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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 00:07

Mardi 10 février : Je n’ai plus mal à la gorge mais je tousse ! La température s’élève avec le soleil mais je garde mon pull… Petit déjeuner avec des « french toasts » c’est-à-dire du pain perdu mais pas de thé noir. Je dois aller chercher les sachets conservés d’un autre hôtel, réclamer de l’eau chaude pour obtenir une boisson buvable. Nous quittons le lodge après un dernier regard aux chutes noyées dans l’ombre. Nous devons être à dix heures à Pakse pour rendre la voiture. Un plein d’essence et nous y sommes à temps. Je dépose Marie et les sacs au bureau d’Yves et je vais chez Avis. Tout est en règle, pas de surprise de dernière minute. Je retrouve Marie, ôte mon pull puis je vais discrètement déposer sur le comptoir du Lankham hôtel la clé de la chambre que j’avais conservée par mégarde… Je vais faire un tour dans les environs à la recherche d’un éventuel restaurant vietnamien. Je découvre une rue qui n’a pas dû changer depuis 50 ans, pas de voitures, d’anciennes maisons de commerce chinoises, des gosses qui jouent dans la rue et des chats qui attrapent les moineaux mais pas de restaurant vietnamien. Nous allons déjeuner au Daolin à clientèle exclusivement touristique. Pas cher et pas plus mauvais qu’ailleurs, Marie s’offre une glace. Nous retournons attendre l’arrivée d’Yves chez qui nous avons laissé les sacs en dépôt, puis sautons dans un tuk tuk qui nous conduit à l’aéroport. Nous enregistrons puis attendons dans une aérogare presque déserte l’heure d’embarquer. Bien qu’il s’agisse d’un vol local, nous devons tout de même montrer patte blanche à la police. Nous retrouvons des touristes grecs en transit qui doivent embarquer sur le même vol. Je suis très déçu, je croyais que nous voyagions à bord d’un petit coucou et nous voilà dans un ATR de 80 places ! Nous survolons une masse nuageuse sans rien voir du paysage. On nous distribue des feuilletés et des bouts de fruits mais pas question d’avoir une bière ou même un Coca, que de l’eau ou du café ! Nous descendons sur Louang Prabang sans rien voir de la ville. Nous nous posons et traversons l’aérogare moderne qui n’a rien à voir avec l’ancienne, réduite au minimum. Nous prenons un tuk tuk qui nous fait traverser la ville dans une circulation déroutante et sans que nous ne reconnaissions rien. Les touristes sont partout et des dizaines de guest houses les hébergent. Nous sommes déposés dans une rue calme, à deux pas de deux vat que nous identifierons plus tard, à la Xieng Mouan guest house. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous sommes bien attendus mais le petit déjeuner n’est pas compris dans les 35 dollars convenus, je manifeste un certain mécontentement pour obtenir un rabais et effectivement, après consultation du patron, nous obtenons un rabais de 5 dollars. Nous sommes logés dans une ancienne maison coloniale, en retrait de la rue, dans un beau jardin planté de superbes palmiers. Rien à redire à la chambre, confortable et plutôt joliment meublée. Nous profitons du Wifi pour appeler Nicole. Difficile de se comprendre… Nous sortons pour aller dîner sur les bords du Mékong tout proche. Nous sommes abasourdis par la profusion d’établissements implantés sur des terrasses au-dessus de l’eau. Rien à voir avec les gargotes en planches pourries de Thakhaek, Savanakhet ou Pakse. Tout est impeccable, bois vernis, carreaux au sol, végétation abondante, lampions dans les arbres, c’est tout à la fois Istanbul, Saint-Tropez, la rue de la Huchette etc… Où est notre Louang Prabang d’autrefois ? Les prix ne sont pas plus élevés qu’ailleurs, la carte à peine plus étoffée. Nous dînons correctement, saucisse locale, salade de crevette pimentée, trop pour Marie, nouvelle occasion pour moi de larmoyer et d’avoir le nez qui coule… Nous allons nous promener. Toutes les maisons anciennes ou pseudo, sont des guest houses, des restaurants, des boutiques de souvenirs. Nous ne reconnaissons plus la rue principale devenue un vaste souk, on y parle toutes les langues, on y entend toutes les musiques, on peut y manger des pizzas ou des cuisines du monde, une boutique ne vend que du vin. Les « antiquaires » proposent des bijoux hmong fabriqués en série, les vieux tissus sont taillés pour faire des vestes d’appartement et quand ils ont dix ans valent des fortunes. Pourrons-nous rester dans cet enfer touristique ? Qu’allons-nous trouver dans les temples envahis par les hordes pressées et qui ne photographient qu’elles-mêmes ? Nous terminons par le marché du soir où, sous des parasols, on vend les pires atrocités artisanales fabriquées en Chine et estampillées Laos… Retour à la chambre, bien au calme…

 

Mercredi 11 février : Pas eu besoin de climatiser ou de faire tourner l’impressionnant ventilateur du plafond, il n’a pas fait trop chaud bien qu’il fasse nettement meilleur que sur le plateau des Boloven. Nous émergeons tardivement et puisque nous ne pouvons avoir le petit-déjeuner dans le jardin nous descendons sur les bords du Mékong le prendre dans le premier établissement qui le propose. Un peu cher pour du pain, du beurre et de la confiture avec du thé. L’autre rive presque sans constructions est beaucoup plus calme, des bateaux, du type de ceux que nous avions pris pour descendre depuis Pakbeng, sont amarrés ou promènent des touristes.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le temps passe et nous voulons nous rendre au service de l’immigration, avant qu’il ne ferme, pour prolonger notre visa. Un tuk tuk nous y conduit. Un document, facturé 3 dollars, à remplir, un versement de 2 dollars par jour, pour une extension de 11 jours, pour chacun de nous, demandent un calcul erroné qui prend un certain temps… Je devrai revenir chercher les passeports demain. Nous traversons la rue pour aller visiter le vat Visounalath. Extérieurement un temple très quelconque, devant un stupa en forme de pastèque, couvert de ciment. Il a été transformé en musée et nous pouvons y voir une belle collection de bouddhas anciens, présentés dans les différentes attitudes : « prenant la terre à témoin », « appelant la pluie » ou « apaisant les conflits ».

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A côté un autre vat, le Vat Aham est plus brillant, les colonnes de bois de son fronton sont couvertes de dessins au pochoir dorés, de même que son fronton. L’intérieur est entièrement couvert de fresques naïves sur les thèmes habituels et ce sont les représentations des tortures infligées aux damnées qui montrent la plus riche imagination… Une image d’amoureux idylliques nous amuse et servira de carte à envoyer aux amis… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons vers le centre en suivant une rue qui aboutit au marché Dara. Les bijoutiers y sont nombreux, nous y trouvons de beaux colliers en argent mais ils ne correspondent pas à ce que voudrait Marie. Dommage… Sans avoir encore eu le temps de déjeuner, nous nous rendons au Traditional Arts and Ethnology Centre où une exposition présente les costumes et les modes de vie des ethnies du Nord, Yao, Mien, Hmong et autres Lao. Des jupes hmong et des vestes brodées yao sont superbes mais nous restons sur notre faim (dans tous les sens du terme…), Les trois salles sont petites et le café ne sert pas à manger… Nous parvenons au centre d’information touristique où l’on est incapable de nous renseigner sur la fête des Eléphants à Sanyabouli dans les jours qui viennent. Nous pouvons, enfin, envisager de déjeuner. Des stands, de l’autre côté de la rue, proposent à la clientèle de touristes des sandwichs, nous en prenons au jambon avec une bière avant d’envisager de rentrer nous reposer à la chambre. En chemin nous passons devant un beau vat, le Vat Mai, aux nombreux toits qui descendent très bas. Sa véranda est superbe, des scènes paysannes et de cour sont sculptées et dorées sur la façade, ses poteaux en bois sont couverts de dessins également dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

L’intérieur est plus classique avec des représentations du Bouddha, des offrandes, mais les murs de couleur rouge brique sont couverts de petites effigies de Bouddha dorées, comme dans les grottes de Birmanie. Nous passons devant le musée, l’ancien Palais royal, avant de retrouver notre rue. Nous sommes attirés par les sons d’un gong frappé sur un rythme soutenu. Nous assistons dans la cour du Vat Xieng Mouane, à la cérémonie qui consiste à frapper à 16 heures le gros tambour toujours placé dans une tour qui lui est dédiée. Les apprentis-bonzes se relaient pour frapper vigoureusement l’instrument, accompagnés de cymbales par d’autres moinillons. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Leurs camarades sont occupés à rafraîchir les dessins des colonnes et de la façade du temple, à l’aide de pochoirs et d’une peinture dorée, montés sur des échafaudages en bambous. D’autres moines en frappant un autre tambour dans la cour du Vat Choum Khong font écho. Et enfin, nous regagnons la chambre. Je parviens à me connecter à internet, expédier la carte pour les amis et réserver une chambre à Vientiane. Nous ressortons pour aller « faire les boutiques »… Certaines, de luxe, vendent, à des prix difficilement envisageables, des articles de qualité, mais à qui ? Y-a-t-il une clientèle pour des dessus de table à 450 dollars ? Une autre boutique, tenue par un Laotien parfaitement francophone, montre des foulards en soie d’une exceptionnelle qualité et aussi de beaux bijoux en argent qui nous intéressent fort. Un bracelet et des colliers hmong ont l’heur de plaire à Marie, pas les prix, à discuter et à revoir… Nous arrivons à la hauteur de la Villa Santi, cette superbe demeure coloniale où nous avions eu le privilège, peu cher à l’époque, de résider en 1998. Il n’est plus dans nos possibilités… Nous dînons en face au Tamnak Lao, un restaurant installé dans une autre belle demeure coloniale. Nous ne résistons pas au plaisir d’un cocktail : un « Mango Sling » pour moi, long drink agréable et trop vite bu et un « Lao Piranha » pour Marie, redoutable comme son nom l’indique… La cuisine est bonne, curry de porc avec des aubergines pour l’un et beignets de pousses de bambou farcies au porc pour l’autre, original et goûteux. Décidément Louang Prabang sait se faire apprécier ! Nous rentrons par les rues calmes en arrière de la rue commerçante, en repérant d’autres restaurants et en devinant dans la nuit de belles demeures inévitablement transformées en auberges. Dernière connexion pour envoyer une carte d’anniversaire à Michèle.

 

Jeudi 12 février : Lever difficile, de plus en plus… Nous nous contentons de nos biscuits et d’un thé offert par la maison en guise de petit-déjeuner. Nous partons en direction de la pointe de la péninsule formée par la ville ancienne entre les cours du Mékong et de la Nam Khan. Notre rue est agréablement calme et de nombreuses maisons transformées en auberges de charme s’y trouvent. Nous passons devant une belle maison coloniale qui aurait pu être une église et qui est le centre culturel français. Nous allons y jeter un œil mais il ne semble pas s’y passer grand-chose et aucun film n’est annoncé. Un vat, en face, le Vat Pa Phai, semble intéressant, nous allons le visiter. Effectivement sa belle façade en bois sculpté et doré cache sur le mur du bâtiment une très belle fresque contant des scènes de la vie de tous les jours d’autrefois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

A l’intérieur, les murs rouge brun sont couverts de peintures dorées qui racontent elles aussi des histoires, pas toujours réjouissantes, les scènes de supplices sont nombreuses et explicites… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous rejoignons la rue principale et nous devons reconnaître que cette ville a encore beaucoup de cachet, l’alignement d’anciennes maisons restaurées et les temples qui se suivent constituent un ensemble extraordinaire, mieux apprécié le jour que le soir quand on ne voit plus que les lumières criardes, les étalages de souvenirs et les touristes attablés dans les cafés et restaurants. Une antique et superbe Traction avant stationne devant une des maisons, on cultive le rétro colonial ! 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus loin, le Vat Sensoukaram est un ensemble de magnifiques bâtiments et en particulier le temple avec ses toits gigognes au-dessus du sim, peint comme presque tous les autres, en rouge brun et couvert de dorures. Il en est de même pour la tour du tambour et pour un pavillon qui abrite un grand Bouddha debout. Deux longues pirogues de prestige reposent dans un abri et attendent de défendre les couleurs du monastère lors d’une fête.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

D’autres vat, plus modestes mais eux aussi soigneusement couverts de dorures, se succèdent du même côté de la rue. Ils sont tous en activité, les moines dans leurs robes safran font leur ménage, lavent des voiles mis à sécher sous les arbres et se laissent mitrailler par les touristes… De l’autre côté de la rue, un bâtiment qui ne semble pas en être un est pourtant un temple, le Vat Siuvannakhili, qui abrite une exposition de photos sur la pratique de la méditation dans le bouddhisme laotien. Et, enfin, nous atteignons le chef d’œuvre de Luang Prabang : le Vat Xieng Thong qui a lui seul justifie le voyage. La perfection architecturale du lieu ! Le temple a une toiture en mille feuilles qui semblent descendre jusqu’à terre, soutenue par des étais sculptés et dorés. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les murs extérieurs mais aussi intérieurs sont couverts d’une débauche de dorures, peintures, stucs, scènes sur la façade, colonnes imposantes, tout est couvert de dessins, de symboles dorés. Le Bouddha qui trône à l’intérieur ne retient plus l’attention, il a beau être doré, tout le reste l’est aussi ! Quelques pavillons complètent l’ensemble. Un grand, façade dorée bien entendu, renferme un chariot, doré, qui permet de transporter les urnes qui contiennent les cendres de membres de la famille royale, des dragons à cinq têtes ornent les timons du char, les murs, rouge vif, sont couverts de scènes réalisées au moyen de tesselles de verres colorés et des Bouddhas s’alignent le long des parois. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Dans la cour, de splendides bougainvillées s’élancent et couvrent les arbres d’une couverture écarlate ou mauve. D’autres pavillons plus petits sont entièrement couverts de mosaïques d’éclats de verre colorés qui narrent des épisodes de la vie à la cour ou dans les campagnes, défilé d’éléphants, palais, scènes de moisson dans les rizières etc… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous en ressortons éblouis, réconciliés avec Luang Prabang… Nous descendons sur les bords du Mékong, au confluent de la Nam Khan, noyé sous les cocotiers, laissant apercevoir les bateaux qui remontent ou descendent le courant entre les bancs de sable. Nous envisageons de déjeuner au café sis à la pointe mais l’abus pratiqué sur le prix de la bouteille de bière nous en fait repartir. Nous visitons un dernier temple, le Vat Pakkhan, moins chargé dans sa décoration intérieure et quasi nu extérieurement mais aux formes très pures. Nous retournons sur les bords de la Nam Khan que l’on peut traverser sur des passerelles en bambou et déjeunons dans un restaurant au-dessus de la rive.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Plats très corrects, des ribs de porc frits, accompagnés d’ail confit, de gingembre et de feuilles de citronnelle frites, elles aussi. Marie se régale d’un plat de pousses de bambou et de poulet au lait de coco. Nous suivons les bords de la rivière, encore de belles maisons et de sympathiques cafés au bord de l’eau. J’abandonne Marie dans l’un d’eux et continue pour retourner au service de l’immigration récupérer les passeports. Problème : nous avons demandé 11 jours de prolongation de notre visa afin d’être en règle jusqu’au 1er mars. Par un étrange calcul, la prolongation est arrêtée au 27 février ! J’en fais la remarque au préposé qui convient de l’erreur mais doit consulter sa chef… La rectification est opérée sans difficulté… Je vais revoir les colliers en argent chez les bijoutiers proches du marché Dara mais les prix sont aussi élevés que chez l’antiquaire de la veille. Je retrouve Marie et nous décidons de rentrer nous reposer. En chemin, au pied de la colline du Phu Si, nous passons devant le Vat Siphoutthabat Thippharam où se trouve une empreinte du pied du Bouddha. Renseignement pris, il faudrait monter des escaliers pour y parvenir, nous gardons cette ascension pour le jour où nous monterons sur la colline. Le vat est aussi une école où de nombreux moinillons sont éduqués, les taches orange de leurs robes égaient les cocotiers et autres arbres. Nous rentrons en passant par un quartier qui paraît loin de la ville, maisons traditionnelles en bois dans la verdure et cocotiers élancés ne laissent pas deviner l’agitation proche. Nous demandons à rester deux nuits de plus mais notre chambre est déjà réservée, nous allons devoir en changer à chaque nuit. Nous ressortons pour aller traîner, sans plaisir pour ma part, au marché de nuit. Nous y trouvons tout de même quelques tissus à rapporter en cadeaux. Les touristes Chinois sont très nombreux, sans gêne et bruyants, facilement repérés. Nous repassons à l’auberge nous mettre d’accord pour les deux jours suivants puis allons dîner au restaurant Toui, excellente cuisine, un canard au lait de coco et encore un poisson en feuilles de bananiers pour Marie. Retour fatigué à la chambre.

 

Vendredi 13 février : Ce n’est pas encore ce matin que je me lèverai pour voir à six heures la distribution des aumônes aux bonzes. Marie encore moins ! Nous devons déménager, notre chambre étant réservée, pour une autre identique, à l’étage, plus dans les arbres. Nous avons décidé malgré le temps toujours brumeux que le soleil perce parfois, de monter à la colline du Phu Si. Une volée d’escaliers nous y conduit en plusieurs étapes. Nous exsudons les kilos de riz gluant ingurgités ces derniers jours. Du sommet, la vue est peu attrayante, les arbres cachent la vue sur la ville et tout juste entrevoit-on le Mékong et des quartiers plus excentrés et sans aucun intérêt. Nous jetons un œil au petit temple qui le couronne, surmonté d’un hti, comme en Birmanie. Il ne désemplit pas, les dévots y viennent se prosterner et relâcher de malheureux oiseaux emprisonnés dans de minuscules cages en osier.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous redescendons sur un autre côté de la colline et dans un virage, nous avons la vue souhaitée sur la péninsule, ses maisons anciennes alignées le long de la rue centrale et les toits de tuile des temples.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Plus bas nous trouvons des statues de Bouddhas en diverses positions, récentes, laides et dorées à en faire mal aux yeux, Un Bouddha poussah est remarquablement et sans doute involontairement drôle. Dans un trou de la roche, on a voulu voir une empreinte du pied du Bouddha. Admettons… Nous retrouvons le temple, école des moinillons où nous sommes passés hier et de là, la rue principale. Nous avons repéré un restaurant où nous souhaitons goûter les nem khao annoncés sur la carte mais il est un peu tôt. Et que faire en attendant si ce n’est rentrer dans toutes les boutiques à la recherche de ce dont nous n’avons absolument pas besoin… Marie est intéressée par des tissages en soie, très beaux, très fins mais aussi très chers et surtout neufs ! Je déniche sous une pile d’anciens tissages dont un magnifique. L’unanimité se fait pour le déclarer INDISPENSABLE ! Nous négocions le prix, payé par carte de crédit donc presque indolore…

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Il est temps de déjeuner, le riz croustillant commandé et les saucisses sont bons mais le riz n’est pas exactement celui que nous espérions. Retour à la chambre pour une courte période de repos puis nous ressortons et nous nous rendons à l’ancien Palais royal transformé en musée. En cours de route je cherche à changer 400 dollars, une officine propose un honnête taux de change à 8080 kips pour un dollar. On me tend une pile de billets en espérant que je ne vérifierai pas. Il manque 700000 kips ! Pas de soucis le compte est immédiatement rectifié, sans contestation… Dans un parc, un bâtiment mi-européen, mi-laotien, datant du début du XX° siècle. On y entre pieds nus, comme dans un temple. L’intérêt est limité, des pièces privées, chambres du roi, de la reine, meublées années 1950, une collection de Bouddhas dans des vitrines sans explication et la salle du trône, couverte de mosaïques de verre retraçant comme au Vat Xieng Thong, des scènes de la vie au Laos. Le trône et autres instruments du pouvoir royal, tous très ouvragés, sont couverts d’or. Une dernière salle présente les cadeaux reçus d’autres pays, certains ne s’étaient pas ruinés… Derrière le palais, dans les dépendances, les automobiles royales, un 4x4 Toyota, des Lincoln et une malheureuse DS complètement en ruine. Nous terminons la visite par le temple tout juste achevé, trop clinquant, construit pour renfermer un Bouddha en or que l’on n’aperçoit que de loin. Nous traversons la rue pour aller visiter le petit Vat Pa Huak qui n’a pas eu le malheur d’être ripoliné depuis longtemps et qui, de ce fait, a beaucoup de charme. Sa façade est joliment sculptée et montre un Bouddha assis sur les trois éléphants symboles du royaume du Laos

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

A l’intérieur de superbes fresque du XIX°, encore fraîches, représentent notamment l’arrivée des caravanes de marchands chinois et d’autres scènes moins compréhensibles mais où de jeunes et jolies jeunes femmes sont rassemblées.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous nous accordons une pause et nous nous rendons sur les bords du Mékong nous offrir une boisson rafraîchissante en contemplant le trafic fluvial, le ballet des ferries de véhicules ou de passagers. Le soleil décline, scintille sur le fleuve et perce enfin les nuages. Nous nous dirigeons vers la salle du théâtre royal pour assister à une représentation du ballet royal. Les places sont chères, même pour une clientèle exclusive de touristes. Un orchestre traditionnel est installé dans un coin de la scène, composé d’un gamelan et de percussions. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

On nous présente plusieurs ballets. En entrée, et en conclusion, celui de jeunes filles, coiffées d’une tiare dorée et qui sur le rythme de la musique, ondulent presque sur place, les bras flottent pour mettre en valeur les gestes des mains aux doigts écartés et aux paumes retournées. Un de ces ballets que le Cambodge a fait connaître au monde entier et qui symbolise la grâce et l’art de la danse. Entre ces deux ballets, une scène du Ramayana nous est montrée avec masques, gestes codifiés à l’extrême, les singes d’Hanuman ne cessent de se gratter, c’en est presque contagieux, les aigles miment l’envol et les batailles ne sont guère violentes. Je regrette que les costumes ne soient pas plus riches, pour une fois j’aurais apprécié paillettes et dorures.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous cherchons où dîner. Les restaurants de la rue principale sont chers et peu engageants avec leur clientèle de touristes bien habillés pour la soirée. Nous allons au Coconut garden, à peine moins cher et peu copieux. Les plats commandés sont bons : un ragoût de porc et de peau de buffle (non identifiée dans l’assiette) en sauce au lait de coco et du buffle (c’est le dîner au buffle ce soir !) mariné et grillé. Retour à la chambre et rédaction de la journée.

 

Samedi 14 février : Réveillé tôt, je m’aperçois qu’il n’est que six heures, l’heure de la distribution des aumônes aux moines. J’enfile un pantalon et une chemise, attrape l’appareil photo et me précipite dans la rue, laissant Marie endormie. Je vais jusqu’au premier carrefour de notre rue et attend l’arrivée des moines. Il fait encore nuit noire, quelques vieilles personnes ont installé des tabourets en osier ou posé sur la chaussée des tapis, des paniers tressés pour contenir le riz gluant sont posés à côté. Des minibus déposent des touristes bardés d’appareils photo. Une file de moines s’avance vers nous, ils portent en bandoulière un grand bol en métal argenté pour recueillir les dons des fidèles. Chacun dépose dans l’escarcelle des bonzes une bouchée de riz, un bonbon, des biscuits, dans le plus grand silence. Chaque temple envoie ses chanoines et ses novices faire ainsi le tour du quartier. J’avance dans la rue, à la fois pour fuir mes congénères qui ne se gênent pas pour prendre des photos au flash et aussi pour essayer de trouver de meilleurs angles de prise de vue. Des touristes ont désiré participer, ils ont été amenés par leur guide, en minibus, installés sur des tabourets plastiques et distribuent les parts qui leur ont été allouées. Je m’installe face à quelques dames âgées qui se sont assises devant leurs maisons ou leurs commerces, elles papotent, arrosent leurs fleurs, rentrent chez elles, reviennent, entre deux passages de moines.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le jour s’est levé, je regagne la chambre et me recouche. Marie se réveille, je lui souhaite la Saint-Valentin. Une fois de plus nous devons déménager, cette fois une chambre « luxe » dans la maison principale. Je laisse les sacs à la réception puis vais poster des cartes et reviens par les bords du Mékong en repérant d’où partent les ferries qui le traversent. Nous allons en ville, je montre à Marie où j’ai assisté à la distribution des aumônes puis nous retournons sur la grande rue et allons revoir le marchand des bijoux d’avant-hier. Il nous ressort les bracelets et colliers et Marie se décide pour un des bracelets et choisit le collier fin, gravé. La discussion devient difficile, la négociation pire qu’avec un Poutine obtus, à peine obtenons-nous une remise de 10% ! Nous réservons une table pour ce soir au restaurant « l’Eléphant », je rapporte les bijoux à la nouvelle chambre, pourvue d’un petit salon, décorée avec de beaux tissus mais sans balcon. Nous continuons sur les bords du Mékong, déjeunons dans une des gargotes, pas chère et plats peu copieux. Nous avançons jusqu’à l’embarcadère du Vat Xieng Thong d’où nous aurions voulu traverser le Mékong pour aller visiter les temples de l’autre côté mais les prix sont très exagérés et Marie se sent trop fatiguée pour marcher encore beaucoup. Nous rentrons donc à l’auberge profiter de notre « suite » ! Après une bonne sieste, nous ressortons à la nuit tombée et cherchons un endroit où nous offrir, en ce jour mémorable, un cocktail, sur les bords du Mékong. Un établissement nous y invite, des sièges en rotin confortables, une vue sur le Mékong perdu dans les ténèbres… 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une « Margarita » et un « Lao cocktail » à base de décoctions laotiennes alcoolisées, qualifiées de « whisky » ou de « vin » nous mettent en appétit… Il a fallu demander à la serveuse de nettoyer la table graisseuse et ensuite de nous apporter des glaçons et les arachides prévues mais ce n’est pas grave, rien n’est grave aujourd’hui… Nous nous rendons au restaurant «L’Eléphant » où nous avions réservé une table et commandons des plats laotiens bien qu’il s’agisse d’un restaurant prétendument français, ce que la carte laisse supposer mais à des prix également français… A côté de nous des touristes chinois, cigarettes au bec, bière et vin rouge sur la table. Au moment de l’addition, ils demandent qu’elle soit calculée pour chaque famille puis ils comptent et recomptent leurs sous pendant presque tout le temps de notre repas ! Nous nous régalons de viande de buffle séchée, grillée avec des graines de sésame, de tiges de citronnelle farcies au porc et grillées et de poisson farci au porc et grillé en feuille de bananier. Une excellente cuisine, chère pour le pays mais ce n’est pas tous les jours la Saint-Valentin ! Une bouteille de sauvignon blanc argentin entretient notre degré d’alcoolémie… Marie, décontaminée par presque quatre semaines au régime (presque) sans alcool, a quelques difficultés à rentrer sans dévier de la trajectoire rectiligne… Elle s’endort aussitôt.

 

Dimanche 15 février : Nous sommes réveillés tôt, Marie veut voir passer les moines de nos fenêtres mais il faut les guetter. Ils défilent juste au moment où nous allions prendre notre petit-déjeuner avec des biscuits et une tasse de thé. Nous descendons les sacs et attendons le tuk tuk qui doit nous emmener à la gare routière. Il fait le ramassage dans les nombreuses guest houses de la ville. Nous arrivons en surcharge à la station des minibus. Nous montons dans l’un d’eux, Marie à l’avant, moi derrière en compagnie d’un couple d’Anglais discrets, d’un couple de Hollandais bavards et d’un couple mixte franco-hollandais. Les deux mâles bataves entament une saoulante conversation à voix haute et forte qui durera pendant tout le voyage et le néerlandais me paraît aussi gracieux que le  bruit produit lorsqu’on cherche à changer de vitesse sans débrayer… La route est au début celle de Vientiane, tout en virage, dans les montagnes couvertes d’une belle végétation, le revêtement est très dégradé, le chauffeur roule vite et brutalement, je suis vite moulu et quelque peu malade, ma voisine, la Française est blême… Marie attendra le dernier virage pour faire don à la nature de notre maigre repas, un sandwich au poulet, avalé lors d’une très brève halte. Arrivés à Phonsavan, un autre minibus nous prend en charge pour nous déposer à la Nice Guest House où nous avions réservé, le trajet n’est pas long, il suffisait de traverser la rue ! Nous avons une chambre un peu sombre au rez-de-chaussée, Marie veut en changer pour une plus grande et à peine plus claire au deuxième étage. Si on la lui avait proposée en premier, elle aurait râlé… Nous réservons une excursion aux sites de la Plaine des Jarres auprès du chauffeur du dernier minibus puis nous étudions la suite du programme sans nous décider vraiment. Nous allons dîner au Bamboozle, un restaurant de l’autre côté de la rue. Nous devons attendre pour avoir une table à l’intérieur, il ne fait pas très chaud à l’extérieur, nous sommes remontés à 1000 mètres d’altitude. Le service n’est pas rapide et la carte est plus appétissante que les plats servis, tous au goût anglo-saxon. Pour une fois, las du riz, nous avions choisi de sacrifier à la cuisine occidentale, fish and chips et steak de porc avec des croquettes de pommes de terre, servis avec de la moutarde ou une sauce, toutes deux sucrées. Nous rentrons vite nous réchauffer dans le lit et revoir sur TV5 le film que nous avions bien aimé : « Tango libre ».

 

Lundi 16 février : Nous allons prendre le petit déjeuner de l’autre côté de la rue, pain (toujours la baguette !), beurre et confiture. Le beurre est généreusement servi, une demi-plaquette environ par personne mais ce n’est sans doute que de la margarine. Nous embarquons donc dans un minibus en compagnie de deux sœurs québécoises, d’une Chinoise rigolote, d’une Taïwanaise étrange, l’appareil photo continuellement en marche et d’une Australienne, grande jument bréhaigne. Direction la dite Plaine des Jarres, en réalité plusieurs sites, au sommet de collines. Nous allons en visiter trois. Le premier à une trentaine de kilomètres de Phonsavan est atteint à partir du parking, après une petite marche dans les rizières, à peine moins sèches que dans le sud puis une légère montée jusqu’au sommet d’une colline. Nous y trouvons de grandes cuves creuses, taillées dans la roche dont on ne sait pas trop l’origine ni la fonction. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Les locaux affirment qu’il s’agit des gobelets de géants utilisés lors de libations, les archéologues pencheraient pour des urnes funéraires datant de deux à trois millénaires. Beaucoup sont brisées, leur taille est bien marquée par de larges stries, quelques rares couvercles subsistent. Nous nous rendons ensuite au deuxième site, encore une montée pour atteindre deux sites proches avec les mêmes jarres mystérieuses, des arbres ont planté leurs racines dans certaines et les ont fait éclater. Tout le minibus est convié à déjeuner dans une gargote à l’entrée du dernier site, plat unique : soupe de nouilles avec quelques morceaux de viande au choix… Nous repartons pour le dernier site, proche de la ville. Plus aménagé, il dispose d’un Visitor Center et des navettes électriques amènent les touristes au pied du premier groupe où se dresse la plus grande, 2,5 mètres de haut et autant de diamètre. En contrebas nous apercevons un champ où sont couchées ou dressées d’autres jarres ou leurs restes, entre des cratères de bombes de la guerre, quand les Américains cherchaient à couper la piste Ho Chi Minh. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons en ville et discutons à l’hôtel de ce que nous allons faire demain. Marie voulait visiter les grottes où pendant la guerre avaient été installés hôpitaux, usines, stocks de ravitaillement mais elle craint d’avoir à trop marcher et préfère renoncer. Circuler n’est pas aisé, plus de minibus pour nous rendre plus au-delà. Nous devons, soit louer un minibus rien que pour nous, soit prendre les bus locaux, lents et peut-être surchargés et avec des correspondances aléatoires. Je vais me renseigner, reviens au rapport, et finalement nous prenons des billets pour le bus qui nous laissera à un carrefour d’où nous devrons repartir pour Vieng Thong, quand un bus passera… Marie a envie de rendre visite au centre UXO où sont exposés les problèmes liés à la recherche et à la destruction des milliers de bombes qui truffent forêts et rizières, tuant encore. Les panneaux explicatifs sont en anglais ainsi que le film projeté mais nous restons jusqu’au bout, regrettant que toutes ces recherches et leurs frais ne soient pas à la charge des Etats-Unis… Nous revenons à la chambre, relisons le blog avant de le mettre en ligne. Nous allons dîner dans une gargote indienne, une cuisine qui nous change avec des saveurs différentes, samossas, poulet tandoori ou masala et des nans

 

Mardi 17 février : Nous devons nous lever à six heures aujourd’hui, prendre un très rapide petit-déjeuner, un thé et nos biscuits, puis sauter dans le tuk tuk, après avoir attendu une Suissesse, pour nous rendre à la gare routière. Il fait froid et la ville est plongée dans un épais brouillard. Là, nous devons partir avec un « bus local », nous craignions un vieux bus délabré et lent mais pas du tout, c’est un minibus qui assure le transport des voyageurs à destination de Sam Neua. Nous y prenons place avec la Suissesse et la petite Chinoise déjà rencontrée et des locaux. Le chauffeur qui a placé en guise de tapis de sol des napperons tricotés de couleurs vives, nous oblige à nous déchausser et à conserver nos chaussures dans un sac plastique. Nous partons avec un léger retard. Premier arrêt pour le plein d’essence puis pour récupérer un pneu, avant d’aller sagement nous garer à la gare routière près de notre guest house. Je fais remarquer à celui qui m’avait affirmé qu’il n’y avait pas de minibus pour Sam Neua de cette gare que nous aurions pu éviter de courir à la gare routière et attendre là… Nous prenons de nouveaux voyageurs, je m’installe devant avec Marie, les vitres fumées et ma position surélevée ne me permettent que d’apprécier à demi le paysage. La route, étroite, percée de nids de poule, grimpe en continuels virages dans la montagne couverte d’une très belle et très dense forêt, une jungle probablement difficilement pénétrable. Les maisons des rares villages sont bien entendu en bois, rustiques, des planches mal dégrossies, sans le moindre élément de décor, les toits de chaume sont de plus en plus remplacés par des tôles ondulées métalliques ou en fibro-ciment. Les femmes de corvée de bois ou plutôt de bambou, portent les charges dans des paniers en osier dans le dos ou tenues par un bandeau de tête.  Les lacets serrés ont rapidement un effet indéniable sur nos compagnons laotiens de voyage… Ça dégueule à tout va ! Le stock de sacs plastique diminue à vue d’œil. A peine remplis et jetés par les fenêtres ils sont remplacés et les raclements de gorge reprennent accompagnés de borborygmes et déglutitions. Une halte permet à nos compagnons de reprendre quelques couleurs mais les virages continuent et leurs estomacs ne se sont pas satisfaits de cette pause… Nous arrêtons plus longuement pour un repas que nous ne prenons pas, nous contentant d’un paquet de chips, pressés d’arriver au carrefour, sept kilomètres plus loin, où nous abandonnerons le minibus pour continuer en direction de Vieng Thong. Nous récupérons nos sacs et allons nous asseoir à l’arrêt des bus, bien indiqué, sur des bancs à l’ombre car il commence à faire chaud.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous guettons un bus, un minibus, une voiture, n’importe quel véhicule susceptible de nous faire parcourir les soixante kilomètres qui nous séparent de notre but. Les véhicules sont très rares, 3 ou 4 à l’heure et il ne passe aucun bus… J’arrête plusieurs voitures mais aucune ne veut nous emmener, un commerçant accepterait pour 300000 kips… Nous observons les garçons qui se sont confectionné des jouets ingénieux à partir du bambou : l’un a réalisé des échasses avec quatre tiges de bambous, d’autres se sont fabriqué des carabines avec deux tiges, l’une formant cylindre, l’autre piston. Au fil des heures la tension monte… Un Italien en mobylette arrive, très décontracté, il a décidé de passer la nuit ici et trouve une chambre dans une gargote de bas étage où nous le rejoignons bientôt ainsi qu’un Thaï quand, la nuit venue, nous comprenons qu’il n’y aura pas de bus ce soir ! La chambre, à l’étage atteint par un escalier extérieur très raide, est réduite au minimum, des murs de planches couverts de pages de calendriers en guise de papier peint et une mince paillasse. Les toilettes sont à l’avenant. Nous descendons dans la salle commune que nous sommes seuls à occuper, nous y retrouvons Flavio, l’Italien, légèrement éméché après sa troisième bière et quelques verres de lao lao, le tord-boyau local. Il nous montre un jeu de son invention qui amuse Marie. Pour dîner au lieu du plat de pâtes avec des œufs frits demandé, nous avons une nouvelle soupe de vermicelles avec les œufs trop cuits. Nous regagnons ensuite notre cage ouverte à tous les vents…

 

Mercredi 18 février : La bourre de notre paillasse, tassée par des centaines de dos de voyageurs épuisés et égarés, est aussi dure que les planches sur lesquelles elle est posée. Elle forme des creux et des bosses que je cherche sans succès toute la nuit à adapter à ceux et celles de mon corps. Aucune intimité, les bruits de la rue comme ceux de la maison et de ses habitants nous parviennent. Pas question de se faire servir un petit déjeuner par notre peu accorte tenancière, tout juste obtenons-nous des verres d’eau chaude qui nous permettent de nous préparer des thés que nous accompagnons de nos derniers biscuits. Nous allons reprendre notre faction au « bus stop ». Nous étudions l’activité du village ou plus exactement l’absence d’activité, nous ne voyons personne exercer un quelconque travail à l’exception des quelques marchandes qui ont toutes le même étal de sodas, biscuits, cigarettes qu’elles vendent au compte-goutte. Les mères, très jeunes semble-t-il, se retrouvent, leur nourrisson porté dans le dos ou sur la hanche dans un porte-bébé en forme d’écharpe, pour papoter, rire, cracher à intervalles réguliers. Le bus devrait être là à dix heures, le suspense atteint des sommets… Dix heures et demie, dix heures quarante… Le voilà ! Un vrai, avec fanfreluches, mauves à glands argentés cette fois. Presque vide et allant bien à Nong Kiaw. Nous voici repartis après voir attendu plus de vingt et une heures ! La route, toujours étroite continue de serpenter dans les montagnes, souvent sur une ligne de crête, offrant des vues sur les forêts qui couvrent ces régions peu peuplées. Les traces de terrains défrichés puis abandonnés se remarquent sur les flancs des montagnes. Nous sommes à midi à Vieng Thong que nous avions essayé d’atteindre hier après-midi, pas un grand bourg mais tout de même moins désert que notre trou perdu. Nous déjeunons à une gargote de la gare routière : brochettes de petits oiseaux au goût de gibier et riz, un festin ! Nous repartons toujours dans les montagnes, traversons des plantations de tecks, des touffes de bambous, des bouquets de poinsettias. Une averse, avec de gros grêlons qui surprennent les voyageurs, rafraîchit, le ciel est ensuite plus bleu et la végétation plus verte. Le bus s’est rempli au cours de la dernière étape et quelques-uns remplissent encore des sacs plastiques. Notre voisin se racle la gorge et crache toutes les deux minutes par la fenêtre… A l’approche de Nong Kiaw des massifs basaltiques se rapprochent, forment des gorges, la présence de touristes signale l’arrivée au village. Le bus nous dépose après le pont sur la Nam Ou, devant la guest house que nous avions élue, « Sengdao ». Nous y avons un bungalow pas cher, à peine plus que notre gourbi de la veille, avec un vrai matelas et une petite véranda avec vue sur la jolie rivière. Je ressors aussitôt jeter un rapide regard sur la Nam Ou qui surgit entre les montagnes, puis vais faire un tour du petit centre-ville, repérer les restaurants, le ponton d’embarquement avant de revenir à la chambre. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous allons nous installer à une table du restaurant bien placé au-dessus de la rive. Nous envisageons les possibilités pour les jours à venir, consultons nos messages puis dînons, plats très copieux mais les viandes sont coupées en trop gros morceaux. Nous essayons ensuite d’avoir Julie sur Skype ce qui ne va pas sans mal, la connexion étant devenue très mauvaise. Je réussis néanmoins à échanger quelques mots avec elle. La suite de son séjour en solitaire au Mexique ne semble pas la réjouir.

 

Jeudi 19 février : Le bruit des bateaux qui dès l’aube passent sur la rivière nous réveille. Je vais réserver notre place sur le bateau pour Muang Ngoï de cet après-midi puis je vais changer à la banque. Nous prenons le petit déjeuner tout en essayant de nous connecter à internet mais la liaison est si lente que nous renonçons. Nous allons nous promener et tout d’abord apprécier la vue sur la rivière depuis le pont. La brume qui nous cachait les pics se dissipe lentement et si les arrière-plans restent flous, quelques rayons de soleil bienvenus éclairent la Nam Ou, ses rives et les bateaux qui se glissent entre les îlots découverts aux basses eaux.

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Nous arpentons la seule rue du village, quelques restaurants et guest houses et puis plus rien, la campagne. Nous revenons sur nos pas pour découvrir l’autre partie du village, après le pont, tout aussi limité dans son intérêt. Marie trouve des cartes postales au minuscule bureau de poste et nous revenons les écrire à notre auberge. Les Chinois, en vacances du Jour de l’An, ont envahi le nord du Laos pour leurs quinze jours de congés annuels, ils font généralement honneur à la bière locale… Nous déjeunons simplement, riz frit et nouilles frites puis nous allons à l’embarcadère, bientôt rejoints par d’autres touristes. Nous montons à bord d’une barque couverte, où une mince et peu large planche posée presqu’au fond de la coque tient lieu de siège, au grand amusement scandalisé des passagers alors que nous voyons débarquer des touristes de bateaux pourvus de sièges très confortables. Nous devons nous entasser sans trop savoir que faire de nos jambes… Nous démarrons dans un bruit d’enfer, et remontons le courant entre des berges, au début dans l’ombre puis ensoleillées. Nous voyons défiler les falaises et les pitons karstiques à quelque distance, rien de bien extraordinaire. Nous louvoyons entre les bancs de sable encombrés de rochers, les buffles se baignent pour se rafraîchir ou font la sieste couchés dans le sable. Nous franchissons en force de petits rapides, à peine secoués.

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Une heure plus tard, alors que je ne sais plus sur quelle fesse porter mon poids, nous approchons de Muang Ngoï. Manifestement, vu de la rivière, un village consacré aux touristes avec ses alignements de bungalows identiques. Nous débarquons, grimpons les escaliers du débarcadère, posons les sacs et je pars en quête d’un hébergement. Il reste un bungalow chez Ning Ning, pas en bord de rivière et collé entre deux autres. Il ne plait pas à Marie, je serais partisan d’accepter car le nombre de touristes qui a débarqué avec puis après nous est impressionnant. Je pars à la recherche d’une autre guest house mais tout est complet ! Nous revenons chez Ning Ning, son dernier bungalow est loué ! Début de panique… Je retourne dans la grande et unique rue, croise des Chinois, deux jeunes Israéliennes et d’autres, tous en quête d’un lit pour la nuit. Par hasard, j’entends une commerçante proposer une chambre à une Chinoise, je la suis, un Allemand aussi, Les chambres, il en reste deux ne plaisent pas à la Chinoise, elles conviendront à l’Allemand et à nous… Un lit, point final, pas de ventilateur alors que la pièce est étouffante, toilettes en commun… Je reviens prévenir Marie, elle n’est pas ravie mais il n’y a pas d’autre solution. Nous allons porter les sacs et ressortons aussitôt pour nous installer à une table du restaurant Lattanavangsa, envahi peu après par un groupe d’Italiens qui a raflé tous les bungalows. Le nombre de touristes dépasse les possibilités d’hébergement du village et bien sûr ils sont plus nombreux que les autochtones. L’horreur ! Après avoir tenté, en vain, de nous connecter nous repartons quand le soleil s’est couché. Nous réservons une chambre pour la prochaine nuit dans cette guest house puis nous suivons la rue du village jusqu’à son extrémité où un sympathique café, le Bee Tree, nous attend, des fauteuils sous les arbres, une musique tropicale et des cocktails à moitié prix aux « Happy hours ». Un « Lao lao sour »plus tard, nous revenons dans le centre du village pour dîner au « Riverside », un restaurant installé au-dessus de la rivière. Nous commandons et une heure et demi plus tard nous attendons toujours, enfin un plat arrive, avec les légumes de l’autre et plus tard le reste… Nous ne sommes satisfaits ni l’un ni l’autre, brochettes de poulet presque sans poulet et poisson plein d’arêtes. Retour à la chambre très mécontents, pour constater que nos voisins sont bruyants et les murs bien minces. Je dois taper contre le mur pour obtenir une baisse d’intensité sonore mais on entend alors mieux les cris des jeunes dans la rue. Une jeunesse occidentale qui doit se croire en terrain conquis où tout est permis et qui ne s’intéresse au pays que pour les possibilités de « s’éclater » à bon marché. 

 

Jeudi 20 février : Le passage des bonzes peu après sept heures dans une rue où beaucoup de villageois sont présents pour distribuer les aumônes, n’a guère attiré les touristes ! Nous quittons dès que nous sommes prêts cette auberge de bas étage et portons les sacs à la Lattanavangsa guest house. La chambre, dans un bungalow n’est pas encore nettoyée, nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse du restaurant en regardant partir les bateaux chargés de touristes

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Le village a alors quelques heures de quiétude avant l’arrivée de la prochaine fournée. On entend mieux les menuisiers raboter, scier et clouer des planches pour la construction de nouvelles guest houses, les coqs, déboussolés, chanter à tue-tête, les moto-riziculteurs pétarader dans les rues. La position du conducteur d’un tel engin est la même que pour une Harley Davidson, le vacarme au démarrage aussi, seule la performance à l’accélération est légèrement différente… Nous partons en promenade en suivant une large piste qui s’enfonce entre les pitons, passe dans des bois de tecks, vilains arbres aux feuilles comme du papier froissé, longe des bananeraies, des rizières à sec. Le soleil a dissipé les bancs de brumes qui, au réveil, flottaient au-dessus de la rivière et commence à chauffer. Au bout d’une heure de marche, nous avons parcouru les deux kilomètres jusqu’à une grotte d’où sourd un filet d’eau qu’une passerelle en bambou permet de franchir. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Marie ne se sent pas capable de continuer au-delà, pour aller voir des villages qui ne doivent plus avoir grand-chose d’authentique à en croire le nombre de touristes qui s’y rendent tous les jours. Nous faisons donc halte au très modeste restaurant qui se trouve judicieusement là. Une bière plus tard, nous commandons à déjeuner, salade de vermicelle avec de la viande (poulet ?) hachée et des fleurs de bananiers sautées avec du poulet. Plats copieux, et surprenant pour les fleurs de bananiers à goût d’artichaut. Après être allés contempler les rizières complètement desséchées où des buffles et des vaches mâchent les restes de tiges, nous prenons le chemin du retour. Marie commence à peiner et s’arrête à chaque fois qu’un arbre dispense un peu d’ombre. Nous progressons en transpirant en guettant le prochain arrêt et parvenons tout de même à l’orée du village où une halte, dans la première épicerie qui vend des boissons fraîches, s’impose. Dernier effort et nous sommes au bungalow. Court délassement perturbé par nos voisins anglo-saxons amateurs de musique et peu discrets. Nous allons ensuite nous installer sur la terrasse pour chercher à nous connecter à internet et peut-être avoir des nouvelles de Nicole mais la connexion est très lente et nous ne parvenons pas à envoyer des messages. Nous voulons profiter de notre modeste véranda à la tombée de la nuit mais les chaises ne sont guère confortables aussi décidons-nous, pour nous consoler, de retourner au Bee Tree essayer un autre cocktail. Nous devons reparcourir toute la rue principale mais nous sommes motivés… Nous commandons des mojitos qui sans valoir les insurpassables de Christian sont tout de même honnêtes, même si nous aurions bien remplacé une partie de l’eau gazeuse par du rhum… A côté de nous un groupe de touristes du 3° âge, Français, nous fournit une bonne raison de ne jamais voyager en groupe. Retour à notre auberge, tout au long du chemin, des gamines, très sérieuses, tiennent des loteries sommaires dont nous ne comprenons pas très bien le fonctionnement tant elles sont nombreuses, chaque maison semble avoir la sienne. Dans l’intérieur des maisons nous apercevons des matelas posés à même le sol sur lesquels adultes et enfants sont couchés et regardent la télévision. Les murs sont tapissés de photos de starlettes souriantes mais pas du tout dénudées, pages de calendrier des mois passés. Nous dînons à l’auberge juste au-dessus de la rivière, bientôt rejoints par le groupe de Français à la table voisine. 

