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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 13:50

Mardi 22 mai : Bonne nuit, dans un lit extra large et sans bruits au réveil. Dernier petit déjeuner avec vue sur le jardin. Nous allons retrouver notre camion, plus intime ! Nous p100_8044.JPGartons en passant par la place devant ce que j’appelle l’arsenal pour le prendre en photo puis après être retournés et avoir longé la forteresse, nous longeons l’île sur toute sa longueur en passant près de l’église Saint-Antoine qui se détache en bord de mer. Nous empruntons le pont pour retrouver le continent. Nous roulons jusqu’à Monapo où nous prenons la route de Nacala. L’arrivée est peu encourageante : des usines, cimenterie, raffinerie, en cours de construction ou déjà opérationnelles sur plusieurs kilomètres ! La route se termine au port sans un véritable centre-ville. Nous cherchons un supermarché pour nous ravitailler, nous ne trouvons qu’un magasin avec quelques conserves et de la viande congelée. Nous allons devoir faire avec… Pour la bière, il faut trouver le mécréant, connu de tous, qui dans une maison dissimulée derrière des murs en ruine, vend des canettes au prix fort… Dès que nous nous arrêtons, une nuée de gosses des rues se précipite pour garder la voiture ou tenter de nous extorquer quelque menue monnaie. Ces orphelins du sida font peur. La rue les a endurcis au-delà de ce qu’on peut imaginer et ils sont prêts à tout pour gagner quelques meticais. Je ne voudrais pas en croiser une bande, de nuit, dans une rue non éclairée… Nous repartons en quête d’un camping. La route continue quelques kilomètres vers l’extrémité de la baie mais un fort vent rend la visibilité très mauvaise, à peine apercevons-nous les quelques pitons à l’horizon sur fond de mer. Je confonds l’un d’eux avec une raffinerie ! Un petit bout de piste nous amène à un campement tenu par un couple de jeunes anglo-saxons dont l’activité principale semble être la plongée. Nous déjeunons avec vue sur la mer puis repartons jusqu’à la pointe. La plage est ombragée par des filaos mais où sont ces plages du Mozambique couvertes de cocotiers ? Les constructions d’hôtels, de résidences vont bon train ; une horreur, un cauchemar est en cours d’achèvement à la pointe même, entre château de Dracula et Disneyland… Je reproche à un vendeur de souvenirs de ne proposer que des coquillages100 8047, des coraux ou des étoiles de mer donc de participer à la destruction des fonds marins. Mais au nom de quoi ? D’une écologie à la mode, luxe d’Occidental nanti ? Nous tentons d’approcher le bord de mer en suivant une piste mais la plage est désormais privatisée et cachée derrière de hauts murs. Nous revenons au camping et descendons à sa plage privée. Une petite crique entre deux rochers rongés par la mer, avec un bâtiment qui abrite les installations du centre de plongée. Je me baigne, Marie s’abstient. L’eau est bonne malgré les vaguelettes. Nous remontons quand le soleil baisse. Nous le regardons se coucher depuis un canapé devant la petite piscine avant de prendre un verre au bar et regagner notre camion. Occuper la soirée ou plutôt la fin de journée est un problème, il fait nuit à cinq heures et nous attendons tout de même sept heures et demie pour dîner.

 

Mercredi 23 mai : Nous quittons Nacala sans regret et reprenons la bonne route jusqu’à Namialo où nous bifurquons vers le nord. La route devient plus étroite mais reste correcte malgré des travaux et quelques nids de poule. Elle traverse la brousse monotone et des villages nombreux qui alignent leurs cases de chaque côté, régulièrement espacées. Les p100_8054.JPGains de sucre réapparaissent, s’éloignent et reviennent à proximité de la route dans l’après-midi. Nous retrouvons la mer d’un côté et la baie de l’autre en parvenant à Pemba. A l’entrée de la ville nous allons voir un camping en pleine nature, ombragé, spacieux avec une plage sur la baie. Avant de nous installer, nous voulons aller en ville visiter le supermarché local. Il n’est pas trop bien achalandé et nous nous demandons ce que nous allons bien pouvoir manger par la suite ! La population étant très majoritairement musulmane et en particulier les commerçants, pas question de trouver du porc ou de l’alcool. Au moment de repartir, impossible de tourner la clé de contact ! Tous mes essais sont vains. Dans notre malheur nous avons tout de même la chance d’être en ville et qui plus est à deux pas du garage Land Rover ! Mais il se fait tard, les mécaniciens et l’électricien déclarent forfait, c’est un travail pour un serrurier qui ne pourra le faire que demain. Nous devons nous résoudre à pousser la voiture sur le parking du garage et à y passer la nuit. Les appels à la prière diffusés par un haut-parleur qui nous semble installé juste au-dessus du camion ou même dedans, et les coups d’accélérateur rageurs d’un camion en cours de réparation nous énervent mais il nous serait difficile de partir…  

 

Jeudi 24 mai : A sept heures et demie, le serrurier est là. Je le regarde démonter le Neiman, si bien conçu pour ne pas être facilement fracturé, qu’il lui faut plus d’une heure pour vaincre sa résistance. Pendant ce temps je vais chercher à changer des dollars chez des commerçants. Chez Osman, commerçant arabe, on ne m’offre que 27 meticais pour un dollar, alors que chez Dong, commerçant chinois nouvellement implanté on m’en offre 28 ! Je ne cherche pas un Indien qui, peut-être, comme à Beira m’en aurait offert 29… Je suis effaré par les tas d’ordures qui s’amoncellent le long des trottoirs, débordent sur la chaussée, sans pouvoir déterminer si leur ramassage est mensuel ou annuel ! De retour au camion, je constate que le serrurier a presque terminé et que la clé refonctionne normalement. Il se fait tout de même payer une centaine d’euros ! Nous allons nous garer près du carrefour central de la ville et de là partons à pied pour la promenade recommandée par notre guide Petit Futé… Nous remontons une avenue, faisons un détour pour une église et deux maisons respectivement décrites comme kitsch et jolies, ce qui, assurément est exagéré. Au passage, un lycéen, en uniforme, tente sa chance, il se frotte le ventre en nous disant qu’il a faim et qu’avec 20 méticais… Il ne fait pas pitié et je le renvoie à son père pour assurer ses repas ! A l’extrémité de l’avenue, nous devrions avoir une vue superbe sur la baie. Elle est  très partielle avec les arbres qui servent de pièges à sacs plastiques… Nous suivons ensuite une route en corniche plantée de cocotiers  mais les trottoirs sont dans un tel état, plaques soulevées par les racines ou servant de dépotoir que nous devons plus regarder où nous mettons les pieds que la vue… Enfin, la descente sur la baixa, la ville basse, nous permet d’admirer les installations portuaires. L’avenue principale de ce quartier est totalement en ruine même si les maisons de commerce sont encore en activité. Arrivés à l’extrémité nous sommes au-dessus d’un village misérable de pêcheurs, l’épave échouée sur la plage, décrite dans notre guide n’est qu’un amas de ferraille rouillées où il est bien difficile de reconnaître un navire… Ah, Petit Futé, à combien de lettres vengeresses as-tu déjà échappé ? Marie est fatiguée, moi aussi, pas question pour elle de faire le retour à pied. Je repars donc chercher la voiture. La marche sous un soleil de plus en plus féroce est pénible, surtout dans l’ascension d’un « magnifique escalier précédé d’un arc couvert de bougainvillées » (dixit le Petit Futé), des volées de marches en ciment, précédées de restes de poteaux en béton qui crachent leur ferrailles sous un bougainvillée en coma dépassé… Avant de reprendre le camion, je m’offre, assis sur un cageot en plastique, un Coca Cola glacé. Je récupère Marie et nous rejoignons le bord de mer, côté océan. La marée basse découvre des étendues d’algues dont le vert vif100_8060.JPG contraste avec le bleu de la mer. Des pêcheurs tirent des filets à partir de la terre ou de barques inclinées, de rustiques pirogues à double balancier sont échouées sur la plage. Nous allons déjeuner au Pemba Dolphin, sur le bord de mer. Je commande du crabe, au tarif de cent méticais, 3 euros, persuadé d’avoir quelques favouilles bouillis. On m’apporte un beau crabe, partiellement décortiqué, un de ces crabes comme je n’en avais plus vu et encore moins mangé depuis Madagascar. S’il ne tenait qu’à moi, je reviendrais demain ! Marie pour plus cher mais à peine, 15 euros, se voit servir DEUX langoustes grillées. Une adresse qui restera dans nos mémoires, avec celles de Niamey pour le bœuf Strogonof et de Gjirokastër pour les cuisses de grenouilles… Je termine le repas par une baignade, agréable dans une eau à la température parfaite. Nous longeons la plage, vite terminée car ensuite privatisée ! Nous revenons donc dans le centre-ville à la recherche d’un cybercafé pour une connexion internet mais aujourd’hui cela ne fonctionne pas… Nous retournons enfin au camping de Bush camp, très bien situé en bordure de la baie, avec une minuscule plage entre les palétuviers. Les emplacements sont très bien conçus avec un abri, des fauteuils, une table, les toilettes sont spacieuses, entre des murs en bambous et canisses tressées, décorées de plantes vertes. On y passerait la journée… J’y resterais bien, enfin au camping, demain mais Marie tient à repartir. Nous allons rapidement nous baigner puis je laisse Marie à la plage et reviens remplir les réservoirs d’eau, opération compliquée par le fait que la directrice du centre, sud-africaine, a mis les branchements électriques et d’eau aux normes de son pays d’origine et non aux normes locales… Aucun de mes embouts de tuyaux ne s’adapte et je dois remplir litre par litre… Nous profitons ensuite d’une connexion internet gratuite pour consulter la messagerie, répondre à Julie en pleins préparatifs de son voyage en Thaïlande. Nous réussissons à téléphoner avec Skype à Nicole mais pas à Julie dont le portable n’est jamais ouvert… Retour au camion pour un gin-tonic et un dîner moins gastronomique que le déjeuner.

 

Vendredi 26 mai : Après avoir discuté avec une Roumaine qui avec son compagnons fait le tour de l’Afrique en moto, à mon grand regret, nous abandonnons les lieux. Nous allons en ville acheter de la bière chez un grossiste puis nous trouvons au port l’importateur de produits sud-africains congelés, viande et jambon, très chers. Et nous reprenons la route, d’abord, sur une soixantaine de kilomètres jusqu’à Sunate où un policier tatillon après le contrôle des papiers, à peine survolés, vérifie le bon fonctionnement des feux… La route est bonne, étroite et peu passante. Les villages sont plus rares et toujours alignés, comme au garde-à-vous.Mozambique-3412.JPG Nous bifurquons et, une fois de plus, nous piquons vers la côte. La piste se dégrade au fur et à mesure des kilomètres. Nous embarquons une jeune femme, passagère d’un chapas, un taxi collectif, en panne. Elle nous impose un garçon qui l’assiste et des kilos de bagages. A l’arrivée elle oublie de dire « au revoir » et « merci » mais voudrait bien être conduite à sa porte ! Encore quelques kilomètres sur une digue qui ne peut être empruntée qu’en roulant au pas et nous parvenons, dans la mangrove, au village de Tanganhange. La marée est encore basse, des barques, des pirogues à balancier reposent sur la vase de la mangrove. Un « parking » accueille les véhicules des personnes qui se rendent sur l’île d’Ibo. Nous nous y garons et préparons un sac avec les affaires à emporter. Je tente de me renseigner sur l’horaire des transports sur l’île mais personne ne parle anglais et les réponses ne sont pas claires. Arrive un gros 4x4 de Sud-africains, avec une remorque. Lui, d’origine portugaise, nous assure qu’un bateau à moteur partira à 16 heures. Il s’agit d’un transport assuré par le lodge  où il est attendu mais on100_8068.JPG nous accepte à bord. Nous partons donc sur un boutre mu par un moteur, moins authentique mais plus rapide… Je ravive mes souvenirs de Monfreid tandis que nous sortons de la mangrove du continent et piquons vers l’île d’Ibo. La traversée me paraît bien longue jusqu’à ce que nous empruntions un chenal au milieu des palétuviers et découvrions les quelques bâtiments de la capitale de l’île. Nous accostons à la nuit tombante. J’abandonne Marie à la garde du sac et pars à la recherche d’un hébergement. Au bout d’une rue ensablée, j’entends parler français, je demande mon chemin puis réalise que la personne est peut-être la Lucy, une Suissesse, susceptible de nous héberger selon la patronne du Bush camp. Effectivement cette charmante personne a une chambre simple à nous louer dans une belle maison ancienne. Je vais rechercher Marie et nous faisons connaissance des lieux et de ses habitants, Lucy donc et une de ses amies, une Française, au parcours exotique et hors normes… Nous discutons en caressant ses chats puis nous allons dîner. Nous découvrons, de nuit, le centre-ville… Les rues sont ensablées, désertes mais les quelques maisons coloniales que nous distinguons paraissent entretenues. Nous dînons au restaurant de l’hôtel Miti Miwire, belle maison restaurée que nous nous promettons de revoir de jour. En attendant l’heure du repas, nous nous offrons une « iborinha », une caïpirinha dans laquelle le sucre est remplacé par du miel local. Bien que je préfère l’original, je salue son originalité… Ensuite, on nous sert un menu où, pour la première fois, nous avons de la cuisine : une salade de calamars parfumée au basilic, suivie de crevettes de belle taille dans une sauce crémeuse à la citrouille sur du riz au coco et enfin une mousse au citron vert. Nous repartons l’estomac plein, la marche jusqu’à notre maison est bénéfique…

 

Samedi 26 mai : Nous petit déjeunons en compagnie de Lucy, de ses chiens, toujours épuisés, de ses chats, craquants comme le sont tous les chatons et de Zaza, sa copine, vieux briscard des mers du Sud… Elle nous explique que nous avons eu de la chance de trouver un passage en bateau hier soir mais que repartir va être plus difficile ! Les bate100_8070.JPGaux de passagers sont tributaires de la marée et partent en ce moment de très bonne heure le matin. Elle nous promet de s’enquérir d’un éventuel départ ce soir sinon nous pouvons affréter une barque à moteur au prix fort… Nous partons nous promener en direction de la forteresse. Nous découvrons donc la ville (il ne faut pas dire le village !). Sur la place devant chez Lucy, une belle maison coloniale avec un fin décor de la véranda en fer forgé et à côté une petite église toute blanche. Nous longeons le bord de mer, passons devant le lodge bien installé dans une maison ancienne. La marée est basse, les barques sont couchées sur le flanc et les palétuviers sortent de l’eau. Nous atteignons le vieux fort Saint-Sébastien qui sert désormais de hall d’exposition à des artisans bijoutiers qui t100_8079.JPGravaillent l’argent. Les murailles sont épaisses, disposées en étoile, de vieux canons sans affut pointent dans toutes les directions. Nous continuons en direction du village de pêcheurs proche. Le soleil commence à nous cuire et l’ombre est rare. Marie m’attend sous un arbre en compagnie de villageois oisifs alors que je continue en pure perte, sur la plage où des blocs de coraux morts, déchiquetés, protègent les racines de quelques arbres, puis sur un chemin en direction du phare. Je fais demi-tour et nous revenons dans la « ville » en passant par des quartiers populaires. Peu nous disent bonjour si nous ne le faisons pas les premiers, les femmes en particulier sont très réservées. L’habitation s’améliore en approchant du centre : cases puis murs en parpaings puis maisons décaties et enfin maisons crépies il y a peu. Nous retrouvons la place centrale et100_8086.JPG la rue principale qui fait bonne figure avec son alignement de maisons basses à toit de tuile et véranda supportée par de gros piliers. Nous allons prendre un verre au Cinco Portas, un hôtel-restaurant dans une maison restaurée avec une petite piscine en surplomb de la plage. Retour à la maison en rasant les murs pour profiter du moindre coin d’ombre. Nous déjeunons avec Zaza puis Lucy de calamars frits à l’ail avec du riz et discutons longuement avec elles, de leur parcours et du Mozambique. Nos espoirs de trouver un passage s’évanouissent et nous décidons donc de louer un bateau rien que pour nous pour traverser ce soir. Nous repartons en promenade en suivant le bord de mer mais Marie capitule vite, en partie à cause de la chaleur. Je continue seul, passe le cimetière sans intérêt puis descends sur la plage pour longer la mangrove, t100_8093.JPGoujours hors d’eau, et tenter d’y pénétrer mais je patauge vite dans la vase et las de ne voir que de gros buissons, je reviens sur mes pas en restant sur la plage. De grandes concrétions se dressent, creusées à leur base et pour certaines coiffées de palétuviers. Avec Marie, nous allons voir un autre fortin, peu intéressant puis revenons en passant par une rue parallèle à la rue principale. Les maisons qui la bordent sont dans un état de délabrement qui tempère notre (relatif) enthousiasme pour Ibo. Nous rentrons préparer le sac et attendre l’heure d’appareiller. A cinq heures, nous sommes sur la plage d’où nous embarquons sur une vulgaire barque à moteur. Nous entamons la traversée au soleil couchant, sur une mer calme, fragmentée en une myriade de vaguelettes qui reflètent comme une marine de Seurat, une infime portion du ciel rougeoyant. La nuit tombe, nous repérons la Croix du Sud, aucun éclairage, aucune balise, nos marins se dirigent droit sur Tanganhange. Nous y sommes une heure plus tard et retrouvons le camion. Nous nous décrassons du sable et restons là pour la nuit, sous la surveillance d’un gardien qui n’éteint pas sa radio de la nuit…

 

Dimanche 27 mai : La radio n’a pas fonctionné toute la nuit mais dès le jour, nous l’entendons. Nous partons après l’arrivée de la chaloupe du matin. Il nous faut refaire les longs et pénibles kilomètres de mauvaise piste avant de retrouver le goudron de la route nationale. Pas pour longtemps puisque nous 100_8099.JPGle quittons bientôt pour une nouvelle percée plein est vers la côte. La piste, de très bonne au début, va progressivement devenir abominable avec des ornières et des creux à donner le mal de mer au fur et à mesure de son éloignement de l’axe principal. Nous retrouvons l’océan Indien  que nous remontons sur une dizaine de kilomètres en traversant une belle cocoteraie qui sépare le rivage des rizières. Nous nous arrêtons pour déjeuner sous les palmes, au bord de la plage à marée basse. Des îlots à faible distance donnent envie d’y aller voir. Au moment de repartir, on cogne à la porte et on nous interpelle en français : ce sont Jacqueline et Christian, deux septuagénaires en 4x4 qui remontent du Cap à Djibouti avec trois autres équipages dont un Azalaï que nous ne verrons pas. Nous discutons100_8111.JPG quelques instants puis promettons de nous retrouver au bivouac pour échanger des informations. Nous repartons derrière eux et atteignons le village de pêcheurs de Pangane. Les grandes maisons aux murs de pierre et de terre, à armature de bambous et à toit de chaume, s’alignent sous les cocotiers. Nous allons jusqu’à la pointe, entre la plage du port de pêche et celle, couverte de corail mort qui sert de latrines publiques à marée basse. Quelques hommes ont posé culotte en toute innocence, face à l’océan. Nous100_8107.JPG longeons le port, assistons au fumage des sardines embrochées autour d’un feu de charbon de bois puis repassons par le village. Beaucoup de femmes ou de fillettes portent sur le visage un masque de beauté, blanc ou jaune qui leur confère une allure de fantôme ! Nous reprenons la piste d’arrivée pour retrouver nos nouveaux compagnons mais nous ne les trouvons pas. Nous revenons donc à la pointe, près du campement où nous pourrions passer la nuit. Solution qui a la faveur de Marie. Nous allons voir de plus près le campement. Séparé du village par un grand espace et dissimulé derrière une haie de canisses, il est au bord d’une belle plage. Je me renseigne sur le tarif, 15 euros la nuit avec des douches rudimentaires et des toilettes creusées dans le sable. Je ne suis pas décidé à payer ce prix mais je m’y résigne parce que je me vois bien passer la nuit, là au bord de l’eau. En attendant l’arrivée du propriétaire, nous allons nous baigner dans une mer qui est remontée, elle est à la bonne température. Hachim, habillé d’une robe blanche, calotte sur la tête100_8114.JPG, comme se doit d’être un bon musulman, tenancier du lieu, prétend qu’il a des frais et que son campement vaut les autres. Devant son intransigeance et alors que nous étions décidés à rester, nous repartons tandis que le jour baisse. Dans le village nous retrouvons Jacqueline et Christian. Nous convenons de bivouaquer ensemble. Nous les attendons à la sortie du village puis nous allons nous installer sous les cocotiers, en surplomb de la plage, face au vent. Nous leur proposons de venir prendre l’apéritif dans notre cellule. Ils apportent une bouteille de pastis quasi intacte depuis presque deux mois ! Le niveau aura baissé ce soir… Nous parlons voyages bien entendu puis ils regagnent leur Toyota et leur tente de toit.

 

Lundi 28 mai : Une fois de plus nous sommes réveillés par les curieux qui discutent à proximité de nos véhicules mais ce sont nos compagnons, leur petit déjeuner sur leurs table et fauteuils de camping, leur lavage de dents qui retiennent l’attention de nos visiteurs. Nous jetons un dernier regard à cette superbe plage et à ses cocotiers (superbe mais pas100_8113.JPG exceptionnelle) et nous reprenons la piste, fatigante, poussiéreuse. Au carrefour de Macomia nous retrouvons le goudron, pas pour longtemps… La route pour Mocimboa da Praia, ne conserve qu’à doses homéopathiques le souvenir d’un éphémère asphaltage. La trajectoire s’en ressent, il faut louvoyer, freiner, essayer de distinguer entre ombre et soleil les ornières, les trous etc… La route est à peine meilleure après le carrefour de Mueda. Nous sommes à Mocimboa en début d’après-midi et nous allons aussitôt au campement de Natalie, une française établie ici depuis des années. La publicité faite dans notre livre-guide était très flatteuse et imméritée. Pour le prix du campement de Pemba, le cadre, les services et les installations offerts sont très en-dessous. Je suis très déçu car passer une journée sur ce terrain n’a rien d’enchanteur ! Et nous allons devoir y attendre nos compagnons azalaïens avec qui nous avons gardé le contact par sms. Nous nous installons à l’ombre et je vais découvrir les commodités… Dans un enclos de palmes, tout juste suffisant pour protéger notre pudeur, une douche, pas de lavabo et un bout de glace cassé en guise de miroir… Nous relisons la semaine à inclure dans le blog puis, peu enthousiasmés par les plats (pas de poisson ni de crevettes) proposés par le restaurant du campement, nous décidons d’aller dîner en ville. Nous passons au cybercafé mais il n’y a pas de connexion en ce moment, peut-être demain… Nous allons au restaurant indiqué par Natalie, en bordure de plage, rendez-vous des expatriés. Nous prenons un pot et jetons un œil à la plage bordée de rares cocotiers puis nous passons commande du dîner. On nous sert des samossas, appelés ici chamussas, prononciation portugaise oblige, au poisson mais nous n’en avons que deux. Ensuite commence une longue attente… et alors que nous désespérions d’être servis, nous voyons arriver deux assiettes très bien garnies, de crevettes pannées pour Marie et de deux belles tranches d’un délicieux poisson mariné et grillé pour moi. Nous nous régalons et en oublions l’attente. Au moment de démarrer, le serveur a la gentillesse de me rapporter à la voiture, l’ordinateur oublié sur la table…

 

Mardi 29 mai : Aujourd’hui, rien ne presse, nous traînons avant d’aller chercher à nous réapprovisionner en ville. Ville est beaucoup dire, une rue goudronnée et deux autres défoncées tiennent lieu de centre-ville. Quelques constructions récentes abritent banques et services officiels, les anciennes maisons coloniales, en ruine, sont des commerces tous identiques et tenus par des Indiens ou des Arabes et sans beaucoup à offrir ! Nous achetons des tomates au marché, des œufs, du tonic et de l’eau dans une boutique. Le cybercafé ne fonctionnant toujours pas, nous rentrons fort marris au campement ! Nous déjeunons sans pain et une sieste est la bienvenue. Nous nous rendons ensuite au marché au poisson, la curiosité de la ville à ne pas manquer. Nous devons traverser un petit marché en bord de mer puis descendre entre les échoppes sur la plage en regardant bien où on pose les pieds, entre d100_8128.JPGéchets, coquilles de palourdes, restes de poissons en décomposition… Sur le sable, des pêcheurs à peine rentrés exposent leurs prises, poissons et crevettes de petite taille, pas de crustacés. L’intérêt est plus dans les voiles colorés des femmes, le rouge et l’orange semblent avoir leurs faveurs et les calottes brodées, palmiers et dômes, des hommes. Nous avançons au bord de l’eau, les dhows s’échouent les uns après les autres, des poissons en brochettes en sont débarqués. Nous rentrons au campement sans y trouver nos amis. Ils n’arrivent qu’à la nuit après avoir essuyé un orage. Nous fêtons nos retrouvailles autour d’une bouteille de pastis et ils nous content leur périple en Zambie et au Malawi dont ils reviennent ravis. Nous dînons ensemble, en profitant de leurs restes de viande grillés au barbecue dont ils se sont équipés.

 

Mercredi 30 mai : Nous partons tous ensemble, d’abord pour quelques achats au marché puis nous épuisons nos derniers méticais en gasoil avant de prendre la route directe pour la frontière, pas certains de pouvoir traverser le rio Rovuma, pont, ferry ou simple barge ? LaMozambique-3420.JPG piste a de bons passages et traverse une belle région où l’accueil semble plus chaleureux. Le couinement qui s’était manifesté la veille réapparaît plus nettement marqué. Je parviens à détecter son origine : les tôles de protection des disques de frein arrière sont découpées autour de leurs vis de fixation et frottent. Nous nous arrêtons et avec l’aide de Jean-Michel et de Jean-François, nous les retirons. Plus loin, je dois dépanner un automobiliste, taxi, ensablé, vite tiré d’affaire. Enfin nous parvenons au poste frontière mozambicain. Les responsables ne sont pas pressés de se manifester, à l’heure du repas ou de la sieste… Ils sont aussi dubitatifs sur les possibilités de traverser mais ils nous assurent que quatre véhicules de français sont passés la veille, dont ceux rencontrés à Pangane. Enfin, les formalités lentement mais sûrement accomplies, nMozambique-0670.JPGous pouvons continuer encore quelques kilomètres  en traversant la mangrove et atteindre les bords du rio. Pas de pont ni de ferry en vue mais nous commencions à nous en douter. Des barques de pêcheurs sont amarrées et on nous assure qu’en en réunissant trois, on peut traverser nos véhicules un par un… Nous n’avons pas encore déjeuné et je suis affamé. Nous revenons sur nos pas pour nous garer à l’ombre, sans attendre nos compagnons qui restent discuter avec les pêcheurs. Quand ils nous rejoignent, ils nous annoncent le montant exigé par les bateliers 100 8134pour nous faire traverser : 250 dollars par véhicule ! La somme est exorbitante et il est hors de question de l’accepter mais refuser nous obligerait à un détour de plus de cinq cents kilomètres pour aller chercher le seul pont sur le fleuve à Negomani, sans compter que nous devrions peut-être repayer un visa moza100_8136.JPGmbicain ! Je tente d’aller négocier mais sans obtenir mieux. Nous feignons donc de renoncer et repartons en laissant Jean-Michel, négociateur avisé, essayer d’obtenir de meilleures conditions. Il parvient à un accord à cent dollars par véhicule, tarif que nous finissons par accepter. Nous revenons assister à la préparation du bac de fortune. Trois barques à moteur sont accouplées au moyen de madriers attachés avec des ficelles puis recouverts de planches, elles aussi ligotées sommairement mais l’ensemble paraîMozambique-0735.JPGt solide… Tous ne partagent pas ma confiance dans le génie pratique et technique africain, Christine est paniquée à l’idée de traverser sur ce radeau de fortune et Jean-François sous des dehors de plaisantin est aussi angoissé ! Jean-Michel est le premier à se risquer, il descend la berge lentement et monte en faisant craquer les bois et plier les planches à bord. L’esquif s’éloigne, bas sur l’eau, le Toyota semble glisser sur le fleuve mais l’embarcation s’échoue sur un banc de sable, tous les nautoniers se jettent à l’eau et remettent le radeaMozambique-0742.JPGu sur la bonne voie. Nous l’apercevons débarquer sur un banc de sable et nous apprenons par leur radio qu’ils doivent rouler dans le sable puis traverser une étendue d’eau avant de retrouver la terre ferme tanzanienne. Pendant ce temps, l’embarcation est revenue et je monte à mon tour à bord alors que le soleil se couche. La traversée se passe sans surprise, malgré un échouage sur le même banc. Après le parcours dans le sable puis le gué traversé, je retrouve Jean-Michel et Christine, soulagés d’être arrivés sans encombre. Nous attendons alors Jean-François et Jacqueline qui tardent, s’échouent eux aussi en pleine nuit, tombent en Mozambique-0750.JPGpanne de moteur mais enfin nous rejoignent. Pas question d’aller plus loin, nous bivouaquons sur la berge, les formalités d’entrée en Tanzanie sont renvoyées à demain. Nous arrosons cette épique traversée par un apéritif très apprécié de tous malgré quelques cris de bêtes (des hyènes ?) dans la nuit, avant de dîner chacun dans notre véhicule.

 

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 16:23

Lundi 14 mai : Ce matin les nuages ont envahi le fond des vallées et le soleil brille au-dessus. Nous postons des lettres à Mutare puis prenons la route de Beira. Le poste frontière est presqu’aussitôt. La sortie du Zimbabwe se fait rapidement en dépit de la découverte par la douanière du carnet de passage en douane. Le poste mozambicain est de l’autre côté d’un ruisseau qui sert de frontière. Nous devons acheter un visa, 80 dollars ! L’officier qui s’en occupe est désagréable au possible, habitué à commander, il s’offusque de notre incompréhension à ses demandes… Pour la douane, le préposé ne sait ni l’anglais ni le français mais fait semblant de connaître, je dois lui indiquer où remplir et tamponner. Nous voici au Mozambique ! La route quitte les montagnes et descend vers l’océan. La population semble encore plus nombreuse qu’au Zimbabwe, il y a affluence le long de la route et dans les agglomérations traversées. Peu de cases mais des maisons plus « modernes », éparpillées dans la vallée. Nous faisons le tour de la place centrale de Manica pour y voir une maison coloniale, murs et toit en tôle ondulée. A Chimoio, nous cherchons une maison ancienne en bois, elle est en béton… Plus d’anglais sur les panneaux et publicités mais du portugais qui nous semble plus facile à lire, à parler ce sera autre chose. La paysage est de plus en plus quelconque et de moins en moins arboré. Les sacs de charbon de bois en vente sur le bord de la route y sont sans doute pour quelque chose. Le revêtement bien fatigué au début est percé de nids de poule dans la dernière partie du parcours, nous devons slalomer entre les trous, de même que les autres voitures et camions. L’arrivée à Beira se fait par une longue avenue qui est un marché en bord de route. En arrière des habitations de bidonville se perdent sous les cocotiers. En approchant du centre, les immeubles laids et cubiques se m100_7934.JPGultiplient puis nous rejoignons le bord de mer et la ville ancienne. En suivant la corniche, après être passés par la place de l’Indépendance cachée derrière des palissades en tôle ondulée, comme mise entre parenthèses, nous trouvons le camping Biques, sur la plage. Les installations sont en triste état et le restaurant est fermé le lundi mais au moins nous avons un lieu où dormir. Nous nous installons sur une table de la terrasse pour profiter de l’air marin, regarder les dhows, des barques à voile, et étudier la suite. Je pars à la recherche d’un restaurant. Je demande à un pompiste de me l’indiquer. Il s’adresse à un jeune qui me demande alors combien je suis disposé à le payer pour obtenir l’information ! Je l’envoie promener, un motocycliste m’y conduit gratuitement mais il est fermé. Je rentre à pied au camping. Le soleil décline, l’air fraîchit, nous regagnons le camion pour une opération de rangement, les livres de mon côté, les vêtements du côté de Marie, ce qui ne manque pas de l’énerver. Il fait nuit à dix-sept heures trente, nous sommes de plus en plus à l’est et nous n’avons pas changé de fuseau horaire. Nous allons dîner au Club Nautico. Les pieds (presque) dans le sable, avec vue sur l’écume des vagues. Ambiance d’expatriés avec clientèle européenne principalement mâle et jeunes filles locales, disponibles. Bonne cuisine, grasse et aillée. Nous nous régalons de crevettes, poisson grillé et calamars avec une bouteille de vinho verde. Le repas que j’attendais. L’addition elle, est moins attendue… Retour au camping pour une nuit, bercés par les vagues.

 

Mardi 15 mai : La journée commence mal : Marie tombe au sortir de la douche et se froisse des muscles du dos. Elle a une magnifique ecchymose mais elle a peur d’avoir beaucoup plus grave… Nous donnons du linge à laver, c’est un homme, le gardien qui s’en charge… Nous partons visiter Beira en suivant d’abord le front de mer. A l’exception de quelques villas modernes et d’immeubles officiels récents, toutes les autres constructions sont lépreuses ou en totale décrépitude. Au début, nous avons une vague impression de Tamatave avec l’océan d’un côté et les immeubles anciens de l’autre mais il n’y a pas cet ensemble de vieilles100_7933.JPG maisons coloniales perdues dans la végétation. Rares sont les maisons de caractère, la plupart sont des cubes informes avec des grilles à toutes les issues. La chaussée est dans le même état, les pavés gondolent, l’asphalte est mité et les ordures envahissent trottoirs et chaussée, Y a-t-il des services municipaux ? Nous nous garons sur une place du centre. Après un essai de Marie de marcher, vite abandonné, je pars seul à la recherche de lunettes de soleil pour elle. Je suis des rues dont toutes les boutiques, véritables bazars, sont détenues par des Indo-Pakistanais. C’est chez l’un d’eux que je trouve à changer à un taux à peine plus intéressant que l’officiel. Je reviens chercher Marie et à petits pas lents, nous nous acheminons vers la boutique qui vend de fausses lunettes Gucci ou Yves Saint-Laurent, à des prix qui ne permettent pas de croire à leur authenticité. Nous repassons par le marché central, désert. A l’étage on y vend quelques articles de bimbeloterie pour touristes, j’offre, sans me ruiner, un collier en papier mâché à Marie… Nous reprenons la voiture pour nous diriger vers le port. Après avoir contemplé, avec consternation, quelques bâtiments, restes de l’empire colonial portugais, en totale déconfiture, n100_7936.JPGous hésitons sur la suite du programme de la journée. Nous passons encore devant des maisons basses, colorées, des boutiques des années 1930, commerces d’Indiens avec une galerie, désormais dominées par des immeubles d’habitation sans âme et déjà en ruine. Il existe tout de même un quartier animé, grouillant même, à la périphérie de la ville qui semble tourner le dos à la ville du passé. Nous décidons de nous rendre à Savane, une plage vantée par Johanna qui y avait emmené Julie. La piste, difficile à trouver et qui nous oblige à avoir recours au logiciel T4Africa connecté au GPS, est tracée sur une digue entre des zones inondées que nous pourrions prendre pour des rizières mais qui n’en sont pas. Elle est en mauvais état et la fréquentation des camions n’arrange pas les choses. Une noria de cyclistes ramène vers Beira des sacs de charbon de bois. Pendant encore combien de temps y aura-t-il des arbres ? Au bout d’une heure, nous100_7937.JPG parvenons à l’embouchure du rio d’où une barque peut nous faire traverser pour accéder au lodge situé entre rivière et mer. Nous apercevons une plage ombragée par quelques cocotiers et des filaos, grosse impression d’être au Sénégal… Ce n’est tout de même pas ce que j’attendais… Pas question pour Marie de monter dans la barque, nous renonçons donc à traverser et après avoir déjeuné dans le camion nous rentrons à Beira. Je vais faire des courses dans un supermarché aussi bien achalandé que ceux d’Afrique du Sud, Marie m’attend au camion. Nous retournons ensuite au Club Nautique où je peux me connecter à Internet. Marie, mal assise, retourne à la voiture. Courrier, mise à jour du blog. Nous rentrons au camping de nuit. Il y a nettement plus de monde au restaurant et au bar. Après avoir discuté avec notre voisin de la veille, un chasseur professionnel, qui nous donne des informations sur l’état de la route de Caïa, nous allons dîner au restaurant en terrasse, face à la mer. Nos voisins, des Chinois, banquètent et portent force toasts, à la bière brune, en se levant à chaque souhait. Ils sont souvent debout et quand ils ne le sont pas, ils bâfrent ! Mais peut-être diraient-ils la même chose de nous à un repas arrosé… Nous commandons des crevettes et un poisson grillés, avec une bouteille de vinho verde plus pétillant et aigrelet que celui de la veille. La clientèle est blanche, ou asiatique… Les plats, moins chers, sont bons mais ne valent pas ceux de la veille.

 

Mercredi 16 mai : Nous sommes seuls, plus personne, même pour payer nos nuits ! Nous réveillons le patron en klaxonnant et finissons par partir sans obtenir notre monnaie… Marie préfère que nous passions par la route goudronnée, même avec des nids de poule plutôt que par la piste, à cause de son dos. Elle a surtout envie que nous fassions halte au parc de Gorongosa depuis que notre « chasseur professionnel » nous a parlé de bonnes chances d’y voir des lions… Nous traversons Beira en empruntant une avenue très ombragée, bordée de maisons récentes, coquettes, avec 4x4 garé devant, et de quelques maisons coloniales moins reluisantes mais qui, restaurées, ne manqueraient pas de charme. Nous reprenons donc cette route qu’agrémentent des nids de poule, ce qui me permet de me muscler les chevilles, freiner, débrayer, délier les membres supérieurs, tourner le volant, rétrograder et plisser les yeux, apercevoir à temps les trous… Nous bifurquons à Inchope et prenons la route du nord, pas meilleure. Nous n’avons plus de ces camions qui relient le port de Beira au Zimbabwe et à la Zambie. Parfois des cantonniers rebouchent quelques trous mais il s’en crée de nouveaux, c’est vider la mer avec une petite cuillère ! Au bout de quarante kilomètres, nous suivons la piste qui mène au parc de Gorong100_7944.JPGosa. Au poste d’accueil, nous découvrons les tarifs, particulièrement élevés si on utilise son propre véhicule dans le parc ! Marie a tant envie de voir un lion que nous réglons les cent dollars pour la journée et la nuit au camping. Nous déjeunons à l’ombre puis partons, pleins d’espoir… L’absence de crottes d’éléphant sur la piste était de mauvais augure et effectivement nous n’en verrons pas. Nous retrouvons gazelles, antilopes, babouins et phacochères et rien de plus ! Mais la forêt est belle, dense ou aérée avec de nombreux palmiers, surtout des rôniers. Nous aboutissons au bord d’un lac sans eau, une immense prairie qu’occupent des centaines de cobs d’eau et des dizaines de phacochères mais de lions, nenni ! Nous rentrons juste à la tombée de la nuit dans notre camp retranché, protégés par une clôture électrique, déçus et las de cette quête. Nous avons découvert que nous jouissions d’une connexion gratuite à internet depuis le camping, nous en profitons donc.

