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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 13:10







Samedi 24 octobre
 : Nous avons décidé qu’aujourd’hui serait une journée de repos. En conséquence nous nous levons presque une heure plus tard ! Marie se douche, je refais les pleins d’eau et nous quittons ce camping à l’hôtesse charmante, gaie mais peu faite pour gérer une auberge ! Nous allons jusqu’à Tafraout, toujours sous un beau ciel bleu qui met en valeur les roches et les palmiers de la vallée. La ville n’a pas trop changé, et s’est peu agrandie. Nous repérons le camping, à la limite de la ville et de la palmeraie. Nous trouvons un cybercafé où nous pouvons nous connecter en utilisant notre ordinateur. Nouvelles de Nicole, ses problèmes de santé inquiètent Marie qui voudrait en faire part à tous. Nous repartons, après avoir hésité sur la direction, vers Agard Oudad, un très proche village, au pied d’un énorme rocher, appelé « Chapeau de Napoléon », je n’ai jamais compris pourquoi ! Les maisons sont toutes récentes et si elles respectent les coloris rouge rosé, elles n’ont plus le charme de celles d’antan (refrain connu !). Plus loin, nous prenons une piste qui serpente entre les blocs de rochers pour arriver en vue des « Rochers peints ». Un artiste (?) a cru nécessaire d’en peindre quelques-uns en bleu ou en rouge. Les intempéries se sont chargées d’en atténuer l’éclat. Les approcher nous oblige à descendre un tronçon de piste particulièrement gratiné, que j’espère bien ne pas avoir à remonter ! Nous continuons de rouler dans cette vallée entourée de collines surmontées de blocs de rochers qui semblent tous en équilibre précaire, entre épineux, arganiers et quelques oliviers. L’un de ces arbres dispensant une ombre suffisante, nous nous garons pour déjeuner et prendre le temps de préparer le blog. Nous continuons vers Agard Oudad et reprenons le goudron. Nous traversons Tafraout et retournons sur la route par laquelle nous sommes arrivés hier soir. Nous suivons une piste qui nous amène au village de Oumesnat, au pied de la montagne, qui a gardé quelques maisons anciennes. Nous en approchons à pied, pas de trop près pour ne pas être consternés par les ruines que nous pouvons apercevoir. Nous reprenons la voiture pour continuer dans la vallée des Ammeln. Une succession de villages roses, alignés au pied du jebel, piquetés de palmiers et d’amandiers, hélas pas encore en fleurs. Nous tentons des incursions sur plusieurs pistes pour entrer dans des villages mais nous ne trouvons pas de maisons anciennes. Tous les épiciers du Maroc se font ou se sont fait construire des maisons, parfois tape-à-l’œil. Nous faisons une boucle qui nous ramène à Tafraout. Ce n’est que dans les tout derniers kilomètres que nous retrouvons des maisons perchées sur les blocs de rochers. Quelques-unes, d’un rouge plus soutenu, ont conservé leur beau portail décoré, crépi en blanc, percé de petites ouvertures. Nous allons acheter les dernières cartes postales puis allons nous installer au camping. Nous n’y sommes pas seuls, des « vieux » en camping-car sont en nombre… Nous sortons fauteuils et table pour profiter de la fin d’après-midi, sans courir les pistes ! A l’heure dédiée à cet acte important de la vie sociale française, on entend les occupants des camping-cars parler de « prendre l’apéro ». Nous ne dérogeons pas… Nous allons ensuite dîner en ville, dans un estimable établissement, « L’étoile du Sud », qui propose un honnête menu marocain et surtout possède la licence de vente de l’alcool ! Pour la première fois, nous pouvons boire un Guérouane rosé, bien frappé comme le fait remarquer le garçon. L’hypocrisie veut que nous devions dissimuler la bouteille ! Je ramasse un chaton, gros comme mon poing qui semble apprécier le confort de mes cuisses. Sûr que Julie l’aurait adopté. Nous rentrons au camping où tout le monde dort déjà.

 

Dimanche 25 octobre : Nous petit déjeunons dehors, salués par les convois de camping-cars qui prennent la route. Nous sommes les derniers à partir. Nous retournons au cybercafé lire notre courrier et mettre à jour le blog. Nous repartons par la route de la veille au soir pour revoir, sous un autre éclairage, les belles maisons anciennes, posées sur les rochers, celles qui ont des portails décorés avec des dessins en forme de triangles ou de losanges et de belles petites ouvertures. Nous approchons d’un village où je pénètre pour pendre des photos de maisons, en voie de disparition, dissimulées derrière les imposantes constructions modernes aux fenêtres larges. Nous poursuivons en direction de Tiznit avant de prendre une route secondaire puis une piste sur un plateau désertique. Nous commençons à apercevoir le cañon de l’assif n’Wifguig. Une entaille dans la montagne qui laisse apparaître des falaises étagées jusqu’au fond où, dans le lit de l’occasionnel torrent, poussent des palmiers. Nous entamons la très impressionnante descente dans ce cañon, la piste n’a que la largeur d’un véhicule, la pente est raide, la montée doit être sportive, les virages en épingle à cheveux si serrés qu’il faut les passer en deux temps. Je me laisse glisser, debout sur les freins, prenant tout de même le temps d’arrêter pour admirer les roches creusées par les eaux dont les tourbillons sont visibles sur les parois rouges. Peu avant la fin de la descente, alors que la palmeraie devient plus importante, nous apercevons, niché au pied de la falaise, au-dessus des palmes, le village de Igmir. Nous y sommes peu après, soulagés ! Vu de près il est sans intérêt, presque abandonné. Toutes les maisons sont modernes, construites par des habitants qui ont émigré dans les villes et qui ne les occupent que durant l’été. Nous roulons dans la palmeraie, la faible surface disponible n’a permis que le tracé d’une piste des plus étroites et nous passons au ras des troncs. Nous trouvons néanmoins un espace assez grand pour nous garer, le temps de déjeuner. Nous repartons, sortons de la palmeraie et roulons alors dans le lit de galets de l’oued, toujours dans des gorges superbes, plantées de magnifiques arganiers de belle taille. Les falaises s’écartent, s’abaissent et nous retrouvons une piste plus large et meilleure. Puis une portion de goudron nous amène à la « grande » route qui file vers Goulimine. Il y fait très chaud, une chaleur sèche qui explique peut-être mes problèmes d’eczéma aux doigts. Nous roulons vite, de plus en plus assoiffés. Nous bifurquons, toujours sur le goudron, pour revenir sur la route de Tafraout à Tiznit. Le paysage, un plateau sans relief, sans villages intéressants, est monotone et pourrait être n’importe où vers Casablanca… Nous arrêtons pour que je puisse m’offrir un Coca, Marie ne trouve pas de Tonic… Nous retrouvons la route commencée ce matin et passons le col de Kerdous d’où la vue sur toute la plaine est très étendue. Nous voulons arriver à Tiznit, si possible avant la nuit, mais des spasmes sournois et fulgurants agitent soudain mes intestins, mes sphincters demandent grâce. Je les écoute et leur concède un arrêt défécatoire. Je ne puis, pour atténuer à Marie les désagréments olfactifs et sonores, que tendre le rideau entre la cabine et la cellule. Pour ce qui est de son imagination, je lui recommande, sur un ton badin, la lecture des Saintes Ecritures, pendant l’accomplissement de cet acte, parfaitement réjouissant pour ma part… Nous sommes à Tiznit au coucher du soleil, nous y retrouvons le camping où nous étions passés l’an dernier et nous nous y installons. Je vais porter du linge à la laverie, courte promenade qui me  permet de récupérer ! Il ne fait plus aussi chaud que dans l’après-midi, nous aurions presque froid !

 

Lundi 26 octobre : Nous n’avons pas un programme chargé aujourd’hui aussi je laisse Marie dormir jusqu’à huit heures. Les voisins remballent antennes paraboliques, tapis faux gazon, barbecue dans leurs bahuts format poids lourds, pour se rendre en troupe au prochain point de ralliement… Nous en faisons presque autant puisque nous avons quitté le Maroc rustique pour commencer à rejoindre celui des villes, étapes incontournables de tout voyageur en quête d’exotisme… Nous allons d’abord nous garer sur la grande place du Méchouar qui n’a pas dû beaucoup changer depuis quelques décennies et qui conserve un reste d’authenticité avec ses magasins trouve-tout, ses entrées aux souq et kissaria, ses agences de transport, arrêts des bus en route pour « le Sud ». Je vais poster les dernières cartes puis nous allons dans un cybercafé, pas café me précise-t-on. Pas de nouvelles. Tant pis ! Nous achetons Le Monde avant d’aller traîner dans le souq des bijoutiers, surtout des bijoux en or, modernes, mais nous trouvons tout de même deux ou trois boutiques qui ont de belles pièces anciennes et je finis par faire l’emplette d’une fibule, simple, une pièce en argent de 1299 (de l’hégire) avec une aiguille décorée. Nous allons récupérer le linge, repassé, plié ! Nous sortons de Tiznit, pour Agadir. Il fait encore bien chaud mais en approchant du bord de mer, cela devient supportable. Agadir continue de s’étendre, de nouveaux quartiers sortent de terre. La ville est propre, aérée, moderne, les avenues plantées de palmiers, fleuries. Une jeunesse choyée, bien vêtue, fréquente des établissements aux noms anglo-saxons. Nous trouvons le supermarché Marjane, le Carrefour local. Clientèle de Marocains aisés et d’Européens résidents ou camping-caristes en quête de produits « interdits », tel l’alcool ! Nous refaisons les stocks de bière et de vin puis déjeunons sur le parking avant de chercher le terrain de camping. Il est situé à la sortie de la ville, au pied de l’ancienne citadelle. Le réceptionniste me prévient d’emblée qu’il n’y a pas d’eau dans la piscine, que le cybercafé annoncé ne fonctionne pas, mieux encore qu’il n’y a pas d’eau chaude et que les sanitaires ne sont pas opérationnels ! Le tarif demandé étant le plus élevé de ceux que nous avons connus pendant ce voyage, nous n’hésitons pas à poursuivre notre route en longeant la côte, en quête d’un autre terrain plus accueillant. La mer est belle, calme et donne des envies de baignade, d’autant que des kilomètres de plages peu fréquentées se succèdent. Nous trouvons un camping à une vingtaine de kilomètres d’Agadir, un ghetto pour Européens avec tout sur place, y compris le lavage des voitures, situé à l’intérieur des terres. Il en existe un autre en bord de mer, sur une très belle plage, relevant de la même direction mais nous ne sommes pas autorisés à y passer la nuit ! Nous pouvons y rester de jour seulement… Nous allons nous y garer, sortons les fauteuils et nous installer sur la plage. Je vais tâter l’eau, elle me paraît bien fraîche mais je m’habitue et me laisse mouiller par les vagues. Nous passons la fin de l’après-midi sur la plage, à lire le journal avant de nous replier sur la terrasse du restaurant où je peux me raccorder au courant pour utiliser l’ordinateur. Nous y dînons de poissons, comme je le souhaitais depuis déjà quelque temps. Mais si le cadre est agréable avec le bruit du ressac, la cuisine est des plus basiques : des rougets, des soles, des calamars et une dorade tellement frits que le goût en est perdu. Nous retournons nous installer dans le camp de concentration. Je vais au cybercafé qui en fait partie mais la connexion est très lente et après avoir pris connaissance du message du gîte à Marrakech, recommandé par madame de L..., je n’ai que le temps de rajouter trois photos sur le blog.

 

Mardi 27 octobre : Les installations sanitaires du terrain étant parfaites, nous leur faisons honneur. Nous partons alors qu’une brume de mer recouvre la côte et nous dissimule les plages aperçues la veille. Nous quittons la route d’Essaouira pour une route goudronnée qui grimpe en lacets serrés sur un plateau couvert de genévriers. La route se transforme aussitôt en piste rocailleuse, correcte au début. Nous avons des vues sur toute la côte et en particulier sur les bancs de nuages qui occupent le fond des vallées alors que les sommets des montagnes en émergent. Un véritable paysage chinois ! La piste court à flanc de montagne en suivant une ligne de crêtes. Son état ne s’améliore pas et nous retrouvons, une fois de plus, les éboulis, les marches et les affleurements rocheux à gravir. Des rats palmistes s’enfuient sur la piste, la queue dressée. La vue porte alors sur les montagnes d’un rouge vif, piquetées du vert des arganiers puis des amandiers. Des ruches ont été installées en bordure de piste. Nous ne revoyons de maigres cultures que dans la descente. Nous retrouvons le goudron avec plaisir et continuons vers Imouzzer des Ida Outanane, en franchissant un col. Nous nous garons sur le parking prévu pour les touristes, peu nombreux en cette saison. Un sentier que l’on suit d’étal en étal de marchands de souvenirs, colliers « berbères », faux fossiles, boîtes en bois de thuya etc… Il ne tombe de la cascade qu’un très maigre filet, peut-être un robinet mal fermé, qui goutte dans un bassin au pied de la falaise lissée par des siècles de chutes d’eau. Nous déjeunons dans le camion puis repartons, définitivement sur le goudron, en direction de la grotte Wintamdouine. La route s’enfonce en direction de belles gorges puis s’élève sur la falaise avant de s’arrêter brutalement. Une piste, barrée, prend la suite mais nous observons aux jumelles des éboulements qui la coupent. Nous n’avons pas le courage de continuer à pied et nous retournons sur la route d’Agadir. La descente dans la plaine du Souss nous plonge dans la chaleur étouffante. Nous tournons pour nous diriger vers Taroudant. Nous retrouvons ses beaux remparts que nous longeons puis franchissons pour plonger dans les rues étroites du centre de la ville ancienne. Des piétons, des vélos, des tombereaux tirés par des ânes, des fiacres, des voitures, des bus, des camions, (et nous !), essaient de se frayer un chemin. Le nôtre est d’autant plus hasardeux que nous ne savons pas où nous allons… Nous traversons ainsi deux fois la ville avant d’apprendre qu’il n’y a pas de camping à Taroudant mais que l’usage veut que les camping-cars stationnent sous les remparts, près de la Province. Nous nous y rendons. Il s’y trouve déjà un convoi de 25 camping-cars, bien serrés pour se tenir chaud ! Les lieux repérés, nous retournons dans le centre et trouvons à nous garer sur une place. De là, nous entrons dans les souq. Nous trouvons un marchand d’antiquités qui nous montre plusieurs fibules taouka, pas très grandes mais deux sont intéressantes et comme nous nous accordons à peu près sur le prix du gramme d’argent, nous faisons affaire (certainement plus lui que nous…) pour l’une d’elles. Nous errons dans la kissaria, chez les marchands de babouches. La découverte d’une échoppe de cordonnier provoque un réflexe salvateur. Je vais rechercher les deux paires de chaussures dont les semelles avaient une fâcheuse tendance à s’échapper et les lui rapporte. Une demi-heure plus tard, elles sont recollées, clouées, comme neuves. J’en profite pour lui faire découper des semelles, en vrai cuir, pour l’intérieur de celles que j’ai aux pieds. Me voici rechapé pour quelques années. Nous cherchons un cybercafé pour confirmer notre arrivée au gîte de Marrakech. Je ramène le camion et nous allons nous garer au milieu du convoi. L’accueil est frais, nous faisons figure d’intrus !

