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7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 22:09

Samedi 3 décembre : Marie se réveille tard. Nous faisons laver le camion puisque nous avons dormi sur le parking du lavage des camions, associé à la station-service. Nous repartons en direction de la côte et bientôt nous quittons les montagnes pour la plaine côtière. La végétation est alors bien tropicale avec des bananeraies dans chaque village. Nous nous dirigeons vers la frontière du Pérou. Un nouveau pont relie les deux pays et évite le fouillis de l’ancienne frontière. Nous franchissons le rio qui constitue la limite des deux états et parvenons au Centre de Traitement Binational du Transit des voyageurs. Sauf que, pour la sortie du camion d’Equateur, nous devons retourner au poste sis dans l’autre sens, en Equateur. Une fois que j’ai trouvé le bon bureau, fait une photocopie du document douanier, celui-ci est tamponné et nous pouvons retourner au Pérou… A l’immigration, la queue est longue, en faisant valoir le handicap de Marie, nous pouvons passer plus rapidement au contrôle équatorien mais il faut patienter à celui des Péruviens. Enfin, les passeports visés, je dois m’occuper de l’importation temporaire du camion. Rédiger le document semble poser problème au responsable qui s’occupe de moi, sans doute peu familier des ordinateurs et l’oblige à recommencer plusieurs fois la rédaction du précieux sésame. J’achète une assurance pour un mois, change au noir avec un policier quelques dollars et enfin, nous entrons au Pérou. Le paysage est encore radicalement différent. Nous sommes en plein désert, une terre sèche, sans verdure où ne poussent que des arbustes qui ne donnent guère d’ombre. Nous parvenons à nous glisser sous l’un d’eux pour avoir un semblant d’ombre, le temps de déjeuner tardivement. Les bas-côtés sont immondes, une poubelle tout au long de la route ! Quelle différence avec la Colombie et l’Equateur ! Nous traversons Tumbes où je cherche une banque pour tirer des soles. Ce qui ne va pas sans mal, la Scotia Bank ne voulant pas de ma carte, une autre ne la reconnaissant pas… La troisième est la bonne. Nous pourrions nous croire dans une ville du Tiers-Monde, agitation dans les rues, circulation anarchique, immeubles de béton laids, boutiques qui débordent sur la rue, parc automobile vétuste, nombreux tuk tuks, un autre monde ! Après avoir traversé une zone de rizières, la route rejoint le bord de mer, ce Pacifique que nous n’avions plus vu depuis Panama. De nombreuses auberges ou cabañas, s’alignent le long de la côte. Les topes, ralentisseurs en travers de la route qui avaient quasiment disparu en Equateur sont de nouveau là, obligeant à une attention soutenue pour les repérer à temps. Nous parvenons en fin d’après-midi au Swiss Wassi à qui nous avions téléphoné. Nous y sommes accueillis en français par un couple helvético-péruvien. La troisième étape de cette traversée du continent américain se termine ici, du moins pour le camion. Nous nous installons sur la plage, sous les cocotiers. Pas de messages de Julie, Nicole ou Vettou, Marie n’est pas contente et reste calfeutrée dans le camion. J’ai sorti table et fauteuils et en profite jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous nous faisons servir un pisco-sour dans le camion, le premier d’une longue série sans doute…

Dimanche 4 décembre : Réveillé dans la nuit et vite las du grondement continu et monotone de l’océan, je me lève et m’installe sur notre table avec l’ordinateur pour répondre à quelques courriers avant de me recoucher. Réconciliés au réveil, je vais me tremper les pieds dans l’eau tandis que des escadrilles de pélicans, en formations serrées, passent en rase-mottes derrière le chef de patrouille. Une coupure de courant nous prive d’électricité, d’eau et du wifi. Un générateur vient pallier cette défaillance mais nous n’avons toujours pas le wifi. Nous rédigeons avec Melba et Jacques, les propriétaires, les lettres de demande de suspension du permis d’importation temporaire et constituons le dossier que nous devrons présenter aux douanes à Tumbes. Nous restons discuter ensemble puis ils nous proposent de déjeuner avec eux dans un petit restaurant familial où ils ont leurs habitudes. Nous les suivons avec le camion jusqu’à Zorritos, au Rincon Criollo. Des spécialités alléchantes : riz au canard, cabrito, des ceviches, des chicharrones de fruits de mer, etc… Nous nous régalons d’un bon ceviche mixte avec des coquillages noirs et un chicharron également mixte. La présence à notre table d’une de leurs amies non francophone nous oblige à baragouiner en espagnol pour détailler les plats traditionnels servis à Noël en France… Nous les abandonnons pour revenir en direction de la frontière, et, après Tumbes, suivre un bout de route jusqu’à Puerto Pizarro, un petit port de pêche an bord de la mangrove, reconverti en port de plaisance avec des barques à moteur qui emmènent les touristes vers une plage ou dans le dédale des îles dans la mangrove. Marie n’a pas envie de faire un tour en bateau, nous restons à regarder les pélicans, posés sur l’eau ou sur le bastingage des bateaux, guetter les retours des pêcheurs tandis que d’élégantes frégates tournent inlassablement dans le ciel.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous allons prendre un pot dans un des restaurants en bordure de la plage envasée et comme j’ai encore un peu faim, je me commande une portion de chicharron de calamar. Nous rentrons ensuite alors que la brume cache les détails du paysage devenu cotonneux. Nous nous réinstallons à la même place et nous nous faisons servir un pisco sour

Lundi 5 décembre : Je suis encore réveillé dans la nuit mais il fait plus frais et je reste dans le camion à surveiller l’arrivée des messages, dans l’attente de celui de Julie. Le ciel est couvert ce matin et le vent a bien rafraîchi l’atmosphère. Je pars ensuite avec Jacques et Melba au commissariat de Zorritos. Nous en revenons avec un policier qui vient constater que le camion est bien dans le jardin… Retour cette fois avec Marie à Zorritos où, tandis que le policier rédige un rapport en bonne et due forme, nous allons avec Marie faire des courses pour les derniers jours. Pas de supermarché mais, autour du marché quelques épiceries qui nous rappellent celles de Tamatave. Nous ne trouvons pas grand-chose, du jambon et du saucisson à priori peu appétissants, des tranches minces de porc, des fruits. Au commissariat, le document est prêt, signé. Nous revenons au campement où Marie va rester pendant que je repars avec Jacques et Melba pour la douane à la frontière. Nous nous arrêtons à Tumbes pour déjeuner dans une pâtisserie qui fait aussi de la petite restauration. Je choisis des chicharrones de porc, bon mais peu copieux. Nous atteignons la frontière où nous déposons le dossier de demande de suspension du permis d’importation. Il faut attendre qu’il soit transmis au chef, puis celui-ci nous prie de patienter une heure, passée au café en discutant entre nous. La secrétaire du chef me réclame mon passeport puis me le rend sans la feuille volante délivrée par les services de l’immigration et me soutient mordicus qu’elle ne l’avait pas eue et que j’ai dû la perdre à l’extérieur. Je vais vérifier qu’elle ne traîne pas dehors, avant que Melba ne me la rapporte, retrouvée dans le bureau du chef… Encore une attente avant que l’on ne me remette le précieux document signé du chef ! Nous rentrons au campement et je retrouve Marie. Je tente de me connecter pour confirmer le vol de retour mais internet ne fonctionne pas… Plus tard, la connexion est rétablie et nous pouvons vérifier que nous sommes toujours sur le vol prévu et écrire à quelques personnes.

Mardi 6 décembre : Rien au programme de la journée ! Cela ne nous était pas arrivé depuis longtemps… Et nous ne pouvons plus utiliser le camion désormais immobilisé au campement. Nous prenons notre temps, petit déjeunons tardivement, lisons, réservons une chambre au Kamana, l’hôtel de Lima où nous avions déjà séjourné. Nous avons reçu un sms de Nicole qui n’a plus internet. Marie a voulu lui téléphoner mais elle ne répond jamais, puis nous n’avons plus de connexion ! Après déjeuner nous nous allongeons sur des lits de repos, à l’ombre, pour lire ou faire une sieste. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je me trempe dans l’eau fraîche puis le reste de l’après-midi se passe à attendre le coucher du soleil. Un couple de Sud-Africains avec un Toyota et une tente sur le toit vient s’installer à côté de nous. Le soleil couché, nous regagnons l’intérieur du camion avant de dîner.

Mercredi 7 décembre : Encore une fois réveillé dans la nuit, je tente de mettre le blog en ligne mais le wifi fonctionne mal et je renonce vite. Nous passons la matinée à lire dans les chaises longues, à tenter de dépanner le Sud-Africain qui a des problèmes avec son ordinateur et à guetter une amélioration de la liaison par internet. Jacques et Melba nous emmènent à Zorritos au restaurant El Brujo pour déjeuner. Nous festoyons : salade (en fait un ceviche) de crabe, un sudado de poisson, une sorte de bouillabaisse, et un tacu tacu, un filet de poisson mélangé à du riz, des œufs et une sauce aux fruits de mer. Rien de vraiment gastronomique mais différent de la cuisine habituelle et bien sûr très copieux mais aussi plus cher. Nous sommes en bonne compagnie, Jacques et Melba sont agréables et sympathiques et nous pouvons causer de tout ! 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous revenons en faisant halte dans une épicerie-bistrot où nous prenons des glaces mais ce sont des bâtonnats et non des sorbets. Le campement s’est rempli, des Français avec un gros camping-car, pas curieux, et deux couples d’Américains. Le reste de l’après-midi se passe à profiter du wifi réparé pour finir de mettre à jour le blog puis à lire au soleil.

Jeudi 8 décembre : Dès que nous sommes debout, nous occupons la chambre que nous avons réservée pour ce soir et commençons à vider le camion. Les lessives s’enchaînent, duvets et linge. Nous trions les vêtements, ceux que nous rapportons, ceux que nous laissons dans le camion et ceux que l’on jette (Marie a toujours autant de mal à se séparer de ses chaussures…). Je commence les sacs, vite pleins avec tout ce que nous rapportons. Nous déjeunons avec le plus mauvais jambon du voyage mais dans une semaine nous en aurons du meilleur ! Ensuite nous nous attaquons au nettoyage de l’intérieur du camion puis nous replaçons dedans ce qui doit rester. Quand nous en avons terminé, il est près de 16 h. je vais me tremper dans l’océan puis nous lisons en attendant le coucher du soleil. Nous allons dîner chez Jacques et Melba. Elle nous a préparé un aji de gallina. Nous regagnons la chambre pour cette dernière nuit à Zorritos.

Vendredi 9 décembre : Nous avons passé une bonne nuit dans un vrai lit et nous ne sommes pas pressés d’en sortir. Melba nous apporte le petit-déjeuner, pris face à la mer puis je finis de remettre dans le camion ce qui doit rester et je vais le remiser sous une auvent, à côté de la maison. Batterie débranchée, il va hiberner quatre mois. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je règle les comptes avec Melba, sans surprise. Nous lisons jusqu’à l’heure de déjeuner avec nos restes de jambon. Il est vraiment temps que nous retrouvions du VRAI jambon ! Sieste puis nous portons les sacs dans le garage et à trois heures, Jacques nous emmène à Zorritos, à l’agence de la compagnie de bus. Nos sacs sont enregistrés puis nous attendons l’arrivée de notre vaisseau. Il a un peu de retard mais qu’importe, seule compte désormais l’heure d’arrivée à Lima. Nous sommes au niveau supérieur où nous disposons de très confortables fauteuils, comme nous aimerions en avoir dans l’avion, inclinables à 180°, avec écran vidéo individuel. Nous longeons la mer, repassons une fois de plus devant Swiss Wassi et continuons entre la mer et le désert. Nous subissons un premier contrôle de police où les pièces d’identité de nos compagnons de voyage sont épluchées. Puis, quelques kilomètres plus loin, nouvel et long arrêt qui ne manque pas d’énerver Marie. Nous devons descendre pour une inspection des douanes. Le soleil, rouge dans la brume de mer, se couche. On nous sert un repas, une salade de pomme de terre relevée et un curry de boeuf haché avec un verre d’eau. Extinction des lumières et début d’une longue nuit.

Samedi 10 décembre : Le fauteuil s’incline bien mais pas complètement, et surtout je dois dormir en chien de fusil, faute de place suffisante. Je m’endors sans difficulté malgré les cahots de la route. Réveillé peu après six heures, à la hauteur de Chimbote, j’aperçois entre les rideaux tirés le paysage, toujours aussi désertique, de plus en plus de sable même sur des montagnes complètement pelées. Les villages, les petites villes traversées, sont d’une tristesse infinie, perdues dans des ruelles ensablées, des masures cubiques en briques ou en parpaings, inachevées, dont  les murs servent de panneaux publicitaires pour les partis politiques et leurs dirigeants. Aucune trace d’harmonie, aucune trace de Beau. Les fourmis, les abeilles, les tisserins font mieux dans leurs constructions ! Parfois une oasis, canne à sucre ou vergers, laisse imaginer un développement possible. On nous sert un petit déjeuner tardif, quelques petits pains, beurre et confiture et même du thé ! Notre bus se traîne et semble peiner dans les montées, nous désespérons d’être à Lima à midi comme nous l’espérions. Les derniers kilomètres avant la capitale se font en corniche au-dessus de la mer, à flanc de dune ou plutôt d’une montagne ensablée qui menace de recouvrir la route à la première occasion. Lima se devine à son interminable banlieue, suite de cabanes en dur qui s’accrochent aux pentes des montagnes, à peine discernables du sable. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Puis ce sont des immeubles sans aucun attrait, commerces de survie où s’agite une population sans espoir d’amélioration de leur quotidien. Nous nous traînons dans les embouteillages jusqu’à atteindre le centre-ville. Après deux heures de navigation par à-coups, nous arrivons au garage de la compagnie. Nous sautons aussitôt dans un taxi qui nous dépose à trois heures, au Kamana, l’hôtel où nous avions réservé, dans le centre. Nous prenons une chambre sur le devant, malgré le bruit, moins triste que celles qui donnent sur un mur. Nous avons faim et descendons déjeuner tardivement au restaurant de l’hôtel. Menu avec ceviche et riz aux mariscos, copieux, pas cher et bon. Nous remontons faire la sieste et regarder TV5 Monde… Je commence à avoir faim, au contraire de Marie qui n’a pas très envie de bouger. Je la décide à sortir à huit heures. Nous rejoignons la rue piétonne envahie par une foule débonnaire venue en famille découvrir les illuminations de Noël. Entre deux rangées de commerces modernes, nous atteignons la Plaza de Armas dont quelques-uns des beaux balcons sont couverts d’illuminations de fête. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Un sapin stylisé, des rennes et un arbre réalisés en leds scintillent pour la plus grande joie des gens qui se prennent en photo devant. Dans une chapelle de la cathédrale, se déroule un grand mariage avec famille et amis endimanchés et avec une interminable limousine. Nous revenons en cherchant un restaurant, je compte sur deux établissements aperçus en venant, ils sont fermés quand nous repassons. Nous rentrons à l’hôtel sans avoir dîné, ce qui ne dérange que moi

Dimanche 11 décembre : Une bonne nuit, encore une fois dans un vrai lit. C’est dimanche, il y a très peu de circulation donc pas de bruit dans la rue. Nous descendons prendre le petit déjeuner, classique, très correct. Nous remontons dans la chambre, le temps de nous décider sur le programme de la journée. Nous partons dans les rues désertes, passons devant le portail churrigueresque très chargé de l’église San Agustin dont l’intérieur n’a aucun rapport avec l’exubérance du portail. Nous remontons la rue Ucayali où se rencontrent beaucoup de maisons, pas forcément anciennes, pourvues au premier étage de balcons-loggias en bois, qu’en d’autres continents on appellerait moucharabiehs. Tous ne sont pas des chefs-d’œuvre mais font le charme de cette ville dont il reste peu de bâtiments des siècles passés après tant de séismes. Je n’avais d’ailleurs pas souvenir d’autant de ces éléments architecturaux.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous atteignons l’Eglise San Pedro, ouverte en ce dimanche. La nef est sans grand intérêt mais les bas-côtés sont une succession de chapelles avec des retables dorés, chérubins et décor floral délirant qui ne s’arrêtent qu’au plafond, presqu’à regret ! La messe se termine quand nous y sommes, la foule des fidèles, moins dense, nous semble-t-il, qu’en Equateur ou en Colombie se disperse, quelques-uns apposent leur main sur une statue du Christ… Nous visitons une Maison de la Culture, installée dans un ancien palais, plus pour ses toilettes que pour les expositions de peinture ou de photos qui y sont présentées. A côté, le Palais Torre Tagle, siège du Ministère des Affaires Etrangères, est une superbe bâtisse avec de magnifiques balcons sculptés et où on peut entrer admirer le patio et ses décorations sur bois ou en stuc. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous revenons vers la Plaza de Armas où une fanfare militaire joue des airs martiaux dans la cour du Palais Présidentiel dans l’attente de la relève de la Garde. En attendant ce grand moment que Marie tient à voir, nous passons à l’Office du Tourisme. L’employé étant trop occupé, nous retournons devant les grilles du Palais Présidentiel où des soldats d’opérette marchent au pas de l’oie tandis que la fanfare produit des canards… Je laisse Marie à ses plaisirs militaires et vais vérifier l’existence et l’ouverture du restaurant El Mirador de Chabuca. Je la retrouve pour assister aux derniers ébats des marionnettes galonnées puis après être passés chercher une collection de prospectus à l’Office du Tourisme, nous allons déjeuner au restaurant cité. Devant, au centre d’une sorte d’arène, des couples d’anciens, plus de femmes que d’hommes, dansent avec conviction sur des airs de cumbia. Nous avons une table sur l’étroit balcon avec une vue sur le quartier populaire de Rimac et en arrière sur la colline de San Cristobal couverte de masures misérables et colorées qui ne peuvent être ignorées des fenêtres du Palais Présidentiel.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous régalons avec un tiradito de poisson, une variante du ceviche, sans oignons, dans trois sauces relevées, un trio de causas, des pommes de terre réduites en purée et farcies, une avec des crevettes, une avec du crabe et la dernière avec du poulpe haché, et pour finir un chicharrones mixto de fruits de mer. Des  bières artisanales, très goûteuses, complètent le menu. Le ventre bien plein, nous allons visiter le musée-couvent de Santo Domingo. Après une première salle au magnifique plafond en cèdre, on accède à un grand cloître dont les murs et la base des piliers sont couverts d’azulejos multicolores, à motifs floraux mais aussi avec des représentations de femmes dont les appâts naturels laissent imaginer une certaine ignorance de la morphologie féminine de la part des moines, commanditaires de ces carreaux !

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

De grandes et plutôt jolies peintures religieuses couvrent le haut des murs. La salle capitulaire renferme de magnifiques exemples de chaires et sièges en bois sombre. Un second cloître a beaucoup moins de charme. La bibliothèque renferme une belle collection d’ouvrages que nous ne pouvons pas approcher. Je monte au sommet de la tour par un escalier que je trouve bien vertigineux, pour ne voir que des toits plats et les quartiers misérables sur les collines environnantes. Après avoir admiré les superbes balcons du Palais Osambela, fermé, nous rentrons à l’hôtel. 

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Je dois visiter plusieurs distributeurs de billets avant de pouvoir renflouer le porte-monnaie. Une bonne sieste nous amène jusqu’en fin de journée. Nous ressortons, empruntons la rue piétonne en direction de la Place San Martin. Il y a toujours autant de monde dans cette artère dévolue aux fast food et aux commerces « branchés ». Les cinémas ne projettent aucun film visible… La Place San Martin est entourée de grands immeubles classiques mais son intérêt, pour nous, est l’Hôtel Bolivar où nous avions bu un pisco sour lors de notre premier passage… Le Bolivar n’est plus un palace mais nous nous satisfaisons de son bar qui n’a pas grand charme mais où nous commandons deux pisco sour catedral. Dès que nous avons bu la première gorgée, nous savons que nous avons atteint le Nirvana ! Le degré d’alcool est plus que satisfaisant, la quantité est très correcte, rien à redire… Nous devrons y revenir avant de partir ! Nous allons dîner dans la parillada d’une chaîne, rien de bien fameux, avant de regagner l’hôtel, difficilement pour Marie, légèrement éméchée…

Lundi 12 décembre : Nous partons plus tard que la veille. Nous repassons devant le beau Palais Osambela, fermé hier, mais aujourd’hui le gardien nous laisse entrer et nous fait visiter quelques salons dont la bibliothèque de l’académie de médecine. L'intérieur ne vaut pas l’extérieur. Nous passons à la poste, le timbre pour les cartes postales est à 2 euros, nous en envoyons trois après avoir décliné nom, prénom et numéro de passeport ! Nous nous retrouvons sur la Plaza de Armas et allons visiter la cathédrale transformée en musée religieux. Toutes les chapelles latérales ont un retable, baroque ou néo-classique. Certains sont très beaux avec des statues pleines de mouvement, la polychromie a parfois disparu sous les couches de vernis et les colonnes sont alors d’un noir profond. Un musée est installé dans la sacristie et les salles attenantes, on y trouve des tableaux dont une série sur les signes du Zodiaque avec des scènes qui paraissent incongrues au Pérou. D’étonnantes crèches anciennes, pleines de minuscules personnages, dont une scène m’évoque le « Jardin des Délices » de Bosch, sont présentées avec des chasubles et divers instruments religieux en or, argent et pierres précieuses.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Le billet donne droit à la visite du Palais Archiépiscopal voisin, celui avec de beaux balcons. Le rez-de-chaussée est occupé par des peintures qui sont autant d’occasion de faire du prosélytisme… A l’étage, des salons et les pièces qu’occupe à l’occasion l’archevêque, fauteuils et divans confortables où on imagine bien de gras prélats siroter un chocolat chaud. Rien de bien intéressant… Nous allons déjeuner au Cordano, un restaurant très ancien, sans décoration ou presque mais il paraît que c’est une institution. Nous y mangeons médiocrement, sans doute à cause de nos choix : un cabrito servi à peine réchauffé, sans goût particulier et un picante de mariscos pas assez relevé à mon avis. La Plaza de Armas est bouclée, interdite aux voitures sans que nous sachions pourquoi. Nous devons marcher jusqu’au carrefour suivant pour prendre un taxi qui, après nous avoir fait traverser des quartiers dont toutes les maisons sont protégées derrière de hautes grilles pourvues de barbelés dissuasifs et même de clôtures électrifiées, nous dépose au Musée Larco. Une grande demeure installée dans un magnifique jardin à l’exubérance fleurie, les bougainvillées débordent des murs et des parterres entre d’étonnants cactus (?).

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Dans les salles maintenues dans une pénombre qui met en valeur les pièces exposées, est présentée une extraordinaire collection de céramiques des civilisations précolombiennes. Ces cultures Mochica, Chavin, Nazca, Paracas, Chimú, etc…qui ont précédé les Incas, avaient atteint un très haut degré de développement avant de disparaître et d’être oubliées avant d’être redécouvertes. Puis ce sont de superbes textiles anciens des Paracas qui enveloppaient les momies. Les dernières salles sont consacrées aux métaux et surtout aux bijoux en or et en argent qui paraient les nobles. Une dernière salle, au rez-de-chaussée présente des céramiques à représentations érotiques, sans grande imagination... (?).

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous dirigeons vers la Plaza de Armas, rendue à la circulation, et continuons en direction de la Casa de la Literatura Peruana pour y contempler un patio à colonnes couvert d’une verrière. Nous nous dirigeons ensuite vers San Francisco. A l’approche de l’heure de la relève de la garde devant le Palais Présidentiel, les grilles qui barrent les rues en direction de ce dernier se sont refermées, nous pouvons sortir mais plus personne n’entre. Peut-être pour éviter la répétition de la manifestation que nous avions vue devant le palais à l’issue de la relève, lorsque quelques dizaines de personnes avaient lancé des tracts et crié des slogans. Sur la place de San Francisco, une fontaine où s’abreuvent les nombreux pigeons qui nichent sur les corniches et moulures de cette belle église. C’est là que nous commençons notre visite. Elle est pleine de fidèles, hommes et femmes nettement séparés dans les rangs, tous de pauvres gens, les laissés pour compte de la société liménienne qui applaudissent bien fort le discours du prêtre puis qui font la queue pour être aspergés d’eau bénite. Là aussi les chapelles sont d’un intérêt variable mais les retables occupent tout l’espace qui leur est dévolu alors que la décoration intérieure de l’église est formée de larges lignes très marquées en rouge sur le fond blanc.

TRANSAMERICA (3.5.- Pérou)

Nous nous rendons ensuite au couvent voisin. Nous devons patienter quelques instants pour la visite obligatoirement guidée sous la conduite d’une jeune personne qui se moque bien que nous ne comprenions rien à son discours débité à toute allure et qui s’en justifie par le temps qui lui est alloué : 45 minutes ! Nous parcourons, sans avoir le temps de nous attarder pour profiter des lieux, le cloître, diverses pièces et les catacombes, en fait un ossuaire où crânes et tibias ont été soigneusement rangés. Nous ressortons frustrés et allons nous en consoler au restaurant Cesar avec un ceviche et un chicharron de crevettes pas assez copieux à mon goût. En revenant à l’hôtel, en passant par la rue piétonne, nous assistons à une manifestation peu fournie, en soutien à des justiciables, vite dispersée par des policiers équipés en conséquence… Nous sommes à la recherche de bouteilles de pisco mais les supérettes sont inexistantes et les débits de boisson ne vendent que des sodas et des jus de fruits. En face de l’hôtel, là où nous nous ravitaillons en eau, je trouve du pisco. Nous confirmons nos places sur le vol de demain, sans pouvoir changer les sièges, du moins sans payer de supplément. Nous relisons et je mets en ligne le blog puis nous avons un inattendu message de Silvia, très aimable, contente de nous revoir. Elle nous téléphone peu après et nous convenons de nous voir demain midi. Nous retournons au Bolivar pour un dernier pisco sour que nous accompagnons de deux assiettes d’amuse-gueules, des brochettes de crevettes et de bonnes saucisses épicées. L’effet sur Marie est moindre, sans doute un début d’acclimatation…

Mercredi 14 décembre : Dès que nous sommes debout nous refaisons les sacs puis nous descendons prendre un dernier petit déjeuner. Nous remontons dans la chambre regarder à la télévision une émission sur les pâtisseries parisiennes avant l’heure de libérer la chambre. Nous attendons ensuite l’arrivée du chauffeur envoyé par Silvia. Il est là à onze heures, avec une belle berline confortable. Nous traversons une partie de Lima et une demi-heure plus tard, nous sommes, avec une heure d’avance, devant le restaurant Tanta où nous devons retrouver Silvia. En l’attendant nous examinons la carte. Cuisine un peu prétentieuse dans un cadre chic, limite snob. Arrivée de Silvia que nous n’aurions pas reconnue, plus grande que dans notre souvenir, élégante et souriante. D’entrée nous précisons les prétentions du chauffeur et abandonnons l’idée de nous faire conduire à Miraflores puis à l’aéroport, vu ses tarifs. Nous retenons l’idée de retourner avec armes et bagages à l’hôtel, puis d’en repartir plus tard avec un taxi. Nous refaisons connaissance, Silvia est désormais professeur de français et de traduction à l’Université et aussi interprète-traductrice pour des sociétés internationales et bien d’autres activités. Nous déjeunons, moi d’un ceviche très ordinaire, Marie de bons tequeños, des rissoles farcies avec de l’aji de gallina, servies avec du guacamole. Pour finir nous partageons deux desserts, un opéra chocolat-lucuma, un fruit péruvien, et une torta de limon. Nous réglons l’addition, Silvia prend à sa charge notre transport depuis l’hôtel. Le chauffeur revient nous chercher, Silvia nous annonce qu’il veut 70 soles pour nous ramener à l’hôtel ! Tarif qui nous paraît exorbitant… Nous faisons nos adieux en promettant de nous écrire. Nous repartons en faisant la gueule au chauffeur qui tente de justifier ses tarifs par le confort et la sécurité de sa berline. Lui si bavard, tombe sur un mur, n’obtenant de notre part que quelques borborygmes en réponse. Il nous propose de nous conduire de suite à l’aéroport ce qui apparaît vite comme une idée envisageable, vu le temps mis pour traverser les quartiers commerçants encombrés. Nous finissons par nous mettre d’accord pour un total de 100 soles, tout ce qui nous reste et, alors que nous étions presqu’arrivés à l’hôtel, nous enchaînons en direction de l’aéroport. Nous y sommes à 16 heures, ce qui nous laisse plusieurs heures d’attente. Bien que déjà enregistrés, nous devons repasser par un comptoir pour déposer les bagages puis Marie bénéficie d’un fauteuil roulant, ce qui nous permet d’éviter les attentes aux contrôles. Nous embarquons dans un avion entièrement plein avec pour voisin un jeune muet, vite endormi. Le repas est servi après le décollage à l’heure prévue, rien de remarquable, les compagnies aériennes rognent désormais sur tout, plats tout juste dignes d’un restaurant universitaire et sièges plus chers si on souhaite avoir un peu plus de place pour les jambes… Je somnole, lis Le Monde, renonce à visionner un film fautes d’écouteurs performants. Nous survolons dans la nuit le Pérou puis le Brésil et le Vénézuela.

Jeudi 15 décembre : Les heures passent lentement, pas question de dormir aussi bien que dans un bus ! Un petit déjeuner nous est servi alors que nous survolons l’Angleterre, peu avant de nous poser à Amsterdam dans un épais brouillard. Le service de transfert des personnes handicapées est étrangement mal conçu, il faut marcher entre deux chariots, en changer à chaque étage. Nous attendons ensuite dans un salon l’heure de nous rendre en salle d’embarquement. Nous en repartons dans un chariot, sorte de petit train électrique, comme des touristes, qui doit faire du 5 km/h dans les descentes mais il faut attacher une ceinture de sécurité ! Nous embarquons et décollons avec un léger retard. Un petit sandwich au thon nous est servi en guise de dîner. Je commence à avoir des visions de saucisson… Après un parcours folklorique avec fauteuil roulant, ascenseur et même camionnette pour parcourir 50 mètres, nous retrouvons Julie qui nous ramène chez elle où un délicieux fuet nous attend et finit rapidement au fond de nos estomacs…

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 01:51

Mercredi 16 novembre : Pour la seconde nuit, nous avons dormi avec le toit baissé pour ne pas avoir froid. Nous nous réveillons avec un soleil qui réchauffe le camion et ses occupants. Nous traversons Ipiales et quelques kilomètres plus loin, nous sommes à la frontière. Nous devons faire une longue queue pour atteindre l’un des deux seuls guichets ouverts sur les huit prévus, dont un pour handicapés et femmes enceintes, fermé lui aussi. Quand c’est notre tour, le passeport est tamponné en quelques secondes puis je donne la feuille d’importation temporaire sans qu’elle soit vérifiée ni même que le camion soit visité ! Nous aurions pu sortir du pays sans le moindre contrôle ! De l’autre côté du pont sur le ruisseau qui marque la frontière, côté équatorien, c’est tout aussi peu sérieux : nous pourrions entrer sans la moindre formalité… Le contrôle d’immigration est plus rapide, la délivrance d’un document d’importation temporaire pour le camion demande plus de temps. J’avais changé mes derniers pesos contre des dollars au poste colombien, je m’aperçois qu’il manque trente dollars au total. Je retourne au poste colombien, retraversant la frontière, sans qu’aucun policier n’en soit perturbé… Je récupère mes trente dollars sans discussion et nous pouvons partir. Nous voici en Equateur, je suis soulagé que tout se soit passé sans anicroche. Nous allons au centre de la première ville, Tulcan, tout de suite après la frontière. Son cimetière est une curiosité : les tombes, classiques ou enfeux, sont réparties en quartiers, séparés par des rangées de cyprès taillés en forme de personnages, d’animaux, d’oiseaux etc… 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous apprécions de rouler sur une bonne route, large, souvent à deux voies séparées, peu de camions et pas de motos dans les agglomérations, quelle différence ! Nous sommes dans un paysage andin classique avec des collines couvertes d’un patchwork de champs avant de descendre dans une vallée tropicale où nous retrouvons cactus et champs de canne à sucre qui ondoient sous le vent. Nous remontons à plus de 2000 mètres dans des montagnes pelées avant de parvenir à Ibarra. Nous nous rendons aussitôt au campement Sommerwind, au bord d’un lac, tenu par des Allemands, point de passage obligé pour tous les voyageurs. Une meute de chiens nous accueille puis une Américaine nous fait les honneurs du lieu. Nous pouvons nous installer sur une pelouse, profiter de sanitaires impeccables, d’un wifi performant qui nous permet de téléphoner à Julie avant qu’elle ne parte au Mexique et faire un brin de toilette au camion. Nous faisons une lessive puis nous tentons d’établir un programme pour visiter l’Equateur et être le 5 décembre au Pérou.

Jeudi 17 novembre : Bonne nuit, au calme, à part quelques chiens qui tiennent à se manifester. Nous ne sommes pas pressés, sans grand programme pour la journée. Nous procédons à un nettoyage de l’intérieur du camion qui en avait bien besoin puis à des rangements et à quelques bricolages. Un Allemand, avec un énorme camion, qui connaît bien le pays, nous confirme qu’il est tout à fait possible de laisser le camion plusieurs mois en gardiennage, cela remet en question notre intention de continuer jusqu’au Pérou. Nous nous rendons en ville et commençons par rendre visite à un supermarché. Nous retrouvons les mêmes marchandises qu’en Colombie avec peut-être plus de choix. Il semble qu’il y ait une importante colonie d’étrangers installés en Equateur d’où certains produits en rayon. Nous allons ensuite nous garer dans le centre et allons déjeuner dans une parillada argentine. En écoutant Carlos Gardel qui nous donne la nostalgie des milongas de Buenos Aires, nous dégustons d’excellentes viandes : un énorme steak saignant, des côtes de porc dont une fumée, et un assortiment de saucisses et de boudins. Nous en ressortons l’estomac bien plein… Nous passons dans une agence de voyage nous renseigner sur les Galapagos, le prix est intéressant mais ce ne serait pas une croisière. Nous allons voir la peu intéressante cathédrale sur une belle place, puis sur une autre, l’Eglise de la Merced dont nous nous contenterons d’apercevoir le retable doré depuis le porche, pour cause d’enterrement… Nous allons ensuite poursuivre notre journée gastronomique par une visite à un glacier où nous nous régalons avec des sorbets au corossol que nous n’avions plus dégustés depuis Dakar, et aux fruits de la passion. Nous reprenons le camion pour monter à un mirador d’où nous avons une vue, d’un côté sur Ibarra, décidément une ville sans charme, et de l’autre sur le lac.

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Nous terminons le tour du lac et regagnons le camping. Le patron est rentré. Il nous confirme que nous pouvons légalement laisser plusieurs mois le camion chez lui mais je dois prendre un visa de 180 jours qui coûte 450 $ ! Cela demande réflexion et remet à l’ordre du jour la possibilité de nous rendre aux Galapagos. Je tente de joindre des agences de voyage mais le wifi est très faible. Avant de dîner, je m’aperçois, pour la seconde fois dans la journée, que l’un des placards est plein d’eau. Je découvre que la vidange de l’évier est cassée au niveau du tuyau d’évacuation. Je tente de réparer en utilisant le collier de serrage mais la longueur disponible est insuffisante et après plusieurs vaines tentatives, je renonce et pense alors coller les éléments, mais la colle a disparu. Je vais demander à l’ « Allemand » qui vient voir le problème, constate que le pvc est très usé et qu’un collage ne servira à rien mais il promet de m’aider à trouver une solution demain. Pour me réconforter, nous prenons un apéritif mérité avant de dîner.

Vendredi 18 novembre : Mal dormi, celui qui draguait une Colombienne est resté causer avec elle tard dans la nuit puis quelques brefs airs de musique ont retenti. Nous commençons à nous préparer à partir quand l’ « Allemand » vient me dire qu’il a la solution et qu’il va s’en occuper. Effectivement je le retrouve en train de tailler un filetage dans un raccord de tuyaux puis de le chauffer pour l’écraser afin de réaliser une collerette mais cette dernière, trop grossière, mal placée, en dépit d’un joint plat, ne permet pas d’assurer l’étanchéité et, semble-t-il vexé, notre « intervenant » se résout  à coller le raccord sur l’évier, ce que je voulais faire hier soir… Entretemps j’ai modifié le branchement du gonfleur, la prise allume-cigare ne fonctionnant plus, et je peux rétablir la pression dans le pneu arrière gauche qui perd toujours un peu. Je retrouve les cartes-mémoire qui étaient dans la sacoche de l’appareil photo et que notre voleur a eu la délicate attention de retirer pour nous les laisser, qu’il en soit ici remercié… Il est presque midi quand nous en avons terminé de nous préparer et après avoir vainement tenté d’offrir une bière fraîche à notre dépanneur et à sa femme, nous décidons de déjeuner avant de partir. Nous traversons longuement Ibarra et au terme d’une montée, nous passons sans le village de La Esperanza, au pied du volcan Imbabura perdu dans les nuages. Nous le contournons sur une route à très faible circulation, au milieu des alpages. Nous allons trop loin et revenons au carrefour non signalé, en emmenant une dame replète. La route secondaire, en très bon état mais étroite et avec des courbes serrées nous amène au lac San Pablo que nous contournons avant de retrouver la Panamericana, au sud d’Otavalo. Moment historique : nous achevons de traverser l’Amérique du nord au sud puisqu’en 2007 nous avions relié Ushuaïa à Otavalo et que nous arrivons d’Alaska ! Nous traversons Otavalo, cherchons un emplacement de bivouac, un grand parking est bien éloigné du centre, un autre où nous nous installons, est tout près du marché artisanal où nous allons traîner en fin d’après-midi. Nous revoyons les Indiennes avec des corsages brodés colorés, un châle bleu ou blanc jeté sur l’épaule par-dessus une jupe longue indigo, un tissu plié sur la tête et un collier de perles dorées autour du cou.

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Les hommes ont de beaux cheveux noirs tressés en queue de cheval et un chapeau dessus. 

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Les marchands plient leurs étals mais nous avons encore le temps de chercher des idées de cadeaux à rapporter. Nous revenons au camion pour une nuit que nous espérons point trop bruyante…

Samedi 19 novembre : Nous ne pouvions pas espérer, garés à proximité du marché artisanal, avoir une nuit sans bruit, néanmoins ils étaient assourdis et très supportables jusqu’à cinq heures du matin quand un camion est venu décharger des marchandises à côté de nous en laissant sa radio, dix minutes seulement, mais nous étions réveillés. Nous commençons la journée sous un ciel gris mais le soleil va s’installer tout doucement. Le marché artisanal est beaucoup plus fourni que la veille, les camelots ont envahi les rues et proposent tissus, ponchos, bibelots, etc… pour les touristes. Marie, toujours en quête de cadeaux à rapporter, commence à s’y intéresser de près. Nous enfilons une rue en direction du marché aux produits d’alimentation, les étals pour touristes disparaissent, remplacés par des articles de confection ou des chaussures pour les locaux. Indiennes et Indiens dans leurs tenues traditionnelles flânent, discutent et se moquent d’être pris en photo. 

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Les touristes sont encore peu nombreux, ils arriveront quand nous partirons, amenés en bus de Quito. Le marché aux fruits et aux légumes est plus coloré, beaucoup de marchandes ont adopté un tablier peu exotique. Sous la halle, des gargotes servent à manger et des porcs entiers, rôtis, dorés, la peau craquante, la gueule béante, attendent l’amateur. 

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Je commence à avoir faim… Des petites Indiennes, beaucoup sont vraiment de très petite taille, la peau cuivrée, parcheminée, sans âge, vendent des herbes, des bottes d’oignons, à même le trottoir. Plus loin, ce sont les échoppes de corsages brodés qui tentent jeunes filles et jeunes femmes à la natte serrée dans un ruban tissé.

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Puis vient le moment des achats, toujours long et pénible devoir. Marie hésite, ne sait pas se décider et encore moins discuter mais finit par obtenir ce qu’elle veut. C’est donc chargés de sacs que nous reprenons le camion. Nous passons au marché aux bestiaux mais il est bien trop tard, nous aurions dû nous y rendre au début et il n’y a plus que quelques cochons qui font la tête… Nous repartons sur la Panamericana jusqu’au site de la ligne équatoriale. En fait, il y en a deux à quelques mètres l’un de l’autre. Au premier, une mappemonde en ciment coloré (celle de la photo avec Jacques Cornet et Henri Lochon ?) marque le franchissement d’un hémisphère à l’autre mais le GPS indique l’autre comme la position réelle de la Ligne. 

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Là, il faut acquitter un droit de 2 dollars par personne pour avoir le droit de poser pour la photo devant une obélisque ridicule ! Nous déjeunons sur le parking puis, après quelques kilomètres en montagne, nous atteignons Quito... Nous suivons une large avenue qui nous amène droit dans le centre de la ville nouvelle. Nous trouvons l’Hostal Zentrum, tenu par Gerd un Allemand hors d’âge, avec qui je communique dans un mélange d’allemand, d’anglais et d’espagnol. Nous pouvons nous garer dans le petit jardin, profiter des installations et du wifi. Nous sommes rejoints par la suite par deux autres véhicules de voyageurs. Après un temps de repos, après avoir lu le sms de Julie, bien arrivée à Guadalajara, nous allons faire un tour à pied dans le voisinage. La Place Foch est le centre de l’activité nocturne avec une multitude de bars, de cafés avec terrasse et de restaurants. Il est encore un peu tôt mais le volume sonore promet une nuit agitée au voisinage. Marie découvre des écharpes qui ne peuvent lui échapper et pour obtenir un rabais, en achète deux ! Nous rentrons au camion et essayons de décider le programme des deux jours à venir à Quito.

Dimanche 20 novembre : Le toit baissé, nous n’avons pas entendu trop le bruit de la circulation mais dès que nous le soulevons, le trafic des bus est pénible. Notre hôte, Gerd, ne semble plus pressé de nous appeler un taxi, alors que la veille il était prêt à le faire. Nous insistons et il nous en hèle un dans la rue. Après une course dans les avenues désertes, le taxi nous dépose à deux pâtés de maisons de la Plaza Grande. Les rues du centre sont piétonnisées le dimanche et elles ont envahies par les badauds, des familles venues se promener ou se rendre à la messe dans l’une des églises historiques du centre. Nous retrouvons cette place qui dans mon souvenir se mélangeait avec celle de San Francisco. Des retraités se réchauffent au soleil, assis sur les bancs, sous les arbres et les palmiers. 

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Nous visitons la cathédrale. Superbe plafond de bois et belle collection de tableaux de l’école de Quito dont de nombreux de Bernardo Rodriguez, aux couleurs vives et fraîches. Quelques-uns sont curieux : une Nativité avec un Enfant Jésus veillé par un cheval et un lama, une Cène avec un Christ s’apprêtant à souper d’un cuy (pour 13 !).

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Nous nous rendons ensuite à l’Eglise de la Compañia, ouverte pour la messe qui débute dans un quart d’heure. On nous laisse entrer mais à l’intérieur un garde-chiourme veut à tout prix que nous ressortions. Nous parvenons tout de même à remonter une travée, en prenant même quelques photos (interdites !) à la sauvette, avant de nous faire expulser de cette magnifique église aux dorures qui couvrent murs, piliers et plafonds, avec des confessionnaux superbes qui doivent inciter à révéler des péchés imaginaires, simplement pour y passer plus de temps… 

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A l’intérieur du portail, un trompe-l’œil rétablit la symétrie avec un véritable escalier en colimaçon. Une église digne des plus belles du Mexique. Mécontents d’en avoir été chassés, nous marchons trop loin et devons revenir sur nos pas pour retrouver la belle place de San Francisco qu’hélas, nous découvrons à demi saccagée par la construction du métro ! L’église et le couvent en forment toujours un des beaux côtés mais la perspective avec les autres maisons anciennes des autres côtés est pour le moment masquée.

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La messe se déroule dans San Francisco mais nul ne nous interdit de remonter les allées latérales et d’admirer l’extraordinaire richesse de sa décoration, toujours des dorures et des angelots éparpillés un peu partout sur les parois du chœur. La messe se termine, nous pouvons plus aisément vaquer entre les nefs, nous étonner de l’affluence et de voir quelques fidèles poser la paume de leur main sur un portrait du Christ. 

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De très nombreux fidèles restent après la messe pour continuer de chanter ! Du musée du convent adjacent, nous pouvons accéder à la tribune qui domine la nef et ainsi découvrir, derrière un grand Christ en croix, le plafond très ouvragé et l’autel principal. 

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Dans le musée est réunie une belle collection de tableaux de l’école de Quito dont nous ne retrouvons pas toujours dans les tableaux exposés, principalement de Bernardo Rodriguez et de Manuel Samaniego, les supposées caractéristiques : personnages métisses, fruits et animaux de l’Equateur. Les sculptures de Manuel Chili, dit Caspicara, des Vierges et des Archanges, sont étonnantes de réalisme et de somptuosité.

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Nous remontons ensuite une rue sur laquelle débouchent d’autres rues en pente, bordées de belles maisons aux façades dans des tons pastel, qui vont se perdre dans les hauteurs de la ville. Nous atteignons l’Eglise de la Merced, elle aussi pleine de fidèles en attente de la messe qui va commencer. Peut-être certains jouent-ils sur le décalage horaire des messes et accomplissent-ils un parcours religieux… Là aussi, la richesse de la décoration est stupéfiante, la chaire avec ses atlantes, les orgues de part et d’autre de la nef, le revers des portes entièrement peint d’une scène où des fidèles agenouillés reçoivent un dais (?) descendu du ciel par des anges porteurs de trompettes. Un tableau à l’entrée représente une éruption volcanique au-dessus de Quito et une procession expiatoire. 

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Nous revenons déjeuner au restaurant Tianguez, en-dessous du parvis de San Francisco, une terrasse agréable s’il y avait moins de vent. Nous commandons un seco de chiva, un ragoût de cabri, la viande a mariné dans le jus de fruit de la passion, ce serait parfait si la quantité servie, malgré un prix modeste, ne plaçait pas le cabri dans les espèces protégées… Les crevettes au coco de Marie sont servies quasiment froides… Je commence à fatiguer, mon talon gauche me rappelle qu’il serait temps de s’arrêter mais nous ne sommes pas tous les jours à Quito… Dans une belle maison restaurée, la Casa Alabada, a été ouvert un superbe musée consacré à l’art des peuples équatoriens précolombiens. Le rez-de-chaussée est parfait ! Des objets soigneusement sélectionnés, placés dans la pénombre, éclairés discrètement, parlent de civilisations inconnues, Chorrera, Valdivia, La Tolita etc… dont nous ne savons pas grand-chose mais qui ont laissé des traces à l’égal des plus grandes œuvres d’art.

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Nous continuons un circuit qui nous fait passer par la petite rue de La Ronda, des maisons restaurées sans grand intérêt, toutes transformées en bars bruyants. Nous aboutissons à la Place Santo Domingo dont l’église est fermée et nous ne pouvons qu’apercevoir les dômes en céramique de son couvent. Il commence à faire froid et nous abrégeons le parcours prévu en ne nous rendant qu’au Théâtre Sucre. Nous allons prendre un pot à la terrasse d’un bar dont la patronne parle français. Elle a fait toutes ses études au lycée français et y a passé son bac, très surprise par notre mode de voyage qui lui paraît une véritable aventure. Nous lui donnons l’adresse de mon blog avec promesses de s’écrire… Nous y apprenons les résultats de la primaire de la droite, avec la défaite de Sarkozy et le résultat surprise de Fillon… Nous reprenons un taxi qui nous vante les charmes de Guayaquil, une seconde Miami, la ville de ses rêves. Nous retrouvons le camion et nous y enfermons pour essayer de nous réchauffer. Après nos devoirs accomplis, nous fêtons l’élimination de Sarkozy, sans pour autant nous réjouir du score de Fillon… Nous dînons rapidement, pressés de nous coucher et d’être au chaud…

Lundi 21 novembre : Beaucoup plus de circulation ce matin, assourdissante quand nous relevons le toit. Nous traînons, des infiltrations d’eau m’obligent à vérifier le fond du coffre droit, donc à tout en sortir. Comme je m’y attendais, il est rempli d’eau et le trou que j’avais percé pour l’évacuer s’est bouché. Nous partons en laissant couler le filet d’eau. Un taxi nous emmène à la station de teleferico qui doit nous amener à plus de 4000 mètres. L’Amérique du Sud est le pays des téléphériques, toute ville digne de ce nom se doit d’en avoir un ! Celui-ci est rapide, nous accomplissons l’ascension en compagnie d’un couple de sympathiques Allemands qui parlent tous deux français et ne manquent pas d’humour. Au cours de la montée, apparaissent, dans un ciel bleu trois volcans aux dômes enneigés, le Cotopaxi, l’Antisana et le Cayambe. Du sommet, nous dominons toute la vallée de Quito mais de si loin que nous sommes incapables de discerner la vieille ville dans l’enchevêtrement des quartiers. Un voile de brume brouille la vision des montagnes et bientôt les nuages viennent s’accrocher aux sommets des volcans, les dissimulant ou laissant croire qu’ils fument. 

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Nous redescendons, reprenons un taxi qui nous fait traverser la vallée dans sa largeur et nous dépose sur une colline à l’entrée de la Fondation Guyasamin. Nous devons intégrer une visite guidée, soit en espagnol, soit en anglais, pour déambuler dans la maison-musée de cet artiste qui fut aussi un très grand collectionneur d’art précolombien et d’art colonial. Le guide s’apercevant que nous ne l’écoutons pas et ne le comprenons pas, va chercher une dame qui parle français avec un très fort accent russe, ce qu’elle est ! Nous avons droit à une visite privée, assortie des commentaires personnels de cette dame, très cultivée et qui le montre un peu trop. C’est aussi une fervente de Poutine… Nous pouvons entrer dans l’atelier du peintre et jouir seuls de l’exposition en cours de montage. Nous sommes ébahis par la richesse des objets collectés, tous superbes, mis en valeur dans les pièces de la maison, mêlés à ses œuvres. Un raffinement inouï, pas une seule faute de goût, nous pourrions l’habiter aussitôt cette superbe demeure ! En contrebas a été construit la Capilla del Hombre. Une construction carrée surmontée d’une tour tronconique qui renferme les œuvres de grande taille du Maître, comme il est présenté. Nous apprécions ses œuvres peu colorées, sur des thèmes de la souffrance humaine,

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difficile tout de même de ne pas penser à Guernica. Nous nous laissons tenter à la boutique par une eau-forte, Reposo, pour quelques centaines de dollars, soigneusement emballée en vue de son futur voyage. Marie tient à ce que nous nous rendions à l’ancien musée, visité lors de notre première venue, mais il a disparu, tout a été transféré à la fondation, elle a du mal à en accepter l’idée… Nous n’avons pas encore déjeuné mais l’après-midi est avancée et nous avons du temps devant nous. Un taxi à l’entrée de la fondation nous assure que le Musée National est ouvert, contrairement à ce que nous avaient affirmé Guy et Marie-Jo. Il nous y dépose, il est fermé ! Marie n’est pas contente, nous n’avons plus d’idée de visite pour le temps qui reste. Nous décidons de rentrer à pied en passant par la place Foch. Nous trouvons un restaurant chinois, el Arbol de Oro, sans doute un des plus mauvais du genre. Nos plats de chaulafan, du riz frit, au porc pour Marie, aux crevettes pour moi, sont secs, peu garnis. Nous repartons, les assiettes aux trois quarts pleines… Nous passons à la place puis retrouvons le camion. Nous corrigeons le texte du blog.

Mardi 22 novembre : Nous nous réveillons un peu plus tôt car nous devons sortir de Quito, trouver un supermarché et être à l’entrée du Parc Cotopaxi avant 14 h. Nous quittons l’hostal sans avoir revu Gerd et cherchons notre chemin dans les avenues. Après un faux départ en direction du nord, nous nous dirigeons bien vers le sud en traversant tout le centre-ville puis les interminables banlieues, avant de retrouver la Panamericana que nous quittons à Machachi. Une route empierrée, étroite et bosselée, grimpe sur les contreforts du volcan qui apparaît bientôt. Son cône bien enneigé n’est pas dans les nuages mais ils commencent à s’amonceler autour. Nous parvenons à l’entrée du parc où on relève nos passeports sans nous demander de payer un droit d’entrée. Nous faisons encore quelques kilomètres dans cette lande qui couvre le piémont du Cotopaxi, avant de nous arrêter pour déjeuner. 

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Des chevaux, bien qu’à plus de 3800 mètres d’altitude, semblent s’être accommodés de la végétation particulière et paissent paisiblement sur les bords d’un ruisseau. Plus loin, sur la piste de tôle ondulée plutôt dure, un embranchement mène à la laguna Limpiopungo, une grande mare censée être une étape pour des oiseaux migrateurs. Un trottoir en bois, qui nous rappelle ceux des parcs des Etats-Unis, conduit à un petit mirador. Nous n’apercevrons que trois canards, continuellement le cul en l’air, la tête dans l’eau, et deux prétentieux petits échassiers qui font bien des manières pour marcher… Les nuages sont de plus en plus denses autour du volcan mais il reste encore éclairé par le soleil. Nous allons repérer les emplacements de campings autorisés puis poussons jusqu’au Centro de Visitantes, déjà fermé. De là, part un sentier qui longe le rebord d’un profond ravin. Nous en parcourons quelques centaines de mètres, au milieu de touffes de tiges aux vagues allures de canne à sucre, avec en toile de fond les pentes de plus en plus colorées du Cotopaxi.

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Nous revenons nous installer dans un petit bois en prévoyant une nuit fraîche, alors que le volcan disparaît de plus en plus dans les nuages. Un dernier rayon de soleil rougeoit ses flancs encore visibles

Mercredi 23 novembre : Il n’a pas fait chaud mais ce fut supportable. Nous nous réveillons tôt, le volcan disparaît complètement dans les nuages, nous ne le reverrons plus. Nous passons au Centro de Visitantes qui ouvre pour nous. Rien de bien intéressant, quelques textes de généralités sur les volcans, pas d’exposition, un grand bâtiment pour rien ! A la boutique, Marie est ravie de trouver des cartes postales… Je dois regonfler le pneu qui perd, il va falloir le faire réparer. Nous retrouvons une route toute neuve pour sortir du parc, sans oublier de passer au poste d’entrée vérifier qu’ils ne disposent d’aucun prospectus sur Cotopaxi et que les marchandes d’artisanat vendent les mêmes horreurs qu’ailleurs. Un court trajet sur la Panamericana et nous repartons dans les montagnes sur une route pleine de nids de poule qui nous fait rapidement perdre de l’altitude en s’enfonçant dans des gorges avant de remonter, bien évidemment. Après Sigchos, la route est en travaux, elle l’était déjà, il y a six mois, quand Guy et Marie-Jo sont passés. Il faut parfois circuler dans le chantier, attendre que les engins libèrent le passage. La route continue au milieu de collines ( à plus de 3000 mètres d’altitude ! ), véritables alpages avec des vaches dans les prés. Nous parvenons à Quilotoa. Les indigènes du bourg se sont très intelligemment emparés du site pour en tirer un revenu qui doit être substantiel à en croire les installations qui n’existaient pas lors de notre premier passage. Nous devons payer 2 dollars pour pouvoir approcher du rebord du cratère. Un mirador et son chemin d’accès ont été construits pour permettre aux touristes de contempler les eaux vertes du lac au fond de cet entonnoir presque parfait. Les nuages ont eu la bonté de se tenir à bonne distance et de laisser le soleil mettre en valeur le vert profond des eaux. 

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Certains descendent, à pied ou à cheval, jusqu’au bord du lac et peuvent alors louer une barque, d’autres se lancent dans le tour complet du cratère. Pas nous ! Déjeuner après le passage à la boutique de l’artisanat où les jeunes Indiennes semblent avoir choisi de se vêtir parfaitement à la mode traditionnelle : petite jupe plissée, aux genoux, sur des bas de laine, corsage et couverture jetée sur l’épaule, cheveux nattés et chapeau rond, parfois agrémenté d’une plume de paon. Elles sont mignonnes, fraîches, avec de bonnes couleurs sur les joues et avec leurs boucles d’oreilles dorées. Les flancs des montagnes sont couverts de champs en damier de formes irrégulières, ceux qui sont le plus en altitude et donc les plus pentus semblent abandonnés. D’autres rayonnent à partir des sommets des collines.

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Zambahua est un village laid, le béton a remplacé depuis belle lurette les maisons de paille et de terre, mais il est entouré de pitons partiellement couverts de parcelles cultivées,  du plus bel effet sous le soleil. Des ravins aux parois dénudées ont été creusés par les torrents et serpentent au milieu des cultures. 

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Nous faisons une courte halte à Tigua, où, depuis le succès remporté par un peintre autodidacte local, tous se sont mis à produire, sur des peaux de mouton, des tableaux de scènes naïves, très colorées, inspirées des légendes et de la vie locale. Peu nous plaisent et ils sont beaucoup plus chers que ceux que nous avions vus sur le marché à Otavalo. Nous découvrons nos premiers lamas en train de faire leurs délices d’un tas d’ordures. Nous passons à Pujili qui possède un centre-ville ancien autour d’une jolie place avec de beaux arbres puis reprenons un bout de la Panamericana pour revenir sur nos pas et nous rendre au village de Saquisili où, demain, doit se tenir un marché. Nous demandons et obtenons l’autorisation de nous installer au fond d’une station-service. Faute de wifi, je vais dans un cybercafé consulter notre courrier, il n’y a qu’un message de Nicole. Au dîner, nous avons des steaks marinés, ils se révèlent aussi durs sous la dent que n’importe quelle viande de supermarché !

Jeudi 24 novembre : Pas trop de bruit pour une station-service ! Nous démarrons de bonne heure et cherchons à nous rendre au marché aux bestiaux, situés de l’autre côté de la petite ville. Beaucoup de rues sont barrées à proximité des places sur lesquelles divers marchés se tiennent. Peu de couleurs, le ciel gris y est aussi pour quelque chose, et pas de costumes particuliers en vue. Nous contournons les zones difficiles et parvenons, à l’extérieur du village, au marché des animaux. Des parcs métalliques permettent de répartir les animaux par catégories. Nous commençons, à l’entrée, par les cochons, les plus braillards, récalcitrants à être embarqués dans des camionnettes, poussés, tirés, ils clament leur désaccord ! 

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Dans le parc voisin, cousinent moutons laineux et lamas bien fiers. Plus loin, ce sont les vaches amorphes qui pissent et chient à volonté… Les chevaux sont rares, trois seulement ! Nous y sommes à huit heures et demie et déjà des bétaillères repartent chargées. Nous nous enquérons des prix, 85 à 120 $ les moutons, les cochons, grognons ou  pas, sont entre 200 et 400 $, un beau cheval gris de quatre ans est à 400 $, je n’ai pas osé en proposer 300, de peur de repartir avec, et sans selle… Les maquignons sont sexuellement spécialisés : les femmes vendent (ou achètent) les ovins, les porcins, aux hommes les bovins. Pas de costumes particuliers pour les hommes, les femmes sont en tenue classique des Indiennes des plateaux équatoriens : bas de laine, jupe plissée, châle brodé et chapeau  de feutre. 

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Des camions viennent culer près des parcs pour charger les bêtes puis s’en repartent vers des destinations inconnues… Nous repartons aussi, sans aller traîner aux marchés plus traditionnels. Nous rejoignons, une fois de plus, la Panamericana, jusqu’à Latacunga. Marie  veut passer à la Poste pour envoyer ses cartes postales et passer à l’Office du Tourisme pour sa collection de prospectus… Le Bureau du Tourisme à la gare routière a disparu et quand je réussis à me garer, près de la Poste, j’y apprends que le timbre pour la France est à un coût prohibitif ! Pas question de payer ce prix ! Nous continuons donc, passons Ambato et bifurquons en direction de Baños, en contournant le volcan Toungarahua dont nous ne devinons pas même les pentes, perdues dans les nuages… A Salasaca, les femmes, dans des tenues différentes des précédentes, se promènent quenouille à la main tout en devisant. Nous commençons à dévaler en suivant le cours de la rivière Pastaza dans des gorges, jusqu’au bourg de Baños qui, comme son nom l’indique, est le site de bains thermaux qui ne nous intéressent guère. Par chance, les Offices du Tourisme sont fermés et il ne nous reste, comme curiosité locale, que la Basilique de Nuestra Señora de Agua Santa dont les ex-voto sont à voir dixit les guides touristiques. La basilique est assez laide extérieurement mais aussi intérieurement et les ex-voto sont de grands chromos qui racontent les supposés miracles de la Vierge : habitants épargnés par une éruption, chute d’un pont, incendie, etc…

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Pas des œuvres d’art et aucune trace de cette spontanée naïveté qui fait le charme de ceux des chapelles de Provence. Nous cherchons où nous garer pour déjeuner et après une tentative sans issue sur une route vers un mirador perdu, nous ne savons où, nous trouvons au pied d’une cascade, une parcelle de terrain pouvant convenir. Nous continuons de perdre de l’altitude, quittant les montagnes, toujours dans les gorges de la Pastaza. Les montagnes sont couvertes d’une belle forêt épaisse dont les essences vont changer au cours de la descente. Des cascades, parfois peu fournies, alimentent le torrent et sont l’occasion de proposer aux aventureux des activités sportives casse-cous… Les fougères géantes font leur apparition, la température extérieure regagne des valeurs plus acceptables et nous finissons par rejoindre la province amazonienne de l’Equateur. Puyo, le chef-lieu de la province de Pastaza, supposée être en Amazonie, n’est pas vraiment l’idée que l’on peut se faire de la jungle… Une ville en plein développement, la construction y bat son plein et on a oublié d’indiquer le nom des rues. La carte que je me suis procurée à un soi-disant bureau d’information touristique, ne nous est pas d’un grand secours. Après nous être perdus dans des rues sans issue, nous finissons par trouver la place d’où un sentier conduit, en traversant un rio sur des passerelles, dans la forêt au Parque Omaere, un parc écologique aménagé par un Américain à la longue barbe grise qui nous fait une rapide visite des lieux et surtout de ses productions pharmaceutiques à partir de plantes. En bon Américain, il n’oublie pas à chaque fiole exhibée de nous en préciser, non seulement l’indication thérapeutique, mais aussi le prix… Nous lui promettons de revenir demain et après avoir admiré de jolis pistils roses, fleuris d’aujourd’hui, 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

nous reprenons le camion et revenons sur nos pas jusqu’au camping Paraiso, où nous passerons la nuit après avoir profité du wifi et de la douche chaude.

Vendredi 25 novembre : Il a plu dans la nuit et cela reprend quand nous partons. Je roule doucement : il pleut, la route est mouillée et la visibilité est parfois réduite quand quelque banc de nuage est trop bas descendu. Nous prenons une nouvelle route directe pour Riobamaba, construite en corniche mais à chaque pluie, des glissements de terrain viennent la couper, ce qui ne manque pas de nous arriver et il nous faut patienter pour que les camions soient remplis de terre et libèrent le passage. A l’entrée de la ville, je fais réparer mon pneu arrière droit que je devais regonfler tous les matins. La cause : une vis à bois ! Le travail est rapidement effectué pour 3 $ ! Nous allons nous garer dans une rue du centre. Je vais vérifier les heures d’ouverture du Musée d’Art Religieux. Nous devrons attendre 3 heures de l’après-midi. Nous décidons d’aller déjeuner au restaurant. Nous choisissons le Delirio, sis dans une belle maison ancienne et un très agréable feu de bois nous accueille dans une salle bien décorée. Nous mangeons très correctement, une truite à l’ail et du poulet à l’orange, le tout à des prix imbattables ! Nous nous promenons ensuite dans cette ville qui n’a pas grand-chose à offrir, passant de place en place, toutes plantées d’arbres. Celle de Maldonaldo est la plus plaisante avec, sur un de ses côtés, la façade de style baroque métisse de la cathédrale. 

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Nous croisons des Indiennes qui portent des chapeaux de paille, tout rond. Leurs jupes sont plus longues et de couleur rouge garance. Je dis garance parce que j’aime ce mot. Garance, c’est aussi ma chère Arletty, la Parisienne gouailleuse dont les bons mots sont inoubliables (« j’ai qu’une ride et je suis assise dessus ! » ou « Mon cœur est français mais mon cul est international !). Nous revenons vers le musée et patientons dans le camion que je suis allé rechercher. Nous entrapercevons le sommet enneigé du Chimborazo quand les masses de nuages oublient de le cacher, mais cela ne dure guère. Nous visitons le musée, très intéressant, quatorze petites salles, d’anciennes cellules de nonnes, dans lesquelles des objets ont été regroupés par thèmes. Les premières consacrées aux anges, à la Nativité (crèches naïves avec une foultitude de minuscules objets très divers, disposés autour de l’Enfant-Jésus), la crucifixion, etc… sont les plus intéressantes. 

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Dans la dernière, notre livre-guide de 2012, signalait un ostensoir en or et argent, incrusté de pierres précieuses, précisant que vu son poids, 360 kilos, il était difficile de le voler. Il l’avait été en 2007 ! Nous repartons, quittons Riobamba sur une route qui, bien que Panamericana, n’est plus à deux fois deux voies mais une route ordinaire avec des camions lents, difficiles à dépasser dans les côtes. Je commence à désespérer d’être à Cuenca demain. Mais au bout de quelques kilomètres, la route se libère et nous roulons à meilleure allure. Nous parvenons à Alausi, peu avant la nuit et allons nous garer sur la place centrale, calme. Calme jusque vers onze heures. Alors que nous avions éteint et baissé le toit, des jeunes, avec un guitariste au talent limité, viennent s’installer au-dessus de nous sous un auvent et chantent en chœur. Je réussis tout de même à m’endormir…

Samedi 26 novembre : Le reste de la nuit a été tranquille… Nous allons nous promener dans la ville, toute en rues escarpées et pourtant pourvue d’une gare où ne circule plus qu’une micheline touristique aux allures de gros bus américain des années 40 ! La voie ferrée devant la gare longe quelques maisons colorées sur une galerie à colonnes.

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Nous récupérons le camion et repartons sous un ciel bien gris. Le plafond nuageux est plus haut mais ne laisse pas passer le soleil. Dommage car le paysage est beau, des montagnes couvertes d’un patchwork de champs ou de prés délimités par des rangées d’arbustes, un véritable manteau de mendiant ou encore des montagnes à rides, comme une peau de rhinocéros. Montagnes arides aussi car les champs sont secs, les couleurs ternes alors que quelques kilomètres plus loin, la montagne reverdit. Dans les traversées de villages, des cochons rôtis entiers, la gueule ouverte, guettent l’amateur, à l’étal des gargotes.  Après le passage d’un col, nous plongeons sur Cuenca sous un ciel de plus en plus menaçant et bientôt la pluie arrive. Nous nous arrêtons au site archéologique d’Ingapirca. Il pleut. J’attendrais bien une éclaircie mais Marie craint que le temps n’empire. La visite est obligatoirement guidée. Nous nous retrouvons en compagnie d’adolescents qui préféreraient assister à la course de motocross qui se déroule en contrebas et d’adolescentes qui ne pensent qu’à se prendre en photo en faisant des mines de starlettes, copiées dans les romans photos. Il s’agit du seul site important Inca d’Equateur. Il se résume à peu : des traces de murs supposés être ceux de boutiques, de bains ou de logement de personnel administratif ou religieux et surtout à une tour ovale au sommet d’une éminence où l’on revoit les ouvertures trapézoïdales et les murs cyclopéens assemblés sans mortier. 

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Nous sommes contents de retrouver le camion et de nous sécher… Après déjeuner, nous allons jeter un œil au modeste musée, plus riche en photos du site qu’en objets, des céramiques, des aiguilles d’os et quelques bijoux, sans date ni provenance. La pluie concède quelques répits avant de cesser. Nous traversons Azogues dont il ne reste que de rares maisons anciennes pourvues d’un balcon. Encore quelques kilomètres et nous parvenons à Gualaceo où se tient un marché couru le dimanche matin. Nous repérons un lieu de bivouac au bord de la rivière, peu avant le village. Nous allons faire un tour pour savoir où se tient le marché puis nous revenons nous installer au bord de l’eau, en essayant de ne pas voir les ordures laissées par quelques fêtards peu scrupuleux.

Dimanche 27 novembre : Nous nous levons un peu plus tôt pour être de bonne heure au marché. Le marché central avec une halle métallique est désert, les rues voisines aussi. Nous nous rappelons que Guy et Marie-Jo nous avaient parlé d’un autre mercado nuevo, sur les hauteurs de la petite ville. En demandant, nous trouvons effectivement à quelques cuadras du centre un tout nouveau bâtiment à plusieurs étages où se tient le marché hebdomadaire. Nous nous garons en contrebas et allons nous perdre dans la foule qui arpente les allées sur plusieurs étages mais aussi dans les rues qui l’entourent. Rien de nouveau dans les produits proposés à la vente, si ce n’est des cerises et des abricots en provenance du Chili, vendus à des prix dignes de ceux de France en saison ! A se demander qui a les moyens en Equateur de s’offrir de tels fruits ! Seules les Indiennes en costume traditionnel : chaussettes montantes, amples jupes en velours rouge (garance ?) ou orange, brodées dans le bas, nattes d’écolières sages et chapeau de paille (panama ou tuyau de poêle), donnent une touche d’exotisme.

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Les hommes sont habillés comme tout le monde, avec un chapeau en plus. Les marchandes ne restent pas inoccupées dans l’attente du client. Toutes écossent petits pois ou haricots, font des bottes de fleurs ou d’oignons, guettant de l’œil l’éventuel acheteur. Nous n’y trouvons pas de tissus intéressants, pas de ces châles teints et brodés comme celui que nous avions acheté à Cuenca. Nous repartons pour quelques kilomètres jusqu’à Chordeleg où se tient aussi un marché le dimanche. Bien moins animé et avec les mêmes populations et donc les mêmes costumes. Dans la halle, on débite de ces cochons rôtis entiers dont la couenne craquante nous fait bien envie. 

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Nous en achetons (très cher !) un morceau que nous réservons pour l’apéritif du soir… Nous repartons pour le troisième bourg avec aussi un marché : Sigsig. L’animation y est bien plus importante, les rues autour de la halle centrale sont occupées par des marchandes qui tiennent boutique sur les trottoirs. Rien de bien nouveau aux étals et dans les costumes mais on y vend de la paja toquilla, ces fibres d’un palmier qui servent à tresser les fameux panamas ! Nous arrivons un peu tard, les Indiennes s’en retournent avec leurs liasses de paille pour confectionner chez elles ces magnifiques chapeaux d’une exceptionnelle qualité. 