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Marie se régale de porc grillé avec des frites, pas très laotien. Mon laab de poisson n’est pas fameux, plein d’arêtes. Je dois ensuite, à la chambre, demander à nos voisins mélomanes de bien vouloir modérer leurs échanges verbaux et diminuer le volume de leur musique… 

 

Vendredi 21 février : Dès que nous sommes opérationnels, je vais à la capitainerie, mot pompeux désignant une table branlante et une chaise sous un toit en chaume près du débarcadère, me faire confirmer le départ d’un bateau pour Muang Khua. Il fallait dix passagers, nous sommes onze ! Nous embarquons dans deux barques couvertes, assis confortablement sur des sièges tournés vers l’avant et non plus entassés sur des planches comme pour venir de Nong Kiao. Le soleil illumine les flancs des pitons couverts de forêts entre lesquels la rivière se faufile, louvoyant entre les roches et les bancs de sable. Les racines des grands arbres proches du courant sont dégarnies et ils tomberont sans doute lors des prochaines hautes eaux. Plus hauts, quelques-uns aux fleurs rouges font des taches de couleur sur le manteau uniformément vert de la jungle, les lianes courent de branches en branches, dégringolent en cachant d’autres arbres.

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Au bout d’une heure, nous sortons de ces gorges, les pitons s’éloignent, les rives s’abaissent, quelques cultures apparaissent, des lopins de terre cultivés en maïs occupent les berges de la rivière, les buffles prennent leur bain ou somnolent sur les rives sablonneuses. La forêt dense a disparu, les cultures sur brûlis ont fait disparaître les grands arbres, ce ne sont plus que bambous ou bananiers. De rares villages, maisons sur pilotis, en bois et bambous, à toit de chaume, se signalent par les barques ou les pirogues amarrées devant, les toits de tôle sont encore rares. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous franchissons quelques zones de rapides en faisant ronfler le moteur et en lorgnant les rochers submergés qui provoquent des remous. 

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Il ne faisait pas chaud au début mais le soleil nous réchauffe vite. Sur la fin du parcours nous croisons de grandes dragues qui grattent le lit, à la recherche d’or. Après quatre heures d’une très agréable navigation, nous retrouvons la modernité, un pont en béton signale l’arrivée à Muang Khua. Nous débarquons et je me précipite à la recherche d’un hôtel. Je dois gravir une rude côte avant de trouver quelques guest houses, et dans l’une d’elles, la Manh Chay guest house, une chambre à deux lits jumeaux, sans grand confort mais propre. La connexion internet est relativement bonne et nous en profitons pour réserver une chambre à Oudomxaï, confirmer à Louang Prabang et envoyer quelques messages. Nous ressortons pour aller voir le vat, classiquement coloré et aux statues naïves peu réussies. Les autres maisons du village ne sont plus en bois mais en bon béton ou parpaing. Marie s’inquiète de l’heure et du lieu des bus pour demain. Malgré le nombre non négligeable de touristes qui embarquent ou débarquent ici, il n’y a encore aucune agence touristique et les hôtels ne font pas encore la retape pour les transports. Cela ne saurait tarder… Nous traversons le centre du bourg, une bonne centaine de mètres, boutiques, épiceries peu achalandées, quincailleries basiques, pour atteindre le carrefour d’où doivent partir les tuk tuks qui mènent à la gare routière. De là une passerelle de câbles d’acier et dont le tablier en planches a quelques rustines posées de travers avec deux clous, permet aux piétons et aux mobylettes de traverser une petite rivière.

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La vue sur les rives serait intéressante si un nouveau pont jeté en aval n’en gâchait pas la perspective et si les maisons des deux rives n’étaient pas vilainement modernes et sans caractère. Nous retournons à la chambre et attendons en nous reposant pour aller dîner. Le Saifon est le rendez-vous des voyageurs, nous nous asseyons à une table au-dessus des palmes des cocotiers, le cours de la rivière a disparu dans le noir. Nous commandons et patientons, une heure plus tard arrivent nos plats de délicieux champignons frits. Nous devrons patienter encore une heure pour obtenir le plat de porc en beignets…Les clients pressés vont se servir directement dans le réfrigérateur pour les boissons. Nous en sommes… Un vieux Français, dans nos âges, trente ans de Laos, nous entreprend et nous fait part de sa vision du pays. Intéressant mais il se fait tard, j’ai froid, nous rentrons nous coucher.

 

Dimanche 22 février : En voyage, je dois savoir attendre. Attendre dans le noir que le réveil sonne. Dans le noir, faute d’une lampe de chevet et d’ailleurs je n’ai rien à lire. Attendre que Marie ait fini de se pomponner. Attendre l’arrivée d’un tuk tuk, attendre qu’il soit plein pour partir à la gare routière. Attendre l’heure du départ du bus, avec du retard. Attendre d’arriver en somnolant. Attendre que le patron de l’hôtel où nous avons réservé se réveille et nous donne une clé. Attendre au restaurant pour avoir le menu, attendre pour commander et attendre pour être servi. Pourquoi en fin de parcours ne décompte-t-on pas les arrêts de jeu ? Réveillés à six heures (et même avant…), nous sortons de l’hôtel au moment où les moines processionnent devant. Ils s’arrêtent chantonnent une litanie, les femmes agenouillées versent de l’eau sur le sol. Nous nous traînons au carrefour où doit stationner le tuk tuk susceptible de nous emmener à la gare routière. Marie s’inquiète… D’autres touristes attendent aussi mais eux vont au Vietnam. Arrive une fourgonnette qui, après avoir un peu patienté, nous emmène à la gare routière. Un terrain vague, une baraque en dur, un guichet et un unique bus. Les meilleures places, devant, sont déjà réservées, on nous libère deux sièges après la porte. Nous continuons notre dégringolade dans les catégories de bus. Celui-ci a vu le jour au Japon, une fois en bout de course, il a entamé une seconde carrière au Laos. Pas de climatisation, d’ailleurs il ne fait pas assez chaud pour en avoir besoin et surtout pas de rideaux aux fenêtres. Arrivée du groupe de touristes français rencontrés à Nong Khiao, toujours aussi bruyants, les bonnes places étaient pour eux… Ils surveillent, angoissés, le chargement de leurs bagages sur le toit. Nous ne partons, plein, qu’à huit heures trente. Le ramassage commence aussitôt, les surnuméraires sont d’abord installés sur des tabourets en plastique dans l’allée centrale, à la grande surprise des Français, puis les derniers doivent rester debout. La route suit la Nam Phak en des virages moins serrés que dans les montagnes, l’absence de soleil nous évite de regretter de ne pas être du bon côté. Au carrefour de la route de Phongsaly se tient un marché. Nous y faisons une très brève halte pour débarquer des passagers. Occasion de remarquer des femmes en costumes traditionnels, Akka, Hmong et autres.

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A peine le temps de voler quelques clichés et occasion de regretter de ne pas être allés traîner vers Phongsaly mais nous étions tellement certains que ces costumes ne se voyaient plus portés tous les jours ! La route continue, à peine plus large mais en très piteux état. Des portions de goudron entre les trous et les secteurs de piste ne sont là qu’à titre de souvenir. Notre bus se traîne dessus et ce n’est qu’à midi que nous arrivons à Oudomxaï. Nous sautons aussitôt dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel Villa Keoseumsack où nous avions téléphoné la veille et où nous ne sommes pas attendus puisqu’il n’y a personne à la réception… Une femme de chambre va réveiller le patron qui nous attribue une chambre très sombre et finit par nous en donner une autre plus agréable. Nous posons les sacs et partons à la recherche d’un restaurant. Ceux indiqués dans notre guide ont disparu. Nous nous contentons d’un bol de riz avec des bribes de porc ou de poulet dans une gargote de bas étage. Retour à la chambre pour une sieste. Nous ressortons pour grimper les marches, derrière l’hôtel, qui amènent au sommet d’une colline, dominée par un stupide stupa doré. 

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On domine toute la ville en plein boom économique chinois. Ceux-ci investissent beaucoup dans le nord du Laos, les enseignes sont presque toutes bilingues laotien-chinois. Ils se font construire des maisons toutes sur le même modèle tape-à-l’œil, style Grand Siècle à la mode chinoise. Presque personne ne parle anglais même dans les restaurants et guest houses. Après avoir fait le tour du stupa, nous redescendons sans nous décider comment occuper le reste de l’après-midi. Marie reste à l’hôtel et je vais me renseigner à la gare routière pour demain. Personne aux guichets, une affiche indique les horaires et les tarifs pour Louang Prabang, nous devrons nous en contenter… Retour à la chambre. Nous repartons de bonne heure à la recherche d’un restaurant qui ne soit pas une gargote. Nous passons le pont qui coupe la ville en deux et allons prendre un soda dans le jardin hors du temps du Charming Hotel. Une fausse cascade, des plantes, nous aurions presqu’oublié cette ville laide… Mais nous préférons dîner au restaurant Souphailin, que je rebaptise Sopalin pour des questions de facilité, dans une vieille maison de bois et aux murs de bambous, tenu par une charmante vieille dame parlant anglais et qui mijote des plats du nord du Laos et notamment du poisson et du poulet en feuilles de bananiers ainsi que des pousses de bambous mijotées avec du porc. Retour dans les rues désertes à neuf heures du soir, éclairées par les enseignes tapageuses des idéogrammes chinois des hôtels prétentieux.

 

Lundi 23 février : Encore un réveil matinal. Le bus pour Louang Prabang est supposé partir à huit heures trente, nous voulons être à la gare routière assez tôt pour choisir nos places. Nous hésitons à prendre un copieux petit-déjeuner à l’hôtel afin de ne pas avoir trop faim avant ce soir. Rien ne semble prêt, aussi décidons-nous de nous rendre à la gare aussitôt. Le tuk tuk hélé tente de nous persuader que les départs pour Louang Prabang se font d’une nouvelle gare routière plus éloignée. Doutant de l’information, nous nous faisons conduire à celle proche où je m’étais rendu la veille. Là, j’ai bien la confirmation que nous devons nous rendre à une autre gare routière. Nouveau tuk tuk qui nous dépose devant le bus déjà en partie occupé. Nous chargeons les sacs, choisissons nos places dans un bus identique à celui de la veille, avec peu de place pour des fessiers normaux d’Occidentaux bien nourris. En attendant le départ prévu pour neuf heures, nous allons prendre un thé en utilisant nos sachets Lipton et un paquet de biscuits. Dans les dernières minutes, il faut trouver de la place aux derniers passagers pour qui sortent des tabourets plastique, de la largeur exacte du couloir. Nous partons sur une route en montagne, pour changer, mais la forêt est très dégradée. La route est en cours d’élargissement et le revêtement n’est pas terminé. Nous roulons sur une piste entrecoupée de portions de goudron. A midi, nous sommes à Pakmong, un carrefour de routes. Arrêt pour déjeuner dans une gargote, nous y trouvons de la saucisse légèrement sucrée, servie froide avec du riz gluant, qui nous satisfait pleinement. Nous repartons sur une route meilleure et surtout plus droite, ce qui permet d’améliorer la moyenne. Nous avons retrouvé la Nam Ou que nous suivons presque jusqu’à Louang Prabang. Nous y sommes à quinze heures, six heures de route pour deux cents kilomètres… Nous sautons dans un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel. J’avais une petite crainte concernant notre réservation, je n’avais pas tort ! Notre chambre est occupée… Celui qui l’occupe ne veut pas déménager, le réceptionniste ne sait pas quoi faire ! Téléphone au patron, engueulade, le réceptionniste est prêt à démissionner, panique à bord ! Il finit par nous proposer une chambre dans une autre guest house proche, à ses frais. Je vais voir la chambre, la juge correcte. Nous y déménageons… Nous ressortons, portons du linge à laver à notre guest house d’origine et nous nous faisons promettre, jurer que demain nous y aurons une chambre. Marie veut se rendre au marché de nuit pour ses achats, personnels ou cadeaux. J’aurais préféré aller me reposer et boire un verre sur les bords du Mékong… Tout au long du trajet, nous avons croisé de nombreux convois de voitures (presque toujours des marques occidentales) de Chinois qui, vacances du Nouvel An terminées, s’en retournaient chez eux. Mais ils sont encore plus nombreux ! Soirée épuisante à marchander toute sorte d’articles. Nous nous rendons ensuite au restaurant « Toui » où nous avions bien mangé. Marie se régale d’un magret de canard à l’orange, pas très laotien, et moi de leur menu dégustation, bon et copieux. Tous les grands classiques de la gastronomie laotienne sont réunis : saucisse de Louang Prabang avec une sauce au tamarin pimentée, feuilles d’algues au sésame, curry de poulet, poisson en feuille de bananier, laab de porc et même café local qui va m’occasionner quelques difficultés digestives…

 

Mardi 24 février : Les tambours des temples proches, frappés à quatre heures du matin me réveillent. Je ne me rendors pas, Marie attend huit heures et demie pour se réveiller en se plaignant du bruit… Je vais porter nos sacs à notre guest house et nous cherchons un petit déjeuner tardif. Faute d’en trouver, trop tard, plus de pain, etc… Nous allons nous faire un thé avec nos sachets Lipton et nos derniers biscuits dans la cour de la guest house. J’y laisse Marie puis vais réserver des places dans un mini bus demain pour Van Vieng, poster les dernières cartes et changer des dollars. Je fais un détour par le marché Dara pour rendre une dernière visite aux bijoutiers. J’y trouve bien des bracelets et des plaques de colliers hmong mais à des prix défiants l’entendement… Marie n’aura pas sa surprise… Retour à la guest house, la chambre a été libérée et Marie en a pris possession. Nous nous connectons, pas de réponse de l’Inthira de Van Vieng, nous réservons par Skype dans un autre hôtel conseillé par des Québécois déjà rencontrés à Don Kon. Nous allons déjeuner dans un des restaurants anonymes, tous identiques, tous la même carte, des bords du Mékong. Longue attente pour des anneaux d’encornets frits et des tiges de citronnelle « farcies ». Nous descendons ensuite sur les quais et embarquons sur le bac qui fait traverser, faute de pont, les véhicules, camionnettes deux par deux, et motocyclettes sur l’autre rive. Le soleil est au mieux de sa forme, pas nous… Grimper la pente jusqu’à l‘entrée du village sous le soleil est dur… Nous marchons ensuite sur une route étroite, récente, qui longe un village bien calme, un autre monde après Louang Prabang si loin et si proche ! Après quelques haltes justifiées par l’ombre chétive d’un arbuste, nous atteignons le premier vat à visiter, le Vat Xieng Maen. Une allure classique avec son toit descendant très bas, sa décoration autour de la porte d’entrée, ses colonnes couvertes de dessins dorés et ses Bouddhas en diverses positions.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Une série de gravures retient notre attention, elles seraient du plus bel effet chez nous… Tous les temples sont malheureusement orientés vers l’Est, ce qui signifie que pour les voir éclairés par le soleil, il faudrait se lever à des heures indécentes et totalement improbables… Nous continuons entre les maisons et commerces du village, loin de l’agitation de la grande ville, délaissons l’escalier qui mène au Vat Chomphet, le gardant pour la fin. Au bout du chemin et après avoir traversé des bosquets de bougainvillées et entre des rôniers, nous trouvons les bâtiments du Vat Longkun. Le sim est une petite merveille, peu visité. Son entrée est gardée par deux soldats chinois de l’époque des « Pavillons Noirs » peints en fresque sur les murs du vestibule, soutenu par des colonnes noires couvertes de dessins dorés. L’intérieur est une splendeur, tous les murs sont couverts de fresques du xix° siècle, encore très fraîches. Nous essayons de détailler chacune d’entre elles, batailles, musiciennes endormies, Bouddha dans son palais, Rama et Sita (?), bourrasque de vent qui arrache tout, requins (?) qui dévorent de malheureux pêcheurs, Européens avec sabres et canons aux visages grattés… Il faudrait avoir un commentaire détaillé de ces scènes ! Quand ces fresques bénéficieront-elles d’une restauration ?

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Nous revenons sur nos pas puis gravissons les marches qui amènent au Vat Chomphet, complètement ruiné mais d’où nous jouissons d’une vue sur Louang Prabang qui ne semble pas avoir changé depuis notre venue en 1998, les maisons et les vats sont perdus dans la végétation.

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Peut-être suffirait-il de quelques années de désintérêt, que les tour operators se dirigent vers d’autres destinations, pour que Louang Prabang retombe dans une léthargie pleine de charme. Rêvons… Nous revenons à l’embarcadère, non sans nous arrêter pour acheter des boissons fraîches dans l’une des épiceries qui jalonnent le parcours. Il n’y a guère de maisons sans une ou plusieurs jolies cages en bois occupées par des mainates ou des oiseaux à aigrette, l’œil entouré de rouge et le cul orange, enfermés dans des espaces qui ne leur laisse même pas le loisir de déployer leurs ailes… Nous retraversons le Mékong et rentrons à notre auberge. Repos puis nous allons dîner au Tamnak Lao, face à la Villa Santi. Nous y reprenons des cocktails dont le redoutable Lao Piranha qui, à la triple dose de lao lao, ajoute du tabasco… Bonne cuisine, surtout les plats à base de lait de coco. Nous rentrons profiter quelques instants de la véranda devant notre chambre avant de nous coucher.

 

Mercredi 25 février : Je suis de nouveau réveillé par les tambours frappés par de furieux néophytes mais je réussis à me rendormir. Nous sommes prêts avant neuf heures et après voir dit au revoir à Louise et Gaston, les Québécois, anciens voisins de Don Kon, et que nous reverrons peut-être cet été à Montréal, nous attendons le tuk tuk qui doit nous déposer à la gare routière. Nous avons réglé la nuit au prix non négocié, ce que je fais remarquer au réceptionniste en lui laissant la différence pour la nuit précédente à l’autre guest house. Nous partons en minibus, sur les sièges de devant, Marie, craignant d’être malade en route, en a fait déménager un géant noir canadien. Nous reprenons cette route toute en lacets mais le chauffeur est plus calme que le précédent et tout se passe bien. Nous faisons quelques courtes haltes pour que le chauffeur avale son bol de soupe de nouilles et nous des chips. Avant Kasi apparaissent des pics crénelés, perdus dans la brume, avec des allures de Hoggar, des massifs karstiques plus acérés que dans le nord. Nos compagnons anglophones, très bruyants au démarrage, se calment vite. Nous sommes à Vang Vieng à quinze heures trente, négocions âprement un tuk tuk qui nous dépose à l’hôtel « Le Jardin Organique » où nous avions retenu une chambre par téléphone hier. Notre chambre est déjà attribuée, nous pourrions avoir un bungalow mais nous devrions encore déménager demain ! Je repars à pied chercher une autre chambre et trouve à l’hôtel « Khamphone », moins loin du centre. Je vais rechercher Marie et les sacs et nous emménageons. Nous ressortons découvrir cette ville qui tout de suite m’a déplu. Encore un de ces centres pour jeunes sportifs, les kayaks, les vélos sont partout, proposés dans toutes les boutiques. Nous allons louer une voiture avec chauffeur pour demain, afin d’occuper la journée mais je sens que j’aurais préféré rester à Louang Prabang où nous aurions pu passer plusieurs jours sans nous ennuyer. Je vais à l’hôtel « Inthira » faire remarquer que nos trois messages de réservation sont restés sans réponse et que ce n’est pas très sérieux… Nous cherchons un café sur les bords de la rivière Nam Song, avec les montagnes crénelées en arrière-plan

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous trouvons ce que nous cherchons au Ban Sabaï, un jardin avec des chandelles sur les tables, dans le cadre rêvé. Nous y restons dîner, pas très bien. Pour faire en fonction de la clientèle, le ketchup recouvre les brochettes de Marie…

 

Jeudi 26 février : Nous prenons le petit déjeuner à l’hôtel, le thé est gratuit, heureuse initiative. Avant que le minibus ne vienne nous chercher, je retourne au restaurant de la veille faire des photos des massifs karstiques en arrière-plan de la rivière. Je vais jusqu’à une passerelle qui l’enjambe puis retrouve Marie. Notre chauffeur arrive au volant d’un minibus qui a dû connaître des temps moins durs… Nous démarrons, passons un pont de planches pour traverser la Nam Song et poursuivre en direction des montagnes. Nous voulons aller voir une grotte, Tham Pha Daeng, au pied d’une falaise, le chemin qui en approche est barré par un tronc de bambou enfoncé dans la terre pour en interdire l’accès. Notre chauffeur se bat avec sans réussir à l’arracher, il nous amène dans les rizières à sec avec le minibus mais ne peut pas approcher plus. Nous devons marcher sous un soleil qui commence à taper fort. Depuis que nous avons quitté les montagnes du Nord, nous avons retrouvé des températures tropicales et rangé les pulls over au fond des sacs. A Luang Prabang déjà, une chemise ou un tee shirt suffisait le soir. Nous atteignons l’entrée de la grotte, nous devons payer un droit d’accès, très modique mais sa répétition à chaque site est énervante. Nous entrons dans un vestibule d’où s’enfonce un très étroit boyau. Marie m’attend, je continue en me contorsionnant jusqu’à une salle où il devrait y avoir une mare d’eau, absente ! En ressortant, en transpirant à grosses gouttes, on m’assure que j’aurais dû continuer pour la trouver… Nous continuons sur une piste qui longe les massifs, trop souvent dans l’ombre et mal perçus dans la brume de chaleur. Nous bifurquons pour nous rendre au « Lagon Bleu », à l’entrée d’une autre grotte. Il faut acquitter un droit d’accès à cette grande mare, effectivement bleue.Nous n’y sommes pas les seuls, Les touristes, presque tous des jeunes, s’y pressent. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Le grand jeu consiste à se laisser tomber dans l’eau après s’être balancé au bout d’une corde. On peut aussi plonger des branches d’un grand arbre. Les jeunes Occidentales font admirer leur plastique et les Chinois, tous affublés de gilets de sauvetage, les regardent en poussant des cris à chaque « Plouf ». Quelques audacieux parmi eux se laissent choir dans la mare avec leur gilet… Nous n’allons pas voir la grotte, avalons deux portions de fried noodles avec une bière dont nous devons payer le gobelet (!) en regardant les naïades. Dans la prairie, les Occidentales se font bronzer, les Asiatiques fuient les rayons du soleil… Nous repartons, roulons au milieu des rizières où seuls les buffles sont présents, souvent complétement immergés dans des mares boueuses. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous traversons des villages où des Hmongs ont été réinstallés. La modernisation, l’enrichissement (relatif), se manifestent par l’abandon des maisons traditionnelles en bois, bambous et chaume et leur remplacement par le parpaing et le béton. Les temples, tout neufs, sont les constructions les plus ambitieuses, les bâtiments les plus importants, en béton désormais. Nous sommes entourés de karsts dentelés qui se découpent sur le ciel, le paysage doit être magnifique quand les pluies ont purifié l’air et que les rizières sont en eau et vertes. 

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

Nous revenons sur nos pas, passant par d’autres villages où les maçons et les charpentiers s’activent. Dernier détour pour la grotte du Python au bout d’une mauvaise piste. Aucun touriste. Fatigué, je serais bien rentré directement à l’hôtel mais le chauffeur en a décidé autrement… Marie me laisse seul y aller. Je dois escalader la falaise dans des éboulis avec pour seule aide une rambarde branlante de bambous. Aucun éclairage dans la grotte, je découvre à la lueur de ma torche des salles impressionnantes où une rivière souterraine a creusé son lit, laissant la trace de son passage sur les roches,  stalactites et colonnes de pierre qui semblent pailletées

LAOS 2015 (3.- Louang Prabang et le Nord)

 

Je ne vais pas jusqu’au bout, trop éloigné, et regagne l’air libre. Nous rentrons à l’hôtel et nous nous installons sur une table de la véranda de l’étage pour relire le texte du blog. Nous ressortons peu avant la nuit pour aller voir deux des vats de la ville. Ils sont en permanente restauration, des peintres refont une beauté au Bouddha de l’un, des maçons élèvent un nouveau bâtiment dans l’autre. Toujours avec beaucoup de couleurs et peu de délicatesse dans les traits des personnages. Nous revenons en cherchant un restaurant. Nous jetons notre dévolu sur le Nam Song Garden. Nous commençons par un mojito en contemplant les pics qui disparaissent lentement dans la nuit puis nous commandons le plat du jour de ce restaurant qui se veut et est tenu par des Franco-Belges, un magret de canard avec une sauce aux champignons et des frites. Les champignons ont été versés dans la poêle sans être rincés au sortir de la boîte de conserve, les magrets ne sont pas roses et les frites n’ont certainement pas eu le premier prix au Concours de la Frite belge à Namur ! Bref, nous ne sommes pas contents. Retour par les rues, uniquement consacrées aux établissements de plaisir : musique pop à réveiller des sourds, télévisions branchées sur les Simson, billards, tenues extravagantes, blondes avec un minimum de tissu, une population venue faire la fête qui doit choquer les Laotiens… Bars pour Australiens, décibels au maximum etc… Nous apprécions d’autant mieux la tranquillité de notre quartier excentré. 

 

Vendredi 27 février : Nous sommes prêts bien en avance et attendons le bus qui doit nous emmener à Vientiane pour la dernière étape. Il se fait attendre et ce n’est que pour nous déposer à la gare routière, non sans avoir auparavant fait le ramassage dans les différentes guest houses. Le bus, un normal en taille, est déjà bien rempli et n’a pas assez de place pour les nouveaux arrivants. Nous embarquons finalement dans un minibus, Marie devant. La route est bonne, selon les critères laotiens. Nous avons droit à une halte de vingt minutes pour avaler un sandwich et un paquet de chips. L’approche de la capitale se fait sentir au nombre de véhicules, au rapprochement des agglomérations et à la présence, tout à fait illusoire, de bandes blanches sur la chaussée. Nous sommes à quatorze heures à Vientiane, passons devant l’aéroport puis dans le centre où le bus nous dépose. Les tuk tuks, sans vergogne, nous demandant des sommes honteuses pour nous faire faire trois cents mètres, nous partons à pied. Bientôt, j’abandonne Marie dans un café et me rend seul à l’hôtel Sala Inpeng où nous avons réservé, avec les bagages. Le bungalow est très bien, dans une oasis de verdure en plein centre de la ville. Je dépose les sacs, règle la climatisation que nous allons apprécier avec cette chaleur étouffante qui assomme les citadins. Rien à voir avec la douce température qui régnait, il y a un mois et demi. Je vais rechercher Marie et nous revenons nous reposer à la chambre. Je m’occupe de réserver la navette pour nous ramener de Roissy puis je retourne en ville pour vérifier auprès de Vietnam Airlines qu’il n’y a pas de mauvaise surprise avec le vol. Je vérifie les horaires du musée contigu puis rentre à la chambre somnoler une petite demi-heure. Nous nous rendons au marché de nuit, ensemble de stands dans les jardins le long du Mékong. Pas grand-chose d’intéressant pour moi. La plupart des échoppes vendent des tenues féminines pour minettes asiatiques, peu pour les hommes, ce que je regrette, car j’aurais bien aimé trouver un blouson pour l’arrivée lundi dans la Sibérie parisienne. Les échoppes qui proposent des objets d’artisanat intéressent Marie qui achète d’amusantes cartes en papier plié et des sets de table. Nous allons dîner au Khambang Lao Food center, présenté dans le Lonely Planet comme un des meilleurs restaurants de cuisine laotienne de la ville. Les cuisses de grenouilles et les cailles sur la carte nous tentent ainsi que des ribs de porc. Nous sommes très déçus, tout est frit et si on mélange les plats on ne sait plus faire la différence entre eux. Nous rentrons à la chambre profiter de la climatisation.

 

Samedi 28 février : Ce n’est pas un lit King size mais Imperor size, Ayatollah size ! Par chance, hier soir, les oreillers étaient là pour nous indiquer le sens du couchage mais nous avons dû rester bien liés l’un à l’autre pour ne pas nous perdre et j’avais eu la bonne idée d’avancer l’heure du réveil ce qui nous a laissé le temps de trouver la sortie… Le petit déjeuner nous est servi sur la véranda, dans de confortables fauteuils, sous des pots d’orchidées, avec vue sur les petits palmiers. Nous débutons tardivement la journée en nous rendant par des rues peu animées au Musée National. Il n’a pas dû changer depuis quelques décennies… Salles tristes, vitrines antédiluviennes, objets poussiéreux. Après quelques salles consacrées à la préhistoire puis à l’époque des grands royaumes laotiens avec quelques poteries et Bouddhas (les plus beaux, en or et en argent, sont cachés dans une cage à solides barreaux si rapprochés qu’on n’en voit quasiment rien), nous devons traverser des salles plus nombreuses consacrées à la lutte révolutionnaire (photos et armes rouillées) et aux réalisations du régime (production des divers ministères). Bien peu de choses ! Je me venge par un commentaire qui se veut humoristique qui me vaut d’être taxé de « méchant » par Marie. Nous nous dirigeons ensuite vers le restaurant vietnamien où à l’arrivée, nous avions mangé de très bons nem nuong. Ce qui est encore le cas cette fois-ci. Nous allons ensuite nous reposer à la chambre en climatisé, pas question de sortir à cette heure ! Nous osons affronter la touffeur extérieure vers les dix-sept heures, pour faire la tournée des boutiques de souvenirs. Je trouve un beau tissu à motifs bleus, passablement usé dans la bordure extérieure, à un prix tout à fait convenable mais, Marie dans sa grande sagesse décide que nous attendrons d’avoir vu ailleurs… Elle a dressé un itinéraire des boutiques qui l’intéressent et nous en faisons le tour, scrupuleusement. Heureusement les prix des tissages récents sont souvent exorbitants et refroidissent ses velléités d’achat. Dans la boutique spécialisée dans les tissus anciens que nous avions déjà visitée à notre arrivée, nous trouvons un tissu identique à celui vu au début du « circuit » et en meilleur état. Nous faisons affaire… La nuit est tombée, nous revenons vers notre hôtel et allons nous asseoir à une table dans le jardin du restaurant Makpeth. Nous y prenons chacun un cocktail, le dernier au Laos, un gin-tonic pour moi et un daïquiri au karkadé pour Marie, tous deux sont bien pauvres en alcool et pourtant ce seront les plus chers du voyage ! Nous y dînons, la cuisine est inventive et nous apprécions, même si le poulet de Marie est trop pimenté à son goût. Nous commençons à préparer les sacs pour le retour.

 

Dimanche 1er mars : Nous sommes réveillés à sept heures et demie par ce qui ressemble fort à du bourrage de crâne, de la propagande débitée à plein volume par des haut-parleurs (cachés où ?), pendant un bon quart d’heure. Nous ne sommes pas pressés  et profitons au maximum de la climatisation avant de devoir affronter la chaleur toute la journée. Nous abandonnons les sacs à la réception et partons pour les derniers achats. Vientiane n’est pas encore très éveillée en ce dimanche matin. Mais le soleil lui l’est ! Marie tient à rapporter des paniers utilisés pour servir le riz gluant et faute d’en avoir trouvé dans les boutiques de souvenirs, nous nous rendons là où la réceptionniste nous a dit pouvoir en trouver. Quand nous y sommes, à un carrefour d’avenues, pas de paniers en vue… J’abandonne Marie et continue seul jusqu’à un marché en partie couvert. Habituelles marchandes de fruits et légumes, de viandes et de poissons maintenus vivants dans des bacs aérés. Je trouve des paniers chez une marchande de riz et une petite marchande en vend également, accrochés à sa palanche. J’en achète un à chacune d’elles et reviens vers Marie. Nous cherchons où déjeuner, l’Amphone est fermé, nous revenons sur nos pas pour le Lao Kitchen. Bonne cuisine avec les grands classiques laotiens que nous goûtons une dernière fois : Laap de poisson, saucisses de Louang Prabang et poulet grillé. Nous ne savons pas trop comment occuper l’après-midi et il n’est pas question de marcher des heures en transpirant. Marie a une envie de sorbet, nous cherchons un café, une pâtisserie, un restaurant où nous pourrions attendre, au frais, devant une coupe, un verre. Nous trouvons notre bonheur à l’étage du café Sinouk, en climatisé… Pas longtemps, une panne d’alimentation électrique nous en chasse… Nous revenons à l’hôtel attendre à la réception simplement ventilée l’heure du départ. Le taxi commandé est ponctuel et nous sommes en avance à l’aéroport. Enregistrement puis passage en salle d’attente pour le premier vol sur Hanoï. Nous décollons à l’heure et après une heure de vol, nous nous posons à Hanoï. Encore un contrôle et nous passons en salle d’embarquement. L’aéroport est beaucoup plus animé que lors de notre arrivée, avec des boutiques Duty Free qui doivent faire pâlir d’envie Vientiane, définitivement province à côté !

 

Lundi 2 mars : Nous repartons avec une heure de retard dans un avion bondé, les vacances françaises de février doublées du Nouvel An Lunaire ont amené de nombreuses familles au Vietnam et au Laos qui s’en retournent pour une rentrée scolaire demain. Nous sommes très mal installés avec fort peu de place. Partis en retard, l’apéritif est oublié et le repas vite expédié, le vin est servi chichement au verre (petit !). Pas question de dormir, somnolence et courbatures pendant des heures… Pas de film en français ou sous-titré. Nous ne recommanderons pas Vietnam Airlines ! Nous avons presque rattrapé notre retard et peu après sept heures nous nous posons à Roissy. Il faut encore marcher dans d’interminables couloirs, passer les contrôles, récupérer les bagages et enfin réussir à sortir alors que de nombreuses personnes, venues accueillir les arrivants, encombrent le passage. La navette réservée se fait attendre, nous affrontons une température que nous ne connaissions plus mais qui reste supportable. Nous filons dans les encombrements, déposons tout d’abord d’autres passagers à Charenton puis nous voici boulevard Diderot, la concierge est dans l’immeuble, elle nous donne les clés et nous retrouvons l’appartement… 

 
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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 10:04

Mercredi 4 février : Il faut se lever tôt puisque le tuk tuk doit venir nous chercher à huit heures. Il nous dépose à une autre guest house au bord du fleuve, une barque doit venir nous y chercher. Effectivement quelques minutes plus tard nous apercevons le sillage et nous entendons le halètement du moteur de notre transporteur. Pour monter à bord, il faut descendre avec les sacs un escalier de bois aux marches étroites et à la rambarde aléatoire. Marie n’apprécie qu’à moitié… Il faut aussi traverser une plus grande barque chargée de touristes mais à laquelle nous n’avons pas droit… Nous rejoignons en biais le débarcadère de l’autre côté, occasion d’apprécier les bords du Mékong alors que le soleil n’est pas encore à son zénith. Comme à l’aller, parcourir quelques dizaines de mètres dans le sable n’est pas aisé non plus. Le bus ou le minibus (?) qui doit nous emmener n’est pas là. Nous devons attendre… Peu après nous sommes rejoints par les passagers de la grande barque que nous n’avions eu que le droit de traverser… Mystères de l’organisation… Après une heure d’attente arrive un grand bus VIP, rideaux jaunes, pompons et fanfreluches mauves, déjà bien rempli de touristes. Pas de places assises pour tout le monde, le chauffeur rajoute dans l’allée des chaises en plastique. Marie montée dans les premiers m’a gardé un siège mais nous ne sommes pas côte-à-côte. Nos voisins respectifs, Français solitaires, n’ont pas l’élémentaire élégance de nous proposer d’échanger avec l’un d’eux… Rapide parcours, presque jusqu’à la frontière cambodgienne, puis nous sommes débarqués dans une bourgade qui vit du transport des passagers vers les îles de Don Det et Don Khone. Toute la faune touristique internationale s’y retrouve, les retraités en voyage organisé aussi bien que les Rastafari à la chevelure de sâdhu. Nous suivons le mouvement, embarquons sur la pirogue pour Don Khone et partons bientôt nous faufiler entre une multitude de petites îles couvertes d’une végétation luxuriante, les cocotiers frangent les rivages, les manguiers dispensent une ombre appréciée par les buffles, de grands arbres majestueux attendent d’être déracinés et emportés par les crues de la prochaine mousson.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Nous longeons Don Det et l’abondance des hébergements de toutes catégories qui se succèdent sur le rivage nous annonce ce que nous allons trouver sur Don Khone : un ancien paradis exotique agonisant sous l’invasion touristique. L’autochtone fait figure d’intrus ! Nous débarquons difficilement dans l’eau au pied d’une berge herbeuse et glissante alors qu’il existe des débarcadères aménagés… Nous cherchons la Pan’s guest house où nous avons réservé, deux cents mètres à parcourir dans la poussière d’une rue de terre, entre restaurants qui proposent tous des pizzas ou des spaghettis sauce tomate et des hébergements variés, croisant cyclistes rubiconds et essoufflés, nos doubles… La chambre, un petit bungalow, sur les bords du Mékong, climatisée, ce qui est appréciable ici, est agréable mais les toilettes sont inondées et la télécommande de la climatisation est capricieuse. Nous faisons régler ces petits soucis et allons déjeuner au restaurant de l’hôtel. Une bonne salade pour Marie et des nems très quelconques pour moi avec un peu plus de bière que nous ne nous l’autorisons habituellement. Nous revenons nous reposer à la chambre et ne ressortons qu’en fin d’après-midi. Après avoir admiré la vue sur le chenal bordé de cocotiers qui nous sépare de Don Det, nous faisons le tour des agences qui proposent des excursions, nous renseignant sur les tarifs des tuk tuks dans l’île. Nous marchons jusqu’à un temple, très simple, perdu au milieu des rizières puis revenons prendre un soda ou un lait de noix de coco sur une des terrasses, au-dessus d’un des bras du fleuve, au soleil couchant.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous dînons au restaurant du Sala Don Khone, établissement plus chic où nous essayons des nouveautés : brochettes de poulet au saté, pas assez grillées, cake de poisson avec une sauce à peine pimentée et un poisson au lait de coco en feuille de bananier. Retour au bungalow où nous nous installons quelque temps sous la véranda, au frais à cette heure.

 

Jeudi 5 février : Ah qu’il fait bon dormir sur les bords du Mékong, dans un bungalow climatisé, se réveiller quasi gelé au matin et entendre, sur les eaux calmes, pétarader les moteurs des barques qui s’activent dès qu’il fait jour ! Le petit-déjeuner n’est pas servi sur les berges du fleuve mais nous apprenons qu’il peut l’être à la chambre. Marie se sent dispose pour marcher quelques kilomètres, jusqu’aux rapides de Tat Somphamit. Nous partons un peu trop tard pour éviter un soleil cuisant. Nous passons sous l’ancien pont ferroviaire qui relie aujourd’hui les îles de Don Det et Don Khone, fréquenté par les piétons, les cyclistes et de rares camionnettes de transport de personnes. Peu après, sous un abri, une antique locomotive miniature rappelle qu’il fut un temps où le trafic des marchandises sur le Mékong devait emprunter une voie ferrée pour passer la zone des chutes à la frontière lao-cambodgienne. Nous continuons sur un sentier poussiéreux, entre les rizières qui n’apportent aucune fraîcheur. Nous dépassons le Vat Kho Tai, contents quand un arbre dispense un court instant une ombre appréciée. Marie commence à peiner mais elle avance vaillamment. Juste à la bifurcation pour les rapides, une moto-taxi, primitive association d’une moto de petite cylindrée avec une sorte de side-car bricolé pour permettre de transporter deux personnes à côté du chauffeur, surgit. Piloté par un guide laotien parfaitement francophone, et emmenant deux touristes aux rapides, qui propose gentiment, non seulement d’y déposer Marie, mais qui revient aussi me rechercher ! Nous devons acquitter un droit d’entrée au site bien élevé pour le pays, 35000 kips. Après avoir franchi une passerelle en bois, un sentier, entre des bosquets de bambous totalement déshydratés, amène au-dessus des rapides de Tat Somphamit. Là, le Mékong, de fleuve paisible, coulant lentement vers le Cambodge, se fractionne en une multitude de ruisseaux qui se précipitent sur des roches, se ramifient, se regroupent, bouillonnent dans des clues, se fracassent plus bas avant de s’apaiser et de poursuivre calmement son cours

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous sommes en période de basses eaux qui mettent en évidence le formidable enchevêtrement de roches qui fait obstacle au cours du fleuve et à sa remontée par des bateaux. Des pêcheurs ont installé de gigantesques nasses qui capturent les poissons en période de crue.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous suivons sur quelques centaines de mètres le rebord de la falaise, jusqu’à un très sympathique café, bien situé au-dessus de la plage de sable qui s’allonge le long d’un Mékong apaisé. Nous y prenons un pot puis prenons, toujours à pied, le chemin du retour mais en évitant la zone des rizières. Nous suivons un étroit sentier qui suit le cours du fleuve, plus court et bien ombragé. Des buffles aux superbes cornes nous regardent passer, indifférents. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous atteignons le vat aperçu à l’aller. Nous y faisons une courte halte à l’ombre d’un beau jaquier. De magnifiques bougainvillées grimpent jusqu’au sommet d’un palmier à sucre. Les frangipaniers, autres arbres très fréquents dans les temples, apprécieraient eux aussi une bonne pluie. Dans le village, sous les maisons sur pilotis, les femmes bercent leurs derniers-nés dans de grands paniers d’osier couverts d’une moustiquaire. Nous déjeunons, peu avant le pont, au premier étage du restaurant « Fleur du Mékong ». Salade et nems pour justifier la bière fraîche. Nous rentrons nous reposer à la chambre et laisser passer les heures chaudes. Nous repartons peu avant quatre heures en affrétant un autre tuk tuk pour nous rendre tout au sud de l’île. Nous suivons un chemin de terre entre rizières et plantations de tecks anémiés  A l’extrémité de la piste nous aboutissons aux anciennes installations qui permettaient d’acheminer les marchandises du bief inférieur au supérieur pour passer les rapides. Une pente en béton et un treuil amenaient les charges d’un ponton au chemin de fer qui traversait l’île. C’est de là que nous embarquons sur une barque pour une balade dans les eaux calmes, à la frontière du Cambodge, en passant entre des îlots sur lesquels le niveau des hautes eaux est nettement marqué.

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Les arbustes qui poussent dessus sont tous penchés dans le sens du courant. Nous sommes là surtout pour essayer de voir les dauphins du Mékong. Après une rapide navigation, nous coupons le moteur et guettons l’apparition des cétacés. Nous ne sommes pas les seuls à nous démancher le cou pour essayer d’apercevoir le bond hors de l’eau de quelques-uns. Le batelier les repère avant nous et le temps de nous les indiquer, ils ont déjà replongé… Nous apercevrons bien, fugitivement, quelques dos arrondis, un aileron mais nous nous sentons tout de même bien frustrés… Nous rentrons à l’hôtel, repos, connexion internet puis nous allons dîner dans un restaurant indiqué par des Français de rencontre. Le service n’est pas rapide et nous ne sommes pas servis ensemble mais les plats, curry de porc qui ne ressemble pas à un curry et poulet au basilic qui ne sent pas le basilic, sont bons et copieux. Retour à la chambre par les rues désertes.

Vendredi 6 février : A utiliser en permanence la climatisation et dormir avec, j’ai ce matin un bon mal de gorge. Nous nous faisons servir le petit-déjeuner sur la véranda, ce qui se révèle peu pratique, manque de place, chaises longues inadaptées. Nous n’avons pas un programme chargé aujourd’hui et après avoir beaucoup hésité, nous décidons de nous rendre cet après-midi aux autres rapides, ceux de Khon Phapheng. Nous réservons à l’hôtel pour l’excursion ainsi que les billets pour le retour demain à Pakse. Nous partons tardivement nous promener jusqu’au pont que nous franchissons en appréciant, de chaque côté, les belles vues sur le chenal, les îlots, la végétation et les maisons traditionnelles qui s’alignent sur la rive.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous continuons quelques centaines de mètres du côté de Don Det, jusqu’à la hauteur de notre guest house. Nous revenons pour un bref repos avant de déjeuner au restaurant de l’hôtel. Le service n’est pas bien rapide, il faut plus d’une demi-heure pour obtenir une salade de poulet et du poulet grillé avec des frites. Néanmoins nous sommes prêts pour partir à l’heure prévue. La patronne nous étonne par un geste auquel nous ne nous attendions pas. Le prix de l’excursion est fixé pour nous deux à 150000 kips, deux autres personnes, deux Françaises, la mère et la fille, se joignant à nous, elle nous rembourse 50000 kips ! Nous partons depuis la guest house en barque, pour retourner sur la terre ferme. Là, nous montons dans un minibus pour quelques kilomètres jusqu’à l’entrée du site des rapides. Le Laos l’aménage à grand renfort de coulées de béton pour justifier le prix d’entrée élevé demandé. Une courte marche sur un sentier nous amène à un point de vue sur la partie supérieure des rapides. Le fleuve commence à se précipiter sur et dans les roches, entre des îlots couverts de végétation. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Une navette électrique nous amène ensuite à la base des chutes, à moins de deux cents mètres ! Une terrasse a été aménagée pour offrir le meilleur point de vue sur les cascades, pas très hautes qui s’étalent sur un kilomètre. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous ne sommes pas aussi séduits qu’à Tat Somphamit. La masse d’eau est plus importante mais bien que partagée en plusieurs portions, nous avons moins l’impression d’un réseau de torrents qui surgissent de partout, se faufilent entre les roches avant de retrouver le calme plus en aval. Nous attendons le retour du soleil pour prendre des photos avant de remonter avec la navette, nous offrir un pot puis retrouver nos compagnes et rentrer par le même chemin. Je ne me repose guère et passe du temps sur l’ordinateur à mettre à jour texte et photos puis à chercher un hébergement à Louang Prabang. Nous ressortons pour aller dîner. Nous avons la surprise de trouver le restaurant, indiqué par nos amies belges, ouvert, alors qu’il était fermé les jours précédents. Nous nous offrons un apéritif : un très classique gin tonic pour moi et un cocktail « 4000 îles » à base de miel (1/4 dose), jus de fruit de la passion (1/2 dose), rhum (1 dose), feuilles de menthe, citron (un citron vert), que nous nous promettons d’ajouter à notre carte dès que nous serons rentrés à Toulon. Nous dînons également très bien : excellent masaman de porc bien relevé et poulet en feuilles de bananiers pas du tout fade. Dommage que nous partions demain ! 

Samedi 7 février : Nous n’avons pas très chaud au matin bien que nous n’ayons utilisé ni la climatisation ni même la ventilation. Nous bouclons les sacs puis allons prendre le petit-déjeuner avant de revenir attendre l’heure de partir en barque, en appréciant une dernière fois le calme, la douceur de ces îles appelées à rapidement disparaître sous l’afflux touristique. Nous apprenons que dans un avenir proche les voitures seront communes sur ces îles… Nous embarquons pour rejoindre la terre ferme, traîner nos bagages et attendre le bus qui doit nous conduire à Pakse. Nous ne sommes pas seuls, des touristes sont en partance pour toutes les destinations, Cambodge, Thaïlande ou en direction des villes du Laos. C’est dans un minibus que nous finissons par partir avec du retard. Nous parvenons à Pakse en tout début d’après-midi, sans avoir eu la possibilité de déjeuner. Nous nous faisons conduire en tuk tuk à l’hôtel Lamkam où nous retrouvons la chambre que nous y avions à l’aller. J’y laisse Marie et repars aussitôt pour changer des dollars puis m’enquérir au Phi dao de mon blouson oublié et définitivement perdu si j’en crois la jeune fille à la réception… Puis je retrouve Yves, le Belge, pour notre réservation de voiture de location mais nous sommes samedi et le bureau est fermé. Je vais ensuite prendre les billets d’avion pour Louang Prabang, mardi. Je passe consulter la carte du restaurant français « La Terrasse ». Je retrouve Marie et nous ressortons en fin d’après-midi. D’abord pour aller acheter deux beaux tissus brodés Môn, un bleu, un rouge, que nous avions repérés à l’aller et qui sans doute constitueront mon cadeau d’anniversaire !

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous nous dirigeons ensuite vers les bords du Mékong que nous atteignons après une bonne marche, à temps pour assister au coucher du soleil, pas très spectaculaire. Les bords du fleuve sont une suite de gargotes très simples qui offrent toutes une vue sur les eaux dont on imagine mal qu’elles vont se précipiter, avec fureur, plus en aval dans les gorges que nous avons vues. Hélas la vue se porte aussi sur les immondices qui couvrent les berges… Nous prenons un pot avant de revenir à l’hôtel déposer nos achats puis nous allons dîner au restaurant français « la Terrasse ». La carte de plats français est très courte, pas de hors d’œuvre, pas de dessert… Je m’offre un pastis, bien servi mais j’aurais apprécié quelque chose à croquer avec… Marie ne peut rien prendre, ils sont en manque d’alcool et pas question d’aller en acheter à la plus proche épicerie… Les magrets, bien qu’un peu cuits, avec des frites, nous changent du riz et des plats habituels. Nous rentrons profiter de TV5 avec Stéphane Bern !