 

Jeudi 17 mai : Marie, écoeurée, ne veut pas refaire une ultime visite dans le parc, aussi nous repartons par la piste d’arrivée où nous voyons encore des babouins et des cobs. Nous poursuivons sur la route en direction de Caia. La chaussée n’est pas aussi mauvaise que nous le craignions. Certes, il y a des nids de poule mais de longues portions sont en bon état, il faut rester vigilant pour ne pas être surpris. A Caia, un trou poussiéreux perdu dans la brousse, qui ne ressemble en rien à la petite ville que je m’étais imaginée,  je tente de changer des dollars chez un commerçant indien mais il n’a pas assez de liquidités et il m’adresse au distributeur de l’unique banque, installée près de la station-service, seules constructions modernes du bourg. Nous franchissons ensuite le long pont moderne, à péage, qui a remplacé le bac de naguère, sur le Zambèze. Son lit est large, ramifié en plusieurs cours100_7946.JPG d’eau entre les herbes. Nous cherchons de l’ombre pour déjeuner, ce qui n’est pas évident, les quelques manguiers sont dans les villages et les autres sont rares. Le paysage est tout à fait quelconque, une brousse avec des champs de maïs et de petites bananeraies. Les objets les plus usités sont la bicyclette, notamment pour transporter les sacs de charbon de bois vendus sur le bord de la route, et les bidons en plastique pour la corvée d’eau. De modestes mosquées apparaissent sur le bord de la route, toujours sur un emplacement parfaitement balayé. Quelques hommes portent le calot blanc et des femmes ont un voile sur la tête. Il est vrai qu’il y a plus de musulmans que de catholiques ! Nous avançons bien, mieux que je ne le craignais et à la tombée de la nuit, c’est-à-dire à cinq heures et demie, nous sommes à Mocuba, à la recherche d’un lieu d’hébergement. Nous tentons notre chance à l’église, pourvue d’un grand terrain enclos, mais le curé est à la messe. Nous nous rabattons sur la station-service où on nous accepte bien volontiers, surtout après avoir fait visiter le camping-car, mais évidemment le lieu est bruyant. Je suis vite énervé par les mobylettes dont les conducteurs ne peuvent s’empêcher de faire cracher les gaz et ronfler le piston… Mais où aller ?

 

Vendredi 18 mai : La nuit a été calme, une fois les derniers clients servis, mais au matin, dès cinq heures, les camions commencent à venir faire le plein. Nous continuons en direction de Nampula. Quelques kilomètres de goudron puis la route est en cours de réfection et nous devons rouler sur une piste poussiéreuse parallèle avant de pouvoir nous rattraper sur l’asphalte tout neuf. Le paysage est plus vallonné et comme les jours précédents, depuis que nous sommes au Mozambique, nous remarquons, dix kilomètres avant et dix kilomètres après chaque agglomération, le défilé des piétons et des cyclistes sur les deux bas-côtés de la route. Où vont-ils tous ? Les cases ne sont plus rondes mais carrées, en briques de terre, avec un toit de chaume moins épais et moins ordonné, supporté par des poteaux qui forment une véranda. Dans la traversée d’un bourg, je fais connaissance avec la police de la route équipée d’un radar qui leur a permis de me contrôler à 71 km/h au lieu des 60 autorisés. Montant de l’amende : 1000 méticais, soit 40 dollars, que je refuse de payer. Discours tout en français jusqu’à ce qu’on nous rende mon permis… Nous nous arrêtons pour déjeuner peu avant Nampula, au bord d’un ruisseau dans lequel des cyclistes se lavent, ils ne semblent pas ravis de notre intrusion ! Des pitons, des pains de sucre ont crevé la croûte terrestre et pointent tout autour de Nampula, des crottes basaltiques qui semblent tout juste refroidies parsèment100_7947.JPG  la campagne. La ville est très active mais sa chaussée est la pire de toutes les villes traversées ! Marie veut acheter une crème pour le visage. Dans la pharmacie, aucune des marques souhaitées, aucune marque d’ailleurs ! Elle se contente d’un onguent qui s’avère inutile… Nous cherchons un supermarché, le premier n’existe plus, le second n’ouvre qu’à deux heures et demie ! Nous attendons… je fais le tour de pâté de maisons en quête d’un autre magasin mais je ne trouve que des quincailleries et des banques. Pas grand-chose dans ce supermarché qui n’est qu’une boutique avec des produits congelés. Nous repartons en direction d’Angoche. Il est tard et nous ne pourrons sans doute pas y être avant la nuit. Au début, la piste, large et bonne est très roulante mais elle se dégrade vite et se rétrécit. J’essaie de rouler au maximum de vitesse mais quand la nuit tombe je dois ralentir. Quelques portions incongrues de goudron me permettent de souffler mais la dernière heure est pénible. Un dernier bout de goudron et nous y sommes. La ville est faiblement éclairée, pas d’indications d’un quelconque camping, ce que nous confirme un passant. Nous finissons par trouver un terrain derrière un restaurant et un temple de « l’Eglise du Règne de Dieu ». Ils sont en plein service, chantent, hurlent, la transe n’est pas loin. Nous allons dîner au restaurant dont le patron nous a obligeamment ouvert la porte du terrain. Avant de passer commande, un garçon nous apporte la facture du parking : 30 dollars ! Je vais dire ce que j’en pense au patron, dans un français sans un mot de portugais mais il a compris… Je lui laisse sa facture et nous repartons en quête d’un autre hébergement. Décidément nos rapports avec les Mozambicains sont économiquement malsains. Après l’épisode du pompiste de Beira, les seuls gestes perçus des passants sur le bord de la route étaient de nous réclamer des cigarettes. Le Blanc est systématiquement considéré comme un distributeur de billets ! Nous allons nous installer derrière une pompe à essence relativement calme. Nous recevons un SMS de Guy et Marie-Jo qui jettent l’éponge, leur voiture ne tourne toujours pas et ils rentrent en France !

 

Samedi 19 mai : De plus en plus à l’est, nous sommes de plus en plus tôt réveillés par le soleil et surtout par les bruits des habitants matinaux. L’atelier mécanique derrière lequel nous avons dormi met en marche ces machines dès cinq heures et demie ! Dès que nous sommes debout, je démarre la voiture et cherche un endroit plus au calme. Je m’100_7951.JPGaperçois que si hier soir, nous avions continué la grande avenue par laquelle nous sommes arrivés, nous aurions abouti à un petit square au-dessus de la mangrove et du rio. Nous nous garons là pour petit déjeuner puis, pendant que Marie procède à ses ablutions, je vais contempler le ballet des dhows, ces barques arabes à voile latine qui se déploient joliment sur le bleu des eaux, derrière le vert des palétuviers. Nous repartons à la recherche de la plage. Il faut suivre une piste qui longe puis traverse une zone de marigots envahis par les palétuviers et dans laquelle des rizières ont été aménagées. 100_7952.JPGNous atteignons un village ensablé avant le cordon dunaire planté de filaos où la piste se termine. Je m’arrête à quelques mètres du sommet de la dune, peu soucieux d’aller me planter dans le sable. Nous nous garons devant un bar-restaurant désert qui aurait constitué un bivouac parfait hier soir si nous l’avions su ! Nous allons marcher sur la plage, très large et très longue et sans ombre. Elle est parcourue par des motocyclettes et des bicyclettes qui, d’après ce que j’ai cru comprendre, viennent vendre des mangues, des fruits aux pêcheurs !!! Je prends un bain, l’eau est bonne mais ce n’est pas la transparence des lagons que je croyais trouver. Tout ici nous évoque le Sénégal, la végétation, filaos, manguiers et plus rares cocotiers, les cases semblables à celle des diolas, les riz100_7963.JPGières, les pistes sur des digues. Nous revenons à Angoche puis repartons à l’intérieur des terres, seul moyen de passer d’un point de la côte à un autre. En cours de route nous croisons de nombreux vélos chargés qui s’en reviennent d’un marché. Nous y faisons halte. La curiosité est réciproque, les touristes doivent être rares ! L’appareil photo ne provoque aucune hostilité ni refus, on me solliciterait presque ! Les femmes, musulmanes, portent des pagnes colorés en guise de voiles de tête. On y trouve tout le nécessaire pour réparer un vélo, toute la quincaillerie domestique et peu de fruits en dehors de bananes, oranges et de petites tomates-cerises. Nous repartons en laissant notre cour d’admirateurs sur leur faim… A Liupo nous remettons le cap sur l’est et en début d’après-midi nous parvenons à Mogincual. Une usine de décorticage et ensachage de noix de cajou est la seule preuve d’une activité économique. Ce n’est certes pas la bonne heure ni le bon jour mais il ne s’y passe rien ! Les bâtiments en dur de l’époque coloniale sont tous en ruine, aucune construction récente, pas de goudron ni même d’électricité ! Donc aucun espoir de trouver une boisson fraîche… Nous trouvons la piste qui mènerait à la plage. Sans la moindre trace du100_7973.JPG passage d’un autre véhicule, elle n’a que la largeur d’une voiture et souvent les roues ne sont pas à la même hauteur à droite et à gauche… Au bout, nous débouchons sur un embarcadère pour les pêcheurs, au bord du rio. De là, il faudrait partir avec l’un d’eux pour atteindre le bord de mer… Nous revenons nous garer à l’ombre d’un manguier dans le centre de Mogincual, entre des bâtiments en ruine. Nous ne sommes pas installés depuis cinq minutes que surgit un important (du moins ce doit être son avis !) responsable politique qui nous reproche de nous être installés sans nous être manifestés auprès des autorités… J’essaie de garder le sourire et je l’accompagne, à pied, auprès de l’autorité supérieure en charge de la sécurité de la ville… Nous devons traverser quelques prairies envahies par les hautes herbes avant d’atteindre un ancien fortin, siège de la police. Les deux seules personnes présentes sont étendues de tout leur long sur le sable de la cour et dorment. Ils sont vertement réveillés et tancés par mon accompagnateur et le commandant est envoyé chercher chez lui. Il revient ensommeillé, demande à voir nos passeports, ne trouve pas la page avec le visa, le seul en portugais, je le lui montre. Il admet que tout est en règle, nous pourrons dormir sous notre manguier… Je retourne au camion, peu après arrivée d’un policier qui a été chargé de relever les indications portées sur nos passeports… Ambiance… J’aurais aimé parler portugais pour demander si le Frelimo a tout lieu d’être fier de ses réalisations en vingt ans d’indépendance, en particulier ici…Nous passons la fin de l’après-midi à nous demander si le marché de demain, raison de notre venue, en vaudra la peine. A la tombée de la nuit, des gosses viennent nous contempler puis crier en tournant autour du camion. Excédé, je vais voir le commandant si soucieux de notre sécurité et lui demande de faire le nécessaire. Il envoie, au pas de course, quelques séides ramener le calme… La nuit tombe, profonde, très profonde… Pas une lumière dans la ville, enfin si, la nôtre !!!

 

 

Dimanche 20 mai : Pas un bruit au réveil, aucun cri ne signale l’agitation d’un marché. Pourtant, à la sortie de la ville, à côté du terrain de football, des colporteurs et des marchandes se sont installés. Nous allons y traîner une heure, curieux et curiosité.100_7992.JPG Nous sommes en permanence l’objet de l’attention d’une escorte de gosses et de passants et la cible des regards de tous. Aucun problème pour photographier, les femmes poseraient plutôt mais les curieux se placent trop souvent devant l’objectif ! Les colporteurs vendent des tissus-pagne, Marie en achète un, des ustensiles domestiques en plastique, de la quincaillerie, des fripes. Les marchandes locales proposent des petits tas de citrons verts, piments, manioc, poisson séché, et des poteries rustiques. Nous reprenons la piste qui s’améliore après Quixaxe avant de retrouver, à Monapo, le goudron et l’électricité ce qui nous permet d’acheter des sodas frais. Nous continuons en direction de Ilha da Moçambique. La région semble plus développée, les villages se succèdent le long de la route avec des maisons en dur plus fréquentes. Peu avant le pont qui permet d’accéder à l’île, nous cherchons l’ombre d’un arbre pour déjeuner. Nos manœuvres doivent paraître suspectes à des policiers que nous n’av100_7989.JPGions pas vus. Nous sommes arrêtés et le chef des argousins, assis dans son fauteuil, sur le bord de la route, nous cherche la petite bête. Il s’aperçoit que le permis de conduire international que je présentais à chaque requête est périmé, je lui en sors un plus récent. Il nous demande les documents de la voiture et réclame un permis de circuler sans comprendre que le carnet de passage en douane en tient lieu. Quand enfin il parvient à le déchiffrer, il nous rend les papiers mais pour ne pas perdre la face, il demande à voir le gilet fluorescent et les deux triangles de signalisation… Un long pont, à une seule voie, avec des élargissements pour se croiser, nous amène à l’île, tout en longueur, posée sur une mer bleue100_8004.JPG à peine rayée par le sillage de quelques dhows. Nous nous arrêtons à son extrémité sud, face à l’îlot où est situé un vieux fort, pour déjeuner puis nous nous mettons en quête d’un logement. Nous sommes résolus à abandonner pour deux soirs le confort de notre camion pour l’exiguïté d’une chambre dans une ancienne maison transformée en hôtel de charme… Nous suivons le bord de mer en logeant des quartiers de masures surpeuplées avant d’atteindre le quartier historique aux bâtiments anciens qui ne paraissent pas en bien bon état. Nous visitons un premier hôtel avec u100_8030.JPGne chambre très correcte mais, avant de nous décider, nous voulons en voir un autre. Je cherche l’hôtel tenu par Antoine, un architecte français établi depuis des années au Mozambique et sur qui j’avais vu à la télévision en France un reportage qui m’avait fait découvrir cette île inconnue et donné envie d’y venir. En passant par des rues trop étroites, j’accroche avec le bord du toit du camion un panneau de sens interdit et écrase une arête sur toute sa longueur ! Je ne suis pas content ! Nous trouvons une chambre, vaste, climatisée, confortable dans ce bel hôtel qui occupe une ancienne maison avec un patio fleuri autour d’une piscine. Nous nous y installons puis une douche est vite appréciée avant de profiter de la piscine. Nous allons faire une courte promenade, à la nuit tombante dans les rues proches. Presque toutes les maisons sont dans un état de délabrement consternant. Il est difficile de croire que le processus puisse être inversé tant il100_8020.JPG est profond. Quelques bâtiments semblent avoir bénéficié d’une restauration mais ils sont déjà en voie de déréliction ! Nous regagnons notre hôtel, nous installer sur les fauteuils du restaurant avant de prendre une Caïpirinha. Encore un de ces breuvages qui glissent dans le gosier comme, selon l’élégante formule consacrée, un pet sur une toile cirée, en laissant un goût de trop peu ! Nous dînons au restaurant de l’hôtel, après un excellent carpaccio de thon, Marie a la mauvaise idée de commander des crevettes gratinées, je me console avec des lulas, des calamars, grillés et une bouteille de vinho verde, pétillant à souhait. Nous digérons auprès de la piscine, allongés sur un charpoï, un lit de corde indien avant de regagner la chambre.

 

Lundi 21 mai : Pas trop bien dormi. Réveillé dans la nuit, assoifé, je me suis levé pour boire mais l’eau du robinet était saumâtre et les moustiques en ont profité pour attaquer ma chair faible et tendre ! De la chambre, située au-dessus de la réception, nous ne pouvons rien ignorer des conversations du personnel en-dessous. Pour une fois, pas de route à faire et la voiture ne bouge pas de la journée. Nous ne sommes donc pas pressés. Le petit déjeuner est inclus, nous avons une bonne co100_8013.JPGnfiture de fruits tropicaux parfumée d’une multitude d’épices dont de la cannelle… Nous partons ensuite nous promener dans les rues défoncées entre deux rangées de maisons en ruine. Nous parvenons à une place sur laquelle se dresse (ou se dressait ?) le beau bâtiment du vieil hôpital. Il devait avoir fière allure, c’est aujourd’hui un ensemble de constructions lépreuses, d’une saleté repoussante, où les immondices sont jetés par les fenêtres. A côté une église au crépi blanc parfait… Nous rejoignons le bord de mer, à côté d’une mosquée au crépi vert parfait… La plage devant est une poubelle, c’est aussi les toilettes publiques où les enfants (et sans doute les autres…) posent culotte, à côté des latrines publiques. La baignade est100_8027.JPG réservée aux dermatologues suicidaires… Nous revenons par des rues écrasées de soleil, passons au jardin de la mémoire qui, comme à Gorée, veut évoquer, dans les ruines d’une maison de traite, le souvenir des esclaves partis vers d’autres cieux. Nous repassons par les rues aperçues la veille. Quelques maisons ont été ou sont restaurées. Seuls des organismes, des banques, des hôtels peuvent en assurer les frais, la volonté publique ne paraît pas très affirmée à voir l’état du domaine publique : chaussée, jardins, dallage des squares. Nous atteignons l’esplanade devant le palais et l’église des jésuites de Sao Paulo. L’ensemble d’un rouge presque brun a belle allure mais commence à avoir besoin d’un rafraîchissement. Il renferme un musée naval que nous devons traverser sous la surveillance d’un guide peu souriant. Le musée adjacent d’art sacré nous intéresse plus avec quelques belles statues de Saint-100_8029.JPGSébastien, Sainte-Anne et un Christ en ivoire polychrome originaire de Goa, à l’époque où l’île était une escale incontournable pour les Portugais sur la route des Indes. Nous faisons une halte au bar pour un second Coca… Puis nous rentrons à la chambre. Nous en avons changé pour une avec salle de bain privée, plus au calme. Nous y déjeunons avec nos dernières provisions. Petite sieste avant de descendre nous tremper dans la piscine. Nous repartons vers la pointe nord. En passant par d’autres rues, nous découvrons deux portes à double battant en bois, au linteau sculpté, d’influence indienne. Nous revenons devant Sao Paulo et marchons jusqu’à l’extrémité de la jetée d’où, dans le soleil déclinant, nous100_8038.JPG avons une belle vue sur la côte de l’île, la forteresse et les restes des constructions anarchiques. Nous marchons jusqu’à la forteresse en passant devant un jardin publique planté de superbes banians. Nous revenons pour utiliser internet aux télécommunications nationales. Courrier puis blog mis à jour. Nous rentrons de nuit. Nous ne résistons pas au plaisir de nous offrir de nouveau une caïpirinha. Faute d’avoir trouvé un restaurant avec une carte intéressante et dans un cadre agréable, nous dînons encore à l’hôtel, toujours de poisson et de crustacés grillés mais cette fois avec de la bière, (beaucoup) plus économique…

 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 16:36

 

Mardi 8 mai : Il a fait froid dans la nuit, le réfrigérateur n’a pas eu besoin de beaucoup fonctionner. Il est vrai que nous sommes à près de 1500 mètres d’altitude et les nuages ce matin augurent mal pour la journée. Nous partons pour le garage Land Rover que nous trouvons facilement après avoir traversé le centre-ville, animé et moderne semble-t-il, avec des buildings récents. Je signale le problème du non fonctionnement de l’air conditionné et p100_7841.JPGrécise que la cause probable en est une fuite au condensateur idoine. On me fait comprendre qu’on me fait une faveur en se chargeant de la voiture sans rendez-vous… Nous attendons puis comme nous ne voyons personne s’occuper de notre voiture, nous décidons de la laisser et de revenir dans l’après-midi. On nous emmène en Jaguar, Marie est très impressionnée, et nous nous faisons déposer sur une place qu’occupe un parc avec de beaux arbres, notamment des tulipiers du Gabon et ces arbustes à fleurs rouges en étoile qui, pour nous, sont inséparables du paysage de Madagascar. Ils ornent aussi bon nombre d’avenues de la ville. Des marchandes proposent des corbeilles de fleurs mais pas de bouquets ! Nous partons pour une promenade dans les100_7843.JPG rues qui entourent la place, rien de bien remarquable. La moitié des édifices sont des banques ou des centres d’affaires mais les trottoirs sont en triste état et la propreté ne semble pas l’obsession des habitants. Beaucoup sont habillés très chics, costumes et cravate pour les hommes, les femmes sont très souvent défrisées. Nous visitons la National Gallery. Des œuvres d’artistes contemporains sont exposées. Elles peuvent être achetées, ce qui serait faire œuvre pie en faveur de l’art contemporain africain mais les payer au prix demandé serait une aberration économique ! Une petite exposition d’objets de tout le continent serait plus intéressante avec un étiquetage et des informations plus substantielles. Nous déjeunons au restaurant Bannie’s, une truite en sauce tomate pour moi et une énorme côte de porc pour Marie, à la fois trop et pas assez cuite selon les parties ! Et tout cela avec de l’eau… Retour vers la place, nous devons contourner des rues que les services du parlement se sont attribuées sans se soucier des inconvénients pour le passant. Marie jette un œil aux objets d’une galerie pour touristes puis nous prenons un taxi pour retourner au garage. On nous y annonce qu’aucune réparation n’a pu être faite faute de pièces mais on nous réclame 82 dollars pour le diagnostic ! Je refuse de payer et on nous laisse partir. Ils nous auront tout de même lavé la voiture qui en avait un grand besoin. Nous repartons vers le camping en pleine heure de pointe. En passant nous trouvons un supermarché où nous nous arrêtons pour refaire un plein de provisions puis nous rentrons nous installer, sur la pelouse cette fois.

 

Mercredi 9 mai : Nous récupérons le linge donné à laver mais il manque une petite culotte à Marie qui pousse de gros soupirs mais tout rentre dans l’ordre quand je la retrouve. Nous commençons par nous rendre au petit centre commercial de Kensington où je pense trouver les autocollants nécessaires pour le Mozambique ainsi que nous l’ont indiqué les Suisses du camping. Je fais toutes les boutiques, tenues par des Blancs (!), en vain. Nous complétons nos provisions au petit supermarché de ce centre commercial, très bien achalandé, clientèle aisée oblige ! C’est au centre commercial d’Avondale, tout proche, que je trouve ces autocollants. Pour le Zimbabwe il en faut des rouges à l’arrière, blancs à l’avant ; pour la Zambie, il en faut des jaunes sur les côtés et donc pour le Mozambique des triangulaires jaunes sur fond bleu à poser à l’avant et à l’arrière !!! Nous nous rendons ensuite au marché de Mbare dans la banlieue sud de Harare. Un de ces immenses marchés africains comme nous en avons vu tant. Ce qui sous-entend des trottoirs défoncées, des tas d’immondices à tous les coins de rue, les bennes prévues à cet effet débordent, une pagaille organisée, les secteurs sont définis, légumes et fruits, quincaillerie, vêtements, de la musique à fond les décibels chez les marchands de disques, des sollicitations intéressées de la part de « guides ». L’intérêt est dans les produits étranges, les étals des médecins traditionnels avec des restes d’animaux, fourrures, os, organes desséchés, extraits végétaux censés guérir toutes les maladies ; dans les échoppes on trouve aussi du tabac en feuilles déchiquetées ou en poudre, à priser. Nous ne revenons pas les mains vides puisque Marie n’a pas pu résister à la vue de haricots verts frais dont nous achetons deux bottes, ni à celle d’avocats énormes, les trois pour un dollar ! Nous reprenons la route du sud, traversons des plaines sans grand charme, couvertes d’herbes hautes jaunies. Doubler les camions ou 139-NEW-HOLLAND.JPGles bus sur cette route étroite, avec la conduite à gauche est délicat, Marie doit m’avertir pour que je puisse déboîter. Les contrôles de police sont fréquents mais nous ne sommes arrêtés qu’une seule fois et tout se passe avec le sourire. En fin d’après-midi nous atteignons Masvingo, une ville plus importante que les précédentes. En refaisant un plein de gasoil, je remarque une annonce publicitaire : « NEW HOLLAND » qui me paraît tout à fait d’actualité. Je la prends en photo pour l’envoyer à tous ceux à qui elle fera plaisir et même aux autres… 140-MASVINGO-Eglise.JPGA proximité, nous allons voir une église construite et décorée de peintures qui imitent les mosaïques, par les prisonniers de guerre ou déportés italiens pendant la guerre. Je suis étonné par l’âge des morts, plus de quarante ans en général. Des civils, des officiers ? Nous nous dirigeons ensuite vers le parc du Great Zimbabwe. Nous retrouvons à l’entrée les Suisses qui vont s’installer plus loin avec des Allemands. Nous préférons être dans le parc, au campsite rustique, l’électricité pas assurée, pas plus que le calme à l’arrivée de deux bus de jeunes… Les jeunes seront (relativement) discrets mais l’électricité absente… Nous arrosons la victoire de Hollande au gin-tonic puis nous débouchons une bouteille de sauvignon blanc, pas fameux mais sec et glacé.

 

Jeudi 10 mai : La nuit a été encore fraîche et j’ai été réveillé tôt d’où des ruminations… Nos voisins et seuls compagnons du camping, deux cyclistes slovènes, le père et le fils, nous apportent trois avocats dont ils ne veulent pas se charger et qu’ils ne jugent pas assez mûrs. Cela nous en fait sept ! Nous traînons un peu avant d’aller nous garer devant l’entrée du site. Devant nous, une butte de gros rochers arrondis au sommet de laquelle se trouve le complexe dit de la colline. Nous suivons un sentier avec des marches, qui grimpe entre les rochers et les arbres fréquentés par les singes. Nous parvenons au pied d’une muraille de pierres s100_7857.JPGèches, des briques de granit assemblées sans mortier pour former un mur englobant des roches et d’étroits couloirs d’accès au sommet. C’est un fouillis de blocs énormes qu’on pourrait croire cyclopéen mais qui ne l’est pas et de plateformes ménagées entre les roches et les murs épais. On suppose qu’il s’agissait de lieux cérémoniels ou d’un tribunal. Les passages qui permettent de traverser la muraille sont remarquables, élégants, tout en formes douces, arrondies et en dégradés à la base. La vue s’étend sur le reste du site et notamment le « Grand Enclos », monument le plus connu, un palais à l’intérieur d’une muraille circulaire en fort bon état. D’autres enclos sont visibles,100_7861.JPG moins spectaculaires. Derrière nous le lac de barrage de Kyle et tout autour les collines parsemées de grosses roches et de dalles dénudées. Après avoir monté, descendu tous les escaliers, être passés sous toutes les failles entre les roches, nous être glissés dans tous les couloirs, nous redescendons et allons au modeste musée. Quelques panneaux tentent d’expliquer l’historique du site et de la civilisation shona établie ici au XIII° siècle avant de migrer et fonder le royaume du Monomotapa. Les pieux surmontés d’oiseaux trouvés au sommet de la colline sont présentés  mais mal éclairés. Nous nous dirigeons ensuite vers le « Grand Enclos », cette formidable structure circulaire presque intacte, un mur de plus de dix mètres de haut, décoré de chevrons à100_7872.JPG son sommet, et large de six. A l’intérieur des restes de ce que l’on suppose avoir été un palais royal. Un étroit couloir mène à une tour conique à la fonction inconnue mais riche d’hypothèses… Après en avoir fait le tour, nous nous dirigeons sur un sentier qui passe au milieu d’une belle végétation vers le village shona reconstitué, en traversant d’autres enclos plus ruinés. Le village, quelques cases miteuses, est un attrape-touristes avec que100_7856.JPGlques poteries, sculptures de pierre à vendre et des danseuses qui s’animent à l’arrivée des touristes, peu nombreux, il est vrai. Nous revenons vers l’entrée, tentons de boire un soda mais faute de monnaie nous ne consommons pas. Nous regagnons le camion épuisés, affamés et assoiffés mais contents ! Nous dégustons un de nos avocats, effectivement pas tout à fait assez mûr. Nous repartons, pas bien loin, jusqu’à un camping indiqué par les Suisses de Harare, dans un lodge agréable, dominant le lac. Nous nous y reposons tout l’après-midi. Nous allons ensuite nous asseoir dans des fauteuils sous la véranda du restaurant, atmosphère douillette et petits plats dans les grands, hélas pour un menu très quelconque qui ne nous séduit pas. Nous y avons une vue superbe sur le lac et au premier plan l’extraordinaire jardin, amoureusement entretenu où se mêlent les essences et les fleurs européennes et tropicales. Nous profitons du wifi gratuit pour nous mettre à jour dans le courrier. A la nuit tombée, nous regagnons notre camion pour y éplucher les haricots verts…

 

Vendredi 11 mai : Au moment de partir, un drame : Marie a perdu ses lunettes de soleil ! Après enquête il s’avère qu’elles auraient été remises par erreur à un groupe de touristes déjà partis… Nous prenons la route qui contourne le lac en passant sur le barrage, plus100_7888.JPG spectaculaire que celui de Kariba. Le niveau n’est pas au maximum et les berges sont dénudées. La route se continue par une piste avant de retrouver la route de Masvingo. Nous continuons de rouler dans ce paysage de buttes et de collines couvertes de gros rochers ronds entre lesquels se faufilent des aloès et des euphorbes de belle taille. Les baobabs n’y ont guère de place, ils seront plus nombreux dans la plaine. La région est plus riche, les cases traditionnelles commencent à être remplacées par des maisons de plan rectangulaire en parpaings et à toit de tôle. Les collines disparaissent, nous sommes dans une brousse plus épaisse et au loin se profile une chaîne de montagnes plus hautes. Nous traversons le cours de la Save sur un beau pont suspendu,100_7895.JPG oeuvre du même ingénieur que celui de Sidney. La route commence à monter et nous parvenons sur un plateau, les montagnes ont disparu. Des bananeraies apparaissent. Après Chipinge, la route n’est plus qu’à une voie et trente kilomètres plus loin nous arrivons à la forêt de Chirinda. Il s’agit d’une forêt primaire dans laquelle nous nous enfonçons sur un kilomètre, passant sous des amoncellements de lianes, de branches, dans un corridor de verdure, sombre, frais. Nous atteignons une aire de pique-nique et en profitons pour déjeuner. Arrivent deux gardes qui nous annoncent que nous a100_7902.JPGurions dû nous présenter à l’accueil pour régler un droit de visite. Ils nous accompagnent sur un sentier qui serpente dans la forêt. Les fougères géantes annoncées n’étonneraient pas à Fontainebleau et les orchidées restent cachées. De beaux arbres culminent à une cinquantaine de mètres, quelques-uns, tombés, pourrissent, nous devons alors les enjamber. Au bout d’une demi-heure, nous atteignons le but de la promenade : le Big Tree, un acajou à l’impressionnante base mais au tronc relativement mince. Il serait plus que millénaire. Après en avoir fait le tour et sans ajouter nos noms à la longue liste des imbéciles qui ont cru s’immortaliser ainsi, nous rebroussons100_7897.JPG chemin, récupérons la voiture et emmenons nos deux gardes au bureau du parc, au bout d’une autre piste en forêt. Notre écot versé, nous revenons au goudron et après Chipinge, nous faisons route en direction de Chimanimani. La route passe entre des vergers, des bananeraies et des plantations de caféiers. Elle continue de monter, nous sommes sur des collines plantées de résineux, nous voici dans les Vosges ! Il y a même des scieries avec des cheminées coniques en bois. A Chimanimani, nous pouvons nous installer sur la pelouse d’un hôtel en perte de vitesse, devant un bungalow dont on nous a donné la clé pour utiliser les toilettes.

 

Samedi 12 mai : Bien que nous soyons à 1500 mètres d’altitude, il n’a pas fait froid cette nuit. Par contre au réveil, il tombe une petite pluie fine désagréable mais elle ne va pas durer. Avant de quitter Chimanimani, Marie tient à obtenir des renseignements auprès de l’office du tourisme. Un bien grand mot pour désigner un bureau dont l’employée ne peut distribuer aucun dépliant, n’a pas de carte de la région et ne connaît que les tarifs pour aller voir une cascade… Nous partons pour Mutare par la scenic road, une piste mouillée mais h100_7907.JPGeureusement peu glissante. Nous sommes en corniche et nous surplombons les vallées et les collines plantées de conifères que des scieries exploitent. Dans les zones déboisées, les paysans ont planté du maïs et installé leurs cases dans les champs. Nous avons de belles vues sur le massif montagneux en arrière-plan mais l’absence de soleil est cruelle. A une intersection, au vu de l’étroitesse de l’une des pistes, nous choisissons la plus large et la plus fréquentée. Erreur ! Après avoir doublé quelques charrettes attelées de paires de bœufs aux larges cornes, je constate mon erreur, Comme d’habitude, Marie avait eu des doutes... Retour au carrefour pour suivre cette piste sur laquelle nul ne semble être passé depuis des lustres, aucune trace de roues, les herbes sont envahissantes et il n’y a à peine de place que pour une voiture. Mais ce n’est pas un problème puisqu’en près de trois heures nécessaires pour parcourir les 65 kilomètres, nous ne croiserons aucun véhicule et bien peu de piétons. La piste n’est pas particulièrement difficile, une montée vers un c100_7906.JPGol puis elle serpente en corniche, dominant des vallées très peu peuplées et sans cultures, tutoyant la frontière du Mozambique où nous craignons de nous égarer, traversant de belles forêts d’arbres-parasols avant de redescendre rapidement vers la civilisation industrielle quand les plantations de résineux réapparaissent avec les scieries. Nous retrouvons le goudron et ses contrôles policiers auxquels nous échappons, jusqu’à Mutare. Grande ville, plutôt agréable, aux avenues ombragées, comme à Harare, par de superbes tulipiers du Gabon en pleine floraison. Je vais me renseigner, à la demande de Marie, auprès du bureau d’informations touristiques sur l’état des routes au nord mais comme on m’y assure que la route que nous venons de prendre est goudronnée, je doute du sérieux des dires du monsieur… Nous allons déjeuner au camping municipal où nous reviendrons passer la nuit. Nous repartons pour une promenade dans les monts Vumba. Une route goudronnée s’élève, domine Mutare puis s’enfonce dans une belle forêt, passe sous les frondaisons de grands arbres, les lianes s’enchevêtrent et pendent au-dessus de nous. Nous nous arrêtons dans une réserve100_7912.JPG botanique pour y voir un jardin tropical. Les fougères arborescentes que nous attendions hier, dans la forêt, y prospèrent, ainsi que bien d’autres espèces à larges feuilles plantées sur la pelouse d’un jardin, forcément anglais, autour d’un étang. Nous sommes déçus par le peu de fleurs, les hortensias sont fanés, les arums sont rares. Nous suivons ensuite, là aussi, une piste dite scenic, mais celle-ci n’a pas dû être parcourue depuis encore plus longtemps, elle disparaît sous les branches cassées, les herbes qui la recouvrent et nous ne savons pas toujours sur quoi nous roulons. Nous renonçons devant un petit pont de rondins dont il manque quelques dizaines de centimètres pour rejoindre l’autre bord… Nous allons jusqu’au bout de la route goudronnée mais nous sommes fatigués et un peu las des parcours en forêt, aussi reprenons-nous le chemin du retour. Nous nous arrêtons devant un supermarché pour compléter nos provisions puis rentrons au camping. Marie propose de prendre l’apéritif « parce que c’est samedi » ! Je souscris à cette intéressante idée.

 

 

Dimanche 13 mai : Nous nous mettons en route en direction du nord. Route goudronnée qui passe par une mine d’or en activité dont nous apercevons les installations le long de la route. Une dizaine de kilomètres de piste non prévus mais nous retrouvons un bon asphalte. Nous bifurquons en direction de la vallée de la Honde. La route descend alors rapidement dans la v100_7915.JPGallée, 1500 mètres plus bas. De la terre rouge, de grandes dalles de basalte, brillantes, presque verticales, sur lesquelles l’eau ruisselle, des cultures en terrasse, serions-nous à Madagascar ? Non, les bananiers remplacent le riz, ce sont les Highlands orientaux du Zimbabwe ! La route dans la vallée circule au milieu des bananiers, des pitons volcaniques surgissent des collines et dominent les cultures. Plus loin, nous pénétrons sur les terres des plantations de thé. Le vert intense des théiers couvre les collines et nous retrouvons le bel ordonnancement des arbustes qui épousent les courbes du relief. La route laisse la place à une piste, pas fameuse qui va bientôt quitter les plantations et s’enfonce dans les collines qu’elle gravit et descend, par des pentes abruptes, sur des cailloux qui roulent sous les roues. La région est peuplée, nous passons d’un hameau, quelques cases sur une terrasse, à un au100_7928.JPGtre. Les gens sont endimanchés et se rendent au service divin, certains dans leurs uniformes de congrégation. Nous croyons à chaque tournant arriver à Troutbeck mais il y a toujours une colline à franchir derrière celle que nous venons de dévaler… Nous savons que nous y sommes quand nous passons à côté d’une petite église anglicane du XIX° siècle en grosses pierres, toujours en activité et d100_7932.JPGans laquelle, les habituelles images pieuses placées derrière l’autel ont été remplacées par une baie vitrée qui s’ouvre sur les montagnes, une vision du monde, de sa création ? Enfin, nous retrouvons le goudron ! Marie veut se rendre à une boutique de souvenirs qu’il faut chercher et où elle doit convenir qu’il n’y a rien d’intéressant. Encore un détour sur une piste, en passant par un terrain de golf pour atteindre un point de vue, le World’s View. Le panorama est étendu, des montagnes s’étagent à perte de vue mais les nuages ont envahi les cieux et nous sommes à contrejour. Et puis nous sommes fatigués ! Nous décidons de retourner aussi vite que possible à Mutare. Aussitôt dit, aussitôt fait et nous sommes juste à la tombée de la nuit sur notre emplacement préféré, toujours les seuls clients.

