Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 04:40

Mercredi 30 mars : J’ai transpiré toute la nuit, je me sentais moite, collant. J’ouvre toutes les ouvertures pour profiter du fort vent venu de la mer mais cela ne suffit pas. Je refais les pleins d’eau puis nous allons dépenser des pesos en gasoil et au Walmart en boissons gazeuses. Nous allons dans le centre-ville en quête de bureaux de change pour écouler contre des dollars US, les derniers pesos. Mais ces bureaux ne sont pas riches et je n’obtiens que 65 dollars ! Nous quittons Chetumal et prenons la route du Belize. La sortie du Mexique est rapide, le personnel efficace, le dépôt de garantie doit être viré sur notre compte. Quelques kilomètres plus loin, le poste du Belize. Tampons sur les passeports et la douanière nous propose une formule gratuite de transit dans la journée, ce qui nous convient. Les fonctionnaires de cet état ne plaisantent pas et prennent très au sérieux la défense de leur patrie. L’un d’eux tient à visiter la cellule, ouvre les placards, cherche des « fire arms » dans les petites culottes de Marie, ne les trouve pas, pas plus que les liasses de billets de dollars locaux dans les livres et enfin, ravi, tombe sur le réfrigérateur. Il appelle à la rescousse son collègue tout aussi motivé et deux tomates potentiellement dangereuses pour l’économie du Belize, un avocat qui pourrait bien transmettre des germes ou des bactéries et surtout un œuf ! Au Belize on parle anglais… Faut pas se mélanger… Nous découvrons le réseau routier, pas fameux et surtout sans la moindre indication de direction, de distance ! Nous traversons des champs de canne à sucre, passons dans des villages sans nom où quelques maisons anciennes en bois, parfois sur pilotis, nous rappellent d’autres anciennes colonies britanniques. La chaussée s’améliore quelque peu dans les faubourgs de Belice City. Nous roulons au hasard jusqu’à ce que nous trouvions le bord de mer. Encore une eau de rêve, quelques îles qui paraissent couvertes de mangrove sont au large. Nous ne traînons pas, nous devons être sortis ce soir. La route est meilleure, des lignes sont même tracées au sol ! Nous ne verrons rien de la capitale, Belmopan que nous contournons. Dernière étape sur une chaussée de plus en plus mauvaise. La contrée devient plus vallonnée. Je fatigue, mes yeux me trahissent et j’ai terriblement soif. Nous voici au poste frontière, des changeurs me donnent des quetzals contre mes derniers pesos, à un taux certainement désavantageux (pour moi…). Quetzals qu’un certain nombre de taxes, de droits à payer, de frais de désinfection par aspersion, vont vite faire fondre. La sortie du Belize est assez rapide mais pour faire entrer le camion au Guatemala, il faut fournir des photocopies qu’un heureux possesseur d’une machine met à la disposition des candidats, moyennant finance. Nous y voici, la route est bonne, le kilométrage précisé. La nuit ne va pas tarder, nous arrêtons sur le terrain de football d’un village sans que cela pose problème. Je me sens fiévreux, fatigué, vaseux. Peut-être une gastro-entérite, à laquelle nos fonctionnaires bélizéens n’auront pas échappé !

Jeudi 31 mars : Le village a été calme mais les chiens ont aboyé une partie de la nuit. Je ne me sens pas encore en forme, diarrhée, frissons, je décide de commencer un traitement d’antibiotiques. Nous repartons au milieu de petits ranchs d’élevage où le cheval n’a pas encore été remplacé par le quad. Nous atteignons le carrefour de la route de Tikal. Je cherche et trouve un carejo automatico qui nous permet de retirer des quetzals et donc de pouvoir payer un plein de gasoil et les frais d’entrée au parc archéologique. Tout comme il y a quinze ans, nous devons parcourir les 17 kilomètres entre l’entrée du parc et le site à vitesse réduite. Vitesse contrôlée par la délivrance d’un billet avec l’heure d’entrée qui sera vérifiée à l’arrivée ! Le billet est cher, du moins pour les étrangers, tous supposés riches, 25 quetzals pour les nationaux, 150 (18 euros) pour nous ! En arrivant, on nous propose le camping du site à 150 quetzals par personne, nous déclinons. Nous partons aussitôt, à la meilleure heure, dix heures et demie ! Une petite marche dans une belle forêt tropicale où dominent les ceiba, ces grands arbres aux racines apparentes qui serpentent, à peine enfouies dans le sol. Des palmiers et autres variantes sont à l’ombre des grands arbres, des lichens dignes de forêts de contes de fées, pendent aux branches des arbres. Marie transpire, moi aussi… Nous découvrons notre première pyramide, formidable dent dressée à cinquante ou soixante mètres du sol qu’un escalier particulièrement raide permettait autrefois d’escalader. En la contournant nous parvenons à la Plaza Mayor qui a été bien dégagée. Quatre côtés occupés sur deux, en vis-à-vis, par des pyramides surmontées de temples, et sur les deux autres par des structures difficiles à identifier tant elles sont imbriquées les unes dans les autres. Sur la place des stèles et des autels circulaires parfois gravés de motifs presque toujours indéchiffrables. Un escalier en bois, avec des marches au standard de l’Occidental contemporain, permet de monter à la terrasse de la seconde pyramide et de jouir d’une vue d’ensemble sur toute la place centrale

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous allons découvrir les pièces, couvertes de graffitis récents, des palais de l’un des côtés puis nous pique-niquons avec nos dernières provisions à l’ombre d’un palapa, un auvent de chaume. Nous repartons découvrir d’autres pyramides perdues dans la forêt, peu visitées par les touristes qui sont pour la plupart déjà repartis. Le temple V au sommet d’une pyramide n’a été dégagé que sur un côté permettant de comprendre le travail réalisé pour sortir son escalier et une de ses faces de sa gangue végétale. Nous traversons un espace entouré de petits temples, toute une famille de singes s’ébat dans les branches. Nous arrivons au Mundo Perdido, une autre place avec deux pyramides partiellement dégagées, puis nous continuons jusqu’à la pyramide du temple IV, la plus haute. Un escalier en bois, caché derrière, permet d’atteindre la terrasse. Marie n’y monte pas, je suis donc seul à découvrir la canopée à perte de vue d’où surgissent les trois dents des pyramides de la Plaza Mayor et plus tassée, celle du Mundo Perdido

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Tikal est exceptionnel par la concentration et la dimension des pyramides, sans oublier tout ce qui est encore enfoui sous la jungle, mais, plus ancien, le site n’a pas conservé grand-chose des décorations des murs et on n’y retrouve pas les masques de Chac en mosaïque de pierre et autres décors des grands sites du Mexique. Nous entamons le retour. Une grande famille de coati traverse en courant le chemin et nous accompagne, peu farouche, quelques instants. Nous comptions utiliser un camion qui emmène et ramène les touristes de l’entrée à la Plaza Mayor mais il ne fonctionne plus après quinze heures. Nous devons donc encore marcher, Marie pas du tout ravie… Au camion, nous buvons frais ! Nous sortons du parc et roulons jusqu’à El Remate où nous cherchons un restaurant au bord du lac pour dîner ce soir. Nous allons nous installer un peu plus loin et remplissons nos devoirs en continuant de transpirer. A sept heures, nous nous rendons au restaurant « Mon Ami » tenu par un Français installé au Guatemala depuis 39 ans ! Pas d’électricité ce soir, donc pas d’éclairage, pas de ventilation et réfrigérateurs à l’arrêt ! Nous commençons par une margarita et un mojito très honnêtes puis c’est une longue attente en continuant de transpirer à grosses gouttes, faute du moindre souffle d’air, avant de nous faire servir des crevettes de belle taille à l’ail et un poisson du lac en papillote, correct sans plus et pour plus cher qu’au Mexique. Nous retournons passer la nuit là où nous nous étions arrêtés au bord du lac.

Vendredi 1er avril : Après avoir perdu quelques litres de sueur, nous repartons jusqu’à Santa Elena où nous trouvons le supermarché indiqué par le Français de la veille, d’après qui nous y trouverions tout ! Grosse déception, les rayons ne sont pas très garnis et mon petit espoir de trouver une bouteille d’un quelconque pastis est aussi déçu ! Néanmoins nous trouvons de quoi nous sustenter les prochains jours. Nous voulons jeter un œil à l’île de Florès mais la route est barrée dans Santa Elena pour un défilé des écoles. Nous revenons sur nos pas et suivons les indications de Guatemala City. Au bout d’une centaine de kilomètres nous nous apercevons que la route que nous suivions si elle va à Guatemala City, n’est pas celle que nous comptions emprunter, mais qu’à cela ne tienne, nous poursuivons au milieu des ranchs d’élevage. La région est de plus en plus vallonnée, nous passons entre des massifs karstiques couverts de jungle. Si les champs de maïs étaient remplacés par des rizières, nous pourrions parfaitement nous croire en Asie du Sud-Est avec les cases couvertes de chaume. Les kilomètres passent, nous approchons de Rio Dulce et nous ne trouvons pas la bifurcation que nous escomptions… Renseignement pris, nous l’avons ratée vingt kilomètres plus tôt ! Demi-tour et effectivement, dans l’autre sens, la route est bien indiquée… Rassurés, contents d’être sur la bonne voie, nous nous arrêtons pour déjeuner à l’ombre d’un cocotier. Nous continuons sur une bonne route, bizarrement peu fréquentée… Après Fray Bartolomé de Las Casas, nous avons le choix pour rejoindre Cobàn entre deux routes, celle de droite semble mauvaise, celle de gauche est bien revêtue. Nous prenons celle de gauche. Trente kilomètres plus loin, la bonne route de transforme en une redoutable piste qui commence à grimper dans la montagne et qui grimpe, grimpe… J’attends le passage d’un col et une redescente vers une bonne route mais non, nous montons, dans un paysage superbe. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Des forêts couvrent les montagnes, des hameaux de maisons en planches sont perdus sur la piste, les Indiennes portent de longues jupes avec des motifs imprimés à l’imitation des tissages ikat et des blouses, de ces huipils que nous aimons tant, brodés autour du col et au bas des manches ou garnis de dentelle. Nous nous renseignons sur la distance pour retrouver le goudron : deux heures dit l’un, une heure dit l’autre, un chauffeur croisé nous précise 25 kilomètres. Comme nous devons rouler à une moyenne de dix km/h, nous ne sommes pas sûrs d’arriver avant la nuit. La piste sans s’améliorer traverse de plus en plus fréquemment des villages avec des maisons en dur et pourvus aussi d’un grand choix d’églises de toutes les sectes chrétiennes qui fleurissent en ces terres de mission… Nous rencontrons de plus en plus de tuk tuks qui osent s’aventurer, chargés de passagers, sur ces pistes, preuve de l’approche d’une bourgade d’importance. Quand nous retrouvons un mauvais goudron, nous croyons être arrivés près de Cobàn mais il reste 45 kilomètres que les virages et les nids de poule ne nous permettent pas de parcourir avant la nuit. Nous entrons dans la ville et cherchons le Parc Las Victorias, en plein centre-ville où il est possible de camper. Quand nous y parvenons la porte est verrouillée. Je plonge dans le noir pour essayer de trouver un responsable mais il n’y a personne ! Nous cherchons la sortie de la ville et une station-service où nous pourrions nous arrêter pour la nuit. Rouler de nuit, sans assurance, dans une circulation où peu de conducteurs sont des gentlemen, est une épreuve (nous commencerions à trouver les conducteurs mexicains très corrects !). Enfin une station nous tend ses pompes et nous pouvons nous garer derrière, là où les minibus viennent se faire faire un lavage au jet

Samedi 2 avril : Nous avons presque eu froid cette nuit et nous n’avons pas eu besoin d’ouvrir toutes les ouvertures. Nous quittons notre station-service où nous avons été relativement au calme. Au premier carrefour nous abandonnons la route de Guatemala City pour celle de Huehuetenango, étroite et pas fameuse, classique pour le Guatemala… Mais après le premier bourg aux rues étroites, la route devient piste. Une piste à flanc de montagne, ravinée, pas entretenue et très poussiéreuse. Nous pestons en pensant que depuis notre dernier passage douze ans plus tôt, les routes ne se sont pas améliorées. Parfois, des hommes, des gosses et même des femmes font mine de jeter quelques pelletées de terre pour boucher des trous et quémandent une piécette à notre passage en tendant une ficelle pour nous inciter à ralentir. Autant vider la mer à la petite cuillère ! Je m’étonne que depuis ces années, il n’y ait pas eu  de tentatives de pendaisons de ministres ou de députés… Ces derniers n’ont pas honte de se faire de la publicité en affichant leur photo et des slogans prometteurs sur des panneaux ou des murs de maisons. Il y a eu tout de même du progrès puisque ce mauvais passage ne dure que trente kilomètres… La route monte, descend sur des pentes très raides et donc avec des descentes vertigineuses qui font souffrir les freins, franchissant des montagnes hélas embrumées, traversant des villages aux tumulos (version locale du topes mexicain) redoutables. Dans un village nous dépassons une petite procession, un homme porte un énorme tambour sur son dos, attaché par une lanière à son front, un autre frappe dessus (le tambour !), suivent des pénitentes habillées de beaux huipils, des statues de Santiago à cheval sont promenées.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous bifurquons en direction de Chichicastenango. La route a parfois conservé le souvenir d’avoir été goudronnée… Nous nous lançons dans la traversée de la petite ville, à la recherche d’un lieu où passer la nuit. Une fois l’église repérée, nous trouvons à proximité un parqueo, terrain vague où après discussion, nous pouvons nous garer. Nous allons sur la place du marché qui se tiendra demain et commençons par aller revoir l’église, sans grande ambiance aujourd’hui. Comme à Chamula, les statues des saints ont été enfermées dans des vitrines mais les bancs sont toujours en place même si, entre eux, dans l’allée centrale, sont posées de grandes dalles où habituellement brûlent de fines bougies. Tous les retables sont absolument noircis et seules quelques statues plus claires y logent encore. Ici le curé n’a pas été mis à la porte mais il a dû faire des concessions aux cultes ancestraux… Les échoppes du marché, sous des toiles tendues, ne proposent pas grand-chose d’intéressant. Nous allons prendre un pot à la terrasse du premier étage d’un restaurant qui domine la place du marché. Je vais rechercher l’ordinateur pour profiter du wifi, lire le courrier et répondre. Nous cherchons des boutiques en quête de huipils et de masques mais nous ne trouvons pas grand-chose. Sur un trottoir, une Indienne nous propose un huipli lidentique à l’un des nôtres acheté en 2004 mais il est à un tel prix que je ne résiste pas… Retour au camion (à la fraîche !) pour écrire en attendant de ressortir pour aller dîner. Nous choisissons le restaurant « La Parilla » supposé spécialisé dans les viandes grillées. Marie et moi prenons un assortiment de bœuf, porc, poulet et saucisse. Le porc et le bœuf sont particulièrement immangeables, durs comme il est difficile de l’imaginer ! Très mécontents, nous repassons devant l’église par le marché où il n’y a aucune agitation particulière. Dans des gargotes de plein air on sert des viandes et des frites certainement meilleures que celles du restaurant… Nous retournons à notre parqueo où nous trouvons porte close ! Je cogne, appelle, tambourine, secoue le portail, cogne de plus en plus fort, inutilement. A la station-service mitoyenne on ne sait rien et ne veut rien savoir ni même appeler la police. Alors que nous commencions à désespérer arrive le gamin vu à l’arrivée, il ne peut pas rentrer non plus mais il nous fait passer par les toits de la maison voisine et nous parvenons à réintégrer notre camion…

Dimanche 3 avril : Des camions sont passés toute la nuit dans la rue et j’ai été souvent réveillé, sans oublier les chiens qui ne savent qu’aboyer… Nous nous rendons au marché dès que nous sommes prêts. Les rues sont toutes encombrées par des marchands, surtout de marchandes qui, dans la nuit, ont envahi Chichicastenango. Les étals laissent à peine la place de passer entre, bottes d’oignon, tomates, fruits tropicaux mais aussi et surtout tissages colorés pour les touristes. Nous sommes hélés à chaque pas, sollicités à chaque échoppe. Nous parvenons au parvis de l’église San Tomas et c’est encore un éblouissement. Toutes les marches sont occupées par des marchandes de fleurs, beaucoup d’arums en cette saison. Leurs couleurs associées à celles de leurs vêtements forment une symphonie rarement rencontrée ailleurs. 

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous accédons à l’église par la porte latérale, une messe s’y tient, pas de traces d’un culte païen à cette heure. Nous traversons le marché, toujours à la recherche de huipils mais tous ceux que nous trouvons sont neufs et les broderies à l’encolure souvent naïves. Le seul qui nous plairait est hors de prix et nous ne comprenons pas comment nous avons pu acheter celui de la veille à ce prix dérisoire. Nous parvenons à l’autre église, celle du Calvaire, qui fait face à San Tomas, moins fréquentée. A l’intérieur, une pénitente s’obstine à parcourir sur les genoux le chemin jusqu’à l’autel puis à recommencer… A l’extérieur, un prêtre maya, habillé comme monsieur Tout-le-Monde fait brûler des bougies en marmonnant des litanies. Ses assistants (clients ?) l’accompagnent puis allument d’énormes cigares qu’ils s’évertuent à fumer à toute vitesse ! 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous les abandonnons à leur occupation et descendons une rue pavée en forte pente en direction du cimetière. Les mausolées dispersés sur une colline sont tous de couleurs très vives. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

En approchant et en nous promenant dans les allées, nous découvrons d’autres tombes plus modestes, certaines sont recouvertes d’une couche de béton, coloré bien sûr, qui épouse la forme du corps. Les plus modestes n’ont qu’une croix, toujours en béton, sur leur tumulus. Nous y retrouvons des familles venues accomplir des rites mayas, des amas de bougies blanches puis colorées sont déposés sur des autels prévus à cet effet avant d’être enflammées tandis que les participants récitent des prières.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous revenons vers le marché, repassons à l’église où des prêtres mayas balancent des encensoirs primitifs dans l’attente du client. L’un d’eux suivi, dans la même position, par sa « patiente » accomplit à genoux un parcours qu’il répète, dans le vestibule de l’église. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Après une dernière bousculade dans les ruelles, nous allons récupérer le camion et quittons Chichicastenango alors que les hordes de touristes débarquent. La route en courbes serrées et surtout en montées-descentes tueuses de freins rejoint le carrefour de la Panamericana que nous allons suivre. Une bonne route à deux fois deux voies, comme nous aurions bien aimé en avoir plus… Mais il s’agit toujours de traverser le Quiché, région de montagnes abruptes, très peuplée, aussi ne pouvons-nous pas rouler trop vite dans ces virages serrés mais au moins, nous évitons les tumulos ! Nous la quittons pour nous rendre au village de San Cristobal de Totonicapan où se tient le marché. Nous nous garons à proximité et allons nous y promener. Les corsages, huipils, y sont différents. Beaucoup de broderies à motifs de fleurs ou chez les plus jeunes avec des fils dorés ou argentés. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Je tente de prendre discrètement des photos mais les fines mouches sont au courant des manœuvres et ne s’y laissent pas prendre… Après avoir déjeuné dans le camion, nous nous mettons en quête du village proche de San Andrès Xecul et de son église. Nous l’approchons par l’arrière, toute blanche, avant de découvrir, coup de cœur, sa façade d’un jaune moutarde, recouverte de représentations stuquées, colorées et très naïves, presque choquantes, de la Sainte Famille et de divers saints. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous ne nous lassons pas d’examiner cette façade avant de reprendre la route de Quetzaltenango, toute proche. La ville est déserte, nous repérons un supermarché, poursuivons jusqu’à la place centrale où je trouve un distributeur bancaire pour retirer des quetzals. Nous nous garons pour aller contempler la façade, tout ce qui reste, d’une église du XVI° siècle avec de beaux anges musiciens. Nous retrouvons le supermarché, l’essentiel s’y trouve mais pas les petites fantaisies gastronomiques du Mexique. J’y fais tout de même l’emplette d’une bouteille de gin… Nous repartons et cherchons la route de Zunil en passant par des ruelles où il n’est pas toujours évident de faire tourner un camion Land-Azalaï ! Nous la trouvons, un mauvais goudron défoncé puisqu’il ne s’agit pas de la Transamericana ! Après le passage d’un col d’où nous devinons les contours d’un volcan, nous parvenons à cette bourgade où se tient demain un marché. Je me lance dans la traversée du village, dans des ruelles en pente et bien trop étroites, jusqu’à parvenir à la place de la jolie église, une façade jaune et blanche qui n’est pas sans rappeler les églises de Bolivie.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

L’intérieur est quelconque, des retables enfumés. Nous trouvons un parqueo à proximité du marché. Fin de journée passée à envisager les journées suivantes puis traditionnel apéritif…

 

Lundi 4 avril : Des camions sont passés en klaxonnant dans la nuit, nous pensions que le marché en était la cause. Quand nous sortons du camion et que nous nous dirigeons vers la place du marché, nous trouvons un village bien calme, presque personne dans les rues, pas de tuk-tuks énervés ni de minibus slalomant  dans les rues. Et pour cause, le marché est atone, rien que de normal le lundi. Renseignements pris puis confirmés, les jours de grand marché à Zunil sont : le mardi, le jeudi, le vendredi et le dimanche ! Nous avions tout faux et notre (vieux) Guide du Routard aussi… Nous repartons donc en direction du lac Atitlan. Nous reparcourons les 50 excellents kilomètres de la Panaméricaine, tout en virages et montées jusqu’au carrefour d’une route se dirigeant vers San Pedro mais renseignement pris, il semble qu’on ne puisse pas faire le tour du lac… Sagement, nous rebroussons chemin et prenons la moins bonne route de Solola. Nous traversons cette grosse bourgade en nous faisant confirmer au passage que le marché se tient bien demain. Nous nous renseignons dans un parqueo sur la possibilité d’y passer la nuit et le tarif puis nous entamons la descente sur Panajachel. Nous nous arrêtons au mirador d’où nous découvrons le lac et les deux cônes des trois volcans, ceux du Atitlan et du Toliman sont confondus de ce point de vue. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Une légère brume dissimule les détails et nous avons une pensée pour Julie qui l’an dernier avait escaladé le plus haut… Au bout de la descente nous parvenons à Panajachel. Nous devons acquitter un « droit » de passage et de stationnement. Cette bonne idée est reprise dans les villages suivants… Nous traversons le Saint-Tropez guatémaltèque avec tout ce que cela sous-entend comme commerces, touristes et niveau de prix. Nous décidons de continuer sur la route qui longe le lac. Nous atteignons Santa Catarina Palopo où nous versons notre écot et continuons encore quelques kilomètres pour San Antonio Palopo, même égratignure au porte-monnaie. Nous poursuivons quelques kilomètres sur une piste puis revenons nous garer devant le minuscule port. Nous montons à pied à la petite église toute blanche en examinant les costumes locaux, différents d’un village à l’autre. Ici, les hommes portent une chemise à carreaux, un grand chapeau de paille et une sorte de jupe dans un tissu à carreaux marron tenu par une large ceinture tissée. Les femmes, corsage et jupe brodés dans des tons bleus, un cordon est noué dans les cheveux et beaucoup ont un collier de perles dorées. Elles n’aiment pas être prises en photo et nous devons les surprendre ou être discrets. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous déjeunons dans le camion puis revenons à Santa Catarina et nous nous garons devant l’église. Nous commençons par la visiter, il en sort de la musique. Des Indiennes et des Indiens s’y trouvent et d’autres continuent d’arriver. Les hommes ont de longs bermudas tissés et brodés. Les femmes sont dans des tons turquoise et portent un épais turban de velours. Nous nous éclipsons quand nous voyons arriver deux cercueils… Nous descendons jusqu’au bord du lac, les volcans disparaissent désormais dans les nuages. Nous nous aventurons à l’extrémité d’un ponton branlant pour avoir une vue sur le village depuis le lac mais, comme Chichicastenango, Zunil ou tout autre village, c’est laid ! Les maisons, autrefois en adobe, sont désormais en parpaings, des fers à béton dépassent des murs et des toits, tout est uniformément gris. Nous revenons à l’église, la sortie devrait nous permettre de faire des photos des costumes. Nous attendons en compagnie des musiciens de la fanfare, plus d’une heure à regarder passer les femmes avec leurs petits portés dans le dos dans un grand châle noué sous la poitrine. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous sommes presque surpris par la sortie, les deux cercueils portés à bras d’hommes font un tour complet avant de partir en cortège, fanfare en tête, vers le cimetière. La batterie de l’appareil photo a choisi ce moment pour signifier son arrêt ! Nous retournons à Panajachel. Je dépose Marie devant un centre artisanal et vais me garer au port puis je la rejoins. Elle ne trouve rien à rapporter en guise de cadeaux mais je m’offre un faux panama, non pour le soleil mais pour plaquer ma tignasse ! Nous repartons et remontons la côte pour Solola où nous allons au parqueo repéré et où nous sommes attendus !

Mardi 5 avril : Réveillés à six heures, à huit nous sommes prêts à nous rendre au marché. Nous nous apercevons vite que c’est un peu tôt, les marchands commencent seulement à ouvrir leurs boutiques et les paysans débarquent des transports en commun avec leurs ballots. Nous sommes déroutés au début par le fait que le marché se tient sous une halle et non en plein air. Quand nous les découvrons, nous sommes presque désespérés de constater que tous les tissus, jupes, corsages, ceintures, blouses ont dans leurs tissages incorporé des fils dorés ou argentés qui sont au goût du jour local. Pas de pièces anciennes ou du moins nous n’en trouvons pas. Les Indiennes sont venues de tous les villages alentour et nous reconnaissons à leur tenue, à la couleur de leur jupe, de leur huipil, de leur ceinture ou de leur turban, où elles habitent du moins quand il s’agit de villages que nous avons visités. Ce sont les hommes qui focalisent notre attention avec leur bermuda coloré et leur couverture marron nouée en jupe par-dessus. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Comme dans tous les autres marchés, il s’y trouve toujours quelque illuminé qui, armé d’un micro, diffuse à tue-tête la Parole de Dieu, dans sa version personnelle sans doute… Après avoir traîné dans les allées, essayé de surprendre avec nos appareils photos quelques beaux « spécimens », acheté deux tissus, nous abandonnons le terrain et retournons prendre le camion. Nous reprenons la route pour rejoindre la Panaméricaine et continuer en direction de Ciudad de Guatemala. Elle est toujours aussi raide et sinueuse, parcourue par des camions audacieux dans les descentes et par d’anciens school-bus américains, réformés et reconvertis dans le transport de voyageurs, sans y avoir rien changé. Ils dévalent les pentes à toute allure, tous les feux clignotants allumés et klaxon bloqué… A l’approche de la capitale, la circulation s’intensifie et la route à deux voies n’en a plus qu’une ! Nous quittons cette route pour une plus étroite et à la chaussée bien dégradée pour arriver à Antigua. Nous roulons dans le centre sur des pavés et trouvons le parking indiqué par nos prédécesseurs, à proximité du cimetière, sur le terrain de la police dite touristique. Camping gratuit mais nous sommes incités à une donation volontaire en échange de quoi nous n’avons pas le droit d’utiliser les toilettes et les douches de ces messieurs de la maréchaussée, pas question d’avoir du courant électrique et fermeture des portes à dix heures ! Nous nous installons néanmoins en espérant que cela ne se saura pas trop chez nos amis que nous dormons chez les flics ! Je vais aussitôt porter du linge dans une lavenderia puis, après déjeuner, nous nous rendons à pied en ville. Nous retrouvons la ville coloniale classique avec ses maisons sans étage, à toit de tuiles, aux murs colorés. Nous découvrons la première des églises à demi écroulées après le tremblement de terre de 1976, San Agustin, dont il ne reste que la façade, derrière un amoncellement de piliers et colonnes effondrés. Nous parvenons à la place centrale, elle aussi bien classique. Beau jardin au milieu avec des jacarandas en fleurs, une fontaine, des anciens bâtiments coloniaux et, sur un des côtés, la cathédrale. Sa façade est un trompe-l’œil, derrière, il n’y a qu’une petite église placée transversalement. Nous pouvons accéder par la rue qui longe la cathédrale à ce qui reste de ses travées, désormais à ciel ouvert, des archanges de stuc manient les encensoirs au sommet des piliers restés debout, un miracle s’écrirait mon cher ami René ! 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous suivons des rues bordées de belles demeures anciennes transformées pour la plupart en hôtels, restaurants ou boutiques de luxe pour riche clientèle nord-américaine. Nous passons sous l’arc Santa Catalina et allons chiner dans le hangar de la boutique Nim Pot, caverne d’Ali Baba où l’on trouve tissages et masques à tous les prix. Par malheur ceux qui nous plaisent ne sont pas dans les bas prix. Un superbe huipil me fait saliver mais il est vraiment trop cher, je me contenterai d’un masque dans la veine de ceux que nous avons déjà. Nous rentrons en repassant par la place centrale qui commence à s’illuminer, pas de tuk-tuk en vue…

Mercredi 6 avril : Je vais rechercher le linge, Marie le trie et le range pendant que je fais un plein d’eau. Puis nous partons en balade. Nous passons au marché artisanal, les habituelles horreurs y sont proposées. Nous visitons ensuite les ruines de l’église San Jeronimo, restes d’une fontaine dans un cloître effondré depuis le tremblement de terre de 1773. Plus loin, le Museo del Tejido nous attend et nous ne le ratons pas. Une extraordinaire collection de huipiles est présentée par village ou région, commentée par une jeune fille qui nous fait une démonstration de tissage. Mais là où cela se corse c’est que TOUS les articles exposés, anciens ou neufs sont à vendre ! Il ne faut pas nous le dire deux fois. Hélas ceux que nous préférons atteignent des prix que nous ne sommes pas prêts à mettre mais nous en trouvons deux que nous marchandons un peu en les payant cash. A côté, le couvent et l’église de La Recoleccion, en ruines eux aussi et dont aucun pilier n’est resté debout (pas de miracle !). Impressionnant amas de blocs de pierre et de briques. A chacun de ces sites nous devons payer, 40 quetzals pour les étrangers, 5 pour les locaux, ce qui au total fait une jolie somme vu le nombre de ruines que compte Antigua ! Nous prenons un tuk-tuk pour nous amener à l’église de la Merced, pas en ruine ! Une belle façade baroque, jaune paille avec de nombreux stucs blancs, notamment des grappes de raisin qui courent sur les murs et les colonnes. Le couvent attenant est accessible (et payant) pour y admirer une jolie fontaine en étoile au milieu du cloître sur fond de volcans perdus dans les nuages. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous allons déjeuner dans un restaurant qui occupe, lui aussi, les restes d’un couvent, ceviche honnête puis grillades avec des frites pour Marie qui est en manque… Nous repartons à pied pour jeter un œil au couvent des Capucines que nous ne visitons pas puis nous passons devant la belle façade aux colonnes très ouvragées de l’église du Carmen. De là nous prenons un autre tuk-tuk pour nous rendre à l’hôtel Santo Domingo. Un hôtel de rêve (ou pour qui en a les moyens). Il occupe les ruines de l’église et du couvent du même nom. Chaque reste a été soigneusement préservé, restauré, mis en valeur, des structures métalliques ou maçonnées ont été construites pour protéger ce qui existait et créer  dans le même temps des espaces où sont exposées des collections d’art colonial, d’art précolombien associé à de la verrerie contemporaine, d’art populaire, dans des jardins autour d’une magnifique fontaine en eau. Nous en ressortons épuisés et complètement fauchés depuis nos folies de ce matin ! Nous revenons à pied à la place centrale où je peux tirer des sous avec une carte de crédit, ce qui nous autorise à aller nous reposer devant une consommation dans un bar de la place. Hélas, aucun n’est en terrasse. Je vais rapporter au camion nos achats et reviens avec l’ordinateur. Nous pouvons lire notre courrier, répondre à Julie puis, faute d’un agréable bar où siroter une margarita, nous rentrons au poste ‘de police. Au passage j’ai pris soin d’acheter un sac de glaçons qui nous permettra d’avoir des bières fraîches (le réfrigérateur, faute d’avoir roulé et le camion étant à l’ombre, n’a pas beaucoup fonctionné aujourd’hui) et comme il y en a beaucoup nous en utilisons pour nous confectionner quelques cocktails de mon invention avec le reste de la bouteille de tequila.

Jeudi 7 avril : Nous retrouvons le rythme des jours de route. Réveillés à six heures, nous sommes prêts à prendre la route à huit heures. Au moment de partir nous échangeons quelques informations avec Michel qui, avec sa femme Christine, dans un camping-car classique, arrive du Honduras. Nous sortons d’Antigua et attrapons la route à deux voies qui remonte sur Ciudad Guatemala. La circulation s’intensifie à l’approche de la capitale, nous cherchons notre route sans l’aide des panneaux indicateurs quasi inexistants. Raison pour laquelle nous ratons l’entrée sur le périphérique mais nous parvenons à revenir sur nos pas et en posant des questions dans les stations-service, nous trouvons la route de Puerto Barrios. La traversée de l’agglomération avec ses banlieues en extension continuelle nous prend plus d’une heure. Je n’ai aucun scrupule à vidanger la « boîte à caca » sur les bas-côtés vu leur état de décharge permanente. Les routes du Mexique étaient sales mais ici c’est bien pire, à croire que tout le monde jette ses ordures sur les routes. Les discours écologistes, « organiques » comme on dit ici, l’emploi de ces termes pour toute association, ne semblent être que des mots pour séduire l’étranger ou pour être à la mode mais dans les faits, tout le monde s’en fout ! Nous abandonnons la route de Puerto Barrios pour une autre en direction de la frontière du Honduras, moins bonne et plus étroite. Nous atteignons Chiquimula où nous allons renouveler nos provisions dans un supermarché. Nous trouvons toujours les mêmes produits : viandes de bœuf ou de porc peu appétissantes, charcuterie de poulet anémique, laitages sans grand choix. Dernier plein de gasoil puis nous atteignons le poste frontière. Formalités de sortie rapides, plus longues pour le camion avec contrôle des numéros, fourniture de photocopies en plusieurs exemplaires du passeport du permis de conduire, de la carte grise etc… L’entrée au Honduras est plus longue, un seul officier est chargé d’enregistrer les entrées avec prise des empreintes digitales, photo et nous ne sommes pas les seuls. Puis c’est la douane où, aux formalités remplies sur ordinateur, s’ajoutent celles d’une bureaucratie tatillonne, nouvelles photocopies etc… et obligation de payer les droits et taxes en monnaie locale, le lempira, donc de changer des dollars. Bref une heure et demie plus tard nous roulons au Honduras. Quelques kilomètres et nous sommes à Copàn où nous cherchons un emplacement pour la nuit près de l’entrée des ruines. Le parking du site est fermé, la station-service de veut pas de nous, les policiers du poste de contrôle nous autorisent à nous arrêter sur les bas-côtés , à proximité des tumulos qui obligent les camions à ralentir puis à accélérer, pas l’endroit le plus calme que nous connaissions…

Vendredi 8 avril : Deux ronflements m’ont empêché de dormir. Celui des moteurs des camions et celui de Marie… Nous avons perdu de l’altitude hier et nous avons retrouvé des températures caniculaires mais encore supportables. Avant de nous rendre au site, je veux aller tirer des lempiras dans un distributeur automatique mais mes tentatives dans deux banques différentes et avec nos trois cartes sont vouées à l’échec ! Il faudra faire avec les quelques dollars qui nous restent. Au site archéologique, parking gratuit, ils ne suivent pas l’exemple du Mexique… L’entrée, 15 dollars pour les étrangers, 12 fois moins pour les autochtones et tarif intermédiaire pour les Centroaméricains… Une courte marche à l’ombre des grands arbres et nous sommes à l’entrée du site. De magnifiques aras nichent dans les arbres, les gardes leur ont construit des abris et les nourrissent de fruits. Peu farouches, mais prudents, ils sont fiers de montrer leur plumage rouge, jaune et bleu mais, c’est quand ils s’envolent qu’ils sont les plus beaux, déployant toutes leurs ailes écarlates. 

 

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Une centaine de mètres plus loin nous parvenons à la place centrale, un vaste espace ratissé, dégagé où se dressent, sous des auvents de palmes, des stèles sculptées. Très différentes de celles déjà rencontrées, leur sculpture est quasiment en ronde bosse, très creusée dans la pierre. Ce sont toujours des seigneurs en grand apparat, coiffure exubérante, vêtements richement ornés et glyphes sur les côtés. Les aras, peu respectueux, viennent s’y poser… Plus loin un jeu de pelote avec des représentations de têtes d’aras sur les côtés, et qui étaient peut-être les buts, a été restauré. A côté se dresse un superbe escalier dont les marches et les rampes latérales sont couvertes de glyphes contant l’histoire de la dynastie. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Deux ou trois seigneurs assis sur des trônes se tiennent à intervalles réguliers, au milieu de l’escalier, devant une stèle et un autel. L’escalier est malheureusement (?) recouvert d’un velum pour le protéger des intempéries. Puis nous empruntons un escalier moderne en béton pour ne pas avoir à escalader l’ancien escalier, très large, mais dont les gradins ont été déformés par les racines de ceibas géants qui ont poussé et d’où retombent des lianes qui en font une vision angkorienne… Nous atteignons l’Acropole, un ensemble de cours, de temples et de pyramides, partiellement restaurés, et toujours des autels et des stèles très lisibles. Des tunnels permettent de découvrir un temple sous un autre plus récent mais le tarif est exagéré et personne ne semble les visiter. Le charme de Copàn réside dans ce cadre encore à demi-sauvage, grands arbres, lianes, aras perchés dans les arbres, l’absence de marchands de colifichets sur le site et sa faible fréquentation qui laisse l’impression d’y être seul à le découvrir. Nous ressortons puis, après un rapide réconfort au camion, boisson et repos, nous allons visiter le moderne musée des sculptures. On y accède par un souterrain censé rappeler ceux creusés sous les pyramides pour explorer les plus anciennes, et soudain on découvre devant soi une reconstitution en plâtre, à l’échelle de l’original, d’un temple enfoui. Les sculptures, les représentations sont peintes, principalement en rouge, comme elles devaient l’être à l’origine. Tout autour du patio sont disposées les originaux des stèles ou des autels et des façades de temples ou de maisons ont été restaurées et/ou reconstruites, l’impression est forte, on regrette un peu de ne pas les voir in situ. Nous en avons terminé avec Copàn, les Mayas, les sites archéologiques. Il nous faut maintenant tracer des kilomètres, les jours passent et San José n’est pas la porte à côté. Après un rapide déjeuner dans le camion, nous prenons la route. Etroite, mauvaise, parcourue par de nombreux camions, avec une succession de virages sur les collines, passant dans des villages où la vitesse, pourtant déjà faible, est encore diminuée par les tumulos. Nous n’atteignons pas le soixante de moyenne ! Trois heures de cette punition pénible et dangereuse avant d’atteindre, peu avant San Pedro Sula, une excellente route à deux voies séparées qui emmène à Tegucigalpa. Nous nous sommes réjouis un peu vite car nous sommes vite dans d’inextricables bouchons avant de sortir de cette zone et de continuer sur une route vite redevenue à deux voies normales mais avec des élargissements dans les montées. Le soleil décline, nous commençons à chercher un endroit pour la nuit. Une auberge, avec un grand espace en contrebas nous accueille. Nous nous garons à la limite d’une belle pelouse plantée de grands arbres superbes sur fond de lac mais aussi paradis des moustiques… Ce que nous allons découvrir en prenant un pot à l’auberge où nous pouvons profiter du wifi. Retour rapide au camion…

Samedi 9 avril : Nous continuons en direction de Tegucigalpa. Nous sommes toujours dans les montagnes mais nous n’en voyons pas grand-chose, elles ont perdues dans la brume et j’ai les yeux rivés à la route. Un œil sur la chaussée pour repérer les trous et essayer de les éviter et un œil sur le bout du virage qui s’annonce pour essayer de déterminer si j’ai le temps de dépasser cet énorme camion à deux remorques qui se traîne dans la côte ! A une centaine de kilomètres de la capitale, la route est en cours d’élargissement, ce qui signifie travaux, ralentissements et interminables files de poids lourds à remonter et pas prêts à céder leur place quand il faut se rabattre. Puis la route, l’autoroute même, bonheur de glisser en des courbes élégantes sur un macadam digne d’une toile cirée, nous amène rapidement à Tegucigalpa. La circulation est très fluide à l’approche de la ville nichée dans une profonde vallée et merveille des merveilles, la signalisation nous indique le chemin pour rejoindre par le périphérique la route de Choluteca. Mercure a dû se pencher sur le berceau du Honduras… Mais il ne faut pas exagérer, la route redevient classique, étroite, nids de poule et dépassements hasardeux… Nous contournons Choluteca et atteignons la frontière. Nous remontons sur plus d’un kilomètre une file de camions arrêtés et seul véhicule privé, nous nous présentons au poste hondurien. Tampons, formalités de sortie du camion sans vérification, puis nous nous glissons dans la file des camions qui, par un pont, franchit la frontière. Nous voici au Nicaragua, nous nous précipitons à la migracion, mais on vient me rechercher, le camion doit passer à la fumigacion ! 3 dollars ! fumisterie… Notre qualité d’étrangers nous vaut d’être reçus dans une pièce climatisée, attention très appréciée mais coûteuse puisque nous devons régler 10 $ plus 45 cordobas (1,5 euros) par personne pour l’obtention d’une « carte de touriste » puis il faut se mettre en règle pour le camion, quelques minutes passées en compagnie d’une jeune et peu charmante douanière nous mettent en règle avec la législation nicaraguayenne. Contre 12 $ nous obtenons une assurance automobile obligatoire, ce qui nous rassure après la traversée sans assurance du Guatemala et du Honduras. Mais nos cartes de crédit ne nous permettent pas d’obtenir des cordobas, la monnaie locale. Nous voici au Nicaragua ! La route est déserte ou presque, sur notre gauche un superbe volcan, le San Cristobal, nous montre son cône raviné avant que nous ne parvenions à Chinandega. Etrange impression d’une ville qui n’est qu’un gros village, pas de bâtiments modernes, pas de centre-ville. Le réservoir de carburant est proche du zéro, nous n’avons pas de cordobas et nous ne savons pas où changer le dernier billet de 100 $. Nous cherchons le centre-ville. Il n’existe pas ! Une suite de rues bordées de maisons sans étage, il ne semble pas exister de ville « moderne ». Nous trouvons le supermercado, un simple 7 eleven mais avec des ATM où, miracle, notre carte Visa nous permet de tirer des dollars et des cordobas ! Nous repartons, à la nuit tombée, en direction de Léon et devons rouler quelques kilomètres avant de trouver une station-service où nous nous arrêtons pour la nuit. Nous fêtons les 200 000 kms du camion ! Sans nous souvenir où nous  avions fêté les 100 000 ! Afrique, Asie centrale ?

Dimanche 10 avril : Encore une nuit à transpirer et à avoir soif. Le vent de la veille au soir est tombé et ne recommencera à souffler qu’au matin. Nous flemmardons, nous n’avons pas envie de rouler encore. Néanmoins nous repartons pour Léon, à quelques kilomètres. Encore une étrange impression en parcourant ses rues, il ne semble qu’aucune construction ne soit récente, les maisons coloniales continuent de perdre leur crépi, les couleurs s’affadissent, la voirie, même dans le centre est déplorable, trottoirs en miettes, plaques d’égout disparues etc… Nous nous garons sur une place pour aller jeter un œil à l’église San Juan dont ni l’extérieur, ni l’intérieur ne méritaient tant d’attention… Après avoir contemplé un premier mural, spécialité locale, à thème révolutionnaire, nous trouvons la place centrale, interdite aux véhicules.

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Peu de monde mais ce n’est pas l’heure. La cathédrale présente une façade blanche côté place et des murs lépreux sur les autres côtés bien que l’encadrement des fenêtres soit intéressant, plus que l’intérieur, clair mais sans décoration remarquable. C’est dimanche et l’heure de la messe, le curé sermonne ses ouailles, il en sera de même dans toutes les autres églises de la ville et sans doute du pays et même de toute l’Amérique latine. Nous contemplons un autre mural contant l’histoire du pays des temps pré-colombiens à la chute de Somoza et se terminant par un avenir radieux vers lequel s’élancent deux enfants trop confiants. Pour nous en remettre, nous allons prendre un rafraichissement au seul café, el Sesteo, pourvu d’une terrasse sur la place, renouant avec une habitude d’il y a douze ans... Nous allons voir au bout d’une rue qui longe le marché, l’église du Calvario à la façade couverte de représentations de livre d’images de la Passion. Un beau plafond d’entrelacs peints est mis en valeur par d’amples voiles qu’agite un souffle d’air.  

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Puis, après quelques quadras à transpirer, en enviant les habitants des maisons dont nous apercevons l’intérieur par des portes-fenêtres entrebaillées, plongés dans la pénombre, se balançant dans des rocking-chairs sur fond de patios fleuris, nous découvrons l’église de la Recoleccion. Sur sa façade, jaune moutarde délavé, des feuilles de vigne en stuc enlacent les colonnes et dans des médaillons sont représentés les instruments de la Passion. Nous reprenons le camion et allons nous garer sur une place, à l’ombre pour déjeuner. Nous hésitons sur la suite de la journée, prendre la route de Managua et nous arrêter au bord du lac ou nous rendre à la plage de Penaloya à vingt kilomètres de Léon. Nous retenons cette dernière solution. Nous traversons une plaine desséchée avant d’atteindre les bords de l’océan. Je ne reconnais rien, des établissements balnéaires sous des paillottes s’alignent tout au long de la plage, aucun ne nous semble susceptible de nous accueillir pour la nuit. Nous allons voir l’autre plage, Peñalitas, séparée de la première par un éperon rocheux. C’est aussi une suite de propriétés privées et d’établissements pour vacanciers qui se termine à une lagune très fréquentée aujourd’hui. En en revenant, nous trouvons une sorte de campement où est installé un couple de Toulousains avec un kombi Volkswagen. Nous hésitons à en faire autant mais avant de nous décider, nous allons voir un restaurant  où nous pouvons bivouaquer presque sur la plage. Nous allons profiter de la plage de sable gris. Les vagues sont fortes, pas question de nager, tout juste se faire asperger et rouler dans le sable. Nous revenons au camion nous changer puis nous allons prendre un pot sous la paillotte du restaurant « Bertha ». Nous passons le reste de l’après-midi à corriger mon texte puis nous nous décidons à commander des plats. Nous découvrons alors qu’il n’y a pas de boissons alcoolisées chez Bertha ! Qu’à cela ne tienne, nous irons chercher nos bières… Le service n’est pas rapide et la cuisine pas fameuse. Les trois langoustes grillées de Marie ne sont pas plus grosses que des crevettes géantes et sont sans goût. Quant à mon riz aux fruits de mer, s’il est bien garni en crevettes et en minuscules crabes que je ne parviens pas à décortiquer, le riz a dû être cuit avec une sauce ketchup car il a un goût de tomate et de sucré. Les bières que nous prenons dans notre réfrigérateur ne sont pas fraîches, plus de glace dans le compartiment ! Et du restaurant voisin nous arrive une musique tonitruante qui nous agace jusqu’à plus de dix heures du soir.

Lundi 11 avril : Toutes les fenêtres ouvertes pour capter un filet d’air, nous avons essayé de dormir… Nous repartons au matin. Nous roulons en direction de Managua en nous rapprochant du lac du même nom. Nous ne le longerons que peu de temps, juste le temps d’apercevoir le cône parfait du volcan Momotombo et de son jumeau plus petit, le Momotombito sur une île..

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous atteignons les faubourgs de la capitale. Je suis rattrapé par un policier à mobylette qui veut à tout prix m’infliger une amende pour une infraction que je ne comprends pas. En discutant, nous parvenons à l’éviter… Aucune indication de direction en ville, nous devons continuellement demander notre chemin, la réponse est toujours « recto ! », même quand il faut tourner… Les transports en commun sont assurés, soit par des cyclopousses bricolés, soit par des carrioles tirées par des chevaux, au moins c’est écologique ! Je fais un passage éclair dans un supermarché pour nous réapprovisionner en boissons puis nous poursuivons sur une bonne route à deux fois deux voies en direction de Masaya. Nous parvenons à l’entrée du parc du volcan du même nom mais nous trouvons porte close, le parc est fermé pour cause d’activité volcanique ! Nous continuons donc en direction de Granada que nous atteignons peu après avoir rapidement déjeuné dans le camion, pressés que nous sommes de retrouver cette climatisation dont je ne voulais pas ! La première impression de Granada est bonne, une jolie ville coloniale non défigurée par des immeubles modernes. Nous nous garons près du Parque Centrale, la grande et belle place ombragée avec des cocotiers, son odéon, ses vendeurs de jus de fruits, de graines. Tout autour des bâtiments coloniaux restaurés et la cathédrale.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous commençons les visites par celle-ci, son intérieur est très pauvrement décoré. C’en est fini des églises richement dotées, aux retables dorés. La colonie n’était pas aussi riche que le Mexique. Nous visitons une ancienne maison, la « Casa de los tres Mundos » devenue centre culturel, pas grand-chose derrière le portail de pierre… Plus loin, l’église San Francisco n’est ouverte que pour les messes, trois jours par semaine, nous n’allons pas attendre cette intéressante occasion, et le couvent transformé en musée est en restauracion, nous ne pouvons voir que la salle dite archéologique, quelques blocs informes traînent par terre et des vitrines sales renferment des poteries non identifiées… Nous marchons en essayant de rester à l’ombre, par des rues bien trop ensoleillées, alors que tous les habitants se terrent au frais en faisant grincer les rocking-chairs. Nous trouvons l’église de la Guadalupe, dont le portail manque de finesse puis nous remontons la rue qui aboutit à la cathédrale. Elle est occupée par une succession de restaurants et d’agences de voyage à l’usage des nombreux jeunes nord-américains qui découvrent les charmes des Tropiques. Nous récupérons le camion et nous nous rendons à l’église de la Merced. Elle a une belle façade ouvragée mais le crépi est pisseux, noir même. Nous pouvons monter au clocher, Marie s’y résout non sans trembler à chaque marche d’un très étroit escalier en colimaçon. D’en haut nous avons une belle vue sur les toits de la ville, les patios apparaissent nettement au centre des maisons. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Dans le fond, on distingue, d’un côté le lac, et d’un autre le volcan. Nous nous rendons au bord du lac, une multitude de gargotes, de jeux pour enfants  attendent les touristes. Nous pouvons nous installer, près d’un autre camper de Canadiens, et avec l’autorisation des policiers. A la nuit tombée, les gargotes montent le son pour attirer le client, à notre grand déplaisir. De l’une la sono atteint des niveaux tels que je me relève à neuf heures pour aller demander jusqu’à quelle heure nous aurons droit à ce concert. La policière m’annonce que la « boîte » fonctionnera jusqu’à trois heures du matin ! Nous déménageons et allons nous installer à quelques centaines de mètres d’où nous entendons encore la musique mais bien atténuée…

Mardi 12 avril : Le réveil est au calme même si notre présence incommode un chien. Dans les bosquets autour de nous, ça piaille, criaille, glousse, pépie, babille, bavarde, gazouille à qui mieux mieux… Trop près des maisons nous allons nous remettre à notre précédent emplacement. Quand nous sommes prêts, nous allons jusqu’au bout de la route et trouvons au passage des emplacements sur la plage, sous les arbres, loin des gargotes… Nous traversons Granada pour aller au supermarché, pas très bien fourni, reprendre des provisions pour la dernière semaine. Nous suivons la route de Rivas et bientôt nous apercevons les cônes des deux volcans de l’île d’Ometepe sur le lac Nicaragua où Marie, qui ne se souvient plus y être allée, veut se rendre. Au port de San Jorge nous nous renseignons sur les ferries. Nous devons attendre celui de deux heures et demie. Nous allons nous garer à l’ombre et déjeuner, puis je vais prendre les billets pour la traversée. Un café offre le wifi, j’en profite pour consulter notre messagerie et découvrir, à notre grande honte, que nous avons complètement oublié de souhaiter sa fête à Julie ! Nous lui envoyons aussitôt un sms… Nous montons à bord d’une espèce de péniche de débarquement en bois qui peut accepter une demi-douzaine de véhicules et un bon nombre de jeunes touristes. Une heure de traversée à voir grossir les volcans avant de débarquer à Moyogalpa. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Une petite ville qui a bien changé et tend de plus en plus à ressembler à Panajachel. Les touristes y sont attendus de pied ferme… Nous ne nous attardons pas et prenons aussitôt la route pavée qui fait le tour de l’île. Nous cherchons une plage où nous pourrions bivouaquer au calme. Les bouts de piste que nous empruntons mènent tous à des hôtels qui occupent les plages. Nous maudissons une fois de plus ce développement du tourisme… Nous finissons par trouver sur la plage du Trésor un campement très simple où nous pouvons nous installer, au pied d’un superbe ceiba. Nous allons prendre un pot devant la très petite piscine et discuter au frais avec un couple de Français en vacances, autres grands voyageurs, en goûtant le charme du lieu, devant la plage, sous des arbres. Je vais me tremper dans la piscine pour me rafraîchir et éliminer la sueur de la journée. Nous nous apercevons que nous avons aussi le wifi d’ici, nous en profitons pour relire les messages et en écrire un à Julie pour tenter de nous faire pardonner. Retour au camion pour dîner.

Mercredi 13 avril : Enfin une nuit sans musique, sans chien, juste le bruit des vagues, les hennissements d’une jument au matin et les pépiements des oiseaux dans le ceiba, au-dessus de nous. Mais nous ne sommes pas en vacances et il nous faut continuer notre route… Nous continuons notre tour de l’île, traversant les basses terres de l’isthme qui sépare les deux volcans, perdus dans les nuages ce matin. En contournant le volcan Madera, la route pavée devient piste. Une piste pas trop mauvaise que nous prenons à faible allure, nous ne participons pas au Dakar pour ne pas déplaire à Joëlle ! Des bananeraies disputent aux blocs de lave les pentes  du monstre assoupi. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Les masures, dans cette partie de l’île peu fréquentée des touristes, en planches, tôles ondulées et briques forment des habitats misérables que d’éclatants massifs de bougainvillées de toutes les couleurs rendraient presque pittoresques ! Nous longeons de près le lac bien calme. C’est un lac, imbécile comme tous les lacs, sans vagues ou presque, et même si ses berges disparaissent à l’horizon, on ne peut y rêver des vaisseaux venus de contrées lointaines… Après avoir vu Madera sous toutes ses faces, nous retrouvons l’isthme. Marie a envie de déjeuner au restaurant à Santo Domingo, où une modeste concentration d’établissements attend les touristes. Il est encore tôt, nous allons prendre un pot dans un établissement bien situé au-dessus d’une plage mais dont la carte est bien pauvre. Nous trouvons un autre établissement, l’hôtel Finca Santo Domingo, dont la carte nous fait espérer des délices gustatifs… L’attrait d’une connexion internet nous décide et en attendant une heure décente pour déjeuner, nous profitons de la vue sur les corps rosissants de quelques touristes anglo-saxonnes en mal de hâle exotique et je mets à jour le blog. Nous nous faisons servir deux poissons en papillotes, bien cuits mais tout de même un peu décevant, avec une bonne salade de mangue verte. Nous repartons, contournons désormais le volcan Concepcion sorti des nuages, aux flancs plus verdoyants sur le versant nord. Nous sommes de retour à Moyogalpa en tout début d’après-midi et décidons, après avoir vu l’attraction principale du village, une fontaine sans eau en modèle réduit de l’île, de repartir si possible au ferry de quatre heures. Nous attendons au port et dès que nous en avons l’autorisation, nous embarquons. Traversée sans surprise. Dès que nous sommes débarqués, nous filons pour retrouver la Panamericana puis alors que le soleil décline de plus en plus, nous filons droit sur la côte Pacifique, à San Juan der Sur. Nous avons les coordonnées gps d’une plage (merci Jean-Jacques et Martine) que nous trouvons alors que la nuit tombe. Nous sommes quasiment sur la plage, sous l’œil bienveillant de la Police Nationale que nous n’avions jamais autant appréciée…

Jeudi 14 avril : Des motos sont passées toute la nuit à côté du camion pour franchir la barrière qui, en principe, leur interdit de rouler sur la plage, sous l’œil débonnaire des policiers. Nous repartons après un rapide coup d’œil à cette plage encadrée par deux falaises rocheuses qui forment une baie où mouillent quelques grosses vedettes privées. Nous rejoignons la grand-route, traversons un champ d’éoliennes et parvenons au poste frontière après avoir remonté une interminable file de camions. Les formalités de police sont vite réglées, celles de sortie du camion demandent des démarches plus longues avec tampons, visas des autorités puis, agrément d’une douanière qui a choisi ce moment pour prendre sa pause et aller se chercher un café en discutant avec une collègue. Enfin, nous sommes en règle, nous reprenons le camion et nous sommes aussitôt arrêtés, priés de retourner là où nous étions stationnés, la frontière est fermée ! Des soldats et des membres des forces d’intervention, casqués, bottés, armés sont alignés en travers de la route, tournés vers le Costa Rica… Renseignement pris, une centaine de réfugiés africains, refoulés par le Nicaragua, bloquent le passage ! 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Les nombreux jeunes touristes américains, qui passent dans les deux sens, traversent à pied avec leurs sacs à dos. Nous, nous devons patienter ainsi que tous les camionneurs. Au bout d’une heure, sans doute après intervention musclée, la voie est libre. C’est le rush ! La nouvelle Ruée vers l’Or ! Au passage nous assistons à l’embarquement manu militari du meneur africain. Nous nous présentons à l’immigration du Costa Rica, une bien peu aimable employée nous accorde 90 jours, puis il faut obtenir le permis d’importation temporaire. Photocopies (notre stock commence à baisser), demandes à remplir, nouvelle photocopie du visa accordé et pour cela reprendre le camion, chercher, au milieu des poids lourds garés dans tous les sens, le guichet habilité à délivrer les photocopies, puis, à un autre guichet, acheter pour 38 dollars une assurance automobile (nouvelle photocopie, mais cette fois, je sais où…) obligatoire pour trois mois, quelle que soit la durée du séjour et enfin, muni de tous ces documents se présenter à un dernier guichet où on accorde le précieux document. Nous pouvons prendre la route, nous sommes au Costa Rica, la dernière étape ! Au début la route est bonne, puis très bonne mais en partie en travaux. Nous nous élevons sur des collines toujours desséchées mais avec quelques taches de verdure. Les indications routières sont correctes, les bas-côtés nettement plus propres que dans les derniers pays traversés. Puis la route redevient ordinaire et nous nous traînons sur des pentes derrière des poids lourds asthmatiques. Le code de la route est à peu près respecté, enfin les limites de vitesse pas trop… Nous espérions trouver le Belen Trailer Park qui nous aurait bien arrangés, aussi roulons-nous jusqu’à San José. Nous parvenons à la nuit tombée à l’aéroport, la circulation est démente, nous nous dirigeons au hasard, demandons, personne ne connaît… Nous devons nous résigner à chercher un emplacement dans une station-service. On nous indique un terrain vague dont le gardien se fait prier pour nous accorder l’autorisation d’y passer la nuit.

Vendredi 15 avril : Le gardien nous avait dit que le propriétaire n’était pas commode, il est irascible et mal embouché ! Au moment de partir, je m’aperçois que nous sommes entourés de véhicules et que nous ne pouvons pas sortir. Avec mon plus grand sourire je vais demander à ce qu’on nous dégage la voie. Aussitôt le propriétaire m’apostrophe, m’accuse de stationner sur un terrain privé sans son autorisation, me menace d’appeler la police et réclame 20 dollars pour me laisser partir. Je suis bien obligé de m’exécuter mais en remballant mon sourire et en le remplaçant par une bordée d’injures françaises spécialement sélectionnées… Nous cherchons un almacen fiscal, cet entrepôt agréé par la douane où nous pouvons laisser le camion en gardiennage. Celui dont nous avions la position n’est pas facile à atteindre mais nous y parvenons. Le responsable n’est pas là, il faut l’attendre. Un Canadien lui aussi désireux de mettre son 4x4 en gardiennage me retrouve et nous discutons, en anglais, langue dont il ne doute pas un instant qu’un autre voyageur ne la possède. Il connaît un autre entrepôt, va s’y renseigner sur les tarifs puis me rejoint. Le responsable tarde à arriver mais il semble bien que les tarifs soient nettement plus élevés. Nous repartons en suivant le Canadien et trouvons l’almacen El Coco où nous nous faisons confirmer le tarif de 2 dollars par jour. Je précise que je viendrai lundi ou mardi déposer le camion. Le Canadien effectue les formalités et nous l’abandonnons au service des douanes où il doit finaliser la paperasserie. Nous nous lançons dans la recherche d’un hôtel à San José, Marie tient à être dans le centre. La traversée de la ville est tout aussi difficile que dans les autres pays centroaméricains. Si le Costa Rica est la Suisse de l’Amérique Centrale, ce n’est certainement pas pour le mode de conduite de ses habitants… Nous trouvons le « Vesuvio », choisi un peu au hasard. Nous y réservons une chambre pour 55 dollars avec le petit-déjeuner. Je rentre le camion dans l’allée qui sert de parking et refais un plein d’eau puis nous repartons. Nous ne savons pas trop que faire, Les volcans sont dans les nuages, le ciel est gris et nous n’avons plus très envie de rouler ou de visiter. Nous prenons la route de Cartago, nous arrêtons dans une côte pour déjeuner. Repas saoulé par le vacarme des camions et des motos qui passent à plein régime… Nous traversons Cartago, passons devant les restes de sa cathédrale détruite par des tremblements de terre, sur une vilaine place centrale dans le plus pur style Europe de l’Est. Un peu plus loin, nous visitons la curieuse basilique du XIX° siècle, construite dans un style byzantino-mauresque. L’intérieur tout au moins surprend par ses arcs audacieux. Quelques fidèles, remontent l’allée centrale sur les genoux en marmonnant des prières.

 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

A la sortie de la ville nous trouvons un Walmart où nous faisons les dernières courses. Les prix nous paraissent beaucoup plus élevés que dans les pays précédemment traversés. Puis nous roulons en direction de la verdoyante vallée d’Orosi, malheureusement dans la grisaille. Nous nous garons sur la place centrale, en face d’une jolie église coloniale qui me rappelle celles de Bolivie, basse, avec un toit à double pente descendant bas. A l’intérieur le retable du maître autel et les cadres du Chemin de Croix sont de belle facture baroque et colorée. Le très modeste musée colonial attenant, poussiéreux et fourre-tout, a tout de même une belle toile, une mort de Saint-Joseph.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Faute d’obtenir l’autorisation de stationner sur le terrain de l’église, nous restons où nous sommes, devant le terrain de football. Je vérifie tout de même auprès de la police que nous ne sommes pas en infraction. La fraîcheur descend vite, nous sommes en altitude depuis hier.

Samedi 16 avril : Nuit fraîche, nous avions perdu l’habitude. Nous lorgnons les nuages, trop abondants et doutons que le sommet du volcan Irazu soit dégagé. Nous partons en roulant dans la belle et luxuriante vallée d’Orosi plantée de caféiers. De nombreux cyclistes parcourent la même route qui serpente et longe un lac de barrage. Dans les villages traversés, les habitants vivent en prison, enfermés derrière les grilles qu’ils ont tous installées. Paranoïa ou élémentaire précaution ? Nous continuons par le petit village d’Ujurras où nous allons voir les ruines d’une église abandonnée après des tremblements de terre et une inondation. Les murs ne sont pas d’un grand intérêt mais le jardin tropical qui les entoure est fort bien entretenu. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

En prévision du départ, je vais faire laver le camion, un lavage comme il n’en avait pas eu depuis Las Vegas, on ne le reconnaît plus ! Nous ne savons trop comment occuper la journée, nous décidons de tenter de monter au volcan Irazu. Depuis Cartago, une route étroite monte vers la masse nuageuse qui couronne le volcan. Quelques mèches de nuages viennent lécher la route mais nous ne sommes jamais vraiment dans les nuages. L’entrée du Parc est chère pour les étrangers : 15 $ plus 2 $ de parking ! Du parking, nous avons peu d’espoir de voir quelque chose, une couronne de nuages semble entourer le cratère. Nous approchons par un sentier du rebord et nous avons la chance de voir se dissiper quelques instants le voile qui nous cachait le fond du cratère mais, contrairement aux photos trompeuses, il n’y a plus de lac sulfureux au fond. 

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)

Nous patientons quelques instants pour revoir le cratère ainsi qu’un autre moins profond et une plaine de cendres. Nous revenons déjeuner au camion puis je retourne seul essayer d’en apercevoir un peu plus. Je longe la barrière qui interdit d’approcher du rebord mais jamais les nuages ne se dissipent complètement. Retour épuisé, je manque d’air à cette altitude. Nous montons avec le camion à un point de vue, le sommet du volcan à plus de 3400 mètres mais les nuages sont montés avec nous et ne semblent pas vouloir redescendre… Nous reprenons la route et nous arrêtons sur le terrain d’une auberge fermée mais nous avons la permission d’y passer la nuit. Il est encore tôt, nous occupons la fin de l’après-midi en triant le linge à laver demain et les produits de santé à rapporter ou à laisser dans le camion.

Dimanche 17 avril : Nuit des plus calmes mais presque froide, nous étions à 2900 mètres d’altitude, avec des températures nocturnes que nous n’avions plus connues depuis longtemps mais avec l’assurance de retrouver au bout de quelques kilomètres des climats tropicaux. Ce qui est le cas peu après notre départ. Nous nous mettons en quête d’une laverie automatique mais nous découvrons vite qu’au Costa Rica, si on a adopté le mode de vie américain, le dimanche reste le jour du Seigneur et TOUS les commerces sont fermés ! Nous cherchons tout de même dans San Pedro mais tous nous confirment qu’il faudra attendre lundi. Cela ne fait pas notre affaire, j’aurais voulu régler ce problème aujourd’hui et remiser le camion demain pour avoir le mardi libre. Nous nous rendons à l’hôtel où nous avons réservé, un peu dans l’espoir de pouvoir y utiliser les machines à laver mais non ! Nous devons attendre 13h que la chambre se libère. Pendant ce temps, je commence à remplir les sacs et dès que nous avons la chambre, pas à la hauteur de nos espérances, nous les y portons. Dernier repas dans le camion puis nous trions les vêtements à emporter et à laisser. Je m’attèle au pénible nettoyage de l’intérieur puis je retrouve Marie à la chambre. Je tente de refaire les sacs en espérant qu’ils ne pèseront pas plus que les 23 kg autorisés… Nous nous connectons et répondons au courrier puis cherchons une laverie automatique pour demain. Nous dînons au restaurant de l’hôtel, plus cher que ce à quoi nous étions habitués mais les efforts de cuisine se paient. Pour Marie du poulet avec une sauce aux mûres et pour moi un filet de poisson corvina (la courbine du sud Maroc ?) avec une sauce à la crème et aux champignons, arrosés de verres de vin.

Lundi 18 avril : Réveillés tôt (il fait jour avant cinq heures !), nous allons prendre un petit déjeuner très chiche, pain, beurre, confiture et œufs et le thé n’est que de la camomille. L’Amérique Centrale n’est pas le pays des buveurs de thé… Nous partons à San Pedro à la recherche d’une laverie automatique. Nous trouvons facilement celle dont nous avions obtenu les coordonnées sur internet la veille. Nous y sommes peu avant huit heures, elle n’ouvre qu’à dix heures ! Et pas d’autre dans les environs. Nous patientons deux heures et commençons à nous énerver quand, à dix heures dix, la porte est toujours close. La responsable n’arrive qu’avec un quart d’heure de retard. Nous faisons donc laver et sécher les duvets, serviettes de toutes sortes et quelques vêtements. Nous sommes de retour à l’hôtel à midi. J’y laisse Marie et file à l’aéroport, à l’almacen fiscal. Je gare le camion, débranche la batterie et l’abandonne… Un taxi me dépose aux douanes où une fonctionnaire parlant anglais me délivre un nouveau document suspendant l’importation temporaire. Je marche jusqu’à l’aérogare et saute dans un bus pour le centre ville. Déposé en plein cœur, je suis la rue piétonne, assourdi par les publicités et les musiques diffusées à plein volume par les boutiques et les cris des camelots qui tentent de se faire entendre. Les autres artères sont empuanties par les gaz d’échappement des bus et camions et tout aussi bruyantes. Je retrouve Marie à la chambre et récupère de la journée. Nous ne ressortons que pour aller dîner. Nous faisons le tour du pâté de maisons en consultant les cartes, tout de même très étonnés par les prix quasi européens. Nous nous décidons pour « El Jardin » qui, comme son nom l’indique est installé dans un beau jardin. Nous commandons nos (avant ?) dernières margaritas, trop acides, puis des plats simples, riz aux crevettes et côte de porc mais bien préparés. 