 

Dimanche 8 février : Je ne me sens pas très en forme pendant la nuit. Nous avions arrêté la climatisation mais il commence à faire tiède et je la remets doucement bien que j’ai l’impression d’avoir les bronches prises. Marie tousse depuis hier ! Nous descendons les sacs et les abandonnons à la réception, le temps d’aller prendre le petit-déjeuner au Phi Dao. Marie retourne à la garde des bagages tandis qu’avec Yves je vais chez Avis régler le problème de la location de la voiture. Après un tas de signatures, j’obtiens les clés d’un Ford Ranger, pick up, 4x4, double cabine, impressionnant pare-buffle à l’avant, 200000 kilomètres au compteur, sièges déchirés, carrosserie fatiguée…

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Je vais chercher Marie, charge les sacs et nous prenons la route. Je roule sur des œufs, pas plus vite que les autres, c’est-à-dire bien lentement… Nous sortons de Pakse et prenons la route du plateau des Boloven. Premier détour pour parvenir à une cascade, Tat Pha Suam, entrée au site payante, parking et bus de touristes. Un sentier descend vers la rivière dans une belle forêt tropicale, arbres géants et lianes… Une première cascade, pas bien haute ni très fournie mais dans un beau cadre de verdure sauvage avant de franchir un pont et découvrir la cascade qui donne son nom au site, plus fréquentée. Les touristes peuvent se faire prendre en photo devant la chute et le torrent qui va se fracasser dans des orgues basaltiques inattendues. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous repartons et arrêtons une vingtaine de kilomètres plus loin pour aller voir une plantation de café où on peut en déguster mais ce n’est pas trop ce dont nous avons envie et les caféiers ne sont pas des arbres exceptionnels. Nous arrêtons quelque centaines de mètres plus loin pour une exposition de tissages traditionnels par des femmes de l’ethnie Katu dans une case sur pilotis accessible par des marches taillées dans un tronc. Ils sont tissés avec des perles blanches disposées en triangle, l’un d’eux nous plairait mais les prix sont excessifs, justifiés par les achats des touristes qui ne discutent pas ! Les villages sont très jolis, bien sûr les tôles ont remplacé le chaume, les paraboles rouillées déparent dans les cours, néanmoins ces maisons de bois avec leurs vérandas, leurs fenêtres aux volets de bois ouvragés, les hamacs qui invitent au repos sous les habitations, restent les témoins d’un art de vivre. Devant elles sèchent du manioc et des graines de café, la principale production de la région. 

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Nous sommes bientôt à Tat Lo et nous nous précipitons dans une guest house au pied des chutes, modestes, pas bien hautes non plus mais qui doivent être larges en saison. Nous déjeunons, tardivement, sans enthousiasme, au vu de la carte, prix élevés et aucune originalité. Plus de poulet ni de nems, au choix porc ou bœuf, avec des nouilles, du riz, du gingembre, du basilic ou aigre-doux, bref la carte passe-partout du Laos et peut-être de tout le Sud-Est asiatique… Nous hésitons à y prendre une chambre. Je demande à voir, on me conduit à un bungalow perdu dans les arbres au-dessus du cours du torrent. Avant de nous décider, nous reprenons la voiture et allons voir au lodge les tarifs et la situation. Le Tadlo lodge est situé au-dessus des chutes, avec de jolies vues sur la rivière. Deux éléphantes attendent les touristes pour les promener dans la forêt. Nous décidons de prendre le bungalow du Saise guest house et je retourne y déposer les sacs, puis je rejoins Marie au lodge. Nous prenons un pot dans la salle du restaurant aérée, ouverte sur trois côtés, en attendant l’heure du bain des pachydermes. A seize heures trente, amenées par leurs mahouts, ces dames s’acheminent vers le cours de la rivière et après s’y être désaltérées, seules, elles vont littéralement plonger dans une piscine naturelle.

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Avec un plaisir non dissimulé, elles se trempent entièrement, ressortent, s’immergent à nouveau à plusieurs reprises, comme des bébés au bain. Leurs mahouts sont montés sur leur dos et, à l’aide de leurs tongs, leur brossent vigoureusement le dos. 

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Quand elles sont bien débarrassées des poussières, du sable qui les recouvrait, elles s’en retournent sagement, quittent le lodge et rejoignent leur champ. Nous cherchons deux autres chutes, l’une proche que nous ne trouvons pas malgré nos questions, l’autre est en aval, au-dessus d’une usine hydro-électrique. Nous la trouvons depuis un village « ethnique », mince filet d’eau peu visible derrière la fumée et dans le soleil déclinant. Le village aux maisons de bois et de bambous abrite, semble-t-il trois ethnies, clochardisées à en croire les habitants en haillons et l’état des habitations. Sur la place du village, large espace dégagé, se dresse une construction plus soignée avec des poteaux sculptés. Un panneau indique qu’il s’agit d’une case communautaire à usage religieux. 

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

 

Soudain le débit de la chute augmente considérablement, les vannes du barrage ont été ouvertes. Nous retournons à notre guest house, le bungalow est agréablement situé même si son accès n’est pas très aisé. Nous en ressortons pour aller dîner. Malgré la pauvreté de la carte et l’ambiance sinistre du lieu, nous sommes les seuls, Marie veut y dîner. Son porc au gingembre est plus riche de gras que de gingembre et mon laap de porc qui s’est fait attendre est surtout constitué de couenne ! Le riz demandé n’arrivera jamais… Nous réglons en exprimant notre mécontentement, ce qui ne semble pas bouleverser la responsable ni le personnel qui n’ont sans doute rien compris à mes dires… Très mécontents et encore affamés, nous traversons le pont, passons sur l’autre rive et complétons notre dîner dans le premier restaurant que nous trouvons. Un plat de frites grasses et des bananes frites dans du lait de coco, avec une autre bière, ne nous réconcilient pas vraiment avec la gastronomie locale. Nous regagnons notre bungalow alors que la température est devenue très fraîche. 

 

Lundi 9 février : Pas très chaud encore dans la nuit et nous n’avons pas pu nous tenir chaud mutuellement, chacun dans notre petit lit ! Après avoir une dernière fois apprécié la situation de notre bungalow dans les arbres, nous quittons la guest house sans y prendre le petit déjeuner.

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Nous nous arrêtons devant une autre, la guest house Fandee qui est tenue par des Français, fréquentée par de jeunes routards. Nous nous faisons servir un thé qualifié d’ « organic » ce qui explique sans doute son absence totale de goût. Facturer 10000 kips un verre d’eau chaude me paraît exagéré, sans parler des 15000 kips pour une demi-baguette, du beurre et de la confiture, celle d’ananas, locale doit s’étaler à la truelle en la diluant dans du trichloréthylène… Nous parvenons à partir en moins d’une heure pour continuer sur une route monotone, tracée sur le plateau, au milieu d’une végétation rabougrie où de petites plantations de café survivent. Nous atteignons Sekong où les nagas à têtes multiples semblent appréciés dans le vat local. 

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Peu après nous faisons un court détour pour aller voir la chute de Tat Faek, pas très impressionnante, quelques mètres sur une faible largeur en cette saison mais l’endroit semble fréquenté par les pique-niqueurs, des paillotes de bambou sont installées sur les bords du ruisseau. La route peu fréquentée continue, désespérante, jusqu’à Ban Beng Hua Khan où nous bifurquons. Le paysage change, nous circulons entre de petites montagnes couvertes des restes de la forêt primaire. La nouvelle route, déjà en travaux en 2011, n’est pas complètement terminée et des passages de pistes subsistent. Nous cherchons la cascade de Nam Tok Katamtok et finissons par la trouver presque au bord de la route, en contrebas, dans un profond cirque de verdure. Très haute, plus de cent mètres, nous ne pouvons la contempler que de loin, ce qui nous convient d’ailleurs très bien. Nous quittons la zone de forêt pour retrouver la campagne, presque sans cultures. Nous cherchons un restaurant. L’un d’eux, d’apparence sympathique, nous paraît indiqué. Pas de carte en anglais et personne ne parle autre chose que laotien. Je fais comprendre que nous voudrions manger, on me montre trois bêtes non encore dépecées, ce qui me semble être un ragondin et deux singes ou gros rongeurs non identifiés. Dans le congélateur d’autres « viandes de brousse », tout aussi mystérieuses, attendent les amateurs, une bestiole à grosses écailles, (pangolin ?) et de petits volatiles (?). Leur préparation demanderait certainement trop de temps et malgré l’envie nous continuons jusqu’à Paksong où nous trouvons, à l’entrée, un restaurant plus classique… Nous traversons la bourgade peu attrayante pour un autre détour quelques kilomètres plus loin et accéder aux chutes de Tat Yuang. Le site a été aménagé, ce qui justifie le paiement d’un droit d’accès. Des boutiques, surtout de tissus, attendent les visiteurs. Un escalier a été construit pour amener au sommet des chutes. On en aperçoit les deux cataractes jumelles qui tombent d’une quarantaine de mètres dans un trou dans la jungle. Un autre escalier permet de descendre au pied de la chute et des pavillons permettent de beaux points de vue sur les bananiers arrosés par les embruns.

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Encore quelques kilomètres et nous sommes à Tat Fan. Pour voir les chutes, spectaculaires, elles aussi jumelles, il faut pénétrer dans le lodge bien placé sur l’autre versant, dans la jungle, du cirque qu’elles dévalent en deux cours parallèles.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Ces deux dernières chutes sont les seules qui méritaient véritablement le déplacement, les autres étaient plus proches de rapides que de cascades. Nous nous renseignons sur le prix d’un bungalow et parvenons à le négocier à trente-cinq dollars, petit déjeuner compris. Marie qui aurait bien voulu visiter une usine de traitement des graines de café doit se contenter d’arpenter les allées d’une petite plantation à l’entrée du lodge pour y apercevoir sur les branches des graines colorées.

LAOS 2015 (2.- Les 4000 îles et les Boloven)

Nous revenons nous installer au salon en plein air du lodge pour y lire notre courrier, apprendre que Julie est désormais instructrice de plongée, la féliciter et mettre le blog à jour. Nous sommes à mille cinq cents mètres d’altitude et il fait de plus en plus froid. J’avais ressorti un tee shirt ce matin pour mettre sous la chemise, je dois ajouter le pull-over ! Et continuer de moucher, éternuer… Nous n’attendons pas pour dîner, pas très bien ; mon curry de porc est servi avec une sauce onctueuse mais à peine tiède, Marie n’a que des légumes dans son poulet aigre-doux puis dans ses nems commandés pour calmer sa faim. Retour au bungalow peu après huit heures pour nous glisser sous la couette.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 08:27

LAOS

 

Hiver 2015

 
LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Lundi 19 janvier : Réveil à sept heures. Mon horloge interne a, comme à chaque départ, bien fonctionné et j’étais réveillé avant. Petit déjeuner, derniers préparatifs. Je vais tirer des euros au distributeur et constate au retour qu’une inquiétante marque humide sort de dessous un meuble de la cuisine. Je découvre alors une petite fuite au robinet d’arrêt de la machine à laver. Une heure avant de partir ! Le robinet fermé, l’eau continue de suinter… Je vais avertir notre bonne fée de l’immeuble, la toujours secourable madame M. Elle s’en occupera, surveillera et éventuellement fera venir un plombier. Peu après neuf heures nous descendons nos deux sacs et guettons le minibus de Supershuttle qui arrive presqu’aussitôt. Nous partons pour l’aéroport Charles de Gaulle en compagnie d’un Asiatique, très certainement chinois vu son manque de politesse et sa faculté à s’endormir dès que nous roulons. A la porte de Vincennes, avant de prendre le périphérique, mon regard se pose sur ce que je crois être, un très bref instant, des congères de neige sale et que je réalise être un alignement de bouquets de fleurs flétries dans des emballages plastiques. En levant les yeux, je réalise que nous passons devant l’Hyper kacher ! Nous sommes en avance pour enregistrer puis passer les contrôles, sans attendre. Nous patientons en salle d’embarquement et montons à bord une heure avant le décollage. Les passagers sont presque tous des retraités en goguette, les Asiatiques sont rares. Nous attendons impatiemment le moment du repas dans un appareil ancien aux équipements datés. Les hôtesses, bien qu’en ao daï, ne correspondent pas à mon idéal féminin  vietnamien, elles sont peu aimables et ne parlent pas un mot de français. Nous avons tout de même droit à un verre de mauvais champagne puis nous jouons à la dînette, coudes au corps pour des plats déjà exotiques : salade et crevettes légèrement pimentées. La nuit tombe vite à nous déplacer vers l’Est. Somnolence, lecture, surveillance de la rotation des aiguilles de la montre…

 

Mardi 20 janvier : Marie s’inquiète, elle a oublié ses bas de contention et dit s’ankyloser. Elle s’agite, s’énerve jusqu’à ce qu’elle puisse se lever et faire quelques pas dans le couloir. En guise de petit déjeuner, mais à l’heure de Paris ce serait le dîner, nous choisissons le menu local avec des nouilles et quelques lamelles de porc dans une sauce épicée. Une heure plus tard nous nous posons à Hanoi alors que le jour peine à se lever dans une épaisse brume. Nous passons dans une salle d’embarquement et attendons l’heure de l’avion de Vientiane. Nous embarquons puis décollons avec une demi-heure de retard sans rien voir de Hanoi, plongée dans une boule de brume que le soleil rend éblouissante. Nous commençons à accuser la fatigue et les paupières sont lourdes. Une heure plus tard nous atterrissons à Vientiane, également dans la brume moins dense néanmoins. Nous ne sommes pas les seuls visiteurs, un avion s’est posé en même temps que le nôtre et a débarqué une cargaison de Chinois. Nous devons remplir des documents et faire la queue pour obtenir un visa. Nous récupérons les sacs et nous revoilà au Laos ! L’ancienne aérogare, un simple hangar de la période coloniale a été remplacé par une plus moderne, aérée, respectant le style de l’architecture des temples avec des toits gigognes. Je change des dollars, à raison de 8000 kips pour un dollar, on est vite millionnaire ! Puis nous prenons un taxi au prix fixé. Nous traversons rapidement les faubourgs où les enseignes des entreprises témoignent de l’implantation de la Chine puis ce sont les bords du Mékong, derrière une haute digue, un vat à peine aperçu et nous sommes déposés à la pharmacie Palamy, en face d’un hôpital. La patronne parle français, elle nous installe dans une grande chambre, très propre, à l’étage. Il ne fait pas trop chaud et nous n’avons besoin ni de la climatisation ni même du ventilateur aux pâles de géant qui nous guettent du plafond. Nous nous couchons pour essayer de récupérer. Nous nous réveillons mollement, je consulte la messagerie, une réponse de Nicole à notre message de bonne arrivée, rien de Julie qui ne doit pas avoir d’accès internet. Je laisse Marie émerger à son rythme et part visiter les environs. Nous sommes en face d’un hôpital et les gargotes abondent aux alentours. Toutes proposent des grillades et des fruits, les seuls exotiques sont les pithayas suavement rosés. Je pars en longeant de très loin le lit du Mékong puis rejoins une rue qui passe devant deux beaux vat auxquels nous accorderons ultérieurement toute l’attention qu’ils semblent mériter

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Ce doit être l’heure de sortie des bureaux, les rues sont encombrées et l’air est empuanti par les gaz d’échappement. Je parviens au centre ancien où je retrouve avec un plaisir mitigé l’atmosphère des villes touristiques de l’Asie du Sud Est. Les loueurs de vélos et motos voisinent avec les agences de voyage et les restaurants « mondialisés ». Pizza, fast food et autres boulangeries abondent. Je rejoins les bords du fleuve où, dans un parc aux plantations rabougries, désert lors de notre arrivée, se sont installés des tentes qui abritent des marchands de vêtements, colifichets, jouets etc… Sur la digue les familles et les amoureux se promènent au soleil couchant. Je retrouve Marie, nous étudions le programme des jours à venir puis allons dîner. Pas question de marcher, nous allons au plus proche, une gargote dépendant d’une épicerie. Nous devons choisir entre divers plats en sauce, peu appétissants. Après avoir renvoyé un plat de morceaux de foie pris pour du bœuf et un autre d’œufs durs confondu avec du porc à la sauce soja, nous nous décidons pour une tranche de poisson et du ragout de bœuf. Les plats sont parfumés mais froids, seul le riz est chaud. Heureusement il y a de la bière ! Pas rassasiés, je vais commander des brochettes de poulet et de cailles ainsi qu’une salade de papaye verte, bien pimentée, de l’autre côté de la rue. Nous nous régalons et suçons les os comme des chiens galeux… Retour à la chambre pour une nuit réparatrice.

 

Mercredi 21 janvier : Je suis réveillé tôt dans la nuit, avant que le jour ne se lève à six heures et demie. Je lis en attendant que Marie daigne ouvrir les yeux… Elle ne se sent pas bien mais après le petit déjeuner pris dans le jardin où les orchidées couvrent les troncs des arbres, elle se sent assez forte pour que nous partions pour une longue journée consacrée au Bouddha… Nous suivons l’avenue Setthathirath en passant devant l’ambassade de France et divers autres grands bâtiments coloniaux. De même que l’indication des rues, les dénominations des édifices publics sont en français pour les plus anciens et en anglais pour les administrations modernes. Nous longeons le premier vat, le Ha Pha Keo, un grand temple classique, très haut avec des toits étagés. Il n’est plus en activité, transformé en musée, il renferme dans son sim, la salle unique, un ensemble de statues et de stèles, entassées en désordre ou dans des vitrines poussiéreuses, avec des étiquettes jaunies, en français. Difficile de les apprécier dans la pénombre ou à contre-jour. D’autres Bouddhas altiers au nez en bec d’aigle sont alignés à l’extérieur dans la galerie. Le jardin qui l’entoure est mieux entretenu… Nous traversons la rue pour aller visiter un autre vat, le Vat Si Saket, devenu lui aussi un musée.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Les tarifs des entrées des monuments sont plus chers pour les étrangers que pour les Laotiens mais restent dérisoires. Celui-ci est entouré d’un cloître dont le mur intérieur est tapissé, dans des niches, de milliers de petits bouddhas, des statues plus importantes s’alignent devant. Dans le sim, un grand Bouddha domine une multitude d’autres plus modestes, presque toujours dorés et sujets à l’adoration des fidèles. Ceux-ci, après avoir déposé des offrandes, fleurs oranges, fruits, noix de coco aux pieds des statues, s’agenouillent joignent les mains au-dessus de la tête puis se prosternent. Les murs intérieurs sont couverts de belles fresques représentant des temples, des personnages richement vêtus, hélas très dégradées, qui doivent être restaurées. Après être passés devant le Palais Présidentiel, ancienne résidence du gouverneur français, une belle bâtisse aux allures de meringue aux tons pastel, nous parvenons dans la ville ancienne et consacrée au tourisme. Ce ne sont que bureaux de change, locations de vélos, de motos, agences de voyages, hôtels récents, guest houses, restaurants pour tous les palais occidentaux, le dernier terme à la mode, cuisine « fusion » est répété à profusion… Nous cherchons à manger lao, ce qui ne manque pas non plus. Nous nous installons à une table du jardin du Makphet et nous nous faisons servir une salade de fleurs de bananier avec du porc émincé, excellent mais aussi bien pimenté, un laap, une salade de buffle grillé servie avec de la menthe, du basilic et d’autres herbes et un plat de poulet à la citronnelle au goût de curry. Tout est très parfumé mais nous allons devoir désormais commander « not spicy » si nous ne voulons pas pleurer, moucher et avaler des litres d’eau ou de bière… Nous repartons, rendons visite à deux autres vat, le Vat In Paen et le Vat Ong Teu, déjà vus en 1998, de même que ceux de ce matin. Ils sont plusieurs, semblables, alignés, le long d’une avenue parallèle au Mékong. Ce sont des constructions massives, surélevées sur une base rectangulaire, que les toitures étagées en belles tuiles vernissées, élégamment incurvées, l’arête faîtière surmontée de pointes symbolisant le mont Meru, rendent étonnamment hauts.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Autrefois, quand ils n’étaient pas noyés dans les constructions modernes, ils devaient offrir une vison féérique au voyageur, depuis le Mékong. Ils sont entourés d’une galerie et la salle de dimensions réduites est précédée d’un hall au fronton très décoré, agressivement coloré. La salle, le sim, est toujours occupée par un ou plusieurs Bouddha qui reçoivent les offrandes de fleurs et de fruits des fidèles. Ils sont toujours aussi clinquants, ripolinés de frais disais-je alors. Dans le dernier, la salle est ouverte et nous y apercevons un grand Bouddha devant lequel médite avec beaucoup de conviction une touriste occidentale… Un jeune moine noue des bracelets de laine aux poignets de jeunes filles. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Je vais changer des dollars et réserver deux places dans le bus VIP pour Thakhaek, après demain. Nous prenons un tuk tuk après un âpre marchandage pour nous faire conduire au Pha That Luang, le monument le plus connu de la ville, à l’extrémité d’une longue avenue. Son intérêt architectural est des plus limité, c’est un vulgaire stupa doré dont la flèche s’élance, sans grâce, d’une coupole placée au-dessus de plusieurs plateformes. Chaque détail a sa justification symbolique mais l’ensemble avec sa couche de peinture uniformément dorée, n’a pas l’élégance des stupas de Birmanie. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Après en avoir fait le tour nous reprenons un tuk tuk qui nous dépose près de notre guest house, à l’entrée du temple Vat Si Muang. La salle est partagée en deux et renferme divers statues de Bouddhas devant lesquelles viennent se prosterner des fidèles plus nombreux que dans les autres temples, les noix de coco, les bananes et les fleurs s’entassent. On peut aussi faire résonner de grands gongs circulaires suspendus à des portiques ou découvrir son futur en agitant une boîte remplie de baguettes numérotées, celle qui s’en échappe renvoie à un texte d’horoscope. 

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Derrière le temple, un stupa ruiné est couvert d’une multitude de statuettes de Bouddhas ou d’animaux et de bougies. Dans tous les temples les statues d’animaux sont nombreuses, si celles d’éléphants ou de biches peuvent s’expliquer par des évènements de la vie du Bouddha, la profusion de zèbres me laisse perplexe ! Nous revenons à pied à la chambre, bien fatigués par cette première journée et nous somnolons avant que je ne me remette à la rédaction de ce texte. Faute de restaurant à proximité nous décidons de confier de nouveau la satisfaction de nos estomacs à la « rôtisserie » de la veille. Nous nous installons à la table du petit déjeuner puis je vais commander des brochettes, acheter un paquet de chips et une bière. Nous pique-niquons ainsi de saucisses très grasses, d’une autre plus appétissante au goût proche de celles que nous achetons à Toulon, des lap cheong. La brochette de porc est également très grasse, une nourriture de Mongol ! Nous regagnons ensuite la chambre.

 

Jeudi 22 janvier : Encore réveillé dans la nuit, je me connecte et trouve des messages de personnes intéressées par le transport de véhicules à Montevideo mais les dates ne sont pas les mêmes. Je me rendors et peine ensuite à me lever, Marie aussi… Nous ne sommes pas prêts avant dix heures. Notre tenancière a téléphoné à Thakhaek et nous avons une chambre réservée pour demain. Marie ne se sent pas bien, comme la veille, de plus la prise de l’antipaludéen, Doxy, ne passe pas bien. Nous partons tout de même à pied par des avenues sans grand intérêt, la circulation n’est pas trop dense, formée par un mélange de tuk tuk, camionnettes « jumbo » et gros 4x4, double cabine et vitres fumées. Nous aboutissons au Talat Sao, le marché central de Vientiane mais le sympathique bazar que nous avions connu et où on pouvait encore trouver des trésors a été transformé en un Mall moderne avec parking, escalators et camelote d’importation. Marie doit faire une pause sur une chaise qui n’attendait qu’elle. Occasion d’observer les gens, constater que les filles sont rarement mignonnes, apprécier qu’elles portent encore, mêlées à des vestes ou chemisiers modernes, des jupes longues identiques aux longyi des Birmanes ou des Thaïlandaises, en soie ou en coton avec une large bande brodée dans le bas. Nous achetons des mangoustans pour améliorer l’ordinaire de ce soir puis nous remontons les Champs Elysées locaux, une large avenue où s’implantent banques, administrations et un lycée où je reprendrais bien du service… Nous parvenons au Patuxai, l’arc de triomphe qui trône à son extrémité.

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Il a une allure de Porte de l’Inde avec ses clochetons tarabiscotés. Nous nous reposons à l’ombre de ses arches puis je grimpe à son sommet en soufflant fort. Je ne suis pas le seul, des litres de sueur occidentale imprègnent sous-vêtements et tee shirts des malheureux retraités qui auraient sans doute préféré rester devant TF1… D’autant qu’avec la brume, la vue sur la ville limitée à la proximité est sans grand intérêt. Nous prenons un tuk tuk qui a bien du mal à nous trouver le restaurant où nous voulons nous rendre. Le Vieng Sawan, c’est son nom, n’a pas une carte très étoffée, sa spécialité ce sont les nem nuong et accessoirement des nems plus classiques. Nous avions découvert les nem nuong à Vientiane et nous en avons souvent commandé dans les restaurants vietnamiens de France qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux-ci. Au lieu de vulgaires boulettes grillées de chair à saucisse servies avec trois feuilles de laitue et de menthe, on nous sert de délicieux rouleaux d’un hachis très fin de porc roulé dans une galette de riz, servi avec des crêpes de riz, d’abondantes feuilles de salade, de menthe, de coriandre, d’autres feuilles inconnues et une excellente sauce. Un délice ! Nous nous mettons en quête d’un hôtel pour notre retour à Vientiane, celui que nous avions envisagé, l’auberge Sala Inpeng, dans d’agréables bungalows, en plein centre, est déjà complet pour la fin février. Nous en repérons d’autres puis allons passer les heures chaudes dans un café à regarder baisser le niveau de nos consommations dans le verre. Nous revenons par les bords du Mékong, les camelots ne sont pas encore installés. Retour à la chambre pour trouver un message de Julie, contente de son début de séjour au Mexique puis nous réservons le train pour le retour de Paris en avril et aussi une chambre à Vientiane au Khamvongsa. Nous dînons à la chambre avec des grillades, cailles et demi-poulet délicieux et nos mangoustans, tous parfaits, en dessert.

 

Vendredi 23 janvier : Ce matin, rien ne presse. Nous nous préparons, refaisons les sacs puis attendons le tuk tuk qui doit nous conduire à la gare routière, à midi. A midi et dix minutes, alors que nous guettons, arrive un « jumbo » qui nous hèle. Je lui demande s’il est chargé de nous conduire à la gare routière, il opine du bonnet… Et nous voilà partis à plusieurs kilomètres jusqu’aux bus à destination du sud. Arrivés et débarqués, notre chauffeur nous réclame de lui payer sa course. Il n’avait rien à voir avec l’agence de voyage et nous a racolés par hasard ! Je refuse de payer deux fois d’autant que nous avons réglé 110000 kips à l’agence alors que le prix du billet de bus est de 80000 kips ! Le ton monte, il fait mine d’emporter un de nos sacs, je le rattrape, nous allons dans le bureau où sommeillent des policiers hébétés qui ne parlent pas un mot d’anglais et ne font pas mine d’intervenir. Nous mettons les sacs dans le bus et allons nous installer aux deux places qui restent dans le fond, le bus part… Nous avons choisi le luxe avec un bus VIP, ce qui signifie une climatisation heureusement poussive et de jolis rideaux roses, avec des pompons aux fenêtres. Rideaux que les occupants, toujours effrayés par le moindre rayon de soleil, s’empressent de tirer. Nous ne voyons pas grand-chose du paysage, une brousse sans guère de cultures, les rizières sont asséchées et les buffles toujours aussi amorphes. Forte impression d’être revenus un an en arrière, en Birmanie. Nous suivons de plus ou moins près le cours du Mékong sur une route étroite et au mauvais revêtement à en croire les sauts que nous faisons sur nos sièges. Nous revoyons les maisons en bois sur pilotis, parfois (très) branlantes, certaines ont des murs de bambou tressé. De temps en temps un temple coloré distrait de cette monotone uniformité. A l’heure théorique d’arrivée nous sommes encore à une centaine de kilomètres de Thakhaek. Le soleil se couche, nous terminons de nuit. Dès que nous avons récupéré les sacs, nous sautons avec d’autres touristes dans un tuk tuk, direction le centre-ville et l’hôtel, le Sooksomboon,  où nous avons réservé une chambre. Il se trouve sur les bords du Mékong, au calme semble-t-il. C’est une ancienne demeure coloniale, l’intérieur est aussi accueillant qu’un poste de police, son ancienne raison d’être… La chambre est vaste, haute de plafond et sinistre ; l’ameublement disparate doit provenir d’un marché aux puces et le lit d’une largeur inquiétante, à se perdre dans la nuit… Nous ressortons, affamés, pour dîner. Nous n’avons pas eu le temps à la gare routière d’acheter quelque chose pour déjeuner. Un restaurant en plein air jouxte l’hôtel, ce n’est pas le Coréen attendu mais nous ne voulons pas chercher plus loin. Les lumières sont tamisées, déchiffrer la carte en blanc sur fond vert est une épreuve, nous commandons tout de même trois plats ce qui paraît bizarre au serveur qui nous redemande à plusieurs reprises ce que nous avons choisi. La musique de plus en plus forte interdit toute conversation, on ne s’entend même pas mastiquer ! La salade laap au poulpe est trop pimentée pour Marie, le riz frit est ordinaire et le poisson du Mékong un peu trop cuit. Pas un dîner mémorable. Courte promenade le long du Mékong avant de regagner notre vaste cellule.

 

Samedi 24 janvier : D’abominables moustiques ont osé s’introduire dans la chambre et sont venus troubler notre sommeil. Occasion de nous rappeler que nous devons prendre des précautions… Je laisse Marie terminer sa nuit et à neuf heures je vais à pied à l’office du tourisme, à un bon kilomètre, par des rues larges et peu fréquentées. On m’y donne l’adresse d’un possible loueur de voitures, dans le centre. Je m’y rends en découvrant la rue principale de ce qui était autrefois le centre de la ville. Il en reste quelques maisons très classiques avec le commerce au rez-de-chaussée et à l’étage les pièces d’habitation sous un toit de tuile, d’allure bien française. 

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Je suis tout de même un peu déçu par leur faible quantité mais la « ville » coloniale ne devait pas être très étendue non plus. Je trouve un minibus à louer pour 85 $ par jour mais avec chauffeur dont j’aurais préféré me passer. Je reviens à la chambre faire un compte-rendu à Marie qui finit de se préparer. Nous longeons les berges du Mékong, atteignons la croquignolette place entourée d’anciennes maisons de commerce mais dont la fontaine est cachée par d’immondes bâches sous lesquelles des étals proposent des vêtements, des chaussures et divers objets en plastique, encore aucun artisanat frelaté pour les touristes, patience ! Un beau banian plonge ses racines dans les berges du fleuve en contrebas et étend son ombre sur la route. Nous commandons un thé et des toasts grillés avec de la confiture dans une gargote au bord de l’eau. Nous avons droit à une tasse de thé vert insipide et à des tranches de baguette grillées avec une coupelle de lait concentré sucré en guise de confiture. Il est difficile de se faire comprendre par les gamines qui servent et qui ne parlent pas un mot d’une langue étrangère. Nous longeons les rives agréables et calmes puis revenons sur la place par des petites rues entre des maisons de bois dans la verdure. Nous confirmons la location du minibus et rencontrons un autre couple de Français, intéressés à partager cette location. Nous réservons une chambre pour le retour au bel hôtel Inthira puis allons déjeuner sur les bords du fleuve dans une autre gargote.

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Ce n’est pas cher et ce n’est pas bon… Les berges sont couvertes de détritus, la crue se chargera du nettoyage… Nous affrétons un tuk tuk pour nous rendre à la grotte du Bouddha. Nous sortons de la ville alors que tous font la sieste, la route se dirige vers les massifs karstiques qui sortent lentement de la brume. Nous continuons par une bonne piste mais nous devons terminer à pied sous un soleil pénible jusqu’au site de la grotte. Elle est au-dessus d’un lac entouré de pitons, un escalier de béton conduit à son entrée. Il faut se glisser péniblement dans la cavité pour découvrir une vaste salle au milieu des stalactites où plus de deux cents effigies de Bouddha ont été récemment découvertes. Le lieu est fréquenté par des dévots qui viennent se faire bonimenter le futur. Pas question de prendre des photos, Bouddha serait fâché… Nous rentrons à Thakhaek et cherchons, dans les petites rues autour de la place, les boulodromes. Le Laos, et d’autres pays à travers le monde, ont au moins conservé deux acquis de notre culture : la baguette de pain et la pétanque.

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Nous nous reposons avec des boissons devant deux terrains de « petang » où quelques jeunes hommes pointent, tirent avec beaucoup d’habileté entre deux verres de bière. D’autres hommes, plus fortement imbibés les rejoignent, s’intéressent vite à nous et tentent de se faire payer des bières, pour « le sport »… Nous revenons à l’hôtel en longeant une fois de plus le Mékong, alors que le soleil nous joue une « impression, soleil couchant » derrière un temple de la rive thaïlandaise.

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Je me connecte pour réserver une chambre à Savannakhet. Nous ressortons pour aller dîner en traversant la cour d’un temple où semble se dérouler une cérémonie funéraire, des femmes sont accroupies devant une grande urne blanche avec le portrait du supposé défunt, des proches banquettes sur des tables dans la cour et d’autres jouent aux cartes. Nous dînons au restaurant de l’hôtel Inthira, les plats ne sont pas très copieux, salade de crevettes crues, saucisse locale et poulet en feuille de bananier, la sauce fort pimentée est servie à part, je quitte la table une fois de plus au bord des larmes… Retour à la chambre par des rues guère animées pour un samedi soir.

 

Dimanche 25 janvier : Réveillés à temps, nous refaisons les sacs puis nous allons prendre un vrai petit déjeuner avec thé, toasts et confiture de fraise dans un petit café tout proche. Le chauffeur nous attend, il ne parle pas anglais, encore moins français et n’est pas très porté sur les sourires… Nous allons chercher Floriane et Gilles qui nous accompagnent dans cette virée. Nous avons de la place dans ce minibus pour 15 ! Nous prenons la route, celle de la veille, qui se rapproche des massifs karstiques, toujours perdus dans la brume. Nous arrêtons bientôt et partons à pied dans une rizière à sec pour approcher de la falaise, longer un calme ruisseau aux eaux vertes qui surgit d’une grotte. Nous nous y enfonçons en enjambant des rochers, nous faufilant entre des blocs rugueux, glissant dans le sable. Marie renonce à poursuivre, le sentier n’est pas du tout aménagé. Je continue, traverse le ruisseau sur des troncs d’arbre, crapahutant dans les éboulis vers le fond de la grotte, bientôt dans l’obscurité mais j’aperçois bientôt une lueur, celle d’un débouché sur un autre versant du piton. Je découvre un beau plan d’eau entouré d’une épaisse végétation.

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Le ruisseau s’enfonce sous la roche et disparaît dans le noir. Je reviens retrouver Marie, retour au minibus et nous continuons. Nos compagnons sont de bonne composition et bien entendu nous parlons vite d’autres destinations… Nous arrêtons ensuite dans le village de Mahaxai, à l’écart de la route, au bord d’une rivière. Nous nous promenons entre les maisons en bois sur pilotis, de plus en plus souvent en béton, visitons le joli temple, sa pagode à toits superposés et ses représentations toujours aussi kitsch de personnages et d’animaux. 

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Derrière la belle et imposante maison qui héberge les moines, deux longues pirogues dont une décorée attendent les jours de cérémonie sous un hangar. Nouvelle étape jusqu’au lac de barrage de Nam Theun. Les troncs des arbres morts forment de sinistres pieux sur lesquels nous ne voyons aucun oiseau perché ! La route devient piste et passe sur des digues entre les zones inondées. Parfois la forêt primaire vient buter sur son tracé mais alors la poussière soulevée par les véhicules recouvre les branches et les maisons des villages que nous traversons. Je n’apprécie que modestement le paysage et faute de tenir le volant je ne puis régler la vitesse, ralentir ou accélérer quand je le souhaiterais et même m’arrêter. Comme toujours avec un véhicule de location avec chauffeur, c’est ce dernier qui décide du rythme… Nous sommes tôt à Lak Sao et décidons de continuer. Le chauffeur s’envole sur la route retrouvée, Marie tente de le modérer mais il continue sans se poser la question de savoir pourquoi nous avons voulu passer sur cette route, le paysage doit lui paraître sans intérêt. Nous arrêtons au pont de Tha Bak pour contempler dans l’eau de la rivière les curieuses pirogues taillées dans d’énormes obus américains datant de la guerre du Vietnam.

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Nous arrivons à Ban Khoun Kham où nous avons décidé de passer la nuit. Nous nous faisons déposer au Sainamhai Resort où nous avons les deux derniers jolis bungalows en bois sur pilotis. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant, un grand pavillon au-dessus de la rivière et y attendons l’heure de dîner. Nous dînons copieusement de plats dignes d’un restaurant asiatique de France, sans originalité, pour une clientèle occidentale.

 

Lundi 26 janvier : Il n’a pas fait très chaud cette nuit sous la mince couette et faute d’un grand lit, nous n’avons pu nous tenir chaud. Nous allons prendre le petit déjeuner, sur la très agréable terrasse au-dessus de la rivière. Un tel lodge en Afrique coûterait beaucoup plus cher surtout avec quelques hippopotames dans l’eau et autres animaux venus se désaltérer au marigot… Nous repartons et arrivons bientôt à Kong Lo. Nous payons le très modique droit d’entrée dans le parc, au pied des montagnes, et nous nous garons au bord d’une jolie rivière. Nous louons une pirogue pour nous deux, Floriane et Gilles font de même. On nous affuble de gilets de sauvetage et nous suivons notre jeune piroguier. Nous devons d’abord marcher dans le sable et le gravier de la rivière, découvrir l’entrée de la grotte d’où sourd l’eau au pied de l’impressionnante falaise et y pénétrer.

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Nous montons à bord d’une étroite pirogue en bois mue, non pas à la pagaie comme je le pensais naïvement, mais au moyen d’un moteur et d’une hélice « longue queue ». Nous nous enfonçons dans l’obscurité la plus totale, avec pour seul éclairage les lampes frontales de notre piroguier et celles qu’on nous a prêtées. Nous avançons sous une voûte presque parfaite d’où se sont détachés des rochers entre lesquels il faut louvoyer. Nous parvenons à une zone éclairée pour mettre en valeur quelques stalactites et stalagmites. Nous débarquons pour suivre un sentier aménagé qui nous fait passer entre les concrétions. Nous ne sommes pas très amateurs de ces fantaisies de la nature et Marie peste, souffle râle, regrette d’être venue là… Nous remontons dans notre pirogue après avoir pataugé dans l’eau et continuons d’avancer en essayant de deviner les parois du tunnel. Nous devons encore une fois quitter notre embarcation, glisser sur les roches et avancer de quelques mètres pendant que notre batelier fait franchir, en le hissant, une zone de rapides à son esquif. Dernière étape pour parvenir à la sortie, retrouver une belle lumière et une épaisse végétation sous les falaises à pic. 

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Nous arrêtons peu après et avons le droit d’aller nous dégourdir les jambes devant les étals de quelques marchandes de tissus. Nous revenons plus rapidement par le même chemin, sans nous arrêter aux stalactites. La promenade nous a pris trois heures, agréables mais sans plus. Il y manque les Bouddhas qu’en Birmanie nous y aurions vus inévitablement. Nous déjeunons dans une gargote indiquée par le chauffeur en compagnie d’une famille de Français sur les routes depuis plusieurs mois et qui font la classe à leurs enfants. Plats basiques, pas chers. Nous sommes au milieu de champs de tabac, heureuses taches de verdure que nous apprécions au milieu de ces rizières sèches et de ces falaises où s’accrochent des buissons roussis. Je regrette vivement que nous n’ayons pas retenu la leçon de la Birmanie et que nous n’ayons pas choisi une autre saison pour venir. Nous prenons la route du retour avec une dernière halte à un col pour une vue magnifique, bien que dans la brume, sur des roches déchiquetées qui se détachent, en plans successifs, les unes sur les autres. 

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Nous sommes de retour peu avant la nuit à Thakhaek. Nous devons régler le plein d’essence. Nous laissons Gilles et Floriane à leur hôtel et le chauffeur nous dépose à l’Inthira hôtel où nous avions réservé une chambre. Nous lui donnons un pourboire et nous nous installons dans une chambre décevante, très bien aménagée mais avec des lits séparés et une vue sur les toits… Je repars aussitôt pour aller régler la location de la voiture et croise dans l’escalier de l’hôtel le chauffeur et le loueur, affolé, venu se faire payer… Je réserve le bus pour demain pour Savanakhet et sur internet une chambre à Paksé. Puis je découvre que la fête à Champassak a lieu plus tôt que prévu et qu’il nous faudrait donc modifier nos dates de réservation. Nous ressortons pour dîner et finissons par revenir, contre mon gré, nous installer au restaurant de l’Inthira. Nous commandons des plats qui se révèlent meilleurs que je ne le craignais et notamment des nems que je juge délicieux. Mais nous avons eu bien raison d’y dîner car l’un des responsables de l’hôtel vient nous faire la conversation. Il parle parfaitement français, nous lui expliquons notre problème de date à Champassak, qu’il règle en un coup de téléphone ! Nous regagnons la chambre puis je redescends écrire à une table sur la rue.

 

Mardi 27 janvier : Nous sommes réveillés par les gargouillis intempestifs de la plomberie puis par les travaux en cours pour l’agrandissement de l’hôtel. Un copieux petit-déjeuner nous fait pardonner ces désagréments. Peu avant dix heures un tuk tuk, cette fois-ci je m’assure qu’il s’agit bien de celui attendu, vient nous prendre et nous dépose à la gare routière, presqu’à la campagne. Nous montons aussitôt, seuls touristes à bord d’un bus ordinaire mais dont les rideaux, toujours festonnés, sont bleus… Je vais acheter quelques fruits, des longanes et de petites bananes, pour le voyage. Nous partons à l’heure pile. La route continue de suivre le Mékong sans que nous ne l’apercevions jamais. Le paysage est toujours aussi désespérant, rizières asséchées, villages sans charme et détritus tout au long de la route. Les sacs plastiques et les emballages en polystyrène jonchent les rues, les routes, les champs, les bords des rivières. Au grand prix du pays le plus pollué par ses déchets, le Laos serait très bien placé… Nous avançons à bonne allure et après trois heures de route pour 125 kilomètres, nous sommes rendus à la gare routière de Savanakhet. Aussitôt un tuk tuk nous propose un tarif honnête pour nous déposer à l’hôtel de notre choix. Nous avions réservé au Leena guest house mais le trouvant un peu éloigné du centre, nous nous faisons déposer au Souannavong guest house. Mais les chambres y sont si minables que je pars à pied, laissant Marie à la garde des bagages. Il fait très chaud, beaucoup plus qu’à Thakhaek et je commence à transpirer dans les rues désertes à cette heure. L’hôtel que nous aurions aimé occuper est en travaux. Dommage, dans une belle maison coloniale refaite à neuf et à proximité de la place centrale occupée par des maisons anciennes, rénovées pour certaines, nous y aurions été bien placés. Ma première impression de Savanakhet est plus positive qu’à Thakhaek, le nombre de maisons coloniales y est plus important et des ensembles dans quelques rues ont beaucoup de charme.

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Je cherche ensuite le Leena guest house, une bonne marche, plus que je ne le pensais, m’y amène. Pas trace de notre réservation, néanmoins nous pouvons avoir une chambre nettement plus agréable que celles du Souannavong. Je donne mon accord et reviens chercher les sacs et Marie. Je sue à grosses gouttes à trimbaler notre paquetage au rythme lent de Marie. Je ne suis pas très heureux de constater qu’on nous applique le tarif des chambres réservées alors que le tarif normal est inférieur mais le patron qui a retrouvé notre réservation ne veut pas en démordre et nous n’allons pas discuter pour quelques malheureux dollars. Nous nous octroyons une courte sieste en utilisant pour la première fois la climatisation. Nous repartons à pied dans le centre-ville en passant par le Vat Rattanalangsi, très coloré bien entendu, et fraîchement repeint. Le fronton du temple principal, pas encore ripoliné, surmonté de têtes de dragons de bois stylisées, nous paraît plus intéressant que le reste. Marie est pressée, elle voudrait passer à l’office du tourisme mais, à son grand désespoir, il vient de fermer. Nous allons contempler les berges du Mékong, occupées, comme à Thakhaek, par des gargotes, plus nombreuses mais avec moins de charme. Nous revenons vers la place et continuons par d’agréables petites rues que bordent des commerces, ouverts sur la rue, où la télévision fonctionne en permanence. Les plantes vertes dans des pots de toutes tailles débordent sur les trottoirs, l’orchidée est des plus communes.

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Nous allons prendre, épuisés, un pot dans un café, Lin’s, gentiment aménagé mais Marie casse un verre et on ne manque pas de nous le facturer… A l’étage une salle présente une petite exposition sur le passé de Savanakhet et toutes les maisons anciennes y sont recensées sur un plan. Nous n’avons plus trop le courage de marcher encore bien que le soleil décline et que l’air fraîchisse. Je pars à la recherche d’un restaurant coréen mais lui aussi a disparu, longue marche dont j’aurais pu faire l’économie. Beaucoup de maisons arborent fièrement le pavillon national. Quelques-unes, les plus  riches le plus souvent, y ont ajouté un drapeau rouge marqué d’une faucille et d’un marteau, sans doute une marque d’appartenance au Parti… Je reviens par les bords du Mékong, retrouve Marie qui m’attendait sagement sur un banc. Nous ne savons pas trop où dîner faute d’un établissement qui proposerait une authentique cuisine laotienne et non les éternels fried rice et fried noodles pour touristes sans imagination. L’absence de tuk tuk dans les rues à cette heure, nous contraint à rentrer à pied et finalement à dîner à l’hôtel de fried noodles et fried vegetables… 

 

Mercredi 28 janvier : Bonne nuit, au début en profitant de la climatisation puis nous nous en passons au petit matin. Nous prenons le petit déjeuner à la guest house puis après en avoir vainement marchandé un premier, nous partons avec un second tuk tuk pour le stupa de Vat Hin Hang à quelques kilomètres. A l’intérieur d’une grand enceinte dont les niches des murs sont intérieurement pourvues de Bouddhas tous identiques et dorés, se dresse un stupa, un peu trop cimenté mais il est l’objet de la ferveur des fidèles qui comme à l’habitude viennent déposer des offrandes de fleurs et de fruit.

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Ses quatre faces présentent sur plusieurs niveaux des figures plutôt laides de Bouddha et autres personnages. De vénérables moines se tiennent dans un pavillon ouvert à la disposition de ceux qui se posent des questions métaphysiques ou, plus sûrement, matérielles. A l’extérieur un long serpent de béton couronne un mur sur quelques dizaines de mètres

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Nous revenons et nous nous faisons déposer à proximité de l’office du tourisme mais il est encore fermé… Nous tournons dans les rues environnantes, examinant les anciennes maisons de marchands chinois puis rendons visite au Vat Sayamungkun, toujours beaucoup de dorures et de couleurs, surtout du rouge. Nous revenons vers la place centrale et jetons notre dévolu pour une gargote de plein air qui a installé des tables et des chaises de plastique sous une toiture de tôles ondulées. Nous nous faisons servir des demi-poulets grillés ainsi qu’une salade de papaye verte, pas trop pimentée mais Marie n’y touche pas. Pas de bière, nous devons nous contenter d’eau. Il fait trop chaud pour nous promener. Nous rassemblons nos dernières forces et au plus fort de notre courage nous parvenons à nous traîner une centaine de mètres jusque sur les bords du Mékong où nous nous affalons sur des chaises plastiques pour boire le lait d’une noix de coco ou un soda en regardant couler lentement les eaux brunes. Nous allons jusqu’au Vat Sainyaphum où de magnifiques arbres dispensent une ombre bien venue. Quelques pavillons et temples sont éparpillés dans la verdure. Des écureuils, des mainates et d’autres oiseaux sont enfermés dans des cages, ce qui nous paraît bien peu bouddhiste… 

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Nous repartons par les rues toujours aussi peu animées et après être allés consulter la carte d’un restaurant français, nous rentrons à pied à l’hôtel. En passant nous revoyons le Vat Rattanalangsi où nous trouvons le Bouddha couché, tout neuf semble-t-il, enfermé dans un pavillon derrière des vitres, pas très beau. Nous nous reposons à la chambre puis je ressors à la recherche d’un restaurant pour ce soir mais en vain. Je m’installe pour rédiger mon pensum journalier, pour le plus grand régal des moustiques qui s’en donnent à cœur joie. Marie est fatiguée, épuisée, à bout de force mais elle n’a pas envie de dîner encore à la guest house. Un couple Belgo-vietnamien nous a parlé d’un restau vietnamien dont la localisation est très imprécise mais elle a envie d’y aller. Nous voilà repartis. Le restaurant cherché n’est pas là où il devrait être, nous en trouvons un, fermé. Au point où nous en sommes nous continuons jusqu’au Lin’s Café, fermé ! En désespoir de cause nous dînons, un peu plus loin, sur la place centrale au Lisa’s Café. Marie se déclare contente, c’est le principal… Il faut encore revenir par des rues désertes à huit heures et demie.

