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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 17:20

 

Jeudi 17 février : « Altogether » est de bonne humeur ( il est vrai qu'il l'est toujours ! ) et n'insiste pas trop pour nous faire faire des détours. Comme nous, il sent l'écurie. Avant de330-KANDY-COLOMBO-Marie-et-Sharith.JPG démarrer il joint les mains, récite quelques formules propitiatoires et pour faire bonne mesure, termine par un signe de croix. La route est toujours pénible et il nous faut trois heures pour parcourir les cent dix kilomètres jusqu'à Colombo. Les derniers sans plus aucune échappée sur la campagne et dans les vapeurs de gaz d'échappement crachées par les véhicules asthmatiques et antédiluviens. Les grands discours en faveur de l'écologie ne doivent pas s'appliquer aux transports... Je rêve d'une soudaine disparition du moteur à explosion et de tous les dérivés induits ! Nous parvenons à la capitale aux larges artères pas trop encombrées, nous allons bientôt savoir pourquoi... Le chauffeur n'a pas grande difficulté à trouver notre hôtel, dans un quartier cossu. Nous nous quittons presque avec émotion, promesses de nous écrire et si nous passons par Negombo, de nous revoir. Accessoirement, Sharith, car tel est son prénom que nous n'avons découvert qu'hier soir, semble satisfait de son pourboire... Nous faisons connaissance avec la propriétaire, une vieille dame de la bonne société qui a appris le français à l'Alliance française. Son intérieur est plaisant, multitude de bibelots de bon goût et d'objets, tissus, coussins. Nous apprenons alors que le jour de la fête de la Navam Perahera pour laquelle nous sommes revenus exprès à Colombo est aujourd'hui et non pas demain comme nous le pensions ! Mais le grand défilé a lieu ce soir, nous sommes arrivés à temps ! Nous posons les bagages dans la chambre, au cinquième étage, avec ascenseur, de l'immeuble voisin. Les peintures sont fatiguées, toutes les ampoules ne fonctionnent pas mais la décoration est plaisante et le salon attenant décoré avec goût, enfin le nôtre ! Dessins, tableaux, tissus que nous verrions bien chez nous pour certains... Nous repartons aussitôt pour aller déjeuner dans un restaurant chinois pas trop éloigné. Toutes les maisons du quartier sont des villas cachées derrière des murs et c'est ici que l'on a la plus forte concentration de 4x4 de luxe... Le restaurant chinois est authentique et bien que chic, nous déjeunons pour pas plus cher que dans les restaurants imposés par Sharith. Prix majorés ici par un bon nombre de taxes tout de même... Pas de bière, c'est un jour de fête religieuse ! Je vais rechercher d'autres chaussures pour Marie à la chambre, en 336-COLOMBO-Elephants.JPGme perdant dans les impasses où ma présence semble incongrue. Nous nous rendons ensuite au parc Viharamahadevi où nous trouvons les éléphants qui doivent participer au défilé, en train de se nourrir. Ils sont entravés et leurs mahout les surveillent, leur préparent des écorces d'arbres quand ils ne se chargent pas eux-mêmes, les éléphants, d'écraser ou de donner des coups de pieds dans les troncs pour les rendre comestibles. Certains sont impressionnants en taille, quelques-uns ont de superbes défenses. Ils se laissent arroser, laver, gratter le cuir avec, semble-t-il, grand plaisir. Nous sommes frappés parc le nombre de musulmans et 339-COLOMBO-Elephants-bain.JPGsurtout de femmes entièrement voilées, gantées, toutes en noir, sinistres... Il fait chaud et nous apprécions, quand le soleil descend, les souffles d'air qui nous raniment. Peu avant la tombée de la nuit, les animaux sont harnachés. Un caparaçon, deux grands gants de toilette dans lesquels on glisse les oreilles et un dernier élément qui couvre la tête et la trompe avec deux ouvertures 349--COLOMBO-Elephants-preparation.JPGpour les yeux, leur donne une allure fantomatique ou de grand maître du Ku Klux Klan... Les tenues ne sont pas toutes belles, beaucoup sont uniformes, souvent dorées ou argentées mais quelques-unes, pourpre, rouge ou rose avec des dessins de fleurs de lotus ou des plaques argentées gravées d'un Bouddha, sont superbes. Quand tous sont prêts, le convoi d'au moins une quarantaine de pachydermes, grands et petits, s'ébranle dans les avenues en semant de belles crottes... Nous les suivons, presque seuls car les Sri Lankais en ont une peur inattendue ! La nuit est tombée, le convoi s'est arrêté à proximité du lac Beira et du temple Gangaramaya. Une foule est déjà massée sur le parcours que doit emprunter le défilé, nous arrivons à temps pour que Marie se trouve une chaise et moi une parcelle de trottoir qui nous permettent d'être au premier rang. Mais je vais vitre comprendre les problèmes des péripatéticiennes qui doivent défendre leur bout de trottoir avec acharnement... Nous attendons une bonne 368-COLOMBO-Defile.JPGheure avant que la circulation soit interrompue et que la parade commence. Des groupes de musiciens et de danseurs vont défiler, chacun précède un éléphant. Les premiers ont disposé des guirlandes de lumières électriques sur leur caparaçon, leurs mahout ont revêtu des costumes d'apparat et sont montés dessus. Les musiciens et les danseurs portent le sarong blanc, un justaucorps rouge et une sorte de turban roulé autour de la tête, parfois des boucles d'oreilles. Nous revoyons toutes les danses auxquelles nous avons eu droit à Kandy dans la salle pour 371-COLOMBO-Defile.JPGtouristes... Des bonzes sont installés sur des estrades avec d'autres personnalités. Le défilé se poursuit ainsi pendant trois heures, spectacle qui a lui seul vaut le voyage au Sri Lanka, une procession que nous n'avions jamais vue en Inde ou au Cambodge. Armés d'une pelle, des ramasseurs de belles merdes fumantes les ôtent de la chaussée et les déposent en dehors du parcours, aux pieds des spectateurs ravis ! Chaque groupe présente des chorégraphies ou des acrobaties différentes mais à la fête religieuse s'ajoute une sorte de carnaval avec des groupes de grotesques à trois jambes ou des personnages déguisés en vieilles ou vieux, des jongleurs et autres bateleurs se produisent également. Curieux mélange de 374-COLOMBO-Defile.JPGreligieux et de profane qui ressemble beaucoup au carnaval de Cochabamba, les éléphants en plus. En fin de défilé se présentent trois éléphants magnifiquement harnachés et illuminés, montés chacun par trois personnes en costume immaculé devant lesquels toute la foule se lève, moi aussi pour soulager mon fessier endolori, joint les mains et s'incline avec ferveur. Suivent des dignitaires en costumes rutilants, habillés d'un sarong et d'une veste aux épaules renforcées, sous des dais frangés. Ils ont dans leurs mains des statuettes du Bouddha. Viennent ensuite des chars qui transportent des statues blanches de 356-COLOMBO-Defile.JPGbouddhas assis et tout le monde de se relever et joindre les mains. Ce n'est pas fini ! La moitié de Colombo est venue voir défiler l'autre moitié ! Viennent encore des groupes plus pauvrement mis, sans costume uniforme ni chorégraphie au point. Et de nouveaux danseurs, danseuses très jeunes, qui ne manquent pas d'énergie et des percussionnistes, des échassiers. Leur succèdent des jongleurs avec des roues enflammées etc... Nous n'en pouvons plus mais c'est fini ! La foule se disperse, un chauffeur de tuk tuk nous racole, nous nous faisons emmener dans un restaurant qui s'avère être fermé, nous rentrons à l'hôtel en nous arrêtant dans une gargote pour acheter une bouteille d'eau et deux samossas épicés. Les ampoules ont été changées, nous sommes contents de pouvoir enfin nous reposer...

 

 

Vendredi 18 février : La chambre est étouffante et malgré le ventilateur qui fait tout ce qu'il peut au-dessus de nous, je suffoque. Ouvrir la fenêtre n'y change rien, elle donne sur une courette sans air. Nous allons petit déjeuner dans le jardin de la propriétaire, contente de pouvoir parler français. Elle ne fait aucune difficulté pour téléphoner à Galle et réserver une chambre. Nous donnons du linge à laver à son employée. Elle nous apprend que nous pouvons nous connecter à Internet de la chambre. Nous y remontons et effectivement je parviens à me connecter mais à la première tentative d'accéder à la messagerie, le compte est bloqué ! Je suis une fois de plus obligé de recourir à Julie pour résoudre le problème. Nous partons en tuk tuk, après une négociation pas trop difficile. Nous suivons une des grandes artères de la ville qui passe entre de hauts immeubles modernes récents en nous rapprochant du quartier du Fort. Nous longeons ensuite le bord de mer, rafraîchissant, avant d'affronter la fureur du centre ville. Je change rapidement des euros puis nous allons nous renseigner sur les tarifs d'un hôtel pour une éventuelle nuit en fin de séjour. Les prix ne sont plus ceux annoncés dans le guide et même depuis la fin de 2010, il y a eu une forte inflation. Nous sommes assommés par la chaleur, abrutis par le bruit et nous allons nous réfugier dans le lobby, délicieusement climatisé, de l'hôtel Hilton.  Nous y achetons des 387-COLOMBO-Arcades.JPGcartes postales, les rédigeons et les postons avant de retourner dans la chaleur et le bruit. Nous suivons la rue principale de cet ancien quartier des affaires dont les bâtiments coloniaux mal entretenus, cèdent la place à des immeubles de  verre fumé et de béton. L'extrémité de la rue, près du port, est une zone hautement sécurisée pour cause de quartier général de la police, des chicanes barrent les rues, les contrôles sont partout... L'église Saint-Peter est désaffectée et en travaux et de toute manière sans charme. Nous continuons en direction d'un grand 389-COLOMBO-Dagoba.JPGdagoba blanc curieusement posé en l'air sur des arches de béton. Nous cherchons un autre tuk tuk pour nous emmener au quartier du bazar de Pettah, à faible distance mais nous n'avons pas la force de marcher dans cette étuve et les conducteurs de tuk tuk nous guettent... Nous voici à l'entrée d'une des allées du marché, on y vend surtout de la bimbeloterie et le chaland est assommé par les discours des vendeurs, relayés par des haut-parleurs qui se défient à coups de décibels. Nous nous contentons d'acheter des oranges. Nous passons ensuite par des rues étroites dévolues au commerce. D'antiques camions à caisse en bois déversent des marchandises qui sont ensuite distribuées dans les magasins par de pauvres 302-KANDY-Camions.JPGdiables attelés à des carrioles brinquebalantes sur une chaussée en ruine. Nous cherchons un restaurant, une gargote mais nous ne trouvons rien, même dans des rues plus fréquentées. Un autre tuk tuk nous conduit au temple de Gangaramala que nous n'avions pas vu hier dans la nuit. C'est un haut-lieu du bouddhisme cinghalais et il est en partie un musée, caverne d'Ali Baba, un ensemble de collections d'objets offerts et disposés dans des vitrines poussiéreuses, réveil-matins, montres, stylos et bien évidemment des bouddhas de toutes tailles, matières, origines. Autour du dagoba, sèchent les caparaçons des éléphants du défilé de la veille. Nous ne jetons qu'un œil distrait au sanctuaire et à ses bouddhas 393-COLOMBO-Temple-Gangaramaya.JPGcouchés, assis, aux couleurs vives, blasés que nous sommes ! Nous faisons le tour du lac Beira, à l'ombre, avec des vues sur les quelques gratte-ciel du centre moderne avant de rejoindre le bord de mer. Marie récupère des prospectus à l'Office du tourisme et nous profitons de la climatisation du lieu avant de nous propulser jusqu'à l'hôtel Galle Face. Un palace au bord de l'océan avec des fauteuils sur une pelouse. Nous y prenons un verre en attendant le coucher du soleil et en appréciant l'air frais venu de la mer. Nous rentrons encore une fois en tuk tuk à la chambre. Nous parvenons à nous connecter à Internet grâce à l'intervention de Julie et donc à lire son message et celui de Nicole. Nous prenons connaissance des nouvelles du monde et apprenons les manifestations en Libye ! Nous allons dîner dans un restaurant plutôt branché mais il donne sur la rue et le vacarme des voitures est pénible, la nourriture est bonne, des pâtes pour tous les deux puis retour à la chambre, toujours aussi tiède. 

 

Samedi 19 février : Nous faisons remarquer à notre hôtesse, au petit déjeuner, que sa chambre est trop mal ventilée. Nous aurions dû prendre la climatisation d'après elle... Le linge, à moitié lavé (les traces de terre sur mon pantalon sont toujours apparentes), est récupéré et nous partons en tuk tuk pour la gare. Nous prenons des billets de seconde classe pour Galle à un prix dérisoire (à peine plus chers que le trajet en tuk tuk), et passons sur le quai. Rien n'a dû changer depuis l'époque britannique, ni les passerelles ni la gare elle-même en structures métalliques rivetées. Les wagons des trains stationnés sont fatigués et ceux de troisième classe bondés. Un train plus confortable, avec un wagon panoramique de première classe part pour le Nord. Après une heure d'attente, le nôtre, pas de première jeunesse, arrive, déjà occupé. Il est pris d'assaut, ceux qui voulaient en descendre ont toutes les peines du monde à se frayer un chemin alors que certains se glissent pas les fenêtres. Inutile dans ces conditions avec nos gros sacs d'espérer avoir des places assises. Néanmoins, Marie parvient à s'asseoir, je reste debout, entre deux wagons, avec massage gratuit des membres inférieurs ! Nous ne sommes pas les seuls touristes, beaucoup sont aussi debout. J'ai une vue plongeante sur les épaules et la gorge d'une fraîche donzelle. Son compagnon, peu amène ( sa maman lui manque-t-elle ? Est-il dans les affres d'une dysenterie foudroyante ? ), sait-il apprécier le grain de la peau, le galbe du cou, la finesse de l'ourlet d'une oreille de celle qui n'a d'yeux que pour lui et lui caresse les poils des mollets ? Peut-être faut-il être un vieux barbon  pour goûter ces charmes... Nous traversons d'abord les faubourgs de Colombo, les maisons sont construites en divers matériaux, bois, briques, parpaings, un mélange. Des villas coquettes voisinent des baraques en planches. Puis la voie suit le bord de mer, révélant des plages qui invitent à la baignade, une végétation de pandanus au bord de l'eau et des cocotiers plus en retrait. Nous passons au-dessus de lagunes paisibles qui dispensent un air frais. Au fur et à mesure de l'avancée, des voyageurs descendent et presque tout le monde parvient à s'asseoir. Je reste à l'extrémité du wagon, assis sur les sacs, entre les deux portes ouvertes en permanence de chaque côté. Enfin Galle, terminus de la ligne. Un tuk tuk nous emmène à l'hôtel, nous avons une première vision du quartier du Fort, passons une porte dans les murailles et entrons dans la vieille ville. Ce pourrait être Gorée ou n'importe quelle autre ville 395-GALLE-Chambre.JPGcoloniale qui aurait gardé son caractère ancien avec des maisons restaurées, transformées en hébergements pour le plus grand bénéfice des touristes occidentaux. Notre hôtel n'échappe pas à la règle, nous avons une chambre avec un balcon sur la rue, un lit dont les montants chantournés maintiennent une grande moustiquaire ornée de galons de dentelle virginale, lui donnant une allure de lit nuptial à baldaquin, un ventilateur pulse un air qui vient s'écraser sur le tulle et peine à le traverser. Nous devons marchander pour avoir le petit déjeuner inclus dans le prix. Nous allons avaler des sandwichs dans le jardin de l'hôtel avec une bière qui réchauffe trop vite. Nous regagnons la chambre puis nous nous installons sur le balcon pour étudier la suite de notre itinéraire et nous apercevoir que nous n'avons pas de jours en trop. Il fait encore chaud et nous retournons dans la chambre pour profiter du ventilateur. Une 399-GALLE-Remparts.JPGdouche est la bienvenue. Nous sortons pour nous promener dans les rues du Fort. Nous sommes bientôt le long des remparts qui le ceinturent et lui ont évité d'être ravagé lors du tsunami de 2004. De l'autre côté, nous apercevons la côte et un dagoba blanc dans les arbres. Nous parvenons au phare, celui dont parlait Nicolas Bouvier mais je ne sais trop où était sa pension. Reconnaîtrait-il quelque chose ? Nous montons sur les remparts et commençons à en faire le tour alors que le soleil décline en dorant les toits des maisons à toits de tuiles, les temples de toutes les confessions et les mosquées. C'est la promenade des 401-GALLE-Femmes.JPGhabitants, les familles promènent les enfants, les amoureux flirtent timidement. Une fois de plus nous sommes étonnés par le nombre de familles musulmanes que nous croisons, les femmes très souvent complètement enfouies sous leurs voiles noirs et les hommes, barbus, en blanc. Les jeunes s'entraînent au cricket, sport national dont les retransmissions sont sur tous les écrans de télévision, à toute heure. Marie a envie de faire tout le tour, j'aurais préféré siroter une boisson gazeuse à une terrasse en étage repérée... Nous marchons jusqu'à la porte d'entrée de la ville et revenons par une rue du centre en admirant les maisons traditionnelles, toutes pourvues d'une véranda sur toute la417-GALLE-Maison.JPG longueur de la façade, peu profonde, avec une avancée du toit soutenue par de gros piliers ronds à chapiteaux doriques. Des moucharabieh de bois ou de briques ajourés masquent les activités de la maisonnée depuis la rue, des ouvertures closes par des panneaux de bois sculptés laissent passer un filet d'air. Marie fatigue et traîne la jambe. Nous allons prendre un soda dans un café avant de retourner à la chambre. Nous allons dîner sur le toit en plein air d'une maison, nous y sommes bien, au frais, sous une lune encore pleine qui éclaire faiblement la mosquée voisine que l'on pourrait prendre pour une église anglicane et les façades des maisons endormies. Pas de crevettes bien qu'elles soient au menu, ce sera encore du poulet, soi-disant teriyaki, ce qui ne manquerait pas d'étonner un Japonais et une tranche de poisson effectivement grillée avec des frites et surtout avec une bière, ce qui ne semble pas évident ici ! En sortant, un petit bout de femme nous aborde, elle est professeur de français à l'Alliance française de Galle. Je lui demande où est l'ancienne Indigo street, elle ne 412-GALLE-Maison-N.-Bouvier.JPGconnaît pas. Je cite Nicolas Bouvier, tout s'éclaire, elle sait où se trouve l'ancienne auberge où il avait séjourné et connaît sa propriétaire, la bru du petit-fils de l'ancien aubergiste. Elle nous y conduit aussitôt. La maison n'a pas changé à les en croire, ce qui n'est pas bien difficile vu l'état de décrépitude, dans tous les sens du terme, de la maison. Au milieu un jardin à ciel ouvert et tout autour des chambres, celle de Nicolas Bouvier était à l'étage. On nous y mène : des murs nus d'où pointent des racines d'un figuier audacieux, une paillasse avec une moustiquaire trouée et un balcon qui entoure le jardin. Une âcre fumée de feu de bois monte de l'atrium. L'endroit où on ne pouvait qu'écrire ce livre ! Je rêve de retaper cette maison qui pourrait avoir un charme fou, de lui retrouver sa fonction ancienne et bien sûr l'appeler « Au poisson-scorpion ». Notre « collègue » nous abandonne ensuite et nous rentrons à la chambre.

