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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 08:45
TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Mardi 11 juillet : Nous sommes réveillés par les agaceries de perroquets dans les arbres. Nous quittons tardivement le balneario et passons à la poste envoyer les cartes postales. L’interoceanica file dans l’immuable savane. Peu de ranchs d’élevage mais le papayer doit se plaire dans ces terres car il est planté dans d’immenses vergers. Les fruits sont collectés et préparés en caisse pour des camions garés sur la route. Les villages, nombreux à proximité de Puerto Maldonado, protègent leurs citoyens de la fureur des automobilistes par un grand nombre de topes, des « gendarmes couchés » qui obligent à rouler au pas tous les cent mètres. Ils sont parfois disposés pour une maison isolée. Difficile de trouver un emplacement pour s’arrêter dans cette immensité et surtout pas à l’ombre ! Nous déjeunons dans le camion à l’entrée d’Iñapari, à l’ombre chiche d’un arbrisseau puis nous allons nous présenter au poste frontière. Notre permis de circuler suspendu puis prolongé jusqu’au 14 juillet ne plaît pas. On nous concède que nous sommes en règle mais nous devrions rédiger une autre demande de suspension de prolongation de permis, et en espagnol, et en termes choisis… Le « responsable » de la douane, la rédige pour nous, l’imprime, me la fait signer puis la conserve… Il finit par la présenter à celui que je comprends être le chef qui valide les documents et nous laisse partir. Les passeports sont rapidement tamponnés et nous pouvons enfin sortir du Pérou. Je refais un plein de diesel puis je change nos derniers soles avec un commerçant qui accepte sans vérifier notre faux billet de 20 soles, ce dont je ne suis pas mécontent, tant de taxis, commerçants s’étaient montrés très méfiants, pas lui, professionnel du change ! Nous empruntons un grand pont au-dessus de la rivière-frontière et nous voici au Brésil. Personne au poste, des Brésiliens entraient au Pérou mais les candidats pour le Brésil sont rares. Nos passeports sont tamponnés par de joyeux employés avec qui nous découvrons les difficultés de se comprendre en portugais. On me délivre un document d’importation temporaire du camion alors que tous les autres voyageurs disaient être rentrés au Brésil sans document douanier. Nous roulons en direction de Brasileia sur une très mauvaise route, déformée, trouée, creusée, rien de ce que nous pensions trouver dans ce pays ! Les ranchs sont beaucoup plus nombreux de ce côté de la frontière mais avec les mêmes bovins, ces vaches de race Brahma, blanches aux oreilles tombantes. Le soleil allonge notre ombre sur la route. Nous devons trouver un emplacement pour la nuit. Repéré sur ioverlander, un balneario, encore un, nous accepte pour la nuit. Nous ne nous comprenons pas avec le patron. Faute d’être autorisés à cuisiner dans le camion, nous lui confions nos morceaux de lomo fino  pour qu’il nous les prépare. Nous allons prendre une bière fraîche et écrire nos journaux. Le patron tient à nous faire goûter la bière avec du jus de citron et du sel autour du bord  du verre. Je trouve ça infect et ne le finis pas ! Un ami du patron tient à nous montrer ses vidéos de chasse au jacaré et de pêche aux raies venimeuses en Bolivie puis nous tient de grands discours avec force éclats de rire. On nous apporte le dîner, nos morceaux de lomo fino ont été amincis pour mieux les cuire… mais les frites sont bonnes et la bière glacée. La soirée se termine par des interrogations sur nos âges. Nous acceptons les 62 ans qui nous sont généreusement accordés.

 

Mercredi 12 juillet : Nous nous souhaitons un bon anniversaire pour nos 48 ans de mariage… Pas grande animation au campement quand nous partons avant huit heures,. Nous sommes peu après à Brasiléia pour l’ouverture de la banque où je retire des reais. Nous continuons dans la pampa, cette immense plaine défrichée où ne survivent que quelques palmiers ou de grands arbres morts qui tendent leurs branches blanchies, perchoirs pour les charognards. Les ranchs succèdent aux ranchs, tous plus étendus les uns que les autres. A Rio Branco nous cherchons le supermarché Carrefour indiqué sur OsmAnd. Nous devons longuement contourner la ville pour constater qu’il n’existe plus, remplacé par un Atacadão. Nous allons au supermarché Macro mais nous en ressortons aussitôt, les produits sont en grande quantité et les options sont très limitées. Nous espérons trouver mieux au successeur de Carrefour mais là aussi, pauvre choix ! Toutes les viandes sont congelées, pas de coupe et grandes quantités… Nous peinons à nous ravitailler mais nous trouvons tout de même une bouteille d’un mousseux local, brut ! Nous reprenons la route, cherchons à la sortie de la ville un arbre pour déjeuner à son ombre. Nous nous faisons chasser comme des malpropres par les premiers Brésiliens à qui nous avons affaire ! Nous trouvons une belle ombre à l’entrée d’une usine et la curiosité satisfaite d’ouvriers en pause déjeuner, nous pouvons très rapidement avaler notre tranche de jambon reconstitué… Nous ne pourrons pas faire trop de kilomètres dans l’après-midi, nous avons perdu du temps dans l’épisode ravitaillement et la route dont le revêtement n’était déjà pas fameux ce matin, ne s’améliore pas. Je dois rester vigilant, pas question de mettre le pilote automatique comme m’y inciteraient la chaleur, la digestion et les longues lignes droites. Nous utilisons la climatisation, bien appréciée… Nous changeons d’Etat, abandonnant l’Acre pour le Rondonia et récupérons, de ce fait, une heure du décalage avec la France. Il ne fera plus nuit peu après 17 heures mais après18 heures. Nous arrêtons à une station-service simple et avec beaucoup de place. Nous allons prendre un pot à la cafeteria en plein air pour constater que le wifi ne fonctionne pas et que le menu proposé n’est pas digne de nous en ce jour exceptionnel et que nous allons devoir cuisiner dans le camion, soit des petits pois au lard, soit des raviolis, soit du porc à décongeler et faire griller avec pommes de terre sautées… C’est ce dernier qui est choisi pour festoyer en ce grand jour. Du travers de porc que nous badigeonnons de moutarde et faisons griller. Chaque jour, je remercie le Seigneur de ne pas être musulman et de pouvoir manger du cochon ! Le dessert est une crème Danone, au chocolat, un régal qu’en 48 ans, je n’avais pas su apprécier à sa juste valeur. La bouteille de « champagne brésilien » terminée, celle de Malbec péruvien, bien entamée, il ne nous reste qu’à nous coucher, heureusement nous n’avons pas un grand parcours pour ce faire…

 

Jeudi 13 juillet : Pas trop de camions dans la nuit. Nous reprenons la route, quelques dizaines de kilomètres et nous arrivons au fleuve Mamoré que nous devons traverser sur un bac. Nous sommes les premiers à monter dessus puis quelques voitures dont deux des conducteurs viennent nous faire la conversation.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

L’un avec un peu d’anglais nous interroge sur notre voyage, l’autre, grosse chaîne en or au cou, montre dans le même métal, en portugais mâtiné d’espagnol, nous conte son voyage au Pérou, en Equateur et en Colombie poursuivi par une croisière dans les Caraïbes dont il ne s’est pas remis puis il nous exprime toute l’aversion qu’il a pour Lula… La traversée, sans intérêt, n’est pas longue et tout juste apercevons-nous les remous provoqués par des dauphins. Nous traversons une large cuvette inondée (un barrage ?) où les arbres, les pieds dans l’eau, sont morts, dressant leurs branches dénudées en guise de perchoirs à urubus. Le revêtement de la route est toujours aussi mauvais. Le paysage plus morne, moins de ranchs dans cette partie plus vallonnée. Nous sommes à Porto Velho à une heure. La grande ville que nous ne verrons pas puisque nous continuons aussitôt en direction de Cuiaba, à encore plus de 1400 kilomètres. La circulation est beaucoup plus dense avec de très nombreux camions qui roulent très vite et qu’il devient difficile de dépasser. La chaussée est toujours en triste état avec des passages encore pire ! Nous sommes toujours dans une région d’élevage. J’aurais vu aujourd’hui plus de vaches qu’un sadhu dans ses rêves les plus fous ! Nous arrêtons à une station-service en nous garant tout au fond pour essayer d’échapper au bruit.

 

Vendredi 14 juillet : Nous devons rouler au moins 600 kilomètres aujourd’hui si nous voulons être à l’entrée du Pantanal demain soir. Le revêtement est toujours détérioré et la circulation intense mais, après Ji-Paraná, la chaussée est un peu meilleure et la circulation moins dense. Le paysage par contre ne s’améliore pas, une savane dégradée, sans arbres et sans cultures ni prairies d’élevage. Plus tard nous retrouverons des fazendas immenses où broutent des centaines de vaches, puis apparaissent, un peu avant mais surtout après Vilhena, d’immenses étendues plantées en maïs. La route s’améliore nettement et les camions deviennent rares, conduire devient presque reposant… Doubler ces monstres à double-remorque annonçant des longueurs de 30 mètres reste néanmoins un moment de tension nerveuse, surtout quand arrive en sens inverse un camion qui roule à plus de cent kilomètres à l’heure ! Nous avons quitté l’Etat du Rondonia pour le Mato Grosso. Quelques beaux et trop courts passages en forêt laissent imaginer ce que devait être cette terre avant le rush de déforestation dans les années 80 ! Que sont devenus les Nambikwaras, chers à Lévy-Strauss, qui peuplaient cette région ? L’on aperçoit, depuis les ponts qui les enjambent, des rivières, qu’il faudrait descendre en pirogue, entre des berges qui disparaissent sous la végétation. Un vol d’aras traverse la route au-dessus de nous, pressés de rejoindre un bosquet. En fin de journée, nous roulons à travers des collines encore couvertes de beaux palmiers. Nous nous arrêtons pour la nuit à un relais presque désert.

 

Samedi 15 juillet : Le wifi de la lanchonete était faible mais réveillé dans la nuit, je peux mettre à jour le blog. Nuit très calme, très peu de camions se sont arrêtés. Nous poursuivons notre route avec un trafic faible qui nous permet de bien rouler. Nous arrêtons à Pontes e Lacerda, un gros bourg agricole où je peux tirer des reais au Banco do Brasil puis nous faisons des courses au petit supermarché, mieux achalandé que celui de Rio Branco. Je suis surpris de ne pas entendre de klaxons, personne ne s’énerve, ne cherche à passer devant aux carrefours (enfin, pas trop !)… La population, du moins dans cette région, est blanche, d’origine européenne, quelques-uns métissés de Noirs mais aucune trace d’Indiens. Sur la route, nous verrons des indications de « réserve indigène » sans apercevoir personne. Toujours des fazendas d’élevage, des terres en culture, maïs surtout, plus beaucoup d’arbres, divers palmiers, ceux qu’à cause de leur forme j’appelle les palmiers-plumeaux, et des cocotiers. Après Cáceres, la route, excellente, monte dans des collines boisées, le paysage devient plus agréable, les exploitations ne sont plus de taille démesurée. De basses montagnes se profilent puis nous quittons la route de Cuiabá pour une en direction de Poconé. Nous abordons la région du Pantanal qui, pour le moment, ne diffère guère du paysage traversé jusque-là mais chaque ferme est entourée de superbes manguiers parfaitement hémisphériques, d’une densité telle qu’aucun rayon du soleil ne pourrait les traverser et qui doivent procurer une fraîcheur bienvenue. Nous traversons Poconé, la dernière petite ville avant la route sur la digue qui s’enfonce dans le Pantanal. Elle devient vite une piste, large et de tôle ondulée, que nous prenons à bonne allure. Nous nous arrêtons au début, à la Pousada Paraiso. Une fazenda qui fait aussi lodge. Un employé à cheval rentre son troupeau quand nous arrivons. Le patron nous indique où nous installer, après les bungalows pour visiteurs, mais près d’une petite piscine avec fauteuils, hamacs, cuisine, toilettes, bref le grand confort !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Des oiseaux pépient autour de nous, le soleil se couche dans la prairie. Nous allons prendre notre première caïpirinha depuis le Mozambique dont nous avions presqu’oublié le goût, installés à une table sous les manguiers. Nous sommes enfin au Pantanal ! Nous revenons au camion dans la nuit noire mais sous un magnifique ciel étoilé, une voie lactée digne d’un cours d’astronomie.

 

Dimanche 16 juillet : Pas de course aux kilomètres aujourd’hui. Nous nous réveillons avec les criailleries des petits perroquets verts qui nichent dans les arbres autour de nous.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Après le petit-déjeuner, pendant que Marie se prépare, je vais jusqu’à une mare où je découvre le museau à fleur d’eau de mon premier jacaré, un caïman qui ne semble pas inquiéter les oiseaux, surtout des ibis blancs, posés à proximité. Les vaqueros à cheval, de la fazenda, poussent un troupeau de vaches vers une prairie. Nous montons à la tour construite à côté de la piscine, de là, nous avons vue sur toute la pampa. En repartant, nous découvrons deux magnifiques aras bleus, à demi apprivoisés.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous roulons à faible allure sur la piste, croisant un bon nombre de véhicules qui s’en reviennent. Dans les mares, couvertes de jacinthes d’eau des colonies d’ibis se posent, s’envolent, jacassent. Parmi eux quelques jabirus, un bel échassier blanc, la tête et le bec noirs et avec un col rouge. Plus loin, nous trouvons dans des mares de nombreux jacarés qui somnolent sur les berges, immobiles sauf pour, d’un coup de mâchoire, attraper un malheureux poisson qui frétillait dans trop peu d’eau.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

D’autres restent quasi immobiles dans l’eau. Nous pouvons les observer de haut en franchissant un des très nombreux ponts qui enjambent mares et marigots. Des broussailles nous dissimulent les marais et je roule plus vite, soulevant un grand nuage de poussière rouge. La piste devient monotone, sans grande circulation dans la seconde partie où les ponts en bois auxquels il manque parfois des planches n’ont pas encore été remplacés par des ponts en béton comme au début. Les fazendas se succèdent en retrait de la route et nous apercevons des troupeaux au loin. Des oiseaux, échassiers ou rapaces aux noms inconnus sont perchés sur les arbres, certains ont des allures de cigogne. Au point indiqué sur ioverlander, un capivara, énorme rongeur, dix fois, vingt fois la taille d’un castor, attend le photographe de passage !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous parvenons à Porto Joffre, bout de la route qui vient buter sur la rivière Cuiabá. Nous allons nous renseigner au Jaguar Camp  sur les possibilités d’y bivouaquer et surtout sur les possibilités d’excursion demain matin en bateau. Avant de nous décider, nous allons voir les autres établissements. Au grand hôtel, on nous refuse même l’entrée et à un autre campement, il n’est pas organisé de sorties en bateau. Nous revenons nous installer au Jaguar Camp, sous les arbres. Des singes capucins font du grabuge dans les palmiers au-dessus de nous. Arrivent d’autres touristes Suisses avec un camper, un Américain et une Mexicaine qui seront de la promenade demain. Nous allons prendre une caïpirinha au restaurant du campement, plus corsée que celle de la veille mais moins fournie… Nous revenons dîner au camion.

 

Lundi 17 juillet : Réveil à cinq heures et demie ! Une heure plus tard nous sommes prêts à partir en compagnie des deux Suisses. Le sympathique et anglophone patron du campement nous emmène sur quelques centaines de mètres dans la remorque (avec des sièges) de son quad jusqu’au bord du fleuve. Le ciel est gris, il fait froid et nous ne nous sommes pas assez couverts. Nous appareillons en remontant face au vent et tout de suite nous avons très froid. Nous embarquons le couple d’Américains et repartons, le vent dans le dos, plus supportable. Nous apercevons quelques loutres géantes, des animaux carnivores, capables de s’attaquer à un jaguar, nettement moins sympathiques que celles d’Alaska qui faisaient la planche dans l’eau.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Après un parcours rapide sur le fleuve, nous remontons à vitesse réduite des bras plus étroits, à la recherche du jaguar… Mais les jaguars ne doivent pas aimer le froid non plus et restent dans leur tanière en attendant le retour du soleil, alors que les touristes paient cher pour se glacer les os à leur recherche ! Nous apercevons bon nombre d’oiseaux, déjà vus hier, sous le soleil, élégants et hautains hérons, las d’être épiés et qui s’envolent paresseusement, vieux marabouts grelottants comme des voyageurs en mal d’exotisme, jolis martin-pêcheur mais ni toucans ni aras !

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Le temps passe et nous nous sommes de plus en plus frigorifiés. Nous ne sommes pas les seuls à errer dans les bras d’eau, à la recherche d’un gros chat plein de taches, sans même la force de sortir nos mains de nos poches pour nous saluer. Nous aimerions bien abréger mais notre guide tient à nous trouver un jaguar et nous mène à plusieurs reprises dans les lieux où, nous assure-t-il, rôdent les jaguars. Sur le retour, nous approcherons une famille de capibaras, lot de consolation avant une course à grande vitesse, fouettés par le vent et la bruine. Nous avons toutes les peines du monde à débarquer, les muscles tétanisés par le froid. Nous nous précipitons dans le camion pour nous changer avant d’aller profiter du déjeuner offert  par le patron. Du riz, des haricots et du poulet en sauce mais tout à peine tiède… Je ne peux m’empêcher de trembler, une réaction après être demeuré prostré dans le froid. Le patron nous propose de repartir cet après-midi, gratuitement, mais nous  n’avons absolument pas envie de recommencer cette pénible expérience et nous restons au campement. Nous passons l’après-midi dans le camion à relire le blog, sans pouvoir le mettre en ligne, le wifi ne fonctionnant pas non plus… Au retour des excursionnistes de l’après-midi, j’interroge le patron qui me dit qu’ils ont vu deux jaguars !

 

Mardi 18 juillet : Beau soleil au réveil. Nous rageons ! Nous envisageons de retourner sur le fleuve mais le patron est déjà parti et nous ne savons quelles conditions il nous ferait. Nous repartons donc en roulant doucement au début dans l’espoir insensé d’apercevoir un jaguar sur la piste mais il n’en sera rien. Pas beaucoup d’oiseaux non plus et ni toucans ni aras… Nous allons quitter frustrés ce Pantanal dont nous attendions tant, trop sans doute. Et puis après avoir visité les grands parcs africains… Je roule plus vite sur la piste jusqu’à ce que nous retrouvions les mares fréquentées par les jacarés épuisés et les sombres jabirus qui semblent faire bon ménage.

TRANSAMERICA  (4.5.- Brésil ou le petit circuit des garages et Rio de la Plata)

Nous croisons un couple de Français avec un gros camper américain, pas très rassurés avec leurs 7 tonnes de passer sur les inquiétants ponts en bois au-dessus des caïmans. Nous déjeunons sur le bord de la piste avant de rejoindre Poconé où je tire des reais au Banco do Brasil. Adieu le Pantanal ! Nous rejoignons la grande route et bientôt nous sommes à Cuiabá, la capitale du Mato Grosso qui profile ses immeubles modernes au milieu de la pampa, images d’un Brésil moderne, développé et que je n’ai pas très envie de connaître… Mais Marie, en quête de cadeaux, a repéré l’existence, en plein centre-ville, de deux boutiques d’objets en plumes d’Amazonie… Nous devons donc d’abord contourner la ville, y entrer, parvenir au centre, trouver la rue et constater qu’il est impossible de se garer, que les numéros dans les rues ne sont  pas indiqués et que cette recherche risque de nous prendre beaucoup de temps. Or, nous devons trouver un lieu où passer la nuit avant que le soleil ne soit couché puisque nous n’avons plus de phares… Nous ressortons donc de la ville et prenons la direction de Rondonópolis. La route hors de l’agglomération est étroite, une simple deux voies, très fréquentée. Les camions y sont très nombreux, les dépasser relève de l’exploit… Le temps passe, nous nous traînons, le soleil se couche, nous devons absolument nous arrêter. Nous traversons un village, mais pas de station-service, la prochaine est à plus de vingt kilomètres. Nous nous engageons sur une piste du village, trouvons une église « Assemblée de Dieu » dont le terrain nous conviendrait… Je vais cogner à la porte du presbytère et l’autorisation nous est tout de suite accordée. Nous ne reverrons pas l’officiant, le pasteur (?). Nous célébrons cette réconciliation œcuménique avec une vodka-orange ou tonic… Nous dînons de nos restes, de rondelles d’un très honnête salami supposé italien, suivies des quelques raviolis que nous arrosons généreusement d’une crème que nous croyons fraîche et qui est une préparation pour une Chantilly, sucrée et parfumée à la vanille. Curieux résultat… 

 

Mercredi 19 juillet : Heureusement que nous avions baissé le toit. Même ainsi nous avons eu froid cette nuit. Le Brésil n’est pas ce que l’on croyait ! Nous reprenons la route, à double voie, mais pas longtemps. Le moteur soudain manque de puissance, repart, ralentit. Nous devons nous arrêter sur le bas-côté dans une côte. Je découvre une grande mare sous le moteur, le liquide de refroidissement s’est répandu ! Je pense au radiateur qui nous avait déjà posé problème en Alaska. Que faire ? Je pose un triangle de signalisation puis j’arrête un camion dont le chauffeur me dit qu’il va prévenir et qu’une assistance va venir. Effectivement, une demi-heure plus tard une dépanneuse arrive et une fois de plus le camion est emporté. Quelques kilomètres plus loin, nous débarquons à un relais routier où se trouve un mécanicien qui se penche aussitôt sur le problème. Ce n’est pas le radiateur mais une durite qui en frottant a fini par se couper. Mais en plus, le mécanicien découvre que le roulement du ventilateur, qui ne peut se démonter, a beaucoup de jeu. Il faut remplacer l’ensemble et aller à Rondonópolis chez Ford le chercher. Avant qu’il ne parte, je lui demande de s’intéresser à mon problème de phares et comme je le pensais, c’est le commutateur qui est en défaut. Nous allons déjeuner à la cafeteria du relais, un buffet dont je n’ai pas le temps de découvrir toutes les saveurs car le mécanicien vient me chercher pour que je l’accompagne à Rondonópolis. J’abandonne Marie devant son assiette et nous voilà partis. A l’exemple des cordonniers, les mécaniciens n’ont pas les voitures les mieux réglées. Celui-ci doit s’arrêter à plusieurs reprises pour tenter de mettre au point la carburation. Ce qui nous met en retard, retard qu’il  rattrape en roulant bien au-delà des limitations permises. Arrivé à Rondonópolis, il demande son chemin… Chez Ford, il y a bien un ventilateur mais il coûte 1600 reais et je n’ai pas emporté ma carte de crédit ! De toute façon, la pièce est déjà réservée. Nous en cherchons un, ainsi que la durite, chez des casseurs, en vain. Après avoir visité la moitié des revendeurs de pièces automobiles, nous prenons le chemin du retour avec une durite « compatible », du liquide de refroidissement et des ampoules pour les phares. Retour encore plus rapide que l’aller. Il fait nuit quand il se met au remontage. Marie a fini son repas et m’attendait sagement, sans s’inquiéter. Les phares, après une épissure, refonctionnent et le moteur tourne. Jusqu’à ce que le mécanicien s’aperçoive que la durite de remplacement commence à fuir ! En dernière extrémité, il reprend l’ancienne, la coupe là où elle était entaillée et réussit à la raccorder ! Vient le moment difficile, l’annonce du prix ! Il me demande 750 reais dont 400 pour le voyage express à Rondonópolis qui n’a finalement servi qu’à rapporter une ampoule… Une fois que je l’ai payé, il me reste 2 reais ! Il est très content, joyeux même bien que nous lui fassions la gueule, et généreusement il me donne 5 reais pour payer le péage ! Je le lui rends, furieux. Je n’ai même plus de quoi acheter du diesel. Un camionneur de ses amis m’en propose 2O litres payables en dollars. La transaction terminée, nous allons nous garer dans le fond du parking pour la nuit.

 

Jeudi 20 juillet : Pendant que Marie se prépare, je vais à la cafeteria profiter du wifi, trop lent pour que je puisse mettre le blog à jour, envoyer un message à Rachida pour lui demander de s’occuper du retour du camion en conteneur. Nous avons pris la décision de ne pas revenir. Nous ne serons plus tranquilles et allons redouter chaque jour une nouvelle panne. Nous repartons pour Rondonópolis où nous allons dans le centre-ville, d’abord pour tirer de l’argent à un distributeur automatique, puis pour refaire un plein de provisions dans un supermarché, un Big Master, bien fourni en produits d’importation mais cher. Nos emplettes terminées, nous continuons en direction de Campo Grande, résolument au sud. La route est bonne, une deux fois deux voies pas trop chargées. Nous sommes au milieu d’une immensité sans limite, sans aucun accident du relief pour accrocher le regard. Des kilomètres de maïs, des kilomètres de canne à sucre, des kilomètres de ce que nous supposons être du soja que nous ne savons pas reconnaître. Nous changeons d’Etat, passons dans le Mato Grosso du Sud. Curieusement la route alterne fréquemment les portions à deux fois deux voies et les portions à deux voies simples. Quand le relief devient un peu plus vallonné, ce sont des fazendas d’élevage avec quelques restes de végétation qui succèdent aux champs. Ceux-ci reviennent dès que le plateau sur lequel nous roulons redevient bien plat. Des silos métalliques et des usines de traitement du soja se succèdent le long de la route. Il est cinq heures, il va bientôt faire nuit et pas de station-service en vue. Fréquentes avant Rondonópolis, elles sont devenues rares en dehors des agglomérations. Nous désespérons de devoir rouler de nuit quand une station-service abandonnée nous offre un vaste espace  où nous pouvons bivouaquer. La lanchonete a le wifi, pas fort mais il nous permet d’avoir un message de Julie.

 

Vendredi 21 juillet : Nous repartons mais le bruit d’oiseaux dans le moteur est de plus en plus net et commence à m’inquiéter sérieusement. La route est encore une succession de deux et trois voies, toujours avec beaucoup de camions. Le paysage inchangé, des champs de ce que nous sommes de plus en plus persuadés qu’il s’agit de soja et non pas de maïs desséché, à en croire le nombre de silos métalliques et d’usines de transformation qui s’alignent le long de la route, alimentés par des norias de camions. Après déjeuner, je me résous à consulter dans un garage. Le mécanicien est un Brésilien d’origine japonaise, ce qui ne facilite pas la communication… Il m’accompagne pour un bout d’essai et après examen de la transmission, il s’avère qu’un croisillon de cardan a une de ses portées anormalement usée. Démontage puis remplacement par un autre de marque Toyota ! Les oiseaux se sont envolés… Nous repartons soulagés mais nous ne pouvons rouler qu’une demi-heure avant que le soleil ne se couche et nous nous arrêtons une fois de plus dans une station-service. Je vais demander le code du wifi pour que nous puissions envoyer un message à Julie pour lui souhaiter son anniversaire. Nous lui envoyons un mail et un sms avec la photo des chatons du garage d’hier…

 

Samedi 22 juillet : Dès que nous sommes prêts nous appelons Julie, revenue d’une plongée et lui souhaitons son anniversaire. Nous continuons d’avaler des kilomètres. Des kilomètres de plantations de canne à sucre, des kilomètres de plantations de soja et des kilomètres de plantations de maïs, suffisamment pour que rien qu’à les voir, nous soyons diabétiques, que nous ayons les yeux bridés et le foie gras ! Paysage inchangé et monotone depuis des jours… Nous atteignons un poste frontière avec le Paraguay, annoncé par des panneaux publicitaires vantant les centres commerciaux de ce pays, bien avant la frontière. Nous sommes étonnés par la longueur de la file de voitures qui s’y rendent, sans doute pour le week-end. Un pont de plus de 3,5 kms de long enjambe le fleuve Paraná. Les fleuves sibériens n’ont qu’à bien se tenir devant une telle largeur… Nous changeons de nouveau d’Etat, pour celui du Paraná et par la même occasion, nous avançons les montres d’une heure, ce qui ne devrait plus changer jusqu’à Montevideo. Dans la première ville, Guaira, nous trouvons un marchand de hamacs et nous y achetons celui que nous voulions rapporter de Recife… Nous continuons, la route est moins bonne mais les radars et les caméras de surveillance, très nombreux dans les Mato Grosso, (chaque agglomération en avait en abondance et nous avons certainement été immortalisés, du moins au début, dans bon nombre d’entre eux), sont plus rares, remplacés par de plus classiques topes. Après Cascavel, la route, étroite, est en travaux, pas question de dépasser, tout le monde roule à la vitesse du plus lent, derrière lui. Le relief est plus accidenté, des palmiers sont les seuls éléments qui distinguent le paysage de celui de France. Je m’aperçois que les phares ne fonctionnent plus ! Et pas question de trouver un électricien un samedi soir… Le moral qui était un peu remonté, redescend dans les chaussettes ! Nous arrêtons peu après Barracão à un relais routier qui va se remplir de camions. Nous y avons un faible wifi, assez puissant tout de même pour constater que nous sommes oubliés en ce bas monde.

 

Dimanche 23 juillet : Nous sommes réveillés à deux heures du matin par deux camions qui passent au ras de notre Azalaï. Nous somnolons jusqu’à six heures et demie, heure à laquelle nous nous levons, avant que le soleil n’en fasse autant. La route est très mauvaise, déformée par les camions. Difficile de les doubler, nous nous traînons derrière eux dans une région plus accidentée. Les cultures extensives n’ont pas de place ici, ce ne sont que de petites exploitations. Nous parvenons avant midi à Frederico Westphalen, quel nom ! Les rues ne sont pas très animées mais nous y trouvons un petit supermarché avec de quoi nous ravitailler pour trois jours. Le magasin ferme à midi et nous sommes les derniers clients à la caisse. Les rues sont alors complètement désertes ! Nous roulons quelques kilomètres pour trouver deux arbres entre lesquels nous nous garons pour déjeuner. Et nous continuons, sur une route, toujours aussi étroite mais tout de même meilleure. Nous avons retrouvé les Grands Espaces (sans Gregory Peck ni Jean Simmons…), une immensité verte qui nous fait nous perdre en conjectures sur les cultures qui en sont la cause… Nous avançons plus vite que je ne le pensais et en fin d’après-midi nous contournons  la grande ville de Santa Maria dont nous apercevons les gratte-ciel. Nous poursuivons en direction de l’océan Atlantique dont nous ne sommes plus très éloignés. Le soleil décline, nous ne pouvons toujours pas rouler de nuit, faute de phares et aucune station-service ne s’annonce. Nous commençons à nous inquiéter quand enfin un relais nous sauve de l’angoisse qui nous guettait. Rien de bien reluisant mais de la place et semble-t-il peu de camions. Nous fêtons dimanche avec un pisco sour-maison. Nous décidons de laisser le camion à Montevideo et de revenir plus tard pour visiter plus longuement le Brésil et peut-être rentrer par la Guyane.

 

Lundi 24 juillet : La nuit a été calme mais au matin, un camion fait chauffer son moteur. Le soleil se lève de plus en plus tard en descendant dans le sud. Peu après être repartis, nous nous arrêtons dans un atelier d’électricité automobile, repéré en passant. En une heure, le commutateur est remplacé par un autre modèle et nous retrouvons les lumières. Le ciel est tout gris, il ne fait pas chaud, allons-nous devoir ressortir chaussettes et polaires ? Nous allons de l’un à l’autre des silos, modernes châteaux-forts aux tours métalliques rondes et pointues qui jalonnent toutes les routes. Après Pelotas, nous enjambons un canal qui relie les lagunes en retrait de la mer. Une autoroute fréquentée par des camions nous amène à Rio Grande que Marie tenait à voir avant que nous ne continuions en direction de Chui. La ville est industrielle et son centre n’a conservé de son passé que des maisons et demeures éparses, perdues au milieu d’édifices modernes. Nous en repartons en longeant le bord de l’Océan Atlantique que nous n’avions pas vu depuis longtemps. A défaut d’avoir traversé l’Amérique du Nord au Sud, nous l’aurons traversée d’Est en Ouest au Canada et d’Ouest en Est du Pérou au Brésil. Nous prenons la route qui passe entre mer et lagunes mais elle est trop éloignée de l’une comme des autres, et nous n’apercevrons que les champs et les prairies qui nous en séparent. Dans une zone de marais, nous apercevons des oiseaux, hérons, cigognes, cormorans et des capibaras dont nous découvrons les capacités natatoires !

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Nous nous arrêtons pour la nuit dans un camping à la ferme. Nous y sommes entourés de toute la basse-cour, y compris un prétentieux dindon qui glousse, émoustillé. Nous pouvons utiliser et nous ne nous en privons pas une machine à laver rudimentaire.

 

Mardi 25 juillet : Aujourd’hui, ce sont les couinements d’Américains asthmatiques des canards qui nous réveillent, plus agréablement tout de même que les moteurs des camions. Nous reprenons la route absolument rectiligne et très peu fréquentée, sous un ciel gris. Il a plu cette nuit et bien sûr rien n’est sec. Nous sommes bientôt à la frontière brésilienne, vite franchie puis à celle de l’Uruguay où un sympathique douanier nous accorde un an de séjour pour le camion. Nous nous rendons dans Chuy pour tirer des pesos à la banque puis nous continuons en direction de Montevideo. La route est bonne, peu fréquentée, toujours rectiligne, tracée entre des estancias qui paraissent sans limites. Dans les prairies paissent des machines à bifsteaks sur pattes, grasses, sans plus aucune ressemblance avec les brahma. Nous arrivons à Jaureguiberry dans l’après-midi et trouvons le campement Paraiso Suizo, terminus du voyage pour le camion. Un bon nombre de camping-cars et de camions s’y trouvent déjà dont celui des T…, sous la bonne garde de féroces molosses. Nous pouvons nous installer sur un terrain adjacent avec toutes les commodités mais elles ont leur prix, 25 $ la nuit ! Marie commence déjà le tri de ses affaires… Nous téléphonons à Julie et aux T… pour leur annoncer notre arrivée. Nous réservons un hôtel à Montevideo, celui où nous étions déjà allés en 2007.

 

Mercredi 26 juillet : Il a plu toute la nuit et le linge ne sèche pas. Nous ne sommes plus très pressés et nous attendons que le jour soit levé pour en faire autant. Le ciel reste gris mais Heinz, le patron, m’assure, en me donnant la clé du local de la machine à laver, qu’il ne pleuvra pas et que le temps va s’améliorer. Nous procédons à une première lessive puis à une seconde. Nous laissons sécher la première fournée sur le fil et nous nous rendons à Piriapolis. Le bruit d’oiseau réapparaît, ce qui tendrait à prouver que Land Rover n’apprécie pas Toyota… La petite ville, station balnéaire hors saison est très peu animée, les restaurants sont presque tous fermés. Nous laissons le camion dans une station-service pour un lavage bien nécessaire et partons à la recherche d’un restaurant… Nous passons dans un supermarché compléter nos victuailles pour les derniers repas puis nous déjeunons dans un des rares établissements ouverts. Nous partageons une escalope milanaise sèche et un chivito, sorte de hamburger uruguayen, une tranche de viande, une de jambon, un œuf à cheval et des frites, rien de bien génial dans tout cela, mais la bière, argentine, est bonne. Retour au campement. Nous profitons de très timides rayons de soleil pour mettre à sécher la dernière lessive puis nous commençons à préparer les sacs en triant vêtements, produits de beauté et médicaments. Nous réservons un hôtel à Colonia de Sacramento, dans le centre historique. Nous finissons la bouteille de pisco sour avant de dîner de nos dernières provisions.

Jeudi 27 juillet : Réveil de plus en plus tardif ! Le soleil est de retour. Aussitôt debout, je vais lancer une lessive d’un duvet. Toute la matinée nous faisons des lessives, trions nos affaires, rangeons le camion. Après déjeuner c’est le grand nettoyage de l’intérieur du camion, chacun son tour en alternance avec lecture dans les fauteuils au soleil. Quand nous en avons terminé, nous allons faire un tour à la plage toute proche. Une belle et longue plage où les pêcheurs ont planté leurs cannes.

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Retour au camion. Nous nous offrons un dernier apéritif sous le prétexte de finir le jus d’orange puis nous allons dîner en compagnie de Heinz et Silvia. Au menu : salade, puis petite portion de poulet (!) Stroganov et cake, arrosé d’une honnête bouteille cépage Tanat, uruguayen. Nous réglons nos comptes, y compris deux mois de gardiennage, passé à 55 $ par mois, belle inflation !

 

Vendredi 28 juillet : Nous nous levons avec le jour puis ce sont les derniers préparatifs, le bouclage des sacs et la fermeture du camion. Heinz nous emmène à l’arrêt du bus, au péage de la grande route. Un bus de la compagnie COT passe sans s’arrêter au grand émoi de Marie mais un second, le bon, arrive et s’arrête. Nos places sont bien réservées… Nous traversons des stations balnéaires et des villages qui laisseraient croire que l’Uruguay est un pays où tous appartiennent aux classes moyennes, pas de baraques, de bidonvilles mais des villas coquettes, soignées. L’impression se confirme dans la traversée de Montevideo, parcs, larges avenues, immeubles ou maisons récentes et une population européenne. Nous descendons au terminal des bus de Tres Cruces. Un grand hall très animé avec le siège de toutes les compagnies de transport. Je réserve pour Colonia dimanche puis je vais tirer des pesos. Nous allons prendre un taxi qui traverse la ville en nous laissant apercevoir la mer ou plutôt le Rio de la Plata et le port d’où aurait pu partir le camion… Nous coupons la place de l’Indépendance et nous sommes déposés devant l’Hôtel Palacio. Nous y avons une chambre au dernier étage pourvue d’une très agréable terrasse avec vue sur les toits de la ville et la mer. L’hôtel est ancien mais nous y avons tout le confort souhaité. Nous déjeunons avec les sandwichs préparés sur la terrasse puis nous nous octroyons une petite sieste. Nous ressortons pour une découverte de la ville. Nous allons voir la place avec ses palmiers, son demi (quart ?) Empire State Building et sa statue équestre d’un illustre inconnu.

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Nous suivons la rue piétonne qui me donne une bonne idée de Montevideo avec ses nombreuses librairies, ses étals de bijoux de pacotille, ses marchands de gravures d’artistes contemporains et ses musiciens de rue. Nombreux sont les hommes, plus rares les femmes, qui, la thermos d’eau chaude sous le bras, la paille métallique à la bouche, ne quittent pas leur « bol » à maté rempli d’une décoction verdâtre peu appétissante mais dont ils ont du mal à se passer.

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Depuis le sud du Brésil, nous avions retrouvé cette coutume argentine. Nous atteignons la Place de la Constitution où la cathédrale ne déparerait pas en Europe mais certainement au Pérou ou en Colombie ! Une autre place entre immeubles haussmanniens ou maisons basses du XIX° siècle identiques à celles de Santiago ou de toute autre ville du sud du cône sud-américain. Nous atteignons l’ancien marché du port devenu depuis belle lurette un lieu de la gastronomie uruguayenne et où nous avons bien l’intention de dîner. Nous commençons par nous reposer sur un banc puis nous pénétrons dans la halle. Des rôtisseries proposent des grillades sur des feux de bois mais nous sommes vite saisis d’un doute et, renseignement pris, nous découvrons que tous ferment à six heures ! Pas question de nous régaler d’une parillada ! Fatigués, nous revenons lentement vers l’hôtel, presque tous les commerces sont fermés et nous commençons à nous demander où nous allons bien pouvoir dîner ! Mais nous trouvons dans les environs proches de l’hôtel des bars et des restaurants qui devraient ouvrir plus tard. Nous rentrons à la chambre, réservons une chambre à Buenos Aires puis ressortons dîner au Solis, un restaurant où nous commandons, à des prix quasi français des portions, très généreuses, de viande. Une soi-disant entrecôte pour Marie, en réalité un énorme pavé de bœuf Angus qu’elle a demandé vuelta-vuelta, saignant et qui vue l’épaisseur arrive dans l’assiette presque cru à cœur. Je me régale d’un asado de tira, très goûteux, surtout autour des os. Marie est mécontente de son plat et le manifeste… Retour à la chambre profiter de TV5 Monde, toujours aussi peu intéressant !

 

Samedi 29 juillet : Nous n’avons aucune raison de nous presser, aussi ce n’est qu’après neuf heures et demie que nous quittons l’hôtel. Les rues sont désertes ! Nous trouvons un café où nous pouvons nous faire servir un thé et des pâtisseries en guise de petit déjeuner. Nous sommes les premiers visiteurs du Musée Torres Garcia, un peintre uruguayen que nous avions oublié. Ses œuvres sont exposées sur trois étages, le quatrième est réservé aux expositions temporaires, en ce moment deux artistes dont nous ne retiendrons pas les noms… Seule la salle avec des dessins et des toiles des années 1920/30 me paraît intéressante, notamment des portraits de ses enfants, pleins de sentiments.

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Théoricien de la peinture, il a appliqué ses idées, sa théorie constructiviste, à des œuvres sans émotion, la géométrie venant au secours de l’inspiration.

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Le nombre d’or lui offre la possibilité de réaliser des portraits de peintres célèbres, d’écrivains, etc… originaux par leurs déformations optiques. La visite a été rapide, la salle unique à chaque étage étant de dimensions réduites. Nous partons en promenade en direction de la ville nouvelle, de l’autre côté de la place de l’Indépendance. Quelques immeubles d’inspiration européenne du XIX° siècle, à la décoration surchargée, sont éparpillés de long de l’avenue du 18 Julio.

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Nous pourrions être dans n’importe quelle ville du monde occidental, nous y retrouvons les mêmes boutiques de mode, plus un grand nombre d’officines de change. Nous faisons halte sur des places, en espérant à chaque fois y voir quelques danseurs de tango mais la fraîcheur n’a pas incité les amateurs à s’y risquer. Nous allons déjeuner dans un café, le Rafael, aux portions toujours aussi généreuses. Si mes deux côtes de porc, trop sèches, ne m’enthousiasment guère, Marie se régale de son chivito à la viande tendre, avec salade, tomates, olives, bacon, jambon, œuf et fromage fondu ! Et toujours de la bière vendue en bouteilles d’un litre ! Nous revenons sur nos pas pour explorer les possibilités en termes de souvenirs, d’un magasin où nous ne trouvons qu’un bracelet pour Julie. Marie commence à peiner et se traîne à l’ancien marché de l’Abundancia où nous avions dîné et admiré des danseurs de tango, dix ans plus tôt. On peut toujours y dîner et une école de tango occupe un espace mais il n’y aura pas de tango ce samedi soir ! Très déçus, conscients que nous aurions dû permuter les deux programmes, et Marie trop fatiguée pour continuer de marcher, nous rentrons à l’hôtel en taxi. Nous avons un appel des Tardieu avec qui nous échangeons par video puis, je fais une sieste. Nous n’avons pas très envie de ressortir pour aller dîner, trop de viande et de frites ces derniers temps ! Après avoir envisagé de nous passer de repas, je vais tout de même à la superette du coin, remarquablement bien pourvue en charcuterie appétissante et en reviens avec de la mortadelle, du salami, une baguette et une bière. Nous pique-niquons en regardant un film de et avec Julie Delpy.

 

Dimanche 30 juillet : Marie dans de bonnes dispositions et moi d’en d’aussi bonnes, le réveil est des plus agréable ! Il fait à peine jour, le ciel est uniformément gris et la pluie est dans l’air. Nous réglons la chambre, abandonnons les sacs à la réception et allons à la recherche d’un petit déjeuner. On pourrait croire qu’une guerre nucléaire a anéanti Montevideo, tout, absolument tous les commerces sont fermés et toute trace de vie est absente. Nous récupérons nos bagages, sautons dans un taxi et filons à la gare routière. Là, nous pouvons nous faire servir un vrai desayuno avec thé, jus d’orange trop sucré, croissants trop sucrés, toasts pas sucrés, étonnant ! Je vais tirer des pesos puis acheter le billet de bateau pour la traversée de mardi à Buenos Aires. Nous patientons jusqu’à onze heures avant de passer sur le quai d’embarquement. Nous partons à l’heure. Le bus est plein mais continue de prendre des passagers qui vont devoir rester debout. Les vitres se couvrent vite de buée et c’est à peine si nous apercevons, dans la grisaille, une campagne triste. Nous mettons trois heures pour arriver à Colonia del Sacramento où nous débarquons dans le froid, cueillis par un vent glacial. Nous prenons le seul taxi présent qui, pour un petit parcours, nous demande presque aussi cher que celui de ce matin pour traverser Montevideo ! L’hôtel Los Pinos est à la limite du quartier ancien, nous y avons une chambre chaulée, confortable mais petite. Nous nous installons, hésitons à ressortir dans le froid et ne nous décidons que dans la perspective de nous trouver un restaurant pour ce soir. La venue de nombreux touristes argentins explique le nombre de boutiques d’artisanat, de bars et de restaurants. La ville ancienne aux rues pavées, ne doit pas manquer de charme mais dans le froid elle se parcourt le nez dans le col relevé de la veste et les mains dans les poches ! Nous repérons quelques restaurants appétissants mais sans grande originalité, parillada certes mais guère de poisson ou de fruits de mer. Nous rentrons nous remettre au chaud à la chambre. Nous relisons le blog et je commence à le mettre en ligne avant d’affronter le vent et le froid pour aller dîner au Pulperia de los Faroles, un sympathique restaurant qui a la bonne idée de proposer des demi portions de lomo, largement suffisantes. Après un assortiment de beignets de moules, crevettes, calamars et poisson où l’on sent plus l’enrobage que l’enrobé, nous nous régalons de demi lomos, l’un en stroganov l’autre censé être au poivre, d’une viande excellente comme nous aimerions en avoir plus souvent en France, le tout arrosé d’un tannat uruguayen.

 

Lundi 31 juillet : Curieuse nuit ! J’avais l’impression, de mon côté, d’être à la base d’une bosse qu’il me fallait escalader pour retrouver Marie de l’autre côté, sans jamais y parvenir, véritable Sisyphe alors qu’elle, elle se pensait dans un creux… La literie est à revoir à Los Pinos ! Il fait toujours aussi gris, froid, humide à Colonia et c’est sans grand espoir d’une amélioration climatique qu’après un copieux, et tardif, petit déjeuner, nous partons nous promener dans la vieille ville. Pas très étendue, quelques rues pavées et des maisons plus ou moins anciennes, simples constructions sans étage et sans beaucoup de caractère.

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Le quartier, coincé à l’extrémité de la péninsule, est une de ces cités qui voient affluer les touristes en mal de racines. Les commerçants ont, ici aussi, saisi l’opportunité d’ouvrir des boutiques réservées à une élite fortunée, boutiques de luxe où l’on vend, cher, des produits estampillés « fait main en Uruguay » et des restaurants à l’ambiance feutrée dans des murs laissés nus. Nous nous promenons donc entre boutiques et menus, tentant de saisir le charme de ces murs antiques, colorés pour certains ou couverts de bougainvillées, mais le froid et la grisaille ne nous facilitent pas la visite.

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Nous terminons par le marché artisanal particulièrement minable, ramassis de tricots de mauvaise qualité et de souvenirs mièvres. Nous déjeunons dans une brasserie proche de l’hôtel, saucisse grillée et salade russe mais avec un litre de bière ! Sieste à l’hôtel puis nous ressortons faire la tournée des boutiques pour les cadeaux… Nous revenons à la chambre quand il commence à pleuvoir et que la nuit tombe. Nous allons dîner au Barrio Viejo, un restaurant de la vieille ville, face à l’église, qui tentait Marie. Il faut encore marcher dans le froid, je me serais bien contenté du restaurant turc, plus proche ! Cela commence bien avec des crevettes panées, fermes et pas trop de panure mais le lomo, que nous avons bien précisé « vuelta vuelta », nous arrive partagé en deux, incisé et bien trop cuit ! Nous repartons nous coucher, mécontents !


Mardi 1er août : Je me réveille avec mal à la gorge, le nez qui coule ! Le temps est toujours aussi réjouissant et aucun espoir de voir un petit rayon de soleil améliorer les choses. Après le petit déjeuner, nous remontons à la chambre avant de l’abandonner à onze heures. Nous allons tout de même nous promener, une fois de plus dans la vieille ville puis nous cherchons où déjeuner mais aucun établissement ne nous tente et nous finissons par acheter du salami, de la bondiola (que nous appellerions coppa…), du pain et une bouteille d’eau qui vont constituer notre repas. Nous nous asseyons sur un banc du parc et dégustons cette excellente charcuterie comme un couple de SDF, en compagnie de perroquets verts qui ne cessent de se chamailler dans les palmiers. Je m’attends à ce qu’un passant, pris de compassion, nous donne quelques pièces mais ils doivent avoir des oursins dans les poches ! Retour à l’hôtel, frigorifiés, où nous restons assis sur une chaise jusqu’à deux heures passées. Le réceptionniste nous appelle un taxi et nous débarquons au moderne terminal maritime. Contrairement à mes craintes, je n’ai pas à porter les sacs, des chariots sont à notre disposition et les bagages sont ensuite enregistrés avant que nous ne passions rapidement les formalités de sortie de l’Uruguay, mais aussi d’entrée en Argentine. Courte attente en salle d’embarquement puis nous montons à bord d’un grand ferry, loin d’être entièrement occupé. La traversée du Rio de la Plata et l’arrivée à Buenos Aires prennent un peu plus d’une heure. Nous récupérons les sacs et après avoir tiré des pesos argentins, un taxi, aussi voleur que ceux de Colonia, nous dépose en plein centre de la ville. Nous avons juste eu le temps d’apercevoir l’obélisque et le Teatro Colon.

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Le El Cabildo, l’hôtel où nous avons réservé, se trouve dans la rue Lavalle qui est piétonne. La chambre est sans fenêtre et nous devons payer un supplément pour en avoir une autre donnant sur la rue piétonne. Pas de télévision avec TV5 Monde ! Une fois nos déménagements terminés nous ressortons à la recherche d’un restaurant. Ce n’est pas ce qui manque dans la rue piétonne. Tous proposent dans des salles immenses, des cartes identiques que des rabatteurs tentent de rendre alléchantes. Nous nous décidons pour El Gaucho à cause de sa salle plus sympathique et vaguement décorée « traditionnelle ». Nous commandons une parrillada à laquelle nous ajoutons une portion de bondiola de cerdo. Ce n’est pas une réussite ! L’asado de tira est dur, le poulet et le porc desséchés, le boudin avec trop d’oignons et les frites pas cuites… Seule la bouteille de Malbec nous console… En sortant, nous allons à la recherche de la Confiteria Ideal, une milonga, raison de notre choix de l’hôtel dans ce quartier. Nous ne la trouvons pas et en nous renseignant, nous apprenons qu’elle est fermée pour rénovation pour cinq mois !!! Nous sommes décidément maudits ! Retour à la  chambre.

 

Mercredi 2 août : Pas très bien dormi, trop mangé hier soir et la digestion est difficile. Pendant que Marie se prépare, je vais à la Confiteria Ideal pour m’assurer qu’elle est bien en rénovation, ce qui est le cas… Je continue en suivant la rue piétonne Florida, véritable cañon urbain entre les falaises des immeubles haussmanniens anciens, ou modernes en verre et béton.

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Je trouve un kiosque d’information touristique où on me donne un plan de la ville, ceux du Petit Futé étant décidément inutilisables, et on m’indique une milonga populaire. Je reviens à l’hôtel en m’étonnant du nombre de SDF qui dorment dans une couverture devant les vitrines des magasins. Nous allons prendre le petit déjeuner dans un café proche avec un bon de l’hôtel qui ne nous donne pas droit au beurre et à la confiture avec les croissants ! Nous suivons ensemble la rue Florida, le soleil est apparu et commence tout doucement à réchauffer les immeubles et les trottoirs à défaut des passants. Nous cherchions le marché d’artisanat, toujours pour les mêmes raisons, proche de la Manzana de Las Cruces, un ancien cloître. Il n’y a que quelques étals à même le sol de colifichets, de breloques et de bonnets tricotés main ! Nous allons voir le cloître, censé abriter des antiquaires, en fait quelques brocanteurs dignes d’un marché aux puces. Nous sommes près de la Plaza de Mayo où nous pensions nous rendre demain pour constater si les grands-mères des disparus du temps de la dictature y sont toujours présentes le jeudi. Des banderoles déployées et un grand nombre de manifestants nous incitent à y aller voir de plus près. Des tentes sont en train d’être montées, les chaînes de télévision sont présentes et le Palais du Gouvernement, la Casa Rosada, est protégé par des grilles derrière lesquelles des policiers en tenue anti-émeute montent la garde. La foule présente est bon enfant, beaucoup de femmes avec leurs bébés campent sur les pelouses.

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Puis nous allons prendre le métro pour nous rapprocher des Galerias Pacifico. Nous devons changer de ligne, et pour cela monter et descendre des escaliers, comme à Paris, dans ce métro pas très moderne. Au sortir, nous avons encore beaucoup à marcher et nous commençons à être fatigués. Nous allons déjeuner dans une pizzeria, sandwich et beignets de calamars, avant de reprendre notre chemin jusqu’à l’immeuble formé de galeries couvertes sur trois étages. Nous parcourons les quelques salles du Centre Culturel Borgès qui exposent des artistes divers, photographes ou peintres puis nous parcourons les allées marchandes, sous les verrières, où ne se trouvent que des commerces de luxe.

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Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose à la milonga « Nacional » sise dans l’ancien siège d’une association patriotique italienne. Des plaques de bronze de 1936 évoquent une Italie renaissante, forte, etc… Au premier étage, dans un grand salon, évoluent des couples du 3°, 4° et peut-être même 5° âge, sur des airs de tango. Nous nous installons à une des tables autour de la piste. Sur une musique enregistrée, dames fardées et messieurs chenus enchaînent les pas de danse sophistiqués. C’est à la fois beau et triste à pleurer. Beau de voir ces personnes encore possédées par l’envie de danser et triste de constater l’état de délabrement des corps. Il ne faut regarder que les pieds, admirer les heures de travail que représentent ces entrechats où les dames multiplient les ronds de jambe. Truffaut ne fait-il pas dire à Charles Denner : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie ». Le tango est une danse sensuelle mais ici la décence n’a rien à craindre, ce sont les estomacs qui s’épousent…

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Quelques femmes ont conservé une silhouette jeune, mince, mais les visages trahissent les années envolées. Quelques messieurs ont les cheveux teints, gominés, parfois un sonotone trop apparent leur permet de suivre le rythme. Beaucoup portent une chemise noire, ombre de Mussolini, de Péron ? Nous y restons deux bonnes heures puis nous nous éclipsons, remerciés pour notre venue par quelques-uns ! Retour à l’hôtel en taxi puis, après une heure de repos à la chambre, nous allons dîner dans l’immense salle froide d’un restaurant. Escalope au marsala et mini lomo avec l’inévitable litre de bière (ce midi, une bouteille de 650 ml a été juste !).

 

Jeudi 3 août : Nous partons avec le Subte, le métro porteño jusqu’à la plus proche station du quartier San Telmo. Nous remontons une longue rue avant d’arriver au marché couvert. Si on y vend encore des fruits et des légumes, ce sont surtout des stands d’antiquaires qui y sont installés. Tout le quartier est celui des antiquaires, brocanteurs et autres puces. Tous ne sont pas ouverts, loin de là. C’est, comme à Saint Ouen, surtout le dimanche que la foule afflue pour chiner. Nous examinons quelques stands mais sans trouver rien d’intéressant, leurs antiquités ne remontent pas loin et sont évidemment européennes. Nous allons voir la plus petite maison, du moins en largeur, 2,4 mètres, de la place pour une porte au rez de chaussée et une fenêtre à l’étage ! Nous nous mettons en quête d’un restaurant mais tous affichent exactement les mêmes cartes et nous sommes las des steaks-patates même quand la viande est particulièrement tendre et les pizzas ne nous tentent pas. Nous aboutissons à la place où, le dimanche, se tient un marché artisanal et de brocante. Aujourd’hui les cafés des alentours ont installé des tables et des chaises et comme d’autres touristes, nous profitons, attablés, du soleil. Un couple de danseurs en grande tenue, costume trois pièces pour lui, jupe haut fendue sur la cuisse et chaussures à talons pour elle, danse des airs de tango à la terrasse du café en contrebas. Marie en oublie ses beignets de calamars et je dois renvoyer mes tranches de porc à la moutarde recouvertes de fromage ! Un autre couple, plus démonstratif se produit à son tour. De beaux danseurs, très professionnels mais infiniment plus agréables à regarder (et à envier !) que ceux de la veille.

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Nous continuons notre promenade pour d’autres cours et patios qu’occupent des échoppes de brocanteurs avant de revenir devant l’église du quartier avec ses deux tours en partie couvertes d’azulejos. Nous reprenons place sur un muret au soleil pour admirer les entrechats du premier couple, tout aussi élégant que l’autre mais moins acrobatique.

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Nous revenons prendre le métro et regagnons notre chambre. Je dois ressortir pour aller acheter deux CD de tango puis des alfajores, confiseries et de la charcuterie pour notre dîner de ce soir à la chambre. Marie s’aperçoit que la boîte d’alfajores est périmée, je dois la rapporter et l’échanger pour une plus récente.

 

Vendredi 4 août : Je me réveille toujours aussi ensuqué, le nez bouché et la tête lourde, mais en bougeant cela passe un peu dans la journée. Après le petit déjeuner avec les inévitables mais bons croissants, nous partons en taxi pour la Plaza Francia où d’après notre guide, se tient une foire artisanale que Marie, toujours en quête de « souvenirs » ne veut pas rater. Hélas, contrairement aux informations du Petit Futé, le marché n’a lieu qu’en fin de semaine et pas le vendredi ! Nous allons tout de même revoir la jolie petite église de Notre Dame du Pilar avec de beaux retables semblables mais pas tout à fait identiques sur les côtés.

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Nous reprenons un autre taxi conduit par une dame qui a étudié le français pendant cinq ans et qui n’en a rien retenu ! Nous nous faisons déposer à La Boca, le quartier du port autrefois habité par les immigrants italiens et haut-lieu du tango. C’était déjà un incontournable touristique il y a dix ans, c’est évidemment encore pire aujourd’hui. Des stands de babioles occupent la rue principale et les cafés où des démonstrations de tango ont lieu sont étouffés par les boutiques et les réclames. Le pape, argentin, est une idole que l’on retrouve en statue à tous les coins de rues ou aux balcons des maisons. L’autre grande attraction de la Boca ce sont ses maisons de bois aux murs couverts de tôles ondulées peintes de couleurs vives et variées car, dit-on, réalisées avec des fonds de pots. Il reste quelques beaux ensembles sans doute ripolinés à dates régulières.

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Nous faisons le tour du pâté de maisons, invités par les rabatteurs à déjeuner dans les gargotes qui pullulent, sans manquer de visiter chaque boutique… Cette quête qui aurait pu être terminée en moins d’une heure puisque des cadeaux possibles ont été rapidement repérés, va durer plusieurs heures, Marie ne parvenant pas à se décider… Nous déjeunons à la terrasse de l’un des deux cafés où se produisent des danseurs. Deux bons guitaristes qui auraient pu connaître Carlos Gardel accompagnent un couple qui n’a pas l’heur de plaire à Marie, elle a une robe noire et lui, sacrilège, un costume bleu !

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Les airs et donc les danses ne sont pas tous des tangos et pour plaire à la clientèle, préalablement questionnée sur ses origines, beaucoup de Brésiliens, des airs de leur pays sont joués. Ce côté « tourisme à l’américaine », nous déçoit, La Boca c’est la butte Montmartre avec Carlos Gardel en lieu et place de Toulouse-Lautrec !  Nous poursuivons notre recherche qui finit par aboutir ! Nous allons nous promener sur les bords de la darse envasée et puante. Nous nous approchons de l’ancien pont transbordeur qui a vu passer les bateaux d’immigrants puis, faute de taxi, nous revenons en chercher un à l’entrée de la zone touristique et nous nous faisons ramener à l’hôtel. Je ressors pour aller tirer les derniers pesos pour dîner ce soir et payer le taxi demain. Nous allons dîner à l’Acapulco le dernier des restaurants proches de l’hôtel. Nous commandons pour notre dernier soir une parrillada pour deux. Pas une réussite ! Uniquement des morceaux d’asado de tira comme viande, du poulet gardé au chaud depuis des lustres et si sec qu’il en est immangeable, une saucisse, un boudin (mon repas de midi !) et des quantités de rognons et d’intestins auxquels nous ne touchons pas. Seul le malbec trouve grâce à nos yeux.

 

Samedi 5 août : Nous nous levons un peu plus tard que prévu, néanmoins nous sommes prêts en temps et les sacs terminés, nous allons prendre le petit déjeuner. A peine de retour à la chambre, la navette de l’hôtel est là et nous emmène. Nous traversons une banlieue de Buenos Aires sans caractère et après un long parcours sur l’autoroute nous parvenons à l’aéroport. L’enregistrement est réalisé facilement et bien que notre demande se soit perdue, nous obtenons que Marie bénéficie d’un fauteuil roulant. Heureusement car il y a foule aux contrôles et de longs couloirs à parcourir avant d’arriver en salle d’embarquement. Nous patientons en mangeant nos rondelles de saucisson puis embarquons en temps. L’avion est rempli et après l’envol nous commençons à regarder des films : « la famille Bélier », « 4 mariages et un enterrement ». Un repas, sans apéritif, est servi, moins pire que nous ne le craignions… Encore un film au titre aussi vite oublié que le film lui-même puis la nuit étant tombée, je tente de dormir…

 

Dimanche 6 août : Pas question de dormir sur ces sièges trop inconfortables ! Les heures passent, un rapide et maigre petit déjeuner, avec un mini-sandwich au fromage, nous est servi et enfin nous nous posons à Madrid. Il est six heures et il fait encore nuit. Marie bénéficie d’un acheminement compliqué avec transfert dans des camions avec plate-forme élévatrice et fauteuils roulants. Nous accédons au dernier avion, plus petit et après une heure et demie de vol, nous nous posons à Marseille. Nous récupérons les bagages et René est venu nous chercher.

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 14:19

Mercredi 5 juillet : Une bonne nuit malgré les camions qui se sont garés dans la nuit. Nous nous réveillons même un peu tard au vu des kilomètres que nous avons à faire si nous voulons être à Cuzco demain. Nous abandonnons les Français qui viennent de découvrir qu’ils ne peuvent pas laisser leur camping-car deux mois et le reprendre sans demander une suspension de l’importation temporaire ! Pas bien renseignés… Nous reprenons pour la troisième fois (la dernière ?) cette autoroute le long de la côte et toujours dans la brume ! A Pisco, nous trouvons une usine de gaz où nous pouvons faire remplir nos deux bouteilles françaises. Sauvés ! Nous nous rendons au supermarché, un Plaza Vea avec toujours les mêmes produits. Nous déjeunons rapidement sur le parking du supermarché d’un très mauvais poulet plus bouilli que grillé ! Nous continuons sur une route qui désormais n’est qu’à deux voies, en direction d’Ica. En nous éloignant de la côte, la brume s’estompe et le ciel bleu apparaît. Nous sommes toujours en plein désert même si des zones extensives de cultures, surtout des vergers et des champs de maïs, forment de grandes étendues vertes. Plein de gasoil à Ica puis nous traversons une longue portion de désert intégral alors qu’à l’est commencent à se profiler les montagnes arides. Nous regrettons de ne pas avoir le temps de retourner à Paracas et de nous y arrêter pour aller voir ou revoir les géoglyphes de la région. Nous traversons la zone des lignes de Nazca sans monter au mirador, une seule idée : avancer le plus possible. Après Nazca nous piquons à l’est, la route s’engage dans les montagnes et monte rapidement en courbes point trop serrées. Peu de circulation, uniquement des camions qui ne posent pas de problème pour être dépassés, la visibilité est bonne et la route en très bon état. Seuls des cactus peuplent les flancs et surtout les fonds des collines. Les plis et les courbes des montagnes dorent à perte de vue. Le soleil décline rapidement, nous devons chercher un lieu de bivouac. Nous nous arrêtons à 2760 mètres d’altitude sur la très sommaire Plaza de Armas d’un village misérable en retrait de la route. Notre présence déplaît fort à la gent canine. Cabots et roquets se déchaînent et hurlent à qui mieux mieux, l’odeur des steaks de porc que nous faisons griller ne les calme pas… Ils ne s’arrêteront que lorsque nous nous coucherons.

 

Jeudi 6 juillet : Nous aurions pu être réveillés par le concert de musique andine, quena et charango, diffusé par le haut-parleur municipal de ce misérable village, à partir de sept heures, mais nous étions déjà debout. Nous avons une longue étape, et sans portion d’autoroute, pour arriver à Cuzco. Nous continuons de monter et atteignons les 4000 mètres, lande désolée, herbe desséchée et jaunie constituent le paysage à perte de vue. Nous longeons une réserve de faune où nous apercevons de nombreux petits troupeaux d’élégantes vigognes au port de reine. L’altiplano est coupé de profonds ravins qui contraignent la route à descendre par de nombreux lacets jusqu’au lit du torrent, avant de remonter à la même altitude. De nombreux enclos circulaires de pierres sèches servent de bergeries au flanc des montagnes.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Des milliers de lamas hautains, d’alpacas renfrognés et de moutons indifférents paissent sur l’immense prairie, parsemée de mares glaciales et encadrée dans le lointain par des pics enneigés.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous passons encore des cols à des hauteurs dignes du Mont Blanc mais presque sans nous en apercevoir puisque nous sommes déjà dans des altitudes proches. En déjeunant je me casse une molaire, pas celle déjà soignée ! Nous continuons en descendant, par d’interminables et belles gorges, le cours d’une rivière jusqu’à Abancay. La traversée de cette ville laide et animée est difficile dans ses rues étroites et inadaptées à la circulation d’aujourd’hui. La route remonte lentement, longuement, alors que les ombres s’allongent. Je commence à fatiguer et nous devons renoncer à arriver ce soir à Cuzco. Un petit détour sur un bout de piste nous amène à la pierre de Saihuite. Un énorme bloc de quatre mètres de diamètre dont toute la partie supérieure est mystérieusement sculptée. On y reconnaît divers animaux, serpent, jaguar, grenouille, condor, ours, etc mais aussi des escaliers, des plateformes, des portes qui pourraient être ceux de temples.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Certains croient y voir le Machu Pichu ou d’autres ruines incas. Nous hésitons à bivouaquer sur le site mais préférons continuer quelques kilomètres pour perdre de l’altitude et atteindre un campement, la Casa Lena, où je pourrais avoir une douche chaude. Nous ne connaissons qu’imparfaitement sa position et c’est de nuit que nous devons chercher. Les gens questionnés ne connaissent pas, nous avons le plus grand mal à comprendre qu’il se trouve sur une très mauvaise piste au-dessus de la route principale. Nous y parvenons épuisés ! Nous y avons le wifi et je vais pouvoir me doucher ! Nous tentons d’établir le programme des jours à Cuzco. Le choix va être difficile…

 

Vendredi 7 juillet : Nous repartons sous un ciel nuageux qui, heureusement, va laisser place à un beau soleil. Nous roulons sur le versant peu ensoleillé des montagnes, au milieu d’eucalyptus de belle taille, ce qui nous permet de jouir d’une belle vue sur l’autre versant couvert de cultures en damiers irréguliers, taches rouges pour les champs de pommes de terre, vert plus ou moins vif dans les autres lopins. Le Salcantay pointe le bout de son pic enneigé au-dessus des montagnes.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

La route est moins bonne, plus de virages et de plus en plus de circulation. Nous ne trouvons pas le site archéologique de Tarahuasi, je ne le regrette pas, content d’arriver à Cuzco à midi. Peu avant Anta, nous nous arrêtons à un marché aux bestiaux. Moutons et bovins changent de propriétaire, des maquignons, surtout des maquignonnes pour les ovins, officient au centre d’un grand terrain autour duquel se tient un marché plus traditionnel avec ses bonimenteurs religieux ou médicastres.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Les vendeuses portent un tablier de grand-mère et un chapeau haut-de-forme blanc orné d’un ruban.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Les costumes féminins sont bien moins colorés et variés que sur les marchés des Andes septentrionales. Un dernier col et nous plongeons dans une vaste vallée aux champs de formes plus régulières. Les derniers kilomètres avant Cuzco sont plus difficiles, circulation pénible dans les faubourgs, lente dans les montées. Le GPS d’OsmAnd tient à nous faire passer par des ruelles en sens interdit, mais nous parvenons à trouver le camping Quinta Lala. Nous n’y sommes pas les seuls ! Des Brésiliens, des Allemands, des Américains, des Canadiens, etc… sont installés. Nous nous glissons entre deux véhicules et poussons un gros soupir de soulagement ! Les installations sont sommaires, une seule douche-WC pour tout ce monde, pas de machine à laver, le linge que nous donnons est lavé à la main ! Nous faisons appeler un taxi qui nous dépose sur la Plaza de Armas en passant par de très étroites ruelles pavées, en pente. Bien que nous nous y attendions, nous sommes tout de même désagréablement surpris par le nombre de touristes et donc par le nombre de commerces qui tournent autour d’eux. Je suis aussi déçu par la place où de nouveaux balcons ont été construits, dans le style des anciens mais bien trop  neufs.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

La marée automobile, interdite sur la place, se focalise dans deux ou trois artères proches à grand renfort de klaxons et de sifflets des policières chargées de la circulation. Nous sommes tout de suite sollicités par des cireurs de chaussures, des vendeurs de souvenirs ou de tissages modernes et laids. Marie ne sait pas trop ce qu’elle veut voir, je me rends à l’office du tourisme et en revient avec quelques informations sur les « billets touristiques », arnaque officielle pour vendre le plus cher possible des droits de visite aux différents monuments de la ville ou de la Vallée Sacrée. Nous commençons par la cathédrale, vaste édifice sur la place. Elle se visite avec un audio-guide qui vite se dérègle, du moins le mien, diffusant en simultané plusieurs textes, j’y renonce. De nombreuses chapelles sont occupées par des Vierges ou des Christs dans un décor surchargé d’or et d’argent.  Les murs sont couverts d’œuvres qui mériteraient plus d’attention et d’informations. Une autre église contiguë, celle de la Sainte Famille, est peut-être plus intéressante avec ses retables, baroque, rococo ou couvert de miroirs.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous revoyons la fameuse Cène où le Christ et ses apôtres consomment un cuy et d’autres produits tropicaux.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Un beau et sombre Christ, peut-être dû à Van Dyck surprend le visiteur dans la sacristie. Nous allons ensuite visiter l’autre grand monument religieux de la place, l’église de la Compañia dont la façade est un délire baroque qui éclipse la cathédrale. L’intérieur est plus décevant, encore des dorures et des retables mais moins m’as-tu-vu qu’à la cathédrale. Un escalier bien raide permet d’accéder à une fenêtre de la façade, avec une vue sur la place. Nous n’avons plus le temps d’aller visiter les autres monuments religieux auxquels nous donne droit notre billet. Nous allons nous en consoler en allant prendre un pisco sour au balcon d’un café de la place, en attendant que la nuit tombe et que les lumières éclairent les arcades et les églises, mais ces dernières restent dans le noir. Nous partons à la recherche d’un restaurant qui a disparu, en face de l’église de la Merced où nous allons jeter un œil, pas trop bouleversant… Nous décidons de nous rendre au quartier San Blas pour dîner. Nous remontons donc une rue qu’occupe une multitude de boutiques d’artisanat ou de restaurants, avant de passer le long d’un ancien mur inca, ensemble cyclopéen dont les blocs ont été admirablement ajustés. Une dernière montée si étroite que les piétons doivent y disputer aux voitures le passage et nous aboutissons à la place San Blas. Les fidèles ne cessent de pénétrer dans l’église, nous en faisons autant, il y a foule dans cette petite église qui semble très intéressante, nous nous promettons d’y revenir. Devant l’église des fauteuils recouverts de satin blanc ont été disposés pour accueillir les gens à la sortie de la messe… venus pour un enterrement ! Nous nous décidons pour dîner au restaurant Pacha Papa, nettement plus classe que ceux qui ont habituellement le plaisir de notre clientèle. Nous sommes installés dans une cour avec des appareils de chauffage, à une table en compagnie d’un couple d’Anglais. Je commande un cuy, sans doute le dernier (si ma grand-mère avait su que je pouvais consommer de ses chers cochons d’Inde, elle m’aurait déshérité, ce qui n’aurait pas changé grand-chose…). Sa cuisson au four demande 45 minutes. Pour patienter nous prenons un ceviche de truite, très honnête, avec un verre de vin blanc. Mon cuy m’est d’abord présenté entier, servi sur un lit de beaux poivrons et piments rouges ou orange, pour la photo, avant d’être découpé.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Marie a choisi un aji de gallina dont elle n’est pas satisfaite. Deux verres de vin rouge dont un excellent carménère du Chili arrosent ce festin. Le taxi qui connaît le camping nous y ramène tardivement en passant par des ruelles d’un Cuzco endormi, loin des quartiers fréquentés par les hordes barbares des touristes. Nous passons par des ruelles pentues où les maisons traditionnelles, posées sur des soubassements incas, sont encore pourvues de beaux balcons de bois anciens et usés, sans commune mesure avec ceux clinquants du centre. Un Cuzco encore plein de charme et d’authenticité.

