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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 23:32

Mercredi 3 décembre : Marie a remis le chauffage dans la nuit mais la batterie ne tient pas jusqu’au matin et nous avons hâte que le soleil se lève pour nous réchauffer. Nous passons au souq, marché traditionnel avec des bouchers et des épiciers dans la structure en dur et une répartition à l’extérieur par produits : l’allée des marchands de légumes, des menuisiers, des marchands d’épices, des vêtements etc… Les bestiaux sont à part, une cour pour les bovins, une autre pour les moutons. Les maquignons sont à l’œuvre, on tâte, soupèse les bêtes, palpe les toisons et discute longuement. Nous essayons de nous renseigner sur la valeur des bêtes, les prix paraissent faramineux jusqu’à ce que je comprenne qu’on me parle en rials ; il en faut vingt pour faire un dirham, comme autrefois nos « sous ». L’approche de l’Aïd fait monter les prix… Nous repartons après que Marie a acheté un châle noir brodé de fils de laine colorés, du type de ceux portés par les femmes bédouines de la région. Nous quittons Zagora et entamons la remontée de la vallée du Draa. Je photographie la première belle kasbah ancienne que nous voyons, en me disant que j’aurai bien le temps d’en prendre d’autres… Mais nous allons vite constater qu’elles sont toutes abandonnées et donc tombent en ruines. Seules, celles qui ont été transformées en hôtels, en « riads » comme le prétendent certaines pour faire plus « chic », ont été sauvées du massacre. Les constructions modernes les enserrent, les étouffent, plus de recul pour les apercevoir dans toute leur splendeur passée ; les tours disparaissent derrière les crépis des tristes maisons d’aujourd’hui, les murs d’enceinte sont percés. Nous apercevons de la route un joli marabout en pisé, dans un village. Nous arrêtons et l’approchons, nous sommes aussitôt circonscrits par un autochtone auto-proclamé gardien des lieux, qui, après des patenôtres, nous réclame vingt dirhams pour faire une photo ! Marie explose, folle de colère, je ne suis pas en reste et demande à voir le chef du village, parle d’aller à la gendarmerie. Une déception supplémentaire dans cette vallée du Draa dont nous avions gardé un trop bon souvenir. Plus loin, nous voulons nous promener dans une ancienne kasbah, nous sommes aussitôt entourés de quelques jeunes qui ne parlent pas trois mots de français, ne savent que répéter les trois mêmes mots et ne nous lâchent que lorsque nous revenons à la voiture, après n’avoir aperçu que des restes de ksar et de tours. Le temps s’y met, l’air est chargé de poussière à tel point qu’on ne distingue plus la montagne et qu’il n’est plus question de faire des photos. Nous déjeunons dans la voiture, à l’écart de la route pour ne pas être importunés puis nous repartons. Un détour sur l’autre rive, toujours à la recherche de belles kasbah, confirme nos impressions de la matinée. Nous atteignons Agdz, grimpons avec la voiture sur un piton d’où nous avons une belle vue sur les palmeraies et les ksour dans le lointain. Nous approchons l’un d’eux, sans le visiter puis continuons. La route s’élève, quitte la vallée, remonte des pentes de roches noires qui brillent dans le soleil à contre-jour. Nous longeons ensuite des montagnes qui semblent griffées ; celles de forme tronconique, paraissent avoir été découpées en rondelles… Nous passons un col, de l’autre côté, l’air est pur et nous avons devant nous la ligne de crête de l’Atlas enneigé ! Nous arrivons à Ouarzazate qui s’est bien étendue. Nous nous rendons aussitôt à la kasbah de Taourirt, pour profiter de l’ensoleillement. L’entrée au ksar est payante désormais mais il a été restauré et la vindicte qui s’était abattue sur l’ancien Glaoui de Marrakech dont les biens, donc les kasbahs, avaient été confisqués par Hassan II, n’a pas été poursuivie. Nous nous promenons dans un véritable labyrinthe de corridors, de pièces, d’étages, sans plus trop savoir où nous sommes. Les marches des escaliers sont dignes des maisons yéménites auxquelles ces kasbah ressemblent fort avec leurs tours, leur construction en pisé et leur décoration. Quelques pièces ont conservé leur superbe décoration d’origine : plafonds peints, stucs géométriques, carreaux de faïence etc… La vue de l’extérieur, au soleil couchant, est splendide. Dommage que les autres kasbah ne bénéficient pas de ces efforts de restauration. Nous nous promenons dans les rues de l’ancien village ; les maisons sont maintenant des boutiques de souvenirs, sauf les dernières, en vis-à-vis, aux fenêtres desquelles apparaissent des femmes, fardées comme des actrices d’opéra chinois, qui ne font pas beaucoup d’efforts pour se cacher aux regards des hommes ! J’ai l’impression de traverser une scène de théâtre tant la situation paraît outrée, factice ! Nous reprenons la voiture et allons faire des achats au supermarché Dimitri. L’ancien légionnaire chez qui nous avions mangé et dormi a su faire son chemin… Nous trouvons ensuite le camping où nous prenons le branchement électrique pour avoir le chauffage toute la nuit.

 

Jeudi 4 décembre : Heureusement que nous avons chauffé, le thermomètre est descendu à 3°c ! Une douleur, sans doute due aux marches de la kasbah de Taourirt, m’élance dès que je fais un mouvement et me tient éveillé une bonne partie de la nuit. Un Italien, propriétaire d’une Land Rover, avec une cellule, vient m’entreprendre sur les mérites comparés des différents moteurs, je ne sais même pas quel est le nôtre ! Curieux, ces inconditionnels d’une marque… Nous repassons chez Dimitri, compléter les achats puis nous sortons de la ville. Nous passons devant les studios de cinéma, hésitons à les visiter et je me contente de prendre en photo le mur d’enceinte et ses statues égyptiennes, plus vraies que nature. Nous faisons le détour pour voir de près la kasbah de Tifoultoute, sans la visiter. Elle domine un oued, sa vision est gâchée par la construction en contrebas d’un restaurant fonctionnel, par la présence de paraboles pour la télévision et l’érection d’un minaret rose. Ces deux derniers éléments de décor ( ! ) sont caractéristiques de tous les villages et nous allons les retrouver toute la journée. Nous quittons la route de Marrakech pour aller revoir la kasbah des Aït ben Haddou. L’arrivée est étonnante, encore que nous nous y attendions. Une petite ville a surgi de terre, là où il n’y avait absolument rien, hôtels et restaurants bien entendu. Mais au moins, ils ne se sont pas installés sur l’autre rive, dans la  kasbah et ils ne gâchent pas la vision de cette petite merveille. L’utilisation du site pour tourner des films, l’a sans doute sauvé. Il nous semble que des ksour ont été restaurés, l’ensemble est parfait d’équilibre, d’unité dans la construction. Nous ne traversons pas l’oued, cela nous évitera peut-être d’être déçus de près… Nous allons voir la kasbah de Tamdarght, en ruine mais dans un beau site et même ses restes ne manquent pas de grandeur. Au point où nous en sommes, nous décidons de continuer sur la piste pour rejoindre Telouet. On nous avait dit que le 4x4 était nécessaire, ce que nous avions jugé exagéré… Au début, la piste est tracée dans la roche, pas très bonne mais nous roulons doucement. Nous prenons en stop deux instituteurs qui regagnent leur école. Quand nous les y déposons, ils nous disent qu’une côte est un peu difficile mais qu’il n’y a pas de problème… Ce sera sans doute la piste la plus dure du voyage. Non contents de rouler en corniche, au-dessus d’un à-pic impressionnant, d’être ballottés à chaque marche qu’il faut franchir au pas, nous allons devoir grimper, à flanc de falaise, une interminable montée qui va exiger de passer les petites vitesses ; je vais devoir m’y reprendre en deux temps pour franchir le virage en épingle à cheveux. Je ne suis pas fier, refuse obstinément de regarder en bas et espère qu’il y a au moins la largeur des roues entre la falaise et le vide… Quand nous parvenons au sommet, je pousse un gros ouf de soulagement ! Je vais enfin pouvoir contempler le paysage ! Magnifique ! Des montagnes érodées aux strates mises à nu par le vent, des villages perdus, sans aucune construction moderne (sauf les mosquées !) et dans le fond, des lopins de terre cultivés avec des araires en bois, tirées par des ânes ; les femmes sont de corvée de bois et portent sur le dos des charges invraisemblables. Pourtant il y a un réel début de développement, l’électricité a été amenée, des bouteilles de gaz sont disponibles, des écoles existent et des taxis-brousse (pas sur la portion de la côte !) relient les villages à la grande route. Nous ne sommes pas mécontents de retrouver le goudron, même s’il a beaucoup de trous, à Anemiter. Le temps se gâte, le soleil est caché par des nuages et il tombe quelques gouttes. Des plaques de neige, de plus en plus larges et nombreuses, couvrent les montagnes. Nous arrivons trop tard à Telouet pour le souq, les paysans s’en retournent dans leurs villages. Nous allons revoir, de loin, la kasbah, ancienne résidence du Glaoui, pas entretenue et de plus en plus en ruine. Nous déjeunons rapidement puis continuons en direction du col du Tizi n Tichka. Il commence à tomber de la neige fondue, de grandes flaques d’eau terreuse remplissent les creux. Nous montons dans le brouillard de plus en plus épais. Nous ne voyons rien de la plaine en dessous de nous et la visibilité est encore pire sur le versant de Marrakech. La route n’a pas changé, pas plus large alors que le trafic est plus important. Enfin, nous sortons du brouillard puis des montagnes et retrouvons la riche terre rouge de la plaine du Haouz. Nous entrons dans Marrakech, nous ne savons trop par où, apercevons le minaret de la Koutoubia et longeons la palmeraie avant de trouver un camping au calme.

 

Vendredi 5 décembre : La nuit a été moins froide qu’à Ouarzazate, néanmoins, nous avons apprécié le chauffage. Nous partons avec la voiture, l’Atlas enneigé et le minaret de la Koutoubia, images classiques, sont en toile de fond. Nous cherchons l’avenue Mohamed V, l’artère principale du Guéliz, le quartier moderne. Nous avons du mal à nous reconnaître dans les avenues nouvelles ou élargies, les récentes constructions et, après nous être trompés, nous débouchons dans notre ancienne avenue, passons devant notre immeuble. Se garer n’est pas évident, le conducteur marrakchi n’est pas très discipliné et les mobylettes et scooters conduits à toute vitesse ne facilitent pas la vie du conducteur peu sûr de ses droits… Nous parvenons à nous garer dans la grand avenue. Nous achetons « Le Monde » de la veille puis allons voir notre ancien immeuble : la porte est close, pas de gardien en vue. Nous allons au cybercafé, juste en dessous, envoyer des messages à Julie, Nicole, aux Fantino et à Michèle. Nous essayons de retrouver des lieux connus mais tout a disparu : plus de « Petit Poucet », ni d’autres restaurants ou librairies que nous fréquentions alors. Le marché a été rasé récemment et un projet immobilier avec hôtel 5 étoiles, galerie marchande etc… doit lui succéder. Nous rendons visite à une boutique avec de magnifiques bijoux anciens, très chers et toujours pas de fibule taouka. Nous déjeunons dans un bouge, un café où on sert de la bière, donc fréquenté par tous les alcooliques du quartier. Mais, pas question de boire une bière à l’extérieur, aussi devons-nous nous attabler à l’intérieur enfumé. Merguez et kefta avec des frites. Nous reprenons la voiture et allons nous garer à l’entrée des jardins Majorelle. Entrée chère pour un beau jardin d’essences tropicales, principalement des bambous et des cactus en plantations très denses. Des poteries sont peintes dans le bleu « Majorelle » mais aussi dans d’autres couleurs qui tranchent sur le vert des plantes. Au fond, le pavillon, lui aussi bleu « Majorelle », que devaient occuper Yves Saint-Laurent et Pierre Bergé qui restaurèrent le jardin. De leur balcon, ils avaient vue sur une forêt de cactus dressés qui devaient les inspirer…  Dans le musée, payant en plus, très belle collection de bijoux (dont une paire de fibules taouka qui ferait notre bonheur), de faïences, de portes, de tissus de qualité exceptionnelle et pour terminer, une salle dédiée aux peuples nomades, pour ceux qui auraient oublié que le Sahara est marocain… Nous prenons un thé à la menthe (un pour deux mais la théière est suffisante pour deux) avec des gâteaux au miel que nous avons achetés ce matin. Nous reprenons la voiture pour aller à Bab Agnaou, à proximité des palais. Nous longeons les magnifiques remparts roses, avec en ligne de mire, les sommets de l’Atlas, en partie cachés derrière les palmes. Je dois faire plusieurs demi-tours avant de trouver la porte et faute de pouvoir me garer, je dois franchir les remparts, ce que je voulais éviter, pour trouver une place devant la mosquée El Mansour. Nous partons à pied dans ce quartier populaire, pour le palais de la Bahia, un peu éloigné. Nous passons devant des boutiques d’herboristes et de marchands d’épices ou de parfums qui embaument toute la rue. Nous pénétrons dans cette ancienne résidence d’un vizir. Une splendeur que j’avais oubliée. Une merveille, dissimulée derrière d’anonymes hauts murs. Une succession de pièces, autour de cours qui forment des riads ; l’une d’elles est remarquable avec des bananiers, palmiers et autres arbres. Elles sont toutes superbement décorées : bois peints pour les plafonds et les portes, stucs autour des fenêtres, zéliges sur les murs, marbre au sol, une richesse et une beauté inouïe. Nous en ressortons éblouis, ravis de l’avoir revu. Nous revenons par des ruelles récupérer la voiture et allons au supermarché Marjane, le « Carrefour » local. Rien à envier à son concurrent français, on y trouve de l’alcool (caisses spéciales pour ce produit, les plus fréquentées par une clientèle exclusivement masculine) et charcuterie. Nous nous réapprovisionnons puis rentrons au camping. Nous y dînons, au restaurant, tajine au poulet pour Marie, honnête mais sans valoir celui de Zagora et tajine de kefta pour moi. Un Guerrouane rouge facilite le transit.

 

Samedi 6 décembre : Je me réveille plus tard que d’habitude, le temps est toujours au soleil. Nous repartons en ville avec la voiture. Nous remontons l’avenue Mohamed V avec vue sur la Koutoubia mais nous devinons à peine l’Atlas. Nous parvenons à nous garer dans une petite rue proche de la Jemaa el Fna. Nous traversons la place encore peu animée. Plus de poussière, elle a été carrelée et de nouveaux stands, tous identiques et bien alignés, ont été installés. Nous enfilons la venelle principale des souq, le souq Semmarine, couvert d’un treillis de tiges de palmes, elle est bordée de boutiques de marchands de souvenirs, babouches, foulards, herboristes, poufs, épices. Tous nous interpellent et je suis systématiquement appelé « Ali Baba », manque d’imagination… Les vélos et vélomoteurs sont la plaie des piétons, ils circulent à toute vitesse, klaxon bloqué et l’on a intérêt à se garer. Je cherche toujours ma fibule et visite les uns après les autres les antiquaires. Quelques-uns ont de très beaux objets mais à des prix complètement ahurissants et je ne marchande même pas. Marie, elle, est à la recherche d’une paire de babouches ; le racolage des vendeurs l’exaspère ainsi que les prix fantaisistes. Nous traversons la kissaria, inchangée, on y vend toujours les étoffes, les tissus, les vêtements dans de minuscules échoppes, dans des ruelles sombres et peu fréquentées par les touristes. Nous débouchons à proximité de la médersa Ben Youssef que nous visitons. Encore un magnifique exemple des réalisations de l’art arabe. Cette ancienne école coranique comporte de nombreuses cellules d’étudiants, au rez-de-chaussée ou à l’étage, plus ou moins spacieuses, avec ou sans fenêtre sur la rue ou la cour principale mais toujours spartiates. Les quatre côtés de la cour, couverts de stucs et de bois de cèdre sculpté, sont une merveille. Nous déambulons dans les pièces, émerveillés mais l’ensemble reste froid, il ne se veut pas aussi agréable à vivre que le palais de la Bahia. Nous jetons un œil à la koubba almoravide, bel exemple de cet art mais sans plus, du moins pour des non spécialistes. Nous déjeunons dans une gargote, assis dans la rue, de bonnes brochettes, merguez, kefta, côtes d’agneau, œuf aux saucisses et une petite salade, pour le prix d’un sandwich dans la cour du musée de Marrakech. Nous allons voir une vieille fontaine, toujours utilisée, surmontée d’un auvent de bois sculpté avec stalactites. Nous revenons par les ruelles de ce quartier populaire, inchangé depuis des lustres, peuplé d’artisans aux techniques immuables, rétifs aux innovations technologiques. Le musée de Marrakech est installé dans un ancien palais rénové par un mécène et expose des objets traditionnels anciens : bijoux, poteries, poignards, etc… à côté d’œuvres graphiques d’artistes marocains ou étrangers. Les objets dans les vitrines sont couverts de poussière, les cartons pas toujours lisibles et, reproche majeur, la très vaste cour agrémentée de trois vasques, couverte de zéliges et de marbre, entourée de salons richement restaurés, est couverte d’un dôme qui assombrit l’endroit et ne laisse diffuser qu’une déprimante lumière jaunâtre. Nous retournons dans les souqs et Marie, après bien des essayages, parvient à trouver une paire de babouches ! Nous passons par le souq des teinturiers où, désormais, on teint surtout des chèches pour les touristes, les gros écheveaux de laine, qui séchaient sur des cannes en travers des ruelles, ont presque complètement disparu. Presque par hasard, nous retrouvons la boutique de Jilali, un modeste antiquaire que nous avions connu à ses débuts. Il nous montre ses merveilles dont un extraordinaire pectoral, dans un état parfait. Il a une paire de fibules qui, sans être exactement ce que je recherche, pourraient convenir, qu’il céderait à un prix tout à fait raisonnable mais il ne vend que la paire et nous ne concluons pas ! Je n’aurai pas ma fibule taouka ! Nous ressortons des souqs et allons voir l’animation sur la Jemaa el Fna. Ils sont tous là, les porteurs d’eau vêtus de rouge, avec leur large chapeau, les charmeurs de serpents, les dresseurs de singes ou de tourterelles, les conteurs, les bonimenteurs, les musiciens, accompagnés de tambourins au rythme lancinant, guettant le photographe, le badaud distrait, le naïf. Les stands de nourriture commencent à s’installer, les cuisiniers et serveurs sont tenus d’arborer une blouse blanche, l’alignement impeccable des tables et des bancs est regrettable, j’aurai souhaité, de la part de l’urbaniste responsable de cette rénovation, l’organisation d’un sympathique bordel… Nous retournons à la voiture enfiler des pulls car il commence à faire frais puis nous allons revoir les attractions proposées, d’abord d’en bas puis de la terrasse de l’un des cafés qui entourent la place. La fumée s’élève des cuisines, les lampes, électriques maintenant se sont allumées dans chaque stand et la féerie est recréée, les calèches passent au pas lent de leur haridelles, les badauds écoutent religieusement les conteurs, dodelinent de la tête en écoutant le bendir. Les minarets sont illuminés, les muezzins appellent à la prière dans l’indifférence totale. Après avoir hésité, nous décidons, Marie en a très envie, d’aller dîner dans un riad. Nous ne nous perdons pas et sonnons à la porte d’une ancienne maison, transformée en restaurant. Le patio et les salons, joliment décorés, accueillent une clientèle de touristes, pas de Marocains (ils n’imagineraient pas de payer aussi cher pour manger leur ordinaire !). La cuisine est excellente, même si les tajines, l’un de bœuf aux poires, l’autre d’agneau aux amandes et raisins, nous paraissent trop sucrés et manquant d’épices. Quant à la bastilla au lait en dessert, elle ne tient pas ses promesses, le vin lui, si ! Nous devons encore arpenter les ruelles peu éclairées pour retourner à la voiture et enfin au camping. Un problème de connexion électrique m’oblige à changer de place avant de pouvoir me mettre au travail…