 

Dimanche 20 février : Nous petit déjeunons en compagnie d'u414-GALLE-Armoieries.JPGn couple de Bordelais, habitués de l'Asie. Nous partons terminer le tour des remparts en partant du phare. Nous ne pouvons pas accéder aux fortifications auxquelles s'appuient les b âtiments d'un ancien hôpital puis des magasins de l'époque hollandaise. Nous passons par une grande place ombragée par des banians et des arbres aux ramures étendues, nous ne manquons pas d'évoquer Tamatave. Je téléphone à une guest house, recommandée par Christiane, mais il n'y a pas de place ! Nous poursuivons notre promenade, passons devant une poterne puis la résidence du gouverneur hollandais, toutes deux avec des armoiries datées. Il existe encore 415-GALLE-Eglise-hollandaise.JPGune église hollandaise réformée en activité, sa petite congrégation écoute le prêche d'un jeune diacre autochtone. Nous achevons le tour du quartier et revenons par les rues du centre en entamant la partie la plus difficile du voyage, la recherche de cadeaux  et de cartes postales... Nous visitons les boutiques d'artisanat et d'antiquités. Un lit de repos cané et des fauteuils du même style nous plairaient bien et conviendraient très bien à Toulon mais la présence de nombreux résidents étrangers à Galle ont fait grimper les prix à des valeurs occidentales... Après un repérage des incontournables achats, nous allons déjeuner dans un des restaurants proche de notre hôtel, sans bière ! Retour à la chambre pour une trop courte sieste puis un début de relecture du blog avant de sortir concrétiser les achats... Marie fait ses emplettes puis nous revenons nous doucher, boire un soda à l'hôtel et achever la mise au point du blog. Nous dînons au même restaurant que la veille, assurés d'y avoir de la bière. Non seulement de la bière mais le serveur, absent la veille, nous propose un gin-tonic. Honnête proposition qu'un honnête homme ne saurait refuser d'autant qu'elle est concrétisée en d'honnêtes quantités... Le reste du repas est des plus classiques, nouilles et riz frits...

 

Lundi 21 février : Je me réveille enrhumé et avec le mollet gauche qui me donne l'impression d'être en bois ! Petit déjeuner, pas pressé bien entendu puis un tuk tuk nous emmène à la gare des bus en passant par la plage où les pêcheurs de retour vendent leurs poissons. Nous sommes à peine descendus du tuk tuk qu'un bus pour Tangalle démarre. Nous avons tout juste le temps de nous entasser sur une banquette étroite, avec les sacs qui occupent une place, que nous sortons de la ville en suivant le bord de mer. C'est un joli bus, qui a déjà dû faire un bon nombre de fois le tour de l'île, décoré de grappes de raisins, de guirlandes de fleurs, de fanfreluches et d'une image d'une divinité très kitsch, tout cela en plastique bien sûr ! Des haut-parleurs diffusent de la musique populaire, mélange de rythmes presque tropicaux avec force roucoulades de quelque crooner indien accompagné au tabla et à l'harmonium portatif. Je retrouve des airs qui, et pour cause, font penser au maloya réunionnais. Les plages sont belles mais avec les cocotiers elles nous en rappellent tant d'autres ! Nous apercevons dans l'eau les pieux plantés qui servent de perchoir aux pêcheurs à la ligne mais très peu sont occupés. Le bus est gros et il a donc la priorité et il ne se gêne pas. Il fonce aussi vite qu'il peut et oblige les autres véhicules à se ranger à grands coups de son puissant avertisseur. Mais il n'arrive pas à Tangalle ! Trop pressé, il heurte lors d'un arrêt un piéton qu'il doit alors emmener au dispensaire. Il s'arrête, les trois quarts des passagers sautent dans un autre bus. Sagement nous attendons, avec un autre couple de touristes et quelques personnes, que la solution se décante. Marie ne peut attendre plus longtemps pour réfréner un besoin pressant... Nous allons donc au dispensaire à la recherche de toilettes. Je me fais mal comprendre, ils veulent lui prendre sa tension ! Le quiproquo dissipé, on nous indique les lieux... Et quand, Marie soulagée, nous retournons au bus, il n'y a plus personne ! Nos deux sacs sont là, abandonnés... Nous devons arrêter un autre bus et donc repayer pour nous faire déposer quelq423-GOYAMBOKKA-Plage.JPGues kilomètres plus loin à Goyambokka. Je pars à la recherche d'une guest house. Passe un minibus, son chauffeur nous propose de nous emmener à celle que nous avait conseillée Christiane. Comme prévu, il n'y a pas de place aujourd'hui mais demain une chambre se libère. Notre chauffeur propose de nous héberger chez lui et nous y emmène, affaire conclue. Le temps de nous doucher et un tuk tuk nous ramène à la guest house. Nous faisons l'erreur de demander à y déjeuner, sans aller voir la plage toute proche sur  laquelle d'agréables paillotes servent des crevettes et du poisson grillé ! Nous commandons des sandwichs, laissons passer le plus gros de la chaleur avant d'aller rôtir nos chairs blanches au soleil. Les cocotiers encadrent une jolie crique, le sable est fin, le fond marin en pente douce et l'eau délicieuse. Nous y passons l'après-midi puis allons nous installer dans des fauteuils «gynécologiques» jusqu'au moment de regagner la salle du restaurant de la guest house, sous une paillote, au fond d'un beau jardin sauvage 419-GOYAMBOKKA-Cocotiers.JPGpeuplé d'oiseaux. Je vais seul suivre un sentier dans la colline avant de déboucher sur une piste qui traverse un village. Tous les gosses me crient « Hello ! » Aussitôt suivi de « bonbon » et/ou de « photo »... La piste se termine sur une belle plage occupée à une de ses extrémités par un hôtel de luxe. J'attends le coucher du soleil et rentre retrouver Marie. Corvée de cartes postales puis nous passons à table. Comme d'habitude, il faut attendre un temps infini pour être servi et la bière a le temps de réchauffer (Qui fera le compte du nombre de fois où j'aurai cité le mot « bière » ? A chacun ses obsessions... ). Marie se fait servir de bons beignets de calamar, mon poisson grillé a eu le temps de refroidir lors de l'opération de friture et il n'a guère de goût. Nous rentrons en tuk tuk. Notre hôte s'est proposé de nous conduire demain après-midi à quelques kilomètres voir des grottes avec des fresques et des bouddhas. Sa ravissante fille nous distribue des draps et nous nous installons dans cette curieuse chambre qui ouvre sur l'escalier d'accès...

 

Mardi 22 février : Mes coups de soleil m'ont cuit toute la nuit et j'ai toujours une fuite au pif. ! Nous prenons le petit déjeuner chez notre hôte qui essaie de se placer, sans trop insister, pour nous servir de chauffeur. Il a la gentillesse de nous emmener déposer les sacs à la guest house puis de nous laisser à la poste. Nous convenons de nous retrouver à quinze heures pour qu'il nous conduise aux temples rupestres de Mulkirigala. Nous postons les cartes puis marchons jusqu'à une banque où je change des euros après une longue attente et le remplissage de multiples documents qui doivent être paraphés par un supérieur. Nous trouvons un minuscule cybercafé, à la taille de la population locale... Nous lisons les messages et répondons à Nicole. Je ne parviens pas à mettre à jour le blog, la connexion étant perdue. Nous rentrons à la guest house occuper notre chambre puis nous nous rendons à la plage. L'eau est toujours aussi bonne bien qu'il souffle un bon vent du large. Je421-GOYAMBOKKA-Plage.JPG vais me promener en suivant le bord de l'eau. Je traverse la cocoteraie pour éviter les rochers et découvre une autre crique, plus sauvage. Parvenu à un promontoire, au-dessus de gros rochers je m'interroge sur l'importance du tsunami de 2004. La vague est-elle passée par-dessus ? Quels ont été les dégâts ? Nous n'en avons pas vu trace. Nouveau bain puis bronzage avant de déjeuner sous la paillote qui prête chaises longues et parasols à ses clients. Nous devons attendre que les noix de coco enflammées fassent des braises pour déguster d'excellentes crevettes de belle taille ainsi que des lamelles de calamar, servies avec une bonne sauce aigre-douce et des chips tout aussi délicieuses. Evidemment le prix est en conséquence mais nous nous sommes régalés. Nous revenons à la chambre et à trois heures, Ranjith vient nous chercher pour nous emmener à une vingtaine de kilomètres à l'intérieur des terres, dans le fief de l'actuel président que lui non plus ne semble pas 431--MULKIRIGALA-Bouddha.JPGporter dans son coeur. Nous atteignons le monastère de Mulkirigala où nous devons gravir quelques centaines de marches pour visiter sur deux niveaux les grottes de la falaise, fermées par des constructions à toit de tuile. Comme à Dambulla, elles renferment des bouddhas couchés, quelques-uns assis et surtout des peintures sur les murs et le plafond des abris sous roche. La plupart sont des représentations colorées de lotus mais deux fresques retiennent notre attention, sans être capables de les « lire ». Nous admirons des scènes de danses, de défilés d'éléphants, de banquets et aussi de démons qui 430--MULKIRIGALA-Fresque.JPGdévorent à belles dents des victimes. Elles semblent avoir été peintes récemment tant elles sont fraîches. Je monte jusqu'au sommet de la montagne. Il s'y dresse un petit dagoba et de là la vue s'étend sur les forêts à perte de vue à l'intérieur de l'île. Nous redescendons et rentrons. Ranjith aimerait bien rester notre chauffeur pour les deux jours suivants. Il est très gentil et prévenant mais ce sera Non ! Nous nous installons sur la petite véranda devant la chambre pour boire un soda et écrire. Arrivée de Christiane et Christine de retour de leur virée dans le centre et à Tricomalee. Nous dînons ensemble, un rice and curry pas plus convainquant que le premier et qui sera sans doute le dernier. Nous restons à discuter ensemble jusqu'à plus de dix heures !


 Mercredi 23 février : Le ventilateur n'a pas arrangé mon début de rhume et maintenant j'ai une énervante toux sèche. Nous prenons un copieux petit déjeuner en subissant la conversation de celui que nous appelons « le Major », un Anglais tout droit sorti de Kipling, habitué des anciens pays de l'Empire. Tout y passe, y compris des considérations sur la famille royale, Margaret Thatcher et Sarkozy dont il ne sait si c'est un socialiste ou un conservateur ! Le patron de l'hôtel nous propose une jeep qui viendra nous chercher à l'hôtel à Embilipitiya et nous emmènera dans le parc d'Uda Walawe. Un tuk tuk nous 439-TANGALLE-Bus.JPGemmène à la gare routière et sans attendre nous montons dans un bus identique au précèdent mais sans musique. Nous avons des sièges et il démarre presque aussitôt. Nous suivons la côte sans voir la mer, au milieu des plantions de bananiers, des rizières et des cocotiers. Il s'arrête à la demande donc souvent mais néanmoins nous ne mettons qu'une heure et demie pour arriver à destination. Nous nous faisons déposer juste devant la porte de l'hôtel où nous avions réservé. La chambre est confortable et climatisée bien que cela ne soit pas nécessaire. Après un temps de repos nous allons déjeuner de plats à dénomination chinoise, un étrange shop suey sans riz entre autres. Marie retourne à la chambre et je me rends au cybercafé tout proche où je peux utiliser mon ordinateur. Je mets à jour le blog, envoie la carte électronique à tout le monde et consulte les nouvelles. Il semble que nous avons pris la bonne décision en ne nous rendant pas en Libye ! Je retrouve Marie puis nous attendons le 4x4 qui doit nous emmener dans le parc d'Uda Walawe. Il est ponctuel. C'est un pick-up avec des banquettes sur le plateau. Nous devons encore faire une vingtaine de kilomètres, longer le grand lac artificiel sur la crête du barrage po478--UDA-WALAWE-Elephant.JPGur parvenir à l'entrée du parc. Là nous acquittons un droit d'entrée qui avoisine les trente dollars et prenons à bord un pisteur qui nous donnera des indications succinctes et évidentes ( l'éléphant dont le membre traîne à terre est un mâle ! ). Nous roulons sur une piste sèche dans une savane clairsemée et bientôt nous trouvons les éléphants isolés ou en bande qui broutent avec le plus profond mépris dans leurs petits yeux porcins envers ces gogos qui paient si cher pour venir troubler leur digestion. Des mâles isolés, des femelles en bandes avec leurs éléphanteaux, du petit de deux mois aux adolescents pré-pubères, nous avons un échantillon de la famille pachyderme. Aucun n'a de défenses, problème de vitamines d'après notre expert. Un crocodile s'est endormi sur un banc de sable d'une mare, des oiseaux colorés s'envolent devant la voiture, un singe à la tête de sage 447--UDA-WALAWE-Crocodile.JPGafricain avec sa barbe blanche déguste des feuilles, c'est la seule faune que nous verrons... La piste s'enfonce dans un sous-bois touffu où il est impossible de voir un animal qui ne traverserait pas la route. Les mares sont trop nombreuses pour que les animaux se regroupent autour des lacs pérennes et nous sommes plutôt déçus. Sur le retour, nous nous arrêtons à la hauteur d'une famille élargie avec des éléphanteaux qui ne quittent pas de beaucoup les flancs de leurs mères, une belle lumière les éclaire, ce sera le meilleur souvenir de cette visite. De retour à l'entrée 4.JPGnotre « pisteur » réclame son pourboire... Nous avons de plus en plus l'impression que le Sri Lanka est en train de devenir une destination onéreuse, les prix ont doublé par rapport aux mois derniers et les locaux semblent croire que nous sommes prêts à payer n'importe quel prix. Essayer de leur expliquer que certains articles de fabrication locale sont plus chers qu'en Europe ne les convainc pas. Nous rentrons de nuit à l'hôtel, retrouvons notre chambre confortable avec plaisir avant d'aller dîner d'un classique fried rice et de saucisses devilled donc supposées être atrocement épicées, ce qui n'est pas le cas.