Mardi 19 avril : Nous traînons au lit avant de nous lever et d’aller tardivement petit déjeuner. Nous avons pris la précaution d’apporter nos sachets de thé… Commence une journée consacrée à la visite de la ville. Nous descendons vers l’Assemblée Nationale, passons explorer un petit marché de souvenirs puis nous arpentons l’avenue piétonne toujours envahie par les camelots qui crient pour se faire remarquer. Nous atteignons le théâtre National, très classique XIX° siècle avec ses statues des muses. La place de la Culture adjacente est en travaux mais nous pouvons tout de même accéder au Musée de l’Or en sous-sol. Sur deux niveaux sont évoquées les civilisations pré-colombiennes du Costa Rica, principalement à travers l’exposition de pendentifs à motifs zoomorphes en or et des figurines en argile.

TRANSAMERICA (2.5.- Amérique Centrale)
Nous y passons deux bonnes heures et ressortons affamés. Nous retrouvons le restaurant « La Vasconia », populaire auprès des amateurs de football, des photos encadrées, principalement en noir et blanc, sur les murs, montrent des équipes locales sur plus de cinquante ans. Je me contente d’un excellent ceviche et Marie se régale d’une mariscada, un cocktail de fruits de mer et de poisson préparés dans une sauce type escabèche qui me fait regretter de ne pas avoir pris la même chose ! Nous continuons d’arpenter les rues et avenues, bruyantes et laides de cette ville sans âme. Nous passons devant les quelques bâtiments, un théâtre, la poste, d’un autre siècle, désormais perdus au milieu d’immeubles modernes. Nous revenons à pied à l’hôtel en passant par des places qui ignorent ce que peut bien être un café avec une terrasse… Repos
 
Mercredi 20 avril : Nous ne sommes pas encore pressés ce matin. Nous achevons de remplir les sacs qui me paraissent dépasser la limite autorisée mais nous n’y pouvons plus grand-chose… Nous attendons le taxi après le petit-déjeuner, un van, en avance, qui nous emmène à l’aéroport. Au niveau des arrivées, on trouve des chariots, pas à celui des départs ce qui nous oblige à avoir recours à un porteur avec un diable. A l’enregistrement d’American Airlines, je demande un fauteuil roulant pour Marie qui nous permet d’éviter les queues aux contrôles. A ma grande surprise, nos sacs ne sont pas pesés, j’aurais pu y placer tous les livres que j’ai conservés dans mon petit sac à dos. Nous commençons à avoir faim, les tarifs des sandwichs sont scandaleusement élevés. Nous embarquons et décollons à l’heure prévue sur un vol American Airlines. On nous offre des biscuits salés et une boisson non alcoolisée. Si nous souhaitons plus consistant ou/et de l’alcool, il faut payer. A l’arrivée, à Miami, une hôtesse a bien Marie sur sa liste des personnes nécessitant un fauteuil roulant mais elle n’en a qu’un pour deux ! Nous devons attendre et finalement nous débrouiller seuls pour en trouver un. Les couloirs sont longs et l’employée qui conduit Marie marche bien plus vite que moi, je ne parviens à la rattraper que sur les tapis roulants ! Au contrôle des passeports, encombrement presque comique, digne d’une comédie italienne, des nombreux fauteuils roulants… Nous voici en salle d’attente pour le vol de Londres. Le temps passe, on nous annonce un problème technique sur l’avion, nous devons patienter jusqu’à ce que les techniciens autorisent la montée à bord. Puis nous attendons encore, l’autorisation de l’ingénieur responsable de Londres. En attendant, on nous sert un apéritif puis le repas et enfin nous décollons avec cinq heures de retard… J’ai commencé à regarder un film, « A vif ! », tout à fait pour nous, histoire d’un chef cuisinier avec festival d’images de plats à faire saliver…
 
Jeudi 21 avril : Marie dort, je somnole…Je surveille la progression de notre aéronef sur la carte interactive. Les heures passent lentement. Nous nous posons à Londres à l’heure où nous aurions dû atterrir à Marseille. Marie est prise en charge, fauteuil roulant, buggy électrique puis de nouveau fauteuil roulant. Pas de contrôle d’immigration, nous sommes en transit, ce que les Etats-Unis n’ont pas encore compris… On nous trouve un vol, le dernier, pour Marseille et après une dernière courte étape, nous arrivons enfin sous les nuages en France. Julie est là et nous emmène chez elle… Fin de la seconde étape de la Transamerica.   
Repost 0
24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 05:57

Jeudi 17 mars : Nous avons décidé de banaliser la matinée et de prendre notre temps ce matin. Messages de Julie, Vettou, Michèle et Alex pour ma fête. En fait, je n’ai pas une minute de vraiment libre. Notre voisin s’avère être de Fréjus mais sur les routes d’Amérique depuis belle lurette et nous discutons donc des pays traversés ou à traverser, lui remonte, nous descendons. Je dois ensuite refaire les pleins d’eau avec un débit très faible au robinet, puis il faut écrire des cartes postales, compléter le blog, le mettre en ligne et c’est l’heure de déjeuner ! Nous quittons ensuite le camping, déposons du linge à la plus proche lavanderia et après avoir emprunté quelques sens interdits, presque sans le savoir, nous nous garons dans une rue proche du centre-ville. Ici aussi, le centre-ville signifie une place carrée avec son odéon, sa cathédrale et ses bâtiments administratifs autour, et des maisons basses à toit de tuiles et aux façades colorées, dans les rues pavées des alentours.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous remontons la rue piétonne envahie par les touristes, très nombreux à San Cristobal, et par les petites Indiennes, nattées, jupe en peau de mouton noire, corsage coloré, un bébé dans le dos, qui vendent des tissages transportés dans des ballots plus gros qu’elles. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous passons devant la cathédrale, fermée à cette heure, mais dont nous pouvons contempler la belle façade crépie en jaune avec des décorations de stuc blanc. En haut de cette rue, nous trouvons, cachée par les échoppes de toiles des marchands de souvenirs qui en ont envahi le parvis, l’église Santo Domingo à la belle façade de pierre couleur miel. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous visitons le musée installé dans les bâtiments du couvent de cette église. Deux salles retracent le passé pré-hispanique et la période de la Conquête de la ville. Plus intéressant, à l’étage, une superbe collection de tissages mayas avec de nombreux huipils, surtout guatémaltèques, certains sont exposés en vitrine, beaucoup d’autres sont dans des tiroirs qu’il suffit de tirer pour voir apparaître des merveilles parfois de près de cent ans. Nous allons ensuite visiter l’église qui a ouvert entre temps. Encore des retables dorés, rien de bien nouveau si ce n’est une curieuse statue d’un saint coiffé d’un chapeau ! Nous explorons quelques boutiques d’artisanat, surtout des coopératives de tissage avec parfois de belles choses mais neuves et toutes identiques. J’abandonne Marie sur un banc du Zócalo et pars à la recherche d’un restaurant pour ce soir. Je suis une rue piétonne très touristique, une faune de jeunes du monde entier, celle qui était à Louang Prabang l’an dernier, à Bali avant ou à Goa autrefois, a envahi les établissements qui proposent, comme ailleurs, pizzas, plats internationaux bon marché et qui diffusent la même musique disons « rock » qu’ailleurs dans le monde. Le restaurant français « Chez Pierre » est fermé… Je passe tirer des pesos à un distributeur puis en retournant chercher les vestes au camion, je trouve un restaurant qui se prétend thaï et qui me conviendrait bien pour ce soir. Je retrouve Marie et nous allons prendre une margarita en face du théâtre où nous hésitons à nous rendre pour une représentation d’une légende maya. Nous faisions bien d’hésiter, le spectacle est un mélange d’opéra chinois, de mantras tibétains dans des décors dessinés par Jérôme Bosch ! 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Je préfère et de loin, malgré le peu de grâce des danseuses, le spectacle donné sur une scène devant le Zócalo par une troupe traditionnelle sur une bonne musique. Nous allons dîner au restaurant thaï, bonne cuisine, peut-être pas bien authentique mais nous nous régalons de crevettes et de plats de poisson épicés et parfumés, avec des verres de vin blanc. Nous retrouvons facilement le chemin du camping et le gardien pas encore endormi, vient nous ouvrir. Il faut encore écrire la journée…

 

Vendredi 18 mars : Nous commençons par envoyer quelques messages mais bientôt nous n’avons plus de connexion et nous ne pouvons répondre à Vettou, Julie et Nicole. Nous devons récupérer le linge donné à laver, la lavanderia est encore fermée à neuf heures et demie mais à force de tambouriner, un jeune ensommeillé vient ouvrir et nous donne notre paquet. Nous cherchons la sortie de la ville, en quête d’un supermarché. Le premier, un Sam’s Club est immense, vend de tout avec un bon choix en alimentation mais tout est vendu en grande quantité, nous repartons sans rien acheter, traversons la rue pour nous ravitailler au Bodega Aurera, plus basique, sans fantaisie. Nous découvrirons par la suite qu’il y avait bien un Soriana, qui a généralement notre préférence. Nous cherchons la route de San Juan de Chamula, à une dizaine de kilomètres de San Cristobal, dans la montagne/ Il semble que ce soit jour de marché, toutes les ruelles en pente sont encombrées de camionnettes et des Indiens déambulent, les femmes lourdement chargées. Elles ont presque toutes une jupe noire en poils de mouton, un corsage fleuri et de longues nattes tressées de fils colorés. Les hommes portent une tunique dans la même laine, noire ou blanche, qui leur descend jusqu’aux genoux, des sandales rustiques et un chapeau de paille. Nous parvenons à nous garer près de l’église. Sa façade, dépourvue de symboles religieux catholiques est joliment peinte de couleurs vives. Des hommes et des femmes se sont alignés face à l’entrée et récitent des litanies.

 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Pour entrer nous devons acquitter une taxe et il nous est strictement interdit de prendre des photos. Nous entrons dans un tout autre univers que celui d’une église chrétienne ! Des aiguilles de pins couvrent le sol débarrassé de ses bancs, les statues des saints ont été reléguées dans des vitrines sur les côtés et les cloches ont été descendues du clocher. Les Indiens Tzotziles de la région ont viré le curé, récupéré le lieu et quelques symboles (croix, statue de San Juan, signes de croix…) du catholicisme pour pratiquer leur religion ancestrale. Des vapeurs d’encens (?) s’élèvent de braseros, des milliers de bougies brûlent dans des verres aux effigies de la Vierge (!) ou de saints. Il règne bien évidemment une étrange atmosphère. Un homme, à genoux sur le sol,  allume plusieurs rangées de petites bougies au fur et à mesure qu’il débite des incantations. Une femme avec ses deux très jeunes enfants, accroupie sur les aiguilles de pin, se fait désenvoûter par un chaman qui récite des formules à toute vitesse tout en simulant de la nettoyer avec les mains, puis il sort une poule noire d’un sac, la passe au-dessus de leurs têtes avant de la trucider en lui étirant le cou. Plus loin tout un groupe d’hommes mais aussi de femmes accroupies, rassemblés devant une toile représentant un archange, récitent quelques prières et tout le monde avale ensuite un verre d’alcool. Nous ressortons sur le parvis et parcourons le marché où j’essaie de prendre, discrètement, en photo quelques Indiennes. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

 

Nous repartons, cherchons la sortie du village dans les ruelles étroites et pentues puis nous arrêtons pour déjeuner avant de retourner à San Cristobal, longue et pénible traversée entrecoupée de feux rouges interminables. Mais la suite du parcours n’est pas plus réjouissante ! Nous entamons la traversée des montagnes couvertes de pins, passant de village en village, très proches les uns des autres, et tous pourvus d’un nombre effarant de topes qu’il faut négocier au pas. Les heures passent, nous n’avançons guère, nous abandonnons l’espoir d’arriver ce soir à Agua Azul après avoir visité le site de Tonina. A l’entrée d’Ocosingo, nous sommes confrontés à un bloqueo, un barrage, théoriquement dressé par les Zapatistes pour financer leur « révolution » et qui ressemble furieusement à un racket ! On nous réclame 200 pesos, je parviens à transiger à 20 pesos alors que tous les autres automobilistes ne donnent qu’une pièce de 5 ou 10 pesos… Dans cette ville agitée et sans charme, nous devons encore trouver la route de Tonina, indiquée à l’entrée puis… plus rien ! Quelques kilomètres dans la campagne et nous nous arrêtons à l’entrée du site, sur le terrain d’une auberge-restaurant. Marie espérait le wifi pour envoyer les messages de ce matin mais il n’en sera rien…

 

Samedi 19 mars : Pas un bruit, pas un chien, nuit noire, une vraie nuit ! Nous démarrons plus tôt que d’habitude, à huit heures et demie. Nous nous rendons à l’entrée du site, à moins de cent mètres. L’entrée est gratuite sans que nous sachions pourquoi mais dans ce cas nous ne posons pas de questions et nous sommes même autorisés à parcourir les quatre cents mètres du chemin jusqu’au site, avec le camion mais nous devrons alors acquitter 25 pesos de parking… Une courte marche pour franchir sur un pont un ruisseau et nous aboutissons à une vaste esplanade au gazon parfaitement entretenu où nous découvrons l’extraordinaire empilement de pyramides qui culmine à la septième terrasse par des temples encore debout.

 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Le terrain de jeu de pelote est décoré de copies de têtes de serpents et de corps de prisonniers ligotés, futur décapités sur un autel proche. Nous nous approchons du pied des larges escaliers et, grâce à une rampe, gagnons un Palais de l’Inframonde, un dédale de couloirs étroits, à peine éclairés. Devant le nombre de marches des escaliers et de leur raideur, Marie renonce. Je pars donc seul à l’escalade… Nous sommes presque seuls sur ce site peu connu et peu fréquenté, quelques groupes de jeunes arrivent par la suite mais rien à voir avec Teotihuacan ou Monte Alban. Je passe entre des palais dont il reste parfois quelques bas-reliefs qui ont perdu leurs couleurs, une représentation effrayante de la Mort saisissant par les cheveux un condamné, des têtes renversées au centre d’un soleil. Je continue de grimper, escalier par escalier, devenus plus raides et surtout moins larges au fur et à mesure que je m’élève. Quelques temples ont encore des éléments du décor de leur faîtière. Parvenu au sommet, je jouis d’une vue sur tout le site et la campagne environnante, il ne me reste plus qu’à redescendre précautionneusement, marche par marche. Je retrouve Marie, nous revenons à l’entrée et allons visiter le petit musée du site où se trouvent les originaux de toutes les sculptures et bas-reliefs installés sur le site. Nous repartons dans ces prairies verdoyantes occupées par des fermes d’élevage où de grasses vaches brahmas paissent, gardées par des cavaliers montés sur de beaux petits chevaux. Nous retraversons Ocosingo et continuons en direction de Palenque. La forêt est belle, bien que souvent défrichée, il reste de grands espaces de la forêt primaire, de grands arbres laissent pendre des lianes, des bananiers font de l’ombre aux plantations de maïs. La route tourne à peine moins que la veille et les villages paraissent plus espacés, donc moins de topes… Nous quittons la route pour descendre sur Agua Azul. Nous n’y sommes pas seuls ! Il semble que tous ceux qui possèdent un moyen de locomotion ou qui ont pu trouver place dans un autobus, aient décidé de venir passer le week end ici. Nous nous garons, déjeunons puis allons rejoindre le flot de badauds qui, sur un sentier empierré, entre des échoppes de souvenirs ou des gargotes, s’acheminent vers les bassins formés par une suite de cascades. L’eau est d’un beau bleu turquoise, les cascades ruissellent sur des roches ocre et la végétation forme un bel écrin à ce site qui devait être paradisiaque, autrefois…

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous remontons le chemin que quelques marches aident à s’élever, longeant des bassins envahis par des baigneurs soucieux d’échapper à la pénible moiteur qui règne au sortir des montagnes. Nous repartons, continuons de perdre de l’altitude et de monter dans les degrés Celsius… Nous parvenons à Palenque où nous allons nous garer dans le centre pour nous procurer quelques informations au bureau du tourisme. Une fois renseignés, nous prenons la route des ruines, quelques kilomètres et allons nous installer au camping de Maya Bell, connu de tous les voyageurs en camping-car. S’y trouvent déjà des Allemands et des Hollandais. L’accueil n’est pas délirant et nous nous apercevons vite que ce ne sera pas ce soir le calme de la veille. Arrive un car de tourisme qui déverse ses voyageurs, d’autres montent leur tente tout autour de nous et une « animation » musicale nous berce jusqu’à plus de dix heures. Nous avons tout de même profité du wifi pour envoyer les messages en retard et goûté la margarita  locale, pas meilleure que les précédentes. Nous tentons de dormir…

 

Dimanche 20 mars : Nous nous levons avec le jour et dès que nous sommes prêts nous nous rendons à l’entrée du site archéologique. Il n’est pas encore huit heures, le guichet de vente des billets n’est pas encore ouvert. Alors que nous espérions être seuls ou à tout le moins peu nombreux à cette heure, il y a déjà foule, des touristes et aussi des Mexicains pour qui l’entrée est gratuite le dimanche. Nous décidons de reporter à demain la visite et de nous rendre aux deux sites de Bonampak et de Yaxchilan. Nous revenons sur nos pas, ne trouvons pas la route, retournons à Palenque pour apprendre que nous étions sur la bonne voie et qu’il fallait continuer pour trouver le bon embranchement. Une journée qui commence bien… et ce n’est pas fini… La route file dans la forêt défrichée pour des lopins de maïs ou pour des pâturages. La brume matinale ne se lève pas et recouvre tout le paysage. De longues lignes droites qui permettraient une bonne moyenne si à chaque maison, chaque village, heureusement pas trop rapprochés, ces maudits topes ne venaient briser notre élan à défaut des amortisseurs. Nous sommes au bout de deux heures au carrefour de la route de Bonampak. Nous devons régler une somme modique au bénéfice de la communauté des Lacandons, ce peuple presque disparu, mystérieux, redécouvert récemment. Nous continuons sur la route, passons un parking où se trouvent déjà des bus de touristes et continuons sur la piste. Nous sommes rattrapés par une voiture et son conducteur furieux nous intime l’ordre de faire demi-tour et de retourner au parking. Nous obéissons et apprenons que nous n’avons pas le droit de nous rendre au site avec notre propre véhicule, que nous devons OBLIGATOIREMENT emprunter un van de la communauté pour parcourir les derniers kilomètres et que ce transport nous sera facturé 200 pesos ! Je tente de discuter mais devant l’obstination adverse, nous décidons de renoncer et d’aller à Yaxchilan. Au passage, je me fais rembourser la taxe de la communauté et leur exprime ma façon de penser en parlant de racket ! Nous roulons encore quelques dizaines de kilomètres et arrivons à Frontera Corozal d’où il faut continuer en barque sur le rio Osumacinta. Rendu méfiant, je me renseigne sur les différents péages, taxes, contributions que nous aurons à régler. Tout d’abord celle, modique, de la communauté locale pour traverser le village puis le droit d’entrée au site que je suis le seul à payer puisque les locaux ont droit à la gratuité, gratuité que j’obtiens aussi pour Marie, non sans mal. Puis il faut trouver une lancha. On nous en propose à des prix bien élevés, rien que pour nous deux. Je me rends à l’embarcadère où je trouve deux couples de Mexicains avec qui nous marchandons le transport. Nous partons aussitôt dans une longue pirogue en bois avec moteur hors-bord et un toit en palmes pour nous protéger d’un soleil absent. Nous longeons à vive allure les berges de ce fleuve qui fait frontière avec le Guatemala et au bout d’une demi-heure, nous accostons sur une plage. Moi qui croyais encore naïvement être dans les rares visiteurs de ce site perdu dans la jungle, je me retrouve en compagnie de quelques dizaines de touristes que de nombreuses pirogues déposent sans arrêt. Après une courte marche sur un sentier encombré des racines de ceiba géants, nous découvrons les premières ruines, des formes pyramidales construites en briques, ce qui leur donne un aspect différent. Après avoir franchi un passage dans l’obscurité, nous débouchons sur une grande esplanade où divers bâtiments sont dégagés. Aucun n’est spectaculaire, des stèles peu lisibles sont éparpillées sur la place, debout ou couchées. Un bâtiment a encore des linteaux sculptés mais toujours aussi difficiles à déchiffrer. Le clou est un temple perché au sommet d’une colline qui domine la place et qu’un escalier de pierres disjointes permet d’atteindre. Marie m’attend pendant que je monte au pied de ce temple. Il a le mérite de posséder encore sa spectaculaire décoration faîtière, presque intacte avec ses niches carrées.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

 

Nous repartons, récupérons le camion et prenons le chemin du retour. Bientôt la pluie arrive et dure jusqu’à l’arrivée à Palenque. Nous ne retournons pas au camping trop bruyant de la veille mais en trouvons un autre plus rudimentaire. Nous fêtons comme il se doit le jour du Seigneur : vodka-orange ou vodka-tonic.

Lundi 21 mars : Il a plu toute la nuit et cela continue au matin. Nous n’avons pas très envie de nous lever et nous nous offrons une grasse matinée. Quand enfin nous sommes prêts, une diminution des précipitations nous fait espérer une visite possible de Palenque. Nous nous rendons à l’entrée du site, persuadés d’y trouver peu de monde mais il n’en est rien. Ni la pluie, ni le lundi n’ont dissuadé les amateurs de venir. Faute aussi de pouvoir nous garer au minuscule parking, nous renonçons une nouvelle fois et repartons en ville refaire un plein de provisions et notamment de cette charcuterie espagnole relativement bon marché qui a le mérite d’avoir plus de goût que les insipides jambons de poulet ou de dinde. En sortant du supermarché, nous discutons avec des jeunes francophones qui voyagent à cheval entre Mexique et Guatemala… La pluie a cessé, nous décidons de tenter notre chance une dernière fois et de retourner au site. Nous déjeunons rapidement au camion puis je dépose Marie à l’entrée et je dois aller me garer en contrebas. Nous parvenons aussitôt sur une vaste esplanade dont deux des côtés sont occupés par les constructions emblématiques de Palenque : le Temple des Inscriptions et le Palacio. Deux autres édifices précèdent le grand Temple des Inscriptions, ce sont aussi des temples au sommet de pyramides plus modestes et en moins bon état. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Celui des Inscriptions a l’avantage d’être interdit d’escalade, il se dresse donc sans aucune de ces fourmis généralement vêtues de couleurs vives et dont le seul but semble de se prendre en photo à chaque marche… En face, le Palacio est un bâtiment plus complexe, situé bien sûr sur une plate-forme et dominé par une tour carrée qui aurait été un observatoire astronomique. Il subsiste des traces de bas-reliefs sur des piliers carrés et d’encore plus vagues traces de peintures. Au milieu de ce palais, une cour carrée est entourée d’autres bas-reliefs représentant là aussi des chefs captifs dont l’avenir devait être compromis… Derrière, nous atteignons un autre ensemble de ruines, trois temples-pyramides du groupe de la Croix. Deux de ces temples ont encore leur décoration faîtière plus ou moins complète. Nous montons au sommet de deux d’entre eux pour admirer dans des chambres d’autres bas-reliefs toujours aussi énigmatiques, même avec leur description. Difficile de faire de bonnes photos, le ciel est résolument gris et la foule de touristes qui montent, descendent les marches et s’agglutinent devant les édifices n’est pas très esthétique ! 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Une fois de plus, je suis très réservé sur la beauté de ces sites trop aménagés sur un gazon impeccable. Je les aurais préférés encore perdus dans la jungle et ce ne sont pas les feulements entendus des singes-hurleurs qui me feront changer d’avis. La reconstruction des escaliers trop bien réalisée, les bas-reliefs souvent remplacés par de pâles copies, font de ces sites des lieux sans âme, des « must » aseptisés pour tour-operator. Nous reprenons le camion, Marie aurait voulu que nous avancions mais je n’en vois pas l’intérêt et préfère m’arrêter tôt. Nous essayons un troisième camping, encore moins cher mais tout aussi rudimentaire. Des cabanas sommaires sont installées dans un joli parc fleuri mais les toilettes, douches… sont très mal entretenues. Il est vrai que pour le prix ! Nous allons prendre un pot sous l’agréable paillotte en relisant mon texte puis nous retournons au camion en pataugeant dans la gadoue.

Mardi 22 mars : La bande de jeunes campeurs a été particulièrement bruyante, discussion, rires et musique jusque tard dans la nuit. Je n’ai pas osé intervenir pour ne pas réveiller Marie ! Je dois nettoyer une à une les alvéoles des cales de mise à niveau qui se sont enfoncées dans la boue. Nous quittons pour de bon Palenque après un plein de gasoil. Nous ne sommes plus du tout en montagne mais dans une plaine à perte de vue et ce ne sont que des étendues consacrées à l’élevage, les champs de canne à sucre n’apparaîtront que sur la côte. Le ciel, encore gris au départ, s’éclaircit en nous rapprochant de l’océan. La route est presque continuellement rectiligne et même si la chaussée n’est pas toujours bonne, nous avançons vite. Nous attendons d’avoir retrouvé la mer à Champoton pour déjeuner mais la côte n’est pas belle, rocheuse, sans accès ou occupée par des gravières, les plages sont rares et réservées pour les parkings des restaurants, de modestes gargotes. Nous finissons par déjeuner sur l’aire d’une station-service ! Nous ne prenons pas l’autopista pour suivre la route côtière afin de ne pas rater l’entrée du Club Nautique qui serait aussi un Trailer Park, ce qui n’est pas l’avis des gardes qui n’ont jamais entendu parler de camping-car. Déconfits car nous espérions un bon camping avec le wifi pour répondre au courrier et mettre le blog à jour, nous continuons quelques kilomètres jusqu’à Campèche où nous entrons par le bord de mer. Nous trouvons rapidement un grand parking, indiqué par d’autres voyageurs où nous pouvons passer la nuit. Nous repartons aussitôt à pied pour explorer le centre ancien enfermé dans des remparts. Toutes les rues se croisent à angle droit et les maisons sont toutes sans étage à de rares exceptions près. Une campagne de rénovation de cette cité a permis de repeindre toutes les façades dans des tons pastel, les rues sont devenues des palettes de couleur, l’ensemble est un peu trop neuf aujourd’hui mais le temps passera…

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Beaucoup de fenêtres ressemblent à celles que nous avions vues à Trujillo au Pérou, de grande dimension, encadrées de stuc blanc et fermées par des grilles. Nous nous promenons en pestant contre les automobiles qui gâchent les perspectives puis revenons par la rue piétonne qui est, elle, envahie par les terrasses des bistrots à touristes. Nous nous asseyons à l’une d’elles, une (fausse) margarita  et un daïquiri (sans rhum…) justifient cette halte. Je vais rechercher l’ordinateur pour profiter du wifi. Nous apprenons aussi, par hasard, les attentats de Bruxelles, nous mettons aussitôt un message à Laurence. La barbarie est bien installée en Europe désormais ! Nous repassons par le Zócalo, calme puis Marie qui en est fan, va voir les fontaines musicales avant que nous ne rentrions au camion.

Mercredi 23 mars : J’ai bien du mal à ouvrir les yeux ce matin, la fatigue se fait sentir. Nous courons trop chaque jour, pressés par la date butoir du 20 avril à San José… La bouteille de gaz est vide ! La française nous sauve le petit-déjeuner mais il y a décidément un problème, peut-être de fuite. Dès que nous sommes prêts, nous retournons à l’entrée de la ville ancienne et rendons visite au Musée architectural maya, logé dans l’un des bastions des remparts. Y sont  exposées des stèles avec un dessin à côté montrant plus clairement ce qui est gravé dans la pierre, avec des explications en espagnol et en anglais. Nous comprenons mieux ces effigies de guerriers empanachés mais même avec des dessins certains restent obscurs. Les quatre styles de l’art maya selon les régions sont présentés mais au sortir, nous n’avons pas retenu grand-chose faute d’un tableau ou de dessins comparatifs. La vue depuis les remparts est à contre-jour donc peu intéressante. Nous quittons Campèche, sans nous tromper d’itinéraire, à l’instinct… Nous suivons une route étroite dans la brousse, souvent défrichée pour laisser la place à des champs et à des cultures à grande échelle. Nous retrouvons les petites cases mayas, de plan oblong, à toit de chaume, les murs ne sont plus que rarement en tiges de maïs mais en dur, terre ou désormais parpaings. En fin de matinée, nous atteignons notre premier site maya de la région, Sayil. Nous sommes presque seuls sur le parking et après déjeuner nous allons à la découverte du Palais, une superbe construction dont seule la moitié gauche a été restaurée. Sur plusieurs niveaux, deux principalement, des chambres ont été construites avec une décoration en façade remarquable, têtes du dieu de la pluie, Chac, pourvu d’un nez en trompe d’éléphant, dessins géométriques et grecques, en mosaïques de pierre, etc… 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous marchons presqu’un kilomètre sur un sentier pour atteindre un temple-pyramide peu intéressant, nous transpirons à grosses gouttes bien qu’à l’ombre de beaux arbres d’où tombent des lianes dignes de Tarzan… Nous reprenons le camion pour continuer sur une route très étroite tracée dans la forêt et arriver à Labna. Là aussi, nous sommes presque seuls, ce dont nous avions rêvé ! Nous y trouvons un autre palais avec le même type de décoration en façade, des dieux Chac à trompe d’éléphant, des serpents dont la gueule grande ouverte laisse apparaître une tête humaine, des dieux les jambes en l’air, tout cela sur des frises qui courent sur toute la façade. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Une chaussée amène à un ensemble d’un bel arc et d’une pyramide-mirador dont la crête est en meilleur état que celle de Sayil. Nous revenons à l’ombre des arbres et repartons sans perdre de temps pour visiter Kabah avant l’heure de fermeture des sites, 17h ! Là, c’est encore un gigantesque palais dont la façade exceptionnelle est constituée, sur plusieurs niveaux, par plus de deux cents masques de Chac, peu ont encore leur nez entier mais l’effet est saisissant. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous en avons fini avec le programme des visites de la journée… Nous nous acheminons vers Uxmal, beaucoup plus fréquenté, des hôtels de standing hébergent des touristes fortunés et des installations plus élaborées que celles des sites précédents les attendent. Renseignement pris, nous pouvons passer la nuit sur un parking, à l’écart de celui du tout-venant, moyennant 131 pesos. Nous découvrons alors que nous avons le wifi, nous pouvons prendre connaissance du dernier message de Julie et tenter de mettre à jour le blog mais je perds la connexion et mon travail en même temps ! Je vais faire la queue pour prendre des billets pour le spectacle son et lumières. Plus de place pour celui de 19 h, nous patientons pour celui de 20 h. Nous traversons dans l’obscurité une partie du site, distinguons la masse de la haute pyramide à base elliptique puis grimpons occuper des sièges en plastique au sommet de l’un des côtés du Quadrilatère des Nonnes (nous découvrirons son nom par la suite…). Une musique tonitruante, un texte dit en espagnol évidemment, dont nous ne comprenons que quelques mots par-ci, par-là, et des éclairages qui mettent en valeur les décors des murs. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Au bout de dix minutes, je commence à me lasser de voir toujours les mêmes éléments colorés dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et je me promets bien de ne pas voir le son et lumières de Chichen Itza… Nous ne traînons pas pour rejoindre le camion et dîner.

Jeudi 24 mars : Nous avions mis le réveille-matin à 6 h 30 et à huit heures nous sommes dans les tout premiers devant la caisse du site pour être assurés d’éviter les groupes venus de Merida. Comme dans les autres sites majeurs dépendants de l’INAH (Instituto Nacional d’Antropologia et Historia), le prix d’entrée (pour les étrangers…) est de 65 pesos mais l’Etat du Yucatàn a décidé d’y ajouter une taxe de 148 pesos ! Il en sera de même à Chichen Itza… Nous pénétrons donc, de jour cette fois, là où hier soir nous avons vu des murs décorés et colorés sans trop savoir à quoi ils correspondaient. Nous passons au pied de la formidable pyramide de plan elliptique dont on ne peut plus gravir l’escalier vertigineux. Derrière, nous découvrons l’autre face où, dans une gueule terrifiante du dieu Chac, s’ouvre l’entrée du temple sommital.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous pénétrons ensuite dans la cour de l’ensemble faussement appelé Quadrilatère des Nonnes, où nous nous trouvions hier soir. Les quatre côtés sont entourés de « Palais » dont la décoration de mosaïque de pierre est différente sur chacun mais où on retrouve toujours le masque de Chac, des serpents, gueule ouverte, des figures géométriques variées et quelques statues en plus ou moins bon état. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

La restauration me paraît abusive, trop léchée, le dessus des marches a été cimenté, les flancs du jeu de pelote lissés, les pierres paraissent être sorties la veille de la carrière… Après avoir traversé le petit jeu de pelote dont un des anneaux-but a été replacé, nous arrivons à une autre longue construction, le palais du Gouverneur dont une des faces est aussi un remarquable travail de sculpture de la pierre avec toujours les mêmes motifs. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

De la grande pyramide adossée à une colline, il ne reste qu’un escalier abrupt, un temple décoré de quelques représentations d’aras et une vue sur tout le site qui semble sorti de la brousse qui l’entoure. Dommage que le soleil soit voilé par des nuages mais nous avons aussi moins chaud. Nous avons passé deux heures sur le site et repartons à la fois contents et déçus. Sculptures et décorations superbes mais restauration trop parfaite… Nous reprenons la route et parvenons à midi à Merida. Nous décidons de nous rendre au Rainbow Trailer Park que certains signalent comme fermé, d’autres pas… Le trouver n’est pas évident, nous connaissons sa localisation, à 8 km sur la route de Progresso… A proximité, je demande à un policier de m’indiquer le chemin, il ne connaît pas, interroge avec sa radio ses collègues qui n’en savent pas plus… A une sation-service, on me l’indique à moins d’un kilomètre de la voiture de police, sur le même axe ! Nous trouvons un terrain désert qui semble abandonné, les installations tombent en ruine, la piscine n’a pas été remplie depuis des lustres… néanmoins le camping est ouvert ! Nous trouvons un emplacement avec le courant électrique et un robinet d’eau courante. Nous déjeunons puis repartons pour la ville. Nous apprenons vite que demain, Vendredi Saint, tout sera fermé et que nous allons donc devoir attendre samedi pour visiter le Musée du Monde Maya. Nous déposons du linge dans une lavanderia, refaisons un plein de gasoil et cherchons une station pour remplir notre bouteille de gaz, puis nous allons refaire un plein de provisions dans un supermarché Chedraoui, bien pourvu en produits d’importation ou de luxe culinaire ! Tout cela nous a pris du temps et il est dix-sept heures quand nous atteignons le centre-ville. Nous nous garons sur le Zócalo pour aller nous renseigner sur les festivités de demain mais il ne se passera rien avant 8 heures du soir ! Nous allons pouvoir nous reposer si tout est fermé. Nous ne sommes pas garés sur un emplacement autorisé je vais donc me garer plus loin puis je retrouve Marie. Nous traversons la place, interpellés trois fois par des propositions de visiter des coopératives mayas qui sont toutes fantaisistes et uniquement attrape-gogos. Nous sommes à la recherche de chemises guayabera pour Julie et Alex. Nous revenons vers le Zócalo, entrons dans la cathédrale, très fréquentée par une foule très décontractée qui papote, sifflote, se repose, court après les gosses, bref le dernier lieu à la mode ! La foule a envahi les rues et déambule à la fraîche. Nous allons comparer la margarita et le daïquiri locaux, léger mieux mais encore un gros effort à faire ! Nous revenons au camping, toujours aussi seuls. Nous nous préparons à dîner, je prépare des pommes de terre et au moment de les faire cuire le feu est très faible et l’odeur de gaz très forte dans le logement des bouteilles. Je finis par découvrir que le filetage sur le détendeur est détérioré, sans doute suite à trop de montages-démontages, lors des changements de bouteille. Je tente de démonter le détendeur, y parvient non sans mal, les vis sont grippées, mais je ne peux refaire le filetage trop abimé. Nous dînons froid. Problème pour demain (férié !) où trouver un détendeur avec filetage ISO… Douche peu avant minuit, pas d’eau chaude mais l’eau supposée froide est assez bonne !

Vendredi 25 mars : Grasse matinée au programme, petit déjeuner sans thé puis remplissage des réservoirs d’eau et nous partons en quête d’un détendeur, un jour férié ! Je commence par retourner à la station de remplissage de gaz qui, à ma grande surprise, est ouverte. On m’y indique une ferreteria, une quincaillerie susceptible d’être ouverte et d’avoir ce genre d’objets. Suite de mes surprises : elle est ouverte mais elle n’a pas l’objet convoité. On m’y indique une autre ferreteria, quelque chose comme « condipot », près de « cosco » et avec ça nous partons à la course au trésor… Un passant nous met sur la voie, « cosco » c’est Costco, un magasin de vente en gros que Marie avait remarqué et « condipot » serait « handymat ». Avec ces précisions nous revenons à Cosco mais là personne ne connaît de « handymat ». Nous abandonnons les recherches et allons au supermarché Chedraoui avec l’intention d’y acheter un réchaud de camping pour nous dépanner. Il y en a des sans cartouche de rechange et des cartouches d’un autre modèle sans brûleur… Je me renseigne auprès d’un employé qui me dit que je devrais trouver mon bonheur au « Home Depot ». Euréka ! Ne reste plus qu’à trouver le magasin… Deux ou trois aller-retour sur l’avenue où il est censé se trouver et nous finissons par le trouver. C’est l’équivalent local d’un Castorama. Je trouve le rayon des accessoires de gaz, des détendeurs mais aucun modèle ne correspond et les filetages ne sont pas les mêmes… Une piste abandonnée ! Nous décidons donc de chercher un réchaud et pour cela nous nous rendons au Walmart aperçu sur le périphérique en arrivant. J’y trouve un réchaud Coleman et des cartouches de rechange. Problème (provisoirement) résolu… Nous déjeunons dans le camion, tardivement car le temps a passé avec toutes ces allées et venues. Nous nous rendons au centre-ville. A un carrefour où j’avais l’obligation de tourner à gauche, je tourne à droite et suis arrêté par un policier. Depuis le temps que j’empruntais des sens interdits, franchissais des feux rouges ou effectuais des demi-tours non autorisés, ce n’est que justice ! Je suis menacé d’une multa mais nous plaidons notre cas de touristes imbéciles, perdus et ne parlant pas espagnol et parvenons à y échapper… Je me gare au même endroit que la veille et nous partons pour une tournée des boutiques. Objet recherché : des guayaberas, ces chemises cubaines en lin, avec des plissés et des broderies, pour Alex et Julie. Nous allons fêter cela à la terrasse d’un café sur une des nombreuses places de la ville. Son seul charme d’ailleurs… Je compte profiter du wifi mais pour démarrer je dois indiquer le nouveau code qui m’a été attribué et qui se trouve sur le téléphone portable, dans le camion… Je retraverse le centre-ville et reviens avec ce maudit code. Nous envoyons la carte électronique à tous les parents et amis puis répondons à quelques messages urgents. Nous retournons au Zócalo à la nuit et attendons devant la cathédrale qu’il se passe quelque chose… A huit heures, Marie qui rêvait d’une procession est satisfaite. Arrive un cortège silencieux, enfants de chœur, religieuses, boy scouts et fervents qui entrent dans la cathédrale, pas nous… 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous allons dîner en apercevant au passage une attraction « maya » : des Indiens (?), déguisés, jouent à la pelote devant l’office du tourisme, consternant… Nous dînons au Chaya Maya, du poc chuc, de fines (elles sont toujours fines, quelle que soit la viande ou son utilisation !) tranches de porc marinées et grillées, servies avec une soupe de frijoles et tout un tas de sauces ou ingrédients. La viande est tendre et a bon goût. Marie qui avait pris un plat de poisson, crevettes, palourdes, poulpes cuits dans une feuille de bananier a moins bien réussi, tout a cuit trop longtemps et est réduit en purée. Nous allons reprendre le camion, resté seul dans une rue obscure, et rentrons au camping, toujours désert.

Samedi 26 mars : Encore une nuit à transpirer et juste quand il commence à faire frais, le soleil ressurgit et le mercure remonte… A neuf heures je dépose Marie devant le nouveau Musée du Monde Maya puis je vais me garer devant la lavanderia, je passe à la poste mais elle est fermée le samedi. Je traverse l’avenue et retrouve Marie dans le hall du musée. Nous commençons la visite par une évocation de la chute d’une météorite au nord de Merida qui serait peut-être à l’origine de la disparition des dinosaures et qui serait aussi à la source de la cosmologie maya. La salle suivante, à l’imitation des musées nord-américains, évoque le monde maya d’aujourd’hui, objets, photos, témoignages. Puis, après l’arrivée des Espagnols, ce sont les salles par thèmes que nous attendions consacrées aux civilisations mayas d’avant la Conquête. Ceux qui ont conçu ce musée n’ont pas lésiné sur les moyens et les ont eus ! Les gardiens sont nombreux et prévenants. Des dioramas évoquent des scènes de la vie à diverses époques, des films vidéo sont projetés dans des salles derrière des reconstitutions de tombeaux ou de pyramides. Nous en ressortons à midi, nous récupérons notre linge et prenons la route de Valladolid. Nous nous arrêtons à l’ombre pour déjeuner puis continuons sur l’autoroute qui devient à péage. Il fait très chaud et je somnole au volant, je dois m’arrêter quelques minutes avant que nous ne parvenions à Pisté, le bourg proche des ruines de Chichen Itza. L’hôtel Piramide Inn accepte les campeurs, deux tentes sont installées sur ses pelouses mais le camion ne peut y accéder et nous devons rester devant la façade, sur le gazon tout de même. Nous nous précipitons à la piscine pour nous rafraîchir avant de faire la sieste sur les lits de repos en béton. Nous sommes dans un beau jardin mais tout laisse à désirer, piscine pleine de feuilles, lits de repos jamais entretenus et toilettes qui ne doivent pas être souvent nettoyées, pas de personnel en vue, le bar et le restaurant ne fonctionnent pas… Dommage ! Je vais vérifier dans le hall, seul endroit où le wifi est possible, que nous avons des messages. Quelques réactions d’amis à notre carte électronique. Faute de pouvoir commander quelque chose à boire au bord de la piscine, je vais confectionner des margaritas dans le camion et nous les sirotons avec des chicharrones en appréciant la fraîcheur du soir. Pour acquit de conscience, nous allons en ville vérifier qu’il n’y a pas de fête prévue ce soir. En guise de festivités il n’y a qu’une messe en plein air à neuf heures… Nous revenons à notre campement en espérant que le trafic routier sera moins intense dans la nuit…

 

Dimanche 27 mars : Pas le plus calme de nos bivouacs ! Nous sommes debout avec le soleil et bien avant huit heures nous sommes devant la porte du parking (payant) de Chichen Itza. Nous ne sommes pas les premiers et il faut attendre l’ouverture de la barrière à huit heures. Nous ne pouvons pas nous garer où nous voudrions et pas question d’expliquer que nous ne sommes pas plus longs qu’une voiture classique… Aux guichets c’est aussi la foule ! Là aussi en plus du tarif normal, l’état du Yucatàn a ajouté ses propres taxes et de 64 pesos, le prix d’entrée est passé à 232 pesos, pour les non-Mexicains ! Nous accédons au site au bout d’une courte allée occupée par les stands des vendeurs de souvenirs, têtes de morts de toutes les couleurs de préférence vives, reproduction de la pyramide en différents matériaux et dans toutes les tailles, tee-shirts « I love Mexico » ou « Calendario Azteca » etc… Nous découvrons la pyramide iconique de Chichen Itza, le Castillo, les quatre faces pourvues d’un escalier que l’on ne peut plus grimper, tant pis et tant mieux.

 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous n’aurons plus une vue d’ensemble du site depuis le sommet mais il n’y a pas de touristes sur les marches ou au sommet. Ils sont tous au pied à se prendre en photo, les filles posant comme elles l’ont vu dans des magazines, les garçons prenant des poses censées avantager leur virilité… Nous commençons par aller voir de près le Jeu de Pelote, le plus grand de tous ceux du Mexique, deux murs dont la base est encore décorée par les frises de deux équipes de joueurs, le vainqueur décapite le capitaine de l’autre équipe… Autres temps, autres mœurs ! Nous continuons par l’examen de temples ou plateformes couverts de sculptures aussi sympathiques : un mur de représentations de têtes de mort, celles des perdants au jeu de pelote ou des sacrifiés aux dieux… Une autre plateforme est décorée avec des représentations de jaguars ou d’aigles dévorant des cœurs humains…

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous traversons l’esplanade centrale, nous faufilant entre les ombres bienvenues des arbres, pour photographier, entre deux groupes de touristes moutonniers, le Castillo, cette pyramide dont les escaliers sont bordés par des sculptures de serpents, la gueule ouverte à la base et dont le corps constitue la rampe. Pas question de voir de près les temples au sommet des pyramides, nous devons nous contenter de lire leur description dans le Guide Bleu, témoin d’une époque où le tourisme de masse n’en interdisait pas l’examen… Nous nous rendons ensuite près de la Pyramide des Guerriers qu’entoure le Groupe des Mille Colonnes, interdits d’approche, et dont seule une paire de jumelle permet d’apercevoir sur chacune d’elles les sculptures de guerriers fièrement empanachés et portant beaux ! Nous commençons à avoir chaud et donc soif. Le ciel a beau être couvert, le vent souffler, nous nous déshydratons vite et c’est la langue pendante comme le loup dans un dessin animé de Tex Avery (pour d’autres raisons…), que nous allons nous asseoir à l’ombre. J’abandonne Marie et retourne à l’entrée acheter une bouteille d’eau et un Coca Cola. Nous repartons pour le second groupe de ruines et à moins de cent mètres nous trouvons un marchand de boissons fraîches ! En continuant entre deux rangées de marchands de souvenirs (Imaginons des marchands de Tour Eiffel, de Sacré-Cœur, de tee-shirts « I love Paris » dans les jardins de Versailles !), nous parvenons à un espace qu’entourent divers monuments, un observatoire en forme de tour ronde prouvant les grandes connaissances astronomiques des Mayas, les restes de diverses structures et un ensemble baptisé par les conquérants espagnols de Temple des Nonnes dont les murs extérieurs sont superbement sculptés avec les habituelles représentations de Chac, de Quetzacoatl et autres dieux de cet heureux temps… 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous en avons terminé, revenons vers la sortie et reprenons le camion alors que les cars de touristes affluent… Nous déjeunons à la sortie de la petite ville avant de reprendre l’autopista pour Valladolid. Nous y sommes bientôt et, très classiquement, nous commençons par aller nous garer sur le Zócalo pour faire un petit tour du centre-ville. Rien de remarquable, quelques rues ont vu les façades de leurs anciennes demeures restaurées, repeintes de couleurs pastel pour mettre en valeur leurs fenêtres et portes à grilles de fer forgé. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous prenons un pot dans un café avant de reprendre la route avec l’intention de nous rendre à Cobà mais nous arrêtons peu après au Cenote de Suy Tun. Un restaurant avec des bungalows, accepte que nous passions le nuit sur son parking avec jouissance de la piscine et du cenote. Nous nous rendons aussitôt à ce dernier. Il s’agit d’un lac souterrain qui communique avec l’extérieur pat une ouverture à ciel ouvert. Nous y descendons alors que tous les locaux en reviennent, et découvrons une immense grotte, peu éclairée, où pendent des stalactites de pierre et dont le fond est une réserve d’eau. Je vais m’y baigner, l’eau est fraîche mais pas désagréable, des poissons noirs peu farouches m’accompagnent dans mes quelques brasses. Nous revenons au camping et je me trempe dans la piscine nettement plus agréable. Les Mexicains venus passer le dimanche pascal s’en sont retournés, nous sommes presque seuls avec un couple d’Allemands en camper, eux aussi sur la route du Sud. Nous accomplissons nos devoirs journaliers avant de regagner le camion pour l’apéritif du dimanche 

Lundi 28 mars : Cachés sous les arbres, nous avons eu presque froid au matin mais bien vite nous recommençons à transpirer. Nous laissons nos coordonnées à Dagmar et Manfred pour le cas où ils voudraient partager un conteneur de Panama à Carthagène. Nous reprenons la route pour quelques kilomètres jusqu’au site de Coba, au bord d’un lac que fréquenteraient des crocodiles, nous n’allons pas vérifier. Coba est désormais dans les circuits touristiques et les bus de touristes principalement américains, venus de Cancun, sont nombreux. Nous devons payer 60 pesos le parking avant de pénétrer dans la forêt où se trouvent dispersés un grand nombre de monuments. Le premier groupe est proche, un Jeu de Pelote de petite taille, bien restauré, une pyramide aux gradins incertains, interdite d’accès et divers petits édifices sans décoration. Pour aller au-delà, il faut marcher plusieurs kilomètres ou louer des vélos et pour les moins courageux affréter un tricycle, solution que bien sûr nous retenons, Marie pour d’évidentes raisons et moi à cause de mon manque de confiance pour la « petite reine » et en dépit de toute la tendresse avec laquelle Bernard Blier qualifiait ainsi Arletty dans « Hôtel du Nord »… Nous voici partis, serrés sur une banquette, nez au vent, filant dans les sous-bois et nous arrêtant aux divers groupes de ruines. Rien de bien remarquable, le site est plus ancien et on ne trouve pas ici les remarquables décorations des palais et des temples de Chichen Itza ou d’Uxmal. Nous faisons halte au pied d’une grande pyramide qui reste accessible aux visiteurs. D’un microscope céleste on doit pouvoir observer les mouvements browniens d’homoncules agités en deux files, l’une montante, l’autre descendante, qui parfois se croisent, s’emmêlent, se bousculent mais continuent avec opiniâtreté, l’une de grimper à quatre pattes vers un but élevé, l’autre de tenter d’en revenir en tressautant sur les fesses de gradin en gradin.

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

On peut aussi y voir un bel exemple d’acte gratuit puisque l’arrivée au sommet n’est récompensée par aucune vision exceptionnelle, une brousse à demi verdoyante couvre la région en-dessous sans la moindre aspérité pour y poser l’œil… Bien sûr j’accomplis mon devoir de touriste, montée, coup d’œil circulaire et descente. Un autre arrêt pour un linteau qui possède encore des traces de peintures. Il appartient à un petit temple, au sommet d’une pyramide ruinée dont l’accès est interdit et, vu d’en bas, on ne distingue pas grand-chose… Notre conducteur nous emmène à un dernier groupe, loin dans la forêt, passant devant de beaux figuiers. La spécialité du lieu est la stèle, debout, protégée par un auvent de palmes tressées et totalement illisible. Les épigraphistes ont eu pitié de nous et à côté de quelques-unes, un joli dessin montre ce que nous sommes censés voir, presque toujours un seigneur emplumé, foulant à ses pieds quelques malheureuses victimes ligotées. Nous regagnons la sortie, second arrêt boisson, puis nous repartons en direction de Tulum. Nous changeons d’Etat et d’heure en entrant dans le Quintana Roo où on ne pratique pas la surtaxe touristique sur les sites... Nous y sommes à temps pour aller déjeuner au Camello, un restaurant populaire, très fréquentée, quelques tables en terrasse, plus à l’intérieur. Nous parvenons à obtenir une table dehors et commandons tous les deux un ceviche mixto, poisson, crevettes, poulpe, calamar et autres fruits de mer… Un régal, le ceviche que j’aurais voulu avoir tous les jours, particulièrement copieux. Je finis la part de Marie ! Nous passons à la poste puis à l’information touristique avant de nous rendre au site. L’exploitation touristique y atteint des sommets ! L’entrée au parking est fixée à 120 pesos et suffisamment loin du site pour que l’on soit incité à emprunter un train touristique payant, de grossiers wagons tirés par un tracteur… Il faut encore marcher, l’entrée n’est pas située là où on vend les billets, il faut contourner l’enceinte fortifiée. Quelques monuments, temples et palais sont répartis au bord de la falaise qui domine des plages de rêve et où je préférerais me trouver plutôt que de transpirer à très grosses gouttes sous un soleil impitoyable. Marie a peur de ne pas avoir le temps de tout visiter mais il n’y a rien à visiter, tout est interdit, pas question d’approcher et d’apprécier les descriptions des guides ! La situation en bord d’une mer bleue de carte postale, la végétation, tout en fait un lieu exceptionnel mais on reste sur sa faim. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous revenons au camion alors qu’éclate une averse qui, passé un bref rafraîchissement, laisse monter du sol des vapeurs étouffantes. Nous nous rendons au supermarché Chedraoui refaire quelques pleins de boissons puis nous cherchons un endroit pour la nuit. Nous nous rendons sur la route qui longe les plages mais personne ne veut de nous ou demande des tarifs scandaleux. La nuit tombe, nous revenons nous garer sur le parking du supermarché. A peine installés, Chloé, Joël et leurs deux garçons viennent cogner à la porte. Ils sont sur la route, du Texas au Costa Rica, depuis quelques mois. Nous prenons l’apéritif ensemble à l’extérieur sur notre table, plus au frais que dans le camion.

Mardi 29 mars : avons passé une nuit au calme, seuls sur notre parking mais en sueur ! Nous reprenons la route, toute droite dans la brousse, une forêt pas très haute mais qui paraît impénétrable. Peu avant Chetumal, nous bifurquons pour approcher la lagune de Bacalar. Nous nous garons au balneario et allons voir de près les vacanciers profiter des joies de la plage dans une eau d’un bleu polynésien. 

TRANSAMERICA (2.4.- Chiapas, Yucatàn)

Nous jetons un œil au vieux fort espagnol qui protégeait la ville des pirates avant de continuer jusqu’à Chetumal. La ville reconstruite après un tremblement de terre n’est pas belle, sans le moindre charme. Nous allons nous garer derrière le récent Musée du Monde maya. Sur trois niveaux, censés correspondre à l’inframonde souterrain, au monde des vivants et au Ciel, sont présentés les caractéristiques des Mayas. Peu d’objets, des copies de mauvaise qualité et de nombreuses maquettes des sites majeurs, des reconstitutions de tombes ou de fresques. Le musée n’est pas climatisé et nous y transpirons… Nous rejoignons le Malecon que nous suivons jusqu’au  village de Calderitas où nous trouvons un très agréable camping en bord de mer. Nous nous installons au bar pour lire notre courrier, relire mon texte. Nous aurions bien aimé dîner au restaurant du camping mais cela ne semble pas être au programme, les tables sont débarrassées et le cuistot a disparu. Nous reprenons la voiture pour voir si les gargotes de poissons et fruits de mer que nous avions aperçues en arrivant voudraient bien de notre clientèle mais tout est éteint ou fermé. Dépités, nous revenons nous faire des pâtes avec du lard et une boîte de pâté espagnol.

Repost 0
8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 12:40

Jeudi 3 mars : Il semblait simple de sortir de la ville en direction de Mexico. C’était sans compter sur les indications illogiques des panneaux… Nous trouvons tout de même l’autoroute à deux fois trois voies pour Mexico. Son mauvais revêtement ne dissuade pas les chauffeurs de camions, de bus, de voitures de se ruer dessus, à qui sera le plus rapide, et tous dans les deux files de gauche, celle de droite est désertée !  Nous la quittons pour une autre à péage, plus étroite, jusqu’à Tula. Nous devons redemander notre chemin à plusieurs reprises, aucune indication, sauf quand on en est à proximité, pour signaler la zone archéologique. Nous nous arrêtons d’abord au supermarché pour refaire un petit plein de provisions avant de parvenir au site. Renseignement pris, la promenade peut nous prendre du temps, aussi déjeunons-nous avant. Nous gardons la visite du musée pour le retour et vaillamment nous partons sur le sentier tracé au milieu d’un jardin de cactus puis dans une brousse desséchée. Un kilomètre de marche avant d’arriver aux ruines des pyramides ! D’un côté les restes d’un jeu de pelote dont on voit bien la forme en double T mais toutes les décorations en ont disparu. Au pied de la pyramide principale un mur est couvert de métopes représentant des coyotes, des jaguars, des aigles dévorants des cœurs et en-dessous d’une frise en forme d’escargots, des serpents avalent des crânes humains. Nous voici mis dans l’ambiance ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous contournons la pyramide à cinq degrés pour accéder à l’escalier qui conduit à la plate-forme supérieure. Sa raideur effraie Marie qui ne veut pas monter. Je parviens donc seul au sommet et y trouve les quatre fameux atlantes sculptés avec tous leurs attributs, alignés avec des piliers carrés gravés de représentations de guerriers emplumés.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il n’est pas évident, même avec des descriptions détaillées (merci le vieux Guide Bleu !), de reconnaître parures et armes stylisées. Nous allons essayer de reconnaître les frises gravées sur les bancs d’un ancien palais puis nous prenons le chemin du retour. Nous passons au musée, quelques Chac Mol, ces statues d’un personnage couché sur le dos, tenant sur son ventre un plateau destiné à recevoir le cœur des sacrifiés, de la vaisselle et divers morceaux de statues ou décors sont exposés. Nous reprenons le camion et tentons de trouver la route pour Teotihuacan. Il nous faut demander à plusieurs reprises notre chemin, toujours tout droit à en croire nos informateurs, même quand il y a des fourches… Nous reprenons un bout d’autoroute puis devons en changer mais sans trop savoir lequel, nous parvenons même à faire un demi-tour sur une bretelle d’accès avec l’assentiment des préposés d’une guérite de péage. Nous devons très fréquemment régler des petites sommes pour peu de kilomètres avant de parvenir à Teotihuacan. Dans la petite ville, nous cherchons le Trailer Park. A un carrefour, je demande à un policier le chemin. Il arrête la circulation, nous fait tourner et court devant le camion jusqu’au carrefour où il nous indique la bonne direction. Pas eu le temps de filmer cette entrée VIP ! Nous trouvons le camping, une pelouse avec des branchements et pas mal de voyageurs dont un bon nombre de Français ou de Québécois. Deux Azalaï, sans leurs propriétaires, sont parqués ainsi que des véhicules sous bâche, en gardiennage. Nous discutons avec un Français parti en famille avec un camping-car classique sur les routes d’Amérique du Nord puis nous nous installons.

Vendredi 4 mars : Nous avions envisagé de nous lever plus tôt pour être sur le site des pyramides avant neuf heures afin d’éviter la massive arrivée des touristes. Effectivement, nous parvenons à nous lever peu après sept heures mais il est plus de neuf heures quand nous sortons du camping… La tenancière des lieux, très serviable, nous donne des informations et me prend un rendez-vous chez Land Rover pour lundi. J’apprends aussi, de Québécois, qu’il existe une réglementation contraignante sur la circulation dans Mexico afin de réduire la pollution. Nous pensions nous rendre sur le site avec le camion mais notre brave dame nous persuade qu’il est préférable de s’y rendre en taxi. Sauf que pour avoir un taxi, je dois marcher jusqu’au centre-ville… Il nous dépose à la porte la plus proche de la pyramide de la Lune où j’aurais bien aimé être le plus tôt possible mais Marie s’avise qu’elle voudrait commencer par le musée des peintures murales. Nous devons parcourir quelques centaines de mètres, à pied, pour atteindre l’entrée mais nous n’avons pas de billets, vendus à l’entrée du site… Les gardes ont la gentillesse de nous laisser entrer… Dans un ensemble de salle, sont exposés des fragments de murs couverts de fresques encore colorées. Animaux fabuleux, coyotes, serpents emplumés, jaguars et serpents, tous animaux mythiques représentant des déités, s’étalent sous nos yeux étonnés et peu avertis.

 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il nous faut ensuite revenir à la porte d’entrée, régler notre dû, Marie a droit à la gratuité. Nous ne sommes pas seuls, les scolaires en uniformes et particulièrement bruyants se précipitent derrière leurs instituteurs, plus intéressés par les marchands de souvenirs qui squattent tout le site et tentent d’attirer le client avec sifflets, trompettes ou autres instruments sonores. Nous visitons les Palais des Jaguars, des Escargots à plumes et de Quetzal-Papillon, aux noms évocateurs dus aux restes de fresques ou de sculptures qu’on y trouve. Puis nous débouchons sur la place devant la Pyramide de la Lune, encadrée par d’autres plus petites structures, toutes précédées d’escaliers. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Il y a déjà bien du monde sur la place et aussi sur les escaliers de la pyramide. Marie, apeurée par les escaliers, renonce à en faire l’ascension. Je me lance seul, comprends vite que je n’ai plus les jambes et un souffle de jeune homme mais je parviens tout de même au premier palier. Un bienfaiteur de l’humanité a interdit l’accès aux autres niveaux. Qu’il en soit ici remercié… La vue s’étend sur toute l’allée au sud et sur les alignements de pyramides et de palais de part et d’autre. La masse imposante de la Pyramide du Soleil s’en échappe mais on ne peut ignorer non plus qu’elle est très fréquentée par les touristes, minuscules fourmis qui montent et descendent ses escaliers vertigineux. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Le ciel se couvre de plus en plus, la lumière est sinistre, trop tard pour les photos et le plaisir, déjà gâché par la foultitude scolaire et mercantile, n’est plus de la partie. Nous descendons tout de même la large avenue, dite allée des Morts, en passant devant des pyramides et des palais dont nous retrouvons les informations dans notre vieux Guide Bleu. La Pyramide du Soleil est encore plus impressionnante que celle de la Lune et ses escaliers paraissent mener droit au ciel ! Marie préfère m’attendre en bas tandis que, peu certain d’en atteindre le sommet, je me lance dans l’ascension. La première étape me paraît la plus difficile et les suivantes presque faciles. J’atteins donc le point culminant pour vérifier que la grisaille désormais recouvre tout, que les alentours urbains et industriels sont laids et que j’aurais mieux fait de rester couché ! Nous arrêtons pour un rapide pique-nique dans le vent puis nous continuons en direction de la « Citadelle », autre ensemble de petites pyramides autour d’une vaste esplanade, au fond de laquelle se dresse une plus haute structure qui cache le temple de Quetzalcóatl. Nous tentons d’en approcher en contournant la pyramide mais l’ancien chemin d’accès est désormais barré. Nous apercevons tout de même les massives et effrayantes sculptures de têtes de serpents et du Dieu Tlaloc qui, sur quatre étages, encadrent l’escalier de cette pyramide. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

,J’escalade la structure qui dissimule le temple et découvre que, de l’autre côté, des marches moins raides et des rampes d’escalier permettent d’approcher ces sculptures de très près. Certainement la partie du site la plus évocatrice de ce que devait être cette cité à son apogée. Nous sortons de l’enceinte principale, en traînant les pieds. Marie, puisqu’il est encore tôt, aimerait bien se rendre au Palais de Tetitla à quelques centaines de mètres. Après une marche pénible, nous atteignons les restes de ce palais. De nombreuses pièces conservent encore des bas de murs peints en rouge et des traces de fresques. Les plus intéressantes, dans un patio, protégées du soleil par des toiles déchirées montrent une effigie, dite de Tlaloc vert, une déité couverte de plumes et de bracelets encore très colorée. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Sur le chemin du retour, une voiture s’arrête et son conducteur très efféminé, véritable caricature, peut-être aussi alcoolisé, se propose de nous emmener à destination, ce qui nous arrange bien… De retour au camping j’apprends qu’il est nécessaire d’avoir un permis pour circuler dans Mexico certains jours. Je me connecte au site et après quelques manipulations, j’obtiens cette autorisation que je vais faire imprimer à proximité. Je demande ensuite à notre hôtesse de nous réserver une chambre dans Mexico mais tous les hôtels qu’elle joint sont complets. Le Français, Dani, vu la veille, vient nous donner des informations sur des lieux de bivouac possibles. Il reste prendre l’apéritif, bientôt rejoint par sa femme, Mylène, ses deux filles, sa belle-mère et l’ami de cette dernière. Huit dans l’Azalaï ! Sympathique soirée mais il faut encore que nous cherchions un hôtel sur internet, sans succès, puis dîner et enfin terminer mes tâches journalières.

Samedi 5 mars : Je sollicite encore notre hôtesse pour nous trouver un hôtel mais pour dimanche soir. Celui qu’elle nous trouve me paraît bien éloigné du Zocalo mais nous aviserons. Nous faisons nos adieux au couple de Français avec qui nous avons pris l’apéritif hier soir, Dani et Mylène, puis au couple d’Azalaïens qui eux aussi vont se diriger vers les Etats Unis. Nous retournons au site de Teotihuacan que nous contournons sur la chaussée empierrée, passant devant une multitude de restaurants qui promettent tous une « authentique cuisine mexicaine ». Nous parvenons au Palais Tepantitla où nous pénétrons sans que personne ne nous demande les billets. Ces ruines sont celles d’une grande habitation dont il reste quelques murs recouverts de fresques. Deux méritaient le détour : une représente le dieu de la pluie Tlaloc, très richement vêtu, colliers et plumes colorées sur la tête, l’autre est une image du paradis avec de petits personnages dansant, chantant ou jouant à la pelote. De leurs bouches s’échappent des phylactères dans lesquels s’expriment leurs paroles ou leurs chants. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous prenons la route de Mexico, l’autoroute qui pénètre dans la ville traverse des banlieues de maisons très simples mais violemment colorées. La misère est plus supportable avec des couleurs ! Bientôt des avenues fusent dans toutes les directions, nous sommes vite perdus et devons demander notre chemin à plusieurs reprises avant de trouver la bonne avenue, Insurgentes, dans la bonne direction. Nous traversons le centre-ville avec ses immeubles modernes dignes de n’importe quelle métropole nord-américaine. A l’approche de Coyoacan, le quartier où nous avons prévu de nous rendre, supposé être plus calme, nous devons redemander notre chemin à plusieurs reprises. Si le Gps ne nous avait pas paru nécessaire aux Etats Unis, ici nous regrettons de ne pas en avoir… Enfin, nous y sommes et nous trouvons vite le Musée Frida Kahlo. Nous nous garons à quelques rues et déjeunons dans le camion. Nous nous rapprochons du musée, un emplacement pour handicapés nous permet de stationner devant. Mais, si en 1986 nous avions été dans les rares visiteurs, aujourd’hui, il y a la queue sur le trottoir, en grande majorité des jeunes. Nous passons en priorité, l’entrée est chère, 140 pesos, comparée à celle des sites archéologiques. La Casa Azul, la maison bleue, l’ancienne demeure familiale de Frida Kahlo, est devenu un musée à sa mémoire. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Peu d’œuvres d’elle ou de Diego Rivera mais son intérieur, décoré avec des collections d’objets populaires et des pièces d’art précolombien, a conservé une atmosphère bien spéciale. Les murs bleus, le jardin de cactus, une fontaine en font une oasis qui me rappelle les jardins Majorelle à Marrakech. Dommage qu’il y ait tant de monde… Que penserait-elle, elle, membre du parti Communiste, de l’exploitation de son nom et de sa renommée par un mercantilisme éhonté ? Nous reprenons le camion pour nous rapprocher du centre de ce quartier. Nous nous garons le long du marché où nous jetons un œil puis nous allons nous promener en direction du Zocalo. Il semble que ce soit le lieu de rendez-vous de tout Mexico le samedi après-midi. Autour du kiosque central les familles se promènent, les enfants crient, les amoureux se bécotent et des marchands ambulants essaient de gagner quelques pesos, marchands de ballons, joueurs d’orgues de Barbarie désaccordés, bonimenteurs, musiciens etc… Nous suivons une rue où se trouvent concentrés un grand nombre de gargotes pour calmer les fringales des passants mais décidemment aucun plat ne nous fait saliver… Nous atteignons une petite place plus calme avec une petite chapelle. Nous revenons au camion et nous nous mettons en quête d’une rue pour y passer la nuit. Nous jetons notre dévolu sur une, proche d’un grand parc, mais le calme ne semble pas garanti.