 

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 18:11

Dimanche 29 avril : Albert et Pascale, Pierre et Annie-Claire nous quittent, ils s’en retournent à Windhoek. Avec les premiers nous échangeons adresses et numéros de téléphone avec promesse de nous revoir en France … Peu après, nous partons avec Jean-Michel, Christine et Jean-François pour le Zimbabwe. Un plein d’essence pour épuiser nos derniers pulas et nous sommes presqu’aussitôt au poste frontière. La sortie du Botswana se fait rapidement, le passage du poste zimbabwéen est plus longue, deux bus de touristes sont devant nous. Nous devons acheter le visa en dollars américains, la monnaie officielle du pays puis acquitter des taxes routières, une assurance automobile etc… La route reste correcte mais les bas-côtés sont envahis par de hautes herbes qui émiettent le goudron. Une heure plus tard, nous parvenons à Victoria Falls, nous n’en voyons pas grand-chose, le camping, le Victoria Falls rest camp, est rapidement trouvé, vaste et ombragé, avec des installations sanitaires correctes. Nous déjeunons rapidement sur les tables du terrain et repartons dans une seule voiture pour le parc des chutes. L’entrée est à 30 dollars pour les étrangers et à 7 dollars pour les autochtones… Un grondement et une vapeur qui s’élève au-dessus de la forêt signalent les cataractes. Nous suivons un sentier empierré qui débouche rapidement surZimbabwe-6423.JPG un premier point de vue, assez décevant. Nous sommes très près de la masse d’eau qui se fracasse cent mètres plus bas mais elle est en grande partie masquée par les embruns soulevés. Il en est de même aux points de vue suivants mais la faille allant en s’élargissant, la ligne de rupture s’éloigne et nous distinguons mieux les chutes. Elles sont partagées en plusieurs tronçons par des îlots couverts d’une abondante végétation. Nous traversons une forêt primaire où les singes vervets espiègles courent dans les lianes. Le point de vue sur les chutes principales donneune idée de la puissance et du volume d’eau qui se précipite dans cet infernal chaudron bouillonnant dont on ne peut distinguer le fond. Les embruns retombent en une pluie abondante sur nous et malgré les K-ways, nous sommes vite trempés. Nous allons jusqu’au bout de la promenade, plus d’un kilomètre mais la vue est de plus en plus aléatoire, dépendante des sautes de vent et sur la fin, nous sommes dans un nuage de finesZimbabwe-6421.JPG gouttelettes qui nous pénètrent. Nous, mais aussi l’appareil photo qui n’apprécie pas et ne fonctionne plus ! Nous apercevons le pont mixte route et fer qui enjambe la gorge en aval, reliant la Zambie au Zimbabwe. Nous revenons sur nos pas, moi désolé de ne plus pouvoir pren dre de photos, jaloux de Jean-François qui a de bonnes idées de clichés, notamment des touristes, japonais en escouades disciplinées, d’Africains mal équipés pour la pluie ou de nous-mêmes ! Nous terminons par une visite au café pour un soda bien mérité, toute cette eau nous a donné soif ! Nous nous rendons ensuite sur le pont aperçu du parc, nous dominons alors la gorge où les eaux, après des remous désordonnés, tentent de reprendre un fil ordinaire entre deux hautes falaises tranchées dans la terre. Je m’aperçois que j’ai perdu le K-way de Marie, je reviens en arrière à sa recherche mais il a dû faire le bonhZimbabwe-6444.jpgeur de quelqu’un qui a oublié de me le rapporter… Nous y sommes quand arrive un train touristique tiré par une antique locomotive à vapeur qui s’arrête à l’extrémité du pont. En descendent des touristes élégants et fortunés à qui des serviteurs empressés, habillés de blanc avec casque colonial ou fez rouge, pour évoquer la belle époque de la colonie, servent des flûtes de champagne. Ils nous en tendent que nous ne pouvons décemment refuser et nous n’hésitons pas à nous faire resservir, après avoir prévenu nos amis, ravis de l’aubaine. En souvenir, nous conservons les flûtes ! Je deviens milliardaire ! J’ai dans ma poche un billet de 50 billions autrement dit milliards, de dollars ! Zimbabwéens certes mais tout de même cela pose un homme ! On ne me l’a vendu que pour un dollar américain… Du pont se jette dans le vide, attaché à un élastique pour un vol jusqu’au fond du ravin, un touriste bien plus audacieux que moi ! La vue de l’autre côté, sur les chutes est intéressante, en partie masquée par les vapeurs qui s’élèvent du fond mais les remous frangent d’une fine dentelle les eaux avant qu’elles ne se précipitent dans le vide. Il se fait tard, le train donne le signal du retour, nous arrêtons un taxi pour nous ramener au poste frontière où nous a été délivré le laissez-passer d’accès au pont. Nous rentrons au camping pour découvrir que nous sommes juste en face d’une boîteZimbabwe-1430.JPG d’où une puissante sonorisation diffuse des airs de musique africaine ! Nous changeons de place pour tenter d’échapper aux décibels mais ils nous poursuivent… L’apéritif, servi dans les flûtes s’impose puis nous allons dîner au restaurant du camping, dans un pavillon à toit de palmes, ouverts de tous côtés avec des fauteuils très britanniquement confortables… Nous nous faisons servir quelques plats censés sortir de l’ordinaire : un curry de crocodile honorable, une escalope de phacochère quelconque et un ragoût de gibier qui ressemble à du bœuf, servi avec du sadza, à allure de porridge. Rien de mémorable et les portions ne sont pas trop copieuses. Retour à nos camions pour une nuit qui promet d’être musicale mais à onze heures et demie le calme revient.

 

Lundi 30 avril : Nous sommes réveillés par les gloussements des jeunes passagères de camion-bus qui les transporte à travers l’Afrique. L’appareil photo ne fonctionne toujours pas et je suis contraint d’avoir recours aux services du vieux Kodak ! Marie n’est pas de bonne humeur et rien ne va… Nos amis nous quittent, peut-être les retrouverons-nous ce soir au parc Hwange. Nous allons nous connecter à Internet à la réception pour mettre à jour le blog, répondre au courrier et faire la déclaration d’impôts. Marie cherche ensuite des cartes postales, donc il faut trouver la poste pour les timbres, puis elle achète des lunettes de lecture dans une pharmacie qui ressemble plus à un bazar qu’à une officine médicale. Je renonce à retourner sur le pont pour faire des photos et nous quittons Victoria Falls. La route est bonne, droite et peu fréquentée. Nous pique-niquons à l’ombre d’un arbre en profitant d’une table et de bancs prévus à cet effet. Peu après nous quittons la route pour une piste de terre durcie qui doit nous permettre d’entrer dans le parc de Hwange. Nous traversons un joli village dont toutes les cases, rondes, sont à toit de chaume, les murs recouverts d’un crépi ocre rouge, le grenier est sur pilotis, de section carrée et constitué de rondins serrés. Nous apercevons deux troupeaux d’antilopes hippotragues qui s’enfuient à notre vue. Nous passons la porte du parc et quelques kilomètres plus loin nous atteignons Robins camp où se trouvent l’accueil. La gentille mais inflexible garde de service ne veut pas nous laisser continuer, d’après elle et le règlement, nous n’aurions pas le temps d’arriver à cause des troupeaux d’éléphants et de buffles sur la route ! Nous réglons donc le droit d’entrée, valable dans tous les parcs et pour une semaine, et le prix du camping. Nous allons faire quelques kilomètres dans l’espoir de voir des animaux. La forêt est bien moins dense qu’au Botswana et les feuillages roussissent mais nous ne voyons rien ! Nous arrivons à un mirador d’où nous surplombons une mare qui ne semble attirer personne. Aux jumelles nous apercevons l’oreille d’un éléphant, seule agitation animale à des kilomètres à la ronde. Nous ne trouvons pas le pan salé que nous avait indiqué la garde et rentrons bredouille et déçus au camping. Pas de bar, aucun autre visiteur. Nous nous désaltérons d’une bière de notre réfrigérateur. Des bruits entendus, nous déduisons qu’il y a bien une faune mais elle reste invisible. Marie, prudente décide de regagner le camion pour dîner…

 

Mardi 1er mai : Nous prenons la piste plutôt bonne, entretenue. Nous commençons par rouler lentement mais l’absence de faune et même de traces ni de crottes sur la piste, nous font accélérer. Nous pestons, d’autant plus que la climatisation ne fonctionne plus ! Deux heures plus tard, nous n’avons vu qu’une girafe sur la piste et une autre à deux têtes à l’horizon… Sur la piste de Sinamatella nous roulons jusqu’au lac de Mandavu dont nous approchons les bords et où, enfin, nous découvrons quelques spécimens de la faune : des cobs que je qualifie d’onctueux, et qui localement sont appelés waterbuck, farouches, ils se sauvent à 100_7744.JPGnotre vue, des hippopotames enfoncés dans la mare et des crocodiles faussement endormis. Nous les revoyons du haut d’un mirador, heureuse initiative qui va se retrouver à plusieurs occasions dans ce parc alors qu’elle était totalement absente au Botswana. Nous apercevons de ce point d’observation différentes gazelles et antilopes et les habitants des mares, crocodiles assoupis et hippopotames bagarreurs. Nous revenons sur nos pas et prenons la direction de Main Camp. Nous nous arrêtons à une autre mare également équipée d’un mirador d’où nous ne contemplons que les ébats aquatiques d’une famille hippopotame. En repartant, à quelques centaines de mètres de là et sur le bord de la piste, une demi-douzaine d’éléphants batifolent, jouent aux animaux de cirque en levant un pied ou en se poussant avec la trompe. Nous déjeunons à la mare de100_7750.JPG Shumba, du haut du mirador, dans la chaleur et l’agacement des mouches. A partir de ce point, la piste devient une route : un ruban d’asphalte a été posé il y un bon nombre d’années, il s’est réduit, a disparu par plaques, les herbes envahissent les bords, crèvent le goudron en son milieu, lui donnant une allure de route iroquoise… Il nous arrive alors de regretter la piste… Nous revoyons de temps à autre un ou deux éléphants qui, parfois, traversent la piste, pas pressés de nous la rendre… Nous faisons quelques détours pour des miradors, implantés devant des mares mais sans grande animation. En voulant reculer pour accéder à une mare, sans regarder derrière moi, je heurte un véhicule dont je brise les phares ! Je lui laisse mon adresse e-mail…Peu avant d’arriver à Main Camp, nous nous rendons au poste d’observation de Nyamandlovu. Peu avant d’y100_7758.JPG arriver, nous trouvons des gnous, couchés sous les arbres, à l’ombre. Dès que nous arrivons à la plate-forme, une structure avec un étage, couverte, installée devant une mare artificielle alimentée en permanence par une pompe, nous apercevons un trio de girafes venues boire et donc méfiantes. Nous pouvons observer leur dangereuse technique qui consiste à écarter les antérieurs pour pouvoir baisser le cou et parvenir à se pencher assez. Position dangereuse qui les rend vulnérables, qu’elles n’adoptent qu’après avoir bien observé les environs et sous la surveillance des autres girafes. Arrive une importante horde de babouins qui doivent aussi100_7786.JPG s’accroupir pour boire. Le crocodile endormi sur la berge ne semble pas les inquiéter. J’attends le drame, ce ne sera que du Feydeau, chicaneries familiales et querelles de préséance. Un kudu et ses femelles vient se désaltérer, un buffle égaré fait un passage rapide, la famille hippopotame s’en moque royalement et occupe le centre de la mare. Puis apparaissent messieurs les éléphants. Une troupe d’une bonne quarantaine, de toutes tailles et de tout âge se présente et occupe toute la mare pour boire et se baigner. Ils s’alignent, barrissent, se querellent, se poursuivent, les derniers nés dans les pattes de leurs mères. Un extraordinaire spectacle qui nous fait oublier les déconvenues de la journée. Pendant ce temps, Jean-Michel, Christine et Jean-François sont arrivés, nous ne pensions pas les revoir mais ils avaient envie de revoir cet endroit hors du commun. Nous devons revenir avant la nuit au campement. Nous nous installons au camping. Ils m’aident à rechercher la panne de climatisation, une fuite est détectée au radiateur. Nous prenons l’apéritif ensemble et dînons ensuite rapidement car, dès que la nuit tombe, la température en fait autant. Nous regagnons nos cellules et je passe le reste de la soirée sur l’ordinateur.

 

Mercredi 2 mai : Nos compagnons nous quittent pour continuer vers le sud. Quand nous sommes prêts, nous repartons pour un tour dans le parc. Consciencieusement, nous faisons le tour de toutes les mares dans l’espoir inavoué d’y apercevoir des félins mais ils n’y sont pas et les autres animaux non plus. Au bout d’une vingtaine de kilomètres nous faisons demi-tour. Cette fois nous avons plus de chance, quelques éléphants machouillent des feuillages à quelques mètres de la piste et un troupeau d’impalas se montre. Nous ne retournons pas au mirador, persuadés de n’y rien voir à cette heure. Nous quittons donc le parc et retrouvons un bon goudron d’abord en direction de la route nationale puis, après quelques kilomètres en direction de Victoria Falls, nous bifurquons vers le lac Kariba. La route moins large reste 100_7794.JPGbonne et avec très peu de circulation. Nous entrons dans un paysage plus accidenté, des collines couvertes d’une savane plantée de baobabs, d’épineux et de beaux arbres à l’ombre généreuse dont j’ignore le nom. Nous montons et descendons, traversons des rivières à sec, longeons des gorges avant d’entamer une descente vers le lac que nous apercevons peu avant Mlibizi. Des artisans proposent leurs œuvres sculptées, tambours, coupes, sièges, sur le bord de la route. On se demande qui sont les clients, il ne passe personne et encore moins des touristes. Ils sont néanmoins les derniers avatars d’une tradition de sculpture des Shona. Je me renseigne dans un lodge sur la possibilité de rejoindre Kariba avec le ferry mais celui-ci est parti hier et ne revient que dans deux semaines ! Nous revenons sur nos pas, cherchons un peu d’ombre pour déjeuner puis continuons en direction de Binga. Les villages se succèdent presque sans interruption, séparés par des champs d’un maïs anémié. Ce sont plutôt des concessions qui rassemblent100_7796.JPG les belles cases d’une famille et les greniers sur pilotis derrière une palissade. Nous parvenons en début d’après-midi à Binga, curieuse localité, sans centre défini, les maisons sont invisibles, les commerces aussi. Nous descendons de la falaise  pour trouver le quartier des villas des plus aisés et des lodges qui semblent très peu occupés. Nous pouvons camper dans l’un d’eux proche du lac mais son bar est fermé. Nous tentons d’en trouver un pour nous ravitailler en boissons mais ils sont soit fermés soit mal achalandés. Au cours de notre quête, nous trouvons une ferme de crocodiles où les futurs sacs à main coulent de derniers jours heureux en nous montrant, derrière une barrière, leurs écailles brillantes et leurs dentition en parfait état. Nous allons profiter de la piscine avec vue sur le lac puis nous tentons de l’approcher mais les abords sont marécageux et nous n’allons pas loin avant de retrouver notre camion. Nous restons dehors, il ne fait pas froid, une fois le soleil couché, comme les jours précédents. Mais en contrepartie les moustiques sont aussitôt présents.

 

Jeudi 3 mai : Les moustiques ne nous ont pas quittés et toute la nuit nous nous battons avec ! Au réveil nous ne sommes pas très reposés et Marie tarde à se lever. Nous ne partons qu’à neuf heures pour une longue étape. Avant de quitter Binga nous allons au supermarché local, de la taille d’une supérette mais nettement moins fourni ! Nous en repartons les mains vides… Nous revenons quelques kilomètres sur nos pas puis prenons la piste en direction de Kariba. Elle était indiquée comme une route sur  notre carte mais c’est bien une piste et elle le restera sur près de trois cents kilomètres. Une piste de qualité variable, des segments très roulants, d’autres exécrables, de la tôle ondulée, du sable, des abords de pont disparus, un succédané100_7799.JPGdes pistes africaines. Les villages sont toujours aussi « authentiques », de belles cases, parfois peintes, et des greniers de types divers mais toujours sur pilotis. Les gens cheminent le long de la route, les femmes un ballot, parfois une simple bouteille, en équilibre, très stable, sur la tête. Des pitons et des falaises percent dans la savane, le paysage n’est plus monotone comme au Botswana, nous sommes souvent en hauteur et découvrons alors, en contrebas et à perte de vue, la brousse. Les rencontres sont rares, nous ne croiserons ou ne dépasserons moins de dix véhicules dans la journée. Nous déjeunons dans le camion au grand étonnement d’un jeune paysan qui descend de son vélo puis appelle sa femmepour nous contempler installer la table, nous laver les mains, sortir une bière fraîche du réfrigérateur. Découverte d’un monde insoupçonné ! Il fait très chaud et le moment préféré est celui où nous avalons une gorgée de bière pour faire descendre toute la poussière du gosier. Nous continuons, un œil sur la carte, un sur le compteur kilométrique… Après une désinfection, un coup de bombe, pour lutter contre la mouche tsé-tsé, et encore quelques kilomètres nous retrouvons enfin le goudron, un bon asphalte sur lequel nous nous envolons. Nous rejoignons la route nationale mais avec le soleil de face. A Makuti, fatigué et gêné par le soleil, je tente de négocier au lodge l’autorisation d’y passer la nuit contre la promesse de dîner au restaurant mais la responsable est inflexible. Nous repartons donc sur une route étroite qui serpente dans les collines mais bien vite, la nuit tombe et nous ne devinons le lac qu’à ses reflets sous la lune. Nous cherchons un campsite, nous devons demander à plusieurs reprises avant d’y parvenir. Il est situé dans un parc au bord du lac et notre arrivée perturbe la quiétude du garde qui n’avait pas dû voir grand monde depuis quelques jours. Une bière fraîche est immédiatement avalée pour nous faire oublier les cinq cents kilomètres de la journée.

 

Vendredi 4 mai : Pas de moustiques, du moins dans le camion. Nous profitons des installations rustiques du campsite. Nous avons été les seuls visiteurs cette nuit et est-ce à notre intention ? Une boîte de préservatifs est posée à côté des lavabos…Au moment de régler, on nous ajoute l’entrée au parc que nous n’avions pas l’intention de visiter, nous y faisons donc une courte incursion, jusqu’à une plate-forme d’observations au bord du lac, en très mauvais état, marches manquantes à l’escalier, piliers branlants, plancher rongé par les termites… Nous apercevons dans l’eau plusieurs familles d’hippopotames, l’un d’eux daigne se m100_7807.JPGontrer sur unîlot, semblant confus de sa nudité. Nous sortons du parc et reprenons la route jusqu’à Kariba. Difficile de dire quand la ville commence, elle est éclatée en quartiers peu denses, éparpillés dans la verdure. A la première station-service nous achetons quelques provisions puis continuons la route en corniche qui offre des vues sur le lac, très calme, sans bruit ni agitation. Des villas occupent les criques des marinas où sont ancrés des bateaux de promenade. Nous trouvons un camping dans la verdure qui paraît agréable et un restaurant avec une belle vue, sans nous décider. Nous allons plus loin, jusqu’à la pointe qui avance dans l’eau. S’y trouvent les plus jolies maisons qui rivalisent d’originalité dans la forme des toits de chaume. Au bout d’une piste, un autre terrain de camping, semble également agréable, avec piscine et restaurant. Avant de choisir, nous cherchons le supermarché pour nous réapprovisionner. Il est situé dans la partie haute de la ville, très éloignée, ancien quartier « blanc ». Il paraît désert au100_7809.JPGjourd’hui bien que les Blancs soient encore nombreux. Les rayons de la supérette sont consternants ! Nous n’achetons que du pain et des œufs mais le ravitaillement en bière ne pose aucun problème. Nous cherchons et trouvons le point de vue d’où nous surplombons le barrage et de l’autre côté la rive zambienne. Nous retournons à la station-service où nous pouvons nous connecter à internet. Nous prenons connaissance des derniers messages et en écrivons quelques-uns. Je me renseigne pour savoir où trouver de la viande et des fruits et légumes. Nous nous rendons au magasin indiqué et effectivement nous pouvons acheter jambons, viande congelée et autres n100_7812.JPGécessités… Nous allons nous installer au premier camping mais je découvre qu’il n’y a pas de piscine ! Nous nous reposons tout l’après-midi sous les ombrages, à peine dérangés par le bruit des goyaves qui tombent des arbres et la visite de quelques zèbres venus brouter la pelouse. Lecture, rêvasseries, contemplation des acrobaties des singes vervet dans les arbres au-dessus de nous… Arrivée de quelques clients bruyants mais la soirée ne sera pas perturbée. Nous allons dîner au restaurant que nous avions repéré mais ce ne sera pas ce que nous espérions. On nous sert deux assiettes sur un coin de table, saucisses ou poulet dur et froid avec une bonne portion de riz et de la salade sans sauce mais le prix est dérisoire ! Nous passons tout de même quelques minutes dans des fauteuils, à côté de la piscine, vide et qui le restera sans doute longtemps, à deviner le lac sous la lune presque pleine.

 

Samedi 5 mai : Nous reprenons notre rythme avec un lever à six heures et demie. Nous quittons Kariba et reprenons la route que nous avions faite de nuit mais sans la perspective du lac, maintenant derrière nous. La route passe et monte dans des collines couvertes de beaux 100_7800.JPGarbres qui se détachent sur le ciel bleu et donnent au paysage des allures d’estampes chinoises. Nous continuons sur la route en direction de la Zambie. Nous nous faisons délivrer un permis pour entrer au parc de Mana Pools et quelques kilomètres plus loin, nous entamons une descente de la falaise vers la plaine alluviale du Zambèze. Nous quittons le goudron pour une piste sur de la tôle ondulée en longeant l’escarpement. Après un poste de contrôle où on nous confie un passager, nous entrons dans le parc, la piste est meilleure et nous roulons en respectant les 40 km/h imposés mais la savane arbustive est serrée et nous n’apercevons que quelques éléphants qui traversent nonchalamment la piste devant nous. A quelques kilomètres du Zambèze, nous sortons de la brousse et traversons, jusqu’au fleuve, une plaine dégagée, plantée de grands arbres, où la vue porte loin. Les troupeaux d’impalas, les phacochères, les babouins ne sont plus cachés par les broussailles. Enfin nous arrivons au poste de Nyamepi où nous pouvons camper. Il exist100_7827.JPGe d’autres terrains de camping mais il fallait les réserver à Harare… Nous avons le choix entre un emplacement sur les bords du Zambèze, à 100 dollars la nuit, ou en retrait d’une vingtaine de mètres à 20 dollars ! Le choix est vite fait… Nous allons nous installer à l’ombre d’un très bel arbre et déjeunons en nous cachant pour manger une papaye, interdite comme tous les fruits dans le parc, les éléphants en étant trop friands ! Nous laissons passer les heures chaudes puis partons en quête de fauves… Les bords du Zambèze semblent une destination toute trouvée pour voir les animaux mais nous ne voyons rien de nouveau. Pas de lions100_7821.JPG, pas de léopards au grand désespoir de Marie. Des poussières dans l’œil lui font mal, elle se plaint. Nous faisons le tour de mares en eau où il n’y a que des hippopotames ou d’autres presque à sec, terrain des gazelles et des cobs d’eau. En fin de soirée, nous revenons sur les bords du Zambèze et nous apercevons dans les zones marécageuses du lit du fleuve une douzaine d’éléphants qui broutent une herbe tendre. Retour au camping au soleil couchant. Nous décidons, la place étant vacante de nous installer au bord de l’eau. Nous laissons la fraîcheur du soir descendre sur nous en écoutant les ébrouements des hippopotames dans l’eau. Je bois un gin tonic au grand désespoir de Marie qui me voudrait plus sobre.


Dimanche 6 mai : Toute la nuit les hippopotames ont grogné, mugi, d’autres hurlements ont agité la brousse, peut-être une hyène ? Les petits singes vervets courent sur le toit du camion. IZimbabwe-6204.JPGls sont drôles mais chapardeurs. Par une fenêtre restée ouverte, ils nous ont volé une plaquette de médicament contre le paludisme qu’heureusement je retrouve par terre. Une fois prêts, nous partons explorer l’extrémité occidentale du parc en longeant de plus ou moins prés le cours du fleuve. Plutôt de loin que de prés car de nombreuses concessions ont été accordées à des entreprises qui ont installé des camps de toile ou des lodges sur les rives du Zambèze. Très vite nous découvrons deux buffles dans un sous-bois mais toujours aucun fauve ! Les impalas sont très nombreux, parfois en grands troupeaux qui traversent la piste en faisant des bonds à notre approche. Un éléphant isolé nous concède le passage. Quelques incursions sur la rive nous permettent de voir encore des hippopotames et des cobs d’eau, les fesses curieusement marquées d’un cer100_7818.JPGcle de poils blancs. Sur l’autre rive nous apercevons les campements  zambiens dont nous sommes séparés par des bancs de sable et des îlots couverts d’une herbe grasse. Nous poursuivons jusqu’au lit à sec d’une rivière après avoir traversé une zone d’arbres morts, des troncs et des branches desséchés éparpillés sur le sol, œuvre des éléphants ? Nous revenons plus rapidement en repérant des lieux proches de mares, susceptibles d’être fréquentés en fin de journée. Nous déjeunons à l’ombre d’un arbre-saucisse puis attendons le milieu de l’après-midi pour repartir. Nous allons guetter aux divers points repérés mais, encore une fois, en dehors des hippopotames, des impalas et des cobs, nous ne voyons rien de nouveau.  Lors du retour au campement nous trouvons à proximité de la piste un hippopotame sorti de l’eau qui s’enfuit dès qu’il nous voit puis un grand troupeau de buffles. Nous pensions retrouver les Azalaïens mais ils ne sont pas là ! Mes espoirs d’un pastis glacé s’envolent… Et pas de réseau téléphonique pour avoir les résultats des élections… Nous dînons à l’extérieur du camion, sous notre arbre, au frais. Dans la pénombre j’aperçois un éléphant qui vient croquer des branches à quelques dizaines de mètres de nous. D’autres cris, feulements, grognements ne rassurent pas Marie, contente de regagner son cher camion.

 

Lundi 7 mai : Marie aurait bien aimé faire une vraie grasse matinée mais à sept heures elle est debout. Nous sommes tout de même les derniers à quitter le camping ! Nous ne cherchons plus à voir la faune mais tout de même un éléphant nous fait un petit bout de conduite sur la piste. Nous retrouvons la piste de tôle ondulée que j’essaie de tenir à soixante-dix km/h, non sans mal. Nous croisons les Azalaïens que nous attendions hier soir. Ils nous annoncent la victoire de Hollande mais avec un score moindre que celui que j’espérais mais enfin le plus honteux des présidents de la cinquième république est viré ! La piste en cours de reprofilage est ensuite meilleure et nous retrouvons le goudron. Nous roulons à vive allure malgré les nombreux camions qui semblent tous sortis d’un film américain, ils assurent un intense trafic avec la Zambie. Beaucoup de monde sur le bord de la route à guetter les bus avec des ballots imposants. Nous sommes arrêtés à deux contrôles. Le premier après avoir demandé et vu nos triangles de signalisation n’insiste pas mais le second veut aussi voir l’extincteur, prétend qu’il est obsolète et veut nous infliger une amende, nous refusons et parvenons à repartir. L’incident a réveillé ma haine de ces policiers africains teigneux et même vicieux ! Nous sommes à quatre heures à Harare et trouvons, presque sans nous perdre, le Small World Backpackers, une auberge où nous pouvons nous garer dans la cour. Ce n’est pas l’idéal, la place manque mais nous sommes en sécurité et nous y avons toutes les commodités. Nous y retrouvons des voyageurs suisses et allemands qui étaient à Mana Pools. Nous leur faisons visiter le camion qui les intéresse, eux qui n’en sont encore qu’au simple 4x4 sans confort… Nous pouvons nous connecter, lire le courrier, répondre, mettre le blog à jour et nous informer sur la victoire de Hollande. Nous la fêtons avec un cassoulet en boîte et une bière fraîche. Nous ferons mieux en 2017 !

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 08:57

Samedi 21 avril : Nous devons encore nous lever tôt. En effet, il nous faut concrétiser le plus rapidement possible les réservations effectuées pour nous par Mike, le sympathique gérant du lodge dans les campings des parcs de Moremi et Chobe. Nous ne partons pas avant que Marie n’ait retrouvé ses sous-vêtements oubliés la veille dans la douche et qu’elle croyait perdus lors de la lessive… Nous devons passer à différents bureaux gérant les camping sites pour régler les nuitées. Les tarifs sont scandaleusement élevés, 50 ou 60 euros une nuit en brousse avec au mieux, une toilette et une douche !!! Puis il faut encore passer, muni des attestations de paiement au service des parcs régler les droits d’entrée. L’argent file entre nos doigts… Nous devons aussi acheter des provisions pour une semaine, d’où un passage obligé au supermarché. Plein de gasoil et enfin nous quittons Maun. Quelques kilomètres de goudron avant  de rouler sur une piste large mais très poussiéreuse que nous quittons bientôt pour une plus étroite qui pénètre dans la réserve de faune de Moremi. Presque aussitôt, nous trouvons une bande d’éléphants en bordure de piste mais cachés par les arbustes et les brouBotswana-6124.JPGssailles puis ce sont des girafes, à peine cachées au milieu des arbres. Les impalas qui remplacent les springboks ne manquent pas et leurs bandes, femelles en nombre et un mâle au fier trophée sont fréquentes en bordure de piste. Nous en avons plus vu en quelques minutes qu’en plusieurs jours au Kalahari ou dans l’Okavango ! Nous atteignons l’entrée du parc où nos documents sont épluchés… Nous y pique-niquons en jetant des miettes de pain à un calao à bec jaune vite familier…Nous repartons et bien vite nous revoyons des animaux, zèbres, gazelles, phacochères abondent. Nous quittons la piste principale pour une qui va longer des mares. C’est dans cette zone que nous verrons le plus grand nombre d’éléphants, des troupeaux  de familles nombreuses, petits qui dépassent à peine des herbes hautes, jeunes aux défenses naissantes et adultesBotswana-6158.JPG protecteurs. Après être passés boire aux mares, ils s’en vont tous au couchant en longues files nonchalantes vers quelque congrès babaresque. Dans les mares, les hippopotames prolongent leurs bains, ne sortent le museau que pour bruyamment souffler avant de replonger en apnée. Nous avons enfin là, la vision qBotswana-6160.jpgue nous cherchions dans le Kalahari ou l’Okavango, de territoires abondamment pourvus en faune. Le soleil décline, les girafes que nous n’avions pas revues depuis ce matins réapparaissent, éparpillées dans la brousse, se régalant des épineux, souvent confondues avec les arbres ou les termitières. Enfin, après avoir franchi deux ponts de bois rudimentaires mais en bon état, nous arrivons au camping, un grand espace nous est réservé, sous un bel arbre. Nous faisons table commune comme les autres soirs. Aujourd’hui l’apéritif s’impose, gin-tonic ou pastis puis Albert ayant eu la bonne idée d’acheter le nécessaire pour faire un braai, nous allumons un feu dans l’espace prévu à cet effet et nous y faisons griller des saucisses. La nuit est tombée, des cris étranges résonnent dans la brousse, nous allons nous coucher en ayant soin de ne rien laisser traîner qui pourrait tenter les babouins ou les hyènes.

 

 

Dimanche 22 avril :Annie-Claire se sentant fatiguée ce matin, elle et Pierre décident de ne pas rouler toute la journée avec nous. Nous partons donc, Pascale, Albert et nous pour une boucle d’une trentaine de kilomètres. Les débuts ne sont pas prometteurs, à croire que toute la faune africaine s’est rendue aux urnes en ce jour d’élection présidentielle en France ! Nous traversons une forêt de mopanes, l’arbre local, puis longeons un marais dans des herbes hautes quand, au détour de la piste, nous nous trouvons face à un beau buffle, une énormeBotswana-6176.JPG masse sombre, couverte de boue, l’œil vicieux et les cornes effrayantes. Après un court face-à-face, il décide, sans doute impressionné par notre détermination, de nous laisser le passage en se glissant dans les hautes herbes. Nous le saluons au passage et nous sommes alors entourés par une vingtaine de ces puissantes bêtes qui ont la réputation d’être les plus dangereuses  de la brousse. Elles sont devant, derrière, à droite, à gauche, mâchonnant des feuilles, l’œil torve mais sans agressivité. Nous les dépassons et continuons notre promenade. Plus loin, nous hésitons à traverser un gué que je sonde avec de l’eau aux genoux, sans aller jusqu’au bout. Influencés par la mésaventure de Guy, nous ne tentons pas l’expérience d’autant qu’Albert reste prudent… Plus loin, nous mettons en fuite une bande d’éléphants, des jeunes s’enfuient en barrissant de mécontentement. Un adulte, à en croire la taille de ses défenses, décide d’user dBotswana-6187.JPGe son droit du premier occupant et nous barre la piste et continue de casser les branches des arbres pour en tirer tout leur nectar. Il reste sourd à nos invites à dégager et nous n’insistons guère… L’attente dure jusqu’à ce qu’un véhicule de touristes surviennent en sens contraire, fasse rugir son moteur et effraie le pachyderme qui barrit, agite ses oreilles mais recule et s’enfuit en courant. Nous nous attendrissons, surtout Marie, devant les gracieuses impalas femelles, Bambi et ses copines, qui nous regardent passer ! De jolis et peu farouches petits singes vervet s’épouillent, seBotswana-6203.JPG coursent, jouent dans un arbre et se laissent photographier, aussi curieux de nous que nous d’eux. Nous revenons au campement et déjeunons à l’ombre d’un bel arbre puis laissons s’écouler les heures chaudes avant de reprendre la piste. Nous traversons un premier pont semblable à ceux de la veille puis un second, plus long, constitué de rondins assemblés en long, laissant un espace entre les rBotswana-6209.JPGoues, sous lequel on aperçoit les eaux noires d’un marigot. Nous ne verrons pas grand-chose dans l’après-midi, en dehors des impalas et des babouins. Nos tentatives pour quitter la piste principale échouent devant la traversée de marais ou de zones inondées. Les mares sont nombreuses, parfois occupées par des hippopotames dont on n’aperçoit que le museau, les oreilles et les yeux. Nous atteignons Xakanaxa où nous devons passer la nuit au camp site. Nous retrouvons Annie-Claire et Pierre et faisons route ensemble jusqu’à l’approche d’un marais. Sous une belle lumière de jour finissant, nous y trouvons un éléphant et des zèbres occupés à tondre la pelouse… Un autre éléphant est irrité par notre insistante présence et s’enfuit. Nous rentrons en direction du terrain de camping, croisant encore un troupeau de pachydermes occupés à avaler leurs quintaux d’herbes et de feuilles. Nous nous installons sur le site qui nous est attribué. Pour le prix, nous avons tout de même un bloc sanitaire avec douche (froide pour les hommes, chaude pour les femmes !) à notre disposition. En revenant de la douche, alors que la nuit est tombée et que tous sont installés entre les voitures pour le moment incontournable de l’apéritif, je lance une plaisanterie sur le caractère sexiste des douches, je contourne alors le camion et me trouve nez à trompe avec un beau mâle qui agite nerveusement ses oreilles, relève sa trompe, aussi interloqué que moi, pachydermique statue du Commandeur  !!! Je pousse un juron, mes compagnons s’égaient, me laissant poliment en tête-à-tête avec mon nouvel ami qui préfère s’éclipser… Nous l’entendrons encore marmonner, secouer les arbres pour en faire tomber les fruits et nous le distinguerons encore quelque temps aux lueurs des lampes torches. Dîner puis chacun va s’enfermer à double tour dans son camion.

 

Lundi 23 avril : Pas de visite dans la nuit mais Annie-Claire et Pierre relèvent des traces d’éléphants et d’hippopotames entre nos véhicules. Nous quittons le campement et prenons la piste du retour. Nous tentons une incursion jusqu’au bord du marais mais à part quelques impalas, nous ne verrons rien, de même que sur la piste qui nous ramène à la porte sud du parc. Celle-ci, à peine franchie, des girafes nous toisent de haut, installées sur la piste, ellesBotswana-6221.JPG daignent nous céder la place et s’éloignent d’un pas souple dans la brousse puis ce sont des éléphants, très occupés à se régaler de branches dont ils cassent les plus succulentes. Nous reprenons la piste en direction du parc Chobe que nous quittons après Mubabe, gros village qui possède deux atouts d’importance en ce jour : une antenne téléphonique qui nous permet de connaître les résultats du premier tour des élections présidentielles, diversement appréciés par nos compagnons… et des échoppes où on vend des boissons fraîches ! Nous franchissons le pont sur la rivière Khwaï qui ne ressemble absolument pas à celui décrit et montré par Pierre Boulle et David Lean, et certainement pas construit par un consortium anglo-japonais. Nous cherchons ensuite une piste qui doit longer la rivière. Nous décidons de suivre une piste sablonneuse qui serpente dans la brousse et nous amène à un carrefour où nous retrouvons la piste cherchée. Nous la suivons mais elle est peu marquée, deux traces de roues dans les herbes, se glissant entre les troncs d’arbres morts, abattus par les éléphants dans leur recherche de friandises, et aboutissant à plusieurs reprises à des zones iBotswana-6233.jpgnondées. Mais Albert ne veut pas renoncer et il se lance dans la recherche d’un chemin, tout en hors-piste, pour contourner les zones marécageuses avant de retrouver la piste par laquelle nous aurions dû arriver. Celle que nous avons suivie est, à la sortie, pourvue d’un panneau « No Entry » ! Nous longeons alors le cours verdoyant de la rivière, paysage des premiers temps de l’Afrique, des zèbres peu farouches, des éléphants viennent boire dans le cours de la rivière, des cobs d’eau au pelage onctueux traversent, dans une gerbe d’éclaboussures, le marais ; des hippopotames se disputent une mare et s’affrontent en ouvrant grand leurs gueules. Je m’attends à rencontrer Stanley ou Livingstone mais, déception, ce sont des campeurs sud-africains qui sont installés avec un matériel impressionnant là où nous devons aussi nous poser pour la nuit. Avant qu’il ne fasse nuit nous allons longer le marais pour profiter de la vision des éléphants enfouis à mi-corps dans les roseaux, se gavant d’herbes. Nous allumons un feu, pour éviter la venue intempestive d’un visiteur inattendu et dînons ensemble.