 

Dimanche 7 décembre : Pour un réveil matinal, c’est raté ! Nous nous pressons, écourtons la discussion avec les Belges rencontrés à Zagora mais nous ne démarrons qu’à neuf heures et demie. La sortie de Marrakech est pénible, la route n’est qu’à deux voies et les nombreuses mobylettes qui circulent, rendent tout dépassement difficile et cela se reproduira dans les autres villes traversées. Nous roulons dans la vaste plaine fertile, en longeant le Moyen Atlas. Les routes qui se dirigent vers la montagne, vont dans des localités qui ne nous sont pas inconnues et où nous retournerions avec grand plaisir : Azilal, Demnate, Ksiba et même Imilchil ! Une autre fois… A Beni Mellal, mais aussi dans toutes les bourgades traversées, grande agitation : les rues sont envahies par les retardataires qui n’ont pas encore acheté leur mouton. Des camions, sont déversés des troupeaux de futurs sacrifiés et des minibus et autres taxis, surgissent les clients, parfois en famille ; des bottes de fourrage qui constitueront le dernier repas du condamné sont déchargées sur le bas-côté. Des béliers récalcitrants sont traînés par leur nouveau propriétaire, qui ne manquera pas de leur faire payer leur manque d’enthousiasme. A partir de Kasba Tadla le paysage devient plus vallonné. Beaucoup de paysans, y compris les femmes, se déplacent à dos de mulets mais je ne revois pas ces belles couvertures blanches décorées de paillettes que les femmes portaient autrefois. A partir d’Azrou, nous roulons au milieu de la neige ; la route est dégagée mais il y en a une bonne couche dans les champs. Nous nous élevons dans une forêt qu’on peut supposer de cèdres, avant de traverser l’immensité blanche d’un plateau jusqu’à Ifrane. Cette station hivernale ne déparerait pas dans les Vosges. Nous redescendons alors sur Fès mais nous n’avons pas fait une bonne moyenne et la nuit tombe de plus en plus tôt, nous n’y sommes qu’à la nuit. Il faut alors se livrer à un exercice que j’abhorre : trouver de nuit un camping dans une ville inconnue ! Nous avons de la chance, je me renseigne juste à la station service où il fallait tourner et un policier nous indique ensuite où passer. Nous nous installons pour la nuit, soulagés d’être arrivés.

 

Lundi 8 décembre : Agréable et tardif réveil, le chauffage a bien fonctionné et je resterais bien encore au lit mais le devoir nous appelle. Nous partons d’abord pour la ville dite nouvelle, en fait des quartiers qui datent de la colonisation. Nous trouvons sans trop de difficulté la place Mohamed V et nous nous garons à proximité. Elle est caractéristique de l’époque coloniale, non seulement par le type d’immeubles mais aussi par ses grands cafés à terrasse qui l’entourent, où l’on ne sert plus ni Picon-bière, ni pastis. Malgré l’aspect glacial du bureau, Marie obtient à l’Office du tourisme des prospectus sur Fès mais aussi sur le reste du Maroc, qui la ravissent… Un cybercafé nous accueille, le temps de lire les messages de Julie qui nous annonce que nous sommes invités chez DDE pour le réveillon de Noël, de Nicole qui ne se verrait pas à notre place, d’Yvette, et des Portier en travaux à Vallet. Nous achetons un roman de Tahar Ben Jelloun dans une librairie et nous repartons nous garer à l’entrée de la medina. Nous franchissons la jolie porte Bab Boujeloud, couverte de faïences à motifs floraux, bleus d’un côté, verts de l’autre. Nous déjeunons dans un restaurant, avec vue sur la porte et les passants. Marie a enfin le couscous dont elle rêvait et je reprends un bon tajine de kefta aux œufs. Nous commençons ensuite la lente descente par les rues en pente de la vieille ville. Premier arrêt pour visiter la medersa Bou Inania. Epoustouflante ! Pas un pouce des surfaces de la cour intérieure n’est couvert de zéliges, de stucs ouvragés ou de poutres en cèdre avec des motifs floraux ou des versets du Coran sculptés. Peu de touristes, beaucoup d’Espagnols. La médina est très différente de celle de Marrakech, nous ne sommes pas harcelés par les vendeurs et le nombre de magasins de souvenirs est moindre, il reste encore beaucoup d’échoppes traditionnelles où les habitants viennent s’approvisionner. Je trouve une jolie khamsa, une main de Fatma, et je la marchande pour me consoler de la fibule. Nous passons devant d’autres établissements religieux, admirons des minarets polychromes, rentrons dans des cours de fondouks, transformées en ateliers ; celui des peaussiers où on gratte les peaux pour les débarrasser des poils, risque de connaître un regain d’activité les jours suivants… Nous atteignons la place Nejjarine avec sa jolie fontaine, Fès est la ville des fontaines, il y en a dans toutes les rues, décorées de faïences. L’ancien fondouk a été restauré et transformé en musée du bois. L’intérieur, lui aussi couvert d’un dais qui assombrit et modifie les couleurs, est, sur plusieurs étages, uniquement décoré de bois dorés et chauds. Les salles d’exposition sont consacrées aux utilisations du bois dans la tradition marocaine et nous y voyons notamment de beaux meubles peints. Nous sommes contents  d’y trouver des coffres et étagères semblables aux nôtres. Nous allons jeter un œil à la mosquée El Qaraouiyyin dont l’entrée est interdite aux non-musulmans. Le temps s’est gâté, les boutiques commencent à fermer, les marchands et les clients sont pressés de rentrer chez eux en cette veille de fête. Nous renonçons à l’idée d’aller voir les tanneurs, ils ne seront sans doute plus nombreux dans les fosses, à cette heure. Nous remontons la rue principale, en nous gardant des carrioles chargées de moutons bêlants qui dévalent la rue, en se frayant un chemin à grands cris de balek, balek, gare aux piétons ! Marie achète deux plats, à peine marchandés, nous voici tranquilles pour les achats… Retour à la voiture et au camping, en nous frayant un chemin dans une circulation de plus en plus folle.

 

Mardi 9 décembre : Il a plu dans la nuit et ce matin le ciel ne présage rien de bon. Nous hésitons sur la route à prendre, l’espoir d’une amélioration sur le versant méditerranéen nous fait choisir de traverser le Rif par Ketama plutôt que de passer par Volubilis, ce que souhaitait Marie. Rapide traversée de Fès, les rares voitures qui circulent ne tiennent plus compte d’un quelconque code de la route. Sur les trottoirs, des braseros sont improvisés avec des débris de caisses en bois, dessus, rôtissent les têtes des moutons déjà sacrifiés. La route traverse de douces collines couvertes d’un joli gazon vert, un paysage qui pourrait être malgache. Puis ce sont des étendues de cultures à grande échelle, alignements d’oliviers sur les hauteurs, comme dans le sud de l’Espagne. Nous ne croisons que très peu de véhicules ; dans les villages, les seules personnes que nous apercevons sont occupées, sous un auvent ou dans un garage, à dépecer la victime. La route s’élève, suit une ligne de crête avec des panoramas étendus des deux côtés qui mériteraient un temps plus clément, car le ciel est de plus en plus sombre et il commence à pleuvoir. Après Taounate, nous ne distinguerons plus grand-chose du paysage, pour la deuxième fois, nous allons traverser le Rif dans le brouillard et la pluie ! Nous arrêtons peu avant Ketama pour déjeuner, au milieu des cèdres et de la neige qui a fait sa réapparition ! Ensuite, nous roulons à petite vitesse dans une vraie purée de poix, visibilité réduite à quelques mètres. La route redescend mais le brouillard persiste longtemps. Enfin, peu avant Chefchaouen, nous sortons du coton mais la grisaille est toujours de rigueur. Nous faisons le détour pour parvenir à Chefchaouen que nous découvrons d’en haut. Le bleuté de ses maisons anciennes aurait bien besoin d’un rayon de soleil... Espérons que demain les cieux nous seront plus favorables… Nous nous installons au camping, sur les hauteurs, parmi d’autres camping-caristes aux allures de baba-cools, peut-être à cause de la vétusté de leurs camions et de l’épaisseur de pulls qu’ils portent ! Nous mettons au point le dernier épisode du blog. Il fait si froid que nous mettons le chauffage en marche avant que la  nuit tombe. Nous dînons de notre dernière boîte de conserve : du confit de canard !

 

Mercredi 10 décembre : Il a plu dans la nuit mais au matin, le soleil fait une timide apparition puis il va s’affirmer de plus en plus. Il ne fera pas chaud pour autant ! Nous allons nous garer dans la vieille ville de Chefchaouen, puis nous partons dans les ruelles, ou plutôt dans les escaliers car, la ville est construite en amphithéâtre. Nous sommes dans le souq mais tout est fermé, ce qui nous permet d’admirer tout à loisir l’extraordinaire variété de bleus qui colorient les murs mais aussi le sol, les escaliers. Le rez-de-chaussée est au minimum peint en bleu, souvent toute la maison, et alors la base est dans un bleu plus soutenu. Les porches des maisons, en forme d’ogives, sont ornés de sculptures, les fontaines dispensent une eau aux promeneurs. Nous atteignons ainsi la place Uta el Hamam, très agréable, ombragée et bordée de cafés en terrasse. L’un de ses côtés est occupé par la Kasbah, seule construction qui ne soit pas bleue ! Nous la visitons, non pour son modeste musée mais pour monter à sa tour d’où nous jouissons d’une vue sur toute la ville,    avec les dégradés de bleus qui s’étagent à flanc de montagne. Nous continuons la promenade dans les ruelles de la medina, découvrant portes, escaliers, maisons aux fenêtres à grilles de fer forgé, très espagnoles ; tout est dans des tons différents mais toujours bleu ! A croire que l’on a déversé du ciel un stock de pots de peintures bleues ! Nous retournons à la voiture et repartons. Nous avons une idée de ce que nous aurions dû voir hier : montagnes et hameaux éparpillés, les maisons n’ont pas grand caractère, des cubes blancs ou crème. Sur le bord de la route, des hommes nous font signe de fumer une cigarette, ils veulent nous vendre du kif, la spécialité du Rif. Nous déjeunons rapidement au sommet d’un col, avant la dernière descente sur Tanger. Nous allons aussitôt au port. Je cherche un billet pour Sète mais il n’y a plus que des places en fauteuil, pas de cabines. Nous renonçons donc et prenons un billet pour Algéciras. Nous allons dans un cybercafé prévenir Julie et Nicole puis je fais un dernier plein d’essence, y compris des jerrycans et nous retournons au port. Les formalités n’ont jamais été aussi rapidement exécutées. Il ne nous reste plus qu’à attendre l’embarquement. Je mets le temps à profit pour taper ce journal et traiter les photos. Longue attente. Nous sommes les seuls sur ce quai et la ferry n’arrive pas. Marie s’inquiète, devient insupportable… La nuit tombe, je vais aux renseignements. Enfin, après trois quarts d’heure de retard, plusieurs changements de quai, nous embarquons sur un bateau presque désert et nous disons adieu à l’Afrique. La traversée est plus longue que nous ne le pensions, une heure et demie. Nous sortons du port d’Algéciras et nous nous garons sur un terrain vague, à côté d’une station service, devant de bruyantes et nauséabondes usines chimiques. Rapide dîner et au lit.

 

Jeudi 11 décembre : Nous sommes réveillés par les camions qui semblent s’être donnés le mot pour démarrer tous ensemble ; il est temps pour nous d’en faire autant. Il est une heure plus tard en Espagne. Nous allons prendre un thé et un croissant à la cafeteria de la station service et partons. Nous avons décidé de passer par Malaga et Grenade pour changer, nous ne verrons rien de ces villes depuis l’autoroute qui traverse une Andalousie pixellisée d’oliviers, sous un beau ciel bleu. Nous rejoignons l’autoroute au nord de Cordoue puis contournons Madrid sans ralentissement. Je roule beaucooup plus vite qu’à l’aller et dépasse parfois les 120 km/h, la consommation doit s’en ressentir. Nous arrêtons pour la nuit sur une aire d’autoroute, entre des camions, avant Saragosse. Il fait froid et nous ne traînons pas pour nous glisser dans les duvets.

 

Vendredi 12 décembre : La température a dû descendre à zéro ce matin et le chauffage n’a pas fonctionné toute la nuit. Nous repartons, il fait soleil. Les kilomètres défilent, bientôt Barcelone, contournée rapidement. Dernier plein de gasoil, moins cher qu’en France et achat de fouet et de jambon cru pour déjeuner, dès que nous avons passé la frontière française. Nous essayons de joindre Julie et Michèle, en vain. Julie nous rappelle plus tard. Nous continuons, traversons Montpellier puis Arles. Nous passons chez Giraud, lui faire part des problèmes rencontrés avec sa cellule, nous convenons d’un rendez-vous en février. Dernière étape, difficile traversée de Marseille, de nuit, à la plus mauvaise heure et enfin Toulon. Déchargement de la voiture et retrouvaille, dans la nuit, avec Réglisse, bien grasse.      

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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 21:11

Dimanche 9 novembre : Ce matin ce sont les dizaines de cigognes, jacassant dans l’arbre au-dessus du Perroquet, qui président à notre réveil. Après avoir été avertis que le gouverneur ne veut pas que nous stationnions là, dans cette allée face à la résidence, nous partons en direction d’Oussouye. Je roule lentement, profitant du bel environnement de forêts et de rizières. Nous apprécions encore plus le calme et la douceur du paysage quand, après Brin, nous suivons une petite piste dont l’ocre se marie à la verdure. Nous passons Enampore, traversons des zones de rizières qui ne semblent pas toutes exploitées et arrêtons à Séléki, un de ces villages diola dont les cases sont éparpillées sous les grands fromagers aux allures de champignon atomique, les rôniers aux larges palmes, les manguiers à l’appréciable fraîcheur et les baobabs que je ne suis pas sûr de reconnaître tant ils portent de feuilles. Un jeune sollicité, nous conduit à une case dite à impluvium, car sa toiture de chaume, de forme circulaire, forme un entonnoir intérieur pour recueillir l’eau de pluie. Mais il s’agit d’une reconstruction pour accueillir des touristes et le béton n’en est pas absent. Nous réclamons de l’authentique ! Il nous fait alors rouler à travers le village et nous devons encore marcher pour en découvrir une, encore habitée. Le puits de lumière n’est pas bien grand mais il s’agit peut-être de la dernière case de ce type encore utilisée. Tout autour, sur les murs sont accrochés les ustensiles domestiques, récipients, paniers, vanneries, poteries noircis par le feu du foyer. A l’extérieur, les instruments aratoires, une basse-cour et un petit potager, protégés des prédateurs par une haie de tiges de rôniers épointés. Nous revenons sur nos pas et retrouvons le goudron jusqu’à Oussouye. Nous allons voir la production de potières dans l’espoir de retrouver ces maternités douloureuses en argile dont nous n’avons qu’un exemplaire en mauvais état mais les réalisations d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir. Nous prenons la route (la piste ?) de Mlomp. Elle est en si mauvais état que nous devons rouler au pas sur les bas-côtés pour éviter les trous ! Petit marché au carrefour de Mlomp, sous trois beaux fromagers. Nous déjeunons sous un manguier, visités par la famille du voisin. Nous cherchons les cases à étages. Deux d’entre elles se dressent à proximité du plus bel exemple de fromager que l’on puisse trouver en Casamance. Il déroule les nervures de ses racines, tels des rubans de plus d’un mètre de haut. Dommage que l’espace entre elles soit devenu la poubelle (une des…) du village. Nous visitons l’une des cases sous la conduite imposée d’un jeune qui récite son texte. Elles sont exceptionnelles par l’épaisseur de leurs murs d’argile et, comme le nom l’indique par le fait d’avoir un étage. Nous allons en voir une autre qui, elle, a conservé un toit de chaume alors que les deux premières, comme toutes les autres maisons du village, ont des toits de tôles. La visite du musée est un prétexte pour extorquer quelques billets au touriste : une case en palmes de rônier dans laquelle ont été disposés quelques objets fort ruinés. Nous récompensons notre guide mais il ne semble pas satisfait ! Nous continuons jusqu’à Elinkine sur le même type de route. L’arrivée est décevante, la végétation est peu fournie et son seul intérêt est l’embarquement sur de grosses pirogues sénégalaises pour Karabane, le joli village de pêcheurs avec ses filets semble avoir disparu. Nous nous rafraîchissons avec un soda et je tente de me faire pardonner mon appartenance à la race humaine en donnant un biscuit à un malheureux singe attaché à l’extrémité d’une corde de moins d’un mètre. Retour par une bonne piste sur Oussouye et continuation vers le Cap Skirring. Nous ne retrouvons rien, une bourgade sale et poussiéreuse s’est développée aux portes des auberges et hôtels qui se bousculent. Nous allons jusqu’à Cabrousse puis revenons et poursuivons en direction de Diembéring sans jamais voir l’océan. La piste devient infernale, l’hivernage a creusé des ornières qui engloutiraient un porte-avion et il faut les négocier au pas ! Arrivés au bout, nous sommes sur le point de faire demi-tour quand un toubab nous interpelle, discute avec nous de Land Rover, il en a une avec une cellule Clémenson, il nous conseille de pousse jusqu’à Cachouane. La piste n’est pas mauvaise mais elle est si étroite que les buissons balaient les flancs de la voiture, parfois ce n’est qu’un sentier piétonnier et après la traversée d’un marigot, je me perds dans les figuiers. Nous finissons par arriver au village, sous les cocotiers, au bord d’un bolong, face à l’île de Karabane. Nous nous installons sous un baobab, au bord de l’eau et nous allons nous renseigner au campement pour y dîner éventuellement. C’est un havre pour les navigateurs, nous en rencontrons un couple, ancré là depuis des mois. Nous convenons de revenir dîner et nous retournons au camion où je me douche avant de rafraîchir l’intérieur avec le pastis de rigueur. Nous allons déguster un excellent et énorme poisson, genre dorade d’au moins deux kilos, avec une sauce succulente sur le riz. Le dessert, du coco râpé caramélisé, achève de nous convertir à la cuisine d’Aurélie, la métisse qui tient l’auberge, d’autant que les prix sont on ne peut plus compétitifs !

