pas que l’on trouve un intérêt à visiter le Yémen ni à traverser des déserts !). Retour au port pour toute une série de démarches, de papiers timbrés pour rempli331 DAMIETTE Portr des dossiers. Les plaques d’immatriculation égyptiennes sont retirées et la voiture, après avoir été visitée et re-visitée par tous les douaniers curieux, est abandonnée devant les entrepôts de la compagnie maritime. Il me ramène enfin à l’hôtel, il est presque quatre heures quand je retrouve Marie et que nous pouvons déjeuner d’un dernier reste de pâté. La chambre est sans doute la plus « classe » du voyage et nous pouvons profiter de chaînes câblées, mais pas en français, et du Wifi. Nous relisons le blog et le mettons en ligne. Marie téléphone à Nicole puis nous dînons au restaurant de l’hôtel, de grillades d’agneau, très épicées. Je me renseigne grâce à internet sur le trajet de Mersin à Çanakkale et sur le ferry d’Igoumenitsa à Venise ainsi que sur la position de notre ferry.

 

Lundi 11 mars : Pour notre dernière (?) nuit égyptienne, les moustiques sont venus vrombir à mes oreilles « Salut, salut », dans un demi-sommeil, j’ai compris « Palu, palu » ! Nous partageons le petit déjeuner puis regagnons la chambre suivre sur internet la progression de notre ferry. A onze heures, nous libérons notre nid douillet et allons nous réchauffer sur la terrasse ensoleillée, au quatrième étage. Nous avons une belle vue sur la palmeraie de plus en plus gagnée par des constructions anarchiques de petits immeubles, jamais terminés, toujours en cours d’ajout d’étages supplémentaires. Les ordures sont jetées au pied des bâtiments, le long des chemins ou dans le canal transformé en égout à ciel ouvert. A une heure, Yasser se manifeste. Il nous rapporte le carnet de passage en douane puis réclame son salaire. Nous lui demandons de nous conduire au port, ce qu’il fait et nous dépose à une cafeteria, à l’entrée, et non au camion comme nous l’avions cru. Nous devrons y attendre huit heures pour retrouver l’agent de la compagnie de navigation qui nous accompagnera. Il nous abandonne devant notre déjeuner, une omelette et de la salade, dans un troquet à la clientèle uniquement masculine d’employés du port. Yasser revient, redemande le carnet de passage en douane et mon passeport pour un ultime tampon. Il nous les rapporte avec une simple mention sur le passeport, en arabe. Le carnet de passage en douane n’est pas tamponné, ce qui ne me plaît pas beaucoup. Je me décide à aller poser la question aux douanes. J’atterris dans le bureau du grand chef qui téléphone, me confie aux mains d’un appariteur qui part faire le nécessaire et me rapporte le précieux document, cela me coûte tout de même vingt livres égyptiennes ! L’attente continue… A dix-neuf heures je fais téléphoner à Yasser, il faut encore attendre, un employé de la compagnie de navigation viendra nous prendre pour nous faire passer les formalités de police, même chose à vingt heures trente etc… Je commence à être vraiment las de ces histoires d’horaires jamais respectés, l’Orient est une trop facile explication, l’incompétence, la désorganisation, l’à-peu-près, en sont d’autres… Le garçon de la cafeteria est gentil, téléphone volontiers pour nous mais la télévision est de plus en plus bruyante. Je fais les cent pas à l’extérieur, espérant toujours voir arriver une voiture venue nous chercher. Après un dernier coup de fil à un agent de la compagnie maritime et alors que la cafeteria ferme mais attend de nous voir entre de bonnes mains, j’ai rendez-vous à l’immigration. J’y retrouve l’agent qui s’occupe des passeports et enfin une voiture vient nous récupérer, nous emmène à la voiture qui a passé la journée dans un entrepôt. Nous nous rendons au port où des dizaines de camions turcs attendent d’embarquer sur un RoRo. Nous sommes les premiers à monter. Un membre de l’équipage roumain nous prend en charge et nous conduit dans un salon proche de la réception. On nous explique, en français, que nous devons patienter, le temps que les cabines soient prêtes. A minuit passé, nous attendons encore…

 

Mardi 12 mars : L’attente se poursuivant, nous décidons de manger nos provisions, avec une bière turque qu’une jeune femme nous apporte. La demi-heure d’attente demandée devient une heure puis presque deux ! Marie désespère, je me traîne dans les couloirs jusqu’à ce qu’enfin, on nous conduise à une cabine spacieuse, confortable, avec un lit double, le grand standing ! Nous nous couchons aussitôt, à presque deux heures. Dans la nuit, aucun frémissement n’est annonciateur d’une mise en branle du navire et au matin force est de constater que nous sommes toujours à quai ! Mais nous prenons le fait avec philosophie, nous sommes logés et nourris et surtout, nous en avons terminé avec l’administration égyptienne. Nous allons prendre le petit déjeuner, sommaire, à la cafeteria où Marie est la seule représentante de son sexe, avec tout de même quelques femmes employées à l’entretien. Que des mâles farouchement moustachus et grands fumeurs ! Soudain, à onze heures, des bruits semblent indiquer qu’il se passe quelque chose. Nous appareillons ! Sortie du port, Damiette disparaît dans la brume. Adieu l’Egypte, adieu l’Afrique, à nous l’Asie… Le reste de la matinée se passe à prendre l’air sur le pont sans fauteuil ni installation pour y rendre agréable le temps de la traversée (ce n’est pas une croisière !) ou dans la chambre, seul endroit confortable. Au déjeuner (surprise !), poulet-frites sur un plateau, digne d’un resto U. La Roumaine qui nous avait approvisionnés en bière la veille, ou plutôt ce matin, nous en apporte deux dans la chambre mais pas question de les apporter à table. Je dois aller les verser dans de discrets gobelets en carton et les rapporter. Sieste, une heure à prendre l’air sur le petit bout de pont accessible et retour à la chambre. Marie lit, je n’ai plus de livres, je m’occupe avec des réussites et le jeu démineur sur l’ordinateur. Dîner léger, un poisson frit et de la salade, un Fanta orange en guise de dessert. Comme ce midi, je vais remplir des gobelets de bière que le Père Noël nous a livrée à la chambre… Retour à la cabine pour la nuit. Nous sommes approximativement à mi-chemin de Chypre.

 

Mercredi 13 mars : Au petit déjeuner, en plus du pain, tomates et olives, pour varier… Le thé est infâme, il faut mélanger de l’eau chaude à une décoction très forte, toutes deux fournies par un appareil électrique. Nous attendons l’arrivée, soit dans la chambre, occupés à des activités hautement intellectuelles, soit sur le pont à surveiller l’avancée du navire. Nous devisons avec les camionneurs turcs en baragouinant quelques mots d’arabe. Ils sont tous très gentils et prévenants, aux repas ils apportent son plateau à Marie, me proposent des gobelets de thé. Deux chasseurs nous survolent en rase-mottes, des Syriens ? Des avions de l’Otan ? Au déjeuner, je n’ai plus à faire la queue, on m’invite à passer à table et on nous apporte nos plateaux, des verres d’eau, du sel, du ketchup, encore un jour ou deux et ils nous livreraient le petit déjeuner au lit ! Deux hommes de l’équipage ramassent, pelle et balais à l’appui les innombrables mégots qui jonchent le pont. Etonné un des passagers leur fait signe de tout jeter par-dessus bord, l’un d’eux lui répond : « Pollution ! », manifestement le mot ne dit rien à ce brave Turc ! Nous approchons de Mersin mais, quand la côte est en vue, le navire s’arrête, il est alors deux heures et nous attendons une heure avant qu’il ne reparte à vitesse réduite. Des policiers montent à bord puis un pilote nous guide dans le port. Lentes manœuvres pour accoster et s’amarrer et encore une longue attente avant que nous ne récupérions les passeports et que nous puissions sortir du navire. Il est déjà cinq heures ! Nous croyons que nous en avons fini mais il faut passer à la police pour tamponner les passeports, formalité vite expédiée. Les choses se compliquent à la douane, un jeune péteux ne peut se servir de son ordinateur et nous renvoie à un autre bureau que nous ne trouvons pas. Je retourne le voir, il trouve quelqu’un pour nous indiquer où nous devons nous rendre. Là, l’officier des douanes paraît dépassé par le problème, nous demande de l’attendre cinq minutes puis disparaît. Une heure plus tard, il n’a pas réapparu, je retourne voir notre jeune incompétent qui s’énerve, déclare que nous sommes un big problem et que nous ne pourrons le régler que demain ! Nous voilà condamnés à passer la nuit dans le port. Nous sommes tous deux bien énervés, alors que nous pensions les soucis terminés et l’administration turque compétente ! Dîner et au lit.

 

Jeudi 14 mars : Réveillé tôt dans la nuit, je rumine les problèmes qui pourraient nous attendre demain. A huit heures je suis de retour à la douane mais les équipes ont changé, un responsable qui parle anglais me renvoie au bureau de la veille mais le camion est coincé par des voitures stationnées. Je dois retourner chercher des policiers et enfin un conducteur déplace sa voiture. Nous retournons donc à l’autre bout du port, où je trouve des personnes qui parlent anglais et s’affairent sur des ordinateurs, pour nous mettre en règle. Quand je crois que nous en avons terminé, on nous annonce que nous devons passer la voiture aux rayons X ! Il faut encore trouver l’endroit. Les camionneurs, sympathiques, qui attendent nous font passer devant eux. Il faut aussi vider la voiture de tous les aliments, appareils électroniques, avant le passage dans la machine. Les opérateurs ont détecté nos jerrycans de gasoil. Ils tiquent. J’essaie d’expliquer qu’en Egypte c’est difficile d’en trouver, qu’il faut des réserves dans le désert. Ils n’insistent pas et nous laissent partir. Je repasse encore au bureau des douanes et nous sommes enfin en règle. Reste à sortir du port ! Pas une mince affaire. A la porte A, on ne veut pas de nous, à la B non plus et la C est fermée ! Nous tombons de Courteline en Kafka... Retour à la case départ, là où nous avons dormi. Il y a bien une porte mais elle est verrouillée. Nous explosons tous les deux ! Je retourne dans le bureau de la douanière qui ne comprend pas un mot d’anglais, elle tape l’immatriculation du camion et miracle ! Le fond de l’écran passe au vert, nous pouvons sortir !!! Elle donne l’ordre à un gardien de nous ouvrir le portail, nous sommes en Turquie… Je m’arrête à la première banque que nous trouvons et y change 100 dollars, puis nous prenons la route. Nous empruntons l’autoroute d’Ankara, à péage, mais il n’y a pas de tickets d’entrée, il faut avoir une puce ou, comme on nous l’indique, laisser sonner l’alarme, continuer comme si de rien n’était et payer à la poste ! Nous verrons en sortant de Turquie, cela risque d’être encore épique… La route monte dans les montagnes, les traverse par une série de tunnels. Le plateau anatolien, à 1000 mètres d’altitude sort de l’hiver, l’herbe verte commence à apparaître et couvre même les toits de terre des anciennes fermes. Les sommets sont encore très enneigés et le vent souffle. Paysage si différent de l’Egypte ou du Soudan ! Un autre monde : l’autoroute est une véritable autoroute, le code de la route est à peu près respecté, les policiers font leur boulot et ne paraissent pas déguisés, pas de chants religieux à tous les coins de rues, de la bière dans les épiceries de village et pas de tas d’immondices dans les rues. Il se dit que l’Egypte post-révolutionnaire voudrait prendre la Turquie comme modèle, ils ont du pain sur la planche ! Nous quittons l’autoroute d’Ankara pour la route de Konya qui reste à double voies mais avec un revêtement parfois patchwork. Nous contournons la ville et continuons en direction d’Afyon. Un policier bonhomme qui nous a arrêtés pour excès de vitesse, déclenche un grand éclat de rire quand il affirme que nous roulions à 166 km/h. Un record pour le Guiness ! Première Land Rover équipée d’une cellule Azalaï à atteindre cette vitesse ! Il ne nous en tient pas rigueur et demande simplement que nous ralentissions… La nuit tombe vite sous un ciel couvert. Nous continuons en bifurquant, avant Afyon, en direction d’Eskişehir. La route n’est plus à double voies alors qu’il fait nuit et je commence à fatiguer. Nous arrêtons à une station-service, la seule sans doute de Turquie qui fait aussi mosquée, comme nous nous en apercevons un peu plus tard quand le muezzin se déchaîne…

 

Vendredi 15 mars : Alerté au beau milieu de la nuit par un sourd grondement qui varie d’intensité, je comprends que des bourrasques de vent fouettent le camion et font claquer des tôles de la station-service. Je baisse le toit pour nous éviter de nous envoler puis je jette un coup d’œil dehors. Nous sommes entourés de camions que nous n’avons pas entendu arriver et tout est blanc, une tempête de neige en Anatolie ! Nous nous réveillons tôt et je persuade Marie que nous sommes sous la neige avant de comprendre qu’il s’agit du béton sous un éclairage blafard que j’ai pris pour de la neige. Ouf ! A sept heures nous sommes sur la route, secoués par les rafales, brinquebalés d’un côté l’autre de la route heureusement peu fréquentée. Puis, sous une pluie qui avec nos pneus presque lisses, nous oblige à bien ralentir avant de rejoindre des altitudes moins élevées et bientôt Bursa. Nous contournons la ville sur une autoroute moderne qui permet de rattraper le retard pris dans la montagne. Le vent s’apaise et le ciel se dégage quand nous rejoignons les bords verdoyants de la belle mer bleue de Marmara. Nous trouvons un supermarché, un comme nous aurions bien aimé en rencontrer les semaines passées, pour les derniers achats. Nous traversons sans attendre avec un bac pour rejoindre la côte européenne à Gallipoli et bientôt nous sommes à la frontière, passée en moins de dix minutes, sans difficultés. Visite à la boutique duty free shop pour une bouteille de vodka et quelques cigares puis nous voici presque chez nous, au Yunanistan, ni une province chinoise, ni la terre des onanistes mais le nom que les Turcs donnent à la Grèce ! Encore quelques kilomètres d’autoroute et nous retrouvons le camping d’Alexandroupoli, quasi désert mais tout fonctionne même le wifi ! J’aurais bien aimé fêter ce retour devant un verre d’ouzo et un bon döner kebap, avec de la viande de porc mais ce n’est pas dans l’idée de Marie et comme nous avons acheté du bœuf, il faut le manger… D’ailleurs il fait froid et tout est sinistre…

 

Samedi 16 mars : Les pieds glacés dans la nuit, je me lève pour baisser le toit. Au matin, cette fois ce sont les carillons particuliers des églises orthodoxes qui donnent un court concert. Dieu que notre civilisation judéo-chrétienne a du bon ! Les lavabos ne fuient pas, la robinetterie fonctionne, les toilettes sont propres et l’eau chaude est chaude ! Et la société de consommation avec le beurre 100% matière grasse garanti cholestérol maximum, les alcools en vente quasi libre et la charcuterie faite avec ce sympathique cochon… Nous téléphonons à Julie avant de partir. Nous la réveillons, la pauvre, elle a eu une dure soirée avant son départ pour les Philippines. Nous démarrons après dix heures, il fait à peine plus de 0°c, nous sommes frigorifiés et après un plein de gasoil (dix fois plus cher qu’en Egypte, grosse émotion au moment de sortir les billets…), nous mettons le chauffage au maximum pour nous réchauffer en roulant. Il tombe quelques flocons de neige et les prairies sont encore en partie enneigées. Ce n’est que vers midi, en approchant de Salonique que nous verrons réapparaître le soleil. Nous filons à bonne allure sans quitter l’autoroute. Les péages sont bon marché quand nous sommes assimilés à des voitures classiques, chers quand on nous applique le tarif camping-car. Les chutes de neige vers Alexandroupoli m’ont fait craindre l’Epire (!) mais j’avais tort, pas de neige, à peine quelques gouttes de pluie et sur la fin de la neige fondue. Pas une seule station-service sur l’autoroute, il faut en sortir pour refaire un plein. Nous arrivons à Igoumenitsa avant six heures, nous allons directement au port prendre des billets sur le ferry pour Venise lundi. Nous passons dans un supermarché refaire un dernier plein de provisions (voir ci-dessus les bienfaits de notre mode de vie…) puis nous cherchons un camping. A quelques kilomètres, au bord de la mer, dans un paysage de lagunes et de marais inondés, le même que celui autour de Boutrit, en Albanie, juste de l’autre côté de la frontière, nous trouvons un camping fermé mais nous pouvons nous installer au bord de l’eau, près d’un restaurant.

 

 

Dimanche 17 mars : Réveil tardif, le beau soleil tarde à réchauffer le camion et ses habitants ! Nous ne sommes pas pressés, rien au programme si ce n’est fêter comme il se doit la Saint-Patrick. Message de Julie puis de Nicole à cette occasion et, plus tard, d’Yvette. Nous envisageons de déjeuner au restaurant en face duquel nous avons dormi et dont le cadre, au fond de la baie d’Igoumenitsa, sur une belle plage peu fréquentée en cette saison, est enchanteur. Mais avant de nous décider, nous allons voir en ville quelles sont les autres possibilités offertes. Nous marchons sur le trottoir au soleil, l’autre est trop glacial ! Rares sont les commerces ouverts, les restaurants peu engageants nous confortent dans notre idée de déjeuner sur la plage. Nous aurions bien pris un ouzo dans l’un des cafés avec terrasse du centre-ville mais nous craignons de nous distinguer avec cette boisson alors que les nombreux consommateurs sont tous attablés devant des cafés sous diverses présentation ou devant des chocolats chauds alors qu’il est presque midi ! Nous retournons donc sur la plage, nous prenons place devant une table de la terrasse en la déplaçant de façon à jouir le plus vite possible du soleil. Nous commandons des verres d’ouzo puis des plats de poisson et fruits de mer, calamars en beignets, poulpe vinaigrette, crevettes grillées, rougets frits et une trop grande portion de sardines et petite friture. Tout ceci arrosé de bouteilles de vin retsine, sans regarder ni à la quantité ni à la dépense (très mesurée !). Après déjeuner, nous nous installons à l’intérieur, très fréquenté alors qu’à l’extérieur nous étions les seuls ! Nous relisons le blog, répondons aux amis, tout en fumant un cigare, avalant un expresso suivi d’un cognac local, un Metaxa (enfin moi, pas Marie !) ! La grande fête ! Peu aguerri, le regard vague (toujours moi…), nous reprenons la voiture pour une promenade sur les pistes qui vont se perdre dans les marais avant de revenir en ville. Nous allons prendre un thé à la terrasse de l’un des cafés, seuls clients bravant le froid puis nous allons nous garer devant la gare maritime. Pour terminer cette journée d’authentique cuisine grecque, nous allons dîner dans une petite rôtisserie que nous avions repérée. Quatre tables et de grandes broches qui tournent, horizontales pour les poulets bardés et les kokorets, sorte d’andouillettes que j’aimerais bien goûter mais je n’ose m’y risquer et une, verticale pour le gyros dont j’avais envie. Marie prend des souvlaki, des brochettes de porc, juteuses à souhait. Les frites et la bière ne sont pas à la hauteur mais ce n’est pas grave, nous avons retrouvé la viande de porc ! Retour au parking devant le port pour la nuit.

 

Lundi 18 mars : Nous nous levons avant le jour. A six heures et demie, je vais au comptoir de la compagnie enregistrer nos billets puis nous nous rendons sur le port attendre sagement l’arrivée du bateau. A huit heures, heure de départ prévu, rien ! Nous scrutons l’horizon, l’espoir naît avec chaque ferry qui s’y profile mais le nôtre ne se montre qu’avec une heure de retard. Nous montons sur l’open deck nous garer, entourés de camions. On nous alloue une cabine de quatre pour nous deux avec toilette et douche. Ce n’est pas le confort de celui de Damiette à Mersin mais c’est encore très bien. Nous allons nous installer dans les fauteuils du salon, entourés de Grecs et de Grecques d’un âge certain, mélange de touristes du troisième âge et de camionneurs, moins sympathiques que leurs collègues turcs… Je suis surpris par le grand nombre d’hommes qui continuent de manipuler en permanence l’espèce de chapelet oriental commun aux musulmans et aux orthodoxes. Nous déjeunons avec nos provisions puis nous allons faire la sieste dans la cabine. Nous en ressortons en fin d’après-midi pour retourner dans les salons prendre un thé et nous inquiéter sur l’heure d’arrivée à Venise et donc en France. Nous dînons, fort mal, à la cafeteria, une bouffe qui servie dans un restau U, aurait déclenché mai 68 en 67… Nous nous consolons avec un honnête vin crétois et des pâtisseries orientales.

 

Mardi 19 mars : Soleil sur la mer et bientôt nous apercevons le Lido puis la lagune et puis Italie 4259c’est cette incomparable vision de Venise vue de la mer et à hauteur des toits des maisons qui défile devant nous. Impossible de rester indifférent à cette ville, nous avons, plus que jamais, envie de venir y résider quelque temps… A midi nous accostons et débarquons rapidement. Nous n’échappons pas au contrôle antidrogue, chien à l’appui. Nous revoilà sur l’autoroute pour 750 kms. Nous avançons à bonne allure, beaucoup de camions jusqu’à Brescia, c’est ensuite plus calme jusqu’à Gênes où commence la série de tunnels-viaducs jusqu’à la frontière. Le ciel est bleu mais nous sommes surpris de trouver la Lombardie sous la neige. Nous retrouvons sans émotion la mère-patrie. Coup de fil à monsieur Philippe pour nous assurer d’avoir la clé de la maison en arrivant. Nous y sommes avant huit heures, la traversée de l’Afrique est bien terminée, nous l’arrosons avec une demi-bouteille de champagne après être allés dîner dans un restaurant thaïlandais que nous ne connaissions pas, le Nathathaï, bonne cuisine mais ambiance trop « chic »…

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 16:59

Jeudi 14 février : Le brouhaha reprend avec le jour dans le couloir et dans les cabines. Je vais acheter deux verres de thé, vendus trois fois plus chers qu’à terre et nous déjeunons avec les pâtisseries achetées à Wadi Alfa. Quand nous sommes prêts, nous montons avec nos sacs sur le pont guetter l’arrivée à Assouan. Nous y sommes plus tôt que je ne le pensais. Nous retardons nos montres d’une heure, nous n’avons plus qu’une heure de différence avec la France. Je récupère les passeports tamponnés après avoir failli repayer les visas. Des installations portuaires et le mur du barrage signalent l’arrivée. Le bateau accosté, nous ne sortons pas pour autant. Des invectives, des grandes gesticulations animent autorités, porteurs et personnel du bateau avant que les premiers colis soient débarqués puis, de notre pont, nous voyons sortir des passagers. Nous descendons nous joindre à la bousculade en direction de l’étroite porte encombrée qui permet de sortir. Tout le monde pousse, crie, balance ses bagages dans les jambes de son voisin, les porteurs chargés de lourds cartons se fraient un chemin en écrasant les pieds et en menaçant de lâcher leurs colis sur les têtes de ceux qui ne se garent pas assez vite. Enfin nous voici à terre, nous nous dirigeons vers le bâtiment où se déroulent les formalités. Nouvelle bousculade pour être admis dans le bâtiment, des soldats crient pour se faire obéir et obtenir que les arrivants se mettent en ligne. Nous passons en priorité, grâce à Marie, privilège féminin, la douane. Nous faisons la connaissance de Kamal, le correspondant de Madher à Assouan. Il nous emmène dans le bureau pour les entrées des véhicules, nous y remplissons des formulaires puis il nous emmène en ville. Nous sommes aussitôt frappés par l’abondance des produits sur les étals, on y trouve même des fraises. Les abords de la ville sont une succession d’immeubles récents mais déjà en mauvais état. La propreté n’est pas différente du Soudan, les immondices jonchent le sol et les tas d’ordures bordent les rues. Kamal nous emmène, ainsi que les Portugais, sur la corniche où sont amarrés les luxueux bateaux de croisière. Derrière, les voiles triangulaires des felouques nous rappellent notre venue en 199?. Il tient à nous faire prendre une chambre au Philae hôtel mais il n’est pas dans notre gamme de prix, les Portugais y restent. Nous nous faisons 006 ASSOUAN Nilemmener, une centaine de mètres plus loin, au Hathor, nettement moins chic mais trois fois moins cher et avec une belle vue sur le Nil. Nous ressortons pour aller déjeuner au Salah ed Din, un des restaurants installés sur les bords du fleuve. Des terrasses descendent au bord de l’eau, nous nous asseyons sur celle qui est la plus proche des felouques et commandons une bière ! Bien fraîche, pas la meilleure de ce voyage mais sans doute la plus appréciée. La carte propose autre chose que du poulet et nous nous régalons de kofta, avec des frites. Dès que nous sommes dans la rue, nous sommes hélés, sollicités, apostrophés, interpellés, sommés pour une promenade en felouque ou en calèche. Retour à l’hôtel pour une courte sieste puis nous ressortons. Je suis de mauvaise humeur, l’incertitude sur la date d’arrivée de la voiture, toujours pas chargée sur une barge m’énerve sérieusement. Nous024 ASSOUAN Souq suivons une des artères du souq, marchands de souvenirs bien sûr mais aussi étals très colorés d’articles en plastique, fleurs artificielles, chaussures, tissus, épices… Mais il se fait tard et les boutiques ferment. Nous passons dans un cybercafé. Peu de messages, rien de Julie, j’écris pour avoir des renseignements sur l’éventuel ferry de Damiette en Turquie puis nous rentrons à l’hôtel en passant sous les arcades où les boutiques se suivent, semblables à celles de Tunis il y a quarante ans, devantures anciennes, noms français ou anglais. Pour la Saint-Valentin, nous retournons dîner au restaurant de ce midi qui est supposé être le meilleur des bords du Nil. Nous commandons un pigeon farci, un poisson « tagen », qui n’a rien d’allemand mais qui doit se lire tajine ! Et surtout une bouteille de vin rosé local. Le vin est très buvable, sec, corsé, le tajine de poisson quelconque, peu copieux et le maigre pigeon, farci au riz. Un dîner peu réussi hélas. La cacophonie des automobilistes crispés sur leur klaxon nous accompagne du restaurant à la chambre mal insonorisée. Les klaxons auxquels se joignent les sirènes de police continuent tard dans la nuit.

 

Vendredi 15 février : La nuit a été plus calme et au matin, tous dorment encore. Le petit déjeuner est basique, dans une salle à manger elle aussi limite, alors qu’il y a une terrasse avec une superbe vue sur le Nil, sur les felouques qui glissent en silence et sur la montagne ensablée ! Pendant que Marie se prépare, je descends à la réception profiter du wi fi de l’hôtel. Nous partons ensuite en excursion… A peine avons-nous mis un pied à l’extérieur qu’un taxi nous propose de nous déposer à l’embarcadère pour nous rendre à l’île Elephantine. Une barque à moteur nous fait traverser jusqu’au village situé au sud de l’île. Quelques pas et nous sommes au musée, fermé depuis trois ans pour cause de rénovation mais pour le même prix 010 ASSOUAN Elephantine templenous pouvons accéder au site archéologique. Des Allemands ont fouillé les ruines et remonté un temple, peut-être abusivement mais le résultat donne une bonne idée de ce que devait être un temple de l’époque ptolémaïque. Il reste de beaux groupes de bas-reliefs, notamment du dieu à tête de bélier, Khnout, certains ont encore plus que des traces de couleurs et l’on se plait à imaginer quel ensemble kitsch cela devait être. Au bord du Nil, là où son cours est étroit, devant les jardins du mythique hôtel Old Cataract, se tiennent encore les marches du nilomètre qui servait à mesurer les crues. Le reste du site est d’un moindre intérêt, des blocs qui portent des cartouches, un élément de pylône debout et des traces de maisons et encore des temples encore plus abusivement reconstruits. Le vent s’est levé, mauvaise idée car il risque de retarder l’acheminement de la voiture sur le lac, le sable soulevé gêne073 ASSOUAN Maison considérablement Marie. Nous revenons à l’embarcadère. Marie m’y attend tandis que je vais à la recherche d’un restaurant indiqué. Je traverse le village puis longe des jardins où courent des ruisseaux entre les arbres fruitiers, sous les palmiers. Ce serait bucolique et charmant si, à chaque détour du sentier, ne se trouvaient des tas d’ordures et si des sacs plastiques ne volaient de ci, de là ! Après avoir traversé un autre village sans maisons intéressantes, je débouche sur l’autre rive de l’île, face à la colline où sont enfouies les tombes des nobles. Le restaurant n’a pas grand-chose à offrir, je reviens retrouver Marie, nous traversons et revenons en suivant la corniche le long de laquelle sont amarrés les bateaux de croisière à plusieurs niveaux pour touristes. Ils se font bronzer, les femmes en bikini, du moins celles qui n’ont pas trop froid ou qui ont décidé qu’il faisait chaud, sous les yeux écarquillés des mâles frustrés, plantés sur le quai. Nous déjeunons dans l’un des trois restaurants qui affichent des boissons alcoolisées à leur menu, le Mona Lisa, bien mal nommé à en croire l’absence de sourire de 021 ASSOUAN Souqcelle qui nous sert… Retour à la chambre après avoir acheté le Monde. Sieste puis nous repartons dans la grande rue du souq, les magasins commencent à ouvrir en fin d’après-midi de ce vendredi. Beaucoup de boutiques sont clairement orientées vers la clientèle touristique et nous sommes fortement invités à les « visiter » l’une après l’autre… Nombreux étals d’épices où sont, entre autres, proposées des feuilles séchées d’hibiscus pour des infusions de carcadé. Presque toutes les femmes portent des voiles noirs, ce ne sont plus les voiles colorés des soudanaises, et beaucoup ne laissent entrevoir que les yeux. Nous revenons par la corniche alors que le soleil se couche. Nous rentrons à l’hôtel, je vais me connecter à internet pour trouver un message de Julie et des réponses sans grande nouveauté à mes demandes d’informations sur les moyens de quitter l’Egypte. Nous retournons dîner au Salah ed Din, dans une salle abritée car, avec le vent, il fait froid. Nourriture quelconque qui commence à devenir lassante.

 

Samedi 16 février : Marie se réveille de méchante humeur, nos lits avec des « demi-draps » y sont pour quelque chose ! Je vais voir à leur hôtel les Portugais, ma026 ASSOUAN Femme voiléeis ils n’ont aucune nouvelle de Madher et donc de nos véhicules. Nous prenons un taxi qui nous dépo s e sur la corniche, à l’embarcadère pour l’autre rive. Nous embarquons sur une chaloupe, comme celle de la veille, partagée en deux espaces, l’un pour les femmes, l’autre pour les hommes. Celui pour les femmes est plus petit alors qu’elles sont plus nombreuses… Nous débarquons au pied de la falaise envahie par le sable où se trouvent les tombes des nobles. Nous allons en visiter plusieurs en compagnie d’une Française diplômée d’égyptologie, de son mari et d’une Italienne de leurs amis. Il faut d’abord gravir un escalier pour atteindre la plate-forme, à mi-hauteur de la montagne, qui donne accès aux tom040 ASSOUAN Tombes bas reliefsbes. Un gardien nous accompagne et nous ouvre les portes. La première, sans doute la plus belle, est une superbe surprise. Nous franchissons une porte et entrons dans une salle taillée dans la roche, supportée par des piliers puis un couloir avec de part et d’autres des statues en forme de momies de l’occupant des lieux, un certain Serenpout II, représenté en compagnie de son fils sur une fresque. Au fond, une autre petite chambre avec, dans une niche, de nouvelles peintures de Serenpout en compagnie de sa mère, de sa femme et de son fils. Toutes sont d’une extraordinaire fraîcheur, bien mises en valeur par l’éclairage. De plus nous bénéficions des explications de notre égyptologue. Nous045 ASSOUAN Tombes bas reliefs poursuivons la visite dans d’autres tombes, souvent couvertes de peintures ou au moins de hiéroglyphes. Certaines représentent des scènes de chasse, de pêche dans les marais sur des barques en papyrus, identiques à celles du lac Tana d’aujourd’hui, de labour ou plus familières, avec épouses, enfants, chiens  etc… Nous quittons les lieux après un ultime coup d’œil sur les villages aux murs peints en bleu, en aval, reprenons le bateau et marchons en direction de la gare. Nous empruntons la rue du souq et allons déjeuner dans un excellent restaurant de poisson, crabe bien garni, délicieux calamars, accompagnés d’un riz parfumé, de salades et de tahiné. Seul regret : l’absence de vin ! Et inutile d’en demander au patron, barbu, portant au front l’ostentatoire marque des musulmans rigoureux qui ne ratent pas une prière et se cognent le front au sol. Nous rentrons à l’hôtel, j’en repars aussitôt pour aller à la recherche d’un magasin qui vend hors taxe des alcools et peut-être autre chose mais je trouve porte close. Nous repartons en 059 ASSOUAN Old Cataracttaxi pour le Old Cataract, l’hôtel mythique d’Agatha Christie, de Winston Churchill et de François Mitterrand. Le décor est époustouflant, le grand, le vrai luxe, salon feutrés, fauteuils qui invitent à s’y assoupir, personnel discret et efficace. Nous nous installons sur la terrasse, en compagnie d’un voyageur belge rencontré la veille. il se présente comme Flamand ! Nous attendons le coucher du soleil, distraits par les felouques qui se glissent entre les îlots, dont les voiles apparaissent et disparaissent derrière les palmiers. La bière y est meilleure qu’ailleurs mais elle se paie… La nuit tombée, une voiture électrique nous ramène, en passant entre les jets d’eau illuminés, au portail puis un taxi nous dépose à l’hôtel où nous nous contentons de chips et de pommes en guise de dîner.

 

 

Dimanche 17 février : Nuit toujours aussi fraîche au matin. Après le petit déjeuner nous nous rendons en taxi au musée de Nubie, un beau bâtiment de marbre construit sous l’égide de l’Unesco. Un vrai musée, pas de simples vitrines poussiéreuses mais une « mise en espace » des objets, statues, poteries, maquettes appartenant aux diverses civilisations qui se sont succédé en Nubie selon que l’Egypte ou les royaumes  de Koush, de Napata, de Méroé dominaient la région. Les explications en anglais sont claires, complètes et permettent de remettre les connaissances à jour. Dommage que lorsqu’une lampe grille, elle ne soit pas remplacée et qu’ainsi des vitrines soient dans le noir. Peut-être faudrait-il que l’Unesco débloque des crédits pour l’éclairage… A l’entrée une exposition de photos anciennes montre les temples en situation, bien avant leur déplacement lors du remplissage du lac Nasser, une autre rend hommage aux ethnologues, anthropologues, archéologues des missions tchécoslovaques des années 1960. Nous devons encore nous promener dans les vastes jardins du musée où des stèles, des obélisques ont été disposés. Une maison nubienne, très063 ASSOUAN Musée maison décorée extérieurement avec des motifs peints de fleurs, d’oiseaux, de bateaux, a été reconstituée. Elle est très différente de celles que nous avons vues au Soudan mais je doute qu’il en existe encore de telles aujourd’hui. Nous reprenons un taxi pour aller déjeuner tardivement dans un des restaurants du bord du Nil, le Emy, le dernier où nous n’étions pas encore allés et où on sert de la bière. Cuisine meilleure que je ne le craignais. Puis retour à la chambre sans grande envie de faire autre chose. Aucune nouvelle de la voiture ! Nous relisons le blog puis je le mets en ligne. Nous allons voir Francisco, l’un des Portugais à son hôtel. Il a su par Kamal que les véhicules devraient être chargés demain pour arriver mercredi ! Dix jours pour passer du Soudan en Egypte, nous devons battre des records… Une fois de plus nous allons dîner au Salah ed Din. J’avais envie de retourner au restaurant de poisson ou à un de ceux du souq mais Ils sont trop loin pour Marie. Retour à l’hôtel où je me connecte, pour apprendre le décès de Michel L. et aussi pour essayer de me renseigner sur les ferries à destination de la Turquie.

 

Lundi 18 février : Après le petit déjeuner, sans projet précis pour la journée, nous commençons par profiter du wifi pour répondre à un bon nombre de copains avant de décider 068 ASSOUAN Nilde nous rendre de nouveau sur l’île Elephantine. Nous empruntons le ferry privé du grand hôtel Mövenpicke, celui qui trône sans honte à l’extrémité nord de l’île et qui est en pleine extension. Nous traversons les jardins fleuris et pénétrons dans l’immense hall puis un ascenseur nous élève au dernier étage de l’horrible tour qui dépare la plus belle vue d’Assouan, mais d’où l’on jouit d’une vue magnifique sur les deux rives et les îles du fleuve. Nous longeons l’immense piscine, vide de nageurs puis passons entre les villas afin de trouver la sortie, presque cachée qui permet de se rendre au village nubien qui jouxte l’hôtel. Nous nous trouvons alors au petit restaurant auquel j’étais parvenu la dernière fois. Nous commandons un repas pour midi avant de visiter la jolie petite maison nubienne voisine. Chaulée et décorée de dessins de toutes les couleurs, elle est représentative, avec sa petite cour intérieure, son escalier qui m070 ASSOUAN Maisonène à la terrasse, des anciennes maisons de Nub ie. Nous allons faire ensuite un petit tour dans le village avant de revenir manger les cuisses de poulet pané préparées à notre intention en contemplant  la montagne ensablée devant laquelle l’île du jardin botanique aligne des rangées de palmiers, et les felouques qui filent sur les eaux paisibles. Nous profitons ainsi de cet endroit hors du temps et surtout presque sans touristes jusqu’à ce que nous recevions, en réponse à un des miens, un message de Kamal nous annonçant, à notre grand soulagement, que la voiture est chargée sur une barge qui part en ce moment. Notre enthousiasme est vite tempéré par un message de Francisco qui ne croit pas à une arrivée avant mercredi après-midi et une sortie du port avant jeudi ! Nous nous rendons au musée Animalia qui se veut un musée consacré à la Nubie, l’entrée n’est pas chère mais la visite ne vaut pas plus, des animaux empaillés en triste état, quelques images anciennes, une maison qui n’a rien de traditionnelle. Bref, un attrape-nigaud. Nous revenons à la maison nubienne visitée ce matin 076 ASSOUAN Nilpour y prendre un thé à la menthe en attendant quatre heures, heure à laquelle nous pourrons remonter à la tour du Mövenpick et y prendre un pot en attendant le coucher du soleil. Nouvelle période de repos avec vue sur la rive gauche. Nous remontons donc à la tour attendre que le soleil daigne faire briller les façades des immeubles de la rive droite et en particulier celle de notre hôtel, juste en face de nous, en buvant un soda au tarif spécial visiteurs. Coucher de soleil sans grand intérêt puisque ciel sans nuages. Nous redescendons de cette décidemment trop vilaine tour. Je ne blâmerais pas trop le kamikaze qui déciderait de (se) faire sauter (avec) ce repère d’impérialistes, d’abominables capitalistes, de croisés sionistes et de leurs comparses friqués, il ferait œuvre utile pour la protection de l’environnement… Revenus sur terre, une voiture électrique, cela devient une habitude, nous évite de marcher cent mètres jusqu’à l’embarcadère. Une panne d’électricité affecte cette partie de la ville. Quand elle revient nous repartons dans le souq, à la recherche de cartes postales et d’un couvercle en alpha tressé comme celui acheté à Khartoum. Nous dînons, encore très bien, au restaurant de poisson d’avant-hier. J’apprends incidemment qu’en Egypte « rouget » se dit « mérou », du moins c’est ce que le patron tente de m’expliquer… Retour à la chambre avec nos achats.

 

Mardi 18 février : Réveil un peu plus tardif. Nous sommes tous deux las d’attendre et n’avons plus envie de nous rendre nulle part. Nous passons la matinée à lire, écrire des cartes postales, tenter de nous connecter à internet avec un succès mitigé avant d’aller déjeuner. Le Assouan Moon, sur les bords du Nil, est le plus agréable mais sa cuisine est la pire, et on n’y sert pas d’alcool ! Seule distraction de la journée, en en sortant, nous obligeons une voiture à s’arrêter pour nous laisser traverser, ce qui généralement contrarie beaucoup les automobilistes qui ignorent royalement les piétons, la voiture qui le suit le percute… Spectacle gratuit pour les passants. Nous retournons à la chambre attendre la soirée… Je ressors brièvement pour aller acheter Le Monde, puis à huit heures pour retrouver les Portugais à leur hôtel avec Kamal, comme me le demandait un message reçu dans l019 ASSOUAN Souq’après-midi. Kamal nous confirme l’arrivée de la barge demain en début d’après-midi, nous de mande des copies des passeports et nous donne rendez-vous à onze heures demain pour aller attendre au port. Je vais retrouver Marie et nous allons dîner encore une fois au Salah ed Din, toujours aussi peu copieux mais ils servent des plaquettes de beurre qui intéressent Marie pour son petit déjeuner… Retour à la chambre en passant une fois de plus par le souq, occasion lors de l’achat d’un paquet de chips de vérifier que les tarifs « touristes » sont n’importe quoi et que, comme pour les bouteilles d’eau, nous avons été escroqués les fois précédentes.

 

Mercredi 20 février : A onze heures, comme prévu la veille, je retrouve Miguel et Francisco à leur hôtel. Un chauffeur envoyé par Kamal nous conduit, à toute vitesse, au port. Là nous devons encore patienter avant d’en franchir l’enceinte puis de nouveau attendre le bon vouloir de notre « coach ». Il nous assure que la barge sera là à midi puis à une heure, elle arrive à 079 ASSOUAN Bargeune heure et demie passée… Et se gare entre deux autres, perpendiculairement au quai ! L’équipage quitte le navire, je comprends que ce n’est pas encore aujourd’hui que nous descendrons les véhicules. Ce que nous confirme peu après Kamal. J’explose ! Je lui dis ce que je pense de ses promesses et de celles de Madher, que j’en ai plus que ras-le-bol d’attendre, 12 jours de Wadi Halfa, un autre record à leur actif après les 10 jours pour aller du Cap à Londres. Je déclare ne plus le croire et refuse ses tentatives de nous rabibocher. Il essaie de gagner du temps pour demain et relève sur les motos et la voiture les numéros de châssis, les contrôler ne lui suffit pas, il les recopie par décalcomanie… Enfin il nous ramène à l’hôtel et nous donne rendez-vous demain à 8h30. Il est quatre heures, j’ai faim, après avoir fait mon rapport à Marie, je vais dans le souq manger un chawarma. Nous ressortons quand le soleil est couché et nous allons à la boutique, la seule de la ville où l’on peut acheter des alcools. Bizarrement les bières sont plus chères qu’au restaurant… Nous comprendrons, en en buvant une plus tard, qu’il ne s’agit pas des mêmes, celles-ci font 10° ! Nous revenons en suivant la corniche dans l’obscurité pendant  la panne de courant bihebdomadaire. Je vais déposer nos achats d’antidépresseurs à la chambre puis un taxi nous dépose au restaurant de poisson d’où nous revenons à pied par le souq où nous commençons à faire des provisions pour la suite du voyage. Nous préparons les sacs pour demain.

 

Jeudi 21 février : Réveil de bonne heure. Douche, petit déjeuner avec Marie, dernières tartines avec la confiture de figue de tous les matins puis avec un sac à dos bien chargé, je me rends au rendez-vous de Kamal à l’hôtel de Miguel et Francisco. Son chauffeur, toujours aussi pressé, nous emmène au port. Sa radio diffuse un prêche repris par une voix enfantine et se poursuit par de gros sanglots, sans doute à l’évocation de quelque martyr, qui font sourire les trois mécréants occidentaux que nous sommes. Je suis (désagréablement) surpris par le nombre de prêches, sermons et autres billevesées, indépendamment des tonitruants appels à la prière lancés depuis les mosquées, que nous entendons partout, à toute heure, diffusés sur les télévisions, radios des boutiques, restaurants, hôtels, taxis. Des cheikhs chenus dont la sagesse est supposée proportionnelle à la longueur de la barbe, disputent les écrans à des matchs de football qui, toutefois, soulèvent plus l’enthousiasme des spectateurs. Il faudrait écrire une histoire politique de la barbe. Les révolutionnaires de 1789 en étaient dépourvus,  apanage des intellectuels et de la bourgeoisie éclairée du XIX° siècle (difficile d’imaginer Victor Hugo, Pasteur ou Marx imberbes, ils ont dû naître avec des poils au menton…), elle revient à la mode avec les barbudos de Cuba avant de devenir l’indispensable attribut des intégristes religieux (de tout poil ?). Nous devons terminer à pied pour parvenir à la barge qui n’a pas bougé. Nous montons à bord et je range les affaires que j’ai rapportées. Est-ce notre présence ou l’heure (9 heures !) ? Toujours est-il que s’amorce un mouvement, l’équipage se manifeste et bientôt la barge vient se ranger le long du quai. J’aide les motards à démarrer leurs engins dont les batteries se sont vidées puis nous descendons à terre, bienvenue en Egypte ! Nous devons ensuite attendre dans son bureau le bon vouloir du responsable des douanes, harassé par un travail qui l’occupe une demi-heure par semaine… Ces minables gratte-papiers incompétents et arrogants m’exaspèrent au plus haut point ! Ils passent une bonne partie de leurs heures de bureau à boire du thé, croquer des gaufrettes, s’empiffrer de sandwichs à la Vache qui Rit et discuter au téléphone. Albert Cohen était très en-dessous de la vérité en décrivant l’ordinaire d’Adrien Deume, petit fonctionnaire de la SDN, sans doute n’avait-il jamais eu affaire à l’administration égyptienne ! Pendant le temps nécessaire pour tamponner le carnet de passage en douane, le ferry de Wadi Halfa est arrivé et nous assistons, de l’autre côté de la barrière cette fois, à la foire d’empoigne du débarquement des passagers. Une semaine que nous sommes là ! Kamal repart et revient plus d’une heure plus tard avec les plaques d’immatriculation que nous devons fixer sur les nôtres et les attestations d’assurance. Nous avons dû débourser 85 $ pour la douane et 40 $ pour plaques et assurance sans savoir ce qui revient réellement dans les caisses de l’Etat et ce qui améliore l’ordinaire des fonctionnaires… Kamal nous demande 40 $ pour lui ce que je ne trouve pas exagéré vu les démarches qu’il faut faire entre douane, police, assurance, port etc… dont, sans lui, nous aurions dû démêler les réseaux. Enfin, je démarre la voiture et tente de sortir du port, mais les choses ne sont pas aussi simples, je dois encore me présenter au bureau du port pour acquitter un « droit » de sortie ! Me voici sur la route d’Assouan, au volant de la voiture. Il est plus de deux heures et atteindre Louxor aujourd’hui va être difficile. La traversée des voies ferrées, à un passage à niveau fermé le temps que passe le train en provenance du port, est une occasion supplémentaire de faire monter d’un cran mon énervement anti-égyptien… Je me gare devant l’hôtel, vais chercher Marie, de mauvaise humeur d’avoir dû attendre et qui ne manque pas de me reprocher d’avoir oublié dans la chambre, sous mon oreiller, les bijoux, croix éthiopiennes et colliers soudanais… Nous allons nous garer à proximité puis allons dans le souq compléter les provisions. Nous déjeunons rapidement dans le camion d’un mauvais shawarma et décidons vu l’heure de renoncer à essayer d’atteindre Louxor ce soir et de nous rendre au « camping » d’Assouan, une guest house fréquentée par les overlanders, sur la rive gauche du Nil. Nous quittons Assouan en longeant le fleuve sur une très belle corniche, peu fréquentée et bien plus calme que le centre. De l’autre côté, la barrière des palmiers dissimule la base des collines de roches noires recouvertes d’un beau sable lisse et blond. Nous franchissons le Nil sur un pont, revenons sur nos pas sur l’autre rive et trouvons le Adam Home081 ASSOUAN Adam home, une belle maison nubienne dont nous serons ce soir les seuls occupants et encore, puisque nous devons nous garer à l’extérieur de son mur crénelé, couvert de dessins colorés. On nous offre aussitôt le thé, le patron Mohamed qui parle bien anglais arrive peu après, nous fait visiter les lieux. Une vaste cour et des terrasses bien aménagées avec du mobilier traditionnel en tiges de palmiers. Nous passons la fin de l’après-midi en sa compagnie, installés sur des fauteuils à l’extérieur de la maison, en sirotant un thé à la menthe tout en discutant avec ce monsieur très ouvert, qui me réconcilie avec les Egyptiens. Nous échangeons des cours de français contre des leçons d’arabe jusqu’à la nuit tombée. Nous regagnons le camion et dînons d’une très mauvaise viande hachée et d’un tout aussi mauvais vin local.

 

Vendredi 22 février : Réveillé tôt, je patiente jusqu’à ce que Marie émerge à son tour. Nous sommes prêts à neuf heures mais tout le monde dort encore dans la maison et je dois klaxonner pour faire venir notre « élève » de la veille et régler la nuit. Nous voulons rallier Louxor par la route dite du désert, sur la rive gauche du Nil mais au bout de quelques kilomètres, la police à un poste de contrôle nous en empêche arguant d’un danger non 082 KOM OMBO Nilprécisé, si ce n’est en nous parlant de « mafia »… Nous devons repasser sur la rive droite et suivre la route entre la voie ferrée et le Nil. Les bords du fleuve sont superbes dans cette portion, peu de villages, des palmeraies et leurs jardinets où poussent tomates, haricots, oignons ainsi que des orangers, des manguiers, au pied des montagnes et, sur le Nil, des bateaux de croisière ou des felouques rident les eaux. A Kom Ombo nous nous rapprochons des bords du Nil pour visiter le tem083 KOM OMBO Templeple construit sur une éminence. L’approche est époustouflante, des murs, des colonnes couvertes de bas-reliefs, en veux-tu, en voilà ! Enfoncées les sites du Soudan ! J’avais oublié le gigantisme des temples égyptiens. Certes, celui-ci est d’époque ptolémaïque donc récent mais sa riche décoration donne une excellente idée d’un temple à son apogée avec plus que des traces de peintures sur certaines sculptures des salles hypostyles.089 KOM OMBO Bas relief Les représentations des dieux Sobek à tête  de crocodile et d’Haroéris, le grand Horus, à tête de faucon, se  retrouvent sur de nombreux murs dans des scènes d’offrandes. Dans le fond, des cellules sont également décorées mais elles sont fermées et bien sûr, surgit alors un gardien qui en a les clés et nous les ouvre en tendant la main… Un beau musée récent se trouve à proximité, consacré à Sobek, d’étonnantes momies de crocodiles y sont présentées, ce sont celles des sauriens considérés de leur vivant comme des incarnations du dieu. Nous reprenons la route au milieu des champs de canne à sucre, amenée à l’usine sur des remorques tirées par des tracteurs ou sur des wagons par la voie ferrée. Nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d’un arbre, pas dérangés par les âniers qui passent, avant de continuer. Nous renonçons à visiter Edfou par manque de temps. Notre moyenne n’est pas très élevée, les ralentisseurs, simples dos d’ânes installés dès qu’il y a trois maisons, se montrent très efficaces et jouent parfaitement leur rôle, nous devons continuellement ralentir pour les franchir. Nous arrivons à Louxor par une belle avenue qui longe le Nil. Les touristes semblent plus nombreux, les convois de calèches chargées des passagers des bateaux de croisière, se suivent. Nous passons l’imposant temple de Louxor puis trouvons le camping-hôtel Rezeiky où se trouvent déjà Miguel et Francisco ainsi qu’un couple de Gallois venus par la Libye en moto. Nous discutons un temps avec eux mais ils ne parlent qu’anglais et nous en avons vite assez. Marie retourne au camion puis nous dînons de plats de poisson, très copieux.

 

Samedi 23 février : Nous allons nous garer à côté de la gare. La première visite est pour une boutique qui vend des alcools, nous y refaisons une provision de bière et renouons avec les habitudes métropolitaines en achetant une bouteille d’un gin local. Nous passons ensuite à l’office du tourisme où un sympathique employé fournit à Marie des prospectus sur l’Egypte avant de me conseiller de me rendre à la police touristique afin de savoir si la route des oasis nous est ouverte. Depuis le refus de nous laisser circuler sur la rive ouest  après Assouan, Marie n’est plus rassurée… Je vais aux renseignements, on m’assure qu’il ne devrait y avoir aucun problème pour nous y rendre. Trouver ensuite du pain, pas des kesras, est un problème ! Je fais des tours dans le petit souq avant de do100 KARNAK Béliersnner deux livres à un gosse qui revient avec quatre petits pains. Nous commençons par nous rendre à Karnak, à quelques centaines de mètres de notre hôtel-camping, vaste parking pour accueillir les nombreux cars de touristes même si d’après les Egyptiens ils sont bien moins nombreux que les autres années, pour cause de révolution… Nous devons traverser un e grande esplanade avant de parvenir au dromos, la double rangée de statues de béliers qui accueille les visiteurs. Le premier portique franchi, nous sommes dans une cour avec divers bâtiments dont deux temples aux murs couverts de bas-reliefs. Temples et portiques ont été très restaurés et les bas-reliefs sont noyés dans les matériaux de reconstruction, le résultat me paraît peu satisfaisant. Cette première impression, plutôt négative, va être vite dissipée quand nous allons pénétrer dans l’immense salle hypostyle, une véritable forêt de 103 KARNAK Hypostylefortes colonnes aux fûts imposants, terminées par des chapiteaux en forme de fleurs de lotus, ouvertes pour les rangées centrales, fermées pour celles des côtés. Il subsiste des traces de couleurs, notamment dans les parties protégées des chapiteaux et sur les architraves qui les relient. Nous déambulons au milieu de ces piliers massifs, les yeux au ciel, cherchant les meilleures perspectives sur les pylônes ou les obélisques. Quelques salles ont de superbes bas-reliefs qu’il faudrait avoir le temps de détailler en compagnie d’un égyptologue. Presque tous sont des scènes d’offrandes ou de longues processions de serviteurs, d’animaux, de barques rituelles. Nous renonçons, encore une fois, faute de temps, mais aussi à cause de la fatigue, à nous rendre dans les propylées ou au temple de Ptah, nous les réservons pour une autre fois, un autre voyage… Nous revenons à la voiture, déjeunons puis repartons nous garer à proximité du musée. Très beau musée mais aussi très cher. Chaque monument, chaque temple, chaque tombe a son prix pour visiter, tout voir coûte une petite fortune ! De très belles statues sont alignées le long d’un mur, dans une demi-pénombre, bien mises en valeur par un éclairage adéquat. Des momies sont présentées presque dans le noir, des corps desséchés entourés de bandelettes. Tous les objets présentés sont de toute beauté, les explications sont en anglais, pas redondantes. Le bâtiment moderne est tout en rampes et les espaces ne sont pas immenses. Nous y passons moins de temps que prévu, assez pour avoir le temps de souffler avant de repartir pour le temple de Louxor. Nous en cherchons l’entrée, en faisons deux fois le tour avant de comprendre qu’on n’y accède que par un souterrain, à proximité de la mosquée implantée au milieu des ruines. Nous nous123 LOUXOR Sphinx reposons sur un banc avec un soda avant de nous intéresser au temple. Une belle allée de béliers conduit au premier pylône gardé par des statues géantes de Ramsès II. J’avais gardé un assez bon souvenir de ce temple. Nous y retrouvons de superbes bas-reliefs, d’une très grande finesse, relatant le transport des barques solaires de Karnak à Louxor puis une salle hypostyle, pas aussi impressionnante que celle de Karnak mais peut-être plus élégante. Partout des statues géantes de Ramsès, alignées entre des colonnes papyriformes ou gardant les entrées des cours. La nuit tombe, les lumières s’allument, éclairent les fûts, mettent en valeur par un éclairage rasant des bas-reliefs que nous n’aurions peut-être pas remarqués. Dans l’obscurité, 135 LOUXOR Temple de nuitla forêt des colonnes prend un autre aspect, les statues géantes s’humanisent et les obélisques ne sont plus que des cure-dents déplacés ! Nous revenons vers la sortie en goûtant les perspectives éclairées, les alignements de colonnes, l’allée des sphinx et les pylônes qui perdent alors de leur aspect massif. Retour au camping, les autres voyageurs y sont toujours. Nous nous apercevons que ce que nous avions acheté pour de la viande de poulet congelée est en fait des abats, foies et gésiers, ils feront le bonheur d’un des employés du camping. Nous voulons nous remettre de la fatigue du jour en prenant un gin-tonic mais là aussi, déconvenue, j’ai acheté non pas du tonic mais une boisson gazeuse à l’ananas ! Nous corrigeons l’erreur avec des bouteilles de tonic du restaurant. Nous cuisinons des saucisses de bœuf dans le camion, quand Claire, la Galloise vient nous offrir des parts de gâteau au chocolat en l’honneur des 37 ans de son compagnon. Nous allons les retrouver pour les déguster (?) en leur compagnie avant de regagner le camion. Je me connecte à internet avec le wifi de l’hôtel, pas de message de Julie… Je finis la journée en tapant ces lignes dans le lit.

 

 

Dimanche 24 février : Nous faisons nos adieux aux Gallois qui descendent, sans se presser, sur Assouan et aux Portugais qui se dirigent vers la mer Rouge en quête de plages. Nous passons au souq chercher du pain et aussi échanger nos boîtes de soda à l’ananas contre de vrais tonics. Nous sortons de Louxor par la route de notre arrivée jusqu’au pont qui nous permet de passer sur la rive gauche. Comme les deux précédents jours, l’air est chargé de sable et la visibilité est réduite, le Nil, ses rives sont à peine discernables dans une brume ocre. Nous roulons au milieu des champs de canne à sucre en suivant un canal d’irrigation jusqu’à El Gourna. La route bifurque vers les sites des nécropoles, passe devant les colosses de Memnon, bien ruinés, ils semblent perdus, abandonnés. Nous devons acheter les billets pour les tombes que nous souhaitons voir avant de nous rendre sur la colline, véritable gruyère, percée de plus de quatre cents tombes de personnages qui eurent des rôles auprès des pharaons, appelés de ce fait des nobles. Nous choisissons de visiter sept des tombes. Une fois débarrassés des solliciteurs, guides presque bénévoles et autres marchands de superbes sculptures sur albâtre, nous entamons la montée sur la colline. Beaucoup de monde s’y trouve mais je m’aperçois vite qu’il ne s’agit pas de touristes, ils sont rarissimes, mais d’ouvriers employés à charrier des déblais sur les sites de fouille. Nous commençons par la tombe de Rekhmiré, un vizir, peut-être la plus belle de celles que nous verrons. Sans doute parce que la première mais sa simplicité alliée à la fraîcheur des scènes représentées, artisans au travail, banquet, funérailles nous stupéfient, elles semblent avoir été peintes la veille ! Et, contrairement à d’autres, aucune vitre protectrice ne nous sépare des parois. Plus haut, celle de Sennéfer, est aussi superbe, son plafond est peint d’une treille avec de belles grappes de147 LOUXOR Tombe Ramose raisins noirs mais là, des vitres nous tiennent en retrait. Très satisfaits de ces deux premières visites, nous enchaînons avec un groupe de trois tombes, moins convaincantes, celles de Ramose, une très vaste salle hypostyle avec une seule représentation peinte d’une procession, les autres parois sont 159 LOUXOR Tombe Nakhtsculptées, seuls les yeux de quelques personnages sont soulignés en noir. Bien que cela soit interdit, j’ai décidé de tenter de prendre discrètement des photos dans les tombes, ce qui ne pose pas de problème dans les tombes de Khâemhat, belles scènes de travaux des champs, ou d’Ouserhat, scènes de chasse  ou d’artisans, ni plus tard dans celle de Nakht, avec de superbes tableaux de la vie quotidienne dans la vallée du Nil, des moissons, des vendanges, mais à celle de Menna, le gardien se montre plus vigilant, exige de visionner les photos, se rend compte que j’en ai pris beaucoup et commence à parler de police, de confiscation de la carte-mémoire .Un autre gardien calme le jeu, et nous invite même à franchir la barrière qui nous interdisait d’accéder à la magnifique chapelle et ainsi contempler de près une exceptionnelle scène de pêche et de chasse dans les marais. Bien sûr, il recevra un fort bakchich ! Nous repartons émerveillés par la beauté si bien conservée de ces vignettes d’un autre temps, avec le seul regret encore une fois de ne pas pouvoir les admirer sous la conduite d’un connaisseur des rites de l’Egypte160 LOUXOR Tombe Nakht ancienne. Nous récupérons la voiture et allons nous garer devant le temple de Séti I que Marie tenait à visiter. Après déjeuner, nous nous y rendons, presque seuls. Peu à voir, du moins après les temples de Louxor et de Karnak, classiques scènes d’offrandes des rois, Séthi I ou Ramsès II à diverses divinités. La gravure, plus profonde, me paraît peu fine et rarement compréhensible mais peut-être suis-je de parti pris car je n’avais pas très envie d’y venir… Nous décidons, surtout Marie, je serais bien resté sur le souvenir ébloui des tombes des Nobles, de nous rendre dans la Vallée des Rois pour essayer d’y voir quelques tombes avant l’heure de fermeture. Une route goudronnée s’enfonce dans la montagne et parvient au Visitor center. Pour une somme de 80 livres égyptiennes, nous avons le droit d’entrer dans trois des tombes ouvertes, au choix. Un mini-train, payant, nous fait parcourir deux cents mètres puis il nous faut continuer à pied. Nous décidons de commencer par celle de Ramsès III. Un long couloir en pente aux parois couvertes de hiéroglyphes ou de scènes tirées des Livres sacrés qui nous sont totalement inconnus, conduit à la chapelle funéraire vide. Les autres visiteurs sont des Russes pressés et bruyants, peu motivés. Les peintures sont belles mais elles n’ont pas le charme de celles des Nobles, la solennité des cérémonies l’emporte sur la fraîcheur des travaux de tous les jours. La tombe de Mérenptah est décevante, elle ressemble beaucoup par sa disposition, un long couloir en pente qui débouche sur une salle avec un énorme sarcophage, à celle de Ramsès III. Nous terminons avec celle de Ramsès IX où nous sommes presque seuls. La chapelle est couverte de scènes mystérieuses, ésotériques bien sûr, où le soleil sous la forme d’une boule rouge joue un rôle important. Son plafond est tout aussi étrange, un calendrier astronomique également superbe. Il est temps d’en terminer. Le mini-train nous ramène à l’entrée où nous récupérons la voiture et rentrons à Louxor. Nous passons dans un magasin qui a des produits anglais, bœuf ou poulet fumé, saumon congelé, avant de regagner le camping où nous sommes seuls ce soir. Nous nous installons dans le jardin pour relire le blog puis nous dînons avec les darnes de saumon achetées pour justifier l’achat de la bouteille de vin blanc, très quelconque. Nous téléphonons à Julie qui nous annonce qu’elle rendra visite à Nicole le prochain week-end. Je ressors pour taper le texte de la journée dans le jardin.