 

Mardi 24 avril : Pas de visite dans la nuit. Nous nous levons à six heures alors que le jour pointe à peine et partons aussitôt, dans l’espoir de surprendre les animaux avant que le soleil ne les chasse dans les taillis. Mais rien ! Encore moins que la veille au soir. Nous nous arrêtons pour préparer le petit-déjeuner en surveillant les environs, sur un espace dégagé, entre savane et marais. Deux girafes passent très loin et au moment où nous allions repartir, une éléphante eBotswana-6257.jpgt son petit sortent des sous-bois et se dirigent vers nous, hésitent puis traversent la piste et viennent boire dans la rivière à quelques mètres de nous. Nul n’est dupe, ils ne sont pas plus rassurés que nous ! Nous ne bougeons pas et les laissons prendre leur temps pour s’abreuver puis s’en retourner dans la forêt. Nous suivons le cours de la rivière dans ce paysage de marais verdoyant, d’arbres morts, débusquant au détour de la piste des troupeaux d’impalas étonnés, de zèbres indifférents ou d’hippopotames curieux mais qui se gardent bien de sortir de leur baignoire. Les traces de la piste disparaissent parfois dans des prairies inondées que nous tentons de contourner. Nous aboutissons à un gué que nous hésitons à traverser, un véhicule de touristes qui survient et qui s’y risque nous décide à passer. L’eau monte au-dessus des roues mais le fond de sable est ferme et nous traversons sans difficulté. Nous parvenons alors à Khwaï, le village situé à l’entrée nBotswana-6261.jpgord du parc de Moremi. Nous revenons sur nos pas, retraversons le gué après un groupe de retraités sud-africains peu chaleureux et nous retournons sur les bords de la rivière. Albert s’avise alors qu’il a cassé des pales de son ventilateur lors de la traversée du gué et que les débris ont perforé son radiateur. Nous ne pouvons continuer et devons retourner à Maun pour remplacer le radiateur. Nous retrouvons une piste rapide mais Albert doit s’arrêter tous les 10 kilomètres pour remettre cinq litres d’eau dans le radiateur. Puis il entend un bruit bizarre : son réservoir supplémentaire s’est détaché ! Il repose sur les lames de ressort, il faut le refixer au moyen de sangles. Nous  devons encore passer une barrière sanitaire que nous avions oubliée et où Albert et Pascale se font confisquer tomates et concombre. J’avais eu le temps de dissimuler saucisses et viandes mais ce n’est pas ce qui était recherché… Une rapide désinfection de nos semelles de chaussure et un badigeonnage des roues assurent une protection contre les mouches des fruits… Nous retrouvons avec soulagement le goudron. Nous abandonnons les deux Toyota qui continuent jusqu’à Maun essayer de trouver le concessionnaire Toyota et allons nous installer au campement. Après avoir apprécié la douche, nous allons nous asseoir à l’une des tables du bar où nous rejoignent nos compagnons plus tard. Nous prenons des bières glacées puis chacun rentre dîner dans son véhicule. Nous achevons la soirée en mettant au point le texte du blog.

 

Mercredi 25 avril :Aujourd’hui c’est relâche ! Réveil à sept heures, autrement dit fort tard… Petit déjeuner, ablutions diverses, petit bricolage, rangement et ébauche d’un nettoyage du camion rendu nécessaire par les couches de poussière emmagasinées. Albert et Pascale se sont levés comme d’habitude pour mener leur Toyota au garage. Nous allons les y rejoindre à dix heures. Rien à voir avec le garage Land Rover, la concession Toyota est identique à celles d’Europe. Nous emmenons Pascale avec nous pour faire un complément de courses et revenons nous renseigner sur l’état d’avancement des réparations. Pierre et Annie-Claire nous rejoignent. Nous retournons au cybercafé trouver enfin des nouvelles de Nicole qui nous a réexpédié quatre fois le même message et mettre à jour le blog. Nous allons tous déjeuner, invités par Pascale et Albert au Nando’s, le restaurant spécialisé dans le poulet grillé et épicé. Repas arrosé à l’eau… Je vais tirer de l’argent, ce qui ne va pas sans mal puisque mon compte est débité et les billets ne sortent pas de la machine. On m’assure que tout est en règle et je réitère l’opération avec plus de succès. Retour au garage où nous attendons une bonne partie de l’après-midi la fin des travaux. Enfin à quatre heures nous pouvons tous partir. Nous reprenons une fois de plus la route de Shorobe puis la piste de Mababe, pénible dans les ombres qui s’allongent et qui en dissimulent les pièges. Nous sortons de la piste et nous nous enfonçons dans la brousse juste avant que le soleil ne disparaisse. Nous prenons l’apéritif avec le dernier saucisson de Pascale et Albert puis chacun va se faire sa cuisine dans son camion.

 

Jeudi 26 avril : Pas de visites même si des traces d’éléphants et de guépard recouvrent nos traces. Nous reprenons la piste, sablonneuse et tortueuse et bientôt nous sommes à la porte d’entrée du parc de Chobe. Nous suivons la piste qui longe une plaine marécageuse où très vite nous apercevons un grand troupeau de gnous, pressés de se rendre nous ne savons où… Nos compagnons aperçoivent une bande de lycaons, ces chiens sauvages à la robe tachetéeBotswana-6277.jpg, féroces prédateurs et à la vie sociale particulière. Nous verrons encore une girafe par-ci, une autruche par-là, des phacochères, des impalas et même deux kudus mais toujours pas de lions et Marie en est désespérée… Ses problèmes de lentille n’arrangent pas les choses ! Peu avant Savuti, la Toyota de Pierre a des faiblesses : elle crache une inquiétante fumée noire et le moteur manque de puissance. Il cherche en vain l’origine du problème et commence à parler de revenir sur Maun ! Nous allons jusqu’à Savuti, déjeunons puis cherchons un mécanicien dans les communs des lodges, perdus au fond de pistes très ensablées. Pendant qu’ils tentent de réparer, nous partons Albert, Pascale et nous pour une boucle entre les collines et le long d’une jolie rivière. Encore des éléphants, des jeunes aBotswana-6283.jpgux défenses naissantes mais toujours pas de lions. Un appel de Pierre par radio nous fait écourter la promenade. Ils décident de tenter de rejoindre Kasane et partent aussitôt, à petite vitesse alors que la Toyota d’Albert et nous faisons une dernière boucle autour d’une colline. Encore des éléphants, et surtout, dans un pan, un beau troupeau de girafes, l’une boit précautionneusement en écartant ses antérieurs, après avoir surveillé les alentours. Nous reprenons la piste de sortie du parc, très sablonneuse. Nous roulons plus vite et à peine avons-nous le temps de voir de grands éléphants dans les taillis sur le bord de la route. Nous retrouvons Pierre et Annie-Claire qui avancent cahin-caha sur la piste. Nous arrêtons peu après sur les bas-côtés, faute d’espaces plus adéquats ! Apéritif à la santé des Toyota puis dîner chacun dans son véhicule.

 

Vendredi 27 avril : Aucun véhicule n’est passé dans la nuit. Pierre et Annie-Claire partent, seuls, peu après six heures pour rejoindre au plus tôt Kasane pour tenter d’y trouver un mécanicien. Albert, Pascale et nous démarrons plus tard, en voitures balais… La piste, toujours très sablonneuse mais souvent roulante, aligne ses deux sillons tracés dans le sable, grimpe et descend sur les dunes ou collines couvertes d’une savane dense. A Kachikau nous avons les heureuses surprises de retrouver le goudron et les bords du fleuve Linyanti qui va devenir le Chobe. Il forme une large tache bleue, piqué de plages d’un vert vif, celui des herbes desBotswana-6299_2.jpg prairies inondées. Des arbres en forme de larges parasols et de beaux baobabs longent les rives et l’air, rafraîchi par le passage au-dessus de cette vaste étendue d’eau, est frais. Plus de faune sauvage mais des vaches, des ânes et des chèvres… Parvenus à l’entrée ouest du parc Chobe dans la zone du fleuve, nous obtenons un permis de traverser le parc. Albert et Pascale continuent sur la route pour retrouver Pierre et Annie-Claire à Kasane. Nous ne sommes pas mécontents de nous retrouver seuls… La piste s’enfonce dans la forêt avant de retrouver les bords du fleuve, nous y rencontrons la faune habituelle d’impalas. Des bancs de sable ou des îlots couverts d’une herbe bien verte, s’étalent entre notre rive et celle de la bande de Caprivi, en Namibie. Nous abandonnons les bords du fleuve pour faire une incursion dans les collines. Nous commençons par apercevoir un couple d’hippotragues, une belle antilope à la robe presque noire, le museau blanc et les cornes courbées en arrière. Peu après, nous surprenons sur leBotswana-6341.jpg bord de la piste, une éléphante et son petit. Elle barrit, menaçante alors que l’éléphanteau accourt vers nous. Un troupeau de buffles, prend son petit déjeuner dans les buissons qui bordent la piste, deux girafes nous surveillent de l’œil, des kudus se cachent au milieu des impalas et tout ceci sur quelques centaines de mètres ! En revenant sur les bords du fleuve, nous retrouvons un grand troupeau de buffles et quelques girafes qui, prudentes, savent garder leurs distances. Nous allons pique-niquer sur les bords de l’eau, au campsite puis nous continuons de suivre le cours du fleuve. Nous faisons quelques incursions sur des pistes qui descendent au bord de l’eau, parfois suivent le rivage mais se terminent toujours dans l’eau. Mais c’est l’occasion  de trouver enfin ce que je m’attendais à trouver au Botswana, des troupeaux d’éléphants ou de buffles venus boire dans le fleuve, entourés de gazelles et d’innombrables oiseaux qui s’envolent à notre approche. Un hippopotame farniente dans l’eau et ne montre que quelques instants sa peau délicate aux rayons du soleil. Nous sommes rattrapés par Jean-Michel et Christine, débarqués depuis peu à WBotswana-6371.jpgindhoek et que nous savions dans les parages. Nous faisons route ensemble, descendons sur les bords du fleuve pour y trouver des éléphants en bandes nombreuses venus boire, s’asperger longuement d’eau ou de boue, traverser un bras d’eau. Les éléphanteaux nagent, poussés par les mères, ils semblent en apnée, la trompe en l’air. Les crocodiles, réveillés, s’enfuient dans l’eau à notre approche. Les buffles, couchés ou debout, semblent cachés derrière chaque buisson. Les impalas et les pukus, une gazelle proche de l’impala mais aux cornes recourbées vers l’intérieur, n’ont plus peur de nous, les phacochères fouissent sur les rives, mêlés aux gazelles. La piste est souvent encombrée d’éléphanBotswana-6398.jpgts, pas toujours décidés à nous céder la place, il faut alors prendre garde à ne pas séparer les mères de leurs petits sous peine de barrissements mécontents, de grandes agitations d’oreilles et de relèvements de trompes. Nous retrouvons les deux autres équipages, parvenus à Kasane et qui faute d’une solution au problème mécanique sont venus passer l’après-mid i dans le parc. Ils ont vus des lionnes, ils nous en donnent la position GPS. Nous nous y rendons, en louvoyant, négociant entre bandes de buffles et troupeaux d’éléphants, si nombreux que l’équilibre écologique paraît impossible. Elles sont toujours là, deux lionnes, peu décidées à interrompre leur sieste, seul le passage d’un impala les tire de leur torpeur et fait se dresser l’une, nous révélant leur présence, difficile à dBotswana-6403.jpgeviner dans les herbes. Nous ne sommes pas les seuls et les véhicules de touristes sont nombreux. Ils nous empêchent de sortir de la piste et d’approcher des fauves. Une dernière boucle pour revoir des éléphants au bord de l’eau et une importante colonie d’hippopotames, très occupés à bailler à tour de rôle, sous l’œil de touristes venus les contempler en bateaux. Nous sortons du parc, nous suivons Jean-Michel et Christine qui nous emmènent au camping qu’ils connaissent. Nous y sommes les seuls ou presque. Une bonne bière fraîche au bar nous réconforte. Arrivée de Pierre, Annie-Claire, Albert et Pascale qui se joignent à nous. Nous faisons ensuite un feu de charbon de bois pour y faire cuire notre dîner, après avoir pris un pastis accompagné d’un saucisson arrivé de France. Chacun raconte ses aventures, Jean-Michel avec son habituelle faconde nous fait trembler au récit de son enlisement en plein désert de Namibie avant que nous ne regagnions nos camions.

 

Samedi 28 avril : Nous ne nous réveillons qu’une heure plus tard que ces jours derniers. Albert, Pascale, Annie-Claire et Pierre partent ensemble pour les chutes Victoria et doivent rentrer ce soir avant d’entamer leur retour sur Windhoek. Nous prenons notre temps, nettoyons les coffres où règne une mauvaise odeur de poisson ! Nous nous rendons en ville avec Jean-Michel et Christine. Nous trouvons une laundry, chère, où nous laissons un paquet de linge puis nous cherchons à nous renseigner sur les possibilités de survol du parc du Chobe mais aucune agence ne le propose et à l’aéroport aucune compagnie privée n’a pignon sur rue. Nous revenons dans un supermarché au choix limité mais à la clientèle nombreuse à l’approche d’un long week-end. Nous nous rendons à l’autre supermarché, un Spar, mieux fourni en produits frais. Passage au bottle store pour nous réapprovisionner en poisons, bières, vins et gin… Nous passons rechercher le linge et allons déjeuner tous ensemble à l’Old House. Les tables sont disposées sous un toit en palmes, l’ouverture de tous côtés permet d’avoir vue sur le fleuve et le jardin. Marie cale sur son eisbein et moi sur des travers de porc que la bière glacée fait passer. Nous essayons de profiter du wifi du restaurant mais la connexion est mauvaise et nous ne pouvons que lire les messages dont celui de Nicole sans parvenir à répondre. Nous retournons au camping et je vais me tremper dans la piscine en compagnie d’une gamine peu farouche. Je rejoins Marie, installée à l’ombre, et nous corrigeons mon texte avant de nous intéresser au guide du Zimbabwe. En fin d’après-midi, reviennent Albert, Pascale, Annie-Claire et Pierre, contents de leur journée aux chutes Victoria. Ils nous mettent en garde contre les arnaques policières, notamment l’obligation de carrés autocollants réflectorisés à l’avant et à l’arrière des voitures. Nous sacrifions au désormais classique apéritif du soir quand Jean-François s’annonce en provenance de Namibie. Il a roulé toute la journée pour être avec nous ce soir. A la truculence de Jean-Michel s’ajoutent les réparties pince-sans-rire de Jean-François. Nous dînons tous ensemble et restons une bonne partie de la soirée à plaisanter.

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 21:48

Lundi 9 avril : Nous avons craint le pire dans ce camping fréquenté par des motards, style cuir et Harley (mais sans Harley !) et amateurs de rock mais à notre grand étonnement personne ne s’est plaint du bruit des gros cubes et à dix heures plus de bruit ! Nous avons une longue journée de route aujourd’hui mais avant, nous allons voir trois maisons de l’époque de la ruée vers l’or dans la région à la fin du XIX° siècle. Murs et toit en tôle, véranda et végétation tropicale autour, agréable mais sans plus. Elles sont fermées aujourd’hui comme tous les commerces du moins à cette heure. Nous prenons donc la route et emmenons un auto-stoppeur pour quelques dizaines de kilomètres. Nous sommes encore dans les collines couvertes de pins et d’eucalyptus mais les forêts vont laisser la place à la plaine cultivée, maïs et tournesol, paysage d’une Beauce africaine. Nous rejoignons l’autoroute en direction de Pretoria encore pas trop chargé par les retours de ce long week-end pascal. Nous passons Pretoria et poursuivons résolument en direction de l’ouest. Nous devons acquitter un droit de péage, plus élevé que sur l’autoroute de Durban mais que nous trouvons très injustifié ensuite quand l’autoroute laisse la place à une route simple à deux voies, rendue dangereuse par la vitesse et la fureur des vacanciers pressés. Nous nous arrêtons à Rustemburg pour faire des achats au supermarché puis continuons en direction du Botswana. Les cultures disparaissent, remplacées par une brousse encore verte et toujours enclose. Nous atteignons la frontière, sortie d’Afrique du Sud et entrée au Botswana nous prennent tout de même presque une heure et il commence à faire nuit quand nous atteignons la première ville, Lobatse. Pas de terrain de camping en vue, je tente ma chance dans une mission catholique. Le gardien hésite, il a peur de se faire engueuler. Un petit billet arrangerait les choses mais il veut des pula, la monnaie locale. Je dois repartir avec l’imposante gardienne qui m’indique où trouver une banque, tirer de l’argent, aller acheter une bricole au supermarché pour avoir de la monnaie et revenir nous installer derrière un bâtiment.

 

Mardi 10 avril : Bonne nuit mais fraîche. Nous avons dû baisser le toit au matin. Nous sommes prêts avant huit heures, un exploit ! Nous partons pour une autre journée de route en direction de Ghanzi. La route est droite, peu fréquentée ce qui me permet de somnoler tranquillement au volant. Pas grand-monde sur la route mais cela n’empêche pas les policiers d’être en embuscade dans les villages où la vitesse est limitée à 80 km/h. Leur traversée est interminable, les maisons en dur sont dispersées dans la brousse et ne donnent pas l’impression de constituer une agglomération. La brousse se clairseme, les arbres deviennent arbustes, les arbustes buissons et les buissons touffes. Entre, apparaît une herbe roussie et, dessous, la terre ou plutôt le sable rouge. Les animaux, troupeaux de vaches, de chèvres, d’ânes et, à mon grand étonnement, de beaux chevaux, se promènent en liberté et de préférence sur la route, au moment de notre passage. Nous cherchons l’ombre pour déjeuner avant de continuer et arriver au camping où il est prévu de se retrouver demain avec les autres Azalaïens. Il faut parcourir un petit bout de piste ensablée pour trouver au bord d’un étang le Thakadu, campement qui semble perdu en pleine brousse. Nous prenons un verre à côté de la piscine puis profitons de la fraîcheur de l’agréable véranda. Arrivée de Annie-Claire et Pierre, l’un des couples attendus. Nous discutons puis finissons de répondre au courrier et mettre le blog à jour. Nous regagnons le camion, ils nous proposent d’étudier le programme des jours à venir, dans le leur. Nous retournons dans le nôtre, dînons puis appelons brièvement Julie.

 

Mercredi 11 avril : La journée devant être de repos, nous nous réveillons et ne nous levons qu’une heure plus tard que d’habitude. Le début de la matinée se passe en rangement (livres et cartes d’Afrique du Sud et livres lus au fond des coffres) puis nous allons en ville nous ravitailler. Je passe changer des euros à la banque puis je trouve une espèce de moustiquaire renforcée, destinée à être placée devant le radiateur pour éviter son obstruction par les graminées du bush, qui pourraient provoquer une importante élévation de température du moteur. Nous passons au supermarché, pas très riche, pas de viande de porc ou d’agneau, faire des provisions pour les cinq jours à venir. Une affiche à l’entrée recommande de ne pas donner d’argent aux gosses des rues qui quémandent sur le parking, ils s’empresseraient d’aller acheter de la colle à « sniffer » mais de leur donner de la nourriture. En en sortant, nous voyons arriver Albert et Pascale, le troisième équipage attendu. Nous nous retrouvons, discutons du programme puis nous nous rendons ensemble aux bureaux du parc du Kalahari où nous réservons les droits de camper et les droits d’entrée dans le parc. Plein de gasoil, je remplis tous les réservoirs et nous rentrons au camping. Nous déjeunons puis l’après-midi se passe dans les derniers préparatifs, pose du seedscreen, plein d’eau, report des points du GPS et discussions avec nos compagnons sympathiques. Nous allons nous promener dans les environs du lodge, autour de la mare où hier des gazelles étaient venues boire mais elles nous boudent ce soir. Nous revenons aux camions prendre l’apéritif, pastis pour tout le monde, avant de dîner au restaurant d’un excellent sirloin steak d’oryx et Marie d’un carpacio d’autruche fort malencontreusement recouvert de fromage râpé ! Retour aux camions pour une nuit écourtée par un réveil très matinal afin de passer un maximum de temps dans le parc demain.

 

Jeudi 12 avril : Le jour peine à se lever, nous aussi. Nous sommes fins prêts à l’heure dite et à sept heures et demie, nous quittons le campement et reprenons pour quelques kilomètres la route du sud. Nous bifurquons en direction du parc du Kalahari sur une piste large et roulante. Nous sommes en sandwich entre les deux Toyota qui communiquent par Botswana 5903radio. Deux heures plus tard nous abandonnons cette bonne piste pour une, bien plus étroite, parfois juste la largeur de la voiture, deux traces dans le sable que nous suivons en dansant, ballottés de toutes parts et les épineux raclent la carrosserie. Bien sûr tout saute et dégringole dans la cellule, le pot de cornichons se dévisse puis se casse sans parler des œufs, prêts pour l’omelette… Le paysage est inchangé sur des centaines de kilomètres : le bush, une savane plantée d’épineux, qui arrêtent le regard et interdisent toute vision en profondeur, sous un ciel bleu pommelé de petits nuages blancs, un ciel de Magritte. Nous atteignons à midi le poste de garde, juste après une mare entourée d’une prairie verdoyante occupée par de beaux oryx et de moins sympathiques vautours. Le préposé est très sympathique, nousBotswana 5905 explique où nous avons des chances de voir des antilopes et des lions, nous montre notre emplacement de camping. Contrairement à ce que nous pensions, il y a des toilettes, des douches et même de l’eau chaude. Nous pique niquons tous ensemble à l’ombre d’un épineux puis, dans l’après-midi, nous nous rendons à faible vitesse à un emplacement de camping à une dizaine de kilomètres d’où une piste à peine tracée, nous conduit à un pan, une étendue d’eau en saison des pluies, plus verdoyante, dépourvue d’arbustes et donc où les animaux sont susceptibles d’être en plus Botswana 5909grand nombre et plus facilement visibles, attirés par le sel qu’ils lèchent. Effectivement nous apercevons un petit troupeau d’oryx puis un second plus important mais qui s’enfuient à notre approche. Et pas la queue d’un lion ! Déçus nous revenons à l’entrée du parc et allons nous positionner près de la mare, dans l’attente de la venue des animaux. Je m’occupe des photos et de mon texte pendant l’attente. Le soleil décline et rien à l’horizon ou presque : deux outardes dédaigneuses et un oryx couché dans les herbes, visible seulement aux jumelles. Nous revenons au campement juste à l’heure limite autorisée : 18h30. Le pastis s’impose pour se consoler de cette infructueuse journée. Nous dînons ensemble mais chacun prépare ses plats. Avant de nous coucher, nous admirons un ciel étoilé sublime mais que je trouve toujours angoissant, non pollué par les lumières électriques.

 

Vendredi 13 avril : Pas de lion dans la nuit ! Nous parvenons à nous lever assez tôt pour partir à sept heures et demie. Je prends la tête, sur une piste sablonneuse mais sans difficulté réelle, deux simples traces dans la savane. Je roule lentement dans l’espoir d’apercevoir des animaux mais en vain. Il n’y a que lors de la traversée de pans, ces cuvettes sans arbustes et encore couvertes d’une herbe qui jaunit, que nous apercevons des bandes d’oryx, toujours méfiants. Ce n’est qu’en arrivant sur le Piper pan que nous allons côtoyer des bandes de gnous, toujours agités, d’oryx, de springboks, ces gracieuses gazelles. Nous faisons le tour duBotswana 5913 pan en cherchant à nous placer dans l’axe du soleil. De plus rares kudu et bubales viennent compléter la faune bien moins farouche qu’auparavant. Les troupeaux sont parmi les plus importants que nous ayons vus mais l’absence de lions ou de léopards nous empêche d’être totalement satisfaits. Il faut rouler longuement et lentement, ouvrir grands les yeux pour avoir une chance d’apercevoir un animal. Dans l’après-midi, après avoir pique-niqué sur le bord de la route, nous voyons encore de beaux oryx mais nous commençons à nous en lasser et les lions ne sont toujours pas en vue… Le vent s’est levé, le ciel moutonne, nous nous acheminons vers le Botswana 5948lieu de notre campement, en bordure d’un pan. Aucune installation, un arbre, pas de clôture, nous sommes en pleine savane. Avant que la nuit tombe, je refais le plein de gasoil avec nos jerrycans, regonfle les pneus puis nous prenons l’apéritif, désormais institutionnalisé, avant de dîner sous un ciel toujours aussi hypnotique. Nous avons vu de plus nombreuses hordes d’antilopes mais ce ne sont pas les troupeaux espérés et ce sont toujours les mêmes antilopes ou gazelles…

 

Samedi 14 avril : Aucun lion, aucun félin n’est venu rugir dans la nuit sous nos fenêtres. Nos traces n’ont pas été recouvertes par les pas d’un quelconque animal… Comme la veille, nous nous remettons en route à sept heures et demie. Toute la journée nous allons passer d’une cuvette à une autre en franchissant les dunes recouvertes de broussailles qui les séparent. Ce n’est que dans ces pans que nous voyons des animaux mais ce sont toujours des oryx ou des springboks, parfois en troupeaux importants mais rarement mêlés. Consciencieusement, nous faisons le tour de toutes ces zones couvertes d’herbes hautes et jaunies, dans l’espoir jamais satisfait, d’apercevoir un lion ou un léopard. En fin de matinéeBotswana-5961.JPG, trois girafes qui s’étaient mises à l’ombre sous des arbres nous regardent passer puis s’enfuient. Nous nous arrêtons pour déjeuner, en prenant notre temps car à ces heures-là, il est peu probable que nous rencontrions beaucoup de faune. Même les oryx et les gazelles cherchent l’ombre. En nous rendant à un point d’eau, nous suivons un petit bout d’une piste jamais fréquentée, nous couchons sous la voiture les herbes dont les graines auraient bouché le radiateur si nous n’avions pas prévu un écran devant. La journée se terminBotswana-5944.jpge en contournant un dernier pan, champ d’herbes jaunes et bosquet d’arbres sous un ciel cotonneux. Le paysage ne manque pas de charme dans son immensité et sa solitude. De la journée nous ne croiserons aucun véhicule et ne rencontrerons que quatre gardes dont nous ne savons trop qui ils sont chargés de surveiller : les visiteurs ou la faune ? Parcourir ces espaces qui semblent infinis, entre le bleu piqueté de nuages du ciel, les herbes jaunes ondoyantes dans le vent et les bouquets d’épineux serait une trajectoire quasi hypnotique si nous n’étions obnubilés par la recherche des grands félins. En guise de prédateurs nous ne pourrons que voir et mettre en fuite quatre malheureux chacals que nous privons d’un festin de pintades stupides. Nous arrêtons pour la nuit sur un espace prévu à cet effet, avec toilettes sèches et installations de douche mais sans eau, il faut l’apporter ! Nous étudions ensemble la suite du voyage puis la température baissant rapidement, nous regagnons chacun notre véhicule pour y dîner sans avoir pris l’apéritif !

 

 

Dimanche 15 avril :Les oiseaux se chamaillent dans les branches, les pintades caquètent et l’aube rougit le ciel plus nuageux que les jours derniers. Nous partons à la même heure que les jours précédents. C’est bien la première fois de ma vie que je vois autant de lever de soleil ! Nous roulons en direction de Deception Valley qui porte bien son nom puisque ce n’est pas encore là que nous verrons des prédateurs. Mais la cuvette est très belle, toujours des herbes jaunes et des bosquets d’épineux en larges à-plat qui en font un tableau presqu’abstrait, un véritable de Staël. Les pistes sont creusées d’ornières créées lors des pluies de l’été austral et maintenant durcies. Un grand troupeau d’oryx et toujours des springboks peuplent le pan. Au fond de la vallée, nous faisons le tour du curieux pan duBotswana-5979.JPG même nom. Nous n’y rencontrons âme qui vive. Qu’y ferait-elle ? La surface est d’une boue noir séchée, solidifiée en boulettes qui s’effritent sous les doigts et où rien ne pousse, pas le moindre brin d’herbe. Nous prenons la route de la sortie du parc. La piste est plus rapide ensuite mais toujours sablonneuse et nous soulevons de persistants nuages de sable derrière nous. Nous retrouvons la route goudronnée à Rakops, curieuse agglomération où se mêlent les cases rondes à mur de terre grise et à toit de chaume aux maisons plus classiques. L’activité est réduite mais nous sommes dimanche. Nous apercevons quelques femmes herero, toujours en costume du XIX° siècle : robe longue colorée et coiffure caractéristique en forme de cornes. Nous refaisons les pleins de gasoil puis cherchons le supermarché, une simple épicerie très pauvrement garnie. Quant au bottle storBotswana-6270.JPGe sur lequel nous comptions pour renouveler notre stock de bières, vins et apéritifs, il est fermé. Nous roulons quelques kilomètres avant de nous arrêter à l’ombre d’un acacia pour déjeuner. Comme les jours précédents, nous sortons tables et chaises pour partager le repas. Nous sommes vite entourés par de jeunes visiteurs en haillons. Nous repartons sur le goudron, en apercevant les terrils des mines diamantifères, seules collines à des kilomètres à la ronde. La ville d’Orapa, siège de la compagnie qui exploite la mine est interdite aux visiteurs ! Encore quelques kilomètres puis nous partons sur une piste très sablonneuse qui serpente entre les épineux et débouche sur un pan salé. La croûte de sel affleure et recouvre d’une pellicule blanche toute la cuvette. Nous pouvons alors rouler à plus vive allure. Entre ce pan et le suivant, nous traversons une lande sans le moindre arbuste ou même buisson. Nous franchissons une barrière sanitaire où le gardien se contente d’essayer d’obtenir une cigarette. Enfin nous apercevons au milieu de l’étendue immaculée, une colline couverte de gros rochers entre lesquels poussent de vénérables baobabs. Une dernière pointe deBotswana-5986.JPG vitesse à plus de 100 km/h et nous sommes au pied du plus beau spécimen de ces arbres qui semblent dresser leurs racines vers le ciel. Séance de poses photos, avec et sans la voiture, devant le bel arbre. Nous allons ensuite nous trouver un emplacement au camping, très fréquenté, installé sur cette colline, appelée Kubu Island qui paraît être entourée par une mer de sel. Le soleil rougit les branches des baobabs et tout retombe dans la nuit. Nous prenons encore l’apéritif en partageant les saucissons apportés par  Albert et Pascale. Dîner puis nous regagnons nos cellules respectives.

 

Lundi 16 avril :Dès que la nuit blanchit, alors même que le soleil n’a pas encore surgi de l’horizon, je me rends sur le pan pour aborder l’ « île » du côté du soleil levant. Je longe de Botswana-6005.JPGgros rochers  dans lesquels sont ancrés de beaux baobabs, plus trapus que hauts, encore feuillus mais dont les « pains de singe » sont rabougris. La teinte rouge de leur écorce n’éclate que lorsque le soleil vient les caresser. Je reste quelques instants à les mitrailler dans les premiers rayons puis je m’empresse de retourner au camion pour ramener Marie  sur le pan et lui faire découvrir cet autre aspect de notre « île ». Nous y prenons le petit déjeuner, seuls, personne ne nous a suivis et nous jouissons en toute liberté de cette vue sur l’amas de rochers et les baobabs qui paraissent aussi vieux que ce granit émergé des sables salés. Nous prenons notre temps, nous nous promenons sur la vaste étendue salée Botswana-6012.JPGet allons ensuite en roulant sur la croûte craquante admirer un groupe de plusieurs baobabs aux troncs torturés, enchevêtrés. En revenant vers le campement nous rencontrons Pierre et Annie-Claire qui nous indiquent un beau point de vue avec, sur une éminence, un baobab déraciné mais qui a repris souche. Nous quittons tous l’ « île » pour traverser le pan et atteindre au sud, deux petits « îlots », encore des rochers granitiques et des baobabs mais qui Botswana-6018.jpgn’ont pas dû voir âme qui vive depuis longtemps car aucune trace de véhicule ne subsistait sur la croûte, parfois si fine que nos pneus y ont imprimé leurs dessins dans les passages d’argile imprégnée de sel, encore humide, et où nous aurions risqué l’enlisement si nous ne les avions pas abordés avec beaucoup d’élan. Nous repartons ensuite pour la traversée d’un grand pan, d’après la carte, mais la majeure partie du trajet se fait sur une piste au sable très pulvérulent que nous soulevons en nuages visibles à des kilomètres. Contrairement à ce que nous attendions, la traversée de zones inondables, marécageuses ne se fait que sur de faibles distances. Nous franchissons une barrière vétérinaire, une double clôture, destinée à éviter la propagation de la fièvre aphteuse qui traverse tout le pays et même la Namibie d’Est en Ouest. En début Botswana-6027.JPGd’après-midi, nous retrouvons la route goudronnée de Francistown à Maun. Après avoir failli partir dans la mauvaise direction et sur une piste (!), nous filons à vive allure en direction de Maun. Heureusement nous ne traversons pas de villages et nous maintenons cette allure qui nous permet d’arriver à temps pour que je puisse me renseigner au garage Land Rover, pour une révision demain. La ville, importante, est très animée. Après notre semaine passée dans les régions désertiques du Kalahari, où, parfois, nous ne croisions aucune voiture dans la journée, nous avons l’impression de revenir d’un autre monde. Mais un monde où il existe des «bottle store » avec bière, vin et gin ! Plein de gasoil puis nous sortons de la ville et nous allons nous installer au camping du Old Bridge Backpackers. L’endroit, recommandé par ceux qui y étaient venus en octobre, éloigné de la ville, au bord d’une rivière nonchalante dans les roseaux, pourrait être un havre délicieux mais l’ambiance me déplaît avec son bar fréquenté par une faune de jeunes ou moins jeunes Blancs, qui, bouteille de bière à la main, draguent des filles sur fond de musique rock. J’apprécie la possibilité d’une bonne douche et surtout d’un shampoing devenu urgent… Nous prenons l’apéritif, encore une fois, cela devient une institution. Nous dînons avec Albert et Pascale d’excellents steaks de bœuf en évoquant le Maroc avant de nous coucher.

 

Mardi 17 avril :Pas de route aujourd’hui, programme allégé et donc réveil plus tardif. Nous nous rendons au garage Land Rover pour une révision. L’activité est des plus réduite, les installations sommaires, difficile de croire qu’ils ont eu l’agrément de la maison-mère… Nous attendons et en profitons pour relire et corriger ce texte. Albert et Pascale viennent nous chercher et nous emmènent pour une recherche des boutiques d’artisanat. Dans une coopérative de vannerie, nous achetons une jolie coupe en raphia aux motifs abstraits. En face de l’aéroport d’autres boutiques proposent des objets en provenance de toute l’Afrique, pas toujours de bonne qualité. Nous retournons récupérer la voiture, régler l’addition au tarif européen puis nous revenons nous garer dans le centre-ville. Je dois aller changer pour rembourser Albert qui m’a avancé la somme nécessaire pour la révision, le règlement par carte de crédit ne fonctionnant pas… Nous retrouvons Pierre et Annie-Claire et nous déjeunons tous dans un Nando’s, spécialisé dans les plats de poulet grillé épicé. Marie n’est pas heureuse de sa salade de poulet. Nous envisageons de quitter le groupe et de nous diriger vers la Namibie mais les distances restent grandes et nous risquons de manquer de temps. Nous essayons de nous connecter à internet dans un cyber café mais la connexion saute toutes les dix minutes et nous renonçons après avoir constaté que nous n’avons toujours pas de message de Julie ni de Nicole. Nous revenons au campement et étudions tous ensemble la suite de l’itinéraire, une fois admise notre continuation avec le groupe. Nous réglons l’excursion en bateau des jours suivants puis demandons à Mike, un Anglais, gérant du lodge qui nous aide à établir le trajet et les haltes dans les parcs de Moremi et de Chobe, de s’occuper des réservations en notre absence. Il doit nous trouver sympathiques car il ne nous quitte plus de la soirée et nous discutons jusqu’à la nuit devant une bière. Nous dînons chacun dans son camion et préparons le sac à emporter demain sur le bateau.

 

Mercredi 18 avril :Nous préparons notre sac pour les trois jours à venir, Marie n’oublie ni les K ways ni la veste polaire pour le cas où nous aurions un brutal changement de climat… Le sac à dos est plus que plein et nous avons le plus gros sac de tous ! Nous garons les voitures et à neuf heures nous embarquons sur une barque en aluminium à fond plat, avec une toile pour nous protéger du soleil sous la conduite de Justice, notre guide assermenté. Une autre barque emporte le nécessaire en nourriture, tente et matériel de couchage. Nous partons sur la large rivière qui passe devant le campement, au milieu des herbes et des nénuphars. Les vaches viennent boire et se régaler de l’herbe grasse de la rive. Nous passons une barrière sensée protéger les élevages bovins de la contamination des buffles sauvages mais les éléphants qui ne connaissent pas les règlements l’ont détruite en diversendroits. Nous poursuivons notre progression dans le delta de l’Okavango par un chenal plus étroit qui serpente entre les herbes et les nénuphars en fleurs. Des jacanas, une variété d’échassiers courent sur les feuilles sans se mouiller les pattes. Nous faBotswana-6036.JPGisons une brève halte sur une berge pour avaler un sandwich avant de continuer en remontant le fort courant des eaux qui viennent de l’Angola avant de se perdre dans les sables plus au sud. Le niveau des eaux est haut et continue de monter mais nous permet de voir au-dessus des herbes. Des îlots avec de beaux arbres parsèment cette étendue marécageuse qui semble sans limite. La faune en est absente et les troupeaux d’éléphants ou de buffles que dans ma grande naïveté, je croyais voir venir boire au bord des eaux, sont absents. Nous n’apercevrons, au loin, que quatre girafes… Le soleil tape et nous avons recours aux crèmes solaires. Plouf ! Une carpe qui saute ? Non, deux hippopotames qui se baignaient dans le chenal et sur le dos desquels le bateau tressaute ! Après une traversée au milieu des roseaux et des papyrus, dans un étroit canal qui n’a pas même la largeur du bateau, nous atteignons le campement. Des tentes ont été installées entre de grands arbres généreux générateurs d’ombre, à côté d’une imposante143-OKAVANGO-WC.JPG termitière. Le personnel, un cuisinier et son assistant nous font découvrir les « commodités » : Les toilettes, un trou dans le sable surmonté d’une chaise avec en guise de siège une lunette de wc et la douche, une vache à eau munie d’une pomme de douche. Après avoir pris le thé, nous repartons en bateau avec Justice avant d’aborder une île pour une promenade pédestre d’une heure. Il nous fait des recommandations dans le cas de rencontre de lions, éléphants ou autres espèces dangereuses mais follement excitantes… Nous ne verrons la queue d’aucun si ce n’est celles de phacochères et dans le lointain des impalas. Nous revenons très déçus et rentrons de nuit au campement. Marie tient à profiter de la douche puis le dîner est servi, la table est dressée, un poulet bien cuisiné et épicé avec du riz et des légumes nous attend. Le vin n’a pas été oublié. Enfin nous regagnons nos tentes.