 

Jeudi 24 février : Je tousse toujours autant, par quintes. Nous petit déjeunons dans le jardin alors que les préparatifs d'un mariage s'activent. Je vais acheter une carte mémoire pour l'appareil photo puis nous nous rendons à la gare routière toute proche, à pied. Nous trouvons aussitôt un bus avec des places assises. Pas de musique à bord mais un joueur de tambour qui fait ensuite la quête, on pourrait se croire dans le métro parisien ! Les petites dames âgées, cinghalaises, élégantes dans leurs tenues, jupe longue et corsage, ont beaucoup de classe. Certaines ont noué leur longue chevelure en un chignon serré où les cheveux blancs se mêlent aux dernières mèches noires brillantes. Le chignon, qu'il soit sévère chez l'institutrice, très haut placé chez les élégantes ou les femmes du peuple à la fin du XIX° siècle, hypnotique chez Kim Novak dans Vertigo, incite à déposer un tendre baiser sur la nuque ainsi dégagée. Je craque pour les chignons ! Bas ou hauts, la plus élégante des coiffures féminines ! La route se rapproche des montagnes, commence à s'élever en virages abordés à la limite de l'adhérence mais tous à bord devaient avoir un bon karma puisque nous arrivons sains et saufs à Pelmadula où nous devons changer de bus. Petite attente en guettant l'express en provenance de Colombo. Il est déjà plein, Marie peut s'asseoir grâce à l'obligeance d'un gentleman. Je parviens à caser les sacs, en partie 435--MULKIRIGALA-Vue.JPGdans le couloir et reste debout. Plus tard, je parviendrai à m'asseoir puis à venir à côté de Marie. La montée dans les montagnes se fait plus sérieuse, les rizières ne sont plus les vastes étendues comme dans la plaine mais des lopins souvent étagés. Nous dominons de plus en plus les basses terres et la vue s'étend presque jusqu'à la mer perdue dans la brume. Nous décou484-HAPUTALE-Sambossa.JPGvrons les premières plantations de théiers, des arbustes régulièrement espacés qui couvrent les collines. Au cours d'un arrêt, je vais acheter des sambo s aux légumes, certains sont mangeables, les autres très épicés. Nous parvenons à Haputale, place forte des planteurs de thé. Ce n'est qu'un gros village animé, peuplé de Tamouls amenés par les Britanniques pour travailler dans les plantations. Nous trouvons notre hôtel, le Sri Lake View, en contrebas de la route. De la chambre nous avons une belle vue sur les collines et dans le lointain, des lacs dans la plaine. Nous nous reposons avant de sortir visiter Haputale, ce qui va être vite fait... Des commerces alignés le long de l'unique rue, poussière, détritus, musique indienne, rien de très «touristique». Nous allons nous renseigner à la gare sur les horaires des trains pour Ella puis nous revenons vers la petite église anglicane et son cimetière de tombes de planteurs ou coloniaux anglais qui ne revirent jamais la mère patrie. La vue depuis le cimetière est superbe mais les nuages grossissent et le soleil décline. Je trouve un sirop et des antibiotiques dans une pharmacie et nous rentrons à la chambre. L'éclairage y est vraiment insuffisant et lire va être difficile. Nous nous installons dans la salle du restaurant pour lire, écrire et attendre l'heure du dîner. Nous sommes en altitude, à plus de mille quatre cents mètres, et il y fait frais dans la journée, presque froid le soir. Plus question de dîner en plein air, nous rentrons frileusement dans la salle commune dîner en regardant sur Al-Jazeera les informations concernant la Libye ( Nous l'avons échappé belle ! ). Le repas n'est pas fameux, pour la première fois les portions sont congrues et les plats beaucoup trop salés. Nous profitons de l'ordinateur mis gratuitement à la disposition de la clientèle ( seul bon point de l'établissement ) pour lire notre maigre courrier et nous informer sur les évènements du Monde.

 

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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 14:39

 

Vendredi 25 février : Je suis réveillé tôt, ce qui me permet d'entendre l'appel à la prière diffusé de la mosquée en construction toute proche, puis je me rendors. Nous prenons le petit déjeuner, Marie essaie des hopper, sorte de crêpe concave garnie d'un oeuf, rien de remarquable... On nous propose un tuk tuk pour aller visiter les plantations de thé puis une cascade, nous acceptons. Départ donc sur une route étroite et dégradée à flanc de collines, 499--HAPUTALE-Plantations-de-the.JPGparmi les plantations. Les théiers sont régulièrement espacés et disposés en lignes qui épousent les courbes de niveau, soulignant ainsi le relief. Entre eux circulent les cueilleuses, de petites Tamoules qui ont conservé leur costume traditionnel et qui portent toutes un anneau d'or ( ? ) au nez. Elles ne cueillent que la pousse en formation ainsi que les deux feuilles à l'extrémité de la branche qu'elles mettent dans un grand sac maintenu dans leur dos par une sangle frontale. Elles s'activent toute la journée et doivent récolter dix-huit kilos de feuilles pour gagner cinq cents roupies par jour ! 493--HAPUTALE-Plantations-de-the.JPGLes conditions de travail, malgré l'existence de dispensaires, maternités et de maisons qui paraissent décentes, ne semblent pas avoir beaucoup évolué depuis plus d'un siècle. Le paysage est superbe, un beau soleil illumine les collines verdoyantes, redessinées de main d'homme, où les cueilleuses font d'infimes taches mouvantes et colorées. Nous parvenons à l'usine du groupe Lipton de Dambatenne que nous pouvons visiter. Elle semble être la plus importante de la région. Sous la conduite d'un responsable technique, nous traversons les ateliers où les feuilles fermentent puis sont hachées, triées, séchées et enfin préparées 500--HAPUTALE-Usine-de-the.JPGpour l'expédition outre-mer. Les machines sont modernes, les ouvrières peu nombreuses. Notre tuk tuk n'a pas compris, ou fait semblant de ne pas avoir compris que nous voulions aller au Lipton's seat, à quelques kilomètres. Il nous faut donc rallonger quelques billets pour nous y rendre... La note passe de trois mille à trois mille cinq cents roupies pour la journée, six à sept fois le salaire des cueilleuses ! Nous continuons dans les collines, montant de plus en plus haut dans les plantations. Nous sommes entourés de théiers mais la vue sur la plaine est dans les nuages. Une piste sur laquelle le tuk tuk mal suspendu, nous 522--HAPUTALE-Plantations-de-the.JPGsecoue, mène au sommet d'une montagne à presque deux mille mètres d'altitude où le fameux Sir Thomas Lipton avait l'habitude de venir contempler son domaine, un spectaculaire paysage qu'on croirait dessiné au moyen d'un peigne. Des femmes s'activent en-dessous de nous après avoir fait une pause pour le tea time ! Je décide de redescendre à pied, en compagnie d'une Suissesse rencontrée au sommet, à travers les plantations. Marie s'en retourne à l'hôtel avec le tuk tuk. Nous dévalons un sentier accidenté, saluons au passage ces dames qui nous gratifient toutes d'un sourire et d'un « Hello ! » puis nous nous égarons sur un sentier à peine débroussaillé avant de retrouver la 514--HAPUTALE-Plantations-de-the.JPGpiste et enfin la route. Nous parvenons à l'usine où des bus attendent, l'un d'eux démarre presque aussitôt avec quelques travailleurs. Les nuages sont montés à cette altitude et les vues que nous avions sous le soleil à l'aller sont maintenant dans le brouillard. De retour à Haputale je dis au revoir à ma camarade de promenade puis vais changer des euros dans une banque pour ne pas être pris au dépourvu pendant le week-end. Je retrouve Marie à l'hôtel qui me voyait déjà perdu dans les nuages ! Nous déjeunons rapidement d'un sandwich au poulet avec une bière plus fraîche que celle de la veille. Alors que le village est plongé dans les nuages, 528-DIYALUMA-Cascade.JPGnous repartons avec notre tuk tuk, revenons sur la route de Colombo puis suivons celle de Wellawaya qui descend vers la côte. Nous passons sous la masse nuageuse mais le temps n'est pas vraiment au soleil. Je somnole tandis que nous continuons la descente jusqu'à une chute d'eau. Elle tombe du sommet d'une falaise de plus de cent soixante-dix mètres de haut. Nous ne sommes pas bien sûrs qu'elle valait le déplacement... Nous revenons dans les nuages à Haputale. Nous nous faisons déposer dans une boutique où on vend du thé produit par l'usine visitée puis nous téléphonons à Ella pour réserver une chambre pour demain soir. Une fois de plus nous constatons l'inflation des prestations pour les touristes en l'espace de deux mois. La réflexion générale des autres voyageurs rencontrés est de trouver l'île particulièrement chère et les tarifs des visites scandaleusement plus élevés que pour les nationaux. Nous rencontrons à la boutique Marie-Reine, une vaillante retraitée française, partie depuis octobre dernier en Inde, une bavarde intarissable en compagnie de qui nous buvons un thé offert par le tenancier de l'échoppe. Nous rentrons à l'hôtel où vient d'arriver une sympathique famille suisse que nous retrouvons ensuite au dîner du soir pris ensemble. Le sujet de la conversation porte évidemment sur les voyages !

 

Samedi 26 février : Je n'ai pas bien le moral ce matin, la température extérieure doit y être pour quelque chose sans parler de cette toux énervante... Il fait froid et nous sommes encore dans les nuages qui montent, montent... Nous revoyons les Suisses qui descendent sur la côte et que je suivrais bien ! Nous lisons dans la salle du restaurant en attendant l'heure de nous rendre à la gare, le train n'est qu'à onze heures et demie. Un tuk tuk nous y dépose, encore en avance. Il n'y a que des wagons de troisième classe et nous avons peur de ne pas avoir de place assise. Vaine crainte, le convoi, une locomotive diésel, un wagon de marchandises et deux wagons de voyageurs, est loin d'être plein ! Nous nous ébranlons à mi-pente de la montagne, en passant au milieu des planta530-BANDARAWELA-Gare.JPGtions et en dominant la plaine. Nous perdons de l'altitude et les nuages ne nous cachent plus rien. Des constructions et des usines sont implantées un peu partout, le paysage était plus agréable hier où seuls les hameaux des travailleurs des plantations, regroupés autour des petits temples hindous rompaient l'unité du tricot verdoyant des théiers. Après Bandarawela les théiers disparaissent presque complétement, remplacés par des cultures vivrières et des rizières étagées dans les fonds de vallées. Nous parvenons à Ella, village minuscule mais 532-ELLA-Rizieres.JPGtrès touristique ! J'abandonne Marie devant la croquignolette gare avec les bagages et pars à pied à la recherche d'un hébergement. Les tarifs sont particulièrement élevés ( les touristes y seraient-ils pour quelque chose ? ) mais je finis par trouver une guest house avec une chambre simple, acceptable et avec eau chaude. Je retourne chercher Marie avec un tuk tuk et nous nous installons. Nous prenons des sandwichs, au poulet pour changer, et partons pour le temple de Dowa. Un jeune homme qui nous voit attendre le bus arrête la voiture de ses amis et nous propose d'en profiter ! Peu après, on nous dépose sur la route à l'entrée du temple. Nous devons nous déchausser, Marie y échappe. Il faut descendre des marches, parvenir à un espace au fond d'une gorge, occupé par un arbre de la Bodhi couvert 544-DOWA-Bouddha.JPGd'oriflammes et un temple. Un Bouddha géant est taillé dans la roche, sa robe est très abîmée par l'eau qui ruisselle dessus mais la tête et une main levée sont fines et se détachent bien sur la paroi. Dans le temple troglodyte, encore des bouddhas couchés, protégés derrière de vilaines vitres, des lotus sont peints au plafond. Des pèlerins sont venus apporter des pétales de fleurs, ils s'agenouillent devant l547-DOWA-Bouddha.JPG'un des bouddhas, joignent les mains et psalmodient en choeur. Dans les salles voisines des peintures plus récentes content la vie de l'Eveillé. Nous guettons l'arrivée du bus qui nous ramènera à Ella en compagnie des vendeuses de fleurs de l'entrée du temple qui surveillent pour nous l'arrivée du bon bus, une antiquité grinçante et dont la boîte de vitesse exprime avec beaucoup de conviction son désir de prendre une retraite non anticipée et largement méritée. Nous parcourons la rue principale du village en examinant les menus des restaurants. Tous ont compris que les touristes recherchaient parfois autre chose que le rice and curry et ont incorporé à leur carte pizza, poulet grillé ou même tapas ( supposés être des boulettes de viande épicées, arrosées d'une sauce gazpacho ! ). Nous rentrons à la chambre puis ressortons nous installer à la terrasse d'un des restaurants, le " Dream café " , qui offrent le wi-fi gratuit. Nous prenons connaissance du courrier, des nouvelles du monde et relisons mon texte avant de commander le repas. Nous ne sommes plus qu'à mille mètres d'altitude et la différence est flagrante. Alors qu'hier à cette heure nous grelottions presque, ici plus besoin de chaussettes ni de pull, la température est douce, quasi idéale. Les plats que nous avons commandés ne sont pas particulièrement copieux mais ils ont le mérite de l'originalité dans une sorte de cuisine « mondialisée », tranche de thon grillée « à la thaï »  ( ! )  et poisson frit sauce citronnée et paraît-il safranée... Retour à la chambre.

 

Dimanche 27 février : Nous prenons le petit déjeuner à la guest house puis partons à pied, sous un beau soleil pour le Petit Pic Adam, une grande colline à plus de deux kilomètres d'Ella. Nous suivons tout d'abord une route goudronnée ombragée par de hauts pins avant 552-ELLA-Gap.JPGde poursuivre par un sentier qui traverse une plantation de thé avec en toile de fond l'Ella's gap, une faille dans la montagne, entaillée comme par un coup d'épée. La promenade est plaisante, au calme parmi les arbustes mais en ce dimanche personne ne travaille à la cueillette. Les enfants, mais aussi les femmes croisées, sont habitués aux touristes, veulent tous être pris en photo pour ensuite demander quelques roupies. Au pied de la colline il faut gravir plus de trois cents marches pour accéder au sommet d'où nous embrassons un vaste panorama légèrement embrumé sur les théiers, les cultures en terrasses dans le fond de la vallée et les montagnes alentour. Nous rencontrons bien d'autres touristes et parmi eux une quantité notable de Français. Nous redescendons plus rapidement, il commence à faire chaud et l'eau d'une noix de coco dégustée en chemin, dans un hameau de travailleurs tamouls nous rafraîchit. Nous rentrons à Ella et déjeunons dans une gargote de kottu roti au poulet, un hachis de galettes et de divers légumes épicés et dans ce cas de poulet, arrosé d'une bière qu'il a fallu transvaser dans une bouteille thermos opaque et boire dans des chopes à thé ! Le tenancier n'a pas la licence et craint une visite de la police... Retour à la chambre pour une vraie sieste. Nous allons écrire des cartes postales et boire un soda sur la terrasse de la guest house en attendant l'heure d'aller dîner.Nous discutons avec un couple de jeunes Français, leur enthousiasme devant cette première expérience d'un voyage outremer fait plaisir à voir, surtout de la part de vieux briscards revenus de tout... comme nous ! Nous changeons de restaurant ce soir, le " Nescafé " , curieux nom pour un restaurant, mais toujours avec le wifi ce qui nous permet de mettre à jour le blog, de lire notre courrier, nouvelles de Nicole et de Julie que nous arrosons avec un cocktail avant de passer à table, résultat mitigé avec une purée desséchée pour Marie et des beignets de poisson aigre-doux pour moi, rien de vraiment local.

 

Lundi 28 février : Nous quittons sans regrets notre chambre qui aurait bien besoin d'une visite de Plombiers Sans Frontières, comme presque toutes les précédentes. Pas une qui n'ait un robinet qui fuit, une chasse d'eau qui coule, une douche qui postillonne ou un lavabo qui se vide directement sur les doigts de pieds... Nous avons renoncé à attendre l'heure du 554-ELLA-Cultures.JPGtrain et nous avons décidé de faire le court trajet jusqu'à Badulla en bus. Celui-ci passe devant l'hôtel, le premier qui s'arrête a de la place assise et nous emmène. Le ciel est plus couvert qu'hier mais nous avons encore du soleil qui éclaire les plantations de thé et les rizières. Nous sommes ballottés, secoués, projetés contre notre dossier ou sur la barre d'appui devant nous au gré des accélérations ou des coups de frein du chauffeur. Depuis Kandi nous avions été habitués à de bonnes routes, celle-ci est en travaux et le bus cahote dans les trous. Nous voici à Badulla où nous retrouvons l'agitation, le bruit, la poussière des villes. Nous descendons à la gare routière, Marie m'y attend pendant que je vais chercher un hôtel. Je trouve une chambre dans un hôtel un peu à l'écart, donc presque au calme avec une vue sur des pylônes électriques et une station de transformateurs, pas bien romantique mais la chambre est correcte même si l'ensemble est défraîchi. Je retourne à la gare routière et nous revenons avec les sacs en tuk tuk. Je vais à la gare ferroviaire me renseigner sur les heures des trains pour demain et prendre des billets de première classe, dans le wagon panoramique jusqu'à Nuwara Eliya. Il faut payer le prix jusqu'à Colombo, même si on ne fait pas tout le trajet ! Nous déjeunons sur le toit en terrasse de l'hôtel, à l'air sous des tôles et avec vue sur des tôles rouillées... Pas de touristes à Badulla, les prix s'en ressentent. Marie émet la très juste idée que le temps menaçant, nous devrions partir immédiatement visiter la ville. Aussitôt dit, aussitôt 559-BADULA-Muthiyagana-vihara.JPGfait. Une petite marche nous amène au temple bouddhiste de Muthiyagana. Un ensemble de bâtiments, salle de réunion, temple proprement dit avec son bouddha et dagoba tout blanc. L'absence de dévots en nombre et ce temple sans caractère particulier ne nous retiennent pas longtemps. Nous revenons dans le centre par une rue commerçante puis nous gagnons l'enceinte d'un temple, hindou cette fois. Le bâtiment ancien est recouvert d'un toit décoré d'acrotères en terre cuite qui protègent des murs peints d'une fresque très ancienne bien que non datée aux couleurs passées. Elle représente une procession avec des éléphants, des 562-BADULA-Kataragama-devale.JPGdanseuses et des guerriers moustachus. Un pavillon carré, également peint de fresques sur ses quatre côtés, surmonte le toit. Le temple en activité est tout en longueur, quelques Tamouls viennent déposer des offrandes, un prêtre contre une aumône récite des prières. En une heure, nous avons vu toutes les curiosités de la ville, nous rentrons donc à la chambre, à temps pour échapper à une grosse averse. Le ciel est tout couvert et des bancs de nuages s'accrochent aux hauteurs qui encerclent la ville. Nous nous reposons et lisons. Nous dînons sur la terrasse alors que la pluie reprend en nous inquiétant pour les jours suivants. Beignets de calamar pour Marie et crevettes à l'ail pour moi, cuisine sans génie mais tout à fait acceptable et pour ne pas changer une habitude désormais bien établie, Marie termine ce festin par une glace à la vanille « parce qu'elle fait glisser... ».