Jeudi 29 janvier : Réveil perclus de douleurs, muscles et os se rebellent contre les tortures que je leur inflige depuis quelques jours. Après le petit-déjeuner, le même que la veille mais au lieu de nous faire servir un thé, obligatoirement vert, nous avons demandé des tasses d’eau chaude et avons utilisé un de nos sachets Lipton ! Un tuk tuk francophone nous conduit, très en avance, à la gare routière où nous attendons de prendre le bus pour Pakse. Nous descendons régulièrement et sûrement de catégorie à chaque voyage. Les deux précédents étaient des bus « VIP ». Pas celui-ci, passablement défraîchi, avec une climatisation naturelle obtenue en laissant la porte ouverte même en roulant. Le chauffeur est fou amoureux de son avertisseur sonore qui ne le lui rend pas et hurle à chaque fois qu’il tente une main baladeuse un peu trop appuyée, c’est-à-dire en permanence ! C’est un omnibus qui s’arrête à la demande pour charger ou débarquer des passagers. La circulation est très peu dense ce qui nous autorise une honnête moyenne de 50 km/h. A un arrêt, montent des vendeuses de brochettes, sans doute des Vietnamiennes à voir leur grand chapeau de paille coniques. Certaines sont emmitouflées, portent même des gants. Elles sont presque plus nombreuses que les passagers, gênant ceux d’entre eux qui veulent descendre et les empêchant de remonter quand, à l’impérieux coup de klaxon, elles essaient, à leur tour, de descendre… Quelques-unes feront avec nous quelques kilomètres avant d’y parvenir à l’arrêt suivant. Le paysage est inchangé, les bords de route et les champs proches couverts de sacs plastiques. Nous arrivons au bout de cinq heures de route à Pakse. Nous sautons du bus et continuons avec un tuk tuk qui pour justifier son prix, nous fait faire le tour de la ville avant de nous déposer au Phi Dao où nous avions réservé une chambre. Nous sommes bien attendus mais la chambre qu’on nous attribue a une climatisation défaillante, on tente de nous installer dans une autre sans fenêtre puis dans une troisième où le lit occupe toute la place. En colère, je demande le remboursement, ce qui ne pose aucun problème et je repars à la recherche d’une chambre. Vite trouvée à une cinquantaine de mètres, à peine moins confortable, au Langkam Hôtel. Je me connecte, non sans mal, dans le hall, pour ne pas trouver de message de Julie… Nous ressortons et allons nous renseigner sur les possibilités de location d’une voiture sans chauffeur. Yves, un très sympathique Belge, installé à Pakse et connu comme la providence des voyageurs nous informe sur les tarifs. Nous ne décidons rien sur le moment, nous aviserons demain. Nous allons prendre un pot à la terrasse, très agréable de l’hôtel que nous avons fui, discutons en échangeant quelques informations avec d’autres francophones. Le nombre de touristes est particulièrement important dans cette ville et de ce fait le nombre de restaurants aussi. Je vais en repérer quelques-uns, un vietnamien, un laotien et des indo-malais. Nous avons le choix. Marie a une petite préférence pour le Jasmin, juste en face de l’hôtel. On nous y sert un biriani de mouton et un ragoût de mouton tous deux très parfumés, avec un nan que je couvre de sauce à la menthe pimentée. Retour à la chambre, message à Nicole, toujours rien de Julie.

 

Vendredi 30 janvier : Marie n’a pas très envie de se lever, moi non plus, nous tardons à nous mettre en route. Sur TV5, l’émission « C’est dans l’air » d’Yves Calvi, à propos des djihadistes en France et dans le monde ne nous donne pas très envie de rentrer… Nous nous décidons à aller prendre le petit déjeuner à la terrasse du Phi Dao qui ne nous aura jamais tant vus depuis que nous en sommes partis… Nous allons voir de près le temple vat Luang, trois bâtiments, les plus anciens, à toits de tuile ont plus fière allure que le plus récent. Dans l’un d’eux, un grand Bouddha et d’autres plus petits attendent les offrandes, les murs du sim sont couverts de fresques naïves et récentes contant la vie de Siddharta Bouddha avant et après l’Illumination.

LAOS 2015 (1.- de Vientiane à Champassak )

Nous marchons jusqu’à l’office du tourisme, il commence à faire chaud et les rues sont presque désertes. Nous revenons en passant par le Pakse Hotel qui propose le soir un restaurant en terrasse avec cuisine française. Nous réservons une table pour ce soir. Nous passons par la place où se tiennent deux belles maisons anciennes, l’une transformée en hôtel, l’autre est le siège de l’association des Chinois de Pakse. 

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Nous allons déjeuner en terrasse au Kuan Moi, un restaurant avec des plats vietnamiens et en particulier des nem nuong mais servis froid ! Heureusement la sauce est très bonne et nous sortons rassasiés, à défaut d’être totalement satisfaits. Un tuk tuk nous emmène au musée provincial. Nous y sommes dix minutes en avance puisqu’il est censé ouvrir à treize heures trente. Alors que nous désespérions, une employée survient à quatorze heures et nous ouvre les portes du bâtiment. Peu de choses à y voir, au rez-de-chaussée, quelques linteaux provenant du Vat Phu, le temple khmer de Champassak, trois tambours de bronze et divers objets étiquetés en laotien, parfois en anglais. Des photos anciennes jaunissant sur les murs et les vitrines attendent toujours la prochaine tornade blanche… L’étage est consacré à la lutte anticolonialiste, à l’amitié des peuples laotiens et vietnamien et aux glorieuses réalisations du Socialisme… La visite n’a pas excédé une demi-heure… Retour à l’hôtel pour une sieste méritée. Je descends dans le hall pour bénéficier du wifi et télécharger Skype, ce à quoi je n‘avais pas pensé avant de partir. Nous ressortons à la nuit tombante et allons confirmer notre réservation d’une voiture auprès d’Yves, en essayant d’établir un planning. Nous allons ensuite faire un tour au marché central. Les marchands de fruits n’ont ni mangoustans ni ramboutans et dans la partie « shopping center » ne se vendent que des vêtements ou des chaussures modernes, rien qui ne nous intéresse. Dans une boutique nous trouvons quelques tissus intéressants, des tabliers de l’ethnie Môn mais les prix ne baissent pas autant que nous le voudrions. 

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Nous nous rendons au Pakse Hotel où, au sixième étage, sur la terrasse dominant toute la ville et, croyons-nous deviner, le Mékong, nous nous attablons pour un repas inhabituel puisque nous commençons par commander deux cocktails puis enchaînons par des plats où se mélangent influences françaises et asiatiques : beignets de crevettes sauce tamarin et oignons confits, poulet farci au crabe et poisson farci au gingembre et champignons chinois, bonne cuisine, rien d’exceptionnel même si l’addition avec une bouteille de Côte du Rhône blanc dépasse les sommes habituelles… Retour à la chambre pour digérer…

 

Samedi 31 janvier : Lever à peine plus matinal. Toujours pas de nouvelles de Julie… Petit-déjeuner identique à celui de la veille, pris au même endroit. Nous commençons à avoir des habitudes… Nous nous rendons au grand marché de Daohuang en tuk tuk. D’immenses halles débordent sur la place, les marchandes à l’extérieur sont installées sur le sol pour vendre légumes et fruits connus et inconnus : bananes, noix de coco, mangues, papayes, pitayas, fruits de la passion, corossols, raisins, pommes, citrons verts, mandarines, jacques, oignons, tomates, persil, menthe, citronnelle, herbes et feuilles étranges et odorantes et bien d’autres encore.

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Plus loin ce sont canards, poulets, grenouilles minuscules et malheureux pigeons, poissons-chats, carpes dans des bassines oxygénées. Dans les viandes c’est le porc qui domine, leurs têtes posées sur les étals. Dans de grandes bassines, marinent des morceaux de poisson qui font une saumure odorante, le paa daek, le nuoc mam du Laos. Une halle est consacrée aux vêtements modernes : jeans, blousons, chaussures et plus classiques : jupes droites tissées de fils dorés et corsages ajustés aux couleurs vives. 

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Après en avoir arpenté les allées, nous nous rendons sur les bords du Mékong, peu animés. Le trafic routier passe sur le long pont dit « japonais » et va se perdre dans la brume sur l’autre rive. Quelques caboulots sont installés en surplomb des berges mais il est trop tôt pour déjeuner, nous nous contentons d’un soda en regardant glisser de rares barques. Nous retournons au marché, traînons entre les étals et décidons d’y déjeuner. Deux ping kaï, cuisses de poulet grillées, avec une bière fraîche font notre repas à une des longues tables communes des gargotes regroupées à l’entrée d’une des halles. Nous nous mettons en quête d’un tuk tuk pour nous rendre sur deux sites à quelques kilomètres. Le premier que nous arrêtons n’est pas intéressé mais il va chercher un de ses collègues avec qui nous mettons d’accord, pour un prix inférieur à celui indiqué par la redoutable Miss Noy, la patronne d’Yves le Belge, que je verrais bien dans un film de James Bond, non pour sa plastique mais pour son inflexible sens des affaires… Nous reprenons la route du Nord puis au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous tournons pour le village de Ban Saphai. Nous aboutissons sur les bords du Mékong, sous des arbres à l’ombre bien venue. Aussitôt nous embarquons sur une barque à moteur qui nous fait traverser jusqu’à l’île de Don Kho. Remonter sur la berge, sur un escalier branlant, aux marches étroites, est un exercice dont Marie se serait bien passé. Elle se remet de ses émotions puis nous suivons le chemin qui longe la rive et sert de rue principale au village endormi. Il n’est formé que d’une seule rangée de maisons traditionnelles, en bois, à un étage, sur pilotis. Au rez-de-chaussée, sous la maison proprement dite, des métiers à tisser sont installés, quelques femmes s’y activent. 

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Derrière, les rizières semblent abandonnées, écrasées de soleil. J’abandonne Marie et continue à la recherche du cimetière dans la forêt… Je dois traverser les rizières, bien entendu sans ombre, puis chercher mon chemin dans une forêt de bambous aux pieds desquels des termitières grandissent, puis de tecks. Je parviens à la pointe de l’île sans avoir vu de tombes. Il me faut encore revenir en traversant cette forêt dense sans avoir pu prendre de repères ni avoir joué au petit Poucet. Après m’être battu avec les broussailles, je trouve un sentier qui me ramène dans les rizières et bientôt à Marie. Nous jetons un œil au vat avec une belle collection de statues naïves en béton qui me rappellent celles du Ghana ! Nous reprenons la barque puis le tuk tuk, revenons vers Pakse. Nouveau détour pour le temple de Vat Chomphet. Un ensemble de bâtiments de style ancien ou carrément moderne et en arrière un gigantesque Bouddha aux pectoraux de béton, entouré de représentations du même mais de plus petite taille, tous bien dorés. 

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Nous pouvons pénétrer sous la construction, déambuler sous les fesses du divin Seigneur et nous y faire bénir par des nonnes au crâne rasé. L’une d’elle tient à attacher au poignet de Marie un bracelet de coton, tout en récitant des paroles propitiatoires, avant de lui faire glisser les mains sur un énorme gong jusqu’à le faire résonner.

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Ainsi placés sous les meilleurs auspices, nous nous dirigeons vers le temple d’où sortent des litanies relayées par des haut-parleurs. Nous nous déchaussons et allons respectueusement nous glisser derrière une assemblée de braves dévotes, assises en tailleur, face à un moine qui, depuis une chaire, récite des mantras dans un micro. 

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Toutes ces gentilles petites vieilles aux chignons bien tirés qui ont mis leurs plus belles tenues, corsages brodés, écharpes de dentelle, se disputent nos poignets pour y attacher, en marmonnant des vœux, d’autres bracelets… 

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Dans le fond un vénérable, un instant distrait par notre venue, retourne à sa somnolence digestive. Nous allons regarder travailler des sculpteurs de pierre qui taillent des Bouddhas avant de les peindre. Il s’en trouve de toutes tailles et à toutes les étapes du processus. Enfin nous rentrons à Pakse, notre chauffeur nous dépose devant l’hôtel. Je vais réserver auprès d’Yves le bus pour nous rendre à Champassak demain. Une sieste en climatisé est bienvenue. Je l’interromps pour descendre me connecter et trouver enfin un court message de Julie qui nous rassure néanmoins. Je remonte me reposer avant que nous n’allions dîner dans le beer garden de l’hôtel Sala Champa. Nous sommes au frais et nous commandons un repas laotien avec un laab de poisson servi comme il se doit avec des feuilles de menthe, de coriandre, du jus de citron vert, du paa dek, et évidemment du piment. Les saucisses sont excellentes, bien parfumées et enfin nous avons trouvé ce plat qui fait le bonheur de Julie et que nous avions goûté à Paris : du riz croustillant, boulettes de riz soufflé mélangées avec de la saucisse et des arachides, servies avec des feuilles diverses et une sauce sucrée. Excellent repas d’autant que nous avons aussi eu droit à des bières pression. Retour à la chambre pour une nuit de repos mérité.

Dimanche 1er février : Nous nous levons à six heures trente pour être prêts avant huit heures, heure à laquelle le « bus touristique » doit venir nous chercher et nous emmener à Champassak. En finissant de refaire les sacs, je m’aperçois que j’ai oublié mon blouson dans l’armoire de la chambre du Phi Dao que nous avions quitté faute de climatisation. Je descends les sacs et me précipite au Phi Dao. Bien entendu pas trace de mon blouson et ceux qui occupent la chambre n’étant pas encore sortis, il n’est pas possible de vérifier s’il s’y trouve encore… Un minibus vient nous chercher, nous sommes presque les seuls passagers. Nous n’allons pas loin, au prochain carrefour. Là, nous devons monter dans un bus normal. Pas pour longtemps, on nous fait redescendre et diriger vers un autre minibus mais je n’ai pas de place, un jeu de chaises musicales s’installe et je finis par occuper un siège, à côté de Gilles et Floriane qui font le même parcours. Cette fois nous sommes partis ! Le trajet est court, une trentaine de kilomètres, les plus chers du voyage, mais les touristes sont prêts à payer… Nous sommes restés sur la rive orientale du Mékong et nous allons donc devoir passer sur l’autre rive dans une barque après une marche pénible dans le sable avec les sacs. De l’autre côté un tuk tuk nous emmène à Champassak même, la localité semble agréable, alanguie dans la verdure le long du Mékong. Nous avons bien une chambre réservée à l’hôtel Inthira, dans l’un des deux bâtiments coloniaux restaurés et transformés en hôtel de charme. C’est bien la première fois que nous pouvons fréquenter ce type d’hébergement, généralement interdit à notre porte-monnaie… La chambre, bien qu’en retrait, a vue sur le fleuve, le sol est de larges planches sombres et a été plutôt joliment aménagée même si des détails laissent à désirer. Je me connecte à la réception, le wifi ne fonctionne pas dans la chambre, contrairement à ce que m’a assuré le réceptionniste. Message de Julie plus détaillé et nouvelles de Mireille qui nous souhaite la Bonne Année juste à temps… Nous déjeunons en compagnie de Gilles et Floriane qui se régalent d’une pizza à la banane et aux ananas !!! Nous prenons des plats plus classiques pour le Laos, un pad thaï et un risotto. La cuisine se veut « fusion » ce qui semble signifier plats locaux édulcorés pour les accommoder au supposé palais occidental… Nous partons en tuk tuk pour le Vat Phu avec nos compagnons de rencontre. Ils nous abandonnent dès que nous sommes arrivés au parking. Y stationnent tous les véhicules qui ont amené les fidèles, curieux, jeunes en quête d’amusements pour cette fête à l’occasion de la pleine lune de février et qui doit durer trois jours. Nous remontons l’une des allées qui longent le baray, ce bassin en eau que l’on trouve dans tous les grands sites khmers. Nous ne savons pas exactement ce qui doit se passer aujourd’hui, on nous a parlé d’inauguration de la fête sans avoir pu en savoir plus. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner, il fait très chaud, le baray est très long… Tout au long sont installés des stands, principalement de nourriture mais aussi des marchands de jouets, de quincaillerie, de vêtements, etc… Nous apercevons des éléphants que leurs mahouts éloignent. A l’extrémité du bassin commence une chaussée couverte de dalles irrégulières, bordée de pierres dressées en forme de lotus. Nous devons acquitter un droit d’entrée au temple, 35000 kips pour les étrangers, 5000 pour les locaux… Encore une longue marche sous le soleil, sans ombre, jusqu’aux deux pavillons qui flanquent l’entrée des ruines du site. On me réclame un droit de photographier que les Laotiens ne doivent certainement pas régler alors qu’ils sont tous à se prendre en photo partout en prenant des poses stéréotypées. Je refuse de payer et éteint l’appareil pour le rallumer plus loin. Nous découvrons alors de superbes frontons et linteaux sculptés avec des représentations des divinités hindous, Shiva, Parvati, Vishnou, Nandi, etc… 

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Les deux grands pavillons rectangulaires de l’entrée ont des murs percés de fenêtres carrées fermées par des balustres identiques à ceux des temples du Cambodge. Le Vat Phu n’est pas aussi prestigieux qu’Angkor certes, mais j’aime retrouver ici, ces traces du rayonnement khmer. Nous nous promenons à l’intérieur des deux pavillons, franchissons les portes par de hautes marches. 

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Les promeneurs sont partout, les papiers gras aussi. Ce ne sont certainement pas les meilleurs jours pour visiter le site… Des offrandes et des cierges sont déposés devant des statues brisées ou un dvarapala de pierre, ceint d’une robe safran et protégé du soleil par une ombrelle, les gens se recueillent, mains jointes pour une courte prière. Nous achetons une bouteille d’eau à l’une de ces marchandes qui ont flairé la bonne occasion de gagner quelques milliers de kips en acheminant boissons, glacières, biscuits, quelques chaises et parasols, au sommet des escaliers aux marches inégales. La vue porte sur tout le site et le fourmillement humain qui grouille sous les tentes aux couleurs de marques commerciales. Quelques moines s’égarent dans les ruines, taches orangées facilement repérables. 

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Nous ne montons pas jusqu’au sommet et décidons de redescendre vers le lieu où m’assure-t-on, va être procédé à l’inauguration des festivités. Après avoir traversé une kermesse bruyante où l’on s’affronte à grands renforts de décibels, nous atteignons une vaste place où les curieux s’agglutinent. Heureusement les autochtones ne sont pas de grande taille et nous pouvons apercevoir, en nous en approchant, des jeunes femmes habillées de costumes dorés qui se déhanchent à la manière des danseuses des ballets royaux khmers. 

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Les éléphants caparaçonnés sont là mais à peine parvenons-nous à la place des cérémonies qu’ils s’éloignent, quittent les lieux à bonne allure. Nous nous glissons dans la tribune officielle, personne ne s’y oppose. Nous avons alors une vue parfaite sur le défilé de troupes de danseuses, pas toujours en phase, en costumes traditionnels, puis viennent des discours pompeux, mécaniquement applaudis par toutes ces personnalités importantes… Nous n’insistons pas et revenons vers l’entrée en passant entre les marchandes de riz gluant dans des rouleaux de bambous, les grillades de poulet, les vendeuses de soupes. Notre tuk tuk revient nous chercher, nous ne sommes pas les seuls à repartir. De retour à l’hôtel, nous allons prendre un pot sur les bords du Mékong puis nous nous installons à la réception pour profiter d’internet et réserver une chambre à Don Khon. Nous nous reposons à la chambre avant de dîner à une table sur la rue à l’hôtel, d’un curry fade, servi avec des carottes et des pommes de terre, à croire qu’il n’y a ni champignons ni pousses de bambou à Champassak ! Même remarque donc que ce midi à propos des plats proposés aux touristes dans les hôtels. Marie a plus de chance avec du poisson servi en feuilles de bananier.

Lundi 2 février : Nous faisons presque la grasse matinée puisque ce n’est pas avant neuf heures et demie que nous allons prendre le copieux petit-déjeuner. Nous allons ensuite à pied dans le « centre-ville », terme un peu prétentieux pour désigner un carrefour avec trois routes qui y aboutissent et une fontaine sans eau. Nous trouvons le petit théâtre où sont données, en alternance, une soirée de marionnettes traditionnelles et la projection du vieux film de Cooper et Schoedsack : « Chang » que nous voulons voir toutes les deux. Nous apprenons que pendant les trois jours du festival, les représentations sont données au Vat Phu. A l’office du tourisme nous tentons de savoir ce qui doit avoir lieu aujourd’hui mais les indications restent vagues, du sport, des concerts et semble-t-il une course de pirogues. Nous allons nous installer dans un de ces restaurants qui ont eu la bonne idée de construire des terrasses ombragées au-dessus du fleuve. Je retourne chercher et rapporter l’ordinateur pour que nous mettions à jour le texte du blog puis nous déjeunons à ce même restaurant,  plats classiques mais bien cuisinés et copieux. Nous nous faisons conduire, par le même tuk tuk que la veille au Vat Phu. Nous visitons le musée du site, une seule salle avec quelques beaux Bouddhas de toutes tailles et des linteaux du temple d’une belle facture... Les explications générales sont en anglais, les détaillées en français. Nous nous traînons ensuite le long du baray, à la même heure que la veille, sous un soleil féroce. Il n’y a pas grande animation sur le bassin. Une seule pirogue en vue mais l’amoncellement des détritus devient phénoménal ! 

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Nous allons patienter dans la tribune officielle déserte, mais à l’ombre, et légèrement ventilée. Le temps passe et toujours pas de course de pirogues. Je vais aux renseignements, toujours aussi vagues. Nous marchons jusqu’à l’extrémité du baray, et allons nous asseoir sur la première plate-forme du temple, à l’ombre. Nous sommes entourés de familles qui jettent tout autour d’eux… Nous apercevons sur l’eau DEUX pirogues qui semblent bien faire la course. Nous nous rapprochons, il s’agit bien de la course tant attendue… Deux et seulement deux pirogues ! Nous commençons à fatiguer de cette fête, cette foire, sans grand intérêt. Nous allons prendre un soda à une guinguette mieux équipée que les autres, on y sert de la bière avec des fontaines individuelles de cinq ou dix litres, tirée par les buveurs dans des verres remplis de glaçons. 

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Sur la scène du podium proche, commencent à répéter des jeunes filles pour un spectacle musical qui n’aura probablement pas lieu avant ce soir. Las, saouls de bruit et de soleil, nous nous en revenons vers la sortie alors que la foule de plus en plus nombreuse, arrive. Nous rentrons avec un saoung taw, une camionnette aménagée pour le transport des passagers. Nous nous installons à la réception de l’hôtel pour mettre en ligne le blog, ce qui ne va pas sans mal. Je reviens me reposer à la chambre puis nous dînons à la même table que la veille, à la grande fureur de Marie qui en avait réservé une autre. Sans enthousiasme excessif pour la carte du restaurant, nous prenons des rouleaux de printemps et le poisson en feuilles de bananier pour moi, celui qui avait tant plus à Marie hier. Elle, en manque, commande un steak frites, qui, contrairement à mes craintes, se révèlera plutôt tendre et servi saignant.

 

Mardi 3 février : Pas eu le courage de me lever à cinq heures pour retourner au temple assister à la distribution du riz aux moines… Après le petit-déjeuner nous allons voir sur la route principale, derrière l’hôtel le Vat Nyutthitham. Dans l’enceinte, trois bâtiments, deux ont un style mi-colonial, mi-bouddhiste. L’un comporte des colonnes extérieures sur tout son pourtour et un fronton en stuc aux couleurs passées, l’intérieur est abandonné et rempli d’étrons peu respectueux. Le second a un joli fronton, très ouvragé mais l’intérieur avec un Bouddha doré semble aussi abandonné.

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Le troisième, plus récent, est en activité mais sans le moindre intérêt. Nous marchons jusqu’au carrefour central et allons écrire des cartes postales, attablés sur les bords du Mékong, dans un des restaurants. Nous y déjeunons, très peu copieusement avant de revenir à la chambre pour une sieste climatisée. Nous ressortons pour sauter dans un tuk tuk et retourner au Vat Phu. Il est alors cinq heures et le soleil est devenu supportable. Nous sommes très étonnés car en ce jour supposé être le plus important, les allées sont presque désertes, des commerçants plient bagages, laissant le terrain couvert d’immondices. Nous nous demandons combien de temps il faudra aux équipes de nettoyage pour rendre au lieu un aspect présentable. Nous repérons une toile d’écran entre les deux podiums. Je vais me renseigner, il s’agit bien du lieu des représentations du théâtre d’ombre et de la projection de « Chang » mais l’employé de la troupe qui me renseigne est incapable de me préciser l’heure de la représentation ni son contenu. Je laisse Marie assise à la tribune d’honneur inoccupée et vais voir si les évènements se précisent du côté du temple. Bonne nouvelle, plus de contrôle des billets, l’entrée est libre. Des lampes à mèche ont été installées sur les bâtiments du temple, aux portes et fenêtres, le long des murs et des allées mais ne sont pas encore allumées. Je repasse au théâtre d’ombre me faire préciser l’heure éventuelle de la représentation puis je vais retrouver Marie. Nous avançons en direction du temple, la nuit tombe quand nous y sommes et des employés commencent à allumer les petites lampes. Nous montons pour avoir une vue d’ensemble de l’allée centrale et des deux bâtiments balisés de milliers de points lumineux. 

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Les fidèles y ont ajouté des bougies déposées sur les pierres, les fenêtres, les marches ainsi que des bâtonnets d’encens aux lourdes et âcres vapeurs.

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Des lanternes chinoises commencent à apparaître, vendues à ceux qui, pour s’amuser ou se garantir une bonne fortune, vont les utiliser. Gros cylindres de papier de soie pourvues à la base d’une rondelle inflammable qui va chauffer l’air emprisonné et provoquer l’ascension de la lanterne. Elles s’élèvent en une pluie d’étoiles et s’éloignent lentement en un chapelet. Nous sacrifions au rituel et envoyons notre lampion dans les airs… 

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Nous retournons sur nos pas en croisant une procession de moines, suivis de fidèles mains jointes, apportant offrandes et bougies. Nous arrivons au théâtre d’ombre à temps pour assister au démontage de la structure. Le directeur, Yves Bernard, a renoncé aux représentations qui seraient inaudibles entre les deux podiums aux sonorisations surpuissantes et asphyxiantes dans la poussière des camionnettes qui passent et repassent. Nous faisons un brin de causette avec lui en espérant avoir le plaisir d’assister à une représentation un jour en France… Marie, jamais trop fatiguée quand elle en a envie, et qui a peur de rater quelque chose, tient à retourner dans le temple. Il ne s’y passe rien de particulier, la foule est de plus en plus nombreuse et l’envol des lanternes incessant, une vraie éphémère voie lactée…

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Nous revenons sur nos pas, achetons un poulet grillé, plutôt un coquelet à en croire sa taille, et allons le manger au bar près de la tribune officielle. La bière coule à flots, par cageots entiers ! Non sans effet sur les buveurs qui, éméchés, deviennent bruyants. Il ne se passe rien sur les podiums, nous nous acheminons lentement vers la sortie, foulant sacs plastiques et boîtes en polystyrène abandonnés. Nous trouvons rapidement un tuk tuk, vite rempli, et rentrons à l’hôtel. Nous achetons le DVD du film « Chang » avec l’accompagnement des musiciens de Champassak pour nous consoler.

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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 12:17

LAOS

Hiver 2015

 

Lundi 19 janvier : Réveil à sept heures. Mon horloge interne a, comme à chaque départ, bien fonctionné et j’étais réveillé avant. Petit déjeuner, derniers préparatifs. Je vais tirer des euros au distributeur et constate au retour qu’une inquiétante marque humide sort de dessous un meuble de la cuisine. Je découvre alors une petite fuite au robinet d’arrêt de la machine à laver. Une heure avant de partir ! Le robinet fermé, l’eau continue de suinter… Je vais avertir notre bonne fée de l’immeuble, la toujours secourable madame Marquès. Elle s’en occupera, surveillera et éventuellement fera venir un plombier. Peu après neuf heures nous descendons nos deux sacs et guettons le minibus de Supershuttle qui arrive presqu’aussitôt. Nous partons pour l’aéroport Charles de Gaulle en compagnie d’un Asiatique, très certainement chinois vu son manque de politesse et sa faculté à s’endormir dès que nous roulons. A la porte de Vincennes, avant de prendre le périphérique, mon regard se pose sur ce que je crois être, un très bref instant, des congères de neige sale et que je réalise être un alignement de bouquets de fleurs flétries dans des emballages plastiques. En levant les yeux, je réalise que nous passons devant l’Hyper kacher ! Nous sommes en avance pour enregistrer puis passer les contrôles, sans attendre. Nous patientons en salle d’embarquement et montons à bord une heure avant le décollage. Les passagers sont presque tous des retraités en goguette, les Asiatiques sont rares. Nous attendons impatiemment le moment du repas dans un appareil ancien aux équipements datés. Les hôtesses, bien qu’en ao daï, ne correspondent pas à mon idéal féminin  vietnamien, elles sont peu aimables et ne parlent pas un mot de français. Nous avons tout de même droit à un verre de mauvais champagne puis nous jouons à la dînette, coudes au corps pour des plats déjà exotiques : salade et crevettes légèrement pimentées. La nuit tombe vite à nous déplacer vers l’Est. Somnolence, lecture, surveillance de la rotation des aiguilles de la montre…

Mardi 20 janvier : Marie s’inquiète, elle a oublié ses bas de contention et dit s’ankyloser. Elle s’agite, s’énerve jusqu’à ce qu’elle puisse se lever et faire quelques pas dans le couloir. En guise de petit déjeuner, mais à l’heure de Paris ce serait le dîner, nous choisissons le menu local avec des nouilles et quelques lamelles de porc dans une sauce épicée. Une heure plus tard nous nous posons à Hanoi alors que le jour peine à se lever dans une épaisse brume. Nous passons dans une salle d’embarquement et attendons l’heure de l’avion de Vientiane. Nous embarquons puis décollons avec une demi-heure de retard sans rien voir de Hanoi, plongée dans une boule de brume que le soleil rend éblouissante. Nous commençons à accuser la fatigue et les paupières sont lourdes. Une heure plus tard nous atterrissons à Vientiane, également dans la brume moins dense néanmoins. Nous ne sommes pas les seuls visiteurs, un avion s’est posé en même temps que le nôtre et a débarqué une cargaison de Chinois. Nous devons remplir des documents et faire la queue pour obtenir un visa. Nous récupérons les sacs et nous revoilà au Laos ! L’ancienne aérogare, un simple hangar de la période coloniale a été remplacé par une plus moderne, aérée, respectant le style de l’architecture des temples avec des toits gigognes. Je change des dollars, à raison de 8000 kips pour un dollar, on est vite millionnaire ! Puis nous prenons un taxi au prix fixé. Nous traversons rapidement les faubourgs où les enseignes des entreprises témoignent de l’implantation de la Chine puis ce sont les bords du Mékong, derrière une haute digue, un vat à peine aperçu et nous sommes déposés à la pharmacie Palamy, en face d’un hôpital. La patronne parle français, elle nous installe dans une grande chambre, très propre, à l’étage. Il ne fait pas trop chaud et nous n’avons besoin ni de la climatisation ni même du ventilateur aux pâles de géant qui nous guettent du plafond. Nous nous couchons pour essayer de récupérer. Nous nous réveillons mollement, je consulte la messagerie, une réponse de Nicole à notre message de bonne arrivée, rien de Julie qui ne doit pas avoir d’accès internet. Je laisse Marie émerger à son rythme et part visiter les environs. Nous sommes en face d’un hôpital et les gargotes abondent aux alentours. Toutes proposent des grillades et des fruits, les seuls exotiques sont les pithayas suavement rosés. Je pars en longeant de très loin le lit du Mékong puis rejoins une rue qui passe devant deux beaux vat auxquels nous accorderons ultérieurement toute l’attention qu’ils semblent mériter. Ce doit être l’heure de sortie des bureaux, les rues sont encombrées et l’air est empuanti par les gaz d’échappement. Je parviens au centre ancien où je retrouve avec un plaisir mitigé l’atmosphère des villes touristiques de l’Asie du Sud Est. Les loueurs de vélos et motos voisinent avec les agences de voyage et les restaurants « mondialisés ». Pizza, fast food et autres boulangeries abondent. Je rejoins les bords du fleuve où, dans un parc aux plantations rabougries, désert lors de notre arrivée, se sont installés des tentes qui abritent des marchands de vêtements, colifichets, jouets etc… Sur la digue les familles et les amoureux se promènent au soleil couchant. Je retrouve Marie, nous étudions le programme des jours à venir puis allons dîner. Pas question de marcher, nous allons au plus proche, une gargote dépendant d’une épicerie. Nous devons choisir entre divers plats en sauce, peu appétissants. Après avoir renvoyé un plat de morceaux de foie pris pour du bœuf et un autre d’œufs durs confondu avec du porc à la sauce soja, nous nous décidons pour une tranche de poisson et du ragout de bœuf. Les plats sont parfumés mais froids, seul le riz est chaud. Heureusement il y a de la bière ! Pas rassasiés, je vais commander des brochettes de poulet et de cailles ainsi qu’une salade de papaye verte, bien pimentée, de l’autre côté de la rue. Nous nous régalons et suçons les os comme des chiens galeux… Retour à la chambre pour une nuit réparatrice.

Mercredi 21 janvier : Je suis réveillé tôt dans la nuit, avant que le jour ne se lève à six heures et demie. Je lis en attendant que Marie daigne ouvrir les yeux… Elle ne se sent pas bien mais après le petit déjeuner pris dans le jardin où les orchidées couvrent les troncs des arbres, elle se sent assez forte pour que nous partions pour une longue journée consacrée au Bouddha… Nous suivons l’avenue Setthathirath en passant devant l’ambassade de France et divers autres grands bâtiments coloniaux. De même que l’indication des rues, les dénominations des édifices publics sont en français pour les plus anciens et en anglais pour les administrations modernes. Nous longeons le premier vat, le Ha Pha Keo, un grand temple classique, très haut avec des toits étagés. Il n’est plus en activité, transformé en musée, il renferme dans son sim, la salle unique, un ensemble de statues et de stèles, entassées en désordre ou dans des vitrines poussiéreuses, avec des étiquettes jaunies, en français. Difficile de les apprécier dans la pénombre ou à contre-jour. D’autres Bouddhas altiers au nez en bec d’aigle sont alignés à l’extérieur dans la galerie. Le jardin qui l’entoure est mieux entretenu… Nous traversons la rue pour aller visiter un autre vat, le Vat Si Saket, devenu lui aussi un musée. Les tarifs des entrées des monuments sont plus chers pour les étrangers que pour les Laotiens mais restent dérisoires. Celui-ci est entouré d’un cloître dont le mur intérieur est tapissé, dans des niches, de milliers de petits bouddhas, des statues plus importantes s’alignent devant. Dans le sim, un grand Bouddha domine une multitude d’autres plus modestes, presque toujours dorés et sujets à l’adoration des fidèles. Ceux-ci, après avoir déposé des offrandes, fleurs oranges, fruits, noix de coco aux pieds des statues, s’agenouillent joignent les mains au-dessus de la tête puis se prosternent. Les murs intérieurs sont couverts de belles fresques représentant des temples, des personnages richement vêtus, hélas très dégradées, qui doivent être restaurées. Après être passés devant le palais présidentiel, ancienne résidence du gouverneur français, une belle bâtisse aux allures de meringue aux tons pastel, nous parvenons dans la ville ancienne et consacrée au tourisme. Ce ne sont que bureaux de change, locations de vélos, de motos, agences de voyages, hôtels récents, guest houses, restaurants pour tous les palais occidentaux, le dernier terme à la mode, cuisine « fusion » est répété à profusion… Nous cherchons à manger lao, ce qui ne manque pas non plus. Nous nous installons à une table du jardin du Makphet et nous nous faisons servir une salade de fleurs de bananier avec du porc émincé, excellent mais le piment ne manque pas, un laap, une salade de buffle grillé servie avec de la menthe, du basilic et d’autres herbes et un plat de poulet à la citronnelle au goût de curry. Tout est très parfumé mais nous allons devoir désormais commander « not spicy » si nous ne voulons pas pleurer, moucher et avaler des litres d’eau ou de bière… Nous repartons, rendons visite à deux autres vat, le Vat In Paen et le Vat Ong Teu, déjà vus en 1998, de même que ceux de ce matin. Ils sont plusieurs, semblables, alignés, le long d’une avenue parallèle au Mékong. Ce sont des constructions massives, surélevées sur une base rectangulaire, que les toitures étagées en belles tuiles vernissées, élégamment incurvées, l’arête faîtière surmontée de pointes symbolisant le mont Meru, rendent étonnamment hauts. Autrefois, quand ils n’étaient pas noyés dans les constructions modernes, ils devaient offrir une vison féérique au voyageur, depuis le Mékong. Ils sont entourés d’une galerie et la salle de dimensions réduites est précédée d’un hall au fronton très décoré, agressivement coloré. La salle, le sim, est toujours occupée par un ou plusieurs Bouddha qui reçoivent les offrandes de fleurs et de fruits des fidèles. Ils sont toujours aussi clinquants, ripolinés de frais disais-je alors. Dans le dernier, la salle est ouverte et nous y apercevons un grand Bouddha devant lequel médite avec beaucoup de conviction une touriste occidentale… Un jeune moine noue des bracelets de laine aux poignets de jeunes filles. Je vais changer des dollars et réserver deux places dans le bus VIP pour Thakhaek, après demain. Nous prenons un tuk tuk après un âpre marchandage pour nous faire conduire au Pha That Luang, le monument le plus connu de la ville, à l’extrémité d’une longue avenue. Son intérêt architectural est des plus limité, c’est un vulgaire stupa doré dont la flèche s’élance, sans grâce, d’une coupole placée au-dessus de plusieurs plateformes. Chaque détail a sa justification symbolique mais l’ensemble avec sa couche de peinture uniformément dorée, n’a pas l’élégance des stupas de Birmanie. Après en avoir fait le tour nous reprenons un tuk tuk qui nous dépose près de notre guest house, à l’entrée du temple Vat Si Muang. La salle est partagée en deux et renferme divers statues de Bouddhas devant lesquelles viennent se prosterner des fidèles plus nombreux que dans les autres temples, les noix de coco, les bananes et les fleurs s’entassent. On peut aussi faire résonner de grands gongs circulaires suspendus à des portiques ou découvrir son futur en agitant une boîte remplie de baguettes numérotées, celle qui s’en échappe renvoie à un texte d’horoscope. Derrière le temple, un stupa ruiné est couverts d’une multitude de statuettes de Bouddhas ou d’animaux et de bougies. Dans tous les temples les statues d’animaux sont nombreuses, si celles d’éléphants ou de biches peuvent s’expliquer par des évènements de la vie du Bouddha, la profusion de zèbres me laisse perplexe ! Nous revenons à pied à la chambre, bien fatigués par cette première journée et nous somnolons avant que je ne me remette à la rédaction de ce texte. Faute de restaurant à proximité nous décidons de confier de nouveau la satisfaction de nos estomacs à la « rôtisserie » de la veille. Nous nous installons à la table du petit déjeuner puis je vais commander des brochettes, acheter un paquet de chips et une bière. Nous pique-niquons ainsi de saucisses très grasses, d’une autre plus appétissante au goût proche de celles que nous achetons à Toulon, des lap cheong. La brochette de porc est également très grasse, une nourriture de Mongol ! Nous regagnons ensuite la chambre.

Jeudi 22 janvier : Encore réveillé dans la nuit, je me connecte et trouve des messages de personnes intéressées par le transport de véhicules à Montevideo mais les dates ne sont pas les mêmes. Je me rendors et peine ensuite à me lever, Marie aussi… Nous ne sommes pas prêts avant dix heures. Notre tenancière a téléphoné à Thakhaek et nous avons une chambre réservée pour demain. Marie ne se sent pas bien, comme la veille, de plus la prise de l’antipaludéen, Doxy, ne passe pas bien. Nous partons tout de même à pied par des avenues sans grand intérêt, la circulation n’est pas trop dense, formée par un mélange de tuk tuk, camionnettes « jumbo » et gros 4x4, double cabine et vitres fumées. Nous aboutissons au Talat Sao, le marché central de Vientiane mais le sympathique bazar que nous avions connu et où on pouvait encore trouver des trésors a été transformé en un Mall moderne avec parking, escalators et camelote d’importation. Marie doit faire une pause sur une chaise qui n’attendait qu’elle. Occasion d’observer les gens, constater que les filles sont rarement mignonnes, apprécier qu’elles portent encore, mêlées à des vestes ou chemisiers modernes, des jupes longues identiques aux longyi des Birmanes ou des Thaïlandaises, en soie ou en coton avec une large bande brodée dans le bas. Nous achetons des mangoustans pour améliorer l’ordinaire de ce soir puis nous remontons les Champs Elysées locaux, une large avenue où s’implantent banques, administrations et un lycée où je reprendrais bien du service… Nous parvenons au Patuxai, l’arc de triomphe qui trône à son extrémité. Il a une allure de Porte de l’Inde avec ses clochetons tarabiscotés. Nous nous reposons à l’ombre de ses arches puis je grimpe à son sommet en soufflant fort. Je ne suis pas le seul, des litres de sueur occidentale imprègnent sous-vêtements et tee shirts des malheureux retraités qui auraient sans doute préféré rester devant TF1… D’autant qu’avec la brume, la vue sur la ville limitée à la proximité est sans grand intérêt. Nous prenons un tuk tuk qui a bien du mal à nous trouver le restaurant où nous voulons nous rendre. Le Vieng Sawan, c’est son nom, n’a pas une carte très étoffée, sa spécialité ce sont les nem nuong et accessoirement des nems plus classiques. Nous avions découvert les nem nuong à Vientiane et nous en avons souvent commandé dans les restaurants vietnamiens de France qui n’ont pas grand-chose à voir avec ceux-ci. Au lieu de vulgaires boulettes grillées de chair à saucisse servies avec trois feuilles de laitue et de menthe, on nous sert de délicieux rouleaux d’un hachis très fin de porc roulé dans une galette de riz, servi avec des crêpes de riz, d’abondantes feuilles de salade, de menthe, de coriandre, d’autres feuilles inconnues et une excellente sauce. Un délice ! Nous nous mettons en quête d’un hôtel pour notre retour à Vientiane, celui que nous avions envisagé, l’auberge Sala Inpeng, dans d’agréables bungalows, en plein centre, est déjà complet pour la fin février. Nous en repérons d’autres puis allons passer les heures chaudes dans un café à regarder baisser le niveau de nos consommations dans le verre. Nous revenons par les bords du Mékong, les camelots ne sont pas encore installés. Retour à la chambre pour trouver un message de Julie, contente de son début de séjour au Mexique puis nous réservons le train pour le retour de Paris en avril et aussi une chambre à Vientiane au Khamvongsa. Nous dînons à la chambre avec des grillades, cailles et demi-poulet délicieux et nos mangoustans, tous parfaits, en dessert.

Vendredi 23 janvier : Ce matin, rien ne presse. Nous nous préparons, refaisons les sacs puis attendons le tuk tuk qui doit nous conduire à la gare routière, à midi. A midi et dix minutes, alors que nous guettons, arrive un « jumbo » qui nous hèle. Je lui demande s’il est chargé de nous conduire à la gare routière, il opine du bonnet… Et nous voilà partis à plusieurs kilomètres jusqu’aux bus à destination du sud. Arrivés et débarqués, notre chauffeur nous réclame de lui payer sa course. Il n’avait rien à voir avec l’agence de voyage et nous a racolés par hasard ! Je refuse de payer deux fois d’autant que nous avons réglé 110000 kips à l’agence alors que le prix du billet de bus est de 80000 kips ! Le ton monte, il fait mine d’emporter un de nos sacs, je le rattrape, nous allons dans le bureau où sommeillent des policiers hébétés qui ne parlent pas un mot d’anglais et ne font pas mine d’intervenir. Nous mettons les sacs dans le bus et allons nous installer aux deux places qui restent dans le fond, le bus part… Nous avons choisi le luxe avec un bus VIP, ce qui signifie une climatisation heureusement poussive et de jolis rideaux roses, avec des pompons aux fenêtres. Rideaux que les occupants, toujours effrayés par le moindre rayon de soleil, s’empressent de tirer. Nous ne voyons pas grand-chose du paysage, une brousse sans guère de cultures, les rizières sont asséchées et les buffles toujours aussi amorphes. Forte impression d’être revenus un an en arrière, en Birmanie. Nous suivons de plus ou moins près le cours du Mékong sur une route étroite et au mauvais revêtement à en croire les sauts que nous faisons sur nos sièges. Nous revoyons les maisons en bois sur pilotis, parfois (très) branlantes, certaines ont des murs de bambou tressé. De temps en temps un temple coloré distrait de cette monotone uniformité. A l’heure théorique d’arrivée nous sommes encore à une centaine de kilomètres de Thakhaek. Le soleil se couche, nous terminons de nuit. Dès que nous avons récupéré les sacs, nous sautons avec d’autres touristes dans un tuk tuk, direction le centre-ville et l’hôtel, le Sooksomboon,  où nous avons réservé une chambre. Il se trouve sur les bords du Mékong, au calme semble-t-il. C’est une ancienne demeure coloniale, l’intérieur est aussi accueillant qu’un poste de police, son ancienne raison d’être… La chambre est vaste, haute de plafond et sinistre ; l’ameublement disparate doit provenir d’un marché aux puces et le lit d’une largeur inquiétante, à se perdre dans la nuit… Nous ressortons, affamés, pour dîner. Nous n’avons pas eu le temps à la gare routière d’acheter quelque chose pour déjeuner. Un restaurant en plein air jouxte l’hôtel, ce n’est pas le Coréen attendu mais nous ne voulons pas chercher plus loin. Les lumières sont tamisées, déchiffrer la carte en blanc sur fond vert est une épreuve, nous commandons tout de même trois plats ce qui paraît bizarre au serveur qui nous redemande à plusieurs reprises ce que nous avons choisi. La musique de plus en plus forte interdit toute conversation, on ne s’entend même pas mastiquer ! La salade laap au poulpe est trop pimentée pour Marie, le riz frit est ordinaire et le poisson du Mékong un peu trop cuit. Pas un dîner mémorable. Courte promenade le long du Mékong avant de regagner notre vaste cellule.