 

Samedi 8 juillet : J’ai mal dormi, le froid m’a tenu éveillé, à trois heures je baisse le toit, ce qui améliore nettement les choses. Nous partons avec le camion, direction la Vallée Sacrée. Nous traversons une autre vallée en culture, champs de pommes de terre et de graminées moissonnées (quinoa ?). Nous avions prévu de nous rendre en premier à Ollantaytambo mais en traversant Chinchero où nous n’avions pas pu visiter l’église lors de notre dernier passage, nous décidons de nous y arrêter. Nous devons acheter un « boleto partial » pour 70 soles qui ne nous donne droit qu’à quatre sites en 48 heures… (pour tout visiter, ou presque, il faut débourser 130 soles !). Nous remontons une des ruelles de ce village traditionnel aux maisons d’adobe sur un plan de cité inca. La visite de l’église étant devenue une attraction touristique, les échoppes qui bordent la ruelle d’accès sont devenues des repères du mauvais goût et de la facilité artisanale. Nous débouchons sur la grande place devant l’église, déjà occupée par les marchandes de tissages pour touristes. L’église coloniale offre de beaux volumes, son clocher et un portique occupent l’espace au-dessus des restes des constructions incas.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Mais nous sommes ici pour les fresques de l’église que nous n’avions pas pu voir lors de notre premier passage. C’est un émerveillement ! Dès que nous pénétrons à l’intérieur, après avoir franchi un portail avec déjà quelques fresques, nous sommes saisis par l’abondance des peintures qui couvrent tout le plafond mudéjar. Une profusion de motifs floraux et de bustes féminins dénudés occupent le moindre espace, nous ne savons où porter nos regards.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Les murs ne sont pas en reste, couverts eux aussi de fresques ou de grandes toiles, œuvres d’artistes locaux, pas toujours des chefs d’œuvre mais dans un tel cadre, une croûte devient une merveille…Hélas, comme à Cuzco, nous ne pouvons pas prendre de photos ! Nous allons nous promener au-dessus des terrasses étagées, en contrebas de l’église, vestiges de la cité inca dont les plus remarquables aspects sont ces murs cyclopéens qui servent encore de soubassement à l’église et à ses dépendances.Les murs ne sont pas en reste, couverts eux aussi de fresques ou de grandes toiles, œuvres d’artistes locaux, pas toujours des chefs d’œuvre mais dans un tel cadre, une croûte devient une merveille…Hélas, comme à Cuzco, nous ne pouvons pas prendre de photos ! Nous allons nous promener au-dessus des terrasses étagées, en contrebas de l’église, vestiges de la cité inca dont les plus remarquables aspects sont ces murs cyclopéens qui servent encore de soubassement à l’église et à ses dépendances.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Les Indiennes du village ont revêtu leurs costumes chamarrés, couverts de broderies et de fils dorés, elles sont coiffées d’un étrange chapeau rond et plat et se laissent prendre en photo sans demander quelques soles…

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous continuons sur le plateau cultivé avant de perdre de l’altitude et descendre dans la Vallée dite Sacrée. Nous longeons l’étroite voie ferrée qui emmène les touristes au Machu Pichu que nous n’avons pas souhaité revisiter, trop de monde et trop cher ! Marie avait envie de revoir le site d’Ollantaytambo dont elle ne se souvenait pas. Nous y parvenons avant midi, au bout de la route, au débouché de gorges. Garés devant le site, nous redécouvrons les falaises impressionnantes sur lesquelles avait été construite cette forteresse. Nous en débutons l’escalade par des volées de marches irrégulières qui sollicitent les muscles des cuisses et les rotules.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous parvenons ainsi au sommet de la cité, au temple dit du Soleil dont il subsiste des dalles de porphyre rouge assemblées avec une précision qui laisse pantois ! Sans ignorer la performance technique qui a consisté à amener ces blocs depuis la carrière de l’autre côté des gorges jusqu’à cette hauteur ! Nous nous promenons dans les restes des bâtiments de la forteresse, passons devant des murs parfaitement ajustés puis suivons le chemin de ronde avant de redescendre au niveau du village. Nous repartons, déjeunons dans le camion entre la rivière et la voie ferrée au trafic très réduit. Nous revenons sur nos pas puis quittons la route principale pour nous diriger sur le plateau vers le village de Maras que nous traversons, ne faisant qu’entrapercevoir quelques portails de pierre gravés. Une piste, relativement roulante, nous conduit au site de Moray. Je revois avec peu de plaisir cet ensemble de terrasses circulaires qui auraient constitué une sorte de jardin d’essai et qui forment des courbes élégantes en dessous de nous.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous en découvrons un autre circulaire sur fond de pics enneigés. J’aurais préféré revoir les salines mais nous n’avons plus le temps. En repassant au village de Maras, nous nous arrêtons sur la place centrale et je vais me promener seul, à ma guise, Marie est trop fatiguée, à la recherche des beaux et nombreux portails de pierre sculptés, supportant des linteaux gravés de symboles religieux mais aussi des blasons, certains avec des chevaliers en armure, de familles de seigneurs.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Derrière la porte, il ne reste que de misérables masures en torchis ! Nous revenons à Cuzco, retrouvons le chemin du camping et reprenons notre place. Je vais donner quelques adresses de campements à Pascal, l’autre Français du camping qui nous invite à boire un pastis dans son gigantesque camion 4x4, plus impressionnant à l’extérieur qu’à l’intérieur, offre qui ne se refuse pas ! De ce fait, nous dînons tardivement et j’écris encore plus tard mon journal. C’est samedi soir, la fête bat son plein à proximité mais nous allons baisser le toit pour ne pas avoir froid…

 

Dimanche 9 juillet : Dernier jour à Cuzco. Nous voulons voir encore quelques lieux dont nous avions gardé le souvenir. Après avoir tout rangé dans le camion, refait le plein d’eau, nous partons en taxi pour la place San Blas. Une cérémonie avec défilé des écoles et de quelques soldats devant les corps constitués, sur la Plaza de Armas fermée à la circulation, oblige le taxi à emprunter tout un circuit de ruelles pour y parvenir, ce qui nous permet de découvrir de nouvelles maisons au passage. L’église de San Blas que nous n’avions pu qu’apercevoir l’autre soir lors de la messe d’enterrement, est toute à nous. Nous pouvons apprécier les beaux retables baroques dorés, la profusion des détails, mais le chef d’œuvre ici est la chaire en bois sculptée avec un foisonnement de personnages que nous avons bien du mal à identifier sans explications détaillées.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous nous rendons ensuite au Musée d’Art Religieux sis dans un ancien palais. Dans de superbes salles aux plafonds mudejar sont exposées de magnifiques peintures de l’école de Cuzco, des Vierges hiératiques, de forme parfaitement pyramidale (l’enfant Jésus est lui aussi bien triangulaire mais incliné sur la poitrine de sa mère !), pour l’identifier à la Pachamama, la déesse Terre des Incas et réaliser ainsi un syncrétisme religieux dont étaient friands les Jésuites…

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Des archanges efféminés et des Christs en jupon de dentelle laissent tout de même dubitatif sur les mœurs au sein de l’Eglise, déjà en ce temps… Bien d’autres tableaux méritent toute notre attention mais nous déplorons l’absence totale du moindre carton d’information. Dans les dernières salles sont exposées des toiles de Diego Quispe Tito associant des épisodes de la vie du Christ aux signes du Zodiaque, surprenantes car situées dans un cadre de villes ou de paysages européens et peintes par un « indigène » qui ne pouvait en avoir connaissance que par des gravures rapportées d’Espagne ou d’Italie. Nous revenons vers la Plaza de Armas  par des ruelles où les touristes sont guettés par des gamines en habits traditionnels mais neufs, tenant dans leurs bras des bébés lamas soyeux et doux qui font fondre les cœurs tendres.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Marie passe à l’office du tourisme pour sa collection de prospectus, je vais tirer les derniers soles et nous remontons en taxi au camping en passant par le site de Sacsayhuaman envahi ce dimanche par les pique-niqueurs. Nous en apercevons les formidables murs disposés en griffe de jaguar. Nous récupérons le camion, faisons nos adieux aux Français de la veille et quittons le camping. Nous évitons le centre-ville ancien par une route en corniche qui nous permet de rejoindre les quartiers modernes de la ville. Nous devons refaire un plein de provisions avant d’entamer la route vers le Brésil. Nous refaisons un plein de victuailles et surtout d’alcools, pisco, vins. Nous déjeunons sur le parking et poursuivons sur la route en direction de l’est. Nous sommes rapidement à Andahuaylillas, un village qui a gardé son aspect traditionnel et surtout une église coloniale qualifiée de « Sixtine des Andes ». Et c’est un émerveillement, une fois le seuil franchi ! Pas un centimètre carré sans une fresque, un décor d’une extraordinaire fraîcheur, une « naïveté » confondante, une harmonie de couleurs de sujets digne des plus grands. Le plafond, mudejar, est un enchantement de couleurs. Des fresques courent le long de la nef, des saintes martyres en sont le thème principal, mêlées à des rinceaux exotiques.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Des toiles sur les murs racontent la vie de Saint Pierre. Dommage que nous n’y soyons pas seuls ! Les groupes de touristes de toute nationalité s’y bousculent, s’y succèdent rapidement, pour notre plus grand agacement. Ils ont pourtant l’intérêt de diluer l’attention des gardes chargés de surveiller que personne ne prend de photos, ce qui est STRICTEMENT interdit mais dont je ne me prive pas. Nous filons au village suivant, Huaro, lui aussi a une de ces belles églises coloniales peintes à fresque et qui a, de plus, l’avantage d’être ignorée des touristes. Là aussi, un extraordinaire décor de fresques occupe les murs, le plafond est en moins bon état mais son décor de végétation amazonienne est surprenant et les responsables se fichent pas mal que je prenne des photos, du moment que je suis discret…

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Un kilomètre plus loin, une dernière chapelle, plus modeste, reçoit notre visite. Elle n’en a pourtant pas moins d’intérêt avec ses murs peints à fresque, imitant des tissus.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Le soleil décline, Nous cherchons un coin de bivouac autour du lac d’Urcos. Les habitants ont profité de ce dimanche pour y venir en famille se distraire mais à la nuit tombée, les lieux sont déserts. Nous y célébrons comme il se doit le jour du Seigneur avec vodka-orange ou tonic…

 

Lundi 10 juillet : Nuit reposante, sans bruit. Nous repartons aussi tôt que possible et quelques kilomètres après Urcos, nous bifurquons sur l’Interocéanica qui relie côte Atlantique et côte Pacifique. Tout de suite nous sommes en montée, la route, récente, est bonne et le trafic très faible. Nous atteignons, une fois de plus, les 4000 mètres avant de redescendre dans une vallée peuplée et cultivée. Les Indiennes portent une autre coiffe, une sorte de galette avec des franges qui leur retombe sur les yeux (ou dans le cou), des artifices décoratifs, souvent en matières plastiques brillantes, en font des objets clinquants et colorés.

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous partons en chasse… Bien que nous soyons pressés, nous ralentissons, roulons au pas pour essayer d’immortaliser sur la pellicule ces chefs d’œuvre appelés à disparaître. Nous profitons d’un rassemblement pour prendre au téléobjectif quelques-unes de ces dames à l’abri de leurs « ombrelles » personnelles…

TRANSAMERICA (4.4.- Pérou, Cuzco)

Nous repartons en montée pour un dernier col à plus de 4700 mètres d’altitude avant d’entamer une descente vertigineuse qui nous fait dégringoler de 3000 mètres en une vingtaine de kilomètres. Nous rejoignons alors le cours de la Marcapata qui se faufile dans des gorges avant que sa vallée ne s’élargisse. Nous atteignons Quincemil à moins de1000 mètres d’altitude mais les Andes n’ont pas dit leur dernier mot et ses derniers contreforts se défendent avec une dernière série de montées et de virages. Il faut attendre Santa Rosa pour que disparaisse définitivement toute éminence, que nous puissions dire que c’en est fini des cordillères. La végétation s’est transformée au cours de la descente. Le versant oriental est soumis aux influences amazoniennes et nous nous retrouvons sous des nuages inattendus qui apportent une humidité et des pluies qui permettent une végétation dense mais sans grands arbres au début. Quand nous atteignons des altitudes plus basses, à partir de 1500 mètres, la forêt devient tropicale, palmiers, bananiers et autres beaux arbres tapissent les collines. Dans la plaine qui semble à perte de vue, n’avoir plus de limites qu’à l’océan Atlantique, la forêt a été défrichée mais les élevages ne semblent pas nombreux et les cultures rarissimes. Nous avons retrouvé des températures oubliées et au déjeuner, nous nous sommes empressés de jeter aux orties (littéralement pour ma chemise !), chaussettes, chaussures fermées, polaires etc… L’habitat aussi a changé, les maisons sont en planches, sur pilotis, à toit de tôle et apparaissent  les premiers hamacs accrochés sous de paillottes. Nous roulons plus vite dans les dernières dizaines de kilomètres et nous arrivons peu après seize heures à Puerto Maldonado. Nous nous mettons en quête d’un campement. Nous trouvons la Villa Hermosa, indiquée sur ioverlander et dont bon nombre de visiteurs font un éloge vibrant. Toilettes et douche spartiates, sans éclairage pour ce balneario sans charme et sans grandes commodités (il faut payer un supplément pour accéder à la piscine !). Nous nous installons sur la pelouse. Vite nous retrouvons les bons réflexes, nous souvenant que température + humidité = moustiques… Nous relisons le texte du blog mais je ne vais pas avoir le temps de le mettre en ligne. Après dîner, je vais me doucher, pas d’eau chaude, pas de porte qui ferme et pas de lumière non plus…

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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 16:44

Mardi 16 mai : Evidemment mal dormi. Bien entendu au réveil, le moteur ne démarre pas plus. J’abandonne Marie et vais demander à la police de m’indiquer un mécanicien. Il n’y en a pas à Chavinillo. Il faut se rendre au village suivant, à cinq kilomètres pour en trouver un. Les policiers ne peuvent pas le joindre par téléphone, il n’y a pas de réseau mais ils m’arrêtent une voiture et demande que l’on m’emmène trouver un certain Javier. Me voilà parti avec une famille sympathique mais dont le jeune garçon n’apprécie pas les virages et ne tarde pas à vomir, d’abord sur lui, puis par la fenêtre. Les papiers utilisés pour le nettoyer sont jetés dehors sans hésitation… Ils me déposent au village, le mécanicien (?), prévenu par téléphone, arrive dans sa voiture dont l’état me fait douter de ses capacités, mais ce sont les cordonniers les plus mal chaussés… Nous partons, je lui explique le problème, ce qui lui donne l’idée d’essayer de démarrer le moteur en injectant de l’essence directement dans le circuit. Nous revenons à la station-service, il fouille dans les ordures, trouve une bouteille en plastique, vide, de Coca Cola dans laquelle il fait verser un demi litre d’essence. Des voyageurs en quête d’un taxi lui demandent de les emmener. Nous repartons mais l’un d’eux a oublié son portefeuille. Arrêt pour attendre le distrait parti rechercher en courant son précieux bien. Arrivés à Chavinillo, les passagers descendent mais il en charge d’autres qui s’entassent derrière… Il va ensuite se garer devant notre camion, examine le moteur et décide d’essayer l’injection directe d’essence, mais il n’a pas de tournevis. Curieux mécanicien ! Ce sont les conducteurs d’engins de chantier garés derrière nous, qui attendent notre départ pour pouvoir manœuvrer, qui lui en prêtent un… Après plusieurs tentatives, le moteur démarre en toussant beaucoup, puis plus régulièrement en se réchauffant. Nous pouvons reprendre la route. Toujours aussi mauvaise et étroite, mi-goudron, mi-piste, où on frôle l’abime à chaque virage et à chaque croisement. Nous montons encore sur quelques kilomètres avant d’entamer la descente du col qui n’était qu’à 4000 mètres (nous avons dormi à 3500 mètres…). La piste, sans plus trace d’asphalte, est plus roulante et je m’enhardis sans bien sûr égaler la dextérité des chauffeurs locaux dont quelques croix marquent le passage… Nous revenons à des altitudes inconnues depuis longtemps, moins de 2000 mètres, qui nous contraignent à adopter des tenues plus légères. Nous nous arrêtons au site de Kotosh, très bien aménagé, là aussi grâce à la coopération japonaise. Une passerelle fait traverser le torrent puis un sentier de dalles conduit aux maigres restes de cette civilisation, datée entre 2000 av. JC et notre ère. Deux temples dont on n’aperçoit que des niches dans des murs et, à l’intérieur de l’un d’eux, des moulages (les originaux sont à Lima !) de mains croisées, sont tout ce qui en reste.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Nous repartons et atteignons enfin Huanuco, la grande ville ! Nous nous rendons aussitôt au Mall Plaza Real ultra-moderne, à l’américaine, où nous retrouvons (presque avec émotion !), un vrai supermarché ! Nous pouvons regarnir le réfrigérateur avec viande, poisson, yaourts etc… Nous déjeunons dans le camion devant le mall puis nous cherchons le garage Toyota recommandé par un voyageur. Ils ne peuvent s’occuper d’une Land Rover mais ils m’indiquent un autre garage proche où ce devrait être possible. Il s’agit du concessionnaire Suzuki-Nissan-Volkswagen-Great Wall, où on me demande de ramener le camion demain matin ou de le laisser. Nous décidons de bivouaquer devant. En attendant nous cherchons où remplir nos bouteilles de gaz. Après quelques allers-retours, nous trouvons une première usine de remplissage, mais ils n’ont pas les adaptateurs nécessaires, une seconde, sur la route de l’aéroport en est tout aussi démuni. Nous revenons nous garer devant le garage, trop près de la route pour pouvoir l’ignorer… Je demande le code du wifi mais personne ne le connaît… Nous relisons mon texte, sans pouvoir le mettre en ligne.

Mercredi 17 mai : Le bruit des camions sur la route est tel que nous devons baisser le toit pour l’assourdir. Nous nous réveillons sous un ciel bien gris, il ne fait plus la température de la veille. Peu après 8 heure 30, arrive le mécanicien avec son scanner. Il constate une trop faible pression de carburant. Le démarrage du moteur est aussi pénible que les jours précédents. Nous devons remplacer le filtre à gasoil et je préfère qu’on m’en trouve un plutôt qu’utiliser celui rapporté de France. Mais sa recherche s’éternise… Comme à Caraz, à côté d’un vrai mécanicien, traînent des « apprentis » désœuvrés qui passent le temps à se raconter des histoires, jouer avec leur smartphone ou faire la sieste dans un véhicule confortable. Après une heure et demie d’attente, on m’apporte un filtre Land Rover mais ce n’est pas le bon modèle… Je sors mon filtre et le leur fait monter. Le scanner s’en satisfait… Nous pouvons partir, il est plus de midi, trois heures pour changer un filtre à gasoil ! Je ne suis pas content… Nous partons aussitôt et nous nous rendons dans le centre. Faute de pouvoir se garer sur la Plaza de Armas, je stationne dans une rue proche, bien que cela soit interdit mais je ne suis pas le seul. Je laisse Marie au camion et me précipite, aussi vite que me le permet ma cuisse folle, à la poste pour envoyer LA carte postale à Nicole… Il faut montrer son passeport pour envoyer du courrier et en échange on reçoit un reçu détaillé. Nous quittons la ville, traversons les faubourgs et enfin trouvons un terrain vague pour nous arrêter déjeuner. La route vers le sud suit le cours d’une rivière et insensiblement commence à s’élever. La route est bonne mais les nombreux camions qui s’y traînent nous ralentissent. Nous passons dans des gorges, la vue est très quelconque, la grisaille n’arrange rien. Les villages sont laids, maisons de briques ou de parpaings nus, sans crépi ou alors couverts de publicités, anciennes pour des hommes politiques, ou récentes en faveur de réclames pour des réseaux téléphoniques. Nous approchons de Cerro de Pasco, la route grimpe sur les derniers kilomètres et aboutit à la plus laide ville du monde ! Des masures d’une infinie tristesse, sans couleur, groupées, agglutinées autour d’un gigantesque trou de plusieurs kilomètres de diamètre : la mine de zinc et de plomb !

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Une abomination écologique dénoncée par des ONG mais les familles des mineurs se sont opposées à sa fermeture… Nous sommes à plus de 4300 mètres d’altitude, il y fait froid, des traces de neige sont visibles sur les couches du cratère et même en ville. La pluie vient ajouter une note supplémentaire désespérante à cette horreur, alors que nous tentons depuis le rebord d’apercevoir le fond de la mine. Nous nous sauvons, pas question de rester une minute de plus en ces lieux infâmes. Nous reprenons la route, toujours dans la grisaille et sous une pluie intermittente. Nous n’allons pas loin, quelques kilomètres jusqu’à une station-service où nous nous serrons entre deux camions pour la nuit, qui risque fort d’être des plus fraîches… Je tente de démarrer le moteur avant de nous coucher, il peine toujours, crache, tousse, le remplacement du filtre n’a bien sûr servi à rien… Pas de quoi me remonter le moral…

Jeudi 18 mai : Le thermomètre est descendu à 5°C dans le camion. En nous serrant l’un contre l’autre ce fut tout de même supportable. Dès que nous sommes prêts, je tente de démarrer le moteur. Après une vingtaine de tentative, il finit par commencer à tourner rond. Le soleil a chassé les nuages et c’est sous un beau ciel bleu que nous traversons l’altiplano sans arbres, couvert d’une herbe rase, jaunie, brillante sous les reflets du soleil. Les montagnes enneigées sont reléguées à l’horizon mais leur découpe sur le ciel est du plus bel effet. Nous apercevons de nombreux troupeaux, des vaches et des moutons mais aussi des élevages d’alpacas qui paissent en toute liberté dans ces vastes espaces. Nos premiers alpacas sont dans un enclos, ils viennent d’être tondus et font presque pitié pour les nuits fraîches qu’ils doivent endurer sans leur épaisse toison, et que j’aurais appréciée cette nuit.

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Au creux de la cuvette que nous traversons, nous découvrons le lac Junin au milieu de marécages. Nous parvenons à Huayre où nous tentons d’approcher le lac mais la piste aboutit à la voie ferrée sans la traverser. On nous indique une autre piste peu avant le village. Elle est barrée par une chaîne et un cadenas qu’on vient vite nous ouvrir. La piste en partie inondée se termine tout au bord du lac. Des troupeaux de moutons d’un côté, d’alpacas de l’autre, la chaîne de montagnes à l’horizon et les eaux bleues, immobiles, à peine froissées par l’envol d’oiseaux, en font un de ces lieux vite qualifiés de magiques où nous aurions aimé bivouaquer cette nuit.

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Nous repassons à Huayre pour apprécier les constructions dignes de Jérôme Bosch qui ornent la place centrale, une cornue géante, un champignon sans doute hallucinogène et autres décors sortis de l’imagination fatiguée du concepteur.

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Nous quittons les abords du lac en apercevant de petites bandes de graciles vigognes.

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Je fais réparer un pneu qui perdait lentement, sans rien dire à personne, quelques bouffées d’air chaque jour et ce depuis des semaines. Une vis en était responsable… Nous perdons doucement de l’altitude puis passons un col avant de redescendre sur Tarma. Nous y faisons une brève halte pour essayer de collecter des prospectus mais les responsables municipaux du tourisme ont mieux à faire… Nous trouvons à peu de kilomètres un campement à l’hacienda Florida, une très jolie exploitation agricole à en juger par ses bâtiments anciens, toujours en activité, et accueillant des hôtes. Nous y pique-niquons dans le camion puis, après avoir bénéficié du wifi pour prendre les dernières nouvelles du monde, le grand et le nôtre, nous repartons pour Acobamba, le prochain village où se dresse une chapelle moderne dans le goût de celle de Ronchamp du Corbusier, construite pour abriter une gravure miraculeuse du Christ dans une paroi rocheuse. Au mois de mai, il est censé s’ y tenir des pèlerinages accompagnés de musiques et de danses. Nous avons la chance de voir une fanfare faire danser des couples, sans doute d’une même famille. Ce sera la seule manifestation festive que nous y verrons. 

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La chaussée qui monte à la chapelle est bordée d’échoppes qui vendent les habituelles bondieuseries, chapelets, chromos du Christ et de la Vierge mais on y trouve aussi, comme à Copacabana, en Bolivie, des faux billets de banque, des modèles réduits de maisons, de voitures, etc, supposés augmenter les chances de voir ses rêves se réaliser. On peut aussi acheter des talismans, des miniatures de ses désirs, passés au-dessus d’un brasero, tout en marmonnant des formules propitiatoires et qu’on emportera chez soi… 

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Nous montons jusqu’à la chapelle, les pèlerins font la queue pour défiler devant une image du Christ en croix sur laquelle ils passent les mains ou frottent quelques fleurs… Le ciel se couvre, le temps fraîchit, nous retournons au camion attendre quelque évènement mais faute de danses et de musique, nous rentrons nous installer à l’hacienda. Nous avons une réponse intéressante de Gérard à propos de mes interrogations sur le problème du démarrage du camion. Je mets à jour le blog puis nous prenons connaissance des dernières informations avec un pisco sour maison. Après dîner, je démarre toujours aussi difficilement le camion, arrêté depuis à peine trois heures !

Vendredi 19 mai : Nous n’avions pas baissé le toit cette nuit et j’ai eu froid, surtout aux pieds. Nous sommes réveillés quand un tracteur vient déverser sa cargaison d’artichauts dans la cour de l’hacienda. Je passe au moins dix minutes à essayer de démarrer le moteur avant qu’il daigne commencer à tourner en hoquetant. Gérard et Guy ont répondu et donné des pistes pour la recherche d’une solution. Je voudrais refaire le plein des réservoirs d’eau mais il n’y a pas de point d’eau et encore moins de tuyau ! Nous repartons donc et prenons la route de Jauja. Elle monte dans la montagne, traverse des pampas verdoyantes avant de redescendre vers des zones cultivées, des champs en damiers de couleurs variées. Nous atteignons l’ancienne cité coloniale de Jauja et, pour garder les bonnes habitudes, nous allons nous garer sur la Plaza de Armas afin de jeter un œil à la cathédrale qui, de l’extérieur, n’a que deux tours anciennes. L’intérieur serait quelconque sans trois retables richement décorés, dont celui du maître-autel couvert d’or et d’argent à foison. A côté l’ancien cabildo, est une belle construction aux fenêtres travaillées et pourvu d’un beau balcon.

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Nous repartons avec l’idée de nous rendre directement à Huancayo au garage repéré sur ioverlander. Les derniers kilomètres doivent avoir la plus forte concentration de ralentisseurs de toute l’Amérique Latine ! L’habituelle chaussée défoncée des villes nous oblige à nous traîner sans trop accélérer… Nous trouvons le garage mais ils ne traitent que les problèmes de direction et de suspension, ils nous emmènent chez un autre pour qui le problème serait lié aux bougies de préchauffage mais il ne peut s’en occuper et nous envoie chez un troisième qui veut voir le camion quand le moteur est froid. Nous convenons de revenir ce soir et d’y dormir. Nous repartons aussitôt, revenons sur nos pas pour aller visiter le couvent de Santa Rosa de Ocopa dont les guides disent des merveilles… Nous nous garons sur l’herbe du terrain en face de l’entrée des bâtiments conventuels. Nous déjeunons puis nous nous rendons à l’entrée des visites. Extérieurement les constructions et l’église sont sans intérêt. La visite est accompagnée et nous sommes les seuls. Notre chaperon débite son commentaire sans se préoccuper de savoir si nous y comprenons quelque chose. C’est d’ici que partaient les Frères franciscains missionnaires qui allaient porter la bonne parole et sauver de l’obscurantisme les malheureuses populations égarées, en particulier en Amazonie. Ces braves propagateurs de la vraie foi ont rapporté de leurs passages dans les contrées sauvages nombre d’objets qui constituent le fond du musée. Dans les couloirs sont accrochés des tableaux présentés comme de l’Ecole de Cuzco mais qui en donnent une bien piètre idée, seuls ceux qui ont pour sujet des archanges avec dentelles et élégants plissés retiennent notre attention mais pas question de prendre des photos… Les pièces consacrées aux animaux naturalisés renferment des armoires aux vitres sales, dans lesquelles des oiseaux, des singes, des loutres et autres espèces locales, empaillés, achèvent de perdre plumes et poils derrière des étiquettes cornées, jaunies, dont l’encre a depuis belle lurette blanchi. A l’étage, nous pouvons pénétrer dans la bibliothèque aux 30000 volumes, quelques incunables, des Bibles dans diverses langues, d’autres recouverts d’une couverture en peau de chèvre ou de mouton. Puis c’est le passage devant quelques cellules, le bâtiment d’origine et les ateliers reconstitués. Nous en sortons très déçus, nous qui espérions des merveilles, nous n’aurons eu qu’un bric à brac indigne et des croûtes indigestes. Nous avons juste le temps de reprendre le camion avant qu’il ne commence à pleuvoir. Nous retournons nous garer devant le garage. Je vais à la recherche d’une lavanderia que je finis par trouver alors que la nuit est tombée et j’y porte notre sac de linge sale. Ces villes sont abrutissantes, les racoleurs des minibus crient leur destination, tout le monde klaxonne sans toujours savoir pourquoi… Nous patientons dans le camion. Soudain Marie remarque que la porte a été fermée et elle s’affole. Je vais cogner à la porte, les ouvriers n’ont pas terminé de travailler sur un véhicule. Quand il sort, nous pouvons entrer et nous installer pour la nuit.

Samedi 20 mai : A minuit je suis réveillé par une rage de dents. Ma molaire, sensible au froid, que j’avais fait contrôler juste avant de partir, fait des siennes. Un Dafalgan n’y fait pas grand-chose, un second me permet de me rendormir. Le réveil dans ce sympathique environnement mécanique, plein de cambouis et d’outils crasseux, n’améliore pas le moral. Seules les photos des supposées compagnes des mécaniciens, fort dévêtues, et posant pour de suggestifs calendriers, apportent une note artistique au lieu, même si Marie, décidément contrariante ces derniers temps, m’assure qu’il ne s’agit pas des compagnes du personnel. Mais alors, qui sont ces jeunes filles à l’impeccable plastique ? Le thé trop chaud réveille la douleur. Je n’ai pas du tout envie de consulter un arracheur de dents local… Le patron qui avait promis d’être là à 8h30 arrive passé 9 heures… Il démonte les bougies de préchauffage, en trouve trois défectueuses, à remplacer… Pendant ce temps je découvre un cabinet dentaire de l’autre côté du carrefour. Pas bien convaincu, je m’y rends, explique mon problème, l’assistante appelle le dentiste qui arrive une demi-heure plus tard, m’examine et découvre à la radio une molaire fendue. Il peut réparer en une seule séance ! Je vais en avertir Marie puis vais récupérer le linge et le lui rapporte. Je retourne chez mon dentiste qui pendant une heure et demie va farfouiller dans ma dent, pratiquer toute une série de gestes techniques avant de me relâcher, passablement étourdi et délesté d’une centaine d’euros. Je retrouve Marie au garage, rien n’a bougé. Il semble que le patron m’attendait pour que nous allions, en taxi, à la recherche des bougies ! Comme je m’y attendais, ce modèle n’est pas en magasin ici. Il pourrait être obtenu demain matin en provenance de Lima, à confirmer… Retour au garage et, en attendant la confirmation, nous déjeunons, ma dent ne me fait plus mal et l’engourdissement dû à l’anesthésie disparaît. Le patron me confirme que les pièces ont été trouvées, seront livrées demain matin et qu’il viendra les poser. Mais je dois les régler par virement sur un compte. Opération possible à tout moment dans des boutiques agréées. La pharmacie du coin, une botica, en est une mais pour une raison que je ne comprends pas, elle ne peut le faire… On m’indique très vaguement une autre, qui est fermée… Je reviens à la première qui accepte d’effectuer l’opération… Nous partons en taxi, pas de tuk-tuk dans les grandes villes, pour non pas la Plaza de Armas mais pour la Plaza de la Constitución, la grande place centrale de Huancayo. Exceptionnellement il n’y a pas de Plaza de Armas ici ! Rien à voir, elle est en chantier et entièrement dissimulée derrière des bâches. La cathédrale est fermée et les rues sont sans aucun charme. Pas une ville où rester attendre… Nous marchons jusqu’au mall Plaza Vea. Je tire encore des soles et nous faisons nos courses de ravitaillement. Nous revenons à la tombée de la nuit en taxi nous réinstaller pour une nouvelle nuit dans un garage.

Dimanche 21 mai : Le mécanicien en chef n’ayant annoncé sa venue que pour dix heures, nous flemmardons au lit d’autant qu’un concert de klaxons nous a éveillés sur les deux heures du matin. Grosse déprime, une fois de plus, due à mes incompétences de plus en plus insupportables… Ne pas vieillir ou faire en sorte de disparaître avant… Notre mécanicien en chef arrive tout faraud, il est allé récupérer les bougies de préchauffage arrivées de Lima, mais il constate vite que ce ne sont pas les bonnes… Il nous en promet d’autres pour mardi mais je ne crois plus à ces promesses, lui non plus semble-t-il. Il remonte les anciennes bougies et a les plus grandes difficultés pour démarrer le moteur malgré l’injection directe d’essence ou d’un produit adéquat. Je me fais rembourser les bougies et nous partons sans nous saluer, furieux… Nous avons téléphoné à Guy et Marie-Jo pour avoir leur avis pour nous rendre, soit au garage Land Rover de Lima, soit à Cuzco, solution qu’ils nous déconseillent, ce qui est aussi mon avis. Nous prenons donc la route déjà parcourue de Jauja, puis de là, nous nous dirigeons vers La Oroya. La route, malgré la pluie intermittente est belle et peu fréquentée. A partir de La Oroya, nous allons suivre des gorges où se succèdent des mines, principalement de plomb, avec les cités de mineurs, aussi réjouissantes que Cerro de Pasco, et des lagunes polluées qui n’incitent guère à la baignade… La route serait bonne si elle n’était pas aussi fréquentée par des camions (des vrais !), bien trop lents à notre gré… Sans presque nous en apercevoir, nous avons continué de monter et nous avons la surprise de passer un col à 4818 mètres, notre record, plus haut que le Mont Blanc ! La descente commence dans les nuages, lente, derrière un camion, tous freins serrés. Il reste un peu plus d’une centaine de kilomètres pour revenir au niveau de la mer. Nous n’allons cesser de descendre jusqu’à Lima, donc une succession de virages, d’épingles à cheveux, parfois dans des gorges spectaculaires, étroites, mais dans la grisaille et même sous la grêle ! Un gros trafic de camions oblige à des dépassements et des croisements parfois audacieux. La nuit descend, nous aussi mais moins vite… Quand je ne vois plus grand-chose de la route, je me cale derrière une voiture que je suis aveuglément… jusqu’à ce qu’elle tourne… La traversée de Chosica est longue et pénible puis c’est l’arrivée dans les faubourgs éloignés de Lima. Tous s’en donnent à cœur-joie, à qui sera le plus rapide, sera devant, à grand renfort de klaxon, les minibus sont les plus furieux, trois fois le rétroviseur extérieur est accroché avant que nous ne parvenions, grâce à notre gps, devant le concessionnaire Land Rover, dans une avenue particulièrement bruyante. La sécurité alertée nous autorise à nous installer devant le garage. Nous fêtons notre arrivée avec un apéritif, bien mérité…

Lundi 22 mai : Nous avons dormi le toit baissé pour diminuer le bruit du trafic. Il fait bien moins chaud que nous ne le pensions. A huit heures nous sommes prêts, le garage ouvre. Concession moderne avec présentation de modèles de luxe, Jaguar, Range Rover etc… Melody une hôtesse me reçoit, je tente de lui expliquer le problème, elle fait appel à un « technicien » qui semble agréer le diagnostic des bougies de préchauffage déficientes. Il se renseigne sur la disponibilité des pièces et m’en indique le prix. Avec lui et en injectant un spray d’aide au démarrage, je parviens à démarrer le moteur et à rentrer le camion dans l’atelier, un vrai, propre comme une clinique ! Nous patientons dans un salon, Melody nous a promis la fin des travaux pour midi… Nous relisons mon texte. A midi, Melody, toujours elle, dans son espagnol rapide et à demi avalé, nous annonce qu’il faudra encore patienter deux heures… Je vais explorer les possibilités gastronomiques des environs et nous allons déjeuner chez Don Vasco, plus cher que dans les autres bourgades de l’intérieur, avec une clientèle de jeunes cadres occidentalisés, les plats sont peu copieux, trop gras. Nous revenons attendre au salon puis je commence à m’impatienter, Les travaux sont terminés mais le camion est au lavage. Ils ont dû juger indigne de Land Rover de laisser sortir un tel tas de boue… Enfin, peu avant trois heures, nous nous lançons dans la traversée de Lima. Malgré quelques encombrements, nous rejoignons rapidement la panamericana en direction du sud. Nous sortons rapidement de la démentielle agglomération et filons à grande allure sur cette très bonne autoroute. Nous retrouvons ce paysage de dunes grisâtres, plongées dans la brume habituelle. Le goût des péruviens pour les murs est de nouveau évident. Dès que quelqu’un possède un bout de terrain, il construit un mur autour, même si le terrain reste vide… Nous nous arrêtons tôt, vers cinq heures, faute d’avoir d’autres points de bivouac possible, sur la plage de Cerro Azul. Nous sommes dans le sable mais Marie à qui cela ne plaît pas d’être là, craint la marée haute, aussi je dois repartir nous garer plus près de tentes et d’un terrain de sport, toujours dans le sable de la plage.

Mardi 23 mai : Encore une mauvaise nuit, quasi certain que je suis que nous ne démarrerons pas. Et effectivement, dès que nous sommes debout, je tente vainement de faire démarrer le moteur. Nous petit-déjeunons, je fais un nouvel essai avec la bombe « démarrage en toute saison », sans résultat. Je pars alors dans les rues encore désertes du village à la recherche d’un mécanicien. Je m’adresse à un passant qui me propose de me conduire à la bonne adresse. Nous partons en tuk-tuk jusqu’à l’atelier où j’expose le problème. Le diagnostic envisagé, la pompe immergée, donc électrique rebute le mécanicien qui nous renvoie à un électricien. Mon bonhomme qui me sert de guide et semble connaître tout le monde m’y guide, toujours avec le tuk-tuk. Il peine à se faire ouvrir la porte mais on nous renvoie vers une autre adresse où il n’y a personne. Nous devons nous rendre à San Luis à une dizaine de kilomètres, nous allons donc guetter un collectivo sur la grande route. Entre temps j’ai réglé le tuk-tuk qui n’avait pas la monnaie et ne pouvait en faire… Arrivés chez l’électricien, nous apprenons qu’il est parti… Nous nous adressons alors à un mécanicien connu de mon guide. Il n’a pas très envie de s’occuper d’un véhicule plein d’électronique mais se décide tout de même à venir. Nous arrêtons un taxi qui nous ramène à Cerro Azul. Je tente de démarrer de nouveau le moteur, la batterie faiblit, je branche celles de la cellule et avec l’injection du spray, le moteur finit par démarrer. Je dois régler le mécanicien, le taxi et même mon « ami » qui me réclame sa propina… Evidemment je ne paie pas les tarifs locaux mais ceux escomptés d’un gringo, obligatoirement friqué… je me demande une fois de plus où nos amis voyageurs ont pu rencontrer ces sympathiques Colombiens, Péruviens, ou autres, désintéressés et prêts à rendre service pour nos beaux yeux… Toujours aussi en colère, mais le moteur tournant, je reprends la route de Lima, aussi vite que possible. L’entrée dans la ville est une nouvelle cause d’énervement avec une circulation démentielle, où chacun se permet tout, double, s’arrête quand il en a envie et sans s’occuper des autres si ce n’est pour tenter de passer devant… Grâce à Saint GPS, Nous parvenons au garage Land Rover. Mine atterrée des responsables de la veille ! J’explose et dis mon mécontentement. On nous promet de faire tout le nécessaire pour tout régler puis après un temps d’attente, notre chère Melody vient nous annoncer qu’on ne pourra pas s’occuper du camion avant demain et qu’il vaudrait mieux que nous prenions une chambre dans un hôtel. Je lui fais réserver au Kamana Hotel et nous préparons un sac. Elle appelle un taxi qui sera aux frais de l’entreprise. Au Kamana, nous apprenons qu’il n’y a une chambre libre que pour une nuit ! Je repars, à pied, à la recherche d’un autre. Le Inka Path, dans la rue piétonne a des chambres confortables mais il faut monter de redoutables escaliers, le Bomini, à quelques quadras, moins cher propose des chambres peu agréables. Marie, mise au courant, choisit l’Inka Path où nous nous rendons en peinant avec le sac trop lourd. Nous en repartons aussitôt pour aller déjeuner dans une gargote de bas étage, moi d’un arroz de mariscos que j’ai des difficultés à mâcher avec ma molaire. Nous passons revoir l’intérieur de l’église de la Merced avec ses retables gigantesques en ébène noir et d’autres aux habituelles dorures.

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Nous rentrons faire la sieste à la chambre mais un musicien, avec amplificateur, s’est installé sous nos fenêtres et ne cessera pas de jouer. Enervement de Marie, je vais me plaindre au patron qui me propose une chambre sans fenêtre ! Je mets le blog à jour, tente de me reposer mais je suis bien trop énervé ! Nous ressortons à la nuit pour aller nous consoler à l’Hôtel Bolivar avec un pisco sour catedral. Retour à la chambre où nous dînons de notre charcuterie rapportée du camion. Un autre musicien s’est installé dans la rue, je vais de nouveau râler mais juste pour marquer le coup car tout le monde s’en fout ! Nous regardons les informations françaises à la télévision et apprenons l’abominable attentat de Manchester. Rien pour me redonner foi en l’être humain…

Mercredi 24 mai : La nuit a été calme, la rue ne s’anime que tardivement. Nous ne descendons petit déjeuner que juste avant l’heure limite, à 9h30. Pas de thé mais un grand choix d’infusions. Nous remontons à la chambre avant de sortir. Nous nous rendons au musée du Banco Central. L’entrée est gratuite mais il faut montrer son passeport. Derrière les beaux guichets en fer forgé de l’ancienne banque, sont exposés des objets d’art populaire, en particulier des cajones anciens, ces mini retables d’Ayacucho, bien plus beaux que ceux d’aujourd’hui, des cannes gravées, des ponchos tissés de toute beauté etc…

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Au sous-sol, dans l’ancienne salle des coffres, derrière une impressionnante porte blindée, sont montrées, dans une première salle, une collection de céramique que j’explore rapidement puis des objets en or, mais nous avions déjà vu mieux en Colombie. Quand nous en ressortons je tente de téléphoner à Melody, sans aboutir. Nous voulons déjeuner et bien que Marie se sente bien fatiguée, nous retournons au Mirador de Chabuca où nous avions déjà déjeuné en décembre. Plus cher que les restaurants aux menus ejecutivo mais l’assortiment de plats, ceviche, tiradito, arroz de mariscos et chicharrones est d’une grande qualité. Nous revenons en passant par Santo Domingo puis nous rentrons pour une sieste. J’ai tenté à plusieurs reprises de joindre Melody. J’y parviens avec Skype. Elle nous annonce qu’il faut changer une pièce indisponible au Pérou et que cela demande 30 jours ! J’écris aussitôt à Gérard et à Guy pour qu’ils nous renseignent sur les délais de livraison depuis l’Europe, et aussi à un garagiste spécialisé en Land Rover à Lima. Nous aviserons demain… J’envisage même le renvoi du camion directement en France tellement j’en ai par-dessus la tête de ce pays. Nous profitons de TV5 Monde avant de ressortir pour nous rendre au bar du Maury, un vieil hôtel où aurait été inventé le pisco sour et nous souhaitons établir la comparaison avec le Bolivar… Le bar est un endroit qui pourrait être très sympathique avec ses boiseries, son plafond à caisson, son impressionnante collection de bouteilles qui occupe tout un mur, ses agrandissements de photos anciennes qui montrent une ville avec beaucoup d’allure, mais il est absolument désert. Nous y restons une heure à siroter un pisco sour qui me paraît plus fort en alcool mais aussi plus doux… Nous rentrons finir de dîner avec nos restes à la chambre.

Jeudi 25 mai : Nuit à ruminer encore, à me demander quand nous reprendrons la route… Nous nous faisons conduire en taxi à la concession Land Rover. Marie reprend sa place dans le salon d’attente et moi, je vais voir cette chère Melody et lui fournir les informations données par Gérard, à savoir les références de la valve chez différents constructeurs, en lui demandant de la rechercher. Elle téléphone, envoie un mail et me demande de patienter. Le temps passe, je vais retrouver Marie puis Melody vient nous avertir qu’ils continuent de chercher mais que nous ferions mieux d’aller déjeuner. Celui que nous supposons être le Directeur vient nous demander si c’est bien nous qui attendons une valve. Il nous annonce qu’il y en aurait une compatible chez Mitsubishi au prix exorbitant de 1800 soles, plus de 500 euros, alors qu’elle est vendue, livrée à Lima, sur le site de vente de pièces pour Land Rover, au prix de 90 euros !!! Nous voulons déjeuner dans un restaurant de poulet grillé mais pour une raison inconnue, nous ne pouvons pas entrer… Nous retournons donc au Don Vasco. Là, nous ne pouvons pas commander les plats « saltado », faute d’une ventilation suffisante au-dessus du wok utilisé… Nous commençons à en avoir plus que par-dessus la tête du Pérou et des Péruviens. Retour au garage où nous hésitons entre acheter cette pièce hors de prix, dont il n’est pas sûr qu’elle convienne, et la commander en Angleterre, ce qui nous obligerait à trouver un hôtel et patienter nous ne savons pas combien de jours… Le responsable des ateliers arrive et juge lui aussi le prix inacceptable, il nous conseille de partir sans attendre et de faire tourner le moteur toutes les cinq heures… Nous quittons donc le garage, sans rien régler et avec un intérieur qui a été renettoyé, lustré, comme neuf ! Nous décidons de nous rendre au garage du spécialiste Land Rover indiqué sur ioverlander. J’explique une fois de plus le problème. Comme tous les autres mécaniciens, la perspective d’être confronté à des problèmes électroniques lui déplaît profondément. Il préfère m’emmener voir un spécialiste du diesel, au garage Bosch. Là, on doute fort de la responsabilité de la valve dans notre problème mais il faut tester le moteur quand il sera froid, bien qu’un contrôle au scanner effectué à chaud montre déjà un défaut d’alimentation en carburant. Nous décidons, une fois de plus, de passer la nuit devant l’atelier et de faire réviser, pompe à injection et injecteurs demain. Je gare le camion devant l’atelier Bosch puis retourne en taxi chercher Marie chez le mécanicien. Nous revenons avec le même taxi nous installer dans le camion pour une nouvelle nuit dans l’univers de l’automobile…

Vendredi 26 mai : A huit heures les mécaniciens s’attellent au camion. Scanner et tentative de démarrage. Ils doivent le rentrer dans l’atelier, aussi allons-nous prendre place sur le canapé de la petite salle de réception, face au téléviseur. Gentiment et parce que nous sommes étrangers, on nous branche CNN. Nous reverrons des dizaines de fois dans la journée, Trump au G7, Manchester en deuil et autres infos diffusées en boucle et en anglais. Des dizaines de fois car nous allons passer toute la journée là ! On avait commencé par nous dire que ce serait terminé dans l’après-midi mais il n’en sera rien. Je vais explorer les environs, les maisons, des villas à un étage, collées les unes contre les autres, sont toutes barricadées derrière des grilles surmontées de barbelés et de fils électrifiés. Les rues secondaires sont fermées par des grilles, formant ainsi des quartiers sécurisés. A force de marcher, je parviens à un supermarché où je fais quelques courses que je ramène au camion. Ils ont démonté les injecteurs et commencent à en faire de même avec la pompe à injection. Nous allons déjeuner dans une gargote à proximité, menu de la mer avec un ceviche bien pimenté puis des beignets de poisson que Marie trouve trop secs. Nous revenons attendre… En milieu d’après-midi on nous présente le devis : plus de 6000 soles !!! Nous en restons soufflés… Il est temps de revendre le camion et si je pouvais le faire tout de suite… Nous le faisons baisser à 4600 en supprimant le remplacement de pièces non urgentes mais la pilule passe mal ! Et le camion ne sera pas prêt avant demain midi… Plus tard on nous dira quatorze heures… Nous verrons. L’après-midi se traîne jusqu’à ce qu’à six heures on nous sorte, en poussant le camion, pour que nous puissions nous y installer pour la nuit.

Samedi 27 mai : Nous nous sommes presque habitués aux bruits de la rue car c’est à peine si nous les avons remarqués cette nuit… Comme la veille, nous sommes prêts à huit heures mais il faut une demi-heure aux mécaniciens et apprentis pour effectuer un ballet avec les véhicules entrant, sortant et donc pour commencer à remonter les pièces sur le camion. Nous avons repris nos places sur les fauteuils et nous plongeons le nez, tous les deux, dans nos romans respectifs de Vargas LLosa. Après nous avoir annoncé que ce serait prêt pour midi puis pour 14 heures, c’est à 15 heures que le patron nous promet la délivrance… Nous verrons. Je distrais Tequila, le chien du garage qui a compris que je lui relancerai n’importe quel bout de plastique qu’il viendrait déposer à mes pieds… Je tente de surveiller l’avancement du travail quand la porte des ateliers est ouverte. Nous allons déjeuner dans une rôtisserie proche, poulet et côte de porc et bonnes sauces épicées. Nous revenons au garage, les choses se précisent. Je règle la note, 4600 soles, soit 1300 euros… Nous espérons que pour le prix nous n’aurons plus de mauvaises surprises. Les mécaniciens continuent de s’affairer en dessous du camion sans que je comprenne pourquoi et enfin ils vont faire un essai. Ils veulent l’emmener au lavage. C’est une manie ! Si nous les laissons faire il n’y aura plus de peinture ! Nous les en dissuadons et prenons la route. Nous sommes tout de suite sur la panamericana. La sortie de Lima n’est pas très rapide mais ne pose pas de problème d’orientation. Dès que nous avons dépassé les bidonvilles qui menacent d’être engloutis par le sable des dunes auxquels ils s’adossent, nous retrouvons l’autoroute rapide. Nous roulons jusque vers Asia puis quittons la route pour nous rapprocher d’une plage et nous arrêter sur le terrain d’une guinguette fermée, en bord de mer. Je me demande bien si demain nous allons démarrer sans problème ou si nous allons encore une fois devoir revenir à Lima. Angoisse toute la nuit…

Dimanche 28 mai : Au réveil, je souhaite la Fête des Mères à Marie mais ce ne sont pas mes vœux qu’elle attend. Dès que nous sommes debout, je vais, angoissé, démarrer le moteur qui, ouf, daigne partir sans rechigner. Rassurés, nous repartons en suivant de près le bord de mer, entre dunes et rouleaux de l’océan puis nous rattrapons la panamericana que nous suivons, dans une épaisse brume marine, jusqu’à Pisco. Les élevages en batterie de poulets se suivent tout au long de la côte. Le voyant du frein à main clignote mais je ne m’en inquiète guère, pensant à un simple mauvais contact. Je dois quitter l’autoroute pour un plein de gasoil à Chincha faute de stations-service sur cette nouvelle portion. Nous devons dépasser la route que nous voulons prendre et revenir sur nos pas, il n’a pas été prévu de sortie depuis l’autoroute. Nous remontons alors le cours du Pisco, large vallée fertile plantée principalement en maïs. Comme à Trujillo, plus nous nous éloignons de la côte et plus la brume s’estompe et le soleil vite prédomine. Nous nous arrêtons pour aller visiter les ruines incas de Tambo Colorado, une cité fortifiée inca dont nous pouvons découvrir le dédale des cours et des maisons aux murs creusés de niches doubles de forme trapézoïdale, comme les portes. Des traces de peinture rouge et ocre couvrent les murs mais d’imbéciles vandales ont gravé leur nom dessus.

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L’ensemble est intéressant surtout les « bains » supposés où l’on imagine très bien l’Inca se laisser asperger d’un filet d’eau lustrale. Nous repartons, toujours en remontant le cours de la rivière. La vallée se resserre, les parois se rapprochent, les cultures changent, ce sont désormais des terrasses plantées de vignes, celles qui produiront vins et piscos. La route continue de monter et insensiblement nous prenons de l’altitude. Nous retardons le moment de déjeuner dans l’espoir de trouver un restaurant qui serve des écrevisses mais nous avons trop attendu et nous devons nous résigner à déjeuner dans le camion à plus de 3000 mètres d’altitude. Nous gagnons l’altiplano et retrouvons les troupeaux de lamas, d’alpacas en grand nombre et quelques bandes de vigognes. Dans la montée du col, nous apercevons quelques beaux puyas raimondi puis des concrétions calcaires colorées inattendues. Plus haut les versants de la montagne sont couverts de terres aux teintes chaudes mais je n’ai pas très envie de m’y attarder. Des bruits étranges en provenance du moteur m’inquiètent, je pense au frein à main mais en débrayant ou en cinquième vitesse, ils disparaissent et je commence à me demander si la boîte de vitesse ne serait pas en cause. Envie de laisser ce maudit camion sur le bord de la route, les clefs dessus… Nous passons le col à plus de 4700 mètres sans montées pénibles ni virages serrés. Puis c’est la descente sur Ayacucho. Nous avons fait une bonne moyenne et nous pouvons espérer y arriver juste à la nuit mais les derniers kilomètres sont dans des lacets, derrière des camions et la nuit tombe avant que nous n’y parvenions. La descente est pénible dans la nuit, alors que surgissent les tuk tuks et que les bords de la route ne sont plus évidents. Nous voulons nous arrêter à un restaurant peu avant la ville mais Marie ne s’était pas aperçue qu’il n’existe plus. Nous décidons de nous rendre à un hôtel repéré sur ioverlander, pas cher et avec un garage. Nous le trouvons, les chambres (30 soles, moins de 10 euros, eau chaude et wifi) ne sont pas du dernier cri mais j’en ai par-dessus la tête de conduire et aussi du camion. Il faut attendre l’arrivée d’un employé pour ouvrir le garage. Pendant ce temps, je vais à la recherche d’une cochera, un parking privé indiqué par Guy, dans le centre-ville. Je reviens au camion et nous décidons de nous y rendre. Nous pouvons nous garer dans une grande cour avec des toilettes et même une douche. Les propriétaires sont plus accueillants que leurs deux chiens hargneux. Nous décidons d’aller dîner en ville, je n’ai pas envie de cuisiner et nous n’avons plus d’alcool pour fêter la Fête des Mères… Nous retrouvons la jolie Plaza de Armas entourée d’arcades éclairées et allons dîner au restaurant de l’Hôtel Via-Via recommandé par les guides. Nous nous installons au balcon dominant la place et commençons par commander deux doubles pisco sour.

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Nous commettons l’erreur de commander également les plats qui nous arrivent alors que nous n’en sommes qu’aux préliminaires de l’apéritif. Nous demandons qu’ils nous soient gardés au chaud. Nous pouvons consulter nos mails avant que les plats nous soient rapportés, refroidis… Le plat de Marie, de la viande d’alpaca en saltado est presque immangeable, le mien, également de l’alpaca est plus tendre, servi avec des champignons à peine réchauffés. Très déçus par ce mauvais repas nous regagnons notre cour, accueillis par les roquets déchaînés.

Lundi 29 mai : Toute la nuit je me suis demandé si nous allions commencer par chercher un mécanicien ou si nous allions commencer par visiter la ville. La prudence l’emporte, nous choisissons la sécurité. Nous demandons à notre gardienne si elle connaît un bon mécanicien, elle demande à un passant dans la rue qui se propose de nous conduire. Nous nous rendons par d’étroites rues sur la colline de Magdalena où se concentrent les activités autour de l’automobile. Le garage où nous sommes conduits ne paie pas de mine, à l’égal des précédents. Atelier et personnel crasseux, trois tournevis et deux clés en guise d’outillage, pas de fosse ni de pont élévateur… Nous devons attendre l’arrivée d’un mécanicien qui est supposé connaître les Land Rover. Il se glisse dessous, trouve que tout est en ordre et rajoute du liquide de frein dans le réservoir pour expliquer le voyant allumé ce qui semble vrai. Coût : 5 soles, pour le liquide… Nous ramenons le camion à la cochera, pas bien convaincus mais nous verrons demain sur la route. Nous partons visiter Ayacucho en commençant par l’office du tourisme qui nous confirme qu’il n’y a pas de supermarché, que des minimarkets ! Nous débouchons sur la belle Plaza de Armas, entourée de bâtiments coloniaux identiques, sur arcades, à un étage, avec des balcons et un toit de tuiles.

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Aucune construction moderne ne la dépare. Sur un des côtés, la cathédrale dont la façade n’est pas un chef d’œuvre mais dont l’intérieur est un ensemble de gigantesques retables plus que surchargés de dorures, d’angelots parfois coiffés de plumes, de colonnes torsadées couvertes de moulures en forme de vigne mais aussi d’ananas. Les confessionnaux sont de lourds meubles de bois aussi sombre que les péchés avoués.

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Nous continuons jusqu’à l’église de la Merced dont nous devons attendre le bon vouloir d’une religieuse pour nous en ouvrir les portes. Mais, après la somptuosité de la cathédrale, l’unique autel, même doré, nous laisse sur notre faim. Quelques toiles, peut-être intéressantes, mal éclairées, sont accrochées sur les murs mais bien trop haut pour être appréciées. Nous revenons par une autre rue vers la place en passant devant l’église de la Compagnie de Jésus. Sa façade, décorée et colorée est inhabituelle et ses marches servent de banc où se reposer aux Indiennes venues vendre ou acheter au marché. Elles n’ont plus les beaux chapeaux de Caraz, un simple feutre les couvre mais leurs deux nattes flottent toujours dans le dos sur des chemisiers blancs, brodés, et les jupes portées sur une quantité de jupons sont aussi volumineuses. Leur baluchon est enveloppé dans une couverture composée de bandes rouges ou roses et bleues.

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De vilains bas de laine de couleur vive moulent leurs mollets. Nous nous reposons sur un banc de la place, alors que le soleil commence à chauffer. Nous découvrons quelques patios de maisons coloniales, souvent entourés d’arcades au rez de chaussée et à l’étage. Une autre rue nous amène devant l’église Santo Domingo, fermée, mais dont nous pouvons admirer l’élégante façade avec sa loggia au-dessus d’arcades. Nous déjeunons au restaurant la Casona, Marie d’un poulet saltado (rendue prudente par de précédentes expériences, elle n’a pas voulu tenter le lomo saltado…), copieux et dont elle a du mal à venir à bout. Je me suis laissé tenter par des costillas de mouton, pour varier les viandes. Servies très cuites, seuls les morceaux gras ont du goût, la noix est trop dure. Une visite à l’un des « minimarkets » nous permet de prévoir quels achats nous pourrons envisager… Nous cherchons ensuite, sur la place, le Musée d’Art Populaire. Il tient en une seule pièce d’un bâtiment de l’Université et n’expose que des retables, modèles réduits, spécialité d’Ayacucho dont nous avions rapporté un exemplaire il y a dix ans. Ceux-là sont l’œuvre d’un maître-artisan et fourmillent de personnages colorés dans des scènes religieuses ou profanes. Nous reprenons la rue piétonne qui descend vers un arc de triomphe d’un rouge sombre.

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Nous le franchissons pour aller visiter le marché. Marie est vite attirée par les stands d’artisanat mais n’y trouve rien digne de son intérêt… Nous en ressortons par une allée occupée en son milieu par des marchandes de fromages frais, tous identiques. Elles sont toutes de blanc vêtues et portent un chapeau de paille également blanc pourvu d’un très large ruban noir.

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Les deux églises sises aux deux extrémités du marché sont aussi fermées… Nous marchons pour aller voir une maison transformée en musée mais nous ne la visitons pas, nous contentant de jeter un œil à son beau patio couvert de galets colorés. Nous revenons vers le centre, passons dans un minimarket faire quelques emplettes puis, bien fatigués, nous allons prendre un pot dans une cour qu’occupent des restaurants et des boutiques d’artisanat, fermées. Nous revenons à la place, Marie m’y attend pendant que je vais à l’autre minimarket compléter nos achats. Nous retrouvons notre camion. Nous devons attendre le départ des voitures stationnées pour manœuvrer afin de nous mettre sur du plat

Mardi 30 mai : Dès le réveil, je déplace le camion pour être prêt à partir sans être gêné par ceux qui vont stationner. Nous quittons Ayacucho dans une circulation toujours aussi furieuse. Le bruit que j’attribue à une vibration, peut-être en provenance du frein à main, se manifeste toujours mais s’atténue, disparaît presque en cinquième vitesse. La route, en bon état, s’élève aussitôt, dominant les vallées et les proches montagnes. Nous atteignons bientôt l’altitude de l’altiplano, plus aucune culture, plus d’arbres, des prairies d’un beau vert à peine jaunissant sous le soleil. Nous passons en douceur un col à 4200 mètres et restons à la même altitude, sur un plateau désolé où nous n’apercevrons qu’une vigogne. Le peu de virages serrés me permet de rester presque toujours en cinquième vitesse, ce qui nous donne l’illusion d’un fonctionnement normal du moteur. Mais, même à l’arrêt, un violent cognement se fait entendre. Je me glisse sous le camion et manifestement le bruit provient de la boîte de vitesse. Je commence à me demander si l’huile n’aurait pas fui, ce que laisserait penser les traces d’huile en dessous. Nous entamons une très longue descente qui va nous ramener à des altitudes où l’on trouve des cultures, des parcelles à flanc de montagne, en damiers. Je reste dans la mesure du possible en cinquième vitesse mais dès que je repasse une autre vitesse les cognements sont insupportables. Nous commençons à remonter, impossible de rester en cinquième. Nous traversons un village où je cherche un mécanicien. Pas de mécanicien ! Pas d’huile de boîte non plus. Il faut aller au prochain village, Uripa, plus que 8 kilomètres mais le bruit devient infernal, la transmission broute, vibre et bientôt le camion n’avance plus que par à-coups. Je me résous à m’arrêter sur le bord de la route. Nous ne sommes qu’à trois kilomètres d’Uripa… J’arrête une voiture et lui demande de m’emmener au village chez le mécanicien. Une cour ouverte, crasseuse, couverte de déchets mécaniques et de flaques d’huile, rien de bien engageant mais je ne peux pas me permettre d’être difficile. Le mécanicien, jeune, ne peut pas, faute de véhicule, venir me prendre en remorque. Il me renvoie plus loin dans le village. Je marche cinq cents mètres, demande. On m’indique un autre garage qui a plus belle allure mais qui est fermé. Je me renseigne, l’un dit qu’il ouvre à une heure, l’autre à deux heures, une dernière à trois heures ! Je ne peux que patienter. J’arpente le trottoir, à l’ombre, fais le tour du pâté de maisons, reviens patienter, demande l’heure aux passants puis on m’affirme que le garage n’ouvrira pas ! Je descends à la station-service et demande si quelqu’un pourrait me prendre en remorque. Le chauffeur d’un camion se dévoue, alléché par l’idée d’améliorer son ordinaire… Marie commençait à s’impatienter… Je me laisse prendre en remorque et parviens ainsi jusqu’au premier mécanicien. Je règle le chauffeur du camion qui tente d’obtenir cent soles et se satisfait vite de cinquante. Nous rentrons le camion dans la cour en le poussant, puis le mécanicien se penche sur le problème et conclut vite que la boîte de vitesse est en cause. Il se met aussitôt au travail pour la sortir. Il ne connaît pas ce modèle et tâtonne quelque peu. Les heures passent, il commence à faire frais, je reste dehors dans l’espoir de savoir ce soir ce qu’il en est mais la boîte ne sera pas démontée aujourd’hui, d’autant qu’il a un autre démontage de moteur en cours. Nous devons nous résigner à passer une nouvelle nuit dans un garage. J’en ai plus que par-dessus la tête de cette Land Rover. Si je pouvais, je prendrais le premier avion pour la France et laisserais le camion sur le bord de la route.

Mercredi 31 mai : Le peu souriant mécanicien nous avait prévenus qu’il reprendrait le travail à sept heures ! En réalité, c’est vingt minutes plus tôt qu’il commence mais sur un autre véhicule. Nous sommes prêts peu après, Marie reste dans le camion et je descends faire acte de présence mais ce n’est qu’à neuf heures passées qu’il se glisse sous le châssis et reprend le démontage de la boîte. Ce qui lui pose quelques problèmes, peu habitué à ce type de véhicule. Sa clientèle est principalement constituée de taxis Toyota en piteux état. Enfin, vers midi, la boîte est sortie de dessous le camion.

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Il en entreprend le démontage, la séparation de la boîte transfert ne pose pas de problème mais il ne parvient pas à ouvrir la boîte principale malgré bien des efforts. Je lui donne le numéro de téléphone du garage de Caraz qu’il appelle. Celui-ci conseille d’envoyer la boîte à Lima ! Le mécano prétend qu’il connaît quelqu’un à Ayacucho capable de réparer et peut-être même disposerait d’une boîte entière. Nous convenons que la boîte soit envoyée ce soir à Ayacucho, elle en reviendrait demain… A voir ! Nous décidons de prendre une chambre à l’hôtel Chaska, sur la Plaza de Armas qui ressemble plus à un chantier qu’à une place centrale, bien que dominée par une église. Un tuk tuk nous y conduit. Nous disposons d’une chambre matrimoniale claire, avec salle de bain, eau chaude, wifi, pour 60 soles ! Je repars aussitôt porter un gros sac de linge sale à une lavanderia proche mais elle est fermée et bien sûr, personne ne sait quand et si elle ouvre… Je rapporte mon sac et repars à pied dans le centre-ville, un peu éloigné, à la recherche d’un distributeur de billets. Je dois demander mon chemin à plusieurs reprises avant d’être dirigé chez un quincailler qui fait aussi agence bancaire. Je pourrais tirer des soles mais nos cartes sont refusées. Seule solution : retourner à Chincheros le bourg voisin et concurrent, à 8 kilomètres, qui dispose d’un distributeur de billets, mais pas d’un mécanicien… Je saute dans un collectivos qui démarre aussitôt et dix minutes plus tard je suis devant le Banco de la Nacion et son DAB. J’en repars les poches renflouées, un autre collectivos, qui lui passe par des villages sur une piste, me ramène à Uripa. Je repère quelques restaurants susceptibles de nous accueillir pour dîner puis je rentre à la chambre. Je refais une tentative à la lavanderia, toujours fermée. Le wifi est très lent et je ne parviens pas à envoyer un message ni à me connecter à un site. Nous avons droit à un concert de chants religieux en provenance de l’église dont les puissants haut-parleurs crachotent des hymnes impossibles à ne pas entendre. Nous allons dîner en prenant un tuk-tuk dans un chifa, simple et bon marché puis nous rentrons à pied par les rues noires et froides, en passant devant les restaurants de nuit moins appétissants que ceux de Thaïlande.