 

Lundi 25 février : Je suis réveillé à quatre heures par un gratteur de guitare, probablement complétement sonné par un abus de l’herbe cultivée par Marie-Jeanne et qui tient absolument à faire partager aux voisins son dégoût des politiciens, qu’il chante d’une voix éraillée, peu travaillée. Il est parfois couvert par celle encore plus tonitruante de muezzins, allumés eux aussi et peut-être par les mêmes plantes. Je meurs d’envie d’aller expliquer à notre guitariste engagé que ce n’est peut-être pas la meilleure heure pour convertir les foules à la révolution prolétarienne mais je crains de réveiller Marie qui dort du sommeil du juste, les boules Quiès profondément enfoncées… Quand, rare exploit qui mérite d’être souligné, notre troubadour marxiste réussit à la tirer de sa catalepsie, je me précipite hors du camion pour m’apercevoir que notre poète est au-delà du mur d’enceinte de l’hôtel et surtout, ma sortie déchaîne l’ire de la demi-douzaine de chiens pour qui tout est prétexte à de longs aboiements… Je me recouche, Marie enfonce plus profondément ses bouchons d’oreille, je me cache la tête sous l’oreiller au moment où un coq sonne un réveil gaulois. Nous quittons enfin Louxor après avoir fait un dernier tour en ville pour acheter fruits et légumes. Nous voulons refaire le plein de gasoil mais nous avions été avertis qu’il s’agit d’un produit rare et effectivement les premières stations-services où nous nous adressons en sont dépourvues. Après avoir traversé le Nil, alertés par un grand nombre de camions et bus formant une longue file d’attente à une station, nous nous enquérons de la venue du camion-citerne. Un policier nous l’annonce pour dans une demi-heure, le gérant de la station pour dans une heure, le gardien pour midi. Il n’est que dix heures un quart ! Nous décidons de tenter notre chance car je ne veux pas entamer nos réserves. Notre éminente qualité de touriste nous autorise à passer devant tout le monde et à nous garer devant la pompe… La demi-heure, l’heure, écoulées, nous envisageons de continuer notre route mais le camion-citerne arrive. Il doit manœuvrer pour accéder à la station ce qui n’est pas évident. Pour ce faire, il doit couper la route et aucun automobiliste n’est disposé à lui laisser la priorité. Les policiers dépêchés pour éviter une émeute, ne se mêlent de rien, ils mâchonnent les morceaux de canne à sucre tombés ou arrachés des remorques des tracteurs, fument des cigarettes ou sirotent un thé sur le bord de la route. Lorsqu’enfin le camion accède à la station, il doit encore faire quelques mouvements pour pouvoir accéder aux cuves. L’une est devant la voiture, l’autre derrière… Nous sommes les premiers servis mais dans l’incapacité de repartir ! Pendant tout ce temps, nous assistons à un happening égyptien. Engueulades et empoignades, chacun y va de sa complainte, tente de passer avant les autres, apporte ses bidons à remplir, engueule ceux qui passent avant, se justifie avec des gestes de pleureuses de l’antiquité auprès de ceux qu’il veut reléguer après lui. Tous invoquent Allah mais aucune sourate, aucun hadith ne réglent la distribution de carburant ! Et tout le monde fume en se penchant sur la cuve pour vérifier le niveau… Enfin nous repartons, continuons au milieu des cannes à sucre avant d’entrer  dans le désert. Nous traversons, dans une sorte de brume peu agréable, une immensité désespérément  plate et monotone, parcourue à bonne allure. Quelques passages se font entre des collines partiellement couvertes de sable, arasées à leur sommet par le vent depuis des millénaires. Nous passons quelques contrôles débonnaires où on ne nous demande que notre nationalité ! Nous atteignons enfin les oasis qui se suivent dans la dépression d’El Kharga, succession de taches vertes et de villages pas très beaux au milieu des sables. Enfin, peu avant le coucher du soleil, nous atteignons la capitale du sud, aux avenues désertes. Nous pouvons nous installer au Kharga Oasis Hotel, et bénéficier des commodités d’un bungalow, après discussion avec le réceptionniste qui ne parle qu’arabe et son patron qui ne bafouille que quelques mots d’anglais. Il a fait bien plus chaud aujourd’hui et un gin-tonic s’impose pour marquer notre arrivée sur le territoire des Oasis !

 

Mardi 26 février : Marie se déclare très satisfaite de la salle de bain mise à notre disposition ! Nous commençons la journée par la visite du temple Hibis, à la sortie de la ville. 165 KHARGA Temple HibisLes abords sont en cours d’aménagement mais l’allée qui se dirige droit vers le sanctuaire est bien dégagée et nous en franchissons les portes successives. L’alignement des pylônes est parfait, nous apercevons dans l’encadrement du premier la vilaine porte en fer qui protège les salles décorées du temple. Sur les parois nous retrouvons les représentations classiques d’offrandes aux dieux Mut, Amon et Khonsou. La salle hypostyle et les pylônes ont été très restau rés, cela me gêne toujours un peu. L’intérêt de ce tem  ple est surtout dans l’antichambre dont les murs intérieurs sont entièrement couverts de sculptures sur plusieurs registres, presque toutes avec  d’importantes traces de peinture. Nous n’en avions jama is vu autant dans un temple. Un gardien ne nous lâche pas d’une semelle, vite rejoint par un policier qui demande où nous avons logé, d’où nous venons et où nous allons ! Nos anges gardiens !!! Nous continuons par la nécropole chrétienne de Baghawat, un kilomètre plus loin. Sur une colline, on aperçoit ce que l’on pourrait prendre pour des maisons ruinées, 181 KHARGA Nécropole Baghawaten fait ce sont des chapelles funéraires familiales du IV° au VI° siècle, construites en briques crues, surmontées d’un dôme. Elles forment des rues ensablées aujourd’hui. Nous en visitons plusieurs qui ont conservé des traces de fresques assez naïves avec des scènes tirées de l’Ancien Testament, Adam et Eve, Abraham, l’Exode avec Moïse etc… De nombreux graffitis en grec ou en arabe les recouvre presqu’entièrement. Si les peintures sont peu intéressantes pour un non-spécialiste, l’ensemble des basiliques et des « maisons », avec la vue sur la palmeraie et les montagnes au loin, mérite la visite. Nous revenons en ville acheter des boissons et des fraises puis, en passant devant une station-service où une longue file de camions et camionnettes signale une distribution de gasoil, nous nous arrêtons et notre 187 KHARGA Désert dunequalité de touristes nous permet d’être servis sans attendre ! Nous repartons pour une nouvelle traversée du désert sur environ deux cents kilomètres. La route est goudronnée, elle disparaît parfois sous une dune mais alors une voie de contournement a été prévue. Des formations rocheuses érodées commencent à apparaître dans le lointain, des pics, des cheminées curieusement taillées, puis elles se rapprochent, nous les traversons en parvenant au groupe des oasis dans la dépression de Dakhla. Nous faisons un petit détour jusqu’au village de Bashindi. Un curieux cimetière à l’entrée renferme des tombes entourées d’une clôture de briques blanchies à la chaux, disposées en quinconce ou193 BASHINDI Tombes en étoile. Nous traversons le village, en voiture, il fait chaud et nous n’avons pas très envie de descendre marcher ! Nous passons ensuite à Balat où nous faisons, toujours en voiture, le tour de la ville ancienne, des maisons en briques crues, plus ou moins ruinées sur une colline. Nous arrivons à Dakhla où le premier arrêt est pour acheter des boissons fraîches. Nous cherchons un endroit où camper, tentons notre chance au Elias Camp sur lequel nous n’avons aucune information. C’est un tout nouvel ensemble de bungalows, désert, au milieu des cultures, à la sortie de la ville. Une petite piscine ne manque pas d’attrait mais Marie veut voir la vieille ville avant que nous 201 DAKHLA Vieille villene nous posions pour la nuit. Nous retournons donc dans le centre et allons nous garer sur une place, au pied des ruines de la cité ancienne. Nous partons dans les ruelles, au milieu des maisons toutes très ruinées et presque toutes abandonnées. Nous montons au sommet de la colline, la vue sur les terrasses et les toits effondrés est peu intéressante. Retour au camping où je peux enfin goûter à l’eau fraîche du bassin avant que la nuit ne tombe. Nous profitons du crépuscule pour commencer à raconter la journée puis nous essayons vainement de nous connecter à internet avec la clé du patron. Nous ne pourrons envoyer un message à Julie qu’en utilisant l’ordinateur de l’hôtel, avant de regagner notre camion, à l’abri des féroces moustiques.

 

Mercredi 27 février : Pas de muezzin cette nuit pour affirmer qu’ « il n’y a de dieu que Dieu » mais un âne brait qu’  « il n’y a pas que les ânes qui sont des ânes ». Nous allons en ville, d’abord tirer des livres égyptiennes avec la carte bleue puis au musée ethnographique. Il est fermé mais le vendeur de motos qui est en face en appelle le responsable qui arrive aussitôt. Il nous ouvre la porte de ce bien modeste musée consacré aux gens des oasis. Nous y retrouvons tous les objets bien connus dus à l’ingéniosité de ceux qui ont su tirer parti du palmier dattier que ce soit en Afrique du Nord ou dans d’autres régions désertiques. Rien de nouveau pour nous mais nous admirons tout de même quelques robes anciennes, noires avec des broderies et des pièces d’argent cousues dessus. Nous p205 DAKHLA Pigeonnierassons ensuite à l’office du tourisme qui nous assure qu’il y a un camping à El Ksar, à l’hôtel Badawiya et nous prenons la route qui musarde dans les palmeraies, traverse les villages et leurs cimetières aux marabouts souvent ruinés. Dans la campagne, de nombreux pigeonniers dressent leurs tours, percées d’ouvertures pour les volatiles et piquées de branches pour qu’ils puissent s’y reposer. Nous parvenons à El Ksar et trouvons à l’écart de la route principale la cité ancienne, raison de notre venue. Tout de suite un minaret en briques crues nous surprend au détour d’une ruelle. Nous découvrons 209 EL KSAR Minaret et rueune particularité de cette ancienne capitale médiévale de l’époque ottomane, les linteaux de bois sculptés au-dessus des portes. Nous en verrons plus d’une douzaine, certains finement gravés avec des versets du Coran. Ils sont les derniers restes de la splendeur de la cité avec quelques fenêtres de bois ouvragées mais les maisons comportaient peu d’ouvertures vers l’extérieur. Elles sont presque toutes écroulées, quelques-unes ont été sommairement restaurées mais les habitants sont devenus rares et n’entretiennent plus ces masures sans confort. Nous déambulons dans les ruelles, parfois couvertes, sans suivre d’itinéraire précis, poussant les portes à demi ensablées, grimpant des escaliers effondrés qui mènent à des terrasses branlantes, avant de revenir à la voiture. Nous allons au Desert Lodge, un établissement luxueux mais très bien placé sur une colline qui domine la vieille ville. Nous pourrions éventuellement y camper. Nous aviserons… Nous prenons la route de l’ouest sur quelques kilomètres puis nous roulons dans le désert entre des buttes de roches stratifiées jusqu’à un site où se trouvent des tombes romaines. Penser que Rome au temps de sa190 KHARGA Désert splendeur entretenait des garnisons jusque dans le désert égyptien ! Le gardien nous entraîne, face au vent qui s’est levé et projette du sable, vers des cavités creusées dans une colline. Nous y apercevons des momies, des crânes, des masques peints de béliers avant qu’il ne nous avoue qu’il n’a pas les clés des tombes peintes ! Ce qui ne l’empêche pas de nous réclamer un bakchich ! Nous repartons furieux… Nous nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner dans le camion avant de continuer jusqu’au temple de Deir el Haggar. Très restauré, il est de peu d’intérêt, quelques bas-reliefs mais je commence à saturer de contempler des dieux à têtes de bélier ou de faucon. Son seul intérêt est sa situation dans le désert. Nous revenons vers El Ksar, à la recherche d’un emplacement pour la nuit. L’hôtel Badawiya dont on nous avait donné le nom à l’office du 227 EL KSAR Oasistourisme à Dakhla, indique sur sa pancarte camping mais il n’en est pas question ! Nous nous dirigeons alors vers les sources de Bir Gebel au pied de la belle falaise découpée et en partie ensablée qui s’allonge le long de la dépression. Nous y trouvons un campement où nous pouvons nous installer en essayant de nous protéger du vent. Un bassin circulaire est alimenté d’une eau chaude et ferrugineuse. Nous passons la fin de l’après-midi dans le camion en nous connectant à internet. Nous nous déplaçons dans le salon télévision à la nuit tombée pour profiter du branchement électrique et de l’éclairage. Nous dînons au restaurant de l’hôtel sur une toile cirée dans une salle sinistre, bientôt rejoints par une Allemande qui vient méditer dans l’oasis tous les hivers puis par un cycliste suisse. Dîner très quelconque auquel Marie ne fait pas honneur.

 

Jeudi 28 février : Nous utilisons les installations de la source, sur un promontoire, pour nous laver dans une vasque circulaire avec des marches qui permettent d’y descendre. Autour de nous les champs s’arrêtent au pied des falaises, les pigeons s’échappent de leurs tours, les paysans binent leurs plants. Nous repartons pour une nouvelle étape. Les dernières taches vertes passées, nous voici de nouveau dans le désert, des buttes tabulaires jalonnent le paysage. Le vent a cessé de souffler dans la nuit et la vue porte loin. Nous roulons ensuite dans une immense étendue à demi caillouteuse, à demi couverte de sable, entre la barrière des falaises aux strates soulignées d’un voile de sable à l’est, à quelque distance, et une ligne ininterrompue de dunes plus éloignée. Les deux lignes convergent puis nous sommes au milieu des sables sans plus aucune éminence de part et d’autre. Avant Farafra, nous franchissons une barrière rocheuse avant de plonger dans une nouvelle dépression où les roches sont blanches, des pics surgissent de leurs cônes d’éboulis, mais pas d’Indiens  pour dévaler au grand galop… Les taches vertes des oasis de Farafra apparaissent mais les grandes palmeraies en semblent absentes. Jusqu’à présent, les oasis sont décevantes, loin d’être aussi luxuriantes que celles du Maroc, les vieilles villes sont en ruine alors que dans le Draa ou le Bani, elles sont encore habitées. Je trouve à refaire un plein de gasoil sans avoir à faire la queue, avant d’entrer dans la ville, bien moins animée et développée que Kharga ou Dakhla. Nous nous rendons à l’hôtel Aqua Sun, à côté d’une source chaude où habituellement les voyageurs campent. Nous pouvons nous aussi nous y installer mais nous sommes très déçus. La source est un tuyau qui déverse une eau sulfureuse dans un bassin au beau milieu d’un terrain dénudé sans une parcelle d’ombre ! Le seul palmier qui poussait à côté du bassin a brûlé ! Nous restons pour déjeuner à l’ombre maigre d’un autre palmier à quelque distance. Nous reportons sur l’ordinateur et le GPS les positions des lieux à ne pas manquer dans le Désert Blanc demain. Nous nous rendons ensuite dans le centre avec l’intention de chercher un autre lieu de campement. A l’hôtel Sunrise, mes cris et des coups de klaxon ne parviennent pas à faire apparaître un quelconque employé, au Badawiya, nous pourrions rentrer la voiture dans une allée et bénéficier d’une vraie piscine. Nous traversons le centre-ville, pas de235 FARAFRA Musée boutiques où se ravitailler. Nous allons prendre un pot dans un café qui lorgne la clientèle touristique, absente, puis nous visitons le musée d’un Facteur Cheval local, artiste touche-à-tout qui travaille la terre et le sable pour en faire des compositions malheureusement laides malgré ses idées de réemploi d’objets, surtout des poteries, dans des sculptures. Nous hésitons sur le lieu où nous passerons la nuit, tirons à pile ou face et retournons à la source. Je vais m’y baigner, l’eau est à 37°c, il s’en élève une odeur de soufre supportable. Marie se contente de se tremper les pieds. Nous nous installons dans le jardin pour la plus grande joie des moustiques, et attendons l’heure de dîner. Repas nettement meilleur que celui de la veille, des épices parfument les plats et l’incontournable poulet semble grillé.

 

Vendredi 1er mars : Je regonfle la roue que j’avais trouvée légèrement dégonflée la veille mais au moment de démarrer la batterie est à plat, sans doute à cause du gonfleur utilisé sans faire tourner le moteur. Je dois aller requérir l’aide du personnel pour pousser la voiture et la démarrer. Presque tous les commerces sont fermés en ce vendredi mais nous trouvons tout de même du pain chez une boulangère qui ne laisse deviner que deux beaux yeux, et des pommes chez son voisin, marchand de fruits. Nous quittons Farafra, toujours en direction du nord, nous ne sommes plus arrêtés aux contrôles aux entrées et sorties des villes. A une trentaine de kilomètres, nous entrons dans le parc national du Désert Blanc. Seul un panneau 272 DESERT BLANCl’indique, pas de gardes, pas d’informations. Nous commençons à apercevoir de chaque côté de la route des buttes, des pics, des crottes aux formes étranges, façonnées par le vent, les plus spectaculaires sont blancs comme de la craie. Nous quittons la route en suivant des traces dans le sable. Trop confiant dans les capacités d’une Land Rover, je n’ai pas dégonflé les pneus ni même engagé les petites vitesses et je ne manque pas de me planter. Dégonfler, engager les petites vitesses ne nous permet que d’avancer de quelques mètres, je dois recourir aux échelles de sable pour en sortir. Je ne peux m’arrêter qu’au bout de quelques centaines de mètres et revenir chercher les plaques. Nous avons une demi-douzaine de points GPS relevés sur le blog de voyageurs passés ici, il y a six ans, ils vont nous permettre de faire un circuit dans cet univers surréaliste, digne de Dali, sans264 DESERT BLANC nous perdre alors que des centaines de traces partent dans toutes les directions. Nous louvoyons dans le sable, entre les formations rocheuses, pas toutes blanches, qui dressent des doigts creusés à la base, des aiguilles tordues, des collines tabulaires dans lesquelles nous croyons reconnaître des animaux, un lion, des visages, une tête de Diego, un sphinx. Nous rejoignons la route goudronnée puis repartons de l’autre côté. Un panneau présente une carte avec les pistes et les principales curiosités, nous essayons de la relever et de suivre un circuit sur une piste en principe balisée mais bien vite les traces partent là aussi dans toutes les directions et nous naviguons de nouveau à l’estime. Ici pas de grandes roches, pas de pics haut dressés mais des buttes en 270 DESERT BLANCforme de tentes coniques, de champignons (hallucinogènes ?), de tables aux dessus parfaitement plans, toutes d’un blanc éblouissant contrastant avec le sable blond. Nous déjeunons au milieu de ces formations, dans un sable vierge puis repartons en zigzaguant à la recherche des roches les plus curieuses, encore des têtes, une Bécassine (les Bretons auraient dit une bonne sœur…), une tête de dromadaire, une énorme boule posée sur un pied minuscule etc… Nous roulons en suivant des traces, elles disparaissent  parfois sur les sols caillouteux, nous en retrouvons d’autres, passons près d’une source squattée par des touristes en tour organisé, que signale un bouquet de palmiers. De là, nous apercevons les deux275 DESERT BLANC montagnes appelées Twin Peaks, dont la blancheur tranche sur l’ocre des falaises auxquelles elles sont adossées. Nous les approchons après avoir traversé la route, L’une d’elles a des allures de cathédrale de rocher immaculé. Nous reprenons notre progression vers le nord à vive allure. Nous quittons la dépression de Farafra par une montée sur un plateau sans plus aucune formation rocheuse sur des kilomètres. Plus loin, nous traversons ce qui est abusivement appelé le Désert Noir, des pics coniques dont des strates d’une roche noire comme du charbon se sont effritées et 280 DESERT NOIRont recouvert la plaine et les flancs des collines de cailloux charbonneux, mais le sable reste présent et l’effet n’est pas aussi saisissant que dans le Désert Blanc. Nous parvenons à Bawiti en fin d’après-midi quand la petite ville sans grand cachet commence à sortir de sa torpeur religieuse. Les barbus s’en reviennent de la mosquée en gallabiyah immaculée, bonnet sur la tête, les commerces ouvrent (aucun ne vend de tonic !). Nous cherchons le campement d’Ahmed, personne n’y parle anglais, pas de connexion internet et encore du poulet au menu du soir. Nous cherchons un autre campement, le Badr Sahara, que nous dénichons sans nous perdre dans les rues ensablées de Bawiti. Le patron est un ventripotent sympathique qui emporte notre adhésion en nous promettant autre chose que du poulet et de la bière ! Nous nous garons en surplomb de la palmeraie et attendons le repas en sirotant le thé offert. Nous avons réussi à obtenir du bœuf au lieu du poulet et nous ne le regrettons pas, la viande, cuite en ragoût, est tendre, immanquablement accompagnée de riz et de pommes de terre. Le patron nous a prêté sa clé 3G et nous pouvons avoir des nouvelles.

 

Samedi 2 mars : Au moment de partir, plus de batterie ! Cette fois ce n’est pas à cause du gonfleur, batterie en fin de vie ou fuite ? Je tente d’utiliser la batterie de la cellule puis de la recharger mais en vain. Avec l’aide du garçon qui est présent, nous essayons de la pousser, résultat je tombe sans serrer le frein quand la voiture recule et elle finit sa course dans les plates-bandes… Nous devons attendre l’arrivée du patron qui nous tire et ainsi la démarrons. Nous allons en ville à la recherche de l’office du tourisme, fermé pour cause de week-end… Quelques courses y compris des produits congelés puis nous allons au Musée des momies. Tout récent, il n’a ouvert qu’une petite salle, sans la moindre explication, datation, où sont exposées sous des vitrines une dizaine de momies du début de notre ère, dont le visage et la poitrine sont couverts d’un masque peint et couvert de feuilles d’or. Les dessins hiéroglyphiques sont plutôt grossiers, les poitrines des femmes ne sont pas très réalistes mais deux d’entre elles sont humanisées par un visage légèrement tourné. Les billets nous donnent droit à visiter les autres curiosités des environs. Nous nous rendons au site où nous pouvons descendre par un très raide escalier dans deux tombes d’époque romaine. Les chambres funéraires et le sanctuaire de l’une des deux sont couverts de peintures sur les murs. Habituelles scènes d’offrande, et panthéon complet des dieux de la mythologie égyptienne. Les dessins sont là aussi grossiers mais les couleurs ont conservé leur fraîcheur. Le temple d’Alexandre, derrière une palmeraie, ne mérite pas de s’y arrêter, deux personnages sans tête, gravés sur un mur et un cartouche illisible au nom d’Alexandre. Nous allons nous garer dans la palmeraie pour déjeuner. Au moment de repartir, pas de batterie ! Je demande à quelques paysans couchés sous un palmier de m’aider à pousser la voiture, ils se déplacent de mauvaise grâce, poussent sans conviction et abandonnent aussitôt. Je vais au carrefour guetter une voiture. Arrive une antique Toyota 4x4 conduite par un gamin et deux de ses copains. Ils ne rechignent pas devant l’effort, poussent la voiture sur le chemin puis la tirent et ainsi la démarrent. Cela devient inquiétant et me conforte dans l’idée d’un retour rapide désormais. Plus question d’aller à Siwa, je n’en avais d’ailleurs plus très envie. Et si cela ne tenait qu’à moi, je prendrais la route de Port-Saïd directe. Mais Marie a envie de voir Alexandrie ! Nous allons voir un dernier site, encore une tombe, très restaurée avec sur les murs des scènes sculptées et portant encore des traces de peintures. La gravure est profonde, très stylisée, on croirait une copie récente ou une imitation sur une Maison de la Culture en Europe. J’ai pris la précaution de me garer en pente, ce qui nous permet de redémarrer. Nous revenons en ville, les boutiques auxquelles Marie comptait rendre visite sont fermées. Nous hésitons à prendre la route pour nous avancer demain mais il se fait déjà tard, aussi revenons-nous au campement de la veille et y attendons la nuit en écrivant le récit de la journée et en relisant le blog, tout en sirotant un thé. Nous dînons dans le camion de croquettes, que j’avais cru être de poisson, décongelées mais qui s’avèrent être de poulet, encore du poulet !

 

 

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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 13:32

Mardi 29 janvier : Il a heureusement fait plus frais cette nuit et personne n’est venu troubler notre quiétude. Pour notre dernière nuit en Ethiopie, nous avons eu droit à des chants religieux, filet agréable au début, effroyable cacophonie au matin. Au réveil, une épaisse brume nous dissimule les environs, on ne perçoit qu’à deux cents mètres au maximum. Nous sommes à huit heures au poste frontière. Personne à la douane… Je vais effectuer les formalités de police et reviens à la douane, attendre… Le responsable n’arrive que trois quarts d’heure plus tard, une fois qu’il a lu les lettres délivrées à Addis et trouvé une agrafeuse pourvue d’agrafes, il appose enfin son tampon sur le carnet de passage en douane. Nous franchissons la frontière sur un petit pont et nous voilà au Soudan. A l’immigration on me réclame des photocopies du visa et du passeport. Problème : la photocopieuse est chez les douaniers et ils n’ont pas de courant électrique… Je m’enfonce dans le dédale du market, un ensemble d’échoppes en torchis, tôles, planches où tout se vend, s’achète. Je trouve le « salon de reproduction » : sur une chaise plantée dans le sable, un appareil capricieux qui débite trois pages blanches pour une imprimée, refuse de ronronner, redémarre quand on lui parle gentiment, tombe en panne d’encre, et qui, ravitaillé avec une seringue, accepte enfin de me délivrer les indispensables documents. Munis de tous ces papiers, je peux enfin faire tamponner nos passeports. Seconde étape : la douane, immense, déserte, un seul officier est en « activité ». Déclaration en quatre exemplaires, tamponnés, visés par le chef qui se repose (de quoi ?) sous un arbre dans la cour, paiement des droits (donc trouver des livres soudanaises, échangées contre le reste des birrs éthiopiens à un taux calamiteux) et c’est presque terminé. Il ne nous reste plus qu’à nous faire enregistrer à la Sécurité, formalité rapide effectuée avec le sourire et, enfin, un « Welcome in Sudan ». Nous avons perdu deux heures et Khartoum est à six cents kilomètres. La route est goudronnée, pas des meilleures, des trous surprennent, la chaussée est déformée et la visibilité réduite. De part et d’autre, la brousse, pas de cultures, pas de villages, des troupeaux très importants de bovins mais aussi de dromadaires. Les hommes sont tous en gallabiya blanche avec une toque, un turban ou une calotte. Les femmes, plus rares, portent des voiles très colorés. La brume se lève lentement mais ne disparaîtra pas complètement. Quelques contrôles de police, la plupart sans nous arrêter mais à deux reprises, nous devons être enregistrés. Nous nous arrêtons pour déjeuner à proximité de l’un d’eux, personne ne vient nous regarder, pas de gosses, nous apprécions… Mais pour boire discrètement notre bière, nous devons ruser. Dans les villages, les cases et les maisons forment des concessions familiales cachées derrière des murs en dur ou des palissades en tôle ondulée, ou formées de nattes. L’orgueil des villageois se manifeste dans l’érection d’une mosquée et d’un minaret haut et fin, à croquer ! Les couleurs où prédomine un vert de Paradis, sont dignes de pâtisseries orientales. Les kilomètres défilent, nous transpirons dans la voiture, de l’air chaud provient du moteur. Je reprends du gasoil. D’après mes calculs, le litre doit être à 25 centimes d’euro ! Nous nous rapprochons du Nil Bleu, les champs (de quoi ?) ont été labourés. Nous le franchissons sur un grand pont, rien de remarquable. La circulation s’intensifie à l’approche de Khartoum mais nous trouvons à l’entrée le National Camping Residence, sorte de village d’accueil pour sportifs et troupes de visiteurs, avec des bungalows, mais pas de terrain de camping. Nous pouvons nous y garer et utiliser des toilettes rudimentaires. Nous arrosons l’arrivée à Khartoum…

Mercredi 30 janvier : Nous prenons notre temps. Marie n’apprécie guère la « rusticité » des installations sanitaires, toilettes à la turque et douche qui ont connu des temps meilleurs. Heureusement le prix demandé ce matin n’est pas celui réclamé la veille et pour dix dollars nous ne pouvons pas trop nous plaindre. A dix heures, nous nous mettons en quête de l’ambassade de France. Nous suivons une large avenue qui longe l’aéroport, séparée par un terre-plein qui interdit les demi-tours, mais nous y parvenons sans trop de peine. Nous sommes reçus par le consul, très aimable, qui nous présente à Florence, une employée qui connaît bien le Soudan et qui s’y plait beaucoup. Elle fait appel à Arnaud, un autre employé, toujours prêt à partir en exploration du pays et à renseigner les (rares) visiteurs. Nous convenons de nous revoir demain pour en discuter plus longuement. Nous repartons pour le bureau d’enregistrement des visas. Nous utilisons les coordonnées GPS fournies par un voyageur, mais s’y rendre n’est pas chose facile. Nous nous perdons, traversons sans le souhaiter le Nil, revenons par un autre pont, aboutissons au point indiqué où ne se trouve aucun bureau… Nous repartons donc en utilisant la carte et T4 Africa pour un autre bureau. Personne ne parle anglais mais nous finissons par apprendre que ce n’est pas ici non plus. Les heures ont passé et tout ferme à quinze heures. Nous décidons de nous rendre au camping du Blue Nile Sailing Club, aperçu en passant et où nous espérons être renseignés. On nous y explique que le bon bureau est hors plan mais qu’un employé pourra s’en occuper. En attendant sa venue nous déjeunons dans le camion. Arrivée de l’employé qui pourra s’occuper demain de nos visas. Pour occuper l’après-midi nous décidons de nous rendre au confluent des deux Nils, le Blanc et le Bleu. Nous suivons ce dernier, en longeant des palais, des hôtels de luxe, des immeubles modernes en forme de suppositoire. Aucune route ne nous permet de nous rendre au confluent même et nous voici de nouveau embarqués sur un pont au-dessus du Nil Blanc, jusqu’à l’entrée de Omdurman, la ville jumelle de Khartoum. Demi-tour et retour jusqu’au musée national que nous visitons. Un grand bâtiment qui vieillit mal, où dans une immense salle, mal éclairée, sont exposés des poteries des différentes civilisations qui se sont succédé dans la vallée du Nil, avec l’apothéose de Méroé. A l’étage de superbes fresques chrétiennes ont été sauvées de la cathédrale de Faras avant qu’elle ne soit engloutie sous les eaux du barrage d’Assouan. Une Nativité pleine de scènes très colorées et des enfants sauvés de la fournaise par un archange, où prédomine le rouge, sont les plus remarquables. Leur présentation pourrait être améliorée… Mais le plus intéressant est peut-être, dans la cour du musée, autour d’un bassin supposé symboliser le Nil, la reconstruction sous des pavillons en verre de temples, eux aussi sauvés des eaux. Deux sont remarquables, l’un, le temple de Kumma, pour les bas-reliefs de ses murs, l’autre, celui de Buhen, pour les superbes peintures du sanctuaire qui subsistent. Nous décidons alors de nous rendre à l’Institut français où nous devrions retrouver nos deux Français de ce matin à l’occasion d’une conférence. Nous y prenons un verre dans le jardin très fréquenté. Nous pouvons nous connecter à internet dans la médiathèque et envoyer des messages. Le conférencier est un préhistorien suisse qui fouille depuis dix-huit ans le site de Kerma. Il nous parle de l’évolution de l’occupation humaine dans la région au gré des changements climatiques, il sait en tirer des généralités, nous expliquer les difficultés et les récompenses de la recherche mais j’avoue avoir du mal à me passionner pour des traces de poteaux de plusieurs milliers d’années. Nous en sortons à neuf heures. Arnaud nous propose de passer boire un verre avec Florence chez lui. Une petite maison décorée avec quelques beaux objets. Nous avons droit à du vin ou du pastis en dégustant un inespéré saucisson au poivre… Arnaud nous renseigne sur les visites à faire en suivant le Nil, sur l’état des routes et nous donne des points GPS. Nous raccompagnons Florence puis essayons de retrouver notre chemin, ce qui ne se passe pas trop mal, et, à minuit, nous sommes de retour au camping des bords du Nil.

Jeudi 31 janvier : Nous nous réveillons tôt car nous avons des problèmes à régler absolument aujourd’hui, demain étant férié. Je ne trouve pas tout de suite celui qui doit s’occuper de l’enregistrement de nos visas, Marie piaffe. Je finis par apprendre qu’il loge à l’étage du bateau qui trône au milieu du club. Un ancien vapeur armé, de l’époque de Kitchener, qui se délabre lentement… Je gravis les marches, celles qui restent, pour atteindre la cabine de notre homme. Il vit au milieu d’immondices, aucune trace d’un quelconque entretien, d’un coup de balai ! Je le réveille, lui confie passeports, photos d’identité et dollars. Nous partons, en utilisant le GPS, pour le ministère du Tourisme afin d’obtenir un Travel permit, formalité qui ne demande que quelques minutes. Des fonctionnaires sont payés pour, toute la journée, photocopier des demandes, y coller une photo, apposer un tampon et classer une copie dans un dossier… Il est vrai aussi que le nombre de policiers, soldats, miliciens (?) qui passent leurs journées assis sur une chaise à l’entrée de toute administration (même au camping !) est impressionnant. Nous dénichons à côté du ministère un supermarché, le mieux achalandé de la ville aux dires des expatriés. Sur deux étages, des rayons de boîtes de conserves avec un choix honnête, pour la région, et à l’étage la boucherie et quelques produits de charcuterie de bœuf ou de poulet, légumes et fruits, crèmes, fromages. Un choix que nous n’avions pas souvent en Ethiopie. Bien sûr, pas de bière ni d’alcools… Je change des dollars à la réception d’un hôtel tenu par des Chinois et nous pouvons régler nos emplettes avant de reprendre le camion et revenir au camping. Notre factotum revient avec nos passeports en règle. Nous en avons terminé avec les formalités. Nous déjeunons puis repartons pour Omdurman, de l’autre côté du Nil Blanc. Nous naviguons un peu à l’estime en suivant des avenues et nous nous enfonçons en direction du maximum d’agitation, nous nous retrouvons en plein milieu du souq, ce que nous voulions. Nous hésitons à continuer à pied sans savoir quelle est la distance jusqu’aux ruelles qu’Arnaud nous a indiquées et où nous sommes susceptibles de trouver des objets, des souvenirs. Un Soudanais monte dans la voiture et nous fait emprunter une rue dans laquelle je n’aurais pas osé m’aventurer au volant. Chaque croisement avec un tuk-tuk, une charrette tirée par de pauvres haridelles, un autre malheureux égaré en voiture dans le quartier, doit être négocié précautionneusement. Nous finissons par nous garer et continuons à pied. Nous passons le marché aux produits alimentaires et remontons une rue de boutiques variées, lits traditionnels en bois peint avec un sommier de lanières de cuir ou de ficelle, quincaillerie, glaces etc… Nous trouvons une première boutique d’un très sympathique lapidaire qui a quelques jolis colliers de perles rustiques, Marie en achète un, puis des ruelles avec des boutiques aux habituelles horreurs africaines mais, parmi elles, on peut dénicher quelques objets d’artisanat intéressants. Colliers de très fines perles de Venise, trop chères maintenant, nous aurions dû les acheter à Dakar autrefois. Vanneries du Darfour au tressage d’une grande finesse mais chères également. Nous nous décidons tout de même pour un grand plat en bois creusé et gravé puis nous repassons chez le lapidaire lui acheter un autre collier. L’heure de la fermeture des boutiques a sonné, tout le monde rentre chez soi, tous les tuk-tuk pétaradent dans la rue, cherchent à se faufiler. Nous devons en faire autant mais je parviens à échapper aux encombrements en passant par une ruelle non pavée avant de rejoindre un grand axe. Nous ne nous perdons pas et retrouvons le camping sans difficulté. Nous allons nous installer dans les fauteuils en surplomb du Nil, en regrettant que toute la promenade sur les berges ne soit pas mieux aménagée, que ce soit encore les automobilistes qui fassent la loi avec ponts et voies rapides. Nous regagnons le camion dès que le soleil se couche, le vent et la fraîcheur nous ont fait oublier les températures de l’avant-veille.

Vendredi 1er février : Les cyclistes partis pour une traversée de l’Afrique et les camions d’assistance qui les accompagnaient partent ce matin. Nous restons seuls au camping et nous consacrons une partie de la matinée à un dépoussiérage de la cellule et au plein des réservoirs d’eau. Nous suivons une fois de plus les bords du Nil Bleu pour nous rendre à son confluent avec le Nil Blanc. Très peu de circulation en ce vendredi matin, jour férié de la semaine au Soudan. Un parc d’attraction avec des manèges occupe la pointe, il n’est pas 001 KHARTOUM Confluentencore ouvert mais nous pouvons tout de même entrer et rouler jusqu’à l’extrémité. Les eaux étant basses, nous devons marcher dans les herbes pour approcher de la berge et voir à nos pieds le remous provoqué par la rencontre des deux courants. Rien d’inoubliable… Nous nous rendons ensuite à l’hôtel Coral, l’ancien Hilton, désert ! Nous voulions avoir une vue de son sommet sur le confluent, ce n’est pas possible, acheter des cartes postales, la boutique est fermée et espérions que les salons auraient le wifi, ce n’est pas le cas ! Nous repartons et décidons de nous rendre au café Ozone pour avoir une chance de nous connecter. Nous le trouvons sans difficulté, au centre d’un parc ombragé. Le lieu est agréable, fréquenté par la colonie d’expatriés et quelques autochtones que les prix ne rebutent pas. Nous décidons d’y déjeuner, avec une bouteille d’eau… Nous pouvons nous connecter moyennant l’achat d’une carte bon marché. Nous écrivons à Julie et à Wadi Halfa pour réserver notre passage sur le ferry d’Assouan. Marie fait l’emplette d’un collier puis d’une belle vannerie, ronde et colorée, du Darfour auprès des marchands installés dans le parc. Nous repartons pour Omdurman et nous nous garons005 KHARTOUM Tombe du Mahdi devant la tombe du Mahdi, celui qui avait fait vaciller l’empire britannique. Nous devons attendre le retour des gardiens partis prier à la mosquée. Le mausolée à la forme d’un dôme recouvert d’un métal argenté, l’intérieur renferme les tombes de ses proches, lui-même eut ses cendres jetées dans le Nil… En face, nous visitons une maison ayant appartenu à son fils, l’intérêt n’est certainement pas dans les objets exposés qui relatent tous l’épopée mahdiste, mais dans le dédale de cours et de pièces aux beaux plafonds rustiques supportés par des poutres. Nous repartons pour nous rendre à la 012 KHARTOUM Mausolée Hamid en Niltombe d’Hamid en Nil. Au milieu d’un vaste cimetière, se dressent plusieurs mausolées couverts de coupoles et de pinacles, peints majoritairement en vert. Nous traversons à pied le cimetière, les tombes sont délimitées par des pierres ou une bordure imprécise en briques, ou simplement marquées par un tertre. Nous rejoignons des personnes déjà arrivées, encore peu nombreuses, qui comme tous les vendredis sont venues participer à un rituel soufi. Des marchands vendent des chapelets, des livres d’édification religieuse ou plus prosaïquement des boissons et de la nourriture. Nous patientons, longtemps, tandis que la foule grossit doucement. Quelques hommes viennent s’enquérir de notre nationalité, toujours accueillie avec plaisir et nous souhaitent la bienvenue. Dans le mausolée principal, une tombe, que je suppose être celle028 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufi d’Hamid en Nil, est entourée par des gens, hommes et femmes, qui accompagnent par des mouvements de leur corps quelques chanteurs et musiciens. Alors que le soleil a déjà bien baissé, un court cortège s’avance accueilli par des you-you, derrière deux drapeaux aux couleurs de l’Islam. Après un bref passage au mausolée, ils ressortent et les assistants forment un grand cercle à l’intérieur duquel vont tourner, comme un rayon d’une roue, une rangée de dignitaires majoritairement vêtus en vert. Relayé par une sono, un chanteur accompagné par un tambour lance une mélopée reprise par toute l’assistance. Les corps se 031 KHARTOUM Mausolée Hamid en Nil Soufiplient en deux, se redressent, les mains s’avancent, se retirent en suivant le rythme qui s’accélère. Le parallèle avec les cérémonies auxquelles nous avons assisté à Lalibela est frappant, mêmes gestes, même recherche de la transe par des rythmes syncopés, même impression de ferveur sur commande ! Quelques participants se mettent à tourner tels des derviches, sans toujours s’apercevoir que le chant et le tambour ont cessé, d’autres répètent mécaniquement des gestes saccadés. Des femmes dans l’assistance se balancent en rythme, l’une agite un drapeau vert avec une profession de foi en lettres dorées dessus. « Spectacle » fascinant mais presqu’effrayant tant il semble facile d’être pris dans le rythme et d’adhérer alors à l’idéologie qui pourrait l’accompagner. Puis brutalement, au coucher du soleil, une dernière invocation d’Allah et c’est fini ! Un imam récite une longue tirade que presque tous écoutent, les paumes des deux mains tournées vers le ciel et la foule se disperse. Nous rentrons nous installer à notre camping pour une dernière nuit à Khartoum.

Samedi 2 février : Nous partons à huit heures et demie, en allant chercher un autre pont pour traverser le Nil, dans une circulation encore très fluide le samedi matin. Longue traversée de Khartoum nord puis de sa banlieue et enfin, progressivement, nous roulons dans le désert. Encore quelques villages de maisons en briques puis, plus rien ! Sur notre gauche, au loin, la ligne verte qui marque les cultures des bords du Nil. Nous devons acquitter un péage, valable jusqu’à Wadi Halfa, pas cher. Quelques contrôles, passés sans encombre. Nous cherchons la piste de Naqa. Au point GPS indiqué, un panneau signale la direction du site mais nous ne voyons aucune piste en partant. Nous nous lançons dans le désert en hors-piste intégral, avec pour cap le point GPS suivant. Au début nous roulons vite sur un reg bien plat puis il faut louvoyer entre les épineux, slalomer entre les butes d’alfa et finalement avancer sur les pentes de collines volcaniques couvertes de cailloux noirs coupants. Nous nous doutons bien qu’il doit y avoir une meilleure piste mais nous n’en avons pas trouvé trace… Nous en avons confirmation quand nous parvenons au point GPS, le carrefour où deux belles pistes se rencontrent ! Nous suivons celle de Naqa que nous apercevons dans les derniers kilomètres049 NAQA Temple d'Amon, le premier temple « égyptien » de ce parcours vers l’aval du Nil. Devant une colline pierreuse, nous apercevons une allée de beaux béliers qui précède des temples. Nous sommes seuls, enfin presque puisque le gardien surgit et nous fait débourser un droit d’accès multiplié par 2,5 depuis les indications de notre guide… Nous découvrons, les pieds dans le sable, ce temple, bien loin de Louxor, de Karnak, mais où nous retrouvons les classiques représentations d’Horus, d’Isis, d’Amon, de profil, comme il se doit. A quelques centaines de mètres, de l’autre côté d’un 067 NAQA Puitantique puits où s’activent des bergers qui, à l’aide d’ânes, vont chercher de l’eau à 86 mètres de profondeur, se dresse le remarquable ensemble d’un temple dédié à Apatémak, le dieu-roi-lion et d’un « kiosque » d’allure gréco-romaine. Dans le temple ou à l’extérieur, de superbes bas-reliefs montrent le roi et la reine massacrant allégrement des vaincus, sur d’autres, ils sont en bonne compagnie, ce qui se fait de mieux en fait de divinités, Horus, Isis, Thoth et autres, le roi lui-même est représenté avec trois têtes. Un lion à corps de serpent sort d’une fleur de lotus, symbole indien ? Le « kiosque » proche est manifestement  de style gréco-romain. Que d’influences en plein cœur de l’Afrique ! Nous déjeunons sous des acacias, rejoints par un convoi de Japonais en 4x4 climatisées. Nous repartons au carrefour et prenons la piste de Mussawarat . Nous longeons des installations clôturées, cultures, terrains militaire ? Nous apercevons les restes du site  après avoir traversé des collines. Pas de gardien en vue, nous avançons jusqu’au temple du lion, isolé dans le désert. Il est entouré de barbelés, je les franchis, réveille un gardien (?) qui nous ouvre la porte du temple, remonté par les Allemands072 MUSSAWARAT Temple du lion de RDA, reconstitution peut-être abusive mais évocatrice. Quelques fresques intéressantes avec des éléphants. Le soi-disant gardien n’était qu’un guide endormi, il est content de toucher un bakchich mais nous devons, de retour au site dit du « Grand-Enclos », tout de même régler au gardien apparu le droit d’entrée. La cité royale s’étend sur un ensemble de cours, de terrasses mal définies, les murs sont écroulés, les colonnes effondrées et aucun bas-relief n’est gravé sur les murs. L’ensemble est décevant et ne parle qu’à des archéologues patentés. Nous repartons, traçons la piste, bien marquée dans le désert et finissons par retrouver la route goudronnée là où nous l’avions quittée, à cent mètres près ! Encore quelques dizaines de kilomètres et bientôt nous apercevons sur notre droite les chicots des pyramides de Méroé. Aucune indication sur la route ! Nous la quittons par la première piste qui semble s’y rendre et nous nous approchons ainsi des restes des pyramides, dans un alignement qui couronne une dune, éclairées par le soleil déclinant. On nous indique que nous ne pouvons traverser le champ du cimetière puisqu’il s’agit d’un lieu d’enterrement mais que nous pouvons contourner 086 MEROE Pyramidesle site et nous rendre derrière une montagne. Ce que nous faisons aussitôt, suivant la clôture  puis en roulant dans le sable et les cailloux, avant de découvrir, émerveillés, les pyramides  depuis le désert ! Elles ne sont pas hautes, elles ne ressemblent pas à celles de Gizeh, plus petites, tronquées, mais quel ensemble ! Et dans le désert, entre sable orange et pierres noires ! Nous sommes les seuls à en jouir ce soir, pas un touriste, pas même un vendeur de souvenirs. Arrive un jeune bédouin (?) qui voudrait nous vendre un fouet de chamelier, une promenade dans les pyramides sur son méhari, mais il n’insiste pas. Au coucher du soleil, raté, nous montons sur une colline pour avoir une vue d’ensemble avant de regagner notre camion. Un ouzo, un des derniers plaisirs alcoolisés que nous pouvons nous permettre, clôt la journée.

 

Dimanche 3 février : Marie me réveille alors que la nuit commence seulement à pâlir. Les pyramides émergent lentement de la nuit, moi aussi… Je me résous à me lever et à sortir en pyjama, les voisins ne seront pas choqués. Il fait froid. J’enfile un teeshirt par-dessus et je pars escalader dans les éboulis la colline la plus proche. De son sommet, comme la veille, je jouis d’un panorama sur tout le désert de sable et de roches noires et, à l’ouest, les pointes des095 MEROE Pyramides pyramides. J’attends la venue des rayons du soleil mais ils tardent et je me mets à l’abri du vent derrière un gros rocher, assis dans le sable immaculé, sans la moindre trace de visiteurs, à l’exception de celles d’oiseaux et de reptiles. Enfin l’astre paraît et éclaire d’une douce lumière les ouvertures et les façades des tombes tournées vers l’est, le sable, de gris, devient ocre, les verts des rares buissons s’illuminent, le moment est magique, je pourrais rester des heures à regarder changer les couleurs. Mais je descends et vais vite me mettre au chaud et avaler un bon thé brûlant. Une fois ragaillardis, nous repartons avec la voiture, quittons notre campement royal et allons nous garer devant l’entrée officielle. Nous déboursons notre écot et pénétrons sur le site. Nous marchons au pied des dunes qui montent à l’assaut des pyramides et souvent 115 MEROE Pyramidesles engloutissent partiellement. Nous les découvrons enfin de près. Elles sont constituées de blocs de grès sombre qui ont perdu leur revêtement lisse de mortier couleur beige, précédées par un pylône qui ouvre sur une chapelle. Les murs extérieurs mais surtout intérieurs sont gravés de scènes d’offrandes, de défilés de serviteurs, de prisonniers, en présence des dieux : Horus, Amon, Anubis, Thoth, Hathor etc… Le vent et surtout les graffitis en arabe les ont, pour nombre d’entre elles, effacées ou recouvertes, quelques-unes sont encore bien lisibles heureusement, mais pour combien de temps ? Pas de gardien, aucune surveillance, je ne m’en plains pas, nous sommes seuls, pas de solliciteurs, de marchands du temple, nos pas sont les premiers à laisser leur empreinte sur111 MEROE Pyramides les dunes. Deux ou trois pyramides ont été reconstruites et couvertes de mortier pour donner une idée de ce à quoi elles devaient ressembler, les autres ont été partiellement remontées. Après avoir consciencieusement visité toutes les chapelles, nous traversons l’étendue qui sépare les deux cimetières pour aller voir dans le groupe du sud, les pyramides plus anciennes, moins nombreuses et peu décorées. Nous jetons les derniers regards sur ces magnifiques édifices, nous voudrions n’en plus partir. «Un grand moment » dirait Jean-Michel… Nous traversons la route goudronnée pour aller voir de loin le groupe des pyramides proche de la cité royale. Elles sont très ruinées et nous ne nous arrêtons pas. Nous ne visitons pas la cité royale non plus, les restes des constructions sont éparpillés sur une vaste surface au milieu des acacias et ne semblent pas très parlant. Nous reprenons le goudron, toujours dans le désert, doublons les monstrueux camions à double remorque, chargés de conteneurs, en route pour Port-Soudan. Nous déjeunons à l’ombre d’un acacia, puis atteignons Atbara. Nous cherchons le cimetière des trains que nous avait indiqué Arnaud, la route goudronnée que nous suivons ne s’en rapproche pas, nous piquons en hors-piste dans le désert, droit sur le point GPS qu’il nous avait donné. Nous trouvons des voies occupées par des wagons de 124 BAYUDA Desert et Landmarchandise en ruine, pas de locomotive, pas de vraiment vieux wagons de voyageurs, un détour inutile. Nous retournons en ville, cherchons une épicerie et reprenons de l’eau et du pain. Sur un pont tout neuf, nous allons franchir un Nil peu photogénique, pas un seul palmier au bord de l’eau, pas une barque, vraiment pas le chromo espéré ! Un policier mal embouché ou soucieux d’améliorer sa solde tente de nous mettre une amende pour rétroviseur cassé, il se lasse avant nous… Nous traversons le désert de la Bayuda, un peu déçus de trouver une bonne route goudronnée au lieu de la piste attendue. Du sable et du gravier, presque sans végétation, sur plus de deux cents kilomètres. Le vent qui n’a pas cessé de souffler soulève des nuages de particules de sable qui obscurcissent  l’atmosphère, la rendent opaque, cotonneuse. Je décide d’arrêter avant Karima, peu sûr de ce que nous y trouverons pour la nuit. Nous nous installons derrière une colline, à quelque distance de la route. Nous décidons de faire un vrai gueuleton pour profiter de la dernière bière éthiopienne : patates sautées et saucisses de poulet suivies d’une crème Danette au chocolat, un festin ! Mais désormais plus une goutte de vin ou de bière…

Lundi 4 février : Réveil en plein désert, plus de sable dans l’air, la vue porte loin sur l’étendue plate, jaune, piquetée de cailloux noirs. Nous repartons en direction de Karima sur le Nil. Nous127 KARIMA Portes retrouvons les cultures sur ses berges, mais avant de le traverser nous suivons la rive gauche jusqu’à Nuri, en passant par des villages dont les maisons ont souvent de belles

125 KARIMA Portesportes de fer forgé, décorées de motifs géométriques ou floraux, peints. A Nuri, quelques pyramides ruinées se dressent à la limite du village, à demi envahies par le sable. Nous nous en approchons pour les prendre en photo sans intention de les voir de plus près. Au moment de repartir le gardien et un autre bonhomme, très véhément, surgissent en courant et nous reprochent d’avoir pris des photos sans avoir payé le ticket d’entrée. Je lui montre les deux photos, lui fait croire qu’elles sont effacées et tout est alors pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous repartons, traversons sur un pont moderne le Nil qui est allé faire une grande boucle dans le nord pendant que nous traversions le désert de la Bayuda. Cette fois il y a des palmiers sur ses rives ! Nous roulons entre palmeraie et villages construits sur des roches érodées. Certaines maisons ont en leur centre une tour ronde en brique dont nous ignorons la fonction, d’autres ressemblent à des ksour marocains. Nous apercevons devant131 DJEBEL BARKAL Pyramides nous la masse tabulaire du Djebel Barkal et à ses pieds, d’inattendues pyramides encore pourvues de leurs pointes. Nous les contournons et entrons en ville. Près du souq, je demande où changer des dollars. On m’envoie chez un marchand de pièces détachées automobiles qui me fait un très honnête taux… Dans une rue nous découvrons des rôtissoires avec des poulets qui grillent, nous en achetons un, ainsi que des pâtisseries qui ressemblent à des baklavas. Nous reprenons la route qui suit à distance le fleuve, au milieu de roches et de caῆons creusés par le vent et les eaux. Nous la quittons pour nous diriger grâce au GPS sur le site d’El Kurru. Nous y apercevons une pyramide très ruinée. De jeunes archéologues anglais qui font des relevés nous renseignent mais, avant de visiter, nous déjeunons dans le camion de la moitié de notre poulet, un régal en comparaison des poulets éthiopiens ! Arrivée du ghaffir, le gardien qui nous emmène voir deux tombes en nous demandant 30 livres chacun, alors que 140 EL KURRU Fresquessur tous les sites, le prix fixe était de 50… Mais nous n’aurons pas de ticket en échange… Nous descendons des marches très raides pour nous enfoncer deux étages sous terre, jusqu’à la sépulture de Tanoutamani et dans une autre celle de la reine Kalhata. Une chambre et une antichambre voûtées décorées de belles peintures sur les murs représentant dans des tons ocre, encore vifs, des dieux, les sarcophages des défunts, des barques solaires sous un ciel bleu piqué d’étoiles. Ravis, nous revenons sur Karima en suivant lentement une piste entre palmeraie et villages. Sous les palmiers, des carrés de cultures, irrigués grâce à des moto-pompes dont le ronronnement ponctue les activités des abords du Nil. Nous nous arrêtons pour contempler les149 KARIMA Nil troupeaux que les bergers mènent boire ou les mausolées au milieu des cimetières sans pierres tombales prétentieuses, tout juste une pierre levée avec nom et date. Nous retrouvons Karima, passons au resthouse italien, très confortable, frais mais où l’on n’accepte pas les campeurs. Néanmoins Marie y trouve des cartes postales… Nous cherchons ensuite le cimetière des anciens vapeurs à plusieurs ponts qui, autrefois, descendaient, remontaient le Nil. Il n’en reste pas grand-chose, des ruines qui achèvent  de mourir dans l’indifférence totale. Je dois être un incorrigible ivrogne romantique car rien ne m’aurait plus tenté que de goûter la fraîcheur du soir, assis dans un fauteuil en osier, sur un pont, en sirotant lentement un gin-tonic glacé, la voix du muezzin au loin annonçant la fin du jour… En lieu et 154 DJEBEL BARKA Aiguilleplace, nous nous contentons d’une citronnade…Nous traversons la palmeraie avant de faire le tour du Djebel Barkal pour apercevoir les restes des temples très ruinés d’Amon et Mout au pied de la montagne. Nous allons au musée du site, deux grandes salles aux vitrines vides, quelques fragments de statues essaient de justifier le prix exigé, là aussi sans ticket. Nous allons en ville à la recherche d’une connexion internet, en vain. Je trouve enfin un épicier avec des boissons glacées. Marie commence à prendre goût aux sodas… Nous allons nous planter entre la palmeraie et le djebel, avec vue sur les temples mais alors que nous sommes déjà bien installés, le gardien surgit, il a dû faire deux kilomètres à pied dans le sable, pour nous interdire de rester trop près du site. Nous devons repartir et chercher dans la palmeraie un endroit où passer la nuit. Moyennant un bakchich, nous pouvons nous garer entre les cultures et un village.

Mardi 5 février : Le muezzin nous a réveillés à l’aube mais nous continuons de somnoler jusqu’à une heure décente pour nous lever. Nous quittons notre oasis pour retourner longer le djebel et le prendre en photo avec les temples, ou ce qu’il en reste. Un plein de gasoil dont le prix augmente avec la distance depuis Khartoum mais reste tout à fait bon marché. Nous reprenons le très bon goudron qui suit le Nil, d’abord sur un plateau pierreux érodé puis, de nouveau dans le désert que traversent parfois des hommes montés sur des dromadaires, vers156 OLD DONGOLA Mausolées des directions inconnues. En fin de matinée, nous apercevons sur une butte ce qu’on pourrait prendre pour une citadelle et, à son pied, un immense cimetière musulman d’où émergent de grands mausolées de brique, non revêtus, écroulés pour beaucoup à leur sommet. Nous piquons sur la pseudo citadelle, en réalité une église de l’époque chrétienne, avant le XII° siècle. Autour, des maisons en ruines et personne ! Le klaxon n’éveille aucun gardien et la porte est fermée. J’avance avec la voiture sur une autre butte, nous avons alors une vue sur tout le site, l’église massive et à nos pieds le Nil qui coule lentement et, généreusement, permet des 159 OLD DONGOLA Eglisecultures sur l’autre rive. Je découvre en dessous de nous des archéologues qui avec des ouvriers s’affairent à des fouilles. Ce sont des Polonais qui déblaient les restes d’un palais et d’une église. Une jeune Polonaise nous accompagne à la forteresse et nous fait visiter. Des murs de plus d’un mètre d’épaisseur garantissent une fraîcheur que nous envions. Il ne reste pas grand-chose des fresques d’origine, cette église a été transformée en mosquée jusqu’à récemment et toutes les peintures furent délavées ou recouvertes. Elle nous propose ensuite d’aller voir d’autres fresques dans ce qui fut un monastère. Nous visitons un édifice sous la conduite d’un des chercheurs, un165 OLD DONGOLA Fresques sympathique monsieur qui nous détaille les représentations des Vierges, archanges et autres saints, en relativement bon état, des fresques que bien peu de gens ont vu et qui ont conservé leur éclat. Beaucoup sont encore mystérieuses, des scènes de fêtes presque païennes pour la Nativité et d’autres, énigmatiques, qui conteraient, peut-être, l’histoire de Tobias. Nous les remercions chaudement de nous avoir consacré tant de temps et nous repartons dans le village, à la recherche des bords du Nil. Nous le trouvons à l’embarcadère du bac qui fait traverser les rares voitures qui ne veulent pas emprunter le nouveau pont à 30 kilomètres. Nous déjeunons là puis retournons sur le site, trouvons les colonnes et les murs de 165 OLD DONGOLA Nilce qui furent des bains et une église puis nous allons nous installer sur un promontoire qui surplombe le Nil, avec une vue magnifique sur une île couverte de champs bien verts. Bientôt nous ne remarquons plus le ronronnement des moto-pompes. Nous espérons ne pas en être délogés et y passons l’après-midi. Lavage du linge, écriture de cartes postales et surtout attente de la fraîcheur du soir. Les mouches sont agaçantes, il s’y ajoute de minuscules moucherons suicidaires, de plus en plus envahissants. C’est encore pire dehors, ils rentrent dans le nez, les oreilles, nous obligeant à chercher refuge dans le camion mais là aussi ils deviennent de plus en plus nombreux. Nous devons utiliser une bombe insecticide et fermer tous les orifices. Certains parviennent à passer entre les mailles des moustiquaires. Le coucher du soleil n’est pas réussi mais les moto-pompes s’arrêtent et nous pouvons goûter, assoiffés et transpirants, la quiétude des bords du Nil.