 

Lundi 10 novembre : La nuit a été presque fraîche et nous émergeons une heure plus tard que d’habitude. Aujourd’hui c’est le babil des anciens qui préside à notre réveil, il est vrai que nous sommes installés sous les arbres à palabre, certains ont apporté un fauteuil, ils y passeront la journée. Deux voiliers sont ancrés en face de nous, les oiseaux pépient, pas une ride sur l’eau, le grand calme ! Nous reprenons la piste, sans nous tromper cette fois et retrouvons à Diembéring, Michel, le Français rencontré hier. Il nous fait visiter son camping-car, nettement plus volumineux et confortable mais aussi plus lourd et gourmand. Il affirme passer très bien dans le sable, je demande à voir… Nous revenons en direction du Cap Skirring puis empruntons une piste ensablée qui finit par traverser les dunes couvertes de végétation et déboucher sur la plage. Déserte à perte de vue et tentante. Nous allons nous baigner, les vagues ne sont pas fortes et l’eau délicieuse. Marie qui a peur de se faire rouler revient s’asseoir sur la plage et m’attend tandis que je me laisse bercer par les rouleaux. Nous retournons à la voiture  et décidons, au vu des traces laissées sur le sable, de rejoindre le Cap Skirring en roulant sur la plage. Quelques kilomètres de plaisir sans difficulté, la marée est descendante, la plage large. Nous trouvons la sortie dans un village de pêcheurs, en passant entre les pirogues mais je ne sais trop où passer entre les étals de poissons mis à sécher et je roule sur des restes de filet de pêche qui s’enroule autour d’une roue. Deux pêcheurs me démontent la roue et avec un couteau coupent le « trouillon » de fils de nylon, suffisant pour piéger une baleine, à mon avis ! Nous retrouvons le goudron et reprenons la route de Ziguinchor. Marie veut faire un dernier détour pour le village de Diakène Wolof, au bout de quelques kilomètres d’une piste sablonneuse. Nous nous arrêtons sous les manguiers de la place du village et déjeunons là, salués par les enfants qui reviennent de l’école. Nous traversons le village pour nous rapprocher du bolong. Nous marchons quelques centaines de mètres sur une digue de coquilles d’huîtres, entre d’anciennes rizières, envasées à marée basse, et des mangroves qui découvrent leurs racines. Nous arrêtons au bord du bolong et retournons au camion, écrasés de chaleur. Nous regagnons Ziguinchor, trouvons enfin la librairie ouverte mais les journaux datent de plus d’une semaine, l’avion n’est pas arrivé… Passage au cybercafé, un message d’Annie Fantino. Nous allons ensuite au marché St Maur, peu animé en cette fin de journée, pour acheter des citrons et des tomates puis au marché artisanal, ramassis d’horreurs dignes de la gente touristique qui en redemande. Marie cherche un boubou et ne le trouve pas… Passage à l’Alliance Française, dans un beau jardin fleuri, un bâtiment en forme de case à impluvium mais décoré trop lourdement. Nous n’en verrons que l’extérieur et n’apercevrons que l’entrée car il faut payer pour le visiter ! Nous quittons Ziguinchor par le pont qui enjambe le large fleuve Casamance. L’autre côté est une étendue plate à demi inondée, couverte de palétuviers que nous traversons sur une route pavée, en partie submergée. Nous roulons jusqu’à Bignona. Des soldats en arme, sont postés à chaque intersection de pistes et dans chaque village. Déjà, nous avions croisé des patrouilles avec des mitrailleuses sur la route du Cap Skirring, plus inquiétantes que rassurantes. Nous voulons nous installer à la limite d’un quartier en construction mais l’afflux des gosses piailleurs et le conseil d’un ancien militaire qui juge l’endroit peu sûr, nous font déménager pour une cour d’ancienne caserne encore habitée par des militaires démobilisés. Nous y prenons le désormais traditionnel pastis en guise de remontant.

 

Mardi 11 novembre : Les anciens militaires ont été discrets et la nuit fut paisible. Nous reprenons la route, militairement gardée, ce qui ne manque pas de nous impressionner, soldats en faction dans chaque village, à chaque carrefour, postes protégés par des sacs de sable et automitrailleuse en batterie ! La route est relativement bonne, quelques nids de poule mais rien en comparaison de ce qui nous attend. Nous voici au poste frontière gambien, la route devient piste et piste défoncée. Les formalités d’entrée sont tarifées : mille francs CFA le coup de tampon plus quinze mille francs CFA pour la douane pour le passage de la voiture ! Mais avec un reçu ! Je tente de négocier, demande à être reçu par le chef des douanes qui ne veut rien savoir… Nous repartons furieux, cahotons dans les ornières jusqu’au ferry sur la Gambie. Là, j’apprends que les billets sont en vente deux kilomètres avant… Demi-tour, achat des tickets et retour dans la queue. Nouveau coup de tampon, nouveau billet de mille francs ! Le policier me propose une « négociation » qui nous permettrait de passer plus vite. Je refuse, ce ne sera pas le cas de tous… Longue attente sous un soleil impitoyable, sollicités par des vendeurs de cigarettes, de boissons fraîches (je ne résiste pas), de tissus pagne (Marie ne résiste pas). Un seul ferry est en fonctionnement et son chargement demande de savantes manœuvres qui ralentissent le temps d’une rotation. Trois heures plus tard, nous sommes en bonne position pour embarquer mais des « prioritaires » nous passent devant et il s’avère que le bac est trop chargé ; l’un des camions déjà monté, doit redescendre, dans une manœuvre dont la complexité n’échappe à aucun des spectateurs, ils ne manquent pas de donner leur avis et d’aider à guider le chauffeur qui sort ainsi en travers du bac. Je dois donc reculer, recevant des ordres contradictoires et sur un ton fort peu aimable. Je fais part de mon très grand déplaisir à une « responsable » qui me jure devant Dieu que nous passerons sur le prochain ferry, parti entre temps… Une heure plus tard, nous montons effectivement les premiers et nous voyons enfin la côte septentrionale se rapprocher. Nous retrouvons la piste, dans le même état et des fonctionnaires de police, de douane et autres, mal définis, qui doivent être récompensés de leur zèle mais de ce côté-ci, les tarifs sont moindres, ils ne demandent que cinq cents francs par opération…Enfin, nous retrouvons le Sénégal. Contrôle frontalier, les policiers me demandent, à leur tour mille francs, sans reçu, pour apposer un tampon sur le passavant, j’ai le malheur de leur dire qu’ils sont comme les Gambiens, le papier disparaît dans les profondeurs d’un tiroir, les passeports sont épluchés et je reçois une leçon de morale, avant de récupérer le précieux papier, en payant bien entendu… Une riche journée africaine ! La route est ensuite si mauvaise qu’on roule sur une piste parallèle tracée dans les champs… Il est tard, hors de question d’arriver ce soir chez Jean-Paul et même à Kaolack, nous arrêtons dans un champ, à la sortie de Nioro du Rip, salués par les paysans sur leurs charrettes tirées par des ânes ou de petits chevaux.

Mercredi 12 novembre : Nuit fraîche et « gastriquement » difficile… Le pastis et les saucisses fumées peut-être ? Nous continuons en direction de Kaolack, la route est toujours aussi mauvaise et il est bien préférable de rouler sur la piste parallèle. Nous découvrons Kaolack (Crado lac disent certains !) de l’autre côté d’une vaste étendue d’eau dont j’avais oublié l’existence. Bien des lieux, des sensations, des mots oubliés me reviennent en mémoire, je « reconnais » le Sénégal même si, par beaucoup d’aspects, il me choque. Y avait-il autant d’ordures dans les rues, les routes étaient-elles en aussi mauvais état, les contrôles policiers aussi nombreux ? Nous rejoignons la route en provenance de Tambacounda donc du Mali et du reste de l’Afrique de l’Ouest ; le trafic, augmenté des taxis qui assurent le transport en commun en ville, est difficile. Nous trouvons sans peine le service des douanes où je fais prolonger le passavant de circulation de la voiture pour quinze jours, gratuitement à mon grand étonnement ! A côté se dressent les locaux de l’Alliance Française, leur architecte est le même que pour celle de Ziguinchor, même décoration abusivement colorée, évoquant une Afrique rêvée par un Européen, avec utilisation de fausses colonnes de Buren. Nous en effectuons la visite sous la conduite du directeur de la bibliothèque, Sénégalais courtois et pontifiant puis sous celle du Président, ancien professeur puis Censeur et enfin Proviseur du lycée de Kaolack ; son éloge des coopérants nous va droit au cœur… La première impression est défavorable, les locaux sont sombres, la peinture écaillée mais la salle de spectacle en plein air, le bar et le restaurant (provisoirement fermés ?) rendent le lieu convivial. Nous allons ensuite nous garer près du marché central. Nous en parcourons quelques allées, couvertes ou non. Le marché classique d’Afrique avec ses produits par secteurs : viande que l’agitation des vendeurs ne parvient pas à protéger des mouches, poissons en cours d’écaillage et à la fraîcheur douteuse, quincaillerie, articles plastiques, tissus et coiffeurs aux enseignes évocatrices. La route après Kaolack est globalement bonne bien que quelques trous viennent de temps en temps rappeler au conducteurs de se méfier. Paysage plat, champs à la terre sèche et baobabs verdoyants. Nous traversons M’bour, prenons la route de Saly, demandons « la Ferme de Saly », sans rien reconnaître des lieux, autrefois déserts, aujourd’hui consacrés au tourisme. Nous trouvons le gîte de Jean-Paul. Il n’est pas là, sa serveuse l’appelle, il nous fait donner un splendide appartement de la résidence fleurie qui jouxte le gîte, avec vue sur la mer, lit king size et un volume habitable comme nous n’en avions plus connu depuis un mois ! Nous donnons tout le linge sale à laver, mettons à jour le blog et je vais faire un tour dans la grande piscine à débordement, perdue dans les palmiers et les bougainvillées. A la nuit, nous descendons retrouver Jean-Paul, pas revu depuis trente ans. Il n’a pas changé, bedaine de bon vivant, grosse barbe blanchie certes et toujours grande gueule. Nous évoquons le temps passé, il est heureux de sa réussite et d’avoir participé à une forme de développement du Sénégal, du moins sur la Petite Côte. Nous dînons avec lui, d’un bon sauté de crevettes, poisson et calamars arrosé d’une bouteille de rosé, et avec Karima, une très sympathique jeune femme, discutant plus tard dans la nuit que nous ne l’avions fait depuis longtemps.

 

Jeudi 13 novembre : Mon groupe sanguin, comme d’habitude, au contraire de celui de Marie est du goût des moustiques ce qui écourte ma nuit et je dois attendre le jour pour exercer une extermination vengeresse. Nous allons prendre, tardivement, le petit déjeuner, Karima nous rejoint puis Jean-Paul. Nous passons la matinée à la piscine, l’eau est un peu fraîche mais le plaisir de nager entouré de fleurs de bougainvillées et de palmes de cocotiers ou de rôniers, le fait vite oublier. Annie, la femme de Jean-Paul vient nous y rejoindre et confie longuement à Marie ses soucis concernant les problèmes psychologiques de sa fille Sarah. Nous goûtons ensuite le jacuzzi sur la terrasse supérieure avant de déjeuner à la chambre. Sieste puis écriture des cartes postales avant d’aller voir la « ferme », l’ancien établissement, datant d’avant la construction du bâtiment moderne. Deux chevaux, trois pythons, huit singes, certains en liberté, et quelques tortues peuplent l’espace. Nous discutons avec Jean-Paul et Annie qui nous font visiter leur première case que nous trouvons plus agréable, plus africaine que l’appartement moderne. Nous leur montrons le camping-car puis allons prendre l’apéritif, pastis-gingembre de rigueur, rejoints par Sarah et Karima. Nous dînons tous ensemble de soles en papillote avec des pommes dauphines préparées par le cuisinier, suivies d’une glace au bissap arrosée de rhum. Bon repas mais nous aurions apprécié un hors d’œuvre ! Nous terminons la soirée chez Jean-Paul devant un cognac et admirons leur collection d’objets africains, un grand nombre de colliers en pâte de verre, des statuettes et une très belle natte mauritanienne !

 

Vendredi 14 novembre : Moins de moustiques cette nuit. Nous petit déjeunons encore tardivement, en compagnie de Karima puis nous partons avec notre voiture et la famille Di Folco dans la leur, pour La Somone. Nous traversons la nouvelle ville de Saly, entièrement consacrée au tourisme : hôtels, résidences, villas à vendre ou à louer, locations de quads, de buggies, supermarchés, boutiques d’artisanat ou d’ « art »… A La Somone, nous déposons Marie et les autres femmes, Jean Paul et moi allons nous garer plus loin, au bord de la lagune. Là, enfin, je retrouve un paysage connu, lieu de bien des pique-niques, presque inchangé, toute la lagune étant devenue zone protégée. Heureusement car tout autour, cela se construit et les bétonnières tournent à plein régime. L’hôtel-restaurant où nous avions nos habitudes est en reconstruction, agrandi, modernisé… Nous rejoignons les femmes assises sur la plage et revenons aux voitures en longeant la mangrove, peut être plus dense qu’autrefois mais où il est désormais interdit de se promener à pied. Nous avons rapporté quelques cram-cram aux douloureux piquants tenaces. Nous achetons des huîtres, pas de palétuviers mais issues d’un élevage importé. Nous revenons en roulant sur les bords de la lagune, les dépotoirs ne sont pas rares… Nous rentrons à Saly et allons prendre un verre, tous ensemble, dans un restaurant tenu par un européen sur la plage, près de deux vénérables baobabs, dans un décor de rochers et de pirogues. Nous restons déjeuner, les autres rentrent au gîte. Repas très moyen, beignets de calamars ramollis et poisson au curry avec une sauce toute prête. Nous repartons, rencontrons un 4x4 Toyota avec une cellule Azalaï, nous leur indiquons le campement de Jean-Paul et poursuivons en direction de Joal. La campagne est verte, les baobabs  feuillus et les mares couvertes de nénuphars. Longue traversée de Joal avant de parvenir à la passerelle de Fadiouth. Le syndicat des jeunes tente de nous imposer un piroguier et un guide mais nous refusons et partons en promenade à pied. Nous suivons la longue passerelle en bois qui nous fait passer sur l’île élevée sur une butte de coquillages, en passant au-dessus des étendues vaseuses, à marée basse. Le village a peu changé, toutes les maisons sont en parpaings et l’affluence des touristes a stimulé l’artisanat. Inutile de demander son chemin, il suffit de suivre les rues dans lesquelles sont exposées des coquillages, des statuettes et autres vanneries décorées de films plastiques, pour trouver l’autre passerelle qui permet d’accéder à la butte qui sert de cimetière. De là, nous apercevons les greniers sur pilotis dont le nombre a bien diminué, ceux qui restent ne sont plus là que pour les touristes. Du sommet de la colline, entre les croix, toutes identiques, nous avons une belle vue sur la mangrove, le village et les derniers greniers. Nous revenons en pirogue pour raccourcir le trajet puis rentrons à Saly. Je refais un plein d’eau puis je m’aperçois qu’une des roues est presque à plat. Le propriétaire de l’autre 4x4 avec un meilleur compresseur que le mien, m’aide à la regonfler mais en manoeuvrant j’ai heurté la belle voiture d’un Canadien. Je l’en avertis et nous échangeons nos adresses… C’est l’heure de l’apéritif, encore un pastis-gingembre ! Nous dînons tous ensemble, les huîtres sont un régal, le turbot, simplement frit est très quelconque mais Annie a préparé un sorbet au corossol et je retrouve avec grand plaisir des saveurs presque oubliées. Encore une soirée de discussion et de récits d’ « aventures » parfois cocasses avant d’aller nous coucher.

 

Samedi 15 novembre : Encore des moustiques cette nuit ! Je vais constater que la roue s’est dégonflée, je la remplace par la roue de secours, une grosse vis a percé l’enveloppe. Un vulcanisateur, pour mille cinq cents francs CFA, me la répare. Retour au gîte, nous libérons la chambre, petit déjeunons et essayons de faire nos adieux, mais il y a toujours un empêchement, visiter la villa voisine, échanger des renseignements sur des pistes du Maroc, discuter des avantages du GPS, régler la note, dire au revoir à Annie et Sarah… Ce n’est qu’à onze heures passées que nous nous mettons en route. Pas pour aller loin puisque nous commençons par faire des courses au supermarché de Saly. On y trouve de nombreux produits, charcuterie, fromages, crèmes, bières, alcools, etc… mais les prix, contrairement à ce qu’affirme Jean-Paul, ne sont pas moins élevés qu’en France du moins pour les produits importés. Cette abondance s’ explique par le nombre important de retraités occidentaux qui résident ici. Nous quittons enfin Saly, reprenons sur quelques kilomètres la route de Dakar puis bifurquons en direction de Popenguine. Le village s’est agrandi mais avant d’aller sur la plage, nous déjeunons dans le camion. Avant de descendre, un Sénégalais, de notre génération, vient nous faire la causette. Il est très conscient de la dégradation du village depuis le départ des coopérants français, il parle de nous inviter à un thié bou dièn mais nous déclinons, l’estomac déjà plein. Nous passons entre des maisons pour atteindre la plage et là, le voyage d’agrément se transforme en voyage d’enterrement. La plage est immonde, les paillotes ont été remplacées par des maisons, parfois à étages, en dur, construites sur le sable. Certaines n’ont pas résisté aux vagues, écroulées, brûlées par le sel, la station est un vrai cauchemar, j’en viens à souhaiter la venue d’un promoteur qui raserait tout cela et construirait une résidence fleurie ! Nous retrouvons la grande route, traversons au pas Rufisque et prenons la direction du lac Retba devenu Rose depuis le Paris-Dakar. Il s’y est installé un, encore modeste, complexe touristique avec promenades en quad, 4x4 ou camion dans le sable. Nous continuons pour chercher une auberge en nous lançant dans les dunes. Nous sommes encore à deux doigts de nous ensabler mais à force de manœuvres avant, arrière, petite, grande vitesse, blocage du différentiel, nous nous en sortons ouf ! Nous retrouvons une piste de coquillages et un campement qui nous envoie nous installer à côté de ses écuries. Nous apercevons de loin une belle bande de flamands roses hélas trop éloignés. Nous faisons une petite promenade sur les bords du lac avant d’attendre que la température baisse pour déguster un pastis sans gingembre cette fois ! Encore une invasion d’insectes qui parviennent à passer, nous ne savons comment. Ils nous énervent tous deux.