 

Mercredi 28 octobre : Le convoi s’ébranle alors que nous petit déjeunons, sans un au revoir… Nous faisons le tour des remparts de terre qui enserrent la ville ancienne dans sa totalité. Au dessus des murailles  crénelées, renforcées de tours carrées, les toits des maisons sont surmontés des inévitables antennes paraboliques. Nous visitons le quartier des tanneurs. Fini les cuves dans lesquelles macéraient dans une odeur nauséabonde des peaux que de pauvres hères foulaient pieds nus. Les bassins sont en béton et les employés munis de cuissardes. Je ne puis m’échapper de la boutique qu’après avoir fait l’emplette d’une paire de babouches ! Nous quittons Taroudant sous un ciel brumeux, les montagnes de l’Atlas forment une masse compacte indistincte. Après quelques kilomètres dans la riche plaine où se succèdent les domaines producteurs d’oranges, nous nous dirigeons vers les montagnes. La route en meilleur état qu’annoncé, s’élève au flanc de l’Atlas. Nous apercevons de beaux villages au-dessus des cultures étagées. Nous montons, montons jusqu’à dominer la plaine du Souss, perdue dans la brume, et les montagnes ocre jusqu’au sommet à 2100 mètres d’altitude du Tizi n’Test. La descente sur le versant nord est plus douce, la végétation plus dense est différente. De grands arbres apparaissent, chênes verts, thuyas et plus bas, peupliers, oliviers. La terre est plus rouge, donc les villages aussi. Sur tous les toits sont plantés des couvercles de lessiveuses, enfin des antennes paraboliques, petites taches blanches sur le rouge garance des maisons. Nous revoyons la mosquée de Tin Mel qui a bénéficié (?) d’une restauration à la mode ouzbèk : elle a été entièrement reconstruite, à l’exception de quelques pans de mur du minaret tronqué. Le gardien est absent, pas de visite possible. Le ciel se couvre, un gris uniforme recouvre tout le paysage, l’intérêt de cette route disparaît. Nous parvenons à Asni, sans plus regarder le paysage. Je suis partisan de continuer sur Marrakech et selon le temps demain ou après-demain, de revenir dans la vallée de l’Ourika. Marie ne l’entend pas de cette oreille, elle est fermement partisane de prendre la piste qui doit relier Asni à l’Ourika. L’ordre transmis est aussitôt exécuté… La piste prévue est devenue une route goudronnée, avec quelques courts passages non revêtus mais sans difficulté. Nous remontons dans la montagne, après avoir entraperçu la plaine du Haouz. La terre est encore plus rouge, un rouge violent qui contraste avec les cultures et les veines jaunes et gris sombre de la montagne. Nous retrouvons rapidement la route de l’Ourika que nous remontons. Les riches Marrakchis s’y sont fait construire des résidences secondaires et le nombre de cafés et restaurants installés sur le cours du ruisseau s’est multiplié. Nous nous installons sur une aire dégagée en bordure de route, le long du torrent au moment où les cieux se déchirent et qu’il commence à pleuvoir.

 

Jeudi 29 octobre : Il n’a pas plu dans la nuit, le torrent n’a pas débordé et nous sommes toujours à la même place. Nous sommes réveillés par le passage puis le chargement d’un camion venu remplir sa benne de pierres dans le ruisseau. Le ciel est bien bleu, oubliés les nuages ! Nous remontons la vallée, les guinguettes, aux magnifiques fauteuils de jardin en plastique, se suivent, installées le long du torrent, du côté de la route ou de l’autre côté et pour s’y rendre il faut emprunter des passerelles branlantes.  Nous atteignons le bout de la route, des parkings sommaires et des marchands de souvenirs, attendent les visiteurs. Nous continuons dans le lit du torrent, suivant la piste tracée par les camions qui apportent les matériaux de construction des maisons neuves édifiées de plus en plus en amont. Quand la piste quitte le ruisseau et commence à grimper à flanc de la montagne, nous nous arrêtons. Nous marchons une centaine de mètres jusqu’à une ferme d’où nous avons une vue sur toute la vallée, ses cultures étagées et ses villages de terre tachetés des points blancs des paraboles, toutes orientées dans la même direction. Au retour, nous arrêtons près de l’unique maison dont une façade porte encore des traces de décoration dans son crépi. Nous tentons d’en approcher à pied mais nous ne parvenons pas à en voir plus. Une seconde maison, plus loin, a aussi un décor presque complètement effacé. Nous descendons la vallée, les touristes commencent à arriver, les feux de charbon de bois fument et les garçons tentent d’attirer le chaland. Nous décidons de monter à l’Oukaïmeden par la route goudronnée. Nous reprenons donc le chemin d’hier et continuons l’ascension par de jolies gorges tranchées dans le rouge de la montagne. Nous atteignons le plateau et ses installations de sports d’hiver. Nous poursuivons sur une piste dont nous ne savons pas où elle mène ni sur quelle distance… Elle s’enfile dans une vallée qu’occupent de nombreuses bergeries saisonnières en pierres sèches et commence à s’élever en virages très serrés que je franchis en deux temps, avant de s’arrêter brutalement à un col à 3000 mètres d’altitude. Elle doit dans un futur non précisé rejoindre Imlil dont nous apercevons la piste tout en bas. Nous avançons sur un sentier de randonnée sur deux cents mètres, jusqu’à apercevoir le Toubkal à peine poudré de neige. De retour au camion, nous dévalons la montée et allons nous installer dans les pâturages pour déjeuner. Nous revenons à la station, et grimpons avec la voiture jusqu’aux antennes d’où nous avons une vue brumeuse sur la plaine du Haouz, sans apercevoir Marrakech. Nous repartons, retrouvons la vallée de l’Ourika et en sortons dans la plaine. Nous arrivons à Marrakech, longeons ses murailles et franchissons Bab Agnaou. Je cherche le parking de la Préfecture et me gare là où on me l’indique. Je pars à pied à la recherche du riad où nous avons donc réservé. Je finis par le dénicher dans une venelle, entre le palais de la Bahia et Dar Si Saïd. Je suis très étonné par le nombre d’Européens que je croise dans ces ruelles à priori sans intérêt touristique, visiteurs certes mais aussi résidents. Un jeune m’accueille et m’accompagne pour rapprocher la voiture, au parking tout proche, celui de la Préfecture. Prise de bec avec le gardien du premier parking que je refuse de payer pour cause de fausse information. Nous prenons nos bagages et nous, les deux Bouvier, rejoignons le riad de madame de K..., recommandé par madame de L... . Il n’a pas le cachet d’une maison traditionnelle mais il est bien arrangé et décoré et nous avons une chambre grande comme quatre (six ?) cellules Azalaï avec un lit dans lequel, vu sa taille, je ne suis pas sûr de retrouver Marie au réveil ! Décrassage complet, renouvellement de la garde-robe et nous repartons vers la Jemaa el Fna. Marie en bonne touriste a mis des chaussures qu’elle perd tous les trois pas et nous allons mettre un peu de temps pour y parvenir ! Une boutique sur deux s’adresse aux touristes, Marrakech est devenu un Disneyland. Vélomoteurs et scooters sèment la terreur et empestent l'air. Nous retrouvons l’ambiance, l’atmosphère de cette place fréquentée par les touristes et ils sont nombreux, mais aussi par les autochtones. Diseurs de bonne aventure, conteurs ne s’adressent pas aux étrangers. Les jeunes femmes sans voile ne sont pas rares mais nous en croisons aussi habillées en corbeau ! Nous achetons Le Monde et un livre de Driss Chraïbi que nous n’avions pas trouvé avant de partir. Nous allons prendre un pot à la terrasse d’un des cafés de la place, le prix des consommations se ressent de sa situation stratégique ! Nous dînons dans un établissement ancien, le Chegrouni. Cuisine correcte, pas chère mais l’attente est longue. Nous revenons par les ruelles plus calmes. 
 

Vendredi 30 octobre : L’insonorisation est loin d’être parfaite. Il est vrai que la configuration de ces maisons traditionnelles, autour d’une cour, favorise la diffusion des sons. Nous ne pouvons ignorer le départ en pleine nuit de touristes et les bruits du personnel pourtant discret. Le comble est le déchaînement à cinq heures du matin d’un illuminé qui tente, à grand renfort de haut-parleurs, de nous convaincre que Dieu est unique (encore heureux, qu’est-ce que ce serait s’ils étaient plusieurs !) et miséricordieux ce dont je doute car alors Il nous laisserait dormir ! J’abhorre ce genre d’énergumène qui tient à imposer ses convictions à son entourage, sans respect pour son repos, sans le moindre doute et surtout sans aucun sens de l’humour. Nous petit déjeunons dans le patio sans rencontrer notre hôtesse… Nous nous rendons à Dar Si Saïd, en empruntant des derb, percés de portes derrière lesquelles on peut imaginer des riad cossus. Le palais est identique à celui de la Bahia, vastes salles, hautes de plafond, autour d’un jardinet avec un bassin et un kiosque au plafond peint. Les salles de l’étage sont somptueuses, plafonds superbes, lourdes portes à décor géométrique peint, décoration de plâtre sculpté carreaux de faïence, un bel exemple de l’art de cour de la fin du XIX° siècle. Il est transformé en musée, expose dans des vitrines rarement nettoyées, sous des éclairages parfois en panne, des objets de l’artisanat traditionnel et notamment de beaux bijoux, mal mis en valeur. Nous nous dirigeons vers les Tombeaux saadiens en traversant la place des ferblantiers où se tourne un film. On est alors obligé d’emprunter un étroit passage où tous veulent s’engouffrer avant les autres… Après la bousculade nous devons encore marcher quelque temps, Marie commence à traîner la patte mais nous y sommes juste avant l’heure de fermeture pour cause de prière du vendredi. Dans un petit jardin, deux mausolées abritent les tombes du moulay Ahmed el Mansour et de ses proches. Le plus grand est magnifiquement décoré à l’intérieur de fines colonnes de marbre qui supportent une coupole en cèdre et les murs sont une débauche de stucs et de faïence, au sol gisent les pierres tombales des membres de la famille. Nous allons dîner dans un restaurant en face des sépultures, sur une terrasse en étage. Nous avons vue sur le nid de cigognes qui domine la place qu’occupe la mosquée el Mansour. Ses deux occupants, indifférents au trafic de la rue caquètent en chœur. Nous voyons se précipiter les croyants, barbus en jellaba immaculée, calotte sur le crâne, femmes en plus petit nombre, partiellement ou totalement voilées. Des mendiantes se sont alignées sur le parcours et sollicitent avec peu de succès les passants. Ceux qui donnent distribuent une piécette à toutes. Les plus mauvaises merguez de toute une vie, fades et cuites sans être grillées, nous sont servies après une longue attente. Nous revenons vers la Jemaa el Fna, une longue marche sous le soleil que nous interrompons pour nous rendre dans un cybercafé et enfin trouver un message de Julie puis pour changer des euros dans une banque. Nous traversons la place et commençons la redoutable visite des souq avec pour but de trouver les souvenirs à rapporter. Nous allons être de nouveau confrontés à la gentillesse et à la formidable mauvaise foi des marchands. Après de dures négociations nous achetons quelques objets. Nous visitons ceux qui semblent proposer de beaux bijoux mais les prix sont généralement hors de proportion avec la valeur réelle des pièces et le marchandage s’avère difficile, voire impossible ! Nous achetons tout de même une petite khamsa que j’aimerais bien garder pour nous… Nous allons nous remettre de cette incontournable épreuve en allant boire un soda à la terrasse d’un des cafés de la place, en observant les piétons, touristes et Marocains. Je tente de photographier de ma position stratégique les femmes tout de noir voilées. Nous rentrons à la chambre nous reposer. Nous allons dîner au Dar Mima, un restaurant traditionnel marocain, dans un riad où nous étions allés l’an dernier. Après de bonnes sardines farcies, nous goûtons à deux spécialités : Marie, une bastilla aux pigeons, elle se voit servir une plate galette sèche avec peu de farce et j’essaie un poulet trid, servi avec de fines crêpes, honnête, sans plus. Nous rentrons déçus à la chambre.

Samedi 31 octobre : Bonne nuit, plus silencieuse que celle de la veille, sans excité au mégaphone ! Nous petit déjeunons puis, tout de même étonnés de ne pas avoir vu la patronne, nous quittons le riad. Nous chargeons la voiture, le réfrigérateur s’est arrêté bien que les batteries ne soient pas vides mais il redémarre avec le moteur. Nous sortons de la ville ancienne et nous nous rendons aux jardins de la Ménara. On ne peut plus accéder à l’intérieur et nous devons stationner à l’extérieur. Nous devons donc marcher sous le soleil, au milieu des oliviers chargés de leurs fruits, jusqu’au pavillon. L’entrée en est payante, sans ticket (!), mais il a été restauré, portes et plafonds ont été repeints. De la terrasse qui domine le grand bassin, nous avons vue sur les constructions nouvelles de plus en plus proches. Des gradins, pas très heureux, ont été montés sur le côté opposé. Nous repartons nous garer au Guéliz, dans l’avenue Mohamed V, avec vue sur notre ancien immeuble. Nous nous renseignons auprès du portier pour tenter de revoir l’appartement mais il est actuellement fermé. L’ascenseur ne fonctionne toujours pas ! Nous nous rendons dans un cybercafé, bien installé avec des banquettes confortables, qui nous change des cages minuscules des précédents. Lecture, envoi de messages et mise à jour du blog. Nous retrouvons le grill dont nous étions clients, à retenir pour la prochaine fois… Marie veut trouver le nouveau marché du Guéliz, l’ancien qui doit laisser la place à un Mall moderne est toujours en travaux. Nous devons marcher encore pour trouver les nouvelles installations peu fréquentées et qui ne donnent pas envie d’y faire ses courses. Je vais rechercher la voiture puis nous nous rendons au camping, à l’extérieur, sur la route de Casablanca. Nous y reprenons le même emplacement que l’an dernier. Après avoir déjeuné dehors, à l’ombre d’un olivier, nous allons profiter de la piscine. Je fais quelques longueurs, Marie reste sur le bord… Nous retournons en ville, je vais me garer près de Bab Khémis. Pas de touristes, pas de gardiens de voitures ! Le quartier est véritablement populaire, artisans dont l’atelier déborde dans la rue, ferronniers, réparateurs de mobylettes, tisserands qui tendent leurs fils le long des ruelles. Nous atteignons la mosquée de Sidi bel Abbès dont l’esplanade est une véritable Cour des Miracles. Des aveugles se réunissent pour psalmodier le Coran, une collection de freaks met mal à l’aise, installés en face du portail et de la fontaine de la place somptueusement décorés, auvent de bois à stalactites, plâtre ciselé, carreaux de faïence. Nous continuons en suivant des ruelles qui franchissent des portes parfois ornementées, plongent sous les maisons, tournent, ressurgissent sur des placettes, pour aller voir les tombeaux de Sidi ben Slimane et de Sidi Ahmed Soussi, deux saints locaux. Nous ne pouvons en admirer que les portes, notre qualité supposée d’infidèles nous en interdisant l’entrée. Nous revenons sur nos pas et rentrons au camping. Nous allons nous installer dans la salle du restaurant pour lire et taper ce journal, on nous offre gentiment un cocktail de bienvenue, un mélange de jus de fruits, qui serait bien meilleur avec une dose de vodka ! Pour être sûr de nous alcooliser, nous finissons la bouteille de pastis…