Mercredi 6 février : Le vent s’est levé au matin et charrie des milliers de tonnes de sable qui recouvre tout. Nous ne distinguons plus le Nil au pied de notre falaise, à peine distingue-t-on les maisons en ruine qui nous entourent. Nous revenons sur nos pas sur une quinzaine de kilomètres pour aller prendre le pont qui traverse le Nil. J’espérais, de l’autre côté, être protégé du vent de sable par les palmeraies mais la route moderne en est éloignée et nous le subissons de plein fouet. Deux heures plus tard nous atteignons Dongola, centre administratif du nord. Nous décidons d’y passer la journée en attendant une amélioration des conditions météo demain. Nous cherchons un hôtel, les deux premiers, le Lord et le Haifa sont, l’un complet, l’autre peu engageant, Le Olla, à l’écart, plus au calme fera l’affaire malgré la fine couche de sable qui recouvre les deux lits, le sol, le lavabo, les toilettes et que le réceptionniste ne paraît pas disposé à faire essuyer. Nous déjeunons dans le camion puis débutons l’après-midi dans le jardin, abrités du vent et de la rumeur de la rue.
183 DONGOLA PorteNous allons ensuite dans un cybercafé où nous pouvons mettre à jour le blog et envoyer une photo de Méroé à tout le monde. Les rues sont couvertes de déchets, les plastiques volent et restent accrochés aux branches, aux barbelés, de même que dans le désert, où chaque épineux a ses guirlandes de sacs de toutes les couleurs. Nous nous promenons ensuite dans les rues poussiéreuses de la ville à la recherche de belles portes en fer forgé. Les maisons de brique sont désormais souvent chaulées, ce qui, avec leur mur extérieur, leur donne un petit air de bordj d’Afrique du Nord. Nous nous rendons ensuite à la gare des bus des grandes lignes. Ce sont d’imposants autocars chinois, déjà croisés sur la route et dont nous avions remarqué la décoration colorée. Nous en prenons en photo, les conducteurs, ravis, m’invitent à monter dans l’un d’eux. L’intérieur est plein de fanfreluches, un s193 DONGOLA Busalon de bordel parisien du siècle passé ! Le tableau de bord et le pare-brise sont recouverts de décalcomanies, de sourates, de porte-bonheurs, même le levier de change ment de vitesses est enrobé de rubans pelucheux. Nous revenons acheter des fruits et légumes puis regagnons la cour de l’hôtel attendre le coucher du soleil. Nous avons envie de manger soudanais, kebab, shawarma et autres spécialités locales, mais le restaurant conseillé que nous avions repéré est maintenant fermé.  Nous devons nous contenter d’une gargote en plein air avec des morceaux de perche du Nil déjà frits et froids, plus d’arêtes que de foin dans une botte d’aiguilles, et d’un demi-poulet également froid. Pour nous consoler nous allons goûter des pâtisseries orientales mais elles ne valent évidemment pas celles de l’avenue Hédi Chaker à Sfax ! J’ai encore du mal à démarrer la voiture à froid, cela devient inquiétant…

Jeudi 7 février : Pas très bien dormi, lit peu confortable, prières dans la nuit et craintes d’un nouveau problème avec la voiture. Dès que nous nous levons, je vais la démarrer, elle peine, mais il s’agit certainement d’un problème de pré-chauffage qui peut être géré. Nous remballons nos affaires dans le camion où nous prenons le petit déjeuner puis, après quelques derniers achats dans une épicerie, nous cherchons la sortie de la ville ce qui, comme ailleurs, n’est pas facilité par l’absence totale de panneaux indicateurs. Nous trouvons le pont qui enjambe le Nil, particulièrement large en cet endroit. De l’autre côté, une nouvelle route goudronnée nous attend mais elle est assez loin de la coulée verte des palmeraies. Nous nous en rapprochons quand nous sommes à la hauteur de Kerma. Aucune signalisation du site sur la route. Sans le GPS, nous aurions le plus grand mal à trouver les lieux touristiques. Nous sommes allés trop loin et devons revenir sur nos pas en traversant les villages sur des pistes mauvaises, mais nous avons ainsi le loisir de détailler les portes des maisons nubiennes.205 KERMA Deffufa Enfin nous trouvons, dans la palmeraie, le site archéologique mais nous sommes mal accueillis par un responsable mal embouché qui baragouine anglais, demande nos passeports et réclame aussitôt les 50 livres du droit d’entrée. Nous pénétrons sur le site au milieu duquel se dresse la deffufa, une massive structure en briques crues, très ruinée mais qui dresse encore fièrement ses restes, du haut desquels quarante siècles contemplent les murets remontés qui simulent le tracé de la ville ancienne. Il s’agissait d’un temple et d’une nécropole royale devenus le lieu de nidification de centaines d’oiseaux qui, en totale 210 KERMA Deffufa muséelèse-majesté, fientent sur les cendres royales… Pour visiter le musée, nous devons encore débourser 10 livres mais il les mérite. Un très beau bâtiment d’allure traditionnelle, ocre et blanc, à la limite de la palmeraie. Il renferme une magnifique collection de poteries du royaume de Koush, aux bords noircis décorés avec des incisions toutes différentes. Les explications sont claires, accompagnées de belles photographies. Si nous voulons voir l’autre deffufa, nous devrons repayer 50 livres exige un policier d’autant plus de mauvaise humeur qu’il ne comprend pas que nous voudrions simplement l’apercevoir… Nous déjeunons à quelque distance puis cherchons le bountoun, le bac qui devrait nous faire traverser le Nil. Je dois me renseigner à chaque carrefour mais enfin nous y parvenons. Alors qu’il contourne un banc de sable et que nous l’attendons, on m’e
 xplique qu’il ne fait que traverser un bras du fleuve pour emmener voitures et passagers dans une grand île, ce qui ne255 SOLEIB Bac fait donc pas notre affaire. Nous repartons, retraversons les villages et reprenons la nouvelle route goudronnée, à la recherche du bountoun suivant. Nous le trouvons avec l’aide du GPS et de passagers qui s’y rendent. Avant de monter dessus, je dois tirer une camionnette en panne. La traversée est rapide, le bac ne prend que quatre véhicules. De l’autre côté nous suivons de nouveau le Nil jusqu’à Sesibi, où, entre deux quartiers du village, se dressent les trois dernières colonnes d’un temple du XIV° siècle av. JC. Nous allons les voir de près puis décidons de rester là pour la nuit.

Vendredi 8 février : Personne n’est venu nous faire déguerpir. Nous nous levons tôt, sans trop savoir ce que la journée va nous réserver et surtout, la piste pour nous rendre à Soleib, sera-t-elle facile à trouver ? Arnaud à Khartoum nous avait mis en garde contre les risques de se perdre dans cette partie. Au début, bien tracée, elle traverse des villages dont nous examinons presqu’une à une les portes. Puis, elle quitte les bords du Nil et s’enfonce dans la montagne, mais toujours bien marquée. Un automobiliste que nous croisons nous met sur la bonne voie, un tracé qui pénè
232 SESIBI Niltre de plus en plus au cœur des montagnes grises, mais bientôt les pistes, tracées par des chercheurs d’or nous a-t-on dit, se diversifient, partent dans toutes les directions et bientôt ni le G PS, ni la boussole ne nous servent plus à grand-chose. Je repère les palmeraies au loin et essaie de m’en rapprocher en suivant des traces à peine marquées. Un village apparaît à quelque distance, l’atteindre oblige à rouler quasiment hors-piste, mais enfin nous y parvenons. On nous confirme que la piste qui le traverse va bien à Soleib. Elle longe le Nil entre palmeraies peu denses et villages qui se suivent. Pas très bonne mais nous avons le temps et puis les villages221 SESIBI Maison traversés sont sans doute les plus beaux du parcours. Toutes les maisons sont décorées, souvent blanches avec les angles des murs et leurs sommets soulignés d’une large trait en ocre rouge, parfois elles sont marrons avec des rosaces sur les murs. Les autres couleurs ne sont pas en reste, les portes aussi sont très belles. L’architecture nubienne est une découverte et mériterait un beau livre de photos. Alors que nous pensions les problèmes d’orientation terminés, nous devons encore repartir dans la montagne mais cette fois, tout se passe bien et nous retrouvons le Nil au village de Soleib où se dressent les restes du plus beau temple égyptien du Soudan. Nous nous garons devant mais personne ne se manifeste, pas de gardien… Avant de visiter, nous allons nous renseigner sur l’existence d’un bac plus avant qui nous épargnerait le retour sur la même piste jusqu’à celui de la veille. On nous confirme qu’il y en a bien un à quelques kilomètres. Rassurés, nous revenons nous garer à 245 SOLEIB Templel’ombre d’un acacia pour déjeuner. Ensuite nous traversons, dans le temple, la salle hypostyle avec ses bases de colonnes où sont gravés des scènes de prisonniers de diverses contrées enchaînés, puis le portique, sculpté sur une face d’une scène de festivités pour les trente ans du règne d’Aménophis III. Je suis tout de même un peu déçu, j’attendais plus de ce temple présenté comme une merveille par les guides. Nous repartons à la recherche du bac. Les quatre kilomètres annoncés sont vite dépassés, il faut en faire dix de plus, traverser de nouveau un bout de montagne, demander à chaque personne rencontrée (et elles sont rares !), après les salutations d’usage  « win el bountoun ? » avant de trouver enfin au bord du Nil deux camions et une voiture qui attendent. Nous voilà partis pour une longue traversée. Embarcadère et débarcadère, sur les deux rives du Nil, sont situés de part et d’autre d’une île qu’il faut contourner en se déplaçant à une vitesse de sénateur. Il eût paru logique de les implanter ailleurs mais… Revenus sur la rive orientale, nous retrouvons le bon goudron s259 SAI Maisonur une trentaine de kilomètres. Pour une fois, un panneau indique l’île de Saï. Un petit bout de piste dans la palmeraie nous amène à l’embarcadère. Nous y sommes assaillis par les moucherons, impossible de descendre de la voiture ni d’ouvrir les vitres. Les hommes portent autour de la tête un voile en moustiquaire pour s’en protéger. Le bac arrive, il ne peut prendre que deux voitures, nous sommes seuls, la traversée est rapide. De l’autre côté, de plus en plus surpris, nous trouvons des indications en lettres latines qui indiquent les curiosités ! Nous nous dirigeons vers les restes du fort ottoman et continuons sur la piste au milieu de cette grande île que je pensais davantage couverte de cultures. Nous passons quelques villages et retrouvons le Nil à l’extrémité de l’île. Nous arrêtons pour photographier une très belle maison aux formes douces et aux murs soulignés d’un beau gris. Le propriétaire survient, nous invite à entrer pour découvrir les autres bâtiments identiquement décorés, puis il nous offre le thé, nous fait connaître 263 SAI Maisontoute la famille dont le bébé d’un mois, et ne nous laisse pas repartir les mains vides, nous devons accepter deux grosses poignées de dattes séchées. La quantité de moucherons à l’extérieur est inimaginable ! Nous ne restons pas dormir comme ils nous y invitent mais nous retournons nous garer au pied du fort. On nous en déloge et invite à aller nous installer dans le désert. La nuit tombe, nous racontons notre journée en goûtant un ouzo, proposé par Marie, quand un autre individu surgit et ne veut pas que nous restions là. Nous ne l’écoutons pas mais, alors que nous faisons cuire des pâtes, il ne tarde pas à revenir, accompagné d’une dame qui, dans un excellent anglais, se présente comme inspectrice de police et nous ordonne poliment de quitter les lieux, nous sommes sur une zone archéologique… Nous devons nous garer à proximité d’une maison qui semble inhabitée. Nous pouvons alors manger nos pâtes en toute tranquillité.

Samedi 9 février : Il n’a pas fait chaud cette nuit mais nous avons été au calme. Nous allons nous promener dans les ruines du fort ottoman où gisent des tronçons de colonnes couverts de cartouches hiéroglyphiques et des milliers de tessons de poteries. Nous allons ensuite voir les quatre colonnes restées debout d’une église, gravées de croix sur leurs chapiteaux. Nous faisons un dernier tour dans l’île puis allons reprendre le bac. Nous n’attendons guère et nous retrouvons la bonne route goudronnée sur la rive droite du Nil. Elle suit encore quelque temps les palmeraies puis file dans les montagnes noires, partiellement couvertes de sable blond. Peu après midi, nous atteignons Wadi Halfa, dernière ville du Soudan, port d’embarquement vers Assouan puisque le seul moyen de passer du Soudan en Egypte, deux pays qui ont 1200 kilomètres de frontière terrestre, est de prendre le bateau sur le lac Nasser ! Nous cherchons l’agence Mashansharti qui s’occupe des voyageurs, elle est fermée mais je parviens à joindre son responsable, Madher qui arrive aussitôt. Sympathique, volubile, il se charge de tout et commence par nous emmener chez lui où nous pourrons dormir, soit dans le camion à l’extérieur, soit dans la maison même. Il nous raconte le raid que tentent deux Anglais, rallier Le Cap à Londres avec une Fiat en moins de dix jours ! Tout cela afin d’apparaître dans le livre Guinness des records ! Après le thé, nous allons déjeuner dans le camion et il ne nous reste plus qu’à attendre… En fin d’après-midi, nous retournons dans le centre-ville. Dernier plein de gasoil au tarif local. Internet est en panne depuis deux jours. Nous rencontrons un Français de notre âge qui se console de son veuvage en voyageant. Nous prenons un verre ensemble à parler de voyages bien entendu. Je vais réserver une chambre à son hôtel qui semble une classe au-dessus des auberges du centre puis les heures passant nous cherchons où dîner. Toutes les gargotes ne proposent que du poulet grillé ou du poisson frit à l’avance, nous décidons de garder ces mets de choix pour les jours à venir où nous n’aurons plus la possibilité de dîner au camion qui doit partir avant nous sur une barge et nous rentrons nous garer devant chez Madher. Nous dînons avec nos derniers œufs et du riz avec une rougail maison.

 

 

Dimanche 10 février : Nous n’avons pas grand-chose au programme aujourd’hui. Après une douche prise chez Madher, un baquet d’eau dans une petite pièce, pas d’eau courante, nous nettoyons, autant que faire se peut, le camion avant d’aller au marché. J’y achète un demi-kilo de mouton, dans les côtes, aussitôt découpé en menus morceaux sur le billot du boucher avant que je ne l’en empêche. Nous allons nous garer sur les bords du lac, entre dépotoir et hérons cendrés pour d’abord relire le blog puis déjeuner, bercés par le bruit d’une pompe démarrée273 WADI HALFA Centre après notre arrivée. Ensuite au cybercafé, malgré une connexion lente et aléatoire, nous mettons le blog en ligne et lisons le nombreux courrier que notre photo de Méroé a provoqué. Nous allons prendre un soda à notre bistrot préféré en laissant le temps passer. Notre Français nous rejoint pour une causette autour des voyages. Nous regagnons ensuite la rue ensablée devant chez Madher. Sa mère et sa sœur viennent nous inviter à boire le thé chez elles. La conversation est réduite bien que la sœur, une belle femme très typée, parle un peu anglais. Nous regagnons le camion pour faire griller les morceaux d’agneau achetés ce matin, bien plus tendres que nous ne le craignions.

 

Lundi 11 février : Nous préparons les sacs que nous allons garder avec nous sur le bateau et allons à l’hôtel où nous avions réservé une chambre, à l’étage, avec salle de bain privée. Ce n’est pas bien reluisant, le ménage n’a pas été fait depuis le passage des derniers clients et la propreté n’est pas celle que nous avait décrite le Français qui y loge. A peine sommes-nous arrivés que Madher vient me chercher pour nous rendre au port, en compagnie de deux motards portugais qui sont sur la route depuis l’Angola, et mettre les véhicules sur la barge qui doit partir aujourd’hui. Nous nous garons dans l’enceinte des douanes et attendons que Madher procède aux formalités. Il me manque un document que les douanes ont oublié de me remettre à l’entrée, Madher doit téléphoner aux douanes de ce poste mais tout semble s’arranger. Le temps passe, tous les douaniers viennent nous serrer la main, s’enquérir de notre nationalité mais à midi, une heure, deux heures, nous attendons toujours. Je vois les ouvriers qui travaillent au port quitter les lieux et comprend alors que nous ne chargerons pas aujourd’hui la voiture. Ce que nous confirme bientôt Madher, enfin réapparu. J’ai faim et je commence à saturer de cette situation. Nous quittons, à pied, l’enceinte du port puis un antédiluvien camion nous ramène, avec mes deux compagnons lusitaniens, en ville. Je file retrouver Marie à l’hôtel puis nous nous faisons conduire en tuk tuk pour retrouver nos compagnons de voyages devant une table. Un demi-poulet grillé me revigore. En fin d’après-midi nous retournons au cybercafé envoyer des messages à Nicole et aux Azalaïens, lire les nouvelles, avant de revenir nous installer sur des chaises en plastique devant un soda dans notre gargote préférée et attendre l’heure de dîner. En dehors du poulet grillé, pas grand-chose de comestible pour nos estomacs occidentaux. Deux portions de falafels et un demi-poulet grillé composeront le dîner, pris bien avant l’heure prévue mais il commence à faire froid et nous sommes contents de rentrer à la chambre.

 

Mardi 12 février : Pas trop bien dormi, moustiques, attente… A dix heures Madher vient me chercher avec les deux Portugais. Nous retournons à la douane récupérer les voiture et motos et, peu après, nous allons nous garer sur la jetée, devant des barges mais celle sur laquelle nous devons embarquer n’est pas à quai. Il faut d’abord que celles qui sont le long de la jetée terminent leur déchargement. Une trentaine de pauvres hères servent de dockers et font la chaîne pour transporter des cartons dans un camion. Pas de grue, pas de treuil pour manœuvrer les barges, tout à la force des bras. Le mouvement s’accélère car le bateau en provenance d’Assouan est en vue. Notre barge, peu reluisante (tout semble en ruine à bord), accoste, manœuvre longue et lente, accompagnée de vociférations, d’ordres contradictoires, mais il reste un bon mètre entre le quai et le pont, et force est de constater qu’ils ne disposent d’aucun madrier, d’aucune planche, d’aucune passerelle pour que je puisse monter la voiture dessus, même les motos ne peuvent pas ! Le bateau d’Assouan approchant, nous devons abandonner et Madher parle désormais d’attendre jeudi pour embarquer motos et voiture, avec une arrivée à Assouan samedi ! Je suis furieux, l’impréparation, le désordre, le bordel ambiant érigé en système, me dépassent ! Retour à la chambre où Marie est tout aussi furieuse. Nous prenons un tuk tuk pour aller, une fois de plus, déjeuner d’un poulet grillé, de falafels et d’une omelette. Nous passons ensuite une heure au cybercafé pour écrire des messages avec une connexion de plus en plus lente. Retour à la chambre. Sieste puis nous repartons à pied dans le centre. L’arrivée du bateau d’Assouan a réveillé la petite ville, des Land Rover d’âge canonique sillonnent les rues pour amener aux hôtels les nouveaux débarqués, chargés de valises et de ballots. Toutes les épiceries, cafeterias et restaurants (bien grands mots pour d’infâmes gargotes) bourdonnent d’activité, la clientèle attablée 272 WADI HALFA Nuittrempe des morceaux de kesra, les délicieux petits pains ronds, dans des platées de foul, le plat national à base de haricots, ou dans d’autres de ragoûts. Nous nous contentons de prendre du thé en compagnie du Français avant de nous décider pour (encore !!!) du poulet grillé et une omelette. Les haut-parleurs sont montés au maximum des décibels, les chaises en plastique sont alignées devant les écrans de télévision qui diffusent tous un match de catch après un autre de football. Les anciens, enturbannés, fument des chichas, indifférents aux fumées et aux klaxons des tuk tuk. Nous rentrons avec l’un d’eux pour notre dernière nuit soudanaise.

 

Mercredi 13 février : Encore une mauvaise nuit avec un rêve très étrange où repas chez Nicole, examen aux Arts et endormissement de Marie se mêlent, le tout se déroulant dans le coffre d’une voiture. A neuf heures et demie, Madher vient nous chercher en minibus, les Portugais et nous, avec armes et bagages. Il nous dépose près de notre restaurant habituel où, pour ne pas changer les bonnes habitudes, nous commandons des rations de falafels, chauds cette fois. Il revient avec une antique Land Rover pour entrer dans le port et commencer les formalités. Il s’occupe de toute la paperasserie, ce qui n’est pas rien et enfin un bus nous emmène au bout de la jetée, au bateau. Il a dû connaître des temps meilleurs mais nul ne s’en souvient. Il est probable qu’aucune compagnie d’assurance ne le couvre… Coque rouillée, des bancs en guise de sièges, un sol dont on ne sait plus en quoi il pourrait bien être, ni quelles couleurs ont revêtu les murs. Une caricature de transport de passagers ! Nous sommes dans les premiers à monter à bord et à nous installer dans l’une des deux salles, celle réservée aux femmes seules et aux familles, l’autre étant réservée aux hommes. Une odeur de pisse stagne dans toute la salle d’une remarquable crasse. Il va falloir y passer presque 24 heures !!! Madher vient se faire payer, il garde les clés de la voiture et promet de l’expédier dans les plus brefs délais, s’il n’y a pas de vent. La salle se remplit tout doucement de grandes et grasses Nubiennes dans leurs voiles colorés. Nous tentons avec une jeune Hollandaise de défendre notre territoire mais bientôt une famille nous rejoint. Ce sont, hélas, des hommes qui sont chargés de faire la police et de répartir les places. Les malheureux ne font pas le poids devant les agressives matrones qui ne veulent pas céder la moindre place et entassent sur les276 LAC NASSER Pont banquettes des colis et des cartons. Les couloirs se remplissent, les Portugais se sont installés sur le pont supérieur, lui aussi vite rempli. Il arrive toujours de nouveaux passagers, des disputes éclatent pour les places, les gosses piaillent, les hommes hurlent dans leurs téléphones. Ambiance ! Je vais voir le capitaine qui a promis à Madher de nous trouver une cabine, moyennant un bakchich et effectivement, peu avant le départ, on nous trouve une cabine, pas très reluisante non plus, mais au moins, nous avons une couchette et nous sommes relativement au calme. Nous montons assister à l’appareillage. Dernier clin d’œil à la 278 LAC NASSER Vuevoiture et nous naviguons sur le lac Nasser, près de la rive orientale couverte de pitons et de collines tabulaires érodées dont les bases disparaissent sous les eaux. Nous restons sur le pont jusqu’au coucher du soleil puis descendons. Nous allons faire un passage à la dining room des 1ères classes sans insister vu l’état des lieux. Nous retournons profiter de notre « confortable » cabine. Nous remontons brièvement sur le pont en nous frayant un chemin entre les dormeurs, quand nous sommes à la hauteur d’Abou Simbel. Nous distinguons dans la nuit la colline artificielle où sont dressées les deux statues géantes. Un spectacle son et lumière s’y déroule mais nous sommes trop loin pour pouvoir dire que nous avons vu quoi que ce soit. Nous nous enfermons pour la nuit en bloquant la poignée de la porte avec un de mes lacets, faute de clé ou de verrou.

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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 16:11

 

D’ADDIS ABABA au CAIRE ( et +...)

 

HIVER 2013


Carte Addis-LeCaire 

 

Samedi 12 janvier : Julie porte mes lunettes (une fois de plus cassées hier !) chez l’opticien de la rue Erard mais il ne peut pas les réparer, je vais repartir avec un verre tenu par du scotch ! La navette est presqu’en avance. Nous allons chercher une autre passagère dans le quartier de Belleville. Les nombreuses enseignes de restaurants chinois me donnent envie d’en chercher un bon à notre prochain passage. Le ciel gris ne nous incite pas à regretter Paris en cette saison. Nous sommes à Roissy à l’ouverture de l’enregistrement, dans l’aérogare ancienne, à l’intéressante architecture circulaire. Selon notre nouvelle habitude, nous allons directement au guichet « business » puis nous attendons en salle d’embarquement. L’avion a une heure de retard, pour tromper la faim, nous grignotons un paquet de chips. Décollage et enfin le repas est servi, très basique et surtout sans alcool ! Pas même d’eau gazeuse… Que ceux qui se plaignent d’Emirates, volent avec Egypt Air… Un film, une niaiserie de cowgirls, et quelques quarts d’heure de somnolence plus tard et nous nous posons au Caire, survolé de nuit. Nous attendons encore avant de repartir dans un Boeing plus petit. Nouveau repas, le même, mais la pâtisserie est d’un joli rose « Barbara Cartland », aussi insipide qu’elle…

 

Dimanche 13 janvier : Nous atterrissons à Addis Ababa en avance, à trois heures du matin. Les formalités de police sont rapides mais je blêmis quand je m’aperçois que les bagages doivent passer dans un scanner. La masse métallique de l’embrayage n’échappe pas à l’œil exercé  de l’opératrice qui m’intime l’ordre de passer à la fouille. Pas fier, je fais mine de déposer le sac incriminé sur le comptoir puis le remets sur le chariot et me défile quand le douanier a le dos tourné, occupé avec un autre contrevenant. Pas de rappel, ouf ! Aucun taxi n’est venu nous chercher malgré ma demande expresse à l’hôtel, nous devons en affréter un au prix fort. Les rues de la ville sont désertes, quelques pauvres bougres tentent de s’abriter du froid sous des guenilles et des cartons. Nous parvenons au Taitu Hotel aux abords peu engageants. Nous n’étions attendus que demain mais nous pouvons tout de même avoir une chambre, particulièrement miteuse, crasseuse et sans eau. Nous nous couchons rapidement et nous nous endormons rapidement. Nous ne nous réveillons qu’à onze heures, le soleil brille et il y a de l’eau chaude. Pendant que Marie se prépare, je vais explorer les 006-ADDIS-ABABA-Hotel-Taitu.JPGlieux. Le bâtiment principal a belle allure, un élégant pavillon à un étage avec une galerie supportée par des piliers de bois, une porte à tambour et une hauteur de plafond complètent l’impression d’ancienneté du plus que centenaire hôtel d’Addis Ababa mais l’environnement est peu engageant, palissades de tôles ondulées, constructions anarchiques et immeubles de béton fatigué. Nous changeons de chambre pour une plus agréable, plus vaste, au calme dans un petit jardin mal entretenu. Je fais quelques pas dans la rue, le quartier, Piazza, bien que haut-lieu des distractions est plutôt minable, des bars et de peu avenantes gargotes. Nous déjeunons au restaurant de l’hôtel, sur une des terrasses ensoleillées. Nous négligeons le buffet proposé avec injera et préférons retrouver les grands classiques de la cuisine occidentale à la mode éthiopienne mais si mes fish fingers sont toujours aussi désespérément frits et sans goût, les médaillons de bœuf de Marie sont tendres et presque saignants. Une visite plus approfondie de l’hôtel nous convainc qu’il ne s’agit pas du palace ancien espéré et si le parquet craque sous les pas, les meubles de style ont disparu. Nous partons à pied pour l’église Saint-Georges, au sommet de la colline. L’avenue qui y conduit est très fréquentée, des camelots proposent savonnettes, briquets et autres gadgets. Nous sommes dans l’un des plus vieux quartiers de la ville, quelques maisons aux épais murs de grès gris avec de grandes fenêtres en encorbellement achèvent de tomber en ruine dans l’indifférence générale. Des travaux de voirie, le creusement de tunnels routiers nous obligent à un long détour avant d’accéder aux001-ADDIS-ABABA-St-Georges.JPG escaliers qui montent à l’église. C’est un gros bloc hexagonal, gris, terne, sans fantaisie, dont toutes les portes sont fermées. Les fidèles doivent se contenter d’embrasser avec ferveur, murs et portes. Le musée est également fermé, nous repartons et revenons en suivant des rues poussiéreuses. Nous passons par le jardin, ridiculement petit, de l’hôtel Baro puis rentrons au Taitu où nous prenons un verre sur les terrasses. La fraîcheur descend vite et nous regagnons la chambre où je prépare le sac à dos avec tout ce que je dois emporter au garage demain matin. Nous dînons au restaurant de l’hôtel, à l’intérieur et en supportant un gros pull. Repas correct, nous ne sommes pas encore las des plats de poulet ou de bœuf avec une sauce tomate-piment-oignons, Marie s’offre même une crêpe en dessert. Douche et au lit.

 

Lundi 14 janvier : Bonne nuit dans un grand lit mais je suis réveillé tôt et à sept heures je suis debout. Je pars avec le sac à dos et marche jusqu’au carrefour pour trouver un taxi honnête ou mal réveillé pour tenter un tarif « farangi ». Il me dépose au garage Land Rover qui n’ouvre qu’à huit heures et demie ce qu’a omis de me préciser Alexander dans notre correspondance. Cela me laisse le temps de ranger quelques affaires, démarrer le réfrigérateur (et tuer quelques cafards endormis…) et réparer la fixation de l’escalier d’accès à la cellule. J’échange quelques propos aimables avec la directrice du garage et lui rappelle que la voiture doit être prête demain soir, grâce aux pièces rapportées de France. Je me fais déposer au consulat du Soudan par un minibus du garage. Je dois attendre l’arrivée d’un bien peu aimable responsable qui m’annonce tout de go qu’ils ne disposent plus d’autocollants de visas et qu’il faut attendre quatre jours pour qu’ils les reçoivent ! Cette nouvelle remet en question nos prévisions mais nous ne pouvons pas y faire grand-chose. Nous tenterons mercredi matin pour le cas où Sainte Rita serait intervenue sinon nous reviendrons à notre retour de Lalibela. Je continue à pied en échafaudant dans ma tête des projets… Je parviens ainsi à proximité de la gare. Les compagnies d’assurance y sont nombreuses mais avant d’en contacter une je vais changer des dollars dans une banque, ce qui demande tout de même quelque temps, papiers, tampons etc… La première compagnie n’est pas trop intéressée par ma clientèle et ne délivre que des assurances à l’année. Idem à la seconde mais ils me dirigent vers une troisième où l’on veut bien s’occuper de moi. Je dois tout de même souscrire une assurance, au minimum, pour l’année mais les tarifs sont des plus modestes et avec la délivrance de la carte jaune, valable au Soudan et à Djibouti (pour le cas où…), j’en ai pour 50 euros ! Je saute dans un taxi qui, après avoir eu une altercation avec un autre conducteur, me dépose au service des douanes où je retrouve celui qui c’était occupé de me délivrer une prolongation d’importation temporaire et qui fait aussitôt le nécessaire pour accorder un délai jusqu’à l’expiration du visa. Le même taxi, (celui qui me soutient que l’Algérie est une ancienne colonie anglaise et qu’on y enseigne désormais le chinois dans les écoles…) me ramène à l’hôtel. Je retrouve Marie qui s’est bien reposée. Nous déjeunons au restaurant de sandwichs copieux puis je m’octroie une sieste, après avoir vérifié que je peux reporter les photos avec mon nouvel appareil Canon sur l’ordinateur. Nous repartons pour le garage avec un taxi en très mauvais état, sa direction a tellement de jeu que le chauffeur doit, même en ligne droite, faire continuellement tourner son volant dans tous les sens. La voiture est sur le pont, la boîte de vitesse est remontée et on peut espérer qu’elle tournera demain… Nous nous faisons déposer devant la Ethiopie-1194.JPGboutique d’antiquités de l’avenue Churchill où nous avions repéré de beaux objets lors de notre passage en décembre. Nous y achetons après un pénible marchandage trois nouvelles croix, dont certaines, en principe, pour Annie… Nous nous rendons ensuite chez celui à qui nous en avions acheté à deux reprises et après un long tri et une tout aussi difficile discussion, nous repartons avec quatre autres croix… Retour à l’hôtel avec un faux taxi qui se fait arrêter par un policier pour plaques d’immatriculation mal fixées et papier pas en règle… Nous poursuivons notre exploration de la carte du restaurant, Marie retente un plat d’agneau servi avec de l’injera mais ne tarde pas à renoncer devant la dureté de la viande et me l’échange contre mes brochettes de poisson, des filets frits sur une pique.

 

Mardi 15 janvier : Nous prenons le petit déjeuner sous forme de buffet, au soleil sur une des terrasses, avant de nous faire conduire à la cathédrale de la Sainte Trinité. Nous apprenons qu’aujourd’hui on y célèbre le sacrifice d’Abraham et effectivement les abords sont interdits à la circulation et une foule s’y rend. La large allée qui y conduit est devenue une Cour des Miracles, Tout ce qu’Addis Ababa compte de mendiants, d’aveugles et d’estropiés s’y est donné rendez-vous pour implorer la charité des pèlerins. Les femmes et certains hommes portent des chammas immaculés et brodés. La cathédrale est un imposant bloc de grès034-ADDIS-ABABA-Trinity-Fete.JPG agrémenté de statues, de pinacles. Mais ici ce sont les gens qui nous intéressent. Tous ces croyants qui écoutent religieusement (forcément !) le patriarche qui chevrote un prêche entrecoupé de you-you poussés par les femmes. Sacrifice d’Abraham et you-you, sommes-nous bien chez des chrétiens ? Les murs de la cathédrale, les affiches qui représentent des saints, la Vierge, sont couverts de baisers par les dévots. Les femmes, enveloppées, la tête itou, dans leurs chammas blancs, assises le long des allées forment des vagues qui épousent les formes du bâtiment. Derrière celui-ci des hommes et des femmes accompagnés par de gros tambours frappés indifféremment par les deux sexes, chantent et dansent, accompagnés par la foule qui frappe dans ses 027 ADDIS ABABA Trinity Fêtemains et reprend les cantiques en chœur. Un homme nous prend en charge, m’emmène acheter des b illets pour visiter le musée puis nous guide vers l’intérieur de l’église. Nous devons nous déchausser et parfumer ainsi nos voisins… La grande majorité de ceux qui se pressent dans les trois travées, tournés vers le saint des saints, est constitué de femmes, une houle blanche qui ondule quand elles s’agenouillent ou, extasiées, lèvent les bras en orantes. La messe se termine, la foule s’écoule, nous pouvons accéder aux tombeaux de Hailé Sélassié et de l’impératrice, de lourds sarcophages de granit sombre. Nous ressortons, le musée est fermé, nous abandonnons notre guide auto-proclamé et revenons vers le parvis. Encore des danseurs et des chanteurs, des diacres porteurs de couronnes qui frappent dans leurs mains et ondoient dans un bel ensemble. Les parasols chamarrés, de velours aux galons dorés, sont sortis pour cette grande occasion, les cierges se débitent en brassées, des prêtres050-ADDIS-ABABA-Trinity-Fete.JPG barbus, couronnés de tiares, offrent des croix à baiser aux passants. La foule se disperse, nous reprenons un taxi qui nous dépose sur la grande place Meskel où Marie aurait bien aimé rendre visite à l’Office du tourisme mais il est fermé pour une raison inconnue et en dépit des horaires affichés. En manque d’exotisme, nous allons déjeuner dans un restaurant chinois, portions copieuses, y compris de porc. Nous nous rendons ensuite au garage. Le mécanicien travaille toujours sur la voiture, achève de remonter les pièces mais ne termine qu’à l’heure de fermeture de l’atelier. Nous avons patienté jusque là mais après que le chef d’atelier est allé faire un essai, il est évident que nous devrons attendre demain matin, après les derniers réglages, pour la reprendre. Nous avons passé tout l’après-midi à surveiller d’un œil l’avancement des travaux, en bouquinant de l’autre, des passages du livre de Paul Théroux relatant sa traversée du Caire au Cap… Le minibus du garage nous ramène à l’hôtel. En cours de route un agent de police l’arrête non pour le verbaliser mais pour se faire conduire à un autre carrefour, nous imposant un détour ! Nous nous renseignons dans une agence de voyage sur les dates précises et le déroulement de la fête de Timkat à Lalibela et décidons de nous y rendre dès que nous aurons récupéré la voiture. Dîner au restaurant puis achat d’une ceinture en cuir pour remplacer mon antique ceinturon.

 

Mercredi 16 janvier : Nous essayons de nous lever (relativement !) tôt et après le petit déjeuner, un taxi (le dernier ?) nous conduit au garage. La voiture est au lavage, le clignotant n’est pas réparé. Faute de voir quelqu’un et après avoir déposé nos sacs, nous repartons avec le même taxi pour l’ambassade du Soudan. Le même malotru nous reçoit mais il ne nous renvoie pas à une autre date, bien au contraire nous devons remplir une demande de visa de transit, y joindre des photocopies gratuitement délivrées, puis attendre, attendre, encore attendre. J’ai un peu l’espoir de l’avoir aussitôt. Excès d’optimisme douché peu avant midi quand on nous demande de payer 100 $ chacun et de revenir chercher nos visas demain ! Nous ne parvenons pas à fléchir l’employé mais au moins nous savons que nous l’aurons ce maudit visa… Nouveau taxi (le dernier, bis repetita ??) pour retourner au garage. La voiture est dehors, prête, enfin presque puisque le clignotant n’est toujours pas remplacé et le couvercle du maître-cylindre toujours pas reposé… Alexandre me prend dans ses bras, toujours aussi aimable et incompétent mais il fait le nécessaire pour que le mécanicien répare les oublis. Je passe à la caisse, 8000 birrs, moins de 400 euros. Je paye par carte de crédit, ce qui ne s’est pas vu depuis quelques lustres. Il faut ressortir d’un tiroir l’appareil idoine, le dépoussiérer, le connecter, trouver où et comment s’introduit la carte et enfin suivre les indications… Adieux à la directrice qui tient à rester en contact. Et je reprends le volant…055-ADDIS-ABABA-Gare.JPG Nous retrouvons les joies de la circulation à Addis Ababa… Nous allons chez Wym’s où le personnel nous reconnaît, Wym est soucieux… Nous sommes contents de reprendre des saucisses grillées avec une bonne bière-pression. Dans l’après-midi, nous remettons tout en place dans la cellule, je vais changer des dollars et prendre au passage une photo de l’ancienne gare du Djibouti-Addis Ababa, construit par les Français en 1917 ce qui me vaut une engueulade, les objectifs stratégiques sont interdits de photographie… Discussion avec des motards, un Sud-africain et deux Américains d’origine indienne, en route depuis des mois et qui ont des problèmes de visa soudanais. Nous dînons dans une des salles du restaurant, il fait trop froid pour rester dans le jardin.

 

Jeudi 17 janvier : Les chiens ont encore hurlé dans la nuit. Il n’a pas fait chaud et Marie n’a pas très envie de sortir du duvet… Nous prenons notre temps avant de quitter cet endroit bien agréable malgré la simplicité des installations. Nous nous rendons au supermarché Bambi’s qu’Anne-Dominique nous avait indiqué comme le meilleur d’Addis Ababa. Je ne trouve pas qu’il soit mieux que celui de l’avenue Churchill, plus de place mais choix réduit. Néanmoins nous refaisons les pleins, sans trop regarder aux prix… Nous allons nous garer devant l’ambassade du Soudan, déjeunons dans le camion et attendons en bouquinant l’heure d’ouverture du consulat. Nous récupérons les passeports avec un visa de transit de deux semaines, valable un mois. Contents, nous partons aussitôt mais l’itinéraire que j’avais repéré pour sortir rapidement de la ville n’est plus valable, des travaux coupent la route et aucune déviation n’est indiquée. Nous devons replonger (pour la dernière fois ?) dans les embouteillages pour trouver la sortie. Il nous faut une heure pour être sur la route qui traverse la campagne, ses champs en damiers, les villages Oromo aux belles cases carrées, en végétaux, à toit de chaume à la faîtière surmontée d’une croix. Pas le temps de faire des photos, nous devons avancer pour être le plus tôt possible demain à Lalibela. La nuit tombe alors que nous abordons la longue descente qui nous fait passer de 3000 à 1300 mètres d’altitude. Je dois rouler en prêtant attention aux troupeaux et aux piétons qu’aucun éclairage ne signale. Nous arrêtons au premier bourg pourvu d’un hôtel avec une cour. Un ouzo s’impose pour fêter cette reprise du voyage.

 

Vendredi 18 janvier : Nous essayons de nous lever avec le soleil afin d’être en route avant huit heures. Nous roulons dans des basses vallées agricoles, en louvoyant entre les chèvres prudentes, les moutons imbéciles, les placides bovins à grandes cornes et les caravanes d’ânes porteurs ou les arrogants dromadaires bâtés conduits par des Afars. Nous remontons sur les plateaux, les lignes droites sont plus rares. Nous bifurquons après Weldiya et suivons la route « chinoise » vers l’ouest dans un beau paysage de montagnes érodées, de ravins et de lits de rivières. Le kilométrage est plus important que je ne le pensais et je commence à fatiguer. Nous continuons sur une bonne piste qui rejoint la route goudronnée de Lalibela. L’arrivée est décevante, maisons à toits de tôle et immeubles récents en béton. Nous trouvons aussitôt l’hôtel que nous pensions être celui où avait dormi Jean-Pierre mais bizarrement il n’y a pas de cour où nous garer. Nous pouvons parquer devant assure le préposé. Il s’offre à nous conduire là où doivent se tenir les cérémonies pour la fête de Timkat, l’Epiphanie, les orthodoxes commémorent alors le baptême du Christ. Nous repartons aussitôt, descendons sur une route pavée, passons devant les sites des églises250-LALIBELA-Femme.JPG enterrées. La foule est endimanchée : les femmes ont leurs plus beaux chammas brodés et ont finement natté leurs chevelures, les hommes ont coiffé de hautes tours de tissus immaculés et brandissent des bâtons de pèlerins. Nous suivons d’autres véhicules qui tentent de se frayer un chemin dans la foule où se mêlent autochtones et trop nombreux touristes. Je finis par me garer sur une piste et nous continuons à pied, toujours avec notre guide. Il nous conduit à l’entrée d’un parc boisé où doivent se tenir les cérémonies mais au lieu de nous y conduire directement, ce que nous regretterons ensuite, il nous emmène sur les toits d’un hôtel, en face du parc. La vue sur le cirque de montagnes est intéressante mais ce n’est pas ce que nous cherchons en ce moment. Nous redescendons, entrons dans le parc, il ne semble pas s’y dérouler grand-chose, un bassin est en train de se remplir, c’est ici que demain on procédera à une062-LALIBELA-Festival.JPG bénédiction avec l’eau consacrée. Nous avançons vers le fond du terrain et découvrons alors, mais derrière plusieurs rangées de touristes et fidèles mélangés, un alignement de prêtres en grande tenue, tenant des croix de procession sous des parasols dorés. Nous comprenons que, si nous étions venus directement, nous aurions été au premier rang ! Les prêtres et les diacres, à la fin d’un discours, se retirent sous une grande tente pour une nuit de prières. Nous décidons non de nous garer devant le Blue Lal Hotel mais dans la cour de l’hôtel contigu au parc. Nous disons adieu à notre cicérone et je ramène la voiture dans une allée de l’hôtel. Nous prenons un soda dans le jardin de l’hôtel puis nous retournons dans le parc. La nuit est tombée, des fidèles se sont rassemblés devant la grande tente où se sont retirés les prêtres, assis ou endormis enroulés dans les chammas qui ressemblent alors à des linceuls. Ils ont allumé de095 LALIBELA Festival fines chandelles, les visages des femmes simplement éclairés par ces flammes jaunes sont de véritables Georges de la Tour, des pèlerins montent des tentes pour passer la nuit, d’autres distribuent des injeras à leurs proches, des scènes bibliques, vivants retables dans cette lumière douce. Nous dînons dans le camion puis retournons voir s’il se passe quelque chose. Notre curiosité est récompensée. La foule des croyants n’a pas grossi, les chandelles sont éteintes, les endormis plus nombreux mais nous approchons d’une tente d’où nous entendons des chants presque langoureux. Nous pouvons y entrer et nous asseoir sur un des bancs qui en  font le tour, avec quelques autres 108 LALIBELA Festivaltouristes-photographes. Alignés contre les parois, des prêtres en grande tenue, pèlerine sombre sur des robes brodées, turban monté en tour, sistre à la main, barbe fournie, chantent, ânonnent, des airs lancinants, envoutants, sur un rythme lent, accompagnés par trois gros tambours. Chaque nouvel arrivant est l’occasion d’accolades et de bénédictions réciproques. Vision qui justifie à elle seule la longue route depuis Addis Ababa. Cet alignement de religieux, jeunes et vieux, dans une cérémonie qui n’a pas dû changer depuis des siècles ! La nuit promet d’être longue… En ressortant de la tente, nous découvrons des fidèles plus agités ! Des tambours résonnent, des hommes, des femmes se lèvent, dansent avec des132 LALIBELA Festival gestes très saccadés, proches de la transe. Je regrette de ne pas avoir emporté le merveilleux livre de Michel Leiris, « L’Afrique fantôme » pour y relire ses pages sur le zar, phénomène de possession éthiopien. Nous finissons par revenir au camion, je remets la batterie de l’appareil photo en charge, j’ai dû abuser… Marie se couche, je vais écrire au bar, devant une bière en profitant des prises de courant. Je retourne au parc. Les pèlerins se sont tous endormis, enveloppés dans leur chamma ; sous la tente, les épaisses fumées d’encens dissimulent presque les prêtres et les diacres, nettement séparés, les premiers avec leur pèlerine bleu-noir, les seconds tout en blanc avec une large bande rouge. Ils sont plus nombreux et aucun touriste ne pollue l’assemblée. Tous semblent somnoler et se balancent sur un air de valse bleue passée à très petite vitesse. Je les laisse à leur longue nuit et vais me coucher à presque minuit.

 

Samedi 19 janvier : Le réveil n’a pas sonné à quatre heures comme prévu mais je suis réveillé trois quarts d’heure plus tard et nous enfilons à toute vitesse nos vêtements puis nous nous précipitons dans la nuit vers l’échafaudage en perches d’eucalyptus, construit à l’usage des touristes et qui leur permettra, moyennant finance, de dominer et donc photographier les cérémonies. Nous sommes dans les tous premiers et nous nous asseyons, les jambes pendantes, le menton reposant sur une des perches, et attendons… Le spectacle est d’abord fourni par les touristes qui arriven153 LALIBELA Timkatt, ne sont pas contents de ne pas être les premiers, croyaient avoir réservé, n’ont pas été réveillés à temps, ne savaient pas etc… Le jour se lève, nous n’avons pas chaud sur notre perchoir et enfin, peu avant sept heures, s’avancent sur la place délimitée par les échafaudages, un cortège de prêtres couronnés de tiares brillantes, porteurs de croix de procession, de parasols de cérémonie. Ils prennent place avec les diacres autour de la place Au milieu un bassin en parpaings peint en bleu, en forme de croix grecque, a été rempli d’eau. Les chants commencent, accompagnés de déambulations, processions des porteurs de croix. Diacres et prêtres se balancent en rythme, agitent leurs bâtons de prière, s’inclinent, se210 LALIBELA Timkat redressent. Les flashs crépitent, les cartes-mémoire se remplissent, nous en avons plein les yeux. Le patriarche en chasuble brodée de fils d’or, fait un discours suivi par celui, trop long, d’un second couteau. Puis c’est un extraordinaire ballet des prêtres qui s’alignent en deux rangées parallèles, se font face, se rapprochent, s’éloignent tout en pivotant autour d’un axe central. La cérémonie prend fin quand le patriarche et ses assistants, viennent tremper leurs croix de procession dans le bassin, à chaque extrémité des branches. Tous les religieux quittent alors la place, la foule s’y précipite et s’asperge à 249 LALIBELA Timkatgrandes volées de seaux d’eau bénite, tous y puisent des bouteilles et se les versent sur la tête et en font bénéficier leurs voisins. Nous n’échappons pas à cette généreuse bénédiction et nous nous enfuyons à demi trempés. Nous retournons au camion prendre un petit déjeuner très attendu. Nous retournons ensuite au parc en quête d’informations sur la suite des évènements. Des jeunes nous renseignent, un groupe de Français nous confirme les informations. Nous remontons alors la route d’accès sur quelques centaines de mètres et nous nous installons en hauteur, dans l’attente du passage de la procession qui doit ramener dans chaque église d’où il provient le310 LALIBELA Procession tabot, une réplique de l’Arche d’Alliance dont, selon la légende, tenue pour parole d’évangile si je puis dire, l’original serait à Axum, invisible depuis qu’elle aurait été dérobée à Jérusalem par le fils de la Reine de Saba et de Salomon. Le soleil tape, le défilé se fait attendre. Enfin les parasols brillent sous le soleil, une dizaine de prêtres portent sur la tête ce tabot, enveloppé dans des tissus précieux. Le cortège marque plusieurs stations, occasions de danses et de chants. Lors de la première, les diacres s’alignent sur une éminence alors que les 272 LALIBELA Processionprêtres restent sur la route. Les deux rangées se font face et semblent échanger répons et cantiques dans une chorégraphie lente sur des chants lancinants. Nous les suivons, mêlés parfois aux religieux, protégés brièvement du soleil par les parasols. Les gens se sont massés sur les collines au-dessus de la route et applaudissent ou lancent des you-you au passage du cortège. Marie veut le suivre pour ne rien manquer mais je commence à fatiguer et quand il emprunte un raccourci raide dans la montagne, je trouve que la plaisanterie a assez duré… Nous devons poursuivre notre ascension pour atteindre le centre-ville et trouver une épicerie où un premier soda pallie provisoirement à notre soif. Sur la place centrale nous déjeunons rapidement d’œufs avec de la bière glacée. Remis, nous repartons en descente mais Marie peine et je l’abandonne, assise à l’ombre, et m’en retourne chercher la voiture. Au passage je me renseigne sur le tarif d’entrée aux églises : 50 $ !!! Le triple de celui payé par Jean-Pierre un mois plus tôt. Je reviens chercher Marie et nous allons nous installer au Lal hôtel, celui de Jean-Pierre, le bon… Nous passons le reste de l’après-midi devant des boissons pas fraîches à nous reposer. Nous dînons dans le camion en écoutant l’énervant violon à une corde d’un musicien local qui accompagne une danseuse  pour des touristes en mal d’exotisme. Une chorale d’Israéliens prend le relais, ce qui ranime les velléités musicales du violoneux  jusqu’à minuit…

 

Dimanche 20 janvier : Nous utilisons les douches d’une chambre qui vient de se libérer mais entre-temps, l’eau a été coupée. Je dois patienter… Nous donnons un beau paquet de linge à laver et nous partons nous garer à l’entrée du site principal des églises enterrées. Nous nous322 LALIBELA Debre Sina acquittons du droit d’entrée scandaleusement élevé, sans même un plan, une information… Les Ethiopiens ne paient aucun droit d’entrée, ce qui est logique pour se rendre dans un lieu de culte en activité. Ces églises qui ont été entièrement excavées dans un tuf rouge sont désormais protégées par des dômes, rendus nécessaires par les dégâts des eaux pluviales, mais bien peu harmonieux. Nous découvrons la première, Bieta Medani Alem,  du rebord de la colline dans laquelle elle a été taillée. C’est un bloc énorme, rectangulaire, massif, percé de fenêtres en forme de croix sur deux rangées. Les fidèles qui traversent le site ne manquent pas de se signer, d’embrasser les marches et les montants du portail. Nous réservons sa visite pour la fin et nous nous rendons à l’extrémité ouest, en passant donc devant les autres églises, pour commencer par le « tombeau d’Adam ». L’église orthodoxe éthiopienne, loin de Jérusalem, a voulu recréer ici les lieux saints et la symbolique n’est pas absente. Le maigre ruisseau à sec qui sépare les deux groupes d’églises est appelé Jourdain ! Le roi Lalibela est associé au Christ, son tombeau, invisible pour le commun des mortels, est l’objet d’une grande vénération. Le culte des reliques atteint des sommets, tout ce qui est béni, le sable provenant du sépulcre de Lalibela, est supposé miraculeux et nul ne semble le remettre en question. Le Derg, sous le régime communiste de Mengistu Haile Meriem, qui avait voulu lutter brutalement contre le pouvoir de l’église et les superstitions entretenues par celle-ci, ne pouvait qu’échouer. Le pseudo-tombeau d’Adam, symbole du 372 LALIBELA Bieta Medani Alem Fenetrepéché, est un monolithe percé d’une belle fenêtre en forme de croix bien entendu. A partir de là, nous allons visiter diverses églises, toutes troglodytes, très simples, des murs bruts, épais, une tenture qui dissimule ce à quoi le profane ne peut accéder, des fenêtres toujours en forme de croix, latine, grecque, pattée. Partout des prêtres, des fidèles, des ermites sortis de leur trou taillé dans l’épaisseur des murs, prient, ânonnent, embrassent la roche. Circuler dans ce labyrinthe n’est pas aisé, les sentiers sont étroits, glissants, patinés pendant des siècles par les pieds des croyants. L’église du Sinai est en partie interdite aux femmes, c’est la seule qui est décorée avec des sculptures de personnages enturbannés tenant une croix. Plus loin vers l’Est, Bieta Maryam est la plus belle, ses fenêtres sont superbes, un fronton montre des361 LALIBELA Bieta Mariam cavaliers entourés d’animaux fabuleux. L’intérieur a été très décoré, il reste des traces de fresques au plafond et sur les murs, très abimées et totalement négligées par les bénéficiaires des redevances des touristes. Une ampoule électrique par-ci, une par-là, sont censées pourvoir à la mise en valeur des beautés cachées. Le résultat est frustrant. La dernière, Bieta Medani Alem, la plus vaste, a cinq nefs, voutées ou plates. On peut admirer la prouesse technique de la taille dans la masse de ces lieux de culte, l’harmonie des proportions, l’élégance des fenêtres, mais le manque de mise en valeur, l’exhibition de croûtes saint-sulpiciennes, la présence de meubles indignes d’un tel lieu, font réfléchir sur le Sacré et sur le regard que des Occidentaux 327 LALIBELA Bieta Ghiorghisrespectueux des « vieilles pierres » peuvent porter sur de tels lieux. Nous récupérons la voiture et allons nous garer à proximité de l’église Bieta Ghiorghis qui affleure sur un plateau dénudé. L’image d’Epinal de Lalibela ! Elle n’est heureusement pas protégée par un vilain dôme, son plan en croix grecque est à l’intérieur d’un ravin taillé dans une forme carrée. J’en fais le tour, content d’avoir enfin vu Lalibela ! Les hauts murs de l’église sont percés de très belles fenêtres très décorées, dans une pierre couverte de moisissures jaunes du plus bel effet sur le rouge du tuf. Nous ne la visitons pas, c’est l’heure du déjeuner. Nous voulons descendre la route jusqu’à l’hôtel mais nous nous trouvons nez-à-nez avec la procession qui ramène les tabots de l’église Saint-Mikaël. Nous revenons nous garer à proximité de Bieta Ghiorghis, déjeunons dans le camion avant de re337 LALIBELA Debre Sina Retour Tabotmonter sur la colline pour voir arriver la procession. Il y a déjà foule et nous ne pouvons pas approcher des prêtres sous leurs parasols de cérémonie, déjà installés en rang. Nous redescendons, trouvons une porte d’accès et parvenons à l’église. On nous laisse attendre assis sur les marches qui entourent le bâtiment en compagnie de diacres et de musiciens, joueurs de violons à une corde. Nous patientons jusqu’à ce que surgissent d’une étroite porte percée dans la muraille, de l’autre côté d’un pont de pierre, face à l’entrée de l’église, des prêtres, des diacres, des porteurs de parasols repliés et enfin sous les applaudissements et les you you des spectateurs perchés 351 LALIBELA Debre Sina Retour Tabotsur le rebord des falaises qui nous dominent, les porteurs des arches avant qu’ils ne s’engouffrent dans Saint-Mikaël. Je vais faire les photos des églises que je n’avais pas prises ce matin pour cause de batterie déchargée puis nous retournons à Bieta Ghiorghis où, cette fois, nous pouvons pénétrer. Son élégance extérieure ne se retrouve pas à l’intérieur, pauvre. Les niches, creusées dans la paroi des falaises, abritent des ermites ou les restes humains desséchés de dévots. Nous voulons nous rendre au second site d’églises enterrées mais il faut remonter, à pied, sur la colline avant d’atteindre la première d’entre elles. Bieta Rafaël ressemble plus à une forteresse entourée de hautes et impressionnantes douves qu’à une église. Il faut ensuite descendre de pénibles marches, suivre un étroit corridor, empli de gamins qui hurlent, courent dans nos jambes, avant de devoir emprunter un tunnel sans éclairage. Nous progressons dans le noir complet en tâtonnant la paroi. Au débouché, des marches dans la roche paraissent trop dures à Marie qui patiente pendant que je vais explorer un dédale de grottes, de couloirs sans grand intérêt. Nous revenons sur nos pas puis suivons un sentier qui nous amène en surplomb de Bieta Emmanuel. Protégée par une structure, elle a un bel aspect extérieur mais nous aurions dû y accéder depuis le tunnel. Pas question d’y retourner, il se fait tard et nous sommes épuisés. Nous retrouvons la voiture et rentrons nous installer à l’hôtel. Les verres de citronnade que nous avons généreusement bus avant et après chaque visite n’ont pas suffi à étancher notre soif. Nous choisissons les boissons les plus fraîches, donc des bières, pour nous désaltérer en restant dans le jardin à corriger le texte du blog et à relever les photos sur l’ordinateur. Nous dînons de poulet au restaurant, curieuses brochettes qui n’en sont pas pour Marie et trois cuisses de l’élevage du dernier vainqueur éthiopien du marathon olympique pour moi… Au lit, vite !