Jeudi 1er juin : Je ne dors pas de la nuit. Toutes les heures je tente sans succès de me connecter à internet. Je ne cesse de me demander quel va être le prix de la soi-disant boîte de vitesse disponible à Ayacucho et comment la régler. Nous devons nous lever à huit heures et descendre en pyjama sous le pantalon et le blouson, le petit déjeuner n’étant servi que jusqu’à huit heures et demie. Pas de thé mais des tisanes. Prévoyants, nous avions pris des sachets de thé avec nous. Nous remontons procéder à nos ablutions en profitant d’une bonne douche chaude. Une fois de plus je fais chou blanc à la lavanderia, mais quand ouvre-t-elle ? Je retourne au garage, emmené par un des taxis qui m’a reconnu et m’a aimablement proposé de m’y déposer. Rien de nouveau, la boîte est partie et arrivée à Ayacucho. Elle doit être ouverte et on saura alors ce qu’il en est, mais pas avant une heure de l’après-midi. Je reviens à pied, traverse le marché, une allée couverte où je revois ces Indiennes avec une jupe aux broderies très colorées mais uniquement visibles derrière, le devant étant caché par un tablier.

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Nous lavons du linge de corps dans le lavabo et le mettons à sécher au soleil et donnons quelques pièces plus importantes à laver à une femme appelée par l’hôtel, puis nous partons déjeuner. Nous retraversons le marché mais Marie qui a mal à la tête comme presque tous les jours à partir de dix heures, ne se sent pas bien. Nous jetons notre dévolu sur une gargote où Marie se satisfait d’un blanc de poulet grillé a la plancha et moi d’un ceviche avec des chicharrones de poisson, copieusement servis. Difficile ici d’avoir une boisson glacée ou même fraîche, la bière est sortie du cageot à température ambiante, nous devons à chaque fois demander qu’elle soit mise au congélateur avant de nous servir les plats. Même problème avec les sodas ou les eaux. Nous prenons un tuk tuk pour nous rendre au garage. Le mécanicien, Chino pour les intimes, doit son surnom à des origines chinoises. Ni lui, ni son adjoint, ne nous donne la moindre information, il faut les questionner pour en tirer quelques bribes. Nous apprenons ainsi que la boîte doit être ouverte et qu’on saura, dans une heure, ce qu’il faut changer. L’heure passe, puis deux. Je ne me sens pas gêné d’aller vider notre boîte-à-caca derrière le garage… Il est presque cinq heures quand tout le monde s’en va, sans nous dire au revoir, ni nous informer. Je réussis à apprendre de l’adjoint que la boîte a été ouverte, qu’un pignon doit être changé, que nous ne devons pas nous inquiéter, que l’on est à la recherche de la pièce… Nous devons nous satisfaire de ces dires et n’avons plus qu’à rentrer à l’hôtel. Nous descendons relire mon texte dans la salle du déjeuner où, bien que la liaison wifi soit moins bonne que dans la chambre, nous découvrons que nous avons une connexion internet ! J’en profite pour envoyer un message à tout le monde pour les informer de nos malheurs mécaniques. Et comme la liaison semble se maintenir, je tente et réussis à mettre le blog en ligne. Nous dînons dans la chambre avec nos provisions rapportées du camion avant de vite nous glisser sous la triple épaisseur de couvertures, très appréciée…

Vendredi 2 juin : Je retourne au garage, sans trop croire au retour de la boîte réparée comme on me l’a fait espérer hier et j’avais raison. Chino me déclare d’emblée que les pignons de presque toutes les vitesses sont morts et que les pièces sont introuvables au Pérou. Je reviens à l’hôtel toujours à pied, en passant par chez un opticien pour faire réparer les branches de nos paires de lunettes respectives avant de retrouver Marie à la chambre. Un message de Julie nous invite à télécharger WhatsApp afin de nous mettre en relation avec Justine, la sœur de Charline, l’amie de Maximilien, le frère d’Alex. Ouf ! Cette dernière vit à Lima et nous appelle aussitôt et se propose de nous aider, son père garagiste est aussi mis dans le circuit ! J’avais envisagé de laisser le camion au garage ici en attendant l’arrivée d’une boîte neuve depuis la France et de nous rendre, pendant ce temps, en bus, à Cuzco. Mais il paraît bien préférable, notamment pour d’éventuels problèmes de dédouanement d’être à Lima. Il nous faut donc trouver un moyen d’y envoyer le camion. Après le déjeuner pris à la chambre avec nos provisions, je communique de nouveau avec Justine qui vérifie auprès du garage de Lima qu’ils peuvent nous recevoir et s’occuper de nous. Je repars au garage et fais part de notre intention à Chino qui appelle un transporteur. Il faut le rappeler plus tard pour mettre au point les conditions. Une nouvelle après-midi d’attente et d’ennui au garage commence. Quand enfin nous joignons le transporteur, il s’avère qu’il ne peut pas ! Chino en appelle un autre qui doit venir dans la demi-heure qui suit. Il commence à se faire tard, le froid descend et le soleil se couche quand arrive le transporteur. Il ne peut assurer le voyage qu’en partant lundi matin, au tarif de 1600 soles. Je fais encore intervenir Justine pour être sûr que nous nous sommes bien compris. Elle a de plus la gentillesse de nous proposer de nous héberger à Lima. Une fille en or ! Je reviens à la chambre, Marie sait déjà tout, restée en communication avec Justine tout l’après-midi… Nous nous rendons en tuk tuk dans le centre pour dîner dans une gargote où nous parvenons à nous faire servir une bière presque fraîche. Nous rentrons vite nous glisser sous les couvertures.

Samedi 3 juin : Nous devons descendre avant huit heures trente pour le petit-déjeuner, nous sommes les seuls dans la salle à manger. Jean-Michel, Gérard et Guy qui, non seulement compatissent mais aussi se renseignent pour nous, nous envoient des messages et nous appellent, ce qui fait chaud au cœur. Je passe la matinée sur internet à me renseigner sur le prix d’une boîte de vitesse puis je reprends le blog et crée un nouvel article « Pérou, le circuit des garages » dont nous ne savons pas quand il se terminera… Nous allons à pied au centre-ville en passant par l’allée couverte du marché. Nous déjeunons dans une gargote qui ne sert que du poisson et des fruits de mer, plus de riz que de mariscos dans l’assiette… Nous cherchons à nous ravitailler au marché et dans les épiceries, bien pauvres. Des fruits, des chips, des yaourts non conservés au froid et des œufs. Marie rentre à la chambre en tuk tuk et je vais à pied au camion déposer nos provisions et prévenir que nous reviendrons demain et y dormirons. Sur le retour, je trouve dans une pâtisserie (?) du jambon de poulet bien rose… Coup de fil de Guy pendant que Marie, mordue, ne quitte pas des yeux l’écran de télévision pour suivre le match Juventus-Real de Madrid. Nous relisons mon texte puis je mets le blog à jour. Nous dînons à la chambre avec nos délicieuses (!) tranches de jambon rose à goût de carton…

Dimanche 4 juin : C’est la Pentecôte ! Il n’est pas six heures que les cloches de l’église trop proche se mettent en branle, suivies par des chants crachouillés à plein volume. Moi qui, en d’autres lieux, me plaignais des muezzin ! Il est vrai qu’ici, l’église catholique est sérieusement concurrencée par les diverses sectes évangélistes, y compris les Pentecôtistes… Au Pérou, laïcité doit être un gros mot ! Sur l’écusson des voitures de police : « Dios, Ley, Patria ». Nous ne sommes pas les derniers à descendre petit déjeuner mais quand nous remontons à la chambre, plus d’eau chaude ! Je dois descendre réclamer pour pouvoir me doucher. Nous écrivons à Gérard qui s’est encore démené pour trouver références et tarifs des boîtes de vitesse et à Justine pour accepter sa proposition d’hébergement à Lima. Nous abandonnons la chambre et je vais porter en tuk tuk notre sac au camion. Je reviens à pied en passant par le marché, plus important le dimanche. Je prends quelques photos d’Indienne avec des jupes brodées et une plume de paon pour orner le feutre.

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Je retrouve Marie, installée dans une pièce au soleil. Après midi, nous nous rendons en ville, de nouveau par le marché. Beaucoup de stands de cuisine se sont installés, sur certains on sert des cuyes frits.

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Nous préférons une autre gargote de poisson. Ceviche et chicharrones de poisson pour Marie et parihuela pour moi, entre la soupe de poisson et la bouillabaisse épicée, copieux et bon. Faute de savoir quoi faire et de terrasses de café, nous nous dirigeons doucement vers le garage. Nous rangeons nos affaires puis nous nous installons dans les fauteuils dans la partie la moins dégueulasse du terrain. Une fanfare descend la route, nous nous précipitons avec les appareils photos, c’est un enterrement…

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Le soleil baisse, la température aussi, nous regagnons le camion pour écrire, lire. Je prépare un pisco sour, sans glaçons et trop bien servi puisque Marie peine à s’en remettre et se couche sans lire.

Lundi 5 juin : L’alarme ne sonne pas à cinq heures comme prévu, je m’en aperçois vingt minutes plus tard. Nous devons nous dépêcher pour être prêts à six heures pour l’arrivée du camion. Qui n’est pas là à l’heure… Ni même une heure plus tard… Chino est absent, je demande à son adjoint de téléphoner. Il n’a pas le numéro… S’apercevant que nous ne sommes pas contents il me demande d’arrêter un tuk tuk pour aller chercher ce numéro auprès d’une femme à l’entrée du marché. Il joint quelqu’un et j’apprends que le camion part d’Andahuaylas et devrait arriver d’ici une heure et demie, deux heures… Excédé, je décide que si à dix heures le camion n’est pas là, je vais à la police déclarer que j’abandonne notre Azalaï et que nous partons en bus à Lima puis en France ! Marie n’est pas d’accord mais elle doit admettre que nous ne savons rien et que cela ne peut durer. Je fais appeler Justine et lui demande de traduire mes intentions à Chino que cela n’affecte guère. Il dit qu’il passera voir si le transporteur, soi-disant un de ses amis mais dont il ne connaît pas le nom, est chez lui. Quelques minutes après, le camion est là ! J’engueule le transporteur qui rigole… Il s’aperçoit alors que notre camion est trop haut pour rentrer dans le sien. Il doit démonter des barres transversales ce qui prend du temps. Il n’a pas non plus prévu de rampe d’accès… Il faut attendre que le propriétaire d’un taxi qui barre la sortie du garage revienne, dégage le passage avant que nous puissions, poussés, sortir sur la route. Je dois descendre en roue libre, sans frein à main jusqu’au terrain de sport où le camion s’est acculé aux tribunes en contrebas afin que son plateau soit à peu près au niveau du terrain. Ils, le transporteur et le chauffeur ont aménagé une sorte de rampe avec des rondins, des pierres et deux planches. Je dois sortir nos plaques de désensablement pour améliorer l’accès qui reste difficile. Ils tentent de nous pousser en rameutant les passants pour monter sur le plateau, en vain. Ils répètent plusieurs fois la tentative, déplacent le camion, réaménagent la rampe. A la fin ils parviennent à nous faire monter.

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Il faut encore attacher, caler tout à bord. Et enfin à treize heures trente, nous démarrons. Nous sommes ballottés et bien vite j’ai des suées, l’estomac qui chavire et les intestins qui crient misère… Nous descendons, trente cinq kilomètres, jusqu’au village proche du fleuve Pampas où ils s’arrêtent pour déjeuner. Nous restons dans le camion, je n’ai pas du tout envie de manger, Marie grignote un bout de fromage. Nous repartons pour quelques centaines de mètres et pénétrons dans une cour où, pendant une heure et demie, ils vont charger des cartons et des cageots d’avocats, devant et derrière le camion. Nous disparaissons presque dessous. Nous repartons, secoués et sans grande vision du paysage, entre les planches des ridelles. Bientôt la nuit tombe, nous apercevons les lumières d’Ayacucho. Nous pénétrons dans la ville puis le camion s’arrête dans une rue. Je suis invité à descendre en foulant aux pieds toute la magistrature péruvienne puis, avec deux de nos conducteurs, sans explication, nous sautons dans un tuk tuk. Nous roulons jusqu’à une rue sombre. Nous cherchons semble-t-il quelqu’un. L’un d’eux s’adresse à un groupe d’hommes assis, la bouteille de bière à la main, hébétés et incapables de répondre. Nous retrouvons celui que nous sommes venus chercher, déjà bien imbibé et dont l’haleine houblonnée se devine de l’autre côté de la rue… Il nous emmène à son « atelier » mais il a oublié la clé. Il retourne la chercher et je découvre dans une cour, presqu’aussi crasseuse que celle d’Uripa, la boîte de vitesse démontée. Deux pignons ont toutes leurs dents arasées ! Et un autre a été emporté par un tourneur et non rapporté… Je m’énerve, préviens que je ne paierai pas tant que la boîte ne sera pas livrée à Lima. On me promet tout, qu’elle sera remontée demain, expédiée dans la journée, arrivée avant d’être partie, que les dents auront repoussé, etc… Nous repartons retrouver le camion reparti à la sortie de la ville. Marie qui n’avait pas été mise au courant de mon départ m’a cru assassiné, égorgé, dévalisé dans un coin sombre. Elle est sortie du camion (le nôtre) pour piétiner le futur guacamole avant que je ne revienne la rassurer sur mon sort. Nous repartons dans la nuit. Nous profitons d’une courte halte de nos transporteurs pour avaler quelques chips et un yaourt avant de descendre le lit et nous coucher, sans nous déshabiller. Une couchette de chenille de fête foraine, elle tangue, roule, verse d’un côté, de l’autre…

Mardi 6 juin : Je parviens à dormir entre deux consultations du GPS pour savoir où nous en sommes. Le matin nous trouve sur la panamericana. A huit heures nous sommes dans Lima. Les avocats sont livrés et nous nous rendons au garage Salazar. Il faut débarquer le camion, ce qui sera réalisé au moyen de deux chariots élévateurs. L’un soulève l’arrière, recule pour permettre au second de venir soulever l’avant latéralement. Le camion du transporteur avance. Le nôtre se trouve ainsi suspendu dans les airs.

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Marie avait eu la sagesse de sortir avant… Les deux chariots abaissent simultanément leurs lames et il retrouve son asphalte bien aimé. Je règle les transporteurs puis nous nous installons dans le petit bureau, profitons du wifi pour découvrir les sympathiques messages de soutien des amis. J’appelle Justine qui parle avec le mécanicien, qui ne peut se prononcer sur une possible réparation tant qu’il n’aura pas vu la boîte qui doit arriver demain. Elle ne peut nous héberger avant samedi, nous devons trouver un hôtel. Nous hésitons beaucoup, je réserve au White House sur booking.com, à Miraflores. Nous préparons un sac, sautons dans un taxi et nous nous y rendons. Notre réservation n’a pas été prise en compte et les prix ne sont pas les mêmes mais nous acceptons pour deux nuits. Je découvre alors la chambre, un réduit sans fenêtre, table ou chaise pour 50 dollars. On m’en propose une autre avec fenêtre mais plus chère. Furieux je demande à être remboursé et parle d’un véritable scandale ! Nous reprenons un autre taxi qui nous dépose au El Patio, toujours à Miraflores, chambre plus agréable dans une courette fleurie mais plus chère, 55 $. Nous n’avons pas encore déjeuné, nous ressortons et découvrons le quartier moderne de Lima, ses commerces dignes d’une grande métropole occidentale. Les prix sont aussi bien plus élevés. Nous aboutissons encore une fois dans un restaurant spécialisé de poisson. Bon ceviche, chicharrones de poisson et causa aux fruits de mer, sorte de crêpe de pomme de terre fourrée avec une purée de crevette et de crabe. J’observe le patron qui prépare un pisco sour. Me voyant intéressé, il nous en parle et nous en offre un petit verre. Je lui demande d’autres recettes à base de pisco, il nous donne celle du chilcano de pisco que nous promettons de venir goûter. Je vais porter du linge à laver à une lavanderia toute proche puis nous marchons en direction du Parc Central. Au passage, nous visitons un petit supermarché Metro qui nous ferait presque saliver… Nous nous arrêtons quelques instants sur un banc du parc mais le ciel inévitablement gris, brumeux, n’incite guère à une pause bucolique. Nous revenons à l’hôtel en passant par une boutique intéressante d’artisanat et faisons la connaissance d’Edouard, voyageur français qui nous parle de l’Australie. Nous dînons au Tropicana, bonne cuisine et bière glacée pour changer d’Uripa. Retour à la chambre pour visionner un film québecois sur TV5Monde, incompréhensible sans sous-titres.

Mercredi 7 juin : Bonne nuit malgré quelques coups de marteau au matin. Le petit déjeuner, quelconque, est servi dans une petite pièce très joliment décorée avec des objets anciens : cadres en argent, copies de statuettes en céramiques, toiles de l’école de Cuzco. Je pars en taxi au garage et apprends que la boîte de vitesse n’est pas arrivée hier soir. Les secrétaires appellent Ayacucho où on affirme avoir envoyé la boîte. Je vais avec le mécanicien à la compagnie de transport où nous ne trouvons pas trace de l’expédition. Retour au garage et nouvel appel à Ayacucho. La boîte n’a pas été envoyée car le coût de l’expédition, 60 soles, n’a pas été payé ! Les secrétaires s’engagent à rembourser l’expéditeur et ce dernier à réaliser l’expédition aujourd’hui. Inutile que je reste au garage, je retourne à l’hôtel en taxi. Marie est catastrophée. Nous décidons, puisque le soleil semble vouloir briller aujourd’hui, de nous rendre sur la corniche. Nous déjeunons dans un petit établissement à prétentions artistiques puis marchons jusqu’au bord de l’océan. Quelques immeubles de verre et béton donnent à cette corniche un aspect moderne, développé, très localisé.

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La falaise qui domine une plage de galets a été aménagée avec des restaurants et des boutiques de luxe. Nous apercevons, perdu dans la brume, le quartier de Barranco où nous déménagerons demain faute de chambre libre au El Patio. Nous longeons la corniche, dominons une longue jetée sur laquelle est construit un bâtiment qui évoque les anciens casinos des plages de la mer du Nord.

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Nous atteignons le Parc de l’Amour avec une statue géante d’un couple enlacé mais habillé, et avec des céramiques colorées où sont inscrites des sentences poétiques, signées par des couples. Nous nous faisons déposer par un taxi près du centre commercial Suche, une simple ruelle avec des restaurants et quelques boutiques d’antiquaires. Evidemment nous leur rendons visite, évidemment nous nous laissons séduire par une peinture sur métal de l’archange Saint-Michel… Dans la boutique voisine, un joli tupus me plairait bien mais ce n’est sans doute pas le moment de faire d’autres folies… Je suis fatigué et rentrerais bien à la chambre mais Marie veut se rendre à un autre marché artisanal, plus éloigné qu’elle ne l’avait indiqué sur le plan. Nous traversons le quartier des bijoutiers, surtout des objets en argent, vaisselle principalement. La distance ne la rebute pas quand il s’agit de faire des achats… Dans cet immense marché d’artisanat où les marchands sont plus nombreux que les acheteurs, nous trouvons des boutiques qui vendent des retables beaucoup plus jolis que ceux vus jusqu’à présent mais ils coûtent plusieurs centaines d’euros ! Un plus petit lui plairait bien mais le prix reste élevé et le marchandage ne réussit pas. Nous rentrons tous deux frustrés, elle pour son retable et moi pour l’épingle en argent. Le taxi qui nous ramène doit faire de grands détours avant de nous laisser devant l’hôtel. Je vais rechercher le linge à la lavanderia puis je repars au supermarché acheter notre dîner. Jambon serrano, salades pas fameuses, bières et au retour, chez un confiseur, des tejas, grosses bouchées fourrées au miel et aux pécans. Nous dînons à la chambre puis regardons les informations à la télévision.

Jeudi 8 juin : Encore une bonne nuit que j’aurais aimé prolonger mais je veux être au garage tôt. Après un rapide petit déjeuner je repars, une fois de plus, chez Salazar Land Rover. Le patron, Salazar, me dit dès mon arrivée que la boîte est bien partie d’Ayacucho et qu’elle doit être arrivée à dix heures. Je patiente, une fois de plus… Les secrétaires arrivent et peu après dix heures m’avertissent que la boîte est là. Un mécanicien commence à la déballer puis peine à l’ouvrir. Ce type de boîte leur est inconnu. Il parvient tout de même à en sortir les engrenages. Trois d’entre eux sont en très piteux état, comme je les avais vus à Ayacucho. D’après lui, il est préférable d’en acquérir une neuve… Je fais appeler Justine qui parle avec les secrétaires. Il faut attendre l’avis de monsieur Salazar pour une décision définitive, décision qui sera rendue cet après-midi à quinze heures. Je reviens à la chambre avec un taximan, amateur de musique classique, ce qui change des salsas et autres musiques tropicales habituelles. Marie dit avoir perdu une chemise de nuit au lavage, je retourne à la lavanderia qui n’en trouve pas trace. Nous prenons un taxi qui nous conduit à Barranco à l’auberge de jeunesse où nous avons retenu une chambre. Elle est logée dans une des maisons du vieux quartier. La chambre est grande, claire, avec une télévision. Nous repartons aussitôt déjeuner. Nous nous laissons séduire par une offre de deux plats à partager pour 38 soles, au Songoro Cosongo. Un honnête ceviche et un aji de gallina qui ne plaît pas à Marie, le piment a été oublié… L’addition ne correspond pas à ce qui nous avait été annoncé. Nous protestons et ne réglons que la somme due. Mais nous sommes en pleine zone touristique ! Nous allons nous promener au puente de los suspiros, une vulgaire passerelle qui enjambe une ruelle descendant vers le bord de mer en passant entre d’anciennes maisons toutes transformées en restaurants, pubs qui doivent être animés le soir. L’église est très fréquentée… par des charognards qui squattent son toit… De l’autre côté du pont, un sentier le long de l’église aboutit à un point de vue d’où on ne voit rien… Nous descendons la ruelle jusqu’à surplomber la voie express qui suit la côte. Des vendeurs de colifichets, babacools ou rastas, étalent leurs productions dans l’attente du touriste. Après avoir tout juste distingué les falaises de Miraflores, perdues dans la brume grise, nous remontons à l’hôtel attendre le coup de fil de Justine. Comme il fallait s’y attendre, la boîte est morte et il faut en commander une autre. Je tente de le faire sur le site de LRdirect mais je ne parviens pas à régler ni par Paypal ni avec la carte bancaire. Je demande donc à Gérard de s’en occuper dès demain. Je ressors à la nuit pour aller acheter des provisions au supermarché Metro installé dans l’ancien marché. Je reviens avec mon poulet et les bières par des rues bordées d’anciennes « folies » fin de siècle ou début XX° qui, dans la pénombre, ne manquent pas de charme.

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A vérifier de jour… Les restaurants sont nombreux, l’activité nocturne promet d’être intense… Nous dînons à l’auberge dans la cuisine puis nous regagnons notre chambre pour une nuit qui sera calme malgré un certain trafic en soirée.

Vendredi 9 juin : Je suis réveillé dès neuf heures dans l’attente du message de Gérard, annonçant l’exécution de la commande de la boîte de vitesse. Le message tarde à venir, j’en envoie un à Julie pour qu’elle se renseigne. Enfin je reçois un avis de commande suivi d’un autre la confirmant. Tout va bien, je remercie Gérard puis un nouveau message nous avertit qu’il y a encore cent livres britanniques à régler au titre de la caution pour un échange standard, qu’ils doivent être réglés en cliquant sur un lien qui ne fonctionne pas ! J’en avertis Gérard qui n’a pas plus de succès… LRdirect contacté par lui nous avertit qu’un technicien va tenter de résoudre le problème mais le temps passe, nous n’osons pas sortir de peur de ne pas recevoir le message. A onze heures, il faut se rendre à l’évidence, tout est désormais fermé en Angleterre et nous ne pourrons résoudre le problème avant lundi… Les dieux sont contre nous ! Nous échangeons encore quelques messages avec Gérard et Julie pour constater notre impuissance. Nous sortons pour nous rendre au supermarché Metro tout en examinant les cartes des restaurants, généralement plus chers qu’ailleurs. Nous achetons quelques produits pour midi et prenons le chemin du retour à la chambre. Marie fait un malaise et doit se reposer dans une des chapelles de l’église de la place centrale avant de regagner l’auberge. Pas de nouveau message de LRdirect. Il ne se passera rien avant lundi mais nous appelons Julie qui essaiera demain de téléphoner en Angleterre. Après un temps de repos, Marie descend déjeuner dans la cuisine puis nous remontons nous reposer avant de ressortir. Nous nous rendons au Musée Pedro de Osma, pas trop éloigné. Il est installé dans une ancienne demeure début XX° siècle et expose une remarquable collection d’œuvres de la période coloniale. Les salles sont petites, accrochage et éclairage ne sont pas toujours ceux qu’il faudrait mais nous y retrouvons avec un grand plaisir des Vierges entourées de roses, le vêtement embelli par de fines résilles d’or, le brocateado, et des archanges arquebusiers, asexués, jupes en dentelles, chapeaux à plumes colorées.

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Belle salle également de sculptures, figures du Christ souffrant et Saintes pâmées. Une salle à l’extérieur du bâtiment principal présente des objets en argent, vaisselle et bijoux dont des tupus anciens pré-incas et plus récents de l’époque coloniale. Une dernière salle expose des céramiques incas ou de Tiawanaku. Nous revenons à la chambre nous reposer puis nous attendons l’arrivée de Justine. Nous la retrouvons dans la salle à manger, seul lieu convivial avant de décider d’aller dîner au Tio Maria. Nous commandons des grillades, côte de porc ou anticuchos mais arrosées d’eau, faute d’alcool ! Nous discutons bien, elle est très sympathique, le rire facile. Nous convenons d’emménager chez elle demain puis revenons vers le ravin qui descend vers la mer. Marie, frustrée, a envie d’un pisco sour ou d’un autre cocktail. Nous allons nous installer à la terrasse du café Javier et commandons pisco sour et chilcano de pisco, un autre mélange à base de pisco et de ginger ale. Justine n’est pas trop portée sur les alcools et nous abandonne son chilcano de maracuja. Nous remontons vers l’hôtel, nous nous quittons et promettons de la retrouver demain chez elle.

Samedi 10 juin : Les éboueurs passent, comme la veille, à trois heures du matin sans que cela ne trouble les habitants, le bruit fait partie de leur vie, pétarader en moto en pleine nuit est tout à fait permis, frapper avec un marteau à sept heures normal ! Rien de nouveau au matin, Julie a essayé de téléphoner à LRdirect sans les obtenir, elle propose un message en anglais que j’envoie, sans y croire, peut-être que lundi matin, leur nombre les alertera… Nous prenons un taxi qui rapidement, en suivant la voie de long des plages, nous amène chez Justine. Elle et son mari Cris occupent un petit appartement au seizième étage d’une tour en bord de mer avec une vue sur la mer de toits plats des masures qui les entourent.

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Je vais avec Cris au supermarché qui est au pied des tours refaire quelques achats. Ils partent passer la journée chez une grand-mère. Nous déjeunons de nos restes de poulet puis commence une sieste que prolonge Marie. Faute de savoir comment m’occuper, je passe la fin de l’après-midi sur internet. Une douleur, sans doute le nerf sciatique, me préoccupe, je ne sais comment me tenir pour ne pas avoir mal. Nous nous cuisinons des pâtes carbonara avec crème et lard locaux, pas génial… Justine et Cris rentrent, nous discutons ensemble puis nous allons nous coucher.

Dimanche 11 juin : Pas un bruit dans l’appartement, il fait bien jour (et bien gris !) quand enfin Marie se réveille. Nous petit-déjeunons sans trouver le sucre ni du vrai thé, persuadés d’être seuls, quand émerge Cris encore plus tardif que nous. Nous décidons de nous rendre à la Punta passer la journée. Un taxi nous conduit à l’extrémité de la péninsule sise au sud du port de Callao. Il reste quelques maisons de l’époque où La Punta était la villégiature de Lima, réputée pour ses bains de mer. Pourtant il n’y a pas de belle plage, une jetée battue par les vagues et une île au large. Les familles sont venues passer la journée, les enfants font du vélo ou du roller skate. Quelques restaurants de poissons et fruits de mer racolent les clients. Nous prenons place à une table en bordure de la jetée mais sans vue sur la mer. Nous partageons une portion de jalea, des fruits de mer, un petit crabe difficile à décortiquer et du poisson en beignets. Rien de mémorable… Pas de vin blanc sec, que du demi-sec, nous préférons la bière. Nous arpentons la jetée, contemplons les vols de pélicans et les crabes qui n’ont pas encore fini dans une assiette.

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Après quelques stations sur plusieurs bancs, nous revenons en taxi, plus difficile à marchander dans ce sens. Nous passons au supermarché compléter nos provisions et vérifier que pour les repas suivants nous trouvons les produits nécessaires, ce qui n’est pas le cas. Nous retrouvons Cris et Justine devant leur ordinateur en train de suivre une série américaine. Je me repose un peu, ma sciatique (?) rend la position assise douloureuse. Je tape le récit de la journée. Nous dînons tous ensemble. Justine a confectionné une quiche à la tomate avec une pâte à l’huile d’olive et une salade de carottes rappées. Nous restons discuter, parler de nos voyages avant d’aller nous coucher. Je ne vais sans doute pas dormir longtemps, anxieux d’avoir des nouvelles de Gérard à qui j’ai demandé de m’avertir dès qu’il aurait des informations de LRdirect.

Lundi 12 juin : A trois heures et demie, ne dormant pas et attendant avec impatience des nouvelles de Gérard, je lui envoie un message. Il a tenté de téléphoner en Angleterre et faute d’avoir tout compris, il passe le relais à Julie qui apprend qu’un mail d’instruction va nous être envoyé. Gérard le reçoit, l’astuce consiste à acheter une pièce fictive du montant de la somme due, ce qu’il fait et dont je reçois confirmation. Il ne nous reste plus qu’à attendre la notification de l’envoi de la boîte de vitesse. Ce ne sera apparemment pas pour aujourd’hui… Je me lève tard, Marie reste couchée. Je me contente d’un thé puis essaie de faire des virements bancaires pour régler Gérard et Justine mais nouveau problème avec la BNP qui nous envoie des codes d’accès par courrier à Toulon ! Nous déjeunons avec Justine puis nous entamons une sieste avant de profiter d’une apparition du soleil pour aller nous traîner dans le quartier de petites maisons récentes, jusqu’à un premier parc avec des jeux pour les enfants mais sans bancs puis à un second où nous pouvons nous reposer quelques minutes avant de revenir au supermarché acheter le nécessaire pour cuisiner ce soir. Un hachis suédois dans une poêle qui attache, ce n’est pas l’idéal mais Cris semble apprécier… Nous les abandonnons en train de jouer de la guitare et allons nous coucher.

Mardi 13 juin : Je ne sais comment me tenir dans le lit pour oublier ma sciatique. J’ai froid aux pieds et je ne digère pas bien avec une envie de vomir qui se concrétise au matin. Je ne me sens pas en forme et nous renonçons à nous rendre au Musée d’Anthropologie comme prévu. J’envoie les références bancaires à la BNP pour les virements à Julie et à Justine tout en guettant le message qui nous annoncerait que notre colis est en route. Il arrive passé dix heures, soulagement ! Nous pouvons suivre son acheminement mais la date estimée de livraison est lundi prochain !!! Je reste couché toute la matinée et l’après-midi sans envie de manger ni même boire. Je ne lis que quelques pages, sans courage de rien faire. Je ne veux pas dîner ce soir, Justine a prévu un gratin de brocolis aux cacahouètes… Je ne fais qu’une brève apparition à la fin du repas pour avaler un yaourt…

Mercredi 14 juin : Une meilleure nuit, presque d’une traite, dont me tire un coup de fil de Jean-Michel et Christine qui tentent de me remonter le moral. Je me sens en meilleure forme et petit-déjeune de bon appétit. Marie, elle, tousse à fendre l’âme… Nous nous rendons en taxi au Museo de Antropologia dans le quartier de Pueblo Libre. Des maisons anciennes entourent le musée et lui donnent un petit air provincial. Il occupe un bâtiment dont les salles sont réparties autour de deux patios. Nous commençons la visite par celles consacrées aux cultures Chavin et Paracas. Chavin est présenté avec les originaux ou des copies de stèles et aussi des têtes-clous. Pour Paracas, des vidéos et des photos sur les découvertes et les ouvertures des fardos, ces ballots funéraires momifiés trouvés dans les cimetières de la côte au sud de Pisco et surtout les tissus qui enveloppaient les corps, magnifiques réalisations d’une extrême finesse, occupent toute une aile. A l’étage supérieur de cette salle sont exposés quelques-uns de ces tissus, tuniques, turbans sur lesquels sont tissés des personnages mythiques avec des attributs de félins, d’oiseaux, de serpents ou plus rarement de poissons. Leurs couleurs, toujours vives, ont été préservées par la sécheresse du désert.

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Il est plus que temps de déjeuner, nous sortons du musée et allons nous restaurer dans une taverne, la taberna Queirolo, dont les boiseries des murs sont couvertes de photos anciennes. Nous partageons un plateau de ceviche, tiradito, chicharrones de pescado et des beignets de pejerrey, un excellent poisson de la taille de l’anchois. Nous retournons au musée pour continuer la visite des autres salles consacrées aux autres cultures : huari, lambayeque, chancay, chimu, tiwanaku et bien sûr inca. Mais les salles sont nettement moins intéressantes, vitrines anciennes, alignement de céramiques, quelques maquettes pour les Incas. Les dernières salles ne nous passionnent absolument pas, réservées aux temps historiques, ce ne sont que portraits en pied de Chefs d’Etat martiaux ou de valeureux généraux. La salle consacrée à l’Amazonie est particulièrement pauvre et est surtout consacrée à Kuelap qui géographiquement appartient à cette région. Un taxi nous ramène à l’appartement. Nous passons au supermarché acheter ce qui est nécessaire pour préparer des tomates farcies. Faute de chair à saucisse, nous achetons des chorizos qui déjà précuits ne vont pas avoir grand goût. Dur de cuisiner hors de chez soi… Nous apprenons que notre « colis » s’est enfin envolé pour Madrid… Nous dînons avec Cris et Justine toujours aussi gaie.

Jeudi 15 juin : Quand nous émergeons dans l’appartement, nos hôtes sont déjà partis travailler. Dans la nuit, notre colis est reparti de Madrid pour Lima et je garde l’espoir qu’il sera livré demain et remonté samedi… Je prépare du porc laqué avec les ingrédients locaux… Un taxi, un champion de la conduite qui emprunte à grande vitesse des rues à contre-sens (celui de la veille ne supportait pas de trop attendre aux feux rouges…), nous emmène au garage où nous prévenons les mécaniciens de l’arrivée imminente de la boîte de vitesse puis nous récupérons quelques affaires dans le camion. Nous déjeunons dans une gargote consacrée aux poissons et fruits de mer. Si, au menu, le ceviche n’est pas mauvais, les autres plats, tiradito et arroz de mariscos sont très moyens. Nous hésitons pour occuper le reste de la journée, l’heure étant déjà bien avancée. Nous nous faisons déposer à la huaca de Wallamarca, en plein cœur du quartier d’affaires et résidentiel de San Isidro. Une pyramide reconstruite, entourée de petits gratte-ciel de verre et de béton. Une large rampe d’accès qui n’est pas d’origine nous permet de monter au sommet de la pyramide et d’y découvrir quelques tombes où ont été disposés des mannequins pour évoquer les fardos enterrés ici.

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Peu à voir et encore moins au très modeste musée. Nous peinons à trouver un taxi qui nous ramène à l’appartement. Je repasse au supermarché puis nous retrouvons Justine à l’appartement. Nous préparons le porc laqué et des pâtes sautées qui sont plus réussis que les plats précédents. Justine et Cris ouvrent une très bonne bouteille de Merlot d’Argentine pour accompagner les plats. Pas de nouvelles du « colis » depuis qu’il est parti de Madrid…

Vendredi 16 juin : Réveillé à deux heures, j’ai le plaisir de trouver un message annonçant l’arrivée de notre boîte de vitesse à Lima. J’en avertis aussitôt Gérard qui m’incite fort justement à me recoucher… Je rêve de la voir livrée au garage aujourd’hui et qu’elle soit remontée samedi mais aucun autre message ne vient le confirmer. Nous prenons notre temps, seuls dans l’appartement. Après le petit-déjeuner, je vais jusqu’à une avenue où doit se trouver un bureau de la compagnie d’assurance la Positiva où je dois obtenir une prolongation de notre attestation. Je ne sais plus le numéro exact, je demande, on m’assure qu’il n’y a pas de « Positiva » dans le quartier et qu’il faut aller loin pour en trouver une… Dépité, je suis sur le point de revenir à l’appartement quand je retrouve sur OsmAnd la position de l’agence. A moins de cent mètres de là où je m’étais renseigné, se trouve bien une succursale de la compagnie d’assurance ! Renouveler mon attestation ne pose pas problème, le coût est dérisoire mais la procédure est longue et je dois patienter une bonne demi-heure que l’employé ait fini de se battre avec son ordinateur. Retour pour repartir aussitôt en taxi, avec Marie. Nous nous faisons déposer sur la Plaza de Armas, une fois de plus. Nous longeons le Palais du Gouvernement et empruntons l’ancien Ponte Piedra qui enjambe les eaux sales du Rimac et une bruyante et enfumée voie express. Nous découvrons alors avec grand plaisir une large rue, rendue piétonne, qui a conservé ses immeubles du XVIII° siècle avec de beaux balcons de bois en encorbellement. Moins outrageusement restaurés que ceux de la Plaza de Armas, ils paraissent plus authentiques, d’autant que certains se sont, avec le temps, déformés, gauchis et que les peintures ne sont plus très fraîches.

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Nous déjeunons dans une parilla, la Perricholi, de délicieuses tranches de porc grillées avec une sauce aillée et pimentée. Nous continuons dans ce quartier en passant devant l’église de Nuestra Señora de Copacabana, visible de loin par sa couleur fuchsia puis devant une brasserie avant de déboucher sur l’Alameda de Los Descalzos, une longue promenade fleurie entre deux rangées de statues classiques. Entre deux églises baroques, elles aussi colorées, aux courbes soulignées de blanc, des élèves s’entraînent à un défilé martial en levant bien le menton et en marquant le pas. A l’autre bout de la promenade, nous atteignons le couvent de Los Descalzos que nous visitons sous la conduite d’un jeune qui parle bien trop vite et a tendance à avaler les mots. Lui aussi a refusé notre faux billet de 20 soles ! A croire que nous sommes les seuls à qui on ait réussi à refiler cette maudite coupure… J’ai pourtant essayé de m’en débarrasser chez tous les commerçants, restaurateurs, taxis etc… En vain, tous ont l’œil ! Nous traversons de beaux patios qui ont vu de nombreux frères franciscains se promener. L’un est un jardinet sauvage, calme, hors du temps, l’autre, plus vaste, a été, récemment, décoré de fleurs et de personnages à costume andin, bonnet et poncho.

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La collection de peintures des écoles de Quito et de Cusco, entre autres, est importante mais les toiles mériteraient, du moins certaines, une bonne restauration et une mise en valeur autre que l’accrochage dans des couloirs sombres. Deux jolies chapelles baroques, sont, certes, abondamment décorées, mais sans les dégoulinures et les surabondances des retables d’églises d’ici ou d’ailleurs, Dior après Jean-Paul Gautier… Nous revenons sur nos pas, au pied du Cerro San Cristobal sur lequel s’éparpillent des constructions sans caractère mais colorées. Nous passons par le Paseo de Aguas, une courte promenade avec des bassins en eau qui se termine devant un aqueduc rose et tarabiscoté.

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Les arènes sont fermées, le musée taurin aussi. Nous retournons à l’entrée de la rue piétonne, repassons le pont puis allons prendre un taxi, celui qui, après bien d’autres, nous proposera un prix correct pour rentrer, juste à la tombée de la nuit. Justine et Cris y sont mais doivent bientôt partir chez des amis. Notre boîte de vitesse n’a toujours pas été livrée, elle est en douane ! Après le départ de nos hôtes, nous prenons un chilcano de pisco, ce cocktail avec du ginger ale, que j’ai acheté tout préparé au supermarché. Pas fameux, goût chimique et bien peu de pisco ! Nous dînons de jambon et de saucisson, pas fameux non plus…

Samedi 17 juin : Encore réveillé dans la nuit, je passe une heure sur l’ordinateur… Au matin, le moral est de nouveau en berne. Rien de nouveau, la boîte de vitesse est semble-t-il toujours en douane et ne sera donc pas livrée avant lundi… Mais quand partirons-nous ? Il ne nous restera guère de temps pour le Brésil et je n’ai pas envie de laisser le camion à Cusco et revenir encore une fois en Amérique du Sud. Nous avons invité Justine et Cris au restaurant et devons nous y rendre ensemble. Nous y sommes tôt, à midi, pour être sûrs d’avoir une table. Nous commandons des pisco sour, bien servis et très bons. Ils nous serviront de boisson pendant le repas puisque les plats arrivent peu après. Tacu tacu, une énorme crêpe de riz, pour Cris, un ceviche pour Justine, un picante de crevettes pour Marie, pas piquant et un filet de poisson à la crème avec foison de crevettes et de pétoncles pour moi, bon mais pas du tout péruvien. Cris nous quitte pour aller chez sa grand-mère et Justine nous accompagne au musée privé Amano où nous nous rendons en taxi. L’entrée est plus chère que dans les musées nationaux, 30 soles que je parviens à marchander à 20 ! Il s’agit de la collection de tissages péruviens d’un amateur japonais. Quelques petites salles dans la pénombre, dans lesquelles est exposé un superbe ensemble de tissus précolombiens dont les plus anciens remontent à deux ou trois siècles avant notre ère. Ce sont ceux de Paracas qui se taillent la part du lion avec des réalisations d’une extraordinaire finesse, des loupes sont même nécessaires pour apprécier les détails.

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Les informations en espagnol et en anglais sont complètes et claires. Au sous-sol, une salle complémentaire renferme les réserves dans des tiroirs fermés à clé mais un groupe avec une guide nous suit et les tiroirs s’ouvrent pour nous montrer brièvement d’autres merveilles… Nous rentrons avec Justine à l’appartement… Elle repart pour un concert, nous restons seuls et dînons de nos restes, saucisses et pommes de terre sautées. Une fois de plus la poêle est noircie par la friture et je dois me battre pour en effacer la majeure partie des marques.

Dimanche 18 juin : A trois heures du matin, le signal de réception de messages nous réveille, Marie-Cécile, Nicole, Vettou et, une heure plus tard, Julie, souhaitent un bon anniversaire à Marie et à moi une bonne fête des Pères. Elles n’ont toujours pas intégré la notion de décalage horaire… Nous nous congratulons réciproquement… Réveillés nous lisons avant de nous rendormir. D’autres messages arrivent à une heure plus décente. Nous petit-déjeunons tardivement puis nous partons en taxi, avec Justine et Cris qui ont rendez-vous avec le père de ce dernier pour déjeuner. Nous nous faisons déposer à l‘entrée de la huaca Pucllana, nettement plus impressionnante que celle de Wallamarca, plus grande et avec un aspect de bibliothèque dû à l’alignement des briques d’adobe comme des livres sur des rayons. Nous nous rendons aussitôt au restaurant du site où nous avons réservé une table pour essayer de transformer la table à l’intérieur en une autre sur la terrasse avec vue sur la huaca. Nous devons attendre une éventuelle annulation… Nous allons jeter un œil à l’entrée du site et visiter le modeste musée avant de retourner au restaurant. Nous patientons devant un pisco sour. Marie est ravie d’apprendre qu’une table s’est libérée et que nous pourrons déjeuner en contemplant la pyramide. Restaurant des plus chics, couverts, serviette en tissus et personnel stylé. Première déception : la carte qui nous est présentée ne propose pas tous les plats de celle affichée à l’entrée et notamment pas ceux qui nous tentaient, pas de cuy ni d’alpaca ! Les plats, un rizotto avec quelques lamelles de magret pour Marie, sans grande saveur, et un morceau de porc cuit au four et carrément fade nous dissuadent de commander un dessert ! Nous nous consolons en constatant que les pisco sour ont été oubliés sur l’addition. Marie n’aura pas eu le repas d’anniversaire qu’elle souhaitait ! Nous attendons quelques minutes pour pouvoir suivre une visite guidée en espagnol, de la huaca. Nous circulons au milieu des entassements de briques astucieusement disposées verticalement et espacées les unes des autres afin de résister aux tremblements de terre. Elles forment une sorte de Lego gigantesque et inachevé, uniformément couleur terre.

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Nous grimpons sur la pyramide entourée d’immeubles modernes et bien moins uniformes avant de repartir, fatigués de cette longue visite. Nous devons marcher jusqu’à un carrefour pour trouver un taxi qui nous ramène à l’appartement. Nous dînons avec Justine, Cris n’a pas faim après son repas paternel.

Lundi 19 juin : Pas de messages ce matin pour annoncer la livraison de la boîte de vitesse mais sur le site de DHL elle est annoncée pour ce soir donc je ne m’inquiète pas. Nous traînons dans l’appartement, n’osant pas trop sortir pour ne pas manquer un éventuel message. Nous allons déjeuner à proximité d’un menu ejecutivo très correct et copieux, ceviche et jalea ou chicharrones de pescado, sans saisir la différence… Nous allons acheter des morceaux de poulet pour le dîner mais nous ne trouvons pas de tomates au supermarché ! Retour à l’appartement, toujours pas de nouvelles. Nous commençons à nous inquiéter. Sur le site de DHL il est indiqué que notre colis est toujours en douane et il semble qu’il y ait un problème… Nous demandons à Justine de téléphoner à DHL. Nous apprenons que la valeur de la boîte dépassant 2000 $, la procédure prévue n’est pas valable. De plus l’adresse indiquée, celle du garage Land Rover, est celle d’une entreprise qui doit, elle seule, effectuer les démarches en douane. Le garage ne veut pas s’en occuper pour des raisons de fiscalité. DHL suggère que nous transformions l’adresse et que les documents soient au nom de Justine, résidente au Pérou qui pourrait faire l’importation. Elle passe plusieurs coups de fil et nous arrivons à la conclusion qu’il faut contacter LRdirect. J’envoie un message à Julie pour qu’elle téléphone en Angleterre puis je commence à rédiger un autre message en anglais à LR direct. Cris qui travaille dans l’importation pour Repsol et qui connaît les procédures rédige, dans un meilleur anglais, le message. Je suis de plus en plus résolu à tout laisser tomber, abandonner l’AzalaÏ, trop grande source de problèmes et à rentrer en France dans les plus brefs délais. Je nous accorde encore quelques jours pour voir si la situation se débloque rapidement sinon… Nous dînons de poulet-beurre d’ail et de tomates provençales au four, plus question d’utiliser leur poêle pour faire frire quoi que ce soit… Justine a préparé une tarte au chocolat et nous avions acheté une bouteille de vin argentin mais le cœur n’est pas à la fête.

 

Mardi 20 juin : A trois heures du matin, un message de LRdirect nous annonce que le problème est pris en charge par leur service de contentieux. J’attends des nouvelles de Julie à qui j’ai demandé de téléphoner à LRdirect. Je finis par l’appeler, elle m’envoie un modèle de courrier que je transmets. Au matin, nous recevons les documents demandés modifiés avec le nom de Justine. J’attends qu’elle se lève pour les lui montrer. Elle téléphone à DHL qui en prend note et nous renvoie à un agent en douane pour les formalités. Cris en avait déjà contacté un hier soir, nous lui transmettons les documents. Il ne reste plus qu’à attendre… Si nous avions abandonné le camion à Uripa, nous aurions gagné du temps, nous serions à la maison maintenant et nous aurions fait de sérieuses économies ! Nous ne faisons rien de la journée. Visite rapide au supermarché pour acheter de quoi manger, puis sieste entrecoupée de messages de Justine qui me demande de faire parvenir des informations à DHL, aux uns ou aux autres, en anglais ou en espagnol… Je ne comprends rien à toute cette paperasserie. Au retour de Cris et Justine, les problèmes semblent toujours plus compliqués et Justine part dans 2 jours… Il semble que nous devions maintenant attendre des nouvelles de l’agent en douane… Nous dînons. Justine a préparé une ratatouille, elle me fait deux œufs sur le plat puis, en dessert, nous faisons un sort au gâteau aux pommes de Marie.

 

Mercredi 21 juin : A deux heures du matin, nous sommes tous les deux réveillés. Marie déprime, doute de l’efficacité de l’agent en douane et voudrait que LRdirect intervienne ! Je reste partisan de la ligne « abandon du navire » si, à la fin de la semaine, aucune solution n’a été trouvée. Au petit déjeuner, nous apprenons que l’agent en douane doit envoyer un coursier avec un document à signer par Justine et qu’ensuite la boîte de vitesse pourra être dédouanée. L’espoir renaît… Nous allons faire des courses au supermarché puis attendons ce coursier. Il n’arrivera qu’à la fin du repas. J’offre à tous les participants un pisco sour catedral au Bolivar demain soir si la boîte de vitesse est livrée avant… Justine  nous laisse, nous passons l’après-midi dans une longue sieste dont nous ne sortons que pour nous rendre à une « manifestation » signalée par Justine. Un taxi nous dépose à la nuit tombée à la huaca Mateo Salado. Nous franchissons le portail et nous nous retrouvons face aux restes de la plus grande pyramide de Lima, autre ensemble cubiste de briques d’adobe comme pour les deux précédentes, dont un bel éclairage fait ressortir les strates, les blocs.

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Un petit groupe folklorique andin, orchestre de musiciens en poncho, pantalon blanc et bonnet, accompagne trois danseuses qui font virevolter leurs jupes noires. Nous les suivons jusqu’au site de la cérémonie célébrée au solstice d’été. Nous retrouvons Justine et une de ses amies. Une cinquantaine de personnes sont présentes, assises sur des chaises en plastique. Sur une rampe est dressée une sorte d’autel recouvert de fruits et de diverses boissons, vins et jus de fruits. Quelques personnes en costumes qui se veulent incas officient autour.

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Des discours peu audibles sont prononcés puis des invocations à la Pachamama, la déesse Terre puis à celle de la Mer, sont prononcées. Plusieurs personnes dans l’assistance semblent prendre très au sérieux cette reconstitution de rite, les yeux mi-clos, des feuilles de coca entre les doigts ou humant la fumée de gros « pétards », des nostalgiques du Tahuantinsuyu, l’âge d’or de l’empire inca. Je m’enquiers, soudain alarmé, si un sacrifice humain clôturera cette cérémonie. Il ne semble pas mais Justine nous assure qu’un alpaca est sacrifié à Cuzco lors de ces mêmes fêtes… On nous distribue des feuilles de coca que certains, j’en suis, mâchent, puis on nous offre sur un plateau des beignets ou des clémentines et un verre de chicha que nous refusons… Il faut aller offrir les feuilles de coca à une prêtresse qui les brûle dans un brasero. La fête se termine par une grande farandole qui se poursuit au pied de la huaca.

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Nous rentrons dîner de nos restes.

 

Jeudi 22 juin : Etre réveillés dans la nuit devient une habitude… Marie déprime, moi aussi… La douleur dans ma cuisse gauche m’empêche de dormir, je ne sais quelle position adopter et un antalgique n’y change pas grand-chose. Au matin, nous sommes seuls dans l’appartement et sans nouvelles de Justine partie travailler. Nous écrivons et faisons part de notre intention d’abandonner le camion aux Rufray, Tardieu et Xillo. Ils nous appellent ou nous écrivent peu après pour essayer de nous remonter le moral. Nous recevons et transmettons un échange de courriers qui laissent penser que les choses avancent… Je vais faire quelques courses et nous déjeunons de steaks hachés avec des pommes de terre sautées, ce qui m’oblige à récurer les poêles ! Après la sieste, nous nous rendons, en taxi, au garage Land Rover, chercher quelques vêtements et des médicaments. Nous découvrons que chaque soir le camion est rentré dans la cour et ressorti le lendemain matin ! Nous laissons croire que la boîte de vitesse va arriver bientôt, mañana… Un autre taxi nous dépose à la nuit tombée Place San Martin. Après avoir eu la frayeur d’un Bolivarcito fermé, nous découvrons un salon de l’hôtel où l’on sert le fameux pisco sour catedral ! Mais il est encore tôt. Nous arpentons une section de la rue piétonne avant d’aller nous asseoir sur un  banc de pierre de la place, à observer les rassemblements, uniquement constitués de mâles, autour de bonimenteurs dont nous ne savons pas le thème de leurs discours, politique, religieux ou simplement commercial. Nous allons attendre l’arrivée de Cris et Justine dans le hall de l’Hôtel Bolivar, sous la coupole 1900. Nous ne pouvons que prendre un pisco sour catedral ! Cris se contente d’un normal et Justine d’un jus de fruit…

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Quelques piqueos font passer les boissons. Nous rentrons à l’appartement écrire une dernière lettre pour demander une modification à un courrier. Nous avons tout de même bien l’impression d’avoir à faire à des incompétents au vu du nombre d’erreurs dans les documents ! A chaque fois que nous croyons que le nécessaire a été fait, il s’avère qu’il y a des erreurs à corriger si l’on veut que la bureaucratie péruvienne soit satisfaite…

 

Vendredi 23 juin : Encore un message de Julie à trois heures du matin ! Pour s’inquiéter de la situation… Je me promets de lui répondre ce soir quand il sera trois heures en France… L’appartement est désert quand nous nous levons, Cris et Justine sont partis travailler. Nous recevons encore quelques messages qui tendraient à prouver que les choses bougent, l’un d’eux nous demande même l’adresse de livraison mais nos espoirs  que celle-ci se fasse aujourd’hui semblent chimériques… Justine revient avant midi, nous déjeunons ensemble puis elle se prépare à partir pour la France. Elle doit encore signer, pour nous, un document à proximité de l’aéroport. Nous restons à lire  « chez nous »… En fin de journée, nous recevons, de l’agent en douane, la facture ! Plus de 1500 dollars !!! Nous en restons abasourdis : 200 $ pour l’agent en douane, 440 $ de frais de manutention et 900 $ de droits et taxes supposés déjà payés lors de la commande à LRdirect. Encore une fois je regrette de ne pas avoir abandonné le camion dès le premier jour de la panne… Marie voudrait que je réponde à l’agent mais il ne le demande pas ! Nous essayons de joindre Cris parti dîner chez son frère. Il nous met un message tard, je le rappelle, il nous déconseille de payer une telle somme, il va se renseigner demain matin et nous tiendra au courant.

 

Samedi 24 juin : La douleur dans ma jambe, particulièrement autour du genou, m’empêche de dormir. Mon hypocondrie me fait envisager les pires pathologies… Je me lève, la station debout est moins pénible, et passe quelque temps sur l’ordinateur. Cris repasse à l’appartement, il téléphone à l’agent en douane mais n’obtient qu’un très faible rabais sur sa commission. J’envoie un courrier à LRdirect pour rappeler que le prix était tout compris ! Nous nous résolvons à payer sans plus attendre pour essayer de hâter la livraison. Je vais avec Cris dans une agence bancaire et verse les 1500 $... Je reviens à pied, passe au supermarché puis je retrouve Marie. Nous repartons en taxi et nous nous faisons déposer à proximité du Museo de la Nacion. Nous déjeunons dans une parilla, côtes de porc et un honnête lomo saltado. Le musée est un immense bloc de béton grisâtre aux salles immenses et … vides ! Nous devons nous contenter d’une exposition sur la religion dans les Andes avec de beaux objets, retables d’Ayacucho, tableaux des XVII° et XVIII° siècles, céramiques, déjà rencontrés dans moult musées. Tout le rez-de-chaussée est consacré à la communauté Noire du Pérou avec surtout des photos. Nous cherchons dans tous les étages d’autres salles et ne trouvons qu’une autre salle de photos consacrée à la période du Sentier Lumineux et aux exactions commises des deux côtés. Les salles consacrées aux différentes cultures, visitées en 2017, sont fermées ou ont disparu ! Dépités, nous rentrons à l’appartement en taxi. Lecture, nous aurons bientôt épuisé toute la bibliothèque de Justine. Puis nous dînons et au lit…

 

Dimanche 25 juin : A partir de minuit nous parvient la musique et les chants éraillés depuis une cour en contrebas. C’est la fête du samedi soir et tout le quartier en profite… Jusqu’au petit matin… Nous sommes levés tôt, sans rien à faire, le moral bas. Je vais acheter un poulet rôti puis nous partons en taxi pour le MALI, Musée d’Art de LIma au centre de la ville du XIX° siècle. Nous déjeunons, mal, sans bière, dans une gargote proche du musée où nous nous rendons en passant par un jardin. Il occupe deux étages d’une grande bâtisse art nouveau. Nous commençons par le premier étage consacré à l’art péruvien depuis les temps précolombiens. Nous avons de nouveau droit  aux céramiques des diverses cultures, de la côte sud, comme de la côte nord. Le choix des objets est excellent et leur présentation, dans des salles claires, remarquable. Les explications, en espagnol et en anglais, sont complètes et pas répétitives. Ce sont évidemment les tissus Paracas et Nazca qui retiennent le plus notre attention avec des pièces d’une très grande beauté, aux couleurs intactes.

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Après la section précolombienne, nous nous intéressons à la période coloniale où sont exposées des toiles à thème religieux avec de gracieux archanges, des vierges dans des cadres de fleurs et surtout des chefs d’œuvre de l’école de Cuzco avec des personnages aux vêtement rehaussés de fils d’or, le borcateado et des Christs crucifiés portant des jupons de dentelle !

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Nous y passons beaucoup de temps et nous fatiguons vite. Nous abrégeons sur la période dite républicaine, peu intéressante. Les peintures du XX°siècle ne sont que des copies des courants picturaux parisiens et ne retiennent pas notre attention. Au rez-de-chaussée, une exposition sur la culture Nazca occupe plusieurs salles. Bien que las, nous voulons en avoir au moins un aperçu. Nous passons assez rapidement devant les céramiques, plus colorées que dans les autres cultures mais une salle où sont exposés de superbes tissus qui enveloppaient les momies, nous retient. Ces œuvres ne sont guère différentes de celles de la culture Paracas, des tissages d’une extrême finesse représentant des personnages mythiques, anthropo ou zoomorphes. Nous découvrons aussi des réalisations en trois dimensions, de petits personnages, toujours très colorés, gros comme des doigts, alignés en double rangée.

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Une autre salle montre des photos, anciennes pour certaines, et des projections de vues aériennes des fameuses lignes de Nazca mais aussi d’autres pétroglyphes moins connus. Quand nous en avons terminé, la nuit est tombée, épuisés, nous renonçons à nous rendre au Parc des Eaux pour le spectacle des jeux d’eau animés et musicaux, le remettant à un autre soir. Nous ne sommes pas encore partis… Nous rentrons en taxi, Cris n’est pas encore rentré, nous dînons sans prendre d’apéritif, pour le second dimanche de suite ! J’attends que Cris rentre pour aller me coucher.

Lundi 26 juin : Nous nous réveillons dans l’attente d’informations sur la date de livraison. Les copains semblent tous considérer que nous sommes sur le point de repartir alors que la situation est encore bloquée. Un message de LRdirect nous annonce un remboursement partiel correspondant aux frais de douane, bien inférieur à ceux que nous devons acquitter. Sieste après déjeuner puis nous apprenons qu’il y a un problème avec Justine qui n’est pas inscrite sur les registres des douanes. A chaque étape surgit une nouvelle complication…Justine, très en colère, nous envoie un message pour nous manifester son indignation et sa solidarité. Cris revient du travail, il pense que le nouveau changement de bénéficiaire peut être rapide… Nous envisageons de partir quelques jours pour changer d’air pendant que les formalités s’effectueront. J’ai préparé une galette vietnamienne au poisson mais la bouteille de gaz est vide avant la fin de la cuisson ! La bouteille de vin blanc nous en console… Après dîner, nous rédigeons avec Cris une nouvelle demande de changement de nom des documents, adressée à LRdirect.

Mardi 27 juin : Nous recevons les documents modifiés et Cris doit s’en occuper. Nous sommes de plus en plus désespérés et les messages de soutien de nos amis obtiennent le résultat inverse. Nous envoyons aussi un message à Julie pour lui dire la situation. Elle nous rappelle à midi et une longue conversation nous fait du bien à parler d’autre chose. Des messages de DHL et de l’agent en douane nous parviennent, pas toujours faciles à traduire mais qui nous donnent au moins l’impression que quelque chose se passe. Il semble que la modification de nom en faveur de Cris soit abandonnée car elle serait mal perçue en haut lieu. Après la sieste, nous décidons de nous rendre, toujours en taxi, au Circuit Magique des Eaux, un ensemble de fontaines animées dans un parc. Nous y sommes peu avant la tombée de la nuit. Nous nous promenons dans les allées, passant de fontaine en fontaine. L’une forme un tunnel dans lequel nous pouvons passer, une autre un labyrinthe, les autres sont plus classiques.

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Toutes sont formées de jets d’eau de puissance variable et de couleurs changeantes. Nous attendons sept heures et quart pour assister à un spectacle mêlant jets d’eau, projections sur un mur d’eau, hologrammes et lasers.

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Nous nous attendions à voir apparaître Mélenchon, il n’en sera rien… Le thème est très touristique et passablement nationaliste, le Pérou ! Nous rentrons à l’appartement. Cris n’est pas là, il nous a mis un message pour nous avertir qu’il dînait chez sa grand-mère. Quand il arrive, il douche nos espoirs, la situation est toujours bloquée et il semble n’avoir aucune idée de ce qu’on pourrait faire. Je décide de me rendre demain à l’ambassade et les avertir de notre projet d’abandon pur et simple du camion. Marie est catastrophée…

 

Mercredi 28 juin : Nous avons peu et mal dormi. Je réfléchis beaucoup à notre situation et envisage un retour du camion en conteneur vers la France. J’envoie donc, dans la nuit, mais le matin pour eux, un message à nos amis pour qu’ils recherchent des transitaires susceptibles de répondre à notre choix. J’écris aussi à deux sociétés maritimes et un peu plus tard, au service commercial de l’ambassade de France (dont je n’aurai jamais de nouvelle !). Après le petit déjeuner que nous avons pris tôt pour intercepter Cris avant qu’il ne parte travailler pour lui demander comment il voit la suite des évènements. Sans trop y croire, je téléphone à l’ambassade de France. J’expose notre situation qui ne semble guère émouvoir notre interlocuteur qui nous éconduit poliment… Ah le rayonnement de la France ! Alors que nous ne croyons plus à une solution pour la boîte de vitesse, alternance du chaud et du froid, nous recevons un message de Cris nous annonçant la validation de l’inscription de Justine sur les registres de la Sunat ! Les choses vont ensuite très vite. Nous sommes avertis du retrait du colis en douane et Cris nous informe d’une possible livraison dans la journée ! Nous n’osons y croire. Je vais en course au supermarché, nous déjeunons et restons dans l’attente d’un message nous demandant de nous rendre au garage pour le réceptionner. Après la sieste, je m’enquiers de l’heure d’une possible livraison auprès de l’agent en douane, Cris m’enjoins de me rendre au garage sans plus attendre. Je saute dans le premier taxi qui veut bien pratiquer un tarif honnête et qui me dépose peu après quatre heures au garage. Elle est là ! Livrée peu auparavant, toute brillante, toute propre, elle n’attend plus que d’être remontée. Les mécaniciens l’examinent, se penchent dans les entrailles de la bête et me convient à revenir vendredi soir pour savoir quand nous pourrons récupérer le camion car jeudi, demain, est férié, fête des Saints Pierre et Paul, deux de ces apôtres que je me promets de noter dans mes carnets… Sans eux, nous pouvions sérieusement espérer repartir avant la fin de la semaine ! Je reviens à l’appartement avec, encore une fois, un de ces taxis-nerveux (pléonasme !) à la conduite virtuose, que l’on pourrait qualifier de culottée si elle ne s’appliquait pas à des véhicules-suppositoires qui parviennent à se glisser entre le rétroviseur extérieur et le volant des autres voitures sans qu’ils ne s’en aperçoivent… Un taxi marseillais ou même parisien ferait office de sénile vieillard cacochyme à côté de ces artistes… Même si celui du retour effleure de son rétroviseur extérieur la poignée d’une autre voiture et que le conducteur de cette dernière, en guise d’avertissement, baisse sa vitre et agite sous le nez de mon chauffeur une batte de base-ball ! Ce qui a le don de refroidir quelques fractions de seconde les humeurs de kamikaze de notre Ben Hur  péruvien… J’ai eu l’idée de rapporter du camion les bouteilles de pisco et de jarabe pour arroser ce (provisoire ?) bon dénouement avec un pisco sour… Mais les citrons verts manquent au supermarché, je dois encore trouver une épicerie pour en acheter. Cris rentre, tout va pour le mieux… J’ai confectionné des pisco sour en utilisant le blender de Justine, le résultat est presque parfait !

 

Jeudi 29 juin : Toute la nuit mon genou me contraint à me lever pour tenter d’atténuer les douleurs. Je commence à envisager l’idée de consulter… Nous partons tard, sans avoir revu Cris, pour aller déjeuner à Miraflores sur les falaises qui surplombent la mer. Nous nous installons à une table, avec vue sur la grisaille, au restaurant Popular qui n’a de populaire que  le nom et certainement pas les prix. Marie est déçue par ses pétoncles gratinées au parmesan, une petite noix et beaucoup de fromage, j’ai pris un rizotto servi avec une cuisse de canard confite qu’un peu de sauce aji péruanise heureusement. Et pour accompagner nos plats : un pisco sour ! Marie me traîne à une exposition artisanale comme on en voit partout… Elle ne veut pas marcher et faute de savoir où aller, nous rentrons à l’appartement attendre l’heure de dîner. Nous sommes couchés avant que Cris ne rentre.

 

Vendredi 30 juin : Réveillé toutes les deux heures, j’envie Marie qui dort à gros bouillons… Un message du docteur Etienne me donne des noms de médicaments que je vais devoir trouver, il hésite entre sciatique et crise de goutte… Pas de Prédnisolone à la pharmacie du coin, il va falloir que je cherche ailleurs… Rachida propose de nous fournir un devis pour un conteneur avec le camion jusqu’à Marseille, on ne sait jamais… Je n’ai plus rien à lire et je manque toujours d’enthousiasme pour repartir, le ressort est cassé… Après déjeuner nous faisons cuire des pommes de terre pour faire un hachis Parmentier. Je pars à pied jusqu’à la pharmacie de l’Avenue de la Marina où je trouve le médicament indiqué par Etienne mais en pastille de 5 mg… Ensuite je fais scanner, à la demande de Rachida, le document douanier d’importation temporaire pour qu’elle nous obtienne un devis du retour du camion depuis Callao. Un taxi m’emmène au garage. Le camion est sur la fosse mais la boîte n’est toujours pas remontée et personne ne s’active dessus… J’attends que le mécanicien joigne par téléphone le patron, seul à décider. Il nous annonce une livraison pour mercredi ! Je me récrie, peut-être mardi me concède-t-on… Retour à l’appartement, nous préparons le hachis Parmentier puis je confectionne un Chilcano avec du pisco et du ginger ale en attendant des nouvelles de Cris. Il nous annonce qu’il reste ce soir chez son frère…

 

Samedi 1er juillet : Encore une nuit passée en alternance de périodes de sommeil, et de périodes éveillé, passées à arpenter les pièces… Au cours de l’une d’elles, je sors la carte du Brésil, calcule les kilomètres pour rejoindre au plus court Montevideo, 7000 kms ! Et à envisager un itinéraire, si nous revenons en septembre/octobre, ce qui nous permettrait de retrouver Julie et Alex pour le salar d’Uyuni et la fête des Morts à La Paz, peut-être aussi avec Jean-Michel et Christine.  Marie passe la matinée sur le smartphone à envoyer des messages à Justine et à Cris. Nous cherchons comment occuper la journée de demain, sans trouver de réponse. Un taxi nous dépose à Miraflores et nous allons déjeuner sur la terrasse chauffée du restaurant Mama Olla, dans une rue piétonne. Le garçon n’en est plus un, c’est un vieux monsieur, sautillant et plaisantant qui aimerait bien nous pousser à la consommation… Nous partageons des chicharrones de calamars dont les morceaux sont si petits et entourés de tant de pâte que nous ne sentons que cette dernière. Puis nous avons commandé, Marie un poisson en sauce au maracuya, le fruit de la passion, et moi un traditionnel arroz con mariscos. Celui-ci m’arrive recouvert de fromage râpé ! Nous échangeons nos plats et aucun de nous n’est content, même si Marie trouve le sien bien garni. Nous retournons dans l’allée où nous avions découvert deux ou trois antiquaires. Chez celui où nous avions acheté une petite peinture sur métal, un petit retable, pas trop récent, séduit Marie, je le lui offre, sans me ruiner, pour son anniversaire !