 

Dimanche 1er novembre : Nous démarrons sous un beau soleil, avec l’intention de passer par le lac de Bin el Ouidane, ce que nous n’avions pas prévu ! La sortie de Marrakech est pénible : limitations de vitesse, traversées d’agglomération et véhicules divers fantaisistes… Nous longeons à quelque distance l’Atlas embrumé et traversons la plaine cultivée, irriguée, jusqu’à l’embranchement d’Azilal. Après Afourer, la route s’élève parmi les chênes verts, en offrant des vues sur les champs à l’infini. Nous passons un col puis descendons vers le lac de barrage de Bin el Ouidane. Nous le découvrons dans toute son étendue après avoir franchi le barrage et en continuant de monter. Son bleu vif contraste avec l’écarlate de la terre. Nous commençons à voir des fermes fortifiées, massives constructions à plan carré, protégées par de hauts murs et parfois par des tours d’angle, ici ce ne sont plus des agadir mais des tighermt. Après Azilal, ancien poste administratif du temps du Protectorat, devenu chef-lieu d’une province, je me renseigne auprès d’un gendarme sur l’état de la route pour Zaouïa Ahansal. Il m’assure qu’elle est goudronnée… Effectivement nous avons encore quelques kilomètres d’un bitume effrangé puis commence une piste, excellente il est vrai puisqu’en travaux, le goudron ne devrait pas tarder. Nous grimpons un col dans un paysage dénudé sans grand intérêt, des arbres morts pointent troncs et dernières branches vers le ciel. Ils n’ont pas été abattus pour faire du charbon de bois. Ce dernier est de moins en moins utilisé, les bouteilles de gaz sont désormais livrées à dos de mulet, sur le porte-bagages des vélomoteurs dans les plus petits villages. Nous parvenons à une bifurcation, la piste de droite mène dans la vallée des Aït Bou Guemez, nous décidons d’y faire une incursion. Nous descendons dans la vallée sur une très bonne piste, goudronnée d’après la carte Michelin ! Sur ce versant, les arbres ne sont pas morts et les feuilles d’un beau vert forment des touffes vigoureuses. Nous apercevons dans le fond les cultures en terrasse et les premiers villages que nous atteignons bientôt. Cette vallée qui naguère était isolée du reste du Maroc huit mois par an est maintenant désenclavée. L’arrivée des parpaings a modifié la construction mais les anciennes maisons ne sont pas trop dégradées. Nous en retrouvons quelques-unes dont il est facile de comprendre le mode de fabrication : un mélange de terre et de paille est tassé dans un coffre de planches qui est déplacé au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Les passages des planches sont visibles et caractérisent ces bâtisses. Dans les petits champs, amoureusement entretenus et formant un patchwork dans les tons verts, les femmes s’activent. L’ouverture de la vallée y a amené des randonneurs et en conséquence les « gîtes d’étape » fleurissent. Nous roulons jusqu’à trouver le goudron de la nouvelle route, la vallée s’élargit alors et les constructions perdent de leur charme. Nous faisons demi-tour, avec cette fois, le soleil dans le dos. L’heure tourne, nous n’avançons pas vite avec les arrêts photos. Nous remontons le col, retrouvons la bifurcation et filons, toujours sur une bonne piste vers Zaouïa Ahansal. Mais les ombres s’allongent, nous n’avons aucune chance d’y parvenir ce soir et après le passage d’un autre col, je préfère m’arrêter dans la descente, avant le col suivant. Nous nous garons à proximité d’un hameau. Je ne suis pas en forme : persistance de la tourista, courbatures, fièvre et le crâne pris dans un étau. Nous ne traînons pas après dîner et je ne lis pas longtemps.

 

Lundi 2 novembre : Il n’a pas fait chaud dans la nuit, nous sommes à plus de 2300 mètres d’altitude. Nous avons dormi le toit abaissé pour diminuer les pertes de chaleur. Mauvaise nuit, je ne parviens pas à m’endormir et quand à six heures et demie nous nous levons, je suis encore vaseux mais la fièvre est tombée. Nous démarrons quand le soleil atteint notre vallon. Nous continuons sur la piste qui va franchir un autre col dans une « forêt » d’arbres étranges, décharnés, tordus et néanmoins verts. Ensuite c’est une longue descente au pied d’une barrière rocheuse encore dans l’ombre, en dominant des fermes et leurs aires de battage. Arrivés au bas de la pente, nous découvrons les villages des environs de Zaouïa Ahansal, des maisons de terre donc confondus avec elle et les impressionnantes fermes fortifiées qui semblent encore en bon état, comme dans la vallée des Aït Bou Guemmez. Nous allons jusqu’au bout de la piste, à Agoudim, après les bâtiments de l’ancien poste colonial. Nous abandonnons la voiture et entrons dans le village à pied, pour faire le tour des tighermt. Nous sommes contents de constater que l’une d’elles est en travaux d‘entretien, on s’applique à en refaire le crépi. Nous détaillons sur les faces la décoration réalisée à l’aide de pierres plates assemblées de façon à réaliser des ensembles de triangles, des stries inclinées en arête de poisson. Nous repartons en suivant la vallée et en nous arrêtant à chaque tighermt pour en faire le tour et la photographier, avec tout de même le sentiment que c’est peut-être la dernière fois que nous les voyons… La piste demeure excellente, ce qui me rassure et me laisse espérer que nous serons à Mekhnès ce soir. Nous suivons le lit d’un torrent avant de remonter à flanc de montagne, parmi les pins d’Alep, les genévriers et les chênes verts de plus en plus denses et qui adoucissent ces montagnes. Nous sommes en plein Moyen Atlas, des pistes qui partent pour Imilchil, Agoudal, etc… me donnent envie de revenir et consacrer quelques jours à ces paysages, très différents de ceux du Haut Atlas. Nous montons assez haut pour dominer villages, forêts et montagnes et à un virage nous apparaît le beau massif de la « Cathédrale de rochers », un énorme rocher aux falaises découpées en vague forme d’église avec beffroi. Nous continuons la descente, apercevons le village de Tamga éparpillé sur une colline et ses fermes regroupées par hameaux, chacun avec sa ou ses tighermt. Nous revenons au niveau du torrent, là où nous avions campé avec Michèle… Puis c’est le goudron, les montagnes ne sont plus que des collines colorées. Encore une montée et nous plongeons vers le lac de Bin el Ouidane, encore plus bleu, entouré de rives encore plus rouges ! Nous déjeunons peu après Ouaouizaght avant de retrouver la plaine, toujours brumeuse et la « grande » route de Fès. Elle n’est toujours qu’à deux voies et doubler bus et camions demande du temps. Nous avons le sentiment de ne pas avancer vite. A Mrirt nous prenons une route secondaire, pas moins large, peu fréquentée et directe pour Meknès. Nous traversons une région d’élevages bovins. Nous n’y sommes qu’à la nuit tombée. Trouver le camping, en demandant, n’est pas trop difficile mais il est fermé par arrêté municipal ! Seule solution : trouver celui de Moulay Idriss, à une quinzaine de kilomètres. Et nous voilà repartis, de nuit, pour traverser une ville inconnue, à l‘heure des sorties de travail ! Nous y  parvenons et, soulagés, nous nous y installons.

 

Mardi 3 novembre : Le ciel est couvert au réveil mais le soleil revient et nous aurons encore une belle journée de ciel bleu. Nous ne sommes pas pressés, nous prenons notre temps et ne démarrons qu’à presque dix heures. Nous renonçons à passer la journée à Meknès, le musée étant fermé le mardi et nous prenons donc la direction de Moulay Idriss. La route serpente entre les oliviers et de beaux agaves. Nous y sommes bientôt et nous nous garons à l’entrée du souq, pour avoir le plaisir de nous promener dans les ruelles de cette ville sainte, à cheval sur deux collines. Un fort aimable cordonnier nous indique le chemin de la « terrasse » d’où nous avons une vue magnifique sur cette ville cubiste, ses maisons blanches à toits plats, éparpillées sur la colline en face de nous et les toits verts du mausolée d’Idriss, descendant du Prophète. Notre cordonnier qui a abandonné sa pratique et fermé boutique et dont nous vantions la gentillesse et le désintéressement nous rejoint et devient trop aimable. Il nous indique un autre point de vue puis nous fait savoir qu’une petite pièce serait bienvenue, pas pour lui ! Pour les enfants… Nous aurions dû nous méfier. Depuis le franchissement du Tizi N’Test, si les enfants nous fichent la paix, ce sont les adultes qui quémandent une pièce, un cadeau… Nous dégringolons par les ruelles et les escaliers où le transport des marchandises est assuré par des ânes qui montent et descendent les marches avec assurance. Nous aboutissons à la place du souq, bordée d’arcades sur un côté et de cafés avec des terrasses sympathiques où il doit faire bon prendre un gin tonic en fin de journée… Nous passons dans un cybercafé prendre connaissance du dernier message de Julie auquel nous répondons Nous faisons quelques emplettes au marché puis nous repartons et allons nous installer sur le parking du site de Volubilis. Nous attendons qu’il soit deux heures pour aller visiter les ruines romaines. Une ville entière, encore partiellement enfouie. Un forum, une basilique et de nombreuses maisons, toutes de même type, construites, du moins les patriciennes, autour d’un atrium avec bassin et péristyle. Le site au pied du massif du Zerhoun, dominé par la blanche Moulay Idriss à quelque distance, est remarquable. L’intérêt est aussi dans les mosaïques, nombreuses à être restées in situ mais elles sont décevantes. Sans protection, ce dont nous ne nous plaignons qu’à demi, elles sont poussiéreuses, ternes, difficilement visibles et surtout elles ne sont pas d’une belle facture, les dessins sont grossiers, les tesselles peu fines. Rien de comparable avec celles du musée de Naples ou d’Antioche. Nous y restons tout de même jusqu’au coucher du soleil, Marie en bonne latiniste ne veut rien manquer, pas une mosaïque, quitte à prendre des risques pour se hisser et se faufiler sur d’étroits murets, au risque de tomber, ce qu’elle réussit presque… Nous revenons au même camping pour la nuit. Le soleil couché, il fait froid et je me réfugie dans le salon du camping pour travailler sur l’ordinateur.

 

Mercredi 4 novembre : Le ciel est résolument gris et le soleil ne va pas réapparaître avant le début de l’après-midi. Nous nous félicitons d’être allés à Volubilis et à Moulay Idriss hier. Nous devons ressortir les chaussettes et les blousons. Nous retournons à Meknès et allons nous garer, juste après avoir franchi la porte proche de Bab Mansour. Le gardien m’aide à effectuer un créneau délicat. Nous commençons par nous rendre au mausolée de Moulay Ismaël, ancêtre à la dixième génération du roi actuel et donc lieu choyé par le régime. Bien que non musulmans, nous pouvons passer dans une cour, nous déchausser pour entrer dans une salle carrée, couverte de faïences, de stucs ouvragés et de poutres travaillées en bois de cèdre. De là, un coup d’œil nous permet d’entrevoir les pierres tombales, rien de bouleversant… Nous revenons sur nos pas en longeant une des innombrables murailles de cette cité impériale. Des cardeurs de laines sont installés sous des arcades devant des ballots de laine brute. Nous franchissons la porte et allons admirer la belle Bab Mansour, en réalité une fausse porte puisqu’elle ne débouche pas. C’est un arc outrepassé de belle taille encadré par deux tours carrées, le tout revêtu de belles faïences à fond bleu avec un bandeau d’écriture au sommet. Nous traversons la vaste et déserte, à cette heure, place Helim. Par une petite porte nous accédons au marché. L’allée centrale est dévolue aux bouchers : les crânes de moutons et de vaches, sur des crochets, dégoulinent de sang, les pattes sont entassées dans des baquets et les semelles rougissent… Les allées périphériques sont plus agréables. Des marchands d’épices présentent leurs produits en cônes colorés et les marchands de condiments rivalisent d’ingéniosité pour mettre en valeur olives, citrons confits, harissa, piments etc… Nous nous rendons au musée dans l’ancien palais Dar Jamaï. Encore un palais de la fin du XIX° siècle, magnifique résidence où tous les artisans se sont efforcés de réaliser le meilleur de leur art : une cour fermée sur l’extérieur, avec un bosquet de bananiers, prélude à des intérieurs somptueux, plafonds et portes en bois de cèdre peint, carreaux de faïence d’une grande finesse, plâtre ciselé sur chaque centimètre carré entre les faïences et les poutres en bois. Le patio est sans doute le plus beau qui se puisse voir, proportions admirables, délicatesse des dessins, des couleurs, colonnes élégantes. Nous sommes prêts à louer ! Il renferme un musée avec des objets meknassi, cuivre, bijoux, broderies, tapis etc… Peu de pièces mais de belle facture. Nous circulons ensuite dans les ruelles de la medina, visitons la medersa Bou Inania. Très semblable à celle du même nom de Fès, c’est aussi une merveille de bois, de plâtres et de faïences sur les murs qui entourent la cour et son bassin. Nous revenons sur la place et allons déjeuner en terrasse. Le soleil est réapparu et nous l’apprécions. Je me régale d’un délicieux tajin de kefta, les œufs ne sont pas trop cuits et je sauce mon écuelle ! Marie a pris des kefta grillées plus quelconques et pour faire passer le tout une grande bouteille d’Oulmès, de l’eau pétillante faute de bière ou de vin, décidément de plus en plus difficiles à trouver sur les cartes. Nous allons acheter un plat à tajin puis nous reprenons la voiture. Nous longeons les murailles qui délimitent les quartiers royaux ou des casernes, jusqu’aux anciens entrepôts et écuries, devant le bassin de l’Agdal. Nous visitons ces anciens magasins. Belle hauteur sous voûte, piliers massifs et puits sous des coupoles hémisphériques qui font de bonnes caisses de résonance. Rien de passionnant. Nous revenons nous garer dans la ville nouvelle. Marie passe à l’Office du tourisme se faire délivrer des prospectus. J’en profite pour demander où trouver des journaux français. Dans tous les kiosques m’indique-t-on ! Les trois de l’avenue principale n’en vendent pas… Nous repartons, sortons de la ville pour trouver le Marjane, le Carrefour local. Clientèle exclusivement marocaine, pas un seul européen. Quelle différence avec Agadir où les locaux étaient en minorité ! Nos achats effectués, nous retraversons la ville et retournons au camping pour notre dernière nuit ici. Au menu ce soir : cassoulet de Castelnaudary ! Nos voisins anglais parlent fort, tard et surtout en anglais !