Dimanche 6 mars : La nuit a été calme. Peu de voitures sont passées mais au matin les sportifs du dimanche viennent se garer pour courir dans le parc proche. Nous repartons, heureusement dans une circulation fluide, pour nous rendre à l’hôtel réservé, le Marlowe. Nous nous perdons un peu, demandons notre chemin, une conductrice de taxi nous donne quelques explications puis devant mon incompréhension manifeste, nous demande de la suivre quelques pâtés de maisons. Ensuite c’est un motard de la police qui nous escorte jusqu’au Palais des Beaux Arts. Quelques rues et nous sommes devant l’hôtel. Nous sommes bien attendus mais impossible de rentrer le camion dans le garage souterrain, trop bas de plafond et les hôtesses d’accueil se fichent que j’annule la réservation ! Je laisse Marie au camion et pars à pied à la recherche d’un autre hôtel. Même problème au « Antillas » et au « Diligencias ». Je pourrais parquer le camion dans un parking mais le prix pour 24 heures serait presque celui de la chambre ! Je finis par trouver un bel hôtel avec un grand garage, le « Garibaldi ». Je me dépêche d’aller rechercher Marie et le camion. Encore faut-il s’y rendre… Le dimanche, des artères sont interdites à la circulation et réservées aux cyclistes… Nous y sommes ! Nous pouvons avoir la chambre immédiatement et nous nous y installons. Le temps de consulter la messagerie puis nous repartons. Avant de nous lancer dans une longue et fatigante après-midi, nous déjeunons en face de l’hôtel d’un demi-poulet grillé avec une bière. Nous remontons ensuite en direction du Palais Bellas Artes. Au passage nous visitons la Poste aux allures, extérieurement, de palais vénitien revu par Viollet-Le-Duc. L’intérieur, art nouveau, est tout marbre et dorures avec un escalier qui occupe le centre du patio fermé par une verrière. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

La foule du dimanche se presse à l’entrée gratuite du musée Bellas Artes, décidément la culture a une place importante dans la société mexicaine aujourd’hui. Les grands muralistes, Orozco, Siqueiros, Rivera et Tamayo, occupent les murs du second étage avec des fresques si importantes qu’il est difficile de les voir en entier ! Nos préférences vont tout de suite à Rivera avec ces (très grandes) images de bande dessinée, racontant l’histoire du Mexique de la période pré-hispanique à la révolution. Lénine et Trotski ne sont jamais oubliés… 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Les salles sont réservées à des expositions, pas encore ouvertes. Nous traversons les jardins de l’Alameda, très courus. Nous sommes étonnés par le nombre de personnes qui se promènent en famille mais aussi par les effusions que se manifestent les amoureux qui ne doivent pas avoir le temps de se bécoter les autres jours et se rattrapent aujourd’hui ! De l’autre côté de la place, le musée Diego Rivera, également gratuit le dimanche, n’a qu’une seule fresque à montrer, « Le Songe d’un après-midi Dominical dans le Parc de l’Alameda », mais c’est une grande réussite. Tous les personnages de l’histoire du Mexique, depuis Cortès, sont rassemblés autour du squelette d’une Catrin, femme habillée en blanc d’un boa et d’un chapeau à  plumes, donnant le bras à Frida Kahlo. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Un concert de piano est donné dans la salle d’exposition. Nous nous intéressons à un certain Pablo O’Higgins, qu’une exposition temporaire présente. Il a été dans l’entourage de Rivera et ses dessins préparatoires à des fresques, mettant en évidence le travail de conception géométrique, sont très intéressants. Nous nous rendons ensuite au Musée d’Art Populaire. Un extraordinaire musée où, sur trois étages, sont particulièrement bien mis en valeur des objets récents d’art populaire de tout le Mexique. Des masques, des objets de dévotion, des animaux fantastiques, des diables, des « arbres de vie », des sirènes, des dessins sur papier colorés mais tout est très coloré ! Une salle est consacré aux calaveras, ces représentations où tous les personnages sont sous forme de squelettes, souvent ricanant et dans tous les actes de la vie courante. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous marchons, jusqu’à la tour Latino-Américaine où un ascenseur nous expédie au 42 ème étage avec une vue sur tout Mexico et même, dans le lointain, sur le Popocatépetl bien calme. Nous apercevons le Zocalo, la cathédrale et le Palais National. Nous prenons un pot au bar de la tour en attendant la nuit mais nous ne sommes pas à Las Vegas et peu d’immeubles sont éclairés. Nous achevons la soirée en revenant à la place Garibaldi qu’occupent de nombreux groupe de mariachis en costume noir mais aussi des norteños avec leur chapeau cow-boy et leur accordéon ainsi que des groupes de Vera Cruz tout en blanc avec un harpiste. Les bandas sont loués pour donner l’aubade à des filles, certains dansent. Nous nous installons à la terrasse d’un café et commandons des margaritas. La table voisine est occupée par des jeunes bien éméchés qui ont loué un orchestre de mariachis, les filles les accompagnent en buvant des bières, dansent avec leur amoureux. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

A d’autres tables proches, des concerts sont donnés dans la plus complète cacophonie. Nous dînons  avant de faire un dernier tour puis regagnons la chambre. Je dois encore essayer de trouver sur internet l’itinéraire pour me rendre chez Land Rover demain matin avant de m’occuper des photos, me doucher et taper ces lignes.pour me rendre chez Land Rover demain matin avant de m’occuper des photos.

Lundi 7 mars : Très mal dormi, literie inhabituelle. Je me lève peu après six heures et demie et prends le camion. Dès le début je me trompe mais me rattrape vite et je trouve l’avenue Insurgentes que je suis trop longtemps, sans trouver de panneaux indiquant l’avenue Division del Norte que je dois prendre. Je demande très fréquemment mon chemin à des automobilistes et je parviens à huit heures au garage, avec une heure d’avance sur le rendez-vous. Service à l’européenne avec personnel stylé, locaux aseptisés, clinique automobile en quelque sorte ! On me précise le tarif pour la vidange, là aussi comme en Europe… Je laisse le camion, on doit me prévenir en cas de surprise et on me raccompagne à la station de métro proche. Les stations et les rames sont très propres, les passagers dorment ou lisent des journaux à scandale. Long trajet avec une tout aussi longue correspondance, mais avec des escalators et des tapis roulants. La place des mariachis est plus calme, seuls les derniers clochards cuvent leur alcool, avachis sur les bancs. Le quartier est celui des exclus de la société, des « Sans Domicile Fixe » particulièrement repoussants, vêtements, aspect et odeur, rarement vus ailleurs ! Je retrouve Marie à la chambre qui dormait encore ! Nous nous mettons en route, déposons du linge à laver à la lavanderia puis, par des rues du centro historico, peu intéressantes, nous parvenons à la place Santo Domingo. Nous allons voir l’église du même nom, façade churrigueresque et retables dorés à l’intérieur avec des chérubins à tous les étages. Un des côtés de la place est occupé, sous les arcades, par des imprimeurs, l’autre par le Ministère de l’Education connu pour ses fresques des Muralistes mais l’entrée nous en est interdite aujourd’hui ! Nous atteignons les arrières de la cathédrale que nous contournons pour parvenir sur le Zócalo. Belle place bordée sur trois côtés par des palais d’une grande uniformité dont le Palais National, mais tout est gris, un bon ravalement ne serait pas du luxe ! Et le soleil caché n’arrange pas les choses…

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous visitons la cathédrale, belles orgues, autels dorés et sacristie avec de grands tableaux difficiles à apprécier avec les reflets lumineux. Nous allons déjeuner au restaurant « Populare ». Ce n’est pas très cher mais les tranches de viande sont bien minces et en particulier la soi-disant côte de bœuf de Marie. Le soleil parvenant à se faufiler entre des nuages, nous retournons faire des photos sur la place puis nous suivons la rue Madero, piétonne, paradis des bijoutiers. Nous allons manger une glace pour bénéficier du wifi dans l’attente d’un message du garage Land Rover. Nous passons devant quelques palais coincés entre des bâtiments modernes. Nous allons voir l’église Saint François d’Assise, grands tableaux sulpiciens puis la maison des Azulejos qui, comme son nom l’indique, est couverte extérieurement de carreaux de faïence. L’intérieur est un café chic avec une fresque d’Orozco dans l’escalier, une fontaine et un décor rafraîchissant.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous rentrons à l’hôtel corriger mon texte et écrire à Julie. Nous allons prendre une margarita à la terrasse de l’hôtel. Encore un cocktail qui ressemble plus à une limonade qu’à de la tequila mâtinée de citron vert… Nous faisons un dernier tour sur la place, quelques groupes de musiciens se produisent mais ce n’est plus la chaude atmosphère d’hier soir. Nous remontons dîner de côtes de porc fumées achetées dans une boucherie avec des chips. Je redescends mettre le blog en ligne mais la connexion n’est pas très bonne et je remonte sans en avoir terminé.

Mardi 8 mars : Réveillé tôt, je lis les messages envoyés pour me souhaiter un bon anniversaire. La connexion depuis la chambre étant bonne, je finis de mettre à jour le blog. Nous descendons prendre le petit-déjeuner, très quelconque, toast, confiture et thé à goût de café. Je vais rechercher le linge à la lavanderia mais elle n’ouvre qu’à dix heures. Nous partons en taxi au Zocalo et voulons entrer au Palais National mais là aussi l’ouverture est à dix heures. Nous patientons avec d’autres touristes. Après avoir montré patte blanche, nous pouvons pénétrer dans la cour du Palais. Le double escalier qui emmène à l’étage est décoré d’une belle fresque de Rivera avec encore tous les personnages de l’histoire mexicaine. D’autres fresques, toujours de Rivera, occupent des murs de la galerie, elles évoquent un âge d’or des temps pré-hispaniques, la dernière montre l’arrivée des Espagnols représentés avec des groins de cochons ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous parcourons ensuite une belle exposition sur les masques anciens et récents, en grande majorité mexicains mais aussi africains et même asiatiques. Rapide visite à la salle de l’ancien parlement. Nous devons traverser la moitié du palais pour ressortir. Dehors une troupe de danseurs et de musiciens célèbre la Journée de la Femme. Nous nous rendons au Templo Mayor, entrant par la sortie… Je dois contourner un bloc d’immeubles pour aller acheter les tickets et revenir chercher Marie. Nous parcourons, sur un passage construit au-dessus des ruines de Tenochtitlan, les restes des pyramides successives édifiées les unes sur les autres avant qu’elles ne soient rasées par les conquistadors. Il subsiste quelques éléments de décors, têtes de serpents, mur de crânes et quelques traces de fresques. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Le temps passe et j’attends un message de Land Rover qui doit préciser les travaux à effectuer, notamment le jeu dans le différentiel et leur montant. Je veux retourner à l’hôtel pour trouver le message, aussi j’abandonne Marie au musée du site et retourne rapidement à la chambre. Au passage je récupère le linge. Pas de message, j’en envoie un pour préciser que j’attends le devis pour décider quoi que ce soit. Retour épuisé au musée pour retrouver Marie. Nous allons avaler rapidement, Marie des quesadillas qui ne la satisfont pas et moi un hamburger juteux… Nous nous mettons d’accord avec un taxi sur un tarif pour nous emmener au Musée d’Anthropologie, à Chapultepec. Superbe musée avec des pièces de très grande qualité, bien mises en valeur, une salle par grande civilisation avec des reconstitutions de temples ou de tombes, mais qu’il est vaste ! Nous y passons quatre heures, en examinant chaque objet au début, passant négligemment devant les vitrines sur la fin… Nous en ressortons à la fermeture à sept heures et marchandons un autre taxi pour nous ramener au Zócalo, en nous traînant dans les embouteillages, sous un orage. Nous allons fêter mes soixante-dix ans au restaurant des Deux Sirènes, au second étage d’une ancienne demeure. Nous nous installons sur la terrasse malgré le vent et la fraîcheur, avec une vue sur l’arrière de la cathédrale et le Palais National, trop peu éclairés. Nous espérions des plats raffinés, nous sommes très déçus, toasts au crabe très quelconque, sans grand goût puis un poulet à la mangue pour Marie, servi à peine tiède, avec encore une sauce à base de tomate et pour moi du poisson à la douteuse fraîcheur et des mariscos, en fait quelques morceaux de poulpe et de calamars avec deux crevettes et un crabe dans une sauce toujours à base de tomate. Nous ne nous régalons pas et rentrons, encore en taxi, à l’hôtel. Je trouve un message de Land Rover me proposant le remplacement d’un différentiel et de la boîte transfert pour 12000 euros ! Je ne sais pas si je suis pris pour un pigeon ou si je dois m’inquiéter pour la suite du voyage !

Mercredi 9 mars : Au petit déjeuner, pas de thé ! Je m’en étonne, réponse : au Mexique on ne boit pas de thé au petit déjeuner et si nous en voulons c’est en supplément ! Il ne fait pas beau et surtout un vent très frais souffle sur la ville. Comme nous l’avions prévu, nous nous rendons à pied au Ministère de l’Education pour voir ses fameuses fresques. Là, nouveau refus de nous laisser entrer, du moins pas avant trois heures de l’après-midi. Nous tentons de parlementer, demandons à parler à un responsable, le ton monte, les oiseaux ont des noms différents à Mexico… Nous cherchons ensuite le collège San Ildefonso, Nous finissons par le dénicher, et là, moyennant un droit d’entrée, nous pouvons visiter. Beau patio et arcades sur deux étages. Des fresques d’Orozco et d’autres Muralistes moins connus, Leal, Charlot, décorent l’escalier et certains murs des galeries. Celles d’Orozco, au rez-de-chaussée, toujours aussi engagées politiquement, sont plus intéressantes que les précédentes vues à Guadalajara. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous demandons à voir la fresque de Rivera dans l’amphithéâtre, il n’ouvre qu’à midi. J’abandonne Marie et pars sous la pluie, dans le centre, à la recherche d’une banque pour tirer des pesos puis je reviens à midi pile. Nous pouvons entrer dans une salle à gradins dont le mur du fond est couvert par la première fresque de Rivera. Etonnante par le thème choisi, la Création du Monde où, certes, l’Homme remplace Dieu, et aussi par la technique, très byzantine, dorures et auréoles autour de la tête des Muses et des Vertus, Adam et Eve et leur copain le serpent occupent le premier plan. Nous voulons voir d’autres murales de Siqueiros au Museo de la Luz mais il est en travaux et nous ne pouvons entrer. Nous prenons un taxi pour revenir à l’hôtel. Son conducteur, volontairement ou par ignorance des rues, nous fait faire un grand détour, je dois même lui indiquer où tourner, avant de nous déposer. Nous déjeunons très simplement au restaurant de l’hôtel puis nous récupérons notre sac et allons prendre un taxi. Celui-ci ne semble pas très bien connaître la destination indiquée et je ne suis pas mécontent de constater que, tout comme moi, il doit demander son chemin à des passants ! Nous voici au garage Land Rover. Sourires, amabilités, discours débités trop rapidement, nous attendons qu’on nous amène le camion. Plus question de frais indispensables, de disques de freins, de fuites d’huile… Je règle la note augmentée de frais de lavage carrosserie et moteur… Nous n’allons pas loin, au plus proche supermarché, un Soriana dont le parking est payant ! Nous refaisons les pleins de provision, notamment de charcuterie ibérique. Puis nous cherchons la sortie de Mexico. Nous abandonnons le projet d’aller à Xochimilco, il pleut et la météo est encore pire pour demain. Un aimable conducteur nous met sur le chemin, réseau de voies rapides où l’on n’a pas le droit à l’erreur ou à la moindre hésitation… Nous passons la première (?) guérite de péage sur l’autoroute de Puebla et arrêtons aussitôt à une station Pemex. Nous retrouvons nos marques dans le camion, tout en constatant que non seulement nous avons payé un lavage du camion mais qu’il nous manque des papiers qui traînaient entre les sièges et que mon tapis de sol a disparu… Je me console d’un piètre repas d’anniversaire par une vodka-tonic avec des huîtres fumées…

Jeudi 10 mars : Bonne nuit, sans trop de bruit avec le toit baissé. Il continue de pleuvoir par intermittence avec des éclaircies. Nous repartons, aussitôt nous grimpons un long col dans lequel le camion tousse au début, avant que le moteur ne soit chaud. Nous descendons sur Puebla sans jamais avoir aperçu ni même deviné les volcans. La signalisation routière étant toujours aussi mauvaise, nous devons demander notre chemin pour trouver Cholula. Nous savons que nous y sommes quand nous distinguons la masse de la pyramide enfouie sous une colline, surmontée d’une église. Nous trouvons facilement le camping au motel Las Americas, déjà occupé par quelques camping-cars. Nous repartons aussitôt à la recherche des trois églises des environs que nous tenons à revoir. Trouver la première, Tonantzitla, pourtant proche de Cholula, se révèle de la plus haute difficulté. Nous suivons des routes de campagne qui mènent toutes à des villages pourvus d’une église qui ressemble à celle recherchée mais n’est jamais la bonne et les indications recueillies sont toujours les mêmes : « Todo derecho… », « A la esquina… », « A la vuelta… » et sont bien insuffisantes. Mais nous finissons par la trouver. Une petite église avec une façade couverte de carreaux de faïence rouge au milieu desquels sont incrustées deux ou trois statues naïves de saints (?) à faciès indien. L’intérieur est époustouflant : murs, voûtes, plafonds sont couverts de figures de chérubins, d’anges, tous très colorés. Où que se pose le regard, ce ne sont que des figures grossièrement sculptées et peintes. Leur abondance, leur adaptation des grands thèmes du catholicisme laissent pantois. Pas question de prendre des photos, nous sommes surveillés de près. A la sortie les Indiens du village vendent des photos, des livrets et même un dvd que nous voulions acheter mais le système local n’est pas le même qu’en France. Je m’étonne qu’on ne puisse pas prendre de photos, on me répond qu’à Paris on ne peut pas prendre la Joconde en photo ! Nous trouvons plus facilement la seconde de nos églises, au village d’Acatepec. Sa façade est du même type avec plus de couleurs dans les faïences, ses tours sont aussi délirantes, couvertes de représentations incrustées dans les colonnes. L’intérieur, où nous pouvons prendre des photos, est aussi couvert de ces chérubins que le baroque a tant aimés dans les décors de ses églises et que l’on retrouve de la Sicile au Mexique. Mais ici la couleur a été moins utilisée, par contre les dorures sont plus importantes, feuilles et volutes dans lesquelles se cachent chérubins et personnages abondent.

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous reprenons la route de Puebla et dans sa banlieue, au village de Tlaxcalancingo absorbé par la ville, nous nous contentons d’apercevoir la façade de l’église, semblable aux précédentes, avec en plus un dôme couvert de faïences jaunes et bleues. L’église est fermée, nous déjeunons dans le camion, au chaud mais, à l’heure annoncée de son ouverture, elle reste close, aussi repartons nous et entrons dans Puebla.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous parvenons au Zócalo mais il n’y a aucune place de stationnement dans les rues et les parkings sont soit sous-souterrains, soit de hauteur très limitée, en tout cas trop pour nous. Nous devons nous éloigner du centre pour en trouver un. Nous prenons un taxi pour retourner au Zócalo. Une belle place, très espagnole, avec bien sûr la cathédrale sur un côté, pas très belle. Dommage que les pinacles et les parties colorées en beige et brun ne l’emportent pas dans la perception de cette massive et grise construction. Nous allons voir une curieuse maison, semblable à beaucoup d’autres maisons du XVIII° siècle de cette ville. Sa façade, comme les églises de ce matin, est couverte non pas d’azulejos, bleus et blancs, mais de talaveras, petits carreaux de faïence souvent couleur brique mais aussi jaunes ou verts. Les tours des fenêtres, les galeries des étages, les colonnes, sont de la crème chantilly en plâtre, même exubérance, même délire décoratif ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous contournons la cathédrale pour visiter une ancienne bibliothèque d’une congrégation religieuse. Une grande salle où les livres anciens, très anciens même, s’alignent sur trois étages dans des meubles en bois qui fleurent bon l’amour des études, la littérature et les sciences, même si la plupart sont en latin et sans doute peu divertissants… Nous aurions voulu visiter une maison ornée intérieurement de fresques mais elle est fermée et aucune indication ne précise à quelle heure elle pourrait bien ouvrir… Toutes les rues du centre offrent de superbes perspectives de maisons cossues, à deux  ou trois étages, aux façades colorées, parfois couvertes de talaveras. Nous traversons la cathédrale, des chapelles fermées par des grilles dorées et une nef immense, pour retourner sur le Zócalo. Nous passons devant l’église de la Compaña, la Compagnie des Jésuites, pourvue d’une belle façade churrigueresque rigoureusement blanche. Plus loin, la Maison Alfeñique est aussi d’une décoration extravagante, une meringue de pierre, chaque fenêtre est pourvue d’un encadrement digne d’un portail de palais de conte de fées ! Nous nous dépêchons d’arriver à l’église Santo Domingo avant 18 heures pour admirer la Chapelle du Rosaire avant l’heure de la messe. Comme dans les églises de ce matin, les têtes de bébés joufflus constituent la base de la décoration délirante de cette chapelle, l’or recouvre tous les détails décoratifs, des gargouilles vomissent des flots d’or, les sirènes sur les corniches en restent muettes ! Nous aussi…

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Je vais rechercher le camion puis nous retournons à Cholula, sans nous tromper. Nous nous installons dans ce camping plus très bien entretenu mais il y a des douches chaudes et le wifi fonctionne correctement. En voulant profiter du branchement électrique, je tombe dans un trou d’eau croupie, nauséabonde, ce qui me met de mauvaise humeur pour le reste de la soirée.

Vendredi 11 mars : Nous avons eu froid cette nuit, bien que le toit ait été baissé. Je pense même qu’il a pu neiger sur le Popocatépetl. La pluie a cessé, le ciel est parfaitement bleu et le soleil nous réchauffe. Nous commençons par nous rendre sur le Zócalo d’où nous apercevons, étonnés et ravis, les deux volcans : le Popocatépetl à la forme quasi parfaite et dont on distingue bien le cratère d’où s’échappe un filet de fumée et l’Iztaccihuatl moins haut et moins spectaculaire. Tous deux comme je l’avais envisagé ont leur sommet enneigé qui se détache sur le ciel bleu. Nous allons voir de plus près les chapelles de l’ensemble religieux qui occupe un des côtés du Zócalo. Rien de remarquable. Nous reprenons le camion et allons nous garer au pied de l’ancienne pyramide, informe, transformée en une colline au sommet de laquelle trône, victorieuse, une église. Nous montons les escaliers qui y conduisent. Du sommet, les vues sur les volcans, la ville de Cholula et ses églises, de l’autre côté celle de Puebla, et sur le troisième volcan plus éloigné, La Malinche, sont superbes et inespérées. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous retournons à Puebla, Marie a envie de voir une dernière église et de goûter à la spécialité locale, le mole poblano. Nous parvenons à nous garer à proximité de San José, massive construction mais avec une façade en talaveras enlaidie par des décors occasionnels autour du portail. A l’intérieur, les chapelles sont toutes baroques, couvertes d’or, mais ce qui nous retient ce sont les personnages, principalement le saint patron, San José, représenté sous la voûte en diverses positions, toujours très coloré. D’autres statues, amusantes et naïves, sont collées aux parois en plusieurs endroits. Si les yeux sont comblés, les narines aussi ! Dans toutes les églises, des brassées de fleurs, souvent des lys entêtants, sont disposées aux pieds des autels. Nous reprenons le camion et allons le garer dans un parking près de la maison dite Casa del Deàn que nous avions trouvée fermée hier. Nous pouvons la visiter ou du moins les deux seules pièces d’une vaste demeure qui ont échappé à la fureur des démolisseurs. Ces deux salles sont intégralement couvertes de fresques de la fin du XVI° siècle que l’on ne s’attendrait pas à trouver au Mexique. Des Sybilles à cheval, vêtues à la mode de la Renaissance, prophétisent la venue du Christ dans des décors européens. Les frises supérieures et inférieures sont composées d’animaux du Nouveau Monde. La seconde salle reprend le thème des « Triomphes » de Pétrarque. Des chars tirés par divers animaux (des licornes !), montés par Laure, par les Parques, par Cronos etc… écrasent d’autres personnages, toujours dans un décor que l’on aurait plus attendu dans un palais florentin ou dans un château du Val de Loire ! 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Pour nous remettre de cette bonne surprise, nous allons déjeuner au restaurant « El Mural de los Poblanos ». Dans un agréable patio, des serveurs très stylés nous servent, à Marie une cuisse de poulet avec le fameux mole poblano, une sauce composée de divers ingrédients dont du piment mais aussi et, plus surprenant, du chocolat qui me paraît trop l’emporter et à moi des crevettes au mezcal, bien bonnes ma foi ! Nous avons eu droit à des mises en bouche et à un digestif. Deux verres de bons vins ont fait glisser les mets et c’est contents de cette escale que nous quittons Puebla en prenant l’autopista, à péage, parfois à deux fois deux voies, parfois route ordinaire mais rapide, sans traversée d’agglomérations et donc sans topes. Le plateau sur lequel nous roulons s’abaisse tout doucement, les cactus réapparaissent, de beaux cactus-colonnes fièrement dressés en rangs serrés. Nous grimpons dans la montagne, passons un col avant de redescendre sur la vallée d’Oaxaca. Nous avançons bien mais je commence à fatiguer et nous ne trouvons pas de bivouac possible. C’est la nuit tombée que nous entrons dans la ville dans une circulation toujours aussi démente. Nous avons les coordonnées d’un Trailer Park et en les suivant avec le gps nous trouvons facilement l’endroit. Le gardien nous ouvre mais précise qu’il n’y a plus aucune installation, que nous pouvons nous garer mais que nous devrons partir à sept heures demain matin et comme il a la prétention de nous faire payer plein tarif, nous repartons. Ne sachant où aller, nous nous garons dans la rue voisine, le long du trottoir. Pas le meilleur endroit pour être au calme… Dîner tardif, écriture encore plus…

Samedi 12 mars : Nous quittons notre rue, calme dans la nuit, et cherchons le centre-ville historique. Nous savons que nous y sommes quand nous roulons sur des rues pavées entre des maisons basses, colorées. Pas question de se garer à proximité du Zócalo, les locaux stationnent en double file ! Comme nous avons l’adresse d’un parking où on peut stationner toute la nuit, nous nous y rendons. C’est une grande cour, à l’écart de la rue. Nous nous mettons d’accord sur le prix puis partons à pied. Quelques quadras pour arriver à l’église de la Soledad. Belle façade taillée comme un retable dans une pierre claire, des saints à tous les étages… A l’intérieur une multitude de retables dorés que nous ne regardons plus que d’un œil distrait. Des anges, qui semblent flotter dans l’espace, soutiennent des lustres. Derrière l’église, un musée présente un bric-à-brac bizarre, photos de prélats, robes indiennes traditionnelles et une belle collection d’ex voto etc… Nous continuons à pied, passant devant d’autres églises qui ont toutes un petit quelque chose d’intéressant mais il y en a trop ! Les maisons, sans étage, à cette distance du centre sont toutes peintes en bleu ou en rouge sombre et pourvues de grilles en fer forgé aux fenêtres. 

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous rejoignons le Zócalo, belle place carrée, très ombragée, presque trop puisqu’on n’aperçoit guère les arcades sur ses côtés. Nous allons voir à quelque distance, dans une belle demeure ancienne en pierre, le Musée du Textile. Peu de salles, petites, où sont bien présentés des tissus du monde entier mais principalement du Mexique. Nous y admirons de beaux rebozos, comme nous aimerions en trouver pour rejoindre notre collection… Nous retournons au Zócalo et déjeunons dans un restaurant sous les arcades. Mal ! Marie a commandé de la carne de bœuf grillée, une feuille de papier à cigarette, servie à peine tiède et moi du poulet en mole negro, la spécialité d’Oaxaca. Je ne vois pas la différence avec le mole poblano de la veille. Elle réside paraît-il dans le choix des piments ! Nous repartons par la calle Ayala, piétonne, bordée de belles demeures anciennes en pierre, avec un étage. Marie commence sa quête des cadeaux et visite chaque boutique rencontrée. Nous atteignons le parvis de l’église Santo Domingo où la façade de l’église immanquablement baroque est précédée de plantations d’agaves alignés comme à la parade. Le couvent qui est accolé à l’église, une très vaste construction, a été transformé en musée. Après un beau cloître entouré d’arcades sur deux étages, autour d’une fontaine majestueuse, un bel escalier, aux murs encore décorés de fresques, conduit aux cellules devenues salles d’exposition. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Toute l’histoire du Mexique y est évoquée, des temps pré-hispaniques avec une collection de vaisselle, d’urnes funéraires, de poteries. Une salle est consacrée au trésor trouvé dans une tombe de Monte Alban, colliers, boucles d’oreilles, masque funéraire du défunt, pectoraux en or, en turquoises etc… Puis c’est l’évocation des temps de la conquête, de l’assimilation des Indiens, des temps modernes, il y a alors plus à lire qu’à voir… Nous en sortons épuisés une fois de plus. Nous voulons aller prendre un pot dans un café, le seul qui soit à proximité ne sert que des cafés ou des jus de fruit naturels. Marie commande une limonade et se voit servir un verre de citrons verts passés, pulpe et écorce comprises, au mixer, sans sucre. Elle prétend qu’il s’agit de concombre ! Nous visitons ensuite l’église. Une de plus à ajouter à la liste de celles qui vous laissent sans voix dès l’entrée. Un arbre généalogique à la voûte du porche intérieur a été l’occasion pour les artistes de se livrer à une débauche de stucs colorés et dorés. Mais les voûtes, les plafonds et quelques murs ne sont pas en reste. Des scènes peintes de la vie du Christ sont entourées de nervures et d’entrelacs dorés, des anges aux ailes déployées sont accolés aux parois autour du chœur. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

La chapelle adjacente, dite, elle aussi, du Rosaire, offre également un amoncellement de figures de saints et de Pères de l’Eglise enfouis sous les stucs et les fioritures. Alors que nous allons en repartir, arrivent belles dames et beaux messieurs du plus beau « Monde » pour un mariage. Manifestement des chaussures à talon sont portées pour la première fois et des couturières ont si bien ajusté des robes que des dames peinent à respirer. Les invités prennent place, chemises à jabot pour les hommes et robes décolletées pour les dames, chair fraîche et moins fraîche… La parenté se met en cortège, accueilli par le curé puis s’achemine au lieu du supplice. La mariée, bonne dernière semble enjouée ! Nous sortons du temple et attirés par de la musique, nous approchons d’une scène sur laquelle une troupe folklorique en costumes traditionnels, robes à volants et maquillages outranciers pour les dames, sombrero, pantalon et veste ajustés pour les hommes, danse, accompagnée par un bon orchestre de mariachis

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous restons une bonne demi-heure à les voir et à les écouter, surtout l’excellente chanteuse qui a les accents douloureux comme je les aime chez les chanteuses sud-américaines. La nuit est tombée quand nous descendons en direction du Zócalo, passant par les dernières boutiques, visitant le superbe Hôtel Qinta Real logé dans un ancien couvent avec patio, fresques sur les murs et portrait de l’empereur Napoléon sur un mur ! Arrivés au Zócalo, dans l’espoir d’entendre des musiciens, nous allons prendre une margarita et un cocktail à base d’ananas, citron et mezcal, pas fameux (je n’aime guère le goût fumé du mezcal). En guise de musiciens, il n’y a qu’un mauvais guitariste qui chante faux et un joueur de marimbas, déjà entendu ce midi. Les mariachis ne sont plus chez eux dans cette contrée, nous sommes entrés dans les régions tropicales, la musique est différente, plus proche de celle de la Colombie ou des Iles. Nous rentrons au parking en taxi et dînons rapidement.

Dimanche13 mars : Un coq, fonctionnaire soucieux de sa réputation dans le quartier, a bien tenté d’accomplir son devoir au petit matin mais vite, pris de remords, il a renoncé et a attendu une heure plus décente pour claironner la venue d’une nouvelle journée ensoleillée. Le camion étant à l’ombre la veille, les batteries auxiliaires sont presque à plat, je dois faire tourner le moteur pour relancer le réfrigérateur et avoir de l’eau chaude. Marie perd sa lentille de contact et ne s’en aperçoit que bien après, pas question de la retrouver ! Nous sortons facilement de Oaxaca en ce dimanche matin et entamons une rude montée dans la montagne qui domine la ville. A son sommet, nous arrivons au site de Monte Alban, importante cité zapotèque du quatrième au neuvième siècle. Une immense place rectangulaire, entourée de pyramides, occupe le plateau supérieur du site. Nous en faisons le tour, en commençant par le jeu de pelote bien restauré, (trop ? comme l’ensemble du site…), puis nous longeons un ensemble de pyramides tronquées, précédées d’un large escalier. Les temples qui se dressaient à leur sommet ont tous disparus. A l’extrémité sud une plus haute pyramide permet d’avoir une vue d’ensemble du site.

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Marie ne tente pas d’y monter, j’en fais l’ascension seul… Plus loin, des stèles (ce sont des copies) montrent des personnages grotesques, d’origine olmèque, peut-être des chefs vaincus et émasculés ! Au centre du terrain trois bâtiments se dressent, le premier, désaxé par rapport aux autres, aurait été un observatoire astronomique, des stèles incorporées dans sa façade montrent des personnages la tête en bas, il s’agirait aussi de chefs vaincus. Nous montons au premier niveau de l’ensemble de pyramides au nord de la place pour y découvrir un autre ensemble de constructions sur plusieurs niveaux. Nous visitons le petit musée à la sortie, les originaux des stèles y sont bien présentés mais nous aurions aimé quelques dessins complémentaires pour identifier les motifs. Nous reprenons le camion pour aller déjeuner à l’ombre sur un autre parking. Nous redescendons à Oaxaca par une route plus directe et meilleure et trouvons facilement la route de Mitla. Au bout de quelques dizaines de kilomètres nous entrons dans le gros bourg de Tlacolula dont c’est le jour de marché. Nous nous garons à proximité de la rue occupée par les étals des marchands. Au début, nous n’y trouvons pas grand intérêt, fruits, légumes, pacotille, quincaillerie, vêtements bon marché, mais aussi tout le nécessaire pour le vaquero, chapeaux, ceinturons, harnachement et selles. Nous parvenons au Zócalo où la concentration d’Indiennes en costumes traditionnels, jupe et tablier brodés de motifs floraux aux couleurs vives, longues nattes tressées avec des cordons de coton et pour quelques-unes un turban enroulé sur la tête. Elles vendent des oignons, des herbes, des fleurs ou des souvenirs aux quelques touristes de passage. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Marie explore ensuite toutes les boutiques de corsages et robes brodées, à la recherche de l’oiseau rare qui lui plairait. Nous repartons, parvenons à Mitla, trop tard pour visiter mais un grand parking à l’entrée du site nous tend ses emplacements et nous nous y installons. Enfin un soir où nous arrêtons assez tôt pour que je n’ai pas à écrire et corriger les photos jusqu’à plus d’heure ! Une margarita « maison », de moins en moins appréciée, est l’occasion, faute de cacahuètes, de grignoter les vers frits que nous avions achetés à Cholula… 

Lundi 14 mars : Si les chiens ne s’étaient pas déchaînés dans un concours de hurlements lugubres au matin, la nuit aurait été calme. Nous sommes les premiers et seuls visiteurs du site à neuf heures et demie. Derrière l’église paroissiale, construite sur les ruines saccagées au XVI° siècle, et protégée par une haie de cactus-colonnes, s’étendent les restes d’une cité zapotèque ou mixtèque, les archéologues ne sont pas tous d’accord ! Pas de pyramides mais des palais de plan carré, sur une base surélevée, pourvus d’une ouverture face à un large escalier avec, autour d’un patio, des chambres sans ouverture autre que l’entrée. La grande originalité du lieu est, à l’extérieur comme à l’intérieur, sur les murs le décor de grecques obtenues avec des briques ajustées, formant des panneaux tous différents. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous commençons à transpirer quand nous sortons du site. Passage au marché artisanal qui traîne à ouvrir mais les touristes tardent eux aussi. Nous reprenons la route d’Oaxaca que nous quittons à mi-chemin pour aller voir, à Tlacochahuaya, l’église, encore une ! Mais une différente… Le décor peint intérieur, murs, voûte, dômes, est entièrement floral. De gros bouquets de couleurs vives égaient les parois, ou sortent en abondance d’énormes vases peints. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Quelques personnages, évangélistes, archanges etc, entourés de chérubins ont dû être ajoutés par les artistes indiens, pour rappeler qu’il s’agit d’une église et non d’un catalogue de fleuriste. Nous pouvons monter au balcon d’où nous avons une autre perspective sur les plafonds et aussi y trouver un superbe orgue à décor peint, y compris les tuyaux. Nous repartons, faisons quelques emplettes de ravitaillement dans un supermarché mal achalandé, avant de trouver un « Soriana » à la sortie de la ville. Nous mettons cap au sud. La route n’est pas une autopista, elle traverse toutes les agglomérations qui n’ont pas manqué de pourvoir leurs rues de topes en grand nombre. La route s’engage ensuite dans un long parcours en montagne, pas cent mètres de ligne droite sur 130 kms ! La vue sur la contrée est belle mais je ne l’apprécie guère, les yeux rivés sur le prochain virage. Nous franchissons plusieurs chaînes de montagne avant de découvrir la côte occidentale et le Pacifique qui nous attend. La végétation est alors totalement différente, les bananiers, les manguiers, les papayers remplacent les cactus, les lianes dégringolent en cascades sur les flancs de la montagne. La descente est encore longue et c’est à la nuit tombée que nous traversons une importante agglomération, Pochutla, avant d’arriver à Puerto Angel. Nous cherchons la plage. Nous trouvons, au fond d’une impasse en pente, une place pour nous garer pour la nuit. Nous dominons une plage de sable sous les cocotiers et c’est, bercés par les vagues de l’océan, que nous dînons, déshabillés car les moiteurs des tropiques ne sont pas un vain mot…

 

Mardi 15 mars : La bouteille de gaz est déjà vide, heureusement la bouteille française avait encore un fond qui sauve le petit déjeuner (sans confiture, le pot s’est cassé dans les cahots sur les topes hier…). Nous découvrons notre plage en dessous de nous protégée par  de gros rochers en mer, un sable blond, des gargotes les pieds dans l’eau, des cocotiers et des pêcheurs qui dépècent les espadons pêchés dans la nuit. Nous retournons à Pochutla refaire un plein de gasoil puis chercher du gaz mais le distributeur n’a pas le nécessaire pour remplir notre bouteille. Nous suivons la côte mais de loin, sans voir l’océan, dans une brousse sèche, bien différente de la végétation luxuriante que nous avions trouvée hier dans la descente sur la mer. Nous bifurquons, au hasard, sur une route qui aboutit à une minuscule plage entre des rochers.

 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Deux gargotes au bord de l’eau se disputent de rares clients. Marie, qui ne veut pas se baigner s’installe à une table de l’une d’elles tandis que je vais marcher le long des rochers, jusqu’à une très belle plage. Je me fais rouler par les puissantes vagues qui se brisent sur les rochers en éclaboussures de feu d’artifice. Nous déjeunons, excellent ceviche de crevettes et du poulpe sauce diablo, elle aussi est un feu d’artifice… Nous reprenons la route jusqu’à Huatulco à la recherche d’un remplissage de la bouteille de gaz. Le problème est qu’il y a plusieurs Huatulco, Santa Maria de …, Santa Cruz de … Le premier n’est pas le bon mais nous avons fait un détour de dix kilomètres pour nous y rendre. Le second est le bon, nous pouvons remplir la bouteille qui, aux dires de l’employé, n’était qu’à moitié vide ! Nous longeons les nouveaux hôtels de la station balnéaire qui nous cachent l’océan puis nous continuons en direction de Tehuantepec avec de rares aperçus sur les plages. Nous empruntons une bonne piste pour atteindre la plage de Cangrejo. Le bord de mer est occupé par quelques « établissements de planches avec deux tables et trois chaises en plastique. Moyennant cent pesos nous pouvons camper sur un beau gazon mais en retrait de la plage et bénéficier de toilettes et de douches sommaires. Nous allons prendre un pot dans l’un des « établissements de luxe » qui se disputent notre clientèle en contemplant la mer à son plus haut. A sept heures, toutes les gargotes ont fermé, pas question de siroter une margarita et de déguster un poisson grillé… Nous nous contenterons donc d’une omelette, au lard tout de même…

Mercredi 16 mars : Dès que le soleil passe au-dessus des cocotiers, nous transpirons. 32°c dans le camion à neuf heures. Nous repartons, récupérons la grande route qui bientôt devient autopista avec de grandes lignes droites qui traversent un champ de plusieurs centaines d’éoliennes mais un bon nombre sont à l’arrêt. La moyenne est bonne, nous roulons en climatisé et nous pouvons espérer être tôt à San Cristobal Las Casas. Nous sommes à Tuxtla Gutierrez rapidement. Marie a envie de voir le cañon du Sumidero, non pas en bateau comme la précédente fois mais depuis des miradors. Les trouver relève encore de l’exploit, nouvelle épreuve d’orientation dans une ville mexicaine ! Des panneaux routiers indiquent bien ces miradores une fois, deux fois, puis plus rien ! Nous devons demander notre chemin, faire demi-tour, naviguer à l’estime avant de trouver l’entrée du Parc où ils se trouvent. La route grimpe dans la montagne, nous dominons la ville sans aucun attrait, puis nous atteignons le premier d’une série de miradors d’où nous avons une vue plongeante sur le cañon, très profondément creusé entre deux parois presque verticales couvertes d’une brousse desséchée, terne. La vue est spectaculaire mais grise, sans couleur et le soleil n’éclaire plus qu’un versant et bien rarement le large lit de la rivière. 

TRANSAMERICA (2.3.- Mexico, Oaxaca)

Nous nous arrêtons consciencieusement aux cinq miradors puis redescendons dans la ville que nous traversons rapidement avant de prendre l’autopista pour San Cristobal. Nous nous élevons rapidement mais la route, à péage donc, n’est qu’à deux voies, les camions se traînent dans l’interminable côte et les dépasser, même quand ils se serrent sur les accotements, n’est pas toujours facile. Nous sommes peu avant la tombée de la nuit à San Cristobal. Nous avons l’adresse d’un « camping » et son point gps. Nous nous dirigeons dans sa direction et après quelques hésitations nous trouvons, à l’écart de la ville semble-t-il, un terrain au calme. Nous nous posons. Je ne suis pas mécontent d’être arrivé là, aux portes du Guatemala… Nous arrosons cette arrivée avec une tournée de vodka-tonic ou de vodka-orange… Sans doute au grand désespoir de Vettou…

 

Repost 0
15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 06:28

Vendredi 12 février : Nos voisins ont été remarquablement discrets. Dès la nuit tombée, ils se sont réfugiés dans leurs appartements sur roues et plus un bruit ne s’en est échappé. Au matin, de même, silence. A peine quittons-nous le camping que nous sommes au poste frontière. Les formalités d’immigration se font plutôt rapidement mais le douanier (?) au contrôle de l’entrée m’affirme que je n’ai pas besoin de document pour le camion. Ce qui m’étonnerait fort. Méfiant, je me renseigne, nous pouvons effectivement circuler en Basse-Californie et dans l’état de Sonora sans document mais il nous faut bien une importation temporaire pour le reste du Mexique. Personne ne peut nous délivrer ce maudit papier à ce poste, nous devons nous rendre à San Luis Rio Colorado pour l’obtenir. La route suit de très près la frontière et bientôt nous trouvons ce mur de la honte érigé pour contrôler l’immigration sauvage. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les Etats-Unis sont une autre planète, les maisons sont rarement coquettes, les indications routières rares et vagues mais il ne faut pas se faire une opinion d’après les villes frontières. Nous continuons de traverser le désert mais bientôt les cactus disparaissent, remplacés par des broussailles et des arbustes sans feuilles. La police est très présente, contrôles de vitesse avec radars, vérifications des destinations mais les plus impressionnants sont les militaires, soldats armés et casqués, qui, à leurs check points  ne plaisantent pas, fouillent les véhicules et posent des questions. Au sud apparaît un lointain cordon de dunes et le sable s’étend de part et d’autre de la route, piqué de quelques touffes d’herbes et même de surprenantes fleurs jaunes ou mauves. A San Luis Rio Colorado, je me rends à la douane qui ne veut pas de moi et nous renvoie au poste frontière. Nous traversons toute la ville sans trouver d’indication de la frontière, nous revenons sur nos pas, demandons et trouvons le poste d’immigration. Je parviens à me garer à proximité et me rends au bureau de la Banque militaire qui gère ces problèmes. Je suis au bon endroit ! Je dois fournir permis de conduire, carte grise, passeport avec photocopies puis ramener le camion le temps que les numéros soient vérifiés, repartir avec, revenir sans et enfin on me délivre un document valable six mois et pour lequel, en plus du montant, je dois régler une caution de 400 dollars ! Démarche nouvelle dont personne n’avait parlé jusqu’à présent… Je trouve une banque pour retirer des pesos puis nous refaisons un plein de gasoil, plus cher qu’aux Etats-Unis mais encore honnête. Nous prenons la route du golfe Santa Clara, à péage, en plein désert, mais il apparaît vite que ce n’est pas celle que nous avions envisagée sur la carte. Nous demandons notre chemin, retrouvons une zone peuplée au milieu des cultures irriguées. Nous traversons le Colorado qui n’est plus qu’un ruisseau sans force, continuons en traversant de nombreuses agglomérations dont la spécialité semble être les casses automobiles. Les topes, gendarmes couchés, dont nous avions conservé le souvenir sont toujours là pour rappeler aux conducteurs qu’ils doivent rouler au pas en ville. Ils se rattrapent en ne s’arrêtant pas vraiment aux stops. Enfin, nous rejoignons la grande route de Mexicali à San Felipe mais il commence à se faire tard, nous avons retardé nos montres d’une heure au Mexique. Nous roulons vite, au-delà des limitations de vitesse indiquées mais cela ne contrarie pas les voitures de police qui nous dépassent… A l’est s’étend, à perte de vue, une lagune sans eau, étendue de sable vierge et à l’ouest une chaîne de montagnes déchiquetées. Pas question de quitter la route pour chercher un emplacement de bivouac, nous sommes prisonniers entre deux rangées de barbelés. Au carrefour d’El Chinero, nous demandons à une gargote la permission de nous garer sur le terrain vague qui s’étend en arrière. Le générateur du restaurant, désert, ne démarre qu’ensuite…

Samedi 13 février : Nous n’avons pas eu besoin de baisser le toit cette nuit, ce qui nous a permis de suivre le passage des camions dans la  nuit… A six heures et demie, heure locale, un sms de Christian et Annie nous invite à nous lever… Nous repartons, hésitons sur la route à suivre pour descendre rapidement dans le sud. Les militaires du poste de contrôle au carrefour nous assurent que la route continue vers le sud et est asphaltée. Nous roulons toujours entre lagune et montagne avant de rejoindre le bord de mer et d’atteindre San Felipe. Les panneaux publicitaires, en anglais, proposent des villas, des appartements dans des condominiums. Toutes les réclames pour des restaurants, des activités touristiques, sont également en anglais. A voir cette côte, on ne sait si elle est en cours de développement ou en pleine déliquescence… San Felipe est une bourgade importante qui bénéficie du développement touristique de la côte sur le golfe. Plein de gasoil puis nous allons explorer le supermarché local. Rien de comparable avec ceux des Etats-Unis mais nous trouvons toute de même de quoi satisfaire nos papilles pour les jours à venir. Les vins mexicains, production locale donc, sont encore plus chers que ceux de leurs voisins du Nord. Autre particularité locale : on ne peut acheter des alcools, bière, vin, qu’à partir de dix heures du matin ! Il n’est que neuf heures et demie, nous devons patienter une demi-heure, en écoutant la musique norteña, chanson d’amour malheureux accompagnée à l’accordéon que diffuse à plein volume les hauts parleurs d’un marchand de brochettes installé devant le supermarché. J’ai les pieds qui remuent tout seuls en l’entendant… Nous allons voir le Malecon, le boulevard du bord de mer, où abondent les restaurants qui proposent ceviche, mariscos etc… et bien sûr margaritas ! J’en ai l’eau à la bouche mais il est tout de même un peu trop tôt. Nous continuons de rouler en longeant les eaux bleues et immobiles du golfe. Les accès à la mer sont tous privatisés et les plages ne sont qu’une succession de villas et de villages de vacances. Après Puertocitos, la route est plus étroite, son revêtement est souvent ancien. Quelques masures accolées à des camping-cars qui ne rouleront plus jamais constituent les villages côtiers. Le sable cède la place à des galets, donc plus de villas. Nous pouvons nous garer sur le bord de mer, face à un îlot blanc couvert de guano

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Encore quelques kilomètres d’une bonne route, toujours entre mer et montagne, avant de pénétrer dans la sierra et de devenir, pour cause de construction de la route, une piste, parfois bonne, parfois moins bonne. Nous avons retrouvé au milieu d’éboulement rocheux les cactus. Ceux que nous connaissions déjà et d’autres vite baptisés : le cactus-goupillon, une touffe de piquants à l’extrémité d’une branche dénudée, et le cactus poilu, une longue tige vacillante à son extrémité pourvue de « poils » sur toute sa longueur. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Pas sûr que ce soit les termes de monsieur Buffon… 35 kilomètres plus tard, nous avons rejoint la Transpeninsular, étonnamment étroite, sans bas-côtés, pour une route qui traverse toute la Basse-Californie. Quand nous rejoignons le versant de la côte Pacifique, les grands cactus disparaissent, ne restent que ceux qui ne piquent pas plus haut que leur fût. Le soleil commence à décliner, un dernier effort et nous parvenons à Guerrero Negro où nous reprenons l’heure des Etats-Unis. J’avais compris que nous pouvions nous installer pour la nuit au parking du Bureau d’Information touristique de la ville mais ce n’est pas ici, mais plus loin, à Ojo del Liebre. Je ne suis pas ravi de devoir encore rouler et, de plus, je traverse toute la ville inutilement pour revenir sur mes pas, prendre la route du sud et enfin suivre une bonne piste qui traverse la lagune. Plus longue que prévue, elle traverse les salines que nous verrons mieux au retour car je vais aussi vite que possible dans cette pénombre qui tombe. Nous aboutissons au Centro de Visitantes de la lagune à la nuit tombée. Le bar-restaurant est en activité, nous y commandons une excellente margarita, bue à la santé d’Annie avant de commander des crevettes panées et un cocktail de crevettes et poisson, très quelconques tous les deux mais bien qu’il fasse frais, nous sommes contents d’être là…

Dimanche 14 février : Dès sept heures et demie arrivent les touristes en quête de baleines. Nous prenons notre temps. Je vais me renseigner, la prochaine fournée est prévue à dix heures, mas o menos a la bonté de nous prévenir le responsable. Ce sera mas puisqu’après une longue attente passée à observer aux jumelles les évents des cétacés, nous embarquons à presque onze heures sur une baleinière ( ça ne s’invente pas…), une dizaine de touristes mexicains et nous. Nous filons vers le large à toute allure en compagnie de deux autres barques. Très vite nous observons des baleines dont les échines s’arrondissent au sortir de l’eau puis nous approchons l’une d’elle et son baleineau qui, peu farouches, viennent se frotter à nos embarcations, passant et repassant dessous, nous aspergeant en soufflant pour respirer,  montrant leurs rostres et semblant ne pas s’en lasser

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Certains sont ravis de pouvoir en toucher la rude peau couverte de coquillages. Nous nous éloignons, allons voir d’autres baleines, revenons approcher notre petite famille et ce, pendant plus d’une heure. Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous n’avons pas vu de baleines ! Nous débarquons et nous nous offrons en guise d’apéritif une bière gratuite, payée avec le billet de parking et nos dernières rondelles de saucisson. Nous nous éloignons le long du rivage envahi par des Mexicains venus pique-niquer en ce dimanche, pour rapidement déjeuner là où nous aurions dû nous garer hier soir si nous y avions vu plus clair. Nous reprenons la route, d’abord la piste, excellente, puis toujours la transpeninsulare pour retourner à Guerrero Negro refaire un plein de gasoil. Nous repartons en continuant la descente de la Basse-Californie dans un non-paysage, rien à droite, rien à gauche, un désert de sable et de gravier piqueté de quelques touffes d’herbe dont une vache bien-née ne voudrait pas. En avançant dans la traversée de la péninsule, les cactus réapparaissent et les montagnes aussi. Nous hésitons à nous rendre dans la sierra de San Francisco pour y voir des peintures rupestres sans savoir s’il y a à marcher pour les atteindre. Encore un contrôle militaire, à la fois sérieux et superficiel avant d’arriver à San Ignacio, jolie petite oasis avec palmiers et rivière abondante. La charmante église de sa mission recevra notre visite demain. Nous allons nous installer au camping d’un hôtel avec wifi. Nous recevons nos messages, répondons à certains et commandons des margaritas : sous un double prétexte : c’est dimanche et c’est la Saint-Valentin…Nous dînons trop copieusement de tacos, ceviche et camarones avant de corriger le texte du blog.

Lundi 15 février : Placé entre deux rues, l’emplacement n’était pas très calme. Nous retraversons la palmeraie pour nous garer sur la calme place devant l’église de l’ancienne mission. Construite en pierres volcaniques grises qui font contraste avec les murs chaulés, elle a beaucoup d’allure, aussi bien son extérieur avec ses saints sculptés dans des niches qu’intérieurement, bien que dépouillée. Les retables ont des peintures peu intéressantes qui mériteraient néanmoins un bon décrassage. Le musée est fermé ainsi que le Service d’Anthropologie, où nous comptions nous renseigner sur l’accès aux peintures rupestres. Nous abandonnons donc l’idée et repartons sur la route. Paysage monotone, plus ou moins peuplé de cactus. L’arrivée à Santa Rosalia, au bord du golfe, est consternante ! Une chaussée ruinée, une mine à ciel ouvert puis des installations industrielles rouillées. Par acquit de conscience, nous allons nous garer devant l’église construite par Eiffel. Sa voûte en carène de navire est supportée, non par des poutres en bois, mais par des constructions métalliques assemblées par rivetage, sa seule originalité… Nous nous promenons dans les rues alentour, les maisons en bois, sans étage, sont colorées. Elles nous évoquent Tamatave et d’autres villes au passé colonial mais elles sont défigurées par les panneaux publicitaires et les voitures stationnées devant. Nous montons sur la colline et y trouvons de beaux bâtiments, disons « tropicaux », rarement en bon état, à plusieurs étages, avec des vérandas qui en font le tour à tous les étages. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une ville qui pourrait avoir beaucoup de charme, débarrassée des voitures dans le centre. Nous continuons de rouler jusqu’à Mulegé, une autre oasis. Les palmiers, comme en Afrique, s’alignent sur le cours de la rivière. Nous traversons les ruelles étroites du centre-ville et atteignons le bord de mer, au pied d’un phare. Nous déjeunons entre la mer et un bras mort de la rivière. Nous y apercevons de nombreux oiseaux et quelques pélicans gris. Une route conduit à l’église de la mission, plus simple que celle de San Ignacio, sans décor. D’une terrasse proche, nous avons une vue superbe sur toute la palmeraie et les eaux vertes des bassins de retenue. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous continuons d’avancer en direction de Loreto. La route en corniche, passe dans des baies dont l’horizon est fermé par des îles et des îlots posés sur une mer de carte postale. Les plages sont colonisées par des camping-cars américains !

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Seules les portions sans sable sont inoccupées… Loreto se présente comme une ville étrange, en dehors de la route principale. Sans la moindre indication de direction, nous cherchons le bord de mer, le Malecon, occupé par des hôtels et des restaurants, peu d’agitation dans les rues. Nous cherchons un camping avec la possibilité de laver du linge. Celui dont nous avions le nom se révèle un véritable camp de concentration et cher. On nous en indique un autre, à l’autre bout de la ville, encore plus cher et aussi peu agréable. Nous revenons au premier, résignés, pour une nuit, à ce sacrifice pour pouvoir laver le linge. Nous devons le porter à une lavanderia qui ne pourra s’en occuper que demain matin et ne nous le rendrait pas avant onze heures. Marie, peu satisfaite de ne pas s’en occuper elle-même, préfère le reprendre. Mais, dans ce cas, il est inutile de rester au camping, aussi repartons-nous pour aller nous garer sur une place déserte en retrait d’une rue.

Mardi 16 février : Personne n’a eu la mauvaise idée de venir nous importuner dans la nuit. Dès que le jour se lève, nous allons nous garer à l’extrémité du Malecon, au bord de la plage, pour profiter du soleil levant. Quand nous sommes prêts, nous allons dans le centre-ville, sur la place de la Municipalité. Le bureau d’information touristique est ouvert mais pas bien riche, juste quelques dépliants sur Loreto et la Paz. Nous commençons à apprivoiser cette ville qui, de prime abord, ne nous avait pas paru très sympathique, mais cette place avec ses cocotiers et ses cafés où la margarita doit être agréable à déguster en fin de journée, nous fait regretter de ne pas les avoir découverts hier soir. Mais hier, l’humeur n’y était pas… Nous allons jeter un œil à l’église de la Mission Nuestra Señora de Loreto, une des premières implantées par ces Jésuites que leur foi avait amenés jusqu’ici. Encore une de ces églises de pierres grises, peu décorée. Nous reprenons le camion pour nous enfoncer dans la montagne sur une route étroite et tortueuse, laissant derrière nous des vues sur la côte, avant d’atteindre une vallée cultivée autour de la Mission de San Xavier. Le village s’alanguit aux pieds de l’église, plus travaillée que celle de Loreto, la façade est ouvragée mais, dans l’ombre, l’intérieur est sans grand décor mais tout de même posséde des retables en bois doré, fabriqués à Mexico puis transportés par bateau puis par convoi de mules. Derrière s’étendent des jardins, des bassins, un vieil olivier et quelques palmiers-dattiers pour l’exotisme.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous retournons à Loreto et prenons la route de La Paz. Jusqu’à Puerto Escendido nous jouirons de belles vues sur la mer quasi grecque et les îlots plantés dessus 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

puis nous nous lançons dans la traversée, une fois de plus, de la péninsule. Longues lignes droites dans un paysage traversé sans plaisir. Nous retrouvons la mer peu avant La Paz, la grande ville qui s’annonce bien avant qu’on y soit. Nous nous dirigeons tout droit, grâce au point gps trouvé sur le blog d’un de nos prédécesseurs sur ces routes, vers une laverie automatique. Nous pouvons enfin procéder au décrassage de notre linge. Pendant ce temps nous allons chercher d’autres informations au bureau touristique mais là non plus, ils ne sont pas bien riches. Retour à la laverie, récupération de nos effets puis, alors que la nuit est tombée, nous allons nous installer au bout d’une rue sans issue, au bord de la mer, au calme, pensions-nous… Mais le lieu est fréquenté et des voitures passent trop souvent, s’arrêtent, repartent… 

Mercredi 16 février : A trois heures et demie du matin, un de ces gros 4x4 avec moteur surpuissant, vient se garer juste derrière nous, musique au volume maximum. Les passagers aux voix avinées en sortent, parlent fort, crient et se décident à repartir dix minutes plus tard mais le mal est fait, nous sommes bien réveillés et en colère. Rendormis, c’est à sept heures qu’une autre voiture vient nous faire profiter de la musique (le pire est que j’y prends plaisir, à ces airs, je les fredonnerais presque !). Marie est au bord de l’apoplexie… Quand nous sommes prêts, nous nous rendons aux bureaux de la compagnie de navigation pour prendre les places sur le ferry à destination de Los Mochis. Le prix réglé est bien inférieur à celui que je m’attendais à payer, peut-être à cause de la catégorie du camion, nous verrons à l’embarquement… Nous traversons la ville en marquant timidement un stop à chaque carrefour, encore une cause d’énervement… Nous nous rendons dans un Soriana, un supermarché local. Nettement moins bien achalandé qu’aux Etats-Unis pour les viandes, peu de choix dans les jambons, saucisses, pas de pastrami. Les viandes sont coupées en tranches minces et limitées au bœuf, porc, poulet, dinde. Nous quittons La Paz en direction de l’extrémité sud de la péninsule. Toujours ce paysage terne, une brousse sans végétation remarquable sur des montagnes arides. Nous atteignons Los Barriles où nous allons rouler sur la plage avant de reprendre la route qui suit de loin la côte. Nous la retrouvons à La Ribera où nous la longeons sur une piste sablonneuse, à la recherche d’un bivouac en bord de mer. Cabo Pulmo semble convenir, quelques camping-cars sont installés sur un terrain vague et dans le village proche un restaurant pourrait nous accueillir ce soir. Nous poursuivons jusqu’à Los Frailes où les camping-caristes sauvages sont plus nombreux et où il n’y a aucun restaurant. Nous retournons à Cabo Pulmo et trouvons un bon emplacement dans les buissons mais nous découvrons que la plage est de galets ! Nous sortons pour la première fois les fauteuils et passons la fin d’après-midi à regarder la mer en nous laissant chauffer par le soleil. Nous voulons nous offrir une margarita au restaurant du village, en bord de mer, mais quand nous y arrivons, avant dix-neuf heures, il ferme ! Nous revenons nous installer sur la plage et dînons en testant, pour la première fois, une bouteille de vin rouge mexicain. Fortement alcoolisé et sirupeux, il termine dans l’évier… 

Jeudi 17 février : Pas un bruit, pas de musique, juste le bruit des vagues qui roulent les galets. Nous repartons sur la piste, parfois très roulante et alors je m’envole, ou plus rude avec une tôle ondulée difficile. Nous trouvons des plages désertes où nous aurions pu aussi nous installer, avant de rouler en corniche sur les collines qui viennent mourir dans la mer. 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les vues sur les plages désertes donneraient presqu’envie d’y passer plus de temps mais vite les lieux possibles de bivouac sauvage laissent place à des propriétés privées et les interdictions d’entrer se succèdent tout du long du rivage. Des villas, des terrains, sont à vendre. Les résidences sont de plus en plus modernes et sophistiquées en approchent de San José del Cabo. Nous récupérons le goudron et parvenons à la grande ville. Avenues à double voies fleuries, nous entrons dans un autre monde, une mini Côte d’Azur pour touristes nord-américains. Nous trouvons l’ancien centre-ville, à l’écart du bord de mer, aux maisons basses autour de la place centrale et de l’église. Nous avons besoin de tirer des pesos avec nos cartes de crédit. Une banque moderne, BBVA est juste en face du camion. Ma carte introduite, l’écran me demande d’attendre, cinq puis dix minutes plus tard, j’attends toujours… Je demande à une hôtesse puis à une seconde d’intervenir. Un responsable (un homme !) se déplace puis après  production du passeport, décharge d’un document, nous récupérons la carte. Je répète l’opération en présence de notre responsable, bis repetita, la carte est avalée… Une fois récupérée, trois quarts d’heure plus tard, nous allons visiter l’église sans intérêt, puis traversons la place occupée par les boutiques de souvenirs. Je me rends à la BanMex où en moins d’une minute je peux retirer à moindre frais, 10000 pesos ! Nous repartons, passons le long du bord de mer caché par d’horribles hôtels prétentieux. Les indications de direction sont si parfaites que je manque me retrouver en sens inverse d’une double voie rapide ! Demi-tour sur la bretelle d ‘accès… Autoroute fleurie jusqu’à Cabo San Lucas, la pointe de la péninsule, complètement consacré au tourisme. Des bateaux de croisière ont déchargé leurs hordes et les barques de promenade les acheminent vers les îlots qui marquent l’extrême pointe et l’arche marine que nous avions vue avec Julie. Nous allons nous garer à la plage de la pointe, nous y déjeunons dans le camion puis repartons, récupérons l’excellente deux fois deux voies qui ramène à La Paz. Nous repassons le Tropique du Cancer, sans nous en apercevoir, aucun panneau ne le signale, pas plus que ce matin quand nous l’avions déjà franchi. Nous arrêtons à Todos Santos, une ancienne cité, proche de la mer mais séparée d’elle par une petite lagune et une grande palmeraie. Nous trouvons un modeste camping tenu par une Américaine. Nous y restons une heure avant d’aller à la recherche d’un endroit où siroter une margarita quand le ciel calmera ses ardeurs. Le restaurant sur lequel nous comptions est fermé le jeudi, nous revenons vers la ville en traversant la palmeraie. Nous allons nous garer dans le centre-ville. Nous visitons le Centre Culturel, une ancienne construction avec, dans le hall, des fresques de 1933 dans l’esprit révolutionnaire, pleine d’un idéal qui paraît bien désuet aujourd’hui. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des salles servent de musée, un de plus à inscrire au panthéon des musées les plus minables de la planète… Nous nous promenons ensuite dans les rues tracées au cordeau de l’ancienne cité, maisons basses, souvent en briques, peu de touristes et activité très réduite surtout après Cabo San Lucas ! Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, beaucoup sont très sympathiques… La visite à l’église est vite terminée, rien à voir si ce n’est, à cinq heures, quelques pieux fidèles, pas que des femmes âgées, en pâmoison devant l’autel… Nous hésitons sur la suite des réjouissances et finissons par nous décider à aller prendre la margarita promise dans un restaurant, Los Adobes, dans un beau jardin de cactus. Nous bénéficions du wifi mais nous n’avons que peu de messages. Une seconde margarita, bien corsée, à l’initiative de Marie nous fait attendre le moment de dîner. La clientèle presqu’exclusivement américaine incite les restaurants à servir tôt et à fermer à vingt et une heures ! Un ceviche, poisson déjà cuit et avec trop de tomates, un filet de poisson au coriandre et des crevettes à la mangue, avec des bières, nous permettent de fêter ce premier mois de voyage avant de rentrer nous coucher. Je finis la journée en fumant le cigare offert par Bruce à Santa Fé. Peu après, du rock en provenance d’une maison trop proche nous oblige à baisser le toit.

Vendredi 19 février : Nous quittons le camping, traversons Todos Santos pas encore bien réveillé et retrouvons la transpeninsulare, une bonne route à deux fois deux voies dans cette section. Nous rejoignons La Paz que nous devons entièrement traverser, via le malecon, pour continuer sur la route qui se termine au port de Pichilingue. Nous sommes dans les rares véhicules privés à prendre le ferry pour los Mochis. Après quelques contrôles de routine, nous devons attendre une heure et demie avant d’embarquer. Juste au moment où nous avions décidé de déjeuner. Repas vite avalé sur nos fauteuils. Marie qui aurait dû monter à bord avec les piétons a droit à un régime de faveur. Nous montons au salon et occupons une table et des fauteuils, entourés de télévisions qui diffusent des clips bruyants. A deux heures et demie, nous appareillons. L’après-midi se passe en traînant du salon trop bruyant au pont trop ensoleillé ou à la cafeteria trop fraîche… Les heures défilent une à une, la nuit tombe. L’arrivée est interminable et enfin nous débarquons. Nous suivons sans trop savoir où aller la route-digue qui relie le port à Los Mochis. Les policiers attendent les véhicules qui débarquent, nous sommes sélectionnés pour une vérification plus poussée, il est même question de prise de sang mais, affectant de ne rien comprendre, nous pouvons repartir. Nous arrêtons aussitôt à une station-service Pemex où nous demandons l’hospitalité aussitôt accordée pour la nuit. L’emplacement n’est pas idéal, particulièrement bruyant mais nous ne savons où aller et il est déjà dix heures du soir. Dîner vite avalé puis nous nous couchons, en cherchant les boules Quiès…

Samedi 20 février : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint. Mais au matin l’agitation alentour nous tire du lit et nous avons du chemin à faire. Nous rejoignons la route de Mazatlan. Elle traverse la riche plaine côtière entièrement consacrée à la culture industrielle du maïs. Les champs encadrés par des canaux et les silos métalliques nous entourent et ce pendant plus d’une centaine de kilomètres. La route est à deux voies séparées mais son revêtement est particulièrement mauvais, ce qui n’empêche pas de devoir régler un péage. Modique au début mais souvent répété et à la fin de la journée, pour 400 kilomètres parcourus, nous aurons déboursé plus de 425 pesos, environ 20 euros ! La qualité de la route s’améliore quand nous roulons sur ce qui est alors une autoroute.  Après Culiacan, la route se rapproche de l’océan et les cultures disparaissent, remplacées par une brousse grise et triste. Nous traversons donc les abords puis le centre moderne avant de trouver les quartiers anciens. Des rues tracées au cordeau et des maisons colorées du XIX° siècle, ont souvent du caractère. Nous allons voir de plus près la cathédrale, imposante mais rien de remarquable, l’intérieur nous restera inconnu, les portes sont fermées. Elle occupe un des côtés de la place centrale qui, comme toutes les places anciennes, dispose d’un kiosque à musique en son centre. Nous allons voir une autre jolie place, des bâtiments anciens aux fenêtres pourvues de grilles en fer forgé, les façades peintes en ocre rouge plus ou moins foncé entourent des palmiers, des bougainvillées 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

et, bien sûr, le kiosque. A proximité, un ancien théâtre, joliment restauré, derrière une façade classiquement coloniale, a de grandes fenêtres décorées en stuc blanc. Nous récupérons le camion et par les rues pavées, nous rejoignons le bord de mer. La route en corniche suit les plages, des rochers dans l’océan. De nombreux restaurants proposent des fruits de mer, je ne me souvenais pas de cet aspect de Mazatlan. Nous reprenons la route, sortons de la ville par une route secondaire qui traverse des quartiers populaires et où les « ralentisseurs », tous les cent mètres, brisent net toute tentative d’appuyer sur l’accélérateur. Enfin, nous trouvons la route de Durango. Nous ne suivons pas l’autoroute à péage mais l’ancienne route qui court dans les montagnes afin de passer par le village de Concordia. A l’écart de la route, il a conservé son caractère de colonie ancienne avec ses rues pavées, sa place où les marchands de sucreries s’installent pour attendre le promeneur qui, à la fraîche, ne manquera pas de sacrifier au rite de la déambulation, avec amis ou famille, autour de la place. L’église a une superbe façade baroque en pierre dorée par le soleil. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous ne pouvons que jeter un œil à l’intérieur, le curé en chaire officie… Nous ne savons où bivouaquer, le soleil se couche. Nous continuons sur quelques kilomètres et arrêtons en bordure de la route devant ce qui pourrait être un café mais semble abandonné malgré la présence de chiens et de poules.