 

Mardi 1er mars : Mal dormi, des voyageurs sont arrivés tard et ne se sont pas gênés pour parler fort et faire fonctionner la télévision ! Et la pluie a repris dans la nuit... Nous partons 568-BADULLA-Train.JPGen tuk tuk à la gare. Nous sommes les seuls à occuper au départ de Badulla le wagon de première classe, dit aussi panoramique parce que l'une de ses extrémités comporte une grande baie vitrée. Il est attaché en fin de convoi et le paysage défile donc à l'envers, non seulement pour les quatre passagers installés devant la baie mais aussi pour tous les autres passagers ! Nous disposons de fauteuils individuels usés jusqu'à la corde et noirs de crasse... Le reste est à l'avenant... La voie ferrée ne suit pas la route et s'enfonce en corniche dans la jungle touffue où l'on remarque de grands arbres au tronc rigoureusement vertical et de plus rares fougères géantes. De beaux tulipiers aux fleurs rouge orangé éclatent sur le vert sombre des palmiers et des bananiers. Les nuages en écharpes ne laissent passer qu'une lumière livide. Les cultures et les villages sont absents du parcours jusqu'à Ella où 570-BADULLA-Rizieres.JPGd'autres touristes nous rejoignent. Nous retrouvons les cultures et les rizières, déjà vues dans l'autre sens mais alors sous le soleil. A Haputale, les légitimes occupants de nos sièges nous chassent de nos places, nous nous installons sur d'autres sièges mais le paysage est moins intéressant et le ciel est désormais résolument gris. La ligne continue en s'élevant dans une forêt d'aspect peu tropical avant de retrouver des plantations de théiers. Nous descendons à Nanu Oya où nous sommes aussitôt sollicités par des rabatteurs qui veulent tous nous emmener à Nuwara Eliya. Au fur et à mesure que nous avançons et que nous nous rapprochons du bus, le tarif baisse et nous finissons par accepter la proposition de l'un d'eux. Mais nous devons encore attendre l'arrivée du train de Colombo car notre chauffeur espère racoler d'autres passagers dans son minibus. Espoir déçu, nous partons donc à l'ascension d'une rude côte qui nous amène à presque deux mille mètres d'altitude, à cette station climatique de l'ère coloniale britannique, royaume des planteurs de thé. Nous nous faisons conduire au " King Fern "où nous avions réservé. L'hôtel est éloigné de la ville mais nous sommes au milieu d'une végétation luxuriante, traversée par un ruisseau. Très grand lit dans une chambre dont l'éclairage va sans doute poser problème... Nous commandons des sandwichs, que nous allons attendre près d'une heure ! Marie commence à pousser de (très) gros soupirs... Nous devons ensuite attendre l'arrivée du tuk tuk appelé par l'hôtelier alors que d'autres passent à vide. L'énervement gagne... Nous nous faisons déposer près de la gare routière, je pars à la recherche d'un opticien pour racheter des produits pour les lentilles de Marie, oubliés à Ella ! L'Office du tourisme est fermé, cadenassé, verrouillé à double tour et pour faire bonne mesure, des barbelés sont enroulés autour de la porte... Nous nous rendons alors à la gare routière où nous trouvons un bus pour l'usine de la plantation de Labookellie mais là encore, nous devons attendre qu'il soit plein et même débordant avant qu'il ne démarre. Marie n'en peut plus... Nous traversons les plantations de 591-NUWARA-ELLIYA-Theiers.JPGthé, hélas sans soleil, et après bien des arrêts, nous parvenons enfin à la Factory. Nous nous rendons directement à la boutique où Marie se décide à acheter du thé, hélas pas dans de belles boîtes comme elle le souhaitait, pour rapporter en cadeaux. Nous avons droit à une tasse d'un excellent thé, rien à voir avec celui, généralement trop fort, servi dans les guest house. Quand nous ressortons, il bruine et malgré le charme des collines couvertes d'arbustes disposés en lopins, nous ne traînons pas et sautons dans le premier bus qui nous ramène à Nuwara Eliya puis un dernier tuk tuk nous dépose à l'hôtel. Comme nous le craignions, l'éclairage est crépusculaire et tout à fait insuffisant pour nous permettre de lire. Je constate que nous pouvons bénéficier du wifi de l'hôtel et nous en profitons pour nous connecter, lire le courrier, découvrir les derniers évènements du monde et apprendre que la météo du Sri Lanka ne va pas s'améliorer dans les jours qui viennent ! Nous dînons, Marie d'un biriani parfumé et moi d'un avocat sans sauce avec une tranche de poisson frit ! Nous nous installons dans un salon pour écrire ou lire avant de gagner le lit et ses épaisses couvertures.

 

Mercredi 2 mars : Nous étions bien au chaud sous la couette et ce matin, inexplicablement, le soleil brille ! Après le petit déjeuner nous partons à pied jusqu'en ville. Il n'y a pas grande animation, peut-être à cause de la fête hindoue de Mahasivarathri qui, nous l'avons découvert hier, par hasard, se déroule aujourd'hui. Néanmoins, incertains de trouver l'usine ouverte, nous partons en bus pour la factory de Pedro, à moins de quatre kilomètres de la ville. Le ciel commence à se couvrir alors que nous franchissons les dernières centaines de mètres jusqu'au salon de dégustation-boutique de vente. L'usine ne tourne pas mais nous 597-NUWARA-ELLIYA-Theiers.JPGpouvons acheter du thé et même en boire une tasse ( en payant ! ). Nous nous promenons ensuite dans la plantation, des cueilleuses s'y trouvent, à notre grand étonnement. On nous précise qu'elles ne travailleront que jusqu'à quatorze heures trente puis que tout le monde se préparera pour passer la nuit en prières au temple ! Le soleil est capricieux, il n'éclaire que des lopins mais la vue sur les ondulations des collines couvertes de théiers alignés est superbe. Dans le fond de la vallée 598-NUWARA-ELLIYA-Theiers.JPGun lac miroite et les grands arbres de la forêt, derrière les plantations, forment une masse plus foncée qui se détache sur le ciel. Les cueilleuses ont des hottes en plastique, pas très esthétiques, quelques-unes sont en osier. Nous retournons sur la route en suivant un sentier au milieu des théiers, salués par les « Hello! » des femmes. Un bus nous ramène en ville, un passager galant cède sa place à Marie. Nous allons déjeuner au « Milano », un restaurant musulman comme son nom ne l'indique pas et qui donc ne sert pas de... En anglais, à côté du lavabo, un texte explique la création de l'homme d'après le Coran et un autre cite des passages de la Bible qui annonceraient la venue de Mahomet... Les trottoirs sont ponctués par les taches rouges des crachats des amateurs de bétel. Ces derniers se reconnaissent à leur bouche d'où dégouline une salive sanguinolente. Nous repartons à pied pour aller voir les jardins Victoria. Une seule entrée à ces jardins, de l'autre côté de la ville et impossible de sortir par un autre endroit. C'est le rendez-vous des amoureux, toujours aussi sages, d'ailleurs une pancarte prévient que l'on doit avoir un comportement décent, « Behave decently ! ». Le jardin est tout à fait quelconque et ne justifie même pas le modeste droit d'entrée ( le double pour les étrangers... ). Il est encore tôt, nous n'avons plus envie de sauter dans un autre bus pour aller voir une cascade ou un temple. Nous envisageons d'aller prendre un thé dans un de ces anciens établissements où la bonne société anglaise se rencontrait, pas sûr d'y être acceptés... Nous trouvons un restaurant indien dont la carte nous tente, aussi décidons-nous de remettre à plus tard notre envie d'anglomanie et rentrons-nous en tuk tuk à la chambre. Je profite du wifi pour relever la messagerie puis apprendre les nouvelles et enfin nous nous reposons avant de repartir en ville. Le tuk tuk que nous avions réservé est ponctuel et nous conduit au " Grand Hôtel ", cent cinquante ans au service des classes défavorisées... Atmosphère feutrée, salons aux fauteuils si profonds qu'on y disparaît, photos des ( heureux ? ) temps anciens sur les murs, bar intime avec affiches de « Casablanca », « New-York-Miami », et autres films de la grande époque hollywoodienne, salle de billard plongée dans la pénombre. La clientèle, malheureusement, ce n'est plus cela, des familles de touristes en bermuda et tongs, pas un seul veston, pas une robe de soirée, quelques gentlemen doivent se retourner dans leurs tombes... Pour justifier notre présence nous commandons deux tasses de thé servies avec componction par un vieux serveur en sarong immaculé, puis un majordome en spencer rouge vient s'enquérir de nos souhaits pour le dîner. Nous déclinons... Nous restons plongés dans la béatitude, incapables de nous extraire du canapé jusqu'à l'heure d'aller dîner en face dans un excellent restaurant indien. Nous nous régalons de mouton khorma avec une sauce crémeuse, relevée mais pas trop et d'un poulet tandoori digne de Delhi. Nous rentrons avec notre tuk tuk et nous nous installons dans un salon pour lire, plus commodément que dans la chambre. A la télévision, un match de cricket entre l'Irlande et l'Angleterre passionne les résidents dans la pièce voisine, je suis obligé d'aller demander un peu de silence...

 

Jeudi 3 mars : Le ciel est couvert au réveil mais le soleil va apparaître tout doucement. Après le petit déjeuner, je règle la note avec la surprise de voir ajouter dix pour cent au titre du service sur le prix de la chambre ! Un tuk tuk nous dépose à la gare routière où nous montons dans un bus pour Hatton. Il n'y a pas de bus direct pour Dalhousie contrairement à 525--HAPUTALE-Plantations-de-the.JPGce qu'affirmait notre guide Lonely Planet. Nous roulons encore au milieu des plantations bien peignées. Quand la route les surplombe on a l'impression de voir une tête d'Africaine finement tressée ! Une belle cascade à plusieurs étages précipite dans un torrent les eaux furieuses des dernières pluies, plus loin une chute d'eau glisse d'une belle hauteur sur une dalle rocheuse presque verticale. Après deux heures épuisantes de virages sur une très mauvaise route, nous atteignons Hatton, une grande ville très agitée où des commerces s'alignent des deux côtés de la rue principale. Nous descendons à la gare routière où nous apprenons que les bus pour Dalhousie partent d'un autre endroit. Un tuk tuk nous y conduit, il s'agit de la gare ferroviaire. Nous comprenons que le bus direct attend l'arrivée des trains de Colombo et de Badulla, dans plus de deux heures ! Je vais téléphoner pour réserver une chambre et reviens après avoir acheté des samossas pas trop épicés et des fish rolls beaucoup plus hot ! Nous patientons dans la salle d'attente de la gare. Arrive un bus avec des touristes qui descendent, je demande si ce bus repart pour Dalhousie, ce que me confirme le vendeur de tickets. Nous montons à bord et il repart à la gare routière ! Renseignement pris il ne va pas à Dalhousie mais à Maskeliya où nous devrions reprendre un autre bus. Furieux, j'exige d'être ramené à la gare ferroviaire, ce que j'obtiens en faisant payer le tuk tuk par le responsable ! Enfin arrive le bon bus. Nous nous précipitons, bien inutilement car il attend encore le train de Colombo qui arrive avec une bonne demi-heure de retard. Nous aurons passé plus de trois heures à Hatton pour changer de bus. Il démarre  rempli de pèlerins qui se rendent à Dalhousie pour gravir le Pic Adam, important lieu de pèlerinage bouddhiste. Nous sommes toujours dans les théiers et bientôt nous 609-HATTON-Lac.JPGlongeons les berges d'un grand lac de barrage sur lequel flottent quelques îlots et dans lequel plongent les montagnes toutes couvertes de plantations de théiers. Nous parvenons enfin à Dalhousie, trouvons une chambre au troisième étage de l'hôtel où nous avions réservé, avec une vue impressionnante sur le pic. J'ai de moins en moins envie de grimper les cinq mille deux cents marches qui conduisent au sommet d'autant plus qu'il faut y être au lever du soleil et donc partir en pleine nuit ! Le lit est entouré d'une moustiquaire bleutée, accrochée au plafond, certainement inutile à cette altitude. Elle est décorée d'un volant avec un galon doré du plus bel effet, un vrai dais nuptial... des haut-parleurs diffusent en permanence des chants religieux et des prêches qui m'énervent vite... Je vais consulter internet dans une autre guest house ( dans la nôtre le responsable nous a affirmé que la connexion est impossible à cause des montagnes ! ). Je rentre retrouver Marie, nous nous installons sur un balcon, à 604-ADAMS-PEAK.JPGbonne portée des haut-parleurs, en attendant que la nuit tombe. Le chemin d'accès au sommet est alors illuminé et le pic se détache sur le ciel rougeoyant. Ce soir c'est nouilles au curry avec des morceaux de poulet et de saucisse et à la télévision Pakistan contre le Canada, du cricket bien entendu... Nous allons faire une promenade jusqu'au début du sentier le long duquel les vendeurs de sucreries et de vêtements chauds guettent le pèlerin ou le touriste. Je ne sais encore pas trop si je tenterai l'escalade...

 

Vendredi 4 mars : Je me lève à deux heures du matin, le sommet est dans les nuages. Cinq minutes plus tard, il est dégagé. Je me décide. Je m'habille chaudement et part dans la nuit. Je suis un large sentier cimenté éclairé par des tubes au néon de place en place et par les lumières des échoppes qui vendent des souvenirs, fleurs en plastique, confiseries louches et boissons. Elles vont se faire plus rares au fur et à mesure de la montée et le prix de la bouteille de Coca Cola est directement proportionnel à l'altitude... Des bonzes, pas détachés des biens matériels, tentent d'échanger des bracelets en fil de coton contre des roupies sonnantes et trébuchantes, avec les touristes. En plus de ceux-ci, montent des familles, bébés dans les bras, grands-mères à demi portées par leurs enfants, d'autres redescendent après avoir passé la nuit au sommet. Je passe sous une arche puis à côté d'un dagoba. Les choses sérieuses commencent : des marches de taille et hauteur variables mais immanquablement raides. J'en escalade quelques centaines puis des milliers mais je commence à fatiguer et les pauses sont de plus en plus fréquentes. Au bout de deux heures de montée je ne vois toujours pas les lumières du temple et les escaliers sont 603 ADAMS PEAKde plus en plus durs. Renseignement pris, je suis encore à une heure du sommet ! Je décide d'appliquer le principe de base du bouddhisme : le Renoncement et j'entame, pas fier, la descente presque aussi difficile que la montée. Je croise les derniers touristes étonnés de me voir redescendre déjà... Je ne saurai donc pas si le sommet a bien la forme de l'empreinte du pied d'Adam comme le soutiennent les Chrétiens et les Musulmans ou s'il s'agit de celle du pied de Shiva comme le prétendent ses adorateurs ou encore si c'est bien là que Bouddha aurait laissé sa trace. Le jour se lève, éclaire les montagnes dans le lointain ainsi que le lac longé la veille. La descente est interminable et il fait bien jour quand je rejoins l'hôtel et regagne ce lit et Marie que je n'aurais jamais dû quitter. Je me repose une paire d'heures puis nous devons repartir. Nous allons reprendre le bus, le même que celui de la veille. Il ne démarre pas tout de suite, nous devons attendre une heure avant qu'il ne se décide... Tous les bus réservent les deux places de devant aux membres du clergé, c'est-à-dire la plupart du temps aux bonzes. Dès le départ un bonze âgé s'y est installé, à côté d'un touriste japonais. Au cours d'un arrêt, monte un bonze, jeune. Il exige aussitôt « sa » place et l'obtient, le Japonais est prié de déguerpir ! Nous retournons sur Hatton, toujours au milieu 606-HATTON-Pic-et-the.JPGdes théiers mais le ciel est assez dégagé pour que nous puissions voir le pic Adam qui me nargue longtemps. De retour à Hatton, nous changeons de bus et cette fois nous n'avons pas à attendre longtemps. Le route est meilleure, toujours au milieu des plantations de thé qui vont se raréfier puis disparaître quand nous serons à une trop basse altitude. La pluie tombe drue puis cesse peu avant Kandy. Nous retrouvons des avenues déjà suivies lors de notre passage avec Sharith. Nous descendons à la gare routière proche du centre. J'y abandonne Marie avec les sacs et vais téléphoner à l'hôtel " Queens " où nous avons envoyé une demande de réservation restée sans réponse. Le numéro de téléphone n'est plus le bon ! Je vais voir la " Sevena guest house " recommandée par Christiane, très correcte mais un peu loin du centre. Je marche ( au point où j'en suis... ) jusqu'au Queens qui n'a jamais eu ma demande de réservation et qui de toute façon est complet depuis un mois. Dommage, nous aurions aimé passer une nuit dans cet ancien hôtel colonial, très bien placé, près du lac, et à la belle architecture. On m'indique un autre hôtel, moderne, confortable mais à cinquante dollars la nuit. Je retourne à la gare routière faire mon rapport à Marie. Nous décidons de casser la tirelire et de faire un extra pour une fois ! Nous retournons donc à l'hôtel en tuk tuk. Nous avons droit à un verre d'orangeade avant d'apprécier la climatisation, la taille de la chambre et tous les détails qui transforment une pièce sordide en cocon douillet. Une douche est la bienvenue avant de repartir. Marie s'installe dans les salons du " Queens " pendant que je vais téléphoner pour réserver une chambre à Négombo. Nous marchons ensuite en direction des temples 615-KANDY-Temples.JPGhindous, à peine entrevus la dernière fois. Le soleil a disparu et il recommence à pleuvoir. Je vais changer des euros puis rechercher les K-ways et ainsi vêtus nous allons revoir les temples qui sont à la fois hindous et bouddhistes ! Certains ont de belles portes peintes, tous sont fréquentés par des dévots qui apportent des fleurs et récitent quelques prières. Nous retournons au " Queens " où je profite de la connexion internet possible dans le lobby pour apprendre que Julie repart en plongée à Oman dans un mois... Nous mettons un message à Nicole puis nous allons dîner dans un restaurant, le " Paivas ", où on sert de la cuisine indienne et chinoise. Les plats sont froids, peu garnis, rien de comparable au restaurant indien de Nuwara Eliya. Nous rentrons à l'hôtel, le garçon d'ascenseur tient à nous faire admirer la vue du bar en terrasse du dernier étage. Encore quelques marches... Et enfin nous pouvons nous délasser dans notre luxueuse chambre !