 

Mercredi 19 avril : La nuit a été sans surprise et ce sont les curieux sifflements des oiseaux qui marquent la venue du jour. Nous nous levons aussitôt. Le petit déjeuner est servi par le cuisinier et son aide. Nous embarquons sur le bateau et retournons dans le delta. Nous surprenons une couple d’hippopotames qui plongent sans nous attendre. Justice accélère, il ne semble pas aimer rester à proximité de ces grosses masses. Nous rallions un village où 161-OKAVANGO-Nenuphars.JPGnous attendent des mokoro, pirogues taillées dans un tronc d’arbre et enduites de résine et de fibres de verre pour assurer leur étanchéité. Nous montons deux par deux à bord et nous nous asseyons dans des sièges baquets prévus pour nos fessiers et dos d’occidentaux fatigués. Nos piroguiers nous font glisser à fleur d’eau au milieu des nymphéas qui commencent à ouvrir leur corolle, les feuilles des nénuphars restent attachées au fond de l’eau par de longues tiges qui s’inclinent dans le courant. Nous débarquons sur une île où nous partons pour une promenade à pied dans l’espoir de voir des animaux. Nos guides, les piroguiers, nous font les mêmes recommandations que la veille : comment réagir si nous sommes chargés par l’un des big five ! Nous n’en verrons aucun… Après une heure de marche en terrain découvert, nous160-OKAVANGO-Zebres.JPG n’aurons dérangé qu’une bande de babouins, des phacochères en débat amoureux et une horde de zèbres méfiants. Marie fatigue, nous laissons nos compagnons continuer plus avant et revenons sur nos pas les attendre aux mokoro. Nous repartons en glissant silencieusement sur l’eau, effleurant les feuilles posées sur l’eau et les nénuphars en pleine floraison. Nous accostons, attendus par les femmes du village qui nous présentent leurs travaux de vannerie. Beaucoup sont belles mais les prix sont ceux pour touristes et nous n’achetons rien163-OKAVANGO-Nenuphars.JPG. Retour au campement pour un surprenant brunch : des toasts grillés au feu de bois, des scrambled eggs, des haricots sucrés, de la salade et un délicieux hachis de lard, oignons et champignons servis avec des jus de fruits mais j’obtiens le reste de la bouteille de vin rouge de la veille… C’est ensuite une sieste dans les tentes qui s’impose. La nôtre étant au soleil, nous nous installons à l’ombre près du feu de bois. Nous repartons en bateau dans l’après-midi. Presque aussitôt, Pierre aperçoit un éléphant. Nous l’observons de loin, pas question d’approcher… Un beau mâle solitaire avec des défenses respectables. Nous continuons notre remontée dans le chenal sans rien apercevoir de notable. Nous parvenons à une mare dans laquelle s’ébattent des hippopotames. Nous accostons devant eux et les observons. Ils remontent de temps à autreBotswana-6115.JPG à la surface, soufflent bruyamment puis replongent, en général avant que j’aie réussi à faire le  point pour la photo. Notre départ bruyant provoque leur fureur, ils sortent alors à demi de l’eau. Retour rapide au campement pour un apéritif avec une bouteille de vin blanc. Au dîner, le chef est encore complimenté pour son ragoût de bœuf suivi d’un dessert réalisé avec des pêches en boîte et une crème custard. Nous terminons la soirée en écoutant Justice nous conter des légendes animales. Nous décidons du programme de la journée de demain. Une marche est prévue et Marie dit ne pas vouloir la faire tout en en ayant envie…

 

Vendredi 20 avril :Encore un réveil très matinal, avec les oiseaux ! Marie ne veut pas venir par peur d’une trop longue marche et aussi vis-à-vis des autres. Elle reste dormir sous la tente. Après un rapide petit déjeuner, nous embarquons sur le bateau et191-OKAVANGO-Elephant.JPG partons dans le chenal. Avec la vitesse, nous n’avons, comme la veille, pas bien chaud. Peu après le départ nous apercevons un éléphant au milieu des roseaux, un jeune mâle avec des défenses naissantes qui ne s’offusque guère de notre présence. Le moral remonte et nous allons peut-être enfin voir cette faune abondante tant attendue… Nous abordons une de ces innombrables îles qui constituent dans le dédale des canaux et des marais, le delta. Nouspartons à la découverte mais nous verrons encore une fois, plus de traces et de crottes que leurs auteurs. Un troupeau de zèbres et des impalas se montrent toutefois mais aucun des grands prédateurs espérés. Nous reprenons le bateau pour aller aborder l’île situ203-OKAVANGO-Phaco.JPGée de l’autre côté du chenal et partons pour une longue marche encore plus infructueuse. Nous devrons nous contenter de phacochères dont l’un, curieux ou à la mauvaise vue, nous tourne autour à quelques mètres. Je suis las et de plus en plus déçu. Retour au bateau puis au campement. Peu avant d’y arriver nous voyons un autre éléphant (ou peut-être le même ?) à demi immergé dans le marais. Je retrouve Marie qui a pu faire la grasse matinée et qui a aussi aperçu l’éléphant. Comme la veille, nous avons un brunch en guise de déjeuner, rien d’original ni de bien consistant puis nous plions bagages. Toute l’intendance embarque dans un bateau avec le cuisinier et son aide et nous rentrons avec Justice que je continue, je ne sais pourquoi (une confusion de ministère ?) à appeler Finance ! Je somnole, me réveille juste pour apercevoir à la limite de la forêt un éléphant qui s’y enfonce presque aussitôt. Plus loin, dans une mare entre les roseaux, une famille hippopotame prend son bain et baille à notre vue. Nous apercevrons encore deux éléphants mais jamais nous n’aurons vu de troupeau. Les hautes herbes ploient et ondulent comme une chevelure féminine au gré du vent, du courant ou des vagues que nous soulevons. Le retour est plus rapide que l’aller, nous avons le courant pour nous et à cinq heures nous accostons au lodge. Nous retrouvons nos voitures et une très mauvaise odeur de toilettes dans la nôtre. Marie repart avec Pascale, pour aller faire des emplettes de cadeaux… Je reste à me débrouiller pour un peu agréable nettoyage de nos toilettes… Retour de Marie, c’est ensuite la queue pour la douche et enfin nous pouvons envisager de dîner en compagnie d’Albert et Pascale. Les steaks ne sont pas aussi saignants que nous l’aurions souhaité mais la bière est glacée… Nous nous connectons ensuite à internet pour lire le courrier. Enfin des nouvelles de Julie et des Portier. Je laisse Marie se coucher et vais au bar mettre le blog à jour, apprendre avec plaisir que Hollande est le favori des sondages à quelques jours du vote puis taper mon journal et enfin me coucher.

 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:40

Jeudi 29 mars : Nuit au calme, nous étions les seuls. Pas de pluie et un soleil qui apparaît de-ci, de-là entre les nuages. Nous repartons en prenant la route qui d’après notre carte est la plus directe pour la frontière du Lesotho. Le cartographe qui l’a établie a pris ses rêves pour la réalité, au lieu du goudron, nous avons dès la sortie de la ville, une piste en terre. Bien mouillée par les dernières pluies, elle est gadouilleuse à souhait mais au moins la Afrique-du-Sud-5755.JPGpoussière est collée. Nous circulons entre des exploitations agricoles dont les cultures d’un vert profond forment des rangées qui épousent les courbes de niveau. La piste s’élève, grimpe à 2000 mètres, étroite et de plus en plus boueuse. Nous passons un col, redescendons en longeant des gorges tracées au burin dans la roche. Les kilomètres défilent lentement, nous ne faisons pas une grosse moyenne mais enfin il ne pleut pas et le paysage est superbe. Nous découvrons les premières cases rondes, construites en gros moellons et couvertes de chaume. Elles sont toujours associées à des maisons plus classiques. La piste longe une rivière qui forme frontière avec le Lesotho. Nous retrouvons le goudron juste au poste frontière. Les formalités sont des plus simples, un simple tampon à chaque poste et nous revoilà au Lesotho, 27 ans après ! La piste continue mais encore plus mauvaise, les cimetières de voitures semblent accueillir tous les rebuts de l’Afrique du Sud. Nous retrouvons le goudron et le premier contrôle de police. Ils sont une bonne dizaine, des deux sexes, en uniforme très british, à s’intéresser à notre camion mais leur curiosité satisfaite, nous pouvons continuer. Les écolières, souvent le crâne rasé, et les écoliers en uniforme nous saluent tous, les voitures croisées font des appels de phares, quel succès ! Nous faisons un détour sur une piste abominable sur laquelle nous devons rouler au pas pour aller voir un musée. Nous atterrissons dans une cour et sous la conduite d’un gardien nous gravissons quelques marches pour atteindre une maison semi-troglodyte. Un pasteur suisse s’est construit au XIX° siècle une maison en utilisant un abri sous roche et y a traduit la Bible du français au sotho. La maison a été transformée en musée, un des plus minables que nous ayons vu et pourtant nous en avons vus ! Une empreinte de dinosaure, un bout de fossile, une photo du pasteur et de sa famille, etc… Nous retrouvons la route et entrons dans Quthing, la grande ville du sud. Une autre ambiance qu’en Afrique du sud ! La musique sort de toutes les échoppes, on crie, on s’interpelle, on se gare où on peut, où on veut, les rues sont recouvertes d’un goudron très aléatoire, les trous ne sont pas bouchés et les papiers gras ne trouvent pas de poubelles pour les recueillir. L’Afrique que nous connaissions… Le tour de la ville est vite fait, pas de change à la banque mais les rands sont acceptés à la station-service. Ici, comme ailleurs en Afrique du Sud, les funeral parlors ne manquent pas, des cercueils sur des tréteaux avec de belles poignées dorées sont exposés sur le trottoir dans l’attente d’un amateur. A croire que le grand moment d’une vie est la mort ! A la sortie de la ville, nous nous arrêtons pour aller voir des empreintes de dinosaures dans un bâtiment que Lesotho-5760.JPG l’on a eu la malheureuse idée de construire autour et qui permet de faire payer un droit de visite. Dans la roche, les traces des trois doigts de l’animal sont très nettement gravées. La route, avec souvent des nids de poule, serpente en suivant le large cours de l’Orange, les cultures profitent de ses berges limoneuses. Notre succès populaire ne se dément pas et tout le monde agite les mains à notre passage. Les hommes sont souvent enveloppés dans une couverture, un bonnet type péruvien sur la tête, les femmes ont enroulé en turban un foulard. Les cavaliers sur des poneys accompagnent les quelques vaches qu’ils possèdent. Ici, plus de clôtures, les champs ne sont plus rigoureusement alignés. Nous quittons le fleuve et remontons à plus de 2160 mètres dans un décor de Lesotho-5762.JPGmontagnes à perte de vue. Des pitons, des montagnes émergent, paysage bien connu mais ici sans rudesse, atténué par la garrigue verdoyante sur les collines et les champs de maïs en cultures étagées dans le fond des vallées et sur les premières pentes. Dans le lointain, des chaînes de montagnes plus imposantes barrent l’horizon. La tôle ondulée sévit déjà ici, nombreuses sont les boutiques, les échoppes uniquement constituées en feuilles, murs et toits. Le mauvais état de la route, les ralentissements dans les nombreux villages, les pentes importantes et les virages serrés ne nous permettent pas d’avancer vite. Les villages se confondent avec la montagne mais les guérites, elles aussi en tôles ondulées, qui servent de toilettes, plantées à quelques mètres de l’habitation manquent de discrétion et font tache sur les versants des montagnes. Le soleil décline, nous décidons d’arrêter à Patlong. Nous cherchons un endroit tranquille, à l’écart de l’agitation et de la curiosité. Je demande à un habitant si nous pouvons stationner derrière sa maison. Il s’avère être un policier ! Etonné, méfiant (?), il nous indique un bout de champ pas très plat, entre sa maison et le poste de police…

 

Vendredi 30 mars : Les policiers ont veillé sur nous mais les paysans qui viennent remplir leurs arrosoirs à la mare à côté du camion parlent fort, s’interpellent d’un champ à l’autre dès six heures du matin. Nous reprenons donc la route de bonne heure, sous un ciel presque entièrement bleu mais ce n’est que provisoire… Nous longeons toujours le fleuve Orange, celui qui forme frontière avec la Namibie et que nous avions traversé sur un bac en octobre. Des millions de petites fleurs blanches et mauves tapissent les prairies. Serait-ce le printemps ? Nous avons raté le carrefour de la route de Tsoelike, non signalé. Nous nous en apercevons à un contrôle de police où nous devons sortir les documents, expliquer d’où nous venons, où nous allons et pourquoi…Nous revenons sur nos pas et trouvons la bonne route, une piste désormais, pas fameuse mais le pire est à venir. Les distances sur la carte Lesotho-5783.JPGsont trompeuses tant nous faisons de tours et de détours à flanc de collines, pour contourner le moindre ravin, le plus petit torrent. Nous voulions couper au plus court en direction de Maseru mais nous n’avons pas regardé la carte de près et nous voilà partis pour longer la frontière sud-africaine, de collines en montagnes, jusqu’à l’entrée du parc national de Sehlabathebe. Une piste dans les éboulis grimpe jusqu’à un premier ensemble de cases destinées à accueillir les touristes puis un peu plus loin aux bâtiments flambants neufs du parc. Personne ! Pas un garde, pas un touriste ! Nous sommes dans un cirque alpin parsemé de plaques rocheuses luisantes. D’un mirador nous avons une vue sur les roches torturées, creusées et remplies d’eau. Nous déjeunons là, sans vLesotho-5782.JPGoir âme qui vive puis revenons sur nos pas pour prendre la piste de Sehonghong. Elle file droit vers une barrière rocheuse que nous allons devoir franchir. Pas fameuse dans la plaine, continuellement traversée par des ruisseaux qui la ravinent, elle devient abominable dans la montée. Nous montons à 2860 mètres d’altitude, en terminant presque en permanence en première vitesse pour franchir les marches rocheuses. Et des minibus font le trajet ! La descente est plus facile mais guère plus rapide. Le paysage est toujours époustouflant, ce ne sont que pitons et montagnes érodées, tablLesotho-5775.JPGes et sommets pointus à perte de vue sous une mer de nuages, torrents, gorges en contrebas et cultures verdoyantes sur les collines. Les bergers emmitouflés dans une co  uverture gardent, le fouet à la main, vaches et brebis. Des petits groupes de cavaliers processionnent. Peu avant Sehonghong, la piste , refaite, est excellente mais elle cache encore des surprises, des trous, des ravines et je dois rester vigilant. Nous pensions qu’elle serait ainsi jusqu’au bout mais non ! Elle se redégrade et nos espoirs d’aller jusqu’à Katsé s’évanouissent. Nous nous traînons jusqu’à Thaba-Tseka où nous pouvons passer la nuit sur le parking d’un lodge, à temps pour essuyer un orage.

 

Samedi 31 mars : Il a encore plu toute la nuit et nous nous demandons si le franchissement du col de Mokhoabong sera possible. Dès six heures, les clients du lodge commencent à s’agiter. Nous repartons dans la grisaille. Plein d’essence à une pompe déglinguée, le calcul du prix se fait avec une calculette, faute de compteur. La route, à notre grande surprise est goudronnée, il en manque parfois des bouts mais au moins la montée puis la descente du col se font sans problème mais dans les nuages dès 2000 mètres. Le franchissement d’une chaîne de montagnes permet successivement d’être dans la pluie ou de bénéficier de quelques rayons de soleil qui illuminent le velours qui tapisse les flancs des montagnes. Nous franchissons ainsi six cols, tous à plus de 2000 mètres. Nous faisons un détour pour Lesotho-5784.JPGapprocher le lac de barrage de Moyale, pas très ensoleillé. Dans le col suivant, le Blue Mountain pass, nous avons la désagréable surprise d’une tempête de neige. Je me laisse surprendre, la voiture dérape sur la couche vite formée et glisse deux roues dans le caniveau. Heureusement, une Land Rover se joue des pires situations et en petite vitesse, marche arrière engagée, je parviens à l’en sortir. Nous progressons à très faible allure, traçant deux sillons dans la neige. Sur l’autre versant, la neige est fondue et nous pouvons retrouver une allure normale. Un dernier col et nous descendons dans la plaine plus ensoleillée, abandonnant derrière nous les montagnes et les nuages menaçants. Nous faisons un détour sur une très mauvaise piste, creusée d’ornières, que les pluies ont rendue glissante, pour atteindre un site de peintures rupestres. Un centre d’accueil et d’information a été construit pour les visiteurs qui, vu la difficulté de l’accès, ne doivent pas être nombreux. Nous surprenons un préposé qui nous emmène à Lesotho-5791.jpgl’abri sous roche. Il faut descendre un sentier qui aurait bien besoin d’être entretenu, dévaler dans la rocaille, passer une passerelle, glisser sur des dalles mouillées, franchir une seconde passerelle et enfin suivre un sentier qu’il était prévu d’empierrer (mais ce sera pour plus tard), avant d’arriver, de l’autre côté d’un torrent, à un très grand abri sous roche qui au moins nous protège de la pluie. Nous y découvrons des peintures san, des troupeaux, des représentations d’élans du Cap et des scènes mystérieuses avec des personnages supposés être en transe. Je ne comprends pas grand-chose pour ne pas dire rien aux explications de notre guide dont je ne sais pas trop s’il nous parle en anglais ou en basutho… Lesotho-5790.JPGLes représentations sont peu visibles, graffitées par des iconoclastes qui ont tenu à rajouter mention de leur passage par-dessus et dans l’ensemble de qualité très inférieure à celles proches de Barkly East. Le retour est difficile pour Marie et la pluie n’arrange rien. Notre cicérone ne se laisse pas abattre, il chante et danse des pas guerriers tout au long de la remontée. Nous devons nous changer dès que nous sommes au camion. Nous déjeunons en entamant les réserves de conserves puis revenons sur la route. Nous allons au village de Roma où nous pouvons nous installer sur la belle pelouse d’un lodge tenu depuis belle lurette par une famille anglaise. Repos et étude de la suite du trajet. Nous ressortons pour aller voir les gorges à la sortie de Roma. Une belle vue sur les falaises, gâchée par la perspective des toits de tôle des maisons installées dans le fond de la vallée. En revenant, nous nous arrêtons à ce qui tient lieu de « centre commercial ». Nous ne trouvons pas grand-chose dans la première boutique, une autre tenue par des Chinois recèle tout un bric-à-brac et des amoncellements de conserves étranges. Un cybercafé nous permet de nous connecter rapidement mais à notre grand désappointement personne n’a réagi au blog et Julie ne nous a pas écrit. Seuls les Rufray et les Tardieu ont mis un mot. Retour au camping où nous nous calfeutrons dans le camion, à 1600 mètres, il fait encore froid ! Nous nous réchauffons avec une boîte de petit salé aux lentilles.

 

 

Dimanche 1er avril : Nous n’avons pas eu chaud cette nuit et, pour la première fois, nous mettons le chauffage au réveil. Le ciel est tout bleu et nous aurons du soleil toute la journée. Nous repartons en direction de la capitale, Maseru, à 35 kilomètres. La circulation nécessite toute mon attention, minibus et taxis en maraude démarrent, s’arrêtent sans crier gare, d’autres bloquent la route pour discuter avec un ami venant en sens inverse. Le centre-ville est vite atteint, des banques, la poste et un centre commercial qui se distinguent du reste de la ville par le semblant de modernité de ces bâtiments. Je tire de l’argent local, des maloti avec ma carte de crédit et nous nous rendons au supermarché bien achalandé où nous reprenons des provisions. Les boutiques de souvenirs et l’office du tourisme sont fermés aussi repartons-nous aussitôt en direction de Butha-Buthe. Je suis content d’être sorti de la ville mais la circulation reste dense en ce dimanche des Rameaux. Les dames Lesotho-5763.jpgendimanchées ont mis leurs plus belles robes blanches, coiffées d’un chapeau que ne renierait pas la reine Elizabeth, elles agitent des branches d’olivier en se rendant à la messe, les messieurs sont en costume noir de croque-morts. Beaucoup de femmes portent un costume coloré, souvent bleu avec une grande croix blanche que je suppose être celui d’une congrégation. Nous sommes dans la plaine, les montagnes sont au loin. L’importance des cultures prouvent la richesse de cette partie du territoire, les villages sont plus nombreux, les maisons récentes, les cases absentes, et la route goudronnée… Nous nous arrêtons dans une mission proche de la route pour aller voir la production de tissages des femmes. Des horreurs comme on en trouve à Marrakech, Bangkok ou Ushuaïa ! Nous achetons juste un porte-monnaie, pour ne pas repartir les mains vides… Nous allons voir plus loin un autre atelier de tissage où sont aussi exposés des articles de vannerie et autres « souvenirs ». Nous faisons un détour, d’abord sur une bonne route puis sur une piste qui se dégrade au fur et à mesure que nous approchons du but : un site de maisons troglodytes. Un bâtiment tout neuf accueille le visiteur de passage (égaré ?) pour lui faire payer un droit d’entrée (et une barrière est là pour dissuader les resquilleurs !). La peu aimable employée Lesotho-5796.JPGnous accompagne avec la voiture pour nous montrer le chemin. Un sentier cimenté descend à un abri sous roche sous lequel sont bâties en terre quelques cases hémisphériques qui s’adossent à la paroi rocheuse. Elles sont trop entretenues, bien lissées, et semblent attendre le gogo. Devant, un enclos de paille fraîche délimite la cour dans laquelle bouillonne le contenu des marmites. Les femmes posent et attendent un petit cadeau… Nous continuons, passons Leribe puis Butha-Buthe, seconde ville du pays. Nous nous rapprochons enfin des montagnes et la route désormais moins fréquentée commence à grimper dans les collines puis dans la montagne. Nous passons un col et dans la descente, nous trouvons un lodge où, moyennant finance, nous pouvons nous garer entre deux bungalows.

 

Lundi 2 avril : Il n’a pas encore fait chaud cette nuit et le chauffage est le bienvenu au matin. Nous profitons des installations mises à notre disposition avant de reprendre la route. Le col passé hier soir avant de nous arrêter était à plus de 2800 mètres, nous étions à peine redescendus et il nous faut en passer un autre à plus de 3200 mètres ! Et sur une route désormais très dégradée. Parfois on devine des restes de goudron, à d’autres il faut Lesotho-5805.JPGslalomer entre les nids de poule géants. Le paysage est aride, bien moins intéressant que celui de la route sud. Les gens, peu souriants, tendent plus la main qu’ils ne saluent. Nous restons ensuite à des altitudes au-dessus de 3000 mètres, découvrons une mine de diamant avec ses installations pour le personnel et à proximité un village misérable, maisons et cases en pierres coiffées de tôles. Les habitants sont enroulés dans des couvertures qui n’ont plus rien de celles vues au début. La route descend enfin, Lesotho-5810.JPGredevient bonne jusqu’à Mokhotlong. Une ville « Far West » où on vient faire ses achats à cheval dans les commerces qui sont aux mains des Chinois. Nous entamons le dernier bout de piste au Lesotho, la montée au Sani pass qui nous permettra de retourner en Afrique du Sud. La piste est mauvaise et même très mauvaise par endroit, elle grimpe continuellement en remontant des gorges avant de déboucher sur un plateau où paissent des troupeaux de moutons et de chèvres mohair gardés par de peu amènes bergers. Enfin nous atteignons le poste frontière du Lesotho, un coup de tampon et nous pouvons entamer la descente. S’offre à nous alors une vue extraordinaire : toutes les montagnes qui dégringolent là par un gigantesque à-pic sont couvertes d’un velouté vert qui brille sous le soleil toujours présent aujourd’hui. Dans le fond, à peine discernable, coule une rivière et Lesotho-5817.JPGpuis c’est la plaine cultivée du Kwazulu-Natal. La descente est vertigineuse, elle se fait freins bloqués, tour de roue après tour de roue, les virages sont si serrés qu’ils doivent être négociés en deux temps. La pente est si raide dans les éboulis qu’un 4x4 hésite à continuer et pourtant des minibus passent ! Parvenus en bas, nous passons rapidement le poste frontière sud-africain. Encore quelques kilomètres de pistes qui vont en s’améliorant et enfin nous retrouvons le goudron. Les montagnes ont disparu, remplacées par des collines couvertes en partie de forêts de sapins replantés. Les champs s’étendent sur des hectares, l’irrigation en est prévue par des engins mobiles. C’est l’Afrique du Sud, ce pourrait être l’Europe… Nous roulons sur un bon goudron jusqu’au premier camping, perdu dans les champs où nous serons seuls pour la nuit.

 

Mardi 3 avril : Rien de tel que le calme de la campagne pour une bonne nuit. Il a fait bien moins froid mais il est vrai que j’étais plus chaudement vêtu et que nous avions baissé le toit pour la nuit. Nous repartons sur les collines jusqu’à rejoindre l’autoroute de Durban. La circulation est très dense et rapide avec de très nombreux poids lourds. La traversée de Pietermaritzburg est ralentie par de nombreux travaux qui réduisent à une seule voie la chaussée. L’arrivée sur Durban est rapide, nous ne trouvons pas le camping envisagé et nous décidons de tenter notre chance auprès des auberges backpackers. Deux sont dans le quartier résidentiel de Berea, à l’écart du centre. La première ne m’ouvre même pas la porte, à la seconde il semble possible de garer le camion dans le petit jardin et de dormir dedans. Je pars à la recherche d’une banque, comme d’habitude, je dois en essayer deux pour parvenir à changer des euros. Nous cherchons ensuite un magasin où nous pourrions faire recharger la bouteille de gaz. Cela semble impossible mais nous tentons notre chance à une autre adresse, éloignée du centre, occasion d’apercevoir le stade moderne construit pour la coupe mondiale de football. Là non plus, impossible de recharger notre bouteille, les filetages ne sont évidemment pas compatibles ! En revenant dans le centre, j’aperçois un autre magasin qui ne paye pas de mine, et là, Ô miracle, le remplissage est réalisé. Ouf ! Retour à l’auberge où nous rentrons la voiture dans le jardin. Je porte du linge à la laverie toute proche et le temps que la machine tourne, nous déjeunons. Nous reprenons la voiture Afrique-du-Sud-5822.jpgpour aller nous garer dans le centre-ville, le long du City Hall, gros machin de l’époque coloniale mais dans un environnement de verdure qui le rendrait presque agréable. L’ensemble de bâtiments d’époque coloniale et de gratte-ciel à façade de verre et de béton, un peu tape-à-l’œil, élancés comme les élégants palmiers, ne manque pas d’allure. La ville semble économiquement plus vivante que le Cap alors que sa situation géographique est tout à fait quelconque. Nous nous dirigeons vers le bord de mer, côté port commercial, sans pouvoir approcher de l’eau. Il est plus de quatre heures, les boutiques ferment, les bureaux se vident, dans une heure le centre-ville sera mort. Nous allons faire un tour dans un centre commercial bruyant, beaucoup des commerces sont tenus par des Indo-pakistanais, femmes en sari ou toutes vêtues de noir, hommes barbus ou à calotte blanche. Quant aux fessiers des dames zouloues, ils sont presque aussi remarquables que ceux des Hottentotes, mais dans un autre genre : un volume inusité et généralement pris dans des pantalons qui n’en dissimulent rien… Nous revenons à la voiture et avant de rentrer à l’auberge, nous longeons le bord de mer côté plage, Marine Parade, une suite d’hôtels modernes, de restaurants d’un côté et de boutiques, établissements de bain, piscines de l’autre. A peine rentrés à l’auberge, le patron nous annonce qu’il est hors de question de dormir dans le camion, que le camping est interdit à Durban ! Mais nous pouvons dormir dans les dortoirs séparés ou prendre une chambre privée, solution à laquelle nous nous rallions à cause de l’heure trop tardive pour aller chercher un aléatoire camping à une quarantaine de kilomètres et en dépit d’un prix scandaleux : 53 euros pour une chambre toute simple, deux lits, salle de bain commune séparée. Le wifi est en plus : nous achetons le droit de nous connecter une trentaine de minutes, juste le temps de lire les messages et d’y répondre sans pouvoir mettre le blog à jour ni faire la déclaration d’impôts ou écrire, comme prévu, aux autres Azalaïens ! Je suis bien évidemment furieux, scandalisé par ces tarifs dans ce qui se veut une auberge de jeunesse ! Nous allons dîner à pied dans la rue Florida, rendez-vous de la jeunesse dorée, quasi exclusivement blanche, Marie traîne la patte. Pizzerias, burgers et autres bars à yaourts glacés (?) confortent les jeunes nantis dans l’idée qu’ils n’ont rien à envier aux autres capitales du monde branché. Nous dînons en terrasse de moules, crevettes et calamars avec une bonne bouteille de chenin blanc, « le » cépage blanc sud-africain ! Retour à la chambre et installation dans notre cellule spartiate mais qui a l’heur de convenir à Marie…

 

Mercredi 4 avril : Nous avons dormi au frais grâce à la ventilation. Nous avons tout de même droit au petit déjeuner dans le prix de la chambre mais continental ! Nous quittons l’auberge et allons refaire un plein de provisions au supermarché d’en face. Nous allons ensuite dans le quartier indien, au marché Victoria. La Afrique-du-Sud-5824.JPGclientèle et le personnel des boutiques dans la rue sont africains mais les propriétaires sont indiens. L’animation est dans la rue, on y retrouve la musique africaine et les épices indiennes. Le marché est surtout destiné aux touristes, Epices et souvenirs que Marie examine consciencieusement échoppe après échoppe. Elle en ramène un bol en fil de téléphone, elle en rêvait depuis Le Cap… Nous rejoignons ensuite le bord de mer, nous nous garons et nous allons nous tremper les pieds dans l’océan Indien. L’eau n’est pas très chaude mais il doit être possible de se baigner. Nous allons ensuite nous garer près de l’un des wharfs qui s’avancent dans la mer Afrique-du-Sud-5828.JPGet d’où nous avons une vision de l’alignement des immeubles du front de mer et des surfeurs qui attendent dans l’eau le bon rouleau. Tous sont bien blancs et blonds, quelques-uns ont tant sacrifié à leur passion qu’ils en sont réduits à faire la manche ou à quémander une pièce en tant que gardien de parking. Nous quittons enfin Durban par l’autoroute en direction du Nord avec l’intention d’être à l’entrée du parc de Hluhluwe ce soir. Il n’en sera pas ainsi… Au début de l’après-midi, la voiture commence à hoqueter. Je crois à une panne de gasoil et en rajoute mais cela se répète. Je dois m’arrêter, attendre quelques minutes, repartir sur un ou deux kilomètres et recommencer. Je roule lentement sur la bande d’arrêt d’urgence et sort dès que possible. Nous parvenons par à-coups à Darnall où on m’indique un garagiste. Il pense à un problème de pompe à gasoil et veut démonter le réservoir pour y examiner la pompe. Il y passe tout le reste de l’après-midi, sans y parvenir complètement et finit par diagnostiquer un problème de filtre à gasoil. Mais la nuit est tombée et la suite sera pour demain. Nous sommes contraints de passer la nuit dans ce petit bourg perdu au milieu des champs de canne à sucre et peuplé principalement d’Indiens. Des chants se sont élevés dans l’après-midi de l’un des temples.

 

Jeudi 5 avril : Nous n’avons pas très bien dormi ni l’un ni l’autre… Nous essayons d’être prêts de bonne heure dans l’espoir que les travaux reprendront tôt. Mais ce n’est qu’à neuf heures que les ouvriers commencent à remettre en place le réservoir et le patron continue de parler de changer le filtre à gasoil mais il tergiverse, téléphone et finit par déclarer qu’il faut aller chez un concessionnaire Land Rover, à 70 kilomètres, pour en trouver un. Je ne le quitte plus jusqu’à ce qu’il se décide à prendre sa voiture et m’emmener à Umhlanga. Deux heures de route aller-retour avec dépassement permanent de la vitesse limite, air conditionné réglé au maximum, de même que la stéréo. J’ai droit aussi à un vibro-massage des lombaires grâce au haut-parleur placé dans mon dossier… Nous revenons sains et saufs, ce qui en soit est déjà un exploit et avec le filtre aussitôt monté. Le moteur tourne, ne cale pas, nous sommes contents… Le mécanicien veut tout de même faire un essai et de nouveau le moteur tousse. Retour déconfit et nouveau démontage du réservoir. Les heures passent sous le soleil à attendre… Enfin le réservoir ouvert, on constate des durites encrassées. Nettoyage, remontage et essai concluant juste avant la tombée de la nuit. Et règlement de la note que je trouve salée, deux cent trente euros !! Mais ce sont les prix d’Afrique du Sud… Nous filons en direction du bord de mer et trouvons un camping dans un complexe qui doit être « chic » à en croire les tarifs pratiqués… Mais au point où nous en sommes, après la nuit à Durban, la réparation… Nous nous installons en plein milieu de la végétation qui paraît luxuriante. Nous envoyons un message à Marie-Jo et Guy pour essayer de nous retrouver demain.

 

Vendredi 6 avril : C’est le chant des oiseaux dans les arbres qui avec le jour nous réveille à six heures. C’est le chant de ses entrailles qui précipite ma Papagena vers les toilettes… Nous sommes en pleine nature, enfouis sous les hibiscus et entourés d’arbres tropicaux. Nous repartons, tentons d’apercevoir la mer mais tout le village n’est qu’une succession de propriétés de luxe qui ont annexé le bord de mer. Nous reprenons l’autoroute et continuons de traverser ces collines couvertes de canne à sucre. Parfois un bosquet d’essences exotiques, au sommet d’une colline laisse imaginer ce que devait être cette terre avant son exploitation agricole. Je tire de l’argent avec les cartes bancaires à Empangeni, les dernières dépenses ont vite épuisé ce que nous avions changé à Durban. Ce n’est plus l’autoroute mais la circulation est la même et la route à deux voies simples. Nous la quittons pour nous diriger vers le parc national de Hluhluwe. Les collines sont très peuplées et je me demande si nous n’allons pas visiter un grand parc animalier. C’est le début du week-end pascal et nous ne sommes pas les seuls à y circuler. Nous roulons au pas, guettant toute apparition de vie sauvage. Ce sont encore les zèbres qui sont les plus fréquents, avec des gazelles qui ne sont plus des springboks mais des impalas, aux fesses rayées de noir, les mâles portent de belles cornes torsadées. Nous passons par monts et par vaux, longeant une belle rivière qui pourrait être l’occasion d’apercevoir hippopotames et crocodiles mais nenni ! Nous commençons à désespérer quand soudain Marie aperçoit une curieuse soucheAfrique-du-Sud-5848.JPG qui se révèle être un rhinocéros que je crois un instant mort, affalé sur une de ses pattes repliée, la tête au sol mais une oreille frémit, il dort ! Un peu plus loin, un second est dans la même position… Nous abandonnons ces monstres felliniens à leur sieste bourgeoise et poursuivons dans l’espoir d’en trouver de plus alertes. Mais ce sont les heures chaudes, peu propices à l’observation des animaux et nous roulons sans être récompensés de notre attention. Dans l’après-midi, les phacochères sont nombreux, et toujours des zèbres et des impalas... Et puis ce sont des girafes qui surgissent sur le bord de la piste. Très Afrique-du-Sud-5863.JPG« collé-monté », elles nous toisent et l’une d’elles nous accompagne d’un élégant galop. Mais nous devons accélérer si nous voulons ressortir du parc avant la nuit. Une horde de buffles attend des heures plus fraîches sous les ombrages, un éléphant se distingue à peine dans la végétation très dense de ce parc. Peu avant la sortie, des rhinocéros à quelque distance font bombance dans une prairie mais ils ne sont plus guère visibles. Il nous faut trouver le lodge où nous avons donné rendez-vous à Guy et Marie-Jo et la route de nuit n’est pas très agréable. Un contrôle de police avec alcootest plus tard, nous trouvons notre chemin et rejoignons nos amis. Apéritif bien entendu dans le camion, avec un très original pastis-gin dû à Marie… Nous dînons ensemble au restaurant, rien de bien fameux mais c’est l’occasion de nous raconter ces dernières journées. Nous nous couchons beaucoup plus tard que d’habitude…

 

Samedi 7 avril : Réveil plus tardif aussi mais nous n’avons pas un long trajet prévu aujourd’hui. Nous disons au revoir à Guy et Marie-Jo avec promesse de nous retrouver à Maun. Nous reprenons la route en direction du Swaziland. Arrêt à Hluhluwe pour refaire un plein de provisions au supermarché. La population y fait ses achats en prévision du week end pascal, les hauts-parleurs diffusent une musique tonitruante, des mètres de saucisses grillées, des ragoûts de pattes de poulet et autres plats préparés peu engageants vont faire le bonheur des estomacs locaux. Nous trouvons plus difficilement que d’habitude des produits à notre goût. Au cybercafé, nous prenons prendre connaissance de notre courrier qui se réduit à un message de Julie. Ni Nicole ni les amis ne nous donnent de nouvelles… Nous nous mettons à jour dans nos messages ainsi que dans le blog. Le paysage, des deux côtés de la frontière est alternativement constitué par des champs de canne à sucre dans les plaines et par des zones de savane sur les collines, image classique de la brousse africaine : herbes hautes et jaunies et épineux en forme de parasol qui procurent une ombre parcimonieuse, ce sont alors des réserves privées. Les formalités sont vite expédiées et nous continuons en direction de Manzini. Des ébauches de bourgs se constituent autour des usines liées à la canne à sucre, distilleries, sucreries. La circulation, surtout avec des minibus, s’intensifie à l’approche de Manzini, la plus grande ville du pays peu attirante, des commerces qui concentrent l’activité de la ville, un marché où Marie me traîne en quête d’objets d’artisanat mais elle doit reconnaître la triste pauvreté des étals. Nous repartons en quête d’un camping. Nous en cherchons un sur une route dans les champs de canne à sucre. Nous avons des difficultés à le trouver, personne ne connaît, nous finissons par comprendre qu’il a changé de nom ! Nous sommes seuls sur le terrain herbeux d’une grande maison avec piscine, au frais et au calme.