Samedi 24 janvier : D’abominables moustiques ont osé s’introduire dans la chambre et sont venus troubler notre sommeil. Occasion de nous rappeler que nous devons prendre des précautions… Je laisse Marie terminer sa nuit et à neuf heures je vais à pied à l’office du tourisme, à un bon kilomètre, par des rues larges et peu fréquentées. On m’y donne l’adresse d’un possible loueur de voitures, dans le centre. Je m’y rends en découvrant la rue principale de ce qui était autrefois le centre de la ville. Il en reste quelques maisons très classiques avec le commerce au rez-de-chaussée et à l’étage les pièces d’habitation sous un toit de tuile, d’allure bien française. Je suis tout de même un peu déçu par leur faible quantité mais la « ville » coloniale ne devait pas être très étendue non plus. Je trouve un minibus à louer pour 85 $ par jour mais avec chauffeur dont j’aurais préféré me passer. Je reviens à la chambre faire un compte-rendu à Marie qui finit de se préparer. Nous longeons les berges du Mékong, atteignons la croquignolette place entourée d’anciennes maisons de commerce mais dont la fontaine est cachée par d’immondes bâches sous lesquelles des étals proposent des vêtements, des chaussures et divers objets en plastique, encore aucun artisanat frelaté pour les touristes, patience ! Un beau banian plonge ses racines dans les berges du fleuve en contrebas et étend son ombre sur la route. Nous commandons un thé et des toasts grillés avec de la confiture dans une gargote au bord de l’eau. Nous avons droit à une tasse de thé vert insipide et à des tranches de baguette grillées avec une coupelle de lait concentré sucré en guise de confiture. Il est difficile de se faire comprendre par les gamines qui servent et qui ne parlent pas un mot d’une langue étrangère. Nous longeons les rives agréables et calmes puis revenons sur la place par des petites rues entre des maisons de bois dans la verdure. Nous confirmons la location du minibus et rencontrons un autre couple de Français, intéressés à partager cette location. Nous réservons une chambre pour le retour au bel hôtel Inthira puis allons déjeuner sur les bords du fleuve dans une autre gargote. Ce n’est pas cher et ce n’est pas bon… Les berges sont couvertes de détritus, la crue se chargera du nettoyage… Nous affrétons un tuk tuk pour nous rendre à la grotte du Bouddha. Nous sortons de la ville alors que tous font la sieste, la route se dirige vers les massifs karstiques qui sortent lentement de la brume. Nous continuons par une bonne piste mais nous devons terminer à pied sous un soleil pénible jusqu’au site de la grotte. Elle est au-dessus d’un lac entouré de pitons, un escalier de béton conduit à son entrée. Il faut se glisser péniblement dans la cavité pour découvrir une vaste salle au milieu des stalactites où plus de deux cents effigies de Bouddha ont été récemment découvertes. Le lieu est fréquenté par des dévots qui viennent se faire bonimenter le futur. Pas question de prendre des photos, Bouddha serait fâché… Nous rentrons à Thakhaek et cherchons, dans les petites rues autour de la place, les boulodromes. Le Laos, et d’autres pays à travers le monde, ont au moins conservé deux acquis de notre culture : la baguette de pain et la pétanque. Nous nous reposons avec des boissons devant deux terrains de « petang » où quelques jeunes hommes pointent, tirent avec beaucoup d’habileté entre deux verres de bière. D’autres hommes, plus fortement imbibés les rejoignent, s’intéressent vite à nous et tentent de se faire payer des bières, pour « le sport »… Nous revenons à l’hôtel en longeant une fois de plus le Mékong, alors que le soleil nous joue une « impression, soleil couchant » derrière un temple de la rive thaïlandaise. Je me connecte pour réserver une chambre à Savannakhet. Nous ressortons pour aller dîner en traversant la cour d’un temple où semble se dérouler une cérémonie funéraire, des femmes sont accroupies devant une grande urne blanche avec le portrait du supposé défunt, des proches banquettes sur des tables dans la cour et d’autres jouent aux cartes. Nous dînons au restaurant de l’hôtel Inthira, les plats ne sont pas très copieux, salade de crevettes crues, saucisse locale et poulet en feuille de bananier, la sauce fort pimentée est servie à part, je quitte la table une fois de plus au bord des larmes… Retour à la chambre par des rues guère animées pour un samedi soir.

Dimanche 25 janvier : Réveillés à temps, nous refaisons les sacs puis nous allons prendre un vrai petit déjeuner avec thé, toasts et confiture de fraise dans un petit café tout proche. Le chauffeur nous attend, il ne parle pas anglais, encore moins français et n’est pas très porté sur les sourires… Nous allons chercher Floriane et Gilles qui nous accompagnent dans cette virée. Nous avons de la place dans ce minibus pour 15 ! Nous prenons la route, celle de la veille, qui se rapproche des massifs karstiques, toujours perdus dans la brume. Nous arrêtons bientôt et partons à pied dans une rizière à sec pour approcher de la falaise, longer un calme ruisseau aux eaux vertes qui surgit d’une grotte. Nous nous y enfonçons en enjambant des rochers, nous faufilant entre des blocs rugueux, glissant dans le sable. Marie renonce à poursuivre, le sentier n’est pas du tout aménagé. Je continue, traverse le ruisseau sur des troncs d’arbre, crapahutant dans les éboulis vers le fond de la grotte, bientôt dans l’obscurité mais j’aperçois bientôt une lueur, celle d’un débouché sur un autre versant du piton. Je découvre un beau plan d’eau entouré d’une épaisse végétation. Le ruisseau s’enfonce sous la roche et disparaît dans le noir. Je reviens retrouver Marie, retour au minibus et nous continuons. Nos compagnons sont de bonne composition et bien entendu nous parlons vite d’autres destinations… Nous arrêtons ensuite dans le village de Mahaxai, à l’écart de la route, au bord d’une rivière. Nous nous promenons entre les maisons en bois sur pilotis, de plus en plus souvent en béton, visitons le joli temple, sa pagode à toits superposés et ses représentations toujours aussi kitsch de personnages et d’animaux. Derrière la belle et imposante maison qui héberge les moines, deux longues pirogues dont une décorée attendent les jours de cérémonie sous un hangar. Nouvelle étape jusqu’au lac de barrage de Nam Theun. Les troncs des arbres morts forment de sinistres pieux sur lesquels nous ne voyons aucun oiseau perché ! La route devient piste et passe sur des digues entre les zones inondées. Parfois la forêt primaire vient buter sur son tracé mais alors la poussière soulevée par les véhicules recouvre les branches et les maisons des villages que nous traversons. Je n’apprécie que modestement le paysage et faute de tenir le volant je ne puis régler la vitesse, ralentir ou accélérer quand je le souhaiterais et même m’arrêter. Comme toujours avec un véhicule de location avec chauffeur, c’est ce dernier qui décide du rythme… Nous sommes tôt à Lak Sao et décidons de continuer. Le chauffeur s’envole sur la route retrouvée, Marie tente de le modérer mais il continue sans se poser la question de savoir pourquoi nous avons voulu passer sur cette route, le paysage doit lui paraître sans intérêt. Nous arrêtons au pont de Tha Bak pour contempler dans l’eau de la rivière les curieuses pirogues taillées dans d’énormes obus américains datant de la guerre du Vietnam. Nous arrivons à Ban Khoun Kham où nous avons décidé de passer la nuit. Nous nous faisons déposer au Sainamhai Resort où nous avons les deux derniers jolis bungalows en bois sur pilotis. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant, un grand pavillon au-dessus de la rivière et y attendons l’heure de dîner. Nous dînons copieusement de plats dignes d’un restaurant asiatique de France, sans originalité, pour une clientèle occidentale.

Lundi 26 janvier : Il n’a pas fait très chaud cette nuit sous la mince couette et faute d’un grand lit, nous n’avons pu nous tenir chaud. Nous allons prendre le petit déjeuner, sur la très agréable terrasse au-dessus de la rivière. Un tel lodge en Afrique coûterait beaucoup plus cher surtout avec quelques hippopotames dans l’eau et autres animaux venus se désaltérer au marigot… Nous repartons et arrivons bientôt à Kong Lo. Nous payons le très modique droit d’entrée dans le parc, au pied des montagnes, et nous nous garons au bord d’une jolie rivière. Nous louons une pirogue pour nous deux, Floriane et Gilles font de même. On nous affuble de gilets de sauvetage et nous suivons notre jeune piroguier. Nous devons d’abord marcher dans le sable et le gravier de la rivière, découvrir l’entrée de la grotte d’où sourd l’eau au pied de l’impressionnante falaise et y pénétrer. Nous montons à bord d’une étroite pirogue en bois mue, non pas à la pagaie comme je le pensais naïvement, mais au moyen d’un moteur et d’une hélice « longue queue ». Nous nous enfonçons dans l’obscurité la plus totale, avec pour seul éclairage les lampes frontales de notre piroguier et celles qu’on nous a prêtées. Nous avançons sous une voûte presque parfaite d’où se sont détachés des rochers entre lesquels il faut louvoyer. Nous parvenons à une zone éclairée pour mettre en valeur quelques stalactites et stalagmites. Nous débarquons pour suivre un sentier aménagé qui nous fait passer entre les concrétions. Nous ne sommes pas très amateurs de ces fantaisies de la nature et Marie peste, souffle râle, regrette d’être venue là… Nous remontons dans notre pirogue après avoir pataugé dans l’eau et continuons d’avancer en essayant de deviner les parois du tunnel. Nous devons encore une fois quitter notre embarcation, glisser sur les roches et avancer de quelques mètres pendant que notre batelier fait franchir, en le hissant, une zone de rapides à son esquif. Dernière étape pour parvenir à la sortie, retrouver une belle lumière et une épaisse végétation sous les falaises à pic. Nous arrêtons peu après et avons le droit d’aller nous dégourdir les jambes devant les étals de quelques marchandes de tissus. Nous revenons plus rapidement par le même chemin, sans nous arrêter aux stalactites. La promenade nous a pris trois heures, agréables mais sans plus. Il y manque les Bouddhas qu’en Birmanie nous y aurions vus inévitablement. Nous déjeunons dans une gargote indiquée par le chauffeur en compagnie d’une famille de Français sur les routes depuis plusieurs mois et qui font la classe à leurs enfants. Plats basiques, pas chers. Nous sommes au milieu de champs de tabac, heureuses taches de verdure que nous apprécions au milieu de ces rizières sèches et de ces falaises où s’accrochent des buissons roussis. Je regrette vivement que nous n’ayons pas retenu la leçon de la Birmanie et que nous n’ayons pas choisi une autre saison pour venir. Nous prenons la route du retour avec une dernière halte à un col pour une vue magnifique, bien que dans la brume, sur des roches déchiquetées qui se détachent, en plans successifs, les unes sur les autres. Nous sommes de retour peu avant la nuit à Thakhaek. Nous devons régler le plein d’essence. Nous laissons Gilles et Floriane à leur hôtel et le chauffeur nous dépose à l’Inthira hôtel où nous avions réservé une chambre. Nous lui donnons un pourboire et nous nous installons dans une chambre décevante, très bien aménagée mais avec des lits séparés et une vue sur les toits… Je repars aussitôt pour aller régler la location de la voiture et croise dans l’escalier de l’hôtel le chauffeur et le loueur, affolé, venu se faire payer… Je réserve le bus pour demain pour Savanakhet et sur internet une chambre à Paksé. Puis je découvre que la fête à Champassak a lieu plus tôt que prévu et qu’il nous faudrait donc modifier nos dates de réservation. Nous ressortons pour dîner et finissons par revenir, contre mon gré, nous installer au restaurant de l’Inthira. Nous commandons des plats qui se révèlent meilleurs que je ne le craignais et notamment des nems que je juge délicieux. Mais nous avons eu bien raison d’y dîner car l’un des responsables de l’hôtel vient nous faire la conversation. Il parle parfaitement français, nous lui expliquons notre problème de date à Champassak, qu’il règle en un coup de téléphone ! Nous regagnons la chambre puis je redescends écrire à une table sur la rue.

Mardi 27 janvier : Nous sommes réveillés par les gargouillis intempestifs de la plomberie puis par les travaux en cours pour l’agrandissement de l’hôtel. Un copieux petit-déjeuner nous fait pardonner ces désagréments. Peu avant dix heures un tuk tuk, cette fois-ci je m’assure qu’il s’agit bien de celui attendu, vient nous prendre et nous dépose à la gare routière, presqu’à la campagne. Nous montons aussitôt, seuls touristes à bord d’un bus ordinaire mais dont les rideaux, toujours festonnés, sont bleus… Je vais acheter quelques fruits, des longanes et de petites bananes, pour le voyage. Nous partons à l’heure pile. La route continue de suivre le Mékong sans que nous ne l’apercevions jamais. Le paysage est toujours aussi désespérant, rizières asséchées, villages sans charme et détritus tout au long de la route. Les sacs plastiques et les emballages en polystyrène jonchent les rues, les routes, les champs, les bords des rivières. Au grand prix du pays le plus pollué par ses déchets, le Laos serait très bien placé… Nous avançons à bonne allure et après trois heures de route pour 125 kilomètres, nous sommes rendus à la gare routière de Savanakhet. Aussitôt un tuk tuk nous propose un tarif honnête pour nous déposer à l’hôtel de notre choix. Nous avions réservé au Leena guest house mais le trouvant un peu éloigné du centre, nous nous faisons déposer au Souannavong guest house. Mais les chambres y sont si minables que je pars à pied, laissant Marie à la garde des bagages. Il fait très chaud, beaucoup plus qu’à Thakhaek et je commence à transpirer dans les rues désertes à cette heure. L’hôtel que nous aurions aimé occuper est en travaux. Dommage, dans une belle maison coloniale refaite à neuf et à proximité de la place centrale occupée par des maisons anciennes, rénovées pour certaines, nous y aurions été bien placés. Ma première impression de Savanakhet est plus positive qu’à Thakhaek, le nombre de maisons coloniales y est plus important et des ensembles dans quelques rues ont beaucoup de charme. Je cherche ensuite le Leena guest house, une bonne marche, plus que je ne le pensais, m’y amène. Pas trace de notre réservation, néanmoins nous pouvons avoir une chambre nettement plus agréable que celles du Souannavong. Je donne mon accord et reviens chercher les sacs et Marie. Je sue à grosses gouttes à trimbaler notre paquetage au rythme lent de Marie. Je ne suis pas très heureux de constater qu’on nous applique le tarif des chambres réservées alors que le tarif normal est inférieur mais le patron qui a retrouvé notre réservation ne veut pas en démordre et nous n’allons pas discuter pour quelques malheureux dollars. Nous nous octroyons une courte sieste en utilisant pour la première fois la climatisation. Nous repartons à pied dans le centre-ville en passant par le vat Rattanalangsi, très coloré bien entendu, et fraîchement repeint. Le fronton du temple principal, pas encore ripoliné, surmonté de têtes de dragons de bois stylisées, nous paraît plus intéressant que le reste. Marie est pressée, elle voudrait passer à l’office du tourisme mais, à son grand désespoir, il vient de fermer. Nous allons contempler les berges du Mékong, occupées, comme à Thakhaek, par des gargotes, plus nombreuses mais avec moins de charme. Nous revenons vers la place et continuons par d’agréables petites rues que bordent des commerces, ouverts sur la rue, où la télévision fonctionne en permanence. Les plantes vertes dans des pots de toutes tailles débordent sur les trottoirs, l’orchidée est des plus communes. Nous allons prendre, épuisés, un pot dans un café, Lin’s, gentiment aménagé mais Marie casse un verre et on ne manque pas de nous le facturer… A l’étage une salle présente une petite exposition sur le passé de Savanakhet et toutes les maisons anciennes y sont recensées sur un plan. Nous n’avons plus trop le courage de marcher encore bien que le soleil décline et que l’air fraîchisse. Je pars à la recherche d’un restaurant coréen mais lui aussi a disparu, longue marche dont j’aurais pu faire l’économie. Beaucoup de maisons arborent fièrement le pavillon national. Quelques-unes, les plus  riches le plus souvent, y ont ajouté un drapeau rouge marqué d’une faucille et d’un marteau, sans doute une marque d’appartenance au parti… Je reviens par les bords du Mékong, retrouve Marie qui m’attendait sagement sur un banc. Nous ne savons pas trop où dîner faute d’un établissement qui proposerait une authentique cuisine laotienne et non les éternels fried rice et fried noodles pour touristes sans imagination. L’absence de tuk tuk dans les rues à cette heure, nous contraint à rentrer à pied et finalement à dîner à l’hôtel de fried noodles et fried vegetables

Mercredi 28 janvier : Bonne nuit, au début en profitant de la climatisation puis nous nous en passons au petit matin. Nous prenons le petit déjeuner à la guest house puis après en avoir vainement marchandé un premier, nous partons avec un second tuk tuk pour le stupa de Vat Hin Hang à quelques kilomètres. A l’intérieur d’une grand enceinte dont les niches des murs sont intérieurement pourvues de Bouddhas tous identiques et dorés, se dresse un stupa, un peu trop cimenté mais il est l’objet de la ferveur des fidèles qui comme à l’habitude viennent déposer des offrandes de fleurs et de fruits. Ses quatre faces présentent sur plusieurs niveaux des figures plutôt laides de Bouddha et autres personnages. De vénérables moines se tiennent dans un pavillon ouvert à la disposition de ceux qui se posent des questions métaphysiques ou, plus sûrement, matérielles. A l’extérieur un long serpent de béton couronne un mur sur quelques dizaines de mètres. Nous revenons et nous nous faisons déposer à proximité de l’office du tourisme mais il est encore fermé… Nous tournons dans les rues environnantes, examinant les anciennes maisons de marchands chinois puis rendons visite au vat Sayamungkun, toujours beaucoup de dorures et de couleurs, surtout du rouge. Nous revenons vers la place centrale et jetons notre dévolu pour une gargote de plein air qui a installé des tables et des chaises de plastique sous une toiture de tôles ondulées. Nous nous faisons servir des demi-poulets grillés ainsi qu’une salade de papaye verte, pas trop pimentée mais Marie n’y touche pas. Pas de bière, nous devons nous contenter d’eau. Il fait trop chaud pour nous promener. Nous rassemblons nos dernières forces et au plus fort de notre courage nous parvenons à nous traîner une centaine de mètres jusque sur les bords du Mékong où nous nous affalons sur des chaises plastiques pour boire le lait d’une noix de coco ou un soda en regardant couler lentement les eaux brunes. Nous allons jusqu’au vat Sainyaphum où de magnifiques arbres dispensent une ombre bien venue. Quelques pavillons et temples sont éparpillés dans la verdure. Des écureuils, des mainates et d’autres oiseaux sont enfermés dans des cages, ce qui nous paraît bien peu bouddhiste… Nous repartons par les rues toujours aussi peu animées et après être allés consulter la carte d’un restaurant français, nous rentrons à pied à l’hôtel. En passant nous revoyons le vat Rattanalangsi où nous trouvons le Bouddha couché, tout neuf semble-t-il, enfermé dans un pavillon derrière des vitres, pas très beau. Nous nous reposons à la chambre puis je ressors à la recherche d’un restaurant pour ce soir mais en vain. Je m’installe pour rédiger mon pensum journalier, pour le plus grand régal des moustiques qui s’en donnent à cœur joie. Marie est fatiguée, épuisée, à bout de force mais elle n’a pas envie de dîner encore à la guest house. Un couple Belgo-vietnamien nous a parlé d’un restau vietnamien dont la localisation est très imprécise mais elle a envie d’y aller. Nous voilà repartis. Le restaurant cherché n’est pas là où il devrait être, nous en trouvons un, fermé. Au point où nous en sommes nous continuons jusqu’au Lin’s Café, fermé ! En désespoir de cause nous dînons, un peu plus loin, sur la place centrale au Lisa’s Café. Marie se déclare contente, c’est le principal… Il faut encore revenir par des rues désertes à huit heures et demie.

Jeudi 29 janvier : Réveil perclus de douleurs, muscles et os se rebellent contre les tortures que je leur inflige depuis quelques jours. Après le petit-déjeuner, le même que la veille mais au lieu de nous faire servir un thé, obligatoirement vert, nous avons demandé des tasses d’eau chaude et avons utilisé un de nos sachets Lipton ! Un tuk tuk francophone nous conduit, très en avance, à la gare routière où nous attendons de prendre le bus pour Pakse. Nous descendons régulièrement et sûrement de catégorie à chaque voyage. Les deux précédents étaient des bus « VIP ». Pas celui-ci, passablement défraîchi, avec une climatisation naturelle obtenue en laissant la porte ouverte même en roulant. Le chauffeur est fou amoureux de son avertisseur sonore qui ne le lui rend pas et hurle à chaque fois qu’il tente une main baladeuse un peu trop appuyée, c’est-à-dire en permanence ! C’est un omnibus qui s’arrête à la demande pour charger ou débarquer des passagers. La circulation est très peu dense ce qui nous autorise une honnête moyenne de 50 km/h. A un arrêt, montent des vendeuses de brochettes, sans doute des Vietnamiennes à voir leur grand chapeau de paille coniques. Certaines sont emmitouflées, portent même des gants. Elles sont presque plus nombreuses que les passagers, gênant ceux d’entre eux qui veulent descendre et les empêchant de remonter quand, à l’impérieux coup de klaxon, elles essaient, à leur tour, de descendre… Quelques-unes feront avec nous quelques kilomètres avant d’y parvenir à l’arrêt suivant. Le paysage est inchangé, les bords de route et les champs proches couverts de sacs plastiques. Nous arrivons au bout de cinq heures de route à Pakse. Nous sautons du bus et continuons avec un tuk tuk qui pour justifier son prix, nous fait faire le tour de la ville avant de nous déposer au Phi Dao où nous avions réservé une chambre. Nous sommes bien attendus mais la chambre qu’on nous attribue a une climatisation défaillante, on tente de nous installer dans une autre sans fenêtre puis dans une troisième où le lit occupe toute la place. En colère, je demande le remboursement, ce qui ne pose aucun problème et je repars à la recherche d’une chambre. Vite trouvée à une cinquantaine de mètres, à peine moins confortable, au Langkam Hôtel. Je me connecte, non sans mal, dans le hall, pour ne pas trouver de message de Julie… Nous ressortons et allons nous renseigner sur les possibilités de location d’une voiture sans chauffeur. Yves, un très sympathique Belge, installé à Pakse et connu comme la providence des voyageurs nous informe sur les tarifs. Nous ne décidons rien sur le moment, nous aviserons demain. Nous allons prendre un pot à la terrasse, très agréable de l’hôtel que nous avons fui, discutons en échangeant quelques informations avec d’autres francophones. Le nombre de touristes est particulièrement important dans cette ville et de ce fait le nombre de restaurants aussi. Je vais en repérer quelques-uns, un vietnamien, un laotien et des indo-malais. Nous avons le choix. Marie a une petite préférence pour le Jasmin, juste en face de l’hôtel. On nous y sert un biriani de mouton et un ragoût de mouton tous deux très parfumés, avec un nan que je couvre de sauce à la menthe pimentée. Retour à la chambre, message à Nicole, toujours rien de Julie.

Vendredi 30 janvier : Marie n’a pas très envie de se lever, moi non plus, nous tardons à nous mettre en route. Sur TV5, l’émission « C’est dans l’air » d’Yves Calvi, à propos des djihadistes en France et dans le monde ne nous donne pas très envie de rentrer… Nous nous décidons à aller prendre le petit déjeuner à la terrasse du Phi Dao qui ne nous aura jamais tant vus depuis que nous en sommes partis… Nous allons voir de près le temple vat Luang, trois bâtiments, les plus anciens, à toits de tuile ont plus fière allure que le plus récent. Dans l’un d’eux, un grand Bouddha et d’autres plus petits attendent les offrandes, les murs du sim sont couverts de fresques naïves et récentes contant la vie de Siddharta Bouddha avant et après l’Illumination. Nous marchons jusqu’à l’office du tourisme, il commence à faire chaud et les rues sont presque désertes. Nous revenons en passant par le Pakse Hotel qui propose le soir un restaurant en terrasse avec cuisine française. Nous réservons une table pour ce soir. Nous passons par la place où se tiennent deux belles maisons anciennes, l’une transformée en hôtel, l’autre est le siège de l’association des Chinois de Pakse. Nous allons déjeuner en terrasse au Kuan Moi, un restaurant avec des plats vietnamiens et en particulier des nem nuong mais servis froid ! Heureusement la sauce est très bonne et nous sortons rassasiés, à défaut d’être totalement satisfaits. Un tuk tuk nous emmène au musée provincial. Nous y sommes dix minutes en avance puisqu’il est censé ouvrir à treize heures trente. Alors que nous désespérions, une employée survient à quatorze heures et nous ouvre les portes du bâtiment. Peu de choses à y voir, au rez-de-chaussée, quelques linteaux provenant du Vat Phu, le temple khmer de Champassak, trois tambours de bronze et divers objets étiquetés en laotien, parfois en anglais. Des photos anciennes jaunissant sur les murs et les vitrines attendent toujours la prochaine tornade blanche… L’étage est consacré à la lutte anticolonialiste, à l’amitié des peuples laotiens et vietnamien et aux glorieuses réalisations du socialisme… La visite n’a pas excédé une demi-heure… Retour à l’hôtel pour une sieste méritée. Je descends dans le hall pour bénéficier du wifi et télécharger Skype, ce à quoi je n‘avais pas pensé avant de partir. Nous ressortons à la nuit tombante et allons confirmer notre réservation d’une voiture auprès d’Yves, en essayant d’établir un planning. Nous allons ensuite faire un tour au marché central. Les marchands de fruits n’ont ni mangoustans ni ramboutans et dans la partie « shopping center » ne se vendent que des vêtements ou des chaussures modernes, rien qui ne nous intéresse. Dans une boutique nous trouvons quelques tissus intéressants, des tabliers de moines mais les prix ne baissent pas autant que nous le voudrions. Nous nous rendons au Pakse Hotel où, au sixième étage, sur la terrasse dominant toute la ville et, croyons-nous deviner, le Mékong, nous nous attablons pour un repas inhabituel puisque nous commençons par commander deux cocktails puis enchaînons par des plats où se mélangent influences françaises et asiatiques : beignets de crevettes sauce tamarin et oignons confits, poulet farci au crabe et poisson farci au gingembre et champignons chinois, bonne cuisine, rien d’exceptionnel même si l’addition avec une bouteille de Côte du Rhône blanc dépasse les sommes habituelles… Retour à la chambre pour digérer…

Samedi 31 janvier : Lever à peine plus matinal. Toujours pas de nouvelles de Julie… Petit-déjeuner identique à celui de la veille, pris au même endroit. Nous commençons à avoir des habitudes… Nous nous rendons au grand marché de Daohuang en tuk tuk. D’immenses halles débordent sur la place, les marchandes à l’extérieur sont installées sur le sol pour vendre légumes et fruits connus et inconnus : bananes, noix de coco, mangues, papayes, pitayas, fruits de la passion, corossols, raisins, pommes, citrons verts, mandarines, jacques, oignons, tomates, persil, menthe, citronnelle, herbes et feuilles étranges et odorantes et bien d’autres encore. Plus loin ce sont canards, poulets, grenouilles minuscules et malheureux pigeons, poissons-chats, carpes dans des bassines oxygénées. Dans les viandes c’est le porc qui domine, leurs têtes posées sur les étals. Dans de grandes bassines, marinent des morceaux de poisson qui font une saumure odorante, le paa daek, le nuoc mam du Laos. Une halle est consacrée aux vêtements modernes : jeans, blousons, chaussures et plus classiques : jupes droites tissées de fils dorés et corsages ajustés aux couleurs vives. Après en avoir arpenté les allées, nous nous rendons sur les bords du Mékong, peu animés. Le trafic routier passe sur le long pont dit « japonais » et va se perdre dans la brume sur l’autre rive. Quelques caboulots sont installés en surplomb des berges mais il est trop tôt pour déjeuner, nous nous contentons d’un soda en regardant glisser de rares barques. Nous retournons au marché, traînons entre les étals et décidons d’y déjeuner. Deux ping kaï, cuisses de poulet grillées, avec une bière fraîche font notre repas à une des longues tables communes des gargotes regroupées à l’entrée d’une des halles. Nous nous mettons en quête d’un tuk tuk pour nous rendre sur deux sites à quelques kilomètres. Le premier que nous arrêtons n’est pas intéressé mais il va chercher un de ses collègues avec qui nous mettons d’accord, pour un prix inférieur à celui indiqué par la redoutable Miss Noy, la patronne d’Yves le Belge, que je verrais bien dans un film de James Bond, non pour sa plastique mais pour son inflexible sens des affaires… Nous reprenons la route du Nord puis au bout d’une quinzaine de kilomètres, nous tournons pour le village de Ban Saphai. Nous aboutissons sur les bords du Mékong, sous des arbres à l’ombre bien venue. Aussitôt nous embarquons sur une barque à moteur qui nous fait traverser jusqu’à l’île de Don Kho. Remonter sur la berge, sur un escalier branlant, aux marches étroites, est un exercice dont Marie se serait bien passé. Elle se remet de ses émotions puis nous suivons le chemin qui longe la rive et sert de rue principale au village endormi. Il n’est formé que d’une seule rangée de maisons traditionnelles, en bois, à un étage, sur pilotis. Au rez-de-chaussée, sous la maison proprement dite, des métiers à tisser sont installés, quelques femmes s’y activent. Derrière, les rizières semblent abandonnées, écrasées de soleil. J’abandonne Marie et continue à la recherche du cimetière dans la forêt… Je dois traverser les rizières, bien entendu sans ombre, puis chercher mon chemin dans une forêt de bambous aux pieds desquels des termitières grandissent, puis de tecks. Je parviens à la pointe de l’île sans avoir vu de tombes. Il me faut encore revenir en traversant cette forêt dense sans avoir pu prendre de repères ni avoir joué au petit Poucet. Après m’être battu avec les broussailles, je trouve un sentier qui me ramène dans les rizières et bientôt à Marie. Nous jetons un œil au vat avec une belle collection de statues naïves en béton qui me rappellent celles du Ghana ! Nous reprenons la barque puis le tuk tuk, revenons vers Pakse. Nouveau détour pour le temple de Vat Chomphet. Un ensemble de bâtiments de style ancien ou carrément moderne et en arrière un gigantesque Bouddha aux pectoraux de béton, entouré de représentations du même mais de plus petite taille, tous bien dorés. Nous pouvons pénétrer sous la construction, déambuler sous les fesses du divin Seigneur et nous y faire bénir par des nonnes au crâne rasé. L’une d’elle tient à attacher au poignet de Marie un bracelet de coton, tout en récitant des paroles propitiatoires, avant de lui faire glisser les mains sur un énorme gong jusqu’à le faire résonner. Ainsi placés sous les meilleurs auspices, nous nous dirigeons vers le temple d’où sortent des litanies relayées par des haut-parleurs. Nous nous déchaussons et allons respectueusement nous glisser derrière une assemblée de braves dévotes, assises en tailleur, face à un moine qui, depuis une chaire, récite des mantras dans un micro. Toutes ces gentilles petites vieilles aux chignons bien tirés qui ont mis leurs plus belles tenues, corsages brodés, écharpes de dentelle, se disputent nos poignets pour y attacher, en marmonnant des vœux, d’autres bracelets… Dans le fond un vénérable, un instant distrait par notre venue, retourne à sa somnolence digestive. Nous allons regarder travailler des sculpteurs de pierre qui taillent des Bouddhas avant de les peindre. Il s’en trouve de toutes tailles et à toutes les étapes du processus. Enfin nous rentrons à Pakse, notre chauffeur nous dépose devant l’hôtel. Je vais réserver auprès d’Yves le bus pour nous rendre à Champassak demain. Une sieste en climatisé est bienvenue. Je l’interromps pour descendre me connecter et trouver enfin un court message de Julie qui nous rassure néanmoins. Je remonte me reposer avant que nous n’allions dîner dans le beer garden de l’hôtel Sala Champa. Nous sommes au frais et nous commandons un repas laotien avec un laab de poisson servi comme il se doit avec des feuilles de menthe, de coriandre, du jus de citron vert, du paa dek, et évidemment du piment. Les saucisses sont excellentes, bien parfumées et enfin nous avons trouvé ce plat qui fait le bonheur de Julie et que nous avions goûté à Paris : du riz croustillant, boulettes de riz soufflé mélangées avec de la saucisse et des arachides, servies avec des feuilles diverses et une sauce sucrée. Excellent repas d’autant que nous avons aussi eu droit à des bières pression. Retour à la chambre pour une nuit de repos mérité.

Dimanche 1er février : Nous nous levons à six heures trente pour être prêts avant huit heures, heure à laquelle le « bus touristique » doit venir nous chercher et nous emmener à Champassak. En finissant de refaire les sacs, je m’aperçois que j’ai oublié mon blouson dans l’armoire de la chambre du Phi Dao que nous avions quitté faute de climatisation. Je descends les sacs et me précipite au Phi Dao. Bien entendu pas trace de mon blouson et ceux qui occupent la chambre n’étant pas encore sortis, il n’est pas possible de vérifier s’il s’y trouve encore… Un minibus vient nous chercher, nous sommes presque les seuls passagers. Nous n’allons pas loin, au prochain carrefour. Là, nous devons monter dans un bus normal. Pas pour longtemps, on nous fait redescendre et diriger vers un autre minibus mais je n’ai pas de place, un jeu de chaises musicales s’installe et je finis par occuper un siège, à côté de Gilles et Floriane qui font le même parcours. Cette fois nous sommes partis ! Le trajet est court, une trentaine de kilomètres, les plus chers du voyage, mais les touristes sont prêts à payer… Nous sommes restés sur la rive orientale du Mékong et nous allons donc devoir passer sur l’autre rive dans une barque après une marche pénible dans le sable avec les sacs. De l’autre côté un tuk tuk nous emmène à Champassak même, la localité semble agréable, alanguie dans la verdure le long du Mékong. Nous avons bien une chambre réservée à l’hôtel Inthira, dans l’un des deux bâtiments coloniaux restaurés et transformés en hôtel de charme. C’est bien la première fois que nous pouvons fréquenter ce type d’hébergement, généralement interdit à notre porte-monnaie… La chambre, bien qu’en retrait, a vue sur le fleuve, le sol est de larges planches sombres et a été plutôt joliment aménagée même si des détails laissent à désirer. Je me connecte à la réception, le wifi ne fonctionne pas dans la chambre, contrairement à ce que m’a assuré le réceptionniste. Message de Julie plus détaillé et nouvelles de Mireille qui nous souhaite la Bonne Année juste à temps… Nous déjeunons en compagnie de Gilles et Floriane qui se régale d’une pizza à la banane et aux ananas !!! Nous prenons des plats plus classiques pour le Laos, un pad thaï et un risotto. La cuisine se veut « fusion » ce qui semble signifier plats locaux édulcorés pour les accommoder au supposé palais occidental… Nous partons en tuk tuk pour le Vat Phu avec nos compagnons de rencontre. Ils nous abandonnent dès que nous sommes arrivés au parking. Y stationnent tous les véhicules qui ont amené les fidèles, curieux, jeunes en quête d’amusements pour cette fête à l’occasion de la pleine lune de février et qui doit durer trois jours. Nous remontons l’une des allées qui longent le baray, ce bassin en eau que l’on trouve dans tous les grands sites khmers. Nous ne savons pas exactement ce qui doit se passer aujourd’hui, on nous a parlé d’inauguration de la fête sans avoir pu en savoir plus. Nous ne trouvons personne pour nous renseigner, il fait très chaud, le baray est très long… Tout au long sont installés des stands, principalement de nourriture mais aussi des marchands de jouets, de quincaillerie, de vêtements, etc… Nous apercevons des éléphants que leurs mahouts éloignent. A l’extrémité du bassin commence une chaussée couverte de dalles irrégulières, bordée de pierres dressées en forme de lotus. Nous devons acquitter un droit d’entrée au temple, 35000 kips pour les étrangers, 5000 pour les locaux… Encore une longue marche sous le soleil, sans ombre, jusqu’aux deux pavillons qui flanquent l’entrée des ruines du site. On me réclame un droit de photographier que les Laotiens ne doivent certainement pas régler alors qu’ils sont tous à se prendre en photo partout en prenant des poses stéréotypées. Je refuse de payer et éteint l’appareil pour le rallumer plus loin. Nous découvrons alors de superbes frontons et linteaux sculptés avec des représentations des divinités hindous, Shiva, Parvati, Vishnou, Nandi, etc… Les deux grands pavillons rectangulaires de l’entrée ont des murs percés de fenêtres carrées fermées par des balustres identiques à ceux des temples du Cambodge. Le Vat Phu n’est pas aussi prestigieux qu’Angkor certes, mais j’aime retrouver ici, ces traces du rayonnement khmer. Nous nous promenons à l’intérieur des deux pavillons, franchissons les portes par de hautes marches. Les promeneurs sont partout, les papiers gras aussi. Ce ne sont certainement pas les meilleurs jours pour visiter le site… Des offrandes et des cierges sont déposés devant des statues brisées ou un dvarapala de pierre, ceint d’une robe safran et protégé du soleil par une ombrelle, les gens se recueillent, mains jointes pour une courte prière. Nous achetons une bouteille d’eau à l’une de ces marchandes qui ont flairé la bonne occasion de gagner quelques milliers de kips en acheminant boissons, glacières, biscuits, quelques chaises et parasols, au sommet des escaliers aux marches inégales. La vue porte sur tout le site et le fourmillement humain qui grouille sous les tentes aux couleurs de marques commerciales. Quelques moines s’égarent dans les ruines, taches orangées facilement repérables. Nous ne montons pas jusqu’au sommet et décidons de redescendre vers le lieu où m’assure-t-on, va être procédé à l’inauguration des festivités. Après avoir traversé une kermesse bruyante où l’on s’affronte à grands renforts de décibels, nous atteignons une vaste place où les curieux s’agglutinent. Heureusement les autochtones ne sont pas de grande taille et nous pouvons apercevoir, en nous en approchant, des jeunes femmes habillées de costumes dorés qui se déhanchent à la manière des danseuses des ballets royaux khmers. Les éléphants caparaçonnés sont là mais à peine parvenons-nous à la place des cérémonies qu’ils s’éloignent, quittent les lieux à bonne allure. Nous nous glissons dans la tribune officielle, personne ne s’y oppose. Nous avons alors une vue parfaite sur le défilé de troupes de danseuses, pas toujours en phase, en costumes traditionnels, puis viennent des discours pompeux, mécaniquement applaudis par toutes ces personnalités importantes… Nous n’insistons pas et revenons vers l’entrée en passant entre les marchandes de riz gluant dans des rouleaux de bambous, les grillades de poulet, les vendeuses de soupes. Notre tuk tuk revient nous chercher, nous ne sommes pas les seuls à repartir. De retour à l’hôtel, nous allons prendre un pot sur les bords du Mékong puis nous nous installons à la réception pour profiter d’internet et réserver une chambre à Don Khon. Nous nous reposons à la chambre avant de dîner à une table sur la rue à l’hôtel, d’un curry fade, servi avec des carottes et des pommes de terre, à croire qu’il n’y a ni champignons ni pousses de bambou à Champassak ! Même remarque donc que ce midi à propos des plats proposés aux touristes dans les hôtels. Marie a plus de chance avec du poisson servi en feuilles de bananier.

Lundi 2 février : Nous faisons presque la grasse matinée puisque ce n’est pas avant neuf heures et demie que nous allons prendre le copieux petit-déjeuner. Nous allons ensuite à pied dans le « centre-ville », terme un peu prétentieux pour désigner un carrefour avec trois routes qui y aboutissent et une fontaine sans eau. Nous trouvons le petit théâtre où sont données, en alternance, une soirée de marionnettes traditionnelles et la projection du vieux film de Cooper et Schoedsack : « Chang » que nous voulons voir toutes les deux. Nous apprenons que pendant les trois jours du festival, les représentations sont données au Vat Phu. A l’office du tourisme nous tentons de savoir ce qui doit avoir lieu aujourd’hui mais les indications restent vagues, du sport, des concerts et semble-t-il une course de pirogues. Nous allons nous installer dans un de ces restaurants qui ont eu la bonne idée de construire des terrasses ombragées au-dessus du fleuve. Je retourne chercher et rapporter l’ordinateur pour que nous mettions à jour le texte du blog puis nous déjeunons à ce même restaurant,  plats classiques mais bien cuisinés et copieux. Nous nous faisons conduire, par le même tuk tuk que la veille au Vat Phu. Nous visitons le musée du site, une seule salle avec quelques beaux Bouddhas de toutes tailles et des linteaux du temple d’une belle facture... Les explications générales sont en anglais, les détaillées en français. Nous nous traînons ensuite le long du baray, à la même heure que la veille, sous un soleil féroce. Il n’y a pas grande animation sur le bassin. Une seule pirogue en vue mais l’amoncellement des détritus devient phénoménal ! Nous allons patienter dans la tribune officielle déserte, mais à l’ombre, et légèrement ventilée. Le temps passe et toujours pas de course de pirogues. Je vais aux renseignements, toujours aussi vagues. Nous marchons jusqu’à l’extrémité du baray, et allons nous asseoir sur la première plate-forme du temple, à l’ombre. Nous sommes entourés de familles qui jettent tout autour d’eux… Nous apercevons sur l’eau DEUX pirogues qui semblent bien faire la course. Nous nous rapprochons, il s’agit bien de la course tant attendue… Deux et seulement deux pirogues ! Nous commençons à fatiguer de cette fête, cette foire, sans grand intérêt. Nous allons prendre un soda à une guinguette mieux équipée que les autres, on y sert de la bière avec des fontaines individuelles de cinq ou dix litres, tirée par les buveurs dans des verres remplis de glaçons. Sur la scène du podium proche, commencent à répéter des jeunes filles pour un spectacle musical qui n’aura probablement pas lieu avant ce soir. Las, saouls de bruit et de soleil, nous nous en revenons vers la sortie alors que la foule de plus en plus nombreuse, arrive. Nous rentrons avec un saoung taw, une camionnette aménagée pour le transport des passagers. Nous nous installons à la réception de l’hôtel pour mettre en ligne le blog, ce qui ne va pas sans mal. Je reviens me reposer à la chambre puis nous dînons à la même table que la veille, à la grande fureur de Marie qui en avait réservé une autre. Sans enthousiasme excessif pour la carte du restaurant, nous prenons des rouleaux de printemps et le poisson en feuilles de bananier pour moi, celui qui avait tant plus à Marie hier. Elle, en manque, commande un steak frites, qui, contrairement à mes craintes, se révèlera plutôt tendre et servi saignant.

Mardi 3 février : Pas eu le courage de me lever à cinq heures pour retourner au temple assister à la distribution du riz aux moines… Après le petit-déjeuner nous allons voir sur la route principale, derrière l’hôtel le vat Nyutthitham. Dans l’enceinte, trois bâtiments, deux ont un style mi-colonial, mi-bouddhiste. L’un comporte des colonnes extérieures sur tout son pourtour et un fronton en stuc aux couleurs passées, l’intérieur est abandonné et rempli d’étrons peu respectueux. Le second a un joli fronton, très ouvragé mais l’intérieur avec un Bouddha doré semble aussi abandonné. Le troisième, plus récent, est en activité mais sans le moindre intérêt. Nous marchons jusqu’au carrefour central et allons écrire des cartes postales, attablés sur les bords du Mékong, dans un des restaurants. Nous y déjeunons, très peu copieusement avant de revenir à la chambre pour une sieste climatisée. Nous ressortons pour sauter dans un tuk tuk et retourner au Vat Phu. Il est alors cinq heures et le soleil est devenu supportable. Nous sommes très étonnés car en ce jour supposé être le plus important, les allées sont presque désertes, des commerçants plient bagages, laissant le terrain couvert d’immondices. Nous nous demandons combien de temps il faudra aux équipes de nettoyage pour rendre au lieu un aspect présentable. Nous repérons une toile d’écran entre les deux podiums. Je vais me renseigner, il s’agit bien du lieu des représentations du théâtre d’ombre et de la projection de « Chang » mais l’employé de la troupe qui me renseigne est incapable de me préciser l’heure de la représentation ni son contenu. Je laisse Marie assise à la tribune d’honneur inoccupée et vais voir si les évènements se précisent du côté du temple. Bonne nouvelle, plus de contrôle des billets, l’entrée est libre. Des lampes à mèche ont été installées sur les bâtiments du temple, aux portes et fenêtres, le long des murs et des allées mais ne sont pas encore allumées. Je repasse au théâtre d’ombre me faire préciser l’heure éventuelle de la représentation puis je vais retrouver Marie. Nous avançons en direction du temple, la nuit tombe quand nous y sommes et des employés commencent à allumer les petites lampes. Nous montons pour avoir une vue d’ensemble de l’allée centrale et des deux bâtiments balisés de milliers de points lumineux. Les fidèles y ont ajouté des bougies déposées sur les pierres, les fenêtres, les marches ainsi que des bâtonnets d’encens aux lourdes et âcres vapeurs Des lanternes chinoises commencent à apparaître, vendues à ceux qui, pour s’amuser ou se garantir une bonne fortune, vont les utiliser. Grosses boules de papier de soie pourvues à la base d’une rondelle inflammable qui va chauffer l’air emprisonné et provoquer l’ascension de la lanterne. Elles s’élèvent en une pluie d’étoiles et s’éloignent lentement en un chapelet. Nous sacrifions au rituel et envoyons notre lampion dans les airs… Nous retournons sur nos pas en croisant une procession de moines, suivis de fidèles mains jointes, apportant offrandes et bougies. Nous arrivons au théâtre d’ombre à temps pour assister au démontage de la structure. Le directeur, Yves Bernard, a renoncé aux représentations qui seraient inaudibles entre les deux podiums aux sonorisations surpuissantes et asphyxiantes dans la poussière des camionnettes qui passent et repassent. Nous faisons un brin de causette avec lui en espérant avoir le plaisir d’assister à une représentation un jour en France… Marie, jamais trop fatiguée quand elle en a envie, et qui a peur de rater quelque chose, tient à retourner dans le temple. Il ne s’y passe rien de particulier, la foule est de plus en plus nombreuse et l’envol des lanternes incessant, une vraie voie lactée éphémère… Nous revenons sur nos pas, achetons un poulet grillé, plutôt un coquelet à en croire sa taille, et allons le manger au bar près de la tribune officielle. La bière coule à flots, par cageots entiers ! Non sans effet sur les buveurs qui, éméchés, deviennent bruyants. Il ne se passe rien sur les podiums, nous nous acheminons lentement vers la sortie, foulant sacs plastiques et boîtes en polystyrène abandonnés. Nous trouvons rapidement un tuk tuk, vite rempli, et rentrons à l’hôtel. Nous achetons le DVD du film « Chang » avec l’accompagnement des musiciens de Champassak pour nous consoler.

Mercredi 4 février : Il faut se lever tôt puisque le tuk tuk doit venir nous chercher à huit heures. Il nous dépose à une autre guest house au bord du fleuve, une barque doit venir nous y chercher. Effectivement quelques minutes plus tard nous apercevons le sillage et nous entendons le halètement du moteur de notre transporteur. Pour monter à bord, il faut descendre avec les sacs un escalier de bois aux marches étroites et à la rambarde aléatoire. Marie n’apprécie qu’à moitié… Il faut aussi traverser une plus grande barque chargée de touristes mais à laquelle nous n’avons pas droit… Nous rejoignons en biais le débarcadère de l’autre côté, occasion d’apprécier les bords du Mékong alors que le soleil n’est pas encore à son zénith. Comme à l’aller, parcourir quelques dizaines de mètres dans le sable n’est pas aisé non plus. Le bus ou le minibus (?) qui doit nous emmener n’est pas là. Nous devons attendre… Peu après nous sommes rejoints par les passagers de la grande barque que nous n’avions eu que le droit de traverser… Mystères de l’organisation… Après une heure d’attente arrive un grand bus VIP, rideaux jaunes, pompons et fanfreluches mauves, déjà bien rempli de touristes. Pas de places assises pour tout le monde, le chauffeur rajoute dans l’allée des chaises en plastique. Marie montée dans les premiers m’a gardé un siège mais nous ne sommes pas côte-à-côte. Nos voisins respectifs, Français solitaires, n’ont pas l’élémentaire élégance de nous proposer d’échanger avec l’un d’eux… Rapide parcours, presque jusqu’à la frontière cambodgienne, puis nous sommes débarqués dans une bourgade qui vit du transport des passagers vers les îles de Don Det et Don Khone. Toute la faune touristique internationale s’y retrouve, les retraités en voyage organisé aussi bien que les Rastafari à la chevelure de sâdhu. Nous suivons le mouvement, embarquons sur la pirogue pour Don Khone et partons bientôt nous faufiler entre une multitude de petites îles couvertes d’une végétation luxuriante, les cocotiers frangent les rivages, les manguiers dispensent une ombre appréciée par les buffles, de grands arbres majestueux attendent d’être déracinés et emportés par les crues de la prochaine mousson. Nous longeons Don Det et l’abondance des hébergements de toutes catégories qui se succèdent sur le rivage nous annonce ce que nous allons trouver sur Don Khone : un ancien paradis exotique agonisant sous l’invasion touristique. L’autochtone fait figure d’intrus ! Nous débarquons difficilement dans l’eau au pied d’une berge herbeuse et glissante alors qu’il existe des débarcadères aménagés… Nous cherchons la Pan’s guest house où nous avons réservé, deux cents mètres à parcourir dans la poussière d’une rue de terre, entre restaurants qui proposent tous des pizzas ou des spaghettis sauce tomate et des hébergements variés, croisant cyclistes rubiconds et essoufflés, nos doubles… La chambre, un petit bungalow, sur les bords du Mékong, climatisée, ce qui est appréciable ici, est agréable mais les toilettes sont inondées et la télécommande de la climatisation est capricieuse. Nous faisons régler ces petits soucis et allons déjeuner au restaurant de l’hôtel. Une bonne salade pour Marie et des nems très quelconques pour moi avec un peu plus de bière que nous ne nous l’autorisons habituellement. Nous revenons nous reposer à la chambre et ne ressortons qu’en fin d’après-midi. Après avoir admiré la vue sur le chenal bordé de cocotiers qui nous sépare de Don Det, nous faisons le tour des agences qui proposent des excursions, nous renseignant sur les tarifs des tuk tuks dans l’île. Nous marchons jusqu’à un temple, très simple, perdu au milieu des rizières puis revenons prendre un soda ou un lait de noix de coco sur une des terrasses, au-dessus d’un des bras du fleuve, au soleil couchant. Nous dînons au restaurant du Sala Don Khone, établissement plus chic où nous essayons des nouveautés : brochettes de poulet au saté, pas assez grillées, cake de poisson avec une sauce à peine pimentée et un poisson au lait de coco en feuille de bananier. Retour au bungalow où nous nous installons quelque temps sous la véranda, au frais à cette heure.