 

Samedi 5 mars : Nous quittons presque à regret la chambre la plus confortable du voyage. Nous allons prendre le petit déjeuner dans une pâtisserie de la grande rue, des gâteaux aux pommes et aux amandes avec un thé, nous retrouvons des petits déjeuners plus classiques... Nous allons ensuite contempler une dernière fois le lac avant de nous rendre dans un magasin d'artisanat pour les dernières emplettes. Enfin presque puisque nous nous rendons ensuite au marché municipal, un bâtiment couvert avec un étage dont la partie centrale est désormais consacrée aux produits à destination des touristes : épices, raphia et tissus. Nous sommes harcelés par des rabatteurs ou des marchands quasi hystériques ! Marie achète un batik pour Julie mais ne trouve pas son salwar, ensemble traditionnel indien, il faudrait acheter le tissu et le faire tailler, avec un résultat incertain... Nous abandonnons le terrain et allons à la gare routière. Nous cherchons des bus privés, climatisés, plus chers mais plus rapides, sans en trouver. Nous devrons nous contenter de bus ordinaires pour le dernier trajet... Je vais en tuk tuk rechercher les sacs laissés à l'hôtel puis je retourne à la gare routière. Nous montons dans le premier bus pour Negombo. Il ne part qu'une heure plus tard et nous transpirons beaucoup en attendant. Il part bondé et nous sommes serrés sur l'étroite banquette. Nous refaisons le trajet accompli quinze jours plus tôt dans de meilleures conditions. J'achète des samossas au cours d'un arrêt, ils constitueront notre repas de midi. Nous retrouvons les plaines côtières et la moiteur. Enfin nous voici à la gare routière de Negombo. Un dernier tuk tuk nous dépose à l'« Angel Inn » où nous avions réservé, juste derrière le « Dephani ». La chambre est correcte mais sans vue sur la mer. Après avoir vérifié l'éclairage et fait remplacer les ampoules défaillantes, nous allons prendre un soda glacé au " Dephani ", agréablement rafraîchis par le vent du large. Je vais jeter un oeil à la plage, nettement moins belle qu'à Tangalle et surtout couverte de déchets. Nous revenons à la chambre utiliser le wifi pour répondre à Julie et à Michèle tandis qu'éclate un orage qui se prolonge. Nous allons au " Dephani  " d'abord goûter des cocktails à base d'arack, l'alcool local puis dîner en discutant avec un couple de Belges, bavards mais peu sympathiques.

 

Dimanche 6 mars : Nous n'avons pas de programme bien précis pour aujourd'hui aussi ne sommes-nous pas pressés de nous lever. Nous allons petit déjeuner chez « Dephani » où nous retrouvons les Belges. Lui, toujours aussi content de ce qu'il dit être et ne parlant que d'argent. Ensuite nous allons commander un repas, un dernier rice and curry pour Marie, un simple curry pour moi au restaurant dont nous avions gardé un bon souvenir à l'aller. Nous 629-NEGOMBO-Catamaran.JPGsuivons la route quelques centaines de mètres avant de rejoindre la plage, un peu moins couverte de déchets devant les hôtels dits de luxe... Des catamarans traditionnels sont échoués sur le bord de l'eau, voiles gonflées, dans l'attente de touristes pour les emmener faire un tour. Nous nous installons sur la plage et allons nous tremper. Je profite de l'eau à la bonne température, celle que nous n'aurons pas avant des mois à Toulon. Je vais faire des photos d'un catamaran qui accoste 637-NEGOMBO-Catamaran.JPGpuis nous retournons dans l'eau... Nous déjeunons dans une gargote, le « Sea View » qui n'a pas vue sur la mer, bonnes crevettes dites royales, grillées et un crabe farci, perdu dans les légumes qui composent la farce. Retour à l'hôtel en cherchant une agence qui serait susceptible de nous emmener dans les marais, la seule réellement ouverte nous demande un prix exorbitant. La sieste est la bienvenue, nous n'en sortons que tard, à l'heure où sortent les moustiques... Nous allons dîner au « Bolonghe's » où nous avions commandé, nous sommes toujours les seuls clients alors que le rice and curry est, de loin, le meilleur que nous ayons goûté, mes crevettes au curry sont tout aussi excellentes et bien sûr Marie termine avec des bananes frites avec ce miel de cocotier qui est en fait un sirop du palmier à sucre. Nous regagnons la chambre et commençons à préparer les sacs.

   

Lundi 7 mars : Nous abandonnons notre projet de nous promener sur les canaux et décidons de passer cette dernière journée à la plage. Après le petit déjeuner encore pris au « Déphani », sans hopper pour Marie, à son grand dépit, nous allons donc nous installer sur la, plage. L'eau est toujours aussi bonne, nous devrons attendre au moins juillet pour avoir 630-NEGOMBO-Catamaran.JPGcette température à Toulon. De nombreux catamarans traditionnels sillonnent la mer, une vraie régate ! Nous devons libérer la chambre à midi, ce que nous faisons après une dernière douche. Nous portons les sacs au « Dephani » et nous nous installons sur des chaises longues pour passer le temps. Marie lit, j'ai trouvé un « Point » qui ne date que de trois semaines... Déjeuner rapide et causette avec des Français puis nous retournons sur nos chaises longues... Enfin à cinq heures nous adoptons la tenue « retour en France », avec chaussettes et pulls, puis à six heures une voiture de l'hôtel nous emmène à l'aéroport. Marie trouve encore un tee shirt à acheter, nous changeons les roupies qui restent puis nous enregistrons, passons les formalités de police et nous attendons d'embarquer. Peu de monde dans l'avion, du moins jusqu'à Malé. On nous donne un ( trop ) petit sandwich qui nous sert de prétexte pour réclamer une bouteille de vin, le premier depuis un mois, dégusté en écoutant Maria Callas dans « Tosca » ! Après Malé l'avion est plein, on nous sert un repas plus consistant mais encore très hot, curry de poisson ou poulet au gingembre, avec bien entendu du vin... 

 

Mardi 8 mars : Je ne parviens pas à dormir, aussi je regarde un film avec Humphrey Bogart, « Sahara », rien de remarquable, puis le début du « Pont de la rivière Kwaï »  avant l’arrivée à Dubai. Nous avons quelques heures à passer, à attendre, ensommeillés, fatigués. J'envoie un message à Julie pour lui dire où nous sommes puis je vais m'offrir une boîte de puros cubanos, des « Rey del Mundo » pour mémoriser cette journée exceptionnelle. Je ne parle pas de notre retour, ni de cette misérable journée consacrée à la « Femme » mais à l'évènement historique que fut, il y a soixante-cinq ans, la mise au monde du plus beau bébé qui fut jamais : Moi !!! Le jour levé, nous repartons dans un avion encore bien rempli. Nous avons droit au petit déjeuner et sept longues heures doivent encore passer. Je les occupe encore en partie en visionnant « Les raisins de la colère » dont le contenu social est encore d'une désolante actualité. Enfin nous nous posons dans un Paris ensoleillé. Le temps de passer les contrôles et un bus puis le métro nous amènent à la maison. Nous n'avons plus qu'à attendre le retour de Julie pour champagniser ce grand jour. 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 15:16

 

SRI LANKA

 

Février 2011

 

Samedi 5 février : Nous déjeunons avec Julie, Jean-Claude survolté, peut-être encore plus que d'habitude, Lou et la petite Grâce, au restaurant japonais de la rue Claude Tillier, très correct et pas cher. Nous remontons les cinq étages, sans ascenseur (en réfection !) avant de repartir en métro jusqu'à l'Opéra d'où un bus nous emmène à Roissy. C'est sans doute l'embarquement où nous aurons jamais eu le moins à marcher entre la porte d'accès à l'aérogare et la salle d'embarquement. Marie ne trouve pas les lunettes de soleil qu'elle cherchait... A l'enregistrement, nous apprenons que nous ne serons pas à un hublot pour l'arrivée à Malé, alors que nous espérions voir les îlots des Maldives. Nous décollons et peu après on nous sert un honnête repas, avec du vin, bien que nous soyons à bord d'une compagnie, Emirates, d'un pays musulman... Les hôtesses sont asiatiques ou européennes mais certainement pas arabes. Nous entamons une nuit brève et peu reposante.

 

Dimanche 6 février : Nous nous posons à Dubai. L'aérogare est immense, en forme de hangar d'avion (!) mais moderne et abritant un Mall commercial gigantesque, un temple de la consommation avec les marques mondiales du luxe. Tous les peuples du monde s'y croisent, «corbeaux» du Golfe, Sikhs enturbannés, aux moustaches en croc, touristes en bermuda, travailleurs pakistanais ou indonésiens, Africaines en boubous colorés, etc... Marie cherche encore en vain ses lunettes de soleil. Encore quelques heures de vol à somnoler avant de nous poser à Malé. Nous restons dans l'avion soudain presque vide. Nous occupons alors chacun une place près d'un hublot, l'un à droite, l'autre à gauche de l'appareil. Par chance, Marie est du côté où on voit le mieux l'île... J'ai juste le temps d'apercevoir quelques-uns des îlots qui constituent la capitale. Une impression d'une Venise moderne et laide avec des gratte-ciel en lieu et place des palazzetti... Les îlots sont protégés par des digues artificielles, pas de barrières de corail en vue. Le temps désormais couvert n'incite pas à l'optimisme... Nous nous posons à Colombo dans la grisaille, alors que la nuit tombe. Il faut encore marcher dans l'aéroport avant de passer l'immigration, récupérer les deux sacs et enfin sortir. Deux chauffeurs de taxi envoyés par deux guest-houses nous attendent, nous partons avec le bon et renvoyons l'autre qui n'a pas pris en compte notre résiliation. Il fait désormais bien nuit, les routes sont peu éclairées. La circulation anarchique, la chaleur moite, les temples kitsch entraperçus, hindous, bouddhistes ou même chrétiens nous dépaysent, nous revoilà dans le Tiers-Monde ! Première impression décevante, ce n'est pas le paysage sauvage, planté de cocotiers que j'avais vaguement cru trouver (l'avais-je vraiment imaginé ?) mais un faubourg de Colombo où pullulent les petits métiers, les échoppes faiblement éclairées et une agitation fébrile. Une ruelle et nous voici à la guest house "Déphani". Nous y avons une chambre à l'étage, un grand lit pourvu d'une moustiquaire, surmonté d'un ventilateur « à l'ancienne », avec un petit balcon qui doit faire face aux vagues de l'océan à en croire le bruit du ressac. Nous déballons les sacs, retirons vite chaussettes et chemises superflues. Nous descendons jeter un oeil aux lieux, sympathiques semble-t-il, nous en saurons plus demain. Nous dînons de crevettes au beurre pour Marie et d'un premier plat cinghalais : une sorte de riz cantonnais où les nouilles au curry remplacent le riz, rien de gastronomique. Chassés par les moustiques ou par une variété locale des perfides mukafu, nous regagnons la chambre pour une nuit que j'espère réparatrice. Tout en étant dubitatif sur la suite du voyage avec cette pluie inhabituelle en cette saison qui risque de gâcher le séjour.

 

Lundi 7 février : Le décalage horaire, quatre heures trente (!), la fatigue et l'énervement, sans compter les moustiques qui se moquent bien du filet tendu au-dessus de notre couche, ne font pas une bonne nuit. Je suis réveillé tôt dans la nuit, je me rendors, somnole, la pluie frappe les tôles et Marie continue de dormir... Nous descendons prendre un tardif petit déjeuner, classique, qui nous servira aussi de déjeuner. Le taxi d'hier soir, pas le chauffeur mais son chef, vient nous vendre un circuit dans le nord, en voiture privée avec chauffeur. Et bien que nous en ayons repoussé l'idée avant de partir, lâchement, nous nous mettons d'accord. Cette solution nous permettra d'éviter les transferts en bus, trains, tuk-tuks et, à défaut de gagner de l'argent, de ne pas trop perdre de temps dans les transports. Nous partons en tuk-tuk, un triporteur à moteur pétaradant, d'où sans doute son nom, en ville. Un engin tout neuf, carrosserie, peinture et capote en parfait état, rien à voir avec les modèles délabrés utilisés en Inde ou en Thaïlande. Nous nous faisons déposer à l'entrée de l'ancien fort portugais dont ne subsistent qu'un porche et un reste de remparts, l'intérieur est devenu la prison civile. Nous marchons jusqu'au marché au poisson encore fréquenté cet 003-NEGOMBO-Plage.JPGaprès-midi par des clients retardataires. Sur les étals, des crevettes de taille variée, des thazards, de petits crabes, vendus par des matrones qui manient le hachoir sur des billots de bois. Les abords sont peu ragoûtants, les déchets de poissons abandonnés en bordure de plage font le régal de nuées de corbeaux qui croassent aussi vertement que dans « Les Oiseaux ». Le ciel obstinément gris, les odeurs et le mélange de boue, d'écailles, d'ouïes et autres restes ne nous retiennent pas outre mesure en ces lieux. Nous longeons l'esplanade qui doit, ou devait, servir de terrain de cricket, un gazon mité derrière un grillage rouillé et troué. Nous suivons les bords du canal où sont ancrés les bateaux de pêche, 006-NEGOMBO-Port.JPGfatigués pour beaucoup. Nous le traversons sur un pont d'où nous avons une vue que le manque de soleil attriste, sur les chalutiers et de l'autre côté sur les catamarans, particulièrement fins dont les coques sont reliées par des bambous. Nous revenons dans le centre ville et y découvrons, éparpillées dans la végétation, parmi les maisons décrépites, (réminiscences olfactives et visuelles de bien d'autres villes sur d'autres continents), quelques anciennes maisons coloniales avec de beaux balcons en 012-NEGOMBO-Maison.JPGencorbellement; des dentelles de bois les décorent ainsi que les bordures des toits. Je commence à défaillir, décidément un petit déjeuner ne saurait me suffire pour attendre le dîner. Nous nous rendons donc dans un café logé dans une ancienne maison, à clientèle de touristes, prendre un sandwich qui tarde à venir et une boisson gazeuse faute de bière. A quelque distance, dans cette rue principale qui héberge un avocat par mètre, nous allons visiter l'église Sainte-Marie, vaste et couronnée au sommet de tours carrées d'anges trompettistes qui servent de perchoir aux corbeaux. Le chemin de croix et l'autel sont en plâtre coloré, très réaliste, le plafond est peint de scènes édifiantes. Nous marchandons sans trop insister un autre tuk tuk pour nous rendre au temple bouddhiste d'Angurukaramulla. Le bâtiment principal est consacré à une 017-NEGOMBO-Temple-Angurukaramulla.JPGstatue, pas très harmonieuse, ripolinée de frais, du Bouddha couché, entouré d'autres statues, toutes plus kitsch les unes que les autres, de même que dans le déambulatoire où il semble que le panthéon bouddhiste se mélange ici à celui des Hindous puisqu'on y trouve Ganesh, Garuda, Shiva etc... Mais il ne faut pas oublier la contribution volontaire, le guide qui s'est imposé et qui nous a accompagné avec beaucoup de gentillesse et d'explications, y veille ! Nous revenons avec notre tuk-tuk à la guest house en traversant le quartier musulman, les hommes portent la calotte et la kamis blanche des Pakistanais, les femmes disparaissent sous leurs sinistres voiles noirs... Nous jetons un oeil aux restaurants voisins, j'achète un adaptateur électrique, le énième... et nous regagnons la chambre où je m'attelle à ma tâche habituelle : photos à reporter, à nommer et rédaction de ces lignes. Nous allons dîner au restaurant repéré. Nous sommes les seuls clients, sur une terrasse, en retrait de la route. Nous nous faisons servir deux excellents curry, l'un au poisson plein de saveurs et épicé à point, l'autre au porc avec des épices différentes. En dessert des beignets de banane, de ces petites bananes parfumées, servis avec une glace à la vanille et un « miel de cocotier » d'origine étrange vu sa dénomination. Nous rentrons nous reposer après cette première journée cinghalaise qui se termine avec un meilleur moral que celle de la veille...