 

Jeudi 5 novembre : Il a plu toute la nuit et le ciel est bouché. Nous sommes résignés à traverser une fois de plus le Rif sous la pluie et dans le brouillard. Nous partons en passant par Moulay Idriss pour prendre une petite route qui nous évitera la traversée de Meknès. Pour être petite, elle est petite et en mauvais état ! Elle serpente sur des collines et sous le soleil ce serait une promenade agréable… Nous rejoignons une route plus large et plus droite pour atteindre Fès. Miraculeusement, le soleil commence à percer alors que nous contournons la ville en suivant les remparts. Dommage que le brouillard ne soit pas complètement dissipé, nous aurions eu une belle vue sur la ville ancienne. Nous trouvons, après quelques encombrements, la route de Kétama et la suivons. Nous reprenons le même itinéraire que l’année dernière. Paysage de collines beiges plantées d’oliviers bien alignés et villages sans le moindre attrait. Le ciel bleu gagne du terrain au fur et à mesure que nous nous élevons dans la montagne. La terre est devenue rouge et forme des damiers avec les carrés verts des cultures. Dès avant Kétama, tous les kilomètres, des jeunes désoeuvrés, sur le bord de la route, nous font le geste de fumer pour nous proposer du kif. Cela devient carrément du harcèlement quand les voitures qui nous doublent nous klaxonnent ou quand celles que nous croisons nous font des appels de phares. Lorsque je m’arrête pour prendre une photo, des voitures en font autant et me font des offres. D’autres nous dépassent, se rabattent et nous font signe de les suivre ! Ce petit jeu m’énerve vite ! Kétama, dans les pins est un carrefour très encombré, il s’y tient un immense marché et bien entendu la circulation est anarchique. La route continue en corniche sur le versant méditerranéen, plus sec et doucement descend vers la plaine par une longue série de virages. Nous rejoignons la côte à Al Hoceima qui paraît toute nouvelle et en pleine expansion, ce ne sont qu’immeubles neufs de deux ou trois étages, alignés sur les collines. Nous trouvons le port et je me renseigne sur la possibilité d’y dîner de poissons. Rassurés sur ce point, nous cherchons le camping. Il a disparu lui aussi ! Nous passons le début de soirée, garés sur la crique où il se trouvait, en attendant l’heure d’aller dîner. Un vent violent nous interdit de nous promener sur la plage de galets et de sable, devenue poubelle par ceux qui la fréquentent ! Nous retournons dîner au port. Un restaurant très simple, fréquenté par les habitués, pas un seul touriste. Le patron nous propose un assortiment de poissons : rougets, petites soles, ailes de raie, crevettes, calamars et autres inconnus simplement grillés, parsemés de sel, persil et discrètement d’ail. La cuisson est parfaite, les ailes de raie cuisinées ainsi sont une révélation. Nous avons apporté notre bouteille de rosé pour éviter l’eau gazeuse… Nous décidons de dormir là, au port, plus abrité qu’à la crique.

 

Vendredi 6 novembre : La nuit n’a été agitée que par les violentes bourrasques de vent qui ont tenté de soulever la voiture. Nous repartons sous un ciel que se partagent le soleil et les nuages. Nous avons la bonne surprise de trouver une nouvelle route (totalement ignorée par la dernière édition de la carte Michelin !) qui longe la côte pour rallier Nador par un raccourci. Nous suivons donc les plages et les falaises qui se succèdent au milieu de petits lopins de cultures. Nous apercevons le peñon de Alhucémas, un îlot rocheux à faible distance de la côte, avec ses quelques constructions blanches au sommet de la falaise. Quand la route s’éloigne de la côte, nous continuons par de petites routes qui coupent en direction de Melilla puis nous prenons la route qui se dirige vers le cap des Trois Fourches. La piste attendue est devenue un étroit ruban de goudron, en corniche, avec des vues plongeantes sur une mer d’un bleu turquoise de contrée tropicale. La température ne l’est pas, tropicale, avec le vent qui continue de souffler. Nous parvenons à l’extrémité du cap, à un phare d’où la vue sur les trois pointes est superbe mais il faut s’accrocher pour ne pas s’envoler. Toute la pointe est couverte de cultures en terrasses qui semblent abandonnées, quelques petits villages de pêcheurs sont installés dans les criques, leurs barques échouées sur le sable. Nous déjeunons au phare et revenons vers le port. Nous arrêtons peu avant dans un cybercafé pour prendre connaissance du courrier te mettre à jour le blog avant d’embarquer.  Après un dernier plein de gasoil avec épuisement des dirhams, nous nous rendons au port. Il n’est que quinze heures et le bateau ne part qu’à minuit ! Longue attente donc que Marie occupe à lire et moi à bâiller, je n’ai plus rien à me mettre sous les yeux… Arrivée de notre ferry, le même qu’à l’aller à dix-sept heures, formalités de police puis encore attendre le bon vouloir des douaniers et à vingt et une heures nous montons à bord. Une demi-heure plus tard le repas est servi, nous sommes les premiers ! Du poisson pané vite avalé et nous allons nous coucher alors que nous sommes encore à quai. 

 

Samedi 7 novembre : La houle, si houle il y a eu, ne nous a pas empêchés de dormir. Au réveil, je regarde sur le GPS notre position, nous  sommes à la hauteur de Murcie. Nous traînons au lit puis allons petit déjeuner. Je dois encore faire une heure de queue pour obtenir un pain rond, du beurre et de la confiture. Il y a continuellement des ruptures dans l’approvisionnement et il faut attendre le renouvellement, sans oublier ceux qui viennent rechercher un petit supplément de café, de pain, etc et qui ne font pas la queue…Mais cela fait passer le temps… La mer est belle, le soleil brille, il n’y a pas de raison pour que le moral ne soit pas au beau fixe. Je vais m’installer dans le salon pour m’occuper avec l’ordinateur. Après une nouvelle queue, relativement rapide pour le déjeuner, je succombe à une vraie sieste dont je ne sors que pour retourner, avec Marie dans le salon. La mer se creuse, les embruns frappent les vitres. Nous retournons à la cabine en vacillant. Nouvelle sieste éveillé, passée à suivre les oscillations de plus en plus pernicieuses du rafiot. Nous patientons avant d’aller faire une dernière queue. Que se passe-t-il ? La Peste à Jaffa ? Le Radeau de la Méduse ? Personne ! Quelques fantômes errent dans les couloirs, des corps livides sont abandonnés sur les marches, les mains crispées sur des mouchoirs. Au comptoir, pas un client ! Je suis accueilli avec un franc sourire appréciateur par le cuisinier qui me déconseille une assiette déjà servie et qui refroidit. Il me sert deux grandes assiettées, presque (faut pas exagérer !) fumantes d’un ragoût de bœuf qui eût été appétissant sous d’autres cieux. Vaillamment, j’entame la remontée (parfois descente…c’est selon…) vers la table, la première trouvée, sur laquelle Marie s’est affalée. Après un dernier virage maîtrisé admirablement, je freine sans que le plateau ne frémisse et le dépose devant elle. A la vue des morceaux de bœuf, des carottes et des petits pois, son œil chavire. Elle blêmit, une gorgée de bière la ragaillardit et lui donne la force d’honorer sa visite à la salle à manger. Elle cale devant l’éclair au chocolat. Apparemment serein mais avec au plus profond de mon être une sourde inquiétude sur mes capacités stomacales, j’ingurgite deux de ces pâtisseries et, raisonnablement, abandonne la troisième. Nous opérons, d’un pas décidé mais aléatoire, un repli stratégique, réalisé en un temps décent et suffisant pour permettre à Marie de restituer, sitôt parvenue au réceptacle adéquat, un bol alimentaire finalement incompatible avec ses entrailles ! Elle ne demande pas son reste, moi non plus et nous nous couchons avec l’espoir de ne plus quitter cette position avantageuse.

 

Dimanche 8 novembre : Réveillé à une heure, je constate avec satisfaction que : 1.- Le navire n’est plus agité de mouvements bizarres et désordonnés et que nous naviguons désormais à bonne allure, 2.- Je n’ai pas été contraint de rétrocéder mes éclairs ce dont j’aurais été fâché. Gaillard, je descends dans le salon, transformé en dortoir sauvage, et me remets à l’ordinateur ! Je remonte finir ma nuit avant d’être réveillé peu avant sept heures par un bourdonnement du ferry différent. Nous sommes en vue de Sète et il n’avance plus qu’au ralenti. Nous abandonnons la cabine et rejoignons le camping-car. Encore une attente avant que le pont ne s’abaisse et que les chauffeurs des autres véhicules ne se mettent au volant. Enfin nous voici dehors. Pas de fouille pour nous mais les Marocains en fourgonnettes doivent tout déballer ! Nous rejoignons l’autoroute et trois heures plus tard nous sommes à Toulon, sous le soleil et dans le vent.

 

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 11:26

MAROC

 

OCTOBRE 2009

 

 

 Jeudi 8 octobre : Ralentissement à la hauteur de la sortie pour Séte mais nous sommes au port avant onze heures. Je vais accomplir les formalités d’embarquement au bureau de la compagnie puis nous attendons l’heure de monter à bord du Mistral Express. Peu de touristes, beaucoup de Marocains entassés dans des fourgonnettes surchargées, chibani de retour au pays, quelques familles, nous sommes déjà au pays ! Nous occupons une cabine de quatre en ayant payé un supplément pour y être seuls, avec des toilettes privées. Le navire se révèle vite un rafiot espagnol déclassé, en triste état. Salons fermés, fauteuils au skaï arraché, climatisation insuffisante, propreté limite, ce n’est pas une croisière ! L’embarquement terminé, nous attendons avec impatience le signal du repas, inclus dans les prestations. Une queue s’est déjà formée devant le self service. Menu unique : une salade de céleri et un poulet (aux olives tout de même…) frites et une pomme qu’il faudra affronter dans un combat incertain avec des couverts en plastique, eau à volonté… Nous sommes les seuls à aller acheter des bières pour accompagner ce festin. Nous retournons dans la cabine climatisée pour une sieste appréciée. Nous descendons dans le seul salon ouvert où je déniche une prise de courant pour brancher l’ordinateur et nous étudions les débuts de l’itinéraire. Intrigué par une queue qui s’est formée, je m’en approche. Ce n’est pas une collation de quatre heures mais le contrôle douanier. Je remplis des fiches de police et commence la queue. Je vais y passer plus d’une heure et demie à attendre mon tour. Un unique douanier, sans doute puni, rédige les documents d’autorisation de circuler pour les véhicules, sans les tamponner… Il serait sans doute plus rapide mais trop simple peut-être de les distribuer aux conducteurs, à charge pour eux de les remplir… Quand j’en ai terminé, il est temps de faire la queue pour le dîner… Une soupe que Marie juge bonne, un poisson pané et un éclair au chocolat très honnête et il ne nous reste plus qu’à regagner nos quartiers pour une nuit en mer.

 

Vendredi 9 octobre : Je suis réveillé tôt, reste au lit à somnoler, lire, m’habituer au GPS en repérant notre position et l’heure estimée d’arrivée. Quand Marie se réveille nous allons prendre le petit déjeuner. Pour avoir du thé il faut s’adresser au bar et il n’y a plus de beurre… Une nouvelle queue s’allonge devant le bureau du policier chargé de viser les passeports. Une Française m’indique qu’il est plus rapide d’envoyer Marie avec les deux passeports car elle sera dispensée de faire la queue. Aussitôt dit, aussitôt fait, et effectivement l’opération ne dure pas deux minutes. De l’avantage d’être une femme (et une touriste ?) en terre marocaine… Nous regagnons la cabine pour y lire puis nous allons contempler le sillage du bateau, à l’abri du vent avant d’aller faire une heure de queue pour le déjeuner : un tajine de bœuf correct. Les repas sont globalement satisfaisants en qualité et en quantité mais les conditions déplorables. Marie retourne à la cabine pendant que je vais taper ces lignes dans la tiédeur du seul salon accessible. Je la retrouve pour une sieste bien venue. Nous ressortons pour aller nous promener sur les ponts puis dans un salon où il nous faut du temps pour trouver deux fauteuils point trop fatigués. A l’approche de Nador, plus tôt que prévu, à peine quatre heures, heure locale, nous libérons la cabine puis nous descendons à la voiture. Nous devons attendre l’accostage puis l’ouverture du pont mais nous sommes dans les premiers à sortir. Il faut encore courir pour faire enregistrer les documents douaniers puis les faire tamponner et enfin nous sortons du port. Le soleil est déjà bien bas et à six heures il sera couché. Je vais acheter du pain à la tienda, l’Espagne est proche ! Nous cherchons un endroit pour la nuit. Un parking à l’extrémité du long front de mer nous paraît convenir. Nous parcourons la corniche sans trouver mieux et revenons nous y installer. C’est le lieu de promenade de fin de journée mais le calme vient avec la tombée de la nuit. Nous dînons de nos restes de poulet, je ne me sens pas très bien, un mal de tête me prend. Nous sortons après dîner  et marchons jusqu’à l’extrémité d’une jetée où un modeste café avec des tables et des chaises en plastique nous paraît le parfait endroit pour boire un thé à la menthe en contemplant les maisons blanches et les immeubles récents. Un joueur de flûte est suivi non par des rats mais par une horde de chats qu’il entraîne, attirés non par sa flûte, inexistante, mais par les poissons qu’il leur distribue. Nous revenons nous coucher, mon mal de tête a disparu. La soirée est troublée par les klaxons d’un cortège de mariés puis par les discussions de noctambules bavards. Nous pouvons nous endormir quand ils s’éloignent.