Jeudi 5 février : Ah qu’il fait bon dormir sur les bords du Mékong, dans un bungalow climatisé, se réveiller quasi gelé au matin et entendre, sur les eaux calmes, pétarader les moteurs des barques qui s’activent dès qu’il fait jour ! Le petit-déjeuner n’est pas servi sur les berges du fleuve mais nous apprenons qu’il peut l’être à la chambre. Marie se sent dispose pour marcher quelques kilomètres, jusqu’aux rapides de Tat Somphamit. Nous partons un peu trop tard pour éviter un soleil cuisant. Nous passons sous l’ancien pont ferroviaire qui relie aujourd’hui les îles de Don Det et Don Khone, fréquenté par les piétons, les cyclistes et de rares camionnettes de transport de personnes. Peu après, sous un abri, une antique locomotive miniature rappelle qu’il fut un temps où le trafic des marchandises sur le Mékong devait emprunter une voie ferrée pour passer la zone des chutes à la frontière lao-cambodgienne. Nous continuons sur un sentier poussiéreux, entre les rizières qui n’apportent aucune fraîcheur. Nous dépassons le vat Kho Tai, contents quand un arbre dispense un court instant une ombre appréciée. Marie commence à peiner mais elle avance vaillamment. Juste à la bifurcation pour les rapides, une moto-taxi, primitive association d’une moto de petite cylindrée avec une sorte de side-car bricolé pour permettre de transporter deux personnes à côté du chauffeur, surgit. Piloté par un guide laotien parfaitement francophone, et emmenant deux touristes aux rapides, qui propose gentiment, non seulement d’y déposer Marie, mais qui revient aussi me rechercher ! Nous devons acquitter un droit d’entrée au site bien élevé pour le pays, 35000 kips. Après avoir franchi une passerelle en bois, un sentier, entre des bosquets de bambous totalement déshydratés, amène au-dessus des rapides de Tat Somphamit. Là, le Mékong, de fleuve paisible, coulant lentement vers le Cambodge, se fractionne en une multitude de ruisseaux qui se précipitent sur des roches, se ramifient, se regroupent, bouillonnent dans des clues, se fracassent plus bas avant de s’apaiser et de poursuivre calmement son cours. Nous sommes en période de basses eaux qui mettent en évidence le formidable enchevêtrement de roches qui fait obstacle au cours du fleuve et à sa remontée par des bateaux. Des pêcheurs ont installé de gigantesques nasses qui capturent les poissons en période de crue. Nous suivons sur quelques centaines de mètres le rebord de la falaise, jusqu’à un très sympathique café, bien situé au-dessus de la plage de sable qui s’allonge le long d’un Mékong apaisé. Nous y prenons un pot puis prenons, toujours à pied, le chemin du retour mais en évitant la zone des rizières. Nous suivons un étroit sentier qui suit le cours du fleuve, plus court et bien ombragé. Des buffles aux superbes cornes nous regardent passer, indifférents. Nous atteignons le vat aperçu à l’aller. Nous y faisons une courte halte à l’ombre d’un beau jaquier. De magnifiques bougainvillées grimpent jusqu’au sommet d’un palmier à sucre. Les frangipaniers, autres arbres très fréquents dans les temples, apprécieraient eux aussi une bonne pluie. Dans le village, sous les maisons sur pilotis, les femmes bercent leurs derniers-nés dans de grands paniers d’osier couverts d’une moustiquaire. Nous déjeunons, peu avant le pont, au premier étage du restaurant « Fleur du Mékong ». Salade et nems pour justifier la bière fraîche. Nous rentrons nous reposer à la chambre et laisser passer les heures chaudes. Nous repartons peu avant quatre heures en affrétant un autre tuk tuk pour nous rendre tout au sud de l’île. Nous suivons un chemin de terre entre rizières et plantations de tecks anémiés  A l’extrémité de la piste nous aboutissons aux anciennes installations qui permettaient d’acheminer les marchandises du bief inférieur au supérieur pour passer les rapides. Une pente en béton et un treuil amenaient les charges d’un ponton au chemin de fer qui traversait l’île. C’est de là que nous embarquons sur une barque pour une balade dans les eaux calmes, à la frontière du Cambodge, en passant entre des îlots sur lesquels le niveau des hautes eaux est nettement marqué. Les arbustes qui poussent dessus sont tous penchés dans le sens du courant. Nous sommes là surtout pour essayer de voir les dauphins du Mékong. Après une rapide navigation, nous coupons le moteur et guettons l’apparition des cétacés. Nous ne sommes pas les seuls à nous démancher le cou pour essayer d’apercevoir le bond hors de l’eau de quelques-uns. Le batelier les repère avant nous et le temps de nous les indiquer, ils ont déjà replongé… Nous apercevrons bien, fugitivement, quelques dos arrondis, un aileron mais nous nous sentons tout de même bien frustrés… Nous rentrons à l’hôtel, repos, connexion internet puis nous allons dîner dans un restaurant indiqué par des Français de rencontre. Le service n’est pas rapide et nous ne sommes pas servis ensemble mais les plats, curry de porc qui ne ressemble pas à un curry et poulet au basilic qui ne sent pas le basilic, sont bons et copieux. Retour à la chambre par les rues désertes.

Vendredi 6 février : A utiliser en permanence la climatisation et dormir avec, j’ai ce matin un bon mal de gorge. Nous nous faisons servir le petit-déjeuner sur la véranda, ce qui se révèle peu pratique, manque de place, chaises longues inadaptées. Nous n’avons pas un programme chargé aujourd’hui et après avoir beaucoup hésité, nous décidons de nous rendre cet après-midi aux autres rapides, ceux de Khon Phapheng. Nous réservons à l’hôtel pour l’excursion ainsi que les billets pour le retour demain à Pakse. Nous partons tardivement nous promener jusqu’au pont que nous franchissons en appréciant, de chaque côté, les belles vues sur le chenal, les îlots, la végétation et les maisons traditionnelles qui s’alignent sur la rive. Nous continuons quelques centaines de mètres du côté de Don Det, jusqu’à la hauteur de notre guest house. Nous revenons pour un bref repos avant de déjeuner au restaurant de l’hôtel. Le service n’est pas bien rapide, il faut plus d’une demi-heure pour obtenir une salade de poulet et du poulet grillé avec des frites. Néanmoins nous sommes prêts pour partir à l’heure prévue. La patronne nous étonne par un geste auquel nous ne nous attendions pas. Le prix de l’excursion est fixé pour nous deux à 150000 kips, deux autres personnes, deux Françaises, la mère et la fille, se joignant à nous, elle nous rembourse 50000 kips ! Nous partons depuis la guest house en barque, pour retourner sur la terre ferme. Là, nous montons dans un minibus pour quelques kilomètres jusqu’à l’entrée du site des rapides. Le Laos l’aménage à grand renfort de coulées de béton pour justifier le prix d’entrée élevé demandé. Une courte marche sur un sentier nous amène à un point de vue sur la partie supérieure des rapides. Le fleuve commence à se précipiter sur et dans les roches, entre des îlots couverts de végétation. Une navette électrique nous amène ensuite à la base des chutes, à moins de deux cents mètres ! Une terrasse a été aménagée pour offrir le meilleur point de vue sur les cascades, pas très hautes qui s’étalent sur un kilomètre. Nous ne sommes pas aussi séduits qu’à Tat Somphamit. La masse d’eau est plus importante mais bien que partagée en plusieurs portions, nous avons moins l’impression d’un réseau de torrents qui surgissent de partout, se faufilent entre les roches avant de retrouver le calme plus en aval. Nous attendons le retour du soleil pour prendre des photos avant de remonter avec la navette, nous offrir un pot puis retrouver nos compagnes et rentrer par le même chemin. Je ne me repose guère et passe du temps sur l’ordinateur à mettre à jour texte et photos puis à chercher un hébergement à Louang Prabang. Nous ressortons pour aller dîner. Nous avons la surprise de trouver le restaurant, indiqué par nos amies belges, ouvert, alors qu’il était fermé les jours précédents. Nous nous offrons un apéritif : un très classique gin tonic pour moi et un cocktail « 4000 îles » à base de miel (1/4 dose), jus de fruit de la passion (1/2 dose), rhum (1 dose), feuilles de menthe, citron (un citron vert), que nous nous promettons d’ajouter à notre carte dès que nous serons rentrés à Toulon. Nous dînons également très bien : excellent masaman de porc bien relevé et poulet en feuilles de bananiers pas du tout fade. Dommage que nous partions demain !

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17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 04:43

 

                               BIRMANIE

                          Janvier 2014

 
Birmanie 2014
Vendredi 3 janvier : Après une mauvaise nuit sans vraiment dormir, de crainte que le réveil ne sonne pas, nous nous levons avant cinq heures pour être prêts à  l'arrivée de la navette, à six heures. Nous partons dans la nuit noire, après avoir embrassé Julie, à peine réveillée. Nous devons encore aller chercher trois autres passagers du côté de la porte de Clignancourt avant d'arriver à Roissy, au terminal 1, mon préféré, celui construit à l'origine, avec ses tapis roulants qui se croisent dans l'atrium. Nous attendons ensuite l'embarquement, à demi ensommeillés. Je me sens vaseux et légèrement fiévreux, les visites au successeur du docteur Auboux n'ont pas eu grand effet, je tousse toujours, avec un mal de gorge diffus et un nez qui coule ! Nous embarquons puis décollons après dix heures. Le repas est presque aussitôt servi après un verre de champagne ! La compagnie Qatar Airways essaie de faire les choses bien mais ils ne sont pas à la hauteur d'Emirates, ils lésinent sur les boissons, vins ordinaires servis au verre et bière tiède. Je regarde sur le minuscule écran individuel "12 hommes en colère", pas revu depuis très longtemps. Du bon théâtre mais un mauvais film... J'essaie de dormir mais sans grand succès, je me sens de plus en plus cotonneux. Dans la descente sur Doha, mes tympans trop sollicités par la dépressurisation et les circuits nasaux bouchés, me font presque hurler de douleur. Il fait déjà nuit, la température extérieure est plus agréable bien que nous ne puissions guère l'apprécier dans le terminal climatisé. Nous n'avons presque pas à marcher pour aller attendre le vol suivant. La zone marchande rassemble tous les commerces de luxe de la planète, les prix du matériel électronique sont très intéressants. Les peuples du monde se croisent, Afghans avec leur galette sur la tête, Arabes en robe et voile pour les deux sexes, pas les mêmes toutefois, Indiennes en sari et bien sûr touristes en bermudas, polaires et sacs à dos de baroudeurs... Nous embarquons dans un appareil plus petit, pas tout à fait plein. Nouveau repas servi par des hôtesses dépassées par les évènements... 
 
Samedi 4 janvier : Une comédie française insipide m'occupe quelque temps puis je tente de dormir, sans vraiment y parvenir. L'aube éclaircit les rizières qui sortent d'une brume photogénique avant que nous ne nous posions à Rangoon, Yangon comme il faut dire désormais. L'aérogare est déserte, pas franchement accueillante mais il n'est que six heures et demie du matin, avec un original décalage horaire de cinq heures et demie ! Le préposé à l'immigration ne nous adresse pas la parole, se contente de nous indiquer par gestes de nous placer devant l'objectif de sa caméra. Nous sommes arrivés le Jour de l'Indépendance, donc tout est fermé y compris les bureaux de change ! Nous sommes pris en charge par un taxi, notre premier Birman en longyi, le pagne à carreaux traditionnel, sans que nous discutions le prix mais je ne suis pas d'humeur, trop fatigué, ne rêvant que d'un lit. Nous partons en direction du centre ville par des avenues déjà parcourues par de nombreuses voitures plutôt récentes. Le volant est à droite, elles sont importées du Japon, mais la circulation est à droite aussi... Succession d'immeubles lépreux dont les balcons sont protégés par des grilles rouillées. D'autres plus récents sont d'un luxe tapageur. Les grands groupes internationaux y sont représentés. Nous apercevons les aiguilles dorées de la pagode Shwedagon, avant de longer le lac Kamdawgyi embrumé et d'atteindre le vieux centre ville, pas très animé, aux maisons décaties, couvertes de grappes de fils électriques comme des toiles d'araignées. Le taxi ne peut nous déposer devant l'hôtel, le Beautyland II, la rue est barrée. Nous devons attendre que la chambre se libère, dans une pièce où un ventilateur brasse un air tiède. En insistant quelque peu, nous obtenons vers neuf heures une pas bien grande chambre au deuxième étage, au bout de deux escaliers raides. Climatisation, ventilateur et télévision qui diffuse TV5 en version tempête de neige... Nous nous allongeons et nous endormons rapidement. Au réveil, je tousse à fendre l'âme. Marie s'inquiète et recommence à me harceler pour que je consulte un médecin... Je n'ai presque pas de fièvre, je ressors les médicaments et avale tout ce qui est susceptible d'améliorer les choses. Pendant qu'elle se prépare, je vais faire un tour dans Rangoon. Notre rue et les voisines sont envahies par des jeunes qui les ont barrées avec des filets ou des poteaux de buts et disputent des matchs. 
Birmanie 2014

Les immeubles coloniaux sont bien décrépits mais ils donnent une bonne idée de ce à quoi devait ressembler Rangoon à cette époque. Parfois un immeuble dresse son arrogante façade de verre fumé entre deux anciens bâtiments coloniaux. Au rond-point la pagode, ici on dit la paya, Sulé, entourée de boutiques profanes de vendeurs de téléphones, d'agences de voyage, de bureautique, jette vers le ciel ses flèches dorées sur fond d'anciens bâtiments administratifs anglais. Des marchands, sur une minuscule table, vendent des feuilles de bétel et confectionnent à la demande les chiques qui, une fois recrachées, tacheront de rouge les trottoirs. Je trouve à changer des dollars dans l'une des échoppes avant de rentrer à la chambre. Je tente de me connecter à internet mais la lenteur est telle que je ne parviens qu'à obtenir la liste des correspondants qui nous ont écrit. Nous ressortons avec Marie, allons à la paya Sulé, achetons des billets de bus pour nous rendre lundi à Mandalay. 

Birmanie 2014
Nous traversons le parc du centre ville envahi par les familles et les amoureux qui se sont installés sur le gazon. En continuant par des rues désertes, entre des immeubles administratifs anciens, à peine rénovés, nous arrivons sur les bords du fleuve. Un ferry de passagers va partir, des cargos sont arrimés à quai. Nous allons nous offrir, Marie un jus de fruit et moi un demi pression dans les salons de l'hôtel Strand, une survivance de la colonie, boiseries sous de hauts plafonds, ventilateurs mais aussi climatisation moderne. Plus beaucoup d'âme non plus. Nous rentrons en taxi à l'hôtel. Je réussis cette fois à lire le courrier et envoyer un message à Nicole et Julie. Nous dînons dans la petite salle de l'hôtel des plats que nous avions commandés : de l'anguille sautée, du porc aux noix de cajous, sans cajous, et d'une salade de feuilles de thé fermentées. Les épices de manquent pas, le piment non plus. Ce que j'avais pris pour des prunes s'avère être de redoutables piments... Ce serait excellent si les plats étaient servis chauds. Après dîner, attirés par les cris, nous allons voir dans la rue leur raison d'être. Des enfants s'amusent, les yeux bandés, guidés par leurs camarades, à frapper avec un long bâton un bidon plastique placé en hauteur. D'autres s'essaient à envoyer un ballon au travers d'un vieux pneu. Après ces réjouissances populaires simples, nous allons nous coucher pour une vraie nuit... 
 
Dimanche 5 janvier : Réveillé passé une heure, je somnole le reste de la nuit en toussant parfois ce qui ne manque pas d'irriter Marie au réveil, prête à une nouvelle crise de nerfs pour d'autres raisons. Nous ne descendons qu'à neuf heures pour le petit déjeuner. Il serait copieux si les divers plats proposés étaient moins sucrés, une sorte de crêpe à la banane (?) recouverte de noix de coco râpée ne soulève pas notre enthousiasme, le beurre n'en est pas et la confiture, bien que colorée est sans goût. Nous nous faisons conduire en taxi au marché Bogyoke, dans une ancienne halle couverte. Peu d'animation, les seuls clients sont des touristes, européens ou asiatiques. Ce ne sont que des échoppes de tissus pour pagnes, marchands de pierres précieuses et boutiques de souvenirs. Rien de bien intéressant. Nous hésitons sur la suite des visites de la journée. Nous nous décidons pour suivre l'itinéraire pédestre indiqué dans un de nos guides. Nous devons traverser l'avenue, coupée, comme en Inde, en deux par une barrière métallique médiane, ce qui n'est possible qu'en de rares points qui obligent à des détours. Nous suivons une étroite rue entre des immeubles lépreux, sous un soleil impitoyable et surtout dans une moiteur pénible. Nous débouchons dans une autre artère, Anawratha Road, du quartier indien. Quelques rares individus ont au front la marque rouge du tikka. Mais la plupart sont des musulmans, les femmes sont enfouies sous des voiles sinistres, les hommes âgés ont laissé pousser une barbe teinte au henné. Mais tous les Birmans sont vêtus de longyi à carreaux pour les hommes, plus colorés pour les femmes.  
Birmanie 2014

Une autre étroite rue traverse un marché plus populaire. On y vend des fruits, des légumes de la viande sur des étals à même le sol. Nous visitons ensuite une ancienne synagogue, encore bien entretenue par un des rares survivants. Nous revenons vers la pagode Sulé, en slalomant sur des trottoirs défoncés, entre les familles, les badauds que tous les étals tentent. Les femmes ont très souvent les joues et de front passés à une pâte ocre, le thanakha, parfois en formant des dessins. Nous déjeunons dans un snack trop climatisé. La nourriture est correcte. Ensuite, un taxi nous dépose au lac Kandawgyi. L'entrée en est payante pour les étrangers, gratuite pour les locaux... 

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Nous approchons du bord, comprenons que nous allons devoir  emprunter de longues passerelles de bois, au-dessus des eaux mais en plein soleil. Je transpire à grosses gouttes, Marie veut toujours aller plus loin. Nous finissons par trouver la courbe d'où nous apercevons la flèche de Shwedagon et quelques-uns de ses pagodons qui se mirent dans les eaux mais tout de même à bonne distance. Les passerelles de bois, qui serpentent sur les eaux calmes, la vision d'une belle végétation tropicale et les nombreux couples de sages amoureux cachés derrière une ombrelle font oublier la fatigue de la promenade. Nous nous faisons conduire par un autre taxi difficile à négocier à l'entrée sud de la fameuse pagode Shwedagon. Une entrée spéciale est réservée aux honorables visiteurs étrangers. Un tarif aussi, passé, ces derniers temps, de cinq à huit dollars ! Mais pour ce prix, nous avons un joli ticket, un plan en anglais et le droit d'utiliser un ascenseur qui évite aux hôtes distingués de s'épuiser dans la montée d'un escalier couvert, en gradins, bordé d'animaux fabuleux et de marchands d'offrandes. 

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Parvenus au sommet, nous découvrons, soufflés, l'extraordinaire ensemble de stûpas, appelés ici Zedi, qui entourent la flèche centrale de la pagode. D'autres pagodes, des pavillons aux toits superposés en escalier, des temples qui abritent des statues du Bouddha, assis ou couché, de supposées empreintes de ses pieds, des cloches de cérémonies, occupent tout l'espace autour du zedi central. Tous sont un délire de tôles ou de bois finement découpés, presque toujours dorés. Nous en faisons lentement le tour en compagnie d'autres touristes et de familles locales, derniers nés et aïeuls compris, venues faire un voeu ou s'incliner devant l'autel du jour de la semaine de leur naissance. Peu d'indications en anglais, l'écriture birmane, surtout les chiffres, est une succession de cerises croquées par d'espiègles asticots qui se tortillent autour.

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Beaucoup de femmes ont les joues et le front couverts de dessins tracés avec cette pâte ocre censée les protéger du soleil. Nous tournons lentement, dans le sens des aiguilles d'une montre, en visitant chaque pavillon, scrutant les yeux des Bouddhas, admirant la ferveur des fidèles venus offrir quelques fleurs, un fruit, à leur Bouddha ou à leur nat, génie local, préféré. 

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Des moines, crâne rasé, tatoués de signes cabalistiques, en robes couleur rouge safran, sont parfois accompagnés de bonzesses, elles aussi crâne rasé, en robes roses, plus sûr moyen de reconnaître leur sexe. 

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Des rangées successives de fidèles, bien en ligne, armés de balais rustiques, chassent le moindre grain de poussière, à moins qu'il ne s'agisse d'écarter d'éventuelles fourmis pour leur éviter d'être malencontreusement écrasées, ce qui serait dommageable pour qui veut acquérir des mérites. Le soleil est couché quand nous achevons, épuisés, cette circumnavigation. 

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Nous attendons que la nuit soit bien installée pour refaire un tour plus rapide et revoir sous les lumières des projecteurs les milliers de pointes, de pinacles de tôles dorées qui se dressent vers le ciel. Enfin nous quittons les lieux en taxi. Nous nous faisons déposer dans un restaurant japonais proche de notre hôtel mais les plats ne sont pas fameux et nous mangeons la plus mauvaise cuisine japonaise qui soit. Nous rentrons à pied à l'hôtel, enfin nous reposer.
 
Lundi 6 janvier : Pas trop toussé dans la nuit, j'espère que cela va continuer de s'améliorer. Nous nous levons avec le jour à six heures pour prendre, une heure plus tard, le petit déjeuner avec des oeufs frits. Un taxi commandé par l'hôtel nous emmène à la gare routière, encore plus éloignée du centre que l'aéroport. C'est un ensemble de hangars occupés par les nombreuses sociétés de transport sommairement installées, un hall avec des fauteuils en plastique pour les voyageurs qui attendent leur bus et un amoncellement de bagages. Un oiseleur propose, sans succès, des moineaux en cage à libérer pour "acquérir des mérites". Notre bus arrive, moderne, pas aussi bien customisé que ceux du Soudan... Nous nous installons sur des sièges inclinables, bien plus confortables que ceux des avions. Une accorte hôtesse aux belles joues d'enfant rieur nous distribue bouteilles d'eau et couvertures rendues nécessaires par une climatisation excessive. Nous partons à l'heure et rejoignons l'autoroute à péage, très peu fréquenté. Il est vrai que la vitesse n'y est pas très élevée, le mauvais état du revêtement rend le trajet peu agréable, dans un tremblement continuel ! Le paysage est monotone, plat, une brousse sans arbres et parfois des champs (ou des rizières ?) desséchés. Pause avant midi pour déjeuner, nous nous contentons d'un paquet de chips artisanales, pas salées et au goût d'huile rance, pour accompagner une bière. Les miles défilent, lecture, somnolence. La vidéo ne diffuse qure des clips ou des films de violence (l'un se passe à Paris, on y voit s'écrouler la tour Eiffel !) ou de gags enfantins. Dernière halte dans l'après-midi pour nous permettre de soulager les vessies. La végétation devient plus tropicale et nous avons l'heureuse surprise d'arriver plus tôt que nous ne l'espérions à Mandalay. Nous traversons rapidement un faubourg de la ville avant d'arriver à la gare routière. Nous sommes aussitôt sollicités par des taxis. L'un d'eux nous conduit au Rich Queen Hotel où nous avions réservé une chambre. Vaste, avec trois fenêtres, sans pouvoir admirer la vue car il fait déjà nuit, avec climatiseur. La taille des rouleaux de papier toilette me laisse penser que la population locale, capable d'utiliser de tels confettis doit être étrangement conformée. Marie se lance dans l'étude de la suite du programme puis nous allons dîner dans un restaurant populaire chinois indiqué par l'hôtel. Les tables et les tabourets en plastique sont en plein air. Les toiles cirées sont fatiguées et du papier toilette sert de serviettes, à jeter dans une corbeille au pied de chaque table. Nous commandons du porc aux noix de cajous (cette fois il y en a mais c'est le porc qui manque !) et du crabe en sauce piquante. Ce sont de petits crabes peu pratiques à décortiquer, propices aux taches. Nous regagnons notre chambre par des rues mal éclairées et pas toujours goudronnées.
 
Mardi 7 janvier : Au beau milieu de la nuit, une dégoulinante musique de gongs me tire du sommeil. Elle précède un interminable discours monocorde tenu par un moine peu charismatique. Des dévots lui apportent leur soutien en reprenant ses mots d'ordre. Je retrouve cette peur des fanatismes religieux, entendus un peu partout. "Mort aux Juifs, aux Infidèles, aux Impurs, aux Autres" pourraient-ils être tous prêts à entonner... A sept heures, une musique tonitruante réveille ceux qui se seraient assoupis entre temps; et nous par la même occasion ! Ce sont les bonzes du temple (trop) proche qui se manifestent, peut-être pour activer les ménagères à leurs fourneaux avant qu'ils ne partent quêter leur pitance. Qu'ils se réincarnent en crapauds ! Marie aurait bien aimé dormir encore. Nous allons prendre le petit déjeuner dans une pièce toute en longueur, entre garage et magasin, à l'extérieur de l'hôtel. Rien de fameux, oeufs et beignets froids, thé sans goût. Nous partons avec un trishaw, une bicyclette à laquelle a été accolé un side-car acceptant deux passagers dos-à-dos. Les rues principales sont animées mais sans la furia de la capitale, les rues secondaires sont calmes, les boutiques s'ouvrent largement sur la rue, la verdure est partout. Nous longeons sur deux côtés l'ancien palais royal dont il ne reste pas grand chose derrière une muraille crénelée, percée de portes surmontées de tours au goût local, en forme de pavillon carré à toits gigognes, sur des pilotis. Devant, des douves larges isolent cet insolite carré de la ville. 
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Nous nous faisons déposer au pied de l'escalier, encadré par deux immenses chinthes, divinités protectrices mi-lion, mi-dragon, qui grimpe au sommet d'une colline. Nous préférons monter au sommet en utilisant les services d'une camionnette qui nous amène au pied de la pagode construite au point culminant. La vue est très décevante, la brume dissimule la ville et on ne distingue le carré du palais royal qu'à grand peine. Une volée de marches conduit à la pagode où il faudrait acquitter un droit de photographier, ce que je refuse. Peu de visiteurs, quelques amoureux venus s'isoler et des touristes courageux.

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La construction est récente, très kitsch, des carreaux de verre colorés, dans des tons chauds, couvrent parois et plafonds, des statues peinturlurées agrémentent les lieux. Nous redescendons avec l'ascenseur et rejoignons la route en dévalant les marches, entre les échoppes des marchands du temple. Marie a remis ses chaussures alors qu'elle n'en a pas le droit. Rares sont ceux qui nous en font la remarque, que nous ignorons de toute façon. Enfin nous retrouvons la route. En face de l'escalier s'ouvre un couloir occupé par des astrologues que nous ne consultons pas. Nous accédons ainsi à la pagode Kyauktawgyi qui renferme un bouddha de bien belle taille en marbre. Les murs des pièces voisines sont recouverts de milliers de petits carreaux de glace, on se croirait dans un lupanar turc, mais de luxe ! Nous déjeunons dans une gargote. Marie trouve quelques traces de poulet dans son plat de riz frit, Je n'en ai guère plus dans mon ragoût aigre-doux, la bière fraîche nous fait tout pardonner. 

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Nous repartons à pied jusqu'à un carrefour où nous apercevons une forêt dense de stûpas, tous identiques, d'un blanc étincelant, posés sur des cubes qui abritent des stèles avec un texte religieux en birman. Nous contournons cet ensemble qui entoure le stûpa doré de la pagode Sandamuni pour pénétrer dans cet alignement rigoureux et le contempler de la terrasse du stûpa avec, en fond, la colline et l'étincelante pagode à son sommet. Une allée qui longe un étang rafraichissant conduit à une autre pagode reconstruite récemment, trop moderne, sans charme mais à côté, nous découvrons le magnifique monastère Shwe Nandaw qui a survécu à la destruction du palais royal.

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Une construction toute en teck noir, un bâtiment rectangulaire sur pilotis à quatre toits superposés. Toutes les surfaces sont très finement sculptées de scènes mythologiques, des milliers de personnages ornent portes, murs, rebords de toits. L'intérieur est doré, sols et parois patinés par les pieds et les mains des visiteurs. Les femmes ne sont pas autorisées à approcher de trop près la statue du bouddha... Il est encore relativement tôt mais nous avons rempli notre contrat de la journée et nous commençons à être fatigués, sans parler d'une pépie persistante. Nous retournons sur les bords de l'étang et nous nous offrons des sodas avant de négocier un taxi pour nous ramener à l'hôtel. J'en repars pour aller changer des dollars chez un Chinois dans sa boutique de bijoux en or. Je traîne un peu plus loin, m'offre un Coca chez un glacier puis rentre à la chambre. Je parviens à me connecter et mettre un message à Julie. Nous ressortons pour aller dîner dans un restaurant, Mann, repéré précédemment. Il ne paye pas de mine, une vaste salle ouverte sur la rue. Quelques tables sont occupées par des Birmans qui boivent bières et whisky local, les autres par des touristes qui mangent et boivent (bières et whiskies aussi)... Dommage que mon plat d'anguille soit décevant, trop frit, le reste était très correct. Retour à la chambre par les rues presque désertes et mal éclairées.
 
Mercredi 8 janvier : Notre copain Big Brother Bouddah remet ça ce matin ! gongs, discours, choeur et après un court répit, musique à fond les décibels. Qu'il se réincarne en cafard ! Nous demandons à changer de chambre. Pendant que Marie va s'installer pour le petit déjeuner, je déménage nos sacs dans une autre chambre  plus claire mais un étage plus haut... A peine le temps de boire une tasse de thé, avaler deux beignets et nous nous dépêchons de trouver un trishaw, pour nous rendre à l'embarquement pour Mingun. Nous ne sommes pas les seuls. Une cinquantaine de touristes attendent aussi.
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Les berges de l'Irrawaddy sont très animées, de grosses barges sont amarrées et attendent des chargements qu'apportent des camionnettes mues par des moteurs de tracteurs comme celui que nous avions emprunté lors de notre périple dans les rizières chinoises... Le signal de monter à bord de l'une de ces grosses barges ventrues, construites entièrement en bois, est donné. Seuls les premiers embarqués peuvent s'installer dans des fauteuils sur le pont supérieur, les autres, dont nous, doivent s'asseoir sur des fauteuils en plastique dans la cale, au niveau de l'eau. Nous appareillons et naviguons entre les deux rives sableuses du fleuve. Nous apercevons des huttes plantées sur les plages et des pêcheurs sur des barques manoeuvrées à la perche ou avec des moteurs "longue-queue". Une heure plus tard nous accostons à Mingun, accueillis par les conducteurs de charrettes antiques couvertes d'une natte et tirées par une paire de zébus. Ce sont les taxis locaux ! Nous préférons marcher.

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D'ailleurs la première pagode, la paya Satowiya est au bord du fleuve, au sortir du bateau. Chaulée de frais, de plan carré, avec une façade joliment décorée de paons et de dragons, elle se dresse au sommet d'un escalier gardé par des chinthes et une collection de nats, ces génies sagement assimilés par le bouddhisme birman. Plus loin et visible du fleuve vu sa masse, les restes d'une pagode inachevée et qui avait la prétention d'être la plus grande du monde. Ce n'est plus qu'une énorme masse de briques sans grand intérêt si ce n'est d'être la preuve de la mégalomanie d'un de ces dirigeants qui se prennent pour des surhommes. Nous devons acquitter un nouveau droit de visite alors qu'il n'y a rien à visiter. Une grosse cloche est installée sous un pavillon construit à cet effet, chacun peut la faire sonner en la frappant. Enfin, à la sortie du village, une dernière pagode, la paya Hsinbyume se révèle fort intéressante et très jolie.

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Elle éclate de blancheur, un cône de crème chantilly au sommet d'une éminence, entourée par sept vagues successives de terrasses tout aussi immaculées. Du sommet on découvre la campagne environnante et le fleuve alangui entre ses bancs de sable. Nous revenons en suivant la berge du fleuve, au calme, à peine troublé par les toussotements des trains de péniches qui remontent ou descendent le fleuve. Il n'y plus grand monde dans la rue, les touristes battent en retraite, il faudrait arriver maintenant pour avoir les sites sans trublions. Nous tentons de déjeuner dans le restaurant proche de l'embarcadère. Nous avons presque fini la bière fraîche avant que les plats n'arrivent, trop tardivement pour que ayons le temps de les finir aussi emportons-nous les restes dans des sacs plastiques. Nous nous dépêchons de remonter à bord et trouvons des places sur le pont supérieur mais les fauteuils sont très inconfortables et je suis en plein soleil. J'abandonne Marie et regagne la cale, au frais. Nous attendons les derniers retardataires et revenons à Mandalay. A peine débarqués, nous faisons une halte dans la première brasserie en plein air que nous trouvons pour goûter au bonheur d'une bière pression glacée... Nous avons décidé de revenir à l'hôtel à pied par des quartiers populaires.

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Après une portion d'avenue où des potiers vendent de très grosses jarres vernissées, nous traversons un lac sur un pont en teck, en apercevant sur l'autre rive le zedi doré de la paya Chantaya qui se reflète dans l'eau. Nous admirons la dextérité de manipulateurs de cerfs-volants qui, depuis le pont, à l'aide de gros moulinets, font voler haut dans l'azur des taches colorées. Cette vision serait idyllique si elle n'était pas troublée par la vue de l'amoncellement des ordures que nul service de voirie ne vient enlever. Le lac sert de dépotoir, ses berges disparaissent sous les sacs plastiques, tout le monde vit dans l'attente de la venue de pluies qui se chargeront de leur évacuation. Nous contournons la pagode et allons boire un thé, gracieusement offert, dans une maison de thé du quartier, aucune architecture remarquable, le rez de chaussée d'une grande maison qui, comme ses voisines, est utilisé à des fins commerciales. Nous poursuivons par des ruelles entre des établissements monastiques. Les anciennes maisons de bois, sur pilotis, avec des murs en nattes de bambous, noircies par les fumées, voisinent avec de massives constructions coloniales. Nous aboutissons à la paya Eindawya, celle à qui nous devons nos réveils matinaux ! Nous la traversons, une fois de plus les chaussures à la main. Combien de fois nous serons-nous déchaussé-rechaussé aujourd'hui ? Encore quelques mètres et nous voici à l'hôtel ! Repos puis je descends trouver un message de Julie sur internet. Marie a envie d'assister à un spectacle de marionnettes donné pour les touristes, pas moi. Je crains désormais le pire dans ces représentations pour touristes. Nous ne trouvons qu'un trishaw pour nous y conduire. le trajet est long, en légère montée et notre malheureux conducteur souffre. Nous le dédommageons au-delà de la somme convenue, mauvais exemple ! Nous avons à peine le temps d'avaler deux plats dans un restaurant tout proche avant d'assister à la représentation dans une salle minuscule, loin d'être pleine.

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Marionnettes classiques avec des manipulateurs à ficelle, placés au-dessus d'elles et qu'un rideau parfois soulevé permet de voir à l'oeuvre. Un orchestre de tambours, gongs et d'une flute nasillarde accompagne et souligne les mouvements souvent voltigeants des marionnettes. La présentation en anglais, avec une mauvaise sonorisation, ne me permet pas de comprendre les scènes représentées et je ne m'intéresse guère au spectacle, terminé une heure plus tard. Cher pour si peu ! Nous nous inquiétions de savoir comment rentrer mais notre conducteur de trishaw, alléché par notre générosité nous a attendu et nous ramène donc, plus rapidement puisqu'en descente. A peine à la chambre, nous sommes avisés que Christian F. nous appelle de son hôtel. Nous convenons de nous rencontrer demain.
 
Jeudi 9 janvier : Nous avons eu froid dans la nuit. Nous transpirons dans la journée mais les nuits sont fraîches. Notre nouvelle chambre nous a épargné un réveil bouddhiste ! La salle de bain est folklorique. Comme souvent la douche, sans bac, arrose toilettes et murs, le lavabo coule directement sur le carrelage et l'évacuation est très lente. Nouveauté inconnue jusqu'alors et certainement chinoise : la pomme de douche incorpore des lumières qui colorient le jet d'eau... Je vais petit déjeuner seul, Marie préférant traîner dans la chambre. Nous décidons de rallier directement Bagan, faute de temps pour "tout" faire. Nous faisons réserver le bus et un hôtel par le réceptionniste et lui confirmons notre souhait de visiter demain les sites extérieurs avec un taxi pour la journée. Nous partons une fois de plus avec un trishaw en repassant par les ruelles de l'agréable quartier traversé à pied hier. Il nous dépose presque devant le monastère Shwe in Bin où dans un grand jardin, au calme, se tient un magnifique bâtiment sur pilotis, tout en teck.
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Tous les panneaux ne le sont pas mais les toits, leurs rebords, les portes sont finement sculptés notamment de personnages, mains jointes ou humant un lotus, de danseuses déhanchées. Les bâtiments accolés offrent plus de variété de forme et de taille que le parallélépipède du monastère de Shwe Nandaw. Nous repartons avec un autre trishaw jusqu'à proximité d'un restaurant que nous comptions essayer mais il a disparu. Nous nous fions à notre guide pour nous rassasier dans une gargote chinoise mais personne ne comprend ce que nous souhaitons et je ne parviens qu'à me faire servir un gros poisson-chat frit, une pelote d'épingles avec un peu de chair autour ! Je renonce à en venir à bout... Nous sommes dans un quartier plus récent ou plutôt dont les petits immeubles récents, sans caractère, ont remplacé les anciennes maisons. Les rues sont plus larges, bruyantes, parcourues par de pétaradantes escadrilles de mobylettes ou motos chinoises.

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Nous allons visiter deux boutiques-ateliers où des forçats frappent à coup de masse des feuilles d'or placées entre de fines feuilles de bambou, pour les amincir encore avant de les commercialiser sous forme de carrés d'un micron d'épaisseur que les fervents bouddhistes colleront sur leur statue préférée. Il est encore tôt pour rejoindre l'hôtel d'Annie et Christian où nous devons les rencontrer, nous traînons lentement; marquons une pause pour boire un soda avant d'aller les retrouver. Nous allons ensemble sur le toit terrasse de leur hôtel d'un standing nettement supérieur au nôtre. Nous papotons, échangeons nos premiers sentiments sur la Birmanie avant qu'ils ne rejoignent leur groupe, puis, bien qu'ils nous aient proposé de les accompagner à leur restaurant, nous nous séparons. Nous dînons dans un BBQ coréen que nous avions aperçu en passant mais la viande n'a pas mariné dans le soja et nous sommes très déçus. Retour encore en trishaw, sans éclairage dans les rues plongées dans le noir... Le malheureux transpire à pédaler et je suis soulagé pour lui, comme pour moi, quand nous arrivons. Nous nous faisons remettre des couvertures supplémentaires pour la nuit.
 
Vendredi 10 janvier : Nous partons ce matin avec une voiture et un chauffeur pour une longue journée d'excursion dans les environs de Mandalay. Les tarifs ont sensiblement augmenté depuis l'année dernière, la location d'une voiture avec chauffeur passant de 25000 à 35000 kyats. Grosse inflation dans le tourisme ! Nous traversons le quartier des tailleurs de pierre, des centaines de Bouddhas de toutes tailles émergent de diverses pierres sous les meuleuses des artisans. Nous commençons par la visite de la pagode Mahamuni. Comme les autres on y accède par l'un des quatre couloirs aux points cardinaux qu'occupent les marchands d'offrandes et les astrologues.
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Les plafonds des porches sont peints à fresques et montrent des paysages, des trains du temps de l'occupation britannique, des personnes de la bonne société endimanchées. Je retrouve les peintures murales du Shikawati !

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Au bout du couloir nous débouchons dans une cour où de petits enfants maquillés et habillés de tissus chatoyants vont en procession accomplir quelque cérémonie. Les parents ne sont pas peu fiers que leurs rejetons soient pris en photos par les touristes... Mais le but de la visite n'est pas là.

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Au centre du bâtiment se tient sur un socle une statue de Bouddha que les fidèles, du moins les hommes, les femmes n'ont pas le droit de l'approcher, couvrent de ces très fines feuilles d'or que nous avons vu fabriquer hier. Il y en a tant qu'il en devient bouffi, des photos anciennes montrent l'évolution de ce cas d'éléphantiasis ! Le visage qui échappe à cette furie sédimentaire est resté lisse. Nous faisons le tour de la pagode, des salles sont consacrées à des peintures expliquant la venue de cette statue en ces lieux, d'autres enserrent les offrandes précieuses. Des statues en bronze provenant d'Angkor aux vertus curatives supposées quand on en frotte la partie du corps source de maladie, des gongs gigantesques, une tour d'horloge complètent l'ensemble. Nous nous rendons ensuite à Amarapura, au monastère Mahagandhayon pour assister au repas des moines et moinillons.

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Nous n'y sommes pas seuls, là non plus. Le nombre de touristes, appareils photos ou caméras à bouts de bras, est indécent ! Le monastère accueille plusieurs milliers d'élèves qui suivent un enseignement. Le seul repas consistant de leur journée est à dix heures et quart. Grands et petits, élèves et professeurs se sont alignés dans une allée et, avant de pénétrer dans le réfectoire, passent devant de bonnes âmes qui, puisant à grandes louches dans des bassines de riz, vont remplir leur bol à offrande. C'est aussi la ruée des photographes amateurs à laquelle, à ma grande honte, je me mêle...

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Nous repartons pour Sagaing. Nous traversons l'Irrawaddy sur un long pont métallique à plusieurs arches. Sur l'autre rive les collines sont couronnées de dizaines de stûpas, presque toujours dorés, que nous distinguons mal dans la brume.

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Le chauffeur nous amène à une construction récente, en béton, un temple circulaire dédié semble-t-il à l'enseignement du pali. Intéressant pour découvrir le mariage du kitsch et du béton mais sans plus. Nous grimpons ensuite au sommet d'une colline, jusqu'au temple Umin Tounzeh, un autre sommet du kitsch, en plus coloré, les dorures pourraient décorer un restaurant chinois en France. Il s'y trouve une galerie où une quarantaine de statues de Bouddha s'alignent, toutes identiques. Ici rien d'ancien et s'il y en a, il a été ripoliné sans la moindre hésitation. La vue s'étend sur les plaines dans lesquelles serpente mollement le fleuve et sur les dizaines de pagodes avec leurs pointes dorées éparpillées dans la campagne mais tout est diffus dans cette brume de fin de saison sèche. Nous montons ensuite à la plus haute colline sur laquelle se tient la paya Soon U Ponya Shin. Toujours des dorures plastiques, une grande statue de Bouddha qui rayonne de belles lumières électriques colorées. Les sols sont recouverts de carreaux de salles de bains du plus bel effet. Quelques peintures tentent de mettre en garde contre les turpitudes du monde moderne. peine perdue certainement... Nous allons ensuite déjeuner dans un restaurant où se retrouvent tous les touristes, sous des paillotes dans un jardin. Nourriture correcte à des prix nettement plus élevés. Nous poursuivons en allant prendre une barque à moteur, abandonnant voiture et chauffeur, le temps de nous rendre à Inwa. Sur l'autre rive, d'anciennes carrioles en bois bâchées, tirées par de vaillants poneys attendent les touristes pour la visite des monuments de cette ancienne et très éphémère capitale. Au moment de partir, je m'aperçois que j'ai oublié les tickets dans la voiture. Je me dépêche de retraverser, récupérer les billets et revenir.

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Nous voici partis pour une promenade bucolique dans la campagne, belles maisons anciennes en bois à un étage et multitude de stûpas blanchis. Nous arrêtons pour les restes de trois zedi de brique dont il reste de belles traces du revêtement de stucs et quelques Bouddhas délavés. Nous empruntons ensuite une digue au milieu des rizières pour arriver au monastère de Bagaya. Encore une de ces constructions toute en bois de teck, reposant sur d'impressionnants piliers du même arbre.

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Les façades extérieures, à l'exception des encadrements des portes et des fenêtres très ouvragés, ne sont pas décorés, l'intérieur guère plus. Nous repartons pour une dernière et rapide visite du monastère Maha Aung Mye Bonzan, lourde structure abandonnée à plusieurs niveaux en brique et maçonnerie, très décorée néanmoins. Nous retournons à l'embarcadère, retrouvons notre chauffeur qui nous emmène au dernier site, le pont U Bein à Amarapura.

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Il y a foule là aussi, tous les touristes sont venus guetter le coucher du soleil, des Birmans en font autant et des moines s'offrent un moment de récréation. Ce très long pont piétonnier enjambe le lac de Mandalay et évite un long détour. Il repose sur des piliers de teck qu'il est préférable de ne pas examiner de près.

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Des barques emmènent les touristes sur le lac, des pêcheurs immergés à mi-corps font de belles prises. Le soleil couchant éclaire les piles qui se reflètent dans le miroir du lacs. Nous le longeons jusqu'à la limite des eaux, basses en cette saison. Le sol est couvert de détritus. Nous en parcourons aussi une section en montant dessus mais alors on ne le voit plus. Le soleil couché sans effet spectaculaire nous rentrons à l'hôtel dans la circulation confuse, peu de véhicules ont des lumières et c'est la loi du plus fort qui prédomine. Après un court repos à la chambre, nous ressortons pour aller dîner chez Mann. Longue attente que trompe une bière avant d'avoir nos plats pas bien fameux. Un trishaw en maraude nous cueille à la sortie du restaurant et nous ramène à l'hôtel.
 
Samedi 11 janvier : Encore un réveil matinal, debout à cinq heures pour prendre le petit déjeuner alors que le jour se lève puis partir en taxi à la gare routière. Nous montons dans un bus au standing très nettement inférieur à celui pris à Rangoon. Les sièges sont très étroits et peu inclinables. Les moines occupent les sièges de devant, privilège qui leur est dû ainsi que la gratuité... Nous ne partons pas plein mais l'apprenti racole et nous nous arrêtons à chaque village pour ramasser ou déposer des passagers. Paysage verdoyant, rizières et palmiers à sucre quand nous sommes proches du fleuve, brousse déserte en dehors. Nous traversons des villages où les maisons traditionnelles sont fréquentes.
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Les charrettes tirées par des attelages de zébus parcourent la campagne, indifférentes aux klaxons rageurs des bus. Nous faisons une halte pour déjeuner dans un relais tenu par une tonitruante mégère. Nous nous contentons d'un paquet de pommes chips et d'une bière avant de repartir. Nous sommes rapidement à Nyaung Oo, plus tôt, encore une fois, que prévu. Une carriole à cheval a été envoyée par l'hôtel New Park où nous avions réservé une chambre  et nous y sommes peu après débarqués. Nous disposons d'une grande chambre avec tout ce qui nous avait manqué jusqu'alors : des cintres, une table et des fauteuils et même une petite terrasse privative devant le bungalow. Nous faisons le point, essayons d'envisager la suite. Je ressors tenter de changer des dollars et me renseigner sur les possibilités de nous rendre à Mrauk U. De retour à la chambre, je parviens à me connecter et envoyer des messages. Marie relit mon texte que nous amendons ainsi ensemble. Nous ressortons pour dîner au restaurant, le Black Bamboo. tenu par une Française et, de ce fait, fréquenté par tous les touristes en mal d'expériences gustatives... Nous nous offrons des cocktails avant de passer aux choses sérieuses : un plat thaï pour Marie, inodore et sans saveur et un curry local, loin d'être épicé pour moi. Nous regagnons la chambre. Je parviens à mettre le blog en ligne puis nous nous couchons et je m'endors très vite.
 