 

Mardi 8 février : Nous avons mis le réveil pour être debout à sept heures et demie. A neuf heures le chauffeur est là, un gros poupin enrhumé. Il parle anglais avec cet accent indien qui laisse croire que les seules consonnes sont G, L et D, les autres lettres sont perdues dans les borborygmes prononcés avec des cailloux dans la bouche. Je ne le comprends pas toujours ! Nous partons dans une Mazda pas de toute première jeunesse. Nous suivons la grande route du nord, pas large et très encombrée. En principe la conduite est à gauche mais elle semble plutôt être au milieu, quelquefois à droite... Les plus grands bâtiments sont des temples, des églises ou des mosquées, tous fraîchement repeints et pourvus de bâtiments annexes, écoles ou dispensaires. Nous nous enfonçons par des routes secondaires dans la campagne, dans une végétation tropicale bien connue, manguiers, badamiers, banians parasites d'autres arbres et surtout cocotiers. Des usines de traitement du coprah ou des briqueteries sont les seules industries visibles. Ce sont ensuite de vastes rizières jaunies qui s'étendent de part et d'autre de la route. Les femmes, en sari, se hâtent sur le bas-côté, cachant leurs belles tresses d'un noir brillant sous des ombrelles. Les hommes portent volontiers le sarong qui ressemble souvent à un lamba malgache. Tous sont souriants, pas quémandeurs. Nous avons la surprise d'arriver à Panduwasnuwara sans être passés par Kurunegala comme prévu ! Le chauffeur nous amène au champ de ruines, 025-PANDUWASNUWARA-Dagoba.JPGtrès étendu, de palais et de temples du XII° siècle. Il ne reste que des murets de briques remontés sur des pelouses entretenues et des dagobas, tumulus hémisphériques qui servaienr de reliquaires, plus ou moins ruinés, tétons de briques sous les branches des flamboyants. Avec la voiture nous allons en voir d'autres, perdus dans le parc archéologique. Le chauffeur se montre coopératif et contrairement à nos craintes ne cherche pas à nous imposer « son » programme. A Padeniya nous allons visiter un temple bouddhiste. Quelques marches à monter, un porche à franchir, un bonze en toge orange nous rejoint et nous ouvre, avec une clé d'au moins quarante centimètres, la porte du temple principal. Il est entouré d'une salle décorée sur sa corniche supérieure de dragons peints, au toit de tuiles supporté par une trentaine de piliers de bois sculptés. Une porte elle aussi sculptée, ouvre sur le saint des saints et sur des statues brillantes et laides du Bouddha. Nous jetons un oeil au dagoba tout blanc et repartons. Nous nous arrêtons pour déjeuner dans un établissement du bord de la route, en bordure des rizières où s'affairent des planteurs et que survolent des ibis. Un plat de nouilles sautées et un riz biriani sont très parfumés mais les viandes qui les accompagnent sont 028-YAPAHUWA-Escalier.JPGdesséchées par de trop nombreuses cuissons. Nous nous rendons ensuite au site de Yapahuwa. Une montagne tabulaire surgie des rizières et que nous craignons d'avoir à escalader. Mais une seule volée de marches, certes raides, conduit à une plate-forme où, autrefois, se dressait un temple. La dernière partie de l'escalier monumental est décorée. Des lions, des éléphants et des apsaras de pierre nous récompensent de la montée. De la plate-forme, la vue s'étend sur les rizières et dans le lointain sur d'autres roches. Hélas le ciel, ensoleillé sur la côte, est redevenu gris et le vert des palmes des cocotiers fait bien pâle figure sur le jaune des rizières. La descente vertigineuse ( des033-YAPADAHUWA-Fresques.JPG escaliers de temple maya ! ), malgré les craintes de Marie, se fait sans difficulté. Nous pouvons encore voir dans un temple troglodyte des restes de fresques de cinq et huit cents ans aux dires du gardien, des images du Bouddha répétées, identiques. Il reste soixante cinq kilomètres à parcourir pour arriver à Anuradhapura, c'est-à-dire plus d'une heure et demie de route tant celle-ci est en mauvais état. Les fortes pluies et les inondations qui en ont résulté ont leur part de responsabilité mais les nids de poule, impressionnants, ne sont pas de la veille, Dans l'ensemble, tout paraît déglingué, pas de véhicule, bus ou voiture privée, récents, pas de 4x4 tape-à-l'oeil, les stations-service datent, les ateliers, les boutiques semblent bâtis de bric et de broc. Mais nous n'avons pas encore vu de grande misère ni de mendiants ou d'estropiés comme en Inde. Peut-être modifierons-nous notre jugement après Colombo... Enfin, après avoir tout de même réussi à somnoler, malgré les cahots, nous arrivons à Anuradhapra, la grande ville du Nord. Le chauffeur nous emmène à l'hôtel prévu et réservé par son patron. Il n'y a que quatre chambres qui sentent le moisi, sans presque de fenêtre, juste une ouverture grillagée. Nous ne sommes pas ravis mais il va falloir s'en contenter ! Nous allons nous installer sur la terrasse, agréable, avec une vue sur le lac proche, derrière un rideau de végétation. Nous y prenons un soda mais c'est aussi l'heure de sortie des moustiques et le temps que nous réagissions et allions chercher un produit de protection, il est trop tard, nos succulents épidermes ont déjà fait le régal des maudits insectes. Nous retournons à la chambre, mal éclairée puis revenons dîner sur la terrasse. Mal nous en prend de vouloir essayer des plats soi-disant occidentaux. Le poulet commandé grillé est trop frit et recouvert d'une sauce qui se veut barbecue, les légumes, dans la plus pure tradition britannique, sont bouillis. Quant à mon fish and chips, ce ne sont que des boulettes panées renfermant un produit indéfinissable que l'on peut admettre être du poisson... Je n'ajouterai pas que la bière était tiède, certains diraient que je suis toujours négatif... Retour dans notre cellule pour la nuit. La lumière dispensée par l'unique ampoule au plafond est chiche et ne permet qu'à peine de lire.. Je commence à lire « Le poisson-scorpion » de Nicolas Bouvier qui me sape le moral : Le voyage à Ceylan, cinquante ans plus tôt, et une telle concision, un tel talent ! Notre lucarne donne sur la terrasse où une tablée d'autochtones mène grand train à coups d'arack, l'alcool local. Nous ne pouvons les ignorer. Mon intervention ne les calme que très provisoirement et ce n'est qu'à minuit passé qu'ils abandonnent le champ de bataille.

 

Mercredi 9 février : C'est évidemment au matin, quand il faut se lever que je dormirais le mieux... Le petit déjeuner, servi sur la terrasse, sous un soleil réapparu, avec vue sur le lac et, sur l'autre rive, un dagobatout blanc, est copieux. Aux ingrédients classiques s'ajoutent un jus de papaye, des crêpes au miel, des oeufs frits auxquels je fais honneur pour le cas où le déjeuner serait tardif. Le chauffeur est ponctuel, nous lui faisons remarquer que le début de la nuit fut animé, il en était... Nous découvrons les dégâts des inondations de la semaine passée : niveau d'eau dans les prairies, routes coupées, ponts emportés et traces du passage des flots avec des déchets accrochés à tous les barbelés. Dix centimètres d'eau effraient notre chauffeur et il n'ose pas traverser là où passent vélos et tuk-tuk. Nous devons donc essayer de contourner les obstacles et commençons les visites par un temple troglodyte éloigné, le Isurumuniya vihara. Nous devons nous déchausser dès l'entrée et Marie se couvrir les épaules avec un tissu prêté à l'entrée. La traversée de la cour, sur le gravier n'est pas agréable. Le sanctuaire est adossé à un énorme rocher sur lequel nous remarquons au bord du bassin des éléphants sculptés, de face et de profil et des petits 035-ANURADHAPURA--Isurumuniya-vihara-bonzes.JPGprotégés par des adultes. Nous faisons le tour du rocher, sans pouvoir monter dessus. Dans un bâtiment attenant, un grand Bouddha couché et coloré comme il se doit, reçoit la visite de moines et de laïcs chinois qui chantent, agenouillés et mains jointes. Le petit musée renferme de belles représentations de danseuses, de rois et de nains. Nous revenons à l'hôtel rechercher un foulard pour que Marie soit en règle... Puis nous nous rendons au musée archéologique où nous achetons des billets, très chers mais valables pour tous les sites archéologiques. Nous nous promenons dans l'ensemble des ruines des édifices dont il ne reste que les traces des murs et parfois de beaux escaliers ornés de dragons, parfois de pierres sculptées avec des apsa041-ANURADHAPURA--Jetavanarama-Dagoba.JPGras ou des "gardiens", toujours déhanchés. Nous sommes seuls avec des vaches qui broutent et des ibis qui parsèment d'une multitude de taches blanches les pelouses gorgées  d'eau, ombragées par des flamboyants, des frangipaniers et des banians. L'ensemble est dominé par l'énorme dagoba de Jetavanarama, un hémisphère de brique surmonté d'une flèche tronquée qui culmine à soixante-dix mètres de haut. Nous reprenons la voiture pour parcourir un ensemble de ruines espacées mais toujours dans un environnement boisé et inhabité. Nous commençons par les restes d'un palais royal dont seuls des sculptures d'escalier méritent la halte. Des singes f044-ANURADHAPURA--Palais-royal-singes.JPGacétieux qu'on ne se lasserait pas de voir s'ébattre dans les arbres ou sur les pelouses et les pierres, indifférents aux gens, occupent les lieux. Ce sont presque les seuls êtres vivants avec des chiens faméliques et galeux rencontrés dans ces parages. Plus loin, des bassins jumeaux sont tellement remplis d'eau avec les dernières pluies qu'on ne distingue plus guère que les boules des lotus de pierre qui marquent les angles et le sommet de leurs murs qui servent de repos à des tortues grêlées de folioles. Ces dernieres recouvrent d'un uniforme tapis vert les eaux que l'on ne devine plus dessous. Nous devons ensuite encore nous déchausser pour remonter une allée jusqu'à une statue du Bouddha Samadhi qui ne me séduit pas particulièrement, sa pierre semble du ciment ! Plus loin, je me déchausse à nouveau mais cette fois sans raison051-ANURADHAPURA--Moon-stone.JPG religieuse, simplement pour approcher un panneau explicatif à propos d'une moon stone, un demi-cercle de pierre sculpté disposé à la base d'un escalier et comportant des arcs décorés de flammes, d'animaux, d'oies et enfin de lotus, tous étant des représentations symboliques, pas clairement précisées. C'est ensuite un ensemble de bâtiments, l'un avec un beau gardien de pierre, l'autre un réfectoire de moines avec une gigantesque auge de pierre que les fidèles remplissaient de riz pour nourrir jusqu'à cinq mille moines. Nous ne pouvons pas toujours approcher les vestiges, de grandes flaques d'eau en interdisent l'accès ou le gazon est si détrempé qu'il semble en éponge. Nous arrêtons pour visiter un musée archéologique, des stèles et autres chapiteaux de pierre, des statues de Bouddha aux plissés délicats et des urinoirs très étudiés ! Nous revenons dans le centre de la ville ancienne, longeons un très grand dagoba blanc, le Ruvanvelisaya, que nous visitons après 058-ANURADHAPURA--Ruvanvelisaya-dagoba.JPGnous être offert une noix de coco bien pleine d'un lait savoureux, vendue au tarif « touriste »... Nous devons encore nous déchausser et passer un contrôle de police avec fouille, du moins pour Marie ! Le monument est sans grand intérêt, il est plus grand que beau. J'en fais le tour, Marie qui peine à marcher sans chaussures m'attend à l'ombre. Afin de le photographier de l'extérieur avec son mur d'enceinte couvert d'une frise d'éléphants, je dois traverser la pelouse inondée en retroussant mes bas de pantalons et en essayant d'éviter les bouses ramollies... Le chauffeur rechignant à nous emmener au Sri Maha Bodi, en passant dans l'eau, nous devons y aller à pied, sous le soleil qui m'aura laissé de cuisants souvenirs aujourd'hui. L'intérêt du site est très limité pour les non-croyants, il entoure un rejet d'un arbre sacré venu d'Inde et qui aurait plus de deux mille ans ! Quelques drapeaux de prière sont accrochés aux branches mais nous ne pouvons pas061-ANURADHAPURA--Ruvanvelisaya-dagoba.JPG accéder à la terrasse où il se dresse. Nous revenons en soupirant à la voiture, tout en appréciant les vues sur le dagoba de Ruvanvelisaya derrière son mur d'éléphants et au milieu des étendues d'eau, paradis des ibis, plantées d'arbres splendides. Nous rentrons dans la ville dite nouvelle, je vais consulter la carte d'un restaurant et acheter des chips et du jambon de poulet congelé que nous avalons en guise de déjeuner / goûter à l'hôtel avec une bière presque fraîche. Nous sommes seuls, la vue sur le lac et le dagoba dans le lointain en feraient un endroit idyllique si des travaux dans une annexe en construction ne le gâchaient. Marie va s'installer dans le jardin, je retourne prendre une douche puis me reposer. Je vais la rechercher, nous allons à quelques dizaines de mètres contempler le courant furieux qui vide lentement les eaux du lac puis nous retournons à la chambre attendre l'heure de dîner. Nous avons demandé au chauffeur, à son grand déplaisir, de nous emmener au restaurant repéré... Il se veut chinois. La salle est froide, quasi déserte, le personnel peu souriant mais la carte est appétissante. Bien sûr, il ne faut pas la croire, les plats commandés ne ressemblent jamais à ce qui était annoncé et sont toujours très épicés. Ce qui est le cas ce soir, néanmoins nous nous régalons d'un boeuf sauce d'huître et de crevettes croustillantes même si les morceaux de boeuf sont encore une fois desséchés. Quant au riz, très parfumé mais piquant, nous ne saurons jamais pourquoi il était qualifié de« thaï »... Retour en tuk-tuk à l'hôtel où les ouvriers du chantier continuent de s'affairer à plus de neuf heures...

 

Jeudi 10 février  : Je n'ai pas su, depuis presqu'un demi-siècle, communiquer à mes intestins mon penchant pour l'exotisme. Ils tolèrent quelques écarts hebdomadaires mais se révoltent quand cardamone, curry et piment deviennent communs. Ils ne manquent pas dès lors de manifester leur mécontentement et bien entendu en des lieux fort éloignés des si bien nommés lieux d'aisance... Nous sommes partis après le petit déjeuner en direction de Mihintale, secoués sur une route défoncée, soumis aux accélérations et freinages brutaux de notre roi du volant quand se font sentir les prémices de turbulences intestinales. Trop tard pour les satisfaire, elles devront attendre... Une demi-heure plus tard, nous sommes au pied d'un large escalier aux marches larges et basses, dures aux muscles fessiers, qui se perd dans les frondaisons des frangipaniers qui l'ombragent insuffisamment. Nous grimpons vaillamment une première volée de marches, soufflons sur un premier palier puis nous nous lançons dans une seconde volée aux gradins plus durs mais loin d'être aussi raides qu'à 063-MIHINTALE-Kantaka-Chetiya.JPGYapahuwa. Nous débouchons devant un ancien dagoba point trop ruiné. Aux quatre points cardinaux se dressent des panneaux sculptés massifs, encore en bon état, décorés de frises d'éléphants, de nains dansants, d'oies et autres lotus. Après en avoir fait le tour, nous devons redescendre au premier palier pour reprendre un autre escalier qui nous conduit, essoufflés et en sueur au second palier. Il s'y trouve diverses ruines, celles d'un réfectoire avec une auge géante qui pouvait contenir assez de riz pour nourrir plus de deux mille moines affamés et quand on sait la quantité de riz qu'ingurgite le Sri Lankais moyen... En nous avançant dans l'herbe pour apercevoir une salle de réunion, nous faisons s'enfuir un gros serpent noir qui trace un sillon tremblotant, mais moins que nous, dans le gazon... Nous sommes dès lors accompagnés d'un gentil temple boy qui se défend d'être un guide mais tient à nous fournir néanmoins des informations dans un sabir franco-anglais forgé au contact de nos compatriotes aventureux... Encore un escalier que nous aimerions croire être le dernier jusqu'à l'entrée payante ( un moinillon souriant, dans sa robe safran, nous échange un billet de mille roupies contre deux jolis tickets... ) de l'ensemble monastique d'Ambasthale. Par faveur spéciale et grâce à l'intervention de notr070-MIHINTALE-Ambasthale-dagoba.JPGe cicérone, Marie n'est pas tenue de se déchausser, moi si ! Sur la place de dresse un petit dagoba blanc entouré de piliers carrés anciens mais qui ressemblent fort à des poteaux de béton. Il est au milieu de cocotiers et de manguiers, témoin de la rencontre légendaire en ces lieux du roi Devanampiya Tissa et du bouddhiste Mahinda qui le convertit. Une statue moderne, bien blanche du Bouddha domine sur une colline et le dagobade Mahaseya sur une autre. Un gros rocher ferme le cirque. De grossières marches y ont été taillées et une solide balustrade permet aux audacieux ( dont nous ne manquons pas d'être...)  de grimper au sommet. Marie hésite puis tirée, poussée grimpe assez haut pour dominer la place et jouir de la vue sur le dagoba, le Bouddha, les palmes des cocotiers et derrière les lacs, la cité d'Anuradhapura. Je franchis les derniers obstacles et parviens au plus haut point du rocher, découvrant alors la plaine inondée sur 360°, les rizières et les maisons 073-MIHINTALE-Mahaseya-dagoba.JPGdétruites par les eaux. Redescendus sur la place, il nous reste encore un dernier escalier à gravir pour atteindre le plus haut point, au dagoba de Mahaseya. Les marches ne sont pas dures mais chauffées par le soleil, elles brûlent la plante des pieds. Pas encore détaché des contingences matérielles, je sautille sur place, d'un pied sur l'autre, à la recherche des zones d'ombre. De près ce gros téton de briques blanchies est sans charme ni intérêt. Un bâtiment annexe abrite un Bouddha couché, sans doute sponsorisé par Ripolin... Nous commençons la descente, je retrouve avec soulagement mes chaussures. Encore deux écarts pour aller voir des bassins comportant l'un un cobra sculpté sur la paroi, l'autre un lion dressé qui servait de fontaine. Notre guide improvisé a la gentillesse, sans que nous ne le lui ayons demandé, de faire prévenir notre chauffeur de venir nous chercher au second palier qu'il nous avait dit être inaccessible en voiture ( ! ), nous évitant ainsi une descente longue et pénible. De retour à Anuradhapura, nous nous faisons déposer devant une pâtisserie. Rien de mirifique, quelques pâtés farcis de poisson ou de poulet et de curry et quelques plats plus classiques. Marie se contente d'une sorte de friand, je commande un poulet biriani, comme d'habitude le riz est parfumé, la viande desséchée et le piment hot !!! Tout à fait ce dont j'avais besoin pour calmer le feu de mes entrailles... Nous ne trouvons pas de cybercafé malgré quelques enseignes qui promettaient Internet... Le chauffeur vient nous rechercher, nous emmène au dernier dagoba, celui de Mirisavatiya, rien de remarquable, nous terminons par la visite du musée archéologique. Une belle maison coloniale ancienne, sur deux niveaux renferme des collections de pierres en provenance de divers sites, le jardin alentour est très bien entretenu. A l'intérieur les photos, les textes des explications doivent dater d'avant l'indépendance, les vitrines sont066-MIHINTALE-Kantaka-Chetiya.JPG d'une saleté exceptionnelle et seules quelques-unes sont éclairées. Quel dommage, le choix de quelques objets, dans une salle repeinte, éclairée serait un complément indispensable à la visite de la cité ancienne ! Heureusement quelques belles pièces, des escaliers, des bouddhas aux drapés élégants, sont disposés dans le jardin, à l'admiration des rares visiteurs. En dernier, la contemplation d'urinoirs sculptés et décorés, de granit, en forme de toilettes à la turque, me ramène à des considérations moins éthérées et c'est avec le plus grand soulagement que je retrouve à la chambre des modèles plus perfectionnés de ces commodités... Nous restons nous reposer jusqu'à l'heure de dîner. Nous nous sommes résolus à donner une dernière chance au restaurant de l'hôtel. Bien nous en prend : les nouilles sautées de Marie et ma salade de fruits de mer sont bons et copieux, le garçon à qui nous en faisons la remarque a un sourire jusqu'aux oreilles, notre cote remonte ! Nous ne traînons pas dehors, il ne fait pas bien chaud et nous préférons regagner la chambre.