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Nous cherchons les vendeurs, ils ne sont plus que deux sous les arcades de la Municipalité. Nous allons sur les bords aménagés de la rivière, tables de pique-nique et jeux pour les enfants, pour déjeuner, sans trop nous attarder car le vent est bien frais. Nous revenons sur nos pas quelques kilomètres pour prendre une route directe pour Cuenca. Elle traverse la montagne en offrant des vues sur les alentours et l’habitat très dense et à la fois très dispersé de cette région. Nous parvenons à Cuenca et, comme il est encore tôt, nous décidons de chercher un supermarché pour refaire un plein de provisions. Nous nous faisons indiquer un Mall, envahi en ce dimanche par une foule d’acheteurs, les parkings débordent, les emplacements libres sont rarissimes ! La société de consommation  a encore de beaux jours ! Dans le supermarché, c’est la folie, les articles pour Noël sont déjà en rayon, on se croirait une veille de rentrée scolaire ou de réveillon. Des gosses font de la trottinette entre les linéaires, d’autres se coursent, les parents papotent… Nous en repartons alors qu’éclate un gros orage. Nous trouvons le camping fréquenté par tous les voyageurs, les Cabañas Yanuncay. Un camion d’Italiens s’y trouve déjà, nous rassurant car rien n’indique qu’il s’agit d’un camping ! Un terrain vague où tout est aux quatre bouts du terrain : poubelles, électricité, eau. Quant aux toilettes et à la douche, elles sont dans la maison des propriétaires ! Seul endroit où on peut capter le wifi ! Un Kombi de Suisses vient se garer presque contre nous, à croire qu’il n’y a pas assez de place. Rien pour me rendre de meilleure humeur. Les Italiens viennent converser avec les Suisses (elle est Espagnole, grasse et a un rire con !). Nous faisons preuve de sociabilité en leur disant bonjour, puis nous discutons quelques instants avec les Italiens qui parlent français. Nous nous rendons ensuite dans la maison des propriétaires, après nous être déchaussés, pour bénéficier d’un wifi qui n’arrive pas au terrain vague. Retour au camion pour l’apéritif, histoire d’achever la bouteille de vodka en attendant le pisco sour du Pérou

Lundi 28 novembre : Le bus scolaire garé à côté de nous démarre son moteur à 4h30 et le laisse chauffer un moment… Pour nous doucher, nous devons nous rendre dans la maison, à l’étage, utiliser la salle de bain des propriétaires. Nous laissons du linge à laver et partons en ville avec le camion. Nous allons au garage recommandé par d’autres voyageurs et le laissons pour le remplacement du demi-arbre et de la main meneuse et afin de solutionner le problème récurrent des fuites d’huile en bout d’arbre. Nous marchons jusqu’au Musée Pumapungo, appartenant au Banco Central qui n’ose pas en faire payer l’entrée. Un beau musée, moderne, riche. Nous visitons l’étage consacré aux différentes ethnies du pays. Un panneau les présente puis quelques mannequins portent les costumes de la région et des objets de facture récente les accompagnent. Pas de pièces ou de tissus anciens. Nous restons sur notre faim. Une section présente les Shuars qu’il ne faut plus appeler Jivaros, terme péjoratif, explique leurs croyances, présente leurs rituels et explique la raison d’être des réductions de tête. Cinq sont présentées sous un faible éclairage, beaucoup plus petites que je ne les imaginais. Une salle est consacrée aux paños, ces superbes châles en partie tissés suivant la technique de l’ikat et en partie brodés, avec des franges. Nous en avions acheté un lors de notre précédent passage et nous aimerions bien en trouver d’autres. Nous nous faisons déposer en taxi sur la place Calderon, en plein centre-ville. Je reconnais cette place et me souviens y avoir dîné dans un restaurant où m’avait été donné le nom de la chanteuse mexicaine Maria-Dolores Pradera ! Nous cherchons le restaurant Raymipampa, le trouvons sur la place même et, à l’intérieur, je le reconnais comme étant celui dont je parlais. Nous commandons un plato tipico et un ceviche mixto. Le premier est un simple steak de porc, bon mais servi tiède avec un boudin farci au riz, très quelconque, et un accompagnement de maïs et de purée de pomme de terre. Le second serait un bon ceviche avec un autre poisson, celui servi est trop sec. Bref, nous sommes déçus… Il ne faut jamais revenir sur les mêmes lieux ! Nous passons au Bureau d’Information Touristique, peu de renseignements… Nous longeons la nouvelle cathédrale dont les dômes bleus sont très photogéniques sur le fond de pierres rouges des murs. 

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L’église du Carmen à la façade blanche est joliment située devant un marché aux fleurs. A peine plus loin, l’église San Francisco, fermée (comme il y a neuf ans !), domine la place du même nom. Les anciennes maisons disparaissent, du moins au rez-de-chaussée, derrière les étals de marchands de vêtements. Nous nous rendons ensuite au Museo del Sombrero qui comme son nom l’indique est consacré au Panama, le chapeau de Cuenca. C’est surtout une boutique où Marie essaie divers modèles mais sa trop petite tête limite les choix ! Nous ne nous décidons pas et nous nous rendons à la boutique de Alberto Pulla chez qui j’avais acheté le mien. Le pauvre homme est mort depuis 2009, ce dont le Lonely Planet de 2012 ne s’est pas encore aperçu ! La boutique est tenue par un jeune homme qui n’a pas grand-chose à proposer, Les chapeaux sont poussiéreux, l’arrière-boutique est sale, nous fuyons… Nous revenons à la place San Francisco et visitons un bazar d’artisanat, les marchands de chapeaux sont nombreux mais ne se précipitent pas sur le client. Marie ne trouve rien à sa taille mais nous en achetons deux, pour Julie et Alex. Je me souviens alors ne pas avoir laissé la clé pour le démontage de la roue au garage. Nous y retournons en taxi, ils travaillent dessus mais n’ont pas eu besoin de la clé, ce qui me laisse un peu dubitatif. Le patron nous demande une heure de temps, nous nous rendons aux ruines incas quasiment sans intérêt, deux pans de mur que nous apercevons de la rue. J’ai soif, nous l’étanchons dans une pâtisserie, lieu de rendez-vous des écolos-babas cools… Une bière artisanale et une citronnade pour Marie nous revigorent assez pour retourner au garage voir l’arbre remonté et quelques coups de pointeau sur les cannelur remplacer un circlips… Nous rentrons au camping où nous récupérons notre linge qui a été repassé ! Nous relisons le texte du blog et après dîner, je vais dans la maison le mettre en ligne.

Mardi 29 novembre : Plein d’eau, adieux au propriétaire et nous allons en ville, nous installer pour la journée et la nuit sur un parqueadero, proche du centre, sur les bords de la rivière, avec wifi, toilettes pour 5 $ ! Nous partons aussitôt à pied, traversons la rivière sur un pont de pierre et remontons l’escalinata, un bel escalier qui nous amène au niveau de la calle Larga. Nous commençons les visites par le Musée de la sculpture aborigène, consacré aux objets des cultures précolombiennes. Dans des vitrines s’entassent des milliers d’objets succinctement désignés (vase à trois pieds, figure anthropomorphe, femmes assises, etc…), répartis par civilisation avec des dates qui couvrent plusieurs millénaires. Il faudrait se mettre à quatre pattes pour distinguer ceux qui sont dans le bas des vitrines. Bref, un musée très riche mais qui mériterait une remise à niveau avec une sélection de pièces mieux mises en valeur. A la sortie, dans la boutique, des paños, ces châles que nous n’osions pas espérer trouver mais ils sont très chers, 350 $ pour ceux qui nous plaisent ! Des aiguilles anciennes en argent nous tenteraient aussi mais pas à 300 $... Nous repartons, sous la pluie, déçus mais avec l’espoir d’en voir dans les boutiques. Nous atteignons l’ancienne cathédrale, transformée en musée religieux, que nous visitons sans en espérer grand-chose. Quelle bonne surprise ! La nef est superbe avec à ses deux extrémités, un bel orgue du XVII°siècle d’un côté et de l’autre, un autel précédé d’une Cène avec des personnages sculptés grandeur nature. Les murs sont couverts de trompe-l’œil, fausses colonnes et fausses draperies.

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Les couleurs tendres nous feraient presque croire être en Italie ! Et pourtant, il subsiste peu du décor des siècles anciens et presque toute la décoration est du XIX° siècle, sans tomber dans le travers du saint-sulpicisme… Nous cherchons où déjeuner. Il continue de pleuvoir plus ou moins fort et nous aimerions nous sécher le temps d’un repas. En chemin, nous trouvons une maison ancienne à la façade très ouvragée, avec au rez-de-chaussée, une boutique d’antiquaire. Nous sonnons comme nous y sommes invités, la porte s’ouvre et nous pénétrons dans un extraordinaire décor de théâtre, un intérieur inchangé depuis plus d’un siècle. Nous sommes priés de monter l’escalier intérieur pour venir saluer la maîtresse des lieux, une très vieille dame, sans doute  la plus ancienne antiquité de la maison ! Elle nous prie de prendre place sur des fauteuils puis s’enquiers de la raison de notre venue. Elle a des difficultés pour parler et je ne sais pas si elle d’adresse à nous en espagnol, en anglais ou en français ! Nous sommes à l’heure du repas, la boutique est fermée mais nous sommes priés de repasser plus tard et, quand nous descendons l’escalier en admirant les plafonds et les murs couverts de moulures et de peintures désuètes, elle nous adresse des baisers du bout des doigts ! 

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Nous finissons par essayer un petit restaurant, le Cositas, qui ne paie pas de mine mais gentiment décoré et où on nous sert une bonne cuisine, portions de poulet grillé ou de travers de porc avec salade, frites, riz et même lentilles, pour pas très cher. Nous en repartons le ventre plein ! Nous atteignons le Musée du Sombrero où nous étions passés hier, seul endroit où Marie avait trouvé un panama à sa taille. Cette fois, elle se décide… Nous continuons notre errance dans le quartier el Vado. Dans une boutique de bric à brac, nous trouvons un paño, pas aussi beau que celui qui nous plaisait au musée mais tout de même très bien et surtout à un premier prix très abordable (60 $) que nous marchandons à 40 $ ! Et de plus une petite épingle à 20 $ !! Nous repartons, sous la pluie revenue, contents cette fois. Nous passons par la place San Sebastian où nous rendons une rapide visite au Musée d’Art Moderne où se tient une exposition intitulée Impermanencia, sous-titrée : La mutación del arte en una sociedad materialista. Tout un programme ! Mais les « œuvres », souvent des installations ou des vidéos, ne nous paraissent pas à la hauteur de la prétention du titre… Nous revenons par la rue Colombia, en travaux de repavage avec l’installation d’un futur tramway. Elle est bordée de belles maisons aux balcons de fer forgé et aux fenêtres encadrées de moulures, des frises fleuries courent sous la toiture. 

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Nous en terminons en rentrant à pied au parking. Je déplace le camion pour être bien à plat et nous nous apprêtons pour la soirée. Un automobiliste en panne de batterie vient solliciter mon aide et surtout les câbles pour se relier à une autre batterie. Je commande deux mojitos, très honnêtes, même si servis avec trop de glaçons, au bar devant le parking et en fais la surprise à Marie.

Mercredi 30 novembre : La circulation trop proche nous réveille. La route qui conduit au Parc Cajas s’élève rapidement, grimpe dans des montagnes perdues dans les nuages. Quand nous atteignons les 4000 mètres, nous sommes au milieu d’une lande moussue et dorée qu’hélas, l’absence de soleil ne met pas en valeur. Depuis le refuge où nous devons décliner identité, numéro de passeport et âge, nous pouvons partir sur des sentiers de randonnée qui serpentent entre la multitude de lacs, de mares, de ce páramo glacial. Il fait bien trop froid et surtout le souffle manque à cette altitude pour que nous nous lancions sur ces terrains boueux. Nous nous contentons d’admirer le paysage depuis le mirador au-dessus du centre d’information. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Avec le camion, nous montons un peu plus haut (4200 m !) au col des Tres Cruzes d’où nous pourrions avoir une vue étendue sur les montagnes, la lande et les lacs mais les nuages et la grisaille nous font vite redescendre. Nous empruntons une étroite voie empierrée pour nous rendre à la laguna Llaviucu, un lac de montagne enserré entre de hautes montagnes. Un sentier nous amène au bord de l’eau, nous sommes seuls, quelle différence avec le lac Louise ! 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous déjeunons sur le parking puis retournons dans Cuenca que nous contournons pour prendre la route de Loja. Peu de circulation, route pas trop sinueuse, nous pouvons espérer être ce soir à Loja. Nous traversons une zone de montagnes arides, sans cultures, sans habitations, avant de retrouver la végétation. Comme d’habitude, nous jouons au yoyo, nous montons à plus de 3000 mètres, redescendons vers 2200/2500 mètres, atteignons un plus ou moins gros bourg et repartons vers une autre ascension. Une portion de la route est sur une ligne de crête, entre deux vallées, l’une dans la grisaille, l’autre en partie ensoleillée. Je somnole au volant… Nous arrêtons à Saraguro, les Indiens s’y vêtent différemment. Les hommes portent des pantalons noirs, larges, à mi-mollet et gardent leurs cheveux tressés en une natte dans le dos. Quelques rares vieilles femmes attachent leur poncho avec une épingle en argent, dite tupus. Certaines portent un chapeau de paille blanc à larges bords dont le dessous est décoré. Nous regrettons de ne pas nous y trouver le jour du marché ! Encore une heure de route pour parvenir à Loja, peu avant la tombée de la nuit. Nous allons nous garer devant une piscine municipale.

Jeudi 1er décembre : Encore une fois, la circulation et les camions dans le chantier voisin nous tirent du lit avant sept heures du matin. Le temps est désespérément gris et il tombe des gouttes par moments. J’ai hâte de rejoindre la côte et surtout le campement de Zorritos, j’espère ne pas m’en faire une trop haute idée et ne pas être déçu en arrivant. Nous commençons par chercher un supermarché. Celui qu’on nous indique est à l’autre bout de la ville et n’ouvre que dans une heure, à dix heures. Nous repartons dans le centre-ville et je peux me garer sur la place centrale. Je ne retrouve rien de la petite ville calme dont j’avais gardé le souvenir. Loja est agitée, les constructions modernes ont défiguré la place. La cathédrale est ouverte, profitons-en ! Murs et piliers sont couverts de cette décoration lourde en imitation marbre et fausses dorures mais le spectacle est ailleurs. Une extraordinaire crèche  est installée dans une des nefs, sur toute sa longueur. Y sont recréés le Palais d’Hérode à Jérusalem et ses environs, une campagne où des artisans et des commerçants sont montrés dans leurs activités journalières.

 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Les personnages sont animés et des effets de lumière laissent imaginer le passage des heures. Dans ce décor les grands moments de  l’histoire sainte : Nativité, Fuite en Egypte (Pharaon, le Nil), Massacre des Innocents, etc sont montrés. Nous nous rendons au Musée Religieux dans une partie du Couvent des Sœurs Concepcionistas. Une collection de croûtes du XVIII° siècle qui ne fait pas honneur au goût des malheureuses cloîtrées… Seuls des restes de retables baroques en bois doré présentent un intérêt. Deux cuadras plus loin, c’est Santo Domingo qui a l’honneur de notre visite. Là aussi, murs, piliers, plafonds sont entièrement peints en simili marbre et trompe-l’œil, mais leur profusion finit par, donner un style à l’ensemble. Des punaises de bénitier, regroupées dans une chapelle récitent en chœur des prières sous la conduite d’une meneuse de jeu… Nous atteignons la Place San Sebastian qui doit être celle dont j’avais gardé le souvenir. Elle est entourée de maisons anciennes à un étage, sur une galerie couverte soutenue par des colonnes, mais chacune d’elles est désormais une boutique avec enseignes et réclames et les balcons sont tous recouverts avec le drapeau équatorien à l’approche de Noël. Ici, fêtes nationales et religieuses se confondent…Nous explorons la rue Lourdes qui a conservé une série de maisons basses anciennes, toutes transformées en boutiques de souvenirs ou de tatouage, bref, pour touristes…

Nous revenons vers la Place Centrale et comme il nous reste un peu de temps, nous allons jeter un œil au Musée del Banco. L’entrée est gratuite mais la visite se fait sous la conduite d’une dame que cela ennuie autant que nous, qui se croit obligée de nous donner des explications que nous ne demandons pas et que nous n’écoutons pas… Peu d’intérêt à cette visite, les salles présentent quelques céramiques précolombiennes, des objets de la période coloniale et la tenue des paysans de Saraguro. Nous reprenons le camion et nous nous rendons dans le quartier excentré d’El Valle. Une jolie petite église qui aurait pu être dans une Mission jésuite de Bolivie et quelques maisons anciennes. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous allons déjeuner au Salon Lolita, dans une cour. Nous goûtons aux spécialités : un demi cuy pour moi, servi différemment des fois précédentes, avec une sauce, et un bon poulet cuisiné avec les ingrédients du cuy pour Marie. Nous nous rendons ensuite au supermarché, pas bien grand mais nous y trouvons à nous ravitailler pour les jours à venir. Nous quittons Loja et prenons la route de la Côte. Nous perdons de l’altitude rapidement et descendons dans une vallée à 1200 mètres où nous retrouvons le soleil et des températures dignes d’un pays équatorial ! Nous cherchons où bivouaquer, un premier hôtel ne veut de nous sur son parking que pour 20 $, nous trouvons un peu plus loin un parking en retrait de la route, celui d’un Centre récréatif, désert.

Vendredi 2 décembre : Nous repartons en montée dans des montagnes pelées, dont la seule végétation est constituée de grands agaves, de yucas en fleurs, de cactus et d’épineux sahéliens. Nous atteignons les 2200 mètres et suivons une ligne de crête entre une vallée dont les creux sont dans les nuages et un paysage de montagnes perdues dans la brume. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Nous descendons ensuite vers Cotacocha, cette fois dans un paysage tropical, un peu plus verdoyant. La petite ville occupe une éminence et sa place centrale est au sommet. Les maisons anciennes en adobe ont un crépi qui tombe en miettes et les balcons de bois sont branlants. Elles sont perdues au milieu de vilaines maisons en béton ou en briques et bien d’autres sont en construction. L’église sur la place est décorée comme celles de la région, abondance du décor et trompe l’œil. Quelque peu déçus, nous nous rendons à la petite église Lourdes qu’un moine a cru embellir en la dotant de copies d’œuvres célèbres de Titien, Raphaël, Botticelli et même Dali. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Mais le malheureux n’était pas un bon copiste et le résultat est grotesque mais moins que sa gigantesque représentation d’une Vierge, derrière l’autel, non pour ses traits indiens mais pour le rictus qui lui déforme le visage. Nous cherchons ensuite le mirador que tout le monde nous indique mais il faut monter des rues pentues et Marie fatigue. Je vais rechercher le camion et nous nous y rendons avec. Un point de vue sur les vallées d’où nous venons, rien de plus que ce que nous avions depuis la route. Nous revenons sur nos pas et reprenons la route de Machala. Nous cherchons les pistes indiquées sur notre carte qui devraient mener à Zaruma mais nous n’en trouvons aucune et sommes obligés de prendre la route principale. Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée de faire 40 kms pour aller voir une ville qui n’a sans doute pas plus d’intérêt que Catacocha et j’aurais préféré rejoindre le Parc des Bois Pétrifiés… Zaruma, ancienne ville minière est, elle aussi, située sur une colline et l’on atteint le centre au terme d’une longue montée. Les rues, ruelles plutôt, du cœur de la ville historique sont très étroites et fort en pente. La circulation y est inexplicablement très dense et la seule épreuve au permis de conduire doit être le démarrage en côte ! Après avoir frôlé la crise de nerfs suite à un passage jusqu’à la minuscule place centrale, je redescends, trouve une place pour stationner, pas trop éloignée du centre. Nous y remontons à pied. L’atmosphère se prêterait à un film sur la ruée vers l’or et l’on peut imaginer ce que feraient les Américains d’une telle ville. Les maisons de bois ont une galerie avec des poteaux et un trottoir de planches. 

TRANSAMERICA (3.4.- Equateur)

Leurs façades sont décorées comme à la fin du XIX° siècle et il suffirait d’enlever quelques réclames modernes pour retrouver la ville des mineurs. Nous nous promenons dans les rues puis un passant nous indique un mirador, pas loin d’après lui, en oubliant de préciser que la rue qui y mène est très en pente… La vue est hélas, encore une fois, gâchée par les immondes constructions en béton et en brique. Nous récupérons le camion, redescendons la côte et nous arrêtons au fond d’une station-service pour la nuit.

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 21:38

Mercredi 26 octobre : Marie repense à sa veste perdue et veut retourner au garage demander si elle n’aurait pas été rapportée du restaurant où nous avions déjeuné. Nous nous y rendons donc, de nouveau dans les embouteillages… Pas de veste bien sûr, probablement perdue à Villa de Leyva ou à Tunja. Je préviens Alejandro que nous partons pour Medellin et qu’il fasse suivre les pièces à Cali. Il me propose de changer encore une fois l’huile de la boîte et j’accepte sans trop y croire. Il tonne et bientôt la pluie noie les rues. Pas question de monter à Montserrat. Nous repartons et quittons cette fois pour de bon Bogotá. Après une longue traversée de la banlieue industrielle, nous entamons une très longue descente sur une route peu fréquentée, en excellent état. Puis, sans que nous en comprenions la raison, nous repartons en montée sur une route étroite, derrière des cohortes de camions lents et asphyxiants. Nous verrons plusieurs camions, les quatre fers en l’air, retournés dans une descente abordée trop rapidement. Dernière descente pour quitter la Cordillère Orientale et nous retrouvons le fleuve Magdalena que nous avions traversé pour aller à Mompox. Nous ne sommes plus qu’à 200 mètres d’altitude, nous retrouvons les moiteurs tropicales et en soirée les moustiques… En fin d’après-midi, nous atteignons Honda, une ancienne ville-étape sur le fleuve navigable depuis la mer des Caraïbes jusqu’ici. Il reste de cette époque quelques maisons anciennes dans le centre endormi autour du Parque et de son église qui ne manque pas d’allure avec son clocher et ses contreforts.

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Plein de gasoil et de bière, encore quelques kilomètres et nous nous arrêtons à la Hacienda La Aurora qui accueille les éventuels campeurs. Nous sommes posés sur une pelouse moelleuse, à côté de la piscine que je ne tarde pas à essayer. Nous nous installons sur une table sur ses bords pour écrire en attendant l’heure du dîner.

Jeudi 27 octobre : Quelques gouttes de pluie dans la nuit mais, au matin, le ciel est presque dégagé. Nous quittons ce camping agréable, bien que trop près de la route. Nous continuons en suivant le cours du Magdalena dans une plaine d’où surgissent quelques pitons volcaniques dont les sommets se perdent dans des bancs de nuages. A la Dorada, petite ville aux rues escarpées et aux maisons pas bien coquettes, nous cherchons et trouvons un supermarché où il n’y a pas grand-chose à acheter, des boissons, du pain et de ce jambon reconstitué sans goût. Nous traversons le fleuve sur un long pont et continuons sur une belle autoroute rectiligne, avant de commencer à monter dans des collines couvertes d’une belle forêt inviolée. Les ranchs d’élevage ont disparu, plus de cultures. Nous continuons de grimper sur une route ordinaire, étroite et de nouveau encombrée par les camions, dans les contreforts de la Cordillère Occidentale. Comme sur toutes les routes de Colombie, on rencontre des cantonniers, bottés, casqués, en tenue orange, chargés de tailler les herbes sur les bas-côtés. Equipés de tondeuses, ils disposent d’écrans mobiles qui protègent les véhicules des projections. A Marinilla, nous abandonnons la route de Medellin pour nous rapprocher du lac de barrage d’El Peñol. Nous apercevons un pain de sucre volcanique dont les alentours sont pris d’assaut par des hébergements touristiques qui le défigurent, une construction (?) culmine à son sommet et de gigantesques lettres ont été tracées sur son flanc. Je pense au Liban où nous avions été aussi étonnés, même scandalisés, par cet art de récupérer des sites naturels pour y faire de la publicité ou pour s’en approprier un morceau ! Peu après, nous atteignons Guatapé sur les bords du lac. Son malecon, le boulevard du bord de l’eau, est une succession de bars et de restaurants où des garçons tentent d’attirer la clientèle en agitant des cartes. Nous allons nous garer sur un vaste parking au pied même du village. Une courte rue à remonter et nous sommes sur la place centrale. L’église est extérieurement plutôt originale avec sa façade blanche rehaussée d’ocre rouge, l’intérieur tout en bois poli, souligné de dorures sur les retables. Toutes les maisons se distinguent par des frises colorées, en ciment et en relief, des zócalos, à la base des murs qui représentent des motifs géométriques, des scènes de la vie d’autrefois, des voiliers, des animaux. 

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Nous parcourons les rues en pente, parfois sur des pavés, à la recherche des plus belles. Beaucoup sont récentes et les couleurs sont alors trop vives.

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Nous visitons une maison qui remplissait le rôle d’un caravansérail avec sa cour destinée à recevoir les mules et leurs charges pour la nuit. Evidemment les frises autour du patio représentent ces animaux de bâts. Nous allons prendre un verre à la terrasse d’un des cafés du malecon avant de repasser par la place centrale puis vite regagner le camion car il commence à faire frais (nous sommes remontés à 1900 mètres d’altitude !). Nous sommes rentrés à temps puisqu’il recommence à pleuvoir, un gros orage avec des déluges d’eau. Je déplace le camion pour ne pas risquer d’être dans la boue au matin.

Vendredi 28 octobre : La pluie a cessé et le soleil est revenu. Je vais faire un tour dans le village pendant que Marie se prépare. Pas grand monde dans les rues à cette heure, je me procure une brochure sur Guatapé à la mairie. Nous repartons pour quelques kilomètres et accédons au parking au pied du « Pain de Sucre » du Peñol. Cet impressionnant piton aux falaises verticales est accessible par des volées d’escalier qui, vues du bas, m’ôtent toute envie d’y monter… 

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La vue sur les îles posées sur le lac est très étendue et serait plus belle sans toutes les résidences secondaires qui accaparent la moindre crique, sans oublier les hôtels implantés aux endroits stratégiques. Nous rejoignons la route de Medellin. L’autoroute est fermée suite à des glissements de terrain et nous devons suivre des routes secondaires qui serpentent dans les collines autour de la ville. Soudain, nous découvrons à plusieurs centaines de mètres plus bas, cette métropole gigantesque. La descente est vertigineuse, interminable, impression que nous ne serons jamais au niveau des rues du centre ! Nous abordons cette ville très étendue par le sud et parvenons assez rapidement dans le quartier où nous pensons pouvoir bivouaquer devant une auberge de jeunesse  recommandée. Mais nous avons beau en être à proximité, trouver la bonne rue n’est pas aisé. Nous tournons autour, tombons dans des avenues qu’il faut suivre avant de pouvoir faire demi-tour et finalement, quand nous y parvenons, nous apprenons que nous ne pouvons plus stationner devant… Une autre auberge, un hostal, nous permet de nous garer sur un bout de parking, juste assez grand pour notre camion. Nous y laissons du linge à laver, les tarifs sont plus élevés qu’ailleurs. Nous déjeunons rapidement puis partons à pied, à quelques centaines de mètres, pour trouver la plus proche station de métro. Nous montons des escaliers pour atteindre les quais de ce métro aérien. Trois stations plus loin, nous descendons dans le quartier moderne. Encore des escaliers à descendre, des passerelles à utiliser pour traverser des avenues et passer entre des bâtiments administratifs récents. Tous en béton gris qu’un ciel lui aussi bien gris ne met pas en valeur. 

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Une place avec une statue immense entre deux bâtiments symétriques et, de l’autre côté de l’avenue, une forêt de piliers en béton dressés vers le ciel. 

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Nous suivons ensuite une rue piétonne entre deux rangées de boutiques où l’on vend de tout, des articles de décoration pour les fêtes, des sous-vêtements, des jouets, tous articles clinquants et de couleurs très vives. Nous tentons de prendre un taxi pour rentrer mais tous refusent ! Nous reprenons donc le métro et marchons jusqu’à l’auberge alors qu’il recommence à pleuvoir. Je profite du wifi pour mettre le blog à jour, répondre à quelques courriers. Nous gouttons aux raviolis locaux, dignes des crèmes glacées que nous nous sommes offertes en dessert. La musique commence à résonner et nous ne sommes que vendredi… Mais, encore une fois, à notre grand étonnement, cela ne dure pas et la rue retombe dans le silence.

Samedi 29 octobre : Il a plu toute la nuit puis cela se calme tout doucement au matin, même si le ciel reste gris. Nous avons droit au petit déjeuner, compris dans le tarif du « camping ». Ne voulant pas des œufs, nous devons nous contenter de tranches de pain de mie que je fais griller sur une plaque. Pas de beurre, ni de confiture et encore moins de thé ! Demain, nous petit-déjeunerons dans le camion ! Nous partons avec K-ways et parapluie qui ne serviront pas… Nous allons reprendre le métro et Marie, comme la veille, se voit offrir une place assise. Nous descendons à la station d’où nous étions rentrés hier soir et continuons la visite de la ville. Nous passons à l’Eglise de la Candelaria avec encore une de ces statues du Christ ensanglanté dont on semble se complaire dans le monde latino-américain. Rare est l’église qui n’en a pas un exemple, le plus « gore » possible. 

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Une courte marche et nous sommes sur la place dite Botero, à cause du nombre de sculptures de cet artiste (plus d’une vingtaine) qui s’y dressent. De nombreux marchands de chapeaux, du modèle local, proche du panama, abordent les touristes, des photographes « professionnels » sévissent également. Nous examinons de près chacune de ces œuvres, réalisées dans un bronze somptueux, quelques portions de leurs surfaces sont brillantes, polies par les mains des visiteurs qui les considèrent comme des porte-bonheurs. Beaucoup sont remarquables, des couples, des femmes voluptueuses, alanguies, des hommes moustachus, portant un petit chapeau, sérieux. 

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Nous montons au sommet du Palais de la Culture où, d’une terrasse, nous avons une vue sur la place de plus en plus envahie de touristes.

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Nous enchaînons avec le Musée Antioqueño qui, lui aussi, renferme une belle collection de Botero. Nous arpentons les salles, séduits par beaucoup des toiles présentées même si certaines laissent une impression de facilité. Les aquarelles et les pastels restent dans mes préférés.

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Une grande série est consacrée à la tauromachie qui n’était pas représentée à Bogotá. Nous visitons le reste du musée, les œuvres données par Botero, Wifredo Lam, Tapiès etc…Pas les plus intéressantes… D’autres salles présentent les peintres colombiens des siècles passés, peu nous convainquent et nous n’en retenons pas les noms. Affamés, assoiffés et épuisés, nous nous précipitons (figure de style !) au passage Junin pour déjeuner au restaurant Hacienda, personnel en costume d’Antioquia, musique à mon goût et bons plats, un assortiment de chicharrones, de chorizos et de boudins farcis au riz, tous délicieux, suivis d’un steak tendre, bien que trop cuit parce que trop mince. Je n’ai plus envie de marcher encore beaucoup, Marie s’en rend compte et le bruit incessant de la rue, l’encombrement des trottoirs avec tous ces marchands ambulants qui tentent de vivre de la vente de bricoles ou de petites réparations, m’épuisent ! Nous raccourcissons le circuit, passons devant une Université, une église, empruntons une rue qui n’est qu’une succession de « salons de coiffure » et de bars minuscules, fréquentés par une population Caraïbe et d’où s’échappent des airs de musique assourdissants. A Medellin aussi, nous sommes frappés par le nombre de « laissés pour compte » de la société qui errent dans les rues, d’autres sont couchés ivres-morts ou se droguent sous les ponts.  Nous atteignons une grande place où se trouvent encore trois statues de Botero dont la réplique d’un oiseau de la Paix disposée à côté de l’original plastiqué par des « terroristes » en 1995.

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Nous nous offrons un soda que nous buvons assis sur un banc de la place, loin des débits de boisson qui vendent surtout de la bière en diffusant le plus fort possible une musique qui doit rendre sourds tous les attablés devant leurs canettes. Nous rentrons en taxi. Marie reste au camion tandis que je vais écrire dans le jardinet de l’auberge en subissant la musique disco de mes voisins et les effluves de leurs cigarettes de marque non commerciale…

Dimanche 30 octobre : Nous prenons le petit déjeuner dans le camion puis cherchons à récupérer le linge donné à laver avant-hier mais le dimanche matin le personnel est aux abonnés absents. Je me fâche exige que l’employée téléphone au patron. Il promet d’arriver « ahorita » ! Un second coup de fil le fait arriver en scooter… Nous quittons cette auberge pour une jeunesse dont je suis de plus en plus éloigné… Nous nous rendons au supermarché Exito, proche. Il est bien achalandé et nous pouvons refaire le plein du réfrigérateur. Je profite de la très faible circulation du dimanche matin pour trouver sans nous tromper le chemin d’accès au Cerro Notibara, une colline proche du centre-ville. D’en haut, la vue s’étend sur tout Medellin, la ville elle-même, au fond de la cuvette qu’elle occupe, et les collines qui l’entourent, elles aussi couvertes d’habitations. Presque toutes les maisons et tous les immeubles sont en briques rouges qui donnent une certaine unité architecturale à la ville. 

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Nous déjeunons dans le camion puis cherchons la route de Santa Fe d’Antioquia. A l’aide du plan de la ville et d’un conducteur de taxi questionné, nous trouvons notre chemin. Il faut escalader la montagne puis suivre un long tunnel avant de perdre de l’altitude, redescendre à 550 mètres et retrouver des chaleurs presqu’oubliées. Santa Fe d’Antioquia est un autre de ces villages coloniaux qui ont su conserver leur habitat et en ont fait un objet d’attrait touristique. Nous le visiterons mieux demain, car aujourd’hui il est envahi par les touristes venus de Medellin pour le week-end, mais nous nous rendons tout de même dans le centre, occasion de rouler sur des pavés et de retrouver des maisons aux fenêtres avec des grilles de bois tourné, pour visiter le Musée d’Art religieux qui sera fermé demain. Nous aurions pu nous en dispenser ! A l’exception d’une Dormition de la Vierge, les autres tableaux ne nous retiennent guère malgré une salle consacrée à Gregorio Vasquez de Arce y Ceballos, le « grand » peintre colombien de la période coloniale. Nous visitons dans la foulée une belle maison-musée consacrée à un certain Juan del Corral qui a rassemblé de plus belles pièces d’art religieux que le musée précédent, notamment des retables miniatures de facture indigène.

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Nous attendons l’ouverture de l’église Santa Barbara dont la curieuse façade promet quelques trésors. 

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A cinq heures, pour la messe, les portails s’ouvrent, nous nous précipitons, quelques retables baroques occupent les bas-côtés mais ces sacrés curés ont placé dans leurs niches des statues saint-sulpiciennes de Saints qui en gâchent la vision. Nous revenons sur nos pas pour demander à camper à l’hôtel Paraiso de Santa Fe. L’employé rechigne au début, l’hôtel ferme demain mais j’insiste et le patron joint au téléphone est d’accord. Nous nous garons sur une grande pelouse, derrière le restaurant en plein air et aussitôt je vais profiter de la piscine. Nous restons assis au bord jusqu’à la tombée de la nuit avant de regagner le camion pour prendre un apéritif bien mérité.

Lundi 31 octobre : Peu avant minuit, nous sommes tirés de notre premier sommeil par une musique (?) tonitruante, les décibels au maximum. Nous espérons que ce ne sera qu’un feu de paille mais comme cela persiste, je me décide à me lever et aller voir. Ce vacarme provient d’une propriété voisine que de hauts murs et un portail de la même taille empêchent de voir. Des musiciens qui répètent, crient, chantent, hurlent, amplifiés par la sonorisation ? Nous tentons de nous enfouir dans les oreillers bien inutilement. Il en sera ainsi, sans provoquer la moindre réaction du voisinage, jusque vers trois ou quatre heures du matin ! Nous ne nous réveillons pas très frais… Plein d’eau, vidange de la boîte à caca, douche à la piscine et nous revoilà sur la route. J’ai constaté que le pneu arrière droit était bien dégonflé, peut-être depuis longtemps. Je vais le faire regonfler. Quand je donne une pièce à un gardien de voiture ou, comme ici, pour un service, j’ai rarement un merci en retour ! Nous commençons par nous rendre au pont suspendu sur le fleuve Cauca qui a pour particularité d’être l’un des premiers construits dans le monde. Nous le passons et repassons puis revenons nous garer sur la place centrale. L’église est à demi chaulée et à demi en pierres rosées, elle est aussi le nichoir de très nombreux pigeons. Les maisons autour sont évidemment coloniales mais, en partie, cachées par les camionnettes, voitures, tuk-tuks, motos qui stationnent devant les magasins. Nous nous promenons dans les rues à la recherche des plus belles fenêtres, celles avec des grilles en bois tourné, surmontées d’un panneau ajouré à décor floral. 

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Les demeures patriciennes ont souvent un portail dont l’encadrement est dans cette pierre rosée, laissée brute. 

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Il fait abominablement chaud, nous transpirons comme nous ne l’avions plus fait depuis longtemps. Je ne suis pas très enthousiaste, une ville coloniale de plus sans grand-chose de particulier, peut-être que je me lasse… Nous reprenons le camion et prenons la route peu fréquentée qui suit de près le cours du Cauca. Nous déjeunons dans le camion en continuant de transpirer… Nous surveillons l’altitude sur le GPS dans l’espoir de gagner rapidement des hauteurs plus fraîches. Enfin nous grimpons, nous pouvons arrêter la climatisation ! La pente est de plus en plus rude, nous voici à 2000 mètres, à la petite ville de Jerico. Je n’avais pas très envie d’y venir, n’en attendant pas grand-chose mais d’entrée, nous sommes surpris par des maisons très colorées, de grandes fenêtres, des grilles en bois très travaillées. 

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Après avoir traversé quelques rues, parfois en pente raide, nous nous garons sur la place centrale. Nous sommes fourbus, la route et le manque de sommeil, et peut-être aussi la fatigue accumulée depuis le début. Nous nous asseyons sur un banc de la place, admirant les quelques maisons très colorées qui l’entourent et examinant les déguisements de tous les enfants qui, sans doute pour Halloween, ont revêtu des tenues souvent très élaborées qui ont dû demander aux parents, surtout aux mères, des journées de préparation et de travail. Nous allons prendre un soda à la terrasse de l’un des cafés disposés sur le côté surélevé de la place pour contempler toute l’agitation de cette fin d’après-midi. Nous nous promenons ensuite dans les rues, souvent époustouflés par les couleurs, parfois criardes, des maisons. Les grilles des fenêtres et les portes sont souvent de plusieurs couleurs, sans aucun souci d’harmonisation des tons mais l’ensemble est étonnant et mérite le détour bien qu’aucun guide touristique ne le signale. 

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Nous reprenons le camion et allons nous garer sur un parking gratuit qui domine la ville.

Mardi 1er novembre : La nuit, à plus de 2000 mètres d’altitude, a été fraîche mais tranquille, sans musique… Les montagnes sont perdues dans la brume quand nous retournons au village et prenons la piste directe qui emmène à Jardin. Trente kilomètres d’une piste qui n’autorise pas les excès de vitesse, ce qui de toute façon n’était pas dans mes intentions, mais sans mauvaises surprises non plus. Nous suivons des rivières entre des collines encaissées, occupées par des fincas ou des haciendas de petites dimensions. Pas question de s’arrêter sur le bord de la route, tout est clôturé. Nous passons un petit col et plongeons dans une superbe vallée, les collines sont couvertes de bananeraies et de plantations de café, les premières de la zone cafeteira. Quelques surfaces plantées en canne à sucre et de belles bambouseraies complètent l’exubérance tropicale.

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Les maisons éparpillées dans les cultures sont souvent entourées de tulipiers du Gabon aux belles fleurs rouge vif. Nous retrouvons le goudron à l’entrée du village de Andes. Nous y faisons une incursion mais comprenons vite qu’il n’y a rien à visiter. Encore quelques kilomètres au milieu des plantations de café, des arbustes alignés en strates concentriques sur les collines. Nous parvenons à Jarmin, petite ville aux maisons semblables à celles de Jerico. Nous nous garons sur la place centrale dont nous faisons le tour pour profiter d’une timide apparition du soleil, peu sûrs qu’il soit encore là cet après-midi, quand nous reviendrons. Nous avons l’intention de nous installer dans un camping pourvu du wifi pour nous mettre à jour, et de l’électricité, nos batteries auxiliaires ne tenant plus la charge. Le premier où nous nous rendons, Selva y Cafe, est un cul-de-sac où il n’y a pas la place de garer deux véhicules et où j’ai le plus grand mal à faire un demi-tour. Le second, Charco Corazon,  sur une piste en dehors du village, a un wifi bien faible et aucun branchement électrique possible. Nous revenons dans le centre du village et essayons la Truchera Montemar, un élevage de truites, ils sont nombreux dans la région, qui fait aussi camping. Personne pour nous renseigner. Un ouvrier, qui travaille sur le chantier des bassins de truites, appelle le patron qui doit venir. En l’attendant, nous déjeunons puis, las d’attendre, nous allons voir à une autre ferme d’élevage de truites où Guy et Marie-Jo avaient été hébergés lors de leur passage, si nous pourrions y bivouaquer mais le patron refuse… Nous retournons donc à notre « truchera » précédente où la patronne est arrivée. Nous nous mettons d’accord sur le prix et les conditions. Je m’installe à une table de la salle du restaurant et profitant du wifi, je mets le blog à jour. La pluie tombe de plus en plus fort puis se calme. Nous retournons en ville, dans l’espoir d’une animation en fin de journée. Nous commençons par nous promener dans les rues proches de la place centrale. Comme à Jerico, les maisons sont très colorées, les peintures sont même parfois « gueulardes ». Le plus remarquable, ce sont les balcons, larges, très avancés au-dessus de la rue, colorés bien sûrs. 

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Je suis tout de même déçus de ne pas trouver plus de l’ambiance espérée, rares cavaliers dans les rues, peu de tenues traditionnelles. Nous revenons nous asseoir sur un banc de la place dans l’attente d’une agitation quelconque mais non, rien ! Déçus par le peu de cavaliers et par les rares sombreros, nous rentrons nous installer au camping. Il faut encore répondre au courrier, envoyer « la » carte électronique à tout le monde, Un verre de vin blanc en guise d’apéritif nous aide.

Mercredi 2 novembre : L’affreux gueulard de cabot que j’aurais bien plongé dans le bassin des truites, ne s’est pas manifesté dans la nuit mais les ouvriers commencent tôt et à sept heures nous sommes debout. Nous ne retournons pas dans Jardin, d’autant que le téléphérique que nous aurions pu emprunter pour avoir une vue de la ville, ne fonctionne pas. Nous partons donc sur la route de Rio Sucio, étroite mais goudronnée, croyons-nous… Au bout de quelques kilomètres, le revêtement se dégrade puis disparaît et nous nous retrouvons à rouler sur une piste semblable à celle d’hier, pas de passages difficiles mais pas question de faire une grosse moyenne. Nous suivons le cours d’une rivière entre des collines de plus en plus escarpées, avant de monter, monter dans une forêt très dense, formant parfois un quasi tunnel. Quand nous avons passé le col, nous redescendons dans des vallées où les propriétés d’élevage se font de plus en plus fréquentes. Nous revoyons des cécropias qui forment de belles taches argentées sur la végétation aux verts variés. 

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D’autres plantes, d’autres arbres inconnus dont il nous faudra trouver le nom ! Peu de plantations de café mais des bananeraies, quelques serres abritent des plants de tomates et des bouquets de bambous qui explosent littéralement. Nous avons aussi la surprise de retrouver de grands ravenalas aux éventails de palmes superbes. Nous croisons de plus en plus de bus pourvus d’une caisse en bois décorée et des jeeps qui assurent le transport des marchandises et des passagers sur ces pistes.

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Enfin, nous retrouvons le goudron et la route de Medellin. Nous la quittons bientôt en direction de Manizales. Nous avons aussi retrouvé les camions et les travaux sur la route qui contraignent à des haltes pour une circulation alternée. Une fois de plus, nous ne savons où nous arrêter pour déjeuner, pas un parking, pas un bout de terrain sans une clôture. Nous devons faire halte sur un terrain boueux où stationnent des camions. Peu après nous entrons dans Manizales, une de ces grandes villes que je n’aime pas pour leur circulation folle. De plus la ville est construite sur des collines avec des rues aux pentes très raides. Nous cherchons à nous garer près du Bureau d’Information Touristique, un emplacement dans une rue en pente pourrait convenir. Je stationne derrière une voiture mais le camion est trop long, il faut repartir. Le frein à main est de moins en moins performant et je rate mon démarrage en côte en marche arrière et percute la voiture, la propulsant de quelques dizaines de centimètres ! Vite alerté, le propriétaire survient, me raconte des tas de choses auxquelles je ne comprends rien, si ce n’est qu’il va téléphoner et qu’il faut attendre. Arrivée d’un policier en moto qui dresse un constat, puis l’agent d’assurance de mon « adversaire ». On m’explique que l’assurance souscrite à l’entrée n’est valable qu’en cas de blessures corporelles et ne couvre pas les dégâts matériels. Je dois donc régler les réparations vite fixées à 450000 pesos soit 150 euros pour un parechoc légèrement marqué… Sinon, audience de conciliation au tribunal etc… Je m’acquitte donc, furieux ! Nous repartons, je vais me garer un peu plus loin, à bonne distance d’un autre véhicule… Je me renseigne au Bureau d’Information sur la possibilité d’accéder au Parc de Los Nevados. Les tarifs sont élevés mais au point où nous en sommes ! Nous cherchons la sortie de cette maudite ville, en direction de Bogotá. Il recommence à pleuvoir et la route monte de nouveau. Nous roulons presque au pas derrière des camions sur une trentaine de kilomètres jusqu’au carrefour de la route pour le parc. Nous pouvons stationner en contrebas sur un bout de terrain d’une boutique. Vérification sur l’altimètre, nous sommes à 3451 mètres !

Jeudi 3 novembre : Nuit fraîche mais pas autant que je l’avais craint, mais nous avions descendu le toit. Nous décidons tout de même, et bien que les nuages couvrent les sommets, de nous rendre au Parc de Los Nevados. Une route asphaltée nous élève de 700 mètres de plus, jusqu’à l’entrée. Nous y retrouvons ces frailejones, découverts lors de la décente sur Duitama et qui ne poussent qu’à cette altitude.

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Nous sommes tout de suite renseignés par un guide qui baragouine anglais sur les conditions, notamment tarifaires… Nous nous réchauffons dans la salle du centre d’accueil et buvons une infusion très sucrée de coca pour combattre le mal de l’altitude. Une courte vidéo nous est projetée, ainsi qu’à un couple venu de Bogotá avec une berline, pour nous montrer le parc ensoleillé… Nous apprenons au passage que passé 70 ans, on ne peut monter plus haut… Nous ne révélons pas notre âge. Nous partons, le guide dans la berline, qui roule au pas sur la piste et nous, dans notre camion, bien emmitouflés, chaussettes, pulls, blousons, écharpes ont été sortis ! Nous faisons quelques haltes pour écouter les explications, en espagnol, plus ou moins traduites en anglais, du guide, sur la flore, le climat, la géologie etc… Le temps est très changeant nous a-t-il dit mais les bancs de nuages se succèdent sans cesse et la visibilité est très limitée. Au bout de 5 kilomètres, nous atteignons le point le plus élevé, 4458 mètres, que nous sommes autorisés à atteindre.

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De là, nous devrions voir le glacier Nevado Del Ruiz mais il est bien caché dans les nuages. Nous avons beau attendre, espérer à chaque voile qui se soulève qu’enfin… Mais non ! 

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Nous redescendons, frustrés, alors que le soleil fait une très timide apparition. Un des jeunes gardes nous a vanté la route qui contourne le parc, nous faisant espérer une vision du glacier. Nous nous lançons sur cette très mauvaise piste qui, au début, nous permet d’apercevoir, sans trop de brume, des champs de freilejones qui couvrent les flancs des montagnes. Bien vite nous sommes dans les nuages et nous ne voyons plus rien. Nous hésitons à faire demi-tour tant la piste est mauvaise, trous d’eau, roches, pierres. Je surveille le défilement des kilomètres sur le compteur, Nous restons toujours à plus de 4000 mètres d’altitude jusqu’à un col, à mi-chemin, où nous entamons une très longue descente. Les freilejones disparaissent, les prairies réapparaissent avec bovins et chevaux. Quand nous rencontrons les premiers véhicules, nous savons que nous sommes en vue de Murillo. Nous traversons ce gros village, perdu, sans animation, mais nous faisons une halte sur sa grande place centrale. D’abord pour nous remettre des deux heures éprouvantes de piste mais aussi pour prendre en photo les quelques maisons qui ont adopté une décoration différente des villes et villages précédemment visités : chaque maison est décorée de bandes colorées verticales. 

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Des hommes portant poncho et chapeau discutent au milieu de la rue, peu dérangés par les véhicules. 

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Nous continuons sur une bonne route goudronnée, tout en lacets serrés, qui nous fait perdre de l’altitude jusqu’à Libano, gros bourg plus animé mais sans le moindre charme. Nous nous y arrêtons le temps d’acheter de quoi dîner ce soir. A la sortie de Libano, les collines sont couvertes de plantations de caféiers dont les parcelles sont séparées par des lignes de bananiers.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

De beaux bambous penchent leurs doux plumeaux au-dessus de la route. Nous rejoignons la route qui court entre les cordillères. Nous ne sommes plus qu’à 350 mètres d’altitude, nous avons dévalé plus de 4000 mètres en moins de 100 kilomètres ! Nous nous arrêtons peu après à l’Hotel-Balneario El Ranchon où nous pouvons stationner derrière la piscine. Nous retirons tous nos vêtements superflus sans toutefois transpirer.

Vendredi 4 novembre : Le ciel est gris et le restera. La pluie tombe par moments. Nous continuons dans la plaine en direction d’Ibague. Encore une de ces villes de plusieurs centaines de milliers d’habitants, qu’il faut traverser en cherchant son chemin et qui n’en finissent pas. Nous y trouvons un grand supermarché Exito où nous refaisons le plein de provisions et où je peux retirer des pesos à un distributeur du Bancolombia. Nous continuons en direction d’Armenia et c’est reparti pour une longue et usante montée, puis descente, sur une route étroite et encombrée de camions. La plupart sont de ces énormes trucks américains, plus adaptés aux highways des Etats Unis qu’aux routes étroites de la Colombie. Les plus gros doivent occuper toute la largeur de la chaussée dans les virages en épingle à cheveux, ce qui contraint ceux qui sont en sens inverse de s’arrêter pour les laisser achever leur virage. Des garçons mais aussi des filles, placés dans ces virages signalent l’arrivée de ces monstres et quémandent une pièce. Impression d’être un yoyo, monter-descendre, une cauchemar de garçon d’ascenseur… Nous sommes au milieu de montagnes couvertes d’une épaisse forêt sur notre versant, plus clairsemée sur l’autre. Nous découvrons nos premiers palmiers à cire, un long et mince fût surmonté de palmes en étoile. Nous contournons Armenia et trouvons son Museo de Oro Quimbaya. Une belle construction en briques rouges consacrée au peuple quimbaya d’avant la Conquête, qui présente une collection d’objets en or, pendentifs, boucles d’oreilles, naringueras et nécessaire pour inhaler des substances désormais illicites. Du déjà vu, rien de nouveau !

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous roulons encore quelques kilomètres jusqu’au carrefour de la route de Filandia où nous trouvons un stationnement avec des toilettes et le wifi. Nous prenons connaissance de nos messages mais placé entre deux routes, l’emplacement nous paraît trop bruyant et nous repartons jusqu’à Filandia pour nous rendre à la ferme-hôtel Santuario mais on n’y veut plus de campeurs. Nous retournons donc au carrefour… Nous devons changer de place car nous occupons celle de véhicules qui ne viendront pas puis nous déménageons une seconde fois pour nous éloigner du poste de radio du gardien.

Samedi 5 novembre : Nous avons eu droit au bruit des camions, rares dans la nuit mais continuels au matin. Nous revenons donc nous installer plus près du café en bénéficier ainsi du wifi. Nous nous rendons à Filandia. Je me gare sur la place centrale après avoir remonté toute une rue en sens interdit, en toute innocence… Encore des maisons colorées bien entendu, toutes à un étage dans le centre, portes, fenêtres et balcons peints selon les goûts et la fantaisie de leur propriétaire. L’originalité ici réside dans le dessous des avancées des toits, également peints et formant des dessins différents d’une maison à l’autre. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Les hommes portent le sombrero et, jeté sur l’épaule, une écharpe pliée. 

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Marie commence à explorer les boutiques d’artisanat pour les cadeaux à rapporter… Nous nous rendons à la sortie de la ville, au mirador édifié sur une colline. Une tour trapue, tout en bois, avec des escaliers qui nous amènent au sommet pour une vue sur la région. Nous apercevons la cordillère aux sommets dans les nuages, les collines plus proches, quelques arpents de cultures et étonnamment peu de caféiers. Nous repartons, et nous nous rendons à Salento, autre gros village. Je dépose Marie près de la place centrale à laquelle les voitures n’ont pas accès et vais me garer dans une rue pas trop pentue… Les maisons sont semblables à celles de Filandia mais l’impression n’est pas la même. Le village est très touristique et aujourd’hui, les visiteurs sont nombreux. Des stands se sont installés sur toute la place pour proposer de l’artisanat et des gargotes rameutent les clients. La truite est, comme dans tous les villages de montagne, proposée à toutes les sauces. Une rue qui mène à un mirador est une copie de Saint-Tropez, Sidi Bou Saïd ou toute autre destination trop touristique. La foule des touristes l’arpente, hommes et femmes ont cru bon de porter le chapeau local et il devient difficile de distinguer l’autochtone de sa copie.

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Nous suivons une route qui descend dans la vallée de Cocora, entre la forêt et les fermes d’élevage. De beaux palmiers à cire sont éparpillés sur les prairies. Au bout de la route, des parkings pour les visiteurs et des enclos avec des chevaux de location pour la promenade. Nous nous garons à l’un d’eux pour déjeuner puis nous allons jusqu’au tout début du chemin qui conduit à l’entrée sud du Parc de Los Nevados. Nous ne pouvons pas continuer avec le camion et c’est à pied que nous continuons sur quelques centaines de mètres en guettant les apparitions du soleil sur les palmiers à cire plantés sur les crêtes. 

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Nous revenons sur nos pas et atteignons Calarca. Nous avons l’intention de demander à stationner pour la nuit devant le jardin botanique que nous voulons visiter demain matin. Cela ne pose pas de problème, un des policiers de faction nous propose même de nous garer à l’intérieur d’une cour fermée par une grille. A mon grand étonnement, Marie propose de prendre l’apéritif avec un jour d’avance ! Je ne fais rien pour l’en dissuader…

Dimanche 6 novembre : Une fois les chiens calmés, c’est une des nuits de samedi des plus calmes que nous ayons connues ! Ce n’est que le pépiement des oiseaux qui nous réveille. A neuf heures, nous sommes à l’entrée du parc et après avoir réglé notre écot, demi-tarif pour les plus de 60 ans (Je suis vexé qu’on ne nous ait pas demandé de le prouver comme dans d’autres lieux…), nous pouvons admirer de nombreux colibris attirés par des abreuvoirs contenant un sirop sucré, en vol stationnaire. Ils ont des plumes aux couleurs métalliques bleues ou vertes, un long bec pour aller chercher le pollen des fleurs et sucer le sirop mais impossible de fixer sur la pellicule le battement de leurs ailes, bien trop rapide. 

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Nous partons en groupe, derrière une très jeune guide, affligée d’un appareil dentaire et d’un débit de paroles, en espagnol, qui nous interdisent de comprendre grand-chose à ses explications. Le sentier parcourt une belle forêt où beaucoup d’essences ont été rassemblées. Nous commençons par les variétés de palmiers puis ce sont les bambous, appelés en Colombie guaduas, plus hauts mais plus minces que ceux de Madagascar. Nous accédons à un poste d’observation des oiseaux, une cabane pourvue d’une grande vitre derrière laquelle nous pouvons admirer quelques beaux oiseaux bleus ou verts, attirés par des fruits. 

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Nous atteignons une tour que nous sommes parmi des rares du groupe à escalader pour contempler la canopée d’en haut (mais aussi les camions qui passent à proximité !). Et enfin, clou de la promenade, nous accédons au mariposario, une serre où des papillons volent de fleur en fleur, se posent parfois pour nous permettre d’admirer leurs ailes aux dessins sophistiqués et variés. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

En cours de route, nous avons rencontré bon nombre de fleurs inconnues qui vont demander un stage de remise à niveau en France ! Nous repartons en direction de Cali. Nous sommes dans la plaine, entre deux chaînes de montagne, la route est droite et pas trop chargée de camions. Une bonne partie se fait sur deux voies séparées mais les péages sont de plus en plus rapprochés. Nous sommes maintenant dans les plantations de canne à sucre. Nous sommes à Cali dans l’après-midi. Nous voudrions trouver un dancing en plein air où des personnes d’« un certain âge » dansent la salsa le dimanche après-midi. L’indication du lieu est vague, nous tournons, virons dans Cali sans parvenir à trouver, et nous renonçons. Nous cherchons alors un lieu de bivouac. Nous fiant à « ioverlander », nous cherchons et trouvons un club avec piscine où nous sommes très aimablement accueillis et autorisés à nous installer sur une pelouse. Nous nous désaltérons puis je demande à José, un Caribéen avec un fort accent créole et au débit rapide de téléphoner à l’ami d’Alejandro pour savoir si il a reçu les pièces pour le camion. Il me confirme leur arrivée mais sera absent demain. Nous parvenons tout de même à nous mettre d’accord pour que je les récupère demain matin. Et parce que c’est dimanche et qu’hier c’était samedi, nous achevons la bouteille de vodka…

Lundi 7 novembre : Nous comprenons vite que ce lundi est encore un jour de rattrapage de la Toussaint tombée un autre jour qu’un lundi ou un vendredi, jours qui auraient permis un long week-end ! Les avenues sont presque désertes et les magasins sont fermés. Cela nous permet de trouver sans trop nous prendre la tête l’adresse de l’ami d’Alejandro qui a nos pièces détachées. C’est une épicerie ! Je les récupère et les règle puis, pour faire plaisir à Marie qui en aurait sinon le grand regret, et parce que la circulation est très fluide, nous nous rendons dans le centre. Après les quartiers de la classe moyenne où chacun se calfeutre derrière des grilles surmontées de piques, nous traversons des quartiers plus populaires, animés, musique partout et déchets dans les rues. Le centre est désert. Il est interdit de se garer le long des trottoirs, ce qui doit se justifier les jours normaux mais aujourd’hui ! Les parkings sont fermés, nous tournons dans le quartier jusqu’à ce que nous en trouvions un ouvert. Nous allons nous promener dans les rues qui ont conservé quelques maisons anciennes, nous contournons l’église toute chaulée de la Merced, fermée comme il se doit… 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Tout est fermé, les musées, l’Office du Tourisme etc… Après avoir jeté un œil à la jolie tour mudéjare, voisine de l’église San Francisco, nous reprenons le camion. Nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché, encore un Exito, pas très bien fourni. Nous ne savons plus très bien quoi prendre, seules les charcuteries espagnoles d’importation nous tentent encore. Nous quittons Cali sans regret et après un rapide déjeuner dans le camion, en retrait de la route, tout en transpirant, nous filons en direction de Popayan. Nous sommes toujours au milieu des champs de canne à sucre et croisons parfois des « trains de canne à sucre », 5 ou 6 remorques de grande taille, chargées de tiges, tirées par un semi-remorque, en route pour l’usine. Les postes militaires sont de plus en plus fréquents, les ponts sont gardés mais les soldats se contentent de regarder passer les véhicules en levant le pouce. Nous quittons la Panamericaine, car c‘est toujours elle ! Nous retournons dans les montagnes mais aussi dans la pluie, de plus en plus forte. Nous entrons dans Silvia, trouvons une station-service, très simple, en retrait de la rue principale où nous pourrons bivouaquer et continuons jusqu’à la place centrale. Nous nous faisons confirmer que demain est bien le jour du marché où les Indiens Guambianos descendent de leurs montagnes. Ils sont d’ailleurs déjà là, avec leurs très élégants chapeaux du genre melon aussi bien pour les hommes que pour les femmes. Tous portent une sorte de châle bleu vif à parements rouge-rosé, les femmes une jupe ronde à liserés et les hommes un bout de tissu croisé dans le dos pour former aussi une jupe. 

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Nous les regardons passer en restant à l’abri dans le camion tant qu’il pleut. Nous en sortons pour aller jusqu’à l’église en quête d’un escalier qui permettrait d’accéder à une des tours pour une vue sur le village et la campagne mais tout est fermé. Nous revenons nous installer derrière la station, au calme espérons-nous.

Mardi 8 novembre : La station a été fermée la nuit jusqu’à cinq heures du matin. Il ne pleut plus, un très timide et fugace soleil fait une apparition. Nous nous rendons sur la place centrale. Des camions, des jeeps, des bus à plateau de bois, couverts de dessins colorés, tous d’âge canonique, ont déversé gens et marchandises. Le marché se tient sous une halle mais aussi dans les deux ou trois rues adjacentes. Nous commençons par aller photographier ces camions-bus rustiques, sans porte ni fenêtre, ouverts à tous les vents (et à la pluie !) qui sont les seuls à oser affronter les pistes de montagne, à une vitesse sans doute très réduite. Leur décoration est religieuse : Jésus, Marie, sexuelle : des pin up déshabillées ou des paysages et des animaux : tigres, lacs de montagne etc…

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous essayons de prendre en photo ces petites Indiennes dans leurs beaux costumes bleus et rouge. Un châle attaché par une épingle sur le devant par-dessus une jupe à liserés, un chapeau très « british », un collier de perles de pacotille et des brodequins de marche avec des lacets jaunes ou oranges. 

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Elles sont alignées devant leur petit étal d’herbes et d’oignons dont elles espèrent tirer quelques pesos tout en filant la laine avec leur quenouille.

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Les hommes ne sont pas en reste : poncho par-dessus un pagne porté en jupe, noué derrière, une écharpe jaune orangée dont les pans sont rejetés dans le dos et les mêmes chapeaux et brodequins. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Quelques plus rares femmes portent un élégant chapeau de paille à plusieurs étages, décoré de fils de couleur et d’un pompon. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Quelques marchandes en vendent mais cher. Nous en trouvons un sur la place à un prix honnête. Après avoir bien fait le tour du marché, admiré dames et messieurs dans leurs beaux atours, contents de retrouver un peuple attaché à ses traditions, nous reprenons le camion et montons à la chapelle qui domine de village mais les toits de tôle l’emportent désormais sur ceux de tuiles. Nous repartons dans la grisaille. Peu avant Popayan, nous bifurquons pour nous rendre à un camping qui nous avait été recommandé, l’Ecoparque Rayos del Sol. Enfin quelque chose qui ressemble à un vrai camping avec toutes les commodités, tout ce dont un voyageur peut avoir besoin ! Branchements électriques, d’eau, wifi, grand terrain herbeux, machine à laver etc… Nous y passons le reste de la journée. La relecture du texte du blog, sa mise en ligne, le courrier et un coup de fil à Julie, nous occupent jusqu’au soir.

Mercredi 9 novembre : Au matin nous sommes stupéfaits d’apprendre l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis ! En discutant avec les deux Allemands présents au camping, je découvre que la piste directe pour Tierradentro serait ouverte, ce que contestait le patron du camping, et qu’il est possible d’entrer en Equateur sans papier d’importation du camion, à condition de ne pas dépasser Ibarra. Nous cherchons à nous renseigner plus sûrement sur la route pour se rendre à Tierradentro. Un policier, un autre à l’information touristique, un pompiste, nous confirment que la route directe est ouverte. Nous commençons la journée en nous rendant dans le centre historique de Popayan, plus éloigné que les trois kilomètres annoncés au carrefour. Il est beaucoup plus étendu que nous ne nous y attendions. Dans les rues en damier autour du Parque, que des maisons anciennes, à toits de tuiles et toutes chaulées. Peu ou pas d’immeubles modernes, ceux du XIX° siècle dits « républicains », dans le style « crème Chantilly », tous bien blancs, s’intègrent bien dans l’ensemble. 

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Pas question de stationner dans les rues du centre, ce qui n’est pas une mauvaise idée mais nous pose problème. Je dépose Marie sur la place et cherche à me garer. Les parqueaderos sont complets ou ne veulent pas du camion. Je finis par me ranger le long d’un trottoir, entre deux voitures… Je retrouve Marie et nous partons pour une petite visite pédestre. Les églises sont fermées, seule la cathédrale est ouverte mais nous n’y jetons qu’un bref coup d’œil. Les rues sont très animées, les maisons sont uniformes et forment de belles perspectives. Le Musée d’Art religieux ferme à midi, trop tard ! Nous poussons jusqu’à un vieux pont aux arches de briques puis, fatigués et transpirants, nous décidons de repartir. Marie voudrait avoir une vue sur la ville depuis une colline. Elle n’aura pas la vue, il faudrait monter à pied mais nous trouvons un emplacement au calme et à l’ombre pour déjeuner. Trouver la sortie de la ville n’est pas évident, des travaux interdisent certaines avenues et les déviations sont mal indiquées. Nous roulons sur une bonne route asphaltée, peu fréquentée, en commençant à monter dans les collines. Des panneaux indicatifs préviennent de la fermeture de la route… A Totoro, je me fais confirmer que nous pouvons passer. La route continue de monter, la circulation devient presque nulle quand nous atteignons une zone de páramo, comme on appelle les régions andines à la végétation particulière, sises à une altitude d’environ 3000 mètres, où nous retrouvons des frailejones. Nous consultons l’altimètre : 3360 mètres ! Nous redescendons sur un autre versant, dans une belle forêt ponctuée d’arbres mauves qu’un rayon de soleil daigne illuminer. 

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Ce n’est que sur la toute fin du trajet que la route va présenter quelques difficultés. D’immenses pans de la montagne se sont éboulés, déversant des tonnes de roches et de boue sur la route. Elle a été dégagée mais les travaux ne sont pas terminés et il faut rouler dans les ornières boueuses creusées par les engins de terrassement, attendre que les camions-bennes soient remplis par des chargeurs mais nous passons ! Nous atteignons Inza puis continuons quelques kilomètres jusqu’au village de San Andrès où nous nous installons sur un bout de gazon d’un hospedaje, le Lucerna, tenu par un vieux monsieur qui m’offre d’odorantes goyaves. Au dîner, nous faisons frire avec des pommes de terre, ce que nous avions pris pour de beaux radis, bien rouges et de petite taille, que nous avons retrouvés en quantité industrielle sur le marché de Silvia et qui, une fois cuisinés ressemblent plus à des patates…

Jeudi 10 novembre : Nous étions bien au calme chez notre papy… Il nous a apporté un cafecito avant notre départ. Un vrai jus de lavasse, clair et parti direct dans l’évier. Curieux comme dans ce pays où on produit le meilleur café du Monde, on y boit le pire. Idem en Chine avec le thé ! Le bureau du centre archéologique de Tierradentro est juste à côté de chez lui. Nous achetons les billets qui nous autorisent à visiter tous les sites, ouverts au public, recensés dans les environs proches. Nous commençons par le musée, en compagnie d’un groupe de Hollandais, escortés par un accompagnateur et une guide. Peu d’objets mais nous apprenons tout de même que les rituels de mort se déroulaient en deux temps : tout d’abord un enterrement du corps dans une urne au fond d’un puits puis après décomposition, les restes étaient brûlés et les cendres placées dans d’autres urnes, disposées dans les hypogées que nous allons voir. Mais pour y accéder, il faut gravir une colline sur un large sentier, très pentu et peu commode. Après avoir franchi un ruisseau sur un beau pont en bambou, le matériau local de construction des maisons, il nous faut une demi-heure pour y parvenir, complètement liquéfiés et à bout de souffle. Quelques pavillons abritent les escaliers d’accès aux hypogées, du moins celles ouvertes à la visite. L’escalier est peu commode, une dizaine de marches très hautes, disposées en colimaçon, évidemment sans rampe, ni même une corde. Marie, effrayée par la hauteur des marches, ne tente pas d’y descendre. Au fond, dans une grande cavité soutenue parfois par deux piliers, étaient disposées les urnes. Elles ont été retirées mais nous pouvons admirer le superbe décor peint sur les parois, les piliers, le plafond : des figures géométriques tracées en blanc, noir et rouge. Au sommet des piliers et parfois sur les parois, des figures anthropomorphes, triangulaires, ont été gravées ou peintes. 

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Toutes les tombes ne sont pas décorées mais les plus remarquables sont magnifiques. Marie m’a accompagné sans oser descendre et je la convaincs de se glisser de marche en marche jusqu’au fond de la plus belle. Elle apprécierait mieux le décor si elle n’était pas angoissée à l’idée de remonter ! 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Mais tout se passe bien et il ne nous reste plus qu’à retourner au camion… Descente presqu’aussi fatigante que la montée, les orteils recroquevillés au fond des chaussures… De retour au camion, je vais acheter des sodas chez une épicière qui branche son réfrigérateur quand j’entre dans sa boutique. Pas très frais, les sodas ! Nous montons jusqu’au village de San Andrès du Haut. Une jolie église de campagne, toute simple, toute blanche, a perdu son toit de chaume dans un incendie. 

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Dommage ! Nous nous garons devant la Portada, un hôtel-restaurant, déjà occupé par le groupe de Hollandais. Marie m’y attend tandis que je repars pour un autre site d’hypogées, l’Alto de San Andres. La montée, au milieu des caféiers et des bananiers, est plus facile mais il fait encore plus chaud. Au sommet d’une colline, deux tombes décorées, seulement, peuvent se visiter. A l’Alto de Segovia, le site précèdent, les hypogées étaient éclairées, ce qui permettait de les photographier. Ici, pas le moindre éclairage. Ma lampe-torche me permet de distinguer le décor mais pas de le photographier. Une seule des deux tombes est bien décorée avec des représentations de figures humaines peintes. Je peine dans le retour et apprécie la bière glacée qui m’attend. Nous déjeunons rapidement au restaurant, bon steak de porc et riz parfumé. Nous reprenons la route, d’abord pour La Plata, sur une très mauvaise piste, sèche après les pluies qui l’ont remodelée, nervurée, plus la moindre surface plane ! Une nouvelle route est en construction, les ouvrages d’art sont encore à l’état d’ébauche mais les portions droites ont déjà été goudronnées. Après la Plata, nous hésitons entre la route (piste ?) directe pour Garzon ou une plus longue sur le goudron. Renseignements pris, les avis varient entre une heure et deux heures pour 55 kilomètres… Nous prenons la route directe, bien sûr… Elle est goudronnée mais le terrain, très mouvant, géologiquement parlant, a entrainé des déformations surprenantes de la chaussée, qui devient parfois brutalement, dans un virage ou au sommet d’une côte, une mauvaise piste. Nous montons, de nouveau dans la pluie et il nous faut une heure pour les trente premiers kilomètres. Mais après El Pital, la route est parfaite, presque droite et nous parvenons rapidement à Garzon. Nous franchissons sur un très long pont le rio Magdalena qui va se perdre dans les montagnes du Nord. Nous continuons dans la vallée, en longeant une cordillère à l’est et une rivière à l’ouest. Nous arrêtons presque à la nuit à Timané, sur un terrain de sport et d’activités diverses. A peine posés, un trompettiste solitaire vient s’asseoir sous une rotonde et répète… Mais cela ne dure pas.