Dimanche 12 janvier : Le petit déjeuner est succinct, mais tout de même avec des oeufs, des toasts et des fruits. La carriole à cheval que j'avais réservée hier nous attend. Ce n'est pas très confortable, Marie ne se trouve bien ni à l'avant ni à l'arrière. Nous partons en direction de Old Bagan, des stûpas de brique apparaissent, dispersés dans la campagne, des grands, des petits, les plus importants reposent sur des socles cubiques et sont recouverts de stucs.
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Premier arrêt pour le temple de Htilominlo, une grande structure de plan carré à plusieurs niveaux, très décorée, renfermant, comme d'habitude, aux quatre points cardinaux des statues géantes du Bouddha, entourées de parasols de cérémonie.

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Presque en face, le petit temple de Thein Upali renferme de belles fresques qu'un gardien nous permet de voir. Derrière, des champs où s'activent à lier des bottes de tiges de maïs des paysans, indifférents à la beauté de leur cadre de travail. Nous franchissons la porte de l'ancienne cité de Bagan. Ne s'y trouvent plus que des pagodes et quelques établissements hôteliers de luxe, construits dans le style local mais jurant par leur éclat du neuf avec la patine des temples. Nous arrêtons au temple Mahabodi, de style indien, surmonté d'une tour sikhara en pain de sucre.

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Plus loin, le temple Bupaya avec son stûpa doré paraît récent, il est très fréquenté en ce jour de repos par les habitants qui viennent se prendre en photo sur la terrasse surplombant l'Irrawaddy et les bateaux de promenade qui les ont amenés. Encore un temple, Gawpawlin, massif, avec les inévitables Bouddhas dorés dans leur niche. Je commence à saturer, nous enfilons les pagodes les unes après les autres, ce soir je les mélangerai toutes et demain je les aurai oubliées.

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De la terrasse de la pagode Mimalaungkyaung, nous avons une belle vue sur la campagne et les stûpas qui en émergent, vision proche de celle que j'attendais ici.

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Au temple de Patothamya, le plus ancien, nous découvrons les murs intérieurs entièrement couverts de superbes fresques. Elles ne sont pas éclairées, la gardienne a une meilleure lampe torche que nous et nous parvenons à distinguer des Bouddhas en très grand nombre ainsi que des scènes profanes (?), des bateaux, des défilés de chevaux, d'éléphants. Une restauration s'impose et rapidement ! Notre carriole suit un chemin dans la campagne avant de parvenir à la grande pagode Thatbyinnyu sans grand décor intérieur.

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Une dernière, Shwegûgyi se révèle très intéressante non pour son décor, ses Bouddhas, mais pour la vue depuis sa terrasse. J'y trouve enfin ce que j'attendais, comme à Tikkal, des sommets de temples qui surgissent dans le lointain de la végétation. Dommage que s'y ajoutent les constructions modernes d'un resort ! Nous ressortons de Old Bagan et nous nous arrêtons aussitôt pour aller déjeuner chez Sarabha II, sous une agréable paillote. Bonne cuisine mais chère pour les portions servies, en particulier ma salade de poulet. Il existe un Sarabha I, aussi bien installé et moins cher... Après le déjeuner, nous retournons à notre calèche mais le conducteur n'est pas là. Nous patientons puis l'envoyons chercher. Il nous fait dire de nous rendre à pied à la pagode Ananda. Je vais le voir, il mastique sa chique de bétel qui ne facilite pas son élocution, la bière (le whisky local ?) avalée non plus... Nous partons à pied en traversant le marché, couvert de bâches entre deux échoppes de marchands de tissus. Marie peste contre le conducteur de la carriole. Le saint des saints est entouré de couloirs concentriques percés d'une multitude de niches qui, vous l'avez deviné, abritent des Bouddhas. Il faut ressortir d'un autre côté pour aller visiter un petit bâtiment entièrement couvert de fresques à l'intérieur. Certaines ont été restaurées et un faible éclairage permet de distinguer de superbes scènes de banquets, de processions. Nous revenons sur nos pas et devons retraverser la pagode. De retour à la carriole, nous trouvons notre conducteur en train de ferrer son cheval ! Il veut changer un fer mais tord les clous faute de marteau... Nous trouvons une autre carriole pour retourner à l'hôtel, plus question de pagodes ni de coucher de soleil. En chemin, nous sommes doublés par notre carriole de ce matin dont le cheval semble avoir retrouvé fière allure. Fin d'après midi sur la terrasse de la chambre à mettre à jour blog, texte et photos. Nous allons dîner dans la gargote en face de l'hôtel (Christiane en avait parlé...). Nous sommes seuls, ce n'est pas très gai... Nourriture quelconque, toujours du porc ou du poulet cuisiné avec des légumes et une vague sauce, vite avalée. Retour à la chambre.

Lundi  13 janvier : Nous nous réveillons un peu tard mais nous sommes prêts pour partir à neuf heures avec un nouveau conducteur de carriole.

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Nous quittons bientôt la route de Old Bagan pour emprunter des chemins sablonneux au milieu des cultures, haricots, soja, que des paysans sont venus sarcler avec leurs belles charrettes traditionnelles au timon décoré, attelées d'une paire de sages zébus blancs. Première halte pour le temple de Dhammayangyi, une des plus grandes constructions du site, sur plusieurs terrasses superposées. De grandes statues dorées de Bouddha occupent les ouvertures dans trois directions cardinales.

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A leurs pieds, des tapis chinois avec des dessins de gros nounours... Des couloirs sombres et très hauts de plafond en font le tour. Nous arrêtons ensuite à une petite pagode, la Lawkahteikpan dont l'intérieur est couvert de très belles fresques difficilement visibles sans éclairage mais le gardien a tout prévu et prête aux visiteurs des lampes, plus performantes que la nôtre. Nous atteignons l'incontournable pagode Shwesandaw en forme de pyramide, plusieurs gradins que l'on peut atteindre par de raides escaliers sur chacune des quatre faces. Je décide Marie à grimper au second niveau mais, effrayée par la descente, elle ne veut pas continuer. Je poursuis donc l'ascension seul.

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A chaque niveau c'est l'émerveillement, je suis entouré de stûpas en brique que la lumière point encore trop crue éclaire et dore. Les pointes des zedi s'échappent des arbres et des buissons et plus on monte et plus j'en vois, à perte de vue. C'est la vision de Bagan que j'avais ! Je récupère Marie à la descente puis nous allons contempler dans un bâtiment voisin, un long Bouddha couché, la tête reposant sur des coussins de pierre. Nous repartons pour, au milieu des palmiers à sucre, le temple Gubyaukgyi. Sous la tour sikhara, les encadrements sculptés de fenêtres et de portes sont remarquables mais ce sont surtout ses fresques intérieures qui justifient le détour. Le gardien qui baragouine un peu toutes les langues a eu la riche idée de mettre à la disposition des visiteurs une lampe électrique et un très long fil qui la relie au courant. Les peintures sont alors bien apparentes. Elles décrivent des scènes de la vie de Bouddha mais nous sommes bien trop ignares pour savoir les déchiffrer. Nous atteignons le village de Myinkaba et nous y déjeunons dans une gargote, classiques riz ou nouilles sautés avec des légumes et quelques morceaux de viande ou de crevettes. Le service est lent, il ne doit y avoir qu'une seule marmite sur un feu unique... Nous visitons un atelier de fabrication d'objets en laque. On nous montre les différents étapes de la fabrication avant de nous faire voir en détail le magasin. Nous y trouvons de belles boîtes anciennes au décor floral, mais les prix sont dissuasifs. Je trouve une autre belle boîte ancienne mais au prix bien trop élevé pour démarrer un honnête marchandage. Marie inaugure la période des achats de cadeaux avant que nous ne repartions pour, à quelques centaines de mètres, l'ensemble des temples Manuha et Nanpaya. Nous commençons par ce dernier, un modeste bâtiment, joliment décoré extérieurement et renfermant encore des fresques.

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Les quatre piliers de la nef sont curieusement sculptés de représentations de Brahma avec ses trois têtes et d'ogres qui recrachent des fleurs. La décoration extérieure n'est pas en reste et les encadrements de fenêtres montrent des monstres et des dragons sculptés.

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La pagode voisine, Manuha, paraît moderne, elle est très fréquentée pour ses gigantesques Bouddhas, assis et couché recouverts d'or, installés dans des espaces confinés où il est difficile de les considérer avec un peu de recul. Nous marchandons une paire de marionnettes articulées mais nues. Plus loin, à la pagode Ape Yadana, nous peinons à distinguer d'autres fresques en moins bon état, sans autre éclairage que notre lampe de camping. Le dernier temple, Nagayon est joliment décoré à l'extérieur avec des pinacles dorés. L'après midi est bien avancée, le soleil commence à darder des rayons moins ardents, les couleurs sont plus chaudes, il est temps de nous acheminer au pas lent de notre cheval, en traversant la campagne, vers une pagode d'où nous pourrons guetter le coucher du soleil.

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Cette dernière promenade au milieu des stûpas est superbe. Nous en découvrons de nouveaux à chaque virage, des ensembles tous plus photogéniques les uns que les autres. Nous arrêtons au pied de la pagode Bulethi. Nous n'y sommes pas les premiers, ni les derniers. Il faut escalader des escaliers trop raides au goût de Marie mais, une fois parvenus à la terrasse supérieure, on est entouré de pagodes, stûpas, zedi, en brique, dorés ou blancs, dans toutes les directions, piquetant la campagne.

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Nous attendons la disparition de l'astre à peine rougeoyant, coloriant d'une nuance orangée les quelques pointes à l'occident. La descente n'est pas aussi difficile que le craignait Marie et un dernier coup de collier de notre vaillant coursier nous ramène de nuit à l'hôtel. Nous voulons réserver le bus pour l'étape suivante, au lac Inle, mais celui d'après-demain est déjà complet, nous allons devoir rester un jour de plus à Bagan. Nous allons dîner dans un restaurant indien, bonne cuisine, poulet tandoori trop sec et portions de viandes limites  mais, malgré mes craintes, tout est bon. Retour à la chambre pour une nuit bien méritée.

Mardi 14 janvier : Nous ne nous pressons pas d'autant que nous devons commencer par changer de l'argent et la banque n'ouvre qu'à neuf heures et demie. Je règle le bus pour le lac Inle et demande à téléphoner à Nyaungshwe pour réserver un hôtel. Les prix ont considérablement augmenté et beaucoup sont pleins. Nous devons accepter de payer 50 dollars pour être sûr d'avoir une chambre à l'arrivée. Nous partons avec une carriole tirée par un malheureux poney boiteux, son antérieur droit a un boulet enflé. J'ai mal pour lui et hâte d'arriver au marché.

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Sous une halle, les échoppes de tissus, de longyi, de vêtements et de bimbeloterie chinoise disputent la place à d'autres qui ont compris que les touristes étaient d'un meilleur rapport... J'y trouve de belles boîtes en laque que j'ose croire, à leurs craquelures,  anciennes. Négociation, hésitation et finalement achat. Me voilà encombré d'un sac plastique volumineux qu'il va falloir caser dans les bagages. Je vais jeter un oeil au restaurant Bagan Beach, très agréablement installé en hauteur sur la berge ensablée de l'Irrawaddy. Nous hésitons mais les prix sont tout de même nettement plus élevés et nous préférons prendre un trishaw pour nous ramener à proximité de la pagode Shwezigon. J'ai beau avoir un peu moins de scrupules à faire transpirer un homme qu'un cheval, je ne suis pas fier de ma position... Nous allons déjeuner dans une gargote, rien de fameux, il faut chercher les minuscules morceaux de viande au milieu des légumes et la bière est tout juste fraîche. Puis nous traversons l'esplanade qui nous sépare de l'entrée de la pagode Shwezigon, abandonnons nos chaussures et pénétrons dans la cour. De l'extérieur, nous n'apercevions qu'un grand stûpa doré qui paraissait toc.

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A l'intérieur, la débauche de pavillons aux toits en escalier, de zedi, de stûpas, tous  dorés, confère à l'ensemble un cachet digne de la Shwedagon de Rangoon

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Ce temple est très fréquenté, des cohortes de paysans s'y rendent en pèlerinage, s'agenouillent devant des statues, joignent les mains haut au-dessus du front, puis s'installent à l'ombre d'un pavillon pour deviser, papoter, grignoter quelques graines, cracher un jet rougeâtre de bétel et regarder passer les fort exotiques touristes. Dans une salle sont exposés des figurines habillées de mousselines, ce sont les 37 nats admis dans le bouddhisme local. Nous retraversons l'esplanade jusqu'à la route où Marie trouve un trishaw pour la ramener à l'hôtel. Je reviens à pied et me renseigne au passage sur une éventuelle excursion en bateau demain après midi sur l'Irrawaddy. Je mets une petite annonce dans le hall de l'hôtel dans l'espoir de trouver des compagnons pour en partager les frais. Nous avions envisagé de nous rendre avec une carriole à la tour d'observation moderne mais il commence à être tard et aucune carriole n'est en vue. Nous restons donc sagement sur notre terrasse à écrire les cartes postales et attendre l'heure du dîner. Nous allons dans un restaurant qui se prétend mi-italien, mi-gril. Erreur funeste ! Si la salade avocat-tomate-thon est très honnête, le pseudo gril est en fait une plaque sur laquelle grésillent de rares morceaux de viande cuits, bouillis dans le jus des (beaucoup) plus nombreux légumes. Quant au riz, il est, comme d'habitude dans ce pays, servi froid...

Mercredi 15 janvier : Nous hésitons sur le déroulement de la journée. Notre annonce n'a eu aucun succès et nous avons aussi envie de retourner dans la campagne en carriole, nous promener entre les temples, les stûpas et autres zedi. Je vais à la poste envoyer quelques cartes. Puis je rencontre notre conducteur de horse cart de l'avant veille. Nous convenons avec lui d'une balade dans l'après-midi. Je tente encore une fois de me connecter et finis par y parvenir laborieusement. Messages aux F. et à Julie. La matinée se passe ainsi. Pas rancuniers, nous retournons déjeuner au restaurant d'hier soir. Marie se contente d'une crêpe et je me régale avec des nouilles sautées, pas cher du tout. Notre conducteur est ponctuel et nous repartons derrière notre brave petit poney. Nous sortons de la ville par une bien longue portion de route goudronnée avant de retrouver les petits chemins étroits et sablonneux.

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Il nous amène au temple de Iza Gawna, non indiqué dans les guides qui pourtant renferme une multitude d'images du Bouddha de très petite taille, fresques qui entourent, sur les murs et plafonds, une statue du même Bouddha. Beaucoup sont très effacées et la relation de sa vie sur des vignettes peintes presque illisibles surtout pour nous incapables de "lire" ces récits mais l'ensemble, inattendu, est séduisant. Nous nous arrêtons un peu plus loin pour un groupe de deux autres temples. Le premier, Thambula, avec une sikhara de type indien, laisse deviner, derrière des grilles, des fresques intéressantes mais la porte est verrouillée. Arrive une guide et un couple d'Italiens. Je lui demande si elle a la clé, elle s'en retourne la quérir et nous permet ensuite de visiter l'intérieur.

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Nous y découvrons, ravis, ce qui sera pour nous, peut-être, le plus bel ensemble de peintures, très fines, dans des tons ocre et jaune. Habituelles représentations du Bouddha mais aussi scènes profanes (?), enchevêtrements de personnages dans des mêlées confuses, amoureuses ou guerrières (n'est-ce pas la même chose ?). L'autre temple, Payathonzu, en fait, est triple. Trois modestes constructions accolées et communicantes qui n'ont pour intérêt que leurs fresques intérieures mais que l'on ne peut photographier. Des représentations d'une très grande finesse de danseuses, de dieux hindous, Brahma et ses quatre têtes, Vishnu et ses huit bras,  et d'épisodes de la vie du Bouddha. Tout autour de nous des temples grands et petits qu'il faudrait des jours pour visiter, détailler, comprendre, apprécier. Nous arrêtons ensuite au village de Minnanthu. un village traditionnel qui se transforme tout doucement en village-musée.

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Le touriste, à peine arrivé, est pris en charge par une femme qui le mène entre les maisons, lui montre les récoltes, noix de jujube répandues sur le sol, branches de sésame en train de sécher, les métiers à tisser, l'épicerie où on vend des cheeroots, ces cigares à base de tabac, de tiges de palmier et de jus de tamarin enroulés dans une feuille de maïs qui font un de ces barreaux de chaise digne de Groucho Marx. Des antiques charrettes tirées par des zébus sont en activité, certaines ont de superbes timons sculptés. Mais le temps presse, nous devons nous rendre au petit trot au temple Pyathada, une massive construction guère élégante mais pourvue d'une large terrasse ouverte aux visiteurs. L'escalier, en partie intérieur, n'est pas trop raide et la place ne manque pas.

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Comme aux autres sites en hauteur, nous découvrons à plus ou moins courte distance des dizaines de stûpas de toutes tailles et en fond d'horizon une chaîne de montagnes. Le soleil décline et dore les briques qui lui font face. De nombreux Birmans viennent admirer la vue, se prennent en photo, parfois avec nous et s'en retournent sans attendre le coucher du soleil.

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Comme l'avant-veille, l'absence de nuages interdit au ciel de rougir et seul le contre-jour révèle les silhouettes des temples dans l'axe des derniers rayons.

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Nous nous en revenons à l'hôtel en passant entre les derniers temples qui se détachent en ombre chinoise sur le ciel à peine orangé. Nous commençons à préparer les bagages pour demain puis nous allons dîner dans un restaurant que j'avais repéré en allant à la poste, le Red Pepper. Nous choisissons un menu thaï et nous nous régalons d'une excellente cuisine pimentée au goût de chacun (j'en pleure, mouche !). Poulet au basilic, porc au lait de coco, tout est bon ! Retour à la chambre pour notre dernière nuit à Bagan.
 
Jeudi 16 janvier : Nous devons nous lever avant six heures pour être prêts à sept heures, heure à laquelle on doit venir nous chercher pour nous emmener à la gare routière. Nous patientons puis une jeep arrive et nous emmène directement au bus. Cette fois, nous sommes en compagnie de nombreux touristes et quelques autochtones. Nous démarrons à l'heure mais le bus n'est pas plein. Il continue son ramassage le long de la route et quand tous les sièges sont occupés, les Birmans, qu'il continue d'embarquer tout au long de la route, s'assoient dans le couloir sur des tabourets en plastique très bas.
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Il est encore assez tôt pour que nous puissions assister au défilé des bonzes et moinillons qui tendent leur bol à offrande que de braves ménagères remplissent de louches de riz. Après avoir longé quelques rizières, nous retrouvons la brousse sans cultures ni villages. Je somnole, lit quelques pages du livre de Malcolm Lewis, "Terre d'or". Nous passons la jolie bourgade de Meiktila, alanguie à l'ombre généreuse de grands arbres, au bord d'un lac sur lequel fait semblant de flotter un bateau en béton en forme de gigantesque oiseau, accolé à un temple. Le temps passe, l'heure de s'arrêter pour déjeuner aussi. Nous commençons à désespérer de pouvoir vider nos vessies quand enfin on nous accorde une halte de trente minutes dans un relais routier. Nous prenons deux plats vite avalés et une bière avant de repartir.

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Après Kalaw où descendent de nombreux touristes qui vont continuer en trekking, la route commence à s'élever, les villages sont plus fréquents et l'on y voit de belles maisons sur pilotis aux murs de bambou tressé formant des dessins géométriques. Nous entrons dans le pays Shan, la végétation devient plus luxuriante, la vue s'étend sur la vallée et les montagnes couvertes d'une belle forêt. Dès que nous avons passé un col, nous continuons sur un plateau dénudé, tout en cultures. Puis c'est la descente sur le bassin du lac Inle. Nous ne voyons pas encore le lac mais ses eaux remplissent des canaux au milieu des terres. Le bus nous dépose à l'entrée de Nyaungshwe où nous attend une sorte de tuk tuk avec un grand plateau et deux bancs pour les passagers. Il nous amène à l'hôtel Taekwood, pas désagréable, mais la patronne a un côté "avidadollars" déplaisant. Je pars presqu'aussitôt me renseigner dans une agence de voyage sur les tarifs des excursions sur le lac. A mon retour, Marie est au téléphone avec Christian qui nous propose de nous joindre à eux pour une grande promenade en bateau samedi jusqu'à Sankar. Nous allons dans une agence nous renseigner et leur communiquons les renseignements et les tarifs, heureusement bien moins élevés que ceux qu'ils envisageaient. Je vais ensuite me renseigner dans une troisième agence recommandée pour avoir confirmation des conditions. Nous dînons dans un petit restaurant coquet de bonnes grillades avec des frites mais les portions sont vraiment trop réduites. Dommage ! De retour à la chambre, je parviens à me connecter, message aux F., à Vettou et Michelle.

Vendredi 17 janvier : Nous commençons par retourner à l'agence de voyage où je m'étais rendu la veille et nous finalisons les réservations pour les promenades sur le lac les deux jours suivants. Nous réservons également le retour en bus de nuit à Yangon.

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Nous allons faire un tour au marché, rien d'original, marchandes de fleurs photogéniques et quelques femmes avec une serviette nouée en turban sur la tête. Des marchands de souvenirs sont installés, nous trouvons des copies de livres dont les pages sont des feuilles de bambou, avec d'un côté un texte en pali et de l'autre des peintures représentant la vie du Bouddha. Marie achète une jolie paire de marionnettes pour Julie. Nous nous rendons ensuite à la pagode Yadanarmanaung, une de celles que les touristes n'ont aucune raison de visiter et pour cause il ne s'y trouve rien d'intéressant, si ce n'est, dans des vitrines poussiéreuses, divers objets sans doute offerts à la pagode, des bols, des carillons Westminster, de la verroterie, des objets recouverts de pierres peut-être précieuses et de dorures, des personnages miniatures, des sculptures pas toujours très anciennes, un ensemble très hétéroclite et étrange. Nous déjeunons dans un restaurant proche, spécialisé dans les pâtes, les gnocchi et les crêpes, comme bien d'autres gargotes qui ont vite compris que les touristes, las de la cuisine locale, seraient ravis de retrouver une "bouffe internationale" insipide. Presque tous les plats étant au fromage, je me contente de très honnêtes frites et de "guacamole". Nous revenons à l'hôtel pour un court repos puis nous repartons en quête d'un tuk tuk pour nous rendre à Mang Thawk. Nous faisons le tour des agences de voyage dont les tarifs nous paraissent bien élevés. J'abandonne Marie dans l'une et vais à la gare des tuk tuks où j'en négocie un pour 12000 kyats. Nous partons dans cet étrange camionnette mue par une moto. La suspension est des plus raides et nous sautons sur la mauvaise route, sans voisins pour amortir les chocs. Des passages de piste sont particulièrement éprouvants. Marie n'y tient plus, cognée de partout, des poussières plein les yeux,  et nous décidons de faire demi-tour. Nous retournons directement à la chambre. Nous écrivons quelques cartes postales puis allons les mettre à la poste. Nous marchons ensuite jusqu'au bord du canal qui relie la ville au lac. Impression d'une Venise orientale avec une multitude de pirogues "longue queue" qui sillonnent à grand bruit et en soulevant une gerbe d'eau le canal en transportant des sacs ou des ballots et plus souvent des touristes (des ballots ?). Des adolescents jouent avec une balle en osier, le chinion, qu'il faut relancer en ne la frappant qu'avec les pieds, jeu que nous avions déjà vu en Thaïlande. Les gens que nous croisons, ici comme ailleurs, sont toujours très gentils, sourires, salutations, sans arrière pensées mercantiles, quelquefois on nous propose un tour en bateau ou un moyen de transport mais toujours aimablement et sans insister. Un peuple décidément sociable, d'une grande douceur. Le soleil couché nous revenons à l'hôtel attendre le coup de fil de Christian à qui je confirme le départ demain. Il souhaite un guide et repousser l'heure de départ d'une demi-heure, ce qui convient à Marie Je retourne à l'agence les prévenir. Nous allons dîner dans une gargote de la rue principale, Min Min, clientèle exclusivement étrangère, rassemblement de touristes occidentaux pour une cuisine semblable à celle de ce midi, je sacrifie aux gnocchi, je suis calé pour quelques heures...

Samedi 18 janvier : Nous devons encore nous lever avant six heures pour prendre un petit déjeuner juste avant sept heures, et être au rendez-vous avec la guide qui va nous accompagner sur le lac Inle. Marche inattendue jusqu'au canal pour trouver notre pirogue et enfin partir à toute vitesse sur le chenal qui relie Nyaung Shwe au lac.

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Nous filons entre les roseaux avant d'atteindre la vaste étendue d'eau déjà parcourue en tous sens par d'autres pirogues chargées de colis et pour quelques-une de passagers. Nous devons prendre les F. au passage, à leur resort. Mais ni la guide, ni le conducteur du bateau ne semblent très bien savoir où se trouve cet hôtel. Nous apercevons bien un ensemble de bungalows sur pilotis qui pourrait correspondre à la description de Christian mais ils se dirigent dans un canal qui nous amènent dans un cul-de-sac. Demi-tour puis renseignement pris auprès d'un pêcheur, nous enfilons un autre canal qui nous amène à un resort mais ce n'est pas le bon ! La guide et moi le traversons à pied, rejoignons la route et marchons jusqu'à celui recherché. Les F. ne sont pas à leur chambre mais, logiquement, nous attendent à la jetée, ce qui semble dérouter notre guide... Enfin je les retrouve, une autre pirogue affrétée par notre guide nous ramène à notre pirogue et nous pouvons enfin nous lancer dans la traversée du lac avec trois quarts d'heure de retard...

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Au passage nous admirons l'habileté avec laquelle les pêcheurs manient, avec une jambe l'aviron, debout sur l'autre à la poupe de leur esquif, tout en lançant leur filet ou en remontant de grandes nasses ! Les collines se rapprochent, nous sommes à l'extrémité sud du lac, nous continuons sur un large chenal.

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Nous traversons de beaux villages lacustres, les maisons sur pilotis ont très souvent deux étages, certaines sont imposantes.

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Même les pagodes sont sur pilotis ! Les collines qui entourent le lac sont perdues dans la brume, nous y distinguons néanmoins des stûpas, la moindre éminence en est pourvue. Vue du ciel, la Birmanie doit ressembler à un crocodile hérissé de pointes. Nous empruntons ensuite un canal secondaire encombré de jacinthes d'eau envahissantes pour aboutir au village de Hmawbe où se tient le marché. Celui-ci a lieu tous les cinq jours dans certains des villages du lac. Nous y parvenons tard, les commerçants commencent à remballer leurs ballots.

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Tout juste avons-nous le temps d'y voir quelques femmes de l'ethnie Pa-O, vêtues de noir et la tête ceinte d'un turban rose ou orange. Quelques hommes d'une autre ethnie portent un turban ocre. Malgré la venue de plus en plus fréquente de touristes, aucun ne s'offusque d'être le sujet de clichés pris sous leur nez.. Peu de choses intéressantes sur les étals, quelques fruits et légumes, des produits manufacturés indispensables, allumettes, bougies, piles, savon etc... Nous repartons sur le canal, les villages disparaissent, l'intérêt s'émousse, nous somnolons tous jusqu'à ce que nous atteignions le lac Sankar presqu'entièrement couvert de ces jacinthes dont ils ne semblent pas tirer profit. Après avoir aperçu la pagode Tharkaung et ses stûpas, nous abordons la rive orientale au village éponyme. Contrairement à nos espoirs, nous n'y sommes pas les seuls, bien d'autres touristes foulent en ce jour le même sol que nous !

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Avant même d'accoster, nous découvrons des stûpas ruinés en brique, les pieds dans l'eau. La construction d'un barrage a fait monter le niveau des eaux et le village paraît abandonné.Une courte marche nous amène à la pagode entourée elle aussi de stûpas ruinés.

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A l'intérieur un Bouddha taillé dans du bois de frangipanier, doré comme il se doit, ainsi que des représentations des nats qui l'entourent. Après avoir exploré la zone des stûpas au bord de l'eau, surveillés par la guide qui veille à ce que nous retirions nos chaussures dans les lieux consacrés, nous reprenons notre bateau pour traverser le lac, aborder la rive occidentale et ainsi pouvoir nous sustenter au même restaurant que tous les autres touristes, ce qui représente déjà quelques tables... Plats classiques que j'aurais bien accompagnés d'une bouteille du rosé local mais personne ne semble intéressé.

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Nous visitons ensuite, très rapidement une distillerie très artisanale d'alcool de riz, sans dégustation... Nous repartons pour une brève traversée de ce qui, de loin, pourrait sembler être une prairie traversée de bras de rivière et qui est, en fait, un lac couvert d'herbes flottantes en couches suffisamment épaisses pour former par endroit des jardins cultivés.

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Nous débarquons et sommes alors sous les centaines de stûpas en cours de restauration qui entourent la pagode Tharkaung. De riches Chinois de Singapour, de Malaisie ou d'autres contrées, ont financé la réhabilitation inachevée du lieu, le béton et le ciment ont été fortement mis à contribution. Examiné de près le résultat paraît consternant mais l'ensemble, sous un soleil bienveillant, ne manque pas de charme et les clochettes des thi, les coiffes métalliques des pointes des stûpas, tintinnabulent dans l'air qui les agitent.

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Nous en faisons, séduits, le tour, avant de reprendre le bateau et le chemin du retour.

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Le soleil décline et rosit les maisons lacustres du dernier village Nam Tan que nous traversons au ralenti. Nous filons sur le lac pour ramener les F. à leur resort. Le soleil se couche quand nous y sommes, il ne fait plus chaud, les embruns et une vague, soulevée par une autre pirogue croisée, m'ont suffisamment mouillé pour que j'ai hâte de rentrer. Nous débarquons enfin, fatigués, avec de bons coups de soleil en ce qui me concerne. Nous rentrons à l'hôtel puis allons dîner au plus proche restaurant où je peux me connecter, recevoir les messages de Michèle et Vettou mais toujours rien de Julie ! Nous nous offrons deux très honnêtes cocktails avant de dîner puis de rentrer nous coucher avec la perspective d'une seconde journée sur le lac.
 
Dimanche 19 janvier : Réveil un peu plus tardif ce matin d'autant que le réveil n'a pas sonné. Nous sommes à sept heures et demie au coin de la rue où bientôt apparaît notre boat driver de la veille. Nous devons retourner à pied jusqu'au canal puis embarquer et filer de nouveau vers le lac. Le ciel est couvert, tout gris, mais il va lentement se dégager partiellement.
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Les pêcheurs avec une grande nasse, l'incontournable photo du lac Inle, attendent les touristes sur leurs pirogues et aussi un petit billet en échange... Nous traversons le lac puis remontons une des rivières qui l'alimentent. Nous devons franchir, presque comme de très modestes rapides, des barrages de troncs et de terre qui régularisent le débit.

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En approchant d'In Dein, nous passons sous de jolis ponts, souvent couverts, en bambous. Nous accostons puis traversons à pied une petite bambouseraie avant d'entrer dans le village. Les méfaits du tourisme de masse se manifestent aussitôt. Succession de stands de "souvenirs" de la plus extrême laideur, vendeurs bien moins insistants qu'au Maroc mais qu'en sera-t-il dans peu d'années ? La place du marché, le vrai, est fréquentée par des gens des ethnies de la région descendus de leurs montagnes pour l'occasion.

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Les touristes, mes semblables, mitraillent sous leur nez, la moindre femme portant turban coloré, jupe et sarrau noir ou bleu marine. Ce sont celles qui fument des cigares de fabrication locale qui ont le plus de succès.

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Quelques-unes ne refusent pas, quand elles ne le sollicitent pas, un billet que d'ici peu elles exigeront, à raison, pour se voir immortalisées lors des soirées diapos entre amis, dans les foyers occidentaux. Entre les étals de fruits et légumes, les déballages de bijoux de pacotille, les ustensiles aratoires, on trouve des bijoux de fausses perles, des bracelets d'argent, une multitude de statuettes à prétention bouddhiste, des marionnettes etc... pour les touristes. Il y a nettement plus d'animation que dans le marché vu la veille, plus de touristes aussi... Nous montons à la pagode Shwe Inn Tain dont le couloir d'accès, couvert de vilaines tôles ondulées commence, une fois le pont sur la rivière franchi. Nous devons acquitter un droit de photographier... Tout au long de ce corridor, les vendeurs de souvenirs sont installés et guettent le bon client en tentant de l'attirer avec quelques mots d'italien, de français, quand ils parviennent à deviner notre nationalité. Ils n'en sont pas encore à ces formules entendues à Bagan : "Vas-y mollo mon Coco" dont on se demande qui a bien pu la leur apprendre !

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De part et d'autre de ce couloir, des stûpas de brique, ruinés, perdus dans la végétation confèrent au lieu un charme de cité perdue, dévorée par la jungle, dont nous pourrions presque nous croire les premiers visiteurs... En arrivant au sommet de la colline, ces stûpas sont en cours de rénovation, de généreux donateurs ont commandité leur ré-érection, les ont fait bétonner, cimenter puis dorer. ils ont acquis ainsi bien plus de mérites qu'en dotant des établissements charitables... 

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Si chacun de ces stûpas est individuellement plutôt laid, leur accumulation (ce qu'a bien compris Arman), comme en d'autres sites, crée un ensemble qui ne manque pas d'allure, sans oublier le cliquetis des clochettes agitées par le vent. La pagode n'a pas grand intérêt et après avoir rapidement contemplé la vue sur le lac dans le lointain, nous redescendons vers le marché qui se termine.

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De très rustiques camions remmènent vers leurs villages des femmes souriantes, rieuses, toutes avec de beaux turbans écarlates. Les hommes portent des pantalons courts et des vestes noires ou bleues de gros drap et en bandoulière de jolis sacs colorés. Ce sont ces petits hommes bruns qui ont constitué dans toute l'Indochine, les troupes de supplétifs de toutes les armées qui s'y sont battues, ne récoltant que méfiance des autorités issues des indépendances et des places dans les cimetières. Nous repartons pour la tournée des ateliers d'artisanat, bijoutiers d'argent, fabricants d'ombrelles, de cigares locaux etc... Je suis de mauvaise humeur face à ce dévoiement d'un authentique artisanat.

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Le pire est sans doute chez ce marchand de souvenirs qui pour attirer la clientèle étrangère a fait venir de leur contrée, là où elles étaient en voie de disparition, des femmes-girafes dont le cou est enserré d'anneaux de laiton qu'elles ne peuvent retirer sous peine de se briser la nuque. Des jeunes filles sont contraintes de se soumettre à cet esclavage qui ne dit pas son nom. A l'hôtel, j'ai entendu un couple, jeune, demander où on pouvait les voir, ils seraient sans doute étonnés de se voir assimilés à ceux qui, avec beaucoup de bonne conscience et avec plus d'excuses qu'aujourd'hui, allaient contempler les "sauvages" au bois de Vincennes lors de l'exposition coloniale de 1931 ! Nous déjeunons dans une gargote sur pilotis, moi, d'un poisson farci qui n'est pas farci, simplement frit et recouvert d'une sauce tomate... Marie a choisi une valeur sûre, les nouilles frites au porc ou au poulet. Nous allons visiter un atelier de tissage, on y traite la soie, le coton et les fibres de lotus, obtenues à partir des tiges en les brisant tous les cinq centimètres.

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Des métiers sont installés à l'étage, atmosphère du XIX° siècle !

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Nous nous rendons ensuite à la pagode Paung Daw U, pas particulièrement belle mais elle est fameuse dans le monde bouddhique pour avoir, sur un autel brillant de mille feux, trois représentations de Bouddha et deux de moines recouverts de feuilles d'or à tel point qu'elles sont devenues informes et que nul ne pourrait y reconnaître des formes humaines, tout juste distingue-t-on des boules superposées sur lesquelles des hommes, surtout pas des femmes ! continuent d'apposer de fines pellicules du précieux métal. Ces "statues" sont promenées en cortège, sur des barques abritées sous un hangar proche, lors d'une procession en octobre.

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Dernière visite pour le monastère Nga Phe Chaung. Il ne paie pas de mine en arrivant, ses toits de tôle sont rouillés et ses murs de bois ternes. Il faut y regarder de près pour s'apercevoir que ces derniers sont décorés. 

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En y pénétrant, on est saisi par l'atmosphère dégagée par des dizaines de piliers de teck qui le maintiennent sur pilotis, dorés dans la salle, et par la multitude de Bouddhas enchâssés dans des débauches de bois découpé en fines dentelles. Le parquet est en bois, les plafonds, les murs, tout est en bois, bien plus agréable à la plante des pieds que le béton...

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De sa véranda, nous apercevons les jardins flottants, des cultures réalisées sur ces terres artificielles, découpées en bandes sur lesquelles ont été dressés des espaliers où poussent principalement des plants de tomates. C'en est fini du lac Inle, nous faisons route vers Nyaung Shwe en laissant à leur occupation les pêcheurs qui godillent d'une jambe et jettent leurs filets les mains libres. Retour à pied à la chambre, la patronne ne nous a pas trouvé et n'a sans doute pas cherché de compagnons de route pour aller à Pindaya demain. Je vais marchander un taxi pour nous y rendre seuls, puis nous retournons dîner dans le plus proche restaurant, celui où nous pouvons nous connecter à internet avec le téléphone portable mais pas avec l'ordinateur (?). Nouvelles de personnes ! Marie a voulu goûter le vin produit dans la région, elle ne finit pas son verre de Pinot noir madérisé...  Retour à la chambre pour préparer les sacs.

Lundi 20 janvier : Nous nous levons de plus en plus tard puisque notre chauffeur ne vient nous chercher qu'à huit heures et demie. Nous rejoignons par la digue le carrefour de Shwenyaung. Le chauffeur, au demeurant fort sympathique, s'arrête peu après pour prendre son petit déjeuner et nous invite à partager son repas. Marie préfère rester dans la voiture à surveiller sa montre, persuadée que nous allons rater le bus de ce soir. J'avale donc quelques beignets aux oignons ou aux haricots, arrosés d'une bonne sauce au tamarin pimentée. Je goûte à son riz gluant saupoudré de farine de sésame, moins convaincant. Nous repartons, quittons la route goudronnée pour une piste dans la campagne, traversant champs de pommes de terre, haricots, blé ainsi que des villages classiques, maisons en bois sur pilotis et chars à boeufs. Notre chauffeur a la fibre écologiste, regrettant les temps passés, quand le plastique n'avait pas remplacé les objets d'artisanat local et que les arbres n'avaient pas été coupés pour en faire du charbon de bois.

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Mais la piste est en travaux, une armée de femmes travaillent à mains nues à l'empierrer. La voiture roule au pas, je dois même descendre pour l'alléger et Marie a des sueurs froides... Nous retrouvons une route correcte et bientôt nous apercevons à flanc de montagne le site de Pindaya. C'est jour de marché dans la ville, au bord du lac. Nous y faisons un tour, habituels légumes et fruits vendus à même le sol par les paysannes descendues de la montagne. Peu ont des foulards-turbans.

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Nous achetons ce que j'avais pris pour d'énormes cheeroots et qui se révèlent être des bambous remplis de riz gluant ! Nous approchons du site des grottes en traversant une aire plantée de superbes grands arbres. La voiture nous dépose à l'entrée même du temple (?), nous évitant une montée par l'un des escaliers d'accès.

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Nous abandonnons nos chaussures devant deux statues représentant une énorme araignée hollywoodienne et le prince-archer qui la tua, délivrant ainsi selon la légende, les princesses retenues prisonnières dans la grotte. Un ascenseur, très vilain, mais avec dorures, nous amène à l'entrée. Le droit d'entrée est relativement modeste mais nous avons dû acquitter à l'entrée de la ville, comme cela se pratique dans tous les lieux touristiques, un droit d'accès à la ville. Nous pénétrons dans ce réseau de grottes et sommes aussitôt saisis par la quantité de Bouddhas, serrés les uns contre les autres, tous dorés, qui nous entourent.

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Certains vont se nicher dans la moindre anfractuosité de la roche, on en oublie les stalactites, pourtant imposants. On ne voit que des Bouddhas ! D'étroits passages permettent de circuler entre eux, monter ou descendre vers de minuscules placettes d'où nous pouvons contempler une partie des 8000 Bouddhas offerts par les dévots. Nous cherchons celui qui porte la dédicace de Jean-Baptiste Botul, le philosophe inventé pour un canular visant Bernard-Henri Lévy et dont Christian nous avait montré la photo. Nous interrogeons tous les Français que nous croisons et bientôt toute la grotte bruisse de murmures : "BHL", "Botul", "canulars", les uns racontant aux autres l'histoire mais personne ne découvre le Bouddha en question.

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Au fond de la grotte, l'amoncellement est moins dense, les matériaux plus divers et les dimensions plus réduites. Nous ressortons à l'air libre et allons déjeuner à proximité, au Mémento. Nous y sommes seuls, les plats et la bière sont plus chers qu'ailleurs, la cuisine correcte. Nous prenons le chemin du retour, par une autre route goudronnée, pas plus spectaculaire que celle de ce matin malgré l'enthousiasme de notre chauffeur.

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Nous nous faisons arrêter, peu avant Nyaungshwe, au joli monastère de Shwe Yan Pyay, tout en bois et sur pilotis avec de belles dentelles sur les toits, malgré les tôles. La décoration tant intérieure qu'extérieure utilise des pâtes de verre multicolores aux teintes passées du plus bel effet sur les bois patinés. Après un dernier détour pour aller changer des dollars chez un Chinois qui adapte son taux de change aux heures d'ouverture de la banque (!), nous nous faisons déposer à l'hôtel et faisons nos adieux au chauffeur lesté, à l'initiative de Marie, d'un bon pourboire qui lui amène un grand sourire. Nous allons boire un jus d'avocat (beurk) pour Marie et moi un Coca à notre restaurant de la veille dans l'espoir de pouvoir nous connecter à internet, en vain. Un minibus vient nous chercher et nous remmène à Shwenyaung où nous attend un très confortable bus VIP, comme celui pris pour nous rendre à Mandalay. Sièges larges, dossier inclinable ainsi que le repose-pieds, On nous distribue un petit en-cas et un soda frais. La climatisation marche à fond mais nous avons droit à une couverture, nous aurions préféré moins d'air glacial. Peu après montent une demi-douzaine d'individus bruyants et grossiers qui s'interpellent, changent de place, dérèglent les fauteuils, des Chinois ! Ce ne sont pas ceux-là qui me rendront sympathiques les Hans ! Les lumières s'éteignent, la tonitruante vidéo cesse ensuite et après une halte que je mets à profit pour reporter les photos sur l'ordinateur, tout le monde plonge dans le sommeil, nous aussi, à demi.

Mardi 21 janvier : Nous traçons notre route dans la nuit, emmitouflés dans notre couverture et arrivons à cinq heures du matin à la gare routière. Nous négocions un taxi qui nous dépose au Beautyland I. Nous réveillons gardien et réceptionniste. Ce dernier est atteint d'une horrible déformation faciale qui ne manque pas de nous évoquer "Elephant Man". Nous pouvons aussitôt occuper la chambre. Je tape mon texte tandis que Marie s'endort. Nous dormons jusqu'à dix heures puis nous nous mettons en branle tout doucement. Je vais explorer les environs et en particulier le restaurant Dolphin, le plus proche de l'hôtel. Nous commençons à regretter d'avoir choisi cet hôtel, trop isolé et pas vraiment au calme avec les travaux dans la cour de l'immeuble voisin. Quand au jardin vanté dans le guide du Routard, il se réduit à une rangée de plantes grasses le long d'un mur. Nous attrapons un taxi qui nous dépose à la pagode Sule, en plein centre ville. Nous allons nous renseigner sur les prix des chambres de quelques hôtels, ils sont tous surfacturés ou glauques. Nous déjeunons au snack déjà essayé lors de notre arrivée, bonne cuisine, trop pimentée pour Marie mais surtout, nous avions oublié qu'ils n'y servent pas de bière ! Une bonne connexion internet nous permet d'envoyer les messages qui étaient en attente et constater que personne ne nous a répondu. J'y abandonne Marie et vais changer des dollars, explorer d'autres hôtels cage-à-poules et acheter les billets de bus pour Moulmein. Je vais rechercher Marie, nous passons dans une pharmacie où elle achète du sirop pour soigner sa toux puis nous allons réserver une chambre pour les deux dernières nuits. Nous reprenons un taxi pour nous rendre à la pagode Chaukhtagyi.

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Il ne s'agit pas vraiment d'une pagode mais d'un des plus grands Bouddha couché de Birmanie, sur une éminence, protégé désormais par une toiture et toute une structure métallique. Des moines et des fidèles viennent se recueillir et prier, la place ne manque pas. Ses pieds colossaux portent les 108 stigmates avec lesquels le pauvre était né ! Son visage est serein, ses oreilles pendent et les plis du cou bien marqués. Nous rentrons à l'hôtel, toujours en taxi et nous nous installons dans le soi-disant jardin pour relire mon texte et préparer le blog que nous mettrons en ligne quand nous aurons une connexion correcte... Nous ressortons pour dîner au Dolphin, restaurant chinois, une immense salle déserte et une carte où plus de la moitié des plats de fruits de mer ne sont pas servis. Quand on nous apporte la bouteille de bière en s'excusant qu'elle ne soit pas fraîche, nous jetons l'éponge et repartons. Seule alternative dans notre territoire isolé, un autre restaurant chinois, plus loin. Je vais à sa recherche et une fois repéré, reviens chercher Marie. Devant le restaurant, sur son parking, des véhicules neufs, des grosses cylindrées, des Mercedes dernier modèle. Un autre monde après les trishaw de Mandalay ou les carrioles de Bagan... Les prix sont aussi en conséquence... On y sert du sashimi de langouste vivante, sur commande ! Chacun découpe-t-il des dés dans l'animal décarcassé ? Nous prenons deux plats, de l'anguille en sauce pour moi et Marie du poulet au gingembre confit. Tous deux excellents et si l'addition est plus élevée que d'habitude, nous y reviendrions presque. Mais il faut encore rentrer...

Mercredi 22 janvier : Nous ne sommes pas pressés ce matin aussi traînons-nous au lit avant d'aller nous faire servir un petit déjeuner pas bien fameux, dans le "jardin". Nous prenons ensuite un taxi qui nous dépose au Musée National, imposante bâtisse moderne de quatre étages. Nous devons déposer les sacs à l'entrée y compris celui de Marie bien que nous ayons tenté d'expliquer qu'elle en a besoin pour s'appuyer dessus. L'entrée de la première salle est calamiteuse, un couloir vide et des murs nus d'un vert d'hôpital ! Nous découvrons l'imposant trône des derniers rois de Mandalay et dans des salles adjacentes des objets de la cour royale : palanquins, lits de repos, chaises, et autres objets (crachoirs !) tous recouverts d'or et de pierres précieuses, notamment des rubis. Les pièces qui ont le plus de valeur sont présentées dans une salle, derrière des barreaux, en prison ! Les salles sont désertes, parfois nous croisons un touriste égaré, nous chuchotons de peur de réveiller les gardiennes endormies. Aux autres étages sont exposés des objets traditionnels variés, de belles boîtes en laque, de superbes charrettes parfois très ouvragées. Un étage, moins riche, est consacré aux différentes ethnies qui composent la Birmanie, des mannequins qui n'ont pas le type asiatique ont été habillés des costumes de ces peuples. Un très riche musée mais une présentation lamentable dans des vitrines aux vitres salles, et peu d'explications en anglais. A quand une belle exposition en France ? Je suis fatigué depuis ce matin, contrecoup du voyage ? Mes yeux font des leurs et je peine à lire les textes sur les cartons. Un taxi nous emmène au restaurant chinois Junior Duck sur les bords du fleuve. Encore une de ces salles immenses, caractéristique des restaurants chinois. Les prix sont honnêtes et nous commandons trois plats en demandant que les calamars frits soient servis en premier. On nous apporte d'abord le canard rôti puis les crevettes en sauce de haricots noirs et enfin les calamars... Aucun des plats n'est convaincant, calamars trop fermes, sauce des crevettes chargée en oignons, seul le canard, très copieux, est correct. J'abandonne encore une fois Marie au restaurant pour aller porter à l'hôtel Beautyland II où nous avons réservé une chambre pour le retour, le petit sac à dos rempli de tout ce que nous pouvons laisser pour nous alléger. Après cette un peu longue course, je retrouve Marie et nous partons en trishaw pour la pagode Botataung. Son stûpa central est creux comme tout stûpa qui se respecte mais celui-ci a la particularité de pouvoir être visité. Nous pénétrons donc entre des murs recouverts de plaques dorées, protégés des mains profanes par des vitres.