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Le tupus en argent vu chez son voisin et qui m’avait plu, est toujours en vente mais nous ne cherchons pas à le négocier et je crois comprendre que ces tupus ne plaisent plus à Marie. Elle a toujours en tête le retable aperçu au marché Indien. Nous y retournons donc, le retrouvons, nouvelle tentative de marchandage tout aussi vaine mais elle y tient tant qu’elle cède et l’achète ou plutôt m’envoie l’acheter… Nous rentrons, toujours en taxi, somnoler ou tapoter sur nos appareils informatiques en attendant l’heure du dîner. Plus rien à lire, je me jette sur les sudoku du Monde…

 

Dimanche 2 juillet : Enfin une bonne nuit ! Depuis que j’ai pris la première dose de corticoïde, les douleurs ont disparu et mon genou se fait ignorer, même en position couché. Nous nous levons tard. Nous hésitons sur le programme de la journée. Nous avons vu hier des affiches pour une foire d’antiquaires, à Miraflores. Nous nous faisons déposer à proximité et allons déjeuner dans un chifa. Porc au riz sauté pour moi, aux nouilles supposée sautées aussi pour Marie, pas ravie… Nous remontons la rue barrée aux deux extrémités, quasi déserte, où quelques stands proposent aux très rares badauds quelques bricoles plus dignes d’un vide-grenier que d’antiquaires… La visite vite terminée, nous ne savons que faire. Nous retournons vers les jardins avec l’idée d’y passer quelque temps assis sur un banc… Attirés par la musique, nous approchons d’une arène entourée de quatre ou cinq gradins. De la musique, tropicale bien sûr, s’échappe d’un appareil et quelques couples dansent. Pas des jeunesses, des qui ont dû faire des ravages dans les dancings des années 60… Les corps sont fatigués, les masses de chair ne sont plus là où elles devraient être, mais la grâce est encore là. Les dames sont maquillées et coquettes, les messieurs ont fait moins d’efforts de présentation mais enchaînent les acrobaties sur la piste ! Quelques gandins, cravate, pochette, chapeau, nœud papillon, tentent de séduire encore.

TRANSAMERICA (4.3.- Pérou ou le grand circuit des garages)

Au fil du temps les gradins se remplissent, la piste devient trop étroite. Une petite Noire de 3,4 ans se taille un joli succès en se déhanchant parmi les ancêtres… Nous rentrons en taxi, passons au supermarché et après avoir raconté la journée et relu le texte du blog, nous nous offrons un pisco sour pour ne pas rater l’occasion d’utiliser le blender de Justine, grâce auquel le cocktail est mieux réussi. Cris arrive juste à temps pour en profiter... Au fil du temps, les gradins se remplissent, la piste devient trop étroite. Une petite Noire de 3,4 ans se taille un joli succès en se déhanchant parmi les ancêtres… Nous rentrons en taxi, passons au supermarché et après avoir raconté la journée et relu le texte du blog, nous nous offrons un pisco sour pour ne pas rater l’occasion d’utiliser le blender de Justine grâce auquel le cocktail est mieux réussi. Cris arrive à temps pour en profiter.

 

Lundi 3 juillet : Encore une bonne nuit, sans douleur au genou. Nous avons un appel en vidéo des copains, les Rufray, Tardieu et Lignon qui cherchent à nous encourager. Un message de Rachida nous demande de fournir une copie d’un autre document dont je ne vois pas la nécessité pour un simple devis, néanmoins je vais en faire un scan à proximité du petit marché local. Je découvre des boutiques et des boucheries où nous aurions pu nous ravitailler plus tôt. Plus tard, un message de Cris nous apprend qu’au garage, certaines pièces manqueraient sans savoir lesquelles ! Le moral en prend un coup, nous ne savons pas ce qu’il faut en penser, nouveau retard, pièces introuvables ? Nous décidons de nous rendre au garage après déjeuner. A notre arrivée toute l’équipe des mécaniciens s’affaire sur notre camion, la boîte de vitesse est remontée ainsi que l’embrayage, le frein à main et les arbres de transmission. Pas de pièces manquantes, je crois comprendre que des boulons ou des écrous ont dû être remplacés. Le camion devrait, après essais et un tour de roue, être prêt pour demain ! Nous repartons réconfortés mais je reste de mauvaise humeur. Nous nous faisons déposer par un taxi dans le centre de Lima, au Marché Central. Nous y faisons un petit passage et découvrons des boucheries spécialisées dans le mouton, le cabri ou le porc… Nous suivons ensuite la calle Capón qui, après avoir franchi un portique chinois, pénètre dans le barrio Chino. Les enseignes sont en idéogrammes mais la population n’est pas très asiatique. Des bancs sont placés sous des toits à la chinoise et les restaurants avec des canards et des filets de porc laqués en devanture nous mettent l’eau à la bouche. Nous revenons vers le centre-ville, Marie traîne la jambe mais veut tout de même marcher jusqu’au Musée d’Art Populaire, plus loin qu’elle ne le croit. Nous revoyons l’église San Agustin mais sa façade n’est pas éclairée et la nuit est tombée. Bien entendu le musée est fermé à cette heure. Nous revenons sur nos pas et, en attendant d’aller dîner, nous allons prendre un pisco sour dans les salons de l’hôtel Maury, toujours désert. A sept heures et demie, nous nous rendons au restaurant l’Eau Vive, tenu par des sœurs, une « chaîne » que nous avions déjà eu l’occasion de fréquenter en Haute-Volta. Cris nous y rejoint aussitôt dans une des salles immenses et quasi désertes, sans décoration, tristes à pleurer ! La carte semble faire la part belle à la cuisine française. Nous commandons, Cris une quiche lorraine qui le satisfait, Marie et moi partageons des pétoncles-coquilles Saint-Jacques, pas très bien cuisinées puis nous prenons des plats de poisson, Marie des crevettes en sauce au coco servies quasi froides et Cris et moi un filet de corvina supposé être en sauce aux câpres qui se battent en duel dans l’assiette. Pas de dessert faute de tarte aux pommes. Le vin blanc péruvien n’était pas fameux. Nous nous esbignons, raccompagnés par notre servante, une Noire en boubou, avant le concert des nonnes qui chantent l’Ave Maria à neuf heures… Retour en taxi et adieu à Cris avant ce que nous espérons être notre dernière nuit chez lui. Toujours pas de nouvelles de Julie…

 

Mardi 4 juillet : Je ne suis pas de bonne humeur au réveil, me demandant de quoi aujourd’hui et les jours suivants seront faits… Nous commençons à ranger nos affaires pour être prêts à partir dès que nous aurons le feu vert du garage. A onze heures, je téléphone, on m’annonce que le camion est en cours d’essais et de rappeler une demi-heure plus tard. A midi, nouveau coup de fil, je ne comprends pas tout et envoie un message à Cris pour qu’il se renseigne. Plus tard il nous annonce, ce que j’avais compris : rappeler à trois heures, sans plus de précision… Pourquoi ces retards, un problème ? Nous nous demandons toujours si nous allons réussir à partir… Julie nous appelle, nous sommes contents de l’entendre et surtout de pouvoir parler d’autre chose que de nos problèmes mécaniques. A trois heures, nouveau coup de fil, on me dit que tout va bien, derniers réglages et ce sera prêt à quatre heures trente… Nous finissons de nettoyer l’appartement, claquons la porte derrière nous, sautons dans un taxi et filons au garage. Le camion est toujours sur la fosse et les mécaniciens s’activent à remonter le frein à main en ponçant les garnitures trop épaisses. Mais ils ont bientôt terminé. L’addition est très honnête, environ 600 euros… Nous ne traînons pas et après des adieux au personnel, nous prenons la route. Nous sommes rapidement sur la panamericana et nous nous arrêtons juste à la tombée de la nuit, à Lurin, dans une grande station-service où nous retrouvons un camping-car de Français. Nous effectuons du rangement et retrouvons nos marques dans ce camion que nous avons bien failli abandonner… Nous dînons au gril de la station-service, bon steak, presque saignant mais bière tiède.

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8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 21:04

Jeudi 4 mai : Nous ne nous étions pas aperçus hier soir en nous garant que nous étions à côté d’une grande scie circulaire. A sept heures des ouvriers viennent couper des poutres de bois. Nous devons nous déplacer pour être plus au calme. Nous repartons dans une brume qui ne laisse rien deviner du paysage. Nous atteignons peu après Chimbote, ville portuaire à la sortie de laquelle nous trouvons un supermarché où nous nous ravitaillons. Nous quittons définitivement le Pacifique dont la dernière vision sera celle de la multitude de bateaux de pêche dans le port. Nous revenons sur nos pas, quelques kilomètres, pour prendre la route de Caraz. Elle remonte le cours d’une large rivière et les traces des inondations du mois de mars sont évidentes. Ponts et radiers ont été emportés ou endommagés, des maisons d’adobe se sont effondrées. Plus nous avançons dans l’intérieur, plus la brume se dissipe et nous distinguons de mieux en mieux les montagnes arides dans lesquelles nous nous enfonçons. Les cactus sont les seuls végétaux sur les flancs alors que, dans le bassin de la rivière, quelques cultures sont visibles. La route, en dehors des passages endommagés, est bonne et nous parvenons assez rapidement à Chuquicara où nous commençons la remontée du cañon del Pato. Des gorges entre deux falaises, de plus de mille mètres de haut, que nous suivons sur une route qui ne laisse souvent que la place pour un seul véhicule, avec des tunnels primitifs qu’il vaut mieux aborder avec prudence pour les plus longs.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Le soleil éclaire les montagnes et les coulées de pierres sur leurs flancs. Nous en sortons par une longue montée avant de redescendre suivre de nouveau le cours du Pato dans de nouvelles gorges encore plus étroites où les tunnels sont encore plus nombreux, 39 en 29 kilomètres ! Enfin nous débouchons sur une vallée élargie où nous retrouvons des cultures avant d’arriver à Caraz. Nous cherchons le garage où Guy avait fait réparer son camion l’an passé et dont il était content. Je m’adresse au jeune mécano, lui explique ce que j’attends de lui, vidange, remplacement de la vanne EGR et surtout remplacement des synchros de 2° et 3° vitesse. Il se met aussitôt au travail, monte le camion sur le pont et commence à démonter.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Marie s’est installée dans le salon d’attente, je vais au bureau d’information touristique sur la place centrale demander des renseignements sur les environs puis je retrouve Marie et, bénéficiant d’un bon wifi, nous pouvons recevoir notre courrier et apprendre les derniers rebondissements de la lamentable campagne présidentielle. A sept heures les employés cessent le travail, nous pouvons monter dans le camion qui reste sur le pont. Nous constatons alors que nous n’avons plus d’eau au robinet, la pompe à eau ne fonctionne pas et je ne comprends pas pourquoi. Nous devons nous ravitailler à un robinet du garage.

Vendredi 5 mai : A huit heures les ouvriers sont là, nous devons leur abandonner le camion. Nous faisons la connaissance de Ruben, le patron qui se souvient bien de Guy et Marie-Jo. Le démontage de la boîte de vitesse continue, nous n’avons rien à faire, nous envisageons donc de nous rendre à la laguna Paron en affrétant un taxi. Nous en parlons à Ruben qui va nous chercher une voiture au prix convenu de 100 soles. Arrive une antiquité, un de ces taxis qui ont parcouru toutes les pistes des Andes, un de ces engins qui devraient être mis en retraite mais sans doute existe-t-il au Pérou une adepte de madame El Khomri… Nous partons donc, vite mis dans l’ambiance par le passage dans des rues étroites et en mauvais état de la ville. Nous continuons sur une mauvaise piste de terre sèche, marquée par les dernières intempéries, sur laquelle notre carrosse tangue, danse, gémit, grince sans que cela émeuve le chauffeur. Nous avons un accompagnement musical des plus intéressants : un chanteur (?) loue le Seigneur en s’accompagnant pendant une heure et demie sur les trois mêmes accords de guitare. A souhaiter que Dieu existe pour qu’il l’expédie aux Enfers… La piste grimpe sans discontinuer par de multiples épingles à cheveux rapidement négociées, les roues toujours au ras du bord. Nous devons pénétrer dans le Parc de Huascaran en franchissant une faille entre deux hautes falaises, avec à chaque instant l’impression que nous allons droit dans la falaise, mais au dernier moment un virage nous en éloigne jusqu’au prochain.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous atteignons l’entrée du parc et continuons non plus sur une piste mais sur un chemin d’à peine la largeur d’une voiture, taillé dans la rocaille qui contraint tout de même à ralentir. Et l’autre qui continue de chanter la gloire de Jésus ! Enfin après une heure et demie de montée, pour parcourir 30 kilomètres, nous atteignons le terminus, à 4200 mètres d’altitude, et découvrons le superbe lac glacière d’un bleu extraordinaire, entouré de pics enneigés et de glaciers à plus de 5000 mètres et même à 6300 mètres d’altitude.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Il commence à être un peu tard et leurs sommets accrochent les nuages. Nous suivons sur quelques centaines de mètres un sentier qui longe le lac en corniche pour avoir d’autres points de vue sur ce cirque, avant de revenir et entamer la descente. Le fond musical a changé, un chœur chante « Halleluyah » pendant tout le trajet… Notre chauffeur aurait voté Fillon… Il se lance aussi vite que possible mais une crevaison, très vite réparée, le ralentit. Je découvre alors que nous avions au moins un pneu usé jusqu’à la toile et que la roue de secours n’est en fait qu’une enveloppe de caoutchouc composée de plusieurs couches qui forment patchwork… Nous repartons de plus belle et arrivons sains et saufs (peut-être grâce au choix musical…). Nous nous faisons déposer sur la Plaza de Armas et allons déjeuner au restaurant La Terrazza, pas exceptionnel et même oubliable. Nous passons à l’Office du Tourisme nous renseigner sur les lieux où nous pourrions voir des puyas raimondi, des arbres (plantes ?) très particuliers, propres à la région. Nous revenons au garage. La boîte de vitesse a été démontée mais les ressorts du disque d’embrayage doivent être changés et cela ne peut se faire qu’à Lima. Dans le meilleur des cas nous ne récupérerons le camion que mardi ou mercredi. Nous nous demandons bien comment occuper ces journées… Je commence à démonter la pompe à eau, elle est alimentée, pas obstruée par des saletés, mais refuse de fonctionner. Les mécanos appelés à la rescousse ne comprennent pas plus. Je reste dans leurs pattes jusqu’à ce que Ruben se décide d’essayer de la brancher sur une batterie, sans résultat immédiat mais, quand je la rebranche, elle tourne ! Je m’occupe ensuite de changer le joint de la boîte des wc puis après l’avoir descendu du pont élévateur, nous regagnons notre camion. Les ouvriers s’en vont, la nuit est tombée, nous sommes les gardiens des lieux…

Samedi 6 mai : Marie tombe du lit ! En voulant s’extraire du duvet, elle a perdu l’équilibre et se retrouve au sol, sa tête a cogné mais il y a plus de peur que de mal. Ouf ! Nous ne sommes pas prêts quand les ouvriers arrivent mais ils ne s’intéressent pas au camion. Nous nous rendons en tuk tuk au marché. Trois grandes halles sans grande animation mais nous sommes ici surtout pour prendre en photos les Indiennes en costume traditionnel. Une jupe qui peut être très bariolée sur des jupons, un corsage brodé, 

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

une couverture colorée roulée qui sert aussi de de sac ou de porte-bébé, portée en bandoulière, et surtout un très beau feutre décoré d’un gros nœud de ruban, disposé en éventail sur le côté et agrémenté de perles dorées, constituent la tenue des paysannes aux longues nattes noires tressées, surtout des femmes âgées, ridées et parcheminées, plus rares sont les jeunes ainsi vêtues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous parcourons toutes les allées les unes après les autres en mitraillant les Indiennes les plus photogéniques tout en faisant nos courses, avant de nous rendre à la Plaza de Armas. Nous nous asseyons sur un banc à l’ombre et guettons le passage de trop rares belles tenues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous passons à l’agence de voyage du café de Rat pour nous renseigner sur les possibilités de nous rendre là où poussent les puyas raimondi puis nous retournons au garage pour le reste de la journée. Je recopie les photos, nous déjeunons puis une petite sieste nous amène au milieu de l’après-midi. Les ouvriers s‘acharnent sur le démontage de la boîte de vitesse, des voitures, des camions viennent pour une réparation, nous nous réfugions dans la salle d’attente plus calme pour examiner la carte et envisager la suite du parcours. Je retourne peu avant sept heures au café de Rat pour confirmer notre excursion de demain. D’autres Français seraient intéressés, je les attends jusqu’à plus de sept heures et demie, en vain. Néanmoins je confirme notre accord pour demain. Retour au camion, les lumières sont grandes allumées, j’ai bien des difficultés à trouver l’interrupteur mais alors le chargeur de batterie n’est plus alimenté, je dois tirer la rallonge jusqu’au bureau. Cuisine ensuite de cuisses de poulet grillées et de tomates pas vraiment provençales, pas une bonne idée dans le peu d’espace dont nous jouissons. Nous nous couchons alors que la pluie tombe sur la ville.

Dimanche 7 mai : Le soleil est au rendez-vous, nous aussi. Nous nous sommes levés comme d’habitude pour ne pas rater notre voiture et quand Alberto arrive, c’est pour nous annoncer que, faute de chauffeur disponible, l’excursion est reportée au lendemain… Nous sommes déçus et fâchés de nous être levés tôt alors qu’aujourd’hui nous aurions pu dormir tout notre saoul. Nous décidons de retourner au marché, plus important le dimanche. Un tuk tuk, ici il faut dire moto-taxi, nous y dépose. Tout de suite, nous comprenons que toutes les paysannes des environs sont descendues de leurs villages, revêtues de leurs plus beaux atours.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Les jupes aux couleurs vives que nous recherchions hier sont nombreuses et nous pouvons les photographier sans provoquer trop d’émois chez ces braves dames. Nous provoquons même le rire chez un marchand quand il comprend que nous cherchons à saisir les coquins jupons qui apparaissent quand l’une d’elles se penche.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous découvrons aussi de nouvelles coiffes, quelques rares marchandes arborent un feutre noir couvert de rubans multicolores auxquels elles ont ajouté des fleurs.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

C’est partout une débauche de corsages brodés de fils d’argent, de jupes aux motifs floraux, de chapeaux, feutres ou de paille très finement tressés, fièrement portés. Quand nous sommes fatigués d’arpenter les allées et surtout les rues extérieures où se sont installées les paysannes des environs, nous retournons, une fois de plus, à la Plaza de Armas, nous asseoir sur un banc. Les autorités endimanchées sont rassemblées sur les marches du porche de la cathédrale, face à une fanfare. Discours, airs martiaux et défilé de jeunes filles au pas de l’oie puis dispersion, nous ne saurons pas en quel honneur se tenait cette cérémonie. Nous hésitons à déjeuner au camion ou au restaurant mais auquel ? Je pars à la recherche du Venezia, indiqué dans un « Routard » mais il a disparu. Nous revenons donc au camion et déjeunons en écoutant France Info ce qui nous permet d’apprendre les résultats de l’élection présidentielle qui nous rassure, sans nous réjouir, même si l’ampleur de la différence de voix entre le candidat de la Finance et celui du F. Haine nous fait plaisir. Si la Marine ne s’était pas sabordée (vieille habitude…) quel aurait été cet écart ? L’avenir ne sera certainement pas joyeux… Nous recevons un sms de Julie nous annonçant ce résultat. Nous l’appelons au téléphone, re-souhaitons son anniversaire à Alex, devisons, contents de les entendre. Courte et inconfortable sieste dans le camion, puis je lave les cheveux de Marie et je reprends mes travaux d’écriture. Nous envoyons des messages puis joignons Jean-Claude à Wallis et enfin après un temps de lecture, et comme nous sommes dimanche soir et que certaines traditions (franco-belges ?) se doivent de perdurer, nous arrosons l’anniversaire d’Alex, la défaite de la Marine et la veille de l’Armistice, avec un pisco sour maison.

Lundi 8 mai : Nous sommes prêts en temps. Alberto est presque ponctuel et nous emmène en compagnie d’une Italienne, qui parle parfaitement espagnol, dans une voiture confortable et en bon état. Nous quittons presque aussitôt la grande route pour commencer à nous élever sur les flancs de la Cordillera Negra d’où nous apercevons les sommets enneigés de la Cordillera Blanca, qui lui est parallèle mais dont les sommets sont plus élevés et donc couverts de neige et de glaciers. Alberto nous dispense un cours, ininterrompu pendant toute l’excursion, de géographie, de botanique et même d’ethnologie. Puits de sciences, il nous abreuve de ses connaissances mais en espagnol et à un débit souvent trop rapide… Nous grimpons rapidement sur une route étroite et asphaltée, sensée relier Caraz à la panamericana mais bien peu fréquentée, si ce n’est par de rares collectivos et quelques camions qui viennent chercher le charbon extrait de dangereuses mines primitives dont on aperçoit l’entrée noircie, à flanc de montagne. Les sommets de la Cordillera Blanca sont de plus en plus cachés dans les nuages, à peine devine-t-on la faille qui mène à la laguna Paron et les pointes des plus hauts pics. Nous atteignons au bout d’une heure et demie un col à plus de 4300 mètres d’altitude, au milieu de prairies où poussent ces fameux puya raimondi. Des plantes de la famille de l’ananas qui peuvent atteindre dix, douze mètres de haut. Un ananas de dix mètres, ça existe monsieur Robert Desnos ! Le nombre des plus vieux, 70, 80 ans (dix ans pour un mètre de haut), est plutôt réduit, quelques-uns sont éparpillés autour de nous, de plus jeunes, grosses touffes de feuilles garnies de dangereuses épines, les entourent. Leur bois est convoité comme combustible par les paysans des environs et leurs troncs sont brûlés à la base pour éviter que les moutons ne restent prisonniers des feuilles crochues.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Après les avoir approchés, nous faisons demi-tour et redescendons à Caraz, à temps pour déjeuner dans le camion. Personne ne travaille dessus. Il faut que je demande à plusieurs reprises à Ruben où en est l’avancée des travaux. Faute d’avoir trouvé un disque neuf, on va réparer (mais quand ?) l’ancien et ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’un des mécaniciens reprend le démontage de la boîte de vitesse. Nous passons une partie de l’après-midi à relire mon texte et à mettre le blog à jour. A six heures, un moto-taxi nous dépose à la Plaza de Armas car nous avons l’intention de demander des renseignements à Alberto mais il n’est pas de retour. Nous devons donc patienter, une fois de plus, sur un banc de la place, pour attendre l’heure de dîner au restaurant Entre Panes qui tente Marie. Comme tous les soirs, la pluie survient et nous chasse sous l’odéon où nous attendons. La carte écrite sur un tableau noir n’est pas très longue, celle qu’on nous présente est encore plus courte et il manque la plupart des produits. Marie se contente d’un lomo saltado dont elle se déclare satisfaite et moi d’un vulgaire blanc de poulet aplati et passé à la plancha, rien de gastronomique. Retour dans notre garage plongé dans le noir…

Mardi 9 mai : Nous n’avons rien au programme de la journée, aussi à peine sommes-nous debout quand arrivent les ouvriers. Ils s’activent sur le camion. Faute de pouvoir démonter l’un des deux synchros, sans doute monté à l’azote, ils commencent à remonter la boîte de vitesse. D’autres s’occupent du moteur, vidange, remplacement de la vanne EGR alors que nous sommes encore à bord. Nous les abandonnons après qu’ils ont remonté le camion sur le pont, et nous partons en moto-taxi au supermarché. De l’extérieur, il paraît vaste et important. A l’intérieur c’est différent : pas de fruits et légumes, pas de viande, juste un petit rayon de charcuterie, surtout de volaille, sous cellophane. Le choix est vite fait… Nous revenons au camion mettre nos achats au frais puis, après avoir contrôlé l’avancement des travaux, je repars au marché acheter des fruits et des légumes et même quelques morceaux de cabri, tranchés à la hache sur un billot et présentés comme des côtelettes. La découpe aurait méritée d’être filmée… Je passe à une lavanderia me faire préciser les heures d’ouverture et je retrouve Marie dans la salle d’attente du garage. Elle appelle sa sœur au téléphone, rien de nouveau au Val. Nous hésitons, déjeuner au camion ou au restaurant ! Nous nous décidons pour cette dernière solution. Un moto-taxi nous dépose à la Plaza de Armas et nous retournons à La Terrazza où nous prenons le menu ejecutivo, le menu du jour. Pour une somme dérisoire (2,5 euros !), nous avons droit à des beignets au fromage (Marie a double part…) avec une purée d’avocat, une copieuse soupe avec des bribes de poulet (pour moi les sot-l’y-laisse !) puis un plat garni, poulet en sauce avec riz et haricots pour moi, chicharrones de pollo avec frites, salade et riz pour Marie et de la chicha morada, une boisson à base de maïs, à volonté. Nous nous sommes distingués en commandant une bière fraîche. Nous allons ensuite nous asseoir sur un banc de la place en dégustant deux glaces aux fruits de la passion, corosol et tucuma.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous y restons, Marie en lisant, moi en somnolant, jusqu’à près de quatre heures et rentrons au camion. Les travaux sur le moteur sont terminés, les plaquettes de frein ont été changées mais nous attendons toujours le retour du disque d’embrayage. Nous passons le reste de l’après-midi dans la salle d’attente, à consulter les informations sur Internet. Je rappelle à Ruben qu’il faudrait changer les garnitures du frein à main, il part aussitôt avec les mâchoires. Comme tous les soirs, nous sommes abandonnés dans le noir après 19 h. Dîner sans enthousiasme en nous demandant si nous serons encore ici demain…

Mercredi 10 mai : A huit heures, seuls les mécaniciens qui travaillent sur le remontage de la boîte de vitesse sont présents. Le ciel est devenu tout gris. Qu’en sera-t-il en montagne ? Je vais porter du linge à laver puis nous attendons en lisant dans la salle d’attente. Nous allons déjeuner dans une gargote près du marché, un bon ceviche avec même des pinces (petites !) de crabe et un arroz de mariscos, moins réussi, pour Marie. Nous revenons attendre sur nos canapés, en surveillant la progression du remontage. Je vais rechercher le linge. Les heures passent et il devient de plus en plus évident que le camion ne sera pas prêt ce soir. 19h et c’est le départ des mécaniciens, la plongée dans le noir et une nouvelle soirée dans le garage commence…

Jeudi 11 mai : J’angoisse à l’idée de ces pistes vertigineuses et souhaiterais presque un temps abominable qui nous contraindrait à renoncer et aller directement à Chavin. Huit heures, nous sommes prêts et attendons l’arrivée des mécaniciens. Ils se mettent au travail mais vite nous comprenons que tout ne sera pas terminé à dix heures comme promis par Ruben, le patron. Les heures passent, ils semblent avoir un problème de purge du circuit hydraulique de l’embrayage mais aussi du côté du frein à main dont les nouvelles garnitures doivent être trop épaisses. Je vais surveiller de temps à autre l’état du ciel qui se dégage lentement de la grisaille de l’aube et le manège des nombreux chiens errants qui se chamaillent avec les vilains roquets revêtus d’un manteau ridicule. Nous allons déjeuner dans une gargote proche de chicharrones de porc puis nous revenons attendre, le moral bien bas… Les heures continuent de passer, je surveille le remontage de la transmission, la purge du circuit hydraulique de l’embrayage, la remonte de l’échappement et enfin, peu avant dix-sept heures, je démarre le moteur. Mais un bruit anormal alarme notre jeune mécanicien qui détecte vite un roulement défectueux sur un galet de la courroie. Démontage, remplacement et je sors le camion du garage pour un essai avec Ruben. Le passage de la troisième vitesse est toujours bruyant et les freins neufs ne sont pas encore équilibrés mais nous sommes trop contents d’en avoir fini ! Je règle la facture à Ruben, moins de 1000 euros ! Nous lui faisons nos adieux ainsi qu’à ses enfants aux prénoms bibliques : Abraham, Isaac, Sinaï et Elysée. Je laisse une propina au mécanicien et nous allons aussitôt au camping « Guadalupe » à la sortie de la ville, déjà occupé par une Land Rover d’Allemands. Bonnes installations dont je vais profiter. Nous nous offrons un pisco sour en utilisant la bouteille de jarabe de goma, à la place du sucre, résultat très satisfaisant… Nous dînons de nos patates farineuses (les plus chères !) et de nos supposées côtelettes de cabri dont nous comprenons mieux l’usage de la hache pour les débiter…

Vendredi 12 mai : Nous échangeons quelques mots avec nos voisins allemands puis Jaime, le patron du camping, décidément très sympathique, nous aide à refaire le plein des réservoirs d’eau et nous montre son livre d’or dans lequel nous retrouvons trace du passage de Pierre et Catherine ainsi que des Milav. Par précaution, je refais un plein de gasoil puis, à Yungay, nous prenons la piste du Parc Huascaran. Le soleil est présent, le ciel est bleu et les nuages ne sont pas trop abondants. La piste s’élève et domine rapidement la ville de Yungay, reconstruite après avoir été rasée par un torrent de boue, de glace et d’eau suite à un séisme en 1970. Rien de vertigineux, la piste est suffisamment large et ne pose pas de problème. Bientôt nous découvrons les sommets des pics et des glaciers qui nous paraissent tout près avant de disparaître derrière d’autres montagnes moins hautes mais plus proches. Nous parvenons au poste d’entrée où nous déclarons nous rendre à Yanama, ce qui nous dispense de payer le droit d’entrée. Nous nous enfilons dans une large faille entre deux falaises avant de parvenir à la première des deux lagunas de Llanganuco, deux lacs aux eaux émeraude. Nous nous arrêtons à la première et suivons un court sentier qui nous permet de découvrir, depuis le lac, les falaises qui en gardent l’entrée et qui s’y reflètent.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Un peu plus loin, j’approche le goulet qui fait communiquer les deux lacs, le sable y a des couleurs ferrugineuses. Nous longeons le second lac, au pied des montagnes et arrivons à son extrémité par une digue en mauvais état, construite sur l’eau. Le cadre est nettement moins spectaculaire qu’à la laguna Paron, les pics enneigés ne sont pas aussi proches. Nous continuons sans nous arrêter et attaquons la montée du col que je redoute mais elle n’est pas aussi dure que je ne le craignais, Une piste relativement bonne et suffisamment large pour ôter tout souci de croisement même si le problème se pose dans un virage avec deux camions. Le précipice n’est pas vertigineux et les arbustes qui bordent la piste le cachent. A chaque épingle à cheveux, nous avons une vue de plus en plus aériennes sur les lacs qui s’éloignent dans le cirque de montagne. Nous sommes entourés de glaciers et de montagnes enneigées qui culminent à plus de 6000 mètres, et dont nous approchons sans jamais trouver de neige ou de glace sur le bord de la route.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Les tout derniers kilomètres sont une suite d’épingles à cheveux qui nécessitent parfois de repasser la 1ère vitesse avant qu’une coupure dans la crête de la montagne, à 4760 mètres d’altitude, notre record, nous fasse passer sur l’autre versant. La descente est moins dure, quelques petits lacs l’agrémentent, nous nous arrêtons au bord de l’un d’eux, encore à 4420 mètres, pour déjeuner dans le camion. Nous continuons de perdre de l’altitude, retrouvons des cultures, des champs étagés sur des pentes redoutables, quelques hameaux pas très riches avant d’atteindre Yanama. Nous nous garons sur la place centrale où, devant la mairie, se tient une cérémonie en l’honneur des Mères. Toutes les Indiennes sont rassemblées avec leurs tenues habituelles et leurs chapeaux, pas tous très beaux, un chanteur, accompagné d’une harpe électrique, donne un concert et quelques couples, surtout des vieilles femmes, dansent tandis qu’on distribue des jus de fruits et des roses en plastique à toutes les dames.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Je me renseigne sur l’état des pistes pour rejoindre Chacas. Celle que nous avait indiquée Guy paraît plus difficile même si elle est plus courte. Nous nous décidons pour le tour par San Luis. La sortie de la ville est rapide, la piste paraît bonne. Elle suit le cours d’un torrent, nous passons dans des villages et croisons des bergers qui rentrent leurs troupeaux, vaches, ânes, chèvres. Puis la piste devient plus étroite, en corniche bien au-dessus du torrent mais en descente. Je commence à ne plus trop apprécier… De nombreux passages sont coupés par des ruisseaux et des ornières, creusées par les rares camions, ont durci. Encore un passage en corniche avec juste la place pour nous et nous parvenons au carrefour de la route de San Luis. La piste s’améliore, plus large et moins vertigineuse. Le soleil décline, il nous faut trouver un emplacement de bivouac. L’un indiqué dans ioverlander se révèle impraticable, à se demander qui a bien pu trouver ce bout de piste abandonné assez plat pour y dormir ! Nous arrêtons un peu plus loin, sur le bord de la route, sur le terre-plein pavé devant une chapelle.

Samedi 13 mai : J’ai mal dormi, réveillé très tôt j’ai surveillé le passage des véhicules dans la nuit, peu nombreux puis c’est la pluie qui tombe longtemps et en abondance mais cesse au matin. Nous repartons, le moteur a des ratés, plus que d’habitude, qui cessent quand il est chaud. La piste est devenue boueuse avec la pluie de la nuit. Nous traversons des villages de maisons et de fermes anciennes, pauvres mais qui ont du caractère, avec une étable et une grange ouverte entre les deux corps de l’habitation.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous avons l’heureuse surprise au carrefour de la route de Chacas de trouver une très bonne route asphaltée. Nous l’attendions plus loin et n’osions l’espérer aussi bonne, large, au revêtement sans défaut. La montée vers le gros bourg de Chacas se fait tranquillement, sans cahots, sans vibrations, un vrai bonheur ! Nous nous garons sur la vaste place centrale de ce joli village colonial. Toutes les maisons qui l’entourent sont anciennes ou construites dans le style traditionnel, à un étage, chaulées, à toit de tuiles romaines, portes et fenêtres peintes en bleu ou en vert.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Mais ce sont surtout les balcons qui sont remarquablement ouvragés, finement sculptés avec des représentations florales et des chevaux sur quelques cartouches.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous faisons le tour de la place, visitons l’église, récente mais dont le buffet d’orgues est lui aussi un exceptionnel travail d’ébénisterie. Sur une grande fresque religieuse, je crois reconnaître le portrait deTrotsky. Marie m’assure que je me trompe…

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous repartons et entamons la montée du col Punto Olimpico. La route reste en parfait état et c’est un jeu d’enfant de monter en surveillant l’altimètre qui rapidement indique plus de 4000 Mètres. Nous nous rapprochons de la barrière blanche du glacier Huascaran qui culmine à plus de 6700 mètres. Une dernière série de lacets dont nous nous jouons avec une facilité inhabituelle et nous aboutissons au tunnel qui traverse la cordillère à plus de 4700 mètres mais sans battre notre record de la veille. Nous l’aurions pu si, au lieu d’emprunter le tunnel, nous avions choisi de passer le col à 4900 mètres par l’ancienne route mais nous ne sommes ni masochistes, ni inconscients… Au sortir du tunnel, nous découvrons les glaciers du Huascaran sous un autre angle de même que les autres pics qui nous entourent mais qui, hélas, accrochent les nuages et donc dont les sommets se confondent avec eux.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Parfois nous guettons une éclaircie, un sommet qui se dégage, un bout de ciel bleu derrière un sommet mais l’instant est si bref que nous ne parvenons pas à le saisir sur les photos. Nous descendons en perdant rapidement de l’altitude, ce que j’apprécie pour mieux respirer. La route n’est pas entretenue de ce côté. Elle reste bonne mais à de nombreuses reprises des éboulis, des arbres se sont abattus, des roches obstruent les caniveaux et ils n’ont pas été dégagés. Nous arrêtons à un mirador accessible par quelques marches mais qui obligent à passer au-dessus du caniveau. En l’enjambant, Marie tombe, m’entraîne dans sa chute et je me froisse un muscle de la cuisse. Nous nous arrêtons pour déjeuner quand nous avons rejoint les prairies fleuries où serpente un ruisseau et où paissent des vaches. Je repense aux bofedal, ces prairies d’altitude que nous avions rencontrées au Chili mais où les troupeaux étaient plus variés avec notamment des lamas et des alpacas, jamais rencontrés ici.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Encore une descente où nous avons la surprise dans la traversée de Shilla de voir le goudron remplacé par une très mauvaise piste. Le maire ne doit pas être dans les petits papiers du ministre des transports… Nous atteignons Carhuaz, trouvons la Plaza de Armas où nous nous garons. Le parc est fleuri, des roses poussent sous les palmiers mais aucune des maisons qui l’entourent n’a le moindre cachet. Nous repartons pour Huaraz, peu de kilomètres sur une route normale, en plaine mais ils me coûtent, je commence à fatiguer sérieusement et je ne vois plus très bien. Nous trouvons le Real Huascaran Hotel où nous pourrions passer la nuit sur le parking pour 30 soles mais pour se doucher il faudrait payer 50 soles de plus ! Je me suis fait indiquer où se trouve le plus grand supermarché de la ville. Nous passons devant, en plein centre-ville, pas de parking. Nous allons nous renseigner à l’office du tourisme qui confirme qu’il n’y a pas de grand supermarché et que ceux qui existent ne vendent ni fruits, ni légumes ni viande ! Nous allons nous garer à proximité et vérifions qu’effectivement il n’y a pas grand ravitaillement… Nous achetons une boîte de conserve, des lentilles au lard, de la bière, du jus de fruit. Marie reste au camion pendant que je vais à pied à un autre supermarché tout aussi mal achalandé. En désespoir de cause et en claudiquant, je vais au marché où je me résous à acheter à l’étal d’une bouchère, une épaisse côte de porc puis des œufs et je retrouve Marie. Nous allons nous garer derrière le commissariat de police qui devrait être tranquille, un emplacement déjà indiqué par les Milav…

Dimanche 14 mai : La nuit a été très calme, ces messieurs de la police ne se sont pas manifestés. Nous nous réveillons sous un beau ciel bleu et dès que nous prenons la route, nous apercevons les sommets de la Cordillera Blanca d’une éclatante blancheur, dégagés des masses nuageuses, qui se profilent sur le bleu. Le camion a encore été bien difficile à démarrer ce matin, toussant, calant, avant de se décider à tourner rond. Nous quittons la grande route pour nous enfoncer en direction des montagnes, roulant sur cet altiplano bien vert, arrosé par des ruisseaux qui descendent des sommets. Toujours que des vaches dans les prés et aucun camélidé. Sommes-nous au Pérou ? La route, excellente, s’élève petit à petit puis plus franchement et quelques lacets nous amènent à l’entrée d’un tunnel à 4500 mètres d’altitude qui nous fait passer sur l’autre versant, dans la vallée du rio Mosna. Nous dominons les villages et les petits champs qui s’étagent au flanc des montagnes.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

La route est désormais une piste de gravillons, sans trous, que je dévale prudemment surtout dans les virages en épingle à cheveux. Les mines de charbon primitives que nous avions remarquées en 2007 ont été murées. Il n’en reste que des traces noirâtres sur le bord de la route. Nous rejoignons le fond de la vallée et peu après nous sommes à Chavin. C’est dimanche et il y a foule de paysannes autour du marché. Pas de costumes ni de chapeaux différents mais beaucoup ont ajouté quelques fleurs au ruban de leur coiffe. Nous ne nous arrêtons pas et allons nous garer à l’entrée du site archéologique. Nous devons contourner l’énorme tumulus sous lequel se dissimulent les restes de la pyramide étagée construite par la civilisation chavin entre 900 et 600 av JC. Nous découvrons l’ensemble, une vaste cour carrée et derrière, les escaliers qui menaient au centre cérémoniel. Des toitures végétales ont été construites pour protéger les fouilles des intempéries, elles ne participent pas à la mise en valeur du site mais sont évidemment nécessaires.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous pouvons apercevoir quelques gravures sur deux colonnes et supposer qu’il y a bien des faucons gravés sur le linteau mais nous ne pouvons approcher, de même que pour les dalles d’une cour circulaire, elles aussi gravées. Un second temple offre la possibilité de descendre dans un souterrain pour y apercevoir derrière une vitre un pilier sculpté en forme d’être humain à tête de félin. Ses extrémités sont fichées dans le plafond et le sol, comme un poignard, sur lequel devait couler, depuis une rigole de la plateforme supérieure, le sang des sacrifiés. Nous pouvons explorer d’autres souterrains, vidés de leurs objets, sans grand intérêt, si ce n’est celui de comprendre le réseau de couloirs qui couraient sous la pyramide. Dernière vision, celle de l’unique tête-clou, restée en place, une tête sculptée dans la pierre et munie d’un tenon qui était enfoncé dans le mur.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Nous décidons de déjeuner à l’agréable restaurant Buongiorno, dans un jardin, au bord de la rivière. Je me régale d’un picante de cuy, du cochon d’Inde, à la peau croustillante sur une chair tendre et Marie d’un lomo a la pimienta, un steak au poivre et à la crème servi saignant ! Nous nous rendons ensuite au musée, tout neuf, dû à la coopération japonaise. L’entrée n’est pas engageante, un vaste hall vide dont la moitié est dissimulée derrière des panneaux. Les premières salles, la situation géographique, les premiers peuples, sont plus riches en textes qu’en objets. Il faut attendre les salles suivantes où sont présentées des têtes-clous, des dalles gravées, pour apprécier leur mise en situation et les explications (en espagnol).

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Dans les dernières salles sont exposées trois stèles trouvées sur le site, une copie de celle restée en place dans le souterrain, une copie de celle partie à Lima et l’original de la troisième. Pour toutes, des explications, des dessins, des vidéos tentent de nous les déchiffrer mais même avec le dessin, nous avons bien du mal à identifier les divers personnages et leurs attributs. Nous revenons nous garer sur la Plaza de Armas dans l’espoir de revoir des paysannes mais il est trop tard, il n’y a plus guère de monde.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Je tente de m’acheter un Coca frais, aucune des boutiques n’a de réfrigérateur, ils sont à température ambiante. Nous revenons stationner pour la nuit devant le restaurant de ce midi. Nous allons y prendre qui une limonade, qui un Coca avant de regagner le camion quand le soleil baisse, ainsi que la température, et qu’il commence à pleuvoir. Un apéritif est de rigueur ce dimanche soir.

Lundi 15 mai : Le calme de la nuit n’a été troublé que par le murmure du ruisseau et, sur les pavés, par le clopinement des sabots des caravanes d’ânes et de mulets qui assurent encore le transport vers les hameaux de la montagne. Nous repartons au moment où arrivent les Allemands rencontrés à Caraz. Nous reprenons la route de la veille mais cette fois sous un ciel gris et sans aucun rayon de soleil. Nous repassons le tunnel, l’autre versant est tout aussi sinistre, les montagnes disparaissent à l’horizon dans d’épaisses masses de nuages d’orage. Nous abandonnons l’idée de suivre la piste, qui pourrait nous raccourcir le trajet en kilomètres mais peut-être pas en temps, passant près du glacier Pastoruri, car il est probable que nous n’en verrions rien. Nous continuons donc sur la bonne route goudronnée jusqu’à la lagune de Conococha que la lumière ne met pas en valeur alors qu’elle est au milieu de prairies qui ne demandent qu’à voir éclater leurs verts tendres. Nous nous dirigeons ensuite, toujours sur une bonne route, de nouveau vers la cordillère, en traversant ces prairies. La route, au fond de la vallée, commence à monter, s’élève sur les flancs de la montagne, nous offrant des vues époustouflantes sur le damier des parcelles cultivées sur les pentes raides de l’autre versant.

TRANSAMERICA (4.2.- Pérou, Andes Centrales)

Des paysans ont même établi des terrasses minuscules de part et d’autres d’un torrent, à des hauteurs inimaginables. Je pense à mon grand-père qui a quitté, il y a bien plus d’un siècle, son Quaranteplane pour offrir une vie plus décente à Paris à sa famille. Dans combien de temps ces cultures seront-elles abandonnées ? La montée du col Yanashalla, encore un à plus de 4700 mètres d’altitude, est facile, sans trop rude montée. Nouvelles pâtures de l’autre côté près desquelles nous nous arrêtons pour déjeuner. Je débouche le réservoir des eaux usées qui, trop plein, avait débordé jusque dans la cellule. La route, bonne jusqu’ici, devient bien moins large et les redoutables caniveaux rendent les croisements délicats, la chaussée reste néanmoins correcte mais à Huallanca les infrastructures d’une mine gâchent les abords des gorges dans lesquelles nous nous engageons. Elles deviennent très étroites, valent presque celles du Todgha. Nous atteignons La Union sous la pluie qui nous dissuade de nous rendre au site archéologique de Huanuco Viejo où nous aurions pu passer la nuit. Nous nous avançons en direction de Huanuco, toujours en suivant une étroite vallée jusqu’à Tingo Chico, où un pont nous fait franchir le fleuve en furie et nous le remontons sur l’autre rive. La route devient mauvaise, on ne sait plus s’il s’agit d’une mauvaise route ou d’une piste pas fameuse… Nous devons attendre une demi-heure que des engins de terrassement dament un kilomètre de piste, pourquoi celui-ci, c’est toute la route, la piste, qui devrait être refaite ! Nous continuons sur une corniche étroite, roulant sur un patchwork de goudron et de cailloux, rebondissant dans les trous et avec l’angoisse de se trouver nez à nez avec un camion à chaque virage. Nous nous arrêtons pour la nuit sur la place du village de Chavinillo. Au moment de faire cuire le dîner, plus de gaz ! Je dois changer la bouteille et la remplacer par celle achetée au Canada, mais elle est vide ! Pourtant elle avait été remplie avec les autres au Panama. Je dois ressortir des tréfonds des coffres le gaz de camping acheté au Mexique et sa dernière cartouche. Toutes ces péripéties ne m’ont pas mis de bonne humeur, notamment la perspective de devoir trouver où remplir nos bouteilles françaises mais le comble arrive quand je veux faire tourner le moteur du camion qui refuse de démarrer ! Toujours ce problème de démarrage à froid, arrivée du gasoil, présence d’air ou d’eau dans le circuit ? Je ne sais mais demain matin il va me falloir trouver un mécanicien dans ce gros village… Une bonne nuit en perspective…

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17 avril 2017 1 17 /04 /avril /2017 21:47

TRANSAMERICA

 

4.- de Zorritos (Pérou) à Jaureguiberry (Uruguay)

Printemps 2017

 

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Mardi 11 avril : Le réveil sonne à 6 h 45, bien inutilement puisque nous n’avons dormi que d’un œil. Après avoir terminé de remplir nos deux sacs habituels, nous les chargeons dans la coffre de l’Alfa et prenons la route de Marseille. La circulation est fluide et nous sommes à 10 h à Vitrolles devant la Française des Jeux où nous retrouvons Julie. Nous filons à l’aéroport. Brèves effusions, Julie repart avec la voiture et nous allons enregistrer. Marie bénéficie d’un fauteuil roulant qui lui évite une longue marche dans l’aéroport. Nous décollons avec un léger retard. Pas de repas dans l’avion, sandwichs et boissons sont payants. Nous nous offrons une bière pour faire passer nos restes de jambon et de pain de mie. A Madrid, un camion avec hayon élévateur attend Marie, transférée dans une camionnette qui emprunte des tunnels pour rejoindre un autre terminal. Nous évitons les contrôles de sécurité et après une longue et (trop) rapide (pour moi qui peine à suivre à pied !) course dans l’aérogare, nous parvenons en salle d’attente. L’avion n’est pas plein, les hôtesses sont fardées comme des geishas un soir de pleine lune, pressées de terminer leur service. Un repas est servi peu après le décollage (déjeuner, dîner ?), pas d’apéritif, ni de hors d’œuvre, un plat de pâtes au fromage ! Je parviens à l’échanger contre un blanc de poulet et du riz. Ouf ! Somnolence, tentative de visionner des films, en anglais ou en espagnol, histoire de me prouver que je ne comprends pas plus l’une ou l’autre langue… Je parviens à dormir une ou deux heures puis on nous réveille pour nous servir un infâme petit déjeuner (à 3 h du matin, heure de Paris ou à 20 h heure de l’Equateur !), une tranche de pain imbibée de fromage et un morceau de brownie… Nous survolons Guayaquil illuminée et nous nous posons. Marie est attendue, passage rapide de l’immigration puis récupération des bagages sans passer au scanner. La température à l’extérieur est bien tropicale, environs 30°c. Nous ne sommes pas attendus. Nous prenons un taxi qui rapidement nous dépose à l’hôtel où on ne trouve pas trace de notre réservation… Nous prenons une chambre tristounette, mal éclairée mais climatisée. Nous pouvons nous déshabiller, boire frais et envoyer des messages à Julie et Nicole avant de nous coucher.

Mercredi 12 avril : Les effets du décalage horaire (sept heures !) se font sentir. Malgré la mauvaise nuit dans l’avion, nous ne parvenons pas à dormir ou à peine une ou deux heures. La nuit a été calme et nous avons même arrêté le climatiseur qui faisait un bruit de Boeing au décollage. Au matin, quand la ville s’éveille tardivement et que les bus pétaradent sous nos fenêtres, nous le remettons en marche. Je vais faire le tour du pâté de maisons : des immeubles en béton et des échoppes, souvent des gargotes au rez-de-chaussée.  Nous changeons de chambre pour une plus grande, avec une fenêtre sur la cour mais guère plus gaie. Nous hésitons sur le programme des jours à venir. Je cherche sur internet à réserver le bus pour Tumbès mais il n’y a pas de place avant dimanche ce qui remet à jour la possibilité de nous rendre aux Galapagos. Nous demandons à rencontrer le Chris avec qui nous avions échangé des messages. En attendant qu’il vienne nous allons petit déjeuner à la cafeteria au coin de la rue. Le ciel est couvert  mais il fait déjà chaud et la moiteur me fait vite suinter comme beurre au soleil ! Nous marchons jusqu’à la Place du Centenaire, de beaux arbres et une colonne avec des statues de Pères de la Nation…

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous descendons la grande avenue en direction du Malecon. Commerces d’électro-ménager et supermarchés. Nous retrouvons le bruit permanent et qui ne semble déranger que nous : klaxons d’impatients, musique tropicale ou reggae, dégorgée de tous les magasins, vendeurs à la sauvette qui s’époumonent à essayer de vendre des bouteilles d’eau fraîche. Marie qui les a oubliées cherche des boules Quiès mais ce n’est pas un article connu dans les pharmacies ni dans les supermarchés. Nous revenons à la chambre, patientons dans l’attente de Chris qui n’a pas de croisière à nous proposer à un prix acceptable avant lundi prochain. Nous n’avons pas envie de patienter plusieurs jours à Guayaquil, aussi y renonçons-nous. Nous devons maintenant trouver un bus pour nous rendre au Pérou. Un taxi nous dépose à l’immense gare routière, à proximité de l’aéroport. Le hall est à la fois un mall, une salle d’attente et une suite de billetteries de compagnies de transport. Je réussis à obtenir des places en semi-cama, des sièges plus inclinables que ceux de l’avion, pour le trajet de nuit qui part vendredi soir. J’envoie un message à Melba pour la prévenir. Nous revenons en taxi dans le centre, sur la place San Francisco. Nous déjeunons tardivement au restaurant Cocolon, plus chic que les gargotes : fruits de mer en sauce au lait de coco et riz pour moi, et pour Marie un plat appelé la ultima cena, une fine tranche de bœuf, tendre avec des haricots, deux œufs frits, et les inévitables patacones, riz et tranche d’avocat. Rien de gastronomique mais il y a tout de même un effort d’invention mais la bière est absente et c’est à l’eau que nous déjeunons ! La Place Bolivar est un petit parc avec de grands arbres et des pelouses habitées par de placides iguanes. Les jeunes sont verts, leur couleur disparaît avec l’âge, les plus âgés sont pourvus de fanons de notaires balzaciens.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les pigeons leur manifestent le plus complet mépris en s’ébrouant sur leur dos. Quelques commerçantes opportunistes vendent des graines pour les pigeons et des feuilles de salade pour nourrir les iguanes. Un bassin est peuplé de nombre de tortues qui peinent à sortir de l’eau pour se hisser sur les rebords en béton pour des siestes réparatrices. Je changerais bien avec elles… Nous continuons jusqu’au Malecon, la longue promenade le long du large estuaire du rio Guayas. Quelques bâtiments boursouflés, exemples typique du mauvais goût architectural de la fin du XIX° siècle, importé aux colonies espagnoles nouvellement indépendantes, abritent des édifices municipaux ou gouvernementaux. Nous suivons la promenade en direction du nord sous un soleil qui a fini par percer, contemplant le courant qui charrie vers l’océan des touffes de jacinthes d’eau avant de les voir refluer avec la marée montante. Nous allons prendre un pot au café Resaca d’où nous dominons les jeux pour enfants et dans le lointain les collines et la berge opposée.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les familles déambulent, semblent en vacances, les copieux petits déjeuners servis dans toutes les gargotes expliquent les formes plantureuses des dames… Nous revenons en sueur et fatigués à la chambre pour profiter de la climatisation. Nous ressortons pour aller dîner. Il commence à pleuvoir. Nous trouvons un chifa, un restaurant dit chinois où nous prenons deux plats trop copieux et vaguement d’inspiration asiatique. Quand nous en repartons, l’orage a éclaté, les rues sont inondées mais heureusement tout le trajet est à l’abri sous les arcades de la rue. Nous trouvons un message de Melba, toujours à Lima mais qui charge son frère de nous réceptionner.

Jeudi 13 avril : Je me suis vite endormi mais je me suis réveillé tôt. Je me résous à me connecter sur internet une petite heure pour connaître les nouvelles du monde et surtout de notre très spéciale campagne présidentielle. Recouché, je somnole et dors pour me réveiller passé neuf heures ! Le temps de nous préparer, il est plus de dix heures quand nous allons prendre le petit déjeuner à la cafeteria. Je vais acheter des pansements pour les pieds de Marie qui n’avait pas prévu leur probable nécessité avec le port de chaussures inhabituelles. Un taxi négocié à 2 dollars nous dépose au pied du cerro de Santa Anna qui, comme son nom l’indique, est une colline à l’extrémité du Malecon, couverte de constructions sommaires mais très colorées. L’effet doit être pittoresque sous le soleil mais ce dernier, étant absent toute la journée, la pauvreté de la plupart des constructions n’en est que plus évidente.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous commençons par nous rendre au nouveau Museo d’Antropologia que peu connaissent, aucun taxi n’avait la moindre idée de sa situation. L’entrée est gratuite, le lieu désert mais l’accueil très aimable. Nous circulons dans des salles qui évoquent, uniquement en espagnol, les différents milieux physiques et leur formation, la faune est montrée par des céramiques précolombiennes sur lesquelles elle apparaît. Puis des salles richement dotées exposent d’autres céramiques des différentes cultures pré-incas en insistant sur les relations et la communauté de cultures des peuples mésoaméricains. Nous devons éviter les seaux stratégiquement disposés sous les fuites de pluie du plafond de ce bâtiment neuf… Nous continuons par des salles consacrées aux peintres équatoriens du groupe Artefactoria de Guayaquil. Deux nous paraissent intéressants : Marcos Restrepo pour des œuvres surréalistes et Flavio Alava pour des collages. Nous commençons à fatiguer et à être affamés. Nous contournons la colline par une rue bordée de maisons patriciennes anciennes restaurées et qui aboutit à un quartier, au bord du rio, d’immeubles modernes dont une tour vrillée mais sans l’amplitude de celle de Panama. Nous cherchons un restaurant. Ils ne manquent pas sur la promenade mais les prix sont ceux d’Europe. Nous nous décidons pour celui d’une ancienne brasserie, La bière est aussi chère et les plats très quelconques, mes deux côtes de porc (fines comme il se doit) ont un curieux goût qui me fait douter de leur fraîcheur. Nous entamons ensuite l’escalade de la colline par de raides volées de marches qui passent entre les maisons parfois suspendues au-dessus du vide. Des carrés de plantations et de fleurs en agrémentent le parcours et des vigiles surveillent les lieux. En sueur, nous parvenons à la terrasse : un phare et une chapelle entourés de canons pointés vers le fleuve et une vue sur toute la ville et sur le cerro del Carmen lui aussi coloré mais surmonté de vilaines antennes.

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Je monte au sommet du phare, la vue est à 360° mais toute grise ! Nous redescendons les 444 marches (elles sont numérotées) sans trouver le café providentiel avec une agréable terrasse où nous pourrions réimbiber nos muqueuses asséchées. Tous les bars sont intérieurs et ne doivent s’animer que le soir. Nous retrouvons le Malecon que nous suivons en passant devant la grande roue, peu pressée d’accomplir sa révolution, et dénichons sous un pont un café au bord d’une mare à canards. Une première tournée de Coca Cola et de thé glacé ne suffit pas, une seconde la suit… Nous rentrons à l’hôtel en taxi. Je m’occupe des photos et commence à raconter la journée avant de me rendre à la proche église San Agustin. L’animation dans les rues est grande et malgré un début de pluie, les marchands de jus de fruits, de glaces et autres friandises se sont installés devant le porche, les battants grands ouverts.

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Les familles occupent tous les bancs, les allées sont bondées et des fidèles se pressent devant les chapelles latérales. Je reviens à la chambre me reposer et continuer d’écrire puis nous sortons et retournons à l’église. La messe est commencée. Les bruits de la rue, bus aux démarrages rageurs, marchands racoleurs, ne troublent pas le prêtre qui, lui, ne gêne pas beaucoup ceux qui continuent des conversations sans doute peu ecclésiastiques… En revenant vers l’hôtel, nous passons devant une gargote qui paraît sympathique. Nous nous retrouvons dans une cour avec des tables tout autour d’une scène surélevée. Nous commandons un plat de poulet frit avec des patacones bourratives et des bières. Des couples peu distincts dans le faible éclairage se déhanchent au rythme des airs diffusés par des haut-parleurs agressifs. Ce ne sont pas des canons de la beauté occidentale mais ce sont tous des danseurs que j’envie !

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Nous rentrons à l’hôtel écrire ces dernières lignes, souhaiter l’anniversaire de Martine et aussi échanger quelques mots sur Skype avec Jean-Claude.

Vendredi 14 avril : Nous refaisons les sacs et les laissons à la garde de l’hôtel. Nous sortons dans des rues désertes, magasins fermés, y compris notre cafeteria ! C’est Vendredi Saint… Marie a de plus en plus mal aux pieds et ne se ressent pas de marcher beaucoup. Nous prenons un taxi qui nous dépose devant la cathédrale. Une procession doit en partir à 10 h. En attendant nous allons nous asseoir dans le Parc Bolivar, celui peuplé d’iguanes et de tortues. Les marchands de sucreries, de pistolets à eau, de bouteilles d’eau glacée sont presque aussi nombreux que les familles venues elles aussi pour la procession. Je vais acheter deux parts de gâteaux qui nous servirons de petit déjeuner avec un reste de bouteille d’eau. Des motos de la police et une camionnette de sonorisation stationnent devant la cathédrale, des airs joyeux et des discours à la gloire du Christ sont diffusés. Le temps passe, je vais faire un tour à l’intérieur. Devant le chœur, des personnages costumés, soldats romains, femmes du peuple avec de longs voiles, Barabbas, Pilate, le Christ, jouent les scènes de la Passion.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Je vais rechercher Marie et nous assistons au Jugement et à la Flagellation avant que tous ne sortent, suivis des membres d’une congrégation vêtus de longues robes violettes et, pour quelques-uns, d’un sinistre chapeau pointu de sorcière percé de deux orifices pour les yeux.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous nous précipitons sur le parvis, à temps pour prendre quelques photos avant que la procession ne s’ébranle pour un tour en ville. Nous retournons nous asseoir sur un banc dans le parc, à côté d’une de ces Indiennes qui portent une jupe longue en satin de couleur et une ceinture brodée. Nous voulons nous rendre au Musée Nahim Isaias mais il est fermé de même que toutes les administrations. Il fait d’autant plus chaud que le ciel se dégage et que le soleil est aujourd’hui bien présent. Nous allons nous asseoir sur un autre banc à l’ombre sur le Malecon. Nous ne savons que faire de la journée et il n’est pas question de marcher. Nous attendons l’heure de déjeuner puis nous nous rendons dans une des rares gargotes ouvertes. Elle est plutôt agréable et des ventilateurs essaient de brasser l’air tiède. Nous commandons des ceviches de poisson. Nous sommes surpris qu’ils soient constitués de morceaux de poisson cuits et chauds ! Marie se traîne jusqu’à la Place San Francisco, domaine réservé des cireurs de chaussures et des pigeons qui, perchés dans les arbres, ne se privent pas de fienter sur les innocents qui ont cru pouvoir s’asseoir sur les bancs. Une fois ainsi baptisés à tour de rôle, nous ne nous attardons pas et reprenons notre lente avancée le long de l’avenue 9 de Octubre, la grande artère de la ville. Les magasins ont ouvert et diffusent de la musique à des volumes réglés pour sourds profonds. Nous passons au supermarché faire quelques provisions en prévision du voyage et de notre arrivée à Swiss Wassi. Nous retrouvons les produits oubliés : jambon reconstitué, salami anémique et fromage-carton pour Marie. Nous nous traînons jusqu’à l’hôtel où nous attendons 4 heures dans la minuscule réception, avec pour seule distraction un téléviseur sur lequel nous pouvons suivre une Vie du Christ, tournée dans les décors du Maroc (version Zeffirelli ?). A 4h, nous récupérons nos sacs et aidés par le réceptionniste, nous les descendons puis hélons un taxi qui nous emmène à la gare routière. Nous traversons le hall et arrivés devant le bureau de la compagnie Civa, je m’aperçois que je n’ai plus l’appareil photo ! Je pense l’avoir laissé à l’hôtel et vite je saute dans un taxi, retourne à l’hôtel où il n’y a pas trace de l’appareil. Désespéré, déjà las de ce voyage qui me coûte un appareil par pays, envisageant tous les scénarios, oubli dans le taxi, dépose sur le sol avant de charger un sac à dos, j’ai des accents sarkoziens pour me dire : « Si c’est comme ça, j’arrête tout, photos, blog etc… ». Je retourne dans le hall, retrouver Marie et lui avouer ma vaine quête. Au moment d’ouvrir la bouche, j’aperçois la sacoche de l’appareil sous son siège… Soulagé, je vais m’offrir un Coca Cola et repérer d’où part notre bus. Nous allons nous asseoir sur des fauteuils, je reporte les photos et rédige mon texte. Nous dînons à la cafeteria voisine de trop copieux plats de riz plus ou moins garnis. Nous nous rendons ensuite sur le quai d’embarquement. Le bus n’est pas encore arrivé et nous devons attendre debout. Marie fatigue vite et se plaint de ses plaies aux pieds. Le bus tarde, elle ne tient plus debout… Enfin il arrive, nous nous installons sur de larges fauteuils, inclinables et confortables. Nous partons sans voir grand-chose dans la nuit. On nous sert un en-cas, des boulettes avec des pâtes servies froides ! Nous nous endormons.

Samedi 15 avril : Après minuit, les lumières se rallument, de la musique sort des haut-parleurs, le bus ralentit, s’arrête, nous sommes à la frontière ! Nous ne pensions pas y être avant le matin… Les indications horaires trouvées sur le site de la compagnie Civa étaient fausses… Nous passons rapidement, mal réveillés, les formalités de sortie d’Equateur et d’entrée au Pérou, aidés par le personnel de bord. Nous repartons et peu après, à deux heures du matin, nous arrivons à Tumbes où nous sommes les seuls à descendre. Nous pouvons nous réfugier dans le centre de la compagnie de bus où nous nous allongeons sur les fauteuils ou les banquettes et parvenons à dormir en dépit des moustiques et de la chaleur étouffante. D’autres voyageurs arrivent dans la nuit et à six heures, le responsable sonne le réveil en musique en allumant toutes les lumières. Nous émergeons, tout de même un peu groggy. Nous faisons appeler un taxi avec qui nous négocions le tarif et nous voilà partis à toute allure dans le petit jour, traversant Zorritos et les villages encore endormis. A sept heures nous sonnons à la porte de Swiss Wassi. Dante, le frère de Melba (que nous avions pris pour le gardien !) vient nous ouvrir et nous installe dans le bungalow que nous avions quitté en décembre. Je n’attends pas et vais au camion qui semble ne pas avoir souffert. Je rebranche la batterie et… le moteur démarre au quart de tour ! Soulagé et content, j’ouvre toutes les fenêtres, regonfle un pneu à plat et je vais me garer à l’ombre, sur la plage. Nous faisons la connaissance de Catherine et Pierre qui, en Toyota aménagé, sillonne l’Amérique du Sud. Nous déballons nos sacs et commençons le rangement et la remise en état de notre casa rodante. Nous déjeunons avec nos provisions judicieusement achetées à Guayaquil et une bière fraîche. Une sieste s’impose… J’en sors pour aller me tremper dans l’océan puis m’installer pour écrire en regardant baisser le soleil. Dès qu’il a disparu, les moustiques attaquent. Pierre et Catherine nous proposent de prendre l’apéritif en leur compagnie et de celle d’autres Français, Jean et Babette, arrivés entre temps. Nous aurons donc notre pisco sour, hélas sans glaçons mais nous passons un moment agréable en leur compagnie avant de dîner puis de nous coucher dans le bungalow.

Dimanche 16 avril : Une très bonne nuit, sans nous réveiller jusqu’à sept heures. Le frère de Melba, Dante, qui « gère » en son absence le camping, ne s’est pas préoccupé de nous servir le petit déjeuner, en principe inclus dans le prix de la chambre… Nous nous le préparons puis libérons la chambre en achevant de porter, à défaut de ranger, nos dernières affaires dans le camion. Impossible de faire tenir dans les coffres tous les vêtements, Marie en rapporte à chaque étape plus qu’elle n’en a emporté… Nous allons avec Pierre et Catherine guetter un taxi pour aller au marché de Zorritos. Ces derniers nous prêtent des soles puisque nous n’avons pas encore pu tirer des sous d’un distributeur automatique. Nous retournons à l’épicerie que nous avait indiquée Jacques, pas bien achalandée mais c’est là que l’on trouve des saucisses de poulet, des œufs de poules anémiques et des biscuits ramollis. Nous n’oublions pas la bouteille de pisco pour l’apéritif commun du soir… Nous revenons avec le même taxi que nous préssentons pour nous emmener demain à la douane. Déjeuner avec heureusement une bière glacée qui fait supporter la forte chaleur. Carte routière à l’appui, nous dressons l’itinéraire au Pérou, en espérant que les routes seront praticables après les inondations du mois dernier. Nous nous installons ensuite dans nos fauteuils pour lire. Le soleil, comme hier, se voile. Je vais me baigner sans trop avancer, des cailloux tapissent vite le fond de l’eau. Je prépare ensuite un pisco sour puis un saladier de fraises et de mûres pour le dîner collectif du soir. Les autres se sont chargés de faire cuire du riz et des filets de poisson. Après l’apéritif, nous dînons tous ensemble, Pierre, Catherine, Jean et Babette en discutant voyage et politique à l’approche des élections. Nous allons dormir ce soir dans le camion.

Lundi 17 avril : Pour notre première nuit dans le camion, nous n’avons pas eu trop chaud. Je pars à huit heures et demie avec Pierre et Catherine dans le taxi, ponctuel, que nous avions réservé hier. Il roule aussi vite qu’il peut, double parfois audacieusement… Nous nous arrêtons à Tumbès pour aller retirer des soles à un distributeur automatique. Il y a de longues queues devant les guichets des banques après le week-end pascal. Nous en trouvons un sans queue (?) et repartons les poches remplies. Nous filons jusqu’aux douanes du poste frontière. Nous suivons les démarches indiquées, longues car encore entachées de paperasseries, qui pourraient être écourtée avec une bonne utilisation de l’informatique. Je me fais délivrer une attestation d’assurance qui, comme en Colombie, ne couvre pas grand-chose. Nous devons attendre une heure, sans doute pour donner de l’importance au responsable des douanes avec qui je discute péniblement en espagnol. Enfin, nous voici nantis des précieux sésames administratifs et nous pouvons prendre la route du retour. Les traversées de Tumbès puis de Zorritos sont plus longues avec la circulation et la sortie des écoles. A une heure et demie, je retrouve Marie, avale des tranches de jambon et des chips en guise de déjeuner. Nous procédons à une lessive puis à la relecture de mon texte avant de le mettre sur le blog. Nous proposons à nos compagnons d’aller dîner au restaurant à Zorritos en nous y rendant dans notre camion. Les deux restaurants que nous connaissions sont fermés, nous nous décidons pour une gargote en bord de route. Nous partageons des ceviche et des arroz de mariscos tout en égrenant nos souvenirs de déboires sur les pistes. Retour au camping pour une dernière nuit avant le départ.