Vendredi 11 novembre : Nous quittons ce terrain qui dépanne mais qui est bien mal entretenu, WC inondés, douches transformées en placard à balais et papiers gras sur les terrains de sport. La pluie a commencé avant notre réveil et nous accompagne presque toute la journée. Marie avec ses boules Quiès n’a pas entendu le trafic des camions qui a repris au matin. Une vingtaine de kilomètres nous amène à Pitalito où nous trouvons un supermarché pour refaire les pleins mais, que nous sommes las de toujours acheter les mêmes produits ! A la sortie de la ville nous retrouvons Betty et Beat, les Suisses de Panama ainsi qu’un des couples d’Allemands qui étaient sur le même cargo. Nous échangeons quelques renseignements puis nous nous promettons de nous revoir en Equateur. Nous nous dirigeons vers San Agustin en montant au milieu des plantations de café. Nous traversons le village et trouvons un campement, le Gamcelat, où nous pouvons passer la nuit sur un terrain herbeux mais en pente. Après déjeuner, et malgré la pluie, nous nous rendons au Parc Archéologique. Nous commençons la visite par le musée, de belles statues de personnages, appartenant à cette culture ancienne, datée de -200 à +1000 sont exposées, bien éclairées mais, une fois de plus, trop d’explications nuit à la compréhension. Nous marchons jusqu’à l’entrée du Parc proprement dit. Dans une belle forêt, des sentiers empierrés mènent à plusieurs sites appelés mesitas où ont été dégagées des tumuli sous lesquels étaient enfouis des dolmens, supportés par des statues de taille humaine, sépultures de chefs. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Ces statues sont toutes différentes, avec des caractéristiques à la fois humaines et animales, toujours pourvues de crocs en guise de canines, elles peuvent être effrayantes ou bonasses. Des stèles sont dressées autour et des excavations montrent des sépultures secondaires, sans doute pour les proches des chefs inhumés.

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Nous poussons la promenade jusqu’à Lavapatas, un site de bains rituels sur des roches parcourues par un ruisseau. Les gravures sur les roches, des serpents, des batraciens, sont devenues quasiment illisibles. Nous ressortons du parc alors que la pluie cesse et que des pans de ciel bleu apparaissent trop tardivement. Un dernier tour dans la forêt nous fait passer devant un ensemble de statues récupérées de ci, de là, rassemblées le long du sentier. Beaucoup sont très quelconques mais quelques-unes sont intéressantes.

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Nous reprenons le camion et rentrons à notre camping, profiter du wifi, pour avoir les dernières nouvelles du monde et constater que peu de nos amis ont réagi à notre carte électronique.

Samedi 12 novembre : Dans le pré voisin, les chevaux hennissent, les vaches meuglent, ce sont les seuls sons audibles… Après avoir traversé une fois de plus le Magdalena qui est déjà bien impétueux, nous nous rendons aux deux sites proches de la petite ville d’Isnos. Le premier, Alto de Los Idolos, comme son nom l’indique est au sommet d’une colline. Une montée qui nous paraît rude après les efforts d’hier, sur une chaussée dallée, nous amène à une vaste clairière  où, sous des pavillons entourés d’une barrière de bambou mais avec des toits de tôle, ont été restaurés des tumuli funéraires. Ils se présentent, en général, sous la forme d’une excavation qui peut être profonde, aux murs et plafond formés de dalles de pierre, renfermant un sarcophage lui aussi de pierre. Une allée funéraire, constituée de dalles, y conduit et à l’entrée se tient une statue identique à celles vues hier. Parfois elle est encadrée par deux gardiens de pierre. 

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Tous les personnages ont de féroces canines ce qui confère aux statues féminines un sourire plein de douceur ! Des caractéristiques humaines se mêlent à des détails zoomorphes, dents de reptiles, yeux de félins, queue de serpent etc… Les archéologues se perdent encore en hypothèses… Des sarcophages ont des couvercles en forme de crocodile, une très haute stèle occupe le centre de la clairière. Toutes ces tombes ont été pillées depuis belle lurette et les reconstitutions ne sont pas garanties exactes ! Nous nous rendons à l’autre site, l’Alto de las Piedras, plus petit, moins haut. Ce sont là aussi des tombes avec des statues dont deux sont remarquables. L’une est un personnage surmonté d’un être étrange, à demi-félin, mais avec un dos qui évoquerait un crocodile à tête humaine. L’autre pourrait être une représentation d’une femme enceinte… 

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Nous revenons à San Agustin et décidons de déjeuner au restaurant. J’aurais bien aimé goûter au lapin, la spécialité locale mais les restaurants que nous visitons n’en ont pas ! Nous nous décidons pour El Meson, à la terrasse du premier étage, ce qui nous permet d’apprécier les pétarades des motos qui passent dans la rue. Bonne cuisine, du porc fumé et grillé pour moi et une truite à l’ail (avec une sauce au fromage !) pour Marie qui se régale. Nous nous rendons ensuite au terme d’une courte piste au site de Chaquira. Il faudrait descendre dans les gorges du Magdalena pour voir sur les parois des pétroglyphes en forme d’orants. Nous renonçons vite devant la perspective d’une pénible remontée et allons voir les quatre statues du site d’el Tablon, tout proche. L’une représente une femme au sourire carnassier, l’autre un supposé prêtre aux vêtements et bijoux luxueux. Il est encore tôt, nous retournons au Musée Archéologique, essayer de mieux comprendre ce que nous avons pu percevoir de cette civilisation inconnue et disparue. Nous revenons au camping nous reposer. Nous avons cru pendant un certain temps que nous allions avoir un samedi soir sans musique intempestive. Que nenni ! Cela a commencé par de la musique andine, de celle qui était à la mode en France au début des années 70, en provenance de la grande maison derrière le terrain, vite adaptée au goût local mais le calme revient tôt. D’autres, non localisées, prennent le relais, plus ou moins fortes puis cessent dans la nuit. Celle qui aurait gagné le premier prix à un concours de décibels commence vers 4 heures du matin pour arrêter au petit jour… 

Dimanche 13 novembre : Nous partons plus tard que d’habitude alors que nous avons un bon bout de route à faire aujourd’hui. Nous rejoignons Pitalito où nous mettons le cap au sud en direction de Mocoa. Au début, la route, dans la plaine est rectiligne et nous marchons bien. Nous croisons de nombreux camions-citernes en provenance des zones pétrolifères, puis nous commençons à monter dans une belle forêt dense, sans villages ni cultures, jusqu’à un col avant de redescendre sur le bassin amazonien. La végétation change radicalement, des fougères géantes, des parasoliers, couvrent les collines. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

La forêt a été plus défrichée sur ce versant. Nous sommes vite à Mocoa. Plein de gasoil à un prix bien moindre que précédemment. Nous déjeunons rapidement puis reprenons vite la route. Je voudrais essayer de faire un maximum de kilomètres avant la nuit sur cette route présentée comme une des plus dangereuses du continent et appelée le « Trampolino de la Muerte » ! Nous traversons Mocoa sans rien en voir et après quelques kilomètres de goudron, commence la piste, en montée comme il se doit ! Une piste normalement large, rocailleuse, pas particulièrement difficile mais qui ne permet pas de passer la troisième vitesse. Mais  bientôt elle devient beaucoup plus étroite, des passages n’ont que la largeur d’une voiture. Des dégagements permettent de se croiser et une barrière de sécurité (quand elle n’est pas tombée dans le ravin…) rassure. La circulation est plus importante que je ne le pensais, des minibus, des camions circulent. Quand nous atteignons les 1600 mètres d’altitude, nous entrons dans les nuages, je suis nettement moins sûr de moi quand il faut deviner où est la piste et surtout le ravin ! Nous essayons de suivre notre très lente progression sur le GPS mais c’est déprimant… Nous passons un col et redescendons en sortant des nuages. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

La piste paraît plus large ou plus facile et nous pouvons avoir une idée du paysage, une forêt primaire intacte, sans le moindre village ni bien sûr la moindre parcelle de culture. Nous croisons un cycliste d’Azerbaïdjan qui pousse son vélo dans la côte. Il est plein d’enthousiasme, émerveillé par tout ce qu’il a vu ! Nous pouvons suivre le tracé de la piste à flanc de montagne et nous constatons que nous sommes repartis en montée… Enfin, nous voici au col, à 2800 mètres d’altitude, le soleil illumine l’autre versant et dans la vallée nous apercevons San Francisco où nous attend le goudron. La descente est rapide, la piste est meilleure semble-t-il et nous retrouvons une surface plus agréable avant la nuit. Nous cherchons où bivouaquer. Après avoir essuyé un refus, nous sommes acceptés au fond d’une petite station-service. La visite du camion n’a pas fini d’étonner le propriétaire et sa famille et comme souvent, la première question est le prix d’un tel engin ! Nous nous offrons l’apéritif, bien mérité après cette rude journée de piste.

 

Lundi 14 novembre : Nous continuons notre route par quelques lacets qui nous amènent, mine de rien, à plus de 3200 mètres d’altitude, en traversant une zone de páramo avec des grands champs de frailejones, avant de découvrir le grand lac de la Laguna de Cocha. Ses eaux supposées cristallines sont surtout grises sous le ciel couvert de nuages. Nous approchons d’un promontoire d’où l’on découvre l’île de La Corotea, une réserve naturelle puis nous nous rendons au village qui vit du tourisme et notamment de la promenade en barque autour du lac. Ce n’est qu’une succession de maisons de bois aux allures de chalet suisse, des deux côtés du canal qui permet d’accéder au lac. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Toutes sont des restaurants qui proposent de la truite d’élevage. Nous hésitons à y déjeuner mais il est encore bien tôt et la température ainsi que la grisaille ne nous incitent guère à faire un tour en bateau. Nous repartons donc, nouvelle escalade suivie d’une nouvelle descente sur la ville de Pasto. Nous trouvons rapidement la place centrale mais pas question de s’y garer et d’ailleurs l’église et le musée que Marie avait repérés sont fermés. Nous ne savons trop que faire. Je commence à m’énerver, plongé encore une fois dans une circulation infernale. Nous décidons de chercher un supermarché. Un motocycliste questionné nous demande de le suivre. Il nous amène à un trop petit supermarché puis à un autre au parking inaccessible. Nous abandonnons et partons pour faire le tour du volcan Galeras dont le sommet est perdu dans les nuages. Marie voudrait que nous consultions internet pour savoir si le patron du camping d’Ibarra nous a répondu. Nous arrêtons donc à Nariño, trouvons un cybercafé bien lent. La réponse d’Ibarra est décevante, pas de réponse claire pour savoir si le camion peut rester plus de 90 jours en Equateur. La pluie arrive et nous dissuade de poursuivre le tour du volcan. Après déjeuner dans le camion, nous revenons sur nos pas jusqu’à Pasto d’où nous repartons sur quelques kilomètres jusqu’au Parc Chimayoy où nous pouvons camper. C’est un espace fréquenté par les familles venues y pique-niquer et s’adonner à quelques activités sportives. La pluie les chasse bientôt et nous restons sur un parking avec un camping-car américain. Nous passons le reste de l’après-midi, Marie à faire du tri dans ses prospectus, moi à écrire. Puis nous mettons le texte du blog à jour

Mardi 15 novembre : Nous sommes plongés dans les nuages, la visibilité est nulle. Nous retournons dans Pasto et trouvons presque sans chercher la place centrale. Je dépose Marie devant l’Office du Tourisme puis vais me garer dans un parqueadero avant de la retrouver. Le Parque est sans aucun charme, le seul bâtiment ancien est l’église San Juan Bautista qui doit n’ouvrir qu’à onze heures aux dires du responsable de l’Office du Tourisme. Nous marchons trois cuadras pour nous rendre au Musée de l’Or qui est en rénovation, ce que l’on semble ignorer à l’Office précité…Nous revenons à la place et bien qu’il ne soit pas onze heures, l’église est ouverte. Curieuse décoration mozarabe avec entrelacs, arcades découpées et, en plus des dorures, couleurs rouges et bleues agressives aux retables. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous allons reprendre le camion et cherchons le supermarché Exito. Nous ne pouvons accéder au parking souterrain et nous nous garons à côté des camions de livraison. Courses rapides avant de retrouver le camion avec une vitre ouverte, mais il n’y a pas de voleurs en Colombie ! Nous quittons Pasto sur la Panamericana qui traverse de belles gorges que nous pouvons apprécier, le soleil commençant à apparaître. Nous envisageons de déjeuner au restaurant pour tenter d’épuiser nos pesos avant la frontière. La spécialité locale étant le cuy, le cochon d’Inde, nous cherchons une gargote dont ce serait la spécialité. Nous traversons tout Ipiales sans rien trouver mais, alors que nous avions renoncé et que nous nous dirigions vers Las Lajas, nous trouvons les gargotes recherchées. Nous en partageons un, grillé au feu de bois. Marie n’est pas enthousiaste d’autant qu’elle a la moitié avec la tête, la gueule ouverte et toutes les dents en évidence… Contrairement à celui mangé autrefois à Arequipa, je ne le trouve pas du tout gras, une chaire fine et une peau bien dorée et craquante. Nous repartons pour le Sanctuaire de Las Lajas à quelques kilomètres. Nous nous arrêtons au parking du téléphérique qui permet d’y accéder sans avoir à marcher. Je découvre alors la disparition de mon appareil photo ! Nous retournons à la gargote où nous avions déjeuné mais je n’avais pas le souvenir de l’y avoir apporté et il n’y est pas. Nous comprenons alors qu’en Colombie, il y a bien des voleurs et que la vitre ouverte au supermarché a été l’occasion pour un individu de le dérober. Je tire la gueule ! Nous revenons au téléphérique et l’empruntons. Il se déplace à une vitesse d’escargot, nous désespérons d’arriver ! Le sanctuaire, une vilaine chapelle en style néo-gothique rococo, une horreur sulpicienne avec des anges de pierre sur les rambardes, sur les pinacles, sur les contreforts, partout. 

TRANSAMERICA (3.3.- Colombie, ouest et Sud)

Nous essayons divers points de vue sur cette bondieuserie qui occupe le fond d’un ravin, construite autour du lieu d’apparition de la Vierge. Des centaines d’ex-voto accrochés à la falaise, la remercient pour tous les miracles accomplis… Nous remontons et je vais profiter du wifi de la station pour téléphoner à un camping de Tumbes qui assurerait le gardiennage et connaît les procédures de suspension du permis d’importation temporaire au Pérou, puis je mets le blog à jour avant de regagner le chaud du camion.

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2 octobre 2016 7 02 /10 /octobre /2016 22:49

Jeudi 29 septembre : Debout peu après six heures, nous partons après le petit déjeuner dans un minibus de l’hôtel pour l’aéroport. Il est situé plus loin que nous ne le pensions, au-delà des derniers gratte-ciel que nous revoyons une dernière fois sous un soleil inespéré. Nous avons du temps à perdre avant l’heure du décollage et je le mets à profit en trouvant un appareil photo Nikon, un des modèles de ceux que j’avais envisagé d’acheter avant de repartir de Toulon. Il est vendu moins cher qu’en France. Je mets aussitôt sa batterie en charge mais nous embarquons avant qu’elle ne soit pleinement chargée. Nous décollons peu après onze heures trente, pour une heure de vol, une des heures de vol les plus chères de tous nos voyages. Nous avons tout juste le temps de nous voir servi un minuscule sandwich (j’en obtiens un second) dont je dois retirer le bout de fromage… Nous nous posons à Carthagène sous un soleil inattendu. La petite aérogare est au milieu des fleurs et des plantes tropicales, agréable arrivée dans cette ville dont nous avons tant rêvé. Formalités rapides effectuées par des agents aimables et pas tatillons. Nous sautons dans un taxi dont les tarifs sont affichés à la sortie et, après avoir suivi le bord de mer et sa plage, nous atteignons les fortifications de la vieille ville. La circulation est intense, des immeubles récents se dressent à l’intérieur des remparts, nous sommes un peu déroutés. Nous sommes déposés dans une ruelle peu engageante devant notre hôtel, le Villa Colonial. On nous alloue une chambre, climatisée, sans vue sur la vieille ville comme prévu mais sur l’escalier… Nous ne sommes pas ravis… Nous nous reposons un peu, mettons en charge les appareils électroniques. Nous avons un message de Guy et Marie-Jo que nous devons retrouver ce soir. Je vais faire le tour du pâté de maisons, beaucoup de boutiques se sont reconverties en mini hôtels ou gargotes à touristes. Nous partons nous promener en suivant une ruelle bordée de ces maisons basses coloniales aux murs colorés, les fenêtres cachées derrière des grilles en fer forgé ou en bois d’où s’échappent de gros buissons de bougainvillées. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Les maisons à étage ont des balcons en encorbellement qui procurent une ombre bienvenue aux passants. Les perspectives des rues avec leurs maisons plus ou moins anciennes (beaucoup de fenêtres semblent bien avoir été restaurées récemment), donne envie d’en découvrir plus tout en me laissant dubitatif. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Il fait plus chaud qu’à Panama mais le taux d’humidité est plus bas et nous ne transpirons pas autant. Nous passons sur une place, devant l’église du Saint-Sacrement où les vendeurs ambulants proposent toutes sortes de boissons fraîches à des jeunes en uniformes scolaires. Nous examinons la carte des restaurants, les prix sont relativement élevés, la clientèle touristique y est pour quelque chose. Nous sommes à peine de retour à la chambre que nos amis s’annoncent. Nous restons ensemble dans le hall d’accueil à nous raconter nos aventures puis nous allons dîner ensemble au « Bohemiane ». Nous nous y offrons un mojito pour fêter nos retrouvailles puis commandons des plats de riz supposés être garnis de diverses viandes que nous aurons du mal à trouver dans l’assiette… Retour à la chambre après cette première journée colombienne.

Vendredi 30 septembre : Nous ne nous réveillons pas de bonne heure, les motards belges sur le départ sont un peu bruyants et l’hôtel commence à résonner des bruits de ses occupants. Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse avec vue sur des toits et des parkings dans des terrains vagues. Ce n’est pas tout à fait le vue espérée et décrite sur le site de booking.com ! Je vais demander et obtiens de changer pour la chambre à l’étage supérieur, mieux agencée et plus claire. Nous partons pour la visite du quartier ancien central. Après avoir emprunté une ruelle où les vendeurs de jus de fruits, de beignets attendent les clients derrière leur boutique ambulante, nous longeons un parc dont toutes les entrées ne sont pas ouvertes, ce qui nous interdit de le traverser. Nous arrivons alors à une porte dans la muraille surmontée d’une tour blanche et jaune avec une horloge. Nous la franchissons et aboutissons à une jolie place entourée de ces maisons coloniales colorées avec de belles fenêtres et des balcons en encorbellement qui doivent beaucoup à l’architecture arabe, des moucharabiehs à l’espagnole.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Toute la ville ancienne n’est qu’une succession, dans toutes les rues, de ce type de maisons. Beaucoup ont été restaurées et font un peu trop neuves mais l’ensemble est exceptionnel. Nous découvrons une seconde place encore plus spectaculaire avec son ancienne douane, un long bâtiment à arcades et ses anciennes demeures devenues des banques. Nous allons nous renseigner à l’Office du Tourisme puis je vais essayer de tirer des pesos à des distributeurs automatiques avec un succès mitigé. Je n’obtiens rien à la BBVA mais je réussis à obtenir avec ma carte 600000 pesos à la Banque de Colombie ! Il ne faut pas hésiter une seconde sinon la transaction est interrompue ! Guy et Marie-Jo nous annoncent qu’ils sont dans les parages. Nous partons à la découverte de la vieille ville, émerveillés à la vue de chaque perspective de maisons dans les ruelles. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Je me rattrape, frustré des dernières semaines, avec mon nouvel appareil photo mais le soleil n’est pas vraiment de la partie. Ne nous plaignons pas, il ne pleut pas… Dommage que les automobiles soient autorisées à y circuler. Un peu trop de commerces se sont emparés de l’opportunité d’exploiter le filon touristique. De belles Noires (Antillaises ?) ont revêtu des robes très colorées, un madras sur la tête, elles vendent des fruits, ananas, papayes et autres fruits tropicaux devant les églises. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Ces dernières sont soit fermées, soit sans grand intérêt, sans l’exubérance baroque que nous avions connue auparavant. Nous allons dîner à El Bistro ( ! ). Filets de poisson frits avec une purée ou morceau de porc très gras. La présentation est soignée mais ce n’est pas l’abondance dans l’assiette et les saveurs sont très quelconques. Nos amis ont envie d’un café, occasion pour moi de goûter le café colombien mais je ne suis pas assez connaisseur pour porter un jugement. Nous continuons notre déambulation dans les rues colorées et fleuries que des fiacres, en quête de touristes, sillonnent.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le ciel s’est couvert, nous commençons à fatiguer. Nous allons prendre une boisson dans une gargote à l’extérieur des remparts puis nous nous séparons et rentrons à l’hôtel sans trouver une épicerie où nous aurions pu acheter du jambon pour dîner à la chambre ce soir. Nous nous reposons ou vaquons à nos activités de fin de journée puis je ressors acheter deux brochettes et des bières. La rue est animée, on danse dans un café, des pétards explosent. Nous essaierons de voir cela demain… Nous pique-niquons rapidement à la chambre puis je redescends à la réception pour essayer, inutilement, d’avoir un meilleur wifi et répondre au courrier.

 

Samedi 1er octobre : A 2h45, nous voisins rentrent et mettent la télévision assez fort pour que de l’autre côté du couloir, je puisse suivre le feuilleton. Marie dort et ne s’aperçoit de rien. Je ne dis rien pour ne pas la réveiller… Ils ont dû s’endormir sans l’éteindre car à 9 heures, elle fonctionne toujours… Nous attendons, comme prévu, l’arrivée de Guy et Marie-Jo. Un message nous avertit de leur retard. Nous décidons de leur donner rendez-vous au restaurant La Cervicheria et de nous y rendre. Une dépression tropicale baptisée Matthew est annoncée pour la nuit suivante et le ciel est gris. Nous suivons notre rue et repassons devant les murs peints, aperçus la veille. L’un des murales est intéressant, un visage démultiplié.

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous avons juste le temps d’atteindre une avenue, bordée de boutiques avec un auvent de béton qui court tout au long du pâté, avant qu’un gros orage éclate. Nous progressons entre deux ondées jusqu’au moment où les cieux se déchaînent. Les gouttières crachent des cascades directement sur les trottoirs, les évacuations sont vite engorgées et le niveau d’eau monte sur la chaussée. Aucune voiture ne circule, le temps s’est arrêté. Quand la pluie cesse, nous nous remettons en route mais les ruelles sont transformées en ruisseaux qu’osent à peine emprunter les taxis. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Le niveau baisse rapidement et nous pouvons recommencer à admirer les maisons dont les couleurs ont été avivées par la pluie. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Guy et Marie-Jo sont déjà au restaurant, nous sommes les premiers arrivés mais les derniers dont on prend la commande. Nous attendons une heure et demie avant d’être servis ! Les plats sont excellents, un copieux ceviche péruvien de poisson et de crevettes et pour Marie un assortiment de fruits de mer dans une sauce au lait de coco et au curry, délicieux, mais les prix sont beaucoup plus élevés aussi. Nous partons nous promener, d’abord dans des rues peu intéressantes, avant d’atteindre les remparts où des boutiques d’artisanat ont été installées dans d’anciens cantonnements. Nous allons prendre un café dans un bar-restaurant argentin, le Marzola, décoré avec de vieux objets mais aussi où murs et planchers sont couverts de capsules de bières. La photo de Carlos Gardel y est omniprésente. Nous revenons vers le centre, sans pouvoir visiter l’église de Santo Toribio pour cause de mariage. Tout juste pouvons-nous apercevoir son autel baroque. Le ciel est de plus en plus gris et il tombe quelques gouttes. Nous allons visiter le Musée de l’Or, principalement consacré aux peuples anciens de la région. Dans les quelques petites salles sont exposées des poteries et surtout des objets en or, des boucles d’oreilles, des bijoux et notamment des ornements de narine, très semblables à ceux déjà vus au musée de San José et qui sont communs à toutes les cultures précolombiennes du Pérou au Costa Rica.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous commençons à être fatigués, nous aimerions bien avoir une idée de l’ambiance d’un samedi soir mais nous décidons de rentrer nous reposer et de ressortir après. Nous quittons Guy et Marie-Jo, revenons vers la Tour de l’horloge. Je retrouve une épicerie relativement bien achalandée et y achète du jambon et des tomates puis nous rentrons en taxi à l’hôtel. Nous dînons dans la chambre alors que la pluie se déchaîne dehors. Nous hésitons à ressortir. Marie est persuadée qu’en dépit du mauvais temps, il y aura du monde dans les rues et que l’on dansera sur les places… Nous partons sous une petite pluie par des rues désertes jusqu’à la place Trinidad où quelques groupes de noctambules s’attardent autour des marchands ambulants de sandwichs ou s’abritent sous des porches. Nous revenons à l’hôtel où nous tombons nez à nez avec Michel et Valentine tout juste arrivés d’une traversée épique en voilier depuis Panama. Nous discutons puis les laissons aller dîner.

 

Dimanche 2 octobre : Dans la nuit la pluie se déchaîne. Je me lève et me semble-t-il marche dans de l’eau. J’allume et ne vois rien. Nous entendons des gouttes d’eau tomber, à l’extérieur croyons-nous…Plus tard, c’est Marie qui marche dans de l’eau. Nous constatons alors que des gouttes perlent du plafond. Nous disposons une serviette puis la poubelle et finissons la nuit. Au réveil, il pleut toujours. Nous retrouvons Michel et Valentine qui ont été eux aussi inondés ! Nous petit déjeunons sur la terrasse, balayée à intervalles réguliers par de violentes ondées avant de descendre à la réception attendre que le temps passe… Nous nous décidons à mettre le nez dehors pour aller déjeuner dans une gargote proche, le Coconcoro, ambiance populaire et plats simples, un poisson cuisiné avec oignons et tomates pour moi et un grand steak mince et donc trop cuit pour Marie, le tout avalé avec de l’eau, les alcools sont interdits en ce jour de vote pour le référendum d’approbation de l’accord avec les FARC. Nous revenons en sautant de flaque en flaque pour une sieste à la chambre. Nous ressortons en profitant d’une accalmie pour aller voir une peinture murale que nous avait signalée Guy. 

 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous rencontrons Michel et Valentine qui nous accompagnent devant ce beau mural  puis qui nous font les honneurs de leur nouvel hôtel. Nous retournons au nôtre, bientôt rejoints par Guy et Marie-Jo puis par Michel et Valentine. Longue discussion sur les voyages et surtout les aspects techniques de leurs véhicules, ordinateurs, GPS etc… Je ne participe guère à la conversation… Nous allons dîner alors que la pluie a cessé avec Guy et Marie-Jo dans une pizzeria, I Balconi,avec des pâtes aux fruits de mer pour moi puis retour à la chambre.

Lundi 3 octobre : La musique a commencé à 6 heures hier soir dans la maison voisine, avec les amplificateurs au maximum auxquels se joignaient les voix avinées de quelques participants de la fête. Les derniers feux de cette fiesta se sont éteints au matin… Les boules Quiès ont permis à Marie de dormir… Nous prenons un petit déjeuner plus copieux avec des œufs brouillés au jambon en prévoyant de nous passer de déjeuner. Je vais faire faire quelques photocopies, jamais inutiles, puis nous retournons nous reposer à la chambre. Je repars peu avant une heure retrouver les Suisses et les Allemands à leur hôtel, proche du parc du Centenaire. Nous nous répartissons dans deux taxis et filons à la compagnie maritime. Nous devons attendre l’ouverture à deux heures pour nous voir remettre des documents que nous signons puis récupérons. J’y ai retrouvé Jorge Eduardo avec qui je partage le conteneur, un Chilien qui ramène une voiture des Etats-Unis et qui, lui, parle parfaitement espagnol. En sa compagnie, je repars en taxi pour le service des douanes. On nous remet un document de demande d’importation temporaire que nous devons remplir puis en faire une photocopie à l’extérieur du bâtiment avant de revenir attendre la venue de l’inspecteur chargé de contrôler les véhicules ! Nous attendons une heure sa venue. Il nous précise quels documents nous devons avoir dans le dossier, d’où la nécessité de retourner faire de nouvelles photocopies avant de revenir le voir. Il nous indique que nous devrons nous présenter demain à huit heures au port et, en attendant, nous pouvons aller acheter l’assurance automobile obligatoire, à un bureau sis à deux cuadras de la douane… Nous nous y rendons, payons et la journée est terminée ! Nous reprenons un taxi pour revenir à l’hôtel des Suisses puis je repars à pied retrouver Marie, Guy et Marie-Jo près du Musée Naval. Je leur raconte ma journée et, pour les imiter, je m’offre une glace. Marie en ayant très envie et moi rien vraiment contre, nous allons prendre un cocktail en terrasse, devant les remparts. Agréable soirée, nous avons eu du soleil aujourd’hui, le cyclone n’est plus qu’un souvenir, les touristes sont de sortie et les marchands de babioles ont étalé leurs trésors dans les allées. Le mojito et la margarita sont bien légers en alcool et nous devons faire rectifier l’addition… Nous cherchons où dîner et nous jetons notre dévolu sur un restaurant tout ce qu’il y a de chic, avec des tables en plein air devant l’église San Pedro Clavier. Plats de poulet, surtout du blanc, toujours trop sec, bien cuisinés et présentés, au citron ou en sauce Hoi Sin. Un peu cher tout de même. Nous traînons la jambe pour revenir en faisant un dernier tour dans les ruelles. La musique a envahi la place devant la Tour de l’Horloge et quelques couples dansent. Je cherche la Citi Bank pour tirer des pesos, sans la trouver. Nous peinons pour rentrer et retrouvons avec plaisir climatisation et boissons fraîches.

Mardi 4 octobre : Réveillé à six heures, je me lève peu après et quitte Marie pour, espérons-nous, la dernière journée de paperasserie et récupérer aujourd’hui le camion. Je monte sur la terrasse prendre le petit-déjeuner. Un gros orage éclate, je passe prendre le parapluie et pars dans les rues qui commencent à se transformer en ruisseaux. Je passe à la Citi Bank tirer des pesos, il semble qu’elle soit la plus généreuse de toutes. Je retrouve Allemands et Suisses à leur hôtel et nous partons tous en taxi pour le port. Nous montrons patte blanche avec nos passeports et obtenons un badge qui nous permet d’accéder aux bureaux. Nous avons affaire à un jeune employé sympathique qui parle un peu anglais. Il commence par me dire qu’il faut que mon partenaire Jorge soit là car tous les papiers sont à son nom. Il m’avait promis hier d’être présent à huit heures. Neuf heures, neuf heures et demie, pas de Jorge. Je commence à m’inquiéter, trouve le nom de son hôtel et fait téléphoner par l’employé. Il n’est pas encore parti ! Il arrive peu après, bouleversé, il a perdu tous ses papiers ! Son dernier espoir est que ce soit moi qui les ai… Je n’y crois guère mais effectivement, en vérifiant dans mon dossier, je retrouve tous ses documents, sans doute emportés par erreur hier lors de l’entrevue avec le douanier. Gros soulagement, de part et d’autre… On peut alors nous délivrer la facture des frais de déchargement du conteneur. Nous devons régler en pesos mais nous l’avions prévu. Pas les Allemands et le DAB est en panne, ils doivent ressortir du port pour en chercher un. Nous ne pouvons plus rien faire ce matin et on nous fait patienter pour nous dire à quelle heure revenir cet après-midi… Je rentre à l’hôtel en taxi, y retrouve Marie en train de faire les sacs. Nous les descendons à la réception puis nous allons déjeuner dans le restaurant qui m’avait tenté hier. Cassolette de fruits de mer et tranche de poisson, trop frit, en sauce. Pas mauvais mais un peu décevant. J’abandonne Marie à l’hôtel et repars, toujours en taxi, au port. Nouveaux papiers pour nous permettre d’accéder dans l’enceinte du port. Notre visite douanière est programmée à 15 h. Jorge décide qu’il doit aller chercher des pesos et m’abandonne. Je vois arriver Guy et son « coach » qui vient charger son Azalaï. Peu après on m’indique que je dois me rendre là où se trouve le conteneur, sans plus de précision… Je pénètre donc dans le port, cherche où aller, demande, reviens en boitant, sur mes pas, sous un soleil cruel. Je prends la navette qui fait le tour des môles et qui me dépose presqu’au bout des installations. Rien en vue, des conteneurs par centaines qui forment des montagnes, des canyons, des avenues… Un conducteur d’engin m’indique où se trouvent les Allemands et les Suisses dont les véhicules, chargés sur des flat-racks sont plus faciles à repérer. Ils me disent avoir vu le camion dans un hangar, c’est celui de Guy en train de passer l’inspection douanière et que l’on a contraint à vider complètement son camion ! Là, dans ce hangar, on peut me renseigner sur le nôtre mais il faut attendre Jorge pour ouvrir le conteneur. Il ne tarde pas, les scellés sont brisés, notre camion apparaît ! Difficulté pour le démarrer, la batterie est vide ! Je la recharge avec celle de Jorge. L’inspecteur des douanes se contente de vérifier le numéro de châssis. Nous devons récupérer des papiers, garer les véhicules ailleurs, puis retourner dans les bureaux pour de nouvelles formalités qui durent, durent… Nous devons de nouveau régler des frais inattendus et imprécis. Le temps passe, nous commençons à nous demander si nous aurons les véhicules ce soir. A six heures, notre employé plie bagage et nous renvoie à un autre employé. Nous n’y croyons plus quand enfin on nous délivre le précieux Sésame. Nous nous précipitons dans l’enceinte du port. Il faut encore montrer patte blanche, exhiber passeport et documents. Je démarre le camion, passe voir si Guy est encore là et apprend fortuitement que les formalités ne sont pas finies. Il faut encore passer par un dernier bureau qui nous délivre le bon de sortie. Il est sept heures quand je me présente au contrôle de sortie. Pesée et affichage des résultats sur un écran hors de portée de l’employé trop petit… Dernière barrière, le bon de sortie n’est pas satisfaisant, il doit être complété…Et puis ça y est, je suis dehors !!! Vite je prends la route pour revenir à l’hôtel. J’ai repéré le trajet et j’y suis rapidement. Je retrouve Marie qui se posait des questions, en compagnie de Michel et Valentine qui lui ont tenu compagnie. Nous récupérons nos bagages et repartons pour l’hôtel qui fait aussi camping, le Bellavista, où nous retrouvons Guy et Marie-Jo. Un dédale de cours et de couloirs nous paraît sympathique bien qu’un peu à l’abandon. Nous dînons ensemble, rien de fameux puis nous allons ranger dans le camion. Je ressors écrire dans un patio.

Mercredi 5 octobre : J’ai de nouveau cuit dans mon jus toute la nuit. Nous avons retrouvé les températures et surtout le taux d’humidité du début de ce voyage. J’apprécie la douche au matin même si ce n’est que d’un tuyau qui sort du mur que sourd un jet d’eau froide. Nous avons la flemme de préparer le petit déjeuner et puis nous n’avons rien à manger, aussi allons-nous le prendre au restaurant. Nous devons apporter notre sachet de thé, ils ne servent que du café ou des infusions aux fruits. Nous retrouvons Guy et Marie-Jo à qui nous proposons de les emmener à l’aéroport. Je refais les pleins d’eau des réservoirs. Nous traversons l’avenue devant l’hôtel et allons voir la plage de plus près. Des toiles ont été installées pour procurer de l’ombre aux amateurs de plage. Les derniers occupants, sans complexes, ont abandonné bouteilles et détritus derrière eux. Nous attendons que nos amis soient prêts et nous les emmenons à l’aéroport. Nous décidons de commencer par des courses dans un supermarché. Celui que nous trouvons, loin sur la route qui sort de Carthagène, est très décevant. La viande congelée est débitée à la scie, les morceaux sont tranchés grossièrement, pas question d’avoir un vrai steak. Nous nous contenterons de viande hachée. Pas grand-chose d’appétissant dans les autres rayons… Nous revenons sur nos pas et trouvons la route d’accès au monastère de la Popa. Un des haut-lieux touristique de la ville. Perché sur une haute colline, il domine la ville de tous côtés mais la vieille ville est loin et se distingue à peine. Ce sont les gratte-ciel qui sont les plus spectaculaires mais sans égaler ceux de Panama.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

L’intérieur du monastère est sans grand intérêt sauf pour son joli cloître noyé dans la verdure. Dans les salles une collection de billets de banque du monde entier et quelques objets qui ne retiennent pas notre attention. Nous en redescendons et allons nous garer au pied de l’impressionnante forteresse, le castillo San Felipe, qui protégeait la ville. Nous n’y accédons pas, trop à marcher sous le soleil mais nous admirons le glacis défensif, ses murailles inclinées qui devaient décourager les assaillants. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous repartons et quittons Carthagène, ce qui ne se fait pas rapidement… Sur les deux voies, les bus locaux s’arrêtent, repartent sans prévenir, les motos presqu’aussi nombreuses qu’à Saïgon virevoltent autour des voitures, se frayant un passage à grand coups de klaxon. Il nous faut une heure pour sortir vraiment de l’agglomération, juste avant d’arriver à Turbaco où nous trouvons, grâce à ioverlander, l’application indispensable des voyageurs, une finca qui accepte les campeurs. Nous sommes très aimablement accueillis par les propriétaires, leurs chiens et leurs chats, qui mettent à notre disposition des toilettes et une douche. Nous sommes à l’écart du bruit, sur une belle pelouse. Nous repérons sur la carte les sites où nous voulons nous rendre avant Bogota.

Jeudi 6 octobre : Réveil musical. Des voisins fêtent (à partir de 6 heures du matin !) un anniversaire ! Nos hôtes, charmants, s’en excusent, nous prennent en photo devant le camion et nous souhaitent un bon voyage. Nous repartons sur la route de Medellin, route ordinaire mais à péage ! Toutes les routes sont à péage, fréquent et donc plutôt cher, 15000 COP, soit 5 euros pour un peu plus de cent kilomètres. Nous traversons une région de marécages, des étendues gorgées d’eau, sans cultures ni traces d’élevages avant d’aborder des collines. La route serpente et nous nous traînons derrière des camions. Les topes réapparaissent dans les villages mais sans avoir la brutalité de ceux du Mexique. Nous bifurquons et suivons une route presque rectiligne qui, maintenant, court au milieu de fincas d’élevage. J’essaie de rouler vite pour attraper le bac de 13 h qui doit nous faire traverser le fleuve Magdalena. Nous parvenons à Magangue dont la traversée dans le flot des motos, s’avère plus longue qu’espérée. Nous atteignons les bords du fleuve que nous suivons sur une piste à la recherche du débarcadère. Nous parvenons aux travaux de construction du futur pont et découvrons que nous l’avons dépassé. Nous revenons sur nos pas et trouvons quelques camions arrêtés sur le bord de la route. Nous apprenons que c’est ici que nous devons attendre le prochain bac de 16 h. Nous déjeunons dans le camion, garés en plein soleil, nous transpirons à TRES grosses gouttes. La dernière gorgée de bière avalée, nous allons nous asseoir à l’ombre de l’auvent de l’une des deux gargotes qui rassasient les camionneurs. Trois hamacs, deux tables et des chaises en plastique constituent l’équipement de ces lieux de plaisir. On y sert de copieux plats de poisson, riz et salade dont les restes sont directement jetés sur les berges du fleuve. Bientôt nous voyons, arriver puis aborder, le bac.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Un bon nombre de camions s’en extraient, parfois à l’issue de longues et pénibles manœuvres. Puis commence le chargement, des camions montent à bord, leur nombre inquiète Marie. Quand arrive notre tour, impossible de démarrer ! Comme sur le ferry au Costa Rica et au sortir du conteneur, la batterie est à plat. On nous pousse et je parviens à démarrer pour monter à bord. Nous montons sur le pont de cet antique ferry, tout est rouillé, les rambardes, les escaliers sont de la dentelle qui semble ne plus tenir que grâce à l’ultime couche de peinture appliquée il y a quelques lustres. De rares bouées de sauvetage, datant sans doute du Titanic, traînent de-ci de-là. Nous assistons à l’embarquement des derniers camions de transport de vaches affolées et mugissantes et quelques voitures. Tout le monde commande et dirige les opérations, des camions ressortent pour en laisser d’autres se mettre à leur place puis remontent. L’heure du départ est largement passée que l’on discute encore pour savoir qui va monter, se mettre où et comment. Un dernier tente de forcer et se hisse sur le pont relevable. Longue et très véhémente discussion pour le faire redescendre. Avec trois quarts d’heure de retard nous appareillons. Nous descendons, avec le courant qui charrie des branchages, le fleuve, très large puis contournons une île avant d’aborder. Je ne démarre encore pas, je me raccorde à la batterie de la voiture garée devant nous pour démarrer. Nous avons encore une quarantaine de kilomètres à parcourir pour arriver à Mompox. La nuit est tombée, je reste prudemment derrière une autre voiture qui me signale ainsi les vélos, motos, carrioles de toutes sortes, tricycles de transport de marchandises ou de personnes qui roulent sans le moindre éclairage. L’hacienda où nous comptions passer la nuit est fermée, nous entrons dans la petite ville et avec le GPS nous trouvons l’hôtel Santa Cruz où des voyageurs ont déjà passé la nuit sur le parking. On commence par me dire non puis le patron m’indique un grand terrain de l’autre côté de la rue. Nous nous arrêtons entre deux arbres et découvrons que nous sommes dans une cour d’école où des jeunes en uniforme répètent pour former une fanfare, trompettes et tambours s’en donnent à cœur joie. Les uns soufflent à plein poumons dans leur cuivre, les autres frappent à en casser les baguettes de malheureuses caisses qui ne demandaient rien à personne. Naïvement, je demande s’il faut payer quelque chose… Bien sûr : 40000 COP, 13 euros, sous prétexte que nous avons des toilettes non éclairées à la propreté très douteuse et une douche, un tuyau qui sort du mur. Pas très content d’être là, je vais à pied explorer les environs. Beaucoup d’animation dans les rues, d’autres fanfares sont rassemblées sur une place, l’église déborde de fidèles devant des gargotes de nuit où grillent des tranches de bœuf sur les braises. Plus loin, en me rapprochant du fleuve, je découvre les maisons de l’ancienne ville coloniale qui semblent former un bel ensemble mais nous en verrons plus demain. J’atteins une place calme où nous pourrions nous installer pour la nuit. Je reviens en faire part à Marie. Nous hésitons mais avant d’aller prévenir que nous repartons, je vérifie que le moteur démarre. Et non ! Nous sommes donc condamnés à passer la nuit ici, payer le prix demandé et je devrai me mettre en quête d’une batterie demain… Il nous reste encore à raconter la journée et cuisiner… Des éclairs zèbrent la nuit et des coups de tonnerre déchirent le ciel comme on dit dans les meilleurs romans… Et bientôt la pluie s’abat.

 

Vendredi 7 octobre : Une journée qui commence mal. Il pleut presque toute la nuit et le ciel est tout gris. Une nuit de plus passée à transpirer, à se tourner, retourner en quête d’un peu de fraîcheur. Nous dormons avec une des fenêtres ouvertes pour essayer de capter le moindre filet d’air. Je recommence à avoir le dos et les flancs couverts de minuscules boutons rouges, une sorte de bourbouille manifestement due à la sudation. A cinq heures et demie, un sinistre hurluberlu frappe, faute de cloches, une caisse métallique puis recommence tous les quarts d’heure. Dans tous les pays où une religion est en position dominante, il se trouve des religieux imbus de leur magistère pour appeler les honnêtes citoyens à la prière dès potron-minet ! Le moteur refuse de démarrer, je démonte donc la batterie et pars en tricycle-taxi en acheter une. Je la remonte, le moteur tourne mais aucune des indications du tableau de bord ne fonctionne. Je pense aux fusibles mais ne les vérifie pas. Nous nous mettons en quête d’un électricien automobile, on nous en indique un en train de réparer un démarreur sur le pas de sa maison. Il vérifie les fusibles, tout refonctionne ! Soulagés, nous allons nous garer là où j’avais envisagé de passer la nuit, sur les bords du fleuve. Nous nous promenons en longeant les berges, passant devant les anciennes maisons, toutes alignées les unes à côté des autres. 

 

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Rares sont celles à un étage, elles sont alors pourvues d’un balcon en surplomb, souvent fleuri. Pas de constructions récentes, la circulation des automobiles sur les berges est interdite mais les motos, la plaie de la Colombie, se moquent bien de l’interdiction qui leur est faite et pétaradent à tout va, klaxonnent furieusement. Nous regrettons l’absence de soleil, la ville est exceptionnellement belle mais les couleurs restent ternes. Nous faisons la connaissance d’un Québécois, propriétaire d’une auberge sur les bords du fleuve. Il est, comme presque tous les habitants de la ville, occupé à repeindre ses murs extérieurs à l’occasion du festival de jazz qui commence dans une semaine (ce qui explique aussi les fanfares de la veille). Il nous donne quelques informations et nous trouve quelqu’un pour laver notre linge, faute d’avoir trouvé une lavanderia. Nous passons devant de belles maisons, quelques-unes sont précédées d’une galerie soutenue par des piliers de couleurs vives.

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Nous aboutissons devant l’église Santa Barbara peinte en jaune souligné de blanc, qui semble la couleur des églises de la ville et dont le portail et surtout le curieux clocher pourvu d’un balcon, sont décorés de palmes, de têtes de lions tristes, de griffons couronnés qui tirent la langue.

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Nous revenons par une rue parallèle au fleuve, examinant chaque maison, admirant le travail de ferronnerie des grilles des fenêtres. A travers ces dernières, nous découvrons des intérieurs témoins d’un art de vivre : des patios fleuris et sur la rue une pièce occupée par des rocking-chairs en bois sombre et l’inévitable télévision. 

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Nous revenons déjeuner dans le camion puis repartons alors que le soleil tente une percée peu couronnée de succès mais qui s’accompagne d’une élévation de température et surtout de l’humidité, et nous voilà repartis à transpirer à gros bouillons. Nous suivons les berges dans l’autre sens, trouvons des gargotes sympathiques installées en surplomb des berges et qui pourraient bien avoir notre clientèle ce soir. Nous passons devant l’église San Francisco qui se distingue par sa couleur rouge foncé. Comme la plupart des églises, elle est fermée, n’ouvrant que pour les offices mais les intérieurs sont presque toujours décevants, bien loin du délire mexicain. Nous allons voir la jolie cour de la Municipalité, l’ancien cloître des Jésuites. Nous nous dirigeons ensuite vers le cimetière où reposent dans de pompeux mausolées quelques illustres personnages de l’histoire de la Colombie. Les gens du « commun » se contentent, comme en Italie ou à Nice, de niches superposées, parfois fleuries. Nous revenons vers le camion que nous reprenons pour aller nous garer sur les bords du fleuve, là où le Québécois nous a assuré que nous serions au calme, ce dont nous doutons vite à en croire le nombre de motos qui passent… Après nous être reposés, nous ressortons à la nuit tombée et allons examiner les menus des restaurants le long du fleuve ou sur la place entre le bâtiment de la douane et l’église de la Conception. Nous attendons sur un banc que l’animation attendue se produise mais le calme règne… Nous nous rendons alors devant l’église de Santo Domingo. Sur la place les familles sont venues prendre le frais, les gamines en robes de poupée grimpent dans un toboggan gonflable, les parents discutent ou se prennent en photo. Les gargotes commencent à faire griller des viandes, frire des patates, préparer des jus de fruits exotiques. Dans l’église, grosse ambiance, tout le monde chante en agitant les bras, brandit des drapeaux, les gosses jouent dans l’allée et le curé bat la mesure et invite ses ouailles à chanter plus fort. On est loin du ton compassé de nos paroisses désertes. 

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Nous revenons dîner de grillades, trop sèches, au restaurant « La Nonna Beatrice » avant de retrouver notre camion à côté duquel une famille a sorti les rocking-chairs pour discuter… Nous sommes à peine couchés que la musique jaillit, un de nos voisins tient à mettre de l’ambiance dans la sympathique réunion tenue sous les étoiles. Tous reprennent en chœur, crient… Marie avec ses boules Quiès n’en perçoit qu’une rumeur assourdie. J’aime bien cette musique mais pas toute la nuit et pas si fort ! Nous décidons de chercher un endroit plus paisible. Plus facile à dire qu’à trouver… Devant Santa Barbara, la bière coule à flot et on chante, pas toujours juste. A côté de la Douane, un pub a mis sa sono au maximum et tout le quartier en profite. Nous finissons par stationner dans une rue que nous espérons plus calme.

Samedi 9 octobre :minuit, plus un bruit ! Plus de musique, plus de motos mais je ne parviens pas pour autant à m’endormir. Au matin, nous retournons stationner sur les bords du fleuve, les noceurs de la veille sont allés se coucher. Il fait un grand beau soleil et je vais en profiter pour retourner faire des photos pendant que Marie se prépare. Nous trouvons un café où nous pouvons nous connecter au wifi et donc appeler Julie qui nous fait un rapport sur les dégâts dans l’appartement. Je vais récupérer le linge donné à laver puis nous partons. La route continue de traverser les immenses étendues, traversées de larges fleuves et parsemées de mares et d’étangs. Pas de cultures, que de l’élevage. La route est en principe asphaltée mais des passages sont très dégradés et obligent à rouler au pas. C’est ensuite une piste large et parfois roulante avant de retrouver un bon goudron. Nous approchons des montagnes où le soleil ne semble pas régner. Nous retrouvons les péages sur le grand axe de Baranquilla à Bogota, parcouru par de nombreux camions. De longues portions sont à deux voies séparées. Nous bifurquons sur une route beaucoup plus étroite mais encore bien fréquentée et qui tout de suite grimpe en lacets serrés dans la montagne. Nous passons un col quasiment dans le brouillard avant de redescendre dans une vallée et arriver à Ocaña, ville bruyante, fatigante avec ses motos affolées qui courent dans tous les sens, surgissent de partout, cherchent à se faufiler au mépris des règles élémentaires de conduite, avec le plus complet mépris du danger. Nous continuons en direction de Cucuta et tournons sur une route encore plus étroite qui s’enfile dans une vallée à plus de 1400 mètres d’altitude. Il y fait frais et nous apprécions ! Beaucoup de cultures et en particulier du tabac dont les feuilles pendent dans des séchoirs. Nous apercevons des massifs ruiniformes qui nous en rappellent bien d’autres avant d’atteindre La Playa de Belen, un joli village colonial. Il aligne deux ou trois rues parallèles de maisons blanches et fleuries qui aboutissent, au sommet de la colline, à l’église.

 

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Nous trouvons l’Office du Tourisme où on nous renseigne sur les promenades possibles demain au milieu de ces formations de grès. Nous allons nous garer pour la nuit à côté du terrain de football. Pas besoin ce soir d’ouvrir toutes les ouvertures, il fait frais.

Dimanche 10 octobre : J'asupporté un pyjama et même avec la veste ! Pas de bruit, pas de motos… Et un grand soleil pour éclairer le village. Pendant que Marie se prépare, je vais arpenter ses trois rues. Toutes les maisons sont identiques mais différentes de celles des villes cossues. Les grilles des fenêtres sont de petite taille et en bois tourné. De chaque côté des portes et des fenêtres, des pots de terre sont incrustés dans le mur et ce sont toujours ces plantes, évoquant pour nous Madagascar, qui les occupent. 

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Je reviens en passant par la place de l’église. Cette dernière n’a rien de remarquable, blanche et froide, elle est pleine de paroissiens venus assister à la messe. Je retrouve Marie et comme nous sommes en avance sur le rendez-vous pris hier soir avec notre jeune guide, nous allons parcourir les rues jusqu’à l’église. Notre guide est ponctuel. Nous partons à pied mais vite, comprenant que nous devons pouvoir faire une partie du chemin en voiture, je vais rechercher le camion. Quelques centaines de mètres plus loin nous nous garons au milieu d’un cirque de falaises érodées, Los Estoraques. De là, nous continuons à pied, passant devant tours, massifs, pitons, cheminées des fées, creusés par l’eau dans une roche tendre. Comme au Cathedral Park, près de Las Vegas, les parois rigoureusement verticales ont été striées par les eaux, formant des dédales, des labyrinthes. 

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Nous devons gravir des marches puis continuer sur un chemin difficile où Marie peine mais continue vaillamment. Nous revenons par le même chemin. Puis nous montons, sur une mauvaise piste étroite, à un mirador dans les pins. Le soleil est maintenant voilé et la vue sur le village, trop éloigné, ou sur les massifs perdus dans les collines, n’est pas remarquable. Nous retournons sur la route de Cucuta, et nous nous enfonçons dans la Cordillère Orientale des Andes. La route monte résolument pendant des kilomètres. Nous croisons fréquemment des camions qui, très longs, occupent toute la largeur de la route dans les virages serrés, ce qui m’oblige parfois à piler ! Nous passons un col à plus de 2400 mètres avant de redescendre dans la plaine où se trouve la frontière avec le Venezuela. Nous sommes étonnés par des arbres aux larges feuilles argentées.  Le temps passe et avec notre faible moyenne, nous désespérons d’être à Cucuta ce soir et encore moins d’avoir le temps de passer dans un supermarché. Les soixante derniers kilomètres sont plus rectilignes et l’espoir renaît d’arriver à temps. La présence militaire est constante, des postes sont disséminés tout au long de la route mais sans effectuer de contrôle, ils se contentent de se montrer. Nous sommes quand même arrêtés à un contrôle de police. On nous serre la main au début et à la fin, quelques questions par curiosité. Peu avant Cucuta, nous devons emprunter un pont qui, sans doute en trop mauvais état, bien qu’à deux voies, ne laisse passer les véhicules qu’alternativement dans chaque sens. Occasion pour le conducteur (macho ?) de montrer qu’il peut passer avant les autres… Sur les berges du fleuve, les citadins sont venus se baigner, beaucoup se trempent tout habillés, assis sur les galets. La traversée de la ville, alors que le soleil baisse et que des grands axes sont en travaux, n’est pas aisée et ce n’est qu’à la nuit que nous sortons de la ville. Nous nous arrêtons à une station-service, le plus en retrait possible de la route.

Lundi 10 octobre : Soleil au réveil mais vite le ciel se couvre. Nous repartons en direction de Pamplona. La route en quelques dizaines de kilomètres doit nous faire remonter à plus de 2200 mètres d’altitude. Elle est en travaux et nous sommes fréquemment arrêtés, soit pour laisser passer les véhicules en sens inverse, soit pour attendre une pause dans les travaux. Nous découvrons cette ville universitaire importante où tout le monde est plus chaudement habillé que sur la côte et où nous apercevrons nos premiers ponchos de laine épaisse. Alors que nous cherchons à nous garer à proximité de la place centrale, nous sommes hélés par Philippe, un bien sympathique Français marié à une Colombienne et qui a monté un petit hôtel, le Normandie, Il nous aide à faire quelques courses en ville puis nous invite chez lui. Nous l’assistons pour sérieusement entamer la bouteille de Ricard dont il était l’heureux propriétaire, avant de passer à table. Il est plein d’enseignements sur la vie en Colombie et point avare d’informations. Nous retournons nous garer dans le centre-ville et cherchons les centres d’intérêt de cette ville ancienne qui n’a pas conservé grand-chose de son passé. Les constructions modernes enlaidissent la place principale, les musées sont fermés et les quelques églises indiquées dans les guide sont tout à fait quelconques. Nous retournons nous garer devant chez Philippe que nous convions à finir la bouteille de vodka, avec du jus d’orange tout de même ! La soirée s’éternise, nous lui posons des questions sur la situation en Colombie après le référendum raté à propos de l’accord avec les FARC. Nous dînons rapidement puis, ayant réussi à nous connecter à internet, nous répondons au courrier.

Mardi 11 octobre : Nous faisons nos adieux à Philippe en promettant de lui envoyer des visiteurs. Nous lui avons acheté quelques produits de sa fabrication : confitures de pêche, truite fumée, pain. Nous quittons Pamplona avec une vue panoramique sur la ville, aussi peu attrayante de loin que de près. Je suis étonné du peu de circulation sur la route et pour cause : nous ne sommes pas sur la bonne ! Demi-tour, traversée de la ville et nous repartons dans les lacets qui nous font monter, monter, presque rejoindre les nuages… Nous passons un premier col puis remontons, toujours plus haut, atteignons 3300 mètres d’altitude et continuons sur un haut plateau où on cultive les oignons, vendus en bottes sur le bord de la route. Les montagnes, bien que creusées de failles profondes, ne sont pas abruptes et sont couvertes d’une végétation peu épaisse.

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Après le village de Berlin, nous entamons la descente sur Bucaramanga. Nous sommes aussitôt plongés dans le brouillard et il pleut. Je descends très précautionneusement, la route est glissante, la visibilité nulle et les camions que nous voyons surgir du néant, pas toujours éclairés ! Nous nous arrêtons pour déjeuner dès que nous sommes sortis du brouillard et de la pluie. Les derniers kilomètres sont plus faciles et nous dégringolons dans cette ville importante où les gratte-ciel ont aussi poussé. Marie tient à passer à l’Office du Tourisme pour obtenir ses précieuses brochures. Nous nous repérons assez facilement grâce aux rues et avenues numérotées, en damier, mais des travaux nous obligent à faire des détours avant de nous garer sur la place où se trouve le bureau recherché. J’y obtiens un plan et quelques brochures et nous repartons pour nous rendre à Gijon, un village colonial, tout proche. Mais il faut compter avec les encombrements, les absences d’indication et il est plus de quatre heures quand nous parvenons à trouver un stationnement sur la place centrale. Beaucoup d’animation, des marchandes de friandises ont envahi les allées de la place et nombreux sont les visiteurs. Nous nous promenons dans les rues de ce trop beau village aux maisons toutes chaulées de frais, aux portes et fenêtres soigneusement entretenues et récompensées par des prix affichés sur les murs. Les rues sont de gros pavés mais, malgré l’interdiction d’y stationner, des voitures ont envahi les rues et gâchent les perspectives.

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Nous repartons, cherchons la route de San Gil. Bientôt le GPS nous confirme que nous nous sommes trompés de route, une fois de plus aujourd’hui ! Nous devons revenir sur nos pas, je commence à m’énerver, à douter d’apprécier ce pays autant que Joëlle ou Guy et Marie-Jo. Trop fatigant, trop de gens qui n’en font qu’à leur tête… Nous sommes cette fois sur la bonne route mais le soleil a bien baissé et nous décidons de nous arrêter à la sortie de la ville à un club de parapente qui accepte les camping-cars. Nous avons une verdoyante pelouse pour nous seuls avec une vue sur toute la ville, bientôt illuminée, et des toilettes rustiques.

Mercredi 12 octobre : Nuit fraîche, calme malgré le passage de voitures sur la route proche. Je vais utiliser le bon wifi à la réception pour mettre à jour le blog. Nous reprenons la route dans la grisaille, toujours en montagne donc virages et camions lents, difficiles à dépasser. Nous trouvons un supermarché Exito où nous allons nous ravitailler. Les rayons ne sont pas mieux fournis qu’à celui de Carthagène et nous ne savons plus trop quoi prendre, les crèmes dessert sont toujours très sucrées, le jus d’orange rarement non chimique, alors que des marchands proposent dans les rues des jus de fruits frais, mais c’est au rayon viande que nous hésitons le plus, du moins pour le bœuf. Nous achetons néanmoins quatre morceaux de steak qui paraissent sympathiques… Je veux tirer des pesos à un distributeur automatique. Le premier m’alloue généreusement un billet de 10000 pesos, soit environ 3 euros ! Les frais de la banque seront sans doute plus élevés… Nous quittons la route principale pour une autre qui grimpe brutalement sur le plateau de l’autre côté de la rivière que nous suivions. Une multitude d’installations touristiques, restaurants, hôtels, attractions, promenades à cheval attendent les vacanciers, surtout le week-end. Nous voulons avoir une vue sur le canyon de Chicamocha, plus profond paraît-il que celui du Colorado. Une Auberge de Jeunesse est supposée être l’un des meilleurs endroits pour la vue. Nous nous y rendons, l’accueil n’est pas délirant mais on nous permet d’accéder au point de vue d’où nous pouvons voir qu’on ne peut rien voir ! Tout le canyon est perdu dans la brume… Après déjeuner, nous retournons sur la route principale et continuons dans des gorges. Le soleil fait son apparition, nous reprenons espoir de voir le canyon depuis le point de vue de ce côté. Le site a été transformé en un parc d’attraction avec activités diverses pour grands et petits, parapente, cheval, aquaparc etc… Les prix de chaque activité sont indiqués dès l’entrée et même le parking est payant. Nous jetons un œil à la vue, ce n’est pas le Colorado, ni même les gorges du Verdon mais une profonde vallée entre deux parois inclinées couvertes d’une végétation tropicale. Au fond les eaux limoneuses de la Chicamocha courent vers l’océan.

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Un téléphérique relie les deux rebords du canyon, nous ne sommes qu’à demi tentés mais un tarif réduit pour les « vieux » nous décide. Pas de tarif spécial « étranger » en Colombie. Nous voilà partis dans une petite cabine qui dévale le long de la pente au-dessus de cactus inattendus, des aloès, des raquettes et des bouquets de candélabres. D’autres épineux aussi en font une région peu hospitalière où pourtant des bergeries sont installées et des chèvres ne s’y trouvent pas mal. Parvenus au fond, notre cabine remonte l’autre versant qui s’achève par des falaises rocheuses. Nous descendons à la station, allons voir la vue qui n’a rien de bien extraordinaire. Bien qu’il ne soit pas quatre heures, les ombres s’étendent et le fond n’est plus éclairé.

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Peut-être que, plus tôt et avec du soleil, nous aurions mieux apprécié… Nous revenons à notre point de départ, reprenons le camion et décidons d’aller jusqu’à San Gil, 40 kms. Nous avons encore une heure de jour mais c’est sans compter avec les virages et les camions qui se traînent. Ils nous laissent le temps d’admirer les montagnes rainurées et creusées, délicatement éclairées par les derniers rayons du soleil. Un dernier péage et nous arrivons juste à la nuit à San Gil. Encore quelques kilomètres le long d’une rivière et nous trouvons le camping Fogata. Nous y sommes seuls, nous pouvons nous installer sur les bords de la rivière, sur un gazon bien vert et bénéficier d’un branchement électrique qui nous permet de recharger toutes les batteries de nos divers instruments… Nous dînons avec nos steaks achetés ce matin, amoureusement poivrés puis grillés mais à la découpe, nous comprenons vite que nous n’en viendrons pas à bout. Effectivement nos beaux faux (absolument faux !)-filets finissent à la poubelle. Je me rattrape sur le saucisson à l’ail (mais aussi au poulet et au bœuf, accessoirement au porc…)

Jeudi 13 octobre : Seul le mugissement des eaux a troublé notre sommeil et au matin un soleil éblouissant nous réveille. Nous prenons notre temps, peu pressés et envisageant même de ne pas bouger de la journée, notre camping étant presque paradisiaque ! Une belle prairie, une large rivière pressée d’arriver à son terme, des kapokiers d’où pendent ce que j'avais d'abord appelé des lichens et que de distingués botanistes (dont je ne citerai pas le nom par égard pour leur modestie...) m'ont précisé être des tilandsias, appelés aussi « mousse espagnole » qui donnent un air féérique à notre bivouac et bientôt, nous découvrons sur une branche, jacassant et criaillant, Laura, une jolie femelle ara aux longues plumes bleues et jaunes.

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Pas sûrs de revenir, nous faisons un plein d’eau et réglons la nuit. Nous allons dans le centre-ville. Les rues sont étroites, pas question de se garer, je dépose Marie au Parque et retourne sur les bords de la rivière pour stationner. Je la retrouve sur la place centrale. De grands arbres, des plantes, en font le lieu de rencontre des amoureux et des retraités. La cathédrale qui occupe un des côtés est vaste mais on ne peut en dire plus. Quelques maisons anciennes à un étage donnent un certain cachet à cette petite ville. Nous descendons sur les bords de la rivière et la longeons en suivant le Malecon. Un gros iguane paresse sur une branche, avant, effrayé, de se perdre dans la ramure. Nous parvenons au Parc Gallineral, un jardin botanique. Des allées passent entre les kapokiers d’où coulent des tilandsias en rubans et dentelles qui jouent avec les rayons solaires.

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Des massifs de roses de porcelaine, d’héliconias et d’autres plantes non identifiées contribuent à en faire un Jardin des Délices.

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Des orchidées sont accrochées aux branches ou disposées dans des pots sur un pont. Ravis du lieu, nous y déjeunons en contemplant les ébats d’un autre bel ara, bavard et acrobate. Plats trop copieux de cabri au four et de viande de bœuf séchée au soleil. Je vais rechercher le camion et y trouve un message de Betty qui a reconnu notre camion, s’est aperçu que j’avais laissé ma fenêtre grande ouverte et le surveillait avec Beat, tout en déjeunant dans une gargote. Nous convenons de nous retrouver au camping où nous nous rendons aussitôt. Nous retrouvons notre place au bord de la rivière sous les barbes végétales qui pendent des arbres, comme les cotillons d’un lustre après la fête. Nous sortons table et fauteuils pour lire ou traiter les photos. Nous sommes bientôt rejoints par les Suisses avec qui nous racontons nos aventures des derniers jours. Laura vient se mêler à la conversation, cherche à se rendre intéressante, déchiquète tous les bouts de plastique qu’elle découvre et se régale des sandales de Betty.

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Nous prenons une bière tous ensemble puis quand la nuit tombe et qu’il commence à fraîchir, nous regagnons nos camions respectifs. Nous dînons avec la truite fumée achetée à Philippe, la bouteille de vin blanc chilien, pas fameuse, l’accompagne…

Vendredi 14 octobre : Nous faisons nos adieux à Betty et Beat qui restent régler leurs problèmes de lessive, sans profiter du soleil pour aller à Barichara, tout en promettant de nous revoir sur la route. Nous nous y rendons par une route en lacets pour changer… A l’entrée du village, nous découvrons que nous arrivons le premier jour d’une fête qui dure trois jours. Les rues, pavées de grosses dalles, sont trop étroites et il n’est pas question de s’y garer, ni sur la place centrale interdite à la circulation pour cause de festivités. Nous parvenons à stationner à quelques cuadras. De là nous revenons vers le Parque en suivant les rues bordées de maisons toutes blanchies, rarement à un étage sauf sur la place et dont portes et fenêtres sont peintes de couleurs variées. Ici, pas de grilles aux fenêtres mais une sorte de mini-balcon en bois à mi-hauteur.

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Nous allons voir la chapelle San Antonio. Un autel latéral en pierre est sculpté de représentations de chevaliers et de lions. Son plafond, avec des poutres et des chevrons apparents sur le crépi, est intéressant.

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Nous parvenons au Parque, dominé par sa cathédrale disproportionnée pour ce gros bourg, en pierres rouge orangé. Quelques belles maisons plus cossues bordent la place ombragée. Une petite fanfare joue sans doute pour mettre de l’ambiance. L’intérieur de la cathédrale est quelconque à l’exception d’une toiture en bois et bambous et nous ne nous y attardons pas. Nous continuons notre quête des perspectives de maisons dans les rues en pente, souvent gâchées par la présence de motos, de voitures ou de tuk tuks garés malgré l’interdiction. La Chapelle de Jésus a, elle, un clocher-mur et un beau retable baroque étonnamment  sobre, en acajou sombre sans peinture ni fioritures. Je vais rechercher le smartphone dans l’espoir de trouver un wifi en ville. Nous retournons, par d’autres rues, sur la place, en passant par un mirador qui offre une vue sur les gorges en contrebas et les montagnes, mais pas de wifi. Nous reprenons le camion et tentons d’accéder à la Chapelle Santa Barbara, sur une colline. L’accès en est interdit par des barrières. Je parviens à les contourner et nous découvrons que la petite place devant la chapelle, ainsi que le vaste parking derrière, où nous comptions bivouaquer, sont occupés par des stands de fête et un podium musical ! Nous allons néanmoins visiter cette jolie chapelle avec, là aussi, un beau plafond et un retable ancien. Nous trouvons une esplanade avec une belle vue sur les montagnes où nous devrions pouvoir nous installer ce soir. Nous déjeunons à l’ombre chiche d’un arbre puis retournons nous garer plus près du centre, devant la Chapelle de Jésus. Nous allons attendre sur la place le début des festivités qui doivent commencer à 15 h. Avec un léger retard, commencent les discours de remerciement et de congratulation. Nous allons nous asseoir sur les marches de la cathédrale pour avoir une vue sur les groupes musicaux qui doivent se produire devant les autorités. Nous comprenons vite qu’en fait il s’agit d’un concours de fanfares ! Des écoles en uniforme se présentent et jouent des airs connus mais sur un ton tout de même martial ! Toutes ont, non seulement des cuivres et des caisses ou des tambours variés mais aussi des glockenspiels ! Je me remémore la fanfare vue et entendue à Quito qui en était aussi pourvue. Le dernier groupe à se produire a aussi des casques à pointe dorée ! Nous sommes peu intéressés par ces prestations mais un groupe, celui qui a le plus de succès d’ailleurs, est accompagné par un petit orchestre plus typique et des groupes de jolies filles, en robes à volant, virevoltent avec beaucoup de plaisir, pour elles et pour les spectateurs.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

La nuit tombe quand se termine le défilé des diverses bandas et nous repartons. En chemin nous trouvons un cybercafé et nous nous connectons pour trouver un message de Julie, prise en photo avec Vincent R. ! Des nouvelles de Nicole aussi et de Guy et Marie-Jo qui semblent avoir encore plus de pluie au Panama que nous. Nous restons au camion le temps de nous mettre à jour dans nos occupations journalières puis repassons dans les rues en quête d’une animation folklorique mais il ne se passe rien si ce n’est la musique diffusée dans tous les bars et restaurants. Nous allons donc nous garer sur le terrain repéré, deux camping-cars d’Espagnols s’y trouvent déjà. Le calme n’est que très relatif car, bien que nous en soyons éloignés, nous percevons la musique très nettement.