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Au centre nous pouvons contempler derrière vitres et barreaux, le très précieux reliquaire couvert d'or et de pierres précieuses qui renfermerait UN cheveu du Bouddha ! Où va se nicher l'idolâtrie ! Nous faisons le tour dans le déambulatoire intérieur en forme de dents de scie. Pour une fois, nous tournons dans le mauvais sens. Deux Françaises, sans doute touchées par la grâce du Bouddha, nous font gentiment remarquer que nous sommes dans l'erreur ! Quelques autochtones aussi mais elles ne leur disent pas... L'extérieur du stûpa est recouvert de nattes, sans doute pour des travaux, ce qui nous évite une énième photo d'un cône doré.

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Pas grand chose à voir dans l'enceinte du temple, un bassin avec des tortues gavées d'herbes vendues à cet effet et dans un pavillon un manège avec des bols à offrandes et des sanctuaires miniatures qui tournent et dans lesquels on peut essayer de jeter des billets pliés, vendus à cet effet, en faisant un voeu. Je m'y essaie, deux de mes voeux devraient alors être exaucés, j'ai quelques doutes... Nous allons nous asseoir au bord du fleuve, contemplant le trafic des navires de tout tonnage et les sampans qui font la traversée. Nous rentrons en taxi à l'hôtel, nous reposer avant d'aller dîner dans une gargote proche. Rien de bien fameux, ma salade de poulet est bonne mais fort épicée quant aux travers de porc de Marie ils sont archi-cuits, par contre les frites croquent. Au retour à l'hôtel, je constate qu'il y a une bonne réception internet. Je m'installe donc à proximité du modem et réussis à mettre à jour le blog, envoyer une carte aux amis et écrire à Julie et à Nicole. Retour à la chambre pour taper la journée.
 
Jeudi 23 janvier : Encore un réveil matinal, trop au goût de Marie qui n'en peut plus et se plaint de ne pouvoir faire une grasse matinée. Le chauffeur de taxi réservé hier soir nous attend déjà. Nous ne mettons qu'à peine plus d'une demi-heure pour rejoindre la gare routière d'Aung Min Galar, bien moins que ne l'envisageait le patron de l'hôtel qui n'a pas oublié de nous réclamer le paiement des deux bouteilles d'eau trouvées dans la chambre alors que dans les autres hôtels, elles étaient offertes... A peine le taxi reparti, Marie s'aperçoit qu'elle y a oublié son polaire ! Elle tousse déjà à fendre l'âme et elle n'a pas de vêtement chaud pour le trajet en bus climatisé ! Le bus n'est pas aussi confortable que ceux pour VIP mais nous ne sommes pas trop serrés et il ne s'arrête que rarement pour prendre ou déposer des passagers. Nous démarrons à neuf heures pour traverser des étendues de rizières qui ne sont pas toutes en eau. Des paysans repiquent du riz dans celles qui le sont, des buffles qu'on ne peut que qualifier de placides, pataugent dans la boue ou broutent les prairies. Nous passons à Bago ; maisons en tôles rouillées, noeud ferroviaire et pagodes à stûpas dorés, en veux-tu en voilà... La végétation devient par endroits plus dense, des plantations d'hévéas apparaissent, les maisons traditionnelles dans les villages paraissent plus belles (moins "modernisées" ?) que dans les autres régions. Nous arrêtons brièvement pour le déjeuner dans une gargote, personne ne parle anglais, on nous répond Yes à tout ce que nous demandons et on nous apporte un curry birman dont nous n'avons pas envie, sans doute le seul plat disponible et convenant à tous les autres passagers. Nous nous contentons donc de chips et de fruits que nous avions emportés. Nous continuons, rizières, cultures non identifiées, stûpas sur tous les monticules etc...
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Après Thaton, la végétation devient luxuriante, nous roulons entre une chaîne de montagnes et la mer dont nous séparent des rizières et des cocoteraies cachées derrière des villages éparpillés tout au long de la route. Nous apercevons des mosquées et des temples indiens, identiques à ceux que l'on voit dans le sud de l'Inde, très colorés, avec une multitude de statues de personnages, preuves de la diversité des populations de cette région côtière. Un long pont signale l'arrivée à Moulmein, encore une fois en avance. Nous nous faisons conduire ou plutôt brinquebaler en tuk tuk à l'hôtel Sea Breeze mais comme nous l'avions craint, il n'y a plus que des chambres sans fenêtres et avec douches en commun. Je vais vérifier qu'au Sandalwood hotel où j'avais téléphoné, il y a bien une chambre pour nous mais sans air conditionné. Nous avons toujours eu des chambres avec climatisation que nous n'utilisions pas vu la température extérieure et ici où nous l'apprécierions avec l'humidité ambiante, nous n'en avons pas. Mais nous faisons ainsi des économies, la chambre, spacieuse, très correcte est à 25 dollars ! Je vais rechercher Marie et nous nous installons. Nous essayons de faire un planning des jours à venir, nous n'en aurons pas assez pour TOUT voir ! Je vais au Sea Breeze réserver deux places sur le bateau pour Hpa An puis je marche le long de la promenade en bord de mer. D'anciens bâtiments coloniaux achèvent de tomber en complète décrépitude, une esplanade avec des bancs attend les promeneurs qui peuvent contempler le trafic quasi nul sur l'eau et l'île en face. Un marché de nuit avec d'appétissantes grillades est en train de s'installer. Je retourne retrouver Marie puis je vais porter du linge à laver, et faire réserver une chambre à Hpa An. Nous décidons d'affréter une voiture pour nous rendre au Bouddha couché, le trajet en tuk tuk risquant d'être trop éprouvant. Nous allons dîner au Chan Thar, à côté de notre hôtel. Une table en terrasse, nous sommes les seuls à nous régaler d'une salade de poisson épicée puis de porc aux noix de cajou et de calamars sautés en sauce, la bière glacée à la pression est un autre bonheur...
 
Vendredi 24 janvier : Nous nous réveillons plus tardivement. Pas de thé au petit déjeuner, une des jeunes filles qui officient en cuisine, mélange d'Indiennes, de Birmanes et de Chinoises, nous apporte une théière de thé "chinois" insipide !
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Nous partons à pied pour le marché en suivant la grande artère commerçante, succession de boutiques qui étalent jusque sur la chaussée des cartons de produits importés (légalement ?) de Chine ou de Thaïlande. Les maisons sont presque toutes récentes mais on peut encore trouver d'anciennes maisons de commerce avec des balcons ou des rebords de toit en bois, découpés, joliment ouvragés. Le marché, une immense construction moderne en béton ne présente que fort peu d'intérêt, quincaillerie, outillage, bimbeloterie en plastique et vêtements. Marie cherche un blouson pour remplacer son polaire mais ce n'est pas l'article le plus vendu dans la région. Nous revenons par le bord de mer, les berges sont immondes et les ruisseaux qui traversent la ville et s'y jettent sont des égouts à ciel ouvert, les grandes marées nettoieront... Marie m'attend pendant que je retourne à l'hôtel trouver le chauffeur de la voiture qui doit nous emmener au Bouddha couché. Nous récupérons Marie et nous nous mettons en route. Le chauffeur nous signale toutes les églises, temples, écoles etc... Mosquées (chiites, sunnites), temples hindous, pagodes (Petit Véhicule, Grand Véhicule), églises (catholiques, baptistes et autres), voisinent dans toute la ville, c'est Malraux qui serait content ! Nous longeons d'interminables casernes avant de traverser la campagne jusqu'à l'entrée de l'ensemble de constructions qui entourent le Bouddha couché de Win Sein.

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C'est l'un des plus grands du monde ! Win Sein reçut l'illumination et entreprit la construction d'un Bouddha couché de près de 200 mètres de long, en briques et béton, sur une colline.

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Pas tout seul le Bouddha, une armée de moines quêteurs de 4 mètres de haut défile le long de la route d'accès et on ne compte plus les statues géantes du fondateur, de monstres, et les stûpas qui saupoudrent les abords. Les travaux ne sont pas terminés et un second Bouddha, encore plus grand est en construction sur une autre colline. La démesure du lieu est renforcée par l'animation qui règne en ce jour anniversaire du moine visionnaire, il fête ses 94 ans, à croire que la mégalomanie conserve ! La voiture doit se frayer un chemin à grand renfort de coups de klaxon parmi la foule venue s'amuser et éventuellement se recueillir, ce qui paraît difficile dans cette atmosphère de kermesse. Des stands, des animations, des restaurants, des loteries, des bonimenteurs, ont dressé leurs tentes, rameutent les badauds avec des hauts-parleurs au volume maximum. Nous nous extrayons de la voiture et partons à la découverte du géant.

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Les plaques de béton sont bien marquées, les fers dépassent, certains ont été utilisés pour créer cils et sourcils. Un escalier, à gravir déchaussé, permet d'accéder à l'intérieur creux du monstre. Le ciment est souvent nu, le carrelage n'est pas posé partout, les rampes sont absentes, des sacs de ciment traînent partout et si la tête est à peu près achevée, les pieds ne sont que des tuyaux de béton en cours de finition. Les parties les plus anciennes, les murs de brique en arrière commencent à se déliter...

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A l'intérieur sont reconstituées sur plusieurs étages, grandeur nature, les scènes des Jataka, les épisode des vies antérieures du Bouddha. Un sommet du kitsch (mais combien de fois ai-je dit cela ?) ! Des éléphants, des chars à boeufs, des chevaux, des monstres qui font subir d'horribles outrages (pas les derniers !) à de malheureuses créatures sont là pour l'édification des foules. Ce sont principalement des jeunes venus s'amuser et que cela ne semble pas impressionner outre mesure. Sacrilège suprême, les plus jeunes jouent vavec des mitraillettes en plastique et font mine de tirer sur le malheureux Bouddha dépassé par les évènements.

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Après avoir bien erré dans les étages et les couloirs, nous ressortons par les escaliers qui surplombent les toboggans d'eau où s'amusent des gosses tout habillés. Nous récupérons la voiture et repartons. Nous aurions bien aimé rester toute la journée, assister au tournoi de kick-boxing, jouir de l'ambiance de fête foraine mais il n'en avait pas été question avec le loueur de voiture.

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Nous passons entre les deux pitons karstiques où sont implantés, sur l'un un temple hindou, sur l'autre une pagode. Retour à Moulmein où nous retournons déjeuner à notre restaurant de la veille, toujours aussi bien, avec de délicieuses bières pression glacées. Nous repassons rapidement à la chambre puis, sur les conseils du patron de l'hôtel, nous repartons à pied pour la colline où se trouvent les pagodes. Longue marche entre les anciens bâtiments administratifs de la colonie, perdus dans une belle verdure. Il faut ensuite grimper un escalier de plus de 200 marches de haute volée pour arriver, en sueur, à la pagode U Khanti. Pas très belle, repeinte de frais, une structure métallique avec un toit de tôle héberge un Bouddha assis dans une grande cage de verre. L'intérêt est dans les manèges votifs qu'on nous met en branle.

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Mes précédents voeux n'ayant pas encore été exaucés, je ne vois pas la nécessité d'essayer de lancer de nouveaux billets dans les bols à offrande qui tournent ou dans ceux qui ondulent sur une mer de carton-pâte. Le temps passe et si nous voulons être à la dernière pagode avant le coucher du soleil, nous devons nous hâter. Nous suivons la route sommitale qui, heureusement descend doucement, en passant devant toute une succession de stûpas, de temples qui semblent récents. Nous dominons la ville de Moulmein, le bras de mer qui la sépare des îles mais la brume et le contre-jour ne permettent guère de distinguer les détails.

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De jolis toits fins, étagés, de beaux pavillons en bois, patinés, couverts de délicates dentelles en rebord des toits, signalent le monastère Kyaung Seidon Mibaya. Nous pouvons visiter le pavillon central d'une extraordinaire richesse. Les piliers du déambulatoire ont des chapiteaux sculptés de toute beauté, reprenant les thèmes des Jataka.

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Quand à la salle intérieure, elle est superbement décorée de panneaux sculptés sur les murs et au plafond. Un bijou qui ne semble pas fasciner outre mesure les vieux moines qui l'habitent et ont négligemment jeté robes et oreillers sur un trône qui devrait être dans un musée ! Un escalier fait communiquer le monastère avec la pagode Kyaikthanlan d'où l'on domine la ville des deux côtés.

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Comme d'habitude, un énorme stûpa conique, doré, est au centre d'un ensemble de pagodons, stûpas, pavillons, autels des nat, etc... Je suis toujours gêné par l'aspect "toc" de ces constructions qu'on pourrait croire en plastique tant la couleur dorée qui recouvre le béton ou la pierre,  paraît fausse mais si on n'y regarde pas de près, l'ensemble a belle allure.

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Je lui préfère néanmoins la vision de l'enchevêtrement des toits étagés des monastères en contrebas ou les pointes des pagodes du monastère perdues dans la végétation sur la colline voisine. Là aussi, des jeux votifs avec des manèges attendent le badaud. mais ils ne sont guère nombreux. Ce sont principalement des touristes venus guetter un soleil couchant très décevant. Nous quittons les lieux avec l'ascenseur qui, bien que vaste, ne prend que 6 personnes pour une descente rapide. Nous continuons le retour vers le centre ville par un escalier couvert qui passe entre différents bâtiments religieux, pas de marchands du temple, une grande paix règne et certains pavillons sont manifestement anciens et conservent des panneaux de bois travaillés. Nous rejoignons le centre ville à la nuit et rentrons à l'hôtel nous reposer avant d'aller dîner. Fatigué, je me serais bien accommodé de notre nouvelle cantine mais Marie a envie de dîner au bord de l'eau. Nous cherchons un restaurant plus éloigné que nous ne le pensions et finissons par nous installer à l'un des établissements en plein air du marché de nuit. Des tables et des fauteuils en plastique et des étals où on peut choisir les brochettes qui seront grillées dans l'instant. Nous avons choisi des brochettes de crevettes et de pinces de crabe avec une bière. Cette dernière arrive tiède et crabes et crevettes s'avèrent être une forme de surimi. Furieux et toujours affamés, nous allons nous installer à une autre table et commandons deux plats de nouilles frites. On me sert un riz pas vraiment frit, gras. Marie obtient des pâtes et la bière est fraîche... Retour à la chambre.

Samedi 25 janvier : Après le petit déjeuner pour lequel, aujourd'hui, nous avons eu droit à un sachet de thé Lipton, nous nous rendons à pied au Sea Breeze guest house d'où l'on doit nous emmener au bateau qui va remonter la Salouen jusqu'à Hpa An. Nous sommes une quinzaine de touristes, Anglo-saxons, Allemands et cinq Français. Nous partons répartis dans deux tuk tuks, pour nous rendre à l'embarcadère. Mais il n'y a pas d'embarcadère ! Nous devons monter dans une grosse pinasse en passant sur une planche branlante qui ne plaît pas beaucoup à Marie. Pour l'aider, je rentre dans l'eau et mouille mes chaussures ce qui va me garantir des pieds au frais toute la matinée. 

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Nous remontons le très large cours de la rivière en passant le long de l'île du "Shampooing" où nous apercevons quelques beaux monastères. Puis nous longeons des berges envahies de roseaux et distinguons vaguement des cultures en arrière. Nous longeons des villages où tous les enfants mais aussi les adultes nous font signe bonjour. Le temps ne passe pas vite et je commence à m'ennuyer entre deux somnolences. Les eaux limoneuses sont souillées par des emballages, des boîtes de pique-nique en polystyrène. Il en est de même dans les villages où tous les déchets sont jetés sur les berges du fleuve, mais ceux qui ne sont pas organiques ne disparaissent pas. Une halte "toilette" dans les roseaux est prévue à mi-parcours puis nous commençons à apercevoir des pitons karstiques perdus dans la brume.

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Quand le ciel est pur, bien dégagé, la promenade doit être belle mais en cette saison, on ne distingue guère les montagnes ni les stûpas sur les collines. Les berges se resserrent.

Birmanie 2014

Sur des rochers, au sommet de falaises qui tombent dans l'eau, des stûpas montent la garde. Nous passons sous un grand pont et enfin parvenons à Hpa An. Nous accostons au milieu des ordures collées dans la boue de la rive... Un tuk tuk emmène tous les passagers et nous dépose à notre hôtel, le Golden Sky. Pas tout à fait ce que j'avais imaginé, une solide bâtisse aux couloirs peints en bleu et une chambre avec tout le nécessaire mais peu agréable et sans eau chaude. Heureusement la vue, si on ne regarde pas trop près, sur la campagne, le fleuve et le piton de l'autre côté du fleuve rattrape le manque d'amabilité du patron. Le jeune qui baragouine l'anglais nous propose une excursion demain aux grottes et se charge de trouver d'autres personnes pour partager les frais. Nous déposons les sacs et ressortons pour aller tardivement déjeuner. Nous traversons le centre ville animé, passons devant des maisons, des boutiques, une imposante mosquée. Rien ne semble avoir changé depuis des décennies. Il existe bien des maisons récentes en béton mais toutes croulent sous les marchandises que déchargent des portefaix de camions antédiluviens. Des porteurs transportent avec une balancelle des bidons d'eau puisée au puits ! Nous trouvons un restaurant, le Khit Thit, avec une carte en anglais et déjeunons honnêtement d'une bonne assiettée de nouilles sautées avec des calamars, à la "malaisienne" c'est-à-dire épicées. Nous rejoignent le couple d'Allemands qui étaient avec nous sur le bateau, grands voyageurs en Asie qu'ils parcourent depuis des années, avec un bon sens de l'humour. Nous les quittons pour aller prendre des billets de bus pour Kimpun et réserver un hôtel par la même occasion. Bien que nous soyons samedi, Marie veut que je me rende à la poste pour acheter des timbres. Bien entendu, elle est fermée... Nous revenons vers l'hôtel et poussons jusqu'à la pagode toute proche, au bord du fleuve, la Shweyinhmyaw. Une salle avec des Bouddhas et une décoration de carreaux de miroir sur les murs mais un petit pagodon sur un promontoire au dessus du fleuve, lui est relié par un couloir couvert.

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De là, la vue sur le fleuve, le trafic des barques qui ramènent de l'autre rive des passagers ou des produits maraîchers des jardins avoisinants, les pitons surmontés de stûpas, est reposante. L'impression d'être dans un bout du monde immuable, inchangé depuis des lustres. Nous nous installons sur la terrasse de l'hôtel avec la vue sur la campagne pour écrire les dernières cartes postales et commencer à relire mon texte mais la nuit tombe et des chants amplifiés par des hauts-parleurs, sans oublier les moustiques, nous font regagner la chambre où nous achevons la mise au point du blog. Nous décidons de dîner à la gargote en face de l'hôtel, la carte est courte, nouilles ou riz frit avec poulet ou porc, pour changer ! Les prix sont très bas et nous ne sommes pas volés. Je vais acheter des sambos pour compléter ce festin; occasion de découvrir qu'une fête se tient dans l'enceinte d'un autre temple. Nous nous y rendons ensuite.

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Un marché de nuit est installé dans l'allée qui mène au temple, brochettes, beignets, curries rassasient les fidèles. Viennent ensuite les manèges, toboggans gonflables, grande roue. Un orchestre semi-traditionnel égaie la foule assise sur le sol mais la sonorisation est épouvantable, musiques et paroles sortent recrachées, hachées, déformées en une inaudible bouillie qui ne semble pourtant pas déplaire.

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Derrière, enfin, le temple posé sur l'eau semble-t-il, en forme de sikhara, illuminé par des guirlandes électriques. Nous y entrons, des rangées de Bouddhas de toutes tailles courent sur les murs, les corniches, les plafonds. Nous rentrons enfin nous coucher.
 
Dimanche 26 janvier : Nous montons prendre le petit déjeuner sur la terrasse. La vue est très limitée par une brume opaque qui va se dissiper avec la montée du soleil. Notre premier petit déjeuner birman : une assiette de riz avec un oeuf frit, un pain aux raisins (un par pain !), une banane et soit du café, soit du thé tri-mix, c'est-à-dire des sachets où se trouvent déjà mélangés le thé ou le café avec du lait et du sucre. Le sachet de thé Lipton qui nous restait nous sauve la mise. Nous partons dans une camionnette avec des bancs à l'arrière, en compagnie de cinq jeunes Allemands. Marie a droit à la place à côté du chauffeur. Nous traversons de belles rizières au vert cru qui tranche sur le fond des montagnes embrumées. Des paysans s'activent à repiquer le riz et s'arrêtent pour nous faire de grands "bonjours". Une piste sur une digue passe entre des bassins et aboutit au pied d'une falaise. 
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La grotte de Yateak Pyan est signalée par quelques statues dorées du Bouddha et des stûpas. Quelques marches entre deux rangées de statues de moines quêteurs mènent à l'entrée de la grotte. A l'intérieur un grand stûpa, quelques Bouddhas alignés et, nouveauté, des plaquettes votives, c'est-à-dire de petites statuettes gravées de Bouddhas qui sont collées par plaques rouge brun sur les parois, et forment des dessins décoratifs. 

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De l'entrée de la grotte, nous avons une très belle vue sur les rizières parsemées de quelques palmiers à sucre, sur les deux bassins à nos pieds et au loin sur les massifs karstiques. Ces derniers sont de véritables gruyères, percés de grottes qui, très souvent, traversent les pitons. Nous repartons pour un autre site, celui de Kaw Gon.

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Nous sommes aussitôt séduits par l'abondance de plaquettes votives qui épousent la paroi rocheuse sur une grande hauteur, au dessus des habituels Bouddhas. Des statues, Bouddhas, najas, scènes des Jataka plus récentes, ont été colorées et commencent à pâlir. La grotte est peu profonde et également couverte sur ses parois de plaquettes votives parfois dorées. 

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On y trouve incorporées des représentations du Bouddha couché. Nous sommes très enthousiastes, nous n'avons pas vu cela ailleurs et ce sera notre meilleur souvenir de la journée. Marie m'attend tandis que j'escalade un escalier de marches en béton, pas toujours larges, avec une rampe branlante en bambou. Montée pénible, terminée en sueur mais du pagodon qui se trouve au sommet, je jouis d'une vue magnifique sur les rizières et tout le paysage à plus de 180°. Les Allemands qui nous accompagnent ne sont pas allés voir la grotte... Nous continuons par le site suivant, Kyaik Ka Lat. 

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Une dent, un piton jailli de terre, plus étroit à sa base, au milieu d'un petit lac et bien sûr couvert de stûpas dorés. On y accède par une passerelle en béton, en croisant des Birmans venus se prendre en photos en ce jour de repos dominical. Ils en profitent pour nous prendre aussi, quelques-uns osent nous demander de poser avec eux. Quelques marches à monter pour avoir une vue sur le petit lac, ses canards et les rizières autour. La halte suivante ne dure guère, il s'agit d'un ensemble de plus d'un millier de Bouddhas, certains dans un pavillon, alignés au cordeau, en rangées de part et d'autre de la route qui conduit à un sanctuaire que nous ne visitons pas. Nous nous arrêtons ensuite auprès d'un bassin qui sert de piscine, au pied d'une falaise. Des gargotes y sont installées. Nous déjeunons dans l'une d'elles, au choix : nouilles ou riz frits...

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Les jeunes venus passer la journée se baignent habillés et utilisent, en guise de bouée, des chambres à air. Nous reprenons la route pour un long parcours sur des pistes de latérite, passant entre de très belles maisons traditionnelles en bois très sombre. Elles sont si belles qu'elles seraient une raison suffisante pour me faire reprendre un service d'enseignement (pas trop chargé tout de même...) pour pouvoir en habiter une quelque temps, la meubler avec des objets chinés dans le pays. Nous finissons par aboutir au pied d'une autre grotte, celle de Saddar.

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Très grande, elle abrite comme on s'en doute, des statues de Bouddha, des stûpas. Des stalactites tombent des parois, la puissante lampe prêtée par le chauffeur éclaire des roches situées très haut. Nous avançons dans le noir complet sans trouver d'autres traces de bouddhieuseries et, faisant demi-tour, nous croisons un couple d'Allemands qui nous disent qu'il faut continuer, que nous devons aboutir à une sortie d'où on peut revenir en pirogue. Nous rebroussons de nouveau chemin et, Marie pestant, à demie perdue, persuadée que nous allons mettre tout le monde en retard, nous grimpons, descendons des marches, dérapons sur un sol rendu glissant par les déjections des chauves-souris que nous entendons couiner haut au-dessus de nos têtes.

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Enfin une lueur annonce un débouché et bientôt nous découvrons, derrière un écran de verdure, un paysage enchanteur, un lac aux eaux immobiles au milieu de montagnes couvertes d'une végétation luxuriante. Des piroguiers nous attendent et sûrs que nous n'allons pas faire demi-tour, pratiquent des tarifs presque prohibitifs pour nous embarquer sur des esquifs rustiques, taillés dans un tronc d'arbre, très bas sur l'eau. La traversée est un rêve, une eau à peine troublée par les coups de pagaie, le chant des oiseaux pour seul bruit, des canards qui plongent à notre approche, nous laissant contempler leurs derrières.

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Notre pirogue glisse ensuite dans une cavité naturelle qui traverse la montagne, l'eau est si pure que les parois sombres du défilé s'y reflètent comme dans un miroir. La promenade continue sur un étroit canal dans les rizières. Mais il nous faut débarquer et terminer à pied pour rejoindre l'entrée de la grotte et notre véhicule. Nous ne sommes pas les derniers ! Trois des Allemands qui s'étaient engagés bien avant nous, ne sont pas ressortis. Nous ne comprendrons jamais ce qui s'est passé, ils arrivent trois quarts d'heure plus tard, pas pressés !

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En les attendant, J'ai guetté la sortie de moines simplement vêtus de leur toge rouge safran et munis d'un bel éventail en bambou tressé. Il commence à se faire tard, je crains que le chauffeur ne nous ramène à l'hôtel sans aller voir le dernier site mais non ! Nous arrivons juste avant le coucher du soleil à Kaw Ka.

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Une rangée de statues de moines quêteurs nous y attend sagement. La grotte n'a rien de particulier à part les inévitables Bouddhas bien sûr. Il faudrait emprunter un passage dans la roche pour déboucher devant une piscine, nous nous y rendons avec la voiture. Nous allons attendre, pas longtemps, le coucher du soleil, dans l'une des gargotes qui entourent la piscine, en prenant une bière. Les Allemands qui n'en avaient pas bu ce midi se rattrapent et commandent aussi un nouveau riz frit ! Nous rentrons de nuit à Hpa An, le chauffeur semble pressé... A peine arrivés à l'hôtel, nos compagnons filent dans leurs chambres sans dire au revoir ni à nous ni au chauffeur ! Nous avons tout juste le temps de nous occuper des photos de la journée avant de ressortir pour aller dîner au Khit Thit, où nous étions allés hier midi. Nous partageons la table d'un sympathique couple de Français, croisés au cours de la journée, échangeant quelques informations et opinions. Je me régale une fois de plus d'un plat d'anguilles en sauce. Retour à la chambre après une journée bien remplie mais fatigante.

Lundi 27 janvier : Lever dans une brume encore plus épaisse que la veille. Nous descendons prendre le petit déjeuner sur les tables devant l'hôtel. Nous ne touchons ni au riz, ni à l'oeuf. Marie se risque à boire une demi tasse du tri mix au thé, je reste au pain sec (presque, le pain aux raisins de la veille et un bout de marbré au chocolat), et à l'eau. Le chauffeur, à qui nous avions été les seuls à laisser un pourboire hier soir, tente de nous arracher 2000 kyats pour nous faire faire 500 mètres jusqu'à l'arrêt du bus. Il transige pour la moitié. Nous sommes très en avance et nous guettons notre bus, assis dans des fauteuils en plastique. Il a un peu de retard, Marie commence à s'inquiéter. Il s'arrête à une centaine de mètres, nous devons les parcourir pour monter dedans. Il traîne en ville, ramasse des passagers et une heure après l'heure théorique de départ, nous sommes toujours en ville ! Enfin le vrai départ survient, nous traversons la Salouen sur le pont moderne et continuons dans la campagne. Nous repassons à Thaton et reprenons la route de l'aller. Que celui qui a eu l'idée d'implanter des téléviseurs dans les bus se réincarne en vermisseau ! Nous sommes abreuvés  de discours bouddhistes puis de clips musicaux en enfin de sketchs qui amusent beaucoup nos voisins... Nous sommes débarqués à ce que nous croyons être Kimpun, destination pour laquelle nous avions payé, sur la grand route. Aussitôt des moto-taxis se précipitent et se proposent pour nous emmener, nous expliquant que Kimpun est à une dizaine de kilomètres à l'intérieur des terres. On nous propose aussi un taxi pour une somme exorbitante. Je trouve un pick-up qui assure la liaison avec Kimpun, pour 500 kyats par personne ! Marie qui monte dans la cabine du conducteur paie le double. Nous partons peu après, le camion presque vide. Nous sommes finalement à midi et demi à Kimpun, devant notre hôtel, juste à l'heure prévue. Nous déposons les sacs dans la chambre, dans un petit bungalow et, après avoir réglé notre départ pour Bago demain ainsi que la réservation d'une chambre d'hôtel, nous allons rapidement déjeuner. Marie garde un oeil sur les camions qui partent et presse le repas. Pas de chance, ce ne sont pas les bons camions. Ceux qui montent au Rocher d'Or partent tout près de notre hôtel, quand ils sont pleins. Marie obtient, moyennant un léger supplément, une place en cabine. Je m'incruste sur une étroite banquette en bois disposée en travers dans la benne. Très peu de place pour les jambes, six par banquette, pas de place pour faire de la gymnastique ! Nous démarrons, bien secoués dans les cahots, il faut s'accrocher comme on peut. La route, des plaques de ciment, grimpe en lacets serrés, sur de fortes pentes, dans une belle végétation. Quelques arrêts permettent à des moinillons de venir quémander des billets pour des oeuvres pieuses, beaucoup donnent. Enfin nous atteignons le terminus. Des porteurs de palanquin ont vite repéré Marie et réclament des sommes inouïes pour parcourir la bien faible distance qui nous sépare encore du Rocher d'Or. Marie persuadée qu'elle ne pourra pas marcher jusque là, que nous n'aurons pas le temps de revenir à temps pour attraper le dernier camion ne sait plus quoi faire, ni dire. Nous commençons à marcher ensemble, les porteurs du palanquin nous suivent, leurs prétentions baissent. Nous finissons par nous mettre d'accord sur 6000 kyats pour l'aller-retour. J'acquitte les droits d'entrée au site et 100 mètres plus loin, les porteurs décident qu'ils sont allés assez loin ! Nous continuons à pied tous les deux en refusant de payer et en parlant de police... Le chemin passe entre les habituelles boutiques de souvenirs, de remèdes médicinaux étranges, racines, décoctions, animaux desséchés. Nous devons retirer nos chaussures à l'entrée de l'ensemble des bâtiments religieux et confier nos peu reluisantes chaussures à la garde de la préposée, moyennant finance. Une allée désormais dallée passe entre des gîtes pour pèlerins et atteint une vaste esplanade.

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Des terrasses offrent des points de vue sur le fameux rocher. Une grosse boule dorée qui ne paraît pas particulièrement en équilibre instable, vue de ce côté. Un petit stûpa, également doré, le surmonte, il contiendrait UN cheveu du Bouddha. Nous approchons, Marie pas de trop près, les femmes, créatures impures, doivent rester à bonne distance... 

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Les hommes seuls sont autorisés à s'approcher, s'agenouiller et lui coller de nouvelles feuilles d'or. Nous le contournons, je suis plutôt déçu. Le rocher en soi n'est pas réellement spectaculaire. Bien sûr, aperçu de l'ouest, il est en porte-à-faux et surplombe une falaise, mais pas un instant on ne doute de sa stabilité. L'intérêt est sur les manifestations de ferveur populaire qui doivent être plus marquées à la tombée de la nuit, alors que des centaines de pèlerins affluent et s'installent pour passer la nuit sur des nattes ou sous des campements de fortune réalisés avec des couvertures. Pour s'en rendre compte il aurait fallu dormir dans l'un des hôtels installés à l'entrée du site. Nous jetons un oeil aux montagnes couvertes de forêts que nous dominons de tous côtés  mais elles sont perdues dans la brume et à peine distinguons-nous leurs contours. En contrebas, tout un village s'est créé pour vivre des pèlerins, hébergement, gargotes, souvenirs pieux, etc... Nous revenons, prenons un soda en passant, deux fois le prix normal ! Le Rocher d'Or est sans doute le site de Birmanie le plus onéreux. L'exploitation des pèlerins et surtout des touristes étrangers est manifeste, tant dans les transports que dans les hébergements. Pour la descente, Marie n'obtient pas de place en cabine, réservées par de jeunes et riches Chinois. Le soleil décline vite et nous supportons une veste. Enfin nous retrouvons notre chambre et son éclairage mesuré : impossible de lire ! Les ampoules doivent être de la plus faible puissance disponible sur le marché ! Nous allons dîner au Mya Yeik Nyu, tout proche. Gros efforts pour se faire apprécier de la clientèle des touristes mais il en résulte une cuisine affadie, sans caractère. A la chambre, grand décrassage qui devenait urgent...
 
Mardi 28 janvier : Mal dormi. L'électricité est coupée, plus de ventilation et encore moins de climatisation. Marie va dans la salle de bain et glisse sur la mare d'eau permanente qui stagne à l'entrée et tombe. Nous ne nous levons pas de bonne heure, choisissant de prendre le petit déjeuner à l'heure limite théorique, neuf heures. Nous finissons de nous préparer puis nous allons attendre l'heure du bus dans ces confortables fauteuils en bambou que l'on voit partout. Ils comportent une astucieuse barre d'appui pour la tête. A dix heures et demie, nous nous rendons à la gare routière et attendons l'arrivée tardive du bus. Ce sera sans doute le plus mauvais de tous ceux que nous aurons emprunté. l'air conditionné ne fonctionne pas, il roule lentement et s'arrêtesouvent pour charger des passagers supplémentaires et quand tous les tabourets en plastique dans l'allée centrale sont occupés, il continue de d'en monter qui voyagent debout. L'assistant du chauffeur reçoit des coups de téléphone de personnes qui lui demandent de les attendre à tel endroit et nous les attendons, parfois un quart d'heure ! Les heures passent, nous désespérons d'arriver aujourd'hui à Bago. Alors que nous n'en sommes plus très loin, le bus s'arrête pour le déjeuner. Comme d'habitude, nous nous contentons de chips et d'une bière. Nous repartons et enfin nous voici, à trois heures à Bago. Descendus à la gare routière ou ce qui en tient lieu, nous repartons en tuk tuk pour essayer de nous trouver un hôtel dans le centre ville. L'emeror Hotel n'a que des chambres haut perchées et très petites. Après avoir essayé le Jade Garden, complet, nous nous résignons à nous rendre au Bago Star où nous avions réservé par téléphone. C'est plus cher et loin du centre mais la chambre est spacieuse et confortable. Nous nous reposons avant de nous rendre, à pied, à la pagode Kyaik Pun, à quelques centaines de mètres , au bout d'une route dont les bas-côtés, comme toutes les routes , sont des champs de sacs plastiques.
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De loin, nous apercevons un très grand Bouddha assis, adossé à une structure maçonnée carrée. Ses trois autres côtés comportent aussi des Bouddhas de même taille.

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Nous en faisons le tour par l'extérieur pour profiter de l'ensoleillement à l'ouest, puis nous nous rapprochons pour admirer leurs ongles et les broderies de leurs toges, réalisés avec des tesselles de miroir colorées. Retour à la chambre où nous apprécions cette fois la climatisation. Je parviens à me connecter pour lire les informations ainsi que le courrier. Nous dînons au restaurant de l'hôtel. Je commande un plat dit kabab, je suis étonné de me voir servi du porc avec une sauce hot and sour mais il s'agit bien de kabab m'assure le garçon !
 
Mercredi 29 janvier : Après le petit déjeuner, je pars à pied pour la poste, vite rattrapé par un employé de l'hôtel qui m'explique que la poste est très loin. Il nous trouve un tuk tuk, celui de la veille ! Nous nous mettons d'accord sur le tarif de la location pour toute la journée et nous partons. Nous retournons dans le centre ville, très animé, traversons le marché qui déborde sur la rue et arrivons à la gare ferroviaire. Je cherche le responsable des ventes de billets pour les étrangers dans un bureau qui n'a pas eu une couche de peinture depuis l'Indépendance, où traînent des dossiers d'une autre époque. Surgit un individu qui peu aimablement m'intime l'ordre de revenir demain puis met en doute que j'ai pu faire téléphoner la veille et prend son petit déjeuner sans plus rien savoir. Je m'indigne, le traite de tous les noms mais il s'en moque. Je repars furieux. Nous passons à la banque changer des dollars. Nous commençons la tournée des sites. Encore une de ces journées où l'on doit courir d'un endroit à un autre, sans presque le temps d'en profiter, respirer, apprécier le cadre, l'ambiance. Je me sens canard à l'approche des fêtes.
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La pagode Shwemawdaw a l'honneur de notre visite. Elle ressemble fort à la pagode Shwedagon de Rangoon, même énorme stûpa doré, encore plus haut qu'à Rangoon, entouré de pagodons, d'autels des nats, de pavillons et aussi des plus jolis manèges que nous aurons vus, les bols sont remplacés par des bateaux qui tournent ou plutôt qui devraient tourner mais ils ne sont pas animés. Nous en faisons consciencieusement le tour, déchaussés comme il se doit. Il n'y a pas l'ambiance, la ferveur de sa soeur de Rangoon.

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Nous continuons par la pagode Hinta Gone qui ne serait pas particulièrement intéressante, à part une vue sur les environs, les stûpas dorés qui émergent de la végétation et en particulier la pagode Shwemawdaw, si dans un petit pavillon à l'entrée, en léger contrebas, un orchestre traditionnel, gongs, tambours et flûte aigrelette, n'accompagnait les danses, gestes graciles, déhanchements, de transsexuel(le)s fardé(e)s, habillé(e)s en femmes. Des gens viennent leur coller des billets sur le cou, la poitrine et en lancent aux musiciens. Le conducteur du tuk tuk qui connaît son affaire nous emmène ensuite à un stûpa dont le seul intérêt est d'offrir une vue sur les autres pagodes de la ville et les bâtiments de l'ancien palais qui abrite un musée, fermé aux dires de notre cicérone. 

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C'est ensuite un temple, une très modeste construction, dont le seul et unique occupant est la réincarnation d'un moine, sous la forme d'un python de belle taille. Gavé, choyé, il dort à longueur de journée, parfois se glisse dans un bassin d'eau aménagé pour son bien-être... Là aussi, les visiteurs glissent des billets devant sa tête et font des voeux. Nous nous faisons conduire au restaurant Hanthawaddy, restaurant chic, à clientèle de touristes, dans une maison en teck. Contrairement à ce qu'avait dit le conducteur qui voulait nous emmener là où il avait décidé, ce n'est pas plus cher qu'ailleurs. Nous commandons des plats thaï, Marie un curry au lait de coco, excellent, et moi du poulet au gingembre, également très bon. Gavés, sans pouvoir faire une sieste digestive, nous enchaînons avec la pagode Sintalia où repose un vilain Bouddha couché, à côté d'un ancien stûpa en briques rouges, plus élégant. Nous rendons visite ensuite au monastère Kha Khat Wain Kyaung. Rien d'ancien ou cela ne se voit pas mais c'est l'un des monastères, en activité, les plus importants de Birmanie. Plusieurs centaines de moines y étudient.

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Nous pouvons les observer dans une salle, rédigeant un devoir avec beaucoup de sérieux, d'application, indifférents aux touristes qui viennent troubler leur concentration. Ils sont assis à même le sol et travaillent sur de petites tables qu'ils emportent avec eux, le devoir terminé. Il fait beaucoup plus chaud dans cette région que dans le nord. Dans les rues, les bonzes défilent avec un bel éventail en bambou, en forme d'as de pique. Leurs consoeurs, enveloppées dans un voile rose, protègent leur crâne rasé avec de charmantes ombrelles de fabrication artisanale. Un autre monastère, plus calme, perdu dans la végétation, est composé de plusieurs élégants pavillons anciens, en bois, quelques-uns avec des toits étagés. A proximité quatre Bouddhas de grande taille, s'épaulent pour surveiller les quatre points cardinaux.

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Dans une salle où repose un autre Bouddha, couché cette fois, des peintures illustrent les sévices qu'endureront les pêcheurs, on y retrouve la même imagination que dans les églises du Moyen Age pour décrire les enfers ! Nous n'allons pas voir, de l'autre côté de la rue, le tout neuf Bouddha couché, encore une réalisation de mégalomaniaque... C'est au tour de la pagode Mahazedi, de très grande taille, un stûpa au-dessus d'une base tronconique à plusieurs étages.

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Nous en faisons le tour, en nous brûlant la plante des pieds et sous un soleil qui donne soif ! Marie n'a pas le droit de monter sur la plus haute terrasse, elle a bien raison, la vue est fort étendue mais d'un intérêt limité, les autres stûpas apparaissent perdus dans le lointain et la brume. Nous attendons le retour du tuk tuk, parti faire un plein d'essence, en avalant une bouteille d'eau. A côté, la pagode Shwegugale de petite taille est plus colorée, on peut en faire le tour dans un déambulatoire où soixante quatre Bouddhas, tous identiques, nous regardent passer. Et enfin, pour en terminer, la pagode Shwethalyaug, sous un hangar, un de ces énormes Bouddhas couchés qui semblent avoir tant de succès dans ce pays, occasion de manifester un gigantisme de parvenu.

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Pas vraiment beau, ses lèvres roses l'affadissent mais les coussins sur lesquels il repose sa tête sont des coffres décorés de tesselles de verre colorées. Ses pieds aussi sont très décorés et pour une fois dans une position plus réaliste. C'en est terminé, nous allons maintenant pouvoir digérer toutes ces visites ! Nous rentrons à l'hôtel, je règle le tuk tuk qui voudrait aussi que je lui paie le droit d'entrée sur les sites, dix mille kyats par personne, que nul préposé ne nous a demandé de payer (j'apprendrais par la suite, par d'autres touristes, que ce droit est payé au musée, pas du tout fermé !). Je suis d'accord pour partager le bénéfice avec lui, finalement nous lui réglons quinze mille kyats ! Retour à la chambre. Je m'occupe des photos, me connecte à internet, vérifie que les horaires de nos vols n'ont pas changé puis nous dînons au restaurant de l'hôtel. Nous commandons des plats birmans, un kone baung gyi kyaw pour Marie, une bonne fricassée dans l'huile de légumes et de porc, pas pimenté et pour moi un tauk tauk kyaw, une galette épaisse, parfumée, de poulet haché revenu avec des légumes, pas pimenté non plus. Je n'aurai, de toute ma vie, jamais mangé autant de carottes et de choux-fleurs ! Très copieux, nous devons reprendre une bière pour en venir à bout.
 
Jeudi 30 janvier : Nous prenons le petit déjeuner le plus tard possible puis je pars en moto-taxi à la gare. Il semble que le port du casque soit obligatoire pour cette forme de transport de passagers. Je me vois affublé d'un casque type Whermacht du plus bel effet ! Je dois patienter dans le bureau de la veille, reçu par un employé mieux embouché que le précèdent. Je m'assieds à côté d'un fonctionnaire qui renforce des livres de compte de l'année passée au moyen de ruban adhésif. Un autre lit le journal, d'autres passent, échangent des nouvelles, commentent les photos du journal. La routine... Enfin, après un temps d'attente et la consultation de papiers échappés de dossiers, on me délivre un billet Upper class pour le train de Yangon de cet après-midi. Je passe consulter la carte du restaurant chinois Three Five, proche de la gare et rentre, toujours déguisé en Fritz, à l'hôtel. Nous patientons d'abord dans la chambre puis dans le hall de l'hôtel et nous nous faisons conduire à onze heures et demie en tuk tuk à la gare avec le sac. Je le laisse à la garde d'un employé et nous allons au restaurant chinois en traversant le marché, plus guère animé. Les abords en sont immondes, des mares d'eau stagnante dégagent une puanteur d'égout, des ruisseaux lévent le coeur. Et les sacs plastiques tapissent toutes les rues, tous les espaces libres. Le canard rôti est servi froid et les crevettes en beignets ont disparu dans la pâte. Nous sommes déçus mais amusés par le ballet des plats servis sur les tables du personnel. Ils vont, viennent, repartent, sans que nous nous en expliquions la raison... Nous retournons à la gare nous asseoir sur des sièges en plastique dans l'attente de notre express. Peu avant son arrivée, nous passons ainsi que les autres voyageurs sur le quai et quand il s'arrête nous avons trois minutes pour monter à bord et nous installer dans deux fauteuils fatigués d'un wagon épuisé. La climatisation annoncée est naturelle, des volets métalliques percés d'ouvertures et des ventilateurs au plafond qui ne tournent pas... Nous traversons des rizières au vert vif, des buffles broutent les herbes et des stûpas apparaissent de-ci, de-là. Nous filons (en exagérant un peu...) en sautant sur nos sièges comme sur un manège. Ce n'est pas du boogie woogie, plutôt du hip hop... Nous sommes plus tôt que prévu à Rangoon et nous nous rendons à pied au Beautyland II. Nous avons une chambre au premier étage, minuscule, comme à l'arrivée. Nous récupérons le sac à dos et nous nous reposons avant d'aller dîner à proximité dans un restaurant qui se veut thaï. Plats curieux, mais bons et pas chers. Retour à la chambre où je peux, (ah quel bonheur !) regarder "Envoyé spécial" sur TV5 Monde... Nous sommes presque rentrés !
 
 Vendredi 31 janvier : Encore une fois, nous attendons le dernier moment pour descendre prendre le petit déjeuner. Nous nous rendons ensuite à pied au marché Bogokié pour les derniers achats, ma journée préférée en voyage... Très vite Marie trouve une ombrelle pour Karin puis elle se met en quête de divers objets qu'elle a en tête mais il y a toujours quelque chose qui ne correspond pas à  l'idée de ce qu'elle veut. Nous errons, et nous nous perdons dans les travées de cet immense marché presqu'uniquement consacré aux touristes. je commence à saturer, las de passer et repasser aux mêmes endroits. Elle se trouve un longyi qui doit être cousu et ajusté à sa taille. Nous déjeunons, sans bière, dans la seule gargote du marché qui soit un peu agréable. Puis nous retournons à nos recherches, un pantalon, des tongs et des petits disques en jade complètent les achats et pour finir, Marie s'offre une très belle veste noire avec des broderies récentes Akha. Nous allons prendre un jus de fruit et un soda dans un café climatisé où les prix sont indiqués en dollars. Retour à l'hôtel. Nous réservons un taxi pour demain matin et je commence à refaire le sac de voyage. Nous allons nous installer au salon pour relire mon texte et mettre à jour le blog. Un Hollandais nous rejoint, il n'aime pas les pagodes et ne veut pas en voir. Il a dû se tromper de pays ! Nous ressortons pour aller dîner au même restaurant pseudo thaï que la veille. Les garçons sont plein de bonne volonté mais ne comprennent pas grand chose à nos exigences en matière d'ordre de succession des plats ou de leur force en piment. Dernière nuit en Birmanie.
 
Samedi 1er février : Marie se réveille ! Nous descendons rapidement petit déjeuner avant de prendre le taxi à cinq heures. Nous sommes rapidement à l'aéroport, sans avoir revu la pagode Shwedagon non éclairée à cette heure. Nous enregistrons sans avoir de problème de douane pour la boîte en laque ni pour le dépassement (d'une heure !) de la durée du visa. Nous attendons ensuite de pouvoir embarquer. Nous décollons à l'heure. Petit déjeuner puis j'occupe le temps avec trois films successifs, trois de ces films dont on se demande comment ils trouvent un financement ! Pas de repas, un sandwich sucré, fourré au thon (?). Nous nous posons à Doha et après un nouveau contrôle, nous allons attendre le second vol. Nouvel envol à l'heure. Nos craintes concernant un éventuel déjeuner disparaissent quand les hôtesses servent un apéritif, pour nous c'est champagne, suivi d'un repas arrosé au Côtes du Rhône. Je  regarde "Mystic River" avant que nous ne nous posions, à la nuit tombée, à Paris. Julie est venue nous chercher avec des vêtements chauds bien nécessaires. Nous rentrons en taxi et nous lui offrons nos cadeaux devant une Margarita !
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