Mardi 18 avril : Encore une nuit à transpirer… Derniers rangements, je dois jeter quelques vieux vêtements pour faire de la place au « petit linge » de Marie. Je règle le gardiennage de la voiture et nos consommations à Dante qui nous aurait bien laissés partir sans rien demander… Nous faisons nos adieux à nos dernières connaissances, avec promesses de se revoir et de tout se raconter. Et nous revoilà sur la panamericana en direction du sud ! Pas trop de monde sur la route qui suit le bord de mer, succession de « lodges » sans prétention et de restaurants qui promettent tous des ceviches et autres mariscos… Le paysage de collines est beaucoup plus vert que dans mon souvenir, sans doute à cause des pluies diluviennes du mois passé. Des plantes grimpantes étouffent les arbres et les recouvrent d’une toison de fleurs jaunes Nous devons passer un contrôle de l’immigration et de la douane avant d’arriver à Mancora, une station balnéaire que nous ne faisons que traverser. Tous les restaurants promettent des ceviches et je les essaierais bien tous ! Puis la route s’éloigne du bord de mer, la végétation se raréfie, un gazon jaunissant couvre la plaine. Des pompes à pétrole shadokisent le paysage. Les villages traversées sont misérables, des constructions sans étage en parpaings ou en nattes. Nous aimerions passer par Colan mais c’est un long détour sur le goudron, une piste semble permettre de rejoindre ce vieux village colonial. Nous quittons la Panamericana pour rejoindre Talara, une très vilaine ville portuaire industrielle où les tuk-tuk remplacent les motos de Colombie dans une circulation démentielle et d’où nous continuons sur Negritos. Une autre petite ville en bord de mer sans le moindre charme mais où un arbre compatissant nous permet de déjeuner à son ombre. Des plaques de fleurs blanches parsèment les collines et les flancs des falaises érodées. La route devient piste et se lance, à quelque distance de la mer, dans la traversée d’une lagune salée sur une digue avec de profondes et glissantes ornières. Pas question de tenter de passer à droite ou à gauche. Je dois éviter un énorme bloc de béton (une borne ? car cette très mauvaise piste est bornée !). J’essaie de l’éviter, dérape et me crois planté, mais non ! Différentiel bloqué, je nous en sors… La traversée de cette zone qui continue par celle d’un cours d’eau me rappelant des souvenirs douloureux, j’effectue un demi-tour acrobatique et nous revenons au carrefour de la route de Piura. L’état de la chaussée est ensuite particulièrement mauvais, des trous dans la chaussée qui contraignent les véhicules à slalomer sur toute la largeur de la route, dans un sens comme dans l’autre. Vu du ciel, cet étrange ballet a dû nous éviter la visite de Martiens ébahis… Nous parvenons à Sullana, en nous traînant derrière bus et camions qui me contraignent à des dépassements osés. Sullana, après la traversée de ce semi-désert, a des allures d’oasis avec ses cocotiers, ses plantations de bananiers, de cannes à sucre. L’arrivée à Piura est pénible, circulation difficile, feux de croisement peu visibles (j’en brûle deux !). Nous cherchons et finissons par trouver à l’extérieur de la ville un camping, Porta Verde, heureusement ouvert, avec une belle pelouse, une piscine et un établissement, bar et restaurant, désert. Le patron nous accueille aimablement, me tient de grands discours en espagnol auxquels je tente de faire écho… Il me raconte les terribles journées du mois dernier quand il y avait un mètre et demi d’eau dans le centre commercial. Nous avons vu des traces de la chaussée effondrée quand les voitures doivent rouler sur le trottoir. Nous retournons dans le pueblo voisin nous ravitailler en pain et eau gazeuse avant de nous installer pour la nuit. La nuit tombée, à l’heure où le moustique m’apprécie (comme ils disaient dans Charlie : «C’est dur d’être aimé par des cons »), nous allons nous asseoir sur les chaises du bar pour écrire notre journée, qui sur son cahier, qui sur l’ordinateur (tout en entretenant une conversation transpacifique avec Jean-Claude à Wallis !), en achevant la bouteille de pisco, qui avec citrons verts et reste de sucre nous permet d’atteindre la transcendance… Hic ! Nous regagnons le camion pour dîner et récupérer de cette dure journée.

Mercredi 19 avril : Je suis réveillé encore tôt et transpire dans le fond de la cellule qui porte bien son nom… Il a plu et il continue de tomber des gouttes. Nous sommes prêts à partir quand arrive le propriétaire, à temps pour constater avec nous que le moteur refuse obstinément de tourner. Il y a bien un peu d’eau dans le filtre à gasoil mais surtout le débit aux injecteurs est insuffisant. Nous faisons appeler le mécanicien ami du patron, il doit venir dans une heure et demie, ce sera deux heures… Il débarque avec deux aides inutiles, fait les mêmes constations que moi mais il débranche la batterie, la rebranche, réinitialisant les données électroniques et le moteur tourne ! Il nous conseille tout de même de passer à son atelier pour tester le moteur au banc de son ordinateur. Il est tard, nous filons nous garer en ville devant un supermarché où nous refaisons les pleins de nourriture et de boissons. Il a encore plu pendant que nous faisions les courses. Nous déjeunons rapidement d’un bien petit poulet rôti qui ne sera sans doute pas le dernier puis nous passons à l’atelier tout proche. Le mécanicien branche son ordinateur et ne semble pas découvrir grand-chose, ou je ne comprends pas ce qu’il m’explique… Nous repartons dans la cohue de la circulation en slalomant entre les tuk tuks, jusqu’à la Plaza de Armas qui ne nous donne pas envie de nous y promener. Nous décidons alors de continuer sur la route de Chiclayo. Plein de gasoil et nous nous lançons dans la traversée du désert de Sechura. Curieux désert verdoyant où de grandes mares et même des lacs ne correspondent pas à ce qu’on était en droit de trouver. Encore une preuve des inondations catastrophiques du mois dernier. Quelques masures, relais-gargotes, ont été emportées par les eaux. La route est bonne, la circulation faible, nous faisons une bonne moyenne mais je ne veux absolument pas rouler de nuit et nous décidons de nous arrêter derrière les misérables constructions d’une halte sur la route. 

Jeudi 20 avril : Nuit fraîche avec le vent venu de la côte et passant sur les étendues d’eau. Nous continuons dans le désert inondé, des passages de la chaussée emportée ont été aménagés mais sont abordés lentement. Quelques modestes dunes apparaissent à quelque distance de la route, derrière les étendues sableuses couvertes d’eau. Nous parvenons à Lambayeque et trouvons sans mal la Plaza de Armas et sa cathédrale San Pedro, avec quelques retables dorés et des peintures à la voûte, assez laides.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Sur le côté, à l’extérieur, des chapelles étaient dévolues à diverses castes sociales, bourgeois, métis, Noirs. Nous allons ensuite nous garer dans l’enceinte du Musée des Tombes Royales de Sipan. Nous y sommes seuls ! Un bâtiment moderne, déjà visité en 2007, abrite les découvertes des fouilles effectuées dans les pyramides de Sipan à proximité de Chiclayo. Plusieurs tombes intactes furent fouillées et révélèrent une multitude d’objets mais aussi les restes des épouses, des enfants, des chiens et des lamas qui accompagnaient des dignitaires et leur seigneur dans leurs tombes. L’intérêt de ce superbe musée est double : mettre en valeur les trésors de la civilisation Mochica et montrer le travail des archéologues en dévoilant strate par strate les diverses étapes des fouilles et l’avancement des découvertes. Très logiquement nous commençons par l’étage supérieur, des photos montrent l’état des sépultures lors de leur ouverture puis les objets nettoyés, remis en état. Les parures, boucles d’oreilles de belle taille, pectoraux, tiares, sceptres en cuivre doré, bracelets, colliers en minuscules perles de coquillages, oxydés pour les uns, éparpillés pour les autres, ont été patiemment reconstitués. Les salles sont plongées dans le noir et la déambulation fait presque perdre la notion de l’espace. Les explications sont uniquement en espagnol mais nous parvenons à comprendre le principal. Nous y passons trois heures avant de reprendre notre souffle au camion… Nous repartons pour Chiclayo à quelques kilomètres et nous nous retrouvons dans la circulation démente des villes. Nous nous garons devant le Mercado Modelo pour revoir le coin des guérisseurs et herboristes. De petites échoppes proposent des remèdes pour guérir presque toutes les maladies, notamment les « sexuelles » et les « honteuses », présentés dans des emballages suggestifs.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les herboristes offrent des plantes et des bouquets de fleurs aux vertus assurées. Nous passons à la Police Touristique obtenir un dépliant simpliste sur Chiclayo, puis nous faisons un inutile tour de la Plaza de Armas avant de sortir de la ville en direction de Pimentel au bord de l’océan. Une station balnéaire qui ne donne pas envie de se baigner. Aucun charme, aucun bâtiment ancien, que des cubes de béton, le degré zéro de l’architecture ! Nous demandons à nous garer pour la nuit sur le parking de l’hôtel Garuda, ce qui nous est accordé. Avant de nous installer, nous décidons de découvrir les plages en direction du sud. Nous longeons le Malecon de Pimentel et sa suite de petits restaurants où nous aurions pu dîner si nos beefsteaks ne devaient être consommés aujourd’hui… Nous continuons de longer au plus près la plage déserte, ce n’est plus la saison touristique. Nous y trouvons des caballitos, sorte de pirogues en roseaux très effilées, autrefois utilisées par les pêcheurs, aujourd’hui sans doute par les touristes en mal de sensation.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

La piste devient sablonneuse, escalade des dunes et nous amène à Santa Rosa, autre petit village de pêcheurs, aussi laid que tous les précédents. Nous revenons par la route et allons nous garer dans le parking. Nous traversons la rue et découvrons la longue jetée qui autrefois servait à charger les bateaux qui ne pouvaient accoster, à partir de wagons d’une ligne de chemin de fer qui roulait dessus. Nous l’empruntons en marchant sur des madriers posés sur une structure métallique rouillée. Il doit y avoir une grande forêt sous nos pieds !

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Des pêcheurs ont lancé des lignes, des amoureux se bécotent et surtout se prennent en photo et des surfeurs se jettent dans les vagues en attendant celle qui les ramènera à la plage. Le soleil décline, il ne fait plus très chaud, nous regagnons le camion, une tentative de nous offrir un pisco sour dans un bar avec wifi, avorte pour cause de fermeture avant l’heure… Nous regagnons le camion et nous nous consolons en finissant la bouteille de vin blanc chilien.

Vendredi 21 avril : Nuit calme et fraîche. Nous repartons dans la classique brume péruvienne qui nous cache la côte et les montagnes à l’horizon. Nous retraversons Santa Rosa puis piquons dans les terres avant de revenir vers Puerto Eten, autre station balnéaire déserte, son Malecon, bien que récent, est sinistre. Autour de la Plaza de Armas, subsistent quelques maisons anciennes avec véranda où plus aucun rocking chair ne grince. Nous rejoignons la panamericana que nous quittons une vingtaine de kilomètres plus loin pour nous diriger sur Zaña, encore un village endormi qui fut une ville coloniale florissante avant d’être mise à sac par un pirate britannique au XVII° siècle et achevée quelques décennies plus tard par de violentes inondations. Il en reste quelques ruines des plus grandes constructions de ce temps : des églises et des couvents. Nous visitons, sans payer faute de monnaie, le couvent San Agustin, des arcades, des voûtes vaguement gothiques…

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

D’autres bâtiments sont éparpillés dans les environs, nous tentons d’en approcher un puis renonçons, peu motivés. Nous repartons en traversons de véritables champs d’ordures. Nous avions bien trouvé les bas-côtés des routes particulièrement sales mais ici ce sont des étendues entières couvertes de plastiques, d’ordures, de débris de construction, des sacs plastiques se sont accrochés à toutes les branches et à tous les barbelés. Nous devons suivre une mauvaise piste après Cayalti pour atteindre le site de Sipan, dominé par les pyramides tronquées, très érodées, du site archéologique. Nous nous garons devant le musée et en effectuons la visite. Moins riche que celui de Lambayeque, il présente tout de même les restes et les objets trouvés plus récemment dans deux tombes. Deux personnages de la noblesse enterrés avec épouse(s), chien, lama. Nous retrouvons les mêmes objets qu’au Musée des Tombes Royales mais (choix archéologique, manque de moyens ?), ceux en cuivre doré ou argenté sont présentés telles qu’ils ont été trouvés, oxydés, sans chercher à les restaurer et les faire revivre dans l’éclat de l’or ou de l’argent. Visite intéressante mais longue et nous commençons à nous lasser des répétitions et surtout de traduire de l’espagnol. Nous déjeunons au camion et saluons une jeune famille de Français, partie sur les routes d’Amérique pour quatre ans (en nous demandant d’où peut bien provenir leur financement !). Nous allons ensuite sur le site de la huaca, la pyramide funéraire où les tombes ont été reconstituées dans l’état de leur découverte. Un sentier très abimés par les pluies permet d’accéder à un mirador entre les deux huacas, le religieuse et l’administrative, mais Marie renonce de peur de glisser. Je grimpe pour ne pas trouver grand-chose à voir… Nous repartons en direction de Ferreñafe. Le logiciel de navigation m’indique une route directe que je suis mais qui, au grand déplaisir de Marie, s’avère être une mauvaise piste qui suit un large canal d’irrigation. Nous y trouvons le Musée National Sican, bâtiment récent consacré à la culture sican qui a succédé à la culture mochica. Nous nous garons devant le musée avec l’intention d’y passer la nuit. Nous en effectuons la visite, très décevante. Des vitrines vides et beaucoup de généralités sur des panneaux pour meubler… La reconstitution de tombe est à la limite du grotesque, des vitrines sont si peu éclairées qu’on ne peut lire les textes quand ils existent…Nous en ressortons très déçus. Seul point positif, nous disposons du wifi, ce qui nous permet d’avoir des nouvelles de Julie et de lui répondre mais aussi d’apprendre l’attentat de Paris sur les Champs Elysées ! Nous stationnons presque sur la route et ce n’est pas le calme des jours précédents. Mauvaise soirée, nous n’avons pas pris garde à l’heure et les moustiques ont profité de notre distraction pour s’introduire sournoisement dans nos appartements et ensuite se livrer à une débauche de chair fraîche, la mienne bien sûr… Nous organisons une grande battue mais il y a toujours des sournois qui se cachent et interviennent ensuite. Les parois du camion conserveront les traces de leur hécatombe et nos chairs celles de leurs piqûres… Ensuite nous devons nous nourrir de saucisses de poulet absolument infâmes, une bouillie de viande de gallinacées broyée et enfilée dans un préservatif increvable, impossible à avaler…

Samedi 22 avril : La soirée fut mauvaise, la nuit aussi… Pas moyen de fermer l’œil. Problème de digestion ? Mais aussi les passages de mobylettes et de tuk tuks, rares mais en général programmés au moment où nous allions nous endormir. Et à six heures c’est le rush ! Tous se ruent, en camions, en taxis, en tuk tuks, en motos, klaxons bloqués et musique à fond la caisse pour les plus expansifs… Nous repartons en direction de Chiclayo. Une section de la route est en travaux et donc en circulation alternée. Quand arrive notre tour, c’est la Conquête de l’Ouest ! On se précipite, essaie de doubler à droite, à gauche, à grands coups de klaxons et la partie de la chaussée en principe interdite pour cause de travaux est utilisée pour dépasser… Nous trouvons le centre de Chiclayo et surtout le supermarché Metro qui, bien qu’en plein centre, offre à sa clientèle un parking. Pour le ravitaillement ce n‘est pas aussi performant et nous devons nous contenter des produits basiques mais la vodka n’est pas chère et il y a du tonic… Je cherche à tirer des soles, je dois retourner à pied à la Plaza de Armas pour trouver des distributeurs, beaucoup sont vides. Renfloué monétairement, je retourne retrouver Marie au camion et nous repartons en direction du nord pour prendre la route de Chachapoyas. Nous nous arrêtons peu après à Tucume pour aller nous garer devant l’entrée du musée consacré à la culture sican / lambayeque qui succéda à celle des Mochicas. Nous commençons par nous diriger sur un sentier vers la huaca Las Balsas. Il fait chaud, le sentier est plus long que nous ne le souhaiterions mais un tuk tuk vient à point nommé nous proposer ses services et pour un (1 ! environ 0,30 $) soles la course, nous emmène au site. La pyramide est bien tronquée mais elle nous réserve des surprises inattendues, non indiquées dans les guides ! Des murs de terre de la zone cérémonielle sont couverts de sculptures en argile lissée, représentant des scènes mythologiques du plus bel effet. Représentations de personnages-oiseaux, de vagues également en forme d’oiseaux, de radeaux, de marins et de pêcheurs de coquillages de grande valeur.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Les yeux remplis de cet ensemble imprévu, nous revenons avec notre tuk tuk au camion nous désaltérer et déjeuner. Nous nous rendons ensuite au musée, peu riche en objets trouvés sur le site et dont les explications sont redondantes avec celles des précédents musées visités. Nous voulons ensuite atteindre le mirador qui permettrait d’avoir une vue d’ensemble du site et des nombreuses huacas déjà fouillées ou encore intactes, masses informes ravinées comme des joues de grands-mères. Le sentier est d’abord à l’ombre d’une forêt sèche, mais continue en plein soleil. Quand nous apercevons les escaliers qu’il faudrait gravir pour atteindre le point de vue, nous renonçons… Nous repartons, retrouvons la route plutôt mauvaise, surtout dans les traversées des agglomérations où les rues ne sont plus que des voies sur lesquelles nous dansons sur des rythmes inconnus, sans savoir exactement ce qu’il faut mettre au compte des inondations passées et ce qui revient au mauvais entretien des routes. Après avoir traversé des zones de rizières, les montagnes, perdues dans la brume, se rapprochent et bientôt la route commence à s’élever, mais aussi nous nous rapprochons des nuages et bientôt de la pluie. Il est un peu tôt pour nous arrêter aussi continuons-nous en abordant un col à plus de 2150 mètres mais nous sommes vite perdus dans la pluie et le brouillard. Je dois réduire la vitesse, la visibilité n’est que de quelques mètres. Les effets d’El Niño du mois dernier sont manifestes, glissements de terrain, chaussée disparue, coulées de boue incomplètement dégagées… Nous n’avançons plus qu’à vitesse très réduite, les yeux fixés sur les traces du marquage de la route et sur le bord de la chaussée dans les virages. Le temps passe, nous comptons les kilomètres un par un… Dans la descente du col, les nuages laissent place à un soleil couchant qui éclaire encore les montagnes et surtout la route, bien qu’encore coupée par des éboulis et des ruisseaux boueux. La nuit tombe avant que nous n’atteignions El Tumba où nous espérions trouver une station-service accueillante. Ce n’est qu’un village sans possibilités de bivouac. Nous continuons quelques kilomètres jusqu’à un hameau où nous nous arrêtons en retrait de la route. Nous sommes harassés et nous nous remettons de nos émotions en débouchant la bouteille de vodka…

Dimanche 23 avril : Pas de bruit dans la nuit, peu de camions, juste les grognements des cochons qui ont choisi de creuser leurs bauges derrière le camion. Le soleil daigne faire une apparition. Nous découvrons le paysage, une étroite vallée entre deux murailles qui menace de s’écrouler à chaque instant, ce qui n’a pas manqué d’arriver puisque de nombreux éboulements sur la route obligent à rouler, sur une voie, dans la terre et les cailloux. Dans le fond le rio roule des eaux chargées de terre mais laisse la place sur d’étroites banquettes à des rizières d’un beau vert profond. A peine avons-nous parcouru quelques kilomètres que nous sommes arrêtés, derrière une impressionnante file de camions, de bus et de voitures, par un barrage. Des engins travaillent au déblaiement de la route et on nous annonce deux ou trois heures d’attente mais au bout d’une demi-heure, tous se précipitent pour être les premiers… Plus loin, le premier péage où nous devons payer alors que nous en avions passé bien d’autres sans devoir acquitter l’écot et sans explication! Nous sommes maintenant sur un plateau peu cultivé, quelques arpents de riz, des carrés de bananiers et des lignes de cocotiers. Nous suivons toujours le lit de rivières aux débits impressionnants. Le ciel se couvre, le soleil disparaît. Nous nous arrêtons pour déjeuner et recevons un sms de Julie nous donnant les premières estimations du 1er tour de la Présidentielle, sans surprise… Encore quelques kilomètres, toujours dans des gorges, et une dernière montée nous amène à Chachapoyas. Nous apercevons quelques fenêtres ouvragées sur des maisons de type colonial et la Plaza de Armas nous paraît charmante. Enfin une ville avec du caractère ! Nous trouvons l’hôtel Kuelap où nous pouvons stationner dans la cour mais au même prix que si nous avions pris une chambre ! Après avoir constaté que le wifi ne fonctionne pas, nous allons nous promener en ville et découvrir son attrait. Des rues piétonnes rayonnent de la belle Plaza de Armas, bordées d’élégantes maisons anciennes, sans étage et à balcons de bois.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous allons à la recherche d’un restaurant et allons aussi nous renseigner sur les possibilités de visites, notamment des sites funéraires, tous éloignés et nécessitant une plus ou moins longue marche, puis, Marie traînant la jambe, nous rentrons nous reposer au camion. Nous ressortons pour aller dîner au restaurant El Batan de Tayta où on propose une cuisine sortant de l’ordinaire, plus raffinée à en croire la carte. Clientèle de touristes avec leurs guides. Nous nous offrons deux pisco sour, pas assez frais à mon goût puis après une longue attente nous dégustons, pour moi un bon steak relativement tendre avec du riz et une sauce à base d’une liqueur de maïs, Marie est beaucoup moins ravie de son lomo saltado dont la viande est trop dure et les frites ramollies dans la sauce. Dommage !

Lundi 24 avril : Je suis persuadé que nous rendre aux divers sites des environs où il faut marcher, monter, descendre, demande plus d’efforts que je ne nous en croie capables… Je refais les pleins d’eau puis nous nous rendons à l’Office du tourisme qui nous rassure sur la durée de la visite à Karajia, aussi projetons-nous de nous y rendre. Auparavant et parce que le soleil éclaire cette décidément jolie ville, je fais un tour rapide pour prendre en photo les élégants balcons de bois. Nous quittons Chachapoyas sans avoir pu nous connecter à Internet, toujours en panne. Nous descendons sur la route principale, revenons quelques kilomètres sur nos pas pour prendre la piste de Luya. Elle grimpe en lacets serrés sur l’autre versant de la vallée, une de ces routes comme je ne les aime pas trop, le vide d’un côté, trop proche, et une falaise trop haute de l’autre… J’angoisse désormais à chaque fois que nous devons emprunter de telles pistes. Mais elle est plutôt bonne et presque toujours assez large pour que nous puissions croiser les minibus qui la dévalent à toute allure. Nous atteignons un plateau sur lequel nous apercevons de nombreux villages disséminés. Luya est un gros bourg qui a conservé son aspect colonial, on y aperçoit même quelques modestes fenêtres anciennes. Nous trouvons la piste, malgré des indications contradictoires, qui doit nous mener à Cruzpata, moins bonne mais roulante. Nous devons nous garer sur la place centrale en pleine rénovation et de là suivre un sentier qui descend vers le site, indiqué à un kilomètre. On nous a bien précisé que la remontée est épuisante, aussi je demande à louer un cheval pour Marie. On lui amène un robuste poney avec une selle recouverte de plusieurs épaisseurs de couvertures qui obligent à trop écarter les cuisses ce dont elle ne manque pas de se plaindre… Moi, je suis derrière, vite distancé sur ce sentier qui dégringole dans un ravin. Je retrouve au terminus Marie descendue et mécontente de sa chevauchée. Nous devons encore dévaler quelques mètres avant d’atteindre le point de vue. Nous découvrons alors les six sarcophages de bois, debout dans une anfractuosité de la falaise, contenant des momies. Des têtes stylisées les surmontent et ils sont couverts de dessins de couleur rouge passé. Deux crânes humains sont placés au-dessus des cercueils attribués à la civilisation chachapoyas.

 

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Nous ne pouvons que les observer aux jumelles, les photographier et il faut songer à revenir… Marie peine à remonter jusqu’à son cheval puis elle s’éloigne alors que je peine, transpire à escalader les mauvaises marches taillées dans la terre et à grimper sur les pierres déterrées par les sabots des chevaux. Je retrouve Marie au village en soufflant comme dans les forges de Mime. Une rasade d’eau fraîche et le siège du camion constitue mon repos du guerrier… Nous repartons et nous arrêtons sur la place du village suivant pour déjeuner, avant de refaire toute la piste, y compris la descente bien moins dure. Nous suivons le cours de l’Utcubamba, parfois à peine au-dessus de son niveau, entre deux falaises couvertes partiellement d’une végétation qui lui donne un aspect provençal. Nous atteignons Tingo où nous devons encore emprunter une piste pour parvenir à Nuevo Tingo, gros bourg endormi où nous nous arrêtons pour la nuit sur la place centrale, faute d’être autorisés à nous garer devant le téléphérique.

Mardi 25 avril : Nuit calme mais dès six heures le bourg s’éveille et à sept heures, il faut nous rendre à l’évidence, comme tous les jours, il est temps d’émerger… Quand nous sommes prêts, nous allons nous garer au parking du tout nouveau téléphérique. Nous devons attendre que les employées aient terminé de faire le ménage, briquant les extincteurs, dépoussiérant le moindre appareil tout nouvellement installé, pour pouvoir prendre nos billets. Nous sommes surpris, non pas de monter directement dans une cabine, mais de devoir accomplir une partie du trajet dans un bus. Nous sommes déposés au terminus des télécabines et aussitôt nous montons dans l’une d’elles. Nous commençons par descendre dans le fond de la vallée très étroite du rio Tingo avant de remonter à flanc de montagne, en survolant une riche végétation d’agaves, de cactus et d’arbres couverts d’orchidées. A l’arrivée, nous devons payer l’entrée au site. J’obtiens la gratuité pour Marie et, en tant que jubilado, paie demi-tarif. A l’entrée du sentier, un panneau annonce 2,5 kilomètres et il débute par des marches… Marie loue un cheval et part, derrière sa palefrenière, sur un sentier différent de celui des vulgaires piétons dont je suis. La montée, bien que sur un sentier empierré, avec des marches correctes, me fait cracher tous les cigares que je n’ai pas fumé depuis longtemps… Elle se termine par une plus facile marche sur du plat jusqu’à l’entrée du site. Je suis alors nez à nez avec une immense muraille qui enserre la forteresse de Kuelap, le second site le plus imposant du Pérou, après le Machu Pichu. Une citadelle construite à 3000 mètres d’altitude par les Chachapoyas puis occupée par les Incas. Je retrouve Marie qui a grimpé en « hors-piste » et se trouve bien aise de descendre de sa monture... Nous devons contourner à son pied l’imposante muraille jusqu’à l’une des trois seules ouvertures qui permettaient d’accéder à l’intérieur.

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Entrée particulièrement difficile à franchir, un escalier grossier entre deux murs et qui ne manque pas de poser problème à Marie, tout en subissant les remarques, réflexions, élucubrations d’un Français avec qui nous sympathisons. Bavard, grande gueule, dans nos âges et supporté par sa femme, une Marie, depuis bien des années. Nous parvenons donc à la plate-forme supérieure d’où nous dominons toutes les vallées environnantes, un de ces « nid d’aigle » imprenable qui a dû demander des années d’efforts à la population, à en croire les dimensions des murs d’enceinte. Les bases de maisons, circulaires, sont nombreuses, plus rares sont celles qui comportent extérieurement un décor de frises géométriques.

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La végétation a envahi le site et les très nombreuses orchidées phagocytent les arbres. Nous déambulons de la pointe nord à la pointe sud où se dresse un curieux bâtiment de forme tronconique inversée dont la fonction reste inconnue. Nous ressortons au moment où les groupes arrivent et regagnons sous une pluie fine le téléphérique. Nous redescendons, retrouvons le bus et regagnons le camion pour un déjeuner tardif bien mérité. Nous reprenons la route, toujours en suivant de très près le cours de l’Utcubamba. Nous prenons une piste, plus longue que je ne le pensais, qui grimpe en lacets et épingles à cheveux, sans, heureusement, croiser d’autres véhicules, dominant de plus en plus haut toute la vallée mais je ne quitte guère la piste des yeux, jusqu’au village de Jalca Grande, un supposé joli village de montagne. Nous devons marcher jusqu’à la place centrale, la route étant coupée par des travaux, pour trouver une église et son clocher séparé, construits en pierres sèches.

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Bien que nous ayons posé la question, nous ne parvenons pas à dénicher une maison originale du style chachapoyas. Je ne veux pas m’attarder, pour être sûr de retrouver le goudron avant la nuit, d’autant plus qu’il commence à pleuvoir et que la piste pourrait vite devenir glissante. Nous roulons encore quelques kilomètres dans le fond de la vallée et nous arrêtons au village, à l’entrée de la piste qui mène à San Bartolo. Nous nous posons dans un champ, à côté du terrain de football. Nous nous remettons de nos émotions de la journée avec un apéritif mérité avant de goûter au cassoulet péruvien en boîte…

Mercredi 26 avril : Nuit tranquille mais réveil avec les premiers camions qui passent de bonne heure. Après avoir hésité, le soleil semblant vouloir se manifester, nous décidons de nous rendre au site de Revash, d’autant que nous sommes sur la piste. Et nous voilà repartis sur une piste qui pourrait être meilleure mais qui, du moins au début, n’est pas vertigineuse… Cela se gâte plus loin mais nous ne pouvons plus que continuer… Au bout de dix-sept kilomètres parcourus en quarante minutes, nous atteignons le village de San Bartolo. Nous devons régler un droit de visite au « Bureau du Tourisme ». Nous tentons de nous y renseigner sur l’état du sentier qui mène au site, les réponses, hésitantes, sont variables, de trente à soixante minutes voire plus… Nous décidons de louer un cheval pour Marie qui y a presque pris goût… Au début nous cheminons sur une large allée empierrée, par une succession de marches en montée ou en descente. Marie ne manque pas de pousser des petits cris à chacune d’elles… Nous approchons d’une haute falaise mais nous devons abandonner le cheval et continuer à pied sur un sentier étroit, glissant avec la pluie de la nuit. Le palefrenier qui s’est rendu compte des difficultés de Marie nous accompagne et l’aide. Glissant de roche en marches, nous atteignons un petit mirador d’où nous découvrons les chullpas, ces cimetières chachapoyas, petites maisons de terre construites dans des anfractuosités de la falaise et décorées de peintures rouges, avec des représentation de lamas, des cercles concentriques qui pourraient représenter une éclipse, le soleil, la lune, les hypothèses ne manquent pas.

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Deux groupes de ces constructions sont à quelques mètres au-dessus de nous, au milieu de la végétation. D’autres touristes péruviens nous ont rejoint ainsi qu’un guide d’origine hollandaise déjà rencontré sur les sites précédents. La pluie arrive, sans durer mais elle a rendu le sentier encore plus périlleux et le retour à la monture de Marie ne manque pas de glissades… Nous retournons au village en admirant les solides maisons construites avec des troncs juste équarris et de la terre entre eux, comme toute bonne maison de pionniers de l’Ouest américain.

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Dans ce village perdu au fin fond du Pérou, la politique n’est pas absente. Des murs de quelques maisons sont recouverts de grandes inscriptions pour les candidats aux élections présidentielles de 2016 et n’ont jamais été effacées. Elles me rappellent les « Viva il Duce » qui étaient encore visibles en Italie sur les murs des maisons, dans les années 50. Nos « petits » candidats à notre Présidentielle doivent regretter de ne pas rester ainsi pour quelques années dans la mémoire des maisons. Contents de retrouver notre camion, de pouvoir changer de chaussures et de boire une bière fraîche, nous reprenons la piste, toujours plus facile au retour et en descente. Nous nous arrêtons brièvement pour déjeuner, avant de retrouver le goudron et de filer jusqu’à Leymebamba. Nous traversons la petite ville sans nous arrêter pour nous rendre au Musée des Momies à l’extérieur de la ville alors que la pluie redouble quand nous y arrivons. La bâtiment est agréable au milieu de plantes et de fleurs. Le musée lui-même est très décevant. Il est en principe constitué autour d’un ensemble de momies retrouvées dans les chullpas des environs. Quelques dizaines sont effectivement présentées dans une pièce climatisée que nous ne pouvons apercevoir que derrière une vitre, le temps qu’on allume la lumière. Elles sont enveloppées dans des gazes qui ne laissent apercevoir les os et les rictus que pour quelques-unes.

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Le reste est du remplissage avec des objets chachapoyas-incas, provenant de ces sites et surtout de grands panneaux didactiques dont on ne voit pas toujours le rapport avec les momies. Pas question de passer la nuit sur le parking du musée ni même de profiter du wifi réservé au personnel… Nous retournons en ville à la recherche d’une station-service, un grifo. Pas de grifo ! Ou plutôt une boutique fermée qui en tient lieu. Nous cherchons le propriétaire, nous trouvons un local où on pourrait nous vendre de l’essence, pas du diesel, mot inconnu, non compris, il faut parler de petrolio. Retour sur la place centrale où je vais demander à la police où trouver du diesel. Le policier de garde, téléphone puis va chercher le propriétaire du grifo qui veut bien nous vendre quelques gallons. Nouveau demi-tour qui me permet de m’apercevoir que pour la troisième ou quatrième fois j’emprunte un sens interdit sans avoir jamais croisé le moindre véhicule ou mettre attiré quelque remarque… On me délivre enfin six gallons du précieux liquide, vendu cher, à l’aide d’un entonnoir et d’un bidon. Nous retournons nous garer sur la place et partons à la recherche d’un restaurant. En chemin, nous trouvons une boutique indiquant wifi. Le responsable connecte notre smartphone gracieusement ce qui nous permet de recevoir notre courrier, très limité : Duyen et Melba seulement. Nous prenons connaissance des nouvelles du monde et notamment du chapitre suivant du feuilleton présidentiel. Nous trouvons le restaurant souhaité qui ne paye guère de mine. Nous nous mettons en quête de magasins d’alimentation pour le jour suivant. Des œufs dans l’un, du lard et du jambon de poulet peu ragoûtant dans un autre et du pain dans un dernier. Nous passons par des rues tranquilles bordées de vieilles maisons décrépites avec de beaux balcons. Retour au camion pour écrire, nous reposer, avant d’aller dîner au restaurant repéré. Dans une cour quelques tables, et dans les assiettes des truites grillées ou en beignets avec riz, frites pas cuites et tout de même une bière fraîche. Nous reprenons le camion pour aller nous installer près d’un terrain de football et croisons en chemin une fanfare suivie d’un cortège avec des lampions. Nous n’avons pas le courage de retourner en ville pour cette fête et allons nous garer au lieu prévu. La pluie se déchaîne, ce qui nous inquiète pour la route demain.

Jeudi 27 avril : La pluie a cessé mais le ciel reste bouché. Les jeunes amateurs de football sont déjà sur le terrain quand nous nous éveillons. Nous reprenons la route, très étroite, souvent juste la place d’un véhicule, qui monte, monte en virages incessants. Jamais une ligne, une portion de ligne droite ! Heureusement la circulation est rare et tous roulent lentement. Croiser une autre voiture, un camion ou un bus peut demander des manœuvres délicates. Pas de garde-fous, visibilité quasi nulle, je ne suis pas trop fier… Nous sommes en montagne mais toujours habitée, des alpages, des vaches et des fermes. Une camionnette fait le ramassage des bidons de lait. Nous continuons de monter, nous approchons des nuages et bientôt nous sommes dedans, je suis continuellement en seconde vitesse, prêt à freiner. Au bout d’une heure de route, presque trente kilomètres au compteur, nous passons un col à 3675mètres d’altitude. Le soleil fait quelques apparitions mais les nuages ont vite fait de dissimuler des pans entiers de la montagne.

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Mes yeux fatiguent à scruter les bords de la route, à essayer de repérer à temps les éboulis, les portions tombées dans le ravin et les kilomètres passent bien lentement. La descente, pendant deux heures, est à peine plus rapide, et nous découvrons tout en dessous de nous le cours du Marañon, ce large fleuve qui coule vers Iquitos pour former l’Amazone, et le bourg de Balsas qui n’est qu’à 975 mètres d’altitude.

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Nous y arrivons par la traversée d’une oasis, palmiers, cocotiers, superbes manguiers, bananiers alors que sur les parois des montagnes ce ne sont que cactus et végétation sèche. Je m’offre un Coca Cola bien frais avant que nous n’attaquions, après avoir traversé le fleuve sur un pont bien fatigué, la seconde étape, plus courte et sur une chaussée meilleure, plus rapide (j’accroche la troisième !), du moins dans la première partie de la montée vers un autre col à 3200 mètres. Nous retrouvons les nuages dans la dernière partie, alors que la route est redevenue très étroite, juste la largeur du camion et peu de zone de croisement. Nous ne voyons pas l’arrivée de cette interminable montée. Au col, le soleil nous attend, nous découvrons plus bas Celendin, petite ville, la première avec des feux rouges depuis Chachapoyas. La dernière partie est facile, la route est large et une dernière montée se fait sans peine avant de retrouver de vraies lignes droites jusqu’à Cajamarca. Une dernière descente et à la hauteur de Baños del Inca, nous nous rendons à l’Hacienda San Antonio où nous pouvons camper. Un emplacement est prévu et nous avons la possibilité d’utiliser la salle de bain d’une chambre inoccupée (elles le sont toutes !) ce dont je ne me prive pas. Nous sommes au calme, pas de tuk tuks, pas de joueurs de football, personne ne crie, aucun chien n’aboie… Hélas le wifi n’est pas très performant mais à défaut de mettre le blog à jour, nous pouvons relever notre courrier et répondre à quelques-uns. Nous avons décidé de dîner à l’auberge et nous avons commandé les plats pour 19 h 30 mais la cuisinière est pressée d’abandonner ses fourneaux. Nous sommes les seuls clients, perdus dans une salle à manger qui pourrait être très agréable avec un feu dans la cheminée. Mon steak, bien que mince, est tendre et saignant et Marie qui a repris un lomo saltado se déclare satisfaite. A huit heures nous en avons terminé… Marie regagne le camion, je tente de mettre le blog à jour à la réception mais le wifi est bien trop lent et je rentre au camion écrire ma journée.

Vendredi 28 avril : Réveillé dans la nuit, je m’aperçois que la réception internet n’est pas mauvaise et j’en profite pour mettre le blog à jour. Nous avions prévu de ne pas nous presser aujourd’hui mais à six heures du matin, un employé décide de casser du bois… Néanmoins nous traînons, profitons d’une vraie salle de bain et ne quittons les lieux qu’à dix heures, en prévoyant de revenir dormir à l’hacienda ce soir. Nous rejoignons la grande avenue qui nous amène à Cajamarca où, une fois de plus nous plongeons dans une circulation pénible. Nous trouvons le vieux centre colonial et parvenons à la Plaza de Armas mais pas question de s’y garer. Je tourne dans les rues voisines et parviens à trouver une place près de la lavanderia où nous voulons porter un gros sac de linge sale. Je cherche ensuite un distributeur de billets, constatant une fois de plus que la Scotia Bank, en principe associée à la BNP, n’est d’aucune aide. Nous repartons en passant par des rues très encombrées autour du marché central. Nombreuses sont les Indiennes, plus rares les hommes, à porter le chapeau traditionnel, un énorme couvre-chef en paille, très haut avec de larges bords roulés.

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Nous finissons par trouver le centre commercial où nous nous ravitaillons pour les jours à venir. Nous déjeunons dans le camion sur le parking puis retournons dans le centre, nous garer dans une rue proche de la place centrale sans trop savoir si nous en avons le droit mais nous ne sommes pas les seuls. De là nous passons au bureau de iPeru dont l’employée se démène pour nous fournir toutes les informations demandées avec force documents. Nous suivons des rues dont toutes les maisons sont de l’époque coloniale, pourvues de beaux balcons de bois sur des murs chaulés et sous des avant-toits qui protègent les passants du soleil comme en ce moment, ou de la pluie comme plus tard. Nous parvenons à la petite place fleurie de Belen où se tiennent deux édifices du XVII°/XVIII° siècle, une église et un ancien hôpital de femmes. Ce dernier derrière un beau portail où des femmes à quatre seins tiennent lieu d’atlantes, est devenu un modeste musée où, une fois de plus, sont présentés des céramiques pré-incas (à croire qu’il suffit de creuser un trou dans ce pays pour en trouver…) et quelques objets ethnographiques récents.

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Des restes de fresques sont encore visibles sur des arches ou des plafonds. De l’autre côté de la rue, l’église de Belen présente une belle façade plateresque très sculptée avec torsades, guirlandes de feuilles et de fruits, anges aux ailes déployées et statues de saints. Nous pouvons en visiter l’intérieur en passant par le patio voisin. La décoration n’est pas surchargée en dorures mais des statues de bois sont intéressantes, notamment un Christ dubitatif qui semble se demander ce qu’il a bien pu venir faire là… Le dôme est étonnant, en son centre une représentation du Paradis très fleuri, supportée par des archanges dodus, quasiment difformes. 

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Une salle adjacente montre des œuvres d’un certain Andrès Zevallos qui ne nous plaisent guère mais nous apprécions l’humour de l’une de ses peintures où des touristes apparaissent dans un cortège.

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Nous nous rendons ensuite au musée de l’église San Francisco qui expose un bric-à-brac de brocanteur avec des toiles noircies ou déchirées, difficilement appréciables… Nous terminons les visites par le lieu où le dernier empereur inca Atahualpa fut emprisonné puis assassiné, une maison de pierre, supposée inca mais très restaurée et sans provoquer le moindre émoi chez nous. Quand nous y étions entrés le soleil éclairait la façade de l’église San Francisco, il pleut quand nous en ressortons. Quand elle se calme, nous traversons la place pour approcher de la cathédrale à la belle façade inachevée (ce qui permettait d’éviter de payer les impôts à la Couronne !). L’intérieur sans le moindre éclairage ne nous permet pas d’apprécier les dorures du maître-autel. Nous retournons nous asseoir dans le camion puis je vais rechercher le linge à la lavanderia et nous rentrons à l’hacienda retrouver notre place. Le wifi fonctionne plus ou moins mal, je parviens avec du temps à mettre quelques messages. Un pisco sour conclut la journée.

Samedi 29 avril : Réveil tardif, la fatigue et le calme de la campagne sans doute. Plein d’eau, vidange de la « boîte à caca » (bonjour Jean-Pierre), nettoyage du camion et quelques petites réparations nous empêchent de partir avant dix heures et demie. Nous nous rendons aussitôt aux Ventanillas de Otuzco, toutes proches. Ce sont des niches dans une falaise formant une nécropole du VII° au XIII° siècle, pillée depuis belle lurette. Un sentier avec des marches taillées dans la roche permet d’approcher de cet ensemble de cavités rectangulaires qui n’ont plus grand chose à montrer sauf leur composition aux allures des premières œuvres de Kandinsky.

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Problème de serrure de portière, impossible de fermer celle de Marie, le pêne reste coincé (j’ai graissé les serrures ce matin !), en insistant je le ramène à de meilleurs sentiments. Nous repartons pour une nouvelle traversée de la ville par les quartiers du marché donc, embouteillage, klaxons bloqués, slalom entre minibus, taxis et tuk tuks puis sortie par les quartiers de la haute ville, pas les plus riches. La rue suivie est en pente de plus en plus raide et quant au sommet il faut tourner à gauche, le moteur cale ! Déchaînement de klaxons, je blêmis, tente de redémarrer, le frein à main est toujours aussi peu efficace, je me revois à Manizales, je dois passer les petites vitesses pour me sortir de ce mauvais pas. La piste est mauvaise, défoncée, durcie, nids de poule, surtout dans la partie en agglomération, elle monte résolument au-dessus de Cajamarca. Une fois de plus je compte les kilomètres, sans trop apprécier le paysage pourtant non dénué d’intérêt avec ses champs sur les collines et ses forêts. Nous découvrons sur la fin les aiguilles rocheuses qui surgissent au sommet de buttes, formant un étrange castillo.

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La piste se termine à un parking privé donc payant. Nous sommes un peu étonnés de voir que d’autres touristes ont bravé les inconvénients de cette piste mais il est vrai à bord de minibus ou de taxis de location. Nous déjeunons dans le camion puis cherchons à nous renseigner dans les bâtiments du « parador turistico ». Tout est fermé, le tarif d’entrée est affiché mais nul n’en encaisse le montant. Nous ne savons où nous diriger. Une piste semble se rapprocher des pitons, nous l’empruntons jusqu’à un autre parking sans âme qui vive. Nous prenons des photos des aiguilles quand le soleil, devenu capricieux, veut bien les éclairer. Deux chauffeurs de taxis viennent se garer pour attendre leurs clients, et nous indiquent le sentier que nous pouvons suivre sur une faible distance pour trouver, ce qui motive la venue sur ce site, un aqueduc de plusieurs kilomètres remontant au premier millénaire avant JC et des pétroglyphes. En fait il ne s’agit que d’un canal creusé dans la roche, zigzagant dans les collines et de quelques gravures énigmatiques sur la roche.

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Nous repartons, retrouvons Cajamarca que nous traversons assez rapidement pour continuer en direction de Cajabamaba à une centaine de kilomètres. La route est bonne mais les nombreuses montées et descentes ne permettent pas une grosse moyenne. Nous avons repéré un lieu de bivouac sur ioverlander qui nous conviendrait, mais y arriver avant la nuit paraît de plus en plus compromis, et ce n’est pas la traversée du gros bourg de San Marcos, dont toutes les rues sont dans un tel état de délabrement qu’il faut le parcourir au pas, qui nous aide. Nous approchons de notre bivouac espéré mais la nuit tombe et trouver « La Chalarina » dans le noir n’est pas aisé. Nous y parvenons tout de même et c’est avec un grand soulagement que nous voyons s’ouvrir les portes d’un grand terrain herbeux où nous pouvons nous installer pour la nuit. Un grand verre de vin blanc nous réconforte.

Dimanche 30 avril : La nuit aurait été parfaite si, à six heures du matin, n’était passée sur la route une voiture avec une puissante sonorisation diffusant une musique, certes entraînante, mais quelque peu matinale… Le soleil brille de bonne heure, comme d’habitude, avant d’être caché par d’intempestifs nuages. Nous repartons, une dernière montée et nous parvenons à Cajabamba. Encore une de ces petites villes coloniales qui ont conservé ruelles étroites et maisons à balcons de bois, pas toujours pourvues du confort moderne. Nous parvenons à la Plaza de Armas où nous nous garons, non pas séduits par ses quelques maisons anciennes mais avec l’idée de prendre en photo ces Indiennes nattées, au grand chapeau de paille, avec une jupe aux genoux portée sur d’indiscrets et fripons jupons. Armés de nos appareils, nous suivons une des artères de la ville, essayant de mitrailler discrètement les si menues personnes sous de si grands couvre-chefs.

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Nous en repartons, non sans mal pour trouver la sortie de la ville. Huamachuco, notre prochaine destination n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres mais la route est mauvaise, étroite, toujours en virages. Le paysage est celui, classique, des montagnes, des cultures sur des collines et des villages de maisons en adobe, à un étage, couvertes de tuiles romaines, qui ne seraient pas laides si presque chaque maison ne faisait la publicité pour un candidat aux élections de 2016. Nous parvenons au site de Wiracochabamba, proche de Huamachuco, à temps pour déjeuner avant de le découvrir. Il s’agit d’une ancienne cité wari, une culture de l’ancien Pérou, entre 700 et 900 de notre ère. Un circuit balisé nous promène entre des pans de murs un peu trop restaurés. Nous pouvons identifier une grande place et des bâtiments pourvus de niches, d’autres, de cavités dont le rôle nous reste inconnu faute d’explications.

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Nous en repartons, plutôt frustrés, pour retraverser la ville. Nous hésitons à nous rendre au site de Marcahuamachuco que nous avons aperçu aux jumelles sur une éminence, à 3600 mètres d’altitude, une ancienne forteresse pré-inca mais je commence à en avoir mon compte de ces sites sans grand intérêt, et je commence aussi à être vite essoufflé. Aussi, faute de trouver rapidement la route d’accès, continuons-nous en direction de Trujillo. Une eau abondante coule de la montagne. Des micro-entrepreneurs opportunistes en ont profité pour créer des stations de lavage de voitures et tentent d’attirer le client avec des publicités très suggestives…

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La route est de nouveau étroite et en très mauvais état, nous n’avançons pas vite. La multitude de resaltos, ainsi nomme-t-on ici les topes mexicains, les ralentisseurs, à l’entrée, au milieu, à la sortie de chaque village, hameau, pont, contraint à continuellement rétrograder. Une montée sur une portion en meilleur état nous amène sur un plateau vallonné couvert d’une lande moirée et d’où nous apercevons à l’horizon des pics et des pitons sur un fond de ciel d’orage. Je commence à en avoir plus qu’assez des routes en lacets et des virages en épingles à cheveux… La pluie nous rattrape vite et nous poursuivons sur une route déformée, rendue glissante par la pluie. Nous nous arrêtons au bourg de Otuzco où les Milav ont signalé une possibilité de bivouac entre cimetière et stade. Une esplanade pourrait convenir mais les pluies ont dilué les bouses de vache et leur odeur nous contraint à chercher un autre emplacement moins plat et plus proche des enthousiasmes d’une jeunesse sportive… Nous arrosons le dernier dimanche du règne de François H avant de gagner un repos bien mérité.

Lundi 1er mai : Nous sommes réveillés à deux heures du matin quand monte du bourg une musique assourdie mais que tout le quartier d’où elle provient ne peut ignorer. Pour ne plus l’entendre nous baissons le toit et nous avons la paix jusqu’à sept heures du matin quand le stade ouvre ses portes… Un beau soleil éclaire les montagnes que nous quittons en dévalant ses pentes vertes. La ligne d’horizon absolument rectiligne nous signale l’océan. Les derniers kilomètres traversent les riches terres plantées en canne à sucre et, en plus petites parcelles, d’ananas. Nous contournons Trujillo, rejoignons le bord de mer, brumeux, et parvenons à la station balnéaire de Huanchaco où nous trouvons la Casa Amelia, en bord de mer. Nous pouvons nous y installer dans le petit jardin, en compagnie d’un couple d’Australiens. Les propriétaires sont sympathiques, ainsi que le perroquet Pépé et le chat roux Isidorio et, si c’est un peu foutraque, ce n’est pas bien grave. Nous tentons de nous connecter à internet, en vain. Nous déjeunons sur la table du jardin puis, les fauteuils étant trop inconfortables, nous faisons une courte sieste dans le camion avant d’aller nous promener le long de la plage. En ce premier mai, jour férié, les Péruviens sont venus profiter des joies de la mer. Peu se baignent, souvent habillés, l’eau est froide. Quelques-uns s’élancent sur les caballitos de totora, ces frêles esquifs en roseaux déjà vus à Pimentel. Quelques pêcheurs les utilisent encore plus traditionnellement.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Des marchands de souvenirs se sont installés sur la promenade et tentent de vendre des reproductions en paille de ces pirogues ou des bijoux de pacotille. Nous accédons à la jetée, bien moins longue qu’à Pimentel, passons entre les pêcheurs du dimanche et les amoureux, en surveillant les surfeurs, toujours en attente. Nous revenons lentement, consultant les cartes des restaurants pour ce soir. Des cormorans, habitués des baigneurs, gloussent de la glotte, les ailes étendues. Les visiteurs commencent à repartir et nous regagnons notre camion. Le wifi est toujours aussi faible et je renonce à mettre le blog en ligne. Nous montons sur la terrasse au-dessus d’une chambre dont nous utilisons la salle de bain. L’Australienne nous entreprend, je ne peux pas taper ma journée et je dois essayer de baragouiner sur la situation politique en France et le problème des réfugiés dans le monde… Nous ressortons pour aller dîner. Presque tous les restaurants ont fermé et nous devons être contents que celui à côté de notre campement nous accepte. Un bon pisco sour est suivi d’un ceviche de mérou bien relevé mais, comme toujours au Pérou, accompagné de patates douces, de yuca et de maïs bouilli, qui ne sont pas franchement goûteux… Marie a commandé un picante de mariscos que j’apprécie aussi. Retour de bonne heure au camion pour la nuit.

Mardi 2 mai : Nous étions bien au calme, bercés par le bruit des vagues. Réveillé dans la nuit, j’ai, à deux reprises tenté de me connecter à internet, en vain… Nous sommes un peu tardifs ce matin et commençons par aller (re)visiter le site de Chan Chan. La zone des fouilles est très étendue et on ne peut en visiter qu’une petite partie, restaurée (trop). Nous devons, pour accéder au centre du palais, suivre un long chemin entre deux hauts murs en briques d’adobe. Nous aboutissons à une vaste place carrée dont les murs sont décorés, à leur base, d’une frise moulurée, représentant ce qui était jusqu’à présent supposé être des loutres marines mais une brave dame en charge du lieu, nous explique qu’il s’agirait plutôt d’écureuils !

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Un passage nous permet d’accéder à un couloir où sont figurés des vagues et des poissons, toujours en relief, moulés dans l’argile. La restauration est abusive et l’authenticité y perd ce que le réalisme y gagne. Puis nous atteignons un vaste ensemble de salles séparées par des murs épais, couverts également de frises représentant des pélicans en diverses postures.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

J’avais conservé de cet ensemble un souvenir ébloui, je suis déçu de les voir recouverts d’une toiture reposant sur de nombreux piliers en bambou, même si je comprends l’utilité de préserver ces constructions que de fortes pluies comme celles dues à El Niño pourraient définitivement endommager. Nous passons ensuite au petit musée du site qui n’a pas grand-chose à proposer à part quelques reconstitutions enfantines et des peintures murales suggestives. Nous reprenons la route pour nous rendre au site d’El Brujo en suivant l’itinéraire proposé par notre logiciel de navigation OsmAnd. Nous suivons la panamericana sur une quinzaine de kilomètres et, disciplinés, la quittons pour une piste de tôle ondulée qui s’enfonce dans le désert, suivant une ligne de montagnes en partie ensablées. Nous traversons un village et continuons au milieu d’immenses plantations de canne à sucre permises par des canaux d’irrigation. La piste ne s’améliore pas mais nous pensons approcher du but jusqu’à ce que la piste devienne très étroite puis boueuse, traversant des mares. Elle se termine dans le lit d’une rivière qu’il est hors de question de tenter de traverser. J’aperçois à quelque distance un pont, nous revenons sur nos pas, de nouveau dans l’eau et la boue puis trouvons une route, vaguement goudronnée, qui nous permet, grâce au très étroit pont, de passer de l’autre côté de la rivière. Nous poursuivons sur une piste, toujours au milieu des cannes à sucre, avant de rejoindre le bord de mer et d’apercevoir un tertre, la pyramide cherchée… En y parvenant, nous comprenons qu’une route goudronnée permettait d’y arriver plus facilement mais que ce n’est pas le chemin le plus court, celui proposé par notre gps… Nous déjeunons rapidement avant d’entamer la visite. Un grand velum recouvre, pour la protéger, la pyramide tronquée. Elle est étagée, chaque strate est la trace d’une nouvelle étape dans son édification, celle aussi d’une renaissance à la fin d’un règne. Les fouilles ont permis de découvrir des fresques colorées en relief à chaque étage, une succession de prisonniers attachés par une corde, des officiants main dans la main et, peu visibles, une frise représentant le Dieu Décapiteur à corps d’araignée, tenant dans une main un couteau sacrificiel et dans l’autre une tête décapitée.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Un sentier bien aménagé permet d’accéder aux différents étages et de découvrir d’autres fresques qui ont conservé des traces de polychromie.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Je ne regrette plus d’être venu d’autant qu’un modeste, mais bien conçu, musée nous montre la momie d’une femme qui dut régner et qui est présentée avec tous les objets, bijoux, tissus, trouvés dans sa tombe. Nous faisons presque la fermeture avant de reprendre le chemin du retour, cette fois en restant sur le goudron, beaucoup plus rapide. Nous retrouvons notre bivouac et nos sympathiques propriétaires. Je suggère la confection d’un pisco sour. Ce n’est pas pour déplaire… Alors que nous avons retrouvé un wifi, capricieux au début, qui me permet de mettre le blog en ligne, tout en devisant distraitement avec l’Australienne, bavarde et casse-pieds, les propriétaires apportent un litre de pisco sour, hélas sans glaçons mais qui font très agréablement passer un moment entre Péruviens, Australiens et Français tout en baragouinant en espagnol. Nous regagnons tardivement le camion pour dîner puis je vais taper mon journal tandis que Marie se couche.

Mercredi 3 mai : Nous quittons nos hôtes décidemment bien sympathiques. Nous nous rendons dans le centre et nous parvenons à nous garer sur la splendide Plaza de Armas. Nous retrouvons avec plaisir cet ensemble d’élégantes maisons aux portails majestueux, aux fenêtres immenses avec leurs grilles de fer forgé, leurs balcons de bois en encorbellement et leurs couleurs vives que le soleil fait claquer.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous allons jeter un oeil à la cathédrale dont l’intérieur, malgré quelques retables de bois doré, est dotée d’un plafond particulièrement laid. A l’extérieur, elle présente une belle façade jaune soulignée de stucs blancs. Nous suivons une rue piétonne en contemplant des façades d’églises fermées et des palais dont nous avons le droit de faire le tour du patio mais en prenant bien garde de ne pas franchir le seuil des pièces.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous remarquons surtout les fenêtres que nous voudrions toutes photographier.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous revenons vers la place centrale, Marie se procure de la documentation à l’Office du Tourisme puis nous allons voir une dernière demeure avant de reprendre le camion. Un petit tour dans les rues du centre nous permet d’apercevoir d’autres demeures puis nous essayons de trouver la sortie de la ville en direction du sud. Bientôt nous quittons la panamericana pour nous rendre aux Huacas de la Lune et du Soleil. Deux immenses tumuli dans le désert, en partie recouverts de toitures, nous les signalent.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous nous rendons au musée pour y acheter les billets, en remettant à plus tard sa visite. Nous déjeunons dans le camion, à l’ombre parcimonieuse du seul arbre du parking. Nous allons nous garer à l’entrée du site de la Huaca de la Lune où nous devons attendre 14h pour la visite obligatoirement guidée. Nous rencontrons de ces chiens noirs sans poils appelés biringos, aperçus sur presque tous les autres sites mais aussi dans les villes ou à la campagne (Melba en a un). Une jeune fille qui prend soin de parler lentement en espagnol nous conduit à la pyramide au sommet de laquelle nous montons. Elle remonte aux siècles I à VI de notre ère et nous découvrons les cinq étapes successives de sa construction. A chacune d’elles une autre pyramide venait recouvrir la précédente, s’emboîtant les unes dans les autres, sans évolution de la décoration, des frises en bas-relief colorées et dont les couleurs, protégées par les couches successives de briques d’adobe, ont assez bien conservé leur fraîcheur.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous retrouvons, comme à El Brujo, celle des guerriers et de leurs prisonniers promis au sacrifice rituel, celle des danseurs se tenant par la main, celle du Dieu-araignée décapiteur, puis d’autres moins évidentes.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Une grande fresque semblable à celle d’El Brujo (il s’agissait de la même civilisation moche ou mochica) est couverte de personnages, d’animaux, de scènes mythologiques encore colorées.

TRANSAMERICA (4.1.- Pérou, Andes du Nord)

Nous retournons au musée où sont remarquablement présentés des objets, surtout des faïences d’une qualité exceptionnelle, par thèmes, pour illustrer les divers aspects de cette brillante civilisation. Nous faisons la fermeture à seize heures, et décidons de continuer en direction de Chimbote. Nous avançons à bonne allure sur cette panamericana, souvent à deux doubles voies, sauf dans les agglomérations. Bien que dans le désert, nous traversons des cultures de canne à sucre dont les carrés sont séparés par les canaux d’irrigation. Nous ne savons où nous arrêter pour la nuit, les stations-service ne se trouvent que dans les villes bruyantes et nous ne trouvons aucun endroit alors que maintenant nous sommes en plein désert, entre dunes et montagnes ensablées. Le soleil décline, nous parvenons à marchander notre hébergement dans un centre touristique, Gemma, qui paraît à l’abandon au vu de ses sanitaires.

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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 22:09

Samedi 3 décembre : Marie se réveille tard. Nous faisons laver le camion puisque nous avons dormi sur le parking du lavage des camions, associé à la station-service. Nous repartons en direction de la côte et bientôt nous quittons les montagnes pour la plaine côtière. La végétation est alors bien tropicale avec des bananeraies dans chaque village. Nous nous dirigeons vers la frontière du Pérou. Un nouveau pont relie les deux pays et évite le fouillis de l’ancienne frontière. Nous franchissons le rio qui constitue la limite des deux états et parvenons au Centre de Traitement Binational du Transit des voyageurs. Sauf que, pour la sortie du camion d’Equateur, nous devons retourner au poste sis dans l’autre sens, en Equateur. Une fois que j’ai trouvé le bon bureau, fait une photocopie du document douanier, celui-ci est tamponné et nous pouvons retourner au Pérou… A l’immigration, la queue est longue, en faisant valoir le handicap de Marie, nous pouvons passer plus rapidement au contrôle équatorien mais il faut patienter à celui des Péruviens. Enfin, les passeports visés, je dois m’occuper de l’importation temporaire du camion. Rédiger le document semble poser problème au responsable qui s’occupe de moi, sans doute peu familier des ordinateurs et l’oblige à recommencer plusieurs fois la rédaction du précieux sésame. J’achète une assurance pour un mois, change au noir avec un policier quelques dollars et enfin, nous entrons au Pérou. Le paysage est encore radicalement différent. Nous sommes en plein désert, une terre sèche, sans verdure où ne poussent que des arbustes qui ne donnent guère d’ombre. Nous parvenons à nous glisser sous l’un d’eux pour avoir un semblant d’ombre, le temps de déjeuner tardivement. Les bas-côtés sont immondes, une poubelle tout au long de la route ! Quelle différence avec la Colombie et l’Equateur ! Nous traversons Tumbes où je cherche une banque pour tirer des soles. Ce qui ne va pas sans mal, la Scotia Bank ne voulant pas de ma carte, une autre ne la reconnaissant pas… La troisième est la bonne. Nous pourrions nous croire dans une ville du Tiers-Monde, agitation dans les rues, circulation anarchique, immeubles de béton laids, boutiques qui débordent sur la rue, parc automobile vétuste, nombreux tuk tuks, un autre monde ! Après avoir traversé une zone de rizières, la route rejoint le bord de mer, ce Pacifique que nous n’avions plus vu depuis Panama. De nombreuses auberges ou cabañas, s’alignent le long de la côte. Les topes, ralentisseurs en travers de la route qui avaient quasiment disparu en Equateur sont de nouveau là, obligeant à une attention soutenue pour les repérer à temps. Nous parvenons en fin d’après-midi au Swiss Wassi à qui nous avions téléphoné. Nous y sommes accueillis en français par un couple helvético-péruvien. La troisième étape de cette traversée du continent américain se termine ici, du moins pour le camion. Nous nous installons sur la plage, sous les cocotiers. Pas de messages de Julie, Nicole ou Vettou, Marie n’est pas contente et reste calfeutrée dans le camion. J’ai sorti table et fauteuils et en profite jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous nous faisons servir un pisco-sour dans le camion, le premier d’une longue série sans doute…

Dimanche 4 décembre : Réveillé dans la nuit et vite las du grondement continu et monotone de l’océan, je me lève et m’installe sur notre table avec l’ordinateur pour répondre à quelques courriers avant de me recoucher. Réconciliés au réveil, je vais me tremper les pieds dans l’eau tandis que des escadrilles de pélicans, en formations serrées, passent en rase-mottes derrière le chef de patrouille. Une coupure de courant nous prive d’électricité, d’eau et du wifi. Un générateur vient pallier cette défaillance mais nous n’avons toujours pas le wifi. Nous rédigeons avec Melba et Jacques, les propriétaires, les lettres de demande de suspension du permis d’importation temporaire et constituons le dossier que nous devrons présenter aux douanes à Tumbes. Nous restons discuter ensemble puis ils nous proposent de déjeuner avec eux dans un petit restaurant familial où ils ont leurs habitudes. Nous les suivons avec le camion jusqu’à Zorritos, au Rincon Criollo. Des spécialités alléchantes : riz au canard, cabrito, des ceviches, des chicharrones de fruits de mer, etc… Nous nous régalons d’un bon ceviche mixte avec des coquillages noirs et un chicharron également mixte. La présence à notre table d’une de leurs amies non francophone nous oblige à baragouiner en espagnol pour détailler les plats traditionnels servis à Noël en France… Nous les abandonnons pour revenir en direction de la frontière, et, après Tumbes, suivre un bout de route jusqu’à Puerto Pizarro, un petit port de pêche an bord de la mangrove, reconverti en port de plaisance avec des barques à moteur qui emmènent les touristes vers une plage ou dans le dédale des îles dans la mangrove. Marie n’a pas envie de faire un tour en bateau, nous restons à regarder les pélicans, posés sur l’eau ou sur le bastingage des bateaux, guetter les retours des pêcheurs tandis que d’élégantes frégates tournent inlassablement dans le ciel.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous allons prendre un pot dans un des restaurants en bordure de la plage envasée et comme j’ai encore un peu faim, je me commande une portion de chicharron de calamar. Nous rentrons ensuite alors que la brume cache les détails du paysage devenu cotonneux. Nous nous réinstallons à la même place et nous nous faisons servir un pisco sour

Lundi 5 décembre : Je suis encore réveillé dans la nuit mais il fait plus frais et je reste dans le camion à surveiller l’arrivée des messages, dans l’attente de celui de Julie. Le ciel est couvert ce matin et le vent a bien rafraîchi l’atmosphère. Je pars ensuite avec Jacques et Melba au commissariat de Zorritos. Nous en revenons avec un policier qui vient constater que le camion est bien dans le jardin… Retour cette fois avec Marie à Zorritos où, tandis que le policier rédige un rapport en bonne et due forme, nous allons avec Marie faire des courses pour les derniers jours. Pas de supermarché mais, autour du marché quelques épiceries qui nous rappellent celles de Tamatave. Nous ne trouvons pas grand-chose, du jambon et du saucisson à priori peu appétissants, des tranches minces de porc, des fruits. Au commissariat, le document est prêt, signé. Nous revenons au campement où Marie va rester pendant que je repars avec Jacques et Melba pour la douane à la frontière. Nous nous arrêtons à Tumbes pour déjeuner dans une pâtisserie qui fait aussi de la petite restauration. Je choisis des chicharrones de porc, bon mais peu copieux. Nous atteignons la frontière où nous déposons le dossier de demande de suspension du permis d’importation. Il faut attendre qu’il soit transmis au chef, puis celui-ci nous prie de patienter une heure, passée au café en discutant entre nous. La secrétaire du chef me réclame mon passeport puis me le rend sans la feuille volante délivrée par les services de l’immigration et me soutient mordicus qu’elle ne l’avait pas eue et que j’ai dû la perdre à l’extérieur. Je vais vérifier qu’elle ne traîne pas dehors, avant que Melba ne me la rapporte, retrouvée dans le bureau du chef… Encore une attente avant que l’on ne me remette le précieux document signé du chef ! Nous rentrons au campement et je retrouve Marie. Je tente de me connecter pour confirmer le vol de retour mais internet ne fonctionne pas… Plus tard, la connexion est rétablie et nous pouvons vérifier que nous sommes toujours sur le vol prévu et écrire à quelques personnes.

Mardi 6 décembre : Rien au programme de la journée ! Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps… Et nous ne pouvons plus utiliser le camion désormais immobilisé au campement. Nous prenons notre temps, petit déjeunons tardivement, lisons, réservons une chambre au Kamana, l’hôtel de Lima où nous avions déjà séjourné. Nous avons reçu un sms de Nicole qui n’a plus internet. Marie a voulu lui téléphoner mais elle ne répond jamais, puis nous n’avons plus de connexion ! Après déjeuner nous nous allongeons sur des lits de repos, à l’ombre, pour lire ou faire une sieste. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je me trempe dans l’eau fraîche puis le reste de l’après-midi se passe à attendre le coucher du soleil. Un couple de Sud-Africains avec un Toyota et une tente sur le toit vient s’installer à côté de nous. Le soleil couché, nous regagnons l’intérieur du camion avant de dîner.

Mercredi 7 décembre : Encore une fois réveillé dans la nuit, je tente de mettre le blog en ligne mais le wifi fonctionne mal et je renonce vite. Nous passons la matinée à lire dans les chaises longues, à tenter de dépanner le Sud-Africain qui a des problèmes avec son ordinateur et à guetter une amélioration de la liaison par internet. Jacques et Melba nous emmènent à Zorritos au restaurant El Brujo pour déjeuner. Nous festoyons : salade (en fait un ceviche) de crabe, un sudado de poisson, une sorte de bouillabaisse, et un tacu tacu, un filet de poisson mélangé à du riz, des œufs et une sauce aux fruits de mer. Rien de vraiment gastronomique mais différent de la cuisine habituelle et bien sûr très copieux mais aussi plus cher. Nous sommes en bonne compagnie, Jacques et Melba sont agréables et sympathiques et nous pouvons causer de tout ! 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous revenons en faisant halte dans une épicerie-bistrot où nous prenons des glaces mais ce sont des bâtonnats et non des sorbets. Le campement s’est rempli, des Français avec un gros camping-car, pas curieux, et deux couples d’Américains. Le reste de l’après-midi se passe à profiter du wifi réparé pour finir de mettre à jour le blog puis à lire au soleil.

Jeudi 8 décembre : Dès que nous sommes debout, nous occupons la chambre que nous avons réservée pour ce soir et commençons à vider le camion. Les lessives s’enchaînent, duvets et linge. Nous trions les vêtements, ceux que nous rapportons, ceux que nous laissons dans le camion et ceux que l’on jette (Marie a toujours autant de mal à se séparer de ses chaussures…). Je commence les sacs, vite pleins avec tout ce que nous rapportons. Nous déjeunons avec le plus mauvais jambon du voyage mais dans une semaine nous en aurons du meilleur ! Ensuite nous nous attaquons au nettoyage de l’intérieur du camion puis nous replaçons dedans ce qui doit rester. Quand nous en avons terminé, il est près de 16 h. je vais me tremper dans l’océan puis nous lisons en attendant le coucher du soleil. Nous allons dîner chez Jacques et Melba. Elle nous a préparé un aji de gallina. Nous regagnons la chambre pour cette dernière nuit à Zorritos.