Samedi 15 octobre : A quatre heures du matin je pouvais encore écouter une de ces chansons accompagnées à la guitare et à l’accordéon et qui parle de corazon et de caballos… Le silence est tombé ensuite, jusqu’à 6 heures… Nos Suisses arrivent à leur tour. Nous descendons à la place centrale dans l’espoir d’y assister à quelque activité mais tout est calme, quelques artisans installent des stands et proposent leur production de papier à partir de fibres d’un agave local, des tissages, des abat-jours en bambou etc… Nous décidons de ne pas attendre et de nous rendre à Guane, un village colonial proche. La route d’une dizaine de kilomètres descend à flanc de montagne et aboutit sur la place de ce bien tranquille village, Quatre rues en damiers, une grande église sur la place et des maisons toutes simples dans leur blancheur immaculée. Nous jetons un œil à l’intérieur de l’église, beau plafond avec les chevrons qui ressortent sur le blanc du crépi. Nous visitons ensuite le musée, à la fois « archéologique et anthropologique » sous la conduite indispensable d’une dame qui nous fournit moult explications en espagnol sur les fossiles, petits et grands, d’ammonites et d’autres animaux marins qui s’entassent dans une salle, puis sur divers objets du temps passé qui recueillent religieusement la poussière dans une autre salle. Nous terminons par une courte promenade dans les rues.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Marie explore les boutiques de souvenirs, d’artisanat local, mais doit convenir qu’elle n’y trouve pas son bonheur. Au moment de repartir, Betty et Beat qui sont venus de Barichara à pied, arrivent. Nous les laissons faire le tour de la place puis nous les ramenons à Barichara. Nous allons voir s’il y a quelque animation. Sur la place où nous avions déjà stationné, nous voyons passer une cavalcade d’une vingtaine de chevaux qui, renseignement pris, s’en vont à Guane ! Nous ne voulons pas rester plus longtemps et repartons aussitôt. De retour à San Gil, nous hésitons sur la route à prendre, l’autopista, plus rapide mais plus longue, ou la route (piste ?), deux fois plus courte d’après la carte. Malgré les avis négatifs sur l’état de cette route, recueillis auprès de chauffeurs de taxi et de bus, je décide de passer par là… La route est en travaux. Nous perdons du temps à attendre notre tour de passage, nous devons ralentir dans les zones non goudronnées, bref nous démarrons mal… Après déjeuner, nous continuons entre champs de canne à sucre et paysage de Normandie jusqu’à Charala où le goudron n’est déjà plus qu’un lointain souvenir même si, curieusement, il se trouve des portions de quelques kilomètres en bon bitume. La piste devient plus étroite et peu fréquentée. On ne nous indique pas les distances jusqu’à Duitama en kilomètres mais en heures ! Trois et demie dit l’un, quatre dit l’autre… A un carrefour, on nous conseille de passer par une autre piste via Encino qui paraît proche sur la carte mais qui se fait désirer, puis la piste s’élève, toujours plus haut. Nous grimpons, grimpons, dominons les montagnes alentour, traversons des gorges plongées dans l’obscurité, les ruisseaux deviennent de plus en plus minuscules au fur et à mesure que nous nous élevons. Il commence à faire frais, le soleil décline. La piste est maintenant en corniche, dominant de plus en plus le ravin, ce qui ne me ravit guère, surtout quand elle devient bombée et glissante. Je surveille les nuages noirs qui, heureusement, ne crèvent pas. Enfin nous atteignons un plateau. Par curiosité, nous branchons le GPS, nous sommes à 3900 mètres d’altitude quand nous entamons une longue descente. Nous découvrons des frailejones (espeletias en français), une variété d'asters jamais rencontrés ailleurs, une tige touffue et un artichaut au sommet !

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Joie, nous voici sur une excellente route récente, large, aux virages tout en douceur. Duitama n’est plus qu’à 20 kilomètres, nous avons l’espoir d’y arriver juste avant la nuit. Mais, mystères des Ponts et Chaussées colombiens, la bonne route s’arrête au bout de 10 kilomètres et il faut terminer par une mauvaise piste… Nous traversons Duitama et continuons en direction de Sogamoso bien que je me sois promis de ne plus conduire de nuit. A la sortie de la ville nous trouvons la finca San Pedro, une auberge de jeunesse (de luxe…) qui accueille aussi les campeurs. Nous pouvons nous installer sur une belle pelouse, utiliser douches et toilettes impeccables et avoir le wifi mais tout de même pour 20000 pesos par personne… Le courrier électronique relevé, nous procédons à nos devoirs avant de dîner et vite nous coucher, bien fatigués.

Dimanche 16 octobre : Pour nos 40000 pesos nous avons droit à une douche chaude, nous ne manquons pas d’en bénéficier ! Nous retournons dans Sogamoso et trouvons facilement le musée consacré à la culture Muisca, les occupants de la région à l’arrivée des Espagnols. Le musée proprement dit est complet et examine tous les aspects de cette riche culture, ses outils, ses réalisations plastiques, son mode de vie, pour autant que les chroniqueurs espagnols l’ont noté. On peut regretter l’absence de datation des objets exposés et aussi quelques traductions en anglais. L’abondance nuit là aussi, les vitrines sont trop nombreuses mais on y voit des céramiques de toute beauté et de superbes torteros noires, fusaïoles, gravés de dessins complexes. A l’extérieur, quelques cases ont été reconstituées et « meublées ». Le temple du soleil (pas celui de Tintin, encore que !), brûlé par les Conquistadores, a été reconstruit mais on ne peut y pénétrer. Nous repartons en direction de Mongui. La route se transforme vite en piste qui serpente sur les montagnes avant de plonger sur ce gros bourg. Nous y faisons une arrivée remarquée en empruntant sa rue principale, étroite, et pleine de vacanciers venus profiter d’un week-end prolongé (en Colombie quand un jour férié tombe un dimanche, il est reporté au lundi suivant, ce qui est le cas cette semaine !). Nous ne pouvons accéder à la place centrale et devons faire un demi-tour délicat. Nous grimpons par des ruelles fort pentues sur les hauteurs du village à la recherche d’un endroit tranquille et plat pour déjeuner. Faute de trouver ce lieu rare, nous ressortons du bourg et allons nous garer près du cimetière, plus calme. Nous revenons, une fois le ventre plein, nous garer à l’entrée du village et allons parcourir les rues à pied. Presque toutes les maisons ont un étage pourvu d’un balcon ou d’une loggia.

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La couleur des portes et fenêtres est le vert souligné de rouge. Les grilles des fenêtres sont en bois tourné et souvent forment un petit balcon. Les plantes décoratives, en plus des bougainvillées, sont les pétunias dont le rouge s’accorde avec celui des dessins des portes et fenêtres. Sur la place centrale, un podium est installé, des rangées de fauteuils en plastique attendent les auditeurs d’un futur concert. Nous apprenons que nous sommes venus le jour du nième festival international du ballon ! En effet la spécialité locale est le ballon de football cousu main et toutes les maisons autour de la place sont enlaidies par ces vilains objets colorés, grotesques. Le village est remarquable mais il ne fallait pas le voir aujourd’hui. Ici, nous avons enfin vraiment l’impression d’être dans les Andes, beaucoup portent le poncho de laine, pas seulement des personnes âgées. Les chapeaux de feutre aussi sont de mise et laissent échapper des cheveux nattés.

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L’église des Franciscains est, là aussi, bien trop grande pour ce village et n’a rien de bien remarquable. Nous ne visitons pas le couvent attenant mais nous pouvons admirer le superbe plafond peint du vestibule.

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Nous repartons, repassons à Sogamoso puis continuons sur une bonne route, mais encore en montée, avant de redescendre vers le lac Tota à 3000 mètres d’altitude. Nous le découvrons dans un cirque de montagnes, une grande étendue d’eau plantée de quelques îlots.

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Nous en commençons le tour. Nous faisons une courte halte à Aquitania, le temps de contempler une gigantesque statue du Christ perché dans une barque au-dessus du toit de l’église à laquelle répond une statue du même acabit mais profane sur la place devant l’église. Nous nous dépêchons pour arriver avant la nuit. Une fête est donnée dans un pré avec orchestre et danseurs en poncho mais nous ne nous arrêtons pas ! Nous trouvons l’entrée de la Playa Blanca, une plage sur le lac où on peut camper. Mais nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée, les tentes sont posées les unes à côté des autres sur le bout d’herbe verte et les voitures sont garées à touche-touche sur le parking. La foule déambule sur la petite plage ou se ravitaille dans les gargotes. Nous trouvons un emplacement à côté du parking des motos, pas franchement ravis d’être là. Une « tranche de vie colombienne » dit Marie… Après une courte promenade, nous regagnons le camion pour nous mettre au chaud.

Lundi 17 octobre : A notre grand étonnement la nuit a été très calme, un peu de musique le soir mais pas trop fort puis le silence ! Nous repartons, toujours en suivant le lac qu’éclaire encore un beau soleil. Nous arrêtons au village de Tota. Sa place centrale entourée de maisons anciennes est agrémentée de quelques scènes de la vie traditionnelle locale en terre cuite (?) de grande taille, dans le style des personnages aperçus hier à Aquitania. La place est déserte, aucune animation dans les rues (trop tôt ? jour férié ?). Par acquis de conscience et parce qu’elle est ouverte, nous allons jeter un œil à l’intérieur de l’église. Bonne idée ! Le plafond est magnifique avec ses poutres et ses chevrons peints en rouge brun qui tranchent sur le blanc du plafond. 

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Le retable baroque est (un peu trop !) doré et des éléments kitsch rajoutés en font une curieuse composition. Une belle Vierge à l’enfant est placée dans un cadre doré de toute beauté et une frise récente d’angelots accueille le visiteur. Très contents, nous continuons jusqu’à Cuitiva où nous espérons aussi une bonne surprise mais l’église est fermée, la place est laide et les quelques maisons coloniales ne méritent pas que nous nous y arrêtions. Plus loin Iza n’a guère plus d’attrait mais sa spécialité, les merengon, des meringues à la crème et aux fruits, nous intéresse. Nous trouvons un petit marché où des jeunes filles, tout en blanc, proposent des gâteaux très colorés et des merengon

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Nous en achetons une portion que nous entamons mais nous réservons cette honnête pâtisserie pour le dîner. Nous traversons un paysage qui pourrait être le Morvan, des collines et des vaches dans les prés mais nous sommes entre 2500 et 3000 mètres d’altitude ! Nous repassons à Sogamoso. Marie veut voir le village de Nobsa connu pour son artisanat mais ne demande pas le chemin. Je traverse la ville en ligne droite et, miracle ! nous sommes sur la bonne route. Nous nous arrêtons quelques minutes, le temps pour Marie de contempler quelques ponchos de laine, trop souvent tarabiscotés. Nous voulons voir Paipa, présentée comme une petite ville coloniale. Quand nous nous garons sur sa place centrale, nous n’en croyons pas nos yeux : que des immeubles et des constructions récentes, laides. A l’Office du Tourisme, ouvert ! on nous donne un prospectus sur les activités sportives que l’on peut pratiquer mais le vieux quartier a disparu. Nous en cherchons la trace, en vain ! Nous décidons de nous rendre sur les bords du lac pour y déjeuner mais presque tout le rivage est privatisé et nous ne pouvons nous garer que sur une prairie au bout du lac. Ensuite, nous atteignons Tunja et nous nous rendons à un supermarché pour refaire le plein de provisions. Les prix des produits importés sont, nous semble-t-il, plus élevés qu’auparavant. Pour sortir du parking, il faut montrer le ticket d’entrée tamponné dans le magasin avec le ticket de caisse… Nous peinons à trouver la sortie de la ville avec l’intention d’aller bivouaquer au pont de Bocaya mais nous tombons dans les embouteillages dus aux travaux routiers, au pont même, et au retour des gens de Bogota. La nuit tombe, nous ne trouvons pas la route qui devrait nous amener au bon endroit. Nous faisons demi-tour et sommes alors arrêtés une demi-heure pour laisser passer les retours de week-end ! Nous nous arrêtons en retrait de la route sur le parking d’une auberge fermée.

Mardi 18 octobre : Nous avons été bercés toute la nuit par le passage des camions… Nous retournons à Tunja, trouvons le centre-ville où il est interdit de se garer, interdiction qui ne gêne pas tout le monde… Je laisse le camion dans un parqueadero et retrouve Marie sur la place. Trois des côtés de cette vaste place sont occupés par de belles maisons coloniales. 

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Celui qui a autorisé la construction des bâtiments modernes, horribles sur le quatrième, devrait être pendu par les pieds jusqu’à ce qu’il rende les « propinas » perçues… Nous nous rendons à l’Office du Tourisme dans une belle maison ancienne dont certaines pièces ont des fresques renaissance mais aujourd’hui, premier jour de la semaine puisqu’hier était férié, on se remet de la veille et donc pas de visite ! Déjà mécontents, nous nous rendons au Couvent Santa Clara, les heures de visite sont bien indiquées sur la porte et nous sommes même invités à sonner, ce que nous ne manquons pas de faire à plusieurs reprises, sans aucun résultat… En revenant vers la place, nous passons à la Casa del Escribano. Le portail est ouvert mais pas le musée, c’est mardi ! Très mécontent, je retourne à l’Office du Tourisme dire à la réceptionniste dans mon espagnol maladroit mais qu’elle a bien compris, ce que je pense de leur accueil des touristes ! Nous nous rendons par des rues très animées à l’église Santo Domingo, ouverte ! Sans doute la plus belle église baroque de Colombie. L’or recouvre à profusion les sculptures de l’autel principal. Avec un arc où sont représentés des chevaliers portant des corbeilles de fruits, et surtout avec la Chapelle de la Vierge du Rosaire, on en prend plein les yeux : du brillant, des reflets, des tableaux édifiants en bas-relief et une Vierge dans un écrin de nacre et de céramique. 

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Nous marchons jusqu’à l’église Santa Barbara, fermée… Retour à la place où la cathédrale a ouvert mais elle est trop vaste, froide et son autel doré ne nous retient pas. Pas acquis de conscience, je retourne vérifier que les lieux qui étaient fermés le sont toujours. Alors nous reprenons le camion et partons pour Villa del Leyva. Nous traversons, sur les gros pavés des rues, cette petite ville coloniale conservée intacte ou presque et nous nous rendons à l’auberge de jeunesse qui accueille aussi les campeurs. L’espace dévolu aux camping-cars est des plus réduits. Je dois manœuvrer pour parvenir à nous coller contre un bâtiment. Nous déjeunons sur une des tables puis grâce au wifi nous appelons Julie pour avoir quelques nouvelles. Nous laissons du linge à laver puis retournons en ville. Je dépose Marie puis vais me garer à l’extérieur de la ville ancienne. La très belle place d’origine est encombrée par des exposants d’arbres et de plantes mais ils plient bagage. Nous commençons par visiter la maison-musée d’un artiste colombien, passé par Paris où il rencontra Picasso, un certain Alberto Acuña. Nous ne pouvons pas dire que ses peintures ou ses sculptures nous fassent regretter de ne pas l’avoir connu plus tôt… Mais la maison avec son patio, sa fontaine, ses colonnes et son balcon est intéressante. Plus loin, nous allons visiter une autre maison-musée, celle d’un certain Nariño, un intellectuel engagé du XIX° siècle. Là aussi, la visite vaut pour la maison, son balcon intérieur et son patio. Nous revenons en passant par d’autres rues où les maisons coloniales anciennes abondent, toujours fièrement entretenues. 

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D’autres maisons, plus récentes mais respectant le style traditionnel, sont apparues et abritent des auberges, des restaurants ou des boutiques d’artisanat. Villa de Leyva, pas très éloignée de Bogotá est une destination connue des touristes locaux ou étrangers. Nous revenons au camping. Les Australiens regardent (discrètement) leur télévision puis un gratteur de guitare nous régale de ses chants mais cela ne dure pas.

Mercredi 19 octobre : Nuit calme, sans camion ni musique. Nous commençons par retourner en ville. La grande place centrale est désormais débarrassée de ses exposants et nous pouvons la contempler dans toute son intégrité avec ses pavés et ses maisons coloniales sur tous les côtés. Nous passons à l’Office du Tourisme pour obtenir quelques brochures puis Marie commence une tournée des boutiques d’artisanat qui ouvrent sans se presser, à la recherche d’un type de sac originaire de la région de Carthagène et que Marie-Jo a eu le tort de lui vanter. Pendant qu’elle explore les boutiques, je vais faire des photos des rues, des maisons et des ponts jetés au-dessus du ruisseau qui traverse la ville. 

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Nous passons au Couvent du Carmel dont le musée n’ouvre que les samedis et dimanches. Je vais rechercher le camion et nous partons en excursion dans les environs. Nous commençons par une curieuse maison construite entièrement en argile par un architecte, la Casa de Barro, une sorte de grosse crotte ocre rouge supposée être écologique mais son prix de visite ne l’étant pas, nous nous contentons de la photographier de l’extérieur. Nous repartons au milieu de la campagne et des serres où l’on doit produire de meilleurs fruits et légumes que ceux achetés au supermarché… Un bout de piste nous amène à un site archéologique. Un ensemble de pierres dressées, supposé être un observatoire astronomique des Miscas. Deux rangées, chacune d’une cinquantaine de pierres, sont alignées parallèlement, d’autres plus grandes, de forme phallique très évidente, sont dressées ou tombées au sol. 

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En repartant, j’ai le malheur de heurter avec l’arrière du camion un des poteaux de support du grillage. Aussitôt le gardien et un vigile accourent, me menacent d’appeler la police si je ne leur verse pas un petit cadeau… Je refuse, le vigile téléphone à la police et nous en restons là. Mais où sont ces gentils Colombiens vantés par les autres voyageurs ? Nous nous rendons ensuite au Monastère de l’Ecce Homo. Un lieu calme, retiré du temps où nous pouvons visiter les salles qui entourent le joli cloître fleuri. Beau retable avec des représentations d’Indiens (?), d’aigles et d’ananas dans l’église. Petit musée sur les populations locales d’autrefois qui ont eu le bonheur de connaître la vraie foi… Nous reprenons la route jusqu’au gros bourg de Raquiri dont la spécialité est la poterie. Le centre-ville n’est pas très beau, pas de maisons traditionnelles, mais des maisons-boutiques d’artisanat où l’on vend d’abominables poteries, des hamacs, des mobiles à accrocher au plafond et ces « attrapeurs de rêve » que nous avons découvert en Alaska ! Pour attirer le chaland, les façades de ces maisons disparaissent sous les articles exposés. 

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Nous revenons sur nos pas et nous nous rendons au Musée du Fossile. Un kronosaure, sorte de crocodile gigantesque du Crétacé inférieur, découvert quelques années auparavant, est exposé in situ. Ahurissant par sa taille, il était pourvu de mâchoires aux dents impressionnantes qui ne risquent pas de donner la nostalgie des temps anciens… D’autres fossiles plus classiques complètent l’exposition. Nous revenons à Villa de Leyva et profitons de la place vide, bien éclairée par le soleil, pour l’immortaliser.

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Marie repart à la recherche de son sac et visite, une à une, chaque boutique susceptible de posséder l’oiseau rare, celui exactement de la couleur voulue, donc introuvable. Mon talon gauche, toujours douloureux, que je ne peux poser au sol, me fait claudiquer… Nous abandonnons la quête impossible et allons prendre un soda à la terrasse de l’un des bistrots de la place en attendant le coucher du soleil. Nous avions envisagé de dîner au restaurant mais il faudrait encore attendre deux heures que nous ne savons comment occuper. Après avoir constaté que l’éclairage de la place de nuit n’a rien d’exceptionnel, nous retrouvons notre place au camping. Nous y dînons de plats simples, copieux et pas chers, pâtes à l’ « asiatique » et une crêpe au poulet et au fromage.

Jeudi 20 octobre : Nous faisons nos adieux à ce campement que nous ne recommanderions pas trop à cause de l’exiguïté du lieu (nous étions coincés entre les tables et le camping-car d’Australiens). Plein d’eau puis nous traversons une dernière fois Villa de Leyva mais nous sommes bloqués à la sortie par le défilé d’une école, fanfare en tête et quelques chars pour vanter ses débouchés scientifiques et techniques. Nous retournons à Tunja et allons nous garer presque au même endroit que mardi dernier. Le soleil ne réchauffe pas assez et il fait froid quand on est à l’ombre, d’autant qu’un petit vent souffle des montagnes. Nous arrivons juste à temps à l’Office du Tourisme pour la visite de la maison du Fondateur, sous la conduite de la dame que j’avais engueulée la dernière fois mais tout se passe bien, tout le monde s’excuse et nous sommes les meilleurs amis du monde désormais. Nous traversons le petit jardin avant de monter à l’étage pour découvrir dans une salle ce que nous voulions voir : dans une première salle, un plafond entièrement peint du XVII° siècle avec des représentations d’animaux et d’arbres, tous à caractère symbolique. Des éléphants, un rhinocéros, inconnus sur ces terres et peints à partir de gravures venues d’Europe. 

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Dans la seconde salle, ce sont des scènes de chasse qui occupent le plafond. Toutes ne sont pas d’une belle facture mais leur maladresse, surtout dans la représentation d’une faune inconnue, ne manque pas de charme. Nous nous précipitons ensuite à la Maison, dite du Greffier, où, après avoir eu la frayeur de la trouver fermée, nous avons droit à une visite détaillée sous la conduite d’une brave dame qui fait des efforts pour parler lentement. Après des salles où chaque meuble est ancien, chaque toile date du XVI° ou du XVII° siècle, nous découvrons les salles à l’étage dont les plafonds sont aussi couverts de fresques. Elles sont de meilleure qualité et la fraîcheur des couleurs est extraordinaire. Des personnages de la mythologie grecque ou latine, Jupiter, Diane, Minerve, sont représentés avec des cornes d’abondance d’où s’échappent des fruits tropicaux. 

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Les Sibylles ont des têtes d’Indiennes et leur coiffure comporte des plumes. Nous ne manquons pas de faire référence aux fresques vues à Puebla. Nos guides ne connaissent pas et sont persuadées que ce sont les seules du monde latino-américain. Pour achever les visites ratées de mardi dernier, nous retournons au Couvent de Santa Clara La Real mais là, nous trouvons porte close. Nous avons beau sonner, tambouriner, nul ne vient ! Nous allons donc reprendre le camion et quittons Tunja. Nous roulons sur l’autopista, traversée rapide de la campagne jusqu’à Bogotá. Nous entrons dans la ville, la circulation devient folle, tous roulent à la vitesse maximale et s’indignent que l’on puisse changer de file devant eux… Nous découvrons les joies des embouteillages de la capitale mais nous parvenons assez rapidement à trouver le garage d’Alejandro, spécialisé en Land Rover et recommandé par des voyageurs. Je lui explique les problèmes, boîte de vitesse, fuite à l’arbre de roue, vérification des freins et tous les bruits intempestifs… Bien entendu, il ne peut s’en occuper aussitôt et nous demande d’attendre demain matin. Nous lui expliquons que nous dormons dans le camion et le faisons visiter. Gros succès des baños, bien sûr… Nous devons attendre devant le garage, à respirer les odeurs de peinture, à subir les bruits des diverses machines. A sept heures, Alejandro vient nous dire qu’il n’y a pas de place pour le camion dans son trop petit atelier et nous emmène dans une concession de lavage de voitures où nous pouvons rester en sécurité. Mais on y travaille tard et le bruit de l’eau sous pression est pénible.

Vendredi 21 octobre : L’activité avait baissé au début de la nuit et nous nous étions endormis sans trop de peine, Marie avec ses boules Quiès. A trois heures du matin, un noctambule vient faire laver sa voiture et me réveille. Je baisse le toit pour atténuer le bruit et me rendors. Nous nous levons à six heures pour être un peu avant huit heures au garage, comme prévu avec Alejandro. Il commence à travailler en attendant ses ouvriers. Démontage du demi-arbre arrière droit et constatation d’un jeu important entre la main-meneuse et les cannelures du demi-arbre. Il commande les pièces de rechange et son ouvrier prend la relève. Il change un croisillon de cardan de l’arbre de transmission. La rue et le trottoir sont ses ateliers… Pas de problème avec les freins. Quand il faut remonter, on constate que le demi-arbre commandé n’est pas à la bonne longueur et que ce modèle étant inconnu en Amérique, il faudrait commander les pièces et les recevoir dans un délai de huit jours. Autre solution : les souder ! Je m’y résous mais le temps a passé et nous allons déjeuner dans un restaurant proche, fréquenté par les employés du quartier. De retour au camion, les pièces soudées sont de retour mais trop chaudes pour être montées, il faut encore attendre… Pour constater que le cordon de soudure trop épais empêche le remontage, il faut le meuler ! Nous décidons alors de passer la nuit dans un hôtel du centre-ville, dans le quartier ancien de la Candelaria. Nous faisons téléphoner par la secrétaire d’Alejandro, préparons un sac et un taxi nous y conduit. La ville est immense, très allongée, le long d’une montagne. Nous sommes déposés devant une porte close, peu engageante. On vient nous ouvrir, c’est une auberge de jeunesse avec des peintures violentes sur tous les murs, des dortoirs et quelques chambres. La nôtre a une salle de bain mais pas de fenêtres ni de meubles, juste un lit. Nous n’avons pas envie d’y séjourner plus d’une nuit… Nous ressortons pour avoir une première vision du centre. Beaucoup de monde dans les rues, surtout des étudiants semble-t-il, les trottoirs sont tous défoncés, des trous partout. Nous aboutissons à la place Bolivar, envahie par les pigeons et des jeunes rassemblés devant des haut-parleurs qui diffusent une musique qui n’a rien de traditionnelle et sur laquelle ils dansent. Quelques-uns, piercing, crête « iroquois », look destroy, pourraient être les jumeaux de ceux de Paris, Berlin ou New York. Un campamento réclame « La Paix ». Qui ne serait pas d’accord ? Les bâtiments autour de la place sont très disparates : une cathédrale fermée mais qu’on n’aurait pas eu envie de visiter, une construction moderne qui abrite des ministères, un palais du XIX° siècle ainsi que deux anciennes maisons coloniales. Une chapelle, dite du Sagrario, elle, est remarquable par ses plafonds et son paravent surmonté des statues de quatre saints mais interdiction de prendre des photos. Nous passons à l’Office du Tourisme collecter quelques prospectus inutiles avant de partir à la recherche d’un restaurant. Marie fatigue. moi, je suis de mauvaise humeur, mécontent de tout, las de ces villes et de leurs motards impolis, de leurs conducteurs sans respect pour les autres, de ce bruit incessant, partout, tout le temps. Nous revenons nous reposer à la chambre, découvrons qu’au rez-de-chaussée, on danse sur une musique trop forte… Nous ressortons et allons dîner, bien et pas cher, au Civitas, poisson en sauce coco et poulet à la crème. Retour à la chambre, bercés par la musique disco…

Samedi 22 octobre : La musique s’est arrêtée tard dans la nuit, je n’ai pas eu le courage de regarder l’heure. Les couvertures et le trop petit drap ne restent pas en place. Le petit déjeuner est frugal mais il nous suffit. Nous partons dans les rues encore désertes du vieux Bogotá, entre les dernières maisons coloniales debout. Nous devons attendre l’ouverture du Musée Botero, sis dans un bel ensemble de cours et de pavillons de la Casa de la Moneda. D’emblée je suis séduit. J’avais de Botero une image d’un peintre à « truc », avec ses personnages difformes, gonflés comme des outres, inexpressifs mais il y a plus, un art de suggérer les déformations par l’introduction d’éléments à une autre échelle : un couteau ridiculement petit, à côté d’un fruit énorme posé sur une table pourvue d’un tiroir minuscule.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Sa grande connaissance de la peinture classique européenne est utilisée pour recréer un univers fantastique, une Mona Lisa ou une naine de Velasquez grotesques, même  si ce n’est pas ce que je préfère. Ses sculptures (il n’y a au musée que des petites dimensions) sont aussi fort intéressantes puisqu’il peut montrer les volumes en 3 dimensions. Et un homme qui a collectionné Delvaux, Soutine, Grosz, etc… ne peut manquer de talent ! Nous passons devant l’Eglise du Carmen, curieuse construction du début du XX°siècle, délirante de clochetons, de pinacles, édifiée dans des couches de pierres alternativement blanches et rouges, fermée ! nous n’en verrons donc pas l’intérieur. Je téléphone à Alejandro mais je ne comprends pas grand-chose à sa réponse si ce n’est qu’il va changer l’huile de la boîte de vitesse, faute de pouvoir se procurer les synchros. Nous visitons le Musée Archéologique dans une autre belle maison coloniale, celle du Marquès de San Jorge. Il reste des traces de fresques sur les murs dont un curieux trompe-l’œil avec un cadenas. Les vitrines renferment une belle collection de poteries précolombiennes des diverses ethnies de Colombie, encore une fois nous nous faisons la réflexion que certaines nous conviendraient parfaitement… Nous allons déjeuner dans un petit restaurant, les 3 Gatos, d’un menu « ejecutivo », le menu du midi pour les gens qui travaillent. Plusieurs plats : une tarte à la carotte ou une soupe puis un plat bien garni, une viande ou un poisson avec du riz, des rondelles de tomate, une salade de pommes de terre et un fruit sans compter une boisson à base de mélasse de jus de canne à sucre qui semble la boisson nationale, personne ne buvant de bière et encore moins de vin au déjeuner. C’est relativement bon si on fait abstraction de la « fermeté » de la viande, et peu cher. Nous continuons notre promenade en longeant le palais présidentiel. L’Eglise San Agustin qui ne paie pas de mine à l’extérieur est une splendeur à l’intérieur. Le plafond voûté et celui de la tribune d’orgue sont décorés de motifs dorés, quelques peintures d’archanges, malheureusement malaisées à détailler, occupent les murs. La pluie arrive, nous allons nous réfugier dans une autre merveille, l’Eglise Santa Clara, dont le plafond couvert de motifs floraux dorés est encore plus beau, et où les tribunes  à moucharabiehs sont remarquables. Pas un mètre carré sans un tableau ou une sculpture. Pas le plus petit carré vierge de tout décor où reposer les yeux !

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous atteignons la Place Bolivar. Marie se réfugie à l’Office du Tourisme et je vais sous la pluie tirer des pesos pour régler Alejandro. Le ciel est maintenant tout gris, pas question de faire des photos de la place. Nous retournons à l’hôtel récupérer notre sac puis nous faisons appeler un taxi qui nous dépose au garage. Alejandro nous montre ce qu’il a sorti de la boîte de vitesse : 6 litres d’un mélange d’huile et d’eau ! Encore un souvenir du Costa Rica… Je fais un essai avec lui, les vitesses craquent encore… Je commande les pièces pour remplacer le bricolage de la soudure du demi-arbre, nous devrions les avoir vendredi prochain en revenant de Villavicencio. Je règle la facture, bien moins élevée que je ne le craignais. Nous partons, trouvons notre chemin sans nous tromper et malgré les embouteillages, parvenons avant la nuit au parking près du centre commercial Portal 80 que nous avait indiqué Guy. Peu de place, pas de commodités, cher mais nous avons le droit d’y dormir dans le camion ce qui est rare à Bogotá.

Dimanche 23 octobre : Quelques airs lointains de chansons n’ont pas troublé notre nuit. Nous abandonnons le camion et partons prendre le « TransMilenio », un service de bus avec ses voies propres, rapide donc. Nous devons traverser le Mall Portal 80, encore désert à cette heure mais les promeneurs ne sont pas rares dans le parc, de l’autre côté de la rue. Beaucoup s’adonnent à des activités sportives, accompagnent leurs enfants aux jeux ou prennent des cours de danse avec tout le sérieux qui s’impose dans ce cas. Nous accédons au terminus des bus. Guy et Marie-Jo nous avaient fait don de leurs cartes de transport, je dois simplement la créditer de quelques milliers de pesos pour pouvoir l’utiliser. Nous allons faire la queue sur la plate-forme de notre bus. A notre grand étonnement, les passagers sont sagement alignés en rangs devant la supposée ouverture des portes mais quand le bus arrive, c’est la ruée. Marie obtient tout de même une place assise. Nous voilà partis à vive allure, le chauffeur ne plaisante pas et il vaut mieux bien se tenir dans les virages. Nous suivons une large avenue entre deux rangées de murs couverts de tags puis de peintures murales. Les grands immeubles apparaissent dans le centre. Nous descendons au terminus et continuons à pied. Nous atteignons une place encore peu fréquentée puis suivons l’Avenue Jimenez. Nous arrivons au Musée de l’Or juste à l’heure de son ouverture. La gratuité du dimanche attire de nombreux visiteurs, venus en famille. L’exposition des objets se tient sur deux étages suivant quelques thèmes : la métallurgie, le traitement de l’or chez les divers peuples de Colombie puis sur les thèmes de la cosmologie et de la symbolique et enfin sur l’idée de l’offrande. Nous sommes stupéfaits par l’abondance des objets en or, pectoraux, masques, ornements de narines, boucles d’oreilles, pendentifs qui seraient mieux mis en valeur sur un fond noir, étonnante faute de présentation dans un musée aussi riche.

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Les informations en espagnol et en anglais sont suffisantes sans assommer le malheureux qui voudrait tout déchiffrer. Etonnement aussi devant la similitude des objets, non seulement chez les divers peuples de Colombie, mais aussi avec ceux du Pérou au Costa Rica et même au Mexique. Nous ne nous lassons pas d’admirer la finesse, la qualité des pièces exposées, le soin apporté à leur réalisation, sans oublier l’ingéniosité des solutions techniques apportées aux problèmes de fabrication. Nous en terminons avec une salle où nous sommes plongés dans le noir, les portes fermées et soudain un éclairage balaie les parois circulaires et fait apparaître derrière des vitres des milliers d’objets d’orfèvrerie, disposés par familles, puis un puits central est éclairé, montrant d’autres pièces disposées comme lors de la fouille d’une tombe, ainsi qu’une émeraude d’une grande pureté. 

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

Nous sommes déjà bien fatigués et nous allons déjeuner au restaurant du musée. Plus chic que nos gargotes des jours passés mais un effort en cuisine se paie. Les plats ne sont pas aussi copieux mais c’est bon et tout à fait abordable. Nous achevons notre visite à  ce beau musée par l’exposition temporaire consacrée aux molas, ces tissus découverts au Panama. Nous en attendions beaucoup et nous sommes très déçus… La petite place devant le musée qui était déserte à dix heures s’est remplie, des bouquinistes s’y sont installés. Dans l’avenue qui la longe, rendue piétonne le dimanche, des badauds déambulent, des bonimenteurs rameutent les foules, toutes sortes de stands de tir, primitifs, proposent aux gogos de gagner le gros lot, des marchands de toutes sortes de friandises, de grillades, de jus de fruits, contentent les estomacs…

TRANSAMERICA (3.2.- Colombie, nord et centre)

La foule est immense et bouche l’horizon. Nous sommes étonnés par le grand nombre de clochards, non seulement ici mais dans toutes les artères de la ville. L’odeur d’urine est insupportable et les ordures traînent partout. Nous voulons visiter les églises en face du musée mais les plus intéressantes sont fermées, la seule ouverte ne nous intéresse guère. Nous retournons sur une place qui n’a aucun intérêt avant de reprendre le chemin du terminus des bus, en faisant un détour par l’église coloniale des Aguas, fermée… Nous rentrons rapidement avec notre bus et bien qu’épuisés, nous passons au centre commercial faire quelques emplettes. Toujours les mêmes produits qui ne nous font plus envie, Marie hésite de longues minutes dans ses choix alors que je n’ai qu’une envie, rentrer au camion et dormir ! Il faut encore rapporter tous les sacs au camion avant de pouvoir envisager de nous reposer. Nous hésitons sur la suite de l’itinéraire ! Dîner d’ailes de poulet désossées et farcies au poulet et à la carotte ! Et enfin nous pouvons nous coucher.

Lundi 24 octobre : Nous avions décidé de nous reposer aujourd’hui, aussi ne nous pressons pas ce matin. Nous ne partons qu’à dix heures. Nous devons suivre d’interminables et larges avenues pour sortir de la capitale, des kilomètres et des kilomètres avant d’avoir enfin l’impression d’être sortis de la zone urbaine. Après un long tunnel en descente, nous continuons de perdre de l’altitude pour quitter la Cordillère. Mais la route est en cours d’élargissement, ce qui signifie des travaux donc des ralentissements, quand ce ne sont pas les camions qui avancent en petite vitesse et qu’il faut suivre. La succession de viaducs et de tunnels, les nombreuses serres que l’on aperçoit, évoquent l’autoroute de la côte Ligure mais le paysage est tout différent, une belle forêt avec des arbres en fleurs couvre les flancs abrupts de la montagne. En descendant, nous retrouvons des températures « tropicales »… En début d’après-midi, nous parvenons à Villavicencio que nous contournons avant de trouver l’aéroport. Nous nous rendons à l’agence de voyage Ecoturism qui s’y trouve pour nous renseigner sur les conditions de l’excursion au Caño Cristales. Une jeune fille nous renseigne mais il faudrait attendre trois jours, le temps d’obtenir un permis, avant de nous y rendre. Elle doit nous recontacter s’il y a une possibilité pour mercredi. Le temps de marche inquiète Marie… Nous voulons camper à l’hôtel Los Caballos mais il n’y a pas le wifi. Nous tentons notre chance à l’hôtel voisin où l’on ne veut pas de nous. Nous retournons au Las Caballos. La douche est celle de la piscine, en plein air, les toilettes ne sont pas très propres, cela sent le début de la décadence… Nous nous installons sur une table branlante pour relire mon texte de blog jusqu’à la tombée de la nuit. Un orage avec éclairs et coups de tonnerre et surtout une forte pluie nous surprend au début de la nuit.

Mardi 25 octobre : Il a assez plu pour que nous trouvions le camion inondé, sans savoir d’où cette eau est venue. Nous repassons à l’agence de tourisme mais la jeune fille nous assure ne pas pouvoir obtenir un permis de visite avant vendredi. Nous renonçons donc aux eaux rougeoyantes du Caño Cristales et pour nous consoler, nous décidons de rouler jusqu’à San Martin du Llanos. Mais auparavant, nous cherchons le centre-ville de Villavicencio, non pas que ce soit indispensable mais Marie a envie de voir la place centrale et surtout trouver un cybercafé pour mettre un message à Nicole et souhaiter un Bon Anniversaire à Vettou… Nous parvenons à nous garer près de la place centrale, le cathédrale ne mérite pas une visite que nous ne lui consacrerons pas, mais nous trouvons un cyber café qui nous permet d’avoir le dernier message de Julie et d’écrire à Nicole. Nous trouvons la route de San Martin grâce à un policier à qui j’ai demandé de me l’indiquer et qui saute sur une  moto pour nous précéder et nous y mener ! La sortie de Villavicencio est difficile, ce n’est pas le petit village perdu dans les plaines que j’avais imaginé (mon imagination me trompe souvent !). La route qui traverse les Llanos, les immenses plaines qui s’étendent jusqu’au Venezuela, est parcourue par des norias de camions, du moins sur le tronçon que nous avons parcouru… Nous traversons (sur des ponts !) de nombreuses rivières qui charrient des eaux  grises, boueuses. Après Acacias, la route est moins fréquentée, elle traverse des régions d’élevage, vertes prairies  et bovins de tous côtés. Quelques ranchs laissent imaginer que le beefsteak nourrit l’éleveur… Nous parvenons à San Martin. Nous trouvons la place centrale, quelconque, son église dédiée à Saint Martin de Tours ! Mais fermée. Quelques maisons anciennes, rénovées, sans charme, justifient la  description du Guide Michelin en tant que ville coloniale… Ayant dûment constaté que le détour par cette bourgade était inutile, nous prenons le chemin du retour… Rapide déjeuner à l’ombre d’un manguier puis nous roulons. Une heure pour revenir à Villavicencio dont les faubourgs sont péniblement traversés, puis deux heures de remontée vers des contrées plus fraîches. Nous devons nous traîner derrière les camions qui peinent dans l’interminable côte pour nous amener de 400 à 3000 mètres d’altitude. Une partie de la route est désormais dans des tunnels à double voie où je suis un bus qui roule au double de la vitesse autorisée pour dépasser les camions. L’entrée de Bogotá n’est pas la fin des épreuves, bien au contraire ! Il va nous falloir encore deux heures pour traverser la ville dans les encombrements et bientôt dans la nuit. Nous ne nous perdons pas et retrouvons notre parking du Mall 80. A peine garés, je vais au supermarché acheter une bouteille de vodka et du tonic pour nous consoler d’avoir perdu deux jours… Apéritif de rattrapage, bien que nous ne soyons pas dimanche, puisque depuis Pamplona et l’assèchement de la bouteille de vodka, nous n’avions plus honoré, comme il se doit, la tradition, bien établie, de l’apéritif du dimanche… Nous n’avons pas pu nous garer comme précédemment, et comme nous sommes près de la route, nous en subissons tous les désagréments. Je vais demander à la responsable de changer de place, ce qui ne pose pas problème…

 

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 00:21

TRANSAMERICA

 

Emmène-moi au bout du monde !... s’écria-t-elle épouvantée, et elle protestait : Aïe !... Aïe !... Tu me fais mal, salaud !... Aïe…

C’était une intellectuelle (…)

Blaise Cendrars (Emmène-moi au bout du monde !...)

 

3.- de San José (Costa Rica) à Zorritos (Pérou)

Automne 2016

 

TRANSAMERICA (3.1.- Amérique Centrale, suite)

 

Dimanche 4 septembre : Les biscuits apéritif à finir ont servi de prétexte à un dernier pastis d’autant plus apprécié que nous sommes toujours en pleine canicule. Courte sieste puis nous bouclons les sacs et les chargeons dans la voiture. Nous filons, en appréciant la climatisation (comme on change !) en direction de Marignane. Il y a affluence et l’accès au dépose-minute n’est pas possible. Je laisse Marie avec le chariot et les sacs dans l’aérogare puis je vais abandonner la voiture tout au fond du « chèque parking ». Une navette me ramène à l’aérogare. Nous devons marcher jusqu’au hall d’enregistrement. Un employé avec un fauteuil roulant vient chercher Marie pour lui éviter une autre marche. Nous embarquons puis décollons avec trois quarts d’heure de retard. Une boisson, très appréciée, nous est servie, avant notre arrivée à Paris, La température a bien baissé. Marie n’apprécie pas qu’on vienne la chercher en fauteuil roulant à la porte de l’avion mais quand elle découvre la longueur des couloirs à parcourir, elle ne dit plus rien… Nous n’avons pas le temps d’attendre et montons à bord d’un avion d’Aéromexico. Les annonces sont en espagnol et en anglais, rien en français… Pas d’apéritif (nous étions mal habitués !) et un des pires repas en vol. Nous sommes dans le fond et quand le service arrive à nous, il n’y a plus de plat de poulet ! Marie se contente de pâtes à peine tièdes. Deux feuilles de salade verte et une de fruits complètent ce festin. Pour nous distraire nous pourrions regarder un film mais ce ne sont que monstres, guerriers débiles (pléonasme ?) ou comédies niaises… Nous éviterons désormais Aéromexico… La nuit est tombée, reste à essayer de dormir…

Lundi 5 septembre : Nous somnolons avant d’être réveillés pour un petit déjeuner avec du thé servi sur demande spéciale. Nous nous posons à Mexico, toujours en pleine nuit, il n’est que quatre heures du matin ! Nouveau fauteuil roulant qui, cette fois, nous évite les queues aux contrôles d’immigration. Car, comme aux Etats-Unis, bien qu’en transit, il faut passer l’immigration en simulant un débarquement, suivi d’un départ immédiat. De plus, il faut récupérer les sacs et les porter à l’enregistrement… Nous sommes abandonnés dans un immense hall, climatisé au maximum, dans l’attente de l’avion pour San José. Je tente de me connecter au wifi pour donner des nouvelles à Julie, sans succès. Dernière étape avec un retard au décollage, notre avion doit longuement patienter avant d’y être autorisé. Un sandwich nous est servi en guise de second petit déjeuner, nous le considérons comme un déjeuner et le faisons passer avec une bière… Nous nous perdons en conjectures sur l’heure d’arrivée à San José qui, plus à l’est, devrait être à une heure plus tard que Mexico et qui est à une heure plus tôt ! Quoi qu’il en soit, nous atterrissons à l’heure prévue à San Jose après avoir très brièvement survolé le terrain où est parqué le camion, sans avoir le temps de l’apercevoir. Nous sommes attendus par Pablo, responsable de l’hôtel Villas Colibri où nous avons réservé une chambre. Nous sommes vite sur les lieux, un très agréable ensemble de bungalows, certes défraîchis, dans un beau jardin fleuri. Je repars aussitôt en taxi pour les douanes proches de l’aéroport. J’y retrouve la jeune femme qui s’était occupée de moi quatre mois plus tôt. Mais les choses se compliquent car elle exige que je rapporte une des plaques d’immatriculation et que je présente le certificat d’assurance. Mon taxi me conduit à l’almacen fiscal El Coco où on m’aide à détacher une des plaques d’immatriculation. J’en profite pour constater avec plaisir que le camion démarre au quart de tour ! Mais il n’y a pas de temps à perdre, je repars pour le bureau d’assurance dans le centre d’Alajuela. Mon taxi m’y abandonne, il a fini son service. Je dois en affréter un autre pour me ramener aux douanes. J’ai affaire à une autre employée qui se satisfait de mes documents mais me demande de patienter car le « jefe » qui doit signer le permis d’importation temporaire n’est pas encore là… Je dois patienter une heure tandis que le compteur du taxi tourne… Enfin muni du précieux document, je me fais déposer au bureau de l’entrepôt où je règle le montant dû pour le stationnement, après un marchandage serré. On me dégage les véhicules qui gênent la sortie et me voilà sur la route. Le ciel déjà gris laisse s’échapper quelques gouttes de pluie mais les orages ne sont pas pour aujourd’hui. Je finis par retrouver notre hôtel et me garer, soulagé, devant notre bungalow. Je suis à peine arrivé que Marie exige que j’envoie un sms à Nicole pour l’avertir de notre bonne arrivée. Pour en faire autant avec Julie, nous allons au bar, une paillotte qui pourrait être un endroit de délassement des plus agréables au milieu de la verdure mais il n’y a rien à boire ou à manger… Je peux tout de même me connecter et envoyer un message à Julie. Après une rapide inspection de la cellule dont un des coffres dégage une forte odeur de moisi, je vais à proximité acheter du jambon, des chips, de la bière et des manchons de poulet frit, que du diététique, mais c’est local ! De retour au bungalow, nous buvons une des bières et n’attendons pas longtemps après le coucher du soleil, à six heures, pour festoyer et gagner notre lit.

Mardi 6 septembre : Difficile de dormir d’une traite, le décalage horaire auquel je suis de plus en plus sensible et la fatigue du voyage font que je suis vite réveillé et que je passe une partie de la nuit à me demander comment l’occuper. Une tentative de me connecter pour écrire aux Azalaïens en partance est un échec, le wifi doit être bien fatigué, comme le reste de l’hôtel. J’attends six heures pour commencer à m’occuper du camion. Je refixe la plaque d’immatriculation, remplace le feu cassé, repose un détendeur de gaz et range petit à petit une bonne partie des trop nombreuses affaires rapportées. Nous allons prendre le petit déjeuner sous la pseudo paillotte. Fruits tropicaux et gallo negro, riz et haricots noirs, le petit déjeuner local… Marie s’attelle à la rude tâche de faire tenir dans des coffres bien trop petits, une somme de vêtement bien trop importante. Incorrigible… Qu’en sera-t-il à la dernière étape ? Je fais un plein des réservoirs d’eau et nous quittons ce jardin qui pourrait être enchanteur. Nous trouvons après quelques demi-tours le supermarché Walmart, digne de ses frères nord-américains. Nous retrouvons les produits connus, saucisses de poulet, crèmes insipides et grandes quantités. Nous remplissons le réfrigérateur et prenons l’autopista qui n’est pas une autoroute et sur laquelle nous nous traînons derrière les camions. Le soleil qui avait dominé dans la matinée est désormais remplacé par un ciel gris et bientôt des averses diminuent la visibilité. Nous ratons la bifurcation pour Puntarenas, nous devons faire demi-tour, occasion d’acheter des ramboutans à des marchands ambulants. La ville s’étend le long d’une étroite bande de terre que nous avions aperçue d’avion hier, entre lagune et mer. A son extrémité un phare et l’embarcadère des ferries qui emmènent sur la presqu’île de Nicoya. Nous devons attendre une heure le départ du prochain. Peu de monde à bord, nous ne sommes plus en saison touristique. Nous attendons d’appareiller en observant les pélicans gris qui font du rase-vagues derrière les bateaux de pêche qui rentrent au port. Nous approchons de la presqu’île derrière laquelle le soleil se couche en mettant en valeur les gros nuages noirs qui la couvrent. 

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Nous arrivons de nuit mais impossible de démarrer ! Comme à Santa Fé, le moteur tourne sans démarrer ! Les employés du bateau nous poussent bien que je n’y croie pas, le moteur daigne démarrer. Gros soupir de soulagement. Nous suivons une route étroite en virages serrés derrière un très lent camion avant de trouver la piste qui conduit à Playa Organos. Nous savons que nous y sommes quand nous sommes entourés de cocotiers et que le bruit des vagues devient incontournable. Nous nous installons près de la plage en espérant que le camion démarrera demain… Je m’offre une vodka-tonic pour inaugurer cette nouvelle étape, Marie me regarde… Nous reprenons nos habitudes du soir : photos à transférer et à corriger, texte à rédiger. 

Mercredi 7 septembre : Je suis encore souvent à demi réveillé dans la nuit et définitivement au lever du soleil quand des pêcheurs mettent une barque à l’eau. Nous découvrons la charmante crique où nous avons passé la nuit. La plage est couverte de branches et de troncs rejetés par l’océan et le sable est gris. Des îles ferment la baie, couvertes de la même végétation que celle qui nous entoure, cocotiers, badamiers et tout ce qui peut pousser sur un sol chaud et humide. 

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Quelques cases rustiques sont en retrait, leurs habitants vaquent à leurs occupations. Nous repartons par le bout de piste dans la forêt à peine entrevue hier dans la nuit. Nous atteignons Paquera, gros bourg qui, à l’image des autres traversés par la suite, regorge de magasins, de supermercados. Un policier nous assure que nous devrions pouvoir passer le rio plus loin. Nous continuons sur une route étroite qui, après être passée entre une succession de resorts luxueux,  s’éloigne de la côte, traverse des prairies gagnées sur la forêt où des bovidés brahma aux grandes oreilles se régalent d’une herbe bien verte. Nous retrouvons les plages et les rochers noirs à Montezuma. Tous les villages vivent du tourisme et bien que nous soyons en saison creuse, on ne peut ignorer les activités proposées aux vacanciers. Nous longeons, désormais sur une piste peu roulante, les criques de très près, classiques images de mers tropicales… Après Cabuya, une plus mauvaise piste, étroite, conduit à l’entrée du parc de Cabo Blanco. Nous le traversons, accueillis par les hurlements, toujours impressionnants, des singes que nous ne verrons pas. En atteignant la plage nous devons acquitter un droit d’entrée que nous jugeons bien élevé, 12 $ par personne. Nous parvenons à négocier, une entrée pour deux… Nous partons sur un sentier tracé dans les amas de lianes, entre de beaux arbres, souvent couverts de lichens. La promenade se termine au milieu de massifs d’héliconias où nous apercevons une biche vite disparue dans les fourrés. Des papillons multicolores seront les seuls êtres vivants que nous admirerons, les oiseaux chantent mais restent invisibles.

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Nous terminons en sueur la promenade. Une piste en montagne coupe quelques ruisseaux et nous amène à Malpais puis nous longeons la succession de villages d’accueil de surfeurs, de plages et de rochers. A Manzanillo nous remontons dans la montagne avant de redescendre vers le rio que la piste oblige à traverser. Un pêcheur au beau milieu nous prouve que le niveau de l’eau n’est pas profond. Je ne laisse pas à Marie le temps d’exprimer ses craintes et différentiel bloqué, je nous lance dans le courant. Nous atteignons sans difficulté le banc de gravier de l’autre côté mais encore faut-il trouver la sortie ! Un second gué se passe sans s’arrêter mais, plus loin, une autre rivière est plus impressionnante. La piste est boueuse, je m’avance jusqu’au bord de l’eau sans distinguer la sortie sur l’autre rive. Je vais sonder la profondeur, j’ai de l’eau jusqu’à l’aine et le courant est fort.

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Un autre 4x4 sur l’autre rive renonce. Sagement, nous en faisons autant. Nous avons repéré sur la carte un autre trajet pour rejoindre la côte plus au nord. Nous devons de nouveau traverser une rivière peu large et peu profonde. Elle fait des méandres, nous la franchissons sans hésiter une première fois, une seconde, la troisième paraît sans surprise mais je passe trop à droite et tombe dans un trou profond dont le fond de gravier se creuse sous les roues. Petites vitesses, blocage du différentiel, rien n’y fait. Je me résous à sortir les tôles, peine à les glisser sous les roues submergées par l’eau. Dans le camion le niveau a monté, atteint les sièges. Nous n’avons pas eu le réflexe de sauver l’appareil photo ni les jumelles ! Je fais encore quelques tentatives inutiles, le camion reste collé dans son trou ! 

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Complètement trempé, je pars à pied à la recherche de secours. Je croise une voiture qui ne peut rien pour nous mais on téléphone et nous assure que, pour 40000 colones, 80 $, on viendra à notre aide… Effectivement une demi-heure plus tard, arrive un tracteur, avec sa remorque. Une chaîne est attachée au parechoc arrière et nous finissons par sortir de ce mauvais pas. Nous réglons nos sauveteurs et remontons dans le camion mais quelques centaines de mètres plus loin, la puissance diminue puis il cale. Les tentatives de redémarrer sont vaines, provoquent au mieux quelques hoquets, des couinements dans le système électrique et l’immobilisation définitive quand la batterie est vidée… Je me décide à partir chercher du secours alors que le jour baisse. Je longe des pâturages occupés par de grasses vaches que ma visite intéresse au plus haut point. Puis c’est un cimetière mais pas un seul vivant ! Je fais demi-tour et entends les pétarades de motos qui ont dû croiser le camion. Je leur explique, dans mon espagnol bien rudimentaire quand il sort des cas simples, notre problème. Ils me ramènent au camion, l’un va se renseigner mais revient sans avoir trouvé personne. La batterie de leur téléphone ne leur permet pas de joindre un mécanicien mais ils promettent de s’en occuper ce soir et de nous envoyer quelqu’un demain. Ils m’aident à garer le camion sur le bord de la piste puis nous laissent. Nous devons alors tenter d’évacuer l’eau restée dans les coffres, sécher ce qui peut encore l’être. Je continue de transpirer à grosses gouttes avant de retrouver un peu de fraîcheur. Nous nous attelons au récit de cette dure journée avant de dîner.

Jeudi 8 septembre : Mauvaise nuit. Des singes hurleurs se manifestent par leurs cris inquiétants dans la nuit noire. Nous sommes réveillés avec le jour, avant six heures. Je me douche à l’extérieur du camion sans crainte des regards indiscrets. Nos motocyclistes de la veille repassent, ils nous annoncent que le mécanicien de Coyote demande 200 $ pour se déplacer sans garantie de résultat et peut-être devrons nous être remorqués à son atelier… Faute d’une autre solution nous acceptons. L’un d’eux repart le prévenir. Nous patientons alors que le soleil commence à chauffer, ce qui nous fait espérer un début de séchage de tous les vêtements, coussins et chaussures mouillés. Retour de notre envoyé sans le mécanicien qui ne veut plus se déplacer mais avec la camionnette de fermiers qui espèrent sans doute mettre du beurre dans leurs épinards. Je ne comprends pas exactement ce qui est prévu mais ils nous prennent en remorque. Pas longtemps ! Leur véhicule, pas 4x4, peu puissant, capitule dans la première montée. Il tente à plusieurs reprises d’améliorer son adhérence en chargeant son plateau de pierres mais sans résultat. Ils abandonnent et promettent de nous envoyer un tracteur. Il nous faut encore faire preuve de patience… Déboule à toute vitesse une Jeep fatiguée mais puissante, menée par un vrai macho au débit verbal impressionnant. Il nous propose une autre solution imparfaitement comprise pour cause de traduction qui ne suit pas… Il nous emmène et nous abandonnons le camion. Nous retraversons à plein régime les gués at parvenons à la maison de béton et de bois qu’il se fait construire. Nous attendons, croyons-nous, l’arrivée d’un mécanicien. Au bout d’une heure passée dans un rocking-chair en fers à béton, il nous invite à remonter en voiture, avec des ouvriers dans une remorque. Il nous ramène au camion sur lequel s’active les employés d’une dépanneuse sous le regard courroucé de notre motocycliste revenu avec un tracteur en notre absence et dépité de ne pas nous y avoir trouvé. Il nous réclame 100 $ pour services non rendus. Nous transigeons à 70 ! Nous voilà repartis, le nez en l’air derrière la dépanneuse qui tombe en panne ! Elle recule, nous nous mettons en travers, il redémarre. Nous montons, descendons des pentes raides sur une piste de plus en plus boueuse. Se présente une pente plus rude et plus ravinée que les autres. Alors que nous sommes presqu’au sommet, il patine, glisse de droite à gauche et ne va pas plus haut. Quelques tentatives restent vaines, il recule, nous nous retrouvons en biais, à demi dans le fossé. Changement de tactique, le treuil est abandonné au profit d’une longue chaîne avec laquelle ils espèrent nous tirer depuis le sommet et même le début de la descente. De violentes secousses ne parviennent pas à nous sortir de la gangue de boue rouge qui nous englue. Il faut l’arrivée d’un camion qui tire la dépanneuse qui nous tire pour parvenir au sommet. Nous repartons, continuons de gravir des pentes et dévaler à vitesse réduite des descentes glissantes. Nouvelle côte qui ne paraît pas particulièrement difficile mais notre remorqueur capitule ! Il fait appel à une autre dépanneuse qui tarde à venir. C’est un camion avec plateau inclinable sur lequel nous sommes hissés. Nous repartons en travelling arrière, bizarre sensation de voir le film à l’envers… Nous finissons par atteindre Cobano où nous sommes débarqués dans un garage. Le jovial patron, cigarette au bec, téléphone vissé à l’oreille prend les choses en main. Mise en charge de la batterie, remplacement de relais, nettoyage et séchage de divers éléments dont le filtre à air mouillé ! Les choses ne vont pas vite et à la nuit tombée, quand, le moteur tournant mais calant aussitôt, on découvre qu’il y a de l’eau dans le gasoil, il faut se résoudre à dormir sur place et repousser à demain la suite de la remise en état… Je vais acheter des bières fraîches dans une épicerie proche puis nous nous préparons pour une soirée dans l’atelier en plein air.

Vendredi 9 septembre : Nous étions au calme et ce n’est qu’à sept heures que le bébé commence à pleurer, les gosses à se chamailler et le patron mal réveillé à se gratter le crâne dégarni. Marie aurait bien continué de dormir mais il faut quitter la camion alors que des ouvriers commencent à s’activer pour extraire le réservoir de gasoil, sans utiliser le pont élévateur ou une fosse qui d’ailleurs n’existe pas. Ils vidangent le gasoil, nettoient la cuve et la remontent. Remplacement du filtre à gasoil, celui que j’avais acheté juste avant de partir. On envoie chercher un jerrycan de gasoil que je verse dans le réservoir et, moment crucial, on fait tourner le moteur, il tousse, crache et cale. Vérification, il sort encore un mélange d’eau et de gasoil ! Tout le circuit d’injection est contaminé ! Tout cela a pris bien du temps, le patron travaille ou plutôt supervise trois ou quatre réparations dans le même temps, discute avec les clients, téléphone, etc… Il installe une pompe pour aspirer tout le mélange dans le circuit et enfin, le bébé bien purgé consent à ronronner ! Nous allons faire un essai sur route puis je vais tirer de l’argent, refaire un plein et enfin régler la note : 600 $ tout de même ! Nous voilà repartis, nous filons en direction de l’embarcadère du ferry pour attraper celui de quatorze heures. Nous y sommes à temps, nous embarquons et déjeunons dans le camion juste avant le départ. Nous gagnons le pont des passagers et nous nous installons sur des bancs du côté rafraîchi par la brise. Une musique tropicale diffusée par les haut-parleurs fait se trémousser discrètement quelques grassouillettes commères, vêtues juste de ce que la décence exige. La côte est perdue dans la grisaille. A peine débarqués à Punta Arenas, les orages qui menaçaient, éclatent et nous voilà plongé à quatre heures de l’après-midi dans une lumière crépusculaire au milieu d’une circulation abrutissante. Quand nous quittons la route de San José, la densité automobile diminue et la pluie cesse. Nous roulons jusqu’à la plage d’Herradura. Trois ou quatre restaurants en bord de plage, guère d’habitations. Nous allons prendre un pot dans l’un des établissements pour consulter les cartes, les prix sont élevés, parfois plus qu’en France ! En général, nous sommes surpris par les prix, comparables à ceux de pays occidentaux. Nous allons nous installer sur la bande côtière, sous les cocotiers. Le soir tombe, Marie s’installe sur un fauteuil pour goutter le coucher du soleil, je vais me baigner dans une eau à la température idéale. Nous allons dîner au restaurant Juanita, ceviche très honnête et calamars insipides, non grillés comme demandés. Rien de mémorable mais l’addition est tout de même bien élevée pour si peu. Retour au camion, nous sommes seuls, pas de voisins amateurs de musique, que le bruit des vagues à deux pas.

Samedi 10 septembre : Le ciel est toujours gris. Comme d’habitude je suis réveillé avec le jour, je patiente en attendant Marie. Un vol d’aras au gros bec crochu mais pas aussi beaux que ceux de Copan, passe au-dessus de nous. Nous allons refaire un plein de victuailles au supermarché de Herradura. Nous profitons du wifi pour trouver un message d’Alex puis un de Julie, bien rentrés de Grèce. La présence de nombreux résidents et touristes nord-américains, explique la variété des produits proposés mais aussi leurs prix, parfois faramineux, du steak à 80 $ le kilo ! Quand nous en ressortons, un gros orage nous contraint d’attendre pour tout charger dans le camion. Nous continuons et allons jeter un œil rapide à la plage de Jaco, les collines se perdent dans la brume. Nous faisons le détour pour le centre-ville de Quépos à la recherche d’un improbable bureau d’information touristique sans le trouver. Nous passons au milieu de grandes plantations de palmiers à huile. Nous roulons jusqu’à Matapalo où nous déjeunons en bordure de l’immense plage. Nous repartons sous la pluie qui ne cessera qu’en fin d’après-midi. Nous ne longeons plus l’océan et la route dans la grisaille n’a plus guère de charme. Marie s’énerve de ne pas pouvoir visiter tout ce qu’elle a repéré dans le « Petit Fûté » et inévitablement tente de m’en faire porter la responsabilité… Nous décidons de nous rendre à la péninsule d’Osa. La route après Palmar Norte est plus mauvaise bien que ce soit la Panamericana ! Npus la quittons pour une traversée de collines d’où nous aurions de belles vues sur le golfe si le ciel était dégagé. Nous atteignons la côte  et nous nous arrêtons à Playa Blanca, en toute bordure de la plage, entre palétuviers et cocotiers, le plus loin possible du bar-restaurant et de sa musique qui risque de durer tard dans la nuit ce samedi soir… La soirée traîne, pas grand-chose à raconter, pas de photos à traiter et mes yeux me jouant des tours, j’ai bien des difficultés à lire. De minuscules moucherons parviennent à passer les mailles des moustiquaires et nous chatouillent désagréablement.

Dimanche 11 septembre : Pas le moindre bruit cette nuit, pas de fêtard au bar. Une nuit noire et un silence de tombeau. Le soleil brille et chauffe rapidement l’intérieur du camion, toutes ouvertures dirigées à l’est. Le démarrage du moteur est aussi angoissant que la veille mais il tourne… Nous continuons de suivre le littoral du golfe jusqu’à Puerto Jimenez, un gros bourg, la capitale de la péninsule. Le bureau d’information du Parc Corcovado est fermé, je me renseigne sur l’état de la piste jusqu’à Carate puis nous allons compléter nos provisions au supermarché local, presqu’aussi bien fourni que le précédent. Nous nous lançons sur la piste, plutôt bonne qui traverse des prairies et des bosquets. Des campements et des lodges attendent les touristes. La piste s’éloigne de la mer, grimpe dans une magnifique forêt inchangée depuis des siècles. Des coatis peu farouches nous regardent passer, indifférents. Des montées boueuses succèdent à de glissantes descentes. Nous devons franchir quelques ruisseaux peu profonds sur des lits de gravier. Dans la dernière descente, à un gué, un 4x4 Toyota occupé par des naturalistes partis à la chasse aux papillons ( ! ) qui a voulu s’aventurer dans le lit d’une rivière, s’est planté. Un pick-up de passage ne veut pas s’aventurer sur les berges peu sûres. Nous sommes les bienvenus ! Et pas mécontents de permuter les rôles… Je tente de le tirer mais sa sangle casse, une fois, deux fois. Je sors les tôles pour ne pas patiner et suggère que le pick-up se joigne à nous. Aussitôt dit, aussitôt fait, et le Toyota est sorti d’affaire. 

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Nous ne manquons pas de prendre la photo pour Jean-Mi… Nous retrouvons le bord de mer à Carate et allons nous garer à la fin de la piste sur les bords d’une rivière. Plus de piste, de là il faut continuer à pied dans le parc. Nous déjeunons à l’ombre des badamiers puis nous décidons de suivre le sentier dans la forêt. De superbes aras rouge, bleu et jaune jacassent dans les arbres et nous exposent leurs ailes aux brillantes couleurs quand ils s’envolent. Le sentier est boueux, glissant, traversé de racines traîtresses et nous devons vite renoncer. 

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Nous revenons par la plage en continuant d’observer les vols des aras, une douzaine d’entre eux s’échappe du feuillage d’un arbre près du camion. Nous revenons sur nos pas quelques kilomètres et allons nous installer sur le terrain herbeux de l’ISEAMI où nous bénéficions du wifi et ainsi trouvons un message de Julie. Un bel orage nous contraint à rester dans le camion pour nos occupations de fin de journée et relire le texte pour le blog. La connexion n’est pas fameuse et si nous avons pu envoyer deux messages avec le smartphone, pas question de mettre le blog à jour ou d’avoir le courrier avec l’ordinateur. C’est dimanche, pour fêter le jour du Seigneur, vodka-orange ou tonic avec des chicharrones pimentés.

Lundi 12 septembre : Déjà une semaine sans télévision, sans les gesticulations de S…, l’agité du bocal, les atermoiements de Prudence H… ni les monstruosités de la P… irrespectueuse !  Il a plu une partie de la nuit mais un sympathique soleil remonte le moral. Après une douche, froide, qui apaise les pustules rouges apparues depuis deux jours sur ma poitrine et mes bras, un plein d’eau et une dernière tentative, vaine, de se connecter, nous quittons le terrain de camping, survolés par quelques aras qui grincent des becs. La piste n’est pas plus mouillée qu’à l’aller et la partie en montagne se refait sans problème. Nous suivons une très mauvaise piste, cailloux, rochers, trous d’eau, sur deux kilomètres pour atteindre le Cap Matapalo. Le bord de mer, privatisé, est une succession de résidences secondaires et de logements de vacances, surtout pour une clientèle de surfeurs. Parvenus à l’extrémité du cap, il ne nous reste plus qu’à faire demi-tour, sans admirer les exploits de deux surfeurs qui attendent sur leur planche la bonne vague. Il recommence à pleuvoir par intermittence. Nous nous arrêtons pour regarder passer sur un pont un engin plus large que le tablier… Des singes hurleurs s’agitent dans un arbre au-dessus de nous.

 

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A Puerto Jimenez, je refais un plein de gasoil puis nous passons à l’office du Parc Corcovado pour nous procurer une brochure et vérifier qu’on ne peut s’y aventurer qu’à pied et pour de longues randonnées de plusieurs heures. Nous retrouvons avec plaisir le goudron mais Marie a envie de se rendre à Drake, à 30 kilomètres, sur une piste qui serait correcte sans les nids de poule. Après avoir traversé des prairies, passé des gués peu profonds, franchi des ponts étroits et sans garde-fou, nous entamons le franchissement d’une montagne. De nouveau, ce sont montées et descentes bien pentues dans une forêt très dense. A cinq kilomètres de notre but un gué que deux véhicules, un van et un petit 4x4, ont renoncé à franchir. Le niveau de l’eau n’est qu’au-dessus du genou mais le courant est fort. Marie refuse catégoriquement que nous tentions de traverser, je dois avouer que je ne suis pas très enthousiaste malgré la présence d’un tracteur sur l’autre rive. Nous déjeunons dans le camion puis faisons demi-tour. Il pleut de nouveau… Nous retrouvons la Panamericana que nous quittons ensuite, alors que la pluie redouble, en direction de Golfito. Nous ne voyons pas grand-chose de la route et encore moins du paysage ; à quatre heures de l’après-midi, il fait presque nuit ! Nous traversons la petite ville, à la recherche d’un endroit pour la nuit. A l’hôtel Sierra, on nous autorise à nous garer sur leur parking. Ce qui n’est pas du goût de Marie que des percussions proches énervent… Je vais au bar dans l‘espoir d’une bonne connexion internet mais là encore sans résultat. Retour au camion où Marie est de plus en plus énervée, un bruit de moteur que je ne remarque pas la gêne…

Mardi 13 septembre : La pluie a cessé dans la soirée et au matin un grand soleil brille. Nous retraversons Golfito, cet ancien poste de traite de la banane a conservé quelques maisons coloniales en bois et semble bien assoupi. Le bord de mer est presqu’inaccessible et nous repartons. Dernier plein de gasoil pour dépenser nos derniers colones. Nous sommes bientôt à Paso Canoas, la ville frontière. Elle ne fait pas exception à l’ambiance bordélique de ces villes où tous les trafics semblent possibles mais elle est sans doute en tête de liste… Aucune indication de direction, pas de barrière, pas de drapeaux, des camions, des voitures dans tous les sens, arrêtés, en marche, en travers des carrefours.  Nous essayons de suivre une route, demandons le chemin du Panama, tant et si bien que nous nous retrouvons sur une belle route qui s’avère être au Panama. Un peu étonnés et confus, nous faisons demi-tour, suivons une autre route, pas longtemps, un barrage de l’armée panaméenne nous fait comprendre que nous devons retourner en ville… Nous parvenons à trouver le poste d’immigration et la douane costaricaine où les formalités ne prennent pas trop de temps. Cent mètres plus loin, une sorte de hangar en tôle se révèle être le poste panaméen. Formalités d’immigration, de douane, fumigation et nous sommes enfin au Panama en toute légalité ! Ce que ne manque pas de nous faire remarquer le soldat du poste de contrôle à la sortie de la ville. Très bonne route à doubles voies séparées sur laquelle tout le monde roule vite mais les bas-côtés sont des dépotoirs. Quelle différence avec le Costa Rica ! Nous nous arrêtons pour déjeuner, nous avons avancé nos montres d’une heure. Nous sommes peu après à David. A l’entrée de la ville, un Mall où nous trouvons un supermarché, assez pauvre, et nous devrons nous contenter du minimum. Nous repartons, traversons la ville entre concessions automobiles et magasins dignes des banlieues américaines, sans trouver le centre. Nous poussons jusqu’à l’usine de gaz, difficile à atteindre avec des travaux sur la route. On nous y remplit notre bouteille canadienne mais aussi nos deux bouteilles Camping Gaz ! Nous devrions être tranquilles jusqu’à la fin du voyage. Nous revenons en ville, trouvons le centre à la circulation anarchique, comme il se doit, à la recherche d’une lavomatica. Après quelques détours, nous en trouvons une où nous pouvons tenter de redonner quelque allure de fraîcheur aux vêtements qui ont subi le passage du gué… Le séchage prend plus de temps que prévu et quand nous repartons avec notre linge, il fait nuit. Retrouver la Panamericana n’est pas évident et les indications fournies sont contradictoires. Nous retournons au Mall et nous nous garons sous des abris en tôle. Je vais demander l’autorisation de passer la nuit mais un premier vigile n’est pas d’accord. Le chef, prévenu, se fait tirer l’oreille et finit par acquiescer. Nous dînons tard alors que la pluie a repris.