Dimanche 21 février : J’ai dormi, fatigué, d’une traite, jusqu’à deux heures et demie, heure à laquelle Marie s’inquiète de l’avancement de la nuit… Le propriétaire des lieux rentre de sa virée et le chien n’aboie pas mais le coq, complètement égaré dans les fuseaux horaires, s’obstine à nous maintenir éveillé, avec un certain succès… Nous enfilons les lacets dans la Sierra Madre (et ses trésors ?), pour peu de temps, avant de la quitter pour une route empierrée jusqu’au village de Copala. Une merveille,  un trésor qui ne devrait être divulgué qu’à de rares initiés. Le chemin de galets traverse le village, des maisons basses, anciennes, sans inutiles fioritures, jusqu’à une place, une petite splendeur hors du temps. Un quadrilatère dont trois des côtés sont occupés par des maisons à toit de tuile, sans étage, avec une galerie supportée par des piliers de bois. Au milieu un jardin amoureusement entretenu par un jardiner retraité depuis belle lurette, cocotiers, cactus, agave et bougainvillées. Je m’attends à voir arriver Robert Mitchum (L’Aventurier du rio Grande ?), vêtu d’un sarape, machouillant un reste de cigare…  

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Sur le dernier côté, se dresse une église au beau décor baroque, avec des accents churrigueresques. A l’intérieur, un autel joliment décoré avec des angelots et surtout des « angelotes » pâmées, adorables. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous repartons dans les lacets, sans trouver d’entrée sur l’autoroute que nous apercevons au-dessus ou au-dessous de nous. Après avoir bien tourné, monté et descendu dans la montagne, nous rejoignons tout de même l’autoroute, une belle réalisation, une succession de tunnels et de ponts haubanés qui nous fait gagner du temps et des kilomètres mais à péage… Nous avons des angoisses, faute d’avoir refait un plein à Mazatlan. Je dois utiliser un fond de jerrycan pour rejoindre la plus proche station-service. Nous traversons les montagnes de la sierra, roches déchiquetées, cañons, falaises et forêts de pins que nous aurions pu connaître au Wyoming ou au Montana et qui ont servi de cadre à de nombreux westerns. Nous finissons par rejoindre Durango. Nous trouvons sans trop de difficulté le centre-ville et nous nous garons sur la Plaza de Armas, inévitable jardin fleuri autour du kiosque où les marchandes de ballons et de friandises guettent les rejetons des familles en goguette ce dimanche. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Un des côtés est inévitablement occupé par la cathédrale au beau fronton baroque. A trois heures de l’après-midi, le temple est bondé, des voitures garées en double file sous l’œil bienveillant des agents chargés de la circulation, attendent les fidèles de la bonne société mais ils ne sont pas les seuls à remplir les travées, toutes les églises de la ville sont pleines à cette heure ! Un autre monde… J’abandonne Marie sur un banc, au frais, et vais chercher des informations au bureau touristique. Je la retrouve vacillante non d’une révélation mais de l’excès de température extérieure… Nous allons ensuite visiter l’ancien Palais du Gouverneur devenu Musée Pancho Villa. Sur deux niveaux, de grandes salles racontent l’épopée, la légende d’un héros de la révolution mexicaine et comme il est dit dans L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende est plus belle que la réalité, c’est elle qu’il faut retenir »… Le grand patio, désormais couvert d’une toile, a ses murs couverts de fresques qui exaltent la figure légendaire.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous quittons Durango et reprenons la route jusqu’à Sombrerete dont j’avais gardé le souvenir d’une jolie petite ville et surtout l’image de deux cavaliers avec sombreros abreuvant leurs chevaux à une fontaine. Plus de chevaux mais des 4x4 et des voitures partout, mais la ville a gardé son caractère ancien avec ses rues pavées et ses belles églises et en particulier Santo Domingo a la belle façade churrigueresque, pleine à craquer à l’heure des vêpres… Nous cherchons un hôtel où nous pourrions stationner pour la nuit sur le parking. Après quelques refus, nous finissons par trouver une place sur le parking de la Posada de la Noria. C’est dimanche, dernière cannette de tonic…

Lundi 22 février : Message de Greta qui nous attend à Guadalajara. Mauvaise humeur du moteur au démarrage, hoquets dans la première côte, puis ils disparaissent le moteur chaud. Nous repartons sur ce plateau monotone et sans attrait dont les lointains se perdent dans une brume grise. Encore des portions de routes ou d’autoroutes à péage avant d’arriver à Zacatecas. J’avais relevé sur internet des adresses de RV Parks possibles dans des hôtels. Nous cherchons celui qui serait le plus proche du centre-ville, le Motel del Bosque. L’entrée dans la ville est comme toujours une furieuse mêlée d’automobilistes particulièrement pressés, jaloux de leur priorité, toujours prêts à disputer celle des autres. En demandant à plusieurs reprises nous trouvons la bonne direction, sur une route en corniche qui domine cette belle ville dont le centre historique occupe le vallon entre les collines. Notre motel a changé de nom et s’appelle désormais Motel Barouk, très chic, réception avec profonds canapés et musique douce mais on veut bien de nous, à condition de payer 350 pesos, somme bien élevée pour le droit de stationner sur un parking, il est vrai avec vue sur la ville en contrebas. Nous décidons de chercher ailleurs et pour cela de nous rendre au bureau d’Information touristique dans la vieille ville. Et nous voilà partis dans une rue pavée en pente raide qu’on doit descendre debout les deux pieds sur la pédale de frein jusqu’à rejoindre les deux artères parallèles qui constituent les axes de circulation dans le centre. Nous passons, éblouis, entre palais, églises, demeures dans ce grés rouge qui donne sa couleur à la ville, mais pas question de se garer, peu d’emplacements possibles et tous occupés. Nous passons devant le bureau touristique et avons juste le temps de constater qu’il est fermé. Nous hésitons sur la suite des évènements. Vu l’heure et nos pénuries, nous décidons de chercher un supermarché, un Soriana, pour nous ravitailler. Nous devons retourner sur le boulevard périphérique et sortir de la ville pour en trouver un. Nous nous ravitaillons puis, faute d’avoir trouvé autre chose, nous retournons au motel après avoir constaté que pour descendre en ville, nous ne pourrions compter que sur nos jambes. Nous nous installons, déjeunons puis descendons par les rues en pente, en nous tordant les pieds sur les pavés. Nous retrouvons l’église magnifique de Santo Domingo avec son portail bien éclairé par le soleil et, un peu plus bas, l’extraordinaire cathédrale dont la façade et les deux tours sont un vrai délire de sculpture. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les statues des Apôtres, du Christ et de la Vierge sont perdues dans un décor très dense, presque indiscernable. Nous rendons visite à l’ancien Palais du Gouverneur, sur une jolie place contiguë à la cathédrale, survolée par les nacelles d’un téléphérique. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une fresque, autre spécialité mexicaine, conte l’histoire de la ville, rien d’inoubliable. Nous passons ensuite à travers les travées d’un marché artisanal quasi désert, longeons le Théâtre Calderon et apercevons une autre belle façade d’église, San Agustin, flanquée de renforts imposants. Nous allons prendre un pot, enfin moi car aucune boisson gazeuse ne plaît à Marie. Nous parcourons une des deux artères pour jouir de l’uniformité architecturale de cette ville et revenons vers Santo Domingo qui a rouvert ses portes. L’intérieur est étonnant, alors que le maître-autel est très quelconque, les chapelles latérales sont pourvues de retables baroques tous plus beaux les uns que les autres, dorures à foison, saints et angelots à tous les étages, sans oublier colonnes torsadées et fioritures dorées. Un bel orgue d’un rouge agressif trône au balcon. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

La cathédrale a aussi ouvert ses portes mais son intérieur est sans le moindre intérêt. Nous allons acheter des sucreries, spécialités locales pour les enfants de Greta puis rentrons à notre motel en taxi pour une somme dérisoire. Nous tentons de joindre Greta, nous corrigeons mon texte puis je vais procéder à mes ablutions avant de dîner. Je dois encore corriger les photos, taper la journée et mettre le blog à jour. Vivement les vacances !

Mardi 23 février : Nous avons décidé de prendre le téléphérique qui, partant de notre motel, survole toute la ville pour monter au Cerro de Buffa, une autre colline qui domine Zacatecas. Et comme la première traversée est à dix heures, nous avons le temps ce matin. J’en profite pour effectuer quelques réparations mineures : recoller les morceaux du cabochon de stop, fixer la commande des wc, etc… Nous sommes les seuls à bord de la nacelle, les touristes ne sont décidemment pas nombreux. Nous n’avons pas rencontré un seul camping-car depuis la Basse-Californie et les visites que nous effectuons dans les musées sont toujours en solitaire… La vue sur cette belle ville, à peu près préservée de constructions abusives modernes, est superbe, les alignements de façades de maisons dans les rues sont remarquables et les masses de la Cathédrale et de Santo Domingo se distinguent dans une belle lumière. 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Avec ses petites maisons colorées, aux toits plats, on pourrait se croire, en remplaçant les clochers par des minarets, dans une ville ancienne du monde arabe. Parvenus au sommet, nous marchons jusqu’à une vaste esplanade qu’occupent les statues équestres de Pancho Villa et de deux de ses généraux. Une petite chapelle n’a pas grand intérêt si ce n’est sa façade avec la lune et le soleil qui encadrent le Christ. Nous redescendons, récupérons le camion et allons nous garer près du musée Rafaël Coronel, peintre inconnu mais grand collectionneur. Dans les cours, jardins et pièces du couvent ruiné de San Francisco, est exposé un incroyable trésor ! Plus de 2500 masques couvrent les murs, regroupés par types ou par région mais hélas sans grandes explications.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Une belle collection de marionnettes locales, de figurines de terre cuite utilisées à titre prophylactique pour guérir le mal de aire (?), d’antiquités pré-hispaniques complètent la visite. Nous y avons passé beaucoup de temps. Je vais rechercher le camion et nous déjeunons sur le parking du musée. Nous voulons nous rendre ensuite à Guadalupe, la ville voisine de Zacatecas. Pour une raison non précisée, le périphérique que nous devons emprunter est fermé à la circulation, nous voici embarqués sur des routes très embouteillées. Nous roulons au pas pendant une heure et demie avant de trouver le couvent de Guadalupe. L’église est surtout connue pour sa Vierge vénérée dans tout le Mexique. Elle a, elle aussi, une belle façade de grès rouge, très décorée comme il se doit. Nous allons visiter le couvent franciscain voisin, transformé en musée d’art religieux. Nous déambulons seuls dans les deux cloitres superposés dont tous les murs sont couverts de grandes peintures relatant les vies de Jésus, de Marie ou de Saint-François d’Assise, pour l’édification des fidèles. Les autres salles sont elles aussi littéralement couvertes de grandes toiles. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Peu sont vraiment des chefs d’œuvre. Nous ne retrouvons pas l’influence des cultures indiennes dans les motifs comme en Bolivie ou au Pérou. Aucun vêtement n’est rehaussé à l’or et les archanges efféminés sont absents des représentations… La visite permet d’accéder au balcon pour admirer un bel orgue et de remarquables stalles sculptées et peintes. Nous sommes aussi au-dessus de la chapelle de Napolès, fermée au public, très décorée. Nous ressortons, épuisés, jetons un œil à l’intérieur de l’église aux curieuses voûtes roses. Nous reprenons le camion, pas question, comme nous l’avions espéré, de bivouaquer devant le couvent. Nous cherchons la sortie de la ville, les indications des panneaux sont parfois fantaisistes, nous aboutissons dans des culs-de-sac, mais en posant des questions nous parvenons à trouver une route au mauvais revêtement, à contre-jour, avec une belle succession de topes, qui nous sort de la ville sans repasser dans le centre et rejoint la route de Guadalajara. Nous roulons jusqu’à ce que nous trouvions une station Pemex que nous espérons pas trop fréquentée. A neuf heures et demie, la gasolinera ferme, plus de véhicules, nous sommes seuls…

Mercredi 24 février : La nuit a été très calme, pas de bruits intempestifs, quelques camions sur la route… Nous repartons en direction de Guadalajara sur une route ordinaire à deux voies, peu fréquentée. Les usagers pressés doivent passer par Aguascalientes sur l’autoroute. La brousse sèche reverdit petit à petit en diminuant d’altitude. En traversant Villa Nueva, nous entendons une fanfare et une foule est rassemblée sur la place centrale. Espérant assister à quelque fête, nous cherchons à nous garer dans une rue proche de l’évènement. Nous attendons en compagnie d’autres personnes, assis sur un banc, l’arrivée d’un cortège précédé de voitures de police qui roulent au pas. En tête une fanfare de jeunes garçons puis quelques jeunes filles s’essaient à marcher au pas avec un air martial. Suivent les autorités et des très jeunes enfants en uniforme, répartis par écoles, qui eux-aussi tentent de défiler militairement, encadrés par leurs instituteurs (et institutrices…). Les parents, ravis, prennent en photo leur progéniture, pas moi… Même si quelques gamines bien coiffées et vêtues de neuf, sont craquantes ! Nous apprendrons qu’il s’agît de la fête du Drapeau, rien de bien folklorique. Pour repartir, après un essai dans une rue en cul-de-sac qu’il faut remonter en marche arrière, nous devons patienter jusqu’à ce que le défilé soit revenu sur la place. Dans la bourgade, j’aurai tout de même vu deux hommes portant un magnifique sombrero de cavalier. D’autres, plus classiques, coiffent fréquemment le chef de Mexicains moustachus. Nous apercevons quelques rares cavaliers dans les champs. Des plantations d’agaves maguey alimentent des distilleries de mezcal, l’alcool du Consul de Malcolm Lowry… Nous peinons à trouver de l’ombre pour déjeuner dans la descente d’un col, avant d’arriver à Guadalajara qui ne se découvre qu’au dernier moment, au sortir des montagnes. Il est encore tôt pour nous rendre chez Greta, nous décidons de tenter de voir la cathédrale mais nous nous perdons, l’avenue qui y mène est fermée à la circulation et le temps de nous orienter, il est trop tard. Nous récupérons la grande artère Lopez Matéos que nous devons suivre sur une dizaine de kilomètres. Nous n’y sommes pas seuls, la circulation est intense et très rapide. Les points de repère donnés par Greta sont trouvés mais avant d’entrer dans sa résidence gardée, nous cherchons un fleuriste, puis revenons à l’entrée gardée par des cerbères qui ne plaisantent pas. Ils appellent Alfredo puis photographient mon passeport avant de nous laisser passer. Nous faisons la connaissance d’Alfredo et de leur maison, du chat, du chien. Nous conversons avec un Alfredo sympathique, en espagnol. Greta rentre plus tard avec sa mère et ses deux enfants, Alfredito, 4 ans et Sara, 2 ans…Nous retrouvons une Greta inchangée qui parle encore français mais qui manque de pratique. Nous sommes étonnés de constater que nous la connaissons depuis tant de temps, et Julie encore plus ! Nous dînons d’enchiladas préparés par la gentille grand-mère à la voix fluette qui semble souvent là pour aider Greta, débordée entre son travail et les enfants dont elle a la charge. Nous sommes hébergés dans leur chambre avec un lit sur lequel, pour monter, nous aurions bien besoin d’une échelle…

Jeudi 25 février : Nous ne sommes pas tombés du lit, heureusement, mais nous avons eu la visite d’Alfredito à la recherche de ses parents ! Au réveil, Alfredo dort, il est rentré tard et travaille la nuit. Greta nous prépare un petit déjeuner puis nous convenons de la retrouver en ville dans l’après-midi. Nous retournons dans le centre et très vite tombons dans les embouteillages. Quatre millions d’habitants c’est-à-dire quatre millions d’automobiles pourrait-on croire, toutes de sortie en permanence. La révolution mexicaine avait pour but de partager la terre, pas les voitures… Quand nous sommes près du centre, nous ne trouvons pas de place pour nous garer. Trente ans plus tôt, nous avions apprécié de passer la frontière mexicaine pour, après la discipline pesante et l’absence de surprise des Etas-Unis, trouver un joyeux « foutoir ». Aujourd’hui, ce « foutoir » nous paraît pénible, surtout dans la circulation et nous regrettons la gentillesse des conducteurs américains et leur absence de nervosité au volant. Nous avons aussi trente ans de plus… Nous tournons, virons et abandonnons le camion dans un estacionamiento gardé, tout près de l’Institut Cabañas, loin de la cathédrale par laquelle nous voulions commencer les visites. Marie peine à marcher, nous sommes tous deux fatigués et aurions bien besoin de faire une pause. Nous suivons une large avenue piétonne moderne, presque mussolinienne. Nous passons à l’Office du Tourisme où faute de beaucoup de documents, on nous accueille avec le sourire. Nous longeons le théâtre, l’église San Augustin, rien de mémorable. Quelques bâtiments coloniaux ont échappé à la reconstruction de la ville dans les années 80. Le Palais du Gouverneur est en travaux mais on peut tout de même accéder à la cour, le patio à arcades, comme dans les autres bâtiments coloniaux. La cage d’escalier et le plafond de la salle du Conseil ont été décorés dans les années 1930 d’impressionnantes fresques dues à Orozco, natif de Guadalajara. Elles sont en cours de restauration et on ne voit que la moitié de chacune. Je ne suis pas très enthousiaste. Brossées à grands traits, simplistes dans l’idéologie, elles datent fortement… Nous décidons d’aller déjeuner à « la Chata », un restaurant populaire indiqué par notre guide. Murs et nappes orange, nombreux serveurs et serveuses empressés. Nous commandons des plats inconnus, poulet parfumé au romarin avec une sauce à la tomate pour moi et tendres tranches de bœuf grillé pour Marie, servis avec du riz, des frijoles, une purée de haricots, des enchiladas, des flautas, variété de tacos frits  et des sauces bien piquantes. Ce n’est pas de la gastronomie mais nous ne laissons rien dans les assiettes. Nous aurions aimé visiter l’église Aranzazù mais, en début d’après-midi, le bedeau dort… Nous revenons par une avenue grouillante, sur les trottoirs comme sur la chaussée, vers la cathédrale.

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous nous y reposons entre ses énormes colonnes, bercés par les chants de quelques dévots. L’extérieur est sans le moindre charme, mélange de style à dominante néo-classique. Nous revenons lentement, nous arrêtons sur tous les bancs, allons prendre un pot avant d’être à quatre heure devant l’Institut Cabañas où nous devions retrouver Greta. En son absence nous commençons la visite et tout d’abord la grande chapelle entièrement couverte de fresques d’Orozco, narrant la conquête espagnole et l’ancienne civilisation indienne. Là non plus, je ne suis pas séduit par ces sujets empâtés et sombres. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Je retourne plusieurs fois à l’entrée tenter d’apercevoir Greta, en vain. L’Institut, immense, est un ancien orphelinat et hospice. C’est un dédale de cours et de salles dans lesquelles sont présentées les œuvres d’artistes mexicains qui, à défaut d’être connus, prouvent la vitalité des arts graphiques au Mexique. Nous revenons à l’entrée et y trouvons Greta avec les enfants et sa mère mais sans Alfredo. J’avais gardé le souvenir d’une place avec des cafés où les orchestres de mariachis se produisaient dans une sympathique cacophonie. Nous nous y rendons tous ensemble mais, grosse déception, si les musiciens sont bien présents dans leurs costumes piqués de pièces d’argent, ils ne sont guère disposés à se produire. Aucun touriste n’est présent, ils attendent un engagement pour des fêtes privées. Nous allons prendre un pot, on ne sert pas de margarita… Alfredo a proposé que nous allions dîner dans un restaurant spécialisé dans le pozole, une bouillie de semoule de maïs… Je n’ose faire remarquer que nous avons largement passé, ou pas encore retrouvé, l’âge de ce type de mets… Nous devons nous retrouver au carrefour de Chapultepec. Nous allons récupérer le camion et replongeons dans le cauchemar de la circulation. Néanmoins, nous trouvons le carrefour et je parviens à me garer à proximité. Je vais guetter Greta qui tarde. Le quartier est très animé. A de nombreuses terrasses de café, bruyantes, des jeunes viennent se retrouver en buvant des bières et grignoter quelques antojitos. Quand Greta arrive, elle nous annonce que nous devons repartir pour retrouver Alfredo directement au restaurant. Je vais rechercher le camion, et derrière la voiture de Greta nous roulons vers cette nouvelle destination... La gargote ne paie pas de mine, seul plat, avec de la viande ou des crevettes tout de même, et des sauces différentes, le pozole ! Il s’agit d’une sorte de soupe avec des grosses graines de maïs qui ressemblent à du pop corn qui aurait été bouilli. Nous avalons chacun notre assiette, les enfants jouent sur des chevaux mécaniques et nous attendons de rentrer… Je suis enfin dans la chambre et le lit est vite pris d’assaut…

Vendredi 26 février : Greta gratte à la porte pour nous dire au revoir avant de partir emmener ses enfants à l’école et aller au travail. Nous descendons petit-déjeuner avec Alfredo plus tard puis après remerciements, promesses de se revoir en France, nous quittons Guadalajara. Nous voulons longer le lac de Guadalajara, appelé également lagune de Chapala, aussi nous ne prenons pas l’autoroute mais une route secondaire. Funeste erreur ! La route qui suit les bords du lac est étroite, en travaux, en cours d’élargissement et très fréquentée… Les rives du lac sont marécageuses, perdues dans les roseaux, la brume qui s’en élève n’améliore pas la vision… La terre est riche, des serres, arceaux sous des bâches de plastique, recouvrent la campagne. Les villages, fréquents, se suivent, tous pourvus de topes impitoyables. La moyenne n’est pas élevée, les traversées des agglomérations plus importantes prennent beaucoup de temps. Nous nous perdons dans Zamora, faute de panneaux précis et avec des informations contradictoires. Mes yeux me jouent des tours, la fatigue ? J’ai hâte d’arrêter. Nous traversons une région de champs de lave, entourés de volcans mais une première averse puis un ciel gris ne nous permettent pas d’apprécier vraiment le paysage. Enfin Patzcuaro ! Nous trouvons presqu’aussitôt l’hôtel, Villa Patzcuaro, qui fait aussi « RV Park ». Content de ne pas avoir à chercher un bivouac, nous nous installons auprès de quelques audacieux camping-caristes américains et canadiens sur une pelouse. Nous avons le wifi, nous répondons à quelques messages. Je m’offre néanmoins un gin-tonic ! Panne de gaz au moment de faire l’omelette, heureusement il restait un fond dans la bouteille française !

Samedi 27 février : Nous commençons par faire remplir notre bouteille canadienne de gaz, ce qui ne pose aucun problème, et pour quelques pesos, mais pas question de remplir la bouteille française ! Nous nous rendons ensuite au supermarché Soriana, à la sortie de la ville moderne mais il est nettement moins bien achalandé que les précédents, pas de produits d’importation espagnols et choix très limité, en particulier dans les vins. Nous allons nous garer dans le centre historique à deux pas de la place Chica. Une de ces belles places populaires si nombreuses au Mexique. Des vieux, moustachus, occupent, sombrero vissé sur la tête, les bancs sous les arbres en fleurs. 

 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des Indiennes âgées, portant encore le châle sur les épaules, vendent quelques friandises. Les marchands de ballons guettent la marmaille et les cireurs de chaussures lisent le journal en attendant un gandin. La bibliothèque municipale occupe une église mais elle est fermée ! Le marché débouche sur une partie d’un côté de la place, nous y traînons quelques instants sans y trouver grand-chose d’original. Nous remontons une de ces belles rues qui font le charme de Patzcuaro. Toutes les maisons à toit de tuiles  n’ont au plus qu’un étage, et sont toutes bien blanches avec le bas des murs, l’encadrement des portes et des fenêtres, de couleur rouge brun.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous atteignons la grande place, entièrement bordée de demeures patriciennes à un étage au-dessus d’arcades,  mais là, les encadrements des fenêtres sont sculptés. Toutes ont été transformées en hôtels ou en restaurants et réservent à leur clientèle le charme de leurs patios. Nous déambulons en regrettant que le ciel gris ne mette pas en valeur cet endroit. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous nous intéressons aux cartes des restaurants, visitons quelques boutiques, trouvons quelques masques intéressants bien que neufs mais bien chers. Depuis la visite d’André Breton, les prix ont sérieusement augmenté ! Au milieu de la place, sous les arbres, un groupe folklorique en habits traditionnels, veste et pantalon brodés, chapeau de paille et masque de vieux grimaçant, accompagnés par quelques guitaristes et un violon, dansent puis quémandent quelques piécettes, sans agressivité, dans la bonne humeur. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous nous décidons pour une table sous les arcades pour un mauvais déjeuner. Marie a commandé un plat sans savoir de quoi il s’agissait et obtient de fines tranches de bœuf noyées dans du fromage fondu. Je ne risque pas d’y goûter ! J’ai voulu commander le même plat que Marie avait pris à « La Chata » à Guadalajara, du bœuf « tampiqueña » mais en beaucoup moins bien, les mêmes tranches fines de bœuf à peine grillées, accompagnées de divers ingrédients mais le guacamole doit avoir été préparé pour des touristes, pas trace de piment et les frijoles disparaissent sous le fromage râpé. Nous continuons notre promenade dans les rues, visitons un ancien hospice, ensemble de bâtiments autour de cours et de patios, transformé en échoppes d’artisans. Tissus, dinanderie, argenterie, bois, laque etc… Nous remontons vers la place de la Basilique Nuestra Señora de la Salud, aussi laide à l’extérieur qu’à l’intérieur et dont le seul intérêt est de renfermer une Vierge miraculeuse, exposée dans une châsse cadenassée. Sur une réplique, placée derrière elle, les dévots épinglent de petits ex-voto en argent sur son manteau. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous récupérons le camion et sortons de la ville pour suivre un mauvais chemin pavé qui grimpe sur une colline d’où nous découvrons tout le lac, ses îlots mais la visibilité est mauvaise, tout est noyé dans la brume. Nous retournons réserver une place au camping puis nous nous rendons à une douzaine de kilomètres au village de Tzintzuntzan pour y revoir le cimetière à peine aperçu hier en passant. Sur les croix, devant les tombes, sont accrochées ou simplement posées des couronnes en rubans plastiques très colorés. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous cherchons, et trouvons au bout de rues à peine pavées, deux églises indiquées par nos guides, l’une renferme une statue articulée du Christ dans un cercueil de verre, elle est sortie et clouée sur une croix pour Pâques, l’autre une statue de Saint Antoine dont la robe de bure a elle aussi eu droit à quelques ex-voto. Rien qui justifiait le déplacement. Nous rentrons au camping et au passage, dans l’autre supermarché, je trouve une bouteille de vin blanc, très bon marché, où finira-t-il ? Je ne me sens pas très bien, vaguement fiévreux et je n’ai guère envie de ressortir pour aller voir l’animation (?) sur la place. Le vin blanc, un Sauvignon, se révèle très acceptable mais le saumon fumé chilien est absolument insipide !

Dimanche 28 février : Nous essayons de nous lever plus tôt, un quart d’heure ! Nous prenons la route de Morelia, par l’autopista à péage, une seule voie dans chaque sens alors que la route « libre » était à deux fois deux voies séparées ! Nous sommes rapidement à Morelia et trouvons facilement le centre historique, fermé à la circulation automobile le dimanche, les cyclistes en profitent. Je me gare sur un emplacement que je crois être pour handicapé avant de comprendre plus tard que la marque au sol n’indique qu’un aménagement du trottoir pour faciliter l’accès aux fauteuils roulants, Je n’aurai plus qu’à retourner chercher une autre place. Nous marchons un quadra pour aboutir au Zocalo, la grande place sur laquelle se dresse, prétentieuse, une cathédrale qui écrase de ses tours le commun des mortels. Seuls, ses dômes couverts de faïences bleues et blanches donnent à ses toits un peu d’originalité.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

L’intérieur se veut imposant. Les demeures bourgeoises et les palais qui forment le centre-ville ont été édifiés dans une pierre rose qui donne du caractère à la ville. Le haut des murs est pourvu de longues gargouilles qui doivent arroser les passants par temps de pluie. Nous partons pour une longue promenade dans les rues, le nez en l’air… L’église de Santa Rosa abrite de splendides retables en bois doré avec des têtes d’angelots dans les entrelacs de feuilles.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous passons devant nombre de palais, devenus sièges d’administration, généralement fermés le dimanche. Ceux qui sont ouverts laissent voir des patios à arcades, avec souvent une fontaine au milieu. Le dernier, celui de Clavijero, devenu siège de l’Université, est immense mais froid, sans vie. Nous reprenons le camion et allons nous garer, après avoir longé l’aqueduc, près d’une place où se dresse le sanctuaire de Nuestra Señora de Guadalupe. Nous arrivons à temps pour la sortie de la messe, la représentation a fait salle comble ! Les familles se pressent pour verser leur obole aux nonnes quêteuses qui les attendent à la sortie en compagnie de quelques éclopés. Nous parvenons à nous frayer un chemin vers l’intérieur époustouflant ! Les murs sont rose fuchsia, ou jaunes, couverts de pétales, de mascarons, de feuilles, tous dorés. Les coupoles sont un vrai délire de couleurs, les temples tamouls paraissent sobres à côté… 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous déjeunons dans le camion sur la place ombragée puis repartons à pied sur une allée pavée, piétonne, qui mène du sanctuaire à une place avec des fontaines. Nous jetons un œil à une ruelle entre deux murs gris que des bougainvillées égaient. Je vais rechercher le camion puis récupère Marie et nous quittons Morelia. La route traverse par une digue à péage, le lac de Cuitzeo avant de continuer sur une vraie autoroute que nous quittons pour Guanajuato. Nous avons les coordonnées du Morrill Trailer Park où des voyageurs sont passés avant nous mais les routes sur les collines tournent et virent autour de la ville et quand nous croyons être près du but, nous nous en éloignons dans des virages. Il nous faut presqu’une heure pour découvrir une sorte de parking en terrasse dont nous avons du mal à croire que l’on ait pu en dire du bien. Pas de wifi, pas d’eau chaude et la ville invisible ! Nous nous installons néanmoins et profitons de la musique diffusée dans le vallon et des aboiements des chiens. Nous corrigeons mon texte en goûtant, c’est dimanche, une margarita obtenue à partir de tequila et d’une préparation adéquate mais le résultat, déjà expérimenté en Alaska avec Jean-Jacques et Martine, n’est pas fameux. Faut augmenter la dose de tequila… 

Lundi 29 février : La musique s’est arrêtée tôt et les chiens, fatigués de leurs querelles dominicales, se sont couchés aussi, même si, dans la nuit, quelques-uns ont fait des cauchemars… Faute de douche chaude, j’utilise les installations du camion pour ma toilette. Nous voulons nous rendre au parking du funiculaire, comme indiqué dans notre guide et de là rejoindre le centre-ville sans avoir à chercher à nous garer dans la vieille ville. Nous contournons toute la ville sur les collines qui l’entourent en suivant la panoramica qui offre des vues bien entendu « panoramiques » sur la ville. Comme à Zacatecas, nous avons l’impression de faire le tour d’une ville arabe avec toutes ces maisons cubiques très colorées ici, récentes pour celles qui occupent les pentes des collines

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous devons faire une bonne dizaine de kilomètres avant de parvenir au funiculaire et pour apprendre qu’il ne fonctionne pas ! Néanmoins, nous nous garons sur le bord de la route et après avoir contemplé la vue exceptionnelle sur la ville et notamment les masses ocre de la Basilique et grise de l’Université, sur quelques autres églises et les alignements de maisons coloniales, nous entamons la descente à pied. D’abord sur des escaliers puis dans des ruelles très pentues, des callejones, avant de déboucher à proximité du beau théâtre Juarez surmonté d’une balustrade supportant les statues des muses. Nous traversons le jardin de la Union où les mariachis devraient donner l’aubade mais ils sont encore absents… Puis par des rues étroites entre des maisons toujours colorées, des ruelles où les escaliers succèdent aux pentes raides, nous aboutissons à la charmante place Mexiamora que se partagent les pigeons et les écoliers en récréation, les premiers se nourrissant des restes des seconds. Les maisons qui l’entourent sont toutes de couleurs différentes, souvent très vives.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Puis nous passons devant l’église de la Compagnie de Jésus avec une façade plus belle de loin que de près, l’intérieur est tout à fait quelconque. Mitoyenne, l’Université est un bâtiment assez laid d’une grisaille triste. Nous aboutissons enfin à la Basilique, l’ « église » de Guanajuato, celle que l’on remarque de loin avec ses masses élégantes et ses dômes ocre et rouge. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous voulons en voir l’intérieur mais le curé est en pleine représentation et il a du public, un lundi ! Nous allons déjeuner au Truco 7 dans une petite salle décorée de vieilleries, Marie se prend des tacos au jambon et fromage, croque-monsieur local, et moi une omelette à la saucisse avec des frites. Pas une réussite en ce qui me concerne… Nous repartons en promenade après être repassés par la Basilique enfin visible et en particulier son bel orgue que mettent en valeur les couleurs jaunes dorées des murs et plafonds. Nous passons devant plusieurs musées, tous fermés le lundi, ce qui nous fait gagner du temps. Encore quelques jolies places ombragées, avec des fontaines et des bancs occupés par de bien sages amoureux. Nous avons parfois la vision de rues semi-souterraines avec des pièces en encorbellement.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Enfin nous revenons prendre un pot sur la place devant la basilique avant de sauter dans un bus vite bondé qui monte sur la panoramica et nous dépose près du camion. Nous repartons, trouvons sans nous tromper la route de Dolores Hidalgo. Nous nous arrêtons peu après pour aller visiter à Valenciana l’église de San Cayetano. Superbe façade churrigueresque qui n’est plus, hélas, éclairée par le soleil mais c’est surtout l’intérieur avec trois retables baroques de toute beauté, avec statues de saints et têtes d’angelots dans tous les coins. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

La route en montagne est toute en virages dans une belle forêt avant de continuer en lignes plus droites sur des collines aux herbes sèches. Nous traversons la petite ville et continuons en direction de San Miguel de Allende. Nous y parvenons au coucher du soleil et cherchons le Tennis Court RV Park dont nous avons les coordonnées gps (fausses !) et une vague idée de sa situation. Nous nous perdons, demandons notre chemin, peu en ont entendu parler, leurs indications sont contradictoires avec le gps. Je finis par garer le camion et aller à sa recherche à pied. Je finis par trouver un grand terrain déjà occupé par quelques camping-cars, puis avec l’aide d’un Canadien, le gardien qui nous attend pour ouvrir le portail. Je vais rechercher le camion et enfin nous pouvons nous installer. Dîner tardif et travaux de rédaction et de correction des photos, encore plus tardif.   

Mardi 1er mars : Réveil moins pressé que d’habitude puisque nous avons décidé de rester aujourd’hui à San Miguel de Allende. C’est, comme à Saint-Mandrier, le bruit des balles de tennis qui nous persuade d’avoir à nous lever. Le camping est aussi un cours de tennis et les Américains de la ville y viennent pratiquer ce sport de crabe (une seule pince et déplacement latéral…). Sans nous presser, nous revenons sur nos pas pour retourner à Atotonilco voir l’église que nous avions trouvée fermée hier en passant. Cette fois les portes sont grandes ouvertes. Avant même de les avoir franchies nous sommes séduits. Elles sont encore recouvertes de peintures, plus effacées dans les zones inférieures, et le dessus du portail est également couvert de scènes, religieuses bien entendu. 

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Dès que nous franchissons le portail, en levant les yeux, nous découvrons des plafonds entièrement couverts de fresques exquises, le Paradis et l’Enfer suggérés dans des scènes entrelacées de feuilles, de fruits et de fleurs puis aux voûtes, la Passion du Christ est contée avec une extraordinaire fraîcheur d’inspiration ; nous retrouvons là toute l’influence indienne dans les représentations qui se veulent pédagogiques.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des médaillons, comme des intertitres de films muets, détaillent et racontent les scènes représentées. Dans une chapelle latérale, deux fresques narrent la bataille de Lépante, ce qui ne devait pas dire grand-chose aux Indiens de l’époque ni même à ceux d’aujourd’hui ! La beauté de cette église à peine signalée dans les guides est tout à fait surprenante. Nous sommes d’ailleurs très étonnés de constater que, ce qui était considéré comme exceptionnel dans un Guide Bleu de plus de trente ans, est devenu quelconque dans les guides actuels et vice versa. Nous revenons sur San Miguel de Allende et, avant de nous installer au camping, nous voulons nous rendre au Mirador d’où nous devrions avoir une vue sur la ville. Nous passons par d’étroites ruelles pavées où toutes les maisons, comme à Patzcuaro, sont au mieux à un seul étage et toujours avec des toits de tuiles mais ici, si elles ont encore leurs parties inférieures peintes en rouge brun, le haut des murs est cette fois jaune, ocre ou rose, formant des suites colorées d’une belle uniformité, aucun bâtiment moderne ne venant en altérer la composition. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous ne parvenons pas au mirador, je me gare près d’une fontaine en haut d’une ruelle pavée, très pentue qui descend en lacets très serrés vers le bas de la ville. Il faut continuer à pied, une série d’escaliers puis une rue escarpée. Marie renonce, je me lance et finit par parvenir sur une artère que nous aurions pu atteindre facilement en voiture ! Du Mirador, je découvre une vue très étendue sur toute la ville mais si, vue depuis les ruelles la cité paraît très belle, découverte d’en haut, elle très décevante, rien à voir avec Zacatecas ou surtout Patzcuaro. De retour au camion, nous descendons mètre par mètre la pente puis retrouvons facilement le camping et nous nous installons au même emplacement. Nous déjeunons puis Marie, toujours pressée, m’octroie généreusement trois quarts d’heure de sieste… Nous abandonnons le camion et allons prendre un taxi qui nous dépose à proximité du Zocalo. Une belle place entourée de bâtiments coloniaux et de palais devenus des administrations ou des hôtels. Comme dans les villes précédentes, les lauriers d’Inde sont taillés en cubes… Sur le côté le plus élevé se dressent deux églises, San Rafael qui n’aurait pas retenu notre attentions si des scènes, plus grandes que nature, à demi peintes, à demi sculptées, là encore à vocation pédagogique, ne montraient l’une la Crucifixion, l’autre, la Flagellation avec toujours un Christ particulièrement sanguinolent. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

A côté, la Parroquia qui se veut vaguement gothique n’a rien de remarquable à l’intérieur. Nous partons nous promener dans le centre historique, de rue en rue. La très importante colonie américaine qui vit ici en quasi permanence a créée toute une série de commerces, magasins de meubles, d’accessoires pour la maison, d’artisanat de luxe et bien sûr de restaurants et d’hôtels. Les prix s’en ressentent aussi… Nous passons au Centre Culturel Nigromante, installé dans un ancien couvent, autour d’un joli patio fleuri, rafraîchi par une fontaine. Des expositions confirment l’importance accordée aux Arts Plastiques au Mexique. Toujours en suivant de belles rues colorées, hélas trop parcourues par les automobiles, nous parvenons à un autre ensemble d’églises. L’oratoire de Saint Felipe Neri, derrière une belle façade churrigueresque, offre peu à voir à l’intérieur si ce n’est un Christ de Douleur, très réaliste, dans une châsse de verre dont la paroi du fond est couverte de minuscules ex voto en argent. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

A côté, L’église de la Salud a également un très beau portail avec une coquille Saint-Jacques en guise de fronton et ne présente guère d’autre intérêt. Nous y remarquons tout de même une accumulation d’ex voto sous forme de jouets aux pieds d’une statue du Niño… Aucune de ces églises, même en dehors des heures des messes n’est vide, il y a toujours quelques personnes abîmées en prières. En passant devant le portail, beaucoup, pour ne pas dire tous, se signent… Dernière visite pour San Francisco où je ne remarque qu’une statue, celle de Saint-Bonaventure, un peu précieux… Nous revenons vers le Zocalo en visitant quelques boutiques avec de belles choses mais vraiment  trop chères. Marie s’offre un chapeau de paille pour faire locale… Nous prenons un pot dans un café de la place en espérant que l’animation va s’amplifier au coucher du soleil mais il n’en est rien, pas de musiciens, surtout pas de mariachis. Déçus, nous patientons jusqu’à sept heures et demie mais il n’y a plus que des retraités américains pour occuper les bancs. Nous prenons un taxi pour rentrer au camping. Nous embaumons les alentours avec le poulet mariné dans la moutarde et grillé ainsi qu’avec les tomates provençales…

Mercredi 2 mars : Nous peinons encore à nous lever ce matin. Nous quittons le camping et la ville en passant par d’étroites ruelles si en pente qu’une Américaine nous regarde passer, bouche bée, et grimper une côte sans faillir… Quelques kilomètres de bonne route, rapides malgré une circulation intense à l’approche de la grande ville de Querétaro et après une longue traversée de zone urbaine nous atteignons le centre-ville. Grâce au gps, nous trouvons facilement le Flamingo Inn où nous pouvons passer la nuit, garés près de la piscine. Nous étudions le programme de la journée puis déjeunons rapidement et prenons un taxi pour nous rendre sur la place centrale. Nous sommes déçus par cette première vision de la ville historique. Certes, il y a de nombreuses maisons anciennes qui lui donnent un air espagnol très marqué mais ce n’est pas l’unité et le charme de Patzcuaro ou de San Miguel de Allende. Nous nous renseignons à un kiosque d’informations touristiques sur les heures d’ouverture des églises qui nous intéressent, les réponses s’avéreront toutes inexactes ! Nous commençons par le musée régional, dans le couvent de San Francisco. Beau patio à deux étages mais les salles d’exposition ne nous intéressent guère surtout celles consacrées à l’histoire de la ville… Nous nous dirigeons ensuite vers le Musée d’Art, dans un autre couvent avec un superbe patio, lui aussi à deux niveaux et dont les arcades sont couvertes de sculptures avec des têtes d’Indiens, celles de l’étage semblent fumer de longs cigares qui servent de gargouilles.

 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Les collections permanentes se réduisent à quelques toiles mais une exposition temporaire nous permet de voir des œuvres européennes intéressantes dont deux Lucas Cranach, un Lorenzo Lotto quelconque, des Breughel etc…. Longue marche ensuite pour arriver à l’église Santa Rosa de Viterbe qui se remarque extérieurement par des arcs-boutants curieusement arrondis mais le spectacle est à l’intérieur.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Des retables baroques gigantesques, de l’or sur tout, des tableaux incrustés dans les feuilles et les volutes occupent les parois latérales alors que l’autel principal et le chœur sont tout à fait quelconques. Dans la sacristie de curieux confessionnaux, exubérants, colorés, sans doute pour inciter le pénitent à tout avouer, voisinent avec les sculptures d’un Christ et des apôtres, grandeur nature, pour une représentation de la Dernière Scène.

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

Nous revenons sur nos pas, jusqu’à Santa Clara dont l’extérieur n’annonce pas la surprise quand on en franchit le seuil : soudainement nous sommes confrontés à un mur de retables tout aussi délirants et dorés que les précédents, les angelots et les saints foisonnent à tous les niveaux, prenant des poses codifiées, brandissant des épées ou affichant des plaies. C’en est fini des églises, nous revenons vers la place centrale, la lumière décline, le soleil est voilé par la brume et le ciel est désormais gris. Nous passons par la rue où les boutiques sont spécialisées dans les robes de mariées, blanches bien entendu mais aussi dans les robes des demoiselles d’honneur, très colorées, vaporeuses. 

TRANSAMERICA (2.2.- Basse Californie et Villes Coloniales)

 

Nous nous traînons vers la Plaza de Armas, plus jolie que les précédentes, avec deux ou trois beaux palais, des arbres trop bien taillés et des restaurants tout autour. Une manifestation en faveur de l’école s’y tient mais nous ne sommes plus concernés… Nous essayons de patienter bien qu’il commence à faire frais, avec l’intention d’aller dîner au restaurant Fin de Siglo recommandé par le Guide du Routard. Les plats recommandés ne correspondent pas à ce que nous trouvons dans l’assiette mais nous nous régalons tout de même, Marie d’une carne virtuosa, beau morceau de filet de bœuf avec des amandes, des raisins et plein d’autres choses et moi d’un excellent asado de tira dont j’avais oublié depuis l’Argentine la saveur. Nous rentrons en taxi et regagnons encore une fois bien fatigués notre cher camion.

Repost 0
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 04:59

TRANSAMERICA

 

Je voudrais pas crever

Avant d'avoir connu

Les chiens noirs du Mexique

Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu

Dévoreurs de tropiques

Boris Vian (Je voudrais pas crever)

 

2.- de Las Vegas à San José (Costa Rica)

 

HIVER 2016

 

 

Lundi 18 janvier : Le réveil sonne à six heures, nous nous extirpons du lit douloureusement après une nuit à éclipses… Louba déjà alertée par la préparation des bagages ne sait trop ce qui l’attend. Petit déjeuner puis Marie se fait attendre, nous partons avec un quart d’heure de retard sur l’horaire prévu. Faux départ, Marie a oublié sa petite trousse de maquillage… Retour à la maison… Julie qui inaugure ce matin ses nouvelles fonctions à Vitrolles, commence à s’inquiéter de son heure d’arrivée. Je roule aussi vite que possible sur l’autoroute mais la traversée de Marseille est très difficile, principalement le goulet d’accès au tunnel où nous restons arrêtés un bon quart d’heure, Enfin nous voici à Marignane. Adieux à Julie qui garde la voiture. Nous enregistrons puis nous devons nous soumettre à un long et pénible contrôle de sécurité. Nous n’attendons guère avant d’embarquer. Collation symbolique à bord et deux heures plus tard nous arpentons les longs couloirs d’Heathrow. Nouvelle attente avant de connaître la porte d’embarquement. Longue traversée des interminables couloirs de l’aéroport avant de pouvoir accéder à notre long-courrier. Nous allons voler dans un continuel crépuscule blafard, à la poursuite d’un soleil en fin de course. Un premier repas est servi, je crois avoir compris que nous avons le choix entre du poulet aux champignons et un fish curry et me voit servir des pâtes à la tomate et au fromage… Marie, plus avisée, a la bonté de partager son poulet… la traversée de l’Atlantique puis du continent nord-américain est longue, fatigante, interminable. Je somnole, essaie de lire mais je n’ai pas mes lunettes et les films proposés en français sont d’une rare niaiserie. Un sous-James Bond et un Jurassic World débile ! Un autre repas plus succinct et sans boissons alcoolisées est servi peu avant l’atterrissage. Le soleil nous a définitivement dépassés et nous nous posons dans une nuit noire à las Vegas. Longue attente pour le contrôle d’immigration. Le policier qui nous tamponne les passeports (après enregistrement des empreintes digitales et photo ) nous adresse quelques mots en français. Nous récupérons les sacs et passons la douane sans déclarer la saucisse aux trompettes de la mort que nous devons à Alexandre. Marie se plaint de la traversée des couloirs puis de devoir marcher pour aller prendre un taxi. Nous retrouvons le Las Vegas que nous avions laissé en septembre avec quelques casinos clinquants longés avant d’atteindre notre motel au Wild Wild West Gambling Hall. La chambre est propre mais mal insonorisée. Je vais acheter une bouteille d’eau puis nous nous glissons dans les draps d’un immense  lit King size .

 

 

Mardi 19 janvier : Pas moyen de trouver le sommeil malgré la fatigue. J’ai beau me tourner et retourner, explorer les frontières lointaines du matelas, je reste. Au beau milieu de la nuit, le téléphone portable sonne. L’orthopédiste de Toulon appelle pour que Marie prenne rendez-vous pour choisir la couleur d’une nouvelle paire de chaussures ! Je me décide à me lever à huit heures et une demi-heure plus tard, un taxi appelé par la réception m’emmène au Public Storage. Le bureau est encore fermé, je retrouve le camion, rebranche la batterie, tourne la clé et … le moteur démarre ! Je fais du rangement en laissant tourner le moteur puis je sors, tout heureux. Le responsable arrive, nous réglons rapidement les dernières formalités et me voilà reparti dans les avenues de Las Vegas. Je retrouve Marie à l’hôtel, nous chargeons les sacs et repartons en direction du camping KOA. Je m’arrête chez un marchand de pneus avec qui je prends rendez-vous pour cet après-midi puis nous retrouvons le supermarché Walmart et ses produits bien américains et aussi la grande gentillesse des employés, toujours très polis, souriants, aimables. Nous refaisons un plein de victuailles en évitant les biscuits à la cannelle, retrouvant presqu’avec plaisir les variétés de jambons et pastramis. Nous traversons l’avenue pour aller nous installer au camping, à notre grande surprise, encore plus bondé qu’en septembre ! Mais la piscine n’est pas fréquentée et les propriétaires de « RV » restent calfeutrés dans leurs immenses engins. Nous recommençons à nous tailler un certain succès avec le nôtre, pour la troisième fois de la journée je dois en dire le prix et comment nous sommes arrivés ici. Et ce n’est pas fini ! Nous tentons de ranger la trop grande quantité de vêtements emportés avant de retourner chez le marchand de pneus. Nous devons attendre jusqu’à la nuit tombée, c’est-à-dire après cinq heures, pour qu’ils soient montés. Nous retraversons toute la ville pour retourner à l’hôtel où Marie a oublié une chemise de nuit que nous ne retrouvons pas. Retour au camping et installation pour la nuit après les derniers rangements.

 

 

Mercredi 20 janvier : Je me suis vite endormi mais, réveillé dans la nuit, je ne me rendors qu’au matin. Les douches, le plein d’eau, les dernières mises au point et rangements nous amènent à onze heures. Nous devons repasser au Walmart pour les derniers achats oubliés la veille avant de traverser une dernière fois Las Vegas en suivant cette artère, Tropicana, que nous aurons bien empruntée

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous récupérons une autoroute pour rejoindre la route d’abord très large qui contourne les derniers faubourgs de la ville tentaculaire et continue dans le désert. Étendues immenses, entre deux chaînes de montagnes, couvertes de buissons et d’arbres de Josué de petite taille. Nous déjeunons au pied des massifs de Red Rock Canyon que nous avions traversés en septembre. Nous continuons sous un beau soleil que nous espérons garder les jours suivants jusqu’à la petite ville de Parhump. Typique bourgade de l’Ouest avec ses larges rues, ses maisons sans étages, ses environs d’habitations qui vont du camping-car à demi sédentarisé à la maison achevée en passant par les mobiles-homes et les villas en cours d’agrandissement. Nous nous dirigeons vers la Vallée de la Mort en traversant une chaîne de montagnes, sur une route peu fréquentée, plus étroite, à mille mètres d’altitude. Après des zones où des crues ont laissé des flaques et des plaques de sel, nous commençons la descente. Nous apercevons l’étendue de la vallée, plus claire, évocation d’un désert de sable. Nous arrêtons au fameux Zabriskie Point (merci Antonioni…) où, sur 360°, d’un point de vue aménagé, nous avons une idée des bouleversements géologiques : soulèvement des sols, traces d’une mer ancienne disparue, versants érodés par les pluies et roches multicolores.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le soleil n’éclaire plus qu’un versant, nous devrons revenir demain pour en avoir une autre vision. Nous achevons la descente jusqu’en dessous du niveau de la mer. Nous nous dépêchons d’arriver au Visitor Center avant qu’il ne ferme. La température affichée est de 76° Fahrenheit, soit 25 de nos degrés Celsius. Nous nous renseignons sur les routes fermées depuis les inondations d’octobre avant de nous installer à dix-sept heures, juste avant la tombée de la nuit au camping, un terrain caillouteux, sans ombre, avec tout de même des toilettes, pour douze dollars. La soirée est longue, nous ne sommes pas habitués à nous arrêter si tôt. Après étude du programme de la journée de demain, rédaction de nos journaux, sauvegarde des photos, nous dînons et à neuf heures nous sommes au lit. Fatigué, je m’endors vite.

 

 

Jeudi 21 janvier : Couché tôt, réveillé tôt ! Marie émerge à sept heures. Je lui propose de partir aussitôt et de retourner à Zabriskie Point pour le lever du soleil et d’y petit-déjeuner. Nous voici donc de retour au parking de la veille et, avant huit heures, nous contemplons, dans un soleil encore voilé par des nuages mais bientôt resplendissant, les plis, les nervures, les ondulations des montagnes qui dégringolent vers la vallée. Du vert, du jaune, du rose, toutes les couleurs sont éparpillées sur les flancs arides des falaises qui bordent la vallée

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous revenons au camion petit-déjeuner puis nous reprenons la route et filons dans la montagne à Dante’s View. C’est un point de vue au sommet de la falaise d’où nous dominons, 1500 mètres plus bas, l’immensité saline blanchâtre ponctuée de mares et de lits de ruisseaux dont on ne sait s’ils sont à sec. Le ciel est hélas, légèrement voilé et les montagnes de l’autre côté ne sont pas très nettes. Quelques traces de neige à leurs sommets répondent au sel aveuglant, même sans grande luminosité. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Après une courte promenade sur un sentier de crête nous revenons vers l’oasis de Furnace Creek et ses quelques palmiers exotiques. Nous repassons au Visitor Center nous faire préciser les conditions de circulation sur les pistes que nous envisageons de prendre. Nous en profitons aussi pour nous connecter, non sans mal, et ainsi trouver un message de Julie qui nous précise, entre autres, comment faire cuire la saucisse d’Ornans (farcie avec des trompettes de la mort. A Ornans plus connue pour son enterrement par Courbet !). Nous repartons vite car malgré notre démarrage matinal, le temps passe et nous avons encore un programme de la journée chargé. Quand aurons-nous le temps de traîner ? Sans doute jamais ! Nous remontons vers le Nord, bifurquons pour aller voir quelques dunes qui, de loin, paraissaient perdues dans l’immensité de la plaine et qui, vues de près, ne sont pas si minables, piquées de touffes de mesquites aux troncs noueux photogéniques. Ce sont sans doute les dunes dont nous avions gardé le souvenir lors de notre passage avec Julie. Nous poursuivons sur une courte portion de mauvaise piste, de la tôle ondulée, jusqu’à l’entrée de Mosaic Canyon. Nous remontons à pied le lit du torrent à sec jusqu’aux gorges d’où il surgit. Le nom est dû à des cailloux agglomérés en couches épaisses entre des roches lisses mais striées par les débris emportés lors des violentes crues. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le canyon serpente, se resserre. Marie arrête devant une marche trop haute dans une roche glissante, patinée, un vrai toboggan. Je continue une centaine de mètres, le canyon est alors plus large. Nous revenons déjeuner au camion puis nous reprenons la route. Nous quittons la vallée, franchissons les montagnes et allons découvrir les quelques restes d’une ville fantôme, Rhyolite. Une curieuse maison a été construite avec des bouteilles en verre intégrées dans les murs de pisé. Devenue une curiosité, elle est protégée par une barrière de barbelés digne d’une prison ! Des bâtiments du début du XX° siècle ne montrent plus que des murs et des piles de béton sur fond de roches rougeâtres. Un musée en plein air propose des sculptures  de divers artistes dont une curieuse Dernière Scène où le Christ et les apôtres ne sont représentés que par les plis de leurs voiles blancs. Nous revenons vers la vallée par la piste de Titus Canyon. Nous sommes seuls sur cette piste en sens unique. La mauvaise tôle ondulée de la première partie doit décourager les rares audacieux. La piste, plus étroite, grimpe ensuite dans la montagne, passant entre des roches très colorées, circulant à flanc de colline en courbes serrées. Malheureusement un inopportun nuage interdit au soleil de mettre en valeur les colorations. Du Red Pass nous découvrons un extraordinaire paysage minéral où toutes les couleurs se bousculent, sans ordre semble-t-il. La piste descend rapidement, laisse les deux ou trois baraques de tôle ou de bois, souvenirs d’une ville minière éphémère. La piste se termine par la partie la plus spectaculaire, en se faufilant entre deux hautes falaises qui ne laissent que la place d’un véhicule dans le lit d’un torrent saisonnier.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Et soudain nous retrouvons la vallée au brutal débouché du canyon. Il est alors seize heures trente, le soleil se cache, il nous faut vite parcourir encore une trentaine de kilomètres pour atteindre le camping de Mesquite Spring. Presque désert, nous n’avons que l’embarras du choix. Il faut régler par carte de crédit à un automate la somme due. Je ne veux pas utiliser une de nos cartes. Nous verrons s’il y a un contrôle… Nous dînons de l’excellente saucisse avec une très médiocre purée… Mais avec un Malbec argentin point déplaisant…

 

 

Vendredi 22 janvier : Nous étions légèrement en altitude (800 mètres) et il a fait plus froid cette nuit. Aucun ranger n’est venu vérifier si nous avions versé notre écot… Nous repartons à huit heures et demie et continuons sur quelques kilomètres au milieu de la lave noire et atteignons le rebord d’un cône volcanique. Ses parois d’un rouge vigoureux ne sont pas encore éclairées par le soleil. En arrière-plan, les montagnes et le désert s’étendent à perte de vue.

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Les rares visiteurs sont partis faire le tour du cratère. Nous gravissons péniblement une portion de la crête jusqu’à découvrir un petit cratère secondaire. Nous découvrons de retour au parking qu’en continuant, mais cela impliquait une descente et une autre montée dans les graviers, nous aurions atteint un autre petit cratère au cône parfait. Nous reprenons la bonne route du sud en roulant vite, avant de faire un petit détour pour accéder à une promenade sur un trottoir de planches jeté au-dessus d’un marécage inattendu. Il est  traversé par un improbable ruisseau d’une eau saumâtre dont s’accommodent de minuscules poissons. Plus loin, un bout de piste traverse un « Mustard canyon », le bien nommé pour sa couleur ! Nous revoilà à Furnace Creek. Nous passons au Visitor Center, une fois de plus, pour obtenir des informations sur le Mojave National Park. Puis je dois refaire un plein de gasoil, bien plus cher qu’en ville, ainsi que des provisions pour dîner au General Store qui pratique des prix dignes des postes commerciaux du temps des colonies… Nous repartons et allons nous garer à l’entrée du Golden Canyon. Avant de déjeuner, nous décidons d’y aller nous promener. Le sentier, autrefois une route étroite mais goudronnée, s’enfonce entre deux falaises puis circule entre de douces collines arrondies ocre jaune. De petits canyons secondaires offrent des vues sur des pics, des roches, des falaises déchiquetés et colorés. Nous apercevons derrière les collines, les murailles rouges dites « Red Cathedral » qui contrastent avec les buttes jaunes à leur base. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 Marie renonce, je continue quelques centaines de mètres, le sentier devient plus étroit, encombré de rochers puis demande de se faufiler dans d’étroits défilés, d’escalader des éboulis avant de déboucher au pied de la falaise. Je suis dominé par ce mur impressionnant mais sans recul et donc sans possibilité de jouir de toute son étendue. Retour au camion, fatigués après cette imprévue promenade de quatre (pour Marie) ou cinq (pour moi) kilomètres. Nous déjeunons rapidement et tardivement. Nous prenons conscience que nous ne pourrons pas être sortis ce soir avant la nuit du parc et que le bivouac risque d’être difficile et, en principe, interdit. Nous envisageons de revenir au camping de Furnace Creek. En attendant nous continuons quelques kilomètres pour emprunter une route dite « artist drive » qui va serpenter au pied des falaises entre des collines aux étonnantes couleurs, vert, ocre, mauve, jaune, dues au minéraux que les pluies mettent à nu et que le soleil fait resplendir, évoquant la palette d’un peintre. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

San Nous retrouvons la vallée et une dernière excursion nous amène au milieu de la couche de sel cristallisé qui couvre le fond de la vallée et explique son insoutenable luminosité vu du sommet des falaises. Le sel forme des buissons dont les branches et les plus fines tiges sont des aiguilles de sel qui craquent sous les pas et coupent comme des lames aiguisées. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous revenons en repassant par Artist Drive pour revoir au coucher du soleil les couleurs avivées. Je me dépêche de revenir au Visitor Center m’acquitter du paiement du camping et nous allons nous y installer juste avant que la nuit ne tombe. Une bière est la bien venue faute d’un apéritif auquel Marie renâcle…

 

 

Samedi 23 janvier : J’avais judicieusement arrêté le réfrigérateur pour la nuit et, ce matin, les batteries auxiliaires n’étant pas déchargées, nous pouvons mettre le chauffage en route pour obtenir une douce quiétude qui ne nous incite pas à nous lever aussitôt. Il est presque neuf heures quand nous attaquons la descente en direction du sud, sous un ciel bien plombé. Nous longeons sur notre droite l’aveuglante étendue de sel, au pied des Montagnes Noires. Nous faisons une halte au lieu-dit de Badwater d’où nous allons faire une courte promenade au milieu de la couche de sel, mélangé à du sable ou de la terre en bordure de route, plus pur en s’en éloignant. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous continuons sur une route plus étroite et au revêtement moins parfait avant d’entamer les cinquante kilomètres d’une plutôt bonne piste sur laquelle on nous annonçait des passages de « sable profond », toujours la prudence exagérée ! J’avais bien senti que les rangers à Furnace Creek ne voyaient pas d’un très bon œil notre projet d’emprunter cet axe… Nous n’y croiserons personne et à la sortie, aucun panneau n’indique cette entrée du parc. Après cette nouvelle traversée d’un désert plus verdoyant où même des fleurs apparaissent, nous retrouvons le goudron et parvenons à Baker. Les espoirs de ravitaillement que nous avions conçus sont vite déçus, pas le moindre supermarket ! Nous ne trouvons que du jambon, des saucisses et des pommes à prix d’or (comme dans un conte oriental !). Nous traversons l’autoroute et replongeons dans le désert sur une chaussée en mauvais état, dans la Mohave National Preserve. Des buissons donnent des sables une allure de rescapé d’une variole. Nous allons poser quelques questions au Visitor Center de Kelso, installé dans une ancienne gare construite autrefois dans le style « Mission espagnole ». Il ne passe plus que des trains de marchandise tirés par des locomotives aux flancs peints de drapeaux américains flottant au vent. Nous allons voir à quelques kilomètres les dunes de Kelso, plus impressionnantes de loin que de près, des buissons poussent sue leurs flancs et le sable semble mélangé de terre. Nous revenons à Kelso et continuons en longeant la voie ferrée, pas vraiment l’idée que je me faisais du désert mojave… Des arbres de Josué ont commencé à apparaître dès que nous sommes entrés dans ce parc, ils sont de plus en plus nombreux, de belle taille et bien touffus. La plus belle forêt se trouve au bout d’un morceau de route de quelques kilomètres après Cima. Nous pouvons bivouaquer au pied de gros rochers qui forment de petites collines au milieu des arbres. Nous allons nous promener et découvrons au bout d’une piste sablonneuse un emplacement de bivouac parfait entre rochers et arbres de Josué. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Des pierres forment foyer ce qui nous autorise à nous y installer, selon les normes des parcs américains ! Le soleil enfin réapparu transforme le site et nous fait oublier notre halte précoce. Un apéritif est le bienvenu d’autant qu’il obéit à l’amendement « Laurence » puisqu’avec le décalage horaire nous sommes dimanche !

 

 

Dimanche 24 janvier : Le thermomètre affiche 4°c dans le camion et du givre couvre toutes les vitres. Nous devons utiliser le chauffage pour sortir des duvets avant qu’un beau soleil ne commence à réchauffer l’atmosphère. Je vais me promener au milieu des arbres de Josué et des éboulis rocheux pendant que Marie se prépare. Nous reprenons la route quittons la belle forêt et continuons dans un paysage volcanique de roches d’autant plus noires qu’elles sont à contre-jour ! La végétation est maintenant composée de tout ce que les cactées ont pu imaginer d’espèces pourvues de pointes, d’aiguilles, de piquants ou de crochets, sous forme de boules, de branches, de raquettes etc… 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous quittons le parc Mojave, retrouvons le goudron puis une autoroute qui nous amène à Kingman. Nous nous rendons au Visitor Center pour y faire le plein d’informations sur le Grand Canyon. Nous découvrons atterrés que la température y varie, aujourd’hui, entre -9°c et +6°c ! Marie grelotte déjà… Nous déjeunons rapidement car en entrant en Arizona nous avons perdu une heure puis nous allons refaire le plein de provision dans un supermarché en prévision des jours à venir, loin des villes. Nous continuons sur l’autoroute, négligeant la mythique highway 66, faute de temps puisque nous sommes toujours pressés… Nous ne pourrons pas être à Grand Canyon ce soir, nous devons chercher où dormir. Depuis Ash Forks, le paysage est entièrement sous la neige. Peu de possibilités de bivouac, nous nous résolvons à chercher un camping à Williams. Le premier pratique des tarifs indécents, le second est très honnête avec des toilettes et des douches chauffées ! Nous nous préparons pour une nuit « fraîche »… Nous ne soulevons pas le toit, cuisinons accroupis et enfilons nos « Damart thermolactyl » avant de nous enfouir dans les duvets.

Lundi 25 janvier : A quatre heures du matin, il y a +1°c dans le camion, les vitres sont couvertes de givre. Je mets en marche le chauffage qui fait vite remonter la température et nous le laissons jusqu’au moment de nous lever, avec le timide soleil. Nous trouvons un message de Julie. Un thé bien chaud nous revigore et bientôt, sous un ciel bien bleu, nous prenons la route du parc du Grand Canyon, sur un plateau qu’occupent des ranchs sans beaucoup d’animaux. Nous voici au village de la rive sud et aussitôt nous passons au Visitor Center puis, juste derrière le bâtiment, au premier point de vue sur le canyon, Mather Point, où nous redécouvrons ce grandiose panorama !

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Surpris de ne pas y trouver plus de neige sur les gradins des falaises, seuls les sommets des deux rives en sont couverts. Devant nous s’étagent les roches rouges sans laisser deviner le cours du Colorado, perdu au fin fond d’un canyon que n’éclaire pas encore et sans doute que très brièvement, le soleil. Nous prenons la courte route de l’ouest qui suit le rebord de la falaise et où des points de vue ont été aménagés pour offrir d’incomparables vues aux visiteurs émerveillés. Bien entendu, nous n’en ignorons aucun… Mais cela nous prend beaucoup de temps : se garer, descendre un sentier qui peut être encore enneigé et même glissant, se rassasier de la vue, revenir, repartir jusqu’au suivant. Nous apercevons de certains points le sentier que nous avions emprunté pour descendre à mi-parcours, laissant, parents indignes, Julie à la garde d’une brave dame qui n’avait pu communiquer avec elle. Aujourd’hui, nous n’y voyons personne, sans doute trop risqué car il semble couvert de glace. Le Colorado se devine enfin sur la fin du parcours, torrent dont les méandres se perdent entre les premiers étages des montagnes. Nous revenons sur nos pas pour le Yavapai Point, dans le village, où un petit musée géologique offre derrière une baie vitrée, sans doute la plus belle vue du canyon. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous passons nous réserver un emplacement au camping, dans la neige non déblayée, sans douches mais avec des toilettes chauffées… Nous retournons à Hopi Point pour le coucher du soleil que nous guettons en compagnie de bon nombre de touristes. Les roches se rosissent brièvement mais la température dégringole elle aussi, des stalactites se forment sous le camion ! 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous allons nous installer au camping en nous équipant pour une nuit polaire…

 

Mardi 26 janvier : la nuit a dû être encore plus froide que la veille et nous avons laissé tourner le chauffage une bonne partie de la nuit. Nous allons nous garer devant le bâtiment où nous pouvons faire une lessive et Marie prendre une douche avant d’aller attendre le passage de la navette obligatoire pour se rendre à Yaki Point mais nous n’avions pas compris qu’elle fait une boucle et ne s’arrête pas dans notre sens. Nous devons revenir au Visitor Center pour la prendre en compagnie de Mormons ou autres sectateurs d’un autre siècle. Mes yeux vairons semblent beaucoup amuser une de ces jeunes égarées. Nous arrêtons à South Kaibab d’où un sentier dévale jusqu’au cours du Colorado mais ce n’est pas pour nous... L’arrêt suivant est donc à Yaqui Point avec encore une de ces vues à couper le souffle mais dont je commence à me lasser. Il fait très froid et caresser une brave mule qui attend des amateurs de balade équestre ne me réchauffe guère. Nous revenons au Visitor Center où nous nous laissons prendre à une projection d’un film sur le Grand Canyon. Intérêt très limité, musique grandiloquente et narration pour classes enfantines. Nous repartons enfin en direction de l’Est. Nous avons encore de nombreux points de vue au programme dont l’un avec un curieux canard de pierre. Un très modeste musée, à côté de ruines que la couche de neige dissimule, présente quelques objets intéressants, des bijoux navajo et des poupées katchina qui nous font toujours aussi envie. Des derniers points de vue, on distingue le lit du Colorado dont il est difficile à cette distance de deviner la fureur des rapides. La dernière halte, à Desert View nous offre en conclusion un ultime panorama sur le canyon et la possibilité de grimper à l’intérieur d’une tour construite dans les années 1930 par une amie des Indiens et qui l’a fait décorer avec des gravures, dessins, fresques qui évoquent leurs cultures.