Vendredi 9 décembre : Nous avons passé une bonne nuit dans un vrai lit et nous ne sommes pas pressés d’en sortir. Melba nous apporte le petit-déjeuner, pris face à la mer puis je finis de remettre dans le camion ce qui doit rester et je vais le remiser sous une auvent, à côté de la maison. Batterie débranchée, il va hiberner quatre mois. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je règle les comptes avec Melba, sans surprise. Nous lisons jusqu’à l’heure de déjeuner avec nos restes de jambon. Il est vraiment temps que nous retrouvions du VRAI jambon ! Sieste puis nous portons les sacs dans le garage et à trois heures, Jacques nous emmène à Zorritos, à l’agence de la compagnie de bus. Nos sacs sont enregistrés puis nous attendons l’arrivée de notre vaisseau. Il a un peu de retard mais qu’importe, seule compte désormais l’heure d’arrivée à Lima. Nous sommes au niveau supérieur où nous disposons de très confortables fauteuils, comme nous aimerions en avoir dans l’avion, inclinables à 180°, avec écran vidéo individuel. Nous longeons la mer, repassons une fois de plus devant Swiss Wassi et continuons entre la mer et le désert. Nous subissons un premier contrôle de police où les pièces d’identité de nos compagnons de voyage sont épluchées. Puis, quelques kilomètres plus loin, nouvel et long arrêt qui ne manque pas d’énerver Marie. Nous devons descendre pour une inspection des douanes. Le soleil, rouge dans la brume de mer, se couche. On nous sert un repas, une salade de pomme de terre relevée et un curry de boeuf haché avec un verre d’eau. Extinction des lumières et début d’une longue nuit.

Samedi 10 décembre : Le fauteuil s’incline bien mais pas complètement, et surtout je dois dormir en chien de fusil, faute de place suffisante. Je m’endors sans difficulté malgré les cahots de la route. Réveillé peu après six heures, à la hauteur de Chimbote, j’aperçois entre les rideaux tirés le paysage, toujours aussi désertique, de plus en plus de sable même sur des montagnes complètement pelées. Les villages, les petites villes traversées, sont d’une tristesse infinie, perdues dans des ruelles ensablées, des masures cubiques en briques ou en parpaings, inachevées, dont  les murs servent de panneaux publicitaires pour les partis politiques et leurs dirigeants. Aucune trace d’harmonie, aucune trace de Beau. Les fourmis, les abeilles, les tisserins font mieux dans leurs constructions ! Parfois une oasis, canne à sucre ou vergers, laisse imaginer un développement possible. On nous sert un petit déjeuner tardif, quelques petits pains, beurre et confiture et même du thé ! Notre bus se traîne et semble peiner dans les montées, nous désespérons d’être à Lima à midi comme nous l’espérions. Les derniers kilomètres avant la capitale se font en corniche au-dessus de la mer, à flanc de dune ou plutôt d’une montagne ensablée qui menace de recouvrir la route à la première occasion. Lima se devine à son interminable banlieue, suite de cabanes en dur qui s’accrochent aux pentes des montagnes, à peine discernables du sable. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Puis ce sont des immeubles sans aucun attrait, commerces de survie où s’agite une population sans espoir d’amélioration de leur quotidien. Nous nous traînons dans les embouteillages jusqu’à atteindre le centre-ville. Après deux heures de navigation par à-coups, nous arrivons au garage de la compagnie. Nous sautons aussitôt dans un taxi qui nous dépose à trois heures, au Kamana, l’hôtel où nous avions réservé, dans le centre. Nous prenons une chambre sur le devant, malgré le bruit, moins triste que celles qui donnent sur un mur. Nous avons faim et descendons déjeuner tardivement au restaurant de l’hôtel. Menu avec ceviche et riz aux mariscos, copieux, pas cher et bon. Nous remontons faire la sieste et regarder TV5 Monde… Je commence à avoir faim, au contraire de Marie qui n’a pas très envie de bouger. Je la décide à sortir à huit heures. Nous rejoignons la rue piétonne envahie par une foule débonnaire venue en famille découvrir les illuminations de Noël. Entre deux rangées de commerces modernes, nous atteignons la Plaza de Armas dont quelques-uns des beaux balcons sont couverts d’illuminations de fête. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Un sapin stylisé, des rennes et un arbre réalisés en leds scintillent pour la plus grande joie des gens qui se prennent en photo devant. Dans une chapelle de la cathédrale, se déroule un grand mariage avec famille et amis endimanchés et avec une interminable limousine. Nous revenons en cherchant un restaurant, je compte sur deux établissements aperçus en venant, ils sont fermés quand nous repassons. Nous rentrons à l’hôtel sans avoir dîné, ce qui ne dérange que moi

Dimanche 11 décembre : Une bonne nuit, encore une fois dans un vrai lit. C’est dimanche, il y a très peu de circulation donc pas de bruit dans la rue. Nous descendons prendre le petit déjeuner, classique, très correct. Nous remontons dans la chambre, le temps de nous décider sur le programme de la journée. Nous partons dans les rues désertes, passons devant le portail churrigueresque très chargé de l’église San Agustin dont l’intérieur n’a aucun rapport avec l’exubérance du portail. Nous remontons la rue Ucayali où se rencontrent beaucoup de maisons, pas forcément anciennes, pourvues au premier étage de balcons-loggias en bois, qu’en d’autres continents on appellerait moucharabiehs. Tous ne sont pas des chefs-d’œuvre mais font le charme de cette ville dont il reste peu de bâtiments des siècles passés après tant de séismes. Je n’avais d’ailleurs pas souvenir d’autant de ces éléments architecturaux.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous atteignons l’Eglise San Pedro, ouverte en ce dimanche. La nef est sans grand intérêt mais les bas-côtés sont une succession de chapelles avec des retables dorés, chérubins et décor floral délirant qui ne s’arrêtent qu’au plafond, presqu’à regret ! La messe se termine quand nous y sommes, la foule des fidèles, moins dense, nous semble-t-il, qu’en Equateur ou en Colombie se disperse, quelques-uns apposent leur main sur une statue du Christ… Nous visitons une Maison de la Culture, installée dans un ancien palais, plus pour ses toilettes que pour les expositions de peinture ou de photos qui y sont présentées. A côté, le Palais Torre Tagle, siège du Ministère des Affaires Etrangères, est une superbe bâtisse avec de magnifiques balcons sculptés et où on peut entrer admirer le patio et ses décorations sur bois ou en stuc. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous revenons vers la Plaza de Armas où une fanfare militaire joue des airs martiaux dans la cour du Palais Présidentiel dans l’attente de la relève de la Garde. En attendant ce grand moment que Marie tient à voir, nous passons à l’Office du Tourisme. L’employé étant trop occupé, nous retournons devant les grilles du Palais Présidentiel où des soldats d’opérette marchent au pas de l’oie tandis que la fanfare produit des canards… Je laisse Marie à ses plaisirs militaires et vais vérifier l’existence et l’ouverture du restaurant El Mirador de Chabuca. Je la retrouve pour assister aux derniers ébats des marionnettes galonnées puis après être passés chercher une collection de prospectus à l’Office du Tourisme, nous allons déjeuner au restaurant cité. Devant, au centre d’une sorte d’arène, des couples d’anciens, plus de femmes que d’hommes, dansent avec conviction sur des airs de cumbia. Nous avons une table sur l’étroit balcon avec une vue sur le quartier populaire de Rimac et en arrière sur la colline de San Cristobal couverte de masures misérables et colorées qui ne peuvent être ignorées des fenêtres du Palais Présidentiel.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous régalons avec un tiradito de poisson, une variante du ceviche, sans oignons, dans trois sauces relevées, un trio de causas, des pommes de terre réduites en purée et farcies, une avec des crevettes, une avec du crabe et la dernière avec du poulpe haché, et pour finir un chicharrones mixto de fruits de mer. Des  bières artisanales, très goûteuses, complètent le menu. Le ventre bien plein, nous allons visiter le musée-couvent de Santo Domingo. Après une première salle au magnifique plafond en cèdre, on accède à un grand cloître dont les murs et la base des piliers sont couverts d’azulejos multicolores, à motifs floraux mais aussi avec des représentations de femmes dont les appâts naturels laissent imaginer une certaine ignorance de la morphologie féminine de la part des moines, commanditaires de ces carreaux !

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

De grandes et plutôt jolies peintures religieuses couvrent le haut des murs. La salle capitulaire renferme de magnifiques exemples de chaires et sièges en bois sombre. Un second cloître a beaucoup moins de charme. La bibliothèque renferme une belle collection d’ouvrages que nous ne pouvons pas approcher. Je monte au sommet de la tour par un escalier que je trouve bien vertigineux, pour ne voir que des toits plats et les quartiers misérables sur les collines environnantes. Après avoir admiré les superbes balcons du Palais Osambela, fermé, nous rentrons à l’hôtel. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je dois visiter plusieurs distributeurs de billets avant de pouvoir renflouer le porte-monnaie. Une bonne sieste nous amène jusqu’en fin de journée. Nous ressortons, empruntons la rue piétonne en direction de la Place San Martin. Il y a toujours autant de monde dans cette artère dévolue aux fast food et aux commerces « branchés ». Les cinémas ne projettent aucun film visible… La Place San Martin est entourée de grands immeubles classiques mais son intérêt, pour nous, est l’Hôtel Bolivar où nous avions bu un pisco sour lors de notre premier passage… Le Bolivar n’est plus un palace mais nous nous satisfaisons de son bar qui n’a pas grand charme mais où nous commandons deux pisco sour catedral. Dès que nous avons bu la première gorgée, nous savons que nous avons atteint le Nirvana ! Le degré d’alcool est plus que satisfaisant, la quantité est très correcte, rien à redire… Nous devrons y revenir avant de partir ! Nous allons dîner dans la parillada d’une chaîne, rien de bien fameux, avant de regagner l’hôtel, difficilement pour Marie, légèrement éméchée…

Lundi 12 décembre : Nous partons plus tard que la veille. Nous repassons devant le beau Palais Osambela, fermé hier, mais aujourd’hui le gardien nous laisse entrer et nous fait visiter quelques salons dont la bibliothèque de l’académie de médecine. L'intérieur ne vaut pas l’extérieur. Nous passons à la poste, le timbre pour les cartes postales est à 2 euros, nous en envoyons trois après avoir décliné nom, prénom et numéro de passeport ! Nous nous retrouvons sur la Plaza de Armas et allons visiter la cathédrale transformée en musée religieux. Toutes les chapelles latérales ont un retable, baroque ou néo-classique. Certains sont très beaux avec des statues pleines de mouvement, la polychromie a parfois disparu sous les couches de vernis et les colonnes sont alors d’un noir profond. Un musée est installé dans la sacristie et les salles attenantes, on y trouve des tableaux dont une série sur les signes du Zodiaque avec des scènes qui paraissent incongrues au Pérou. D’étonnantes crèches anciennes, pleines de minuscules personnages, dont une scène m’évoque le « Jardin des Délices » de Bosch, sont présentées avec des chasubles et divers instruments religieux en or, argent et pierres précieuses.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Le billet donne droit à la visite du Palais Archiépiscopal voisin, celui avec de beaux balcons. Le rez-de-chaussée est occupé par des peintures qui sont autant d’occasion de faire du prosélytisme… A l’étage, des salons et les pièces qu’occupe à l’occasion l’archevêque, fauteuils et divans confortables où on imagine bien de gras prélats siroter un chocolat chaud. Rien de bien intéressant… Nous allons déjeuner au Cordano, un restaurant très ancien, sans décoration ou presque mais il paraît que c’est une institution. Nous y mangeons médiocrement, sans doute à cause de nos choix : un cabrito servi à peine réchauffé, sans goût particulier et un picante de mariscos pas assez relevé à mon avis. La Plaza de Armas est bouclée, interdite aux voitures sans que nous sachions pourquoi. Nous devons marcher jusqu’au carrefour suivant pour prendre un taxi qui, après nous avoir fait traverser des quartiers dont toutes les maisons sont protégées derrière de hautes grilles pourvues de barbelés dissuasifs et même de clôtures électrifiées, nous dépose au Musée Larco. Une grande demeure installée dans un magnifique jardin à l’exubérance fleurie, les bougainvillées débordent des murs et des parterres entre d’étonnants cactus (?).

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Dans les salles maintenues dans une pénombre qui met en valeur les pièces exposées, est présentée une extraordinaire collection de céramiques des civilisations précolombiennes. Ces cultures Mochica, Chavin, Nazca, Paracas, Chimú, etc…qui ont précédé les Incas, avaient atteint un très haut degré de développement avant de disparaître et d’être oubliées avant d’être redécouvertes. Puis ce sont de superbes textiles anciens des Paracas qui enveloppaient les momies. Les dernières salles sont consacrées aux métaux et surtout aux bijoux en or et en argent qui paraient les nobles. Une dernière salle, au rez-de-chaussée présente des céramiques à représentations érotiques, sans grande imagination... (?).

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous dirigeons vers la Plaza de Armas, rendue à la circulation, et continuons en direction de la Casa de la Literatura Peruana pour y contempler un patio à colonnes couvert d’une verrière. Nous nous dirigeons ensuite vers San Francisco. A l’approche de l’heure de la relève de la garde devant le Palais Présidentiel, les grilles qui barrent les rues en direction de ce dernier se sont refermées, nous pouvons sortir mais plus personne n’entre. Peut-être pour éviter la répétition de la manifestation que nous avions vue devant le palais à l’issue de la relève, lorsque quelques dizaines de personnes avaient lancé des tracts et crié des slogans. Sur la place de San Francisco, une fontaine où s’abreuvent les nombreux pigeons qui nichent sur les corniches et moulures de cette belle église. C’est là que nous commençons notre visite. Elle est pleine de fidèles, hommes et femmes nettement séparés dans les rangs, tous de pauvres gens, les laissés pour compte de la société liménienne qui applaudissent bien fort le discours du prêtre puis qui font la queue pour être aspergés d’eau bénite. Là aussi les chapelles sont d’un intérêt variable mais les retables occupent tout l’espace qui leur est dévolu alors que la décoration intérieure de l’église est formée de larges lignes très marquées en rouge sur le fond blanc.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous rendons ensuite au couvent voisin. Nous devons patienter quelques instants pour la visite obligatoirement guidée sous la conduite d’une jeune personne qui se moque bien que nous ne comprenions rien à son discours débité à toute allure et qui s’en justifie par le temps qui lui est alloué : 45 minutes ! Nous parcourons, sans avoir le temps de nous attarder pour profiter des lieux, le cloître, diverses pièces et les catacombes, en fait un ossuaire où crânes et tibias ont été soigneusement rangés. Nous ressortons frustrés et allons nous en consoler au restaurant Cesar avec un ceviche et un chicharron de crevettes pas assez copieux à mon goût. En revenant à l’hôtel, en passant par la rue piétonne, nous assistons à une manifestation peu fournie, en soutien à des justiciables, vite dispersée par des policiers équipés en conséquence… Nous sommes à la recherche de bouteilles de pisco mais les supérettes sont inexistantes et les débits de boisson ne vendent que des sodas et des jus de fruits. En face de l’hôtel, là où nous nous ravitaillons en eau, je trouve du pisco. Nous confirmons nos places sur le vol de demain, sans pouvoir changer les sièges, du moins sans payer de supplément. Nous relisons et je mets en ligne le blog puis nous avons un inattendu message de Silvia, très aimable, contente de nous revoir. Elle nous téléphone peu après et nous convenons de nous voir demain midi. Nous retournons au Bolivar pour un dernier pisco sour que nous accompagnons de deux assiettes d’amuse-gueules, des brochettes de crevettes et de bonnes saucisses épicées. L’effet sur Marie est moindre, sans doute un début d’acclimatation…

Mercredi 14 décembre : Dès que nous sommes debout nous refaisons les sacs puis nous descendons prendre un dernier petit déjeuner. Nous remontons dans la chambre regarder à la télévision une émission sur les pâtisseries parisiennes avant l’heure de libérer la chambre. Nous attendons ensuite l’arrivée du chauffeur envoyé par Silvia. Il est là à onze heures, avec une belle berline confortable. Nous traversons une partie de Lima et une demi-heure plus tard, nous sommes, avec une heure d’avance, devant le restaurant Tanta où nous devons retrouver Silvia. En l’attendant nous examinons la carte. Cuisine un peu prétentieuse dans un cadre chic, limite snob. Arrivée de Silvia que nous n’aurions pas reconnue, plus grande que dans notre souvenir, élégante et souriante. D’entrée nous précisons les prétentions du chauffeur et abandonnons l’idée de nous faire conduire à Miraflores puis à l’aéroport, vu ses tarifs. Nous retenons l’idée de retourner avec armes et bagages à l’hôtel, puis d’en repartir plus tard avec un taxi. Nous refaisons connaissance, Silvia est désormais professeur de français et de traduction à l’Université et aussi interprète-traductrice pour des sociétés internationales et bien d’autres activités. Nous déjeunons, moi d’un ceviche très ordinaire, Marie de bons tequeños, des rissoles farcies avec de l’aji de gallina, servies avec du guacamole. Pour finir nous partageons deux desserts, un opéra chocolat-lucuma, un fruit péruvien, et une torta de limon. Nous réglons l’addition, Silvia prend à sa charge notre transport depuis l’hôtel. Le chauffeur revient nous chercher, Silvia nous annonce qu’il veut 70 soles pour nous ramener à l’hôtel ! Tarif qui nous paraît exorbitant… Nous faisons nos adieux en promettant de nous écrire. Nous repartons en faisant la gueule au chauffeur qui tente de justifier ses tarifs par le confort et la sécurité de sa berline. Lui si bavard, tombe sur un mur, n’obtenant de notre part que quelques borborygmes en réponse. Il nous propose de nous conduire de suite à l’aéroport ce qui apparaît vite comme une idée envisageable, vu le temps mis pour traverser les quartiers commerçants encombrés. Nous finissons par nous mettre d’accord pour un total de 100 soles, tout ce qui nous reste et, alors que nous étions presqu’arrivés à l’hôtel, nous enchaînons en direction de l’aéroport. Nous y sommes à 16 heures, ce qui nous laisse plusieurs heures d’attente. Bien que déjà enregistrés, nous devons repasser par un comptoir pour déposer les bagages puis Marie bénéficie d’un fauteuil roulant, ce qui nous permet d’éviter les attentes aux contrôles. Nous embarquons dans un avion entièrement plein avec pour voisin un jeune muet, vite endormi. Le repas est servi après le décollage à l’heure prévue, rien de remarquable, les compagnies aériennes rognent désormais sur tout, plats tout juste dignes d’un restaurant universitaire et sièges plus chers si on souhaite avoir un peu plus de place pour les jambes… Je somnole, lis Le Monde, renonce à visionner un film fautes d’écouteurs performants. Nous survolons dans la nuit le Pérou puis le Brésil et le Vénézuela.

Jeudi 15 décembre : Les heures passent lentement, pas question de dormir aussi bien que dans un bus ! Un petit déjeuner nous est servi alors que nous survolons l’Angleterre, peu avant de nous poser à Amsterdam dans un épais brouillard. Le service de transfert des personnes handicapées est étrangement mal conçu, il faut marcher entre deux chariots, en changer à chaque étage. Nous attendons ensuite dans un salon l’heure de nous rendre en salle d’embarquement. Nous en repartons dans un chariot, sorte de petit train électrique, comme des touristes, qui doit faire du 5 km/h dans les descentes mais il faut attacher une ceinture de sécurité ! Nous embarquons et décollons avec un léger retard. Un petit sandwich au thon nous est servi en guise de dîner. Je commence à avoir des visions de saucisson… Après un parcours folklorique avec fauteuil roulant, ascenseur et même camionnette pour parcourir 50 mètres, nous retrouvons Julie qui nous ramène chez elle où un délicieux fuet nous attend et finit rapidement au fond de nos estomacs…

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:51

Mercredi 16 novembre : Pour la seconde nuit, nous avons dormi avec le toit baissé pour ne pas avoir froid. Nous nous réveillons avec un soleil qui réchauffe le camion et ses occupants. Nous traversons Ipiales et quelques kilomètres plus loin, nous sommes à la frontière. Nous devons faire une longue queue pour atteindre l’un des deux seuls guichets ouverts sur les huit prévus, dont un pour handicapés et femmes enceintes, fermé lui aussi. Quand c’est notre tour, le passeport est tamponné en quelques secondes puis je donne la feuille d’importation temporaire sans qu’elle soit vérifiée ni même que le camion soit visité ! Nous aurions pu sortir du pays sans le moindre contrôle ! De l’autre côté du pont sur le ruisseau qui marque la frontière, côté équatorien, c’est tout aussi peu sérieux : nous pourrions entrer sans la moindre formalité… Le contrôle d’immigration est plus rapide, la délivrance d’un document d’importation temporaire pour le camion demande plus de temps. J’avais changé mes derniers pesos contre des dollars au poste colombien, je m’aperçois qu’il manque trente dollars au total. Je retourne au poste colombien, retraversant la frontière, sans qu’aucun policier n’en soit perturbé… Je récupère mes trente dollars sans discussion et nous pouvons partir. Nous voici en Equateur, je suis soulagé que tout se soit passé sans anicroche. Nous allons au centre de la première ville, Tulcan, tout de suite après la frontière. Son cimetière est une curiosité : les tombes, classiques ou enfeux, sont réparties en quartiers, séparés par des rangées de cyprès taillés en forme de personnages, d’animaux, d’oiseaux etc… 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous apprécions de rouler sur une bonne route, large, souvent à deux voies séparées, peu de camions et pas de motos dans les agglomérations, quelle différence ! Nous sommes dans un paysage andin classique avec des collines couvertes d’un patchwork de champs avant de descendre dans une vallée tropicale où nous retrouvons cactus et champs de canne à sucre qui ondoient sous le vent. Nous remontons à plus de 2000 mètres dans des montagnes pelées avant de parvenir à Ibarra. Nous nous rendons aussitôt au campement Sommerwind, au bord d’un lac, tenu par des Allemands, point de passage obligé pour tous les voyageurs. Une meute de chiens nous accueille puis une Américaine nous fait les honneurs du lieu. Nous pouvons nous installer sur une pelouse, profiter de sanitaires impeccables, d’un wifi performant qui nous permet de téléphoner à Julie avant qu’elle ne parte au Mexique et faire un brin de toilette au camion. Nous faisons une lessive puis nous tentons d’établir un programme pour visiter l’Equateur et être le 5 décembre au Pérou.

Jeudi 17 novembre : Bonne nuit, au calme, à part quelques chiens qui tiennent à se manifester. Nous ne sommes pas pressés, sans grand programme pour la journée. Nous procédons à un nettoyage de l’intérieur du camion qui en avait bien besoin puis à des rangements et à quelques bricolages. Un Allemand, avec un énorme camion, qui connaît bien le pays, nous confirme qu’il est tout à fait possible de laisser le camion plusieurs mois en gardiennage, cela remet en question notre intention de continuer jusqu’au Pérou. Nous nous rendons en ville et commençons par rendre visite à un supermarché. Nous retrouvons les mêmes marchandises qu’en Colombie avec peut-être plus de choix. Il semble qu’il y ait une importante colonie d’étrangers installés en Equateur d’où certains produits en rayon. Nous allons ensuite nous garer dans le centre et allons déjeuner dans une parillada argentine. En écoutant Carlos Gardel qui nous donne la nostalgie des milongas de Buenos Aires, nous dégustons d’excellentes viandes : un énorme steak saignant, des côtes de porc dont une fumée, et un assortiment de saucisses et de boudins. Nous en ressortons l’estomac bien plein… Nous passons dans une agence de voyage nous renseigner sur les Galapagos, le prix est intéressant mais ce ne serait pas une croisière. Nous allons voir la peu intéressante cathédrale sur une belle place, puis sur une autre, l’Eglise de la Merced dont nous nous contenterons d’apercevoir le retable doré depuis le porche, pour cause d’enterrement… Nous allons ensuite poursuivre notre journée gastronomique par une visite à un glacier où nous nous régalons avec des sorbets au corossol que nous n’avions plus dégustés depuis Dakar, et aux fruits de la passion. Nous reprenons le camion pour monter à un mirador d’où nous avons une vue, d’un côté sur Ibarra, décidément une ville sans charme, et de l’autre sur le lac.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous terminons le tour du lac et regagnons le camping. Le patron est rentré. Il nous confirme que nous pouvons légalement laisser plusieurs mois le camion chez lui mais je dois prendre un visa de 180 jours qui coûte 450 $ ! Cela demande réflexion et remet à l’ordre du jour la possibilité de nous rendre aux Galapagos. Je tente de joindre des agences de voyage mais le wifi est très faible. Avant de dîner, je m’aperçois, pour la seconde fois dans la journée, que l’un des placards est plein d’eau. Je découvre que la vidange de l’évier est cassée au niveau du tuyau d’évacuation. Je tente de réparer en utilisant le collier de serrage mais la longueur disponible est insuffisante et après plusieurs vaines tentatives, je renonce et pense alors coller les éléments, mais la colle a disparu. Je vais demander à l’ « Allemand » qui vient voir le problème, constate que le pvc est très usé et qu’un collage ne servira à rien mais il promet de m’aider à trouver une solution demain. Pour me réconforter, nous prenons un apéritif mérité avant de dîner.

Vendredi 18 novembre : Mal dormi, celui qui draguait une Colombienne est resté causer avec elle tard dans la nuit puis quelques brefs airs de musique ont retenti. Nous commençons à nous préparer à partir quand l’ « Allemand » vient me dire qu’il a la solution et qu’il va s’en occuper. Effectivement je le retrouve en train de tailler un filetage dans un raccord de tuyaux puis de le chauffer pour l’écraser afin de réaliser une collerette mais cette dernière, trop grossière, mal placée, en dépit d’un joint plat, ne permet pas d’assurer l’étanchéité et, semble-t-il vexé, notre « intervenant » se résout  à coller le raccord sur l’évier, ce que je voulais faire hier soir… Entretemps j’ai modifié le branchement du gonfleur, la prise allume-cigare ne fonctionnant plus, et je peux rétablir la pression dans le pneu arrière gauche qui perd toujours un peu. Je retrouve les cartes-mémoire qui étaient dans la sacoche de l’appareil photo et que notre voleur a eu la délicate attention de retirer pour nous les laisser, qu’il en soit ici remercié… Il est presque midi quand nous en avons terminé de nous préparer et après avoir vainement tenté d’offrir une bière fraîche à notre dépanneur et à sa femme, nous décidons de déjeuner avant de partir. Nous traversons longuement Ibarra et au terme d’une montée, nous passons sans le village de La Esperanza, au pied du volcan Imbabura perdu dans les nuages. Nous le contournons sur une route à très faible circulation, au milieu des alpages. Nous allons trop loin et revenons au carrefour non signalé, en emmenant une dame replète. La route secondaire, en très bon état mais étroite et avec des courbes serrées nous amène au lac San Pablo que nous contournons avant de retrouver la Panamericana, au sud d’Otavalo. Moment historique : nous achevons de traverser l’Amérique du nord au sud puisqu’en 2007 nous avions relié Ushuaïa à Otavalo et que nous arrivons d’Alaska ! Nous traversons Otavalo, cherchons un emplacement de bivouac, un grand parking est bien éloigné du centre, un autre où nous nous installons, est tout près du marché artisanal où nous allons traîner en fin d’après-midi. Nous revoyons les Indiennes avec des corsages brodés colorés, un châle bleu ou blanc jeté sur l’épaule par-dessus une jupe longue indigo, un tissu plié sur la tête et un collier de perles dorées autour du cou.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les hommes ont de beaux cheveux noirs tressés en queue de cheval et un chapeau dessus. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les marchands plient leurs étals mais nous avons encore le temps de chercher des idées de cadeaux à rapporter. Nous revenons au camion pour une nuit que nous espérons point trop bruyante…

Samedi 19 novembre : Nous ne pouvions pas espérer, garés à proximité du marché artisanal, avoir une nuit sans bruit, néanmoins ils étaient assourdis et très supportables jusqu’à cinq heures du matin quand un camion est venu décharger des marchandises à côté de nous en laissant sa radio, dix minutes seulement, mais nous étions réveillés. Nous commençons la journée sous un ciel gris mais le soleil va s’installer tout doucement. Le marché artisanal est beaucoup plus fourni que la veille, les camelots ont envahi les rues et proposent tissus, ponchos, bibelots, etc… pour les touristes. Marie, toujours en quête de cadeaux à rapporter, commence à s’y intéresser de près. Nous enfilons une rue en direction du marché aux produits d’alimentation, les étals pour touristes disparaissent, remplacés par des articles de confection ou des chaussures pour les locaux. Indiennes et Indiens dans leurs tenues traditionnelles flânent, discutent et se moquent d’être pris en photo. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les touristes sont encore peu nombreux, ils arriveront quand nous partirons, amenés en bus de Quito. Le marché aux fruits et aux légumes est plus coloré, beaucoup de marchandes ont adopté un tablier peu exotique. Sous la halle, des gargotes servent à manger et des porcs entiers, rôtis, dorés, la peau craquante, la gueule béante, attendent l’amateur. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Je commence à avoir faim… Des petites Indiennes, beaucoup sont vraiment de très petite taille, la peau cuivrée, parcheminée, sans âge, vendent des herbes, des bottes d’oignons, à même le trottoir. Plus loin, ce sont les échoppes de corsages brodés qui tentent jeunes filles et jeunes femmes à la natte serrée dans un ruban tissé.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Puis vient le moment des achats, toujours long et pénible devoir. Marie hésite, ne sait pas se décider et encore moins discuter mais finit par obtenir ce qu’elle veut. C’est donc chargés de sacs que nous reprenons le camion. Nous passons au marché aux bestiaux mais il est bien trop tard, nous aurions dû nous y rendre au début et il n’y a plus que quelques cochons qui font la tête… Nous repartons sur la Panamericana jusqu’au site de la ligne équatoriale. En fait, il y en a deux à quelques mètres l’un de l’autre. Au premier, une mappemonde en ciment coloré (celle de la photo avec Jacques Cornet et Henri Lochon ?) marque le franchissement d’un hémisphère à l’autre mais le GPS indique l’autre comme la position réelle de la Ligne. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Là, il faut acquitter un droit de 2 dollars par personne pour avoir le droit de poser pour la photo devant une obélisque ridicule ! Nous déjeunons sur le parking puis, après quelques kilomètres en montagne, nous atteignons Quito... Nous suivons une large avenue qui nous amène droit dans le centre de la ville nouvelle. Nous trouvons l’Hostal Zentrum, tenu par Gerd un Allemand hors d’âge, avec qui je communique dans un mélange d’allemand, d’anglais et d’espagnol. Nous pouvons nous garer dans le petit jardin, profiter des installations et du wifi. Nous sommes rejoints par la suite par deux autres véhicules de voyageurs. Après un temps de repos, après avoir lu le sms de Julie, bien arrivée à Guadalajara, nous allons faire un tour à pied dans le voisinage. La Place Foch est le centre de l’activité nocturne avec une multitude de bars, de cafés avec terrasse et de restaurants. Il est encore un peu tôt mais le volume sonore promet une nuit agitée au voisinage. Marie découvre des écharpes qui ne peuvent lui échapper et pour obtenir un rabais, en achète deux ! Nous rentrons au camion et essayons de décider le programme des deux jours à venir à Quito.

Dimanche 20 novembre : Le toit baissé, nous n’avons pas entendu trop le bruit de la circulation mais dès que nous le soulevons, le trafic des bus est pénible. Notre hôte, Gerd, ne semble plus pressé de nous appeler un taxi, alors que la veille il était prêt à le faire. Nous insistons et il nous en hèle un dans la rue. Après une course dans les avenues désertes, le taxi nous dépose à deux pâtés de maisons de la Plaza Grande. Les rues du centre sont piétonnisées le dimanche et elles ont envahies par les badauds, des familles venues se promener ou se rendre à la messe dans l’une des églises historiques du centre. Nous retrouvons cette place qui dans mon souvenir se mélangeait avec celle de San Francisco. Des retraités se réchauffent au soleil, assis sur les bancs, sous les arbres et les palmiers. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous visitons la cathédrale. Superbe plafond de bois et belle collection de tableaux de l’école de Quito dont de nombreux de Bernardo Rodriguez, aux couleurs vives et fraîches. Quelques-uns sont curieux : une Nativité avec un Enfant Jésus veillé par un cheval et un lama, une Cène avec un Christ s’apprêtant à souper d’un cuy (pour 13 !).

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous nous rendons ensuite à l’Eglise de la Compañia, ouverte pour la messe qui débute dans un quart d’heure. On nous laisse entrer mais à l’intérieur un garde-chiourme veut à tout prix que nous ressortions. Nous parvenons tout de même à remonter une travée, en prenant même quelques photos (interdites !) à la sauvette, avant de nous faire expulser de cette magnifique église aux dorures qui couvrent murs, piliers et plafonds, avec des confessionnaux superbes qui doivent inciter à révéler des péchés imaginaires, simplement pour y passer plus de temps… 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

A l’intérieur du portail, un trompe-l’œil rétablit la symétrie avec un véritable escalier en colimaçon. Une église digne des plus belles du Mexique. Mécontents d’en avoir été chassés, nous marchons trop loin et devons revenir sur nos pas pour retrouver la belle place de San Francisco qu’hélas, nous découvrons à demi saccagée par la construction du métro ! L’église et le couvent en forment toujours un des beaux côtés mais la perspective avec les autres maisons anciennes des autres côtés est pour le moment masquée.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

La messe se déroule dans San Francisco mais nul ne nous interdit de remonter les allées latérales et d’admirer l’extraordinaire richesse de sa décoration, toujours des dorures et des angelots éparpillés un peu partout sur les parois du chœur. La messe se termine, nous pouvons plus aisément vaquer entre les nefs, nous étonner de l’affluence et de voir quelques fidèles poser la paume de leur main sur un portrait du Christ. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

De très nombreux fidèles restent après la messe pour continuer de chanter ! Du musée du convent adjacent, nous pouvons accéder à la tribune qui domine la nef et ainsi découvrir, derrière un grand Christ en croix, le plafond très ouvragé et l’autel principal. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Dans le musée est réunie une belle collection de tableaux de l’école de Quito dont nous ne retrouvons pas toujours dans les tableaux exposés, principalement de Bernardo Rodriguez et de Manuel Samaniego, les supposées caractéristiques : personnages métisses, fruits et animaux de l’Equateur. Les sculptures de Manuel Chili, dit Caspicara, des Vierges et des Archanges, sont étonnantes de réalisme et de somptuosité.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous remontons ensuite une rue sur laquelle débouchent d’autres rues en pente, bordées de belles maisons aux façades dans des tons pastel, qui vont se perdre dans les hauteurs de la ville. Nous atteignons l’Eglise de la Merced, elle aussi pleine de fidèles en attente de la messe qui va commencer. Peut-être certains jouent-ils sur le décalage horaire des messes et accomplissent-ils un parcours religieux… Là aussi, la richesse de la décoration est stupéfiante, la chaire avec ses atlantes, les orgues de part et d’autre de la nef, le revers des portes entièrement peint d’une scène où des fidèles agenouillés reçoivent un dais (?) descendu du ciel par des anges porteurs de trompettes. Un tableau à l’entrée représente une éruption volcanique au-dessus de Quito et une procession expiatoire. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous revenons déjeuner au restaurant Tianguez, en-dessous du parvis de San Francisco, une terrasse agréable s’il y avait moins de vent. Nous commandons un seco de chiva, un ragoût de cabri, la viande a mariné dans le jus de fruit de la passion, ce serait parfait si la quantité servie, malgré un prix modeste, ne plaçait pas le cabri dans les espèces protégées… Les crevettes au coco de Marie sont servies quasiment froides… Je commence à fatiguer, mon talon gauche me rappelle qu’il serait temps de s’arrêter mais nous ne sommes pas tous les jours à Quito… Dans une belle maison restaurée, la Casa Alabada, a été ouvert un superbe musée consacré à l’art des peuples équatoriens précolombiens. Le rez-de-chaussée est parfait ! Des objets soigneusement sélectionnés, placés dans la pénombre, éclairés discrètement, parlent de civilisations inconnues, Chorrera, Valdivia, La Tolita etc… dont nous ne savons pas grand-chose mais qui ont laissé des traces à l’égal des plus grandes œuvres d’art.

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous continuons un circuit qui nous fait passer par la petite rue de La Ronda, des maisons restaurées sans grand intérêt, toutes transformées en bars bruyants. Nous aboutissons à la Place Santo Domingo dont l’église est fermée et nous ne pouvons qu’apercevoir les dômes en céramique de son couvent. Il commence à faire froid et nous abrégeons le parcours prévu en ne nous rendant qu’au Théâtre Sucre. Nous allons prendre un pot à la terrasse d’un bar dont la patronne parle français. Elle a fait toutes ses études au lycée français et y a passé son bac, très surprise par notre mode de voyage qui lui paraît une véritable aventure. Nous lui donnons l’adresse de mon blog avec promesses de s’écrire… Nous y apprenons les résultats de la primaire de la droite, avec la défaite de Sarkozy et le résultat surprise de Fillon… Nous reprenons un taxi qui nous vante les charmes de Guayaquil, une seconde Miami, la ville de ses rêves. Nous retrouvons le camion et nous y enfermons pour essayer de nous réchauffer. Après nos devoirs accomplis, nous fêtons l’élimination de Sarkozy, sans pour autant nous réjouir du score de Fillon… Nous dînons rapidement, pressés de nous coucher et d’être au chaud…

Lundi 21 novembre : Beaucoup plus de circulation ce matin, assourdissante quand nous relevons le toit. Nous traînons, des infiltrations d’eau m’obligent à vérifier le fond du coffre droit, donc à tout en sortir. Comme je m’y attendais, il est rempli d’eau et le trou que j’avais percé pour l’évacuer s’est bouché. Nous partons en laissant couler le filet d’eau. Un taxi nous emmène à la station de teleferico qui doit nous amener à plus de 4000 mètres. L’Amérique du Sud est le pays des téléphériques, toute ville digne de ce nom se doit d’en avoir un ! Celui-ci est rapide, nous accomplissons l’ascension en compagnie d’un couple de sympathiques Allemands qui parlent tous deux français et ne manquent pas d’humour. Au cours de la montée, apparaissent, dans un ciel bleu trois volcans aux dômes enneigés, le Cotopaxi, l’Antisana et le Cayambe. Du sommet, nous dominons toute la vallée de Quito mais de si loin que nous sommes incapables de discerner la vieille ville dans l’enchevêtrement des quartiers. Un voile de brume brouille la vision des montagnes et bientôt les nuages viennent s’accrocher aux sommets des volcans, les dissimulant ou laissant croire qu’ils fument. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous redescendons, reprenons un taxi qui nous fait traverser la vallée dans sa largeur et nous dépose sur une colline à l’entrée de la Fondation Guyasamin. Nous devons intégrer une visite guidée, soit en espagnol, soit en anglais, pour déambuler dans la maison-musée de cet artiste qui fut aussi un très grand collectionneur d’art précolombien et d’art colonial. Le guide s’apercevant que nous ne l’écoutons pas et ne le comprenons pas, va chercher une dame qui parle français avec un très fort accent russe, ce qu’elle est ! Nous avons droit à une visite privée, assortie des commentaires personnels de cette dame, très cultivée et qui le montre un peu trop. C’est aussi une fervente de Poutine… Nous pouvons entrer dans l’atelier du peintre et jouir seuls de l’exposition en cours de montage. Nous sommes ébahis par la richesse des objets collectés, tous superbes, mis en valeur dans les pièces de la maison, mêlés à ses œuvres. Un raffinement inouï, pas une seule faute de goût, nous pourrions l’habiter aussitôt cette superbe demeure ! En contrebas a été construit la Capilla del Hombre. Une construction carrée surmontée d’une tour tronconique qui renferme les œuvres de grande taille du Maître, comme il est présenté. Nous apprécions ses œuvres peu colorées, sur des thèmes de la souffrance humaine,

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

difficile tout de même de ne pas penser à Guernica. Nous nous laissons tenter à la boutique par une eau-forte, Reposo, pour quelques centaines de dollars, soigneusement emballée en vue de son futur voyage. Marie tient à ce que nous nous rendions à l’ancien musée, visité lors de notre première venue, mais il a disparu, tout a été transféré à la fondation, elle a du mal à en accepter l’idée… Nous n’avons pas encore déjeuné mais l’après-midi est avancée et nous avons du temps devant nous. Un taxi à l’entrée de la fondation nous assure que le Musée National est ouvert, contrairement à ce que nous avaient affirmé Guy et Marie-Jo. Il nous y dépose, il est fermé ! Marie n’est pas contente, nous n’avons plus d’idée de visite pour le temps qui reste. Nous décidons de rentrer à pied en passant par la place Foch. Nous trouvons un restaurant chinois, el Arbol de Oro, sans doute un des plus mauvais du genre. Nos plats de chaulafan, du riz frit, au porc pour Marie, aux crevettes pour moi, sont secs, peu garnis. Nous repartons, les assiettes aux trois quarts pleines… Nous passons à la place puis retrouvons le camion. Nous corrigeons le texte du blog.

Mardi 22 novembre : Nous nous réveillons un peu plus tôt car nous devons sortir de Quito, trouver un supermarché et être à l’entrée du Parc Cotopaxi avant 14 h. Nous quittons l’hostal sans avoir revu Gerd et cherchons notre chemin dans les avenues. Après un faux départ en direction du nord, nous nous dirigeons bien vers le sud en traversant tout le centre-ville puis les interminables banlieues, avant de retrouver la Panamericana que nous quittons à Machachi. Une route empierrée, étroite et bosselée, grimpe sur les contreforts du volcan qui apparaît bientôt. Son cône bien enneigé n’est pas dans les nuages mais ils commencent à s’amonceler autour. Nous parvenons à l’entrée du parc où on relève nos passeports sans nous demander de payer un droit d’entrée. Nous faisons encore quelques kilomètres dans cette lande qui couvre le piémont du Cotopaxi, avant de nous arrêter pour déjeuner. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Des chevaux, bien qu’à plus de 3800 mètres d’altitude, semblent s’être accommodés de la végétation particulière et paissent paisiblement sur les bords d’un ruisseau. Plus loin, sur la piste de tôle ondulée plutôt dure, un embranchement mène à la laguna Limpiopungo, une grande mare censée être une étape pour des oiseaux migrateurs. Un trottoir en bois, qui nous rappelle ceux des parcs des Etats-Unis, conduit à un petit mirador. Nous n’apercevrons que trois canards, continuellement le cul en l’air, la tête dans l’eau, et deux prétentieux petits échassiers qui font bien des manières pour marcher… Les nuages sont de plus en plus denses autour du volcan mais il reste encore éclairé par le soleil. Nous allons repérer les emplacements de campings autorisés puis poussons jusqu’au Centro de Visitantes, déjà fermé. De là, part un sentier qui longe le rebord d’un profond ravin. Nous en parcourons quelques centaines de mètres, au milieu de touffes de tiges aux vagues allures de canne à sucre, avec en toile de fond les pentes de plus en plus colorées du Cotopaxi.

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Nous revenons nous installer dans un petit bois en prévoyant une nuit fraîche, alors que le volcan disparaît de plus en plus dans les nuages. Un dernier rayon de soleil rougeoit ses flancs encore visibles

Mercredi 23 novembre : Il n’a pas fait chaud mais ce fut supportable. Nous nous réveillons tôt, le volcan disparaît complètement dans les nuages, nous ne le reverrons plus. Nous passons au Centro de Visitantes qui ouvre pour nous. Rien de bien intéressant, quelques textes de généralités sur les volcans, pas d’exposition, un grand bâtiment pour rien ! A la boutique, Marie est ravie de trouver des cartes postales… Je dois regonfler le pneu qui perd, il va falloir le faire réparer. Nous retrouvons une route toute neuve pour sortir du parc, sans oublier de passer au poste d’entrée vérifier qu’ils ne disposent d’aucun prospectus sur Cotopaxi et que les marchandes d’artisanat vendent les mêmes horreurs qu’ailleurs. Un court trajet sur la Panamericana et nous repartons dans les montagnes sur une route pleine de nids de poule qui nous fait rapidement perdre de l’altitude en s’enfonçant dans des gorges avant de remonter, bien évidemment. Après Sigchos, la route est en travaux, elle l’était déjà, il y a six mois, quand Guy et Marie-Jo sont passés. Il faut parfois circuler dans le chantier, attendre que les engins libèrent le passage. La route continue au milieu de collines ( à plus de 3000 mètres d’altitude ! ), véritables alpages avec des vaches dans les prés. Nous parvenons à Quilotoa. Les indigènes du bourg se sont très intelligemment emparés du site pour en tirer un revenu qui doit être substantiel à en croire les installations qui n’existaient pas lors de notre premier passage. Nous devons payer 2 dollars pour pouvoir approcher du rebord du cratère. Un mirador et son chemin d’accès ont été construits pour permettre aux touristes de contempler les eaux vertes du lac au fond de cet entonnoir presque parfait. Les nuages ont eu la bonté de se tenir à bonne distance et de laisser le soleil mettre en valeur le vert profond des eaux. 

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Certains descendent, à pied ou à cheval, jusqu’au bord du lac et peuvent alors louer une barque, d’autres se lancent dans le tour complet du cratère. Pas nous ! Déjeuner après le passage à la boutique de l’artisanat où les jeunes Indiennes semblent avoir choisi de se vêtir parfaitement à la mode traditionnelle : petite jupe plissée, aux genoux, sur des bas de laine, corsage et couverture jetée sur l’épaule, cheveux nattés et chapeau rond, parfois agrémenté d’une plume de paon. Elles sont mignonnes, fraîches, avec de bonnes couleurs sur les joues et avec leurs boucles d’oreilles dorées. Les flancs des montagnes sont couverts de champs en damier de formes irrégulières, ceux qui sont le plus en altitude et donc les plus pentus semblent abandonnés. D’autres rayonnent à partir des sommets des collines.

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Zambahua est un village laid, le béton a remplacé depuis belle lurette les maisons de paille et de terre, mais il est entouré de pitons partiellement couverts de parcelles cultivées,  du plus bel effet sous le soleil. Des ravins aux parois dénudées ont été creusés par les torrents et serpentent au milieu des cultures. 

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Nous faisons une courte halte à Tigua, où, depuis le succès remporté par un peintre autodidacte local, tous se sont mis à produire, sur des peaux de mouton, des tableaux de scènes naïves, très colorées, inspirées des légendes et de la vie locale. Peu nous plaisent et ils sont beaucoup plus chers que ceux que nous avions vus sur le marché à Otavalo. Nous découvrons nos premiers lamas en train de faire leurs délices d’un tas d’ordures. Nous passons à Pujili qui possède un centre-ville ancien autour d’une jolie place avec de beaux arbres puis reprenons un bout de la Panamericana pour revenir sur nos pas et nous rendre au village de Saquisili où, demain, doit se tenir un marché. Nous demandons et obtenons l’autorisation de nous installer au fond d’une station-service. Faute de wifi, je vais dans un cybercafé consulter notre courrier, il n’y a qu’un message de Nicole. Au dîner, nous avons des steaks marinés, ils se révèlent aussi durs sous la dent que n’importe quelle viande de supermarché !

Jeudi 24 novembre : Pas trop de bruit pour une station-service ! Nous démarrons de bonne heure et cherchons à nous rendre au marché aux bestiaux, situés de l’autre côté de la petite ville. Beaucoup de rues sont barrées à proximité des places sur lesquelles divers marchés se tiennent. Peu de couleurs, le ciel gris y est aussi pour quelque chose, et pas de costumes particuliers en vue. Nous contournons les zones difficiles et parvenons, à l’extérieur du village, au marché des animaux. Des parcs métalliques permettent de répartir les animaux par catégories. Nous commençons, à l’entrée, par les cochons, les plus braillards, récalcitrants à être embarqués dans des camionnettes, poussés, tirés, ils clament leur désaccord ! 

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Dans le parc voisin, cousinent moutons laineux et lamas bien fiers. Plus loin, ce sont les vaches amorphes qui pissent et chient à volonté… Les chevaux sont rares, trois seulement ! Nous y sommes à huit heures et demie et déjà des bétaillères repartent chargées. Nous nous enquérons des prix, 85 à 120 $ les moutons, les cochons, grognons ou  pas, sont entre 200 et 400 $, un beau cheval gris de quatre ans est à 400 $, je n’ai pas osé en proposer 300, de peur de repartir avec, et sans selle… Les maquignons sont sexuellement spécialisés : les femmes vendent (ou achètent) les ovins, les porcins, aux hommes les bovins. Pas de costumes particuliers pour les hommes, les femmes sont en tenue classique des Indiennes des plateaux équatoriens : bas de laine, jupe plissée, châle brodé et chapeau  de feutre. 

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Des camions viennent culer près des parcs pour charger les bêtes puis s’en repartent vers des destinations inconnues… Nous repartons aussi, sans aller traîner aux marchés plus traditionnels. Nous rejoignons, une fois de plus, la Panamericana, jusqu’à Latacunga. Marie  veut passer à la Poste pour envoyer ses cartes postales et passer à l’Office du Tourisme pour sa collection de prospectus… Le Bureau du Tourisme à la gare routière a disparu et quand je réussis à me garer, près de la Poste, j’y apprends que le timbre pour la France est à un coût prohibitif ! Pas question de payer ce prix ! Nous continuons donc, passons Ambato et bifurquons en direction de Baños, en contournant le volcan Toungarahua dont nous ne devinons pas même les pentes, perdues dans les nuages… A Salasaca, les femmes, dans des tenues différentes des précédentes, se promènent quenouille à la main tout en devisant. Nous commençons à dévaler en suivant le cours de la rivière Pastaza dans des gorges, jusqu’au bourg de Baños qui, comme son nom l’indique, est le site de bains thermaux qui ne nous intéressent guère. Par chance, les Offices du Tourisme sont fermés et il ne nous reste, comme curiosité locale, que la Basilique de Nuestra Señora de Agua Santa dont les ex-voto sont à voir dixit les guides touristiques. La basilique est assez laide extérieurement mais aussi intérieurement et les ex-voto sont de grands chromos qui racontent les supposés miracles de la Vierge : habitants épargnés par une éruption, chute d’un pont, incendie, etc…

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Pas des œuvres d’art et aucune trace de cette spontanée naïveté qui fait le charme de ceux des chapelles de Provence. Nous cherchons où nous garer pour déjeuner et après une tentative sans issue sur une route vers un mirador perdu, nous ne savons où, nous trouvons au pied d’une cascade, une parcelle de terrain pouvant convenir. Nous continuons de perdre de l’altitude, quittant les montagnes, toujours dans les gorges de la Pastaza. Les montagnes sont couvertes d’une belle forêt épaisse dont les essences vont changer au cours de la descente. Des cascades, parfois peu fournies, alimentent le torrent et sont l’occasion de proposer aux aventureux des activités sportives casse-cous… Les fougères géantes font leur apparition, la température extérieure regagne des valeurs plus acceptables et nous finissons par rejoindre la province amazonienne de l’Equateur. Puyo, le chef-lieu de la province de Pastaza, supposée être en Amazonie, n’est pas vraiment l’idée que l’on peut se faire de la jungle… Une ville en plein développement, la construction y bat son plein et on a oublié d’indiquer le nom des rues. La carte que je me suis procurée à un soi-disant bureau d’information touristique, ne nous est pas d’un grand secours. Après nous être perdus dans des rues sans issue, nous finissons par trouver la place d’où un sentier conduit, en traversant un rio sur des passerelles, dans la forêt au Parque Omaere, un parc écologique aménagé par un Américain à la longue barbe grise qui nous fait une rapide visite des lieux et surtout de ses productions pharmaceutiques à partir de plantes. En bon Américain, il n’oublie pas à chaque fiole exhibée de nous en préciser, non seulement l’indication thérapeutique, mais aussi le prix… Nous lui promettons de revenir demain et après avoir admiré de jolis pistils roses, fleuris d’aujourd’hui, 

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nous reprenons le camion et revenons sur nos pas jusqu’au camping Paraiso, où nous passerons la nuit après avoir profité du wifi et de la douche chaude.

Vendredi 25 novembre : Il a plu dans la nuit et cela reprend quand nous partons. Je roule doucement : il pleut, la route est mouillée et la visibilité est parfois réduite quand quelque banc de nuage est trop bas descendu. Nous prenons une nouvelle route directe pour Riobamaba, construite en corniche mais à chaque pluie, des glissements de terrain viennent la couper, ce qui ne manque pas de nous arriver et il nous faut patienter pour que les camions soient remplis de terre et libèrent le passage. A l’entrée de la ville, je fais réparer mon pneu arrière droit que je devais regonfler tous les matins. La cause : une vis à bois ! Le travail est rapidement effectué pour 3 $ ! Nous allons nous garer dans une rue du centre. Je vais vérifier les heures d’ouverture du Musée d’Art Religieux. Nous devrons attendre 3 heures de l’après-midi. Nous décidons d’aller déjeuner au restaurant. Nous choisissons le Delirio, sis dans une belle maison ancienne et un très agréable feu de bois nous accueille dans une salle bien décorée. Nous mangeons très correctement, une truite à l’ail et du poulet à l’orange, le tout à des prix imbattables ! Nous nous promenons ensuite dans cette ville qui n’a pas grand-chose à offrir, passant de place en place, toutes plantées d’arbres. Celle de Maldonaldo est la plus plaisante avec, sur un de ses côtés, la façade de style baroque métisse de la cathédrale. 

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Nous croisons des Indiennes qui portent des chapeaux de paille, tout rond. Leurs jupes sont plus longues et de couleur rouge garance. Je dis garance parce que j’aime ce mot. Garance, c’est aussi ma chère Arletty, la Parisienne gouailleuse dont les bons mots sont inoubliables (« j’ai qu’une ride et je suis assise dessus ! » ou « Mon cœur est français mais mon cul est international !). Nous revenons vers le musée et patientons dans le camion que je suis allé rechercher. Nous entrapercevons le sommet enneigé du Chimborazo quand les masses de nuages oublient de le cacher, mais cela ne dure guère. Nous visitons le musée, très intéressant, quatorze petites salles, d’anciennes cellules de nonnes, dans lesquelles des objets ont été regroupés par thèmes. Les premières consacrées aux anges, à la Nativité (crèches naïves avec une foultitude de minuscules objets très divers, disposés autour de l’Enfant-Jésus), la crucifixion, etc… sont les plus intéressantes. 

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Dans la dernière, notre livre-guide de 2012, signalait un ostensoir en or et argent, incrusté de pierres précieuses, précisant que vu son poids, 360 kilos, il était difficile de le voler. Il l’avait été en 2007 ! Nous repartons, quittons Riobamba sur une route qui, bien que Panamericana, n’est plus à deux fois deux voies mais une route ordinaire avec des camions lents, difficiles à dépasser dans les côtes. Je commence à désespérer d’être à Cuenca demain. Mais au bout de quelques kilomètres, la route se libère et nous roulons à meilleure allure. Nous parvenons à Alausi, peu avant la nuit et allons nous garer sur la place centrale, calme. Calme jusque vers onze heures. Alors que nous avions éteint et baissé le toit, des jeunes, avec un guitariste au talent limité, viennent s’installer au-dessus de nous sous un auvent et chantent en chœur. Je réussis tout de même à m’endormir…

Samedi 26 novembre : Le reste de la nuit a été tranquille… Nous allons nous promener dans la ville, toute en rues escarpées et pourtant pourvue d’une gare où ne circule plus qu’une micheline touristique aux allures de gros bus américain des années 40 ! La voie ferrée devant la gare longe quelques maisons colorées sur une galerie à colonnes.

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Nous récupérons le camion et repartons sous un ciel bien gris. Le plafond nuageux est plus haut mais ne laisse pas passer le soleil. Dommage car le paysage est beau, des montagnes couvertes d’un patchwork de champs ou de prés délimités par des rangées d’arbustes, un véritable manteau de mendiant ou encore des montagnes à rides, comme une peau de rhinocéros. Montagnes arides aussi car les champs sont secs, les couleurs ternes alors que quelques kilomètres plus loin, la montagne reverdit. Dans les traversées de villages, des cochons rôtis entiers, la gueule ouverte, guettent l’amateur, à l’étal des gargotes.  Après le passage d’un col, nous plongeons sur Cuenca sous un ciel de plus en plus menaçant et bientôt la pluie arrive. Nous nous arrêtons au site archéologique d’Ingapirca. Il pleut. J’attendrais bien une éclaircie mais Marie craint que le temps n’empire. La visite est obligatoirement guidée. Nous nous retrouvons en compagnie d’adolescents qui préféreraient assister à la course de motocross qui se déroule en contrebas et d’adolescentes qui ne pensent qu’à se prendre en photo en faisant des mines de starlettes, copiées dans les romans photos. Il s’agit du seul site important Inca d’Equateur. Il se résume à peu : des traces de murs supposés être ceux de boutiques, de bains ou de logement de personnel administratif ou religieux et surtout à une tour ovale au sommet d’une éminence où l’on revoit les ouvertures trapézoïdales et les murs cyclopéens assemblés sans mortier. 

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Nous sommes contents de retrouver le camion et de nous sécher… Après déjeuner, nous allons jeter un œil au modeste musée, plus riche en photos du site qu’en objets, des céramiques, des aiguilles d’os et quelques bijoux, sans date ni provenance. La pluie concède quelques répits avant de cesser. Nous traversons Azogues dont il ne reste que de rares maisons anciennes pourvues d’un balcon. Encore quelques kilomètres et nous parvenons à Gualaceo où se tient un marché couru le dimanche matin. Nous repérons un lieu de bivouac au bord de la rivière, peu avant le village. Nous allons faire un tour pour savoir où se tient le marché puis nous revenons nous installer au bord de l’eau, en essayant de ne pas voir les ordures laissées par quelques fêtards peu scrupuleux.

Dimanche 27 novembre : Nous nous levons un peu plus tôt pour être de bonne heure au marché. Le marché central avec une halle métallique est désert, les rues voisines aussi. Nous nous rappelons que Guy et Marie-Jo nous avaient parlé d’un autre mercado nuevo, sur les hauteurs de la petite ville. En demandant, nous trouvons effectivement à quelques cuadras du centre un tout nouveau bâtiment à plusieurs étages où se tient le marché hebdomadaire. Nous nous garons en contrebas et allons nous perdre dans la foule qui arpente les allées sur plusieurs étages mais aussi dans les rues qui l’entourent. Rien de nouveau dans les produits proposés à la vente, si ce n’est des cerises et des abricots en provenance du Chili, vendus à des prix dignes de ceux de France en saison ! A se demander qui a les moyens en Equateur de s’offrir de tels fruits ! Seules les Indiennes en costume traditionnel : chaussettes montantes, amples jupes en velours rouge (garance ?) ou orange, brodées dans le bas, nattes d’écolières sages et chapeau de paille (panama ou tuyau de poêle), donnent une touche d’exotisme.

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Les hommes sont habillés comme tout le monde, avec un chapeau en plus. Les marchandes ne restent pas inoccupées dans l’attente du client. Toutes écossent petits pois ou haricots, font des bottes de fleurs ou d’oignons, guettant de l’œil l’éventuel acheteur. Nous n’y trouvons pas de tissus intéressants, pas de ces châles teints et brodés comme celui que nous avions acheté à Cuenca. Nous repartons pour quelques kilomètres jusqu’à Chordeleg où se tient aussi un marché le dimanche. Bien moins animé et avec les mêmes populations et donc les mêmes costumes. Dans la halle, on débite de ces cochons rôtis entiers dont la couenne craquante nous fait bien envie. 

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Nous en achetons (très cher !) un morceau que nous réservons pour l’apéritif du soir… Nous repartons pour le troisième bourg avec aussi un marché : Sigsig. L’animation y est bien plus importante, les rues autour de la halle centrale sont occupées par des marchandes qui tiennent boutique sur les trottoirs. Rien de bien nouveau aux étals et dans les costumes mais on y vend de la paja toquilla, ces fibres d’un palmier qui servent à tresser les fameux panamas ! Nous arrivons un peu tard, les Indiennes s’en retournent avec leurs liasses de paille pour confectionner chez elles ces magnifiques chapeaux d’une exceptionnelle qualité. 

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Nous cherchons les vendeurs, ils ne sont plus que deux sous les arcades de la Municipalité. Nous allons sur les bords aménagés de la rivière, tables de pique-nique et jeux pour les enfants, pour déjeuner, sans trop nous attarder car le vent est bien frais. Nous revenons sur nos pas quelques kilomètres pour prendre une route directe pour Cuenca. Elle traverse la montagne en offrant des vues sur les alentours et l’habitat très dense et à la fois très dispersé de cette région. Nous parvenons à Cuenca et, comme il est encore tôt, nous décidons de chercher un supermarché pour refaire un plein de provisions. Nous nous faisons indiquer un Mall, envahi en ce dimanche par une foule d’acheteurs, les parkings débordent, les emplacements libres sont rarissimes ! La société de consommation  a encore de beaux jours ! Dans le supermarché, c’est la folie, les articles pour Noël sont déjà en rayon, on se croirait une veille de rentrée scolaire ou de réveillon. Des gosses font de la trottinette entre les linéaires, d’autres se coursent, les parents papotent… Nous en repartons alors qu’éclate un gros orage. Nous trouvons le camping fréquenté par tous les voyageurs, les Cabañas Yanuncay. Un camion d’Italiens s’y trouve déjà, nous rassurant car rien n’indique qu’il s’agit d’un camping ! Un terrain vague où tout est aux quatre bouts du terrain : poubelles, électricité, eau. Quant aux toilettes et à la douche, elles sont dans la maison des propriétaires ! Seul endroit où on peut capter le wifi ! Un Kombi de Suisses vient se garer presque contre nous, à croire qu’il n’y a pas assez de place. Rien pour me rendre de meilleure humeur. Les Italiens viennent converser avec les Suisses (elle est Espagnole, grasse et a un rire con !). Nous faisons preuve de sociabilité en leur disant bonjour, puis nous discutons quelques instants avec les Italiens qui parlent français. Nous nous rendons ensuite dans la maison des propriétaires, après nous être déchaussés, pour bénéficier d’un wifi qui n’arrive pas au terrain vague. Retour au camion pour l’apéritif, histoire d’achever la bouteille de vodka en attendant le pisco sour du Pérou

Lundi 28 novembre : Le bus scolaire garé à côté de nous démarre son moteur à 4h30 et le laisse chauffer un moment… Pour nous doucher, nous devons nous rendre dans la maison, à l’étage, utiliser la salle de bain des propriétaires. Nous laissons du linge à laver et partons en ville avec le camion. Nous allons au garage recommandé par d’autres voyageurs et le laissons pour le remplacement du demi-arbre et de la main meneuse et afin de solutionner le problème récurrent des fuites d’huile en bout d’arbre. Nous marchons jusqu’au Musée Pumapungo, appartenant au Banco Central qui n’ose pas en faire payer l’entrée. Un beau musée, moderne, riche. Nous visitons l’étage consacré aux différentes ethnies du pays. Un panneau les présente puis quelques mannequins portent les costumes de la région et des objets de facture récente les accompagnent. Pas de pièces ou de tissus anciens. Nous restons sur notre faim. Une section présente les Shuars qu’il ne faut plus appeler Jivaros, terme péjoratif, explique leurs croyances, présente leurs rituels et explique la raison d’être des réductions de tête. Cinq sont présentées sous un faible éclairage, beaucoup plus petites que je ne les imaginais. Une salle est consacrée aux paños, ces superbes châles en partie tissés suivant la technique de l’ikat et en partie brodés, avec des franges. Nous en avions acheté un lors de notre précédent passage et nous aimerions bien en trouver d’autres. Nous nous faisons déposer en taxi sur la place Calderon, en plein centre-ville. Je reconnais cette place et me souviens y avoir dîné dans un restaurant où m’avait été donné le nom de la chanteuse mexicaine Maria-Dolores Pradera ! Nous cherchons le restaurant Raymipampa, le trouvons sur la place même et, à l’intérieur, je le reconnais comme étant celui dont je parlais. Nous commandons un plato tipico et un ceviche mixto. Le premier est un simple steak de porc, bon mais servi tiède avec un boudin farci au riz, très quelconque, et un accompagnement de maïs et de purée de pomme de terre. Le second serait un bon ceviche avec un autre poisson, celui servi est trop sec. Bref, nous sommes déçus… Il ne faut jamais revenir sur les mêmes lieux ! Nous passons au Bureau d’Information Touristique, peu de renseignements… Nous longeons la nouvelle cathédrale dont les dômes bleus sont très photogéniques sur le fond de pierres rouges des murs. 

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L’église du Carmen à la façade blanche est joliment située devant un marché aux fleurs. A peine plus loin, l’église San Francisco, fermée (comme il y a neuf ans !), domine la place du même nom. Les anciennes maisons disparaissent, du moins au rez-de-chaussée, derrière les étals de marchands de vêtements. Nous nous rendons ensuite au Museo del Sombrero qui comme son nom l’indique est consacré au Panama, le chapeau de Cuenca. C’est surtout une boutique où Marie essaie divers modèles mais sa trop petite tête limite les choix ! Nous ne nous décidons pas et nous nous rendons à la boutique de Alberto Pulla chez qui j’avais acheté le mien. Le pauvre homme est mort depuis 2009, ce dont le Lonely Planet de 2012 ne s’est pas encore aperçu ! La boutique est tenue par un jeune homme qui n’a pas grand-chose à proposer, Les chapeaux sont poussiéreux, l’arrière-boutique est sale, nous fuyons… Nous revenons à la place San Francisco et visitons un bazar d’artisanat, les marchands de chapeaux sont nombreux mais ne se précipitent pas sur le client. Marie ne trouve rien à sa taille mais nous en achetons deux, pour Julie et Alex. Je me souviens alors ne pas avoir laissé la clé pour le démontage de la roue au garage. Nous y retournons en taxi, ils travaillent dessus mais n’ont pas eu besoin de la clé, ce qui me laisse un peu dubitatif. Le patron nous demande une heure de temps, nous nous rendons aux ruines incas quasiment sans intérêt, deux pans de mur que nous apercevons de la rue. J’ai soif, nous l’étanchons dans une pâtisserie, lieu de rendez-vous des écolos-babas cools… Une bière artisanale et une citronnade pour Marie nous revigorent assez pour retourner au garage voir l’arbre remonté et quelques coups de pointeau sur les cannelur remplacer un circlips… Nous rentrons au camping où nous récupérons notre linge qui a été repassé ! Nous relisons le texte du blog et après dîner, je vais dans la maison le mettre en ligne.

Mardi 29 novembre : Plein d’eau, adieux au propriétaire et nous allons en ville, nous installer pour la journée et la nuit sur un parqueadero, proche du centre, sur les bords de la rivière, avec wifi, toilettes pour 5 $ ! Nous partons aussitôt à pied, traversons la rivière sur un pont de pierre et remontons l’escalinata, un bel escalier qui nous amène au niveau de la calle Larga. Nous commençons les visites par le Musée de la sculpture aborigène, consacré aux objets des cultures précolombiennes. Dans des vitrines s’entassent des milliers d’objets succinctement désignés (vase à trois pieds, figure anthropomorphe, femmes assises, etc…), répartis par civilisation avec des dates qui couvrent plusieurs millénaires. Il faudrait se mettre à quatre pattes pour distinguer ceux qui sont dans le bas des vitrines. Bref, un musée très riche mais qui mériterait une remise à niveau avec une sélection de pièces mieux mises en valeur. A la sortie, dans la boutique, des paños, ces châles que nous n’osions pas espérer trouver mais ils sont très chers, 350 $ pour ceux qui nous plaisent ! Des aiguilles anciennes en argent nous tenteraient aussi mais pas à 300 $... Nous repartons, sous la pluie, déçus mais avec l’espoir d’en voir dans les boutiques. Nous atteignons l’ancienne cathédrale, transformée en musée religieux, que nous visitons sans en espérer grand-chose. Quelle bonne surprise ! La nef est superbe avec à ses deux extrémités, un bel orgue du XVII°siècle d’un côté et de l’autre, un autel précédé d’une Cène avec des personnages sculptés grandeur nature. Les murs sont couverts de trompe-l’œil, fausses colonnes et fausses draperies.

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Les couleurs tendres nous feraient presque croire être en Italie ! Et pourtant, il subsiste peu du décor des siècles anciens et presque toute la décoration est du XIX° siècle, sans tomber dans le travers du saint-sulpicisme… Nous cherchons où déjeuner. Il continue de pleuvoir plus ou moins fort et nous aimerions nous sécher le temps d’un repas. En chemin, nous trouvons une maison ancienne à la façade très ouvragée, avec au rez-de-chaussée, une boutique d’antiquaire. Nous sonnons comme nous y sommes invités, la porte s’ouvre et nous pénétrons dans un extraordinaire décor de théâtre, un intérieur inchangé depuis plus d’un siècle. Nous sommes priés de monter l’escalier intérieur pour venir saluer la maîtresse des lieux, une très vieille dame, sans doute  la plus ancienne antiquité de la maison ! Elle nous prie de prendre place sur des fauteuils puis s’enquiers de la raison de notre venue. Elle a des difficultés pour parler et je ne sais pas si elle d’adresse à nous en espagnol, en anglais ou en français ! Nous sommes à l’heure du repas, la boutique est fermée mais nous sommes priés de repasser plus tard et, quand nous descendons l’escalier en admirant les plafonds et les murs couverts de moulures et de peintures désuètes, elle nous adresse des baisers du bout des doigts ! 