 

Dimanche 8 avril : Le calme escompté n’a pas été total. Les voitures sur la route et surtout la musique venue du bâtiment l’ont troublé. Heureusement la température fraîche de la nuit a obligé les fêtards à se réfugier à l’intérieur. Nous repartons pour un tour de la vallée de Malkerns qui n’a rien de remarquable mais la concentration d’ateliers d’artisanat y est importante… Et Marie… Raisonnable, elle se contente d’une bougie mais lorgne tous les tissages, il est vrai très beaux. Nous revenons sur la route principale et arrivons au bourg où les institutions royales sont rassemblées. Une foule de croyants que je suppose être de diverses congrégations même si tous arborent sur leurs tenues des broderies à l’ordre de Swaziland-5886.JPG l’Apostolic church of God in Zion, se dirige à grandes enjambées vers un stade. Nous nous joignons aux pèlerins et nous nous garons sur le terrain devant le stade. Tous et toutes ont de longues robes blanches pour les hommes, bleues ou vertes avec une grande croix blanche pour les femmes. Ces dernières sont coiffées d’un bonnet blanc qui rappelle celui des cardinaux à quatre coins et ont de larges collerettes à dentelle sur leurs robes. Beaucoup tiennent un long bâton en forme de croix ou de francisque. Des vieux grisonnants ont des têtes de nègres à qui on donnerait une médaille… Nous sommes admis sans difficulté dans le stade, quasiment seuls touristes au milieu des fidèles, en plein soleil. Une musique que l’on Swaziland-5881.JPGpeut supposer religieuse sort des haut-parleurs, les têtes dodelinent, les corps chaloupent faiblement. On pourrait croire que certains sont plongés dans une profonde ferveur, ils ne font que roupiller, après une nuit de prières nous assure-t-on…Arrivée sur la pelouse d’une troupe de musiciens avec les vuvuzelas popularisées lors de la dernière coupe du monde de football. Ils dansent puis s’assoient et restent ainsi au soleil pendant des heures. Les prêches récités au micro alternent avec des choeurs qui répètent inlassablement les mêmes paroles, sur les mêmes rythmes lents, à croire que les disques des missionnaires responsables de ces chants, étaient rayés… Enfin arrivée de quelques-unes des épouses du roi qui ne soulève aucun mouvement puis c’est la reine-mère qui a droit à un hommage rendu debout par ses sujets et à l’exécution de Swaziland-5896.JPGl’hymne national. Plus tard, après s’être bien fait désirer, Sa Majesté arrive avec son escorte de motards. Nous ne faisons que l’entrapercevoir au sortir de sa limousine, en pagne traditionnel et trois plumes rouges sur la tête. Les prêches reprennent de plus belle et bien que nous soyons maintenant à l’ombre, nous commençons à saturer et au bout de trois heures nous nous éclipsons. J’ai pu prendre toutes les photos que je voulais des congrégationnistes mais à l’extérieur, les jeunes en costume rouge ou en pagne, le front ceint d’un bandeau ne veulent pas se laisser photographier ! Nous repartons, traversons la capitale, moins minable que Manzini, mais guère plus importante. Nous suivons la route du nord dans un paysage nettement plus vallonné et plus intéressant même si les villages sont tout aussi dénués de pittoresque. Après Piggs Peak nous voulons rejoindre l’Afrique du Sud. La route repérée sur la carte est une piste qui serpente à flanc de montagne au milieu des plantations de pins. La vue est alors étendue sur les montagnes du nord. Peu avant la frontière, à presque quatre heures, à un barrage, on nous dit que la frontière ferme à quatre heures ! Mais nous faisons fléchir le garde et nous essayons de rouler vite, mais c’est alors que la piste est la plus mauvaise, pour essayer d’arriver à temps. Au poste swazi on nous laisse passer après avoir tamponné les passeports mais plus loin, au poste sud-africain, la porte est cadenassée. Afrique-du-Sud-5900.JPGHeureusement nous sommes précédés par un couple de Sud-Africains qui va intervenir auprès du chef de poste qui rallume les ordinateurs et rouvre la barrière ! Ouf ! La route est désormais goudronnée et offre de très belles vues sur les montagnes couvertes de forêts, dorées par le soleil déclinant. Nous parvenons à Barberton où nous avons du mal à trouver le Caravan park. Nous nous y installons pour la nuit et étudions la carte pour les trois jours suivants, afin d’être à Ghanzi mercredi.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 15:01

  Du Cap à Dar es Salam

Printemps 2012


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Vendredi 16 mars : Après une semaine passée à Paris et à Châlons, nous revoilà sur le départ. Julie nous réveille avant huit heures et bientôt nous quitte pour aller à sa nouvelle « mission » au GDF. Nous nous préparons puis c’est Hélène qui part. Nous finissons de remplir les sacs et attendons la navette que nous avons réservée. Elle est en retard mais nous avons le temps. Le chauffeur ne cesse de pester contre la pollution parisienne et met plus de temps à rallier la Porte de Charenton avec son GPS que je n’en aurais mis sans… Nous enregistrons au comptoir British Airways puis devons attendre dans une salle d’embarquement bondée. Premier vol de moins d’une heure pour rallier Londres avec juste le temps de grignoter un minuscule paquet de chips avec un verre d’eau. Nous devons repasser des contrôles avant d’attendre de nouveau pour le vol direct vers Le Cap. Nous avons faim, un sandwich, anglais (salade, tomates, amandes et sauce au curry sur du poulet), et une bière calment nos estomacs. Nous décollons avec une demi-heure de retard qui sera rattrapée. Les hôtesses sont anglaises, le gin-tonic et le repas aussi, servis presqu’aussitôt le décollage, à une heure de maison de retraite. La salade de haricots sucrée, goût curry garantit l’exotisme à moins d’une heure de vol de Paris… Il faut ensuite essayer d’occuper le temps. Nous prenons nos aises, l’avion n’est pas plein et nous occupons trois sièges à nous deux. Une comédie insipide alors que nous survolons l’Afrique puis une somnolence difficile font passer le temps.

 

Samedi 17 mars : Au matin Marie me souhaite ma fête et m’offre de la part de Julie un livre de Perec. J’aurai droit aussi à un survol en montgolfière (pour compléter le volume de Cinq semaines en ballon dans une édition de 1917, que j’ai enfin réussi à me faire offrir…). Nous nous posons au Cap après un plantureux (pour nous, peu habitués à ces délices gastronomiques au réveil…) petit déjeuner avec œufs brouillés, saucisse, bacon et Afrique-du-Sud-5531.JPGchampignons. Duncan nous attend et nous ramène au campement dans sa Coccinelle de 39 ans d’âge, fatiguée mais encore vaillante. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo, arrivés dans la nuit, déjà levés et avec qui nous échangeons quelques nouvelles. La voiture est en bon état. Plein d’eau et rangement nous occupent puis nous allons au Pick n’Pay refaire des provisions pour les jours à venir. Nous cherchons un restaurant pour ce soir. La Taverne semble convenir mais il faut venir au plus tard à sept heures ! Nous retournons pique-niquer au campement. Bien qu’il y ait du soleil, il ne fait pas très chaud dans le vent. Une sieste s’impose. Nous étudions ensuite l’itinéraire pour les trois semaines à venir, en prévision du rendez-vous du 11 avril à Ghanzi avec les deux autres équipages. Nous prenons l’apéritif, soi-disant en l’honneur à la Saint-Patrick, avec Guy et Marie-Jo puis ils nous emmènent à La Taverne. Pour la Saint-Patrick, toute la communauté d’origine irlandaise semble s’y être donné rendez-vous, les pintes de Guinness sont dans toutes les mains des amateurs de rugby rassemblés autour du bar. Dans la petite salle du restaurant l’ambiance est tout aussi chaude, des convives arborent des maillots verts, des femmes se sont teintes les cheveux dans la même couleur et tous suivent sur un écran géant le match qui oppose leurs compatriotes aux Anglais. Difficile de suivre une conversation mais nous participons vite à l’enthousiasme des supporters des Verts, vite tempéré quand s’affirme la domination anglaise… Dans l’assiette, les désormais classiques calamars à la romaine et le king klip (l’abadèche en français, nous apprend Marie-Jo !) frit. Nous retrouvons avec plaisir les bons vins blancs fruités et peu onéreux d’Afrique du Sud. La défaite de l’Irlande consommée, nous rentrons retrouver, pour une nouvelle période de trois mois, notre cellule (dans tous les sens du terme !).

 

Dimanche 18 mars : Le soleil brille au réveil, encore tardif… Nous prenons le petit déjeuner dehors. Guy et Marie-Jo sont debout depuis plus longtemps que nous et s’activent sur leur camion. Nous sommes prêts à partir vers les onze heures. Nous prenons la route de Stellenbosch où nous arrivons une demi-heure plus tard. Nous trouvons la place centrale, le Braak, où nous nous garons. Elle est entourée de belles maisons et églises anciennes, Afrique-du-Sud-5546.JPGchaulées et couvertes de chaume. Nous en faisons le tour, détaillons les pignons des maisons du type hollandais du Cap. Nous nous procurons une brochure en français à l’office du tourisme et revenons déjeuner dans le camion. Nous repartons à pied et sous un soleil qui nous contraint à ôter quelques vêtements. Nous parcourons les rues bordées d’édifices anciens. Nous avions gardé le souvenir d’une petite ville avec des maisons de l’époque hollandaise aux pignons à volutes, elles sont peu nombreuses. Ce sont celles de la période anglaise, de style victorien ou géorgien, moins remarquables, qui dominent. Elles sont toutes parfaitement restaurées et manifestent l’opulence d’une classe sociale bien évidemment « blanche ». Impossible de les visiter, tout est fermé, y compris les musées, le dimanche. Nous reprenons la voiture après avoir rétribué le gardien. Nous avons été plusieurs fois accostés sous des prétextes divers pour essayer de nous soutirer quelques rands. Nous repartons en direction de Paarl. Nous traversons des collines couvertes de vignes et de prairies où paissent de magnifiques chevaux. Paarl, haut lieu du monde afrikaner est une curieuse ville. Une seule rue, Main street, bien sûr, sur plusieurs kilomètres, bordée de quelques maisons anciennes entre des commerces modernes. Nous Afrique-du-Sud-5552.JPGrepartons aussitôt en direction de Franschoek. La petite ville, plus touristique, est encore animée et nous y prenons un verre après avoir jeté un œil à une église. Nous y rencontrons une dame croisée à la Gemini guest house en octobre. Dans la région, le souvenir des huguenots français venus s’installer ici, justifie le nom de la ville mais aussi celui de nombre de domaines viticoles et d’établissements touristiques. Nous rentrons en passant par le col de Franschoek qui nous offre une belle vue sur la région vinicole mais à contre-jour avec un soleil déjà bien bas. Nous contournons un lac de barrage et ses arbres morts avant de redescendre sur Gordon’s bay. Au soleil couché, il ne fait plus aussi chaud. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo dans le salon et nous ne pouvons échapper à un « dernier » apéritif. Des Belges qui attendent leur voiture animent la soirée. Je tape mon journal puis nous dînons dans le camion.

 

Lundi 19 mars : Nous réussissons à nous lever peu après huit heures. Bel effort… Guy et Marie-Jo nettement plus matinaux sont sur le départ, nous prévoyons de communiquer par SMS pour essayer de nous retrouver au Lesotho. Nous réglons les comptes avec Duncan puis arrive l’expert envoyé par l’assurance pour constater les dégâts occasionnés lors du chargement à Fos. Le temps de prendre les photos qu’il communiquera avec son rapport et nous pouvons à notre tour démarrer. Nous revenons en direction du Cap, rejoignons le bord de mer côté océan indien. La côte couverte de dunes n’est pas bâtie mais à quelques centaines de mètres s’étendent des townships à perte de vue. Il y en a pour toutes les bourses, des plus misérables aux presque coquets. Nous atteignons Muizenberg, une station balnéaire envahie par des scolaires. Sur la plage de jolies cabines de bain colorées Afrique-du-Sud-5556.JPGévoquent la mer du Nord. Je trouve à tirer de l’argent et à acheter du pain puis nous allons faire quelques pas sur la promenade qui domine la plage. Des surfeurs font semblant d’attendre la vague, les écoliers déchainés hurlent. Les touristes sont rares. Le soleil joue avec les nuages. Nous continuons en longeant la côte jusqu’à Simon’s town, jolie petite ville aux coquettes maisons étagées sur les falaises, presque toutes respectent le style colonial traditionnel. Les plus belles bordent la grande rue et présentent de superbes balcons de fer Afrique-du-Sud-5559.JPGforgé dignes de la Nouvelle-Orléans. Nous repartons, renonçons à aller voir les rochers où de stoïques pingouins se laissent mitrailler par les touristes. Nous nous arrêtons pour déjeuner un peu plus loin, en dominant un rocher sur lequel un très placide pingouin, ou plutôt un manchot du Cap, fait la sieste. La route continue en corniche. De nombreux panneaux mettent en garde contre la dangerosité des babouins. Des employés agitent des drapeaux rouges pour inciter les automobilistes à ralentir et rouler au pas afin de ne pas déranger une bande de ces vilains primates. La route pour la pointe du Cap quitte la côte, grimpe sur le plateau et pénètre dans un Parc national. Bientôt nous apercevons les deux océans, de part et d’autre, l’Indien et l’Atlantique. La péninsule s’amenuise, nous devons nous garer au parking déjà bien envahi. De là, un funiculaire nous élève jusqu’à l’ancien phare d’où l’on jouit d’une vue sur les océans mais aussi sur le cap de Bonne Espérance en contrebas, peu spectaculaire mais légèrement plus au sud que la pointe du Cap. Nous montons quelques marches jusqu’au phare, l’épine rocheuse continue encore quelques centaines de mètres Afrique-du-Sud-5563.JPGplus avant dans la mer et puis c’est le grand vide liquide sur des milliers de kilomètres. Je laisse Marie redescendre et marche jusqu’à l’extrême pointe qui domine un phare plus récent mais la promenade n’est pas d’un grand intérêt. Le temps change vite. Toute la journée les nuages ont couvert le ciel mais le soleil apparaît à intervalles sur la mer. Nous reprenons la voiture et allons voir de près le cap de Bonne-Espérance. Rien de spectaculaire, une photo derrière la pancarte et nous repartons. Nous faisons quelques détours pour descendre au bord de l’eau contempler la pointe plus résolument ensoleillée. Une promenade dans la garrigue d’un kilomètre nous conduit au Bain de Vénus, une longue vasque naturelle dans la roche au pied de hautes falaises. Nous ressortons du parc, revenons sur nos pas et stationnons pour la nuit sur un parking au bord de l’eau.

 

Mardi 20 mars : Le vent a forci au cours de la nuit et nous désespérons de pouvoir monter à la Table avec le téléphérique. Le ciel est sans nuages et le soleil sera présent toute la journée. Nous reprenons la route, repassons devant l’entrée du parc et continuons en direction du Cap, par la côte ouest, celle de l’Atlantique. Nous faisons une courte halte à une ancienne ferme transformée en attrape-nigauds avec vente de produits de la ferme venus d’ailleurs, promenades à cheval ou à dos de dromadaires. La route, étroite, en lacets serrés, est en corniche mais les falaises ne sont pas ensoleillées à cette heure. Nous avons Afrique-du-Sud-5583.JPGune vue superbe sur la baie presque fermée de Hout bay. Nous allons au port de pêche, celui fréquentable par les touristes car le vrai, l’industriel est une abomination olfactive ! Les boutiques habituelles attendent les visiteurs. Nous ne visitons que celle qui propose des produits comestibles et nous en repartons avec un morceau de snoek fumé. Nous repartons, approchons du Cap et prenons la route qui monte à la station inférieure du téléphérique. Contrairement à nos craintes, il fonctionne normalement. Beaucoup de touristes ont eu la même idée que nous mais grâce à la carte prioritaire de Marie, nous pouvons stationner au plus près et éviter la queue. La cabine nous élève rapidement et attraction supplémentaire tourne autour de son axe au Afrique-du-Sud-5585.JPGcours de la montée. A plus de mille mètres, nous dominons toute la ville du Cap qui paraît alors bien petite, la baie et les installations portuaires, les pics qui balisent les limites de la ville à l’est et à l’ouest, les falaises dites des Douze Apôtres et de l’autre côté, mais un peu perdus dans la brume, la pointe du Cap et le cap de Bonne Espérance. Nous suivons un sentier empierré pour passer d’un point de vue à un autre avant de redescendre. Nous allons nous garer plus loin pour déjeuner. Nous avons pris de bons coups de soleil qui commencent à se faire sentir. Nous descendons Afrique-du-Sud-5588.JPGdans la ville, je me repère facilement et nous allons faire un plein de provisions au Pick n’Pay où nous avions déjà nos habitudes ! Garés sur un emplacement réservé handicapé, nous trouvons un papillon de contravention ! Le policier n’a pas cherché le macaron nous y autorisant là où il était, mais à droite à la place du conducteur local ! Nous repartons sur l’autoroute, une fois de plus en dAfrique-du-Sud-5602.JPGirection de Gordon’s bay mais cette fois nous continuons, passons un col. Nous sommes alors dans un paysage de collines couvertes de champs de blé à l’infini, moissonnés et broutés par de grands troupeaux de moutons. La circulation est beaucoup moins dense et la vitesse autorisée, pourtant sur une simple route à deux voies, est à 120 km/h, ce qui nous  permet une bonne moyenne. En mettant le cap au sud, nous traversons ensuite une lande déserte et monotone pour atteindre avant le coucher du soleil Agulhas et la pointe sud qui marque le point le plus austral du continent. Rien de spectaculaire, une plaque devant laquelle nous nous prenons en photo avant la nuit. Nous allons nous installer au camping mais le bureau est fermé et nous ne pouvons pas avoir la clé qui nous permettrait d’utiliser les installations ! J’aurais préféré rester bivouaquer au cap…

 

Mercredi 21 mars : Réveil encore plus matinal, à sept heures ! Le bureau du camping n’ouvrant qu’à huit heures et demie, nous n’attendons pas pour obtenir la clé des lieux d’aisance et retournons nous garer au cap, au bord de la mer, pour petit déjeuner et nous préparer. Marie tient à monter au phare mais, quand elle voit l’escalier, elle renonce… Je monte donc seul pour découvrir la vue sur la côte rocheuse et les dunes couvertes d’une lande. Nous repartons, coupons par un bout de piste qui traverse des fermes pour rejoindre la route d’Aniston. Une belle petite station balnéaire qui ne semble pas trop atteinte par Afrique-du-Sud-5614.JPGtourisme. Le vieux village, sur une dune au-dessus de la plage est un ensemble de charmants cottages chaulés donc étincelants et à toit de chaume. Il est habité par une population métissée, apparemment peu fortunée. Dommage que la collecte des ordures ne soit pas leur préoccupation principale. Le village moderne est construit en reprenant avec bonheur ce type de construction, les maisons sont plus « propres », plus pimpantes, trop… Nous roulons jusqu’à la falaise d’où un bout de piste ensablée amène au-dessus d’une grotte marine que nous nous contentons d’apercevoir d’en haut. Nous repassons à Bredasdorp où je refais un plein de bières au liquor store. On vend du vin au supermarché mais pas de bière ! La banque est fermée, je tire des rands avec la carte Bleue. Nous filons sur Stormsvlei par une route déserte sur des collines arides. Puis la route s’élève dans le Petit Karoo, nous retrouvons un paysage verdoyant et les vignes à perte de vue. Nous parvenons à Montagu. Un village ancien aligné le long de deux rues parallèles. A première vue, les maisons sont belles, de style victorien avec les dentelles de bois blancs sur l’arête faîtière ou autour de la véranda, mais en y regardant bien, elles sont peu nombreuses. Après être passés à l’office du tourisme pour que Marie complète sa collection, nous allons déjeuner à la sortie de la ville pas suffisamment à l’ombre pour ne pas étouffer de chaleur. Nous retournons dans le centre à la recherche d’un cybercafé mais à cette heure, seuls des touristes se traînent dans les rues et les commerces sont fermés. Nous trouvons un café avec un jardin au frais et le wifi. Un Coca et trois-quarts d’heure plus tard, nous n’avons réussi qu’à lire le message de Julie sans pouvoir lui répondre. Pour rejoindre Matjiesfontein je décide de passer par la piste directe. Nous ne sommes pas certains de ne pas nous perdre aux carrefours mais nous avons tort, nous ne faisons pas suffisamment confiance au service des routes, la piste est excellente et des panneaux aux carrefours nous renseignent. La piste s’enfonce dans des montagnes, passe un col, traverse des étendues désertiques mais nous roulons toujours entre deux clôtures. Nous retrouvons la route nationale et des défilés de camions monstrueux, souvent avec deux Afrique-du-Sud-5620.JPGremorques. Nous arrêtons à Matjiesfontein, une ancienne halte sur la voie ferrée. Les maisons européennes, toutes d’un côté de la voie ferrée, ont été restaurées avec grand soin, la banque, la poste, le pub et l’hôtel où on cultive le souvenir de la reine Victoria. L’Union Jack flotte fièrement sur la plus haute tour de l’hôtel. Les musées sont fermés, nous envisageons de passer la nuit sur le parking entre la gare et les maisons de ce village-musée. Nous demandons, par politesse, la permission au gérant de l’hôtel : « Non » sauf si nous prenons une chambre ! Furieux nous continuons jusqu’à la ville suivante, Laingsburg, une halte importante pour les chauffeurs de camions. Le camping est fermé mais nous trouvons un emplacement, au calme, derrière une station-service.

 

Jeudi 22 mars : Il n’est passé que trois convois ferroviaires dans la nuit, à une dizaine de mètres du camion mais nous n’avons pas pu les ignorer. Les camions ont fait chauffer leurs moteurs au petit matin, le calme est revenu ensuite… Nous nous levons donc tôt et prenons la route qui devient une piste en direction de Calitzdorp, en traversant des montagnes désertiques, caillasses et buissons. Seules les éoliennes et les clôtures grillagées témoignent d’une activité humaine. Nous franchissons un col entre des échines rocheuses rosâtres avant de rouler dans une étroite vallée plus verdoyante où les vergers se succèdent. Nous pensions que le Seweweekspoort était un col, c’est une très longue et Afrique-du-Sud-5623.JPGétroite gorge entre des falaises rouges, dans le lit à sec d’un ruisseau. De curieuses plantes, une variété d’aloès, un tronc de palmier et au sommet une sorte de plante grasse, jaillissent des épineux et des buissons. Nous retrouvons la plaine et parvenons à Calitzdorp, ancienne ville sans grand intérêt, à l’exception de quelques maisons victoriennes. Nous sommes à Oudtshoorn, capitale de l’autruche, pour midi. La ville est plus importante, les rues tracées au cordeau se coupent à angle droit et nous trouvons facilement l’auberge Oasis Shanti où nous pouvons camper dans le jardin. Nous avons toutes les facilités dont le wifi et nous sommes les seuls. Nous déjeunons sur une table puis je vérifie qu’effectivement nous pouvons nous connecter.  Nous pouvons avoir des nouvelles du monde et notamment de la campagne électorale, plutôt rassurantes avec le maintien de Hollande en tête. Il fait chaud mais nous repartons à deux heures pour nous rendre à l’office du tourisme puis au musée tout proche. Bien poussiéreux mais les salles où ont été reconstituées une banque, une pharmacie et la synagogue sont intéressantes sans compter celle réservée à la gloire locale, l’autruche ! Nous apprenons tout sur les vertus de sa viande, l’utilisation de ses plumes et ses caractéristiques. Nous reprenons la voiture et allons nous garer devant une Afrique-du-Sud-5625.JPGmaison ancienne, un « palais » d’un des rois de la plume, un certain Leroux. La maison de style victorien est superbe, un délire de décoration, de coquetteries de fer forgé découpé et peint en blanc tout autour de la véranda. L’intérieur est moins agréable, meubles lourds, décoration surchargée et manque de lumière. Nous partons à pied pour un grand tour afin de découvrir d’autres maisons, tout aussi belles, parfois cachées derrière des pelouses, des arbres tropicaux, des bambous et des bougainvillées. Nous rentrons épuisés à notre auberge nous reposer en surveillant les cieux bien inquiétants en fin de journée. Pas de nouveau message de Julie.

 

Vendredi 23 mars : Levés à sept heures, c’est pour contempler un ciel uniformément gris dans lequel flotte une montgolfière ! Nous réussissons à partir à neuf heures en prenant la route du col de Swartberg. Les élevages d’autruches sont très nombreux. Les gros oiseaux, placides, attendent d’être transformés en plumeaux, trucs en plumes et sacs de dames. La piste succède à la route, pas très large et en lacets serrés, elle nous emmène vers le sommet. La vue sur la plaine, sans soleil est décevante. Des protées, grosses fleurs dont nous avions entendu parler, finissent de s’étioler sur le bord de la route. Nous montons Afrique-du-Sud-5641.jpgsuffisamment pour atteindre les nuages. Nous arrêtons au col pour ne rien voir mais des motards afrikaners nous offrent des rondelles d’un excellent biltong de bœuf, pas sec, presque digne d’un magret séché… Nous entamons la descente et retrouvons le soleil ! Les nuages sont restés accrochés aux sommets. Nous dégringolons dans de belles gorges entre des falaises aux strates tourmentées. Nous retrouvons le goudron et faisons un détour jusqu’à Prince Albert. Encore une de ces jolies petites villes où les maisons anciennes, victoriennes ou hollandaises, ont été amoureusement restaurées. Bien entendu, comme dans les autres villes traversées, le township, à quelque distance de la ville « blanche » n’a pas bénéficié des mêmes soins, même si des améliorations sont parfois notables, électricité, panneaux solaires ou réservoirs d’eau. Dans la ville « blanche », celle que nous visitons, on pourrait se croire en Europe avec des immigrés noirs pour les tâches peu qualifiées. Nous repartons, passons les belles gorges, sans eau aux cascades, de Meirings Poort que nous avions cru être un col d’après les cartes et les indications. Il existe une certaine ambigüité entre les termes en afrikans et en anglais. Au débouché nous retrouvons un ciel gris. Nous filons en direction de Graaff-Reinet, sur le plateau désertique. Rapide halte pour déjeuner puis nous avançons à bonne allure. En approchant des montagnes, le ciel devient de plus en plus noir, le tonnerre s’entend au lointain et des éclairs strient le ciel. Les dieux ne sont pas encore tombés sur la tête mais ils semblent fâchés… Nous essuyons quelques gouttes de pluie avant la ville. Nous avons le temps de passer à l’office du tourisme nous faire délivrer quelques brochures puis nous repérons le terrain de camping, retournons dans le centre-ville réserver une table au restaurant et trouver la laverie automatique. Nous nous installons au camping juste à temps pour recevoir les beaux grêlons d’un bel orage. Nous ressortons pour aller dîner au restaurant Coldstream, dans une maison victorienne au fond d’un jardin. Le cadre est agréable, la clientèle blanche, le service assuré par de plantureuses jeunes femmes noires. Marie commande un pavé de 300g d’autruche et moi trois steaks de bœuf, d’autruche et de springbok. La cuisson est parfaite, la viande juteuse et le Cabernet Sauvignon gouleyant à souhait. Ce n’est pas de la grande cuisine malgré les prétentions de la carte (champignons farcis aux escargots aillés, recouverts de cheddar !). L’addition est tout de même (relativement) élevée pour des grillades…

 

Samedi 24 mars : Il n’a pas trop plu dans la nuit mais le ciel est toujours gris. De facétieux petits singes vervet s’amusent autour du camion. Nous nous dépêchons de nous rendre à la laverie automatique. J’y laisse Marie pendant que la machine tourne et vais changer des euros à la banque. La première n’assure pas le change aujourd’hui, la seconde est opérationnelle. Nous laissons ensuite le linge dans le séchoir et reprenons la voiture pour aller nous garer plus près du centre. Nous visitons le musée Hester Rupert qui renferme une belle collection de peintures et de sculptures d’artistes sud-africains. Les influences européennes sont évidentes mais les résultats sont souvent séduisants. Nous retournons chercher le linge et revenons nous garer dans la rue entre le Drostdy, l’ancienne résidenceAfrique-du-Sud-5655.JPG d’un magistrat administrateur de province et la maison Reinet, toutes deux superbes exemples de l’architecture dite Cape Dutch avec leurs pignons à volutes en façade. Toutes les maisons de la rue sont anciennes, sans étage mais avec une galerie supportée par des colonnes sur le devant, fermée par un muret, le stoep, et qui me semble l’endroit idéal pour y accueillir un fumeur de cigare dans un confortable fauteuil… Nous visitons la maison Reinet, transformée en musée, chaque pièce à l’étage noble, est meublée dans le style rustique des premiers colons, le sous-sol présente les diverses activités de la cité. Dans la cour une vigne vénérable aurait le plus gros pied du monde ! Une dépendance abrite quelques carrioles centenaires. Nous visitons une autre maison à l’arrière de la première mais elle ne présente pas un intérêt supplémentaire. Nous reprenons la voiture pour aller nous garer près du supermarché et refaire un plein de provisions. Le ciel se dégage, le soleil revient et nous encourage à nous rendre dans le parc national de Camdeboo, à la sortie de la ville. Il entoure un lac de barrage et nous espérons y voir une faune que nous n’avons pas encore rencontrée dont des buffles. Nous nous garons près d’un mirador d’où nous n’apercevons aucune présence animale… Après déjeuner, nous roulons à très faible allure sur les pistes du parc. Dans une végétation principalement composée d’épineux dissuasifs, nous apercevons un grand troupeau d’élans du Cap puis des autruches et des springboks en grand nombre. Sur une Afrique-du-Sud-5660.JPGpiste circulaire, diverses antilopes dont des gnous très excités et des bubales se mélangent mais restent méfiants et à bonne distance de la piste. Point de buffles ni de zèbres… Nous refaisons un tour mais les animaux se sont cachés, peut-être à cause de la pluie revenue et qui ramollit la terre de la piste. La voiture commence à être couverte de boue. Nous ressortons du parc, revenons au camping où nous retrouvons Guy et Marie-Jo. Nous repartons ensemble pour la désolante Vallée de la Désolation. La route qui y monte est dans les nuages et nous ne verrons presque rien des amas de grès rouges qui forment des colonnes, des tours déchiquetées. Nous revenons penauds au camping où nous prenons l’apéritif ensemble dans notre camion tandis que le ciel tonne. Dîner tardif puis écriture de ces lignes. Je pense à Julie qui doit être à l’anniversaire de Johanna à Toulon.

 

Dimanche 25 mars : Puisque nous nous sommes couchés plus tard hier soir, nous nous autorisons trois quarts d’heure de grasse matinée… Il a encore plu dans la nuit et ce matin le ciel est à demi couvert et donc à demi ensoleillé. Guy m’installe un logiciel qui me permet d’avoir une cartographie très détaillée de l’Afrique et en particulier des régions que nous aurons à traverser. Nous nous séparons et promettons de nous retrouver dans quelques jours au Lesotho. Nous allons nous garer en ville et partons pour une promenade à pied dans les rues bien calmes de ce dimanche matin. Nous admirons toutes ces belles maisons hollandaises, victoriennes ou géorgiennes, alignées le long de rues paisibles, larges comme des avenues et ombragées par des flamboyants. Je vais faire quelques emplettes au supermarché puis nous repartons et prenons la route de Cradock. La circulation est toujours aussi rare, la route rectiligne sauf dans les cols qui permettent de passer d’une vallée à une autre. Au moment de déjeuner, je constate que l’indicateur du niveau des batteries auxiliaires est dans le rouge, je cherche la raison, crois la trouver dans un fil de masse défectueux. Nous repartons et atteignons le parc national de Mountain Zebra. Nous en franchissons l’entrée et, à petite vitesse, nous nous dirigeons vers le bureau du parc situé à Afrique-du-Sud-5702.JPGquelques kilomètres. Nous apercevons quelques antilopes et enfin des zèbres qui nous présentent surtout leur postérieur aux larges bandes rayées. Nous pouvons camper au terrain proche du bureau. Nous laissons la table et les fauteuils pour marquer notre emplacement et partons faire une grande boucle. Le parc occupe une région de collines ou de basses montagnes tabulaires. La piste grimpe sur l’une d’elles et les débuts sont peu prometteurs : rien en vue. C’est sur le plateau que nous verrons dans les herbes jaunies des troupeaux entiers de grandes antilopes, souvent mélangés avec des zèbres de montagne au museau rouge et quelques dédaigneuses autruches. Gnous préhistoriques, bubales aux cornes en forme de lyre, springboks, élans du Cap goitreux au garrot Afrique-du-Sud-6348.jpgproéminent et aussi d’élégants kudus aux longues cornes en tire-bouchon et aux grandes oreilles, ne s’occupent guère de nous et continuent de brouter mais à bonne distance toutefois. Toujours pas de buffles ni de rhinocéros. Peut-être demain… Nous rentrons presque à la tombée de la nuit en découvrant encore des kudus et des zèbres dans les taillis proches du campement. Il a recommencé à pleuvoir en fin d’après-midi, des éclairs strient le ciel, le tonnerre retentit et des gouttes de plus en plus grosses tombent. A peine installés au camping, une responsable des gardes vient nous avertir que Marie-Jo et Guy ont cherché à nous joindre. Elle les appelle sur son portable et nous apprenons que leur voiture a été emportée lors du franchissement d’un gué trop profond suite aux pluies diluviennes de ces derniers jours dans le parc de Camdeboo. Nous les assurons que nous reviendrons demain les retrouver et les assister à Graaff-Reinet. Les problèmes de batterie persistent mais pas question d’examiner les connexions sous l’orage. Nous corrigeons le texte puis dînons en pensant aux malheureux qui ont voulu rejouer « 20 000 lieues sous les mers »… Ce n’est pourtant pas l’année Jules Verne…

 

Lundi 26 mars : Je me réveille et me lève avec le jour. Les autochtones sont aussi matinaux et ils ne manquent pas de commencer la journée en allumant le braai, le barbecue local, une institution, un repère identitaire afrikaner, pour y faire griller les incontournables saucisses du petit-déjeuner. Ils en ont été frustrés par l’orage de la veille et le beau ciel bleu d’aujourd’hui les ravit, nous aussi ! Nous essayons de démarrer tôt pour aller porter secours à nos amis à Graaff-Reinet. Mais nous tenons à faire un dernier tour dans le parc avant de reprendre la route. La piste de la boucle sud s’enfonce dans une étroite vallée sans la moindre trace d’animaux avant de grimper sur le plateau révélant une vue sur les « Vertes Collines d’Afrique » encore roussies. Au sommet les zèbres nous attendent sur le bord de la piste en petites bandes. Nous ne traînons guère et ne nous arrêtons que lorsque les animaux sont proches de la piste. Nous sommes pratiquement seuls à cette heure et le spectacle des troupeaux mélangés, dans les prairies, sous une lumière douce est digne desAfrique-du-Sud-5718.JPG images d’Epinal de l’Afrique. Marie aperçoit des suricates, un genre d’écureuil, dressés sur leurs pattes arrières, les antérieurs joints, dans l’attitude de guetteurs. Enfin nous sortons du parc et filons aussi vite que nous le pouvons en direction de Graaff-Reinet. Nous y sommes avant midi et, comme convenu, nous retrouvons Marie-Jo, visiblement éprouvée après son aventure, lorsque leur voiture a été emportée par un ruisseau en crue dont le niveau avait atteint plus de 1,5 mètre et que nous avions traversé l’avant-veille, alors un simple filet d’eau. Ils s’étaient retrouvés debout sur le capot après s’être échappés par les fenêtres, à attendre la venue des secours. Je repars sur la piste en direction du gué mais avant d’y arriver, je croise le convoi des véhicules qui sont allés sortir leur véhicule de son bourbier. Nous le suivons au garage où aussitôt une pléthore d’ouvriers s’affaire à tout démonter pour sécher, nettoyer l’intégralité du camion. Nous embarquons dans le nôtre tout ce qui était dans le leur et qui est encore humide et plein de boue. Nous allons au camping où Marie-Jo et Guy sont logés gratis par le directeur du parc. Nous déjeunons puis débarrassons du plus gros de la boue leurs vêtements avant de les porter à la laverie. Nous repassons au garage où le désossage, très spectaculaire, de leur camion, se poursuit. Nous allons rechercher le linge nettoyé et séché puis rentrons au camping alors que le ciel redevient menaçant. Un apéritif suivi d’un dîner dans notre camion termine cette épuisante journée.