Mercredi 13 septembre : La pluie cesse, les galeries du Mall puis le supermarché ferment et nous sommes au calme jusqu’à sept heures du matin quand l’agitation recommence. Le soleil revenu tape fort et nous devons changer de place. Je profite d’une connexion avec le smartphone pour écrire à Tea et confirmer notre arrivée. Nous nous glissons dans un embouteillage pour traverser la ville mais ce n’était que provisoire et bientôt nous roulons à bonne allure sur la Panamericana. C’est une autoroute à doubles voies séparées encore en construction, ce qui nous oblige à fréquemment changer de voie et parfois à attendre notre tour pour passer. Nous la quittons pour une route en direction de la côte. Nous apercevons de rares Indiennes en robe longue et ample (merci les missionnaires !), de couleurs vives, brodées aux manches et autour du cou. Quelques hommes sont coiffés d’un petit chapeau de paille rond, avec un ou deux bords relevés, devant ou derrière.

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La route traverse un joli village aux villas perdues dans les fleurs et les plantes avant de se terminer, en passant sur des collines déboisées, au minuscule port de Boca Chica, au bord d’une baie dans la mangrove. De là, rien à voir. Nous nous rendons dans un premier lodge sur une colline pour découvrir la vue sur l’archipel couvert de cette végétation tropicale qui fait tant rêver dans nos contrées tempérées.

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Nous nous rendons ensuite à un second lodge, avec certainement beaucoup plus d’étoiles, mais si les installations, piscine, pelouse, restaurant avec vue, font envie, la situation moins élevée n’est pas aussi intéressante. Nous y prenons un rafraîchissement, très apprécié dans cette fournaise, surtout pour bénéficier du wifi mais je ne parviens toujours pas à me connecter avec l’ordinateur ! Nous repartons, pas question de s’arrêter pour déjeuner, Marie tient à arriver à la plage de Las Lajas pour se sustenter… Nous n’y sommes qu’à plus de treize heures trente et j’ai faim ! Nous nous installons entre deux cocotiers, d’autres véhicules ont amené des baigneurs. Je débouche l’évacuation du réservoir des eaux usées, obstrué depuis quelques jours. Marie voudrait repartir mais nous avons le temps d’arriver à Panama City et j’ai bien envie de rester là pour la nuit. Nous suivons la piste défoncée d’un côté puis de l’autre avant de reprendre la route puis nous décidons de rester, donc nouveau demi-tour. Nous allons nous renseigner sur les tarifs pour camper sur le terrain d’un ensemble de bungalows. Le premier n’est pas très accueillant et refuse de baisser son prix, le second aligne une rangée de palapas, ces auvents de palmes, trop bas pour que nous puissions nous glisser dessous. Nous revenons nous garer là où nous avions déjeuné malgré la musique, tropicale comme il se doit, diffusée depuis un van. Je vais me baigner, la plage s’étend sur des kilomètres, les vagues viennent s’y écraser mollement.

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En fin de journée, nous nous déplaçons pour un autre emplacement pas plus propre que le précédent mais qui convient mieux à Marie… Le tonnerre, les éclairs et la pluie se déchaînent au-dessus de nos têtes. Nous devons fermer toutes les ouvertures mais alors il fait trop chaud ! Nous faisons un des pires repas de notre vie de voyageurs. Nous avions acheté des « nuggets » de crevettes et de calamars à faire frire dans la poêle. Mais inutile de chercher crevettes ou calamars, ils étaient réduits en purée ! Digne de « Soleil vert ».

Jeudi 15 septembre : Le soleil n’est pas revenu ce matin et toute la journée sera dans la grisaille et la pluie. Nous récupérons la Panamericana, toujours sur une autoroute inachevée, serpentant d’une voie à une autre. Nous traversons une région plus accidentée, mais les sommets se perdent dans les nuages. Toujours aucune indication de direction dans les villes : nous traversons la zone commerciale de Santiago sans trouver le centre-ville. Nous faisons demi-tour pour nous garer près d’un Mac Donald et essayer de bénéficier de son wifi. Nous parvenons à envoyer les messages préparés hier dont celui à Tea. Nous cherchons le centre de Santiago pour essayer de dénicher un bureau d’information touristique qui n’existe plus… Nous prenons la route de San Francisco, déjeunons dans le camion et peu après, nous y sommes. Une église coloniale a été restaurée. L’extérieur est sans grand charme, sans décor, mais l’intérieur est superbe : l’autel et neuf retables en bois ont été sculptés par des artisans indigènes dans ce style simple et naïf que nous avons apprécié du Mexique à la Bolivie. Dommage que je ne puisse pas prendre plus de photos avec l’appareil de Marie. 

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Nous revenons à Santiago, continuons sur l’autoroute désormais à deux voies séparées mais dont la chaussée constituée de plaques de béton implique un rythme pénible. Nous sommes alors dans une plaine plantée en canne à sucre à perte de vue. Nous bifurquons en direction de Chitré. Presque par hasard nous trouvons l’église dont la façade toute blanche mérite une pause et la visite de l’intérieur, ample et accueillant. Nous cherchons ensuite la plage en demandant à tous les carrefours. On y accède après la traversée d’une zone de marécages, envahie par les palétuviers. 

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La marée est basse, l’eau s’est retirée loin. Des glaneurs de coquillages se sont aventurés sur la plage envasée, des oiseaux plantent leur bec dans le sable. Nous nous installons cul à la mer, profitons de ces  moments bucoliques, entre coassements des grenouilles et pépiements des oiseaux. Instants brutalement troublés par une sonorisation surpuissante en provenance d’un véhicule à quelques centaines de mètres. Les airs s’arrêtent, reprennent encore plus forts. Intrigué, je vais m’informer. Des baffles installés sur le plateau d’un pick up diffusent avec une insoutenable violence des rythmes qui font trembler gens et machines. Je me renseigne, il s’agirait de réglages effectués par des organisateurs de concerts… Le bruit ( il n’y a pas d’autre mot !) cesse puis reprend briévement ) à plusieurs reprises jusqu’au moment où nous nous couchons.

Vendredi 16 septembre : Mauvaise nuit, impression de vivre dans un sauna… Le soleil va rapidement chasser les nuages et bientôt nous transpirons de nouveau. Vite nous repartons en ville et parvenons à nous garer près du musée. Pas bien riche, des photos jaunies, des copies de bijoux en or ou de la tombe d’un cacique, quelques masques de carnaval et une robe brodée  de motifs de paon pour la section ethnographique. Sur la place, un cireur de chaussures fait office de cordonnier, je lui fais réparer un de mes mocassins. Nous nous rendons, avec désormais la climatisation, à Villa de Los Santos, charmant village à l’écart de la route, figé dans une autre époque, maisons basses à toit de tuile avec une véranda, toutes presqu’identiques mais peintes de couleurs différentes. Sur un des côtés du Parque, la classique place centrale de toute agglomération de la conquête espagnole, une église, toute blanche, au vaste intérieur, où le plafond très ouvragé amène à un beau retable coloré et doré.

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Nous continuons jusqu’à Guéraré, autre beau village où doit se tenir une fête, mais pas avant une semaine. Dommage ! C’est ensuite Las Tablas, petite ville animée dont l’église Santa Librada a été reconstruite à l’identique après tremblement de terre et incendie mais malgré un retable doré à la feuille, l’esprit n’y souffle pas ! Nous déjeunons à l’ombre d’un arbre sans avoir l’impression d’être à l’ombre… Nous poussons jusqu’à Pedasi où l’inattendue présence d’un office du tourisme transporte Marie de bonheur. La petite ville est aussi bien préservée et semble vivre, à en croire le nombre de pensions et restaurants, de touristes que nous n’apercevons pas. Dans une boutique tenue par une Française installée au Panama depuis vingt ans, nous découvrons nos premiers molas, des carrés de tissus en plusieurs couches, découpés et assemblés et qui ornaient la poitrine et le dos des robes des indiennes Kunas. Nous ne manquons pas de faire l’achat de l’un d’eux. Après avoir bien transpiré sous le soleil à faire le tour du village, nous prenons le chemin du retour. Nous arrêtons au village de Parita pour une dernière église du XVII° siècle, grande et toute blanche, elle a un curieux clocher orné de coquillages. Elle est fermée mais on m’indique où réside la femme qui dispose de la clé. Elle nous ouvre la porte : quelques beaux retables baroques aux colonnes torsadées mais le retable principal est en restauration, caché derrière des bâches. 

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Nous retrouvons la Panamericana jusqu’à Aguadulce d’où un bout de route nous amène, après avoir traversé des salines, à la plage dont nous ne pouvons approcher avec le camion. Nous décidons de nous poser pour la nuit derrière le restaurant Reina de Mar. Nous commençons par un Coca en faisant le bonheur des moustiques. Nous continuons avec des ceviche un de poisson et un autre mixte pour moi (plein de coquillages et de crevettes) puis des beignets de calamars et de langoustines avec une sauce un peu trop sucrée à notre goût. Nous ne nous ruinons pas… Retour au camion en espérant que la musique ne durera pas trop longtemps…

Samedi 17 septembre : La nuit et ses conséquences amoureuses, vues à la manière de Pérec (non, pas la sprinteuse…) : On dit d’un gigot : bon si cuit plus d’un quart de cadran. Moi, confit dans mon jus durant un tour du cadran, suis ainsi donc amolli, adouci, kilos partis, dixit qui m’a tant d’ans suivi, connu, pour lors au Paradis s’y croit ! Au réveil, les vautours, comme dans un « Lucky Luke », nous guettent d’un œil las et concupiscent. Ils entourent le camion et ne font pas même mine de s‘envoler quand nous en sortons. Nous allons jusqu’au minuscule port, au bout de la route, des barques sont posées sur la vase et au sommet de leurs mâts, des pélicans attendent le retour de celles qui sont parties en mer. 

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Nous retournons en ville, traversons la Panamericana pour aller jeter un œil à la ville jumelle de Pocri. Quelques maisons coloniales ordinaires près de la place de l’église, le Parque

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Nous roulons jusqu’à Nata, encore une de ces petites villes endormies sur le souvenir de leur passé colonial. Une grande et belle église blanche renferme de curieuses statues de Saint Pierre et d’un autre saint non identifié ainsi que quelques retables baroques aux belles colonnes torsadées, recouvertes d’une vigne grimpante. 

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Nous roulons sous un beau ciel bleu en suivant une cordillère qui a l’amabilité de retenir les nuages en provenance de la côte caraïbe. Nouvelle halte à Penonome, plus agitée. Nous nous rendons au marché, sous une halle, tous les légumes et les fruits, tropicaux ou non, sont exposés avec des odeurs d’herbes où domine celle de la coriandre. A l’étage, lamentable marché artisanal… A deux rues de distance, nous trouvons ce qui subsiste de la ville ancienne, quelques jolies maisons, certaines avec un étage, colorées et manifestement restaurées avec soin. 

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Dans l’une d’elle, devenue musée, nous sommes accueillis par deux sympathiques messieurs qui ont tout oublié du français autrefois appris à l’école, mais l’un d’eux peut encore nous réciter, avec fierté, La Marseillaise ! Ils tentent de faire revivre une manifestation folklorique à l’occasion de la célébration du Corpus Christi et nous fournissent des explications sur les mannequins de personnages exposés dans leur modeste musée. Nous rejoignons la côte, cherchons un soi-disant village authentique de pêcheurs, mais Farallon est devenu une station balnéaire pour nantis à l’abord du village, et plus loin, la plage accueille les estivants qui, en ce samedi, remplissent les parkings sauvages. Nous ne traînons pas, poussons jusqu’à Santa Clara dont nous ne verrons même pas la plage, là non plus. Les bords de mer sont tous privatisés et ce ne sont que belles demeures le long de ruelles défoncées. Nous repartons dans l’intérieur, la route s’élève jusqu’au gros village d’El Valle qui fait figure de station d’altitude avec ses 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Nous trouvons à nous installer à La Casa de Juan, une grande propriété, un peu foutraque mais où on peut camper. Hélas la prairie derrière la maison est inaccessible à cause de travaux. Nous devrons rester stationnés à l’entrée. Nous allons refaire un plein de provisions au supermarché tout proche puis nous passons la fin d’après-midi assis autour d’une table. Je parviens à récupérer un fonctionnement correct de l’ordinateur, recevoir le courrier et même à mettre le blog à jour.

Dimanche 18 septembre : Nous avons mieux dormi sans l’étouffante moiteur des basses terres. Je peux refaire les pleins d’eau avant de partir à la découverte d’El Valle. Nous commençons par le marché où, d’après le « Petit Futé », le marché artisanal et de primeurs est très fréquenté le dimanche par les Indiens de la région. Difficile de les identifier, ils s’habillent comme n’importe quel paysan panaméen… Les objets artisanaux, vannerie, sculpture sur bois ou sur pierre, sont d’un mauvais goût très sûr… Seules les plantes, fleurs et orchidées sont intéressantes mais il ne saurait être question d’en emporter. 

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Nous nous arrêtons ensuite à proximité de l’église, à l’heure de la sortie de la messe, très suivie semble-t-il. Le très modeste musée paroissial ne mérite pas vraiment le détour malgré une pierre gravée de pétroglyphes précolombiens représentant des orants, récupérés par le clergé local et présentés comme des adorateurs de Dieu ! Le temps se maintenant, nous décidons de nous rendre au mirador du Cerro de la Cruz. Rude montée mais sur du goudron, récompensée par une vision de toute la vallée nichée dans un ancien cratère mais le ciel est tout gris et continue de s’assombrir. 

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Nous y rencontrons un motard, un Français qui vit au Panama depuis plusieurs années, nous échangeons quelques considérations sur le pays puis nous redescendons la côte, debout sur les freins… Nous nous rendons à la Pintada, un des lieux touristiques fréquenté par les touristes locaux. Nous déjeunons puis nous allons faire la promenade proposée. L’entrée est payante, nous parvenons à négocier le tarif et payons celui des jubilados, les retraités. Un sentier bétonné monte en suivant un ruisseau et arrive rapidement à une grande roche plate, légèrement inclinée, sur la paroi de laquelle sont gravés des pétroglyphes mystérieux, soigneusement repassés à la peinture blanche ou noire pour être sûr de n’en manquer aucun détail… 

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Un peu plus haut, le sentier devenu plus difficile dans les racines et la gadoue conduit à une petite cascade, d’autres sont plus haut. Marie s’est arrêtée avant la première et il n’est pas question de poursuivre. Nous nous rendons ensuite à un centre de protection des orchidées. Dans un petit jardin, elles sont partout, sur toutes les branches des arbres, dans des pots, accrochées à d’autres plantes. Peu sont en fleurs, il nous faudrait Guy et Marie-Jo… 

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Nous ne visitons pas le « paradis des papillons », tenu par un Américain qui pratique les tarifs de son pays… Enfin dernière visite à la recherche d’arbres carrés ! Ils se trouvent sur le terrain d’un hôtel, à l’extérieur de la petite ville et à la lisière de la forêt. Après avoir versé notre contribution, nous partons sur un sentier dans la forêt, les yeux grands ouverts à la recherche de cette curiosité. Au bout de quelques centaines de mètres, j’abandonne Marie et continue seul sans rien voir. Je parviens à un pont suspendu au-dessus d’un torrent et m’apprête à faire demi-tour quand surgit un couple d’Américains qui m’encouragent à continuer quelques minutes. Et effectivement, je débouche dans une clairière où des panneaux indiquent « arbol cuadrado » avec une grande flèche désignant un arbre précis. En regardant bien, on découvre qu’à la base, la section du tronc est carrée !

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Après cette découverte végétale fondamentale, nous allons vite nous réapprovisionner en bière puis nous allons nous installer dans un campement découvert ce matin, dans un beau parc tenu par un célibataire très prévenant, grand connaisseur d’oiseaux à propos desquels il a écrit des livres. Nous nous installons sous une paillotte pour nous mettre à jour, relire le blog et, récompense dominicale, prendre l’apéritif. 

Lundi 19 septembre : Nous sommes réveillés par un violent orage qui dure jusqu’au matin. Quand nous regardons par les fenêtres, nous sommes entourés d’eau ! Je vais tout de même profiter de la douche froide avant que nous ne parvenions à nous extraire de notre bourbier. Nous reprenons la route de Panama dans la grisaille. Sur la Panamericana la circulation devient de plus en plus intense à l’approche de la capitale. Nous traversons le canal à son extrémité occidentale sur le pont Las Americas, bel ouvrage aérien d’où nous apercevons les infrastructures du port. Nous sortons en direction d’Amador, le quartier où nous avons l’intention de passer la nuit, avant de nous lancer dans la traversée de la ville. Nous trouvons facilement et rapidement le Yacht Club à proximité duquel nous pouvons stationner en toute sécurité. Nous nous installons sur un vaste parking désert, à la recherche d’un peu d’ombre car nous avons retrouvé les températures de la côte. Nous commençons à envisager l’occupation des jours suivants. Après déjeuner et une trop courte sieste, nous suivons le Causeway, la chaussée qui suit les bords du canal jusqu’à l’île Flamenco. Nous apercevons les bâtiments de l’administration américaine de l’ancienne zone qui paraissent à l’abandon. Des travaux routiers défigurent cette promenade, bien calme, peu fréquentée. Le Musée de la Biodiversité, dû à Gehry, est constitué de toits à pans coupés multicolores, fermé le lundi…

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Nous allons jusqu’à la marina, visitons ses boutiques duty free, sans grand choix et où les prix nous paraissent bien élevés. Nous revenons nous garer à proximité du Yacht Club et allons y prendre un verre pour profiter de son wifi et mettre le blog à jour. Nous surveillons le passage des cargos et bateaux de croisière qui sortent du canal. Alors que nous allions reprendre le camion, nous sommes abordés par Michel, un voyageur qui, avec sa femme, à bord d’un Ford avec cellule, est en route pour l’Amérique du Sud. Nous allons nous garer à côté d’eux et nous sommes invités à prendre l’apéritif, du Ricard avec du saucisson et du jambon cru ! Nous discutons voyages bien entendu… Nous nous promettons de nous revoir demain soir. Nous regagnons notre camion, complétons le festin de ce soir et enfin terminons la journée en mettant à jour nos récits.

Mardi 20 septembre : Au réveil, un message de Tea : le voyageur qu’elle avait trouvé pour partager le conteneur a renoncé et sauf candidat de dernière minute, le camion sera seul et nous devrons payer 500 $ de plus ! Nous traînons pour nous lever, nos voisins sont encore plus tardifs. Nous nous rendons dans le Casco Viejo, la vieille ville de Panama. Je ne trouve pas le chemin direct et nous nous retrouvons à traverser des quartiers aux maisons de bois très délabrées. La population est majoritairement noire et manifestement peu fortunée. Des soldats en arme patrouillent à tous les carrefours, ce qui ne rassure pas vraiment. Nous atteignons le quartier ancien presque par hasard. Nous passons par des rues où certaines maisons ont été plus ou moins récemment rénovées, d’autres sont encore à l’abandon ou en chantier. Nous nous garons sur un parking payant et partons en visite. Pas de pluie, et même un semblant de soleil ! Nous commençons par longer des remparts d’où la vue s’étend sur tous les gratte-ciel du front de mer, hélas toujours un peu perdus dans la  brume. Des Indiennes Kunas en costume traditionnel : jupe colorée, molas cousus sur la poitrine et dans le dos d’un corsage, fichu sur la tête et bracelets de fines perles dorées aux bras et en guise de jambières et un labret d’or incrusté dans une narine, vendent des objets d’artisanat sans grand intérêt.

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En contrebas, la Place de France avec des colonnes et des bustes de Ferdinand de Lesseps et autres personnages français du XIX° siècle à l’origine du projet du canal. L’ambassade de France s’y trouve également dans une belle maison blanche, entourée d’autres, toutes aussi joliment restaurées. Nous partons dans les rues qui ont gardé leur cachet, les rails des tramways sont encore là, on peut facilement imaginer la ville de Panama avec un siècle de moins. 

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Un beau musée d’art religieux colonial occupe une chapelle d’un couvent en ruine. Y sont exposés des tableaux, intéressants, souvent de l’école de Quito, des objets en provenance des églises coloniales que nous avons visitées précédemment. Nous passons devant le théâtre, parvenons à la place Bolivar avec des palais et une église, San Francisco, trop repeints à neuf. Nous apprécions l’église San Felipe Neri, non pour les chants liturgiques qui y sont dispensés, ni pour son décor, bien que son plafond soit intéressant, mais pour sa climatisation ! Nous nous y refaisons une santé quelques minutes avant de retourner dans la fournaise. Faute de pouvoir approcher le Palais Présidentiel (tout le quartier est bouclé par l’armée), nous nous rendons sur la Place de l’Indépendance, la cathédrale est en travaux, les Indiennes vendent les mêmes objets que les précédentes mais elles sont plus nombreuses en costume traditionnel. Nous allons déjeuner au René Café, salle climatisée, menu original avec beaucoup de fruits dans le riz ou la salade, tortilla farcie à la banane et aux pommes de terre. Nous continuons pour les ruines de l’Eglise de la Compañia et surtout pour l’Eglise San José qui, en plus d’un bel autel doré à la feuille d’or, est climatisée… une dernière place, puis l’Eglise de la Merced plus intéressante pour sa façade baroque en brique, qui se détache sur le blanc de ses tours, que pour son intérieur. 

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Nous revenons au camion. Je vais chercher des boissons fraîches pour l’apéritif de ce soir puis nous repartons. J’essaie de trouver la très laide chaussée construite sur la mer et qui entoure le Casco Viejo mais d’où l’on a une belle vue d’un côté sur ce quartier et de l’autre sur les gratte-ciel. Je m’arrête pour une photo et retrouve nos voisins de la veille. Nous rentrons de concert à notre « campement ». Nous nous rendons au Yacht Club où, en me faisant discret, je parviens à faire une lessive en utilisant les machines réservées en principe aux navigateurs. Nous invitons Michel et Valentine à prendre l’apéritif dans notre camion. Soirée sympathique à échanger des informations et à mieux se connaître. Il faut encore accomplir notre devoir du soir et dîner.

Mercredi 21 septembre : Au moment où nNous démarrons, un gros orage éclate et la pluie ne cessera pas de la journée. Nous quittons Panama sans nous perdre grâce au GPS et trouvons les écluses de Miraflores rapidement. Nous nous garons au parking des visiteurs et allons prendre nos billets : 15 $ pour les étrangers, 3 $ pour les locaux… Nous avons la chance, au moment même où nous entrons dans le bâtiment d’accueil qu’un cargo entre dans l’écluse située sous nos yeux. Nous le voyons très lentement se glisser entre les parois, ne laissant que quelques dizaines de centimètres de chaque côté. Il est halé par des mulas, puissantes locomotives électriques. 

 

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Il s’immobilise et le niveau de l’eau monte doucement dans l’écluse. Il s’éloigne quand les lourdes portes s’ouvrent. Pour le prix du billet nous avons droit à la visite d’un musée sur plusieurs étages consacré à l’histoire du canal, à la flore et à la faune locale, au développement économique induit et pour finir aux derniers travaux d’agrandissement des écluses qui permet de quasi tripler le tonnage des bateaux acceptés. Pour finir, un film est projeté dans une salle climatisée comme la banquise, répétition de ce que nous avons appris au musée. Nous remontons sur la plate-forme supérieure mais aucun navire n’est en vue ! Je suis tout de même étonné par le faible trafic sur le canal, moi qui croyais voir des files de bâtiments passer dans les deux sens. Nous déjeunons rapidement dans le camion et nous prenons la route de Colón, toujours à l’aide du GPS qui nous indique la route à suivre pour éviter les péages. Non que nous voulions leur échapper mais il faut un badge, type télépéage, délivré nous ne savons où et avec des photocopies à fournir… A l’approche de Colón, le GPS nous trahit, veut nous ramener sur l’autoroute, nous devons continuer comme nous en avions l’habitude : en demandant notre chemin… Nous arrivons aux écluses de Gatún. Un énorme porte-conteneurs chinois nous y attend, nous traversons l’écluse sur un pont amovible, au ras de son impressionnante proue. Parvenue de l’autre côté et bien qu’il pleuve toujours, Marie a envie de se rendre au centre des visiteurs. Nous faisons donc demi-tour, repassons à la barbe des Chinois et roulons jusqu’au parking. Nous découvrons qu’il faudrait là aussi payer 15 $ pour revoir des écluses. Nous repartons mais, entre-temps, notre porte-conteneurs a fini d’entrer dans l’écluse, l’eau du bassin est évacuée et nous devons attendre une demi-heure qu’il s’éloigne avant de pouvoir traverser de nouveau. Nous pensions les problèmes de traversée d’écluses terminés. Mais non ! Nous cherchons notre chemin dans un dédale de routes qui vont se perdre dans des installations du canal, longeons d’autres écluses avec des navires en attente. Nous demandons notre chemin, nous devons de nouveau traverser des écluses ! Nous ne comprenons plus rien, avant de découvrir que ce sont les nouvelles écluses que nous devons franchir. Toujours sur des ponts métalliques, nous découvrons des écluses presque vides et d’autres parallèles remplies et occupées par des cargos qui nous dominent de tout leur gigantisme. 

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Enfin nous sommes sur la bonne route, étroite et taillée dans une forêt envahissante, ne laissant parfois plus que la place pour un véhicule. Nous arrivons à une marina où nous demandons l’autorisation de passer la nuit, garés sur le parking, devant les voiliers et catamarans de navigateurs en transit. Nous allons prendre une boisson sous l’agréable véranda  avec vue sur les embarcations ancrées.

Jeudi 22 septembre : Plus de pluie, le soleil revenu change les flaques en vapeur d’eau… Après avoir profité des installations sanitaires de la marina et notamment d’une douche chaude, nous repartons. Une route étroite, taillée dans la forêt, nous amène au Parc de San Lorenzo et quelques kilomètres plus loin aux ruines du fort qui commandait l’estuaire du Rio Chagres. Il n’y a plus que les sinistres urubus pour hanter les lieux, les ailes déployées comme des cormorans, prêts à s’envoler à notre approche. Nous faisons le tour des fortifications en admirant la vue sur la forêt, l’Atlantique et les eaux du rio qui s’y mêlent à nos pieds.

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Nous regrettons un peu de ne pas être venus bivouaquer ici hier soir. Nous rejoignons Colón et entrons dans la ville par son avenue principale. Tous les bâtiments semblent sur le point de s’effondrer, les murs sont lépreux, verdâtres, rongés par l’humidité. Des abris de fortune en planches sont installés sur les balcons des plus grands immeubles, les rues sont complètement défoncées, même les constructions plus récentes sont gagnées par cette déliquescence.

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Nous découvrons le plus grand hôtel de la ville, le Washington, fort bien situé à la pointe sur les bords de l’océan, mais là aussi la décadence est en marche, les traces du luxe passé, horloges, trophées en défenses d’éléphant, lustres, font ressortir la tristesse du lieu. Cahin-caha, nous nous traînons vers la sortie de la ville. Nous allons refaire des courses dans un supermarché et nous arrêtons à une station-service pour déjeuner avant de prendre la route de Portobelo. Après avoir traversé des quartiers peu engageants où les ordures couvrent les bas-côtés et s’amoncellent aux carrefours, nous suivons de près la côte, séparés de la mer par un rang de cocotiers. Nous croisons de nombreux bus locaux, couverts de décorations aux inspirations variées : Jésus, guerriers virils, blondes fessues et mamelues, personnages de Disney etc… 

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Les plus beaux ont ajouté, à l’arrière, des pots d’échappement chromés, grands comme des cheminées de paquebot. 

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Nous atteignons Portobelo, ancienne cité dotée de forts encore pourvus de leurs canons et d’une douane aux belles arcades. Nous nous y promenons, visitons l’église et son curieux Christ Noir qui donne lieu à un pèlerinage suivi dans toute l’Amérique Centrale. Nous repérons les restaurants où nous pourrions dîner ce soir mais il est encore tôt et nous décidons de continuer jusqu’à une marina que nous avait indiquée Michel et Valentine et où il y a aussi un restaurant. Nous roulons maintenant à l’intérieur des terres, passant entre pâturages et restes de forêt. Une piste entretenue conduit à la marina. De belles pelouses au bord d’une mer calme, ombragées par des cocotiers, nous paraissent un bivouac idéal. Nous cherchons le restaurant, le trouvons au bout d’une jetée, trois tables et une sono qui crache des décibels… Peu de plats, plus chers qu’à Portobelo mais il nous faut l’accord d’un responsable pour rester dormir. Je finis par le trouver, peu aimable, il refuse net ! Nous n’avons plus qu’à repartir alors que le soleil est bien bas. Nous décidons de continuer jusqu’à Palenque où se trouverait un restaurant. Nous y sommes à la nuit. Les rues sont en terre, peu d’éclairage. En demandant, nous finissons par trouver ce restaurant mais il est fermé… Nous ne pouvons plus que nous installer en bord de plage, devant la maison d’une dame très aimable. Marie est très mécontente et ne desserre pas les dents de la soirée.

Vendredi 23 septembre : Nous n’avons pas été dérangés, les gosses curieux de la veille après s’être fait rabroués par notre voisine, ne se sont plus manifestés. Nous repartons de très bonne heure, sous le soleil, avec l’intention d’aller jusqu’au bout de la route qui ne devient côtière que sur les tout derniers kilomètres. Une rivière, sans pont ni bac, interdit d’aller plus loin, nous revenons sur nos pas en traversant consciencieusement chaque village. Ils se ressemblent tous : un alignement de maisons colorées, en dur avec une petite véranda, une place minuscule pourvue d’un odéon et une église blanche avec des touches de peinture mauve. 

 

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Nous retrouvons Portobelo et décidons, faute d’y avoir dîné la veille, d’y déjeuner ce midi. En attendant l’heure propice, nous allons traîner au petit marché artisanal avec l’intention d’y acheter des molas. Nous allons ensuite visiter le fort Santiago qui donne une bonne idée, avec ses canons encore en place, de ce qu’était une place défensive pour se protéger des pirates. Des plateformes supérieures nous avons une belle vue sur la rade où mouillent de nombreux voiliers. 

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Nous nous rendons à la boutique de la Casa Congo où sont proposés des objets d’inspiration africaine, des colliers en boules d’ivoire végétal, des paniers très finement tressés mais aussi très chers. Nous déjeunons au restaurant de ce centre culturel, bien situé en bord de mer. Nous disposons du wifi et recevons ainsi les instructions de Tea qui nous a trouvé un partenaire pour le conteneur. Excellent repas, ceviche de poulpe, crevettes marinées dans le citron et autres épices puis grillées et poulpe en sauce coco, accompagnés de riz au coco et les bières sont glacées ! Quand nous repartons le temps se gâte et la pluie ne tarde pas. Nous retrouvons la route de Panama. A la suggestion de Tea, je fais laver la voiture mais cela nous a fait perdre du temps et quand nous arrivons dans la banlieue de Panama, nous tombons dans des embouteillages monstres. Nous roulons au pas, quand nous roulons ! La nuit tombe, plus question de passer réserver une chambre à l’hôtel avant de gagner notre point de bivouac. Nous ne trouvons pas de sortie pour Amador, le quartier où nous voulons nous rendre et nous sommes embarqués dans une traversée du Pont Las Americas sans possibilité de demi-tour. Nous devons rouler jusqu’à la première agglomération pour trouver une sortie et revenir sur nos pas. Cette fois nous parvenons à notre bivouac sans nous tromper. Il est 8 heures du soir, trois heures pour 8 kilomètres !!! Nous décompressons en envoyant quelques messages, à Nicole, Julie et Guy à qui nous répondons sur le ton déjà employé pour la fondation du club des 3A (Amicale des Azalaïens Amphibies). Dîner froid et au lit.

Samedi 24 septembre : Nous traînons ce matin. Nous avons décidé de nous rendre au site de la ville ancienne, Panama Vieja, à quelques kilomètres sur la côte mais toujours en ville. Nous avons repéré le trajet en utilisant le GPS et la circulation n’étant pas trop dense, cela ne pose aucun problème, nous en sommes presque étonnés… Nous suivons le front de mer, en passant devant l’alignement des gratte-ciel qui donnent à Panama un air de Miami. L’un d’eux est particulièrement étrange, en forme de vis, chaque étage est décalé du précédent et du suivant par une rotation de quelques degrés. 

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Dommage que le réseau de toboggans et de souterrains ne nous offre pas la possibilité de nous arrêter pour les photographier. Nous parvenons au site. Pour une fois le tarif est le même pour tous et nous pouvons bénéficier de celui réservé aux retraités ! Nous commençons la visite par le musée, contant les 150 ans de l’histoire de cette première ville au Panama, abandonnée après son pillage par des pirates et des incendies. Peu de pièces préhispaniques exposées et sans la moindre information, mais il y a beaucoup à lire, en espagnol ou en anglais. Pendant la visite un orage éclate mais il est calmé quand nous sortons. Un guide nous propose de profiter d’une voiturette électrique pour traverser le site, entre marais et ruines, et nous amener au pied du bâtiment le plus spectaculaire, la tour de la cathédrale.

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Il ne reste pas grand-chose de la cité, quelques pans de mur des églises et couvents, chaque congrégation avait les siens. A l’intérieur de la tour un escalier moderne a été construit et de son sommet on peut admirer la ligne des gratte-ciel, la chaussée construite sur la mer et le parc, bien entretenu, et où sont dispersées les ruines. Nous nous promenons au milieu. Des éclairs, des coups de tonnerre nous annoncent le retour de l’orage. Nous essayons de nous presser alors que la pluie, de plus en plus violente nous frappe. Nous nous réfugions à l’intérieur de l’une des églises, heureusement pourvue d’un toit de protection mais les embruns poussés par le vent pénètrent dedans. Quand la pluie cesse, nous revenons à pied, pataugeant dans les mares, Marie complètement trempée. Nous sommes contents de retrouver notre camion pour nous changer et déjeuner tardivement. Nous rendons visite au marché de l’artisanat installé dans un pavillon tout proche. Ces vendeurs agréés ne proposent, comme souvent, que des pièces moins intéressantes et plus chères. Néanmoins nous achetons encore trois molas. Nous reprenons le chemin du retour. Nous faisons un détour pour aller confirmer notre réservation à l’hôtel Marparaiso qui ne semble pas bien luxueux puis, après avoir trouvé un supermarché pour refaire un plein de bière et de pain, nous retournons nous garer selon notre habitude. Nous commençons à nous mettre à jour quand arrive un camper Toyota de Suisses que nous avions déjà rencontrés en Alaska ! Ils prennent le même bateau que nous. Nous discutons de nos voyages et projets puis nous allons au Yacht Club, sans eux qui doivent terminer leurs provisions avant le départ. Nous nous offrons un mojito pour compenser l’apéritif que nous ne pourrons sans doute pas prendre demain. Beaucoup d’eau gazeuse et de menthe… Nous dînons ensuite dans ce repaire américain, un steak saignant avec de bonnes frites pour moi. Marie a commandé des patacones, bananes plantain, farcies aux crevettes qui ne l’enthousiasment pas. Retour au camion.

Dimanche 25 septembre : Encore un jour où nous ne sommes pas pressés. Nous ne démarrons qu’à près de dix heures après avoir salué nos compagnons suisses. Sans presque nous tromper, en tout cas en nous rattrapant bien, et aussi grâce à une circulation rare, nous trouvons le musée d’Anthropologie. Fermé, en restauration ! Nous décidons alors de nous rendre au Cerro Ancon, cette colline couverte d’une forêt encore dense qui domine la ville. Toujours grâce au GPS nous trouvons la route d’accès. Très étroite, elle ne permet le passage que d’un seul véhicule et la circulation est réglementée. Le parking au sommet est très petit mais nous pouvons nous garer. De là, la vue s’étend d’un côté sur le canal, ses deux ponts

 

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et les écluses de Miraflores, de l’autre sur les gratte-ciel,

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la côte et le Casco Viejo. Mais tout est, comme toujours, perdu dans les brumes de chaleur. Nous montons, en transpirant à grosses gouttes, jusqu’au pied du mât sur lequel flotte un drapeau panaméen grand comme un terrain de basket. Les visiteurs panaméens ou autres sont tous atteints de la « selfite » et se prennent en photo, forçant un sourire de circonstance, avec leurs longues cannes. Nous y retrouvons nos Suisses, montés sportivement à pied. Nous nous rendons ensuite à « Mi Pueblito », un ensemble de bâtiments reconstruits au pied du cerro. Nous en faisons très rapidement le tour, très déçus par le peu d’intérêt de ce que nous voyons. Nous déjeunons dans le camion et comprenons en observant les autres visiteurs qu’il doit y avoir un autre lieu de l’autre côté de la route. Effectivement, un ensemble de belles maisons coloniales antillaises entoure une place avec son odéon. Toutes sont décorées avec des dentelles de bois aux pignons, sur les galeries, sous les rebords des toits, ce que nous avions déjà rencontré dans d’autres contrées coloniales tropicales. 

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Mais beaucoup de portes sont fermées et il n’y a guère d’animation, encore moins de panneaux explicatifs. Nous nous rendons à l’hôtel Marparaiso où nous avions réservé une chambre. Rien de bien merveilleux, un lit, une salle de bain, la climatisation et un réfrigérateur. Les prises de courant sont mal prévues, le mobilier peu commode et l’éclairage déficient mais ce n’est pas trop cher. Nous apprécions la sieste en climatisé. Nous trions ce que nous allons garder avec nous puis je vais explorer le quartier à la recherche d’un restaurant pour ce soir. Presque tout est fermé. Nous allons dîner au restaurant de l’Hôtel Roma. Comme dans tous les lieux conviviaux, la télévision est au maximum et chacun n’a d’yeux que pour elle. Les plats ne sont pas très raffinés mais très copieux, un aurait pu suffire pour nous deux. Retour à la chambre pour les ultimes préparatifs avant l’inspection prévue demain.

Lundi 26 septembre : Je guette la venue du jour pour enfin pouvoir me lever et partir. A six heures, après les derniers préparatifs, je quitte la chambre et Marie à peine réveillée. J’ai repéré l’itinéraire et la circulation point encore trop folle me font trouver le lieu de l’inspection sans difficulté. Je suis le premier des voyageurs, vite rejoint par les Suisses puis par d’autres Suisses et par deux couples d’Allemands, tous jeunes et assez fortunés pour se permettre ce genre de folie. Des Panaméens sont aussi présents pour un changement de plaques d’immatriculation, suite à un déménagement. Pour eux le contrôle sera plus strict que pour nous. Tout le monde a levé le capot moteur et nous sommes venus tôt afin que les moteurs soient refroidis ! Il faut attendre huit heures avant qu’un policier peu souriant commence la tournée. Cela ne lui prend qu’une minute pour vérifier que les indications sur le document de la douane correspondent à celles de la carte grise et j’en ai terminé. Retour au parking de l’hôtel. Nous petit-déjeunons dans la salle sinistre du restaurant de l’hôtel, pain, beurre et saucisses. Tea m’envoie les instructions pour les formalités à Colón et demande que je lui verse 850 $ sur son compte. Ce que je fais aussitôt à la banque toute proche de l’hôtel puis je vais au supermarché acheter un poulet rôti et du raisin pour pique-niquer ce midi à la chambre. Je commence à avoir mal à un talon mais je n’ai pas fini de marcher… Nous appelons Julie au téléphone, elle n’a toujours pas lu une seule ligne du blog ! Mais elle nous a traduit les instructions de Tea pour qu’il n’y ait pas de doutes. Je repars à pied au siège de la police, distribue encore des photocopies puis en compagnie des Suisses, nous attendons. Une demi-heure plus tard, on nous délivre le document nous autorisant à sortir le camion du pays. Nous convenons avec tous les Suisses de nous rendre ensemble au port. Rendez-vous est pris pour demain 6 heures. Je reviens à l’hôtel en boitant de plus en plus. Je dois encore faire imprimer le bill of loading envoyé par Tea et tirer un certain nombre de photocopies. Une affiche au siège de la police vantait : « Un Panama sans papier » ! De retour à la chambre dont Marie n’est pas sortie, nous cherchons puis réservons un vol pour Carthagène, jeudi, et dans la foulée, une chambre à l’Hôtel Villa Colonial. Nous corrigeons le texte du blog mais je n’ai pas le temps de l’envoyer. Je ne peux plus poser le pied par terre mais il faut ressortir pour aller dîner. Marie a très envie d’aller au Mercado de Mariscos, le marché aux fruits de mer. Nous négocions la course d’un taxi. Le marché couvert est fermé à cette heure mais des gargotes sont installées à côté. Toutes proposent ceviche, cocteles de camarones, de pescados, de poulpos etc… Nous en choisissons un au hasard, le moins bruyant. Nous sommes très déçus, ceviche trop pimenté, trop d’oignons et surtout servi avec du surimi ! Les beignets de calamars sont très quelconques… Retour en taxi à la chambre.

 

Mardi 27 septembre : Encore un réveil matinal, à six heures je suis debout et cinq minutes plus tard j’embrasse Marie qui va encore passer une journée seule, dans la chambre. Guère de monde dans les avenues et un quart d’heure plus tard je retrouve les Suisses là où nous avions dormi les nuits précédentes. Nous attendons les autres Suisses qui se font attendre et ce n’est qu’à 6 h 45 que nous prenons la route en convoi. Nous passons par les écluses de Miraflores pour sortir vite de la ville et à 8h15 nous sommes au port de Manzanillo à Colón. Nous nous garons devant la compagnie maritime et faisons tamponner en cinq exemplaires le bill of loading. Nous repartons pour le service des douanes à 2 kilomètres où nous sommes très gentiment accueillis, notamment par une jeune femme pourvue d’un cul à damner un évêque, ravie de rencontrer un Français et qui va chercher sur son téléphone portable une photo de la Tour Eiffel illuminée ! Le passeport est rapidement tamponné pour décharger l’importation du camion, d’autres documents (photocopies du passeport, du permis, de la carte grise, du papier délivré hier par la police, du document d’importation temporaire, en trois exemplaires…) sont également visés. Nous retournons au port où nous devons affronter d’autres services douaniers. Au premier guichet, on se contente de tamponner l’un des documents (deux exemplaires), au second on nous demande un troisième exemplaire du dossier constitué (il faut trouver un bureau où on veut bien nous faire des photocopies…) et au troisième nous réglons quelques frais pour les services du port, ce qui nous permet de récupérer deux nouveaux documents (en deux exemplaires). Entre temps les Allemands sont arrivés et se sont joints à nous. Nous repartons pour l’entrée du port sous douane en un convoi de plus en plus important. Un orage éclate et c’est sous la pluie que nous cherchons la bonne entrée. Bien entendu, il n’y a aucune indication de direction. Nous devons nous y reprendre à plusieurs fois, en tournant et retournant avant de comprendre que nous sommes bien devant la bonne porte mais que nous devons laisser les véhicules à l’extérieur, sur une route parcourue par d’énormes camions lancés à grande vitesse, toutes sirènes hurlantes. Je commencerais bien à m’énerver mais le calme de mes compagnons helvétiques et la discipline de mes compères teutons m’en dissuadent. Les conducteurs seuls sont autorisés à pénétrer dans l’enceinte où, après avoir déposé un nouveau dossier enrichi des derniers documents (ou sans, ou rien que les derniers, je ne sais plus…), nous sommes autorisés à amener les camions sous un auvent. Là, nous devons attendre l’inspection et notamment celle de la brigade canine. Ce doit être l’heure du déjeuner ou de la sieste des chiens car ils tardent à arriver. Un « inspecteur » nous est présenté. Il doit vérifier le contenu des véhicules et ne se contente pas d’un contrôle superficiel. Il fait déballer le contenu des camions des Allemands qui ont d’autant plus de choses qu’ils ont de la place : bateau gonflable, planches à voile, à roulettes, torches de jardin, caisses d’outillage, de hamacs, et tout un bric-à-brac dans lequel notre « inspecteur » plonge avec régal des mains baladeuses, toujours ressorties sans paquet suspect. La visite des deux campers est plus rapide, sans doute commence-t-il à fatiguer… Nouvelle attente puis arrivée de la brigade canine, un malheureux toutou, mouillé par la pluie qui se fait houspiller pour grimper dans les camions, la truffe lasse de tant de reniflements inutiles et qui n’a sans doute jamais humé le moindre plant de cannabis. Nous pensons en avoir terminé, le temps a passé, l’après-midi est bien entamée, je n’ai encore rien bu ni mangé... Un des Allemands me propose un fond de bouteille d’une sorte de bière de pastèque, ignoble ! Le Suisse, pris de pitié, m’offre une canette d’un soda à la fraise tiède. Au secours ! Arrivée d’un responsable pourvu d’un appareil photo, chargé de contrôler l’état de nos camions. Photos sous tous les angles, relevé des accrocs. Il faut attendre la mise au propre d’un document que nous signons et nous pouvons partir en abandonnant nos engins avec la clé sur la porte. Nous soufflons à la sortie. La Suissesse nous offre des gaufrettes au miel mais n’a rien à boire. Un taxi nous propose de nous ramener à Panama. Nous marchandons le prix puis partons, répartis dans deux voitures, mais avec la consigne, approuvée par un des Allemands, de s’arrêter au premier débit de boisson. Ce sera une station-service où j’ai la surprise de trouver des siu mai que je fais passer avec une bière délicieuse. Nous empruntons une portion de l’autoroute, repassons devant les écluses de Miraflores puis arrivons sur le front de mer. Le chauffeur de taxi ne veut pas s’arrêter pour me déposer à la hauteur de la 34° rue mais des policiers le stoppent pour un contrôle au cours duquel nous découvrons qu’il n’a pas le permis (de conduire ou de circuler à Panama ?). Nous l’abandonnons et nous nous séparons tous avec promesse de nous retrouver à Carthagène pour les formalités de débarquement… Je rentre à pied à l’hôtel, épuisé, affamé et surtout assoiffé. Je retrouve Marie qui a passé la journée à lire. Après avoir récupéré, nous allons dîner dans un restaurant à consonance italienne, le San Marina, mais dont la cuisine ne doit rien à la péninsule. Nous commandons un plat de poulpes en sauce, une épreuve pour les dents, puis une parrilla de fruits de mer et de viandes, très copieux, excellentes crevettes mais le poulpe est aussi dur et le boeuf aussi. Retour à la chambre pour trouver un message de Guy et Marie-Jo que nous devrions rencontrer à Carthagène.

 

Mercredi 28 septembre : Réveil plus tardi. Nous descendons petit-déjeuner dans la salle sinistre, toujours sur fond de télévision tonitruante puis nous remontons téléphoner sur Skype à Nicole. Nous partons en taxi pour le Casco Viejo, un orage éclate mais il est bref et ne se répétera pas, un beau soleil va nous permettre de pleinement profiter de cette dernière journée à Panama. Nous nous faisons déposer sur la place de l’Indépendance et nous nous rendons sans plus attendre au Musée du Canal Interocéanique logé dans l’ancien siège de la Compagnie française du Canal. 

 

 

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Encore un de ces musées à l’américaine avec abondance d’explications et rassemblement d’objets pour illustrer les textes. Nous apprenons tout sur les premières routes terrestres qui permettaient d’acheminer les richesses arrachées au Pérou, à la Bolivie, par voie maritime vers Panama puis sur la côte caraïbe, la construction d’une voie ferrée, puis du canal. Des sections décrivent la vie des différentes communautés, le développement de la région, les bouleversements politiques entraînés jusqu’à nos jours. Nous y passons beaucoup de temps et à l’heure de déjeuner nous n’en avons pas encore terminé. Nous allons dans un pub, le Red Lion, sur la place, après avoir vainement cherché un autre restaurant plus abordable. Bonne nourriture, toujours très, trop, copieuse mais que la bière y est chère ! Nous retournons finir la visite du musée avec une salle consacrée à une exposition de photos anciennes. Une autre propose une exposition de peintres mexicains modernes, de Rivera à nos jours, très intéressante, notamment par la découverte de surréalistes contemporains dont un certain Remedios Varo dont nous aimerions bien en savoir plus. Nous en sortons épuisés, mais nous nous dirigeons quand même vers les deux boutiques que Marie tient à visiter sans, ouf, rien y trouver… De là, nous continuons vers la Place de France puis grimpons sur les remparts pour jouir de la belle vue sur l’alignement des gratte-ciel mais cette fois avec une meilleure luminosité. 

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Un taxi nous ramène à l’hôtel. Nous prévenons pour notre transfert gratuit à l’aéroport demain et pouvons enfin nous reposer. Nous ne ressortons pas pour dîner et terminerons nos restes dans la chambre.

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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 04:40

Mercredi 30 mars : J’ai transpiré toute la nuit, je me sentais moite, collant. J’ouvre toutes les ouvertures pour profiter du fort vent venu de la mer mais cela ne suffit pas. Je refais les pleins d’eau puis nous allons dépenser des pesos en gasoil et au Walmart en boissons gazeuses. Nous allons dans le centre-ville en quête de bureaux de change pour écouler contre des dollars US, les derniers pesos. Mais ces bureaux ne sont pas riches et je n’obtiens que 65 dollars ! Nous quittons Chetumal et prenons la route du Belize. La sortie du Mexique est rapide, le personnel efficace, le dépôt de garantie doit être viré sur notre compte. Quelques kilomètres plus loin, le poste du Belize. Tampons sur les passeports et la douanière nous propose une formule gratuite de transit dans la journée, ce qui nous convient. Les fonctionnaires de cet état ne plaisantent pas et prennent très au sérieux la défense de leur patrie. L’un d’eux tient à visiter la cellule, ouvre les placards, cherche des « fire arms » dans les petites culottes de Marie, ne les trouve pas, pas plus que les liasses de billets de dollars locaux dans les livres et enfin, ravi, tombe sur le réfrigérateur. Il appelle à la rescousse son collègue tout aussi motivé et deux tomates potentiellement dangereuses pour l’économie du Belize, un avocat qui pourrait bien transmettre des germes ou des bactéries et surtout un œuf ! Au Belize on parle anglais… Faut pas se mélanger… Nous découvrons le réseau routier, pas fameux et surtout sans la moindre indication de direction, de distance ! Nous traversons des champs de canne à sucre, passons dans des villages sans nom où quelques maisons anciennes en bois, parfois sur pilotis, nous rappellent d’autres anciennes colonies britanniques. La chaussée s’améliore quelque peu dans les faubourgs de Belice City. Nous roulons au hasard jusqu’à ce que nous trouvions le bord de mer. Encore une eau de rêve, quelques îles qui paraissent couvertes de mangrove sont au large. Nous ne traînons pas, nous devons être sortis ce soir. La route est meilleure, des lignes sont même tracées au sol ! Nous ne verrons rien de la capitale, Belmopan que nous contournons. Dernière étape sur une chaussée de plus en plus mauvaise. La contrée devient plus vallonnée. Je fatigue, mes yeux me trahissent et j’ai terriblement soif. Nous voici au poste frontière, des changeurs me donnent des quetzals contre mes derniers pesos, à un taux certainement désavantageux (pour moi…). Quetzals qu’un certain nombre de taxes, de droits à payer, de frais de désinfection par aspersion, vont vite faire fondre. La sortie du Belize est assez rapide mais pour faire entrer le camion au Guatemala, il faut fournir des photocopies qu’un heureux possesseur d’une machine met à la disposition des candidats, moyennant finance. Nous y voici, la route est bonne, le kilométrage précisé. La nuit ne va pas tarder, nous arrêtons sur le terrain de football d’un village sans que cela pose problème. Je me sens fiévreux, fatigué, vaseux. Peut-être une gastro-entérite, à laquelle nos fonctionnaires bélizéens n’auront pas échappé !

Jeudi 31 mars : Le village a été calme mais les chiens ont aboyé une partie de la nuit. Je ne me sens pas encore en forme, diarrhée, frissons, je décide de commencer un traitement d’antibiotiques. Nous repartons au milieu de petits ranchs d’élevage où le cheval n’a pas encore été remplacé par le quad. Nous atteignons le carrefour de la route de Tikal. Je cherche et trouve un carejo automatico qui nous permet de retirer des quetzals et donc de pouvoir payer un plein de gasoil et les frais d’entrée au parc archéologique. Tout comme il y a quinze ans, nous devons parcourir les 17 kilomètres entre l’entrée du parc et le site à vitesse réduite. Vitesse contrôlée par la délivrance d’un billet avec l’heure d’entrée qui sera vérifiée à l’arrivée ! Le billet est cher, du moins pour les étrangers, tous supposés riches, 25 quetzals pour les nationaux, 150 (18 euros) pour nous ! En arrivant, on nous propose le camping du site à 150 quetzals par personne, nous déclinons. Nous partons aussitôt, à la meilleure heure, dix heures et demie ! Une petite marche dans une belle forêt tropicale où dominent les ceiba, ces grands arbres aux racines apparentes qui serpentent, à peine enfouies dans le sol. Des palmiers et autres variantes sont à l’ombre des grands arbres, des lichens dignes de forêts de contes de fées, pendent aux branches des arbres. Marie transpire, moi aussi… Nous découvrons notre première pyramide, formidable dent dressée à cinquante ou soixante mètres du sol qu’un escalier particulièrement raide permettait autrefois d’escalader. En la contournant nous parvenons à la Plaza Mayor qui a été bien dégagée. Quatre côtés occupés sur deux, en vis-à-vis, par des pyramides surmontées de temples, et sur les deux autres par des structures difficiles à identifier tant elles sont imbriquées les unes dans les autres. Sur la place des stèles et des autels circulaires parfois gravés de motifs presque toujours indéchiffrables. Un escalier en bois, avec des marches au standard de l’Occidental contemporain, permet de monter à la terrasse de la seconde pyramide et de jouir d’une vue d’ensemble sur toute la place centrale

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous allons découvrir les pièces, couvertes de graffitis récents, des palais de l’un des côtés puis nous pique-niquons avec nos dernières provisions à l’ombre d’un palapa, un auvent de chaume. Nous repartons découvrir d’autres pyramides perdues dans la forêt, peu visitées par les touristes qui sont pour la plupart déjà repartis. Le temple V au sommet d’une pyramide n’a été dégagé que sur un côté permettant de comprendre le travail réalisé pour sortir son escalier et une de ses faces de sa gangue végétale. Nous traversons un espace entouré de petits temples, toute une famille de singes s’ébat dans les branches. Nous arrivons au Mundo Perdido, une autre place avec deux pyramides partiellement dégagées, puis nous continuons jusqu’à la pyramide du temple IV, la plus haute. Un escalier en bois, caché derrière, permet d’atteindre la terrasse. Marie n’y monte pas, je suis donc seul à découvrir la canopée à perte de vue d’où surgissent les trois dents des pyramides de la Plaza Mayor et plus tassée, celle du Mundo Perdido

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Tikal est exceptionnel par la concentration et la dimension des pyramides, sans oublier tout ce qui est encore enfoui sous la jungle, mais, plus ancien, le site n’a pas conservé grand-chose des décorations des murs et on n’y retrouve pas les masques de Chac en mosaïque de pierre et autres décors des grands sites du Mexique. Nous entamons le retour. Une grande famille de coati traverse en courant le chemin et nous accompagne, peu farouche, quelques instants. Nous comptions utiliser un camion qui emmène et ramène les touristes de l’entrée à la Plaza Mayor mais il ne fonctionne plus après quinze heures. Nous devons donc encore marcher, Marie pas du tout ravie… Au camion, nous buvons frais ! Nous sortons du parc et roulons jusqu’à El Remate où nous cherchons un restaurant au bord du lac pour dîner ce soir. Nous allons nous installer un peu plus loin et remplissons nos devoirs en continuant de transpirer. A sept heures, nous nous rendons au restaurant « Mon Ami » tenu par un Français installé au Guatemala depuis 39 ans ! Pas d’électricité ce soir, donc pas d’éclairage, pas de ventilation et réfrigérateurs à l’arrêt ! Nous commençons par une margarita et un mojito très honnêtes puis c’est une longue attente en continuant de transpirer à grosses gouttes, faute du moindre souffle d’air, avant de nous faire servir des crevettes de belle taille à l’ail et un poisson du lac en papillote, correct sans plus et pour plus cher qu’au Mexique. Nous retournons passer la nuit là où nous nous étions arrêtés au bord du lac.

Vendredi 1er avril : Après avoir perdu quelques litres de sueur, nous repartons jusqu’à Santa Elena où nous trouvons le supermarché indiqué par le Français de la veille, d’après qui nous y trouverions tout ! Grosse déception, les rayons ne sont pas très garnis et mon petit espoir de trouver une bouteille d’un quelconque pastis est aussi déçu ! Néanmoins nous trouvons de quoi nous sustenter les prochains jours. Nous voulons jeter un œil à l’île de Florès mais la route est barrée dans Santa Elena pour un défilé des écoles. Nous revenons sur nos pas et suivons les indications de Guatemala City. Au bout d’une centaine de kilomètres nous nous apercevons que la route que nous suivions si elle va à Guatemala City, n’est pas celle que nous comptions emprunter, mais qu’à cela ne tienne, nous poursuivons au milieu des ranchs d’élevage. La région est de plus en plus vallonnée, nous passons entre des massifs karstiques couverts de jungle. Si les champs de maïs étaient remplacés par des rizières, nous pourrions parfaitement nous croire en Asie du Sud-Est avec les cases couvertes de chaume. Les kilomètres passent, nous approchons de Rio Dulce et nous ne trouvons pas la bifurcation que nous escomptions… Renseignement pris, nous l’avons ratée vingt kilomètres plus tôt ! Demi-tour et effectivement, dans l’autre sens, la route est bien indiquée… Rassurés, contents d’être sur la bonne voie, nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d’un cocotier. Nous continuons sur une bonne route, bizarrement peu fréquentée… Après Fray Bartolomé de Las Casas, nous avons le choix pour rejoindre Cobàn entre deux routes, celle de droite semble mauvaise, celle de gauche est bien revêtue. Nous prenons celle de gauche. Trente kilomètres plus loin, la bonne route de transforme en une redoutable piste qui commence à grimper dans la montagne et qui grimpe, grimpe… J’attends le passage d’un col et une redescente vers une bonne route mais non, nous montons, dans un paysage superbe. 

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Des forêts couvrent les montagnes, des hameaux de maisons en planches sont perdus sur la piste, les Indiennes portent de longues jupes avec des motifs imprimés à l’imitation des tissages ikat et des blouses, de ces huipils que nous aimons tant, brodés autour du col et au bas des manches ou garnis de dentelle. Nous nous renseignons sur la distance pour retrouver le goudron : deux heures dit l’un, une heure dit l’autre, un chauffeur croisé nous précise 25 kilomètres. Comme nous devons rouler à une moyenne de dix km/h, nous ne sommes pas sûrs d’arriver avant la nuit. La piste sans s’améliorer traverse de plus en plus fréquemment des villages avec des maisons en dur et pourvus aussi d’un grand choix d’églises de toutes les sectes chrétiennes qui fleurissent en ces terres de mission… Nous rencontrons de plus en plus de tuk tuks qui osent s’aventurer, chargés de passagers, sur ces pistes, preuve de l’approche d’une bourgade d’importance. Quand nous retrouvons un mauvais goudron, nous croyons être arrivés près de Cobàn mais il reste 45 kilomètres que les virages et les nids de poule ne nous permettent pas de parcourir avant la nuit. Nous entrons dans la ville et cherchons le Parc Las Victorias, en plein centre-ville où il est possible de camper. Quand nous y parvenons la porte est verrouillée. Je plonge dans le noir pour essayer de trouver un responsable mais il n’y a personne ! Nous cherchons la sortie de la ville et une station-service où nous pourrions nous arrêter pour la nuit. Rouler de nuit, sans assurance, dans une circulation où peu de conducteurs sont des gentlemen, est une épreuve (nous commencerions à trouver les conducteurs mexicains très corrects !). Enfin une station nous tend ses pompes et nous pouvons nous garer derrière, là où les minibus viennent se faire faire un lavage au jet

Samedi 2 avril : Nous avons presque eu froid cette nuit et nous n’avons pas eu besoin d’ouvrir toutes les ouvertures. Nous quittons notre station-service où nous avons été relativement au calme. Au premier carrefour nous abandonnons la route de Guatemala City pour celle de Huehuetenango, étroite et pas fameuse, classique pour le Guatemala… Mais après le premier bourg aux rues étroites, la route devient piste. Une piste à flanc de montagne, ravinée, pas entretenue et très poussiéreuse. Nous pestons en pensant que depuis notre dernier passage douze ans plus tôt, les routes ne se sont pas améliorées. Parfois, des hommes, des gosses et même des femmes font mine de jeter quelques pelletées de terre pour boucher des trous et quémandent une piécette à notre passage en tendant une ficelle pour nous inciter à ralentir. Autant vider la mer à la petite cuillère ! Je m’étonne que depuis ces années, il n’y ait pas eu  de tentatives de pendaisons de ministres ou de députés… Ces derniers n’ont pas honte de se faire de la publicité en affichant leur photo et des slogans prometteurs sur des panneaux ou des murs de maisons. Il y a eu tout de même du progrès puisque ce mauvais passage ne dure que trente kilomètres… La route monte, descend sur des pentes très raides et donc avec des descentes vertigineuses qui font souffrir les freins, franchissant des montagnes hélas embrumées, traversant des villages aux tumulos (version locale du topes mexicain) redoutables. Dans un village nous dépassons une petite procession, un homme porte un énorme tambour sur son dos, attaché par une lanière à son front, un autre frappe dessus (le tambour !), suivent des pénitentes habillées de beaux huipils, des statues de Santiago à cheval sont promenées.

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Nous bifurquons en direction de Chichicastenango. La route a parfois conservé le souvenir d’avoir été goudronnée… Nous nous lançons dans la traversée de la petite ville, à la recherche d’un lieu où passer la nuit. Une fois l’église repérée, nous trouvons à proximité un parqueo, terrain vague où après discussion, nous pouvons nous garer. Nous allons sur la place du marché qui se tiendra demain et commençons par aller revoir l’église, sans grande ambiance aujourd’hui. Comme à Chamula, les statues des saints ont été enfermées dans des vitrines mais les bancs sont toujours en place même si, entre eux, dans l’allée centrale, sont posées de grandes dalles où habituellement brûlent de fines bougies. Tous les retables sont absolument noircis et seules quelques statues plus claires y logent encore. Ici le curé n’a pas été mis à la porte mais il a dû faire des concessions aux cultes ancestraux… Les échoppes du marché, sous des toiles tendues, ne proposent pas grand-chose d’intéressant. Nous allons prendre un pot à la terrasse du premier étage d’un restaurant qui domine la place du marché. Je vais rechercher l’ordinateur pour profiter du wifi, lire le courrier et répondre. Nous cherchons des boutiques en quête de huipils et de masques mais nous ne trouvons pas grand-chose. Sur un trottoir, une Indienne nous propose un huipli lidentique à l’un des nôtres acheté en 2004 mais il est à un tel prix que je ne résiste pas… Retour au camion (à la fraîche !) pour écrire en attendant de ressortir pour aller dîner. Nous choisissons le restaurant « La Parilla » supposé spécialisé dans les viandes grillées. Marie et moi prenons un assortiment de bœuf, porc, poulet et saucisse. Le porc et le bœuf sont particulièrement immangeables, durs comme il est difficile de l’imaginer ! Très mécontents, nous repassons devant l’église par le marché où il n’y a aucune agitation particulière. Dans des gargotes de plein air on sert des viandes et des frites certainement meilleures que celles du restaurant… Nous retournons à notre parqueo où nous trouvons porte close ! Je cogne, appelle, tambourine, secoue le portail, cogne de plus en plus fort, inutilement. A la station-service mitoyenne on ne sait rien et ne veut rien savoir ni même appeler la police. Alors que nous commencions à désespérer arrive le gamin vu à l’arrivée, il ne peut pas rentrer non plus mais il nous fait passer par les toits de la maison voisine et nous parvenons à réintégrer notre camion…

Dimanche 3 avril : Des camions sont passés toute la nuit dans la rue et j’ai été souvent réveillé, sans oublier les chiens qui ne savent qu’aboyer… Nous nous rendons au marché dès que nous sommes prêts. Les rues sont toutes encombrées par des marchands, surtout de marchandes qui, dans la nuit, ont envahi Chichicastenango. Les étals laissent à peine la place de passer entre, bottes d’oignon, tomates, fruits tropicaux mais aussi et surtout tissages colorés pour les touristes. Nous sommes hélés à chaque pas, sollicités à chaque échoppe. Nous parvenons au parvis de l’église San Tomas et c’est encore un éblouissement. Toutes les marches sont occupées par des marchandes de fleurs, beaucoup d’arums en cette saison. Leurs couleurs associées à celles de leurs vêtements forment une symphonie rarement rencontrée ailleurs. 

 

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Nous accédons à l’église par la porte latérale, une messe s’y tient, pas de traces d’un culte païen à cette heure. Nous traversons le marché, toujours à la recherche de huipils mais tous ceux que nous trouvons sont neufs et les broderies à l’encolure souvent naïves. Le seul qui nous plairait est hors de prix et nous ne comprenons pas comment nous avons pu acheter celui de la veille à ce prix dérisoire. Nous parvenons à l’autre église, celle du Calvaire, qui fait face à San Tomas, moins fréquentée. A l’intérieur, une pénitente s’obstine à parcourir sur les genoux le chemin jusqu’à l’autel puis à recommencer… A l’extérieur, un prêtre maya, habillé comme monsieur Tout-le-Monde fait brûler des bougies en marmonnant des litanies. Ses assistants (clients ?) l’accompagnent puis allument d’énormes cigares qu’ils s’évertuent à fumer à toute vitesse ! 

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Nous les abandonnons à leur occupation et descendons une rue pavée en forte pente en direction du cimetière. Les mausolées dispersés sur une colline sont tous de couleurs très vives. 

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En approchant et en nous promenant dans les allées, nous découvrons d’autres tombes plus modestes, certaines sont recouvertes d’une couche de béton, coloré bien sûr, qui épouse la forme du corps. Les plus modestes n’ont qu’une croix, toujours en béton, sur leur tumulus. Nous y retrouvons des familles venues accomplir des rites mayas, des amas de bougies blanches puis colorées sont déposés sur des autels prévus à cet effet avant d’être enflammées tandis que les participants récitent des prières.

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Nous revenons vers le marché, repassons à l’église où des prêtres mayas balancent des encensoirs primitifs dans l’attente du client. L’un d’eux suivi, dans la même position, par sa « patiente » accomplit à genoux un parcours qu’il répète, dans le vestibule de l’église. 

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Après une dernière bousculade dans les ruelles, nous allons récupérer le camion et quittons Chichicastenango alors que les hordes de touristes débarquent. La route en courbes serrées et surtout en montées-descentes tueuses de freins rejoint le carrefour de la Panamericana que nous allons suivre. Une bonne route à deux fois deux voies, comme nous aurions bien aimé en avoir plus… Mais il s’agit toujours de traverser le Quiché, région de montagnes abruptes, très peuplée, aussi ne pouvons-nous pas rouler trop vite dans ces virages serrés mais au moins, nous évitons les tumulos ! Nous la quittons pour nous rendre au village de San Cristobal de Totonicapan où se tient le marché. Nous nous garons à proximité et allons nous y promener. Les corsages, huipils, y sont différents. Beaucoup de broderies à motifs de fleurs ou chez les plus jeunes avec des fils dorés ou argentés. 

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Je tente de prendre discrètement des photos mais les fines mouches sont au courant des manœuvres et ne s’y laissent pas prendre… Après avoir déjeuné dans le camion, nous nous mettons en quête du village proche de San Andrès Xecul et de son église. Nous l’approchons par l’arrière, toute blanche, avant de découvrir, coup de cœur, sa façade d’un jaune moutarde, recouverte de représentations stuquées, colorées et très naïves, presque choquantes, de la Sainte Famille et de divers saints. 

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Nous ne nous lassons pas d’examiner cette façade avant de reprendre la route de Quetzaltenango, toute proche. La ville est déserte, nous repérons un supermarché, poursuivons jusqu’à la place centrale où je trouve un distributeur bancaire pour retirer des quetzals. Nous nous garons pour aller contempler la façade, tout ce qui reste, d’une église du XVI° siècle avec de beaux anges musiciens. Nous retrouvons le supermarché, l’essentiel s’y trouve mais pas les petites fantaisies gastronomiques du Mexique. J’y fais tout de même l’emplette d’une bouteille de gin… Nous repartons et cherchons la route de Zunil en passant par des ruelles où il n’est pas toujours évident de faire tourner un camion Land-Azalaï ! Nous la trouvons, un mauvais goudron défoncé puisqu’il ne s’agit pas de la Transamericana ! Après le passage d’un col d’où nous devinons les contours d’un volcan, nous parvenons à cette bourgade où se tient demain un marché. Je me lance dans la traversée du village, dans des ruelles en pente et bien trop étroites, jusqu’à parvenir à la place de la jolie église, une façade jaune et blanche qui n’est pas sans rappeler les églises de Bolivie.