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous sortons du parc, perdons tout de suite de l’altitude et continuons sur un plateau sans neige, sur lequel nous roulons à vive allure. Nous sommes désormais dans la réserve indienne des Navajos. L’habitat, très dispersé, est celui de populations pauvres, des mobiles homes ou des maisons très simples, sans caractère. Devant, sont garés des pick-up et des carcasses rouillées. Nous parvenons à Page juste avant la tombée de la nuit et nous arrêtons au Walmart à l’entrée de la ville. Nous en profitons pour refaire quelques emplettes et moi en particulier pour acheter des lunettes de soleil moins féminines que celles que m’a provisoirement prêtées Marie ainsi qu’une clé USB, toutes deux oubliées à Toulon. Le personnel et les clients sont tous Indiens. Nous nous installons sur le parking pour la nuit.

 

Mercredi 27 janvier : Il a fait moins froid mais ce n’est qu’une question de degrés en dessous de zéro… Je vais me garer près du Mac Donald pour bénéficier de leur wifi mais nous en sommes encore trop éloignés. Je m’en rapproche à pied pendant que Marie se prépare. Pas de messages… J’échange quelques mots avec un couple de Savoyards , Mathieu et Jeanne, qui, avec leurs deux garçons traversent les Amériques à bord d’un énorme camion. Nous prévoyons de nous retrouver ce soir. Nous continuons jusqu’au barrage du lac Powell, le traversons et continuons quelques kilomètres jusqu’à un point de vue sur le lac et les montagnes tabulaires qui l’entourent. La vue est décevante, les eaux sont basses et la marina en contrebas défigure encore plus le paysage que les cheminées de la centrale électrique qui crachent des fumées blanches et verticales dans l’air pur à l’horizon. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous revenons à Page, petit détour pour contempler le canyon qui alimente le barrage mais il est encore dans l’ombre. Plein de gasoil à un prix, en territoire navajo, qui défie toute concurrence : 51 centimes d’euro ! Nous nous rendons ensuite au site des canyons Antelope et d’abord celui du haut : Upper Antelope Canyon plus accessible pour Marie, sans échelle à gravir. Le prix est élevé, 48 $, justifié par un transfert en pick up sur le site, 6 kms dans le wash, c’est-à-dire, sous d’autres cieux, l’oued, le kori. Nous pénétrons à pied dans un très étroit canyon, creusé par les eaux saisonnières d’un torrent qui, en tourbillonnant, a donné aux parois des formes tourmentées, lissées, douces où l’on imagine bien les vortex furieux qui ont façonné ces roches qu’une lumière changeante éclaire à cette heure. Notre guide a la bonne idée de nous donner à chacun des instructions pour réaliser les meilleures photos possibles et il nous indique les meilleurs emplacements

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Marie, en montant dans le pick up, s’est cogné un tibia et claudique difficilement. Nous revenons sur nos pas après avoir débouché en amont et revenons récupérer le camion. Nous traversons la route pour nous rendre au site du Lower Antelope Canyon, où Marie tient à ce que je fasse la visite. Nous déjeunons avant que je ne me lance avec quelques compagnons canadiens et japonais dans cette seconde excursion. Nous devons marcher quelques centaines de mètres dans le sable avant d’atteindre un escalier qui nous amène à l’entrée de ce nouveau canyon. Nous y progressons en suivant les méandres entre deux parois, plus torturées que les précédentes, moins hautes et donc plus éclairées. Là aussi, la roche a été polie par le torrent et les stries ont créé des lignes tracées sur les parois, elles-mêmes courbes.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Je photographie à tout va… Nous finissons par déboucher et je retrouve Marie. Nous repartons sur le plateau qui s’élève doucement. Avec l’altitude, nous retrouvons la neige qui au début grêlait les étendues désertiques et a fini par tout recouvrir. Quelques buttes et mesas paraissent insolites sous la neige. Un détour nous amène au Navajo National Monument, un parc avec un modeste musée mais avec de superbes poteries indiennes anciennes et un camping sans grandes commodités mais gratuit ! Nous y retrouvons nos Savoyards que nous invitons à prendre un verre, après nous être installés sur un site encore enneigé. Après un premier pot, nous passons à l’apéritif en parlant voyages et en échangeant nos impressions américaines. Dîner et rédaction tardive avant de nous coucher.

Jeudi 28 janvier : Le chauffage n’a pas marché toute la nuit et je me  réveille avec les pieds gelés. Après avoir dit bonjour à Jeanne, Mathieu, Raphaël et Camille et promis de nous revoir, nous retournons nous garer devant le Visitor Center, puis nous partons sur un sentier partiellement enneigé et parfois glissant, à flanc de colline, au milieu des étendues blanches entre les pins et les genévriers. De l’autre côté du canyon que nous suivons, les falaises montrent des excavations arrondies. La plus importante se dévoile au bout de quelques centaines de mètres, en face de nous. Elle abrite les ruines des constructions d’un village indien abandonné depuis sept siècles. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

On y aperçoit les restes de maisons en pisé et de toits en rondins. Nous repartons, retrouvons la grande route et parvenons à Kayenta, gros bourg sans âme mais disposant d’un centre commercial où je vais racheter du jus de fruit, épuisé par les vodka-orange de la veille, et aussi des côtes d’agneau inattendues. Nous déjeunons devant le musée en plein air. Des kivas et un hammam local y ont été reconstitués. Nous continuons notre route. Un piton et une mesa, de part et d’autre de la route annoncent le paysage à venir, celui de Monument Valley. Bientôt les buttes flanquées d’aiguilles se multiplient sur un sol encore partiellement enneigé. Avant de pénétrer dans le parc tribal nous allons voir, à l’écart de la route, un musée installé dans l’ancien trading post de Goulding. Deux pièces sont consacrées aux films qui ont été tournés dans la région et les John, Ford et Wayne, s’y taillent la meilleure place. Des photos, des affiches et même la diffusion de ces westerns inoubliables me font grand plaisir. Comment ne pas être heureux de revoir des extraits de She wore a yellow ribbon, ou Nathalie Wood dans The Searchers ? Les amateurs me comprendront… Nous allons nous renseigner sur les conditions du camping installé plus haut  mais avec vue sur les pitons dans la vallée. Enfin, nous nous rendons sur le site. Il faut acquitter un droit d’accès, territoire navajo, ce parc n’a rien à voir avec les Parcs Nationaux. Nous passons au Visitor Center, plutôt pauvre, et à la boutique où, pressé de rouler entre les pitons, je dois arracher Marie à ses tentations. Et enfin, nous suivons à allure modérée la mauvaise piste qui va serpenter entre les massifs tant de fois vus dans les films. Des aiguilles attachées à des pitons ou collées les unes aux autres, des mesas aux formes évocatrices (éléphant, chameau etc…), des étendues de sable, des dunes couvertes de neige, des buttes de grès rouge, surgissent à chaque détour de la piste. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le soleil déclinant les illumine et les ombres s’allongent, mettant en valeur les massifs. Quelques ranchs peu développés peuplent le parc et des loueurs de chevaux attendent les très rares touristes. Nous terminons la boucle au John Ford’s Point où le soleil achève de faire rougir les pics et où nous nous promettons de revenir demain… 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous ressortons du parc et retournons au camping. Nous y arrivons en même temps que nos Savoyards qui nous invitent à prendre un pot dans leur confortable camion. Je leur envie l’espace à l’arrêt mais certainement pas la maniabilité sur la route… Profitant d’une bonne wifi, je consulte la messagerie et mets le blog en ligne.

Vendredi 29 janvier : Je profite d’une douche bien chaude avant que nous ne réussissions à prendre la route. Arrêt à la boutique de souvenirs du lodge où Marie tient à acheter une poupée katchina (made in China ?)… Nous retournons dans le parc pour retrouver les paysages de la veille sous un autre éclairage. Le groupe des trois aiguilles appelé « les 3 Sœurs » est effectivement caressé par le soleil. Nous arrêtons au John Ford’s Point où j’avais compris hier qu’il s’agissait du surplomb où une photo mythique y montrait un cavalier sur fond de pitons. Le côté photogénique exploitable de la chose n’a pas échappé à quelques navajos astucieux… Un cheval sellé attend l’amateur pour s’y faire prendre en photo et bien sûr je ne peux pas manquer l’occasion. Me voilà perché sur une monture placide, habituée à toutes les fantaisies des touristes. Son propriétaire se charge d’immortaliser, avec mon appareil, pour l’éternité ce grand moment dans la vie d’un amateur de westerns. Hélas il est meilleur commerçant que photographe et ses prises de vue sont mal cadrées ! 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous repartons pour la boucle mais le ciel se couvre et une triste grisaille habille pitons et mesas rougeoyants de la veille. Nous en repartons vaguement déçus mais contents de les avoir vus dans toute leur splendeur hier. De la route, nous apercevons, encore émergeant de la prairie couverte de neige, des blocs de rochers dressés vers le ciel. Après Mexican Hat qui tire son nom d’une curieuse roche plate posée en équilibre sur un piton, nous bifurquons pour nous rendre sur les bords de la rivière San Juan, au Gooseneck Point. Les eaux ont creusé un canyon en une succession de méandres serrés et spectaculaires. Nous déjeunons en attendant le retour du soleil qui, bon prince, nous accorde quelques rayons. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

La neige est encore très présente et la terre est gorgée des eaux de fonte. Plus loin, nouveau détour sur une piste mouillée mais non glissante, pour aller circuler entre les formations de la Valley of the Gods. Encore des buttes, des mesas, des pitons mais différents de ceux de Monument Valley. Pas d’aiguilles fines, ce sont plutôt des roches posées les unes sur les autres en équilibre précaire et des buttes beaucoup plus longues que larges. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 

Nous suivons une boucle qui nous ramène à la route goudronnée que nous poursuivons jusqu’au pied des falaises. Là, c’est une piste étroite et sinueuse qui grimpe à flanc de montagne jusqu’au plateau complètement enneigé. La piste que nous voulions emprunter pour nous rendre à un point de vue est encore partiellement enneigée et une tentative de la suivre s’arrête rapidement après une centaine de mètres en dérapages mal contrôlés dans la terre gadouilleuse. Nous décidons de continuer jusqu’au Natural Bridges National Park en nous demandant si le camping sera dégagé… Nous arrivons juste avant l’heure de fermeture du Visitor Center, à temps pour apprendre que le camping est bien ouvert et même gratuit ! Nous nous y rendons et nous nous installons sur un emplacement encore bien enneigé. Je ne parviens plus à sauvegarder mes photos sur l’ordinateur, peut-être le câble de raccordement ?

 

 

Samedi 30 janvier : Il a fait moins froid cette nuit, seulement -3°c dehors, pourtant nous étions à un peu plus de 2000 mètres d’altitude. Nous prenons la route du parc déneigée qui longe un canyon entre deux falaises ocre qui semblent modelées, roches arrondies dont les deux rives sont reliées par des ponts naturels que le torrent a creusé. Plus loin, un sentier est supposé amener à un point de vue d’où l’on doit apercevoir les ruines d’un ancien village indien. Nous nous y engageons, il est couvert de neige ou de terre imbibée d’eau de fonte et donc très boueux. Marie renonce vite et m’attend. Je continue vaillamment sur cinq cents mètres en pataugeant avec mes chaussures de ville. La vue est décevante et je manque de dévaler dans le ravin en glissant sur des plaques verglacées. Je retrouve Marie puis le camion avec plaisir bien que transi, les pieds glacés et mouillés. Mais la journée n’est pas terminée… Un second pont naturel puis un troisième, couvert de neige, difficile à discerner dans le paysage, ne seront contemplés que depuis les points de vue sur la route et sans nous aventurer sur de trop désagréables sentiers. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous repassons au Visitor Center pour apprendre qu’une tempête est attendue dans la journée, avec pluie et neige, ainsi qu’une baisse des températures… Nous décidons de continuer sur Moab puis d’aviser alors. Nous retrouvons la grande route en direction du nord. Je refais un plein de gasoil à Blanding, bourg allongé sur sa rue principale, calfeutré en attendant la fin de l’hiver. Le litre à moins de 60 centimes d’euros reste un gros atout pour l’automobile ! La météo ne semblant pas se dégrader, de grandes plages de ciel bleu nous incitent à tenter de nous rendre à Needles Overlook. Nous roulons sur un plateau enneigé, désertique que seules des vaches occupent en broutant les quelques pousses qui percent la couche de neige. Nous parvenons à l’extrémité du plateau pour découvrir en contrebas, l’extraordinaire paysage de Canyonlands, un ensemble de canyons, de montagnes tabulaires dont le rouge est piqueté de plaques de neige. Dans le lointain, le Colorado se fraie un chemin dans ce dédale. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

D’où nous sommes, sur 240°, nous dominons ce que nous pourrions prendre pour une carte stratigraphique avec des courbes de niveau parfaitement tracées. Pour avoir une vue de tous les côtés nous empruntons un sentier qui n’est que partiellement goudronné, nous pataugeons dans la neige fondue ou dans la terre spongieuse. Retour au camion encore plus crottés… Nous déjeunons puis repartons sur Moab. Le ciel s’obscurcit, le soleil disparaît et le gris envahit tout. A Moab, nous nous faisons confirmer les mauvaises prévisions météorologiques au bureau touristique. Nous décidons de tenter notre chance et de visiter Arches National Park avant l’arrivée des éléments déchaînés annoncés. Nous atteignons rapidement le parc et passons au Visitor Center juste à l’heure de fermeture. Une ranger ne rechigne néanmoins pas à aller nous chercher carte et informations. Nous retrouvons ce parc dont nous avions gardé un grand souvenir, notamment d’une promenade avec Julie, mais sous un soleil plus agréable. Avant d’arriver au camping, tout au bout de la route goudronnée qui traverse le parc, nous décidons d’essayer de voir un maximum de sites pour le cas où les conditions seraient pires demain. Nous arrêtons donc d’abord à « Park Avenue », une étroite vallée qui s’enfile entre deux hautes murailles quasi parfaitement rectilignes, surmontées de roches découpées. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Je retrouve les « Trois Commères » d’où je me souvenais être revenu à pied chercher notre RV de l’époque. Puis ce sont de gigantesques bilboquets de pierre où des roches vaguement sphériques sont posées en équilibre sur des piliers. Mais la « spécialité » de ce parc, ce sont les arches creusées dans de fines parois de grès. Nous allons en voir quelques-unes, celles des deux « fenêtres » et de Turret. Un sentier, identique pour son état aux précédents, y conduit. Marie préfère m’attendre au camion pendant que je vais approcher de ces trois énormes ouvertures qu’hélas aucun rayon de soleil n’avantage.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 

Marie tient à ce que nous fassions tous les détours avant d’atteindre le camping à la nuit. Nous réglons notre dû, 25 $ pour aucun service si ce n’est des toilettes… Chers les campings dans les Parcs Nationaux…

Dimanche 31 janvier : Le ciel est gris mais il ne pleut pas, ni ne neige, mais il fait très froid. Nous nous rendons au point de départ du sentier qui mène à Landscape Arch, une très belle arche, sur les photos, car nous n’allons pas loin, la terre gorgée d’eau et la neige sont verglacées et nous ne sommes pas équipés pour les patinoires. Ni pour quelque sol que ce soit en ce qui me concerne. J’ai dû remettre mes chaussures de ville de la veille, encore humides, avec mes chaussettes raides ! Je le regrette d’autant plus que cette promenade nous l’avions faite avec Julie et j’en avais conservé un très bon souvenir. Nous repartons et nous arrêtons pour aller voir la Skyline Arch, presqu’en bordure de route, un grand trou dans la muraille de grès, au bout d’un sentier sans trop de difficultés mais qu’il fait froid ! Plus loin, nous devons faire quelques centaines de mètres sur un sentier de sable glacé mais pas glissant pour nous faufiler entre deux de ces murs parallèles qui constituent l’essentiel des masses rocheuses et dans lesquels se sont percées les arches. Nouvel arrêt pour contempler un amas de crottes rocheuses bicolores qui seraient du plus bel effet avec un rayon de soleil. Nous retournons au parking d’où la veille nous avions entraperçu Delicate Arch. Nous nous en approchons sur un sentier sablonneux puis en grimpant sur une colline étonnamment sans trace de neige. Du sommet nous apercevons de bien plus près cette belle arche qui, avec d’autres roches torturées, culmine sur une autre barre rocheuse dont nous sommes séparés par un canyon. Nous y apercevons des touristes, minuscules, passer dessous. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le ciel est de plus en plus gris, la masse nuageuse de plus en plus basse et les sommets des montagnes proches, visibles la veille, y sont cachés. Nous nous dépêchons de revenir au site des « Fenêtres » pour vite nous précipiter à Double Arch qui comme son nom l’indique est formée de deux arches perpendiculaires sous lesquelles nous passons. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

La falaise forme une monstrueuse « Parade d’éléphants » avec ces roches pachydermiques où l’on peut identifier des dos arrondis, des oreilles et des trompes. Le paysage est magnifique, grandiose et avec un rayon de soleil pourrait concurrencer Bryce Canyon à notre panthéon des parcs américains. Nous repassons devant les « Trois Commères » indifférentes aux quelques flocons qui commencent à tomber. Je m’offre l’ultime plaisir de retourner jeter un œil à « Park Avenue », impressionnante même sans luminosité. Nous en avons enfin terminé et redescendons au Visitor Center où, après avoir changé de chaussures, je vais profiter de toilettes où on pourrait passer la journée dans une douce chaleur… Nicole a enfin réussi à nous envoyer un sms auquel nous répondons. Nous nous renseignons sur les prévisions météorologiques, toujours aussi mauvaises. Nous déjeunons puis suivons le cours du Colorado dans un beau canyon de falaises rouges abruptes, jusqu’à un lodge, fort bien situé sur les berges du fleuve. Nous apprécions le côté rustique chic et chaud ainsi que la décoration fidèle à l’esprit de l’Ouest des salles communes. Nous n’y sommes pas venus pour cela mais pour le petit musée consacré aux films qui furent tournés dans les environs, des westerns bien sûr et d’autres plus étranges. Nous revenons sur Moab en nous réservant un emplacement de camping en bordure du Colorado. Le terrain est géré par le BLM mais coûte tout de même 15 $ pour aucun service ! Nous allons refaire le plein de provisions au supermarché de Moab, bien achalandé. On y trouve même de l’agneau et du veau mais pas d’alcool ni de vin ! Il fait nuit quand nous en ressortons et il tombe toujours quelques flocons. Nous voulions dîner dans un restaurant chinois mais il est fermé. Nous allons donc nous installer seuls sur notre terrain. Nous relisons mon texte pour préparer le blog.

Lundi 1er février : Pas le moindre bruit au réveil, nous sommes recouverts d’une couche de 10 cm de neige ! Tout est blanc, uniformément blanc… Aucun véhicule ne circule, nous sommes tout seuls dans cette immensité immaculée. Nous ne sommes pas du tout pressés puisque nous allons devoir passer la journée à Moab en attendant une amélioration climatique. Nous rejoignons le centre-ville en roulant à petite vitesse. Les chasse-neiges commencent à s’activer mais trottoirs et rues secondaires sont encore couverts de neige. Au Bureau d’Information, on nous laisse espérer une amélioration demain avec même du soleil. Nous décidons d’attendre pour nous rendre à Canyonlands. Nous nous rendons à la bibliothèque où nous avons, dans des locaux chauffés, une bonne connexion internet qui nous permet de lire nos messages, répondre à celui de Nicole et mettre le blog à jour. Retourner sur notre camping ne nous enchante pas. Le panneau solaire, sous la neige, ne charge plus les batteries et nous n’allons pas rouler assez non plus. Nous allons nous renseigner sur les tarifs du seul camping, à la sortie de la ville, qui est ouvert. Le tarif d’un bungalow est à peine supérieur à celui d’un emplacement de camping. Nous hésitons, allons à la recherche d’autres solutions et finissons par trouver, bonne adresse du Routard, un hostel,le Lazy Lizard, qui ressemble fort à une auberge de jeunesse où, pour 26 $, nous avons une chambre chauffée et la possibilité de prendre une douche chaude. Nous y déjeunons de nos provisions puis nous appelons Julie sur Skype. Elle et Alex sont de retour à Aix et son déménagement devrait suivre. Nous nous octroyons une sieste puis nous retournons en ville, les rues sont déneigées mais il continue de tomber quelques flocons. Nous allons au Liquor Store, seul magasin habilité à vendre des alcools et du vin pour y refaire un plein. Nous nous mettons en quête d’un restaurant, le chinois envisagé est fermé, le japonais aussi. En attendant de nous contenter d’une quelconque brasserie, nous retournons, au chaud, à la bibliothèque écrire des cartes postales et taper le récit de cette journée. Nous allons dîner à la Moab Brewery, une micro-brasserie avec de bonnes bières pas chères et des plats très copieux, toujours un peu trop sucrés bien sûr. Calamar en beignets, poulet au miel et aux amandes pour Marie, bœuf avec une sauce barbecue dont j’ai presque du mal à venir à bout, sans oublier patates, cole slow et petite salade plus pain et beurre à des prix introuvables en France !

 

 

Mardi 2 février : Certes la literie n’avait pas toutes les qualités espérées, mais la douce chaleur dispensée par une grille d’aération, des couvertures et non un duvet trop étroit et le plaisir de sentir nos deux corps imbriqués ont fait de cette nuit un plaisir. Un grand ciel bleu fait presque oublier les températures négatives même en pleine journée. Nous quittons notre auberge et allons nous garer près du bureau d’information pour avoir la météo mais il est inexplicablement fermé. Nous petit déjeunons dans le camion glacial, l’eau arrive difficilement et tout est glacé. Nous nous rendons au Visitor Center du parc Arches où on nous affirme que le parc Canyonlands est fermé, les routes d’accès en cours de déneigement. Nous avons envie de revoir Arches sous la neige et aussi de profiter de ce soleil inespéré. Nous retournons donc aux points de vue les plus facilement accessibles, sans avoir trop à marcher dans la neige, « Park Avenue », « les 3 Commères » et le site avec la double arche, tous magnifiques, la roche dorée par le soleil et la neige soulignant les crêtes, les failles, les sommets. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Le ciel bleu semblant affecter toute la région, nous décidons d’aller voir si nous ne pouvons pas accéder à Canyonlands. La route du parc est proche et aucune signalisation ne l’indique comme fermée. La route vers « Island in the sky », comme est appelée cette zone du parc, a été déneigée et nous roulons bien jusqu’au carrefour de celle qui se rend à « Dead Horse Point » que nous empruntons. Ensuite des plaques de neige ou de glace nous contraignent à modérer la vitesse sur une route plus étroite. Des vaches, là aussi, vaquent en toute liberté dans des champs disparus sous la neige. Au bout de la route, nous atteignons le Visitor Center de ce State Park où nous devons régler le droit d’accès puisqu’il ne s’agit pas d’un National Park ! Les alentours sont sous la neige mais alerté par des vues de portions de canyons sous la neige, je m’aventure sur un sentier non déneigé dans lequel j’enfonce jusqu’aux genoux pour parvenir à un point de vue sublime ! 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Un canyon se déverse vers le Colorado qui serpente au milieu de pitons disparaissant sous la neige, la fine couche blanche en souligne les strates. Un paysage en noir et blanc qui devrait être dans tous les tons rouges de roches brûlées par le soleil. Nous poursuivons quelques centaines de mètres jusqu’au point de vue d’où nous embrassons un gigantesque panorama de canyons, de pitons, de méandres, une immensité blanche surgie d’un rêve de graveur à la Dürer. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous nous en arrachons le temps de, rapidement, déjeuner dans un camion couvert de stalactites. Les roues ont projeté des particules de neige fondue sous la caisse, dans les passages de roue, sur les bavettes garde-boue, qui, avec la température extérieure, gèlent immédiatement. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Après cet émerveillement, nous revenons sur nos pas, ralentis par le dépassement d’un troupeau de plusieurs centaines de ces bovins gras et poilus que conduit un authentique cow boy à cheval, sur la route. Nous  poursuivons jusqu’au National Park et surtout à un autre point de vue, Grand View Point. Sur ces immensités de canyons, la neige a eu la gentillesse de laisser le grès rouge visible et s’est contentée de mettre en valeur les tons de la roche. Je suis un peu las de ces points de vue et surtout j’ai les pieds gelés dans mes souliers de ville. Je n’ai qu’une hâte, les quitter, enfiler d’autres chaussettes, pas mouillées, et mes « tennis de yachtman » qui auront connu quatre continents ! Encore quelques points de vue qui feraient traverser toute l’Europe pour les contempler puis nous prenons le chemin du retour. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous retraversons Moab pour la énième fois et continuons vers le sud. Nous quittons la route principale où je double les énormes poids lourds dans les côtes et où je suis, à mon tour, dépassé par les mêmes engins dans les descentes. Nous quittons cette route pour celle, encore bien couverte de neige glacée, qui mène dans la région des Needles. La nuit descend, nous ne distinguons plus grand-chose du paysage mais une multitude de biches (?) semble avoir choisi de nous y attendre avant de se sauver à notre approche. Nous nous arrêtons pour la nuit sur une aire non déneigée et dans laquelle nous devons tracer notre piste, au pied d’un rocher couvert de pétroglyphes. Nous nous offrons qui, un gin-tonic, qui, un verre de vin rouge avant de cuisiner pour nous réchauffer.

 

 

Mercredi 3 février : Je suis réveillé par le froid avant une heure du matin et ne parviens pas à me rendormir. Le chauffage refuse de démarrer malgré plusieurs essais. Le thermomètre à l’intérieur du camion descend lentement mais sûrement et atteindra les -5°c. Nous avons beau nous serrer l’un contre l’autre, nous ne parvenons pas à nous réchauffer. Dès que le jour commence à pointer nous nous extrayons de nos duvets, avalons un thé obtenu à partir d’une bouteille d’eau minérale. L’eau des réservoirs a gelé et le robinet a la goutte au nez, gelée. Je parviens non sans mal et après quelques minutes d’angoisse à démarrer le moteur et nous reprenons, dans le petit jour, la route complètement gelée en mettant à fond le chauffage. Il me faut bien du temps pour commencer à en sentir les bienfaits. Nous nous arrêtons à la première agglomération, Monticello, sur un parking de poids lourds pour faire le point et reprendre un thé accompagné de biscuits. Je serais, peu soucieux d’une nouvelle nuit glaciale, partisan d’abandonner le projet de Taos, Santa Fé, pour rejoindre au plus vite des contrées aux températures plus douces mais Marie n’est pas de cet avis… Nous continuons donc dans un paysage de conte de Noël avec des arbres couverts d’une Chantilly luisante sous le beau soleil qui fait ce qu’il peut mais ne parvient pas à ramener les températures à des valeurs positives. Nous entrons au Colorado, le Bureau d’Information nous donne une carte de l’Etat et quelques informations (nécessité de pneus neige ou de chaînes) sur le parc de Mesa Verde. Nous allons nous faire confirmer ces informations au Visitor Center du parc. Notre véhicule semble apte à affronter les trente kilomètres de route déblayées mais encore glacées dans une longue montée avec des virages négociés avec précaution au début puis avec plus d’assurance. Nous passons au musée du parc où sont évoqués les Indiens Anasazi qui, jusque vers l’an 1300 occupaient les mesas, les plateaux de cette région avant de mystérieusement disparaître. Des vitrines, un peu désuètes,  présentent leur mode de vie et un film moins nunuche que les précédents, complète les informations. Mais ce qui fait l’intérêt de ces Indiens est leur habitat constitué de maisons bâties sous de grands auvents dans les falaises. La route continue et passe à des points de vue sur quelques-uns de ces villages que nous pouvons contempler de l’autre côté du canyon, sans y accéder en cette saison. Ils sont tous fort intéressants mais le plus beau que nous ayons pu visiter en 1986, Cliff Palace, est aussi le plus grand, le plus construit avec des maisons qui pouvaient avoir quatre étage et de nombreuses kivas

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Sous des hangars sont aussi montrés les résultats de fouilles d’habitations plus anciennes, parfois à demi enterrées. Nous prenons le chemin du retour et croisons dans la descente le camion des Savoyards qui nous annoncent des températures abominables à Durango où nous avons l’intention de nous arrêter ce soir. Pas question de camper, nous nous résolvons à prendre une chambre dans un motel bas de gamme, Days End. Je ne trouve pas de supérette à proximité, aussi dînons-nous dans le camion et faisons la vaisselle dans notre salle de bain puisque nous n’avons toujours pas d’eau dans le camion.

 

 

Jeudi 4 février : Une nuit dont on ne voudrait pas en voir le jour poindre. Un chauffage sans défauts, un lit grand comme un terrain de base-ball, une douche réglable, rien pour rappeler les températures extérieures ! Quand, vers huit heures, je vais dans le camion, le thermomètre intérieur accuse une baisse qu’il n’avait jamais connue : -15°c ! Nous chargeons nos affaires et après être passés par le centre historique de la ville, immeubles de brique et quelques demeures ou hôtels du temps passé, remis à neuf, nous reprenons la route. Campagne enneigée et bovins habitués aux grands froids. Les petites villes traversées se ressemblent toutes avec leurs alignements de fast food, hôtels de chaînes interchangeables et leurs malls commerciaux. Après Pagosa Springs, nous passons des cols pas trop élevés dans un paysage digne d’un tableau d’hiver de Brueghel où il ne manquerait que des paysans en train de faire la fête, un ivrogne se soulageant, un autre lutinant la servante de l’auberge, bref, l’essentiel… Nous passons au Nouveau Mexique et nous rendons au Visitor Center où nous déjeunons dans le camion avec un chauffage qui daigne fonctionner. Nous continuons en direction de Santa Fé. Presque tous les noms de lieux sont à consonance espagnole. Nous traversons souvent des territoires de réserves indiennes, l’habitat est nettement plus pauvre. Nous commençons à rencontrer des maisons, des églises construites en adobe avec poutres qui dépassent des murs et formes adoucies, dans le style pueblo. A Abiquiu, nous visitons une église apparemment récente, dans ce style, avec de belles poutres reposant sur des corbeaux sculptés et couvertes de cannes. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous avons descendu quelques centaines de mètres en altitude, la neige est plus éparse, ce qui nous laisse espérer une nuit moins fraîche mais nous remontons à presque 2000 mètres à l’arrivée à Santa Fé. Nous cherchons et trouvons, avec le gps, un Walmart où nous passerons la nuit. Je vais acheter à la pharmacie une crème pour adoucir mes crevasses aux doigts puis, renseignement pris, nous traversons l’avenue pour nous rendre à une laverie où nous attendons au chaud que notre linge se refasse une beauté.

 

 

Vendredi 5 février : Encore une nuit bien glaciale ! Nous avons mis le chauffage avant minuit mais il a arrêté de fonctionner avant cinq heures. Le soleil a pris le relais peu avant sept heures. J’avais remis de l’eau dans le vase d’expansion, elle semble avoir disparu. Serait-ce la raison de ce disfonctionnement ? Nous repartons en direction du centre-ville. Bien que peuplée de moins de cent mille habitants, Santa Fé est, comme toute ville américaine, très étendue et il faut faire des kilomètres pour atteindre le cœur de la cité. Ici, pas de gratte-ciel, la règle est de copier les habitations traditionnelles des Indiens Pueblo pour les habitations et les édifices publiques. Nous nous garons derrière le Visitor Center. L’animation dans les rues autour de la Plaza, l’ancienne place centrale de la ville espagnole, est des plus réduite. 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

L’animation dans les rues autour de la Plaza, l’ancienne place centrale de la ville espagnole, est des plus réduite. Peu de voitures, encore moins de piétons avec ce froid mordant. Les boutiques pour touristes sont nombreuses et offrent, bijoux, poteries, tissages, inspirés des arts traditionnels mais à des prix astronomiques ! Ce n’est pas une ville à visiter en hiver et, aux autres saisons, elle doit être envahie de troupeaux de touristes. Nous entrons dans une chapelle, la Loretto, du gothique du XIX° siècle, vague copie de la Sainte-Chapelle de Paris mais sans les fresques et dont le chef d’œuvre est un escalier en colimaçon, exceptionnel aux Etats-Unis… Nous flânons dans les rues alentour, à la recherche des plus belles maisons, certaines ont une galerie sur la rue supportée par des poteaux, d’autres forment des assemblages cubiques adoucis par les arrondis des angles, sur les façades dépassent les poutres.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous visitons le Palais du Gouverneur, transformé en Musée Historique de la Ville et de l’Etat. L’histoire du territoire, à partir de la conquête espagnole puis de l’indépendance mexicaine et enfin de son intégration dans les Etats-Unis, est racontée sans cacher les appétits et les injustices commises avec cet art bien américain du didactisme. Quelques salles nous intéressent, celles qui montrent les œuvres créées pour l’enseignement du christianisme, les Santos, sortes d’icônes populaires, peintes ou sculptées, naïves et fraîches. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous nous dirigeons ensuite vers le musée dédié à Georgia O’Keefe, l’artiste américaine qui s’était retirée à Abiquiu. Visite décevante, peu d’œuvres sont exposées par rapport à la taille du musée et à son tarif d’entrée. Je n’apprécie pas ses œuvres abstraites, ses paysages sont plus intéressants. Je vais poster une carte postale pour Julie en passant devant de beaux édifices à l’architecture traditionnelle adaptée puis nous revenons vers la jolie petite église de la mission San Miguel. Elle a conservé un beau retable baroque indien et un intérieur très dépouillé. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous retournons au camion pour déjeuner puis nous voulons nous rendre sur la colline où se trouvent d’autres musées. Mais impossible de démarrer ! Le démarreur fonctionne mais le moteur ne tousse même pas. Plusieurs essais maltraitent la batterie je me vois contraint de faire appel à un mécanicien. Je demande au Visitor Center de téléphoner à Land Rover, ils n’ont pas de dépanneuse et ne peuvent pas envoyer un mécanicien… Un des employés m’indique un garage proche, je m’y rends, le patron promet de venir dans trois quarts d’heure. Une heure plus tard, j’y retourne, il n’a pas le temps et de toute façon ne répare pas les moteurs diesel ! J’insiste pour qu’il me trouve quelqu’un mais il est tard maintenant et tous les garages sont fermés jusqu’à lundi… Il finit par me trouver un mécanicien qui accepte de se déranger demain matin. Je reviens annoncer la bonne nouvelle à Marie. Nous devons nous apprêter à passer la nuit sur ce parking mais Marie ne l’entend pas ainsi. Elle veut ressortir, profiter de la gratuité des musées le vendredi soir. Nous voilà repartis dans le vent glacial en direction de la Plaza. Le Museum of Arts expose des artistes locaux ou qui ont travaillé dans la région mais je n’ai pas très envie d’être là et n’attend que le moment de rentrer au camion. Nous revenons en passant devant un autre musée, heureusement fermé. Nous mettons du chauffage dès que nous sommes à l’intérieur, relayé ensuite par la cuisson du repas.

Samedi 6 février : Après une nuit identique aux précédentes et dont nous nous promettons bien qu’elle sera la dernière à grelotter, nous nous levons en nous demandant où nous serons ce soir. Le chauffage n’a pas tenu toute la nuit et la pompe, probablement gelée, refuse toujours de distribuer de l’eau. A neuf heures et demie, j’attends le mécanicien promis au garage. Il est ponctuel. Bruce, la cinquantaine bien tassée, grille des cigarettes qu’il roule et qui marquent de nicotine ses moustaches conquérantes. Il se penche sur le problème mais ne peut pas faire grand-chose hors de son atelier. Nous devons avoir recours à une dépanneuse qu’il appelle. Une demi-heure plus tard, je suis dans la cabine du camion avec le nôtre, amarré dans le dos, Marie est repartie avec  Bruce. Nous débarquons, nous et le camion à l’atelier, perdu dans une zone de mobile-home, au bout d’une piste de terre. La note est moins salée que je ne le craignais, 83 $ pour le transport. Le camion rentré dans l’atelier, agréablement chauffé, Bruce étudie le problème, le carburant n’arrive pas et il y a de l’eau dedans. Au bout d’une heure le moteur ronfle. Nous sommes contents, nous le ressortons, la glace qui couvrait les ailes intérieures a fondu ou s’est détachée des parois. Tout va bien ! Je coupe le moteur, règle 200 $ à Bruce, remonte dans le camion et le moteur ne redémarre pas ! Bruce se remet au travail, le moteur tourne… Prudemment, je lui dis que nous allons déjeuner sur place et que nous verrons ensuite s’il redémarre. Il ne veut pas attendre et nous demande de le suivre chez lui, en dehors de la ville. Garés devant sa villa, il nous invite, nous présente sa femme, sympathique, causante, puis nous propose de déjeuner ensemble. Pas chez eux, mais dans un restaurant à quelques kilomètres, très fréquenté. Nous devons attendre un quart d’heure avant de prendre place. Les plats sont toujours aussi copieux et bon marché le midi. Travers de porc à la cajun pour nous, salade et plat mexicain pour eux, avec de la bière pour les ivrognes français… Nous bavardons beaucoup, parlant des modes de vie locaux et français. Ils font des efforts pour se faire comprendre, moi aussi… Nous revenons chez eux, le camion ne fait pas sa mauvaise tête et démarre. Nous prenons la route d’Albuquerque en passant par une route secondaire via Madrid où semblent se concentrer des maisons d’artisanat, de sculptures, très prisées en ce samedi. Parvenus à Albuquerque, nous trouvons rapidement un Walmart où, après quelques emplettes, nous nous installons pour la nuit. Je vais relever nos messages en profitant du wifi du Mac Do.

Dimanche 7 février : Enfin une nuit sans grelotter ! La température extérieure a dû descendre en-dessous de zéro mais nous n’en avons que peu souffert avec le chauffage mis au matin. L’eau chaude a permis de dégeler la pompe à eau et l’eau est revenue au robinet mais aussi à la douche, restée en position ouverte, d’où une inondation qu’il a fallu éponger. Nous allons nous garer au Centre Culturel des Indiens Pueblo, un beau bâtiment géré par les 19 Nations des Indiens dits Pueblo. Il n’y règne pas une grande animation, nous avons même du mal à trouver quelqu’un pour encaisser notre participation à son développement. Des travaux occupent quelques ouvriers dans les couloirs et la partie musée est absolument déserte. Il y a plus à lire qu’à voir, les vitrines sont pauvrement garnies. A la boutique les prix pratiqués sont indécents, 500 $ pour un bol en terre cuite peint ! Comme en Alaska ou au Canada, le moindre artisan est un « Artiste » ce qui doit se monnayer… Nous allons nous garer sur la Plaza du vieux Albuquerque, un petit quartier de boutiques, restaurants, dans des patios, construits dans le style traditionnel, maison en torchis, toits plats et poutres dépassant des murs. Sur la place, l’église San Felipe de Neri, murs ocre et sommets des tours et des pignons blancs, date de la colonisation espagnole mais elle n’a pas le charme des Missions. 

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

C’est la sortie de la messe, le curé donne l’accolade à chacun de ses paroissiens endimanchés. Nous nous rendons au Musée d’Art et d’Histoire d’Albuquerque en contournant tout un pâté de maisons que Marie trouve bien long. Présentation habituelle du développement de la ville, de ses débuts à nos jours, de ses réalisations, de sa population de cultures différentes etc… Nous passons rapidement, un peu las de ces présentations répétitives. Les salles devant exposer des objets datant de la conquête espagnole sur tout le continent sont fermées. Une autre présente des réalisations d’artistes contemporains de toutes les Amériques, certaines, des chaussures, des robes, sont étonnantes ou amusantes. L’exposition temporaire est consacrée à un certain Higinio Gonzales, un étameur de la fin du XIX° siècle qui avait créé des cadres extraordinaires en étain, découpés, parfois colorés, pour des images religieuses ou pour des autels portatifs. Nous récupérons le camion et filons, à l’extérieur de la ville, au Petroglyph National Monument. Sur une colline, un amas de roches volcaniques noires, est couvert de gravures rupestres. Après avoir déjeuné dans le camion, nous nous lançons dans les éboulis sur un sentier partiellement goudronné mais qui reste difficile pour Marie. Nous découvrons des dessins qui sont encore très énigmatiques, des personnages dont il est difficile de dire le rôle, la fonction, une représentation de yucca, d’un ara.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Nous sommes tout de même déçus par la faible qualité artistique de ces pétroglyphes. Nous quittons Albuquerque et mettons le cap résolument au sud, sur une autoroute qui traverse une réserve indienne. Je somnole au volant et doit m’arrêter avant de trop m’endormir. Nous nous arrêtons peu après à Socorro, dans un RV Park, pour y avoir une bonne douche chaude et profiter d’une bonne connexion wifi. Nous téléphonons à Pierre Magne pour convenir d’un rendez-vous à Tucson. C’est dimanche, nous prenons l’apéritif, vodka-orange ou gin-tonic, en relisant mon texte avant de le mettre en ligne.

Lundi 8 février : Un peu de chauffage au matin et dès que le soleil brille, la température devient agréable. Nous avons tardé à nous lever et nous ne sommes prêts qu’après neuf heures et demie. Nous renonçons à passer au supermarché et attendrons ce soir. Nous prenons la route qui passe par les montagnes, en espérant avoir une route plus agréable que l’autoroute trop rectiligne. Nous sommes sur un plateau, à 1500 mètres d’altitude entre deux lointaines chaînes de montagnes, occupé par des ranchs immenses. Nous grimpons ensuite à plus de 2000 mètres et retrouvons des plaques de neige. Peu de monde sur ces routes secondaires, nous ne croisons que de rares fermiers dans leur pick up. Après Datil, la route serpente en montagne en plein pays apache. Des ranchs plus pauvres, maisons de bric et de broc, mobile homes, camping-cars en guise de logement, et beaucoup de vieilles voitures, sont installés sur des espaces beaucoup plus restreints. Une autre image d’Américains très modestes mais toujours aussi fiers de leur pays, arborant souvent la bannière étoilée devant leur porche. Je reprends du diesel à Reserve au double du prix habituel… Nous perdons ensuite de l’altitude, le soleil chauffe, plus de pull-over, en bras de chemise, nous entrons en Arizona.  De nombreuses portions de la route sont « adoptées », comme les y incitent des panneaux tout au long des routes d’Amérique du Nord, par des familles en souvenir d’un proche défunt. Nous parvenons à Safford où nous allons refaire un plein de victuailles puis nous sortons de la ville et allons nous installer pour la nuit dans un State Park, au bord d’un lac de barrage, hérons et canards dans les roseaux nous y tiennent compagnie.

 

 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Mardi 9 février : Nous nous réveillons avec les yeux émerveillés d’un gosse un matin de Noël, pas de givre sur les vitres, plus besoin de nos thermolactyl Damart, le soleil réchauffe le camion, inutile de mettre en route la chaudière, il règne une douce température ! Nous quittons notre lac et reprenons la route, dans le désert, pour rejoindre l’autoroute qui mène à Tucson. Nous traversons le territoire des Apaches Chiricahua. Un « monument » évoque Cochise. Cochise ! James Stewart, « La Flèche Brisée » ! Que de westerns à revoir en rentrant… sans compter les dvd à acheter  ( Thelma et Louise, les John Wayne tournés à Monument Valley…). Des broussailles et des arbres défoliés et noircis commencent à émerger des cactus et des yuccas annonciateurs des paysages du désert de Sonora. Peu avant la grande ville, nous bifurquons pour entrer dans le Saguaro National Park. Sur les contreforts de la montagne, dans la banlieue de la cité, une immense étendue uniquement couverte de cactus de toutes sortes s’offre aux visiteurs. Cactus « cholla », « raquettes », « cactus bananes » comme je les nomme et surtout « saguaro », autrement dit cactus-candélabre. Les incontournables icônes du paysage mexicain, des cactus qui peuvent atteindre 150 ans et doubler et même tripler la taille d’un être humain. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Une route serpente sur quelques kilomètres, au milieu des diverses espèces de ces végétaux peu abordables, de toutes tailles, de toutes formes. Un sentier mène au milieu d’eux mais nous sommes tout de même déçus, nous attendant à une plus grande densité que nous ne trouverons que dans un ravin proche de la sortie. Nous rejoignons Tucson, une de ces interminables avenues nous conduit au bureau d’assurance mexicaine où je souscris pour une durée de trois mois un contrat  pour le camion. En poursuivant nous atteignons le centre moderne et y trouvons le Visitor Center. Munis d’un plan détaillé, nous partons à la découverte des anciens quartiers de la ville. Ils sont bien cachés. L’urbanisation de la ville les a réduits à peu de choses, un bâtiment de 1929 dans un vague style espagnol, qui sert de Tribunal, et, plus loin, le Presidio, une très simple maison en briques de terre, souvenir du premier établissement espagnol à Tucson. Très déçus par ces peu intéressants faux vestiges d’un passé plutôt récent, nous revenons, Marie en traînant la patte, au camion. Nous allons nous garer près du bario viejo, où quelques maisons quelconques mais  anciennes, un siècle, un siècle et demi, justifient le nom et le caractère « original ». Nous sortons de la ville, sans aucun caractère, pour, en suivant des indications de notre Gps, et malgré un soleil couchant de face, trouver le point de rendez-vous avec Pierre et Corinne. Ils nous précèdent de peu. Nous allons nous garer en hauteur, au-dessus d’un terrain occupé, gratuitement, par d’autres voyageurs. Nous les rejoignons dans leur camion dont nous envions (?) l’impeccable netteté… Apéritif puis Corinne nous prépare un trop copieux plat de pâtes bolognaises qu’un « gin » délicieux fait passer. Tout cela en parlant voyages, et avec force considérations sur cet étrange mode de vie américain. Coucher tardif…

 

Mercredi 10 février : Il a fait un peu frais cette nuit mais juste assez pour nous rappeler les jours difficiles… Nous faisons nos adieux à Pierre et Corinne en promettant de nous revoir en mai en France. Nous reprenons la route vers Tucson en découvrant ce que le soleil de face nous avait caché hier soir, des collines couvertes de saguaros. Au bout de quelques kilomètres dans la plaine, au milieu des cultures d’une réserve indienne, nous atteignons la mission San Xavier de la toute fin du XVII° siècle, Une belle église en crème chantilly, pas trop tarabiscotée et pourvue d’une façade en pierre brute, sculptée avec des représentations de Saints et de symboles.

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

L’intérieur, d’un beau baroque indien, est superbe, fresques colorées aux couleurs passées, abondance de la décoration et peintures à la voûte et dans les coupoles.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

La boutique ne déparerait pas à Saint-Sulpice… Nous reprenons la route pour pénétrer dans la section ouest du Saguaro National Park. Nous ne pensions que le traverser pour récupérer la route de Phoenix mais nous sommes séduits par la densité, ici, des cactus, bien plus importante que dans la section est. Nous y découvrons même, sur les indications d’une ranger, un de ces cactus que j’appelle « chou-fleur » à cause de son extrémité supérieure exubérante.

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 Une piste se glisse, au milieu du désert à flanc de colline, dans ce beau paysage érotique de phallus piquants, fièrement dressés, dans tous les stades de la bandaison…

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

SanNous nous promenons sur un bout de sentier pour nous sentir entourés par cette accumulation de cactées aux formes souvent étranges. Un autre sentier nous fait gravir une colline où, sur les roches, sont gravés des images, des signes mystérieux, spirales, gazelles, serpents, êtres humains. Nous retournons vite au camion, assoiffés car il fait chaud et nous déjeunons. Cette fois, ce n’est plus le chauffage mais le réfrigérateur que nous apprécions… Il est trop tard pour que nous puissions arriver à temps à Phoenix pour visiter le Heard Museum. Nous roulons néanmoins en direction de cette grande métropole, sur une autoroute rapide et dans un paysage plat et monotone. Le réseau de voies rapides, d’échangeurs, est très dense mais nous ne nous perdons pas trop. En demandant, nous trouvons un Walmart et bien qu’il soit encore tôt, nous nous arrêtons pour la nuit. Je vais racheter des sauces et des boissons puis nous faisons du rangement, pulls, chaussettes, écharpes sont enfouis dans les coffres…

Jeudi 11 février : La nuit va été calme, nonobstant le passage de la balayeuse au petit matin, moins bruyante tout de même qu’à Fairbanks. Nous empruntons les larges avenues pour nous rendre en plein centre-ville que, seuls, quelques gratte-ciel identifient comme tel. Mr et Mme Heard ont consacré quelques années de leur vie et surtout un joli paquet de dollars à acquérir des objets, paniers, poteries, bijoux, des diverses tribus indiennes, principalement du Sud-Ouest. Comme autrefois, on achetait des « indulgences », ils ont créé une fondation pour présenter cette collection. Dans un bâtiment moderne, de style « colonial espagnol », avec patios et galeries à arcades, est exposé le résultat de ces années de collecte. Un extraordinaire rassemblement de ces réalisations artisanales, preuves de civilisations anciennes (certains objets datent de plus d’un millénaire), sauvées de l’oubli et présentées en sections, suivant les diverses ethnies. Ensemble de paniers d’une inimaginable finesse, capables de contenir de l’eau, de poteries aux dessins remarquables, de bijoux d’argent incrustés de turquoises et de corail. Un ensemble de poupées katchinas (ou katsinas ?) récentes ou anciennes (plus d’un siècle), à damner un amateur ! 

 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

Dès le début, nous sommes séduits, d’autant que les objets anciens sont mis en regard avec des réalisations modernes qui n’ont jamais la qualité, la patine, la fascination des objets anciens. Je regrette tout de même que les cultures de ces peuples ne soient évoquées que par l’intermédiaire de ces ustensiles. Leurs habitats, coutumes, croyances, ne sont pas rappelés. D’autres salles évoquent les difficiles tentatives d’assimilation forcée dans des écoles, à régime sévère, des jeunes Indiens puis leur participation à la vie de la nation américaine. Nous y passons plus de trois heures et quand, après une visite à la boutique où, comme ailleurs, les prix sont complètement hors de proportion, nous en ressortons, il est temps de déjeuner avant de reprendre la route. Nous quittons Phoenix sur l’autoroute en direction de Los Angeles avant de bifurquer vers la frontière mexicaine. Nous sommes étonnés de constater que les bords de route sont jonchés de déchets. Après une fatigante traversée du désert sans intérêt, nous aboutissons, à quelques kilomètres de la frontière, au « Organ Pipe Cactus National Park ». Encore un de ces parcs consacrés aux cactus mais cette fois, il s’agit de cactus différents, dont la particularité est de diverger en multiples bras dès la racine. Vite, car le soleil baisse, nous nous renseignons au Visitor Center puis nous réservons un emplacement au camping avant de repartir sur une piste qui va se promener au milieu des cactées, grimper à flanc de collines au pied de falaises que les derniers rayons du soleil rougissent. Là encore, nous sommes ravis par l’abondance de ces énormes boudins verts pourvus de piquants, mélangés à d’autres « saguaros », plus classiques,  rencontrés à Tuscon. 

TRANSAMERICA (2.1.- Les Parcs du Sud-Ouest américain)

 

Bien que pressés par le temps, nous partons pour une belle balade au soleil couchant, avant de nous installer au camping, agréablement situé au milieu des cactus et exceptionnellement pourvu de douches. Fatigués et assoiffés, nous nous désaltérons avec une bière ou un gin-tonic avant de dîner. La douche, solaire, n’est plus chaude quand je l’utilise, tant pis.

Repost 0
11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 18:34
TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mercredi 26 août : Nous sommes prêts à huit et demie et donnons les clés à notre responsable, puis patientons dans le salon. Je mets le blog à jour et envoie des messages pour trouver un parking longue durée à Las Vegas. Le mécanicien québécois me montre l’origine de la fuite d’huile : encore un joint qui a été changé avant le départ sur l’arbre de roue… Nous allons déjeuner dans un petit restaurant japonais proche, pas trop cher et très correct, puis nous revenons continuer de patienter en regardant TV5… Les heures passent, le camion est toujours sur le pont et le mécanicien s’active. Ce n’est que peu avant six heures que nous le récupérons. La facture a été réduite au minimum, les pièces et la main d’œuvre concernant la fuite sont prises en charge par la garantie de la réparation à Québec ! Un nouveau voyage commence. Après 20000 kilomètres  de route, nous en avons cette fois bien fini avec l’Alaska et la Côte Nord-Ouest du Canada, nous entamons la traversée du nord au sud du continent, objectif Montevideo et dans un premier temps Las Vegas. Nous traversons tout Vancouver et prenons l’autoroute qui nous fait sortir en une heure du Grand Vancouver. Nous roulons jusqu’à Abbotsford. Le Walmart n’ayant pas de parking extérieur, nous allons nous garer devant le centre de réparation Grampa’s chez qui je compte demander demain de m’installer une bouteille de gaz américaine.

Jeudi 27 août : Nous aurions bien dormi encore mais le magasin ouvre à huit heures ! Je m’adresse à la personne à l’accueil, peu aimable, il n’a pas les pièces et je devrais prendre un rendez-vous, mais il faut attendre le patron. Celui-ci, plus commerçant, assure que la pose d’une bouteille américaine en remplacement de notre Camping Gaz, ne pose pas de problème et il envoie en chercher une. Pendant ce temps je démonte la nôtre, fait du rangement pour pouvoir caser la nouvelle et attends… Retour de l’employée avec deux bouteilles qui manifestement ne peuvent pas rentrer dans le logement prévu pour ! L’employé avait bien pris les mesures en hauteur mais pas en largeur… Et il n’y en a pas de plus petite en ce moment ! Nous repartons avec une heure de perdue. Nous continuons sur l’autoroute dans un paysage très quelconque, cultures, fermes, une végétation confuse d’essences variées. A Hope, je refais un plein de gasoil et trouve une bouteille de propane qui rentre parfaitement à la place prévue. Je l’achète mais nous n’avons ni détendeur ni tuyau. Ce sera pour plus tard… Nous continuons sur une route toujours deux fois deux voies mais nettement moins chargée en circulation. Nous passons à proximité d’un spectaculaire glissement de terrain, une montagne qui s’est brutalement disloquée et dont les roches forment un amoncellement gigantesque.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous nous rapprochons de montagnes à peine discernables dans la brume. La route s’engage dans des gorges boisées, les résineux dominent alors. Au débouché des gorges, les collines et les basses montagnes sont de plus en plus dénudées. L’exploitation forestière continue à en croire les grumiers que nous rencontrons et les exploitations où des milliers de troncs attendent d’être débités. Des ranchs avec peu de bestiaux, surtout des moutons, occupent la vallée alors que les sommets deviennent carrément arides. Curieusement, à Keremeos, nous traversons des vergers et des vignobles. La route continue de monter, descendre sur des pentes souvent rudes, elle n’est plus qu’à une seule voie, dans chaque sens quand même… Osoyoos est une petite ville aux allures de station balnéaire au bord d’un lac. Il fait une chaleur étouffante qui justifie les baignades. L’air est de plus en plus opaque, la visibilité réduite, ce sont les fumées des incendies dans l’Etat de Washington que nous longeons, qui sont responsables de cet obscurcissement. Etrange sensation d’entrer dans un autre monde où toutes les perceptions sont atténuées. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous continuons d’avancer, je commence à fatiguer et nous cherchons un camping, de préférence dans un Parc Provincial, assurance de ne pas être entassés les uns à côté des autres, mais je voudrais bien aussi avoir une douche chaude. Cette rareté existe, nous la trouvons à proximité de Fruitvale. Nous nous arrêtons à presque sept heures du soir avec le sentiment du devoir accompli…

Vendredi 28 août : Nous quittons presque à regret ce camping qui à notre hit-parade des campings du Canada l’emporterait haut la main vu le rapport qualité-prix ! 15 $ pour un emplacement au calme, isolé, dans les arbres et une douche chaude de durée illimitée, nous sommes preneurs à toutes les étapes. La brume ne s’est pas dissipée et nous ne pouvons guère apprécier le paysage bien « canadien », montagnes, forêts, lacs et torrents. Nous grimpons un col au milieu d’une forêt de sapins extrêmement dense, les branches de l’un s’enfoncent entre celles du voisin et j’imagine facilement que, si l’on parvenait à s’y frayer un chemin, on serait perdu au bout de quelques mètres. Au sortir du col nous sommes au milieu des ranchs, toujours aussi peu de bétail, mais les chevaux dont des poneys pie sont nombreux. Nous nous arrêtons pour une dernière visite aux supermarchés canadiens, ravitaillement pour deux jours, bières pour six et une bouteille de ce vin blanc, Two Ocean, que nous avions apprécié en Afrique du Sud. L’après-midi se passe à avaler des kilomètres et surveiller l’épaisseur de la couche de brume qui semble diminuer vers l’est. Nous quittons la Colombie Britannique pour l’Alberta. Dès que nous sommes en Alberta, le paysage change radicalement : plus de forêt, peu de ranchs mais avec beaucoup de bétail et surtout des plaines à blé à perte de vue. Et un vent particulièrement fort. Maintenant nous piquons au sud et parvenons à la limite du Parc National de Waterton Lakes. Nous trouvons un camping où notre camion nous vaut un rabais !

Samedi 29 août : Dans la nuit, un oiseau est venu pleurer autour du camion et même se poser dessus ! Le soleil semble vouloir percer et des portions de ciel d’un bleu encore pâle apparaissent, le vent s’est calmé. Nous repartons et entrons dans le Parc National de Waterton Lakes, contigu à celui de Glacier National Park aux USA. Nous commençons par suivre une mauvaise route dans un enclos où un petit troupeau de bisons joue à cache-cache avec les touristes. Nous ne les apercevons que de loin et aux jumelles. Nous suivons ensuite une route en scrutant les pentes des montagnes, en surveillant les fourrés, toujours en quête de wapitis, loups etc… Mais seuls de charmants écureuils à la queue annelée viennent nous voir. Nous nous approchons des montagnes, nous avons retrouvé les Rocheuses, suivons un torrent, et la route se termine sur un parking. De là, un sentier pas bien long suit un cañon peu profond où un maigre ruisseau coule sur des roches rouges veinées de blanc.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le soleil qui avait brièvement éclairé les falaises des montagnes se recache derrière les fumées des incendies qui ne se décident pas à s’éteindre et le vent revient. Nous replongeons dans la brume ! Nous revenons sur nos pas, passons au Visitor’s Center qui ne nous laisse guère d’espoir d’une amélioration de la visibilité. Nous traversons la petite station touristique encore très active, trop à notre goût, en cette fin de saison. Nous repartons sur une autre route en forêt qui nous amène à un lac dont on ne peut que deviner la rive opposée, aux USA. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Retour à Waterton, nous passons à l’hôtel d’où nous devrions avoir une belle vue sur le lac et les montagnes mais nous n’observons qu’un éblouissant contre-jour cotonneux. L’hôtel a conservé les traditions d’un temps peut-être pas tout à fait révolu : les serveurs portent le kilt, une harpiste joue de son instrument pour délasser les hôtes avachis dans de profonds fauteuils sous les boiseries séculaires. Nous reprenons la route, sortons du parc et filons en direction de la frontière, vite arrivée. Pas de contrôle à la sortie du Canada, les Américains sont plus tatillons, surtout avec leurs propres ressortissants. Faute de déclarer des armes, de la drogue, des alcools (?), des pamplemousses et autres agrumes, nous ne traînons pas. La route est étroite et curieusement, dans ce pays policé, des bovins ont adopté le goudron pour se promener. Nous parvenons à l’entrée du Glacier National Parc et décidons d’arrêter au camping à l’entrée, dans l’espoir d’avoir un meilleur temps demain. Le vent continue de souffler avec une violence dont nous ne savons si nous devons nous en réjouir ou nous en inquiéter. Nous passons la soirée à regarder un autre Truffaut : « Vivement Dimanche », régal de film noir avec une éblouissante Fanny Ardent (et ses jambes !) à damner un séminariste !

Dimanche 30 août : Le vent a soufflé toute la nuit, avec des bourrasques à renverser un camping-car aurait-on cru ! Et au matin, grand ciel bleu et air pur, dégagé des fumées. Nous partons tardivement et reprenons la route d’arrivée pour entrer de nouveau dans le parc en direction de Many Glacier. La route s’infiltre entre les versants de montagnes séparées par une étroite vallée. Au-dessus des flancs boisés, ce sont d’abruptes falaises, de vrais murs, qui dominent. Le ciel est bleu mais les nuages s’accumulent sur les sommets et si le versant que nous suivons est ensoleillé, de l’autre côté, l’ombre l’emporte. La route se termine sur un vaste parking pour tous les amateurs de randonnées, nous n’y avons presqu’aucune vue sur les montagnes et surtout pas sur les glaciers supposés être le clou de ce parc. Nous revenons de quelques centaines de mètres sur nos pas et allons au grand hôtel, bien situé au bord du lac entouré de montagnes impressionnantes. Pour ce qui est des glaciers, heureusement que nous en avons vu d’autres ! Il ne reste que quelques taches grisâtres, tombées du pinceau céleste mal rincé. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Rien de remarquable, rien que nous aurions pris la peine de regarder en Alaska ou au Canada. Heureusement que le cadre de montagnes est majestueux. Le vent est si violent que nous ne pouvons guère sortir en plein air, ce à quoi l’hôtel, avec sa haute cheminée centrale et ses baies vitrées, n’incite guère. Nous revenons à notre point de départ et entamons la route appelée Going-to-the-Sun Road, une scenic road qualifiée, l’une des plus remarquables des Etats-Unis. Les Américains ne sont généralement pas avares de superlatifs et s’il s’agit en effet d’une très belle route de montagne, elle n’est pas exceptionnelle et nous en avons parcouru beaucoup d’autres tout aussi spectaculaires. Très récemment un incendie a ravagé les bords de la route et les troncs noircis des arbres encore debout forment un décor macabre. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le manque de soleil, l’accumulation de nuages qui assombrissent le ciel, y sont pour beaucoup mais nous ne sommes pas fortement impressionnés. Là aussi les glaciers promis sont ridicules, quelques plaques de neige s’essaient à jouer dans la cour des grands. Nous passons un col, commence une longue descente en contrebas de falaises. La route est très étroite et manifestement, les conducteurs locaux n’aiment pas et roulent très précautionneusement. Un orage nous attend quand nous roulons dans la vallée, il ne suffit pas à laver le camion. Nous passons au Visitor’s Center d’Apgar où nous avons le wifi, pas de nouvelles… Marie a envie de tenter une dernière fois de voir des ours sur une route qui continue dans le parc. Quelques kilomètres inutiles dans une forêt en cours de régénération après un incendie douze ans plus tôt. Nous revenons par une piste plus intéressante le long d’un torrent mais sans y trouver la moindre faune. Nous roulons sur des routes plus larges en nous dirigeant sur Missoula, abandonnant les montagnes désormais perdues dans de gros nuages bien noirs. Nous longeons les berges du lac Flat Head et commençons la recherche d’un emplacement pour la nuit. Les bivouacs semblent difficiles, les maisons occupent non seulement toutes les rives mais aussi les collines autour. Un Parc Provincial aurait pu convenir mais nous le jugeons trop cher. Nous reviendrons sur notre appréciation quand nous apprennons qu’un RV Park demande plus de 50 $ ! Le prochain State Park, pour 28 $ sera notre lieu de repos pour la nuit. Nous découvrirons plus tard que les douches sont en sus, 3 $ ! Marie réclame sa vodka-orange, j’achève la bouteille de pastis, qui aura tenu presque trois mois. Exceptionnel ! A la santé d’Agnès pour qu’il n’y ait pas de jaloux…

Lundi 31 août : Nous continuons notre route, passons à Polson, dans la réserve indienne des Flatheads que rien ne distingue du reste puis entre des ranchs de taille moyenne, sur des terres encore boisées. Nous roulons sur une autoroute rapide. Nous sommes bien au pays des « plus ». Les camions sont les plus puissants, tirent des remorques plus longues que partout ailleurs, les convois ferroviaires que nous croisons sont les plus longs, formés de dizaines de wagons de minerai, les pick-up qui nous dépassent ont des moteurs V8 qui ronflent comme des Boeing au décolage. Nous parvenons en fin de matinée à Missoula. Petite ville calme aux larges artères peu encombrées où nous finissons par trouver le Visitor’s Center. Je me renseigne : pas de Bank of America, la banque partenaire de la BNP, au Montana ! C’est ensuite à moi de téléphoner à Las Vegas pour réserver un emplacement dans un storage de la ville. Encore un échange verbal ardu mais je réussis tout de même à me faire comprendre et à obtenir un numéro de réservation que je dois confirmer par un second coup de téléphone plus pénible. Je dois rappeler dans une semaine… Je vais tirer des dollars à un distributeur en me demandant combien cette banque inconnue va me faire payer cette transaction. Pour changer les 100 $ canadiens qui nous restent je dois aller dans une autre banque qui me prendrait 50 $ US pour le faire ! Je leur dis que ce n’est pas sérieux et garde mes billets ! Nous allons ensuite refaire un plein de provisions et déjeuner tardivement sur le parking du supermarché. Nous repartons sur une route plus classique, au milieu de collines de plus en plus déboisées. Des troupeaux de vaches paissent dans les prés une herbe jaunie mais les cow-boys sont absents. A  Helena, minuscule capitale de l’Etat, nous circulons en voiture pour trouver les quelques monuments remarquables d’après les guides touristiques : la cathédrale, néo-gothique, facilement oubliable mais bien située sur une colline occupée par de jolies maisons surannées et fièrement entretenues, le Capitole, semblable à ses cousins dans les autres états (quel manque d’imagination chez les architectes du XIX° siècle !). Nous poursuivons notre route en traversant des espaces immenses, des ranchs sans bétail à l’horizon ou rarement. Des terres sont irriguées, ce sont les seuls espaces verts du paysage. Tout est clôturé, pas question de bivouaquer, nous roulons jusqu’à Bozeman où nous allons nous garer sur le parking du Walmart, en compagnie d’autres camping-cars.

Mardi 1er septembre : Ciel pur et calme sur le parking. Nous passons par Main Street, à la demande de Marie, pour y voir les maisons de briques rouges de la fin du XIX° siècle, comme on en trouve dans toutes les petites villes des Etats-Unis. Nous reprenons brièvement l’autoroute que nous quittons à Livingston pour prendre la route du Parc de Yellowstone. Nous suivons le cours de la jolie rivière éponyme qui traverse des ranchs dont la taille varie en fonction de la largeur de la vallée. Dès que nous sommes dans le parc, nous filons au premier camping, ne jetant rapidement qu’un œil distrait aux concrétions de Mammoth Hot Spring. Nous sommes pressés car bien que le flot des vacanciers ait diminué avec la rentrée scolaire, nous ne sommes pas les seuls à visiter Yellowstone. Nous choisissons un emplacement à Indian Creek et revenons sur nos pas plus calmement. Premier détour pour aller voir des orgues basaltiques au bord d’une rivière, bien régulièrement dressées et formant une falaise à la régularité géométrique. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Puis nous entamons une boucle qui circule au milieu des arbres et des concrétions blanchâtres, parfois couvertes d’une couche de couleur rouille. D’un parking, nous partons nous promener sur des trottoirs de bois au-dessus des bassins d’un blanc éblouissant, couverts d’une eau qui ruisselle de l’un à l’autre, certains sont colorés en rouille en nappes aux plissures pétrifiées. Du plus haut des bassins, l’eau s’écoule en petites cascades étagées. Chargées de calcaire, elles forment des stalactites à chaque étage. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous repassons au Visitor’s Center pour le wifi mais pas de nouvelles de Julie dont c’était le premier jour de la Rentrée ! Nous partons pour une boucle dans ce magnifique parc, traversant des collines verdoyantes et partiellement boisées. Nous sommes à la recherche des troupeaux de bisons et de wapitis mais ils se font désirer. Nous nous arrêtons pour voir des cascades, toujours aussi spectaculaires, dans des gorges boisées mais ce ne sont que des cascades… Plus loin, des points de vue plongent dans une gorge dont un des versants est formé par une longue falaise d’orgues basaltiques alignées sur plus d’un kilomètre. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Une section est même à deux niveaux, deux buffets ! Dans le fond coule un torrent aux fraîches eaux bleues écumantes. Nous suivons une piste parallèle à la route goudronnée mais passant plus haut dans les collines. Nous espérions y avoir plus de chance avec la faune mais il n’en est rien. Nous devons rouler au pas derrière des conducteurs plus timorés sur les pistes, malgré leurs gros 4x4, que sur le goudron. Détour pour aller voir un tronc d’arbre fossilisé enfermé derrière des grilles ! Nous apercevons un troupeau de bisons, trop éloigné. Nous verrons plusieurs solitaires sur le bord de la route, grosses masses stupides et peu sympathiques. Nous traversons ensuite une zone qui a dû souffrir de tempêtes exceptionnelles à en croire le nombre de troncs dénudés ou tombés à terre. Et puis c’est un des autres clous de ce parc, le cañon de la rivière Yellowstone. Nous en suivons le rebord nord en faisant de fréquentes haltes à des points de vue, tous plus époustouflants les uns que les autres. Les flancs de la gorge forment un V dont les pentes sont des coulées colorées, jaunes, ocre, rouges, grises suivant les roches, de géantes cheminées des fées sont en formation, quelques arbres s’y accrochent. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le torrent franchit une belle cascade au débit encore impressionnant et continue en bouillonnant. Le soleil décline, nous devons encore revenir au camping. Nous prenons le chemin du retour. Dernier détour pour une cascade qui s’écoule sur des plans inclinés dans la forêt. Nous ne résistons pas à l’envie d’aller rapidement contempler les fumerolles et les geysers de Norris Basin. Nous retrouvons là des souvenirs de notre premier passage, ces passerelles de bois jetées au-dessus des eaux claires mais dangereuses, acides ou brûlantes, qui sourdent dans des bassins. Des fumées s’élèvent de-ci, de-là, tourbillonnantes au gré du vent, échappées des profondeurs insondables de ce sol volcanique, dantesque. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Marie se réserve le circuit pour demain, je le fais rapidement, pressé d’être de retour au camping. Nous prenons deux autostoppeurs en charge jusqu’au camping où nous ne parvenons qu’à neuf heures du soir. Nous finissons la bouteille de vin blanc en guise d’apéritif puis dînons.