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Nous finissons par essayer un petit restaurant, le Cositas, qui ne paie pas de mine mais gentiment décoré et où on nous sert une bonne cuisine, portions de poulet grillé ou de travers de porc avec salade, frites, riz et même lentilles, pour pas très cher. Nous en repartons le ventre plein ! Nous atteignons le Musée du Sombrero où nous étions passés hier, seul endroit où Marie avait trouvé un panama à sa taille. Cette fois, elle se décide… Nous continuons notre errance dans le quartier el Vado. Dans une boutique de bric à brac, nous trouvons un paño, pas aussi beau que celui qui nous plaisait au musée mais tout de même très bien et surtout à un premier prix très abordable (60 $) que nous marchandons à 40 $ ! Et de plus une petite épingle à 20 $ !! Nous repartons, sous la pluie revenue, contents cette fois. Nous passons par la place San Sebastian où nous rendons une rapide visite au Musée d’Art Moderne où se tient une exposition intitulée Impermanencia, sous-titrée : La mutación del arte en una sociedad materialista. Tout un programme ! Mais les « œuvres », souvent des installations ou des vidéos, ne nous paraissent pas à la hauteur de la prétention du titre… Nous revenons par la rue Colombia, en travaux de repavage avec l’installation d’un futur tramway. Elle est bordée de belles maisons aux balcons de fer forgé et aux fenêtres encadrées de moulures, des frises fleuries courent sous la toiture. 

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Nous en terminons en rentrant à pied au parking. Je déplace le camion pour être bien à plat et nous nous apprêtons pour la soirée. Un automobiliste en panne de batterie vient solliciter mon aide et surtout les câbles pour se relier à une autre batterie. Je commande deux mojitos, très honnêtes, même si servis avec trop de glaçons, au bar devant le parking et en fais la surprise à Marie.

Mercredi 30 novembre : La circulation trop proche nous réveille. La route qui conduit au Parc Cajas s’élève rapidement, grimpe dans des montagnes perdues dans les nuages. Quand nous atteignons les 4000 mètres, nous sommes au milieu d’une lande moussue et dorée qu’hélas, l’absence de soleil ne met pas en valeur. Depuis le refuge où nous devons décliner identité, numéro de passeport et âge, nous pouvons partir sur des sentiers de randonnée qui serpentent entre la multitude de lacs, de mares, de ce páramo glacial. Il fait bien trop froid et surtout le souffle manque à cette altitude pour que nous nous lancions sur ces terrains boueux. Nous nous contentons d’admirer le paysage depuis le mirador au-dessus du centre d’information. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Avec le camion, nous montons un peu plus haut (4200 m !) au col des Tres Cruzes d’où nous pourrions avoir une vue étendue sur les montagnes, la lande et les lacs mais les nuages et la grisaille nous font vite redescendre. Nous empruntons une étroite voie empierrée pour nous rendre à la laguna Llaviucu, un lac de montagne enserré entre de hautes montagnes. Un sentier nous amène au bord de l’eau, nous sommes seuls, quelle différence avec le lac Louise ! 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous déjeunons sur le parking puis retournons dans Cuenca que nous contournons pour prendre la route de Loja. Peu de circulation, route pas trop sinueuse, nous pouvons espérer être ce soir à Loja. Nous traversons une zone de montagnes arides, sans cultures, sans habitations, avant de retrouver la végétation. Comme d’habitude, nous jouons au yoyo, nous montons à plus de 3000 mètres, redescendons vers 2200/2500 mètres, atteignons un plus ou moins gros bourg et repartons vers une autre ascension. Une portion de la route est sur une ligne de crête, entre deux vallées, l’une dans la grisaille, l’autre en partie ensoleillée. Je somnole au volant… Nous arrêtons à Saraguro, les Indiens s’y vêtent différemment. Les hommes portent des pantalons noirs, larges, à mi-mollet et gardent leurs cheveux tressés en une natte dans le dos. Quelques rares vieilles femmes attachent leur poncho avec une épingle en argent, dite tupus. Certaines portent un chapeau de paille blanc à larges bords dont le dessous est décoré. Nous regrettons de ne pas nous y trouver le jour du marché ! Encore une heure de route pour parvenir à Loja, peu avant la tombée de la nuit. Nous allons nous garer devant une piscine municipale.

Jeudi 1er décembre : Encore une fois, la circulation et les camions dans le chantier voisin nous tirent du lit avant sept heures du matin. Le temps est désespérément gris et il tombe des gouttes par moments. J’ai hâte de rejoindre la côte et surtout le campement de Zorritos, j’espère ne pas m’en faire une trop haute idée et ne pas être déçu en arrivant. Nous commençons par chercher un supermarché. Celui qu’on nous indique est à l’autre bout de la ville et n’ouvre que dans une heure, à dix heures. Nous repartons dans le centre-ville et je peux me garer sur la place centrale. Je ne retrouve rien de la petite ville calme dont j’avais gardé le souvenir. Loja est agitée, les constructions modernes ont défiguré la place. La cathédrale est ouverte, profitons-en ! Murs et piliers sont couverts de cette décoration lourde en imitation marbre et fausses dorures mais le spectacle est ailleurs. Une extraordinaire crèche  est installée dans une des nefs, sur toute sa longueur. Y sont recréés le Palais d’Hérode à Jérusalem et ses environs, une campagne où des artisans et des commerçants sont montrés dans leurs activités journalières.

 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les personnages sont animés et des effets de lumière laissent imaginer le passage des heures. Dans ce décor les grands moments de  l’histoire sainte : Nativité, Fuite en Egypte (Pharaon, le Nil), Massacre des Innocents, etc sont montrés. Nous nous rendons au Musée Religieux dans une partie du Couvent des Sœurs Concepcionistas. Une collection de croûtes du XVIII° siècle qui ne fait pas honneur au goût des malheureuses cloîtrées… Seuls des restes de retables baroques en bois doré présentent un intérêt. Deux cuadras plus loin, c’est Santo Domingo qui a l’honneur de notre visite. Là aussi, murs, piliers, plafonds sont entièrement peints en simili marbre et trompe-l’œil, mais leur profusion finit par, donner un style à l’ensemble. Des punaises de bénitier, regroupées dans une chapelle récitent en chœur des prières sous la conduite d’une meneuse de jeu… Nous atteignons la Place San Sebastian qui doit être celle dont j’avais gardé le souvenir. Elle est entourée de maisons anciennes à un étage, sur une galerie couverte soutenue par des colonnes, mais chacune d’elles est désormais une boutique avec enseignes et réclames et les balcons sont tous recouverts avec le drapeau équatorien à l’approche de Noël. Ici, fêtes nationales et religieuses se confondent…Nous explorons la rue Lourdes qui a conservé une série de maisons basses anciennes, toutes transformées en boutiques de souvenirs ou de tatouage, bref, pour touristes…

Nous revenons vers la Place Centrale et comme il nous reste un peu de temps, nous allons jeter un œil au Musée del Banco. L’entrée est gratuite mais la visite se fait sous la conduite d’une dame que cela ennuie autant que nous, qui se croit obligée de nous donner des explications que nous ne demandons pas et que nous n’écoutons pas… Peu d’intérêt à cette visite, les salles présentent quelques céramiques précolombiennes, des objets de la période coloniale et la tenue des paysans de Saraguro. Nous reprenons le camion et nous nous rendons dans le quartier excentré d’El Valle. Une jolie petite église qui aurait pu être dans une Mission jésuite de Bolivie et quelques maisons anciennes. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous allons déjeuner au Salon Lolita, dans une cour. Nous goûtons aux spécialités : un demi cuy pour moi, servi différemment des fois précédentes, avec une sauce, et un bon poulet cuisiné avec les ingrédients du cuy pour Marie. Nous nous rendons ensuite au supermarché, pas bien grand mais nous y trouvons à nous ravitailler pour les jours à venir. Nous quittons Loja et prenons la route de la Côte. Nous perdons de l’altitude rapidement et descendons dans une vallée à 1200 mètres où nous retrouvons le soleil et des températures dignes d’un pays équatorial ! Nous cherchons où bivouaquer, un premier hôtel ne veut de nous sur son parking que pour 20 $, nous trouvons un peu plus loin un parking en retrait de la route, celui d’un Centre récréatif, désert.

Vendredi 2 décembre : Nous repartons en montée dans des montagnes pelées, dont la seule végétation est constituée de grands agaves, de yucas en fleurs, de cactus et d’épineux sahéliens. Nous atteignons les 2200 mètres et suivons une ligne de crête entre une vallée dont les creux sont dans les nuages et un paysage de montagnes perdues dans la brume. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous descendons ensuite vers Cotacocha, cette fois dans un paysage tropical, un peu plus verdoyant. La petite ville occupe une éminence et sa place centrale est au sommet. Les maisons anciennes en adobe ont un crépi qui tombe en miettes et les balcons de bois sont branlants. Elles sont perdues au milieu de vilaines maisons en béton ou en briques et bien d’autres sont en construction. L’église sur la place est décorée comme celles de la région, abondance du décor et trompe l’œil. Quelque peu déçus, nous nous rendons à la petite église Lourdes qu’un moine a cru embellir en la dotant de copies d’œuvres célèbres de Titien, Raphaël, Botticelli et même Dali. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Mais le malheureux n’était pas un bon copiste et le résultat est grotesque mais moins que sa gigantesque représentation d’une Vierge, derrière l’autel, non pour ses traits indiens mais pour le rictus qui lui déforme le visage. Nous cherchons ensuite le mirador que tout le monde nous indique mais il faut monter des rues pentues et Marie fatigue. Je vais rechercher le camion et nous nous y rendons avec. Un point de vue sur les vallées d’où nous venons, rien de plus que ce que nous avions depuis la route. Nous revenons sur nos pas et reprenons la route de Machala. Nous cherchons les pistes indiquées sur notre carte qui devraient mener à Zaruma mais nous n’en trouvons aucune et sommes obligés de prendre la route principale. Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de faire 40 kms pour aller voir une ville qui n’a sans doute pas plus d’intérêt que Catacocha et j’aurais préféré rejoindre le Parc des Bois Pétrifiés… Zaruma, ancienne ville minière est, elle aussi, située sur une colline et l’on atteint le centre au terme d’une longue montée. Les rues, ruelles plutôt, du cœur de la ville historique sont très étroites et fort en pente. La circulation y est inexplicablement très dense et la seule épreuve au permis de conduire doit être le démarrage en côte ! Après avoir frôlé la crise de nerfs suite à un passage jusqu’à la minuscule place centrale, je redescends, trouve une place pour stationner, pas trop éloignée du centre. Nous y remontons à pied. L’atmosphère se prêterait à un film sur la ruée vers l’or et l’on peut imaginer ce que feraient les Américains d’une telle ville. Les maisons de bois ont une galerie avec des poteaux et un trottoir de planches. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Leurs façades sont décorées comme à la fin du XIX° siècle et il suffirait d’enlever quelques réclames modernes pour retrouver la ville des mineurs. Nous nous promenons dans les rues puis un passant nous indique un mirador, pas loin d’après lui, en oubliant de préciser que la rue qui y mène est très en pente… La vue est hélas, encore une fois, gâchée par les immondes constructions en béton et en brique. Nous récupérons le camion, redescendons la côte et nous arrêtons au fond d’une station-service pour la nuit.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:38

Mercredi 26 octobre : Marie repense à sa veste perdue et veut retourner au garage demander si elle n’aurait pas été rapportée du restaurant où nous avions déjeuné. Nous nous y rendons donc, de nouveau dans les embouteillages… Pas de veste bien sûr, probablement perdue à Villa de Leyva ou à Tunja. Je préviens Alejandro que nous partons pour Medellin et qu’il fasse suivre les pièces à Cali. Il me propose de changer encore une fois l’huile de la boîte et j’accepte sans trop y croire. Il tonne et bientôt la pluie noie les rues. Pas question de monter à Montserrat. Nous repartons et quittons cette fois pour de bon Bogotá. Après une longue traversée de la banlieue industrielle, nous entamons une très longue descente sur une route peu fréquentée, en excellent état. Puis, sans que nous en comprenions la raison, nous repartons en montée sur une route étroite, derrière des cohortes de camions lents et asphyxiants. Nous verrons plusieurs camions, les quatre fers en l’air, retournés dans une descente abordée trop rapidement. Dernière descente pour quitter la Cordillère Orientale et nous retrouvons le fleuve Magdalena que nous avions traversé pour aller à Mompox. Nous ne sommes plus qu’à 200 mètres d’altitude, nous retrouvons les moiteurs tropicales et en soirée les moustiques… En fin d’après-midi, nous atteignons Honda, une ancienne ville-étape sur le fleuve navigable depuis la mer des Caraïbes jusqu’ici. Il reste de cette époque quelques maisons anciennes dans le centre endormi autour du Parque et de son église qui ne manque pas d’allure avec son clocher et ses contreforts.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Plein de gasoil et de bière, encore quelques kilomètres et nous nous arrêtons à la Hacienda La Aurora qui accueille les éventuels campeurs. Nous sommes posés sur une pelouse moelleuse, à côté de la piscine que je ne tarde pas à essayer. Nous nous installons sur une table sur ses bords pour écrire en attendant l’heure du dîner.

Jeudi 27 octobre : Quelques gouttes de pluie dans la nuit mais, au matin, le ciel est presque dégagé. Nous quittons ce camping agréable, bien que trop près de la route. Nous continuons en suivant le cours du Magdalena dans une plaine d’où surgissent quelques pitons volcaniques dont les sommets se perdent dans des bancs de nuages. A la Dorada, petite ville aux rues escarpées et aux maisons pas bien coquettes, nous cherchons et trouvons un supermarché où il n’y a pas grand-chose à acheter, des boissons, du pain et de ce jambon reconstitué sans goût. Nous traversons le fleuve sur un long pont et continuons sur une belle autoroute rectiligne, avant de commencer à monter dans des collines couvertes d’une belle forêt inviolée. Les ranchs d’élevage ont disparu, plus de cultures. Nous continuons de grimper sur une route ordinaire, étroite et de nouveau encombrée par les camions, dans les contreforts de la Cordillère Occidentale. Comme sur toutes les routes de Colombie, on rencontre des cantonniers, bottés, casqués, en tenue orange, chargés de tailler les herbes sur les bas-côtés. Equipés de tondeuses, ils disposent d’écrans mobiles qui protègent les véhicules des projections. A Marinilla, nous abandonnons la route de Medellin pour nous rapprocher du lac de barrage d’El Peñol. Nous apercevons un pain de sucre volcanique dont les alentours sont pris d’assaut par des hébergements touristiques qui le défigurent, une construction (?) culmine à son sommet et de gigantesques lettres ont été tracées sur son flanc. Je pense au Liban où nous avions été aussi étonnés, même scandalisés, par cet art de récupérer des sites naturels pour y faire de la publicité ou pour s’en approprier un morceau ! Peu après, nous atteignons Guatapé sur les bords du lac. Son malecon, le boulevard du bord de l’eau, est une succession de bars et de restaurants où des garçons tentent d’attirer la clientèle en agitant des cartes. Nous allons nous garer sur un vaste parking au pied même du village. Une courte rue à remonter et nous sommes sur la place centrale. L’église est extérieurement plutôt originale avec sa façade blanche rehaussée d’ocre rouge, l’intérieur tout en bois poli, souligné de dorures sur les retables. Toutes les maisons se distinguent par des frises colorées, en ciment et en relief, des zócalos, à la base des murs qui représentent des motifs géométriques, des scènes de la vie d’autrefois, des voiliers, des animaux. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous parcourons les rues en pente, parfois sur des pavés, à la recherche des plus belles. Beaucoup sont récentes et les couleurs sont alors trop vives.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous visitons une maison qui remplissait le rôle d’un caravansérail avec sa cour destinée à recevoir les mules et leurs charges pour la nuit. Evidemment les frises autour du patio représentent ces animaux de bâts. Nous allons prendre un verre à la terrasse d’un des cafés du malecon avant de repasser par la place centrale puis vite regagner le camion car il commence à faire frais (nous sommes remontés à 1900 mètres d’altitude !). Nous sommes rentrés à temps puisqu’il recommence à pleuvoir, un gros orage avec des déluges d’eau. Je déplace le camion pour ne pas risquer d’être dans la boue au matin.

Vendredi 28 octobre : La pluie a cessé et le soleil est revenu. Je vais faire un tour dans le village pendant que Marie se prépare. Pas grand monde dans les rues à cette heure, je me procure une brochure sur Guatapé à la mairie. Nous repartons pour quelques kilomètres et accédons au parking au pied du « Pain de Sucre » du Peñol. Cet impressionnant piton aux falaises verticales est accessible par des volées d’escalier qui, vues du bas, m’ôtent toute envie d’y monter… 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

La vue sur les îles posées sur le lac est très étendue et serait plus belle sans toutes les résidences secondaires qui accaparent la moindre crique, sans oublier les hôtels implantés aux endroits stratégiques. Nous rejoignons la route de Medellin. L’autoroute est fermée suite à des glissements de terrain et nous devons suivre des routes secondaires qui serpentent dans les collines autour de la ville. Soudain, nous découvrons à plusieurs centaines de mètres plus bas, cette métropole gigantesque. La descente est vertigineuse, interminable, impression que nous ne serons jamais au niveau des rues du centre ! Nous abordons cette ville très étendue par le sud et parvenons assez rapidement dans le quartier où nous pensons pouvoir bivouaquer devant une auberge de jeunesse  recommandée. Mais nous avons beau en être à proximité, trouver la bonne rue n’est pas aisé. Nous tournons autour, tombons dans des avenues qu’il faut suivre avant de pouvoir faire demi-tour et finalement, quand nous y parvenons, nous apprenons que nous ne pouvons plus stationner devant… Une autre auberge, un hostal, nous permet de nous garer sur un bout de parking, juste assez grand pour notre camion. Nous y laissons du linge à laver, les tarifs sont plus élevés qu’ailleurs. Nous déjeunons rapidement puis partons à pied, à quelques centaines de mètres, pour trouver la plus proche station de métro. Nous montons des escaliers pour atteindre les quais de ce métro aérien. Trois stations plus loin, nous descendons dans le quartier moderne. Encore des escaliers à descendre, des passerelles à utiliser pour traverser des avenues et passer entre des bâtiments administratifs récents. Tous en béton gris qu’un ciel lui aussi bien gris ne met pas en valeur. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Une place avec une statue immense entre deux bâtiments symétriques et, de l’autre côté de l’avenue, une forêt de piliers en béton dressés vers le ciel. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous suivons ensuite une rue piétonne entre deux rangées de boutiques où l’on vend de tout, des articles de décoration pour les fêtes, des sous-vêtements, des jouets, tous articles clinquants et de couleurs très vives. Nous tentons de prendre un taxi pour rentrer mais tous refusent ! Nous reprenons donc le métro et marchons jusqu’à l’auberge alors qu’il recommence à pleuvoir. Je profite du wifi pour mettre le blog à jour, répondre à quelques courriers. Nous gouttons aux raviolis locaux, dignes des crèmes glacées que nous nous sommes offertes en dessert. La musique commence à résonner et nous ne sommes que vendredi… Mais, encore une fois, à notre grand étonnement, cela ne dure pas et la rue retombe dans le silence.

Samedi 29 octobre : Il a plu toute la nuit puis cela se calme tout doucement au matin, même si le ciel reste gris. Nous avons droit au petit déjeuner, compris dans le tarif du « camping ». Ne voulant pas des œufs, nous devons nous contenter de tranches de pain de mie que je fais griller sur une plaque. Pas de beurre, ni de confiture et encore moins de thé ! Demain, nous petit-déjeunerons dans le camion ! Nous partons avec K-ways et parapluie qui ne serviront pas… Nous allons reprendre le métro et Marie, comme la veille, se voit offrir une place assise. Nous descendons à la station d’où nous étions rentrés hier soir et continuons la visite de la ville. Nous passons à l’Eglise de la Candelaria avec encore une de ces statues du Christ ensanglanté dont on semble se complaire dans le monde latino-américain. Rare est l’église qui n’en a pas un exemple, le plus « gore » possible. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Une courte marche et nous sommes sur la place dite Botero, à cause du nombre de sculptures de cet artiste (plus d’une vingtaine) qui s’y dressent. De nombreux marchands de chapeaux, du modèle local, proche du panama, abordent les touristes, des photographes « professionnels » sévissent également. Nous examinons de près chacune de ces œuvres, réalisées dans un bronze somptueux, quelques portions de leurs surfaces sont brillantes, polies par les mains des visiteurs qui les considèrent comme des porte-bonheurs. Beaucoup sont remarquables, des couples, des femmes voluptueuses, alanguies, des hommes moustachus, portant un petit chapeau, sérieux. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous montons au sommet du Palais de la Culture où, d’une terrasse, nous avons une vue sur la place de plus en plus envahie de touristes.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous enchaînons avec le Musée Antioqueño qui, lui aussi, renferme une belle collection de Botero. Nous arpentons les salles, séduits par beaucoup des toiles présentées même si certaines laissent une impression de facilité. Les aquarelles et les pastels restent dans mes préférés.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Une grande série est consacrée à la tauromachie qui n’était pas représentée à Bogotá. Nous visitons le reste du musée, les œuvres données par Botero, Wifredo Lam, Tapiès etc…Pas les plus intéressantes… D’autres salles présentent les peintres colombiens des siècles passés, peu nous convainquent et nous n’en retenons pas les noms. Affamés, assoiffés et épuisés, nous nous précipitons (figure de style !) au passage Junin pour déjeuner au restaurant Hacienda, personnel en costume d’Antioquia, musique à mon goût et bons plats, un assortiment de chicharrones, de chorizos et de boudins farcis au riz, tous délicieux, suivis d’un steak tendre, bien que trop cuit parce que trop mince. Je n’ai plus envie de marcher encore beaucoup, Marie s’en rend compte et le bruit incessant de la rue, l’encombrement des trottoirs avec tous ces marchands ambulants qui tentent de vivre de la vente de bricoles ou de petites réparations, m’épuisent ! Nous raccourcissons le circuit, passons devant une Université, une église, empruntons une rue qui n’est qu’une succession de « salons de coiffure » et de bars minuscules, fréquentés par une population Caraïbe et d’où s’échappent des airs de musique assourdissants. A Medellin aussi, nous sommes frappés par le nombre de « laissés pour compte » de la société qui errent dans les rues, d’autres sont couchés ivres-morts ou se droguent sous les ponts.  Nous atteignons une grande place où se trouvent encore trois statues de Botero dont la réplique d’un oiseau de la Paix disposée à côté de l’original plastiqué par des « terroristes » en 1995.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous nous offrons un soda que nous buvons assis sur un banc de la place, loin des débits de boisson qui vendent surtout de la bière en diffusant le plus fort possible une musique qui doit rendre sourds tous les attablés devant leurs canettes. Nous rentrons en taxi. Marie reste au camion tandis que je vais écrire dans le jardinet de l’auberge en subissant la musique disco de mes voisins et les effluves de leurs cigarettes de marque non commerciale…

Dimanche 30 octobre : Nous prenons le petit déjeuner dans le camion puis cherchons à récupérer le linge donné à laver avant-hier mais le dimanche matin le personnel est aux abonnés absents. Je me fâche exige que l’employée téléphone au patron. Il promet d’arriver « ahorita » ! Un second coup de fil le fait arriver en scooter… Nous quittons cette auberge pour une jeunesse dont je suis de plus en plus éloigné… Nous nous rendons au supermarché Exito, proche. Il est bien achalandé et nous pouvons refaire le plein du réfrigérateur. Je profite de la très faible circulation du dimanche matin pour trouver sans nous tromper le chemin d’accès au Cerro Notibara, une colline proche du centre-ville. D’en haut, la vue s’étend sur tout Medellin, la ville elle-même, au fond de la cuvette qu’elle occupe, et les collines qui l’entourent, elles aussi couvertes d’habitations. Presque toutes les maisons et tous les immeubles sont en briques rouges qui donnent une certaine unité architecturale à la ville. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous déjeunons dans le camion puis cherchons la route de Santa Fe d’Antioquia. A l’aide du plan de la ville et d’un conducteur de taxi questionné, nous trouvons notre chemin. Il faut escalader la montagne puis suivre un long tunnel avant de perdre de l’altitude, redescendre à 550 mètres et retrouver des chaleurs presqu’oubliées. Santa Fe d’Antioquia est un autre de ces villages coloniaux qui ont su conserver leur habitat et en ont fait un objet d’attrait touristique. Nous le visiterons mieux demain, car aujourd’hui il est envahi par les touristes venus de Medellin pour le week-end, mais nous nous rendons tout de même dans le centre, occasion de rouler sur des pavés et de retrouver des maisons aux fenêtres avec des grilles de bois tourné, pour visiter le Musée d’Art religieux qui sera fermé demain. Nous aurions pu nous en dispenser ! A l’exception d’une Dormition de la Vierge, les autres tableaux ne nous retiennent guère malgré une salle consacrée à Gregorio Vasquez de Arce y Ceballos, le « grand » peintre colombien de la période coloniale. Nous visitons dans la foulée une belle maison-musée consacrée à un certain Juan del Corral qui a rassemblé de plus belles pièces d’art religieux que le musée précédent, notamment des retables miniatures de facture indigène.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous attendons l’ouverture de l’église Santa Barbara dont la curieuse façade promet quelques trésors. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

A cinq heures, pour la messe, les portails s’ouvrent, nous nous précipitons, quelques retables baroques occupent les bas-côtés mais ces sacrés curés ont placé dans leurs niches des statues saint-sulpiciennes de Saints qui en gâchent la vision. Nous revenons sur nos pas pour demander à camper à l’hôtel Paraiso de Santa Fe. L’employé rechigne au début, l’hôtel ferme demain mais j’insiste et le patron joint au téléphone est d’accord. Nous nous garons sur une grande pelouse, derrière le restaurant en plein air et aussitôt je vais profiter de la piscine. Nous restons assis au bord jusqu’à la tombée de la nuit avant de regagner le camion pour prendre un apéritif bien mérité.

Lundi 31 octobre : Peu avant minuit, nous sommes tirés de notre premier sommeil par une musique (?) tonitruante, les décibels au maximum. Nous espérons que ce ne sera qu’un feu de paille mais comme cela persiste, je me décide à me lever et aller voir. Ce vacarme provient d’une propriété voisine que de hauts murs et un portail de la même taille empêchent de voir. Des musiciens qui répètent, crient, chantent, hurlent, amplifiés par la sonorisation ? Nous tentons de nous enfouir dans les oreillers bien inutilement. Il en sera ainsi, sans provoquer la moindre réaction du voisinage, jusque vers trois ou quatre heures du matin ! Nous ne nous réveillons pas très frais… Plein d’eau, vidange de la boîte à caca, douche à la piscine et nous revoilà sur la route. J’ai constaté que le pneu arrière droit était bien dégonflé, peut-être depuis longtemps. Je vais le faire regonfler. Quand je donne une pièce à un gardien de voiture ou, comme ici, pour un service, j’ai rarement un merci en retour ! Nous commençons par nous rendre au pont suspendu sur le fleuve Cauca qui a pour particularité d’être l’un des premiers construits dans le monde. Nous le passons et repassons puis revenons nous garer sur la place centrale. L’église est à demi chaulée et à demi en pierres rosées, elle est aussi le nichoir de très nombreux pigeons. Les maisons autour sont évidemment coloniales mais, en partie, cachées par les camionnettes, voitures, tuk-tuks, motos qui stationnent devant les magasins. Nous nous promenons dans les rues à la recherche des plus belles fenêtres, celles avec des grilles en bois tourné, surmontées d’un panneau ajouré à décor floral. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Les demeures patriciennes ont souvent un portail dont l’encadrement est dans cette pierre rosée, laissée brute. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Il fait abominablement chaud, nous transpirons comme nous ne l’avions plus fait depuis longtemps. Je ne suis pas très enthousiaste, une ville coloniale de plus sans grand-chose de particulier, peut-être que je me lasse… Nous reprenons le camion et prenons la route peu fréquentée qui suit de près le cours du Cauca. Nous déjeunons dans le camion en continuant de transpirer… Nous surveillons l’altitude sur le GPS dans l’espoir de gagner rapidement des hauteurs plus fraîches. Enfin nous grimpons, nous pouvons arrêter la climatisation ! La pente est de plus en plus rude, nous voici à 2000 mètres, à la petite ville de Jerico. Je n’avais pas très envie d’y venir, n’en attendant pas grand-chose mais d’entrée, nous sommes surpris par des maisons très colorées, de grandes fenêtres, des grilles en bois très travaillées. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Après avoir traversé quelques rues, parfois en pente raide, nous nous garons sur la place centrale. Nous sommes fourbus, la route et le manque de sommeil, et peut-être aussi la fatigue accumulée depuis le début. Nous nous asseyons sur un banc de la place, admirant les quelques maisons très colorées qui l’entourent et examinant les déguisements de tous les enfants qui, sans doute pour Halloween, ont revêtu des tenues souvent très élaborées qui ont dû demander aux parents, surtout aux mères, des journées de préparation et de travail. Nous allons prendre un soda à la terrasse de l’un des cafés disposés sur le côté surélevé de la place pour contempler toute l’agitation de cette fin d’après-midi. Nous nous promenons ensuite dans les rues, souvent époustouflés par les couleurs, parfois criardes, des maisons. Les grilles des fenêtres et les portes sont souvent de plusieurs couleurs, sans aucun souci d’harmonisation des tons mais l’ensemble est étonnant et mérite le détour bien qu’aucun guide touristique ne le signale. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous reprenons le camion et allons nous garer sur un parking gratuit qui domine la ville.

Mardi 1er novembre : La nuit, à plus de 2000 mètres d’altitude, a été fraîche mais tranquille, sans musique… Les montagnes sont perdues dans la brume quand nous retournons au village et prenons la piste directe qui emmène à Jardin. Trente kilomètres d’une piste qui n’autorise pas les excès de vitesse, ce qui de toute façon n’était pas dans mes intentions, mais sans mauvaises surprises non plus. Nous suivons des rivières entre des collines encaissées, occupées par des fincas ou des haciendas de petites dimensions. Pas question de s’arrêter sur le bord de la route, tout est clôturé. Nous passons un petit col et plongeons dans une superbe vallée, les collines sont couvertes de bananeraies et de plantations de café, les premières de la zone cafeteira. Quelques surfaces plantées en canne à sucre et de belles bambouseraies complètent l’exubérance tropicale.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Les maisons éparpillées dans les cultures sont souvent entourées de tulipiers du Gabon aux belles fleurs rouge vif. Nous retrouvons le goudron à l’entrée du village de Andes. Nous y faisons une incursion mais comprenons vite qu’il n’y a rien à visiter. Encore quelques kilomètres au milieu des plantations de café, des arbustes alignés en strates concentriques sur les collines. Nous parvenons à Jarmin, petite ville aux maisons semblables à celles de Jerico. Nous nous garons sur la place centrale dont nous faisons le tour pour profiter d’une timide apparition du soleil, peu sûrs qu’il soit encore là cet après-midi, quand nous reviendrons. Nous avons l’intention de nous installer dans un camping pourvu du wifi pour nous mettre à jour, et de l’électricité, nos batteries auxiliaires ne tenant plus la charge. Le premier où nous nous rendons, Selva y Cafe, est un cul-de-sac où il n’y a pas la place de garer deux véhicules et où j’ai le plus grand mal à faire un demi-tour. Le second, Charco Corazon,  sur une piste en dehors du village, a un wifi bien faible et aucun branchement électrique possible. Nous revenons dans le centre du village et essayons la Truchera Montemar, un élevage de truites, ils sont nombreux dans la région, qui fait aussi camping. Personne pour nous renseigner. Un ouvrier, qui travaille sur le chantier des bassins de truites, appelle le patron qui doit venir. En l’attendant, nous déjeunons puis, las d’attendre, nous allons voir à une autre ferme d’élevage de truites où Guy et Marie-Jo avaient été hébergés lors de leur passage, si nous pourrions y bivouaquer mais le patron refuse… Nous retournons donc à notre « truchera » précédente où la patronne est arrivée. Nous nous mettons d’accord sur le prix et les conditions. Je m’installe à une table de la salle du restaurant et profitant du wifi, je mets le blog à jour. La pluie tombe de plus en plus fort puis se calme. Nous retournons en ville, dans l’espoir d’une animation en fin de journée. Nous commençons par nous promener dans les rues proches de la place centrale. Comme à Jerico, les maisons sont très colorées, les peintures sont même parfois « gueulardes ». Le plus remarquable, ce sont les balcons, larges, très avancés au-dessus de la rue, colorés bien sûrs. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Je suis tout de même déçus de ne pas trouver plus de l’ambiance espérée, rares cavaliers dans les rues, peu de tenues traditionnelles. Nous revenons nous asseoir sur un banc de la place dans l’attente d’une agitation quelconque mais non, rien ! Déçus par le peu de cavaliers et par les rares sombreros, nous rentrons nous installer au camping. Il faut encore répondre au courrier, envoyer « la » carte électronique à tout le monde, Un verre de vin blanc en guise d’apéritif nous aide.

Mercredi 2 novembre : L’affreux gueulard de cabot que j’aurais bien plongé dans le bassin des truites, ne s’est pas manifesté dans la nuit mais les ouvriers commencent tôt et à sept heures nous sommes debout. Nous ne retournons pas dans Jardin, d’autant que le téléphérique que nous aurions pu emprunter pour avoir une vue de la ville, ne fonctionne pas. Nous partons donc sur la route de Rio Sucio, étroite mais goudronnée, croyons-nous… Au bout de quelques kilomètres, le revêtement se dégrade puis disparaît et nous nous retrouvons à rouler sur une piste semblable à celle d’hier, pas de passages difficiles mais pas question de faire une grosse moyenne. Nous suivons le cours d’une rivière entre des collines de plus en plus escarpées, avant de monter, monter dans une forêt très dense, formant parfois un quasi tunnel. Quand nous avons passé le col, nous redescendons dans des vallées où les propriétés d’élevage se font de plus en plus fréquentes. Nous revoyons des cécropias qui forment de belles taches argentées sur la végétation aux verts variés. 

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D’autres plantes, d’autres arbres inconnus dont il nous faudra trouver le nom ! Peu de plantations de café mais des bananeraies, quelques serres abritent des plants de tomates et des bouquets de bambous qui explosent littéralement. Nous avons aussi la surprise de retrouver de grands ravenalas aux éventails de palmes superbes. Nous croisons de plus en plus de bus pourvus d’une caisse en bois décorée et des jeeps qui assurent le transport des marchandises et des passagers sur ces pistes.

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Enfin, nous retrouvons le goudron et la route de Medellin. Nous la quittons bientôt en direction de Manizales. Nous avons aussi retrouvé les camions et les travaux sur la route qui contraignent à des haltes pour une circulation alternée. Une fois de plus, nous ne savons où nous arrêter pour déjeuner, pas un parking, pas un bout de terrain sans une clôture. Nous devons faire halte sur un terrain boueux où stationnent des camions. Peu après nous entrons dans Manizales, une de ces grandes villes que je n’aime pas pour leur circulation folle. De plus la ville est construite sur des collines avec des rues aux pentes très raides. Nous cherchons à nous garer près du Bureau d’Information Touristique, un emplacement dans une rue en pente pourrait convenir. Je stationne derrière une voiture mais le camion est trop long, il faut repartir. Le frein à main est de moins en moins performant et je rate mon démarrage en côte en marche arrière et percute la voiture, la propulsant de quelques dizaines de centimètres ! Vite alerté, le propriétaire survient, me raconte des tas de choses auxquelles je ne comprends rien, si ce n’est qu’il va téléphoner et qu’il faut attendre. Arrivée d’un policier en moto qui dresse un constat, puis l’agent d’assurance de mon « adversaire ». On m’explique que l’assurance souscrite à l’entrée n’est valable qu’en cas de blessures corporelles et ne couvre pas les dégâts matériels. Je dois donc régler les réparations vite fixées à 450000 pesos soit 150 euros pour un parechoc légèrement marqué… Sinon, audience de conciliation au tribunal etc… Je m’acquitte donc, furieux ! Nous repartons, je vais me garer un peu plus loin, à bonne distance d’un autre véhicule… Je me renseigne au Bureau d’Information sur la possibilité d’accéder au Parc de Los Nevados. Les tarifs sont élevés mais au point où nous en sommes ! Nous cherchons la sortie de cette maudite ville, en direction de Bogotá. Il recommence à pleuvoir et la route monte de nouveau. Nous roulons presque au pas derrière des camions sur une trentaine de kilomètres jusqu’au carrefour de la route pour le parc. Nous pouvons stationner en contrebas sur un bout de terrain d’une boutique. Vérification sur l’altimètre, nous sommes à 3451 mètres !

Jeudi 3 novembre : Nuit fraîche mais pas autant que je l’avais craint, mais nous avions descendu le toit. Nous décidons tout de même, et bien que les nuages couvrent les sommets, de nous rendre au Parc de Los Nevados. Une route asphaltée nous élève de 700 mètres de plus, jusqu’à l’entrée. Nous y retrouvons ces frailejones, découverts lors de la décente sur Duitama et qui ne poussent qu’à cette altitude.

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Nous sommes tout de suite renseignés par un guide qui baragouine anglais sur les conditions, notamment tarifaires… Nous nous réchauffons dans la salle du centre d’accueil et buvons une infusion très sucrée de coca pour combattre le mal de l’altitude. Une courte vidéo nous est projetée, ainsi qu’à un couple venu de Bogotá avec une berline, pour nous montrer le parc ensoleillé… Nous apprenons au passage que passé 70 ans, on ne peut monter plus haut… Nous ne révélons pas notre âge. Nous partons, le guide dans la berline, qui roule au pas sur la piste et nous, dans notre camion, bien emmitouflés, chaussettes, pulls, blousons, écharpes ont été sortis ! Nous faisons quelques haltes pour écouter les explications, en espagnol, plus ou moins traduites en anglais, du guide, sur la flore, le climat, la géologie etc… Le temps est très changeant nous a-t-il dit mais les bancs de nuages se succèdent sans cesse et la visibilité est très limitée. Au bout de 5 kilomètres, nous atteignons le point le plus élevé, 4458 mètres, que nous sommes autorisés à atteindre.

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De là, nous devrions voir le glacier Nevado Del Ruiz mais il est bien caché dans les nuages. Nous avons beau attendre, espérer à chaque voile qui se soulève qu’enfin… Mais non ! 

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Nous redescendons, frustrés, alors que le soleil fait une très timide apparition. Un des jeunes gardes nous a vanté la route qui contourne le parc, nous faisant espérer une vision du glacier. Nous nous lançons sur cette très mauvaise piste qui, au début, nous permet d’apercevoir, sans trop de brume, des champs de freilejones qui couvrent les flancs des montagnes. Bien vite nous sommes dans les nuages et nous ne voyons plus rien. Nous hésitons à faire demi-tour tant la piste est mauvaise, trous d’eau, roches, pierres. Je surveille le défilement des kilomètres sur le compteur, Nous restons toujours à plus de 4000 mètres d’altitude jusqu’à un col, à mi-chemin, où nous entamons une très longue descente. Les freilejones disparaissent, les prairies réapparaissent avec bovins et chevaux. Quand nous rencontrons les premiers véhicules, nous savons que nous sommes en vue de Murillo. Nous traversons ce gros village, perdu, sans animation, mais nous faisons une halte sur sa grande place centrale. D’abord pour nous remettre des deux heures éprouvantes de piste mais aussi pour prendre en photo les quelques maisons qui ont adopté une décoration différente des villes et villages précédemment visités : chaque maison est décorée de bandes colorées verticales. 

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Des hommes portant poncho et chapeau discutent au milieu de la rue, peu dérangés par les véhicules. 

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Nous continuons sur une bonne route goudronnée, tout en lacets serrés, qui nous fait perdre de l’altitude jusqu’à Libano, gros bourg plus animé mais sans le moindre charme. Nous nous y arrêtons le temps d’acheter de quoi dîner ce soir. A la sortie de Libano, les collines sont couvertes de plantations de caféiers dont les parcelles sont séparées par des lignes de bananiers.

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De beaux bambous penchent leurs doux plumeaux au-dessus de la route. Nous rejoignons la route qui court entre les cordillères. Nous ne sommes plus qu’à 350 mètres d’altitude, nous avons dévalé plus de 4000 mètres en moins de 100 kilomètres ! Nous nous arrêtons peu après à l’Hotel-Balneario El Ranchon où nous pouvons stationner derrière la piscine. Nous retirons tous nos vêtements superflus sans toutefois transpirer.

Vendredi 4 novembre : Le ciel est gris et le restera. La pluie tombe par moments. Nous continuons dans la plaine en direction d’Ibague. Encore une de ces villes de plusieurs centaines de milliers d’habitants, qu’il faut traverser en cherchant son chemin et qui n’en finissent pas. Nous y trouvons un grand supermarché Exito où nous refaisons le plein de provisions et où je peux retirer des pesos à un distributeur du Bancolombia. Nous continuons en direction d’Armenia et c’est reparti pour une longue et usante montée, puis descente, sur une route étroite et encombrée de camions. La plupart sont de ces énormes trucks américains, plus adaptés aux highways des Etats Unis qu’aux routes étroites de la Colombie. Les plus gros doivent occuper toute la largeur de la chaussée dans les virages en épingle à cheveux, ce qui contraint ceux qui sont en sens inverse de s’arrêter pour les laisser achever leur virage. Des garçons mais aussi des filles, placés dans ces virages signalent l’arrivée de ces monstres et quémandent une pièce. Impression d’être un yoyo, monter-descendre, une cauchemar de garçon d’ascenseur… Nous sommes au milieu de montagnes couvertes d’une épaisse forêt sur notre versant, plus clairsemée sur l’autre. Nous découvrons nos premiers palmiers à cire, un long et mince fût surmonté de palmes en étoile. Nous contournons Armenia et trouvons son Museo de Oro Quimbaya. Une belle construction en briques rouges consacrée au peuple quimbaya d’avant la Conquête, qui présente une collection d’objets en or, pendentifs, boucles d’oreilles, naringueras et nécessaire pour inhaler des substances désormais illicites. Du déjà vu, rien de nouveau !

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Nous roulons encore quelques kilomètres jusqu’au carrefour de la route de Filandia où nous trouvons un stationnement avec des toilettes et le wifi. Nous prenons connaissance de nos messages mais placé entre deux routes, l’emplacement nous paraît trop bruyant et nous repartons jusqu’à Filandia pour nous rendre à la ferme-hôtel Santuario mais on n’y veut plus de campeurs. Nous retournons donc au carrefour… Nous devons changer de place car nous occupons celle de véhicules qui ne viendront pas puis nous déménageons une seconde fois pour nous éloigner du poste de radio du gardien.

Samedi 5 novembre : Nous avons eu droit au bruit des camions, rares dans la nuit mais continuels au matin. Nous revenons donc nous installer plus près du café en bénéficier ainsi du wifi. Nous nous rendons à Filandia. Je me gare sur la place centrale après avoir remonté toute une rue en sens interdit, en toute innocence… Encore des maisons colorées bien entendu, toutes à un étage dans le centre, portes, fenêtres et balcons peints selon les goûts et la fantaisie de leur propriétaire. L’originalité ici réside dans le dessous des avancées des toits, également peints et formant des dessins différents d’une maison à l’autre. 

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Les hommes portent le sombrero et, jeté sur l’épaule, une écharpe pliée. 

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Marie commence à explorer les boutiques d’artisanat pour les cadeaux à rapporter… Nous nous rendons à la sortie de la ville, au mirador édifié sur une colline. Une tour trapue, tout en bois, avec des escaliers qui nous amènent au sommet pour une vue sur la région. Nous apercevons la cordillère aux sommets dans les nuages, les collines plus proches, quelques arpents de cultures et étonnamment peu de caféiers. Nous repartons, et nous nous rendons à Salento, autre gros village. Je dépose Marie près de la place centrale à laquelle les voitures n’ont pas accès et vais me garer dans une rue pas trop pentue… Les maisons sont semblables à celles de Filandia mais l’impression n’est pas la même. Le village est très touristique et aujourd’hui, les visiteurs sont nombreux. Des stands se sont installés sur toute la place pour proposer de l’artisanat et des gargotes rameutent les clients. La truite est, comme dans tous les villages de montagne, proposée à toutes les sauces. Une rue qui mène à un mirador est une copie de Saint-Tropez, Sidi Bou Saïd ou toute autre destination trop touristique. La foule des touristes l’arpente, hommes et femmes ont cru bon de porter le chapeau local et il devient difficile de distinguer l’autochtone de sa copie.

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Nous suivons une route qui descend dans la vallée de Cocora, entre la forêt et les fermes d’élevage. De beaux palmiers à cire sont éparpillés sur les prairies. Au bout de la route, des parkings pour les visiteurs et des enclos avec des chevaux de location pour la promenade. Nous nous garons à l’un d’eux pour déjeuner puis nous allons jusqu’au tout début du chemin qui conduit à l’entrée sud du Parc de Los Nevados. Nous ne pouvons pas continuer avec le camion et c’est à pied que nous continuons sur quelques centaines de mètres en guettant les apparitions du soleil sur les palmiers à cire plantés sur les crêtes. 

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Nous revenons sur nos pas et atteignons Calarca. Nous avons l’intention de demander à stationner pour la nuit devant le jardin botanique que nous voulons visiter demain matin. Cela ne pose pas de problème, un des policiers de faction nous propose même de nous garer à l’intérieur d’une cour fermée par une grille. A mon grand étonnement, Marie propose de prendre l’apéritif avec un jour d’avance ! Je ne fais rien pour l’en dissuader…

Dimanche 6 novembre : Une fois les chiens calmés, c’est une des nuits de samedi des plus calmes que nous ayons connues ! Ce n’est que le pépiement des oiseaux qui nous réveille. A neuf heures, nous sommes à l’entrée du parc et après avoir réglé notre écot, demi-tarif pour les plus de 60 ans (Je suis vexé qu’on ne nous ait pas demandé de le prouver comme dans d’autres lieux…), nous pouvons admirer de nombreux colibris attirés par des abreuvoirs contenant un sirop sucré, en vol stationnaire. Ils ont des plumes aux couleurs métalliques bleues ou vertes, un long bec pour aller chercher le pollen des fleurs et sucer le sirop mais impossible de fixer sur la pellicule le battement de leurs ailes, bien trop rapide. 

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Nous partons en groupe, derrière une très jeune guide, affligée d’un appareil dentaire et d’un débit de paroles, en espagnol, qui nous interdisent de comprendre grand-chose à ses explications. Le sentier parcourt une belle forêt où beaucoup d’essences ont été rassemblées. Nous commençons par les variétés de palmiers puis ce sont les bambous, appelés en Colombie guaduas, plus hauts mais plus minces que ceux de Madagascar. Nous accédons à un poste d’observation des oiseaux, une cabane pourvue d’une grande vitre derrière laquelle nous pouvons admirer quelques beaux oiseaux bleus ou verts, attirés par des fruits. 

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Nous atteignons une tour que nous sommes parmi des rares du groupe à escalader pour contempler la canopée d’en haut (mais aussi les camions qui passent à proximité !). Et enfin, clou de la promenade, nous accédons au mariposario, une serre où des papillons volent de fleur en fleur, se posent parfois pour nous permettre d’admirer leurs ailes aux dessins sophistiqués et variés. 

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En cours de route, nous avons rencontré bon nombre de fleurs inconnues qui vont demander un stage de remise à niveau en France ! Nous repartons en direction de Cali. Nous sommes dans la plaine, entre deux chaînes de montagne, la route est droite et pas trop chargée de camions. Une bonne partie se fait sur deux voies séparées mais les péages sont de plus en plus rapprochés. Nous sommes maintenant dans les plantations de canne à sucre. Nous sommes à Cali dans l’après-midi. Nous voudrions trouver un dancing en plein air où des personnes d’« un certain âge » dansent la salsa le dimanche après-midi. L’indication du lieu est vague, nous tournons, virons dans Cali sans parvenir à trouver, et nous renonçons. Nous cherchons alors un lieu de bivouac. Nous fiant à « ioverlander », nous cherchons et trouvons un club avec piscine où nous sommes très aimablement accueillis et autorisés à nous installer sur une pelouse. Nous nous désaltérons puis je demande à José, un Caribéen avec un fort accent créole et au débit rapide de téléphoner à l’ami d’Alejandro pour savoir si il a reçu les pièces pour le camion. Il me confirme leur arrivée mais sera absent demain. Nous parvenons tout de même à nous mettre d’accord pour que je les récupère demain matin. Et parce que c’est dimanche et qu’hier c’était samedi, nous achevons la bouteille de vodka…

Lundi 7 novembre : Nous comprenons vite que ce lundi est encore un jour de rattrapage de la Toussaint tombée un autre jour qu’un lundi ou un vendredi, jours qui auraient permis un long week-end ! Les avenues sont presque désertes et les magasins sont fermés. Cela nous permet de trouver sans trop nous prendre la tête l’adresse de l’ami d’Alejandro qui a nos pièces détachées. C’est une épicerie ! Je les récupère et les règle puis, pour faire plaisir à Marie qui en aurait sinon le grand regret, et parce que la circulation est très fluide, nous nous rendons dans le centre. Après les quartiers de la classe moyenne où chacun se calfeutre derrière des grilles surmontées de piques, nous traversons des quartiers plus populaires, animés, musique partout et déchets dans les rues. Le centre est désert. Il est interdit de se garer le long des trottoirs, ce qui doit se justifier les jours normaux mais aujourd’hui ! Les parkings sont fermés, nous tournons dans le quartier jusqu’à ce que nous en trouvions un ouvert. Nous allons nous promener dans les rues qui ont conservé quelques maisons anciennes, nous contournons l’église toute chaulée de la Merced, fermée comme il se doit… 

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Tout est fermé, les musées, l’Office du Tourisme etc… Après avoir jeté un œil à la jolie tour mudéjare, voisine de l’église San Francisco, nous reprenons le camion. Nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché, encore un Exito, pas très bien fourni. Nous ne savons plus très bien quoi prendre, seules les charcuteries espagnoles d’importation nous tentent encore. Nous quittons Cali sans regret et après un rapide déjeuner dans le camion, en retrait de la route, tout en transpirant, nous filons en direction de Popayan. Nous sommes toujours au milieu des champs de canne à sucre et croisons parfois des « trains de canne à sucre », 5 ou 6 remorques de grande taille, chargées de tiges, tirées par un semi-remorque, en route pour l’usine. Les postes militaires sont de plus en plus fréquents, les ponts sont gardés mais les soldats se contentent de regarder passer les véhicules en levant le pouce. Nous quittons la Panamericaine, car c‘est toujours elle ! Nous retournons dans les montagnes mais aussi dans la pluie, de plus en plus forte. Nous entrons dans Silvia, trouvons une station-service, très simple, en retrait de la rue principale où nous pourrons bivouaquer et continuons jusqu’à la place centrale. Nous nous faisons confirmer que demain est bien le jour du marché où les Indiens Guambianos descendent de leurs montagnes. Ils sont d’ailleurs déjà là, avec leurs très élégants chapeaux du genre melon aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Tous portent une sorte de châle bleu vif à parements rouge-rosé, les femmes une jupe ronde à liserés et les hommes un bout de tissu croisé dans le dos pour former aussi une jupe. 

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Nous les regardons passer en restant à l’abri dans le camion tant qu’il pleut. Nous en sortons pour aller jusqu’à l’église en quête d’un escalier qui permettrait d’accéder à une des tours pour une vue sur le village et la campagne mais tout est fermé. Nous revenons nous installer derrière la station, au calme espérons-nous.

Mardi 8 novembre : La station a été fermée la nuit jusqu’à cinq heures du matin. Il ne pleut plus, un très timide et fugace soleil fait une apparition. Nous nous rendons sur la place centrale. Des camions, des jeeps, des bus à plateau de bois, couverts de dessins colorés, tous d’âge canonique, ont déversé gens et marchandises. Le marché se tient sous une halle mais aussi dans les deux ou trois rues adjacentes. Nous commençons par aller photographier ces camions-bus rustiques, sans porte ni fenêtre, ouverts à tous les vents (et à la pluie !) qui sont les seuls à oser affronter les pistes de montagne, à une vitesse sans doute très réduite. Leur décoration est religieuse : Jésus, Marie, sexuelle : des pin up déshabillées ou des paysages et des animaux : tigres, lacs de montagne etc…

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous essayons de prendre en photo ces petites Indiennes dans leurs beaux costumes bleus et rouge. Un châle attaché par une épingle sur le devant par-dessus une jupe à liserés, un chapeau très « british », un collier de perles de pacotille et des brodequins de marche avec des lacets jaunes ou oranges. 

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Elles sont alignées devant leur petit étal d’herbes et d’oignons dont elles espèrent tirer quelques pesos tout en filant la laine avec leur quenouille.

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Les hommes ne sont pas en reste : poncho par-dessus un pagne porté en jupe, noué derrière, une écharpe jaune orangée dont les pans sont rejetés dans le dos et les mêmes chapeaux et brodequins. 

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Quelques plus rares femmes portent un élégant chapeau de paille à plusieurs étages, décoré de fils de couleur et d’un pompon. 

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Quelques marchandes en vendent mais cher. Nous en trouvons un sur la place à un prix honnête. Après avoir bien fait le tour du marché, admiré dames et messieurs dans leurs beaux atours, contents de retrouver un peuple attaché à ses traditions, nous reprenons le camion et montons à la chapelle qui domine de village mais les toits de tôle l’emportent désormais sur ceux de tuiles. Nous repartons dans la grisaille. Peu avant Popayan, nous bifurquons pour nous rendre à un camping qui nous avait été recommandé, l’Ecoparque Rayos del Sol. Enfin quelque chose qui ressemble à un vrai camping avec toutes les commodités, tout ce dont un voyageur peut avoir besoin ! Branchements électriques, d’eau, wifi, grand terrain herbeux, machine à laver etc… Nous y passons le reste de la journée. La relecture du texte du blog, sa mise en ligne, le courrier et un coup de fil à Julie, nous occupent jusqu’au soir.

Mercredi 9 novembre : Au matin nous sommes stupéfaits d’apprendre l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ! En discutant avec les deux Allemands présents au camping, je découvre que la piste directe pour Tierradentro serait ouverte, ce que contestait le patron du camping, et qu’il est possible d’entrer en Equateur sans papier d’importation du camion, à condition de ne pas dépasser Ibarra. Nous cherchons à nous renseigner plus sûrement sur la route pour se rendre à Tierradentro. Un policier, un autre à l’information touristique, un pompiste, nous confirment que la route directe est ouverte. Nous commençons la journée en nous rendant dans le centre historique de Popayan, plus éloigné que les trois kilomètres annoncés au carrefour. Il est beaucoup plus étendu que nous ne nous y attendions. Dans les rues en damier autour du Parque, que des maisons anciennes, à toits de tuiles et toutes chaulées. Peu ou pas d’immeubles modernes, ceux du XIX° siècle dits « républicains », dans le style « crème Chantilly », tous bien blancs, s’intègrent bien dans l’ensemble. 

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Pas question de stationner dans les rues du centre, ce qui n’est pas une mauvaise idée mais nous pose problème. Je dépose Marie sur la place et cherche à me garer. Les parqueaderos sont complets ou ne veulent pas du camion. Je finis par me ranger le long d’un trottoir, entre deux voitures… Je retrouve Marie et nous partons pour une petite visite pédestre. Les églises sont fermées, seule la cathédrale est ouverte mais nous n’y jetons qu’un bref coup d’œil. Les rues sont très animées, les maisons sont uniformes et forment de belles perspectives. Le Musée d’Art religieux ferme à midi, trop tard ! Nous poussons jusqu’à un vieux pont aux arches de briques puis, fatigués et transpirants, nous décidons de repartir. Marie voudrait avoir une vue sur la ville depuis une colline. Elle n’aura pas la vue, il faudrait monter à pied mais nous trouvons un emplacement au calme et à l’ombre pour déjeuner. Trouver la sortie de la ville n’est pas évident, des travaux interdisent certaines avenues et les déviations sont mal indiquées. Nous roulons sur une bonne route asphaltée, peu fréquentée, en commençant à monter dans les collines. Des panneaux indicatifs préviennent de la fermeture de la route… A Totoro, je me fais confirmer que nous pouvons passer. La route continue de monter, la circulation devient presque nulle quand nous atteignons une zone de páramo, comme on appelle les régions andines à la végétation particulière, sises à une altitude d’environ 3000 mètres, où nous retrouvons des frailejones. Nous consultons l’altimètre : 3360 mètres ! Nous redescendons sur un autre versant, dans une belle forêt ponctuée d’arbres mauves qu’un rayon de soleil daigne illuminer. 

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Ce n’est que sur la toute fin du trajet que la route va présenter quelques difficultés. D’immenses pans de la montagne se sont éboulés, déversant des tonnes de roches et de boue sur la route. Elle a été dégagée mais les travaux ne sont pas terminés et il faut rouler dans les ornières boueuses creusées par les engins de terrassement, attendre que les camions-bennes soient remplis par des chargeurs mais nous passons ! Nous atteignons Inza puis continuons quelques kilomètres jusqu’au village de San Andrès où nous nous installons sur un bout de gazon d’un hospedaje, le Lucerna, tenu par un vieux monsieur qui m’offre d’odorantes goyaves. Au dîner, nous faisons frire avec des pommes de terre, ce que nous avions pris pour de beaux radis, bien rouges et de petite taille, que nous avons retrouvés en quantité industrielle sur le marché de Silvia et qui, une fois cuisinés ressemblent plus à des patates…

Jeudi 10 novembre : Nous étions bien au calme chez notre papy… Il nous a apporté un cafecito avant notre départ. Un vrai jus de lavasse, clair et parti direct dans l’évier. Curieux comme dans ce pays où on produit le meilleur café du Monde, on y boit le pire. Idem en Chine avec le thé ! Le bureau du centre archéologique de Tierradentro est juste à côté de chez lui. Nous achetons les billets qui nous autorisent à visiter tous les sites, ouverts au public, recensés dans les environs proches. Nous commençons par le musée, en compagnie d’un groupe de Hollandais, escortés par un accompagnateur et une guide. Peu d’objets mais nous apprenons tout de même que les rituels de mort se déroulaient en deux temps : tout d’abord un enterrement du corps dans une urne au fond d’un puits puis après décomposition, les restes étaient brûlés et les cendres placées dans d’autres urnes, disposées dans les hypogées que nous allons voir. Mais pour y accéder, il faut gravir une colline sur un large sentier, très pentu et peu commode. Après avoir franchi un ruisseau sur un beau pont en bambou, le matériau local de construction des maisons, il nous faut une demi-heure pour y parvenir, complètement liquéfiés et à bout de souffle. Quelques pavillons abritent les escaliers d’accès aux hypogées, du moins celles ouvertes à la visite. L’escalier est peu commode, une dizaine de marches très hautes, disposées en colimaçon, évidemment sans rampe, ni même une corde. Marie, effrayée par la hauteur des marches, ne tente pas d’y descendre. Au fond, dans une grande cavité soutenue parfois par deux piliers, étaient disposées les urnes. Elles ont été retirées mais nous pouvons admirer le superbe décor peint sur les parois, les piliers, le plafond : des figures géométriques tracées en blanc, noir et rouge. Au sommet des piliers et parfois sur les parois, des figures anthropomorphes, triangulaires, ont été gravées ou peintes. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Toutes les tombes ne sont pas décorées mais les plus remarquables sont magnifiques. Marie m’a accompagné sans oser descendre et je la convaincs de se glisser de marche en marche jusqu’au fond de la plus belle. Elle apprécierait mieux le décor si elle n’était pas angoissée à l’idée de remonter ! 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Mais tout se passe bien et il ne nous reste plus qu’à retourner au camion… Descente presqu’aussi fatigante que la montée, les orteils recroquevillés au fond des chaussures… De retour au camion, je vais acheter des sodas chez une épicière qui branche son réfrigérateur quand j’entre dans sa boutique. Pas très frais, les sodas ! Nous montons jusqu’au village de San Andrès du Haut. Une jolie église de campagne, toute simple, toute blanche, a perdu son toit de chaume dans un incendie. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Dommage ! Nous nous garons devant la Portada, un hôtel-restaurant, déjà occupé par le groupe de Hollandais. Marie m’y attend tandis que je repars pour un autre site d’hypogées, l’Alto de San Andres. La montée, au milieu des caféiers et des bananiers, est plus facile mais il fait encore plus chaud. Au sommet d’une colline, deux tombes décorées, seulement, peuvent se visiter. A l’Alto de Segovia, le site précèdent, les hypogées étaient éclairées, ce qui permettait de les photographier. Ici, pas le moindre éclairage. Ma lampe-torche me permet de distinguer le décor mais pas de le photographier. Une seule des deux tombes est bien décorée avec des représentations de figures humaines peintes. Je peine dans le retour et apprécie la bière glacée qui m’attend. Nous déjeunons rapidement au restaurant, bon steak de porc et riz parfumé. Nous reprenons la route, d’abord pour La Plata, sur une très mauvaise piste, sèche après les pluies qui l’ont remodelée, nervurée, plus la moindre surface plane ! Une nouvelle route est en construction, les ouvrages d’art sont encore à l’état d’ébauche mais les portions droites ont déjà été goudronnées. Après la Plata, nous hésitons entre la route (piste ?) directe pour Garzon ou une plus longue sur le goudron. Renseignements pris, les avis varient entre une heure et deux heures pour 55 kilomètres… Nous prenons la route directe, bien sûr… Elle est goudronnée mais le terrain, très mouvant, géologiquement parlant, a entrainé des déformations surprenantes de la chaussée, qui devient parfois brutalement, dans un virage ou au sommet d’une côte, une mauvaise piste. Nous montons, de nouveau dans la pluie et il nous faut une heure pour les trente premiers kilomètres. Mais après El Pital, la route est parfaite, presque droite et nous parvenons rapidement à Garzon. Nous franchissons sur un très long pont le rio Magdalena qui va se perdre dans les montagnes du Nord. Nous continuons dans la vallée, en longeant une cordillère à l’est et une rivière à l’ouest. Nous arrêtons presque à la nuit à Timané, sur un terrain de sport et d’activités diverses. A peine posés, un trompettiste solitaire vient s’asseoir sous une rotonde et répète… Mais cela ne dure pas.

Vendredi 11 novembre : Nous quittons ce terrain qui dépanne mais qui est bien mal entretenu, WC inondés, douches transformées en placard à balais et papiers gras sur les terrains de sport. La pluie a commencé avant notre réveil et nous accompagne presque toute la journée. Marie avec ses boules Quiès n’a pas entendu le trafic des camions qui a repris au matin. Une vingtaine de kilomètres nous amène à Pitalito où nous trouvons un supermarché pour refaire les pleins mais, que nous sommes las de toujours acheter les mêmes produits ! A la sortie de la ville nous retrouvons Betty et Beat, les Suisses de Panama ainsi qu’un des couples d’Allemands qui étaient sur le même cargo. Nous échangeons quelques renseignements puis nous nous promettons de nous revoir en Equateur. Nous nous dirigeons vers San Agustin en montant au milieu des plantations de café. Nous traversons le village et trouvons un campement, le Gamcelat, où nous pouvons passer la nuit sur un terrain herbeux mais en pente. Après déjeuner, et malgré la pluie, nous nous rendons au Parc Archéologique. Nous commençons la visite par le musée, de belles statues de personnages, appartenant à cette culture ancienne, datée de -200 à +1000 sont exposées, bien éclairées mais, une fois de plus, trop d’explications nuit à la compréhension. Nous marchons jusqu’à l’entrée du Parc proprement dit. Dans une belle forêt, des sentiers empierrés mènent à plusieurs sites appelés mesitas où ont été dégagées des tumuli sous lesquels étaient enfouis des dolmens, supportés par des statues de taille humaine, sépultures de chefs. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Ces statues sont toutes différentes, avec des caractéristiques à la fois humaines et animales, toujours pourvues de crocs en guise de canines, elles peuvent être effrayantes ou bonasses. Des stèles sont dressées autour et des excavations montrent des sépultures secondaires, sans doute pour les proches des chefs inhumés.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous poussons la promenade jusqu’à Lavapatas, un site de bains rituels sur des roches parcourues par un ruisseau. Les gravures sur les roches, des serpents, des batraciens, sont devenues quasiment illisibles. Nous ressortons du parc alors que la pluie cesse et que des pans de ciel bleu apparaissent trop tardivement. Un dernier tour dans la forêt nous fait passer devant un ensemble de statues récupérées de ci, de là, rassemblées le long du sentier. Beaucoup sont très quelconques mais quelques-unes sont intéressantes.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous reprenons le camion et rentrons à notre camping, profiter du wifi, pour avoir les dernières nouvelles du monde et constater que peu de nos amis ont réagi à notre carte électronique.

Samedi 12 novembre : Dans le pré voisin, les chevaux hennissent, les vaches meuglent, ce sont les seuls sons audibles… Après avoir traversé une fois de plus le Magdalena qui est déjà bien impétueux, nous nous rendons aux deux sites proches de la petite ville d’Isnos. Le premier, Alto de Los Idolos, comme son nom l’indique est au sommet d’une colline. Une montée qui nous paraît rude après les efforts d’hier, sur une chaussée dallée, nous amène à une vaste clairière  où, sous des pavillons entourés d’une barrière de bambou mais avec des toits de tôle, ont été restaurés des tumuli funéraires. Ils se présentent, en général, sous la forme d’une excavation qui peut être profonde, aux murs et plafond formés de dalles de pierre, renfermant un sarcophage lui aussi de pierre. Une allée funéraire, constituée de dalles, y conduit et à l’entrée se tient une statue identique à celles vues hier. Parfois elle est encadrée par deux gardiens de pierre. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Tous les personnages ont de féroces canines ce qui confère aux statues féminines un sourire plein de douceur ! Des caractéristiques humaines se mêlent à des détails zoomorphes, dents de reptiles, yeux de félins, queue de serpent etc… Les archéologues se perdent encore en hypothèses… Des sarcophages ont des couvercles en forme de crocodile, une très haute stèle occupe le centre de la clairière. Toutes ces tombes ont été pillées depuis belle lurette et les reconstitutions ne sont pas garanties exactes ! Nous nous rendons à l’autre site, l’Alto de las Piedras, plus petit, moins haut. Ce sont là aussi des tombes avec des statues dont deux sont remarquables. L’une est un personnage surmonté d’un être étrange, à demi-félin, mais avec un dos qui évoquerait un crocodile à tête humaine. L’autre pourrait être une représentation d’une femme enceinte… 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous revenons à San Agustin et décidons de déjeuner au restaurant. J’aurais bien aimé goûter au lapin, la spécialité locale mais les restaurants que nous visitons n’en ont pas ! Nous nous décidons pour El Meson, à la terrasse du premier étage, ce qui nous permet d’apprécier les pétarades des motos qui passent dans la rue. Bonne cuisine, du porc fumé et grillé pour moi et une truite à l’ail (avec une sauce au fromage !) pour Marie qui se régale. Nous nous rendons ensuite au terme d’une courte piste au site de Chaquira. Il faudrait descendre dans les gorges du Magdalena pour voir sur les parois des pétroglyphes en forme d’orants. Nous renonçons vite devant la perspective d’une pénible remontée et allons voir les quatre statues du site d’el Tablon, tout proche. L’une représente une femme au sourire carnassier, l’autre un supposé prêtre aux vêtements et bijoux luxueux. Il est encore tôt, nous retournons au Musée Archéologique, essayer de mieux comprendre ce que nous avons pu percevoir de cette civilisation inconnue et disparue. Nous revenons au camping nous reposer. Nous avons cru pendant un certain temps que nous allions avoir un samedi soir sans musique intempestive. Que nenni ! Cela a commencé par de la musique andine, de celle qui était à la mode en France au début des années 70, en provenance de la grande maison derrière le terrain, vite adaptée au goût local mais le calme revient tôt. D’autres, non localisées, prennent le relais, plus ou moins fortes puis cessent dans la nuit. Celle qui aurait gagné le premier prix à un concours de décibels commence vers 4 heures du matin pour arrêter au petit jour… 

Dimanche 13 novembre : Nous partons plus tard que d’habitude alors que nous avons un bon bout de route à faire aujourd’hui. Nous rejoignons Pitalito où nous mettons le cap au sud en direction de Mocoa. Au début, la route, dans la plaine est rectiligne et nous marchons bien. Nous croisons de nombreux camions-citernes en provenance des zones pétrolifères, puis nous commençons à monter dans une belle forêt dense, sans villages ni cultures, jusqu’à un col avant de redescendre sur le bassin amazonien. La végétation change radicalement, des fougères géantes, des parasoliers, couvrent les collines. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

La forêt a été plus défrichée sur ce versant. Nous sommes vite à Mocoa. Plein de gasoil à un prix bien moindre que précédemment. Nous déjeunons rapidement puis reprenons vite la route. Je voudrais essayer de faire un maximum de kilomètres avant la nuit sur cette route présentée comme une des plus dangereuses du continent et appelée le « Trampolino de la Muerte » ! Nous traversons Mocoa sans rien en voir et après quelques kilomètres de goudron, commence la piste, en montée comme il se doit ! Une piste normalement large, rocailleuse, pas particulièrement difficile mais qui ne permet pas de passer la troisième vitesse. Mais  bientôt elle devient beaucoup plus étroite, des passages n’ont que la largeur d’une voiture. Des dégagements permettent de se croiser et une barrière de sécurité (quand elle n’est pas tombée dans le ravin…) rassure. La circulation est plus importante que je ne le pensais, des minibus, des camions circulent. Quand nous atteignons les 1600 mètres d’altitude, nous entrons dans les nuages, je suis nettement moins sûr de moi quand il faut deviner où est la piste et surtout le ravin ! Nous essayons de suivre notre très lente progression sur le GPS mais c’est déprimant… Nous passons un col et redescendons en sortant des nuages. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

La piste paraît plus large ou plus facile et nous pouvons avoir une idée du paysage, une forêt primaire intacte, sans le moindre village ni bien sûr la moindre parcelle de culture. Nous croisons un cycliste d’Azerbaïdjan qui pousse son vélo dans la côte. Il est plein d’enthousiasme, émerveillé par tout ce qu’il a vu ! Nous pouvons suivre le tracé de la piste à flanc de montagne et nous constatons que nous sommes repartis en montée… Enfin, nous voici au col, à 2800 mètres d’altitude, le soleil illumine l’autre versant et dans la vallée nous apercevons San Francisco où nous attend le goudron. La descente est rapide, la piste est meilleure semble-t-il et nous retrouvons une surface plus agréable avant la nuit. Nous cherchons où bivouaquer. Après avoir essuyé un refus, nous sommes acceptés au fond d’une petite station-service. La visite du camion n’a pas fini d’étonner le propriétaire et sa famille et comme souvent, la première question est le prix d’un tel engin ! Nous nous offrons l’apéritif, bien mérité après cette rude journée de piste.