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L’intérieur est quelconque, des retables enfumés. Nous trouvons un parqueo à proximité du marché. Fin de journée passée à envisager les journées suivantes puis traditionnel apéritif…

 

Lundi 4 avril : Des camions sont passés en klaxonnant dans la nuit, nous pensions que le marché en était la cause. Quand nous sortons du camion et que nous nous dirigeons vers la place du marché, nous trouvons un village bien calme, presque personne dans les rues, pas de tuk-tuks énervés ni de minibus slalomant  dans les rues. Et pour cause, le marché est atone, rien que de normal le lundi. Renseignements pris puis confirmés, les jours de grand marché à Zunil sont : le mardi, le jeudi, le vendredi et le dimanche ! Nous avions tout faux et notre (vieux) Guide du Routard aussi… Nous repartons donc en direction du lac Atitlan. Nous reparcourons les 50 excellents kilomètres de la Panaméricaine, tout en virages et montées jusqu’au carrefour d’une route se dirigeant vers San Pedro mais renseignement pris, il semble qu’on ne puisse pas faire le tour du lac… Sagement, nous rebroussons chemin et prenons la moins bonne route de Solola. Nous traversons cette grosse bourgade en nous faisant confirmer au passage que le marché se tient bien demain. Nous nous renseignons dans un parqueo sur la possibilité d’y passer la nuit et le tarif puis nous entamons la descente sur Panajachel. Nous nous arrêtons au mirador d’où nous découvrons le lac et les deux cônes des trois volcans, ceux du Atitlan et du Toliman sont confondus de ce point de vue. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Une légère brume dissimule les détails et nous avons une pensée pour Julie qui l’an dernier avait escaladé le plus haut… Au bout de la descente nous parvenons à Panajachel. Nous devons acquitter un « droit » de passage et de stationnement. Cette bonne idée est reprise dans les villages suivants… Nous traversons le Saint-Tropez guatémaltèque avec tout ce que cela sous-entend comme commerces, touristes et niveau de prix. Nous décidons de continuer sur la route qui longe le lac. Nous atteignons Santa Catarina Palopo où nous versons notre écot et continuons encore quelques kilomètres pour San Antonio Palopo, même égratignure au porte-monnaie. Nous poursuivons quelques kilomètres sur une piste puis revenons nous garer devant le minuscule port. Nous montons à pied à la petite église toute blanche en examinant les costumes locaux, différents d’un village à l’autre. Ici, les hommes portent une chemise à carreaux, un grand chapeau de paille et une sorte de jupe dans un tissu à carreaux marron tenu par une large ceinture tissée. Les femmes, corsage et jupe brodés dans des tons bleus, un cordon est noué dans les cheveux et beaucoup ont un collier de perles dorées. Elles n’aiment pas être prises en photo et nous devons les surprendre ou être discrets. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous déjeunons dans le camion puis revenons à Santa Catarina et nous nous garons devant l’église. Nous commençons par la visiter, il en sort de la musique. Des Indiennes et des Indiens s’y trouvent et d’autres continuent d’arriver. Les hommes ont de longs bermudas tissés et brodés. Les femmes sont dans des tons turquoise et portent un épais turban de velours. Nous nous éclipsons quand nous voyons arriver deux cercueils… Nous descendons jusqu’au bord du lac, les volcans disparaissent désormais dans les nuages. Nous nous aventurons à l’extrémité d’un ponton branlant pour avoir une vue sur le village depuis le lac mais, comme Chichicastenango, Zunil ou tout autre village, c’est laid ! Les maisons, autrefois en adobe, sont désormais en parpaings, des fers à béton dépassent des murs et des toits, tout est uniformément gris. Nous revenons à l’église, la sortie devrait nous permettre de faire des photos des costumes. Nous attendons en compagnie des musiciens de la fanfare, plus d’une heure à regarder passer les femmes avec leurs petits portés dans le dos dans un grand châle noué sous la poitrine. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous sommes presque surpris par la sortie, les deux cercueils portés à bras d’hommes font un tour complet avant de partir en cortège, fanfare en tête, vers le cimetière. La batterie de l’appareil photo a choisi ce moment pour signifier son arrêt ! Nous retournons à Panajachel. Je dépose Marie devant un centre artisanal et vais me garer au port puis je la rejoins. Elle ne trouve rien à rapporter en guise de cadeaux mais je m’offre un faux panama, non pour le soleil mais pour plaquer ma tignasse ! Nous repartons et remontons la côte pour Solola où nous allons au parqueo repéré et où nous sommes attendus !

Mardi 5 avril : Réveillés à six heures, à huit nous sommes prêts à nous rendre au marché. Nous nous apercevons vite que c’est un peu tôt, les marchands commencent seulement à ouvrir leurs boutiques et les paysans débarquent des transports en commun avec leurs ballots. Nous sommes déroutés au début par le fait que le marché se tient sous une halle et non en plein air. Quand nous les découvrons, nous sommes presque désespérés de constater que tous les tissus, jupes, corsages, ceintures, blouses ont dans leurs tissages incorporé des fils dorés ou argentés qui sont au goût du jour local. Pas de pièces anciennes ou du moins nous n’en trouvons pas. Les Indiennes sont venues de tous les villages alentour et nous reconnaissons à leur tenue, à la couleur de leur jupe, de leur huipil, de leur ceinture ou de leur turban, où elles habitent du moins quand il s’agit de villages que nous avons visités. Ce sont les hommes qui focalisent notre attention avec leur bermuda coloré et leur couverture marron nouée en jupe par-dessus. 

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Comme dans tous les autres marchés, il s’y trouve toujours quelque illuminé qui, armé d’un micro, diffuse à tue-tête la Parole de Dieu, dans sa version personnelle sans doute… Après avoir traîné dans les allées, essayé de surprendre avec nos appareils photos quelques beaux « spécimens », acheté deux tissus, nous abandonnons le terrain et retournons prendre le camion. Nous reprenons la route pour rejoindre la Panaméricaine et continuer en direction de Ciudad de Guatemala. Elle est toujours aussi raide et sinueuse, parcourue par des camions audacieux dans les descentes et par d’anciens school-bus américains, réformés et reconvertis dans le transport de voyageurs, sans y avoir rien changé. Ils dévalent les pentes à toute allure, tous les feux clignotants allumés et klaxon bloqué… A l’approche de la capitale, la circulation s’intensifie et la route à deux voies n’en a plus qu’une ! Nous quittons cette route pour une plus étroite et à la chaussée bien dégradée pour arriver à Antigua. Nous roulons dans le centre sur des pavés et trouvons le parking indiqué par nos prédécesseurs, à proximité du cimetière, sur le terrain de la police dite touristique. Camping gratuit mais nous sommes incités à une donation volontaire en échange de quoi nous n’avons pas le droit d’utiliser les toilettes et les douches de ces messieurs de la maréchaussée, pas question d’avoir du courant électrique et fermeture des portes à dix heures ! Nous nous installons néanmoins en espérant que cela ne se saura pas trop chez nos amis que nous dormons chez les flics ! Je vais aussitôt porter du linge dans une lavenderia puis, après déjeuner, nous nous rendons à pied en ville. Nous retrouvons la ville coloniale classique avec ses maisons sans étage, à toit de tuiles, aux murs colorés. Nous découvrons la première des églises à demi écroulées après le tremblement de terre de 1976, San Agustin, dont il ne reste que la façade, derrière un amoncellement de piliers et colonnes effondrés. Nous parvenons à la place centrale, elle aussi bien classique. Beau jardin au milieu avec des jacarandas en fleurs, une fontaine, des anciens bâtiments coloniaux et, sur un des côtés, la cathédrale. Sa façade est un trompe-l’œil, derrière, il n’y a qu’une petite église placée transversalement. Nous pouvons accéder par la rue qui longe la cathédrale à ce qui reste de ses travées, désormais à ciel ouvert, des archanges de stuc manient les encensoirs au sommet des piliers restés debout, un miracle s’écrirait mon cher ami René ! 

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Nous suivons des rues bordées de belles demeures anciennes transformées pour la plupart en hôtels, restaurants ou boutiques de luxe pour riche clientèle nord-américaine. Nous passons sous l’arc Santa Catalina et allons chiner dans le hangar de la boutique Nim Pot, caverne d’Ali Baba où l’on trouve tissages et masques à tous les prix. Par malheur ceux qui nous plaisent ne sont pas dans les bas prix. Un superbe huipil me fait saliver mais il est vraiment trop cher, je me contenterai d’un masque dans la veine de ceux que nous avons déjà. Nous rentrons en repassant par la place centrale qui commence à s’illuminer, pas de tuk-tuk en vue…

Mercredi 6 avril : Je vais rechercher le linge, Marie le trie et le range pendant que je fais un plein d’eau. Puis nous partons en balade. Nous passons au marché artisanal, les habituelles horreurs y sont proposées. Nous visitons ensuite les ruines de l’église San Jeronimo, restes d’une fontaine dans un cloître effondré depuis le tremblement de terre de 1773. Plus loin, le Museo del Tejido nous attend et nous ne le ratons pas. Une extraordinaire collection de huipiles est présentée par village ou région, commentée par une jeune fille qui nous fait une démonstration de tissage. Mais là où cela se corse c’est que TOUS les articles exposés, anciens ou neufs sont à vendre ! Il ne faut pas nous le dire deux fois. Hélas ceux que nous préférons atteignent des prix que nous ne sommes pas prêts à mettre mais nous en trouvons deux que nous marchandons un peu en les payant cash. A côté, le couvent et l’église de La Recoleccion, en ruines eux aussi et dont aucun pilier n’est resté debout (pas de miracle !). Impressionnant amas de blocs de pierre et de briques. A chacun de ces sites nous devons payer, 40 quetzals pour les étrangers, 5 pour les locaux, ce qui au total fait une jolie somme vu le nombre de ruines que compte Antigua ! Nous prenons un tuk-tuk pour nous amener à l’église de la Merced, pas en ruine ! Une belle façade baroque, jaune paille avec de nombreux stucs blancs, notamment des grappes de raisin qui courent sur les murs et les colonnes. Le couvent attenant est accessible (et payant) pour y admirer une jolie fontaine en étoile au milieu du cloître sur fond de volcans perdus dans les nuages. 

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Nous allons déjeuner dans un restaurant qui occupe, lui aussi, les restes d’un couvent, ceviche honnête puis grillades avec des frites pour Marie qui est en manque… Nous repartons à pied pour jeter un œil au couvent des Capucines que nous ne visitons pas puis nous passons devant la belle façade aux colonnes très ouvragées de l’église du Carmen. De là nous prenons un autre tuk-tuk pour nous rendre à l’hôtel Santo Domingo. Un hôtel de rêve (ou pour qui en a les moyens). Il occupe les ruines de l’église et du couvent du même nom. Chaque reste a été soigneusement préservé, restauré, mis en valeur, des structures métalliques ou maçonnées ont été construites pour protéger ce qui existait et créer  dans le même temps des espaces où sont exposées des collections d’art colonial, d’art précolombien associé à de la verrerie contemporaine, d’art populaire, dans des jardins autour d’une magnifique fontaine en eau. Nous en ressortons épuisés et complètement fauchés depuis nos folies de ce matin ! Nous revenons à pied à la place centrale où je peux tirer des sous avec une carte de crédit, ce qui nous autorise à aller nous reposer devant une consommation dans un bar de la place. Hélas, aucun n’est en terrasse. Je vais rapporter au camion nos achats et reviens avec l’ordinateur. Nous pouvons lire notre courrier, répondre à Julie puis, faute d’un agréable bar où siroter une margarita, nous rentrons au poste ‘de police. Au passage j’ai pris soin d’acheter un sac de glaçons qui nous permettra d’avoir des bières fraîches (le réfrigérateur, faute d’avoir roulé et le camion étant à l’ombre, n’a pas beaucoup fonctionné aujourd’hui) et comme il y en a beaucoup nous en utilisons pour nous confectionner quelques cocktails de mon invention avec le reste de la bouteille de tequila.

Jeudi 7 avril : Nous retrouvons le rythme des jours de route. Réveillés à six heures, nous sommes prêts à prendre la route à huit heures. Au moment de partir nous échangeons quelques informations avec Michel qui, avec sa femme Christine, dans un camping-car classique, arrive du Honduras. Nous sortons d’Antigua et attrapons la route à deux voies qui remonte sur Ciudad Guatemala. La circulation s’intensifie à l’approche de la capitale, nous cherchons notre route sans l’aide des panneaux indicateurs quasi inexistants. Raison pour laquelle nous ratons l’entrée sur le périphérique mais nous parvenons à revenir sur nos pas et en posant des questions dans les stations-service, nous trouvons la route de Puerto Barrios. La traversée de l’agglomération avec ses banlieues en extension continuelle nous prend plus d’une heure. Je n’ai aucun scrupule à vidanger la « boîte à caca » sur les bas-côtés vu leur état de décharge permanente. Les routes du Mexique étaient sales mais ici c’est bien pire, à croire que tout le monde jette ses ordures sur les routes. Les discours écologistes, « organiques » comme on dit ici, l’emploi de ces termes pour toute association, ne semblent être que des mots pour séduire l’étranger ou pour être à la mode mais dans les faits, tout le monde s’en fout ! Nous abandonnons la route de Puerto Barrios pour une autre en direction de la frontière du Honduras, moins bonne et plus étroite. Nous atteignons Chiquimula où nous allons renouveler nos provisions dans un supermarché. Nous trouvons toujours les mêmes produits : viandes de bœuf ou de porc peu appétissantes, charcuterie de poulet anémique, laitages sans grand choix. Dernier plein de gasoil puis nous atteignons le poste frontière. Formalités de sortie rapides, plus longues pour le camion avec contrôle des numéros, fourniture de photocopies en plusieurs exemplaires du passeport du permis de conduire, de la carte grise etc… L’entrée au Honduras est plus longue, un seul officier est chargé d’enregistrer les entrées avec prise des empreintes digitales, photo et nous ne sommes pas les seuls. Puis c’est la douane où, aux formalités remplies sur ordinateur, s’ajoutent celles d’une bureaucratie tatillonne, nouvelles photocopies etc… et obligation de payer les droits et taxes en monnaie locale, le lempira, donc de changer des dollars. Bref une heure et demie plus tard nous roulons au Honduras. Quelques kilomètres et nous sommes à Copàn où nous cherchons un emplacement pour la nuit près de l’entrée des ruines. Le parking du site est fermé, la station-service de veut pas de nous, les policiers du poste de contrôle nous autorisent à nous arrêter sur les bas-côtés , à proximité des tumulos qui obligent les camions à ralentir puis à accélérer, pas l’endroit le plus calme que nous connaissions…

Vendredi 8 avril : Deux ronflements m’ont empêché de dormir. Celui des moteurs des camions et celui de Marie… Nous avons perdu de l’altitude hier et nous avons retrouvé des températures caniculaires mais encore supportables. Avant de nous rendre au site, je veux aller tirer des lempiras dans un distributeur automatique mais mes tentatives dans deux banques différentes et avec nos trois cartes sont vouées à l’échec ! Il faudra faire avec les quelques dollars qui nous restent. Au site archéologique, parking gratuit, ils ne suivent pas l’exemple du Mexique… L’entrée, 15 dollars pour les étrangers, 12 fois moins pour les autochtones et tarif intermédiaire pour les Centroaméricains… Une courte marche à l’ombre des grands arbres et nous sommes à l’entrée du site. De magnifiques aras nichent dans les arbres, les gardes leur ont construit des abris et les nourrissent de fruits. Peu farouches, mais prudents, ils sont fiers de montrer leur plumage rouge, jaune et bleu mais, c’est quand ils s’envolent qu’ils sont les plus beaux, déployant toutes leurs ailes écarlates. 

 

 

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Une centaine de mètres plus loin nous parvenons à la place centrale, un vaste espace ratissé, dégagé où se dressent, sous des auvents de palmes, des stèles sculptées. Très différentes de celles déjà rencontrées, leur sculpture est quasiment en ronde bosse, très creusée dans la pierre. Ce sont toujours des seigneurs en grand apparat, coiffure exubérante, vêtements richement ornés et glyphes sur les côtés. Les aras, peu respectueux, viennent s’y poser… Plus loin un jeu de pelote avec des représentations de têtes d’aras sur les côtés, et qui étaient peut-être les buts, a été restauré. A côté se dresse un superbe escalier dont les marches et les rampes latérales sont couvertes de glyphes contant l’histoire de la dynastie. 

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Deux ou trois seigneurs assis sur des trônes se tiennent à intervalles réguliers, au milieu de l’escalier, devant une stèle et un autel. L’escalier est malheureusement (?) recouvert d’un velum pour le protéger des intempéries. Puis nous empruntons un escalier moderne en béton pour ne pas avoir à escalader l’ancien escalier, très large, mais dont les gradins ont été déformés par les racines de ceibas géants qui ont poussé et d’où retombent des lianes qui en font une vision angkorienne… Nous atteignons l’Acropole, un ensemble de cours, de temples et de pyramides, partiellement restaurés, et toujours des autels et des stèles très lisibles. Des tunnels permettent de découvrir un temple sous un autre plus récent mais le tarif est exagéré et personne ne semble les visiter. Le charme de Copàn réside dans ce cadre encore à demi-sauvage, grands arbres, lianes, aras perchés dans les arbres, l’absence de marchands de colifichets sur le site et sa faible fréquentation qui laisse l’impression d’y être seul à le découvrir. Nous ressortons puis, après un rapide réconfort au camion, boisson et repos, nous allons visiter le moderne musée des sculptures. On y accède par un souterrain censé rappeler ceux creusés sous les pyramides pour explorer les plus anciennes, et soudain on découvre devant soi une reconstitution en plâtre, à l’échelle de l’original, d’un temple enfoui. Les sculptures, les représentations sont peintes, principalement en rouge, comme elles devaient l’être à l’origine. Tout autour du patio sont disposées les originaux des stèles ou des autels et des façades de temples ou de maisons ont été restaurées et/ou reconstruites, l’impression est forte, on regrette un peu de ne pas les voir in situ. Nous en avons terminé avec Copàn, les Mayas, les sites archéologiques. Il nous faut maintenant tracer des kilomètres, les jours passent et San José n’est pas la porte à côté. Après un rapide déjeuner dans le camion, nous prenons la route. Etroite, mauvaise, parcourue par de nombreux camions, avec une succession de virages sur les collines, passant dans des villages où la vitesse, pourtant déjà faible, est encore diminuée par les tumulos. Nous n’atteignons pas le soixante de moyenne ! Trois heures de cette punition pénible et dangereuse avant d’atteindre, peu avant San Pedro Sula, une excellente route à deux voies séparées qui emmène à Tegucigalpa. Nous nous sommes réjouis un peu vite car nous sommes vite dans d’inextricables bouchons avant de sortir de cette zone et de continuer sur une route vite redevenue à deux voies normales mais avec des élargissements dans les montées. Le soleil décline, nous commençons à chercher un endroit pour la nuit. Une auberge, avec un grand espace en contrebas nous accueille. Nous nous garons à la limite d’une belle pelouse plantée de grands arbres superbes sur fond de lac mais aussi paradis des moustiques… Ce que nous allons découvrir en prenant un pot à l’auberge où nous pouvons profiter du wifi. Retour rapide au camion…

Samedi 9 avril : Nous continuons en direction de Tegucigalpa. Nous sommes toujours dans les montagnes mais nous n’en voyons pas grand-chose, elles ont perdues dans la brume et j’ai les yeux rivés à la route. Un œil sur la chaussée pour repérer les trous et essayer de les éviter et un œil sur le bout du virage qui s’annonce pour essayer de déterminer si j’ai le temps de dépasser cet énorme camion à deux remorques qui se traîne dans la côte ! A une centaine de kilomètres de la capitale, la route est en cours d’élargissement, ce qui signifie travaux, ralentissements et interminables files de poids lourds à remonter et pas prêts à céder leur place quand il faut se rabattre. Puis la route, l’autoroute même, bonheur de glisser en des courbes élégantes sur un macadam digne d’une toile cirée, nous amène rapidement à Tegucigalpa. La circulation est très fluide à l’approche de la ville nichée dans une profonde vallée et merveille des merveilles, la signalisation nous indique le chemin pour rejoindre par le périphérique la route de Choluteca. Mercure a dû se pencher sur le berceau du Honduras… Mais il ne faut pas exagérer, la route redevient classique, étroite, nids de poule et dépassements hasardeux… Nous contournons Choluteca et atteignons la frontière. Nous remontons sur plus d’un kilomètre une file de camions arrêtés et seul véhicule privé, nous nous présentons au poste hondurien. Tampons, formalités de sortie du camion sans vérification, puis nous nous glissons dans la file des camions qui, par un pont, franchit la frontière. Nous voici au Nicaragua, nous nous précipitons à la migracion, mais on vient me rechercher, le camion doit passer à la fumigacion ! 3 dollars ! fumisterie… Notre qualité d’étrangers nous vaut d’être reçus dans une pièce climatisée, attention très appréciée mais coûteuse puisque nous devons régler 10 $ plus 45 cordobas (1,5 euros) par personne pour l’obtention d’une « carte de touriste » puis il faut se mettre en règle pour le camion, quelques minutes passées en compagnie d’une jeune et peu charmante douanière nous mettent en règle avec la législation nicaraguayenne. Contre 12 $ nous obtenons une assurance automobile obligatoire, ce qui nous rassure après la traversée sans assurance du Guatemala et du Honduras. Mais nos cartes de crédit ne nous permettent pas d’obtenir des cordobas, la monnaie locale. Nous voici au Nicaragua ! La route est déserte ou presque, sur notre gauche un superbe volcan, le San Cristobal, nous montre son cône raviné avant que nous ne parvenions à Chinandega. Etrange impression d’une ville qui n’est qu’un gros village, pas de bâtiments modernes, pas de centre-ville. Le réservoir de carburant est proche du zéro, nous n’avons pas de cordobas et nous ne savons pas où changer le dernier billet de 100 $. Nous cherchons le centre-ville. Il n’existe pas ! Une suite de rues bordées de maisons sans étage, il ne semble pas exister de ville « moderne ». Nous trouvons le supermercado, un simple 7 eleven mais avec des ATM où, miracle, notre carte Visa nous permet de tirer des dollars et des cordobas ! Nous repartons, à la nuit tombée, en direction de Léon et devons rouler quelques kilomètres avant de trouver une station-service où nous nous arrêtons pour la nuit. Nous fêtons les 200 000 kms du camion ! Sans nous souvenir où nous  avions fêté les 100 000 ! Afrique, Asie centrale ?

Dimanche 10 avril : Encore une nuit à transpirer et à avoir soif. Le vent de la veille au soir est tombé et ne recommencera à souffler qu’au matin. Nous flemmardons, nous n’avons pas envie de rouler encore. Néanmoins nous repartons pour Léon, à quelques kilomètres. Encore une étrange impression en parcourant ses rues, il ne semble qu’aucune construction ne soit récente, les maisons coloniales continuent de perdre leur crépi, les couleurs s’affadissent, la voirie, même dans le centre est déplorable, trottoirs en miettes, plaques d’égout disparues etc… Nous nous garons sur une place pour aller jeter un œil à l’église San Juan dont ni l’extérieur, ni l’intérieur ne méritaient tant d’attention… Après avoir contemplé un premier mural, spécialité locale, à thème révolutionnaire, nous trouvons la place centrale, interdite aux véhicules.

 

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Peu de monde mais ce n’est pas l’heure. La cathédrale présente une façade blanche côté place et des murs lépreux sur les autres côtés bien que l’encadrement des fenêtres soit intéressant, plus que l’intérieur, clair mais sans décoration remarquable. C’est dimanche et l’heure de la messe, le curé sermonne ses ouailles, il en sera de même dans toutes les autres églises de la ville et sans doute du pays et même de toute l’Amérique latine. Nous contemplons un autre mural contant l’histoire du pays des temps pré-colombiens à la chute de Somoza et se terminant par un avenir radieux vers lequel s’élancent deux enfants trop confiants. Pour nous en remettre, nous allons prendre un rafraichissement au seul café, el Sesteo, pourvu d’une terrasse sur la place, renouant avec une habitude d’il y a douze ans... Nous allons voir au bout d’une rue qui longe le marché, l’église du Calvario à la façade couverte de représentations de livre d’images de la Passion. Un beau plafond d’entrelacs peints est mis en valeur par d’amples voiles qu’agite un souffle d’air.  

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Puis, après quelques quadras à transpirer, en enviant les habitants des maisons dont nous apercevons l’intérieur par des portes-fenêtres entrebaillées, plongés dans la pénombre, se balançant dans des rocking-chairs sur fond de patios fleuris, nous découvrons l’église de la Recoleccion. Sur sa façade, jaune moutarde délavé, des feuilles de vigne en stuc enlacent les colonnes et dans des médaillons sont représentés les instruments de la Passion. Nous reprenons le camion et allons nous garer sur une place, à l’ombre pour déjeuner. Nous hésitons sur la suite de la journée, prendre la route de Managua et nous arrêter au bord du lac ou nous rendre à la plage de Penaloya à vingt kilomètres de Léon. Nous retenons cette dernière solution. Nous traversons une plaine desséchée avant d’atteindre les bords de l’océan. Je ne reconnais rien, des établissements balnéaires sous des paillottes s’alignent tout au long de la plage, aucun ne nous semble susceptible de nous accueillir pour la nuit. Nous allons voir l’autre plage, Peñalitas, séparée de la première par un éperon rocheux. C’est aussi une suite de propriétés privées et d’établissements pour vacanciers qui se termine à une lagune très fréquentée aujourd’hui. En en revenant, nous trouvons une sorte de campement où est installé un couple de Toulousains avec un kombi Volkswagen. Nous hésitons à en faire autant mais avant de nous décider, nous allons voir un restaurant  où nous pouvons bivouaquer presque sur la plage. Nous allons profiter de la plage de sable gris. Les vagues sont fortes, pas question de nager, tout juste se faire asperger et rouler dans le sable. Nous revenons au camion nous changer puis nous allons prendre un pot sous la paillotte du restaurant « Bertha ». Nous passons le reste de l’après-midi à corriger mon texte puis nous nous décidons à commander des plats. Nous découvrons alors qu’il n’y a pas de boissons alcoolisées chez Bertha ! Qu’à cela ne tienne, nous irons chercher nos bières… Le service n’est pas rapide et la cuisine pas fameuse. Les trois langoustes grillées de Marie ne sont pas plus grosses que des crevettes géantes et sont sans goût. Quant à mon riz aux fruits de mer, s’il est bien garni en crevettes et en minuscules crabes que je ne parviens pas à décortiquer, le riz a dû être cuit avec une sauce ketchup car il a un goût de tomate et de sucré. Les bières que nous prenons dans notre réfrigérateur ne sont pas fraîches, plus de glace dans le compartiment ! Et du restaurant voisin nous arrive une musique tonitruante qui nous agace jusqu’à plus de dix heures du soir.

Lundi 11 avril : Toutes les fenêtres ouvertes pour capter un filet d’air, nous avons essayé de dormir… Nous repartons au matin. Nous roulons en direction de Managua en nous rapprochant du lac du même nom. Nous ne le longerons que peu de temps, juste le temps d’apercevoir le cône parfait du volcan Momotombo et de son jumeau plus petit, le Momotombito sur une île..

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Nous atteignons les faubourgs de la capitale. Je suis rattrapé par un policier à mobylette qui veut à tout prix m’infliger une amende pour une infraction que je ne comprends pas. En discutant, nous parvenons à l’éviter… Aucune indication de direction en ville, nous devons continuellement demander notre chemin, la réponse est toujours « recto ! », même quand il faut tourner… Les transports en commun sont assurés, soit par des cyclopousses bricolés, soit par des carrioles tirées par des chevaux, au moins c’est écologique ! Je fais un passage éclair dans un supermarché pour nous réapprovisionner en boissons puis nous poursuivons sur une bonne route à deux fois deux voies en direction de Masaya. Nous parvenons à l’entrée du parc du volcan du même nom mais nous trouvons porte close, le parc est fermé pour cause d’activité volcanique ! Nous continuons donc en direction de Granada que nous atteignons peu après avoir rapidement déjeuné dans le camion, pressés que nous sommes de retrouver cette climatisation dont je ne voulais pas ! La première impression de Granada est bonne, une jolie ville coloniale non défigurée par des immeubles modernes. Nous nous garons près du Parque Centrale, la grande et belle place ombragée avec des cocotiers, son odéon, ses vendeurs de jus de fruits, de graines. Tout autour des bâtiments coloniaux restaurés et la cathédrale.

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Nous commençons les visites par celle-ci, son intérieur est très pauvrement décoré. C’en est fini des églises richement dotées, aux retables dorés. La colonie n’était pas aussi riche que le Mexique. Nous visitons une ancienne maison, la « Casa de los tres Mundos » devenue centre culturel, pas grand-chose derrière le portail de pierre… Plus loin, l’église San Francisco n’est ouverte que pour les messes, trois jours par semaine, nous n’allons pas attendre cette intéressante occasion, et le couvent transformé en musée est en restauracion, nous ne pouvons voir que la salle dite archéologique, quelques blocs informes traînent par terre et des vitrines sales renferment des poteries non identifiées… Nous marchons en essayant de rester à l’ombre, par des rues bien trop ensoleillées, alors que tous les habitants se terrent au frais en faisant grincer les rocking-chairs. Nous trouvons l’église de la Guadalupe, dont le portail manque de finesse puis nous remontons la rue qui aboutit à la cathédrale. Elle est occupée par une succession de restaurants et d’agences de voyage à l’usage des nombreux jeunes nord-américains qui découvrent les charmes des Tropiques. Nous récupérons le camion et nous nous rendons à l’église de la Merced. Elle a une belle façade ouvragée mais le crépi est pisseux, noir même. Nous pouvons monter au clocher, Marie s’y résout non sans trembler à chaque marche d’un très étroit escalier en colimaçon. D’en haut nous avons une belle vue sur les toits de la ville, les patios apparaissent nettement au centre des maisons. 

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Dans le fond, on distingue, d’un côté le lac, et d’un autre le volcan. Nous nous rendons au bord du lac, une multitude de gargotes, de jeux pour enfants  attendent les touristes. Nous pouvons nous installer, près d’un autre camper de Canadiens, et avec l’autorisation des policiers. A la nuit tombée, les gargotes montent le son pour attirer le client, à notre grand déplaisir. De l’une la sono atteint des niveaux tels que je me relève à neuf heures pour aller demander jusqu’à quelle heure nous aurons droit à ce concert. La policière m’annonce que la « boîte » fonctionnera jusqu’à trois heures du matin ! Nous déménageons et allons nous installer à quelques centaines de mètres d’où nous entendons encore la musique mais bien atténuée…

Mardi 12 avril : Le réveil est au calme même si notre présence incommode un chien. Dans les bosquets autour de nous, ça piaille, criaille, glousse, pépie, babille, bavarde, gazouille à qui mieux mieux… Trop près des maisons nous allons nous remettre à notre précédent emplacement. Quand nous sommes prêts, nous allons jusqu’au bout de la route et trouvons au passage des emplacements sur la plage, sous les arbres, loin des gargotes… Nous traversons Granada pour aller au supermarché, pas très bien fourni, reprendre des provisions pour la dernière semaine. Nous suivons la route de Rivas et bientôt nous apercevons les cônes des deux volcans de l’île d’Ometepe sur le lac Nicaragua où Marie, qui ne se souvient plus y être allée, veut se rendre. Au port de San Jorge nous nous renseignons sur les ferries. Nous devons attendre celui de deux heures et demie. Nous allons nous garer à l’ombre et déjeuner, puis je vais prendre les billets pour la traversée. Un café offre le wifi, j’en profite pour consulter notre messagerie et découvrir, à notre grande honte, que nous avons complètement oublié de souhaiter sa fête à Julie ! Nous lui envoyons aussitôt un sms… Nous montons à bord d’une espèce de péniche de débarquement en bois qui peut accepter une demi-douzaine de véhicules et un bon nombre de jeunes touristes. Une heure de traversée à voir grossir les volcans avant de débarquer à Moyogalpa. 

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Une petite ville qui a bien changé et tend de plus en plus à ressembler à Panajachel. Les touristes y sont attendus de pied ferme… Nous ne nous attardons pas et prenons aussitôt la route pavée qui fait le tour de l’île. Nous cherchons une plage où nous pourrions bivouaquer au calme. Les bouts de piste que nous empruntons mènent tous à des hôtels qui occupent les plages. Nous maudissons une fois de plus ce développement du tourisme… Nous finissons par trouver sur la plage du Trésor un campement très simple où nous pouvons nous installer, au pied d’un superbe ceiba. Nous allons prendre un pot devant la très petite piscine et discuter au frais avec un couple de Français en vacances, autres grands voyageurs, en goûtant le charme du lieu, devant la plage, sous des arbres. Je vais me tremper dans la piscine pour me rafraîchir et éliminer la sueur de la journée. Nous nous apercevons que nous avons aussi le wifi d’ici, nous en profitons pour relire les messages et en écrire un à Julie pour tenter de nous faire pardonner. Retour au camion pour dîner.

Mercredi 13 avril : Enfin une nuit sans musique, sans chien, juste le bruit des vagues, les hennissements d’une jument au matin et les pépiements des oiseaux dans le ceiba, au-dessus de nous. Mais nous ne sommes pas en vacances et il nous faut continuer notre route… Nous continuons notre tour de l’île, traversant les basses terres de l’isthme qui sépare les deux volcans, perdus dans les nuages ce matin. En contournant le volcan Madera, la route pavée devient piste. Une piste pas trop mauvaise que nous prenons à faible allure, nous ne participons pas au Dakar pour ne pas déplaire à Joëlle ! Des bananeraies disputent aux blocs de lave les pentes  du monstre assoupi. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Les masures, dans cette partie de l’île peu fréquentée des touristes, en planches, tôles ondulées et briques forment des habitats misérables que d’éclatants massifs de bougainvillées de toutes les couleurs rendraient presque pittoresques ! Nous longeons de près le lac bien calme. C’est un lac, imbécile comme tous les lacs, sans vagues ou presque, et même si ses berges disparaissent à l’horizon, on ne peut y rêver des vaisseaux venus de contrées lointaines… Après avoir vu Madera sous toutes ses faces, nous retrouvons l’isthme. Marie a envie de déjeuner au restaurant à Santo Domingo, où une modeste concentration d’établissements attend les touristes. Il est encore tôt, nous allons prendre un pot dans un établissement bien situé au-dessus d’une plage mais dont la carte est bien pauvre. Nous trouvons un autre établissement, l’hôtel Finca Santo Domingo, dont la carte nous fait espérer des délices gustatifs… L’attrait d’une connexion internet nous décide et en attendant une heure décente pour déjeuner, nous profitons de la vue sur les corps rosissants de quelques touristes anglo-saxonnes en mal de hâle exotique et je mets à jour le blog. Nous nous faisons servir deux poissons en papillotes, bien cuits mais tout de même un peu décevant, avec une bonne salade de mangue verte. Nous repartons, contournons désormais le volcan Concepcion sorti des nuages, aux flancs plus verdoyants sur le versant nord. Nous sommes de retour à Moyogalpa en tout début d’après-midi et décidons, après avoir vu l’attraction principale du village, une fontaine sans eau en modèle réduit de l’île, de repartir si possible au ferry de quatre heures. Nous attendons au port et dès que nous en avons l’autorisation, nous embarquons. Traversée sans surprise. Dès que nous sommes débarqués, nous filons pour retrouver la Panamericana puis alors que le soleil décline de plus en plus, nous filons droit sur la côte Pacifique, à San Juan der Sur. Nous avons les coordonnées gps d’une plage (merci Jean-Jacques et Martine) que nous trouvons alors que la nuit tombe. Nous sommes quasiment sur la plage, sous l’œil bienveillant de la Police Nationale que nous n’avions jamais autant appréciée…

Jeudi 14 avril : Des motos sont passées toute la nuit à côté du camion pour franchir la barrière qui, en principe, leur interdit de rouler sur la plage, sous l’œil débonnaire des policiers. Nous repartons après un rapide coup d’œil à cette plage encadrée par deux falaises rocheuses qui forment une baie où mouillent quelques grosses vedettes privées. Nous rejoignons la grand-route, traversons un champ d’éoliennes et parvenons au poste frontière après avoir remonté une interminable file de camions. Les formalités de police sont vite réglées, celles de sortie du camion demandent des démarches plus longues avec tampons, visas des autorités puis, agrément d’une douanière qui a choisi ce moment pour prendre sa pause et aller se chercher un café en discutant avec une collègue. Enfin, nous sommes en règle, nous reprenons le camion et nous sommes aussitôt arrêtés, priés de retourner là où nous étions stationnés, la frontière est fermée ! Des soldats et des membres des forces d’intervention, casqués, bottés, armés sont alignés en travers de la route, tournés vers le Costa Rica… Renseignement pris, une centaine de réfugiés africains, refoulés par le Nicaragua, bloquent le passage ! 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Les nombreux jeunes touristes américains, qui passent dans les deux sens, traversent à pied avec leurs sacs à dos. Nous, nous devons patienter ainsi que tous les camionneurs. Au bout d’une heure, sans doute après intervention musclée, la voie est libre. C’est le rush ! La nouvelle Ruée vers l’Or ! Au passage nous assistons à l’embarquement manu militari du meneur africain. Nous nous présentons à l’immigration du Costa Rica, une bien peu aimable employée nous accorde 90 jours, puis il faut obtenir le permis d’importation temporaire. Photocopies (notre stock commence à baisser), demandes à remplir, nouvelle photocopie du visa accordé et pour cela reprendre le camion, chercher, au milieu des poids lourds garés dans tous les sens, le guichet habilité à délivrer les photocopies, puis, à un autre guichet, acheter pour 38 dollars une assurance automobile (nouvelle photocopie, mais cette fois, je sais où…) obligatoire pour trois mois, quelle que soit la durée du séjour et enfin, muni de tous ces documents se présenter à un dernier guichet où on accorde le précieux document. Nous pouvons prendre la route, nous sommes au Costa Rica, la dernière étape ! Au début la route est bonne, puis très bonne mais en partie en travaux. Nous nous élevons sur des collines toujours desséchées mais avec quelques taches de verdure. Les indications routières sont correctes, les bas-côtés nettement plus propres que dans les derniers pays traversés. Puis la route redevient ordinaire et nous nous traînons sur des pentes derrière des poids lourds asthmatiques. Le code de la route est à peu près respecté, enfin les limites de vitesse pas trop… Nous espérions trouver le Belen Trailer Park qui nous aurait bien arrangés, aussi roulons-nous jusqu’à San José. Nous parvenons à la nuit tombée à l’aéroport, la circulation est démente, nous nous dirigeons au hasard, demandons, personne ne connaît… Nous devons nous résigner à chercher un emplacement dans une station-service. On nous indique un terrain vague dont le gardien se fait prier pour nous accorder l’autorisation d’y passer la nuit.

Vendredi 15 avril : Le gardien nous avait dit que le propriétaire n’était pas commode, il est irascible et mal embouché ! Au moment de partir, je m’aperçois que nous sommes entourés de véhicules et que nous ne pouvons pas sortir. Avec mon plus grand sourire je vais demander à ce qu’on nous dégage la voie. Aussitôt le propriétaire m’apostrophe, m’accuse de stationner sur un terrain privé sans son autorisation, me menace d’appeler la police et réclame 20 dollars pour me laisser partir. Je suis bien obligé de m’exécuter mais en remballant mon sourire et en le remplaçant par une bordée d’injures françaises spécialement sélectionnées… Nous cherchons un almacen fiscal, cet entrepôt agréé par la douane où nous pouvons laisser le camion en gardiennage. Celui dont nous avions la position n’est pas facile à atteindre mais nous y parvenons. Le responsable n’est pas là, il faut l’attendre. Un Canadien lui aussi désireux de mettre son 4x4 en gardiennage me retrouve et nous discutons, en anglais, langue dont il ne doute pas un instant qu’un autre voyageur ne la possède. Il connaît un autre entrepôt, va s’y renseigner sur les tarifs puis me rejoint. Le responsable tarde à arriver mais il semble bien que les tarifs soient nettement plus élevés. Nous repartons en suivant le Canadien et trouvons l’almacen El Coco où nous nous faisons confirmer le tarif de 2 dollars par jour. Je précise que je viendrai lundi ou mardi déposer le camion. Le Canadien effectue les formalités et nous l’abandonnons au service des douanes où il doit finaliser la paperasserie. Nous nous lançons dans la recherche d’un hôtel à San José, Marie tient à être dans le centre. La traversée de la ville est tout aussi difficile que dans les autres pays centroaméricains. Si le Costa Rica est la Suisse de l’Amérique Centrale, ce n’est certainement pas pour le mode de conduite de ses habitants… Nous trouvons le « Vesuvio », choisi un peu au hasard. Nous y réservons une chambre pour 55 dollars avec le petit-déjeuner. Je rentre le camion dans l’allée qui sert de parking et refais un plein d’eau puis nous repartons. Nous ne savons pas trop que faire, Les volcans sont dans les nuages, le ciel est gris et nous n’avons plus très envie de rouler ou de visiter. Nous prenons la route de Cartago, nous arrêtons dans une côte pour déjeuner. Repas saoulé par le vacarme des camions et des motos qui passent à plein régime… Nous traversons Cartago, passons devant les restes de sa cathédrale détruite par des tremblements de terre, sur une vilaine place centrale dans le plus pur style Europe de l’Est. Un peu plus loin, nous visitons la curieuse basilique du XIX° siècle, construite dans un style byzantino-mauresque. L’intérieur tout au moins surprend par ses arcs audacieux. Quelques fidèles, remontent l’allée centrale sur les genoux en marmonnant des prières.

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

A la sortie de la ville nous trouvons un Walmart où nous faisons les dernières courses. Les prix nous paraissent beaucoup plus élevés que dans les pays précédemment traversés. Puis nous roulons en direction de la verdoyante vallée d’Orosi, malheureusement dans la grisaille. Nous nous garons sur la place centrale, en face d’une jolie église coloniale qui me rappelle celles de Bolivie, basse, avec un toit à double pente descendant bas. A l’intérieur le retable du maître autel et les cadres du Chemin de Croix sont de belle facture baroque et colorée. Le très modeste musée colonial attenant, poussiéreux et fourre-tout, a tout de même une belle toile, une mort de Saint-Joseph.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Faute d’obtenir l’autorisation de stationner sur le terrain de l’église, nous restons où nous sommes, devant le terrain de football. Je vérifie tout de même auprès de la police que nous ne sommes pas en infraction. La fraîcheur descend vite, nous sommes en altitude depuis hier.

Samedi 16 avril : Nuit fraîche, nous avions perdu l’habitude. Nous lorgnons les nuages, trop abondants et doutons que le sommet du volcan Irazu soit dégagé. Nous partons en roulant dans la belle et luxuriante vallée d’Orosi plantée de caféiers. De nombreux cyclistes parcourent la même route qui serpente et longe un lac de barrage. Dans les villages traversés, les habitants vivent en prison, enfermés derrière les grilles qu’ils ont tous installées. Paranoïa ou élémentaire précaution ? Nous continuons par le petit village d’Ujurras où nous allons voir les ruines d’une église abandonnée après des tremblements de terre et une inondation. Les murs ne sont pas d’un grand intérêt mais le jardin tropical qui les entoure est fort bien entretenu. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

En prévision du départ, je vais faire laver le camion, un lavage comme il n’en avait pas eu depuis Las Vegas, on ne le reconnaît plus ! Nous ne savons trop comment occuper la journée, nous décidons de tenter de monter au volcan Irazu. Depuis Cartago, une route étroite monte vers la masse nuageuse qui couronne le volcan. Quelques mèches de nuages viennent lécher la route mais nous ne sommes jamais vraiment dans les nuages. L’entrée du Parc est chère pour les étrangers : 15 $ plus 2 $ de parking ! Du parking, nous avons peu d’espoir de voir quelque chose, une couronne de nuages semble entourer le cratère. Nous approchons par un sentier du rebord et nous avons la chance de voir se dissiper quelques instants le voile qui nous cachait le fond du cratère mais, contrairement aux photos trompeuses, il n’y a plus de lac sulfureux au fond. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous patientons quelques instants pour revoir le cratère ainsi qu’un autre moins profond et une plaine de cendres. Nous revenons déjeuner au camion puis je retourne seul essayer d’en apercevoir un peu plus. Je longe la barrière qui interdit d’approcher du rebord mais jamais les nuages ne se dissipent complètement. Retour épuisé, je manque d’air à cette altitude. Nous montons avec le camion à un point de vue, le sommet du volcan à plus de 3400 mètres mais les nuages sont montés avec nous et ne semblent pas vouloir redescendre… Nous reprenons la route et nous arrêtons sur le terrain d’une auberge fermée mais nous avons la permission d’y passer la nuit. Il est encore tôt, nous occupons la fin de l’après-midi en triant le linge à laver demain et les produits de santé à rapporter ou à laisser dans le camion.

Dimanche 17 avril : Nuit des plus calmes mais presque froide, nous étions à 2900 mètres d’altitude, avec des températures nocturnes que nous n’avions plus connues depuis longtemps mais avec l’assurance de retrouver au bout de quelques kilomètres des climats tropicaux. Ce qui est le cas peu après notre départ. Nous nous mettons en quête d’une laverie automatique mais nous découvrons vite qu’au Costa Rica, si on a adopté le mode de vie américain, le dimanche reste le jour du Seigneur et TOUS les commerces sont fermés ! Nous cherchons tout de même dans San Pedro mais tous nous confirment qu’il faudra attendre lundi. Cela ne fait pas notre affaire, j’aurais voulu régler ce problème aujourd’hui et remiser le camion demain pour avoir le mardi libre. Nous nous rendons à l’hôtel où nous avons réservé, un peu dans l’espoir de pouvoir y utiliser les machines à laver mais non ! Nous devons attendre 13h que la chambre se libère. Pendant ce temps, je commence à remplir les sacs et dès que nous avons la chambre, pas à la hauteur de nos espérances, nous les y portons. Dernier repas dans le camion puis nous trions les vêtements à emporter et à laisser. Je m’attèle au pénible nettoyage de l’intérieur puis je retrouve Marie à la chambre. Je tente de refaire les sacs en espérant qu’ils ne pèseront pas plus que les 23 kg autorisés… Nous nous connectons et répondons au courrier puis cherchons une laverie automatique pour demain. Nous dînons au restaurant de l’hôtel, plus cher que ce à quoi nous étions habitués mais les efforts de cuisine se paient. Pour Marie du poulet avec une sauce aux mûres et pour moi un filet de poisson corvina (la courbine du sud Maroc ?) avec une sauce à la crème et aux champignons, arrosés de verres de vin.

Lundi 18 avril : Réveillés tôt (il fait jour avant cinq heures !), nous allons prendre un petit déjeuner très chiche, pain, beurre, confiture et œufs et le thé n’est que de la camomille. L’Amérique Centrale n’est pas le pays des buveurs de thé… Nous partons à San Pedro à la recherche d’une laverie automatique. Nous trouvons facilement celle dont nous avions obtenu les coordonnées sur internet la veille. Nous y sommes peu avant huit heures, elle n’ouvre qu’à dix heures ! Et pas d’autre dans les environs. Nous patientons deux heures et commençons à nous énerver quand, à dix heures dix, la porte est toujours close. La responsable n’arrive qu’avec un quart d’heure de retard. Nous faisons donc laver et sécher les duvets, serviettes de toutes sortes et quelques vêtements. Nous sommes de retour à l’hôtel à midi. J’y laisse Marie et file à l’aéroport, à l’almacen fiscal. Je gare le camion, débranche la batterie et l’abandonne… Un taxi me dépose aux douanes où une fonctionnaire parlant anglais me délivre un nouveau document suspendant l’importation temporaire. Je marche jusqu’à l’aérogare et saute dans un bus pour le centre ville. Déposé en plein cœur, je suis la rue piétonne, assourdi par les publicités et les musiques diffusées à plein volume par les boutiques et les cris des camelots qui tentent de se faire entendre. Les autres artères sont empuanties par les gaz d’échappement des bus et camions et tout aussi bruyantes. Je retrouve Marie à la chambre et récupère de la journée. Nous ne ressortons que pour aller dîner. Nous faisons le tour du pâté de maisons en consultant les cartes, tout de même très étonnés par les prix quasi européens. Nous nous décidons pour « El Jardin » qui, comme son nom l’indique est installé dans un beau jardin. Nous commandons nos (avant ?) dernières margaritas, trop acides, puis des plats simples, riz aux crevettes et côte de porc mais bien préparés. 

Mardi 19 avril : Nous traînons au lit avant de nous lever et d’aller tardivement petit déjeuner. Nous avons pris la précaution d’apporter nos sachets de thé… Commence une journée consacrée à la visite de la ville. Nous descendons vers l’Assemblée Nationale, passons explorer un petit marché de souvenirs puis nous arpentons l’avenue piétonne toujours envahie par les camelots qui crient pour se faire remarquer. Nous atteignons le théâtre National, très classique XIX° siècle avec ses statues des muses. La place de la Culture adjacente est en travaux mais nous pouvons tout de même accéder au Musée de l’Or en sous-sol. Sur deux niveaux sont évoquées les civilisations pré-colombiennes du Costa Rica, principalement à travers l’exposition de pendentifs à motifs zoomorphes en or et des figurines en argile.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)
Nous y passons deux bonnes heures et ressortons affamés. Nous retrouvons le restaurant « La Vasconia », populaire auprès des amateurs de football, des photos encadrées, principalement en noir et blanc, sur les murs, montrent des équipes locales sur plus de cinquante ans. Je me contente d’un excellent ceviche et Marie se régale d’une mariscada, un cocktail de fruits de mer et de poisson préparés dans une sauce type escabèche qui me fait regretter de ne pas avoir pris la même chose ! Nous continuons d’arpenter les rues et avenues, bruyantes et laides de cette ville sans âme. Nous passons devant les quelques bâtiments, un théâtre, la poste, d’un autre siècle, désormais perdus au milieu d’immeubles modernes. Nous revenons à pied à l’hôtel en passant par des places qui ignorent ce que peut bien être un café avec une terrasse… Repos
 
Mercredi 20 avril : Nous ne sommes pas encore pressés ce matin. Nous achevons de remplir les sacs qui me paraissent dépasser la limite autorisée mais nous n’y pouvons plus grand-chose… Nous attendons le taxi après le petit-déjeuner, un van, en avance, qui nous emmène à l’aéroport. Au niveau des arrivées, on trouve des chariots, pas à celui des départs ce qui nous oblige à avoir recours à un porteur avec un diable. A l’enregistrement d’American Airlines, je demande un fauteuil roulant pour Marie qui nous permet d’éviter les queues aux contrôles. A ma grande surprise, nos sacs ne sont pas pesés, j’aurais pu y placer tous les livres que j’ai conservés dans mon petit sac à dos. Nous commençons à avoir faim, les tarifs des sandwichs sont scandaleusement élevés. Nous embarquons et décollons à l’heure prévue sur un vol American Airlines. On nous offre des biscuits salés et une boisson non alcoolisée. Si nous souhaitons plus consistant ou/et de l’alcool, il faut payer. A l’arrivée, à Miami, une hôtesse a bien Marie sur sa liste des personnes nécessitant un fauteuil roulant mais elle n’en a qu’un pour deux ! Nous devons attendre et finalement nous débrouiller seuls pour en trouver un. Les couloirs sont longs et l’employée qui conduit Marie marche bien plus vite que moi, je ne parviens à la rattraper que sur les tapis roulants ! Au contrôle des passeports, encombrement presque comique, digne d’une comédie italienne, des nombreux fauteuils roulants… Nous voici en salle d’attente pour le vol de Londres. Le temps passe, on nous annonce un problème technique sur l’avion, nous devons patienter jusqu’à ce que les techniciens autorisent la montée à bord. Puis nous attendons encore, l’autorisation de l’ingénieur responsable de Londres. En attendant, on nous sert un apéritif puis le repas et enfin nous décollons avec cinq heures de retard… J’ai commencé à regarder un film, « A vif ! », tout à fait pour nous, histoire d’un chef cuisinier avec festival d’images de plats à faire saliver…
 
Jeudi 21 avril : Marie dort, je somnole…Je surveille la progression de notre aéronef sur la carte interactive. Les heures passent lentement. Nous nous posons à Londres à l’heure où nous aurions dû atterrir à Marseille. Marie est prise en charge, fauteuil roulant, buggy électrique puis de nouveau fauteuil roulant. Pas de contrôle d’immigration, nous sommes en transit, ce que les Etats-Unis n’ont pas encore compris… On nous trouve un vol, le dernier, pour Marseille et après une dernière courte étape, nous arrivons enfin sous les nuages en France. Julie est là et nous emmène chez elle… Fin de la seconde étape de la Transamerica.   
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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 05:57

Jeudi 17 mars : Nous avons décidé de banaliser la matinée et de prendre notre temps ce matin. Messages de Julie, Vettou, Michèle et Alex pour ma fête. En fait, je n’ai pas une minute de vraiment libre. Notre voisin s’avère être de Fréjus mais sur les routes d’Amérique depuis belle lurette et nous discutons donc des pays traversés ou à traverser, lui remonte, nous descendons. Je dois ensuite refaire les pleins d’eau avec un débit très faible au robinet, puis il faut écrire des cartes postales, compléter le blog, le mettre en ligne et c’est l’heure de déjeuner ! Nous quittons ensuite le camping, déposons du linge à la plus proche lavanderia et après avoir emprunté quelques sens interdits, presque sans le savoir, nous nous garons dans une rue proche du centre-ville. Ici aussi, le centre-ville signifie une place carrée avec son odéon, sa cathédrale et ses bâtiments administratifs autour, et des maisons basses à toit de tuiles et aux façades colorées, dans les rues pavées des alentours.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous remontons la rue piétonne envahie par les touristes, très nombreux à San Cristobal, et par les petites Indiennes, nattées, jupe en peau de mouton noire, corsage coloré, un bébé dans le dos, qui vendent des tissages transportés dans des ballots plus gros qu’elles. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous passons devant la cathédrale, fermée à cette heure, mais dont nous pouvons contempler la belle façade crépie en jaune avec des décorations de stuc blanc. En haut de cette rue, nous trouvons, cachée par les échoppes de toiles des marchands de souvenirs qui en ont envahi le parvis, l’église Santo Domingo à la belle façade de pierre couleur miel. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous visitons le musée installé dans les bâtiments du couvent de cette église. Deux salles retracent le passé pré-hispanique et la période de la Conquête de la ville. Plus intéressant, à l’étage, une superbe collection de tissages mayas avec de nombreux huipils, surtout guatémaltèques, certains sont exposés en vitrine, beaucoup d’autres sont dans des tiroirs qu’il suffit de tirer pour voir apparaître des merveilles parfois de près de cent ans. Nous allons ensuite visiter l’église qui a ouvert entre temps. Encore des retables dorés, rien de bien nouveau si ce n’est une curieuse statue d’un saint coiffé d’un chapeau ! Nous explorons quelques boutiques d’artisanat, surtout des coopératives de tissage avec parfois de belles choses mais neuves et toutes identiques. J’abandonne Marie sur un banc du Zócalo et pars à la recherche d’un restaurant pour ce soir. Je suis une rue piétonne très touristique, une faune de jeunes du monde entier, celle qui était à Louang Prabang l’an dernier, à Bali avant ou à Goa autrefois, a envahi les établissements qui proposent, comme ailleurs, pizzas, plats internationaux bon marché et qui diffusent la même musique disons « rock » qu’ailleurs dans le monde. Le restaurant français « Chez Pierre » est fermé… Je passe tirer des pesos à un distributeur puis en retournant chercher les vestes au camion, je trouve un restaurant qui se prétend thaï et qui me conviendrait bien pour ce soir. Je retrouve Marie et nous allons prendre une margarita en face du théâtre où nous hésitons à nous rendre pour une représentation d’une légende maya. Nous faisions bien d’hésiter, le spectacle est un mélange d’opéra chinois, de mantras tibétains dans des décors dessinés par Jérôme Bosch ! 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Je préfère et de loin, malgré le peu de grâce des danseuses, le spectacle donné sur une scène devant le Zócalo par une troupe traditionnelle sur une bonne musique. Nous allons dîner au restaurant thaï, bonne cuisine, peut-être pas bien authentique mais nous nous régalons de crevettes et de plats de poisson épicés et parfumés, avec des verres de vin blanc. Nous retrouvons facilement le chemin du camping et le gardien pas encore endormi, vient nous ouvrir. Il faut encore écrire la journée…

 

Vendredi 18 mars : Nous commençons par envoyer quelques messages mais bientôt nous n’avons plus de connexion et nous ne pouvons répondre à Vettou, Julie et Nicole. Nous devons récupérer le linge donné à laver, la lavanderia est encore fermée à neuf heures et demie mais à force de tambouriner, un jeune ensommeillé vient ouvrir et nous donne notre paquet. Nous cherchons la sortie de la ville, en quête d’un supermarché. Le premier, un Sam’s Club est immense, vend de tout avec un bon choix en alimentation mais tout est vendu en grande quantité, nous repartons sans rien acheter, traversons la rue pour nous ravitailler au Bodega Aurera, plus basique, sans fantaisie. Nous découvrirons par la suite qu’il y avait bien un Soriana, qui a généralement notre préférence. Nous cherchons la route de San Juan de Chamula, à une dizaine de kilomètres de San Cristobal, dans la montagne/ Il semble que ce soit jour de marché, toutes les ruelles en pente sont encombrées de camionnettes et des Indiens déambulent, les femmes lourdement chargées. Elles ont presque toutes une jupe noire en poils de mouton, un corsage fleuri et de longues nattes tressées de fils colorés. Les hommes portent une tunique dans la même laine, noire ou blanche, qui leur descend jusqu’aux genoux, des sandales rustiques et un chapeau de paille. Nous parvenons à nous garer près de l’église. Sa façade, dépourvue de symboles religieux catholiques est joliment peinte de couleurs vives. Des hommes et des femmes se sont alignés face à l’entrée et récitent des litanies.

 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Pour entrer nous devons acquitter une taxe et il nous est strictement interdit de prendre des photos. Nous entrons dans un tout autre univers que celui d’une église chrétienne ! Des aiguilles de pins couvrent le sol débarrassé de ses bancs, les statues des saints ont été reléguées dans des vitrines sur les côtés et les cloches ont été descendues du clocher. Les Indiens Tzotziles de la région ont viré le curé, récupéré le lieu et quelques symboles (croix, statue de San Juan, signes de croix…) du catholicisme pour pratiquer leur religion ancestrale. Des vapeurs d’encens (?) s’élèvent de braseros, des milliers de bougies brûlent dans des verres aux effigies de la Vierge (!) ou de saints. Il règne bien évidemment une étrange atmosphère. Un homme, à genoux sur le sol,  allume plusieurs rangées de petites bougies au fur et à mesure qu’il débite des incantations. Une femme avec ses deux très jeunes enfants, accroupie sur les aiguilles de pin, se fait désenvoûter par un chaman qui récite des formules à toute vitesse tout en simulant de la nettoyer avec les mains, puis il sort une poule noire d’un sac, la passe au-dessus de leurs têtes avant de la trucider en lui étirant le cou. Plus loin tout un groupe d’hommes mais aussi de femmes accroupies, rassemblés devant une toile représentant un archange, récitent quelques prières et tout le monde avale ensuite un verre d’alcool. Nous ressortons sur le parvis et parcourons le marché où j’essaie de prendre, discrètement, en photo quelques Indiennes. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

 

Nous repartons, cherchons la sortie du village dans les ruelles étroites et pentues puis nous arrêtons pour déjeuner avant de retourner à San Cristobal, longue et pénible traversée entrecoupée de feux rouges interminables. Mais la suite du parcours n’est pas plus réjouissante ! Nous entamons la traversée des montagnes couvertes de pins, passant de village en village, très proches les uns des autres, et tous pourvus d’un nombre effarant de topes qu’il faut négocier au pas. Les heures passent, nous n’avançons guère, nous abandonnons l’espoir d’arriver ce soir à Agua Azul après avoir visité le site de Tonina. A l’entrée d’Ocosingo, nous sommes confrontés à un bloqueo, un barrage, théoriquement dressé par les Zapatistes pour financer leur « révolution » et qui ressemble furieusement à un racket ! On nous réclame 200 pesos, je parviens à transiger à 20 pesos alors que tous les autres automobilistes ne donnent qu’une pièce de 5 ou 10 pesos… Dans cette ville agitée et sans charme, nous devons encore trouver la route de Tonina, indiquée à l’entrée puis… plus rien ! Quelques kilomètres dans la campagne et nous nous arrêtons à l’entrée du site, sur le terrain d’une auberge-restaurant. Marie espérait le wifi pour envoyer les messages de ce matin mais il n’en sera rien…

 

Samedi 19 mars : Pas un bruit, pas un chien, nuit noire, une vraie nuit ! Nous démarrons plus tôt que d’habitude, à huit heures et demie. Nous nous rendons à l’entrée du site, à moins de cent mètres. L’entrée est gratuite sans que nous sachions pourquoi mais dans ce cas nous ne posons pas de questions et nous sommes même autorisés à parcourir les quatre cents mètres du chemin jusqu’au site, avec le camion mais nous devrons alors acquitter 25 pesos de parking… Une courte marche pour franchir sur un pont un ruisseau et nous aboutissons à une vaste esplanade au gazon parfaitement entretenu où nous découvrons l’extraordinaire empilement de pyramides qui culmine à la septième terrasse par des temples encore debout.

 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Le terrain de jeu de pelote est décoré de copies de têtes de serpents et de corps de prisonniers ligotés, futur décapités sur un autel proche. Nous nous approchons du pied des larges escaliers et, grâce à une rampe, gagnons un Palais de l’Inframonde, un dédale de couloirs étroits, à peine éclairés. Devant le nombre de marches des escaliers et de leur raideur, Marie renonce. Je pars donc seul à l’escalade… Nous sommes presque seuls sur ce site peu connu et peu fréquenté, quelques groupes de jeunes arrivent par la suite mais rien à voir avec Teotihuacan ou Monte Alban. Je passe entre des palais dont il reste parfois quelques bas-reliefs qui ont perdu leurs couleurs, une représentation effrayante de la Mort saisissant par les cheveux un condamné, des têtes renversées au centre d’un soleil. Je continue de grimper, escalier par escalier, devenus plus raides et surtout moins larges au fur et à mesure que je m’élève. Quelques temples ont encore des éléments du décor de leur faîtière. Parvenu au sommet, je jouis d’une vue sur tout le site et la campagne environnante, il ne me reste plus qu’à redescendre précautionneusement, marche par marche. Je retrouve Marie, nous revenons à l’entrée et allons visiter le petit musée du site où se trouvent les originaux de toutes les sculptures et bas-reliefs installés sur le site. Nous repartons dans ces prairies verdoyantes occupées par des fermes d’élevage où de grasses vaches brahmas paissent, gardées par des cavaliers montés sur de beaux petits chevaux. Nous retraversons Ocosingo et continuons en direction de Palenque. La forêt est belle, bien que souvent défrichée, il reste de grands espaces de la forêt primaire, de grands arbres laissent pendre des lianes, des bananiers font de l’ombre aux plantations de maïs. La route tourne à peine moins que la veille et les villages paraissent plus espacés, donc moins de topes… Nous quittons la route pour descendre sur Agua Azul. Nous n’y sommes pas seuls ! Il semble que tous ceux qui possèdent un moyen de locomotion ou qui ont pu trouver place dans un autobus, aient décidé de venir passer le week end ici. Nous nous garons, déjeunons puis allons rejoindre le flot de badauds qui, sur un sentier empierré, entre des échoppes de souvenirs ou des gargotes, s’acheminent vers les bassins formés par une suite de cascades. L’eau est d’un beau bleu turquoise, les cascades ruissellent sur des roches ocre et la végétation forme un bel écrin à ce site qui devait être paradisiaque, autrefois…

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous remontons le chemin que quelques marches aident à s’élever, longeant des bassins envahis par des baigneurs soucieux d’échapper à la pénible moiteur qui règne au sortir des montagnes. Nous repartons, continuons de perdre de l’altitude et de monter dans les degrés Celsius… Nous parvenons à Palenque où nous allons nous garer dans le centre pour nous procurer quelques informations au bureau du tourisme. Une fois renseignés, nous prenons la route des ruines, quelques kilomètres et allons nous installer au camping de Maya Bell, connu de tous les voyageurs en camping-car. S’y trouvent déjà des Allemands et des Hollandais. L’accueil n’est pas délirant et nous nous apercevons vite que ce ne sera pas ce soir le calme de la veille. Arrive un car de tourisme qui déverse ses voyageurs, d’autres montent leur tente tout autour de nous et une « animation » musicale nous berce jusqu’à plus de dix heures. Nous avons tout de même profité du wifi pour envoyer les messages en retard et goûté la margarita  locale, pas meilleure que les précédentes. Nous tentons de dormir…

 

Dimanche 20 mars : Nous nous levons avec le jour et dès que nous sommes prêts nous nous rendons à l’entrée du site archéologique. Il n’est pas encore huit heures, le guichet de vente des billets n’est pas encore ouvert. Alors que nous espérions être seuls ou à tout le moins peu nombreux à cette heure, il y a déjà foule, des touristes et aussi des Mexicains pour qui l’entrée est gratuite le dimanche. Nous décidons de reporter à demain la visite et de nous rendre aux deux sites de Bonampak et de Yaxchilan. Nous revenons sur nos pas, ne trouvons pas la route, retournons à Palenque pour apprendre que nous étions sur la bonne voie et qu’il fallait continuer pour trouver le bon embranchement. Une journée qui commence bien… et ce n’est pas fini… La route file dans la forêt défrichée pour des lopins de maïs ou pour des pâturages. La brume matinale ne se lève pas et recouvre tout le paysage. De longues lignes droites qui permettraient une bonne moyenne si à chaque maison, chaque village, heureusement pas trop rapprochés, ces maudits topes ne venaient briser notre élan à défaut des amortisseurs. Nous sommes au bout de deux heures au carrefour de la route de Bonampak. Nous devons régler une somme modique au bénéfice de la communauté des Lacandons, ce peuple presque disparu, mystérieux, redécouvert récemment. Nous continuons sur la route, passons un parking où se trouvent déjà des bus de touristes et continuons sur la piste. Nous sommes rattrapés par une voiture et son conducteur furieux nous intime l’ordre de faire demi-tour et de retourner au parking. Nous obéissons et apprenons que nous n’avons pas le droit de nous rendre au site avec notre propre véhicule, que nous devons OBLIGATOIREMENT emprunter un van de la communauté pour parcourir les derniers kilomètres et que ce transport nous sera facturé 200 pesos ! Je tente de discuter mais devant l’obstination adverse, nous décidons de renoncer et d’aller à Yaxchilan. Au passage, je me fais rembourser la taxe de la communauté et leur exprime ma façon de penser en parlant de racket ! Nous roulons encore quelques dizaines de kilomètres et arrivons à Frontera Corozal d’où il faut continuer en barque sur le rio Osumacinta. Rendu méfiant, je me renseigne sur les différents péages, taxes, contributions que nous aurons à régler. Tout d’abord celle, modique, de la communauté locale pour traverser le village puis le droit d’entrée au site que je suis le seul à payer puisque les locaux ont droit à la gratuité, gratuité que j’obtiens aussi pour Marie, non sans mal. Puis il faut trouver une lancha. On nous en propose à des prix bien élevés, rien que pour nous deux. Je me rends à l’embarcadère où je trouve deux couples de Mexicains avec qui nous marchandons le transport. Nous partons aussitôt dans une longue pirogue en bois avec moteur hors-bord et un toit en palmes pour nous protéger d’un soleil absent. Nous longeons à vive allure les berges de ce fleuve qui fait frontière avec le Guatemala et au bout d’une demi-heure, nous accostons sur une plage. Moi qui croyais encore naïvement être dans les rares visiteurs de ce site perdu dans la jungle, je me retrouve en compagnie de quelques dizaines de touristes que de nombreuses pirogues déposent sans arrêt. Après une courte marche sur un sentier encombré des racines de ceiba géants, nous découvrons les premières ruines, des formes pyramidales construites en briques, ce qui leur donne un aspect différent. Après avoir franchi un passage dans l’obscurité, nous débouchons sur une grande esplanade où divers bâtiments sont dégagés. Aucun n’est spectaculaire, des stèles peu lisibles sont éparpillées sur la place, debout ou couchées. Un bâtiment a encore des linteaux sculptés mais toujours aussi difficiles à déchiffrer. Le clou est un temple perché au sommet d’une colline qui domine la place et qu’un escalier de pierres disjointes permet d’atteindre. Marie m’attend pendant que je monte au pied de ce temple. Il a le mérite de posséder encore sa spectaculaire décoration faîtière, presque intacte avec ses niches carrées.

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Nous repartons, récupérons le camion et prenons le chemin du retour. Bientôt la pluie arrive et dure jusqu’à l’arrivée à Palenque. Nous ne retournons pas au camping trop bruyant de la veille mais en trouvons un autre plus rudimentaire. Nous fêtons comme il se doit le jour du Seigneur : vodka-orange ou vodka-tonic.

Lundi 21 mars : Il a plu toute la nuit et cela continue au matin. Nous n’avons pas très envie de nous lever et nous nous offrons une grasse matinée. Quand enfin nous sommes prêts, une diminution des précipitations nous fait espérer une visite possible de Palenque. Nous nous rendons à l’entrée du site, persuadés d’y trouver peu de monde mais il n’en est rien. Ni la pluie, ni le lundi n’ont dissuadé les amateurs de venir. Faute aussi de pouvoir nous garer au minuscule parking, nous renonçons une nouvelle fois et repartons en ville refaire un plein de provisions et notamment de cette charcuterie espagnole relativement bon marché qui a le mérite d’avoir plus de goût que les insipides jambons de poulet ou de dinde. En sortant du supermarché, nous discutons avec des jeunes francophones qui voyagent à cheval entre Mexique et Guatemala… La pluie a cessé, nous décidons de tenter notre chance une dernière fois et de retourner au site. Nous déjeunons rapidement au camion puis je dépose Marie à l’entrée et je dois aller me garer en contrebas. Nous parvenons aussitôt sur une vaste esplanade dont deux des côtés sont occupés par les constructions emblématiques de Palenque : le Temple des Inscriptions et le Palacio. Deux autres édifices précèdent le grand Temple des Inscriptions, ce sont aussi des temples au sommet de pyramides plus modestes et en moins bon état. 

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Celui des Inscriptions a l’avantage d’être interdit d’escalade, il se dresse donc sans aucune de ces fourmis généralement vêtues de couleurs vives et dont le seul but semble de se prendre en photo à chaque marche… En face, le Palacio est un bâtiment plus complexe, situé bien sûr sur une plate-forme et dominé par une tour carrée qui aurait été un observatoire astronomique. Il subsiste des traces de bas-reliefs sur des piliers carrés et d’encore plus vagues traces de peintures. Au milieu de ce palais, une cour carrée est entourée d’autres bas-reliefs représentant là aussi des chefs captifs dont l’avenir devait être compromis… Derrière, nous atteignons un autre ensemble de ruines, trois temples-pyramides du groupe de la Croix. Deux de ces temples ont encore leur décoration faîtière plus ou moins complète. Nous montons au sommet de deux d’entre eux pour admirer dans des chambres d’autres bas-reliefs toujours aussi énigmatiques, même avec leur description. Difficile de faire de bonnes photos, le ciel est résolument gris et la foule de touristes qui montent, descendent les marches et s’agglutinent devant les édifices n’est pas très esthétique ! 

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Une fois de plus, je suis très réservé sur la beauté de ces sites trop aménagés sur un gazon impeccable. Je les aurais préférés encore perdus dans la jungle et ce ne sont pas les feulements entendus des singes-hurleurs qui me feront changer d’avis. La reconstruction des escaliers trop bien réalisée, les bas-reliefs souvent remplacés par de pâles copies, font de ces sites des lieux sans âme, des « must » aseptisés pour tour-operator. Nous reprenons le camion, Marie aurait voulu que nous avancions mais je n’en vois pas l’intérêt et préfère m’arrêter tôt. Nous essayons un troisième camping, encore moins cher mais tout aussi rudimentaire. Des cabanas sommaires sont installées dans un joli parc fleuri mais les toilettes, douches… sont très mal entretenues. Il est vrai que pour le prix ! Nous allons prendre un pot sous l’agréable paillotte en relisant mon texte puis nous retournons au camion en pataugeant dans la gadoue.