 

Lundi 21 janvier : Réveil à la même heure et départ pas trop tardif. Nous commençons par tenter de nous ravitailler dans le centre. Il faut faire plusieurs « supermarchés » qui tiendraient dans un kiosque à journaux pour trouver du pain, du sel, de la bière mais pas de fruits. Nous tentons de nous connecter dans un cybercafé et renonçons au bout de dix minutes d’attente sans résultat. Après bien des hésitations et tergiversations, nous décidons de nous rendre sur la piste du nord, voir l’église de Yemrehanna Krestos. Un plein de gasoil et nous entamons une413 WELDIYA Paysage longue descente avec une vue magnifique sur les montagnes et les cultures étagées. Dommage qu’en cette saison tout paraisse aussi sec, alors qu’en saison des pluies le ciel doit être lavé et les cultures resplendissantes. La piste est bonne jusqu’au village de Bilbala constitué de maisons à étage sans âge, avec escalier de pierre extérieur, des ruines qui s’arracheront peut-être un jour à prix d’or comme résidences secondaires… La piste est moins bonne et les derniers kilomètres sont de rudes montées dans les éboulis. Nous arrêtons sur une place où déjà des échoppes de souvenirs attendent les touristes. De là, un sentier aménagé monte vers le fond d’une gorge 388 YEMREHANNA KRESTOS Eglisedans une belle forêt de thuyas. Nous parvenons devant une grotte naturelle dans laquelle fut construite au début du XII° siècle une église qu’on ne découvre et c’est tant mieux, qu’après avoir franchi un vilain mur de protection en parpaings. On a alors la surprise de découvrir un joli cube bicolore percé de très élégantes fenêtres. Le seuil franchi, nous sommes saisis par la splendide décoration des voûtes et des arcs sculptés, couverts de dessins géométriques. Les piliers sont supposés être bicolores mais il est impossible de voir la différence. De même, quelques fresques sont, hélas, très noircies par la fumée des chandelles et donc difficiles à déchiffrer, une restauration devrait être rapidement effectuée avant qu’un barbouilleur ne les recouvre de badigeons modernes. Dans le fond de la grotte, des milliers d’ossements de pèlerins venus achever leur vie terrestre en ce lieu saint, ou, selon une légende (?), ceux de chrétiens venus d’Egypte lors de la fondation de l’église. Nous retrouvons le camion mais renonçons à déjeuner là, environnés par trop de curieux indiscrets. Nous repartons quelques kilomètres et arrêtons près d’un pont pour manger sans être dérangés. Nous revenons à Lalibela où nous avalons en vitesse un soda avant de continuer en direction de Dilb. Nous trouvons la piste que nous suivons dans les montagnes, passant de collines en plaines. Une sournoise et violent attaque intestinale m’oblige à une halte impromptue… Nous parvenons au village de Gennete Maryam et de là, en quelques centaines de mètres, à son église taillée dans le tuf. Elle est couverte d’une laide toiture supportée par des madriers qui la dissimulent extérieurement. Nous la visitons en devant, comme ailleurs, nous déchausser mais410 GENATA MARIAM Fresque ici, dès le franchissement de la porte de l’enceinte. Des piliers carrés, comme à Bieta Medani Alem forment une galerie extérieure. L’intérieur est entièrement, murs, voûtes, plafonds, couvert de merveilleuses fresques d’une très grande simplicité, des couleurs pâles, un dessin très dépouillé, des visages sans nez ni bouche. Nous les découvrons une à une avec le diacre qui nous accompagne, très intéressé par notre guide et ses photos. Nous décidons, vu l’heure, de passer la nuit sur place. Les curieux, peu nombreux, finissent par s’éloigner et nous abandonnent  à notre bivouac.

 

Mardi 22 janvier : Nuit très calme, sans visiteurs. Nous repartons sur la piste pour rejoindre Dilb. Elle n’est pas fameuse car très fréquemment coupée par des tranchées creusées par les paysans pour irriguer leurs lopins de terre. Les radiers empierrés sont dégradés et leur franchissement se fait au pas. Nous sommes toujours dans des vallées où le moindre bout de terre est exploité, les meules de foin d’un jaune d’or voisinent avec les cases et montrent l’aisance de leur propriétaire. Après un gros village, la piste s’améliore et nous rejoignons rapidement le goudron sur la « route des Chinois ». Nous retournons à Weldiya puis, une fois de plus, roulons en direction de Dessie. Sa traversée est pénible et longue. Nouvelle descente et après Kombolcha nous nous dirigeons sur Bati. La route bien que goudronnée n’est pas fameuse, nous avons l’espoir de trouver une bonne route au-delà mais à notre grand désappointement il n’en sera rien, bien au contraire. Après la traversée du gros bourg de Bati, c’est une piste rocailleuse, dans des gorges, qui descend vers le pays Afar, à seulement quelques centaines de mètres d’altitude. Dans la plaine désertique, la piste s’améliore et nous roulons plus vite. Les cultures ont disparu, Des épineux de plus en plus rares les remplacent. Les dromadaires sont nombreux, sur le bord de la piste ou dans le cours des rivières à sec. Les Afars portent pagne, large coutelas à la ceinture et pour certains une Kalachnikov sur l’épaule, les femmes sont enveloppées dans des tissus colorés à dominante rouge. La piste se termine hélas, car c’est une portion d’un abominable goudron crevé de nids de poule terrifiants qu’on ne peut aborder qu’au pas. Je suis étonné que Jean-Pierre ne nous ait pas mis en garde. Nous parvenons au carrefour de la route d’Addis Ababa à Djibouti. Enfin, nous trouvons une bonne route asphaltée, presque rectiligne sur laquelle nous nous envolons sous l’œil étonné d’une autruche effarée, seul spécimen de faune que nous apercevrons dans ce désert total, sans presque de végétation. On vend sur le bord de la route des fagots et du charbon de bois pour le plus grand profit des camionneurs qui les revendront bien plus chers à Addis Ababa où les arbres ne sont pas aussi rares qu’ici. De nombreux camions freinent notre allure mais nous arrivons tout de même avant la nuit à Gewane où nous arrêtons à proximité d’un relais routier à la mode locale. Nous allons y prendre une bière fraîche et renouveler notre stock avant de regagner le camion qu’il faut tout de même dépoussiérer  après ces kilomètres de piste.

 

Mercredi 23 janvier : Nous avons été moins dérangés par les camions qui passaient que par ceux qui s’arrêtaient puis repartaient. Un gardien qui ne s’était pas fait connaître la veille surgit et réclame un droit de parking, je l’envoie promener mais il se fâche, saisit une pierre et en menace la voiture. Furieux, je sors de la voiture, l’apostrophe, mi en français, mi en anglais, ce qui ne change rien à son problème de compréhension, mais il saisit bien que je ne suis pas content… Un autre s’interpose, le calme et l’éloigne… Fin de l’incident. Nous repartons à bonne allure, ralentis uniquement lors des dépassements de camions. Nombreux sont les cadavres de ces derniers qui gisent, les quatre fers en l’air, crevés comme des charognes baudelairiennes. Des soldats patrouillent. Y aurait-il des problèmes de sécurité ? Sur le bord de la route, nous apercevons des huttes afars, oblongues plus souvent couvertes de bâches que de nattes. Après Gewane, nous longeons un lac couvert de roseaux. Des pompes ont été installées pour que les chauffeurs puissent laver leurs beaux camions… Nous rejoignons la route d’Addis Ababa à Harar et bifurquons en direction de cette dernière, libérés des camions. La route commence à s’élever doucement, la végétation reverdit, les cultures réapparaissent, les villages sont désormais fréquents mais aussi les troupeaux sur la route, dromadaires, bovins et files d’ânes chargés de bidons en plastique jaune pour la corvée d’eau, menés par 507 WOLDEYA Vuedes femmes la tête couverte d’un voile orange. Quand nous atteignons les plateaux, nous roulons souvent sur une ligne de crête avec une vue très étendue des deux côtés sur les flancs des montagnes couverts de cultures en escalier. Parmi celles-ci, nous remarquons vite des plants bien alignés de petits buissons d’un vert foncé, du khat, le qat du Yemen. Il est exporté quotidiennement vers Djibouti, le Yemen et même, nous assure-t-on, vers Toronto ! Les villages semblent plus riches dans cette région, toutes les maisons sont à toit de tôle, ce qui n’embellit pas les villages, surtout quand elles sont rouillées. La densité de population augmente à l’approche de Harar. Moi qui imaginais Harar, une ville isolée, sur un plateau désertique ! Une fois de plus, le rêve plus beau que la réalité. L’arrivée par la ville moderne ne change rien à ma première impression négative. Nous parvenons aux remparts sans presque les voir, la vieille ville est entourée par des quartiers populeux, bruyants qui l’étouffent. Nous cherchons un hôtel pour, soit dormir dans le camion, soit y prendre une chambre. Beaucoup sont complets et le Ras Hotel, en grands travaux de rénovation, est bien loin de valoir celui d’Addis Ababa, nous y prenons néanmoins une chambre sinistre, pour nous doucher et profiter des prises électriques afin de recharger tous nos appareils. Et puis ce n’est pas bien cher. Nous allons prendre un soda dans le jardin plus agréable que les chambres puis nous allons au cybercafé, connexion rapide, Nous répondons à Julie et mettons le blog en ligne. Nous repartons à la nuit tombée pour aller voir l’inévitable show d’Harar, le « gavage » des hyènes. Je cherche dans la nuit et la cohue le lieu de ces festivités puis m’y laisse conduire par un garçon qui, en courant devant la voiture, nous amène à une place entre des maisons de terre. Nous entendons alors le maître de cérémonie héler les carnivores qui420 HARAR Hyènes finissent par répondre à son appel. Elles n’impressionnent plus personne à Harar. Quasiment domestiquées, elles savent qu’elles n’ont rien à craindre et un bon repas à gagner. Dans la lueur de nos phares et de ceux d’autres touristes, nous assistons au spectacle de leur « dresseur » qui  jette à trois d’entre elles, des morceaux de viande, parfois tenus entre ses dents, les spectateurs sont invités à participer. Du cirque ! Nous allons dîner au meilleur restaurant indiqué dans le Lonely Planet, le Fresh Touch, pas meilleur que tous ceux que nous avons eu l’occasion de fréquenter… Retour dans notre cellule.

 

Jeudi 24 janvier : Mauvaise nuit. J’étouffe dans cette chambre sans aération et dont on ne peut ouvrir la fenêtre. Je suis réveillé tôt, me rendors, somnole, rêvasse jusqu’au réveil définitif… Marie a droit à un petit-déjeuner que nous partageons puis nous partons en tuk-tuk dont le nom ne m’a jamais paru aussi évident qu’aujourd’hui avec leurs pétarades. Les autres taxis bleus sont presque tous d’antédiluviennes Peugeot 404 qui ont fait leur temps… Nous nous faisons déposer à la porte Harar, entrée de la ville ancienne ceinturée par une peu 437 HARAR Maisonimpressionnante muraille que nous ne voyons qu’à grand peine. Nous remontons la grand rue, les boutiques sont encore fermées, toutes ou presque sont des quincailleries ou des tailleurs aux enseignes éloquentes. Quelques maisons anciennes à un étage entouré d’un balcon, de ces maisons coloniales comme nous en avons tant connu dans d’autres pays, d’Afrique ou d’Asie. La place principale s’orne d’un vilain rond-point et d’une cathédrale. Nous suivons l’une de rues qui en partent jusqu’à un musée ethnographique lui aussi fermé. En nous renseignant, étonnés, nous apprenons que ce jour est férié pour cause de Mouloud, le Noël d’un autre prophète… Nous poursuivons, passons devant d’autres maisons, une mosquée qui nous est interdite et dans une ruelle, l’église catholique Sainte-Marie qu’aurait connu Rimbaud. De belles sculptures réalisées par des artisans indiens ornent l’autel et un retable. Nous pouvons tout de même visiter une maison traditionnelle harari devenue centre culturel. Une grande pièce de réception couverte de tapis sur cinq niveaux, selon le rang de chacun, des niches sur les murs et dans les pièces adjacentes, des chambres minuscules. Nous avons une vue partielle sur la cité ancienne qui confirme mon impression négative de la veille. Harar est une cité ancienne454 HARAR Ruelle certes, mais rares sont les maisons qui ont du caractère, les autres sont souvent très quelconques, voire en ruines, derrière des murailles presque inexistantes. La séparation de la cité ancienne, classée au patrimoine de l’Unesco, du reste de la ville n’est pas évidente. Moi qui avais imaginé une cité enceinte derrière de hautes murailles sur un plateau, isolée du reste du monde, je tombe de haut. Une fois de plus cela m’apprendra à rêver… Marie est plus enthousiaste. Un « étudiant » tient à nous emmener dans une maison qui fait commerce d’antiquités. On n’y trouve que des horreurs internationales… Nous remercions notre guide qui 478 HARAR Ruellenous a donné l’occasion de vagabonder dans les ruelles et ainsi découvrir la caractéristique des maisons de la vieille ville : le goût de ses habitants pour peindre de couleurs contrastées les murs extérieurs de leurs maisons avec parfois des motifs géométriques. Nous atteignons la place du marché très peu animé, quelques femmes en costumes aux vives couleurs, vendent trois oignons et quatre tomates. Nous remontons une ruelle qu’occupent des tailleurs et leurs machines, appelée pour cette raison Makina Girgir. De là, une ruelle nous amène à la « maison Rimbaud », une superbe bâtisse que nous avions aperçue du marché, dominant la cité. Toute en dentelle de bois, elle457 HARAR Maison Rimbaud était la demeure d’un riche commerçant indien et ne fut jamais celle d’Arthur, mort dix ans avant sa construction. Restaurée, elle est devenue un musée à sa mémoire, des photos anciennes, sa biographie et des poèmes y sont exposés. Les photos pourraient presque avoir été prises ces jours-ci, costumes, coiffures n’ont pas changé. Seule l’introduction des matières plastiques a modifié certaines pratiques comme les bâches à la place des nattes ou des sacs tressés.  Il doit bien rire de cet engouement bourgeois pour le garnement qu’il avait vite cessé d’être en devenant commerçant dans des terres vierges. Nous visitons une autre très belle 462 HARAR Maison Ras Tafarimaison à proximité, celle du Ras Tafari c’est-à-dire le futur Hailé Sélassié, qui y vécut. Elle a été transformée en un modeste musée présentant dans des vitrines sales des objets poussiéreux, bijoux, armes, pièces de monnaie etc… L’extérieur est plus intéressant que l’intérieur, tout tarabiscoté, balcons en encorbellement, porte surmontée d’un linteau de bois qui pourrait décorer un temple hindou. Nous rentrons à l’hôtel avec un autre tuk-tuk et déjeunons au camion. Nous hésitons à aller à Diré Dawa ou retourner dans Harar. Nous nous décidons pour un tour des remparts avec la voiture. Je cherche mon chemin puis finis par traverser la vieille ville et sortir par la porte opposée, celle d’Erer. Nous nous garons devant. La seule porte qui a un peu465 HARAR Porte Erer d’allure, un bastion inchangé selon les photos du début du XX° siècle. Il continue de s’y tenir en fin d’après-midi un marché au khat. Des femmes conservent, dans des paniers protégés par des sacs plastiques, les précieuses feuilles. Nous faisons le tour des remparts, ou plutôt du mur irrégulier de moellons grossiers, formé parfois par le mur d’une maison, pas très haut, peu dissuasif. Nous arrêtons à la porte Sanga pour aller voir, par des ruelles entre les murs colorés, un sanctuaire, celui du cheikh Abadir, mais nous ne sommes pas autorisés à y pénétrer. Nous continuons, toujours étonnés par ce qui est la seule bonne surprise de la ville, ce goût pour les couleurs des murs extérieurs des maisons. En demandant notre chemin, nous trouvons la maison dite de Zetuna Yusuf qu’occupe un antiquaire. Celui-ci possède de belles choses dont il ne demande qu’à être dépouillé contre espèces sonnantes et trébuchantes. Nous contribuons à cette volonté en nous rendant acquéreur non pas d’un  mais de deux colliers hararis en argent, très proches de ceux du Yémen ou même de l’Inde. Il ne nous laisse pas quitter son magasin et réclame les 150 dollars que je pense lui avoir donnés. Je finis par comprendre qu’il ne plaisante pas, qu’il a raison, j’ai rempoché les billets. Le quiproquo levé, 484 HARAR Muraillenous nous quittons bons amis… Nous récupérons la voiture, continuons le tour de la muraille, passons devant la porte Buda. Dans cette section, Harar ressemblerait assez à ce que j’attendais, la campagne vient au pied des remparts, pas de maisons ni d’activité humaine à l’extérieur. Nous revenons sur nos pas, retraversons la vieille ville puis cherchons le tombeau d’un saint, Emir Nur, un petit dôme en pain de sucre, hérissé de picots et peint d’un vert violent. Nous n’entrons pas, le gardien a l’audace de nous réclamer 50 birrs chacun, il descend vite à 10 mais trop tard, nous sommes déjà repartis… Un jeune, monté sur le marchepied nous indique le chemin pour un point de vue sur la ville depuis une colline opposée. On distingue la multitude des points colorés des maisons, les deux riches bâtisses perchées au sommet de la486 HARAR Vue ville, les minarets et les clochers. Retour dans le centre-ville, fâcherie avec le jeune mécontent de notre contribution mais nous n’avons plus de monnaie et les euros lui déplaisent, mais il finit par les accepter. Je vais tirer de l’argent au distributeur d’une banque puis nous rentrons nous installer dans la cour de l’hôtel de la veille. Un soda, bien glacé, s’impose avant que nous ne nous rendions au cybercafé de la veille. Message à Julie et à Michelle, lecture des informations puis nous retournons au camion attendre l’heure de dîner. Nous restons dehors, malgré la fraîcheur, plus agréable que la salle impersonnelle, sinistre de l’hôtel. Nous apprécions les bières pression servies à la bonne température. Faute de poulet, nous devons nous contenter de bœuf, si le mien est acceptable, celui de la brochette de Marie est immangeable. Il est tout de même peu de pays où la viande aura été aussi dure ! Retour au camion pour y passer la nuit.

 

Vendredi 25 janvier : Après être passés par la poste, nous prenons cette fois la route du retour. Pas tout à fait puisque nous faisons le détour de Dire Dawa. Quelques kilomètres d’une descente vertigineuse pour quitter les haut-plateaux et rejoindre la plaine. Les champs de khat 491 DIRE DAWA Garecouvrent les flancs des montagnes, presque jusqu’à la ville. Nous nous dirigeons vers le centre symboliquement marqué par la gare du Djibouti-Addis Ababa. Les avenues qui rayonnent à partir de là, sont larges, ombragées par des bougainvillées et des jacarandas. L’impression est très favorable, je retrouve l’ambiance de Tambacounda, sans doute pour les mêmes raisons : une ville conçue pour héberger ateliers et centre de formation des cheminots avec des maisons dans la verdure pour les cadres. Nous faisons une petite promenade dans le quartier, beaucoup de bars et restaurants avec des terrasses fréquentées mais les anciennes maisons tendent à disparaître, beaucoup sont rasées et des immeubles modernes, en béton, commencent à les remplacer, de futures banques et compagnies d’assurance… En circulant, nous passons devant l’Alliance française. Nous y faisons connaissance du directeur adjoint avec qui nous causons quelques instants. Il nous indique où nous ravitailler. Nous nous y rendons, une minuscule boutique, pas de viande, sauf de la mortadelle locale, mais tout de même des fruits, du beurre et du vin ! Nous allons nous garer près du marché. En fait, tout le497 DIRE DAWA Marché quartier est un marché, quincaillerie, matériaux de construction, pièces détachées automobiles, occupent des rues entières. Le marché proprement dit est réservé aux fruits et légumes, nous y trouvons des tomates, du chou, des pommes de terre et de petits avocats. Les marchandes sont encore plus colorées que leurs étals mais peu sont aimables. Enfin nous reprenons la route. Plein de gasoil servi par une matrone mafflue et fessue qui en verse des flots à côté. Occasion d’une nouvelle engueulade… Nous reprenons la route de l’aller dans l’autre sens. Longue route, pénible en fin de journée quand nous quittons les plateaux pour les terres desséchées et surchauffées qui descendent vers la mer Rouge. Nous arrêtons comme à l’aller à Gewane mais pas au même endroit, derrière une station-service. Un ouzo s’impose.

 

Samedi 26 janvier : Nuit bien au calme. Je vais acheter de la bière au bistrot de l’autre côté de la route mais il n’y a pas moyen de refaire les pleins d’eau. C’est un problème dans la région. Des camions citernes ravitaillent les bergers et leurs troupeaux à des points d’eau constitués d’un trou recouvert d’une épaisse bâche. Les pâtres conduisent leurs bêtes, les bras ballants, accrochés à leur bâton posé sur leurs épaules. Des caravanes d’ânes et de dromadaires longent la route. Les camions reviennent chargés de Djibouti mais semblent y retourner à vide, les remorques montées dans la benne. Ceux qui sont bâchés ont accroché derrière leur remorque des branches d’épineux pour dissuader les visiteurs indélicats… Nous repassons au carrefour d’où nous devons refaire la dizaine de kilomètres de goudron pourri puis la piste, correcte dans la plaine, moins bonne dans la montée sur le plateau. Nous traversons deux petits villages où se tient un minuscule marché, quatre étals de tomates, piments etc… Mais c’est l’occasion pour les Afars de se rencontrer, discuter, acheter les produits indispensables pour la semaine, cigarettes, allumettes, peigne, ustensiles en plastique, ce qui nous permet 503 BATI Khaten passant à très faible allure d’admirer les femmes, la tête couverte d’étoffe brodée, portant un diadème et les hommes, la chevelure crépue à la mode afro, portant pagne et un long poignard recourbé, gainé de cuir. Je n’ose m’arrêter prendre des photos, leur réaction risquant d’être vive… Nous retrouvons le goudron à Bati où nous allons traîner du côté du marché mais ce n’est pas le bon jour  et la seule activité concerne la vente du khat. Puis c’est le bon goudron et cette route jusqu’à Weldiya que nous parcourons pour la quatrième fois ! Plus longue à chaque passage… Nous y arrêtons au Lal hotel où nous pouvons camper sur le parking et avoir une douche demain. Nous prenons un soda mais la température descend vite et nous regagnons le camion pour relire le blog.


Dimanche 27 janvier : Nuit fraîche, avec quelques cauchemars… Nous prenons une clé à la réception pour nous doucher dans une chambre libre. Nous devons monter deux étages pour accéder à une chambre pitoyable, fils électriques dénudés, glace d e trave509 WOLDEYA Vuers, étagère tenue par du fil électrique, vitres cassées, etc… La porte de la salle de bain bute contre le WC et le rideau ne va pas jusqu’en bas, le filet d’eau gicle sur le carrelage et arrose tout… Je refais ensuite un presque plein d’eau avant que le débit du robinet du jardin ne devienne insuffisant. Nous quittons Weldiya et reprenons cette « route des Chinois » qui traverse à plus de 3000 mètres d’altitude les hauts-plateaux abyssins. Les villages sont tristes, il ne doit pas y faire bien chaud, les gens à dix heures du matin sont encore emmitouflés dans leur mince chamma. Nous sommes bientôt de nouveau sur une ligne de crête avec les incontournables paysages époustouflants de l’Ethiopie. Les maisons sont de petits chalets aux murs de pierre au rez-de-chaussée pour la pièce qui doit constituer l’étable, à l’étage, la pièce d’habitation en terre et bois est pourvue d’un joli balcon de bois. Les toits sont plus souvent de tôle que de chaume. En cherchant une église, nous rencontrons un grand rassemblement de gens. Ils ont laissé libre un vaste espace que parcourent au grand galop des cavaliers montés sur de petits chevaux 525 WOLDEYA Chevauxsomptueusement harnachés. Ils agitent des sagaies, de simples tiges de bambou, qu'ils lancent parfois. Nous ne comprenons rien aux règles du jeu et personne ne paut nous expliquer. Une dernière descente et nous retrouvons les verts pâturages des abords du lac Tana que nous distinguons à l’horizon. Nous traversons la région des pitons volcaniques déjà vus lors de notre passage en novembre. Aujourd’hui encore, le trajet paraît interminable et nous ne parvenons à Gondar qu’après quatre heures et demie de route. Nous tombons dans l’embouteillage d’un mariage de la bonne société qui n’hésite pas à bloquer la circulation pour se montrer et se faire prendre en photos. Nous trouvons l’hôtel Fogera, nous nous y installons pour la nuit dans le petit jardin où nous prenons ensuite un soda bien mérité. La connexion internet est si lente que je ne parviens ni à lire le courrier ni à mettre le blog en ligne. Je réussirai après dîner. Dîner pris au restaurant de l’hôtel. Nous sommes les seuls dans une salle à manger sinistre à tel point que nous préférons les tables basses du bar, un peu mieux éclairé. Festin sous le signe de l’ail. Il y en a dans tout, le mouton rôti, étonnamment tendre, mais aussi dans la salade tiède, les épinards et même le riz, devenu immangeable. Mes filets de poisson grillés ne sont pas décongelés et pâles comme un condamné à perpète. Au moment de partir on nous apporte des frites pas cuites, un bout de ficelle les agrémente, le serveur appelé la retire et la jette par terre…

Lundi 28 janvier : Nous ne sommes pas pressés mais les gosses sont debout avec le soleil et commencent à jouer au foot en criant, ils ne s’arrêteront qu’à la nuit. Nous allons nous doucher dans une des chambres qui pourrait concourir pour le palmarès des plus décaties. Et l’hôtel est classé dans la catégorie « moyenne » du Lonely Planet ! Nous nous rendons en ville, le supermarché sur lequel nous comptions sans trop d’illusions tout de même, est fermé. Au marché nous ne trouvons que du pain, des bananes et de la bière. Maigre ravitaillement dans un micro-mini supermarché, boîtes de conserve et une bouteille d’ouzo pour la route… Retour à l’hôtel pour récupérer notre linge, à peine plus propre et dont il manque les précieuses petites culottes de Marie. Il est temps que nous quittions le pays… Ce que nous commençons à faire en prenant la route du Soudan. Nous prenons notre temps pour déjeuner, à peu près tranquilles. Et c’est la dernière descente au milieu de montagnes tabulaires ruiniformes. La température augmente rapidement, l’air est sec et chaud. Cela augure mal du Soudan… Nous roulons dans un paysage sahélien de petites collines couvertes d’une brousse desséchée. Les kilomètres défilent mais il semble qu’il y en a plus que prévu sur la carte. Dernier plein de bières et nous arrivons au poste frontière. Nous voulons attendre demain pour traverser afin de ne pas perdre une précieuse journée de notre temps du visa de transit. Nous nous arrêtons sur un terrain vague à l’entrée de la ville, il fait 40° dans la cellule !


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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 18:39

Dimanche 25 novembre : Après le petit déjeuner, je demande à Jean-Pierre de me conduire au garage. Nous remontons un flot de fidèles qui sortent de la messe, les rues sont « blanches » de monde, les beaux chammas brodés sont de sortie. Je prends dans la voiture ce dont nous aurons besoin pour notre escapade chez les Afars. Le mécanicien n’a pas de nouvelles concernant la pièce, il téléphone à mon contact de l’agence qui arrive aussitôt. Marie et Jean-Pierre repartent à l’hôtel, je vais avec mon cicérone chez le marchand de pièces détachées qui nous confirme avoir demandé à son correspondant d’Addis Abeba de chercher la butée d’embrayage ou au moins le joint spi. A demi rassuré, je reviens à l’hôtel. Nous changeons de chambre pour cause d’inondation dans la salle de bain. Nous y déjeunons avec nos restes de jambon et de chou. Nous relisons le blog, je me connecte à internet puis nous allons au musée installé dans des baraques à côté du palais impérial de Johannès. La salle qui lui est consacrée est bien peu intéressante, des tenues d’apparat, des selles etc… Une autre salle consacrée à l’art religieux l’est beaucoup plus avec une collection de superbes icônes, pas trop mal présentées et de belles croix de procession moins bien mises en valeur. Les icônes sont presque toujours des diptyques ou des triptyques, de tailles très variables, de minuscules à de grands formats. Nous revenons, avec Jean-Pierre qui nous a rejoints, prendre un pot sur la terrasse de l’hôtel avant de regagner nos chambres respectives pour attendre l’heure de dîner. Rien de bien nouveau, au restaurant de l'hôtel le poulet n'est pas trop frit. Nous préparons ce que nous emporterons demain, pour le désert.

 

Lundi 26 novembre : Après le petit déjeuner, nous retrouvons Jean-Pierre et descendons nos bagages dans sa voiture. Nous sommes prêts pour la dépression Danakil, la nuit au volcan, le lac salé et les caravanes qui en reviennent chargées de plaques du précieux ingrédient. Jean-Pierre s’installe au volant, met le contact et… Rien ! La voiture refuse même de tousser, son alarme est activée et impossible de la supprimer. Nous nous rendons chez le marchand de pièces détachées pour qu’il joigne Naod, l’employé de l’agence. Il nous rejoint, nous accompagne à la voiture et fait venir son électricien qui, après quelques manipulations et passes magiques, avoue son impuissance. Seule solution : trouver le code EKA qui permet de désactiver l’alarme. Jean-Pierre ne connaît pas le sien, Il appelle sa femme en France mais il est deux heures plus tôt et Land Rover à Nice n’a pas encore ouvert. Je vais prévenir que nous ne pourrons pas partir ce matin, peut-être demain… Nouveau coup de fil au garage de Toulon qui me demande de rappeler dans une heure puis à Bernard à Martigues qui sera le plus rapide à répondre. En attendant, nous patientons assis dans la cour, en essayant de faire contre mauvaise fortune bon cœur. La butée d’embrayage est partie à Addis Abeba pour qu’on essaie de trouver la même ou au moins le joint spi. Nous déjeunons sur la terrasse en essayant d’autres plats, sandwichs et spaghettis de la carte, feignant de les trouver goûteux… Message de Bernard avec le code. Jean-Pierre n’ose y croire et refuse de se précipiter pour essayer de démarrer le moteur. Un premier essai échoue, un second suivant une procédure trouvée dans le manuel réussit !!! Le moteur tourne, nous ne sommes plus prisonniers à Mekelle ! Nous devons tout de même reprendre une chambre, il est trop tard pour partir, puis nous allons au garage déposer et prendre des affaires avant de passer par le marché, à la sortie de la ville. Guère de monde dans les allées, les vendeuses peu affairées sont occupées à leur coiffure, de fines nattes sur le devant du front et une petite crête qui les fait ressembler avec leur teint clair et leurs traits fins aux femmes peules de l’Afrique de l’Ouest. Les marchands de robes et de chammas intéressent Marie mais tous sont brodés ou décorés de galons de couleurs vives mêlées de fils argentés ou dorés, trop voyants. Nous traînons dans les allées, trouvons de curieux porte-bébés taillés dans une peau de chèvre tannée, décorés de cauris et de perles. Nous rentrons à l’hôtel nous reposer à la chambre. Je vais boire une Ambo, l’eau gazeuse locale, dont nous avons récemment découvert l’existence, sur la terrasse mais il commence à faire frais, aussi je regagne la chambre pour finir le très intéressant livre de Guillebaud, « La porte des larmes » avec des photos de Depardon, relatant leur voyage en Ethiopie et en Erythrée en 1995. Quel serait leur regard aujourd’hui sur ces pays ? Nous dînons au restaurant de l’hôtel, toujours aussi bien ou toujours aussi mal ?

 

Mardi 27 novembre : La voiture de Jean-Pierre démarre et après le petit déjeuner je vais acheter une carte postale pour remplacer celle perdue, je l’écris puis nous cherchons la poste, elle a déménagé et je dois revenir dans le centre-ville pour la trouver. Nous passons à l’agence chercher Naod, lui confier de la loctite pour éventuellement recoller la lèvre du joint, lui dire que nous partons et que j’espère qu’à notre retour la voiture tournera. Nous allons au rendez-vous avec un léger retard qui inquiète Jean-Pierre mais nous y sommes les premiers. D’autres voitures arrivent avec des touristes, nous devons coller un numéro sur la voiture avant de partir en convoi. Nous reprenons la direction d’Adigrat sur cette route goudronnée qui aurait bien besoin d’un coup de fer à repasser tant elle plisse. A Agula nous prenons la piste. Jean-Pierre colle de près au véhicule qui nous précède ce qui nous permet de bénéficier de la poussière que celui-ci soulève. Nous quittons le Tigré pour les terres des Afars. La piste descend dans des lacets serrés sur une route en travaux et rejoint le lit à sec d’un torrent. La végétation n’est plus constituée que d’épineux qui s’accrochent à une roche sèche, découpée en strates blanchâtres. Nous longeons un caῆon dont les parois sont d’un rouge vif étonnant. Les épineux ont disparu, il n’y a plus que des roches… Nous arrêtons à Berale où nous déjeunons avec d’autres touristes, dans une gargote : injera avec une purée pimentée ou morceaux de chèvre dure sous la dent. C’est l’occasion de découvrir nos compagnons de voyage, deux Américaines, une Québécoise, deux Espagnoles hommasses et d’autres aux nationalités indéfinies.  Les hameaux675-DANAKIL-Femmes.JPG sont constitués de cases rudimentaires, soit en branchages fins recouverts de nattes, soit réalisées avec des pieux grossiers qui servent aussi d’enclos. Les hommes portent des pagnes, les femmes des voiles plus colorés, souvent dans des tons rouge ou orange. Nous pouvons nous arrêter, occasion de soulager nos vessies mais nous devons rattraper le véhicule qui nous précéde, les deux autres ont disparu à l’horizon… Celui que nous suivons est perdu et demande son chemin… Nous rencontrons de nombreuses caravanes de dromadaires et d’ânes chargés de plaques de sel en remontant sur le plateau,674-DANAKIL-Caravane.JPG et de gros ballots dans la descente. Nous finissons par arriver à Hamd Ale où nous devons passer la nuit en compagnie d’autres touristes amenés par différentes agences. Le désert est très fréquenté ! Des lits de corde en plein air sont prévus. Je constate que nous sommes déjà à 81 mètres en-dessous du niveau de la mer ! On nous propose de repartir admirer le coucher du soleil au lac Assal. Nous suivons le véhicule d’escorte chargé de soldats, qui s’est joint à nous. Nous descendons dans une plaine infinie et bientôt nous roulons sur une terre brune, chargée de sel, 683-DANAKIL-Lac-Assal.JPGcraquante puis sur une croûte de sel, parfaitement blanche, les cristaux éclatent sous les roues. Nous nous arrêtons au milieu de flaques, avant qu’il n’y ait trop d’eau. Tous les touristes se précipitent pour marcher sur la croûte de sel. Je ne vais pas loin, déçu par le paysage uniformément blanc, sans concrétions particulières, rien à voir avec les salar d’Amérique du sud. Nous revenons au campement, choisissons de dormir dans une case ouverte à tous les vents et celui de ce soir est particulièrement virulent, rien qui puisse améliorer l’ambiance… Le dîner nous surprend, du chevreau rôti, tendre et du riz parfumé, il y a même de la bière pas trop tiède… Nous nous couchons sur nos lits recouverts d’un fin matelas mais le vent est pénible.

 

Mercredi 28 novembre : Le vent a soufflé avec force toute la nuit et je ne suis parvenu à m’endormir qu’au petit matin, peu avant que les cuisiniers ne commencent à s’activer, de l’autre côté de la paroi de branches. Pas de toilettes prévues, juste le désert… Difficile de s’isoler ! Le petit déjeuner est vite expédié, dans un nuage de mouches attirées par les sucreries. Nous repartons, encore plus nombreux, sept voitures en convoi, à allure réduite. Nous roulons dans cette immense dépression en soulevant des nuages de sable particulièrement pulvérulent. Je regrette amèrement de ne pas avoir notre camion et me jure bien de ne plus jamais recommencer ce genre de voyage. Etrangement, nous retrouvons des zones verdoyantes, des buissons et une timide herbe qui suffit à nourrir des troupeaux, vaches, chèvres et dromadaires, autour de hameaux réduits à quelques cases oblongues697-DANAKIL-Puit.JPG couvertes de nattes. Les gosses quémandent les bouteilles d’eau vides. Nous apercevons des pitons volcaniques et ce que nous pensons être des fumerolles dans la montagne. Une des voitures se plante dans le sable, le chauffeur semble inexpérimenté, trouver un câble de remorquage pour le tirer n’est pas immédiat…Nous arrêtons à Dodom, un village plus important où nous déjeunons tôt, avant midi, d’une assiette de riz avec une sauce de tomates et d’oignons. Tout le monde transpire à grosses gouttes dans la case qui sert de salle à manger, certains semblent même anéantis ! Marie hésite à prendre un dromadaire pour monter au sommet. Après qu’elle a refusé, l’exemple d’une Américaine âgée qui s’y est décidée la pousse à accepter. Nous repartons en longeant dans le sable une coulée de lave que domine un pic que nous pensions être l’Erta Alé avant de nous engager dans les éboulis de lave, la piste devient très mauvaise et nous roulons au pas longtemps avant de découvrir un camp de cases rondes, constituées de branchages et de pierres, d’où nous devons partir pour l’ascension du volcan qui ne nous paraît pas haut mais éloigné. Chacun s’abrite comme il peut du soleil, dort, lit ou701-DANAKIL-Volcan.JPG écrit. Nous dînons de bonne heure pour partir ensuite, à pied au volcan. Marie prend possession de sa monture, un dromadaire grognon, avec, en guise de selle, des matelas posés sur le bât. Elle sera tenue par un jeune qui monte derrière elle. La caravane s’ébranle, les marcheurs devant : une longue file de touristes qui ne vont pas cesser de deviser en diverses langues, et de soldats armés de kalachnikov et de fusils mitrailleurs, puis les dromadaires qui portent Marie et Kay, l’Américaine, et le matériel de camping réduit à quelques matelas en mousse. La nuit tombe, chacun regarde ses pieds en s’éclairant de lampes torches ou frontales. La pente est douce, nous marchons d’un bon pas, nous ne nous arrêtons que pour attendre les dromadaires, celui de Marie fait des manières et refuse parfois 715 ERTA ALE Eruptionde continuer. Les heures passent, la pente s’accentue, nous sommes dans la lave et le sentier me paraît de plus en plus pénible. Sur la fin, je peine et j’arrive au sommet épuisé, la montée se sera faite en trois heures, les dromadaires tardent. Quelques huttes de pierres et de branchages sont à la disposition des touristes. Je me penche au-dessus du rebord et, grosse déception, j’attendais un lac de lave en fusion, on n’aperçoit qu’une lueur rouge à quelque distance, surgissant d’un trou dans le fond de la caldera. Il faut descendre dedans, marcher sur des coulées de lave qui craquent comme des ardoises sous les pas pour enfin atteindre le bord de l’abîme et découvrir un lac noir strié de bouillonnantes coulées de lave en continuel mouvement. Une gigantesque casserole de lait sur le feu, avec une peau soulevée par l’ébullition ! Parfois un éclatement précipite des masses de magma incandescent sur les parois qui retombent en stalactites aussitôt solidifiés. Ce spectacle est fascinant mais je suis tout de même légèrement déçu par la taille du cirque, l’activité réduite, l’absence d’explosions ou de grandes gerbes d’étincelles, de projection de bombes comme au Vanuatu et puis aussi la fatigue de l’ascension tempère mon 716-ERTA-ALE-Eruption.JPGenthousiasme. Je reste quelques minutes à contempler l’infernal chaudron puis je me décide à revenir seul, dans le noir, remonter au sommet de la caldera où je parviens au moment où Marie descend de son dromadaire, fatiguée par le voyage et lasse d’avoir été tripotée en chemin par son aide, quelque peu obsédé. Elle veut tout de même, malgré la fatigue, aller voir le lac de lave. Je dois l’accompagner, l’aider dans la descente et la traversée sur la lave craquante. Elle est plus enthousiaste que moi, fascinée par l’effervescence de la lave en ébullition. Je suis pressé de remonter et d’aller me coucher, ce que nous faisons en nous installant sur deux martelas disposés dans une des huttes.

 

Jeudi 29 novembre : La nuit est brève, nos compagnons, plein d’allant, repartent dans la caldera pour admirer le lever du soleil sur la lave en fusion. Pas nous ! Nous restons quelques précieuses minutes supplémentaires couchés avant de devoir nous lever. A six heures, les dromadaires chargés, Marie monte sur le sien, son assistant a été dûment chapitré et surveille ses mains… Nous sommes les premiers à entamer la redescente avant d’être rattrapés puis dépassés par tous les marcheurs. Les haltes sont nombreuses pour recaler le bât. Ils ne semblent pas connaître les selles de dromadaires. Le soleil levé permet de contempler les coulées de lave qui se sont solidifiées en formant des dessins striés, torsadés, parfois ressemblant à des cordages. Je marche devant et m’arrête de temps en temps pour attendre Marie, le redémarrage est de plus en plus difficile. Enfin nous parvenons au niveau de la plaine, il faut continuer dans le sable, Marie laisse sa monture à723 ERTA ALE Lave Kay dont le dromadaire se serait blessé et marche en butant souvent sur les blocs de lave ou les touffes d’herbe, tombe peu avant d’arriver au campement. Il est dix heures, nous prenons un petit déjeuner, thé et salade de fruits avant de repartir en voiture. Nous apprécions de ne plus avoir à marcher et d’être en atmosphère climatisée… Nous prenons le chemin du retour. Nous rentrons au campement et déjeunons rapidement, encore des pâtes ! Puis le reste de l’après-midi se passe à se reposer en surveillant le déclin du soleil. Une douche rudimentaire (un jerrycan d’eau plus que tiède, un broc et deux tôles qui constituent une cabine ouverte aux vents et aux yeux des passants) est tout de même agréable. L’après-midi se termine en se reposant sur les lits, à l’ombre pour fuir l’ardeur du soleil, en essayant de profiter du vent pourtant desséchant. Nous dînons en petit groupe, d’autres touristes sont repartis pour Mekelle. Encore des pâtes et de la viande, une chèvre découpée en petits morceaux par tous tendres. Nous installons deux lits en plein air pour la nuit, presqu’à l’abri du vent.

 

Vendredi 30 novembre : Nous sommes encore réveillés bien avant le jour par les bruits de cuisine et sommes les premiers levés, à disputer aux mouches les crêpes, le sucre et le miel. Nous devons attendre l’escorte de mil681-DANAKIL-Lac-Assal.JPGitaires qui va nous accompagner au Dallol, cette étendue salée où les caravanes viennent chercher les plaques de sel. En guise de dromadaires, c’est un camion qui fait le plein d’un chargement de sel. Les caravanes ont du souci à se faire… Aucune n’est présente aujourd’hui ! Nous roulons en convoi sur une piste tracée sur la croûte de sel recouverte de part et d’autre d’une trompeuse pellicule de terre. Nous descendons de voiture au pied d’une colline formée de lave déchiquetée, des plaques sur730-DALLOL-Sel.JPG lesquelles, sous un soleil de plus en plus pénible, nous devons marcher avant de traverser une zone de concrétions, semblables à celles de Pamukkale en Turquie mais sans eau. Au-delà nous découvrons un étonnant paysage minéral, du jaune vif du soufre mais aussi des auréoles orange ou brun. Le sol est parsemé de monticules de quelques centimètres à plus d’un mètre percés d’alvéoles d’où sourd en glougloutant, en jets discontinus, une eau parfois acide. De fragiles bulles de soufre, en partie écloses, laisse746-DALLOL-Sel.JPGnt deviner des profondeurs mystérieuses et exhalent des odeurs méphitiques. Nous travers ons, en groupe, ces champs colorés, lunaires, en pié tinant les concrétions délicatement découpées comme des fougères. Il faut redescendre le champ de lave pour repartir dans un cirque de montagnes érodées qui s’avèrent être de terre et de sel, des pics, des pitons, des aiguilles gris clair, disposés de part et d’autre d’un caῆon au sol de terre humide. Nouvelle halte au pied de ce que j’avais pris de loin pour une dune de sable et qui se révèle être de sel. En avançant, plus facilement que précédemment, nous distinguons sur le sol des marbrures orangées puis, au pied d’un monticule de lave, une mare aux abords marbrés du785 DALLOL Mer de sel jaune au violet. Un oiseau qui s’y est laissé prendre est mort, momifié par le vent. Nous revenons au campement non sans passer d’abord par le bar du village, fréquenté par les militair es en garnison où la seule boisson disponible est une bière, fraîche encore à cette heure. Nous déjeunons rapidement puis plions bagages. Jean-Pierre roule à toute allure en tête ! Nous sommes néanmoins arrêtés par une rivière en crue, des camions attendent de l’autre côté que le niveau baisse. Survient un engin de travaux publics qui traverse en traçant le passage et prouve que si le courant est fort, le niveau n’est pas trop élevé. Jean-Pierre se lance et passe sans difficulté… Il accélère encore et file mais, nouvel obstacle, un bulldozer déverse sur la piste des rochers depuis la montagne qui nous surplombe. Nous devons attendre qu’il ait fini avant de pouvoir repartir de plus belle. Une paysanne et son âne en réchappent de peu… La remontée est menée à vive allure et peu avant cinq heures nous sommes à Mekelle. Je me fais déposer au garage. L’ancienne butée d’embrayage a été remontée, le joint spi recollé mais elle ne démarre toujours pas et le code Eka n’y change rien. L’électricien arrive, accuse la batterie, les piles de la télécommande puis renonce. Je finis par dire au mécanicien que j’en ai plus que marre et que je veux un camion pour transporter la voiture chez Land Rover à Addis Abeba. Il ferme boutique et après avoir enfilé un autre pantalon et une chemise chaude, je vais à l’hôtel retrouver Marie. Je fais une grande toilette puis téléphone à Noad pour lui répéter que je veux un camion demain. Nous convenons de nous retrouver au garage demain matin. Nous dînons avec Jean-Pierre au restaurant de l’hôtel, le poulet est toujours trop frit mais la bière est divinement glacée ! Nous quittons Jean-Pierre qui doit partir tôt demain pour Djibouti, regardons le courrier sur internet, toujours pas de nouvelles de Julie ni de certains copains… Nous écrirons plus tard…

 

Samedi 1er décembre : La nuit a été réparatrice mais je suis tout de même réveillé de bonne heure, Marie aussi, elle a une bonne diarrhée et se sent écœurée. Au petit déjeuner elle ne boit que du thé. Je l’abandonne à la chambre et vais changer des dollars en prévision des frais liés à la voiture puis je me rends en tuk tuk au garage. En attendant l’arrivée de Noad je fais du rangement et charge dans le petit sac à dos ce que m’a demandé Marie. Quand Noad est là, nous convenons que la seule solution est désormais d’aller à Addis Abeba sur un camion. Nous nous rendons au marché à la recherche d’un Isuzu disponible. Il en trouve un et nous revenons au garage. Grande discussion avec le mécanicien qui veut être payé, je refuse en arguant qu’il n’a rien fait mais je dois en passer par un compromis. Nous poussons la voiture et l’emmenons à un quai de chargement. Les manœuvres sont délicates et compliquées par le grand nombre des présents qui ont tous leur avis sur le mode opératoire mais il finit par s’avérer que le camion n’est pas assez large ! Il faut en trouver un plus grand. J’en charge Noad et vais retrouver Marie à l’hôtel, elle ne se sent pas mieux mais s’habille et nous descendons manger sur la terrasse un sandwich, moi surtout car elle est écoeurée. Noad vient me chercher, il a trouvé un camion, plus cher et la voiture est chargée. On doit venir nous prendre à trois heures. Nous attendons au bar en lisant ou en s’occupant sur l’ordinateur. A partir de trois heures je guette le camion. A trois heures et demie je fais téléphoner par le réceptionniste. Nous apprenons que le chauffeur a décidé de partir demain matin ! Nous le convoquons à l’hôtel en faisant intervenir Noad et lui demandons soit de partir aussitôt soit de payer la chambre. Le monsieur, caché derrière ses lunettes noires, suçote son cure-dent et refuse. La discussion est violente mais nous n’avons guère le choix, il faudrait repayer pour descendre la voiture et trouver un autre camion serait très aléatoire. Nous exigeons de pouvoir dormir dans notre camping-car chargé sur le camion. Il promet de nous l’amener dans une heure à la plus proche station-service où nous passerions la nuit. Une heure, une heure et demie, deux heures plus tard, pas de camion ! Nous harcelons le réceptionniste, étonné de cet occidental respect des horaires, de demandes de coups de fil au chauffeur et à Noad. Après être allé dix fois à la station où nous devrions le retrouver et alors que la nuit est tombée, notre très décontracté camionneur arrive. Pas question de passer la nuit à la station-service, il va se garer près du marché. Grimper sur le plateau chargé de sacs puis accéder à notre « Home, sweet home » ne va pas sans mal pour Marie mais enfin nous revoilà « chez nous », perché à trois mètres au-dessus du « vulgaire »… Nous arrosons nos retrouvailles avec un verre d’ouzo qui ne passe pas bien, Marie vomit encore.

 

 

Dimanche 2 décembre : C’est dimanche ! Dès avant le jour, s’élèvent les litanies récitées ou chantées, troublées par moments par les appels à la prière des muezzins. Si ce n’était pas si tôt, je trouverais cette communion louangeuse pour le Créateur, émouvante, mais à quatre heures du matin… A six heures nous sommes debout et à sept le chauffeur est là, il nous invite à regagner la cabine avec ses fanfreluches, ses pompons qui pendouillent, entraînant un involontaire strabisme, et ses images pieuses, Vierges à l’enfant, archanges et Christ, collées sur le pare-brise. Nous démarrons dans un Mekelle qui se réveille. Les balayeuses sont déjà à l’œuvre dans les rues. Le chauffeur n’a pas eu le temps de faire le plein la veille et s’arrête à la première station-service. Nous retrouvons les aspects connus des plateaux : les terrasses sur les flancs des montagnes, les files de paysans qui cheminent le long des routes, les panoramas étendus et, bien sûr, les montées et descentes. Notre chauffeur est content de lui, il connaît bien son Isuzu et le manie avec décontraction. Il nous fait partager son bonheur, la radio qui fonctionne à plein volume diffuse des airs qu’il accompagne en chantant puis après une pause petit-déjeuner, nous pouvons profiter, le temps d’une longue digestion, des relents charcutiers qu’il ne nous dissimule pas.  Les kilomètres passent lentement et je désespère d’être ce soir à Addis Abeba. Marie a toujours de la diarrhée malgré les comprimés de Lopéramide. Nous arrêtons dans une gargote à midi, elle prend un plat de spaghettis sans sauce et mange à peine, une banane passe mieux. Nous repartons, continuons d’avaler lentement les kilomètres, revoyons ces files de femmes courbées sous des fagots de tiges de maïs, les ânes qui tirent des charrettes surchargées des mêmes tiges qui débordent des deux côtés et occupent toute la largeur de la route. Le chauffeur a fait sur les plateaux, un plein de feuilles de qat, pour rester éveillé dit-il, mais en fin de journée, la fatigue est là et il manifeste une nette baisse de régime que l’affluence d’animaux sur la route n’arrange pas. Marie est fatiguée, lasse, moi aussi, de cette musique que déverse à plein volume l’autoradio du camion. Les influences indiennes et arabes sont évidentes, loin, hélas, des rumbas congolaises. Nous renonçons à atteindre Addis Abeba ce soir et décidons d’arrêter après Dessié pour passer la nuit sur un parking de camionneurs et repartir demain de bonne heure. Marie vomit encore le peu qu’elle avait ingurgité. Mon omelette aux patates n’a pas grand succès… Je m’en suis préventivement consolé avec un ouzo, faut bien finir la bouteille… Je ne sais plus ce soir ce que nous allons faire, laisser la voiture à Addis Abeba, où ? Et revenir terminer cette traversée de l’Afrique jusqu’au Caire, comme je l’avais voulu, ou revenir à Lalibela dès que possible et continuer sur Djibouti… Nous devrons nous décider demain en fonction de ce que l’on nous dira chez Land Rover. Notre SMS envoyé à Anne-Dominique, la Française rencontrée à Hauzien n’a pas eu de réponse…

 

Lundi 3 décembre : Des moustiques nous gâchent la nuit et à cinq heures nous sommes debout, Marie pas très en forme. Nous démarrons à six heures quand le jour se lève lentement. Des bandes de brume et de paresseuses fumées stagnent sur la route. Les hommes emmitouflés dans leur chamma se tiennent devant leurs maisons attendant un rayon de soleil pour les réchauffer. Les femmes, elles, sont déjà à la peine… Les maisons sont des cubes construits avec des troncs fins, serrés, d’eucalyptus, recouverts de terre et/ou de bouse de vache. Montées, descentes, cela ne nous surprend plus. Un col à plus de 3300 mètres et nous dévalons sur Addis Abeba sur une route plus rectiligne. Le chauffeur sait où aller, heureusement, je serais perdu dans cette mégapole dont on ne sait deviner où est le centre. Nous parvenons à l’atelier Land Rover à l’heure de la pause déjeuner. Mais le temps de retirer les cordes qui amarraient notre camion à son grand frère, le conducteur d’une dépanneuse est de retour et nous pouvons le faire glisser de l’un à la plateforme de l’autre puis en l’inclinant lui faire retrouver le plancher des vaches. J’explique au chef d’atelier les problèmes, il en prend note et me dit qu’il me tiendra au courant demain matin. Nous prenons des affaires pour la ou les nuits que nous allons passer à l’hôtel. J’ai fait réserver depuis le garage, une chambre au Ras Hôtel, dans l’avenue Churchill. Nous nous y rendons avec une voiture du garage. L’hôtel n’est pas gai, la chambre est propre mais il vaut mieux ne pas regarder par la fenêtre… Nous nous faisons apporter un sandwich et une salade de poulet, excellents, du poulet comme nous en rêvions… Nous découvrons que la télévision ne fonctionne pas, que l’écoulement du lavabo refoule et enfin qu’il y a des congressistes dans l’hôtel, des malappris qui confondent couloir et salle de congrès… Je vais me plaindre à la réceptionniste débordée. Nous relisons le texte du blog que je mets à jour puis je trouve des messages d’Azalaïens et de Julie qui doit passer son permis moto le jour de notre retour. Je mange une salade de poisson, seul, sans Marie, restée se reposer à la chambre.

 

Mardi 4 décembre : Dans la nuit, Marie boit, pisse, boit, pisse, un bon nombre de fois. Au lever, plus tardif que les jours précédents, elle est de méchante humeur,  ce qui n’arrange pas la mienne. Elle se sent très faible mais elle n’a rien mangé depuis des jours. Nous donnons du linge à laver et prenons le petit déjeuner sur la terrasse, au soleil. Je me rends ensuite avec un très sympathique chauffeur de taxi au garage. La voiture a été lavée et un instant je crois que tout est en ordre mais il n’en est rien. On me promet qu’elle va être examinée et que cet après-midi nous en saurons plus. Retour avec le même taxi à l’hôtel. Erreur, j’aurais mieux fait de rester au garage, mettre la pression… Je me renseigne sur un éventuel saut en avion à Lalibela puis nous déjeunons sur la terrasse, Marie mange un peu, en laisse beaucoup. Je repars au garage, rien n’a changé, ils ont mis la batterie en charge et attendent pour tester le démarrage. Je m’étonne qu’on ne puisse pas le faire avec une autre batterie, je dois voir la patronne pour qu’on se décide, mais pas avant une heure de temps, à brancher l’ordinateur du garage sur la voiture, ils n’ont pas le bon et doivent télécharger dans la nuit un logiciel, bref rien n’a évolué et nous avons encore perdu une journée ! Retour à la chambre où j’envisage maintenant sérieusement de laisser la voiture à Addis Abeba, rentrer en France rapidement et revenir en janvier. D’autre part, nous devons donner une réponse rapide à Jean-Pierre pour le containeur à Djibouti. Nous dînons encore une fois au restaurant de l’hôtel et Marie continue de chipoter, elle n’a pas faim ! Je ne sais plus si j’ai envie de continuer ce voyage ou de rentrer…

 

Mercredi 5 décembre : Marie se plaint au réveil et ne se sent toujours pas bien, elle semble sans forces mais elle ne mange presque rien. Nous descendons prendre le petit-déjeuner et je décide d’appeler Anne-Dominique, la Française rencontrée au lodge. Elle nous propose gentiment aussitôt de venir nous chercher et de s’occuper de Marie. Je vais changer des dollars à la banque et à mon retour, elle arrive avec son chauffeur. Je me fais déposer à Emirates où je me renseigne sur la possibilité de transformer notre billet d’avion pour partir sans plus attendre d’Addis Abeba. Je continue en taxi jusqu’au garage où l’on travaille sur la voiture. Ils ont trouvé un capteur électronique en bout de vilebrequin cassé et recollé ! Ils doivent essayer de la faire démarrer avec un autre, pris sur une autre voiture. Je comprends qu’elle ne sera jamais prête aujourd’hui, ce que je leur fais confirmer. Je leur annonce mon intention de la leur laisser jusqu’à la mi-janvier et les charge d’une révision complète. Ils me délivrent une attestation pour les douanes justifiant son impossibilité de sortir d’Ethiopie à la date prévue. Je me fais ramener chez Anne-Dominique, une grande maison avec des allures de petit château ou d’église ! Je fais la connaissance du fils aîné, Roman. Marie a été mise au régime riz-carottes et avale des comprimés supposés soigner sa diarrhée. Nous déjeunons ensemble, à l’eau, puis je repars en taxi au service des douanes indiqué par leur chauffeur mais ce n’est pas le bon endroit. On me donne une autre adresse écrite en amharique. Le chauffeur de taxi qui m’y conduit ne connaît pas, demande son chemin, revient sur ses pas et finit par me déposer dans une administration qui n’est pas non plus la bonne, on m’indique une troisième adresse… Je décide de remettre à demain cette plongée dans les arcanes particulièrement ardues de l’administration locale, avec ses employés qui baragouinent trois mots d’anglais, ses petits chefs en cravate incapables de prendre une décision, ses directeurs qui demandent des « lettres » de tel ou tel service, et je me fais déposer de nouveau à la compagnie Emirates ou moyennant 130 $ par personne nous échangeons nos billets pour partir samedi. Je reviens à l’hôtel à pied, règle la note, boucle les sacs et me fais emmener par Anne-Dominique et son autre fils Dimitri chez elle. Marie a dormi tout l’après-midi et émerge lentement. Nous avons droit à la télévision, France 24, projetée sur grand écran mais aussi à un gin-tonic, sans glaçons. La maison est pleine de recoins, de marches, villa prétentieuse d’un nouveau riche qui la leur loue. Arrivée du mari, ingénieur télécom en fin de contrat avec les télécommunications locales. Il est pressé, ils repartent pour un repas d’affaires et nous laissent dîner avec leurs deux fils, riz-carottes pour Marie qui obéit sagement aux diktat d’Anne-Dominique, couscous pour les autres ! Et toujours pas de nouvelles de Jean-Pierre ! Je profite du wifi pour annoncer notre retour à Julie…

 

Jeudi 6 décembre : Nous devons encore nous lever tôt pour profiter de la voiture qui nous dépose à la clinique où officie une doctoresse parlant français. Elle demande à Marie de bien vouloir faire un effort pour déposer dans un flacon un échantillon de sa précieuse merde. Ce qu’elle parvient à faire… Résultat : une gastro-entérite avec du pus ! Fin du régime riz-carotte, prise d’antibiotiques et retour à une alimentation normale. Marie est tout de même soulagée de ne pas avoir d’amibes. Trouver un taxi pour nous faire traverser la ville à un tarif acceptable n’est pas aisé mais nous parvenons à nous faire déposer au garage Land Rover. La voiture a démarré mais il y a un problème avec les vitesses. Nous prenons toutes les affaires que nous voulons rapporter en France et nous nous faisons déposer chez Anne-Dominique par l’habituel chauffeur du garage. Nous déjeunons, excellents gésiers de canards poêlés, en compagnie d’une Ethiopienne parlant parfaitement français, venue causer avec Anne-Dominique à l’occasion de leur départ définitif. Elles listent et rédigent les cartons d’invitations à tous ceux qui seront conviées à cette soirée importante de la colonie expatriée… Nous partons avec elle chez un « antiquaire » de sa connaissance qui n’a, dit-elle, que des choses anciennes. Ses appui-tête ne me semblent pas plus vieux que ceux que nous avons acheté à Tourmi mais nous en acquérons tout de même deux de plus, un troisième nous est offert après que nous nous sommes laissé tenter par une icône diptyque. Nous passons ensuite chez un ferronnier qui réalise de jolis objets en forme d’animaux, pas chers mais volumineux. Retour à la maison. Tout le monde se prépare pour une nouvelle soirée à l’occasion du Beaujolais nouveau. Nous, nous restons à la maison, devant la télévision, avec une soupe à réchauffer… Nous compensons avec des tartines de pain et de beurre en finissant notre bouteille de vin chilien. Dimitri leur fils cadet nous raconte la vie dans son collège du lycée français.

 

Vendredi 7 décembre : A neuf heures, un « guide » éthiopien envoyé par une amie de Anne-Dominique vient me chercher en me prévenant que ses services me coûteront 50 euros pour aller au service des douanes où je pourrai faire prolonger le permis d’importation de la voiture. Effectivement il a trouvé le bon service mais on ne me donne que 30 jours en fonction de la date d’expiration de mon visa. Il faudra renouveler l’opération à notre retour… De retour à la maison, nous repartons tous ensemble, avec Marie. Anne-Dominique et son fils Norman distribuent les cartons d’invitation à leur fête de départ en sillonnant la ville. Le temps passe, les embouteillages sont monstrueux et nous ne sommes toujours pas au garage. Nous finissons par prendre un taxi et nous rendre chez Land Rover où nous déposons dans la voiture des vêtements et autres que nous n’emportons pas. Le chauffeur du garage, une fois de plus, nous dépose devant le restaurant Cottage Pub dont la carte, appétissante, comporte des plats de viande alléchants. Un tournedos, pas un vrai mais la viande est tendre et saignante, et du veau aux champignons nous requinquent après notre frugal dîner de la veille. Un taxi nous dépose devant le lycée français et nous faisons la tournée des marchands de souvenirs pour les derniers achats. Marie ne trouve rien et nous retournons chez celui qui nous avait vendu des croix et un collier en argent. Nous rachetons des croix et autres cadeaux pour les proches. Nous tentons de trouver un autre taxi mais c’est un Français qui nous prend en pitié et nous dépose à l’Alliance française. Nous nous reposons en prenant un pot dans le jardin en attendant Anne-Dominique qui y dispense des cours d’art plastique. Son chauffeur nous ramène chez eux, puis après avoir commencé les bagages, nous repartons avec la famille au grand complet pour au restaurant indien d’un grand hôtel, où nous les invitons. Le repas se passe bien, le mari, Eric est sympathique et plaisante bien. Les sambos ne sont pas géniaux mais les autres plats sont bien parfumés et épicés et l’addition moins élevée que l’on pouvait le craindre. La soirée se termine devant le grand écran à suivre les informations télévisées.