 

Vendredi 11 février : Nous quittons l'hôtel presque avec regrets, nous étions devenus familiers avec le personnel... Et l'addition s'est avérée légère... un oubli ? Le chauffeur est un peu en retard mais guère. Nous prenons la route, très mauvaise au début, elle s'améliore par la suite et ce ne sont pas des nids de poules qui effraient notre aurige qui d'une main de maître dirige ses chevaux-vapeurs, du moins tant qu'il n'y a pas trace d'eau sur la route. Nous bifurquons ensuite en direction d'Aukana où dans une falaise nous allons voir un 084--AUKANA-Bouddha.JPGBouddha debout, taillé dans la masse, presque entièrement dégagé de la roche. Nous devons acquitter un droit d'entrée et je dois retirer mes chaussures, Marie en est dispensée. Marcher sur le gravier n'est pas agréable et ce n'est pas ainsi que j'atteindrai le nirvana... Les plissés de la robe sont 086--AUKANA-Bouddha-tete.JPGbien marqués, peut-être un peu raides, la tête est classique avec sa chevelure bouclée et ses lobes d'oreille allongés mais les bras et mains sont grossiers. Nous regagnons la route principale et à Habarana, nous demandons et trouvons une crique de la rivière où les cornacs viennent baigner, récurer leurs pachydermes. Une femelle est dans le cours d'eau et semble s'y trouver bien. Son cornac après avoir taillé une «brosse» dans une enveloppe de noix de coco, l'oblige à se coucher sur le 097-HABARANA-Elephant-au-bain.JPGflanc dans le courant et lui frotte énergiquement le derme. Nous croisons d'autres cornacs qui amènent leur animal au bain puis le chauffeur tient à nous montrer des touristes qui reviennent, farauds, d'une promenade à dos d'éléphant. Leurs mines béates et rougies nous dissuadent de les imiter... Nous déjeunons dans un établissement pour touristes, les prix s'en ressentent. Marie se contente d'une omelette, je me risque à essayer un rice and curry, le plat national cinghalais. On m'apporte une assiette de riz blanc, portion locale, et des écuelles remplies de divers condiments, des légumes inconnus, des bananes en frites, des fleurs de bananiers, de la citrouille, des chips papadam, et du curry de boeuf, très moyennement épicé pour les palais délicats des Occidentaux. Bien entendu, je n'apprécie que très moyennement les légumes mais le curry me convient. Nous repartons et faisons presqu'aussitôt demi-tour, j'ai oublié l'appareil photo sur le dossier de ma chaise... Marie a la charité de ne faire aucune remarque désobligeante... Nous quittons de nouveau la route de Polonnaruwa pour nous diriger au milieu des vertes rizières ponctuées de bouquets de bananiers et de cocotiers, paysage classique du sud du sous-continenet indien, vers le site 098-HABARANA-Elephanteau.JPGde Medigiriya. Un attroupement sur le bas-côté nous attire. Un malheureux éléphanteau de huit mois, ( ses défenses commencent à peine à sortir ), a perdu sa mère, s'est égaré et a été capturé par les villageois qui l'ont entravé. Le pauvre animal est terrorisé, l'oeil mi-clos, sans réaction aux sollicitations. Un camion doit venir le chercher et l'emmener dans un parc. Nous repartons mal à l'aise... Nous parvenons au Mandalagiri Vihara, un superbe ensemble de temples du VII° siècle, isolé en pleine nature. Sur des plates-formes se dressent des piliers, des statues usées, démembrées et noircies par des siècles de moussons. A côté sur une autre plate-forme, circulaire, un vatadage, temple rond renfermant des reliques. Il 103-MEDIRIGIRIYA-Vatadage.JPGn'en subsiste qu'un petit dagoba au milieu de piliers disposés en cercles concentriques, avec des bouddhas aux quatre points cardinaux, et quelques modestes fleurs déposées devant. Nous y sommes seuls, le gardien a renoncé à contrôler les rares visiteurs et est rentré chez lui en verrouillant la porte mais il a suffi de passer à côté. Nous nous sentons en paix, les ramures des grands arbres nous protègent du soleil et pour la première fois nous trouvons le site exceptionnel, différent des précèdents. Nous repartons et nous arrêtons à notre surprise non pas à Polonnaruwa mais à une douzaine de kilomètres avant dans une guest house, séparée d'un lac par la route. Des écureuils courent dans les arbres, des oiseaux jaune orangé volent d'une banche à l'autre. Le bungalow, au fond d'un beau jardin, sous une véranda colonialement pourvue de fauteuils larges et profonds dont les accoudoirs peuvent pivoter et se déplier afin d'y reposer les pieds comme sur une table de gynécologue, pourrait être confortable avec quelques meubles et surtout une lumière plus efficace. Néanmoins nous nous déclarons ravis pour ne plus passer pour des insatisfaits congénitaux. Nous allons prendre un soda à peine frais sur la terrasse du coin repas. Nous y découvrons, consternés les tarifs des plats proposés et leur répétitive pauvreté. Après un repos à la chambre, nous allons dîner d'un riz frit sans grande saveur et de filets de poisson du lac servis avec du citron, que les autochtones ne pourraient manger tant il leur paraîtrait fade. Des plats pour touristes !

 

Samedi 12 février : La découverte de l'absence d'un robinet d'eau chaude et donc d'icelle n'améliore pas l'humeur... Le petit déjeuner est servi en plusieurs étapes : le thé, puis des fruits puis des oeufs et enfin des toasts grillés tout ceci sur un laps de temps de trois quarts d'heure... Nous partons avec le chauffeur qui s'est aussi accordé un petit délai... Nous commençons par changer des euros dans une bijouterie, plus rapide qu'à la banque. Nous allons ensuite au musée archéologique, moderne et bien présenté, avec des maquettes des monuments, de la ville à son apogée au XII° siècle, des objets, poteries, pierres et surtout de splendides bronzes représentant les dieux et déesses du panthéon hindou, des photos des sites que nous aurions préféré ne pas voir pour avoir la surprise de leur découverte. Le chauffeur nous emmène ensuite, en longeant la digue qui retient l'immense lac Topa Wewa, au site du sud, le Potgul vihara, un dagoba creux et, à proximité, une statue étrange d'un 116-POLONNARUWA-Potgul-vihara.JPGpersonnage tenant entre ses mains ce que certains identifient comme des rouleaux écrits sur des feuilles de palmiers, d'autres une tranche de papaye... Nous reprenons la voiture pour entrer sur l'immense parc archéologique. Tout d'abord ce sont les ruines du Palais royal, un bâtiment massif aux murs épais qui devait être à plusieurs étages et qui donne une idée de l'importance du royaume en ce temps. A proximité une salle d'audience très joliment décorée de frises d'animaux, lions, éléphants et toujours des nains dansants, sur plusieurs niveaux, avec un bel escalier d'accès encadré par des lions de pierre. En arrière, un bassin avec des frises identiques. Heureusement la voiture est là pour nous faire parcourir les quelques centaines de mètres qui séparent les sites. Le ciel couvert transforme l'atmosphère en étuve. Nous entrons ensuite dans le « quadrilatère », un ensemble de bâtiments plus intéressants les uns que les autres. Tout d'abord un très beau temple hindou dédié à Shiva, 129-POLONNARUWA-Shiva-vihara.JPGremonté par anastylose et donc d'aspect branlant, ce qui lui confère une allure de ruine romantique. Au fond d'un chambre, un lingam se dresse, oint d'huile, des mains féminines y ont déposé des pétales de fleurs blanches en voeux de fertilité. A côté un plus grand bâtiment, le Thuparama, est du même style avec des murs extérieurs très travaillés, semblables à ceux des temples du sud de l'Inde. Un vatadage, identique à celui de Medigiriya mais pas aussi bien situé, se trouve à proximité et sert de terrain de sport à des macaques turbulents. On accède, en franchissant une belle moon stone, sur sa plate-forme où des bouddhas sont disposés aux quatre points cardinaux. Plus 137-POLONNARUWA-Vatadage.JPGloin dans le Hatadage, se dressent de beaux piliers sculptés de scènes amoureuses ( ? ). D'autres édifices sont disposés alentour. Nous achetons une bouteille d'eau puis plus tard un paquet de biscuits qui nous serviront de déjeuner, au grand désespoir du chauffeur qui nous aurait bien vu rentrer à deux heures à l'hôtel pour y déjeuner. Il a tenté quelques remarques sur le temps qui pourrait bien se gâter, la similitude des temples. Pas de chance, nous tenons à TOUT voir et le soleil réapparaît ! A temps pour nous permettre de voir ensoleillé le R ankot vihara, un grand dagoba entouré de cellules qui 151 POLONNARUWA Kiri vihararenferment des statues du bouddha modestement honoré d'un pétale de fleurs et où parfois achève de se consumer un bâtonnet d'encens. Les parois protégées du soleil sont moussues. Plus loin un bel ensemble comporte un grand temple renfermant un grand bouddha debout mais sans tête et à côté un beau dagoba, le Kiri Vihara, bel exemple presque intact, avec sa demi-sphère de brique couverte d'un enduit de chaux autrefois blanche, surmontée d'un cube reliquaire et enfin d'une élégante flèche. Nous continuons par le Gal Vihara, site de quatre bouddhas géants, un debout et un couché, très beaux dont les plis des robes se mêlent aux strates de 164-POLONNARUWA-Gal-Vihara-Buddha-couche.JPGla roche. Les deux assis sont moins intéressants. Un Coca plus tard, nous reprenons la voiture pour un dernier temple, la salle Tivanka, très joliment décorée extérieurement de frises de nains déchaînés en diverses positions et des classiques lions, éléphants, malaisés à voir dans leur ensemble à cause d'un échafaudage qui supporte une toiture de protection. A l'intérieur, des fresques, très peu visibles, qu'éclaire le gardien avec sa lampe torche, de personnages très fins en vêtements de fête, des scènes qu'il faudrait mieux distinguer et expliquer. Nous en avons terminé et le chauffeur ravi nous ramène à toute vitesse à l'hôtel pour une heure de repos. Nous repartons pour nous rendre dans un « spa » où Marie comptait essayer du massage ayurvédique. Les tarifs pratiqués nous en dissuadent vite, nous nous sentons encore une fois considérés comme des vaches à euros ! Je ne suis pas content et le dis au chauffeur qui espérait sans doute une gratification au passage. Nous lui demandons de nous emmener dans un cybercafé, il nous conduit dans un hôtel de luxe de la terrasse duquel on a une vue splendide sur le lac. L'ordinateur mis à la disposition de la clientèle est sous un tissu, l'en débarrasser, le brancher, le démarrer est trop long, on nous installe dans le bureau du directeur ! La connexion est extrêmement lente, en une demi-heure nous n'aurons que le temps de lire le message de Nicole, de lui répondre, d'écrire à Michèle et d'apprendre le départ de Moubarak. Retour à la chambre. Nous nous installons sur la terrasse pour lire et écrire en attendant le moment de dîner. Repas identique à celui de la veille, du poulet archi-frit et des nouilles sautées avec du poulet, l'addition de poudre de coco légèrement épicée pimente le plat. Le patron, très sirupeux, est désolé de ne pas avoir de glace à nous proposer en dessert.

 

Samedi 13 février : Toujours autant de mal à émerger au matin. Nous quittons la guest house et revenons sur nos pas. Après une portion de bonne route sur laquelle la voiture s'envole, Sharith, le chauffeur se calme sur une route secondaire étroite dont le revêtement a en grande partie disparu. Nous sommes dans la jungle comme il se plaît à nous le dire, une forêt dense mais sans grands arbres. Des pitons apparaissent et nous longeons celui de Sigiriya, but de la journée. Nous traversons le village, une succession de boutiques et de guest houses à destination des touristes pour qui Sigiriya est un must. Nous dépassons le village, continuons quelques kilomètres jusqu'à notre campement, un ensemble de quelques bungalows disséminés dans un jardin à peine défriché. Le bungalow semble très correct et même agréable avec une terrasse et des fauteuils pour profiter de la « jungle » ! Nous repartons aussitôt pour le site. Nous contournons des douves et entrons dans l'ancienne cité par les jardins symétriquement disposés de part et d'autre d'une allée qui se dirige droit vers le gros paté de lave dont les parois verticales émergent de la végétation. Nous avons la surprise de retrouver Christiane Grandchamp et une de ses amies Christine ! C'est la 177-SIGIRIYA-Jardins.JPGseconde fois en quelques années que nous nous retrouvons par le plus grand des hasards, la fois précédente au Yémen ! Nous échangeons des informations tout en cheminant... Après les jardins, nous traversons un amoncellement de rochers, creusés de grottes autrefois habitées par des bonzes. Puis commencent des volées d'escaliers qui nous élèvent progressivement au-dessus de la plaine. Nous découvrons le paysage de forêt dense d'où surgit à faible distance un Bouddha moderne tout blanc, les montagnes dans le fond sortent à grand peine de la brume. Nous parvenons au pied de la falaise. Un escalier moderne en colimaçon, enfermé dans une cage grillagée, nous amène devant une anfractuosité de la paroi où d'extraordinaires fresques aux coloris 178-SIGIRIYA-Fresques.JPGd'une étonnante fraîcheur s'offrent à nos yeux. Elles représentent toutes des femmes, à la belle poitrine dénudée, couvertes de tiares et de bijoux, celles de profil pourraient être mayas ! Nous redescendons l'escalier en colimaçon, continuons le long d'une paroi couverte de graffitis anciens et modernes, indéchiffrables pour nous puisqu'en alphabet cinghalais. Encore des marches et nous débouchons sur une plate-forme en partie ombragée. Des griffes géantes de lion sont tout ce qui reste d'une statue qui devait être digne du sphinx de Guizeh. Marie capitule et m'attend à l'ombre tandis que je me lance dans les dernières volées d'escalier à l'assaut de la falaise, en compagnie de nombreux touristes mais aussi de 191-SIGIRIYA-Sommet.JPGCinghalais venus en week end. Je découvre un espace couvert de constructions étagées en briques, sur plusieurs niveaux dont le rôle est encore disputé, palais royal ou monastère ? Des bassins, des salles avec des banquettes taillées dans la roche laissent libre cours à l'imagination. La vue porte sur 360°, la forêt, les étangs qui débordent et les toits du village. Je redescends plus vite et retrouve Marie en compagnie de Christiane et Christine. Nous descendons de concert, en passant devant une salle d'audience pourvue elle aussi de banquettes taillées dans la masse puis dessous un rocher en surplomb qui lui a valu le nom de « capuchon de cobra ». Nous rejoignons le parking où nous nous offrons des boissons presque fraîches. Marie se fait chiper un biscuit par un audacieux macaque ! Le chauffeur arrive, il ne fait pas de difficultés pour déposer nos deux compagnes sur la « grande route » avant de nous ramener à l'hôtel où nous nous reposons au frais. Nous avons commandé deux shop suey, l'un au poulet, l'autre « mixte », nous sommes confrontés à deux assiettées de riz couvert de tranches de pommes de terre bouillies, additionnées de choux et de carottes et accessoirement de morceaux de poulet et de poisson, le porc et le boeuf prévus sont absents « en ce moment ». C'est copieux, nourrissant mais une deuxième bière sera nécessaire pour les faire descendre...