 

Dimanche 16 novembre : Nous quittons notre campement et faisons le tour du lac. Son sel est exploité, des hommes immergés à mi-poitrine, cassent la croûte de sel au fond du lac et la tamise. Nous reprenons la route, défoncée comme il se doit en dehors de la capitale, jusqu’à la grande route de Rufisque. Elle est heureusement partagée en deux par un muret de ciment et suffisamment large pour rouler sur deux voies. Les « cars rapides » se disputent la clientèle, s’arrêtent, démarrent à la demande,  sans prévenir. Nous atteignons la « Patte d’oie » méconnaissable, autoroute en construction, béton partout depuis Rufisque. Nous atteignons l’aéroport et de là, l’hôtel indiqué par Jean-Paul où, après méfiance au début, la patronne nous autorise à nous installer. Après avoir déjeuné dans le camion puis l’avoir soigneusement garé sous les arbres, nous partons. Nous arrêtons le premier taxi, convenons du prix et nous nous faisons conduire à l’embarcadère pour Gorée. Notre chauffeur rejoint la « Patte d’oie » puis suit la route de Hann, déserte en ce dimanche mais qui en semaine, doit être bien encombrée car les concessions automobiles et les petites entreprises s’y succèdent. Seul, le minaret de la Grande Mosquée est reconnaissable. Nous passons devant la gare, toujours aussi désuète et charmante. Notre taxi nous dépose devant la gare maritime de Gorée, un bâtiment nouveau pour nous. Nous ne sommes pas les seuls à nous y rendre… Nous attendons l’arrivée de la chaloupe devant un poste de télévision puis embarquons. Nous montons sur le pont supérieur. Dès le départ, un orchestre joue ! Nous découvrons que nous y allons le dernier jour du Festival de la Diaspora de Gorée ! Beaucoup de monde à bord, y compris des négro-américains, reconnaissables à leur look un peu tapageur, mi-africain, mi-américain. Dès l’appareillage, nous apercevons l’île, vaguement perdue dans la brume. Dakar s’estompe derrière nous, dans la même brume. Une demi-heure plus tard, nous doublons la Pointe des Batteries et accostons à côté de la petite plage. Nous allons demander à l’hostellerie du Chevalier de Boufflers une chambre. On nous donne la dernière, dans un bâtiment annexe, pas le grand luxe mais très correcte. Nous allons aussitôt nous promener. Nous retrouvons la maison d’Alain Marthot où nous avions dormi. Un bon nombre de maisons ont été restaurées, au minimum repeintes, d’autres continuent de tomber en ruines (pour combien de temps ?). Les rues ont été fleuries, partout des bougainvillées, des hibiscus, ont été plantés. Nous traversons la place principale que le festival monopolise et continuons en direction du musée de la Femme. Les rues avec leurs vieilles maisons colorées, aux balcons de bois et toits de tuiles, perdues dans la verdure, ont beaucoup de charme. L’afflux touristique a amené l’ouverture de boutiques de souvenirs ou l’installation d’ étals de colliers, paniers, boubous, mais cela reste supportable même si leur concentration au marché artisanal ou au pied de la colline, est désagréable. Nous visitons ce musée dans une ancienne maison coloniale, qui veut rendre hommage aux femmes africaines dans leurs activités traditionnelles, à travers des photos effacées et des objets courants. En face, la maison dite des Esclaves que nous visitons aussi. Elle a été restaurée et au-dessus des pièces où étaient emprisonnés les futurs américains, une grande salle présente une exposition sur l’esclavage atlantique, sans un mot sur la traite arabe ni la perpétuation de l’esclavage dans bon nombre de pays du Sahel. Belle maison avec son élégant escalier en fer à cheval et sa très symbolique porte ouvrant sur le grand large. Nous nous promenons ensuite au pied de la colline, passons devant l’église et envions les habitants des maisons restaurées, puis nous revenons sur la place devant la plage. De la lutte sénégalaise étant annoncée, nous allons nous asseoir dans l’assistance. Des lutteurs s’échauffent, trottinent, s’activent tandis qu’un animateur flatte les politiciens présents. Enfin les combats commencent. Deux lutteurs s’affrontent à grands gestes de chats, grattent le sable, cherchent à s’empoigner, se défient à demi accroupis. Ils sont encouragés par une troupe de tambourinaires et de griotes dans leurs plus beaux atours, couvertes de bijoux dorés. La tension monte, des employés qui démontent les structures du festival, s’interrompent pour venir danser devant les tam tam. Le maire de Gorée, un petit-fils de Senghor, fait un discours mais il n’a pas la verve de son grand-père. L’ambassadeur du Venezuela avec une casquette rouge, est remercié pour ses dons. Des femmes déguisées en signares, empruntées, traversent le terrain,. Les lutteurs qui ne sont pas dans l’arène s’échauffent, s’aspergent en attendant leur tour. Les griotes miment un combat puis chantent les louanges des vainqueurs. La fête se termine d’autant plus vite que la nuit est tombée, que la chaloupe embarque les derniers visiteurs et que les discours officiels n’intéressent plus personne. Nous retournons à la chambre puis allons dîner en terrasse au bord de l’eau, à ce mythique Chevalier de Boufflers. Nourriture honnête, crevettes sautées, brochettes de lotte et bouteille de blanc, à un prix qui nous paraît bien moindre qu’il y a trente ans. Nous goûtons la paix revenue dans l’île, à peine troublée par le ressac. Nous regagnons notre chambre ventilée pour une nuit sous la moustiquaire.

 

Lundi 17 novembre : Nous nous réveillons quand le jour commence à pénétrer difficilement entre les persiennes et se diffuse à travers la mousseline de la moustiquaire. Pendant que Marie se prépare, je vais me promener dans l’île fort paisible ; pas un Blanc, quelques adeptes du reggae, bonnets de laine aux couleurs de l’Ethiopie, tresses et forte odeur de ganja, finissent leur nuit en errant dans les rues, seules les ménagères sont déjà actives. Nous prenons le petit déjeuner dans la salle de l’ « hostellerie ». Gorée se réveille doucement, je monte sur la colline, les bana bana n’ont pas encore sorti leurs « œuvres d’art » et je peux jouir en paix de la vue sur les toits de tuiles de l’île. Nous nous acheminons lentement vers le quai pour y attendre la chaloupe. Petit pincement au cœur, je ne reviendrai probablement jamais ici, dans ce lieu à l’écart de la fureur de Dakar, où l’on doit pouvoir, avec un modeste pouvoir d’achat, vivre des jours tranquilles. A onze heures, nous débarquons à Dakar. Nous montons sur le plateau, jetons au passage un œil à l’Hôtel de ville, ancienne construction du temps de la colonie, pas franchement belle mais qui, avec les ans, a acquis un certain charme. Nous débouchons sur la place de l’Indépendance. Nous y reconnaissons certains bâtiments : Chambre de Commerce, Ministère des Affaires Etrangères, d’autres sont récents. Le centre est occupé par des sortes de bulles plastiques. La circulation est furieuse et le stationnement anarchique ne facilite pas la marche des piétons. Nous descendons au marché Kermel, reconstruit à l’identique après son incendie. On y trouve toujours, tous les produits : fruits et légumes, viandes, poissons, crevettes et crabes mais les échoppes des Vietnamiennes qui vendaient des nems et des banh cuon ont disparu. Je vais à la poste acheter des timbres et envoyer des cartes. Nous sommes très sollicités par les marchands de souvenirs, Marie achète un boubou, sans l’essayer, trois mille francs CFA pour un prix d’attaque de dix-sept mille francs CFA ! La loi de l’offre et de la demande déclare la vendeuse ! Nous retournons sur la place de l’Indépendance, passons devant l’hôtel Teranga devenu Sofitel puis je pars à la recherche de la galerie de David Mensah. Je parviens à la localiser, je le reconnais, lui me confond avec Michel Renaudeau ! Je retrouve Marie, nous allons dans un cybercafé, pas de nouvelles de Julie, Nicole et Yvette se sont manifestées, nous répondons à Michèle, Nicole et aux Fantino. Nous remontons la rue Félix Faure, les anciennes maisons coloniales ont presque toutes disparu, celles qui subsistent semblent incongrues, coincées entre deux immeubles de béton. Les trottoirs servent de parking et la rue est sillonnée de taxis et grosses 4x4 avec d’agressifs pare-buffles chromés. Nous déjeunons, comme nous en avions le désir, dans le joli patio envahi d’une flore tropicale, de l’hôtel Saint-Louis, une des dernières maisons coloniales du Plateau. Nous sommes déçus par le poisson farci qui ne correspond pas à ce que nous attendions. Ensuite, quart d’heure d’émotion : nous retrouvons l’immeuble du Ministère de l’Information où nous habitions. Nous nous renseignons, notre appartement est devenu le bureau du Ministre ! Nous y montons mais la secrétaire étant absente, nous ne pouvons y entrer, mais peut-être demain… Nous revenons par l’avenue Lamine Gueye dans le centre, passons acheter des cartes postales et « Libération » puis nous nous traînons jusqu’aux jardins du Centre culturel français. La longue bâtisse, ancienne maison coloniale n’a pas changé, le jardin est toujours agréable, l’adjonction d’un bar et d’un restaurant très fréquentés en fait un lieu de délassement dont nous profitons. Nous descendons l’avenue Ponty envahie jusque sur la chaussée par les bana bana, vendeurs de lunettes de soleil, cartes de téléphone et tee shirts. Des immeubles sont en cours de construction, des familles d’immigrants de fraîche date sont installées aux abords des chantiers, dans le plus complet dénuement. Nous retournons chez David Mensah. Sa galerie fait un peu fouillis, il ne semble pas trop s’en occuper, peu de beaux objets, les ibeji et autres statuettes me paraissent récentes, nous luis demandons le prix d’un kenté et de deux statuettes Ewé sans conclure. Nous affrétons un taxi pour retourner à l’hôtel où nous avons laissé la voiture. La corniche est méconnaissable, large, très fréquentée à cette heure, avec des tunnels qui évitent Soumbedioune. Nous ne retrouvons que les Mamelles comme points de repère. Des mosquées, commanditées par des pays du Golfe, sont sorties de terre, tels des champignons après la pluie, leurs minarets aux formes audacieuses pointent vers le ciel. Je vais acheter des œufs. Je dois faire tourner le moteur pour recharger la batterie puis je m’installe, pour le plus grand bonheur des moustiques, sur une table de la terrasse pour sauver les photos, taper la journée d’hier, dictée par Marie. Nous dînons puis je retourne taper celle d’aujourd’hui, entre deux furieux grattages des pieds, jambes, bras…

 

Mardi 18 novembre : Toute la nuit, nous nous battons avec les moustiques… Nous repartons en ville avec un taxi qui nous dépose à proximité du musée de l’IFAN. J’en avais gardé un souvenir calamiteux, avec traces de l’activité des termites. Elles ont disparu. Le rez-de-chaussée a été aménagé avec des mannequins pour reconstituer des cérémonies chez les principales ethnies de l’Afrique de l’Ouest, Senoufo, Bassari, Dogon, Gurunsi, commentées par des textes détaillés que j’aurais aimé retrouver dans un livre. Il nous ferait bon effet si les masques et statuettes exposées étaient mieux éclairées (celles qui sont placées devant des fenêtres, à contre-jour, sont  peu visibles) et si les vitrines étaient nettoyées de temps en temps… A l’étage, c’est la consternation. Des salles sont si peu éclairées qu’il est impossible de distinguer les objets éparpillés, et peut-être même pillés puisque des objets partis depuis plus d’un an pour une exposition en France, n’ont toujours pas regagné leur vitrine. Il s’y tient une exposition, à en croire un carton apposé sur un mur, sur la fécondité dans l’art africain. Les objets exposés sont enserrés dans d’étroites vitrines, disposés au hasard, perdus dans de trop grandes salles, sans aucun souci de ligne directrice. Dans un bâtiment annexe se tient une exposition d’artistes Sénégalais et Allemands, dans une salle claire, bien éclairée. Les œuvres, en majorité abstraites, nous paraissent sans le moindre intérêt et sur le livre d’or qu’on nous invite à remplir à la sortie, je suggère de permuter les deux lieux d’exposition… Nous marchons jusqu’à notre ancien immeuble, en passant devant l’ambassade des Etats-Unis qui, pour des raisons de sécurité, a fait barrer la rue ! Aujourd’hui, il n’est plus question de visiter notre ancien appartement ! Nous regardons nos mails dans le cybercafé du rez-de-chaussée, toujours rien de Julie, un message des Fantino qui nous invitent à nous rendre à leur ancienne adresse… Nous allons déjeuner près du Centre culturel, plats sénégalais tels le poulet yassa que nous n’avions pas encore goûté. Nous allons attendre une heure plus décente dans les jardins du Centre culturel en profitant des revues mises à la disposition des clients, puis nous marchons jusqu’à la Cour des Maures, faute de trouver un taxi qui connaisse l’endroit. Nous passons devant le marché Sandaga qui déborde dans les rues avoisinantes. Nous sommes pris en charge par un jeune qui, malgré nos rebuffades, ne nous lâche pas. Rien d’intéressant à la cour, des bijoux d’argent neufs et de fausses antiquités, les bracelets de pied mauritaniens sont désormais en aluminium ! Nous voyons de beaux fixés sous-verre, plus soigneusement peints que les anciens mais trop chers. Nous reprenons un taxi pour Soumbedioun. Nous arpentons les allées du centre artisanal, harcelés par les marchands, très répétitifs dans leurs arguments de vente et qui commencent à me saouler sérieusement. Marie visite consciencieusement chaque échoppe et achète, pour elle ou pour offrir, boubous, nappes, statuettes colon alors que je sèche sur pied ! Enfin nous rentrons à l’hôtel en taxi. Nous prenons aussitôt la voiture pour nous rendre aux Almadies. Le quartier est devenu recherché, belles villas, boutiques de luxe etc… A la pointe, les cafés où nous dégustions des accras en écoutant un joueur de kora, ont disparu, remplacés par des restaurants de classes variées. Nous prenons un verre dans celui qui est le plus en bordure de mer, avec vue sur les rochers et le phare puis, faute d’y trouver des oursins, nous allons dîner dans un autre, bien plus chic mais qui lui non plus n’a pas d’oursins ! Dîner de fruits de mer, huîtres, crevettes, pinces de crabe farcies avec une bouteille de blanc ordinaire, pour pas bien cher. Nous rentrons affronter les escadrilles de moustiques, garés sur le parking de l’hôtel. Comme la veille, je tape ces lignes dans la salle de déjeuner envahie de ces maudites bestioles.

suite dans Mauritanie - Sénégal 08 (4.- de Dakar à zagora)

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 17:05

Mercredi 29 octobre : Nous hésitons sur la conduite à tenir. Nous lancer seuls sur la piste du Banc d’Arguin, attendre l’hypothétique passage d’autres 4x4 ou renoncer. Un Maure qui vient nous demander de l’aider à démarrer sa Land, un très ancien modèle, va nous tirer d’embarras. Avec le vent de sable qui s’est levé, sous un ciel couvert, il nous déconseille de nous aventurer seuls ou sans guide. Nous continuons donc sur le goudron, en direction de Nouakchott. Du sable tout autour de nous, de petites dunes que des filets ou des ébauches de plantations tentent de stabiliser. Le Sahel commence cent kilomètres avant la capitale. Les buissons d’épineux grossissent et deviennent plus nombreux, des touffes d’herbes tapissent le sol. L’arrivée en ville est évidemment marquée par de nouveaux contrôles : police, douane, gendarmerie, plus débonnaires qu’au Maroc et les gens sont tous gentils. Capitale sans grands immeubles, aucun n’a plus d’un étage à l‘exception de quelques-uns de prestige dans le centre. Nous trouvons assez facilement l’ambassade du Mali où il n’est pas trop tard pour déposer la demande de visa. Nous cherchons ensuite l’auberge Menata recommandée par des voyageurs. Nous la trouvons après avoir échappé à une tentative d’imposition d’une taxe sur l’éclairage public par des (faux ?) policiers. Nous stationnons dans la cour de l’auberge, en compagnie d’autres voyageurs. Nous discutons avec des Français qui avaient envisagé de suivre la piste de Tichit et Oualata mais qui ont renoncé. Nous tentons, en vain, de les faire changer d’avis et continuons de causer de voyages autour du monde, de pistes etc… Je vais rechercher les passeports en taxi puis je fais faire des photocopies des passeports pour les futurs contrôles. Le reste de l’après-midi se passe à causer, de nouveau, voyages, donner du linge à laver à la sympathique et mignonne aubergiste, passer au cybercafé, profiter de la douche chaude. Marie joue au jeu des « Sept familles » avec la gamine des Français et enfin nous dînons, riz aux calamars, à l’auberge en compagnie d’autres voyageurs et d’un couple d’aubergistes de Tombouctou qui me donnent bien envie d’aller revoir le Mali. La soirée se termine tard, en bonne compagnie d’autant plus de bonne humeur que l’aubergiste de Tombouctou a ouvert une bouteille d’alcool de prune…

 