Mercredi 2 septembre : Le réveil est frais, il est vrai que nous sommes à 2000 mètres d’altitude. Il y avait longtemps que nous n’avions pas mis le chauffage le matin. Le soleil arrive vite et réchauffe l’atmosphère. A la sortie du camping, un bison solitaire, sur le bas-côté, nous souhaite une bonne journée. Plus loin, c’est un coyote qui, dans les herbes roussies, cherche une proie. Nous allons réserver un emplacement au camping de Norris puis nous retournons au bassin des sources et geysers où nous étions déjà hier soir. Nous partons pour une longue promenade, la plupart du temps sur des trottoirs de bois, entre les bassins où des eaux étranges laissent échapper des nuages de vapeur qu’un vent fort disperse. Les friselis à leur surface ne permettent pas de deviner les profondeurs abyssales d’où proviennent gaz et minéraux qui donnent à ces piscines des colorations parfois inattendues. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

De quelques bouches humides, boueuses, surgissent des flots de vapeurs et parfois des jets d’eau  à des intervalles irréguliers. Mais nous sommes tout de même légèrement déçus par le manque de vivacité des couleurs, le bleu pâle et le gris dominent, parfois des coulées ferrugineuses apportent une touche différente. De retour au point de départ, nous enchaînons avec une autre promenade, bien plus courte mais nettement plus intéressante. Des bassins verts ou bleus, des geysers qui crachent hargneusement, en permanence, de larges coulures ocre, perçues depuis le sentier qui les domine nous font presque regretter d’avoir passé tant de temps au précédent ensemble.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous repartons et déjeunons sur le bord de la route. Nous décidons de nous rendre directement au point le plus éloigné de notre parcours prévu pour la journée puis de remonter lentement vers le camping. Nous suivons le cours de la rivière Gibbon dans une jolie vallée que colorent des herbes rousses et des fleurs jaunes. Après le carrefour de Madison, nous prenons une route secondaire, interdite aux camping-cars. Nous suivons alors le cours de la Firehole coupé par une belle cascade, avant de passer dans un cañon. Nous revenons sur la route principale. Un grand troupeau de bisons provoque un encombrement, tous les touristes voulant les prendre en photos depuis la route. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous laissons des points de vue sur d’autres bassins de sources et de geysers que nous réservons pour le retour et nous nous rendons directement au site de Old Faithful, le plus fameux geyser de Yellowstone. La concentration de touristes atteint ici son maximum. Tous les services sont disponibles, hébergements, ravitaillement, etc… Nous cherchons où se trouve le phénomène, le déterminons par la concentration de visiteurs. Je dépose Marie à proximité puis cherche à me garer. Je l’aperçois alors en pleine éruption, crachant son jet d’eau et de vapeur au-dessus des badauds. Le temps que je trouve une place et rejoigne Marie, c’est terminé. Elle n’a rien vu ! Nous sommes dans les premiers à aller nous asseoir sur les bancs disposés en cercle autour de l’éminence où trône l’orifice du geyser, disposés à bonne distance pour ne pas risquer d’être touchés par des gouttes… Je vais me renseigner. Pas de wifi au Visitor’s Center, la prochaine manifestation de Old Faithful est dans plus d’une heure ! Une visite à Yellowstone ne pouvant se concevoir sans avoir assisté à cette éruption, nous prenons notre mal en patience et attendons… Enfin, passé quatre heures, après quelques crachotis annonciateurs, une colonne de plusieurs dizaines de mètres s’élève et se disperse dans le vent.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Le phénomène dure quelques minutes puis il se calme et tout le monde s’en va. J’imagine très bien Dali, pas rancunier, le nommer le « Sublime Ejaculateur »… Nous allons reprendre du gasoil et apercevoir au passage le cône imposant d’un autre geyser, le Castle. Nous prenons la route du retour. Nous arrêtons au site de Black Sand, où nous retrouvons des bassins colorés, plus variés que ceux de ce matin. Plus loin, c’est le site de Midway où nous allons nous promener sur un trottoir de planches qui passe le long d’un ruisseau étroit mais vif dont les bords sont colorés en rouille et en jaune. Une piscine d’un bleu céleste est le berceau de vapeurs qui, au gré des rafales de vent, la dévoilent ou la cachent. Marie fatiguée ne va pas plus loin, je continue et traverse une zone où de grandes coulées d’un rouge vif semblent surgir d’un autre bassin bleuté. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous continuons ensuite de rouler et faisons encore un petit détour qui nous amène à un geyser, Great Fontain, semblable à celui de Castle et qui nous fait la grâce d’entrer en activité au moment où nous le contemplons. Peu après, au Lower Geyser Basin, nous faisons une dernière promenade pour un ensemble de geysers plus ou moins actifs. L’un d’eux est un véritable paysage lunaire avec des bulles qui viennent crever à la surface d’un bassin de boue, entouré de cratères minuscules. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous rencontrons un Français, très décontracté, pieds nus et dread locks, accompagné de sa jolie compagne australienne, qui se sont fait un joli magot au Canada en ramassant des morilles après les incendies de forêt. Nous leur faisons les yeux doux pour en obtenir de quoi faire une omelette… Nous roulons sans presque plus nous arrêter jusqu’au camping où nous parvenons ce soir encore à huit heures ! Dîner tardif après une bière désaltérante.

Jeudi 3 septembre : Le ciel est légèrement couvert et, toute la journée, les nuages vont passer, s’accumuler, se disperser au-dessus de nous. Nous reprenons la route du Cañon et commençons par nous rendre à un point de vue sur les chutes supérieures de la rivière Yellowstone. Nous surplombons la masse d’eau qui crache son écume avant de se précipiter quelques dizaines de mètres plus bas. Nous traversons la rivière sur un pont et nous nous rendons à un autre point de vue, cette fois sur les chutes inférieures, encore plus impressionnantes mais vues de plus loin et puis c’est, quelques kilomètres plus loin, le plus beau site du cañon, celui justement appelé Artist Point. D’un mirador, nous avons une vue sur toutes les gorges : d’un côté, tout au fond, les chutes, et de l’autre sur le cours apaisé au sortir du ravin.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Les flancs en pente sont une véritable palette avec toutes les couleurs chaudes du jaune au violet en plaques qui dévalent du vert des forêts vers le bleu tacheté de blanc du torrent. Nous ne savons plus où regarder, nous nous extasions sur ces couleurs qui paraissent presque celles d’un décor trop chargé. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

En repartant, nous croisons les Français que nous avions rencontrés au Salmon Glacier qui nous expliquent ne pas avoir compris nos intentions le jour où nous les avions dépassés sur la route. Nous reprenons la route du sud et nous nous arrêtons pour deux vues sur des bassins où des eaux, sorties des enfers, fument, bouillonnent, dégagent des odeurs méphitiques, colorées en jaune, en bleu, plus souvent en gris. A Lake Village, nous nous rendons au Visitor’s Center pour s’enquérir d’un éventuel wifi. On nous rit presqu’au nez, le seul wifi possible est dans les hôtels, en payant, cher ! Nous longeons ensuite le très grand lac, à demi dans l’ombre, sans grand intérêt semble-t-il. Dernier arrêt pour le West Thumb Geyser Basin. Une grande boucle, la plupart du temps sur des trottoirs de planches, nous fait passer entre des bassins aux eaux transparentes qui laissent deviner des conduits souterrains angoissants. L’un d’eux, d’un beau bleu, est frangé d’ocre et de jaune. Le vent génère des friselis à la surface et chasse les vapeurs qui s’en échappent.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Plus loin, des geysers sur le bord ou dans le lac sont entourés d’eaux vertes et crachent leur rage par intermittence, deux d’entre eux semblent se relayer. Des panneaux préviennent du danger de wapitis dans cette zone. Ces wapitis doivent être si « pitis » que nous ne les voyons pas ! Nous roulons sans plus trouver trace de la faune. Nous nous arrêtons pour jeter un œil sur les gorges de la rivière Lewis, qui sont un exemple parfait des dégâts occasionnés par le formidable incendie de 1988 dont nous avons vu des traces dans tout le parc. Troncs d’arbres dénudés et encore debout, entourés d’une multitude d’autres, couchés.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Des jeunes pousses commencent à redonner un aspect boisé aux collines. Nous sortons du parc et cherchons un emplacement de bivouac dont nous avions relevé la position sur un blog. C’est devenu un camping très cher ! Nous continuons, entrons dans le parc de Grand Téton et trouvons aussitôt un camping encore bien cher pour ce qu’il offre mais on ne peut camper ailleurs. Il est encore tôt, ce qui fera une moyenne avec les jours précédents. Nous relisons mon texte puis étudions le programme de demain dans ce parc. Je m’aperçois que notre téléphone portable est connecté, j’envoie un message à Julie pour savoir comment s’est passé son retour au travail.

Vendredi 4 septembre : Il a tonné et plu dans la nuit mais le ciel est en partie bleu au matin. J’attendais une réponse de Julie mais je suppose qu’elle attend une heure décente pour nous. En nous rendant au Visitor’s Center de Colter Bay, nous longeons un lac au pied de la chaîne du Grand Téton, une succession de pics bien pointus dont j’avais gardé le souvenir, mais la neige n’est plus là, ou si peu ! 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Au Visitor’s Center, nous avons la chance d’avoir à faire avec une jeune Américaine qui parle un excellent français, sans accent. Elle nous indique où nous avons le plus de chance de voir ces maudits wapitis et accessoirement des orignals et des ours. Nous pouvons nous connecter au wifi du restaurant et lisons ainsi le dernier message de Julie. Nous décidons de rester dans le parc et nous nous rendons aussitôt au camping de Signal Mountain, retenir un emplacement. Ils ne sont pas nombreux et pour cause, nous avons appris que ce week-end est celui du Labour Day et les Américains vont profiter de ce dernier long week-end pour se promener. Nous repartons et empruntons une route qui grimpe dans la forêt au sommet d’une montagne d’où nous avons une vue très étendue sur le parc et ses environs, mais dans les prairies, pourtant dégagées, aucune présence animale… Nous continuons en faisant une boucle qui traverse les étendues dénudées, toujours avec vue sur la ligne des montagnes. Des ranchs occupent des terres en limite du parc et proposent des promenades à cheval, au pas, rien de bien excitant. Nous apercevons un troupeau de bisons, très éloigné, sur les terres de l’un de ces ranchs et, plus près, un pronghorn, une antilope qui s’obstine à ne nous montrer que ses fesses blanches. Nous arrêtons souvent à des points de vue qui donnent sur la Snake River, sur les herbes dont les couleurs annoncent l’automne, et sur les bosquets d’arbres disséminés. A l’un d’eux, une cabane en rondins, devenue site historique, comme tout ce qui a plus de cinquante ans dans ce pays, s’intègre fort bien dans le paysage, peut-être celle que nous avions vue lors de notre passage à la fin de l’hiver 1986… 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous sommes fatigués tous les deux et n’avons plus très envie de marcher pour aller découvrir ce que nous avons déjà vu un kilomètre auparavant. Je commence aussi à saturer des vues sur le Grand Téton et un témoin de mauvais fonctionnement du moteur qui s’allume me mettent de mauvaise humeur. Nous arrêtons à l’une des boutiques très pauvrement achalandées du parc pour acheter des œufs et des pommes, faute de mieux. Nous terminons la boucle en longeant de près les montagnes alors qu’un ciel menaçant les éclaire d’une lumière irréelle. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous revenons au camping et profitons des installations pour faire un lavage. Je trouve à la boutique toute proche des bouteilles de tonic qui vont un peu me consoler de cette journée. Une vodka-tonic précède donc le repas puis nous ressortons du camping pour une virée nocturne sur les routes dans l’espoir, encore une fois déçu, de rencontrer quelques spécimens de la faune locale. Il est sans doute encore trop tôt et les voitures sont trop nombreuses sur les routes.

Samedi 5 septembre : Il a beaucoup plu cette nuit et cela continue au matin. Nous nous sommes réveillés tard et nous quittons le camping à plus de dix heures. Les montagnes sont invisibles derrière le rideau de la pluie, de même que le Jenny Lake que nous avons tenté d’approcher par une route secondaire. Mais en avançant vers le sud les nuages disparaissent et nous retrouvons le soleil. Nous nous lançons sur une route étroite qui s’enfonce dans les contreforts des montagnes. Nous n’y sommes pas les seuls, des colonnes de voitures se croisent lentement. Des attroupements et des voitures arrêtées sur le bas-côté nous alertent. Une première fois, nous apercevons un ours qui grimpe très haut dans un arbre mais nous ne pouvons pas nous arrêter. Une seconde fois, près d’une aire de stationnement, un ours brun dévore à belles dents des baies qu’il va jusqu’à chercher dans les arbustes, en se dressant sur ses postérieures. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Tous les téléobjectifs sont de sortie ! Nous prenons ensuite une piste en cul-de-sac, crevée de trous inondés et qui serait sans aucun intérêt si elle ne nous avait permis d’apercevoir trois biches aux grandes oreilles, mule deer, vite effrayées et qui disparaissent dans les fourrés. Nous sortons du parc, ce sont alors de grands ranchs qui semblent vivre plus du tourisme que de l’élevage. Nous apercevons dans une prairie de nombreuses oies (?) que semblent intéresser deux coyotes tandis que trois cavaliers passent au pas…

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous arrêtons dans le lit de la Snake River pour déjeuner dans le camion puis nous parvenons à Jackson. La petite ville où j’avais acheté mes belles bottes est devenue une attraction touristique qui cultive le genre « western », du moins autour de sa place centrale. Les trottoirs sont en planches et toutes les boutiques proposent des articles pour se déguiser en authentique cowboy : bottes, ceinturons, chemises, chapeaux, vestes etc… D’ailleurs, je ne résiste pas au plaisir de m’offrir une chemise à carreaux que je découvrirai, plus tard, fabriquée en Chine… Ô Tempora, Ô mores… On peut faire le tour du centre dans une presqu’authentique diligence et les policiers sont à cheval, gros succès populaire… 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Après un plein de gasoil (toujours aussi peu cher, de l’ordre de 0,65 euros le litre !) puis d’alcools (vins californiens, bière et gin) et de provisions, nous prenons la route de Salt Lake City. Nous avons découvert ce matin que le Labour Day est lundi, donc que les Américains ont un dernier week-end prolongé avant les premiers froids et qu’ils sont tous de sortie, notamment dans les parcs nationaux. Nous craignons de retrouver les foules à Arches et attendrons donc une meilleure époque pour nous y rendre. Nous traversons un Wyoming qui correspond à l’idée que j’en avais : des ranchs et dans des corrals des troupeaux de chevaux (qu’en font-ils ?). Nous passons brièvement dans l’Idaho où nous trouvons un camping presque gratuit (8 $) des National Forest mais sans aucune commodité.

Dimanche 6 septembre : J’ai eu froid cette nuit. Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Nous repartons en direction de Salt Lake City. Nous quittons l’Idaho pour l’Utah, le pays des Mormons. Le pays est accidenté dans cette région, les ranchs sont toujours nombreux mais aujourd’hui personne ne travaille, tout le monde est à l’église comme en témoignent tous les véhicules garés devant. Nous traversons le petit village de Montpelier, avec un seul L, quelques kilomètres plus loin, c’est Paris, 476 habitants, en pleine campagne ! Photos obligatoires, ce qui amuse quelques habitants.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous rejoignons les plaines qui entourent le lac que nous entrapercevons. A Brigham, nous apercevons le premier des grands temples mormons, aux allures de mosquée indo-pakistanaise avec ses quatre tours aux sommets arrondis. Nous roulons vite sur une autoroute qui nous amène à la ville. Nous trouvons facilement le centre-ville et le carré des bâtiments religieux. Toutes les artères sont très larges, de plus elles sont désertes aujourd’hui. Avant d’y jeter un œil, nous nous rendons au Visitor’s Center nous ravitailler en documents. Le wifi ne fonctionne pas, nous ne pouvons utiliser l’ordinateur du centre que brièvement. Nous déjeunons dans le camion, garé dans la rue puis nous nous rendons à l’ensemble religieux. Nous évitons soigneusement le centre d’accueil, peu désireux de nous retrouver cornaqués par quelque francophone plein de bonne volonté et désarmant de gentillesse. Les constructions sont assez laides, sans âme, ce qui pour des bâtiments religieux est un comble ! Le Tabernacle est une vaste salle qui peut servir de concert ou de cérémonie.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mais le spectacle est chez les visiteurs : garçons bien proprets, pantalon informe, chemise blanche et cravate, les femmes ont jupe ou robe longue et sont toutes enceintes ! Les familles sont nombreuses et tout le monde est bien poli. Un Mourillon puissance dix ! Nous ne traînons pas et après être passés tirer des dollars avec ma carte de crédit dans le seul distributeur de la ville d’une banque partenaire de la BNP, qui n’avait pas de succursale ni au Montana ni au Wyoming, nous prenons l’autoroute pour sortir de l’agglomération. La circulation est très rapide, le réseau des autoroutes très dense, le vacarme assourdissant. Nous en sortons trop tôt pour continuer sur une route moins fréquentée mais qui traverse de nombreuses agglomérations qui se suivent sur des dizaines de kilomètres. Nous apprécions ensuite de rouler dans la campagne mais bientôt nous devons nous mettre en quête d’un camping pour refaire les pleins d’eau, avoir le wifi et prendre une vraie douche. L’heure avance, rien en vue. Nous trouvons un terrain près d’un grand temple sur une colline mais il nous paraît trop cher. Plus loin, le State Park est complet. Nous nous arrêtons sur le bas-côté d’une piste qui mène dans un cañon. Des buggies passent continuellement à quelques mètres de nous mais dès la nuit tombée, nous avons la paix. Le voyant, qui s’était allumé dans le parc du Grand Téton puis éteint, se rallume et je trouve que le moteur manque de reprise. Encore un problème mécanique ! Nous n’oublions pas cependant de prendre un gin-tonic !

Lundi 7 septembre : Nuit au calme et réveil sous le soleil. Nous n’avons pas eu froid cette nuit, nous devions être plus bas. Nous repartons sur la petite route. Le voyant ne se rallume pas. Sur une des rares aires de repos, je peux vidanger la « boîte à caca » et vider vessie et intestins, moment de bonheur ineffable… Le paysage commence à ressembler à celui que nous attendions de l’Utah avec des formations rocheuses étranges, des blocs comme surgis du sol, les strates des montagnes sont marquées et des falaises sont d’un rouge violent. Les flancs des montagnes sont arides, la végétation proche d’une garrigue avec des buissons et des arbustes capables de résister à des amplitudes thermiques importantes au cours de l’année. Dans la plaine, ce sont soit des ranchs avec des bovins mais aussi des moutons, sur les terres non cultivées, soit des cultures sur des terrains arrosés au moyen de lignées d’araignées d’irrigation. Nous continuons par une portion d’autoroute peu fréquentée donc pas désagréable et qui nous fait avancer. Puis nous retrouvons une route étroite en suivant un cañon peu profond et trop étroit pour qu’il y ait les moindres cultures. Nous continuons sur un plateau où nous retrouvons des terres bien vertes. Nous parvenons à l’entrée du Parc National de Bryce Canyon. Des entreprises touristiques se sont installées juste avant l’entrée dans le parc, elles n’existaient pas dans mon souvenir ou n’étaient pas en activité. Nous pensions que le gros des vacanciers était sur le chemin du retour mais ils sont encore nombreux en promenade. Nous décidons aussitôt de réserver un emplacement de camping mais les prix pour un Parc National sont bien élevés : 30 $ sans commodités. Nous nous rendons ensuite au Visitor’s Center dont le personnel semble débordé par l’afflux de touristes. Nous vérifions que leur wifi ne fonctionne pas et sur leur conseil nous nous rendons au lodge où nous pouvons nous connecter. Nous en profitons pour appeler Julie sur Skype. Elle nous raconte ses espérances de mutation dans le sud et son retour au travail. Nous déjeunons dans le camion alors qu’une averse rafraîchit l’air et nos espoirs de voir le cañon sous le soleil. Nous nous rendons enfin au premier point de vue appelé Inspiration Point. Là, bien que l’effet de surprise ne joue plus, nous sommes tout de même suffoqués par la beauté du site, malgré le peu de soleil. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Devant et en-dessous de nous, s’étalent des multitudes de cheminées des fées, de pointes granuleuses, de pinacles gothiques, tous dans des strates d’un rouge vif, ocre ou blanches, alignés pour former des rues, des avenues. Nous patientons sous les nuages, attendons qu’ils aillent manifester leur mauvaise humeur plus loin, et bientôt, sous le soleil, les couleurs éclatent, Bryce Canyon est égal à notre souvenir ! 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous changeons de point de vue mais c’est toujours un enchantement dans cette zone. Nous décidons de nous rendre à l’extrémité de la route qui longe la falaise dans laquelle ces étranges curiosités géologiques ont été taillées par la glace et le vent. Les autres points de vue sont moins intéressants, l’accumulation de pointes rocheuses moindre et les pins plus envahissants. Il faut à chaque fois faire quelques mètres ou centaines de mètres et Marie commence à fatiguer. Nous revenons en nous arrêtant à d’autres miradors. Certains ménagent des surprises, des falaises multicolores, un pont naturel, des doigts dressés, surmontés de roches d’une autre couleur, des perspectives nouvelles.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mais c’est encore près des premiers emplacements que nous sommes le plus enthousiastes. Le soleil baisse, une plus chaude lumière ravive les couleurs, fait briller les sommets des cheminées des fées. A Sunset Point, nous sommes presque dans le dédale des roches, un sentier y descend et circule entre les pitons. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

J’ai bien envie de le prendre, de m’immerger dans ce labyrinthe. Il est trop tard et Marie a peur de s’engager sur un chemin trop difficile. Nous aviserons demain. Le voyant s’est rallumé ! Nous revenons nous renseigner sur les horaires et les tarifs des douches puis nous nous installons sur un terrain trop en pente à mon goût.

Mardi 8 septembre : Après une bonne douche prise au general store, seul endroit où ce type de service, normalement disponible dans tout camping digne de ce nom, est fourni contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous nous rendons au site proche de Sunrise Point. Le soleil bien en face nous interdit d’apprécier pleinement le paysage. En nous déplaçant notre vision s’améliore. Nous partons sur un sentier caillouteux, tout en descentes raides, avec des virages serrés mais aussi des vues sur les cheminées, les pitons de toutes les couleurs que nous approchons, contournons et bientôt contemplons en levant les yeux et non plus du haut de la falaise. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Au bout d’une heure, après avoir franchi des « portes » taillées dans les minces falaises, nous atteignons le lieu dit Queens Garden, un ensemble de pics multicolores. L’un a tout à fait le profil de la reine Victoria avec couronne et manteau d’apparat. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous entamons la remontée, en renonçant au grand tour qui nous aurait ramené à Sunset Point. Nous transpirons encore et n’avançons pas vite mais nous retrouvons le point de départ, en moins d’une heure. Retrouver le camion, des boissons fraîches et ôter les vestes inutiles est d’un grand plaisir. Nous retournons jeter un œil à Sunset Point qui ne nous fait plus le même effet que la veille, la lumière a changé, l’éclairage différent, trop cru à cette heure. Après être passés au lodge constater que nous n’avions pas de messages, puis essayer d’entrer en contact avec le storage de Las Vegas, sans rien comprendre aux messages enregistrés, nous quittons Bryce Canyon. La route offre encore quelques vues sur des montagnes rouges, striées sur des prairies bien vertes, elles. Deux heures plus tard nous atteignons l’entrée du Zion National Park. La route devient très étroite et circule entre des buttes tronconiques marquées de rayures horizontales ou verticales, elles semblent revêtues d’une peau d’éléphant tant pour la couleur que pour l’aspect.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Les boules rocheuses, crottes, etc… semblent s’être solidifiées il y a peu et avoir été découpées en fines tranches à la machine à jambon !

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Après avoir franchi un long tunnel, qui bien qu’assez large pour deux véhicules, n’est traversé que dans un sens puis dans l’autre, la route dévale en virages en épingle à cheveux entre de très hautes falaises rouges jusqu’à rejoindre celle qui pénètre dans le cañon de Zion. Nous cherchons tout de suite un emplacement dans l’un des deux campings. Ils sont tous pleins ! Nous nous présentons tout de même à l’entrée et le ranger de service nous donne un emplacement dans le secteur réservé aux tentes… Soulagés, nous nous rendons au Visitor’s Center d’où partent les navettes gratuites, seules autorisées à circuler sur la route du cañon. Nous montons à bord de ce bus aux fenêtres peu pratiques qui ne laissent qu’une visibilité limitée. La route suit le cours du torrent, passe au ras des falaises vertigineuses, rouges bien entendu. Nous nous rendons au bout, dans un cirque où nous nous sentons écrasés par toutes ces murailles qui nous entourent. Il commence à se faire tard et seules quelques pans sont encore éclairés et profitent d’une belle lumière.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Au retour nous faisons encore une halte pour contempler d’autres murs vertigineux puis nous revenons au Visitor’s Center. Nous retournons avec le camion au camping où, pour une fois, nous nous installons dehors, malgré des voisins affligés d’une progéniture pleurnicharde. Il fait beaucoup plus chaud dans ces fonds de vallée et la soif nous tenaille. Eau gazeuse et bière sont vite avalées.

Mercredi 9 septembre : 25000 kilomètres depuis Halifax et nous voici ce soir à Las Vegas ! Il a beaucoup venté cette nuit mais il n’y en a pas trace au réveil. Nous allons nous garer près du départ de la navette. Nous la reprenons jusqu’à l’arrêt de Weeping Rock. Nous longeons les falaises qui hier étaient dans l’ombre, leur éclairage change toute la perception que nous en avions. Elles sont réellement impressionnantes, parfaitement lisses et verticales, certaines rouges, d’autres blanchâtres. Un court sentier nous amène à un abri sous roche d’où perlent des gouttes d’eau qui ont permis à toute une végétation d’apparaître, à des arbres de pousser en contrebas et à des animaux de survivre, une mule deer se repose dans leur ombre. Nous reprenons la navette qui nous dépose au lodge. De là, un nouveau sentier, lui aussi aménagé pour les fauteuils roulants, nous permet de remonter le cours d’un ruisseau jusqu’à un autre abri sous roche, plus grand que le précédent, où la modeste cascade tombe dans un bassin qui n’a d’émeraude que le nom. En continuant le sentier quelques dizaines de mètres, on découvre les falaises qui dominent l’abri.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous revenons au lodge et y déjeunons rapidement, moi d’un hot dog, Marie d’une pizza et tous deux avec une bière glacée très appréciée. Dernier arrêt à la « Cour des Patriarches », simplement pour admirer trois pitons baptisés par les Mormons (c’est une manie chez eux) de noms bibliques : Abraham, Isaac et Jacob. Nous descendons au musée du parc. Un film d’une vingtaine de minutes, y est projeté. Le support du film a vieilli, le commentaire aussi… Le musée est pauvre, vite parcouru. Retour au camion, nous quittons le parc et filons en direction de Las Vegas. Un peu de route et bientôt l’autoroute. Après un court passage en Arizona, dans des gorges, nous entrons au Nevada et retardons les montres d’une heure. Nous sommes dans le désert, un désert très « sud-marocain » avec des touffes et des buissons desséchés pour seule végétation, des montagnes tabulaires ravinées par les eaux de ruissellement et aux strates soulignées par les couleurs des roches différentes. Plus loin, ces montagnes vont disparaître, nous rencontrons les premiers palmiers, comme hier nous avions découvert les premiers cactus. Nous roulons vite et nous avons, pour la première fois, branché la climatisation. Las Vegas se profile dans la brume, nous entrons dans le centre en restant sur l’autoroute. Des noms connus de casinos apparaissent. Nous n’avons pas de plan, pas de GPS, utile pour une fois. Nous nous dirigeons à l’estime, sans trop d’erreurs et trouvons le Public Storage où nous avons réservé une place pour le camion. Notre réservation est confirmée, on nous attend la semaine prochaine. Nous avons aperçu un Walmart en passant, nous nous y rendons avec l’intention d’y passer la nuit. Nous allons y faire quelques courses, ravis de le trouver climatisé, il fait une chaleur épouvantable à l’extérieur et nous ne faisons que penser à boire. La clientèle de ces supermarchés de bas de gamme est principalement hispanique. Les produits sont étiquetés en anglais et en espagnol. Vérification : à sept heures du soir, il fait 38° C dans le camion !

Jeudi 10 septembre : Comme à Anchorage, sur le parking du Walmart, nous sommes, enfin, je suis, réveillé en pleine nuit par les engins de nettoyage qui passent et repassent au ras du camion, vrombissent dans un vacarme de fin du monde, puis qui s’éloignent. Nous avons perdu une dizaine de degrés dans la nuit mais ils reviennent vite. Je parviens à me connecter au Mac Donald du Walmart et trouve quelques messages de Nicole et d’amis. Nous nous mettons en quête du Visitor’s Center. Nous avons une carte succincte qui nous permet tout de même de nous retrouver dans cette ville immense, aux avenues outrageusement larges. Il faut parcourir des kilomètres pour passer d’une avenue à une autre. On nous donne plein de renseignements, des cartes, des brochures etc… Nous commençons par nous rendre à l’aéroport où je veux vérifier que nous sommes bien sur le vol de la semaine prochaine. Nous sommes à la limite du désert. L’aérogare est immense et déserte. Pas de bureau de la compagnie Condor, d’autres compagnies non plus ! Renseignement pris, je dois appeler grâce à un téléphone gratuit, le bureau qui se révèle être à Chicago… Je ne comprends pas tout mais nous sommes bien prévus sur ce vol. Nous cherchons ensuite un bureau de poste. Encore des kilomètres pour en trouver un et expédier la carte postale indispensable pour la famille Petitcolin. Encore des kilomètres pour trouver un Camping World, société qui assure l’entretien des RV et chez qui je veux finaliser notre installation de gaz avec la bouteille américaine. Ils ne disent pas non mais nous devons patienter près de deux heures pour qu’ils coupent un tuyau, y fixent un nouvel embout sur la bouteille, tout cela lourdement facturé ! Nous cherchons un camping KOA qui, d’après mes recherches sur Internet, serait bien moins cher que celui conseillé au Visitor’s Center. Nous ne comprenons pas très bien la numérotation des rues mais nous le trouvons tout de même. Moins cher que bien d’autres mais éloigné du centre, il nous offre le wifi, une piscine et une navette gratuite pour le Strip, l’avenue des casinos. Nous nous installons, profitons des branchements pour mettre les batteries auxiliaires en charge ; le réfrigérateur qui tourne en permanence les vide rapidement… Après avoir tardivement déjeuné, nous allons faire un tour à la piscine qui, comme d’habitude, ne plaît pas à Marie. Je serais bien resté toute la journée au camping entre piscine et wifi pour mettre le blog à jour mais Marie ne l’entend pas ainsi et nous nous dépêchons d’aller prendre la navette, assez éloignée du camping. Elle nous dépose à l’arrière du casino Harras’s. Nous devons le traverser, passer entre les rangées de machines à sous, clignotantes, bruyantes et ses usagers avachis devant leur engin, le gobelet à la main, ensuite ce sont les tables de poker, de Black Jack, les roulettes, avant de nous retrouver abasourdis et déjà épuisés sur le Strip.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Bien d’autres casinos nous attendent mais je suis fatigué et peu tenté de les visiter tous. D’ailleurs le temps nous manquerait. Après avoir aperçu la Tour Eiffel du Paris, nous entrons dans le fameux Caesar’s Palace. Un monument, un summum du Toc ! Partout des références à la Rome antique, fresques, statues d’empereurs, fontaines avec des chevaux qui crachent l’eau, répliques des monuments, Forum, Colisée, dans lesquels cliquettent les bandits-manchots et que plus personne ne remarque.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Les visiteurs sont très variés, touristes en quête d’éblouissements, frimeurs en tenue clinquante, flambeurs plantés des heures devant un écran. Tous profitent de la climatisation bien venue et transpirent dès qu’ils sortent d’un casino avant de se précipiter dans un autre. C’est le royaume de la démesure, du faux, de Hollywood transplanté en plein désert et mis à la portée de tous. La nuit tombe, les néons s’allument, une autre vision s’impose, colorée, visible de loin, peut-être de la Lune ? Nous nous rendons dans un dernier casino, le « The Mirage ». L’attraction en est, à l’extérieur, devant l’entrée, un volcan qui entre en éruption à chaque heure. Spectacle pyrotechnique qui attire les foules, nous en premier. D’un amas de (faux) rochers soudain surgissent des vapeurs rouges, des jets de vapeur incandescents, des boules de feu brûlent dans l’étang en-dessous. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Tout le monde applaudit… Nous revenons prendre notre navette qui nous ramène à neuf heures et demie au camping. Nous devons encore dîner, en transpirant, puis mettre à jour mon texte et réussir à envoyer enfin la carte pour Laurence.

Vendredi 11 septembre : Il a fait très chaud cette nuit, plus que la veille. A trois heures du matin, toujours ruisselant de sueur, je vais prendre une douche et me recouche, sec peu après. Nous décidons de nous octroyer une vraie journée de repos. Nous nous traînons jusqu’à la piscine du camping et y passons la matinée. J’en profite pour rajouter une semaine sur le blog. Nous nous trempons à intervalles réguliers pour oublier la terrible chaleur qu’un soleil impitoyable nous octroie. Nous déjeunons dans le camion dans lequel il fait plus chaud que dehors. Tous les autres ont des bahuts climatisés… Nous relisons la dernière semaine puis nous retournons à la piscine où je mets le blog à jour, entre deux trempettes. Sur le soirée, je me rends à pied au Walmart, de l’autre côté de l’avenue, principalement pour acheter des bouteilles : du Perrier et des bières. Nous continuons de transpirer dans le camion avant de nous décider à aller au casino tout proche, le « Sam’s Town ». Alors que nous sommes en route, un employé du camping, en voiturette électrique, nous propose de nous y déposer. Extérieurement il a l’allure d’une ancienne gare et dès que nous y pénétrons, c’est le bruit des machines à sous qui retentit. Des dames, des messieurs aussi, très sérieux alimentent leur machine préférée, appuient sur des boutons et ne sourcillent pas à l’annonce de la perte de leurs mises. Qui a dit que l’homme vit d’espoir ? Nous traversons ces zones dévolues au plumage des pigeons et arrivons dans la cour intérieure de la partie « Hôtel ». Fermée de tous côtés et couverte d’une verrière, elle abrite une végétation tropicale autour d’un bar et dans un des coins, une cascade fréquentée par des reproductions animées d’un ours, d’un aigle et d’un puma. Tout autour des boutiques, des fast foods et des restaurants. Nous empruntons un des ascenseurs extérieurs qui desservent les chambres pour bénéficier d’une vue plongeante sur l’ensemble. Nous attendons ensuite huit heures pour le spectacle donné sur la cascade. A base de rayons laser et de jets d’eau colorés, il cherche à évoquer, plus ou moins adroitement le passé et la naissance des Etats-Unis et se termine par le drapeau, la statue de la Liberté et un hymne... inimaginable en Europe !… 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Pour finir la soirée, nous dînons au restaurant. Plats de fruits de mer : huîtres Rockefeller avec des épinards, crémeuses mais leur goût est caché par les épinards, crevettes géantes trop pimentées et enfin un plat de ribs et de poulet servis avec la même sauce à base de ketchup, donc trop sucrée. Tous les plats sont copieux et les verres de vin sont très corrects aussi bien pour les quantités que pour les prix. Nous revenons au camping écouter depuis notre fournaise les climatiseurs des voisins.

Samedi 12 septembre : Dans la nuit, la concierge de Paris nous appelle ! Je coupe le téléphone mais inquiet qu’il puisse s’agir de Julie, je le rallume pour apprendre qu’un chat a été trouvé au sixième étage etc… Nous sommes réveillés au matin par les gros RV qui partent tôt et avec un bel ensemble… J’appelle Julie, dans le RER, qui me rassure à propos de cette ridicule histoire de chat ! Après avoir encore reçu les compliments, comme quasiment tous les jours, d’admirateurs de notre camion, nous quittons le camping et sortons facilement de Las Vegas. Nous repartons sur la route par laquelle nous sommes arrivés, en direction du Nord. Nous quittons l’autoroute et filons dans le désert vers le Valley of Fire Park. Nous découvrons soudain, au milieu des montagnes grisâtres, une masse de roches d’un rouge agressif. Des pistes s’enfoncent dans le dédale des pitons creusés de trous, d’alvéoles, de fenêtres qui leur donnent des allures étranges.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Sur l’un d’eux, un escalier métallique permet d’approcher des pétroglyphes qui auraient plus de 4000 ans et dateraient des Anasazis, ces Indiens qui avaient développé une belle civilisation et ont complètement disparu au milieu du XII° siècle. Dessins classiques, cercles, zigzags, personnages, mouflons…

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous continuons de circuler dans l’enchevêtrement des roches puis passons au Visitor’s Center. La boutique a la bonne idée de vendre des sodas frais. Nous n’arrêterions pas de boire, la chaleur est étouffante, plus de 40°C ! Il est fortement déconseillé de partir en promenade sur les sentiers. Nous prenons une route qui va nous faire découvrir une partie du parc différente, caractérisée par des roches bicolores, rouge et jaune, la frontière entre les deux est nette, traverse les strates, semble avoir été tracée au pinceau. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Des falaises sont à demi rouges et à demi jaunes suivant une ligne nette et oblique. Des couches ondulent et forment des vagues qui se seraient instantanément figées. Décidemment ces régions des Etats-Unis recèlent des trésors géologiques même en dehors des parcs les plus connus. Je n’ai pas le courage, et même un peu peur, de marcher dans le sable sous ce soleil assassin pour approcher des roches particulièrement spectaculaires. Nous déjeunons rapidement dans le camion sans relever les rideaux et repartons. A la sortie du parc j’ose marcher deux cents mètres sur un sentier qui monte, descend dans des éboulis pour aller voir un éléphant de pierre… 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

qui s’avère être sur le bord de la route ! Mais il est interdit de marcher le long de la route… Nous remontons en direction de l’autoroute et arrêtons à Overdon pour acheter un soda et ensuite y visiter un modeste musée consacré aux Indiens Pueblo. Peu d’objets et beaucoup de texte à lire et à traduire. Les reconstitutions de cases enterrées ou en adobe ne sont pas très convaincantes. Nous récupérons l’autoroute pour une courte section et le quittons pour une route qui va vite se transformer en une piste qui s’enfonce dans le désert. Personne en vue, seul un lièvre traverse la piste devant nous, pas la moindre trace d’une quelconque exploitation, pas la moindre masure, cabane, rien. Nous ne croiserons ni ne rencontrerons aucun véhicule de toute la traversée de cette région inhospitalière. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous ne savons pas exactement combien de kilomètres nous avons à parcourir sur cette piste, moyennement bonne au début, puis qui va devenir de plus en plus étroite, coupée de ruisseaux à sec, jusqu’à un col, redevenir roulante, puis excellente jusqu’à ce que nous rejoignions une vallée plus verdoyante, mise en culture. Nous suivons alors la ligne de chemin de fer, passons dans des gorges boisées et retrouvons le goudron à Elgin. Nous nous arrêtons pour la nuit au camping d’un parc, Kershaw-Ryan, dans un cirque de montagnes venté mais à l’ombre, donc plus au frais qu’à Las Vegas. La nuit tombe vite.

Dimanche 13 septembre : Il a fait presque froid ! Nous nous sommes glissés dans nos duvets, ravis… Nous sommes dans les derniers à quitter cet agréable camping pourvu de douches. Nous arrivons presqu’aussitôt à Caliente, petit bourg endormi, surtout à l’heure du service divin, et qui porte bien son nom. Nous voulons nous ravitailler, au moins pour ce midi, le seul magasin ouvert est un Family-Dollar (tout un programme !), petit et sans grand choix. Nous poursuivons jusqu’au Cathedral Gorge Park. Au Visitor’s Center nous trouvons une nouvelle ranger passionnée par notre camion qu’elle avait aperçu au camping. Elle est ravie de le visiter… Un court tronçon de piste nous amène dans le parc, au pied de falaises d’argile ravinées par les pluies. Des plaques de roches plus dures les ont protégées par endroit, créant des cheminées des fées qui se détachent des falaises et formant une multitude de très étroits cañons dans lesquels nous nous glissons. Plus nous pénétrons profondément et plus hautes sont les parois quasiment verticales, lissées par les eaux de pluie. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous ne pouvons guère aller plus loin, il faudrait marcher et nous n’en avons pas très envie bien qu’il fasse nettement moins chaud que la veille grâce à un voile de nuages qui va s’étendre. Nous retournons sur la route pour suivre les falaises depuis leur sommet et d’un mirador aménagé, nous avons une vue sur ces cañons et les cheminées des fées. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Nous déjeunons là, à l’ombre, puis repartons. Nous nous dirigeons vers Las Vegas par une route dans le désert, sans grand intérêt. Je suis fatigué et je ferais bien une sieste. La route est absolument rectiligne, sans surprises, mes yeux se ferment. Je me réveille à temps pour me garer sur le bas-côté, boire, faire quelques pas et repartir mais cela ne suffit pas et je dois réitérer mes haltes. Enfin, nous rejoignons l’autoroute, contournons Las Vegas et poursuivons en direction des montagnes où nous voulons aller dormir. En traversant une banlieue neuve, composée de villas à peine visibles, enfermées derrière les murs des lotissements, nous passons devant un supermarché. Nous nous arrêtons, j’ai encore l’espoir de sauver ma soirée et trouver ce que j’ai cherché dans toutes les stations-service : des bouteilles de tonic ! Je n’en trouve toujours pas MAIS la dernière tentative dans un autre supermarché sera la bonne. Sauvés ! Ce n’est pas aujourd’hui que nous en serons réduits au Gin-Seven Up ou pire au Gin-Sprite…  Nous continuons sur une autoroute que nous quittons pour une route, elle aussi rectiligne, qui monte en direction des montagnes. La végétation change avec l’altitude, nous passons des arbres de Josué et des yuccas à moins de 1000 mètres d’altitude aux pins à plus de 2500 mètres d’altitude. Au sommet se trouve des installations de sports d’hiver et deux campings déjà fermés pour la saison ! Nous nous installons sur une aire de départ de randonnée et sacrifions à l’apéritif du dimanche soir…

Lundi 14 septembre : La nuit a été fraîche mais il va falloir redescendre et retrouver des températures caniculaires, encore que des nuages se profilent… Par une route qui surplombe de loin le désert et notamment cette zone où furent effectués les essais nucléaires, nous rejoignons une autre route qui pénètre dans ce massif montagneux et se termine dans un village de résidents. Nous retournons sur l’autoroute qui contourne Las Vegas dont nous n’apercevons que les tours de très loin puis en sortons pour une route qui entre dans le Red Rock Park. Un premier détour nous amène à un site où une source devrait couler au plus profond d’une anfractuosité. Un sentier de planches y conduit mais la source est tarie et les gravures rupestres que l’on peut apercevoir sur une roche ne sont pas très intéressantes. Marie trouve au Visitor’s Center un beau collier constitué de boules d’argent et de perles de turquoise. Je le lui offre, sans savoir si ce sera pour son anniversaire ou celui de Julie… La raison de la dénomination du parc apparaît vite : un massif rouge qui se distingue des autres montagnes. En en approchant nous distinguons les deux couleurs des roches, un rouge très prononcé et un jaune très clair. Comme à Valley of Fires, les limites sont très nettes et semblent dues aux eaux qui ont délavé la roche, du sable pétrifié. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Les rochers ressemblent à de gros boudins soudainement figés et formant cañons, défilés, éboulis dans lesquelles parviennent à pousser quelques arbustes et buissons. La route qui traverse le parc s’éloigne de cet ensemble, offre quelques vues dessus depuis des collines dans le désert puis se rapproche d’un autre massif plus confus, très « tachiste ».

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Une piste, très dure, s’enfonce dans un cañon, passe au pied d’une montagne dont les ombres soulignent les amas de roche posés les uns sur les autres puis grimpe vers d’autres sites éloignés. Nous n’insistons pas et retournons vers le goudron. Nous ressortons du parc, vaguement déçus, seul le premier massif méritait une visite. Nous replongeons dans le réseau d’autoroutes pour retourner au camping KOA. Je cherche un car wash pour redonner au camion un aspect plus présentable et surtout en vue de sa longue hibernation. Nous trouvons un lavage manuel, les machines à rouleaux n’acceptant pas une telle hauteur. Nous traversons tout Las Vegas, facilement, une avenue vers le nord puis une vers l’est et nous retrouvons nos habitudes au camping, près de la piscine. Je ne tarde pas à y aller me tremper. Baignade d’autant plus appréciée qu’il règne une chaleur d’enfer avec un vent prometteur de tempête sous un ciel de plus en plus noir. Marie n’a que le temps de m’y rejoindre avant que nous en soyons chassés par crainte des éclairs. Du vent, des éclairs mais pas de pluie. Cependant la température est devenue nettement plus supportable.

Mardi 15 septembre : Nuit très agréable, fraîche. Ce matin, des nuages de plus en plus denses nous épargnent les rayons trop ardents du soleil. Je commence, tandis que Marie se prépare, par aller compléter nos dernières provisions au Walmart puis nous allons nous installer autour de la piscine désertée pour relire mon texte. Je tente de compléter le blog mais la connexion n’est pas fameuse aujourd’hui. Nous commençons à sortir les sacs de voyage et à faire le tri des affaires que nous laisserons et de celles que nous emporterons. Nous déjeunons dans le camion alors qu’il commence à pleuvoir. Nous allons prendre la navette, équipés pour les grandes pluies, Kways et parapluie… qui seront inutiles. Cette fois nous nous rendons dans le downtown, la partie de la ville où furent implantés les premiers casinos devenus mythiques comme le Golden Nugget ou le Frémont. Nous nous rendons tout d’abord au Musée MOB, consacré au crime organisé en Amérique. Sur trois étages sont présentés les origines, les développements, à partir de la prohibition, de Cosa Nostra et son influence sur la vie sociale, politique et même internationale. Pour rendre la visite distrayante, on n’a pas lésiné sur les reconstitutions : prise de photos d’identité judiciaire, murs du massacre de la Saint-Valentin, audience de la commission Keefauver, projections de films, témoignages etc…

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Il y a trop à lire et bien sûr en anglais. Las Vegas n’est pas oubliée et sa genèse rappelée ainsi que les liens des syndicats du crime avec les politiciens. Nous nous rendons ensuite dans la Fremont Street, celle dont j’avais gardé le souvenir avec ses casinos au look désuet et son cowboy en néons colorés. La rue a été couverte d’une sorte de verrière et si le Golden Nugget, le Four Queens et le Frémont sont toujours là, mon cowboy est presque caché derrière des installations de sonorisation. Des podiums sont implantés aux carrefours, des groupes s’y produiront dans la soirée. Des filles en tenue minimale dansent sur les comptoirs sans grand entrain. Tous les artistes de rue ou pseudo, tentent d’attirer l’attention des visiteurs par des tenues extravagantes, un rocker bedonnant n’a qu’un cache-sexe, une fausse Hawaïenne avachie s’exhibe avec une jupe de raphia et les seins à peine dissimulés, sosies de personnages de bandes dessinées, monstres, mendiants essaient de recueillir les miettes des sommes perdues dans les casinos. Une affligeante entraîneuse, à la chair triste, qui a dû faire les beaux jours de Saïgon en son temps, se déhanche sur des airs de rock. Dans les touristes, les Mexicains qui commémorent leur Indépendance, sont nombreux ainsi que les Asiatiques qui débarquent en groupes derrière leur guide. Nous traversons le Golden Nugget pour aller voir sa piscine au centre de laquelle, dans un aquarium, nagent des requins et autres poissons, un toboggan le traverse. 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

La nuit tombe, les lumières s’allument et je retrouve l’ambiance clinquante, tape-à-l’œil des casinos des « Hommes de Las Vegas ». 

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

Mon cowboy tarde à allumer ses néons mais il s’y décide tout de même. Sous la verrière a été installée un zipline, des câbles qui courent sur toute la longueur de la rue, bien au-dessus des têtes des touristes, et ceux qui s’y aventurent semblent voler d’un bout à l’autre, attachés à des harnais.

TRANSAMERICA (1.- de Vancouver à Las Vegas)

A huit heures, un spectacle son et lumière est donné sur cette voûte, musique tonitruante et images laser plutôt gratuites mais spectaculaires. Nous reprenons notre navette et rentrons dîner au camion.

Mercredi 16 septembre : Aujourd’hui, le ciel est bleu mais le vent demeure. Nous allons consacrer la journée à un grand nettoyage du camion, à une dernière lessive et à la préparation des sacs. Ce n’est qu’à cinq heures que nous pouvons nous rendre à la piscine. Après un dernier gin-tonic américain, nous allons dîner au casino de Sam’s Town. Nous choisissons le restaurant mexicain, ceviche et carne asada avec des bières Dos Equis, nous sommes prêts pour la patrie de Pancho Villa, j’ai d’ailleurs tendance à répondre en espagnol aux questions des serveurs… Retour au camion pour une dernière nuit à Las Vegas.

Jeudi  17 septembre : Derniers rangements, nous quittons le KOA et filons au Storage où je remise le camion, je débranche la batterie en espérant qu’elle ne se vide pas trop d’ici quatre mois. Un taxi nous emmène à l’aéroport. Les caddies sont payants, 5 dollars ! Nous y sommes bien avant l’heure d’enregistrer. Nous patientons dans cette aérogare peu agréable, froide et sans animation. Nous achetons très cher des sandwichs et une bière. Une fois les sacs enregistrés, je rapporte le caddie et récupère royalement 25 cents ! Nous passons en salle d’embarquement et continuons de patienter. Notre avion est rempli et ne décolle qu’avec une heure de retard pour cause de passager du précèdent vol à évacuer puis pour un problème de portes signalées mal fermées… Et nous voilà partis pour un long vol inconfortable au cours duquel nous sera servi le plus infâme repas de toute l’histoire de l’aviation civile. Pas de choix des plats, une salade de pommes de terre suivie d’un plat de pâtes desséchées à la sauce tomate et gratinées, une sorte de pain d’épices sentant fort la cannelle achève ce festin certainement concocté par un diététicien diplômé… Nous avons pu avoir un dé à coudre de gin-tonic mais ensuite la bière est payante !  Pas question de dormir, quelle que soit la position tentée, le dossier du siège s’obstinant à interdire de s’assoupir…

Vendredi 18 septembre : La nuit est brève, on nous sert un petit déjeuner tardif ce qui permettra d’oublier le déjeuner. Un ridicule petit pain avec du beurre, de la confiture, une feuille de papier à cigarette de jambon et hop, nous avons le ventre plein. Nous nous posons à Francfort. Encore de longs couloirs à arpenter, un contrôle encore plus tatillon et deux nouvelles heures d’attente avant de repartir pour un vol rapide pour Marseille avec un petit sandwich et une bière gratuite avec Lufthansa… Nous survolons les Alpes, je crois apercevoir le Mont Blanc et bientôt la Méditerranée est en vue. Nous nous posons. Récupération des bagages. Personne ne nous a fait la bonne surprise de venir nous chercher, au contraire de tous les pèlerins qui s’en reviennent de La Mecque, tout de blanc vêtus. Je me renseigne sur le tarif de location d’une voiture qui m’éviterait le pénible portage des sacs mais c’est dissuasif… Nous partons donc en bus à la gare Saint-Charles. Nous attrapons aussitôt un train pour Toulon puis sautons dans un taxi qui nous dépose à la maison. La première étape de la Transamerica est achevée !  

Repost 0
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 20:30

Lundi 27 juillet : Une journée de route nous attend mais nous ne partons pas à la première heure. De nouveau les épicéas, souvent rabougris, parfois brûlés, les lacs et les rivières aux larges lits. Nous arrivons à la frontière, aucun contrôle côté Etats-Unis, une petite attente chez les Canadiens, trente kilomètres plus loin. Il n’y a que des camping-cars au poste frontière ! Nous arrêtons un peu plus loin pour déjeuner. Pour une fois, les moustiques qui nous ont fichu une paix royale en Alaska, nous obligent à allumer un tortillon. Nous nous rapprochons doucement de la chaîne de montagnes des Kluane enneigées mais dont les sommets ont accroché les nuages et le ciel, ensoleillé jusqu’alors, devient tout gris. Nous longeons le lac du même nom, ses eaux sont d’un bleu de lagon polynésien. Nous y trouvons des emplacements de bivouac superbes mais il est tout de même trop tôt. Le revêtement de la route depuis la frontière canadienne est mauvais, des bosses, des dos d’âne et des portions de pistes poussiéreuses sur lesquelles les gros RV’s se traînent au pas. Nous avons avancé les montres d’une heure mais nous continuons d’utiliser l’heure de l’Alaska puisque nous devrions la retrouver demain. Nous arrêtons pour la nuit dans un camping pas trop cher, à l’entrée de Haines Junction. Nous y avons le wifi, j’en profite pour mettre le blog à jour, composer une carte électronique que nous envoyons aux parents et amis. Pour dîner, nous comptions sur les beefsteaks hachés que nous avions achetés à Tok mais s’il s’agit bien de bœuf, il n’est pas du tout haché bien qu’il en ait l’aspect, c’est un paquet de nerfs entouré de viande bien rouge, absolument immangeable !

Mardi 28 juillet : Nous avons confirmation au Visitor’s Center d’une météo exécrable pour le reste de la semaine aussi bien à Skagway qu’à Haines où nous comptons nous rendre. Nous faisons un détour au lac Kathleen, à l’orée du Parc National de Kluane. Nous partons pour une courte promenade dans l’espoir d’en voir le bout. Pas de soleil, ciel gris, tout à fait oubliable… Nous revenons à Haines Junction et prenons la route de Whitehorse, paysage inchangé et averses à intervalles réguliers… Nous retrouvons Whitehorse sous un soleil timide mais pas chaud. Marie me traîne dans les magasins de souvenirs et produits artisanaux des « First Nations », à la recherche de mocassins qui ne conviennent jamais, ils ont de la fourrure, les perles sont trop brillantes, la taille n’est pas la bonne et 200 $ une paire de chaussons, même exotiques, c’est cher ! Nous ne trouvons que des dessins qui évoquent les représentations traditionnelles des Tlingit, celui acheté à Whitehorse, bien moins cher que celui de Haines Junction… Nous repartons en direction de Skagway, le soleil semble plus présent dans cette direction mais nous avons encore de la pluie. Nous longeons un joli lac qui aurait pu faire un bon bivouac mais, une fois de plus, il est trop tôt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous arrêtons peu avant Carcross pour jeter un œil au « désert de Carcross ». Une belle étendue de dunes inattendues, plantées de résineux.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au village de Carcross, halte touristique obligatoire. Une maison ancienne a sa façade peinte d’une grande représentation traditionnelle. Devant, deux poteaux avec des sculptures totémiques et plus en avant de vilaines baraques récentes à toits de tôle, elles aussi couvertes de dessins noirs et rouges, représentations de baleines, ours, corbeaux stylisés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout cela bien artificiel et passablement attrape-touriste. Quelques maisons anciennes ont été retapées, la gare, un general store, deux églises etc… Les cars de touristes partis, le village est désert, nous décidons d’y passer la nuit et nous allons nous installer sur l’aire de mise à l’eau des bateaux. Après dîner, nous regardons le dvd « Jules et Jim » dont nous n’avions tous deux retenu que les épisodes joyeux. Nous devons nous y reprendre à trois fois en rechargeant la batterie de l’ordinateur.

Mercredi 29 juillet : Le soleil n’est pas tout à fait absent et nous pouvons avoir une idée du paysage. De beaux lacs piquetés d’îlots s’allongent le long de la route, entre des montagnes sans végétation à leurs sommets et couvertes de lichens ocre et de mousses d’un vert tendre, et de quelques résineux à notre altitude.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous franchissons le col White Pass, un des lieux de passage de ceux qui en 1898 se précipitèrent sur les terres du Klondike après avoir débarqué à Skagway. La frontière est au col, pas de contrôle à la sortie du Canada, un rapide à l’entrée en Alaska. Nous devons remettre les pendules à l’heure dite du Pacifique. La descente sur Skagway est vertigineuse, nous plongeons vers les eaux du fjord. Une mince bande de terre, coincée entre les montagnes, est occupée par cette petite ville qui ne vit plus que du souvenir de la brève Ruée vers l’Or. Deux énormes bateaux de croisière occupent les quais à l’extrémité de la langue de terre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous précipitons au bureau de la compagnie des ferries pour réserver. Nous devrons patienter quelques jours à Haines et à Juneau pour avoir de la place sur celui de Juneau à Prince-Rupert. Nous allons nous garer devant le seul et unique supermarché de la ville, rien de bien extraordinaire, nous espérons trouver mieux à Juneau. Le soleil étant présent, nous décidons d’en profiter pour aller dans la rue principale appelée Broadway. C’est un véritable décor de cinéma, toutes les maisons, bien plus nombreuses qu’à Dawson City, sont en bois, reconstruites ou restaurées à l’identique, les trottoirs sont bien entendu en bois et peu de véhicules circulent dans cette rue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ce sont principalement des commerces pour touristes qui attirent les passagers déversés par centaines, peut-être milliers, des bateaux de croisière. Nous repartons, contournons le fjord sur une piste en corniche jusqu’au site de Dyea, l’ancien port où débarquèrent les premiers chercheurs d’or, avant le déplacement du port à Skagway. Il n’en reste quasiment rien. Le cimetière, à l’écart, abrite quelques tombes très simples, une planche de bois, un nom, une origine et une date, qui seraient tombées dans l’oubli si elles n’étaient pas devenues une attraction touristique. Une magnifique forêt d’épicéas majestueux, surgis du sol riche entre des couches épaisses de mousse, a repris ses droits et a tout absorbé. Un sentier balisé circule sur le site de l’ancienne ville mais il est impossible de retrouver les traces d’une rue ou même de bâtiments. Nous espérons apercevoir quelque animal mais pas l’ombre d’un wapiti, ni même d’un grand… Quelques planches qui achèvent de pourrir sont tout ce que l’on peut deviner d’un ancien entrepôt et plus loin, une façade avec encadrement de porte et de fenêtre, maintenue debout avec des étais, s’ouvre sur la forêt.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous allons nous poser à la limite des zones marécageuse où des cavaliers se promènent au pas. Je fais une courte sieste. Marie préfère regarder les bonus du film d’hier soir plutôt que de sortir se promener.

Jeudi 30 juillet : Nous avons bien dormi et comme nous ne sommes pas pressés aujourd’hui, nous traînons et ne nous levons qu’à neuf heures. Je constate que le liquide de refroidissement dans le vase d’expansion a bien baissé, je refais le niveau et ne trouve pas trace de fuite. Nous approchons du ruisseau où des pêcheurs s’escriment avec des saumons qui, là aussi pullulent. Ils semblent épuisés et ne parviennent plus à nager. Ce sont des vieux poissons qui viennent finir leur vie dans leur ruisseau natal et quand on les attrape, ils sont relachés nous explique un Québécois installé au Yukon. Nous reprenons le camion pour traverser la zone sablonneuse qui s’avance dans le fjord et à l’extrémité de laquelle on découvre, à marée basse, les restes en putréfaction des poteaux du quai de l’ancien port. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Puis nous revenons à Skagway, le soleil est présent mais il reste beaucoup de gris dans le ciel. Nous cherchons et finissons par trouver, sur une colline boisée, l’ancien cimetière datant des premiers temps de la ville. Des plaques de bois, toutes simples ne portent qu’un nom, parfois une origine, et une date. On ne vivait pas vieux en ce temps ! S’y trouvent aussi les deux tombes d’un « méchant » et d’un « shériff » qui se mesurèrent en un duel qui fut mortel pour les deux. Un vrai western ! Un sentier mène en quelques enjambées au-dessus du cimetière à une chute d’eau de belle hauteur où des touristes ramassent du sable dans l’espoir d’y trouver quelques paillettes… Nous déjeunons sur le parking dans le camion, en pensant y bivouaquer ce soir. Devant nous, des trains, avec l’allure des wagons de l’époque, emmènent des touristes jusqu’au col ou à Carcross. Nous allons ensuite nous garer dans le centre-ville puis allons arpenter la rue Broadway. Nous n’y sommes pas seuls, les touristes de toutes origines se pressent dans les bijouteries. Nous suivons consciencieusement l’itinéraire décrit par la brochure de l’Office du Tourisme. Chaque maison ancienne est décrite, datée et nommée d’après son ancien propriétaire. Nous découvrons alors que beaucoup d’entre elles ont été non seulement restaurées mais aussi déplacées, expliquant ainsi la continuité et l’unité architecturale de cette ville-décor.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Marie visite quelques boutiques, à la recherche de cartes postales maintenant. La ville se vide à partir de dix-sept heures, les bateaux de croisière repartent et nous allons nous installer sur le parking près du cimetière.

Vendredi 31 juillet : Les premiers trains de touristes ne nous réveillent pas avant huit heures, peu de temps après les bus amènent des visiteurs au cimetière. Les K-ways et les parapluies sont de rigueur… Nous ne nous pressons pas, le ferry ne part qu’à 15 heures. Nous passons à la bibliothèque constater que nous n’avons pas de nouveaux messages, puis je vais nous réapprovisionner en bières et vin, en prévision du week-end. Nous allons nous garer à proximité de la passerelle au-dessus de la rivière qui traverse Skagway. Marie ne veut pas se mouiller. Je l’emprunte seul mais je ne peux observer le plus petit frétillement, aucun saumon ne tente la remontée à contre-courant donc pas de phoques dans l’eau ni d’ours à terre. Nous patientons en observant le ballet des hélicoptères au bout du terrain d’aviation. De nouveaux bateaux de croisière ont débarqué une nouvelle cargaison de touristes qui, pour fuir la colère des éléments, se réfugient dans les boutiques. Nous avons décidé de nous payer un grand gueuleton ce midi avec des spécialités locales. Nous avons choisi la Skagway Brewing Co, une mini-brasserie où on sert le midi quelques plats. La salle est pleine, tout le monde boit de la bière, bonne d’ailleurs. Nous avons choisi un fish and chips et un plat de porc mariné à la bière. Le fish and chips est bon, poisson frais, servi avec une bonne sauce tartare mais ce n’est pas trop copieux et les frites sont très honorables mais ce n’est qu’un fish and chips, vendu 22 $ (taxes et service en sus) ! Quant au plat de porc, il est servi comme un hamburger, la viande est coupée menue et pas trop copieuse non plus. Au grand étonnement du garçon, le bun, le pain reste dans l’assiette. Nous nous rendons au port faire la queue en attendant l’embarquement. Le ferry arrive, le déchargement des véhicules est long et nous n’embarquons que vingt minutes avant l’heure théorique du départ. Ce n’est pas un bâtiment luxueux mais nous n’allons y passer qu’une heure, le temps de descendre, entre deux falaises abruptes, le fjord, d’apercevoir, encadré par deux bandes de nuages, un glacier haut perché dans les montagnes et nous discernons le port de Haines. Nous accostons à quelques kilomètres de la ville, en remontant le fjord. Aussitôt débarqués, nous nous rendons au fond de ce fjord, remontons le cours de la rivière qui le relie à un lac. De nombreux pêcheurs, plantés dans le courant, tentent eux aussi de prendre des saumons. Les ours qui devraient les leur disputer sont absents. Nous allons occuper le dernier emplacement vacant d’un camping provincial, dans les arbres au-dessus du lac. Nous retournons sur les bords de la rivière essayer de voir des ours mais ce n’est pas la bonne heure, ni peut-être le bon jour… Retour au camping où, pour une fois, nous profitons de l’air pur, assis dans nos fauteuils neufs. Avant de dîner, nous retournons voir si, par hasard, quelques ours ne seraient pas en train d’attraper des saumons. Eh oui ! Une brune oursonne et ses deux petits sont dans la rivière à la recherche de nourriture. Les oursons sont peu audacieux, espiègles mais prudents, la mère patauge dans le courant et le descend à bonne allure, suivie sur la berge par ses rejetons plus noirs de poil. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les photographes, nous en sommes, la suivent depuis la route, à pied ou en voiture. Nous retournons au camping quand elle s’éloigne. Pour dîner, nous avons acheté du saumon fumé dans un emballage qui ne permet pas de deviner ce qu’il contient. J’en extrais des filets gros comme des doigts, durs comme une viande séchée, très bruns. Ils ont mariné avec de la sauce soja et du sucre puis ont été fumés. Le résultat est déroutant, le goût de poisson est faible, le sucré domine et nous ne savons trop à quel moment ce plat pourrait être consommé. Quoi qu’il en soit, aucune ressemblance avec ce que nous appelons du saumon fumé !

Samedi 1er août : Nous prenons goût aux grasses matinées… Dans notre forêt, les bruits et la lumière sont très assourdis et ne nous incitent pas à nous lever. Nous longeons le fjord jusqu’à la ville de Haines, à quelques kilomètres. Les pêcheurs sont déjà immergés dans le courant froid, les ours sont donc absents. La ville est bien assoupie, nous arrivons en pleine foire de la région. Après un passage au Visitor’s Center où nous ne sommes guère rassurés par les prévisions météorologiques des jours à venir, nous allons nous garer derrière le supermarché local. Avant de faire nos emplettes, nous assistons à un défilé dans la grande rue. Nous n’aurions pas cru qu’aux Etats-Unis on puisse assister à quelque chose d’aussi minable ! Après une voiture de police et des voitures de pompiers qui distribuent des bonbons à pleines poignées, viennent des groupes restreints de danseurs locaux qui ne donnent pas envie d’aller les voir sur une scène, d’amis des chiens avec leur animal préféré en laisse, de marionnettistes avec leurs figurines géantes, une moto avec drapeaux américains déployés et c’est fini ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir refait les pleins de provisions, nous nous rendons au terrain d’aviation pour tenter de trouver un survol de glaciers. Un premier pilote n’aurait pas d’autres clients que nous et ses prix sont élevés, un autre propose une excursion demain si les conditions météorologiques sont bonnes. Nous prenons rendez-vous. Après avoir déjeuné dans le camion devant le terrain d’aviation, nous retournons en ville et allons nous garer sur l’ancien champ de manœuvres de la caserne désaffectée. Au milieu se dresse une belle maison traditionnelle tlingit avec un décor peint en façade et quelques totems debout ou couchés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Tout autour de la place, de jolies maisons, celles des officiers, transformées en résidences ou en hôtels, forment un cadre agréable. Nous allons jusqu’à l’extrémité de la route, à la recherche d’un éventuel lieu de bivouac pour ce soir, puis nous nous rendons à la foire. Des stands de toutes sortes ont été dressés, on y présente des articles de fabrication familiale, des confiseries, des nourritures de toutes origines, des jeux pour les enfants, un petit train minable fait le tour des installations. Sous une halle, un podium a été installé et des groupes s’y produisent, tous les genres de musique se succèdent. Nous allons assister à un duel entre deux candidats qui doivent essayer de rester debout sur un gros tronc d’arbre flottant dans un bassin, les deux se retrouvent à l’eau au grand amusement du public. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Applaudissements, sifflets d’encouragement, les spectateurs sont bon enfants, contents, chaleureux, tout le monde se connaît, s’interpelle. Les maquillages fluorescents et colorés sont à la mode. Sous un hangar sont exposés les productions les plus remarquables de la région et leurs récompenses : les quilts les plus clinquants, tissés avec des fils fluorescents (un ancien des années 1920 fait cruellement ressortir la déchéance de cet art traditionnel), les plus gros choux, concombres et autres légumes, travaux de couture et de tricot que personne ne voudrait porter… Dans un ensemble de maisons qui recrée une ville western, nous assistons à une sorte de course en sac entre deux équipes, avec des pantalons de pêcheurs à enfiler et des bouées à transporter à toute vitesse. Intervilles !!! Dans la cour d’une brasserie, se déroule une compétition de lancers de fer à cheval, joueurs et spectateurs ont tous le gobelet de bière à la main. Pour ne pas nous distinguer, nous en faisons autant… Un orchestre country, violon, banjo, guitare, trombone et batterie jouent ces airs que j’aime et qui font taper des pieds et bouger les corps. Le guitariste et le violoniste, sosie de Buffalo Bill, pas de première jeunesse, sont tous deux excellents... 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous repartons nous installer au bord du fjord pour la nuit.