 

Samedi 10 octobre : A une heure du matin un fourgon de police nous réveille. L’endroit est dangereux, il y a plein de voleurs et nous ne pouvons rester là ! J’essaie de parlementer mais rien à faire, nous devons les suivre et stationner devant le commissariat. Sans doute l’endroit le plus bruyant de la ville ! Un ivrogne, ou un fou, ne cesse de hurler, les policiers crient, les voitures de police démarrent, reviennent, sans souci de la tranquillité de leurs hôtes forcés. Enfin nous parvenons à trouver quelques brèves heures de sommeil avant le jour. Dès que nous sommes réveillés, nous retournons au parking du bord de mer. Un beau soleil éclaire la ville qui commence à s’animer. Nous la quittons après un dernier regard à sa lagune, un beau plan d’eau qu’un projet d’assainissement tente de faire revivre. Nous roulons en respectant bien les limitations de vitesse, les radars sont de sortie ! Plein de gasoil à un tarif appréciable. Nous roulons dans une plaine agricole, des paysans vendent d’énormes courges sur le bord de la route. Nous bifurquons en entrant dans les monts des Beni Snassen, de basses montagnes couvertes d’un maquis méditerranéen. Nous montons jusqu’au village de Tafoughalt d’où nous poursuivons en direction de grottes creusées dans la falaise. Nous n’arrêtons pas à la première que nous nous contentons d’apercevoir d'en bas. A la seconde, celle dite du Chameau, nous marchons jusqu’à l’entrée mais elle est bouchée par des buissons d’épineux pour interdire de pénétrer dans le dédale des couloirs, réservés aux spéléologues. Nous continuons sur une piste étroite, souvent taillée dans la roche, qui va courir sur les crêtes des montagnes en offrant de belles vues sur la plaine dans le lointain, les montagnes et les villages dans les creux, de simple masures d’où ne se distingue que la mosquée moderne et colorée ! Quelques maisons récentes sont peintes d’un joli rose vif… Nous atteignons le point le plus élevé, à près de 1500 mètres. Nous déjeunons à côté de Marocains qui font rôtir des poulets à la broche sur la braise et nous invitent mais nous déclinons, l’estomac déjà plein. Nous retrouvons une bonne route goudronnée qui nous ramène dans la plaine. Les gens ne parlent que rarement français, parfois espagnol mais le plus souvent uniquement arabe. Nous arrivons à Oujda et trouvons à nous garer à l’entrée de la medina. Nous nous y promenons, les étals proposent toute une quincaillerie de contrebande et les boutiques de vêtements regorgent de robes pailletées. L’intérêt est limité mais nous ne sommes absolument pas importunés, les gens sont gentils, souriants, peu habitués aux touristes. Nous allons jeter un œil dans un ancien palais, deux patios successifs décorés de beaux zelliges et de stucs sur les colonnes, un mariage s’y prépare. Nous repartons en direction de Figuig et roulons jusqu’à ce que le soleil baisse. Marie ne veut pas s’arrêter dans la nature et nous nous garons pour la nuit à proximité de maisons. Bien sûr les enfants accourent, une jeune fille qui prépare le baccalauréat vient réviser avec Marie, heureuse de retrouver ses habitudes de pédagogue, mais nous sommes effarés par son très faible niveau de langue…

 

Dimanche 11 octobre : Une bonne nuit, sans visite impromptue. Au matin, les gosses viennent gratter à la porte mais nous n’ouvrons que quand nous sommes prêts à partir. Naïma, la jeune fille d’hier soir, vient nous dire au revoir, nous la prenons en photo et promettons de les lui envoyer. Nous continuons de descendre vers le sud sur une route de moins en moins fréquentée. Nous sommes dans un paysage plat, ocre rouge et vert. Une herbe éparse et rase donne l’illusion de verdure et nourrit les grands troupeaux de moutons et de chèvres qui pâturent. Leurs bergers portent toujours un chèche dont ils laissent pendre un pan dans le dos. Nous approchons d’un chaînon que nous franchissons pour arriver à Bouarfa. Nous continuons en direction de Figuig, dans un couloir désertique, entre deux barrières montagneuses, arides et désolées. Les cailloux roulés par les oueds sans eau depuis longtemps barrent d’une coulée gris clair les aplats mauves, ocre et le vert timide de ce paysage abstrait. Contrôle de police avant d’arriver à Figuig, nos fiches de renseignements préparées font merveille ! Nous traversons le centre ville très endormi en ce dimanche, déçus de ne pas trouver d’anciennes maisons. Nous trouvons l’hôtel qui fait aussi camping. Il est très bien situé, sur le rebord de la falaise, surplombant la palmeraie, devant les montagnes qui marquent la frontière avec l’Algérie, si proche mais interdite. Nous nous installons dans un joli jardin, bien entretenu, entre des palmiers. Nous déjeunons en sortant table et fauteuils. J’y passerais facilement l’après-midi mais Marie ne l’entend pas de cette oreille et après avoir admiré la vue sur les milliers de palmiers d’où s’échappent les aiguilles des minarets des villages qui constituent l’oasis, nous partons en exploration. Nous commençons par le ksar de Zénaga, l’un des sept de Figuig, au pied de la falaise. Grosse déception, nous ne trouvons plus trace des constructions en pisé. Elles sont remplacées par des maisons modernes, quelconques, sans doute plus confortables, alignées le long de routes désormais goudronnées. Encore heureux qu’elles soient revêtues d’un enduit ocre ou rouge. Nous traçons une grande boucle entre elles et les hauts murs des jardins de la palmeraie avant de remonter sur le plateau. Nous allons nous garer à l’entrée d’un des autres ksar, celui de El Oudaghir. Nous en franchissons la porte d’enceinte, en triste état, et circulons entre les maisons qui pour beaucoup sont en ruine, dans des ruelles à demi souterraines, toutes dallées avec une rigole au milieu. Nous contournons la grande mosquée, récente, les passages qui l’entourent sont pourvus d’arches décoratives. Nous nous faisons indiquer la vieille mosquée, à l’extérieur de la cité aux ruelles couvertes, et au milieu de quelques palmiers. Son minaret octogonal a perdu son crépi mais il a plus de charme, derrière les palmes de ses voisins plus élancés, que celui de la grande mosquée. Nous récupérons la voiture, rencontrons des touristes qui étaient sur le même bateau, causons piste avec eux puis nous cherchons à voir d’autres ksour. Mais le soleil baisse déjà et après être allés admirer la vue sur la palmeraie depuis un autre point de vue, nous revenons vers l’hôtel. Dernière promenade pour approcher une des anciennes tours de guet, inutiles désormais, au milieu d’un des jardins de la palmeraie, parmi les grenadiers, les palmiers et les minuscules parcelles qu’irrigue un réseau de canaux, en partie souterrain. Les murs qui délimitaient les jardins s’écroulent et les vergers ne semblent plus tous bien entretenus. Nous revenons nous installer au camping. Nous prenons, Marie un thé à la menthe et moi un soda sur la terrasse de l’hôtel qui domine la palmeraie, des nuées de hérons garde-bœufs volent puis se posent sur le même arbre. Nous retournons au camion quand la nuit tombe pour lire ou écrire avant de nous offrir le premier pastis du voyage. Nous dînons ensuite sur la terrasse d’un excellent et copieux tajine de chevreau, sans légumes mais avec profusion de raisins secs. Faute de vin au restaurant, nous allons chercher notre reste de Bordeaux. Nos voisins, une équipée de 4x4, ceux qui étaient sur le bateau, nous dissuadent de partir en groupe trop nombreux… Nous retournons au camion pour une nuit au calme.


Lundi 12 octobre
 : Encore une nuit de repos, troublée au réveil par l’équipée des Français en 4x4 qui discutent à voix haute en passant devant le camion. Si j’avais encore une vingtaine d’années, je haïrais ces nantis avec leurs bagnoles de parvenus… Douche, plein d’eau et nous quittons cette très agréable auberge. Nous trouvons un cybercafé, les ordinateurs ont connu des temps meilleurs et la connexion est très lente. Nous parvenons tout de même à envoyer un message à Julie et à Nicole et à mettre le début du récit dans le blog. Achat d’une kesra, de citrons rachitiques, plein de gasoil et nous sortons de Figuig. Peu après le contrôle, nous prenons une piste pour revenir sur Bouarfa. Les Français en 4x4 nous ont assuré qu’elle était très belle. Effectivement dans la première partie nous longeons de belles montagnes plissées, aux strates rouge sombre. Des postes de contrôle militaires délimitent la zone frontalière, occasion de distribuer des fiches de renseignement…Nous traversons le chantier d’un barrage, la piste devient moins bonne, moins marquée. Nous nous essayons à l’utilisation du GPS, pas indispensable mais rassurant. Nous roulons dans une plaine sans croiser personne jusqu’à retrouver le goudron. Nous déjeunons puis rejoignons Bouarfa, traversée sans s’arrêter. A la sortie de la ville, nous trouvons la piste qui doit nous permettre de rejoindre celle relevée dans le guide de Gandini, avec l’espoir d’être ce soir aux gravures rupestres du Grand Ghilen. Nous avons repéré des points que nous essayons de trouver avec le GPS. Au début, la piste est facile à suivre, elle serait roulante si elle n’était pas continuellement coupée par des oueds ou de simples ruisseaux à sec mais qui ont raviné la piste. Des campements de nomades sont éparpillés dans la plaine encore verdoyante. Les khaïmas sont toujours tissées en laine marron, mais leurs « murs », autrefois également tissés, sont aujourd’hui constitués de sacs ou de bâches plastiques ! Puis les traversées d’oueds commencent à être plus difficiles et bientôt la piste disparaît… Nous suivons des traces qui nous amènent à un puits mais ce n’est pas la direction qu’indique le GPS. Je me lance en hors-piste en me faisant tirer sur le point repère suivant, la moyenne chute et le temps passe. Nous retrouvons des traces qui semblent aller dans la bonne direction mais elles aboutissent dans un cul-de-sac, à des maisons en ruines, inhabitées. Nous repérons des constructions vers lesquelles nous nous dirigeons et nous nous faisons remettre sur la bonne voie. Nous retrouvons une bonne piste, confirmée par le GPS et franchissons le jebel Ourak par un col qui débouche dans une autre plaine. Premier troupeau de dromadaires. Si nous nous arrêtons pour demander notre chemin auprès d’un campement, aussitôt tous les hommes se précipitent pour réclamer des cigarettes, denrée rare et sans doute chère. Nous avons le soleil de face et la conduite devient pénible mais nous réussissons à atteindre la piste, devenue goudron, que nous devrons suivre demain. Nous arrêtons peu après, à l’écart de la route, à côté d’un petit oued. Nous préparons les données du GPS pour la journée de demain…

 

Mardi 13 octobre : Il ne fait pas chaud au petit matin. Marie tarde à se réveiller. Nous sommes seuls sur terre, un berger passe au loin, lentement, derrière son troupeau ; parfois des appels, des chants dans le lointain. Nous repartons sur le goudron pour quelques kilomètres jusqu’à ce que nous apercevions sur notre droite, à environ deux kilomètres un gros rocher rouge, isolé. Il s’agit du Grand Ghilen, un site préhistorique. Pour l’atteindre nous devons quitter la route et piquer droit dessus mais la traversée d’une zone de sable plantée de grosses touffes d’alpha sur des buttes entre lesquelles il faut louvoyer, ne manque pas de nous causer des frayeurs mais ce n’est pas encore cette fois-ci que nous nous planterons (merci Land Rover, merci petites vitesses, merci blocage du différentiel). Grâce aux coordonnées, précisées dans le guide (merci Gandini), nous trouvons les dalles sur lesquelles ont été gravées au néolithique quelques belles représentations d’une faune disparue et plus récemment d’innombrables et malhabiles petits sujets qui, hélas, recouvrent les plus anciens. Un éléphant de grande taille, avec de belles oreilles, un félin, le ventre creusé, un sanglier et des autruches sont encore visibles. Nous sommes néanmoins déçus, nous attendions de plus belles gravures, comme celles du Sud, d’Assa ou de Tazzarine dont nous avions le souvenir. Nous retournons sur la route, en évitant la zone de sable avant de bifurquer quelques kilomètres plus loin pour un autre site de gravures. Au début, parcours encore hors-piste avec traversée d’un lit d’oued, puis nous retrouvons des traces de véhicules qui nous mènent au site, au pied d’un éboulis de roches rouges. Nous revoyons quelques gravures très récentes ; une dalle couverte de signes indéfinissables et de lignes géométriques est difficile d’accès, Marie n’y monte pas. A quelques centaines de mètres, pénibles sous un soleil qui chauffe en plein midi, et que nous parcourons sans chapeau et sans eau (merci l’organisateur), nous trouvons quelques restes de troncs d’arbres fossilisés mais nos prédécesseurs n’ont pas manqué d’en emporter un petit morceau en souvenir… Une dalle, un peu plus loin, devrait avoir des bouquetins gravés mais, bien que localisée, je ne trouve rien. Retour à la voiture pour avaler un litre d’eau gazeuse fraîche. Nous revenons près de la route déjeuner puis nous continuons. Nous n’allons pas jusqu’à Anoual et partons sur une piste tracée dans un paysage de roches volcaniques noires. Les traversées de ruisseaux doivent se négocier délicatement, ce qui n’empêche pas le pare-choc arrière d’encaisser de nouveaux heurts et de continuer de se déformer à chaque fossé… La traversée d’un oued, presque à sec, manque d’être l’occasion de sortir les plaques de désensablement mais en m’y reprenant avec de l’élan, je passe. Ce n’est que partie remise… L’itinéraire continue en hors-piste, en fait nous suivons les traces de prédécesseurs. Une partie du parcours se fait dans le lit d’un oued et là, enfin, je réussis, dans une marche arrière à l’aveugle, à me planter dans du sable humide. Rien n’y fait, il faut sortir les plaques et la pelle, dégager les roues, glisser les tôles et ainsi réussir à repartir (merci les tôles)… Nous arrivons à un douar habité d’où nous devons de nouveau rallier un point en hors-piste. Mais impossible de trouver un passage au milieu des touffes d’alpha. Nous atteignons le bord d’un oued à traverser mais nous sommes sur une falaise et il n’y a pas de descente en vue, nous tournons, virons, revenons sur nos traces avant de nous décider à revenir nous renseigner au douar, mais la route qu’on nous indique n’est pas celle prévue. Faute de résoudre le problème, nous la suivons en espérant rejoindre l’itinéraire plus loin. Le soleil a bien baissé et, comme hier, je l’ai en plein de face. Nous décidons de nous arrêter en rase campagne. Nous n’aurons pas fait beaucoup de kilomètres aujourd’hui ! Il fait nuit à six heures et en attendant le moment de dîner, que faire si ce n’est prendre un pastis glacé ? (merci Ricard). Pour dîner, Marie a prévu des barquettes individuelles de veau aux légumes, carottes et courgettes et bien sûr, il y a plus de légumes que de viande… Pour calmer ma faim, je fais cuire un reste de pâtes ex-fraîches, non conservées au réfrigérateur. Elles ne sont pas aux épinards mais elles sont vertes… Cuites, c’est moins évident… J’y survivrai…

 

Mercredi 14 octobre : Après le petit déjeuner, tandis que Marie se prépare, je me promène aux alentours, seul dans ce superbe paysage minéral, de la roche et des montagnes sans la moindre trace de végétation sur 360°. Nous reprenons la piste en partant plus tôt que d’habitude, ne sachant pas trop ce qui nous attend… La piste, comme les précédentes, serait bonne sans ces continuelles traversées de ruisseaux qui doivent, pour les plus difficiles, se négocier au pas, ce qui n’empêche pas le pare-choc arrière de continuer de racler. Nous grimpons un col et avons la surprise d’y rencontrer quatre motards qui marquent une pause. Un couple d’amoureux peu aimables et deux autres habitués des pistes avec qui nous causons quelques minutes. Le paysage est, dans toutes les directions, du caillou rouge sombre, marron, quelquefois noir, seule une petite tache verte signale une trace de vie. L’autre versant est rude : des marches taillées dans la roche, des éboulis que je préfère avoir en descente… Dans la plaine, nous faisons le détour pour la minuscule palmeraie de Sidi Belkacem : un ruisseau, un puits, un bouquet de palmiers et la construction en pisé du marabout. Un bon endroit de pique-nique mais il est trop tôt. A quelque distance, des femmes sont de corvée d’eau et remontent des seaux du puits, des ânes assurent le transport, en 2009 ! Nous rejoignons la vallée verdoyante du Guir, enfin des palmeraies plus importantes. Nous quittons la piste pour pénétrer dans celle de Takoumit. Nous trouvons un bassin d’une eau tentante à cette heure chaude, à l’ombre des palmiers. Encore un bon coin de bivouac ! En approchant de bassin, je provoque une compétition de brasse coulée entre une douzaine de grenouilles qui plongent dans un bel ensemble. Nous retrouvons le goudron, traversons le village de Tazouguert. Son ancien ksar n’est plus qu’un fantôme, des pans de murs qui s’effritent à chaque orage. Nous empruntons une mauvaise piste, à flanc de montagne qui monte à l’ancien borj de l’armée française. Nous nous promenons dans les ruines de la caserne ; nous pouvons y admirer les restes des feuillées d’où les occupants jouissaient d’une vue imprenable sur les montagnes et sur l’oued. Quelle chance avaient ces militaires ! Nous suivons l’oued Guir, un mince filet d’eau qui s’écoule nonchalamment entre des bouquets de palmiers. Derrière, les plis des montagnes font la hola avant de venir mourir dans le lit de l’oued, dessinant des épines dorsales de dinosaures de pierre. Nous passons quelques belles palmeraies mais chacune d’elle n’offre plus, sur une éminence, que les ruines de son ksar. Nous roulons vite pour essayer d’arriver avant que le soleil ne devienne trop gênant. Traversée de Gourrama, ville de garnison, toujours aussi peu engageante. Nous retrouvons la route d’Erfoud qui s’enfonce entre les falaises des gorges du Ziz. La présence de nombreuses auberges révèle une fréquentation touristique plus intense. Nous croisons une caravane d’une douzaine de Land Rover, l’aventure organisée… Les ombres s’allongent, le cours de la rivière et ses palmiers disparaissent dans le noir. Nous sortons des gorges et découvrons le vaste plan d’eau, d’un beau bleu, du lac de barrage dont j’avais oublié l’existence. Nous bifurquons en direction de Goulmima, pour un rapide parcours sur un plateau désertique, au sud des premières montagnes du Moyen Atlas. Nous découvrons la palmeraie de Goulmima du rebord du plateau avant d’y plonger. Nous nous faisons indiquer aussitôt l’ancien ksar. Il a perdu de son charme : deux hautes tours carrées et crénelées, reconstruites récemment après que l’une s’est écroulée, apprendrons-nous ensuite, encadrent un portail. Elles sont peu décorées et sont désormais bordées de constructions récentes. Des femmes passent, couvertes d’un châle noir, brodé de quelques dessins colorés, semblables à ceux que nous avions vus sur les femmes de Mhamid, l’an dernier. Nous revenons nous installer dans l’agréable jardin de l’auberge des Palmiers, tenue par une Française installée au Maroc depuis de nombreuses années. Nous passons la soirée à goûter la fraîcheur et le calme, sous la véranda. Nous avons commandé à dîner, couscous pour Marie et tajine aux coings pour moi. Peu de viande dans l’assiette et pas d’alcools !