Mardi 22 mars : La bande de jeunes campeurs a été particulièrement bruyante, discussion, rires et musique jusque tard dans la nuit. Je n’ai pas osé intervenir pour ne pas réveiller Marie ! Je dois nettoyer une à une les alvéoles des cales de mise à niveau qui se sont enfoncées dans la boue. Nous quittons pour de bon Palenque après un plein de gasoil. Nous ne sommes plus du tout en montagne mais dans une plaine à perte de vue et ce ne sont que des étendues consacrées à l’élevage, les champs de canne à sucre n’apparaîtront que sur la côte. Le ciel, encore gris au départ, s’éclaircit en nous rapprochant de l’océan. La route est presque continuellement rectiligne et même si la chaussée n’est pas toujours bonne, nous avançons vite. Nous attendons d’avoir retrouvé la mer à Champoton pour déjeuner mais la côte n’est pas belle, rocheuse, sans accès ou occupée par des gravières, les plages sont rares et réservées pour les parkings des restaurants, de modestes gargotes. Nous finissons par déjeuner sur l’aire d’une station-service ! Nous ne prenons pas l’autopista pour suivre la route côtière afin de ne pas rater l’entrée du Club Nautique qui serait aussi un Trailer Park, ce qui n’est pas l’avis des gardes qui n’ont jamais entendu parler de camping-car. Déconfits car nous espérions un bon camping avec le wifi pour répondre au courrier et mettre le blog à jour, nous continuons quelques kilomètres jusqu’à Campèche où nous entrons par le bord de mer. Nous trouvons rapidement un grand parking, indiqué par d’autres voyageurs où nous pouvons passer la nuit. Nous repartons aussitôt à pied pour explorer le centre ancien enfermé dans des remparts. Toutes les rues se croisent à angle droit et les maisons sont toutes sans étage à de rares exceptions près. Une campagne de rénovation de cette cité a permis de repeindre toutes les façades dans des tons pastel, les rues sont devenues des palettes de couleur, l’ensemble est un peu trop neuf aujourd’hui mais le temps passera…

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Beaucoup de fenêtres ressemblent à celles que nous avions vues à Trujillo au Pérou, de grande dimension, encadrées de stuc blanc et fermées par des grilles. Nous nous promenons en pestant contre les automobiles qui gâchent les perspectives puis revenons par la rue piétonne qui est, elle, envahie par les terrasses des bistrots à touristes. Nous nous asseyons à l’une d’elles, une (fausse) margarita  et un daïquiri (sans rhum…) justifient cette halte. Je vais rechercher l’ordinateur pour profiter du wifi. Nous apprenons aussi, par hasard, les attentats de Bruxelles, nous mettons aussitôt un message à Laurence. La barbarie est bien installée en Europe désormais ! Nous repassons par le Zócalo, calme puis Marie qui en est fan, va voir les fontaines musicales avant que nous ne rentrions au camion.

Mercredi 23 mars : J’ai bien du mal à ouvrir les yeux ce matin, la fatigue se fait sentir. Nous courons trop chaque jour, pressés par la date butoir du 20 avril à San José… La bouteille de gaz est vide ! La française nous sauve le petit-déjeuner mais il y a décidément un problème, peut-être de fuite. Dès que nous sommes prêts, nous retournons à l’entrée de la ville ancienne et rendons visite au Musée architectural maya, logé dans l’un des bastions des remparts. Y sont  exposées des stèles avec un dessin à côté montrant plus clairement ce qui est gravé dans la pierre, avec des explications en espagnol et en anglais. Nous comprenons mieux ces effigies de guerriers empanachés mais même avec des dessins certains restent obscurs. Les quatre styles de l’art maya selon les régions sont présentés mais au sortir, nous n’avons pas retenu grand-chose faute d’un tableau ou de dessins comparatifs. La vue depuis les remparts est à contre-jour donc peu intéressante. Nous quittons Campèche, sans nous tromper d’itinéraire, à l’instinct… Nous suivons une route étroite dans la brousse, souvent défrichée pour laisser la place à des champs et à des cultures à grande échelle. Nous retrouvons les petites cases mayas, de plan oblong, à toit de chaume, les murs ne sont plus que rarement en tiges de maïs mais en dur, terre ou désormais parpaings. En fin de matinée, nous atteignons notre premier site maya de la région, Sayil. Nous sommes presque seuls sur le parking et après déjeuner nous allons à la découverte du Palais, une superbe construction dont seule la moitié gauche a été restaurée. Sur plusieurs niveaux, deux principalement, des chambres ont été construites avec une décoration en façade remarquable, têtes du dieu de la pluie, Chac, pourvu d’un nez en trompe d’éléphant, dessins géométriques et grecques, en mosaïques de pierre, etc… 

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Nous marchons presqu’un kilomètre sur un sentier pour atteindre un temple-pyramide peu intéressant, nous transpirons à grosses gouttes bien qu’à l’ombre de beaux arbres d’où tombent des lianes dignes de Tarzan… Nous reprenons le camion pour continuer sur une route très étroite tracée dans la forêt et arriver à Labna. Là aussi, nous sommes presque seuls, ce dont nous avions rêvé ! Nous y trouvons un autre palais avec le même type de décoration en façade, des dieux Chac à trompe d’éléphant, des serpents dont la gueule grande ouverte laisse apparaître une tête humaine, des dieux les jambes en l’air, tout cela sur des frises qui courent sur toute la façade. 

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Une chaussée amène à un ensemble d’un bel arc et d’une pyramide-mirador dont la crête est en meilleur état que celle de Sayil. Nous revenons à l’ombre des arbres et repartons sans perdre de temps pour visiter Kabah avant l’heure de fermeture des sites, 17h ! Là, c’est encore un gigantesque palais dont la façade exceptionnelle est constituée, sur plusieurs niveaux, par plus de deux cents masques de Chac, peu ont encore leur nez entier mais l’effet est saisissant. 

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Nous en avons fini avec le programme des visites de la journée… Nous nous acheminons vers Uxmal, beaucoup plus fréquenté, des hôtels de standing hébergent des touristes fortunés et des installations plus élaborées que celles des sites précédents les attendent. Renseignement pris, nous pouvons passer la nuit sur un parking, à l’écart de celui du tout-venant, moyennant 131 pesos. Nous découvrons alors que nous avons le wifi, nous pouvons prendre connaissance du dernier message de Julie et tenter de mettre à jour le blog mais je perds la connexion et mon travail en même temps ! Je vais faire la queue pour prendre des billets pour le spectacle son et lumières. Plus de place pour celui de 19 h, nous patientons pour celui de 20 h. Nous traversons dans l’obscurité une partie du site, distinguons la masse de la haute pyramide à base elliptique puis grimpons occuper des sièges en plastique au sommet de l’un des côtés du Quadrilatère des Nonnes (nous découvrirons son nom par la suite…). Une musique tonitruante, un texte dit en espagnol évidemment, dont nous ne comprenons que quelques mots par-ci, par-là, et des éclairages qui mettent en valeur les décors des murs. 

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Au bout de dix minutes, je commence à me lasser de voir toujours les mêmes éléments colorés dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et je me promets bien de ne pas voir le son et lumières de Chichen Itza… Nous ne traînons pas pour rejoindre le camion et dîner.

Jeudi 24 mars : Nous avions mis le réveille-matin à 6 h 30 et à huit heures nous sommes dans les tout premiers devant la caisse du site pour être assurés d’éviter les groupes venus de Merida. Comme dans les autres sites majeurs dépendants de l’INAH (Instituto Nacional d’Antropologia et Historia), le prix d’entrée (pour les étrangers…) est de 65 pesos mais l’Etat du Yucatàn a décidé d’y ajouter une taxe de 148 pesos ! Il en sera de même à Chichen Itza… Nous pénétrons donc, de jour cette fois, là où hier soir nous avons vu des murs décorés et colorés sans trop savoir à quoi ils correspondaient. Nous passons au pied de la formidable pyramide de plan elliptique dont on ne peut plus gravir l’escalier vertigineux. Derrière, nous découvrons l’autre face où, dans une gueule terrifiante du dieu Chac, s’ouvre l’entrée du temple sommital.

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Nous pénétrons ensuite dans la cour de l’ensemble faussement appelé Quadrilatère des Nonnes, où nous nous trouvions hier soir. Les quatre côtés sont entourés de « Palais » dont la décoration de mosaïque de pierre est différente sur chacun mais où on retrouve toujours le masque de Chac, des serpents, gueule ouverte, des figures géométriques variées et quelques statues en plus ou moins bon état. 

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La restauration me paraît abusive, trop léchée, le dessus des marches a été cimenté, les flancs du jeu de pelote lissés, les pierres paraissent être sorties la veille de la carrière… Après avoir traversé le petit jeu de pelote dont un des anneaux-but a été replacé, nous arrivons à une autre longue construction, le palais du Gouverneur dont une des faces est aussi un remarquable travail de sculpture de la pierre avec toujours les mêmes motifs. 

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De la grande pyramide adossée à une colline, il ne reste qu’un escalier abrupt, un temple décoré de quelques représentations d’aras et une vue sur tout le site qui semble sorti de la brousse qui l’entoure. Dommage que le soleil soit voilé par des nuages mais nous avons aussi moins chaud. Nous avons passé deux heures sur le site et repartons à la fois contents et déçus. Sculptures et décorations superbes mais restauration trop parfaite… Nous reprenons la route et parvenons à midi à Merida. Nous décidons de nous rendre au Rainbow Trailer Park que certains signalent comme fermé, d’autres pas… Le trouver n’est pas évident, nous connaissons sa localisation, à 8 km sur la route de Progresso… A proximité, je demande à un policier de m’indiquer le chemin, il ne connaît pas, interroge avec sa radio ses collègues qui n’en savent pas plus… A une sation-service, on me l’indique à moins d’un kilomètre de la voiture de police, sur le même axe ! Nous trouvons un terrain désert qui semble abandonné, les installations tombent en ruine, la piscine n’a pas été remplie depuis des lustres… néanmoins le camping est ouvert ! Nous trouvons un emplacement avec le courant électrique et un robinet d’eau courante. Nous déjeunons puis repartons pour la ville. Nous apprenons vite que demain, Vendredi Saint, tout sera fermé et que nous allons donc devoir attendre samedi pour visiter le Musée du Monde Maya. Nous déposons du linge dans une lavanderia, refaisons un plein de gasoil et cherchons une station pour remplir notre bouteille de gaz, puis nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché Chedraoui, bien pourvu en produits d’importation ou de luxe culinaire ! Tout cela nous a pris du temps et il est dix-sept heures quand nous atteignons le centre-ville. Nous nous garons sur le Zócalo pour aller nous renseigner sur les festivités de demain mais il ne se passera rien avant 8 heures du soir ! Nous allons pouvoir nous reposer si tout est fermé. Nous ne sommes pas garés sur un emplacement autorisé je vais donc me garer plus loin puis je retrouve Marie. Nous traversons la place, interpellés trois fois par des propositions de visiter des coopératives mayas qui sont toutes fantaisistes et uniquement attrape-gogos. Nous sommes à la recherche de chemises guayabera pour Julie et Alex. Nous revenons vers le Zócalo, entrons dans la cathédrale, très fréquentée par une foule très décontractée qui papote, sifflote, se repose, court après les gosses, bref le dernier lieu à la mode ! La foule a envahi les rues et déambule à la fraîche. Nous allons comparer la margarita et le daïquiri locaux, léger mieux mais encore un gros effort à faire ! Nous revenons au camping, toujours aussi seuls. Nous nous préparons à dîner, je prépare des pommes de terre et au moment de les faire cuire le feu est très faible et l’odeur de gaz très forte dans le logement des bouteilles. Je finis par découvrir que le filetage sur le détendeur est détérioré, sans doute suite à trop de montages-démontages, lors des changements de bouteille. Je tente de démonter le détendeur, y parvient non sans mal, les vis sont grippées, mais je ne peux refaire le filetage trop abimé. Nous dînons froid. Problème pour demain (férié !) où trouver un détendeur avec filetage ISO… Douche peu avant minuit, pas d’eau chaude mais l’eau supposée froide est assez bonne !

Vendredi 25 mars : Grasse matinée au programme, petit déjeuner sans thé puis remplissage des réservoirs d’eau et nous partons en quête d’un détendeur, un jour férié ! Je commence par retourner à la station de remplissage de gaz qui, à ma grande surprise, est ouverte. On m’y indique une ferreteria, une quincaillerie susceptible d’être ouverte et d’avoir ce genre d’objets. Suite de mes surprises : elle est ouverte mais elle n’a pas l’objet convoité. On m’y indique une autre ferreteria, quelque chose comme « condipot », près de « cosco » et avec ça nous partons à la course au trésor… Un passant nous met sur la voie, « cosco » c’est Costco, un magasin de vente en gros que Marie avait remarqué et « condipot » serait « handymat ». Avec ces précisions nous revenons à Cosco mais là personne ne connaît de « handymat ». Nous abandonnons les recherches et allons au supermarché Chedraoui avec l’intention d’y acheter un réchaud de camping pour nous dépanner. Il y en a des sans cartouche de rechange et des cartouches d’un autre modèle sans brûleur… Je me renseigne auprès d’un employé qui me dit que je devrais trouver mon bonheur au « Home Depot ». Euréka ! Ne reste plus qu’à trouver le magasin… Deux ou trois aller-retour sur l’avenue où il est censé se trouver et nous finissons par le trouver. C’est l’équivalent local d’un Castorama. Je trouve le rayon des accessoires de gaz, des détendeurs mais aucun modèle ne correspond et les filetages ne sont pas les mêmes… Une piste abandonnée ! Nous décidons donc de chercher un réchaud et pour cela nous nous rendons au Walmart aperçu sur le périphérique en arrivant. J’y trouve un réchaud Coleman et des cartouches de rechange. Problème (provisoirement) résolu… Nous déjeunons dans le camion, tardivement car le temps a passé avec toutes ces allées et venues. Nous nous rendons au centre-ville. A un carrefour où j’avais l’obligation de tourner à gauche, je tourne à droite et suis arrêté par un policier. Depuis le temps que j’empruntais des sens interdits, franchissais des feux rouges ou effectuais des demi-tours non autorisés, ce n’est que justice ! Je suis menacé d’une multa mais nous plaidons notre cas de touristes imbéciles, perdus et ne parlant pas espagnol et parvenons à y échapper… Je me gare au même endroit que la veille et nous partons pour une tournée des boutiques. Objet recherché : des guayaberas, ces chemises cubaines en lin, avec des plissés et des broderies, pour Alex et Julie. Nous allons fêter cela à la terrasse d’un café sur une des nombreuses places de la ville. Son seul charme d’ailleurs… Je compte profiter du wifi mais pour démarrer je dois indiquer le nouveau code qui m’a été attribué et qui se trouve sur le téléphone portable, dans le camion… Je retraverse le centre-ville et reviens avec ce maudit code. Nous envoyons la carte électronique à tous les parents et amis puis répondons à quelques messages urgents. Nous retournons au Zócalo à la nuit et attendons devant la cathédrale qu’il se passe quelque chose… A huit heures, Marie qui rêvait d’une procession est satisfaite. Arrive un cortège silencieux, enfants de chœur, religieuses, boy scouts et fervents qui entrent dans la cathédrale, pas nous… 

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Nous allons dîner en apercevant au passage une attraction « maya » : des Indiens (?), déguisés, jouent à la pelote devant l’office du tourisme, consternant… Nous dînons au Chaya Maya, du poc chuc, de fines (elles sont toujours fines, quelle que soit la viande ou son utilisation !) tranches de porc marinées et grillées, servies avec une soupe de frijoles et tout un tas de sauces ou ingrédients. La viande est tendre et a bon goût. Marie qui avait pris un plat de poisson, crevettes, palourdes, poulpes cuits dans une feuille de bananier a moins bien réussi, tout a cuit trop longtemps et est réduit en purée. Nous allons reprendre le camion, resté seul dans une rue obscure, et rentrons au camping, toujours désert.

Samedi 26 mars : Encore une nuit à transpirer et juste quand il commence à faire frais, le soleil ressurgit et le mercure remonte… A neuf heures je dépose Marie devant le nouveau Musée du Monde Maya puis je vais me garer devant la lavanderia, je passe à la poste mais elle est fermée le samedi. Je traverse l’avenue et retrouve Marie dans le hall du musée. Nous commençons la visite par une évocation de la chute d’une météorite au nord de Merida qui serait peut-être à l’origine de la disparition des dinosaures et qui serait aussi à la source de la cosmologie maya. La salle suivante, à l’imitation des musées nord-américains, évoque le monde maya d’aujourd’hui, objets, photos, témoignages. Puis, après l’arrivée des Espagnols, ce sont les salles par thèmes que nous attendions consacrées aux civilisations mayas d’avant la Conquête. Ceux qui ont conçu ce musée n’ont pas lésiné sur les moyens et les ont eus ! Les gardiens sont nombreux et prévenants. Des dioramas évoquent des scènes de la vie à diverses époques, des films vidéo sont projetés dans des salles derrière des reconstitutions de tombeaux ou de pyramides. Nous en ressortons à midi, nous récupérons notre linge et prenons la route de Valladolid. Nous nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner puis continuons sur l’autoroute qui devient à péage. Il fait très chaud et je somnole au volant, je dois m’arrêter quelques minutes avant que nous ne parvenions à Pisté, le bourg proche des ruines de Chichen Itza. L’hôtel Piramide Inn accepte les campeurs, deux tentes sont installées sur ses pelouses mais le camion ne peut y accéder et nous devons rester devant la façade, sur le gazon tout de même. Nous nous précipitons à la piscine pour nous rafraîchir avant de faire la sieste sur les lits de repos en béton. Nous sommes dans un beau jardin mais tout laisse à désirer, piscine pleine de feuilles, lits de repos jamais entretenus et toilettes qui ne doivent pas être souvent nettoyées, pas de personnel en vue, le bar et le restaurant ne fonctionnent pas… Dommage ! Je vais vérifier dans le hall, seul endroit où le wifi est possible, que nous avons des messages. Quelques réactions d’amis à notre carte électronique. Faute de pouvoir commander quelque chose à boire au bord de la piscine, je vais confectionner des margaritas dans le camion et nous les sirotons avec des chicharrones en appréciant la fraîcheur du soir. Pour acquit de conscience, nous allons en ville vérifier qu’il n’y a pas de fête prévue ce soir. En guise de festivités il n’y a qu’une messe en plein air à neuf heures… Nous revenons à notre campement en espérant que le trafic routier sera moins intense dans la nuit…

 

Dimanche 27 mars : Pas le plus calme de nos bivouacs ! Nous sommes debout avec le soleil et bien avant huit heures nous sommes devant la porte du parking (payant) de Chichen Itza. Nous ne sommes pas les premiers et il faut attendre l’ouverture de la barrière à huit heures. Nous ne pouvons pas nous garer où nous voudrions et pas question d’expliquer que nous ne sommes pas plus longs qu’une voiture classique… Aux guichets c’est aussi la foule ! Là aussi en plus du tarif normal, l’état du Yucatàn a ajouté ses propres taxes et de 64 pesos, le prix d’entrée est passé à 232 pesos, pour les non-Mexicains ! Nous accédons au site au bout d’une courte allée occupée par les stands des vendeurs de souvenirs, têtes de morts de toutes les couleurs de préférence vives, reproduction de la pyramide en différents matériaux et dans toutes les tailles, tee-shirts « I love Mexico » ou « Calendario Azteca » etc… Nous découvrons la pyramide iconique de Chichen Itza, le Castillo, les quatre faces pourvues d’un escalier que l’on ne peut plus grimper, tant pis et tant mieux.

 

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Nous n’aurons plus une vue d’ensemble du site depuis le sommet mais il n’y a pas de touristes sur les marches ou au sommet. Ils sont tous au pied à se prendre en photo, les filles posant comme elles l’ont vu dans des magazines, les garçons prenant des poses censées avantager leur virilité… Nous commençons par aller voir de près le Jeu de Pelote, le plus grand de tous ceux du Mexique, deux murs dont la base est encore décorée par les frises de deux équipes de joueurs, le vainqueur décapite le capitaine de l’autre équipe… Autres temps, autres mœurs ! Nous continuons par l’examen de temples ou plateformes couverts de sculptures aussi sympathiques : un mur de représentations de têtes de mort, celles des perdants au jeu de pelote ou des sacrifiés aux dieux… Une autre plateforme est décorée avec des représentations de jaguars ou d’aigles dévorant des cœurs humains…

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Nous traversons l’esplanade centrale, nous faufilant entre les ombres bienvenues des arbres, pour photographier, entre deux groupes de touristes moutonniers, le Castillo, cette pyramide dont les escaliers sont bordés par des sculptures de serpents, la gueule ouverte à la base et dont le corps constitue la rampe. Pas question de voir de près les temples au sommet des pyramides, nous devons nous contenter de lire leur description dans le Guide Bleu, témoin d’une époque où le tourisme de masse n’en interdisait pas l’examen… Nous nous rendons ensuite près de la Pyramide des Guerriers qu’entoure le Groupe des Mille Colonnes, interdits d’approche, et dont seule une paire de jumelle permet d’apercevoir sur chacune d’elles les sculptures de guerriers fièrement empanachés et portant beaux ! Nous commençons à avoir chaud et donc soif. Le ciel a beau être couvert, le vent souffler, nous nous déshydratons vite et c’est la langue pendante comme le loup dans un dessin animé de Tex Avery (pour d’autres raisons…), que nous allons nous asseoir à l’ombre. J’abandonne Marie et retourne à l’entrée acheter une bouteille d’eau et un Coca Cola. Nous repartons pour le second groupe de ruines et à moins de cent mètres nous trouvons un marchand de boissons fraîches ! En continuant entre deux rangées de marchands de souvenirs (Imaginons des marchands de Tour Eiffel, de Sacré-Cœur, de tee-shirts « I love Paris » dans les jardins de Versailles !), nous parvenons à un espace qu’entourent divers monuments, un observatoire en forme de tour ronde prouvant les grandes connaissances astronomiques des Mayas, les restes de diverses structures et un ensemble baptisé par les conquérants espagnols de Temple des Nonnes dont les murs extérieurs sont superbement sculptés avec les habituelles représentations de Chac, de Quetzacoatl et autres dieux de cet heureux temps… 

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Nous en avons terminé, revenons vers la sortie et reprenons le camion alors que les cars de touristes affluent… Nous déjeunons à la sortie de la petite ville avant de reprendre l’autopista pour Valladolid. Nous y sommes bientôt et, très classiquement, nous commençons par aller nous garer sur le Zócalo pour faire un petit tour du centre-ville. Rien de remarquable, quelques rues ont vu les façades de leurs anciennes demeures restaurées, repeintes de couleurs pastel pour mettre en valeur leurs fenêtres et portes à grilles de fer forgé. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous prenons un pot dans un café avant de reprendre la route avec l’intention de nous rendre à Cobà mais nous arrêtons peu après au Cenote de Suy Tun. Un restaurant avec des bungalows, accepte que nous passions le nuit sur son parking avec jouissance de la piscine et du cenote. Nous nous rendons aussitôt à ce dernier. Il s’agit d’un lac souterrain qui communique avec l’extérieur pat une ouverture à ciel ouvert. Nous y descendons alors que tous les locaux en reviennent, et découvrons une immense grotte, peu éclairée, où pendent des stalactites de pierre et dont le fond est une réserve d’eau. Je vais m’y baigner, l’eau est fraîche mais pas désagréable, des poissons noirs peu farouches m’accompagnent dans mes quelques brasses. Nous revenons au camping et je me trempe dans la piscine nettement plus agréable. Les Mexicains venus passer le dimanche pascal s’en sont retournés, nous sommes presque seuls avec un couple d’Allemands en camper, eux aussi sur la route du Sud. Nous accomplissons nos devoirs journaliers avant de regagner le camion pour l’apéritif du dimanche 

Lundi 28 mars : Cachés sous les arbres, nous avons eu presque froid au matin mais bien vite nous recommençons à transpirer. Nous laissons nos coordonnées à Dagmar et Manfred pour le cas où ils voudraient partager un conteneur de Panama à Carthagène. Nous reprenons la route pour quelques kilomètres jusqu’au site de Coba, au bord d’un lac que fréquenteraient des crocodiles, nous n’allons pas vérifier. Coba est désormais dans les circuits touristiques et les bus de touristes principalement américains, venus de Cancun, sont nombreux. Nous devons payer 60 pesos le parking avant de pénétrer dans la forêt où se trouvent dispersés un grand nombre de monuments. Le premier groupe est proche, un Jeu de Pelote de petite taille, bien restauré, une pyramide aux gradins incertains, interdite d’accès et divers petits édifices sans décoration. Pour aller au-delà, il faut marcher plusieurs kilomètres ou louer des vélos et pour les moins courageux affréter un tricycle, solution que bien sûr nous retenons, Marie pour d’évidentes raisons et moi à cause de mon manque de confiance pour la « petite reine » et en dépit de toute la tendresse avec laquelle Bernard Blier qualifiait ainsi Arletty dans « Hôtel du Nord »… Nous voici partis, serrés sur une banquette, nez au vent, filant dans les sous-bois et nous arrêtant aux divers groupes de ruines. Rien de bien remarquable, le site est plus ancien et on ne trouve pas ici les remarquables décorations des palais et des temples de Chichen Itza ou d’Uxmal. Nous faisons halte au pied d’une grande pyramide qui reste accessible aux visiteurs. D’un microscope céleste on doit pouvoir observer les mouvements browniens d’homoncules agités en deux files, l’une montante, l’autre descendante, qui parfois se croisent, s’emmêlent, se bousculent mais continuent avec opiniâtreté, l’une de grimper à quatre pattes vers un but élevé, l’autre de tenter d’en revenir en tressautant sur les fesses de gradin en gradin.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

On peut aussi y voir un bel exemple d’acte gratuit puisque l’arrivée au sommet n’est récompensée par aucune vision exceptionnelle, une brousse à demi verdoyante couvre la région en-dessous sans la moindre aspérité pour y poser l’œil… Bien sûr j’accomplis mon devoir de touriste, montée, coup d’œil circulaire et descente. Un autre arrêt pour un linteau qui possède encore des traces de peintures. Il appartient à un petit temple, au sommet d’une pyramide ruinée dont l’accès est interdit et, vu d’en bas, on ne distingue pas grand-chose… Notre conducteur nous emmène à un dernier groupe, loin dans la forêt, passant devant de beaux figuiers. La spécialité du lieu est la stèle, debout, protégée par un auvent de palmes tressées et totalement illisible. Les épigraphistes ont eu pitié de nous et à côté de quelques-unes, un joli dessin montre ce que nous sommes censés voir, presque toujours un seigneur emplumé, foulant à ses pieds quelques malheureuses victimes ligotées. Nous regagnons la sortie, second arrêt boisson, puis nous repartons en direction de Tulum. Nous changeons d’Etat et d’heure en entrant dans le Quintana Roo où on ne pratique pas la surtaxe touristique sur les sites... Nous y sommes à temps pour aller déjeuner au Camello, un restaurant populaire, très fréquentée, quelques tables en terrasse, plus à l’intérieur. Nous parvenons à obtenir une table dehors et commandons tous les deux un ceviche mixto, poisson, crevettes, poulpe, calamar et autres fruits de mer… Un régal, le ceviche que j’aurais voulu avoir tous les jours, particulièrement copieux. Je finis la part de Marie ! Nous passons à la poste puis à l’information touristique avant de nous rendre au site. L’exploitation touristique y atteint des sommets ! L’entrée au parking est fixée à 120 pesos et suffisamment loin du site pour que l’on soit incité à emprunter un train touristique payant, de grossiers wagons tirés par un tracteur… Il faut encore marcher, l’entrée n’est pas située là où on vend les billets, il faut contourner l’enceinte fortifiée. Quelques monuments, temples et palais sont répartis au bord de la falaise qui domine des plages de rêve et où je préférerais me trouver plutôt que de transpirer à très grosses gouttes sous un soleil impitoyable. Marie a peur de ne pas avoir le temps de tout visiter mais il n’y a rien à visiter, tout est interdit, pas question d’approcher et d’apprécier les descriptions des guides ! La situation en bord d’une mer bleue de carte postale, la végétation, tout en fait un lieu exceptionnel mais on reste sur sa faim. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous revenons au camion alors qu’éclate une averse qui, passé un bref rafraîchissement, laisse monter du sol des vapeurs étouffantes. Nous nous rendons au supermarché Chedraoui refaire quelques pleins de boissons puis nous cherchons un endroit pour la nuit. Nous nous rendons sur la route qui longe les plages mais personne ne veut de nous ou demande des tarifs scandaleux. La nuit tombe, nous revenons nous garer sur le parking du supermarché. A peine installés, Chloé, Joël et leurs deux garçons viennent cogner à la porte. Ils sont sur la route, du Texas au Costa Rica, depuis quelques mois. Nous prenons l’apéritif ensemble à l’extérieur sur notre table, plus au frais que dans le camion.

Mardi 29 mars : avons passé une nuit au calme, seuls sur notre parking mais en sueur ! Nous reprenons la route, toute droite dans la brousse, une forêt pas très haute mais qui paraît impénétrable. Peu avant Chetumal, nous bifurquons pour approcher la lagune de Bacalar. Nous nous garons au balneario et allons voir de près les vacanciers profiter des joies de la plage dans une eau d’un bleu polynésien. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous jetons un œil au vieux fort espagnol qui protégeait la ville des pirates avant de continuer jusqu’à Chetumal. La ville reconstruite après un tremblement de terre n’est pas belle, sans le moindre charme. Nous allons nous garer derrière le récent Musée du Monde maya. Sur trois niveaux, censés correspondre à l’inframonde souterrain, au monde des vivants et au Ciel, sont présentés les caractéristiques des Mayas. Peu d’objets, des copies de mauvaise qualité et de nombreuses maquettes des sites majeurs, des reconstitutions de tombes ou de fresques. Le musée n’est pas climatisé et nous y transpirons… Nous rejoignons le Malecon que nous suivons jusqu’au  village de Calderitas où nous trouvons un très agréable camping en bord de mer. Nous nous installons au bar pour lire notre courrier, relire mon texte. Nous aurions bien aimé dîner au restaurant du camping mais cela ne semble pas être au programme, les tables sont débarrassées et le cuistot a disparu. Nous reprenons la voiture pour voir si les gargotes de poissons et fruits de mer que nous avions aperçues en arrivant voudraient bien de notre clientèle mais tout est éteint ou fermé. Dépités, nous revenons nous faire des pâtes avec du lard et une boîte de pâté espagnol.

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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 12:40

Jeudi 3 mars : Il semblait simple de sortir de la ville en direction de Mexico. C’était sans compter sur les indications illogiques des panneaux… Nous trouvons tout de même l’autoroute à deux fois trois voies pour Mexico. Son mauvais revêtement ne dissuade pas les chauffeurs de camions, de bus, de voitures de se ruer dessus, à qui sera le plus rapide, et tous dans les deux files de gauche, celle de droite est désertée !  Nous la quittons pour une autre à péage, plus étroite, jusqu’à Tula. Nous devons redemander notre chemin à plusieurs reprises, aucune indication, sauf quand on en est à proximité, pour signaler la zone archéologique. Nous nous arrêtons d’abord au supermarché pour refaire un petit plein de provisions avant de parvenir au site. Renseignement pris, la promenade peut nous prendre du temps, aussi déjeunons-nous avant. Nous gardons la visite du musée pour le retour et vaillamment nous partons sur le sentier tracé au milieu d’un jardin de cactus puis dans une brousse desséchée. Un kilomètre de marche avant d’arriver aux ruines des pyramides ! D’un côté les restes d’un jeu de pelote dont on voit bien la forme en double T mais toutes les décorations en ont disparu. Au pied de la pyramide principale un mur est couvert de métopes représentant des coyotes, des jaguars, des aigles dévorants des cœurs et en-dessous d’une frise en forme d’escargots, des serpents avalent des crânes humains. Nous voici mis dans l’ambiance ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous contournons la pyramide à cinq degrés pour accéder à l’escalier qui conduit à la plate-forme supérieure. Sa raideur effraie Marie qui ne veut pas monter. Je parviens donc seul au sommet et y trouve les quatre fameux atlantes sculptés avec tous leurs attributs, alignés avec des piliers carrés gravés de représentations de guerriers emplumés.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il n’est pas évident, même avec des descriptions détaillées (merci le vieux Guide Bleu !), de reconnaître parures et armes stylisées. Nous allons essayer de reconnaître les frises gravées sur les bancs d’un ancien palais puis nous prenons le chemin du retour. Nous passons au musée, quelques Chac Mol, ces statues d’un personnage couché sur le dos, tenant sur son ventre un plateau destiné à recevoir le cœur des sacrifiés, de la vaisselle et divers morceaux de statues ou décors sont exposés. Nous reprenons le camion et tentons de trouver la route pour Teotihuacan. Il nous faut demander à plusieurs reprises notre chemin, toujours tout droit à en croire nos informateurs, même quand il y a des fourches… Nous reprenons un bout d’autoroute puis devons en changer mais sans trop savoir lequel, nous parvenons même à faire un demi-tour sur une bretelle d’accès avec l’assentiment des préposés d’une guérite de péage. Nous devons très fréquemment régler des petites sommes pour peu de kilomètres avant de parvenir à Teotihuacan. Dans la petite ville, nous cherchons le Trailer Park. A un carrefour, je demande à un policier le chemin. Il arrête la circulation, nous fait tourner et court devant le camion jusqu’au carrefour où il nous indique la bonne direction. Pas eu le temps de filmer cette entrée VIP ! Nous trouvons le camping, une pelouse avec des branchements et pas mal de voyageurs dont un bon nombre de Français ou de Québécois. Deux Azalaï, sans leurs propriétaires, sont parqués ainsi que des véhicules sous bâche, en gardiennage. Nous discutons avec un Français parti en famille avec un camping-car classique sur les routes d’Amérique du Nord puis nous nous installons.

Vendredi 4 mars : Nous avions envisagé de nous lever plus tôt pour être sur le site des pyramides avant neuf heures afin d’éviter la massive arrivée des touristes. Effectivement, nous parvenons à nous lever peu après sept heures mais il est plus de neuf heures quand nous sortons du camping… La tenancière des lieux, très serviable, nous donne des informations et me prend un rendez-vous chez Land Rover pour lundi. J’apprends aussi, de Québécois, qu’il existe une réglementation contraignante sur la circulation dans Mexico afin de réduire la pollution. Nous pensions nous rendre sur le site avec le camion mais notre brave dame nous persuade qu’il est préférable de s’y rendre en taxi. Sauf que pour avoir un taxi, je dois marcher jusqu’au centre-ville… Il nous dépose à la porte la plus proche de la pyramide de la Lune où j’aurais bien aimé être le plus tôt possible mais Marie s’avise qu’elle voudrait commencer par le musée des peintures murales. Nous devons parcourir quelques centaines de mètres, à pied, pour atteindre l’entrée mais nous n’avons pas de billets, vendus à l’entrée du site… Les gardes ont la gentillesse de nous laisser entrer… Dans un ensemble de salle, sont exposés des fragments de murs couverts de fresques encore colorées. Animaux fabuleux, coyotes, serpents emplumés, jaguars et serpents, tous animaux mythiques représentant des déités, s’étalent sous nos yeux étonnés et peu avertis.

 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il nous faut ensuite revenir à la porte d’entrée, régler notre dû, Marie a droit à la gratuité. Nous ne sommes pas seuls, les scolaires en uniformes et particulièrement bruyants se précipitent derrière leurs instituteurs, plus intéressés par les marchands de souvenirs qui squattent tout le site et tentent d’attirer le client avec sifflets, trompettes ou autres instruments sonores. Nous visitons les Palais des Jaguars, des Escargots à plumes et de Quetzal-Papillon, aux noms évocateurs dus aux restes de fresques ou de sculptures qu’on y trouve. Puis nous débouchons sur la place devant la Pyramide de la Lune, encadrée par d’autres plus petites structures, toutes précédées d’escaliers. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il y a déjà bien du monde sur la place et aussi sur les escaliers de la pyramide. Marie, apeurée par les escaliers, renonce à en faire l’ascension. Je me lance seul, comprends vite que je n’ai plus les jambes et un souffle de jeune homme mais je parviens tout de même au premier palier. Un bienfaiteur de l’humanité a interdit l’accès aux autres niveaux. Qu’il en soit ici remercié… La vue s’étend sur toute l’allée au sud et sur les alignements de pyramides et de palais de part et d’autre. La masse imposante de la Pyramide du Soleil s’en échappe mais on ne peut ignorer non plus qu’elle est très fréquentée par les touristes, minuscules fourmis qui montent et descendent ses escaliers vertigineux. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Le ciel se couvre de plus en plus, la lumière est sinistre, trop tard pour les photos et le plaisir, déjà gâché par la foultitude scolaire et mercantile, n’est plus de la partie. Nous descendons tout de même la large avenue, dite allée des Morts, en passant devant des pyramides et des palais dont nous retrouvons les informations dans notre vieux Guide Bleu. La Pyramide du Soleil est encore plus impressionnante que celle de la Lune et ses escaliers paraissent mener droit au ciel ! Marie préfère m’attendre en bas tandis que, peu certain d’en atteindre le sommet, je me lance dans l’ascension. La première étape me paraît la plus difficile et les suivantes presque faciles. J’atteins donc le point culminant pour vérifier que la grisaille désormais recouvre tout, que les alentours urbains et industriels sont laids et que j’aurais mieux fait de rester couché ! Nous arrêtons pour un rapide pique-nique dans le vent puis nous continuons en direction de la « Citadelle », autre ensemble de petites pyramides autour d’une vaste esplanade, au fond de laquelle se dresse une plus haute structure qui cache le temple de Quetzalcóatl. Nous tentons d’en approcher en contournant la pyramide mais l’ancien chemin d’accès est désormais barré. Nous apercevons tout de même les massives et effrayantes sculptures de têtes de serpents et du Dieu Tlaloc qui, sur quatre étages, encadrent l’escalier de cette pyramide. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

,J’escalade la structure qui dissimule le temple et découvre que, de l’autre côté, des marches moins raides et des rampes d’escalier permettent d’approcher ces sculptures de très près. Certainement la partie du site la plus évocatrice de ce que devait être cette cité à son apogée. Nous sortons de l’enceinte principale, en traînant les pieds. Marie, puisqu’il est encore tôt, aimerait bien se rendre au Palais de Tetitla à quelques centaines de mètres. Après une marche pénible, nous atteignons les restes de ce palais. De nombreuses pièces conservent encore des bas de murs peints en rouge et des traces de fresques. Les plus intéressantes, dans un patio, protégées du soleil par des toiles déchirées montrent une effigie, dite de Tlaloc vert, une déité couverte de plumes et de bracelets encore très colorée. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Sur le chemin du retour, une voiture s’arrête et son conducteur très efféminé, véritable caricature, peut-être aussi alcoolisé, se propose de nous emmener à destination, ce qui nous arrange bien… De retour au camping j’apprends qu’il est nécessaire d’avoir un permis pour circuler dans Mexico certains jours. Je me connecte au site et après quelques manipulations, j’obtiens cette autorisation que je vais faire imprimer à proximité. Je demande ensuite à notre hôtesse de nous réserver une chambre dans Mexico mais tous les hôtels qu’elle joint sont complets. Le Français, Dani, vu la veille, vient nous donner des informations sur des lieux de bivouac possibles. Il reste prendre l’apéritif, bientôt rejoint par sa femme, Mylène, ses deux filles, sa belle-mère et l’ami de cette dernière. Huit dans l’Azalaï ! Sympathique soirée mais il faut encore que nous cherchions un hôtel sur internet, sans succès, puis dîner et enfin terminer mes tâches journalières.

Samedi 5 mars : Je sollicite encore notre hôtesse pour nous trouver un hôtel mais pour dimanche soir. Celui qu’elle nous trouve me paraît bien éloigné du Zocalo mais nous aviserons. Nous faisons nos adieux au couple de Français avec qui nous avons pris l’apéritif hier soir, Dani et Mylène, puis au couple d’Azalaïens qui eux aussi vont se diriger vers les Etats Unis. Nous retournons au site de Teotihuacan que nous contournons sur la chaussée empierrée, passant devant une multitude de restaurants qui promettent tous une « authentique cuisine mexicaine ». Nous parvenons au Palais Tepantitla où nous pénétrons sans que personne ne nous demande les billets. Ces ruines sont celles d’une grande habitation dont il reste quelques murs recouverts de fresques. Deux méritaient le détour : une représente le dieu de la pluie Tlaloc, très richement vêtu, colliers et plumes colorées sur la tête, l’autre est une image du paradis avec de petits personnages dansant, chantant ou jouant à la pelote. De leurs bouches s’échappent des phylactères dans lesquels s’expriment leurs paroles ou leurs chants. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous prenons la route de Mexico, l’autoroute qui pénètre dans la ville traverse des banlieues de maisons très simples mais violemment colorées. La misère est plus supportable avec des couleurs ! Bientôt des avenues fusent dans toutes les directions, nous sommes vite perdus et devons demander notre chemin à plusieurs reprises avant de trouver la bonne avenue, Insurgentes, dans la bonne direction. Nous traversons le centre-ville avec ses immeubles modernes dignes de n’importe quelle métropole nord-américaine. A l’approche de Coyoacan, le quartier où nous avons prévu de nous rendre, supposé être plus calme, nous devons redemander notre chemin à plusieurs reprises. Si le Gps ne nous avait pas paru nécessaire aux Etats Unis, ici nous regrettons de ne pas en avoir… Enfin, nous y sommes et nous trouvons vite le Musée Frida Kahlo. Nous nous garons à quelques rues et déjeunons dans le camion. Nous nous rapprochons du musée, un emplacement pour handicapés nous permet de stationner devant. Mais, si en 1986 nous avions été dans les rares visiteurs, aujourd’hui, il y a la queue sur le trottoir, en grande majorité des jeunes. Nous passons en priorité, l’entrée est chère, 140 pesos, comparée à celle des sites archéologiques. La Casa Azul, la maison bleue, l’ancienne demeure familiale de Frida Kahlo, est devenu un musée à sa mémoire. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Peu d’œuvres d’elle ou de Diego Rivera mais son intérieur, décoré avec des collections d’objets populaires et des pièces d’art précolombien, a conservé une atmosphère bien spéciale. Les murs bleus, le jardin de cactus, une fontaine en font une oasis qui me rappelle les jardins Majorelle à Marrakech. Dommage qu’il y ait tant de monde… Que penserait-elle, elle, membre du parti Communiste, de l’exploitation de son nom et de sa renommée par un mercantilisme éhonté ? Nous reprenons le camion pour nous rapprocher du centre de ce quartier. Nous nous garons le long du marché où nous jetons un œil puis nous allons nous promener en direction du Zocalo. Il semble que ce soit le lieu de rendez-vous de tout Mexico le samedi après-midi. Autour du kiosque central les familles se promènent, les enfants crient, les amoureux se bécotent et des marchands ambulants essaient de gagner quelques pesos, marchands de ballons, joueurs d’orgues de Barbarie désaccordés, bonimenteurs, musiciens etc… Nous suivons une rue où se trouvent concentrés un grand nombre de gargotes pour calmer les fringales des passants mais décidemment aucun plat ne nous fait saliver… Nous atteignons une petite place plus calme avec une petite chapelle. Nous revenons au camion et nous nous mettons en quête d’une rue pour y passer la nuit. Nous jetons notre dévolu sur une, proche d’un grand parc, mais le calme ne semble pas garanti.

Dimanche 6 mars : La nuit a été calme. Peu de voitures sont passées mais au matin les sportifs du dimanche viennent se garer pour courir dans le parc proche. Nous repartons, heureusement dans une circulation fluide, pour nous rendre à l’hôtel réservé, le Marlowe. Nous nous perdons un peu, demandons notre chemin, une conductrice de taxi nous donne quelques explications puis devant mon incompréhension manifeste, nous demande de la suivre quelques pâtés de maisons. Ensuite c’est un motard de la police qui nous escorte jusqu’au Palais des Beaux Arts. Quelques rues et nous sommes devant l’hôtel. Nous sommes bien attendus mais impossible de rentrer le camion dans le garage souterrain, trop bas de plafond et les hôtesses d’accueil se fichent que j’annule la réservation ! Je laisse Marie au camion et pars à pied à la recherche d’un autre hôtel. Même problème au « Antillas » et au « Diligencias ». Je pourrais parquer le camion dans un parking mais le prix pour 24 heures serait presque celui de la chambre ! Je finis par trouver un bel hôtel avec un grand garage, le « Garibaldi ». Je me dépêche d’aller rechercher Marie et le camion. Encore faut-il s’y rendre… Le dimanche, des artères sont interdites à la circulation et réservées aux cyclistes… Nous y sommes ! Nous pouvons avoir la chambre immédiatement et nous nous y installons. Le temps de consulter la messagerie puis nous repartons. Avant de nous lancer dans une longue et fatigante après-midi, nous déjeunons en face de l’hôtel d’un demi-poulet grillé avec une bière. Nous remontons ensuite en direction du Palais Bellas Artes. Au passage nous visitons la Poste aux allures, extérieurement, de palais vénitien revu par Viollet-Le-Duc. L’intérieur, art nouveau, est tout marbre et dorures avec un escalier qui occupe le centre du patio fermé par une verrière. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

La foule du dimanche se presse à l’entrée gratuite du musée Bellas Artes, décidément la culture a une place importante dans la société mexicaine aujourd’hui. Les grands muralistes, Orozco, Siqueiros, Rivera et Tamayo, occupent les murs du second étage avec des fresques si importantes qu’il est difficile de les voir en entier ! Nos préférences vont tout de suite à Rivera avec ces (très grandes) images de bande dessinée, racontant l’histoire du Mexique de la période pré-hispanique à la révolution. Lénine et Trotski ne sont jamais oubliés… 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Les salles sont réservées à des expositions, pas encore ouvertes. Nous traversons les jardins de l’Alameda, très courus. Nous sommes étonnés par le nombre de personnes qui se promènent en famille mais aussi par les effusions que se manifestent les amoureux qui ne doivent pas avoir le temps de se bécoter les autres jours et se rattrapent aujourd’hui ! De l’autre côté de la place, le musée Diego Rivera, également gratuit le dimanche, n’a qu’une seule fresque à montrer, « Le Songe d’un après-midi Dominical dans le Parc de l’Alameda », mais c’est une grande réussite. Tous les personnages de l’histoire du Mexique, depuis Cortès, sont rassemblés autour du squelette d’une Catrin, femme habillée en blanc d’un boa et d’un chapeau à  plumes, donnant le bras à Frida Kahlo. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Un concert de piano est donné dans la salle d’exposition. Nous nous intéressons à un certain Pablo O’Higgins, qu’une exposition temporaire présente. Il a été dans l’entourage de Rivera et ses dessins préparatoires à des fresques, mettant en évidence le travail de conception géométrique, sont très intéressants. Nous nous rendons ensuite au Musée d’Art Populaire. Un extraordinaire musée où, sur trois étages, sont particulièrement bien mis en valeur des objets récents d’art populaire de tout le Mexique. Des masques, des objets de dévotion, des animaux fantastiques, des diables, des « arbres de vie », des sirènes, des dessins sur papier colorés mais tout est très coloré ! Une salle est consacré aux calaveras, ces représentations où tous les personnages sont sous forme de squelettes, souvent ricanant et dans tous les actes de la vie courante. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous marchons, jusqu’à la tour Latino-Américaine où un ascenseur nous expédie au 42 ème étage avec une vue sur tout Mexico et même, dans le lointain, sur le Popocatépetl bien calme. Nous apercevons le Zocalo, la cathédrale et le Palais National. Nous prenons un pot au bar de la tour en attendant la nuit mais nous ne sommes pas à Las Vegas et peu d’immeubles sont éclairés. Nous achevons la soirée en revenant à la place Garibaldi qu’occupent de nombreux groupe de mariachis en costume noir mais aussi des norteños avec leur chapeau cow-boy et leur accordéon ainsi que des groupes de Vera Cruz tout en blanc avec un harpiste. Les bandas sont loués pour donner l’aubade à des filles, certains dansent. Nous nous installons à la terrasse d’un café et commandons des margaritas. La table voisine est occupée par des jeunes bien éméchés qui ont loué un orchestre de mariachis, les filles les accompagnent en buvant des bières, dansent avec leur amoureux. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

A d’autres tables proches, des concerts sont donnés dans la plus complète cacophonie. Nous dînons  avant de faire un dernier tour puis regagnons la chambre. Je dois encore essayer de trouver sur internet l’itinéraire pour me rendre chez Land Rover demain matin avant de m’occuper des photos, me doucher et taper ces lignes.pour me rendre chez Land Rover demain matin avant de m’occuper des photos.

Lundi 7 mars : Très mal dormi, literie inhabituelle. Je me lève peu après six heures et demie et prends le camion. Dès le début je me trompe mais me rattrape vite et je trouve l’avenue Insurgentes que je suis trop longtemps, sans trouver de panneaux indiquant l’avenue Division del Norte que je dois prendre. Je demande très fréquemment mon chemin à des automobilistes et je parviens à huit heures au garage, avec une heure d’avance sur le rendez-vous. Service à l’européenne avec personnel stylé, locaux aseptisés, clinique automobile en quelque sorte ! On me précise le tarif pour la vidange, là aussi comme en Europe… Je laisse le camion, on doit me prévenir en cas de surprise et on me raccompagne à la station de métro proche. Les stations et les rames sont très propres, les passagers dorment ou lisent des journaux à scandale. Long trajet avec une tout aussi longue correspondance, mais avec des escalators et des tapis roulants. La place des mariachis est plus calme, seuls les derniers clochards cuvent leur alcool, avachis sur les bancs. Le quartier est celui des exclus de la société, des « Sans Domicile Fixe » particulièrement repoussants, vêtements, aspect et odeur, rarement vus ailleurs ! Je retrouve Marie à la chambre qui dormait encore ! Nous nous mettons en route, déposons du linge à laver à la lavanderia puis, par des rues du centro historico, peu intéressantes, nous parvenons à la place Santo Domingo. Nous allons voir l’église du même nom, façade churrigueresque et retables dorés à l’intérieur avec des chérubins à tous les étages. Un des côtés de la place est occupé, sous les arcades, par des imprimeurs, l’autre par le Ministère de l’Education connu pour ses fresques des Muralistes mais l’entrée nous en est interdite aujourd’hui ! Nous atteignons les arrières de la cathédrale que nous contournons pour parvenir sur le Zócalo. Belle place bordée sur trois côtés par des palais d’une grande uniformité dont le Palais National, mais tout est gris, un bon ravalement ne serait pas du luxe ! Et le soleil caché n’arrange pas les choses…

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous visitons la cathédrale, belles orgues, autels dorés et sacristie avec de grands tableaux difficiles à apprécier avec les reflets lumineux. Nous allons déjeuner au restaurant « Populare ». Ce n’est pas très cher mais les tranches de viande sont bien minces et en particulier la soi-disant côte de bœuf de Marie. Le soleil parvenant à se faufiler entre des nuages, nous retournons faire des photos sur la place puis nous suivons la rue Madero, piétonne, paradis des bijoutiers. Nous allons manger une glace pour bénéficier du wifi dans l’attente d’un message du garage Land Rover. Nous passons devant quelques palais coincés entre des bâtiments modernes. Nous allons voir l’église Saint François d’Assise, grands tableaux sulpiciens puis la maison des Azulejos qui, comme son nom l’indique, est couverte extérieurement de carreaux de faïence. L’intérieur est un café chic avec une fresque d’Orozco dans l’escalier, une fontaine et un décor rafraîchissant.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous rentrons à l’hôtel corriger mon texte et écrire à Julie. Nous allons prendre une margarita à la terrasse de l’hôtel. Encore un cocktail qui ressemble plus à une limonade qu’à de la tequila mâtinée de citron vert… Nous faisons un dernier tour sur la place, quelques groupes de musiciens se produisent mais ce n’est plus la chaude atmosphère d’hier soir. Nous remontons dîner de côtes de porc fumées achetées dans une boucherie avec des chips. Je redescends mettre le blog en ligne mais la connexion n’est pas très bonne et je remonte sans en avoir terminé.

Mardi 8 mars : Réveillé tôt, je lis les messages envoyés pour me souhaiter un bon anniversaire. La connexion depuis la chambre étant bonne, je finis de mettre à jour le blog. Nous descendons prendre le petit-déjeuner, très quelconque, toast, confiture et thé à goût de café. Je vais rechercher le linge à la lavanderia mais elle n’ouvre qu’à dix heures. Nous partons en taxi au Zocalo et voulons entrer au Palais National mais là aussi l’ouverture est à dix heures. Nous patientons avec d’autres touristes. Après avoir montré patte blanche, nous pouvons pénétrer dans la cour du Palais. Le double escalier qui emmène à l’étage est décoré d’une belle fresque de Rivera avec encore tous les personnages de l’histoire mexicaine. D’autres fresques, toujours de Rivera, occupent des murs de la galerie, elles évoquent un âge d’or des temps pré-hispaniques, la dernière montre l’arrivée des Espagnols représentés avec des groins de cochons ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous parcourons ensuite une belle exposition sur les masques anciens et récents, en grande majorité mexicains mais aussi africains et même asiatiques. Rapide visite à la salle de l’ancien parlement. Nous devons traverser la moitié du palais pour ressortir. Dehors une troupe de danseurs et de musiciens célèbre la Journée de la Femme. Nous nous rendons au Templo Mayor, entrant par la sortie… Je dois contourner un bloc d’immeubles pour aller acheter les tickets et revenir chercher Marie. Nous parcourons, sur un passage construit au-dessus des ruines de Tenochtitlan, les restes des pyramides successives édifiées les unes sur les autres avant qu’elles ne soient rasées par les conquistadors. Il subsiste quelques éléments de décors, têtes de serpents, mur de crânes et quelques traces de fresques. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Le temps passe et j’attends un message de Land Rover qui doit préciser les travaux à effectuer, notamment le jeu dans le différentiel et leur montant. Je veux retourner à l’hôtel pour trouver le message, aussi j’abandonne Marie au musée du site et retourne rapidement à la chambre. Au passage je récupère le linge. Pas de message, j’en envoie un pour préciser que j’attends le devis pour décider quoi que ce soit. Retour épuisé au musée pour retrouver Marie. Nous allons avaler rapidement, Marie des quesadillas qui ne la satisfont pas et moi un hamburger juteux… Nous nous mettons d’accord avec un taxi sur un tarif pour nous emmener au Musée d’Anthropologie, à Chapultepec. Superbe musée avec des pièces de très grande qualité, bien mises en valeur, une salle par grande civilisation avec des reconstitutions de temples ou de tombes, mais qu’il est vaste ! Nous y passons quatre heures, en examinant chaque objet au début, passant négligemment devant les vitrines sur la fin… Nous en ressortons à la fermeture à sept heures et marchandons un autre taxi pour nous ramener au Zócalo, en nous traînant dans les embouteillages, sous un orage. Nous allons fêter mes soixante-dix ans au restaurant des Deux Sirènes, au second étage d’une ancienne demeure. Nous nous installons sur la terrasse malgré le vent et la fraîcheur, avec une vue sur l’arrière de la cathédrale et le Palais National, trop peu éclairés. Nous espérions des plats raffinés, nous sommes très déçus, toasts au crabe très quelconque, sans grand goût puis un poulet à la mangue pour Marie, servi à peine tiède, avec encore une sauce à base de tomate et pour moi du poisson à la douteuse fraîcheur et des mariscos, en fait quelques morceaux de poulpe et de calamars avec deux crevettes et un crabe dans une sauce toujours à base de tomate. Nous ne nous régalons pas et rentrons, encore en taxi, à l’hôtel. Je trouve un message de Land Rover me proposant le remplacement d’un différentiel et de la boîte transfert pour 12000 euros ! Je ne sais pas si je suis pris pour un pigeon ou si je dois m’inquiéter pour la suite du voyage !

Mercredi 9 mars : Au petit déjeuner, pas de thé ! Je m’en étonne, réponse : au Mexique on ne boit pas de thé au petit déjeuner et si nous en voulons c’est en supplément ! Il ne fait pas beau et surtout un vent très frais souffle sur la ville. Comme nous l’avions prévu, nous nous rendons à pied au Ministère de l’Education pour voir ses fameuses fresques. Là, nouveau refus de nous laisser entrer, du moins pas avant trois heures de l’après-midi. Nous tentons de parlementer, demandons à parler à un responsable, le ton monte, les oiseaux ont des noms différents à Mexico… Nous cherchons ensuite le collège San Ildefonso, Nous finissons par le dénicher, et là, moyennant un droit d’entrée, nous pouvons visiter. Beau patio et arcades sur deux étages. Des fresques d’Orozco et d’autres Muralistes moins connus, Leal, Charlot, décorent l’escalier et certains murs des galeries. Celles d’Orozco, au rez-de-chaussée, toujours aussi engagées politiquement, sont plus intéressantes que les précédentes vues à Guadalajara. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous demandons à voir la fresque de Rivera dans l’amphithéâtre, il n’ouvre qu’à midi. J’abandonne Marie et pars sous la pluie, dans le centre, à la recherche d’une banque pour tirer des pesos puis je reviens à midi pile. Nous pouvons entrer dans une salle à gradins dont le mur du fond est couvert par la première fresque de Rivera. Etonnante par le thème choisi, la Création du Monde où, certes, l’Homme remplace Dieu, et aussi par la technique, très byzantine, dorures et auréoles autour de la tête des Muses et des Vertus, Adam et Eve et leur copain le serpent occupent le premier plan. Nous voulons voir d’autres murales de Siqueiros au Museo de la Luz mais il est en travaux et nous ne pouvons entrer. Nous prenons un taxi pour revenir à l’hôtel. Son conducteur, volontairement ou par ignorance des rues, nous fait faire un grand détour, je dois même lui indiquer où tourner, avant de nous déposer. Nous déjeunons très simplement au restaurant de l’hôtel puis nous récupérons notre sac et allons prendre un taxi. Celui-ci ne semble pas très bien connaître la destination indiquée et je ne suis pas mécontent de constater que, tout comme moi, il doit demander son chemin à des passants ! Nous voici au garage Land Rover. Sourires, amabilités, discours débités trop rapidement, nous attendons qu’on nous amène le camion. Plus question de frais indispensables, de disques de freins, de fuites d’huile… Je règle la note augmentée de frais de lavage carrosserie et moteur… Nous n’allons pas loin, au plus proche supermarché, un Soriana dont le parking est payant ! Nous refaisons les pleins de provision, notamment de charcuterie ibérique. Puis nous cherchons la sortie de Mexico. Nous abandonnons le projet d’aller à Xochimilco, il pleut et la météo est encore pire pour demain. Un aimable conducteur nous met sur le chemin, réseau de voies rapides où l’on n’a pas le droit à l’erreur ou à la moindre hésitation… Nous passons la première (?) guérite de péage sur l’autoroute de Puebla et arrêtons aussitôt à une station Pemex. Nous retrouvons nos marques dans le camion, tout en constatant que non seulement nous avons payé un lavage du camion mais qu’il nous manque des papiers qui traînaient entre les sièges et que mon tapis de sol a disparu… Je me console d’un piètre repas d’anniversaire par une vodka-tonic avec des huîtres fumées…

Jeudi 10 mars : Bonne nuit, sans trop de bruit avec le toit baissé. Il continue de pleuvoir par intermittence avec des éclaircies. Nous repartons, aussitôt nous grimpons un long col dans lequel le camion tousse au début, avant que le moteur ne soit chaud. Nous descendons sur Puebla sans jamais avoir aperçu ni même deviné les volcans. La signalisation routière étant toujours aussi mauvaise, nous devons demander notre chemin pour trouver Cholula. Nous savons que nous y sommes quand nous distinguons la masse de la pyramide enfouie sous une colline, surmontée d’une église. Nous trouvons facilement le camping au motel Las Americas, déjà occupé par quelques camping-cars. Nous repartons aussitôt à la recherche des trois églises des environs que nous tenons à revoir. Trouver la première, Tonantzitla, pourtant proche de Cholula, se révèle de la plus haute difficulté. Nous suivons des routes de campagne qui mènent toutes à des villages pourvus d’une église qui ressemble à celle recherchée mais n’est jamais la bonne et les indications recueillies sont toujours les mêmes : « Todo derecho… », « A la esquina… », « A la vuelta… » et sont bien insuffisantes. Mais nous finissons par la trouver. Une petite église avec une façade couverte de carreaux de faïence rouge au milieu desquels sont incrustées deux ou trois statues naïves de saints (?) à faciès indien. L’intérieur est époustouflant : murs, voûtes, plafonds sont couverts de figures de chérubins, d’anges, tous très colorés. Où que se pose le regard, ce ne sont que des figures grossièrement sculptées et peintes. Leur abondance, leur adaptation des grands thèmes du catholicisme laissent pantois. Pas question de prendre des photos, nous sommes surveillés de près. A la sortie les Indiens du village vendent des photos, des livrets et même un dvd que nous voulions acheter mais le système local n’est pas le même qu’en France. Je m’étonne qu’on ne puisse pas prendre de photos, on me répond qu’à Paris on ne peut pas prendre la Joconde en photo ! Nous trouvons plus facilement la seconde de nos églises, au village d’Acatepec. Sa façade est du même type avec plus de couleurs dans les faïences, ses tours sont aussi délirantes, couvertes de représentations incrustées dans les colonnes. L’intérieur, où nous pouvons prendre des photos, est aussi couvert de ces chérubins que le baroque a tant aimés dans les décors de ses églises et que l’on retrouve de la Sicile au Mexique. Mais ici la couleur a été moins utilisée, par contre les dorures sont plus importantes, feuilles et volutes dans lesquelles se cachent chérubins et personnages abondent.

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous reprenons la route de Puebla et dans sa banlieue, au village de Tlaxcalancingo absorbé par la ville, nous nous contentons d’apercevoir la façade de l’église, semblable aux précédentes, avec en plus un dôme couvert de faïences jaunes et bleues. L’église est fermée, nous déjeunons dans le camion, au chaud mais, à l’heure annoncée de son ouverture, elle reste close, aussi repartons nous et entrons dans Puebla.

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Nous parvenons au Zócalo mais il n’y a aucune place de stationnement dans les rues et les parkings sont soit sous-souterrains, soit de hauteur très limitée, en tout cas trop pour nous. Nous devons nous éloigner du centre pour en trouver un. Nous prenons un taxi pour retourner au Zócalo. Une belle place, très espagnole, avec bien sûr la cathédrale sur un côté, pas très belle. Dommage que les pinacles et les parties colorées en beige et brun ne l’emportent pas dans la perception de cette massive et grise construction. Nous allons voir une curieuse maison, semblable à beaucoup d’autres maisons du XVIII° siècle de cette ville. Sa façade, comme les églises de ce matin, est couverte non pas d’azulejos, bleus et blancs, mais de talaveras, petits carreaux de faïence souvent couleur brique mais aussi jaunes ou verts. Les tours des fenêtres, les galeries des étages, les colonnes, sont de la crème chantilly en plâtre, même exubérance, même délire décoratif ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous contournons la cathédrale pour visiter une ancienne bibliothèque d’une congrégation religieuse. Une grande salle où les livres anciens, très anciens même, s’alignent sur trois étages dans des meubles en bois qui fleurent bon l’amour des études, la littérature et les sciences, même si la plupart sont en latin et sans doute peu divertissants… Nous aurions voulu visiter une maison ornée intérieurement de fresques mais elle est fermée et aucune indication ne précise à quelle heure elle pourrait bien ouvrir… Toutes les rues du centre offrent de superbes perspectives de maisons cossues, à deux  ou trois étages, aux façades colorées, parfois couvertes de talaveras. Nous traversons la cathédrale, des chapelles fermées par des grilles dorées et une nef immense, pour retourner sur le Zócalo. Nous passons devant l’église de la Compaña, la Compagnie des Jésuites, pourvue d’une belle façade churrigueresque rigoureusement blanche. Plus loin, la Maison Alfeñique est aussi d’une décoration extravagante, une meringue de pierre, chaque fenêtre est pourvue d’un encadrement digne d’un portail de palais de conte de fées ! Nous nous dépêchons d’arriver à l’église Santo Domingo avant 18 heures pour admirer la Chapelle du Rosaire avant l’heure de la messe. Comme dans les églises de ce matin, les têtes de bébés joufflus constituent la base de la décoration délirante de cette chapelle, l’or recouvre tous les détails décoratifs, des gargouilles vomissent des flots d’or, les sirènes sur les corniches en restent muettes ! Nous aussi…

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Je vais rechercher le camion puis nous retournons à Cholula, sans nous tromper. Nous nous installons dans ce camping plus très bien entretenu mais il y a des douches chaudes et le wifi fonctionne correctement. En voulant profiter du branchement électrique, je tombe dans un trou d’eau croupie, nauséabonde, ce qui me met de mauvaise humeur pour le reste de la soirée.

Vendredi 11 mars : Nous avons eu froid cette nuit, bien que le toit ait été baissé. Je pense même qu’il a pu neiger sur le Popocatépetl. La pluie a cessé, le ciel est parfaitement bleu et le soleil nous réchauffe. Nous commençons par nous rendre sur le Zócalo d’où nous apercevons, étonnés et ravis, les deux volcans : le Popocatépetl à la forme quasi parfaite et dont on distingue bien le cratère d’où s’échappe un filet de fumée et l’Iztaccihuatl moins haut et moins spectaculaire. Tous deux comme je l’avais envisagé ont leur sommet enneigé qui se détache sur le ciel bleu. Nous allons voir de plus près les chapelles de l’ensemble religieux qui occupe un des côtés du Zócalo. Rien de remarquable. Nous reprenons le camion et allons nous garer au pied de l’ancienne pyramide, informe, transformée en une colline au sommet de laquelle trône, victorieuse, une église. Nous montons les escaliers qui y conduisent. Du sommet, les vues sur les volcans, la ville de Cholula et ses églises, de l’autre côté celle de Puebla, et sur le troisième volcan plus éloigné, La Malinche, sont superbes et inespérées. 

 

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Nous retournons à Puebla, Marie a envie de voir une dernière église et de goûter à la spécialité locale, le mole poblano. Nous parvenons à nous garer à proximité de San José, massive construction mais avec une façade en talaveras enlaidie par des décors occasionnels autour du portail. A l’intérieur, les chapelles sont toutes baroques, couvertes d’or, mais ce qui nous retient ce sont les personnages, principalement le saint patron, San José, représenté sous la voûte en diverses positions, toujours très coloré. D’autres statues, amusantes et naïves, sont collées aux parois en plusieurs endroits. Si les yeux sont comblés, les narines aussi ! Dans toutes les églises, des brassées de fleurs, souvent des lys entêtants, sont disposées aux pieds des autels. Nous reprenons le camion et allons le garer dans un parking près de la maison dite Casa del Deàn que nous avions trouvée fermée hier. Nous pouvons la visiter ou du moins les deux seules pièces d’une vaste demeure qui ont échappé à la fureur des démolisseurs. Ces deux salles sont intégralement couvertes de fresques de la fin du XVI° siècle que l’on ne s’attendrait pas à trouver au Mexique. Des Sybilles à cheval, vêtues à la mode de la Renaissance, prophétisent la venue du Christ dans des décors européens. Les frises supérieures et inférieures sont composées d’animaux du Nouveau Monde. La seconde salle reprend le thème des « Triomphes » de Pétrarque. Des chars tirés par divers animaux (des licornes !), montés par Laure, par les Parques, par Cronos etc… écrasent d’autres personnages, toujours dans un décor que l’on aurait plus attendu dans un palais florentin ou dans un château du Val de Loire ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Pour nous remettre de cette bonne surprise, nous allons déjeuner au restaurant « El Mural de los Poblanos ». Dans un agréable patio, des serveurs très stylés nous servent, à Marie une cuisse de poulet avec le fameux mole poblano, une sauce composée de divers ingrédients dont du piment mais aussi et, plus surprenant, du chocolat qui me paraît trop l’emporter et à moi des crevettes au mezcal, bien bonnes ma foi ! Nous avons eu droit à des mises en bouche et à un digestif. Deux verres de bons vins ont fait glisser les mets et c’est contents de cette escale que nous quittons Puebla en prenant l’autopista, à péage, parfois à deux fois deux voies, parfois route ordinaire mais rapide, sans traversée d’agglomérations et donc sans topes. Le plateau sur lequel nous roulons s’abaisse tout doucement, les cactus réapparaissent, de beaux cactus-colonnes fièrement dressés en rangs serrés. Nous grimpons dans la montagne, passons un col avant de redescendre sur la vallée d’Oaxaca. Nous avançons bien mais je commence à fatiguer et nous ne trouvons pas de bivouac possible. C’est la nuit tombée que nous entrons dans la ville dans une circulation toujours aussi démente. Nous avons les coordonnées d’un Trailer Park et en les suivant avec le gps nous trouvons facilement l’endroit. Le gardien nous ouvre mais précise qu’il n’y a plus aucune installation, que nous pouvons nous garer mais que nous devrons partir à sept heures demain matin et comme il a la prétention de nous faire payer plein tarif, nous repartons. Ne sachant où aller, nous nous garons dans la rue voisine, le long du trottoir. Pas le meilleur endroit pour être au calme… Dîner tardif, écriture encore plus…

Samedi 12 mars : Nous quittons notre rue, calme dans la nuit, et cherchons le centre-ville historique. Nous savons que nous y sommes quand nous roulons sur des rues pavées entre des maisons basses, colorées. Pas question de se garer à proximité du Zócalo, les locaux stationnent en double file ! Comme nous avons l’adresse d’un parking où on peut stationner toute la nuit, nous nous y rendons. C’est une grande cour, à l’écart de la rue. Nous nous mettons d’accord sur le prix puis partons à pied. Quelques quadras pour arriver à l’église de la Soledad. Belle façade taillée comme un retable dans une pierre claire, des saints à tous les étages… A l’intérieur une multitude de retables dorés que nous ne regardons plus que d’un œil distrait. Des anges, qui semblent flotter dans l’espace, soutiennent des lustres. Derrière l’église, un musée présente un bric-à-brac bizarre, photos de prélats, robes indiennes traditionnelles et une belle collection d’ex voto etc… Nous continuons à pied, passant devant d’autres églises qui ont toutes un petit quelque chose d’intéressant mais il y en a trop ! Les maisons, sans étage, à cette distance du centre sont toutes peintes en bleu ou en rouge sombre et pourvues de grilles en fer forgé aux fenêtres. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous rejoignons le Zócalo, belle place carrée, très ombragée, presque trop puisqu’on n’aperçoit guère les arcades sur ses côtés. Nous allons voir à quelque distance, dans une belle demeure ancienne en pierre, le Musée du Textile. Peu de salles, petites, où sont bien présentés des tissus du monde entier mais principalement du Mexique. Nous y admirons de beaux rebozos, comme nous aimerions en trouver pour rejoindre notre collection… Nous retournons au Zócalo et déjeunons dans un restaurant sous les arcades. Mal ! Marie a commandé de la carne de bœuf grillée, une feuille de papier à cigarette, servie à peine tiède et moi du poulet en mole negro, la spécialité d’Oaxaca. Je ne vois pas la différence avec le mole poblano de la veille. Elle réside paraît-il dans le choix des piments ! Nous repartons par la calle Ayala, piétonne, bordée de belles demeures anciennes en pierre, avec un étage. Marie commence sa quête des cadeaux et visite chaque boutique rencontrée. Nous atteignons le parvis de l’église Santo Domingo où la façade de l’église immanquablement baroque est précédée de plantations d’agaves alignés comme à la parade. Le couvent qui est accolé à l’église, une très vaste construction, a été transformé en musée. Après un beau cloître entouré d’arcades sur deux étages, autour d’une fontaine majestueuse, un bel escalier, aux murs encore décorés de fresques, conduit aux cellules devenues salles d’exposition. 