Dimanche 2 août : A deux heures du matin, des musiciens qui n’ont pas envie d’aller se coucher viennent se garer à côté de nous et vont faire une jam session sur la plage. Heureusement, le toit est baissé et nous ne les entendons pas fort. Nous nous rendormons après leur départ… Il pleut, encore ! Notre vol au-dessus des glaciers est bien compromis. Mais le ciel petit à petit s’améliore, la pluie cesse et quand nous sommes sur le point de nous rendre en ville, du ciel bleu apparaît. Météorologue doit être un métier bien ingrat sous ces latitudes… Au Visitor’s Center, le bulletin météo nous promet de la pluie aujourd’hui et du soleil les jours suivants, ce qui ne manque pas de nous inquiéter vu le manque de fiabilité de ces pronostics. Nous allons au camping en bord de mer nous réserver une place pour ce soir. Le patron ne craint pas d’exposer ses opinions « Républicaines » et sa haine des Démocrates. De grasses plaisanteries sur les femmes sont également affichées sur le panneau d’informations… Nous passons au bureau de l’agence d’aviation, Mountain Flying Service. La responsable, Amy, jeune femme sympathique qui fait des efforts pour nous parler lentement et nous abreuve avec de grands sourires de « Bonjour, Merci, Au Revoir… », tout ce qu’elle a retenu de ses cours de français, arrive avec un couple d’Australiens intéressés par la même excursion que nous. Rendez-vous est pris pour midi au terrain d’aviation. D’après elle le temps est superbe, ensoleillé au-dessus des glaciers. Marie est sceptique… Peu avant midi, l’avion se pose, un De Havilland de six places, les Australiens arrivent et nous montons à bord. Décollage, survol de la large rivière Chilkat puis nous commençons à passer au-dessus des montagnes. Des nuages s’effilochent à leurs sommets mais le soleil éclaire les premiers glaciers que nous longeons, tant sur notre droite que sur notre gauche. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

De magnifiques toboggans blancs rayés de noir dévalent des pics sombres, traçant des coulées vers les vallées grisâtres. Nous traversons un large fjord qui va se jeter dans l’océan Pacifique avant de survoler d’autres montagnes sur les flancs desquelles des chèvres sauvages trouvent leur pitance. Puis ce sont d’autres glaciers, plus impressionnants, plus larges qui courent sur des kilomètres. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Deux, trois, quatre, une multitude se rejoignent pour former d’immenses champs de glace rainurés de crevasses où parfois dorment des eaux d’un bleu irréel. Nous passons au ras des séracs, cubes gigantesques aux arêtes tranchantes et bleutées. Notre pilote, Paul, affirme pouvoir se poser sur les champs de glace. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Mais nous devons faire demi-tour, dommage ! Le soleil se fait rare, le gris commence à dominer. Nous ne revenons pas exactement par le même chemin, survolant à la fin, à basse altitude une dernière coulée ponctuée de mares azurées, sur des kilomètres, avant de retrouver Haines et son aérodrome.  Nous allons nous poser au terrain de camping pour un déjeuner tardif, puis nous nous rendons en voiture à la bibliothèque pour profiter du wifi. Pas de messages, nous commençons à faire des recherches pour le vol de retour de Las Vegas. Nous revenons nous installer au camping, adossés au fjord. Nous ressortons à pied pour aller traîner dans les rares boutiques de souvenirs ouvertes aujourd’hui. La pluie revenant, nous rentrons au camion relire mon texte. Nous le corrigeons ensemble avant de sacrifier à l’apéritif traditionnel désormais du dimanche !!! Le camping n’est pas bien grand mais il n’y a qu’une salle de bain pour tout le monde. Des citations des Evangiles et des dictons sont collés sur les murs de la pièce. Sans doute pour ressortir plus propre moralement.

Lundi 3 août : Quel soleil aujourd’hui ! Le vol doit être superbe par un tel temps ! Nous prenons la route de Haines Junction pour découvrir le paysage à l’arrivée sur Haines. Nous longeons de près le large cours de la rivière, en quête des bald eagles, les pygargues ou aigles pêcheurs, à tête blanche, censés être en nombre, eux aussi à la recherche de saumons. Aucun n’est en vue ! Nous poursuivons sur quelques dizaines de kilomètres, continuons par une petite route qui se termine sur les bords d’un lac, agréable, sans plus. Nous revenons sur nos pas et arrêtons au village de Klukwan. Quelques totems récents sont posés devant une maison, l’un d’eux montre un homme tenant dans ses mains une Bible ! D’autres sont disposés devant le mémorial aux vétérans des guerres passées. Ce village indien n’a pas encore de musée, l’année prochaine nous assure-t-on. Devant les maisons pas bien riches rouillent des véhicules de toute époque ainsi qu’un ramassis d’objets divers.  Nous finissons par apercevoir, posés sur un tronc d’arbre, deux aigles peu disposés à prendre leur envol.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir déjeuné dans le camion avec vue, de l’autre côté de la rivière, sur la chaîne de montagnes enneigées et découpées, nous revenons à Haines. Marie me traîne dans les boutiques qu’elle n’avait pas encore visitées. Elle trouve tout de même des cartes postales et un bracelet. Nous rencontrons un couple de voyageurs français, en camping-car, avec qui nous discutons un moment. Nous nous rendons ensuite au musée Sheldon. Décevant, toujours le même bric-à-brac d’objets plus ou moins anciens, collectés de-ci, de-là, mis sous cloche et étiquetés. Nous repartons pour la pointe sud de la péninsule. La route longe encore la rivière ou plutôt le fjord désormais et nous jouissons d’une superbe vue sur les montagnes et les glaciers de la rive opposée. Nous réservons un emplacement au camping provincial et allons découvrir dans les environs d’autres vues, sous le soleil, des pics et pitons. En face de nous, les eaux de fonte d’un glacier se transforment en une cascade avant de plonger dans le fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous restons une heure face à ce paysage, assis sur un banc, au bord de l’eau, seuls. Marie me trouve tout de même une occupation : écrire les cartes postales… Retour au camping sous les grands arbres.

Mardi 4 août : Encore une journée ensoleillée et même chaude… Il fait si beau que nous n’attendons pas d’avoir petit déjeuné pour nous rendre au bord de l’eau, avec la vue sur le glacier de l’autre côté qui alimente une belle cascade. Je discute avec un couple de randonneurs français, enthousiasmés par l’Alaska. Nous retournons dans le centre-ville et nous nous garons autour de l’ancien champ de manœuvre. Aujourd’hui la boutique d’ « Art » est ouverte, Marie s’y précipite. Le marchand est aussi l’artiste qui signe des dessins inspirés par la tradition tlingit mais ses œuvres ne me plaisent pas. Par contre un collier avec d’anciennes perles d’échange commercial, en verre avec une dent de morse, convient à Marie… De l’autre côté de la place, un atelier de sculpture sur bois est ouvert mais personne n’y travaille… Nous pouvons y voir des totems, des boîtes et autres objets traditionnels en cours de fabrication. Une dame nous explique les légendes liées aux diverses représentations mais je ne comprends que des bribes. Une gravure, un ours finement tracé dans le style de ces Indiens de la côte Nord-Ouest, me tente et je me laisse me la faire offrir par Marie. Nous faisons ensuite le tour d’autres galeries en compagnie des croisiéristes qui viennent de débarquer sans rien trouver d’intéressant. Nous allons nous garer sur les bords du fjord pour déjeuner avant de rouler jusqu’au bout de la route, vers le lac, mais les pêcheurs sont à l’œuvre et les ours sont absents. Nous revenons attendre l’embarquement sur le ferry. C’est le même que pour venir de Skagway. Nous y reprenons des places dans le salon à l’avant, au premier rang. Nous appareillons avec un quart d’heure de retard, dû au débarquement difficile des gros camping-cars. Nous continuons de descendre le fjord qui s’élargit, toujours entre deux chaînes de montagnes, des pics très acérés à peine enneigés. Des glaciers se nichent dans tous les cirques de montagne et se déversent en de multiples torrents qui ont creusé leur chemin dans les forêts qui couvrent les zones inférieures. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’apparition de roches dénudées entre la forêt et la glace est probablement due, à mon avis, au retrait des glaciers depuis des décennies. Un croquignolet phare, posé sur un îlot a un gros succès esthétique de la part des passagers. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous ne distinguons toujours pas Juneau alors que les heures passent. Quelques dauphins nous croisent mais les baleines ne sont pas de sortie. Le fjord se termine nous sommes entre îles et terre ferme, l’apparition de maisons sur le rivage et de bateaux de pêche nous annonce tout de même l’arrivée. Il faut encore contourner une île   avant d’apercevoir, dans le soleil couchant, le glacier Mendenhall et d’accoster à la nuit tombée. Pas question de nous garer sur le parking du port, « No overnight parking » ! Nous prenons la route de Juneau et trouvons presqu’aussitôt un emplacement à l’orée de la forêt. Vite nous faisons réchauffer une boîte de lentilles aux saucisses qui a presque fait le tour de la terre puisqu’elle était dans nos réserves en Mongolie !

Mercredi 5 août : Nous n’avons pas été dérangés de la nuit mais au matin la circulation intense sur la route à quelques mètres est gênante. Nous nous sommes réveillés tard et ce n’est pas avant dix heures que nous repartons. Nous trouvons aussitôt un supermarché Safeway avec un choix de produits bien plus large. Nous achetons des escalpes de veau et de l’agneau. Le poisson nous tente, nous prenons un filet bien rouge de saumon sockeye, une des cinq catégories de saumon d’Alaska. Nous longeons le canal Gastineau, celui de Juneau avant d’arriver dans le centre de la ville. La capitale de l’Alaska est une curieuse cité qui, faute de pouvoir s’agrandir en grimpant dans la montagne à laquelle elle est adossée, s’est étendue sur des kilomètres le long de l’eau. Le centre-ville ancien est réduit à quelques pâtés de maisons qui descendent sur les quais où sont amarrés les bateaux de croisière. Le manque de place a réduit les possibilités de parking et ceux à étages nous sont interdits. Nous nous garons en payant une heure sur le seul parking autorisé sur le front de mer. Comme d’habitude, nous allons nous renseigner au Visitor’s Center puis nous cherchons un endroit plus agréable que ce bout de quai, dominé par les rangées de cabines des paquebots et envahi par des centaines de croisiéristes qui me rendent cette ville déplaisante. Nous grimpons dans les ruelles très pentues de la vieille ville aux pimpantes et coquettes maisons en bois. Nous trouvons un parc bien au calme où nous pouvons déjeuner loin de la fureur de la basse ville. Nous y retournons néanmoins. Je dépose Marie puis cherche à me garer le plus près possible, dans une rue du port industriel. Je retrouve Marie pour prendre le téléphérique qui emmène au sommet du mont Roberts, droit au-dessus de nous. L’ascension est rapide, et coûteuse… De la plateforme supérieure nous avons une vue superbe sur le canal Gastineau qui se perd dans le lointain d’un côté, et de l’autre rejoint le fjord par lequel nous sommes arrivés hier soir. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Un sentier, ponctué d’arbustes aux petits fruits rouges vif, part dans la montagne, nous le suivons en compagnie de nombreux croisiéristes. Un aigle vient se poser au sommet d’un pin et reste sagement en attente des hommages des photographes. Nous continuons jusqu’à un point de vue avant de redescendre dans une forêt de pins et d’épicéas. Nous allons prendre un soda sur une terrasse avant d’assister à la projection d’un film niais sur la culture tlingit. Nous redescendons. Marie m’attend en traînant dans une boutique et je vais rechercher le camion. Nous cherchons un emplacement pour la nuit. La traversée du canal sur un pont nous amène à l’île Douglas où j’avais repéré, avec les jumelles, un parc tranquille au bord d’une plage mais pas question d’y passer la nuit. Là encore les interdictions sont légion : « No camping, No overnight parking ». Pour le pays de la Liberté, les interdictions imbéciles ne manquent pas… Nous repassons donc le pont et finissons par nous arrêter en compagnie de deux autres camping-cars sur le parking du Walmart bien que là aussi il y ait une interdiction d’y passer la nuit… Nous dînons de notre filet de saumon, simplement grillé, ce n’est pas mon poisson préféré mais il est bien meilleur que celui d’élevage vendu dans les supermarchés en France, plus cher aussi mais tout de même moins que leur halibut, ce flétan qui coûte autant que la langouste. Une bouteille de Chardonnay, achat de dernière minute, transforme ce simple repas en une presque fête…

Jeudi 6 août : Mal dormi. Trois gros camping-cars de Québécois sont venus se coller à moins d’un mètre de nous alors que l’immense parking est vide. Et ils font marcher de bruyants générateurs. Nous déménageons… Nous partons à la recherche d’un camping patenté, homologué, un vrai avec des machines à laver, à sécher, une vraie douche et le wifi. Un premier est trop cher, le second nous convient. Nous y restons le temps de faire une lessive et de lire le dernier message de Julie, de retour à Buenos Aires. Nous repartons pour nous rapprocher du glacier Mendenhall et du lac dans lequel il se déverse. Un superbe camping dépendant des National Forest est disséminé dans la forêt mais les conditions de réservation sont trop compliquées, il faut passer par internet ou téléphoner et payer par carte de crédit ! Dommage… Nous contournons le lac et allons nous garer devant le Visitor’s Center du parc du glacier. La vue sur le glacier, très impressionnant serait extraordinaire si le soleil remplaçait la pluie. Nous espérons bien avoir une journée ensoleillée pour y revenir et emprunter les sentiers qui approchent cascade et langue de glace. Nous déjeunons dans le camion avec toujours autant de succès de la part des touristes et des locaux qui affirment tous que Land Rover est leur marque préférée mais se gardent bien d’en posséder… Nous repartons dans le centre-ville pour une visite du centre ancien, prétexte à explorer les boutiques. Je n’en ai pas très envie, la pluie, le froid et traîner des pieds en faisant des sourires forcés aux vendeuses ne m’enchante pas… Mais l’acharnement de Marie est payant, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait : l’ours en peluche (made in China) et une paire de mocassins (made in Dominican Republic) pour elle… Nous pouvons rentrer au camping et dîner de nos escalopes de veau avec des champignons ! Grande toilette ensuite et tentative à demi réussie de mettre le blog à jour.

Vendredi 7 août : Le soleil réapparaît et va devenir de plus en plus présent au long de la journée. Nous réservons, par l’intermédiaire de la responsable du camping, une excursion en bateau pour aller voir les baleines dimanche après-midi. La journée s’annonçant belle, nous décidons de retourner au glacier. Nous nous garons sous le regard suspicieux et admiratif des rangers qui tous viennent nous dire, pouces levés pour appuyer leurs dires, combien notre camion est formidable ! Le glacier s’étale sous le soleil, ses séracs viennent mourir dans le lac et quelques icebergs dérivent lentement en achevant de fondre. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Du Visitor’s Center, la vue panoramique est tout aussi belle. Le glacier a des rides de plus en plus marquées avec l’âge. Ces crevasses génèrent des séracs qui, en fin de vie, paraissent, soit se bousculer à la sortie, pressés de passer de la phase solide à la phase liquide en s’anéantissant dans les eaux stagnantes du lac, soit, freinent inutilement, effrayés devant leur imminente disparition. C’est selon qu’ils sont Croyants ou pas… Un film nous est projeté sur le glacier, belles photos et, pour une fois, point trop de niaiseries. Nous allons, bien couverts tout de même, le soleil ne suffit pas à nous réchauffer, jusqu’à un point de vue sur une presqu’île du lac, le front du glacier est plus près, nous apercevons aussi sur sa droite une puissante cascade qui dégringole et aliment le lac. Nous suivons un sentier qui nous y mène en une demi-heure. Nous aboutissons sur une plage de gravier, au pied de la cascade. Le front du glacier et la cascade se répondent dans la même blancheur et les mêmes courbes.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après nous être bien rassasiés de la vue de ce magnifique glacier que nous aimerions bien survoler (nous ne pouvons qu’imaginer l’immensité immaculée du champ de glace d’où s’échappent trente-huit glaciers importants), nous revenons au Visitor’s Center nous instruire grâce aux dispositifs didactiques mis en œuvre. Nous regagnons le camion et allons nous garer sur un parking proche pour déjeuner tranquillement. Nous voulions faire une courte promenade le long d’un ruisseau à saumons mais pour ne pas déranger les ours, elle est interdite ! Nous ne pouvons qu’observer, depuis une terrasse aménagée du parking,  de très gros saumons à la peau d’un étonnant rouge vif, sauf le museau. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’après-midi est avancée, Marie voudrait retourner en ville voir deux ou trois maisons et sans l’avouer, me traîner dans d’autres boutiques. Je résiste et réussis à la convaincre de nous rendre, en profitant du ciel bleu persistant, tout au bout de la route, à une soixantaine de kilomètres. La route, de plus en plus déserte, suit le bord de mer et ménage quelques belles vues sur les îlots et les îles qui peuplent le fjord ainsi que sur la chaîne de montagnes que nous avions suivie en venant de Haines. Au bout de la route, nous trouvons une vaste aire de mise à l’eau des bateaux. Nous nous y garons avec l’intention d’y passer la nuit. Beaucoup de pêcheurs sont venus tenter d’attraper quelque poisson suicidaire, nous n’en verrons aucun ne pas repartir bredouille. Des familles pique-niquent, des feux de bois ont été allumés, la mer forme une anse qui serait calme et reposante si un jeune crétin ne s’amusait à faire pétarader un quad, à virer en dérapant sur le gravier du parking et à slalomer aussi vite que possible entre les arbres. Je lui dis, en français, qu’ « il nous emmerde ». Faute de traduction, il continue de plus belle… Certains jeunes Alaskans sont, hélas, cons ! Nous sortons tout de même les fauteuils et allons contempler l’eau, la forêt et les jeux et activités de nos voisins, les mises à l’eau des bateaux de retour de la pêche avec des crabes. Nous revenons au camion, hésitants à repartir. Le conducteur du quad semble calmé, nous restons. Quand nous commençons à préparer le dîner, le(s) quad(s) se manifestent de nouveau. Trop tard pour partir ! Nous devons encore subir ses bruyants vrombissements jusqu’à la nuit tombée. Plus tard, ce sont des tirs de feux d’artifice qui nous réveillent. Je n’ai pas le courage de me lever pour les voir…

Samedi 8 août : Le matin est très calme, quelques pêcheurs matinaux mais discrets se sont lancés dans les eaux. Nous revenons lentement vers Juneau en appréciant les vues sur la baie et les îlots boisés. Nous nous arrêtons souvent pour sortir les jumelles et explorer les étendues marines mais nous n’y voyons que des mouettes. Nous allons refaire quelques courses au Safeway en prévision de la traversée en ferry, puis nous allons nous garer dans le centre-ville, désert aujourd’hui. Nous allons déjeuner dans une gargote de luxe sur les quais, Tracy’s King Crab Shack, qui, comme son nom l’indique, est spécialisée dans le crabe royal. Assis sur des bancs à une table en plein-air, nous partageons une patte de crabe géante, un cocktail de crabe et des sortes d’accras au crabe bien entendu. Tout est bon mais la patte, servie tiède, avec les énormes morceaux de chair que nous en extrayons, est un régal. Un régal onéreux tout de même, nous en avons avec deux bières pour presque 80 $ ! En guise de digestion, Marie me traîne dans la ville ancienne à la découverte d’un centre culturel tlingit où ne sont présentés que des objets neufs, et de quelques bâtiments officiels fermés. Nous reprenons le camion pour aller à un Art Center où en guise d’exposition se déroule un mariage… Nous sortons de la ville en direction de l’est, à la recherche d’un bivouac pour la nuit. La route se termine vite. Nous nous garons à son extrémité, sous les arbres, avec vue sur le Canal.

Dimanche 9 août : Au matin, j’ai bien du mal à me réveiller. Nous n’avons rien au programme, aussi tardons-nous à nous mettre en route. Nous revenons à petite vitesse à Juneau. Une fois de plus, nous nous garons dans la rue, peu de monde le dimanche. Nous allons faire une dernière promenade sur les quais. Je contemple avec une certaine envie les gros hydravions qui emmènent des touristes dans un lodge au glacier Taku, superbe semble-t-il. Nous allons nous garer au petit port d’où nous devons partir pour l’excursion aux baleines. Après déjeuner, nous attendons l’arrivée des autres participants, une bonne vingtaine. Le bateau est piloté par un vieux loup de mer qui cultive le look avec une longue barbe blanche clairsemée. L’animatrice, inévitable, essaie de mettre tout le monde en joie pour cette extraordinaire sortie… Nous filons à toute vitesse dès que nous sommes sortis du port et, au bout d’une demi-heure, nous rejoignons la demi-douzaine d’autres bateaux de touristes qui forment un cercle au centre duquel une baleine souffle, montre son dos, son aileron puis disparaît de longues minutes. Nous en sommes loin et nous n’apercevons pas grand-chose de l’animal. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous en poursuivons une autre pour le même résultat. Une fois ou deux la queue apparaît, concert d’exclamations des passagers ravis. Au bout d’une heure et demie, le capitaine remet ses moteurs à pleine puissance et nous mettons le cap sur le port. Pas question d’aller voir des phoques ou des lions de mer. Nous rentrons très déçus, surtout Marie qui avait sans doute trop rêvé de voir surgir les baleines dressées hors de l’eau. Nous remplissons en français un commentaire vengeur… Nous reprenons le camion et allons stationner au port des ferries en attendant l’heure du départ, dans la nuit. Nous préparons le sac pour la journée à bord puis relisons mon texte. Après dîner, nous nous couchons à demi-deshabillés.

Lundi 10 août : A une heure, je me lève et retourne au bureau des ferries. Il devait ouvrir à ce moment, je dois, avec d’autres passagers, patienter encore une demi-heure. Les documents en règle, je retourne au camion et vais le ranger dans la bonne file puis je me recouche. A deux heures et demie je me relève pour surveiller le déroulement des opérations qui s’avère nul ! La pluie se déchaîne. Enfin, passé trois heures, arrive notre ferry. Marie se lève et me rejoint. Nous assistons au laborieux débarquement des véhicules avant de monter à bord, à notre tour. Le ferry est pratiquement vide ! Nous récupérons rapidement la clé de la cabine, simple, et après avoir assisté à la sortie du port avec trois quarts d’heure de retard, nous nous couchons. J’émerge à huit heures et demie, nous montons à la cafétéria petit déjeuner avec nos biscuits et un thé. Nous nous installons ensuite dans les fauteuils du salon à l’avant, surveillant les cieux, plus cléments en direction du sud, et les eaux où nous apercevons de lointains jets des évents des baleines. La pluie a cessé mais nous sommes dans la grisaille. Les montagnes couvertes de cette forêt humide qui couvre toutes les îles et la côte Pacifique disparaissent dans les brumes et les nuages. Nous naviguons à allure réduite entre la terre ferme, des îles inhabitées et des îlots aux contours romantiques.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les rives sont barrées par des troncs rejetés par la mer. Nous arrivons à Petersburg alors que nous déjeunons avec nos provisions, sans bière, régime sec à bord ! Sur les bouées à l’entrée du port, des lions de mer paressent. De nombreux petits bateaux de pêche (saumon, halibut, crevettes et crabes) sont amarrés sur les pontons. Après une courte escale, peu de gens et encore moins de véhicules sont montés ou descendus, nous repartons en longeant quelques hangars sur pilotis, à demi au-dessus de l’eau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Je retourne profiter de la cabine pour une sieste dont j’avais presqu’oublié le bonheur. Marie qui tambourine à la porte depuis une demi-heure (dit-elle !) vient m’en tirer et me succéder. Nous avançons dans un chenal étroit, toujours hélas sans soleil. Je vais rechercher Marie à l’approche de Wrangell. Petit port sans charme et sans attrait où nous ne faisons qu’une courte escale avant de continuer dans un nouveau canal entre deux îles. Quand nous en sortons, que le ciel s’assombrit encore et que les berges s’éloignent, nous allons dîner à la cafétéria. Fish and chips, honnête, et rôti de porc servi avec une sauce sans nom ni goût. A l’escale de Wrangell, je suis allé chercher dans notre camion une bière que nous avons conservée dans des glaçons, ce qui permet de faire un repas digne de ce nom… A côté de nous, des adolescents se régalent avec des frites trempées dans le ketchup en plat principal puis dans du yaourt à la fraise en dessert. Une idée quand nous inviterons des amis à Toulon… Nous regagnons la cabine pour une nuit, bercés par le ronronnement des moteurs.

Mardi 11 août : Je suis réveillé bien avant que le réveil ne sonne. Nous nous levons à six heures et demie, Prince Rupert est en vue et nous entrons dans sa rade. Le ciel fait toujours mauvaise figure, il ne pleut guère mais tout est uniformément gris ! Marie a juste le temps de se doucher et de s’habiller. Nous avalons quelques biscuits avec un thé alors que le ferry accoste. Nous sommes encore dans les premiers à sortir, contrôle rapide de l’immigration canadienne et remise à l’heure des montres, nous perdons une heure. Nous traversons la petite ville, sans aucun caractère et allons nous garer devant le Visitor’Center. La ville est carrément tournée vers l’ouest et met en valeur sa proximité avec la Chine, les expositions ne montrent que cela mais nous avons le wifi. Nous allons nous garer sur le parking du Safeway pour refaire des courses puis nous nous rendons au Northern Museum. Il est logé dans un bâtiment récent mais qui a conservé la forme des longues maisons traditionnelles des Tlingit, Tsimshian et Haida. A l’intérieur, nous sommes tout d’abord très agréablement surpris par la qualité des objets présentés, tabliers et capes de danse, masques, boîtes cubiques, cuillères, sonnailles de toute beauté, avec une belle patine. Puis, inévitablement, l’exposition continue avec des objets récents réalisés par des artistes inspirés par l’esthétique des Indiens du Nord-Ouest. C’est autre chose, sans plus aucun caractère religieux, sans âme. La dernière partie évoque, avec l’habituelle collecte d’objets des XIX° et XX° siècles, le développement des relations commerciales, industrielles et la vie de tous les jours des nouveaux arrivants. Nous faisons ensuite un tour en voiture en ville, pour y voir de plus près quelques copies de totems, dressées en divers endroits. La pluie, fréquente, le vent, leur ont donné  l’aspect d’une respectable ancienneté. Nous quittons la ville, roulons dans un paysage classiquement canadien, forêts, lacs et montagnes, tout cela à demi dans la brume. A Terrace, nous décidons de rallonger le parcours et de passer par la vallée de la Nass. La route est plus étroite, elle serpente aussi dans la forêt mais sur les montagnes, les zones en cours de déboisement sont importantes. Nous atteignons un immense champ de lave dû à une éruption volcanique ancienne. Les blocs de lave sont couverts d’une couche de mousse qui leur confère un aspect étrange. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Plus loin, des résurgences ont formé des mares saisonnières d’un étonnant vert émeraude, bien visible malgré l’absence de soleil. Nous nous arrêtons pour une courte promenade. Nous traversons une étendue de lave puis pénétrons dans la magnifique forêt humide. De très grands arbres surgissent du velours vert du terrain. Les troncs morts, couchés, disparaissent sous les mousses, leurs formes s’estompent dans un doux moutonnement. Nous aboutissons à la petite cascade d’un ruisseau qui s’est frayé un lit entre deux berges dont les formes de tous les arbres, debout ou couchés, sont enveloppées de mousse.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous parvenons au camping du Parc Provincial créé pour mettre en valeur le champ de lave. Nous y trouvons un emplacement entre les arbres qui grincent, couinent, pleurent dans le vent.

Mercredi 12 août : Il a plu toute la nuit et la pluie redouble au matin ! Nous nous levons très tardivement, désespérés par ce mauvais temps. Nous traversons de nouveau le champ de lave puis la route continue dans la forêt jusqu’au village des Nisga’a, un sous-groupe des Tsimshian, où un nouveau musée qui leur est consacré a été ouvert. Depuis qu’ils ont, à la suite d’une action devant la Cour Suprême canadienne, obtenu la restitution et la gestion de leurs terres ancestrales, ils ont aussi récupéré les objets traditionnels qui étaient dans divers musées canadiens. Un beau bâtiment, plutôt modeste, présente une belle exposition de ces objets, tous de premier choix. La présentation est originale, les masques sont portés par des mannequins comme lors d’une représentation théâtrale. Les objets sont mis en regard de photos anciennes sur lesquelles on retrouve les sonnailles, les coiffes ornées, les capes tissées. Une section est consacrée aux chamans, tenues, coiffes, sacoches contenant les remèdes, superbes « attrapeurs d’âmes » en ivoire. Seules les petites pièces sont dans des vitrines, les autres, boîtes, capes, tabliers de cérémonies sont à portée de main, protégées tout de même par des rayons lasers. Les explications restent des généralités, aucune indication sur chaque objet, pas de nom, date. On ne cherche pas des informations après tout inutile, on se contente d’admirer la beauté de ces pièces. Nous déjeunons sur le parking du musée puis continuons jusqu’au bout de la route. Plus étroite, presque sans accotements, elle traverse une forêt pluviale sombre, inquiétante, les très grands arbres nous dominent, avant de longer la rivière Nass au pied d’une falaise boisée. Le lit est très large, on ne distingue pas toujours l’eau de la brume et la rive opposée est quasiment indiscernable. Nous parvenons à Gingolx, bout du monde inanimé, village de maisons de bois récentes, seule une maison traditionnelle, reconstruite, encadrée par deux totems, témoigne de son passé autochtone.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous revenons sur nos pas, toujours sous la pluie. Nous allons voir d’autres totems, récents, à l’imprononçable village de Gitwinksihikw. Encore quelques arrêts dans le champ de lave mais nous n’avons pas très envie de marcher sous la pluie. Après un plein d’essence à New Aiyansh, devant quatre totems qui symbolisent les quatre clans des Nisga’a, nous prenons un raccourci, une piste qui file dans la forêt. Bien que mouillée et pleine de nids de poules, elle est correcte. Elle est signalée comme non entretenue et empruntée aux risques des voyageurs. En Afrique, ce serait une piste entretenue… Alors que nous n’y croyions plus, le soleil fait son apparition et le bleu se répand dans le ciel ! Nous retrouvons le goudron après une cinquantaine de kilomètres et portés par l’espoir d’une belle amélioration du temps demain, nous prenons la direction de Stewart. Bonne route, toujours dans la forêt sur laquelle nous pouvons rouler vite. Nous nous arrêtons sur une aire de repos peu avant Meziadin Junction.

Jeudi 13 août : Nous reprenons la route et bifurquons peu après en direction de Stewart, en suivant le lit fougueux d’un torrent, alimenté par les ruisseaux qui galopent des deux côtés de la route pour se précipiter en écumant dans le fond de la vallée. L’inattendu glacier de l’Ours dont nous ne voyons pas le sommet aboutit à la rivière. Stewart est une de ces petites villes perdues auxquelles le tourisme donne une seconde chance. Visitor’s Center sans wifi mais on nous assure que le beau temps va continuer aujourd’hui et demain. Pour nous connecter nous devons aller à l’épicerie en face. Nous n’y achetons qu’une boîte de thon et du pain et en échange, nous pouvons bénéficier d’un accès internet. Nous repartons en direction du glacier Salmon, la route s’enfonce dans une vallée que les nuages nous dissimulent. Presque aussitôt nous atteignons Hyder, à peine un hameau, que la frontière avec les Etats-Unis partage en deux. Pas de contrôle frontalier pour une courte incursion en Alaska ! Nous arrêtons à Fish Creek où une passerelle d’observation a été aménagée pour y observer les ours attraper des saumons, l’accès est payant et on nous prévient que ce n’est pas l’heure de visite des ours, nous remettons à plus tard… Nous revoilà en Colombie Britannique. La route devient piste à nids de poules et commence à s’élever à flanc de montagne, passe devant d’anciennes installations minières puis se glisse dans des gorges. Les premiers glaciers en fin de vie apparaissent, en partie dissimulés par des bancs de nuages. Et nous commençons à apercevoir la longue langue de glace du Salmon Glacier que nous allons dominer en continuant de nous élever. A chaque virage, nous poussons des oh d’émerveillement ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Presque plus de nuages, le glacier se découvre en entier, coulant de loin entre des pics acérés, Les courbes de la langue de glace suivent les flancs des montagnes, les traces des moraines soulignent ces ondulations. Les fissures craquèlent entre les séracs, mettant en évidence des profondeurs bleutées. Le champ de glace est immense, s’étendant de part de d’autre d’un point de vue au sommet de la route. Nous avons alors une vue quasiment aérienne du glacier. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous déjeunons là puis discutons avec un couple de Français en camping-car, sur les routes d’Amérique depuis des années. Nous ne nous rassasions pas de cette vue absolument extraordinaire du plus beau glacier d’Alaska atteignable en voiture. Nous continuons quelques kilomètres sur la route, découvrant de nouveaux points de vue, notamment un front de séracs alignés comme des soldats à la revue. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

D’autres glaciers moins spectaculaires se révèlent au sommet des montagnes. Nous hésitons puis, bien qu’il soit encore tôt, décidons de bivouaquer dans cet exceptionnel lieu. Nous nous installons en retrait de la piste avec vue sur le glacier bien entendu. Nous sortons les fauteuils et restons, béats, à contempler l’immensité glacée avant de regagner, chassés par des moustiques voraces, la cellule.

Vendredi 14 août : Nous ne parvenons pas à nous réveiller à l’heure prévue et devons donc renoncer à tenter d’apercevoir les ours se rassasiant de saumons dans la Fish Creek, puisque ceux-ci ont des horaires de fonctionnaires, 06 h / 10 h et 18 h / 22 h nous a assuré le ranger ! Mais nous nous consolons avec l’inoubliable vision du glacier, étalé dans toute sa magnificence pour nous seuls sous un ciel sans le moindre nuage. Je ne peux m’empêcher de reprendre des photos, y compris au point de vue du sommet. Nous nous résignons à redescendre sur terre et dans la vallée. Nous nous faisons confirmer que les ours sont au repos et invisible à l’heure où nous passons. Au poste frontière, les Canadiens contrôlent nos identités et posent les habituelles questions sur les armes, les drogues, les alcools et autres denrées que nous aurions bien pu acquérir à Hyder… Nous reprenons la route dans la forêt en sortant progressivement des montagnes et repassons devant le glacier Bear complètement sorti des nuages aujourd’hui. Sur le bord de la route, une ourse noire et son petit se gavent gloutonnement, indifférents aux véhicules qui les frôlent mais ils s’enfuient dans les taillis si on stationne à leur hauteur. Nous roulons à bonne allure, retrouvons la route de Kitwanga. Des travaux nous retardent. Du gravier a été réparti sur le macadam et pour éviter des dépassements ou des croisements préjudiciables aux pare-brise, nous devons rouler lentement en convoi sur une dizaine de kilomètres… Nous déjeunons tardivement peu avant d’arriver à un village, Gytaniow, peuplé de Gitxsan, des Amérindiens (puisqu’il faut dire ainsi pour être « correct »). Sur un pré sont plantés une vingtaine de totems, certains du XIX° siècle, d’autres plus récents. Les couleurs sont effacées et selon l’âge, le bois est fendu, marqué par les intempéries. Difficile d’identifier les diverses représentations, la baleine tueuse avec son aileron, l’aigle avec ses serres et son bec, le corbeau avec les ailes, sont vite repérés mais loup, ours souvent avec des formes humaines restent obscurs.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Ils sont alignés, pas bien droits, se détachant sur la forêt, derrière des maisons entourées d’un incroyable foutoir de voitures et autres appareils inutilisés et qui rouillent consciencieusement… Nous atteignons ensuite Kitwanga où, là aussi, nous trouvons dans le vieux village, sur les bords de la rivière Skeena, un bel alignement de totems. Certains ne portent aucune sculpture, un tronc équarri de section quadrangulaire, dressé vers le ciel comme une aiguille. D’autres n’ont qu’une représentation, à la base, de l’un des personnages mythiques du clan puis sont lisses jusqu’au sommet, couronné d’un corbeau.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

A côté, souvenir des missions chrétiennes, une vieille église anglicane, en bois et son clocher indépendant, joliment construit, semblent abandonnés. Nous récupérons la route de Prince-Rupert à Prince-George, passons au village de Kitseguecla où quelques totems se dressent dans les jardins de quelques maisons, ils sont, ici, couronnés d’un personnage portant un chapeau conique traditionnel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous roulons vite pour parvenir à Hazelton avant la fermeture du musée ‘Ksan mais nous devrons attendre demain pour la visite. Nous réservons un emplacement au camping devant le musée et repartons aussitôt pour le village de Kispiox, à une vingtaine de kilomètres. Nous y trouvons, là aussi, un bel alignement de totems dans un pré, des anciens et des récents.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

L’un, couché, est en cours de fabrication. Retour au camping. Nos voisins, une famille élargie d’Indiens rit à gorge déployée tard dans la nuit, de joyeuses natures… Mais quand je ressors de la douche, le feu crépite, un tambour marque le rythme et une voix de jeune fille s’élève dans la nuit. Magique !

Samedi 15 août : Nous pensions le matin avoir un réveil au calme mais nos voisins rigolent déjà comme des baleines ! Je souhaite à Marie sa fête. Un message de Julie en fait autant. Nous hésitons à reprendre la route pour être ce soir à Prince-George et fêter la Sainte-Marie au restaurant mais la perspective, annoncée au camping, d’assister à une fête indienne, avec des danses et des chants nous incite à rester une nuit de plus. C’est en effet ces samedi et dimanche que se déroulent les Journées de la culture Gitxsan, un autre sous-groupe des Tsimshians. Nous nous rendons au Musée, tout proche puisque dans le même ensemble culturel que le camping. Nous choisissons une visite guidée qui nous permet d’entrer dans trois des maisons déplacées ou reconstruites de ce très intéressant musée en plein air. Il est constitué par une demi-douzaine de maisons traditionnelles aux murs en planches de bois de cèdre.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les poteaux massifs ont demandé l’utilisation de nombreux troncs de belle taille. La façade est décorée, en rouge et noir, de représentations symboliques des quatre principaux clans : l’ours, le loup, la grenouille et l’épilobe. Des totems sont dressés devant les maisons, on se croirait presque débarqués dans un village du XIX° siècle sur la côte Pacifique. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Chacune des trois maisons raconte une partie de l’histoire de ce peuple avec des objets collectés auprès des familles. Nous avons droit à un commentaire enregistré en français qui m’évite une pénible traduction. Le soleil étant de sortie, nous nous régalons ensuite à prendre des photos des ensembles de maisons et de totems. Le musée lui-même est modeste mais montre quelques beaux objets notamment ces boîtes cubiques en cèdre, pliées à la vapeur, décorées des habituels dessins. Nous cherchons ensuite un liquor store. Pas question de passer un 15 août sans champagne ! Bien que nous soyons samedi, ces établissements de salut public sont ouverts, une bouteille de champagne français, inconnu, et une de Sauvignon de Nouvelle- Zélande devraient nous permettre de correctement dîner puisqu’il semble exclu de le faire au restaurant. Après un passage au supermarché pour nous ravitailler et où nous achetons un homard congelé deux fois plus cher que ceux, canadiens, vendus en France et des brownies au chocolat, nous revenons au camping nous garer, puis nous allons assister au début des festivités. Avec un petit retard, après de brefs discours, des groupes de danseurs indiens font leur entrée. Ils ont tous revêtu une tenue copiée sur les anciens vêtements de fête, tablier, cape rouge décorée de boutons reproduisant les emblèmes claniques et, pour quelques-uns, port de masques animaliers.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Le seul instrument qui marque un rythme lancinant est un tambour frappé en cadence. Bien peu des chanteuses-danseuses ont le physique de la petite Indienne rêvé par Hollywood, aucune n’aurait pu tourner dans « La Captive aux yeux clairs » ou dans « La Flèche Brisée ». Les bourrelets tressautent en rythme, les fessiers équilibrent les poitrines et les métrages de tissus des robes feraient le bonheur d’un marchand du Cours Lafayette. Nous profitons d’une pause pour tardivement déjeuner au camion d’une salade de thon, avant de retourner nous installer dans nos fauteuils devant le terrain où se produisent les différents groupes. L’assistance, indienne dans sa grande majorité, est souvent parente des artistes qui se produisent, les autres ne paraissent pas spécialement motivés et quand un groupe demande aux spectateurs de participer, peu se déplacent. L’un de ces groupes, celui des Nisga’a remporte un succès mérité, renouvelant ses chorégraphies et surtout montrant un plaisir communicatif d’être présent. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous retournons au camion quand des chanteurs plus traditionnels se produisent sur le podium. En fin de soirée, quand les groupes de danse ont terminé leurs prestations, le public se clairsème, un chanteur reste tristement seul sur scène. Lâchement nous l’abandonnons à notre tour et regagnons le camion pour fêter la Sainte-Marie. Champagne donc en apéritif puis le homard, la boîte de confit de canard, providentiellement retrouvée avec des patates cuites dans la graisse de canard et enfin les brownies. Une courte promenade digestive s’impose avant de nous coucher, bercés par les rires de nos joyeux voisins qui se sont produits cet après-midi.

Dimanche 16 août :  Nous quittons le camping et ses Indiens déjà sur le sentier de la guerre… Nous entamons une journée de route en direction de Prince-George. Plus nous avançons et plus les montagnes s’éloignent. Un dernier glacier dans la grisaille et revoilà les prairies et les champs. Les moissons sont presque terminées, les vaches se reposent au milieu des pâquerettes et la route est monotone. Nous rattrapons les Français rencontrés au glacier Salmon, nous leur faisons signe, les doublons et les attendons sur une aire de repos mais ils passent sans s’arrêter ! Longue après-midi à somnoler au volant jusqu’à Prince-George où nous trouvons une laverie à côté d’une station-service. Nous faisons donc une lessive tandis qu’un violent orage se déchaîne puis passe. Nous avons perdu plus d’une heure et ne roulons plus beaucoup ensuite. Nous arrêtons pour la nuit en contrebas d’une aire de repos, en principe interdite de camping, près d’un étang. Marie propose de prendre l’apéritif, sa motion est votée au premier tour.

Lundi 17 août : Nous revoilà partis pour une nouvelle longue journée de route. Le paysage est toujours aussi monotone avec des prairies et des ranchs. Ceux-ci sont généralement constitués de bâtiments récents et d’autres anciens en planches noircies par les ans. On retrouve ces granges ventrues identiques à celles d’Europe Centrale au siècle dernier. Dans cette région d’élevage, les Cariboo, je suis étonné de ne voir dans les prés que de beaux chevaux et très peu de bovins !  En continuant de descendre en direction du sud, le paysage devient plus vallonné mais les fermes se font plus rares et la forêt reprend toute sa place. Nous passons d’un lac à une rivière puis d’une rivière à un torrent qui alimente un lac. Nous nous arrêtons dans un ancien relais de poste dont les bâtiments ont été restaurés : la jolie maison principale de style victorien dans laquelle s’arrêtaient les voyageurs, des granges, des écuries, la porcherie (toujours occupée), le poulailler (les poules sont en liberté). 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous promenons dans ce ranch où on pourrait s’attendre à voir descendre de la diligence qui nous promène brièvement dans le domaine (Diable que c’était mal suspendu !) une Angie Dickinson, accueillie par un Dean Martin éméché en sortant du bar où il ne manque même pas les crachoirs… Nous continuons en ayant abandonné tout espoir d’être à Vancouver ce soir. Après Lillooet, la route, étroite et tortueuse se glisse entre des montagnes réapparues, couvertes de neige, grimpe des cols inattendus puis redescend dans une affolante et interminable descente où les freins sont mis à dure épreuve. Parvenus à Pemberton nous allons nous ravitailler au supermarché puis nous cherchons un lieu pour la nuit. Le Provincial Park à la sortie de la ville pratiquant des tarifs honteux, nous continuons quelques kilomètres et nous arrêtons en retrait de la route. Il est tard, une vodka-tonic suggérée par Marie nous réconforte le temps de rédiger mon texte et de classer les photos du jour.

Mardi 18 août : Nous reprenons la route, rapide et de plus en plus fréquentée. A Whistler, nous faisons une courte incursion pour avoir un aperçu de cette station de sport d’hiver construite dans le style alpin grandiloquent déjà rencontré à Banff et à Jasper. Tout y est cher, même le gasoil ! Nous rejoignons à Squamish le bord d’un fjord que nous longeons rapidement jusqu’au golfe de Vancouver. Dans les derniers kilomètres nous roulons au pas puis ce sont les importants encombrements de la grande ville. Nous ne nous perdons pas trop et traversons la baie sur le pont métallique Lions Gate d’où nous avons enfin une vue sur les gratte-ciel de Vancouver, tout de même un peu perdus dans la brume. C’est ensuite la traversée au pas du Parc Stanley, cette oasis de verdure est un lieu de promenade aux portes de la ville où on peut respirer de bons gaz d’échappement… Nous traversons le cœur de la ville moderne entre deux rangées d’immeubles, repassons un pont et trouvons le garage Land Rover. On ne nous propose un rendez-vous pour la vidange que vendredi mais en insistant un peu nous convenons de revenir demain matin. Nous décidons d’occuper l’après-midi au Musée d’Anthropologie dont j’avais gardé un grand souvenir, trente ans plus tôt. Il est à priori facile à trouver, à l’extrémité d’une avenue. Nous atteignons le bord de mer et envisageons de nous garer sur l’un des nombreux parkings qui longent les plages mais le tarif est dissuasif, 3,5 dollars de l’heure et obligation de payer une heure au minimum. Quitte à payer, autant le faire sur le parking du musée. Le trouver n’est pas aussi évident que nous le pensions, situé sur le campus de l’Université, il est très mal indiqué. Nous nous garons sur un parking sans payer, le temps de déjeuner puis, presque par hasard, nous trouvons le musée et une place devant l’entrée. Coût pour quatre heures : 14 $, presque le prix de l’entrée au musée ! Nous retrouvons ce beau musée mais il ne me fait plus la même impression, nous avons vu des maisons, des totems et divers objets dans plusieurs autres musées ou sites et nous ne sommes plus étonnés. La grande salle derrière une claire verrière est occupée par des totems anciens ou copies d’anciens. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Certains sont entiers, d’autres découpés pour le transport sont présentés en plusieurs tronçons, ce qui permet de détailler chaque étage. Nous revoyons de beaux coffres cubiques, des plats de cérémonies en forme de barques. A l’extérieur est reconstituée une maison Haïda et des totems recréés par un artiste local, Bill Reid, dont le musée fait grand cas. Les réserves sont accessibles au public derrière des vitrines ou dans des tiroirs que l’on peut ouvrir. On y trouve une multitude d’objets, de masques, de vanneries locales mais aussi du monde entier, du caftan turkmen, au cimier Tiy Wara du Mali en passant par des masques mexicains. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous y avons passé les quatre heures accordées par le parking. Nous revenons nous garer dans la rue devant le garage Land Rover.

Mercredi 18 août : Le toit baissé, les bruits de la rue ont été très atténués et nous avons été plus discrets. A huit heures et demie nous sommes dans le hall du garage. Presqu’aussitôt, notre responsable arrive et s’occupe du camion. Je dois lui fournir les filtres, ils n’ont aucune pièce de rechange. C’est un Chinois, comme bon nombre des personnes qui travaillent à tous les niveaux dans ce garage. La clientèle est aussi en partie d’origine chinoise, des revues, des indications sont en anglais et en chinois… Nous patientons dans un salon en profitant du wifi pour mettre à jour le blog. Les heures passent, Marie commence à s’impatienter. Notre responsable revient nous dire que la vidange est faite mais qu’ils ont trouvé un problème. Pas sûr de bien comprendre, je fais venir un technicien qui parle français et qui me montre une nouvelle fuite d’huile sur l’arbre de roue arrière droit mais, cette fois, à l’intérieur. L’huile coule sur le disque de frein ! Nous convenons qu’ils commandent les pièces et que lundi je ramène le camion pour la réparation. Nous décidons de partir aussitôt pour l’île de Vancouver et d’aller prendre le ferry à Tsawwassen. Nous traversons les quartiers sud de Vancouver en direction de la frontière des Etats-Unis et parvenons à l’embarcadère. Nous avons tout juste le temps de déjeuner tardivement dans le camion avant de monter à bord d’un grand et confortable ferry. Nous traversons rapidement la baie, avec dans le lointain, le pic enneigé du Mont Baker, avant de nous faufiler entre des îles boisées où de belles villas se dissimulent. Nous sommes à l’avant du bateau et regrettons de ne pas avoir eu le même temps entre Juneau et Prince-Rupert. Nous croisons un train de grumes tiré par un remorqueur. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous accostons et filons sur la capitale de l’île, Victoria. Nous faisons une brève escale au Visitor’s Center pour nous faire indiquer la situation du Walmart où nous envisageons de passer la nuit. Nous parvenons dans le centre-ville et nous nous garons sur les quais. Nous sommes en plein cœur du Victoria, la bien-nommée, de l’empire britannique, bâtiments de l’époque victorienne, Parlement, Hôtel, clochers, identiques à ceux d’Ottawa ou des autres villes du Canada. Nous nous rendons au Fairmont Hôtel, très cossu, on y respire la bonne société, le luxe discret, du moins dans la décoration qui se veut imitation d’un passé glorieux. La clientèle, elle, est cosmopolite et pas toujours du dernier chic… Nous contournons sa façade de vieux château, couverte de lierre et revenons en longeant le port. Des parkings feraient bien notre affaire mais pas question de dormir dans le véhicule ! Nous repartons pour nous rendre à Fisherman’s Wharf. Un ponton, dans une marina, donne accès à des maisons flottantes alignées de part et d’autre de quais. Ce sont des constructions hétéroclites posées sur des pontons, souvent très kitsch, avec des couleurs criardes. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Certaines ont été transformées en boutiques ou en fast-foods. Les touristes s’y pressent, dégustent fruits de mer, fish and chips, sushi ou quesadillas. On vend même des sardines pour attirer une otarie gourmande… Nous reprenons le camion et allons au Walmart. Parking souterrain ! Pas question d’y passer la nuit, d’ailleurs nous sommes trop haut. Nous nous résignons, faute de trouver un endroit discret, à chercher un camping. Il est tard et nous ne savons pas où nous sommes. Nous suivons des indications, ne trouvons pas. Plus loin, un autre, surpeuplé, pratique des tarifs exorbitants. Enfin, un, sur une colline où montent tous les bruits de la grande route en contrebas, fera notre affaire. Dîner tardif et coucher encore plus.

Jeudi 20 août : Nous étions bien au milieu de nos pins, sur la colline, mais il faut retourner en ville. Je dépose Marie devant le Musée et vais me garer sur un parking plus éloigné mais (relativement) peu cher. Le hall d’entrée en verre et acier expose trois totems peu mis en valeur par les poutrelles métalliques avec lesquelles ils se confondent. Nous commençons notre visite par les salles consacrées aux peuples « premiers » et plus spécialement ici à ceux de l’île de Vancouver, les Kwakiutl en particulier. Une grande salle est plongée dans la pénombre, des totems de grand diamètre, tronçonnés sont placés en avant de la façade décorée d’une « grande maison » reconstituée avec les objets rituels, masques, tambour, fauteuil bas et écran de danse, insignes de la puissance du propriétaire de cette maison. Des vitrines présentent des masques superbes et ces autres objets, coffres, coiffes, sonnailles, manteaux, déjà vus dans d’autres musées mais que nous ne nous lassons pas de revoir. L’impression est encore renforcée par la demi-obscurité dans laquelle ils sont plongés. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

A un autre étage nous retrouvons ces dioramas qui nous avaient déjà impressionnés avec la reconstitution des divers milieux de l’île. Végétation, animaux, atmosphère, tout est presque plus vrai que nature avec les bruits, pas les odeurs, petits détails qui laissent pantois ! Dans d’autres salles sont aussi recréées les diverses phases du développement de la province avec l’arrivée des commerçants européens, atmosphère restituée d’un port avec un navire dont on peut visiter la dunette, conserveries de poisson (l’eau coule au robinet, l’ouvrier ne va pas tarder à revenir), la mine, les villes avec l’hôtel et son escalier recouvert d’un tapis etc… Il faudrait des heures pour dire toute l’ingéniosité, la minutie, de ces reconstitutions. Peut-être le plus beau musée du Canada (ce qui n’était pas mon avis trente ans auparavant !). Nous sortons du musée et découvrons dans une verrière qui lui est accolée, des totems anciens, peu visibles derrière des vitres réfléchissantes. Des copies, pas très réussies, trônent dans un jardin devant une maison pas très belle non plus. Je vais rechercher le camion et nous repartons pour un tour de la côte et des quartiers cossus de la ville. Nous longeons la mer, en passant devant des villas de types très divers, moderne, colonial, avec ou sans véranda, en bois ou en béton, classique ou « Sam Suffit », témoignages des prétentions sociales de leurs propriétaires. Les pelouses ont toutes jauni, manque d’eau ? Il semble qu’il y ait des restrictions de consommation. Pas pour le golf, bien vert… La côte est peu intéressante, des rochers, des goélands et, dans le lointain, une ligne de montagnes aux Etats-Unis. Nous reprenons la route et quittons dans les embouteillages la capitale. Nous avançons plus vite quand nous avons dépassé les quartiers d’habitation de la banlieue. En fin d’après-midi, nous faisons un détour pour Chemainus, petite ville qui s’est fait une spécialité de murals dans les années 1980.. Une trentaine de murs ont été peints pour montrer des épisodes du développement de la région. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Marie ne s’en lasse pas… Il commence à se faire tard et nous devons encore refaire un plein de provisions. La recherche d’un lieu de bivouac est difficile, trop de maisons particulières partout et aucun chemin qui se perdrait sur une plage ou dans une forêt. Nous finissons par chercher un camping et en trouvons un en retrait de la route, dans une pinède. Cher mais je n’ai pas envie de rouler encore tard. En nous garant je casse un cabochon de clignotant ! Pas content du tout… Nous changeons ensuite d’emplacement pour un, plus plat. Pas de wifi depuis le camion et aucune nouvelle de Julie ni non plus de Nicole.

Vendredi 21 août : La journée commence mal. Toujours aucun nouvelles de Julie, donc de nos billets de retour de Las Vegas. Je l’appelle sur Skype, elle va s’en occuper… Marie revient de la douche, furieuse, comme souvent, à cause des installations. Elle appelle à son tour Nicole, conversation difficile, Nicole ne comprend rien et Marie s’énerve de ne pas être entendue… Tout cela me met de mauvaise humeur… Nous repartons sur l’autoroute, passons Nanaimo, important carrefour et continuons vers le nord avant de tourner en direction de la côte ouest. Nous nous arrêtons au Visitor’s Center de Port Alberni pour profiter du wifi et avoir un message de Julie qui nous a pris des places pour le 17 septembre, il ne nous reste que quatre semaines… Nous déjeunons sur le parking et continuons. La circulation demeure importante, rien à voir avec la route secondaire, déserte lors de notre premier passage. Nous traversons des forêts épaisses, nous nous glissons entre des chaînes de montagne que je ne pensais pas aussi hautes. Nous nous arrêtons aux chutes de la Little Qualicum. Un sentier suit le rebord des gorges profondes creusées par le torrent d’un côté, puis revenons de l’autre en traversant sur des ponts. Des troncs d’arbres barrent les gorges, coincés entre les falaises, d’autres se sont entassés en aval des marmites de géants, creusées dans la roche. Deux cascades, l’une à trois étages, justifient la promenade. Des lichens festonnent sur les branches des grands arbres de la forêt, la mousse recouvre les troncs tombés à terre mais leur couche n’est pas aussi épaisse qu’au champ de lave. Quelques kilomètres plus loin, nouvel arrêt pour une courte marche au milieu d’une splendide forêt de pins de Douglas et de cèdres rouges. Les plus beaux sont multi-séculaires, le plus grand aurait plus de huit cents ans et atteint 76 mètres de haut ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous ne sommes pas les seuls sur le sentier, le parking déborde sur la route, les vacanciers n’ont pas encore repris le chemin du retour et on se croirait au Mont-Saint-Michel un 15 août ! Nous longeons des lacs, toujours dans la forêt et atteignons la côte ouest. Au Visitor’s Center du Parc National de Pacific Rim, on nous avertit que tous les campings sont pleins sauf un, à Tofino. Nous longeons donc la côte sans voir la mer et nous nous arrêtons pour une nouvelle promenade, celle que j’attendais de refaire depuis si longtemps, dans la forêt pluviale de la côte Pacifique. Je retrouve ce sentier entièrement sur des planches posées à quelques dizaines de centimètres ou à quelques mètres au-dessus du sol ou de ce que l’on peut supposer être le sol. A y bien regarder, en dessous de nous un amas de troncs, gros ou petits, de branches cassées par le vent, recouverts de mousses, pourrit depuis des lustres et j’imagine qu’y laisser tomber un objet serait le perdre sans espoir de le retrouver ni savoir à quelle profondeur il se trouve. Nous franchissons d’obscurs ruisseaux où une vie aquatique se devine, sur des ponts, parfois sur un tronc à peine équarri.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous montons, descendons dans des vallées sous ces arbres gigantesques aux branches desquels pendent des larmes de lichens mais je ne retrouve pas la même impression, sans doute manque-t-il de l’humidité, un ciel plus couvert, une atmosphère plus trouble… Nous repartons, passons devant quelques campings qui affichent tous complet. A Tofino celui indiqué pratique des tarifs scandaleux pour laisser s’entasser des tentes sur la pelouse d’un rond-point. Nous n’insistons pas et retournons une trentaine de kilomètres en arrière pour nous installer dans un camping rudimentaire, difficile à trouver.

Samedi 22 août : Nous nous rendons au village d’Ucluelet, un petit port de pêche gagné au tourisme. Tout au bout de la route, un phare isolé et des îlots encore embrumés posés en ombre chinoise, à contre-jour, sur une mer trop calme. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous repartons en direction de Tofino et nous nous arrêtons pour une première promenade dans la forêt pluviale. Un sentier sous les grands arbres, d’abord sur le sol entre les fougères puis sur une passerelle qui aboutit à une longue plage à marée basse.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Sur un des îlots, on devine difficilement aux jumelles des lions de mer. Nous revenons et continuons jusqu’à la colline de Radar Hill. Une courte marche nous amène à un point de vue, d’un côté sur l’intérieur de l’île, forêt et lacs perdus dans une brume diffuse et de l’autre côté sur la mer et des îlots encore plus indistincts. Nous poursuivons jusqu’à Tofino. L’ancien port de pêche, reconverti dans l’exploitation du tourisme, est très animé. Tous les hôtels, motels, campings, B&B, affichent complet ! Nous y faisons une courte halte pour rendre visite à une galerie consacrée à un artiste dont une seule œuvre, un dessin inspiré de l’art indien, nous retient… Nous revenons sur nos pas et faisons de nouveau halte pour une plus longue promenade dans la forêt humide, sur un trottoir de planches, comme la veille mais la forêt semble plus dense, plus vivante, des corbeaux perchés sur les cèdres ou sur les pruches (traduction enfin trouvée du hemlock et nom tout à fait inconnu à ce jour pour moi, incapable de distinguer un hêtre d’un noyer…) se font la conversation avant de s’envoler. Nous montons, descendons là aussi dans des ravins entre les fûts rigoureusement droits, touffus au sommet, des cèdres.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous déjeunons dans le camion avant de reprendre la route pour retraverser l’île dans sa largeur puis de continuer en suivant la côte orientale, celle tournée vers le continent. La mer est rarement visible, les accès aux plages privatisés. Nous parvenons à Campbell River où au Visitor’s Center on nous assure que nous pouvons rester garés pour la nuit sur le grand parking devant. Nous allons au supermarché refaire un plein de provisions. On y trouve du veau et de l’agneau, ainsi que des cakes au crabe ! Marie a envie de dîner au restaurant, nous nous en étions fait indiquer un, le Quay West, très agréablement situé sur un quai, face aux bateaux de pêche. Nous commandons des huîtres et des plats à base de saumon et de crevettes. Mauvais début, la serveuse, agaçante avec sa bonne humeur forcée, nous apporte la bouteille de Chardonnay à la température ambiante, mais dans un seau avec trois glaçons. Elle en rapporte d’autres en voyant notre mine déconfite, le vin sera à bonne température en fin de repas. Les huîtres sont énormes, nous en avons trois chacun. Frites avec une sauce « cajun » pour Marie qui s’en trouve satisfaite, passées au four avec de la crème, du beurre et des lardons pour moi qui m’en régale, mais ces huîtres, comme les oursins au Chili, si elles ont de très belle taille, n’ont pas le parfum des petites de nos contrées. Les plats de crevettes et saumon, soi-disant en brochettes ou avec des pétoncles, sont fades, pas du tout cuisinés et je persiste à trouver ce saumon bien rouge tout à fait quelconque. Nous revenons nous garer devant le Visitor’s Center pour la nuit et terminons le repas avec un magnum au chocolat noir.

Dimanche 23 août : Nous découvrons au réveil que le parking sur lequel nous avons dormi (avec la recommandation de l’employée du Visitor’s Center) est interdit aux campeurs… Nous ne sommes pas pressés, le musée de la ville n’ouvre qu’à dix heures. En attendant, je profite du wifi pour répondre à quelques amis et envoyer une demande de renseignement à un storage de Las Vegas. Puis nous nous rendons au musée, sur une colline. Les premières salles consacrées aux Indiens de la région sont très bien mises en scène avec des masques en deux parties qui peuvent s’ouvrir pour montrer la transformation d’un animal mythique en un être humain. Une salle est consacrée à des masques récents mais plongés dans la pénombre et avec un conte récité en langue vernaculaire puis en anglais ce qui est à peu près le même pour nous… Quelques très beaux objets anciens en petit nombre, compensé par des œuvres récentes réalisées dans la tradition. Puis ce sont des salles classiquement dédiées à l’arrivée des européens et au développement économique avec reconstitution d’intérieurs variés des XIX° et XX° siècles. Nous repartons et roulons jusqu’à Little River pour y prendre le ferry et revenir sur le continent. Nous sommes très en avance et devons attendre l’arrivée de l’employée. Nous sommes les premiers dans notre file. Nous déjeunons dans le camion et attendons de monter à bord. Nous appareillons avec une demi-heure de retard, un passager ayant eu la mauvaise idée de faire un malaise, à peine arrivé à bord. Il aurait pu attendre un peu ou le faire plus tôt ! Traversée du détroit puis débarquement et sans traîner, nous parcourons les trente kilomètres qui nous amènent à un second ferry pour franchir un fjord. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous sommes étonnés par les tarifs pratiqués mais nous découvrirons ensuite que le dernier bac est gratuit. Nouvelle traversée en remontant le fjord, contournant une île et nouveau débarquement. Une bonne partie des véhicules débarqués se rue sur la route vers le dernier ferry. La nuit tombe et nous ne verrons pas grand-chose de la baie que nous longeons. Nous arrivons à temps pour attraper ce bateau mais avant d’embarquer, pour respecter les injonctions de Laurence et parce que c’est dimanche, nous prenons l’apéritif tout en restant sur nos sièges dans le camion ! Rapide traversée sans rien voir à l’extérieur et débarquement rapide. Nous filons vers Vancouver, nous connaissons le chemin. Mais la montée sur le pont Lions Gate est encore plus difficile que la semaine dernière. A cause de travaux, la circulation est ralentie et même arrêtée. Nous nous garons sur un parking pour dîner en espérant que cela roulera mieux ensuite mais il n’en est rien. Nous roulons au pas ou nous sommes à l’arrêt jusqu’à ce que nous passions ce pont. Ensuite nous traversons le centre-ville très rapidement et nous retrouvons une place dans la rue devant le garage Land Rover, à presque une heure du matin.

Lundi 24 août : Nous peinons à émerger à six heures après cette trop courte nuit. Les bruits de la rue nous sont vite insupportables. A huit heures et demie pile, nous sommes dans le bureau de notre responsable qui nous annonce ne pas avoir reçu les pièces et avoir essayé de les commander, sans réponse à ce jour. Il relance la recherche et finit par nous annoncer qu’il devrait avoir les joints, pas les plaquettes de frein, mardi et qu’il a besoin de toute la journée de mercredi pour les changer. Nous allons donc devoir passer encore deux et même trois jours dans Vancouver ce qui ne me réjouit pas du tout. Marie a tenu à relire la semaine écoulée de mon texte, nous en terminons et repartons. Je ne sais où me garer dans le centre. Nous nous rendons sur les quais, au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur les possibilités de stationnement. Le préposé nous parle d’un RV Park, nous lui répondons Walmart… Nous décidons de nous rendre à ce Walmart, d’y laisser le camion et de revenir en ville en bus. Nous trouvons ce centre commercial de l’autre côté du Burrard Inlet donc nous devons repasser le pont, plus rapidement cette fois… Le parking est tout petit, pas autorisé plus de trois heures. Les quelques camping-cars présents stationnent dans la rue. Nous en faisons autant mais le bruit incessant des véhicules qui nous frôlent nous fait revenir et chercher ce RV Park, situé, lui, sous le pont ! Le tarif, 47 $ + taxes, pour juste le droit d’occuper un emplacement, nous fait retourner dans la rue le long du centre commercial. Nous déjeunons dans le camion et allons prendre le bus, tarif senior ! Malgré les arrêts, il roule plus vite que les voitures et nous sommes rapidement dans le centre. Nous commençons par la visite de l’Art Gallery, le musée de Vancouver, dans un bâtiment fin XIX° siècle qui paraît perdu dans cet environnement de gratte-ciel modernes. Nous achetons des billets et cherchons la collection permanente. Pas de collection permanente ! Uniquement des expositions, surtout des « installations » qui, à une exception près, une foule de personnages étranges, déconstruits, reconstruits, en papiers, carton et autres matériaux, ne nous intéressent pas le moins du monde. Au dernier étage, une salle présente, dans le cadre d’une confrontation avec un vidéaste, quelques œuvres d’Emily Carr qui ne me plaît toujours pas avec ses grands coups de brosse rageurs. Au rez-de-chaussée, les collections de peinture italienne du musée de Glasgow sont exposées, peu de tableaux de premier choix. Nous ressortons vite, au grand étonnement de la femme au contrôle des billets. Nous nous promenons dans ce centre très animé, en passant entre ces gratte-ciel de verre et de béton qui se reflètent les uns dans les autres, nous découvrons la bibliothèque municipale, un vrai décor à la De Chirico, un bâtiment copié sur le Colisée de Rome et un second, qui l’enveloppe en partie. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les fast-food se suivent et proposent toutes les cuisines orientales et asiatiques pour une clientèle aux mêmes origines. La population chinoise est très nombreuse et au moins les jeunes filles correspondent à nos critères de beauté. Des familles indiennes, souvent des Sikhs, turbans et moustaches de compétition, déambulent dans les rues. Les Noirs sont beaucoup plus rares. Nous parvenons à la tour du Harbour Center. Un bâtiment cubique, laid, surmonté d’une tour panoramique. D’en haut, nous avons une vue sur tout Vancouver et sa lointaine banlieue, le port, le parc Stanley, tache de verdure à la limite du centre-ville et les montagnes en arrière-plan. Malheureusement nous ne pouvons voir et photographier qu’à travers des vitres fumées ! 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous nous rendons ensuite sur le quai où avaient été construits des pavillons pour l’Exposition Universelle de 1986. Nous longeons, sur une promenade, les voiles de fibres de verre qui rappellent le passé maritime de la ville. Nous revenons, toujours le nez en l’air pour ne pas rater la vision des reflets des anciens immeubles, de style art déco, dans les parois de verre planes ou, plus rarement, courbes, des gratte-ciel.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Nous attrapons un bus et retrouvons notre camion. Nous changeons de place à la recherche de la portion de rue la moins passante…

Mardi 25 août : La nuit a été plus calme que nous ne l’avions craint, nous avons bien dormi et nous nous réveillons tard. Nous faisons des courses au Walmart puisque nous sommes garés devant, bien que le choix et la qualité des produits soient très limités. Il est plus de midi quand nous nous décidons à nous rendre du côté de Chinatown, avec le camion. Nous trouvons un parking en plein air, donc sans problème de hauteur, pas trop loin de ce quartier. Nous devons marcher plus que nous ne le pensions pour atteindre la rue Keefer où nous avons une adresse de restaurant. Contrairement à d’autres quartiers chinois à Paris, à Montréal ou ailleurs, le Chinatown ne se réduit pas à quelques rues où les restaurants sont regroupés les uns à côté des autres. Ici, ils sont même plutôt rares, ce sont les épiceries, drogueries, ouvertes sur la rue, qui l’emportent. Sacs d’ingrédients inconnus et étranges, poissons séchés odorants, racines desséchées, tiroirs et pots aux contenus mystérieux. Nous déjeunons chez Hon. Salle quelconque, aucun effort de décoration, carte longue comme le « 1000 é 3 » de Don Giovanni. Nous commandons ha kao, siu mai, une soupe avec des raviolis de crevettes et de bœuf et des rôtisseries. Tout est honnête mais ne vaut pas notre « Impérial Choisy » ! Nous visitons ensuite les jardins dédiés à Sun Yat Sen, copiés sur ceux de Suzhou. Nous retrouvons l’ambiance sereine, reposante de ces arbres, pins, pruniers et bambous, amoureusement taillés et disposés parmi de beaux rochers toujours chargés de signification sous l’influence du taoïsme.