 

Lundi 14 novembre : Nous continuons notre route par quelques lacets qui nous amènent, mine de rien, à plus de 3200 mètres d’altitude, en traversant une zone de páramo avec des grands champs de frailejones, avant de découvrir le grand lac de la Laguna de Cocha. Ses eaux supposées cristallines sont surtout grises sous le ciel couvert de nuages. Nous approchons d’un promontoire d’où l’on découvre l’île de La Corotea, une réserve naturelle puis nous nous rendons au village qui vit du tourisme et notamment de la promenade en barque autour du lac. Ce n’est qu’une succession de maisons de bois aux allures de chalet suisse, des deux côtés du canal qui permet d’accéder au lac. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Toutes sont des restaurants qui proposent de la truite d’élevage. Nous hésitons à y déjeuner mais il est encore bien tôt et la température ainsi que la grisaille ne nous incitent guère à faire un tour en bateau. Nous repartons donc, nouvelle escalade suivie d’une nouvelle descente sur la ville de Pasto. Nous trouvons rapidement la place centrale mais pas question de s’y garer et d’ailleurs l’église et le musée que Marie avait repérés sont fermés. Nous ne savons trop que faire. Je commence à m’énerver, plongé encore une fois dans une circulation infernale. Nous décidons de chercher un supermarché. Un motocycliste questionné nous demande de le suivre. Il nous amène à un trop petit supermarché puis à un autre au parking inaccessible. Nous abandonnons et partons pour faire le tour du volcan Galeras dont le sommet est perdu dans les nuages. Marie voudrait que nous consultions internet pour savoir si le patron du camping d’Ibarra nous a répondu. Nous arrêtons donc à Nariño, trouvons un cybercafé bien lent. La réponse d’Ibarra est décevante, pas de réponse claire pour savoir si le camion peut rester plus de 90 jours en Equateur. La pluie arrive et nous dissuade de poursuivre le tour du volcan. Après déjeuner dans le camion, nous revenons sur nos pas jusqu’à Pasto d’où nous repartons sur quelques kilomètres jusqu’au Parc Chimayoy où nous pouvons camper. C’est un espace fréquenté par les familles venues y pique-niquer et s’adonner à quelques activités sportives. La pluie les chasse bientôt et nous restons sur un parking avec un camping-car américain. Nous passons le reste de l’après-midi, Marie à faire du tri dans ses prospectus, moi à écrire. Puis nous mettons le texte du blog à jour

Mardi 15 novembre : Nous sommes plongés dans les nuages, la visibilité est nulle. Nous retournons dans Pasto et trouvons presque sans chercher la place centrale. Je dépose Marie devant l’Office du Tourisme puis vais me garer dans un parqueadero avant de la retrouver. Le Parque est sans aucun charme, le seul bâtiment ancien est l’église San Juan Bautista qui doit n’ouvrir qu’à onze heures aux dires du responsable de l’Office du Tourisme. Nous marchons trois cuadras pour nous rendre au Musée de l’Or qui est en rénovation, ce que l’on semble ignorer à l’Office précité…Nous revenons à la place et bien qu’il ne soit pas onze heures, l’église est ouverte. Curieuse décoration mozarabe avec entrelacs, arcades découpées et, en plus des dorures, couleurs rouges et bleues agressives aux retables. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous allons reprendre le camion et cherchons le supermarché Exito. Nous ne pouvons accéder au parking souterrain et nous nous garons à côté des camions de livraison. Courses rapides avant de retrouver le camion avec une vitre ouverte, mais il n’y a pas de voleurs en Colombie ! Nous quittons Pasto sur la Panamericana qui traverse de belles gorges que nous pouvons apprécier, le soleil commençant à apparaître. Nous envisageons de déjeuner au restaurant pour tenter d’épuiser nos pesos avant la frontière. La spécialité locale étant le cuy, le cochon d’Inde, nous cherchons une gargote dont ce serait la spécialité. Nous traversons tout Ipiales sans rien trouver mais, alors que nous avions renoncé et que nous nous dirigions vers Las Lajas, nous trouvons les gargotes recherchées. Nous en partageons un, grillé au feu de bois. Marie n’est pas enthousiaste d’autant qu’elle a la moitié avec la tête, la gueule ouverte et toutes les dents en évidence… Contrairement à celui mangé autrefois à Arequipa, je ne le trouve pas du tout gras, une chaire fine et une peau bien dorée et craquante. Nous repartons pour le Sanctuaire de Las Lajas à quelques kilomètres. Nous nous arrêtons au parking du téléphérique qui permet d’y accéder sans avoir à marcher. Je découvre alors la disparition de mon appareil photo ! Nous retournons à la gargote où nous avions déjeuné mais je n’avais pas le souvenir de l’y avoir apporté et il n’y est pas. Nous comprenons alors qu’en Colombie, il y a bien des voleurs et que la vitre ouverte au supermarché a été l’occasion pour un individu de le dérober. Je tire la gueule ! Nous revenons au téléphérique et l’empruntons. Il se déplace à une vitesse d’escargot, nous désespérons d’arriver ! Le sanctuaire, une vilaine chapelle en style néo-gothique rococo, une horreur sulpicienne avec des anges de pierre sur les rambardes, sur les pinacles, sur les contreforts, partout. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous essayons divers points de vue sur cette bondieuserie qui occupe le fond d’un ravin, construite autour du lieu d’apparition de la Vierge. Des centaines d’ex-voto accrochés à la falaise, la remercient pour tous les miracles accomplis… Nous remontons et je vais profiter du wifi de la station pour téléphoner à un camping de Tumbes qui assurerait le gardiennage et connaît les procédures de suspension du permis d’importation temporaire au Pérou, puis je mets le blog à jour avant de regagner le chaud du camion.

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 22:49

Jeudi 29 septembre : Debout peu après six heures, nous partons après le petit déjeuner dans un minibus de l’hôtel pour l’aéroport. Il est situé plus loin que nous ne le pensions, au-delà des derniers gratte-ciel que nous revoyons une dernière fois sous un soleil inespéré. Nous avons du temps à perdre avant l’heure du décollage et je le mets à profit en trouvant un appareil photo Nikon, un des modèles de ceux que j’avais envisagé d’acheter avant de repartir de Toulon. Il est vendu moins cher qu’en France. Je mets aussitôt sa batterie en charge mais nous embarquons avant qu’elle ne soit pleinement chargée. Nous décollons peu après onze heures trente, pour une heure de vol, une des heures de vol les plus chères de tous nos voyages. Nous avons tout juste le temps de nous voir servi un minuscule sandwich (j’en obtiens un second) dont je dois retirer le bout de fromage… Nous nous posons à Carthagène sous un soleil inattendu. La petite aérogare est au milieu des fleurs et des plantes tropicales, agréable arrivée dans cette ville dont nous avons tant rêvé. Formalités rapides effectuées par des agents aimables et pas tatillons. Nous sautons dans un taxi dont les tarifs sont affichés à la sortie et, après avoir suivi le bord de mer et sa plage, nous atteignons les fortifications de la vieille ville. La circulation est intense, des immeubles récents se dressent à l’intérieur des remparts, nous sommes un peu déroutés. Nous sommes déposés dans une ruelle peu engageante devant notre hôtel, le Villa Colonial. On nous alloue une chambre, climatisée, sans vue sur la vieille ville comme prévu mais sur l’escalier… Nous ne sommes pas ravis… Nous nous reposons un peu, mettons en charge les appareils électroniques. Nous avons un message de Guy et Marie-Jo que nous devons retrouver ce soir. Je vais faire le tour du pâté de maisons, beaucoup de boutiques se sont reconverties en mini hôtels ou gargotes à touristes. Nous partons nous promener en suivant une ruelle bordée de ces maisons basses coloniales aux murs colorés, les fenêtres cachées derrière des grilles en fer forgé ou en bois d’où s’échappent de gros buissons de bougainvillées. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Les maisons à étage ont des balcons en encorbellement qui procurent une ombre bienvenue aux passants. Les perspectives des rues avec leurs maisons plus ou moins anciennes (beaucoup de fenêtres semblent bien avoir été restaurées récemment), donne envie d’en découvrir plus tout en me laissant dubitatif. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Il fait plus chaud qu’à Panama mais le taux d’humidité est plus bas et nous ne transpirons pas autant. Nous passons sur une place, devant l’église du Saint-Sacrement où les vendeurs ambulants proposent toutes sortes de boissons fraîches à des jeunes en uniformes scolaires. Nous examinons la carte des restaurants, les prix sont relativement élevés, la clientèle touristique y est pour quelque chose. Nous sommes à peine de retour à la chambre que nos amis s’annoncent. Nous restons ensemble dans le hall d’accueil à nous raconter nos aventures puis nous allons dîner ensemble au « Bohemiane ». Nous nous y offrons un mojito pour fêter nos retrouvailles puis commandons des plats de riz supposés être garnis de diverses viandes que nous aurons du mal à trouver dans l’assiette… Retour à la chambre après cette première journée colombienne.

Vendredi 30 septembre : Nous ne nous réveillons pas de bonne heure, les motards belges sur le départ sont un peu bruyants et l’hôtel commence à résonner des bruits de ses occupants. Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse avec vue sur des toits et des parkings dans des terrains vagues. Ce n’est pas tout à fait le vue espérée et décrite sur le site de booking.com ! Je vais demander et obtiens de changer pour la chambre à l’étage supérieur, mieux agencée et plus claire. Nous partons pour la visite du quartier ancien central. Après avoir emprunté une ruelle où les vendeurs de jus de fruits, de beignets attendent les clients derrière leur boutique ambulante, nous longeons un parc dont toutes les entrées ne sont pas ouvertes, ce qui nous interdit de le traverser. Nous arrivons alors à une porte dans la muraille surmontée d’une tour blanche et jaune avec une horloge. Nous la franchissons et aboutissons à une jolie place entourée de ces maisons coloniales colorées avec de belles fenêtres et des balcons en encorbellement qui doivent beaucoup à l’architecture arabe, des moucharabiehs à l’espagnole.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Toute la ville ancienne n’est qu’une succession, dans toutes les rues, de ce type de maisons. Beaucoup ont été restaurées et font un peu trop neuves mais l’ensemble est exceptionnel. Nous découvrons une seconde place encore plus spectaculaire avec son ancienne douane, un long bâtiment à arcades et ses anciennes demeures devenues des banques. Nous allons nous renseigner à l’Office du Tourisme puis je vais essayer de tirer des pesos à des distributeurs automatiques avec un succès mitigé. Je n’obtiens rien à la BBVA mais je réussis à obtenir avec ma carte 600000 pesos à la Banque de Colombie ! Il ne faut pas hésiter une seconde sinon la transaction est interrompue ! Guy et Marie-Jo nous annoncent qu’ils sont dans les parages. Nous partons à la découverte de la vieille ville, émerveillés à la vue de chaque perspective de maisons dans les ruelles. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Je me rattrape, frustré des dernières semaines, avec mon nouvel appareil photo mais le soleil n’est pas vraiment de la partie. Ne nous plaignons pas, il ne pleut pas… Dommage que les automobiles soient autorisées à y circuler. Un peu trop de commerces se sont emparés de l’opportunité d’exploiter le filon touristique. De belles Noires (Antillaises ?) ont revêtu des robes très colorées, un madras sur la tête, elles vendent des fruits, ananas, papayes et autres fruits tropicaux devant les églises. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Ces dernières sont soit fermées, soit sans grand intérêt, sans l’exubérance baroque que nous avions connue auparavant. Nous allons dîner à El Bistro ( ! ). Filets de poisson frits avec une purée ou morceau de porc très gras. La présentation est soignée mais ce n’est pas l’abondance dans l’assiette et les saveurs sont très quelconques. Nos amis ont envie d’un café, occasion pour moi de goûter le café colombien mais je ne suis pas assez connaisseur pour porter un jugement. Nous continuons notre déambulation dans les rues colorées et fleuries que des fiacres, en quête de touristes, sillonnent.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le ciel s’est couvert, nous commençons à fatiguer. Nous allons prendre une boisson dans une gargote à l’extérieur des remparts puis nous nous séparons et rentrons à l’hôtel sans trouver une épicerie où nous aurions pu acheter du jambon pour dîner à la chambre ce soir. Nous nous reposons ou vaquons à nos activités de fin de journée puis je ressors acheter deux brochettes et des bières. La rue est animée, on danse dans un café, des pétards explosent. Nous essaierons de voir cela demain… Nous pique-niquons rapidement à la chambre puis je redescends à la réception pour essayer, inutilement, d’avoir un meilleur wifi et répondre au courrier.

 

Samedi 1er octobre : A 2h45, nous voisins rentrent et mettent la télévision assez fort pour que de l’autre côté du couloir, je puisse suivre le feuilleton. Marie dort et ne s’aperçoit de rien. Je ne dis rien pour ne pas la réveiller… Ils ont dû s’endormir sans l’éteindre car à 9 heures, elle fonctionne toujours… Nous attendons, comme prévu, l’arrivée de Guy et Marie-Jo. Un message nous avertit de leur retard. Nous décidons de leur donner rendez-vous au restaurant La Cervicheria et de nous y rendre. Une dépression tropicale baptisée Matthew est annoncée pour la nuit suivante et le ciel est gris. Nous suivons notre rue et repassons devant les murs peints, aperçus la veille. L’un des murales est intéressant, un visage démultiplié.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous avons juste le temps d’atteindre une avenue, bordée de boutiques avec un auvent de béton qui court tout au long du pâté, avant qu’un gros orage éclate. Nous progressons entre deux ondées jusqu’au moment où les cieux se déchaînent. Les gouttières crachent des cascades directement sur les trottoirs, les évacuations sont vite engorgées et le niveau d’eau monte sur la chaussée. Aucune voiture ne circule, le temps s’est arrêté. Quand la pluie cesse, nous nous remettons en route mais les ruelles sont transformées en ruisseaux qu’osent à peine emprunter les taxis. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le niveau baisse rapidement et nous pouvons recommencer à admirer les maisons dont les couleurs ont été avivées par la pluie. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Guy et Marie-Jo sont déjà au restaurant, nous sommes les premiers arrivés mais les derniers dont on prend la commande. Nous attendons une heure et demie avant d’être servis ! Les plats sont excellents, un copieux ceviche péruvien de poisson et de crevettes et pour Marie un assortiment de fruits de mer dans une sauce au lait de coco et au curry, délicieux, mais les prix sont beaucoup plus élevés aussi. Nous partons nous promener, d’abord dans des rues peu intéressantes, avant d’atteindre les remparts où des boutiques d’artisanat ont été installées dans d’anciens cantonnements. Nous allons prendre un café dans un bar-restaurant argentin, le Marzola, décoré avec de vieux objets mais aussi où murs et planchers sont couverts de capsules de bières. La photo de Carlos Gardel y est omniprésente. Nous revenons vers le centre, sans pouvoir visiter l’église de Santo Toribio pour cause de mariage. Tout juste pouvons-nous apercevoir son autel baroque. Le ciel est de plus en plus gris et il tombe quelques gouttes. Nous allons visiter le Musée de l’Or, principalement consacré aux peuples anciens de la région. Dans les quelques petites salles sont exposées des poteries et surtout des objets en or, des boucles d’oreilles, des bijoux et notamment des ornements de narine, très semblables à ceux déjà vus au musée de San José et qui sont communs à toutes les cultures précolombiennes du Pérou au Costa Rica.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous commençons à être fatigués, nous aimerions bien avoir une idée de l’ambiance d’un samedi soir mais nous décidons de rentrer nous reposer et de ressortir après. Nous quittons Guy et Marie-Jo, revenons vers la Tour de l’horloge. Je retrouve une épicerie relativement bien achalandée et y achète du jambon et des tomates puis nous rentrons en taxi à l’hôtel. Nous dînons dans la chambre alors que la pluie se déchaîne dehors. Nous hésitons à ressortir. Marie est persuadée qu’en dépit du mauvais temps, il y aura du monde dans les rues et que l’on dansera sur les places… Nous partons sous une petite pluie par des rues désertes jusqu’à la place Trinidad où quelques groupes de noctambules s’attardent autour des marchands ambulants de sandwichs ou s’abritent sous des porches. Nous revenons à l’hôtel où nous tombons nez à nez avec Michel et Valentine tout juste arrivés d’une traversée épique en voilier depuis Panama. Nous discutons puis les laissons aller dîner.

 

Dimanche 2 octobre : Dans la nuit la pluie se déchaîne. Je me lève et me semble-t-il marche dans de l’eau. J’allume et ne vois rien. Nous entendons des gouttes d’eau tomber, à l’extérieur croyons-nous…Plus tard, c’est Marie qui marche dans de l’eau. Nous constatons alors que des gouttes perlent du plafond. Nous disposons une serviette puis la poubelle et finissons la nuit. Au réveil, il pleut toujours. Nous retrouvons Michel et Valentine qui ont été eux aussi inondés ! Nous petit déjeunons sur la terrasse, balayée à intervalles réguliers par de violentes ondées avant de descendre à la réception attendre que le temps passe… Nous nous décidons à mettre le nez dehors pour aller déjeuner dans une gargote proche, le Coconcoro, ambiance populaire et plats simples, un poisson cuisiné avec oignons et tomates pour moi et un grand steak mince et donc trop cuit pour Marie, le tout avalé avec de l’eau, les alcools sont interdits en ce jour de vote pour le référendum d’approbation de l’accord avec les FARC. Nous revenons en sautant de flaque en flaque pour une sieste à la chambre. Nous ressortons en profitant d’une accalmie pour aller voir une peinture murale que nous avait signalée Guy. 

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous rencontrons Michel et Valentine qui nous accompagnent devant ce beau mural  puis qui nous font les honneurs de leur nouvel hôtel. Nous retournons au nôtre, bientôt rejoints par Guy et Marie-Jo puis par Michel et Valentine. Longue discussion sur les voyages et surtout les aspects techniques de leurs véhicules, ordinateurs, GPS etc… Je ne participe guère à la conversation… Nous allons dîner alors que la pluie a cessé avec Guy et Marie-Jo dans une pizzeria, I Balconi,avec des pâtes aux fruits de mer pour moi puis retour à la chambre.

Lundi 3 octobre : La musique a commencé à 6 heures hier soir dans la maison voisine, avec les amplificateurs au maximum auxquels se joignaient les voix avinées de quelques participants de la fête. Les derniers feux de cette fiesta se sont éteints au matin… Les boules Quiès ont permis à Marie de dormir… Nous prenons un petit déjeuner plus copieux avec des œufs brouillés au jambon en prévoyant de nous passer de déjeuner. Je vais faire faire quelques photocopies, jamais inutiles, puis nous retournons nous reposer à la chambre. Je repars peu avant une heure retrouver les Suisses et les Allemands à leur hôtel, proche du parc du Centenaire. Nous nous répartissons dans deux taxis et filons à la compagnie maritime. Nous devons attendre l’ouverture à deux heures pour nous voir remettre des documents que nous signons puis récupérons. J’y ai retrouvé Jorge Eduardo avec qui je partage le conteneur, un Chilien qui ramène une voiture des Etats-Unis et qui, lui, parle parfaitement espagnol. En sa compagnie, je repars en taxi pour le service des douanes. On nous remet un document de demande d’importation temporaire que nous devons remplir puis en faire une photocopie à l’extérieur du bâtiment avant de revenir attendre la venue de l’inspecteur chargé de contrôler les véhicules ! Nous attendons une heure sa venue. Il nous précise quels documents nous devons avoir dans le dossier, d’où la nécessité de retourner faire de nouvelles photocopies avant de revenir le voir. Il nous indique que nous devrons nous présenter demain à huit heures au port et, en attendant, nous pouvons aller acheter l’assurance automobile obligatoire, à un bureau sis à deux cuadras de la douane… Nous nous y rendons, payons et la journée est terminée ! Nous reprenons un taxi pour revenir à l’hôtel des Suisses puis je repars à pied retrouver Marie, Guy et Marie-Jo près du Musée Naval. Je leur raconte ma journée et, pour les imiter, je m’offre une glace. Marie en ayant très envie et moi rien vraiment contre, nous allons prendre un cocktail en terrasse, devant les remparts. Agréable soirée, nous avons eu du soleil aujourd’hui, le cyclone n’est plus qu’un souvenir, les touristes sont de sortie et les marchands de babioles ont étalé leurs trésors dans les allées. Le mojito et la margarita sont bien légers en alcool et nous devons faire rectifier l’addition… Nous cherchons où dîner et nous jetons notre dévolu sur un restaurant tout ce qu’il y a de chic, avec des tables en plein air devant l’église San Pedro Clavier. Plats de poulet, surtout du blanc, toujours trop sec, bien cuisinés et présentés, au citron ou en sauce Hoi Sin. Un peu cher tout de même. Nous traînons la jambe pour revenir en faisant un dernier tour dans les ruelles. La musique a envahi la place devant la Tour de l’Horloge et quelques couples dansent. Je cherche la Citi Bank pour tirer des pesos, sans la trouver. Nous peinons pour rentrer et retrouvons avec plaisir climatisation et boissons fraîches.

Mardi 4 octobre : Réveillé à six heures, je me lève peu après et quitte Marie pour, espérons-nous, la dernière journée de paperasserie et récupérer aujourd’hui le camion. Je monte sur la terrasse prendre le petit-déjeuner. Un gros orage éclate, je passe prendre le parapluie et pars dans les rues qui commencent à se transformer en ruisseaux. Je passe à la Citi Bank tirer des pesos, il semble qu’elle soit la plus généreuse de toutes. Je retrouve Allemands et Suisses à leur hôtel et nous partons tous en taxi pour le port. Nous montrons patte blanche avec nos passeports et obtenons un badge qui nous permet d’accéder aux bureaux. Nous avons affaire à un jeune employé sympathique qui parle un peu anglais. Il commence par me dire qu’il faut que mon partenaire Jorge soit là car tous les papiers sont à son nom. Il m’avait promis hier d’être présent à huit heures. Neuf heures, neuf heures et demie, pas de Jorge. Je commence à m’inquiéter, trouve le nom de son hôtel et fait téléphoner par l’employé. Il n’est pas encore parti ! Il arrive peu après, bouleversé, il a perdu tous ses papiers ! Son dernier espoir est que ce soit moi qui les ai… Je n’y crois guère mais effectivement, en vérifiant dans mon dossier, je retrouve tous ses documents, sans doute emportés par erreur hier lors de l’entrevue avec le douanier. Gros soulagement, de part et d’autre… On peut alors nous délivrer la facture des frais de déchargement du conteneur. Nous devons régler en pesos mais nous l’avions prévu. Pas les Allemands et le DAB est en panne, ils doivent ressortir du port pour en chercher un. Nous ne pouvons plus rien faire ce matin et on nous fait patienter pour nous dire à quelle heure revenir cet après-midi… Je rentre à l’hôtel en taxi, y retrouve Marie en train de faire les sacs. Nous les descendons à la réception puis nous allons déjeuner dans le restaurant qui m’avait tenté hier. Cassolette de fruits de mer et tranche de poisson, trop frit, en sauce. Pas mauvais mais un peu décevant. J’abandonne Marie à l’hôtel et repars, toujours en taxi, au port. Nouveaux papiers pour nous permettre d’accéder dans l’enceinte du port. Notre visite douanière est programmée à 15 h. Jorge décide qu’il doit aller chercher des pesos et m’abandonne. Je vois arriver Guy et son « coach » qui vient charger son Azalaï. Peu après on m’indique que je dois me rendre là où se trouve le conteneur, sans plus de précision… Je pénètre donc dans le port, cherche où aller, demande, reviens en boitant, sur mes pas, sous un soleil cruel. Je prends la navette qui fait le tour des môles et qui me dépose presqu’au bout des installations. Rien en vue, des conteneurs par centaines qui forment des montagnes, des canyons, des avenues… Un conducteur d’engin m’indique où se trouvent les Allemands et les Suisses dont les véhicules, chargés sur des flat-racks sont plus faciles à repérer. Ils me disent avoir vu le camion dans un hangar, c’est celui de Guy en train de passer l’inspection douanière et que l’on a contraint à vider complètement son camion ! Là, dans ce hangar, on peut me renseigner sur le nôtre mais il faut attendre Jorge pour ouvrir le conteneur. Il ne tarde pas, les scellés sont brisés, notre camion apparaît ! Difficulté pour le démarrer, la batterie est vide ! Je la recharge avec celle de Jorge. L’inspecteur des douanes se contente de vérifier le numéro de châssis. Nous devons récupérer des papiers, garer les véhicules ailleurs, puis retourner dans les bureaux pour de nouvelles formalités qui durent, durent… Nous devons de nouveau régler des frais inattendus et imprécis. Le temps passe, nous commençons à nous demander si nous aurons les véhicules ce soir. A six heures, notre employé plie bagage et nous renvoie à un autre employé. Nous n’y croyons plus quand enfin on nous délivre le précieux Sésame. Nous nous précipitons dans l’enceinte du port. Il faut encore montrer patte blanche, exhiber passeport et documents. Je démarre le camion, passe voir si Guy est encore là et apprend fortuitement que les formalités ne sont pas finies. Il faut encore passer par un dernier bureau qui nous délivre le bon de sortie. Il est sept heures quand je me présente au contrôle de sortie. Pesée et affichage des résultats sur un écran hors de portée de l’employé trop petit… Dernière barrière, le bon de sortie n’est pas satisfaisant, il doit être complété…Et puis ça y est, je suis dehors !!! Vite je prends la route pour revenir à l’hôtel. J’ai repéré le trajet et j’y suis rapidement. Je retrouve Marie qui se posait des questions, en compagnie de Michel et Valentine qui lui ont tenu compagnie. Nous récupérons nos bagages et repartons pour l’hôtel qui fait aussi camping, le Bellavista, où nous retrouvons Guy et Marie-Jo. Un dédale de cours et de couloirs nous paraît sympathique bien qu’un peu à l’abandon. Nous dînons ensemble, rien de fameux puis nous allons ranger dans le camion. Je ressors écrire dans un patio.

Mercredi 5 octobre : J’ai de nouveau cuit dans mon jus toute la nuit. Nous avons retrouvé les températures et surtout le taux d’humidité du début de ce voyage. J’apprécie la douche au matin même si ce n’est que d’un tuyau qui sort du mur que sourd un jet d’eau froide. Nous avons la flemme de préparer le petit déjeuner et puis nous n’avons rien à manger, aussi allons-nous le prendre au restaurant. Nous devons apporter notre sachet de thé, ils ne servent que du café ou des infusions aux fruits. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo à qui nous proposons de les emmener à l’aéroport. Je refais les pleins d’eau des réservoirs. Nous traversons l’avenue devant l’hôtel et allons voir la plage de plus près. Des toiles ont été installées pour procurer de l’ombre aux amateurs de plage. Les derniers occupants, sans complexes, ont abandonné bouteilles et détritus derrière eux. Nous attendons que nos amis soient prêts et nous les emmenons à l’aéroport. Nous décidons de commencer par des courses dans un supermarché. Celui que nous trouvons, loin sur la route qui sort de Carthagène, est très décevant. La viande congelée est débitée à la scie, les morceaux sont tranchés grossièrement, pas question d’avoir un vrai steak. Nous nous contenterons de viande hachée. Pas grand-chose d’appétissant dans les autres rayons… Nous revenons sur nos pas et trouvons la route d’accès au monastère de la Popa. Un des haut-lieux touristique de la ville. Perché sur une haute colline, il domine la ville de tous côtés mais la vieille ville est loin et se distingue à peine. Ce sont les gratte-ciel qui sont les plus spectaculaires mais sans égaler ceux de Panama.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

L’intérieur du monastère est sans grand intérêt sauf pour son joli cloître noyé dans la verdure. Dans les salles une collection de billets de banque du monde entier et quelques objets qui ne retiennent pas notre attention. Nous en redescendons et allons nous garer au pied de l’impressionnante forteresse, le castillo San Felipe, qui protégeait la ville. Nous n’y accédons pas, trop à marcher sous le soleil mais nous admirons le glacis défensif, ses murailles inclinées qui devaient décourager les assaillants. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous repartons et quittons Carthagène, ce qui ne se fait pas rapidement… Sur les deux voies, les bus locaux s’arrêtent, repartent sans prévenir, les motos presqu’aussi nombreuses qu’à Saïgon virevoltent autour des voitures, se frayant un passage à grand coups de klaxon. Il nous faut une heure pour sortir vraiment de l’agglomération, juste avant d’arriver à Turbaco où nous trouvons, grâce à ioverlander, l’application indispensable des voyageurs, une finca qui accepte les campeurs. Nous sommes très aimablement accueillis par les propriétaires, leurs chiens et leurs chats, qui mettent à notre disposition des toilettes et une douche. Nous sommes à l’écart du bruit, sur une belle pelouse. Nous repérons sur la carte les sites où nous voulons nous rendre avant Bogota.

Jeudi 6 octobre : Réveil musical. Des voisins fêtent (à partir de 6 heures du matin !) un anniversaire ! Nos hôtes, charmants, s’en excusent, nous prennent en photo devant le camion et nous souhaitent un bon voyage. Nous repartons sur la route de Medellin, route ordinaire mais à péage ! Toutes les routes sont à péage, fréquent et donc plutôt cher, 15000 COP, soit 5 euros pour un peu plus de cent kilomètres. Nous traversons une région de marécages, des étendues gorgées d’eau, sans cultures ni traces d’élevages avant d’aborder des collines. La route serpente et nous nous traînons derrière des camions. Les topes réapparaissent dans les villages mais sans avoir la brutalité de ceux du Mexique. Nous bifurquons et suivons une route presque rectiligne qui, maintenant, court au milieu de fincas d’élevage. J’essaie de rouler vite pour attraper le bac de 13 h qui doit nous faire traverser le fleuve Magdalena. Nous parvenons à Magangue dont la traversée dans le flot des motos, s’avère plus longue qu’espérée. Nous atteignons les bords du fleuve que nous suivons sur une piste à la recherche du débarcadère. Nous parvenons aux travaux de construction du futur pont et découvrons que nous l’avons dépassé. Nous revenons sur nos pas et trouvons quelques camions arrêtés sur le bord de la route. Nous apprenons que c’est ici que nous devons attendre le prochain bac de 16 h. Nous déjeunons dans le camion, garés en plein soleil, nous transpirons à TRES grosses gouttes. La dernière gorgée de bière avalée, nous allons nous asseoir à l’ombre de l’auvent de l’une des deux gargotes qui rassasient les camionneurs. Trois hamacs, deux tables et des chaises en plastique constituent l’équipement de ces lieux de plaisir. On y sert de copieux plats de poisson, riz et salade dont les restes sont directement jetés sur les berges du fleuve. Bientôt nous voyons, arriver puis aborder, le bac.

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Un bon nombre de camions s’en extraient, parfois à l’issue de longues et pénibles manœuvres. Puis commence le chargement, des camions montent à bord, leur nombre inquiète Marie. Quand arrive notre tour, impossible de démarrer ! Comme sur le ferry au Costa Rica et au sortir du conteneur, la batterie est à plat. On nous pousse et je parviens à démarrer pour monter à bord. Nous montons sur le pont de cet antique ferry, tout est rouillé, les rambardes, les escaliers sont de la dentelle qui semble ne plus tenir que grâce à l’ultime couche de peinture appliquée il y a quelques lustres. De rares bouées de sauvetage, datant sans doute du Titanic, traînent de-ci de-là. Nous assistons à l’embarquement des derniers camions de transport de vaches affolées et mugissantes et quelques voitures. Tout le monde commande et dirige les opérations, des camions ressortent pour en laisser d’autres se mettre à leur place puis remontent. L’heure du départ est largement passée que l’on discute encore pour savoir qui va monter, se mettre où et comment. Un dernier tente de forcer et se hisse sur le pont relevable. Longue et très véhémente discussion pour le faire redescendre. Avec trois quarts d’heure de retard nous appareillons. Nous descendons, avec le courant qui charrie des branchages, le fleuve, très large puis contournons une île avant d’aborder. Je ne démarre encore pas, je me raccorde à la batterie de la voiture garée devant nous pour démarrer. Nous avons encore une quarantaine de kilomètres à parcourir pour arriver à Mompox. La nuit est tombée, je reste prudemment derrière une autre voiture qui me signale ainsi les vélos, motos, carrioles de toutes sortes, tricycles de transport de marchandises ou de personnes qui roulent sans le moindre éclairage. L’hacienda où nous comptions passer la nuit est fermée, nous entrons dans la petite ville et avec le GPS nous trouvons l’hôtel Santa Cruz où des voyageurs ont déjà passé la nuit sur le parking. On commence par me dire non puis le patron m’indique un grand terrain de l’autre côté de la rue. Nous nous arrêtons entre deux arbres et découvrons que nous sommes dans une cour d’école où des jeunes en uniforme répètent pour former une fanfare, trompettes et tambours s’en donnent à cœur joie. Les uns soufflent à plein poumons dans leur cuivre, les autres frappent à en casser les baguettes de malheureuses caisses qui ne demandaient rien à personne. Naïvement, je demande s’il faut payer quelque chose… Bien sûr : 40000 COP, 13 euros, sous prétexte que nous avons des toilettes non éclairées à la propreté très douteuse et une douche, un tuyau qui sort du mur. Pas très content d’être là, je vais à pied explorer les environs. Beaucoup d’animation dans les rues, d’autres fanfares sont rassemblées sur une place, l’église déborde de fidèles devant des gargotes de nuit où grillent des tranches de bœuf sur les braises. Plus loin, en me rapprochant du fleuve, je découvre les maisons de l’ancienne ville coloniale qui semblent former un bel ensemble mais nous en verrons plus demain. J’atteins une place calme où nous pourrions nous installer pour la nuit. Je reviens en faire part à Marie. Nous hésitons mais avant d’aller prévenir que nous repartons, je vérifie que le moteur démarre. Et non ! Nous sommes donc condamnés à passer la nuit ici, payer le prix demandé et je devrai me mettre en quête d’une batterie demain… Il nous reste encore à raconter la journée et cuisiner… Des éclairs zèbrent la nuit et des coups de tonnerre déchirent le ciel comme on dit dans les meilleurs romans… Et bientôt la pluie s’abat.

 

Vendredi 7 octobre : Une journée qui commence mal. Il pleut presque toute la nuit et le ciel est tout gris. Une nuit de plus passée à transpirer, à se tourner, retourner en quête d’un peu de fraîcheur. Nous dormons avec une des fenêtres ouvertes pour essayer de capter le moindre filet d’air. Je recommence à avoir le dos et les flancs couverts de minuscules boutons rouges, une sorte de bourbouille manifestement due à la sudation. A cinq heures et demie, un sinistre hurluberlu frappe, faute de cloches, une caisse métallique puis recommence tous les quarts d’heure. Dans tous les pays où une religion est en position dominante, il se trouve des religieux imbus de leur magistère pour appeler les honnêtes citoyens à la prière dès potron-minet ! Le moteur refuse de démarrer, je démonte donc la batterie et pars en tricycle-taxi en acheter une. Je la remonte, le moteur tourne mais aucune des indications du tableau de bord ne fonctionne. Je pense aux fusibles mais ne les vérifie pas. Nous nous mettons en quête d’un électricien automobile, on nous en indique un en train de réparer un démarreur sur le pas de sa maison. Il vérifie les fusibles, tout refonctionne ! Soulagés, nous allons nous garer là où j’avais envisagé de passer la nuit, sur les bords du fleuve. Nous nous promenons en longeant les berges, passant devant les anciennes maisons, toutes alignées les unes à côté des autres. 

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Rares sont celles à un étage, elles sont alors pourvues d’un balcon en surplomb, souvent fleuri. Pas de constructions récentes, la circulation des automobiles sur les berges est interdite mais les motos, la plaie de la Colombie, se moquent bien de l’interdiction qui leur est faite et pétaradent à tout va, klaxonnent furieusement. Nous regrettons l’absence de soleil, la ville est exceptionnellement belle mais les couleurs restent ternes. Nous faisons la connaissance d’un Québécois, propriétaire d’une auberge sur les bords du fleuve. Il est, comme presque tous les habitants de la ville, occupé à repeindre ses murs extérieurs à l’occasion du festival de jazz qui commence dans une semaine (ce qui explique aussi les fanfares de la veille). Il nous donne quelques informations et nous trouve quelqu’un pour laver notre linge, faute d’avoir trouvé une lavanderia. Nous passons devant de belles maisons, quelques-unes sont précédées d’une galerie soutenue par des piliers de couleurs vives.

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Nous aboutissons devant l’église Santa Barbara peinte en jaune souligné de blanc, qui semble la couleur des églises de la ville et dont le portail et surtout le curieux clocher pourvu d’un balcon, sont décorés de palmes, de têtes de lions tristes, de griffons couronnés qui tirent la langue.

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Nous revenons par une rue parallèle au fleuve, examinant chaque maison, admirant le travail de ferronnerie des grilles des fenêtres. A travers ces dernières, nous découvrons des intérieurs témoins d’un art de vivre : des patios fleuris et sur la rue une pièce occupée par des rocking-chairs en bois sombre et l’inévitable télévision. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous revenons déjeuner dans le camion puis repartons alors que le soleil tente une percée peu couronnée de succès mais qui s’accompagne d’une élévation de température et surtout de l’humidité, et nous voilà repartis à transpirer à gros bouillons. Nous suivons les berges dans l’autre sens, trouvons des gargotes sympathiques installées en surplomb des berges et qui pourraient bien avoir notre clientèle ce soir. Nous passons devant l’église San Francisco qui se distingue par sa couleur rouge foncé. Comme la plupart des églises, elle est fermée, n’ouvrant que pour les offices mais les intérieurs sont presque toujours décevants, bien loin du délire mexicain. Nous allons voir la jolie cour de la Municipalité, l’ancien cloître des Jésuites. Nous nous dirigeons ensuite vers le cimetière où reposent dans de pompeux mausolées quelques illustres personnages de l’histoire de la Colombie. Les gens du « commun » se contentent, comme en Italie ou à Nice, de niches superposées, parfois fleuries. Nous revenons vers le camion que nous reprenons pour aller nous garer sur les bords du fleuve, là où le Québécois nous a assuré que nous serions au calme, ce dont nous doutons vite à en croire le nombre de motos qui passent… Après nous être reposés, nous ressortons à la nuit tombée et allons examiner les menus des restaurants le long du fleuve ou sur la place entre le bâtiment de la douane et l’église de la Conception. Nous attendons sur un banc que l’animation attendue se produise mais le calme règne… Nous nous rendons alors devant l’église de Santo Domingo. Sur la place les familles sont venues prendre le frais, les gamines en robes de poupée grimpent dans un toboggan gonflable, les parents discutent ou se prennent en photo. Les gargotes commencent à faire griller des viandes, frire des patates, préparer des jus de fruits exotiques. Dans l’église, grosse ambiance, tout le monde chante en agitant les bras, brandit des drapeaux, les gosses jouent dans l’allée et le curé bat la mesure et invite ses ouailles à chanter plus fort. On est loin du ton compassé de nos paroisses désertes. 

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Nous revenons dîner de grillades, trop sèches, au restaurant « La Nonna Beatrice » avant de retrouver notre camion à côté duquel une famille a sorti les rocking-chairs pour discuter… Nous sommes à peine couchés que la musique jaillit, un de nos voisins tient à mettre de l’ambiance dans la sympathique réunion tenue sous les étoiles. Tous reprennent en chœur, crient… Marie avec ses boules Quiès n’en perçoit qu’une rumeur assourdie. J’aime bien cette musique mais pas toute la nuit et pas si fort ! Nous décidons de chercher un endroit plus paisible. Plus facile à dire qu’à trouver… Devant Santa Barbara, la bière coule à flot et on chante, pas toujours juste. A côté de la Douane, un pub a mis sa sono au maximum et tout le quartier en profite. Nous finissons par stationner dans une rue que nous espérons plus calme.

Samedi 9 octobre :minuit, plus un bruit ! Plus de musique, plus de motos mais je ne parviens pas pour autant à m’endormir. Au matin, nous retournons stationner sur les bords du fleuve, les noceurs de la veille sont allés se coucher. Il fait un grand beau soleil et je vais en profiter pour retourner faire des photos pendant que Marie se prépare. Nous trouvons un café où nous pouvons nous connecter au wifi et donc appeler Julie qui nous fait un rapport sur les dégâts dans l’appartement. Je vais récupérer le linge donné à laver puis nous partons. La route continue de traverser les immenses étendues, traversées de larges fleuves et parsemées de mares et d’étangs. Pas de cultures, que de l’élevage. La route est en principe asphaltée mais des passages sont très dégradés et obligent à rouler au pas. C’est ensuite une piste large et parfois roulante avant de retrouver un bon goudron. Nous approchons des montagnes où le soleil ne semble pas régner. Nous retrouvons les péages sur le grand axe de Baranquilla à Bogota, parcouru par de nombreux camions. De longues portions sont à deux voies séparées. Nous bifurquons sur une route beaucoup plus étroite mais encore bien fréquentée et qui tout de suite grimpe en lacets serrés dans la montagne. Nous passons un col quasiment dans le brouillard avant de redescendre dans une vallée et arriver à Ocaña, ville bruyante, fatigante avec ses motos affolées qui courent dans tous les sens, surgissent de partout, cherchent à se faufiler au mépris des règles élémentaires de conduite, avec le plus complet mépris du danger. Nous continuons en direction de Cucuta et tournons sur une route encore plus étroite qui s’enfile dans une vallée à plus de 1400 mètres d’altitude. Il y fait frais et nous apprécions ! Beaucoup de cultures et en particulier du tabac dont les feuilles pendent dans des séchoirs. Nous apercevons des massifs ruiniformes qui nous en rappellent bien d’autres avant d’atteindre La Playa de Belen, un joli village colonial. Il aligne deux ou trois rues parallèles de maisons blanches et fleuries qui aboutissent, au sommet de la colline, à l’église.

 

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Nous trouvons l’Office du Tourisme où on nous renseigne sur les promenades possibles demain au milieu de ces formations de grès. Nous allons nous garer pour la nuit à côté du terrain de football. Pas besoin ce soir d’ouvrir toutes les ouvertures, il fait frais.

Dimanche 10 octobre : J'asupporté un pyjama et même avec la veste ! Pas de bruit, pas de motos… Et un grand soleil pour éclairer le village. Pendant que Marie se prépare, je vais arpenter ses trois rues. Toutes les maisons sont identiques mais différentes de celles des villes cossues. Les grilles des fenêtres sont de petite taille et en bois tourné. De chaque côté des portes et des fenêtres, des pots de terre sont incrustés dans le mur et ce sont toujours ces plantes, évoquant pour nous Madagascar, qui les occupent. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Je reviens en passant par la place de l’église. Cette dernière n’a rien de remarquable, blanche et froide, elle est pleine de paroissiens venus assister à la messe. Je retrouve Marie et comme nous sommes en avance sur le rendez-vous pris hier soir avec notre jeune guide, nous allons parcourir les rues jusqu’à l’église. Notre guide est ponctuel. Nous partons à pied mais vite, comprenant que nous devons pouvoir faire une partie du chemin en voiture, je vais rechercher le camion. Quelques centaines de mètres plus loin nous nous garons au milieu d’un cirque de falaises érodées, Los Estoraques. De là, nous continuons à pied, passant devant tours, massifs, pitons, cheminées des fées, creusés par l’eau dans une roche tendre. Comme au Cathedral Park, près de Las Vegas, les parois rigoureusement verticales ont été striées par les eaux, formant des dédales, des labyrinthes. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous devons gravir des marches puis continuer sur un chemin difficile où Marie peine mais continue vaillamment. Nous revenons par le même chemin. Puis nous montons, sur une mauvaise piste étroite, à un mirador dans les pins. Le soleil est maintenant voilé et la vue sur le village, trop éloigné, ou sur les massifs perdus dans les collines, n’est pas remarquable. Nous retournons sur la route de Cucuta, et nous nous enfonçons dans la Cordillère Orientale des Andes. La route monte résolument pendant des kilomètres. Nous croisons fréquemment des camions qui, très longs, occupent toute la largeur de la route dans les virages serrés, ce qui m’oblige parfois à piler ! Nous passons un col à plus de 2400 mètres avant de redescendre dans la plaine où se trouve la frontière avec le Venezuela. Nous sommes étonnés par des arbres aux larges feuilles argentées.  Le temps passe et avec notre faible moyenne, nous désespérons d’être à Cucuta ce soir et encore moins d’avoir le temps de passer dans un supermarché. Les soixante derniers kilomètres sont plus rectilignes et l’espoir renaît d’arriver à temps. La présence militaire est constante, des postes sont disséminés tout au long de la route mais sans effectuer de contrôle, ils se contentent de se montrer. Nous sommes quand même arrêtés à un contrôle de police. On nous serre la main au début et à la fin, quelques questions par curiosité. Peu avant Cucuta, nous devons emprunter un pont qui, sans doute en trop mauvais état, bien qu’à deux voies, ne laisse passer les véhicules qu’alternativement dans chaque sens. Occasion pour le conducteur (macho ?) de montrer qu’il peut passer avant les autres… Sur les berges du fleuve, les citadins sont venus se baigner, beaucoup se trempent tout habillés, assis sur les galets. La traversée de la ville, alors que le soleil baisse et que des grands axes sont en travaux, n’est pas aisée et ce n’est qu’à la nuit que nous sortons de la ville. Nous nous arrêtons à une station-service, le plus en retrait possible de la route.

Lundi 10 octobre : Soleil au réveil mais vite le ciel se couvre. Nous repartons en direction de Pamplona. La route en quelques dizaines de kilomètres doit nous faire remonter à plus de 2200 mètres d’altitude. Elle est en travaux et nous sommes fréquemment arrêtés, soit pour laisser passer les véhicules en sens inverse, soit pour attendre une pause dans les travaux. Nous découvrons cette ville universitaire importante où tout le monde est plus chaudement habillé que sur la côte et où nous apercevrons nos premiers ponchos de laine épaisse. Alors que nous cherchons à nous garer à proximité de la place centrale, nous sommes hélés par Philippe, un bien sympathique Français marié à une Colombienne et qui a monté un petit hôtel, le Normandie, Il nous aide à faire quelques courses en ville puis nous invite chez lui. Nous l’assistons pour sérieusement entamer la bouteille de Ricard dont il était l’heureux propriétaire, avant de passer à table. Il est plein d’enseignements sur la vie en Colombie et point avare d’informations. Nous retournons nous garer dans le centre-ville et cherchons les centres d’intérêt de cette ville ancienne qui n’a pas conservé grand-chose de son passé. Les constructions modernes enlaidissent la place principale, les musées sont fermés et les quelques églises indiquées dans les guide sont tout à fait quelconques. Nous retournons nous garer devant chez Philippe que nous convions à finir la bouteille de vodka, avec du jus d’orange tout de même ! La soirée s’éternise, nous lui posons des questions sur la situation en Colombie après le référendum raté à propos de l’accord avec les FARC. Nous dînons rapidement puis, ayant réussi à nous connecter à internet, nous répondons au courrier.

Mardi 11 octobre : Nous faisons nos adieux à Philippe en promettant de lui envoyer des visiteurs. Nous lui avons acheté quelques produits de sa fabrication : confitures de pêche, truite fumée, pain. Nous quittons Pamplona avec une vue panoramique sur la ville, aussi peu attrayante de loin que de près. Je suis étonné du peu de circulation sur la route et pour cause : nous ne sommes pas sur la bonne ! Demi-tour, traversée de la ville et nous repartons dans les lacets qui nous font monter, monter, presque rejoindre les nuages… Nous passons un premier col puis remontons, toujours plus haut, atteignons 3300 mètres d’altitude et continuons sur un haut plateau où on cultive les oignons, vendus en bottes sur le bord de la route. Les montagnes, bien que creusées de failles profondes, ne sont pas abruptes et sont couvertes d’une végétation peu épaisse.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Après le village de Berlin, nous entamons la descente sur Bucaramanga. Nous sommes aussitôt plongés dans le brouillard et il pleut. Je descends très précautionneusement, la route est glissante, la visibilité nulle et les camions que nous voyons surgir du néant, pas toujours éclairés ! Nous nous arrêtons pour déjeuner dès que nous sommes sortis du brouillard et de la pluie. Les derniers kilomètres sont plus faciles et nous dégringolons dans cette ville importante où les gratte-ciel ont aussi poussé. Marie tient à passer à l’Office du Tourisme pour obtenir ses précieuses brochures. Nous nous repérons assez facilement grâce aux rues et avenues numérotées, en damier, mais des travaux nous obligent à faire des détours avant de nous garer sur la place où se trouve le bureau recherché. J’y obtiens un plan et quelques brochures et nous repartons pour nous rendre à Gijon, un village colonial, tout proche. Mais il faut compter avec les encombrements, les absences d’indication et il est plus de quatre heures quand nous parvenons à trouver un stationnement sur la place centrale. Beaucoup d’animation, des marchandes de friandises ont envahi les allées de la place et nombreux sont les visiteurs. Nous nous promenons dans les rues de ce trop beau village aux maisons toutes chaulées de frais, aux portes et fenêtres soigneusement entretenues et récompensées par des prix affichés sur les murs. Les rues sont de gros pavés mais, malgré l’interdiction d’y stationner, des voitures ont envahi les rues et gâchent les perspectives.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous repartons, cherchons la route de San Gil. Bientôt le GPS nous confirme que nous nous sommes trompés de route, une fois de plus aujourd’hui ! Nous devons revenir sur nos pas, je commence à m’énerver, à douter d’apprécier ce pays autant que Joëlle ou Guy et Marie-Jo. Trop fatigant, trop de gens qui n’en font qu’à leur tête… Nous sommes cette fois sur la bonne route mais le soleil a bien baissé et nous décidons de nous arrêter à la sortie de la ville à un club de parapente qui accepte les camping-cars. Nous avons une verdoyante pelouse pour nous seuls avec une vue sur toute la ville, bientôt illuminée, et des toilettes rustiques.

Mercredi 12 octobre : Nuit fraîche, calme malgré le passage de voitures sur la route proche. Je vais utiliser le bon wifi à la réception pour mettre à jour le blog. Nous reprenons la route dans la grisaille, toujours en montagne donc virages et camions lents, difficiles à dépasser. Nous trouvons un supermarché Exito où nous allons nous ravitailler. Les rayons ne sont pas mieux fournis qu’à celui de Carthagène et nous ne savons plus trop quoi prendre, les crèmes dessert sont toujours très sucrées, le jus d’orange rarement non chimique, alors que des marchands proposent dans les rues des jus de fruits frais, mais c’est au rayon viande que nous hésitons le plus, du moins pour le bœuf. Nous achetons néanmoins quatre morceaux de steak qui paraissent sympathiques… Je veux tirer des pesos à un distributeur automatique. Le premier m’alloue généreusement un billet de 10000 pesos, soit environ 3 euros ! Les frais de la banque seront sans doute plus élevés… Nous quittons la route principale pour une autre qui grimpe brutalement sur le plateau de l’autre côté de la rivière que nous suivions. Une multitude d’installations touristiques, restaurants, hôtels, attractions, promenades à cheval attendent les vacanciers, surtout le week-end. Nous voulons avoir une vue sur le canyon de Chicamocha, plus profond paraît-il que celui du Colorado. Une Auberge de Jeunesse est supposée être l’un des meilleurs endroits pour la vue. Nous nous y rendons, l’accueil n’est pas délirant mais on nous permet d’accéder au point de vue d’où nous pouvons voir qu’on ne peut rien voir ! Tout le canyon est perdu dans la brume… Après déjeuner, nous retournons sur la route principale et continuons dans des gorges. Le soleil fait son apparition, nous reprenons espoir de voir le canyon depuis le point de vue de ce côté. Le site a été transformé en un parc d’attraction avec activités diverses pour grands et petits, parapente, cheval, aquaparc etc… Les prix de chaque activité sont indiqués dès l’entrée et même le parking est payant. Nous jetons un œil à la vue, ce n’est pas le Colorado, ni même les gorges du Verdon mais une profonde vallée entre deux parois inclinées couvertes d’une végétation tropicale. Au fond les eaux limoneuses de la Chicamocha courent vers l’océan.

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Un téléphérique relie les deux rebords du canyon, nous ne sommes qu’à demi tentés mais un tarif réduit pour les « vieux » nous décide. Pas de tarif spécial « étranger » en Colombie. Nous voilà partis dans une petite cabine qui dévale le long de la pente au-dessus de cactus inattendus, des aloès, des raquettes et des bouquets de candélabres. D’autres épineux aussi en font une région peu hospitalière où pourtant des bergeries sont installées et des chèvres ne s’y trouvent pas mal. Parvenus au fond, notre cabine remonte l’autre versant qui s’achève par des falaises rocheuses. Nous descendons à la station, allons voir la vue qui n’a rien de bien extraordinaire. Bien qu’il ne soit pas quatre heures, les ombres s’étendent et le fond n’est plus éclairé.

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Peut-être que, plus tôt et avec du soleil, nous aurions mieux apprécié… Nous revenons à notre point de départ, reprenons le camion et décidons d’aller jusqu’à San Gil, 40 kms. Nous avons encore une heure de jour mais c’est sans compter avec les virages et les camions qui se traînent. Ils nous laissent le temps d’admirer les montagnes rainurées et creusées, délicatement éclairées par les derniers rayons du soleil. Un dernier péage et nous arrivons juste à la nuit à San Gil. Encore quelques kilomètres le long d’une rivière et nous trouvons le camping Fogata. Nous y sommes seuls, nous pouvons nous installer sur les bords de la rivière, sur un gazon bien vert et bénéficier d’un branchement électrique qui nous permet de recharger toutes les batteries de nos divers instruments… Nous dînons avec nos steaks achetés ce matin, amoureusement poivrés puis grillés mais à la découpe, nous comprenons vite que nous n’en viendrons pas à bout. Effectivement nos beaux faux (absolument faux !)-filets finissent à la poubelle. Je me rattrape sur le saucisson à l’ail (mais aussi au poulet et au bœuf, accessoirement au porc…)

Jeudi 13 octobre : Seul le mugissement des eaux a troublé notre sommeil et au matin un soleil éblouissant nous réveille. Nous prenons notre temps, peu pressés et envisageant même de ne pas bouger de la journée, notre camping étant presque paradisiaque ! Une belle prairie, une large rivière pressée d’arriver à son terme, des kapokiers d’où pendent ce que j'avais d'abord appelé des lichens et que de distingués botanistes (dont je ne citerai pas le nom par égard pour leur modestie...) m'ont précisé être des tilandsias, appelés aussi « mousse espagnole » qui donnent un air féérique à notre bivouac et bientôt, nous découvrons sur une branche, jacassant et criaillant, Laura, une jolie femelle ara aux longues plumes bleues et jaunes.

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Pas sûrs de revenir, nous faisons un plein d’eau et réglons la nuit. Nous allons dans le centre-ville. Les rues sont étroites, pas question de se garer, je dépose Marie au Parque et retourne sur les bords de la rivière pour stationner. Je la retrouve sur la place centrale. De grands arbres, des plantes, en font le lieu de rencontre des amoureux et des retraités. La cathédrale qui occupe un des côtés est vaste mais on ne peut en dire plus. Quelques maisons anciennes à un étage donnent un certain cachet à cette petite ville. Nous descendons sur les bords de la rivière et la longeons en suivant le Malecon. Un gros iguane paresse sur une branche, avant, effrayé, de se perdre dans la ramure. Nous parvenons au Parc Gallineral, un jardin botanique. Des allées passent entre les kapokiers d’où coulent des tilandsias en rubans et dentelles qui jouent avec les rayons solaires.

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Des massifs de roses de porcelaine, d’héliconias et d’autres plantes non identifiées contribuent à en faire un Jardin des Délices.

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Des orchidées sont accrochées aux branches ou disposées dans des pots sur un pont. Ravis du lieu, nous y déjeunons en contemplant les ébats d’un autre bel ara, bavard et acrobate. Plats trop copieux de cabri au four et de viande de bœuf séchée au soleil. Je vais rechercher le camion et y trouve un message de Betty qui a reconnu notre camion, s’est aperçu que j’avais laissé ma fenêtre grande ouverte et le surveillait avec Beat, tout en déjeunant dans une gargote. Nous convenons de nous retrouver au camping où nous nous rendons aussitôt. Nous retrouvons notre place au bord de la rivière sous les barbes végétales qui pendent des arbres, comme les cotillons d’un lustre après la fête. Nous sortons table et fauteuils pour lire ou traiter les photos. Nous sommes bientôt rejoints par les Suisses avec qui nous racontons nos aventures des derniers jours. Laura vient se mêler à la conversation, cherche à se rendre intéressante, déchiquète tous les bouts de plastique qu’elle découvre et se régale des sandales de Betty.

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Nous prenons une bière tous ensemble puis quand la nuit tombe et qu’il commence à fraîchir, nous regagnons nos camions respectifs. Nous dînons avec la truite fumée achetée à Philippe, la bouteille de vin blanc chilien, pas fameuse, l’accompagne…

Vendredi 14 octobre : Nous faisons nos adieux à Betty et Beat qui restent régler leurs problèmes de lessive, sans profiter du soleil pour aller à Barichara, tout en promettant de nous revoir sur la route. Nous nous y rendons par une route en lacets pour changer… A l’entrée du village, nous découvrons que nous arrivons le premier jour d’une fête qui dure trois jours. Les rues, pavées de grosses dalles, sont trop étroites et il n’est pas question de s’y garer, ni sur la place centrale interdite à la circulation pour cause de festivités. Nous parvenons à stationner à quelques cuadras. De là nous revenons vers le Parque en suivant les rues bordées de maisons toutes blanchies, rarement à un étage sauf sur la place et dont portes et fenêtres sont peintes de couleurs variées. Ici, pas de grilles aux fenêtres mais une sorte de mini-balcon en bois à mi-hauteur.

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Nous allons voir la chapelle San Antonio. Un autel latéral en pierre est sculpté de représentations de chevaliers et de lions. Son plafond, avec des poutres et des chevrons apparents sur le crépi, est intéressant.

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Nous parvenons au Parque, dominé par sa cathédrale disproportionnée pour ce gros bourg, en pierres rouge orangé. Quelques belles maisons plus cossues bordent la place ombragée. Une petite fanfare joue sans doute pour mettre de l’ambiance. L’intérieur de la cathédrale est quelconque à l’exception d’une toiture en bois et bambous et nous ne nous y attardons pas. Nous continuons notre quête des perspectives de maisons dans les rues en pente, souvent gâchées par la présence de motos, de voitures ou de tuk tuks garés malgré l’interdiction. La Chapelle de Jésus a, elle, un clocher-mur et un beau retable baroque étonnamment  sobre, en acajou sombre sans peinture ni fioritures. Je vais rechercher le smartphone dans l’espoir de trouver un wifi en ville. Nous retournons, par d’autres rues, sur la place, en passant par un mirador qui offre une vue sur les gorges en contrebas et les montagnes, mais pas de wifi. Nous reprenons le camion et tentons d’accéder à la Chapelle Santa Barbara, sur une colline. L’accès en est interdit par des barrières. Je parviens à les contourner et nous découvrons que la petite place devant la chapelle, ainsi que le vaste parking derrière, où nous comptions bivouaquer, sont occupés par des stands de fête et un podium musical ! Nous allons néanmoins visiter cette jolie chapelle avec, là aussi, un beau plafond et un retable ancien. Nous trouvons une esplanade avec une belle vue sur les montagnes où nous devrions pouvoir nous installer ce soir. Nous déjeunons à l’ombre chiche d’un arbre puis retournons nous garer plus près du centre, devant la Chapelle de Jésus. Nous allons attendre sur la place le début des festivités qui doivent commencer à 15 h. Avec un léger retard, commencent les discours de remerciement et de congratulation. Nous allons nous asseoir sur les marches de la cathédrale pour avoir une vue sur les groupes musicaux qui doivent se produire devant les autorités. Nous comprenons vite qu’en fait il s’agit d’un concours de fanfares ! Des écoles en uniforme se présentent et jouent des airs connus mais sur un ton tout de même martial ! Toutes ont, non seulement des cuivres et des caisses ou des tambours variés mais aussi des glockenspiels ! Je me remémore la fanfare vue et entendue à Quito qui en était aussi pourvue. Le dernier groupe à se produire a aussi des casques à pointe dorée ! Nous sommes peu intéressés par ces prestations mais un groupe, celui qui a le plus de succès d’ailleurs, est accompagné par un petit orchestre plus typique et des groupes de jolies filles, en robes à volant, virevoltent avec beaucoup de plaisir, pour elles et pour les spectateurs.

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La nuit tombe quand se termine le défilé des diverses bandas et nous repartons. En chemin nous trouvons un cybercafé et nous nous connectons pour trouver un message de Julie, prise en photo avec Vincent R. ! Des nouvelles de Nicole aussi et de Guy et Marie-Jo qui semblent avoir encore plus de pluie au Panama que nous. Nous restons au camion le temps de nous mettre à jour dans nos occupations journalières puis repassons dans les rues en quête d’une animation folklorique mais il ne se passe rien si ce n’est la musique diffusée dans tous les bars et restaurants. Nous allons donc nous garer sur le terrain repéré, deux camping-cars d’Espagnols s’y trouvent déjà. Le calme n’est que très relatif car, bien que nous en soyons éloignés, nous percevons la musique très nettement.

Samedi 15 octobre : A quatre heures du matin je pouvais encore écouter une de ces chansons accompagnées à la guitare et à l’accordéon et qui parle de corazon et de caballos… Le silence est tombé ensuite, jusqu’à 6 heures… Nos Suisses arrivent à leur tour. Nous descendons à la place centrale dans l’espoir d’y assister à quelque activité mais tout est calme, quelques artisans installent des stands et proposent leur production de papier à partir de fibres d’un agave local, des tissages, des abat-jours en bambou etc… Nous décidons de ne pas attendre et de nous rendre à Guane, un village colonial proche. La route d’une dizaine de kilomètres descend à flanc de montagne et aboutit sur la place de ce bien tranquille village, Quatre rues en damiers, une grande église sur la place et des maisons toutes simples dans leur blancheur immaculée. Nous jetons un œil à l’intérieur de l’église, beau plafond avec les chevrons qui ressortent sur le blanc du crépi. Nous visitons ensuite le musée, à la fois « archéologique et anthropologique » sous la conduite indispensable d’une dame qui nous fournit moult explications en espagnol sur les fossiles, petits et grands, d’ammonites et d’autres animaux marins qui s’entassent dans une salle, puis sur divers objets du temps passé qui recueillent religieusement la poussière dans une autre salle. Nous terminons par une courte promenade dans les rues.

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Marie explore les boutiques de souvenirs, d’artisanat local, mais doit convenir qu’elle n’y trouve pas son bonheur. Au moment de repartir, Betty et Beat qui sont venus de Barichara à pied, arrivent. Nous les laissons faire le tour de la place puis nous les ramenons à Barichara. Nous allons voir s’il y a quelque animation. Sur la place où nous avions déjà stationné, nous voyons passer une cavalcade d’une vingtaine de chevaux qui, renseignement pris, s’en vont à Guane ! Nous ne voulons pas rester plus longtemps et repartons aussitôt. De retour à San Gil, nous hésitons sur la route à prendre, l’autopista, plus rapide mais plus longue, ou la route (piste ?), deux fois plus courte d’après la carte. Malgré les avis négatifs sur l’état de cette route, recueillis auprès de chauffeurs de taxi et de bus, je décide de passer par là… La route est en travaux. Nous perdons du temps à attendre notre tour de passage, nous devons ralentir dans les zones non goudronnées, bref nous démarrons mal… Après déjeuner, nous continuons entre champs de canne à sucre et paysage de Normandie jusqu’à Charala où le goudron n’est déjà plus qu’un lointain souvenir même si, curieusement, il se trouve des portions de quelques kilomètres en bon bitume. La piste devient plus étroite et peu fréquentée. On ne nous indique pas les distances jusqu’à Duitama en kilomètres mais en heures ! Trois et demie dit l’un, quatre dit l’autre… A un carrefour, on nous conseille de passer par une autre piste via Encino qui paraît proche sur la carte mais qui se fait désirer, puis la piste s’élève, toujours plus haut. Nous grimpons, grimpons, dominons les montagnes alentour, traversons des gorges plongées dans l’obscurité, les ruisseaux deviennent de plus en plus minuscules au fur et à mesure que nous nous élevons. Il commence à faire frais, le soleil décline. La piste est maintenant en corniche, dominant de plus en plus le ravin, ce qui ne me ravit guère, surtout quand elle devient bombée et glissante. Je surveille les nuages noirs qui, heureusement, ne crèvent pas. Enfin nous atteignons un plateau. Par curiosité, nous branchons le GPS, nous sommes à 3900 mètres d’altitude quand nous entamons une longue descente. Nous découvrons des frailejones (espeletias en français), une variété d'asters jamais rencontrés ailleurs, une tige touffue et un artichaut au sommet !

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Joie, nous voici sur une excellente route récente, large, aux virages tout en douceur. Duitama n’est plus qu’à 20 kilomètres, nous avons l’espoir d’y arriver juste avant la nuit. Mais, mystères des Ponts et Chaussées colombiens, la bonne route s’arrête au bout de 10 kilomètres et il faut terminer par une mauvaise piste… Nous traversons Duitama et continuons en direction de Sogamoso bien que je me sois promis de ne plus conduire de nuit. A la sortie de la ville nous trouvons la finca San Pedro, une auberge de jeunesse (de luxe…) qui accueille aussi les campeurs. Nous pouvons nous installer sur une belle pelouse, utiliser douches et toilettes impeccables et avoir le wifi mais tout de même pour 20000 pesos par personne… Le courrier électronique relevé, nous procédons à nos devoirs avant de dîner et vite nous coucher, bien fatigués.

Dimanche 16 octobre : Pour nos 40000 pesos nous avons droit à une douche chaude, nous ne manquons pas d’en bénéficier ! Nous retournons dans Sogamoso et trouvons facilement le musée consacré à la culture Muisca, les occupants de la région à l’arrivée des Espagnols. Le musée proprement dit est complet et examine tous les aspects de cette riche culture, ses outils, ses réalisations plastiques, son mode de vie, pour autant que les chroniqueurs espagnols l’ont noté. On peut regretter l’absence de datation des objets exposés et aussi quelques traductions en anglais. L’abondance nuit là aussi, les vitrines sont trop nombreuses mais on y voit des céramiques de toute beauté et de superbes torteros noires, fusaïoles, gravés de dessins complexes. A l’extérieur, quelques cases ont été reconstituées et « meublées ». Le temple du soleil (pas celui de Tintin, encore que !), brûlé par les Conquistadores, a été reconstruit mais on ne peut y pénétrer. Nous repartons en direction de Mongui. La route se transforme vite en piste qui serpente sur les montagnes avant de plonger sur ce gros bourg. Nous y faisons une arrivée remarquée en empruntant sa rue principale, étroite, et pleine de vacanciers venus profiter d’un week-end prolongé (en Colombie quand un jour férié tombe un dimanche, il est reporté au lundi suivant, ce qui est le cas cette semaine !). Nous ne pouvons accéder à la place centrale et devons faire un demi-tour délicat. Nous grimpons par des ruelles fort pentues sur les hauteurs du village à la recherche d’un endroit tranquille et plat pour déjeuner. Faute de trouver ce lieu rare, nous ressortons du bourg et allons nous garer près du cimetière, plus calme. Nous revenons, une fois le ventre plein, nous garer à l’entrée du village et allons parcourir les rues à pied. Presque toutes les maisons ont un étage pourvu d’un balcon ou d’une loggia.

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La couleur des portes et fenêtres est le vert souligné de rouge. Les grilles des fenêtres sont en bois tourné et souvent forment un petit balcon. Les plantes décoratives, en plus des bougainvillées, sont les pétunias dont le rouge s’accorde avec celui des dessins des portes et fenêtres. Sur la place centrale, un podium est installé, des rangées de fauteuils en plastique attendent les auditeurs d’un futur concert. Nous apprenons que nous sommes venus le jour du nième festival international du ballon ! En effet la spécialité locale est le ballon de football cousu main et toutes les maisons autour de la place sont enlaidies par ces vilains objets colorés, grotesques. Le village est remarquable mais il ne fallait pas le voir aujourd’hui. Ici, nous avons enfin vraiment l’impression d’être dans les Andes, beaucoup portent le poncho de laine, pas seulement des personnes âgées. Les chapeaux de feutre aussi sont de mise et laissent échapper des cheveux nattés.

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L’église des Franciscains est, là aussi, bien trop grande pour ce village et n’a rien de bien remarquable. Nous ne visitons pas le couvent attenant mais nous pouvons admirer le superbe plafond peint du vestibule.

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Nous repartons, repassons à Sogamoso puis continuons sur une bonne route, mais encore en montée, avant de redescendre vers le lac Tota à 3000 mètres d’altitude. Nous le découvrons dans un cirque de montagnes, une grande étendue d’eau plantée de quelques îlots.

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Nous en commençons le tour. Nous faisons une courte halte à Aquitania, le temps de contempler une gigantesque statue du Christ perché dans une barque au-dessus du toit de l’église à laquelle répond une statue du même acabit mais profane sur la place devant l’église. Nous nous dépêchons pour arriver avant la nuit. Une fête est donnée dans un pré avec orchestre et