 

Mardi 27 mars : Réveil sous un ciel encore couvert. Toute la journée des gouttes de pluie alterneront avec de pâles éclaircies. Nous repartons avec nos passagers pour le garage où le désossage de la Land se poursuit. Je fais réparer l’attache du capot qui menaçait ruine et nous emmenons Guy et Marie-Jo à la police faire une déclaration de perte de documents puis régler leur remorquage depuis le gué. Retour au garage où je fais poser une seconde plaque d’immatriculation, simplement collée, pour remplacer l’autre devenue illisible depuis la mise en conteneur. Nous retournons au camping pour déjeuner dans le camion, les tables et bancs sont trop mouillés pour pique-niquer à l’extérieur. Nous allons nous garer en ville, tout d’abord acheter du biltong de bœuf point sec et ensuite nous cherchons un cybercafé. Nous trouvons notre bonheur dans une sympathique librairie-bibliothèque-agence de voyage. Nous pouvons lire les messages. Un de Duncan nous apprend que le beeper envoyé quatre mois auparavant est arrivé ! Julie nous raconte son week-end. Nous répondons et mettons à jour le blog non sans problèmes de version de Word. Nouveau passage au garage où les bavettes que je voulais faire poser ne sont pas arrivées. Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous reprendrons la route ! Nous allons refaire des courses au supermarché avant de revenir nous installer une nuit de plus au camping. Occasion de reprendre un apéritif avec les bouteilles que Marie-Jo et Guy nous ont données avant de dîner chacun dans son coin

 

Mercredi 28 mars : Il a plu toute la nuit et cela continue ! Nous abandonnons nos amis à leurs opérations de nettoyage et de séchage avec la promesse de nous retrouver au Botswana quand leur voiture sera remise en état… Nous repassons au garage mais, faute de bavettes, nous reprenons la route sous la pluie. Nous passons par Middleburg pour varier et éviter la route de Cradock et ses attentes aux travaux routiers. Nous ne voyons pas grand-chose de ce Karoo monotone. Nous nous dirigeons ensuite vers Elliot, sur une route plus étroite mais toujours limitée à 120 km/h ! Doubler ces monstrueux camions à double remorque (22 mètres de long !) est quasi impossible, la visibilité est nulle dans les « embruns » qu’ils soulèvent. Les bourgades que nous traversons sont encore plus sinistres sous la pluie et dans la grisaille. Elles sont toujours précédées et/ou suivies à un ou deux kilomètres de déprimantes townships aux maisons, des simples cubes de briques crues à toit de tôles, toutes semblables, alignées en rangs d’oignon, évocation de villages de regroupement ou de réfugiés. La population de ces bourgades est désormais quasi intégralement noire, pas de Blancs, peu de métis. A Elliot nous cherchons à nous renseigner sur la situation de peintures rupestres à proximité. Nul n’est capable de nous renseigner, pas même aux services culturels et artistiques de la ville où de peu accortes matrones ont bien du mal à soulever une paupière pour me regarder sans répondre à mes salutations ! Nous continuons donc en direction du col de Barkly. La pluie a cessé et un très timide rayon de soleil éclaire brièvement les chicots ocre ou rosâtres qui surgissent de montagnes couvertes d’une lande écossaise que broutent des mérinos. Avec un franc soleil ce serait un magnifique paysage… Je parviens à me renseigner dans un lodge et peu après le sommet, nous tAfrique-du-Sud-5752.JPGrouvons un chemin de terre qui nous amène à une ferme. Les employés ne savent pas où est le patron, il arrive peu après et nous indique aimablement l’abri sous roche, derrière sa maison. Sur une trentaine de mètres sont peintes en rouge et plus rarement en ocre ou en gris, des scènes de troupeaux d’antilopes et de gazelles, de chasses à l’arc ou des personnages munis de boucliers, de carquois avec les flèches. Difficile de décrypter, les peintures se superposent, les détails s’estompent et la lumière se fait rare mais l’ensemble est magnifique, digne des plus beaux sites du Tassili. L’automne a habillé de couleurs chaudes les peupliers (?) qui forment des touches oranges ou rouges sur le vert des prairies. Nous descendons jusqu’à Barkly East où nous parvenons à nous faire ouvrir le Caravan Park en demandant dans le bourg déjà endormi. Nous sommes à plus de 1800 mètres d’altitude et la température est fraîche ! Nous allons devoir ressortir chaussettes et pull-overs…

 

 

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 16:04

Mardi 25 octobre : Le vent n'a pas faibli et nous supportons K-way ou blouson. Les "Azalaïens", déjà prêts, prennent congé. Nous nous retrouverons sans doute demain ou après-demain. Nous admirons le point de vue de notre presqu'île sur la baie, les dunes au 037-LUDERITZ-Baie.JPGnord et les chalutiers ancrés au large. Dommage qu'il y ait tant de vent, le site de ce camping serait exceptionnel. Mais il semble que le vent soit une constante du lieu ! Nous allons nous garer dans le (petit) centre ville. Je vais porter du linge à laver puis je parviens à faire tamponner le carnet de passage en douane à l'entrée en Namibie. Je vais changer des euros et une fois de plus, je dois essayer deux banques avant d'en trouver une dont l'informatique fonctionne... Le taux et la commission sont honnêtes, il n'y a qu'au Cap que nous étions escroqués ! Nous refaisons un plein de provisions dans un supermarché bien 043-LUDERITZ-Rglise-et-maisons.JPGmoins riche que ceux du Cap ou même d'une petite ville sud-africaine. Nous nous garons ensuite dans le quartier ancien. Il a conservé quelques maisons de la période coloniale allemande, des constructions qui, bien sûr, étaient sur le modèle des demeures cossues de la mère patrie. Elles ne sont pas nombreuses, la colonie n'était pas très importante mais je ne puis m'empêcher d'imaginer ce que devait être la vie de ces expatriés : leur ennui, l'encerclement du désert, les sables inhospitaliers, l'absence de ressources, de produits frais et ce vent permanent ! Nous nous rendons ensuite sur la presqu'île au sud-ouest de la ville. La bonne piste passe entre les pan, ces étendues salées052-LUDERITZ-Pan.JPG typiques de tout le Kalahari et la mer qui se brise sur des rochers noirs. Au bout de quelques kilomètres nous parvenons au Diaz Point d'où nous apercevons, sur l'îlot en face, une colonie de phoques assoupis, bien fatigués de leur pêche de la matinée, quelques-uns batifolant dans les vagues. Nous continuons de longer la côte avec quelques arrêts. De l'un, nous apercevons au loin sur un autre îlot des manchots totalement immobiles, sans doute figés par le vent ! Enfin nous atteignons une plage couverte de grandes algues noires et l'extrémité de ce que nous sommes autorisés à parcourir. Au-delà, c'est le territoire privé de la De Beers et pas question d'y rouler... Nous déjeunons sur le bord de l'eau puis rentrons en ville. Je vais faire un plein des jerrycans et du réservoir pour ne plus risquer la panne... Nous récupérons le linge, repassé, puis nous nous connectons pour trouver le dernier message de Julie. Nous repartons pour aller découvrir la ville minière fantôme de 064-KOLMANSKOP-Maisons.JPGKolmanskop mais les visites n'ont lieu que le matin ! Nous ne pouvons que prendre des photos de l'extérieur des anciennes maisons désormais plantées sur des dunes. Nous continuons en direction de Aus. Nous sortons de la zone sablonneuse et retrouvons les prairies couvertes de petites graminées jaunes. Nous y voyons de nouveau des autruches puis plus loin, aux jumelles, nous identifions un petit troupeau d'oryx, couchés dans la savane, éloignés de la route. Je quitte le goudron, roule dans leur direction. Méfiantes elles se lèvent, nous distinguons alors mieux leurs belles cornes toutes droites, les femelles sont suitées des jeunes de l'année. Nous les laissons en paix et repartons. Plus loin, nous faisons un petit détour pour approcher d'un point d'eau installé pour abreuver un troupeau de chevaux 081-AUS-Chevaux.JPGsauvages. Nous ne les avions pas vus de la route mais ils sont plusieurs centaines à brouter l'herbe. Deux groupes se dirigent à la queue leu leu vers le point d'eau, le chef en tête qui inspecte les lieux, boit puis laisse ses juments en faire autant avant de retourner en direction des montagnes. Un rêve d'indien Apache ! Nous arrêtons à Aus au camping, au calme dans les bougainvillées. Nous allons dîner au Banhof restaurant, très chic, trois couteaux, quatre fourchettes et deux cuillères attendent le gourmet. La carte est à la fois allemande (saucisses, choucroute et gibier) et locale (koudou, autruche et springbok en guise de gibier). Marie prend un ragoût d'antilope koudou et moi je me régale d'un eisben, un jarret croustillant, servi avec de la purée et de la choucroute et une sauce sucrée. Les plats sont trop copieux et nous n'en venons pas à bout, au contraire de la bouteille de Shiraz, gouleyant et tannique à souhait.. Retour dans la nuit noire, sous un superbe ciel dans lequel je ne sais plus reconnaître la Croix du Sud.

 

Mercredi 26 octobre : Nous partons pour une journée de piste afin d'être au soir à Sesriem. Persuadé, d'après les indications données par Christine hier, que la piste débute à la sortie de Aus, je m'engage sur une voie bien moins roulante que celles des jours précédents et qui va vite se diviser en de multiples possibilités. Je suis celle qui longe les poteaux télégraphiques. Marie commence à s'inquiéter... Au bout de quelques kilomètres, je me renseigne auprès du conducteur d'une camionnette qui nous ramène à la route principale. La bonne piste, bonne dans tous les sens du terme, était un peu plus loin. Nous filons donc rassurés entre les immenses domaines d'éleveurs. Le bétail, plutôt rare, ne manque pas d'espace... Il n'est certainement pas nourri à la farine de poisson ! Nous 090-BETTA-Oryx.JPGrevoyons des oryx, puis des autruches, solitaires ou en petites bandes, souvent éloignés de la piste. Nous bifurquons ensuite sur une piste secondaire mais toujours excellente pour passer entre une chaîne de petites montagnes, à notre droite, nues et aux reflets violet, et des collines à notre gauche rouge vermillon du sable qui les recouvre partiellement. Un oryx s'enfuit devant nous, piégé par la clôture, il galope à notre hauteur quelques instants puis nous l'abandonnons et le laissons reprendre son souffle. A un carrefour de pistes, nous reprenons du gasoil, c'est la seule station-service, restaurant, épicerie, à des dizaines de kilomètres à la ronde. Nous arrêtons pour pique-niquer peu après, à l'ombre d'un épineux. Dans l'après-midi, nous roulons toujours dans une mer de touffes serrées 098-BETTA-Zebres.JPGd'herbes jaunies qui cachent le rouge de la terre. Nous apercevons nos premiers zèbres à quelque distance. Nous quittons la piste pour les approcher en voiture, mais pas trop pour ne pas les inquiéter. Enfin nous arrivons à Sesriem. C'est de là qu'après avoir acheté un permis, on peut emprunter une route qui doit se faufiler entre des dunes de sable rouge. Une des attractions majeures de la Namibie. Le nombre de lodges, 100-SESRIEM-Campement.JPGde camping et donc de véhicules 4x4 qui y sont garés augure mal de la tranquillité du lieu ! Nous remettons à demain la visite... Nous apprenons que nos compagnons "azalaïens" sont au camping, nous profitons de leur emplacement et évitons ainsi d'être relégués en pleine brousse, à distance des commodités, car le camping est complet ! Nous allons nous connecter au cybercafé de la station-service. Obtenir SFR est toujours aussi aléatoire et je dois recommencer à plusieurs reprises le message que nous envoyons à Julie. Nous attendons jusqu'au coucher du soleil le retour des "Azalaïens" puis prenons ensemble l'apéritif mais dînons chacun dans son véhicule car il ne fait plus frais une fois le soleil couché. Nous prévoyons un lever matinal...

 

Jeudi 27 octobre : Nous nous levons avec le jour et pour une fois nous sommes les premiers partis. Le jour se lève sur ce magnifique paysage de création du monde. Des montagnes semblent surgir du néant au-dessus d'une plaine doucement éclairée. Des autruches qui ressemblent à des aspirateurs en folie quand elles courent, et d'innombrables 111-SOSSUSVLEI-Dune-et-lac.JPGgazelles, très élégantes, viennent de descendre de l'Arche de Noé. La vallée se rétrécit et nous roulons alors entre deux suites de collines de plus en plus couvertes de sable rouge .sur la route goudronnée qui traverse le parc. Nous continuons quelques kilomètres sur une piste, dans des ornières sablonneuses, entre des vraies dunes désormais, pour nous arrêter dans le salar, au milieu des acacias, au bord d'un lac d'eau saumâtre. Quelques véhicules 4x4 sont déjà là, des gens encore plus matinaux ! Nous 109-SOSSUSVLEI-Dune.JPGprenons notre petit déjeuner avant de nous lancer dans l'ascension de l'une des dunes qui nous entourent, celle que tout le monde escalade. Nous négligeons le chemin emprunté par tous en suivant la ligne de crête et préférons un sentier qui nous paraît plus accessible. Erreur ! La progression dans le sable est pénible et les derniers mètres sont particulièrement durs, surtout pour Marie. Un touriste vient nous aider à atteindre une crête mais Marie capitule là. Je dois encore grimper, presque à quatre pattes pour atteindre le sommet. La vue porte alors sur d'autres dunes, le lac en contrebas, le salar et la végétation qui parvient à pousser dans cet environnement. Nous sommes néanmoins déçus, nous n'avons pas la vision d'une mer de dunes comme nous l'espérions, rien à voir avec les grands ergs d'Algérie. La descente est plus aisée et nous retrouvons les sièges du camion avec soulagement ! Nous allons nous 137-SOSSUSVLEI-Dune-et-salar.JPGgarer au début d'un sentier qui au bout d'un kilomètre de marche nous conduit à un autre salar entouré de dunes. Nous aurions pris un plus grand plaisir à ce lieu si nous y avions été seuls mais il doit y avoir autant de monde qu'au Mont Saint-Michel un 15 août ! Les Français piaillent, les Italiens glapissent, les Allemands vocifèrent etc... Nous descendons sur le salar où des troncs noircis d'acacias morts, très photogéniques, contrastent violemment avec la blancheur éblouissante du sol craquelé. L'heure du déjeuner approche et les groupes repartent vite, nous avons enfin le site presque pour nous ! La marche a tout de même été épuisante, le sable commence à être chaud et le soleil ne se fait pas oublier. Nous repartons en emmenant un couple de jeunes Français en route pour un tour du Monde en avion. Nous les laissons sur le parking où ils récupèrent leur voiture de location et où n143-SOSSUSVLEI-Dune-et-salar.JPGous déjeunons. Nous nous reposons puis, Marie ne s'en sentant pas le courage, je pars seul en quête d'un autre salar perdu dans les dunes. Personne sur le sentier, je suis le seul à me hasarder en ce lieu perdu. Je fatigue vite mais ne veux pas renoncer et après une marche d'une demi-heure dans le sable puis une montée, je découvre en dessous de moi, la double étendue blanche où ne restent que de rares squelettes d'acacias. Décevant ! Retour au camion assoiffé ! Nous reprenons le goudron et revenons vers l'entrée du parc. Il est moins facile à cette heure dans la lumière crue de repérer les animaux. Nous nous arrêtons à la dune 45, ainsi appelée car au km 45 de la route, celle que les touristes avertis escaladent au lever ou au coucher du soleil. Il n'en est pas question pour nous ! Quelques acacias encore verts poussent à son pied. Nous progressons vers la 149-SOSSUSVLEI-Autruches.JPGsortie. Nous apercevons un beau troupeau d'autruches éloigné de la route et n'osons pas nous en approcher puisque nous ne sommes pas autorisés à sortir de la route. Nous allons voir une autre dune couverte de buissons puis le canyon de Sesriem. Un cours d'eau a creusé dans un agglomérat de sable et de cailloux, un canyon profond ainsi que des grottes et des trous dans la roche. Je vais m'y promener tandis que Marie reste à la voiture. J'ai des problèmes avec la glace de ma portière qui ne remonte plus normalement. Enfin nous quittons le parc et filons sur la piste en direction du bourg appelé Solitaire où nous pensons nous arrêter dans un camping. Peu avant d'y arriver, nous trouvons un camping dans une ferme, Weltevrede, où nous serons seuls. L'accueil, comme souvent aux stations-service, par le personnel des parcs, n'est pas particulièrement cordial.

 

Vendredi 28 octobre : Un chant s'élève de la ferme, une employée sans doute, il nous sert de chant du coq. Nous traînons, pas pressés. Nous reprenons la route sans avoir revu 156-SOLITAIRE-Carcasses.JPGpersonne. Nous arrêtons à Solitraire, hameau bien nommé, un campement, une station-service et un boulanger qui est très apprécié des piafs, assez hardis pour rentrer picorer les gâteaux jusque dans la boutique, sans s'en faire chasser. Quelques carcasses de véhicules anciens rappellent qu'il fut un temps où, en Afrique, on pouvait traverser ces contrées perdues sans un 4x4 climatisé... Nous continuons en direction du Nord. De temps à autre des autruches ou des springboks traversent la route ou nous regardent passer, indifférents. Un panneau signale la ligne de passage du Tropique du Capricorne. Nous nous y prenons en photo, une fois de plus nous franchissons un tropique ! La piste, moins bonne ce matin,159-TROPIQUE.JPG redevient très correcte mais elle traverse fréquemment les lits asséchés de rivières et de ruisseaux, ce qui en fait une suite de dos d'âne qui obligent à ralentir. Puis nous pénétrons dans des gorges, serpentons en corniche sur les flancs de montagnes couvertes d'une végétation de plus en plus dense, des buissons ou des épineux. Nous grimpons par un col sur le plateau central, laissant derrière nous un panorama sur les chaînes qui s'alignent jusqu'à l'horizon. Nous déjeunons à l'ombre d'un acacia mais j'inspecte les pneus avant de repartir et en retire quelques belles épines. Enfin un bout de goudron et nous atteignons Windhoek. Nous sommes vite dans le centre, les avenues sont larges et guère encombrées. Une première auberge n'accepte pas les campeurs motorisés, la seconde si, mais la place est chiche. Nous décidons d'aller voir le camping signalé à l'entrée de la ville. Nous allons nous installer à un emplacement, en attendant huit heures pour appeler Julie. La communication avec Skype est très mauvaise. Nous retournons nous installer et dîner d'une curieuse purée et de saucisses avant de nous coucher, très angoissés.

 

Samedi 29 octobre : Le bruit des avions et des véhicules sur la route proche nous a réveillés tôt. Il tombe quelques gouttes de pluie que j’espère non annonciatrices d’une saison des pluies précoce bien que, si nous rentrons… Nous allons nous garer au parking du centre commercial de la ville. Il y règne une grande animation. Une importante classe moyenne noire est venue faire des achats en prévision du week-end, la queue se forme devant les distributeurs automatiques des banques. Ce n’est pas seulement un supermarché Pick and Pay mais aussi une galerie marchande sur deux niveaux. Je ne manque pas de détailler les appâts des beautés locales, beaucoup sont fines, élégantes, il y en a autant de nattées que de décrêp164-WINDHOEK-Centre.JPGées. Quelques matrones fessues rappellent les origines du peuplement. Nous refaisons un  plein de ravitaillement que je rapporte au camion tandis que Marie m’attend dans le Mall. Je vais à l’auberge Cardboard backpackers où je parviens à trouver une place pour la voiture sur le minuscule terrain de camping. Je retourne à pied retrouver Marie, par des rues que de magnifiques flamboyants et des jacarandas en fleurs embellissent. Le centre-ville se réduit à bien peu, quelques immeubles modernes, des centres commerciaux, la campagne n’est pas loin. Nous empruntons LA  rue piétonne, Post street, entre deux galeries marchandes et allons dîner dans l’agréable jardin du restaurant Gourmet. Nous nous y offrons une débauche de gibier, des filets de springbox, d’oryx et d’autruche que nous avons bien du mal à différencier. Bien cuisinés mais sans m177-WINDHOEK-Herero.JPGarinade, les steaks tendres sont servis avec des spätzle pour Marie qui n’en raffole pas et une bonne sauce avec des fruits des bois pour moi. On retrouve là l’influence allemande. Partout les enseignes sont soit en anglais, soit en afrikaans soit en allemand. Nous continuons sur le petit parc public dit Zoo park, où les familles pique-niquent, les amoureux se font prendre e n photo et les enfants endimanchés se182-WINDHOEK-Cul.JPG salissent dans l’herbe. Nous remontons à la hauteur de l’église luthérienne de Christuskirche pour voir quelques anciens bâtiments coloniaux de l’époque allemande, rien de remarquable. Nous retournons à Zoo Park seul endroit encore animé. Tous les commerces ont fermé boutique, la ville est morte. Nous restons assis à écouter et voir danser une troupe folklorique qui s’y produit avec force trémoussements et pour moi à essayer de prendre en photo quelques personnes en costume traditionnel ou endimanchées. Nous allons prendre un soda dans la rue piétonne que seuls les touristes en quête d’animation, fréquentent puis nous rentrons à l’auberge. Une longue marche que n’apprécie pas Marie qui se plaint d’un genou capricieux. Nous profitons du wifi gratuit pour envoyer des messages et essayer d’acheter du crédit pour Skype ce qui n’est pas évident. Enfin nous dînons dans le camion puis écrivons les premières cartes postales avant que je ne m’occupe des photos et du texte.

 

 

Dimanche 30 octobre : Je suis réveillé dans la nuit et ne parvenant pas à me rendormir, je finis par reprendre l’ordinateur et envoyer un message à Julie . Le réveil est des plus agréables… Nous quittons l’auberge et commençons par faire la tournée des anciens183-WINHOEK-Vue.JPG « châteaux » construits pendant la période allemande. De simples burg, de vulgaires fortins transformés en hôtel ou résidence de luxe, sur des collines qui dominent Windhoek. Il y a autant d’animation que la veille, aussi après une visite de politesse à l’ancienne gare ferroviaire ornée d’une belle calligraphie gothique, nous sortons de la ville par une quasi autoroute qui devient vite simple route à deux voies. La circulation se raréfie bien qu’encore par vagues en sens contraire. Nous roulons dans le bush, une brousse suffisamment dense pour interdire toute vision de la faune. Seuls, un babouin qui s’épouille et un phacochère hagard, tous deux blasés, nous regardent passer sur le bord de la route. Trajet fatigant, monotone que ma mauvaise nuit rend dangereux. Je dois m’arrêter pour me réveiller. Ensuite c’est une excellente piste qui nous permet de prendre un raccourci jusqu’à Omaruru, bourgade endormie. Nous la traversons après un plein de gasoil par sécurité, depuis que j’ai raconté à Marie l’histoire des Hollandais morts de soif, en panne d’essence dans le cratère de Messun…Nous déjeunons rapidement puis continuons sur la piste. Le massif volcanique du Brandberg grossit à l’horizon et finit par occuper tout notre champ visuel. Nous nous dirigeons droit sur 194-DAME-BLANCHE-Vue.JPGle débouché d’un ravin où s’arrête la piste. Nous acquittons les droits d’entrée et de parking, puis nous nous voyons attribuer un guide obligatoire, un jeune homme en bermuda, très digne avec son stick, le cheveu tressé en fines nattes mais pas très souriant, de moins en moins quand il a compris que notre vitesse de croisière ne serait pas marathonienne… Nous devons parcourir deux kilomètres et demi, en remontant le lit d’un ruisseau presqu’à sec mais qui nous laisse tout de même189-DAME-BLANCHE.JPG la possibilité de nous mouiller les chaussures à deux gués… Le chemin est plaisant au début, nous foulons le sable ou le gravier du ruisseau, entre deux amoncellements d’éboulis rocheux. Le guide nous montre différentes plantes et nous indique leur utilisation dans la pharmacopée traditionnelle. Mais Marie commence à traîner la jambe et la continuation dans les blocs de roches devient vite pénible. Mais enfin nous sommes récompensés de notre persévérance et nous atteignons l’abri sous roche de la fameuse « Dame Blanche ». Une peinture pariétale ainsi nommée par l’abbé Breuil pas fichu de faire la d ifférence des sexes, puisqu’il s’agit d’un mâle ! Mais pouvait-il en être autrement d’un religieux qui de plus attribuait ce chef-d’œuvre aux Egyptiens ou à des Méditerranéens ! Nous sommes  confrontés à un panneau couvert de personnages et d’animaux datables entre 2000 et 6000 ans pour les plus anciennes. Il est aisé de reconnaître des animaux de la faune locale, des oryx, des 188-DAME-BLANCHE.JPGspringbok, des zèbres. Les plus récentes sont polychromes, notamment les représentations de personnages, femmes stéatopyges, chamans en transe etc… Les couleurs ne sont plus bien vives et beaucoup commencent à s’effacer. Nous ne distinguons pas les détails qui apparaissent sur les reproductions ou les dessins explicatifs placés à quelque distance. Mais enfin nous avons vu la « Dame Blanche » dont nous avions entendu parler dès le début de notre intérêt pour l’art pariétal quand nous étions en Afrique du Nord… Le retour est pénible, Marie, fatiguée, peine, trébuche, pousse ses cris énervants à chaque faux pas mais en mettant le double du temps normal, nous finissons par y arriver. Nous apprenons qu’un autre véhicule « azalaï » a été vu nous attendant puis, lassé, est reparti !  Nous ramenons sur la route notre guide qui nous quémande du pain puis nous cherchons le lodge où nous pourrions camper. La piste pour y parvenir est plus longue que prévu. Nous apprenons que des éléphants de rivière y sont fréquemment vus dans le terrain de camping ! Nous allons nous y installer juste avant la tombée de la nuit. Nous y retrouvons Marie-Jo et Guy, abandonnés par les autres, partis pour le Botswana. Nous prenons le pastis ensemble, évoquons nos possibles projets mais tout dépend encore du coup de fil que nous devons avoir mercredi avec Julie. Je suis très excité à l’idée que les éléphants pourraient venir autour du camion dans la nuit ! Après dîner je dois encore taper mon récit alors que Marie ne résiste pas longtemps…

 

Lundi 31 octobre : Les éléphants ne sont pas venus dans la nuit. Dommage ! Guy et Marie-Jo repartent pour faire le tour du Brandberg puis descendre sur la côte. Nous devrions les retrouver en compagnie des « azalaïens » qui arriveront après-demain à Walvis bay où ils récupèreront leurs voitures. Nous utilisons les commodités du camping, plutôt sommaires mais à ciel ouvert, au milieu d’une vaste étendue ombragée par des acacias centenaires. Nous passons payer au lodge, la réceptionniste afrikaner est d’une extrême froideur, décidément il y a un problème d’accueil dans les lodges ! Nous reprenons notre route de la veille, repassons à Uis où je refais un plein de gasoil. Marie voudrait bien une carte postale de la « Dame Blanche » mais il n’y en a pas ! Cela et d’autres choses qu’elle se refuse à reconnaître, la mettent de mauvaise humeur pour la journée. Nous bifurquons ensuite en direction du sud. Le bush est toujours aussi touffu mais ce ne sont plus 219-AMEIB-Bidonville.JPGd’immenses propriétés d’éleveurs qui se suivent. Pas de clôtures, mais des maisons de tôles récupérées dans des fûts déroulés et de ramassis divers, éparpillées dans la brousse et des villages misérables. Nous entrons dans une propriété immense pour aller voir le site de la grotte Philips. Nous devons montrer patte blanche à l’entrée, nous faire enregistrer avant de rouler encore dix kilomètres pour arriver au lodge, une oasis de verdure et de fleurs dans le désert, entourée de roches dénudées. Je suis accueilli par une charmante vieille dame allemande et ses innombrables chats. Nous décidons d’y passer la nuit, au terrain de camping, bien équipé, comme partout en Afrique australe, vaste emplacement avec espace barbecue… et ici une petite piscine avec des chaises longues sous un abri couvert de chaume. Après avoir déjeuné, pour une fois en dehors du camion, nous nous installons sous l’abri et corrigeons mon texte. Nous repartons, les yeux grand ouverts dans l’espoir, vain, d’apercevoir au moins une des vingt girafes qui se trouvent dans le domaine. Il en sera comme pour les éléphants… Nous roulons jusqu’au parking d’où je pars seul pour me rendre à la grotte 199-AMEIB-Grotte-Philips.JPGPhilips. Le chemin dans des éboulis, en montée puis en descente et enfin après la traversée d’une plaine, puis de nouveau en rude montée, aurait été trop dur pour Marie encore fatiguée de la veille. Au bout d’une demi-heure de transpiration j’accède enfin à la grotte, en fait un bel abri sous roche. La vue sur les montagnes est superbe. Ceux qui avaient décidé de peindre là des scènes de cérémonies magiques (?) avaient choisi un bel endroit. Je remarque aussitôt, sur la paroi, un superbe éléphant blanc sur lequel se superposent d’autres peintures, plus ou moins effacées, le long cou 217-AMEIB-Rocher.JPGd’une girafe à la tête délicate, l’arête de son cou soulignée par sa crinière nettement tracée. Un autre panneau aligne de nombreux personnages dont semble-t-il un shaman et plus à droite une représentation délicate d’un archer devant une belle autruche. Les peintures sont tout de même peu visibles et j’en reviens légèrement frustré d’autant qu’aucune explication ou analyse n’est fournie ! Après un dernier coup d’œil sur le panorama j’entame le retour, plus facile que je ne le craignais. Nous repartons et allons jusqu’au bout de la piste pour atteindre un cirque de montagnes où se trouvent éparpillées de grosses roches rondes qui semblent simplement posées, prêtes à rouler sous le coup d’une queue de billard céleste. Une falaise évoque une tête d’éléphants vue de face, d’autres sont supposées représenter des bovins mais ce n’est pas aussi évident. Retour au camping au coucher du soleil.

 

Mardi 1er novembre : Nous quittons le domaine sans voir les girafes, tout juste quelques babouins, des mâles imposants et des femelles avec leurs petits accrochés sous le ventre qui traversent la route devant nous. Nous revoyons ces campements misérables aux portes du domaine, sans savoir s’il s’agit de ceux des employés. L’apartheid a disparu mais la ségrégation continue et si les centre villes ne sont plus interdits aux Noirs, il y a toujours une ville « blanche », plus ou moins métissée désormais et à quelque distance une ville « noire », sans aucun Blanc ! La route,  monotone, traverse le veld, des étendues de brousse, partagées entre éleveurs. En approchant de Swakopmund, la végétation disparaît, cède la place au sable, des dunes couleur orange, apparaissent sur notre gauche. Nous traversons la ville à la recherche d’un emplacement dans un camping. La première auberge n’accepte pas les campeurs, la seconde est chère pour un service minimum. Nous retournons dans le centre-ville et trouvons un cybercafé. La connexion est si lente, qu’au bout d’une heure, dont la moitié gracieusement offerte quand nous nous sommes plaints de la lenteur de la connexion, nous n’avons réussi qu’à lire le message de Julie et celui de Pierre et Marie-Danièle, nous précisant leur heure d’arrivée. Celui de Julie nous démonte ! Et Julie semble compter sur notre retour  ! L’idée de devoir abandonner ce périple, de devoir 223-SWAKOPMUND-Jetee.JPGretourner au Cap me démoralise complètement et je vais être d’une humeur massacrante le reste de la journée.  Nous allons nous garer en bord de mer pour déjeuner dans le camion. Pas question de pique-niquer à l’extérieur, le vent est glacial ! Des jeunes débarquent d’un bus scolaire, tout heureux de découvrir la mer, de s’y tremper les pieds mais l’eau doit être glaciale ! Nous longeons le bord de mer, coquettement aménagé pour le plus grand bénéfice des touristes allemands, nombreux à fréquenter cette ancienne colonie du Reich. Aspect nettement cultivé par la municipalité et les marchands de souvenirs. Nous faisons le tour des anciens bâtiments du début du XX° siècle, la gare, 228-SWAKOPMUND-Maison.JPGmajestueuse, transformée en hôtel de luxe, avec une piscine en lieu et place des rails puis divers bâtiments, restaurés et reconvertis. Les panneaux, publicités, réclames, sont en allemand ! Nous repartons pour aller à Walvis bay nous chercher un camping. La route goudronnée passe entre une plage interminable, mais déserte, et des dunes de sable orangé. Diverses activités y sont proposées : buggy, monoski sur les dunes, randonnées en 4x4. La traversée des dunes jusqu’à Sandwich Harbour, prévue se fera certainement sans nous… Nous sommes vite à Walvis bay, traversée de part en part sans y avoir trouvé le centre. Une ville de maisons individuelles, sans cachet particulier, une sorte de ville américaine, très étendue et sans caractère. Nous trouvons un camping à l’autre extrémité de la ville. Munis d’un plan, nous trouvons le centre et ses commerces. Nous nous rendons dans une agence de voyage qui nous renseigne sur les surtaxes et tarifs des billets d’avion pour rentrer rapidement à Paris. Nous remettons à demain la décision. Je passe au supermarché Pick and Pay puis nous revenons au camping en longeant le bord de mer qui serait un lieu de promenade fort agréable s’il n’y avait pas ce maudit vent ! Une lessive, un plein d’eau nous occupent avant de nous connecter à internet. Impossible de lire notre messagerie ou de recréditer notre compte Skype, tout au plus je parviens à laisser un message sur le répondeur du téléphone portable de Julie, toujours fermé ! Le dîner dans le camion est sinistre, rien ne va. Marie flanque le saladier par terre, je casse un œuf. L’horreur !

 

Mercredi 2 novembre : Au réveil, de bonne heure, je rumine mes idées noires habituelles mais j’ai intégré l’idée de devoir rentrer et si je n’en suis pas ravi, j’essaie de prendre sur moi. A neuf heures, huit pour elle, nous appelons Julie sur Skype. Elle nous dit clairement qu’elle souhaite notre retour. Vu l’heure nous décidons d’aller à l’aéroport accueillir Marie-Danièle et Pierre. La route qui y mène est en plein désert, entre de vraies dunes de sable, pas des montagnes couvertes de sable… L’aérogare est minuscule et les renseignements incertains. Leur avion n’est pas programmé, celui de Johanesbourg est en retard, impossible de savoir de combien… Nous patientons une heure puis repartons en laissant un message pour eux au chef d’escale. Nous allons directement à l’agence de voyage de la veille et faisons modifier notre billet de retour du Cap, pour être rentrés lundi. Plein de gasoil, change d’euros et visite au supermarché pour acheter les provisions des jours suivants. Nous rencontrons Guy et Marie-Jo à qui nous expliquons que nous devons rentrer en France. Nous allons nous garer sur le bord de mer pour déjeuner dans le camion, à l’abri du vent et enfin nous prenons la route du retour. Nous avons décidé de passer par la piste la plus directe qui évite Windhoek. Elle est large et roulante mais la tôle ondulée est dure et même en tenant le 90 km/h, nous sommes233-KUISEB-Gorges.JPG comme la pulpe dans une bouteille d’Orangina ! Je m’aperçois au bout de plus de cent kilomètres que le toit n’a pas été baissé, ou qu’il s’est relevé… Progressivement, le sable cède la place au veld, les touffes d’herbes apparaissent, grossissent, deviennent buissons, des arb ustes suivent le cours des ruisseaux disparus, des collines puis des montagnes basses se profilent. Nous entrons dans Kuiseb pass, ce qui ne veut pas forcément dire col mais tout passage où la route zigzague en montée ou en descente, plonge dans des gorges et/ou remonte sur un plateau. Les strates des montagnes sont soulignées par le velours doré des graminées qui les couvrent. Nous 234-SOLITAIRE-Zebres.JPGrevoyons des animaux, des zèbres curieux et des gazelles apeurées avant de retrouver le carrefour de Solitaire où nous décidons de nous arrêter bien qu’il ne soit pas tard. Nous nous installons à l’ombre d’un arbre et sortons table et fauteuils, à l’abri du vent. Il fait une chaleur desséchante que nous avions oubliée dans la fraîcheur du bord de mer. Un gin-tonic s’impose au coucher du soleil. Nous voulons dîner dehors, j’allume la lampe extérieure et nous voici envahis de centaines d’insectes qui vrombissent, sifflent, crissent et se permettent même de nous heurter ! Nous éteignons mais alors on ne voit plus rien de ce qui est dans les assiettes…

 

Jeudi 3 novembre : Nous sommes réveillés tôt, une longue route nous attend, nous ne traînons pas mais nous n’oublions pas de passer chez le boulanger-pâtissier, un sympathique géant qui, à en croire son tour de taille, doit tester sur lui sa production et finir chaque soir les invendus. Nous lui achetons quelques gâteaux pour ce soir. Nous reprenons la piste, elle vient d’être reprofilée et nous nous envolons dessus. Je ne perds pas de temps à essayer de voir la faune et seuls quelques babouins qui traversent la route nous font arrêter un bref instant. Nous retrouvons le goudron à Maltahöhe et ne le quitterons plus désormais. Les kilomètres passent, nous faisons une bonne moyenne. C’est ensuite la grande route de Windhoek au Cap, peu fréquentée, fastidieuse, absolument rectiligne, dans un paysage plat, sans aucun intérêt. Je sors de la route pour refaire un plein de gasoil à 238-TSES-Bidonville.JPGTses, occasion de traverser une misérable bourgade dont la majeure partie des habitations sont des bidonvilles au sens strict du terme. Un projet d’assainissement a pourvu les habitants de latrines construites en dur, colorées, presque coquettes, à côté des masures infâmes ! Encore des kilomètres en ligne droite et c’est enfin la frontière. Formalités vite expédiées, sans le moindre contrôle. Nous traversons le fleuve Orange qui matérialise la limite entre les deux états. Ses eaux permettent des cultures verdoyantes dans le désert alentour. Le côté sud-africain est plus sympathique, le paysage est plus accidenté : des gorges et des éboulis de rochers et puis nous retrouvons les kokerboom éparpillés sur les collines et de rares cactus candélabre. Nous continuons à la recherche d’un camping. A Steinkopf, je réussis à trouver un distributeur de billets avant de continuer jusqu’à Springbok où nous parvenons à sept heures du soir après quelques centaines de kilomètres… Nous dénichons un terrain de camping à l’écart de la ville et constatons vite que la température n’est pas la même qu’à Solitaire. Ce n’est pas ce soir que nous dînerons dehors !

 

Vendredi 4 novembre : Le ciel est gris et il ne fait pas chaud au matin. J’ai mal dormi, réveillé dès trois heures et passé le reste de la nuit à penser… Nous avons encore un bon bout de route à faire mais finalement moins que nous ne le pensions. Sous le ciel maussade, le paysage est sinistre. Un crachin qui ne lave pas la voiture achève de dissimuler les montagnes. Puis, un pâle soleil éclaire les buissons de différents verts, et les fleurs blanches qui parsèment les prairies laissent croire à des chutes de neige. Nous retrouvons les vignes et les vergers peu avant Clanwilliam. La circulation s’intensifie, les résidences et autres resorts qui sont installés au long des lacs attirent la clientèle du week end. Nous devons franchir un col mais des travaux contraignent à une circulation alternée et donc à patienter à plusieurs reprises. Nous mettons à profit une de ces haltes pour déjeuner. L’autre versant est très différent, une infinie plaine cultivée en blé. Nous abandonnons la route du Cap et nous nous dirigeons sur Somerset West. La traversée des agglomérations fréquentes, les feux rouges, les encombrements nous ramènent dans un autre monde… Nous retrouvons le site d’African Overlanders, Elli, Duncan et Chloé et un couple de leurs amis, des Norvégiens avec leur bébé. Nous nous connectons facilement et pouvons enfin prendre connaissance de nos messages et surtout de celui de Julie. Nous commençons à trier ce que nous allons laisser et ce que nous allons emporter.

 

Samedi 5 novembre : Encore une mauvaise nuit… Pluie et vent au lever, plutôt tardif. Nous appelons Julie sur Skype et réglons les détails de notre arrivée. Nous décidons de profiter d’une amélioration toute relative du temps pour nous rendre à Hermanus essayer de voir les baleines. Nous suivons la route côtière en corniche qui offre de belles vues sur la baie et dans le lointain sur la presqu’île du Cap. Nous nous arrêtons sur quelques aires prévues à cet effet pour lorgner les cétacés mais, c’est bien connu, ils se cachent à l’eau… La route passe ensuite sur des plages et des échancrures qui abritent toutes des résidences de vacances et des maisons de retraite. Un petit détour à Betty’s bay nous amène à Stony 068--HERMANUS-Pingouins.JPGPoint où un cours sentier aménagé donc  payant permet d’approcher et de voir de près une importante colonie de manchots du Cap. Ils semblent aussi frigorifiés que nous, peu s’agitent et rares sont les audacieux à se tremper. Leur démarche chaloupée, leurs hésitations pour sauter une marche nous amusent un instant. Sur les bords de la route, la lande est fleurie, bouquets de jaune et d’orangé. Nous repartons et arrivons à Hermanus, village très touristique, on pourrait se croire en Bretagne. Les rouleaux crachent sur les rochers, les boutiques vendent des tee shirts et des cartes postales aux badauds. Nous déjeunons au restaurant Ocean Basket, de la même chaîne que celui du Cap où nous nous étions régalés. Ici les crevettes ne sont pas aussi bonnes et on n’y sert pas de langouste. Nous essayons ensuite de voir les fameuses baleines. Marie est persuadée en avoir aperçu et moi je suis certain de n’avoir rien vu. De temps en temps un touriste pointe le doigt vers le large, crie « Ya ! », toutes les jumelles et les téléobjectifs se tournent dans la direction jusqu’au prochain « Ya ! »… Nous finissons par rentrer au bercail préparer les sacs.

 

 

Dimanche 6 novembre : Nous avons tous les deux bien dormi et le soleil est de retour. Nous achevons de boucler les sacs, peu chargés puisque nous laissons les vêtements d’été dans le camion. Je le gare à côté d’un beaucoup plus gros qui a traversé l’Afrique lui ! Nous attendons l’heure de déjeuner, au soleil, en lisant ou en discutant avec Elli. Après notre rapide collation, nous devons encore attendre le retour de Duncan qui nous emmène à l’aéroport dans sa vieille Coccinelle, bien fatiguée. Nous longeons, comme à l’aller les misérables townships, sans eau, sans ramassage des ordures, sans toilettes. Il y a bien une tentative d’amélioration, électrification, construction de logements plus confortables et hygiéniques, vendus avec des prêts à long terme mais l’arrivée continuelle d’immigrants des pays voisins semble rendre vains ces efforts. Nous devons régler une pénalité de cent euros chacun pour modification de la date de retour avant de passer en salle d’attente. Marie tient à acheter à Julie une autruche en peluche… Nous voyons arriver notre avion, ses passagers débarquer, les équipes de nettoyage et d’approvisionnement monter à bord avant que nous en fassions autant. La préposée à l’enregistrement qui ne nous avait pas trouvé de place près d’un hublot est venue nous changer nos cartes d’accès à bord et nous pouvons lors du décollage avoir une dernière vision, à contre-jour, de la Montagne de la Table. Nous passons le temps en, regardant des films puis en dînant. Des turbulences retardent la distribution des boissons et malgré notre patience, ce n’est qu’avec le dessert que nous aurons le vin rouge ! Nous essayons ensuite de dormir et comme d’habitude, Marie y parvient mieux que moi.