 

Samedi 8 décembre : Réveil sans se presser. Je termine les sacs et nous descendons petit déjeuner avec Anne-Dominique que nous remercions pour son accueil. Toute la famille part en pique-nique et nous abandonne la maison. Nous lisons en attendant l’heure de finir les restes, préparés par la cuisinière. Leur chauffeur vient nous chercher et nous dépose à l’aéroport proche. Nous sommes en avance et dans les premiers à enregistrer dès l’ouverture des guichets. Passage de l’immigration puis attente dans le hall. Rien de bien attrayant dans les boutiques, pas même les prix ! Nous décollons à l’heure, survolons le patchwork des champs du plateau abyssin puis la grande brisure du Rift avant de passer au-dessus du golfe de Tadjourah. L’apéritif est bientôt servi, à une heure presque décente avec le décalage horaire ; et enfin le repas. Nous choisissons tous les deux un bœuf setchouanais, nos voisines, de jeunes arabes noires qui ne comprennent pas l’anglais n’y touchent pas, peu certaines que ce soit hallal. Nous nous posons de nuit à Dubai et retrouvons son gigantesque mall commercial. Nous trouvons deux sièges-couchettes et attendons en somnolant l’heure d’embarquer pour Paris.

 

Dimanche 9 décembre : Nous décollons avec un peu de retard de Dubai, une collation nous est servie puis nous dormons, somnolons dans la nuit jusqu’au petit matin. Un copieux petit déjeuner, sans thé pour cause de très légères turbulences nous réconforte avant de nous poser à Paris. Il fait à peine jour et froid ! Dernières frayeurs : nos sacs sortent dans les derniers ! La navette nous dépose boulevard Diderot où une Julie ensommeillée nous ouvre la porte.      

 

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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 16:34

Dimanche 11 novembre : Brûlures d’estomac dans la nuit, trop d’ouzo ? Nous repartons après avoir glissé un billet au gardien. La route est bonne à condition de se méfier des éventuels animaux. Nous abandonnons la route principale pour une secondaire qui traverse la campagne, au milieu des champs de céréales. Les gens sont habillés selon le costume traditionnel éthiopien, un shamma, sorte de toge blanche portée indifféremment par les hommes et les femmes. La route est moins bonne mais tranquille, peu de véhicules et guère 413-TIYA-Steles.JPGde troupeaux. Nous arrêtons à Tiya pour aller voir un champ de stèles, des pierres dressées gravées de glaives, de symboles qui pourraient être aussi des visages, elles n’ont que six ou sept cents ans. Nous continuons en direction d’Addis Abeba. Une vingtaine de kilomètres avant, je laisse Jean-Pierre passer en tête pour nous guider avec son ordinateur. L’entrée dans la banlieue est, comme nous l’avions prévu, difficile. Le trafic anarchique ne facilite pas la progression. Jean-Pierre se perd, revient sur ses pas et finit par embarquer un passant pour nous montrer où se trouve Holland House, le campement du centre-ville. Le terrain n’est pas agréable, entre des véhicules déjà stationnés et des cordes à linge mais le restaurant est confortable même si la carte est très restreinte. Nous déjeunons avec des bières pression et restons tout l’après-midi à table, à lire et répondre au courrier en utilisant un ordinateur prêté par le patron. Nous réfléchissons à la poursuite du voyage en Ethiopie. Jean-Pierre veut ensuite passer par Harar, ce n’est pas notre projet, nous allons sans doute nous séparer. Nous relisons le blog sans réussir à le mettre en ligne. Il fait de plus en plus frais et un gilet est indispensable pour dîner, sans avoir changé de table. Les plats sont copieux et relativement originaux. Retour au camion pour la nuit.

 

Lundi 12 novembre : Il a fait froid cette nuit même toutes les ouvertures fermées. L’eau de la douche est glaciale, Marie et moi nous nous lavons au camion, sans eau chaude. Nous petit déjeunons puis nous allons à la recherche d’un taxi pour nous rendre à l’ambassade de Djibouti. Nous marchandons un taxi qui nous y dépose. Là, on nous demande des photos d’identité (j’en ai mais pas Jean-Pierre) et des photocopies des carnets de passage en douane ! Jean-Pierre et moi devons reprendre un taxi pour retourner aux camions. La circulation démentielle est un jeu pour amateurs de stock cars… Curieuse ville où le modernisme, du moins dans ses manifestations architecturales (échangeurs, immeubles de verre et de béton) se mêle à des constructions qui semblent à l’abandon, voire à de véritables bidonvilles. De retour à l’ambassade, les photos d’identité de Jean-Pierre ne conviennent pas car sur fond bleu… Il doit partir chercher un photographe et par la même occasion faire des photocopies des carnets… Nous l’attendons, longtemps, je vais le guetter, il revient au pas de course. Nous avons presque tous les papiers, l’employée nous fait les photocopies qui manquaient et nous réclame 120 US $ par personne ! Les visas seront prêts dans l’après-midi. Nous cherchons sans trouver un restaurant dans les parages. Je propose que Jean-Pierre et Marie se rendent au Musée National où je les rejoindrai après avoir récupéré les passeports. Je marche dans une avenue en travaux jusqu’à trouver un restaurant où je déjeune d’un burger puis je trouve un cybercafé où je peux mettre le blog à jour, écrire à l’ami de Joseph à Djibouti et répondre aux amis. Je retourne ensuite à l’ambassade où je dois attendre l’heure d’ouverture pour récupérer les passeports, nos visas ne sont valables que jusqu’au 12 décembre, nous devrons les prolonger… Je prends un taxi qui me dépose au National Museum. J’y retrouve Marie et Jean-Pierre. Le musée est pauvre, les objets dans les vitrines manquent d’explications, des œuvres modernes, peintures ou sculptures, sont exposées à côté de pièces anciennes. Le clou en est le squelette de Lucy (quelques os), notre ancêtre de 3,2 millions d’année ! Nous reprenons un taxi pour nous rendre à une boutique d’antiquaire. Une caverne d’Ali Baba, des objets plus ou moins anciens s’entassent dans des pièces. Dans la dernière sont cachés les bijoux et les peintures sur parchemin. On nous déballe une incroyable quantité de croix en argent, nous en sélectionnons trois, Marie repère un beau collier avec des pendentifs également en argent. Commencent alors de délicates négociations… Elles se poursuivent alors que nous avons quitté la boutique devant un thé à la cardamone et finissent par un lacher de billets, plus important que prévu mais nous n’avons pas discuté assez longtemps, Marie et Jean-Pierre sont trop pressés de conclure… Nous repartons en taxi, je me fais déposer devant un supermarché pour savoir ce que nous pouvons en espérer puis je rentre à pied en descendant l’avenue Churchill, la grande artère, pas très attrayante, avec des traces d’immeubles mussoliniens. Je retrouve Marie au camion, un mécanicien est venu démonter le pare-choc pour le redresser et ne l’a pas encore remonté. Nous allons nous installer au restaurant, discuter avec un sympathique Australien puis établir un itinéraire daté et nous apercevoir que nous allons encore manquer de jours ! Nous dînons au restaurant après une longue attente due à la préparation avec des produits frais, dixit la serveuse...

 

Mardi 13 novembre : Encore une nuit fraîchemais nous sommes à 2400 mètres d’altitude, sans doute la capitale d’Afrique la plus élevée ! Jean-Pierre a des inquiétudes pour son moteur, des traces d’huile au pot d’échappement, et ne trouve pas de taxi pour aller chez Land Rover. Dès que je suis prêt, je vais à pied au service de l’immigration pour me renseigner sur la validité de notre visa. Des centaines de personnes font la queue devant, autour, à l’extérieur du bâtiment pour je ne sais quelle raison. Je dois aussi patienter au service des étrangers et me plier à un jeu de chaises musicales au fur et à mesure que les personnes qui me précèdent avancent vers la personne responsable. Je suis finalement rassuré sur notre temps de séjour en Ethiopie, le visa est valable jusqu’à Noël ! Je rentre au campement, Jean-Pierre reste à sa voiture à attendre le mécanicien qui a redressé nos pare-chocs. Nous partons Marie et moi, après avoir négocié un taxi pour le Merkato supposé être le plus grand marché d’Afrique mais nous sommes vite déçus. Il ne s’agit pas d’un immense marché en plein air mais d’un ensemble de constructions en pleine expansion qui rassemble des commerces de toute sorte. Une foule s’y presse, des files d’ânes déversent des marchandises, des camionnettes osent s’aventurer dans des allées trop étroites pour elles, les minibus et les taxis continuent leur petit jeu du « C’est moi qui passe avant ». Nous nous laissons guider par un homme qui nous entraîne dans sa boutique de vêtements traditionnels qui ne nous intéressent pas puis nous découvrons la ruelle des épices, surtout de l’encens, de la cardamone et diverses écorces, des herbes aux vertus inconnues, rien de coloré ou de flatteur pour l’œil. Nous nous engageons dans les allées couvertes, étroites et pièges à chevilles, où l’on vend aussi des épices et des articles de cuisine avant de revenir vers les échoppes dévolues aux « souvenirs ». Nous trouvons de belles choses mais à des prix bien trop élevés et que des horreurs chez les marchands de souvenirs dans la rue. Nous devons batailler avec les chauffeurs de taxi pour en trouver un moins voleur que les autres. Il nous dépose à l’entrée de l’Université. Nous déjeunons dans un snack en plein air fréquenté par les étudiants. Nous traversons les jardins du campus jusqu’à l’ancien palais du Négus devenu Musée ethnologique. Dans les anciennes salles mal éclairées sont proposées deux expositions. L’une présente, bonne idée, les différents cycles de la vie à travers les traditions d’une ethnie, photos, quelques objets et beaucoup de texte. Nous pouvons ensuite visiter quelques pièces des appartements d’Hailé Sélassié, sa chambre, ses toilettes mais interdiction de s’asseoir sur le « trône » ! A l’étage supérieur, une très belle collection d’icônes et de croix de procession est présentée avec des panneaux explicatifs mais l’éclairage est déplorable, un bon nombre des icônes sont dans le noir complet ou rendues invisibles par les reflets dans les vitrines ou les contre-jours avec l’extérieur. Nous retournons au camion, toujours en taxi, retrouver le pare-choc remonté, le linge lavé et séché. Je refais les pleins d’eau puis nous allons à la salle du restaurant retrouver Jean-Pierre rassuré pour sa voiture et toujours prêt à partir demain pour Harar. Nous dînons ensemble. Le patron vient nous raconter son bref et coûteux voyage de noces à Paris et nous offre une bière.

 

Mercredi 14 novembre : A six heures Jean-Pierre frappe au carreau pour nous dire au-revoir. Nous avions baissé le toit cette nuit pour avoir moins froid. Nous nous mettons en route à notre tour à huit heures après avoir dit au-revoir à Wym, le patron. Première halte pour le petit supermarché de l’avenue Churchill. La viande y est débitée n’importe comment mais elle a le mérite d’exister et nous reprenons des provisions. Je trouve de la bière dans un bar et vais tirer à un ATM des birr. Nous nous lançons ensuite dans la traversée de la ville et, sans nous tromper ni nous perdre, nous prenons la route de Bahir Dar. 555-GONDAR-Sur-la-route.JPGElle franchit dès la sortie d’Addis Abeba un col d’où nous avons une vue sur toute la capitale. Nous roulons ensuite dans une campagne qui pourrait être française n’étaient les cases à toits de chaume qui sont de plus en plus remplacés par des tôles. Des champs de taille réduite, entre des rangées d’eucalyptus, couvrent tout le plateau vallonné et forment une composition abstraite, tachiste, en vert et jaune. Des cavaliers passent, montés sur de petits chevaux aux beaux harnachements à pompons rouges. La route est bonne, le trafic peu dense et nous parvenons avant midi à la grande tranchée creusée par le lit du Nil Bleu. Il coule entre les falaises abruptes vers 418-NIL-BLEU-Vue.JPGlesquelles s’inclinent les montagnes couvertes de lopins de terre et de cultures en terrasse mais hélas, la brume couvre toute la vue, très étendue. Une longue descente, sur un goudron dégradé qui souffre de distorsions étranges, nous amène au fond des gorges. Avant de les franchir sur un pont moderne, de construction japonaise, nous allons marcher sur l’ancien pont datant de la colonisation italienne. Nous déjeunons à l’ombre, pas dérangés par les curieux avant d’entamer la remontée, moins spectaculaire, sur l’autre rive. La route est ensuite mauvaise, nids de poule, passages de piste jusqu’à Debre Markos où nous avions envisagé de nous arrêter mais il est encore tôt, aussi décidons-nous de continuer. Heureusement l’état du revêtement s’améliore et nous pouvons filer à plus vive allure. La campagne est toujours aussi agréable,424-DEBRE-MARKOS-Champs.JPG avec des couleurs différentes dans les champs, jaune de la luzerne (?), vert plus intense des cultures. Un violent orage accompagné de grêle lave la voiture puis le soleil revient. Les femmes, toujours de corvée d’eau, reviennent du puits, chargées d’une lourde jarre en terre cuite circulaire peu pratique. Je commence à envisager d’aller jusqu’à Bahir Dar ce soir mais je fatigue et à la sortie du dernier bourg avant notre destination, une station-service, à l’écart du village, adossée à la forêt, nous paraît tout indiquée pour y passer la nuit. Les employés ne posent pas de problème et une fois leur légitime curiosité satisfaite, ils nous abandonnent. Je décompresse doucement en tapant ces lignes avant de nous octroyer un ouzo bien mérité.

 

Jeudi 15 novembre : La nuit a été très calme et l’employé de la station ne manque pas venir réclamer un petit cadeau quand nous sommes sur le point de partir. Une heure de route et nous arrivons à Bahir Dar, ville importante en plein développement, la construction est en plein boom ! La cité est coquette, larges avenues avec des terre-pleins fleuris ; le bleu des tuk-tuks et les palmiers lui donnent presque une allure tunisienne. Nous trouvons l’hôtel Ghion où nous pourrons passer la nuit, garés sur le parking ou sur le terrain vague appelé campsite... Nous nous renseignons sur les excursions en bateau pour nous rendre demain à Dek island visiter l’église de Narga Sélassié. Les tarifs sont élevés, nous attendons de voir si un rabatteur nous trouve des compagnons de voyage. Nous repartons et prenons une piste correcte, contrairement à ce qui nous avait été dit à l’hôtel pour nous rendre aux chutes du Nil Bleu. Nous traversons une campagne qui, à aucun moment, ne laisse imaginer que le Nil Bleu y coule. Au bout de trente kilomètres, nous arrivons à l’entrée de la centrale électrique que nous contournons après avoir acquitté diverses taxes. Nous finissons, après 425-BLUE-NILE-FALLS-Pont.JPGquelques demi-tours, par trouver le « parking » d’où l’on descend aux gorges. Nous atteignons le  lit du Nil, dans des gorges qu’enjambe un ancien pont portugais emprunté par des piétons munis d’une ombrelle, des paysannes chargées avec une croix d’argent toute simple et un thaler de Marie-Thérèse en pendentif, des âniers avec leurs troupeaux. Marie ne va pas plus loin, je continue sur un sentier, vite rejoint par un jeune qui a décidé d’être mon guide. Je découvre bientôt les installations de la centrale et du barrage qui a détourné les eaux, ne laissant qu’un trop mince filet pour les cascades qui devraient occuper un très large arc et qui sont réduites à trois chutes dont une encore fournie. Le spectacle en saison des pluies doit être grandiose, un « Iguaçu » en miniature ! Je reviens retrouver Marie, nous remontons à la voiture 433-BLUE-NILE-FALLS-Chutes.JPGet allons nous garer à l’ombre pour déjeuner. Avec mon guide de ce matin, nous repartons dans le village d’où une courte marche nous amène au fleuve que nous traversons sur une barque à moteur. Une promenade d’une demi-heure nous conduit à la chute la plus importante que nous découvrons alors de côté mais avec le soleil de face. Retour au camion, discussion avec le guide insatisfait de son salaire mais il ne saurait en être autrement… Nous nous arrêtons un peu plus loin, en rase campagne, pour boire un jus frais de notre réfrigérateur et sommes aussitôt entourés par des gosses et des adolescents qui ricanent ouvertement et réclament de l’argent ! Retour à Bahir Dar, nous allons voir l’embouchure du Nil au lac Tana depuis un pont sans nous arrêter puis passons devant un vilain monument, d’allure soviétique, aux morts des guerres menées par le régime communiste et continuons jusqu’à un ancien palais de Hailé Sélassié d’où une vue très étendue couvre le Nil, le lac et la ville. Nous revenons en ville, trouvons quelques informations à l’office du tourisme et un cybercafé pour lire les derniers messages. A l’hôtel, on ne nous a pas trouvé de compagnons de voyage et en attendant de nous décider, nous allons prendre un verre sous la paillotte au bord du lac. Le dîner est un grand moment. Nous commandons des plats de poisson et une bouteille de vin blanc, un Chardonnay du lac de Garde ! Le garçon nous apporte la bouteille, température ambiante, nous lui demandons un seau à glace et lui expliquons ce que nous entendons par là. Il nous apporte des glaçons, pas d’eau, nous lui répétons… Un quart d’heure plus tard arrive mon plat, la bouteille n’est toujours pas rafraîchie ni ouverte. Enervé, je vais au camion chercher une bouteille d’eau et un tire-bouchon. Mon plat est excellent, des doigts de tilapia en sauce épicée dite berbere, Marie patiente… Je mange lentement pour l’attendre mais je termine avant qu’elle ne soit servie… Pour la faire patienter on lui apporte une cuillère de riz et quatre frites pas cuites (un comble !). Le vin a eu le temps d’être à la bonne température quand on lui sert des filets de poisson qui ne semblent pas être le plat commandé mais tant pis !

 

Vendredi 16 novembre : Le prêtre de la paroisse a dû prendre option chant au séminaire. Sa voix claire s’élève dans la nuit en une pure vocalise infinie, brusquement interrompue. Je me tends l’oreille pour la retrouver mais je ne surprends que des crissements d’élytres. Il reprend son chant plus tard qui devient vite une longue et pénible litanie bientôt interrompue par l’appel musulman à la prière. Les zélateurs mahométans se sont cotisés pour offrir à leur imam préféré un amplificateur de son performant, on l’entend au moins jusqu’à Medine ! Tous, Musulmans, Chrétiens et abominables athées s’il en est, ne peuvent ignorer qu’Allah est grand. Le chantre poursuit imperturbable de dérouler son interminable et maintenant énervante prière. Marie craque ! Elle voudrait dormir, les autres aussi peut-être mais nul religieux ne le leur a demandé… Nous sommes debout avant six heures pour être prêts à sept. Mais nous sommes les seuls… L’organisateur de l’excursion n’arrive qu’une demi-heure plus tard et les éventuels compagnons de voyage ne sont pas là. Nous décidons de partir seuls en affrétant un bateau à 80 euros. Aussitôt dé440-LAC-TANA-Tankwa.JPGcidé, aussitôt embarqués sur une barque avec un poussif moteur de 15cv. Pas de guide pour nous accompagner bien que promis. Trois heures et demie plus tard, après quelques passages à somnoler, nous accostons à l’île Dek. Nous n’avons rencontré que deux ou trois esquifs de pêcheurs, des petites pirogues en papyrus, identiques à celles gravées sur les tombes égyptiennes, quelques millénaires plus tôt. L’île Dek est débordante de végétation, comme un soufflé, les arbres jaillissent de terre et retomben452-DEK-Moines.JPGt dans les eaux brunes du lac. Un portail monumental s’ouvre sur un escalier de pierres disjointes qui, en quelques marches, conduit à l’église du monastère, une construction circulaire entourée d’un portique de hautes et massives colonnes. Des moines, en shamma blanche, un turban également blanc et un grand bâton en forme de T à la main, nous accueillent aimablement et ne s’offusquent pas de notre intrusion pendant un office mais nous devons tout de même payer notre écot. Déchaussés, nous franchissons d’épaisses portes à double battant et découvrons l’intérieur, un cube appelé maqdas réservé aux prêtres. Les faces de ce cube sont entière468 DEK Chantsment couvertes de fresques sublimes du XVIII° siècle qui ont conservé toute leur fraîcheur grâce à une toiture et à des murs qui les ont préservées de la lumière extérieure. Nous identifions dans les vignettes naïves les scènes connues de l’Ancien et du Nouveau Testament auxquelles s’ajoutent des scènes propres à l’église orthodoxe éthiopienne. Des prêtres sont présents dans le déambulatoire entre le maqdas et le mur circulaire, ils chantent accompagnés par de gros tambours, en agitant des sistres, l’un d’eux tient une grande croix de procession, les autres en ont de plus petites à la main qu’ils présentent à baiser aux rares fidèles présents. Nous ne sommes pas les seuls touristes, un groupe de Français conduits par Luigi Contamessa, l’auteur de notre guide, profite de ses connaissances. Nous les accompagnons au « musée » du monastère, une simple construction en bouse de vache qui renferme des trésors. Un prêtre, après avoir enfilé des gants blancs, nous présente des manuscrits enluminés et deux magnifiques croix de proc454-DEK-Fresques.JPGession plaquées or et argent, gravées sur les deux faces. Nous repartons et revenons vers la péninsule de Zeghé, encore une longue traversée avant de débarquer à nouveau sur une rive couverte d’une belle forêt. Une courte marche nous amène à l’église du monastère de Batra Maryam, identique en forme à celle de Dek mais sans l’ambiance de celle-ci. On nous fait payer le droit de visite, nous ouvre les portes et les referme derrière nous. Nous y retrouvons les mêmes fresques sur les mêmes thèmes mais elles ont été restaurées après une inondation et les coloris trop vifs, parfois violents, manquent de cette patine des ans qui fait toute la valeur d’une œuvre ancienne. A proximité, nous allons voir une aut476-DEK-Croix.JPGre église, celle de Zeghé Ghiorghis mais il n’en reste rien, celle-là a brûlé et est en reconstruction ! Des prêtres et des laïcs, hommes et femmes, sont assis sur le chantier, gobelet en plastique bleu à la main, ils avalent des grains de maïs bouillis qu’ils font passer avec des rasades de bière locale, à base de sorgho et de houblon fermenté. Je suis invité à goûter le nectar local, Marie, traîtresse, s’y refuse. Le verre a sans doute servi à une bonne quinzaine de personnes, il n’a pas été rincé depuis la fondation du monastère et le liquide qu’on y verse, une fois écartés moucherons suicidaires et végétaux égarés, n’a rien de remarquable, pas de mousse, ni même de degré d’alcool perceptible, une vague saveur de fumé. Le prêtre nous accompagne au musée, une case gardée par des hommes en arme et où on nous présente des livres enluminés, des croix de procession et autres robes sacerdotales décorées de bijoux en argent. Nous revenons au bateau487--ZEGHE-GHIORGHIS-Moines.JPG pour une courte traversée jusqu’à un autre appontement de la péninsule. De là, alors qu’il commence à se faire tard, nous nous lançons sur un sentier au milieu des caféiers et des citronniers qui monte au sommet d’une colline. Pas de difficultés pour trouver notre chemin, il suffit de suivre le sentier jalonné d’échoppes de marchands de souvenirs. Nous atteignons le monastère de Uhra Kidane Merhet. Portail franchi, nous sommes dans un espace où se dressent divers bâtiments dont un futur vilain musée en béton. Mais nous som497-UHRA-KIDANE-MERHET-Fresques.JPGmes ici pour les fresques de l’église, presque aussi belles qu’à Dek. On nous presse, les moines veulent refermer les lourdes portes. Nous avons tout de même le temps d’admirer de sublimes peintures du XVI° siècle, cachées derrière de lourds volets de bois puis de jeter un œil à la collection de tiares et de croix de procession. Nous regagnons notre barque et rentrons de nuit à Bahir Dar. Nous retrouvons avec plaisir notre camion. Je règle la note en faisant remarquer que le guide attendu n’était pas là puis nous dînons de pommes de terre sautées avec les steaks guère tendres d’Addis Abeba. Je vais écrire sous la paillotte, entouré d’anglo-saxons à l’ivresse bruyante.

 

Samedi 17 novembre : Nous nous réveillons plus tard. On nous prête une clé d’une chambre qui vient d’être libérée pour nous doucher. Les chambres sont dans le même état que la réception, en pleine déconfiture ! Nous prenons la route du 554-GONDAR-Sur-la-route.JPGnord, dans la campagne, toujours avec des files de paysans qui cheminent vers le plus proche marché. Des familles entières avec l’âne qui porte des ballots de marchandises. Les hommes ont relevé leur shamma à la ceinture, les femmes ont la chevelure tressée sur le crâne, en touffe sur la nuque. Des scènes bibliques, des Fuites en Egypte ! Je retrouve la sensation éprouvée la première fois que je suis allé en Syrie. Peut-être que je voyage en Orient pour retrouver mes impressions d’enfance et, si je n’étais jamais allé au catéchisme, voyagerais-je avec autant de plaisir ? La route s’élève, franchit un col et continue dans un superbe paysage de culture en terrasse d’où émergent 499-BAHIR-DAR-Vue.JPGdes pitons rocheux, l’un d’eux est un véritable doigt d’honneur ! Nouveau col avant de retrouver la plaine au nord du lac Tana. Nous bifurquons peu avant Gondar et suivons une piste encombrée d’animaux jusqu’au lac. A Gorgora, nous allons visiter l’église du monastère de Debré Sina, au bord du lac. Elle est extérieurement très belle, ronde comme les précédentes, avec un beau toit conique de chaume, surmonté d’une croix. L’intérieur est une merveille et malgré la mauvaise volonté du moine à ouvrir en grand les battants des portes et les fenêtres, nous sommes éblouis par les fresques, en fait des peintures du XVI° et même pour les parties inférieures du XIV° siècle, sur toiles de coton fixées sur les parois du maqdas et dont les couleurs, à peine passées, sont exceptionnelles, non retouchées. Nombre des saints dont les épisodes de la vie sont racontées nous sont inconnus mais peu importe, c’est leur regard, de grands yeux aux pupilles noires qui nous fixent. David, le roi joue de la lyre, la reine de Saba charme Salomon, des martyrs sont pendus, brûlés, empalés, décapités et les mo514-GORGORA-Debre-Sina-fresque.JPGnstres de l’Enfer ne feraient pas peur à un enfant de six ans ! Nous repartons pour Gondar, la cité impériale que j’avais eu le tort d’imaginer… C’est une ville moderne en pleine expansion elle aussi, bâtie sur des collines, si étendue que nous peinons à en trouver le centre. Nous nous rendons au Goha Hôtel que l’on nous avait indiqué comme susceptible de nous accueillir ce qui est le cas mais à un tarif bien élevé pour un simple droit de parking. Il est fort bien situé sur un promontoire qui domine la ville. Nous préférons chercher un autre hôtel le Terara, en plein centre, à deux pas des palais. Dans une autre catégorie ! Admirablement situé mais dans un état de décomposition très avancée, nous n’osons imaginer, après avoir aperçu les toilettes communes, ce que sont les chambres. Nous en repartons pour aller visiter l’église Debré Berhan. Elle est sur une colline, derrière une enceinte flanquée de douze tours rondes (les douze apôtres) et d’une treizième (le Christ)531-GONDAR-Debre-Berhan-plafond.JPG plus importante. De plan carré et non plus rond, avec un toit de chaume en saillie, elle est intérieurement couverte de fresques trop sombres et placées en hauteur pour être facilement appréciée, son plafond peint de chérubins qui regardent dans toutes les directions est une merveille ! L’entrée en est interdite aux femmes qui ont leurs règles et à ceux qui ont fait l’amour récemment ! Retour à l’hôtel, nous nous installons dans le jardin pour prendre un pot. Je vais à pied explorer les environs, l’enceinte des palais est toute proche mais l’entrée est plus éloignée. Nous ne savons trop où dîner, je n’ai pas envie de reprendre la voiture et la salle du restaurant est par trop déprimante sans compter une carte réduite à des spaghettis ou à un unique plat de viande d’agneau avec de l’injera qui ne nous tente guère. Nous finissons par dîner de saucisses et de riz au camion !

 

Dimanche 18 novembre : Dès la fin de la nuit, un chant (?), un récitatif (?) s’élève. D’autres voies s’y joignent au point du jour, peu harmonieuses, une impression de chœurs d’ivrognes après un abus de bières locales… C’est dimanche, les églises font le plein de fidèles et refusent du monde ! Je vais repérer un autre hôtel susceptible de nous accueillir pour la seconde nuit, le Terara hôtel étant vraiment trop miteux. Nous nous rendons à la porte 539-GONDAR-Palais.JPGd’entrée de l’enceinte qui enferme les palais et après une courte attente, nous pouvons entrer. Les palais construits aux XVII° et XVIII° siècles, restaurés par les bons soins de l’Unesco se dressent à quelque distance les uns des autres mais celui qui retient l’attention, le plus imposant est aussi le plus ancien, construit pour l’empereur Fasilades, du temps de la splendeur de Gondar. C’est un cube massif agrémenté de tours rondes, de balcons et d’une tour carrée à l’étage. Nous en traversons les salles hautes de plafond du premier étage, vides ; une vague allure arabe avec des arcs qui pourraient provenir de la mosquée de Cordoue mais aussi des étoiles de David et des décors d’inspiration indienne. Nous ne pouvons accéder aux étages, le personnel est réduit à une caissière à l’entrée. Nous déambulons dans le parc, passant des restes d’un bâtiment d'autres, des cages qui renfermaient des lions du temps de Hailé Sélassié, des écuries et des pavillons mais je res542-GONDAR-Palais.JPGte très dubitatif. J’attendais autre chose de ces palais de Gondar dont le nom seul faisait rêver. Nous reprenons la voiture pour nous rendre aux ruines du palais Qousqouam de l’impératrice, sur une colline à deux kilomètres du centre. Dans l’enceinte, toujours flanquée de tours rondes, une église moderne, fermée, puis les restes des pavillons dont le seul intérêt est dans leur décor en tuf volcanique violacé, des croix de Gondar, un éléphant et Samuel monté sur un lion. Nous terminons la visite des monuments par les bains, également à l’écart, un élégant pavillon au milieu d’un bassin de dimensions olympiques, sans eau, et entouré par des murs qui servent de tuteurs aux racines de genévriers géants. Il n’est pas midi et nous décidons de repartir après un rapide passage au mercato. Encore un emprunt aux Italiens malgré leur courte occupation ainsi que le pain, le café macchiato et les 549-GONDAR-Bains.JPGterrasses de café. Nous prenons la route d’Axum, bon goudron, toujours dans une campagne très cultivée, des gens passent, s’en reviennent d’une fête. Des cavaliers à fière allure, des prêtres, croix à la main, s’abritent sous une ombrelle, des hommes, le turban noué en forme de tarbouch, un chevreau dans les bras, cortège de rois mages… Nous atteignons Debark, à l’entrée du parc de Simien, où nous pensions nous arrêter. Le gros bourg est dans le chantier de la nouvelle route et peu agréable, une profusion de toits de tôle rouillés et une animation inattendue. Un premier hôtel où nous aurions pu garer le camion est abandonné pour cause de tarif fluctuant, le second n’a pas beaucoup de place et un troisième pratique une tarification faranji éhontée. Las, nous décidons de continuer. Mais la route goudronnée s’arrêtait au bourg, une piste lui succède. Nous tentons de nous arrêter sur une belle pelouse mais elle fait partie du parc national et il faudrait payer l’entrée, un garde etc pour y passer la nuit. Nous avançons donc… Nous découvrons alors un paysage grandiose en contrebas, de montagnes à l’infini, des pitons surgissent des terres cultivées, des pics déchiquetés au fond de l’horizon. La piste étroite plonge dans une descente vertigineuse en une multitude de lacets qui sont tous561 SIMIEN Vue une nouvelle occasion d’élargir un de ces stupéfiants panoramas dont l’Ethiopie semble avoir la spécialité. Nous dévalons de 2000 mètres avant de remonter, replonger dans cet univers des premiers temps. La piste est en travaux, la moyenne faible et le temps passe. Pas question pour Marie de  camper n’importe où et les gardes armés que nous croisons ne sont pas faits pour nous rassurer. La nuit tombe, je suis furieux de traverser le plus beau paysage d’Ethiopie de nuit mais nous devons rouler jusqu’à Addi Arkay, un gros bourg populeux pour trouver à stationner devant un hôtel tout droit sorti d’un film des années 30 avec une mère maquerelle plus vraie que nature. L’endroit est évidemment bruyant… La foule attirée par le lieu de plaisir devant lequel nous sommes, les apostrophes des buveurs, le son de la télévision, tout concourt à nous empêcher de dormir mais je suis fatigué et Marie a mis des boules Quiès et nous nous endormons…

Lundi 19 novembre : Le bourg s’anime avant le lever du soleil, moi aussi ! Nous quittons notre séjour enchanté, sortons du village et entamons une descente avec devant nous des pitons qui se détachent à contre-jour, deux sont des copies conformes de l’Assekrem ! Nous 566-ADI-AR-KAY-Pitons.JPGnous arrêtons en bordure de piste face à notre Assekrem pour petit-déjeuner et nous réveiller pour de bon. Nous continuons dans la descente avec toujours des vues sur les pics dentelés, les pitons dignes du Sahara, jusqu’au lit d’un large fleuve, avant de remonter sur le plateau, descentes et montées de plusieurs centaines et même milliers de mètres sur une piste en travaux, souvent difficile. J’ai des difficultés à passer les vitesses, je m’arrête, tente de les passer à l’arrêt, rien à faire ! Je dois les engager moteur coupé puis démarrer… Le problème ne se reproduit pas immédiatement. Sur le plateau nous avons le plaisir de retrouver un bon goudron ce qui nous fait espérer parvenir à Axum pour midi. C’était sans compter avec la signalisation des routes éthiopiennes, ou plutôt l’absence de signalisation… Axum paraît plus éloignée que nous ne le pensions et quand nous arrivons à une grande ville, nous découvrons qu’il s’agit d’Adoua, 23 kilomètres après Axum ! Demi-tour, nous avions ignoré un carrefour non signalé et bien secondaire… Nous trouvons à l’entrée de la ville qui, de prime abord, paraît sympathique, l’hôtel Africa avec un jardin accueillant où nous pourrons stationner. Nous y déjeunons, grave erreur, la bière est tiède, la brochette de bœuf trop dure pour mes molaires. Je m’enquiers d’un mécanicien, la difficulté de passer les vitesse s’étant reproduite. Je vois arriver quatre jeunes, le mécanicien, son traducteur et deux acolytes, lunettes noires et cure-dents machouillés… Le mécanicien s’attelle à la tâche, tente de démonter la commande hydraulique de l’embrayage et en règle la course non sans avoir vidé les réservoirs de liquide de frein et d’embrayage qui coulent sur le sol dans le jardin de l’hôtel… Il faut aller en racheter, il prend le volant, les vitesses ne passent pas ! Il renonce, me conseille de changer le disque d’embrayage à Addis Abeba et veut être payé. Discussion, je règle le liquide, ajoute une petite compensation pour le temps passé et nous nous quittons fâchés… Nous décidons de tenter, malgré l’heure, de visiter quelque chose avant la nuit. Nous allons prendre les billets d’entrée, pas chers, pour tous les sites et nous nous rendons au plus éloigné, un palais, le Dongour. Des restes de murs et d’escaliers avec une supposée salle du trône, rien de bien intéressant. De l’autre côté de la route, un champ de stèles, dressées ou couchées, sans inscriptions. Dernier arrêt pour les restes réduits à quatre pierres d’un palais non fouillé. Pas de quoi se réjouir d’être à Axoum… Retour à l’hôtel où je peux enfin me doucher dans une chambre inoccupée, en m’éclairant avec ma lampe car il n’y a pas d’électricité dans la ville et le propriétaire n’est pas pressé de démarrer son groupe électrogène. Comme le reste de la ville et les touristes de l’hôtel, nous allons boire une bière à la terrasse, sur la rue, dans le noir ! Echaudés par le repas de ce midi, nous allons dîner dans un autre hôtel de plus grand standing, le Remhai. Las ! il n’y a pas plus d’électricité qu’au nôtre, pas de générateur pour pallier aux déficiences municipales et les clients dînent aux chandelles… Assis à une table dans le noir, il faut bien du temps au personnel pour s’apercevoir de notre existence et encore plus pour prendre en compte notre commande. Je suis servi en premier, une cuisse de poulet ou plutôt de poussin survivant de la dernière famine, difficile à distinguer des trois frites graisseuses qui l’accompagnent. Marie patiente et est servie quand j’ai fini de racler mon assiette. Son bœuf Strogonov est plus copîeux, presque délicieux. Bon point : la bière est fraîche.

Mardi 20 novembre : Nous pouvons utiliser les douches d’une chambre libre, dont le ménage n’a pas été fait depuis la veille mais la douche est chaude. Je vais changer des euros à la banque puis nous nous rendons à la poste, un bureau si petit et si insignifiant que nous passons devant à trois reprises sans le voir. Les cartes expédiées, nous allons nous 571-AXUM-Obelisque.JPGgarer devant le site des stèles et obélisques. Deux obélisques de grande taille, dont une de retour de Rome, conquête mussolinienne restituée, se dressent fièrement sur le site. Une troisième gît couchée, brisée en quatre morceaux. Elles sont gravées sur plusieurs de leurs faces d'une succession de représentations de portes, de fenêtres, de gros points, et au niveau du sol d'une fausse porte et au sommet d'une demie lune. D’autres stèles de toutes tailles, couchées ou dressées, les entourent. Plusieurs tombes souterraines s’y trouvent également. Ce sont des constructions mégalithiques, pillées dans le passé et dont on ne sait pas grand-chose. Nous terminons par572-AXUM-Obelisque.JPG le musée, toujours aussi peu créatif dans la présentation mais avec quelques objets intéressants ; gobelets de verre, poteries de l’époque axoumite. Une civilisation dont on ne sait pas grand-chose, vue de notre Occident auto-centré. Nous voulons visiter ensuite le complexe de Sainte-Marie de Sion mais l’entrée est chère, quatre fois plus que pour le site des obélisques et Marie, à cause de son sexe ne pourrait pas visiter la seule église intéressante. J’y vais seul. L’église moderne est du plus mauvais goût sulpicien, chromos aux couleurs criardes que les guides des groupes de touristes baisent dévotement. Le musée renferme, dans des armoires trop petites pour les présenter debout, un trésor de superbes croix de  processions dont on ne précise que le poids en or et en argent. Un pavillon abriterait l’Arche d’Alliance dérobée selon la légende par le fils de la reine de Saba et de Salomon et rapportée en Ethiopie. Nul ne l'a jamais vue et nous autres, mécréants, n’avons même pas le droit de fouler les abords du lieu. Enfin je peux pénétrer dans l’église ancienne, haut-lieu du christianisme éthiopien, peu évocateur pour les autres croyants et athées. Je suis surveillé de près tandis que je jette un œil peu passionné à deux fresques difficilement visibles et aux un ou deux tableaux non recouverts d’un tissu pour les dissimuler. Après avoir traversé un cimetière qui sert de toilettes publiques (tant pis pour les défunts sur les gueules de qui les descendants viennent chier ! ), j587-AXUM-Arbatu-Entsessa-Fresque.JPGe trouve une autre église, plus récente que je me fais ouvrir. Elle est couverte de fresques, horribles pour certaines mais d’une fraîcheur naïve pour d’autres, notamment les chérubins du plafond. Nous déjeunons à l’ombre dans le camion, repas à peine troublé par quelques gosses, occasion pour Marie de s’interroger sur notre attitude vis-à-vis de tous ceux qui nous harrassent  à longueur de journée. Nous étufions la liste des églises que nous pourrons visiter sans une trop longue marche d’approche dans les jours suivants puis nous nous rendons au marché, très peu animé, pour acheter tomates, chou et patates. Dans une épicerie du centre-ville, nous trouvons des œufs, du pain et des oranges. Les repas des jours suivants vont être maigres ! Nous partons sur une piste qui grimpe dans les collines qui entourent  Axum. Nous renonçons à atteindre le monastère de Pantalewon, le sentier devenant impraticable, même en 4x4. Nous nous arrêtons dans la descente pour aller voir deux tombes souterraines avec un bel appareil mégalithique et plus loin, une stèle avec, comme la pierre de Rosette, une inscription en grec, en sabéen et en guèze. De la terrasse d’un hôtel de luxe qui surplombe le site des obélisques, nous attendons en prenant un pot, un décevant coucher de soleil. Retour à l’hôtel de la veille où nous reprenons notre place. Un court instant l’électricité revient puis la ville replonge dans le noir. Le guide Lonely Planet indiquait comme meilleur restaurant de la ville celui de l’hôtel Abinet. Nous nous y précipitons. Il est éclairé ! La carte est brève. Nous tentons le poulet. Il n’y en a plus, le mouton non plus, le poisson idem. Reste le bœuf… Les deux escalopes de bœuf panées commandées sont servies dans une assiette à dessert, sans en déborder, et il reste de la place pour une cuillère, rase, de riz, une autre de salade cuite et trois frites qui ne sont que des patates bouillies froides. Le bœuf est absent de l’escalope archi frite !!! Marie ne la mange pas et commande des pates bolognaises. Après une longue attente, on lui sert des pâtes pimentées qu’elle ne peut manger… Décidément la cuisine occidentale en Ethiopie n’est pas une réussite. De retour au camion je prépare une tartine de pain avec du beurre pour Marie…

Mercredi 21 novembre : Nous repartons en direction d’Adigrat, belle et bonne route au milieu des pitons et des montagnes couvertes de cultures en terrasse. A un détour de la route nous découvrons un grand nombre de gens, les hommes alignés derrière une brochette de prêtres en grande tenue chamarrée, tiares sur la tête, protégés du soleil par des598-ADOUA-Funerailles.JPGombrelles, un cheval harnaché est tenu par ses rênes, des parasols de cérémonie sont sortis, les femmes avec chaînes d’or sur le front sont regroupées sur un côté. Nous nous approchons et découvrons devant les prêtres un cercueil ! Les femmes se lamentent, des pleureuses en rajoutent, des groupes d’hommes arrivent en sanglotant bruyamment. On nous fait comprendre que les photos ne sont pas souhaitées et nous non plus. Nous repartons, la voiture continue de poser problème par moments mais nous avançons. Nous arrêtons à Magulat, un village situé sur l’échine d’une montagne, avec une vue fantastique des deux côtés. Sur l’un, le Grand Caῆon, sur l’autre Monument Valley, tous deux avec des montagnes couvertes, en contrebas, de parcelles en culture, des terrasses étagées sur lesquelles nous avons des vues 
622-ADIGRAT-Vue.JPGquasi aériennes. Nous poursuivons en montées et descentes, en enchaînant des lacets serrés jusqu’à atteindre Adigrat que nous contournons. Nous avons atteint le point le plus septentrional de ce voyage et nous virons au sud. Nous quittons la route goudronnée pour une piste en travaux en direction du Gheralta et de ces pitons que nous apercevons. Nous nous arrêtons au village de Hausien, dans un lodge tenu par un Italien. La folie du voyage ! Les chambres sont deux fois plus chères que ce que nous étions prêts à payer mais au diable l’avarice, nous en avons envie tous les deux. Les bungalows sont construits dans le style du pays, en pierres nues, en forme arrondie, pour faire plus « authentique » une meule de foin est posée627-HAWSIEN-Vue.JPG sur le toit plat. Les chambres ont tout le confort dont nous rêvions, les fenêtres donnent sur la plaine en-dessous et les pitons qui se découpent dans le lointain. Nous allons nous installer sous la véranda pour relire mon texte avant de nous faire offrir l’apéritif par le patron. Des Françaises  dont une qui vit à Addis Abeba nous convient à leur table, nous discutons de voyages bien entendu. Le repas se veut local et comme le mercredi est un jour maigre pour les orthodoxes éthiopiens, le repas l’est aussi… Soupe de gnochis, injera avec des légumes en purée épicée puis une salade et une crème, pas vraiment le dîner dont nous rêvions… Mais la chambre est parfaite…


Jeudi 22 novembre : Bonne nuit, un peu fraîche. Le petit déjeuner est nettement plus plantureux que le dîner, nous lui faisons honneur. La piste nous mène droit vers un de ces massifs de grès rouge que nous apercevions ce matin de nos fenêtres, des aiguilles qui se 625-HAWSIEN-Vue.JPGdressent droit dans le ciel. En le contournant puis en se rapprochant sur une piste, nous parvenons à distinguer aux jumelles l’existence d’une église dans une faille entre deux falaises. Un peu plus bas, des touristes sur le sentier qui y conduit semblent peiner. Il est hors de question de nous y aventurer. Nous longeons le massif en essayant de deviner d’autres églises de monastères mais elles sont toutes difficiles d’accès et demanderaient plusieurs heures d’escalade. Les fermes sont très belles, en pierres nues, de forme rectangulaire et arrondie à la fois. Les ânes et les657-WUKRO-Battage.JPG bœufs foulent le grain sur des aires de battage, les foins forment des meules sur le devant des maisons et parfois sur leur toiture. Nous allons voir et donc payer, une église très ancienne, antérieure au christianisme, une crypte et des anfractuosités qui devaient accueillir des sarcophages, encore une visite d’un intérêt très limité, sauf pour des spécialistes… Nous sommes quelque peu déconfits, nous espérions pouvoir visiter plus d’églises sans de longues marches. Celle de Abraha Atsheba est facile d’accès, un escalier de quelques degrés conduit à son porche. Elle est semi-troglodyte et couvertes de belles fresques. Archanges cavaliers colorés et beaux chérubins décorent l’entrée. Des piliers soutiennent les voûtes aux décors géométriques entrelacés. Su
639-ABREHA-ATSBEHA-Fresque.JPGr les parois les scènes habituelles peu visibles dans la demi-obscurité que favorise la mauvaise volonté du prêtre-gardien à ouvrir en grand les portes. Nous nous arrêtons à l’écart de la route pour déjeuner, nous ne sommes pas dérangés par les écoliers qui passent jusqu’à ce que l’un d’eux, plus audacieux, aussitôt suivi par tous les autres, ne s’approche. Les demandes fusent, stylo, livre, birr, argent etc… Aucun n’aurait l’idée de dire bonjour ou autre formule pour établir un dialogue, l’exigence brute ! Nous retrouvons le goudron et revenons en direction du nord sur quelques kilomètres pour prendre une piste jusqu’au pied de la falaise dans laquelle se646-PAUL-et-PIERRE-Monastere.JPG niche l’église Pierre et Paul. Pour y accéder il faut grimper à un escalier de branchages qui fait peur à Marie, elle m’attend au pied. L’église, à peine une chapelle, a quelques rangées de fresques naïves : les apôtres, des saints alignés et une Vierge à l’enfant. Nous tentons d’approcher une autre église, les gosses se précipitent pour nous guider, aller chercher la clé, prêts à n’importe quoi pour gagner quelques birrs. Il faudrait grimper une vingtaine de minutes dans les oliviers pour atteindre l’église mais une Américaine qui en redescend nous prévient qu’elle est fermée. Nous n’insistons pas et repartons en traversant une campagne paisible, occupée aux travaux des champs, les fermes cachées derrière leurs haies de cactus et d’euphorbes rosissent dans le soleil. Un col franchi, nous sommes à Wukro où nous rendons visite à l’église Qirqos, partiellement troglodyte, une vaste salle, des piliers et une décoration géométrique sur les voûtes en bien mauvais état. Nous décidons de rouler jusq652-PAUL-et-PIERRE-Fresques.JPGu’à Mekkelé, le paysage devient très monotone. Une dernière descente et nous atteignons cette grande ville. Un premier hôtel nous refuse le droit de stationner sur son parking, un autre, l’Atsé Johannes, très central, veut bien de nous. Nous ne savons ce que nous allons faire les jours suivants, Jean-Pierre doit arriver après-demain et les vitesses que j’ai de plus en plus de mal à passer vont sans doute nous obliger à trouver un garage compétent (?). Pas rancuniers, nous allons dîner au restaurant de l’hôtel Yordanos qui n’a pas voulu de nous. Ambiance feutrée, serveurs attentionnés et stylés, c’est le rendez-vous de la jeunesse dorée, les filles sont élégantes, maquillées, jolies et le savent. Nous dînons correctement avec de la bière fraîche.


Vendredi 23 novembre : Nous nous réveillons plus tard et quand nous sommes prêts, nous nous rendons à une agence de voyage pour nous renseigner sur une éventuelle excursion au Dallol et au volcan Erta Ale. Il y a un convoi qui partirait demain mais les tarifs sont dissuasifs, 800 $ par personne, 600 $ si nous nous occupons de notre nourriture et approvisionnement en eau ! C’est hors de question pour nous mais j’en avertis Jean-Pierre par SMS. Et je demande si quelqu'un connaît un bon garage pour une Land Rover… Bien sûr que oui… Un des organisateurs propose de nous y conduire. L’atelier en plein air est classiquement un ramassis de débris automobiles, des épaves sont en cours de rajeunissement, des « apprentis » en salopettes crasseuses traînent des pieds. On me ressort la réponse facile : c’est la faute du maître-cylindre. Malgré mes doutes exprimés ils démontent, nettoient, remontent et constatent que rien n’a changé mais il s’avère qu’il y aurait une fuite au cylindre récepteur, pas détectée auparavant… Et plus moyen de démarrer ! Une fois de plus, malgré mes doutes, ils font venir un électricien qui diagnostique une diode défectueuse alors que je suis persuadé qu’il s’agit de l’anti-démarrage qui fait des siennes et dont je ne sais plus résoudre le problème avec le code ! La journée se passe dans cette sympathique ambiance de cambouis, de tôles martyrisées et d’odeurs de vidange. A cinq heures, nous renonçons, abandonnons le camion avec armes et bagages et nous nous faisons conduire à l’hôtel où nous avions passé la nuit sur le parking et y prenons une chambre, pas aussi sélect qu’au lodge mais acceptable malgré un éclairage qui ne permet pas de lire. Nous dînons au restaurant, grande salle vide, de l’hôtel. Poulet trop frit et poisson pané trop « plat » mais plutôt mieux qu’ailleurs.

Samedi 24 novembre : Nuit à penser à la voiture, à espérer une solution dans la journée, terminée dans le bruit du camion venu vidanger les cuves de l’hôtel à six heures du matin ! Après le petit déjeuner, j’attends le représentant de l’agence de voyage qui me chaperonne, il tarde, arrive alors que j’étais décidé à me rendre à pied au garage. La butée d’embrayage a été enfin démontée, la lèvre du joint spi est endommagée et serait à l’origine de la fuite. Nous nous rendons avec elle chez un marchand de pièces qui, bien entendu, ne l’a pas et qui doit se renseigner à Addis Abeba. Nous revenons à l’agence de tourisme où je peux me connecter à internet, trouver le numéro de téléphone de Land Rover, pour apprendre qu’à Addis Abeba ce modèle de voiture n’existe pas et donc la pièce non plus ! Je ne sais plus quoi penser. Faire venir de Kampala ? de Kigali ? de France ? Comment ? Mon chaperon tente de me rassurer, promet de s’en occuper personnellement etc… Les promesses, les assurances, il m’en a fait beaucoup… Il me ramène à l’hôtel et promet de passer dans l’après-midi. Je retrouve Marie, énervée, que je ne peux rassurer. Nous déjeunons à l’hôtel, arrive Jean-Pierre à qui nous racontons nos malheurs. Nous nous installons sur la terrasse attendre en vain le garçon de l’agence. Jean-Pierre et moi allons voir une autre agence qui pourrait nous emmener pour 335 $, tarif qui nous convient mais nous ne concluons pas aussitôt. De retour à l’hôtel, nous allons faire quelques emplettes en prévision de l’excursion. Nous sommes alors abordés par une jolie fille qui nous propose les mêmes services pour 200 $ ! Nous allons à son bureau, confirmons notre accord et versons des arrhes. Retour à l’hôtel. Je peux me connecter avec mon ordinateur, répondre à Julie et mettre le blog à jour. Nous retournons dîner avec Jean-Pierre au restaurant du premier soir. Marie, toujours aventureuse, commande un « tournedos à la françoise » et nous, plus sagement des mixed grill. Elle se voit servir l’habituelle fine escalope de bœuf à texture et à goût prédigérés avec des champignons et nous une variété de viandes et poissons tout aussi fins et sans la moindre saveur. Audace supplémentaire, nous avons pris une bouteille de vin rouge local, sans parfum, pas même celui de l'alcool…

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:56

Lundi 29 octobre : Pas d’eau chaude, le chauffage solaire a ses limites surtout les jours de ciel gris comme aujourd’hui, mais les sanitaires sont impeccables. Nous allons prendre le petit déjeuner, puisque nous avons choisi la demi-pension, à notre table préférée. Le Nil continue de couler, imperturbable. Nous quittons ce superbe endroit, rejoignons la grande route et continuons en direction de la frontière. La route est excellente, peu fréquentée et nous roulons à vive allure. Nous atteignons Tororo et sa cimenterie qui alimente l’Ouganda mais aussi le Kenya. Une noria de camions vient charger avant de s’en retourner. Nous sommes avant midi au poste frontière, une ville de minuscules et misérables baraques en bois, certaines se présentent comme des hôtels, sans doute pour puces et tiques. Les routes sont complètement défoncées et l’on ne peut rouler qu’au pas. Des files de camion stationnent sur plusieurs kilomètres, le taux de sida doit être particulièrement élevé… Nous sommes vite sortis d’Ouganda. De l’autre côté d’une rivière-dépotoir, le poste kenyan. Formalités un peu plus longues puisque nous devons remplir des formulaires pour obtenir le visa et ensuite un permis de circuler mais tous les fonctionnaires sont aimables et rapides. Nous re-voici au Kenya, 28 ans plus tard… La route serait bonne si les bandes de goudron dont elle est constituée se raccordaient au même niveau. Chaque passage de l’une à l’autre est l’occasion de sauter sur un cahot. La très importante circulation de camions n’arrange rien. Et le temps s’en mêle. Une très violente pluie s’abat sur la contrée, on ne voit plus très loin et tous n’ont pas de phares, au mieux ils allument les clignotants lors des croisements. Le déluge persiste et liquéfie les portions de piste que l’on doit emprunter lors de déviations pour cause de travaux. On ne sait plus sur quoi, dans quoi, on roule ou flotte… Navigation à l’estime entre les camions en sens contraire et le bord de la route qu’il faut deviner. Le ciel se dégage pour l’arrivée à Eldoret, plus animée que je ne l’espérais. Je trouve à changer des euros puis nous nous mettons en quête d’un hébergement. Le jardin d’un hôtel qui a dû connaître des jours meilleurs nous accueille. Nous allons prendre un verre, Marie un thé vu la température, dans le jardin. Nous en profitons pour écrire des cartes postales alors qu’un nouvel orage éclate. Je téléphone à Jean-Pierre qui nous attend demain à Baringo et dont nous recevons toute une série de messages en retard. Nous regagnons notre camion pour une sage soirée.

 

Mardi 30 octobre : Il a encore plu une grande partie de la nuit mais au réveil le ciel est bleu. Nous allons nous garer dans la rue principale et je pars à la recherche du service des douanes. Je trouve d’abord la poste d’où j’expédie les cartes postales. Le service des douanes est dans un immeuble proche, j’y explique la situation et mon souci de faire tamponner le carnet de passage en douane. Le passage de Jean-Pierre la veille facilite les choses. Je vais rechercher la voiture pour qu’un employé puisse vérifier les informations du document et je dois signer une lettre. On me tamponne le carnet pour une sortie supposée le 4 novembre. Nous refaisons un plein de provisions au supermarché Nakumatt mais il faut attendre 10 heures que le rayon alcool ouvre. Un plein de gasoil et nous quittons Eldoret. 003-ITEN-Vallee-Keryo.JPGLes premiers kilomètres se font sur un plateau planté en maïs, avant d’entamer une longue descente sur le flanc d’une haute falaise verdoyante vers la belle et très fertile vallée de Keryo. En perdant de l’altitude, nous retrouvons des cultures plus tropicales, petites bananeraies, papayers et de belles euphorbes candélabres en pleine floraison. La vallée, allongée entre deux escarpements, est très riche, des troupeaux de chèvres broutent sous des acacias. La terre dans le fond de la vallée est ravinée, creusée de rides provoquées par les pluies. Nous remontons de l’autre côté, plus aride avant de découvrir dans une autre vallée le lac Baringo. La végétation et la température sont de plus en plus celles de savanes sahéliennes, des buissons rabougris et des épineux. 007-KERYO-Vallee.JPGNous le longeons sur une route qui devient piste agrémentée de jolis nids de poule… Nous parvenons au Robert’s Camp, au bord du lac où nous retrouvons Jean-Pierre. Il y est depuis la veille et a eu le temps de briquer son AzalaÏ. Nous causons tout l’après-midi de la suite du voyage, de choses et d’autres. Je nettoie l’intérieur du camion puis nous allons, tous les trois, prendre un verre sur l’agréable terrasse. Le soleil couché, les crissements des insectes dans les arbres forment un fond sonore exotique. Nous dînons ensemble au restaurant du campement, curries et tilapia frit, peu copieux. Après dîner, un garçon muni d’une puissante lampe torche nous escorte aux camions en vérifiant qu’aucun hippopotame n’est sur le chemin… Il commence à pleuvoir dès que nous sommes à l’abri.

 

Mercredi 31 octobre : Dans la nuit, un bruit de succion et des grognements m’alertent. J’essaie de discerner dans la nuit l’origine de ces manifestations. Soudain je distingue deux masses grises qui se meuvent lentement, à trois mètres du camion. Deux hippopotames qui rasent le gazon et pataugent da014-BARINGO-Lac.JPGns la terre gorgée d’eau des bords du lac. Ils vont continuer de se déplacer dans le campement avant de rejoindre au lever du jour, les eaux accueillantes du lac. Nous voilà repartis, sous le soleil, en convoi de deux véhicules, avec Jean-Pierre. La piste, pas très bonne, contourne le lac puis grimpe sur un plateau couverts d’épineux, tous d’un beau vert grâce aux pluies. Même sur la piste des brins d’herbe apparaissent. Les bergers, des Samburu, cousins des Masaï, sont vêtus d’un pagne en tissus écossais et ne se déplacent021-MARALAL-Samburu.JPG pas sans un bâton et un appuie-tête. Les femmes ont des colliers ronds constitués de rangées de perles colorées et les oreilles percées. La piste a de bons passages et d’autres, en montée, plus difficiles, des portions sont boueuses mais nous passons. Nous rejoignons la route, une piste, qui relie Maralal au reste du monde. Nous apercevons sur le bord de la route des gazelles de Thomson, plus loin des zèbres. Nous parvenons à Maralal, dernière localité importante avant l’Ethiopie. Une station-service av026-MARALAL-Samburu.JPGec du gasoil 20% plus cher que dans le sud et une banque avec un distributeur de billets auquel je rends visite. Avant de faire le grand plein des jerrycans, nous allons nous promener au marché, quelques misérables échoppes en bois, branlantes. L’intérêt n’est pas dans les produits exposés mais dans la population. Beaucoup d’hommes et de femmes sont en costume traditionnel, colliers pour les femmes mais les hommes ne sont pas en reste. Beaucoup de ces derniers portent des bracelets en perles multicolores, des colliers croisés sur la poitrine et des coiffures très élaborées. Certains ont les cheveux serrés dans un filet te024-MARALAL-Samburu.JPGint en rouge (de la terre ?), d’autres des plumes plantées sur une crête, des boucles d’oreille reliées par un cordon. Nous achetons après un âpre marchandage deux appuie-tête puis repartons. La route s’élève, traverse une forêt d’eucalyptus, ce n’est plus le Sahel mais les Vosges ! Paysage totalement inattendu ! Nous prenons des garçons en stop, en échange nous leur demandons de les photographier… Un passager raconte à Jean-Pierre que la ville 037-MARALAL-Samburu.JPGoù nous nous rendons, Baragoi, a été hier le théâtre d’une bataille meurtrière entre représentants de deux ethnies. La vue d’un berger armé d’une kalachnikov lui ôte toute envie de bivouaquer dans la nature… La découverte, sur le bord de la route d’un campsite est providentielle ! Nous nous arrêtons sur le terrain, en surplomb d’un joli cottage d’où la vue, très étendue, sur les terres plus basses est superbe. Nous passons la fin de l’après-midi à mettre à jour photos et texte puis à lire. Jean-Pierre vient dîner dans notre camion et partager le steak haché. Il nous parle de son ancien métier. Il avait une entreprise dans le bâtiment, la rénovation de résidences de luxe qui l’a amené à fréquenter, des personnages douteux. Il est un compagnon de bonne composition.