Jeudi 30 octobre : Personne ne semble pressé ce matin, ceux qui partent pour le Mali traînent. Nous partons au marché avec un jeune garçon de l’auberge qui nous indique l’endroit où des femmes fabriquent des nattes décorées de fines lanières de cuir teintes, comme celle que nous avions rapportée d’Atar. Hélas, désormais les couleurs ne tiennent pas, partent sous le doigt et bavent sur les tiges de roseau. Les prix sont élevés et nous ne décidons rien. Notre guide nous entraîne ensuite dans le dédale du marché, principalement consacré à l‘habillement, toujours à la recherche de nattes. Nous n’en trouvons pas d’autres, quelques marchands d’artisanat vendent des coffres cloutés, décorés de plaques de cuivre mais ils n’ont pas la patine des anciens. Je vais faire des photos, abandonnant Marie, assise sur des marches, à la conversation de vendeurs de billets de loterie. Je monte au premier étage du bâtiment du marché et de là, je peux photographier à loisir les Maures en amples boubous bleus ou blancs brodés ou les élégantes venues choisir une nouvelle étoffe, fine et toujours colorée. Un pénible vent de sable soulève des particules qui irritent les yeux et opacifient l’air. A peine apercevons-nous les minarets de la nouvelle mosquée dite saoudienne. Nous revenons à pied, en passant par les deux librairies qui n’ont que fort peu de livres et certainement pas les deux Le Clézio que nous aurions aimé y trouver : « Désert » et « Gens des nuages ». Les journaux français datent déjà… Nous rentrons à l’auberge en luttant contre le vent et en traînant les pieds dans le sable des avenues, les rares trottoirs sont, soit en piteux état, soit recouverts de sable. Nous déjeunons rapidement dans le camion, plus simple que de tout sortir sur les tables du jardin… Nous repartons ensuite en taxi jusqu’au Musée National. Un cube construit par les Chinois ce qu’indiquent les portes avec des idéogrammes. Une section retrace la préhistoire puis l’histoire du pays avec quelques objets sous des vitrines et des panneaux explicatifs. Ceux consacrés à Tichit et Oualata nous intéressent particulièrement… A l’étage, une section ethnographique avec des objets et des maquettes, belles nattes, comme celle que nous aimerions trouver mais les bijoux sont très décevants. Nous repartons en taxi pour le port de pêche, assez éloigné de la ville. Des bâtiments modernes hébergent le marché, des chambres froides et des administrations. Sur la plage s’alignent des centaines de pirogues, des petites mais aussi de très grandes, capables d’affronter la haute mer, tristement rendues célèbres dans les journaux télévisés par leurs traversées tragiques en direction des Canaries, trop lourdement chargées d’immigrants. Toutes sont peintes, décorées à l’identique de celles du Sénégal, ce sont d’ailleurs des pêcheurs originaires du Sénégal qui les montent. Leurs proues pointées vers l’océan  hérissent le rivage telle une armée de chevaliers moyenâgeux avant la charge, des étendards claquent dans le vent, par-dessus. Nous assistons au retour de quelques-unes avec le débarquement des prises aussitôt vendues au marché, soles, lottes et courbines, un très gros poisson semblable au capitaine. La remontée des pirogues se fait par une lente reptation avec pivotements à répétition comme nous l’avions si souvent vu faire à Kayar ou à Yoff. Je suis pris à partie par un des pêcheurs pour avoir pris une photo sans lui en avoir demandé la permission, prise de bec prétexte à une demande d’argent aussitôt repoussée…   Nous nous faisons ramener, toujours en taxi, ceux qui attendaient au port sont sans doute les plus délabrés qui se puissent trouver à Nouakchott, en Mauritanie, en Afrique, voire dans le monde, difficile d’imaginer engin roulant aussi éloigné de ce à quoi il devait ressembler en sortant de la chaîne de montage ! Nous allons revoir des nattes chez des marchands d’ « antiquités ». Aucune ne trouve grâce, nous attendrons, soit de trouver en cours de route, soit en repassant à Nouakchott. Je vais acheter un « Libération » qui date de trois jours puis nous rentrons à l‘auberge. Je branche le chargeur de batterie pour essayer de redonner un peu de vigueur à celle de la cellule qui fait pâle figure… Puis nous ressortons pour aller dîner dans un restaurant indiqué. La salle étant plutôt sinistre, toile cirée sur les tables, fresques « primitives », presque trop, photographies « exotiques » de montagnes enneigées et de lagons ombragés de cocotiers, nous préférons  nous installer dans le jardin, faiblement éclairé par des néons blafards. Nous sommes les seuls clients à goûter le riz aux keftas et les brochettes de poisson, nourriture honnête et copieuse qui est avalée avec de grandes rasades d’eau, faute de toute boisson alcoolisée. Retour au camion pour une soirée de veille de jour de repos, donc animée dans le voisinage par des chants…

 

Vendredi 31 octobre : Les autres hôtes de l’auberge sont prêts à partir de bonne heure, nous serons les derniers après avoir refait le plein d’eau, vidé les toilettes et réglé la note. Aujourd’hui vendredi, jour de repos, la ville est peu animée et nous en profitons pour sortir rapidement de Nouakchott, après un plein de gasoil que nous retrouvons à un tarif presque européen. La route, étroite, traverse un paysage de belles dunes successivement blanches, blondes ou rouges, parsemées d’épineux. Boutilimit, comme les autres villes traversées, n’est qu’une rue défoncée, crasseuse, couverte de sacs plastiques et autres papiers jetés au sol. Un vent de sable souffle depuis ce matin et brouille l’atmosphère. Le sable disparaît ensuite partiellement, en approchant d’Aleg, sous une végétation plus abondante et une herbe rase et éparse. Des mares, restes des dernières pluies de l’hivernage, ont permis de sédentariser (provisoirement ?) des éleveurs qui ont planté leurs tentes de toile, carrées, à proximité des champs ou des troupeaux de bœufs, de chameaux, de chèvres. Ces animaux divaguent et leurs douloureuses rencontres avec des camions ou des véhicules lancés à grande vitesse, se soldent par de nombreux cadavres sur le bas-côté. Nous hésitons encore sur la direction à prendre mais finissons par renoncer à poursuivre en direction de Tidjikdja, trop peu sûrs de trouver un moyen de nous rendre à Tichit. Nous poursuivons donc sur Kiffa, mais je tire franchement la gueule. Avoir un 4x4 et ne rouler que sur du goudron, dormir dans des campings et bientôt rouler en climatisé ! Nous repassons la passe de Diouk,  où en 1975, dans notre virée au Tagant, nous avions déjà fait un voyage raté, l’oasis est plantée de beaux et gros palmiers doum dont les troncs se ramifient comme les branches d’un chandelier. Je ne reconnais rien, les villages me paraissent plus proches qu’alors et plus importants, peut être la sédentarisation a-t-elle fixé des populations en bordure de la route goudronnée. Les anciens abris en bois couverts de tiges de mil sont désormais remplacés par des constructions en parpaings de béton et les cases sont devenues des cubes grossiers, avec une porte métallique. A chaque contrôle de gendarmerie, nous gagnons du temps en distribuant des photocopies des passeports, nous allons bientôt en manquer… Faute de trouver une oasis pour passer la nuit, Marie ne veut pas s’arrêter en pleine brousse, nous finissons par atteindre Kiffa où nous trouvons à l’entrée un camping. Nous nous y installons et commandons un dîner avec du poulet et des frites. Nous y retrouvons les aubergistes de Tombouctou et passons la soirée avec eux, encore en parlant de voyages !

 

Samedi 1er novembre : Les gosses de l’école coranique, toute proche, ont commencé de très bonne heure, dans la nuit, à psalmodier à tue-tête des versets du Coran et nous ont donc réveillés. Nous discutons encore avec les « aubergistes » puis partons. J’arrête dans Kiffa pour refaire des photocopies des passeports à distribuer, nous les aurons presque toutes données le soir ! J’achète du pain puis nous allons rapidement nous promener dans les rues qui composent le marché. Elles sont particulièrement crasseuses ! Tout le monde jette par terre emballages plastiques, papiers, cartons, vieilles chaussures et tout objet non récupérable. Ces déchets remplacent le revêtement disparu dès l’entrée de la ville. Toujours une population noire en majorité, les femmes leurs voiles aux couleurs vives, les jeunes ont aussi souvent des lunettes de soleil, et les hommes ont disparu sous leurs boubous et chéches, on en voit encore moins que chez des Iraniennes intégristes ! Nous roulons en direction d’ Ayoûn el ‘Atroûs dans une plaine caractéristique du Sahel, couverte d’acacias et d’autres épineux qui font le régal des dromadaires et des chèvres ; les bœufs et les rares chevaux préfèrent les tiges jaunies des graminées sauvages qui couvrent le sol. Ayoûn el ‘Atroûs n’est pas plus attrayante que Kiffa mais elle est située dans un joli cadre de roches érodées dignes du Hoggar ou du Tassili. Quelques kilomètres de tôle ondulée avant de retrouver un bon goudron. Timbedra, toutes proportions gardées et en faisant abstraction des carcasses particulièrement pourries des véhicules échoués ici, serait presque coquette, le goudron parvient presque à résister à l’envahissement du sable et des détritus, ces derniers sont d’ailleurs en bien moins grand nombre que dans les villes précédentes. Nous pouvons observer les différents stades de l’évolution de la sédentarisation. A la tente se substitue un abri de bois et de paille puis il est construit sur une base bétonnée, par la suite les murs en pignon sont élevés en dur et enfin les deux derniers murs sont à leur tour montés en parpaings et percés d’ouvertures. Nous déjeunons en apprécions la dernière bière, à quand la prochaine ? Avant Nema, des maisons sont bâties en pierres en jouant sur la couleur de celles-ci, des motifs apparaissent sur les façades. Les seuls authentiques khaïma tissées en poils de chameaux, brunes, vues depuis le début, sont à l’entrée de Nema. Nous voici au bout du goudron. De là des pistes mènent à Tombouctou (si seulement nous pouvions y rencontrer d’autres « aventuriers » prêts à se lancer dans cette direction !) et Oualata. Le centre administratif est minable, en arrière  se trouvent le ou les villages traditionnels, le long de l’oued qu’une bonne crue permettrait de nettoyer… Nous cherchons le camping, nous nous le faisons indiquer, sillonnons entre les murs des anciennes maisons et finissons par le trouver au sommet d’une falaise, sur la route de Oualata. Les prétentions tarifaires nous en chassent aussitôt ! Nous redescendons dans le bourg. Je vais nous faire enregistrer au commissariat. Son unique préposé est occupé à sortir sa télévision crachotante à l’extérieur pour suivre les dernières péripéties de la campagne présidentielle américaine. L’intérieur du commissariat ne comporte que deux ou trois nattes usagées… Il note consciencieusement toutes nos références et nous souhaite la bienvenue, sans réclamer un cadeau, au contraire de nombre de ses collègues sur la route… Nous ne savons trop où nous poser et retournons au poste de police à l’entrée de la ville où nous serons tranquille.

 

Dimanche 2 novembre : Le policier du poste de contrôle vient s’enquérir de notre bien-être cette nuit et quémande un « petit cadeau » que nous lui refusons… Nous allons refaire un plein de gasoil, de plus en plus cher en s’éloignant de Nouakchott. A l’épicerie, je ne trouve que des mandarines et du pain, pas de tomates sauf en boîtes ! Nous prenons la piste de Oualata, celle qui monte sur le dhar par une rude côte puis continue dans la brousse. Enfin la brousse ! Une piste, deux rails creusés par les taxis-brousse qui font le transport, des ornières pas trop profondes pour la Land Rover, qui serpente dans un paysage typique de la bordure nord du Sahel. Je tiens un honnête quarante km/h pendant deux bonnes heures, ne croisant que deux voitures chargées de passagers en surnombre et des troupeaux de vaches qu’accompagnent leurs bergers sur leurs dromadaires. Soudain la piste dévale le dhar, et plonge sur un versant très ensablé, vers la plaine. Grâce à l’élan et à la descente, nous franchissons sans difficulté le passage mais la remontée risque d’être plus problématique… Dans la plaine, à un puits profond d’une bonne centaine de mètres, à en croire la longueur de la corde que tirent des chameaux pour remonter des délous qui déversent des litres d’eau dans les abreuvoirs, sont rassemblés des troupeaux de chameaux et de moutons. Plus loin, nous croisons une caravane, deux des caravaniers à tête de brigands nous demandent de l’eau et des allumettes, ils ont aussi des vues sur mes lunettes mais je les défends ! Beaucoup plus de sable maintenant mais la voiture passe tant qu’il y a des ornières. La traversée d’une vaste étendue de sable pulvérulent où les pistes se partagent en autant de traces que de véhicules qui y sont passés se révèle plus délicate mais finit par se négocier malgré de sérieuses frayeurs. Je n’ai jamais été aussi content d’avoir une Land Rover et j’imagine les problèmes que nous aurions eus avec la Méhari ou même la VW. Plus tôt que nous ne le pensions, nous arrivons à Oualata. La ville est au pied d’une falaise et ses maisons ocre rouge se confondent avec la montagne. Après un passage à la brigade de gendarmerie pour nous enregistrer, nous cherchons le camping, il est fermé, il faut aller chercher la clé. Nous décidons alors de dormir dans une auberge de la vieille ville, dans une maison traditionnelle. Elle est superbe ! Le portail avec ses banquettes extérieures pour se reposer et discuter est encadré et surmonté de dessins colorés en forme de croix mais le plus beau est à l’intérieur.  Sur les deux cours donnent des pièces dont l’encadrement est décoré d’entrelacs blancs sur l’argile rouge des murs, ils forment des dessins ésotériques dont plus personne n’est capable d’en donner la signification. Regardés de près, on discerne une forme féminine qui combinée avec trois autres, forme une croix ou, avec deux, le décor des frontons des portes. D’autres fresques en forme de croix ou de porte sont tracés sur les murs. Les chambres sont également décorées, tous les murs sont recouverts de ces dessins, y compris le pilier central qui supporte une toiture de branchages recouverts de terre. En montant sur les toits, on découvre d’autres maisons et donc d’autres fresques dont le blanc tranche sur le rouge des murs. Après nous être mis d’accord sur le prix de la chambre, encore un pénible marchandage pour faire coïncider les habituelles exigences tout à fait irréalistes et nos possibilités financières, nous tentons de faire une sieste mais la chaleur est telle et les mouches si agressives, que nous sommes presque contents de ressortir ; une douche ne me rafraîchit qu’un trop bref instant. Nous allons vagabonder dans l’ancienne ville, sur les flancs du dhar, au-dessus de la ville dite nouvelle qui ne se distingue de la vieille que par le nombre plus réduit de ruines. En effet, beaucoup des maisons traditionnelles se sont écroulées sous l’action des rares pluies ou ont été abandonnées par leurs occupants. Nous apercevons depuis les portes entrouvertes des intérieurs splendides, pénétrons parfois, à l’invite des occupants dans des cours où nous retrouvons les mêmes dessins sur les murs et les encadrements de portes, fenêtres, niches, parfois autour des arcades de la cour. Malheureusement les anciennes portes de bois couverts de gros clous métalliques sont souvent remplacées par d’horribles portes métalliques. Un jeune épicier nous guide à la bibliothèque. Les précieux manuscrits, des Corans et des textes divers, vieux de plusieurs siècles, souvenirs du temps où Oualata était une riche cité, ont été collectés et placés dans des classeurs. Il nous en montre plusieurs mais seuls un ou deux sont enluminés. Par contre les bâtiments adjacents sont de superbes exemples de l’art décoratif de la ville. Nous passons devant la mosquée et son minaret de plan carré, assez lourds. Nous terminons par une visite à une potière qui réalise des modèles réduits de maisons locales qu’elle a la prétention de vendre très cher puis nous rentrons à l’auberge, « à la fraîche », quand la sueur ne nous coule plus dans les yeux. Nous nous installons sur des banquettes et des nattes, dans la cour. Je reporte les photos sur l’ordinateur et commence à taper le journal en attendant le coucher du soleil. Nous nous offrons alors les dernières gouttes de la bouteille de pastis qui ont un goût de trop peu. A quand le prochain ? L’aubergiste nous apporte le dîner que nous avions commandé : des pigeons farcis aux dattes, servis avec de la graine de couscous. Ils sont gros comme des cailles et les manger dans le noir, avec les doigts, sans couteau, ne permet guère de vraiment les apprécier. Notre hôte nous sert ensuite les trois verres traditionnels de thé à la menthe tandis que nous pouvons contempler un magnifique ciel étoilé. Nous regagnons la chambre, une fournaise qu’un ventilateur peine à rendre supportable. 

 

Lundi 3 novembre : Je ne parviens pas à m’endormir, je transpire sur le lit. Au milieu de la nuit je me transporte sur un lit dans la cour, rafraîchi par le vent du désert, contemplant les archipels des étoiles plus lumineuses que n’importe où ailleurs. Je regagne la chambre quand il y fait moins chaud et j’attends le jour. Au matin, je profite encore du lit dans la cour pour écouter les interrogations roucoulantes des pigeons, étonnés de la disparition de deux de leurs copains depuis la veille… Nous prenons le petit déjeuner dans le camion. Notre épicier de la veille arrive avec sa valise et un sac. Nous avons convenu de l’emmener à Nema, il dit connaître la route qui nous évitera la remontée dans le sable sur la falaise. Il ne veut pas poser ses fesses sur sa valise, elle contient des livres saints ! Nous repartons par la même piste que la veille, retraversons la zone de sable mou et parvenons au puits où il doit bien constater qu’il ne sait pas où est la route… Après avoir été sur le point de nous ensabler, retour à Oualata, nous sommes furieux, nous avons perdu une heure et roulé plus de trente-cinq kilomètres dans le sable pour rien… Il trouve un guide dont nous devons partager la rémunération et nous voilà repartis. La piste contourne le dhar, très ensablée au début, les traces sont recouvertes par le vent de sable et la voiture peine mais elle passe. Ensuite la piste s’améliore et devient très roulante, avec des tronçons où je tiens le quatre-vingts km/h. Nous rencontrons quelques troupeaux de moutons, de chameaux et d’ânes, frères libres de ceux qui, en ville, placides, les yeux tendres, subissent mille avanies de la part des conducteurs de charrette. Nous nous débarrassons de nos « guides » à Nema et reprenons le goudron. Alors que nous sommes arrêtés pour déjeuner, un automobiliste en grand manque, vient nous demander du « pinard », il repart déçu ! Longue après-midi, fatigante, pour retourner à Ayoûn el ‘Atroûs et de là piquer au Sud sur encore une centaine de kilomètres, en direction du Mali sur une bonne route goudronnée, récente mais déjà en partie dégradée. Nous arrêtons pour la nuit à l’entrée de Koubeni, à côté des tentes des éleveurs, installés pour la période de l’hivernage. Des centaines de minuscules insectes ont franchi la barrière des moustiquaires et folâtrent autour des lumières, éventuellement dans nos cheveux, sur notre peau luisante de sueur et ce jusqu’à ce que nous éteignions.

 

Mardi 4 novembre : Au réveil, les bestioles sont parties se coucher… Nous allons accomplir, rapidement, les formalités de douane puis, un peu plus loin, de police, pour sortir de Mauritanie. Dès l’entrée au Mali, tout change ! Nous ne sommes plus des Nasrani mais des toubabou, on ne nous classe plus sur notre supposée religion mais sur notre indéniable couleur de peau. Nous sommes accueillis à la police, par de grands gaillards sympathiques, doués du sens de l’humour. A la radio, une griotte chante en s’accompagnant à la kora. Nous réglons les problèmes de douane, d’assurance et de change, nous retrouvons le franc C.F.A. qui correspond aux anciens francs, ce qui nous facilitera les estimations de prix (Je pense à Michèle qui n’aurait ici, pas de problèmes de conversion…). Et puis c’est le Sahel vert ! L’herbe est verte, les arbres sont de vrais arbres, pas de ces épineux rebutants mais des arbres avec des feuilles et même des fruits, des papayers, des rôniers, des manguiers (le climatiseur de l’Afrique !). Les maisons sont en banco, de leurs murs dépassent les poutres du toit. A Nioro je vais au marché, un vrai marché africain, des femmes vendent des petits tas de citrons verts, de goyaves, de piments, à même le sol, sur les étals des morceaux de viande découpés à la machette et des poissons pêchés il y a belle lurette et séchés. Le plastique n’a pas encore tout envahi et des calebasses avec un couvercle tressé, se voient encore. Je cherche de la bière. Je me fais conduire dans un bouge, accolé à une caserne. Trois clients, amateurs de boissons fortes sont accoudés au comptoir et dégustent en connaisseurs des bières. Je ne les distingue que difficilement dans la pénombre de ce lieu de perdition, tant les murs sont sombres et l’éclairage tamisé. Derrière le zinc, sur l’étagère, une bouteille de pastis sérieusement entamée et du vin en cubi-carton. Vu les prix, je ne fais pas affaire et nous repartons en direction de Kayes.  Des bergers peuls, le sarouel relevé au-dessus du genou, des chèches sombres enroulés sur la tête pour se protéger du feu solaire, secs,  sans le moindre cholestérol,  les bras nonchalamment accrochés sur leur bâton en travers de leurs épaules, leur donnant ainsi des airs d’épouvantails, conduisent aux mares de grands troupeaux de douces vaches à la robe claire et aux immenses cornes. Je crois voir s’animer les peintures rupestres du Tassili. De magnifiques baobabs semblent, la tête à l’envers, avoir accroché leurs racines au ciel, des pains de singe en pendent. La route, goudronnée, est bonne, quoique les camions de toute l’Afrique de l’Ouest qui acheminent le trafic vers le port de Dakar aient commencé à creuser des rails dans la chaussée. Une brume de chaleur que renforcent des feux de brousse, nous dissimule les lointains du paysage, notamment dans une région de collines encore verdoyantes. Je reprends du gasoil, plus cher qu’en Mauritanie mais dont le prix diminue en se rapprochant de Dakar… Nous parvenons en fin d’après-midi à Kayes. Une ville à laquelle sont associés bien des souvenirs de voyages passés… La poussière, la brume la rendent irréelle. Je trouve de la bière chez un boulanger puis une inespérée bouteille de pastis et enfin un cybercafé. Messages de Julie et de Michèle auxquels nous répondons et de Di Folco, prévenu de notre arrivée. Nous nous dépêchons de sortir de la ville avant la nuit et sortons de la route pour nous installer au milieu de champs de mil. Nous apprécions le pastis malgré une nouvelle invasion d’insectes, décidemment amateurs de chair blanche !