 

Jeudi 15 octobre : Je n’ai même pas entendu le muezzin ce matin ! Nous partons en retournant au ksar. Nous en franchissons la porte monumentale, en zigzag avec ses banquettes pour se reposer et discuter au frais. Nous nous promenons dans les ruelles, presque toutes souterraines, des puits de lumière dispensent un éclairage tout juste suffisant pour distinguer le sol. Des venelles permettent d’accéder aux maisons dont nous ne voyons rien de l’extérieur. Nous croisons des gosses qui vont ou reviennent de l’école, les filles ont toutes un foulard sur la tête, les garçons ne ratent pas l’occasion de nous réclamer stylo, cahier, bonbon ou de l’argent… Des femmes passent chargées de ballots de tiges de palmiers avec leurs dattes. Nous sommes à la saison de la récolte. Certaines, superbes, montées sur un âne, obligent à se plaquer au mur pour leur laisser le passage. Pas d’homme ! Nous débouchons de l’autre côté, dans les jardins. Les femmes viennent au puits à la corvée d’eau, d’autres lavent leur linge dans un ruisseau. Des vaches meuglent dans les enclos de torchis. Nous replongeons quasiment sous terre, dans ce beau ksar, encore habité, l’un de ceux de l’Afrique du Nord où le parcours souterrain est le plus dense. Nous repartons en traversant la palmeraie sur une route étroite puis sur une piste. Les dattes sont mûres et forment d’importants amas de perles orange à la base des palmes. Nous retrouvons la route d’Erfoud dans la plaine. Nous passons d’autres palmeraies, les ksour sont presque tous en ruines. Avant Jorf, nous apercevons à côté de la route des buttes de terre, alignées à une dizaine de mètres les unes des autres. Ce sont les rhettara, les canaux creusés pour amener aux jardins l’eau de la montagne, souterrains pour éviter l’évaporation. Nous traversons Jorf, un gros bourg, les maisons sont toutes des cubes, le rez-de-chaussée en retrait des étages, chaulées d’un rouge vif. Puis c’est Erfoud, une cité importante et moderne dans la palmeraie. On y est très fier de son distributeur pour effectuer le change et l’employé de la banque à laquelle je me suis adressé m’y conduit plutôt que de réaliser rapidement l’opération… Nous traversons le Ziz en cru, sur un radier submergé et montons sur une mauvaise piste au borj. Panorama sur la ville, la palmeraie et le désert alentour. Nous déjeunons dans le camion depuis une esplanade dans la montée, mais un marchand de souvenirs ne nous lâche pas de tout le repas, tente de nous vendre des fossiles, des colliers puis quémande un cadeau etc… Nous redescendons, retraversons le Ziz et prenons la route de Rissani. Nous suivons la « route touristique » qui passe par la palmeraie et relie les différents ksour. De loin, la vision des murailles en pisé, derrière les palmiers, est féerique, paysage d’oasis de cartes postales, mais quand nous nous en approchons ce ne sont plus que tours écroulées, murailles trouées, maisons éventrées. Nous arrêtons pour visiter le plus beau, le ksar Ouled Abdel Hamid. Sa porte monumentale est encadrée par deux belles tours carrées, tronquées par les intempéries, elle donne accès à une seconde enceinte du même type et dans le même état. L’intérieur semble abandonné, presque plus personne n’y habite. Plus loin nous ne jetons qu’un oeil distrait au mausolée de Moulay Ali Chérif, une construction moderne à la gloire d’un ancêtre de la dynastie alaouite. Des gosses tiennent absolument à nous accompagner au ksar Abbar, encore plus en ruines, si cela est possible. Ils se montrent pénibles, impolis, agressifs et nous nous fâchons, ce qui ne les dérange guère et envenime nos relations, surtout au moment du départ après que nous avons refusé de donner le moindre cadeau. Les mouches et les gosses, les deux plaies du Sud touristique ! Nous traversons Rissani, cherchons un dernier ksar où, après être allé en reconnaissance accompagné, je retourne avec Marie pour un dernier tour dans les ruelles enterrées. Devant une maison où on célèbre un mariage un gamin nous réclame de l’argent, je l’envoie promener et le traite de mendiant. Il attend que nous nous soyons éloignés pour nous lancer des cailloux, je le course jusqu’à la maison, exige des femmes qui sont là, qu’on m’amène le coupable. Il n’est plus fier, se démène  et freine des quatre fers mais les femmes comprennent ce qui s’est passé et le disputent en me demandant de pardonner. Je répète mes griefs, très en colère aux hommes qui arrivent et les laisse en discuter… Je redis ce qui s’est passé au marchand de tapis qui voulait à tout prix que nous visitions sa boutique et refuse d’y entrer en prétextant que nous ne sommes pas les bienvenus dans ce ksar. Cela devrait alimenter les conversations futures entre voisins. Nous retraversons Rissani, plus de 4x4 que de charrettes à ânes… Nous filons en direction de Merzouga. Des dromadaires s’en reviennent lentement sur un fond de cordon de dunes rosissantes dans le soleil déclinant. Nous décidons d’arrêter dans l’une des auberges de construction récente qui s’alignent désormais au pied des dunes, construites dans le style des kasbah. Nous pouvons nous installer dans une cour, sous un bel arbre. Nous allons admirer le coucher du soleil sur les sables, à peine troublé par les pétarades des quads, 4x4, motos qui sillonnent le désert (?) en tous sens. Pas une barkane sans des traces de pas ou de pneus… Nous revenons nous installer dans la cour de l’auberge pour préparer le parcours des jours suivants et je tape mon journal, à côté d’Allemands qui débouchent une bouteille de vin rouge pour arroser leur découverte du Sahara. Marie a envie de prendre l’apéritif, je ne la contredis pas d’autant que pour l’accompagner nous entamons le saucisson. Nous dînons dans la camion sous un magnifique ciel étoilé.

 

Vendredi 16 octobre : Nous repartons sur le goudron en continuant de longer les dunes, jusqu’à Merzouga. L’ancien « parking des dunes » est devenu une petite bourgade où on peut louer des quads ! Nous nous y ravitaillons en pain et fruits puis poursuivons, toujours sur le goudron, jusqu’à Taouz. Les dunes ont disparu, mais le sable s’est amoncelé au pied des falaises rouges. Nous prenons une piste pour nous rendre à un site de gravures rupestres mais les traces ne semblent pas y mener et la direction donnée par le GPS hasardeuse. Nous renonçons donc et revenons sur la daya, cette cuvette rigoureusement plane qui autorise de bonnes pointes de vitesse mais dont la blancheur est pénible pour les yeux. Nous nous dirigeons vers une colline de cailloux noirs au pied de laquelle nous nous garons. Je grimpe au sommet pour y trouver des tumulus préislamiques : des amas de pierres noirâtres forment des cercles. Je redescends chercher Marie et nous y montons ensemble. Nous n’en apprendrons pas plus dans nos guides… Les dalles sur lesquelles étaient gravés des chars libyco-berbères ont disparu, les traces de leur découpe sont évidentes ! Nous repartons en longeant le lit de l’oued Ziz jusqu’à une autre éminence au sommet de laquelle nous pouvons monter avec la voiture. Rien que la vue méritait le détour, du sable, des étendues aveuglantes de limon, des montagnes tabulaires brunes, le désert dans toute sa beauté ! Un tumulus dégagé permet de voir la chambre funéraire et son plafond constitué de larges plaques détachées de la roche. A côté, sur une dalle, des gravures rupestres représentent des bovidés de petite taille, piquetés, d’une grande élégance, avec de belles cornes étirées. Nous continuons de longer le large lit sablonneux de l’oued jusqu’à un éperon rocheux. J’y grimpe par un sentier dans un mélange de sable et de caillasse. Une forteresse dont il subsiste un système de défense évident, des murs, des tours, mais pas une seule gravure… Des gosses surgis du désert, l’un à vélo, nous proposent de nous emmener voir un autre site mais je n’y tiens pas et doute de son intérêt. Nous repartons, traversons la village de Jdaid, tous les gosses se précipitent pour nous entraîner dans une « auberge » pour « boire le thé » ! Nous continuons sans nous arrêter avec pour prochaine étape l’auberge de Tazoult. Nous devons quitter la piste principale pour passer par une zone de petites dunes que la voiture traverse sans rechigner, à mon grand soulagement. Nous y faisons halte, le temps d’avaler le premier Coca, tout juste frais, de la journée puis un thé à la menthe. L’aubergiste, Ahmed, est très sympathique, il ne cherche pas à nous vendre des souvenirs ou à nous entraîner dans des excursions. Reposé, nous tentons de retraverser les dunes mais je saute sur une butte, cale et me plante. Très vexé, je dois sortir les plaques et la pelle pour avancer de quelques mètres puis recommencer. Ahmed qui s’en est aperçu, accourt et m’aide jusqu’à ce que nous parvenions à une zone de reg, plus ferme. Il refuse un dédommagement et repart sous nos bénédictions… La piste passe par le village d’Ouzina, quelques masures en dur, trois palmiers et du sable. Nous traversons l’oued Ziz, sans eau. Où est passée celle que nous avions franchie au gué d’Erfoud ? La piste est bien tracée et ne pose pas de problème ni d’orientation ni de risque d’ensablement. Nous avions envisagé de nous arrêter dans une auberge, indiquée par les motards rencontrés au col de  Belkacem, mais malgré sa situation au pied de jolies dunes, l’accueil peu dynamique du gérant tiré de sa sieste et surtout l’heure précoce nous poussent à continuer. Nous traversons une autre daya sur laquelle nous nous lançons à quatre-vingt kilomètres / heure ! Mais cela ne dure pas et il faut vite revenir à un sage vingt-cinq kilomètres à l’heure, plus ou moins suivant les passages. Nous atteignons le village de Remlia, quelques maisons, deux épiceries qui proposent du Coca, le second de la journée, pas plus frais que le premier, et un ravitaillement en carburant. Nous y rencontrons un Français et sa « maman », en Toyota, qui se promènent dans la région, eux aussi se rendent à Zagora par la piste. Ils ne sont pas pressés et nous repartons avant eux, un peu rassurés de les savoir derrière nous. Nous traversons une zone de jardins puis la piste devient très sablonneuse, avec de belles ornières que nous devons avaler sans lever le pied de l’accélérateur. Nous sautons sur les rails tracés mais nous passons sans difficulté cette portion que nous appréhendions. Nous sommes dans un paysage volcanique de roches noires, des troupeaux de dromadaires, tout aussi noirs sont les seuls êtres vivants visibles. Nous quittons la piste principale, suivant les indications de notre guide Gandini, pour franchir un col sur une piste très ensablée à notre grand étonnement. Le passage du col se fait sans se planter mais la descente est tout aussi sablonneuse. Nous tentons de quitter la piste pour atteindre un lieu de bivouac conseillé mais il faut remonter hors-piste, dans le sable, et la voiture rechigne, à la limite de l’ensablement. Nous n’insistons pas et montons à pied les deux cents derniers mètres pour la vue sur toute la chaîne de montagne à l’horizon. Nous envisageons de camper là mais je préfère repartir malgré le soleil de face. Nous retournons dans la plaine et, à notre grand étonnement, parvenons au village de Tafraout que nous pensions dans une autre direction et encore loin. Nous y arrêtons pour la nuit dans la cour de l’auberge. Nous sommes soulagés d’être là, pas perdus ! Nous discutons avec le patron qui nous offre le thé et nous montre des fossiles, notamment des trilobites, presque trop beaux ! Je m’installe dehors pour taper mon journal et nous commandons des bières qu’un mauvais musulman vend sous le manteau puis nous dînons. Le patron nous a préparé une salade, un mélange de divers légumes coupés si menus que je renonce à faire le tri, parfumée au kamoun. Je me régale et n’en laisse pas une miette… Ensuite un copieux et délicieux tajine de cabri nous remplit l’estomac. Pour terminer la soirée, les serveurs et les employés revêtent une jellaba bleue, certains se coiffent d’un grand chèche blanc et nous avons droit à un petit spectacle de chants gnaoua, tambours et crotales rythment leurs pas de danse. C’est du commandé mais les participants ne semblent pas le faire sous la contrainte et même y trouver un certain plaisir. Nous voulons contempler le ciel étoilé mais des nuées en obscurcissent une partie.