 

Lundi 7 novembre : Après plus de neuf heures de vol, aperçu les lumières de Salalah à Oman puis celle de Dubai où nous nous posons en pleine nuit. Nous devons sacrifier au rituel du contrôle en retirant tout objet métallique avant de traverser une fois de plus cette année, le luxueux hall commercial pour rejoindre la salle d’embarquement pour Paris. Nous repartons avec un léger retard qui sera rattrapé en vol et sous une violente averse inopinée dans ce désert ! Nous avons droit à un second petit déjeuner auquel Marie renonce, pas moi puis à un gin-tonic à dix heures du matin (heure de Paris…) avant le déjeuner. La matinée se passe à visionner des comédies américaines insipides et bien-pensantes. Nos voisins ont trouvé mieux : une grand-mère anglo-saxonne regarde Blanche-Neige et les Chinois des films où des monstres combattent des hélicoptères de combat… Nous atterrissons à Paris dans le froid, 10°c au thermomètre… Un bus jusqu’à l’Opéra puis le métro et nous retrouvons Julie.

 

 

 

 

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 18:41

 

NAMIBIE

 

  OCTOBRE 2011 

 

Prologue : Le 29 août, après être passé chez Azalaï pour la pose d’une fixation d’une deuxième roue de secours dans la capucine du camion, je roule jusqu’au port des conteneurs de Fos. Les autres participants au voyage sont presque tous là. Je me gare 002 Mise en boitederrière l’un d’eux et je suis tout de suite pris en charge par un employé du transitaire SDV. Les papiers sont vite réglés et à notre grand désappointement nous ne pouvons pas assister à la mise en boîte de nos véhicules deux à deux dans les conteneurs. Nous allons déjeuner ensemble à Port St-Louis, occasion de faire un peu mieux connaissance. Guy et Marie-Jo me ramènent à la gare Saint-Charles d’où j’attrape au vol un train pour Toulon.

Les jours suivants, je surveille sur un site internet la progression de notre cargo, son arrivée puis son départ du port de Fos. Une semaine plus tard nos « boîtes à sardines » sont débarquées du Clonmore à Algésiras et attendent le Macuba, pas au 003 CLONMORErendez-vous et qui semble perdu dans l’océan Atlantique.

Le 21 septembre, le Macuba réapparaît pour accoster à Algésiras, puis il redisparaît...

Vendredi 7 octobre, Le lendemain, comme pour nous narguer, le Macuba réapparaît, prêt à accoster à Durban.

Nous montons à Paris, comme prévu le 11 octobre.

 

Jeudi 13 octobre : Julie revient, à demi satisfaite, de son entrevue à Toulouse avant que nous ne partions, ce qui nous permet d'encore la câliner... La navette réservée a quelques minutes de retard mais nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour arriver à Roissy. Nous évitons la longue queue de l'enregistrement grâce à la carte de Marie et nous allons attendre en lisant dans la salle d'embarquement. Le premier avion pour Dubai est plein et nous sommes à l'avant-dernier rang ! Un dîner, sans apéritif (!), nous est servi, un bon carry de poulet avant que nous n'entamions une nuit pénible, coincés sur nos sièges.


Carte-Namibie.jpg

   

Vendredi 14 octobre: Après une trop courte nuit, nous atterrissons au petit matin à Dubai. Nous devons, encore une fois, traverser ce luxueux centre commercial qu'est l'aérogare pour atteindre la porte d'embarquement du vol suivant. Heureusement des trottoirs roulants successifs nous épargnent une marche pénible. Nous repartons dans un autre Boeing, pas dans le fond mais au beau milieu d'une. Le temps passe entre somnolence et visionnage de comédies françaises oubliables. Le ciel est couvert au-dessus du Cap et à peine devinons-nous la montagne. Encore d'interminables couloirs pour passer les formalités, récupérer les bagages et sortir. Le chauffeur envoyé par l'hôtel nous attend et nous y emmène. Nous n'avons pas l'impression d'être en Afrique, du moins  celle que nous connaissions. Pas de pagaille, de cris ou de musique, les Noirs ne sont pas nombreux. Les voies de communication sont dignes d'un pays développé. Mais l'image se brouille quand nous longeons des bidonvilles, cubes de parpaings couverts de bâches, de planches, de part et d'autre de l'autoroute mais sans grande animation et avec un éclairage public. Il a plu et il va retomber encore des averses. Nous rejoignons la ville, au pied de la Table dont le sommet est perdu dans les nuages. Nous avons une chambre agréable dans une maison particulière tenue par une Française aimable et serviable. Je pensais pouvoir appeler Julie avec le portable mais je n'ai pas de réseau ! Nous ressortons pour aller dîner à proximité dans un patio moderne. Je parviens à me connecter sur internet et à mettre des messages à Marie-Cécile et à Julie. Nous prenons deux plats roboratifs, très anglo-saxons, saucisse de veau et escalope de poulet en sauce, servis avec des salades et des légumes variés, la bière est glacée. Clientèle en très grande majorité blanche. Quand nous rentrons à la chambre, la patronne nous apprend que Julie a appelé. Elle la rappelle et nous pouvons prendre de ses nouvelles, sans grand changement... Nous nous couchons en regardant TV5.

 

Samedi 15 octobre : Bonne nuit réparatrice dans le grand lit confortable. Je me réveille avec le jour et le soleil chauffe la chambre. Les nuages sont encore là mais ils vont disparaître progressivement et la montagne de la Table et sa barrière verticale émerge au-dessus de la ville. Nous avons commandé UN petit déjeuner, bien suffisant pour nous deux, pris dans le petit jardin. Je laisse Marie à la chambre et pars à la recherche du transitaire. Nous sommes dans un quartier résidentiel de petites villas, cachées derrière de hauts murs surmontés de barbelés ou de clôtures électrifiées. Des panneaux apposés sur toutes les maisons préviennent d'une éventuelle intervention de vigiles armés... Ambiance !!! Je trouve Kloof street et le transitaire mais comme je le craignais les bureaux sont fermés. Je reviens en passant par un centre commercial qui n'a rien à envier à ses cousins européens. J'achète quelques provisions pour dîner ce soir à la chambre puis je rentre à temps à la chambre pour assister à la fin du match de rugby au cours duquel la France parvient laborieusement à vaincre le Pays de Galles. Nous prévenons que nous  resterons une nuit de plus, peu sûrs d'être sur la route lundi. Nous partons à pied en direction du centre. Peu d'animation dans les rues en ce samedi après-midi. Nous sommes tout de même étonnés de trouver tant de traces d'une présence française dans cette ville. Ecole maternelle française, coq gaulois sur un mur, jogueur qui nous renseigne et qui du premier coup d'oeil a reconnu des compatriotes ! Nous rejoignons le Parlement, belle maison ancienne et parvenons dans le centre, à peine plus animé. Les Noirs sont plus nombreux et occupent toutes les tâches subalternes, gardiens de stationnement, tenanciers de petites échoppes, vigiles etc... Nous n'avons aucune perspective ouverte sur le port, l'océan, qui sont à quelques centaines de mètres mais toujours cachés derrière des immeubles ou de petits gratte-ciel. Nous déjeunons au café Mozart, en terrasse dans une allée piétonne, portions copieuses, un classique fish and chips pour moi et des calamars pour Marie. Nous sommes sollicités par des vendeurs à la sauvette qui nous remémorent ceux de Dakar ou d'Abidjan. Nos souvenirs africains sont aussi ravivés par la rencontre, dans un immeuble du centre ville occupé par des boutiques d'artisanat africain, de commerçants sénégalais, ivoiriens ou congolais qui proposent des objets en provenance de toute l'Afrique mais à l'authenticité des plus douteuses. Nous revenons par Long street, l'artère dévolue aux boutiques de souvenirs, restaurants, bars et autres lieux de perdition. Il reste quelques belles maisons victoriennes avec, au-dessus d'une galerie soutenue par des colonnes rondes, des balcons de fer forgé, transformés en terrasses de bars. Nous traversons les jardins du Parlement et ses frondaisons tropicales, terrain de jeu d'écureuils peu farouches. Nous nous rendons à la Galerie nationale Iziko, dans une belle maison ancienne mais aucun objet ni tableau ancien n'est exposé. Ce ne sont que des oeuvres contemporaines, peintures, vidéos, sculptures, peu intéressantes. Heureusement une rétrospective du photographe ghanéen James Barnor, nous intéresse par ses clichés de Ghanéens qui reproduisent les schémas des conventions occidentales dans les années 50, 60, pris à Accra. Nous revenons ensuite à la chambre par les rues toujours aussi désertes. Je retourne au café de la veille me connecter, vérifier l'absence de message de Julie ou de Marie-Cécile et en envoyer un à l'un des participants au voyage. La patronne et sa petite fille viennent nous faire la causette et nous raconter leur vie au Cap puis nous passons la soirée, après avoir envisagé la journée de demain, devant la télévision et en lisant.

 

Dimanche 16 octobre : Encore une bonne nuit. De violentes bourrasques de vent balaient la ville et nos envies de monter au sommet de la Table en téléphérique s'envolent ! Nous hésitons sur le programme de la journée. Nous finissons par nous rendre au Pick n Pay, le supermarché proche. Nous reprenons quelques provisions que je rapporte à la chambre puis nous sautons dans le bus stationné devant le centre commercial qui démarre aussitôt. Nous rejoignons le centre des affaires de la ville, des buildings récents, séparés par des espaces verts et enfin nous apercevons la mer et le port. J'essaie de deviner le Macuba et 004 LE CAP Waterfrontles conteneurs... Nous descendons au terminus au Waterfront. D'anciens (?) docks ont été reconvertis en centres commerciaux, boutiques de souvenirs et en restaurants avec terrasses devant les quais. Les bassins sont encore occupés par des bateaux de pêche et quelques chalutiers chinois en triste état. Mais en ce dimanche ce sont surtout les divers types de bateaux de promenade, voiliers, vedettes, faux galion, qui animent le port. Une grande roue, des musiciens de rue, des attractions, mimes, contorsionnistes, distraient les badauds. Nous pourrions être en Floride ou en Californie, mais peut-être y aurait-il plus de Noirs ? La foule est en grande majorité blanche mais nous croisons aussi des types indiens, des métis, des descendants des populations d'origine ancienne au faciès presque asiatique et à la peau claire et des musulmans appelés Malais bien que peu soient originaires de Malaisie. Nous déjeunons en bord de mer d'un plat de fruits de mer, crevettes,010 LE CAP Brasserie moules, calamars avec frites et riz qu'une bouteille d'un honnête Sauvignon glacé fait descendre. A côté de nous un Bier garten, célèbre l'Oktober Fest. Les bières sont servies par d'accortes fausses Bavaroises africaines, en chemisier brodé, gilet rouge et jupe longue verte tandis qu'un orchestre joue des airs traditionnels allemands que nos jeunes voisins touristes fredonnent... Nous ne savons pas trop quoi faire, traînons de banc en banc, prenons un soda puis Marie se trouve un irrésistible ensemble de débardeur-teeshirt... Nous revenons en bus et regagnons la chambre. Je vais me connecter, message des autres « Azalaïens » qui assurent avoir vu notre cargo et les conteneurs sur le port. Nous devrions nous rencontrer demain... Retour à la chambre pour traiter les photos du jour et taper la journée. Nous dînons de nos provisions. Nous devons attendre dix heures du soir pour connaître sur TV5 les résultats de la primaire socialiste et nous réjouir de la victoire de François Hollande.

 

Lundi 17 octobre : A neuf heures, je suis chez le transitaire, bientôt rejoint par les autres « Azalaïens ». Un responsable nous promet de faire son possible pour sortir les véhicules du port dans la journée. J'accompagne les autres à leur hôtel. Je retourne retrouver Marie à la chambre. Nous déjeunons au soleil, sans un brin de vent. Je fais tomber le téléphone mobile. En le remontant, je m'aperçois qu'il est maintenant connecté au réseau sud-africain. J'en profite aussitôt pour appeler brièvement Julie. Je retourne chez le transitaire, les autres me rejoignent. Nous apprenons alors que les voitures ne pourront sortir que demain ! Je suis les autres, déçu, à leur hôtel mais je m'esquive vite. Je descends la longue Long street jusqu'au quartier d'affaires. Je vais changer des euros à l'American Express sans obtenir un taux réellement meilleur. Je reviens par l'allée piétonne puis les jardins du Parlement. Je m'offre un Coca glacé sur une place avant de retrouver Marie. Le reste de l'après-midi se passe à essayer de retrouver le fonctionnement du GPS et à étudier la carte pour la suite. Nous allons dîner, excellemment, sous la verrière du patio proche, de plats, toujours copieux, de nouilles de style thaï. Nous rentrons préparer les sacs pour le départ de demain.

 

Mardi 18 octobre : Après un très succinct petit déjeuner (nos restes de rôti de porc et une tasse de thé !), je repars, persuadé de revenir avec la voiture... Je passe retrouver nos compagnons à leur hôtel et ensemble nous nous rendons chez le transitaire. D'entrée, l'armoire à glace qui est notre interlocuteur nous annonce que suite à une grosse prise de cigarettes de contrebande, tous les douaniers sont occupés pour la journée ! Mais nous pouvons nous rendre aux douanes pour essayer de faire bouger les choses. Aussitôt dit, aussitôt fait. Enfin presque puisque les autres sont venus sans leur carnet de passage en douane... Nous devons donc retourner ensemble à leur hôtel et de là, repartir en taxi aux douanes. On nous y ôte tout espoir, le rendez-vous est prévu pour demain et à moins d'un désistement de dernière minute on ne pourra pas effectuer les formalités aujourd'hui et il n'est pas question de tamponner les dits carnets sans une visite douanière... Très dépités, nous allons tous les quatre prendre un café ou un thé puis nous revenons à pied. Mais j'ai l'idée de passer à l'Office du tourisme chercher une liste des campings, ce qui nous oblige à revenir sur nos pas. Nous retournons chez le transitaire en taxi et lui demandons de nous prévenir en cas d'appel de la douane. Je reviens avec eux à leur hôtel puis rentre à la chambre. Je retrouve Marie en plein brunch de la colonie française : tartes, gâteaux et papotages mais personne n'a de relations avec les douanes... Nous décidons de retrouver les autres à leur hôtel où nous nous rendons à pied. Nous allons déjeuner tous ensemble dans un restaurant voisin du transitaire, l'Ocean basket. Nous nous régalons de langoustes, crevettes et calamars pour le même prix qu'à Waterfront. Le repas est joyeux en dépit du moral bas. Deux de nos compagnons sont d'aimables plaisantins... En ressortant du restaurant, nous apprenons que notre transitaire préféré s'est foulé le poignet, qu'il s'est rendu dans une clinique et que donc tout espoir de solution est définitivement envolé pour aujourd'hui. Les deux derniers couples sont arrivés et nous prévoyons de tous nous retrouver ce soir au restaurant proche de notre guest house. Nous rentrons donc redéballer nos sacs pour une nuit supplémentaire. Nos compagnons, renforcés par les derniers couples arrivés, nous rejoignent et nous allons tous dîner, plus légèrement, au restaurant du premier soir. L'ambiance est sympathique, les réparties fusent, les deux amuseurs font de leur mieux et nous passons une bonne soirée. Nous nous donnons rendez-vous chez le transitaire demain matin...

 

Mercredi 19 octobre : Il a plu toute la nuit et au réveil il ne fait pas bien chaud. Je pars avec mon K-way, directement chez le transitaire où je suis le premier, à huit heures et demie. Le responsable me demande aussitôt le carnet de passage en douane ainsi qu'aux autres quand ils arrivent. Nous prenons tous un taxi et nous nous faisons conduire à l'entrepôt où les conteneurs ont été déchargés. Le premier ouvert est le nôtre. Le camion de Guy, mal arrimé est venu buter contre le nôtre mais sans faire de dégâts. Nous les sortons et je constate alors une grande entaille dans la plaque d'immatriculation sans doute provoquée par la lame d'un chariot transporteur lors de l'embarquement. Mais nous sommes tous contents, les voitures sont là et nous allons pouvoir partir ! Nous devons encore attendre que les carnets de passage en douane nous soient rapportés tamponnés pour pouvoir quitter la forêt de conteneurs au milieu de laquelle nous avons patienté. Nous filons les uns derrière les autres jusqu'au Cap. Je refais un plein de gasoil à temps pour ne pas tomber en panne. Comme très souvent ici, les employés sont des Congolais, immigrés auxquels sont dévolus les petits boulots. Plaisir de parler français et de retrouver un peu de l'ambiance que nous connaissons, les Sud-Africains noirs nous paraissent moins exubérants que ceux de l'Ouest... Je file à la chambre annoncer à Marie que nous pouvons partir. Nous faisons nos adieux à notre hôtesse, chargeons les sacs at allons retrouver les autres à leur hôtel. Nous prenons l'autoroute de l'aéroport, en convoi, six véhicules identiques qui se suivent et cherchent leur route, se perdent, s'attendent, se retrouvent... Heureusement ce n'est que pour un jour ! Après l'aéroport, les bidonvilles semblent les seules types d'habitations visibles. Des bidonvilles qui semblent aménagés, les masures paraissent réparties sur des lots viabilisés et l'éclairage est fourni aux sommets de pylônes. Nous trouvons au bout de quelques dizaines de kilomètres le terrain où nous allons passer la nuit et où il sera possible de laisser la voiture lors de notre retour en France. Nous sommes accueillis par un jeune couple anglo-espagnol, Duncan, Eli et leur bébé Chloé, tout droit sortis d'un film de Ken Loach, contents de nous voir. Nous sommes au pied de la falaise qui limite la baie de Gordon's bay. Nous repartons pour le supermarché faire des achats pour les deux jours suivants. Le magasin est bien achalandé et nous n'avons pas de problèmes de ravitaillement. Nous achetons aussi pour faire un braai, un barbecue. Nous revenons au terrain nous installer et finir le rangement dans les coffres avant d'allumer le feu avec des branches d'eucalyptus. Enfin, dans la salle commune, nous prenons l'apéritif ensemble, pastis ou gin-tonic avec du biltong, de la viande séchée et des achards. Le repas de saucisses et de côtes d'agneaux arrosé de bouteilles d'excellents rouges locaux, merlot et cabernet fait le bonheur de tous avant que nous n'allions nous coucher enfin dans nos camions.     

 

Jeudi 20 octobre :  Marie peine à se réveiller. Nous retrouvons nos marques dans le camion en prenant le petit déjeuner. Je vais me doucher dans la maison, nos compagnons commencent à se préparer. Deux équipages prennent la route pour le Botswana. Je demande à Duncan s'il connaît un bon mécanicien pour régler le problème de vibrations dans le volant à 80 km/h. Nous suivons sa moto et traversons des quartiers de Strand entièrement consacrés à la voiture. Là aussi les consignes de sécurité sont strictes, pas question de rentrer dans un magasin, un atelier, sans montrer patte blanche en sonnant pour obtenir l'ouverture. Nous devons faire plusieurs ateliers avant de trouver un spécialiste du pneu qui réalise un réglage de l'équilibrage. Je suis étonné de voir; en Afrique, des Blancs occupés à des tâches sans doute mal rémunérées, comme hier au supermarché, celui qui emballait les achats dans des sacs. L'égalité par le bas ? La note n'est pas salée et je repars rassuré mais au bout de quelques kilomètres, je constate que les vibrations se produisent maintenant à 90 km/h et encore plus fort ! Pas question de revenir sur nos pas... Nous passons à Stellenbosch, ancienne cité hollandaise dont nous apercevons quelques maisons à pignon et églises, chaulées et à toit de chaume. Nous ne nous arrêtons pas, réservant sa visite pour notre retour. Nous continuons dans la campagne, au milieu des 016 GYDO Passvignobles puis des élevages. Quelques haras aux pâtures de rêve sont le royaume de superbes chevaux. Nous approchons d'une chaîne de montagnes que nous longeons avant de la traverser et plonger dans une vallée de vergers, piquée de lacs, mares et étangs. Nous arrêtons sur le bord de la route pour déjeuner, en cédant à la paranoïa locale : nous fermons nos portes le temps du repas. A Cérès, nous retrouvons les trois autres « Azalaïens » arrêtés pour des courses. Nous échangeons des informations sur les pistes qui mènent au parc du Cederberge et repartons. Je m'arrête à la sortie de la petite ville chez un spécialiste des pneus de la même enseigne que celui de ce matin. J'explique au responsable que je ne suis pas satisfait du travail réalisé. Il fait démonter et rééquilibrer les deux roues avant. Le résultat est très satisfaisant. Nous continuons sur des routes de moins en moins fréquentées, entre barrières montagneuses et vallées verdoyantes. Nous ne trouvons pas la 021 CEDERBERGE Colroute sur laquelle nous devons nous engager et comme souvent Marie s'en inquiète... Personne en vue, je m'arrête et dois attendre longtemps avant que passent des voitures. Elles ne semblent pas vouloir s'arrêter... L'une revient sur ses pas et nous rassure, nous sommes sur la bonne route... A la route succède une excellente piste sur laquelle je roule à vive allure, heureux, enfin, d'être en Afrique, sur une piste ! Nous traversons des roches étranges, des cubes, des parallélépipèdes, des tranches minces de grès, posés les uns sur les autres en équilibre que l'on pourrait croire instable, prêts à s'écrouler sous la moindre poussée. Nous rejoignons les autres véhicules et roulons de conserve mais à bonne distance pour éviter les nuages de poussière soulevés. Nous pénétrons dans des vallées encaissées, sauvages, couvertes d'un maquis encore vert. Nous décidons de bivouaquer tous ensemble en suivant un tronçon d'une piste à peine tracée, à l'écart de la route. Nous avons foulé des broussailles d'où s'exhalent des parfums inconnus.  Chacun s'installe, va explorer les environs, à la découverte d'une végétation étrange ou simplement inconnue, des plantes, des crassula, aux allures de baobab bonzaï et de vulgaires genêts. Le coucher du soleil nous rassemble devant une bouteille de pastis, en plein air. Quand la fraîcheur devient trop grande nous regagnons chacun notre cellule pour dîner puis veiller.

 

Vendredi 21 octobre : Réveillés presque avec le jour, nous tardons à nous lever alors que nos compagnons sont plus matinaux. Nous ne sommes néanmoins pas les derniers à être prêts au départ. Nous continuons sur cette excellente piste, au milieu des massifs qui ne manquent pas de nous faire penser à un Maroc plus verdoyant. Dans le fond des vallées des fermes où l'on cultive la vigne, des vergers et des prairies qu'apprécient de beaux chevaux. Nous pénétrons dans la réserve de Cederberge. Une piste mène à un site de peintures rupestres mais le portail est cadenassé. Nous envisageons bien de le forcer mais n'osons pas. Arrive, au volant d'un puissant 4x4, une ranger, une blonde plantureuse, intiguée par notre présence et qui bien que pressée par le temps, nous propose de revenir 026 CEDERBERGE Peintures éléphantssur ses pas pour nous délivrer à son bureau le permis de visite et, surtout, le code d'accès au site. Je monte avec elle. Elle conduit son engin avec aisance, silence et rapidité. Nous ne revenons que de quelques kilomètres sur nos pas. Le permis octroyé, elle me ramène au portail et continue sa route. Nous pénétrons alors sur une piste d'où nous ne pouvons sortir, et qui nous amène en moins d'un kilomètre, à un ensemble de roches, des grès rougeâtres, érodés, colorés par des lichens. Sur les parois d'un abri sous roche, nous pouvons admirer une superbe frise d'éléphants affrontés à des chasseurs. Ils ont été peints par les San, le plus ancien peuple de la région, quelques milliers d'années avant la venue034 CEDERBERGE Arche d'envahisseurs africains puis européens. Le site est splendide, le ciel est bleu, l'air est doux, le voyage commence ! La piste continue quelques centaines de mètres jusqu'à un massif ruiniforme dans lequel nous déambulons en évoquant le Tassili N'Ajjer. Le sentier passe sous des arches, des ponts naturels et une véritable cathédrale de roche dont la voûte est supportée par des piliers que le vent a creusés. Le ciel se couvre, nous continuons sur la piste. Les arrêts sont prétexte à herboriser savamment pour Guy et Marie-Jo ou à disserter sur la mésange royale (?) ou le passereau à queue jaune (?). Nous ne sommes pas vraiment passionnés par ces deux sujets... Mon niveau de gasoil commence à m'inquiéter sérieusement. Avec notre GPS bas de gamme, nos réserves d'eau et de gasoil au plus bas et notre absence de logiciels de positionnement sur des ordinateurs de bord, nous faisons figures d'amateurs en comparaison de nos compagnons équipés de tableau de bord dignes de Boeing 747... Nous arrêtons à la sortie nord du parc, en dehors de l'aire de camping où il aurait fallu payer pour stationner le temps d'un pique-nique, sur une pelouse  au bord de la rivière. Le temps d'avaler un rapide déjeuner, nous sommes invités à libérer les lieux, non  encore ouverts au public... On ne plaisante pas en Afrique du Sud avec les règlements... Un mélange de puritanisme protestant hollandais et de rigueur anglo-saxonne ? Nous repartons en tête, ce qui nous permet de rouler à notre allure (rapide...) et de ne pas avaler la poussière de ceux qui nous précédaient. Malgré mes craintes de plus en plus vives, nous parvenons à Clanwilliam, sans tomber en panne de carburant. Je refais un plein et même remplis un jerrycan de secours. Nous nous séparons  de nos compagnons. Ils continuent vers le nord. Nous cherchons à nous renseigner sur les possibilités de voir d'autres sites de peintures rupetres. Je vais changer des euros, ce qui demande un certain temps. Dans la première banque, l'ordinateur est en panne, dans la seconde c'est l'imprimante... Enfin nous obtenons un taux bien supérieur à celui du Cap. Toute la population, des Blancs et surtout des Métis, parle afrikaans, tout en comprenant et pouvant pratiquer l'anglais. Renseignement pris, nous décidons d'aller au site de Sevilla, à quelques dizaines de kilomètres sur la route de Calvinia. Nous franchissons un col aux pentes rudes et rapides, descendons dans une vallée et acquittons un droit d'entrée avant 058 CLANWILLIAM Peintures Sande nous lancer à la recherche des peintures sur un sentier bien indiqué mais difficile. Nous cheminons sur la roche crevassée, boursouflée, rarement sur terrain plat, au milieu de massifs ruiniformes déchiquetés. Marie fatigue, s'énerve, panique. Nous trouvons quelques traces de peintures sous des abris sous roche, des personnages, chasseurs, danseurs, un bel archer, des femmes manifestement pourvues de fessiers conséquents et des animaux, surtout des zèbres,. Rares sont les panneaux bien conservés et nous sommes plutôt déçus en regard de la difficulté d'accès. Nous n'avons pas le courage ni surtout le temps d'aller au bout du sentier et revenons juste avant le coucher du soleil. Nous retournons à Clanwilliam. Le soleil rougit le ciel et les flancs de la montagne qui semble en feu. Nous allons nous installer au camping municipal, au bord du lac de barrage. Nous ne sommes pas les seuls... Des jeunes ont aussi choisi de venir passer le week-end au même endroit. Les braai rougeoient, les odeurs de graisse emplissent l'air et aiguisent nos appétits mais il ne saurait y avoir de week-end réussi sans musique et bien entendu les décibels ne manquent pas... Nous sommes fatigués et assoiffés, la bouteille de Pastis connaît une nouvelle baisse de niveau...

 

Samedi 22 octobre : La nuit a été plus calme que je ne l'avais craint. Néanmoins, dès que le soleil est assez haut, les langoureuses Lolitas locales se font bronzer au bord de l'eau et la sono hurle des airs excités pas vraiment à notre goût. Nous quittons ce paradis et repassons en ville. Nous tentons de nous connecter à l'unique cybercafé du bourg. Les machines sont antédiluviennes et la connexion si lente qu'au bout d'une demi-heure, nous n'avons pas encore pu lire les messages. Nous renonçons et allons au supermarché refaire des provisions. La rue principale est très animée, les habitants déambulent, discutent. Nombreux sont les métis de Bushmen, ou Boshimans, de petite taille, les traits fins, presque asiatiques, la peau cuivrée. Les femmes sont corpulentes, parfois stéatopyges. Nous repartons sur la route de Springbok. Elle n'est pas large, deux simples voies, mais le trafic 060 STEINKOPF Vueest des plus réduits. Tant que nous roulons dans la vallée Oliphants, la terre ocre rouge contraste avec le vert des cultures, principalement de la vigne puis les cultures disparaissent, les terres sont couvertes de gros buissons et ne sont plus parcourues que par de rares troupeaux de chèvres à poil ras ou de moutons. Les villages sont inexistants, une bourgade tous les 40, 50 kilomètres dominée par la flèche de son église. La route est absolument rectiligne  et je commence à somnoler. Nous arrêtons pour déjeuner. A Springbok, complétement endormi, nous ne pouvons nous renseigner à l'Office du tourisme, fermé, mais le pompiste nous assure que la frontière est ouverte à Sendelingsdrift. Nous continuons vers la frontière namibienne puis bifurquons en direction de Port Nolloth sur l'océan. La désertification est de plus en plus marquée, la terre se mélange à un sable rouge et les buissons sont de moins en moins touffus. Quand nous sommes en vue de l'océan, des dunes se profilent à l'horizon et le sable devient blanc. Nous atteignons Port Nolloth, pas plus animé que les précédentes bourgades. Le cybercafé est fermé jusqu'à lundi, ainsi que la plupart des commerces. Des installations de la De Beers signalent que nous sommes dans une zone diamantifère. Nous trouvons un Caravan Park, agréablement installé sur la plage. Nous ne pouvons pas être plus près de la mer ! Il n'y a pas trop de monde et nous formons des voeux pour que la musique ne soit pas au programme de la soirée. Nous allons nous tremper les pieds, l'eau est fraîche, pas question de se baigner. Nous nous sommes installés avec nos sièges et la table, dans le sable pour lire et profiter du soleil tout juste tiède. A la fraîche, nous rentrons dans le camion corriger mon texte puis dîner.

 

Dimanche 23 octobre : Encore une nuit tranquille. Le ciel est couvert mais dégagé au nord, là où nous allons. Nous suivons la côte, à quelque distance de la mer. Le rivage, zone d'exploitation minière, est interdit d'accès. Nous parvenons à Alexander bay où je refais un plein d'essence. Pas question d'aller en ville, c'est une enclave privée, on ne peut y entrer qu'avec un permis délivré par la société minière ! Nous continuons donc, sur une excellente piste qui autorise une vitesse élevée. Nous suivons le fleuve Orange qui fait frontière avec la 061 ALEXANDER BAY OrangeNamibie. Ses rives verdoyantes tracent un sillon rafraîchissant dans ce désert minéral de montagnes dénudées ocre rouge. Nous avons branché le GPS, inutilement car la direction est bien indiquée. Mal confiant dans mon GPS, je suis une mauvaise piste à un carrefour. J'arrête un véhicule pour me remettre dans le bon chemin. Son chauffeur nous invite à le suivre. Il prend un raccourci sur une piste de très mauvaise tôle ondulée puis continue en roulant doucement pour ne pas nous perdre et nous devons avaler le nuage de poussière qu'il soulève. Nous parvenons à Sendelingsdrift, poste frontière endormi. Nous sommes les seuls à passer, le contrôle des passeports est rapidement et aimablement effectué mais faute de poste de douane, nous ne pouvons faire tamponner le carnet de passage en douane... La frontière se franchit sur un bac très simple, mu par des moteurs de062 SENDELINSDRIFT Bac hors-bords, guidé par des câbles amarrés sur les deux rives. Le péage est onéreux pour une très courte traversée, moins d'une centaine de mètres ! Mais nous avons tout de même dû enfiler des gilets de sauvetage pour le cas où... De l'autre côté, nous accomplissons les formalités d'entrée en Namibie, papiers à remplir, une taxe à payer moyennant reçu et pas de contrôle douanier. Nous nous arrêtons peu après pour déjeuner dans le camion avec vue sur l'Orange. Il fait très chaud pour la première fois, un vent brûlant et desséchant nous assaille. Nous roulons ensuite à vive allure. (si toutes les pistes étaient comme celles-là !) en longeant le cours de la rivière au bleu incongru dans ce désert. Nous traversons des montagnes noires comme du goudron, aux chicots alignés comme des vertèbres de dragon puis nous retrouvons les roches rouges. Nous bifurquons en plein désert, seuls sur cette large piste. Pas un animal en vue... Nous parvenons à Ai Ais, à l'entrée sud du parc de Fish River Canyon. Il s'y trouve un complexe touristique bien équipé avec des bungalo003 AI AIS Fish riverws et un camping, un peu cher... Nous décidons d'y passer la nuit. Nous y trouvons trace de nos compagnons "azalaïens" passés la veille. Il n'est pas tard, nous allons nous promen er dans le lit sablonneux de la Fish River. La marche dans le sable brûlant est pénible, nous n'allons pas très loin, marquons une pose à observer des oiseaux puis rentrons, aucun léopard n'est venu boire à une mare... Nous nous installons sur la table et dans les fauteuils mis à disposition des campeurs pour lire ou taper ce texte. Les oiseaux, corneilles ou vulgaires piafs sont très familiers. Je leur donne de la mie de pain et pour me remercier, l'un d'eux se perche sur une branche au-dessus de nous et me chie sur le clavier ! Je passe une demi-heure à nettoyer les interstices du clavier... Nous nous offrons un gin tonic mais le vent nous fait regagner l 'intérieur du camion.

 

Lundi 24 octobre : Nous essayons de partir un peu plus tôt, ce qui dépend beaucoup de Marie. En attendant qu'elle ait fini de se préparer, je lis, agréablement installé au soleil vite virulent. Nous repartons sur une piste toujours excellente et peu fréquentée. Des panneaux routiers mettent en garde contre la divagation des autruches ! Nous apercevons de graciles gazelles, des springboks, vives, avec de belles cornes et des rayures noires sur les flancs. 008 AI AIS KokerboomPuis nous arrivons à l'entrée du parc de Fish River Canyon. Après avoir acquitté le droit d'entrée, nous roulons sur un plateau à la terre rouge piquetée de pavés de basalte noir où les seuls et rares arbres sont des acacias aux épines redoutables pour les pneus et des kokerboom, le curieux arbre-carquois en forme de candélabre, les branches pointées vers le ciel. Puis soudain, alors que rien ne le laissait prévoir, nous atteignons le rebord du canyon. D'un mirador, nous découvrons les méandres de la rivière alanguie au fond des parois rougissantes et à double niveau de la faille. La vue porte loin sur les 015 FISH RIVER Canyonmontagnes érodées et le désert ch auffé depuis des millénaires. On n'y devine aucune vie animale et pourtant gazelles, antilopes et même  zèbres peuplent le parc. Nous suivons le rebord de la falaise et arrêtons à différents points de vue mais c'est au premier que nous avions la vue d'ensemble la plus grandiose même si chacun a son intérêt : aloès aux feuilles rouges qui forment des taches sanguinolentes sur les parois du canyon, roches boursouflées qui surgissent du gouffre, méandres paresseux dans lesquels je ne nous vois pas marcher des heures, des jours, sac au dos comme le font certains... Repus de roches et de sables, de ces visions des premiers âges, nous repartons. C'est à l'extérieur du parc que nous verrons le plus d'animaux. 030 FISH RIVER AutruchesD'abord d'autres gazelles, peu effarouchées tant que nous restons à bonne distance puis une famille d'autruches. Le mâle aux belles plumes noires, sa femelle plus petite et aux plumes mélangées et les petits oisillons qui courent, à peine visibles dans la brousse. Un véritable troupeau d'autruches obstrue presque, plus loin, la piste et peu effarouchées, elles se laissent prendre en photo sous l'oeil amusé des touristes sud-africains blasés. D'inespérées antilopes oryx surgissent 075 AUS Oryxdu désert, méfiantes elles restent à bonne distance. Nous pouvons tout de même apercevoir leurs belles cornes rectilignes et leur museau rayés de noir. Nous verrons d'autres gazelles, et autruches mais, déjà las, nous n'y prêterons presque plus attention ! Après une piste si bonne que l'on y roule facilement à plus de 100 km/h nous rejoignons la route goudronnée de Lüderitz. Elle est étroite mais aussi bien peu fréquentée. Je comptais refaire un plein de gasoil à Goageb mais en guise de bourg, il ne s'y trouve qu'une gare, une mission de Béthanie, seul bâtiment en bon état, et derrière des restes de clôtures destinées à protéger ces maigres biens, des masures achèvent de crouler et des carcasses de véhicules hors d'âge de rouiller, et pas âme qui vive. Je dois utiliser les vingt litres du jerrycan de secours pour atteindre Aus où entre deux bier garten, on trouve des pompes à essence ! Dans les dernières dizaines de kilomètres, le paysage change. La route descend dans une immense plaine couverte de graminées jaunâtres qui vont laisser la place à du sable de plus en plus envahissant. Un chacal nous regarde passer, des autruches suivent les rails de la voie ferrée et aucun des chevaux sauvages de la région n'est visible. Le vent latéral forcit, emporte des nuages de sable qui forment des barkanes contre lesquelles luttent les engins de déblaiement. Le ville est inerte, les rares habitants qui ne sont pas calfeutrés chez eux sont couverts comme pour affronter les intempéries. Nous trouvons le front de mer et à son extrémité, le phare, derrière lequel se cache un terrain de camping qui serait idéalement situé si le vent ne soufflait pas aussi fort. Alors que nous nous préparons à en repartir, arrivent les autres "Azalaïens". Après quelques échanges, nous allons nous garer en ville, près de l'unique cybercafé. Je peux me connecter en wifi, lire le message de Julie, lui répondre ainsi qu'à d'autres et même commencer le blog. Nous dînons tous ensemble dans le seul restaurant de fruits de mer de la localité, rien d'exceptionnel, un bon poisson, le kingklip, proche de la sole mais pas de cuisine sophistiquée ! L'abus de Chardonnay entraîne une exubérance excessive avant que nous ne regagnions notre presqu'île ventée.

 

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