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Toute l’histoire du Mexique y est évoquée, des temps pré-hispaniques avec une collection de vaisselle, d’urnes funéraires, de poteries. Une salle est consacrée au trésor trouvé dans une tombe de Monte Alban, colliers, boucles d’oreilles, masque funéraire du défunt, pectoraux en or, en turquoises etc… Puis c’est l’évocation des temps de la conquête, de l’assimilation des Indiens, des temps modernes, il y a alors plus à lire qu’à voir… Nous en sortons épuisés une fois de plus. Nous voulons aller prendre un pot dans un café, le seul qui soit à proximité ne sert que des cafés ou des jus de fruit naturels. Marie commande une limonade et se voit servir un verre de citrons verts passés, pulpe et écorce comprises, au mixer, sans sucre. Elle prétend qu’il s’agit de concombre ! Nous visitons ensuite l’église. Une de plus à ajouter à la liste de celles qui vous laissent sans voix dès l’entrée. Un arbre généalogique à la voûte du porche intérieur a été l’occasion pour les artistes de se livrer à une débauche de stucs colorés et dorés. Mais les voûtes, les plafonds et quelques murs ne sont pas en reste. Des scènes peintes de la vie du Christ sont entourées de nervures et d’entrelacs dorés, des anges aux ailes déployées sont accolés aux parois autour du chœur. 

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La chapelle adjacente, dite, elle aussi, du Rosaire, offre également un amoncellement de figures de saints et de Pères de l’Eglise enfouis sous les stucs et les fioritures. Alors que nous allons en repartir, arrivent belles dames et beaux messieurs du plus beau « Monde » pour un mariage. Manifestement des chaussures à talon sont portées pour la première fois et des couturières ont si bien ajusté des robes que des dames peinent à respirer. Les invités prennent place, chemises à jabot pour les hommes et robes décolletées pour les dames, chair fraîche et moins fraîche… La parenté se met en cortège, accueilli par le curé puis s’achemine au lieu du supplice. La mariée, bonne dernière semble enjouée ! Nous sortons du temple et attirés par de la musique, nous approchons d’une scène sur laquelle une troupe folklorique en costumes traditionnels, robes à volants et maquillages outranciers pour les dames, sombrero, pantalon et veste ajustés pour les hommes, danse, accompagnée par un bon orchestre de mariachis

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Nous restons une bonne demi-heure à les voir et à les écouter, surtout l’excellente chanteuse qui a les accents douloureux comme je les aime chez les chanteuses sud-américaines. La nuit est tombée quand nous descendons en direction du Zócalo, passant par les dernières boutiques, visitant le superbe Hôtel Qinta Real logé dans un ancien couvent avec patio, fresques sur les murs et portrait de l’empereur Napoléon sur un mur ! Arrivés au Zócalo, dans l’espoir d’entendre des musiciens, nous allons prendre une margarita et un cocktail à base d’ananas, citron et mezcal, pas fameux (je n’aime guère le goût fumé du mezcal). En guise de musiciens, il n’y a qu’un mauvais guitariste qui chante faux et un joueur de marimbas, déjà entendu ce midi. Les mariachis ne sont plus chez eux dans cette contrée, nous sommes entrés dans les régions tropicales, la musique est différente, plus proche de celle de la Colombie ou des Iles. Nous rentrons au parking en taxi et dînons rapidement.

Dimanche13 mars : Un coq, fonctionnaire soucieux de sa réputation dans le quartier, a bien tenté d’accomplir son devoir au petit matin mais vite, pris de remords, il a renoncé et a attendu une heure plus décente pour claironner la venue d’une nouvelle journée ensoleillée. Le camion étant à l’ombre la veille, les batteries auxiliaires sont presque à plat, je dois faire tourner le moteur pour relancer le réfrigérateur et avoir de l’eau chaude. Marie perd sa lentille de contact et ne s’en aperçoit que bien après, pas question de la retrouver ! Nous sortons facilement de Oaxaca en ce dimanche matin et entamons une rude montée dans la montagne qui domine la ville. A son sommet, nous arrivons au site de Monte Alban, importante cité zapotèque du quatrième au neuvième siècle. Une immense place rectangulaire, entourée de pyramides, occupe le plateau supérieur du site. Nous en faisons le tour, en commençant par le jeu de pelote bien restauré, (trop ? comme l’ensemble du site…), puis nous longeons un ensemble de pyramides tronquées, précédées d’un large escalier. Les temples qui se dressaient à leur sommet ont tous disparus. A l’extrémité sud une plus haute pyramide permet d’avoir une vue d’ensemble du site.

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Marie ne tente pas d’y monter, j’en fais l’ascension seul… Plus loin, des stèles (ce sont des copies) montrent des personnages grotesques, d’origine olmèque, peut-être des chefs vaincus et émasculés ! Au centre du terrain trois bâtiments se dressent, le premier, désaxé par rapport aux autres, aurait été un observatoire astronomique, des stèles incorporées dans sa façade montrent des personnages la tête en bas, il s’agirait aussi de chefs vaincus. Nous montons au premier niveau de l’ensemble de pyramides au nord de la place pour y découvrir un autre ensemble de constructions sur plusieurs niveaux. Nous visitons le petit musée à la sortie, les originaux des stèles y sont bien présentés mais nous aurions aimé quelques dessins complémentaires pour identifier les motifs. Nous reprenons le camion pour aller déjeuner à l’ombre sur un autre parking. Nous redescendons à Oaxaca par une route plus directe et meilleure et trouvons facilement la route de Mitla. Au bout de quelques dizaines de kilomètres nous entrons dans le gros bourg de Tlacolula dont c’est le jour de marché. Nous nous garons à proximité de la rue occupée par les étals des marchands. Au début, nous n’y trouvons pas grand intérêt, fruits, légumes, pacotille, quincaillerie, vêtements bon marché, mais aussi tout le nécessaire pour le vaquero, chapeaux, ceinturons, harnachement et selles. Nous parvenons au Zócalo où la concentration d’Indiennes en costumes traditionnels, jupe et tablier brodés de motifs floraux aux couleurs vives, longues nattes tressées avec des cordons de coton et pour quelques-unes un turban enroulé sur la tête. Elles vendent des oignons, des herbes, des fleurs ou des souvenirs aux quelques touristes de passage. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Marie explore ensuite toutes les boutiques de corsages et robes brodées, à la recherche de l’oiseau rare qui lui plairait. Nous repartons, parvenons à Mitla, trop tard pour visiter mais un grand parking à l’entrée du site nous tend ses emplacements et nous nous y installons. Enfin un soir où nous arrêtons assez tôt pour que je n’ai pas à écrire et corriger les photos jusqu’à plus d’heure ! Une margarita « maison », de moins en moins appréciée, est l’occasion, faute de cacahuètes, de grignoter les vers frits que nous avions achetés à Cholula… 

Lundi 14 mars : Si les chiens ne s’étaient pas déchaînés dans un concours de hurlements lugubres au matin, la nuit aurait été calme. Nous sommes les premiers et seuls visiteurs du site à neuf heures et demie. Derrière l’église paroissiale, construite sur les ruines saccagées au XVI° siècle, et protégée par une haie de cactus-colonnes, s’étendent les restes d’une cité zapotèque ou mixtèque, les archéologues ne sont pas tous d’accord ! Pas de pyramides mais des palais de plan carré, sur une base surélevée, pourvus d’une ouverture face à un large escalier avec, autour d’un patio, des chambres sans ouverture autre que l’entrée. La grande originalité du lieu est, à l’extérieur comme à l’intérieur, sur les murs le décor de grecques obtenues avec des briques ajustées, formant des panneaux tous différents. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous commençons à transpirer quand nous sortons du site. Passage au marché artisanal qui traîne à ouvrir mais les touristes tardent eux aussi. Nous reprenons la route d’Oaxaca que nous quittons à mi-chemin pour aller voir, à Tlacochahuaya, l’église, encore une ! Mais une différente… Le décor peint intérieur, murs, voûte, dômes, est entièrement floral. De gros bouquets de couleurs vives égaient les parois, ou sortent en abondance d’énormes vases peints. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Quelques personnages, évangélistes, archanges etc, entourés de chérubins ont dû être ajoutés par les artistes indiens, pour rappeler qu’il s’agit d’une église et non d’un catalogue de fleuriste. Nous pouvons monter au balcon d’où nous avons une autre perspective sur les plafonds et aussi y trouver un superbe orgue à décor peint, y compris les tuyaux. Nous repartons, faisons quelques emplettes de ravitaillement dans un supermarché mal achalandé, avant de trouver un « Soriana » à la sortie de la ville. Nous mettons cap au sud. La route n’est pas une autopista, elle traverse toutes les agglomérations qui n’ont pas manqué de pourvoir leurs rues de topes en grand nombre. La route s’engage ensuite dans un long parcours en montagne, pas cent mètres de ligne droite sur 130 kms ! La vue sur la contrée est belle mais je ne l’apprécie guère, les yeux rivés sur le prochain virage. Nous franchissons plusieurs chaînes de montagne avant de découvrir la côte occidentale et le Pacifique qui nous attend. La végétation est alors totalement différente, les bananiers, les manguiers, les papayers remplacent les cactus, les lianes dégringolent en cascades sur les flancs de la montagne. La descente est encore longue et c’est à la nuit tombée que nous traversons une importante agglomération, Pochutla, avant d’arriver à Puerto Angel. Nous cherchons la plage. Nous trouvons, au fond d’une impasse en pente, une place pour nous garer pour la nuit. Nous dominons une plage de sable sous les cocotiers et c’est, bercés par les vagues de l’océan, que nous dînons, déshabillés car les moiteurs des tropiques ne sont pas un vain mot…

 

Mardi 15 mars : La bouteille de gaz est déjà vide, heureusement la bouteille française avait encore un fond qui sauve le petit déjeuner (sans confiture, le pot s’est cassé dans les cahots sur les topes hier…). Nous découvrons notre plage en dessous de nous protégée par  de gros rochers en mer, un sable blond, des gargotes les pieds dans l’eau, des cocotiers et des pêcheurs qui dépècent les espadons pêchés dans la nuit. Nous retournons à Pochutla refaire un plein de gasoil puis chercher du gaz mais le distributeur n’a pas le nécessaire pour remplir notre bouteille. Nous suivons la côte mais de loin, sans voir l’océan, dans une brousse sèche, bien différente de la végétation luxuriante que nous avions trouvée hier dans la descente sur la mer. Nous bifurquons, au hasard, sur une route qui aboutit à une minuscule plage entre des rochers.

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Deux gargotes au bord de l’eau se disputent de rares clients. Marie, qui ne veut pas se baigner s’installe à une table de l’une d’elles tandis que je vais marcher le long des rochers, jusqu’à une très belle plage. Je me fais rouler par les puissantes vagues qui se brisent sur les rochers en éclaboussures de feu d’artifice. Nous déjeunons, excellent ceviche de crevettes et du poulpe sauce diablo, elle aussi est un feu d’artifice… Nous reprenons la route jusqu’à Huatulco à la recherche d’un remplissage de la bouteille de gaz. Le problème est qu’il y a plusieurs Huatulco, Santa Maria de …, Santa Cruz de … Le premier n’est pas le bon mais nous avons fait un détour de dix kilomètres pour nous y rendre. Le second est le bon, nous pouvons remplir la bouteille qui, aux dires de l’employé, n’était qu’à moitié vide ! Nous longeons les nouveaux hôtels de la station balnéaire qui nous cachent l’océan puis nous continuons en direction de Tehuantepec avec de rares aperçus sur les plages. Nous empruntons une bonne piste pour atteindre la plage de Cangrejo. Le bord de mer est occupé par quelques « établissements de planches avec deux tables et trois chaises en plastique. Moyennant cent pesos nous pouvons camper sur un beau gazon mais en retrait de la plage et bénéficier de toilettes et de douches sommaires. Nous allons prendre un pot dans l’un des « établissements de luxe » qui se disputent notre clientèle en contemplant la mer à son plus haut. A sept heures, toutes les gargotes ont fermé, pas question de siroter une margarita et de déguster un poisson grillé… Nous nous contenterons donc d’une omelette, au lard tout de même…

Mercredi 16 mars : Dès que le soleil passe au-dessus des cocotiers, nous transpirons. 32°c dans le camion à neuf heures. Nous repartons, récupérons la grande route qui bientôt devient autopista avec de grandes lignes droites qui traversent un champ de plusieurs centaines d’éoliennes mais un bon nombre sont à l’arrêt. La moyenne est bonne, nous roulons en climatisé et nous pouvons espérer être tôt à San Cristobal Las Casas. Nous sommes à Tuxtla Gutierrez rapidement. Marie a envie de voir le cañon du Sumidero, non pas en bateau comme la précédente fois mais depuis des miradors. Les trouver relève encore de l’exploit, nouvelle épreuve d’orientation dans une ville mexicaine ! Des panneaux routiers indiquent bien ces miradores une fois, deux fois, puis plus rien ! Nous devons demander notre chemin, faire demi-tour, naviguer à l’estime avant de trouver l’entrée du Parc où ils se trouvent. La route grimpe dans la montagne, nous dominons la ville sans aucun attrait, puis nous atteignons le premier d’une série de miradors d’où nous avons une vue plongeante sur le cañon, très profondément creusé entre deux parois presque verticales couvertes d’une brousse desséchée, terne. La vue est spectaculaire mais grise, sans couleur et le soleil n’éclaire plus qu’un versant et bien rarement le large lit de la rivière. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous nous arrêtons consciencieusement aux cinq miradors puis redescendons dans la ville que nous traversons rapidement avant de prendre l’autopista pour San Cristobal. Nous nous élevons rapidement mais la route, à péage donc, n’est qu’à deux voies, les camions se traînent dans l’interminable côte et les dépasser, même quand ils se serrent sur les accotements, n’est pas toujours facile. Nous sommes peu avant la tombée de la nuit à San Cristobal. Nous avons l’adresse d’un « camping » et son point gps. Nous nous dirigeons dans sa direction et après quelques hésitations nous trouvons, à l’écart de la ville semble-t-il, un terrain au calme. Nous nous posons. Je ne suis pas mécontent d’être arrivé là, aux portes du Guatemala… Nous arrosons cette arrivée avec une tournée de vodka-tonic ou de vodka-orange… Sans doute au grand désespoir de Vettou…

 

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:28

Vendredi 12 février : Nos voisins ont été remarquablement discrets. Dès la nuit tombée, ils se sont réfugiés dans leurs appartements sur roues et plus un bruit ne s’en est échappé. Au matin, de même, silence. A peine quittons-nous le camping que nous sommes au poste frontière. Les formalités d’immigration se font plutôt rapidement mais le douanier (?) au contrôle de l’entrée m’affirme que je n’ai pas besoin de document pour le camion. Ce qui m’étonnerait fort. Méfiant, je me renseigne, nous pouvons effectivement circuler en Basse-Californie et dans l’état de Sonora sans document mais il nous faut bien une importation temporaire pour le reste du Mexique. Personne ne peut nous délivrer ce maudit papier à ce poste, nous devons nous rendre à San Luis Rio Colorado pour l’obtenir. La route suit de très près la frontière et bientôt nous trouvons ce mur de la honte érigé pour contrôler l’immigration sauvage. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les Etats-Unis sont une autre planète, les maisons sont rarement coquettes, les indications routières rares et vagues mais il ne faut pas se faire une opinion d’après les villes frontières. Nous continuons de traverser le désert mais bientôt les cactus disparaissent, remplacés par des broussailles et des arbustes sans feuilles. La police est très présente, contrôles de vitesse avec radars, vérifications des destinations mais les plus impressionnants sont les militaires, soldats armés et casqués, qui, à leurs check points  ne plaisantent pas, fouillent les véhicules et posent des questions. Au sud apparaît un lointain cordon de dunes et le sable s’étend de part et d’autre de la route, piqué de quelques touffes d’herbes et même de surprenantes fleurs jaunes ou mauves. A San Luis Rio Colorado, je me rends à la douane qui ne veut pas de moi et nous renvoie au poste frontière. Nous traversons toute la ville sans trouver d’indication de la frontière, nous revenons sur nos pas, demandons et trouvons le poste d’immigration. Je parviens à me garer à proximité et me rends au bureau de la Banque militaire qui gère ces problèmes. Je suis au bon endroit ! Je dois fournir permis de conduire, carte grise, passeport avec photocopies puis ramener le camion le temps que les numéros soient vérifiés, repartir avec, revenir sans et enfin on me délivre un document valable six mois et pour lequel, en plus du montant, je dois régler une caution de 400 dollars ! Démarche nouvelle dont personne n’avait parlé jusqu’à présent… Je trouve une banque pour retirer des pesos puis nous refaisons un plein de gasoil, plus cher qu’aux Etats-Unis mais encore honnête. Nous prenons la route du golfe Santa Clara, à péage, en plein désert, mais il apparaît vite que ce n’est pas celle que nous avions envisagée sur la carte. Nous demandons notre chemin, retrouvons une zone peuplée au milieu des cultures irriguées. Nous traversons le Colorado qui n’est plus qu’un ruisseau sans force, continuons en traversant de nombreuses agglomérations dont la spécialité semble être les casses automobiles. Les topes, gendarmes couchés, dont nous avions conservé le souvenir sont toujours là pour rappeler aux conducteurs qu’ils doivent rouler au pas en ville. Ils se rattrapent en ne s’arrêtant pas vraiment aux stops. Enfin, nous rejoignons la grande route de Mexicali à San Felipe mais il commence à se faire tard, nous avons retardé nos montres d’une heure au Mexique. Nous roulons vite, au-delà des limitations de vitesse indiquées mais cela ne contrarie pas les voitures de police qui nous dépassent… A l’est s’étend, à perte de vue, une lagune sans eau, étendue de sable vierge et à l’ouest une chaîne de montagnes déchiquetées. Pas question de quitter la route pour chercher un emplacement de bivouac, nous sommes prisonniers entre deux rangées de barbelés. Au carrefour d’El Chinero, nous demandons à une gargote la permission de nous garer sur le terrain vague qui s’étend en arrière. Le générateur du restaurant, désert, ne démarre qu’ensuite…

Samedi 13 février : Nous n’avons pas eu besoin de baisser le toit cette nuit, ce qui nous a permis de suivre le passage des camions dans la  nuit… A six heures et demie, heure locale, un sms de Christian et Annie nous invite à nous lever… Nous repartons, hésitons sur la route à suivre pour descendre rapidement dans le sud. Les militaires du poste de contrôle au carrefour nous assurent que la route continue vers le sud et est asphaltée. Nous roulons toujours entre lagune et montagne avant de rejoindre le bord de mer et d’atteindre San Felipe. Les panneaux publicitaires, en anglais, proposent des villas, des appartements dans des condominiums. Toutes les réclames pour des restaurants, des activités touristiques, sont également en anglais. A voir cette côte, on ne sait si elle est en cours de développement ou en pleine déliquescence… San Felipe est une bourgade importante qui bénéficie du développement touristique de la côte sur le golfe. Plein de gasoil puis nous allons explorer le supermarché local. Rien de comparable avec ceux des Etats-Unis mais nous trouvons toute de même de quoi satisfaire nos papilles pour les jours à venir. Les vins mexicains, production locale donc, sont encore plus chers que ceux de leurs voisins du Nord. Autre particularité locale : on ne peut acheter des alcools, bière, vin, qu’à partir de dix heures du matin ! Il n’est que neuf heures et demie, nous devons patienter une demi-heure, en écoutant la musique norteña, chanson d’amour malheureux accompagnée à l’accordéon que diffuse à plein volume les hauts parleurs d’un marchand de brochettes installé devant le supermarché. J’ai les pieds qui remuent tout seuls en l’entendant… Nous allons voir le Malecon, le boulevard du bord de mer, où abondent les restaurants qui proposent ceviche, mariscos etc… et bien sûr margaritas ! J’en ai l’eau à la bouche mais il est tout de même un peu trop tôt. Nous continuons de rouler en longeant les eaux bleues et immobiles du golfe. Les accès à la mer sont tous privatisés et les plages ne sont qu’une succession de villas et de villages de vacances. Après Puertocitos, la route est plus étroite, son revêtement est souvent ancien. Quelques masures accolées à des camping-cars qui ne rouleront plus jamais constituent les villages côtiers. Le sable cède la place à des galets, donc plus de villas. Nous pouvons nous garer sur le bord de mer, face à un îlot blanc couvert de guano

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Encore quelques kilomètres d’une bonne route, toujours entre mer et montagne, avant de pénétrer dans la sierra et de devenir, pour cause de construction de la route, une piste, parfois bonne, parfois moins bonne. Nous avons retrouvé au milieu d’éboulement rocheux les cactus. Ceux que nous connaissions déjà et d’autres vite baptisés : le cactus-goupillon, une touffe de piquants à l’extrémité d’une branche dénudée, et le cactus poilu, une longue tige vacillante à son extrémité pourvue de « poils » sur toute sa longueur. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Pas sûr que ce soit les termes de monsieur Buffon… 35 kilomètres plus tard, nous avons rejoint la Transpeninsular, étonnamment étroite, sans bas-côtés, pour une route qui traverse toute la Basse-Californie. Quand nous rejoignons le versant de la côte Pacifique, les grands cactus disparaissent, ne restent que ceux qui ne piquent pas plus haut que leur fût. Le soleil commence à décliner, un dernier effort et nous parvenons à Guerrero Negro où nous reprenons l’heure des Etats-Unis. J’avais compris que nous pouvions nous installer pour la nuit au parking du Bureau d’Information touristique de la ville mais ce n’est pas ici, mais plus loin, à Ojo del Liebre. Je ne suis pas ravi de devoir encore rouler et, de plus, je traverse toute la ville inutilement pour revenir sur mes pas, prendre la route du sud et enfin suivre une bonne piste qui traverse la lagune. Plus longue que prévue, elle traverse les salines que nous verrons mieux au retour car je vais aussi vite que possible dans cette pénombre qui tombe. Nous aboutissons au Centro de Visitantes de la lagune à la nuit tombée. Le bar-restaurant est en activité, nous y commandons une excellente margarita, bue à la santé d’Annie avant de commander des crevettes panées et un cocktail de crevettes et poisson, très quelconques tous les deux mais bien qu’il fasse frais, nous sommes contents d’être là…

Dimanche 14 février : Dès sept heures et demie arrivent les touristes en quête de baleines. Nous prenons notre temps. Je vais me renseigner, la prochaine fournée est prévue à dix heures, mas o menos a la bonté de nous prévenir le responsable. Ce sera mas puisqu’après une longue attente passée à observer aux jumelles les évents des cétacés, nous embarquons à presque onze heures sur une baleinière ( ça ne s’invente pas…), une dizaine de touristes mexicains et nous. Nous filons vers le large à toute allure en compagnie de deux autres barques. Très vite nous observons des baleines dont les échines s’arrondissent au sortir de l’eau puis nous approchons l’une d’elle et son baleineau qui, peu farouches, viennent se frotter à nos embarcations, passant et repassant dessous, nous aspergeant en soufflant pour respirer,  montrant leurs rostres et semblant ne pas s’en lasser

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Certains sont ravis de pouvoir en toucher la rude peau couverte de coquillages. Nous nous éloignons, allons voir d’autres baleines, revenons approcher notre petite famille et ce, pendant plus d’une heure. Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous n’avons pas vu de baleines ! Nous débarquons et nous nous offrons en guise d’apéritif une bière gratuite, payée avec le billet de parking et nos dernières rondelles de saucisson. Nous nous éloignons le long du rivage envahi par des Mexicains venus pique-niquer en ce dimanche, pour rapidement déjeuner là où nous aurions dû nous garer hier soir si nous y avions vu plus clair. Nous reprenons la route, d’abord la piste, excellente, puis toujours la transpeninsulare pour retourner à Guerrero Negro refaire un plein de gasoil. Nous repartons en continuant la descente de la Basse-Californie dans un non-paysage, rien à droite, rien à gauche, un désert de sable et de gravier piqueté de quelques touffes d’herbe dont une vache bien-née ne voudrait pas. En avançant dans la traversée de la péninsule, les cactus réapparaissent et les montagnes aussi. Nous hésitons à nous rendre dans la sierra de San Francisco pour y voir des peintures rupestres sans savoir s’il y a à marcher pour les atteindre. Encore un contrôle militaire, à la fois sérieux et superficiel avant d’arriver à San Ignacio, jolie petite oasis avec palmiers et rivière abondante. La charmante église de sa mission recevra notre visite demain. Nous allons nous installer au camping d’un hôtel avec wifi. Nous recevons nos messages, répondons à certains et commandons des margaritas : sous un double prétexte : c’est dimanche et c’est la Saint-Valentin…Nous dînons trop copieusement de tacos, ceviche et camarones avant de corriger le texte du blog.

Lundi 15 février : Placé entre deux rues, l’emplacement n’était pas très calme. Nous retraversons la palmeraie pour nous garer sur la calme place devant l’église de l’ancienne mission. Construite en pierres volcaniques grises qui font contraste avec les murs chaulés, elle a beaucoup d’allure, aussi bien son extérieur avec ses saints sculptés dans des niches qu’intérieurement, bien que dépouillée. Les retables ont des peintures peu intéressantes qui mériteraient néanmoins un bon décrassage. Le musée est fermé ainsi que le Service d’Anthropologie, où nous comptions nous renseigner sur l’accès aux peintures rupestres. Nous abandonnons donc l’idée et repartons sur la route. Paysage monotone, plus ou moins peuplé de cactus. L’arrivée à Santa Rosalia, au bord du golfe, est consternante ! Une chaussée ruinée, une mine à ciel ouvert puis des installations industrielles rouillées. Par acquit de conscience, nous allons nous garer devant l’église construite par Eiffel. Sa voûte en carène de navire est supportée, non par des poutres en bois, mais par des constructions métalliques assemblées par rivetage, sa seule originalité… Nous nous promenons dans les rues alentour, les maisons en bois, sans étage, sont colorées. Elles nous évoquent Tamatave et d’autres villes au passé colonial mais elles sont défigurées par les panneaux publicitaires et les voitures stationnées devant. Nous montons sur la colline et y trouvons de beaux bâtiments, disons « tropicaux », rarement en bon état, à plusieurs étages, avec des vérandas qui en font le tour à tous les étages. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une ville qui pourrait avoir beaucoup de charme, débarrassée des voitures dans le centre. Nous continuons de rouler jusqu’à Mulegé, une autre oasis. Les palmiers, comme en Afrique, s’alignent sur le cours de la rivière. Nous traversons les ruelles étroites du centre-ville et atteignons le bord de mer, au pied d’un phare. Nous déjeunons entre la mer et un bras mort de la rivière. Nous y apercevons de nombreux oiseaux et quelques pélicans gris. Une route conduit à l’église de la mission, plus simple que celle de San Ignacio, sans décor. D’une terrasse proche, nous avons une vue superbe sur toute la palmeraie et les eaux vertes des bassins de retenue. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous continuons d’avancer en direction de Loreto. La route en corniche, passe dans des baies dont l’horizon est fermé par des îles et des îlots posés sur une mer de carte postale. Les plages sont colonisées par des camping-cars américains !

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Seules les portions sans sable sont inoccupées… Loreto se présente comme une ville étrange, en dehors de la route principale. Sans la moindre indication de direction, nous cherchons le bord de mer, le Malecon, occupé par des hôtels et des restaurants, peu d’agitation dans les rues. Nous cherchons un camping avec la possibilité de laver du linge. Celui dont nous avions le nom se révèle un véritable camp de concentration et cher. On nous en indique un autre, à l’autre bout de la ville, encore plus cher et aussi peu agréable. Nous revenons au premier, résignés, pour une nuit, à ce sacrifice pour pouvoir laver le linge. Nous devons le porter à une lavanderia qui ne pourra s’en occuper que demain matin et ne nous le rendrait pas avant onze heures. Marie, peu satisfaite de ne pas s’en occuper elle-même, préfère le reprendre. Mais, dans ce cas, il est inutile de rester au camping, aussi repartons-nous pour aller nous garer sur une place déserte en retrait d’une rue.

Mardi 16 février : Personne n’a eu la mauvaise idée de venir nous importuner dans la nuit. Dès que le jour se lève, nous allons nous garer à l’extrémité du Malecon, au bord de la plage, pour profiter du soleil levant. Quand nous sommes prêts, nous allons dans le centre-ville, sur la place de la Municipalité. Le bureau d’information touristique est ouvert mais pas bien riche, juste quelques dépliants sur Loreto et la Paz. Nous commençons à apprivoiser cette ville qui, de prime abord, ne nous avait pas paru très sympathique, mais cette place avec ses cocotiers et ses cafés où la margarita doit être agréable à déguster en fin de journée, nous fait regretter de ne pas les avoir découverts hier soir. Mais hier, l’humeur n’y était pas… Nous allons jeter un œil à l’église de la Mission Nuestra Señora de Loreto, une des premières implantées par ces Jésuites que leur foi avait amenés jusqu’ici. Encore une de ces églises de pierres grises, peu décorée. Nous reprenons le camion pour nous enfoncer dans la montagne sur une route étroite et tortueuse, laissant derrière nous des vues sur la côte, avant d’atteindre une vallée cultivée autour de la Mission de San Xavier. Le village s’alanguit aux pieds de l’église, plus travaillée que celle de Loreto, la façade est ouvragée mais, dans l’ombre, l’intérieur est sans grand décor mais tout de même posséde des retables en bois doré, fabriqués à Mexico puis transportés par bateau puis par convoi de mules. Derrière s’étendent des jardins, des bassins, un vieil olivier et quelques palmiers-dattiers pour l’exotisme.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Basse Nous retournons à Loreto et prenons la route de La Paz. Jusqu’à Puerto Escendido nous jouirons de belles vues sur la mer quasi grecque et les îlots plantés dessus 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

puis nous nous lançons dans la traversée, une fois de plus, de la péninsule. Longues lignes droites dans un paysage traversé sans plaisir. Nous retrouvons la mer peu avant La Paz, la grande ville qui s’annonce bien avant qu’on y soit. Nous nous dirigeons tout droit, grâce au point gps trouvé sur le blog d’un de nos prédécesseurs sur ces routes, vers une laverie automatique. Nous pouvons enfin procéder au décrassage de notre linge. Pendant ce temps nous allons chercher d’autres informations au bureau touristique mais là non plus, ils ne sont pas bien riches. Retour à la laverie, récupération de nos effets puis, alors que la nuit est tombée, nous allons nous installer au bout d’une rue sans issue, au bord de la mer, au calme, pensions-nous… Mais le lieu est fréquenté et des voitures passent trop souvent, s’arrêtent, repartent… 

Mercredi 16 février : A trois heures et demie du matin, un de ces gros 4x4 avec moteur surpuissant, vient se garer juste derrière nous, musique au volume maximum. Les passagers aux voix avinées en sortent, parlent fort, crient et se décident à repartir dix minutes plus tard mais le mal est fait, nous sommes bien réveillés et en colère. Rendormis, c’est à sept heures qu’une autre voiture vient nous faire profiter de la musique (le pire est que j’y prends plaisir, à ces airs, je les fredonnerais presque !). Marie est au bord de l’apoplexie… Quand nous sommes prêts, nous nous rendons aux bureaux de la compagnie de navigation pour prendre les places sur le ferry à destination de Los Mochis. Le prix réglé est bien inférieur à celui que je m’attendais à payer, peut-être à cause de la catégorie du camion, nous verrons à l’embarquement… Nous traversons la ville en marquant timidement un stop à chaque carrefour, encore une cause d’énervement… Nous nous rendons dans un Soriana, un supermarché local. Nettement moins bien achalandé qu’aux Etats-Unis pour les viandes, peu de choix dans les jambons, saucisses, pas de pastrami. Les viandes sont coupées en tranches minces et limitées au bœuf, porc, poulet, dinde. Nous quittons La Paz en direction de l’extrémité sud de la péninsule. Toujours ce paysage terne, une brousse sans végétation remarquable sur des montagnes arides. Nous atteignons Los Barriles où nous allons rouler sur la plage avant de reprendre la route qui suit de loin la côte. Nous la retrouvons à La Ribera où nous la longeons sur une piste sablonneuse, à la recherche d’un bivouac en bord de mer. Cabo Pulmo semble convenir, quelques camping-cars sont installés sur un terrain vague et dans le village proche un restaurant pourrait nous accueillir ce soir. Nous poursuivons jusqu’à Los Frailes où les camping-caristes sauvages sont plus nombreux et où il n’y a aucun restaurant. Nous retournons à Cabo Pulmo et trouvons un bon emplacement dans les buissons mais nous découvrons que la plage est de galets ! Nous sortons pour la première fois les fauteuils et passons la fin d’après-midi à regarder la mer en nous laissant chauffer par le soleil. Nous voulons nous offrir une margarita au restaurant du village, en bord de mer, mais quand nous y arrivons, avant dix-neuf heures, il ferme ! Nous revenons nous installer sur la plage et dînons en testant, pour la première fois, une bouteille de vin rouge mexicain. Fortement alcoolisé et sirupeux, il termine dans l’évier… 

Jeudi 17 février : Pas un bruit, pas de musique, juste le bruit des vagues qui roulent les galets. Nous repartons sur la piste, parfois très roulante et alors je m’envole, ou plus rude avec une tôle ondulée difficile. Nous trouvons des plages désertes où nous aurions pu aussi nous installer, avant de rouler en corniche sur les collines qui viennent mourir dans la mer. 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les vues sur les plages désertes donneraient presqu’envie d’y passer plus de temps mais vite les lieux possibles de bivouac sauvage laissent place à des propriétés privées et les interdictions d’entrer se succèdent tout du long du rivage. Des villas, des terrains, sont à vendre. Les résidences sont de plus en plus modernes et sophistiquées en approchent de San José del Cabo. Nous récupérons le goudron et parvenons à la grande ville. Avenues à double voies fleuries, nous entrons dans un autre monde, une mini Côte d’Azur pour touristes nord-américains. Nous trouvons l’ancien centre-ville, à l’écart du bord de mer, aux maisons basses autour de la place centrale et de l’église. Nous avons besoin de tirer des pesos avec nos cartes de crédit. Une banque moderne, BBVA est juste en face du camion. Ma carte introduite, l’écran me demande d’attendre, cinq puis dix minutes plus tard, j’attends toujours… Je demande à une hôtesse puis à une seconde d’intervenir. Un responsable (un homme !) se déplace puis après  production du passeport, décharge d’un document, nous récupérons la carte. Je répète l’opération en présence de notre responsable, bis repetita, la carte est avalée… Une fois récupérée, trois quarts d’heure plus tard, nous allons visiter l’église sans intérêt, puis traversons la place occupée par les boutiques de souvenirs. Je me rends à la BanMex où en moins d’une minute je peux retirer à moindre frais, 10000 pesos ! Nous repartons, passons le long du bord de mer caché par d’horribles hôtels prétentieux. Les indications de direction sont si parfaites que je manque me retrouver en sens inverse d’une double voie rapide ! Demi-tour sur la bretelle d ‘accès… Autoroute fleurie jusqu’à Cabo San Lucas, la pointe de la péninsule, complètement consacré au tourisme. Des bateaux de croisière ont déchargé leurs hordes et les barques de promenade les acheminent vers les îlots qui marquent l’extrême pointe et l’arche marine que nous avions vue avec Julie. Nous allons nous garer à la plage de la pointe, nous y déjeunons dans le camion puis repartons, récupérons l’excellente deux fois deux voies qui ramène à La Paz. Nous repassons le Tropique du Cancer, sans nous en apercevoir, aucun panneau ne le signale, pas plus que ce matin quand nous l’avions déjà franchi. Nous arrêtons à Todos Santos, une ancienne cité, proche de la mer mais séparée d’elle par une petite lagune et une grande palmeraie. Nous trouvons un modeste camping tenu par une Américaine. Nous y restons une heure avant d’aller à la recherche d’un endroit où siroter une margarita quand le ciel calmera ses ardeurs. Le restaurant sur lequel nous comptions est fermé le jeudi, nous revenons vers la ville en traversant la palmeraie. Nous allons nous garer dans le centre-ville. Nous visitons le Centre Culturel, une ancienne construction avec, dans le hall, des fresques de 1933 dans l’esprit révolutionnaire, pleine d’un idéal qui paraît bien désuet aujourd’hui. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des salles servent de musée, un de plus à inscrire au panthéon des musées les plus minables de la planète… Nous nous promenons ensuite dans les rues tracées au cordeau de l’ancienne cité, maisons basses, souvent en briques, peu de touristes et activité très réduite surtout après Cabo San Lucas ! Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, beaucoup sont très sympathiques… La visite à l’église est vite terminée, rien à voir si ce n’est, à cinq heures, quelques pieux fidèles, pas que des femmes âgées, en pâmoison devant l’autel… Nous hésitons sur la suite des réjouissances et finissons par nous décider à aller prendre la margarita promise dans un restaurant, Los Adobes, dans un beau jardin de cactus. Nous bénéficions du wifi mais nous n’avons que peu de messages. Une seconde margarita, bien corsée, à l’initiative de Marie nous fait attendre le moment de dîner. La clientèle presqu’exclusivement américaine incite les restaurants à servir tôt et à fermer à vingt et une heures ! Un ceviche, poisson déjà cuit et avec trop de tomates, un filet de poisson au coriandre et des crevettes à la mangue, avec des bières, nous permettent de fêter ce premier mois de voyage avant de rentrer nous coucher. Je finis la journée en fumant le cigare offert par Bruce à Santa Fé. Peu après, du rock en provenance d’une maison trop proche nous oblige à baisser le toit.

Vendredi 19 février : Nous quittons le camping, traversons Todos Santos pas encore bien réveillé et retrouvons la transpeninsulare, une bonne route à deux fois deux voies dans cette section. Nous rejoignons La Paz que nous devons entièrement traverser, via le malecon, pour continuer sur la route qui se termine au port de Pichilingue. Nous sommes dans les rares véhicules privés à prendre le ferry pour los Mochis. Après quelques contrôles de routine, nous devons attendre une heure et demie avant d’embarquer. Juste au moment où nous avions décidé de déjeuner. Repas vite avalé sur nos fauteuils. Marie qui aurait dû monter à bord avec les piétons a droit à un régime de faveur. Nous montons au salon et occupons une table et des fauteuils, entourés de télévisions qui diffusent des clips bruyants. A deux heures et demie, nous appareillons. L’après-midi se passe en traînant du salon trop bruyant au pont trop ensoleillé ou à la cafeteria trop fraîche… Les heures défilent une à une, la nuit tombe. L’arrivée est interminable et enfin nous débarquons. Nous suivons sans trop savoir où aller la route-digue qui relie le port à Los Mochis. Les policiers attendent les véhicules qui débarquent, nous sommes sélectionnés pour une vérification plus poussée, il est même question de prise de sang mais, affectant de ne rien comprendre, nous pouvons repartir. Nous arrêtons aussitôt à une station-service Pemex où nous demandons l’hospitalité aussitôt accordée pour la nuit. L’emplacement n’est pas idéal, particulièrement bruyant mais nous ne savons où aller et il est déjà dix heures du soir. Dîner vite avalé puis nous nous couchons, en cherchant les boules Quiès…

Samedi 20 février : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint. Mais au matin l’agitation alentour nous tire du lit et nous avons du chemin à faire. Nous rejoignons la route de Mazatlan. Elle traverse la riche plaine côtière entièrement consacrée à la culture industrielle du maïs. Les champs encadrés par des canaux et les silos métalliques nous entourent et ce pendant plus d’une centaine de kilomètres. La route est à deux voies séparées mais son revêtement est particulièrement mauvais, ce qui n’empêche pas de devoir régler un péage. Modique au début mais souvent répété et à la fin de la journée, pour 400 kilomètres parcourus, nous aurons déboursé plus de 425 pesos, environ 20 euros ! La qualité de la route s’améliore quand nous roulons sur ce qui est alors une autoroute.  Après Culiacan, la route se rapproche de l’océan et les cultures disparaissent, remplacées par une brousse grise et triste. Nous traversons donc les abords puis le centre moderne avant de trouver les quartiers anciens. Des rues tracées au cordeau et des maisons colorées du XIX° siècle, ont souvent du caractère. Nous allons voir de plus près la cathédrale, imposante mais rien de remarquable, l’intérieur nous restera inconnu, les portes sont fermées. Elle occupe un des côtés de la place centrale qui, comme toutes les places anciennes, dispose d’un kiosque à musique en son centre. Nous allons voir une autre jolie place, des bâtiments anciens aux fenêtres pourvues de grilles en fer forgé, les façades peintes en ocre rouge plus ou moins foncé entourent des palmiers, des bougainvillées 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

et, bien sûr, le kiosque. A proximité, un ancien théâtre, joliment restauré, derrière une façade classiquement coloniale, a de grandes fenêtres décorées en stuc blanc. Nous récupérons le camion et par les rues pavées, nous rejoignons le bord de mer. La route en corniche suit les plages, des rochers dans l’océan. De nombreux restaurants proposent des fruits de mer, je ne me souvenais pas de cet aspect de Mazatlan. Nous reprenons la route, sortons de la ville par une route secondaire qui traverse des quartiers populaires et où les « ralentisseurs », tous les cent mètres, brisent net toute tentative d’appuyer sur l’accélérateur. Enfin, nous trouvons la route de Durango. Nous ne suivons pas l’autoroute à péage mais l’ancienne route qui court dans les montagnes afin de passer par le village de Concordia. A l’écart de la route, il a conservé son caractère de colonie ancienne avec ses rues pavées, sa place où les marchands de sucreries s’installent pour attendre le promeneur qui, à la fraîche, ne manquera pas de sacrifier au rite de la déambulation, avec amis ou famille, autour de la place. L’église a une superbe façade baroque en pierre dorée par le soleil. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous ne pouvons que jeter un œil à l’intérieur, le curé en chaire officie… Nous ne savons où bivouaquer, le soleil se couche. Nous continuons sur quelques kilomètres et arrêtons en bordure de la route devant ce qui pourrait être un café mais semble abandonné malgré la présence de chiens et de poules.

Dimanche 21 février : J’ai dormi, fatigué, d’une traite, jusqu’à deux heures et demie, heure à laquelle Marie s’inquiète de l’avancement de la nuit… Le propriétaire des lieux rentre de sa virée et le chien n’aboie pas mais le coq, complètement égaré dans les fuseaux horaires, s’obstine à nous maintenir éveillé, avec un certain succès… Nous enfilons les lacets dans la Sierra Madre (et ses trésors ?), pour peu de temps, avant de la quitter pour une route empierrée jusqu’au village de Copala. Une merveille,  un trésor qui ne devrait être divulgué qu’à de rares initiés. Le chemin de galets traverse le village, des maisons basses, anciennes, sans inutiles fioritures, jusqu’à une place, une petite splendeur hors du temps. Un quadrilatère dont trois des côtés sont occupés par des maisons à toit de tuile, sans étage, avec une galerie supportée par des piliers de bois. Au milieu un jardin amoureusement entretenu par un jardiner retraité depuis belle lurette, cocotiers, cactus, agave et bougainvillées. Je m’attends à voir arriver Robert Mitchum (L’Aventurier du rio Grande ?), vêtu d’un sarape, machouillant un reste de cigare…  

 

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Sur le dernier côté, se dresse une église au beau décor baroque, avec des accents churrigueresques. A l’intérieur, un autel joliment décoré avec des angelots et surtout des « angelotes » pâmées, adorables. 

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Nous repartons dans les lacets, sans trouver d’entrée sur l’autoroute que nous apercevons au-dessus ou au-dessous de nous. Après avoir bien tourné, monté et descendu dans la montagne, nous rejoignons tout de même l’autoroute, une belle réalisation, une succession de tunnels et de ponts haubanés qui nous fait gagner du temps et des kilomètres mais à péage… Nous avons des angoisses, faute d’avoir refait un plein à Mazatlan. Je dois utiliser un fond de jerrycan pour rejoindre la plus proche station-service. Nous traversons les montagnes de la sierra, roches déchiquetées, cañons, falaises et forêts de pins que nous aurions pu connaître au Wyoming ou au Montana et qui ont servi de cadre à de nombreux westerns. Nous finissons par rejoindre Durango. Nous trouvons sans trop de difficulté le centre-ville et nous nous garons sur la Plaza de Armas, inévitable jardin fleuri autour du kiosque où les marchandes de ballons et de friandises guettent les rejetons des familles en goguette ce dimanche. 

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Un des côtés est inévitablement occupé par la cathédrale au beau fronton baroque. A trois heures de l’après-midi, le temple est bondé, des voitures garées en double file sous l’œil bienveillant des agents chargés de la circulation, attendent les fidèles de la bonne société mais ils ne sont pas les seuls à remplir les travées, toutes les églises de la ville sont pleines à cette heure ! Un autre monde… J’abandonne Marie sur un banc, au frais, et vais chercher des informations au bureau touristique. Je la retrouve vacillante non d’une révélation mais de l’excès de température extérieure… Nous allons ensuite visiter l’ancien Palais du Gouverneur devenu Musée Pancho Villa. Sur deux niveaux, de grandes salles racontent l’épopée, la légende d’un héros de la révolution mexicaine et comme il est dit dans L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende est plus belle que la réalité, c’est elle qu’il faut retenir »… Le grand patio, désormais couvert d’une toile, a ses murs couverts de fresques qui exaltent la figure légendaire.

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Nous quittons Durango et reprenons la route jusqu’à Sombrerete dont j’avais gardé le souvenir d’une jolie petite ville et surtout l’image de deux cavaliers avec sombreros abreuvant leurs chevaux à une fontaine. Plus de chevaux mais des 4x4 et des voitures partout, mais la ville a gardé son caractère ancien avec ses rues pavées et ses belles églises et en particulier Santo Domingo a la belle façade churrigueresque, pleine à craquer à l’heure des vêpres… Nous cherchons un hôtel où nous pourrions stationner pour la nuit sur le parking. Après quelques refus, nous finissons par trouver une place sur le parking de la Posada de la Noria. C’est dimanche, dernière cannette de tonic…

Lundi 22 février : Message de Greta qui nous attend à Guadalajara. Mauvaise humeur du moteur au démarrage, hoquets dans la première côte, puis ils disparaissent le moteur chaud. Nous repartons sur ce plateau monotone et sans attrait dont les lointains se perdent dans une brume grise. Encore des portions de routes ou d’autoroutes à péage avant d’arriver à Zacatecas. J’avais relevé sur internet des adresses de RV Parks possibles dans des hôtels. Nous cherchons celui qui serait le plus proche du centre-ville, le Motel del Bosque. L’entrée dans la ville est comme toujours une furieuse mêlée d’automobilistes particulièrement pressés, jaloux de leur priorité, toujours prêts à disputer celle des autres. En demandant à plusieurs reprises nous trouvons la bonne direction, sur une route en corniche qui domine cette belle ville dont le centre historique occupe le vallon entre les collines. Notre motel a changé de nom et s’appelle désormais Motel Barouk, très chic, réception avec profonds canapés et musique douce mais on veut bien de nous, à condition de payer 350 pesos, somme bien élevée pour le droit de stationner sur un parking, il est vrai avec vue sur la ville en contrebas. Nous décidons de chercher ailleurs et pour cela de nous rendre au bureau d’Information touristique dans la vieille ville. Et nous voilà partis dans une rue pavée en pente raide qu’on doit descendre debout les deux pieds sur la pédale de frein jusqu’à rejoindre les deux artères parallèles qui constituent les axes de circulation dans le centre. Nous passons, éblouis, entre palais, églises, demeures dans ce grés rouge qui donne sa couleur à la ville, mais pas question de se garer, peu d’emplacements possibles et tous occupés. Nous passons devant le bureau touristique et avons juste le temps de constater qu’il est fermé. Nous hésitons sur la suite des évènements. Vu l’heure et nos pénuries, nous décidons de chercher un supermarché, un Soriana, pour nous ravitailler. Nous devons retourner sur le boulevard périphérique et sortir de la ville pour en trouver un. Nous nous ravitaillons puis, faute d’avoir trouvé autre chose, nous retournons au motel après avoir constaté que pour descendre en ville, nous ne pourrions compter que sur nos jambes. Nous nous installons, déjeunons puis descendons par les rues en pente, en nous tordant les pieds sur les pavés. Nous retrouvons l’église magnifique de Santo Domingo avec son portail bien éclairé par le soleil et, un peu plus bas, l’extraordinaire cathédrale dont la façade et les deux tours sont un vrai délire de sculpture. 

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Les statues des Apôtres, du Christ et de la Vierge sont perdues dans un décor très dense, presque indiscernable. Nous rendons visite à l’ancien Palais du Gouverneur, sur une jolie place contiguë à la cathédrale, survolée par les nacelles d’un téléphérique. 

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Une fresque, autre spécialité mexicaine, conte l’histoire de la ville, rien d’inoubliable. Nous passons ensuite à travers les travées d’un marché artisanal quasi désert, longeons le Théâtre Calderon et apercevons une autre belle façade d’église, San Agustin, flanquée de renforts imposants. Nous allons prendre un pot, enfin moi car aucune boisson gazeuse ne plaît à Marie. Nous parcourons une des deux artères pour jouir de l’uniformité architecturale de cette ville et revenons vers Santo Domingo qui a rouvert ses portes. L’intérieur est étonnant, alors que le maître-autel est très quelconque, les chapelles latérales sont pourvues de retables baroques tous plus beaux les uns que les autres, dorures à foison, saints et angelots à tous les étages, sans oublier colonnes torsadées et fioritures dorées. Un bel orgue d’un rouge agressif trône au balcon. 

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La cathédrale a aussi ouvert ses portes mais son intérieur est sans le moindre intérêt. Nous allons acheter des sucreries, spécialités locales pour les enfants de Greta puis rentrons à notre motel en taxi pour une somme dérisoire. Nous tentons de joindre Greta, nous corrigeons mon texte puis je vais procéder à mes ablutions avant de dîner. Je dois encore corriger les photos, taper la journée et mettre le blog à jour. Vivement les vacances !

Mardi 23 février : Nous avons décidé de prendre le téléphérique qui, partant de notre motel, survole toute la ville pour monter au Cerro de Buffa, une autre colline qui domine Zacatecas. Et comme la première traversée est à dix heures, nous avons le temps ce matin. J’en profite pour effectuer quelques réparations mineures : recoller les morceaux du cabochon de stop, fixer la commande des wc, etc… Nous sommes les seuls à bord de la nacelle, les touristes ne sont décidemment pas nombreux. Nous n’avons pas rencontré un seul camping-car depuis la Basse-Californie et les visites que nous effectuons dans les musées sont toujours en solitaire… La vue sur cette belle ville, à peu près préservée de constructions abusives modernes, est superbe, les alignements de façades de maisons dans les rues sont remarquables et les masses de la Cathédrale et de Santo Domingo se distinguent dans une belle lumière. 

 

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Avec ses petites maisons colorées, aux toits plats, on pourrait se croire, en remplaçant les clochers par des minarets, dans une ville ancienne du monde arabe. Parvenus au sommet, nous marchons jusqu’à une vaste esplanade qu’occupent les statues équestres de Pancho Villa et de deux de ses généraux. Une petite chapelle n’a pas grand intérêt si ce n’est sa façade avec la lune et le soleil qui encadrent le Christ. Nous redescendons, récupérons le camion et allons nous garer près du musée Rafaël Coronel, peintre inconnu mais grand collectionneur. Dans les cours, jardins et pièces du couvent ruiné de San Francisco, est exposé un incroyable trésor ! Plus de 2500 masques couvrent les murs, regroupés par types ou par région mais hélas sans grandes explications.

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Une belle collection de marionnettes locales, de figurines de terre cuite utilisées à titre prophylactique pour guérir le mal de aire (?), d’antiquités pré-hispaniques complètent la visite. Nous y avons passé beaucoup de temps. Je vais rechercher le camion et nous déjeunons sur le parking du musée. Nous voulons nous rendre ensuite à Guadalupe, la ville voisine de Zacatecas. Pour une raison non précisée, le périphérique que nous devons emprunter est fermé à la circulation, nous voici embarqués sur des routes très embouteillées. Nous roulons au pas pendant une heure et demie avant de trouver le couvent de Guadalupe. L’église est surtout connue pour sa Vierge vénérée dans tout le Mexique. Elle a, elle aussi, une belle façade de grès rouge, très décorée comme il se doit. Nous allons visiter le couvent franciscain voisin, transformé en musée d’art religieux. Nous déambulons seuls dans les deux cloitres superposés dont tous les murs sont couverts de grandes peintures relatant les vies de Jésus, de Marie ou de Saint-François d’Assise, pour l’édification des fidèles. Les autres salles sont elles aussi littéralement couvertes de grandes toiles. 

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Peu sont vraiment des chefs d’œuvre. Nous ne retrouvons pas l’influence des cultures indiennes dans les motifs comme en Bolivie ou au Pérou. Aucun vêtement n’est rehaussé à l’or et les archanges efféminés sont absents des représentations… La visite permet d’accéder au balcon pour admirer un bel orgue et de remarquables stalles sculptées et peintes. Nous sommes aussi au-dessus de la chapelle de Napolès, fermée au public, très décorée. Nous ressortons, épuisés, jetons un œil à l’intérieur de l’église aux curieuses voûtes roses. Nous reprenons le camion, pas question, comme nous l’avions espéré, de bivouaquer devant le couvent. Nous cherchons la sortie de la ville, les indications des panneaux sont parfois fantaisistes, nous aboutissons dans des culs-de-sac, mais en posant des questions nous parvenons à trouver une route au mauvais revêtement, à contre-jour, avec une belle succession de topes, qui nous sort de la ville sans repasser dans le centre et rejoint la route de Guadalajara. Nous roulons jusqu’à ce que nous trouvions une station Pemex que nous espérons pas trop fréquentée. A neuf heures et demie, la gasolinera ferme, plus de véhicules, nous sommes seuls…

Mercredi 24 février : La nuit a été très calme, pas de bruits intempestifs, quelques camions sur la route… Nous repartons en direction de Guadalajara sur une route ordinaire à deux voies, peu fréquentée. Les usagers pressés doivent passer par Aguascalientes sur l’autoroute. La brousse sèche reverdit petit à petit en diminuant d’altitude. En traversant Villa Nueva, nous entendons une fanfare et une foule est rassemblée sur la place centrale. Espérant assister à quelque fête, nous cherchons à nous garer dans une rue proche de l’évènement. Nous attendons en compagnie d’autres personnes, assis sur un banc, l’arrivée d’un cortège précédé de voitures de police qui roulent au pas. En tête une fanfare de jeunes garçons puis quelques jeunes filles s’essaient à marcher au pas avec un air martial. Suivent les autorités et des très jeunes enfants en uniforme, répartis par écoles, qui eux-aussi tentent de défiler militairement, encadrés par leurs instituteurs (et institutrices…). Les parents, ravis, prennent en photo leur progéniture, pas moi… Même si quelques gamines bien coiffées et vêtues de neuf, sont craquantes ! Nous apprendrons qu’il s’agît de la fête du Drapeau, rien de bien folklorique. Pour repartir, après un essai dans une rue en cul-de-sac qu’il faut remonter en marche arrière, nous devons patienter jusqu’à ce que le défilé soit revenu sur la place. Dans la bourgade, j’aurai tout de même vu deux hommes portant un magnifique sombrero de cavalier. D’autres, plus classiques, coiffent fréquemment le chef de Mexicains moustachus. Nous apercevons quelques rares cavaliers dans les champs. Des plantations d’agaves maguey alimentent des distilleries de mezcal, l’alcool du Consul de Malcolm Lowry… Nous peinons à trouver de l’ombre pour déjeuner dans la descente d’un col, avant d’arriver à Guadalajara qui ne se découvre qu’au dernier moment, au sortir des montagnes. Il est encore tôt pour nous rendre chez Greta, nous décidons de tenter de voir la cathédrale mais nous nous perdons, l’avenue qui y mène est fermée à la circulation et le temps de nous orienter, il est trop tard. Nous récupérons la grande artère Lopez Matéos que nous devons suivre sur une dizaine de kilomètres. Nous n’y sommes pas seuls, la circulation est intense et très rapide. Les points de repère donnés par Greta sont trouvés mais avant d’entrer dans sa résidence gardée, nous cherchons un fleuriste, puis revenons à l’entrée gardée par des cerbères qui ne plaisantent pas. Ils appellent Alfredo puis photographient mon passeport avant de nous laisser passer. Nous faisons la connaissance d’Alfredo et de leur maison, du chat, du chien. Nous conversons avec un Alfredo sympathique, en espagnol. Greta rentre plus tard avec sa mère et ses deux enfants, Alfredito, 4 ans et Sara, 2 ans…Nous retrouvons une Greta inchangée qui parle encore français mais qui manque de pratique. Nous sommes étonnés de constater que nous la connaissons depuis tant de temps, et Julie encore plus ! Nous dînons d’enchiladas préparés par la gentille grand-mère à la voix fluette qui semble souvent là pour aider Greta, débordée entre son travail et les enfants dont elle a la charge. Les enchiladas sont froides et la bière est tiède… Nous sommes hébergés dans leur chambre avec un lit sur lequel, pour monter, nous aurions bien besoin d’une échelle…

Jeudi 25 février : Nous ne sommes pas tombés du lit, heureusement, mais nous avons eu la visite d’Alfredito à la recherche de ses parents ! Au réveil, Alfredo dort, il est rentré tard et travaille la nuit. Greta nous prépare un petit déjeuner puis nous convenons de la retrouver en ville dans l’après-midi. Nous retournons dans le centre et très vite tombons dans les embouteillages. Quatre millions d’habitants c’est-à-dire quatre millions d’automobiles pourrait-on croire, toutes de sortie en permanence. La révolution mexicaine avait pour but de partager la terre, pas les voitures… Quand nous sommes près du centre, nous ne trouvons pas de place pour nous garer. Trente ans plus tôt, nous avions apprécié de passer la frontière mexicaine pour, après la discipline pesante et l’absence de surprise des Etas-Unis, trouver un joyeux « foutoir ». Aujourd’hui, ce « foutoir » nous paraît pénible, surtout dans la circulation et nous regrettons la gentillesse des conducteurs américains et leur absence de nervosité au volant. Nous avons aussi trente ans de plus… Nous tournons, virons et abandonnons le camion dans un estacionamiento gardé, tout près de l’Institut Cabañas, loin de la cathédrale par laquelle nous voulions commencer les visites. Marie peine à marcher, nous sommes tous deux fatigués et aurions bien besoin de faire une pause. Nous suivons une large avenue piétonne moderne, presque mussolinienne. Nous passons à l’Office du Tourisme où faute de beaucoup de documents, on nous accueille avec le sourire. Nous longeons le théâtre, l’église San Augustin, rien de mémorable. Quelques bâtiments coloniaux ont échappé à la reconstruction de la ville dans les années 80. Le Palais du Gouverneur est en travaux mais on peut tout de même accéder à la cour, le patio à arcades, comme dans les autres bâtiments coloniaux. La cage d’escalier et le plafond de la salle du Conseil ont été décorés dans les années 1930 d’impressionnantes fresques dues à Orozco, natif de Guadalajara. Elles sont en cours de restauration et on ne voit que la moitié de chacune. Je ne suis pas très enthousiaste. Brossées à grands traits, simplistes dans l’idéologie, elles datent fortement… Nous décidons d’aller déjeuner à « la Chata », un restaurant populaire indiqué par notre guide. Murs et nappes orange, nombreux serveurs et serveuses empressés. Nous commandons des plats inconnus, poulet parfumé au romarin avec une sauce à la tomate pour moi et tendres tranches de bœuf grillé pour Marie, servis avec du riz, des frijoles, une purée de haricots, des enchiladas, des flautas, variété de tacos frits  et des sauces bien piquantes. Ce n’est pas de la gastronomie mais nous ne laissons rien dans les assiettes. Nous aurions aimé visiter l’église Aranzazù mais, en début d’après-midi, le bedeau dort… Nous revenons par une avenue grouillante, sur les trottoirs comme sur la chaussée, vers la cathédrale.

 

 

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Nous nous y reposons entre ses énormes colonnes, bercés par les chants de quelques dévots. L’extérieur est sans le moindre charme, mélange de style à dominante néo-classique. Nous revenons lentement, nous arrêtons sur tous les bancs, allons prendre un pot avant d’être à quatre heure devant l’Institut Cabañas où nous devions retrouver Greta. En son absence nous commençons la visite et tout d’abord la grande chapelle entièrement couverte de fresques d’Orozco, narrant la conquête espagnole et l’ancienne civilisation indienne. Là non plus, je ne suis pas séduit par ces sujets empâtés et sombres. 

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Je retourne plusieurs fois à l’entrée tenter d’apercevoir Greta, en vain. L’Institut, immense, est un ancien orphelinat et hospice. C’est un dédale de cours et de salles dans lesquelles sont présentées les œuvres d’artistes mexicains qui, à défaut d’être connus, prouvent la vitalité des arts graphiques au Mexique. Nous revenons à l’entrée et y trouvons Greta avec les enfants et sa mère mais sans Alfredo. J’avais gardé le souvenir d’une place avec des cafés où les orchestres de mariachis se produisaient dans une sympathique cacophonie. Nous nous y rendons tous ensemble mais, grosse déception, si les musiciens sont bien présents dans leurs costumes piqués de pièces d’argent, ils ne sont guère disposés à se produire. Aucun touriste n’est présent, ils attendent un engagement pour des fêtes privées. Nous allons prendre un pot, on ne sert pas de margarita… Alfredo a proposé que nous allions dîner dans un restaurant spécialisé dans le pozole, une bouillie de semoule de maïs… Je n’ose faire remarquer que nous avons largement passé, ou pas encore retrouvé, l’âge de ce type de mets… Nous devons nous retrouver au carrefour de Chapultepec. Nous allons récupérer le camion et replongeons dans le cauchemar de la circulation. Néanmoins, nous trouvons le carrefour et je parviens à me garer à proximité. Je vais guetter Greta qui tarde. Le quartier est très animé. A de nombreuses terrasses de café, bruyantes, des jeunes viennent se retrouver en buvant des bières et grignoter quelques antojitos. Quand Greta arrive, elle nous annonce que nous devons repartir pour retrouver Alfredo directement au restaurant. Je vais rechercher le camion, et derrière la voiture de Greta nous roulons vers cette nouvelle destination... La gargote ne paie pas de mine, seul plat, avec de la viande ou des crevettes tout de même, et des sauces différentes, le pozole ! Il s’agit d’une sorte de soupe avec des grosses graines de maïs qui ressemblent à du pop corn qui aurait été bouilli. Nous avalons chacun notre assiette, les enfants jouent sur des chevaux mécaniques et nous attendons de rentrer… Je suis enfin dans la chambre et le lit est vite pris d’assaut…

Vendredi 26 février : Greta gratte à la porte pour nous dire au revoir avant de partir emmener ses enfants à l’école et aller au travail. Nous descendons petit-déjeuner avec Alfredo plus tard puis après remerciements, promesses de se revoir en France, nous quittons Guadalajara. Nous voulons longer le lac de Guadalajara, appelé également lagune de Chapala, aussi nous ne prenons pas l’autoroute mais une route secondaire. Funeste erreur ! La route qui suit les bords du lac est étroite, en travaux, en cours d’élargissement et très fréquentée… Les rives du lac sont marécageuses, perdues dans les roseaux, la brume qui s’en élève n’améliore pas la vision… La terre est riche, des serres, arceaux sous des bâches de plastique, recouvrent la campagne. Les villages, fréquents, se suivent, tous pourvus de topes impitoyables. La moyenne n’est pas élevée, les traversées des agglomérations plus importantes prennent beaucoup de temps. Nous nous perdons dans Zamora, faute de panneaux précis et avec des informations contradictoires. Mes yeux me jouent des tours, la fatigue ? J’ai hâte d’arrêter. Nous traversons une région de champs de lave, entourés de volcans mais une première averse puis un ciel gris ne nous permettent pas d’apprécier vraiment le paysage. Enfin Patzcuaro ! Nous trouvons presqu’aussitôt l’hôtel, Villa Patzcuaro, qui fait aussi « RV Park ». Content de ne pas avoir à chercher un bivouac, nous nous installons auprès de quelques audacieux camping-caristes américains et canadiens sur une pelouse. Nous avons le wifi, nous répondons à quelques messages. Je m’offre néanmoins un gin-tonic ! Panne de gaz au moment de faire l’omelette, heureusement il restait un fond dans la bouteille française !

Samedi 27 février : Nous commençons par faire remplir notre bouteille canadienne de gaz, ce qui ne pose aucun problème, et pour quelques pesos, mais pas question de remplir la bouteille française ! Nous nous rendons ensuite au supermarché Soriana, à la sortie de la ville moderne mais il est nettement moins bien achalandé que les précédents, pas de produits d’importation espagnols et choix très limité, en particulier dans les vins. Nous allons nous garer dans le centre historique à deux pas de la place Chica. Une de ces belles places populaires si nombreuses au Mexique. Des vieux, moustachus, occupent, sombrero vissé sur la tête, les bancs sous les arbres en fleurs. 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des Indiennes âgées, portant encore le châle sur les épaules, vendent quelques friandises. Les marchands de ballons guettent la marmaille et les cireurs de chaussures lisent le journal en attendant un gandin. La bibliothèque municipale occupe une église mais elle est fermée ! Le marché débouche sur une partie d’un côté de la place, nous y traînons quelques instants sans y trouver grand-chose d’original. Nous remontons une de ces belles rues qui font le charme de Patzcuaro. Toutes les maisons à toit de tuiles  n’ont au plus qu’un étage, et sont toutes bien blanches avec le bas des murs, l’encadrement des portes et des fenêtres, de couleur rouge brun.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous atteignons la grande place, entièrement bordée de demeures patriciennes à un étage au-dessus d’arcades,  mais là, les encadrements des fenêtres sont sculptés. Toutes ont été transformées en hôtels ou en restaurants et réservent à leur clientèle le charme de leurs patios. Nous déambulons en regrettant que le ciel gris ne mette pas en valeur cet endroit. 

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Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, visitons quelques boutiques, trouvons quelques masques intéressants bien que neufs mais bien chers. Depuis la visite d’André Breton, les prix ont sérieusement augmenté ! Au milieu de la place, sous les arbres, un groupe folklorique en habits traditionnels, veste et pantalon brodés, chapeau de paille et masque de vieux grimaçant, accompagnés par quelques guitaristes et un violon, dansent puis quémandent quelques piécettes, sans agressivité, dans la bonne humeur. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous nous décidons pour une table sous les arcades pour un mauvais déjeuner. Marie a commandé un plat sans savoir de quoi il s’agissait et obtient de fines tranches de bœuf noyées dans du fromage fondu. Je ne risque pas d’y goûter ! J’ai voulu commander le même plat que Marie avait pris à « La Chata » à Guadalajara, du bœuf « tampiqueña » mais en beaucoup moins bien, les mêmes tranches fines de bœuf à peine grillées, accompagnées de divers ingrédients mais le guacamole doit avoir été préparé pour des touristes, pas trace de piment et les frijoles disparaissent sous le fromage râpé. Nous continuons notre promenade dans les rues, visitons un ancien hospice, ensemble de bâtiments autour de cours et de patios, transformé en échoppes d’artisans. Tissus, dinanderie, argenterie, bois, laque etc… Nous remontons vers la place de la Basilique Nuestra Señora de la Salud, aussi laide à l’extérieur qu’à l’intérieur et dont le seul intérêt est de renfermer une Vierge miraculeuse, exposée dans une châsse cadenassée. Sur une réplique, placée derrière elle, les dévots épinglent de petits ex-voto en argent sur son manteau. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous récupérons le camion et sortons de la ville pour suivre un mauvais chemin pavé qui grimpe sur une colline d’où nous découvrons tout le lac, ses îlots mais la visibilité est mauvaise, tout est noyé dans la brume. Nous retournons réserver une place au camping puis nous nous rendons à une douzaine de kilomètres au village de Tzintzuntzan pour y revoir le cimetière à peine aperçu hier en passant. Sur les croix, devant les tombes, sont accrochées ou simplement posées des couronnes en rubans plastiques très colorés. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous cherchons, et trouvons au bout de rues à peine pavées, deux églises indiquées par nos guides, l’une renferme une statue articulée du Christ dans un cercueil de verre, elle est sortie et clouée sur une croix pour Pâques, l’autre une statue de Saint Antoine dont la robe de bure a elle aussi eu droit à quelques ex-voto. Rien qui justifiait le déplacement. Nous rentrons au camping et au passage, dans l’autre supermarché, je trouve une bouteille de vin blanc, très bon marché, où finira-t-il ? Je ne me sens pas très bien, vaguement fiévreux et je n’ai guère envie de ressortir pour aller voir l’animation (?) sur la place. Le vin blanc, un Sauvignon, se révèle très acceptable mais le saumon fumé chilien est absolument insipide !

Dimanche 28 février : Nous essayons de nous lever plus tôt, un quart d’heure ! Nous prenons la route de Morelia, par l’autopista à péage, une seule voie dans chaque sens alors que la route « libre » était à deux fois deux voies séparées ! Nous sommes rapidement à Morelia et trouvons facilement le centre historique, fermé à la circulation automobile le dimanche, les cyclistes en profitent. Je me gare sur un emplacement que je crois être pour handicapé avant de comprendre plus tard que la marque au sol n’indique qu’un aménagement du trottoir pour faciliter l’accès aux fauteuils roulants, Je n’aurai plus qu’à retourner chercher une autre place. Nous marchons un quadra pour aboutir au Zocalo, la grande place sur laquelle se dresse, prétentieuse, une cathédrale qui écrase de ses tours le commun des mortels. Seuls, ses dômes couverts de faïences bleues et blanches donnent à ses toits un peu d’originalité.

 

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L’intérieur se veut imposant. Les demeures bourgeoises et les palais qui forment le centre-ville ont été édifiés dans une pierre rose qui donne du caractère à la ville. Le haut des murs est pourvu de longues gargouilles qui doivent arroser les passants par temps de pluie. Nous partons pour une longue promenade dans les rues, le nez en l’air… L’église de Santa Rosa abrite de splendides retables en bois doré avec des têtes d’angelots dans les entrelacs de feuilles.