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Les pavillons, au-dessus d’une mare couverte de nénuphars et où paressent des carpes de concours agricole, sont des bijoux délicats de panneaux de bois ajourés. Nous passons sous la porte d’entrée de Chinatown puis nous nous rendons à Gastown, ancien quartier de Vancouver du siècle passé aux immeubles de brique. C’est devenu un lieu « branché » avec restaurants, galeries, bars en terrasse, boutiques de luxe. 

ALASKA 2015 (4.- Tlingit et Tsimshian)

Après avoir jeté un œil à l’horloge à vapeur, nous revenons au camion et retournons au garage. Nous avons confirmation de l’arrivée des pièces. Ouf ! Nous nous rendons dans une laverie puis revenons nous garer sur le parking de Land Rover. Ayant eu la bonne idée d’acheter pour nous désaltérer une bouteille de Tonic, Marie propose de l’achever avec de la vodka… 

Repost 0
17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 01:04

Samedi 4 juillet : Réveil tardif. Nous passons au Visitor’s Center nous informer sur les restrictions à l’importation de nourriture aux Etats-Unis. Rassurés, nous allons faire des emplettes à l’épicerie et prenons la route ou plutôt nous traversons le village et attendons à l’embarcadère du bac qui fait traverser le Yukon. Un seul bac, pas très rapide, pour rejoindre l’ouest. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route ou plutôt la piste, large, excellente, appelée « Top of the World », grimpe dans la montagne et continue sur des dizaines de kilomètres en suivant une ligne de crête. Nous dominons les montagnes et les forêts mais nous n’en voyons que très peu. Le soleil est présent mais une brume nous cache les détails et uniformise les reliefs et les couleurs. Un gentil goupil, carnassier tout de même, sur le bord de la route, hésite entre nous regarder et se sauver dans les buissons, cette dernière alternative est retenue… Nous déjeunons avant le poste frontière pour finir les cerises et le cole slow au chou. Derniers virages et nous voici à la barrière. Pas de formalités de sortie du Canada, rapide contrôle des passeports, une fois de plus nos empreintes des dix doigts sont relevées et une photo d’identité (en souriant !) est prise. Aucun document n’est demandé et encore moins rempli pour le camion, aucune question sur nos provisions… Nous retardons pour la dernière fois nos montres, dix heures d’écart avec Paris. Nous sommes aux Etats-Unis, en Alaska ! Un mois, comme prévu, après être partis de Halifax, à plus de 10000 kilomètres de là.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une très bonne route nous fait redescendre, vite remplacée par une piste, plus étroite et moins bonne qu’au Canada. Nous nous arrêtons à Chicken, un ancien village de mineurs. Une drague abandonnée domine le site, face à un poulet gigantesque en bois et à des poteaux qui indiquent les directions et les distances des villes du monde (Australie, Israël, Belgique…) qui portent le nom d’une volaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les pentes des montagnes sont presque toutes déboisées par des coupes ou par des incendies. Nous pouvons ainsi admirer les boucles de la rivière mais la vision des troncs noircis, désormais une forêt de pieux, est sinistre. Néanmoins dans certaines zones, ces troncs recommencent à se régénérer et des pousses vertes apparaissent. Après des kilomètres ou plutôt des miles qui nous paraissent bien plus longs, nous rejoignons la grande route dans la vallée. Nous roulons jusqu’à Tok où le Visitor’s Center est ouvert bien que nous soyons le 4 juillet, jour de la Fête Nationale aux Etats-Unis. Plans, brochures, nous repartons les bras chargés. Nous allons nous installer dans un camping tenu par une petite dame chenue qui vend aussi des armes, belle collection de kalachnikov et autres jouets du même genre dans son dos… Nous tentons de dresser un programme pour les jours suivants. Marie voudrait bien monter dans le Nord mais n’ose le dire et ne cesse de me tarabuster pour que je le déclare à sa place… Nous prenons un pastis pour arroser l’arrivée en Alaska.

Dimanche 5 juillet : Je suis réveillé très tôt dans la nuit, il fait déjà jour mais il n’y a peut-être pas eu de nuit ! Je refais un plein de gasoil, ici le prix est indiqué en gallons, ce qui ne facilite pas la conversion et l’estimation du prix. Pour régler, beaucoup de pompes ne fonctionnent qu’avec des cartes de crédit, il faut trouver la station qui fait aussi épicerie et donc avec une personne derrière la caisse. Nous repartons fatigués en suivant ou traversant le large lit de rivières boueuses, peu profondes. Nous suivons une chaîne de montagnes qui, dans le lointain, a des sommets enneigés. Nous croisons de nombreuses voitures attelées d’un canot à moteur, tout le monde va à la pêche ce dimanche. A Delta Junction, nous retrouvons des routes qui viennent du sud et nous nous prenons en photo devant le panneau indiquant la fin de la route de l’Alaska. Les miles défilent trop lentement. Nous n’arrivons à Fairbanks qu’en début d’après-midi. Depuis quelques kilomètres, nous étions dans un brouillard épais, peut-être dû à des incendies de forêt, qui se dissipe lentement à la fin de la journée. Nous contournons la ville dont nous ne verrons rien aujourd’hui et cherchons un camping avec des douches chaudes et le wifi. Un premier géré par le gouvernement ne remplit aucune de nos conditions. Nous en trouvons un second dans une forêt où nous pouvons nous installer. Nous retenons un emplacement et repartons aussitôt pour aller visiter le Musée du Nord sur le campus de l’université. Bâtiment tout neuf, formes audacieuses, qui ressemble à tous ces musées et fondations récents dont on admire parfois plus le contenant que le contenu. Ici aussi, l’espace consacré aux collections est réduit par rapport au volume disponible. Dans une salle, partagée en sections géographiques, sont exposés des objets, des photos, des documents qui racontent l’Alaska des deux derniers siècles. Délicates vanneries, harpons sculptés en ivoire avant que cet art ne dégénère pour une production commerciale. Ours empaillés, squelettes de caribous, os de baleines etc… A l’étage, la section « Galerie d’Art » tente une confrontation, à priori intéressante, entre art traditionnel et art contemporain. Les toiles sont rarement intéressantes et, encore une fois, les œuvres anciennes, traditionnelles, sont incomparables de qualité. Retour au camping où nous tentons vainement de nous connecter avec l’ordinateur. Cependant nous parvenons à lire notre courrier sur le smartphone et à envoyer un message.

Lundi 6 juillet : Nous avons dormi avec l’ouverture du toit ouverte, sans avoir froid. C’est la canicule en Alaska ! Nous ne sommes réveillés que par le bruit des engins de travaux publics qui travaillent à la route derrière le camping. Nous nous rendons au Visitor’s Center pour nous renseigner sur la route qui monte au nord jusqu’à Prudhoe Bay, la Dalton Highway. Elle ne paraît pas impossible et la météo est favorable, nous décidons donc de la parcourir du moins en partie, nous aviserons en cours de route. Nous allons refaire un plein de provisions pour plusieurs jours, nous n’aurons aucun ravitaillement sur la route. Le supermarché Safeway est très bien achalandé mais tous les produits sont dispersés dans les rayons et nous paraissent plus chers qu’au Canada. Plein de gasoil à la sortie de Fairbanks, y compris les jerrycans. Nous roulons donc plein nord dans un paysage de collines boisées qui correspond tout à fait à l’idée que j’avais de l’intérieur de l’Alaska. Ces forêts doivent pulluler d’animaux, d’orignaux, de caribous et d’ours qu’on ne voit que dans les brochures touristiques et jamais sur la route… Plus loin, une fumée s’étend sur tout le paysage, un incendie achève de brûler des hectares, le vert est devenu rouille ! 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le Yukon sur un pont en béton puis passons au Visitor’s Center nous faire confirmer les informations. Nous longeons le pipeline qui amène le précieux or noir de Prudhoe Bay à Valdez sur la côte Pacifique. L’énorme tuyau est posé à quelques mètres du sol sur des étais enfoncés dans le sol pour éviter le réchauffement du permafrost sous la couche de terre. Les épilobes, ces belles fleurs mauves qui nous accompagnent depuis l’Alberta, sont particulièrement nombreuses et forment des taches colorées sur les flancs des collines.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La route goudronnée dans les premiers kilomètres est vite devenue une piste qui m’avait paru glissante dans les premières descentes puis j’ai dû m’habituer et je roule souvent au-dessus des 80 km/h imposés. La circulation est faible, quelques audacieux en camping-cars et des camions qui ne freinent jamais… Le ciel qui s’était dégagé, de nouveau est plongé dans une épaisse fumée d’incendies, le paysage devient lugubre, à peine distinguons-nous de gros rochers de part et d’autre de la route. Nous parvenons au site, en retrait de la route, où une pancarte indique que nous franchissons le cercle Polaire. Photos obligatoires, l’un puis l’autre, avec le camion etc…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous bivouaquons dans la colline au-dessus sur un terrain prévu à cet effet et gratuit.

Mardi 7 juillet : Trompé par la lumière du « jour », je me suis fréquemment réveillé dans la « nuit », pour constater à chaque fois qu’il faisait très clair, à toute heure. Quand nous nous levons, nous sommes toujours enveloppés par des fumées rousses et l’odeur de bois brûlé est bien présente. Il commence à pleuvoir et nous prenons la route sans voir grand-chose. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je suis tout de même ennuyé de ne pas avoir mes phares qui sont obligatoires sur cette route. Nous roulons sur un ancien goudron avec de nombreux passages de pistes plus ou moins bons. A peine devinons-nous des massifs montagneux de chaque côté… Nous roulons ainsi une centaine de kilomètres jusqu’à Coldfoot et son Visitor’s Center. Les renseignements concernant la météo ne sont pas encourageants, poursuivre paraît inutile. Le ranger de service nous propose gentiment de nous  projeter un film sur la région. Durant une vingtaine de minutes nous avons droit à un survol en avion, en automne, des montagnes que nous ne verrons probablement pas. Il pleut toujours quand nous allons déjeuner dans le camion. Nous décidons de repousser à demain la décision et de nous arrêter, attendre en espérant que les météorologues se sont trompés… Je refais un plein de gasoil à la station de cette ville pionnière, gadoue et baraques pour abriter les conducteurs de camions en mal d’un café chaud et de musique country. Nous allons nous installer au camping des plus simples à cinq kilomètres et passons l’après-midi à trier brochures et documents divers, lire et regarder des dvd : un film de Scorcese et un épisode d’Apostrophes sur l’argot. Aucune amélioration du côté des cieux…

Mercredi 8 juillet : Il a plu toute la nuit, un inquiétant déluge avant l’heure de se lever. La pluie a eu au moins le mérite de dissiper la fumée et nous distinguons maintenant les bases des montagnes que nous ne devinions même pas hier, les sommets, eux, sont perdus dans les nuages et la visibilité n’est pas très bonne non plus. Devant cette mauvaise humeur météorologique, nous renonçons à poursuivre sur cette route et prenons le chemin du retour. Je roule au début très précautionneusement sur la route mouillée, glissante puis je m’enhardis et tient un honnête 60 à 70 km/h, à l’égal des autres véhicules. Nous repassons au Cercle Polaire sans nous arrêter pour une nouvelle photo. Avant-hier nous y transpirions, aujourd’hui on y grelotterait presque. L’intensité de la pluie diminue et nous percevons mieux l’environnement, une taïga inhospitalière et toujours déserte ! Nous arrêtons pour une courte promenade au milieu de blocs de basalte dressés comme des doigts d’honneur adressés au ciel, le vent nous glace, nous repartons vite. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

 

La pluie cesse et le soleil fait de courtes et timides apparitions mais vers le nord, le ciel est noir. Nous retrouvons le bon goudron et parvenons à Fairbanks. Nous nous rendons aussitôt au Visitor’s Center où nous nous renseignons sur le Parc national Denali. La réservation dans les campings est recommandée mais en utilisant un ordinateur mis à la disposition des touristes, je constate que tout est complet pour plusieurs jours et que la météo n’est pas très optimiste… Nous voici démoralisés, il en sera sans doute de même pour toutes les activités envisagées, et surtout pour le ferry le long de la côte. La mise à jour du blog attendra… Nous allons nous garer devant le Walmart où nous complétons nos provisions. Enervé, je dénigre tous les produits : la mayonnaise est sucrée, la sauce salade est sucrée, la moutarde est sucrée, les saucisses sont sucrées, les différents jambons sont sucrés, les viandes préparées en sauce sont sucrées, tout est sucré ! Comment ne seraient-ils pas obèses ? Le nombre de personnes difformes est stupéfiant, fessiers d’hottentotes, bras, ventres et cuisses boursouflés et exhibés ! Nous nous installons en compagnie des autres camping-cars qui passeront la nuit ici, un motard a déplié une tente contenue dans sa petite remorque...

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Jeudi 9 juillet : Marie a utilisé ses boules Quies, je n’en ai pas eu besoin pour m’endormir mais au matin, et ici le matin est tôt, je suis réveillé par les voitures et camions qui passent sur la voie rapide devant le Walmart. Marie a bien du mal à émerger… Les enfants donnent bien du souci, Phébus n’a pas pris ses vitamines et Eole est resté couché… Nous prenons la route d’Anchorage, inquiets à propos du temps que nous allons trouver dans le Parc National Denali où nous nous rendons. Parfois le soleil semble percer puis des nuages inquiétants reviennent, des fumées d’incendies cachent l’horizon. Notre moral fluctue au gré des nuances de gris des cieux. Nous sommes dans une région où le bouleau et le tremble dominent avant de nous rapprocher du parc, de ses montagnes et de retrouver les épicéas. Des travaux routiers nous ralentissent, il faut attendre le pilot car que nous suivons à la queue leu-leu quand la circulation est ouverte dans notre sens. Nous savons qu’il n’y a plus de places aux campings du parc, aussi allons-nous devoir trouver une place à l’extérieur. Nous tentons notre chance au Denali Rainbow RV Park, il reste une place entre une table en bois et un tas de gravier, 26 $ et les douches en plus… Nous sommes entassés comme dans un parking, les uns à côté des autres, petits et grands, campers et bus à extensions avec berline attachée derrière… Nous déjeunons dans le camion puis repartons aussitôt pour le Parc. Nous nous rendons au Visitor’s Center où nous achetons un pass annuel, valable pour Marie et moi, un an, 80 $, moins cher qu’au Canada. Nous devons aussi réserver pour demain, une excursion en bus pour traverser le parc sur l’unique route interdite aux véhicules privés. Nous avons tout de même le droit de l’emprunter sur environs 25 kilomètres ce que nous faisons illico. La météo est très variable, les passages ensoleillés alternent avec des averses désespérantes. Nous roulons doucement en espérant apercevoir un caribou, un élan, et pourquoi pas un ours dans la taïga qui recouvre les collines et les vallées. Dans le lointain, nous devinons des montagnes perdues dans les nuages et bien entendu le mont Mac Kinley, le plus haut sommet des Etats-Unis, est absolument invisible. Nous approchons de l’extrémité de la route autorisée quand des véhicules arrêtés nous alertent et effectivement, nous devinons dans le lit de la rivière que nous suivions un gros animal qu’aux jumelles je prends tout d’abord pour un orignal et qui se révèle être un caribou avec un beau trophée. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous nous garons au départ d’un sentier de randonnée mais il pleut trop pour que nous ne nous y lancions. Nous attendons une vaine éclaircie avant de faire demi-tour. Je revois, aux jumelles, le caribou, bien loin désormais. Nous arrêtons encore à plusieurs reprises, fouillant la végétation mais nous ne voyons plus rien. Nous nous arrêtons pour deux courtes promenades qui nous emmènent, l’une, voir une cabane en rondin encore utilisée par les rangers en hiver et l’autre, parcourir un sentier entre arbres et maquis. Nous revenons ensuite, toujours en cherchant une trace de vie dans les collines, au camping où nous faisons une lessive puis je prends une douche, temps limité, presque échu quand j’ai réussi à obtenir une eau tiède…

Vendredi 10 juillet : L’activité de la station-service voisine qui fait aussi débit de boissons alcoolisées nous a contraints à baisser le toit cette nuit. Je suis réveillé vers les trois heures et peine à me rendormir, cette clarté continuelle m’agace… Nous nous levons tôt et nous nous rendons dans le Parc pour prendre le bus d’excursion. Sur le parking, une femelle orignal et son veau se promènent entre les voitures… Une inquiétante brume qui recouvrait toute la vallée se lève progressivement et un vaillant soleil nous réchauffe physiquement et moralement. Nous partons à l’heure dite, 9h15, en compagnie de quelques touristes américains, avec un chauffeur qui cherche à mettre de l’entrain. Tout en conduisant, il fournit, avec un micro, des informations sur la faune, la flore, les glaciers, sa femme, ses états de service etc… Il ne cesse de parler et bien vite nous saoule ! Nous suivons la route de la veille (il n’y en a qu’une !), jusqu’au pont qui marque la limite de ce qui est autorisé aux véhicules privés puis continue sur une piste qui peut être étroite. Pas question de dépasser les vitesses limites, et croiser un autre bus ou tout autre véhicule demande de longues minutes et force précautions… Nous sommes toujours à l’affût de la faune, une heure, deux heures et toujours rien ! La beauté du paysage, de hautes montagnes découpées et de larges vallées où des rivières coulent en une multitude de ruisseaux sur un large lit de galets, nous console quelque temps mais nous aimerions tout de même apercevoir des cornes ou un plantigrade… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Des passagers équipés de jumelles puissantes aperçoivent un orignal, un caribou mais si loin que nous ne les apercevons pas toujours aux jumelles. La piste continue en corniche sur des flancs de montagnes aux roches rougeâtres, dans les montagnes apparaissent des champs de neige, de lointains glaciers se devinent en amont des rivières. Enfin nous apercevons un caribou et peu après un grizzly qui sommeillait puis qui se roule sur le dos, les quatre fers en l’air avant de s’éloigner, de marquer une pause assis comme un nounours en peluche et enfin de repartir. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous voici enfin rassurés. Nous déjeunons à Eielson, devant le Visitor’s Center avec une vue qui devrait être imprenable sur le massif du Mont Mac Kinley mais les nuages qui le dissimulent en ont décidé autrement… Franchissement d’un nouveau col, toujours en suivant le lit d’une rivière qui se partage en rubans brillants à contre-jour. La piste redescend dans la vallée, passe au milieu d’étangs fleuris et se termine au bord du Wonder Lake, après 84 miles. Le ciel s’est couvert et les couleurs sont absentes. Nous tentons de deviner les abords du Mont Mac Kinley mais bien inutilement. Nous prenons le chemin du retour. Le chauffeur nous annonce qu’il ne dira plus rien. Ouf ! Nous revoyons les animaux aperçus à l’aller, presque aux mêmes endroits mais aussi de nombreux caribous, dont une horde d’une douzaine de bêtes couchées, loin dans la prairie. Un couple de caribous se détache sur une crête, le mâle a un superbe trophée, plus loin c’est un orignal qui nous montre, toujours d’un peu trop loin (je maudis mon appareil photo qui ne me permet pas de saisir avec netteté ces moments…), de magnifiques cornes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Certains aperçoivent encore des ours ou d’autres grandes bêtes mais bien trop loin. Nous sommes de retour à huit heures du soir au parking, conquis par la beauté de ce Parc mais déçus par sa faune bien rare. Nous retournons au camping, dînons et toujours pas moyen de nous connecter à internet, donc toujours sans nouvelles de Julie.

Samedi 11 juillet : Nous quittons sans regrets ce camping peu agréable et reprenons la route dans la grisaille et sous quelques averses. Les montagnes se devinent, leurs sommets sont perdus dans les nuages. Nous sommes, comme les jours précédents, ralentis par des travaux sur la route. Ces travaux ne peuvent être effectués qu’entre mai et octobre, période où la circulation est maximale… Nous tentons encore, de la route, d’apercevoir le Mont Mac Kinley depuis deux points de vue aménagés, toilettes, panneaux didactiques et dessins ou photographies qui montrent la montagne enneigée et sa direction mais nous avons beau fixer consciencieusement l’horizon, il est uniformément gris…. Dans l’après-midi, nous faisons un détour par Talkeetna, un village animé le week-end par un marché artisanal. Après avoir jeté un œil aux flots gonflés par les dernières pluies de la rivière, nous arpentons la rue principale en quête de souvenirs… Les productions locales des « artistes » comme ils se désignent pompeusement eux-mêmes, n’ont rien à envier, sauf les prix, aux productions d’autres pays touristiques. Marie trouve tout de même à acheter une paire de socquettes en bambou, production locale, la chaussette, pas le bambou… Quelques courses dans un petit supermarché et achat d’une bouteille de champagne californien pour fêter demain nos 46 années de bagne commun…  Nous continuons en direction d’Anchorage, je somnole au volant à tel point que je ne vois pas l’orignal qui broute sur le bord de la route. Les nuages se sont dissipés en quittant les montagnes mais nous avons droit à une averse en approchant de la ville. Des montagnes enneigées se distinguent alors que nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres du Pacifique. Nous entrons dans Anchorage, nous nous garons en plein centre-ville et je vais à la recherche d’informations sur les campings au Visitor’s Center. Nous cherchons ensuite le Walmart, assez éloigné, où nous nous installons pour la nuit, seuls au grand désespoir de Marie. Nous prenons un pastis pour arroser mon quarante sixième anniversaire d’enterrement de vie de garçon et aussi notre traversée de l’Amérique de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique. Et au dîner un hachis suédois, comme à la maison !

Dimanche 12 juillet : A une heure et demie du matin, s’opère le nettoyage du parking de la grande surface. Pas avec une armée de balayeurs discrets, non ! C’est une sorte d’engin de chantier avec une énorme brosse qui sillonne les allées méthodiquement, l’une après l’autre, avec un bruit d’engin spatial en phase d’attaque nucléaire, un bruit à réveiller un sourd. Pas Marie qui grâce à ses boules Quies dort du sommeil du juste. Pas moi. Je guette l’approche puis le retrait du monstre, rassuré quand les décibels diminuent et je parviens à me rendormir. Un automobiliste s’arrête à notre hauteur, il me sort les photos de son 4x4 équipé d’une cellule ressemblant à la nôtre et me tient un grand discours, nous félicite pour notre « camion » puis s’éclipse, après nous avoir fait don de deux de ses photos, sans doute déçu de mon manque d’intérêt. Nous nous rendons au camping municipal, dans une forêt, le long de la voie rapide par laquelle nous sommes arrivés hier. Nous y prenons un emplacement, les toilettes ne sont pas très bien tenues et le bruit des voitures qui roulent vite est gênant. Nous avons le wifi mais encore une fois impossible de se connecter aussi bien avec l’ordinateur qu’avec le smartphone. Problème que je ne sais pas résoudre et qui m’ennuie. Nous repartons nous garer dans le centre-ville peu fréquenté aujourd’hui. La ville sans immeubles est très étendue et sans le moindre charme. Nous faisons le tour de deux ou trois restaurants susceptibles d’avoir notre clientèle ce soir pour fêter le 12 juillet. Nous ne pouvons réserver de table, il est encore trop tôt. Nous nous rendons sur les bords d’un ruisseau, le Ship creek où une passerelle permet d’apercevoir des saumons dans le filet d’eau. Nous pensions les voir frétiller, nager vigoureusement, remonter le courant à grand peine mais non, ils sont là, presque immobiles, dans l’ombre de la passerelle, pas bien vifs. Après avoir visité une boutique de souvenirs, toujours aussi nuls et chers, nous allons nous garer à côté d’une maison de 1915, très quelconque et dont le seul intérêt est son âge. Nous avons une belle vue sur le Cook Inlet, le détroit par lequel Anchorage communique avec l’océan Pacifique. Nous déjeunons là puis nous nous rendons à l’Anchorage Museum. Un grand immeuble moderne qui, comme les précédents, propose une exposition relatant les modes de vie des peuples primitifs, Indiens athabascans, Inuits auxquels s’ajoutent les Aléoutiens puis l’arrivée des Européens, Russes, baleiniers, missionnaires américains et la Ruée vers l’or, les changements opérés dans les modes de vie traditionnels et le développement économique après la seconde guerre mondiale avec la découverte du pétrole. Nombreux objets, photos, documents, reconstitutions derrière des vitres de divers habitats. Dans une autre aile, nous sommes plus conquis par une série de superbes photos prises sur la banquise et surtout par des vitrines dans la pénombre qui exposent de magnifiques objets des peuples premiers. Là, la muséographie prend tout son sens ! Nous ressortons pour aller réserver une table au restaurant Orso puis, en attendant l’heure de ces agapes, nous retournons près de la passerelle des saumons, peut-être plus nombreux mais toujours aussi endormis. Alors que nous étions sur le point de déboucher la bouteille de champagne californien surgit un Québécois qui nous interpelle en français et nous parle des Migati connus par leur blog. Nous discutons ensemble quelques minutes puis nous pouvons goûter ce mousseux américain, convenable sans plus. Nous allons au restaurant, commandons des plats de fruits de mer et de poisson, rien de mémorable, les sauces sont correctes mais je suis très déçu par le saumon sauvage du Pacifique, du moins annoncé comme tel, sans saveur particulière. Les soi-disant scampi de Marie n’en sont pas et le plat est complété avec des artichauts et des morceaux de pain trempés dans la sauce. Le vin, un Chenin blanc de Californie est pétillant et trop fruité à notre goût. Le garçon nous rapporte les 15% de service que nous lui avions octroyés, je les empoche, mécontent.Nous retournons au camping

Lundi 13 juillet : Réveillé dans la nuit par des brûlures d'estomac probablement dues aux mauvais vin et champagne de la veille, je dois prendre un comprimé. Nous sommes réveillés par un employé du campingqui nous fait remarquer que nous ne sommes pas au bon emplacement. Les toilettes et les douches sont lamentables pour un pays comme les Etas-Unis, sales et mal équipées. Nous partons à la recherche du garage Land Rover. Il faut parcourir des kilomètres dans cette ville sans immeubles pour trouver une adresse. Celle que j'avais n'est pas la bonne mais on m'y indique un autre garage. Nous le trouvons loin du centre-ville. Il ne paie pas de mine mais Land Rover semble bien leur spécialité. Pas question de s'occuper de la voiture aujourd'hui, je prends rendez-vous pour demain matin. Nous décidons vu le temps maussade de nous rendre au musée couplé avec celui d'hier. Nous devons retourner à la hauteur du camping, de l'autre côté de la voie rapide. Ce "Alaska Native Heritage Center" est comme son nom l'indique, dédié aux peuples premiers de l'Alaska. Dans le bâtiment principalune scène est prévue pour des chants et des danses des divers peuples, ainsi qu'une salle de spectacleoù sont présentés deds films. Des photos et des vitrines sous-éclairées, renfermant des objets traditionnelsneufs, sont disposées dans le fond du bâtiment. A l'extérieur, autour d'un étang, sont reconstitués les habitats des diverses ethnies. L'exposition est sans intérêt après ce que nous avons vu dans les précédents musées et notamment hier. Nous assistons à un spectacle de danses inuit, quatre jeunes filles en costumes simples agitent des éventails de plumes en suivant avec plus ou moins d'enthousiasme le rythme des tambours et des chanteurs.

 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les numéros sont entrecoupés d’exposés sur la vie de leur peuple auxquels je ne comprends pas grand-chose mais je n’ai pas très envie de suivre et le spectacle devient vite lassant. Après avoir déjeuné au camion, nous faisons le tour des maisons traditionnelles. Ce sont encore les Indiens de la côte Nord-Ouest, Tlingit, Tsimchian et Haïda, qui sont les plus intéressants par leurs dessins stylisés appliqués à tous les objets, maisons, vêtements etc… 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les maisons des Aléoutiennes et des Inuit sont semi-enterrées, recouvertes de terre et d’herbe, accessibles par des couloirs. J’ai réussi, à force de toucher à tout, à recevoir les messages sur le smartphone, j’essaie de trouver une solution identique sur l’ordinateur, tente une restauration tandis que Marie assiste à un nouveau spectacle des Inuit sur scène. Nous quittons le musée presqu’à l’heure de la fermeture et nous allons nous garer dans le centre-ville redevenu calme à cette heure. Marie tente de trouver des cadeaux mais les prix sont faramineux, le moindre artisan est considéré comme un artiste et demande pour de très simples objets des sommes inimaginables. Marie qui aurait bien aimé voir une aurore boréale va assister à une projection d’un film tandis que je reste au camion continuer de me battre avec l’ordinateur. Nous allons nous garer pour la nuit derrière le garage Land Rover, le long d’une avenue qui risque d’être passante demain matin…

Mardi 14 juillet : Marie peine à se réveiller. A huit heures, le camion est pris en charge et nous nous asseyons dans le bureau du garage. Miracle ! Mes interventions de la veille sur l’ordinateur ont réussi, nous avons de nouveau internet. Nous prenons connaissance de notre courrier et je mets le blog à jour avec les photos. Nous corrigeons ensuite mon texte tandis qu’un beau chien boxer vient faire des mamours à Marie que cela n’enchante pas… Arrive un Suisse avec une Land Rover, à la recherche de pièces, difficiles à trouver. Nous le comprenons difficilement, le français n’est pas sa langue maternelle. Enfin le camion est prêt, la commande d’interrupteur a été changée et nous en sommes de 350 $... Nous repartons et arrêtons à la sortie de la ville dans un Walmart pour refaire un plein de provisions. Nous ne savons plus très bien quoi acheter pour varier les plats, toujours du jambon et soit du porc, soit du bœuf, soit du poulet. Jamais d’agneau ou de poisson frais et faute de four, nous sommes limités dans les cuissons. Nous sortons d’Anchorage, la route longe le bord du Cook Inlet, en suivant de près la voie ferrée. Entre la montagne et la mer, des zones de marais sont couvertes de joncs et les oiseaux y trouvent à nicher. De l’autre côté, des montagnes en partie couvertes de neige. La marée est basse, des bancs de sable sont dégagés et les étendues d’eau miroitent sous un soleil qui joue avec les nuages. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Plus nous avançons et plus les montagnes sont proches. Des chèvres de montagne sont vertigineusement perchées dans les falaises qui dominent la route. Nous pénétrons dans une vallée à Girdwood, station de sports d’hiver, cul-de-sac entre des glaciers. Très nombreux, mais de petite taille, ils se sont creusé un lit entre les plis des montagnes et il s’en échappe une multitude de ruisseaux qui dévalent les pentes. Nous hésitons entre plusieurs destinations, un passage dans un Visitor’s Center ne nous a pas rassuré sur les prévisions météorologiques. Nous décidons de commencer l’exploration de la région sud-ouest par Whittier en passant par Portage. Nous quittons donc la route principale pour en suivre une le long d’un torrent alimenté par les eaux d’un glacier haut perché dans une montagne au-dessus de nous. Je propose de réserver un emplacement dans un camping provincial pour être sûrs de notre nuit. Nous y rencontrons un jeune couple de Fréjus à qui nous proposons de venir prendre l’apéritif avec nous ce soir. En attendant nous avançons vers les glaciers de Portage que nous découvrons derrière un lac. Sur une aire de stationnement nous trouvons une Land Rover avec une vieille cellule Clémenson. Ce sont des Savoyards, Martine et Jean-Jacques, sur les routes depuis quatre ans. Nous discutons et échangeons des informations, évoquons les pays traversés et prévoyons de nous retrouver demain pour continuer… Nous allons sur les bords du lac d’où nous pouvons distinguer une bonne demi-douzaine de glaciers dont les sommets sont hélas perdus dans les nuages. Aux jumelles, on distingue bien les masses bleutées des champs de glace mais aucun n’atteint les eaux du lac.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous retournons au camping, à huit heures les Fréjusiens viennent prendre le pastis sur une table du camping. Sympathique discussion mais il fait vite frais et nous sommes contents de rentrer dans la cellule pour dîner.

Mercredi 15 juillet : Il fait froid ce matin, 6°c dehors ! Nous mettons le chauffage avant de nous lever. Le ciel est bleu et le glacier au-dessus de nous est bien éclairé. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques, encore plus tardifs que nous, toujours stationnés sur un parking. Nous discutons encore longuement, échangeons adresses et informations avant que nous ne les quittions, alors que le ciel commence à se couvrir. Nous allons emprunter le tunnel ferroviaire, creusé sous la montagne qui permet d’accéder au port de Whittier. Il est long de plus de quatre kilomètres, étroit et mal éclairé, pas recommandé aux claustrophobes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous débouchons sur le port encombré de bateaux de promenade et d’un gigantesque navire de croisière. On aperçoit les immeubles désormais abandonnés de l’ancienne base militaire. Pas grand-chose à faire, jeter un œil sur les montagnes qui entourent le port, rêver à la vue que l’on doit avoir sous le soleil, traîner dans les quelques boutiques de souvenirs avant de repartir. Nous devons attendre le passage d’un train pour, à notre tour, repasser le tunnel. Nous prenons la route de Seward qui longe des marais et traverse la péninsule de Kenaï. Occupé à regarder le paysage, je ne vois pas une bande de volatiles traverser la route, quelques-uns passent sous les roues, ce qui me vaut des regards courroucés de la part d’automobilistes qui nous dépassent ensuite. Nous nous arrêtons pour déjeuner sur les bords d’un torrent mais le soleil se fait de plus en plus rare. Peu avant Seward, nous suivons la route qui emmène au glacier Exit. Nous apercevons sa langue veinée qui s’écoule vers le torrent que nous suivons. La route se termine sur un parking d’où nous partons pour une promenade qui va nous rapprocher du glacier. Sentier facile au début puis plus difficile pour Marie lorsqu’il grimpe dans la moraine. Peu avant que nous ne parvenions à un point de vue qui domine l’extrémité de la langue, il commence à pleuvoir. La glace est sale, couverte de graviers et les lueurs bleutées des crevasses ont bien des difficultés à se voir dans la grisaille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous revenons par un autre sentier qui procure des vues sur le lit du torrent où nous apercevons une femelle orignal et son veau. Un touriste qui s’était aventuré dans le lit du torrent a les plus grandes difficultés à le retraverser en se mouillant jusqu’à la taille. Nous reprenons le camion et filons à Seward, envahie par les touristes. Nous traversons la petite ville, suivons la côte dans l’espoir de trouver un lieu de bivouac au bord du fjord mais tout est déjà occupé par des maisons, des campings ou des auberges. Nous revenons en ville. D’immenses terrains sont réservés aux camping-cars, moyennant 15 $, sans commodités. Nous allons nous garer au port voir le retour triomphal des pêcheurs qui se font prendre en photo sous leurs prises, des flétans de belle taille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

A côté des professionnels jouent du couteau et découpent les filets à une cadence étonnante. Nous retournons sur la route du glacier Exit et trouvons un emplacement en bord de rivière, dissimulé de la route.

Jeudi 16 juillet : Il a plu toute la nuit et cela continue au matin. Nous nous réveillons tard et traînons si bien que nous avons la visite de Martine et de Jean-Jacques qui ont bivouaqué à quelques centaines de mètres sans savoir où nous étions. Nous discutons encore une bonne heure avant de nous séparer, en prévoyant de nous retrouver devant un poisson grillé ce soir. Nous nous rendons en ville, plongée dans la brume et la pluie, à la bibliothèque municipale où nous pouvons nous connecter gratuitement dans une salle avec tables, fauteuils et prises de courant. J’ai de nouveau des problèmes, la lecture des messages est possible (nous en avons un de Julie à Iguazu), mais pas l’envoi des réponses. Je dois, de nouveau, faire une restauration pour y parvenir. Cela nous a pris du temps, nous déjeunons rapidement dans le camion puis nous allons nous garer devant une laverie pour faire une lessive. Nous retournons à la bibliothèque envoyer quelques messages et rajouter quelques pages au blog. Nous retrouvons Martine et Jean-Jacques devant le Visitor’s Center où on ne nous annonce pas de bonnes nouvelles météorologiques. Vu l’intensité de la pluie qui tombe, nous renonçons au projet de faire griller du poisson au barbecue. Nous allons acheter au supermarché du saumon fumé et du saumon séché ainsi qu’une bouteille de vin blanc puis nous allons nous installer dans le lit à sec du torrent, là où avaient bivouaqué Martine et Jean-jacques la veille. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les Suisses rencontrés sur la route de Prudhoe Bay y sont aussi avec des Bâlois. Nous prenons l’apéritif puis dînons de nos emplettes tous ensemble et refaisons le monde jusqu’à minuit ! Il a plu sans discontinuer toute la soirée…

Vendredi 17 juillet : Pluie et brouillard dès le réveil, aucune amélioration ne semble à espérer. Nous nous sommes réveillés tard et avons dû mettre le chauffage dans le camion. Nous quittons nos nouveaux amis, avec promesse de se revoir, ce qui semble probable puisque nous sommes sur la même route. Nous nous rendons à la poste pour acheter des timbres et envoyer des cartes postales puis à la bibliothèque où je finis de mettre à jour le blog. Nous repartons, moral bas, et roulons sous la pluie entre marais et montagnes. Pour déjeuner, nous nous arrêtons sur une aire d’où nous devrions apercevoir des saumons dans le ruisseau mais ils ne sont pas au rendez-vous et donc les ours non plus. La pluie a cessé, le soleil fait une timide apparition qui va se confirmer dans l’après-midi. Nous quittons les montagnes pour une plaine monotone. Nous bifurquons en arrivant à Sterling, une de ces villes américaines que je ne pensais pas trouver sur la presqu’île de Kenaï, décidément l’Alaska ne fait plus rêver, la « Dernière Frontière » est à chercher ailleurs… Quelques miles plus loin, nous arrivons à Kenaï. Nous y visitons la vieille ville datant de la colonisation russe. Deux églises orthodoxes sont debout, l’une est très jolie avec ses dorures et ses bulbes miniatures peints dans un bleu ciel éclatant.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant d’anciennes maisons, certaines ne datent que de 1950, quelques-unes en rondins, ont été rassemblées dans un modeste parc et, guidés par un étudiant sympathique qui prend la peine de parler lentement, nous passons de l’école à celle du chef du village en passant par d’autres bien rustiques. Nous repartons en suivant une route qui longe le bord de mer. Les plages sont envahies par des pêcheurs, collés les uns aux autres, dans l’eau comme sur terre, leurs camping-cars ne laissent aucune place. Pas question de nous arrêter là, nous continuons en direction d’Homer. A six heures, nous sommes à Ninilchik et nous allons aussitôt y voir sa jolie église orthodoxe qui domine la petite baie. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Son cimetière est couvert de croix orthodoxes de grande taille, les noms sont bien américains, à côté, le cimetière militaire est une pelouse plantée de drapeaux américains devant ou sur les stèles. Nous descendons dans le village, sur le bord de mer, très petit, avec quelques maisons en bois. Nous remontons nous garer devant l’église en essayant de nous placer face au vent très violent.

Samedi 18 juillet : Beau soleil mais toujours du vent. Pendant que Marie se prépare, je vais refaire des photos de l’église entourée par les croix fleuries du cimetière et je découvre, de l’autre côté de l’inlet, le bras de mer, deux cônes enneigés qui nous étaient cachés hier soir. Ce sont les volcans Ilamna et Redoubt. Nous continuons de suivre le bord de mer, en ne quittant presque jamais de vue le volcan Ilamna. Nous descendons sur une plage de galet, bon endroit pour un bivouac, peu avant Anchor Point, pour le photographier.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

L’arrivée à Homer est superbe. Soudain, nous découvrons une chaîne de montagnes, succession de volcans et de glaciers, de l’autre côté du fjord. Les sommets sont encore couronnés de nuages mais ils vont lentement se dégager.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous traversons le centre-ville, moderne et sans intérêt et atteignons le Spit, une longue bande de terre qui s’avance droit dans la mer. A Hyères il est interdit d’y camper, parfois d’y rouler, aucune construction n’y est admise. Ici, les boutiques, restaurants, agences de voyage s’y succèdent et les plages sont transformées en campings rudimentaires mais payants ! Nous trouvons l’agence que nous cherchions qui assure des vols en hydravion sur la péninsule de Katmaï pour aller voir les ours attraper les saumons. Hélas tout est réservé pour les dix jours suivants. Ils nous indiquent d’autres compagnies et chez Homer Air Service, à l’aéroport, nous pouvons affréter un hydravion pour demain matin. Nous cassons la tirelire : 1400 $, notre cadeau d’anniversaire de mariage… Marie n’est qu’à moitié contente, elle redoute d’avoir trop à marcher et surtout ne tient pas à rencontrer un ours… Nous retournons sur le Spit, allons jusqu’à l’extrémité de la bande de terre et faisons quelques pas sur les galets pour admirer le splendide panorama. Marie explore quelques boutiques de souvenirs, confirmant ce qu’écrivait John Muir, un éminent naturaliste en 1890 : « Tout le monde se précipita à terre pour acheter des curiosités (...). Les magasins furent immédiatement envahis par une foule qui paya un prix élevé des objets sans valeur fabriqués tout exprès pour les touristes (…). La plupart des voyageurs ne regardent que ce qu’on leur indique, et les éditeurs de guides touristiques, quelle que puisse être leur ignorance, jouissent donc d’un bien grand pouvoir ». Nous allons nous garer loin des camping-cars, tous agglutinés les uns aux autres le long de la mer, pour déjeuner. Une loutre farceuse fait des cabrioles, se roule et finit par faire la planche en guise de longue sieste. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Un phoque pointe son museau puis disparaît. Marie retourne à ses recherches, en revient bredouille tandis que je vais faire des photos des maisons sur pilotis sur la grève. Nous tentons d’apercevoir des orignaux dans une plaine où ils devraient être, mais pas aujourd’hui… Nous passons au Safeway refaire des provisions puis nous montons au sommet de la colline qui surplombe la ville. Le panorama sur la ville, le plan d’eau d’où décollent les hydravions, le Spit, et en fond d’écran la chaîne des montagnes qui se dégage lentement des nuages, est magnifique, des pointes volcaniques émergent des champs de glace, les glaciers semblent glisser dans la mer.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous restons une heure à les contempler puis redescendons en ville. Nous arrêtons dans la vieille ville, trois ou quatre maisons plus anciennes, en bois, restaurées et transformées en commerces. L’une d’elle est une galerie d’art avec une exposition d’une artiste mi-surréaliste, mi-(fausse)naïve, les objets, poteries, bois, sont comparativement bien moins chers que les horreurs des marchands de souvenirs. Nous achevons la journée en allant nous garer pour la nuit dans le parking de la compagnie d’aviation avec laquelle nous partons demain.

Dimanche 19 juillet : Nous sommes prêts à l’heure dite. Nous allons au bureau nous signaler et nous devons nous rendre au bassin d’où décollent les hydravions. Notre pilote, Rod, nous attend, sympathique quadragénaire, il nous embarque, rien que nous deux dans son petit avion. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous décollons rapidement, je suis surpris par la faible distance nécessaire pour l’envol. Le ciel est bleu, peu de nuages sur les montagnes, conditions de vol presque idéales. Nous apercevons les volcans aperçus la veille puis nous passons devant le cône évasé à sa base du mont Augustine, à peine enneigé, marquant l’entrée dans le Cook Inlet. Nous traversons le bras de mer puis rejoignons la péninsule de Katmaï, région encore peu connue, sans villages ni population établie. Nous survolons les basses terres, zone de marais parcourues par d’innombrables rivières qui y tracent leurs méandres tortueux.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La masse nuageuse devient importante, nous prenons de l’altitude, passons au-dessus de montagnes encore parsemées de plaques de neige et de mini glaciers. Nous volons ensuite au-dessus de la mer de nuages que percent quelques rares sommets, avant de la traverser, ouate, coton, où les perceptions s’abolissent. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous sommes rassurés de retrouver une visibilité correcte au-dessus du lac Brooks, très vaste étendue d’eau sur laquelle nous nous posons. Nous n’y sommes pas les seuls, une noria d’hydravions dépose les touristes fortunés dont, pour une fois, nous faisons partie. Nous débarquons sur une plage, devant le Visitor’s Center du Parc National de Katmaï. Nous devons passer par une salle où un film vidéo nous enseigne les consignes à respecter en cas de rencontre avec les ours. Ceux-ci sont très nombreux dans cette aire et sont la raison de la venue des touristes. Les cabanes du lodge du parc accueillent ceux qui restent pour la nuit. Nous pouvons ensuite partir sur un sentier mais nous sommes vite arrêtés par un ranger, un ours a été aperçu dans les parages et il ne doit pas être dérangé… Ici, le protégé, n’est pas l’homme mais l’animal, pas grave si un touriste est dévoré, le principal est que l’ours n’ait pas de troubles de digestion… Quand le signal est donné, nous poursuivons jusqu’à un pont sur une rivière qui amène à un point de vue gardé par un autre ranger. C’est de là que nous apercevons nos premiers ours bruns. Ils sont tous en cette saison sur les bords des rivières à guetter la remontée des saumons dont ils font leur ordinaire. Nous les voyons se dresser sur leurs pattes arrières pour se repérer dans les hautes herbes, plonger dans l’eau glaciale pour tenter d’attraper quelques malheureux poissons. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous continuons de marcher sur le sentier qui devient plus étroit, traverse une forêt dense où de nombreux arbres sont cassés, leurs troncs couverts d’un épaisse couche de mousse végétale. Nous parlons en marchant comme on nous l’a bien recommandé pour prévenir de notre présence quelque plantigrade égaré. Nous parvenons à une plateforme, après une rampe à quelques mètres au-dessus du sol, installée pour éviter toute rencontre inopportune et surtout permettre aux ours de se rendre en toute liberté à la rivière,. Du mirador, nous avons une vue sur le torrent qu’occupent une douzaine d’ours, bêtement posés sur des rochers dans l’attente du saumon providentiel. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils sont très placides, bougent peu, mais de temps en temps ils plongent dans le courant et attrapent (pas toujours…) un poisson de bonne taille qu’ils déchiquètent à belles dents sans trop se préoccuper des arêtes. Une femelle, suivie de ses petits, passe en-dessous de nous, totalement indifférente comme les autres à notre présence, notre chair ne doit pas avoir une grande valeur nutritive. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous pouvons accéder à une seconde plateforme où nous n’avons le droit de rester qu’une heure, le nombre de visiteurs y est limité à quarante… Nous sommes alors au niveau d’une petite chute d’eau et c’est l’endroit le plus fréquenté par les amateurs de saumons. Ces derniers tentent de remonter le courant pour retourner à leur frayère natale. Ceux qui ont échappé aux pêcheurs humains sont guettés par les ours en mal de reconstitution de la masse de graisse nécessaire pour la prochaine hibernation. Quelques-uns attendent que leurs proies leur passent entre les pattes, d’autres, la gueule ouverte, adeptes du moindre effort, espèrent qu’un saumon va leur tomber directement entre les mâchoires.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Ils n’ont pas tort, ce n’est qu’une question de patience et aussi de vivacité dont les ours sont très capables. Le poisson à peine saisi est avalé en quelques bouchées sanglantes. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Spectacle cruel (mais que les saumons sont bêtes !), dont nous ne nous lassons pas mais il faut songer à repartir. Alors que nous franchissons le pont au-dessus de la rivière, nous sommes invités par le ranger à nous presser, une femelle et ses deux petits traînent dans les parages et aimeraient bien aussi emprunter le pont qui leur est interdit.  Nous pique-niquons rapidement, dans un espace entouré d’une clôture électrifiée, avec les provisions que nous avions laissées dans une pièce sécurisée pour ne pas tenter les ours, puis nous repartons. La masse nuageuse est moindre et nous avons quelques rayons de soleil au-dessus du lac. Nous amerrissons à Homer et retrouvons le camion. Après être allés récupérer notre facture, nous quittons la ville avec un dernier coup d’œil sur la chaîne de montagnes. Nous roulons quelques miles puis descendons sur la plage que nous avions repérée à l’aller. Beaucoup de pêcheurs y sont installés mais nous ne sommes pas entassés. Nous y prenons un pastis pour fêter cette mémorable journée. Fin de la journée en relisant mon texte.

Lundi 20 juillet : Nous nous réveillons sous un agréable soleil, face aux volcans. Nous reprenons la route d’Anchorage, repassons par Ninilchik puis à Soldotna où nous pouvons reprendre des bières fraîches ; avec la fermeture des liquor shops le week-end nous avons frôlé la pénurie !  Nous suivons, comme à l’aller, la Russian River aux eaux turquoise qui nous paraît plus belle sous le soleil. Nous déjeunons sur les bords du lac Kenaï puis remontons vers le nord. Les travaux sur la route avec la circulation alternée nous font perdre beaucoup de temps. Nous faisons un détour pour le minuscule village de Hope, fier de ses cent ans d’existence. Nous y visitons une « Fine Art Gallery » tenue par un « artiste peintre » dont toute la famille, épouse, mère, est fière mais ce ne sont que des chromos de peintre du dimanche, vendus cher. Nous retrouvons les bords de l’Inlet, les chèvres de montagne sont toujours dans leurs éboulis et la marée est toujours basse ce qui provoque des miroitements de l’eau dans la baie sur fond de montagnes à contre-jour. Je pense à l’affiche, que nous avions achetée à notre premier voyage, d’un peintre canadien du groupe des Sept dont il faudra que je retrouve le nom. Nous traversons rapidement Anchorage, y trouvons un camping bondé, les véhicules serrés les uns contre les autres et dont la réception est fermée depuis 17 h ! Tant pis pour la douche chaude et le wifi, nous avançons sur la route de Palmer, sur l’autoroute. Un autre RV Park ne nous propose que des emplacements avec tous les branchements dont nous n’avons pas besoin. Nous suivons alors une route étroite en montagne qui nous amène au lac Eklutna, au bout de dix miles. Nous y trouvons un camping provincial dans une forêt mais pas de douches et encore moins de wifi. Nous nous installons et c’est alors que je découvre une fuite importante sous la voiture d’un liquide qui s’avère être le liquide de refroidissement ; le bol d’expansion est vide ! Il va donc falloir retourner au garage Land Rover demain… pas réjouissant.

Mardi 21 juillet : Nous sommes debout à six heures et après un retour l’œil rivé au thermomètre, nous arrivons au garage peu avant huit heures. Le patron fait tester le circuit pour trouver la fuite, il s’agit bien du radiateur qui est percé. Ils le démontent puis faute de trouver la pièce, l’envoient pour ce que je pense avoir compris être une soudure ou une brasure. Nous devons attendre dans le camion le retour de ce maudit radiateur. Les heures passent, il ne fait plus chaud, lecture, mise à jour du blog, déjeuner… L’après-midi s’étire, lecture de nouveau avant qu’enfin, passé seize heures, nous voyions réapparaître notre radiateur avec deux petites soudures de rien du tout. Il est vite remonté, testé. Il ne nous reste plus qu’à régler la note et filer de nouveau en direction de Palmer. Nous bivouaquons peu avant la ville en bordure d’une rivière, au milieu des galets.

Mercredi 22 juillet : Dans la nuit, un mal-élevé m’a réveillé avec quelques secondes de musique à plein décibels puis ce furent quelques pétarades mais au matin, quel calme ! Nous atteignons Palmer où nous nous ravitaillons dans un Fred Meyer, autre grande chaîne de supermarchés, où on trouve les mêmes produits que dans les autres ou plutôt la même absence (veau, agneau, eau gazeuse etc…). Nous prenons la route Glenn Highway pour nous rendre à Valdez. Elle suit le cours de la rivière Matanuska dans le lit de laquelle nous avons dormi cette nuit. Comme bien d’autres rivières du même type, alimentées par la fonte des glaciers, elle coule sur un large lit de galets en formant une multitude de bras. Nous sommes entre deux chaînes de belles montagnes déchiquetées et le paysage serait superbe et même grandiose si nous avions un peu de soleil !

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Encore une journée dans la grisaille ! A la sortie de Palmer nous allons visiter une ferme d’élevage de bœufs musqués. Après une salle d’information sur cet animal qui avait disparu d’Alaska depuis les années 1800 et qui a été réintroduit à partir d’animaux venus du Groenland, nous partons pour une visite guidée avec quelques autres touristes. Dans de grands enclos, quelques-unes de ces petites vaches à longs poils et à cornes recourbées, broutent ou somnolent, transpirant sous leur épaisse toison, huit fois plus chaude que celle du mouton, dans ce climat trop chaud pour elles en cette saison. C’est cette laine qui est le produit de cet élevage. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

La boutique à la sortie vend des écharpes et des bonnets uniformément de couleur marron qui devraient avoir un gros succès dans les maisons de retraite… Nous continuons d’avancer sur cette route magnifique et apercevons bientôt la langue du glacier Matanuska qui vient mourir dans le lit de la rivière. Une piste privée, donc payante, permet de venir se garer face au glacier à quelques centaines de mètres de la langue blanche, nervurée, aux reflets bleutés. Le soleil est, hélas, toujours absent. Nous pouvons marcher jusqu’au champ de glace mais Marie renonce presque aussitôt. Je m’y rends seul. Il faut traverser une étendue d’un mélange de terre et de glace fondue en une bouillasse grise et désagréable avant de marcher sur le glacier proprement dit, mais sur une couche qui, en surface, est recouverte de gravier. C’est cette étendue grisâtre qui, de loin, donne un aspect terne et déplaisant à la langue glacière. Cette zone est fendue de crevasses de faible profondeur dans lesquelles ruissellent les eaux de fonte. On y voit aussi des roches de toutes tailles, coincées entre les parois. La marche sur ce tapis de graviers est aisée malgré les innombrables minuscules ruisseaux qui courent dessus. Je ne vais pas plus loin. Quand la glace est propre, je glisse dessus et je n’ai pas de crampons pour continuer. Je suis tout de même au pied de séracs de belle taille dont les strates sont soulignées par des lignes de graviers. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Retour au camion puis nous reprenons notre route. Les montagnes s’éloignent et le paysage redevient monotone, plat, en forêt peu dense. Nous roulons jusqu’à Glennallen où nous nous arrêtons dans un camping pour refaire les pleins d’eau.

Jeudi 23 juillet : Nous reprenons la route sous un ciel gris, peu encourageant. La route continue au milieu des épicéas avant de se rapprocher des montagnes qui accrochent les nuages. Nous retrouvons le pipeline que nous avions suivi en tentant d’aller à Prudhoe Bay. Lui aussi se rend à Valdez… Nous apercevons le glacier Worthington, étincelant malgré l’absence de soleil, ses deux langues de glace coulent en divergeant. La route s’en approche et, d’un point de vue, nous distinguons mieux les séracs et leurs reflets bleutés mais nous ne voyons plus qu’une des deux langues. Aux jumelles, nous apercevons très loin dans la montagne un ours noir qui se vautre dans l’herbe d’un pré. Nous passons un col entre de belles montagnes et quelques timides glaciers, perdus entre deux crêtes. Le ciel semble plus dégagé en direction de la mer. Nous retenons notre souffle, ferait-il soleil à Valdez ? Oui, nous avons le bonheur d’arriver dans cette petite ville éparpillée le long de la côte, dans une baie presque fermée et entourée de montagnes enneigées, sous un ciel presque entièrement bleu. Nous filons aussitôt au bureau de « Lulu Belle », le bateau de croisière, chaudement recommandé par plusieurs voyageurs, sur lequel nous comptons passer la journée demain. Il y a encore de la place et nous prenons nos billets. Nous nous rendons au Visitor’s Center qui nous confirme le beau temps pour demain et peut-être après-demain ! Nous revenons sur nos pas et trouvons le site de l’ancienne ville rasée après un tremblement de terre en 1964. Il ne reste rien si ce n’est des photos des maisons à leur emplacement, celles qui tenaient encore debout ont été déplacées mais nous pourrions y bivouaquer au bord de la mer ce soir, ne serait-ce que pour fuir l’entassement des RV Parks qui défigurent l’entrée de la ville.. Nous contournons la baie jusqu’à un parking à côté d’une écloserie-conserverie de saumon. Nous déjeunons là puis allons voir les poissons. Nés ici, ils sont allés vivre leur vie en mer et leur instinct les pousse à revenir en cette saison pondre leurs œufs et mourir là où ils sont nés. L’usine les attend et les couteaux des découpeurs aussi. Ils sont tous là à frétiller, pressés de remonter le courant. Celui-ci étant barré ils ne peuvent que remonter un canal qui les conduit directement à la découpe… Trop bêtes ces saumons…

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Après être allés admirer depuis l’extrémité de la route, la vue sur toute la baie dans son cirque de montagnes sous un soleil de plus en plus présent, nous retournons en ville visiter le musée Whitney. Gratuit ! Il s’agit d’une collection d’amateurs qui, au XX° siècle, ont ramassé, acheté tout ce qui pouvait se trouver provenant des peuples locaux. Un ensemble hétéroclite, bien présenté et qui sait poser de bonnes questions notamment sur les places respectives des Arts dits Beaux et les Arts décoratifs, voire l’artisanat. Nous nous garons ensuite sur le port et nous faisons le tour des restaurants où nous pourrions dîner ce soir. Un chinois et deux plus classiques mais bien chers pour une cuisine dont nous nous méfions. Marie trouve une boutique capharnaüm et y déniche quelques souvenirs à rapporter. Nous allons nous garer à une pointe orientale de la ville et marchons quelques centaines de mètres. Nous revenons nous garer au port, je commence à écrire le récit de cette journée puis nous allons au restaurant chinois. Plats copieux, bon pour moi. Marie a voulu prendre des fruits de mer et n’a eu que des crevettes sans goût avec beaucoup de légumes. Nous allons bivouaquer là où nous avions repéré ce matin. Un autre camping-car s’y trouve déjà.

Vendredi 24 juillet : Ciel bleu ! Soleil ! La météo idéale pour cette journée de croisière… Nous allons tout d’abord au Visitor’s Center vérifier que nous n’avons pas de nouveaux messages et aussi que le correspondant parisien qui nous appelle en pleine nuit ne nous est pas connu. Mystère donc… Après un rapide passage à la poste, nous allons nous garer devant le quai d’embarquement et à dix heures et demie nous allons patienter avec les autres passagers devant un joli petit bateau de promenade qui peut embarquer une cinquantaine de touristes. Le capitaine, Fred, un Popeye grand-père, nous accueille et nous souhaite la bienvenue. Nous nous installons, montés dans les derniers, sur un coffre de ceintures de sauvetage, garantie d’être, en cas de besoin, servis les premiers. Nous appareillons, sortons du port et Captain Fred commence à distiller ses informations, anecdotes, etc… Encore un qui a peur de laisser ses clients rêver, méditer devant les merveilles de la nature… Il n’arrête pas, à l’aller comme au retour… Presqu’aussitôt nous apercevons une bande de loutres sympathiques qui, à leur habitude, font la planche, se grattent le museau ou plongent quand elles sont dérangées. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous passons devant le terminal pétrolier où la production d’or noir en provenance de Prudhoe Bay est chargée sur les tankers. D’énormes réservoirs couvrent les collines en arrière-plan. Nous traversons la baie dans son cirque de montagnes puis par une étroite passe sortons en pleine mer. Une belle cascade dévale les pentes, les bateaux de pêche déploient leurs filets, tout nous est expliqué mais je n’écoute qu’à moitié, et ne comprend pas l’autre… Nous avançons plus vite, il ne fait plus très chaud dehors, nous nous trouvons des places assises à l’intérieur, dans le salon, boiseries et tapis orientaux. Nous prenons des hot-dogs (sauce moutarde sucrée !), des chips et une bouteille d’eau, c’est le menu « Captain Fred » proposé. Nous arrivons à l’île Glacier. Sur le mince ruban de plages de galets, des colonies de lions de mer allongés dans des siestes orageuses. Les énormes mâles tentent de préserver leur autorité sur des femelles qui se disputent les faveurs de leur seigneur. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Une baleine humpback est signalée, j’aperçois un dos arrondi, noir et blanc, puis entends et vois un grand « splash », des jets d’air ensuite trop loin mais nous n’en verrons pas plus. Captain Fred a joué de ses machines pour accélérer, ralentir, patienter mais quand le cétacé dit : « ça suffit », il faut se résigner… Nous nous dirigeons à toute vitesse vers le glacier Columbia quand des dauphins farceurs viennent jouer avec le bateau, ils passent au ras de son étrave, nous suivent, plongent, bondissent hors de l’eau pour nous faire admirer le noir et le blanc de leur dos, puis disparaissent. Nous approchons du glacier, un des plus vastes de l’Alaska. La première impression est très décevante : nous traversons un champ d’icebergs qui ne sont que de gros glaçons pour approcher une langue qui descend de la montagne, presqu’entièrement noire ! Une glace laquée, goudronnée ou un terril transplanté ? Mais ce n’est pas le bon glacier, il va se découvrir lorsque nous pénétrons dans une baie. Non pas un, mais une multitude de glaciers qui déversent leurs amas de neige compactée pendant des siècles, des millénaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Je reste tout à l’avant du bateau mais je suis frigorifié par le vent glacial quand nous avançons vite. Nous traversons alors un second champ d’icebergs nettement plus sérieux pour nous avancer jusqu’à toucher le front de glace. Une barrière sur des kilomètres, à une hauteur de plusieurs dizaines de mètres et nous restons là à admirer ces masses aux reflets rosés et bleutés. Tout autour de nous des langues de glace dévalent de leurs émissaires et nous sommes entourés d’une quantité d’icebergs si dense que nous pourrions presque nous croire sur une banquise. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Captain Fred n’est pas pressé, il s’arrête donne à chacun la possibilité d’immortaliser ce moment en se faisant photographier avec un bonnet de Père Noël et une pancarte Merry Christmas ou Hanouka, au choix… Des grondements, des craquements se font entendre. Nous guettons tous le moment où des blocs, des pans du mur, vont s’écrouler dans l’eau. Ce qui ne manque pas d’arriver, provoquant une vague impressionnante qui soulève le bateau et les icebergs. Nous repartons laissant derrière nous ce merveilleux ensemble, la vision que j’attendais d’un glacier tombant dans l’eau. Nous avions déjà vu des glaciers en Argentine et au Chili, peut-être plus impressionnants par leurs dimensions et par la taille des icebergs, mais ici, l’ensemble m’a paru plus sauvage, pas d’autres bateaux et des montagnes en arrière-plan aux pics acérés. Nous allons tenir compagnie à Captain Fred dans son poste de pilotage. Son babil ininterrompu ne m’empêche pas de somnoler jusqu’à ce que nous pénétrions dans le baie de Valdez. Nous accostons et débarquons à presque huit heures du soir avec un dépassement de deux heures sur l’horaire théorique…. Mais il en est toujours ainsi semble-t-il. Nous reprenons le camion et retournons bivouaquer au même endroit que la veille. Nous arrosons la fin de la journée avec des huîtres fumées et le fond de la bouteille de vin blanc. Dîner, écriture et au lit.

Samedi 25 juillet : Nous nous réveillons difficilement tous les deux. Le ciel est tout gris, nous nous félicitons d’avoir fait l’excursion hier. Nous reprenons la route de l’arrivée (il n’y en a pas d’autres !) et attaquons la montée du Thompson Pass. Au sommet nous sommes dans les nuages mais dès que nous redescendons, à la hauteur du glacier Worthington, le ciel se dégage et nous retrouvons le soleil et le ciel bleu. Nous quittons la grande route pour nous diriger vers le Parc National Wrangel-St Elias. Après une cinquantaine de kilomètres presque rectilignes, la route suit, alors en corniche, le cours de la Copper River avec les monts Wrangel et Blackburn couronnés de neige en arrière-plan.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous atteignons Chitina où la route devient piste. Nous traversons la rivière qui semble être aussi un paradis des pêcheurs à en croire le nombre d’amateurs de la gaule répartis au fil du courant. Après quelques kilomètres d’une piste à la tôle ondulée plutôt rude, nous avons le plaisir de retrouver un inattendu goudron. Il s’arrête à un grand pont métallique qui enjambe une très profonde gorge. La chaussée n’y est qu’à une voie, aussi je dois revenir à pied, pas très fier des parapets peu rassurants, pour prendre des photos du torrent. La piste est bonne, roulante malgré une tôle ondulée facilement absorbée en roulant à 70/80 km/h. C’est la seule portion de voie carrossable d’Amérique du Nord où j’aurai doublé tous les véhicules qui, en d’autres lieux, m’auraient dépassé. Nous passons sous un ancien pont du chemin de fer, en bois, tout droit sorti d’un western. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Passe une Land Rover dont le jeune conducteur ne cache pas son admiration pour la nôtre. Il s’avère qu’il connaît Jean-Marie et Chantal Ketona ! Le monde Land Rover est bien petit ! Nous continuons sur la piste, longeons des lacs, des zones de marais dans lesquelles nous espérons vainement apercevoir quelque animal mais nous roulons sans doute trop vite. Nous parvenons au bout de la piste, les véhicules privés ne sont pas autorisés au-delà de la Kennecott River. Deux beaux glaciers, le Kennecott et le Root l’alimentent. Nous achetons les billets pour la navette qui nous emmènera à l’ancienne usine d’enrichissement du cuivre devenue une ville fantôme. Après avoir déjeuné, nous allons nous garer à l’entrée de la passerelle qui franchit la rivière et montons à bord de la navette. Elle nous dépose quelques kilomètres plus loin à l’entrée des installations minières. Des bâtiments ont été restaurés, d’autres laissés en l’état, abandonnés depuis 1938. Toutes les constructions sont bien sûr en bois et de couleur marron-rouge. Le Visitor’s Center est installé dans l’ancienne épicerie et sur les rayons on y trouve conserves et instruments ménagers d’un autre temps. On nous projette un court métrage expliquant les différentes étapes de l’enrichissement du minerai depuis son extraction jusqu’à son chargement sur des wagons. Quelques pas et nous découvrons l’imposante structure dans laquelle toutes les opérations se déroulaient sur quatorze étages.

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Les fenêtres restent ouvertes, les volets battent, des planches se sont envolées mais l’ensemble est impressionnant, révèle des volumes cubiques spectaculaires. 

ALASKA ( 3.- "The Last Frontier")

Nous renonçons à marcher jusqu’au glacier, il est sans doute plus beau de loin, pas de moraine ou de zone couverte de gravier pour en ternir la pureté. Nous essayons de monter par un sentier à l’étage supérieur de l’usine, le sentier n’est pas évident et une fois en haut nous n’en voyons pas plus. Nous allons reprendre la navette et nous nous faisons déposer à Mac Carthy, le village proche qui vivait de l’exploitation des travailleurs et aujourd’hui de celle des touristes. Les rares maisons ont été retapées ou reconstruites dans le style « western » pour devenir (ou redevenir !) des hôtels, désormais bien famés. Nous récupérons le camion et reprenons la piste malgré l’heure déjà bien avancée. Nous roulons jusqu’au grand pont métallique où nous nous installons pour la nuit sur le parking de l’aire d’information.

Dimanche 26 juillet : La pluie ! Aujourd’hui, c’est pluie ! Moindre mal puisque nous devons rouler pour rejoindre Tok mais nous aurions préféré du soleil pour revoir les monts enneigés. Nous reprenons la route, repassons à Chitina puis empruntons un raccourci (?), une piste que la pluie a rendu glissante et boueuse, le camion n’en sort pas plus propre… Marie nous fait arrêter chez tous les marchands d’artisanat, heureusement certains sont fermés et chez les autres, les prix demandés pour la moindre bricole nous dissuade de tout achat. Nous avançons sur Tok, j’utilise un de mes jerrycans pour y arriver. Il n’est pas tard quand nous y sommes. Nous commençons par nous connecter dans une grande boutique d’artisanat, pas de messages… Nous allons nous installer au même camping qu’à l’aller, chez Mémé la pétroleuse… Nous nous rendons ensuite à la laundry faire une lessive et pendant ce temps nous refaisons un plein de provisions dans un petit supermarché pas trop riche en produits. Nous nous installons au camping, rangeons le linge et ressortons les guides et les cartes du Canada. Relecture de mon texte en prenant un pastis, c’est dimanche !