Lundi 14 février : Nous traînons, pas pressés, et puis c'est la Saint205-DAMBULLA-Temple-dore.JPG-Valentin ! Petit déjeuner avec, comme il se doit dans une ancienne colonie de l'Empire britannique, des fruits frais et des œufs. Nous partons pour Dambulla, à quelques kilomètres sur  une bonne route. Nous entrons dans le Temple doré, un grand bâtiment dans lequel on pénètre en montant quelques marches avalées par la gueule grande ouverte d'un lion surmonté d'une haute statue dorée du Bouddha qui semble compter sur ses doigts... Un sommet du kitsch ! C'est à la fois laid et superbe, la ferveur populaire s'y affiche dans sa simplicité : hommes, et femmes surtout, déchaussés, quelques tiges de lotus dans les mains jointes, se recueillent devant l'image. Mais l'intérêt du site est plus haut, encore des escaliers à gravir sous un soleil cruel avant de parvenir devant un ensemble d'abris sous roche, fermés par des murs et par une galerie plus récente, chaulée et d'allure portugaise ou hollandaise avec des frontons ouvragés. J'ai dû 214--DAMBULLA-Grottes.JPGme déchausser à l'entrée et Marie se couvrir les épaules d'un foulard. En raison de l'affluence, les groupes de touristes de toutes les nationalités arrivant à la même heure que nous, nous commençons par la seconde des cinq grottes. Nous entrons dans une très vaste salle dont le pl217-DAMBULLA-Fresque.JPGafond naturel est entièrement couvert de fresques aux belles couleurs encore vives qui dateraient du premier siècle avant notre ère. Elles représentent le Bouddha, soit en une répétition d'images identiques, soit entouré de scènes de batailles entre des démons ou des défilés de chars et d'éléphants. Nous manquons malheureusement d'informations sur ces fresques. Alignées le long des murs, des statues du même Bouddha, assis, debout ou couché, forment un surprenant ensemble coloré. Les éclairs de flash crépitent mais ne troublent pas la sérénité des quelques fidèles qui, mains jointes levées sur le front, récitent des mantras et ne semblent pas nous en vouloir de les envahir ainsi. Nous passons dans les quatre autres grottes, plus petites, moins 224-DAMBULLA-Bouddha.JPGépoustouflantes que la première mais il s'y trouve tout de même de beaux bouddhas couchés et des peintures intéressantes. Nous avons pris notre temps, les groupes se sont sauvés vers les cars, il ne reste plus que des touristes isolés et les singes rigolards. Nous pouvons profiter en paix des lieux, de la vue, hélas brumeuse, sur la plaine que nous dominons, avant de redescendre et visiter le musée bouddhique à l'intérieur du Temple doré. Un ensemble de bouddhas en or ( ou plaqué or ? ), donnés par de riches ressortissants thaïlandais, coréens ou autres, une reproduction des fresques mais sans explications, dommage, c'était l'occasion d'apprendre... et des objets relevants de la pratique du bouddhisme. Nous repartons, le chauffeur nous fait passer le long d'un lac artificiel avant de rejoindre Sigiriya où il tient à ce que nous déjeunions dans un établissement uniquement fréquenté par des touristes ( et leurs chauffeurs... ). La formule est un buffet avec l'inévitable rice and curry mais les plats ne sont pas épicés, à l'exception de quelques-uns, placés à part et bien précisés HOT ! Nous mangeons à satiété mais sans vraiment nous régaler et Marie trouve trop épicés les curries les plus forts, une glace à la vanille la ranime... Nous revenons pour une sieste à la chambre. Nous avons déménagé pour un autre bungalow plus spacieux, notre meilleur hébergement à ce jour. Nous repartons à seize heures pour un salon de massage, chez un(e) particulier(e) où Marie s'est décidée, ( pour la Saint-Valentin ! ), à se faire faire un massage avec des huiles d'herbes non précisées. Pendant qu'elle se fait remettre en place les muscles je vais à un cybercafé proche, la connexion est plus rapide mais pas de messages nouveaux et je ne parviens pas à reporter sur le blog, faute du logiciel non installé sur l'unique ordinateur du « cybercafé », le texte de la première semaine. Marie se déclare satisfaite de son massage mais ce n'est pas une révélation... Retour à la chambre pour la fin de la journée. Nous dînons presque frugalement, omelette, sandwich au poulet et frites puis au lit !

 

Mardi 15 février : Nous quittons notre guest house dans la jungle ( ! ) et reprenons la route de Kandy. Quelques kilomètres plus loin, au village de Nalanda, 237--NALANDA-Temple-sculpture.JPGnous bifurquons sur une route très étroite et en voie de disparition jusqu'à un lac artificiel. Nous devons continuer à pied une centaine de mètres sur une digue jusqu'à un joli petit temple de type indien avec un sanctuaire shikara. Il a été remonté récemment mais la pierre est très usée et les scènes érotiques censées se trouver sculptées dans la pierre sont très  difficiles à identifier à l'exception de l'une d'elles et encore faut-il avoir l'esprit mal tourné... L'endroit est agréable, à côté d'un dagoba de petite taille et d'un arbre de la bodhi où sont accrochés des lambeaux de 243-ALUVIHARA-Fresques-et-Bouddha.JPGtissus votifs. Nous repartons jusqu'à Aluvihara pour un nouveau temple, bouddhiste cette fois, et encore en activité. Encore des marches à monter, point trop, pour atteindre des sanctuaires dans des grottes, de moins grande dimension qu'à Dambulla. Elles renferment aussi des bouddhas couchés et les voûtes naturelles sont couvertes de fresques qui représentent des fleurs de lotus de toute taille. Une autre grotte a dans son vestibule des fresques très réalistes qui décrivent les tortures infligés aux pêcheurs humains par des démons qui ne manquent pas d'imagination ! Encore une fois et quelle que soit la religion, c'est dans l'invention de supplices que244-ALUVIHARA-Fresques.JPG l'homme a le plus d'idées ! En montant quelques marches supplémentaires nous avons une belle vue sur les montagnes et, à mi-hauteur, un Bouddha doré, de grande taille qui semble récent. Nous n'envisageons même pas d'y monter... Le chauffeur nous vante la qualité des épices et des baumes de la pharmacopée ayurvédique fabriqués dans la région. Il nous arrête dans l'un des jardins qui se succèdent tout au long de la route. On nous promène dans un jardin d'exposition où nous retrouvons des végétaux tropicaux que nous connaissons bien, poivriers, vanilliers et d'autres qui nous sont nouveaux mais que nous ne saurons tout de même pas reconnaître par la suite. Inévitablement, à la fin, on nous propose des produits qui semblent guérir toutes les maladies. Marie se contente d'acheter, sans marchander, un flacon d'huile de 255-MATALE-Temple-hindou.JPGcoco qui doit rendre ses cheveux plus brillants. A la sortie de l'agglomération de Matale, nous apercevons un temple très décoré avec une haute tour couverte de personnages. Il s'agit d'un temple hindou, en activité. Le chauffeur qui n'avait pas prévu de s'y arrêter, nous dépose. Il s'y déroule une cérémonie qui a attiré une foule de Tamouls et nous ne pouvons y pénétrer. Nous devons nous contenter d'en faire le tour, en croisant une procession qui se rend dans le temple. Nous retrouvons l'atmosphère des temples du sud de l'Inde avec ses tours décorées et peintes de couleurs criardes. Une marque rouge, parfois répétée, est apposée sur le front des hommes et des femmes. Ces dernières ont revêtu leurs plus beaux sariet orné leurs belles chevelures nouées en chignon259-MATALE-Femme.JPG de fleurs blanches. Elles se laissent prendre en photo en souriant. Les vingt derniers kilomètres avant Kandy sont particulièrement pénibles. La route, étroite, monte en lacets serrés, embouteillée par tout ce que le pays compte de bus et de camions cacochymes qui se traînent au pas en crachant des volutes de fumées noires à damner un écologiste bien né ! Nul ne nous a parlé d'un sirop ayurvédique pour les bronches... Nous parvenons à nous échapper par une route secondaire dans les faubourgs de Kandy, afin de nous amener à un restaurant où nous avons la bière la plus fraîche du voyage pour faire passer un curry de bœuf. Nous entrons dans la ville, saoulante d'activité, sans voir le lac. Nous nous installons à l'hôtel, avec vue sur la montagne, sur les maisons qui s'y bâtissent et la mosquée en construction en contrebas... Repos puis nous repartons, emmenés par le chauffeur sur l'autre versant chez un joaillier. Ils sont nombreux en ville, à en croire les enseignes, et tous se targuent d'un musée des gemmes. Nous avons droit à une vidéo en français dans laquelle, sans vergogne, on nous présente les modes primitifs d'extraction des boues, le tri à la batée puis la taille. La visite se termine par le magasin de vente. De riches et élégantes cinghalaises en sari chatoyants se font montrer bracelets et boucles d'oreilles sertis de pierres précieuses. On tente bien de capter l'intérêt de Marie avec une bague ornée d'un saphir bleu mais nous résistons ! Nous nous rendons ensuite dans un centre culturel où, en compagnie de plusieurs centaines de touristes, tous amenés par leurs chauffeurs, guides et 265-KANDY-Danses.JPGrabatteurs, nous allons assister à un spectacle de danses kandiennes. Des tambours variés frappés par des hommes entraînent dans des danses de plus en plus rapides, accompagnées de sauts périlleux en arrière, des hommes, certains grassouillets, et des femmes aux gestes plus gracieux. Le spectacle se continue à l'extérieur avec une marche sur des charbons ardents. J'en ressors avec le même sentiment qu'à Cuzco ou à Moorea... Mais aujourd'hui, nous avons été de gentils touristes, bien disciplinés, nous sommes allés partout où notre chauffeur tenait à nous emmener ! Retour à la chambre en traversant un centre ville, démentiellement animé. Nous dînons à l'extérieur, seuls clients de l'hôtel, avec vue sur les collines éclairées. Nous nous faisons servir, l'un une plâtrée de riz frit garni de morceaux de viande, bœuf et porc, l'autre la même portion de nouilles avec des crevettes. Riz le midi, nouilles le soir ou l'inverse, pas ainsi que je vais ramener mon tour de taille à celui de mes vingt ans !

 

Mercredi 16 février : Nous avons installé la moustiquaire pour la nuit, ce qui n'a pas empêché un malotru de venir nous importuner dans notre sommeil. Après le petit déjeuner pris sur la terrasse, sans œufs dont je commence à me lasser nous partons avec « 271-KANDY-Jardins-botaniques.JPGAltogether » comme j'appelle désormais notre chauffeur qui place cette expression dans toutes ses phrases... Il nous dépose à l'entrée du Jardin Botanique qui, comme son nom l'indique, rassemble sur quelques hectares des espèces de végétaux de Ceylan et autres pays tropicaux. Nous devons payer un droit d'entrée vingt-deux fois supérieur à celui des nationaux ! Ce qui explique la présence de nombreux couples d'amoureux très jeunes et très sages, assez fortunés pour payer cinquante roupies l'entrée au lieu d'aller en cours ! Nous n'apprécions guère la disposition trop sage, les trop belles pelouses et les chemins goudronnés. Cela manque d'exubérance, de fantaisie, de mélanges, ce que nous avions apprécié aux Antilles ou dans le Pacifique. Nous devons attendre à la sortie «Altogether» qui tarde après être allé faire réparer une roue qui se dégonfle. Nous enchaînons avec un circuit dans la jolie campagne proche. Nous traversons une belle végétation qui laisse la place, dans les fonds de vallées, à des rizières jaunies. Nous 284-KANDY-Gadaladeniya-Stupa.JPGparvenons à un premier temple, Gadaladeniya, qui comprend, sur une dalle rocheuse, deux lieux de culte, l'un hindou, très modeste, l'autre bouddhiste, se partageant les rares fidèles. Le temple bouddhiste est ancien, la pierre est érodée, on devine encore des sculptures sur les murs extérieurs, un échafaudage l'enveloppe peut-être pour une restauration. Nous continuons jusqu'à un second temple, lui aussi bouddhiste avec une annexe hindou, Lankatilake, sur un piton rocheux qui domine les rizières, plus fréquenté ; de sages jeunes filles nattées, en uniforme blanc d'une école, accompagnées de jeunes moinillons dans leur robe safran, se sont égayées dans et autour du temple. Elles ajoutent une note de couleur et de gaîté à ces pierres grises. Nous pouvons, moyennant une obole tarifée, après avoir franchi une belle porte peinte, pénétrer dans une salle occupée par une statue de Bouddha et des murs couverts de fresques intéressantes. Le dernier lieu de culte, Embekka devale, est lui aussi très fréquenté, son intérêt est dans une salle d'audience qui 297-KANDY-Embekka-Piliers.JPGprécède le temple. Ouverte de tous les côtés, elle n'est qu'un toit de tuiles supporté par de splendides poteaux sculptés sur leurs quatre faces de scènes mythologiques, avec des lutteurs, des danseuses, des combats d'éléphants et des animaux mythiques. Nous rentrons ensuite à Kandy. Nous nous faisons déposer dans le centre ville. Nous déjeunons au Kandy Muslim hotel qui comme son nom ne l'indique pas est un restaurant et non pas un hôtel mais qui par contre est bien musulman et donc ne sert pas de bière. Nous grignotons des samoussas pas trop épicés et d'autres croquettes indéterminées puis du kottu, une galette de pâte découpée en morceaux puis frite avec des légumes, des épices et éventuellement de la viande ou du poisson. Tout cela pour un prix dérisoire ! Nous marchons dans les rues du vieux centre ville, anciennes maisons de commerçants d'avant-guerre, à un ou deux étages, avec le nom du fondateur souvent à consonance musulmane 304-KANDY-Lac.JPGinscrit au fronton. Visite rapide d'un temple puis nous filons découvrir le lac entouré de collines pas trop couvertes de maisons. Au milieu, un îlot avec quelques palmiers. Nous contournons les jardins d'accès du Temple de la dent, défendu depuis l'attentat de 1998 par des barricades et même par des postes de l'armée derrière des tas de sable. Nous parvenons au musée, inexplicablement fermé. Nous passons une fouille très symbolique avant d'entrer dans les jardins puis après avoir payé, en notre qualité d'étrangers fortunés, un droit d'entrée dont sont dispensés les locaux, nous pouvons pénétrer dans le temple, déchaussés sauf Marie. Derrière des remparts crénelés, une construction en forme de tour, à toit de tuiles 307-KANDY-Temple-de-la-dent.JPGdorées, renferme dans des écrins en or une dent de Bouddha ! Sa possession est la fierté des Sri Lançais et la marque du pouvoir. La puissance du clergé bouddhiste et le pouvoir politique ne font qu'un ici. A l'étage supérieur derrière une porte fermée, se trouve la précieuse relique. Les dévots, très souvent vêtus de blanc, apportent des fleurs, surtout des lotus qu'ils déposent sur une longue table devant le tabernacle puis s'assoient et restent en prière, les mains jointes, le front posé dessus. Nous suivons le circuit qui nous fait ensuite passer par un bâtiment plus récent et qui abrite des collections de bouddhas de marbre blanc offerts par de généreux donataires étrangers. Dans les étages sont exposés 311-KANDY-Temple-de-la-dent.JPGdivers objets religieux, des photos des dégâts causés par la bombe. Nous retrouvons l'air libre, traversons un espace où les fidèles viennent alimenter des coupelles en huile de coco et y faire brûler des mèches avant de déposer leurs offrandes de fleurs. Ils poussent la gentillesse jusqu'à bien se placer pour que je les prenne en photo ! Une salle renferme la dépouille naturalisée d'un éléphant qui pendant cinquante ans avait eu l'honneur de promener la dent lors de cérémonies. Nous revenons dans le temple pour assister à la puja du soir. Des musiciens, des joueurs de tabla et autres tambours ainsi qu'un flûtiste, annoncent l'ouverture des portes de la salle inférieure et l'arrivée de bonzes qui, avec d'autres personnes, sans doute des donateurs, sont autorisés à pénétrer dans le Saint des Saints. Peu de gens à ce niveau assistent à la cérémonie, je vais donc voir ce qui se passe à 326-KANDY-Temple-de-la-dent-puja.JPGl'étage. L'affluence y est nettement plus importante, on s'écrase, se bouscule pour tenter d'apercevoir, lorsque les portes sont ouvertes, l'écrin en or de la divine dent. C'est alors le comble du délire, tous veulent approcher et les policiers ont fort à faire pour canaliser la foule. Il fait nuit quand nous ressortons et repassons par les temples hindous proches. Là aussi, les fidèles sont venus fêter le coucher du soleil, des tambours et des flûtes invisibles se font entendre, nous distinguons dans la lumière des petites lampes à huile des familles qui pique-niquent à l'orée des temples. Nous retrouvons le chauffeur qui nous ramène épuisés à l'hôtel. Une bière fraîche nous réconforte puis un dîner avec du poulet pas assez grillé ( ! ), des frites et une seconde bière, termine la journée. Mais je ne suis pas encore couché, il faut encore raconter cette journée et s'occuper des photos !

 


 

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