Mercredi 5 novembre : Nous repartons alors que le soleil commence à taper fort. Nous traversons de nouveau une belle forêt de baobabs, jusqu’à la frontière. Les formalités sont très vite expédiées côté malien puis nous franchissons la Falémé encore très en eau, ce qui m’inquiète pour la traversée des gués dans le parc du Niokolo-Koba et notamment pour rejoindre directement la Casamance. J’apprends par la télévision  du poste de douane sénégalais, la victoire d’Obama aux élections américaines. Il faut aller au commissariat pour les formalités de police, les rues sont complètement défoncées et ici, comme au Mali ou en Mauritanie, le ramassage des ordures ménagères ne semble pas être un souci pour la municipalité… Nous continuons en direction de Tambacounda, en suivant la voie ferrée. Au Sénégal, les baobabs sont en fleurs, du moins les jeunes pousses, de belles fleurs roses, du plus bel effet dans la brousse. La route goudronnée comporte d’inquiétants nids de poule, à la sortie de Kidira, mais s’améliore ensuite. Contrairement au Mali où nous n’avons rencontré aucun contrôle de gendarmerie sur la route, dans certains villages, de nonchalants gendarmes exercent leur autorité pour masquer leur curiosité. Le dialogue est, à peu de variantes près, le suivant : 

« - Bonjour, comment ça va ?

-          Bien merci et vous ?

-          Ça va bien merci.

-          Et la famille ça va ?

-          Oui, ça va.

-          Et les enfants ?

-          Ils vont bien, merci.

-          Et le travail, ça marche ?

-          On s’accroche… »

Sans doute est-ce à son fauteuil qu’il s’accroche, ce gendarme chenu qui passe ses journées à l’ombre des manguiers, arrêtant une voiture toutes les deux heures… Nous nous arrêtons sous un baobab pour déjeuner et renouant avec une antique tradition locale des coloniaux et assimilés, nous dégustons un pastis bien glacé, « pour nous rafraîchir ! ». Nous mettons au point le texte que nous allons mettre dans le blog avant de repartir. Arrivée dans Tambacounda, nous faisons connaissance avec une chaussée qui n’a pas été refaite depuis des décennies. Les bas- côtés non asphaltés sont presque meilleurs que la route ! Je change dans une banque, les billets partent vite, la vie est chère au Sénégal. Nous le constatons à la pompe où le litre de gas oil est à un euro ! Nous mettons à jour le blog, dans un cybercafé, pas de messages, nous lisons les commentaires sur l’élection d’Obama avant de nous mettre en quête d’une épicerie un peu fournie. Nous ne trouverons que du jus d’orange et des fruits, pas de bière sauf dans les bars et pas de yaourts pour Marie ! Nous allons nous garer à la sortie de la ville, devant une mission catholique, en attendant l’heure de dîner au restaurant. Nous allons « Chez Francis », un bouge, genre « maquis ». Une salle sombre avec un bar à l’ancienne, garni de bouteilles de pastis, whisky et gin, un jardin dans lequel nous nous installons, à égale distance de la télévision qui fait ses gros titres sur l’élection d’Obama, sur les réactions du président sénégalais Abdoulaye Wade dont on nous détaille toutes les demandes d’interviews de la part des médias étrangers, et d’un unique tube au néon qui diffuse une insuffisante lumière blafarde. La clientèle est exclusivement mâle et certainement pas rigoureusement musulmane. A la table voisine, un amoureux éméché explique ses déboires à un consolateur qui lui affirme doctement que : « L’amour n’a pas de prix » et le lui répète à plusieurs reprises pour bien l’en convaincre, tout en lorgnant l’hétaïre qui épluche les oignons, un œil sur Obama. Nous dînons d’un pseudo chawarma et d’un demi poulet dit « bicyclette », sans doute parce qu’il n’y a que les rayons… Mais la bière est glacée et c’est le principal. Nous rentrons dormir à la mission, une sœur nous ayant proposé de nous installer dans leur verger.

 

Jeudi 6 novembre : Nous avons dormi au calme et si les élèves des sœurs sont curieux au matin, la cloche qui les appelle en classe, nous en débarrasse vite. Nous refaisons un plein d’eau et prenons la route du parc du Niokolo Koba. Nous traversons des villages qui ne semblent pas avoir changé, des cases en banco, couvertes de paille, formant des « concessions » familiales. Seule nouveauté, seule construction en « dur » : la mosquée, omniprésente. Au bout d’une bonne heure de route, nous sommes à l’entrée du parc. Nous apprenons alors que très peu de pistes sont ouvertes, que les herbes n’ont pas été encore brûlées et que les eaux de la Gambie étant encore très hautes, il n’est absolument pas question de franchir le gué de la Koulountou qui nous aurait permis de rejoindre la Casamance. Il semblerait que notre voyage souffre d’un certain manque de préparation ! Nous décidons de ne passer que la journée dans le parc et nous embarquons un guide devenu obligatoire. Nous ne distinguons rien de la brousse. Dans les passages de savane, les hautes herbes ôtent tout espoir d’apercevoir quoi que ce soit et dans les forêts, les mares sont encore si nombreuses que les animaux sont dispersés dans tout le parc. Néanmoins nous avons la chance de faire peur à un phacochère qui fuit devant nous en suivant la piste, plus loin ce sont de beaux singes, des patas, à longue queue qui nous regardent de leurs arbres, indifférents, et des oiseaux, dont plusieurs variétés de calao. Et les heures passent à rouler lentement, la voiture taillant son chemin dans une végétation très envahissante, une odeur de menthe sauvage monte des herbes que nous écrasons. Nous aurons encore la vision de deux cobs dans les taillis. J’avais oublié combien la végétation est belle dans le parc, de majestueux rôniers, une forêt de tecks sauvages ombragent le parcours. Du point de vue sur la Gambie, nous ne pourrons apercevoir, dans le lointain, qu’une bande de babouins venue boire dans la rivière en annonçant sa venue par des aboiements, et des oies de Gambie posées sur un banc de sable, nous devinerons les crocodiles à leur sillage dans l’eau. La chaleur est lourde quand nous ne roulons pas. Un pique-nique est rapidement avalé, partagé avec le guide qui comptait sur nous. Nous arrêtons à Simenti mais si le site est idéal, dominant la rivière à son confluent avec le Niokolo, les animaux en sont absents. Les boissons, pas fraîches, faute de courant électrique, y sont néanmoins facturées un maximum ! Nous rentrons en passant par le gué de Damantan, submergé et infranchissable. A proximité, dans un grand enclos, est enfermé un léopard, recueilli à sa naissance par les gardes et incapable d’assurer seul sa subsistance. Nous contournons l’enclos pour tenter de l’apercevoir. Nous le devinons à ses feulements. Je vais rechercher Marie et quand elle en approche, il se jette sur le grillage heureusement résistant. L’émotion de la journée ! Nous revenons à l’entrée sans rien de notable, des pintades, des calaos et une troupe de babouins. Nous nous installons pour la nuit à l’entrée du parc où, après un sérieux ménage du camion, envahi de branchages et de feuilles, nous prenons un pastis que nous jugeons mérité, dehors, presque au frais. Dîner dans le camion pour éviter moustiques et autres insectes volants, rampants, piquants, collants etc…

 

Vendredi 7 novembre : Aujourd’hui, c’est le battement sourd des pilons qui nous réveille. Notre guide vient nous retrouver et nous fait visiter la boutique de souvenirs fabriqués exprès pour les touristes. Nous repartons avec deux cartes postales, vendues trop cher… Nous reprenons la route de Tambacounda puis continuons en direction de Kolda. Il commence à y avoir des nids de poule mais par sections, d’autres vont être excellentes sans raison définie. Nous continuons sur la route de la Guinée qui devient franchement mauvaise, jusqu’à Médina Gounas. Marie a repéré que le vendredi dans ce fief de la confrérie Tidjane, il doit y avoir du monde aux alentours de la mosquée dont l’unique minaret domine de haut le village. Nous croisons de nombreuses femmes drapées dans des boubous multicolores, leurs voiles (toutes en portent un) sont décorés de paillettes et elles mâchonnent un bâtonnet en guise de brosse à dent. Elles sortent de la mosquée, un bâtiment de béton, plutôt laid que nous ne cherchons pas à visiter. Nous nous promenons dans les rues du marché, objet de la curiosité publique mais sans la moindre animosité, bien au contraire. Je tire des photos, mine de rien, quitte ensuite à les recadrer ou à les éliminer. Un rassemblement de femmes nous attire dans un bâtiment récent pourvu d’une grande salle ouverte où des hommes assis sur des nattes devisent en égrenant leur chapelet. Un homme surgit et, légèrement agressif, nous demande ce que nous faisons là, si nous avons demandé la permission… il finit par se radoucir et nous explique qu’il s’agit de la maison du Grand Marabout qui reçoit en audience le vendredi. Je me renseigne sur l’existence d’une piste qui nous éviterait de revenir sur nos pas et nous amènerait au-delà de Velingara. Un officier supérieur de police, important à en croire ses galons et la lenteur de sa démarche, nous propose de le suivre, il va nous montrer le chemin. Mais auparavant, il passe chez lui, s’arrête pour régler des affaires et nous le suivons gentiment dans tous ses tours et détours dans la ville. Enfin, il se décide à prendre la piste. Très roulante au début, elle se dégrade avec des passages d’ornières datant de l’hivernage. Nous traversons une jolie campagne, des villages aux belles cases, surtout les peuhles, plus grandes, plus élégantes et dont le toit descend presque jusqu’à terre, le chaume des toitures est parfois couvert de calebasses qui poussent dessus, des épis de maïs ou de mil sèchent sur des estrades haut perchées pour décourager les prédateurs. Notre guide s’arrête dans un village et nous indique le chemin. Nous rejoignons la route, plus ou moins bien revêtue et filons en direction de Kolda.  A un contrôle, le gendarme de faction, l’air sévère, cherche à nous impressionner en nous apostrophant en anglais puis en demandant à Marie qui pouffe les noms de sa parentèle et enfin nous réclamant nos pièces d’identité alors qu’il a les passeports à la main ! Nous arrêtons de bonne heure (je ne me sens pas de continuer jusqu’à Ziguinchor), dans un campement touristique, autrefois tenus par des Français, qui semble avoir des problèmes de gestion, ce que la « secrétaire » nous détaille. Nous avons le droit de nous garer dans l’agréable jardin et surtout d’utiliser la piscine. Nous nous y précipitons sans attendre et éliminons ainsi crasse et sueur des jours passés… Nous dînons au restaurant : crevettes à l’ail, capitaine soi-disant à la provençale et phacochère à la crème, tout cela très bon sauf le phacochère dont la crème tournée, m’écoeure.

 

Samedi 8 novembre : La clientèle a été passablement bruyante hier soir mais cela n’a pas duré. Je n’ai pas trop bien dormi, encore trop chaud, j’étouffe dans mon coin. Nous repartons sur la route de Ziguinchor qui se révèle vite abominable, pas entretenue. Les broussailles et les hautes herbes envahissent les bas-côtés et nous avons l’impression de rouler entre deux murs de paille. Et bientôt ce sont les nids de poules, d’autruches, des bauges à éléphants, c’est le Chemin des Dames ! Nous nous traînons lamentablement, rebondissant de trou en trou. Parfois une trouée nous laisse apercevoir les rizières et des échappées sur la Casamance. Dans les villages, sous de grands arbres et d’opulents manguiers, belles cases traditionnelles à toit de chaume, très peu de tôles ondulées, seuls des éclairages publics alimentés par des panneaux solaires montrent une évolution. Les gens nous font gentiment signe, il  ne doit pas passer souvent des touristes ! L’arrivée à Ziguinchor est encore plus calamiteuse ! Plus de  goudron, des pistes défoncées, en montagnes russes, des ordures partout, des bâtiments en ruine dont on peine à imaginer qu’ils sont en activité. Y a-t-il eu un tremblement de terre, un raz-de-marée ? Nous ne pouvons croire que les Combet y ont vécu plusieurs années mais sans doute la ville n’était pas dans cet état d’abandon. Le gouvernement sénégalais veut-il faire payer aux Casamançais leurs idées séditieuses ? De belles maisons coloniales mériteraient une restauration, il règne un petit air de Tamatave dans les avenues du quartier administratif. Nous cherchons un supermarché, enfin une épicerie, à la rigueur une boutique avec des produits frais et de la bière. Nous trouverons, en partie, cela dans une station service, évidemment à des prix d’importation. Passage dans un cybercafé, nouvelles de Jean-François, rien de Julie. Nous lui envoyons un message, fâchés, puis lisons les nouvelles, apprenons le succès de Ségolène Royal, raison de plus pour voter Besancenot ! En fin de connexion, nous trouvons tout de même un message de Julie, sur le point de partir à Marrakech. La librairie est fermée donc pas de journaux. Nous faisons le tour des auberges susceptibles de nous accueillir pour la nuit mais aucune n’a de place dans son jardin. Nous allons nous garer à proximité de l’une d’elles : « Le Perroquet » où nous allons prendre un soda sur la très agréable terrasse qui domine le fleuve et les grandes pirogues de transport. Nous retournons à la voiture mais qu’il y fait chaud ! Nous dînons au Perroquet. Longue attente pour un soi-disant capitaine au four, trop cuit et des brochettes de poisson pas assez cuites !

suite dans Mauritanie - Sénégal 08 (3.- de Ziguinchor à Dakar)

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22 octobre 2008 3 22 /10 /octobre /2008 18:59

MAURITANIE - SENEGAL 

 

AUTOMNE 2008

 

Jeudi 16 octobre : Nous nous sommes réveillés sur l’aire d’autoroute, à la station service entre Marseille et Martigues où nous nous sommes  arrêtés à deux heures du matin, en sortant de chez les Fantino. Nous avons quitté Toulon hier à midi, après avoir fini de charger notre tout nouveau, tout beau camping car, une cellule sur une Land Rover ! Réglisse nous a regardés partir, sans savoir combien de temps elle allait nous attendre… Nous sommes d’abord allés à Martigues, chez le constructeur du camping car pour qu’il nous change une serrure défaillante. Nous y avons constaté des flaques d’eau dans les coffres qui ont imbibé tous les emballages cartonnés de riz, pâtes etc… Ils ont cherché des fuites, remastiqué des joints, resserré des colliers et nous sommes repartis à Marseille pour dîner chez les Fantino avec un couple de leurs amis. Nous constatons encore la présence de grosses gouttes d’eau mais je suis de plus en plus persuadé qu’il s’agit d’eau de condensation. Nous ne retournons pas à l’atelier, nous verrons par la suite ce qu’il en est. Cette fois, les choses sérieuses commencent et nous allons devoir avaler des kilomètres pour atteindre la Mauritanie ! Nous roulons donc, enveloppés dans un épais brouillard autour de Arles puis le soleil revient. Je commence à me sentir en confiance au volant de la Land mais je ne dépasse pas le 110 km/h. Nous arrêtons à Narbonne pour déjeuner, il était temps, je commençais à fermer les yeux ! Nous appelons Julie pour un dernier coucou avant la frontière espagnole. Je me fais peur dans l’après midi en m’apercevant brusquement que je viens de fermer les yeux une fraction de seconde ! J’arrête à la hauteur de Barcelone pour un plein de gasoil, un peu moins cher qu’en France. Nous traversons la Catalogne, en échappant aux hijackers annoncés par Giraud, effrayant ainsi Marie…Nous arrêtons pour la nuit sur une aire d’autoroute, peu avant Zaragoza.

 

Vendredi 17 octobre : Une bonne nuit réparatrice, (Dix heures de sommeil !), et nous continuons notre descente vers Algéciras. Peu avant Zaragoza, nous payons cher un péage (le dernier de la journée), le préposé me pose une question qu’à ma grande honte, dans l’immédiat, je ne comprends pas. Plus tard je devine qu’il s’est étonné que nous ayons passé la nuit sur l’autoroute, raison possible de ce tarif. Après Zaragoza nous traversons un inquiétant champ d’éoliennes dont les pales brassent sans conviction un air qui ne demandait rien. Les grandes silhouettes noires découpées à la forme de taureaux pourvus de tous les attributs d’un honnête taureau, perchées sur des tertres, qui se découpent sur un ciel immuablement gris, et la toujours surprenante aridité de la meseta aragonaise, nous assurent que nous sommes bien en Espagne ! Nous arrêtons à l’entrée de l’agglomération madrilène, le long d’une rue, faute de parking, pour déjeuner. Ensuite le contournement se fait sans trop de difficultés bien que la densité du trafic provoque quelques ralentissements. Personne ne respecte les limitations de vitesse et la maréchaussée est des plus discrètes. Nous poursuivons en direction de Cordoue sur l’autoroute gratuite. Premiers oliviers puis nous entrons en Andalousie. Encore un plein de gasoil et nous commençons à chercher un parking pour la nuit, sur une aire de service. Nous trouvons l’oiseau rare peu avant Cordoue. Repos et étude de la suite du trajet pour aller embarquer vers le Maroc. Je dois organiser une grande chasse aux mouches qui ont eu l’outrecuidance de s’engouffrer dans la cellule, le temps d’en ouvrir la porte. Un camion tout proche fait tourner son moteur tous les quarts d’heure pour faire fonctionner la réfrigération. Son départ alors que nous nous couchons et l’hécatombe des mouches nous permettent de passer une nuit tranquille.