 

Jeudi 1er novembre : Il n’a pas fait très chaud dans la nuit. Il est vrai que nous sommes à presque 2500 mètres d’altitude. Nous repartons dans les montagnes couvertes d’une végétation bien verdoyante, surprenante pour nous qui pensions traverser un paysage plus désertique. Une première descente nous amène sur un plateau tout aussi vert mais à la végétation différente, de belles euphorbes en bouquets et des acacias parasol. Jean-Pierre a un pneu qui perd, il s’arrête pour regonfler. La piste dans la rocaille n’est pas facile, les montées sont presque toujours négociées au pas. Nous traversons des villages perdus, quelques commerces aux pauvres rayons, des écoles et des dispensaires sans doute044-MARTI-Dromadaire.JPG abandonnés par leurs titulaires. Les bergers sur le bord de la route ont très fréquemment en bandoulière une kalachnikov. Les soldats que nous croisons dans ces villages n’ont que des pétoires qui ne doivent pas fort impressionner les éventuels contrevenants. Après Marti, un de ces villages, nous croisons une caravane de dromadaires venus se refaire une santé dans les verts pâturages. Les femmes sont splendides, le cou enserré dans une multitude de colliers de perles de couleurs, les lobes des oreilles percés, distendus par les anneaux et par les bijoux 049-MARTI-Samburu.JPGlancéolés en métal blanc, le crâne rasé à l’exception d’une simple crête, à l’«iroquoise ». Les hommes aussi sont très coquets, ils arborent de petits miroirs insérés dans leurs lobes d’oreilles. Les prendre en photo n’est pas évident. Il faut soit jouer de la surprise, soit négocier en échange du tabac que nous avons acheté la veille à cet effet, les femmes plus âgées en raffolent. Une nouvelle descente et nous roulons dans une belle plaine encadrée de pics pointus. La végétation se fait plus rare, des épineux et bien sûr des acacias. La température est remontée mais reste fraîche. Nous atteignons Baragoi, dernière « grande ville » avant le lac Turkana nous assurent les habitants, surtout dernière station-service. Je voudrais pouvoir photographier toutes les femmes mais aussi tous les hommes qui sont en costume traditionnel mais peu sont070-SOUTH-HORR-Vue.JPG coopératifs. Jean-Pierre fait réparer sa fuite, le pneu n’a rien, elle est localisée dans une soudure de la jante ! Une application de colle type Araldite semble résoudre le problème. Nous repartons et allons déjeuner dans une belle forêt d’acacias parasols, à la sortie du village. Des femmes passent, elles sont de corvée de bois, pas dans le sens algérien du terme, et traînent derrière elles des  branches cassées. La piste s’améliore dans la plaine avant de redevenir mauvaise dès que nous attaquons des passages dans la rocaille. Un orage menace, il nous dissimule les montagnes que nous traversons, nous en essuyons quelques gouttes. Nous suivons alors le cours sablonneux et à sec de rivières, entre des forêts d’acacias, qui pourraient être des koris du Niger. Impression que confirme l’arrivée à South Horr, oasis dans un cirque de montagnes, village de sédentarisation. Une partie des habitations est constitué de simples 073-SOUTH-HORR-Huttes.JPGhuttes hémisphériques de branchages, couvertes de plastiques. A côté de certaines se construisent des maisons en dur.  Nous avons l’intention de nous y arrêter bien qu’il soit encore tôt car Jean-Pierre ne tient pas à bivouaquer. Dommage car de nombreux endroits au bord des lits de sable, sous les acacias, seraient des emplacements de rêve ! Nous trouvons à la sortie du village un « Club » qui fait guest house, terrain de sport, et à l’occasion camping. Nous nous installons sous les arbres, sortons table et fauteuil et passons là la fin de l’après-midi. Il ne fait pas assez chaud pour dîner dehors aussi chacun reste chez soi.

 

Vendredi 2 octobre : Nous partons sur une bonne piste sablonneuse, mouillée, dans une succession d’oasis, entre deux montagnes. La végétation se raréfie, fini le tapis vert sous les acacias. Nous commençons enfin à avoir l’impression d’être en zone désertique. Vient ensuite une zone volcanique, la piste serpente dans des champs de lave, de gros boulets noirs, heureusement la piste en est exempte ou presque. Les montées (et donc les080TURKANA-Piste.JPG descentes !), raides, ont été bétonnées. Et enfin nous l’apercevons, ce lac Turkana, ex-Rodolphe (Tout le Gotha, Victoria, Edward, Albert etc… a eu son lac !). Une vaste étendue d’un bleu de jade nichée dans un environnement minéral noir et rouge. La piste atterrit au lac dans un hameau de pêcheur misérable, un ensemble de huttes couvertes de nattes et de cartons. Les habitants se précipitent pour nous demander de leur remplir leurs bidons d’eau. La piste suit les bords du lac, peu de monde, quelques hameaux de pêcheurs mais nous ne voyons pas de barque et soudain, du sommet d’une butte, nous découvrons Loiyangalani, le gros bourg du pays Turkana. Nous nous arrêtons dans la rue principale et sous une chaleur étouffante, nous allons en quête de trésors et de photos. Plein de femmes déambulent en 095-LOIYANGALANI-Femme.JPGgrand apparat. Dizaines de colliers de perles en masse autour du cou, anneaux aux oreilles, crête de cheveux sur le dessus du crâne. Nous essayons de ruser pour les photographier, elles ne sont pas dupes et réclament de l’argent. Nous négocions des bracelets puis décidons de repartir mais la roue de Jean-Pierre continue de perdre et il aimerait bien faire une soudure. Nous retournons à l’entrée du bourg et nous avons la surprise de voir que pour la venue d’un candidat au poste de gouverneur, sont organisées des danses. Plusieurs groupes de chanteurs et danseurs, des Samburu,120-LOIYANGALANI-Fete.JPG des Turkana, des Rendilles, des Elmolo, mélangés se produisent devant les politiciens qui se mêlent à eux pour « communier ». C’est pour nous l’occasion de voir des danses pas organisées pour des touristes et surtout de prendre des photos sans difficultés. Jean-Pierre va faire faire une soudure, pas très réussie, à la mission catholique. Nous repartons, la piste s’éloigne du lac, traverse un paysage désolé, un vrai désert, un épineux tous les kilomètres…La piste est parfois bonne, moins dans les passages de lave. Des dromad154-SIBILOI-Bivouac.JPGaires semblent s’accommoder des maigres touffes d’herbes qu’ils trouvent entre les roches. Un vent desséchant nous assaille et nous assoiffe. Nous roulons tard, trop puisque, avec le soleil de face, nous ne voyons plus grand-chose. Jean-Pierre aurait bien voulu rouler jusqu’au parc Sibiloi mais nous nous arrêtons avant et profitons d’un acacia pour nous installer dessous. Le vent est encore fort mais nous sortons table et fauteuils dehors pour boire une bière puis dîner.

 

Samedi 3 novembre : Une nuit comme je les aime, sous un ciel étoilé, sans voisins indiscrets, en pleine brousse. Alors que nous nous apprêtons à démarrer arrivent deux 4x4 dont une antique Land Rover 88, comme notre ancienne, de Sud-Africains qui traversent l’Afrique du nord au sud. Echange d’informations et chacun reprend sa route. Nous atteignons peu après l’entrée du parc Sibiloi. Tarif peu élevé mais 159-SIBILOI-Zebres.JPGen relation avec l’intérêt… Nous poussons jusqu’au bord du lac, nous faisons fuir des troupeaux de zèbres er de topi, une variété de bubales. Au bord de l’eau, des oies, un pélican mais pas de crocodiles. Le vent toujours aussi violent ride les eaux du lac qui a perdu de son éclat de jade. La piste, fréquemment coupée par des lits de ruisseaux à sec mais qui interdisent de rouler vite, s’éloigne des rives. A l’exception d’un varan de belle taille, nous n’apercevrons presque plus rien. Nous revenons, en suivant les traces GPS de Christian passé l’an dernier, vers le lac, à un centre quasi abandonné, 170-SIBILOI-Bubales.JPGcimetière de Land Rover. Deux gardes en liaison radio avec le centre du parc s’y ennuient ferme. Sur une bande de sable à quelques mètres du bord, des crocodiles se reposent mais ils s’enfuient dans l’eau à notre approche. Nous reprenons notre progression vers le nord. De beaux dromadaires apprécient les pâturages bien gras et leur bosse, pleine et droite, témoigne de leur bien-être. La piste est parfois difficile dans les traversées de lits de rivières, les berges abruptes doivent être franchies au pas, ce qui ne nous empêche pas de cogner avec le pare-choc arrière. Nous savons que nous sommes sortis du parc quand nous retrouvons des troupeaux de chèvres gardés par des bergers. A la dernière agglomération, Illeret, un amas de misérables huttes recouvertes de plaques de tôle qui doivent les transformer en four, et quelques bâtiments en dur, mission, écoles, poste de police. Nous faisons enregistrer notre passage dans une pièce dépourvue de tout à l’exception d’une table, d’une chaise, d’un registre et d’un stylo ! La piste continue, à peine tracée jusqu’au poste ethiopien. Aucun panneau ne signale le changement de pays… Nous emmenons avec nous un soldat avec sa kalachnikov. Le paysage ne change pas mais les habitants sont d’une autre ethnie, les enfants sont totalement nus, les femmes les seins nus, ce qui n’est pas forcément agréable. Dans la traversée des villages, nous devons franchir des001-TOURMI-Cases.JPG barrières que la présence du soldat nous évite de négocier, mais où on m’incite à donner mon tee shirt ! Enfin nous retrouvons une bonne piste sur laquelle nous pouvons rouler vite jusqu’à Omorate, sans oublier que c’en est fait de la conduite à gauche, nous allons devoir nous réhabituer à rouler à droite ! L’écriture sur les panneaux, en amharique, est indéchiffrable. Nous nous rendons aussitôt à l’immigration, des bâtiments récents mais dépourvus de matériel. Une table et une chaise, là aussi, et un préposé qui remplit consciencieusement des pages de registres au format impressionnant. Nous devons ensuite subir une fouille minutieuse des camions sans trop savoir ce qui est recherché mais peut-être ne le savent-ils pas eux-mêmes ! Nous devons attendre la venue du douanier, sympathique mais peu habitué à ces formalités et qui doit se faire aider par un employé muni d’une lampe torche car il n’y a pas d’électricité ! Je transpire à grosses gouttes, certaines tombent sur les documents… Je rêve d’une vraie douche mais cela semble impossible ici. Nous pouvons rester pour la nuit au poste de contrôle, ainsi qu’un couple d’auto-stoppeurs israéliens qui montent leur tente sur le gazon, après avoir été minutieusement fouillés eux aussi. Je prends une douche à l’extérieur avec la douchette du camion et Jean-Pierre m’offre sa dernière canette de Coca Cola, geste que j’apprécie fort. Marie se douche à l’intérieur et je suis de nouveau en sueur. Nous dînons dans le camion à cause du trop grand nombre d’insectes volants à l’extérieur. Je ne ferais que boire, Coca, vin avec de l’eau, bière, tout est bon.

 

Dimanche 4 novembre : Avant même que le jour ne se lève, un prêcheur commence à chanter, à l’aide d’un haut-parleur afin que nul n’y échappe, des litanies ! Marie a bien du mal à se lever mais le devoir l’appelle. Nous prenons la très bonne piste en direction de Tourmi, paysage d’une brousse très verte, uniforme, parcourue par des troupeaux de zébus surveillés par leurs bergers. Soudain la route est barrée par une douzaine d’hommes dont nous ne savons les intentions. Je ralentis à peine, sans tenir compte de leurs vociférations. Ils tentent d’arrêter Jean-Pierre, derrière nous mais il passe aussi sans discuter. Nous atteignons Tourmi et cherchons un campsite près d’une rivière. Nous n’y sommes pas les seuls, des groupes de Français en voyage organisé y campent aussi. Nous laissons du linge à laver et la voiture de Jean-Pierre, à l’ombre de beaux manguiers et repartons aussitôt pour Weito où, nous fiant aux indications de notre guide Lonely Planet, nous pensons que se tient un marché. Au lieu des 80 kilomètres que m’annoncent Marie et Jean-Pierre monté dans notre voiture, ils découvrent qu’il y en a plus de 100 ! La piste, sauf aux traversées de r003-TOURMI-Hamer.JPGuisseaux, est bonne et nous dévalons du plateau, par des gorges, vers une plaine qui se perd à l’infini. Il y fait plus chaud et le lac Stéphanie que nous comptions y trouver a disparu, remplacé par des marais verdoyants. Les femmes que nous rencontrons vont la poitrine nue, les cheveux tressés en mèches grasses, couleur de terre. Elles portent une sorte de jupe en peau de vache, ce sont des Hamer. Nous longeons une chaîne de montagnes et les kilomètres défilent. Inquiets de l’heure qui passe aussi, nous nous renseignons auprès d’une voiture de touristes. Leur guide nous annonce qu’il n’y a pas de marché ce jour à Weito ! Il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour et rentrer au campement… Nous déjeunons tardivement à l’ombre des manguiers, assaillis par un individu qui veut nous emmener voir des danses et propose de nous changer de l’argent. L012-TOURMI-Hamer.JPG’arrivée de Gilbert, un guide d’un groupe de Français met les choses au point. Il nous informe et nous propose de les accompagner à ces fêtes dans un village Hamer. Nous partons donc en groupe et déboulons dans un joli village de huttes hémisphériques mais qui n’ont plus l’allure misérable des semi-bidonvilles rencontrés au nord du lac Turkana. De grande taille, elles sont entièrement en végétaux dans un enclos d’épineux. Un groupe d’hommes, tous habillés de vilains tee shirts à rayures nous attend pour commencer à danser. Nous sommes presque plus nombreux qu’eux ! Impression désastreuse de piège à touristes… Les femmes sont absentes et ne viendront que plus tard, les objectifs des appareils photos seront alors quasiment tous braqués s042 TOURMI Hamerur elles. Elles ont une allure à la fois d’élégance et de sauvagerie authentique alors que les hommes, bien que plus actifs, sont nettement moins attrayants malgré leurs boucles d’oreilles, leurs plumes sur la tête et leurs coiffures très élaborées, découpées au rasoir et formant des crêtes. L’impression de voyeurisme est très gênante, un zoo humain moderne où l’Occident vient se conforter dans sa supériorité intellectuelle… Les filles entrent en scène et viennent provoquer les hommes qui, en rangs, 048-TOURMI-Hamer.JPGsautent à pieds joints. Puis des couples se forment, les femmes font semblant d’échapper à leur partenaire. Les vieux entrent dans la danse et paraissent y prendre plus de plaisir que les jeunes. D’autres anciens conversent assis sur leur appuie-tête qui sert donc aussi de pose-cul, leur pagne ne laisse alors rien ignorer de leur intimité… Las, nous repartons à la nuit tombante, regagnons le campsite où un des Français du groupe a la gentillesse fort appréciée de nous apporter une ration de pastis ! Beau geste… Nous allons dîner au lodge voisin, bien aménagé, plus chic. Nous nous servons à un buffet, ragoût de chevreau et autres plats. Bon et pas cher. Nous rentrons nous coucher, du moins après que j’ai tapé ces lignes sur la table à l’extérieur.

 

Lundi 5 novembre : Nous ne sommes pas pressés ce matin puisque le marché où nous voulons nous rendr093-TOURMI-Hamer-marche.JPGe ne s’anime que tardivement. Je me suis réveillé plus tard pour une fois. Nous nous rendons dans notre voiture au marché. Sur une place, quelques rares femmes Hamer sont installées, assises sur le sol, dans la poussière. Guère d’animation ! Presque aussitôt des hommes nous proposent des appuie-tête. Nous en achetons un, gravé, patiné, avant de découvrir que tout un coin du marché est réservé à la vente d’objets artisanaux à l’intention des touristes. Statuettes grossière087-TOURMI-Hamer-marche.JPGs, colliers de perles, calebasses gravées, peu de pièces intéressantes. Après y avoir fait un tour, nous revenons vers la place qui commence à s’animer. De plus en plus de femmes sont arrivées pour vendre des bottes de fourrage, quelques piments et dans un coin, tout le nécessaire pour s’enduire les cheveux, ocre en poudre, résine grasse et pour les tresser. Le rassemblement de toutes ces femmes aux casques, à la « garçonne », de cheveux rouges, dont la graisse dégouline sur leur visage et enduit leurs gros colliers, forme un ensemble puissamment « sauvage ». Hélas le grand nombre de touristes nous transforme tous en voyeurs et en distributeurs potentiels de birr. Beaucoup de femmes se proposent pour être photographiées, contre rémunération bien entendu. Les hommes sont à l’écart, assis sur leurs appuie-tête, occupés au commerce des chèvres. Après avoir traîné, photographié en aveugle quelques scènes, 111-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPGnous revenons au campement pour déjeuner. Dans l’après-midi, nous discutons, avec un jeune qui se présente comme guide, le tarif pour aller voir une cérémonie de bull-jumping. Nous faisons affaire et nous nous rendons, après avoir laissé passer un gros orage, de l’autre côté de la rivière, trop tard pour assister aux scènes de flagellation des jeunes filles. Afin de prouver leur affection pour des garçons elles les sollicitent pour être frappées violemment dans le dos à l’aide d’une badine. Les marques sanglantes  prouvent que ces derniers ne font pas semblant. Quelques jeunes hommes sont rassemblés autour de l’un d’eux qu’ils maquillent, points blancs sur un fond ocre sur le visage, colliers d124-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPGe perles, plumes dans les cheveux. Puis tout le monde s’élance sur le route, nous suivons et les retrouvons à un kilomètre, dans une clairière en pleine brousse. Des femmes, là aussi se font frapper au sang avant de se rassembler sur la place, chanter et danser en faisant sonner les grelots qu’elles portent attachés aux mollets, quelques-unes soufflent dans des trompettes taillées dans des cornes. Un troupeau de zébus a été amené sur la place, les femmes tournent autour en dansant. Après une cérémonie qu’ils tentent de nous dissimuler, au cours de laquelle le jeune futur marié qui doit réussir l’épreuve, est « béni », encouragé par ses compagnons, quelques bêtes sont choisies et contraintes à grand coup de bâtons, en tirant sur leurs queues ou en leur tordant les cornes, à s’aligner les unes à côté des autres. Le jeune impétrant se dénude, s’élance, saute sur le dos des zébus, franchit140-TOURMI-Hamer-bull-jumping.JPG leur alignement puis recommence en sens inverse, deux fois de suite. Il réussit sous les applaudissements de la foule et c’est terminé ! Nous sommes surpris, pas d’autre candidat, la foule se disperse, tout le monde s’en revient… Je vais rechercher la voiture, et reprendre Marie. Nous rentrons au campement où nous passons le reste de l’après-midi à relire le blog, écrire, traiter les photos et enfin dîner, avec nos dernières provisions. Les orages de l’après-midi ont provoqué une spectaculaire montée des eaux de la rivière.

 

Mardi 6 novembre : Nous ne sommes pas réveillés comme la nuit dernière par les braiements de l’âne du campement mais par les employés qui viennent tirer de l’eau au puits en bavardant et en écoutant de la musique sur une radio. Encore un matin où nous ne sommes pas pressés, nous démarrons tranquillement à neuf heures passées. Une demi-heure de très bonne piste et nous sommes à Dimeka. Nous trouvons la place du marché à l’écart de la route. A peine arrêtés on nous demande, contre un reçu en bonne et due forme, de prendre un guide pour visiter le marché. Comme il est encore très peu animé à cette heure, nous patientons, descendons à la rivière, la même que celle qui passait derrière le campement à Tourmi, la Kaské puis nous nous décidons, toujours accompagnés de notre guide, à faire le tour du marché. Nous y revoyons surtout des Hamer, des femmes princip151-DIMEKA-Marche.JPGalement venues vendre de l’ocre, du beurre, un poulet, quelques piments ou de petites tomates-cerises. Nous y découvrons des Banna qui affectionnent, hommes et femmes, l’utilisation dans leur coiffure de barrettes colorées. Nous remarquons aussi que les bracelets métalliques et élastiques de montre se portent volontiers en ornement de collier. Nous traînons du côté du marché pour touristes, le plus vite installé, sans grand intérêt, refaisons plusieurs fois le tour du marché, qui commence à se remplir de vendeurs et surtout de vendeuses, avant de repartir. Nous reprenons la piste très roulante et récupérons un goudron, oublié depuis Eldoret, à partir de Key Afar. Nous sommes alors dans un paysage plus « civilisé », la brousse est de plus en158-DIMEKA-Marche.JPG plus remplacée par des cultures et le paysage est nettement plus vallonné. Les habitants en costume traditionnel deviennent rares. Nous atteignons Jinka, la capitale du Sud. Nous nous arrêtons au campement Rocky mais en repartons aussitôt devant le tarif demandé. Nous entrons alors dans la ville, le goudron est remplacé par des routes en terre, boueuses. La pluie a tout rendu plus tristounet. Nous cherchons le centre-ville, pas évident à distinguer. Nous trouvons une banque où, Jean-Pierre et moi, allons changer des euros. La banque la plus minable et la plus sale que nous ayons jamais vue, ces établissement étant habituellement des sanctuaires brillants et resplendissants du dieu Dollar. Nous sommes abordés par un jeune qui se réclame d’une association de guides locaux. Il nous emmène à un campsite rudimentaire mais dans un beau jardin. Nous y déjeunons rapidement avec les toutes dernières conserves, sardines et chips, puis allons retrouver notre guide avec qui nous envisageons de nous rendre demain chez les Mursi, une ethnie qui passe pour farouche, voire hostile ou dangereuse ! Nous nous accordons sur le prix avant de nous rendre en sa compagnie au marché encore très animé. Pas de costumes particuliers, beaucoup de femmes ont le type classique éthiopien, traits fins, teint clair. Je remarque tout de même deux femmes dont les lèvres inférieures, déformées par le port d’un plateau, pendouillent vilainement en un gros boudin sur leur menton. Nous achetons des fruits et des légumes pour nous puis le guide nous fait acheter aussi des lames de rasoir, des savonnettes et des allumettes pour donner dans les villages que nous irons visiter. Nous allons ensuite au supermarché où nous ne trouvons que des boîtes de sardines ou de thon, des biscuits, du jus de fruit. Jean-Pierre rentre au campement, nous nous rendons dans un cybercafé. La connexion est lente et nous ne pouvons que trier et lire notre courrier sans avoir le temps de répondre. Nous retournons, non sans le chercher, au campement, sans en franchir le portail, opération qui nécessite dix bonnes minutes pour le décoincer… Nous emmenons ensuite Jean-Pierre dîner au restaurant, en plein air malgré la fraîcheur mais nous sommes sur un plateau à 1500 mètres d’altitude. Le service est lent  mais nous dînons de souris d’agneau très honnêtes et d’un bœuf Strogonoff moins convaincant pour Marie. Retour au campement où nous réglons la minuterie pour nous réveiller tôt demain.

 

Mercredi 7 novembre : Nous avons mis le réveil à sonner à six heures moins le quart pour être prêts à sept heures, ce qui est le cas. Mais pas celui de notre guide qui n’arrive qu’avec une bonne demi-heure de retard. Nous partons dans le camion de J219-JINKA-Mursi.JPGean-Pierre, Marie devant, le guide à la seule place libre derrière et moi puis bientôt un garde armé d’une kalachnikov, dans la cellule. Je vais vite regretter de ne pas avoir pris notre camion. Je suis secoué, je ne vois rien du paysage et j’ai l’estomac qui remonte au bord des lèvres. Nous arrêtons pour admirer un point de vue étendu sur la plaine en-dessous de nous, c’est le parc national Mago. Nous devons en régler l’entrée mais, parcouru sur une unique et large piste par des camions et des bus, nous ne risquions guère d’y rencontrer une quelconque faune. Nous montons ensuite dans des collines et parvenons à un village Mursi. Nous suivons notre guide qui nous invite à laisser au camion tout appareil photo et à commencer d’ab202 JINKA Mursiord par une exploration du hameau, des activités, des gens avant de nous précipiter pour tout photographier. La démarche est intelligente mais les habitants savent très bien pour quoi nous sommes là et les jeunes filles commencent à nous indiquer leurs tarifs pour les photos. Nous les ignorons et n’avons d’attention que pour la manière dont se construisent les huttes de branchages, recouvertes de chaume qui ne ménage qu’une étroite et basse ouverture et dans laquelle dorment huit personnes. Des femmes font bouillir des herbes, des morceaux de courge, préparent une bouillie de sorgho que tous, quel que soit l’âge, absorbent. D’autres préparent de la bière à partir de sorgho qui va fermenter quatre jours. Les greniers sur pilotis sont à l’écart, en contrebas du hameau, quatre ou cinq pour198-JINKA-Mursi.JPG une famille. Mais le grand intérêt est dans ces fameux plateaux labiaux que portent les femmes. La lèvre inférieure percée est progressivement agrandie en y logeant des disques d’argile durcie de plus en plus grand. Elles ne portent pas en permanence ces plateaux et dans ce cas leur lèvre pendouille en un bourrelet des plus disgracieux. Des scarifications sur le ventre, les épaules augmentent leur « beauté ». Ces coquines ont l’habitude des photographes (Hans Silvester a dû laisser traîner quelques ouvrages…) et savent se rendre photogéniques en portant des ornements de tête constitués de deux défenses de phacochère ou des échafaudages de calebasses, de poteries, de vanneries, de fruits sur la tête. Arrivent une caravane d’Italiens qui sortent aussitôt les billets et pai190-JINKA-Mursi.JPGent immédiatement pour chaque photo ! C’est le rush, nous sommes nous aussi très sollicités, surtout par celles que nous ne voulons pas immortaliser. Les plus belles n’ont pas de peine à faire sortir les billets. Je me fends de quelques coupures et en prends beaucoup d’autres au jugé, discrètement. Les hommes aussi posent, certains se sont composé des masques en appliquant des lignes blanches sur le visage. Ils prennent des attitudes martiales non exemptes de cabotinage. Nous repartons et rentrons à Jinka. Nous allons déjeuner au même restaurant que la veille. Je suis content de me remettre de mes émotions. Nous apprenons la réélection d’Obama qui nous fait plaisir et l’arrosons à la bière en commandant deux poulets rôtis. Ils arrivent tellement frits qu’on ne distingue plus la chair des os ! Nous allons nous reposer au campement puis retournons trouver notre guide qui deva187-JINKA-Mursi.JPGit nous emmener dans un village Aari mais il faudrait repayer et nous avons l’impression qu’il nous prend pour des tiroirs-caisse… Dommage, nous étions contents de lui jusque-là. A la place nous nous rendons au musée, sur une colline qui domine la ville, derrière la mosquée… Une salle avec des vitrines, des objets des différentes ethnies et une série de textes récoltés auprès de femmes de la région, sur le mariage, l’excision, la polygamie, leur place dans la famille. Un film complète l’exposition et nous revoyons une cérémonie de bull-jumping. Nous rentrons nous poser au campement et finissons la journée en entamant la bouteille d’ouzo de fabrication locale que nous avons trouvée en cherchant de la bière.

 

Jeudi 8 novembre : Marie a encore bien du mal à se réveiller, heureusement que nous ne sommes toujours pas pressés. Le guide ne se présente pas pour nous rembourser le trop perçu, nous le décomptons sur le prix de la nuit et avertissons le très honnête John en lui remettant un papier avec le rappel des comptes. Plein de gasoil, à moins de un euro et nous reprenons la route gou223-KEY-AFFAR-Marche.JPGdronnée en direction de Konso. Il semble que la route soit de terrain d’élection des divers troupeaux et leurs bergers ne cherchent jamais à les rabattre sur le bord, trop occupés à nous regarder ralentir, slalomer, tout en tendant la main… Nous sommes Key Affar peu avant onze heures. Les paysans qui se rendent au marché nous en indiquent, depuis des kilomètres, le chemin. Nous nous garons sur le terrain où il se tient ou plutôt doit se tenir car il est loin de battre son plein. Nous sommes aussitôt priés de régler un droit de visite de deux cents birr par véhicule. Je tente d’expliquer au jeune qui nous les réclame que si nous laissons une voiture à l’extérieur, nous paierons deux fois moins cher et rien si nous venons à pied. Raisonnement qui ne lui convient pas, nous allons donc garer les voitures sur la route et revenons mais il viendra tout de même nous réclamer ses deux cents birr sans assurer la fonction de guide, inutile d’ailleurs ! Mais ces histoires de touristes pris pour des machines à fric commencent à254-KEY-AFFAR-Marche.JPG m’énerver… Nous nous mêlons à la population qui commence à augmenter, pas d’ethnies nouvelles, à part des femmes Tsemay couvertes de peaux grossièrement tannées sur lesquelles ont été cousues des perles et des cauris. Les femmes Banna portent ici des baudriers couverts de cauris et toutes ont des tricots crasseux à rayures horizontales. Après quelques photos, nous reprenons la route. Nous descendons la chaîne de montagnes que nous avions déjà franchie en essayant d’aller à Weito. Nous retrouvons la plaine et quelques degrés de plus. En approchant de 267-KONSO-Village.JPGKonso les collines se couvrent de cultures en terrasses et de jolies grandes cases rondes à double toit de chaume couronné par une poterie et parfois une croix. Nous découvrons le marché de cette ville et ethnie peu avant la ville. Nous déjeunons d’abord sur une piste à l’écart pour éviter les curieux puis revenons nous garer près du marché. Il y a foule, les paysannes portent ici des jupes à volants dans des couleurs orange et ont les cheveux pris dans un foulard du même ton ou noir. Les marchandes ont étalé devant elles des tas de maïs, des herbes, quelques fruits ou légumes. Des tailleurs, entourés par des piles de galons colorés, confectionnent sur leurs machines à291-KONSO-Marche.JPG coudre les pagnes noués en jupes. L’esplanade du marché n’est pas bien grande et les étals se touchent de tous côtés, il faut louvoyer entre en regardant où on pose les pieds. Nous repartons jusqu’à la ville où nous nous rendons au bureau du tourisme pour prendre un guide et avoir le droit de visiter un village konso des environs. Nous partons sur une piste qui file entre les champs de maïs, croisant ou doublant des femmes qui s’en reviennent du marché, ployant sous des charges de bois, d’herbes ou des sacs de farine de plusieurs dizaines de kilos. Les hommes marchent les mains dans les poches… Le guide nous emmène d’abord sur un site, appelé New-York, de falaises érodées, creusées par les eaux et le vent, formant un mélange de301-GESERGIO-New-York.JPG cheminées des fées, de caons que le soleil daigne éclairer. Nous allons ensuite visiter un très beau village konso. Situé sur une colline, ce grand village de quatre mille personnes est entouré d’un mur de gros moellons de basalte qui, autrefois, le protégeait des incursions ennemies. A l’intérieur de cette enceinte, chaque famille a édifié dans sa concession ses belles cases les unes à côté des autres, les toitures s’imbriquant les unes dans les autres, derrière une barricade formé par un enchevêtrement de branches et de troncs d’arbres. Nous déambulons dans les chemins entre les concessions de ce magnifique village qui a conservé ses cases communautaires, dortoirs des jeunes et lieu de réunion pour les anciens, ses mâts de géné340--MACHEKIE-Village.JPGration et ses wakas, sorte de totems dressés en mémoire des guerriers réputés et de leur famille. Nous ne sommes pas seuls, escortés par tout ce que le village compte de gosses excités et braillards, quémandant des sous pour être pris en photo. Nous rentrons à la nuit tombante en ville. Nous trouvons un lodge écologique où nous pouvons stationner sur le parking. Nous choisissons d’y dîner bien que les plats soient sans viande, pâtes ou riz aux légumes… Pas de bière et il ne nous en reste qu’une, l’autre s’est cassée dans le réfrigérateur. Mais il y a l’électricité et je peux recharger les appareils.

 

Vendredi 9 novembre : Je vais utiliser les commodités du lieu, les toilettes sont sèches mais la douche étonnamment tiède. Nous prenons la route, un goudron ancien mais correct au début puis une vingtaine de kilomètres  d’une mauvaise piste. Paysage de champs de maïs ou de coton, de bananeraies. Quand nous retrouvons le goudron la moyenne ne s’améliore pas car de très nombreux troupeaux ont envahi la route et ne se dérangent pas pour les véhicules. Il faut slalomer, freiner, frôler les vaches placides et injurier les pâtres349-ARBA-MINCH-Troupeau.JPG rigolards… Nous apercevons le lac Chamo peu avant d’arriver à Arba Minch, la première vraie ville d’Ethiopie. Nous nous rendons aussitôt au Bekele Molla Hotel où nous pouvons camper. Nous y sommes très bien accueillis par le patron qui nous invite à nous installer au bord de la terrasse avec une vue aérienne sur les deux lacs, le Chamo, gris métallique et l’Abaya rouge. Le lieu est idyllique, au calme, belle vue, des tables et des chaises à l’ombre pour en profiter. Nous repartons aussitôt, Jean-Pierre et moi, pour aller nous renseigner sur les excursions en bateau au Crocodile Market. Il semble qu’il soit préférable d’attendre demain matin. Nous réservons pour huit heures et rentrons au camping. Nous étudions ensemble la carte… Nous déjeunons à l’hôtel, le patron nous avait vanté sa cuisine et ses poissons, le tilapia frit et bien frit n’est pas à la hauteur des espérances. Nous ne nous pressons pas, je m’octroie 364-DORZE-Case.JPGmême une petite sieste dans le camion la première depuis longtemps. Nous repartons vers quinze heures dans la voiture de Jean-Pierre pour nous rendre dans les villages de montagne proches. Nous traversons la ville, plutôt laide et prenons sur quelques kilomètres la route d’Addis Abeba puis nous suivons une piste, pas fameuse mais sèche, qui s’élève rapidement en offrant de belles vues sur le lac. A plus de deux mille mètres d’altitude, nous atteignons des alpages très peuplés et un premier village, Dorze, où les touristes sont attendus, des châles tissés sont exposés à la vente. De belles cases coniques y sont visibles mais nous continuons jusqu’au village suivant Chencha. Le paysage alpestre est beau dans la lumière de fin d’après-midi, les vaches broutent une bonne herbe verte mais le village, un gros bourg, est sinistre et nous n’y apercevons aucune case. En nous renseignant, nous nous laissons conduire par un individu peu sympathique qui nous amène à une case inintéressante. Nous décidons de retourner à Dorze et rompons difficilement avec notre trop intéressé guide. Nous redescendons et nous arrêtons à la hauteur des autres véhicules de touristes garés sur la route. Un jeune se prétendant guide nous accoste et nous entraîne visiter une concession occupée par une vieille femme. Trois cases s’y dressent, une grande et deux plus petites pour la cuisine et pour les jeunes mariés ! Elles ont une forme d’obus, d’une hauteur d’une dizaine de mètres, sans pilier central. Une armature de bambou est recouverte d’un chaume tressé en feuilles de faux bananier. L’intérieur, forcément sombre, permet de loger une famille et une douzaine d’animaux qui tiennent chaud en hiver. Nous faisons un bref tour du village et des concessions éparpillées dans les faux bananiers, plus gros que les vrais mais sans fruits. Nous suivons un sentier boueux et Marie râle. Notre guide nous amène à la coopérative des tisserands où des hommes réalisent sur des vieux métiers des châles et des shamma peu épais puis il nous laisse aux soins de son « frère » qui parle bien anglais et nous fournit de plus amples et claires explications. Nous visitons une autre belle case qui a, extérieurement avec ses deux ouvertures pour la fumée et son avancée pour l’ouverture, l’allure et la taille d’un éléphant. Nous avons droit ensuite à une démonstration de la confection à partir de la374-DORZE-Injera.JPG pulpe fermentée du faux bananier d’une galette cuite entre deux feuilles au feu de bois. Nous la dégustons accompagnée de miel et de sauce piquante en la faisant passer avec des petits verres de l’alcool local. Le tout donne à Jean-Pierre l’énergie de conduire de nuit pour nous ramener à Arba Minch. Un peu trop même puisque pressé de doubler un camion qui transporte de minces troncs d’arbres, il le frôle de si près que l’un d’eux s’empale dans la carrosserie de son camion. Nous terminons la descente, retrouvons le goudron mais il y a foule sur la route. A la longue file des femmes cassées en deux par les charges qu’elles remontent, viennent se mêler les étudiants, à la hauteur de la faculté, qui ont envahi presque totalement la chaussée. Deux mondes qui ne se rencontreront jamais, se croisent… Nous rentrons à l’hôtel et Jean-Pierre découvre alors que le tronc d’arbre qui s’était encastré dans sa voiture l’a traversée sur toute la longueur, explosant les parois des coffres ! Il faut le découper, à la machette et à la scie à métaux, en tronçons, pour l’extraire. Nous dînons encore au restaurant, tout est toujours trop frit. Je reste écrire sur la véranda, pour le plus grand plaisir des moustiques.

 

Samedi 10 novembre : Très mauvaise nuit. Je ne parviens pas à m’endormir et les moustiques ne m’y aident pas. Je rallume, lis, les guette, en tue deux, les autres attendent le retour de l’obscurité pour revenir m’agacer les oreilles… Nous sommes prêts à huit heures pour le rendez-vous avec le guide. Jean-Pierre va chercher les autorisations d’entrée dans le parc et nous partons avec guide et batelier à l’embarcadère. Après avoir pataugé dans les berges du lac, nous montons dans une barque métallique pour une traversée du lac Chamo. Le vent frise les eaux et nous sommes légèrement aspergés par les embruns. Nous apercevons une colonie de pélicans mais nous ne les approchons pas. De384-ARBA-MINCH-Lac-Chamo-Crocodiles.JPGs hippopotames pointent leur museau mais nous en avons vu d’autres et ce n’est pas le but de la promenade. Nous abandonnons la navigation au moteur et continuons de nous mouvoir à la perche dès l’embouchure d’une rivière. Nous sommes à Crocodile Market, ainsi nommé par le nombre important de ces sympathiques sauriens que l’on y rencontre. Effectivement plusieurs se prélassent sur les berges boueuses de l’étroit ruisseau, quelques-uns baillent et exhibent une dentition à se faire pâmer notre dentiste, d’autres rêvent à quelque tendre cuisseau… Deux sont particulièrement impressionnants par leur taille. Il y a là plusieurs sacs Hermès et un bon400-ARBA-MINCH-Lac-Chamo-Crocodiles.JPG nombre de mocassins et de ceintures. Rejoints par d’autres touristes, nous leur abandonnons la place et rentrons à bon port. Nous repartons, sans trouver beaucoup de ravitaillement, que de l’eau et du pain ! La route n’est pas fameuse, nids de poule, passages de piste, traversée de rivière sur des ponts en mauvais état et impossible de ne pas surveiller gens et animaux qui se promènent sur la route. Nous continuons de longer le lac Abaya, très ferrugineux. Les gosses, à notre passage, hier se trémoussaient en faisant mine de se taper le cul par terre, ici ils agitent une jambe en l’air comme pris de la danse de Saint-Guy. Un guide nous a expliqué qu’ils manifestaient ainsi leur demande de bouteilles d’eau en plastique ! Nous arrêtons pour déjeuner dans un endroit que nous croyons tranquille mais nous sommes aussitôt le spectacle de l’année, des gosses surgissent de partout, les villages des environs se vident, les parents rejoignent leurs enfants, des Blancs se sont arrêtés ! Nous ne pouvons pas laisser la porte de la cellule ouverte, les quolibets fusent, nous sommes le meilleur spectacle de l’année ! Peu apprécié des acteurs… ? Nous avons rarement été aussi entourés… Nous continuons sur une route qui s’améliore mais à l’approche de Shashemene, nous croisons ou doublons des centaines de charrettes tirées par un ou plusieurs malheureux petits ânes et pilotées par des Ben Hur locaux. A se demander laquelle des deux conditions, animale ou féminine est la pire en Ethiopie ! La traversée de la ville relève de l’épopée !  Des charrettes, des tuk tuks, des minibus, des camions, de plus rares voitures et une multitude de piétons inconscients s’agitent dans un mouvement brownien désordonné. Trouver son chemin sans en heurter aucun, relève de l’exploit ! Nous devons être dans une région à forte population musulmane car le nombre de mosquées est important, chaque hameau a la sienne, très simple, avec un minaret de tôle ondulée peint de couleur vive. Les champs sont délimités par des haies de beaux cactus et des buissons de fleurs rouges. Après Shashemene les moissons sont terminées et de grandes meules de foin ponctuent un paysage assez407-LAC-LANGANO-Bivouac.JPG quelconque. Je commence à fatiguer et souhaite m’arrêter au plus tôt. Nous sommes alors entre les lacs Abyata et le lac Langano. Jean-Pierre se décide à utiliser son ordinateur pour nous diriger vers un campement sur les bords de ce dernier. Le lodge est fermé mais on nous autorise à nous installer sur les bords du lac. Quatre pélicans nous y souhaitent la bienvenue, nous sortons table et fauteuils pour prendre un ouzo en attendant le tombée de la nuit. Nous dînons  chacun dans notre camion, la température extérieure n’étant pas assez clémente pour un dîner en plein air.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 17:32

Mardi 16 octobre : Nuit bien au calme. Nous repartons jusqu’au village où nous trouvons un cybercafé avec une connexion pas plus lente qu’à Mwanza. Nous mettons un message à Julie et le blog à jour. Nous filons sur une route neuve jusqu’au carrefour de celle pour le Rwanda. Elle est alors grêlée de nids de poule et parcourue dans les deux sens par des camions lourdement chargés de conteneurs. Quelques-uns, versés dans le fossé, n’arriveront pas… Nous parvenons au poste frontière, les formalités sont rapides côté tanzanien et personne ne me demande de payer la taxe sur le séjour de la voiture dans le 002 RUSUMU Chutespays. La rivière Rusumu fait office de limite entre les deux états, nous la traversons sur un pont construit au-dessus des chutes où des flots boueux se précipitent en grondant. Côté rwandais, personne ne trouve bizarre que nous nous présentions avec deux jours d’avance sur notre autorisation de visa ni ne s’aperçoit de l’erreur de date de naissance. Le carnet de passage en douane est tamponné sans que l’employé ne jette un coup d’œil à la voiture. Et nous voici au Rwanda ! Impression d’un gros changement, d’abord la conduite est à droite, la population populeuse, des gens partout le long de la route, les villages interminables. Pas de papiers gras, les sacs plastiques sont interdits, nous ne voyons pas de tas d’ordures dans les villages. Les maison003-RUSUMU-Curieux.JPGs sont toutes à toit de tôle, coquettes avec des parterres de fleurs ou des haies devant. Nous sommes au pays des Mille Collines. Nous en dévalons et escaladons quelques-unes sur une bonne route, souvent en corniche, d’où nous contemplons un paysage de riches cultures, rizières dans le fond des vallées et bananeraies sur les flancs des collines. Nous nous arrêtons à une coopérative où des femmes vendent des carreaux décoratifs, imigongo, fabriqués en bouse et urine de vache, autrefois destinés à décorer l’intérieur des maisons et aujourd’hui celui des touristes. Nous en achetons un pour nous et un en cadeau pour Noël. Trouver un endroit isolé pour déjeuner au calme est impossible. Aussitôt arrêtés, nous sommes la proie des curieux, surtout des gosses qui n’en croient pas leurs yeux de nous voir déjeuner à table, tirer de l’eau au robinet qui coule dans un lavabo puis sur le sol. Ils sont alors tous à plat ventre pour vérifier l’exactitude du phénomène. Azalaï ou la tentation de l’Occident ? Mais plus tard ce pourrait être Azalaï ou le Rêve brisé… à l’origine de frustrations qu’un élève séminariste, futur dictateur saurait canaliser en sa faveur… Nous quittons la bonne route pour partir sur une piste, pas trop mauvaise mais 007 NYAMATA Génocidemoins intéressante que la route goudronnée. Elle longe des lacs, traverse une rivière puis retrouve le goudron. Nous nous arrêtons, peu avant Kigali, à Ntarama pour aller voir un lieu de mémoire du génocide Tutsi. Une église, dont tous les occupants furent sauvagement massacrés, a été conservée en l’état, un toit moderne la protège des intempéries. A l’intérieur des crânes, certains d’enfants ou de bébés, des os, les vêtements en loques, les chaussures, tous les biens des malheureux suppliciés sont conservés. Difficile de ne pas penser à Auschwitz. Des cercueils couverts de fleurs séchées sont en attente d’une fosse commune. Dans une maison annexe, la tache sombre du sang des crânes d’enfants éclatés contre un mur. Après ce frisson dans le dos, nous atteignons Kigali et ses encombrements. Sans entrer dans la ville, nous trouvons à proximité de l’aéroport un complexe hôtelier où nous pouvons camper, en fait nous garer sur un parking et utiliser les sanitaires de la belle piscine en contrebas. Nous nous y installons pour boire un soda, recharger la batterie de l’ordinateur en mettant à jour le blog, mais la musique en provenance d’un centre de fitness est pénible et nous interdit de jouir d’une soirée au calme.

 

Mercredi 17 octobre : Après avoir profité des installations sanitaires de la piscine, avec de l’eau chaude, j’utilise un jet d’eau pour laver le plus gros de la boue qui recouvre la voiture. Nous partons en utilisant le logiciel T4Africa pour trouver le garage Land Rover mais il n’est plus à l’endroit prévu. Nous trouvons un garage Rwanda Motors qui en est le représentant. Je demande une révision et fournit les pièces détachées. On nous propose de nous déposer en ville en attendant la fin des travaux. Nous devons patienter un quart d’heure qui en dure au moins trois avant qu’un sympathique commercial, francophone, ne nous emmène au centre commercial. Contrairement aux responsables administratifs de la frontière qui ne parlaient qu’anglais, les employés du garage parlent tous plus ou moins français sauf le chef d’atelier, métis d’Indien. Nous sommes en plein dans le centre de la moderne Kigali qui se construit, des banques, immeubles de verre, prétentieux, sécurisés avec portique de contrôle comme le Mall commercial. L’office du tourisme a disparu, rasé au profit d’un nouvel édifice. Nous faisons le tour de deux pâtés de maisons, promenade fatigante, la ville est construite sur des collines et l’on monte et descend sans cesse. Marie rend visite à toutes les010 KIGALI Centre boutiques d’artisanat, les mêmes qu’à Dakar ou au Cap… Nous allons déjeuner dans un établissement avec une terrasse, fréquenté par les employés des bureaux voisins. Tous ont pris la formule du buffet qui semble générale et se servent de très généreuses portions de pommes de terre à l’eau, de riz et de spaghettis couverts d’une sauce peu appétissante, avec des brochettes. Nous avons voulu commander des plats de la carte. Nous attendons longuement devant deux vrais demis de bière pression l’arrivée de nos plats. Pour Marie des côtes de porc correctes et pour moi des morceaux de viande, pas vraiment tendre, de chevreau, débités à la machette et cuisinés en sauce, rien d’inoubliable. Un violent orage éclate avec des grêlons puis cesse aussi vite qu’il était venu. Dix minutes plus tard il n’en reste plus trace. Nous revenons au centre commercial, où nous faisons des courses. Puis nous attendons notre chauffeur, presque ponctuel qui nous ramène au garage. Problème : la révision a été faite mais la voiture ne démarre pas ! Comme à Pemba, impossible de tourner la clé. Le chef d’atelier s’escrime sur le Neiman pour le démonter, il y passe le reste de l’après-midi. Nos espoirs d’avancer en direction de Butare s’envolent, nous allons devoir dormir sur place. Le directeur belge, Hugues, nous propose de nous héberger chez lui. Nous abandonnons les mécaniciens qui continuent de travailler sur la voiture et Hugues nous emmène chez lui. Nous faisons connaissance de sa femme Cécile et de ses deux garçons. Accueil très sympathique, Si Hugues reste plus réservé, sa femme est prête à tout faire pour nous faire plaisir. Nous essayons de téléphoner de chez eux à Julie qui ne répond pas et à Nicole qui nous apprend le malaise d’André au volant ! Nous allons nous coucher tôt pour ne pas perturber leur rythme… 

 

Jeudi 18 octobre : Nous avons dormi dans un grand lit, sensation oubliée ! Nous profitons de la douche chaude avant le petit déjeuner pris en compagnie de Cécile, son mari Hugues est parti travailler, les enfants sont à l’école. Mille idées jaillissent de sa cervelle et se bousculent pour sortir toutes en même temps… elle voudrait nous faire visiter encore plein d’endroits, nous montrer des commerces. A dix heures elle nous emmène, ou plutôt son chauffeur, nous emmène à l’atelier. Le Neiman est remonté, la voiture tourne mais il faut faire attention en retirant la clé. J’avais demandé qu’une soudure soit refaite au crochet de fermeture du capot, elle a été oubliée mais ils s’en occupent aussitôt. Marie repart avec Cécile pour un marché artisanal tandis que je fais du rangement dans la voiture. L’addition a été allégée par Hugues et je règle en dollars. Mais je ne suis qu’à demi satisfait, la réparation du Neiman ne peut qu’être que provisoire et la soudure ne m’inspire qu’une confiance relative. Marie revient, avec quelques bijoux, nous faisons nos adieux à nos hôtes avec promesse de donner des nouvelles et nous prenons la route. A deux reprises le volant fait mine de se bloquer, ce qui m’inquiète au début mais ne se reproduit pas. La route 022 BUTARE Terrassestraverse un paysage de collines qui pourrait être malgache mais les maisons, bien que parfois à toits de tuiles, n’ont pas le charme des habitations traditionnelles de la Grande Île avec ses balcons de bois ouvragés. Les cultures forment un patchwork de lopins sur les collines, quelquefois en terrasses. Malheureusement le soleil est absent et c’est sous une épaisse couche nuageuse grise que nous roulons en direction du sud, jusqu’à Butare. A l’entrée de la ville nous allons visiter le Musée national du Rwanda, un beau bâtiment moderne, désert avec de belles collections ethnographiques. Les vitrines les plus remarquables présentent des travaux de vannerie d’une exceptionnelle beauté. Dans une salle a été remontée une case traditionnelle, toute en fibres végétales, on foule, pieds nus, des épaisseurs de nattes, également disposées sur une couche bien étroite. Nous en repartons, entrons dans la ville et cherchons un emplacement pour la nuit. Nous tentons notre chance à la procure qui héberge des voyageurs mais pas question de dormir dans la voiture. C’est finalement sur le parking d’un hôtel, à l’abri des curieux et des bruits de la route que nous nous installons.

 

Vendredi 19 octobre : Marie n’apprécie pas l’anti-paludéen et le vomit avec le petit-déjeuner… Je refais les pleins d’eau et gratte les cosses du coupleur-séparateur. Il semble que cela soit efficace, la batterie se charge mieux. Nous allons en ville racheter une indispensable bouteille de vin puis nous prenons la route qui doit nous amener au lac Kivu. Contrairement à ce que je croyais, elle est goudronnée mais je ne roule pas vite, à cause du011-BUTARE-Rizieres.JPG paysage de rizières qu’un timide soleil éclaire. Avec les bananiers et les eucalyptus, l’impression de déjà vu dans la Grande Île se confirme. Nous arrêtons presque aussitôt pour visiter une étainerie où des ouvriers réalisent divers objets dans un métal très pur, plus de 99%, Marie repart avec une bague et des notions de fonderie… La route monte dans les collines, les lopins de terre cultivés sur leurs flancs, les champs en terrasse, et les rizières avec leur vert tendre, dans les vallées, sont superbes. Nous sommes entourés de toute part par ces rouges et verts disposés en couches, en strates, en coulées, des tableaux abstraits de toute beauté. Plus haut, nous commençons à rencontrer de petites plantations de théiers de petite taille qui ajoute une 029-NYUNGWE-Foret.JPGouche supplémentaire au décor végétal. Puis nous entrons dans le parc national de Nyungwe, la route avec alors de beaux nids de poule se fraie un chemin, à plus de 2400 mètres d’altitude, dans une épaisse forêt primaire où l’on ne peut se promener qu’à pied. A midi, nous retrouvons une bonne route récente qui aboutit au lac Kivu que nous apercevons dans la brume. Nous continuons d’abord sur une route en construction, puis sur une mauvaise piste, en le longeant, en corniche, avec des vues sur les multiples golfes, bras de mer, fjörd, qui pénètrent dans les collines, toujours couvertes de cultures en terrasses. Un gros orage éclate, on ne distingue plus grand-chose du paysage et la piste devient boueuse, Nous roulons, glissons dans les ruisseaux qui creusent la terre. La voiture bascule, tangue, roule et avale centaine de mètres par centaine de mètres. Il nous faudra quatre heures pour moins de cent kilomètres. La pluie diminue d’intensité sans s’arrêter complétement. Nous retrouvons le goudron à Kibuye et cherchons le lodge tenu par Nathalie, l’amie de Cécile et Hugues, nos hôtes de Kigali. Nous nous trompons de route, revenons sur nos pas et le trouvons au bout d’une piste très difficile. Le034-KIBUYE-Lac-Kivu.JPG site est enchanteur, les chalets en bois, dominent une crique ouverte sur le lac. Sur l’autre rive, au Congo, les milices s’entretuent, pillent, violent… Ici, Luxe, Calme et Volupté… Enfin pour les heureux élus. Nous n’en sommes pas vraiment puisqu’on nous fait comprendre que notre présence sur le parking n’est pas vraiment souhaitée. Nous pouvons nous installer à l’extérieur, hors de vue des hôtes distingués… Pas rancuniers, nous allons profiter des fauteuils du salon et du feu dans la cheminée pour jouir de la vue sur le lac. Nous profitons aussi d’une connexion internet. Pas de message de Julie, Guy et Marie-Jo sont repartis et les douanes sud-africaines aimeraient retrouver trace de notre sortie… Nous dînons au restaurant mais la cuisine n’est pas à la hauteur du cadre, surimi au lieu de crabe et poisson sans saveur.

 

Samedi 20 octobre : Nous avons très bien dormi sur notre butte, pas gênés par les voisins… Nous repartons, longeons le lac paisible avant de repartir sur une piste qu’un optimiste qualifierait de « pas pire que celle de la veille » et un pessimiste de « aussi mauvaise que celle de la veille ». Elle s’éloigne du lac et repart dans les montagnes. Nous allons être fréquemment à plus de 2000 m039-KIBUYE-Bananes.JPGètres d’altitude, dans les eucalyptus, entre le patchwork des cultures. Nous croisons beaucoup de gens endimanchés qui, la Bible en main, se rendent à leurs églises respectives pour une journée de prière. D’autres ont de moins spirituelles activités, des hommes portent des régimes de bananes sur la tête ou en hissent d’énormes accrochés au cadre de bicyclettes, qu’ils poussent en s’arcboutant dans les côtes. Les femmes portent, également sur leur tête, des tiges de canne à sucre et se hâtent vers les marchés où elles vont tenter de gagner quelques francs en les revendant. Nous traversons des restes de la forêt primitive que l’on continue de défricher. Des arbres sont abattus et les troncs sont045-KIBUYE-Marche.JPG débités en planches par des scieurs de long. Parfois, une échappée nous permet d’apercevoir dans le lointain, perdu dans la brume, le lac Kivu et les îlots qui le parsèment. Les kilomètres défilent lentement, 25 km/h de moyenne. Dans un hameau, nous surprenons une assemblée réunie sur une prairie, une troupe danse et chante, accompagnée par un petit groupe sur des rythmes africains. Nous nous arrêtons, aussitôt assaillis par les gosses, que la présence de muzungu, des Blancs, excite à tel point que nous n’entendons plus les chanteurs ! Un des pasteurs présents se détache de l’assemblée et vient nous expliquer qu’il s’agit d’une réunion des fidèles de 061-GISENYI-Eglise-pentecotiste.JPGdifférentes chapelles de l’église Pentecôtiste, à l’occasion de la venue d’une prédicatrice. Nous sommes invités à participer. Nous allons donc nous asseoir sous un dais dressé pour les plus hautes instances, accompagnés par une brochette de pasteurs confits en dévotion. Un des assistants vient nous expliquer la raison de cette réunion tandis que divers groupe, un par chapelle, danse et chante, sur des airs entraînants, des histoires tirées des Ecritures. Nous devons nous présenter et il traduit pour l’assistance. Nous nous déclarons bons chrétiens et plus précisément catholiques… Les festivités vont se gâter quand la prédicatrice venue de Kigali066-GISENYI-Eglise-pentecotiste.JPG pour répandre la bonne parole, la prend. Elle commence par raconter sa prise de conscience de sa foi puis le miracle qui l’a amené à prêcher. Elle enchaîne avec la Genèse, embraie sur Caïn et Abel et habilement fait le parallèle avec le génocide et les frères ennemis Hutus et Tutsis. Au bout de plus d’une heure, alors qu’elle semble bien lancée pour une leçon de morale sur le mariage, nous jetons l’éponge, prétextons un rendez-vous et nous nous éclipsons… Nous nous arrêtons un peu plus loin pour déjeuner, alors que nous sommes dans la région des plantations de thé. Nous retrouvons les collines d’arbustes soigneusement peignées qui soulignent les ondulations du terrain. Comme d’habitude, nous sommes le sujet de la curiosité des passants qui se souviendront de ces Blancs qui ont une voiture avec robinet d’eau, table etc… Une noce déboule sur la piste, tous sont en joie, dansent, chantent, sauf les mariés…Enfin, nous arrivons au bout de la piste, retrouvons un bon goudron pour les derniers kilomètres jusqu’à Gisenyi au bord du lac. Nous allons jusqu’au poste frontière congolais par une superbe promenade en bord de plage, ombragée par des coco075-GISENYI-Theiers.JPGtiers. Nous continuons sur du goudron et reprenons de l’altitude en apercevant les premiers volcans de la chaîne des Virunga. Les hameaux se succèdent sans interruption et la foule qui se presse le long des routes interdit toute distraction. Un gros orage, accompagné de grêle, éclate, nous attendons qu’il passe puis repartons, traversons Ruhengeri avec en point de mire les trois derniers volcans dégagés des nuages. Nous faisons un court détour pour aller voir un lac avant d’atteindre la frontière. Rapide sortie du Rwanda malgré des policiers douteux puis entrée en Ouganda, achat du visa, règlement d’une taxe de circulation et nous retrouvons la conduite à gauche et l’anglais comme seule langue. La nuit tombe, nous nous dépêchons d’arriver à Kisoro où nous cherchons un camping dans un hôtel. Nous y sommes seuls mais bientôt une sono se déchaîne, des voisins fêtent un anniversaire… Marie pousse de gros soupirs…

 

 

Dimanche 21octobre : La fête continuant, nous nous déplaçons dans le fond du terrain, avec le toit baissé, pas de risque de transpirer à cette altitude, nous n’entendons presque plus rien. Le ciel est tout gris hélas ! La route, excellente, qui s’élève rapidement offrirait de 001-KISORO-Grues.JPGbeaux points de vue sur les trois volcans que nous devinons, avec en premier plan, tous les petits pitons couverts de champs pentus en damiers. Une bande de grues couronnées est perchée sur le bord de la route et se laisse photographier avant de s’envoler. Malgré l’excellent revêtement, nous n’avançons pas vite. La cause est due aux ralentisseurs particulièrement redoutables en Ouganda qui doivent être négociés un par un, rigoureusement au pas. De l’autre côté du col, plus de cultures mais une forêt dense. Nous continuons par une piste avec de bons et de moins bons passages, elle grimpe à plus de 2500 mètres d’altitude dans une forêt qu’exploitent des bûcherons. La pluie s’en mêle et transforme la piste en gadoue. Dans une006-KANONGO-Camion.JPG montée, un camion s’est mis en travers et ne parvient pas à repartir. J’attends que la pluie cesse puis monte voir ce qui se passe. Le chauffeur ne sait pas quoi faire et ne cherche pas de solution. Je propose mes tôles de désensablement. Le chauffeur d’un autre camion en comprend aussitôt l’utilité et les emporte. Mais ils ne savent pas bien les utiliser, je dois intervenir, gêné de jouer les Blancs donneurs de leçons. Les chauffeurs ne semblent avoir aucune expérience de ce genre de situation, braquent les roues dans le mauvais sens, font rugir le moteur, patiner les roues, mais, mètre par mètre, ils se hissent tous deux au sommet de la côte. Remerciements au muzungu et nous continuons. Nous redescendons dans les zones de culture, plus peuplées, la piste s’améliore. Nous filons en direction du lac Edward que nous apercevons dans le lointain. Nous parvenons au parc Queen Elizabeth II mais nous apprenons que notre véhicule immatriculé hors d’Ouganda doit payer un droit d’entrée de 150 $ ! Les tarifs atteignent ici des sommets, les prix qui nous paraissaient exorbitants au Botswana ou en Tanzanie, nous paraissent honnêtes vus d’ici où on demande 750 $ pour aller voir une heure les gorilles ! Nous renonçons donc à tenter notre chance de voir des lions sur les arbres, la spécialité locale, et continuons sur la piste publique qui traverse, sans péage, le 011-PARC-ELIZABETH-Babouins.JPGparc. Les pluies ont laissé bon nombre de mares dans lesquelles, l’une après l’autre, nous rebondissons. Nous apercevons tout de même trois éléphants aussi noirs que la voiture… Des babouins en bande occupent à plusieurs reprises la piste et se sauvent à notre approche en nous montrant un très vilain derrière. Nous atteignons un mauvais goudron que nous quittons presque aussitôt pour replonger dans une piste boueuse jusqu’au Bush Camp, un campement de toile, très agréablement situé sur un promontoire au-dessus du chenal qui relie le lac Edward et le lac George. Nous profitons de la tente-salon pour relire le blog en écoutant les hippopotames grogner en contrebas.