 

Samedi 17 octobre : La Toyota rencontrée hier arrive et repart aussitôt, alors que nous nous réveillons. Nous reprenons la piste pour Zagora. La traversée d’une daya très étendue, bordée par un petit cordon de dunes, se fait à grande allure. Nous passons devant une « auberge » où nous aurions aimé camper. Une autre fois peut-être ? C’est ensuite un reg sur lequel chacun trace sa piste, des dizaines de traces parallèles courent sur la surface rigoureusement plane et là aussi, la Land s’envole ! Nous parvenons à Oumjran d’où une excellente piste qui ne semble plus qu’attendre sa couche de goudron nous amène à Tissemoumine, oasis saharienne qui pourrait être au Niger ou au Mali. Son ksar a encore belle allure, une vieille Land Rover qui doit transporter des voyageurs depuis quelques décennies, quelques autochtones en tenue d’un blanc impeccable, cachés sous des chèches de belle ampleur, un épineux torturé, tout contribue à me ramener en plein Sahel. Nous retrouvons une piste plus conforme aux précédentes pour nous acheminer entre des montagnes qui, pour celles qui sont à contre-jour, ressemblent à des terrils d’anthracite tant elles paraissent noires et brillantes. Nous achetons à un handicapé qui tient un étal de pierres et de fossiles, un trilobite, bien moins bien présenté que ceux d’hier soir mais plus « authentique ». La piste devient caillouteuse et une petite tôle ondulée interdit de rouler trop vite. Nous passons le col du Tafilalet et, après y avoir déjeuné, descendons sur Zagora dans des éboulis rocheux, pénibles à traverser. Nous retrouvons un reg peu avant Zagora mais il est fréquemment traversé par des coulées qui cassent tout élan. A l’entrée de Zagora, nous sommes arrêtés par un mécanicien, justement celui que je cherchais et à qui je montre le pare-choc et le marchepied à redresser. Nous le suivons jusqu’à son atelier où les réparations sont effectuées rapidement et pour un prix dérisoire. La Toyota arrive, nous causons avec ses occupants puis chacun repart. Nous allons nous installer au camping de l’année dernière. Nous confions notre linge sale à laver puis nous procédons à un rapide nettoyage de la cellule pour en enlever le plus gros du sable. Douche et remise à propre pour moi. Nous profitons du calme mais le ciel se couvre et devient même menaçant ce qui m’inquiète pour les jours suivants. La population attend avec impatience la venue des pluies, pas nous ! Nous allons nous installer sous la tente qui fait office de salle de restaurant pour mettre à jour texte et photos, assaillis par les moustiques. Nous dînons près du camion sur la table de camping.

 

Dimanche 18 octobre : Réveil en douceur, de bonne heure. Au moment de partir le patron m’annonce que le linge n’est pas encore lavé ! Nous devrons revenir le chercher, après nos courses en ville. Je commence par chercher un antivol pour les plaques, l’ancien a disparu ! Je trouve une chaîne plastifiée et un cadenas. Le cybercafé ne fonctionne pas, j’apprends alors qu’il y a panne générale d’électricité dans toute la ville, ce qui explique que notre linge ne soit pas encore lavé. Nous nous garons dans la grande avenue, en face du souq. Nous faisons des emplettes dans une alimentation puis nous traînons dans le marché, toujours à la recherche de vieux bijoux mais on ne nous propose que des copies récentes, et dans des alliages pauvres, de fibules ou de khamsa. Nous rencontrons les Français vus l’année dernière à Tiznit, de nouveau sur les pistes du Maroc avec leur Azalaï. Nous retournons au camping, notre linge sèche… Nous plions ce qui est sec et accrochons le reste à l’intérieur puis nous partons. A cause de la panne d’électricité, il faut aller refaire le plein de gasoil à la seule station qui possède un groupe électrogène. Enfin nous sortons de Zagora en reprenant la route par laquelle nous sommes arrivés hier. Nous allons essayer de longer la rive gauche du Draa, sur une piste pas toujours évidente à suivre. Nous sommes entre une montagne tabulaire aux belles strates violacées et la palmeraie. Ce côté de la vallée, mal relié à Zagora, semble plus pauvre, guère de circulation sur les pistes, peu de monde dans les champs, les villages sont déserts. A l’exception des gosses qui nous harcèlent de demandes dès que nous ralentissons ! Pour avoir refusé de donner bonbons ou stylos, on nous lance une pierre. Je m’arrête, cours après les gamins qui s’enfuient dans le dédale d’un ksar, traversent une cour de maison. Je déboule furieux dans la cour, les chenapans se sont sauvés de l’autre côté. Les habitants n’ont rien vu, rien entendu (des métissés de Corses ?). J’explique le drame et promets de revenir avec la police… Ce que j’aurais bien fait, tant je suis en colère et las de cette attitude systématique  envers les touristes, si j’avais trouvé un poste de gendarmerie mais cette dernière est absente. La présence policière depuis le début de ce voyage est des plus légères, je suis même étonné de l’absence de contrôle dans la zone frontalière entre Taouz et Zagora, alors que la piste fait des incursions en territoire théoriquement algérien. Vision dantesque sur des éminences des ksour en ruine, évocateurs d’un Berlin en 1945, pans de murs qui ne demandent qu’à s’écrouler, tours éventrées. Quelle tristesse tout ce passé qui disparaît sans que cela semble poser question aux responsables de la culture dans ce pays ! Cette vallée du Draa en perdition, l’agressivité des enfants, l’hypocrisie des plus grands m’ont mis de mauvaise humeur, je ne sais plus si j’ai encore envie de revoir le Maroc, celui que nous avons connu est mort et bien enterré ! Nous nous perdons dans le réseau de pistes quand elles traversent les villages et nous devons fréquemment demander notre chemin. Nous n’avançons pas vite et nous finissons par abandonner et par retraverser le Draa, un maigre filet d’eau, à un gué, pour continuer sur la route goudronnée jusqu’à Tansikht. Nous quittons la vallée du Draa pour nous diriger à l’est, au sud du jebel Saghro. La route est étroite et ne permet pas à deux véhicules de se croiser. Le jeu de la roulette marocaine consiste à être le dernier à quitter le goudron… Nous arrêtons à Nkob, seuls clients d’un camping avec piscine et un début de verdure. Nous nous installons au bord de la piscine (il ne fait plus assez chaud pour en profiter) pour boire un soda (rafraîchi avec nos glaçons), taper le journal et préparer la suite.

 

Lundi 19 octobre : La douche n’est pas chaude et il n’y avait pas de lumière hier soir. Bien que les gamins qui font semblant de tenir ce camping me donnent du « Mon ami » à chaque rencontre, ce ne sera pas notre meilleur souvenir de halte au Maroc. Nous roulons sur une dizaine de kilomètres avant de piquer sur le jebel Saghro par une bonne piste qui traverse un plateau rocailleux parsemé d’épineux. Elle s’élève ensuite dans la montagne puis redescend en corniche dans un superbe cañon. Dans le lit de l’oued, nous apercevons un village aux maisons de pisé, sa petite palmeraie et ses cultures réparties en petits carrés. Les pierres de l’oued ont été dégagées de façon à ménager une piste qui coupe et recoupe le cours du ruisseau peu vivace. Nous roulons ainsi entre les deux falaises impressionnantes, verticales et nues dont l’ocre rouge n’est tranchée que par le vert des cultures et des palmiers. Les maisons se confondent avec la terre, elles sont sans architecture particulière, des parallélépipèdes regroupés en douar, les plus importants ont une mosquée. La piste sort du lit de l’oued pour continuer en corniche et s’enfoncer dans une vallée de plus en plus étranglée. Des orgues de basalte montent la garde au passage le plus étroit. Plus loin, nous arrêtons pour une petite promenade à pied en remontant un ruisseau presque à sec sur quelques centaines de mètres, jusqu’à ce que nous distinguions dans un cirque de montagne une cascade sans grand débit mais qui a généré des mousses verdâtres sur la paroi de la montagne, inattendues dans cette nudité minérale. Nous poursuivons sur une piste qui devient plus difficile : des cailloux et de plus en plus de marches rocheuses. Nous commençons à apercevoir ces pitons caractéristiques du jebel Saghro dont nous avions gardé le souvenir. Ils surgissent d’un pierrier, l’érosion, le vent, le sable en ont adouci les formes, arrondi les angles. Les deux plus beaux montent la garde avant le début de la montée du col de Tizi-n-Tazazert. La grimpée se fait plus souvent en première qu’en seconde, en cahotant sur les pierres et sur les marches rocheuses. Cahin-caha nous arrivons en vue du cañon d’Affezza  qui s’ouvre sur un piton pointu. Les blocs de roches déchiquetées semblent taillés dans du charbon, d’un noir que le contre-jour et la brume rendent encore plus sombre, du Soulages pur jus ! Nous nous arrêtons à la très modeste auberge plantée peu avant le sommet du col pour admirer la vue. Nous réalisons alors que ce magnifique panorama ne nous est pas inconnu et que nous étions passés exactement au même endroit il y a trente-cinq ans, en Méhari, mais alors, la piste devait être meilleure ! Nous déjeunons dans le camion puis prenons le thé à l’auberge, servis par une jeune femme à qui sa mère, une vieille berbère tatouée et muette, et deux enfants en bas âge, tiennent compagnie. Nous lui achetons un fossile avec de délicates traces de fougères, presque un paysage à lui seul. Encore quelques centaines de mètres et une bonne dizaine de minutes pour atteindre le sommet du col, à 2200 mètres d’altitude. Nous roulons alors dans un alpage encore verdoyant. Un muletier très digne en redescend avec son bel animal joliment harnaché. La piste est meilleure, nous rencontrons des fourgonnettes alors que nous n’avions croisé qu’un véhicule de touristes jusque là. Plus bas, les douar se succèdent, nous retrouvons du monde sur le bord des routes, le paysage est alors quelconque. Nous trouvons un bout de goudron jusqu’au bourg d’Iknioun avant de retrouver, presque avec plaisir, une bonne piste. Nous roulons, plus vite, sur un plateau planté de gros rochers, tel un sac de billes éparpillées, avant de monter puis redescendre un autre col, moins élevé. Le parcours se termine par des gorges avant de débouler dans la plaine, en vue de Tineghir. La ville s’est beaucoup agrandie et des banlieues aux maisons à un ou deux étages, en brique, toutes semblables, s’étirent dans toutes les directions. Nous nous garons dans le centre pour poster des cartes postales puis nous cherchons un cybercafé, ce qui n’est pas évident. Celui qui nous accueille ne doit pas savoir que l’on peut nettoyer les touches du clavier quand elles sont encrassées ! Les lettres sont presque illisibles et je dois incliner le clavier vers la lumière, en le tenant d’une main pour pianoter de l’autre. La vitesse de connexion n’étant pas olympique, nous ne pouvons lire que les messages de Julie et Nicole et tout de même remettre du texte sur le blog. A la nuit tombée, nous cherchons et trouvons le camping, à la sortie de la ville. Nous nous installons dans la salle de restaurant qui ne sert pas à manger pour taper mon texte, en buvant un Coca, rafraîchi, une fois de plus, avec nos glaçons…  


Mardi 20 octobre : Il ne pleut pas ! Notre grande crainte, les pluies d’octobre tardent et nous aimerions bien qu’elles attendent encore un peu ! Je vais utiliser le wifi de l’auberge pour mettre à jour le blog et y ajouter quelques photos. Nous sortons de Tineghir en direction des gorges du Todghra par une route désormais goudronnée. La ville s’est étendue jusqu’à l’entrée du défilé mais la vue sur la palmeraie et les restes des ksour, de la couleur de la montagne, demeure de toute beauté. Je suis encore stupéfait de voir tant de jeunes filles en route pour l’école, habillées strictement, d’un pantalon, d’une robe, d’un tricot à manches longues et de ce satané foulard qui ne laisse voir que le visage, pas un cheveu ne dépasse. Des paysannes dans les champs transportent de lourdes charges de tiges de maïs, les mulets et les ânes sont aussi très utilisés. Quel contraste avec la quantité de touristes en camping-cars imposants qui défilent sur la route ! Des auberges, des « maisons d’hôtes » (la dernière trouvaille !), campings, restaurants, boutiques de téléphone, d’internet, de cartes postales se succèdent sans interruption, les uns après les autres, tout au long de la route. Au point le plus étroit des gorges, là où tout le monde vient admirer les parois absolument verticales des falaises, des boutiques de souvenirs se sont installées, des alpinistes s’entraînent à l’escalade. On en oublierait presque de lever les yeux vers les sommets des gorges, une très profonde entaille dans la montagne ocre. Les 4x4, nombreux jusque là ne vont guère plus loin et nous sommes bien plus tranquilles ensuite. Les gorges s’élargissent doucement, le champ de vision s’élargit et la route s’élève dans la montagne. Après Tamtattoucht, devenu un gros bourg touristique, aux kasbah ruinées, nous circulons en traversant les petits champs vert vif dans lesquels les Berbères travaillent. Je me demande, à chaque rencontre, si le visage de cette vieille femme, ridé, tanné, buriné n’est pas celui de la fraîche jeune fille photographiée lors des fêtes auxquelles nous avions assisté… Les femmes sont coiffées d’une sorte de capuchon sombre, maintenu serré sur la tête par des cordons de couleur, une autre étoffe cache souvent le bas du visage. Pas de ces paillettes que nous leur avions vues lors du moussem d’Imilchil. Après Aït Hani, une bonne piste, sans doute bientôt goudronnée, nous conduit à Agoudal. Là aussi, rien n’existe plus de ce que nous y avions connu. Le Maroc se développe, les routes désenclavent les hameaux de l’Atlas, les lignes électriques amènent le courant dans les villages, il ne semble pas que les adductions d’eau se multiplient aussi vite, à en croire le nombre de femmes de corvée d’eau aux fontaines publiques… Nous arrêtons à l’extérieur d’Agoudal pour enregistrer les points GPS de la suite du parcours. Nous sommes vite rejoints par une flopée de jeunes qui veulent tous nous indiquer le chemin mais ne réclament rien. Nous quittons Agoudal sans regret de ne pas poursuivre vers Imilchil, nous ne gâcherons pas nos souvenirs… Le ciel s’est couvert et les couleurs de la montagne sont plus ternes. Nous faisons un détour de quelques kilomètres jusqu’au fond d’une étroite vallée, sur une piste étroite et avec des dévers qui ne manquent pas de m’inquiéter. Nous déjeunons dans le camion, en fermant la porte car il ne fait plus très chaud, à 2000 mètres d’altitude. Nous partons en promenade à pied vers le fond de la combe, au milieu de roches karstiques percées d’abris sous roche et de grottes. Un pâtre a abandonné son troupeau pour nous accompagner, nous ne le lui avions pas demandé mais il est discret. Nous suivons un sentier qui traverse et retraverse un petit filet d’eau. Il faut continuer dans des éboulis pour arriver à une bien maigre cascade qui a, elle aussi, provoqué la formation de concrétions verdâtres et rouges sur les parois lisses de la roche. Marie renonce à poursuivre. Je continue seul avec mon accompagnateur auto-désigné. Des marches en ciment ont été construites pour gravir la falaise mais elles sont dignes des maisons yéménites et je dois lever haut la jambe. Au bout de quelques-unes je commence émettre un bruit de forge mais mon orgueil de mâle occidental m’oblige à ne pas capituler devant l’autochtone qui grimpe cela avec une aisance déconcertante… Je suis récompensé de ma ténacité par l’arrivée, en passant sous une magnifique arche naturelle, bien au-dessus de la cascade, à l’entrée d’une grotte. Le panorama est superbe mais je n’ai pas l’intention de m’engager dans les boyaux de la grotte et je (nous, le berger et moi) redescends retrouver Marie. Retour au camion et à la piste principale. Nous continuons sur un plateau grêlé de coussins de végétaux que je suis bien incapable d’identifier. De rares troupeaux de chèvres et quelques moutons pâturent à ces altitudes. Nous ne croisons plus personne. Où sont passés les beaux 4x4 ? Nous franchissons un premier col, la piste est bonne mais le ciel nous inspire des craintes. Le passage d’un second col, le Tizi-n-Ouano, à presque 3000 mètres d’altitude ne va pas sans quelques frayeurs dues à l’étroitesse de la piste en corniche, avec parfois une roue plus haute que sa voisine… Nous ne croiserons qu’une voiture, heureusement à un endroit assez large pour que la manœuvre ne soit pas insurmontable ! Qu’aurions nous fait si nous avions dû croiser un de ces camions lourdement chargés que nous verrons dans le village suivant ? Le col passé, nous longeons un cañon qui, sans avoir la longueur ni la profondeur de celui du Colorado, ne manque pas de nous enthousiasmer. Ses découpes dans la roche rouge, ses falaises à étages et le lit grisâtre de l’oued avec ses taches de verdure me contraignent à m’arrêter pour prendre des photos presque tous les cent mètres ! Dans la descente, nous nous en rapprochons mais les nuages et maintenant l’heure tardive nuisent au rendu des couleurs. Nous retrouvons la vallée, ses villages, les gosses qui nous font signe, les cultures. Devant les maisons, les hommes emmitouflés dans des burnous ou des gandouras à capuches, sont accroupis le long des murs et nous regardent passer. Nous retrouvons le goudron à Msemrir, pas de camping pour la nuit. Nous avançons mais bientôt nous sommes dans la partie des gorges du Dadès où la roche développe des strates spectaculaires de part et d’autre des méandres de la rivière et nous voulons les voir sous le soleil. Nous décidons d’arrêter au bord du cañon, en compagnie d’un autre camping-car, un fourgon occupé par un breton bavard à qui nous offrons le pastis.