 

Samedi 18 octobre : Nous repartons sous un crachin qui ne nous quittera pas en Espagne. Nous passons Séville, la proximité de Cadix m’évoque bien des souvenirs du voyage avec Julie. Encore des éoliennes très paresseuses, elles semblent manquer d’énergie, un comble pour des éoliennes ! Une portion d’autoroute payante puis une dernière portion gratuite pour traverser les collines d’Andalousie et nous sommes à Algéciras. Suivant les conseils d’autres voyageurs piochés sur Internet, nous nous rendons dans une agence de voyage qui nous vend des billets pour Ceuta à un prix qui me paraît honnête. Nous devons nous précipiter au port et embarquons aussitôt sur un ferry presque vide. Nous quittons la vieille Europe, en longeant le rocher de Gibraltar couronné par les nuages. Une demi-heure plus tard la côte africaine nous accueille. Nous débarquons, tentons de nous garer près d’un supermarché; faute d’emplacement libre, nous allons stationner le temps de déjeuner, à l’heure espagnole cette fois, dans une avenue. Le passage de la frontière, un rébarbatif ensemble de barbelés et de corridors encagés pour les piétons, se fait sans trop de perte de temps, les inscriptions en tifinagh sur la coque de la cellule amusent le douanier. Nous changeons aussitôt de monde. Des taxis très fatigués attendent les passagers, un petit souq rassemble les badauds, gendarmes et douaniers font semblant de réguler les trafics. Nous prenons la route directe pour Tanger, au tracé vertigineux mais large, trop pour les conducteurs qui préfèrent couper les virages dans la file la plus à gauche. Le paysage de montagnes et la vue sur la mer, le détroit et la côte espagnole si proche ne manquent pas de grandeur. Les contrôles de gendarmerie sont nombreux mais nous y échappons. Des « parvenus » se font construire sur les collines, des « palais », en béton, vaguement mauresque, très colorés… Nous retrouvons les Rifaines et leurs grands chapeaux de paille, accroupies, telles des poules sur le bord de la route pour vendre quelques légumes. Nous traversons les faubourgs de Tanger, des successions d’immeubles puis nous suivons le bord de mer jusqu’au port. Je vais changer quelques euros puis nous nous lançons dans la traversée de la vieille ville avec la voiture. Nous débouchons sur la place du Grand Socco, continuons le long de la Kasbah et trouvons le camping. Une descente impressionnante nous amène au terrain. Peu de monde, des camping-cars, beaucoup de Français. Les sanitaires du camping sont sommaires. Nous nous installons, remettons les montres à l’heure, deux heures de moins et étudions le programme des visites de demain. Je m’installe sur une table dehors pour taper ce journal, visité par des chatons. La nuit tombe bien tôt et la fraîcheur nous chasse dans le camion.

 

Dimanche 19 octobre : Tous les chiens des alentours ont, toute la nuit, donné aubade à leurs belles… Agréable réveil, plus tôt que nous en avions l’habitude mais tout est question de fuseau horaire… Après les inévitables ablutions, nous pouvons nous mettre en route. Pour éviter la pénible remontée, nous sortons du terrain par le bas, nous devons marcher dans les immondices et des terrains en construction pour rejoindre la route d’où un « Petit Taxi » nous charge jusqu’au Grand Socco, une des places principales de la ville ancienne. C’est jour de marché, je prends des photos des Rifaines venues vendre radis et oignons, vêtues de leur jupe à rayures rouges, la fouta et bien sûr coiffées de leurs beaux chapeaux à pompons noirs. Nous passons ensuite sous une porte pour pénétrer dans la médina. Il est encore tôt et peu de commerces sont déjà ouverts. Les bijoutiers ne proposent que de l’or. Seuls quelques marchands de souvenirs ont des bijoux en argent de piètre qualité, certains ont des bracelets indiens, l’un d’eux ne sait pas ce qu’est une fibule ! Nous traînons dans les ruelles, quelques maisons anciennes ont eu de l’allure… Il y aurait beaucoup à restaurer… Après la place du Petit Socco, peu animée à cette heure mais qui doit être agréable avec ses terrasses de café, en soirée, nous passons devant la grande mosquée, interdite aux infidèles avant de sortir de la vieille cité et remonter la rue du Portugal en suivant ses remparts, dans lesquels des demeures cossues se sont incrustées. Nous traversons le marché dit des Pauvres, le classique bazar du tiers monde : chaussures et ferblanterie en plastique, quincaillerie chinoise. A l’étage, des tisserands s’obstinent à continuer de travailler sur d’antiques métiers pour la réalisation de jellabas en laine. Nous gravissons un escalier qui nous amène dans la ville moderne, immeubles de la période coloniale qui tentent de continuer à respirer l’opulence mais qui commencent à dater. La terrasse dite des Paresseux n’offre pas une aussi belle vue qu’annoncée : infrastructures portuaires et hangars. Nous allons déjeuner, pastilla et méchoui dans un de ces restaurants que nous aurions pu fréquenter il y a trente cinq ans : nappes à carreaux et décor de tableaux « typiques », pas de télévision. C’est correct à tout point de vue. Nous revenons vers le Grand Socco, traversons le beau jardin de la Mendoubia, planté de splendides et vénérables figuiers et remontons la rue pentue qui mène à la kasbah. Nous franchissons une porte pour longer les murs du palais du sultan, juste percés de petites fenêtres et  chaulé, comme presque toutes les maisons du quartier. Nous le contournons en longeant la muraille, une ouverture offre une vue sur le port et la côte espagnole. La place du mechouar est entourée de palais, hélas fermés et de remparts. Une porte permet tout de même d’accéder au musée de Dar el Makhzen, installé dans une aile du palais du sultan. Plus intéressant pour voir un ancien palais, patio avec colonnes de marbre, mosaïques de faïence, plafonds superbement ouvragés, que pour les objets présentés. Un petit jardin fleuri donne une idée du paradis musulman. Nous revenons à la porte en parcourant d’autres venelles bordées de maisons parfois en encorbellement. Un taxi nous ramène au camping et dans la descente nous allons voir la vue sur la petite plage voisine. Nous nous installons dehors mais nous regagnons vite, dès que la nuit tombe, notre intérieur douillet, enfin presque…

 

Lundi 20 octobre : Réveil un peu plus matinal. Pas d’eau chaude, la charge de la batterie n’a tenu que vingt-quatre heures ! Je suis de plus en plus déçu par cette cellule, trop de défauts qui ont déjà dû être signalés mais que Giraud a ignoré… Le remplissage des réservoirs d’eau est difficile, le tuyau a un trop gros diamètre pour l’ouverture et plus de la moitié coule à côté ! Enfin nous quittons le camping, un plein de gasoil à un prix à peine inférieur à celui de l’Espagne et nous empruntons la toute belle, toute neuve autoroute à péage pour Rabat que traversent d’imprudents piétons. La Gendarmerie Royale ne chôme pas et les radars sont tous de sortie mais je respecte scrupuleusement les limitations. Le ciel est clair mais brumeux, chargé d’humidité. Les couleurs du drapeau marocain se retrouvent dans la terre rouge et les cultures d’un vert profond. Des serres en plastique cachent des plantations dont nous ne saurons rien. Nous sortons de l’autoroute, longeons les haras royaux puis, nous nous perdons et contournons Rabat avant de retrouver une grande route qui nous amène dans le centre. Une fois les remparts et le Bou Regreg repérés, nous cherchons l’ambassade de Mauritanie. Après bien des demi-tours nous la demandons à l’entrée du Ministère des Affaires Etrangères. Un chaouch enfourne sa mobylette  et nous y conduit, loin du côté du quartier de l’Agdal. Le service des visas est encore ouvert, je peux déposer nos demandes, nous devrions récupérer les passeports demain. Nous déjeunons dans la rue, au calme puis Marie veut passer à l’Office du tourisme. Le trouver n’est pas une mince affaire, nous sommes embarqués à plusieurs reprises dans de longues avenues et quand nous y parvenons c’est pour découvrir des bureaux incapables de nous renseigner, ne sachant même pas si les campings existent et sont ouverts. Mais Marie a ses prospectus… Nous revenons dans le centre ville, retrouvons les remparts que je ne quitte plus jusqu’à ce que nous découvrions la superbe Kasbah des Oudaïa, enfermée dans ses remparts, séparée de la médina. Nous nous garons à l’entrée, aussitôt sollicités par le gardien puis par un guide auto-proclamé. Nous entrons dans la kasbah, une superbe petite ville préservée, en dehors de l’agitation et du bruit. Des Français, des Américains y ont acheté ou y louent des riads discrets, derrière de lourdes portes décorées, les murs extérieurs sont chaulés et leur partie inférieure est peinte dans un bleu plus proche du bleu Yves Klein que de celui de Sidi Bou Saïd. Nous parvenons à une esplanade qui surplombe une ancienne batterie et d’où nous apercevons la ville jumelle de Salé, de l’autre côté de l’embouchure ensablée du Bou Regreg. Hélas des travaux urbains sur l’autre rive détruisent une bonne partie du charme. Par des ruelles tortueuses et étroites, nous atteignons le musée installé dans un ancien pavillon royal, au fond d’un jardin fréquenté par de sages amoureux. Pas grand-chose dans ce musée qui se veut consacré aux bijoux mais n’en expose que peu et des bien ternis. Encore une fois, l’intérêt est surtout dans le lieu, le patio avec son bassin entouré de hautes arcades soutenant des poutres en bois de cèdre. Nous allons nous offrir le thé à la menthe et les indispensables cornes de gazelle au café maure qui domine l’embouchure du fleuve. Nous allons ensuite à la recherche des trésors que nous trouvions autrefois, chez un antiquaire à l’entrée de la médina. Plusieurs ébénistes-restaurateurs sévissent désormais dans ces antres du faux et du vernis. Nous suivons ensuite la rue des Consuls, la rue principale de la médina, nous pourrions être à Tunis, Istanbul ou au Caire, on y vend les mêmes horreurs internationales, des bijoux indiens ou ouzbeks, des portes dogons, etc.. Nous cherchons toujours cette fibule taouka qui manque à notre collection. Des marchands en ont transformé en broches ou en garde-pages ! Nous en trouvons tout de même mais elles valent une petite fortune. J’en ferai une jaunisse si nous ne pouvons pas en rapporter une ! Les personnes âgées parlent bien français mais les jeunes n’en ont plus que des bribes et peinent à s’exprimer. Nous sommes étonnés par le nombre de jeunes filles qui même lorsqu’elles sont habillées à l’occidentale, portent un foulard. Nous achevons, à la nuit tombée, notre tour dans la médina en revenant par des ruelles désertes que n’éclairent que de rares lampadaires, renforçant ainsi l’impression d’intemporalité. Nous retrouvons la voiture et décidons de dormir là, à l’entrée de la Kasbah des Oudaïa. Un gardien de nuit ne manque pas de venir nous imposer ses prestations. Après dîner, nous retournons nous promener dans la kasbah endormie. D’aimables personnes nous souhaitent le bonsoir ou la bienvenue. De la terrasse nous apercevons la tour Hassan et le mausolée de feu Mohamed V illuminés. Le café maure étant fermé nous rentrons nous coucher.

 

Mardi 21 octobre : La nuit a été calme jusqu’au matin où la circulation a commencé à se manifester. L’humidité dans l’air est très importante, on ne distingue plus la ville que dans un brouillard désagréable. Nous allons nous garer devant la tour Hassan, entourée des restes des colonnes de la gigantesque mosquée inachevée. Elle est plus belle que dans mon souvenir avec ses décorations sur les trois faces visibles. Nous rendons visite au mausolée, exubérance des arts traditionnels marocains sans la patine des ans. Nous nous trompons à plusieurs reprises dans notre recherche de la nécropole de Chellah, partant pour d’interminables trajets sur des avenues sans fin, avant de pouvoir faire demi-tour. Entourée de remparts ocre rouge, comme la médina ou la Kasbah des Oudaïa, elle enferme dans un jardin peu entretenu des marabouts, les ruines d’une mosquée mérinide avec un joli minaret et les restes d’une cité romaine. Nous nous promenons sur les sentiers entre hibiscus, bougainvillées et autres fleurs inconnues à larges clochettes blanches pendantes, très odorantes. Nous essayons d’identifier, au moyen de notre vieux guide Bleu, les édifices romains dont il reste bien peu. Nous repartons en direction de l’Agdal. Nous effectuons quelques courses dans un supermarché plus riche en produits manufacturés que frais puis nous nous garons devant l’ambassade de Mauritanie dans l’attente de la délivrance des visas. J’en profite pour mettre à jour mon journal et les photos. J’attends ensuite l’ouverture des bureaux du consulat en compagnie d’un « vieux » Français d’Afrique, d’une vénérable Hollandaise en route pour Le Cap par les moyens locaux de transport et de jeunes trafiquants marocains de voitures. Après plus dune demi-heure de retard, je récupère les passeports et nous quittons Rabat. Nous retrouvons l’autoroute, ce qui nous permet d’avancer à bonne moyenne. Nous passons Casablanca et continuons ainsi jusqu’à El Jadida. L’autoroute est balisée de policiers en grande tenue, tous les cinq cents mètres. Renseignement pris, Sa Majesté le Roi est attendu ce soir à El Jadida pour présider un festival du cheval. Nous apercevons un bon nombre de tentes caïdales dans l’enceinte de l’hippodrome et l’effervescence est à son paroxysme dans la ville. Les drapeaux sont partout sortis, les uniformes tous plus chamarrés les uns que les autres, l’excitation est grande. Nous traversons la ville et continuons alors que la nuit tombe en direction de Oualidia. Les vélos, mobylettes, piétons et même tracteurs sans le moindre éclairage ne facilitent pas la conduite… Je regrette un peu de rouler de nuit alors que nous longeons la mer mais j’ai aussi très envie de dîner de fruits de mer ce soir ! Arrivés à destination, nous retrouvons un Oualidia quelque peu différent… Des constructions nouvelles nous accueillent, des résidences sont sorties de terre, il s’y trouve même un piano–bar ! Nous trouvons le camping, des plus sommaires puis, je vais repérer les lieux. Le restaurant de L’Araignée Gourmande est proche. J’y reconnais le patron du restaurant dont j’avais gardé le souvenir lors de notre dernier passage avec Julie en 1989 ! Le début est satisfaisant : plats « cadeaux » de délicieuses clovisses, de crevettes et une salade, mais les oursins pas tous pleins, la langouste jugée trop cuite, la difficulté de dépiauter langouste et araignée de mer et le voisinage de Français « vulgaires » gâchent ainsi un repas de fruits de mer attendu, pourtant très copieux et bon marché. Nous revenons nous coucher.


 

Mercredi 22 octobre : Nous allons jeter un œil à l’extrémité de la route, désormais bordée de restaurants, de bars, d’agences de tourisme, on y trouve même des courts de tennis ! Nous ne retrouvons le paysage d’autrefois que là où la lagune communique avec la mer. La plage a conservé ses étendues de sable et de rochers déchiquetés, les barques des pêcheurs ajoutent une touche d’authenticité, la seule… Avant de repartir, nous retournons à « l’Hippocampe », le seul restaurant à l’époque, devenu chic et donc cher… Nous longeons la côte mais bientôt nous ne distinguons plus rien, la pluie et le brouillard nous dissimulent les falaises et les vagues. Nous traversons Safi dont la médina derrière des remparts que j’avais oubliés, est en réhabilitation et la ville semble plus intéressante que dans mon souvenir mais le temps ne nous incite pas à nous y promener. Que le Maroc est triste sous la pluie ! Les fermes semblent encore plus misérables et les jeunes hommes désoeuvrés n’ont, comme les gosses qui reviennent de l’école, que des morceaux de plastique pour s’abriter de la pluie, assis au précaire abri des murets des champs. Nous poursuivons par la route côtière après avoir traversé une zone d’abord de conserveries de poisson puis d’industries chimiques. Nous trouvons le camping d’Essaouira et nous y déjeunons. Je constate, dans la cellule, de nouvelles inondations dues incontestablement, cette fois, à la pluie. Je discute avec un camping-cariste et ne lui fais pas la réclame pour l’Azalaï. Je remplis les réservoirs d’eau puis après avoir mis à jour ce récit, nous allons nous garer le long des remparts. Les gardiens guettent le touriste et nous devons en passer par leurs exigences ! Nous entrons dans la vieille ville qui a encore beaucoup de charme mais elle est envahie de touristes et donc de boutiques pour… J’avais emporté le sac de linge sale, les délais et les tarifs de la laverie me le font rapporter à la voiture. Je change des dollars puis nous rendons visite à une boutique qui vend de beaux vieux bijoux en argent et l’inévitable se produit : nous en ressortons avec une nouvelle fibule… Ici aussi, je remarque un nombre inquiétant d’hommes barbus, en longue camisa, portant turban ou calotte. Nous continuons de nous balader dans les rues commerçantes, achetons « Le Monde », moins cher qu’en France ! Nous débouchons sur une vaste esplanade devant la mer, nous apercevons le bastion portugais mais la nuit est tombée et nous n’en voyons plus grand-chose. Nous retournons à la voiture et rentrons au camping après nous être acheté des « cornes de gazelle » pour le petit déjeuner.