 

Lundi 22 octobre : Dans la nuit retentissent des cris non identifiés, hippopotames en colère, pleurs de hyènes ? Une multitude de piafs a chanté avec beaucoup de véhémence la venue du jour nouveau. Nous devons nous doucher à l’eau froide, la chaude promise a été oubliée. J’aperçois un souï-manga, une variété de colibri, bel oiseau au plumage métallique et que je rêvais de voir depuis la lecture des « Flamboyants ». Nous rejoignons la route, traversons sur un pont le chenal et quittons le parc en apercevant des buffles et des gazelles014 EQUATEUR le long de la route. Quelques kilomètres plus loin, nous changeons d’hémisphère, un monument le signale, la photo est obligatoire. Nous continuons dans un paysage peu intéressant, un plateau à 1000 mètres d’altitude, couvert de cultures, maïs, coton. La route est bonne, nous avançons aussi vite que le permettent les féroces ralentisseurs. A Fort Portal, nous rendons visite au supermarché Andrew’s. Un fouillis organisé où on trouve de la viande congelée et autres produits indispensables à l’expatrié, vin, jambon, yaourt etc… Le cybercafé est en panne de courant, nous continuons sur une trentaine de kilomètres en retrouvant des plantations de thé qui couvrent des vallons sur des hectares, sans les lignes harmonieuses des collines du Rwanda. Nous prenons ensuite une très bonne piste qui est un raccourci avant de retrouver116-KAMPALA-Panneaux.JPG la principale, plus fréquentée et moins bonne. Dans la traversée des villages, du moins de ceux qui sont des carrefours, il est difficile d’ignorer, comme dans les pays précédemment traversés, les nombreux panneaux qui indiquent les églises et les écoles. Il y a toujours une mosquée, peinte en vert et blanc, une église catholique et divers temples pour chacune des cultes protestants, adventistes, pentecôtistes, baptistes, méthodistes etc… Quant aux écoles, il y a les officielles et les privées, confessionnelles des différentes sectes (voir la liste ci-dessus), les « collèges » aux noms pompeux et souvent qualifiés d’ «international ». Ne nous plaignons pas, pour une fois que des citoyens ont foi dans l’enseignement… Les agglomérations sont souvent réduites à une rue principale bordée de maisons de commerce, toutes identiques, sans étage, et peintes de couleurs vives, bleu électrique, jaune poussin ou rose selon les opérateurs téléphoniques qui, en échange de l’apposition de leur logo publicitaire, ont payé la peinture. Sur les motos, le nombre minimal de passagers est de trois, les femmes en amazones, plus s’il y a des enfants…Après les plantations de thé, ce sont les champs de canne à sucre qui022 FORT PORTAL Vaches bordent la route. Nous rencontrons des vaches, comme celles entraperçues en sortant de Tanzanie, aux cornes gigantesques, un véritable handicap pour les pauvres bêtes ! Nous passons Hoima, sinistre agglomération que les flaques d’eau stagnante, dans chacun des nids de poule des restes de goudron du centre-ville, rendent encore moins engageante. La piste est bien meilleure ensuite mais parfois bombée et ravinée. Elle est dangereuse car tout le monde roule vite et au milieu, quelques croisements sont périlleux. Les derniers cinquante kilomètres sont vite avalés, heureusement car je commence à sérieusement fatiguer. Parvenus à Masindi, nous trouvons aussitôt l’hôtel du même nom, un vieil établissement colonial au charme suranné, autrefois fréquenté par Humphrey Bogart et Kathryn Hepburn au temps du tournage d’African Queen et par Hemingway. Il en reste une attitude compassée du personnel et un éclairage chiche qui interdit la lecture dans le salon. Le camping est sur une pelouse ombragée par de beaux arbres fréquentés par des calaos, nous y sommes les seuls et avons la jouissance d’un bloc sanitaire impeccable. Un démarcheur vient nous proposer de nous emmener au parc Murchison mais il nous en coûterait plus cher qu’avec notre voiture. Nous profitons de la connexion internet pour lire le courrier. Nous mettons le blog à jour puis regagnons le camion pour nous mitonner un énorme steak de viande hachée.

 

Mardi 23 octobre : Après du change à la banque et un plein de gasoil, nous prenons la bonne piste qui mène à l’entrée du parc Murchison. Nous nous renseignons sur les conditions tarifaires et après avoir réglé notre dû, nous entrons dans une belle forêt, Fontainebleau ou Rambouillet, A l’exception de bandes de babouins et de quelques phacochères, nous ne verrons aucun animal. Nous arrivons à un campement, le Red Chili Pepers, où nous pouvons camper sur un terrain bourbeux aux sanitaires douteux. Nous sommes assommés par la moiteur, la température a dû grimper de plus de dix degrés depuis que nous sommes descendus à de basses altitudes. Hier, il n’avait presque pas p045 MURCHISON Hippopotameslu et aujourd’hui le soleil est bien présent. Nous allons nous renseigner sur les possibilités d’excursion en bateau aux chutes puis revenons déjeuner sur une table du campement, fréquenté par tou s les routards qui passent par l’Ouganda semble-t-il. Nous faisons la connaissance de Sarah et de sa mère Perrine, deux Françaises en voyage. Nous les retrouvons sur le bateau qui nous emmène en croisière. Nous remontons le courant du fleuve. Des Ibis, des oies, des papyrus, mais c’est… bien sûr… le Nil ! Le Nil Blanc qui prendrait sa source dans la région, source que tous revendiquent. Sur les berges et même au milieu, de nombreuses colonies d’hippopotames, plus que nous n’en avons ja041-MURCHISON-Jabiru.JPGmais vu, sont au bain, mais pour la première fois, nous en voyons beaucoup qui émergent avant de retourner dans l’eau. De rares crocodiles, phacochères et quelques cobs complètent la  ménagerie mais pas de lions ou d’éléphants qui viendraient boire dans le fleuve. Le spectacle est aussi dans les beaux oiseaux qui peuplent les rives, beaucoup nous sont inconnus mais leurs plumages colorés nous enchantent. Des guêpiers nichent dans des trous creusés dans une falaise en terre, des tisserins filent leurs nids, boules suspendues aux branches, des hérons surveillent tout le monde et des jabirus au bec multicolore étonnent. Les berges se rapprochant, une écume sale signale l’approche des chutes. Nous les apercevons au fond d’une gorge dans un cirq065-MURCHISON-Chutes.JPGue de forêt, mais pas question d’aller jusqu’au pied, le courant est trop fort… Nous nous sentons frustrés. Retour plus rapide, le plongeon dans l’eau d’un énorme crocodile est la seule distraction avant d’accoster. Nous ramenons nos deux compagnes au campement et nous nous affalons dans des fauteuils et commandons des bières fraîches. Il en faudra plusieurs pour nous désaltérer, au grand désespoir de Marie qui ne laisse pourtant pas sa part. Réponse de Vera, l’amie de Joseph à Kampala, il faudra que nous appelions son mari Francis. Nous dînons ensemble en discutant puis chacun regagne qui son terrain de camping, qui son banda, case à toit de chaume.

 

Mercredi 24 octobre : Dès que le jour perce, peu après six heures, je me lève, rabats le toit en laissant Marie couchée et je démarre la voiture pour nous rendre au débarcadère du ferry. Nous y sommes les premiers, vite rejoints par d’autres véhicules de touristes. Nous embarquons sur un bac tout simple qui ne prend que huit voitures et nous sommes vite de l’autre côté. Les autres se précipitent sur la piste, nous nous garons à l’ombre et petit déjeunons puis, à notre tour, nous nous mettons en route. Tout de suite nous apercevons des bubales, des buffles et des impalas en grand nombre. Nous prenons une piste plus étroite qui traverse une zone de végétation dense mais nous avons la chance d’y voir, dès le081-MURCHISON-Girafes.JPG début, un troupeau d’une vingtaine de girafes qui traversent, majestueuses, la piste devant nous, en file indienne, nous jetant, chacune à leur tour, un regard courroucé. Quelques centaines de mètres plus loin, un petit troupeau d’éléphants nous exprime sa réprobation d’être ainsi perturbé. Nous, ce qui nous perturbe, surtout Marie qu’elles semblent apprécier tout particulièrement, ce sont les mouches tsé-tsé. A cause d’elles, nous sommes obligés de remonter les vitres et de rouler ainsi, sans climatisation. Nous ne voyons plus rien jusqu’à ce que nous parvenions au bord du fleuve où nous retrouvons buffles en grand troupeaux, gazelles et antilopes. Nous cherchons sans en trouver les fameux bec-en-sabot, gros oiseau qui niche, en principe, 086-MURCHISON-Elephants.JPGdans les îles du delta que forme le fleuve à son débouché dans le lac Albert. Nous longeons les bords du Nil sans autres occupants que ceux précédemment rencontrés. Un éléphant s’est mis à l’ombre d’un acacia parasol, des hippopotames se prélassent dans l’eau, des ibis perchés sur leur dos. Nous nous en éloignons par une piste qui traverse une belle savane plantée de rôniers et de rares arbres à saucisses. Nous cherchons les lions et les guépards mais les herbes hautes leur garantissent la plus parfaite discrétion, c’est à peine si les têtes des gazelles, curieuses, en dépassent. En nous élevant nous admirons un superbe paysage de savane africaine, fermé par le lit du Nil Blanc et en arrière-plan, les montagnes du Congo. Nous retournons par une autre piste sur laquelle nous croisons un important troupeau de girafes qui se régalent des107-MURCHISON-Nil.JPG épines des acacias, au confluent du Nil et du lac Albert. Nous y retrouvons les mêmes buffles qui ont la chance de se rouler dans des bauges et ainsi se protéger des piqûres des tsé-tsé. Nous nous égarons sur une piste qui passe trop près du bord et se perd dans des marécages. Nous retrouvons notre chemin, revenons par une piste sans intérêt avant de revoir de belles girafes près du débarcadère. Nous nous garons à l’ombre, déjeunons et traversons le Nil une dernière fois. Nous passons au campement nous ravitailler en bières fraîches. Je réussis à joindre Francis, l’ami de Joseph qui dit nous attendre et pourra nous loger. Nous nous rendons ensuite par une piste, aux chutes Murchison et atteignons un parking devant lequel les eaux se précipitent dans 114-MURCHISON-Chutes.JPGdes rapides avant de s’écrouler une quarantaine de mètres plus bas. Mais pour voir la chute il faut descendre un sentier, approcher d’une balustrade, se rafraîchir aux embruns qui nous enveloppent et se pencher au-dessus des eaux grondantes. Nous glissons sur les roches, enfonçons dans la terre gorgée d’eau et apercevons les eaux apaisées qui s’écoulent vers l’îlot que nous avions atteint la veille en bateau. Nous envisageons de rester camper la nuit à proximité, le long des rapides, mais la présence des mouches tsé-tsé et l’heure encore précoce nous incitent à reprendre la piste et à retourner à Masindi. Encore une longue journée de route mais nous savons qu’un agréable camping nous attend. Nous nous installons au même endroit et décidons de dîner au restaurant. La cuisine proposée est exclusivement indienne, bien épicée, un poulet élastique sauce masala pour Marie et un bon poisson tikka pour moi, hélas avec une bière pas glacée…

 

Jeudi 25 octobre : Dans la nuit je suis pris d’irrépressibles grelottements. J’ai froid mais m’enfouir dans le duvet n’y change rien, je claque des dents et j’ai une brusque poussée de fièvre. Cela passe mais je ne me sens pas bien, et ne retrouve plus le sommeil. Crise de palu qui expliquerait mes maux de tête de ces derniers jours ou vulgaire intoxication alimentaire ? A l’heure de se lever, je ne suis pas très frais… Nous ne nous pressons pas et ce n’est qu’à dix heures que nous quittons Masindi. La route excellente qui traverse un plateau couvert d’une brousse clairsemée, occupée par des élevages, autorise une moyenne élevée et à midi nous sommes presqu’à Kampala. Nous nous arrêtons peu avant pour déjeuner. Nous utilisons T4Africa pour trouver le Kabira country club où nous avons rendez-vous. La ville se répartit sur sept collines qui entourent un marais occupé par un bidonville misérable. Francis vient nous chercher et nous emmène chez lui, une grande maison devant un superbe jardin tropical et même un ravinala. Lui est malgache, sa femme Vera que nous ne verrons que demain soir, est hongroise. Chacun d’eux parle dans sa langue à leurs deux enfants, mignons à croquer, et communique avec son conjoint en français ! Les enfants sont scolarisés dans une école anglophone !!! Je repars avec Francis au garage Land Rover où je trouve le Neiman mais ils ne peuvent le poser que lundi car demain, jour de fête musulmane, est férié ! Nous allons tous ensemble faire des courses dans un supermarché proche et très bien fourni. Retour à la maison pour s’occuper des lessives, Francis fait la cuisine et moi une courte sieste, puis je consulte la messagerie internet. Nous dînons sur la terrasse avec vue sur le jardin. Les côtes de bœuf ne sont pas vraiment « bleues » mais les frites de patates douces compensent. Nous restons tard à bavarder avant d’aller nous coucher dans un vrai lit.

 

Vendredi 26 octobre : Une bonne nuit dans un lit confortable et aucune hâte au réveil. Francis a préparé des crêpes pour le petit déjeuner. Les enfants jouent avec leur lapin. Nous décidons de nous rendre en ville avec la voiture. Nous commençons par le musée national. Un de ceux qui serait dans les mieux placés à notre classement des musées minables. Non qu’il soit pauvre, de nombreux objets ethnographiques ne déshonoreraient pas un musée moderne mais leur présentation dans des vitrines crasseuses, dans des salles qui n’ont pas été balayées depuis sa fondation à la fin du XIX° siècle, est une caricature. Nous repartons en direction du centre-ville. Sur une des collines sont implantés les bâtiments modernes, le siège du pouvoir politique, les édifices des grandes banques et quelques hôtels au standard international, ne serait-ce que pour héberger les experts internationaux en mission à Kampala. C’est aussi le seul quartier de la ville dont les rues ne sont pas crevées de nids de poule. Je trouve un bureau de change ouvert puis nous déjeunons à l’ombre d’un banian, dans le jardin d’un hôtel de luxe. Plats de poulet couverts de sauce, parfumée aux épices pour Marie, vaguement béchamel pour moi. Marie veut ensuite continuer de chercher ses cadeaux, nous nous rendons dans un marché pour touristes, derrière le théâtre national. Nous devons donc explorer consciencieusement chacune des échoppes, à la recherche de colliers, de bracelets ou de tout autre produit artisanal. Alors que je pensais qu’ensuite nous allions nous rendre aux tombes Kasubi, elle tient à ce que passions à une boutique de souvenirs, repérée dans notre livre-guide. Elle est située dans un centre commercial fréquenté par les familles en ce jour férié. Les musulmans ont revêtu une robe immaculée et couronné leur chef d’une calotte ronde brodée, leurs femmes sont couvertes de voiles colorés, suivies des enfants, tous déambulent en admirant les vitrines. Enfin nous partons à la recherche des tombes que nous trouvons après avoir traversé des quartiers populeux, aux rues défoncées et à la circulation ivre. Après avoir franchi la porte à toit de chaume de ce lieu, classé au patrimoine de l’Unesco, nous découvrons un grand espace vide entouré de cases rondes à toit conique en tôle, des pancartes partiellement lisibles en expliquent la115-KAMPALA-Tombes.JPG fonction passée. L’une abrite des tambours royaux, l’autre les tombes de trois princesses, dissimulées sous des tentures en écorce battue. La grande case, tombe du dernier roi buganda, raison de notre visite, n’existe plus qu’en photo, la structure métallique qui soutenait la couverture de chaume, s’est effondrée et l’on attend les subsides de l’Unesco pour la reconstruire… Nous rentrons à la maison sans nous perdre, grâce au GPS. Le gardien s’active à laver la voiture qui en avait bien besoin. Je lui en fais visiter les installations qui ne manquent pas de l’étonner. Peu de temps après, Véra, la femme de Francis rentre de mission. Nous faisons connaissance de cette polyglotte. Francis s’est, comme tous les jours, occupé des enfants, je suis très étonné et admiratif de ce qu’il leur fait réaliser avec des bouts de ficelles, du carton et des perles : des animaux, des personnages pleins d’invention. Il a toujours une idée de jeu, de réalisation avec ce qui lui tombe sous la main. Nous les invitons au restaurant. Véra nous emmène tous dans son gros 4x4 de fonction avec antenne radio, sigle UN sur les portières et immatriculation en CD. Nous allons dans un très chic restaurant italien, agréablement situé dans un jardin, avec un personnel trop empressé, malgré le cadre, les prix restent très abordables. Pâtes, rizotto, pizza, côte de porc à la moutarde, calamars et crevettes frites, une cuisine minimale. Retour à la maison.

 

Samedi 27 octobre : Une fois levé, je commence à charger les vêtements pliés par Marie dans le camion. Nous petit déjeunons avec toute la famille, continuons de discuter et nous nous promettons de nous revoir, en France ou en Hongrie, un jour… Le temps a passé et il est plus de dix heures quand nous démarrons. Nous nous rendons aussitôt au garage Land Rover où le magasin des pièces détachées est ouvert mais je dois payer le Neiman en shillings ougandais. Il faut donc que je trouve à changer. On m’indique un centre commercial où je me rends en boda-boda, moto-taxi. Mon chauffeur se faufile dans la circulation, effleure de beaucoup plus gros que lui, que nous, et me dépose à destination. Le change effectué, il me ramène chez Land Rover. Le magasinier passe un coup de fil et me trouve un mécanicien qui pourra monter la pièce. Je patiente jusqu’à son arrivée puis nous le suivons dans un quartier populaire où il a un atelier, spécialisé dans les Range Rover. J’y retrouve un mécanicien du garage officiel qui arrondit ici ses fins de mois. L’échange est réalisé en une heure mais la clé ne fonctionne que si l’alarme est désactivée. Nous repartons au centre commercial où je m’étais rendu ce matin, un Shoprite sud-africain, fréquenté par la colonie blanche. Il est aussi bien achalandé que ceux d’Afrique du sud et nous refaisons un plein de provisions pour plusieurs jours. Nous déjeunons sur le parking avant de reprendre la route en direction d’Entebbe. Contrairement à bien d’autres capitales, la liaison routière avec l’aéroport principal du pays n’est pas aisée, la route est étroite, très encombrée, encore ne devons-nous pas nous plaindre, le trafic à cette heure est fluide ! Peu avant la ville, nous apercevons le lac Victoria puis nous pénétrons dans la ville, plus calme, verdoyante, quelques maisons cossues sont cachées dans des jardins clos. Nous trouvons une auberge de jeunesse où nous pouvons camper. Nous en repartons pour faire un tour de la petite ville, en quête d’une approche du lac. Les seuls établissements qui bordent le lac sont des clubs privés à entrée payante pour toute la soirée du samedi. Nous aboutissons à l’aéroport de triste mémoire. Nous revenons sur nos pas et retournons au camping. Nous prenons un soda assis autour du bassin, à l’ombre de manguiers et de ravinala. Un organisateur de balades dans le marais vient nous voir. Nous convenons avec lui de partir demain matin en pirogue dans la marais, toujours dans l’espoir de voir les fameux shoebills. Il ne fait plus assez chaud pour passer le reste de la soirée dehors, bien qu’à l’équateur, et nous regagnons le camion.


Dimanche 28 octobre : Nous nous levons avec le jour sous un ciel très gris. Notre accompagnateur est ponctuel et semble lui aussi dubitatif sur la météo. Néanmoins, nous allons ensemble en voiture au petit port d’où nous devrions partir sur une grosse barque en bois, à moteur, pour le marais. Mais le ciel est de plus en plus noir et la pluie commence à tomber. Nous enfilons les Kways puis allons nous abriter dans le restaurant d’un club nautique en surveillant les cieux. Mais ceux-ci ne s’améliorent pas et après avoir tergiversé, nous renonçons. Nous ramenons en ville notre guide, aussi navré que nous, et prenons la route du retour sur Kampala. Heureusement à cette heure du dimanche, la circulation est réduite et le retour puis la traversée de la ville sont rapides. La route de Jinja est étroite, encombrée, surtout par les matatus, les minibus qui assurent le transport des voyageurs en ville ou entre les petits villages et qui ont tendance à s’arrêter et redémarrer sans prévenir, et nous devons souvent rouler à la même vitesse que les plus lents, les camions. Les traversées des agglomérations sont déprimantes sous la pluie. La boue, les façades lépreuses, les marchés misérables ne sont pas une vision de l’Afrique Enchantée… Nous sommes au milieu des champs de canne à sucre, aussi verts que l’étaient les plantations de thé. Nous atteignons Jinja où nous traversons le Nil sur un pont-barrage. De l’autre côté, nous suivons une route étroite puis une piste boueuse pour nous rendre aux chutes d119-JINJA-Maison.JPGe Bujugali. Nous allons trop loin sur une piste patinoire où les voitures font de jolis entrechats en dérapant. Nous revenons sur nos pas, ce qui nous permet d’ajouter une seconde couche de boue bien sombre sur les portières et la cellule… Nous trouvons le site des chutes mai s depuis la construction d’un barrage, elles sont submergées… Nous revenons dans le centre-ville. Jinja est très aérée, des parcs, des jardins, un  terrain de golf où traînent des caddies désoeuvrés, en font une ville dans la verdure. Nous cherchons un endroit où nous arrêter po123-JINJA-Mosquee.JPGur déjeuner le long du Nil mais les seuls qui conviendraient sont des hôtels ou des propriétés privées. Nous nous résignons à déjeuner sur le bord d’une route avec une vue sur le port et ses installations rouillées. Nous sillonnons ensuite les rues tracées au cordeau de cette ville qui a dû connaître des heures de gloire. Il reste de nombreux magasins construits par des Asiatiques dans les années 1930 à 1950 qui sont encore des commerces mais ne sont plus guère flamboyants. Plus à l’extérieur, les anciennes villas cossues de ces familles patriciennes ne sont plus que des ruines. Des temples hindous, sikhs et des mosquées colorées se font face en bonne intelligence (?). Nous nous promenons en faisant le tour de deux ou trois pâtés de maisons avant de repartir. Nous refranchissons le Nil et bifurquons aussitôt pour nous rendre dans un lodge, The Haven River Lodge, recommandé par Vera. Nous devons faire une quinzaine de kilomètres puis trois d’une piste étroite et mouillée avant d’y parvenir. Le site est enchanteur ! Nous dominons le Nil et des rapides entrecoupés d’îlots couverts d’une végétation tropicale. Le tarif est plus élevé mais le mérite. Nous nous installons sur la terras130-JINJA-Rapides.JPGse sous une paillotte pour boire un soda, contempler le paysage et utiliser internet. Nous retournons à notre table relire le blog et le mettre en ligne. Message de Julie qui travaille même le dimanche ! A la tombée de la nuit, nous devons mettre une petite laine avant de dîner au restaurant. Une soupe de courge épicée puis des plats, poulet grillé pas grillé, sauté de mouton qui a dû gagner quelques concours d’obstacles et tarte à la banane et surtout à la cannelle, de l’anglo-saxon pur jus si j’ose ! 

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 07:24

De DAR ES SALAM à ADDIS ABEBA

 

AUTOMNE 2012

 

Mardi 2 octobre : La navette est à l’heure, un minibus conduit par un jeune très aimable. Nous devons aller chercher une autre passagère vers Tolbiac avant de prendre le périphérique encombré mais nous ne sommes pas pressés. Nous évitons la longue queue de l’enregistrement en nous présentant au guichet réservé aux cartes « silver » ou « gold » dont nous ignorons tout et qui ne sont probablement pas pour nous… La nuit tombe, Julie nous appelle quand nous sommes en salle d’embarquement, elle a découvert le chantier que j’ai laissé après la fuite d’eau à la machine à laver, révélée une heure et demie avant notre départ. Adieu téléphonique puis nous embarquons. Nous décollons avec trois quarts d’heure de retard et attendons impatiemment le dîner, servi sans apéritif… Nous visionnons chacun un film puis tentons de nous assoupir.

 

Mercredi 3 octobre : Le jour se lève sur la péninsule arabique, quelques lueurs signalent les puits de pétrole en mer. Dubaï sort de la brume et, après un bref survol du désert aux portes de la ville, nous nous posons. Nous traversons le mall, ce temple du luxe et de la frime avant de nous affaler dans des fauteuils et attendre l’heure du vol suivant. Nous somnolons en gardant un œil sur la pendule. Nous repartons avec encore un léger retard. Mais cette fois, nous avons droit à l’apéritif… que nous sommes dans les rares à prendre alcoolisé… Les autres passagers, dans leur très grande majorité, se contentent de jus de fruit ou de Coca Cola… Puis le repas, moment attendu et à peu près satisfaisant. Somnolence, sans parvenir à réellement dormir ni se reposer jusqu’à Dar es Salam. Le ciel est partiellement couvert mais la température est tout de même de 30°C. Nous devons faire une demande de visa, paperasserie et 50 dollars au bénéfice du Trésor tanzanien. Nous récupérons les sacs et retrouvons la moiteur des tropiques. Je tire des shillings puis nous nous laissons aborder par un taxi avec qui nous négocions la course au FPCT. Nous nous replongeons dans la circulation anarchique mais étrangement silencieuse, pas de musique, pas de coups de klaxon rageurs, pas d’invectives, même la lumière est terne, pas de couleurs, tout paraît grisâtre. On nous a volé « notre » Afrique ! Peut-être suis-je trop fatigué pour la voir et l’entendre. Après quelques slaloms entre les camions et les cars de transport locaux, nous retrouvons le FPCT. On nous reconnaît, je récupère la clé et je me précipite à la voiture. Las ! La batterie est à plat, le moteur n’a jamais tourné ! Celui qui nous a accueillis va chercher la clé d’un autre véhicule et, avec sa batterie, je parviens à démarrer le camion et le ramène devant le bureau. Nous décidons de prendre une chambre, 50000 shillings et non 50 dollars, comme nous l’avait fait payer ce petit malin de Charles ! Je mets notre batterie en charge et je commence à charger le camion avec nos effets. Message à Julie et à Nicole pour signaler notre arrivée, puis nous dînons sur les tables avec nos restes et des bières à peine fraîches avant d’aller récupérer de la fatigue du voyage dans la chambre climatisée.

 

Jeudi 4 octobre : Je suis réveillé avec le jour, Marie n’a pas encore pris le rythme... Je me lève à sept heures et repose la batterie mise en charge toute la nuit. La voiture daigne démarrer. Je vais faire le plein des réservoirs d’eau et doucher la voiture qui en a bien besoin. Un des vérins qui maintiennent le toit soulevé a rendu l’âme et je dois utiliser une béquille de bois pour le garder en position. Je commence à rapporter nos affaires et ranger dans les coffres. Marie s’éveille, je continue pendant qu’elle se prépare puis nous petit déjeunons. Je fais fixer les protections des disques de frein par un mécanicien du centre, puis je pars avec un taxi appelé par notre cher Charles, toujours aussi bègue et roublard. Je me fais déposer dans le centre et trouve aussitôt la compagnie d’assurance indiquée par Jean-Pierre. J’obtiens rapidement une attestation et une « carte jaune » qui nous couvre pour trois mois et pour tous les pays à traverser jusqu’à Djibouti. Je reviens par l’avenue Samora en cherchant le bureau de change le plus avantageux et enfin j’achète quelques provisions avant de rentrer en taxi au centre. Nous continuons de charger la voiture, je me douche et nous déjeunons avec des bières toujours pas fraîches, le réfrigérateur ne fonctionnant pas sous la charge des panneaux solaire seule. Après des adieux hypocrites à Charles qui a encore tenté de nous arracher des sous, nous quittons le FPCT. Nous cherchons le supermarché indiqué sur le site de T4Africa en utilisant le GPS et l’ordinateur. Les avenues sont toutes encombrées et, bus, tuk tuk, taxis n’hésitent pas à rouler sur les bas-côtés ravinés avant de se rabattre sans prévenir sur la chaussée. Nous n’avançons pas vite mais nous trouvons le supermarché, plutôt bien achalandé. Nous refaisons un plein de provisions et repartons en direction du nord, sur l’ancienne route de Bagamayo. La circulation est de plus en plus difficile, nous roulons au pas et les vingt kilomètres qui nous séparent de la plage où nous avons prévu de nous arrêter se font en plus d’une heure. Nous trouvons le Silver Sands Beach Hotel et son terrain de camping au bord de la plage. Nous y sommes seuls, les installations sont en complète décrépitude, quasi à l’abandon, mais on nous assure que le restaurant est ouvert. Nous commandons des plats pour sept heures et demie et étudions la carte pour essayer de programmer la suite en fonction de la date à laquelle nous devons retrouver Jean-Pierre au Kenya. Peu après sept heures on nous apporte les plats commandés. Nous nous récrions qu’il est trop tôt et que nous voulons dîner au restaurant ! Mais le restaurant n’a ni tables ni chaises ! On nous installe deux fauteuils en plastique branlants autour d’une table qui n’a pas été essuyée depuis sa fabrication et on nous rapporte les plats refroidis. Nous regrettons amèrement de ne pas avoir roulé jusqu’à Bagamayo… Nous avons fini de dîner à sept heures et demie et n’avons plus qu’à regagner notre camion. Le début du voyage n’est pas une réussite…

 

Vendredi 5 octobre : Très mauvaise nuit. Je ne parviens pas à me rafraîchir et transpire à grosses gouttes. De plus des moustiquesont osé s’introduire discrètement dans le camion et ne se privent pas de nous prélever leur repas préféré. Je rallume plusieurs fois, en tue un, bien gorgé de sang, et rate les autres. Je ne m’endors qu’au matin et nous nous levons plus tard que prévu. Marie réussit à se doucher dans la cabine réservée aux nains, à en croire la hauteur de la pomme de douche. Nous retournons sur la route principale par une route qui rappelle la Petite Côte sénégalaise : vastes étendues couvertes d’une mince couche de sel, proches de la mer d’où surgissent de rares cocotiers, baobabs et manguiers généreux. Les villages, quelques maisons et pour seuls commerces un débit de boisson racoleur, un marchand de matériaux de construction et une mosquée aux hauts-parleurs tonitruants, sont proches les uns des autres. La limitation à 50 km/h et surtout la peur des gendarmes nous demandent une bonne heure pour parvenir à Bagamoyo, une ancienne ville coloniale allemande, capitale éphémère du Tanganyika. Nous y trouvons sur la route qui longe le bord de mer quelques anciens bâtiments de cette époque. L’ancien centre administratif, le boma, est en restauration, caché derrière des palissades, nou201-BAGAMOYO-Fort.JPGs apercevons une imposante construction à deux étages avec des arcades très arabes autour des galeries. Quelques mètres plus loin, un ancien fort montre encore des murs épais et un bâtiment sans le moindre charme. Nous allons nous garer dans le centre de la ville ancienne qui se résume à deux rues parallèles et à quelques maisons décrépites, presque toujours avec des portes anciennes du style de celles de Zanzibar qui n’est qu’à quelques encablures au large. Elles mériteraient des travaux de restauration avant qu’elles ne s’écroulent et disparaissent à tout jamais.L’intérieur de l’une d’elles,abandonnée, présente de belles niches sur les murs intérieurs des pièces qui devaient être d214-BAGAMOYO-Ecole-Fete.JPG’apparat. Une petite fête est donnée par les élèves de ce qui fut la première école multi-raciale du pays à la fin du XIX° siècle, occasion de prendre des photos des femmes  et des enfants sans se faire rabrouer. Nous allons voir le marché au poisson désert à cette heure. Quelques marchandes font frire dans de grandes poêles posées sur des feux de bois, des poissons peu appétissants. Des boutres sont échoués sur la plage à marée basse. Des manœuvres en extraient des centaines de bidons d’huile de friture en provenance de Zanzibar. Je me vois reprocher de faire des photos mais si je paye je peux… Nous quittons Bagamoyo par une mauvaise piste qu’une pluie violente n’arrange pas. La voiture est vite recouverte de couches d’eau boueuse à chaque croisement de camions, que les essuie-glaces peu efficaces de Land Rover ne suffisent pas à balayer sur le pare-brise. Nous ne trouvons pas la piste directe qui nous aurait permis de rejoindre Pangani en suivant de plus ou moins près la côte mais nous avons une route en bon état et la pluie a cessé, le ciel va se dégager petit à petit. Nous traversons une brousse desséchée, la terre est dans l’attente des pluies bienfaisantes, les arbres sont font rares, il n’en reste que les souches. Les pauvres bougres qui transportent des sacs de charbon de bois sur leurs vélos en sont l’explication. Les malheureux peinent dans les montées et se font copieusement doucher dans l’orage. Nous quittons le goudron à Mkata pour une piste avec de mauvais passages, pris souvent trop vite, avec pour résultat de faire valdinguer vaisselle, grille du réchaud et tout ce qui n’est pas arrimé ! Les villages sont désormais des cases rectangulaires en « terre armée » et leur toiture une belle épaisseur de chaume qui descend presque au sol. Nous égratignons le parc de Saadani sans y voir d’autres espèces animales que des chèvres et des bovins. Les heures passent, le soleil baisse, je n’ai pas envie de rouler de nuit et nous arrivons juste à six heures et demie, à la nuit, au Beach Crab Resort. Nom pompeux pour un sympathique établissement, impeccablement tenu par un Allemand où nous pouvons nous installer sur la plage même, en compagnie de Suisses alémaniques pas du tout francophones. Nous allons nous offrir un gin-tonic au bar, peu de gin et beaucoup de tonic…Nous regagnons le camion, bien ventilé par l’air de la mer mais je peste contre le réfrigérateur qui a fonctionné tant que nous roulions et qui maintenant s’est mis au repos, les batteries à plat dès que nous nous arrêtons, et aussi contre tout ce qui ne va pas, le toit qui ne tient plus soulevé, etc… Purée périmée avec du lait limite et des saucisses boerwors sèches et nous sommes prêts à affronter une escadrille de moustiques…

 

Samedi 6 octobre : Encore des moustiques cette nuit, le répulsif emporté ne paraît guère efficace ! Je vais tout de même me tremper les pieds dans la mer, à quelques pas du camion. Des chaises longues nous invitent à y rester la journée mais le devoir l’emporte et nous repartons. Peut-être un jour, dans une autre vie, aurons-nous le temps de traîner ! Nous roulons au milieu des plantations de sisal que j’avais pris hier pour des champs d’ananas (géants !), quelques beaux flamboyants jettent des touches écarlates sur leurs longues 223-PANGANI-Estuaire.JPGfeuilles vertes. Nous atteignons le fleuve Pangani qui nous sépare de la petite ville du même nom. Avant de le traverser sur un bac, nous grimpons par une piste à un splendide hôtel au sommet de la falaise qui le surplombe. Une bâtisse d’allure coloniale, des bungalows élégants disposés sur une splendide pelouse anglaise où de grands arbres dispensent une ombre bienvenue, une piscine (sans eau) et un croquignolet mirador avec une vue sur tout l’estuaire, les bancs de sable en mer, les maisons sur l’autre rive. Il ferait bon y boire un gin-tonic installé là dans un confortable fauteuil mais l’hôtel est désert, pas un client, le propriétaire ne semble pas rechercher la rentabilité ! Nous traversons rapidement, le bac a failli oublier Marie qui a dû descendre de la voiture… Dans le village, quelques vestiges de maisons de l’époque allemande mais aucune n’est restaurée et l’intérêt est très limité, aussi continuons-nous de rouler. Les troncs227-PANGANI-Palmiers-doum.JPG de magnifiques palmiers doum se divisent à plusieurs niveaux avant que leurs palmes n’éclatent en bouquet de feu d’artifice. Nous faisons un petit détour pour aller voir les ruines arabes de Tongoni. Nous nous garons le plus possible à l’ombre, le soleil nous écrase de ses rayons. Surgit le gardien qui nous réclame 10000 shillings au lieu des 1000 du tarif des années précédentes. Nous ne nous prêtons pas à ce petit jeu des autorités qui augmentent les tarifs inconsidérément. Nous voulons déjeuner dans le camion, ce qui n’est pas du goût du gardien qui voudrait que nous payons pour stationner près du site ou que nous partions… Nous avalons rapidement notre repas avant de reprendre la route. Nous parvenons à Tanga, grande ville étendue, sans le moindre charme. Le quartier ancien, en bordure de la baie n’a pas grand-chose à offrir. Nous faisons une courte promenade dans le parc qui surplombe la baie, les bancs et les tables d’un kiosque sont occupés par d’oisifs citadins qui dégustent de rafraîchissantes salades de fruit. Nous reprenons la voiture et quittons la ville et l’océan indien, sur une bonne route goudronnée. Nous rejoignons le carrefour des routes de Dar es Salam et de Moshi et prenons en direction du nord. Le ciel s’est couvert, nous nous rapprochons des monts Usambara qui accrochent les nuages, la luminosité est mauvaise, il semble être plus tard qu’il n’est. La route s’élève puis une plus petite route se faufile dans des gorges où des jacarandas en pleine floraison piquent de taches mauves les flancs du ravin où des lopins de terre forment des damiers. L’habitat est dense et dispersé, les habitants sont plus chaudement couverts, nous sommes à plus de 1200 mètres d’altitude et la température devient vite plus clémente. Nous nous arrêtons à Lushoto, gros bourg, ancienne station d’altitude de remise en forme des cadres coloniaux. Nous nous installons sur une terrasse d’un hôtel établi sur une colline qui domine la petite ville, pas aussi confortablement que la veille et pour plus cher. Le menu du restaurant étant digne d’un mauvais snack de France, nous dînons dans le camion. Les sautes d’humeur du réfrigérateur n’ont pas permis aux côtes de mouton de résister aux écarts de température et elles parfument tout l’habitacle dès que nous en ouvrons la porte… Elles filent directement à la poubelle, nous nous contenterons d’œufs au bacon.

 

Dimanche 7 octobre : Il a fait assez frais pour que nous glissions dans les duvets cette nuit. Pour cause de samedi soir, des musiques très dansantes sont montées de la vallée toute la nuit. Marie a encore du mal à émerger… Les douches sont en triste état, sales, avec un filet d’eau brûlant ou glacial… Je fais re231-LUSHOTO-Marche.JPGmarquer au patron, un Blanc, le mauvais état de son camping et l’avertis qu’il n’aura pas ma publicité…Le soleil est présent et va jouer avec les nuages toute la matinée. Nous nous rendons au marché, plus animé le dimanche. Les paysannes, madras sur la tête, pagnes noués à la taille ou portés sur les épaules, abritées du soleil sous des ombrelles, venues des environs, ont étalé des petits tas de fruits et légumes, tomates bien rouges, gombos, cumbavas grumeleux, pommes de terre terreuses, avocats bruns, poivrons verts, oranges ternes, corosols épineux. C’est une débauche de couleurs ! Le marché couvert est moins239-LUSHOTO-Marche.JPG intéressant, bimbeloterie, quincaillerie clinquante, tas de chaussures usagées, poisson séché très odorant. Nous nous rendons ensuite dans un lieu de perdition, l’église catholique, apostolique et romaine où la messe est commencée. Nous prenons place parmi les fidèles, essayant de copier leurs gestes, debout, assis. Un chœur se balance au son d’une musique qui pourrait accompagner des airs de Claudette et Ti Pierre, rythmée par un harmonium et un tam-tam. Je tente de me rapprocher des chanteurs pour les filmer mais je me fais jeter par un diacre. Je reste dehors à observer le manège des enfants. Les plus petits tentent de grimper sur un vélo et salissent les chemises et pantalons propres enfilés pour ce dimanche, les autres s’ennuient, sortent, rentrent. Nous repartons et cherchons la piste tracée à flanc de montagne, dans une terre rouge, qui amène à un point de vue sur toute la plaine, plusieurs centaines de mètres en contrebas. La vue se perd dans la brume et les nuages qui la recouvrent ne permettent pas de forts contrastes. Nous repartons, déjeunons rapidement puis retrouvons la grande route de Dar es Salam à Arusha. Nous roulons à bonne allure entre la plaine masaï à l’ouest, couverte d’une brousse desséchée au-delà de l’horizon et les montagnes Pare à l’est. Nous croisons un couple de Suisse avec qui nous échangeons quelques informations, ils sont 255-MARANGU-Kilimandjaro.JPGchargés de la diffusion des Azalaï en Suisse et organisent des voyages en Afrique. Nous continuons de rouler et nous commençons à distinguer le cône du Kilimandjaro, perdu dans les nuages, du moins devinons-nous sa base. Nous arrêtons pour la nuit au terrain de camping de l’hôtel Marangu. Des randonneurs allemands, contents d’avoir fait l’ascension se montrent bruyants en avalant des bières. Nous nous en offrons une aussi, une Kilimandjaro bien entendu ! De la pelouse de l’hôtel nous avons vue sur le sommet du volcan qui, pour notre plus grand plaisir, se dégage petit à petit, et rosit dans le soleil couchant avant de disparaître définitivement dans la nuit. Le menu du restaurant étant aussi appétissant que celui de la veille, nous regagnons notre camion.

 

Lundi 8 octobre : Les douches sont chaudes, nous en profitons avant de repartir. Nous contournons sur une bonne route récente le Kilimandjaro disparu dans les nuages. La terre, rouge, sur le versant est est très fertile, tout y pousse en abondance, principalement les bananiers, les villages sont fréquents agrémentés de jacarandas, de tulipiers du Gabon et bien sûr de bougainvillées. Dans la portion nord, lorsque nous longeons la frontière du Kenya, le paysage change, d’incongrues forêts de résineux poussent sur les collines de piémont, les villages de maisons en planches sont plus rares, les habitants débroussaillent ou défrichent des parcelles. Plus loin, alors que la piste a remplacé le goudron, nous entrons sur des terres masaï, Les hommes, d’un autre temps, se tiennent debout sur une jambe, appuyés sur un bâton ou une lance, surveillant leurs troupeaux, toujours vêtus de pagnes et262-RONGAI-Masai.JPG couvertures dans les tons rouge, les lobes des oreilles percés, allongés par le poids des bijoux qu’ils y accrochent, parfois des cadenas ! Les femmes ont le crâne rasé et portent de nombreux colliers rigoureusement circulaires et des boucles d’oreille en métal blanc. Elles sont de corvée de fourrage qu’elles transportent sur leur dos en énormes ballots le long de la route. Une zone de savane non cultivée ni habitée doit permettre aux éléphants du parc Amboseli au Kenya de rejoindre celui du Kilimandjaro mais nous n’en verrons aucun ni même nulle trace de leur passage. A l’Ouest, nous retrouvons des terres brunes plantées en maïs, sans plus de végétation. Je constate que l’appareil photo réparé fonctionne mal, tous les clichés sont très surexposés ! C’est ensuite la route principale jusqu’à Arusha, la grande ville et sa circulation anarchique, sans nom de rues, sans repères. Nous en sommes presque sortis avant de pouvoir nous orienter. Nous plongeons dans les encombrements avant de trouver à la sortie de la ville, dans une zone plus tranquille, le Masaï Camp où nous nous installons pour la nuit. Le bar et le restaurant attenant sont tenus par des Français avec qui je discute en prenant un Coca. Je retrouve Marie au camion puis nous allons au bar. Les Français nous renseignent pour trouver une batterie et faire réparer la climatisation de la voiture. Nous pouvons nous connecter à Internet. Pas de messages, nous en envoyons à Julie et aux Azalaïens puis je fais une demande de visa pour le Rwanda suite à l’information envoyée par Jean-Pierre. Nous dînons au restaurant, crevettes grillées, calamars en beignets et sambos, bons, mais sans plus, avant de nous coucher.

 

Mardi 9 octobre : La douche est chaude mais pas encore de porte, détail… Nous replongeons dans l’enfer automobilistique pour nous garer dans le centre-ville, devant un frigoriste, réparateur de conditionneurs d’air. Le patron est un Indo-Pakistanais, c’est le cas de toutes les boutiques. Le condenseur est démonté, les fuites repérées, brasées puis remontage et remplissage du liquide et présentation de la facture, salée !!! Cela a tout de même pris deux heures qui nous ont laissé le loisir d’observer les Masaï. Ils déambulent en ville dans leur costume traditionnel, chaussés de sandales taillées dans des pneus ou de plus modernes baskets. Ils ne sauraient se montrer sans tenir à la main un téléphone portable du dernier cri ! Nous allons acheter dans une boutique proche des côtes et des steaks plus appétissants que ceux du supermarché. Nous retournons dans le flot qui s’écoule très lentement dans la rue principale. Les véhicules sont principalement des 4x4 pour les « safari » des touristes. Je trouve un marchand de batteries, cette fois c’est un Sikh, et fais l’achat d’une pour nous assurer un fonctionnement correct du réfrigérateur. Encore des billets à sortir ! J’ai dû changer des euros à deux reprises depuis hier soir… Nous repartons pour quelques centaines de mètres jusqu’au parking du supermarché. Avant de refaire un plein de provisions, nous allons déjeuner dans une gargote qui propose des plats thaÏ. Si mon curry de poulet est correct encore que les morceaux de poulets soient minuscules, le Pad Thaï de Marie n’est pas fameux et étrangement sucré. Nous ne trouvons 280-ARUSHA-Masai.JPGpas grand-chose dans les rayons du supermarché et c’est sans doute le dernier avant plusieurs jours. Nous sortons d’Arusha et roulons dans une plaine sombre où ne se voient que des acacias parasols. Des troupeaux, bovins, chèvres, moutons, soulèvent des nuages de poussière, ils sont menés par des bergers masaï. Nous nous arrêtons dans un village où se tient un marché.  Pas trop de difficultés pour prendre en photo les femmes. Avec leur crâne rasé, celles qui ont une dentition en évidence, me font penser à Klaus Kinski dans Dracula… Marie se laisse vendre un collier, des rangées de minuscules perles colorées en rangs concentriques. Nous repartons, cherchons un campsite avant l’entrée du parc Tarangire. Le premier, avec une belle vue sur la plaine et les troupeaux qui rentrent dans les enclos et au loin sur le lac Manyara, a trop augmenté ses prix pour que nous y restions, nous avançons sur la piste du parc jusqu’à un autre camping, aussi cher… Après dîner, j’ai le plaisir de mettre les mains dans le mécanisme des toilettes, une vis s’est desserrée et je dois réparer. Agréable… Par contre le réfrigérateur ne s’arrête plus !

 

Mercredi 10 octobre : Nous essayons de nous lever tôt. A six heures et quart branlebas de combat, petit déjeuner, douche etc… à huit heures nous sommes sur la piste. Et peu après, à l’entrée du parc de Tarangire. Nous devons acquitter un droit d’entrée de 35 $ par personne et le camion, grand privilégié devra verser 40 $ pour cause d’immatriculation étrangère, au lieu des 10000 shillings (6 $). Paiement par carte de crédit… Des petits malins, dans les temps anciens, entraient-ils en soudoyant les gardes ? Nous voici dans le parc. Nous commençons par une grande boucle dans la zone nord qui nous fait traverser une savane en fin de saison sèche, les herbes sont brûlées ou rases, pas de problème de visibilité.320-TARANGIRE-Gnous.JPG Seuls de beaux baobabs ou des acacias parasols se dressent sur la plaine. Très vite nous découvrons d’importants troupeaux de zèbres et de gnous, souvent de concert. Ils se déplacent en longue procession vers un but indéfini. Des phacochères et quelques singes complètent la faune avec des gazelles. Nous approchons ensuite les abords de la rivière Tarangire et nous y trouvons des hordes d’éléphants, aussi importantes que dans le Chobe mais le paysage est très différent, la luminosité est bien moins bonne, les couleurs sont plus ternes, même les éléphants paraissent terreux. Placides, habitués aux 4x4 des touristes, ils se laissent approcher à les291-TARANGIRE-Lionnes.JPG toucher, continuant de détacher l’écorce des arbres avec leurs défenses. Une concentration de véhicules de « safari »  signale la présence de lionnes qui ont dû faire bombance et qui maintenant digèrent… Vautrées sur le dos dans les herbes, on ne les devine qu’au pelage blanc de leur ventre. Parfois, agacée par une mouche, l’une agite une oreille, se retourne et se rendort en se grattant le ventre d’une patte molle. Les mouches tsé tsé sont un problème dans le parc, grosses comme des taons, leurs piqures sont douloureuses, Marie en fait vite l’expérience. Des étendards bleus et noirs indiquent les zones infestées et bientôt nous roulons tout fermé en climatisé. Encore des lionnes en pleine sieste sur les bords de la rivière, une rivière qui n’est plus qu’une suite de mares. Marie aperçoit enfin un LION, un vrai, avec une crinière ! Pas tout près de la piste, dans l’ombre mais enfin elle en a vu un ! Désormais ce sont les léopards et les rhinocéros qu’elle espère… Nous apercevons aussi quelques girafes souvent au frais sous un arbre, peu conscientes qu’au soleil elles seraient plus photogéniques… J’ai de gros problèmes avec l’appareil photo qui ne réalise que des clichés tous surexposés. Une fois de plus, je dois reprendre le vieux Kodak ! Nous déjeunons sans sortir du camion pour cause de mouches tsé tsé, près du terrain d’aviation. Dans l’après-midi, nous allons faire le tour d’une zone de marécage moins peuplée faunistiquement mais nous y voyons tout de même, dans350-TARANGIRE-Kudu.JPG un autre cadre, un échantillon de ce que nous avons vu en grands troupeaux ce matin. Des kudus, des élands du Cap, des outardes, des cobs d’eau, des oies de Gambie et des bandes d’impalas complètent le tableau. Nous revenons en longeant le lit de la rivière par la rive ouest, sur une mauvaise piste de tôle ondulée. Quelques pistes secondaires permettent de faire des incursions sur les bords de la rivière. L’une d’elle aboutit en face de l’arbre sous lequel nous avions vu des lionnes endormies ce matin. Elles se sont déplacées, trois d’entre elles sont désormais couchées dans le sable du lit du ruisseau, à quelques mètres des restes d’un zèbre. Il y a, sur l’autre rive, face à nous, une douzaine de véhicules de touristes. En les observant à la jumelle, je m’aperçois qu’ils observent un point proche de nous et je découvre alors une autre lionne endormie à une dizaine de mètres de nous, sous un arbre ! Un peu plus loin des troupeaux d’éléphants sont venus se rafraîchir dans les mares. Une belle lumière dore maintenant la savane et les pelages des zèbres et des gnous.  Nous nous dirigeons vers la sortie, escortés par d’immenses troupeaux d’animaux. Nous revenons vite au goudron et roulons alors rapidement jusqu’à Makuyuni où je refais un plein de gasoil. Faute de campsite nous poursuivons encore une trentaine de kilomètres jusqu’à Mto we Mbu. Il fait nuit et dans les phares de la voiture nous distinguons, surgies de l’obscurité, deux girafes figées sur le bord de la route. Nous trouvons le camping cherché, déjà fréquenté par des groupes de touristes  et pour qui une troupe folklorique vient chanter les louanges des bwanas… Nous sommes fatigués, assoiffés et pressés de nous coucher. Je m’aperçois que la batterie neuve n’a pas résolu le problème, elle est déchargée une heure après l’arrêt ! Je ne sais plus quoi en penser…

 

Jeudi 11 octobre : Nous nous levons un peu plus tard, le temps de nous doucher, de nous préparer, de refaire le plein des réservoirs d’eau, il est presque dix heures quand nous prenons la piste du lac Natron. Elle longe les montagnes du Ndorongoro, traverse une 370-MTO-WE-MBU-Village.JPGplaine d’herbes jaunies parcourue par des troupeaux que gardent des pâtres masaÏ, souvent des enfants. Les adultes dégingandés, appuyés nonchalamment sur leurs bâtons, regardent passer les rares véhicules. Un camion-bus est surchargé dans la benne de passagers entassés sur deux niveaux, surtout des femmes bigarrées. Nous doublons des convois d’ânes qui se rendent, escortés par des femmes, au marché d’Engaruka, dernier hameau avant le lac Natron. Les femmes déchargent leurs ânes, se rincent de la poussière du chemin dans le ruisseau boueux et accessoirement en boivent l’eau. Certaines portent une curieuse coiffe tronconique formée de rangs de minuscules perles blanches. Elles se laissent prendre en photo sans trop réagir,388-ENGAREKU-MasaI.JPG les hommes sont plus réticents. Cent mètres plus loin, au centre du village, se tient un marché, pauvre marché mais très coloré et qui me rappelle ceux du Sahel, du nord du Burkina-Fasso en particulier. Je m’offre un Coca Cola que je refroidis avec des glaçons puis après avoir acquitté un droit de passage dans le district, nous continuons sur une piste avec des passages de sable pulvérulent. Le cône presque parfait du volcan Ol Doinyo Lengaï se dégage doucement des nuages et nous sert de repère. Nous le contournons en traversant des coulées de lave, soulevant des nuages de poussière noire. Nous devons encore payer un droit de passage dans un nouveau district.406-OL-DOINYO-LENGAI-Volcan.JPG Les communautés villageoises ont pris modèle sur les parcs nationaux et font cracher un maximum aux touristes qui s’égarent chez eux. Après 20 $ à Engaruka, 40 $ au pied du volcan, nous devrons encore verser 50 $ à l’arrivée au lac ! Son bleu opale miroite sous le soleil mais des nuages nous suivent et quand nous parvenons au camping sur une colline à quelque distance de la rive, le vent s’est levé, la pluie s’annonce et le lac disparaît dans la poussière. Plus question d’en approcher. Nous nous installons sur la pelouse, à côté des tentes montées pour un groupe de touristes français. Nous passons le reste de l’après-midi sous le chaume de la salle de restaurant en plein air à mettre à jour ce texte, les photos, tout en surveillant le lavage du linge dont se charge un jeune quémandeur. Deux groupes de Français dorment sous la tente au camping. L’un d’eux, une famille au grand complet, de bons vivants chaleureux, a la gentillesse de nous proposer de les aider à finir les bouteilles d’apéritif qu’ils ne remporteront pas en France. Le rhum-coca délie les langues et nous parlons de notre voyage. L’autre, des Niçois plus traditionnels, nous raconte la traversée du Serengeti. Nous regagnons notre camion pour dîner.

 

Vendredi 12 octobre : Au réveil, le soleil est revenu au-dessus du lac bien que les sommets qui l’entourent accrochent les nuages. Nous quittons le campement en disant adieu aux Français et nous nous rendons avec Joseph, un jeune MasaÏ qui va nous servir de guide, au bureau du village où, contre paiement de 20 $, on nous autorise à approcher du lac… Nous prenons une piste qui s’en rapproche, le terrain devient plus gras et nous nous arrêtons sur la terre noire, salée, nauséabonde, couverte des traces des flamants, à422-LAC-NATRON-Flamands.JPG quelques mètres de la berge, avant les zones plus meubles. Nous tentons de les voir de près mais ils s’éloignent au fur et à mesure de notre avancée. Ils sont des centaines, peut-être des milliers répartis tout autour du lac. La densité est importante mais tout de même moins que je ne l’avais espéré. Marie reste assise sur le sol à m’attendre tandis que je continue avec Joseph le long de la limite des eaux mais le sol est de plus en plus glissant et mou. A chaque pas j’émets un bruit de ventouse et je manque partir en dérapage à plusieurs reprises… Les îlots du lac s’y reflètent, les flamants défilent comme à la parade en caquetant, désapprobateurs de notre présence. Joseph en agitant son bâton de berger, indice, avec son grand pagne bleu, de son passage dans la classe d’âge des moranes, tente de faire s’envoler les palmipèdes qui n’en ont guère envie… Nous repartons et suivons la piste qui suit les bords du lac quelques instants puis s’en éloigne en grimpant dans la rocaille sur un plateau. Ce qui nous permet de constater 436-LAC-NATRON-Euphorbes.JPGque le lac est loin d’être en pleine eau, de grandes étendues sont à découvert. La piste serpente, pas trop mauvaise, dans les montagnes, passe au milieu de superbes euphorbes de toutes tailles. Le ciel est désormais couvert, quelques flaques témoignent de pluies récentes, les flancs des collines sont verdoyants, les euphorbes commencent à fleurir. Après Wasso, la piste devient plus mauvaise, ravinée, disparue aux traversées de ruisseaux mais nous parvenons à 16 h au poste de garde du Serengeti de Klein’s gate. Nous devons payer l’entrée, 50 $ par jour et par personne, 40 $ pour la voiture par jour et enfin 30 $ par personne et par nuit pour avoir le droit de camper, soit au total 400 $ pour deux jours ! Dès le poste franchi, la faune est là ! A croire que les animaux connaissent les limites du parc. Des centaines de zèbres et de gnous mêlés broutent la tendre herbe fraîche. Des éléphants sont en vue, un troupeau occupe les 446-SERENGETI-Elephants.JPGberges d’un ruisseau, ils sont d’un noir luisant après s’être trempés dans la boue des berges. Plus loin ce sont de gracieuses girafes qui nous regardent passer. Et puis encore des buffles, des damalisques et bien sûr les impalas aux fesses barrées de traits noirs. Nous avons voulu monter vers le poste de garde au nord pour essayer de voir des gnous, en cours de migration, traverser la rivière mais nous n’avons pas de plan du parc et nous ne savons pas exactement où nous sommes. Et puis la faune se fait un peu plus rare. Après avoir atteint le poste de garde du nord où un garde armé d’une Kalachnikov est incapable de nous trouver une carte ni même de comprendre la demande, nous revenons sur nos pas par la même piste. La nuit tombe juste quand nous arrivons au sommet d’une butte rocheuse, au terrain de camping, bien grand nom pour une pelouse occupée par campeurs et un bloc sanitaire élémentaire squatté par des chauves-souris. Je m’y rends et comprends bien vite qu’il est à éviter de nuit, un buffle rumine à une centaine de mètres et peut-être d’autres visiteurs sont-ils tapis dans les herbes… Un accompagnateur d’un groupe m’avertit que l’on ne doit pas rouler en dehors des pistes et que j’ai été pris en photo dans le Tarangire quand nous avions approché des berges de la rivière pour voir les lionnes ! Sympathique !