 

Mercredi 21 octobre : Nuit fraîche, j’ai baissé le toit du camping-car pour avoir plus chaud. Au réveil le ciel est tout gris, les couleurs sont des plus ternes. Notre compagnon est déjà parti. Nous étions près de la « Tortue » une colline presque entièrement enveloppée dans un méandre du Dadès. Toute la montagne est couverte de strates très marquées mais l’absence de soleil ne les met pas en valeur. Nous redescendons en longeant les gorges puis remontons, alors qu’un soleil très timide fait mine d’éclairer le panorama. Nous continuons et cette amélioration va se confirmer, jusqu’à devenir un franc soleil. Nous sommes toujours aussi admiratif devant ces fantaisies de la nature, ces courbes que la solidification des roches a dessinées et que la végétation a renforcées en épousant les lignes entre les couches. La route surplombe des gorges que nous avions oubliées, les parois proches et verticales font penser aux gorges du Todghra. Les premières auberges, campings, restaurants apparaissent, pas toujours du meilleur goût. Des hôtels, placés aux endroits stratégiques sont des insultes architecturales ! Par quelques lacets serrés, nous descendons au niveau du lit de l’oued puis sous serpentons au milieu des palmeraies. Nous revoyons des kasbahs, pas toutes ruinées, rouges comme la roche de ce versant. Il semble que, par ici, l’on ait conservé le goût de construire dans le style traditionnel, bien des maisons récentes sont en forme de tours avec des pointes aux sommets. L’affluence touristique reprend et nous sommes parfois au coude à coude pour prendre les mêmes photos de paysage… Peu avant d’aboutir à la grande route, nous bifurquons pour prendre une piste particulièrement rude, de la roche et des éboulis en montée puis un plateau traversé par des ruisseaux qui ont raviné la piste, creusé des fossés difficiles à franchir. D’après les traces, les 4x4 viennent s’amuser ici à essayer de gravir des pentes fortes ou à traverser des zones boueuses. L’attention que je dois porter à la conduite m’empêche d’apprécier un paysage d’alpage entre des montagnes variées, des falaises rouge vif et des collines aux couleurs de l’arc en ciel. Nous déjeunons dans le camion, vite visités par deux mioches, l’un d’eux ne cesse de répéter la même litanie (bonbon, cadeau ?) jusqu’à ce que nous lui donnions quelques grains de raisin qui le satisfont puisqu’il disparaît ! Nous arrivons au village de Tamalout, sur l’oued M’Goun. Une route nouvellement goudronnée le relie à la grande route, les touristes n’y sont plus rares et les auberges, les boutiques de souvenirs et les propositions d’excursions avec divers moyens de transport, prospèrent. … Nous arrêtons dans le village de Bou Taghrar, de l’autre côté de l’oued, pour aller voir de plus près une belle kasbah, mal partie pour rester encore longtemps debout… Les gosses ne manquent pas de nous demander stylos ou dirhams... Nous repartons sur le goudron, en apercevant de jolis villages, de loin, sur fond de palmeraies et de montagnes aux couleurs violentes. Nous arrêtons parfois pour tenter d’approcher de kasbah qui nous paraissent dignes d’intérêt. Le goudron a relié ces villages au reste du pays et les jeunes filles ont abandonné le vêtement traditionnel berbère pour une tenue plus « correcte » et peut être « moderne » : le foulard et les bras et les jambes bien cachés… Nous atteignons El Kelaa des M’Gouna, traversée aussi vite que possible en se méfiant des véhicules qui surgissent, démarrent, s’arrêtent sans prévenir. Je me serais bien arrêté au camping qui semble correct mais Marie trouve l’heure précoce et nous continuons en direction de Skoura. Je commence à avoir le soleil de face et la conduite devient malaisée. Heureusement nous sommes sur un plateau désertique, sans grande circulation mais je dois redoubler d’attention dans les villages. Pas de camping à Skoura mais nous sommes démarchés par le patron d’une auberge qui nous emmène dans la palmeraie. Nous pouvons stationner dans la cour de sa fausse kasbah. Nous nous installons dans le salon mal éclairé et y attendons l’heure de dîner. Nous avons commandé un tajine aux kefta et aux œufs que le patron Mohamed nous sert avec une petite salade parfumée au kamoun. Il vient d’avoir un bébé, le premier, un garçon mais il n’est pas très gai car l’accouchement, à l’hôpital de Ouarzazate, ne s’est pas bien passé.

 

Jeudi 22 octobre : Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse, avec vue sur la palmeraie, sous un beau ciel bleu. Oubliés les nuages ! On nous sert du pain et des sortes de crêpes sucrées avec de la confiture, du beurre à fort goût de fromage et de l’huile. Mohamed, de moins en moins gai, nous apprend le décès de son bébé. Nous lui proposons de l’emmener à Ouarzazate où il doit se rendre pour l’enterrer. Nous nous apercevons alors qu’une roue est presque à plat. Nous roulons jusqu’au centre de Skoura et faisons rapidement réparer le pneu. Nous quittons la ville sans avoir eu le temps de voir les kasbah qui semblent encore en bon état. Nous sommes bientôt à Ouarzazate où nous laissons Mohamed à qui nous renouvelons nos condoléances. Nous allons nous garer devant chez Dimitri. Je vais changer des euros à la banque puis nous allons refaire des courses au supermarché, surtout de bière. M         arie achète des cartes postales puis des timbres à la poste. Nous passons à l’Office du tourisme qui nous donne quelques prospectus et nous revenons sur une grande place moderne et déserte, sans doute animée en soirée par les touristes. Nous écrivons les cartes à la terrasse d’un café avant de les poster. Nous repartons, plein de gasoil et route de Marrakech. Nous arrêtons pour déjeuner rapidement à l’ombre d’un arbre, pas dérangés par les jeunes qui viennent profiter de l’ombre. Nous bifurquons sur une route étroite mais peu fréquentée, en direction de Taroudant. Quelques kilomètres plus loin, nous prenons une route secondaire qui, à notre grande surprise est goudronnée. Nous sommes contents de rouler plus vite et sans se soucier de l’état de la chaussée mais l’impression n’est pas non plus la même. Nous traversons un beau paysage de montagnes différentes de celles traversées jusqu’ici. Pas de gorges, des pitons érodés dispersés sur un plateau et des couleurs plus dorées, marron, ocre. La route s’élève, nous avons vue sur le Haut Atlas à l’horizon et les courbes des montagnes du jebel Siroua. Nous atteignons une zone d’alpages, les troupeaux, moutons et chèvres, sont nombreux, éparpillés sur les flancs des collines. Nous apercevons un premier agadir, ces greniers collectifs, sur une butte, au centre d’un village trop éloigné pour que nous le visitions. La route continue de s’élever puis soudain, au sommet d’un col, s’arrête, la piste continue ! Nous passons un autre col avant d’entrer dans un superbe cirque de montagnes. Des roches noires, au sommet des falaises, sont fracturées verticalement, des blocs ont roulé jusque dans le vallon où de nombreuses bergeries abritent en été les nomades et leurs troupeaux. Nouveau col sur une piste qui reste correcte mais qui va très vite se dégrader sur l’autre versant. Des éboulis, des blocs de roches détachés de la montagne, des barres rocheuses à dégringoler en cahotant, au pas, des ruisseaux boueux, des fossés trop profonds pour que les roues avant remontent alors que les roues arrière n’ont pas commencé à descendre, un cañon étroit dans des roches coupantes, des pistes-savonnettes glissantes et ravinées. Bref un festival qu’un soleil encore de face ne fait qu’amplifier… Nous parvenons tout de même à Askaoun. C’était jour de souq mais les commerçants ont plié bagages à cette heure. L’auberge où nous avions envisagé de nous arrêter est fermée mais le goudron est là, inespéré ! Nous avançons d’une dizaine de kilomètres jusqu’à un village où se dresse encore un bel agadir que nous envisageons de visiter demain. Nous allons nous installer à la sortie du village, dans le sable de l’oued. Bien sûr des gosses accourent mais ils ne réclament pas trop et retournent chez eux à la nuit tombée.

 

Vendredi 23 octobre : Pas un bruit, pas une visite, seul un âne sujet à insomnies, a brayé à intervalles réguliers. Nous repartons sans visiter l’agadir, d’autres sont prévus dans la journée. Nous en voyons d’autres sur la route, constructions massives, en pierres patiemment assemblées, que l’on ne distingue des autres maisons du village que par leur importance et leur position stratégique sur une éminence. Ils présentent à l’extérieur un mur sans ouverture. La seule porte est gardée par un amin qui en possède la clé. Il est logé à l’entrée après un premier mur de défense et est rétribué par les villageois. Par un col, nous descendons sur Taliouine avec une vue sur les montagnes du Haut Atlas. Sa vieille kasbah du Glaoui, en ruine, se détache sur un fond de plissements spectaculaires. Nous arrêtons dans le bourg pour acheter du safran, du vrai, des pistils rouges, vendus au gramme. Je constate que mon pneu réparé la veille a encore perdu. Je dois le faire réparer, cette fois je fais poser une chambre à air. Nous repartons en direction d’Irherm par une route étroite mais sans circulation. Les montagnes jouent de l’accordéon. Tout le répertoire d’André Verchuren y passe : classique pour les plis réguliers, baroque pour ceux fantaisistes qui se distribuent en diverses directions, et même dodécaphonique pour les roches éclatées en tous sens. Nous ne distinguons pas toujours ce qui est plissement de ce qui est cultures en terrasses. Beaux villages sur le bord de la route, maisons en pisé aux toits plats couverts de terre, au milieu des figuiers de Barbarie. Les travailleurs partis à l’étranger se font construire des maisons plus « modernes », en parpaing et ciment qui dépareillent les anciens villages. Nous traversons Irherm, inanimée, pas un seul habitant dans les rues. Nous continuons en direction de Tafraout. Après avoir rapidement déjeuné dans le camion, nous quittons le goudron pour une bonne piste qui nous amène à l’agadir d’Ousmgane. Nous l’apercevons de loin, il est différent des précédents, plus étendu, avec des tours aux quatre côtés. Nous nous garons au pied. Le fils du gardien surgit aussitôt et nous conduit. Le grenier collectif est abandonné depuis longtemps, les portes des cellules béent, à demi arrachées, des débris de poteries jonchent le sol, les toits et les murs s’écroulent. Après en avoir fait le tour, nous repartons. La piste se gâte ! Elle commence par une traversée d’un oued qui n’a pas vu le passage d’un véhicule depuis la dernière glaciation. Plus aucune trace, il faut deviner où, autrefois, pouvaient bien s’aventurer les audacieux en mal d’émotions… La suite est presque digne de celle d’hier avec des passages en montée ou en descente dans des éboulis… Nous arrivons enfin au village d’Itourhaine, dominé par un bel agadir. Il est juché sur une colline que nous devons gravir, accompagnés par une ribambelle de gosses dont nous ignorons les demandes. Le gardien nous ouvre et nous guide dans les couloirs. Les cellules, sur trois étages, sont encore utilisées, les villageois y stockent leur maïs et leur orge, les portes sont cadenassées. Seules deux ont des traces de décoration, fines gravures géométriques sur le battant et le cadre. Des dalles plantées dans les murs permettent d’accéder aux étages les plus élevés. De l’agadir, nous avons une très belle vue sur le village de pierre et les aires de battage, surfaces planes circulaires en pierre. Nous repartons, nous nous perdons, aboutissons à un très joli douar, retrouvons notre chemin. Le jour baisse et il est déjà tard quand nous atteignons l’agadir de Tisguimt, en hauteur. Une gamine Aïcha nous assure être la gardienne, nous la suivons dans l’ascension sur un sentier dallé. Le grenier ne nous présente qu’un mur aveugle, sans la moindre ouverture. A la première enceinte, Aïcha et ses camarades nous réclament de l’argent, je dis que je paierai en  sortant. Elle nous laisse entrer dans la première cour. Mais il s’avère qu’elle n’a pas la clé du grenier proprement dit ! Devant notre colère, tous déguerpissent… Nous attendons de voir si l’un d’eux ne remonterait pas avec la clé. Comme il n’en est rien, nous nous décidons, furieux, à redescendre. Nous rencontrons en bas l’amin à qui nous faisons part de notre mécontentement. Il nous invite, gêné, à prendre le thé, le café et même à manger le couscous. J’insiste pour aller dans la famille de Aïcha mais il ne me suit pas. Je me rends seul dans le village, trouve un groupe de femmes, tout de noir vêtues, un tissu sur le bas du visage. Les hommes sont absents dans ces villages, tous partis travailler à la ville ou à l’étranger, seuls les vieux sont restés. Je leur demande où est Aïcha puis les préviens que je vais aller chercher la police L’une d’elles, glapissante, me retient. J’exige de voir la gamine que l’on m’amène aussitôt absolument terrorisée. Tous demandent pardon, consolent la petite garce et nous font les plus beaux sourires. Nous repartons, retrouvons le goudron à la tombée de la nuit. Je roule aussi vite que je peux mais la route est encore bien longue, les croisements avec des véhicules aux éclairages capricieux sont hasardeux. Peu avant Tafraout, nous traversons ce qui semble bien être un moussem, véhicules garés n’importe comment, piétons invisibles etc… Je commence à en avoir assez… A l’entrée de la ville, un accident ralentit encore la circulation, nous décidons de ne pas chercher un camping dans le centre mais de nous arrêter pour ce soir dans l’auberge que nous venons de passer. Nous y dînons, tajine de poulet et brochettes, en compagnie d’une bande de Français en goguette. Je monte taper mon journal sur la terrasse alors que Marie regagne le camion. 



 

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