 

Jeudi 23 octobre : Marie me réveille de bonne heure. Nous cherchons une autre laverie à Bab Doukkala mais là aussi, les délais sont trop longs et nous renonçons à nos projets de lavage à Essaouira. Avant de repartir, je retourne chez notre marchand de fibule pour échanger la nôtre dont j’ai remarqué un léger défaut, contre sa jumelle. Le marchand n’est pas là mais son remplaçant ne voit pas le tour de passe-passe et je repars avec la bonne. Je reviendrais avec plaisir passer quelques jours dans cette belle ville, à traîner dans ses ruelles et à goûter, le soir, un thé avec des pâtisseries, à la terrasse de l’un de ses nombreux et accueillants cafés. Nous prenons la route d’Agadir, la pluie est de nouveau au programme bien que moins forte. Nous sommes sur des collines couvertes d’arganiers et nous revoyons les chèvres qui les broutent en grimpant dans les branches. Leurs pâtres nous les indiquent dans l’espoir de nous voir nous arrêter pour les photographier. Des coopératives (?) féminines ou dites de commerce équitable (??) vendent des produits à base d’huile d’argan. Si dans les bourgs, des bâtiments administratifs ont été construits, les campagnes sont restées aussi pauvres. Les ânes continuent de constituer le moyen de transport le plus répandu avec les charrettes tirées par des chevaux étiques  et nous voyons encore des charrues primitives attelées à une paire d’ânes. Le temps s’améliore légèrement, les grains succèdent aux éclaircies, permettant de mieux distinguer les plages et les rouleaux de l’océan. Nous passons les inattendues et oubliées bananeraies le long de l’oued Aït Ameur. Nous quittons les arganiers pour une végétation de grosses touffes de buissons, au milieu des étendues sablonneuses. En approchant d’Agadir, nous découvrons des implantations de villas et des travaux d’infrastructures hôtelières ; des promenades en quad ou du matériel pour tous les sports d’eau, sont proposés et de nombreux surfeurs guettent la bonne vague. Nous traversons Agadir en passant par la plage, sans nous arrêter. La circulation à la sortie de la ville est intense et nous nous traînons jusqu’à ce que nous soyons sur la route de Tiznit. Nous déjeunons rapidement sur le bord de la route puis arrivons à la ville. Nous trouvons tout de suite le camping municipal, sous des remparts. Des murailles, il y en a partout et on ne sait jamais si on est à l’intérieur ou à l’extérieur de la ville ancienne. Leur abondance confère à la cité un grand charme, même si désormais le goudron a remplacé les pistes de terre. Je vais aussitôt porter le linge à laver à une toute proche laverie. Nous écrivons des cartes postales puis repartons nous garer sur la place du méchouar. Nous attendons que la pluie se calme un peu pour aller au nouveau souq des bijoutiers. Quelques-uns ont des bijoux anciens et nous demandons à tous s’ils ont une fibule taouka mais nous ne trouvons pas notre bonheur même si d’autres me tenteraient assez… Nous attendons dans la voiture que la pluie se calme et quand le soleil revient, je pars à la recherche de la poste et de l’ancien souq aux bijoux. Un jeune dit connaître, m’entraîne du côté de la grande mosquée pour me montrer la coopérative de bijoux neufs avant de me dire que l’ancien souq est près du nouveau ! Je retourne à la voiture et j’emmène Marie voir de près la grande mosquée aux murs rouges, le minaret planté de longues perches de bois pour que les âmes des morts s’y accrochent, dit-on… A côté la Source Bleue est un infâme bassin d’eau croupie. Nous jetons un œil, par acquit de conscience, à la production de la coopérative, rien d’intéressant. Nous revenons dans le centre et rencontrons un couple de Français en Land Rover avec une cellule Azalaï. Nous discutons ensemble, ils n’ont pas nos problèmes de fuites d’eau puis nous rentrons au camping.

 

Vendredi 24 octobre : Le soleil est au rendez-vous ! Nous ne sommes pas pressés puisque nous ne devons récupérer le linge qu’à dix heures, en principe… Les occupants du camping me dépriment, que des retraités, dans de gros camping-cars, installés quasi à demeure, ils vont faire leurs emplettes au supermarché voisin, font leur popote et regardent la télévision française grâce à leur antenne parabolique… Une dame vient me parler des prothèses de genoux de son mari ! Nous nous sauvons… Nous aussi allons au supermarché, identique à celui de Rabat. Nous postons les cartes postales puis nous retournons nous garer au méchouar. Le marchand de fibules que nous devions voir est toujours fermé. Nous sommes sur le point de repartir quand surgit celui qui hier avait tenu à m’entraîner à sa coopérative de bijoutier. Il nous emmène voir un autre bijoutier, à l’ancien souq des bijoutiers, qui a des fibules taouka mais elles ne sont pas très belles, mal ressoudées. Nous passons récupérer le linge, repassé (!), et quittons Tiznit. Il ne pleuvra pas mais le ciel est en partie couvert. Les nouvelles agglomérations ne sont pas laides, les constructions respectent le style et la couleur rouge orangé de l’habitat traditionnel. La route est étroite, à peine deux voies, doubler les camions qui se traînent dans les montées, n’est pas toujours facile. Plus de cultures, plus de masures, pas un être vivant visible, nous roulons sur le plateau, dans un désert de sable et de cailloux. Nous traversons Bou Izakarn puis Goulimine, sans, bien entendu, rien reconnaître. Comme toutes ces villes qui se sont développées, on y entre par de larges avenues désertes, entre des rangées de bâtiments d’habitation identiques, avant d’atteindre un centre administratif moderne, plus animé. La route descend vers la plaine, les arganiers cèdent la place à des touffes d’épineux qui vont se faire de plus en plus rares en descendant vers le Sud. Le vent souffle de travers et ne nous quitte plus. Peu avant Tan Tan, je me fais arrêter par la Gendarmerie parce que je n’ai pas marqué l’arrêt à cent mètres avant le poste de gendarmerie, là où se trouvait le panneau ! Menacé d’une amende de quatre cents dirhams, j’y échappe grâce à ma qualité de touriste et à l’intervention d’un autre gendarme moins borné... Nous atteignons peu après Tan Tan Plage. Il ne reste rien de notre mythe, c’est devenu une station balnéaire en développement avec des restaurants (aucun ne propose de tagin au poisson…), des hôtels et plusieurs campings. J’y prends quelques photos à l’intention des Fantino et de Michèle. Nous rencontrons alors une famille avec deux filles en bas âge, partie pour trois ans dans une grande cellule sur une Land Rover. Nous causons voyage, bientôt rejoints par un autre couple de retraités. Nous les quittons pour avancer en direction de Tarfaya. La route longe les falaises impressionnantes qui tombent dans l’océan agité. Le ciel est menaçant mais il ne pleut pas, des flaques sur le bas-côté attestent de l’abondance des pluies récentes. Nous avons le soleil de face, la route est de plus en plus étroite et les camions sont encore relativement nombreux. J’aurais finalement préféré rester à Tan Tan Plage et repartir demain avec le soleil derrière nous, pour profiter des vues lors des traversés d’oued. L’oued Chebika avec sa lagune entre les falaises et sur fond de belles dunes aurait mérité plus de temps pour en approcher… Je ne vois plus rien avec le soleil couchant et je décide d’arrêter à la hauteur d’un contrôle de gendarmerie. Deux camping-cars de pêcheurs sont déjà installés là. Nous les rejoignons au bord de la falaise, sans trop en approcher… Je discute avec l’un d’eux, habitué des lieux, un vrai passionné de la gaule !

 

Samedi 25 octobre : Un vent furieux a, toute la nuit, tenté de nous chasser. Ses hurlements et le ressac nous ont dissimulé le bruit des camions. Je cause au matin avec le pêcheur et un de ses amis puis nous repartons, en luttant contre les bourrasques. La route reste au sommet des falaises, pas trop près du bord, dangereux surtout quand elle est en surplomb de l’océan. Peu après nous arrêtons entre la falaise et un très large trou dans le sol qui communique avec la mer. Nous y étions déjà passé, autrefois mais alors il n’y avait pas cette barrière, très laide, installée autour pour « la mise en valeur du site » dixit une pancarte ! Nous poursuivons, le pare-brise vite recouvert d’une pellicule de sel porté par les embruns et de sable, mélangés que les essuie-glaces ont bien du mal à nettoyer. Nous évitons Tarfaya, sans intérêt si ce n’est un musée Saint-Exupéry. Nous commençons à apercevoir de grandes et belles dunes à quelque distance, de plus petites tentent de recouvrir la route. Nous arrivons ainsi à El Aïoun, l’ancienne capitale du Sahara espagnol. Laide ville de garnison qui se développe mais sans le moindre attrait. Nous trouvons un cybercafé, pas de messages, personne ne nous a accusé réception de l’adresse du blog ! Nous achetons une kesra et des fruits et sortons de la ville. Encore un contrôle ! Il y en a à l’entrée et à la sortie de chaque agglomération, et à chaque fois, il faut remplir une fiche détaillée. Heureusement, prévenu, je les avais imprimées avant le départ et je les distribue généreusement… Nous déjeunons, toujours dans le vent, à tel point que nous ne soulevons pas le toit ! La route continue, s’éloigne de l’océan, dans un paysage rigoureusement plat, sans arbres, des cailloux et du sable !. Dakhla constituerait une trop longue étape, aussi je choisis d’arrêter à Boujdour, dans un camping récent, encore en bon état, avec des douches chaudes ! Nous arrosons cela avec un pastis glacé.

 

Dimanche 26 octobre : Le ciel est tout bleu, de rares flocons se hâtent de rattraper leurs congénères, partis pour le Nord . Nous continuons sur le plateau caillouteux qui vient se briser sur la falaise que la mer assaille et rogne. La route, toujours aussi étroite, suit de plus ou moins près le rebord, au gré de la fantaisie du géomètre qui l’a tracée… Une côte bien inhospitalière que découvrirent les premiers navigateurs, en dépit de portions de grèves de sable au pied des falaises, en de rares endroits. A mi-chemin, un café sert d’unique halte routière, une simple masure chaulée, avec un goût certain pour la décoration : pour faire « oasis » ; son propriétaire a peint sur le mur un palmier, bleu, seule couleur disponible… La monotonie du paysage est troublée par la traversée sur quelques brefs kilomètres d’une zone de montagnes, petites, tabulaires, avec traversée d’oueds sablonneux, évidemment à sec mais identifiables aux buissons reverdis et même à la présence d’une herbe rase. Parfois une suave odeur de charogne, sur une centaine de mètres, nous atteste la présence d’une invisible vie animale. Peu avant Dakhla, je respecte la limitation à soixante kilomètres /heure dans la traversée d’une « agglomération », des immeubles de deux étages inoccupés apparemment, puis je reprends de la vitesse. Les gendarmes m’attendent à la sortie d’un virage… Contravention de quatre cents dirhams qui se ramène à cent, en modifiant le motif qui devient « défaut de port de la ceinture de sécurité », en faisant valoir nos bons et loyaux services passés au service du royaume chérifien. Marie rage ! Nous atteignons Dakhla, la ville est construite à l’extrémité d’une presqu’île, nous longeons, sur les derniers kilomètres, un golfe entouré d’étendues de sable qui lui donnent une allure de Mont Saint-Michel. Impression démentie en entrant dans la ville. Cinq kilomètres avant, la vitesse est limitée à quarante kilomètres/heure, on se traîne jusqu’au centre… Rien à voir, un front de mer qui pourrait être agréable s’il n’y avait pas en permanence un trop fort vent, des casernes et des bâtiments administratifs récents. Nous trouvons un cybercafé pour occuper le temps, messages de Julie, de Nicole et d’Yvette, la vitesse étant particulièrement lente, nous n’envoyons pas de message. Nous achetons du pain puis revenons nous installer au camping, en travaux, à la sortie de la ville. Nous avons encore arrêté de bonne heure, dans l’espoir de rencontrer d’autres voyageurs pour faire route ensemble entre Atar et Oualata mais il n’y a pas grand monde, uniquement des mordus de la pêche ou des gens qui descendent rapidement au Sénégal.

 

Lundi 27 octobre : Réveillé dans la nuit, je contemple le ciel étoilé à travers la moustiquaire. Douche froide pour Marie, la batterie est déchargée, elle n’a pas tenu vingt-quatre heures ! Nous revenons sur nos pas, je refais un dernier plein de gasoil détaxé avant la Mauritanie puis nous entamons la dernière longue étape jusqu’à la frontière. La route est toujours aussi peu variée quoique les falaises aient tendance à s’abaisser et même à disparaître. Parfois il y a plus de sable que de cailloux, parfois à l’inverse, nous roulons dans des éboulis rocheux qui évoquent des régions volcaniques. La circulation est de moins en moins dense. Nous croisons un Noir qui marche dans le désert avec une unique bouteille d’eau à la main, d’où vient-il ? Où va-t-il ? Je me demande si je n’aurais pas du lui proposer de l’eau, de la nourriture ? Plus loin, nous croisons un homme qui lui aussi, marche en direction du Nord  avec un sac à dos, aucun d’eux ne semblait attendre une quelconque aide. Je déjoue le dernier piège des gendarmes en roulant sagement ! Des panneaux mettant en garde contre les mines nous dissuadent de nous arrêter pour nous promener et nous font apprécier les toilettes du camping-car… Nous déjeunons dans le camion, porte fermée, toujours à cause du vent puis nous cachons les restes de charcuterie et les dernières boîtes de bière en prévision de la fouille mauritanienne. Au poste frontière marocain, il faut déposer les passeports et des fiches puis attendre d’être appelé, ce que j’effectue en discutant avec un motard Suisse que nous avons doublé à plusieurs reprises depuis hier, et en compagnie de Mauritaniens en beaux et amples boubous brodés et de Mauritaniennes, drapées dans leurs mehlafas colorées, tous bijoux en or exhibés. Puis le douanier, après avoir tenté d’obtenir une bouteille d’alcool, nous laisse partir. Des carcasses de voitures abandonnées jalonnent la zone frontalière. Le kilomètre entre les deux postes frontières n’est pas goudronné, je suis le motard qui choisit le tronçon le plus ensablé, se plante, tombe à plusieurs reprises. Je l’aide à redresser sa moto et j'apprécie les quatre roues motrices de la Land Rover qui passe sans difficulté. Je me fais rabrouer par les gendarmes mauritaniens pour ne pas m’être garé bien à droite de la piste, au stop ! Le formalisme de façade de ces représentants de l’autorité m’agace déjà, Marie encore plus, prête à batailler ! Après la gendarmerie, ce sont les formalités de police où les personnes « introduites » passent avant les autres, puis la douane que tiennent de jeunes Noirs, en uniforme militaire, très décontractés, l’un affecte de parler américain, un autre porte sa casquette de côté, comme un rapeur ! Celui qui visite le camping-car me réclame, sans conviction, un pourboire de cent dirhams, que je lui refuse sans qu’il insiste. Je dois ensuite acheter une assurance, dans une maison en construction, auprès du représentant de la compagnie d’assurance, en beau boubou, qui sirote son thé, nonchalamment assis sur une natte. Deux Sénégalais, fort sympathiques bien qu’intéressés, m’ont accompagné pour ces dernières formalités. Nous voici en Mauritanie ! Nous retrouvons le goudron et longeons la voie ferrée où nous apercevons l’interminable train minéralier, tiré par quatre locomotives. Encore quelques contrôles de routine et les derniers kilomètres pour Nouadhibou se font sur une route qui semble fumer, un léger vent chasse le sable devant nos roues. Nous entrons dans la ville, déjà l’Afrique Noire ! Sans doute a-t-elle peu changée ces dernières années. C’est la confusion totale dans la circulation, les véhicules sont pour beaucoup antédiluviens, les règles de conduite sont des plus primitives, le plus gros ou le plus assuré, passe de force ! La majorité de la population est noire, peut être des Sénégalais, en attente de rejoindre le Maroc puis l’Espagne. Nous parvenons à trouver le camping, désert lui aussi et pas trop bien équipé, toilettes sommaires, à la turque. Ce n’est pas encore ici que nous trouverons des compagnons de route. Je vais voir, à pied, si un autre camping serait mieux, il n’en est rien. Petite promenade qui me fait découvrir les alentours, peu développés. Nous allons dîner au restaurant chinois voisin, bon et copieux, et avec de la bière des Canaries, bière que les douaniers recherchaient à l’entrée ! En retournant au camping, nous discutons avec un employé qui était à la frontière et qui se propose de nous guider demain…

 

Mardi 28 octobre : Ces maudits muezzin ont commencé à appeler à la prière avant que le jour ne se lève et faute d’un succès immédiat, ils ont persisté, se relayant à plusieurs jusqu’à ce que toute la ville soit réveillée et donc nous aussi. Nous retrouvons Brahim, notre démarcheur de la veille, il nous emmène au bureau du Parc du Banc d’Arguin pour nous renseigner. Le responsable n’a pas dû être nommé à ce poste pour ses connaissances ni ses capacités à manier la langue française. Nous ne comprenons rien à ses explications et lui non plus sans doute ! Il ne dispose même pas des horaires des marées. Nous convenons avec Brahim de le retrouver plus tard avec un éventuel guide et nous allons faire des emplettes au « supermarché » local. Un hangar où s’entassent des cartons de conserves et de boîtes de biscuits, importés des Canaries. Le choix est vite fait. Nous passons ensuite une demi-heure au cybercafé voisin pour envoyer un message à Julie et prendre les nouvelles du monde. Nous sortons de la ville et longeons la baie où achèvent de rouiller des bateaux de pêche, donnés à la Mauritanie et qui n’ont jamais pris la mer… Passée la zone industrielle et la raffinerie nous continuons sur une piste ensablée qui me rassure (provisoirement ?) sur les capacités de la Land Rover à affronter les zones de sable, jusqu’à la pointe de la presqu’île, le Cap Blanc. L’extrémité est un Parc National où nous sommes censés apercevoir une des rares colonies de phoques moines. Nous marchons péniblement sur un sentier mi-sable, mi-roche, agacés par des centaines de mouches, jusqu’au centre d’interprétation où un court film nous est projeté puis nous approchons du bord de la falaise mais aujourd’hui les phoques doivent se reposer dans les grottes invisibles car nous n’en verrons pas la queue ni même le museau d’un seul, seule la carcasse d’un bateau échoué, constitue une attraction. Nous revenons en ville et retrouvons Brahim avec le guide pressenti. Nous discutons tout en sirotant les trois tasses rituelles d’un thé à la menthe très sucré. Les prétentions financières du cicérone étant très éloignées de nos possibilités, nous ne donnons pas suite. Il semble que le nombre de touristes se soit considérablement réduit cette année, à cause des évènements politiques et en particulier du coup d’état militaire. Nous aurons sans doute peu de chances de trouver des compagnons de route et je désespère de jamais voir Tichit et encore plus de suivre cette piste d’Atar à Oualata… Nous quittons cette bien laide ville et arrêtons peu après au bord de la baie de l’Etoile. Là où le vent a curieusement creusé à leur base deux rochers, leur donnant une forme de table à unique pied central. Hélas, la beauté du lieu n’a pas été sans être remarquée par un « homme d’affaire » qui est en train de faire construire une auberge (?) en solides parpaings, juste entre les deux rochers, à les toucher ! Nous prenons la route de Nouakchott. Encore des contrôles, gendarmerie, police, douane, tous veulent voir passeports, attestation d’assurance, papiers de la voiture, les enregistrer, visiter notre curieuse case, les toilettes font alors notre fierté ! De nombreuses cabanes de planches ou de tôles déroulées, abris pour des bergers nous dit-on, sont éparpillées de part et d’autre de la voie ferrée que nous quittons ensuite pour une région rigoureusement plane et ce n’est plus alors que du sable de tous côtés. Premiers acacias, ceux que les dents voraces des chèvres et la hache des ramasseurs de bois ont épargnés et encore plus rares euphorbes dans les lits d’oueds. Nous roulons jusqu’à mi-chemin de Nouakchott, sans rencontrer de village, jusqu’à Bir Chami où se trouve un bureau d’entrée au Parc du Banc d’Arguin. Nous nous renseignons, il semble que la piste ne présente que peu de difficultés. Nous aviserons demain. Nous nous installons pour la nuit derrière le poste, dans le sable et profitons des derniers rayons du soleil pour prendre un pastis, assis dans les fauteuils de camping.

 

Suite dans Mauritanie- Sénégal 08 (2.- de Nouadhibou à Ziguinchor)

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