 

Samedi 13 octobre : Soleil au lever. Les buffles paissent sur la pelouse et se moquent de notre présence. Nous tentons d’aller au lodge pour y acheter une carte du parc mais le cerbère ne nous laisse pas entrer, nous ne sommes pas clients… Restes d’éducation traditionnelle britannique, on ne mélange pas les torchons avec les serviettes… Nous repartons mécontents mais vite consolés par la vision des nombreux troupeaux de zèbres, de gnous, d’impalas qui paissent l’herbe verte des douces collines du Serengeti. Nous partons sur des pistes secondaires, sans trop savoir où elles aboutissent, contrôlant 449-SERENGETI-Zebres.JPGvaguement à la boussole la direction suivie. Quelques girafes, des antilopes damalisques, de vilains babouins et de petites gazelles dik-dik traversent la piste, nous leur cédons bien volontiers le passage. Notre circuit nous ramène involontairement au campement de cette nuit. Nous en redescendons en croisant un troupeau d’éléphants. La piste principale n’est pas très bonne, grosse tôle ondulée sur laquelle nous ne pouvons pas rouler vite et d’ailleurs nous n’en avons pas envie. La faune se fait plus rare, la plaine est moins verdoyante et peu boisée dans certaines zones. Nous bifurquons pour nous rendre à la mare aux hippopotames. Rare lieu où nous pouvons descendre de voiture pour aller contempler la baignade des monstres marins. Ils s’entassent à plusieurs dizaines, dans une mare bien insuffisante et ne pouvant s’y immerger complétement, ils s’aspergent en permanence en grognant. Des bulles nauséabondes viennent crever à la surface et vicier l’air. Nous repartons après déjeuner, passons devant d’autres mares dans la rivière, toutes également surpeuplées. Enfin nous arrivons, sous un orage, à Seronera. Nous y trouvons le Visitor’s Center qui bien sûr, ne peut nous fournir une carte du parc ni ne peut nous indiquer où trouver des lions mais se charge de nous trouver moyennant finance un pisteur… Nous trouvons une carte à la boutique et fort des indications d’un guide, nous partons à la recherche des lions. On ne peut les473-SERENGETI-Lion.JPG manquer, à condition d’être sur la bonne piste. Il suffit de repérer la concentration de 4x4 avec toit soulevé, occupés par des touristes, appareils photos braqués dans la même direction. Nous apercevons ainsi un premier groupe de lionnes, couchées dans les herbes, repérées aux ventres blancs de celles qui dorment sur le dos. Parfois, l’une relève la tête avant de basculer sur l’autre flanc et se rendormir. Dure vie que celle des lions… Quelques centaines de mètres plus loin, nous trouvons un lion, peu visible dans les fourrés, endormi à côté du fruit de sa dernière chasse, un buffle ou un hippopotame, grosse masse sombre ensanglantée. Des vautours et un marabout sont perchés sur les arbres alentour, attendant patiemment le moment où ils pourront participer au festin. Nous continuons cette piste qui longe un ruisseau, dépassant une girafe au pelage sombre, mouillé par la pluie. Nous repassons devant le lieu du crime. Le présumé coupable daigne relever la tête et nous présenter une belle crinière avant de se recoucher. Les lionnes ne sont pas sorties de leur léthargie… Une autre piste, toujours le long d’un ruisseau nous permet d’apercevoir des lionceaux qui jouent comme des chiots dans les buissons. Il fait de plus en plus sombre, la pluie redouble, nous prenons le chemin du campement prévu pour cette nuit. Il est mieux aménagé que le précédent mais le bloc sanitaire est éloigné du parking où nous devons stationner, interdit de pelouse que nous sommes.

 

 

Dimanche 14 octobre : Nous nous levons avec le jour. Zèbres et girafes peuplent les sous-bois qui entourent le campement. A sept heures et demie nous sommes sur la route. La plaine derrière les installations de Seronara est occupée par des troupeaux de gazelles, de zèbres, de gnous, de buffles, de girafes, une arche de Noé ! Nous nous dirigeons sur des pistes boueuses des pluies de la veille vers les köpjes, ces monticules de rochers arrondis qui se voient de loin dans la plaine et qui sont supposés être le refuge des lions et des léopards. Nous parcourons des dizaines de kilomètres sur des pistes de mauvaise tôle ondulée pour, consciencieusement, en faire le tour, en courant le risque de nous embourber sans en voir la moindre queue… Le paysage de prairies verdoyantes piquetées de massifs de rochers n’est pas déplaisant mais les a489-SERENGETI-Kopjes.JPGnimaux sont rares. Nous apercevons tout de même, petite consolation, deux hyènes dans les herbes Nous grimpons en compagnie de touristes italiens sur un de ces köpjes pour avoir une vue sur la plaine. D’autres gros rochers ronds sont posés en équilibre, certains sont marqués par les traces laissées par des galets qui, en les frappant, émettent des sons presque cristallins. En revenant vers le nord, une concentration de 4x4 arrêtés nous indique la présence d’un félin. Effectivement, Loué soit le Seigneur qui a entendu mes prières, un léopard est couché sur la branche d’un arbre. Il a hissé son butin, une impala, sur492-SERENGETI-Leopard.JPG la branche supérieure et maintenant il plastronne, certain de garder pour lui seul sa proie. Marie est aux anges ! Plus loin, une autre hyène se désaltère à une flaque d’eau de la piste. Le temps a passé, nous devons sérieusement penser à nous diriger vers la porte de sortie, très éloignée. Après être repassés sur la piste où nous avions vu des lions la veille, sans les retrouver, nous nous dirigeons vers l’ouest et je roule à vive allure sur une piste heureusement bonne. Cette partie du Serengeti est particulièrement verdoyante et nous retrouvons des troupeaux 506-SERENGETI-Babouins.JPGimmenses de gnous et de zèbres auxquels se joignent différentes espèces de gazelles et des cynocéphales velus. Nous trouvons, à l’ombre d’un arbre, un guépard, plus intéressé par un éventuel gibier que par nous. Un dernier troupeau d’éléphants et nous sommes à la sortie du Serengeti. Nous retrouvons le goudron et des averses de pluie qui lavent superficiellement la voiture. Nous envisageons de nous arrêter aussitôt dans un campement mais l’absence d’internet et l’heure précoce nous incitent à continuer jusqu’à Mwanza. Nous sommes dans un autre monde, fini l’Afrique de Karen Blixen, les fiers Masaï et le jardin d’Eden, nous revoilà dans une Afrique plus réelle. Les villages, maisons de briques ou de parpaings avec des toits de tôles ou de chaume, sont misérables, les marchés bruyants mais sans grande variété de produits. Les orages n’améliorent pas la perception que nous en avons… Mais c’est une Afrique animée, pleine de vitalité. L’arrivée à Mwanza renforce cette vision, un fouillis de marchés, d’enseignes dynamiques, d’offres d’un pseudo rêve de modernité et de richesse, au milieu de la boue, des détritus, de baraques plus proches du bidonville que du « Home, sweet home ». Nous traversons la ville, son centre sans charme à cette heure, et trouvons un campement sur la pelouse du Yacht Club, donc sur les bords du lac Victoria. Nous y sommes en compagnie d’un couple d’Allemands qui, comme nous, ont envoyé leur Kombi Westphalia au Cap et depuis parcourent l’Afrique de l’Est. Je profite des installations sanitaires, pas vraiment au niveau d’un supposé Yacht Club, pour essayer d’être digne d’en faire très provisoirement partie. Nous dînons au restaurant du Club, seuls clients, sur la terrasse en bordure du lac. Filets de tilapia arrosés d’une bouteille de ce Sauvignon blanc, inoubliable depuis Le Cap, le « Two Ocean ».

 

Lundi 15 octobre : Dans la nuit, aboiements désespérés de chiens puis le calme revient. La lac est paisible, le soleil timide. Nous quittons notre Yacht Club et allons nous garer dans le centre, à côté de l’inévitable Clock Tower de toute ville d’une ancienne colonie britannique. Nous passons dans un cybercafé lire nos messages, Julie, de plus en plus motarde, Joseph avec des points de chute à Kampala et à Djibouti. Nous leur répondons. Un message des autorités rwandaises nous autorise à rentre à partir du 18 ce qui ne fait pas notre affaire, nous aviserons à la frontière… Nous allons ensuite nous garer puis nous promener dans le quartier populaire où mosquées et temples indiens voisinent avec des509-MWANZA-Marche-et-temple.JPG immeubles laids et modernes au goût local, qui écrasent de leur prétention les baraques sans étage à toit de tôle rouillé. Il n’est pas étonnant de croiser des femmes en sari et d’autres voilées jusqu’aux yeux, sans parler des africaines en boubou, défrisées, tous appâts bien provoquants. Nous allons traîner au marché, classique, rien de spécial, la ménagère fait ses achats pour la maison, houspille ses gosses, le gandin lorgne les godasses usagées, d’autres cherchent la bonne affaire, décochent des œillades aux gazelles égarées, les portefaix transportent des charges inhumaines sur leur dos ou dans des carrioles à deux roues, à la largeur calculée pour passer au ras des étals et tant pis pour les piétons distraits. Les odeurs de légumes et fruits pourris se mêlent à celles des épices, un camion-benne est embourbé dans les immondices, les sonos crachent des musiques inaudibles, un marché africain… Nous n’achetons qu’un ananas et des mangues puis nous reprenons la voiture et partons à la recherche de l’unique supermarché de la ville. Dans un hangar, un entassement de produits importés ou locaux susceptibles de satisfaire les besoins élémentaires des expatriés et de la bourgeoisie locale occidentalisée… Viande surgelée (à plusieurs reprises sans doute), bières et spiritueux, glaces, moutarde et mayonnaise anglaises, etc… Nous complétons nos achats avec quelques fruits  et repartons nous garer au port où nous attendons le ferry qui doit nous faire traverser le golfe de Mwanza. Les abords du lac sont un dépotoir où des oiseaux marabout 510-MWANZA-Lac-Victoria.JPGempêtrés dans leurs ailes de géant, piquent du bec dans les ordures. Enfin nous montons sur une grosse péniche de débarquement avec des bus antédiluviens et une voiture flambant neuve, immatriculée en Afrique du sud, proclamant sur ses portières que Jesus live… Nous apercevons alors la ville depuis le lac, plantée sur des entassements de gros rochers qui descendent jusqu’au bord de l’eau. Trois quarts d’heure plus tard, nous débarquons sur l’autre rive, déception, pas de goudron mais une piste assez bonne mais interminable avant de retrouver un bon asphalte. Nous traversons une région très verdoyante, cultivée, les villages paraissent moins minables que la veille, peut-être à cause du soleil…Champs de maïs, rizières à sec et beau manguiers. Et puis le bon goudron laisse la place à une piste d’abord assez bonne pour rouler très vite, puis elle se gâte, est en travaux et enfin redevient très roulante alors que nous quittons la plaine pour nous élever dans des collines. Enfin nous retrouvons un large macadam et le gros bourg de Biharamulo. Nous cherchons le Boma, l’ancien centre administratif allemand, perché sur une colline. Pour le trouver, nous devons questionner tous les mâles en âge de répondre à une question en anglais… Nous débouchons dans la cour de cette quasi forteresse, guest house à l’abandon où on ne fait aucune difficulté pour nous laisser nous installer et utiliser des sanitaires. Soulagés d’avoir un lieu où dormir au calme, nous fêtons notre arrivée en ouvrant la bouteille de Sauvignon d’Afrique du Sud achetée ce matin en guise d’apéritif.

 

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 16:19

Jeudi 31 mai : Pas de visiteurs ce matin. Nous entendons les bruits du village proche et des voyageurs qui traversent la bande de sable dans le lit du rio. En Tanzanie, il est une heure plus tard, nous nous levons comme d’habitude, à six heures et demie, donc cinq et demie au Mozambique ! Nous rejoignons la piste qui aboutissait au débarcadère du défunt bac puis en traversant les rizières, nous arrivons au poste frontière tanzanien. Les formalités traînent un peu mais ne posent aucun problème, la jeune fille au service de l’immigration nous chante même « Frère Jacques » ! Nous continuons sur une piste très moyenne qui traverse des forêts d100 8146e pommiers-cajou. Jean-Michel s’arrête devant un atelier de décorticage de noix et obtient un beau succès avec son habituelle faconde. Une centaine de femmes cassent les coques au moyen d’un appareil antique, mu au pied. Certaines sont installées dehors sous un beau pommier et d’autres occupent  une salle de classe. On nous explique que les noix sont ensuite conditionnées puis exportées. Nous retrouvons le goudron peu avant Mtwara que nous traversons. Nous cherchons à changer des devises, ce que nous réalisons dans une banque puis nous cherchons du ravitaillement. Faute de supermarché, nous parcourons les allées du marché où nous trouvons des fruits mais les étals de viande ne sont pas très appétissants. Nous déjeunons dans une gargote de la gare routière, cuisses de poulet sportif et frites réchauffées avec une bouteille d’eau. L’échoppe voisine vend de la bière mais pas à cette heure ! Nous tentons de trouver un cybercafé mais aucun n’a de connexion. Tous les panneaux et les publicités sont en swahili, parfois traduits en anglais. Nous revoyons les réclames pour des salons de coiffure avec des 100_8156.JPGpeintures colorées et expressives. Nous continuons en direction de Lindi et arrêtons peu après à Mikindani, ancien port d’exportation d’esclaves et poste colonial au bord d’une belle baie bordée par la mangrove. Nous parcourons les rues et découvrons de belles maisons en ruines mais certaines ont de belles portes d’origine indienne ou arabe. Au sommet de la colline le boma, le poste administratif, a été transformé en hôtel de charme. Nous repartons, traverso100_8157.JPGns une belle région couverte de cocoteraies à l’ombre desquelles poussent des bananiers et des lopins plantés en riz. Nous atteignons Lindi et y cherchons un lieu où camper. Nous trouvons le bord de la baie et là aussi de belles maisons coloniales ruinées mais avec encore belle allure. L’une ne tient plus que grâce aux racines des ficus qui ont poussé entre et sur les murs. Nous parvenons après un long marchandage à nous installer dans la cour d’un hôtel qui a dû être de bonne tenue mais qui est en pleine dégringolade. On nous ouvre une chambre pour utiliser la salle de bain. Le lavabo est bouché et l’eau est froide… Les gardiens sont des Massaïs, reconnaissables à leur grande taille et surtout à leur couverture dans les tons rouge, rejetée sur l’épaule, et aux bracelets métalliques qui enserrent leurs avant-bras. Nous prenons l’apéritif puis dînons ensemble de pavés de thon achetés au marché et grillés sur leurs barbecues.

 

Vendredi 1er juin : Nous nous rendons dans un cybercafé où nous avons une connexion rapide, nous trouvons un message de Julie qui ne parle plus que de la Thaïlande, un de Nicole toujours anxieuse. Nous retrouvons nos compagnons le long de la plage où les100_8167.JPG pêcheurs ramènent dans leurs filets crevettes et petits poissons. Nous achetons, au prix fort, sans marchander, des crevettes pour le dîner. Un dernier coup d’œil à l’extraordinaire maison envahie par les racines des ficus avant de reprendre la route. Nous roulons entre mangrove et rizières que séparent des grandes cocoteraies et des baobabs argentés. Les traversées de villages sont fréquentes et la vitesse y est limitée à 50 km/h et on nous a avertis que les radars sont fréquents. Nous n’en verrons aucun mais nous tentons néanmoins de respecter les limitations d’autant que de sévères ralentisseurs sont installés à l’entrée et à la sortie. La route s’éloigne de la côte mais les baobabs restent une constante du paysage. Nous quittons l’axe principal pour retrouver l’océan à Kilwa. Nous trouvons un resort qui nous accepte en campeurs et qui organise des visites à l’île de Kilwa où se trouvent de belles ruines de l’époque des sultans omanais. Nous nous renseignons et commandons des sandwichs. J’aurais préféré dîner ce soir au restaurant mais il semble que je suis le seul de cet avis… En ce qui concerne l’excursion à l’île, les tarifs d’entrée qui dépendent du service des antiquités ont bondi le 1er février de 2000 à 27000 shillings tanzaniens pour les non-résidents. Je tente de persuader Vera, la charmante responsable du resort que nous sommes de tout nouvellement recrutés professeurs de l’école française de Dar es Salam… Ce n’est pas à elle d’accepter cette belle histoire mais au service concerné… Les sandwichs commandés tardent. Nous sommes agréablement installés sous une paillote dont l’axe central est l’énorme tronc d’un baobab mais le temps passe et nous avons de plus en plus faim… Enfin nous pouvons satisfaire nos estomacs ! Nous nous rendons ensuite, Jean-François et moi, en tuk tuk avec Vera au service des antiquités où on se montre intraitable et où nous devons payer la somme réclamée. Nous revenons au resort en passant par le marché, occasion d’acheter du gingembre et une mangue et de disputer une partie de jeu de dames, lamentablement perdue face à Jean-François. De retour au campement nous allons tous goûter la température de l’eau à la plage en contrebas. La marée est basse mais l’eau est à la bonne température. Nous nous installons et prenons l’apéritif sous la tonnelle puis dînons de nos crevettes, grillées au barbecue pour eux, poêlées pour nous avec un beurre de gingembre qui n’a pas grand succès.

 

Samedi 2 juin : Les moustiques ont été virulents toute la nuit et j’ai peu dormi. A l’heure, six heures, où je devrais réveiller Marie, je dors enfin ! Nous n’avons que trois quarts d’heure pour êt100_8171.JPGre prêts. Et nous le sommes ! A sept heures, on nous emmène tous dans deux tuk tuk jusqu’au port où nous attend Samuel, notre guide. Il parle lentement ce qui me permettra de remplir à peu près correctement mon rôle imposé de traducteur. Nous montons à bord d’une barque à moteur qui nous fait traverser rapidement mais non sans être mouillés par les embruns, jusqu’à l’île de Kilwa Kisiwani. Nous distinguons de mieux en mieux en approchant le vieux fort omanais. Nous débarquons à marée basse et commençons la visite par le fort, anciennement portugais mais il en reste surtout les constructions du XIX° siècle de la période omanaise. Placé entre deux ou trois100_8179.JPG cocotiers et dominant des barques échouées, il ne manque pas d’allure. Nous en faisons le tour et pénétrons dans sa cour. Les murs en pierre de corail ont encore des traces d’enduit mais il ne reste aucune décoration. Une récente restauration lui a fait retrouver sa porte en bois sculpté, copie de l’originale. Les pièces étaient limitées en largeur par la longueur des madriers en bois de manguier utilisés pour les solives. Nous continuons par la visite de la grande mosquée, la plus grande au sud du Sahara au XV° siècle. Elle a conservé ses deux mirhabs l’un dans la construction à toit plat écroulé du XI° siècle, l’autre dans la plus vaste salle couverte de dômes du XV° siècle. En traversant le village nous atteignons une seconde mosquée, beaucoup plus petite, avec des traces de décoration de carreaux de faïence bleue. Puis c’est un vaste palais dont on imagine l100_8186.JPG’importance au périmètre du mur d’enceinte. Quelques ouvriers gâchent du ciment en travaillant à la restauration, Jean-Michel, maçon de son état est dans son élément et se passionne. Nous devons ensuite par une longue marche traverser le village puis suivre des sentiers dans la brousse pour déboucher devant un autre palais, face à la mer, plus vaste mais plus ruiné car abandonné depuis plus longtemps. Notre guide nous montre des salles qu’il nous présente comme une salle de spectacle (?) et un bassin octogonal qu’il baptise « piscine ». Ses  sources, des dessins et la tradition orale, ne semblent guère scientifiques. L’ensemble est tout de même plutôt décevant, il ne reste pas grand-chose des décorations et nous ne sommes pas sûrs que le prix et la fatigue aient été justifiés. Marie a peiné pendant la marche sur le sentier étroit, au soleil. Le guide fait venir la barque au pied du palais, nous épargnant ainsi une nouvelle marche pénible. Nous revenons sur le continent puis, toujours en tuk tuk, au campement. Il n’est que onze heures, en repartant aussitôt, nous aurions une chance d’atteindre Dar es Salam ce soir mais nos compagnons ne sont pas de cet avis et nous traînons avant et après le déjeuner pris sous la tonnelle. Enfin nous repartons mais il faut aussitôt s’arrêter au marché pour l’achat de quelques fruits. Nous retrouvons la bonne route goudronnée pour Dar es Salam qui s’éloigne100_8191.JPG du bord de mer. La bonne opinion que j’avais du réseau routier tanzanien est tempérée quand nous devons continuer pendant une quarantaine de kilomètres sur une très mauvaise piste, dans le sable et les fondrières. Plus question d’espérer être ce soir à Dar es Salam ! Avant que la nuit tombe et alors que nous avions retrouvé un bon goudron, nous nous écartons de la route et trouvons un emplacement de bivouac à côté d’une toute petite église évangéliste, trois bancs et un toit de chaume. On va nous chercher le pasteur qui nous accorde volontiers l’autorisation mais ravi de l’aubaine, il prévient sa famille de notre arrivée. Sa femme, sa fille, une voisine, des bébés, nous sont amenés. Nous faisons visiter avec le succès habituel avant de pouvoir sortir tables et fauteuils pour le traditionnel apéritif suivi du dîner avec nos dernières provisions.

 

 

Dimanche 3 juin : Personne n’est encore arrivé à l’église quand nous nous réveillons. Plus tard arrivent la fille du pasteur et deux de ses amies venues balayer, poser un tissu blanc sur l’autel et ouvrir la Bible à la page du jour. Puis elles repartent et nous ne revoyons personne. Le temps passe, neuf heures, l’heure annoncée du culte, nous patientons encore puis décidons de partir en laissant un message d’excuses et de remerciements. Nous reprenons la route ou plutôt la piste car nous en avons encore une dizaine de kilomètres. Sur le bord de la route, on vend des fruits que nous n’identifions pas immédiatement. Il s’avère ensuite que ces fruits sont des grenadelles, grenadilles ou fruits de la passion. J’en achète pour un demi-kilo et repars avec un grand sac qui pèse plusieurs kilos ! Les radars sont plus fréquents en approchant de Dar es Salam et Jean-Michel se fait prendre. L’arrivée à la capitale ressemble à l’entrée à Dakar : une grande avenue à demi recouverte de sable, un vent qui le soulève et disperse aux quatre coins, papiers, plastiques et tout ce qui peut voler, une circulation anarchique et une multitude de commerces dans des baraques de bois. Nous trouvons grâce au logiciel de navigation de nos compagnons le FPCT, Free Pentecostal Church in Tanzania, une mission protestante qui assure un service de gardiennage des véhicules des voyageurs comme nous. Nous pouvons y camper, manger, nous doucher, laver du linge et un atelier de mécanique est aussi à notre disposition, un vrai havre pour l’overlander, le « routard » mécanisé… Nous nous connectons à internet, aucun message… Nous écrivons à des hôtels à Zanzibar. Nous corrigeons mon texte et je mets le blog à jour. Une fois tous douchés, nous faisons venir un taxi, nous nous faisons conduire à un restaurant, celui que choisit le chauffeur ! Bien choisi puisque sans alcool ! La cuisine n’est pas mauvaise mais les portions servies sont en dessous des minima acceptables ! Retour à la mission. Je m’installe dans le salon en plein air pour écrire, les pieds dévorés par les moustiques.

 

Lundi 4 juin : Nous sommes si habitués à nous lever tôt que les jours où nous ne sommes pas pressés, nous sommes debout à la même heure ! La journée doit être consacrée à résoudre un certain nombre de problèmes, de magasinage de la voiture et de l’excursion à Zanzibar. Le personnel de la mission nous facilite les choses : le responsable de l’atelier de mécanique peut se charger de la révision des véhicules et des réparations éventuelles et il se fait fort de trouver à recharger les bouteilles de gaz. Nous partons avec les voitures pour nous rendre à un supermarché, un comme nous n’en avions plus vu depuis quelque temps sans charcuterie ou viande de porc mais avec des alcools. Nous n’achetons que pour les deux soirs à venir puis repartons nous garer dans le centre-ville. La circulation n’est pas vraiment fluide mais quand nous nous égarons et devons faire demi-tour, les autres automobilistes nous en laissent la possibilité sans rechigner. La ville est laide : des immeubles récents, te100_8194.JPGmples du béton et pour quelques-uns du panneau vitré mais sans unité et chacun construit ce qu’il veut, les anciennes maisons de commerce disparaissent sous les publicités tape-à-l’œil. Nous nous garons ainsi que Jean-Michel dans la rue principale. Nous changeons des euros dans un « bureau de change » à un taux légèrement supérieur à celui de la banque mais surtout beaucoup plus rapidement. Nous attendons ensuite les autres devant un restaurant, le « Rendez-vous », tenu par une Indienne souriante. Ils nous rejoignent quand nous sommes installés et nous commandons des plats sur sizzler, sans saveur particulière et nous devons encore une fois boire de l’eau ! Marie et moi repartons seul pour un rapide tour du quartier. Nous en profitons pour acheter les billets de bateau en 1ère classe s’il vous plaît, pour Zanzibar. Puis nous passons devant l’église Saint-Joseph assez laide pour qu’on la croit en béton… En revenant dans la rue principale, nous rentrons dans une boutique de souvenirs tenue par des Indiens. Ils ont quelques bijoux anciens dont des bracelets dans un alliage pauvre en argent mais l’un d’eux plaît à Marie. Je parviens à le marchander au sixième du prix annoncé ! Ce sera son cadeau de fête des mères…Nous reprenons la voiture qui a été lavée ! Nous nous rendons dans un grand hôtel pour confirmer notre vol de retour puis nous nous glissons dans les embouteillages pour rentrer à la mission. Je ne retrouve pas mon chemin et je dois sortir l’ordinateur et le GPS pour y parvenir. Les bouteilles de gaz ont été remplies à un tarif un peu exagéré… Nous nous connectons, une réponse d’un hôtel de Zanzibar et rien de Gisèle. Nos compagnons reviennent, nous faisons une sorte de dîner de fin de voyage en utilisant les installations de la mission ce qui permet à son responsable de nous réclamer quelques milliers de shillings… Jean-Michel a acheté une bouteille de vin mousseux doux que nous prenons à l’apéritif avec les sambos, Jean-François une d’un honnête rosé et nous une d’un rouge gouleyant que nous buvons avec le poulet frit et des patates sautées dans la graisse de canard de nos cuisses de confit de l’avant-veille, un repas comme nous n’en avions plus connu depuis… Les hôtes de la mission, tous culs-bénits, regardent de travers nos libations… Nous essayons d’avoir Julie au téléphone sur Skype mais nous n’obtenons que ses répondeurs !

 

Mardi 5 juin : Nous sommes réveillés par les bruits du déchargement d’un conteneur là où nous voulions stationner. Jean-Michel et Christine partent ce matin pour Zanzibar. Nous passons ensuite la majeure partie de la matinée à nettoyer les toilettes et le placard de la voiture. Je dois aussi relaver le toit et le capot de la voiture, l’arbre sous lequel nous avons dormi abritait quelques oiseaux peu respectueux… Nous partons pour le centre-ville par le même trajet que la veille et nous nous garons dans la même rue. Nous déjeunons en terrasse, pas très bien, curry de bœuf pas épicé et ne sentant pas le curry et poulet grillé avec des frites pour Marie, mais avec de la bière ! Nous sommes dans le quartier des administrations et ici se croisent deux mondes. Celui des petites gens avec des activités précaires, marchands de boissons fraîches, de casse-croûtes, de chaussures d’occasion (très important les chaussures pour un Africain !), gardiens de voitures etc… et une classe de fonctionnaires et employés qui aiment afficher leur élégance. Nous nous rendons ensuite au Musée national. Un beau bâtiment moderne entoure l’ancien, un palais arabo-andalou (!) au fond d’un jardin articulé autour d’un superbe figuier devant lequel des sièges en béton ont été posés comme autour d’un arbre à palabres. Dommage que cette bonne première impression soit vite ternie par la visite ! Les salles n’ont pas grand-chose à montrer, la section d’histoire naturelle est lamentable, trois trophées d’antilopes, un crâne d’éléphant, un squelette et une reproduction d’un dugong. D’autres salles (évolution de l’humanité, art pariétal) ne présentent que des panneaux didactiques. La salle d’ethnologie a quelques objets dont un très beau lit à baldaquin en provenance de Kilwa et celle d’histoire de la Tanzanie des photos du père de la nation, Nyéréré. Je vais rechercher la voiture et nous rentrons, sans trop d’encombrements et sans nous tromper, préparer le sac pour le départ de demain matin. Nous nous installons dans le salon en attendant le retour de Jean-François et Jacqueline avec qui nous prenons le dernier gin-tonic du voyage puis dînons tout en discutant. Ils évoquent leur carrière d’éducateurs

 

 

Mercredi 6 juin : Nous nous réveillons assez tôt pour être prêts à partir à huit heures. Le taxi réservé la veille par Jean-François n’est pas là… Nous devons en appeler un autre. Pendant ce temps, je remise la voiture au parking fermé et règle au responsable trois mois de gardiennage. Le taxi commandé est arrivé, nous partons avec une demi-heure de retard. Jean-François remarque qu’il roule avec une galette en guise de roue et que sa jauge à essence est au plus bas. Et ce qui était une plaisanterie devient réalité, nous tombons en panne d’essence à un carrefour. Le chauffeur abandonne sa voiture et part chercher de l’essence avec un bidon… Il revient à temps pour que ce soit à notre tour de circuler… Nous arrivons100_8203.JPG à temps et même très en avance au port ! Nous embarquons sur un catamaran très moderne, en compagnie d’autres touristes et de quelques locaux, femmes en robe longue noire et foulard sur la tête, les hommes avec calotte brodée. Nous nous éloignons du port et contemplons la ville de la mer, immeubles en construction, en verre surgis de la ville basse. Nous franchissons le goulet entre marché au poisson populeux et côte frangée de cocotiers où des pêcheurs tirent des filets. Puis nous sommes en haute mer pendant presque deux heures, croisant de frêles esquifs à balanciers occupés par des pêcheurs solitaires, loin de la terre. Nous distinguons la côte zanzibarite puis des îlots encerclés de plages immaculées et entourés d’une mer100_8214.JPG turquoise. Nous longeons à vitesse réduite la capitale Stonetown et ses anciennes maisons arabes ouvertes aux vents de l’océan sur plusieurs étages et précédées de vérandas. Nous accostons et sommes surpris de devoir passer un contrôle d’immigration avec tampon sur le passeport, comme si nous entrions dans un nouveau pays. Nos carnets de vaccination contre la fièvre jaune sont aussi contrôlés. Les 100 8215chauffeurs de taxis se précipitent, nous disent que l’hôtel réservé est fermé, qu’il faut prendre une voiture pour s’y rendre… Nous nous en débarrassons et y allons à pied en moins de cinq minutes ! Dès le débarcadère, nous avons découvert de belles maisons coloniales à la décoration chargée, des dentelles de bois ou de fer au rez-de-chaussée et aux étages embellissent les poteaux et les bords des toits. Avec les placettes et les ruelles où seules les vespas se fraient un chemin à grand renfort de klaxon, nous avons l’impression de débarquer dans une Venise lépreuse. Les maisons avec leurs hautes façades percées de petites fenêtres derrière des volets de bois à deux niveaux, peints en bleu mais dont l’entrée est presque toujours une splendide porte à l’encadrement100_8221.JPG très ouvragé, parfois ripoliné, évoquent de loin l’Arabie du sud et donc le Yemen mais sans avoir l’uniforme splendeur de Sanaa. Notre hôtel pour une somme modique, nous offre une chambre chaulée, au plafond de poutres repeintes en noir, meublée dans le style local notamment de lits à baldaquin, hauts sur pieds, très travaillés et décorés de petites peintures d’oiseaux ou de fleurs, sur des carreaux de verre. Une moustiquaire complète l’impression d’exotisme… Nous ressortons pour aller dîner avec Jacqueline et Jean-François au restaurant en terrasse au bord du port, le Mercury’s, pour rappeler le chanteur Freddie Mercury, natif du lieu. Les plats, un curry vert de poisson pour moi et une friture de poulpes, calamars et crevettes pour Marie, un peu chers, ne sont pas très copieux, mais excellents. Nous y retrouvons Jean-Michel et Christine, arrivés la veille. Nous rentrons à l’hôtel pour une courte sieste et repartons en longeant le bord de mer, passant devant des palais transformés en musée que nous visiterons demain. Après avoir traversé un agréable jardin, regardé les cartes alléchantes des restaurants, nous retrouvons Jean-Michel et Christine qui nous emmènent chez un loueur de voiture où nous réservons une petite jeep pour samedi puis nous traînons dans la rue des boutiques de souvenirs, plus animée mais où100_8230.JPG les rabatteurs sont à la recherche de touristes en perdition. En levant les yeux, nous admirons d’autres maisons, hélas pas toujours en bon état. Fatigués, nous revenons vers le bord de mer et allons prendre un pot sur une terrasse qui domine un atelier de fabrication de boutres. Nous nous rendons ensuite dans le jardin où des cuisiniers ont installé des étals qui s’animent à la nuit. Ils ont précuit des brochettes de viandes ou de poisson, de coquillages, de moules, de langouste qu’ils repassent à la flamme et servent avec des verres de jus de canne à sucre. La clientèle est essentiellement constituée de touristes mais aussi d’Indiens et de quelques africains. Nous dînons là sans nous régaler, les coquillages ou les calamars sont durs et les brochettes réchauffées ne sont plus juteuses. Nous terminons par un thé avant de rentrer nous coucher sous notre moustiquaire.

 

Jeudi 7 juin : A cinq heures, les muezzin ou plutôt les haut-parleurs des mosquées appellent à la prière, tous légèrement déphasés, de telle sorte qu’il y en ait toujours un qui commence quand on croit que les autres ont fini… Nous nous levons à peine plus tard que d’habitude. Nous retrouvons Jean-François et Jacqueline sur la terrasse pour le copieux petit déjeuner. Ils nous quittent pour faire le tour de l’île, nous nous promettons de nous revoir cet été. Nous partons en promenade, le nez en l100_8292.JPG’air, à la recherche des balcons en encorbellement, parfois richement ouvragés mais souvent difficiles à apprécier dans leur totalité par manque de recul vu l’étroitesse des ruelles. Nous débouchons sur l’artère qui ceinture la vieille ville où nous croisons cette fois, Jean-Michel et Christine, eux aussi en partance pour un tour de l’île. Nous visitons le marché, installé dans un ancien bâtiment et débordant sur la rue. Une aile est dévolue aux poissons, surtout des calamars et des bonites, nous évitons celle des bouchers… On trouve tous les fruits tropicaux, mangues ananas, fruits de la passion, corossols et même durians. En tant que touristes, nous sommes vite repérés et peinons à éviter les marchands d’épices. Nous retournons dans les100_8244.JPG ruelles de la ville, passons dans le quartier des marchands d’étoffes avant d’atteindre les abords de l’église anglicane. Une maison est supposée avoir abrité des cellules où étaient parqués les esclaves avant leur vente aux enchères, on y visite des pièces basses où ils devaient attendre sur des bat-flancs de ciment. L’église en elle-même a peu d’intérêt. Nous nous dirigeons vers le centre en empruntant des ruelles de plus en plus touristiques, ce qui convient à Marie en pleine recherche de cadeaux pour la famille… Les belles portes sont très nombreuses, surmontées de linteaux sculptés, elles témoignent des influences arabes et indiennes. Il est regrettable que les maisons ne soient pas chaulées plus souvent, elles n’auraient plus cet aspect lépreux, sordide, que l’entassement des ordures aux coins des rues ou sur les placettes, n’améliore pas. Je finis par abandonner Marie à ses exaspérantes quêtes et vais me promener sur le rivage. Je découvre de superbes maisons inhabitées dont les façades décrépites, sur la mer, attendent une urgente 100_8274.JPGrestauration, des corbeaux sculptés ne soutiennent plus rien, des escaliers extérieurs conduisent à des balcons branlants, les volets sont de guingois et menacent de tomber par grand vent. Je reviens retrouver Marie qui s’est décidée pour quelques objets… Nous allons déjeuner, à l’eau gazeuse, au restaurant Archipelago, en terrasse à l’étage, poisson grillé et sauce à la mangue pimentée et poulpe pour Marie, portions honnêtes et prix encore acceptables. J’emmène ensuite Marie admirer mes découvertes de la matinée puis nous nous rendons au musée du palais du sultan. Une visite que100_8264.JPG nous aurions pu éviter, des photos épinglées, couvertes de chiures de mouches, des vitrines crasseuses pour évoquer la vie politique de l’île du temps des sultans omanais mais le clou est le parcours du second étage dans les appartements du dernier sultan où dans des pièces étroites et sinistres, se font face de lourds meubles indiens, en bois noir, sculptés dans les plus petits détails, étouffants, et du mobilier européen de mauvais goût, le pire est une série de placards et meubles bas en formica qui n’ont pas dû être nettoyés depuis la chute en 1964 du dernier sultan ! Nous revenons par le front de mer, entrons dans la belle maison à deux étages avec un superbe balcon aux allures de moucharabieh, restaurée et qui abrite une école de musique traditionnelle. Nous marchons jusqu’à l’ancien dispensaire, encore un splendide bâtiment, restauré par la fondation de l’Aga Khan, magnifique exemple de la rencontre de la technologie occidentale du XIX°siècle avec ses piliers en fonte peints et du goût oriental pour les fioritures avec les dentelles des balcons de100_8294.JPG bois. L’intérieur est désert, nous en parcourons les étages sans rencontre âme qui vive. Epuisés, nous allons nous reposer et prendre un verre au Mercury’s, face à la mer, moins salée que l’addition, plombée par un thé glacé prohibitif. Nous rentrons nous reposer à la chambre puis montons écrire sur la terrasse en dégustant un thé aux épices offert par l’hôtel. Nous cherchons ensuite un restaurant, celui que nous lorgnions étant fermé, nous jetons notre dévolu sur un restaurant indien, trop chichiteux à notre goût et dont la cuisine est décevante, notamment le poulet tandoori, recouvert au dernier moment d’une pâte grumeleuse avant d’être cuit. Retour pour un repos bien mérité, si les chants de la mosquée voisine nous le permettent…

 

Vendredi 8 juin : Après le petit déjeuner, nous partons pour le marché au poisson, à l’extérieur de la ville ancienne, après le port. Pas de touristes mais nous sommes néanmoins très sollicités par des rabatteurs qui veulent nous vendre des billets de bateau, nous servir de guides ou nous proposer un taxi à prix d’ami. Le marché couvert est peu animé et guère différent de celui du centre-ville mais nous y voyons tout de même un bel espadon et quelques raies. En continuant quelques pas nous aboutissons à un autre marché aux poissons, plus populaire puisque ce sont les pêcheurs qui débarquent de leurs dhows100_8303.JPG leurs prises sur des étals de fortune. Les barques sont amarrées dans le port, des petites avec des balanciers pour la pêche et de plus grandes, des boutres, qui chargent des matériaux. Tous ces dhows restent très primitifs, coques et mâture en bois, qui ne semblent pas avoir connu de calfatage depuis longtemps. Nous revenons sur nos pas et au passage, je vais prendre les billets de bateau pour le retour. Nous partons dans des ruelles encore inconnues, à la recherche de belles maisons ou du moins de maisons de caractère. Nous trouvons au fond d’une impasse le temple hindou, trois tours b100_8290.JPGanches que nous ne pouvons approcher. Nous revenons sur le front de mer et allons visiter l’immense Maison des Merveilles, ancien palais des sultans. Une construction du XIX° siècle, un cube sur trois niveaux surmonté d’une tour carrée qui m’évoque la gare de Lyon ! Les très larges balcons sur les quatre côtés sont supportés par des colonnes de fonte  qui donnent à l’ensemble une certaine allure. Il a été transformé en musée de l’histoire de Zanzibar. Les premières salles font bonne impression avec des panneaux clairs, des objets pour illustrer les propos et une autocritique bienvenue de la dégradation de la ville. Puis les salles se succèdent avec de plus en plus de panneaux et de moins en moins d’objets, mal présentés, dans des salles étouffantes. Enfin le dernier étage n’a d’intérêt que pour la vue sur la côte, le fort arabe, les minarets et les clochers d’un côté, les toits de tôle rouillés et les ruines d’un autre. Nous allons déjeuner dans une gargote en plein air sur une petite place alors que tous les mâles se rendent puis reviennent de la prière du vendredi. Les plats ne sont pas chers mais les portions sont en conséquence… Nous rentrons pour une sieste à l’hôtel puis ressortons peu avant quatre heures. Marie part en chasse pour ses derniers achats. Je refuse de m’en mêler et me contente de sortir les billets de la poche sans discuter. Nous passons confirmer et payer la location de la voiture puis continuons les emplettes. Nous allons nous asseoir dans les jardins, près des adolescents qui100_8276.JPG s’amusent à plonger tout habillés dans la mer. Une fois la nuit tombée et après une dernière marche, nous allons dîner au restaurant Monsoon. Un vrai repas avec entrée, plat, dessert et une bouteille de vin blanc, le repas de fête des mères ! Marie ne se régale pas vraiment avec sa salade de poulet à la mangue et ses poulpes en sauce coco, j’apprécie la salade de calamars aux fruits de la passion, une idée à retenir pour une salade de crevettes, la tranche de thon accompagnée de dés de mangue très épicés et en dessert du halwa et gâteau de dattes. Nous rentrons en repassant par les jardins, à l’heure où les familles sont venues profiter de la fraîche, les élégantes montrer leurs nouveaux foulards et la broche qui le tient, les amoureux restent sages et les matrones ont leurs robes les plus clinquantes. Nous trouvons un message de Julie et un des Fantino.

 

Samedi 9 juin : Nous plions bagages ce matin. Après le petit déjeuner, je vais retrouver notre loueur de voiture qui nous a apporté une jeep Suzuki, le modèle châssis long, boîte automatique, bien fatiguée, des marques sur la carrosserie, des joints qui pendouillent et merci à l’inventeur du ruban adhésif, il est généreusement utilisé pour essayer de maintenir en place un certain nombre de commandes… Evidemment le réservoir est vide… Je vais rechercher Marie et nous quittons l’hôtel avec le sac. Je ne suis pas très à l’aise, non avec la conduite à gauche, mais avec le volant à droite. Je me lance dans la circulation et commence par remettre quelques litres d’essence. Premier arrêt en bordure de route pour les ruines d’un palais. Ce que nous en apercevons, trois piliers et deux arches, nous dissuade de descendre de la voiture. Plus loin, nous approchons du palais Mtoni où aurait vécu une princesse du XIX°siècle qui, mariée à un Allemand connu sur les terrasses de leurs maisons voisines, fit s100_8331.JPGcandale en son temps. Pas sûr, à voir le nombre de musulmanes entièrement voilées croisées dans les rues, qu’il n’en serait pas de même aujourd’hui… Un maçon, à notre vue, s’improvise guide et cherche à nous soutirer des shillings pour entrer dans les ruines, faute de pouvoir nous produire un ticket, il en sera pour ses frais. L’intérêt est très limité, il ne reste que des murs épais que notre maçon et ses collègues couvrent de ciment ! Nous commençons à désespérer de ce tour de l’île… Nous continuons puis bifurquons sur une route qui escalade une colline au sommet de laquelle se dresse un établissement de bains de type persan. Deux pièces en enfilade, chaulées et couvertes de stucs, fine décoration florale et animale, des paons et des lions, utilisées pour les ablutions. Nous en repartons réconciliés avec le service archéologique de Zanzibar ! Nous poursuivons à quelque distance de la côte, d’abord sur une bonne route puis sur une mauvaise piste qui circule dans une très belle cocoteraie. Mais ce n’est pas la bonne piste ! Nous revenons au terminus de la route et descendons sur la plage où des pêcheurs s’affairent100_8334.JPG à repriser leurs filets étendus en vagues bleues et rouges sur le sable. Nous trouvons la bonne piste qui nous amène à ce qu’on nous présente comme une cave souterraine où les esclaves étaient cachés avant leur embarquement quand la traite est devenue illégale. Nous continuons à petite allure vers le nord, dans une superbe végétation tropicale, cocotiers, bananiers, manguiers, arbres à pain auxquels s’ajoutent les touffes rondes de quelques girofliers. Nous nous arrêtons dans un village pour acheter des bananes, une bouteille d’eau et deux portions de frites. Les frites sont présentes dans toutes les gargotes ! Nous déjeunons dans la voiture, sous l’œil goguenard de quelques gosses. Le ciel qui était de plus en plus couvert ces derniers jours finit par crever et nous essuyons dans l’extrémité de la pointe nord un orage. L’arrivée à Nungwi est sinistre : la pluie, la route qui se termine à l’entrée du village, les pistes défoncées qui prennent le relais et la plage invisible. Nous cherchons un hébergement, nous trouvons des bungalows près d’un cénote où de malheureuses tortues nagent dans une eau trouble. La plage est éloignée et peu engageante à marée basse. Nous cherchons plus loin  mais il n’y a que des resorts peu séduisants. Nous revenons nous renseigner dans le village et après l’avoir traversé nous découvrons une belle plage su100_8342.JPGr la côte ouest et donc des lodges. Après avoir hésité entre deux, nous nous décidons pour celui qui a un restaurant sur des pilotis au-dessus de la plage, le Paradise Beach Bungalow. La chambre et non pas le bungalow que laissait croire le nom, est mal éclairée et la moustiquaire est une passoire mais le prix est dans nos possibilités… Nous allons profiter de la plage, le temps de nous tremper puis de nous sécher. J’abandonne Marie dans un fauteuil alors que la marée monte et pars me promener le long de la plage. Tous les dhows appareillent pour une pêche de nuit, leurs voiles triangulaires couvrent l’horizon comme pour une régate. J’atteins le chantier où ils sont fabriqués. Plusieurs sont à différents stades de leur construction : la quille100_8350.JPG seule, avec les couples, les planches clouées… Les outils sont restés les mêmes que depuis des lustres, couples découpés à la herminette, sans plan, clou forgé localement, et perçage des trous avec une vrille à archet. L’un des ouvriers me dit fièrement être allé à Brest pour participer à un festival international de dhows ! Je reviens retrouver Marie puis nous allons nous installer à une table du restaurant  maintenant au-dessus de l’eau à marée haute pour un soda puis Marie a la malencontreuse envie d’un cocktail. Non point que je ne souscrive à cette bonne initiative mais la margarita et la caïpirinha qui nous sont servies ne sont que des jus de citron vert, presque sans sucre ni alcool. La serveuse tente d’améliorer les choses, la margarita devient buvable mais la caïpirinha reste dans le verre. Dommage ! Les plats que nous commandons ensuite, calamars et poulpes sont bons et copieux. Nous regagnons notre chambre et tentons d’ignorer l’agaçant  grincement du ventilateur et le ronflement du générateur venu à la rescousse de l’électricité municipale défaillante.

 

 

Dimanche 10 juin : Je me réveille avec un torticolis handicapant… Après un copieux petit déjeuner, comme il semble que ce soit partout le cas dans l’île, pris au-dessus de l’eau, nous repartons et traversons le village et ses maisons en pierre de corail pour retrouver le chantier des dhows. Bien que nous soyons dimanche, les artisans s’activent et je montre à M100_8358.JPGarie les différents stades d’avancement de leur construction. Devant, une mer turquoise où sont ancrés les boutres de retour de la pêche. A la sortie de Nungwi, premier des cinq contrôles de police de la journée avec l’inévitable demande d’exhiber le permis international de conduire ! Les policiers sont toujours aimables et plaisantent volontiers mais ils sont bornés ! Nous ne pouvons pas suivre la côte est, nous en sommes toujours à une faible distance, ce sont les hôtels, les resorts qui occupent le bord de mer et monopolisent les plages. La marée est basse et découvre de larges étendues marbrées, mélange de langues de sable, de bancs de coraux morts et de mer aux différents tons de bleu. Quelques barques échouées et des ramasseuses d’algues aux robes colorées en font ressortir toutes les nuances. Le côté mer est bordé de quelques rangées de cocotiers mais l’intérieur des terres est désolé, il n’y a plus la végétation luxuriantes de la côte ouest. Nous ne la retrouvons que lorsque nous pénétrons dans le centre de l’île pour contourner une grande baie. Nous revenons sur la côte est à Paje et la suivons sur quelques kilomètres vers le nord. Nous achetons deux beignets qui, avec nos bananes de la veille et le reste de la bouteille d’eau, constitueront notre frugal déjeuner, dégusté en bordure de mer, dans le village de Bweejuu. Nous suivons ensuite le littoral en direction du sud. Pour voir de plus près la côte, je m’engage sur une piste qui aboutit à un lodge sympathique, à l’écart des villages. Le prix d’un bungalow nous conviendrait, nous en retenons l’option mais avant de nous décider, nous allons jusqu’à Jambioni. Un long village aux maisons de pierre de corail et pour certaines à toit de chaume au milieu duquel sont implantés quelques hôtels où nous nous renseignons. Le premier,100_8369.JPG tenu par une Française, n’a qu’une chambre qui vient de se libérer mais qui ne pourra pas être prête pour ce soir ! Le second est tenu par des rastas et il est difficile d’échapper au reggae que diffuse une sono dont il ne semble pas possible de baisser le volume. Décidés à retourner au lodge visité, nous revenons sur nos pas mais allons tout de même en voir un autre tout proche. On nous propose à un prix très intéressant pour cause de basse saison, un très agréable bungalow en forme de hutte à deux pentes, meublé d’un vaste lit, sur pilotis au-dessus de la plage. Séduits par la situation et la présence d’une piscine, nous nous y installons et goûtons aussitôt à l’eau de la petite piscine qui permet d’éviter l’inconvénient d’une baignade dans la 100_8392.JPGmer, quasi impossible à marée basse. Nous écrivons et corrigeons mon texte, assis sur notre terrasse en surveillant la remontée de la marée. C’est ensuite une courte promenade sur la plage avant de profiter des canapés de la terrasse du restaurant mais il n’y a ni Coca ni tonic ! Nous dînons en compagnie des quelques autres clients et des équipes de football d’Italie et d’Espagne qui se disputent sur grand écran… Nous avons encore commandé des calamars mais les portions sont bien minces et je sors de table avec la faim ! Une coupure de courant nous épargne le fin du match mais nous devons regagner notre bungalow simplement éclairé par une bougie. L’électricité ne revient qu’au bout d’une heure et nous permet alors de bénéficier des bienfaits du ventilateur.

 

Lundi 11 juin : Pas de moustiques cette nuit, la moustiquaire a été efficace. Le petit déjeuner pris au-dessus de la mer est copieux et bien agréable. Nous reprenons la route dans un paysage peu engageant, une brousse arbustive, dès que nous nous éloignons de la côte. Nous tentons de faire le tour de l’île en suivant d’aussi près que possible le bord de mer. Après le joli village de Mtende, nous empruntons une piste très étroite qui aboutit à une plage occupée par les dhows de pêcheurs. La mer est digne des lagons des mers du sud avec des100_8372.JPG bleus outremer et turquoise en bandes mêlées mais il ne faut pas regarder à ses pieds. Le sable est couvert de déchets plastiques, abandonnés par les occupants ou rejetés par la mer ? Sans doute les deux. La piste ne va pas plus loin, nous devons revenir sur nos pas et traverser le sud de l’île pour atteindre Kizimkazi, une plage réputée pour sa beauté mais aussi pour une colonie de dauphins qui peuvent être approchés en bateau. Nous trouvons, à l’écart du village, sur un promontoire rocheux, le lodge conseillé par Jean-Michel et Christine qui y étaient la veille. Nous y avons un bungalow à l’étage en paille de cocotier avec une petite terrasse et une vue splendide sur la mer. Le propriétaire est un sympathique rasta avec qui nous convenons du prix et de celui d’une excursion dans l’après-midi pour aller voir les dauphins. Nous reprenons la voiture pour aller au village chercher où manger un sandwich. Dans sa traversée, nous sommes sollicités par tout un chacun pour la balade en bateau… Nous trouvons sur une belle crique, à marée basse maintenant, un restaurant sous une paillotte où nous nous faisons servir des100_8356.JPG samoussas et une bruschetta curieuse : des tranches de pain grillées et un bol de tomates concassées avec de l’ail et du basilic. Nous revenons pour une sieste au bungalow puis nous repartons avec le responsable de l’excursion avec qui j’ai négocié, du moins c’est ce que je crois, le prix. Nous allons au port et devons traverser une étendue de sable avant d’atteindre une barque à moteur. On m’a alloué des palmes, un tuba et un masque pour pouvoir nager avec les dauphins… Nous longeons la côte vers la pointe sud, les yeux braqués sur les vagues, à la recherche des dauphins. Une petite houle soulève notre embarcation qui commence à taper, et pas de dauphins en vue. Un gros nuage noir qui menaçait, finit par crever et nous voici trempés par la pluie et les embruns, ballottés par les vagues, au beau milieu d’une eau dans laquelle je n’ai plus du tout envie de me tremper. Les dauphins restant absents et bien que la pluie s’éloigne, nous décidons de faire demi-tour. Revenus en face de la plage de départ, nous restons une demi-heure à faire semblant de guetter les dauphins afin de justifier le prix de l’excursion puis nous débarquons.100_8378.JPG Nous restons quelque temps avec les femmes aux voiles colorés qui attendent le retour des pêcheurs mais ces derniers tardant et le soleil déclinant, nous rentrons au lodge. Je veux régler notre guide mais le prix n’est plus celui dont il avait convenu mais celui du patron, plus élevé bien entendu, nous ne nous serions pas compris ! Plus tard il revient nous demander si nous dînons et nous annonce des prix fantaisistes qu’heureusement le chef cuisinier arrivé entretemps corrige et ramène à des valeurs correctes. Nous nous installons près du bar mais l’éclairage très faible ne permet pas de lire et la musique reggae commence à m’énerver… Au dîner, dans une salle déserte, nous sommes les seuls clients, sous une lumière chiche, nous avons droit à deux tranches de thon trop frit et à des morceaux de poulpe élastiques, quant à la bière, elle est trop glacée… Nous allons nous coucher bercés par la musique reggae… Qui a dit que nous sommes râleurs ?

 

Mardi 12 juin : Un vent violent a soufflé toute la nuit et continue ce matin, s’infiltrant par tous les orifices entre les palmes, par les ouvertures dans la toiture. La mer moutonne, pas un temps à aller voir les dauphins ! Le petit déjeuner est vite avalé en essayant de tourner le dos aux bourrasques. Nous réglons la note, ramenée à de plus justes proportions en shillings. Nous repartons, repasson100_8403.JPGs par la route déjà empruntée l’avant-veille et nous arrêtons au Parc national de Joziani. Escortés d’un guide sympathique et à l’anglais très compréhensible, nous partons à la rencontre des colobes rouges. Nous n’avons pas à les chercher longtemps, ils sont dans les branches d’amandiers indiens dont ils se régalent des jeunes feuilles et des fruits. Ils sont tout autour de nous, indifférents à notre présence. Ce sont de beaux singes à la fourrure rousse sur le dos, d’abondantes touffes de poils hérissés sur la tête leur donnent des allures de professeur Nimbus. Nous poursuivons la visite par un sentier construit au-dessus de la mangrove et qui permet de différencier les divers types de palétuviers, aux racines bien visibles à marée basse. Certains atteignent des100_8406.JPG tailles et des hauteurs que nous n’avions jamais vues auparavant. La troisième promenade est dans la forêt tropicale pour y voir des acajous et de plus rares singes bleus que nous ne ferons qu’entrapercevoir. La visite terminée, nous reprenons la route de Stonetown dont nous traversons les faubourgs de plus en plus populeux. Nous nous perdons, demandons notre chemin à un policier qui nous oriente mal et enfin trouvons la vieille ville en suivant le bord de mer. Nous nous garons face aux jardins et je vais rapidement changer des euros puis nous allons déjeuner à un des kiosques des jardins. Hamburger et poulet-frites, très honnêtes. Nous repartons quand nous retrouvons Jean-Michel et Christine installés à un autre kiosque ! Nous les emmenons au port puis à l’hôtel où nous n’avons pas la chambre réservée mais une moins agréable ! Nous ressortons pour aller rendre la voiture. Opération qui ne dure que le temps de remettre les clés au 100_8323.JPGloueur. Nous nous rendons une fois de plus au restaurant Archipelago pour prendre un soda. J’abandonne Marie sous prétexte d’aller consulter le menu d’un restaurant pour essayer de retrouver la boutique où j’avais vu des bracelets indiens mais elle doit être fermée car je ne la retrouve pas. Je retrouve Jean-Michel et Christine et nous allons rechercher Marie puis nous allons ensemble nous promener dans des rues que nous ne connaissions pas encore, toujours le nez en l’air, en quête de balcons ouvragés. Nous dînons, plutôt mal, dans un jardin, de poisson et crevettes à la fraîcheur douteuse. Retour à pied par les rues sombres, sans lumières, sauf dans les maisons pourvues d’un groupe électrogène, par suite d’une coupure de courant. Nous devons une fois de plus nous contenter d’une bougie pour nous éclairer.

 

Mercredi 13 juin : Mauvaise nuit. Des moustiques sont resté prisonniers sous la moustiquaire et se sont régalés toute la nuit puis ce furent les appels à la prière relayés par les haut-parleurs grâce à un courant électrique hélas revenu et enfin des pigeons qui tenaient à roucouler sous notre fenêtre et qui provoquèrent des envies de meurtre avec a100_8208.JPGccompagnement de petits pois…Réveillés à temps pour nous rendre au port, nous patientons le temps d’embarquer un cercueil et enfin appareillons sur une mer houleuse comme une chambre des députés un jour de vote de motion de censure. Dernière vision de Zanzibar, toujours aussi belle vue de la mer, et de pas trop près. La traversée agitée n’est pas du goût de tous les passagers qui remplissent des sacs plastiques… Deux heures plus tard, nous accostons à Dar es Salam. Nous marchons avec nos sacs jusqu’au restaurant « Rendez-vous » où nous déjeunons avant d’aller au petit supermarché de la galerie marchande proche acheter quelques provisions pour ce soir et demain. Un taxi nous emmène au FPCT. Aussitôt je m’active, linge à laver, réservation par internet d’une navette à Orly, Marie trie les affaires à emporter, etc… Nous terminons la journée par un bon apéritif suivi d’une cocotte de coquillettes assaisonnées soit avec du bacon et de la crème fraîche pour nous, soit avec de l’huile d’olive et de l’ail pour nos amis. Je commence à regretter de ne pas poursuivre notre route…

 

Jeudi 14 juin : Réveil presque tardif, nous allons devoir reprendre un rythme plus classique ! Petit déjeuner minimal compris avec la chambre mais nous avions été mal habitués ces derniers temps… C’est ensuite une matinée consacrée au rangement et à la préparation de la voiture pour son long repos. Nous déjeunons tous ensemble, une dernière fois puis nous allons faire une sieste et enfin terminer les préparatifs. Nous prenons l’apéritif avec nos amis et cette fois c’est bien la dernière, les bouteilles sont vides ! Dîner préparé par la cuisinière du centre, pas extraordinaire mais le poulet n’est pas trop cuit malgré nos craintes et la bouteille de vin achetée pour cette occasion améliore bien le repas puis nous allons nous coucher pour notre dernière nuit africaine.

 

Vendredi 15 juin : Je suis réveillé très tôt et j’attends cinq heures pour commencer à bouger. J’avais réglé le réveil pour cinq heures mais à l’heure française ! Je m’en suis aperçu une minute avant l’heure ! Nous sommes rapidement prêts et le taxi est en avance, contrairement aux craintes de Marie. Jean-Michel est déjà debout, nous nous disons au revoir et à bientôt. Le trajet dans la nuit jusqu’à l’aéroport est rapide et nous enregistrons rapidement. Contrôles et attente pour embarquer. Peu après le décollage, le petit déjeuner, presque un repas complet, est servi puis un peu plus tard un en-cas inattendu et que nous prenons comme un déjeuner (très allégé !) est servi mais nous n’y touchons pas. Les heures passent en regardant des films qui ne figureront pas dans une anthologie du cinéma du XXI° siècle… Et le vrai déjeuner tarde à venir, cela devient inquiétant… Mais tout de même, au-dessus de la Sardaigne, nous obtenons une vodka-orange et un gin-tonic avant un rapide plateau, sans entrée, ni fromage pour Marie, mais tout de même avec du vin. Nous sommes à l’heure à Londres mais tournons dans son ciel un quart d’heure avant de nous poser et alors que Marie se tortille sur son siège, dans l’attente de soulager sa vessie… Couloirs, contrôles et attente de l’indication de la porte d’embarquement pour le vol vers Paris… Nous sommes à peine en retard d’une dizaine de minutes quand nous nous posons à Roissy. La navette prévue est très en retard et nous ne sommes accueillis par Julie et Louba qu’à dix heures du soir. 

 

FIN (Provisoire !) de ce voyage. Rendez-vous dans quelques mois pour la suite, de Dar es Salam à… ?

 

 

 

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